Essai sur l'électricité naturelle et artificielle
TOME 1
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- ESSAI
- SUR
- L’ÉLECTRICITÉ
- ,: TOME I. t
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- A PARIS,
- SP. Fr. D ID O T le jeune, Libraire - Imprimeur de Monsieur , quai des Auguftins.
- DURAND neveu, Libraire, rue Galande. .Delalain aîné, Libraire, rue Saint Jacques.
- Avec Approbation, et Privilège du Roi.
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- Souii SL
- ESSAI
- SUR
- L’ÉLECTRIC I T É
- NATURELLE
- ET ARTIFICIELLE;
- Par M. le Comte DE LA CEPÈDE, Colonel au Cercle de Weilphalie ; des Académies & Sociétés royales de Dijon, Rome, Stockholm, Heffe-Hombourg, Munich, &c.
- A PARIS,
- DE L’IMPRIMERIE DE MONSIEUR.
- M. D C C. L X X X I.
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- TABLE DES MÉMOIRES.
- TOME I.
- ttroduction, page I
- MÉM. Des effets les plus fenjibles du fluide électrique. 6
- IIe. Mém. Des Élémens. 16
- IIIe. MÉM. Du Feu & de la Lumière.
- 3°
- IVe. MÉM. Du fluide électrique & de fa nature. 53
- Ve. MÉM. Des corps idio - électriques & non idio -électriques. 70
- VIe. MÉM. Des effets de VÉlectricité artificielle , de l’Electricité de la tourmaline , &c. 116
- VIIe. MÉM. De P Expérience de Leyde.
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- VIIIe. MÉM. De PÈlectrophore. 200 IXe. Mém. Des tremblemens de Terre & des Volcans. 216
- Tome /. 0 zÿ
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- vj T A B L E.
- Xe. MÉM. Des *Fetix follets. 268
- XIe. MÉM. Orages, du Tonnerre, des Trombes , &c. 302
- TOME IL
- XIIe. MÉM. De la Grêle. page 1
- XIIIe. MÉM. Du Magnétifme. 36 XIVe. MÉM. De l'influence de ÜÉlectricité & du Magnétifme fur les animaux.
- 129
- XVe. MÉM. De Vinfluence de l'Électricité fur la végétation. 159
- XVIe. MÉM. de VÉlectricité du Soleil, des Planètes & des Comètes, de la Lumière zodiacale , de l'Aurore boréale , &c.
- l92
- Fin de la Table.
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- ES S AI
- SUR
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- L’ÉLECTRICITÉ
- NATURELLE et artificielle.
- introduction.
- Je ne puis mieux donner une grande idée du lujet que je traite, qu’en retraçant une de ces fcenes terribles, dont chacun de nous a été le témoin, & dont nous verrons que l’origine doit être rapportée à FÉleâricité.
- Que l’on le reprélente ces jours brûlans de 1 ete, ou une chaleur étouffante nous accable : Tom, t. A
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- à Introduction. aucun foufflene rafraîchit la furface embraféede la terre, & tou» le» corps exhalent, en quelque façon, le feu. Le foleil lancer du haut des deux enflammé», de» rayons dont la chaleur confirme & dévore j il approche du terme de fa courfe ; à mefure qu’il defcend , la voûte de feu à laquelle il femble attaché, pareît dépendre avec lui, s’appefantir fur nous, & notre abattement redouble. Un nuage noir s’avance du côté de l’oueft ; des éclairs le fillonnent, & un bruit impofant fe fait entendre : un calme effrayant règne dans l’air; les oifeaux précur-feurs des tempêtes volent d’un air épouvanté :J le foleil fe cache ; la confternation eft empreinte fur la face de la nature , & un filence morne règne parmi les habitations des hommes. L’orage avance cependant au milieu des feux & au bruit du tonnerre : les nuages déploient leurs maffes énormes, & bientôt tout le ciel en eft couvert; les vents fougueux rompent alors leurs chaînés ; ils partent, & déjà l’horizon eft bou-leverfé : on diroit que les nuées vont fondre fur la terre, & l’écrafer dans leur chûte; le bruit approche, redouble ; l’atmofphère n’eft plus que de feu : des ténèbres horribles couvrent, cependant par temps, la nature défolée.
- Au milieu de cette confternation univers
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- Introduction. j
- telle, le PhiÎQfophe, feul intrépide, ofe aller enchaîner la foudre jufques dans le liège de fon empire. J1 s'avance feul, un frêle & léger inftrument à la main ; les vents élèvent à la hauteur des nuages la fpible machine qui va combattre la foudre ; à peine a-t-elle atteint la région du tonnerre, que les éclairs l’environnent ; tout l'orage fe ramalfe & fe concentre autour d’elle ; & 3 l’aide d’un léger conduôeur, le Philofophe, à qui la nature entière pareîf obéir, le .dompte & le dirige. Je le découvre à la clarté des éclairs, garanti par le fruit de tes expériences & de tes veilles, du danger qui l’environne, eonduifant pour ainfi dire le nuage affreux qui recèle la mort, & ofent feu) affronter l’orage, le maîtrifcr, & obferver Ja nature dan? fon fpeâacle le plus impefant.
- Ces grands phénomènes ne font pas les feul? effets remarquables que nous devons attribuer à l’Eleâricité : nous tâcherons de tes e»ppfer tous, & de faire voir la chaîne qui les lie avec cette caufe puiffante. Nous jetterons un cpup-d’œil rapide fur les effets les plus fenfibles du fluide éleârique, &nous reconnoîtrons, pour ainfi dire, par-là l’extérieur de notre fujet. Nous chercherons enfuite à pénétrer dans fon inté-rieur, & à parcourir fpn étendue : nous éts-r.
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- 4 Introduction.
- blirons pour cela, quelques principes généraux relatifs aux élémens, & particulièrement au feu & à la lumière. Ces principes nous éclaireront dans la recherche de la nature du fluide électrique. Les différentes affinités qu’il exerce fur les diverfes fubftances de la nature, & tous les phénomènes qui en découlent nous occuperont à leur tour. Nous verrons en détail les effets qu’il produit dans nos laboratoires ; nous tâcherons d’en dévoiler les refforts ; &, munis de ces connoiflances préliminaires, nous oferons con-fidérer le fluide éleârique, agiffant en grand & mis en mouvement par les forces puiflantes de la nature. Les feux qu’il allume dans les entrailles du globe, la force dont il ébranle la terre, les abîmes qu’il creufe dans fonintérieur, les clartés qu’il répand dans l’ombre des nuits, les orages qu’il excite dans l’atmofphère, les vents qü’il déchaîne, les foudres qu’il lance, la grêle qu’il forme ; tous ces grands objets feront le fujet de nos réflexions : ils nous conduiront à parler du magnétifme & de fes phénomènes. Nous chercherons à reconnoître le pouvoir que le magnétifme & l’éleâricité exercent fur les animaux; nous verrons le fluide éleârique venir, chaque printemps, joncher la terre de verdure & la parfemer de fleurs ; &.
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- Introduction. 5
- enfin, dans des fpéculations plus hardies, nous contemplerons la marche des corps céleftes ; nous les reconnoîtrons fournis à l’influence du fluide éleftrique ; nous nous efforcerons d’expliquer quelques-uns de leurs phénomènes déjà connus, & peut - être en découvrirons - nous autour d’eux, qui auront échappé aux regards & aux obfervations des Aftronomes.
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- PREMIER MÉMOIRE.
- Des Effets lès plus fenjiblès du fluide électrique.
- Aucun corps de la nature n’eft étranger au fluide éleârique, ni privé de fa préfence : auflt au premier coup-d’ceil fèroit-on tenté de croire que de touï temps les homifiês ont dû le reconnaître, & en faire l’objet dé leu» recherches & de leurs méditations ; tfiaiâ, par cela même qu’il eft généralement rëpâftdu fur la furface cju globe que ftôtis habitons » nous n’aurions jamais foüpçon'nê Ion exifténce, fi rien n’eût pu détruire foh équilibre & troubler fon repos. Toujours également répandu & exerçant en trop d’endroits le péu de forces qu’il aurait pu avoir, il aurait vu fon aftion confondue avec celle d’autres caufes phyfiques; &, ne ceffant de jouir d’une tranquillité parfaite , il n’eût produit ni les effets légers & prefque imperceptibles qu’on lui a attribués les premiers, ni les phénomènes plus redoutables dont on n’a apperçu que tard la liaifon avec lui. Mais
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- s'ur l’Électricité. 7
- différentes circonftances l’obligent chaque jour à fe porter eotplus grande quantité vers certains corps que vers d’autres, & à s’accumuler autour de quelques-uns ; &, indépendamment de ces taufes particulières, tous les ans, au retour de la fhifon fécondante des orages, mille fources d’éleâricité s’ouvrent à la furface de la terre , dont les premiers rayons d’un foleil plus ardent viennent de raréfier la croûte. Le fluide électrique qui arrive en abondance de l’intérieur du globe, doit s’élancer avec rapidité vers tous les corps qu’il rencontre, & doit y troubler plus ou moins l’équilibre dont avoit joui paifi-blement celui qui en avoit occupé les interftices pendant la faifon morte de l’hiver. Obéiflant, cependant, ainfi que toutes les fubfiances de la nature, à l’attraâion générale, & devant par conféquent tendre à être répandu le plus uniformément poflible, il a dû fe porter violemment, des corps dans lefquels il étoit en excès, vers ceux dans lefquels il pouvoit s’accumuler encore ; & c’eft par les traces de fes différens paflages, ou par les lignes du féjour forcé qu’il a fait en trop , grande quantité dans certains corps, qu’il a pu donner des marques de fa préfence, particulières à certains lieux & à certaines circonftances, & agir fur nos fens par A iv
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- 8 Essai
- des éffets affez peu généraux pour être facilement comparés, & par conféquent aifément faifis.
- Le fluide éleftrique agit fur notre vue par fes étincelles, & fes éclairs qui ne font que des étincelles très - fortes ; fur notre toucher, par fes émanations, femblables à un air légèrement agité, & dont on reffent l’impreffion fur la peau iorfqu’on approche la main d’un corps dans lequel il eft accumulé ; fur notre ouïe, par le pétillement, le craquement, le bruit qui accompagnent fes phénomènes ; fur notre goût, par l’acidité qu’il développe dans la bouche lorf-qu’on a reçu fes émanations dans cet organe ; & enfin fur l’odorat, par l’odeur phofphorique qui fe répand au loin autour de tous les corps qu’on nomme éleârifés. Ce n’eft pas que tous ces effets , par lefquels fe manifefte le fluide éleSrique, lui aient été de tous les temps rapportés : les Anciens ne connoiffoient de fes propriétés, que le pouvoir qu’il a d’attirer les corps légers répandus dans fon atmofphère ; encore même n’avoient - ils reconnu qu’une feule fubftance dans laquelle ce pouvoir réfidât. Chaque année, des orages violens fe faifoient entendre au deflus de leurs têtes ; chaque printemps, les arbres & les plantes fe couvroient à
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- sur l’Électricité. 9
- leurs yeux de fleurs & de verdure ; ils étoient bien loin cependant d’imaginer que la propriété qu’a un morceau d’ambre d’attirer une paille légère, dépendoit de la même caufe qui préfide à la formation des foudres & des tempêtes, & à qui la végétation doit la plus grande partie de fa force & de fa beauté. C’eft que les points communs que ces phénomènes lî étrangers en apparence ont les uns avec les autres, n’avoient pas encore été cherchés ; on ignoroit que les nuages éleârifés, attirent avec force les corps répandus autour d’eux, ainfi que le fait un morceau d’ambre ; on ne favoit pas que ce dernier donne des étincelles de la même nature que les foudres qu’un nuage orageux lance contre les éminences de notre globe; & on ignoroit que les émanations de ce même morceau d’ambre, frotté pendant quelque temps, hâtent de la manière la plus fenfible la végétation des plantes foumifes à leur aâion.
- Les découvertes des Phyficiens modernes, nous ont appris à accumuler le fluide éleârique, & â lui donner par-là le feul état dans lequel il foit doué d’une aâion qui lui foit propre. Nous pouvons à notre gré l’obliger à annoncer fa préfence par tous les effets dont j’ai déjà parlé; mais, quoiqu’il agiffe fur notre vue, fur notre
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- io Essai
- ouïe & fur notre odorat, quoique notre goût & notre toucher foient fournis à fes impreflions, & qu’il paroiffe par - là devoir être l’une des fubftances les plus fujettes à l’examen de nos fens, & par conféquent l’une des mieux connues ; il n’en eft guère dont la nature foit moins appréciable par eux, & fur laquelle nous ayons eu jufqu’à préfent moins de lumières. S’il agit fur notre vue, ce n’eft qu’en l’éblouiffant, ou en empruntant la forme étrangère de la lumière & du feu vifible. Excepté, en effet, lorfqu’on emploie les moyens imaginés par M. Marat, & auxquels nous reviendrons, ce n’eft que dans les inftans où il s’échappe en aigrettes brillantes & lumineufes, & dans ceux où il s’élance avec force en étincelles vives & éblouiffantes, que le fluide éleflrique affeâe le fens de la vue. Le bruit qui accompagne fes différens phénomènes , n’a rien de particulier, ni qui puiffe fervir à diftinguer fa nature de celle d’une autre fubftance. La manière dont il agit fur le fens du toucher, eft aufli fi peu caraâérifée, fi peu diftinfte, qu’on la confond fans peine avec l’ini-preflion d’un vent frais & léger. L’efpèce d’acidité qu’il développe dans l’organe du goût, & fon odeur qui reffêrïible à celle du phofphore , font prefque les fêüls rapports de nos fens qui
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- sur l’Électricité, iî
- lui foient affez particuliers pour avoir pu dôftnêr quelques lumières fur fa nature : nous tâcherons de déterminer, dans lè cours dé cet Ouvrage , jufques à quel point on â dû s’en étâyët pouf s’élever jufques à là rèCôiinoître.
- Nous verrons que lè- fluide éle&fique nê peut produire aucun effet fenliblè, qu’autant que l’efpèce d’équilibre, fuiVant les lois duquel il eft répandu dans tous les corps, eft rompu, & qu’il eft accumulé dans quelques-uns en plus grande quantité qüé né l’exigé fon affinité ordinaire avec eux. L’expérience & lê raifon-nement ont appris aux Phyficiens à produire cette accumulation dahs les différentes fubf-tances. La nature de certaines, leur â permis de faire naître immédiatement én elles cette accumulation de fluide éleârique néeeffaire à tout effet d’Élëâricité. D’autres n’ont pu, par une aâion immédiate, qu’être dépouillées de leur fluide ; les corps qui lés envirohnoient en ont été par-là furehârgés relativement â elles ; l’équilibre à été également rompu, & les Agnes d’éleâricité ont dû également paroîtrê. D’autres fubftances enfin > n’ont pu que recevoir & attirer avec force lê fluide déjà ramâfle avec excès dans les corps qu’on a nommés élèâri-fables par eux-mêmes, OU s’en dépouiller èfl
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- i2 Essai
- faveur de ceux de ces derniers, que des efforts immédiats avoient privés de celui qu’ils ren-fermoient. Nous diffinguerons avec foin, dans la fuite de cet ouvrage, ces trois efpèces de corps, & nous tâcherons d’affigner les caufes de leurs différentes propriétés.
- Le frottement a été le moyen le plus généralement employé pour produire l’accumulation du fluide éleftrique , dans les fubftances dans lefquelles les Phyficiens ont pu la faire naître immédiatement. Si on frotte pendant quelque temps une de celles qui font éleftrilables par elles-mêmes, un morceau de verre, par exemple : tous les corps légers qu’on lui préfente font attirés par lui, & repouffés enfuite jufqu’à ce qu’ayant touché un corps voifin, ils reviennent encore à lui pour s’en éloigner de nouveau, & s’en rapprocher plufieurs fois. C’eft cet effet que les Anciens avoient remarqué, du moins en partie, comme je l’ai déjà dit ; le verre ne fut pas même la première fubftance dans laquelle ils le reconnurent ; & le mot Électricité eft venu du nom Eleclrum, qu’ils donnoient à l’ambre dans lequel ils l’avoient principalement obfervé. Si on préfente le doigt ou un corps de métal un peu obtus à ce même morceau de verre, on voit jaillir de ce dernier une étincelle accom-
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- sur h’Électricité. 13 pagnée d’une efpèce d’explofion, & dont la fenfation eft fouvent très-vive ; une odeur de phofphore fe répand ; une efpèce de vent frais fe fait reffentir autour de lui ; & cette dernière émanation, reçue dans la bouche , y laiffe un goût acide. Si, au lieu d’un corps de métal obtus, on en approche une pointe métallique très-fine, on voit fortir de cette dernière une aigrette brillante, dont les rayons lumineux & divergens fe propagent avec bruiffement vers le morceau de verre, & dont les feux, quelquefois clairs & argentins , font fouvent colorés d’une belle teinte pourpre ou violette , nuancée quelquefois de vert, de rouge ou de bleu. Cette aigrette devient bien plus brillante & bien plus belle, fi on fait toucher immédiatement cette même pointe de métal au morceau de verre , fans qu’elle communique avec un corps d’une nature différente de celle de ce dernier : les jets de lumière font plus étendus & plus animés, le bruiffement plus confidé-rable, les couleurs plus vives. Si on en approche le doigt ou un corps de métal, les rayons lumineux , quoique naturellement divergens , fe plient vers lui, & ont l’air de vouloir l’embraffer. Le frottement communique enfin au verre la propriété de donner tous les lignes qu’on nomme
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- 14 Essai
- fignes électriques, & qui font donner le nom de corps éleârifés à ceux dans lefquels on les remarque.
- La chaleur a été aufli employée par les Phyficiens pour produire dans différens corps l’accumulation du fluide éleârique ; plufieurs fubflances, après avoir été pénétrées d’une cerr raine quantité de feu, jouiffent de la propriété de donner des fignes d’éle&ricité, quelquefois pendant qu’elles confervent encore la chaleur qui leur a été communiquée , mais fouvent après l’avoir perdue. Il feroit encore un moyen plus analogue peut-être à celui que la nature emploie le plus fouvent, Sc qui confifteroit à compofer pour ainfi dire une certaine quantité de fluide éleârique, par la réunion de fes principes conftituans, & à obliger enfuite ce fluide artificiel à fe porter vers les corps capables de le recevoir & de le conferver. C’efl: de ce dernier procédé que la nature fe fert le plus fouvent; l’intérieur du globe me paroît être , le principal laboratoire où elle opère cette com-binaifon , dont il ne feroit peut-être pas im-polîible de lui arracher le fecret. Le frottement & la chaleur font encore employés par elle pour produire ces accumulations de fluide éleârique, çes ruptures d’équilibre auxquelles
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- sur l* Électricité. 15
- nous devons rapporter les phénomènes de l’É-leftricité naturelle; mais tous cesrefforts, qui ne produifent que des effets foibles Scprefque infenlîbles lorfqu’ils ne font mus que par les forces bornées de l’homme, s’agrandiffent entre les mains toutes-puiffantes de la nature, & donnent alors naiffance aux phénomènes les plus impolâns & les plus étendus.
- Avant de fuivre le fluide électrique depuis l’intérieur du globe jufques au-delà des limites de notre atmofphère, & avant de l’obferver dans fes différens états & dans les différens phénomènes qu’il produit, tâchons de découvrir quelque chofe de fa nature, & de ramaffer le plus de lumières poflibles fur un objet auflî ihtéreffant, mais fi peu connu : ces efforts nous feront utiles dans le cours de nos recherches ; mais fàifons-les précéder par quelques réflexions générales ; &, pour mieux voir un objet auquel nos regards peuvent à peine atteindre, élevons-nous de toutes nos forces, & jufques à la hauteur des élémens.
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- Essai
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- I Ie. MÉMOIRE.
- Des Élémens, &c.
- C/ U AT RE fubftances défignées fous le nom d’Elémens, ont été jufqu’à préfent regardées comme les principes de tous les corps que nous connoiffons ; on leur a donné les noms de Terre, à'Eau, à'Air, & de Feu. L’auteur de cette dénomination jeta fans doute les yeux fur ce petit globe qui nous fert de demeure : il y apperçut deux fubftances qui lui parurent effentiellement différentes ; l’une ftable, ferme & folide; l’autre, prefque toujours liquide & en mouvement : elles partageoient la furface du globe : les autres paroiffoient plus ou moins tenir de la nature de ces deux; il les regarda comme des principes, & les nomma Elémens. Au deffus s’élevoit un fluide plus fubtil & plus léger ; il ne lui parut ni de la Terre, ni de l’Eau ; il lui donna aufli le nom d’Elément & de premier principe. Enfin, il élevafes regards vers un globe de feu, fufpendu au deffus de l’horizon ; il en vit fe répandre une nouvelle atmof-phère, dont fes yeux furent éblouis ; cette dernière
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- sur l’Électricité. 17
- dernière matière fut encore pour lui un quatrième élément. La terre tremblante fous fes pieds, &s’entr’ouvrantavec bruit, vomit devant lui un torrent de flammes : il fut tenté d’en admettre un cinquième ; il s’arrêta cependant, & reconnut que c’étoit encore ce qu’il venoit de nommer.
- Ce furent prefque uniquement les grandes maffes de notre globe qu’il jugea dignes d’être les principes des corps qu’il voyoit répandus, ou fur fa partie fèche, ou dans le fein humide de la fubftance liquide, ou qui, s’élevant à fes yeux, reftoient enfuite fufpendus à differentes hauteurs au milieu de ce fluide léger, qui fou-vent échappoit à fes fens.
- Mais, s’il ne fe fut pas arrêté à confidérer notre planète obfcure , & s’il eût porté fes regards jufques fur les grandes maffes de la nature, de cet univers au milieu duquel notre globe, notre foleil, & les planètes qui tournent autour de lui, ne font qu’un point ; il n’auroit vu que la matière dans deux différent états : dans celui de mort & de repos, & dans celui de mouvement & de vie ; d’un côté, des mondes paroiffant obéir paflivement, obfcurs, ténébreux par eux-mêmes, & roulans en efclaves autour de tyrans impérieux ; & de l’autre, des Tome I. B
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- i8 Essai
- corps lumineux répandant au loin une matière a&ive, embrafée, paroiffant n’être eux-mêmes que cette même matière douée du mouvement par excellence, glorieux aux centres des révolutions des globes fécondaires, & régiflans avec empire ces obfcurs compofés de matière inanimée. Il n’eût alors diftingué que deux élémens ; &, du haut point de vue où je le fup-pofe placé , la différence qu’il avoit d’abord remarquée entre les trois fubftances qui lui avoient paru compofer notre globe, fe ferait évanouie à fes yeux. Il fe ferait bientôt dit à lui-même, que ces principes ne peuvent être que fecondaires, que des modifications de la matière morte, de cette bafe de notre globe & des planètes obfcures à laquelle il eût pu donner le nom d’élément & de terre , & dont les différens états peuvent fe rapprocher plus ou moins de l’expanfibilité de cette matière vive, l’ame de l’univers, qu’il eût nommée Feu, & qu’il eût auffi appelée élément.
- C’ell en effet pour n’avoir confidéré qu’une très - petite portion dé la matière renfermée dans l’efpace, qu’on a regardé comme premier principe ce qui n’en mérite pas le nom. A la rigueur, le feul élément, le feul premier principe , c’eft la matière en général. Cette dernière
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- sur l’Électricité, 19
- peut jouir de deux états, de celui de tranquillité & de repos, & de celui d’expanfibilité ; &, confidérée fous ces deux faces, elle nous fournit deux premiers principes au lieu d’un feul. Ce qu’on a appelé élément, la terre, l’eau, l’air que renferme notre globe , peuvent tout au plus être regardés comme des principes de la planète fecondaire que nous habitons, mais non pas comme des élemens proprement dits, des élémens de l’univers, ni par conféquent de la nature ; ils ne font que différens états de la matière morte, des compofés même , peut-être de fes différens états. L’air en effet n’eft plus regardé j par plufieurs Chimiftes, comme une fubftance fimple ; peut-être, avant longtemps, reconnoîtra-t-on dans l’eau différens principes; &, de toutes les parties que renferme notre globe , & que nous nommons terres , celle qui nous paroît la plus pure, & le plus fe refufer àFanalyfe, fera-t-elle aufiidpcom-pofée. Peut - être même les principes de ces élémefis fecondaires nous paroîtront - ils bien éloignés des états les plus fimples de la matière morte.
- Je conçois que c’eft la différence de figura des parties de cette matière inanimée , qiii confirme ces différens états : ils peuvent fe com-
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- 20 Essai
- biner un à un, deux à deux, plufieurs enfemble, & former ces compofés auxquels on a improprement donné le nom d’Élémens & de premiers principes. Suivant que cette différente figure permet aux parties de la matière de fe toucher par un certain nombre de points, leur force de cohéfion eft plus ou moins grande ; & de-là naît le plus ou moins de folidité des corps, dont les derniers degrés fe joignent à ceux de la fluidité, & ceux - ci à ceux d’une fluidité encore plus grande : on a tracé fur cette échelle trois grandes divifions, qu’on a nommées ferre, eaa, & air.
- Si les parties de la matière dans un très-grand état de divilïon & de liberté, & pouvant fe porter les unes vers les autres en fens contraire, font douées d’une figure capable de leur procurer un contaft très-parfait, l’élafticité leur étant auffi effentielle que la vertu attraâive dont elle eft un effet ; rien n’empêche alors que l’aôion ayant dû être prefque infinie, la réaélion ne foit prefque infinie aufli. De-là naît l’expan-fibilité; par-là la matière morte eft animée, changée en matière vive, en élément du feu. Telle eft celle du foleil, des aftres brûlans & lumineux par eux - mêmes. Si la matière qui compofe notre globe acquéroit cette figure &
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- sur l’Électricité.
- cette divifion de parties, il ne feroit plus une planète obfcure, &, nouveau foleil, il brilleroit bientôt de fes propres feux.
- Cet état de grande divifion, de grande liberté de parties, a auffi fes degrés : par eux, l’élément du feu fe rapproche de la matière morte ; car, tout eft par nuances & par degrés infenfibles dans la nature ; & ce n’eft que faute de plus grandes connoiflànces, que nous croyons quelquefois y appercevoir des êtres ifolés. C’eft dans ces différens paflages que la matière vive, combinée avec les différentes manières-d’être de la matière inanimée, compofe la lumière, le phlogiftique, le fluide éleôrique, &c.
- Tous les différens états de la matière morte & de la matière aâive, auxquels on peut donner le nom d’élémens du fécond ordre, jouiffent, ainfi que les premiers élémens, des propriétés générales de la matière ; ils gravitent & exercent une aftion les uns fur les autres. Cette aâion eft foumife aux mêmes lois que celle de la matière en général ; elle eft en raifon de leur mafle, de leur diftance & de leur figure. Ces trois termes entrent néceflàirement dans la loi de Fattraftion : à la rigueur, cependant, la diverfité de figure ne produifant qu’une diver-fité de diftance, & une impofïibilité plus ou B iij
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- moins grande de voir celle-ci s’anéantir dans le contaâ,elle devrait n’être pas comptée, & la diftance & la maffe diriger feules cette loi. A mefure qu’un de ces trois termes augmente, & augmente infiniment au deffus des deux autres, ceux-ci paroiffent s’évanouir, ou du moins celui de ces deux qui diminue le plus en proportion.
- Tous les élémens étant atttirés les uns par les autres, ils devraient, en vertu de leur tendance mutuelle, la feule caufe produârice de la nature, former des compofés entièrement femblables, dans lefquels ils entreraient tous, & dans les mêmes proportions, fi leurs maffes, leur éloignement & leurs figures étoient les mêmes; mais tous les phénomènes & la diverfité des compofés qui réfultent de leur union, prouvant la différence de leurs affinités, il faut au moins qu’un des trois termes de l’attra&ion foit différent dans chacun d’eux. La figure des élémens me paraît être ce terme, & je la crois même le feuldes trois qui ne foit pas le même dans tous les élémens :1a diftance de ces derniers devant en effet être fuppofée à peu près égale, leur maffe pourroitfeule concourir avec leur figure à régir la différence de leurs affinités. Mais la maffe des élémens, ou, ce qui eftici la même chofe, celle
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- de leurs parties conftituantes, ne doit-elle pas être la même? n’eft-elle pas en raifon inverfe de la porofité? La porofité n’eft-elle pas nulle dans les parties primitives & conftituantes des élémens, puifqu’on les fuppofe incapables de fubir une divifion ultérieure? Dès-lors la maffe ne doit - elle pas être dans chaque élément la plus grande pofïible , & par conféquent la même dans tous ? La figure eft donc le feul des trois termes de la loi de l’attraâion, qui foit différente dans chaque élément ; c’eft elle feule, par conféquent, qui gouverne la diverfité de leurs attraâions ; & la même caufe direârice qui prélide à la criftallifation & à la formation des corps les plus compofés, régit donc auffi les combinaifons immédiates des élémens, foit premiers, foit fecondaires. J’embraffe d’autant plus volontiers cette idée, qu’elle me paroît ramener toutes les opérations de la nature à un plan fimple & digne d’elle.
- Si donc la converfion des élémens a lieu, fi, par exemple, l’eau devient de l’air, comme l’a dit l’immortel Buffon , la maffe de leurs parties conftitutives n’augmente ni ne diminue; ces dernières changent feulement de figure : par-là leur contaâ devient plus ou moins immédiat , leur adhéfion plus ou moins forte , B iv
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- leur fluidité plus ou moins grande; & la même matière qui tout - à - l’heure étoit de l’eau, devient de l’air ou de la terre, &c.
- Lorfque, par le frottement ou par quelque autre caufe, leur figure eft devenue telle, que leur contaft peut - être très - immédiat, fi en même temps leur cohérence a été détruite, fi elles font dans un état de liberté qui leur permette de s’élancer les unes vers les autres en fens contraire, leur attraôion eft prefque infinie au point de contaft , puifqu’elle augmente comme le quarré des diftances diminue. Leur réaftion, en vertu de leur élafticité, étant toujours proportionnée à l’attraâion, doit auffi être prefque infinie : de-là naît, comme nous l’avons déjà dit, cet élément expanfible de fa nature, auquel le nom de feu a été donné (a).
- L’eau , l’air , & la terre , pourront donc aifément devenir du feu, lorfque leurs parties acquerront cette dernière figure. La terre, par exemple, n’eft-elle pas chaque jour convertie en feu, & même en lumière, lorfque fes parties changent de figure par leur choc contre l’acier, & que, libres de toute cohérence, elles
- (a) Voyez, dans l’Hiftolre Naturelle de M. le Con de Buffon, VlntroduÜion à l’Hiftoire des Minéraux.
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- font devenues capables d’obéir à toute leur force d’attraôion ?
- Par cela même que les élémens gravitent les uns fur les autres , ils ont dû s’unir, & , par leurs différentes combinaifons, former des compofés; &, par cela même que leurs affinités font inégales, ils ont dû produire des compofés diverfifiés, & parmi lefquels ceux qui occupent les premiers rangs après eux , & en raifon de leur limplicité, font ceux qui ne font formés que des combinaifons immédiates de ces élémens , pris deux à deux, puis trois à trois, &c.
- La diverfité de proportion pouvant être infinie , le grand nombre des compofés différens entre eux, que renferment les divers règnes de la nature, ne répugne pas au petit nombre des principes, c’eft-à-dire, des élémens. La manière d’ailleurs dont ils peuvent être combinés, admettant des différences prefque infinies, la dif-proportion qui paroiffoit au premier coup-d’œil entre l’effet & fa caufe, achève de s’évanouir.
- Au relie , il eft effentiel de ne pas perdre de vue que les abfolus n’exiftant pas dans la nature, cette dernière ne peut renfermer aucune fubliance parfaitement pure, & exempte de tout mélange. Mais, non-feulement je penfe qu’il n’exifie aucun élément, foit premier, foit
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- fecondaire, qui ne foit mêlé en plus ou moins grande proportion & d’une manière plus ou moins intime avec quelque fubftance étrangère ; mais je crois encore qu’on doit rencontrer les quatre élémens, en quelque proportion que ce puiffe être, dans chaque élément en particulier, & dans chacun des compofés que leurs différentes réunions peuvent faire naître.
- Je m’éloignerais trop de mon fujet, fi je voulois traiter de toutes les combinaifons immédiates que les élémens me paroiffent avoir dû former : confidérons feulement celles qui ont le plus de rapport avec le fluide éleôrique ; mais qu’il me foit permis de m’arrêter ici un moment furunepartie de la théorie des affinités, dont il me femble qu’on n’a pas affez remarqué la difficulté ni l’importance.
- On conçoit aifément, me dira-t-on, comment une molécule attire de préférence une molécule d’une certaine figure, & fe combine avec elle plutôt qu’avec une molécule d’une figure différente : on imagine fans peine que la diverfité de figure produifant une différence dans la diftance, doit auffi en produire une dans la force attraftive, lorfque la maffe eft fuppofée égale ; & on fait que la maffe doit être regardée comme telle, lorfqu’il s’agit des
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- molécules ou parties conflitutives des corps. Mais pourquoi deux molécules de différente figure étant déjà combinées l’une avec l’autre, une troifième peut-elle quelquefois, par fa pré-fence, les obliger à fe féparer, forcer l’une des deux premières à venir s’unir avec elle, & contraindre l’autre à fe précipiter ou à s’élever, fuivant fa plus grande ou moindre pefanteur? Ne fembleroit-ilpas, d’après lesprincipes expofés dans ce Mémoire, que les deux molécules déjà combinées devraient aller toutes les deux s’unir à la troifième, & que cette dernière ne devrait pas avoir en quelque forte la propriété dechoifir la partie qui lui convient le mieux dans le compofé qui fe préfente à elle, mais qu’elle devrait attirer en entier ce compofé ? Toutes les parties de la matière ne jouiffent-elles pas en effet de la vertu attraôive? Les caufes qui modifient cette force, c’eli-à-dire, la diflance, la figure & lamaflë, ne paroifTent-elles pas devoir être confidérées relativement au compofé total, & non pas relativement à une feule partie ? Et ne s’enfuivroit-il pas de-là que les phénomènes connus fous le nom de précipitation, ne pourraient pas avoir lieu ; ce qui ferait contraire à l’expérience (a)l
- (a) Cette obje&ion m’a été faite par un très-bon Phyficien de mes amis, M. Vigué, officier d’infanterie.
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- Il me femble que toute difficulté à cet égard doit s’évanouir aux yeux de ceux qui cqnfidé-reront que les deux premières molécules, en fe combinant, n’ont fait que fe toucher & adhérer l’une à l’autre par quelques-uns de leurs points ; cardeux molécules,telles qu’on doit les concevoir dans les combinaifons, ne peuvent pas fe pénétrer , & la combinaifon la plus intime de deux fubftances, n’eft que la juxtapofition de leurs parties conftitutives. Dans tous les autres points de leurs furfaces, elles ont confervé la figure qu’elles avoient avant leur union : la diftance n’eft doncspas la même entre chacune d’elles & la troifième molécule : elles doivent donc être inégalement attirées par cette dernière. Obligées d’obéir chacune à une force inégale, & par conféquent de s’approcher de la troifième molécule chacune avec une viteffe différente, ne doivent-elles pas s’éloigner l’une de l’autre & fe féparer? & ne le doivent-elles pas d’autant plus aifément, que leur adhéfion ne peut pas être confidérable , puifque cette condition eft né-ceffaire pour que la précipitation ait lieu, ainfi que tout le monde le fait ? Mais vdès l’inftant où elles font féparées, le phénomène n’eft-il pas réduit à celui qu’on obferve lorfqu’une molécule placée auprès de deux molécules de différente
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- Du Feu & de la Lumière.
- L A force d’attraftion, cette première caufe de mouvement accordée à toutes les parties de la matière, bien loin de remplir fa deftination, aurait bientôt au contraire donné nâiflance à un repos parfait , & les corps ne ceflant de tendre les uns vers les autres, feraient bientôt parvenus à des points où toutes les puiffances auraient été en équilibre, fi cette même attraction, réagiflant fur elle-même parle moyen de l’élafticité, n’eût produit une efpèce d’oppo-fition de forces, rompu cet équilibre, & ranimé le mouvement. Sans Pélaffiçité, la nature morte aurait été réduite à une malle informe, à un tas de matières pefantes les unes fur les autres ; nul mouvement, nulle vie ne l’aurait animée, & un ftérile & éternel repos aurait été fa feule propriété : mais un élément a été doué, par la figure de fes parties, de la propriété d’offrir un contaft très-parfait ; jouiflant d’ailleurs, par fou état de grande divifion, de la liberté d’obéir à toute fa vertu attraâive, & devant fe réfléchit
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- avec la même force avec laquelle il avoit été attiré , il eft venu animer cette maffe & débrouiller ce chaos. Tout a paru acquérir fon exiftence ; les êtres que nous appelons animés, ont développé leurs parties, atteint leur degré de perfeâion, & reçu le pouvoir de fe reproduire ; d’autres, doués d’une vie plus foible, parce qu’ils avoienr reçu une moindre portion de cet élément créateur, ont cependant joui de propriétés nouvelles, & concouru à l’ornement de la nature devenue féconde ; la matière la plus brute a obéi à celle qui renfermoit ce principe de vie, s’eft organifée pour ainfi dire, & a paru avec un nouvel éclat ; tout enfin a acquis, par cet élément, une manière-d’être bien au deflus de fa première exiftence, & tout encore fe conferve & fe perpétue par lui. Ces germes primitifs dont les differentes réunions, modifiées par des circonftances particulières, donnent naiffance à tous les êtres doués de vie ; ces molécules, vivantes pour ainfi dire par elles-mêmes, à qui doivent-elles leurs brillantes prérogatives, fi ce n’eft à cet élément, à ce libérateur des êtres, qui fans lui auraient demeuré éternellement enchaînés fous les lois d’un repos abfolu ? Et cet élément , quel •ft-il, fi ce n’eft le feu ?
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- g2 Essai
- Pour en avoir une idée jufte, il me femble qu’on doit commencer par pofer les limites qui féparent la matière aâive, proprement dite & pure, d’avec cette même matière déjà combinée. Ce n’eft pas dans l’état de pureté, mais dans celui de combinaifon, qu’elle nous vient du foleil fous la forme de lumière ; qu’elle conf-titue, foit la flamme vifible, foit la flamme invifible; ou que,fuivant les différentes matières auxquelles elle s’attache, elle affefte lefens du goût & celui de l’odorat. Dans toutes ces occa-fions, l’élément du feu me paroît combiné : fi quelquefois il ne l’eft pas, c’eft principalement lorfque fes effets fe bornent à produire la chaleur & la rare faction. Aufli , dans tout mon ouvrage, n’entendrai-je jamais par feu,feupur, ou matière, active, que cet élément invifible par lui-même, qui raréfie & réchauffe fans qu’il foit obligé d’être mêlé avec la lumière & de compofer la flamme ; cet élément , enfin , connu parles Phyficiens fous le nom de chaleur.
- Doit-on être furpris, maintenant, que nous n’ayons de cet-élément qu’une idée imparfaite ? Peut-être même n’exifte-t-il pas véritablement une matière dont les parties dans la plus grande divifion, foient en même temps douées d’une figure capable de leur procurer le plus grand contaft
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- contaâ poffible ; car les abfolus ne font guère que dans l’imagination.
- Cette diftinâion établie, confidérons la matière aâive, l’élément du feu dans fon état de pureté, 8c tâchons de remarquer fes effets les plus généraux.
- Aucun être n’eft produit que par la décom-pofition de quelque autre , 8c ne perd fon exiftence qu’en laiffant à la nature de quoi réparer fa perte par la formation de nouveaux compofés. Les principes des corps ne ceffent pas d’être les mêmes pour parcourir l’immenfe chaîne des fubftances qui fe fuccèdent fans interruption ; ils ne font qu’éprouver des com-binaifons différentes ; 8c la deftruâion, qui ne préfente au premier coup-d’œil qu’une image trifte 8c affreufe, n’eft, à proprement parler s qu’une nouvelle manière-d’être des parties conf-tituantes employées par la nature. Les change-mens particuliers n’influent en rien fur l’état de cette dernière, 8c les différentes fubftances qu’elle renferme peuvent fe fuccéder, fervir mutuellement à la compofition les unes des autres, fans qu’elle ceffe d’être la même, toujours agiffant fuivant les même lois 8c avec les mêmes forces. Le terme de deftruâion n’eft donc pas, en conlïdérant les chofes fous ce Tome I. C
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- point vue, celui qu’on doit employer : rien ne fe détruit ; rien, en quelque façon, ne ceffe d’être ; rien ne rentre dans le néant. Ecartons ces idées affligeantes & funèbres, pour leur en faire fuccéder de plus dignes d’une puiflance féconde ; ne confidérons plus les différens chan-gemens que les fubftances particulières éprouvent, que comme des décompofitions & de nouvelles combinaifons, desfources de création & de vie, plutôt que comme des caufes de mort & d’anéantiffement.
- Le feu eft un des moyens qu’emploie la nature pour opérer ces décompofitions. Etant le plus expanfible des élémens, il tend toujours à écarter les unes des autres les parties des corps fournis à fon aftion ; il les défunit lorfque fa force eft affez grande , & il les fépare au point que, trop éloignées pour obéir toutes â leur attraôion mutuelle, les plus volatiles s’élèvent avec lui, & jouiffent quelque temps de fon expanfibilité ; tandis que les autres, plus fixes, ceffent de former un feul tout, fe réu-niffent en plufieurs corps, fuivant leur différente figure, leur maffe & leur diftance, & en com-pofent de nouveaux doués de nouvelles propriétés. Nous avons tous les jours fous les yeux des exemples de ces phénomènes. Lorfque cette
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- force agit fur des êtres capables de fentiment, elle affeéte le fens du toucher, & elle y produit la fenfation délicieufe d’une chaleur douce & agréable, en s’oppofant, par une raréfââion modérée,àl’engourdiffement que le froid auroit pu y caufer ; ou y fait naître la douleur aiguë & infupportable qui accompagne néceffairement, dans tout être fenfible, la féparation forcée & entière de fes parties.
- Plus les molécules conftituantes des différens corps de la nature ont de l’adhérence entre elles à raifon de leur figure, & plus le feu a befoin d’employer de forces pour les défunir. De-là vient que certains corps, quoique fournis à l’aâion du feu, confervent cette ténacité de parties qu’on a appelée folidité ; tandis que d’autres font retenus par la chaleur dans une divifion très - grande , à laquelle le nom de fluidité a été donné. En augmentant dans les uns la force du feu, on les réduiroit à l’état des féconds ; & ces derniers acquerraient la folidité des autres, fi on leur enlevoit celui qu’ils contiennent. La force à ajouter ou à ôter au feu, dépendroit du plus ou moins d’adhérence des parties des différens corps ; & je crois qu’il n’y en a aucun dans la nature, quelque réfraâaire qu’il paroiffe, que le feu ne puiflë fondre, & Cij
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- réduire à l’état des plus liquides ; tandis que, d’un autre côté, il n’eft aucun de ces derniers auquel on ne puifle faire acquérir une folidité égale à celle des moins fluides, fi on peut parvenir à le priver de feu jufques à un certain point. Par une conféquence néceffaire, tous les corps pourroient être réduits à la même folidité, ou à la même liquidité , en les foumettant à une aftion du feu inégale, & proportionnée à l’affinité & à l’adhéfion de leurs parties.
- Tous les effets dont nous venons de parler, fe réduifent évidemment à la raréfaftion ; & je la regarde comme prefque le feul que le feu pur ou l’élément du feu puifle produire. La matière aftive n’affefte guère que le fens du toucher, tant qu’elle demeure pure & non combinée ; fi fon aftion s’étend fur les fens de l’odorat, du goût & de la vue, il me femble qu’elle doit avoir alors changé d’état, s’être combinée avec d’autres élémens , & être devenue par-là principe des odeurs, des faveurs, ou lumière.
- Tâchons de développer cette idée, relativement à cette dernière fubflance ; & pour mieux y parvenir, dilfinguons avec foin les deux différentes manières dont l’organe de la yue peut être affefté.
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- Les diverfes parties qui le compofent , peuvent éprouver tous les différent degrés de défunion, depuis la raréfaâion la plus foible & la plus modérée, jufques à la féparation la plus parfaite. En cela l’organe de la vue eft immédiatement fournis à l’élément du feu, première caufe de toute raréfaâion ; mais ces différentes dilatations ne retraceront dans aucune de fes parties l’image des objets qui l’environnent ; elles ne pourront être que des deftruâions commencées de cet organe; &, pour peu qu’elles deviennent confidérables, bien loin de fervir à repréfenter les objets extérieurs, elles ne feront que s’oppofer à ce que l’image exaâe de ces objets foit tracée fur des parties qu’elles fépareront avec force, & qu’elles finiront même par décompofer & par détruire entièrement. C’eft par une fenfation bien différente de la fimple raréfaâion, que les nerfs optiques font ébranlés, lorfqu’ils viennent avertir notre ame des objets qui l’entourent, & lui en retracer l’image fidelle. Pour peu même que la raréfaâion devienne une fenfation violente & dou-loureufe , la vifion ne peut plus avoir lieu. Jamais au contraire les objets extérieurs ne font peints plus exaâement dans le fond de notre oeil, que lorfque les rayons lumineux qu’ils
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- nous envoient , font reçus dans un organe tranquille, bien éloigné d’éprouver une raré-faftion violente, & qui puiffe tranfmettre pai-fiblement jufques à notre ame le fentiment d’une repréfentation qui n’ait pas été troublée. Le feu pur, tant que fa force n’eft enchaînée par aucune caufe, doit toujours exciter une raréfaftion plus ou moins vive dans les corps fournis à fon aftion ; c’eft un effet nécelfaire de l’expanfibilité qui lui eft effentielle. Tant qu’il jouit de fa liberté, fon aâion fe réduit à cet effet ; &, quelque augmentation qu’on puiffe fuppofer dans la divifion de fes parties, on ne pourra que concevoir la diminution du pouvoir qu’il a de raréfier, fans que cette déperdition de forces doive lui faire rapporter une propriété nouvelle, & qui n’a rien de commun avec la raréfaftion. Nous ne devons donc pas confondre , ni identifier avec lui ce fluide qu’on a nommé lumière, que tous les corps lumineux par eux-mêmes répandent fans ceffe autour d’eux, & qui, réfléchi par les furfaces des corps opaques , vient en defliner l’image dans le fond de l’organe de la vue, & nous procurer nos plus belles & nos plus agréables jouiflances. A la vérité, en augmentant jufques à un certain point les forces du fluide lumineux par la
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- réunion de fes parties, on parvient à lui faire produire les effets du feu pur ; mais ce qui prouve que la lumière eft cependant effentiel-lement différente de la matière vive, c’eft que, lorfqu’elle a été amenée au point de produire les effets de cette dernière, elle ceffe de pouvoir tracer la repréfentation fidelle des objets dans un organe qu’elle dérange, & qu’elle commence même à détruire par la raréfaftion qu’elle y caufe.
- C’eft en vain qu’on m’objefteroit que, d’après les expériences faites par M. Marat, le feu eft vifible, même lorfqu’il eft dans fa plus grande pureté, &lorfque rien n’enchaîne fon aâion; & que par conféquent il eft capable d’agir fur le fens de la vue par une fenfation différente de celle de la raréfaâion , la feule que je lui
- Il eft aifé de voir, d’après les expériences mêmes qu’on imagineroit peut-être pouvoir rapporter contre moi, que le feu pur, lorfqu’il eft apperçu, n’agit point immédiatement fur l’organe de la vue : fes molécules ont pu intercepter les rayons de la lumière, & projeter fur une furface une ombre que M. Marat a trouvé le moyen ingénieux d’augmenter & de rendre plus fenfible ; mais il n’éclairera jamais par lui-C iv
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- même , & jamais il ne pourra être vu que lorfque des rayons de lumière étrangère feront interceptés par fes parties, ou réfléchis par leurs furfaces. Il doit donc toujours être regardé comme un être très-diftinâ de la lumière ; & la fuite des expériences que M. Marat a données au public, le prouve bien mieux elle - même que tous mes raifonnemens.
- Mais quelle eft cette fubftance dont les effets, dans certaines circonftances, fe rapprochent fi fort de ceux de l’élément du feu, qui jouit , ainfi que lui, de l’expanfibilité & de l’élafticité par excellence, mais qui n’excite pas néceflairement comme lui une violente raré-faâion, & qui par-là eft rendue propre à affefter innocemment l’organe délicat de la vue, & à y tracer des impreflions fidelles, fans en troubler ni en défunir les parties par une féparation forcée?
- Je penfe qu’on doit la regarder comme n’étant autre chofe que l’élément du feu altéré, & en quelque forte réduit en efclavage : cette manière - d’être, en enchaînant prefque toute fa force raréfiante, lui aura cependant laifle fon élafticité; il aura toujours le pouvoir de rentrer dans tous fes droits par la réunion de fes parties , & de reprendre par - là l’exercice de fâ puiflance de dilater & de détruire.
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- L’élément du feu eft fimple , & par confé-quent ne peut perdre aucun principe ; il ne peut donc qu’en gagner par cette nouvelle ma-nière-d’être que nous avons appelée fon altération. Je conçois qu’il peut fe combiner avec un autre élément, &, après avoir acquis par-là de nouvelles propriétés, deffiner fur le fond de notre œil les objets qui nous environnent, exciter enfin la fenfation de la lumière. De tous les élémens fecondaires, je crois que c’eft l’air qui entre avec le feu dans la compofition de la lumière : il eft celui dont la nature approche le plus de celle du feu, & dont la combinaifon avec ce dernier élément eft par conféquent la plus facile; uni avec lui, il peut lui donner de nouvelles propriétés, telles que celles de colorer les objets 8t de les deffiner au fond de l’œil.
- Cette opinion me paroît d’autant plus probable , que la quantité d’air qui enu'e dans la lumière , doit être très-petite en comparaifon de celle du feu, dont les propriétés font toujours celles qui dominent dans ce mélange.
- Mais, dira-t-on peut-être, non-feulement la lumière-jouit d’une expanfibilité égale à celle de l’élément du feu : elle en eft encore douée d’une fupérieure, & elle paroît être la fübftance
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- de la nature dans laquelle cette propriété eft
- dans le plus haut degré d’énergie.
- La facilité avec laquelle on explique, d’après mes principes , la fupériorité de la vertu ex-panfive de la lumière , me paraît être une preuve en leur faveur.
- L’expanfibilite n’eft en effet, comme l’a dit M. de Buffon, que la réaftion de l’attraftion; & cette réaftion eft d’autant plus forte, que le contait eft plus parfait. Je conçois que les parties de l’élément du feu ont pu acquérir, par leur combinaifon avec celles de l’air, une figure capable de leur procurer un contait encore plus immédiat que celui dont elles pouvoient jouir avant d’être combinées : par-là leur force d’attraéüon, qui croît en raifon inverfe de leur diftance, n’a-t-elle pas dû être beaucoup plus grande ? & la réaftion de cette force, ou leur expanfibilité, n’a-1- elle pas dû être beaucoup plus puiffante?
- Les forces raréfiantes des parties qui com-pofent la lumière , ne fe font cependant pas accrues avec leur expanfibilité ; c’eft un fait qu’on eft obligé d’admettre d’après les phénomènes , quelque hypothèfe qu’on embraffe, & qui me paraît tenir à ce que la vertu raréfiante d’un élément, quoiqu’elle ne foit qu’un
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- sur l’Électricité. 43 effet de fa vertu expanfive , exige cependant quelques conditions particulières, foit dans la maffe des molécules, foit dans l’affinité de ce même élément, pour pouvoir jouir de toute fon énergie ( <z).
- J’imagine que les parties de la matière aâive deffinées à devenir lumière, ont fubi avant leur combinaifon une divifion beaucoup plus grande que celles qui conffituent la chaleur proprement dite. Ces dernières font plus groffes, quelque divifées qu’elles doivent être par leur nature.
- En admettant cette différence, que nous a fait remarquer le fublime Peintre de la Nature, il eft aifé de voir comment la réunion des parties de la lumière rend au feu pur qui entre dans la compofition de cette dernière, toute fa force raréfiante & toute fon énergie.
- Ce qui me confirme d’ailleurs dans l’opinion où je fuis, que le feu pur & la lumière font deux fubffances différentes , c’eft que le prem-er eft compofé de parties homogènes, & douées d’une égale vertu attraftive ; tandis que Newton, en faifant paffer la fécondé au travers d’un prifme,
- (a) Pétendrai cette idée dans la Phyfique générale & particulière , dont je publierai inceflamment les
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- l’a divifée en plufieurs couleurs, chacune par conféquent inégalement réfrangible. Cette différence d’affinité s’explique on ne peut pas mieux dans mon hypothèfe, &me paroît en être une nouvelle preuve.
- Je crois, en effet, avoir fait voir que les parties conftitutives de tous les élémens, foit premiers, foit fecondaires, doivent toutes avoir les mêmes affinités en vertu de leur diftance & de leurs maffes, lorfqü’elles font fuppofées dans un très-grand état de divifion ; celles du même élément ayant la même figure, devront donc avoir la même force attraôive lorfqü’elles feront très - divifées. Mais les parties de la lumière font dans une très - grande divifion ; chacune de ces dernières jouirait donc d’une égale vertu attraâive, fi la lumière n’étoit que le feu pur, & ne renfermoit qu’un feul élément. Mais fi elle eft compofée de l’élément de l’eau joint à celui du feu, & fi le premier eft combiné en plus grande proportion ou d’une manière plus intime avec quelques-unes des parties du fécond qu’avec d’autres , comme je crois que cela doit arriver, fes diverfes molécules peuvent avoir des affinités différentes, & les phénomènes du prifme s’expliquent on ne peut pas mieux.
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- Ce n’eft pas feulement dans cette combi-naifon , mais dans toutes les combinaifons poffibles, qu’il me femble que cet effet doit avoir lieu. Lorfque deux fubftances fe combinent , ne doivent - elles pas être dans leur plus grand état de divilion , & réduites à leurs parties conftitutives ? car la combinaifon ne fe fait que de molécules à molécules. Lorfque celles d’une fubftance fe combinent avec celles d’une autre, elles ne s’uniffent pas toutes à-la-fois & dans le même inftant indivifible ; mais c’eft fuccefiivement & à mefure que leur diftance s’évanouit, qu’elles doivent fe joindre intimement les unes aux autres. Les premières molécules combinées n’ont pas ceffé d’être matière, quoiqu’elles aient changé d’état, ni ceffé de jouir de la vertu attraftive , la feule caufe des combinaifons. Elles doivent donc toujours exercer une certaine aftion fur les molécules encore libres. Cette aftion, quoique différente de celle qu’elles ont déjà exercée, n’en produit pas moins une fécondé union intime de ces molécules déjà combinées, avec celles qui jouiffent encore de l’état de liberté. Cet effet ne doit-il pas diverlifier, dans les différentes parties conftitutives de la fubftance formée de l’union des deux autres, la proportion
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- & l’intimité de leurs combinaifons, & faire varier cette intimité & cette proportion, fui-vant le plus ou moins de liberté dont auront joui les diverfes molécules des fubftances com-pofantes, jufqu’au moment où la combinaifon aura été achevée ?
- S’il s’agiffoit ici de Chimie, je développerais cette idée que je ne fais qu’indiquer, & j’en déduirais l’explication de plufieurs phénomènes connus : ceux qui font inftruits de cette fcience , pourront fuppléer à ce que j’au-rois dit.
- Il me femble encore que les phénomènes que je vais rapporter, font des preuves bien fortes de la vérité de mon opinion.
- Tous les Phyficiens favent que le feu ne brûle les corps qu’avec le concours de l’air, & que la préfence de ce dernier paraît même déterminer fon plus ou moins de violence. La lumière au contraire, condenfée & reçue dans un efpace vide d’air, y produit la combuftion, l’inflammation, & en général tous les effets du feu qu’elle aurait pu faire naître à l’air libre ; ce qui me paraît prouver de la manière la plus fatisfàifante, qu’elle porte en foi cet élément fecondaire, dont le concours avec le feu eft fi fort néceffaire à toute combuftion.
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- Les mêmes fubftances qui, renfermées dans le vide, ne s’enflamment jamais, quelque violente que foit la chaleur à l’aâion de laquelle elles fontfoumifes, brûlent & répandent de la lumière dès qu’on leur fournit de l’air qui puifle fe combiner avec le feu qui les confume.
- Que l’on fe rappelle les fuperbes expériences de M. le Comte de Buffon fur la chaleur obf-cure. Ce grand homme, après avoir dit qu’il avoit fait déboucher l’ouverture fupérieure de fon fourneau, ajoute : « Enfuite j’ai obfervé la » furface du charbon, & j’y ai vu une petite » flamme qui venoit de naître ; il étoit abfo-' » lument noir & fans flamme auparavant. En » moins d’une heure, cette petite flamme » bleuâtre eft devenue rouge dans le centre, » & s’élevoit alors de deux pieds au deflus du » charbon. >» Peut - on s’empêcher de recon-noître dans ce phénomène l’effet de la com-binaifon de la chaleur obfcure avec l’air, de la préfence duquel elle avoit été privée avant l’ouverture du fourneau ? Et n’eft-il pas aifé de concevoir , en admettant mes principes, comment cette union a donné naiflànce à la vapeur ou fumée lumineufe qu’on appelle flamme ?
- Le feu condenfé dans le ph'ofphore , ne répand aucune lumière pendant qu’il eft privé
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- du contaâ de l’air; mais, dès qu’on retire le phofphore de l’eau dans laquelle on le tenoit plongé, pour empêcher qu’il ne fe confumât, le feu qu’il renferme fe combine avec l’air, & la lumière paraît.
- Enfin, la rutilance des acides, qui n’eft qu’un commencement de flamme, & que la lumière accompagne toujours, n’a lieu que lorfque l’air peut fe combiner avec les parties de feu qu’ils renferment, ou que peut produire la colli-fion ou le changement de figure de leurs molécules.
- La converfion de la lumière en feu, & du feu en lumière, eft donc, non-feulement très-poflible, mais encore très-aifée à concevoir ; la première converfion n’exigeant que la décom-pofition de la lumière, ou fa concentration ; & la fécondé, que la combinaifon & la divifion du feu. La lumière & l’élément du feu étant deux êtres très-diftinfts, ne devra-t-on pas voir très-aifément pourquoi la chaleur eft fi fouvent obfcure; & pourquoi fouvent, d’un autre côté, une lumière très-intenfe, telle que celle de la lune lorfqu’elle eft condenfée, n’excite aucune chaleur fenfible ?
- La lumière doit très - bien paffer , & pafle très-bien au travers du vide ; mais je crois qu’il
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- ne fe produiroit aucune lumière dans un efpace purgé d’air, fi le corps donc les parties deviennent capables d’éclairer, ne pouvoitpas, après être devenu du feu par le changement de figure de fes molécules, & la deftruâion de leur cohérence , fe convertir encore en air, fournir ce dernier élément à la matière aâive, & de leur union faire naître la lumière.
- Le falpêtre ne s’enflamme & n’éclaire fi aifé-ment, que parce qu’il renfermeune très-grande quantité d’air, qui, en fe combinant avec le feu, donne à ce dernier la propriété d’agir fur le fens de la vue.
- Le principe étranger au feu qui entre dans la compofition de la lumière, ne doit pas l’empêcher de brûler lorfqu’elle eft condenfée au foyer d’un miroir ardent ; la réunion de fes parties, en augmentant fes forces, lui rend les propriétés de feu pur, que la préfence de l’air & la ténuité de fes molécules avoient pu lai faire perdre.
- La lumière, telle que je la conçois, n’eft donc autre chofe que le phlogiftique, ou n’en diffère que par la proportion des fubftances qui la compofent. Le phlogiftique n’eft en effet, comme l’a dit M. de Buffon, que le feu pur combiné avec de l’air j & qu’il me foie
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- permis de faire à ce fujet les obfervations fui-vantes (a).
- La lumière, lorfqu’elle eft un peu intenfe, jouit, ainfi que le phlogiftique, du pouvoir de revivifier le fer réduit à l’état de chaux, & de lui rendre la propriété d’être attiré par l’aimant. Je ne doute pas que, lorfqu’on emploiera des miroirs ardens très - puilfans, la vive & forte lumière qu’ils réfléchiront, ne revivifie toutes les chaux métalliques fans le fecours d’aucune autre matière phlogiftiquée.
- Le plus ou moins de phlogiftique que ren-ferment les différens corps de la nature, n’eft-il pas reconnu, avec railbn, par les Chimiftes, pour la caufe de leurs différentes couleurs?
- C’eft fous la forme de lumière que le feu du foleil arrive à notre globe , & qu’il s’infinue dans les végétaux & dans les animaux : ne
- ( a) M. Senebier, Bibliothécaire de Ja république de Genève, qui penfe, ainfi que moi, que la lumière eft une combinaifon du feu, à la vérité avec un principe différent de celui que j’ai imaginé , la regarde aufii comme très-voifine du phlogiftique.
- Voyez le Mémoire de cet excellent Phyficien ; imprimé dans le Journal de M, l’Abbé Rozier , du mois de novembre 1779.
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 51 font-ce pas ces corps qui ont reçu de la nature la propriété exçlufive d’élaborer les élémens, & de les changer en leur propre fubftance ? eux feuls ne font-ils pas inflammables par eux-mêmes? & n’eft-cepas à eux qu’on doit toujours rapporter l’origine du phlogiflique , quelque part qu’on trouve cette fubftance fecondaire » dont la formation eft due au feu & à l’air qu’ils ont fixés » ou à la lumière qu’ils ont retenue ?
- Dans la combuftion , ce phlogiflique fe dégage, emmène avec lui les parties volatiles du corps qui brûle, agiflant fur le fens de la vue, paroît fous une forme à laquelle on a donné le nom de flamme. Il fe déçompofe enfuite ; le feu pur fe fépare de l’air avec lequel il étoit combiné ; la lumière cefle ; il ne refte que la chaleur, & les principes les moins fixes qui continuent de s'élever en fumée.
- Si fouvent le phlogiflique ; même réduit en vapeurs^èpfoduitpas la fenfationde lalumière, c’eft parcexjû’B en eft peut-être eflèntiellement différent par la proportion de fes principes, ou parce qu’il eft mêlé avec d’autres vapeurs qui enchaînent fon aftion, lui ôtent une partie de fa vertu expanfive, & lui oppofent une réfiftance qu’il n’a pas affez de forces pour vaincre. Au refte, je crois qu’il faudra beaucoup de recher-
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- ches pour découvrir la proportion des deux élémens qui concourent à former la lumière.
- Le feu qui s’échappe de l’intérieur du globe, Celui qui provient de la combuffion des corps & de la décompofirion du phlogiftique , & la lumière que les corps céleftes nous envoient, doivent former, avec les autres élémens , un grand nombre d’autres combinaifons. C’eft parmi elles qu’on doit chercher le principe des odeurs & celui des faveurs ; & n’efl-ce pas auffi à elles qu’on doit rapporter l’origine des acides & des alkalis, fi au moins l’exiftence de ces derniers eft due à la nature libre, & s’ils né font pas au contraire le produit de cette même nature contrainte & affervie par l’art ?
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- I Ve. MÉMOIRE.
- Du Fluide èleclrique & de fa nature.
- LE feu, cet élément qui, dans l’état de pureté n’agit jamais immédiatement fur le fens de la vue, qui n’affefte ni le goût, ni l’odorat, ni l’ouïe , dont les impreflions ne nous font guère communiquées que par le toucher, & que nous avons reconnu pour la première caufe de toute raréfaâion ; le feu, dis -je , ne s’unit pas feulement avec les autres élémens pour former la lumière & le phlogiftique, mais un grand nombre de parties de cette matière aâive fe combine encore dans l’intérieur du globe avec celles de l’eau, &, par leur union intime & immédiate, y forme ce fluide qu’on a nommé électrique. Par-là le globe de la terre eft non-feulement pour nous le principal réfervoir de la chaleur & du feu, mais nous lui devons encore ce dernier élément combiné, & devenu, par cette nouvelle manière d’être, la fubftance dont nous tâchons de développer la nature.
- En effet, les étincelles qu’on voit fortir des corps dans lefquels on a fait naître la vertu D iij
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- éleôrique, qui brûlent lorfqu’elles font très-fortes , & dont la chaleur peut alors fondre les métaux & les faire rougir ; les aigrettes lumi-neufes qui paroiffent au bout des pointes qu’on éleârife, ou de cellês qu’on préfente à des corps éleftrifés ; ces phénomènes réunis ne permettent pas de ne pas reconnoître la pré-fence du feu dans le fluide éleftrique. Ce dernier n’eft cependant pas le feu dans toute fa pureté : il eft démontré par l’expérience, que cet élément ne peut pas, dans ce dernier état, agir fur le fèns de l’odorat, ni fur celui du goût : le fluide élèârique cependant a une odeur qui approche de celle du phofphore, & laiffe dans la bouche un goût acide, lorfqu’on reçoit fes émanations dans cet organe. Le feu ne parcourt les corps denfes que difficilement & avec lenteur , fur-tout fi leur volume eft confidérable: le fluide de Féle&ricité ne les pénètre-t-il pas ; au contraire, avec la plus grande facilité;& la plus grande viteffe ? Ce dernier n’agit pas indifféremment fur toutes fortes de corps; & il n’en eft aucun fur lequel la matière aftive n’exerce indiftinftement fon aâion. Le feu pur, d’ailleurs , n’ébranle jamais immédiatement le fens de la vue ; il n’eft vifible que lorfqu’il exifte autour de lui une certaine quantité de lumière :
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- n’eft-il pas inconteftable, au contraire, que le fluide éleârique n’a pas befoin, pour éclairer, d’une lumière étrangère à lui-même, que dans certaines circonftances il en produit les effets, & qu’il agit immédiatement fur l’organe de la vue par fes aigrettes & fes étincelles? Le fluide éleârique eft donc bien différent de' l’élément du feu dans toute fa pureté.
- On penfera peut - être qu’on pourroit fup-pofer dans la matière vive, certaines molécules dont la divifion & la ténuité feroit intermédiaires entre celle des parties qui fervent à compofer la lumière, & celles des parties du feu pur proprement dit ; & que ces molécules pourraient faire naître les effets dont nous venons de parler, & conftituer le fluide électrique : mais n’en fuivroit-il pas que le feu pur lourroit jamais fe convertir en lumière, fans auparavant fluide éleârique, & par jnt capable d’agir fur les organes du de l’odorat ? & ne devrait - on pas la lumière ne pourroit pas non plus les effets du feu pur, fans avoir paffé par l’état de fluide éleârique qu’on feppoferoit intermédiaire ? N’eft-ce pas, cependant, contraire aux phénomènes ? & ne feroit-il pas fuperflu de le prouver ?
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- L’élément du feu a donc befoin, pour devenir fluide éleftrique, de fubir une altération différente d’une Ample diviflon de parties : ne pouvant perdre aucun principe , comme nous l’avons déjà dit, il ne peut obtenir cette nouvelle manière-d’être, qu’en acquérant une nouvelle fubftance , un nouvel élément avec lequel il s’unifie intimement & fe combine. Le fluide éleârique eft donc Y élément du feu combiné avec un nouvel élément, ou une nouvelle fubftance.
- Mais quels élémens entrent dans cette com-binaifon? Les principes que j’ai déjà établis fer-viront, je crois, à nous le faire connoître.
- Tous les corps & les élémens eux-mêmes, avons-nous dit, ont les uns vers les autres une tendance réciproque, qu’on a appelée attraction dans les grandes diftances , & affinité dans les petites, & qui eft en raifon des mafles , des diftances, & des figures confidérées comme élémens des diftances. Cette vertu attraâive doit être fur - tout fenfible entre les fubftances de même nature, car fans cela il n’y auroit aucune agrégation ; &, par une fuite néceflaire , ne doit-elle pas agir de préférence entre les diffé-rens compofés qui renferment des parties communes, & le plus fouvent avoir plus ou moins
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- sur l’Électricité. 57 d’énergie en proportion du nombre de ces mêmes parties ? Une fubftance quelconque ne peut donc n’exercer aucune attraftion fenfible fur un élément, fans que ce défaut d’aâion de l’une fur l’autre, ne prouve qu’elle ne le renferme pas. D’après cela, ne faurons-nous pas fans peine quels font les élémens qui ne peuvent pas être regardés comme ayant concouru à la formation du fluide éleftrique, fi nous con-noiflons ceux avec lefquels il n’a pas d’affinité fenfible? &nous tromperons-nous en admettant enfuite au nombre de fes principes, ceux que nous n’en aurons pas exclus à caufe de leur peu d’affinité, fur-tout s’ils exercent fur lui une vertu attraâive très-forte ?
- Nous avons vu que nous ne pouvions pas nous empêcher de mettre l’élément du feu au nombre des fubftancesqui le compofent ; n’examinons donc que les élémens fecondaires, & commençons par l’air.
- Cet élément & le fluide éleftrique n’ont aucune affinité fenfible l’un avec l’autre ; nous verrons en effet, dans le cours de cet ouvrage, que les corps dans lefquels le frottement produit immédiatement l’accumulation du fluide de l’éleâricité, font précifément ceux qui n’exercent aucune attraâion fenfible fur ce fluide. Il eft
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- hors de doute que l’air doit être mis au nombre des fubftances de ce genre , d’après les expériences de plufieursPhyficiens, qu’il feroit fuperflu de rapporter. Tout le monde ne fait-il pas, par exemple, que M. Epinus en fit un carreau magique, & fefervit avec fuccès d’une couche de cet élément fecondaire, à la place d’une couche de verre ? L’air peut donc être regardé comme n’ayant aucune aâion marquée fur le fluide éleftrique; & ceci eft d’autant plus vrai, que toutes les expériences de l’éleftricité réunifient on ne peut pas mieux à l’air libre, cet élément s’oppofant au paffage & à la dif-fipation du fluide auquel elles doivent leur origine, par fon peu d’affinité avec lui : il ne peut donc pas être confidéré comme un de fes principes.
- La terre ne peut pas non plus être regardée comme entrant dans fa compofition. J’ai tâché plufieurs fois d’éleârifer par communication celle qui eft regardée comme la plus voifine de la terre élémentaire, c’eft-à-dire, en obligeant le fluide éleftrique déjà accumulé à fe porter vers elle par un effet de Tattraâion qu’elle auroit pu exercer fur lui: malgré tous mes efforts, je ne l’ai jamais vue donner le moindre ligne d’électricité. D’ailleurs tout le monde fait que la terre
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- sur l’Électricité. 59 élémentaire doit être, par fa nature, très-près du verre le plus pur : ce dernier eft très-électrique par lui-même ; la terre ne doit donc avoir, d’après ce que j’ai dit, aucune affinité avec le fluide dont nous voudrions deviner les principes conftituans. Si quelquefois certaines efpèces de terres dénaturées , & ne confervant prefque plus aucune trace de leur origine & de leur première qualité de terre vitrifiée, ont paru recevoir quelque vertu éleârique en proportion de leur dégradation, elles m’ont toujours refufé le moindre ligne d’éleftricité , lorfque, par des analyfes chimiques, je les ai rapprochées de leur premier caraftère, & que je les ai dégagées du feu, de l’eau, & des autres fubftances qu’elles renfermoient.
- Il ne relie donc plus que l’élément fecondaire de l’eau, pour concourir avec le feu à la formation du fluide éleôrique ; & tous les phénomènes nous invitent d’ailleurs à reconnoître fa pré-fence dans ce fluide. Un grand nombre d’expériences démontre, eneffet, l’analogie & l’affinité que le fluide éleftrique & l’eau ont enfemble : foit que cette dernière foit en malle, foit qu’elle foit dans un grand état de divifion , & réduite en vapeurs, elle attire avec force le fluide électrique qui fe porte de préférence vers elle ,
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- & fuit fidellement tout l’efpace qu’elle peut occuper. Elle jouit encore de cette propriété , lorfqu’elle efl: diffoute par l’air; & de-là vient que, pour peu que ce dernier en foit chargé , il eft fi difficile de produire de l’éleftricité dans les corps & de leur en faire donner les lignes. La plupart de ceux au travers defquels la matière éleSrique ne paffe qu’avec peine lorfqu’ils font fecs , la reçoivent & la communiquent on ne peut pas plus aifément, lorfqu’ils font mouillés ou même Amplement humides, & lui livrent alors un libre paffage.
- Le feu éleftrique me paroît donc devoir être l’élément du feu, combiné avec celui de l’eau. La proportion de leur mélange fera peut-être loing - temps cachée à nos yeux , quoique la plupart des effets éleâriques, tenant moins de ceux de l’eau que de ceux du feu, nous foyons déjà affurés que ce dernier doit dominer dans cette combinaifon. Quoi qu’il en foit, je conçois que le feu pur, que ce qu’on a appelé la chaleur du globe, fe combine principalement dans le globe même avec des particules d’eau, & y devient fluide électrique. Doué de cette nouvelle manière - d’être, il s’échappe par les endroits où la croûte de la terre lui préfente l’obftacle le plus foible, & s’élève dans l’atmo-
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- sur l’Électricité, 6i fphère par la vertu de fa force expanfive, à laquelle nous verrons que fon nouvel état a dû donner une nouvelle énergie. Il s’attache aux nuages qui y flottent, & auxquels fon affinité le détermine à s’unir ; il s’y accumule ; &, de ce liège de fa puiffance, il étincelle avec force contre les différentes élévations de la terre , contre les nuages vers lefquels il ne s’étoit pas encore élancé ; &, par les explofions qui l’accompagnent , il donne naiffance à ce bruit fi redouté qu’on a nommé tonnerre.
- Ce qui confirme cette hypothèfe, c’eft qu’on ne voit guère des orages, c’eft - à - dire , des effets d’un excès de fluide éleârique, qu’après les grandes chaleurs de l’été , ou des jours d’hiver très-peu froids ; temps où la croûte de la terre raréfiée, laiffe aifément paffer, non-feulement le feu de l’intérieur du globe, mais encore ce feu combiné & devenu fluide élec-
- Deux fubftances en tout femblables , ne produiront-elles pas toujours des effets qui fe reffembleront? &,dans quelques circonftances qu’on les éprouve , n’obtiendra -1 - on pas de l’une , exaftement ce qu’on aurait obtenu de l’autre ? A mefure qu’une des deux acquerra ou perdra un de fes principes , fes propriétés
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- & fes effets devront varier ; & leur différence des effets & des propriétés de l’autre fubflance dépendront, i°. de la plus ou moins grande proportion dans laquelle le principe qu’elle perdra, entroit dans fa combinaifon ; 2°. de la plus ou moins grande proportion dans laquelle y entrera celui qu’elle pourra acquérir ; 30. du nombre des principes qu’elle aura gagnés ou perdus; 40. enfin, de la différence de ces mêmes principes, à ceux qu’elle pourra conferver. Ce qui reliera d’effets femblables entre les deux fubftances , devra être attribué aux principes qu’elles auront encore de communs ; & lorfque ces derniers feront réduits à zéro , ou lorfque la diverfîté de leurs combinaifons fera très-marquée , les effets de ces deux fubftances, non-feulement devront être différens, mais ils tendront même à devenir oppofés, à mefure que leurs principes fe reffembleront moins, ou feront moins combinés de même. On peut donc parvenir, par une connoiflance exaSe, approfondie & réfléchie des effets de deux com-poles, à deviner en quelque forte les principes de l’un par les principes de l’autre, l’intimité de leurs combinaifons fuppofée égale, ou à foup-çonner cette intimité, leurs principes fuppofés les mêmes.
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- Le fluide éleârique, dans plufieurs circonf-tances, produit l’effet de la lumière, comme, par exemple , lorfqu’il eft condenfé, & qu’il paroît fous la forme d’aigrette ou fous celle d’étincelle. Il n’eft cependant pas la lumière, car celle-ci nous éclaire fans être condenfée : le fluide éleârique, d’ailleurs, agit fur le toucher, & la lumière efl impalpable. D’après ce que nous avons dit, le fluide éleârique doit donc avoir quelque principe commun avec la lumière, afin qu’il puiffe comme elle agir immédiatement fur le fens de la vue : ce principe efl: le feu, qui, comme tout le monde le recon-noît, eft la bafe de la lumière, & qui nous a paru devoir fervir à la compofition du fluide éleârique.
- Ceci ne doit-il pas convaincre encore plus, que l’air ne concourt pas à former ce dernier? car alors le fluide éleârique feroit la lumière, ou n’en différeroit que par la proportion ou le plus ou moins d’intimité de combinaifon de fes principes. Mais, dans cette dernière fuppofition, le fluide éleârique ne devroit-il pas, d’après les raifons que nous avons déjà données, être attiré par l’air? & n’avons-nous pas vu que ces deux fubftances n’ont aucune aâion l’une fur l’autre ? C’en donc avec un autre élément, avec celui
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- de l’eau, par exemple, ainfi que nous l’avons déjà trouvé, que le feu pur eft combiné dans le fluide éleftrique ; & on ne peut pas dire que le feu eft intimement uni, dans ce dernier, avec un compofé moins Ample que l’élément de l’eau : car un compofé ne peut être moins Ample qu’un élément fecondaire, fans devoir fon origine à cet élément fecondaire, combiné avec le feu, ou fans renfermer les principes de plus d’un élément du fécond ordre. Mais la première fuppoAtion ne détruiroit en rien ce que nous avons dit de la nature du fluide électrique ; & dans la fécondé , ce fluide feroit compofé de plus d’un élément fecondaire, ou renfermerait les principes de plus d’un de ces élémens du fécond ordre : ce qui eft en quelque forte contraire à l’expérience, qui prouve que ce n’eft qu’avec l’eau qu’il a une affinité fenfible.
- L’union intime de l’air & du feu ne jouit donc pas de la propriété exclufive d’exciter la fenfation de la lumière. Le feu, pour agir fur le fens de la vue, paraît n’avoir befoin que d’être combiné avec quelque fubftance. Intimement uni avec l'air, il eft véritablement la lumière ; joint à l’eau, il devient lumineux lorfqu’on le condenfe ; combiné avec la terre, peut-être, s’il confervoit
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- confervoit encore affez d’expanfibilité, forme-roit-il un autre fluide, qui, condenfé auffi , mais bien plus que le fécond, deviendroit lumineux. Cette conjecture me paroît réalifée par l’exiftence du fluide magnétique.
- La combinaifon de l’eau avec le feu, devant fe faire comme celle de ce dernier avec l’air, & comme toutes les combinaifons poflibles , les diverfes molécules du compofé qui en réfulte , doivent avoir fubi une combinaifon différente. Eft-il doncfurprenant qu’elles n’aient pas toutes la même affinité, & que lorfqu’elles font condenfées, & qu’elles font fonâion de lumière, elles puifîent être inégalement réfractées, ainfi que les molécules de cette dernière? Auffi n’envoient-elles quelquefois quedes rayons violets, & quelquefois que des rouges ; &, dans certaines circonftances , toutes les couleurs mêlées parviennent-elles confufément à l’organe de la vue, ou, féparées au contraire les unes des autres, l’afFeâent-elles d’une manière diffinâe.
- Les parties du feu, avant d’avoir été combinées avec l’eau , doivent avoir acquis une non-cohérence plus grande que celles qui conf-tituent la chaleur proprement dite, plus grande même que celles qui fe combinent avec l’air, Tome I. E
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- & forment la lumière. Leur expanfibilité eft cependant moindre que celle de ces dernières, leur extrême divifion n’ayant pas pu leur rendre en entier ce qu’elles ont perdit de vertu expan-five par leur union avec l’eau ; fubftance dont la nature eft moins près de celle du feu , que celle de l’air. Mais ce qui fait voir qu’elles ont dû éprouver une plus grande divifion de parties , c’eft qu’elles ont befoin d’être con-denfées pour devenir lumière. L’élément du feu, combiné avec la terre, doit donc être fup-pofé avoir encore été dans une plus grande divifion , mais avoir cependant plus perdu de fon expanfibilité à raifon de la fixité de la terre, plus grande que celle de l’eau, puifqu’il a befoin d’une condenfation plus forte, pour éclairer & devenir lumière.
- Ce que nous venons de dire, ne peut-il pas nous fervir à entrevoir de plus près ces êtres prefque fimples , dont la nature fe fert pour former les fubftances plus compofées , & qui, par leur extrême élévation, échappent prefque à notre vue? Ne pouvons-nous pas diftinguer parmi eux un ordre de fluides, dont le premier, à raifon de la plus grande ténuité de fes molécules avant leur combinaifon, eft l’élément du feu intimement uni à celui de la terre ? Ce
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- premier fluide, lorfqu’il eft condenfé, produit les effets du feu combiné avec l’eau, c’eft-à-dire, du fluide électrique; il devient lumière, fi fa con-denfation augmente; & lorfque fes parties font encore plus réunies, il tient lieu de feu pur. Le fécond que nous devons appercevoir, eft le réfultat de l’union du feu & de l’eau, que nous avons dit être le fluide éleârique, & dont les parties rapprochées produifent la lumière, & donnent même naiffance au feu lorfqu’elles font plus rapprochées encore. Auprès de ce fluide eft celui qui eft dû à la combinaifon de l’air avec le feu ; on lui a donné le nom de lumière ; & lorfqu’on le condenfe, il jouit, comme le feu pur, du pouvoir de raréfier. Enfin vient le feu pur, dont le principal effet eft la raréfaftion : fes molécules conftitutives peuvent, en fe divi-fant peu à peu en parties plus petites, & en fe combinant fucceffivement avec les trois autres élémens , devenir lumière, fluide éleârique, & fluide igao-terreux. Ces trois fluides peuvent, à leur tour, produire les mêmes effets que lui, en fubiffant une condenlàtion proportionnée à l’éloignement de leur origine : ils font les états intermédiaires par lefquels le feu fe rapproche des autres élémens , & des anneaux remarquables de la chaîne immenfe des êtres, Eij
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- que tient dans fes mains créatrices l’Auteur tout-puiffant de la nature.
- Les différens élémens qui entrent dans les combinaifons dont je viens de parler, n’ôtent point au feu le pouvoir de reprendre, dans certaines circonllances, la force raréfiante qui luieft effentielle; ils ne font qu’enchaîner cette force, 8c lui donner par-là la faculté d’agir fur le fens de la vue : propriété dont il jouit même dans les états de fluide éleftrique, 8c de fluide igno-terreux ou magnétique, lorfque, par différentes condenfations , ces fluides fe font rapprochés de celui de la lumière.
- Le feu , en s’unifiant aux trois élémens fe-condaires, qui, comme nous l’avons déjà dit, ne font que trois grandes divifions de la matière morte , devrait perdre, par cette union, une grande partie de fon expanfibilité ; 8c le fluide lumineux en aurait réellement une moindre que celle du feu pur, fi leurs parties étoient dans une égale divifion : mais comme une plus grande ténuité de molécules donne au premier plus de force expanfive , que l’air qui entre dans fa combinaifon ne peut lui en ôter, il lui en relie toujours beaucoup plus qu’au feu pur.
- Lorfque les fluides lumineux, éleôrique 8c magnétique font condenfés en raifon de leur
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- differente nature, ils ont, en vertu de cette conçlenfation, autant de rriaffe que le feu pur; ayant d’ailleurs, à caufe de la non-cohérence où étoient leurs parties avant leur combinaifon, pour le moins autant d’expanfibilité , eft - il furprenant qu’ils puiffent produire cette raré-faftion , cette fenfation que reffent le toucher, & qu’on a appelée chaleur, & que dans certaines circonftances ils brûlent très-violemment les corps fournis à leur a£tion ?
- Mais nous nous fommes tenus affez longtemps à la hauteur d’objets auffi élevés. Exa-minons-en de plus appréciables par nos fens, & de plus fournis à leur examen; &, avant de fixer nos idées, de confirmer notre hypothèfe, & d’éclairer de plus en plus la nature du fluide de l’éleâricité, par la comparaifôn de fes effets vus en détail, portons nos regards vers les.diffé-rens corps qui couvrent la furface du globe, ou en compofent l’intérieur, & tâchons d’ap-percevoir le plus ou moins d’aâion qu’ils peuvent exercer fur le fluide éleétrique.
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- Des corps idio - électriques f & non idio - électriques.
- Quelque prodigieux que.foit le nombre des fubftances que renferme l’intérieur du globe, ou que fa furface étale à nos yeux , il n’eji eft aucune qui n’ait une affinité differente avec le fluide éleârique. L’expérience a appris que chacune d’elles exerce fur lui une aftion qui lui eft propre, & dont la force, plus ou moins grande, eft déterminée par la nature, la proportion & la combinaifon des principes de cette même fubftance.
- Repréfentons - nous ce nombre infini d’animaux, de végétaux, de pierres, de minéraux, d’êtres infenfibles & inanimés qui peuplent notre globe ou le compofent : chacun d’eux agit fur le fluide éleârique avec des forces inégales ; les rapports dont elles dépendent ne font pas apperçus au premier coup-d’œil ; & lorfque le Phyficien veut promener fes regards fur cette quantité d’aâions nuancées & diver-fifiées à l’infini, lorfqu’il confidère les différens
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- êtres uniquement dans l’ordre que leur affignent leurs divers degrés d’affinité avec le fluide électrique , il ne voit plus cette échelle immenfe que les Naturaliftes ont découverte, & qui de l’homme defcend au minéral le moins com-pofé. Les différentes parties de cette échelle rompue & divifée, fe préfentent à lui dans une difpofition nouvelle, & viennent former fous fes yeux une chaîne immenfe, dont le premier anneau eft le verre, fubftance la moins attirable par le fluide éleârique , & dont l’extrémité , occupée parl’élément de l’eau & par les métaux, fe renoue avec fon origine par le moyen de cette même eau convertie en glace. Notre vue trop bornée ne pouvant pas faifir d’un feul coup-d’œil la vafte étendue de ce cercle, on a cherché à la foulager par des divifions fur lef-quelles elle pût fe repofer. On a féparé en deux grandes claffes toutes les fubftances de la nature, félon leur plus grand ou leur plus petit rapport avec le fluide éleârique : on a nommé idio-éleclriques, ou éleflriques par elles-mêmes , celles qui avoient le moins d’affinité avec lui ; & le nom d’éleâriques par communication , ou d'anéleclriques, a été donné à celles vers lefquelles ce fluide fe portoit avec le plus de facilité. Mais comme la nature, qui difpofe E iv
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- tous fes ouvrages par nuances infenfibles , n’avoit point afïigné de place diftinfte & marquée pour les limites de ces deux claffes, les bornes qu’on a voulu faire fervir à les divifer, n’ont jamais été fixes ni permanentes : chaque Phyficien a pu les tranfporter fans effort; il les a plus ou moins reculées, fuivant qu’il a plus ou moins apperçu les différences infenfibles qui peuvent diffinguer les diverfes fubftances voifines de ces mêmes bornes ; & ces deux grandes divifions de corps éleftriques & non éleôriques , n’ont jamais eu de limites cer-
- Cependant, comme une grande exaâitude n’eft pasnéceffaire dans une divifion qui n’exifte pas dans la nature , & qu’on n’a imaginée que pour foulager nos foibles yeux, la fcience n’en a pas beaucoup fouffert ; mais ce qui a véritablement nui à fes progrès , c’eft que cette manière d’envifager les différens corps de la nature ait fait refufer à des fubftances com-prifes dans une divifion, des qualités éleâriques reconnues dans des fubftances de l’autre ; tandis qu’on auroit dû remarquer que celles qui occupent les confins de ces deux régions immenfes, doivent, même jufqu’à une diftance confidé-rable , n’être diftinguées les unes des autres
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- sur l’Électricité. 73 que par des nuances fi peu marquées, que leurs effets doivent être fouvent les mêmes, & par conféquent plufieurs de leurs propriétés fem-blables. D’ailleurs , les fubftances des deux divifions ne diffèrent point entre elles par des qualités oppofées : elles ne font diftinguées l’une de l’autre que par le plus ou moins d’in-tenfité d’une vertu qui leur eft commune à toutes ; & l’eau ne diffère du verre relativement au fluide éleôrique, que parce qu’elle jouit à un plus haut degré du pouvoir d’attirer ce dernier.
- Cette grande divifion n’a pas été la feule qu’on ait imaginée : on a tourné fes regards vers les fubftances éleflrifables par elles-mêmes ; on en a remarqué plufieurs qui, par la différence de leurs effets, méritoient d’être diftinguées des autres. Les unes ont acquis une certaine quantité de fluide éleftrique lorfqu’ona voulu exciter en elles de l’éleflricité, & les autres fe font dépouillées de celui qu’elles renfermoient : on a nommé les premières éleflriques pojîtivement, & les fécondés éleflriques négativement.
- Les fubftances qui compofent notre globe, rangées fuivant leurs rapports avec le fluide éleflrique, nous préfentent un vafte tableau, qui, par fon étendue, échappe à nos regards :
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- tâchons d’en diffinguer quelques parties ; def-cendons d’abord vers les êtres qui compofent la clafle des corps éleârifables par eux-mêmes, obfervons de près tous ceux dont l’accès ne nous fera pas interdit, & reconnoiffons avecfoin, parmi eux, tout ce qui a déjà été découvert par les Phyliciens. C’efl d’après un grand nombre d’expériences, dont j’ai répété la plupart, qu’on a affigné aux différens êtres que nous remarquerons , la place qu’ils occupent dans cette chaîne qui fe prolonge à l’infini, & dont nous allons parcourir quelques parties. Nous rencontrerons plufieurs fois les mêmes fubflances ; mais, lorfqu’elles fe préfenteront de nouveau à nous, elles auront changé d’état ; elles feront privées, par exemple, de l’élément du feu ou de celui de l’eau, ou elles auront acquis une plus grande quantité de l’un ou de l’autre de ces deux élémens. Quelques autres fubflances, par leurs qualités incertaines ou leur caraâère peu confiant , rendront mobiles les limites placées entre les corps poli tifs & ceux qui jouiffent d’une vertu négative ; & ces phénomènes nous démontreront, ainfi que tant d’autres , combien il nous efl difficile d’établir des claffifications exaftes, & combien la nature fe joue de nos divifîons, & des entraves par le
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- sur l’Électricité. 75 moyen defquelles nous voulons l’affervir à nos
- Le premier objet qui fe préfentc à nous, à la tête des fubftances idio-éleftriques & pofi-tives , eft le verre. Auprès de lui , font les différentes efpèces de criftaux, le quartz , le grès, les cailloux, la plupart des pierres pré-cieufes, foit qu’elles foient tranfparentes, demi-tranfparentes ou opaques , les diamans , les verres chargés de métaux, la porcelaine, les chaux métalliques les plus déphlogiftiquées , l’air, la glace, &c. A la fuite de ces fubftances, nous en rencontrerons plufieurs qui, dans certaines circonftances, peuvent être comprifes 'dans la claffedespofitives, &qui, dans d’autres, jouiffent des propriétés des fubftances négatives. C’eft parmi elles que les Phyficiens ont placé ces bornes peu fixes, que prefque chacun d’eux a reculées ou avancées, & dont ils ont voulu fe fervir pour féparer les deux claffes que forment les corps idio-éleftriques.
- Ces fubftances indéterminées font les fels neutres, le fel gemme , l’alun, le plâtre , le fucre criftallifé, &c; les coquilles, la foie, les plumes, les poils, la baleine, la corne, les os, l’ivoire, le parchemin, &c. Par elles on arrive aux fubftances négatives, telles que le foufre,
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- les réfines dures, le bitume, la poix, l’encens, le maffic, les bois deflechés , les feuilles des arbres, le chanvre, le lin, le coton, deflechés aulli, le papier, &c.
- Ici nous paflons dans une région plus vafte ; elle renferme prefque tous les corps de la nature que nous n’avons pas encore rencontrés : l’énumération en feroit trop longue & trop difficile ; contentons-nous d’en remarquer les plus fail-lans. Mais , auparavant , tâchons de difliper l’étonnement de ceux à qui nous avons dit que le fluide éleôrique avoit une très-grande affinité avec l’eau, & qui auront cependant vu que la glace étoit une fubftance idio-éleârique, c’eft-à-dire, une de celles avec lefquelles ce fluide n’a qu’une affinité très - foible. L’expérience confirme ces deux faits d’une manière incon-teflable, quelque contradictoires qu’ils puiflent être en apparence ; mais d’ailleurs je tâcherai de faire voir, dans la Phyfique que je me pro-pofe de publier, que la glace doit être mife au nombre des fels neutres ( fubftances idio-éleâri-ques ) , & qu’elle eft compofée de l’élément fecondaire de l’eau , combiné avec un acide , dont je chercherai à déterminer la nature. Eft-il donc furprenant que l’eau , réduite en glace, ait avec le fluide éleôrique une affinité
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- différente de celle dont elle jouit dans fon état ordinaire ? C’eft ainfi que le phlogiffique qui attire le fluide éleQrique avec tant de force, n’agit prefque plus fur lui, lorfque, combiné avec un acide, il eft devenu du foufre ou une réfine dure.
- Au milieu de la claffe innombrable des fubf-tances éleÔriques par elles-mêmes, cinq principaux groupes fe font remarquer au deffus des autres : le premier eft formé par les plantes qui végètent encore, ou qui, arrachées depuis peu de la terre, n’ont pas encore été defféchées : les animaux forment le fécond ; & ces deux groupes immenfes renferment une foule d’êtres que la penfée a peine à fe repréfenter. Après eux vient l’élément de l’eau, plus attirable par le fluide électrique que toutes les fubftances dont j’ai déjà parlé ; & au-delà fe préfentent à nous les métaux & les demi-métaux, qui paroif-fent jouir par excellence du pouvoir d’attirer le fluide élçârique. Avant toutes ces fubftances, ou au milieu d’elles, à une place encore indéterminée , brille le cinquième groupe formé par la chaleur ou l’élément du feu, la flamme & la lumière; & tout auprès, l’eau convertie en glace, rentre, ainfi que nous l’avons déjà dit, dans la claffe des fubftances éledriques par
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- elles-mêmes. Là fe termine le circuit immenfe que nous nous fommes efforcés de parcourir.
- Quelques moyens qu’aient employés jufqu’à préfent les Phyfîciens, pour obtenir immédiatement des lignes d’éleftricité des fubftances qui ne font point éleftrifables par elles-mêmes, leurs efforts ont toujours été inutiles ; ils n’ont pu que les obliger à partager avec les corps idio-éle&riques, l’état que ces derniers avoient déjà acquis (<t). L’éleâricité même qui auroit pu être communiquée aux fubftances anélec-triques, fe ferait à peine arrêtée en elles, &, par une fuite de fa grande facilité à fe porter vers les corps conduâeurs, fe ferait bientôt évanouie, à force de s’étendre & de fe divifer,
- (a) On a publié cette année (1780) une expérience, dans laquelle on a cru voir un métal éleélrifé par le frottement. Elle confifte à frotter un ruban de foie fur un morceau de métal ifolé, qui, au bout d’un certain temps, donne des lignes éleélriques. Il me femble que cette expérience peut uniquement fervir à confirmer ce qui eft connu depuis long-temps ; je veux dire que le frottement éleêlrife la foie, & que cette dernière peut communiquer l’éleâricité qu’elle acquiert au métal ifolé fur lequel elle eft frottée , de même que les couflinets qui frottent un difque de verre, en reçoi-, vent de l’éleâricité lorfqu’on les ifole.
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- fi les Phyficiens ne les euffent ifolées au milieu de fubftances éleSriques par elles - mêmes ; fi , par exemple, ils ne les euffent fufpendues au milieu de l’air avec des cordes de foie, ou fou-tenues avec de petites colonnes de verre, ou placées fur des gâteaux de réfine, & s’ils n’euf-fent concentré ainfi la vertu qu’elles avoient pu recevoir, & oppofé de tous côtés à fa dif-fipation des obftacles infurmontables.
- Il n’en a pas été ainfi des fubftances idio-élec-triques auxquelles on n’a donné ce nom, que parce qu’on a pu faire naître immédiatement en elles de l’éleâricité : le frottement a été fur-tout employé pour produire cet effet. Toutes les fois que l’on a frotté pendant quelque temps du verre, de la réfine, &c. ou quelque autre fubftance de la même claffe, ils ont donné tous les fignes qui font reconnoître la vertu électrique; mais il a fallu cependant, pour que les Phyficiensréufïiffentconftamment aies obtenir, qu’ils fe ferviffent pour les frotter de fubftances conduârices, telles que leurs mains, du cuir doré ou argenté, de la pouflière métallique, &c. & que ces dernières communiquaffent avec un nombre confidérable de corps de même nature qu’elles.
- On a auffi. employé la chaleur pour exciter
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- de l’éleôricité dans les corps qu’on peut élec-trifer immédiatement. La réfine , après avoir été fondue, ou même quelquefois feulement échauffée, donne des lignes éleôriques qu’il eft impoffible de méconnoître. Plufieurs autres fubftances liquides ou folides, acquièrent aufli de l’éleâricité par la chaleur ou par la fufion : elles refiifent cependant quelquefois de donner des fignes de leur nouvel état, tant qu’elles font contenues dans les vafes dans lefquels elles ont éprouvé l’aâion du feu.
- Chaque corps de la nature renferme une certaine quantité de fluide éleftrique relative à fon degré d’affinité avec lui, & fon éleftricité n’eft que l’augmentation ou la diminution de cette même quantité de fluide. Lorfque cette quantité eft augmentée, le fluide eft accumulé dans les corps qu’on éleôrife ; lorfqu’elle eft diminuée, c’eft autour d’eux qu’il eft ramaflfé : l’un & l’autre de ces changemens rompent l’équilibre du fluide, & l’empêchent de jouir de cet état de tranquillité dans lequel il repofe lorfqu’il eft répandu dans les corps en quantité proportionnée à fon affinité avec eux. Une expérience confiante a appris qu’il ne peut donner des fignes de fa préfence, qu’autant qu’il eft en mouvement pour rétablir fon équilibre ; & il
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- ne fe produira jamais un phénomène éleârique entre deux corps qui renfermeront précifément la quantité de fluide que leur affinité avec lui exigera,- parce qu’il n’y aura alors aucun mouvement rapide, aucun paffage fubit de ce même fluide d’un lieu à un autre. Lors donc qu’ôn frotte un corps pour faire naître en lui la vertu électrique , on ne fait qu’augmenter ou diminuer la quantité de fluide qu’il renferme. Lorfque ce font des fubftances pofitives qu’on éleârife , on produit en elles un excès de fluide que s’empreffent de leur fournir les corps dont on fe fert pour les frotter, & qui forme autour d’elles une atmofphère très - fenfible. Cette atmofphère tend à fe répandre vers tous les corps anéleâriques qu’on approche d’elle, elle les parcourt avec rapidité ; & fi ces derniers font ifolés , c’eft-à-dire, s’ils font entourés de matières qui ne foient pas conduârices, elle féjourne en eux, les embrafle & les environne, & y produit les différens phénomènes qu’on remarque en même temps dans la fubftance pofitivè qu’on frotte , & dont nous parlerons dans la fuite.
- Mais fi c’eft une fabftance négative qu’on s’efforce d’éleârifer par le frottement,' on la dépouille de prefque tout le fluide qu’elle ren-Tome I. F
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- fermoit , & qui fe porte vivement vers les fubftances dont on fe fert pour la frotter. Une atmofphère fe forme auffi & fe ramaffe autour de la fubftance négative ; mais elle ne doit point fon exiftence à un excès de fluide accumulé par cette fubftance : elle ne tire point fon origine de cette dernière, & elle ne la doit qu’au fluide que les conduâeurs qui environnent cette même fubftance, s’empreflënt de lui fournir pour réparer fes pertes. Si quelqu’un de ces conduâeurs eft ifolé, & ne peut recevoir d’aucun corps ané-ledrique une quantité de fluide qui remplace celle qu’il communique à la fubftance frottée, il fe trouve bientôt aufli dépouillé que cette dernière, & donne alors naiflance, comme elle, aux phénomènes connus fous le nom de phénomènes d’éleâricité négative.
- Lorfque la chaleur eft fubftituée au frottement, on ne remarque plus de différence dans la manière dont s’éleârifent les fubftances pofi-tives & les fubftances négatives. Les unes & les autres offrent les mêmes phénomènes ; & fl on n’éleârifoit jamais les corps que par la chaleur, la divifion des fubftances éleârifables par elles-mêmes, en pofitives & en négatives, ne devroit plus avoir lieu, excepté pour défigner leur plus grand éloignement de l’origme de
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- cette chaîne prefque infinie que nous avons eonfidérée.
- Un très-habile Phyficien a cherché à rendre raifon de la propriété que les fubftances électriques par elles-mêmes, reçoivent du frottement. Il a imaginé que ce dernier produifoit dans ces fubftances une efpèce de vibration, par le moyen de laquelle les pores rétrécis étoient obligés de laiffer échapper le fluide qu’ils renfermoient, & qui s’éïançoit vers les con-duâeurs s ces mêmes pores fe rétabliffant enfuite par le moyen de leur reffort , acquéraient une nouvelle quantité de fluide aux dépens des corps frottans ; & cette alternative de reflerre-ment & de dilatation avoit lieu pendant tout le temps que le frottement durait.
- Plufieurs raifons m’empêchent d’admettre cette explication. Quand bien même, en effet, on accorderait la poffibilité de ce mouvement vibratoire dans le verre, l’opinion qui fiippofe cette ofcillation explique-t-elle la différence des phénomènes que préfentent lès fubftances pofitives & les fubftances négatives 7
- D’ailleurs, comment admettre une caûfe prefque purement mécanique, ou qui s’étaie fur la pefanteur, lorfqu’il s’agit du fluide de l’éleâricité ? de ce fluide qui obéit infiniment-Fij
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- plus à fa force expanfive & à fes differentes affinités qu’à fa pefanteur , qui n’eft prefque jamais maîtrifé par cette dernière, & qui ne rétablit pas fon équilibre, ainfi que d’autres fluides, par un effet de cette force qu’il ne connoît prefque pas, mais par une fuite du plus ou moins d’attraâion que les différentes fubf-tances exercent fur lui ? Si cela n’étoit pas, pourquoi le fluide éleftrique tendroit-il plutôt vers une fubftance métallique, que vers une maffede verre, même quand cette dernière eft aidée par la pefanteur ? De tous les fluides connus , fans même en excepter la lumière, il eft celui dont les affinités avec les différentes fubftances font le plus marquées, & qui, par une fuite de fon expanfibilité, les exerce avec le moins de contrainte. Il me femble qu’on ne pourra donc jamais admettre aucune hypothèfe dans laquelle il ne fera confidéré que comme ayant les propriétés générales de l’eau, de l’air & des autres fluides, & dans laquelle on imaginera qu’il ne tend à l’équilibre qu’en vertu de fa pefanteur, & qu’il ne fe meut de lui-même que pour obéir à cette force. L’explication des phénomènes des corps idio-éleâriques par le mouvement ofcillatoire des parties conftitutives du corps frotté, me paroît donc ne devoir pas être adoptée.
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- En effet, comment concevoir que le fluide renfermé dans la fubftance qui frotte, & qui n en contient qu’autant que l’exige fon affinité avec lui, quitte cette même fubftance avec laquelle il a une très-grande affinité, puifqu’elle eft anéleârique, & l’abandonne pour fe porter vers le verre qui n’exerce pas d’aâion fur lui? Cela ne pourroit être qu’en vertu de fa pefan-teur à laquelle nous avons vu qu’on ne devoit pas faire attention, ou parce que le verre, ne renfermant plus la quantité de fluide éleârique qu’exige fon affinité avec lui, s’empare de celui des fubftances dont on fe fert pour le frotter. Mais ne devroit-ilpas reprendre celui qu’il auroit communiqué au conduâeur, qui, devant être fuppofé ifolé, en contiendrait par-là un excès, plutôt que de s’adreffer, pour réparer fa perte, à la fubftance frottante, qui n’en auroit que la quantité ordinaire ? Alors le conduâeur ne pourroit jamais être fortement éleârifé, c’eft-â-dire, accumuler autour de lui une grande quantité de fluide ; mais il ferait alternativement éleârifé & nori éleârifé à chaque vibration des parties du verre, ce qui eft contraire aux phénomènes. 4
- Si le conduâeur n’étoit pas ifolé, le verre feul pourroit jouir de la vertu éleârique ; mais
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- il ne pourrait également être éleârifé que par intervalles. Il ne le ferait pas en effet dans les momens où fes pores auraient repris leur quantité ordinaire de fluide, puifque alors ce dernier ferait en équilibre ; il ne jouirait donc de la vertu éleârique, que lorfque fes pores feraient dépouillés de fluide : mais alors il ferait éleârifé négativement, ce qui n’efl; pas moins contraire aux phénomènes, que cette alternative qu’on remarquerait en lui; & on ne pourrait pas dire que lorfque les pores gagneraient un nouveau fluide éleârique, ils en recouvreraient avec excès, la théorie rapportée ne fourniffant aucune raifon qui puiffe engager à le croire. Et d’ailleurs n’y auroit-i! pas alors une alternative d’éleôricité pofitive & négative , ce qui eft encore démenti par l’expérience ?
- On peut ajouter à tout ce que nous venons de dire , que la chaleur fait naître aufli de l’éleâricité dans les fubftances éleârifables par elles-mêmes : la chaleur cependant dont tous les effets fe bornent à la raréfaâion, ne produira pas dans leurs pores cette contraâion, de laquelle dépend l’opinion que nous venons d’ex? pofer. Je crois donc qu’on doit fubftituer une nouvelle théorie à l’explication que nous avons rapportée, & qui me paraît non-feulement ne
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- pouvoir pas être appliquée à tous les phénomènes , mais encore être peu conforme aux propriétés du fluide éleârique.
- On ne doit pas non plus fe contenter de dire, avec le célèbre M. Wilfon, que le frottement agrandit les pores du verre; que cette feule augmentation de pores peut augmenter la quantité de fluide que le verre renferme, en faifant couler vers lui une partie de celui des corps voifins ; & que ces mêmes pores fe réta-bliffant & fe rétréciffant enfuite, fe trouvent furchargés de fluide, & le communiquent aux conducteurs. En effet, cet écoulement de feu éleftrique vers les corps frottés,ne peut pas venir d’une tendance à l’équilibre dérivée de la pefan-teur , puifque nous avons vu que ce fluide n’étoit pas en quelque forte fournis à cette force : il ne pourroit donc venir que de l’affinité exercée par les parties du corps frotté. Mais pourquoi les parties du verre attireroient-elles avec plus d’énergie le fluide voifin, après l’agrandif-fementde leurs pores, qu’auparavant, puifque leur maffe & la pofition de leur centre d’attraction demeurent les mêmes ? A la vérité l’augmentation de l’étendue des pores peut donner aux parties du verre la facilité d’exercer fur le fluide toute leur vertu attraftiye, permettre à F iv
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- tout le fluide attiré de fe ranger autour d’elles, tandis qu’auparavant ce dernier avoir peine à pénétrer jufques à toutes leurs furfaces ; mai? la nouvelle quantité de fluide qui arrivera par une fuite de cet élargiflement des pores, fera bien petite .eu égard à celle que nous verrons devoir fuivre de l’explication que nous allons propofer. Et d’ailleurs, ce qui eft important à remarquer, combien de fois n’arriyera-tril pas que cette augmentation de pores ne donnera aucune facilité au fluide attiré par les parties du yerre, pour venir fe raflembler autour d’elles ? Elle devra leur donner un accès plus aifé d’aur tant moins fouvent, que Fattraftion du verre eft par elle-même très-foible. L’explication de M* Wilfon eft dont infuffifante, & ne me paroît pas devoir être adoptée» quelque ingénieufe qu’elle puiffe être,
- Je conçois que lorfque le fluide eft renfermé dans une fubftance, il doit pénétrer dans pref-que tous fes pores, & ,fuivant fon affinité ayec elle, revêtir plus ou moins les furfaces de fes différentes parties. Si l’étendue de ces petites furfaces particulières augmente par quelque paufe que ce foit, chacune d’elles doit attirer & accumuler une plus grande quantité de fluide é.leftrique , & par conféquent, la fubftance
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- sur l’Électricité. 89 .entière doit en accumuler une plus grande quantité.
- En effet, lorfque cette augmentation des furfaces a lieu, ou c’eft parce que les parties qui fubiffent cette modification font divifées en plufieurs petites parties, ou parce qu’elles éprouvent un changement de figure. Si elles font divifées, leurs différentes portions ont chacune la même maffe qu’elles avoient lorf-qu’elles ne formoient qu’un foui tout ; la diftance, cependant, doit être moindre dans chacune, qu’elle ne l’étoit dans le compofé total, ainfi qu’il eft évident. L’attraâion de la fomme dçs différentes petites parties, eft donc en raifon direâe d’une maffe égale, puifqu’elle doit être eftimée en raifon de toutes les petites maffes réunies; elle eft, en même temps, en raifon jnverfe d’une diftance moindre, puifque le fluide éleftrique peut s’appliquer à la furface de toutes les petites parties, & qu’on ne doit, par conféquçnt, corifidérer ici que la diftance du centre d’attraâion d’une de ces petites parties à fa furface : elle eft donc plus confidérable.
- Si les parties ont changé de figure fans éprouver de divifion, on peut les confidérer, après que l’étendue de leurs furfaces a été augmentée , comme compofées d’un nombre infinj
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- de petites parties. On verra aifément que la difiance moyenne du centre de gravité de ces differentes petites parties, à la furface du com-talé total qui leur correfpond, fera alors moindre que celle des différentes petites parties qu’on pourrait imaginer dans ce même com-pofé, avant que la furface n’eût été étendue, en quelque nombre qu’elles fuffent : l’attraâion fera donc, après l’augmentation de cette dernière, maîtrifée par une maffe égale & par une difiance moindre , puifque la difiance doit être comptée des points de la furface correfpon-dante du compofé total, aux centres d’attraftion des différentes petites parties qu’on pourra concevoir : elle fera donc plus forte.
- Lors donc que l’étendue des furfaces des parties d’un corps aura été augmentée, il doit
- fluide, l’influence dont jouit l’étendue des fur-faces fur la force attraaive, eft infiniment plus
- en eux que dans les corps idio-éfeari-
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- sur l’Électricité. 91 mais revêtues d’une grande furface, des corps très - minces, mais très-alongés , une fimple feuille métallique appliquée fur un plan très-étendu, attirer une plus grande quantité de fluide , qu’une maffe du même métal beaucoup plus confidérable, mais dont les parties très-réunies portent les centres d’attraâion à une très-grande diftance des points où peut parvenir le fluide éleârique.
- On doit conclure de ce que nous venons de dire, que lafigure qui donne le plus de furface à une maffe quelconque, efiaujfi celle qui lui donne le plus de force attractive fur les fluides qui peu-
- Ce principe nouveau & relatif aux affinités, peut, ce me femble, fervir à dévoiler la figure des parties conftitutives des corps.
- N’eft-cç pas par une fuite de ce que nous venons d’expofer, qu’on voit tous les jours en chimie une fubftance divifée, & dont, par con-fequent, la furface des parties a été augmentée, être plus foumifeàl’aâion des fluides par lefquels on veut qu’elle foit diffoute ? La chaleur, que tout le monde fait favorifer l’aftion des diffol-vans fur les corps, ne l’aide-t-elle pas principalement- par la divifion qu’elle fait fubir à leurs parties, & la plus grande furface qu’elle leur
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- donne ? L’argile ne ceffe-t-elle pas d’être diflb-luble dans l’eau, lorfqu’elle eft trop endurcie parla flamme de nos fourneaux ou le feu de nos yolcans, & que fes parties ont perdu un peu de leurs furfaces par cette grande confolidation ? Mais tâchons fur-tout d’expliquer, par ce que nous avons établi, les divers phénomènes que nous préfentent les fubflances idio-éleftriques, foit pofitives, foit négatives.
- Je conçois que le frottement produit une divifion de parties dans les endroits du verre ou des autres fubflances pofitives, fur lefquels il agit. Cette divifion n’eft pas affez confîdérable pour qu’elles ceflent de former un feul tout ; quoique, lorfqu’elle a été aidée par la force centrifuge , dans des globes tournans avec rapidité fur leur axe, elle a pu les faire voler en éclats ; mais elle augmente le nombre des pores du verre & celui des parties qui divifent ces pores. Il me paroît d’autant plus poflible que le frottement produife cette divifion, qu’il a le pouvoir d’atténuer les parties des corps, au point de changer leur figure, de les rendre libres de toute cohérence & de les convertir en élément du feu, & que la divifion.dont je parle n’eft que le premier degré de cette atténuation.
- Lçs pores du verre Scies parties qui les fépa-
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- rent, ne peuvent être plus nombreux, fans que l’étendue des furfaces de ces parties ne foit devenue plus confidérable : l’attraftion du verre fur le fluide éleftrique doit donc être plus forte* Eft-il donc furprenant que le verre , quoique ayant par lui-même moins d’affinité avec ce fluide, que les fubftances dont on fe fert pour le frotter, jouiflant cependant d’une vertu at-traftive plus forte par fa nouvelle manière-d’être, s’empare de celui que renferment les corps frottans ?
- Mais cette augmentation du nombre des pores du verre, que le frottement produit, ne peut pas être durable ; l’attraftion réciproque des différentes parties du verre, tend à détruire cet effet. Il doit être bientôt affoibli, le nombre des pores diminué, & l’étendue des furfaces refferrée. Le verre ne doit-il pas fe trouver alors chargé d’un excès de fluide avec lequel il n’a plus d’affinité, qu’il ne peut plus retenir, & qui doit être prêt à fe porter avec viteflë vers la première fubftance conduârice qui fe préfen-tera ? Auffi, dès que la partie du verre dans laquelle le nombre des pores produits par le frottement a diminué, fe trouve très-voifine d’un condufteur, le fluide éleârique la quitte pour parcourir avec rapidité l’étendue de ce
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- dernier qui l’attire avec force, & s’accumuler fur fes furfaces.
- Le frottement cependant dure toujours ; la partie du verre dont le nombre des pores a diminué , eft frottée de nouveau, & acquiert une nouvelle divifion de parties, & avec elle une nouvelle quantité de fluide qu’elle ceflera bientôt de retenir, lorfque fes parties fe rapprocheront, & qu’elle fera forcée de communiquer au conduâeur. Celui-ci, lorfqu’il eft ifolé, ne doit-il pas conferver tout le fluide qu’il a reçu & qu’il ne ceffe de recevoir ? Ne s’en trouve-t-il pas bientôt furchargé au point qu’il fe forme autour de lui une atmofphère épaiffe, qui attire avec force les corps légers pour les repoufîer enfuite, qui agit fur l’odorat, & qui, n’étant plus en proportion avec la force d’attraâion que le conduâeur peut exercer fur elle , s’échappe en aigrettes lumineufes, ou fe preffe & fe comprime pour fe porter vers un corps anéleârique qu’on approche d’elle, éclaire, répand une vive lumière, va s’accumuler autour du nouveau corps qui vient de lui être offert, & produit enfin tous les Agnes de l’éleâricité pofitive ?
- H eft aifé de voir d’après cela, pourquoi les conduâeurs donnent des marques fi fortes de vertu éleârique, tandis que les fubftances élec-
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- trifables par elles-mêmes, qui leur fourniflent tout le fluide qui s’accumule autour d’eux, en donnent prefque toujours de foibles & d’à peine fenfibles. Les premiers déchargent à chaque inftant le corps frotté du fluide qu’il peut avoir de trop, & ne ceflent, par conféquent, de recevoir des quantités de ce même fluide, qui, ajoutées les unes aux autres, doivent produire une accumulation confîdérable ; tandis que les fubftances idio-éleâriques ne reçoivent que celui qu’exige le plus d’étendue qu’acquièrent les furfaces de leurs parties, quantité bien bornée relativement à toutes celles qui parviennent aux conduâeurs.
- La fubftance conduârice qui frotte le verre, ne perd que pour un inftant infiniment court, la quantité de fluide qu’elle communique au verre, & qui fe porte enfuite vers les conduâeurs. Les corps anéleâriques qui l’entourent, s’empref-fent de réparer fa perte, en lui rendant tout le fluide qu’elle a pu donner ; & cela en vertu de la grande attraâion qu’exercent les fubftances conduârices fur le fluide éleârique, & de la ten. dance de ce dernier à être répandu dans tous les corps en quantité proportionnée à leur affinité avec lui. Les fubftances qui fournirent au corps frottant, le feu éleârique dont il fe dépouille
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- en faveur du verre, recouvrent du fluide àùx dépens de celles qui font le plus près d’elles : de proche en proche, il fe fait un déplacement fubit de fluide éle&rique, dont le paflage eft fouvent marqué par des étincelles & d’autre3 Agnes, ainfi que nous le verrons dans le Mémoire fuivant ) & cet effet fe propage jufqu’à l’intérieur du globe, ce vafte réfervoir de fluide, qui répare fes pertes par fes propres forces& où celui qui fe diflîpe & fe répand au dehors y eft bientôt remplacé par celui qui y prend naif-fanee»
- Si le condufteur ceffe d’être ifolé, il continue d'attirer le fluide fuperflu qu’il rencontre autour des furfaces des petites parties du verre ; mais il ne peut plus l’accumuler: le fluide le traverfe* &, fans féjourner autour de lui, fe porté vers les fubftances anéleôriques les plus voifines, qui l’ont bientôt diflipé dans l’atmofphère, ou reporté dans l’intérieur du globe. Il arrive feulement quelquefois, que lorfque le fluide n’eft pas encore bien éloigné du verre qui l’a fourni,’ &que, nes’étant pas encore divifé versplulîeurs fubftances, il conferve une certaine maffe, il marque fon paflage par des étincelles qui paroif-fent 9ux endroits où les fubftances conduftrices font féparées par un court intervalle.
- Lorfqu’on
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- Lorfqu’on ifole la fubftance dont on fe fert pour frotter le verre, elle ceffe bientôt de pouvoir fournir à ce dernier le fluide qu’exige l’augmentation de furface de fes parties, produite par le frottement. Son affinité avec le fluide fe trouvant continuellement vaincue par la plus grande attraôion que le verre exerce fur ce dernier , à raifon de l’étendue de fes furfaces, elle eft bientôt dépouillée de celui qu’elle con-tenoit, & éleârifée négativement. Si on approche d’elle un corps anéleôrique, elle attire avec force le fluide qu’il renferme, & celui qu’elle peut recevoir, par ce moyen, d’autres fubftances conductrices, & même de l’intérieur du globe; & pendant tout le temps que ce corps eft dans fon voifinage , elle continue de fournir aux befoins du verre. Mais fi le corps anéledrique s’éloigne, cette fource de fluide tarit pour elle, 8c elle ne peut plus en laiffer échapper de fon fein. Le verre cependant, dont les parties n’ont pas ceffé d’acquérir par lé frottement une plus grande étendue de fur-faces, a befoin d’une nouvelle quantité de fluide. Lorfque fes différentes parties rencontrent le conduâeur, elles doivent, à la vérité, avoir perdu un peu de l’étendue qu’elles viennent d’acquérir, ainfi que je l’ai déjà dit; mais Tome I. G
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- ne leur en refte-t-il pas affez au deflus de leur étendue ordinaire, pour que, n’ayant pu recevoir du corps frottant le fluide qui leur eft néceflaire, elles attirent vivement celui du conducteur, qui, étant ifolé,peut quelquefois être bientôt dépouillé de celui qu’il renferme ? Ne peut-il pas auffi arriver quelquefois, d’après ma théorie, qu’on ne remarque dans le conduâeur aucun ligne éleârique, tandis que la fubflance frottante aura acquis une éleâricité négative? Et ne pourra-t-il pas fe faire que les parties du verre feront aufli douées d’une éleâricité négative lorfqu’elles viendront d’être frottées, & ne jouiront d’aucune vertu, lorfquel’étendue de leurs furfaces fera vers fon moindre degré d’augmentation, &c. ? & n’eft-ce pas ce que l’expérience confirme ?
- Tant que le corps flottant & le conduâeur feront ifolés, l’éleâricité fera toujours foible ; mais fi l’ifolement cefle, ou du côté du conduâeur, ou du côté de la fubflance flottante, pourvu que ce ne foit pas des deux côtés à-la-fois , elle paraîtra avec toute fa force, & les lignes les plus marqués feront reconnoître fa préfence. Si l’ifolement cefle du côté de la fubf-tance frottante, l’éleâricité ne préfente, relativement à fa nature, aucun phénomène dont
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- SUR l’Élbctricité. 99 nous n’ayons déjà parlé ; le conduâeur eft éleârifé pofitivement, &c. Mais fic’eftle con* dufteur qui ceffe d’être ifolé, & fi la fubftance frottante n’a pas ceffé de l’être, cette dernière continue de fournir au verre une quantité de fluide qui n’eft point remplacée ; le verre la communique au condufteur qui l’a bientôt difli-pée, & qui par-là en attire à chaque inftant une nouvelle : la fubftance frottante nefe trouve-t-elle pas bientôt éleârifée négativement ? & fon éleâricité négative n’acquiert-elle pas à chaque inftant un nouveau degré de force ?
- Telle eft la manière dont on peut expliquer les différens phénomènes qui doivent leur origine aux fubftances pofitives ; phénomènes qui découlent de nos principes, & que l’expérience nous a découverts. Ce que nous avons établi peut aulli nous fervir à expliquer les effets que nous préfenteront les fubftances négatives.
- La nature de ces dernières, prefque toutes fulfiireufes ou réfineufes, eft bien éloignée de celle du verre & des autres fubftances pofitives. J’imagine qu’elle eft telle, que la chaleur feule peut y faire naître cette divifion de parties d’où réfulteroit une plus grande étendue dans leurs furfaces, & que cet effet ne peut point être produit par le frottement. Ce dernier me paroît G ij
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- au contraire devoir comprimer, les unes contre jes autres, les parties des fubftances négatives fur lefquelles il exerce fon aSion, les réunir, les agglumérer ; & fera-t-on étonné de cette différence d’effets , fi l’on fait attention à la fupériorité de l’élafticité des fubftances pofi-tives fur celle des fubftances négatives ? Je crois même que, fur quelque fubftance que le frottement agiffe, il commence toujours par en corn-primer les parties & par chercher à les réunir ; mais lorfqu’il exerce fon aftion fur des corps pofitifs, leur élafticitédoit s’oppofer à fes efforts : ces deux forces ne doivent cependant pas fe détruire, du moins en entier, parce qu’elles ne peuvent pas être, dans tous les points, diamétralement oppofées ; il doit donc en réfulter des mouvemens compofés qui ne peuvent que fé-parer les parties les unes des autres, & produire tous les effets dont nous avons parlé, & que nous avons attribués au frottement. Il n’en eft pas de même, lorfque c’eft fur des fubftances négatives que le frottement exerce fon aftion : leur élafticité trop foible pour lui réfifter, ne peut pas empêcher que leurs parties ne foient comprimées avec force, ne s’attachent les unes aux autres, & ne fe réunifient en grand nombre.
- Cette agglumération diminuant néceffaire-
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- SUR L’ÉL ECI RI CIT É. loi ment l’étendue de leurs furfaces, elles doivent avoir avec le fluide éleârique une affinité bien moindre qu’à l’ordinaire. Ne doivent-elles donc pas en renfermer un excès, qui les abandonnera pour fe porter vers la fubftance anéleârique qui les frotte, & qui, par fa nature , l’attire vive-ment ? L’attraâion des parties voifines de celles qui font réunies devant bientôt faire ceffer l’agglumération de ces dernières, lorfqu’elles ne font plus foumifes à l’action du frottement, il arrive que lorfqu’elles rencontrent le conducteur ifolé qu’on leur préfente, elles ont commencé de fe féparer, & ont recouvré une partie de l’étendue de furface qu’elles avoient perdue. Elles jouiffent donc en partie de leur première vertu attraâive; mais, ayant perdu une partie du fluide éleârique qu’elles renfermoient,&qu’elles ont été obligées de céder à la fubftance frottante, ne doivent - elles pas chercher à remplacer ce fluide, dont l’abfence les réduit à un état négatif ? Et leur affinité qui n’efl pas remplie, ne doit-elle pas s’exercer fur celui que contient le conduâeur? Ce dernier fluide tendant toujoursà être également répandu, enraifondes différentes affinités qu’on peut avoir avec lui, ne doit-il pas quitter en partie le conduâeur, pour fe porter vers la fubftance négative, par exemple, vers le G iij
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- io2 Essai
- foufre ? A peine en a-t-il revêtu les différentes parties, qu’un nouveau frottement les contraint à fe ramaffer de nouveau, diminue leurs fur-faces & leur vertu, & les oblige de céder à la fubflance frottante qui fe trouve alors la plus voifine d’elles, ce même fluide qu’elles viennent de recevoir du condufteur. Leur réunion venant bientôt à ceffer de nouveau, elles attirent une certaine quantité de fluide que le condufteur renferme encore, & qu’elles communiqueront auffi à la fubflance frottante, lorf-que leur vertu fera diminuée par le frottement. Infenfiblement le condufteur, privé de prefque tout fluide, fe trouve auffi réduit à l’état négatif , & en donne tous les lignes : fi une atmof-phère l’environne, elle ne lui appartient pas; fi on remarque des étincelles autour de lui lorf-qu’on en approche un corps anéleftrique, elles ne s’élancent pas de fon fein ; elles ne font que les traces lumineufes du fluide qui, tendant au genre d’équilibre qui lui eft propre, quitte le corps anéleftrique, pour aller remplacer dans le condufteur le fluide qui l’a abandonné.
- Si on ifole la fubflance dont on fe fert pour frotter le foufre , elle ceffe de communiquer aux corps anéleftriques qui l’environnent, le fluide qu’elle reçoit : elle le concentre & l’ac-
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- SUR L’ÉLECTRI C ITÉ. 103 cumule, & donne bientôt les lignes les plus marqués de la vertu politive la plus énergique. Le conducteur cependant s’éleôrife négativement de plus en plus; & enfin l’éleCtricite poli-tive de la fubllance frottante ceffe d’augmenter, & le foufre ne pouvant plus réparer fes pertes , lorfqu’il ne relie plus de fluide dans le conducteur, perfévère dans fon état négatif. Mais fi le conducteur cefle d’être ifolé, & s’il communique avec des fubllances anéleCtriques, il fournit continuellement au foufre une quantité de fluide que ce dernier ne peut s’empêcher de communiquer à la fubflance frottante, dont la vertu politive doit acquérir à chaque inliant une nouvelle force & une nouvelle énergie.
- La route du fluide que le conduâeur attire pour en faire part au foufre, eft le plus fou-vent marquée par des étincelles qu’il eft aifé d’appercevoir aux différens endroits ou cette route, compofée de fubllances conductrices, ell interrompue par l’air ou d’autres obfiacles idio-éleCtriques. Le fluide, pour vaincre leur réfif-tance & pour les traverfer, s’accumule & ra-maffe fes forces, & prend par-là l’état qui lui donne la propriété d’éclairer & de repréfenter ja lumière.
- Il ell aifé devoir qu’en ifolant les conducteurs
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- ou les corps frottans, on peut fe procurer une éleftricité pofitive ou négative, foit que les corps qu’on frotte foient, par leur nature, po-fltifs ou négatifs : l’expérience l’a découvert, & nous avons tâché d’en développer lescaufes.
- Lorfqu’on ne frotte une fubllance éleârifa-ble par elle-même que d’un feul côté, le côté oppofé acquiert une éleâricité différente de celle qui eft propre à la fubllance qu’on cherche à éleârifer. Si, par exemple, c’ell un difque de verre ; le côté frotté eft éleôrifé po-fitivement, & fon oppofé obtient une éleâri-cité négative ; & fi c’eft un morceau de fou-fre, le côté oppofé au frottement acquiert une vertu pofitive, tandis que l’autre eft éleftrifé négativement. Nous tâcherons, dans les Mémoires fuivans, d’expliquer ces phénomènes.
- On ne fera pas étonné que le frottement ne puiffe pas faire naître immédiatement de l’éleâricité dans les fubflances conduftrices, fi l’on obferve avec quelle force le fluide électrique eft attiré par toutes les parties des con-dufteurs, & avec quelle rapidité il parcourt toute l’étendue qu’elles occupent, quelque Gonfidérable qu’elle puiffe être ; tandis que, dans les corps idio-éleftriques, il a l’air de fe traîner lentement & avec peine d’une partie à
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- une autre , & n’eft même fenfiblement attiré que par celles qui l’avoifinent de très-près.
- Les parties d’une fubftance conduétrice acquièrent, à la vérité, par le frottement, une plus grande étendue de furface, & attirent une plus grande quantité de fluide qu’à l’ordinaire; mais celles qui perdent l’augmentation de leurs furfaces, ne peuvent pas conferver l’excès de fluide qu’elles avoient attiré & avec lequel elles n’ont plus d’affinité, & ne doivent donner aucun figne éleârique. Le fluide qu’elles ont de trop , doit fe porter avec viteffe vers les autres parties de cette même fubftance conduârice, qui reçoivent du frottement une augmentation de furface ; & comme il s’élance vers elles , dès qu’il commence à n’être plus attiré par les parties dont la furface diminue, & avant qu’il ait été accumulé dans ces dernières , on remarquera fans peine qu’il n’eft jamais en mouvement en aflez grande maffe, pour que fes courtes foient rendues fenfibles par aucun figne éleârique. On verra que les autres conduéteurs qu’on pourroit lui offrir, ne doivent pas l’attirer de préférence, puifque, parleur nature, ils n’ont avec lui qu’une affinité égale à celle des parties qui éprouvent l’aétion du frottement &
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- io 6 Essai
- qui font éleftriques comme eux , & puifqu’ils en ont une inférieure par leur manière-d’être, les furfaces de leurs parties étant moins étendues. On reconnoîtra, d’un autre côté, que le fluide qui dès le premier inftant a pu être communiqué par la fubftance frottante, ou qui peut lui être rendu, eft trop peu confidérable & parcourt un intervalle trop court , pour qu’on puifle s’appercevoir de fon paflage. On ne trouvera donc pas furprenant que les conducteurs ne puiffent pas jouir d’une éleôricité pofitive ; & on devra voir fans peine qu’on peut expliquer avec autant de facilité, l’impoflibilité dans laquelle font auffi les conduâeurs de recevoir immédiatement une éleflricité négative.
- La chaleur éleftrife aufli plufieurs fubftances non conduârices : devant par fa nature s’efforcer continuellement de féparer les différentes parties des corps fournis à fon aftion, elle doit mieux que toute autre caufe produire cette divifion de parties, dont nous avons vu quedépendoit l’éleâri-cité des fubftances pofitives. Le foufre, les réfines & d’autres fubftances négatives, doivent recevoir aufli de la chaleur cet état de divifion de parties ; & la dilatation qu’elles éprouvent étant un effet bien différent de la compreflion que le frottement auroit produite en elles, elles ne doivent plus
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- fe dépouiller du fluide qui leur eft propre, pour acquérir un état négatif. Mais l’étendue des furfaces de leurs parties augmente au lieu de diminuer ; leur vertu attraftive s’accroît ; & en acquérant une nouvelle quantité de fluide aux dépens des fubftances anéleftriques dans lef-quelles elles font renfermées, elles fe trouveront bientôt éleârifées pofitivement, lorfque le refroidiflement rapprochera leurs parties & diminuera leurs furfaces. Elles renfermeront alors un excès de fluide, qui devra s’élancer vers les condufteurs qui s’approcheront d’elles; &ainfi, lorfque la chaleur fera fubftituée au frottement , les fubftances pofitives & négatives ne s’éleâriferont plus d’une manière différente les unes des autres, ainfi que nous l’avons déjà dit, & que l’expérience l’attefte. En effet, il arrive quelquefois que les fubftances négatives étant renfermées dans des corps idio-éleâriques, & ne pouvant en recevoir le fluide que la plus grande étendue de leurs furfaces exige, elles font éle&rifées négativement jufqu’à ce que quelque conduâeur leur ait communiqué le fluide dont elles ont befoin. Mais les fubftances pofitives jouiffent aufli, dans des circonftances
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- n’en efî pas moins détruite relativement à la manière dont elles s’éleCtrifent.
- Suivant certaines circonftances, on remarque quelque différence dans les phénomènes que préfentent les fubftances éleCtrifables immédiatement par la chaleur, quelle que foit leur nature. Si, lorfqu’eHes éprouvent l’aCtion du feu, elles font renfermées dans des fubftances idio-éleCtriques, &, par exemple, dans un vafe de verre, elles donneront des lignes négatifs dès qu’elles auront été échauffées, parce que la nouvelle étendue de leurs furfaces exigera une quantité de fluide que nous avons déjà vu ne pouvoir pas leur être fournie par le verre, & qu’elles tireront des conducteurs qu’on approchera d’elles. Si on continue de leur préfenter des fubftances conductrices, elles ne donneront aucun ligne d’éleCtricité, tant que leur chaleur durera; mais lorfqu’eHes commenceront à fe refroidir, leurs parties fe rapprocheront, leurs furfaces diminueront , elles contiendront un excès de fluide : ellesne le communiqueront pas au verre qui n’attire que foiblement le feu électrique, &qui en contient affezrelativementàfon affinité avec lui ; mais elles le répandront avec force vers les conducteurs qu’on leur offrira, & donneront par-là des lignes pofitifs.
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- Si, après les avoir échauffées, on les verfe dans des vafes de métal ou d’autre fubftance anéle&rique, elles tirent d’eux le fluide dont elles ont befoin, & ne donnent aucun ligne négatif lorfqu’on leur préfente un corps ané-leftrique ; mais lorfque le refroidiffement a diminué l’étendue de leurs furfaces, elles jouiffent d’une éleftricité politive , & communiquent ' non-feulement aux vafes qui les renferment, mais encore aux condufteurs qu’on approche d’elles, le fluide qu’elles ont de trop.
- Mais fi c’eft dans ces mêmes vafes de métal ou d’autre fubftance anéleârique qu’on les a fait chauffer, elles ne donnent point de lignes négatifs, parce qu’elles trouvent tout de fuite à leur portée le fluide du vafe dans lequel elles font renfermées, & qui peut leur en communiquer ; mais à mefure qu’elles fe refroidiffent, elles en donnent de pofitifs, pour des raifons femblables à celles que nous avons déjà rapportées. Si, avant qu’elles n’aient perdu la chaleur qui leur a été communiquée, on les verfe dans des vafes idio-éleâriques, elles ne donnent aucun figne pendant qu’elles font encore chaudes , parce qu’il n’y a pas en elles d’excès de fluide ; mais elles donnent des preuves de leur éleâricité, lorfque le refroidiffement leur a fait
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- perdre leur chaleur, & avec cette dernière, ce qui augmentoit leur affinité avec le fluide élec-
- Tous ces différens phénomènes que nous offrent les corps éleârifés par la chaleur, me paroiffent confirmer notre théorie, par la facilité avec laquelle on a dû voir qu’ils peuvent en être déduits.
- On ne doit pas être étonné que le fluide électrique s’échappe quelquefois des conduâeurs, en plus grande quantité que des fubftances électriques par elles-mêmes : cet effet, qui paraît au premier coup-d’œil détruire la très-grande affinité que nous avons remarquée entre le fluide & les conduâeurs, n’eft, au contraire, qu’une nouvelle preuve de la forte attraâion qu’ils exercent fur le feu éleârique. Lorfqu’un corps idio-élec-trique fe trouve à portée de fournir aux befoins d’une fubftance qui exige une nouvelle quantité de fluide , il lui communique une partie de celui qu’il renferme, jufqu’à ce que ce dernier fluide foit répandu dans chacun d’eux,en raifon de leurs différentes affinités. Il ceffe alors de lui en communiquer, quelque befoin qu’elle puiffe en avoir encore, parce que, n’exerçant qu’une très-foible attraâion fur celui des corps qui l’environnent , il ne peut pas remplacer celui qu’il
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- sur i.’Électricité, ni
- vient de perdre, ni communiquer une partie d’un nouveau fluide qu’il n’a pas obtenu , à la fubftance qui ne cefle d’en exiger. La quantité de fluide que peut fournir un corps idio-élec-trique, eft donc très-petite ; mais s’il eft remplacé par un conduâeur, ce dernier commence aufli par communiquer une partie de fon fluide à la fubftance qui en a befoin, jufqu’à ce que le fluide éleârique foit dans l’un & dans l’autre en raifon de leurs affinités. Il remplace bientôt le fluide qu’il donne, par celui qui eft renfermé dans les corps voifins, & qu’il doit attirer avec force : il doit donc à chaque inftant fe dépouiller d’un nouveau fluide éleârique en faveur de la fubftance qui en demande : la quantité de fluide que cette dernière en reçoit, doit donc l’emporter fur celle qu’elle a pu arracher au corps idio-éleârique, précifément parce que celui-ci exerce fur le fluide une force d’attraüion bien moins puiflante que celle du conduâeur.
- On combine fouvent enfemble le frottement & la chaleur pour éleârifer certaines fubftances. C’eft à ces deux moyens réunis qu’on doit rapporter les Agnes éleâriques qu’on obtient du linge qu’on a fait chauffer & qu’on fecoue. Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d’expliquer, d’après mes principes, plufieurs
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- phénomènes, tels que ceux que préfentent la foie blanche & la foie noire frottées l’une contre l’autre ; mais ne fera-t-il pas aifé de leur appliquer ma théorie, fi l’on fait attention que, lorfque deux fubftances, même de même efpèce, auront éprouvé une égale divifion ou une égale agrégation de parties, elles n’en attireront pas moins inégalement le fluide éleôrique, ou n’en auront pas moins un excès inégal de ce même fluide, fi quelque altération rend inégales leurs affinités avec lui, & fi l’on confidère que, par confé-quent, l’une aura relativement à l’autre une éleSricité pofitive , tandis que celle - ci jouira d’une • éleâricité négative relativement à la première ?
- La chaleur communique aufli de l’éleâricité à la tourmaline, aux diamans, aux autres criftaux gemmes , aux grenats , & à plufieurs autres pierres, en procurant à quelques-unes de leurs parties cette efpèce de divifion qui augmente leurs furfaces; & ces pierres donnent alors naif-fance à différens phénomènes dont nous parlerons dans le Mémoire fuivant. Lorfque la chaleur eft trop forte , non - feulement elle éleftrife les corps idio-éleâriques, mais elle les rend même éleârifables par communication, parce qu’elle augmente exceflivement les fur-
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- sur l’Électricité, ii3 faces de leurs parties, & leur donne par-là, fur le fluide, une vertu attraâive égale à celle des condudeurs.
- Jufqu’à préfent nous n’avons confidéré le frottement & la chaleur que comme deux inf-
- mains de l’homme, pour qu’il pût à fon gré faire naître de l’éleâricité dans les corps. Ils ont été faits fur le modèle de ceux dont fe fert la nature ; mais ces derniers, proportionnés à la force puiffante qui les fait mouvoir , ne font pas uniquement employés à produire des effets circonfcrits dans un petit efpace, & fouvent infenlibles, mais à donner naiflance aux phénomènes les plus remarquables & les plus étendus. La nature agit de préférence à l’aide de la chaleur : elle s’en fert pour divifer les corps, donner plus de furface à leurs parties, les rendre plus propres à attirer le fluide & à l’accumuler, & détruit ainfi, dans les différentes fubffances , cet état d’équilibre St de repos dans lequel le fluide éledrique ne donne jamais aucun ligne de fa préfence. Mais le plus fouvent la nature produit les plus grands effets éledriques, fans être obligée, comme nous, de divifer les fubf-tances qu’elle veut éledrifer. Aidée par l’expan-fibilité du fluide, elle le fait jaillir des entrailles Tome I, H
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- de la terre , l’oblige à fe porter vers les corps qui l’attirent le plus, & à y former, en s’y accumulant , une atmofphère plus ou moins épaiffe, plus ou moins étendue. Cette dernière devenant bientôt trop confidérable relativement à l’attraftion qui eft exercée fur elle par la fubf-tance qu’elle envelôppe, s’échappe vers le premier corps qui l’attire fortement & autour duquel elle peut fe ramaffer, & dans fes différentes courfes fe fait remarquer par tous les phénomènes éleftriques dont elle marche accompagnée.
- La nature feule éleftrife ainfi les différentes fubflances, même celles que les Phyficiens ont regardées comme n’étant pas éleftrifables par elles - mêmes. Nous n’avons pas encore ofé tenter de l’imiter : peut-être cependant nos efforts nous apprendront-ils un jour à compofer un fluide artificiel que nous pourrons, à notre gré, diriger vers les fubflances que nous voudrons faire jouir de la vertu éleftrique. Ne pourrait-on pas efpérer d’opérer cette com-binaifon particulière de l’eau & du feu qui confirme le fluide éleftrique , en employant la lumière, plutôt qu’en fe fervant de la chaleur ? Ne pourroit-on pas foupçonner que l’eau, réduite dans un certain état, aurait plus d’affinité
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- avec le feu pur, que n’en a l’air qui entre avec cette matière aâive dans la compolition de la lumière ? & ne devroit-elle pas alors précipiter l’air & s’unir avec la matière aâive ou le feu, pour produire du fluide éleârique? Je tâcherai de rendre ce foible foupçon moins invraifem-blable, par différentes expériences que je publierai dans ma Phyfique.
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- Des effets de l’Électricité artificielle , de rÉlectricité de la Tourmaline, &c.
- ÏN O U S n’avons fait qu’entrevoir encore les phénomènes que nous offre le fluide éleârique lorfqu’il eft accumulé dans les différentes fubf-tances de la nature : obfervons aâuellement de près les lignes qu’il donne de fa préfence lorfque fes forCës font ramaffées; &, pour dif-tinguer aifémènt tous les effets qu’ils peut produire dans çet état de contrainte, jetons les yeux de préférence fur quelque corps dans lequel il puifle être accumulé en très - grande quantité, & autour duquel fes effets les plus foibles par eux-mêmes, deviennent des phénomènes remarquables. Concevons un grand conduâeur métallique d’une furface très-étendue , & imaginons qu’il reçoit fans cefle d’un difque de verre frotté avec foin, une quantité confidérable de fluide éleârique. Le fluide com« mence par revêtir exaâement la furface du conduâeur, & par s’accumuler autour de lui : la couche qu’il forme en l’environnant, eft à
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- chaque inftant augmentée par le fluide que le difque de verre neceffe d’envoyer; elle eft fans ceffe recouverte par une nouvelle couche, & toutes enfemble elles forment bientôt une atmofphère épaiffe & étendue-» qui embrafle étroitement le conduâeur.
- Le fluide éleârique étant très-expanfible de fa nature, à caufe de l’élément du feu qui entre dans fa compofition, l’attraftion réciproque de fes parties doit être vaincue par leur expanfi-bilité. Elles ne doivent pas chercher à fe réunir; mais la vertu expanfive de chaque partie en particulier, trouvant un obftacle dans celle de fa voifine , elles doivent au contraire, pour obéir à leur expanfibilité, s’éloigner les unes des autres, & fe repoufler. Ce n’eft pas feulement dans le fluide éleârique, mais dans toutes les fubftances, que la répulfion naît del’expan-fibilité. La force de répulfion ne peut pas être une force générale & effentielle à la matière, car alors la force d’attraéHon ne ferait pas générale : elle n’eft que l’effet de l’expanfion, qui, elle-même, n’eft que la réaâion de l’attraôion, & ne peut appartenir qu’à la matière aâive & à fes compofés. La vertu répulfive des parties du fluide, eft très-fouvent vaincue par l’attraction que peuvent exercer fur elles les corps
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- idio - éleâriques & les conduâeurs dont elles s’approchent ; mais à mefure que ces parties s’éloignent du corps autour duquel elles ont été accumulées, elles reprennent l’une fur l’autre leur vertu répulfive : lors donc qu’une atmof-phère conlidérable eft ramaffée autour d’un conduâeur, fes couches extérieures ne fe trouvant prefque plus dans la fphère d’attraâion de ce dernier, doivent obéir à leur force répulfive, & s’éloigner les unes des autres ; & elles abandonnent même le conduâeur, lorfqu’elles ne font pas retenues par l’air ou quelqu’autre fubf-tance idio-éleârique qu’elles ne peuvent tra-verfer qu’avec la plus grande peine. Cette répulfion eft Une nouvelle force qui les pouffe vers les corps anéleâriques qui s’offrent à elles. Auflî, lorfqu’on approche la main de cette at-mofphère accumulée, le fluide eft attiré vivement ; & les différentes parties de cette atmof-phère, défunies par leur force répulfive, font reffentir fur la peau l’impreflîon que doit toujours faire naître une fubftance en mouvement & très-divifée, celle d’un air foiblement agité.
- Si on fubftitue à la main un corps léger qui puiffe obéir aifément à l’attraâion du fluide éleârique, il s’approchera de la première couche , & l’abandonnera enfuite pour le porter
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- sur l’Électricité, i 19 vers la fécondé, qui, étant à une moindre distance du condufteur, doit renfermer une plus grande quantité de fluide ; il quittera la fécondé pour aller à la troifième ; & ainfi de couche en couche, toujours attiré par une plus grande quantité de fluide éleftrique, ne s’élancera-t-il pas jufqu’au condufteur, & n’en recevra-t-il pas une portion de feu éleftrique , proportionnée à fon affinité avec ce fluide ? Il fe formera aulîitôt autour du corps léger une atmosphère dont la force expaniive l’éloignera du condufteur : il traverfera avec rapidité les différentes couches qu’il aura déjà parcourues, & fe tiendra éloigné de la grande atmofphère jufqu’à ce qu’ayant communiqué fon fluide à quelque corps anéleftrique , il n’ait plus d’atmofphère qui le repoufle loin du condufteur, & qu’il fpit de nouveau attiré par le fluide qui environne ce dernier.
- Il arrive fouvent que le corps léger n’a pas befoin d’arriver jufqu’au condufteur pour avoir un excès de fluide quj l’oblige à s’éloigner de la grande atmofphère; il peut le recevoir des premières couches qu’il traverfe, & qui dès ce moment le renvoient avec viteffe. C’eft âinfl . qu’on peut expliquer les;àttraftipns & les répudiions éleftriques, lorfqu’il s’agit des effets du H jv t
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- fluide accumulé, ou des phénomènes que préfente un conduâeur éleârifé pofitivement : voici ce qu’on peut dire de ceux qu’offre l’électricité négative.
- Lorfqu’un conduâeur a été dépouillé de fon fluide, il attire avec force celui des corps qui l’environnent. Si les corps qui l’entourent font légers, ne doivent-ils pas fuivre le fluide qu’ils renferment, & aller trouver avec lui le conduâeur qui cherche à réparer fes pertes ? A peine l’ont - ils touché, qu’ils fe trouvent éleârifés négativement ; & fi ces petits corps & le conduâeur exiftoient feuls dans l’univers, je crois qu’il ne devrait y avoir alors aucune répulfion entre eux , quoique quelques Phyfi-ciens aient paru penfer le contraire. Mais ils reçoivent une certaine quantité de fluide de tous les corps qui les entourent : à peine la renferment-ils, que les petites atmofphères qui naiffent autour d’eux, fe repouffent mutuellement; ils fe féparent, & celui dont l’atmofphère eft la moins puiffante, s’éloigne des autres. Ils ne ceffent de recevoir un nouveau fluide ; leur vertu répulfive doit donc s’accroître, & leur éloignement, qui en eft un effet, augmenter à chaque inftant. Ainfi font produites les attractions & les répudions que préfente l’éleâricité négative.
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- Le fluide électrique , cependant, n’agit pas uniquement fur le toucher : s’il continue de s’accumuler, fi fa maffe augmente, fi un grand nombre de fes parties fe réunit, il acquiert, alors, le pouvoir d’agir fur lê fens de la vue. Il peutl’affeâer de deux manières ; ou en s’échappant tranquillement, & avec un bruiffement paifible, des pointes qui peuvent hérifler la fur-face d’un conduâeur, ou de celles qu’on préfente à ce dernier ; ou en s’élançant avec bruit vers une fubftance anéleftrique, ou du fein de cette même fubftance. Dans tous ces phénomènes fa maffe eft augmentée.
- Dans les premiers, elle l’eft par une fuite de la vertu qu’on a reconnue dans les pointes, de difliper en peu de temps l’atmolphère des corps éleftrifés.
- On peut donner, d’après nos principes, deux raifons de ce pouvoir dont les pointes font douées. Premièrement, toutes les parties d’une atmofphère de fluide éleftrique fe repouflent, tendent à s’éloigner les unes des autres, & s’obligent mutuellement à parcourir toute l’étendue des conduSeurs, qu’elles ne peuvent ibandonner qu’avec peine, à caufe de l’attrac-ion qu’ils exercent fur elles. Celles qui font r'pouffées, & qui pour obéir, autant qu’il eft
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- iZ2 Essai
- en elles, à la force qui les éloigne , güflent le long de la furfac.e des conduâeurs, doivent s’arrêter fi elles rencontrent d’autres parties ayant un mouvement contraire & des forces égales, parce que des forces égales & oppo-fées doivent fe détruire ; & elles ne font plus foumifes alors qu’à l’attraftion des condufteurs. Mais fi.ces deux forces répulfives n’agiflent pas-en fens contraire, comme cela.doit arriver. lorfqu’elles fe rencontrent au fommet de quelque angle, les parties qui leur font fou-mifes ne doivent-elles p as, d’après les principes connus de tous les Phyfîciens, tendre à décrire une diagonale qui les éloignera des condufteurs, & qui, toutes chofes égales, fera d’autant plus longue , que l’angle fous lequel les forces répulfives fe rencontreront fera plus aigu, ou que la pointe fera plus fine ? Et on ne doit pas être furpris que la force répulfive l’emporte fouvent fur la force aftraâive qui retient le . fluide attaché à la furface des conduâeurs : fi elle ne jouiffoit pas de ce pouvoir, ne verroit-on pas deux corps éle&rifés & fufpendus auprès l’un de l’autre, tendre à fe rapproche^ bien loin de fe repôuffer mutuellement ; <e qui feroit contraire à l’expérience ?
- On doit confidérer d’ailleurs qu’une patie
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- SUR L’ É L E C T R I C I T É. I 2J qui fe termine en pointe , eft revêtue d’une plus grande furface qu’une partie moufle de mêmemafle, ainfi qu’il eft affé de s’en affurer ; elle doit donc avoir autour d’elle une plus grande quantité de fubjftances anéleftriques, Çpitqup ces dernières foient fufpendues dans l’air qui la touche, pü fituées à une plus grande, diftance d’elle. Ces fubftances anéleâriques étant en plus grand nombre, ne doivent-elles;pas employer un plus grand nombre d’efforts contre le fluide qui environne la pointe, agir fur lui avec plus de forces réunies, & parvenir à.difliper l’atmofphère qu’il forme , plus promptement qu’elles n’enlèveroi&nt celui qüi pourroit être ramafle autour d’une: partie moufle'? qui,,leur préfentant moins de furface f ne feroit pas fou-mife à l’aftion d’un,-^ùfli-grand nombre .d’en'®8.-* C’eft ainfi que les -corps échauffés lorfqu’ils ont une denfité & une fufibilité-égales, fe refroi-diflent d’autant plus yîte, qu’ils préfentent plus de furface à l’air ou aux. autres,corps qui les environnent., & quilés touchant par un plus grand nombre de points, peuvent .leur enlever plus vite le feu. qu’ils renferment; Ce qui .ne. contribué pas peu à ce .que les petites pointes des fubftances qu’on a fait chauffer, foient plutôt refroidies que ces mêmes fubftances, & ce qui
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- fait que ces dernières perdent leur chaleur d’autant plus vîte , toutes chofes égales , qu’elles préfentent un plus grand nombre de pointes.
- Lorfqu’on approche une pointe d’un conducteur éleôrifé, celui-ci perd plus vîte le fluide qui l’environne ; la pointe en attire une plus grande quantité qu’un corps moufle : & on ne doit pas en être furpris, puifque le corps pointu, dès qu’il rencontre les couches les plus avancées de l’atmofphère éleCtrique, & qu’il commence à en être environné, doit agir avec une plus grande force, ayant une furface plus étendue. Je penfe d’ailleurs que, lorfqu’une pointe agit fur une atmofphère, à peine le point qu’elle attire a commencé de s’éloigner du conducteur & de s’approcher d’elle , qu’il y eft encore déterminé par la force répulfive du fluide qui le touche des deux côtés,'& dont les directions n’étant plus perpendiculaires l’une fur l’autre, doivent obliger le fluide attiré par la pointe, à abandonner le conducteur. Lorfqu’on préfente à ce dernier un corps moufle, le fluide qui eft attiré occupant une grande étendue, ne peut plus être confidéré comme une partie unique, & que deux forces égales, & également inclinées fur elle & fur le conducteur, obligeraient à s’éloigner perpendiculairement de ce dernier ; mais
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- ce fluide attiré étant compofé de parties qui fe repoufîent mutuellement, & qui par conféquent ne font pas corps, la force de répulfion, exercée par le fluide de droite & par le fluide de gauche, ne peut plus être regardée comme agiflant fur une même partie : & fi elle a quelque aâion fur le fluide attiré par le corps moufle, ce ne fera pas pour le lancer vers ce dernier ; mais le fluide de droite fera parcourir à celui qui l’avoifinera, la diagonale du carré formé par fa propre direction & par celle de la vertu attraftive du corps moufle ; & le fluide de gauche fera décrire à celui qui fera auprès de lui, la diagonale d’un carré dont un côté repréfentera la force du corps moufle , & l’autre fa propre force.
- C’eft par une fuite de ce que nous venons de dire, que lorfqu’un conduâeur a été éleSrifé négativement, & que fa furface préfente quelques pointes , ces dernières exercent fur le fluide des corps qui l’environnent, une attraction bien fupérieure à celle des autres parties de ce même conduâeur : auffi le fluide qui tend à réparer les pertes de ce dernier , fe porte-1-il de préférence vers ces pointes, & fuit-il le chemin facile qu’elles lui offrent pour parvenir jufqu’à lui.
- On doit expliquer auffi aifément, d’après
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- ce que nous avons établi y pourquoi un corps pointu préfenté à une fubftance qui jouit d’une éleftricité négative, lui fournit plutôt qu’un corps moufle le fluide qu’elle exige, 8c le lui communique de plus loin. Tout corps qu’on approche d’une fubftance négative éleârifée, eft relativement à elle, comme un corps doué d’une eieftricité pofitive relativement à une fubftance qui ne jouiroit d’aucune éleftricité. Le fluide qu’il renferme, 8c que la fubftance négative attire avec force, doit fe répandre hors de lui, 8c former une atmofphère plus ou moins épaiflç. Lors donc qu’un corps pointu 8c Un corps moufle feront préfentés à une fubftance négative, ils auront tous les deux une atmofphère ; mais le corps pointu doit être beaucoup plutôt dépouillé de la fienne, ainfi qu’un condufteur éleârifé pofitivement perd plutôt celle qui l’entoure, lorfqu’il eft hérifle de pointes : la fubftance négative doit donc s’emparer beaucoup plutôt du fluide du corps pointu, que de celui du corps moufle ; elle doit auffi le lui enlever de plus loin, devant trouver fa réfiftance bien plus foible, 8c pouvant par conféquent la vaincre, par fon attraâion, à une plus grande diftance.
- Lorfque l’éleSricité eft forte, c’eft-à-dire,
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- lorfqu’une grande quantité de fluide fe ramafle autour d’un conduâeur dont la furface préfente des pointes, un très-grand nombre de parties de ce même fluide peuvent être déterminées à s’échapper par ces pointes ; & il peut fe produire une très - grande accumulation vers leur extrémité, qui eft précifément l’endroit où les différentes répulfions ont entre elles les directions les plus propres à éloigner le fluide, & où la furface eft la plus grande en proportion de la mafle. Le fluide qui s’éloigne, agit alors fur le fens de la vue par des aigrettes brillantes & lumineufes. D’ailleurs, lorfque l’éleâricité eft confidérable, le fluide, chafle par une répulfion plus forte, doit abandonner le conduôeur avec plus de rapidité ; & une grande viteffe doit fervir auffi, je crois, à lui donner la propriété de repréfenter la lumière. A mefure qu’il s’échappe des- pointes du condufteur, fes différentes parties fe repouffent, &, en s’éloignant mutuellement les unes des autres, forment des rayons divergens, nuancés de plufieurs couleurs , au milieu defquelles le bleu, le violet ou le pourpre, fe font le plus fouvent remarquer. Je penfe que ces couleurs dominantes viennent de la foibleffe avec laquelle les aigrettes agiffent fur le fens de la vue ; les Phyficiena
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- ayant reconnu que, lorfque la lumière ou la flamme étoient très-foibles, elles offraient à peu près les mêmes couleurs ; & je le crois d’autant plus, que, lorfque l’éleftricité du con-dufteur augmente, & qu’une plus grande quantité de fluide prend la forme d’aigrette lumi-neufe, les tons fombres & bleuâtres de cette dernière, font place en partie à des couleurs plus vives, à du vert & même à du rouge. Les aigrettes éleâriques agiffant par la maffe de leurs molécules fur l’air qu’elles s’efforcent de traverfer, elles ébranlent fes parties, caufent en elles un léger frémiffement, & agiffent fur le fens de l’ouïe par un bruiflement plus ou moins fenflble. Si on place à une certaine dif-tance de ces aigrettes quelque corps anélec-trique, l’attraâion de ce dernier fe joint aux différentes caufes qui obligent le fluide à fe laiffer entraîner le long des pointes, & à quitter le conduâeur ; les aigrettes augmentent en beauté ; leurs couleurs deviennent plus vives & plus éclatantes ; leur bruiflement fe change en un murmure plus fort; leurs rayons s’alongent; &, au lieu de continuer de diverger & d’obéir à leur force répulfive, ils fe replient vers le corps anéleârique, l’embraffent, le faillirent, pénètrent dansfon intérieur, & s’y répandent.
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- Lorfque le corps anéleârique qu’on préfente a un conduâeur fortement éleârifé, eft terminé par une pointe , on apperçoit aufli une aigrette au bout de cette dernière ; mais fa forme & fes apparences font différentes de celles que nous venons de décrire. Ce n’eft point le fluide du corps anéleârique, qui s’échappe de fon intérieur ;c’eftle feu éle&ique du conduâeur, qu’il attire, & qu’il oblige à fe porter & à fe plier vers lui. La quantité de ce dernier fluide étant d’autantplus confidérable quel’éleftrioité du con-duâeureft plus forte ; le feu éleôrique éprouve, enfe précipitant vers l’extrémité de la pointe où il eft le plus attiré, une accumulation affez grande pour éclairer & remplacer la lumière. Mais ce ne font plus des rayons divergens fe répandant au loin, obéiflant en liberté à leur vertu ré-pulfive, parés quelquefois des plus belles cou* leurs, & s’annonçant par un bruiffement très-marqué ; ce font des rayons beaucoup plus courts, pâles & bien moins fenfibles, qui, contraints de pénétrer dans le corps anéleârique, fe refferrent prefque fans aucun bruit, fe ra-maflënt vers fon extrémité, & quelquefois y bornent tous leurs efforts à former un point brillant & lumineux » dans lequel il eft aifé cependant de remarquer, avec une loupe, une Tome I. I
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- réunion de rayons convergens vers le corps anéleârique. On doit voir fans peine que les aigrettes qu’offrent les pointes des condufteurs éleârifés négativement, doivent être de cette dernièreefpèce : ne font-elles pas, en effet, produites par le fluide des corps environnans qu’ils attirent , & qu’ils contraignent à venir remplacer celui qu’ils ont perdu ?
- Celles au contraire des corps anéleftriques qui font à une certaine diftance des conducteurs négatifs, doivent être femblables à celles qui ornent les pointes des conduâeurs éleârifés-politivement, puifiqu’elles doivent leur origine, ainfi que ces dernières, au fluide qui s’échappe du corps dans lequel on les remarque.
- Quelque fenfible que puiffe être l’aâion du fluide éleôrique fur nos yeux, lorfqu’il paroît fous la forme des aigrettes les plus brillantes , il les ébranle bien plus foiblement, que lorfqu’il annonce fa préfence par des étincelles. Ces dernières n’ont jamais lieu que lorfque la mafîe du fluide a été confidérablement augmentée , & par exemple , lorfqu’on a approché d’un conduâeur , un corps anéleârique moufle. L’attraâion que le conduâeur exerce fur le fluide qui l’environne, doit être vaincue dans les points de fa furface, tournés vers le corps
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- anéleârique, par celle que ce dernier exerce de très-près fur ce même fluide. Le feu électrique du conduâeur devant tendre au genre d’équilibre qui lui eft propre , fe porte avec rapidité vers le corps anéleârique jufqu’à ce qu’il foit répandu dans tous les deux, en raifon de leurs différentes affinités. Plus l’atmofphère du conduâeur eft épaiffe, & plus la tendance du fluide à l’équilibre , exige qu’il fe détache en grande mafife pour fe porter vers le corps anéleftrique. Ce dernier agit plus fortement fur les points de cette atmofphère qui lui cor-refpondent ; mais n’attire -1 - il pas auffi une certaine quantité du fluide qui revêt les parties voifines ? Lorfque la portion de la furfhce du corps anéleârique la plus voifine du conduâeur n’eft pas bien étendue, les différentes parties du fluide attiré, qui tendent toutes vers elle, doivent converger, fe ramaffer, fe preffer, & s’accumuler de nouveau. Elles acquièrent par-là de nouvelles forces pour produire des effets bien fupérieurs aux aigrettes;-&, en agiffant fur l’organe de la vue par une très-grande maffe, elles donnent naiflance à des étincelles. La figure du corps anéleârique n’eft donc pas indifférente pour que les étincelles foient plus ou moins vives : l’expérience m’a appris qu’elles
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- font les plus fortes & les plus animées, lorfque, tout égal d’ailleurs, la partie du corps anélec-trique, tournée vers le conduâeur, elt à peu près une portion de cercle. Lorfque cette courbure diminue & approche d’une furface plane, le fluide, arraché des difFérens points du conduâeur, ne fe réunit plus en fi grande quantité vers le haut de la courbure, mais commence à fe porter vers fes extrémités, devenues aflez voifines de lui pour l’attirer fortement ; & fi la courbure cefle entièrement, & fait place à une furface plane , tous les points de cette furface fe trouvent à une égale diflance du conduâeur : le fluide doit fe porter vers chacun d’eux ; il n’eft plus, par conféquent, aufli accumulé ni aufli preffé, & les étincelles plusfoibles ne peuvent plus être excitées d’aufli loin.
- Lorfqu’au contraire la courbure augmente, la partie que le corps anéleârique préfente fe rapproche à chaque inftant des pointes, & doit en partager de plus en plus les propriétés. Elle attirera de plus loin le fluide éleârique ; mais par cela même, elle aura diflïpé une grande partie du fluide du conduâeur, ou fe trouvera aufli éleârifée que lui, lorfqu’elle en fera aflez près pour obtenir une étincelle : elle n’en tirera donc qu’une foible & peu brillante, ayant déjà
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- reçu de l’éleâricité, n’en exigeant prefque plus, ou le conduâeur en ayant moins à donner.
- Mais non - feulement les pointes ne font prefque jamais étinceler les conduâeurs ; elles empêchent même les corps anéleâriques les plus moufles, à la furface defquels elles font attachées, de tirer aucune étincelle, parce qu’attirant de plus loin le fluide , elles diminuent l’atmofphère du conduâeur , & la diflipent avant qu’il ait pu étinceler. D’ailleurs , fi le corps anéleârique eft ifolé, ne lui communiquent-elles pas une quantité de fluide trop petite à la vérité pour avoir paru fous la forme d’une étincelle, mais qui rapproche fon état électrique de celui du conduâeur, rétablit prefque l’équilibre autour d’eux, & empêche prefque toujours que le corps anéleârique ne reçoive une quantité de fluide affez conlidérable pour étinceler?
- On peut encore dire que les pointes n’engagent le fluide éleârique à fe dégager du conduâeur que dans très-peu de points; & que la réunion des rayons, quelque forte qu’elle foit à l’extrémité des pointes, ne peut pas com-penfer le nombre de ceux que les pointes n’attirent pas ; cette convergence ne pouvant pas croître dans la même proportion que le nombre
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- des rayons attirés diminue, à caufe de la répul-fion mutuelle des parties du fluide. Il n’efl: donc pas furprenant qu’il n’y ait prefque jamais au bout des pointes, cette accumulation né-ceflaire à la produftion des étincelles.
- Ces dernières feront d’autant plus vives entre deux corps qu’on rapprochera, que l’un attirera plus fortement le fluide de l’autre. Voilà pourquoi un corps éleftrifé négativement, toutes chofes égales, recevra toujours d’un corps dont l’éle&ricité ferapoiïtive, une étincelle plus éclatante ; & voilà pourquoi , lorfqu’on veut en obtenir une très-belle & très-vive, on a le foin de faire communiquer avec plufieurs fubftances anéleflriques le corps qui doit la tirer, afin d’ajouter leur force attraâive à celle de ce
- Lorfque le fluide fort des corps éleôrifés, il tend d’autant plus vers ceux qui ne le font pas, que, comme l’a dit M. Franklin, il rend en quelque forte négative la furface dont il s’approche , en repouflant une partie du fluide qu’elle renfermoit, qui fe jette fur la furface oppofée, & la rend quelquefois pofitive.
- Lorfqu’on voit jaillir une étincelle entre deux corps, elle part toujours de celui où eft l’excès de fluide, foit qu’on le préfente à un condufteur
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- sur l’Électricité. 135 ou à une fubftance idio-éleftrique, bu qu’il foit ïui-même l’un ou l’autre. Deux corps éleârifés pofitivement pourront faire naître une étincelle , fi leur électricité eft inégale ; mais s’ils renferment chacun un excès de fluide proportionné à leurs affinités & à leur manière-d’être, l’équilibre ne fera pas rompu , le fluide ne s’efforcera pas de paffer de l’un dans l’autre, & aucun d’eux n’étincellera.
- L’art eft parvenu à porter jufqu’à un haut degré de force, les étincelles que l’expérience lui a appris à faire jaillir des corps. On peut, à l’aide de grandes machines, en obtenir dont la longueur eft de plus de vingt pouces : ce font des efpèces de cylindres de feu, qui s’élancent du corps étincelant jufqu’à celui qui reçoit l’étincelle , qui quelquefois atteignent à ce dernier, fans fe détourner de leur route, mais d’autres fois rencontrent dans l’air des réfiftances inégales, ferpentent & fe plient en différens fens pour y parvenir. Us partent avec la rapidité de l’éclair dont ils ont la nature ; ils éblouiffent par une vive clarté, & fouvent par une couleur rouge très-foncée : ils répandent une lumière éclatante ; & lorfqu’ils renferment un fluide très-accumulé , ils écartent par leur maffe, fondent ou brûlent par leur chaleur les
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- obftacles qui les arrêtent, les différens corps qu’ils rencontrent; &, communiquant un mouvement très-vif à la mafle d’air qu’ils doivent traverfer en un clin d’œil, ils agiffent fur le fens de l’ouïe par un craquement très - fort &
- Si les deux corps entre lefquels naît l’étincelle , demeurent toujours à la diftance nécef-faire pour que ce phénomène ait lieu ; s’il arrive toujours à celui qui donne l’étincelle , une quantité de fluide capable de réparer fes pertes, & fi celui qui la reçoit peut perdre à chaque inftant le fluide qui lui a été communiqué, la durée du phénomène eft prolongée, le cylindre de feu paroît immobile, un bruit continuel fe fait entendre, & le fluide accumulé ne ceflë de répandre une vive lumière.
- Lorfque le fluide éle&rique peut parvenir dans quelque efpace vide d’air, fi une fubflance anéleftrique termine cette étendue dans quel-que partie, ou fi un corps conduSeur fe trouve placé dans cet efpace vide, ils exercent fur le fluide une attra&ion qui n’eft plus balancée ni détruite par l’imperméabilité que l’air oppofe à ce dernier ; ils l’attirent d’une très - grande diftance, & le fluide ne fe porte plus vers eux en colonne rçflerrée par les obftacles que l’air
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- pouvoir lui oppofer, & qui ne pouvoient être vaincus que vers certains points; mais il s’élance yers eux en répandant une lumière plus diffufe ; il obéit à fa force expanfive ; il laiffe fes différentes parties fe repouffer mutuellement, & vague en liberté autour de ces condufteurs. A mefure qu’il arrive en plus grande quantité, & que fon accumulation augmente , il remplit tout l’efpace vide d’une lumière paifible, quelquefois purpurine, & dont la tranquillité n’eft troublée que par le voifinage des corps ané-leftriques qu’on peut approcher de l’efpace vide d’air. Il produit alors des gerbes de feu, des çafcades brillantes, des rayons qui s’entrelacent de diverfes manières; mais il éclaire en filence» parce qu’il n’a plus à divifer ni à repouffer un volume d’air dont le frémiffement puiffe porter dans l’organe de l’ouïe la fenfation de ce bruif-fementléger, de ce foible murmure qui accompagnent les aigrettes , ni la fenfation de ce craquement plus fort, de ce bruit plus fenfible que font entendre les étincelles.
- Il efl une petite pierre de la nature du ba~ faite, nommée Tourmaline, le plus fouvent peu tranfparente & d’un jaune rougeâtre ; elle çriftallife communément en prifines à neuf pans d’inégale largeur, dont quelques-uns font
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- légèrement ftriés, & qui font tous terminés par des pyramides triangulaires obtufes, à plans rhomboïdes & inégaux. Cette pierre a excité la curiofité des Phyficiens par les différens phénomènes éleCtriques qu’elle préfente, foit lorf-qu’on la frotte, foit lorfqu’on la fait chauffer. On s’eft jufqu’à préfent beaucoup plus occupé de découvrir ces phénomènes & de les confta-ter, que d’en donner la théorie ; nous allons les rapporter, & confirmer de nouveau l’hypo-thèfe que nous avons taché d’établir, par la facilité avec laquelle nous les expliquerons d’après les principes qu’elle renferme.
- La tourmaline par fa nature efl très-près du verre, & peut même être vitrifiée aifément & fans addition : efl:-il donc furprenant qu’elle partage les propriétés du verre , relativement au fluide électrique ? Lorfque la tourmaline efl frottée pendant quelque temps , elle acquiert une éleftricité pofitive ainfi que le verre, parce qu’elle éprouve comme lui une divi-fion qui augmente les furfaces de fes parties, & les rend propres à attirer une plus grande quantité de fluide. Lorfqu’on ne frotte qu’un de fes côtés, celui-là feul s’éleCtrife po-fitivement, & fon oppofé acquiert une vertu négative : cela ne vient - il pas de ce que le
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- côté frotté obtient feul une augmentation de furface , & qu^ ne fe contente pas d’attirer le fluide que le corps frottant peut lui communiquer , mais qu’il enlève encore une partie de celui que renferme le côté qui lui eft oppofé, qui, n’ayant pas fubi de divilion, ne peut pas retenir fon feu éleârique avec autant de force qu’on en emploie à le lui arracher, & qui doit par-là fe trouver bientôt dépouillé d’une partie de fon fluide, & éleéïrifé négativement? Ces deux phénomènes font les mêmes que ceux qu’on obferve dans le verre, dans des circonftances femblables.
- Lorfqu’on fait chauffer la tourmaline, en la mettant au milieu de cendres chaudes, ou d’une eau bouillante, ou en employant quelque autre moyen, elle s’éleélrife aufli, & la chaleur lui communique cette divifion de parties qui fait naître l’état éleôrique. A la vérité, foit que toutes les parties de la tourmaline ne foient pas d’une nature uniforme, ou par une fuite de quelques circonftances particulières, je penle que celles qui compofent un de fes côtés reçoivent de la chaleur une affez grande augmentation de furface, tandis que celles que l’autre côté préfente, ne peuvent en obtenir qu’une bien moins confidérable. Il fuit de-là
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- que, Iorfque la tourmaline commence à fe refroidir , on doit remarquer en elle un côté pofitif & un côté négatif, ainfi que l’expérience l’apprend. En effet, les parties dont les petites furfaces ont été augmentées, commencent à fe rapprocher les unes des autres lors du reffoidiffement ; elles n’ont donc plus befoin de tout le fluide qu’elles ont reçu des fubf-tances anéleétriques qui les entouroient lorf-qu’elles ont été échauffées : ne doivent - elles donc pas en avoir un excès , & donner les différens lignes de l’éleftricité politive? Celles au contraire qui ont fubi une moindre divifion, n’ayant pas eu avec le fluide une affinité aulïï grande que celle du côté pofitif de la tourmaline , les petites atmofphères répandues autour d’elles, font bien moins confidérables que celles qui environnent les parties politives. Ne font-elles pas obligées de céder à la force répulfive de ces dernières, dont elles font très-voifines, d’abandonner les parties auxquelles elles étoient attachées, & de les laiflër dans un état négatif? On doit obferver au refte, que Iorfque les tourmalines font échauffées au milieu de fubflances idio-éleffriques, & qui n’ont pu leur communiquer le fluide qu’elles ont exigé à mefure que leurs parties ont été diyifées, elles doivent
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- né donner que des fignes négatifs , lignes qu’on pourra remarquer avec un peu d’attention , jufqu’à ce que toutes les parties aient la quantité de fluide que leur divilion peut demander.
- Si la chaleur augmente, les tourmalines peuvent donner des fignes pofitifs d’un côté, & négatifs de l’autre. L’atmofphère plus étendue des parties les plus divifées , ne doit-elle pas repouffer l’atmofphère moins confidérable des parties les moins divifées ? Gette dernière atmof-phère ne peut-elle pas, en s’échappant, produire les phénomènes de l’éleârieité pofitive? & le côté qui éprouve laplus grande divilion, ne doit-il pas, en continuant d’exiger du fluide, offrir ceux de l’éleftricité négative ? Ce côté deviendra cependant pofitif, & fon oppofé jouira d’une vertu négative au commencement du refroidiffement, ainfi que nous l’avons déjà dit.
- Plus on attendra que la tourmaline foit refroidie, avant d’approcher d’elle aucun corps anéleftrique, & plus on trouvera un excès de fluide dans les parties pofitives , & plus celles qui feront douées d’une éleâricité négative en jouiront à un plus haut degré, parce qu’une plus grande quantité de fluide répandue autour des parties pofitives, exercera une plus grande
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- répuHïon fur celui des parties négatives, & les en dépouillera avec plus de force.
- Si après avoir déterminé, dans le commencement du refroidiffement de la tourmaline, le côté pofitif & le côté négatif, on cherche de nouveau à reconnoître la place de fes différentes éleéhicités, lorfque fa chaleur', devenue à peine fenfible, aura été prefque entièrement diffipée; on trouvera, ainfi que l’a obfervé pour la première fois M. Canton, le côté qui étoit pofitif éleôrifé négativement , & celui dans lequel on avoir reconnu la vertu négative , devenu pofitif. Je penfe que ce phénomène vient de ce que les corps qui n’ont reçu la chaleur qu’avec peine, ne la perdent également que difficilement : le côté de la tourmaline qui n’a admis que le moins de chaleur, qui a fubi une moindre divifion, & a acquis une vertu négative, doit fe refroidir plus lentement que l’autre, ainfi que l’imagina M. Mufchembroeck : il doit donc conferver plus long - temps fon état de défunion. Les parties du côté pofitif ayant cependant perdu leur divifion par leur entier refroidiffement, ne peuvent plus s’oppofer, par la force répulfive d’une atmofphère qu’elles n’ont plus, à ce que les parties qui avoient été moins divifées qu’elles, ramaffent autour d’elles,
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- à raifon de la petite augmentation qui relie à leurs furfaces, une certaine quantité de fluide : ces dernières doivent donc en ramaffer en raifon de la divifion qui peut les retenir encore fépa-rées , & par conféquent donner enfuite des lignes politifs , à mefure que la déperdition entière de leur chaleur les rapprochera. Ne doivent-elles pas, par conféquent, avoir une petite atmofphère, agir à leur tour fur les parties qui ont été politives, les priver de leur fluide, repouffer, éloigner ce dernier, & les rendre négatives ?
- Il elt à remarquer que la tourmaline ne donne aucun ligne d’éleâricité, que pendant qu’elle acquiert ou qu’elle perd de la chaleur, ainfi que l’a obfervé M. Canton ; c’ell-à-dire, pendant le temps que fes parties, en augmentant de furface, exigent une nouvelle quantité de fluide , ou que, fe rapprochant les unes des autres, elles en ont un excès qu’elles doivent s’empreffer de communiquer.
- Il fuit de ce que nous venons de dire, que lorfqu’on aura fait chauffer la tourmaline au milieu d’unéfubllance idio-éle&ique, onobfer-vera dans l’un de fes côtés quatre variations fucceflives, quatre paffages de l’état négatif a l’état politif, & que l’on remarquera trois varia-
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- tions dans l’autre côté. Premièrement, dès quel la chaleur commencera de divifer les parties de la tourmaline, le côté qui aura fubi la divilîon la plus foible, exigera une certaine quantité de fluide, quoique à la vérité moindre que celle que l’autre côté attirera ; il donnera donc des Agnes négatifs à la fubftance anéledrique qu’on approchera de lui. Son atmofphère fera enfuite repoufîee, & même plufieurs fois de fuite, à mefure qu’il en aura reçu une nouvelle de quelque corps voilin, lorfque la divifion de fes parties, croiffant avec la chaleur, aura eu exigé une nouvelle quantité de fluide. Dans le moment ou fon atmofphère s’échappera & fe jettera vers quelque conduâeur, il offrira des phénomènes polit». Il demeurera enfuite fans atmofphère , & par conféquent dans un état négatif, pendant prefque toute la durée du re-froidiffement -, mais, devant être refroidi beaucoup plus tard que le côté qui lui eft oppofé , il doit, lorfque ce dernier a perdu toute chaleur, toute atmofphère & toute vertu répulfive; il doit, dis-je, attirer une petite quantité de fluide qui fe trouvera en excès autour de lui lorfqu’il fera refroidi entièrement, & qui devra par conféquent lui faire donner alors des Agnes pofltifs.
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- Le côté oppofé qui aura été le plus divifé par la chaleur, commencera auffi par donner des lignes négatifs, en exigeant une nouvelle' quantité de fluide ; il continuera d’en attirer, & perfévérera dans fon état négatif, tant qu’une nouvelle chaleur augmentera l’étendue de fes furfaces. Mais lorfque le refroidiffement commencera , & que quelques-unes de fes parties feront déjà réunies, il renfermera un excès de fluide qu’il communiquera aux corps anéleâri-ques voifins. Cet état pofitif augmentera en énergie, à mefure que fes parties feront plus rapprochées par l’évaporation de la chaleur, jufqu’à ce qu’enfin cette dernière s’étant entièrement diffipée, & fon excès de fluide ayant été communiqué , non - feulement il n’offrira plus des phénomènes pofitifs , mais il donnera même des lignes d’éleâricité négative < le fluide qu’il auroit pu conferver devant s’échapper pour obéir à la répulfion de la petite atmofphère encore accumulée autour des par ties du côté oppofé , dont le refroidiffement aura été moins rapide. L’expérience a appuyé notre opinion, en confirmant cette fuite de phénomènes qui en découlent, & qui, ce me femble, n’avoient pas encore été entièrement découverts par les Phyficiens. A l’égard des Tome I, K
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- attrapions & des répu liions des tourmalines, il fera aifé à tout le monde de les expliquer , d’après ce que nous avons dit dans ce Mémoire.
- La tourmaline n’eft pas la feule pierre qui préfente les phénomènes dont nous venons de parler, & qu’on n’a pendant long-temps attribués qu’à elle. M. de Romé de l’Ifle dit, dans fon bel ouvrage fur la Criflallographie, que les diamans, les autres criftaux gemmes, & la plupart des bafaltiques, partagent avec la tourmaline prefque toutes fes propriétés éleftri-ques, à la vérité à un degré inférieur ; & je fuis perfuàdé, d’après de fortes raifons & des expériences que je publierai dans le temps, que, lorfqu’on aura multiplié les obfervations, on reconnoîtra les mêmes vertus dans une très-grande quantité de fubftances idio-élec-triques, & qu’on en pourra obtenir les mêmes effets que de la tourmaline, en apportant tout au plus quelque légère différence dans les procédés : j’invite les Phyficiens plus exercés que moi, à confirmer mes foupçons.
- Je crois bien que la chaleur, qui a une très-grande affinité avec le fluide éle&rique, doit, à mefure qu’elle abandonne la tourmaline, emmener avec elle une certaine quantité de fluide ; mais je fuis bien éloigné de penfer, avec
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- quelques Phyficiens, qu’elle foit par-là la caufe des différens phénomènes que la tourmaline préfente j & qu’elle ne doit que modifier plus ou moins. Au refte, il eft néceflaire d’obferver que , lorfqu’on communiquera une chaleur excelîive foit à la tourmaline, foit à quelque autre fubftance dans laquelle on cherchera la vertu de cette dernière, foit à quelque corps électrique que ce foit, ils ne devront plus être regardés comme idio-éle&riques, ni préfenter les phénomènes propres aux fubftances de ce nom ; mais ils devront être compris au nom-* bre des conducteurs, & agir comme ces derniers au milieu defquels nous avons vu qu’on devoit trouver la chaleur , & tous les corps qui peuvent en être pénétrés à un très - haut degré.
- Comme ce n’ell que par la comparaifon feule que nous acquérons des connoiffances, tâchons de remarquer quelques rapports entre le fluide éleétrique & differentes fubftances , &, par le plus ou moins de reffemblance que nous obferverons entre leurs effets, fixons nos idées fur fa nature , confirmons notre hypo-thèfe, & éclairons de plus en plus cet objet important.
- Il eft aifé de voir, d’après notre théorie, qu«
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- le phlogiftique & le fluide éleârique doivent être par leur nature très-voifins l’un de l’autre ; car le phlogiftique eft prefque la lumière, & la lumière eft très-près du fluide éleârique. Ce dernier doit donc exercer une attraâion très-forte fur le phlogiftique, & avoir plufieurs effets de communs avec lui ; & c’eft ce que plufieurs phénomènes démontrent.
- Nous avons vu les métaux attirer fortement le feu éleârique, & avoir avec ce fluide une affinité fupérieure à celle de l’eau. Les métaux font compofés de phlogiftique & de terre : pour favoir auquel de ces deux principes on devoit attribuer la tendance du fluide vers eux, je les ai dépouillés par la calcination de tout leur phlogiftique ou principe inflammable , & j'ai enfuite examiné l’affinité que leurs chaux pou-voient avoir confervée avec le fluide. Elles ne m’ont jamais paru exercer une attraâion fen-fible fur lui, que lorfqu’elles retenoient encore quelque portion confidérable de phlogiftique. Mais lorfque, par des calcinations répétées, je les ai eu privées de prefque tout le principe inflammable qu’il eft poffible de leur enlever, elles n’ont prefque plus exercé d’attraâion fur le fluide. Si, par un feu violent, je les avois réduites en verre, ces fubftances ayant perdu
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- encore plus de phlogiffique , & ayant acquis cependant une certaine dureté, auraient partagé prefque toutes les propriétés du verre proprement dit, fubftance la moins fujette à l’attraâion du fluide de l’éleôricité. Lorfque, par l’addition d’un nouveau principe inflammable, je ramenois les chaux à l’état métallique, je leur rendois en même temps leurs affinités avec le fluide ; & elles recouvraient d’autant plus leurs vertus attraâives, qu’elles reprenoient plus complètement l’état de métal, c’eft-à-dire , qu’on combinoit avec elles une plus grande quantité de phlogiffique. J’ai répété plufieurs fois ces expériences fur du fer, fur du plomb, fur de l’étain.
- Le fer, frappé fucceffivement au même endroit par plufieurs étincelles, offre une tache qui me paraît provenir de l’aflinité du fluide avec le phlogiffique. Par le moyen de cette affinité , le feu éleârique enlève une portion de principe inflammable à la partie du fer qui reçoit l’étincelle, & qui le laiffe échapper d’au-: tant plus aifément, que le fer fe fépare avec facilité du phlogiffique.
- N’eft-il pas alfé de voir maintenant que c’eft le principe inflammable qui, dans les métaux, attire le feu éleârique ? Il n’exerce pas moins Küj
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- d’aâion fur ce fluide, lorfqu’il eft libre de toute combinaifon avec la terre des métaux. L’éther, l’efprit-de-vin, les huiles fluides, qui ne font que différentes manières-d’être du phlogiftique, font tous attirés fortement par le fluide. Les animaux & les végétaux, que nous avons vus exercer une aâion fi forte fur ce dernier, ne font-ils pas combuftibles, & par conféquent compofés en grande partie de principe inflammable? Les faits prouvent donc l’affinité du phlogiftique & du fluide, que nous avons vue être une fuite de notre théorie. Leurs effets font auffi fouvent très-voifins les uns des autres.
- Le phlogiftique gâte l’air dans lequel il eft trop abondant, & l’empêche d’être propre à la refpiration & à l’entretien de la flamme : je me fuis affuré de la même vertu dans le fluide. Qu’on mette fur une plaque de métal unè cloche de verre, dans l’intérieur de laquelle pénètre une verge de métal, qui s’étende jusqu’au dehors de la cloche, & s’y termine ert boule : qu’on renferme une bougie allumée fous la cloche de verre, & qu’on faffe tirer par la boule plufieurs étincelles d’un conduôeur : Ja bougie s’éteint toujours beaucoup plus vîte que fi on n’avoit pas introduit du fluide électrique fous la cloche. Si, au lieu d’une bougie,
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- on place un olfeau fous cette même cloche, il y meurt beaucoup plus tôt lorfqu’on éleftrife le métal qui s’étend jufques dans l’intérieur. Le fluide gâte donc l’air ainfi que le phlogiftique, & le rend moins propre à nourrir la flamme & à entretenir la refpiration.
- Plufieurs étincelles éleftriques reçues fuccef-fivement par une plaque d’argent, produifent, à l’endroit qu’elles frappent, une tache bleuâtre ; l’argent eft auffi taché aifément par le phlogiftique.
- Le fluide éleârique partage encore avec le phlogiftique, la propriété de revivifier les chaux métalliques, ainfi que le P. Beccaria & M. le Comte de Milly l’ont fait connoître. Il n’eft cependant pas le phlogiftique ; car plufieurs Phyficiens nous ont fait voir qu’ils différoient en plus de points, qu’ils ne fe rapprochoient en d’autres; mais leurs natures étant très-voifines, plufieurs de leurs effets font femblables , & l’affinité qu’ils ont l’un avec l’autre eft très-grande.
- Quoique les acides ne foient peut-être pas auffi voifins du feu éleôrique, que le phlogiftique , ils le font cependant affez pour produire plufieurs effets femblables. A l’égard de leur affinité avec ce fluide, je ne puis rien dire
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- de bien certain fur fon intenfité, à caufe de la quantité d’eau avec laquelle ils font prefque toujours mêlés, & qui peut leur communiquer une très-forte vertu attraftive fur le fluide ; & parce que je n’ai pas pu éprouver l’affinité de quelque acide concentré au point qu’on fut difpenfé de tenir compte de l’eau étrangère à fes principes, qu’il aurait pu encore renfermer.
- Le fluide électrique agit fortement fur les animaux & fur les végétaux : les végétaux & les animaux ne font-ils pas auffi fournis à l’aôion des acides ? Ces derniers & le fluide ne peuvent-ils pas également les réduire à l’état charbonneux, en leur faifant éprouver une com-buflion yéritable ?
- Si on jette un charbon éteint dans de l’acide nitreux, il ne fe produit aucun phénomène; mais fi le charbon eft rouge, il fe forme une efpèce de foufre nitreux qui s’allume. Le fluide n’agit prefque pas, non plus, fur un charbon éteint ; mais il fe porte très-violemment fur un charbon encore rouge. Si on mêle de l’acide nitreux avec de l’huile ficcative, le mélange s’enflamme de lui-même : une étincelle élec* trique, un peu forte, produit aufïi le même •gffet, Le fluide n’agit fur les métaux qu’à raifon {lu plus qu du moins de phlogiffique qu’ils peu*
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- vent renfermer : les acides ne les attaquent non plus, & ne les diffolvent, qu’à raifon de leur plus ou moins de matière inflammable; & ils ceflent d’exercer de l’aSion fur eux, à mefure que ces derniers font dépouillés de la plus grande partie de leur phlogiftique, & réduits à l’état de chaux.
- Non-feulement le fluide produit encore fur l’organe du goût une impreffion femblable à celle qui fert à diftinguer les acides, & qu’on a nommée goût d'acidité ; mais fon odeur le rapproche encore des acides & du phlogiftique : .elle eft en effet femblable à celle que répand le phofphore de Kunckel lorfqu’il fe brûle ; phof-phore que tous les Chimiftes lavent être com-pofé d’un acide & de matière inflammable.
- Les phénpmènes démontrent donc la reflem-blance de certains effets du fluide à plufieurs de ceux du phlogiftique & des acides, rapport qui fuit de notre hypothèfe fur la nature du fluide.
- Quoique le phlogiftique attire avec force le feu éleârique, & quoique les acides doivent avoir aufîi fur lui une aâion affez confidérable, les compofés qui réfultent de leur union n’a-giffent prefque pas fur lui. Les foufres , les félines, les bitumes n’ont prefque pas d’affinité
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- avec le fluide, & confirment par - là, qu’un eompofé peut avoir quelquefois des propriétés prefque entièrement différentes de celles de fes principes, ainfi qu’on l’a reconnu depuis longtemps.
- Le fluide éleârique doit, ainfi que les autres fubftances de la nature qui font dans un très-grand état de divifîon , jouir du droit de dé-compofer celles fur lefquelles il agit, fur-tout lorfqu’elles font extrêmement divifées. Lorfqu’ii attaque une maffe d’air , il la décompofe, s’empare des principes qui lui font le plus analogues , détruit fon élafticité, l’empêche par-là de fervir à la refpiration des animaux & à l’entretien de la flamme, & laiffe libre l’acide que de grands Chimiftes (a) ont reconnu dans l’air. Cet acide, dégagé par le fluide, marque fa préfence & fon état de liberté, par plufieurs phénomènes. Si on met fous une cloche de verre , dans l’intérieur de laquelle pénètre une verge de métal, un linge imbibé d’alkali volatil, & fi on éleftrife la verge de métal, on voit, au bout de quelques minutes, paraître quelques vapeurs qui forment comme un léger nuage,
- (a) MM. de Lavoifier, Sage, de Morveau, Maiet & Durande.
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- & qui ne font que le produit de la combinaifon des vapeurs alkalines, avec l’acide de l’air dégagé par le fluide ; combinaifon qui, comme on le fait, offre les mêmes apparences toutes les fois qu’elle eft produite par quelque moyen que ce foit. Si on mouille les côtés intérieurs de la cloche avec de l’alkali fixe en liqueur, l’acide dégagé fe combine avec lui & criftallife. Cette expérience eft connue; mais elll ne prouve pas, comme on l’a penfé , que le fluide éleftrique n’eft autre chofe qu’un acide, &que c’eftlui qui criftallife avec l’alkali. J’ai répété cette expérience, en me fervant d’une cloche vide d’air, & dans laquelle, par conféquent, l’aide de ce dernier n’a pu être dégagé; il n’y a pas eu de crif-tallifation : ce qui prouve d’une manière claire, que lorfqu’elle a lieu, elle ne doit pas être rapportée au fluide, mais à l’acide de l’air mis en liberté par le feti éleftrique ; & quand bien même quelque PhyficieH Obtiendrait la criftal-lifation dont-je viens dê parier, dans l’intérieur d’une cloche fi fort dépourvue d’air, qu’on ne pût pas l’attribuer à l’âcide dégagé de la petite quantité d’air qui aurait pu y relier, il ne ferait, ce me femble, que nous fournir un nouveau trait de reflemblance entre les acides & le fluide, fans pouvoir nous obliger à les identifier. La
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- propriété de criftallifer n’eftpas en effet attachée aux feuls acides ; & toutes les fubftances, même les plus fimples, me paroiffent, au contraire , pouvoir en jouir. Ne doivent-elles pas en effet fe réunir fuivant des formes confiantes & régulières, dépendantes de celles de leurs molécules compofantes, lorfque les circonflances leur permettent d’obéir à la force attraâive qu’elles exercent les unes fur les autres (a)? D’ailleurs, le fluide & les acides agilfent d’une manière très - différente dans un trop grand nombre de phénomènes, ainfi qu’on pourra s’en convaincre , pour qu’on puiffe les confondre & n’en faire qu’une même fubflance.
- (a) Ceci fera plus étendu dans la Phyfique générale & particulière.
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- VIF. MÉMOIRE.
- De VExpérience de Leyde.
- Si le frottement & la chaleur n’ont jamais pu faire naître immédiatement la vertu éleftrique dans les conduâeurs, les fubftances idio-élec-triques ne fe font pas toujours refufées à recevoir cette même vertu par communication. Elles ont cependant une manière particulière d’acquérir cette vertu, lorfqu’elle leur eft communiquée; manière qui les diftingue des fubftances conduôrices, lors même qu’elles s’en rapprochent le plus , & qui tient à leur peu d’affinité avec le fluide éleSrique : elles ne reçoivent point alors, ainfi que les conduôeurs, un nouveau fluide; elles font incapables d’en acquérir une quantité plus confidérable que celle qu’exigent leur affinité ordinaire avec lui & l’étendue de leurs furfacés ; & lorfque cette dernière n’a pas été augmentée, il ne leur efl pas poflible d’attirer le fluide qu’un conduâeur placé à côté d’elles peut avoir de trop. Si elles s’éle&ifent par communication, ce n’eft jamais par un pouvoir réfidant en elles-mêmes, mais uniquement
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- lorfqu’elles font accompagnées d’une fubftance anéleârique dont la force puiffe les aider. Un morceau de verre, par exemple, fur-tout lorf-qu’il a une certaine épaiffeur, ne s’éleârife point par communication, lorfqu’onfe contente de l’approcher d’un conduâeur chargé de feu éleârique ; il n’attire point ce dernier fluide , & n’en reçoit en aucune manière une nouvelle quantité. Mais fi un corps anéleârique accompagne le morceau de verre, & eft placé de façon à ne pouvoir pas entraîner le fluide, à caufe de l’obftacle que lui préfente le verre placé entre le conduâeur & lui, le morceau de verre donnera bientôt des fignes d’éleâricité. Le fluide du premier conduâeur fe portera vers le verre, & s’efforcera de le traverfer pour parvenir au corps anéleârique qui l’attire : il frappera avec force, pour ainfi dire, & agira, par le moyen de fa vertu répulfive, contre le fluide que renferme la furface du verre qui le regarde ; & ce dernier feu éleéhique réagira contre le fluide de la furface de ce même verre, qui eft tournée vers la fubftance anéleârique. Le fluide de cette dernière furface, attiré par la fubftance anéleârique, & pouffé en même temps par la force répulfive du fluide qui eft du côté du premier conduâeur, ne doit-il pas
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- eefler d’obéir à la force d’attraâion qui l’atta-choit au verre, & fe porter vers le corps ané-leârique ? Le fluide du condufteur peut alors aller fe joindre à celui qui revêt les parties de la furface qui efl tournée vers lui, & n’eftplus repouffé par la vertu expanfive du fluide qui rempliffoit les intervalles de la furface oppofée, & qui n’y réfide plus. Il fe fait donc dans le verre une accumulation de feu éleârique du côté du conduâeur, & une diminution de ce même fluide du côté oppofé : le verre jouit donc d’un côté de la vertu politive, & de l’autre de la vertu négative; & ainfi, lorfqu’il s’éle&ife par communication, il a une manière particulière de recevoir de l’éleâricité , puifqu’il en acquiert une politive & une négative, tandis que les conduâeurs ne reçoivent jamais qu’une feule ele&ricité.
- La quantité de fluide éleârique, que renferment les différens corps de la nature, efl immenfe : s’ils pouvoient en être dépouillés entièrement, je ne doute pas qu’ils ne perdif-fent avec lui plufieurs de leurs propriétés. Mais, quelques efforts qu’aient employés les Phyfi-ciens, ils n’ont jamais pu parvenir à arracher entièrement aux diverfes fubftances, le fluide qu’elles refferrent. Les conduâeurs ayant plus
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- d’affinité avec le fluide , doivent le retenir avèd plus de force, en laiffer encore moins échap-' per, & conferver toujours la plus grande partie de celui qu’ils pofledent, & qu’ils ont comme fixée. Auffi ne font-ils jamais, en proportion, des pertes auffi confidérables, &, lorfqu’ils ont été dépouillés de fluide, n’attirent-ils pas celui qui fe préfente à eux , avec autant de force que le font les fubftances idio-éleftriques qu? ont été réduites à l’état négatif. Ces dernières ayant moins d’affinité avec le feu éleârique, & étant moins étroitement liées avec celui' qu’elles renferment, doivent toujours conferver en proportion moins de fluide, & attirer plus violemment celui qui peut réparer leurs-pertes. Auffi, lorfque le verre a été éleftrifé par communication, & par un effet de l’attraâion du corps anéleârique, qu’il fépare du premier conduâeur, fa furface négative doit, tout égal d’ailleurs, attirer avec plus de force le fluide qu’on lui préfente, & en faire venir jufqu’à elle une maffe plus confidérable, & douée d’une plus grande vitefle : de-là vient que, fi on approche une main, de cette furface négative, & fi de l’autre on tire une étincelle du con--dufteur qui aboutit à la furface pofitive, on-éprouve une commotion violente , & qui , toutes-
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- toutes chofes égales, eft bien fupérieure aux im-preflions que peuvent produire les étincelles tirées par quelqu’un qui ne communique pas avec la furface négative. Premièrement, une quantité de fluide confidérable, & animée d’un grand mouvement, fe porte vers la main qui tire l’étincelle , la parcourt avec viteffe, pénètre dans le bras avec rapidité, & fait reflentir de fortes douleurs aux endroits que des courbures peuvent foumettre plus parfaitement à fon aâion. Secondement, il fort en même temps une égale quantité de fluide de la main qui touche la furiàce négative du verre ; ce dernier fluide eft remplacé par celui du bras ; & le paffage brufque & violent de l’un & de l’autre, eft marqué par des douleurs vives qui fe font reflentir jufques dans la poitrine , où elles fe joignent aux impreflions fortes qu’y produit le fluide abandonné par la furface pofi-tive, & lancé vers la main qui tire l’étincelle. L’expérience de ce phénomène a été nommée Expérience de Leyde, parce que c’eft à Leyde qu’elle a été faite pour la première fois, par M. Mufchembroeck. Lorfque le hafard lui montra les faits intéreffans dont je viens de parler, qui même ne fe préfentèrent pas en entier à fa vue, & qu’il ne rapporta pas tout de Tome I. L
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- fuite à leur véritable caufe, le morceau de verre dont il fe fervoit, avoit la forme d’un vafe ou d’une bouteille. C’eft auffi d’une bouteille que la plupart des Phyliciens fe font fervis depuis, pour étudier ce phénomène important dans toutes fes parties. Le nom du phénomène a paffé à l’inftrument qu’on emploie tous les jours pour le développer ; & on nomme bouteille de Leyde, toute bouteille qui fert à répéter l’expérience dont je viens de parler, & les différens phénomènes qu’elle a préfentés dans la fuite. Comme ils forment une partie intéreffante de la fcience de leleâricité , & comme ils ont été, avec raifon, l’objet des travaux de plu-fieurs grands hommes , fuivons - les en détail, & tâchons, s’il eft pofîible, d’ajouter quelque lumière nouvelle à toutes celles qui ont été ramaffées fur cet objet, par les différens Phy-ficiens qui s’en font occupés.
- A peine eut-on découvert ce phénomène, dont nous devons la véritable théorie â M. Franklin , à ce grand homme, la gloire de fa patrie & des différentes fciences qu’il a cultivées, qu’on ne tarda pas long-temps à s’appercevoir qu’à caufe du peu d’attraftion que le fluide exerce fur le verre , & de la difficulté avec laquelle il le parcourt, il ne fuffifoit pas de
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- toucher fa furface en un point pour lui enlever le fluide qu’il pouvoit avoir en excès * ou remplacer celui qu’il avoit perdu. On ne déféleâri-foit par ce moyen que le feul point qu’on tou-choit; on n’engageoit à fe remettre en équilibre qu’une petite partie du fluide, & on n’obtenoit que des phénomènes peu fenfibles. Pour pouvoir toucher en même temps les différens points des furfaces du verre, on imagina de les revêtir d’une feuille de métal, qui, par la facilité avec laquelle elle tranfmet le fluide, fît paffer en même temps à tous les points de la furface, celui dont ils pouvoient avoir befoin , ou les dépouillât tous en même temps de celui qui étoit accumulé autour d’eux. On apporta au procédé différentes précautions relatives à la néceflité de ne pas faire communiquer les deux furfaces, par le moyen de quelque corps ané-leârique , avant le moment où on vouloit éprouver la commotion ; & on appela les bouteilles ainfi garnies, bouteilles de Leyde armées.
- M. Franklin reconnut bientôt que la partie du verre tournée vers le Conduâeur, étoit élec-trifée pofitivement, & la furface oppofée, élec-trifée négativement ; il prouva que la commotion qu’on éprouvoit, ne venoit point de l’effort réuni de deux courans éleâriques, dont L ij
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- l’un aurait pris fa fource dans l’intérieur de la bouteille , & dont l’autre ferait parti de fou extérieur, mais n’étoit que l’effet de la rapidité avec laquelle s’échappoit le feu éleârique ra-mafle dans la furface pofitive, & de la vitefle avec laquelle ce fluide fe précipitoit vers le côté négatif. Il trouva que le côté extérieur ne pouvoit céder fon feu éleârique à la fubftance anéleârique qui fe préfentoit à lui, que lorfque i’attraâion qu’il exerce fur ce fluide, étoit vaincue par la force répulfive du nouveau fluide qui arrivoit au côté intérieur. Il trouva auffi que ce côté intérieur ne pouvoit recevoir, du moins d’une manière bien fenfible, le fluide qui pouvoit tendre à s’accumuler fur lui, que lorfque le côté négatif, en fe dépouillant, cefloit de lui oppofer de la réliftance par le moyen de la force répulfive de fon fluide.
- Je rapporterai plus bas une fécondé caufe qui me paraît concourir avec I’attraâion du corps anéleârique, placé au-delà duverre, pour entraîner le fluide vers ce dernier, lorfque déjà il a commencé de s’y porter & de s’y accumuler , & qui eft l’augmentation des furfaces des parties du verre, produite par l’efpèce de raréfaâion que le fluide éleârique doit faire naître en elles.
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- M. Franklin découvrit auffi que la fomme du fluide accumulé dans une furface, étoit toujours égale à celle qu’avoit perdue la furface oppofée ; 8c que par conféquent la furface pofitive ne pouvoit jamais contenir une plus grande quantité de feu éleCtrique, que celle que le verre renfermoit avant qu’on n’eflayât de le charger; puifqu’elle ne pouvoit renfermer que celui qu’elle avoit avant qu’aucun nouveau feu éleCtrique ne fe portât vers elle , 8c une quantité de fluide égale, tout au plus, à celle que contenoit la furface négative, avant qu’elle eût été dépouillée.
- Quelque facilité qu’aient le verre 8c les autres fubftances idio - électriques à fe dépouiller de leur fluide, 8c quelque peu de force qu’on foit obligé d’employer pour contre-balancer leurs affinités, on ne peut jamais , ce me femble, réuflïr à enlever entièrement le fluide que renferme la furface de la bouteille de Leyde, qu’on éleCtrife négativement. Si on pouvoit y parvenir , on ne verrait plus la bouteille ne renfermer exactement, dans le moment de fa plus forte éle&icité, que la quantité de fluide qu’elle contenoit auparavant : lorfque tout obftacle 8c toute force répulfive feraient ôtés du côté de la furface négative, la furface pofitive pourrait L iij
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- recevoir une quantité de fluide bien fupérieure à celle qu’auroit perdue la furface éleftrifée négativement ; & lorfque la communication ferait ouverte entre les deux, on retrouverait un excès de fluide autour de l’une ou de l’autre, ou autour du conduôeur qui aurait fervi à
- Lorfqu’il n’efl plus poflible de dépouiller la furface négative de fluide, celui qu’on voudrait communiquer encore à la furface pofitive ne peut plus s’accumuler autour de cette dernière, parce qu’il eft obligé de s’en éloigner pour obéir à la force répulfive de celui qui a demeuré dans la furface négative ; il s’épanche & fe répand de diverfes manières ; il s’élance dans l’air vers les bords intérieurs de la bouteille , en faifant entendre des craquemens très-fenfibles ; il tend quelquefois à fe porter vers la garniture extérieure de métal, & étincelle contre elle ; ou il fe diflipe fous la forme d’une aigrette plus ou moins brillante, & fort par les pointes qui peuvent fe trouver à la furface de la bouteille, ou le long du premier conduôeur qui communique avec elle, ou par celles qui bêtifient le crochet de métal dont on fe fert pour la fufpendre à ce dernier, & pour l’unir avec lui. L’apparition de cette aigrette peut être regardée par les
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- Phyficiens, comme le lignai qui annonce que la bouteille a reçu la quantité d’éleâricité dont elle peut jouir.
- Si la furface pofîtive ne peut presque pas acquérir de fluide, lorfque fon oppofée n’en laiffe pas échapper en même temps autant , elle ne peut non plus en perdre , ainfi que le trouva M. Franklin, du moins en dilïïper une quantité confidérable, que lorfque la furface négative peut en recevoir une quantité égale de quelque corps anéleftrique placé auprès d’elle. Audi, pour que la décharge de la bouteille de Leyde puiffe avoir lieu complètement, pour que le phénomène jouiffe de toute fa force, & que la commotion ait toute fon énergie , faut-il qu’en même temps qu’on enlève à une furface le fluide qui s’étoit accumulé autour d’elle, & qu’on la prive de fon éleftricité pofîtive, on rende à l’autre celui qu’on lui avoit arraché, & qu’on lui ôte fon état négatif. Si on ne cherche à déféleârifer les furfaces que l’une après l’autre, & fi dans cette vue on pofe la bouteille fur une fubftance qui puiffe l’ifoler, lorfqu’on préfente un corps anéleftrique à fa furface pofîtive, on ne voit pas un courant de feu rapide & animé en fortir fous la forme d’une étincelle vive & éblouiffante, & accompagnée L iv
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- d’un pétillement très-marqué ; mais une très-petite quantité de fluide, qui ne peut fe difpenfer d’obéir à l’attraâion du corps anéleftrique , paroît en répandant une petite clarté à peine fenfible, & qu’on a peine à diflinguer pendant le jour. C’eft une très - foible étincelle , qui, bien loin de frapper avec force, produit à peine une impreflion légère. On en remarque une femblable aufli foible, & aufli peu faite pour être apperçue, lorfqu’on approche le corpsané-leftrique de la furface négative ; & elle ne diffère de l’autre qu’en ce qu’elle ne part pas de la bouteille , mais eft envoyée vers cette dernière par le corps anéleârique : ce n’eft plus cette mafle de fluide, douée d’un mouvement rapide, qui ébranle le corps dont elle fort avec force, & fe porte vers le verre en trait de feu brillant & alongé ; ce n’eft que la très- petite quantité de fluide que le corps anéleârique ne peut fe difpenfer de lui communiquer, & dont les traces du paflage font à peine fenfibles.
- La vertu pofitive, après avoir été donnée à un côté du verre, peut être aufli communiquée au côté oppofé, après que l’équilibre a été rétabli. On n’a pour cela qu’â préfenter au premier conduâeur le côté qui, auparavant, avoit été négatif, & qui, fe trouvant alors le premier
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- fur le chemin que le feu éleftrique doit s’efforcer de parcourir pour arriver à la fubftance anélec-trique placée au-delà du verre, doit recevoir une certaine quantité de ce fluide. Plus la fur-fàce qui lui fera oppofée fe dépouillera du fien , & plus il jouira d’une éleftricité forte & animée, & dont l’énergie augmentera à mefure que les efforts redoublés du fluide du grand condufteur, écarteront fes parties les unes des autres, & augmenteront leurs furfaces.
- Si on place plufieurs bouteilles à la fuite les unes des autres, de manière que la fubflance anéleârique qui revêt la furface extérieure de la première communique avec la furface intérieure de la fécondé, l’extérieure de la fécondé avec l’intérieure de la troilîème, &c. ; en élec-trifant la première , on éleôrifera toutes les autres : le fluide éleftrique de l’extérieur de la première bouteille, fera repouffé par le fluide que le condufteur enverra à la furface intérieure ; il fera entraîné en même temps par la fubftance anéleârique qui garnit la furface intérieure de la fécondé bouteille; il abandonnera le verre qu’il laiffera éleârifé négativement, pour aller éle&rifer pofitivement l’intérieur de la fécondé bouteille ; il repouffera alors de la furface extérieure de cette dernière , le fluide
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- qui y réfidoit , qui à fon tour ira éleftrifer la troiflème, &c. C’eft ce que nous a appris M. Franklin ; & je me fuis affuré qu’on voyoit fe paffer des phénomènes à peu près fembla-bles, toutes les fois qu’on s’efforçoit d’éleôrifer par communication un morceau de verre d’une certaine longueur , un tube de verre , par exemple, & lorfque c’étoit par une de fes extrémités qu’on tâchoit d’accumuler du fluide autour de lui.
- Pour parvenir à faire donner alors des Agnes «Fële&ricité au verre, on eft prefque toujours obligé de le tenir avec la main à une certaine diftance de l’endroit où il communique avec le grand conduâeur, ou de remplacer la main par quelque corps anéleftrique. L’attraôion de la main, ou de la fubftance anéleftrique , joint fe force à la vertu répulflve du fluide du con-duôeur, qui fe porte vers l’extrémité du tube qu’on peut fuppofer divifé en plufleurs zones plus ou moins larges, fuivant la nature du verre dont on fe fert, la force du corps anéleârique , ï’éleâricité du condufteur, 8tc. Le fluide de la fécondé zone, pouffé par ces deux forces, doit abandonner la partie du verre qui le renfermoit, la biffer dans un état négatif, & fe porter vers b troiflème zone fur laquelle réflde la fubftance
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- de zones alternativement politives & ne'gatives. On pourra s’en affûter par le moyen des phénomènes qu’offriront leurs attraftions, & ces zones repréfenteront affez bien l’enchaînement d’éleftricités politives & négatives qu’offrent un grand nombre de bouteilles de Leyde placées à la fuite l’une de l’autre : toutes enfemble , elle ne contiendront, ainfi que ces bouteilles, que la même quantité de fluide qu’elles ren-fermoient avant qu’elles n’euffent été éleftri-fées, mais qui aura été diftribué différemment & très-inégalement réparti.
- Si on avoit connu ces phénomènes, lorfque M. Franklin donna fa théorie de la bouteille de Leyde ; fi on avoit fu ce que j’ai annoncé au commencement de ce Mémoire, relativement à la manière dont toutes les fubftances idio-éleftriques, foit politives, foit négatives, s’éleftrifent toutes les fois qu’on veut leur donner de l’éleftricité par communication ; & fi on avoit penfé que les conduâeurs ont avec le fluide une affinité bien fupérieure â celle des fubftances idio-éleâriques, & doivent par conféquent en retenir conftamment une très - grande quantité , tandis que les autres peuvent prefque être dépouillées tout - à - fait de celui qu’elles contiennent ; on n’auroit pas
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- contefté à ce grand Phyficien les phénomènes qu’il rapporta, ils auraient paru plus liés avec les caufes générales phyfiques ; & d’ailleurs, étant eux-mêmes plus généraux, ils auraient eu plus de droits à la croyance des Phyficiens, toujours portés, & avecraifon, à fe méfier des propriétés & des phénomènes trop particuliers.
- Tous les phénomènes que nous venons de rapporter, & tous ceux que peut préfenter encore la bouteille de Leyde , s’expliquent fort bien par la répulfion que le fluide d’une furface doit exercer fur celui de la furface oppofée. Trois faits feulement me paroiffent ne devoir pas dépendre de cette répulfion.
- Premièrement , on voit , à la vérité , fort bien pourquoi la furface négative ne peut recevoir le fluide qu’elle a perdu, qu’autant que la furface pofitive fe dépouille de celui qu’elle a accumulé : on conçoit que la force répulfive de ce dernier doit s’oppofer à ce que la furface négative admette du fluide dans fon fein : mais on ne voit pas pourquoi la furface pofitive ne peut pas perdre le fluide qui eft ramafle autour d’elle, fans que la furface négative en acquière en même temps.
- Secondement, on n’imagine pas pourquoi le fluide accumulé dans une partie, ne fe pré-
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- cipite pas avec rapidité vers la partie du verre éle&rifée négativement, & ne s’efforce pas de réparer fa perte & de rétablir l’équilibre.-Troifièmement enfin, comment cet équilibre a-t-il pu être rompu ? Pourquoi le fluide qui arrive du grand conducteur s’arrête-t-il fur une furface du verre, & repoufle-t-il le fluide renfermé dans la furface oppofée, tandis qu’il devrait aller occuper la place que ce dernier fluide a abandonnée, & empêcher par-là toute rupture d’équilibre ? Pourquoi cette tendance que nous avons remarquée dans tous les phénomènes , cette tendance, dis-je, du fluide à s’élancer de l’endroit où il efi accumulé vers l’endroit qui manque du feu éleflrique qui lui elt néceffaire, eft-elle ici fans effet ? Pourquoi cette loi de l’éleClncité, que nous avons fi fou-vent fait valoir, & que tous les Phyficiens admettent , n’eft-elle pas ici fuivie ? Quelle elt la barrière qui fépare les deux furfaces du verre, & des autres fubftances idio-éleéîriques qu’on peut employer à fa place ? Et comment fe fait-il que, tandis que cette barrière efl infurmon-table au feu éleSrique, & ne lui laifle d’autre voie, pour aller d’une furface à l’autre, que celle que peut lui offrir une chaîne de con-du&eurs qui aboutit par fes deux extrémités à
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- l’une & à l’autre furface , la force de répulfion du fluide pafle librement, & exerce fa puiflance au travers de cette même barrière ?
- Tous ces faits me paroiffent dépendre fle la même caufe , & d’un des principes généraux de notre théorie.
- M. Franklin avoit d’abord cru qu’on pour-roit peut-être expliquer le fécond, en fuppo-fant dans les pores du verre une diminution de grandeur de la furface au centre : il avoit été tenté de penfer qu’ils étoient fi petits vers le centre, qu’ils ne pouvoient laiffer pafler qu’à demi les molécules du fluide électrique : par-là les molécules ne dévoient pas fe porter vers la furface négative, mais cependant pouvoient s’approcher affez du fluide renfermé dans cette dernière pour le repoufler, & l’obliger à s’éloigner. M. Franklin abandonna bientôt cette explication , lorfqu’il l’eut foumife à l’expérience : il enleva à un verre, qu’il avoit éleârifé avec fuccès, les cinq fixièmesde fon épaiflèur, efpé-rant que la partie la plus denfe étant par-là enlevée , le fluide éleârique traverferoit fans peine la petite épaiffeur qui reftoit au verre ; mais le morceau de verre ainfi diminué, n’en fut pas moins éleârifé d’un côté pofitiyement, & de l’autre négativement.
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- On abandonnera de même toute explication de ce même phénomène, qu’on cherchera à déduire d’une certaine figure des pores du verre , lorfqu’on fera attention à l’expérience de M. Franklin, que je viens de rapporter. Si en effet quelqu’une d’elles pouvoit être adr mife, ne devroit-on pas pouvoir rendre le verre aifément perméable au fluide , & par confé-quent incapable d’être jamais éleftrifé pofiri-vement d’un côté, & négativement de l’autre, en lui enlevant la portion de fon épaifleur dans laquelle feroit renfermée cette partie des pores qui devrait arrêter le fluide ? Mais l’expérience y fera toujours contraire ; quelque petite épaifleur qu’on fuppofe au verre, il aura toujours chacune de fes deux furfaces éleftrifée d’une manière différente.
- Tâchons de préfenter une manière fatisfai-fante de rendre raifon de ce phénomène, & des deux autres dont nous venons de parler.
- Nous avons vu le fluide éleârique repréfen-ter la lumière, & en avoir les propriétés lorf-qu’il jouit d’un certain degré d’accumulation. Lorfque fon accumulation efl: devenue plus confidérable, nous l’avons vu avoir tous les droits du feu pur, brûler & fondre comme lui. Ce n’eft pas tout d’un coup qu’il acquiert ces brillantes
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- brillantes prérogatives ; & ce n’ell pas uniquement lorfqu’il a atteint un certain degré d’accumulation, qu’elles lui font communiquées. A la vérité , il n’en jouit dans toute leur étendue, que lorfqu’il eft parvenu à une certaine augmentation de raaffe ; mais, à chaque degré d’accumulation, il doit recevoir un degré de puiflance qui l’approche de la lumière & du feu. S’il ne brûle, ne fait rougir les métaux & ne les fond , s’il ne produit les plus grands effets du feu que lorfque toutes fes forces font raffemblées, il doit, à mefure qu’il les ramaffe j pouvoir produire quelques-uns de ces effets,-en commençant par les moins fenfibles ; & à peine fes parties tendent-elles à fe réunir, que je crois qu’il jouit du pouvoir de raréfier les corps fournis à fon aftion, & de faire naître ainfi le premier effet de la préfence du feu, & dont tous les autres effets de ce dernier ne font en quelque forte qu’une extenfion.
- Lorfqu’on expofe de l’eau dans un petit vafe de verre , au paffage rapide d’une quantité confidérable de fluide très-accumulé, la raré-faftion qu’il fait éprouver à l’eau efl fi forte , ainfi que nous l’ont appris M. Franklin & le P. Beccaria, que le vafe de verre efl rompü en mille pièces, & que l’eau efl réduite en vapeurs Tome l, M
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- fi fines, que, quoique colorée, elle ne laifle aucune trace de la route qu’elle fuit dans fa difperfion. Si cette grande force raréfiante eft uniquement propre à l’état de très - grande accumulation du fluide , fi fon énergie augmente avec la réunion de fes parties; du moins, quelque petite que foit l’augmentation de fa maffe, pour peu que fes parties foient rapprochées, fera-t-il éprouver une certaine raréfaâion aux corps fur lefquels il agira.
- Lors donc qu’une bouteille de Leyde, placée entre un grand conduôeur & un corps anélec-trique, eft expofée à l’effort du fluide qui arrive du grand conduâeur , & qui voudrait la tra-verfer pour fe porter vers la fubftance anélec-trique, celle de fes furfaces qui eft expofée à fon aâion, & qui doit être électrifée pofitive-ment, ne peut, en réfiftant quelques momens, qu’augmenter l’accumulation du fluide qui fe raffemblera autour d’elle , & n’en fera doué que d’une plus grande force. Je conçois qu’il peut raréfier les parties de la furface fur laquelle il agit, les écarter , les féparer les unes des autres, s’infinuer dans les petits intervalles qu’il feferaouverts, &, aidé des nouvelles quantités de fluide qui arrivent du grand condufteur , raréfier de plus en plus cette furface, à laquelle
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- il doit donner un état pofitif. Les différentes parties de cette furface du verre ne pourront pas être ainfi divifées, fans que l’étendue de leurs petites furfaces ne s’accroiffe, & fans que, parconféquent, leur attraftion fur le fluide ne foit augmentée ; elles doivent ramaffer autour d’elles des atmofphères plus étendues , qui, par leur force de répulfion , agiront fur les atmofphères bien plus petites des parties du verre qui compofent la furface deftinée à l’état négatif : cette vertu répulfive aidera l’attra&ion que le corps anéleftrique exerce fur elles, &, réunifiant fes efforts à ceux de ce dernier , éloignera le fluide qui compofe ees petites atmofphères, & l’obligera à abandoner la furface qui le contenoit, & qui par - là fe trouvera négative.
- Le fluide, cependant, ramaffé en très-grande quantité dans la furface politive, ne fe porter? pas vers la furfaee négative, parce que l’attraction que cette dernière peut exercer fur lui, en raifon du befoin qu’elle peut avoir de feu «trique , eft contre-balancée par l’augmentation des petites furfaces des parties de côté pofitif ; augmentation de petites furfaces, ou divifion de parties , qui eft toujours d’autant plus grande que le côté oppofé eft plus négatif,
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- puifque ce dernier n’a été réduit à fon état dé privation, que par la force répulfive des atmosphères plus étendues qui fe font formées dans le côté pofitif, & n’a pu être dépouillé à un haut degré, qu’autant que l’autre côté a été divifé auffi à un haut degré.
- Il ne doit donc plus être Surprenant que le fluide demeure accumulé dans une furface, tandis que la furface voifine eft privée de fon fluide , & doit s’efforcer d’attirer celui qui l’entoure , & s’en approprier une partie ; il eft retenu par une force auffi grande & de même nature que celle qui voudroit l’obliger à fe répandre : ce n’eft plus une barrière mécanique qui le retient, mais c’eft pour obéir aux lois générales auxquelles nous l’avons reconnu fournis , qu’il n’abandonne pas un côté du verre, qui, par la plus grande étendue de fes petites furfaces, l’attire avec des forces au moins égales à celles qui pourraient l’entraîner vers la furface négative. La ligne qui fépare le côté pofitif d’avec le côté négatif, eft celle où ceffe cette raréfaâion, cette augmentation d’étendue dans les petites furfaces; ligne qui doit toujours être au milieu du verre, puifqu’il ne peut recevoir d’un côté une certaine quantité de fluide, qu’il n’en perde autant de l’autre ; 8c puifque le verre
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- avant d’être éleftrifé, ne renfermant pas plus de fluide dans une partie que dans une autre, c’eft comme fi on difoit que le verre ne peut recevoir d’un côté du fluide dans l’efpace d’une ligne, fans en perdre de l’autre dans un efpace également étendu.
- On conçoit également fans peine pourquoi le fluide qui arrive du condufteur pendant qu’on charge la bouteille, & qu’on lui communique de l’éleftricité, peut s’arrêter dans la première furface qu’il rencontre, & ne s’em-preffe pas d’aller remplacer dans la fécondé le fluide qui y étoit renfermé, & qu’il chafle devant lui. Il n’eft pas furprenant que fon arrivée & fes efforts augmentant l’étendue des furfaces des petites parties qui compofent le côté qu’il rencontre , & ajoutant par conféquent à leur force attraftive, il foit enchaîné par cette dernière force, qui l’empêche d’obéir à celle qui potirroit l’entraîner vers la fubftance négative ; & on ne peut pas dire qu’à mefure que le condufteur envoie une plus grande quantité de fluide, l’augmentation de la force attraftive de la furface pofitive, doit cefler de pouvoir le retenir, puifque cette augmentation de force attraftive eft en raifon de l’augmentation de fes furfaces ; celle-ci, en raifon de fa raréfaftion ;
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- & cette dernière, en raifon de la quantité de fluide que le conduâeur envoie, & qui agit fur elle. D’ailleurs, on ne peut pas dire que la quantité de fluide peut croître à un tel point, que la raréfaâion ne pourrait pas s’accroître en proportion ; car cette quantité de fluide eft limitée par la quantité de feu éleârique que la furface négative laifle échapper, & à laquelle elle doit toujours être égale , puifqu’elle ne peut pénétrer qu’autant que la force répulfive du fluide de la furface négative eft affoiblie par la diminution de fa quantité; & nous avons déjà vu que cette dernière furface ne doit pas perdre en entier fon fluide , quelque facilité qu’elle ait à s’en dépouiller de la plus grande
- Nous allons encore faire voir, par la raréfaâion que nous croyons devoir admettre dans la fubftance pofitive, pourquoi le fluide qui y eft accumulé ne peut l’abandonner, du moins qu’en très - petite partie, tant qu’un nouveau fluide ne va pas remplacer dans la furface négative , le fluide que cette dernière a perdu. En effet, on voit aifément que l’augmentation des furfaces du côté pofitif du verre, lui donnant une attraftion proportionnée à la nouvelle quantité de fluide qui réfide en lui, la force
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- attraüive des corps anéleâriques qu’on pourrait lui préfenter, ne fauroit l’obliger à abandonner fon fluide, du moins en grande quantité ; mais fl on joint une nouvelle force à la force attractive des corps anéleâriques qu’on lui préfente; fi une certaine quantité de fluide, fournie à la furface négative, s’efforce d’en remplir les vides, & repouffe le fluide ramafle dans la furface pofitive ; alors ce dernier fluide, chaffé par deux forces , doit néceflkirement n’être plus retenu par la vertu attraâive des parties raréfiées du verre ; il les abandonne, fe porte vers le corps anéleârique , & laiffe par-là toute liberté au fluide qui tend à pénétrer dans le côté négatif. Lorfque le fluide éleârique a abandonné le côté du verre qu’il avoir raréfié, & dont il avoit écarté les parties au - delà de la diftance ordinaire qui les fépare, l’attraâion mutuelle que ces dernières exercent les unes fur les autres, les rapproche, ainfi qu’elle les réunit dans les refroidiffemens; & par-là, lorfque le fluide les a quittées, elles ne fe trouvent pas dans un état négatif, ainfi qu’elles le devroient fi leur rapprochement ne détruifoit pas l’excès de .leurvertu attraâive, qui alors neferoitpas remplie ; ce qui feroit contraire à l’expérience. Mais la furface pofitive ne perdant que la quantité de M iv
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- fluide qu’elle avoit reçue, & ne confervant point de force attraftive au deflus de celle qu’elle avoit avant d’être éleftrifée, fon affinité eft remplie , elle a tout le fluide dont elle a befoin, & ne doit par conféquent donner aucun ligne éleftrique, ainfi qu’on l’a toujours remarqué.
- Plus on donne de la grandeur & de l’étendue au corps anéleftrique qu’on préfente à la bouteille de Leyde qu’on veut charger, ou à tout corps idio-éleftrique qu’on veut éle&rifer par communication, & mieux on éleftrife la bouteille ou toute autre fubllance éleftrique par elle-même. Ce n’eft pas uniquement, comme on a pu le penfer, parce qu’il peut alors recevoir une plus grande quantité de fluide de la furface qui doit être négative ; mais parce qu’il exerce une plus forte attraftion fur le fluide du grand condufteur, qui agit avec plus de mafle & avec plus de viteffe, raréfie plus fortement le côté pofitif, & repouffe avec plus de puiflknce le fluide quiréfide dans le côté oppofé. D’ailleurs, n’attire-t-il pas avec plus de vigueur le fluide du côté négatif, & ne dépouille-t-il pas plus parfaitement ce dernier ? Voilà pourquoi on a toute raifon de faire communiquer le métal qui revêt la furface .extérieure de la bouteille, avec
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- ,un très-grand nombre de matières anéleéhi-ques , & même avec l’intérieur du globe. Lorfqu’on préfente auffi à la furface pofitive d’une bouteille chargée, un plus grand corps anéleârique, la bouteille fe décharge plus complètement , le fluide qui y eft accumulé étant déterminé à s’échapper par une force attraftive fupérieure.
- Pendant long-temps on a cru qu’afin de décharger la bouteille de Leyde, on étoit obligé de faire communiquer enfemble les deux fur-faces, par le moyen d’une chaîne de corps con-dufteurs : on imaginoit que le fluide accumulé dans l’une, devoit aller lui - même remplacer celui que l’autre avoit perdu ; les corps con-duéteurs au travers defquels le fluide pafloit, ne recevoient par-là aucune efpèce d’éleéîxîcité ; ils ne gagnoient ni ne perdoient aucune quantité de fluide ; celui qu’ils renfermoient, ne rece . oit aucun mouvement ; ils n’étpient unir quement qu’une rpute convenable préparée au fluide de la fubftance pofitive qui la parcourait avec rapidité, pour parvenir jufques aux intervalles vides de la furface négative , faifant éprouver une commotion plus ou moins rude à tous les corps qui la compofoient. On avoit çru, d’après cette façon de penfer, avoir fait
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- parcourir au fluide renfermé dans une Surface, un chemin prodigieux pour parvenir jufques à la fécondé. On avoit fait communiquer la fur-face négative d’une bouteille de Leyde, avec un condu&eur très-long, & par le moyen de celui-ci, avec une rivière : les eaux de cette dernière paflant dans différens canaux, élevées même par des pompes, & parvenues auprès d’un condufteur qui communiquoit avec la fur-face pofitive, avoient paru avoir reçu le fluide accumulé dans cette dernière, & l’avoir tranfmis exactement à la furface négative. Rien ne put empêcher de penfer que le fluide d’une furface parvenoit exactement jufques à l’autre, ni le circuit immenfe que la petite mafle de fluide devoir être fuppofée avoir fait au milieu de fubftances conductrices, qui, l’attirant de très-près , & l’entraînant dans mille détours, dévoient l’avoir bientôt diffipée ; ni l’efpèce d’inftinCt qu’on devoit en quelque forte admettre dans le fluide pour fe refufer à toute attraâion, & fe réferver à celle de la furface négative. La commotion qu’on éprouvoit aux deux bouts de la chaîne, ne permit pas aux grands Phy-ficiens qui tentèrent ces fortes d’expériences, de fonger à tous les faits merveilleux qu’ils étoient obligés d’adopter en admettant le tranfport du
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- sur x.’Électricité. 187 fluide accumulé dans une furface au travers d’un efpace immenfe, & au milieu de fubf-tances conduârices , fans qu’aucune de fes parties fût arrêtée. M. de Volta nous a fait voir qu’il n’étoit pas néceffaire que les deux furfaces puffent communiquer l’une avec l’autre par une chaîne de corps conduâeurs, pour que la commotion eût lieu , & que la bouteille perdît fon éleftricité : il a dit, avec toute raifon, qu’il fufRfoit que la furface négative eût auprès d’elle un allez grand nombre de conduâeurs pour pouvoir en recevoir une quantité de fluide égale à celle dont elle avoit été dépouillée, pendant çu’on préfenteroit aufli à la furface politive, aflez de fubftances conduârices pour qu’elle pût fe décharger fur elles du fluide qu’elle avoit accumulé. Il penfe que les conduâeurs, après avoir fourni une partie de leur fluide à la fur-face négative, doivent le remplacer aux dépens des autres conduâeurs qui les avoifinent. Plus la furface négative aura été dépouillée, plus ce déplacement fuccefïif de fluide fera confidé-rable & s’étendra au loin, & plus la commotion fera forte & vivement reffentie : de même, plus la furface pofitive pourra biffer échapper une quantité confidérable de feu éleârique, & plus le fluide fe répandra fur un grand nombre de
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- conduâeurs, s’y trouvera en excès, cherchera le genre d’équilibre qui lui eft propre , & fe portera vers un plus grand nombre de fubf-tances, faifant éprouver par-tout où il paffera une commotion plus ou moins forte. Lorfque les conduâeurs préfentés aux deux furfaces , communiquent enfemble & forment une chaîne, fi le circuit n’eft pas trop grand, la commotion pourra être reflëntie au centre, parce que les différens déplacemens pourront parvenir juf-ques à ce point ; mais ce qui prouve que, cependant, ce n’eft pas uniquement le fluide d’une furface qui pénètre dans l’autre , c’eft que la commotion eft reflëntie beaucoup plus tôt au bout de la chaîne qui touche la furface négative, qu’au centre. Le fentiment de M. de Volta à ce fujet, eft pleinement confirmé par les expériences que j’ai faites, & que je vais rapporter. J’ifolai plufieurs perfonnes , dont la moitié , fe tenant par la main, touchoit la furface négative d’une bouteille de Leyde fortement chargée ; l’autre moitié fe tenoit aulfi par la main, mais étoit entièrement féparée de la première, & ne communiquoit d’aucune manière avec elle : lorfqu’elle toucha la furface pofitive de la bouteille, toutes les perfonnes éprouvèrent une violente commotion. Ce n’eft
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- donc pas le fluide d’une furfàce qui fe porte vers l’autre, puifque les deux chaînes des per-fonnes ifolées étoient très - féparées l’une de l’autre, & que les deux furfaces ne communi-quoient point enfemble. Pour m’affurer encore plus de cette vérité, je voulus voir fi je retrouverais dans la chaîne des perfonnes qui avoient tiré l’étincelle de la furfàce pofitive, le fluide qui avoit été accumulé dans cette dernière, & qu’elles ne pouvoient pas avoir encore perdu étant ifolées : j’obtins d’elles des lignes très-* marqués d’une éleâricité pofitive. Je devois aulfi trouver l’autre chaîne de perfonnes, dépouillée d’une quantité de fluide égale à celle qu’elle avoit donnée à la furfàce négative, & par conféquent éleârifée négativement : elle étoit en effet éleârifée ; &, pour m’afliirer qu’elle l’étoit négativement , je chargeai plufieurs petites boules de liège de fon éleâricité, je les approchai d’un conduâeur éleârifé négativement par le moyen d’un globe de foufre ; elles furent repoulfées : je les déféleârifai, les élec-trifai de nouveau & de la même manière, & les préfentai à la première chaîne ; elles furent attirées par elle. Je fus convaincu qu’ainfi que cela devoit être, une chaîne après la décharge étoit éleârifée pofitivement, & l’autre
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- négativement ; &, pour en être encore plus fût1,' je fis décharger une fécondé bouteille par le moyen des mêmes deux chaînes ; je leur fis enfuite tirer une étincelle l’une de l’autre : toutes les perfonnes qui les compofoient , éprouvèrent une commotion ainfi qu’elles le dévoient, d’après les idées que je cherchois à confirmer, & par une fuite de la grande rapidité avec laquelle le fluide fe porte des fubftances éleftrifées pofitivement, vers celles qui font douées d’une électricité négative.
- Il eft vraifemblable, ainfi que le penfe auffi M. de Volta, que lorfqu’on feroit communiquer les deux furfaces d’une bouteille de Leyde par un circuit immenfe, les perfonnes placées très-loin des deux furfaces, & vers le centre de la chaîne, n’éprouveroient aucune commotion.
- Le fluide éleârique ne devant donc pas parcourir tout l’efpace qui unit les deux fur-fàces, reconnoîtrons - nous toujours, dans le fluide, cette vitefle prodigieufe qui ne lui a été attribuée par les Phyficiens, que parce qu’ils ont cru que les perfonnes qui touchoient les deux furfaces reflentoient la commotion à-la-fois , & parce qu’ils ont confidéré en même temps l’étendue immenfe de la chaîne ? Nous verrons à l’article des tremblemens de terre *
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- sur l’Électricité. 191 & plus fûrement encore lorfque nous traiterons de l’éleâricité du foleil & des planètes, quelle eft la viteffe réelle du fluide ; cette viteffe qui ne naît en lui que de l’expanfibilité qui lui eft propre, & de l’élément du feu qu’il renferme, qu’on ne peut pas fonger à déterminer par des expériences du même genre que celles qu’on a tentées jufqu’à préfent à ce fujet, & qui doit être à tout moment bizarrement accélérée ou retardée par les différons corps qui l’attirent, fuivant que ces corps agiront fur le fluide dans la ligne de direâion de fon mouvement, ou agiront en fens contraire. Cette retardation & cette accélération doit être très - fenfible, le fluide éleârique étant peut-être une des fubf-tances de la nature dont les attraâions particulières font le plus différentes entre elles, & dont les effets de l’affinité font le moins uniformes. Nous pouvons dire ici d’avanse, que la viteffe réelle du fluide eft moindre que celle de la lumière, l’élément de l’eau, qui entre dans la compofîtion du fluide, devant s’oppofer beaucoup plus à la viteffe que l’élément du feu pourroit lui donner, que celui de l’air ne peut détruire dans la lumière la vitefîè qu’elle peut recevoir de ce même élément du feu, & la plus grande divifion des parties du feu dans le fluide
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- éleftrique, ne me paroiffant pas pouvoir coht-' penfer la plus grande oppofition qu’il éprouve.-J’imagine aufli quek viteffedu feu éle&ique eff plus grande que celle du fluide magnétique ; la terre qui compofe ce dernier devant s’oppofer encore plus que l’eau, à la viteffe que pourroit lui' donner la matière aâive qu’il contient, quelque divifion qu’aient pu fubir les parties de cette matière aftive deftinéesà le former; cette plus’ grande divifion devant, en effet, bien moins favorifer fa viteffe, que la terre ne la diminue.
- Lorfque les corps conduèteurs qui avoifinent les furfaces de la bouteille de Leyde font fé-* parés par quelque léger intervalle, le fluide ac-» cumulé qui parcourt les conduâeurs avec une très-grande viteffe, foit qu’il s’élance d’une furface, ou foit qu’il tende vers l’autre, doit jouir des droits que peuvent lui donner fort accumulation, & fa viteffe plus rapprochée de celle de la lumière, & agir fur le fens de la vue: Lorfque la chaîne n’eft pas bien confidérable, & que les intervalles font très - fréquens & très-près l’un de l’autre, la chaîne entière peut paroître un courant de feu non interrompu ; mais ce qui prouve cependant, que toute fon étendue n’eft pas parcourue par le fluide qui étoit accumulé dans la furface politive , c’eft qu©
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- quÊ cé courant lumineux fe fait remarquer aux deux extrémités de la chaîne beaucoup plus tôt qu’au milieu, & que c’eft auffi aux deux extrémités qu’il a le plus de vivacité & le plus d’éclat.
- La grande vitefle dont jouit le fluide, & le grand état d’accumulation dans lequel il eft, lorfqu’il fort de la furface pofitive d’une bouteille , ou lorfqu’il tend à fa furface négative, lui donnent une force à l’aide de laquelle il produit des effets bien fupérieurs à tous ceux dont nous avons parlé dans le dernier Mémoire. Auffi les Phyficiens, lorfqu’ils ont voulu obtenir de lui quelque phénomène remarquable, ne l’ont-ils prefque jamais employé qu’au moment où il fort du côté politif du verre, ou fe précipite vers le côté oppofé. Pour ajouter à fa puiflance, ils ont cherché à augmenter les furfaces d’où il s’échappe, ou celles vers lef-quelles il eft pouffe; &, ne pouvant pas commodément agrandir au-delà d’une certaine étendue les bouteilles dont ils fe fervoient, ils ont imaginé avec füccès de réunir plufieurs de ces bouteilles, dont les furfaces pofitives communiquant enfemble, & les furfaces négatives réunies auffi, pouvoient repréfenter une bouteille immenfe, accumuler d’un côté une Tome /„ N
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- grande quantité de fluide, & en attirer de l’autre une quantité aufli prodigieufe : ils ont donné le nom de batterie électrique à toutes ces bouteilles ainfi difpofées, & avec leur fecours ils ont produit bien plus en grand les phénomènes de l’éleftricité.
- Amefure que le fluideeleftrique s’accumule, il repréfente la lumière, ainfi que nous l’avons déjà dit, il éclaire ; il répand une vive clarté: s’il continue de s’accumuler encore, il jouit des droits du feu, il brûle & confume comme lui ; & plus fon accumulation augmente, plus les effets le rapprochent du feu le plus violent. Alors fes étincelles reçoivent le nom d'étincelles foudroyantes ; les métaux les moins fufibles rougiflent & fe fondent ; les matières combustibles s’allument & fe confument ; les animaux font terraffés & abattus avec force, &, lorfqu’ils font foibles & délicats, ils reçoivent fouvent une mort foudaine. L’homme, plus fort & plus ïobufle , n’a éprouvé jufqu’à prélent d’autre grand effet de la plus grande accumulation de fluide qu’on ait pu produire, de celle qu’ont pu faire naître un très-grand nombre de bouteilles de Leyde, que celui d’être renverfé lorfqu’il a été frappé par une très-grande maflè douée d’une très-grande viteffej il a dû cependant,
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- lorfqu’il a fait partie de la chaîne dans l’expérience de Leyde, reffentir prefque toujours une perculfion intérieure & violente, fenfible fur-tout à tous les endroits où le fluide éleârique a été obligé de fe détourner de fa route , & dont l’impreffion a dû être plutôt reffentie vers le côté de la bouteille dont il étoit le plus près.
- Souvent, lorfque la chaîne n’eft pas ifolée, la commotion fe fait reffentir dans des parties de cette chaîne * qui ne compofent pas le chemin le plus court que le fluide pourroit Cuivre' pour aller d’une furface à l’autre : elles font l’effet du fluide qui fe porte des parties voifines de la chaîne vers cette dernière , pour y remplir l’efpace qu’occupoit le fluide qui s’efl porté vers la furface négative, ou l’effet du fluide qui, forti de la furface pofitive , fe trouve en excès dans cette même chaîne, & fe jette fur les corps voifins qui peuvent l’attirer avec une certaine force.
- Lorfqu’on fait paffer la chaîne des conducteurs qui uniffent les deux fuifaces d’une bouteille de Leyde au travers d’un efpace purgé d’air, on peut laiffer entre eux des vides trés-confidérables ; le fluide éleôrique les traverfera aifément : n’éprouvant plus de réfiftance de la part de l’air, fubftance qui ne l’attire prefque N ij
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- pas, & au travers de laquelle il ne paffe qu’aveô peine, non-feulement il parvient facilement au corps condufteur qui l’attire, quoique ce dernier foit plus éloigné qu’à l’ordinaire, mais il fe répand en liberté dans tout l’efpace vide, & y jette une clarté qui en occupe toute l’étendue.
- On peut fe difpenfer d’unir avec une garniture métallique les différentes parties de la furfàce intérieure d’une bouteille de Leyde : on parvient au même but, en pompant l’air que renferme la bouteille ; & cela, à caufe de la facilité avec laquelle le fluide fe répand au milieu du vide, qui ne peut lui oppofer aucune réMance.
- Si , au lieu de pénétrer dans le vide , la chaîne conduârice paffe au milieu d’une cloche de verre renverfée au deflus d’un vafe rempli d’eau , & fi elle fe trouve divifée au deffous de cette cloche par quelque intervalle dans lequel il paroiffe une étincelle un peu forte, le fluide éleftrique accumulé & doué d’une très-grande viteffe, doit produire en partie les effets du feu. Il raréfie d’abord l’air contenu dans la cloche , & ce dernier oblige l’eau à defcendxe : mais fi on continue d’obferver, on voit bientôt l’eau remonter beaucoup plu6
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- haut qu’avant le phénomène ; ce qui prouve que non-feulemenr l’air a repris fon premier degré de condenfation, mais qu’il a été décom-pofé & a perdu fa vertu élaftique , ce qui l’oblige d’occuper un plus petit efpace, & par conféquent force l’eau à s’élever. En effet, le fluide électrique ne doit-il pas décompofer l’air, lorfqu’il agit fur lui par une très-grande mafle douée d’un très-grand mouvement; puifque nous l’avons vu, lorfqu’il n’étoit que très-peu accumulé, & ne jouiffoit que d’une viteffe très-peu confidérable, décompofer l’air» s’unir à l’eau ou au phlogiftique que ce dernier peut renfermer, laifler entièrement libre Xacide & les autres principes qu’il contient , & lui enlever fon élafticité ? -La décompofi-tion de l’air par l’étincelle éleftrique, eft d’aile leurs prouvée par la couleur rouge que P acide de Pair , dégagé par cette decompofition , communique à de la teinture de tôtirhefol renfermée fous la cloche.
- Les Phyficiens , cherchant à faire plus com^ modémentleurs expériences, ont développé, pour ainfi, dire , les différentes: parties de la bouteille de Leyde, les ont étendues, & Font réduite à un plateau de verre dont une furfaeô s’éleârife pofitivement, & repréfente en tout N iij
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- }a furfacé intérieure de la bouteille ; & dont l’autre t qui jouit d’une éleâricité négative, repréfente la furfacç extérieure. Ce plateau a été appelé carreau magique , à çàufe de l’efpçee d@ merveilleux dont fes effets doivent paraître accompagnés aux yeux de ceux qui ne font pas infiruits de la fciènce de l’éleâricité. On ne s’eft pas contenté d’en faire en verre ; on s’eft fervi avec, fuccès de toutes les fubflance? éleâriques par elles-mêmes. On pourra de même employer toute efpècé de figure, pourvu qu’elle foit telle que deux fiirfaees affez déterminées fe trouvent à peu près oppofées l’une àj’âutre, & jféparéés par une épaiffeur affez peu eonfidérahle.
- Enfin-, je découvris dans un carreau magique dé. Verre quelques nouveaux phénomènes ; je . m’apperçus qu’un, carreau; qu’on croyoit avoir parfaitement déchargé a & qui ne faifoit plus éprouver de commotion à ceux qui en touchoient en meme temps les deux furfàces, confervôit cepèndant une certaine quantité d’éleSripité politive dans une furfaCe, & négative, dans l’autre. Lorfque l’air n’étoit point chargé d’humidité, le carreau ne perdoit de lui-même cette éleftricité qu’après un grand .nombre de jours. Si On vouloir l’en priver tout
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- sur l’Électricité. 199 d’un coup, on ne le pouvoit qu’en touchant I une de fes furfaces après l’autre, plufîeurs fois de fuite & alternativement , & en répétant fouvent ces petites décharges fucceffives. Les Phyficiens avoient déjà découvert des phénomènes femblables dans plufîeurs fubftances | négatives, telles que le foufre, la refine, &c ; mais la manière dont ils les obtinrent les fit paroître plus merveilleux, & donna lieu à ces nouveaux inftrumens connus fous le nom à'Ele&rophores, & dont nous allons parcourir les différons effets.
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- V 11 r. MÉMOIRE.
- De L’Êleclrophore.
- Xj’É LECTROPHORE n’eft autre chofe qu’un plateau de réfine ou de fubftance réfineufe très-mince, revêtue fur fes deuxfurfaces d’une plaque métallique. Celle qui recouvre fa fur-face fupérieure, ne lui eft point adhérente : pn peut l’élever au deffus de lui,' & on la nomme le conduâeur de l’éleârophore. C’efi: au célèbre M. de Volta que nous devons cet inftrument. Plufieurs Phyficiens, & particulièrement le doreur KHnkoch, habile profeflëur à Prague, & M.'ïrigen-Houfz, favant médecin de l’Empereurj -ont enrichi le public de con-noiflances relatives à cette machine éleârique.
- On peut charger l’éleârophore de la même manière qu’orf; charge un plateau de verre, c’eft-à-dire, en unifiant-une de fes furfaces 014 une de fes plaques métalliques, avec le conducteur d’un difque de verre éleârifé, & en faifant communiquer l’autre furface ou l’autre plaque avec un grand nombre de fubftances aneleâri-ques. Lorfque l’éleârophore a été ainfi chargé,
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- sur l'Électricité. 2oi
- îi renferme deux électricités différentes, ainfi qu’un plateau de verre : il eft doué de l’élec-r tricité pofitive dans celle de fes furfaces qui a communiqué avec le conduâeur du difque, par exemple, dans fa furface fupérieure ; & il jouit de l’éleâricité négative dans le côté op-pofé,par exemple, dans fa furface inférieure.
- En effet, les parties de fa furface fupérieure ont dû être divifées par le choc du fluide qui s’eft porté vers elles avec une grande maffe & une grande viteffe, ainfi que celles du verre le font dans des circonftances femblables. Leurs furfaces ont par-là augmenté, & leurs affinités ont dû s’accroître. Il s’eft ramaffé autour d’elles une certaine quantité de fluide, qui les a fait jouir d’une éleâricité pofitive , pendant que cette même quantité a dépouillé la furface oppofée par fa force répulfive, & l’a rendue négative.
- L’éleSrophore fait éprouver , ainfi qu’un plateau de verre, une ou plufieurs commotions plus ou moins fortes, fuivant que fon éleâri-cité eft plus ou moins énergique. Lorfqu’il eft déchargé au point de ne pouvoir plus faire reffentir de choc fenfible, il conferve encore
- ainfi que Je verre, les phénomènes fuivans.
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- 202 Essai
- Si on ifole fes deux furfaces, & fi on approche le doigt de la plaque fupérieure, elle donnera une étincelle. Si elle en refufe une fécondé , on l’obtiendra de la plaque inférieure, qui enfuite ceffera d’en donner. On pourra alors revenir à la première plaque, qui fera jaillir une nouvelle étincelle, & arrêtera fes feux. La plaque inférieure en lancera alors une nouvelle , mais qui fera unique : la plaque fupérieure recommencera de faire briller une étincelle , pour ceffer encore d’éclairer ; & ainfi, en allant alternativement de l’une à l’autre, on pourra pendant long-temps obtenir des étincelles d’un éleftrophore, ainfi que d’un plateau de vefre. Si même on n’épuife pas la vertu éleftrique dont jouit le plateau, on pourra auffi, comme avec un plateau de verre, répéter le même petit jeu , avoir les mêmes effets, & jouir du même fpeSacle , même après que plufieurs jours fe feront écoulés.
- Tâchons de rendre raifon de ces phénomènes. L’explication que nous en donnerons, pour les plateaux de réfine, pour les éleâro-phores, pourra s’appliquer aux plateaux de
- Lorfqu’on approche le doigt de la plaque ou de la furface fupérieure de l’éleârophore
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 203 qui eft pofitive ,il peut fe trouver encore autour de fes parties une petite quantité de fluide fuperflu qui s’élance vers le doigt, & forme une étincelle. En abandonnant la furface fupé-rieure, ce feu éleârique doit néceffairement diminuer la force de répulflon par le moyen de laquelle le fluide de cette furface s’oppofe à ce que la furface inférieure, & qui eft encore un peu négative, acquière une nouvelle quantité de fluide. Cette force de répulflon étant affoiblie, eft-il furprenant que la furface négative admette une partie du fluide qui lui fera offert par quelque corps anéleârique qui s’approchera d’elle, & que par-là elle faffe jaillir une étincelle ? Ce nouveau fluide, reçu par la furface négative, agira, parfaforce de répulflon, contre le feu éleârique ramaffé dans la furface pofitive. Ce feu éleârique, pouffé par cette vertu répulfive, & entraîné en même temps par le doigt qu’on approchera de nouveau de lui, ne devrart-il pas abandonner en partie la furface pofitive , & faire jaillir une troifièmô étincelle ? Son départ donnant à la furface négative une plus grande liberté d’admettre du fluide, elle en recevra une nouvelle quantité fi on avance le doigt vers elle , & elle fera briller encore une étincelle. Ce fluide acquis
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- repouffera une portion du fluide accumule' dans, la furface pofitive, & l’obligera à fe jeter vers le doigt; & ainfi alternativement, ne jaillira-t-il pas des étincelles de la furface pofitive, & ne s’en élancera-t-il pas vers la furface négative, jufques à ce que les parties de l’une fe foient entièrement rapprochées & qu’elle ait perdu fon fluide fuperflu , & que l’autre ait repris celui dont elle avoit été dépouillée ?
- Lorfque les Phyficiens ont découvert les phénomènes que nous venons de rapporter, ils ne les ont pas vus aufii fimples que je viens de les décrire ; ils les ont apperçus compliqués & mêlés avec des circonftances étrangères qui les ont empêchés d’en deviner la véritable caufe, & de les confondre, ainfi qu’ils l’auroient dû, avec ceux qu’offrent les plateaux de verre.
- Leurs procédés n’ont pas été de tirer une étincelle de la furface fupérieure , ou, pour mieux dire, de la plaque de métal qui recouvre cette furface, immédiatement après avoir touché la . furface inférieure : ils n’ont pas même uniquement confifté à élever la plaque de métal fupérieure avec des cordons de foie, à en tirer une étincelle, à la rabaiffer enfuite, à toucher de nouveau la furface inférieure, à relever la plaque, à en obtenir une nouvelle étincelle, &c,
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- Les Phyficiens auroient toujours pu alors confondre les phénomènes de l’éleftrophore avec ceux d’un plateau de verre, & les rapporter enfuite à leur véritable origine ; fur-tout s’ils avoient vu, ainfi que l’expérience me l’a montré, la plaque fupérieure d’un plateau de verre donner fon étincelle après avoir été élevée avec des cordons de foie , aufli bien qu’en repofant encore fur la furface fupérieure du plateau.
- Mais ils ont obtenu les phénomènes de l’é-leârophore, en fe fervant d’un moyen un peu plus compliqué, & qui, en augmentant la beauté & la force de fes effets, les a rendus plus mé-connoiffables.
- Toutes les fois qu’ils ont voulu faire jaillir une étincelle de la plaque de métal fupérieure, qui a été nommée, ainfi que je l’ai déjà dit, conducteur de f éleclrophore, ils ont uni les deux plaques par une chaîne de corps anéleâriques, & ont enfuite élevé la plaque fupérieure. Ils en ont obtenu alors, non-feulement unefoible lueur femblable à celle qui paroît dans tous les phénomènes que nous avons déjà rapportés, mais une étincelle vive & éblouiflante, accompagnée d’un murmure très-fenfible.
- Pour bien comprendre ce phénomène , il
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- faut diftinguer deux opérations dans le procédé par lequel on joint les deux furfaces. Premièrement i on touche la furface négative ou l’inférieure i & on lui communique du fluide : par-là, on donne le pouvoir à la furface ou à la plaque fupérieure, de faire jaillir une étincelle à fon tour, ainfi que nous l’avons déjà expliqué. En fécond lieu, on touche la furface fupérieure, & par-là on augmente là beauté de l’étincelle qu’elle aurait lancée. Voyons comment on peut animer les feux de cette dernière.
- Lorfqu’on touche la furface inférieure, il ne s’élance vers cette dernière qu’une quantité de fluide proportionnée à celle que la furface fupérieure peut avoir perdu. C’eft cette quantité de fluide reçue par la furface inférieure , qui agit, par fa vertu répulfive, fürle fluide renfermé dans la furface fupérieure, & le contraint à s’élancer vers le doigt qui tire l’étincelle. Si cette quantité eft petite , le fluide qui s’élance n’eft aufli qu’en petite quantité , & l’étincelle eft foible : pour animer & embellir cette dernière , on n’a donc qu’à augmenter la quantité de fluide que reçoit la furface inférieure & c’eft ce qu’on fait en touchant la furface fupérieure. On enlève à cette dernière une partie de fon fluide : l’abfence de ce dernier laiflë une
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- plus grande liberté à la furface inférieure pour recevoir du feu éleftrique, & celle-ci en admet réellement dans fon intérieur une plu9 grande quantité.
- La furface fupérieure devant donner une plus belle étincelle, la plaque de métal fupérieure qui renferme tout le fluide deftiné à former cette étincelle, ne doit-elle pas, lorfqu’elle eft élevée, en lancer une plus vive que celle qu’elle aurait fait jaillir ?
- Mais on me dira peut - être, pourquoi la plaque métallique fupérieure , pendant tout le temps qu’elle repofe fur la réfine, ne lait-elle naître tout au plus que cette foible lueur dont vous avez parlé, & lance-t-elle une étincelle éclatante lorfqu’elle eft féparée du plateau, & élevée au deflùs de l’éleârophore ?
- La réponfe me paraît aifée. Pendant que la plaque métallique repofe fur la réfine, elle fait partie, pour ainfi dire, dé fa furface fupérieure. Le fluide fuperflu qu’elle renferme, eft vivement attiré par les parties de la réfine qui ont été divifées, & ont vu augmenter l’étendue de leurs furfaces & la force de leurs affinités. Il eft meme fi fortement retenu par ces parties, que la répulfion qu’exerce contre lui le fluide de la furface oppofée , ne peut l’obliger à
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- 2oS Essai
- s’élancer qu’en partie vers le doigt qu’on approche de lui i & c’eft ainfi qu’il ne produit! qu’une foible étincelle. Mais lorfque la plaque métallique eft élevée au defliis de l’éleflro-phore, & que, fiparée de la furface fupérieure de la réfine, elle ceflè de former un tout avec elle, elle n’eft plus intimement liée avec des parties très-divifées, qui puiflent retenir avec force le fluide fuperflu qu’elle reflèrre : aufli, ce dernier feu éleftrique s’élance-t-il non-feulement en partie, mais tout entier, vers le doigt qui s’approche de lui ; & ainfi il fait naître une étincelle vive & éblouiflante.
- Mais on n’éleârife pas uniquement les élec-trophores d’une manière femblable à celle dont on fe fert pour éleârifer les plateaux de verre ; on leur communique encore la vertu électrique en approchant de leur furface fupérieure, la plaque extérieure ou le crochet intérieur d’une bouteille de Leyde. Si on approche le crochet qui eft chargé pofiùvemmt, le fluide qui s’en échappe fait naître dans la réfine la même divifion de parties que nous avons vu y être produite par le fluide élancé d’un difque de verre, & tous les phénomènes fe pafîent comme nous l’avons déjà dit. Il pourroit cependant fort bien fe faire que, lorfque le fluide n’agiroit pas
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- avec une très-grande maffe & une très-grande viteffe, il bornât fes efforts à repouffer le fluide renfermé dans la furface qu’il attaqueroit, & à la rendre négative. D’après cela, il pourroit bien arriver que le crochet d’une bouteille éleftrifât négativement la furface de l’éleftro-phore : ce dernier offriroit alors les phénomènes que nous allons expofer. Si on approche la furface extérieure ou négative de la bouteille de Leyde , la réfine s’éleftrife négativement, parce qu’au lieu d’être divifée, elle ne fait que fournir au verre une partie du fluide dont ce dernier a befoin, & les phénomènes arrivent ainfi que nous le dirons bientôt.
- Le plus fouvent, les Phyficiens ont donné la vertu éleftrique aux éleftrophores, en frottant la furface fupérieure de ces derniers avec leurs mains, du cuir, ou une peau bien fèche, &c. La réfine, & les autres fubftances dont on fe fert communément pour faire des éleftrophores , ne font point divifées par le frottement ; elles fe ramaffent au contraire & s’agglumèrent fous fon aftion , & voient par - là diminuer leurs affinités. Aufli la furface fupérieure des éleftrophores fe dépouille - t - elle d’une portion de fon fluide en faveur de la fubftance qui la frotte ; & lorfqu’enfuite fes parties s’efforcent Tome /. O
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- 2io Essai
- de reprendre leur pofition ordinaire, & qu’elles recouvrent leurs affinités avec l’étendue de leurs furfaces, elle fe trouve avoir befoin de fluide, c’eft-à-dire, éleftrifée négativement.
- La furface inférieure doit dès-lors être ex-pofée aux efforts du fluide qui cherche de tous côtés à pénétrer vers la furface négative ; & comme ce fluide doit avoir affez de maflè & affez de vitefle, il doit divifer fes parties, & augmenter leurs affinités. La furface inférieure doit ramaffer une certaine quantité fie fluide d’autant plus aifément, que la force répulfive de la furface fupérieure ne fubfiftant plus, ne peut plus s’y oppofer. Cette quantité de fluide devient bientôt furperflue , & la furface inférieure eft éleftrifée pofitivenient.
- On verra fans peine que, malgré la différente pofition des deux éleftricités, les deux furfaces doivent également donner des étincelles à l’alternative ; on comprendra même comment la plaque métallique fupérieure fera également jaillir une étincelle lorfqu’elle aura été élevée , & comment la beauté de cette dernière pourra être augmentée : mais ce qui paraîtra peut-être étonnant, c’eft que la plaque métallique fupérieure, qui, tant qu’elle repofe au deffüs de la iéfine, jouit d’une vertu négative, ainfi que la
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- furface fupérieure de cette dernière, ait une vertu poiitive lorfqu’elle a été élevée, & préfente par conféquent des phénomènes fembla-bles à ceux qu’elle offre lorfque la furface fupérieure de la réfine a été éleSrifée pofitivement.
- Voici comment on peut expliquer ce phénomène. Tant que la plaque métallique touche immédiatement la réfine, elle fait en quelque forte partie de cette dernière, & jouit de la même éleftricité qu’elle. Que l’on faffe attention que, lorfqu’on l’élève, on ne la fépare de la réfine qu’après l’avoir touchée, c’eft-.à-dire, qu’après avoir cherché à communiquer une certaine quantité de fluide à la plaque & à la furface négative. Cette quantité de fluide ne peut pas être admife, du moins en entier, par la furface de la réfine , à caufe de la répuifipn de la furface oppofée : elle doit donc demeurer dans la plaque &l’éle&rifer pofitivement. Celle-ci cependant ne peut point céder ce feu éleftrique au doigt qui s’approche d’elle pour la fécondé fois, tant qu’elle eft encore unie avec la furface de la réfine, parce que cette furface négative attire ce fluide plus fortement, ou auffi fortement que le doigt, quoiqu’elle ne puiffe pas le recevoir. La plaque ne donne donc aucun ligne d’éleâricité pofitive : elle ne doit pas non O ij
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- plus, cette fécondé fois, donner des marques d’une éleftricité négative ; & l’expérience a appris qu’alors elle ne fait paraître réellement aucun ligne d’éleéïricité. Mais li on la fépare de la réfine & fi on l’élève , alors le fluide fuperflu qu’elle renferme n’eft plus arrêté par l’attraâion violente qu’exerçoit fur lui la furface négative ; il s’élance vers le doigt, & la plaque paraît pofitivement éleôrifée.
- Toutes les fois qu’on élève le condufleur de l’élefirophore, & qu’on en tire une étincelle en le laiflànt à une certaine diftance au deflus de l’élefirophore, fi on approche en même temps un corps anéleflrique à une certaine diftance de la plaque de métal qui revêt la furface inférieure, on voit paraître une étincelle ; & fi on fe fert du doigt pour la faire jaillir, on reflent une commotion affez vive. Je crois être le premier qui me fuis apperçu de ce phénomène, que je vais tâcher d’expliquer.
- Lorfque le conduâeur eft élevé, on doit le confidérer comme un corps pofitif indépendant de tout autre corps éleftrifé, & ayant autour de lui une atmofphère plus ou moins étendue. Lorfqu’on le retient à une certaine diftance de l’éleârophore, cette atmofphère peut parvenir jufques à la furface fupérieure de la réfine. Que
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- sur l’Électricité. 213 cette dernière foit négative ou pofitive, l’at-mofphère du condufteur doit repouffer une partie du fluide qu’elle renferme. Ce fluide s’accumule & repouffe à fon tour une partie de celui qui réfidoit dans la furface oppofée, & qui s’épanche & fe diftribue au dehors. Lorf-qu’enfuite on tire l’étincelle du condufleur élevé, ne le déféleârife -1 - on pas, & ne le dépouille-t-on pas par conféquent de fon atmof-phère? Le fluide de la furface fupérieure de l’éleftrophore, ne ceffe - t - il pas d’être auffi accumulé ? Dès - lors , la furface inférieure n’eft-elle pas délivrée d’une partie de la vertu répulfive qui la comprime, & ne peut-elle pas recouvrer une portion du feu éleélrique qu’elle a perdu ? C’eft le fluide qui fe porte vers elle, qui paroît en forme d’étincelle.
- Lorfqu’on a deux éleftrophores dont la vertu eft foible, on peut, en chargeant une bouteille de Leyde par le moyen d’un de ces deux inf-trumens, & en l’approchant enfuite du fécond, augmenter la force de ce dernier. En chargeant de nouveau la bouteille, du feu des étincelles qu’on tire de ce fécondon peut aller accroître la force du premier, le faire fervir encore à charger la bouteille , donner une nouvelle énergie à la vertu du fécond, revenir augmenter
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- l’éleâricité du premier ; &, ainfi au bout d’un certain temps, & après une répétition plus ou moins longue de ce procédé, les deux éle&ro-phores fe trouvent doués d’une très-forte vertu éleârique, qu’il eft prefque toujours poflible de ranimer par le même moyen lorfqu’elle eft prêté à s’éteindre, & qu’on peut rendre par-là en quelque forte perpétuelle.
- On peut faire des éleftrophores de toutes les fubftances éleâriques par elles - mêmes : ils préfenteront tous les phénomènes dont nous venons de parler, excepté que lorfque ces fubftances feront pofitives, leur furface fupérieure fera toujours éleârifée pofitivement, au lieu qu’elle le fera quelquefois négativement, lorf-qu’elles feront négatives.
- Il eft évident que les éleârophores faits avec du verre , ne font que des carreaux magiques dans lefquels on a reconnu de nouveaux phénomènes : on doit en dire autant des éleârophores proprement dits , & qui font faits avec de la réfine ou d’autres fubftances négatives. A la vérité, ces derniers préfentent quelques variétés dans les phénomènes qu’ils offrent; mais ces variétés ne portent que fur la différente pofition de l’éleâricité pofitive & de l’éleâricité négative, & on ne peut en remarquer aucune
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- dans le relie de leurs phe'nomènes ; encore même ne le rencontrent-elles pas toujours dans les éleârophores proprement dits, qui d’ailleurs peuvent fervir à tous les ufages auxquels on emploie les carreaux magiques de verre, & font éprouver, comme eux, des commotions vives & pénétrantes.
- Ici un nouvel ordre de chofes fe préfente à nous : les imitations imparfaites vont difparoître devant les modèles, les images devant les objets repréfentés, les phénomènes que nous faifons naître, devant les effets d’une caufe plus puif-fante; &, à l’aide des principes que nous venons d’établir, nous allons franchir l’intervalle im* menfe qui fépare le domaine de l’art, de l’empire de la nature.
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- Essai
- I Xe. MÉMOIRE.
- Des Tremblemensde Terre & des Volcans.
- Nous nous fommes tenus renfermés jufqu’à préfent dans l’étroite enceinte de nos laboratoires ; nous n’avons joui que des phénomènes de l’éleftricité artificielle , & nous n’avons été les témoins que des effets peu étendus & peu remarquables que nous avons pu obtenir du fluide à peine réduit à un léger efclavage , & à peine entouré de quelques foibles chaînes dont nos mains ont cherché à le lier. Fran-chiffons les limites refferrées qui nous ont affez long - temps retenus ; contemplons la nature elle - même, & obfervons avec attention les grands phénomènes qu’elle va déployer devant
- Un fpeâacle terrible s’ofire à nos yeux : les peuples fe précipitent en foule hors des villes, & courent plein d’effroi chercher un afyle dans les campagnes : une pâle terreur eft peinte fur leurs vifages. Un bruit formidable & fouterrain s’efl fait entendre , & a répandu par-tout l’é-
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- pouvante & la confternation : des globes de feu ont fillonné les airs, & des fifflemens inconnus en ont troublé le filence. Les animaux effrayés abandonnent leurs cavernes, errent en hurlant dans le fond des forêts ; & les ténèbres épaiffes de la nuit la plus obfcure , enveloppent & noirciffent l’horizon. La terre tremble ; elle fecoue les vafles édifices qui repofent fur fa fur-face, & ils ne font plus qu’un tas de ruines. Les orages fouterrains augmentent ; les fleuves tarifent; les montagnes difparoiffent, & font place à un gouffre profond. Quelle colonne lumineufe & ardente s’en élance avec fracas ! à quelle hauteur elle porte fes feux (a) ! De noirs tourbillons de cendres & de fumée roulent autour d’elle : des rocs immenfes & pefans font élevés avec effort, &, retombant fur les débris qui environnent l’ouverture du gouffre, bon-diffent & difperfent tout ce qui s’oppofe à leur chute accélérée. La terre tremble de nouveau ;
- (<j) Celle que lança le mont Véfuve, dans fon éruption du 8 août 1779, avoit près de mille toifes de haut, & deux cents toifes de diamètre. Voyez l’excellente defcription que M. Duchanoy a donnée de cette éruption, dans le Journal de Phyfique du mois de juillet 1780.
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- 2i8 Essai
- & la mer fuit au loin fon rivage : alors le bruit redouble ; une colonne plus enflammée s’élève audeflus d’une montagne de feu, rouge, ardente & animée ; une atmofphère embrafée l’environne : quels rochers énormes font arrachés des entrailles de la terre , & lancés dans les airs ! Le gouffre vomit un torrent de matières liquides & enflammées : cet amas brûlant dirige fa courfe rapide vers la mer ; malheur au pays qu’il va couvrir de fes flammes ! Dans fa marche impofante & terrible, il brûle, confume & dévore ; il accroît fon volume immenfe, s’élève en bouillonnant, & étend au loin fes flots embrafés. Quelles foudres s’élancent de fon fein ! Rien ne peut s’oppofer à fes efforts : impétueux & indomptable, il furmonte les montagnes, & comble les vallées qu’il change en torrens de feu. La mer, qui réfléchit au loin fa flamme , n’offre plus qu’un abîme ardent : de nouveaux gouffres s’ouvrent de tous côtés fous les pas des habitans éperdus , font entendre d’horribles mugiflemens, menacent de tout engloutir ; & la clarté lugubre que leurs flammes répandent, montre l’horreur, le défefpoir & la mon qui couvrent la furface de cette terre malheureufe & funefte.
- Defcendons dans les profonds abîmes du
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- globe ; que notre imagination nous en ouvre l’entrée; &, conduits par l’expérience & l’analogie, tâchons d’y découvrir l’origine & les eaufes des tempêtes inteftines dont la fureur produit les fcènes terribles que nous venons d’efquifler.
- Dans les cavités intérieures du mont dont le fommet a ouvert une horrible bouche de feu , brûle un amas de pyrites, de charbons de terre, de foufre, de bitumes, de débris de corps organifés : il s’en élève une quantité im-menfe d’acides de toute efpèce, auxquels le feu fait fubir une fi grande raréfaâion, que leur expanfion l’emporte de plufieurs millièmes fur celle dont l’eau , & à plus forte raifon l’air, peuvent jouir. Ces acides, doués par-là d’une force prodigieufe, fecouent les côtés des fou-terrains profonds qui les renferment : l’eau de la mer qui y arrive à grands flots, l’air qui s’y porte en grands volumes, fouffrent aufli une grande raréfaâion, & unifient leur aâion aux efforts des acides. Tout cède; le fommet de la montagne eft emporté avec violence, & fait place à un abîme d’où fortent avec impétuofité les matières enflammées., les laves brûlantes que les acides, l’eau & l’air raréfiés rejettent du fein du globe. Toutes les couches de terre
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- 220 Essai
- voifines font frappées à coups redoublés, & la fecoufle fe communique au loin. Les différentes vapeurs fe raréfient de plus en plus, &, fe portant avec force vers toutes les iffues qui leur font ouvertes, fuivent les fentes qui divifent l’intérieur du globe; elles font reconnoître leur paffage funefte par les tremblemens qu’elles caufent & le bruit fouterrain qui les accompagne , & , s’échappant impétueufement à la furface de la terre, y produifent des vents rapides & deflruâeurs. Les feux auxquels ces vapeurs doivent leur énergie , ne s’éteignent que lorf-qu’il ne relie plus de matière qui puiffe leur fervir d’aliment ;& ils recommencent d’effrayer la terre par leurs éruptions , lorfqu’ils reçoivent de nouveau des acides, de l’eau, ou toute autre fubflance capable de fubir une grande raré-faâion. Nous reconnoîtrons bientôt comment l’éle&ricité fouterraine peut joindre fon aftion à celle de ces différentes caufes, augmenter leurs effets , & concourir avec elles à produire les phénomènes redoutables des tremblemens de terre. Mais voyons auparavant fi ces fecouffes formidables ne peuvent avoir lieu que lorfque des matières inflammables brûlent avec violence dans le fein de la terre.
- M. le Comte de Buffon a donné comme une
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- SUR L’ÉLECTR ICI TÉ. 221 des caufes des tremblemens de terre, l’affaiffe-ment des grandes cavernes que recouvre la croûte extérieure du globe ; & ce philofophe a penfé auffi que l’éleâricité fouterraine pouvoit fecouer & bouleverfer la terre, lors même qu’elle étoit réduite à fes feules forces (a). Le but de notre ouvrage ne nous permet de nous occuper que de cette dernière caufe : fuivons l’idée de M. de Buffon, & voyons comment il peut fe faire que le fluide éleârique agite notre globe, & quels moyens il emploie pour le faire trembler. Nous reconnoîtrons aifément en lui le pouvoir de faire éprouver à la terre des fecoufles violentes , précédées d’un calme effrayant & d’un bruit fépulcral & fourd , accompagnées de vents violens & rapides, & fouvent des orages
- En effet, le quartz , le grès , ces roches dures & vitrifiables dont notre globe eft com-pofé, & qui s’élèvent d’efpace en efpace pour former le noyau de nos montagnes les plus confidérables, font inconteftablement des fubf-tances idio-éleâriques. Elles jouiflënt, relativement à l’éleâricité, de toutes les propriétés
- (<*) Voyez dans l’Hiftoire Naturelle, la quatrième Epoque de la Nature.
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- du verre ; & on peut d’autant moins en douter, que , Iorfqu’il eft polïible de tailler le quartz ou le grès d’une manière aflez commode pour leur faire éprouver le même frottement qu’au verre, ils donnent des lignes éle&iques prefque aulfi énergiques que ceux de ce dernier, & le remplacent avec fuccès dans nos laboratoires. Pourquoi ne jouiroient-ils pas des mêmes propriétés , & ne préfenteroient-ils pas les mêmes phénomènes entre les mains de la nature 2 Ils me parodient ne devoir recevoir qu’avec peine, & n’attirer que très - foiblement le fluide qui peut les entourer , ne point le tailler pénétrer dans leur intérieur, ni palier au travers de leur fubftance; ifoler enfin parfaitement les matières conductrices qui repofent fur eux, ou qu’ils environnent. Parmi les autres fubftances que nous offre la furface du globe, la plupart font conduftrices, & de nature à exercer une très-grande force attraâive fur le fluide électrique : de ce nombre font les différens amas d’eau, les débris de végétaux & d’autres corps orga-nifés*, plufieurs efpèces de terres, toutes celles qui font un peu humeCtées, les bancs de pierre calcaire, &, plus que toutes les fubftances que je viens de nommer, les divers filons de métaux & de demi-métaux, & leurs différentes mines.
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- La chaleur intérieure du globe, l’élément du feu, fe combinant avec celui de Veau dans le fein de la terre, y donne naiflance à chaque inftant à une nouvelle quantité de fluide électrique. A peine ce fluide eft - il formé, que, jouiflant d’une grande vertu expanfive, il doit tendre à s’élever vers la furface du globe. Attiré fortement par les fubftances conductrices dont il peut s’approcher, ne doit-il pas s’accumuler autour d’elles, & les faire jouir par-là de tous les droits des corps éleCtrifés ? Si ces fubftances conductrices s’étendent jufques à la furface du globe, fi la croûte qu’elles y forment n’eft point endurcie par le froid, au point de n’être plus que foiblement perméable au fluide, mais fi au contraire elle eft raréfiée par les chaleurs du printemps 'ou celles de l’été, le fluide éleârique doit s'élever dans l’atmofphère, s’y difliper, & y donner naiflance aux phénomènes dont nous parlerons dans la fuite. Il n’exerce alors aucune aClion fur les parties du globe, 8c ne leur fait éprouver aucune fecouflè.
- Mais fi ces fubftances ne paroiflent pas à la furface, fi elles font recouvertes de corps idio - électriques, de fable , de cailloux , de plâtre, deglaife, qui arrêtent le fluide, 8cl’empêchent de parvenir jufques à l’atmofphère,
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- elles confervent le leur, & avec lui leur état éieârique. Elles deviennent de grands conducteurs chargés d’un excès confidérable de fluide, des nuages folides, pour ainfi dire élec-trifés, & qui, s’ils ne font pas ifolés par l’air comme les nuages de l’atmofphère, le font par des maffes de roches ou de terres vitrifiables, aufïï imperméables que l’air au fluide de l’électricité. Qu’on juge de la quantité de fluide qui peut être ramaffé autour de ces fubftances con-duârices, par l’efpace immenfe qu’elles peuvent quelquefois occuper. Si un conduâeur d’une vingtaine de pieds de furface, & qui ne reçoit du fluide que par le moyen d’un petit difque de verre, peut, au bout d’un temps très - court, nous donner des étincelles aflez fortes pour faire fur nous une impreflion violente , de quelle puifiance ne devra pas être douée la quantité de fluide ramaflee autour d’un immenfe conduâeur , dont le contour prodigieux renferme quelquefois un efpace de plu-fieurs lieues, & vers lequel fe porte fans ceflè une immenfe quantité de fluide que lui fournit l’intérieur du globe ? Les nuages les plus étendus, ceux que nous voyons donner naiflànce aux orages les plus redoutables, & dont s’élancent ces foudres qui détruifent & renverfent les mafles
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- maffes les plus lourdes & les plus dures , ne font que de petits condüâeurs, lorfqu’on les compare aux amas prodigieux de fubftanceS conduftrices qui peuvent être renfermées dans le foin de la terre, & y être ifolées & environnées de tous côtés de matières imperméables au fluide.
- Si par hafard quelque dérangement intérieur né de l’affaiffement de quelque caverne, ou de quelque autre événement de cette efpèce * approche de cet affemblage de matières fortement éleftrifées quelque fubftance conductrice ; cette fubftance les déchargera de l’excès de fluide ramaffé autoür d’elles, & portera cé feu éleftrique furabondant, vers quelque autre tas de matières non éleâriques. Ces dernières 4 qui ne renferment que la quantité de fluide qui leur eft propre, ne doivent-elles pas attirer .vivement celui qui arrive vers elles, & , par cette forte attraâion, hâter fa viteffe à un très-haut degré? Si, par exemple, un courant d’eau fait communiquer enfomble ces deux grands affemblages , quel effet prodigieux ne doit pas produire une quantité auffi eonfidérable de fluide accumulé, qui, doué d’une grande viteffe, fe portera avec force, d’un de ces con-duâeurs fouterrâins, vers l’autre ? Le premier doit lancer vers le focç>nd une foudre horrible» Tome h P
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- 226 Essai & il en jaillira à Finftant une femblable dans, tous les endroits où les condufteurs feront interrompus par quelque intervalle. Le fluide , preffé & accumulé , frappera avec violence contre tous les corps qu’il traverfera, & contre toutes les matières vitrifiables qui s’oppoferont à fes efforts, ainfi que, dans l’expérience de Leyde, le fluide qui fort d’une furface, & celui qui fe précipite vers l’autre, agiflent puiffam-ment fur toutes les parties qui s’oppofent à leur paffage , & font éprouver aux perfonnes qui forment la chaîne , une commotion violente vers les jointures & les autres parties de leur corps qui obligent le fluide à fe détourner de fa route. Ces amas de matières non électriques, & les longues chaînes qui les uniront, occuperont quelquefois un très-grand nombre de lieues d’étendue ; la terre autour d’eux fera fortement ébranlée, fubira des fecouffes violentes , fe crevaffera, fe fendra en plufieurs endroits, & s’entr’ouvrira auprès ou au deflbus de montagnes qui, perdant leur point d’appui, s’affaifferont ou crouleront avec fracas dans les gouffres qui viendront de s’ouvrir : ces montagnes , en s’éboulant, entraîneront plus où moins les terres, les rochers qui feront liés avec elles ; & la fecouffe que leur chute produira,
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- fe réunira à toutes les autres caufes , pour étendre au loin les effets de la commotion occa- fionnéepar le paflage rapide d’une grande quantité de fluide. Au milieu de cesbouleverfemens, de nouveaux conduâeurs pourront fe préfenter au feu éleârique ; il pourra rencontrer de nouveaux amas de matières qui l’entraîneront. Partout il ébranlera, non-feulement les corps qui l’attireront, & autour defquels il ira s’accumuler, mais encore les mafîes de quartz & de roche dure qui arrêteront fon pafîàge ; par-tout il portera le ravage , & précipitera des maffes énormes dans les abîmes qu’il creufera : le choc de ces dernières ébranlera plus ou moins les terres voifines, & ainfi le ravage s’étendra à une diftance prodigieufe , & le tremblement fera communiqué à une étendue de terrain plus immenfe encore.
- Ces foudres fouterraines, ces exploitons de fluide , devront être accompagnées de bruit, ainfi que les orages de l’atmofphère ; car elles déplaceront, comme ces derniers , une grande quantité d’air avec une grande viteflè ; &, de même que le bruit qui accompagne les orages des airs eft répété par les échos extérieurs des montagnes, le craquement des étincelles qui jailliflent dans l’intérieur du globe eft répété
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- par les cavités, les abîmes & les gouffres de la terre. Ce bruit, redoublé par le choc des maffes qui fe heurtent, eft toujours terrible ; mais il varie d’ailleurs fuivant la qualité des fubftances qui le reçoivent, la forme des cavernes qui le répètent, & la grandeur des efpaces vides qu’il parcourt, & par lefquels il s’échappe pour parvenir à la furface de la terre. Quelquefois il n’eft qu’un murmure fourd ; d’autres fois il reffemble à des mugiffemens, à des cris , ou au retentiffement de l’airain. Aigu en paffant dans les endroits refferrés, rauque dans les cavités tortueufes, il retentit contre les corps durs & creux, lîffle au milieu des fubftances humides, ondule fur les eaux, & frémit contre les corps folides qui le renvoient. Il fe propage & s’étend fous les voûtes immenfes & obfcures du globe : fouvent il accompagne les effets funeftes des tremblemens ;• & alors on peut croire qu’on eft très-près du liège de l’orage, très - près du grand conduâeur fou-terrain qui lance la foudre. Et que n’a-t-on pas à craindre, dans ces momens funeftes , de fes terribles effets ? Souvent il précède de beaucoup, ou ne vient que long-temps après les fecouffes ; & on peut être alors fort éloigné du lieu d’où la foudre eft partie, & n’avoir à redouter que de légères agitations.
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- Souvent une feule étincelle obtenue du premier amas éleârifé de matières conduftrices, ne fuffit pas pour les dépouiller de tout le fluide qui eft accumulé autour d’elles : alors elles étincellent à plufieurs reprifes contre les différentes fubftances anéleélriques qui peuvent s’offrir à elles, & chaque étincelle foudroyante eft accompagnée des effets redoutables produits par la première des fecouffes. Ces tremble-mens, plus ou moins forts, fe fuccèdent quelquefois de très - près, & quelquefois laiffent entre eux de grands intervalles de temps, fui-vant que les condufteurs qui peuvent décharger les matières conduârices font conftamment auprès d’elles, ou ne fe trouvent affez voifins d’elles pour les dépouiller , qu’en différens temps éloignés les uns des autres.
- Ces foudres fouterraines, agiffant avec une grande maffe & une grande rapidité, doivent exciter une forte chaleur, calciner , brûler, fondre , vitrifier certaines fubftances , & en volatilifer d’autres : fi elles rencontrent des veines, métalliques ou demi - métalliques , des maffes même confidérables de métaux, elles doivent les dénaturer, les altérer, les fublimer; & les étincelles éle&iques me paroiffent devoir être comptées au nombre des caufes des diffé-
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- rens états dans lefquels nous rencontrons, dans le fein de la terre, les métaux & les demi-métaux.
- Les étincelles foudroyantes qui font excitées dans l’intérieur du globe, doivent, par la grande chaleur qui les accompagne , commencer par raréfier avec force l’air renfermé dans les cavités au milieu defquelles elles s’allument ; cet air raréfié ne doit-il pas, par fa force expanfive , contribuer à ébranler la terre, & augmenter les différens effets dont nous avons parlé ? Si, au milieu des décombres & des ruines, quelque iffue lui offre un libre paflage pour parvenir jufques àla furface de la terre, il doits’y élancer, s’y prefler, & en fortir en vent plus ou moins fort.
- Le fécond effet de l’étincelle foudroyante & du fluide éleôrique étant de décompofer l’air, de lui faire perdre fon élafticité, & de le réduire à un efpace moindre que celui qu’il occupoit avant fa raréfaflion, l’air extérieur doit fe précipiter avec force dans les cavités intérieures, pour y remplir les vides qui peuvent s’y trouver ; & par-là de nouveaux vents n’exerceront - ils pas leurs ravages à la furface du globe ? D’un côté, une mafle d’air très-accumulée, & douée d’un grand mouvement, fortira des gouffres de la terre , repouffera l’air extérieur qu’elle rencontrera, le comprimera, lui communiquera
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- une grande viteffe & une grande agitation, & troublera au loin l’atmofphère ; & de l’autre, l’air qui s’enfoncera dans les abîmes de la terre, laiffera à fa place dans l’atmofphère une efpèce de gouffre ou de vide, que les colonnes d’air collatérales s’emprefferont de remplir ; le mouvement rapide avec lequel elles tendront vers cet efpace vide, fe communiquera à une très-grande diftance; & une partie immenfe de l’at-mofphère, fera dans une agitation violente, & formera un très-grand vent.
- Si les orages fouterrains peuvent faire naître des vents plus ou moins forts, les vents peuvent à leur tour allumer les foudres fouterraines, ainfi que l’a dit M. de BufFon (<z); ce n’eft cependant pas dans toutes les circonftances. Il me femble que les vents intérieurs, pour jouir de cette prérogative, ont befoin de fouffier dans des cavités dont les côtés ne leur offrent point de fubftances idio-éleftriques, mais foient compofés de matières conductrices, de métaux, de terres humides, de pierre calcaire, &c. ; ou bien il faut que les vents rencontrent des amas d’eau ou de vapeurs aqueufes, dans les cavernes intérieures qu’ils parcourent. En effet, l’air agité
- (a) Voyez les Supplémens à l’Hiftoire Naturelle.
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- ne peut, par le mouvement rapide dont il eft doué, produire une éleâricité bien fenfible, que lorfque fa grande viteffe le frotte avec force contre des fuhflances conduârices, contre de l’eau, des métaux, &c. S’il eft frotté contre des fubftances telles que le quartz,le fable, le grès, qui font toutes idio-éleâriques comme lui, on comprendra aifément, d’après les principes que nous avons établis dans le cinquième Mémoire, qu’il doit faire naître une éleâricité trop foible pour produire les fecouffes violentes de la terre. Si, par un effet de tous les houleverfemens que cauferont les commotions produites par Je fluide éleârique, quelque matière conduci trice fe trouve pouvoir le laifler pafler aifément jufquçs dans l’atmofphère, il fuivra, du moins en partie, cette nouvelle route qui lui fera ouverte. Il s’élèvera dans l’air, &, attiré par les nuages qui y flottent, il s’accumulera autour d’eux , & fera naître des orages. C’eft ainfi qu’on peut expliquer les coups de tonnerre, Jes éclairs qui accompagnent quelquefois les tremblemens de terre , & les terribles effets produits par la réunion des efforts de la foudre des nuages, & de celle de l’intérieur de la terre, Lorfque les crevafles formées par les affaifr femens intérieurs fe trouveront au deffous des,
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- eaux de la mer, les flots ne doivent - ils pas commencer par recevoir l’impreffion de l’air raréfié qui cherche à s’échapper des cavités intérieures où s’eft enflammée la foudre ? les eaux ne doivent-elles pas s’élever, bouillonner, fe répandre à grands flots ? Mais bientôt les cavités leur préfenteront des vides qu’elles devront s’empreffer de remplir ; elles bifferont alors à découvert certains rivages , & s’éloigneront de certaines côtes, jufqu’à ce que ces cavités foient remplies, & que de nouveaux flots viennent couvrir les pays abandonnés & biffés à fec.
- Ainfi b terre peut éprouver d’affreux trem-blemens, fans qu’il exifte aucun vafte amas de matières enflammées , auquel les flots de b mer puiffent parvenir : fecouffes violentes que nous devons rapporter entièrement à l’électricité, & dont les effets pourront être auflï fùneftes que ceux que les foyers de volcans pourraient produire. Les divers tremblemens différeront cependant par 1a nature de leurs effets, s’ils ne diffèrent pas par leur force : il ne fera pas toujours impoflible de les diftinguer; & on pourra fouvent les rapporter à leur véritable origine, même lorfque des obftacles invincibles s’oppoferont à ce qu’il fe faffe à b furface
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- de la terre aucune ouverture, qui, en biffant échapper un torrent de matières enflammées, puiffe affigner , d’une manière évidente , la caufe des fecouffes.
- Dans les tremblemens produits par le fluide éleôrique, il y aura moins fouvent des projetons confidérables ; on remarquera plus d’affaiffemens que d’élévations ; des montagnes pourront s’enfoncer, mais on en verra rarement paroître de nouvelles. Le plus fouvent la terre ne demeurera pas ouverte , montrant fur fa furface les fubftances qu’elle aura rejetées ; mais elle engloutira quelquefois des villes entières, & fe refermera au deffus d’elles, fans qu’il relie aucun veftige du gouffre qui les aura dévorées. En effet, la direftion de la force du fluide dépendant de la pofition des matières conductrices qui l’attireront, ne devra-t-elle pas être moins dirigée vers le haut, que vers le bas & vers les côtés, où il fera attiré par de plus grandes maffes ? Les orages de l’air doivent d’ailleurs moins accompagner les tremblemens de terre produits par les volcans, que ceux qu’on doit rapporter à l’éleâricité.
- Indépendamment des agitations intérieures que les différentes parties du globe ont dû éprouver, & qui nous font attellées par ces
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 235 vaftes amas de laves & de matières volcaniques qu’on découvre en tant d’endroits, je fuis per-fuadé qu’il n’en eft aucune qui n’ait été fe-couée, crevaffée, bouleverfée par des trem-blemens produits par le fluide éleârique. En eft - il en effet quelqu’une où des matières conduârices n’aient pu fe trouver ifolées au milieu de fubftances vitrifiables, & où il ne fe foit, pour ainfi dire, toujours élevé une certaine quantité de fluide ? La furface de la terre ne nous préfente pas, à la vérité, les traces des tremblemens éleftriques, ainfi que de ceux qui ont été produits par les volcans d’où il s’eft échappé une matière enflammée, qui, confo-lidée & refroidie enfuite, attellera à jamais leurs ravages & leur exiftence ; mais elle renferme dans fon fein les plaies profondes qu’ils lui ont faites, une grande partie de fes bouleverfemens intérieurs devant leur être rapportés.
- Je ne doute pas que le feu des volcans, & les fecouffes que leurs éruptions violentes pro-duifent, n’aient renverfé les côtés des cavernes fouterraines dont noue globe eft parfemé, & n’en aient fait crouler les voûtes : je crois que l’effort des eaux douées d’un mouvement violent & d’une grande mafle, ou fuintant au tra-. vers des fubftances terreftres , ont pu ébranler,
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- miner, abattre les appuis des rochers qui reçoit vroient les cavernes, ainfi que l’a dit M. de Buffon ; & je penfe encore, avec ce grand homme, que les tremblemens & les convul-fions de la terre, produits par ces affaiffemens , ont dû détruire un grand nombre d’autres cavernes ; mais je fuis perfuadé que c’eft aux coups redoublés & violens de la foudre fouter-raine qu’on doit rapporter la plupart de ces éboulemens intérieurs, & c’eft fur - tout à fes ravages que je crois qu’on doit attribuer ces grands bouleverfemens, ces deftruôions de cavernes , ces affaiffemens de terrains, qui fe font étendus â des diftances prodigieufes , & tous ces défaftres au milieu defquels des terres im-menfes ont été englouties à-la-fois. Un affaif-fement fimultané de plufieurs grandes cavernes , tel qu’on doit le fuppofer pour expliquer la deftruftion fubited’une vafte contrée, ne me paroît pas pouvoir venir de l’effet des eaux, ou de l’explofion d’un volcan : ces cau-fes font trop locales pour avoir pu produire des renverfemens auffi étendus que ceux qu’on eft obligé d’admettre , quelques bouleverfemens contigus qu’elles puiffent entraîner. La feule aftion du fluide éleârique accumulé, me paroît affez étendue, affez agiffante à-la-fois eu
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- sur l’Électricité. 237 plufieurs endroits, & à de très-grandes diftan-ces , pour produire ces deftruâions de contrées immenfes, qui fuppofent prefque nécef-fairement plufieurs affaiffemens particuliers, arrivés prefque tous dans le même inftant.
- C’eft au fluide éleârique, c’eft à la foudre fouterraine qu’on doit principalement rapporter la fubmerfion de l'Atlantide, & la réparation des deux continens, fi elle s’efl faite à-la-fois, & par conféquent fi elle a exigé qu’une étendue de terrain prodigieufe ait été engloutie en un inftant, & que plufieurs cavernes aient perdu en même temps leur point d’appui.
- Ne doit-on pas peut-être aufli lui attribuer la féparation de l’Efpagne & de l’Afrique, & la large ouverture appelée Détroit de Gibraltar, par laquelle les eaux de l’Océan font venues remplir le baflin de la Méditerranée ? Les grandes chaînes de matières conduÔrices qui ont été néceflaires au deflous de cette partie de la terre, pour y produire les grandes accumulations de fluide qui les ont ravagées, ne fub-fiftent-elles pas encore en partie ? Elles me parodient n’avoir pas été entièrement féparées, ni divifées par les grands bouleverfemens qu’elles ont produits. Ne font-ce pas en effet ces grandes chaînes conduârices encore fubfiftantes ,
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- qui ont donné naiffance aux différens trem-blemens que les pays voifins, & particulièrement Lisbonne, ont éproiwés , 8c dont les phénomènes me paroiffent d’autant plus tirer leur origine des efforts de la foudre fouterraine plutôt que de quelque foyer de volcan, que c’eft au fluide éleétrique que doivent être rapportés ceux qui ébranlent une étendue de pays auffi confidérable que celle qui fut fecouée en même temps que Lisbonne (<r) ?
- Du moins le fluide éleârique me paroît-il devoir partager avec les foyers des volcans & le mouvement des eaux, le pouvoir terrible 8c funefte de produire les grands affaiffemens qui bouleverfent de grandes parties du globe ; 8c doit-on dire qu’il a contribué, par fes orages fouterrains, aux différentes chutes de voûtes de cavernes qui ont produit les réparations des continens, tels que le Bofphore, la mer appelée la Manche , la mer qui fépare maintenant la Norwège, l’Ecoffe 8c le Groenland, 8cc.
- La croûte de la terre devant être pendant
- ( a ) Cette grande étendue eft atteftée par un très-grand nombre d’obfervations, & particulièrement par celle* que renferme le bel & favant Ouvrage que M. l’abbé de Soulavie vient de donner au Public, fur l’Hiftoire naturelle de la France méridionale.
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- l’hiver moins perme'able au fluide éleftrique que pendant l’été, temps où la chaleur qui l’a raréfiée, doit faire jouir de la vertu con-duârice prefque toutes les parties qui la com-pofent, le fluide doit être plus accumulé dans l'intérieur du globe pendant la faifon du froid, que pendant celle des chaleurs : les tremble-mens qu’il peut occafionner , doivent donc arriver le plus fouvent lorfque l’hiver règne ; & c’eft en effet pendant cette faifon qu’on a éprouvé le plus de ces tremblemens de terre qu’on ne pouvoit rapporter à aucun volcan connu.
- Tout le monde connoît la facilité avec laquelle les matières qui compofent les foyers des volcans, peuvent s’enflammer avec le concours de l’eau & de l’air : elles peuvent être aufli allumées par d’autres caufes , & particulièrement par des étincelles éleftriques , ainfl que l’a dit M. de Buffon («). Une fuite de corps conduâeurs pourra porter jufques aux matières inflammables qui giflent dans le fond des volcans , une certaine quantité de fluide dont elle aura déchargé quelque tas de fubf-
- (<*) Voyez, dans l’Hiftoire Naturelle, la quatrième Epoque de la Nature.
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- tances anéleâriques : ce fluide fe jettera aveè force vers les parties métalliques qu’elles renfer1 meront, & qui l’attireront vivement : n’étincellera-t-il pas contre elles, & ne les allumera-t-il pas* ainfi qu’une fbible étincelle tirée des petits condu&eurs dont nous nous fervons dans nos laboratoires, allume l’efprit-de-vin, l’éther, & d’autres matières inflammables ?
- D’autres fois le bouleverfement occafîonrié par les fecouffes qu’aura produites le fluide éleârique, pourra parvenir jufques auprès des foyers des volcans : une groffe maffe de rocher vitrifiable pourra tomber fur quelque autre corps dur, & faire feu par une faite de la violence du choc : l’étincelle qui en jailKra, allumera les matières inflammables ; il fe fublimera une quantité de vapeurs qui, raréfiées avec force , & douées dans cet état d’une grande énergie, fe joindront à l’air raréfié, pour rejeter les différentes couches de terre qui repofoient au deflus d’elles : il fe formera une bouche de feu , d’où les matières enflammées fortiront avec violence, & tous ces effets feront accompagnés de convulfions & de fecouffes.
- Ainfi, non-feulement le fluide éleârique peut par lui-même ébranler la terre, mais il peut mettre en jeu cette caufe puiffante à laquelle
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- laquelle on a de tout temps rapporté les tremble mens du globe. 11 peut encore augmenter la force de cette caufe, & ajouter à fes effets funeftes, ainli que l’a penfé le peintre de la nature (a).
- En effet, ces amas de matières inflammables qui brûlent dans les gouffres des volcans, renferment plufieurs fubffances anéleftriques : les autres étant imprégnées d’une très-grande chaleur, doivent perdre leur vertu idio-éleCtrique, & acquérir la qualité conductrice : la flamme d’ailleurs eft un excellent conducteur. On peut donc regarder le foyer des volcans, comme un tas de corps qui exercent une très - violente attraflion fur le fluide éleârique.
- Communément les volcans fe forment dans des montagnes dont le noyau eft de matière vitri-fiable : leurs foyers fe rencontrent donc prefque toujours au milieu de fubftances non conductrices & fe trouvent par-là ifolés. Non-feulement ils peuvent attirer avec force le fluide éleârique ; mais ne doivent-ils pas le conferver, l’accumuler autour d’eux, ou du moins ne le laiffer échapper que par le foupirail qui leur fert à vomir les matières qu’ils rejettent ? Et ils ne
- (<2) Voyez la quatrième Epoque de la Nature. Tome /. Q
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- peuvent même le perdre ainfi-que par intervalles , & lorfque des projetons de laves, de feu ou de fumée, qui n’ont pas lieu dans tous les inftans, peuvent lui fervir de véhicule, & le tranfporter jufques dans l’atmofphère.
- Pendant le temps compris entre les différentes éruptions, le foyer d’un volcan peut donc condenfer autour de lui une certaine quantité de feu éleârique. Ce fluide, qui fe forme dans l’intérieur du globe, peut donc, non-feulement fe porter vers lui, mais encore s’accumuler autour de fes parties. Les matières embrafées peuvent donc quelquefois offrir les différens phénomènes de l’éleâricité : elles doivent étinceler contre les conduâeurs que les divers bouleverfemens qu’elles produifent peuvent amener auprès d’elles , & lancer des foudres foutemines, pendant qu’elles répandent fur la furface {Jp la terre des flots de lave brûlante & deftruôrice. Tous les effets funeftes que nous avons vus être la fuite des orages fou-terrains, & des convullions de la terre fecouée par l’éleâricité , fe joignent alors à ceux qui font plus particuliers aux foyers des volcans ; & de ces deux caufes terribles & puiflàntes, réunies, naiffent les ravages les plus affreux.
- Cependant le fluide éledrique qui s’échappe
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- sur l’Électricité. 243 par le gouffre, qui s’élève dans Patmofphère à l’aide de la flamme 8c de la fumée, 8c qui s’y attache aux différentes fubltances qui peuvent l’attirer, lance du haut des airs de nouvelles foudres contre les terres brûlées par les laves rouges 8c ardentes qui les ont envahies. Au milieu du fon fépulcral qui retentit d’une manière lugubre dans les entrailles de la terre, du fracas des rochefs qui s’abîment 8c tombent les uns fur les autres , des éclats des différentes explofions 8c du mugiffement des flammes, domine le bruit plus fort 8c plus impofant du tonnerre : non-feulement les entrailles de la terre brûlent, non - feulement fa furface eff couverte de feu; maisl’atmofphère encore étincelle avec force, 8c l’incendie eft général.
- Le feu renfermé dans l’intérieur des volcans, doit encore produire d’autres phénomènes électriques : ne doit-il pas faire éprouver une chaleur violente aux maffes vitrifiables qui l’entourent 8c le contiennent ? Ces maffes ne peuvent pas recevoir une chaleur auffi vive fans être fortement raréfiées, fans que par conféquent les fur-faces de leurs parties n’augmentent en étendue. Nous avons établi que les furfaces des parties d’un corps ne pouvoient pas augmenter, famaffe reftant la même, fans que fon affinité avec le
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- fluide éleârique ne s’accrût. Les rochers qui renferment les feux des volcans, ne peuvent donc être raréfiés par la chaleur qu’ils en reçoivent, fans exiger une nouvelle quantité de fluide. Si les matières embrafées n’ont reçu aucun nouveau fluide de l’intérieur de la terre , elles doivent communiquer une partie de celui qui leur efl propre, auxmafles vitrifiables raréfiées ; par - là , elles feront éleftrifées négativement. Ne devront-elles pas recevoir des étincelles de tous les corps conduâeurs que les convulfions du globe pourront leur apporter? Les flots de la mer, eri parvenant jufqu’à elles, ne devront-ils pas lancer des foudres ? La flamme, les laves, la fumée qu’elles répandront, ne porteront plus dans l’air une nouvelle quantité de fluide; elles feront éleârifées négativement; mais elles n’en produiront pas moins des orages. Elles priveront de leur fluide les différentes fubftances con-duftrices qui feront fufpendues dans l’atmof-phère, & vers lefquelles le fluide des fubftances voifines qui n’auront pas été dépouillées, devra fe porter en étincelant. Lors de l’éruption du Véfuve, qui arriva en 1779 (<z), des foudres
- (<i) Voyez la defcription déjà citée au commencement de ce Mémoire , & l’excellent ouvrage du célèbre chevalier Hamilton.
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- & des éclairs coupoient de tous côtés la raaffe de fumée & la colonne ardente qui s’élevoient : ils parurent pendant toute l’éruption en divers endroits très - éloignés ; & non - feulement ils s’élançoientde l’atmofphère, mais ils s’élevoient du fein de la terre en plufieurs endroits autour de la montagne. Il eft important d’obferver combien ce dernier phénomène prouve particulièrement la préfence du fluide éleârique, qui feul peut le faire naître. Les effets funelles que produifent les volcans aidés du fluide accumulé autour de leurs foyers, n’exifteront pas moins , quoique les matières embrafées ne jouiffent que d’une éleflricité négative. Le fluide fera à la vérité dirigé dans un fens contraire ; au lieu de fortir des matières enflammées , il fe portera vers elles ; mais l’équilibre n’en fera pas moins rompu, & le rétabliffement de cet équilibre n’en fera pas moins accompagné de commotions, d’affaiffemens, &c.
- Nous venons de voir comment les vagues de la mer peuvent étinceler & produire la foudre, lorfque des canaux fouterrains les amènent auprès des foyers des volcans éleârifés. Les flots & les vapeurs aqueufes peuvent auffi faire naître des étincelles foudroyantes & des orages fouterrains, ainfi que l’a dit M. de
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- Buffon (<z), fans que les foyers des volcans foient éleârifés, lorfqu’elles froiflent de grands volumes d’air ou des rochers vitrifiables qui forment les côtés des cavités qu’elles parcourent , & qu’elles les éleârifent par le frottement qu’elles leur font fubir. Mais fi ces rochers font calcaires ou de quelque fubftance anéleârique, le tranfport de ces vapeurs ne doit produire que rarement des orages, parce qu’elles ne doivent que rarement faire éprouver à de grands volumes d’air, un frottement capable de lui donner une éleSricité bien fenfible.
- Si les fubftances qui brûlent dans les volcans ont déjà accumulé autour d’elles une certaine quantité de fluide lorfque les maflës vitrifiables qui les entourent font raréfiées, elles peuvent leur communiquer le feu éleârique qu’elles exigent, fans fe réduire à l’état négatif; il peut arriver feulement que les effets éledriques qu’elles auraient produits , foient affoiblis & même anéantis par cette déperdition.
- Les feux des volcans détruifent donc eux-mêmes , pour ainfi dire, la force qu’aurait pu leur donner le fluide éleârique accumulé autour d’eux, & l’affoibliffent en raréfiant les maflës
- (a) Voyez la quatrième Epoque de la Future.
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- SUR L’É L E C T RI C I T É. 247 qui les environnent, & qui, acquérant par la divifion de leurs parties une plus grande affinité avec le fluide, les privent d’une partie du leur. Mais,fi leurs effets funeftes font par-là diminués pendant qu’ils brûlent dans les entrailles de la terre, ils les déchirent encore, pour ainfi dire, par les fuites de cette même raréfaâion, lorf-qu’ils ont prefque ceffé de brûler, que les matières qui leur fervoient d’aliment ont été prefque toutes enlevées, & que leur ardeur a été amortie.
- En effet, les maffes vitrifiables qui forment les côtés de ces vaftes fourneaux, & qui ont reçu une quantité de fluide proportionnée à leur raréfaâion, ne doivent-elles pasfe refroidir infenfiblement lorfque les feux dont elles avoient reçu leur chaleur, commencent à s’éteindre? A mefure qu’elles fe refroidiffent, leurs parties fe rapprochent, & fe réunifient de nouveau ; l’étendue de leurs furfaces diminue, & avec elle leur affinité avec le fluide : elles doivent donc s’en trouver furchargées,& être éleârifées pofitivement. Elles étincelleront avec force contre Les matières qui peuvent brûler encore, & qui, par le feu qu’elles contiennent, font douées de la vertu eonduârice ; elles lanceront des foudres fbuterraines contre tous les corps ané-Q iv
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- leflriques qui feront à portée de les décharger de leur fluide furabondant ; les convulsions recommenceront, les maffes qui compofent l’intérieur du globe feront affaiffées , le bruit Souterrain fe fera entendre, & des vents vio-lens s’échapperont des fentes de la terre, ou s’y précipiteront avec viteffe. Ceci eil d’autant plus conforme à l’expérience, que, long temps après des éruptions de volcans, lorfque tout paroiffoit calme & tranquille, & que le gouffre ne vomiffoit plus de flammes, & Souvent même n’élevoit plus de fumée, de nouvelles convulsions fe font Souvent fait reffentir accompagnées de nouveaux défaftres, fans qu’aucune nouvelle éruption les ait Suivies, fans même que la fumée ait paru augmenter. /
- Les volcans à demi éteints, faute de matières combuftibles ou d’une quantité d’air affez con-dérable, ou qui, trop éloignés des rivages de la mer, ne peuvent plus produire, par le moyen d’une eau fortement raréfiée, les explofions & les laves dont ils ont autrefois couvert la furface de la terre qui les environne ; ces volcans, qui brûlent cependant d’un feu lent& paifible, des fiècles entiers après la dernière éruption due à leurs efforts, ne doivent-ils pas faire naître aufli divers phénomènes éleftriques, lorfque la
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- vivacité de leur feu efl fujette à des alternatives? Leur chaleur , quelquefois confidérablc & animée , ne raréfie-t-elle pas les côtés vitrifiables des fourneaux dans lefquels ils brûlent, & n’augmente-t-elle pas par-là l’affinité de ces côtés avec le fluide ? Les matières combuffibles doivent perdre une partie du leur, &, fi elles n’en ont reçu aucune quantité de l’intérieur du globe, devenir éleârifées négativement : cette éleâricité négative doit faire étinceler contre elles les fubftances conduârices qui peuvent les rencontrer, produire des orages fouterrains, & des convulfions plus ou moins confidérables. Si les matières inflammables ont reçu une certaine quantité de fluide qu’elles aient accumulé autour d’elles, la raréfaflion des maflès vitrifiables qui les renferment ne fera que diminuer leur éleftricité pofitive, & la force des orages auxquels elle doit donner lieu. Mais lorfque leur feu s’amortira , lorfque la diminution de l’air ou leur confommation éteindra une partie de l’embrafement, & que leur chaleur ne fera plus auffi aftive, les côtés des cavités qu’elles occupent fe refroidiront peu à peu, auront un excès de fluide , fe trouveront doués d’une éleftricité pofitive, lanceront de nouvelles foudres, & produiront de nouveaux ébranlemens.
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- On ne doit donc pas être furpris d’éprouver de temps en temps des fecouffes plus ou moins violentes auprès des lieux abondans en fources chaudes , c’eft - à - dire , où le foyer d’un ancien volcan éteint brûle encore d’un feu tranquille , quoiqu’on n’ait aucune raifon de penfer que quelque amas conlidérable d’eau ait ranimé la force de ce foyer affoibli, ou que la quantité de matières inflammables ait été augmentée, & quoiqu’en effet aucun ligne de nouvelle éruption n’accompagne ces tremble-mens qui ne font que des phénomènes électriques.
- C’eft aux environs de ces volcans à demi éteints, & dont le relie d’aâion eft attefté par des fources chaudes, qu’on pourroit principalement employer les para-tremblemens de terre trouvés par M. Bertholon. Ce favant Académicien a imaginé de faire enfoncer dans la terre de grands conduâeurs métalliques : on pourroit les faire parvenir jufques aux foyers encore un peu brûlans de ces volcans. Ces conducteurs dilliperoient peut-être dans l’atmof-phère le fluide que les variations de la chaleur des foyers pourraient accumuler; ou ces mêmes foyers en recevraient, à mefure qu’ils l’exigeraient , le feu éleâxique dont ils pourraient
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- avoir befoin, & que par-là ils ne feroient plus obligés de tirer des fubftances voifines , en étincelant avec plus ou moins de force. On pourroit par-là éviter les fecouffes que produi-fent quelquefois les différentes éle&ricités que ces foyers acquièrent : mais, de crainte que les excavations qu’on feroit obligé de faire pour enfoncer les conduâeurs métalliques ne four-niffent un paffage à l’air, qui, devenu plus abondant dans les foyers, pourroit en ranimer les feux, il ne faudroit peut-être pas tâcher de faire parvenir les condufteurs métalliques direâement jufques aux foyers ; mais on devroit fe contenter de les faire atteindre à quelque couche de matière conduârice , qu’on pût croire parvenir elle-même jufques au foyer du volcan : on remplirait le but de leur invention, & on empêcherait peut-être qu’on ne rendît les condufteurs métalliques plus nuifi-bles qu’avantageux, en pratiquant une route à l’air de l’atmofphère, lorfqu’on ne chercherait qu’à ouvrir un chemin au fluide, par lequel il pût arriver ou s’exhaler , fans jouir , en quelque forte , d’aucune accumulation , & par conféquent d’aucune force.
- Souvent deux volcans ont communiqué enfemble, de manière que lorfque l’un lançoit
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- des flammes, des laves & des matières embra-fées, l’autre en lançoit auffl. Quoique leur diftance ait pu n’être pas confidérable, je ne crois cependant pas qu’ils aient toujours dû communiquer enfemble par une traînée de matières inflammables qui aient pris feu fuccef-fivement, & qui aient ainfi porté l’incendie d’un volcan à l’autre ; je penfe plutôt que les matières embrafées du premier volcan, raréfiant par leur chaleur les rochers vitrifiables qui les environnoient , ont été obligées de leur communiquer une partie de leur fluide , & ont été éleflrifées par-là négativement : elles ont dû recevoir de fortes étincelles des conduéèeurs voifins , qui me parodient avoir pu aifément former une chaîne jufques au fécond volcan, où on ne remarquoit encore aucune éruption, & dont les matières inflammables ne brûloient pas encore , & attendoient que quelque caufe vînt les embrafer. Cette chaîne de condufteurs n’a pu communiquer avec les matières ardentes renfermées dans les cavités du premier volcan , & leur céder le fluide qu’elles exigeoient , fans en recevoir une quantité égale de tous les autres conducteurs qui ont pu l’environner , & dont elle a tiré une étincelle, lorfqu’elle en a été féparée
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- SUR l’Élec tricité. 253 par quelque intervalle. N’a-t-elle pas dû attirer une partie du fluide des matières inflammables renfermées dans le fécond volcan, & en obtenir un éclair ? & cet éclair n’aura-t-il pas allumé les matières qui l’auront produit, & qui auront dû bientôt manifefter leur inflammation par des éruptions & des fecoufles ?
- Mais un phénomène qui me paraît uniquement dépendre de l’éleâricité, c’eft la prompte & rapide propagation des fecoufles d’un tremblement de terre à une diftance prodigieufe. En effet, en un efpace de temps très-court, un tremblement fe fait reffentir à plufieurs centaines de lieues de diftance. N’eft-il pas im-poflible de fuppofer qu’une aufli grande partie de la furface de la terre couvre une fuite continue & non interrompue de cavités & de cavernes qui communiquent toutes les unes avec les autres, & qui renferment toutes des amas de matières inflammables affez voifins, pour que l’incendie de l’un puiffe fe communiquer à l’autre ? D’ailleurs, fi c’étoit ainfi que les fecoufles s’étendent d’un point du globe à celui qui en eft éloigné de plufieurs centaines de lieues, les temps pendant Jefquels on les éprouverait feraient très-éloignés l’un de l’autre , l’embrafement fucceflîf d’une chaîne de
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- matières inflammables, aufli longue que celle qu’on ferait obligé d’admettre, demandant une très-longue durée, & entièrement difpropor-tionnée à celle que l’on a le plus fouvent obfervée.
- On ne peut pas penfer non plus que les vapeurs qui font chaffées par la forte raréfaction qu’elles éprouvent dans les fourneaux des volcans, & qui s’échappent avec violence par toutes les anfraâuofités, toutes les fentes qui peuvent leur fournir une iflue , & frappent contre les côtés des conduits qu’elles parcourent ; on ne peut pas penfer, dis-je, que ces vapeurs » de quelque efpèce qu’elles foient, puiffent ébranler la terre à la diftance de plu-fieurs centaines de lieues. Premièrement, il eft prefque impoflible d’admettre une fuite de cavités, de fentes, d’intervalles , fans aucune interruption , au deflous d’une aufli grande portion de notre globe. D’ailleurs, quand bien même ces conduits exifteroient, les vapeurs étant portées en tout fens par leur force expan-five , doivent s’échapper par • les différentes iffues qui font communiquer avec l’atmofphère l’intérieur de ces canaux, & ne parviendront jamais à une bien grande diftance. Ne recevant d’ailleurs aucune force que de l’expanfibilité
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- qu’elles tiennent de leur raréfaâion, ne doivent-elles pas la perdre à mefure qu’elles exhaleront leur chaleur, qu’elles fe refroidiront, & qu’elles fe condenferont contre les côtés des fentes qu’elles parcourront ? & ne devront-elles pas être ainfi condenfées à une affez petite diftance du foyer des volcans ? Enfin , quand bien même elles pourroiemt fuivre une étendue de plufieurs centaines de lieues, la rapidité avec laquelle elles la parcourroient, ne.ferait jamais affez confidérable pour qu’il ne s’écoulât pas un temps très - long entre la fecouffe qu’on pourroit éprouver à un bout de ce terrain im-menfe, & celle qui fe ferait reffentir à l’autre
- On ne peut pas imaginer non plus que la propagation des tremblemens de terre puiffe avoir pour caufe un air violemment agité par les explofions des foyers des volcans, & par les vapeurs que leur chaleur raréfie. En effet , indépendamment d’autres raifons, quand bien même on fuppoferoit à ce vent agité une viteffe deux ou trois fois plus grande que celle du fon, il devrait s’écouler trop de temps avant que la fecouffe qu’on éprouverait â un point du globe, ne parvînt à un point diftant de ce dernier de plufieurs centaines de lieues.
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- L’affaiffement des grandes cavernes qui dîvi-* fenc les couches du globe , ne peut pas non plus être affigné comme la caufe de tremble-mens auffi étendus : car, premièrement , il ne peut guère avoir lieu que lorfque quelque grand phénomène remarquable paroît en même temps , tel que l’engloutiffement d’un vafte pays, la diminution en hauteur du niveau des eaux de la mer, &c ; ce qui n’arrive pas toujours , lorfqu’une fecouffe dans un temps très-court fe fait reffentir dans une étendue immenfe : d’ailleurs , nous avons vu que lorfqu’il étoit très-étendu & très-confidérable, il devoit être rapporté lui-même aux orages fouterrains & aux efforts du feu éleârique. Ce fluide me paroît au contraire devoir être la véritable caufe de ces phénomènes. Doué d’une viteffe qui doit approcher de celle de la lumière beaucoup plus que toute autre viteffe connue, il n’eft pas fur-prenant qu’il puiffe dans un inftant exercer fon aéHon à une diftance immenfe. D’ailleurs, on n’a pas befoin de fuppofer pour lui une continuité de cavernes & de cavités, fuppofition difficile à admettre ; ce feroit même le chemin dans lequel il feroit le plus retardé : il n’a befoin que de rencontrer une chaîne de corps conducteurs chaîne dont l’exiftence répugne
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- sur l’Électricité. 257 d’autant moins, qu’il n’eft pas néceffaire qu’ella foit compofée de fubftances de même nature, & qu’il fuffit que celles qui la forment foient comprifes dans la claffe des anéleftriques ; claffe qui, comme nous l’avons vu, renferme une quantité prodigieufe de corps, qu’il eft impof-fible de ne pas rencontrer à chaque inftant dans les entrailles de la terre.
- Je conçois donc que l’excès de fluide qui eft ramaffé autour d’un amas de matières éleâri-fées, & qui s’élance en forme de foudre contre les fubftances qui l’environnent, peut quelquefois rencontrer une chaîne de conduÔeurs d’une étendue prodigieufe , de plufieurs centaines de lieues par exemple, la parcourir avec la rapidité qui lui eft propre, aller étinceler au bout de cette chaîne, y lancer une nouvelle foudre, & y ébranler la terre prefque dans le même inftant qu’il l’aura bouleverfée à l’autre bout de cette route immenfe.
- C’eft ainfi qu’ont été produits tous les grands tremblemens qui ont effrayé la terre, & qui ne peuvent être attribués qu’au feu éleSrique. Ce fluide peut feul les faire naître, & les produit par fes feules forces , quoiqu’il puiffe voir quelquefois fa puiffance augmentée en certains Tome I, R
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- endroits particuliers, par l’affaiffement des cavernes & les feux des volcans.
- Ceci nous fourniroit peut - être un grand moyen d’eftimer la viteffe relative du fluide éleélrique, en déterminant exaSement le temps qui fe feroit écoulé entre deux fecoufles reffenties dans deux endroits très-éloignés l’un de l’autre, & ladiftance qui fépareroit ces deux endroits. 11 ne faudroit pas déduire la viteffe du fluide d’une feule obfervation, fur-tout fi elle donnoit un grand intervalle de temps entre les deux fe-couffes, parce qu’on pourrait abfolument ne devoir pas rapporter alors le tremblement au fluide éleârique. D’ailleurs, fi on fe contentoit d’une ou de deux obfervations, il feroit polîible que le hafard eût produit dans deux lieux éloignés , des commotions qui n’auraient point de communication entre elles, & qui ne dépendraient point d’un même orage. Mais, en prenant le terme moyen de plufieurs obfervations, on pourrait du moins avoir une idée très-approchée de la viteffe relative du fluide, à moins que le temps écoulé entre les deux fecoufles, étant prefque infenfible à une diftance de plufieurs centaines de lieues, ne fût pas affez confidérable pour qu’on pût comparer cette viteffe ; & cela s’accorderait avec à mes idées, la viteffe du
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- fluide devant être la plus voifine de celle de la lumière, que tout le monde fait parcourir à peu près quatre millions deux cents cinquante mille lieues par minute.
- Au relie nous n’aurons jamais, parce moyen, une idée de la vitefle réelle du fluide éleârique : nous ne connoîtrons même pas exaSement fa vitefle relative, à caufe des différentes attractions qui doivent retarder fa marche , ainfi que nous l’avons dit dans le dernier Mémoire; nous ne pourrons parvenir qu’à favoir à peu près le degré de vitefle dont il lui eft le plus fouvent permis de jouir*
- Les tremblemens de terre qui rapportent leur origine aux phénomènes de l’éleélricité fouterraine, doivent encore moins que les autres fe faire reffentir en tous fens ; mais ils doivent affeâer une certaine direôion , dans laquelle ils ébranlent les corps placés à la fur-face de la terre, & qu’il eft aifé de déterminer Les vapeurs raréfiées par la chaleur des volcans ne s’échappent que par des cavités & des fentes qui ne doivent pas toujours fe correfpon-dre dans une direôion confiante, au lieu que le fluide, ainfi que l’a conjeâuré M. de Buffon (a),
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- fuit, en s’élançant, les chaînes des corp9 conducteurs qu’il eft plus ordinaire de voir s’étendre fuivant une ligne déterminée & peu variable.
- Les montagnes renfermant, plutôt que le deffous des plaines, les métaux & les autres fubftances anéle&riques qui peuvent feuls conduire le fluide, il n’eft pas furprenant que les tremblemens dus à l’éleâricité s’attachent de préférence aux chaînes de montagnes, & s’étendent fuivant leur longueur ; ainfi que les tremblemens caufés par les foyers des volcans 8c leurs vapeurs raréfiées , doivent fouvent agiter 8c fecouer de préférence ces mêmes montagnes, dans le fein defquelles il leur eft plus aifé de fe frayer une route, à caufe des cavernes, des cavités 8c des anfraôuofités dont elles font remplies, 8c qui ne fe trouvent pas de même au deffous des plaines. Les bafes des montagnes attirent donc autour d’elles les orages fouterrains, 8c font environnées de leur foudre, ainfi que leurs fommets attirent les orages de l’air, 8c les obligent à en parcourir la chaîne : à la vérité la vertu attraftive des montagnes ne doit pas être rapportée à la même caufe, dans ces deux efpèces d’orages, ainfi que nous nous en convaincrons.
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- sur l’Électricité. 261 enflammées, & de grandes accumulations de fluide éleârique, ces deux caufes puiffantes des tremblemens de terre, fe combinent enfemble & réunifient leurs efforts, rien ne rélifte à leur violence. Nous avons vu, au commencement de ce Mémoire, les ravages qu’ils exercent fur la terre : leur fureur ne fe déploie pas moins fur la mer, lorfque leur foyer fe trouve litué au deffous de fon immenfe baffin ; & ne devroient-ils pas, toutes chofes égales, s’y trouver bien plus fou-vent qu’au deffous de la furface sèche du globe, cette dernière étant bien moins étendue que la furface couverte par les eaux ? A peine les feux allumés dans les entrailles de la terre, ont commencé d’ébranler à coups de foudre les vaftes rochers qui repofent fous les mers ; à peine les vapeurs qu’ils raréfient, ont-elles cherché à fe frayer un paffage , & à foulever les lourdes maffes qui les compriment, que la mer s’agite, enfle fes flots, s’élève à gros bouillons, s’élance en montagnes écumantes, & précipite vers le rivage fes vagues amoncelées. Elle le furmonte, & roule au loin dans les campagnes fes ondes mugiffantes. Que de villes infortunées font englouties ! que de vaftes contrées abîmées dans les flots avec leurs malheureux habitans ! Les vagues furieufes tournoyent avec violence, s’é-
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- lèvent enfifflant, retombent, & difparoiffent pour laiffer à leur place un gouffre profond ; des îles nouvelles jailliffent du fein des eaux, vomiffent des flammes ; & les airs qui étincelaient de toutes parts, lancent leurs foudres terribles contre les fommets des monts que la mer n’a pas encore envahis.
- La croûte de la terre, moins raréfiée dans les climats du nord que dans ceux du midi, doit y laiffer paffer plus difficilement le fluide qui fe forme dans l’intérieur du globe : les vaftes çonduâeurs, les fubflances anéleâriques que recouvrent les pays froids, doivent donc accu* muler autour d’eux une plus grande quantité de fluide : les efforts de ce dernier doivent donc être plus confidérables, & la force qu’il peut ajouter à celle qui eff propre aux volcans, doit être plus puiffante. Aufli les volcans des régions plus voifines des pôles que de l’équateur , ont - ils de tous les temps produits des phénomènes bien plus terribles que les volcans des pays plus chauds. Par exemple, le fameux volcan d’iflande n’a-t-il pas laiffé des traces bien plus profondes de fes ravages, que les volcans plus rapprochés de la ligne? & ceux qui brûlent encore cette île compofée de cendres, ne produifent - ils pas des effets bien plus
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- affreux ? Je fuis perfuadé que fi, dans les vaftes pays du nord où la retraite ancienne des eaux de la mer n’a pas permis depuis long - temps aux volcans de brûler, les traces des éruptions qui les ont ravagés ne font pas entièrement perdues ; fi les matières rejetées ne font pas décompofées, changées en terres nouvelles & méconnoiflables ; on trouvera autour de la plupart des anciens cratères , des marques d’un ravage bien plus étendu & bien plus affreux que celui que produifent chaque jour à nos yeux les volcans du midi.
- Les tremblemens de terre qui ne font occa-fionnés que par l’éleftricité fouterraine, doivent donc être beaucoup plus fréquens dans les pays froids ; & en effet, quoique la Sibérie ne renferme point de volcans, elle éprouve tous les ans un tremblement de terre, au rapport de M. Gmelin, & par conféquent elle eft violemment agitée beaucoup plus fréquemment que les pays que nous habitons. Je penfe que ces mêmes tremblemens de terre, qui ne font dus qu’à l’éleâricité, doivent avoir lieu en hiver beaucoup plus fouvent qu’en été , faifon où la croûte de la terre échauffée laiffe trop aifé-ment paffer le fluide éleârique , pour qu’il puiffe s’accumuler dans fon intérieur ; & ainfi R iv
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- les orages fouterrains commencent de régner, lorfque ceux de l’atmofphère ceflent d’exercer leur empire : aucune faifon n’eft exempte de tempêtes ; & la nature phyfique eft, comme la nature morale, prefque fans cefle tourmentée par quelque orage.
- J’imagine encore que li notre globe perdoit tous fes volcans, il n’éprouveroit plus de trem-blemens de terre dans ces régions brûlantes où, même pendant l’hiver , la furfàce de la terre n’oppofe qu’un foible obftacle au fluide éleôrique.
- Les phénomènes que préfentent les matières enflammées que répandent les volcans, ne confirment-ils pas notre opinion fur l’éleftricité fou-terraine ? Nous avons vu que le fluide éleftrique devoit fouvent s’accumuler autour des fubf-tances qui brûlent dans l’intérieur. Ces matières ardentes, douées par-là d’une éleâricité pofi-tive, doivent, lorfqu’elles font rejetées , con-ferver le plus fouvent cette éleâricité, puifque le canal le long duquel elles s’élèvent, eft communément de nature vitrifiable : il n’eft donc pas furprenant que les colonnes de fubf-tances liquéfiées & ardentes , qui fe foutien-nent , pour ainfi dire , en l’air au deffus des bouches des volcans, offrent les phénomènes
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- de l’éleftricité, ainfi que nous l’avons déjà dit, & qu’on l’a obfervé plufieurs fois ; & qu’indé-pendamment de leurs flammes, elles allument & vomiffent des foudres, foit contre les nuages, foit contre les matières qu’elles ont lancées & qui retombent auprès d’elles, foit contre les éminences qui entourent leur cratère. Des gerbes de feu, fruit de la vertu répulfive du fluide éleftrique, ne doivent - elles pas aufli s’élancer de leur fein, & des aigrettes brillantes ne peu- , vent-elles pas fe faire remarquer autour d’elles, ainfi qu’on l’a obfervé ?
- Ces matières, en retombant & en coulant fur la furface de la terre, nous offrent encore fou-vent des phénomènes éleâriques ; nouvelles preuves de ce que nous avons déjà dit. Elles étincellent contre le chemin qu’elles parcourent , & réunifient ainfi la force deftruâive de la foudre, au pouvoir funefie qu’elles tiennent de la viteffe avec laquelle elles fe précipitent, de l’explofion qui les a lancées, du feu intérieur qui les anime, & des flammes qui les entourent: elles peuvent quelquefois être éleârifées négativement , & alors la terre fait jaillir contre elles des foudres prefque continuelles.
- Lorfqu’elles ceffent de jeter des flammes, qu’elles ont arrêté leur courfe, & que, fixées fur
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- 266 Essai la terre qu’elles ont ravagée , elles exhalent infenfiblement leur chaleur ; leurs parties, en fe réunifiant , doivent perdre une partie de l’attraâion qu’elles exerçoient fur le fluide. Elles en renferment bientôt un excès qui ne ceflë d’augmenter, & avec lequel leur force électrique ne ceflè de s’accroître : aufli les a-1-on vues lancer des étincelles, & faire éprouver des commotions violentes à ceux qui ont voulu s’en approcher de trop près, de même que la réfine fondue & refroidie peut donner des étincelles aux corps anéleâriques qu’on lui préfente, & les frapper vivement.
- A mefure que la chaleur du globe fe diflipera, la quantité de fluide éleârique qui eft produite dans l’intérieur de la terre, par l’union de cette même chaleur avec l’eau, ne devra-t-elle pas diminuer? Et notre globe ne ceflera-t-il pas d’éprouver des convulfions aufli terribles que celles dont nous avons tâché de peindre les funeftes effets ? Les orages de l’air perdront aufli de leur force : les montagnes ne feront plus fi fouvent frappées de la foudre, ni leurs fondemens ébranlés par d’horribles fecouffes ; & ainfi, dans la fuite des fiècles, la diminution de la chaleur amènera infenfiblement le calme & le repos fur notre globe devenu antique ,
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- ainfi que le froid de la vieillefle appaife dans l’homme, les agitations & les orages des pallions tumultueufes.
- Si le feu qui pénètre la terre pouvoit s’animer au lieu de s’amprtir, les tremblemens de terre éleâriques ne diminueroient pas moins, & de nombre & de force, quoique les orages des airs duffent acquérir une nouvelle énergie, & gronder bien plus fouvent. La croûte du globe, en effet, ne devroit-elle pas bientôt être toujours aflez raréfiée pour laiffer paffer aifé-ment le fluide éleftrique qui ne pourrait prefque plus s’accumuler dans les entrailles de la terre ?
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- Essai
- Xe. MÉMOIRE.
- Des Feux follets.
- O N fait que les feux follets fe font prefque toujours dérobés aux pourfuites des voyageurs avides de les atteindre : ib n’ont pas moins échappé, jufqu’à préfent, aux recherches de ceux qui ont voulu les faifir par la penfée, & leur afligner des caraftères qui les diftinguaffent des autres feux. Les Phyficiens qui ont voulu découvrir leur nature n’auroient - ib pas été plus heureux, s’ils avoient confidéré qu’on avoit pu donner le nom de feu follet à plufieurs fubftances différentes entre elles, & douées de la feule propriété commune de briller quelques inftans , & de jeter une lumière fugitive au milieu des ténèbres ? Mais, n’ayant pas examiné les feux follets fous ce point de vue, ib n’ont dû trouver que des contradiâions dans les relations des témoins oculaires, lors même qu’ib avoient pu parvenir à les dégager des faits altérés par la crainte ou par l’amour du merveilleux. Prévenus que ces clartés incertaines Scpaffagères dévoient dépendre d’une caufe unique, ib n’ont
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- SUR L’ÉLEC TRI CITÉ. 269 point cherché à démêler le vrai d’avec le feux, dans les phénomènes fur lefquels ils dévoient établir leurs opinions : au lieu de parler uniquement de quelques feux follets, s’ils ne pou-voient pas dévoiler la nature de toutes ces lueurs fugitives , ils ont nié des faits qu’ils ont crus contradiâoires, parce qu’ils ont voulu abfolu-ment les rapporter à un fujet commun ; ils ont mis à l’écart des obfervations fûres & intéref-fantes , & ont établi des fyftêmes quelquefois ingénieux & vrais dans quelques-unes de leurs parties, mais capables de faire naître des erreurs dangereufes, en attribuant à une caufe unique les phénomènes dont l’origine eft la plus éloignée. Auffi ai-je cru qu’après avoir obfervé la propriété qui lie les feux follets les uns avec les autres, je devois faire remarquer avec foin la diftance qui fépare leurs différentes efpèces.
- 11 eft des plaines baffes & à demi noyées, où la terre fangeufe difparoît fous des couches épaiffes de végétaux pourris : des eaux ftagnantes y croupiffent au milieu de joncs & d’autres plantes aquatiques , & l’air épais & craffe y eft toujours chargé de vapeurs humides & grof-fières. Souvent des voyageurs amenés pendant la nuit dans ces lieux à demi fauvages, y ont vu s’élever des feux légers , qui , répandant une
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- lumière incertaine & prenant fucceflivement mille formes différentes, fembloient fuir devant eux, quelquefois les pourfuivre, s’arrêter, les fuir, les pourfuivre de nouveau. Attirés par leur curiofité vers ces clartés extraordinaires, ils les ont prefque toujours vues fe diflîper ou difparoître avant d’avoir pu parvenir à les atteindre. Des lueurs femblables éclairent fouvent les nuits ardentes de l’été , & brillent alors indifféremment au deffus de tous les terrains : ces différons feux ont reçu le' nom de feux follets. Ils fe font élevés quelquefois des cimetières , lieux ordinairement humides, & chargés de débris de corps organifés : l’imagination , prompte à fe failir de tous les objets & à les métamorphofer, n’a bientôt vu dans ces clartés que des efprits mal-faifans, des fantômes, des fpeélres ; &, tant il femble qu’on s’attache à fe créer fans ceffe des peines nouvelles, les feux follets font devenus des objets d’effroi : on a frémi lorfqu’on les a vus ; on n’a parlé d’eux qu’avec crainte, tandis qu’on auroit pu croire que la nature les avoit deffinés à diminuer l’horreur des lieux folitaires dans lefquels ils paroif-fent le plus fouvent, â réjouir par leur douce lueur les voyageurs fatigués ou trilles , à les amufer par leur légéreté, la mobilité de leurs
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- sur l’Électricité. 271 formes, à les éclairer même, quoique foible-ment, au milieu des ténèbres épaiffes, à purifier l’air corrompu par des vapeurs nuifibles, ou à augmenter le brillant fpeâacle que les nuits d’été nous préfentent communément. On a mille fois fait valoir contre eux les dangers qu’ont pu courir ceux qu’une curiofité trop ardente a engagés à leur pourfuite dans des endroits marécageux, & fouvent remplis de précipices; 8c, fansfonger qu’il n’en étoient que la caufe innocente, on a joint leur idée à des idées effrayantes & funèbres, 8c on n’a vu dans ces jolis phénomènes, que des êtres funefles dont on ne devoit plus prononcer le nom fans trembler.
- La propriété qu’ont les feux follets de répandre une lueur foible 8c douce, de prendre fucceflivement mille formes différentes, de fe mouvoir avec légéreté, 8c de difparoître rapidement, fouvent après une courte durée, efl la feule qui leur foit commune à tous. Ils font d’ailleurs féparés prefque entièrement les uns des autres ; 8c, pour mettre quelque ordre dans ce qu’on peut dire de leurs différentes efpèces, il me femble qu’on doit en difHnguer trois principales. La première comprend les animaux 8c les végétaux pourris, qui répandent de temps
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- en temps une lumière plus ou moins vive; c’eft à la fécondé qu’appartiennent les exhalaifons enflammées ; & la troifième renferme les feux follets dont l’origine doit être attribuée à l’é-leftricité. Nous ne nous occuperons dans ce Mémoire que de cette dernière efpèce, & nous ne parlerons des autres que dans un ouvrage plus étendu que celui-ci.
- Lorfque le fluide éleârique s’échappe du feira du globe, il doit fans doute voler de préférence vers les mafles conduârices qu’il peut trouver •fufpendues au milieu de l’atmofphère ; mais fl ces mafles anéleftriques font trop éloignées de la furface de la terre qu’il s’efforce d’abandonner , pour qu’il puiffe aifément parvenir jufques à elles ; obligé de s’élever pour obéir à fa vertu expanfive, il doit s’attacher à toutes les fubftances qu’il rencontre, à celles même qui l’attirent le moins, s’accumuler autour d’elles, & leur communiquer par - là de l’éleâricité. C’eft ainfi que l’air, fubftance idio-éleSrique , & qui fe refufe prefque toujours à être élec-trifée par communication, reçoit cependant de l’éleâricité en acquérant une certaine quantité du fluide qui s’élève & qui s’attache à lui. Mais nous avons vu dans le Mémoire fur l’expérience de Leyde, que les corps idio - éleâriques, en s’éleârilant
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- s’éleftrifant par communication, ne préfentoienc pas les mêmes phénomènes que les condufteurs : l’air doit s’éleftrifer de la même manière que l’expérience nous a appris que s’éleÛrifoit un tube de verre, autour duquel on cherchoit à ramaffer une certaine quantité de fluide : il s’éleârifera par différentes couches qui feront plus ou moins épaiffes , fuivant la force du fluide qui jaillira de la terre, & qui jouiront alternativement de l’état politif & de l’état négatif. La partie de l’atmofphère, cette efpèce de vafte colonne d’air qui repofera fur la fur-, face d’où s’élèvera le fluide , & qui recevra' de Féleftricité, pourra être entourée d’un certain nombre de corps conduâeurs fitués à des hauteurs différentes, qui repréfenteront la main qu’on appuie fuccefïivement fur les différentes parties du tube ou de la petite colonne de verre; & elle offrira entièrement par - là des phénomènes femblables à ceux que nous a préfentés cette dernière ; l’air pourra même quelquefois en faire naître que nous n’aurons pas remarqués dans le verre, à caufe de la fupériorité que les effets de fes colonnes immenfes doivent avoir fur ceux d’un tube très-peu étendu, & qui ne peut recevoir ou renvoyer que très-peu de fluide éleârique.
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- Lorfque différentes couches de l’atmbfphèrtï ont été ainfi éleârifées, le fluide des couches pofitives, armé de la force qui l’a obligé à s’élever, a dû produire dans leurs parties une légère divifion qui a pu augmenter leurs furfaces, & accroître par-là leur affinité avec lui. Mais la force d’attraéHon réciproque de ces parties ne doit-elle pas les rapprocher & les unir, brfqu’il n’arrive plus de nouveau fluide qui les tienne féparées par des efforts toujours nouveaux ? Elles doivent donc avoir un excès de fluide ; & ce dernier doit fe porter vers les conduâeurs 'qui ne font pas éloignés d’elles , lorfque les couches négatives acquièrent en même temps une égale quantité de fluide : il doit même s’élancer vers eux, mais, à la vérité, en très-petite quantité , lorfque les couches négatives ne reçoivent pas de feu éleftrique. Son paffage eft alors marqué par un éclair , un feu léger; mais ce n’eft pas toute la partie pofitive qui fe défélec-trife à-la-fois : femblables en cela à un plateau de verre qui a été éle&ifé par le frottement, & qui renferme un excès de fluide, les couches pofitives ne perdent leur fluide que fuccefïi-vement dans leurs différentes parties. Auffl ne voit-cm pas une forte étincelle accompagnée d’une vive explofion , & produite par une
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- grande quantité de fluide qui s’élance avec viteffe d’une vafte furface qu’il abandonne dans celle qui l’attire ; mais une lueur douce fe fait remarquer ; on apperçoit une clarté dont le fiège eft litué très-près de nous, dont on peut approcher fans crainte, & qui,,ne .produifant aucun effet funefte, paroît n’être deftinée qu’au plaifîr de nos yeux : clarté trop foible pour être apperçue pendant le jour , & qui même pendant la nuit ne tranche pas vivement avec l’obf-curité des ténèbres ; mais qui, pâle & foible, a l’air de fe jouer au milieu des nuages légers, des vapeurs qui flottent à quelque diftance d’elle, fe réfléchit fur leurs différentes liirfaces, toujours en affoib'Hffant fon éclat, &, par fes diverfes dégradations & fes diverfesnuances, fe fondinfenfiblement & fe perd dans les ténèbres.
- Les couches négatives doivent aufli recevoir des condu&eurs qui les environnent, une partie du fluide qu’elles ont perdu, lorfque les couches pofitives, ayant moins de fluide accumulé autour d’elles, ne s’oppofent plus, par une force répulfive aufli grande, à ce quelles reprennent la quantité de fluide qui leur eft propre. Le fluide qu’elles recouvrant, marque aufli ion arrivée par des feux femblables qui fe réflé.-chiflent de même, & forment , comme les S ij
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- 276 Essai
- premiers , une illumination douce & variée. Mais les yeux font bien plus réjouis lorfque les couches pofitives & négatives perdent à-la-fois leur éleôricité : le fluide éleârique fort alors des couches pofitives, pour voler vers les con-duâeurs : les couches négatives en reçoivent en même temps des corps anéleâriques qui font auprès d’elles. Au lieu d’un petit nombre de clartés, on voit jaillir plufieurs éclairs ; & on peut comparer alors la longue colonne d’air à une fuite de bouteilles de Leyde, dont la fur-face extérieure de l’une répondroit toujours à la furface intérieure de celle qui la fuivroit ; avec cette différence néanmoins, que les lueurs dont nous parlons ne font qu’agréables fans être funeftes , & qu’elles ne font jamais dues à un fluide très - accumulé ni très - rapide. Aufli, non-feulement elles ne peuvent faire éprouver aucune commotion violente, mais même elles n’ont pas cette forme refferrée , cette maffe confidérable, animée & ardente, des étincelles proprement dites.
- Les couches d’air, dans ces différentes occa-fions, doivent , les unes ne perdre qu’une très-petite portion de fluide, & les autres n’en acquérir qu’une très-petite quantité : en effet, l’équilibre n’a dû être que légèrement détruit
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- sur h’Électricité. 277 autour d’elles par le fluide afcendant ; & cela me paroît d’autant plus probable, que les ruptures d’équilibre dont nous parlons, n’ont lieu que lorfque le fluide, s’élevant en petite quantité, ne jouit que d’une foible puiflance, & que l’air efl affez imprégné de feu , de parties humides, ou d’autres matières conduârices, pour que les vapeurs anéleâriques, fufpendues dans l’atmofphère, puiflent, par leur attraâion fur le fluide, forcer ce dernier à traverfer l’ef-pace qui les fépare de la furface de la terre. Mais alors l’air n’eft-il pas trop rapproché des matières anéleâriques, pour que fes differentes couches puiflent avoir, d’une manière bien dif-tinâe, une éleâricité différente ?
- Lorfque la quantité & la puiflance du fluide qui s’élève, augmentent & s’accroiffent, & que l’air n’eft prefque pas mêlé avec des matières conduârices, les clartés dont nous venons de parler, les feux follets que nous venons de décrire, ceflent d’être des phénomènes agréables , innocens & tranquilles : les colonnes d’air jouiflant entièrement alors des propriétés des bouteilles de Leyde, non-feulement produifent les grands effets que ces dernières nous offrent, mais leur grandeur étant infiniment au deflus de celle de ces inflrumens, elles donnent naiflance
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- à des phénomènes bien plus remarquables, forment dès orages, & lancent des foudres auffi vives que celles qui partent des nuées chargées d’éleâricité.
- Les phénomènes que nous avons expliqués , ont lieu lorfque le temps eft calme : mais fi le vent, agitant les colonnes d’air éleôrifées, agit inégalement, & même en fens contraire , fur leurs différentes parties, il peut arriver qu’une portion de la colonne, renfermant encore une certaine quantité de couches pofitives & négatives, foit tranfportée par le vent, fans que ce mouvement l’empêche de produire des effets femblables à ceux que nous avons décrits. Mais fi les couches pofitives font feparées des couches négatives par quelque agitation de Fat-mofphere, & emportées en des lieux différens, elles ne dépendront plus mutuellement les unes des autres pour recevoir ou pour donner du fluide ; elles en communiqueront aux conducteurs qu’elles rencontreront, ou en exigeront de ces derniers : fi même elles viennent à fe rencontrer de nouveau, ne pourront-elles pas étinceler les unes contre les autres, & rétablir d’elles-mêmes l’équilibre qui étoit détruit autour de leurs parties? ce qu’il leur aurait été im-poflible de faire tant qu’elles étoient jointes
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 279 enfemble, de même que les deux furfaces d’une bouteille de Leyde ne peuvent pas fe communiquer mutuellement du fluide. Ces tronçons de la colonne d’air détruite par le vent , ne feront-ils pas autant de corps éleârifés pofiti-vement ou négativement, qui produiront les uns contre les autres, ou contre les conducteurs qui fe trouveront fur leur paffage, des éclairs peu redoutables ? & ne feront - ils pas jaillir d’autant plus de feux, qu’étant idio-éleâriques de leur nature, & exerçant par confequent fort peu d’attraâion fur le fluide , ceux qui feront négatifs ne recevront celui qui' leur manquera que dans les endroits qui toucheront quelque conduâeur, & les pofitifc n’en perdront non plus que dans les parties touchées par des fubf-tances anéleâriques ? En effet, ces parties, les premières dépouillées de leur excès de feu éleCtrique , n’ont pas affez d’affinité avec ce fluide, pour attirer une portion de l’excès qui fera encore ramaffé autour des autres, le communiquer au conduâeur, entraîner le relie de l’excès qui pourrait avoir demeuré autour de ces autres parties , & dépouiller ainfi en un inflant la maffe entière, de fon éleâricité. Les parties négatives ne répareront pas plus vîteleurs pertes, & n’attireront pas le feu électrique qui
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- 2 8o Essai
- aura été rendu à celles qui auront été touchées : ce ne fera donc qu’après avoir reçu ou donné pluiieurs étincelles , & après avoir fait briller plufieurs feux follets, que l’équilibre du fluide fera entièrement rétabli.
- Lorfque ces différentes portions d’air élec-trifé fe trouvent réunies en colonnes , & qu’elles repréfentent à tant d’égards nos bouteilles de Leyde , les vapeurs , les fubftances conduftrices fufpendues autour d’elles, &fans le fecours defquelles elles n’auroient pas acquis leur état éle&ique, peuvent s’éloigner ou fe difRper : elles ne doivent alors perdre entièrement leur éleflricité qu’après des décharges réitérées, & non pas par une décharge presque unique & violente, ainfi que le font les deux furfaces d’une bouteille de Leyde. En effet , pourquoi, dans cette dernière, la décharge eft-elle unique, & les parties les plus éloignées des points touchés perdent-elles ou recouvrent-elles du fluide en même temps que ces derniers ? N’eft-ce pas parce que tous les points des deux furfaces font unis à une plaque métallique, que le fluide parcourt avec aifance, dont il doit occuper ou abandonner à-la-fois toute l’étendue, à caufe de la grande affinité qu’elle a avec lui, & par le moyen de laquelle le
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- feu éle&rique qui arrive ou celui qui s’échappe doit, dans le même inftant, remplir ou abandonner chaque point du verre ? Mais il n’en eft pas de même des colonnes d’air éleârifées : elles n’ont point de garniture conduftrice ; & les vapeurs qui s’élèvent au milieu d’elles, & qu’on pourroit croire devoir leur en fervir, font difpofées de manière à ne produire d’autre effet que de les faire jouir des propriétés des fubftances conduôrices ; &, en empêchant qu’elles n’éprouvent de grandes ruptures d’équilibre , elles diminuent la force de leurs petites décharges, bien loin de réunir ces dernières, & de faire naître une décharge unique. Elles ne peuvent que produire fuccefïivement différens petits éclairs tranquilles & peu dangereux. De même, lorfque les bouteilles de Leyde ont été dépouillées de leur garniture métallique, elles ne font plus éprouver de commotions vives, ne lancent plus d’étincelles foudroyantes, & ne répandent que quelques clartés pâles, entièrement femblables aux feux follets, & qui, vues au milieu des ténèbres, les repré-fentent parfaitement. Si les portions d’air élec-trifées, foit pofitivement, foit négativement, perdoient tout d’un coup leur éleâricité, on ne verroit point paroître des feux follets ; mais
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- elles lanceraient des foudres brûlantes & def-
- truftives.
- Les couches d’air les plus voifines de la terre ne peuvent acquérir aucune éle&ricité, quoiqu’elles doivent à chaque inftant perdre & recevoir beaucoup de fluide , à caufe de la facilité que leur donne le voifinage des diffé-rens corps répandus fur la furface de la terre, de fe dépouiller du feu éleârique qu’elles peuvent avoir de trop, ou de faifir celui qui peut leur manquer : elles ne font que des efpèces de canaux que parcourt le fluide, fans jamais s’y accumuler , & par conféquent fans jamais y produire aucun phénomène éleârique. L’é-paiffeur & le nombre des différentes parties de la colonne d’air éleârifée, doivent varier fuivant les divers états de l’air, le plus ou moins de force du fluide qui s’élève » & la différente pofition des vapeurs ou des autres matières conduârices qui pourront entourer ces colonnes à diverfes hauteurs, ainfi que le prouve l’expérience d’après laquelle j’ai conclu Fexiftence de ces colonnes éleârifées , & dans laquelle la force du fluide, la nature du verre & la pofition de la main , ont fait varier plus ou moins l’épaiffeur & le nombre des couches différemment éleârifées.
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- C’eft en vain qu’on voudrait s’affurer, par le moyen du cerf-volant, de la nature, de la force & de l’étendue d’une couche électrique : on ne pourra jamais reconnoître que l’étendue , la force & la nature de la couche éleârifée la plus voifine de nous ; & à quelque hauteur qu’on faffe monter le cerf-volant, tant qu’il ne s’approchera d’aucun nuage orageux, & qu’on ne cherchera à juger par lui que de réleâricité de l’atmofphère , il ne fera con-noître que l’éleâricité de la couche la plus voifine de la terre. Si même le cerf-volant parvient à la hauteur d’une couche dont l’électricité ne foit pas du même genre que celle de la couche la plus inférieure , il n’indiquera l’électricité d’aucune couche ; & l’on ferait tenté de croire qu’il n’y a dans l’air aucune rupture d’équilibre , lorlque cependant on pourrait avoir au deffus une colonne d’air affez chargée de feu éleftrique dans quelques-unes de fes parties, & affez déchargée de ce fluide.dans d’autres, c’eft-à-dire affez fortement éleâri-fée, & qui donnerait, pendant ce temps-là, des lignes très-fenfibles d’éleâricité, lancerait des éclairs ou ferait briller des feux follets. C’eft ce que plufieurs Phyficiens ont éprouvé à leur grand étonnement, & ce qu’ils fe font
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- emprefles d’attribuer à la vertu non condu&rice de la corde de leur cerf-volant, tandis qu’au contraire ils auroient dû le rapporter à fa trop grande qualité anéleftrique.
- Si, par exemple, le cerf-volant parvient à la troifième couche qui eft éleârifée pofitive-ment, s’il atteint à la cinquième » ou s’il s’élève jufques à la feptième ou à la neuvième, &c. n’acquiert-il pas une éleâricité pofitive qu’il communique à la corde conduftrice ? Celle-ci , paffant au travers de la fécondé couche négative , ne doit-elle pas lui céder le fluide qu’elle vient de recevoir, & qu’elle abandonne avant d’avoir pu le faire parvenir jufqu’auprès de l’obfervateur , & lui donner quelques lignes de l’état éleârique qu’elle avoit acquis & qu’elle perd? Traverfant enfuite la première couche la plus voiline de la terre, & qui eft politivement éleôrifée , elle y acquiert une nouvelle vertu pofitive, qui eft la feule qu’elle conferve , & dont elle donne des lignes, parce qu’elle ne traverfe au deffous de cette couche qu’une étendue non éleôrique. On ne peut donc alors juger par fon moyen que de l’éleâricité de la couche la plus inférieure, ainfi que nous l’avons déjà dit. Mais fi le cerf-. volant n’atteint qu’à la fécondé couche, ou
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 28; s’il s’élève jufques à la quatrième ; s’il parvient enfin à une couche d’une éleâricité différente de celle de la couche la plus baffe, le cerf-volant ne donne aucun ligne , la troifième détruifant l’effet de la quatrième, & la première celui de la fécondé.
- Voilà pourquoi on a dû quelquefois n’avoir aucun ligne d’éleâricité, le cerf-volant demeurant fufpendu à une certaine hauteur, & en obtenir lorfque le cerf-volant s’élevoit ou defcendoit au deffous de ce point ; & cela n’eft pas arrivé, parce que l’état de l’air changeoit, ou parce que deux couches d’air éleârifées étoient féparées par une couche qui ne l’étoit pas , ainli qu’on l’a penfé ; mais parce qu’à une certaine élévation la corde traverfoit un nombre égal d’éleâricités de même efpèce, & en traverfoit un inégal à une hauteur plus ou moins grande, l’état éleftrique de l’air demeurant cependant toujours le même.
- Voilà pourquoi encore, lorfque l’atmofphère n’a pas renfermé de nuages orageux, l’éleâri-cité de l’air a toujours été trouvée politive, foit que, pour en juger, on ait élevé un cerf-volant, ou qu’on fe foit fervi de quelque autre appareil. Quelque moyen qu’on emploie, on ne pourra jamais reconnoître que l’éleâricité
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- 286 Essai
- de la première couche la plus voifine de la terre, & qui doit toujours être pofitive, la première couche du tube de verre auquel nous devons comparer la colonne d’air éleâirifée, jouiffant toujours d’un état pofitif. On devra modifier, d’après ce que nous venons de dire, les réfultats des obfervations des Phyficiens qui fe font occupés de l’état éleftrique de l’atmofphère. L’épaiffeur de la première couche éleârilee , fa force, fon élévation, devront éprouver de grandes variations, fuivant différentes circonflances ; mais il fera aifé de les eflimer par le moyen d’un cerf-volant.
- Ces colonnes d’air éleélrifées fe trouveront principalement au deffus des parties de la fur-face de la terre qui peuvent lailfer paffer plus aifément le fluide de l’intérieur du globe ; aufïi doit-on les rencontrer au deffus des endroits humides, marécageux, couverts d’eau, qui font en effet ceux où l’on a, de tous les temps, remarqué le plus grand nombre de feux follets.
- Si quelquefois ces colonnes -d’air font moins mêlées qu’à l’ordinaire avec des vapeurs & des fubflances conduftrices , elles peuvent non-feulement imiter d’une manière plus parfaite nos expériences deLeyde, mais les repréfenter
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- en grand, fe dépouiller de prefque tout leur feu éle&rique dans leurs parties négatives, & recevoir dans les autres une grande quantité de fluide, qui, par un concours de plu-fieurs circonftances , peut s’élever vers elles en plus grande quantité & avec plus de force qu’à l’ordinaire. Si des vapeurs ou des fubflances anéleâriques font alors difpofées autour, d’elles, de manière à repréfenter l’armure de nos bouteilles de Leyde, elles doivent perdre dans un même inftant toute leur électricité : ce grand & prompt déplacement doit non - feulement faire briller la foudre, qui quelquefois frappera les éminences du globe, mais agiter l’air, faire une explofion aflez confidérable pour qu’un grand bruit l’accompagne; & c’eft ainfi qu’elles ont pu donner naiflance aux coups de tonnerre qu’on a quelquefois entendus lorfque le temps étoit parfaitement ferein, & le ciel fans nuages.
- Il me femble que ce que nous venons de dire ne peut guère être contefté, étant déduit de principes appuyés fur l’expérience, confirmé par les différens phénomènes , & les confé-quences qu’on en peut tirer fe trouvant d’accord avec les faits.
- La chaleur, fur-tout lorfqu’elle eft violente,
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- doit aufli produire de l’éleôricité dans l’atmof-phère. En effet, défuniffant toutes les fubftances fur lefquelles elle agit, devant par conféquent divifer les parties de l’air, elle doit augmenter l’étendue de leurs furfaces, & par-là leur donner avec le fluide une plus grande affinité. Les parties de l’air échauffé devront ramaffer autour d’elles une plus grande quantité de fluide électrique , en vertu de leur plus grande force d’at-traéfion. Si enfuite elles viennent à fe refroidir, ne renfermeront-elles pas un excès de fluide ? ne feront - elles pas pofitivement éleélrifées? & n’en donneront-elles pas des Agnes à ceux qui chercheront à en obtenir par le moyen d’un cerf-volant? Elles en donneront aufli d’elles-mêmes, & étincelleront, quoique foiblement, contre les différentes fubftances conduârices qui pourront être fufpendues dans l’atmofphère. Ces éclairs qu’on doit remarquer pendant les grandes chaleurs, qui paroiffent indifféremment au deffus de tous les terrains, & qu’on peut comprendre encore dans la claffe des feux follets produits par l’éleâricité, font ceux qu’on nomme éclairs de chaud, & qu’on a d’autant moins regardés comme redoutables, qu’ils n’ont jamais été accompagnés de ce bruit impofant auquel les orages doivent une grande partie de la
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- SUR L* ÉLECTRICITÉ. 289 là crainte qu’ils infpirent. Tâchons de nous Faire üne idée de la hauteur, & du plus ou moins d’épaiffeur de cette couche polîtivement élec-
- La hâùtéur à laquelle la chaleur pourra agir fur l’ait avec affez de force pour augmenter de beaucoup fon affinité avec le fluide , devra varier fuivant les différens climats : toujours très-inférieure à la ligne de glace, & toujours aflëz voifine de la terre, elle s’éloignera le plus de la furface du globe, au deflous de l’équateur, pour en être affez près dans nos climats tempérés , & s’en rapprocher davantage à mefure qu’elle s’étendra vers les pays feptentrionâux. Cette hauteur fervira de limites vers le haut à la couche d’air qui pourra recevoir de l’électricité ' par la chaleur, fans que cette dernière foit aidée par l’arrivée d’iine nouvelle quantité de fluide formé Mans l’intérieur de la terre ; & à l’égard des limites qui termineront vers le bas cette couche d’air, elle n’enauroit aucune,, & s'étendrait jufqu# à la furface du globe, fi la portion de Tatmofphère voifine dé la terre ne devoit à chaque inftant, ainfi que je l’ai déjà dit, communiquer au globe le fluide qu’elle peut avoir de trop, fans qu’on puifle jamais en trouver d’accumulé en excès autour de fes Tome I. T
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- parties. Elle peut cependant parvenir jufques à la terre, lorfque la furface de cette dernière & fes diverfes éminences font entièrement idio-éleélriques, ce qui ne peut avoir lieu que vers les fommets des hautes montagnes primitives, qui n’offrent plus que des rochers vitrifiables, arides & pelés, ou de vaftes calottes de glace, qui ne fondent dans aucune faifon. Ce n’eft donc qu’à une certaine diftance des éminences ordinaires du globe, que devra commencer la couche d’air pofitivement éle&rifée, & à une hauteur que plufieurs circonftances devront faire varier. Il fera au refte aifé de s’affurer de cette hauteur par le moyen du cerf - volant, dans les différens inftans où on aura befoin de la remarquer.
- Il peut arriver que cette couche étant très-épaiffe, & ayant pu par conféquent conferver après fon refroidiffement un grand excès de fluide , faffe l’effet d’une nuée orageufe, &, fl elle eft pouffé par le vent contre quelque endroit élevé du globe, fulmine avec-fracas contre lui. Et, d’après cela, ne pourroit-on pas dire que la grande épaiffeur qu’une couche d’air éleârifée peut avoir quelquefois dans la zone torride, ne contribue pas peu à rendre fi fréquens les tonnerres & les foudres qui régnent dans ces pays brûlés ?
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- Non-feulement l’éleflricité de l’atmofphère peut produire les différons feux follets, les différentes clartés fugitives dont nous venons de parler ; mais elle peut encore aider les exha-laifons qui s’élèvent â en former de nouveaux, &. leur fournir la lumière dont elles ont befoin quelquefois pour s’allumer & éclairer à leur
- Tout le monde connoît la facilité avec laquelle les étincelles éleâriques allument dans nos laboratoires ces vapeurs connues fous le nom d'air inflammable , qui s’élèvent eh fi grande abondance de tous les endroits où la croûte de la terre offre des végétaux pourris , ainfi que nous l’a appris le célèbre M. de Vol ta. Les éclairs que peuvent faire naître les couches de l’atmofphère dont nous avons remarqué les différens états éleûriques, doivent enflammer ces mêmes vapeurs, lorfque, élevées dans l’air, elles ÿ font retenues à différentes élévations. Ces vapeurs enflammées, pouffées par le vent, ou tombant par quelque autre caufe, prodüifent ces phénomènes connus fous le nom d * étoiles tombantes, que les Phyficiens ont placés depuis long-temps parmi les feux follets, dont les feux-peuvent quelquefois s’allumer d’eux-mêmes par une fuite du mélange d’un àcidè avec des
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- fubft'ances inflammables & huileufes, mais qui fouvent doivent l’inflammation qu’ils préfen-tent, à ces légers éclairs dont nous avons parlé.
- . Lorfque des couches d’air pofîtivement ou négativement éleârifées, & pouvant recevoir ou donner librement du fluide éleârique, font portées par le vent ou par quelque autre caufe, à une petite diftance des clochers, des hautes tours, & des autres pointes qui peuvent s’élever d’efpace en efpace fur le globe ; ces derniers doivent attirer avec force le fluide de la couche d’air, fi elle eft pofitive, ou fournir abondamment celui du globe à cette même couche, fi elle eft négative. C’eft le paflage du fluide qui va des pointes terreftres aux couches de l’at-mpfphère, ou de ces dernières aux élévations du globe , qui donne naiflance aux clartés extraordinaires, aux aigrettes plus.ou moins brûlantes qu’on a pu remarquer, dans les temps les plus fereins, au deffus des clochers & des tours élevées,, & qu’on doit encore appeler feux follets. Ce s. aigrettes font de la même efpèce que celles qu’on nomme feux S. Elme, & qui paroiffent au haut de ces mêmes clochers & au bout des mâts des vaifîeaux , lorfqu’une nuée orageufe s’approche de fort près de leurs pointes, la couche d’air éleÉtrifée
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- repréfentant ici le nuage orageux & chargé d’éle&ricité. Elles reffemblent encore à celles qu’on voit s’épanouir au bout des corps pointus qu’on préfente à un corps éleârifé, & n’en diffèrent que par leur intenfîté, & autant que les phénomènes de l’art font, inférieurs à ceux de la nature. Prefque en tout femblables à ces dernières & ftux feux S. Elme, elles font très-vives lorfqu’elles brillent à l’approche d’une couche d’air éleôrifée négativement, & qu’elles font composées du fluide qui s’élance des pointes au bout defquelles on peut les obferver : mais elles paroiffent plus pâles, plus courtes & moins épanouies, lorfqu’elles doivent leur origine à des couches pofitives, & qu’elles ne font que la trace lumineufe du fluide qui entre dans les pointes du globe; & la raifon de cette, différence eft la même que celle du plus ou moins de beauté des différentes aigrett.es que peuvent préfenter les .corps anéleftriques , devant un cori-duâeur chargé d’éleôriçité. En obfervant attentivement les aigrettes qu’on verra luire au bout des endroits élevés , on pourra doue, lorfqu’on en remarquera de différentes, affigner aifément la nature de , l’éleéhicité des;, couches voifines de chacune-d’elles : on devra, quelquefois les voir varier , étendre ou refferrer leurs rayons ,
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- fuivant que le vent ou d’autres caufes porteront au deflus d’elles, des couches politives ou des
- Les feux follets précèdent & accompagnent fouvent les tremblemens de terre : ils peuvent alors devoir leur çxjflence à différentes vapeurs enflammées, élevées de leurs foyers brùlans ; mais ils peuvent auffi rapporter leur origine à des éclairs éleftriques. Le fluide en effet formant quelquefois dans les airs des orages vio-lens , pendant qu’au deffous d’eux il fait trembler la terre, ne peut-il pas produire en s’élevant dans l’atmofphère quelques-uns des phénomènes dont nous avons parlé, & dont les feux follets doivent être une fuite ? Il peut les faire naître lorfque les bouleverfemens qu’il a produits dans l’intérieur de la terre , ou l’immenfe ouverture due aux efforts des matières embrafées , lui ont ménagé une iflüe dans l’atmofphère , c’eft-à-dire, pèndant le tremblement ou après les fecouffes. 14 peut auffi les produire avant qu’il ait commencé fes ravages- intérieurs , la furface de la térre ayant pu le laiffer paffer en affez grande quantité pour former des feux folletsmais «n ayant retenu cependant une maffe bien plus' forte ,
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- sur l’Électricité. 295 leverfe & déchire le fein du globe. L’éleélricité ne peut-elle pas auflifervir à allumer les vapeurs inflammables qui doivent s’élever de la terre dans ces temps funeftes , & produire ainfi de nouveaux feux follets?
- Il eft encore une autre efpèce de feux follets éleSriques, plus foible que toutes les autres, & qui non-feulement eft une repréfentation bien imparfaite des foudres qui éclatent quelquefois dans les airs , mais n’imite même que foiblement les étincelles que nous obtenons dans nos laboratoires ; je veux parler de ces flammes déliées , de ces feux qui voltigent légèrement autour des poils des animaux frottés pendant l’obfcurité.
- Nous avons vu que le poil étoit une fubf-tance idio-éleftrique, capable de recevoir de l’éle&ricité par le frottement. Toute fubftance éleârifée donne des Agnes de fon nouvel état par des étincelles & des aigrettes : il n’eft donc pas furprenant que, lorfque le poil des animaux a été frotté pendant quelque temps, il fcintille contre la main au le corps anéleftrique qui continue Je le frotter, ou contre le corps même de l’animal dont la nature eft conductrice. Par une fuite de ce dernier effet, ne doit-il pas avoir l’air de lancer de petites étin-T iv
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- celles fpontanées ? Il n’eft pas lurprenant non plus que le bout de chaque poil, quirepré-fente une pointe très-fine, jette une petite aigrette plus ou moins fenfible , ainfi qu’on en remarqueroit au bout d’un tube de verre qu’on auroit frotté, & qui finirait en pointe très-déliée. Toutes ces petites aigrettes & toutes ces étincelles réunies doivent faire, paroître, dans de certains momens, le corps d’un animal entièrement revêtu de poil, comme couvert d’une flamme errante, d’un feu qui a l’air de fe jouer fur fa furface, en la rafant de très-près ; ce que nous venons de dire fe-rt à expliquer aulïi çqs petits points de lumière tranquille, ces petites étincelles que plufieuts perfonnes ont fouvent remarquées, dans l’obf-curjté, autour de leurs fourcils, des cils de leurs yeux, ou de leurs chçveux , lorfqu’ils venaient de les frotter ou de les fecoûer.
- Mais non-1 feulement les pqils des animaux repréfentent en petit-nos difques de verre ; ils peuvent aufli produire les phénomènes de nqs bouteilles de Leyde , & faite éprouver une çqmmotiqn plus ou moins fortecomme , par exemple , lorfqu’ils font ramaffés en grand npmbre autour du corps de quelque animal qu’ils recouvrentprefque entièrement, &,par
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- exemple, d’un de ces chats d’Angora, que la nature en a lî abondamment revêtus. Quoique divifés & réellement féparés les uns des autres, ils peuvent tenir lieu d’une maffe continue de verre ou de toute autre fubftance idio-éleftri-que. La partie du poil qui eft frottée, remplace alors la furface pofitive d’une bouteille de Leyde ; l’autre partie , tournée vers le chat , tient lieu de la furface négative. Le corps de l’animal repréfente la fubliance métallique qui unit tous les points de la furface négative du verre ; & le corps anéleâriqùe qui frotte tient la place du conduâeur qui Communique fans çeffe un nouveau fluide à la bouteille. En effet > nous avons vu que le frottement qu’on ne faifoit éprouver au difque de verre que d’un côté , l’éleftrifoit pofitive» ment dans ce côté & négativement dans l’autre, & produifoit en,;lui les mêmes phénomènes qu’on remarque dans la manière dont fe charge une bouteille de Leyde.
- Le poil étant chargé de fluide éleârique du côté par où on le frotte, & en étant dépouillé de l’autre, & repréfentant entièrement une bouteille de Leyde, ne peut, ainfi que cette dernière , en gagner dans une furface fans en perdre dans l’autre, ni en laiffer éehap-
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- per de celle - ci fans en acque'rir dans le côté oppofé ; mais auffi l’équilibre rompu entre fes deux parties, doit fe rétablir avec autant de viteffe que dans la bouteille de Leyde, lorfque des corps anéle&riques font offerts en même temps à fes deux furfàces. Ce même équilibre fe rétabliffant tout à-la-fois dans prefque tous les points des deux furfàces du poil qui a été frotté, la quantité de fluide qui fort & celle qui entre font affez confidérables pour faire éprouver fur leur paffage , un choc très-fenfi-ble, une commotion très-marquée. Si quelqu’un donc approche fa main d’une partie du chat dépourvue de poil, telle que fon mu-feau, ou le bout de fes pattes, il devra éprouver une légère commotion , ainfi que celui qui frottera le poil ; commotion qui deviendra bien plus fenfible, fi la même perfonne reçoit le fluide, qui s’échappera d’un des côtés du poil, & communique en même temps à l’autre côté le fluide qu’il a perdu, & qui en a été chaffé par la vertu répulfive de celui qui s’eft accumulé dans le côté pofitif. Le corps de l’animal n’eft, dans cette expérience, qu’un conducteur qui fert à lier les différens points de la furface intérieure des poils, & à réunir leurs forces ; & on peut obtenir un effet femblable, en re-
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- SUR L’ÉLE C T RIC I TÉ. 299 vêtant un conducteur métallique de poils longs & ferrés : fl on frotte pendant quelque temps le poil avec une main, & li avec l’autre on effaie de tirer une étincelle du conduâeur, on éprouve une commotion plus ou moins forte.
- Afin que ces expériences réuffiffent d’une manière plus parfaite , on doit les faire dans un temps fec , de peur que les poils chargés d’humidité ne perdent par-là leurs propriétés idio-éleCtriques, & n’acquièrent une vertu conductrice.
- Si le poil doit être rangé parmi les fubf-tances qui, par leur nature, s’éleârifent négativement , ainfi que quelques expériences paroiffent l’indiquer , on pourra également adopter l’explication que je viens de donner de la commotion que les animaux peuvent faire éprouver, lorfqu’ils font revêtus de poil fecs & épais. On devra uniquement confidérer la fur-face qu’on frottera, comme étant éleCtrifée négativement & privée de fon fluide : la furface oppofée à cette dernière aura pu dès-lors recevoir un nouveau fluide, non pas parce que fon affinité aura été augmentée, car l’étendue des furfaces de fes parties aura refté la même, mais parce qu’elle pourra exercer plus librement fa vertu attraftive, n’étant pas gênée par la force
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- répulfive du fluide qui réfidoit dans l’autre fur-face , & qui en aura été chaffé. Ce nouveau fluide éleârique, en arrivant, & enagiflantpar fa malle & par fa viteffe fur les petites parties des poils, les divifera, augmentera leurs furfa» ces, & par conféquent leurs affinité^ : elles attireront donc une fécondé fois du fluide électrique, quoique, à la vérité , en quantité peu confidérable. L’attradion réciproque de ces parties, en les obligeant à fe réunir , pourra bien, à la vérité, rendre furabondante cette petite quantité de fluide acquife la dernière , & faire qu’elle fe diffipe fucceflivement & par petites portions ; mais la furface pofitive n’en retiendra pas moins le fluide, qu’elle n’a reçu que parce qu’elle étoit libre de toute force répulfive de l’autre furface, jufqu’à ce que cette autre furface recouvre celui qu’elle ‘aura perdu : cette dernière ne pourra non plus reprendre en quelque forte aucune partie du fluide dont elle aura été dépouillée, que lorfque quelque corps conduâeur pourra recevoir celui qui devra fortir de la furface pofitive, fur laquelle elle agira par.fa force répulfive, à mefure qu’elle acquerra le feu éledrique qui lui manquoit. Les décharges dont elle recevra du fluide* ou celles qui dépouilleront la furface oppofée de
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- celui qu’elle ne pourra plus retenir, ne feront donc pas fucceffives, très-multipliées, & par conféquent très - peu fenfibles ; mais les deux furfaces fe deféleâriferont à-la-fois, & dans tous leurs points , comme fi la furface frottée eût été pofitive, & la commotion fe fera également reffentir.
- Il eft aifé de voir,' d’après ce que nous avons dit, que les feux follets doivent paroître en bien plus grand nombre dans les pays chauds que dans les pays froids, ainfi que les obfer-vations nous l’apprennent. La croûte de la terre plus échauffée doit en effet biffer paffer une plus grande quantité de fluide dans les contrées voifines de l’équateur, que dans celles qui en font éloignées : & c’eft par une raifon femblable que, dans le même climat, ils doivent s’allumer bien plus fouvent pendant l’été, que pendant l’hiver.
- Tous les écbirs, toutes les aigrettes éleflri-ques qui pourront briller dans notre atmofphère, lorfque aucun orage n’en troublera la férénité, pourront enfin être regardés comme compo-fant la troifième claffe des feux follets.
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- Des Orages, du Tonnerre, des Trombes} &c.
- Lorsque le fluide éleftrique ne s’élève qu’en très-petite quantité de l’intérieur du globe, fes effets fe bornent à produire dans l’atmofphère des feux légers & des éclairs peu redoutables. Mais lorfque la furface de la terre, très - échauffée , lui offre une iffue large & facile, il commence par inonder l’atmofphère à flots accumulés. Compofé prefque en entier de l’élément du feu , & formé même de parties de cette matière aftive beaucoup plus divi-fées, & par conféquent plus expanfibles que celles qui condiment la chaleur proprement dite , il s’élève par fes feules forces, & par une fuite de fon expanfibilité très - voifine de celle de la lumière, & toujours d’autant plus confidérable qu’il eft plus abondant : il n’a plus befoin d’exercer fa puiffance fur les fubftances idio-éleâriques, fur les couches d’air qui fépa-rent la furface du globe des hautes régions de l’atmofphère ; & ne pouvant s’arrêter qu’en
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- très-petite partie avant d’avoir rencontré une vertu attraftive très-forte, il s’élance avec rapidité vers les plus grandes élévations de l’atmof-phère , jufqu’à ce qu’il foit retenu par des couches épaiffes d’un air très-froid, dégagé de vapeurs , & par conféquent entièrement idio-éleârique, ou jufqu’à ce qu’il foit enchaîné par d’énormes conduâeurs , par des nuages qu’il trouve flottans dans cette même atmof-phère. Ne doit-il pas s’attacher à ces vapeurs raffemblées qui l’attirent avec force, & dont il s’eft approché d’affez près pour être fournis à leur attraélion ? & étant très-abondant, & rencontrant les fubftances de la nature avec lefquelles il a le plus d’affinité , ne doit-il pas fe ramaffer , s’accumuler fortement autour d’elles? C’eft par tous ces phénomènes que le fluide éleftrique me paroît mériter d’être regardé comme la première & la principale caufe de l’éle&icité des nuées & de la formation des orages.
- En effet, le fluide n’a-t-il pas une expanfi-bilité prefque égale à celle de la lumière ? ne jouit-il pas de cette vertu à un très-haut dégré, lorfqu’iï eft très-abondant ? &, avec fon aide, ne pourroit-il pas, fans autre fecours, vaincre aifément la foible réfiflance qu’il pourroit trou-
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- ver encore dans une atmofphère qui, raréfiée! par des chaleurs très-grandes, ne lui oppO-feroit plus que des efforts impuiffans ? & ne furmonte-t-il pas fouvent ces légers obftacles ? On pourra encore moins contefter qu’élevé à la hauteur des nuages, il doit fe porter vers eux & s’accumuler autour de leurs furfaces ; il doit donc être regardé comme une caufe des orages. Mais il doit d’ailleurs être reconnu pour la caufe principale de ces grands phénomènes ; car ce qui produit la plus grande rupture d’tqui-libredans les différentes nuées qui font naître les orages, doit être cônfidéré comme cette Câufë principale ; & la plus grande différence qui puiffe fe trouver entre les quantités de fluide renfermées dans plufieurs nuages, ou dans des nuages & des éminences du globe, me paroît ne pouvoir venir que de ce volume immenfe de fluide qui doit s’élever après des chaleurs très-vives. L’intérieur du globe ne renferme-t-il pas en effet un vafte amas de matière aflive qui doit fe combiner en trè3-grande abondance avec l’élément de l’eau, & par conféquent faire naître en grande quantité le feu éleftrique, qui n’attend , pourfortir, qu’une puiffante vertu con-duSrice, communiquée à la furface de la terre par un chaud très-vif, & qui doit s’attacher à
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- ces mêmes nuages, & en s’amoncelant fur leurs furfaces, détruire autour d’eux l’équilibre.
- Le fluide qui s’élève du fein de la terre, qui traverfe Patmofphère pour obéir à fon expanfï-bilité, & eft fournis à ia forte attraflion que de grands nuages peuvent exercer fur lui, a été fouvent rendu fenfible aux yeux de plufieurs obfervateurs,par des efpècesde greffes colonnes de pouffière, ou d’autres matières très-légères qu’il entraînoit avec lui, le temps étant très-calme , & qui faifoient juger de l’efpace qu’il occupoit, à peu près comme une fumée réfineufe & fèche fait juger de l’étendue de l’atmofphère éle&rique d’un conduâeur qu’on lui expofe, & autour duquel elle prend la forme de cette atmofphère. A peine cette efpèce de colonne étoit-elleparvenue au nuage, & le fluide étoit-il accumulé autour de lui , que, ce nuage fe trouvant éleétrifé pofitivement, on le voyoit étinceler avec plus ou moins de force.
- Mais le fluide de l’intérieur de la terre n’eff pas feul la première caufe des orages : il peut fe faire que la chaleur du globe, exhalée dans l’atmofphère, y rencontre des vapeurs aqueufes, dans un état propre à fe combiner intimement avec elles, & que de leur union il naiffe du fluide éleârique. La lumière que le foleil, les Tome I. V
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- étoiles & les planètes nous envoient , peut aulïî, ce me femble, fe décompofer dans notre atmofphère, perdre Y air principe qu’elle renferme & qui la conftitue lumière, & fe trouver tout d’un coup convertie en élément du feu très-divifé, qui, rencontrant des vapeurs aqueufes très - divifées auffi, s’unira avec elles d’une manière intime, & pourra donner naiffance à du fluide éleârique.
- L’atmofphère peut donc être un grand laboratoire où la nature opère la compofition du fluide , ainfi qu’elle le fait dans les entrailles du globe : ce travail & cette production doivent fe faire principalement pendant l’été ; temps où-une chaleur plus vive, répandue dans l’atmof-phère, en tient les, parties & les vapeurs dans une plus grande divifion , & par conféquent dans un état plus propre à fe prêter aux différentes combinaifons & aux diverfes décom-poiîtiona dont je viens de parler.
- Ce fluide produit dans l’atmofphère, & qui, par une fuite de fa vertu expanfive , devra tendre à s’éloigner avec viteffe du lieu qui l’aura vu former, n’ira pas vers le centre de la terre : il rencontreroit, en s’éloignant dans cette direction , la force oppofée & fupérieure de la maffe plus.confîdérable de fluide, produite dans l’in-
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- térieur du globe, & qui Parrêteroit par la répul-fion qu’elle exerceroit fur lui. Il doit tendre, ainfi qu’elle, vers les extrémités de l’atmof-phère ; ou, fi fa force expanfive n’eft pas aflez grande, aller s’accumuler autour des nuages qui doivent l’attirer, ainfi qu’ils attirent le fluide venu des cavités fouterraines. Ce fluide , en s’attachant aux maflës aqueufes que les vents promènent dans les airs, partage avec le fluide de l’intérieur du globe, la prérogative d’être la principale caufe des orages, de ces fcènes im-pofantes qui n’ont jamais lieu que lorfque la chaleur a raréfié pendant quelque temps l’at-mofphère & la croûte de la terre.
- Lorfque le fluide éleftrique ramafle avec excès autour de quelques nuages , rencontre dans l’atmofphère des fubftances anéleâriqueâ flottantes, & qui n’ont que leur quantité de fluide ordinaire, il doit alors tendre avec rapidité vers elles, jufqu’à ce qu’il foit répandu dans tous les corps fufpendbs dans l’air, en raifon de leurs affinités. Comme il étoif déjà très - accumulé & très - ramaflë, fi fon accumulation augmente par l’approche d’un corps anéle&rique, vers les parties les plus avancées duquel il doit tendre de plufieurs points, en fuivant Un chemin reffeiré par la réfiflance dé Vij
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- l’atmolphère, ne doit-il pas acquérir la ptO' priété de représenter la lumière & le feu , devenir une foudre puiffante, brûler & ren-verfer les obftacles qu’il rencontre ? C’eft ainfi que font produits les principaux phénomènes des orages.
- Mais quoique lé fluide formé dans les cavite's de la terre, ou celui que la nature fait naître dans les différentes régions de l’atmofphère, Soient la principale caufe des orages , ils n’en font cependant pas la feule. S’ils l’étoient, nous ne pourrions voir que des nuages éle&rifés pofirivement lancer des foudres contre la terre, &nous n’en verrions jamais dans un état négatif, recevoir de la terre ces mêmes foudres ; ce qui feroit contraire à l’expérience. D’autres caufes concourent donc avec eux à produire au milieu de l’atmofphère ces grandes ruptures d’équilibre , d’où naiffent le tonnerre & les foudres : nous allons en remarquer plufieurs, & parmi elles les unes produiront une éleftricité pofitive, & d’autres feront naître une éleâricité négative.
- Lorfqu’une maffe d’eau répandue fur la fur-face de la terre, & contenue fur-tout par des fubftances un peu anéleôriques, eft élevée en vapeurs ; la chaleur ardente qui la fublime, lui communique une diyifion de parties qui doit
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- augmenter fon affinité avec le fluide éleftrique, ainli que nous l’avons établi. Si l’eau s’élevoit dans cet état, il eft certain qu’en exigeant plus de fluide qu’à l’ordinaire, elle pourrait être confidérée, & fe trouverait réellement dans un état négatif, ainfi que l’a penfé un grand Phy-ficien. Mais , ( ainfi qu’il n’a pu s’empêcher de le dire enfuite lui - même ) les vapeurs qui s’élèvent, doivent enlever aux fubflances ané-leôriques, & même en partie aux fubflances idio-éleétriques fur lefquelles elles repofoient le fluide dont elles ont befoin, & qui doit fe laiffer entraîner par elles , à caufe de fa tendance à être répandu dans tous les corps en raifon de leurs affinités. Elles ne font donc pas éleftrifées négativement, lorfqu’elles montent dans certaines circonftances, & ne le font que très-peu dans d’autres, c’eft - à - dire, lorfque le baffin dont elles s’élèvent eft idio - éleftrique. Elles perdent bientôt ce foible état d’éleftricité négative , lorfqu’elles commencent à fe ramafler, à voir diminuer la furface de leurs parties, & à exercer par - là fur le fluide une attraftion moins forte ; &,foit qu’elles aient joui de quelque éleftricité négative ou non, à mefure qu’elles fe condenfent de plus en plus, qu’elles forment des nuages, & que leur affinité diminue & fa
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- rapproche de l’attraâion qu’elles exerçoient fur le fluide avant d’être fublimées, elles doivent avpjr de trop celui qu’elles ont enlevé aux fubf-tançes qu’elles recouvroient fur la furface du globe : elles renferment un excès de fluide, & font éleârifées politivement. Ainfi les nuages peuvent jouir d’une éleâricité pofitive, & former des orages, fans qu’il foit toujours néceffaire qu’ils attirent un nouveau feu éleârique produit dans le globe ou dans l’atmofphère. A la vérité, les orages qui ne devront leur naiflance qu’aux variations de l’affinité des vapeurs élevées par la chaleur, paraîtront toujours bien foibles lorfqn’on les comparera à ceux qui feront produits par cette quantité immenfe de fluide que fon expanfibilité élève vers les nuages, & que fon attraâion attache à ces maffes flottantes.
- Ce ne fera que lorfque la croûte de la terre aura été fortement raréfiée, que les vapeurs pondenfées pourront être affez éleârifées pour former des orages : dans tout autre temps, les fubftances du globe feront, par leur nature, trop près des fubftances idio-éleâriques, & ne fourniront pas affez de fluide aux vapeurs qui s’élèveront, pour que ces dernières, lorfqu’elles feront coridenfées, puiflënt en avoir un excès
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- capable de produire les grands phénomènes des orages. Elles leur en auront cependant affez fourni, je crois, pour que l'éleâricité négative dont ces vapeurs pourront jouir en montant ne foit que peu fenlîble, & ne puiffe produire ni foudre , ni tonnerre. D’ailleurs, lorfque la croûte de la terre n’aura pas été vivement raréfiée , la chaleur à laquelle les vapeurs feront expofées, fera bien peu forte : elles monteront cependant, parce que plufieurs caufes concourront avec la chaleur pour les élever ; mais elles monteront fans avoir éprouvé cette grande divifion de parties qui les éleQrife.
- Lorfque le fluide qui s’élève ne rencontre qu’un air parfaitement fec , dégagé de toutes vapeurs anéleâriques, & qui ne peut le conduire jufques aux différentes hauteurs de Fat-mofphère ; fi fon expanfibilité eft foible, & fi en même temps il n’eft aidé1" par l’attra&ion d’aucun nuage à traverfer la maffe d’air qui s’oppofe à fon paffage, il doit exercer fon a&ion fur cette maffe d’air, &, malgré fon peu d’affinité avec elle, lui communiquer les différens états éleftriques dont nous avons parlé dans le Mémoire précédent. Mais fi fa quantité, quoique trop peu confidérable pour le douer d’une expanfibilité capable de l’élever jufques aux
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- très-hautes régions de l’atmofphère, elî cependant affez grande pour lui donner des forces puiffantes, pour l’accumuler en grande maffe dans la première couche d’air de la colonne éleârifée, priver la fécondé d’une grande partie de fon fluide, &c. il ne doit point produire les effets peu remarquables connus fous le nom de feux follets ; mais, ainfi que nous l’avons annoncé , les différentes couches d’air ne doivent - elles pas être affez fortement éleârifées pour faire reffentir très-vivement le coup foudroyant qu’on éprouve dans l’expérience de Leyde ? La quantité de fluide qui fort des unes, & celle qui fe jette dans les autres, doivent être affez fortes pour que leur paffage ne foit plus marqué par des éclairs pâles & foibles, mais s’annonce par des foudres plus ou moins brûlantes. Les couches négatives recevront ces foudres des nuages qui pourront s’avancer vers elles : ceux-ci feront par-là éleârifés négativement ; ils chercheront à remplacer le fluide qu’ils auront perdu , aux dépens des autres nuages dont ils feront le plus près, en recevront de greffes étincelles , & les éleftriferont aufli négativement. Ces derniers n’exerceront-ils pas yne aftion femblable fur d’autres nuées ? & ainfi un vafte pays ne pourra-1-il pas être
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- couvert d’une fuite de nuages fucceflivement éleftrifës négativement, qui s’étendront depuis la couche d’air négative , jufques à quelque éminence du globe, dont le dernier d’eux devra recevoir des étincelles ?
- Si le premier des nuages qui compofent ce cordon orageux n’a pas pu communiquer à la couche d’air éleârifée négativement tout le fluide qu’elle exigeoit, il lui lancera une nouvelle étincelle, lorfqu’il aura repris du fluide aux dépens de quelque nuage voifin, qui, après
- à fon tour un nouveau d’un troifième nuage ; & ainli, il régnera pendant long - temps des ruptures d’équilibre, des éleôricités négatives, & des orages du même genre * le long de cette fuite de nuages qui pourra s’étendre plus ou moins loin, fuivant que les vents & différentes circonftances l’approcheront de montagnes, de forêts, ou d’autres lieux très-élevés, & fitués à une plus grande ou plus petite diftance.
- Ces orages pourront aufïi s’étendre en différera fens, gronder & éclairer fuivant différentes dire&ions, s’ils rencontrent de nouveaux cordons de nuages qui, prolongés fur différentes lignes, fe croifent, fe féparent, fe réunifient pour fe féparer de nouveau, qui communiquent
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- leur fluide au premier cordon orageux ; feront par-là éleârifés négativement, iront enlever du feu eledrique à des nuages ou à des éminences plus éloignés, & feront briller leurs foudres & entendre au loin leur tonnerre.
- Ainfi une première rupture d’équilibre, une première éleftricité négative , produite dans une couche de l’atmofphère quelquefois d’une affez petite étendue, pourra répandre fur une grande contrée une quantité confidérable de nuages négativement éleârifés, & la couvrir d’orages & de feux. La furface pofitive de l’air pourra en même temps caufer des ruptures d’équilibre aufli confidérables, aufli étendues : mais les nuages qu’elle éledrifera jouiront d’un état policif ; ils ne recevront point de fluide , ils ne tendront qu’à s’en dépouiller. S’ils rencontrent les nuages éleftrifés négativement, le fluide accumulé autour d’euxs’empreffera d’aller vers ces derniers; il y volera bien plus vite que le fluide qu’auroient pu communiquer à ces mêmes nuages négatifs des corps qui n’auroient pas été doués d’une éledricité pofitive ; & tous les phénomènes éleâriquesque fera naître la rencontre de ces deux fuites de nuages, feront bien plus remarquables que lorfque chacune d’elles pourra aller communiquer ou enlever du fluide à des
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- corps qui ne jouiront pas d’une éleâricité oppofée à la fienne. C’eft une fuite de ce que nous avons dit relativement à la violence des étincelles qui partent entre deux corps, dont l’un efl éleârifé pofitivement, & l’autre négativement.
- M. Franklin imagina qu’il feroit poffible que l’air, fubftance idio-éleftrique, s’éleârifât par frottement, lorfque de grands coups de vent le froiffent contre les montagnes & les forêts. Je ne doute pas que cet effet n’ait fouvent lieu, & que ce ne foit un des moyens qu’emploie la nature pour ramaffer autour de l’air une grande quantité de fluide, de laquelle l’air peut fe décharger enfuite , fur les vapeurs conductrices qui s’élèvent, & qui doivent la porter aux nuages, & les éleârifer pofitivement : mais je penfe que le frottement que l’air doit éprouver contre les nuages, l’éleârife encore plus fouvent ; & même ce dernier moyen eft, je crois, pour la nature une double fource de ruptures d’équilibre. En effet , lorfque les parties de l’air ont fubi contre un nuage un frottement capable de les éleârifer, c’eft-à-dire, ont fouffert une divifion qui augmente leurs furfaces & leurs affinités, ainfi que nous avons vu le verre réprouver auffi par le moyen
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- du frottement, ce nuage doit leur communiquer le fluide que leur nouvelle affinité exige ; il doit fe trouver par-là doué d’une éleâricité négative ; & fi cette éleâricité dont il jouit eft un peu forte, & s’il a befoin d’attirer de quelque nuage voifin une grande quantité de fluide, cette dernière devra s’élancer vers lui fous la forme d’une foudre , biffer le nuage d’où elle fortira dans un état négatif, lui donner par-là le droit de recevoir à fon tour des étincelles d’autres nuages, & former ainfi un orage plus ou moins violent.
- D’un autre côté, les parties d’air qui auront été divifées par le frottement , & qui auront attiré une grande quantité de feu éleSrique , ne conferveront pas long-temps leur nouvelle affinité : elles fe rapprocheront par une fuite de leur attraâion mutuelle , deviendront fur-chargées de fluide, & éle&rifées pofitivement. Ne donneront-elles pas alors le fluide qu’elles auront de trop aux nuages qui les environneront ? ne leur communiqueront - elles pas avec lui leur éleftricité pofitive, & ne feront-elles pas naître de nouveaux orages ?
- C’eft ainfi que les vents impétueux & les grands ouragans ont prefque toujours été accompagnés d’éclairs & de tonnerres, quoiqu’ils
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- aient foufflé ou exercé leurs ravages pendant l’hiver, & fans avoir été précédés par aucune chaleur.
- La furface de la terre préfente en différens endroits de vaftes contrées prefque entièrement compofées de matières vitrifiables ou rélineufes. Lorfque ces fubftances idio-éleftriques éprouvent une violente chaleur, elles doivent fubir une grande divifion de parties ; leur attraâion furie fluide doit augmenter; & comme, à caufe de leur grande étendue, elles ne peuvent point recevoir des fubftances anéleâriques qui les entourent tout le fluide qu’elles exigent, elles doivent être éleârifées négativement.
- D’un autre côté, le fluide de l’intérieur de la terre, en fe portant vers les fubftances du globe qui ne lui offrent pas un paflage auffi aifé que d’autres, par exemple, vers les fubftances vitrifiables ou fulfureufes, doit, en les traver-fant avec peine , agir fur elles par fa vertu répulfîve , divifer leurs parties, & s’accumuler autour d’elles autant que peut le demander leur nouvelle attraâion. Lorfqu’enfuite leurs affinités mutuelles les rapprochent, elles doivent renfermer un excès de fluide, & jouir d’une électricité pofitive. Si elles font trop épaiffes, ou fi elles ne font pas pénétrées d’une aflèz grande
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- chaleur pour que la vertu conduôrice de cette dernière l’emporte fur leur imperméabilité , & fi elles ne peuvent pas laitier pafler le feu éle&ique , pourquoi ce fluide ne fe ramafle-roit-il pas dans celle de leurs furfaces qui ell tournée vers l’intérieur du globe, n’exereeroit-il pas de - là fa force répulfive, ainfi qu’il le fait dans la bouteille de Leyde, n’agiroit-il pas fur le fluide de la furface qui regarde l’atmofphère, & ne le châtierait - il pas de cette furface ? Ces mafles vitrifiables, douées d’un côté d’une éleftricité pofitive , & de l’autre d’une vertu négative, font ces grandes tourmalines qui ont fervi à M. Wilcke à expliquer les orages, avec cette différence néanmoins que ce Phyficien a rapporté à la chaleur leurs différens états, ainfi qu’on doit attribuer à cette caufe les diverfes ëleftricités de la tourmaline ; au lieu que je crois que les fubftances vitrifiables doivent les leurs à l’a&ion du fluide formé dans l’intérieur du
- Je penfe donc qu’on peut trouver les fubftances vitrifiables répandues fur la furface du globe , dans trois différens états éleftriques. Premièrement, on peut les voir jouir de l’électricité pofitive ; on peut, en fécond lieu, les rencontrer douées d’une éleâricité négative ;
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- sur l’Électricité. 319 & enfin elles peuvent avoir une vertu négative du côté de Fatmofphère, & en même temps une vertu politive vers l’intérieur de la terre. Les vapeurs qui feront fufpendues au deffus de ces fub*lances, & prêtes à s’élever, devront partager leur vertu éleârique. Si, avant qu’elles ne s’élèvent, quelques nuages ou quelques fubi'lances conduSrices flottantes dans Fatmofphère paffent au deffus d’elles, elles en tireront ou leur donneront une étincelle qui pourra faire naître , dans plufieurs autres nuages, des ruptures d’équilibre. Lorf-que ces vapeurs feront élevées, ne communiqueront-elles pas leur éleâricité aux nuées, & ne feront-elles pas naître par-là de nouveaux orages ? ou n’en produiront-elles pas quelquefois immédiatement, en fe condenfant elles-mêmes en nuages, & en allant enfuite étinceler contre les montagnes, &c ?
- Au relie, l’éle&ricité qu’elles auront reçue fera alors modifiée ou détruite par l’éleâricité politive que leur réunion doit leur donner; c’çll-à-dire que,lorfqu’elles auront reçu des fubftances vitri-fiables une éleftricité politive, cette dernière fera augmentée par la vertu politive qu’elles tiendront de la diminution de leurs furfaces, caufée parleur condenfation; ôtlLelles-ont reçu
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- une éleftricité négative, elles la -‘Verront détruite en partie, & même tout-à-fait, par la vertu politive qu’elles devront à leur réunion , & elles ne jouiront quelquefois d’aucune électricité. Voilà pourquoi il arrive affez fouvent, pendant les grandes chaleurs de l’été, que les vapeurs qui s’élèvent ne forment aucun orage.
- On doit encore obferver que les vapeurs ne donneront fouvent prefque aucune quantité de fluide aux matières vitrifiables éleftri-fées négativement, & par conféquent ne recevront prefque aucune éleftricité de ces fubf-tances, lorfque ces dernières ne devront leur vertu qu’à la répulfion du fluide amaffé dans celle de leurs furfaces qui eft tournée vers l’intérieur du globe. En effet, ces fubftances vitrifiables ne repréfenteront-elles pas entièrement alors une bouteille de Leyde , dans laquelle nous avons vu qu’une furface ne pouvoir gagner une certaine quantité de fluide , fans que l’autre n’en perdît une quantité égale ? Les fubftances vitrifiables ne communiqueront donc aucune éleftricité aux vapeurs qui s’élèveront , & ne les rendront négatives, que lorfque leur côté pofitif pourra en même temps fe décharger de fon fluide fur quelque con-dufteur voifin.
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- Si ces maffes vitrifiables, ëleftrifées par la chaleur ou par le fluide formé dans l’intérieur du globe, compofent les pics des hautes montagnes, ces fommets immenfes & élevés autour defquels on voit fi fouvent les orages fe former , elles doivent attirer les vapeurs qui flottent dans l’air à une certaine diflance d’elles, ainfique l’a penfé M. Wilcke; &, après les avoir condenfées, & leur avoir communiqué une éleétricité femblable à la leur, elles les repoufleront, ainfi que tout corps éleârique repoufle celui dont l’éleftricité eft du même genre que la fienne. Ces vapeurs abandonnées au vent & aux autres caufes qui peuvent les faire mouvoir , deviendront des nuées, &,. chargées de fluide, iront porter au loin la foudre & les orages.
- M. Wilcke n’a pas eu moins de raifon d’afligner, comme caufe d’orage, l’éleâricité que la très-grande chaleur peut communiquer à l’air voifin de la furface de la terre, éleftri-cité qu’il doit conferver, dit ce favant Anglois , lorfqu’il s’élève dans les hautes régions de l’atmofphère, & qu’il doit communiquer aux nuages & aux amas de vapeurs qui y nagent. Ne faut-il pas cependant obferver que fi l’électricité que l’air tiendra de la chaleur elî pofi-Tome I. X
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- tive , elle ne fera fenfible que lorsqu'il fera élevé dans des régions froides, & qu’elle ne pourra être communiquée aux nuages que dans cette même région ; tandis qu’au contraire, fi elle eft négative, elle n’exiftera plus lorfque l’air fera parvenu un peu haut, & par confé-quent ne fera jamais communiquée aux vapeurs après que ce même air aura atteint une très-grande élévation?
- En effet, la grande chaleur peut non-feulement raréfier, c’eft-à-dire , écarter plus ou moins les parties de l’air, mais encore les divifer, augmenter leurs furfaces & leurs affinités avec le fluide. Si la furface de la terre la plus voifine peut leur fournir le nouveau fluide qu’elles exigent, Biles ne jouiront d’aucune éleèèricité pendant qu’elles feront encore pénétrées de chaleur ; mais lorfqu’elles fe feront élevées, & qu’elles feront parvenues dans des régions plus hautes, & par conféquent plus froides, leur chaleur fe diflipera, & leurs parties perdront avec elle leur divifion, l’étendue de furface qu’elles venoient d’acquérir , & leur grande affinité. N’auront-elles pas alors un excès de fluide, & ne jouiront-elles pas d’une éleâri-cité pofitive qu’elles pourront communiquer ? Si la furface de h terre ne peut point, lorfT
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- SUR L'ÊiRCTRICl T É. 323 qu’elles viennent d’être divifées , leur fournir le fluide qu’elles demandent, elles jouiront d’une êleâricité négative ; éleflricité qu’elles ne conferveront pas à mefure qu’elles s’élèveront & fe réuniront, & qu’elles ne parta-, geront qu’avec les vapeurs qu’elles rencontrer rom avant d’être réunies.
- Quelquefois les nuages chargés de feu électrique peuvent , après avoir cédé à d’autres nuages l’excès de fluide qu’ils renfermoient, & avoir étincelé contre eux, fe trouver auprès de quelque grând corps éle&ifé pofitivement, auprès de quelque partie de la fürfece de la terre, à laquelle quelqu’une des caufes dont nous ayons parlé aura donné un état pofitif, & qui pourra produire autour d’eux une nouvelle accumulation de fluide. Les nuages qui ont reçu l'étincelle foudroyante, ne peuvent-ils pas en même temps fe décharger du fluide qu’ils ont acquis, furunemaffe négativement éleârifée, fur une autre partie de la furface de la terre qui aura pu obtenir , ainfl que nous l’avons déjà dit, une ékârieité négative, & qui leur arrachera même le fluide qui leur, eft propre? Non-feulement alors ces deux chaînes de nuages feront, l’une relativement à l’autre, comme un corps éleârifé pofitivement,.rel*?
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- tivement à un corps négatif ; c’efl-à-dire, non-feulement les foudres les plus vives & les plus éclatantes s’allumeront au milieu d’elles, mais toutes les parties de l’une & de l’autre de ces deux chaînes feront fucceffivement dans les mêmes circonflances, chacune relativement à celle qui la fuivra, & devront pré-fenter des phénomènes bien fupérieurs, par leur force & par leur beauté, à ceux qu’elles auraient offerts. Ces grandes ruptures d’équilibre ne peuvent que produire des orages très-forts & très-animés au deffus des régions qui fépareront les deux parties de la furface de la terre, dont chacune fera douée d’une éleftri-cité différente ; & ces orages ne devront-ils pas non-feulement fe faire remarquer par une très-grande violence , mais encore par une longue durée, & ne fe diffiper qu’après que les parties de la terre éleftrifées auront été entièrement déchargées dans tous leurs points ? C’eft le P. Beccaria qui , le premier , a fait remarquer cette manière dont fe fert la nature pour ajouter â la force éleârique des nuages & à la grandeur de leurs phénomènes, & fans laquelle cet homme célèbre penfe qu’il ferait difficile de rendre raifon de la rapidité avec laquelle un nuage, après avoir lancé les foi}-
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- dres les plus vives , fe trouve de nouveau en état de fulminer avec la même force.
- Ces fuites de nuages dont nous venons de parler, fervent donc à ramener l’équilibre dans les différentes parties de la furfaee de la terre où il ne régnoit plus, & à tranfporter le fluide que l’une renferme en excès, dans. celle qui en a été dépouillée. Mais ils ne font pas les feuls canaux par lefquels le fluide peut fe répandre des points du globe où il. eft accumulé, vers ceux qui n’en contiennent pas toute la quantité qu’exige leur affinité avec lui : la nature lui en fournit de plus vaftes & de plus étendus ; & c’eft dans les entrailles de la terre , ainfî que nous l’avons déjà dit, que repofent ces énormes conducteurs, ces maffes volumineufes de matières anéleâriques qui peuvent, en un clin d’œil, porter , pour ainfi dire, le fluide d’un pôle-à l’autre, l’enlever aux endroits où il eft trop accumulé, & le rendre à ceux auxquels on l’a ravi.
- Les points de la furfaee du globe éleôrifes négativement, peuvent encore réparer leurs pertes fans le fecours des conduSeurs fQuter-rains, & de ceux que leur offrent les régions de l’air. A chaque inftant , le fluide formé dans l’intérieur du globe, & que fon expan-
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- fibilké ehaffe 'du lieu de fon origine , doit fô porter vers eux-, fournir à leurs beibins, & leur rendre le fluide Qu’ils ont perdu.--- Toutes les caufes d-orages dont nous venons de parler, peuvent agir à-la-fois, & affez près fos unes des autres , poür influer mutuellement fux> leurs effets : quelques-unes doivent fe contrarier & fe; détruire. Celles, par exemple , q^ : &ijroiènt foit naître une éleâricité négative, s’oppofent aux effets de eellès qui auroient produit une vertu pofitive, lorfqu’elles agiffent fur lé même fojet ; & du concours de leurs effort^ naît le maintien de l’équilibre, la tranquillité des airs, l’abfénce de toute éleôrkité & dés orages , ainfi que le conflift de deux! forces- égales, mais oppofées, maintient en repos un corps qui, pouffé par une feule de fees forces , auroit parcouru un efpace immenfé. Mais forfque leur a&ion n’eft pas dirigée fur le même fitjét ,-bîen loin de fe détruire & de fe combattre, elles s’aident mutuellement & augmentent lfeur énergie. Rien en effet ne peut ajouter autant de force & de beauté aux phénomènes que peuvent produire des eorps poff-tîfs , que la rencontre de fubflances négativement éleârifées ; & réciproquement, rien n’agrandit les plie'nomenes.des fubflances nëga-
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- lives, comme la préfence des corps pofitifs, Ge concours & ces rencontres ont lieu lorf-qu’une caufe éfeftrife en plus des nuages, pendant que- cP autres nuages font éleôrifés cri moins par une autre caufe. Celles qui font naître une éleârkké du même genre , doivent au contraire1 fe détruire lorfqu’eïïes agiflent fur des füjets differens , mais voifins l’un de l’autre. Y a-t-îî prefque jamais, en effet, dés phénomènes; éîeâriques bien fenflbles entre deux corps qui jouiffent de la même éleâri-cité , dès qu’a n’y a prefque jamais autour d’eux de grande rupture d’équilibre ? Elles doivent au contraire s’aider, lorfque, par exempte, ce;font les mêmés nuages qui éprouvent leur aôion, parce qu’alors ces mafles flottantes reçoivent de plulieurs côtés du fluide éleftrique, du en- font dépouillées dans plü-fieurs points;'®:, par ces deux moyens, lès nuages n’àCquièrent-ils pas une éleôrieité très-
- Lorfque toutes- lès eaufes font mêlées- & combinées- énfemble de manière a fe détruire le moinsr, & à s’aider fe plus poflible , naiflent les orages fes plus puiflàns. Un tonnerre épouvantable ne cefle de faire entendre fes affreux roulemens ; des foudres d’une longueur prodt-
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- gieufe s’élancent dans tous les intervalles que les nuages peuvent lailîer entre eux, ou vont frapper les lieux élevés de la terre; à peine ont-elles jailli, que de nouvelles leur fuccèdent avec la même force & la même violence : tant les pertes que les nuages peuvent faire font promptement réparées, & tant il arrive aux uns un fluide accumulé en grande maffe, tandis que les autres font dépouillés avec rapidité de celui que les étincelles peuvent leur communiquer.
- Des vents très-forts précèdent ou accompagnent prefque toujours les orages, fur-tout -ceux qui font animés ; & pourquoi en ferions-nous furpris ? Ne vexons-nous pas de petits condufteurs de cinq à fix pouces de diamètre agiter l’air autour d’eux, fouvent jufques à une diftance affez conlidérable relativement à leur groffeur, & faire fouffler un vent léger produit par les parties de l’atmofphère de ces conducteurs qui font repouflees, & par les parties d’air
- vement, & auxquelles elles communiquent l’impulfion qu’elles ont reçue, lorfque leur expanfibilité l’emporte fur leur petite affinité avec ces molécules aériennes ? Un nuage orageux , qui quelquefois occupe une étendue de
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- sur l’Électricité. 329 dix mille arpens, dont l’épaiffeur eft proportionnée à cette longueur immenfe , ne doit-il pas avoir une atmofphère éleftrique affez confi* dérable, & douée par conféquent d’une force répulfive affez puiffante pour agiter de grands volumes d’air, les repouffer, les déplacer avec viteffe, & faire naître des vents impétueux ? Et ce n’eft pas même uniquement pendant les orages que l’éleâricité doit produire du vent ; dans toutes les fàifons, la croûte de la terre peut avoir été affez raréfiée pour laiffer paffer quelque quantité de fluide, qui, s’accumulant autour des nuages , leur donne une atmofphère trop foible pour lancer des foudres, mais cependant affez forte pour communiquer une impul-fion à l’air & former des vents.
- Les nuages négatifs doivent auffi produire dans l’air de grandes agitations ; car ils ont auffi une atmofphère compofée du fluide qui fe précipite vers eux , & qui ne peut le faire fans déplacer, par fa très-grande viteffe, un grand volume d’air, & fans lui communiquer une partie de fon mouvement. En effet, lorf-que le fluide, pouffé par une puiffante force d’attraâion , rencontre une maffe d’air, il doit, avant d’obéir à la petite affinité qu’elle exerce fur lui, agir fur elle comme un corps doué
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- d’un mouvement très-violent, & l’éloigner pat la viteffe qu’il lui communique : ou bien, on peut dire que l’air eft élefirifé par le fluide qui arrive en rffa grande abondance pour s’accumuler un peu autour de fes parties ; ces dernières doivent alors fe repouffer mutuellement, tendre avec le fluide vers le nuage, & produire dans l’atmofphère un grandi vent , une grande agitation. D’aiHeurs, fi cela n’etoit pas ainfi, pourquoi ne pourroit-on pas fuppofer que la puiffante atmofphère des nuages électrifie les différentes- couches d’air qu’elle rencontre , & Fes repouffe ensuite loin d’elle ? Petit-êrre le fluide fait-il naître des vents par ees drffëtens moyens, qui quelquefois peuvent fe détruire, & quelquefois s’appuyer mutuellement , & augmenter la force l’un de l’autre.
- Mais les orages produifent encore d’une autre manière des vents plus ou moins rapides. Nous avons vu les étincelles que nous obtenons àj volonté de nos condufteurs, décorn-pofer une trè3-grande quantité (Pair, en détruire l’élafticité, & laiffer a- fa pfece-une efpèce-de vide vers lequel Pair environnant fe précipkoit avec viteffe. Ces étincelles font bien fbibles, comparées aux foudres que lance un nuage orageux. Les étincelles- les plus fenfibles font
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- sur l’Électricité. 331 de petits cylindres de douze ou quinze pouces de longueur fur un pouce de diamètre ; tandis que les foudres font tfe greffes colonnes enflammées , qui quelquefois réunifient à une longueur de plufîeurs toifes une groffeur d’un pied,: ainfi que l’atteftent différentes obferva-tions dont nous parlerons plus bas : elles doivent donc décompofer un vafte volume d’air, détruire l’élafiicité d’une grande portion de Fatmofphère , & produire un grand vide ; l’air environnant doit fe précipiter vers lui pour le remplir, & former par cdnféquent un vent
- Nous ne pouvons pas douter que, le vide étant confidérable , le volume d’air qui s’y jette ne foit très-grand, & que l’agitation de ï’atmofphèré ou le vent ne s’étende dans un très-grand efpace. Nous effimerons fa viteffe, & nous jugerons enfuite de fa force, fi nous nous rappelons que les expériences faites par M. Papin prouvent que l’air fe précipite vers le vide , à la furface de la terre, avec une viteffe capable de lui faire parcourir deux cents dix-fept toifes ou environ par fécondé, c’eff-à-dire, avec une viteffè plus de deux fois plus grande que celle du fon. A la vérité cette viteffe de Pair dépend de là hauteur de la colonne
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- de l’atmofphère qui le preffe ; & auprès des nuages, l’air n’a pas à foutenir une colonne aulli haute qu’à la furface de la terre : mais les nuages orageux font toujours plus bas que les autres, parce que la terre ne pouvant pas s’élever vers eux , il faut que, lorfqu’ils l’attirent ou font attirés par elle * ils s’en approchent & s’abaiffent ; ils ne font fouvent qu’à une hauteur de cent toifes. Une diminution de cette étendue n’eft guère fenfible dans une colonne qui s’élève jufques à l’extrémité de l’atmofphère, & elle ne doit pas empêcher qu’il ne relie une très-grande viteffe à l’air qui fe précipite dans le vide formé par les foudres des nuages orageux. C’étoit par le moyen de ce vide, que le fameux Doôeur Haies expliquoit auffi les grands vents formés par les orages, vide qu’il attribuoit à la dellruc-tion de l’élalHcité de l’air, produite par la com-buftion des matières inflammables qu’on croyoit alors compofer la foudre.
- Le fluide éleftrique, raflemblé pour former les orages, peut encore donner naiflance à ces phénomènes deflruâeurs, à ces ouragans connus fous le nom de trombe. Je ne prétends pas l’alïigner comme caufe de toutes celles qui peuvent paroître ; mais il me femble qu’on
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- doit lui rapporter l’origine de plufieurs de ces phénomènes, & lur-tout de ceux qui exercent leurs ravages fur la partie sèche du globe. Le fluide peut les produire de deux manières.
- Premièrement, lorfque des nuages lancent des foudres les uns contre les autres, fi l’équilibre avoit été entièrement rompu autour d’eux, les étincelles doivent décompofer une grande étendue d’air au milieu de ces mêmes nuages : l’air doit tendre de tous les côtés vers le vide qui s’y forme , & les différens courans qui y affluent, peuvent fe choquer de manière à produire un tourbillon. Ce tourbillon agiffant îur un nuage inférieur, l’enfoncera, en obligera les différentes parties à s’alônger vers la furface de la terre , à former une trombe dans laquelle il s’engouffrera, qu’il diftendra, qu’il parcourra, & par l’extrémité de laquelle il s’échappera pour ravager la furface de la terre. Les vents d’en haut, qui régnent fouvent au deffus des nuages orageux, & fe jettent les premiers vers le /ide que laiffe à fa place l’air décompofé par le fluide, ne doivent-ils pas fervir beaucoup à la formation des trombes , en précipitant le tourbillon formé par les autres vents, & en enfonçant le nuage par fon moyen, ou en le croulant & le fléchiflant par leurs
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- propres forces, & en y formant eux-mêmé» un canal par l’ouverture inférieure duquel ils fouffleront avec plus ou moins de fureur ? Le nuage fur lequel le tourbillon d’air exercera fon aâion étant éleârifé, le tourbillon aura moins de peine à le plier, & à le pouffer en trombe vers la terre, puifqu’à mefure que le nuage diflendu s’en approchera, le tourbillon fera aidé par la force attractive qu’exerceront de plus près fur la nuée les différentes élévations du globe.
- Le fluide éleÔrique produit encore des trombes par un autre moyen. En s’élevant en trèsr grande quantité du fein de la terre , il doit auffi décompofer un grand volume d’air, même fans étinceler , ainfl que le fluide que nous obtenons des difques de verre, décompofe l’air renfermé fous un récipient , fans être obligé d’y faire briller aucune étincelle. Des courans d’air,doués d’un mouvement rapide, doivent fe rendre en quelque forte de tous les points rie l’horizon, vers l’efpèce de vide que le fluide aura formé ; ne peuvent - ils pas, en s’entrechoquant d’une certaine manière, produire un vafte tournoiement, un grand tourbillon, ainfl que des courans d’eau qui fe heurtent dans de certaines direâions , en font naître au milieu des mers ? Ce tourbillon mettra en mouve*
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- ment, communiquera fa rotation aux différentes vapeurs qui l’environneront, & qui, même en tournant, obéiront à la force attraélive de fim-menfe amas de fluide qui aura produit le tourbillon , & qui fera encore renfermé dans Ion fein. Ces vapeurs s’éleâriferont, attireront de nouvelles vapeurs qui fe condenferont aulïi; & ce tourbillon d’air fera bientôt changé en un nuage plus ou moins noir., plus ou moins épais, & dont l’élévation au deffus de la furface de la terre, dépendra de la hauteur de la colonne d’air que le fluide aura décompofée. Fortement éleclrifé , il fera jaillir des éclairs & lancera des foudres vers toutes les fobflances conductrices qu’il rencontrera, & mêlera le bruit du tonnerre au nmgiflëment d’une mafle d’air violemment agitée. Il le roulera en fuivant les différentes chaînes de matières anéleâriques, les terres humides, les forêts , les rivières ; & , s’avançant armé de tous les moyens de deftruc-tion, il tordra & déracinera les arbres les plus gros, & les difperfera à une diftance immenfe; il démolira les murailles, renverfera les tours , abattra les clochers, fera voler les charpentes, &, brifant les obllacles les plus durs, ne laiffera que des ruines, dans les contrées malheureufes fur lefquelles il étendra fon pouvoir.
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- Le nuage éleftrifé , & que nous avons vu obligé de fe fléchir vers la terre, & de former une trombe pour obéir à l’impulfion du tourbillon formé par le fluide, doit produire à peu près les mêmes effets funeftes ; il lancera également des éclairs & des foudres , parce qu’il fera auffi fortement éleôrife , les tourbillons dont nous parlons ne devant avoir lieu que lorfqu’un grand volume d’air a été décompofé, & par conféquent.lorfque le nuage a perdu ou ramafle autour de lui beaucoup de fluide. La trombe formée par le nuage diftendu, fuivra aufli le cours des rivières & toutes les fübflances conductrices, & non-feulement préfentera les mêmes phénomènes de deflruâion & de ravage que le tourbillon formé par le fluide exhalé du globe, mais encore tous ceux qui peuvent attefter l’origine de fa puiflàhce, due, ce me femble, au fluide éleârique.
- Prefque toutes les trombes de terre ont offert les phénomènes que nous venons de rapporter : le terrible tourbillon ou trombe de terre qui ravagea plufieurs quartiers de la ville de Rome, le 11 juin 1749, produifit les mêmes effets : ce fut un nuage noir très - étendu, qui fe faifoit appercevoir, malgré une nuit très-obfcure, par les éclairs & les traits de flamme qu’il lançoit;
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- il s’avança avec une grande viteffe , fuivant toujours le cours du Tibre, & fe foutenant à la hauteur de trois ou quatre pieds. Il enleva les toits , abattit les cheminées, enfonça les portes & les fenêtres, fouleva les planchers, dépava les chambres, brifa, difperfa les poutres, & en lança avec violence les éclats.
- M. Bofcowich, ce grand Aftronome, auffi célèbre par fes connoiffances dans les fciences que par fes grands talens en poéfie, & qui en donna la defcription, dit qu’il étoit doué d’une force d’attraâion : ce qui confirme mes idées ; un tourbillon éleârifé devànt, indépendamment de toute autre caufe , attirer les differentes fubffances qu’il rencontre, & fur-tout celles qui font anéleâriques.
- Cette année , 1780 , après un orage qui fondit fur une partie de la montagne Noire, auprès de Carcaffonne en Languedoc, il s’éleva fur les bords de la rivière à!Aude, une trombe ou tourbillon qui foutenoit en l’air les pierres & le gravier : cette trombe fut pouffée par le vent à deux mille toifes, fur le château de Leuc & fur le village du même nom; elle fuivit le cours d’une petite rivière qui fe jette dans Y Aude, fondit enfuite fur le château & fur le village , rafa plufieurs maifons , ravagea les Tome I. Y
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- autres ainfi que le château, déracina fept ou huit cents arbres, en enleva fur les toits , y porta de gros cailloux, & parut enflammée. Tous ces phénomènes ne font-ils pas conformes à ceux que nous avons vu devoir être produits par les trombes éleâriques ( a ) ? La trombe obfervée en Lorraine par M. de Grignon , & que M. le Comte de Buflfon rapporte dans fon Hifloire Naturelle , produifoit aufli des éclairs & des coups de tonnerre.
- On voit le plus fouvent les trombes s’élever après un calme ; n’eft - ce pas parce qu’alors aucune agitation violente ne contrarie les directions des courans d’air dont nous avons parlé, & qui peuvent par-là fe rencontrer plus aifé-ment de manière à produire un tourbillon ? Les trombes font aufli beaucoup plus communes dans les pays chauds ; & les trombes éleftriques fur-tout ne doivent-elles pas paroître de préférence dans ces climats ardens, & fe former plus fouvent pendant l’été que pendant l’hiver?
- (a) Voyez particulièrement la defcription de cette trombe, donnée par M. de rEfpinaffe dans le Journal de Phyfique du mois de novembre 1780. Ce Phyficien fait remarquer, avec raifon, qu’il avoit paru une très-belle aurore boréale quelques jour* auparavant.
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- sur l’Électricité. 339 Plus en effet la croûte de la terre eft raréfiée, & plus il peut pénétrer jufques dans l’atmof-phère une immenfe quantité de fluide. Les trombes fe forment auflï de préférence auprès des volcans fous-marins, au deffus defquels, tout égal d’ailleurs, il doit s’exhaler plus fouvent du fluide éleârique.
- Si, lorfque la trombe ceffe, tout le fluide qu’elle renfermoit ne s’eft pas diflïpé en éclairs, ou n’a pas été communiqué aux différentes fubftances que le tourbillon a rencontrées, le fluide qui refte doit le plus fouvent fervir à former des orages. D’ailleurs, le frottement que les parties de l’air tourbillonnant avec violence doivent éprouver dans toutes les trombes , & même dans celles qui ne doivent pas leur origine au fluide, ne doit-il pas divifer ces parties ? Le frottement ceffant enfuite avec la trombe & le tournoiement, toutes ces pâmes d’air divifées , fe réunifient, renferment un excès de fluide qu’elles doivent communiquer aux nuages les plus voifins, & forment ainfi fouvent des orages plus ou moins animés. C’eft ainfi que le tourbillon qui exerça des ravages fi furieux dans Padoue en 1759 , fut d’un orage épouvantable.
- Si la foible éleftricité qui règne dans l’air,
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- lorfqu’au lieu de tempêtes la nature ne produit que de légers feux follets ; fi cette éleflricité peut cependant orner quelquefois les pointes de notre globe d’aigrettes lumineufes & brillantes; on ne doit pas être furpris que, lors d’un violent orage, les clochers & toutes les autres pointes terreftres un peu voifines du nuage éle&rifé, préfentent de femblables phénomènes. Si le nuage jouit d’une éleélricité pofitive, c’efl le fluide qu’il renferme qui fe porte de préférence vers les corps pointus, s’accumule à leurs extrémités, & s’y précipite fous la forme de rayons lumineux , plus ou moins étendus & plus ou moins colorés. Si le nuage eft négatif, c’efl le fluide du globe qui s’échappe par les pointes de la furface de la terre, & qui s’élance vers lui : l’aigrette eft alors bien plus vive, bien plus épanouie, ainfi que les aigrettes des corps préfentés à un conduâeur négatif, font toujours bien plus belles que celles qu’on voit fortir des fubftances voifines des conduâeurs éleârifés pofitivement. Ces feux fe font fur-tout remarquer fur les pointes des mâts des vaifleaux, lorfque les nuages orageux s’en approchent affez pour attirer avec force le fluide du globe, auquel les mâts fervent alors de canaux pour fe rendre aux nuages. Ces clartés rayonnantes ont
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 341 reçu le nom de feux S. Elme : elles femblent voltiger d’un mât à l’autre, parce qu’elles pa-roiffent toujours au bout de celui qui ell le plus près du nuage ; & comme la nuée peut être tantôt plus voifine d’une partie du vaiffeau , & tantôt plus éloignée, à peine une aigrette jaillit-elle de la pointe d’un mât, qu’une fécondé aigrette s’épanouit au bout d’un autre ; & l’on eft tenté de croire que c’eft le même feu qui fe tranfporte avec viteffe, & qui fe repofe fuc-cellivement au deflus des différens mâts. Ces feux font tranquilles, & brillent en filence : ils n’excitent au moins qu’un léger bruiffement, & n’infpireroient aucune crainte, s’ils n’annon-çoient pas quelquefois un affez grand voifinage de la nuée , pour qu’une étincelle ou une foudre fuccède bientôt à l’aigrette. Ils ne font compofés que du fluide affez ramafTé fans doute pour éclairer & repréfenter la lumière, mais pas encore affez accumulé pour ébranler comme les étincelles, pour repréfenter la chaleur, pour brûler & pour fondre, &c.
- Je fais qu’on doit rapporter à de petits polypes découverts par un excellent Phyficien ( a ) , l’éclat lumineux dont brillent quelquefois les
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- eaux de la mer : je fais qu’on peut encore attribuer les feux de fes ondes à différentes huiles phofphoriques, ainfi que l'a imaginé le célèbre M. le Roy de l’Académie des Sciences, ce favant qui a rendu de fi grands fervices aux fciences, & particulièrement à celle de l’éleâricité ; mais pourquoi les vagues fortement agitées ne pourroient-elles pas, en frappant avec force contre les rochers vitrifiables, ou la carène des vaifleaux ordinairement, enduite de goudron ou d’autres fubftances idio - éleftriques, & en les éleftrifant par le frottement qu’elles leur font fubir ; pourquoi, dis - je, ces vagues ne pourroient-elles pas en faire jaillir des étincelles électriques ? & pourquoi le fluide ne contri-bueroit-il pas ainfi à l’illumination de la mer ?
- Les nuages éleôrifés affeâent tous de certaines formes, & les offrent dans prefque toutes les circonftances , ainfi que l’a remarqué le F.Beccaria :ces formes, en quelque forte confiantes , me paroiflfent dues à l’afiion du fluide qu’ils renferment, ou à l’abfence de celui dont ils font dépouillés. On les voit fe terminer par le haut en voûtes, dont le renflement augmente à mefura que l’orage s’anime : cette figure doit venir, ce me femble, de la répulfion mutuelle que les différentes parties des nuages,
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- SUR L’ É L E C T R I C I T É. 345 plus ou moins éleârifées , doivent exercer les unes fur les autres, à caufe de leurs petites atmofphères. Un fluide quelconque, en effet, dont toutes les parties fe repoufleot également, ne doit-il pas, ainfi que celui dont les différentes molécules s’attirent avec une force égale, préfenter une forme plus ou moins fphérique, fuivant les différentes circonftances qui peuvent s’oppofer à ce qu’il offre une figure parfaitement régulière? D’après cela, un nuage éleârifé ne doit-il pas s’élever en voûte, dont le renflement augmente à mefure qu’une nouvelle quantité de fluide s’accumule autour de fes parties & accroît leur vertu répulfive, de même que la fphère que forment des particules fluides qui s’attirent toutes également, diminue à mefure que leur attraâion augmente ?
- Si le nuage eft éleftrifé négativement, le même effet doit avoir lieu, parce que fes parties doivent également fe repouffer, & s’éloigner d’autant plus, que leur éleâricité s’accroît. Si le deffous de ces nuages offre une furface à peu près plane, cet effet doit venir de la répul-fion du fluide qui s’élance de la terre vers le nuage, avant que ce dernier n’ait reçu tout celui qui doit s’accumuler dans fes intervalles : répulfïon qui doit s’oppofer à la répulfion mu-
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- tuelle des parties du nuage, la détruire un peu dans la portion de la nuée qui regarde la terre, & applatir ce fegment de la fphère qu’elles ten-doient â former. Cette partie du nuage, applatie & condenfée , paroît aufli plus noire que le relie du nuage orageux. Mais lorfque l’orage eft tout-à-fait formé, la furface inférieure n’ell plus plane , parce qu’elle n’éprouve plus la répulfion d’un fluide afcendant , que n’attire plus le nuage devenu furchargé de feu électrique ; elle eft foumife au contraire à l’attraftion de toutes les hauteurs du globe , & préfente autant de protubérances plus ou moins confi-dérables , qui fouvent même fe changent en efpèces de lambeaux déchirés, & ont l’air de fe féparer du nuage pour tendre vers les éminences terreftres. Si quelque partie de la furface de la terre attire le nuage avec une très-grande force, on le voit alors s’incliner vers elle , & aller pour ainfi dire la toucher par un de fes côtés., & fe repofer fur fa furface.
- Si, au lieu d’éminerices moufles, ce font des pointes aiguës que la terre préfente au nuage, ces lambeaux, ces petites portions de la nuée ne s’étendent plus vers la terre ; ils remontent vers le nuage. Cet effet dépend, ainfi que l’a dit M. Francklin , du grand pouvoir dont les.
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- pointes font douées ; tant elles attirent avec force le fluide de ces petits nuages, qui bientôt déféleârifés, bien loin d’être repoufles par le gros nuage, font obligés de tendre de nouveau vers lui, ainfi que tous les corps légers élec-trifés, qu’un condufteur tenoit éloignés, revoient vers lui fi on les déféleârife, fi on approche d’eux une pointe, &c.
- Nous avons vu dans le feptième Mémoire, que les pointes, qui jouiflent d’une vertu fi fupé-rieure à celle des corps moufles pour attirer & difliper le fluide , n’étincellent cependant prefque jamais, quoique le feu éleârique fe porte de préférence vers elles ; elles ne l’enlèvent pas à un efpace aflez étendu, elles ne l’arrachent pas à un aflez grand nombre de points , pour qu’en fe précipitant vers leurs extrémités, il puifle prefque jamais avoir cette accumulation néceflaire à la naiflance des étincelles.
- M. Francklin , en réfléchiflant fur les différentes propriétés de ces pointes & du fluide éleârique, imagina un moyen de garantir les édifices de la foudre, qui feul auroit fuffi pour le rendre immortel , & pour lui donner des droits à la reconnoiflknce de la poftérité la plus reculée. Ce grand Phyficien propofa d’élever
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- fices qu’on voudrait préferver des coups de tonnerre : il penfa que ces pointes métalliques diffiperoient en filence le fluide que l’édifice pourrait attirer ou perdre, & l’empêcheroient d’acquérir une afîez grande mafle pourproduire des foudres : elles dévoient éloigner les petits nuages qui auroient pu venir étinceler contre les édifices, & qui auroientpropagé jufques à eux les effets funeftes du gros nuage orageux, fouvent trop éloigné pour les foudroyer fans le fecours de ces petites nuées qui peuvent recevoir la foudre & la lancer enfuite : & enfin ilefpéra que, lorfque quelque étincelle éclaterait & ferait jaillir contre l’édifice une grande quantité de fluide , qui, agiflant avec une grande vitefle & une grande mafle, aurait pu l’ébranler, le brûleE & le détruire; il efpéra, dis-je, que les pointes pourraient conduire le fluide jufques dans les entrailles du globe, & le concentrer pour cela dans une barre de fer , dans un conduâeur métallique , qui, de la verge pointue, devoit s’étendre non-feulement jufqu’à la furface de la terre, mais parvenir jufques à de vaftes amas de matières condu&rices, jufques â de grands réfervoirs d’eau qui puflent porter le feu électrique dans l’intérieur du globe , l’y divifer &
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- l’y diffiper. Le fuccès a couronné fes efpé-rances ; un femblable moyen a été employé pour préferverles vaiffeaux des coups de foudre, d’autant plus terribles fur mer, que tout paffage y eft fermé à la fuite ( a ).
- Je n’entrerai dans aucun détail relativement à la conftruftion particulière de ces paratonnerres ; je ne puis mieux faire que de renvoyer à l’ouvrage même de M. Francklin, & à un très - bon Mémoire publié dans le Journal de Phyfique du mois de janvier 1780, par M. Barbier de Tinan, de Strasbourg. Je me contenterai de faire des vœux pour voir s’élever partout des paratonnerres , & faire ufage d’un moyen dont l’expérience conftate tous les jours l’utilité ; & j’obferverai feulement, avec les Phyliciens que je viens de nommer, qu’il eft néceffaire de prendre avec foin toutes les précautions qu’ils ont indiquées, foit relativement à la hauteur de la barre au deffus des parties de l’édifice les plus élevées, foit relativement à la grandeur des condufteurs métalliques , qui, deftinés à tranfmettre fans danger la foudre
- (a) Voyez un excellent Mémoire du favant M. Edouard Nairne , de la Société royale de Londres, publié dans le Journal de Phyfique du mois de mars de cette année 1781.
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- jufques dans les entrailles de la terre , doivent être d’une groffeur confidérable : fans cela, la grande quantité de fluide qui quelquefois peut les parcourir, fondroit le canal métallique dans lequel elle fe trouveroit trop reflerrée, &, détruifant ainfi le chemin qui devoit la conduire au globe, & fe jetant fur l’édifice qu’on vouloit garantir, rendrait le paratonnerre qui peut-être l’aurait attirée , plus funefte qu’avantageux. D’ailleurs , la rouille devant infenfiblement ronger la furface de la barre expofée à l’air , doit empiéter toujours de plus en plus fur la partie de la barre qui , jouiffant parfaitement de l’état métallique , peut feule conduire le fluide : la route de ce dernier fe trouvant par-là continuellement reflerrée, la largeur de fon chemin, ou, ce qui eft la même chofe , la groffeur de la barre de fer doit être affez confidérable dans l’origine, pour pouvoir être dimi-
- II peut arriver quelquefois que des vapeurs inflammables, qui, plus légères que l’air, s’élèvent aifément dans l’atmofphère , parviennent jufques aux nuages orageux, & fe renferment en quelque forte dans leur fein, ou fe tiennent ramaffées à une certaine diftance : les étincelles qui partent du nuage orageux , doivent alors
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- allumer ces amas de vapeurs inflammables, & être accompagnées, non - feulement de leur propre explofion, mais encore de celle de ces fubftances combuflibles ; non-feulement briller de leur propre éclat, mais encore par la vive lumière que ces vapeurs peuvent répandre en détonnant. La foudre peut également rencontrer dans l’atmofphère des vapeurs inflammables raffemblées, les mettre en feu, les faire détonner, & ajouter à fes effets, les effets funeftes qui peuvent quelquefois fuivre cette déton-nation , lorfqu’elle a lieu affez près de la furface de la terre : mais je ne crois pas que jamais la foudre foit compofée de matières enflammées, attachées au fluide accumulé, comme quelques Phyficiens ont depuis peu paru le penfer.' Premièrement , quand bien même le fluide pour-roit entraîner avec lui des fubftances enflammées, elles fe fépareroient bientôt de lui, étant impoffible que le fluide leur communique une viteffe affez voifine de la fienne, pour qu’elles puiffent ne pas l’abandonner. D’ailleurs , les phénomènes que nous voyons être produits par la foudre lorfqu’elle traverfe nos maifons, s’oppofent à ce qu’on fuppofe avec elle des matières étrangères brûlantes. En effet, fi la foudre parcourt une barre de fer affez groffe,
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- elle pénétrera dans fon intérieur , la fuivra prefque toujours fans éclairs, & ne répandra de la lumière que lorfqu’elle en jaillira : des matières enflammées, au contraire , auroient puabfolument fuivre l'étendue de la barre pour ne pas abandonner le fluide, mais n’auroient pas cefle d’éclairer & de paroître embrafées en parcourant fa longueur.
- La foudre ne me paraît donc dangereufe que par fes effets éleftriques, à moins que, lorfqu’elle étincelle contre quelque édifice, elle ne rencontre très-près de ce dernier des vapeurs inflammables qu’elle allume, & qui, par leur explofion, ébranlent le bâtiment. Les paratonnerres terminés en pointe me paroiffent encore obvier, du moins en partie, à ces accidens, quoiqu’ils puiflent attirer de plus loin le fluide éleôrique ; car tout le monde fait que ce dernier n’allume, ne confume & ne brûle que lorfqu’il eft affez accumulé pour produire des étincelles, & les pointes le diflipent prefque toujours fans l’accumuler à ce degré ; & il eft infiniment plus rare de voir une pointe frappée d’une étincelle foudroyante, que de voir cette étincelle jaillir contre un corps moufle , cependant plus éloigné du nuage orageux.
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- Nous voyons quelquefois les nuages qui flottent dans l’atmofphère affez près les uns des autres, fuivre dans leur route des direftions différentes, même oppofées, & paraître fou-vent n’obéir en aucune manière à l’aftion du vent qui peut fe faire reffentir alors à la fur-face de la terre. Je crois qu’on doit fouvent rapporter ces phénomènes à la différence des courans d’air plus ou moins oppofés qui doivent occuper les diverfes hauteurs de l’atmof-phère ; mais on peut auffi quelquefois les attribuer à l’éleôricité. En effet , toutes les caufes qui, pendant l’été, éleftrifent les différentes parties de l’atmofphère, ne ceffent pas entièrement d’agir lorfque la faifon de la chaleur a fait place à celle du froid : elles doivent encore faire naître dans l’atmofphère & dans les nuages une éle&ricité qui, trop foible pour former des éclairs, produira cependant les phénomènes qui n’abandonnent jamais un corps éleârifé, quelque foible que puiffe être fa vertu, je veux dire, ceux que préfentent les attraâions & les répulfions. Dans tous les temps, foit que l’air foit calme, ou foit que le vent l’agite, on peut voir un nuage élec-trifé repouffer loin de lui un nuage qui jouira d’une éleâricité femblable à la fienne, 5t attirer
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- en même temps un autre nuage placé à côté de ce dernier , mais qui ne jouira d’aucune éleflricité, ou en aura une oppofée.
- Le fluide peut non-feulement influer fur la marche des nuages ; il peut encore les faire naître dans tous les temps. Les differentes couches d’air éleôrifées le font affez , dans toutes les faifons , pour attirer à elles les vapeurs aqueufes & conductrices qui font éparfes autour d’elles, de même qu’un condufteur éleétrifé attire, dans nos laboratoires, tous les corps légers qui fe trouvent à une certaine diftance de lui , fur-tout lorfqu’ils font ané-leâriques. Ces vapeurs, condenfées par la maffe d’air éleârifée, doivent en recevoir un peu d’éleâricité qui les aidera à attirer de nouvelles vapeurs : ces dernières ne viendront-elles pas fe réunir autour d’elles, s’éleârifer , attirer à leur tour d’autres molécules aqueufes, & les condenfer ? & ainfi infenfiblement ne fe formera-t-il pas un nuage plus ou moins confidérable, & qui s’étendra enfuite de la même manière que tous les autres nuages s’étendent & s’agrandiffent, c’eft-à-dire , en condenfant fur fes furfaces toutes les parties aqueufes qu’il pourra rencontrer , & qui s’y raffembleront, par un effet de la déperdition de
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- de leur chaleur, en un amas de vapeurs plus froides que les parties de Patmofphère qui les avoifineront ?
- Les nuages éleSriques étant attirés plus puiffamment par les ' élévations du globe que par fes plaines & par fes parties baffes , par les fubftances conduôrices que fa furface préfente que par les corps idio-éleâriques qu’elle peut offrir , il n’eft pas furprenant que les orages fuivent toujours de préférence les chaînes des hautes montagnes qui ceignent le globe, ou le cours des grands fleuves qui l’arrofent. Les plus hautes montagnes font prefque toujours environnées d’orages, lorf-qu’elles font lituées dans des contrées chaudes où la croûte de la terre raréfiée laiffe toujours paffer affez de fluide pour produire de grandes ruptures d’équilibre , le fommet glacé de ces hautes montagnés devant condenfer aifément les vapeurs, & être fouvent environné de nuées autour defquelles le fluide s’accumule & forme des orages. C’elî ainfi que les Cordelières en Amérique, les montagnes de la Lune en Afrique , 8cc. font prefque toujours entourées d’éclairs & de foudres. Les hautes montagnes, telles que les Pyrénées , les Alpes , le mont Apennin , &c. qui s’élèvent dans des zones Tome I. Z
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- plus tempérées, font auffi entourées d’orages ; mais ce n’eft que lorfque la faifon brûlante de l’été a fait fubir à la furface de la terre fur laquelle elles repofent, une raréfa&ion pref-que égaleà celle qu’éprouvent conftamment les pays voilins de la ligne, & qui peuvent exhaler aifément le fluide de l’intérieur du globe. Les nuages mêmes qui né font pas orageux, & qui flottent dans l’atmofphère pendant l’hiver, fuivent prefque toujours le cours des rivières & la direâion des montagnes, parce qu’ils ont affez d’éleâricité pour être attirés par les élévations & les fubftances anéleôriques du globe, quoiqu’ils ne foient pas éleârifés affez fortement pour allumer des étincelles ou des aigrettes.
- Souvent, dans les orages, on voit la pluie redoubler & tomber avec plus de force après un coup de tonnerre, c’eft-à-dire, après une décharge de fluide. Cette chute plus confidé-rable vient de ce que deux nuages ne peuvent pas étinceler l’un contre l’autre, fans que l’un ne foit pofitif relativement à l’autre, & ne perde une certaine quantité de fluide : les parties aqueufes de celui qui en eft dépouillé, privées d’une partie dé leur atmofphère éleâri-que, & de la vertu répullive qui les tenoit
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- Les éclairs, les foudres reffemblent parfaitement , mais en grand , aux étincelles que
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- nous tirons de nos condu&eurs métalliques. Ce font des cylindres de feu d’une grofleur & d’une longueur plus ou moins confidérables, qui occupent, du moins fucceflivement, tout l’intervalle compris entre le nuage & le corps qui excite la foudre ; ils fe portent vers ce dernier en ligne droite, lorfqu’ils trouvent une égalé réfiftance de chaque côté de leur route ; ou ils s’élancent vers lui en ferpentant, fi les attraâions des fubftances anéle&riques voifines les portent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ; ou fi , traverfant un grand efpace d’air , ce dernier leur oppofe une réfifiance inégale dans les différens points qu’ils s’efforcent de parcourir , & eft plus ou moins mêlé dans quelques-uns de ces points que dans d’autres, avec des matières conduârices.
- Il eff difficile de déterminer la grofleur que ces cylindres de feu peuvent avoir communément , à caufe de toutes les illufions d’optique qui accompagnent leur apparition : il eft plus facile de donner quelque idée de leur longueur, en eftimant l’efpace qu’ils ont traverfé pour s’élancer, par exemple , d’un nuage vers le fommet d’une montagne ou vers la pointe d’un clocher. Cet efpace varie fuivant la force de l’orage : quelquefois il peut être de qua-
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- rante ou cinquante toifes. Il faut cependant obferver que, d’après cette étendue, nous ne devons pas afligner quarante ou cinquante toifes de longueur aux étincelles éleâriques, même les plus fortes. Il peut, en effet, fort bien fe faire que la colonne de fluide accumulée & lumineufe que nous nommons foudre, paroifle aufli longue que l’efpace qu’elle parcourt, & cela à caufe de la vitefle de fa marche, fans que cependant elle ait une étendue aufli confidérable. Pour l’eftimer d’une manière bien certaine, il auroit fallu avoir obfervé, entre un nuage & une éminence du globe, ou entre deux nuages dont on auroit connu l’éloignement , un cylindre continu de feu qui eût duré un certain temps , & eût été femblable à ceux que nous remarquons entre un conduâeur métallique & notre doigt, lorfque nous les tenons aflez voifins pour qu’il s’élance continuellement un jet de fluide de l’un à l’autre; jet qui a réellement alors pour ljngueur, la diftance qui les fépare. N’ayant pas trouvé d’ob-fervations de ce genre, & n’en ayant jamais fait moi-même, je tâchai de les remplacer en mefurant la différence de la diftance à laquelle je tirois une étincelle d’un conduâeur, à celle qui étoit néceflaire pour que le jet fut continu :
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- je trouvai, par le moyen de condufteurs de différentes groffeurs, qu’elle étoit à peu près d’un tiers dans les plus fortes éleflricités. En concluant du petit au grand , nous pourrions donc, en retranchant un tiers de la diftance à laquelle un clocher tire une étincelle, avoir celle à laquelle le jet continu pourroit avoir lieu, & par conféquent connoître la longueur qu’il feroit poflible qu’euffent les foudres. La première diftance pouvant être fuppofée de quarante ou cinquante toifes, la longueur des foudres pourroit être eftimée de trente toifes ou à peu près.
- Un éclair ne paroît guère feul : un nuage, en effet, ne peut pas perdre ou gagner du fluide, fans que l’équilibre qui fubfiftoit entre lui & fes voifins ne foit détruit, & fans que par conféquent il n’ en reçoive ou ne leur donne une étincelle. A peine une foudre eft-elle lancée, que tous les intervalles que les nuages laiffent entre eux préfentent une étincelle, fi au moins cet intervalle eft affez petit pour que le fluide puiffe fe porter d’un nuage à l’autre.
- De même que lorfqu’on préfente une chaîne métallique à un conduéleur, au lieu de lui offrir un corps entier & qui ne foit interrompu dans aucune de fes parties, chaque chaînon lance
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- des feux en même temps que le bout de la chaîne étincelle, le fluide confervant une partie de fon accumulation , quoiqu’il foit déjà loin du condufteur, & n’allant d’une partie à l’autre qu’en affez grande mafle pour éclairer : de même un nuage ne peut pas recevoir de fluide, fans que ce fluide , ramaffé autour de lui, ne conferve fon accumulation en fe portant vers les autres nuages, & n’éclaire entre chacun d’eux. Si même ce premier nuage reçoit ou perd fans ceffe du fluide, & fi les diflances entre les nuées continuent à n’être pas bien confi-dérables , toutes ces étincelles fe changent en courans lumineux, pour ainfi dire continuels, & l’atmofphère paroît être toute en feu. Les différentes réflexions que la lumière des éclairs éprouve , ajoutent encore à fon éclat & à fa force ; & c’eft lorfqu’elles font très - vives & très-multipliées, qu’un orage paroît véritablement un incendie général.
- Pour fe former une idée du magnifique fpec-tacle qu’elles peuvent offrir , on n’a qu’à fe repréfenter une partie de la mer voifine de la ligne, & fe la peindre enveloppée des ténèbres d’une nuit obfcure & orageufe. La furface de l’onde, tranquille & paifible, n’eft encore agitée par aucun fouille, n’efl troublée par aucune Z iv
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- ride ; le ciel eft entièrement caché fous des nuages épais & immobiles, qui ne permettent pas aux étoiles de répandre leur foible lumière. Un éclair eft lancé par un des nuages, & dans l’inftant il en jaillit de tous les endroits où les nuées laiffent entre elles quelque intervalle. Leur clarté, réfléchie par les furfaces des nuages voifins, l’eft encore & fucceffivement par les nuages plus éloignés : elle tombe fur la furface de la mer qui la renvoie de nouveau vers les nuées, & ces dernières ne la reçoivent que pour la réfléchir & la renvoyer encore ; il n’eft aucun point de l’atmofphère ou des eaux, qui ne préfente l’image-d’un éclair. La clarté des foudres remplit tout l’efpace que l’œil peut embraffer ; leurs differentes réflexions préfen-tent mille feux plus ou moins animés ; la rapidité avec laquelle elles fe fuccèdent, rend ce fpec-tacle prefque continuel ; & les ténèbres épaiffes qui rempliffent les petits intervalles de leurs apparitions, font paraître leur éclat plus brillant & plus vif. Enfin, ces cylindres de feu, cir-confcrits quelquefois dans un affez petit efpace, font confondus avec la propre clarté qu’ils répandent , & qui eft augmentée par les effets multipliés qui font coïncider mille lumières au même point : ils paroiffent occuper une étendue
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- rmmenfe, & être compofés de grands amas de fluide brûlant & lumineux.
- Si alors le vent fe lève, agite les nuages & fbulève les flots, la quantité des feux paraîtra encore augmenter : un nouvel éclat jaillira de par-tout ; la furface de la mer n’étant plus plane & tranquille, non-feulement renverra la lumière qui tombera fur elle, mais, repréfentant mille facettes, elle la multipliera , &, au lieu d’un éclair, elle offrira l’image de plufieurs foudres. Les nuages préfenteront auffi un plus grand nombre de faces, réfléchiront plus de fois le feu des éclairs ; & chaque point de l’atmofphère recevant un plus grand nombre de clartés réfléchies, & étant éclairé d’une plus grande lumière, les éclairs feront encore plus confondus avec leur éclat, & paraîtront occuper un efpace encore plus étendu.
- Ce que nous venons de dire peut faire fentir combien la clarté des éclairs doit être augmentée par la réflexion des nuages, par celle des rivières ou des eaux raffemblées, des lacs, & des autres parties de la furface de la terre qui peuvent la renvoyer ; combien leur grandeur apparente eft fouvent au deflfus de leur grandeur réelle, & combien il eft difficile de juger de leur étendue en largeur.
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- Les éclairs ne font pas les feuls phénomènes des orages, que mille circonftances font paraître plus grands & plus terribles qu’ilsne le font réellement. Le bruit qui les accompagne ne parvient jufqu’à nous, qu’après avoir été augmenté comme eux , & dénaturé. En effet , le tonnerre eft pour nous un bruit qui dure plus ou moins de temps ; un roulement dans lequel on peut remarquer des nuances plus ou moins fortes, qui tantôt s’élèvent & tantôt s’abaiffent, des éclats vifs , aigus & diftinâs, des craque-mens, des ftrideurs, & qui finit prefque toujours par gronder d’une manière fourde, & fe perdre infenfiblement : tandis qu’en lui-même ce n’efl qu’un bruit très-court, dans lequel on ne pourrait remarquer aucune nuance, aucune différence , & qui n’efl: que l’effet de l’explofion qui accompagne l’étincelle. Nous en avons l’image dans ce bruit court & inftan-tanéqui accompagne les décharges deplufieurs bouteilles deLeyde réunies enfetnble, & qu’on nomme batteries électriques ; & on pourrait encore fouvent le comparer à un coup de canon.
- A la vérité, l’étincelle peut quelquefois être accompagnée de l’explofion de quelque amas de matières inflammables qu’elle allume , ce qui prolonge le bruit qu’elle fait entendre : on
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- peut encore fuppofer que fouvent le fluide renfermé dans le nuage pofitif, avant d’être aflez près de celui fur lequel il doit s’élancer, & de pouvoir franchir la diftance qui les fé-pare, doit être attiré en partie par ce dernier ; on peut croire qu’alors il jaillit plufieurs fois à demi, en forme d’aigrette ou de demi - étincelle , en faifant entendre des craquemens, des bruiflëmens plus ou moins vifs, & termine enfin cette traînée de bruits aigus, par le grand coup de l’explofion qui accompagne l’étincelle qu’il produit. Nous avons, en effet, tous les jours un exemple de ce que je viens de dire, lorfqu’au moment de tirer une étincelle d’un conducteur, le fluide de notre doigt encore un peu trop éloigné, s’efforce de jaillir â plufieurs reprifes, murmure pour ainfi dire à chaque fois , paroît en aigrette , & enfin fe forme en étincelle , part, & fait entendre un bruit plus marqué. Il peut même encore arriver que plufieurs éclairs fe fuccèdent avec tant de vitefle, que par eux - mêmes ils pro-duifent une fuite de coups diftinfts, ou que, lorfqu’ils fe fuivent avec encore plus de rapidité , ils forment un roulement plus ou moins fort ; mais, en général, c’eft aux différens échos que préfente la furface de la terre, que le ton-
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- nerre doit une grande partie de fa force, & fur-tout fa durée. Chaque vallon, chaque creux de montagne reçoit le bruit qui vient du nuage, le promène dans fon intérieur , l’accroît par le moyen de fes échos, & l’envoie ainfi redoublé à une autre vallée qui l’augmente à fon tour : le bruit les parcourt fuccefîivement tous, revient plufieurs fois dans les mêmes, &, après avoir acquis un roulement impofant, s’affoiblit enfin dans les différentes réflexions qu’il éprouve encore, diminue, s’éteint pour ainfi dire peu à peu , & ceffe en faifant entendre à peine un murmure fourd & confus. Quelqu’un qui aura entendu partir un coup de canon à l’entrée d’un vallon un peu tortueux, & qui l’aura entendu nécefïàirement rouler à grand bruit, & pendant long-temps, dans ce vallon , fera aifément perfuadé de ce que nous venons de dire. Voilà pourquoi les orages qui régnent dans les hautes montagnes , même lorfqu’ils ne font pas plus violens que ceux qui ravagent les plaines , font entendre des coups de tonnerre fi affreux, à caufe des dif-férens échos qui doivent fe rencontrer dans les vallons creux & profonds qui les féparent, dans les anfraftuofités qui les divifent , dans les précipices qu’elles préfentent, & fous les
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- voûtes immenfes des grottes & des cavite's fouterraines qu’elles renferment.
- Les différentes réflexions qui augmentent l’éclat des éclairs & le bruit du tonnerre, ont contribué fans doute à la terreur que les orages ont infpirée. Ils devroient être bien loin de faire éprouver cette terreur dans ce fiècle de lumières, où il n’eft plus permis de regarder les orages que comme des phénomènes auffi naturels que la pluie & le vent, & où on devrait confidérer que le nombre des perfonnes qui ont été écrafées par la foudre, eft moins confidérable que le nombre de celles qui périf-fent par d’autres accidens dont nous ne craignons que très-foiblement d’être les viéfimes. Nous voyons cependant encore des mères timides, donner à leurs enfans l’exemple & la leçon d’une crainte exceffive des orages, qui les rendra malheureux au moins, pendant le quart de leur vie, & ne leur permettra jamais de voir arriver tranquillement la faifon brûlante qui donne naiflance à ces phénomènes. Quand ceffera-t-on de propager de fiècle en fiècle la très-grande terreur d’un phénomène qui le plus fouvent n’eft funefte qu’aux édifices , qui chaque année vient faire croître les richefles de la terre, & dont l’éclat trompeur annonce
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- plus de forces qu’il n’en a réellement ? Que cette frayeur ferve du moins à multiplier les appareils éleftriques, à mettre à couvert des atteintes de la foudre, les édifices fur lefquels elle a le plus fouvent exercé fa fureur, & à garantir les perfonnes infortunées qui , réfugiées dans leur intérieur, pourroient être écra-fées fous leurs ruines, ou par les coups de la foudre que ces mêmes édifices auroient attirée.
- Les Phyficiens ont imaginé différens moyens de préferver des étincelles foudroyantes les perfonnes qui pourroient y être expofées. Ces moyens confiftent tous à les envelopper & à les renfermer dans des fubftances idio-éleâri-ques ; à les placer, par exemple, fous des guérites ifolées de bois bien fec & très-fortement imprégné d’huile bouillante ; à les mettre fous des efpèces de cloches de verre, fous des appareils à peu près femblables à ceux qui font deftinés pour nos bâtimens ; à les revêtir entièrement d’efpèces de cappes de foie ou de toile cirée, &c. Ces moyens doivent tous produire plus ou moins d’effet ; & lorfqu’ils font fur-tout combinés enfemble, ils préferveroient peut-être de tout danger les perfonnes qui les emploieroient, pourvu qu’en s’en fervant, ces dernières ne les rendiffent pas plus nuifibles
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- qu’avantageux , par l’oubli ou le changement de quelque circonftance.
- On a recommandé de ne pas fe mettre à couvert, en temps d’orage, au deffous ni auprès des arbres, des tours & des endroits élevés. Cette recommandation eft fondée fur la force avec laquelle les élévations du globe attirent le fluide éleftrique des nuages.
- On peut quelquefois juger, par le moyen que je vais indiquer , de l’étendue de terre qu’un orage peut couvrir. Lorfque le tonnerre fe fait entendre au deflus de nos têtes , on peut connoître la hauteur du nuage en comptant les fécondés qui s’écoulent entre le tonnerre & l’éclair, & en les multipliant par foixante-douze toifes, efpace que le fon parcourt dans une fécondé. Si alors un fécond coup de tonnerre entendu, par exemple, fur la droite, n’arrive jufqu’à nous qu’un temps très-confîdérable après que l’éclair a paru ; fi un troifième coup éclate fur la gauche, & ne parvient non plus jufqu’à nous qu’én laiffant un long intervalle entre l’éclair & lui, & fur-tout fi ces différens phénomènes fe répètent plufieurs fois, afin qu’on ne puiffe pas fup-pofer que les nuages ont changé de place , & que ce n’eft pas un orage feul, continu &
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- immobile , qui atteint aux deux extrémités où le coup s’eft fait entendre ; on n’a qu’à faire un triangle reéiangle, & à donner au côté de l’hy-pothénufe la diftance moyenne de l’endroit de ï’obfervation à celui auquel on peut trouver que la foudre de droite ou de gauche s’eft élancée : ce qu’on fera en multipliant par foixante-douze toifes, les fécondés de temps qui fe feront écoulées entre l’éclair & le bruit. On donnera à un autre côté du triangle la hauteur du nuage qu’aura pu indiquer le temps écoulé entre l’éclair parti au deflus de la tête, & le coup qu’il aura produit : on trouvera aifément alors le troifième côté qui repréfentera la moitié de la longueur de la furface de la terre fituée fous l’orage, & qui , étant doublé, donnera la longueur de la furface totale au deflus de laquelle il s’étend.
- Nous avons vu que les differentes caufes des orages que nous avons admifes dévoient rendre les nuages éle&rifés négativement, ainfi que pofitivement. Ce qui confirme encore l’état négatif dont les nuées doivent fouvent jouir , ce font les foudres que plufieurs obfervateur3 ont vues s’élever de la terre, au lieu de descendre des nuages : on en a vu fortir du fond des puits & des cavités fouterraines, & des aigrettes
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- aigrettes bruyantes fe font fouvent élevées de la terre vers le conduâeur d’un cerf-volant (a). Au relie, la foudre doit avoir été lancée par la terre bien plus fouvent qu’on ne l’a remarqué , étant prefque toujours affez difficile de diffinguer de quel coté elle part, à caufe de fa rapidité , qui la fait appercevoir, prefque en même temps , aux deux extrémités de l’efpace qu’elle parcourt.
- Les diverfes caufes des orages peuvent amener auprès les uns des autres des nuages politife & des nuages négatifs, ainfi que nous l’avons vu. Les différens nuages qui naiffent dans l’atmofphère, devant avoir des grandeurs inégales, de petits nuages négatifs peuvent fe trouver auprès de grands nuages politifs, & recevoir de ces derniers non-feulement de quoi perdre leur éleftricité négative, mais encore de quoi en acquérir une politive ; ils peuvent un moment après fe trouver auprès d’un gros nuage négatif, qui non-feulement leur enlèvera l’excès de leur fluide, mais celui même que leur affinité ordinaire exige, & leur donnera une éleâricité négative. Les nuages, pen-
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- M. le Du
- Chauln
- obfervé
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- dant un orage , devant fe mêler, fe joindre , fe divifer, augmenter & diminuer en étendue , changer de place, &c. il n’eft pas furprenant qu’on remarque au deffus du point où l’on obferve , des changemens fi fréqüens d’électricité pofitive en négative, ou d’état négatif en état pofitif. Plufieurs nuages différemment éleftrifés ne peuvent-ils pas, en effet, pafler & fe fuccéder avec une grande viteffe ? & un même nuage ne peut-il pas voir dans un inf-tant fon éleâricité modifiée & changée plufieurs fois?
- On ne doit pas être plus furpris de la viteffe avec laquelle un nuage, après avoir perdu ou gagné beaucoup de fluide, eft de nouveau en état de donner des étincelles aufli fortes, aufli vives que celles qu’il avoitdéja lancées, malgré la grande quantité de clochers , d’arbres, de tours & d’autres pointes qui doivent fans cefle enlever de l’éle&ricité aux nuages orageux, & diminuer leur force éleftrique.
- Premièrement, ne peut-on pas dire que les nuages qui ont reçu de l’éleâricité par la première étincelle, & qui doivent en faire jaillir une fécondé, ont perdu ou recouvré leur fluide, en un infîant, par le moyen d’autres nuages très-voifins, ou par quelque autre caufej
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- sur l’Électricité. 371 & peuvent ainfi fe trouver dans le même état que lors du premier éclair ? Et, en fécond lieu, ne doit - on pas confidérer que plufieurs des caufes d’orages que nous avons affignées, peuvent agir pendant tout le temps que dure celui qu’elles ont formé , & réparer abondamment fes pertes ? D’ailleurs, il arrive prefque toujours que les fubftances idio-éleâriques dont l’éleâricité peut quelquefois faire naître des orages, ne perdent pas à-la-fois, dans toutes leurs parties, leur état éleârique : elles peuvent, par conféquent, communiquer pendant longtemps aux nuages un état négatif ou pofidf, & leur donner pendant long-temps le pouvoir de recevoir ou de jeter des étincelles. Les pointes même qui hériffent le globe, peuvent quelquefois contribuer à ce que pendant long-temps les étincelles foient, à peu près , de la même force. Ne peuvent-elles pas, en effet , n’agir quelquefois que fur les nuages qui doivent faire jaillir la fécondé foudre, les dépouiller de l’excès de fluide qui a pu leur être communiqué par la première étincelle, ou leur rendre celui que cette dernière leur a enlevé ? Ne doivent-elles pas , par-là, faire qu’il y ait, pendant un temps confidérable, une grande rupture d’équilibre entre ces nuages, & les A a ij
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- premières nuées qu’éleârifent en même temps les différentes caufes des orages, & fur lefquelles elles ne peuvent pas à agir à caufe de leur éloignement ?
- Il eft quelquefois difficile , 'fur-tout lorfque l’éleâricité n’eft pas très - forte, de juger, par le moyen du cerf-volant, de l’état politifou négatif des nuages orageux, à caufe de l’électricité dont peuvent jouir les couches d’air inférieures au nuage, & qui, agiffant aufïï fur le conduâeur du cerf-volant, doivent modifier l’éleâricité que ce dernier reçoit de la nuée, la détruire même quelquefois, la changer en une oppofée, & faire donner à l’obfervateur des fignes fouvent contraires à ceux que le nuage feul auroit pu lui faire .remarquer.
- L’éleâricité des appareils éleâriques peut auffi fouvent être différente de celle des nuages, ou du moins n’être que celle des nuages, modifiée tantôt d’une manière & tantôt de l’autre, & ne préfenter rien de bien certain relativement à l’état du nuage. Au refte, l’éleâricité dont jouit la couche la plus inférieure de l’atmof-phère, eft toujours pofitive, foit que l’horizon foit troublé par quelque orage , ou qu’il foit pur & tranquille. La grande caufe de l’éleftricité de l’àir, àinfi que de celle des nuages qu’il tient
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- sur l’Électricité. 373 fufpendus, n’eft-elle pas, en effet, le fluide qui s’élève de l’intérieur de la terre, qui s’attache à cette première couche fufceptible d’éleâri-, cité, en divife les parties, y demeure en quantité proportionnée à la nouvelle affinité produite par cette divifion, & s’y trouve bientôt en excès , lorfque l’attraâion mutuelle des parties de cette couche n’étant plus détruite par les effets de fa maffe & de fa viteffe, les oblige à fe rapprocher ?
- D’ailleurs , fi l’éleôricité de l’atmofphère provient du fluide qui peut s’y former, la couche la plus voifine de la terre me paroît devoir auffi être pofitivement éleftrifée. En effet, ou le fluide formé dans l’atmofphère n’exerce fon aâion que fur cette couche , & par conféquent l’éleârife pofitivement ; ou il éleftrife plufieurs couches d’air. S’il en éleftrife plufieurs, la plus voifine de la terre, cette dernière couche élec-trifée, devra toujours être pofitive : car, fi elle étoit négative , elle ne le feroit pas devenue pour avoir communiqué du fluide à la couche fupérieure, cette dernière n’étant pofitive que parce que le fluide nouvellement formé s’eff élancé vers elle, & par conféquent n’ayant pas eu befoin de feu éleÔrique. Elle ne pourroit donc être négative, que parce que fon fluide
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- auroit été répouffé par l’atmofphère de la couche qui feroit au deffus d’elle : fon feu éleftrique ne pourrait avoir été répouffé que dans le fens de la direction de la force impulfive de cette atmofphère éleftrique, & devroit s’être échappé vers l’endroit où il n’auroit eu à traverfer que l’épaiffeur de fa propre couche, & non pas fa longueur : il auroit donc été rejeté vers la terre. Mais alors n’auroit-il pas dû, en agiffant fur la nouvelle couche d’air qu’il auroit rencontrée, la divifer, & en former une couche pofitive ? Celle dont nous avons parlé ne feroit donc pas la dernière, & le feroit en même temps ; ce qui eft abfurde.
- Il fembleroit qu’on pourrait objefter que le fluide de cette couche, au lieu de s’arrêter dans la couche inférieure , pourrait être porté juf-qu’au globe, par des vapeurs ou d’autres fubf-tances conduftrices flottantes au deffous d’elle : mais les couches de l’air ne s’éleôrifent jamais d’aucune manière, que lorfqu’elles font éloi-v gnées de vapeurs affez abondantes pour pouvoir fi aifément leur enlever ou leur donner du fluide. La dernière couche éleftrifée ne peut donc être qu’une couche pofitive.
- La plupart des caufes dont nous avons parlé ne devant agir, du moins avec une certaine
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- énergie, qu’à l’aide d’une grande chaleur, il n’eft pasfurprenant que, pendant que la zone torride retentit fans cefle des orages les plus violens, les contrées plus froides ne les voient paroître que pendant l’été, ou après les jours chauds qu’on remarque quelquefois en hiver.
- Les nuages orageux, non-feulement fe font remarquer, ainfi que les conduéleurs de nos machines, par leurs foudres, leurs éclairs, & par le bruit qui les accompagne ; ils répandent encore comme eux une odeur qu’on a eu toute raifon de comparer à celle du phofphore. Plu-fieurs Physiciens, & particulièrement M. Wil-ckes, ont trouvé pendant des temps orageux, l’atmofphère imprégnée de cette odeur ; & il n’eft même perfonne qui, dans des temps fem-blables, n’ait fenti cette émanation particulière, que les gens peu inftruits des phénomènes de l’éleârieité appellent odeur de chaud , & qui n’eft autre chofe que cette odeur phofphorique qui n’abandonne jamais le fluide éleârique lorfque ce dernier eft en aftion , & dont nous avons parlé dans le feptième Mémoire.
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TOME 2
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- ESSAI
- SUR
- L’ É L E C T R I C I T É.
- TOME II.
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- -—A PARIS,
- f P. Fr. DIDOT le jeune, Libraire - Imprimeur » de Monsieur , quai des Auguflins.
- JDuràND neveu, Libraire, rue Galande. YDelalai.N aîné, libraire, rue Saint-Jacques.
- (S
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- ESSAI
- Süft
- L’ÉLECTRIC I T É
- NATURELLE
- ET ARTIFICIELLES
- Par M. le Comte DE LA CEPÈDE, Colonel au Cercle de Weftphalie ; des Académies & Sociétés royales de Dijon, Rome, Stockholm, Heffe-Hombourg, Munich,&c.
- TOME SECOND.
- A PARIS,
- DE L’IMPRIMERIE DE MONSIEUR.
- M. DCC. L X X X L
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- ESSAI
- SUR
- L’ÉLECTRICITÉ
- NATURELLE et ARTIFICIELLE.
- XIIe. MÉMOIRE.
- De la Gtêle.
- T, a grêle a trop fouvent ravagé nos campagnes pour que j’aie befoin de décrire ce phénomène funefte & deftruâeur. Les Phyficiens & les Obfervateurs ont remarqué depuis long-temps qu’elle ne tomboit prefque jamais, du moins Tome II, A
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- avec une certaine force, que lorfque le tonnerre fe faifoit entendre. Cette confiance à ne fe former en quelque forte que danslefein d’un nuage orageux, ne doit-elle pas faire regarder la grêle comme devant prefque toujours fon exiftence au fluide dont dépendent le tonnerre & les éclairs ? Le feu éleârique me paraît, en effet, la caufe la plus puiffante de la formation de la grêle. Il peut la produire par plufieurs moyens ; & c’eft prefque toujours de lui que fe fert la nature pour former dans les nuages ces congélations qui font plus ou moins groffes, plus ou moins folides, fuivant que fon équilibre eff plus ou moins rompu dans la nuée dont elles tombent.
- Le fluide éleârique ne doit cependant pas être regardé comme le feul agent qu’emploie la nature pour la formation de ce phénomène : quelque puiffante que foit fon aâion, la nature la combine fouvent avec d’autres moyens qui augmentent fon énergie, & qui même, réduits à leurs feules forces, pourraient fans fon fecours produire de la grêle. Cette dernière n’eft en effet qu’une eau glacée ; & la glace pouvant fe former fouvent à la furface de la terre làns l’aâion du feii éleârique, les gouttes d’eau qui fe réunifient dans un nuage ne pourroient-elles
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- sur l’Électricité. 3
- pas absolument s’y geler aulfi fans te concours de ce fluide ? Mais prefque toujours les diverfes petites caufes de la grêle, différentes du fluide éleftrique, feraient trop foibles pour geler l’eau des nuages. La grêle tombant principalement pendant l’été, c’eft-à-dire, dans un temps où la chaleur de l’atmofphère eft très-vive, elles ont befoin d’être fécondées par les forces puiffantes du fluide, qui, en effet, eft prefque toujours, lorfqu’il grêle, dans l’état qui lui eft néceffaire pour produire de grands effets, c’eft-à-dire, eft privé de fon équilibre ordinaire, & plus ou moins accumulé. C’eft même lorfqu’il grêle, que le fluide jouit de la plus grande force ; jamais, en ' effet, les orages ne font plus violens & plus animés ; jamais l’horizon n’eft couvert de plus de feux , & ne retentit de coups plus terribles» que lorfque la nuée orageufe lance la grêle en même temps que la foudre, ainfi que l’obferve le lavant M. de Ratte, Secrétaire perpétuel de l’Académie de Montpellier (*).
- Ces différentes petites caufes , qui mêlent quelquefois leurs efforts à ceux du fluide pour la formation de la grêle, font toutes celles qui
- (4) Voyez l’article Grilt dans l’Encyclopédie /édition de Genève, in-40.
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- peuvent communiquer un certain degré de froid aux molécules aqueufes fufpendues dans les nuages, & qui prefque toutes ont été jufqu’à prêtent affignées, par la plupart des Phyficiens, comme les caufes principales, & en quelque forte les feules de ce phénomène.
- La croûte de la terre ne peut laiffer paflër beaucoup de fluide , fans exhaler en même temps beaucoup de chaleur : auffi les parties de l’atmofphère où les orages fe font raffem-blés , doivent - elles ordinairement être plus échauffées & plus raréfiées que celles qui les avoifinent. Les vents qui foufflent vers ces régions plus chaudes font fouvent froids, parce qu’ils viennent fouvent de pays qui, par des circonftances particulières ou par leurs différentes fituations, jouiffent alors d’une température froide, relativement à ces mêmes régions. On peut même dire que cette température , plus froide que celle des régions où règne l’orage , doit exifter d’autant plus fouvent dans celles où les vents prennent naif-fance, que prefque toujours, fans elle, ces vents ne fouffleroient pas. L’air, en effet, ne fe porte guère d’un pays fur un autre, lorfque la raréfaction de l’atmofphère au deflùs du fécond, eft égale ou inférieure à la raréfafiion de l’atmof-
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- sur l’Électricité. 5
- phère au deffus de premier ; mais, au contraire, il va prefque toujours, & avec plus ou moins de viteffe, du pays plus froid vers le pays plus chaud , c’eft - à - dire , du pays où il eft plus condenfé, vers celui dont l’atmofphère eft plus
- Ces vents froids ne doivent-ils pas communiquer leur température aux molécules d’eau qu’ils rencontrent, & les refroidir? Ils pourraient même quelquefois être affez froids pour les geler, fi la température de l’atmofphère, à la hauteur où ces molécules font fufpendues, n’étoit pas bien éloignée du degré de la glace. Mais le plus fouvent ils ne font que les refroidir, les rendre plus voifines de la congélation , & les livrer ainfi préparées aux efforts puiffans du feu éleftrique. Ce fluide pouvant quelquefois avoir befoin de leur fecours pour la produâion de la grêle, il n’eft pas furprenant que dans les pays où le vent du nord eft prefque toujours froid, & celui du midi prefque toujours chaud, on ait vu fouvent une nuée amenée parle vent du midi, & offrant tous les phénomènes d’un violent orage, ne lancer de la grêle qu’après quele vent avoit changé, & étoit venu du nord.
- Lorfqu’une chaleur violente, telle que celle qui précède les orages, a produit une très-grande
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- 6 Essai
- raréfaftion dans l’atmofphère, non - feulement les colonnes d’air collatérales, & fituées fur le bord de la partie raréfiée, doivent s’ébouler pour ainfi dire ; non-feulement l’air qui les compofoit fe précipite vers l’efpèce de vide produit par la raréfaâion, & forme des vents collatéraux & froids ; mais cette raréfadion ne pouvant s’étendre qu’à une certaine hauteur dans l’atmof-phère , l’air qui eft au deffus doit s’abattre vers cet efpace raréfié, & y faire naître un vent plus froid encore. L’atmofphère eft toujours en effet bien plus refroidie à la hauteur d’où ce vent defcend & fe précipite, qu’à celle d’où peuvent venir les vents collatéraux , quelque caufe qui lesproduife. De même, lorfque pendant l’orage des foudres très-étendues auront décompofé une très-grande quantité d’air, & produit autour du nuage orageux des vides bien plus parfaits que l’efpèce de vide que la raréfaction fait naître ; non-feulement l’air des côtés doit courir pour les remplir, mais l’air fupérieur doit s’y jeter, fe laiffer tomber pour ainfi dire, & former un vent très-froid au deffus du nuage.
- Si les vents collatéraux peuvent, ainfi que nous l’avons dit , aider quelquefois le fluide dans la production de la grêle , & même la
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- former par leurs propres forces, les vents d’en-haut dont nous parlons , plus froids que les autres , ne doivent - ils pas produire tous ces effets avec plus d’énergie, augmenter bien plus la force du fluide, trouver moins de difficulté à former eux-mêmes la grêle, & être comptés comme les vents collatéraux, & même avant eux, parmi les petites caufes de la produftion
- Le célèbre M. "de Mairan trouva que l’air agité, quelle que fut fa température, refroidiffoit la furface de l’eau fur laquelle il fouffloit ; & il eftima même de deux degrés, la quantité du refroidiffement qu’il caufoit en elle. D’après cela, il imagina que les différera courans d’air qui peuvent agir plus ou moins fur l’eau que renferment les nuages, dévoient plus ou moins la refroidir.
- M. Hamberger penfa auffi que quand la partie fupérieuré d’un gros nuage eft expofée-aux rayons d’un foleil très - ardent, & que la partie inférieure eft à l’ombre, celle-ci peut fe refroidir au point que les gouttes d’eau qui la compofent fe convertiflent en glace.
- Ces deux caufes, dont l’une,à la vérité, ne peut fervir à expliquer que la grêle qui tombe pendant le jour, doivent être admifes au nombre A iv
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- de celles qui concourent à geler l’eau dans les nuages. Elles font une fuite de ce que M. Baume, de l’Académie des Sciences, nous a appris. Ce grand Chimifte a prouvé que plus les fubftances s’évaporent aifément, & plus elles perdent la chaleur qu’elles peuvent renfermer ; & que par conféquent tout ce qui peut faciliter l’évaporation d’une fubftance , doit plus ou moins la refroidir. Le phénomène du refroidiffement que produifent les deux dernières caufes dont nous venons de parler, n’eft autre chofe que celui que nous pouvons répéter à notre gré dans nos laboratoires, & que M. Baumé nous a montré pour la première fois. Cet Académicien fit voir que, lorfqu’on entourait une petite bouteille remplie d’eau, d’un linge qu’on imbiboit plufieurs fois d'éther, fubftance des plus évaporables, l’eau renfermée dans la bouteille fe refroidiffoit & fe conver-tiffoit en glace , au point même de cafter la bouteille à mefure que l’éther s’évaporait, & qu’il emportoit avec lui une partie de fa chaleur.
- Dans l’hypothèfe de M.' Hamberger , la partie fupérieure du nuage, qui, expofée à l’ardeur du foleil, doit éprouver une évaporation très-abondante, remplace l’éther, & enlève,
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- en fe diflipant, la chaleur de la partie inférieure qui repréfente l’eau, & qui doit bientôt fe refroidir, fe geler, 8c former de la grêle; & dans celle de M. de Mairan, l’éther n’eft-il pas encore repréfenté par l’air agité qui doit, ainli que lui, emporter la chaleur des molécules aqueufes, les refroidir, & les geler ?
- Le principe de M. Baumé, que nous venons d’expofer, engagea encore M. de Morveau à penfer, avec le célèbre M. Gueneau de Mont-beillard, que le fluide éleSrique étoit la caufe de la formation de la grêle (a). Ce favant & célèbre Académicien, connoiflant toute l’éva-porabilité que le fluide communique à l’eau, ne balança pas à voir en lui la caufe de la congélation des molécules aqueufes qui compofent la grêle ; congélation qui n’eft jamais produite que dans l’intérieur ou auprès des nuées ora-geufes, c’eft-à-dire autour defquelles le fluide a perdu fon équilibre. Et en effet, cette conf-tance de la nature à ne former de la grêle qu’au milieu d’un orage , ne nous permet pas de regarder uniquement l’évaporation caufée par
- (a) Voyez la Lettre de M. de Morveau à M. Gueneau de Montbeillard, publiée dans le Journal de Phyfique du mois de janvier 1777.
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- le fluide , comme une de ces petites caufe* dont nous venons de parler, qui, à la vérité, peuvent réunir leurs efforts à des efforts plus puiflans, les féconder & concourir avec eux, mais qui, réduites à elles-mêmes,ne pourraient prefque jamais faire naître la grêle. Si cela n’étoit pas ainfi, de grands vents, des vents plus ou moins froids, une certaine expofition des nuages, produiraient ce phénomène fans qu’il y eût aucune rupture d’équilibre du fluide ; ce dont on n’a guère d’exemples.
- Il eft difficile d’établir de quelle quantité le fluide peut augmenter l’évaporation de l’eau fur laquelle il agit. Cette quantité dépend en effet d’une infinité de circonfiances , de l'in-tenfité de l’éleâricité, de fa durée, du plus ou moins de furface & d’épaiffeur que préfente l’eau qu’on éleftrife, &c : mais il n’eft pas poffible de fe refufer à croire, d’après les expériences faites par plufieurs Phyficiens , & particulièrement par le célèbre Abbé Nollet, & d’après celles que j’ai faites dans les mêmes vues, que le fluide n’augmente toujours beaucoup plus que du double l’évaporation de l’eau qui le renferme, ou qui a été dépouillée d’une partie de celui qu’elle contenoit. A l’égard du froid que peut caufer cet accroiffement
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- sur l’Électricité, ii d’évaporation, il eft difficile de le déterminer d’une manière exafte. Lorfque j’ai placé la boule d’un thermomètre au milieu d’une cap-fule dans laquelle j’éleSrifois une couche d’eau très-mince, j’ai vu prefque toujours le mercure baiffer, & je l’ai même vu quelquefois defcendre de deux ou trois degrés, lorfque j’ai eu éleârifé l’eau pendant plufieurs heures, lorfque l’éleâricité de la machine dont je me fervois étoit très-forte, & qu’aucune caufe étrangère n’échauffoit l’eau & ne détruifoit par-là l’effet du fluide. Je n’ai cependant jamais cru pouvoir juger exaSêment, d’après ces expé-. riences, du degré de froid produit par l’évaporation de l’eau : le mercure ou l’efprit-de-vin renfermé dans mes thermomètres, n’a-t-il pas dû s’éleârifer, être par conféquent dilaté, occuper un plus grand efpace , monter dans le tube, & par-là indiquer un degré de froid bien moindre que celui que l’évaporation avoit pu réellement produire ?
- Quoi qu’il en foit, d’après la plus grande évaporation que le fluide procure à l’eau, & dont il n’eft pas permis de douter, il doit faire naître un refroidiffement plus ou moins grand. Lorfqu’il efl: ramaffé en grande quantité dans un nuage, la grande évaporation qu’il
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- i2 Essai
- lui fait fubir doit produire un très-grand froid, qui, fur-tout lorfqu’il eft aidé par les petites caufes que nous avons rapportées, peut congeler l’eau du nuage, & la faire tomber en grêle.
- Mais ce n’eft pas la nuée orageufe & douée d’éleâricité qui fera gelée par le moyen du fluide; elle ne fera que s’évaporer avec plus ou moins de viteffe , & emporter avec plus ou moins de force la chaleur de la partie de l’atmofphère qui l’avoifinera. Dans le nuage fuppofé par M. Hamberger, la partie expofée aux rayons du foleil & qui s’évapore, n’eft pas celle qui fe gèle': elle ne fait qu’emporter avec elle les parties de feu renfermées dans tout ce qui l’entoure , diminuer par confé-quent la chaleur de la partie qui l’avoifine, & qui fe convertit en glace. Un nuage orageux ne peut pas repréfenter en entier ce nuage de M. Hamberger , c’eft-à-dire , être fuppofé éleârifé dans une partie où fe fera l’évaporation, & non éleSrifé dans une autre où la congélation aura lieu. Une partie d’un nuage entièrement compofé de fubftances conductrices, peut-elle, en effet, jouir d’une vertu éleârique , fans que cette vertu foit communiquée dans un inftant à l’extrémité la plus
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- éloignée, quelque (Mance qui les fépare ? & ne peut-on pas au contraire concevoir affez d’épaiffeur dans un nuage, pour que la chaleur qu’un de fes côtés éprouve ne parvienne que lentement au côté oppofé , & lui donne le temps de fe glacer en obéiffant à l’influence de l’évaporation du premier côté ? Le nuage orageux ne peut donc que remplacer le côté du nuage de M. Hamberger, expofé aux rayons du foleil ; & celui qui eft à l’ombre ne peut être repréfenté que par un nuage voifin qui n’aura pas reçu de l’éleâricité , & qui fera féparé de la nuée orageufe par des couches d’air affez épaiffes pour l’empêcher de recevoir du fluide, mais qui cependant fera affez près de la partie de l’atmofphère refroidie pour en contraâer le froid, fe geler & tomber en grêle.
- Lors donc que tous les nuages dont l’horizon fera couvert feront éleftrifés , il ne devra jamais grêler, du moins par un effet de la caufe que nous aflignons ici : cette dernière ne formera de la grêle que lorfque l’orage aura été divifé par de grands intervalles, qu’il aura pré-fenté des nuages ifolés & féparés les uns des autres, & que ces derniers auront laiffé entre eux des efpaces vides, devant lefquels il ne fe fera étendu qu’un léger rideau de petites
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- nuées très-minces & très-déliées, dont la couleur , comparée à la couleur noire & obfcure des nuages plus épais qui les auront environnées, aura paru plus ou moins blanchâtre. Ceci s’accorde parfaitement avec les obferva-tions faites de tous les temps par les gens les moins inftruits, qui ne redoutent la grêle que lorfqu’ils voient l’orage parfemé de ces efpaces blanchâtres & à demi éclairés : obfervations auxquelles les Phyficiens auraient dû faire attention ; car le peuple, qui eft fi peu éclairé fur les caufes mêmes les plus prochaines des phénomènes, ne fe trompe guère fur ce qui ne demande que des yeux ; & nous voyons tous les jours de vieux proverbes, qui ne font que les réfultats des obfervations faites par le peuple, devenir des vérités, & être adoptés par les Philofophes.
- Le fluide éleârique peut encore produire de la grêle au milieu d’un nuage, fans augmenter fon évaporation. Toutes les molécules aqueufes qui compofent un nuage éleôrifé, doivent avoir autour d’elles une petite atmof-phère d’autant plus grande, qu’elles ont été plus divifées, qu’elles préfentent une plus grande furface , & qu’elles ont par conféquent une plus grande affinité avec le fluide. Ces atmof-
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- sur l’Electricité. 15 phères fe repouflànt mutuellement, doivent les retenir plus ou moins éloignées les unes des autres, & les empêcher par-là d’obéir aux différentes caufes de congélation qui peuvent agir fur elles, & dont les efforts tendent à les ramaffer & à les conglomérer. Si dans cet état le nuage éleétrifé rencontre quelque fubftance à laquelle il foit obligé de communiquer une partie de fon fluide, les atmofphères de fes parties diminuent ; & ces mêmes parties pouvant alors fe rapprocher davantage, ne doivent-elles pas obéir avec moins de peine aux caufes réfrigérantes, & fe congeler plus facilement ? Ce qui prouve que le fluide peut ainfi produire de la grêle en abandonnant un nuage » ou en rétabliflant l’équilibre qui y étoit rompu, & en biffant par-là aux caufes de la congélation toute la liberté que l’éleâricité leur ôtoit, c’eft que fouvent la pluie s’eft convertie en grêle après un coup de tonnerre, c’eft-à-dire , après un rétabliffement d’équilibre ; & fouvent auffi la grêle a ceffé & s’eft changée en pluie après un éclair, c’eft-à-dire, après que le nuage d’où tomboit la grêle a eu acquis quelque éleélricité.
- Souvent, en temps d’orage, lorfque deux groffes nuées éleôrifées fe rencontrent, on voit
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- 1(5 Essai
- leur union donner naiffance à la glace , & la pluie de l’une devenir de la grêle. C’eft toujours la nuée négative qui fe gèle, lorfqu’elles jouiffent d’éleâricités différentes. En effet, fi la grêle tombe dans ce phénomène, n’eft-ce pas parce que l’une des deux nuées cède à l’autre une partie du feu éleârique qu’elle renfermoit, & parce que cette quantité de fluide ne peut pas l’abandonner fans augmenter fon évaporation, & produire autour d’elle un froid affez grand pour geler les molécules aqueufes ? Mais ce n’eft pas la nuée abandonnée par le fluide , c’eft-à-dire, la nuée pofitive qui éprouve ce froid, puifqu’elle s’évapore ; il n’agit que. fur la fécondé nuée, & ne congèle que les molécules de cette dernière. N’eft-il pas aifé de voir que lorfque les deux nuages jouiffent d’une électricité de la même efpèce, mais dont la force n’eft pas la même, c’eft celui qui a la vertu la plus foible, qui fe gèle, & qu’il ne fe forme pas de la glace lorfque l’éleâricité des deux nuées a la même nature & la même intenfité ?
- Mais , indépendamment de ce que nous venons de dire, ce qui affure au fluide électrique le droit d’être regardé comme la principale caufe de la grêle, c’eft, fuivant moi, la facilité avec laquelle il fournit à l’eau qui tend
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- à fe glacer, le principe fans lequel il me femble qu’elle ne peut devenir de la glace. Je vais développer cette idée.
- Je penfe que le froid, quelque intenfe qu’il puiffe être, ne produiroit jamais de la glace par lui-même : jamais l’abfence de la chaleur, ou, ce qui revient au même, de l’élément du feu, ne parviendrait à faire naître dans l’eau cet état que nous nommons glace, & qui me paraît devoir être une vraie criftallifation. Je crois que l’eau, pour fe congeler, a befoin qu’un principe nouveau s’unilfe & fe combine avec elle, de même que les métaux ne peuvent pas être réduits à l’état de chaux par la perte feule du phlogiftique qu’ils renferment, & ont befoin de s’unir avec un nouveau principe que quelques Phyficiens ont nommé air fixe. Ce n’eft pas que le principe néceffaire à la congélation de l’eau, puiffe avec fes feules forces la changer en glace : il faut d’ailleurs que la chaleur l’ait abandonnée jufques à un certain degré, & ce degré eft à peu près celui qui a été marqué par un zéro fur le thermomètre de M. de Réaumur.
- L’élément du feu, quelle que foit la force avec laquelle il agiffe, eft toujours une chaleur obfcure, & confqme les corps fans répandre Tome II. J3
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- 18 Essai
- aucune clarté, jufques à ce qu’il air joui de la préfence de l’air, &, comme je crois l’avoir prouvé, jufques à ce qu’il fe foit combiné avec cet élément fécondaire, & qu’il ait formé avec lui la Lumière. L,e feu ne pourra jamais non plus, en quelque quantité qu’il s’échappe de l’eau, & quelque froid qu’il y laiffe, la congeler & la changer en glace, tant qu’il ne fera pas remplacé par le principe qui peut feul opérer cette criftallifation.
- La chaleur, qui eft la même chofe que le feu pur, demeure fouyent dans fon état obfcur, ^quoique placée au milieu de l’atmof-phère & de l’air libre , parce que différentes circonftances peuvent empêcher qu’elle ne fe combine avec l’air qui l’eptoiire ; elle ne fait que répandre une épaiffe fumée & l’im-prégner de fes molécules, qui n’attendent que leur combinaifon avec l’air pour éclairer , & changer cette fumée en flamme. Si alors on approche de cette fumée noire & chaude un corps brûlant & lumineux, une torche ardente, un brandon de paille allumé, un peu de foufre brûlant, les parties de feu que cette fumée renferme peuvent fe combiner tout de fuite avec l’air , & devenir lumière ; la flamme fe communique avec la plus grande rapidité, &
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- l’incendie eft bientôt devenu général. Nous avons tous les jours, dans nos foyers, de petits exemples de ce phénomène. Ne femble-t-il pas que, dans certaines circonftances, le fëü ne puiffe fe paffer de- quelque intermède pour fe combiner avec l’air, qu’il ait befoin, par exemple , de l’intermède de la lumière que répand un corps enflammé, c’eft-à-dire, d’une fublîance dans laquelle fa-combinaifon avec l’ait ait été déjà faite?
- le principe qui doit la rendre glace, a fouvent, & peut - être plus fouvent encore, befoin de l’intermède d’une fub&anee dans laquelle- elle ait déjà été combinée avec ce principe. En vairi l’eau a fubi ce degré de froid néceflaire à- la congélation, qui fait defeendre le thermomètre de Réaumur au deflbus de zéro ; elle ne demeurerait pas moins dans un- état de liquidité froide, fi on n’approchoit pas1 d’elle un morceau de glace déjà formée, ou un peu de neige qui n’eft qu’une glace plus divifée. A peine le'morceau de glace ou la neige touche l’eau, que cette dernière fe congèle en un inftarit, & la glace fe répandauffivîte fur elle, èjue la-flamme fur la chaleur obfcure.
- Les petites molécules d’eau congelées que
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- Essai
- l’air renferme, & que nous avons peine à y appercevoir, produifent le même effet que la neige, répandent la .glace avec viteffe fur l’eau qui a déjà atteint le degré de froid néceflaire à la congélation, & qui eft affez rapprochée pour que le nouveau principe qui doit agir fur elle, puiffe la changer entièrement en. glace , en fubftance criftallifée. Ces petites molécules congelées qui flottent dans l’atmofphère, peuvent fe geler d’elles-mêmes, c’eft-à-dire, fe combiner, fans le fecours d’aucun intermède, avec le principe de la glace , parce qu’étant entièrement divifées, & préfentant une très-grande furface relativement à leur maffe, elles doivent avoir plus d’affinité avec le principe de la congélation , que fi elles ne formoient qu’un feul tout ; & cela, parce que le principe de la congélation eft un fluide , & parce que toute molécule qui préfente une plus grande furface doit avoir, ainfi que nous l’avons démontré, une plus grande affinité avec un fluide auquel elle veut s’unir.
- L’eau qu’on expofe à la gelée fans lui communiquer aucun mouvement, & fans que l’air qui repofe au deflus d’elle & qui la touche, fouffre la plus légère agitation, ne fe gèle pas, quoiqu’elle éprouve dix degrés de froid au
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- deffous du terme de la glace. Mais fi l’on vient à l’agiter , à lui faire reffentir la plus petite fecouffe, elle fe gèle dans l’inftant. Ce phénomène , qui a été répété par plufieurs Phyficiens, & dont l’explication a toujours paru difficile, ne vient-il pas de ce que l’eau ne peut pas être congelée lans intermède, ainfi que nous l’avons déjà dit, quelque froid qu’elle fubiffe ? Si elle eft conftammant en repos, ainfi que l’air qui l’avoifine , les molécules glacées que ce dernier renferme, ne pourront pas la toucher en affez grand nombre, ne lui fourniront pas un intermède affez puiffant ; & elle demeurera expofée au froid le plus rigoureux, fans perdre fa liquidité. Mais lorfque l’agitation de l’eau & celle de l’air augmentent, les différens points de contaft de ces deux fubftances fe multiplient , le nombre des petits intermèdes s’accroît, la combinaifon peut avoir lieu, & la glace fe forme.
- La fuite de ce phénomène a paru aufli étonnante à plufieurs Phyficiens : l’eau qui a éprouvé dix degrés de froid au deffous de celui de la congélation , dès le moment qu’elle fe glace par une fuite de l’agitation & du mouvement qu’on lui imprime, fait monter le thermomètre au fimple degré de la glace. Ceci me paroîe
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- tenir à ce que l’eau privée de chaleur jufqu’à un certain point, doit avoir une plus grande liberté pour s’unir au principe de la congélation, qui des-lors fe combinera fortement avec elle ; Çt çette aâion de ce principe fur l’eau, ne fera-t-elle pas néceffairement accompagnée de çhaleur, ainfi que le font toutes les combinai-fofis de deux fublfeuiGes très-avives? Lorfque l’eau qui efl fur. le point de fe geler efl moins froide, elle eft moins privée de l’élément du feu ; ce dernier la neutralife encore trop, fe je puis me fervir de ce.terme, & enchaîne trop pujQâmment fa force attrafUve, pour qu’elle pujffe exercer fur h principe de. la glace une a&ion. Il violente qu’elle faflè naître de la çbafeur.
- Ce n’eft pas que je confidère le froid comme uft être, réel., & que je le regarde comme autre efrpfe que l’abfence du feu ou de.la chaleur.; mais je penfe, avec M. Mufehembroech, que la congélation., & le refroidiffement quelque grand qu’il puifffr être, font deux, phénomènes tfes-diffémns,
- te refroidiffement n’eft> dû qu’à; la dépéri dition. dp. feu.; & comme Vévaporation de ce dernier, Içrfqpfelfe elhtrès-confidérable, doit produire dans, quelque fubflance que ce foit
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- une confolidation , je ne doute pas qu’en continuant de faire fubir à l’eau un froid dont l’intenfité ne cefleroit d’augmenter , on ne parvînt à lui faire acquérir de la folidité, quand bien même on pourrait là priver entièrement de toüfe combinaifOn avec lé principe de la glace; & lorfqu’elle ferait réfraidié àplufieurs degrés àü deffous de zéro, elle deviendrait une mafle folidè dont nous pourrions même foup-Çoririer qüèlqUes prapriéfés. Mais cette rriaffè folide ferait, je crois , biéri différënte de cè que nous nommons glace , & qui n’eft pas feulement dé l’eaû ra'maflee par lé froid, mais une véritable crîftaliîfàtibn formée pâr l’uniôn de deux fubftances différentes , & compoféô de l’eau & du principe de là; co'ngëlariôri. A la vérité, cëttê ériftallïferiôÜ rie périf avoir lieu què lorfqüe l’êâff à pe'rdu une cërtâi'rie’ quantité de feic pur ou de cKidiur, & afteM't 5 pèu près' lé degré de froid marqué par un zéro fùr'Ier tbèfiriprriètre de M. de Réaumur;- dé mérite qu^nchimie, uri alkali combiné jufquësâ'tfri certain point avec un acide riè pëüi s’üriif dV’ec Un nbüVèl acide qu’apres' àvôi¥ pérdu lè premier, ou l’avoxf du moins laifTedéhappér eri pàrtieV G’éft aitffî encore que les ritetaûx né peuvent s’unir au principe qüi les fait criftàHifer, qu’àprès âVoir perdu jufqüës
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- à un certain point la chaleur qu’ils renfer-moient, & s’être refroidis à un degré dépendant de leur affinité avec le principe de la criftalli-fation. Le mercure eil toujours fluide, parce qu’il a befoin de jouir d’une température très-froide, & d’avoir perdu beaucoup de chaleur, pour fe combiner avec le principe de la crif-tallifation des métaux , fur lequel il n’exerce pas une très - grande force d’attraftion. Je développerai ces idées dans ma Phyfique , & je tâcherai de les prouver.
- Mais quel eft ce principe de la congélation ? Quelle efl cette fubftance qui fe combine avec l’eau , & qui la fait criftallifer? cette éfpèce d’acide qui s’unit intimement avec elle ? M. Muf-chembroeck en reconnoiflknt, ainli que moi, la néceffité de ce principe, s’eft contenté de prévoir qu’on pourroit le découvrir , & de le dire répandu dans l’atmofphère. Pour moi j’ofe croire, d’après plufieurs expériences, que c’eft un des principes conftituansde cet élément fecondaire que nous nommons air. Je penfe qu’il fe décompofe une certaine portion de ce même air qui fournit à l’eau le principe nécef-faire pour la glacer, & que l’air étant décom-pofé, le principe propre à la congélation qui en réfulte, ne peut prefque jamais fe combiner
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- avec l’eau réunie en mafle , fans l’intermède d’une eau déjà glacée. Il n’y a en quelque forte que les petites molécules d’eau fufpendues dans l’atmofphère, 8c qui y font invifibles, qui peuvent fe geler fans aucun fecours : elles fervent d’intermède après leur congélation à l’eau ramaffée, & elles tiennent cette propriété de la plus grande affinité qu’elles doivent avoir avec le principe de la glace, à caufe de leur très-grande divifion, 8c de la très-grande étendue de leurs furfaces. Au relie, tout ce que je viens de dire, 8c que j’ai cru devoir expofer pour faire concevoir une nouvelle caufe de l’influence du fluide éle&rique dans la formation de la grêle , fera étendu 8c prouvé , par plufieurs expériences , dans un ouvrage plus confidérable.
- Maintenant, fi on fe rappelle que chaque foudre, chaque éclair que lance un nuage orageux , décompofe une quantité d’air fouvent très-confidérable, on ceffera entièrement d’être étonné que le fluide éle&ique doive être regardé comme la caufe principale de la grêle qui tombe. En effet, les différentes caufes, puiffan-tes ou foibles, que nous avons expofées jufqu a préfent, ne produifent que du refroidiffement, 8c peuvent tout au plus faire parvenir l’eau renfermée dans les nuages , au degré de froid
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- marqué {èro. Mais l’eau , arrivée à ce degré , n’eft pas affez refroidie pour acquérir cette folidité, que la feulé abfence du feu peut lui donner; & elle a befoin de fe combiner aveô le principe de la glace, pour perdre fa liquidité avant d’avoir fubi un froid plus intenfe que celui qui eft indiqué par zéro. L’eau doit être dans les nuages en affez grande maffe , & y avoir en même temps un affez grand volume , pour ne pouvoir pas fe paffer de plufieurs & de puiffans intermèdes ; à moins que le principe de la congélation nè lui foii offert en grande quantité , & dans un état très -favorable à la combinaifom Les ihtermèdés,' cependant, peuvent n’être pas nombreux, l’eau n’ayant acquis du froid que par un effet des caùfes particulières qui n’ont agi qü'è fut elle, qui n’ortt pas refroidi une grande portibii de l’atmofphère qui l’environne ; & qui par conféquent n’ont pas glacé une grande quantité de petites molécules aqueufes. L’eau des nuages ne' fe gèle donc, ou du moins ne devient lê plus fouVenf de la grêle, que lbrfqüe le principe'de la congélation hii eft fourni en fi' grande abondance, & dans un état fi favorable, qu’il lui eft poffible de fe combiner d’elle-même-avec lüi. Toute caufe qui lui foürnir'a donc cette grande quantité du
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- principe de la glace, devra être regardée comme la caufe principale de l'on changement en grêle. Or, c’eft le feu éleôrique qui procure à l’eau des nuages cette grande abondance du principe de la congélation, & qui le lui livre dans l’état le plus propre à s’unir avec elle. En effet, ne décompofe-t-il pas, à chaque étincelle, un volume d’aii- très - étendu ? Par cette décomposition, le principe de la glace fe trouve dégage de fon union intime avec les autres parties de l’air, & en eft délivré en très-grande quantité : l’eau n’a plus befoin du fecours d’un intermède qui ne lui étoit en quelque forte néceffaire que pour décompofer l’air, & pour agir fur le principe de la glace par une force attraâive lï grande, qu’elle pût vaincre celle des autres principes de l’air, & les précipiter : elle a par • elle-même affez d’affinité avec le principe de la congélation, pour s’unir avec lui lorfqu’elle le trouve dégagé de toute combinaifon étrangère, & qu’elle le rencontre d’ailleurs en très-grande quantité.
- Il ne tombe guère de la.grêle qu’après que la croûte de la terre a été affez raréfiée pour laiffer paffer une certaine quantité de fluide qui puiffe former des orages, fe ramaffer autour des nuées, & y produire en grand les effets
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- dont nous venons de parler, ou après qu’une chaleur très-vive a pu donner naiffance aux différentes caufes d’orages que nous avons aflignées. Auffi ce phénomène ne paroît-il ordinairement que pendant l’été; ou, fi quelquefois il (emêle aux horreurs de l’hiver, il eff prefque toujours précédé par des chaleurs confidérables, & par des orages plus ou moins violens.
- Une température femblable doit produire à peu près une égale raréfaftion dans la croûte du globe, laiffer paffer la même quantité de fluide, agir dans l’atmofphère avec des forces égales, & faire naître les mêmes phénomènes. D’après cela, ne me demandera-t-on pas pourquoi , s’il ell vrai que la grêle dépend de l’éleftricité , elle tombe plus fouvent vers la fin du printemps qu’au commencement de l’automne , quoique la température de ces deux faifons foit à peu près la même , & qu’une température égale doive produire une égale éleélricité ?
- Une égale température doit , il eff vrai, faire éprouver la même raréfaâion à la croûte du globe ; & une raréfaftion du même degré , doit laiffer paffer une égale quantité de fluide. Le feu éleârique fe forme dans l’intérieur de la terre en hiver comme en été. Pendant que
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- la furface du globe eft endurcie par le froid, fon intérieur jouit d’une température femblable à celle qui y règne pendant l’été ; une égale quantité de fluide y prend naiffance : mais au lieu de fe difliper, pour ainfi dire, à mefure qu’elle fe forme , ainfi que pendant la faifon des chaleurs , elle s’accumule dans cet intérieur , ainfi que nous l’avons vu à l’article des tremblemens de terre. Dès que, vers la fin du printemps, la croûte de la terre fe raréfie au point de laiffer palier fans contrainte le fluide éleftrique, elle doit exhaler tout celui qui a été produit pendant le temps des froids. Ce dernier fluide étant très-abondant, il n’eft pas furprenant que , lorfqu’il eft enlevé dans l’atmofphère, il puifle y congeler l’eau des nuages autour defquels il fe ramafle, produire la grêle, &c.
- Lorfque l’automne commence de régner à fon tour, la croûte de la terre peut bien, à la vérité, être aufiï raréfiée que vers la fin du printemps 9 mais elle n’épanche que le fluide qui peut à chaque inftant fe former dans fon fein, quantité bien petite lorfqu’elle eft comparée à celle qui peut être produite pendant tout le temps que le froid condenfe la furface du globe , & qui ne doit par conféquent faire
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- naître qu’un bien plus petit nombre de phénomènes. Ainfi, quand bien même les autres çaufes de grêle feraient en aulïi grand nombre & auraient la même énergie dans ces deux faifons, cette caufe étant moindre au commencement de l’automne, la grêle doit alors moins fouvent ravager la terre.
- Il eft aifé âe voir qu’on peut expliquer de même pourquoi les orages, & les autres phénomènes de l’atmofphère, qui dépendent du fluide , font plus communs à la fin du printemps qu’au commencement de l’automne, quoique ces deux temps falfent reflentir une égale chaleur.
- Si la.grêle ne tombe pas plus fouvent, fi chaque orage n’efi pas accompagné de ce fléau deflruâeur, ce n’efi pas que le fluide ne puiffe à chaque orage fournir à l’eau le principe de la congélation, par le moyen de la décompo-fition de l’air que produifent fes foudres ; mais c’eft que la préfence de ce principe ne fuffit pas pour former la grêle : il faut encore que l’eau foit dans un état convenable à fa combi-naifon avec ce principe, qu’elle ait été dégagée d’une grande partie de fa chaleur, qu’elle ait été amenée enfin au degré de froid indiqué par zéro. Souvent les divers moyens de refroi-
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- diffement dont le fluide peut fe fervir, ne fuffifent pas pour faire parvenir l’eau à ce degré ; fouvent ils ont befoin d’être aidés par les petites caufes dont j’ai parlé, & qui ne concourent pas toujours avec eux. D’ailleurs, lorsque l’orage ne renferme qu’une nuée, le grand moyen de refroidiffement qui eft au pouvoir du fluide, e’eft-à-dire, l’évaporation qu’il caufe, eft employé en vain , puifque le froid qu’il peut procurer ne fe fait pas reffentir fur le nuage qui s’évapore, mais fur ce qui l’avoi-fine. En effet, ne faut-il pas d’après cela, pour que l’évaporation produife du froid dans un orage, qu’il foit divifé fur plufieurs nuées, & qu’il préfente ces efpaces blanchâtres fi bien connus de tout le monde pour des lignes d’une grêle prochaine ? Cette divifion cependant ne fe rencontre pas toujours, ainil qu’on peut en juger par l’abfence fréquente de ces apparences blanchâtres, fans lefquelles elle ne peut guère avoir lieu.
- * Nous devons dire néanmoins, qu’on peut voir grêler dans tous les temps, dans les faifons les plus froides comme dans les plus chaudes, fans aucune apparence d’orage, fans lapréfence de cette grande & principale caufe de la grêle, & même fans que la nature emploie aucun des
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- E S S A I autres moyens que nous avons expofés. Le vent ou quelques autres caufes, affez rares à la vérité , fur-tout dans nos climats, mais qu’il n’eft cependant pas impoffible d’y voir régner, ne peuvent - ils pas pouffer & enlever un nuage jufques à la hauteur de la ligne de glace qui environne notre globe, je veux dire jufques à cette portion de notre atmofphère où le froid eft toujours fupérieur à celui dont le degré eft marqué par zéro, & à laquelle les hautes montagnes ne peuvent atteindre fans être chargées de glaces éternelles qu’aucune faifon ne voit fondre, & qui dans tous les temps blanchiffent leurs fommets ? Le nuage parvenu à cette hauteur doit bientôt être glacé ; fes molécules doivent y trouver un affez grand nombre de petites molécules gelées, pour pouvoir fe combiner avec le principe de la glace, fe geler & tomber en grêle. Celle qui eft formée par cette dernière caufe , eft heureufement la plus rare de toutes ; car, tombant d’une plus grande hauteur que la grêle ordinaire, elle produiroit des ravages bien plus funeftes. Dans les climats feptentrionaux , où la ligne de glace ne ceffe de s’incliner vers la furface de la terre, jufques à ce qu’enfin elle la touche dans les contrées entièrement envahies par les glaces &
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- & les neiges; il doit être moins rare de voir les nuages s’élever jufqu’â elle, & fe convertir en grêle fans l’aftion d’aucun orage ; mais aufli la grêle qui doit fon origine à ce dernier moyen, eft-elle moins funefte dans ces climats voilins des pôles, qu’elle ne le feroit dans nos zones tempérées, la ligne de glace étant bien moins élevée dans ces contrées froides & couvertes de glaces.
- Indépendamment des intervalles plus clairs qu’on remarque quelquefois entre les divers groupes de nuages qui compofent un orage, & que l’expérience & la théorie doivent faire regarder comme des lignes de grêle, le nuage qui la porte eft prefque toujours accompagné d’un grand vent : un bruit affreux réfonne dans les airs , tant les grains de grêle qui tombent, font poulfés les uns contre les autres par les diverfes agitations de l’air , fe croifent, fe choquent, fe heurtent, & font entendre au loin un roulement continuel & un bruiflemen»-
- Quelque funeftes que puiffent être les ravages de la grêle, ils ne furprendront pas, fi l’on confidère que , d’après les lois que la nature a établies relativement à l’accélération Tome II. C
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- du mouvement des corps qui tombent, un grain de grêle qüi defcend uniquement d’une hauteur de cent toifes, parcourant à peu près quatorze pieds dix pouces deux lignes pendant la première feconde de fa chute, doit avoir acquis, lorfqu’il arrive à la furface de la terre, abfhaâion faite de la réfiflance de l’air , une viteffe capable de lui faire parcourir près de deux cents pieds par feconde. Cette viteffe multipliée par la maffe des grains de grêle affez gros quelquefois & affez compares pour pefer une livre, donne-t-elle une force trop foible pour produire les effets malheureux qu’on doit lui rapporter ? Eft-il furprenant que la grêle , lorfqu’elle eft un peu groffe, détruife les moif-fons * dépouille les arbres & les mutile ; qu’elle tue les oifeaux dans les airs, ou les écrafe fous les branches qui leur fervoient d’afyle & qui caffent fous fon poids ; qu’elle donne fouvent la mort aux troupeaux qu’elle furprend dans la campagne , & quelquefois même qu’elle bleffe mortellement les hommes expofés à fes coups ? Et quels effets plus terribles encore ne produiroit-elle pas, fi l’air qu’elle traverfe, dont elle doit déplacer un volume d’autant plus grand qu’elle tombe d’une plus grande hau-
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- teur, & dans lequel elle trouve toujours une réfiftance proportionnée à fa vitefle, ne dimi-nuoit fes forces en diminuant la rapidité de fa chute, & n’enchaînoit en partie fon pouvoir deftruâif?
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- Du Magnétifme.
- O N comprend fous le nom de magnétifme tous les phénomènes que préfentent les minéraux connus fous celui d’aimant ou de magnes , que les anciens leur donnoient ; on a enfuite étendu ce nom à tous les effets produits par des morceaux de fer auxquels on a pu donner la propriété de faire naître les mêmes phénomènes que les aimans naturels. Ces morceaux de fer ont été défignés par l’épithète à'aimantés , & par la dénomination $ aimans artificiels.
- L’aimant naturel eft une mine de fer qui approche beaucoup du fer natif. Sa couleur & fa criftallifation varient : celui qu’on trouve en Sibérie efl à petites facettes grifes & brillantes qui fe rouillent aifément dans un lieu humide; celui de Corfe n’en diffère qu’en ce qu’il eft fouvent mêlé avec du vert de montagne ; l’aimant de Saint-Domingue eft brun, ordinairement compafte, & renferme quelquefois des odaèdres. L’aimant a fouvent pour gangue
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- des pierres & des terres de différentes efpèces , dont la couleur fert à le défigner.
- On a reconnu en lui la propriété d’attirer le fer & même les aimans, pourvu que ces derniers lui foîent préfentés d’une certaine manière. Mais les attrapions de l’aimant ne font pas les feuls phénomènes qu’il nous offre : nous allons voir les fubftances aimantées faire naître des effets analogues à prefque tous ceux que produifent les fubftances éleârifées. Ces rapports, que les Phyficiens n’ont pas encore tous reconnus , ne. pourront cependant pas nous faire afîigner la même caufe aux phénomènes du magnétifme & à ceux de l’éleâri-cité : le nombre des différences qui les fepa-rent eft trop grand , malgré leur analogie, pour que nous puiffions les identifier , & par conféquent pour que nouspuifBons leur donner la même origine. Nous remarquerons feulement un très - grand rapport entre les deux caufes qui les font naître, & nous les verrons toutes les deux produire leurs effets d’après le même principe. Ce principe, duquel nous avons déduit la théorie de l’élePricité, acquerra par-là un nouveau degré de certitude , puif-qu’il deviendra plus général, & par cela feul plus admiflible. Mais, indépendamment de la
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- nouvelle force que nous lui donnons en l’appliquant aux phénomènes du magnétifme , ne devions-nous pas, dans un ouvrage fur l’électricité * tâcher de découvrir la théorie des effets magnétiques que tant de Phyliciens célèbres ont fait dépendre entièrement de la caufe des phénomènes éleôriques ?
- Tous ces derniers tiennent à l’aâion d’un fluide dont nous avons reconnu la nature, & que nous avons nommé fluide ou feu éleôri-que. Tous les phénomènes du magnétifme vont auffi tirer leur origine d’un fluide, que nous distinguerons par le nom de magnétique. Avant de parler de fa nature , établiffons , en peu de mots, la néceflité de fon exiftence, quels que foient les principes qui le compofent.
- Tout corps magnétifé , c’eft-à-dire, tout aimant foit naturel foit artificiel, agit fur le fer & fur les autres aimans qu’il rencontre , quoiqu’il en foit féparé par une diftance affez considérable : il faut donc néceflairement qu’il agiffe ou par le moyen d’un corps qui lui ferve à atteindre de loin, ou par une force intérieure pénétrante , telle, par exemple, que celle de l’attraâion. Mais les forces de ce genre ne peuvent être admifes qu’autant qu’elles font générales, propres à toutes les parties de la
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- matière, & une de fes propriétés effentielles : dès-lors les phénomènes du magnétifme ceffe-roient d’être propres à des fubftances particulières , & appartiendraient à toute matière, ce qui, indépendamment d’autre raifon, eft contraire à l’expérience. Il faut donc que l’aimant agiffe par le moyen d’un corps diftinâ de lui, & qui cependant lui foit inhérent lorf-qu’il attire ou lorfqu’il repouffe ceux qui l'ont placés à une certaine diftance. Mais ce corps dont le fecours lui eft néceffaire, & qui occupe un très-grand efpace, puifqu’il s’étend tout autour de lui à une diftance affez confidérable, eft très-divifé, & compofé de parties fort peu adhérentes entre elles, puifque les corps qui ne font pas fournis à fon aôion, peuvent le traverfer fans éprouver aucune réfiftance fen-fible. Mais qu’eft-ce qu’un corps ainfi divifé & ainfi compofé, fi ce n’eft un fluide ? Il me femble donc qu’on doit admettre l’exiftence du fluide magnétique, quelles que foient fes propriétés.
- J’ai dit dans le quatrième Mémoire, que ce fluide me paroiffoit être une combinaifon de la chaleur, ou, ce qui eft la même chofe, de l’élément du feu , avec l’élément fecondaire que nous nommons terre. Cette opinion me
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- paroît fondée fur ce que l’expérience prouve d’une manière inconteftable que le fluidemagné-tique eft expanfible de fa nature. L’expanfibi-lité ne peut convenir en aucune manière à la matière morte, ni par conféquent à aucun des trois élémens fecondaires ; elle ne peut appartenir qu’à une matière qui a été affez divifée pour obéir avec liberté à fa vertu attraftive, & dont les molécules ont été douées d’une figure telle que leur contaft a pu être très-immédiat, leur vertu attraftive à ce point de contaft très-forte , & leur réaftion très-grande. L’expanfibilité enfin, ne peut être qu’une fuite de la réaftion de l’attraftion ; & il n’y a de réaftion de l’attraftion, que dans l’élément du feu & fes compofés. Nous devons donc né-ceffairement reconnoître ce feu primitif & élémentaire dans toutes les fubftances expan-fibles ; nous devons donc croire que le fluide magnétique eft compofé de l’élément du feu.
- Ses effets cependant & ceux du feu font trop différens, ainfi que nous ne devons pas avoir befoin de le prouver, pour que nous puiflions imaginer qu’il n’eft que le feu dans toute fa pureté : nous devons donc le regarder comme le réfultat de la combinaifon de ce premier élément avec quelque fubftance.
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- Mais quellè eft cette fubftance ? Il faut néceflairemenp-qu’elle foit un des trois élémens fecondaires, ou un compofé de ces trois élémens. Si le feu étoit combiné uniquement avec l’air, il feroit la lumière : s’il étoit uni uniquement avec l’eau, il feroit le fluide éleftrique : s’il étoit lié intimement avec un compofé d’eau & d’air, il pourrait, à la vérité, avoir des propriétés différentes de celles de la lumière & de celles du fluide éleftrique ; mais les propriétés dont il jouirait, tiendraient trop de celles de ces deuxfubftances: il éclairerait, par exemple , plus aifément & plus fouvent que le fluide éleftrique, ou du moins aufïï fouvent, & nous verrons que le fluide magnétique n’éclaire, ni ne peut éclairer ainfi. La même difficulté fub-fifteroit, fi l’on fuppofoit le fluide magnétique formé de l’élément du feu combiné avec les trois élémens fecondaires ; elle fubfifteroit encore en partie , fi on le regardoit comme compofé de la chaleur intimement unie avec la terre & l’air, ou l’eau & la terre : c’eft donc uniquement avec la terre que la chaleur fe combine, ainfi que nous l’avons dit, pour donner naiflânce au fluide magnétique.
- Si le fluide magnétique peut jamais éclairer, il devra être alors, ce me femble, encore plus
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- accumulé que le fluide éleârique ne l’eft lorsqu'il remplace la lumière. Ne devons-nous pas, d’après cela, le regarder comme compofé de parties plus divifées encore que celles qui-forment le fluide éleârique, puifqu’il ne peut faire les fondions de la lumière qu’en étant plus accumulé que le fluide éleârique n’a befoin de l’être pour la repréfenter , & par confé-quent, puifqu’il auroit befoin d’être très-accu-mulé pour produire les effets que fait naître le fluide éleârique, lors même qu’il eft à peine ramaffé ? Cette plus grande divifion me paroît d’autant plus vraie, qu’elle nous fert à rendre parfaitement raifon de plufieurs différences qui Séparent ces deux fluides. Pour peu que le fluide éleârique réunifie fes parties , il agit fur le toucher : le fluide magnétique ne l'affeâe point, même lorfqu’il eft très-accumulé ; & on ne devinera jamais , en approchant fon doigt d’un morceau de fer, que ce dernier a reçu une vertu magnétique, au lieu qu’on s’appercevra aifément qu’un morceau de verre a été éleârifé, par l’efpèce de vent frais qui fe fera reffentir autour de lui. Le fluide éleârique agit fur l’odorat ; & pour peu qu’il foit accumulé , on diftingue fa préfence par le moyen de l’odeur qu’il répand : le fluide magnétique n’en exhale
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- jamais aucune, & eft compofé de parties trop déliées pour affefter le fens de l’odorat. Le fluide éleârique agit fur celui du goût ; & ce dernier ne reçoit aucune impreiïion des molécules du fluide magnétique , trop ténues pour l’émouvoir. Le fluide éleftrique enfin ébranle l’air, & agit fur l’organe de l’ouie de différentes manières : le fluide magnétique n’a pas, jufqu’à préfent , fait entendre le plus foible murmure.
- Quoique les parties de l’élément du feu, qui entrent dans la compofition du fluide magnétique , foient plus divifées que celles que renferme la combinaifon appelée fluide éleftri-que, le fluide magnétique jouit d’une expan-fibilité bien plus foible que celle dont le feu éleôrique eft doué. En fera-t-on furpris, fi l’on réfléchit que la terre qui entre dans fa combinaifon, doit, à caufe de fa grande fixité, lui enlever bien plus de fa vertu expanfive, qu’il ne peut en recevoir de la grande divifion des parties de feu qui le compofent ?
- La nature, pour qui le globe de la terre n’eft pas le feul endroit où elle crée du fluide électrique , me paroît aufli avoir travaillé à la formation du fluide magnétique , non-feulement dans l’intérieur du globe, mais encore dans
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- l’atmofphère ; mais je penfe qu’elle a fait ce travail dans des temps bien reculés, & qu’elle ne produit maintenant que de bien petites quantités de fluide. Celles qu’elle peut former encore ne me paroiflent guère être plus ou moins confidérables que celles qui fe diflipent & s’élèvent jufques au-delà de l’atmofphère ; mais ces dernières quantités doivent être bien petites : l’expanfibilité du fluide magnétique » trop foible pour l’éloigner de la terre, le laiffe, en effet, obéir en partie à fon attraôion ; & dès lors ce fluide ne doit pas diriger fon principal courant vers le haut, mais répandre ce courant fur la furface du globe, lâns quoi nous ne remarquerions pas dans l’aiguille aimantée cette direftion dont nous parlerons bientôt.
- C’eft donc dans des temps antérieurs aux nôtres, que la nature a produit le fond du fluide magnétique qui circule dans l’intérieur & à l’extérieur de notre globe , peut-être , par exemple , lors de l’incandefcence de notre planète. Le feu élémentaire n’a-t-il pas dû, en effet, s’unir plus aifément aux parties de la terre, & fe combiner plus intimement avec elles, lorfqu’une forte chaleur les tenoit divisées , & dans l’état le plus propre à fe prêter à cette combinaifon ?
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- Non - feulement le feu éleârique fe trouve répandu dans toutes les fubftances de la nature, mais elles me paroiffent encore devoir toutes renfermer une certaine quantité de fluide magnétique , proportionnée à leurs affinités avec ce dernier, & prefque aufli effentielle à leur nature que le feu éleârique; de telle forte que, s’il étoit poffible de les en dépouiller entièrement, nous les verrions bientôt ceffer d’être ce qu’elles font. Si elles exerçoient toutes une égale force d’attraâion fur le fluide magnétique , elles en contiendroient toutes une égale quantité; mais de même que le fluide éleârique jouit d’une affinité inégale avec les differentes fubftances qui compofent le globe , de même le fluide magnétique les attire inégalement.
- Si ces deux fluides fe rapprochent fi fort par leur manière générale d’agir fur les corps, ils s’éloignent plus que jamais dans les aüions particulières qu’ils exercent fur chacun d’eux. Nous ne pourrons pas faire ici une énumération étendue des principales fubftances foumifes à l’attraâion du fluide magnétique, & les pré-fenter aux Phyficiens rangées fuivant l’ordre de leurs affinités. Le nombre de celles qu’il n’attire que foiblement, eft en effet très-petit; & celui des corps fur lefquels il exerce une
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- attraâion très-forte, eft trop confidérable ; & d’ailleurs nous ne pourrions préfenter ces dernières fubftances que toutes à-la-fois, & fans leur affigner aucun rang, aucune place diftinâe, l’expérience ni le raifonnement ne nous indiquant aucune différence entre elles. Nous nous contenterons donc de nommer celles qu’il n’attire qu’avec peine , ou avec lefquelles il n’a prefque pas d’affinité ; & nous regarderons indiftinftement toutes les autres fubftances de la nature , comme étant très-fort attirées par ce fluide , renvoyant à établir entre elles dïfférens rangs & différens degrés, lorfque l’expérience nous aura révélé quelque chofe relativement à leurs affinités avec lui. Nous appellerons les premières idio-magnétiques, de même qu’on a nommé idio - électriques le verre, le foufre, les réfines, & les autres fubfiances qui ne jouiffent prefque d’aucune affinité avec le feu éleftrique ; & nous nommerons toutes les autres anèmagnètiques ou conducteurs du magné-tifme. Les premières font la pierre d’aimant, le fer & la platine (a). Ce font encore les feules que l’expérience nous permette de regarder
- (<j) Voyez la Lettre de M. de Morveau, inférée dans le tome VI du Journal de Phyfique, page 195.
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- comme idio-magnétiques, & on doit à peu près leur alïigner l’ordre dans lequel nous venons de les expofer. Toutes les autres fubftances que le globe renferme , doivent être confidérées comme anèmagnitiques.
- Ceux qui connoiffent la force avec laquelle le fer eft pouffé vers l’aimant, & qui le regardent même, en quelque forte, comme le feul corps qui foit obligé de s’approcher d’une fubf-tance aimantée, & qui préfente les phénomènes magnétiques, feront fort étonnés de la petite claflification que nous venons de faire , & fe feroient vraifemblablement attendus à voir l’aimant , le fer & la platine placés au rang des condufteurs du magnétifme, & toutes les autres fubftances regardées comme idio-magnétiques. C’eft précifémènt parce que toutes ces autres fubftances font conduôrices du magnétilme, qu’elles ne doivent point préfenter de phénomènes magnétiques ; & c’eft précifémènt parce que le fer, l’aimant & la platine font idio-magnétiques , qu’ils doivent les offrir. Nous verrons, en effet, dans la fuite de ce Mémoire, que ces phénomènes ne font produits par aucune attraâion du fluide , mais au contraire par fa répulfioh qui les jette, pour ainfi dire, vers l’aimant. Le fluide magnétique doit tra-
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- verfer trop aifément les fubftances conduétrices du magnétifme, pour qu’il puiffe les entraîner vers l’aimant qu’on leur préfente : il doit au contraire repouffer vivement les fubftances idio-magnétiques qui lui oppofent une certaine réfiftance, qu’il ne pénètre qu’avec peine , & dont il modifie les parties, ainfi que nous l’expliquerons plus bas, de manière à acquérir de nouvelles forces pour les pouffer contre l’aimant , ou forcer l’aimant à s’approcher d’elles.
- On adoptera aifément ce que je viens de dire , fi l’on fait attention que , dans l’électricité , nous ne verrions paroître aucun phénomène qu’autour du verre ou des foufres, c’eft-à-dire, autour des fubftances qui ont le moins d’affinité avec le fluide éleârique, fi nous n’avions pas trouvé le moyen d’ifoler les fubftances conduârices de l’éleôricité. J’avoue que les anciens , qui ignoroient ce que c’étoit qu’ifoler les corps, & qui ne corinoiffoient de phénomènes éleâriques que ceux que leur offroientle verre,le foufre & l’ambre, auraient pu être un peu étonnés, fi un Phyficien leur avoit dit que ces phénomènes dépendoient d’un fluide qui n’avoit prefque pas d’affinité avec l’ambre, le foufre & le verre , mais qui en avoit beaucoup avec toutes les autres fubftances de la
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- la nature. Mais leur furprife n’auroit - elle pas bientôt cefle, s’ils avoient connu des phénomènes analogues qui leur euffent prouvé que les corps qui ont le moins d’affinité avec un fluide, peuvent être les feuls qui produifent des effets fenfibles par le moyen de ce fluide ? Nous avons pour le magnétifme ces phénomènes analogues : l’éleâricité nous les fournit ; pourquoi donc notre étonnement ne s’éva-nouiroit-il pas?
- Mais, me dira-t-on peut-être, en ifolant les fubftances conductrices du magnétifme, on devrait donc en obtenir des phénomènes magnétiques , & qui même devraient être bien fupérieurs à ceux que le fer nous préfente, fl au moins nous devons fuivre l’analogie que l’éleôricité nous offre.
- Je répondrai premièrement, que quand bien même l’ifolement des fubftances anémagnéti-ques pourrait leur faire produire des phénomènes de magnétifme , ces phénomènes ne reffembleroient pas parfaitement à ceux que nous devons au fer, ainfi qu’on s’en convaincra plus bas, & de même qu’en éleâricité les conducteurs ifolés offrent des phénomènes qui ne font pas parfaitement femblables à ceux des bouteilles de Leyde, des carreaux magiques, Tome IL D
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- & des difques de verre qui ne font frotte's que d’un côté , & qui font précifément les analogues des aimans, du fer 8c de la platine, 8cc. D’ailleurs, il me paroît impoflible d’ifoler les fubftances anémagnétiques, de manière à leur faire produire des phénomènes fenfibles de magnétifme. En effet, on pourra bien entourer de fer ou de platine une fubftance quelconque, mais comment alors reconnoîtrons - nous fes effets ? Si nous ne faifons que la placer fur du fer ou fur de la platine, fera-1-elle ifolée en communiquant avec l’air, fubftance conductrice du magnétifme? Si on la renferme dans le vide, le fera-t-elle davantage ? Le vide n’eft - il pas perméable pour tous les corps, 8c par confisquent pour tous les fluides ? Nous devons obferver cependant que, quoique l’air ne puiflëpas ifoler les corps conducteurs du magnétifme , il me paroît devoir être une des fubftances de la nature avec lefquelles le fluide magnétique a très-peu d’affinité, 8c qui fe rapprochent le plus, relativement à lui, du fer, de l’aimant 8c de la platine.
- Je penfe donc que les fubftances conductrices du magnétifme ne doivent produire aucun effet magnétique, parce qu’elles me paroiflent ne pouvoir jamais être ifolées. Mais comme les
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- caufes qui s’y oppofent, font étrangères à la très-grande affinité qu’elles peuvent avoir avec le fluide magnétique , nous ne devons pas ceffer de les regarder comme celles que ce fluide attire de préférence, qu’il parcourt par conféquent le plus à fon aife , qui lui font entièrement perméables, & qu’il traverfe dans tous les fens, fans être arrêté par aucun obf-tacle ; & nous devons confidérer, au contraire, l’aimary: naturel, le fer & la platine , comme les fubftances dans lefquelles il ne peut paffer qu’avec peine, & qui ne l’attirent que foible-
- S’il nous eft permis de former quelque con-jeâure à ce fujet, ne pourroit-on pas dire que le fer, de même qu’il n’agit fur le fluide électrique que par le moyen de fon phlogiftique, voit fon aflion fur le fluide magnétique dépendre auffi uniquement du principe inflammable qu’il renferme? Ce dernier contenant beaucoup d’air , ne doit pas avoir une très-grande affinité avec le fluide magnétique qui n’eft pas compofé de cet élément fecondaire ; & voilà peut-être pourquoi le fluiîle magnétique n’exerce pas fur le fer une force d’attraction très-vive : ce qui confirme cette conjefture, c’eft que, lorfque le fer a été dépouillé de fon
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- principe inflammable, a été rouillé ou réduit à l’état de chaux, il attire violemment le fluide magnétique, qui alors le traverfe à fon aife, & n’y produit plus les phénomènes du magné-tifme. Ne pourroit-on pas en dire autant de la platine ? Les autres fubftances de la nature , telles que le feu , la flamme, & toutes les matières très - échauffées , ne doivent - elles pas attirer un fluide qui renferme du feu ? & ce fluide magnétique ne doit-il p^s avoir fur-tour une très-grande affinité avec le verre, le quartz , le grès , la glace , &c. toutes fubftances fur lefquelles le principe terreux qu’il renferme doit exercer une très-grande attraâion ?
- On peut voir aifément maintenant, la grande différence des affinités du fluide éleftrique & du fluide magnétique ; car, quand bien même on ne voudroit pas être de mon avis, qu’on confidéreroit les aimans & le fer comme les corps que le fluide magnétique attire le plus fortement, & qu’on regarderoit toutes les autres fubftances comme n’exerçant fur lui qu’une très-foible attraftion, ne fuffiroit-il pas que l’eau & la flamme avec lefquelles le fluide électrique a tant d’affinité, n’en euffent prefque pas avec le fluide magnétique, pour qu’on dût
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- sur l’Électricité. 53 toujours voir une très-grande différence dans l’aftion de ces deux fluides fur les diverfes fubf-tances de la nature? D’après cette différence bien reconnue & bien conftatée, il ne doit pas être permis de les confondre, & de les regarder comme un feul & même fluide.
- En effet, je conçois que leurs diverfes manières d’agir, que la lumière, l’éclat, l’odeur, le goût, la palpabilité du fluide éleftrique, & l’invifibilité , l’impalpabilité, le défaut de faveur & d’odeur du fluide magnétique , pourroient abfolument n’être pas regardés comme des preuves convaincantes de la différence de ces deux fluides : je conçois que la diverfe ténuité de leurs molécules , la caufe de la différence de leur manière d’agir, pourrait être regardée comme une preuve infuflifante de notre façon de penfer, & qu’abfolument on pourrait fup-pofer qu’un fluide d’une certaine nature , à peine accumulé, ou peut - être même divifé, eft ce que nous appelons fluide magnétique, & qu’en fe ramaffant il devient ce que nous nommons fluide électrique, quoique cependant nous trouverions beaucoup de chofes à dire contre cette fuppofition ; mais leurs affinités étant différentes, il faut néceffairement en faire des êtres très- diftinâs, qui, à la vérité, ayant
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- un principe commun, devront avoir plufieurs choies communes dans leur manière d’agir, mais qui n’en feront pas moins réellement féparés. Car, qu’eft-ce qui conftitue la ditfé-rence des fubftances, & les fépare les unes des autres, que la diverfité de figure des molécules qui les compofent? Qu’eft-ce qui conftitue la différence des affinités, que cette même diverfité de figure? Lors donc que les affinités feront différentes, les figures des molécules ne devront pas être les mêmes ; & dès-lors, les fubftances compofées de ces molécules ne devront-elles pas être différentes & féparées ?
- Que l’on fe rappelle ce que nous avons dit dans le cinquième Mémoire, de la divifion de parties que le frottement fait fubir aux fubftances idio-éleâriques, &qui, en augmentant leurs affinités avec le fluide, leur permet d’en recevoir une plus grande quantité qu’à L’ordinaire. Cette quantité fe trouve fuperflue autour de leurs parties, lorfque leur attraftion mutuelle les rapproche , & leur donne par-là une électricité pofitive. Que l’on fe rappelle a'uffi ce que nous avons dit de la manière dont' lés fubftances idio-éleâriques s’éleârifent par communication : nous avons fait voir qu’elles acquéraient alors deux éleâricités, l’une pofitive
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- dans le côté que le fluide éleCtrique rencontre le premier, & dans lequel il produit par fa mafle & par fa viteffe une divifion de parties femblable à celle qui eft l’effet du frottement ; & l’autre négative dans le côté oppofé, qui eft dépouillé de fon fluide par la force répulfive du feu électrique déjà accumulé dans la furface politive.
- Nous verrons les fubftances idio-magnétiques s’aimanter par communication, de la même manière que les fubftances idio - électriques reçoivent par communication la vertu élec-
- Nous avons dit que le fluide magnétique étoit formé dans l’intérieur du globe. L’ex-panfibilité qui lui eft propre, l’oblige à en fortir & à s’en échapper par les parties de la croûte de la terre qui lui livrent un plus libre paffage. Deux routes prefque également faciles fe pré-fentgnt à lui : il peut s’exhaler par l’un ou j^V^FSDtffijbdes pôles du globe, qui font tous les «SjSx revêtus d’une immenfe calotte de glace ; ( ffibftan^gîavec laquelle le fluide magnétique a \;kîfrej^s/grande affinité, & qui s’étend à plu-vfgfiBtîrV degrés vers la ligne équinoxiale. Diffé-rens phénomènes me font penfer que c’eft par le pôle du midi ou antarâique, que le fluide magnétique s’échappe du fein du globe. Mais,
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- quoiqu’il ait aflez d’expanfibilité pour parvenir à la furface de la terre, il ne peut pas, comme le fluide éleflrique , s’élancer vers les confins de l’atmofphère ; du moins il ne s’élève qu’en très-petite quantité. La plus grande partie du fluide magnétique qui fort du globe par fon pôle méridional, obligée de céder fa place au nouveau fluide qui s’échappe continuellement par cette ifliie, s’étend au deflus de toute la furface du globe qu’il enveloppe, & s’avance vers l’équateur. Il parvient aux régions de la zone torride; &,partant alors de tous les points de la ligne équinoxiale, fes rayons , fi je puis me fervir de ce terme qui avoient été diver-gens jufques - là , pour fuivre exaftement la furface, ou, ce qui eft la même chofe, les méridiens de la terre, deviennent alors convergens, pour continuer d’avoir la même direêlion que ces méridiens, & tendent tous, ainfi que ces derniers, à fe réunir au pôle boréal vers lequel ils continuent leur route, toujours en fe rabaif-fant de plus en plus. Le pôle boréal eft alors pour eux comme le centre d’un cercle vers lequel ils tendroient de tous les points de la circonférence : aulïi lorfqu’ils y arrivent, doivent-ils tous être arrêtés par des rayons d’égale force & direâement oppofés : car , dans un
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- nous parlons, la quantité de fluide magnétique que la terre poffède feroit bientôt diminuée & anéantie, & que les phénomènes de l’aimant ceflëroient bientôt de paroître.
- La furface de la terre eft donc, pour ainfi dire, continuellement recouverte d’une grande mer de fluide magnétique, qui prend fa fource au pôle méridional, s’étend jufques au pôle arâique, & s’y engloutit dans les entrailles du globe. Plufieurs parties de cette furface pouvant laiffer paflèr le fluide magnétique prefque aufli aifément que les différentes plages voi-fines des pôles, il doit rentrer dans le fein de la terre, en plufieurs endroits particuliers ; & ces efpèces de petits gouffres produifent dans la mer univerfelle & magnétique dont le globe eft inondé, plufieurs petits courans qui troublent plus ou moins, en differentes contrées, la direâion générale & le courant général de cette mer qui coule d’un pôle à l’autre.
- Ces principes vont nous fervir à l’explication de plufieurs phénomènes : mais auparavant il me paraît important d’obferver que cette mer n’eft pas feulement répandue fur la furface du globe : la force d’attraflion qui la maîtrife & la pouffe vers le centre, doit en obliger une partie à couler au travers des terres jufques à
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- une certaine profondeur , toujours en fe dirigeant vers le nord ; ce qui lui eft d’autant plus aifé, qu’elle doit avoir plus d’affinité avec la plupart de ces terres qu’avec l’air, ainfi que nous l’avons déjà dit, & par conféquent les traverfer plus aifément que l’atmofphère. La croûte extérieure du globe eft donc non-feulement recouverte par des flots magnétiques, mais e,lle eft encore arrofée & baignée par ces mêmes flots qui defcendent plus ou moins profondément, mais qui s’avancent 8c tendent toujours vers le pôle arâique ; 8c voilà pourquoi, à quelque profondeur qu’on foit encore parvenu dans l’intérieur du globe, on y a toujours remarqué cette direâion de l’aiguille aimantée vers le nord, que nous tâcherons bientôt d’expliquer.
- Lorfqu’unè fubftance idio-magnétique, un morceau de fer, par exemple, deftiné à devenir aimant, eft expofé à l’aftion du grand courant magnétique qui va du fud vers le nord, le fluide magnétique, qui n’a prefque pas d’affinité avec lui, ne peut pas le traverfer fans peine, ainfi qu’il paffe facilement au travers des autres fubftances de la nature. Pouffé par la force qui lui eft propre , 8c qui le porte vers le nord, il doit frapper avec force contre les parties du
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- fer tournées vers le fud : de même que , dans nos laboratoires , le fluide éleftrique qu’un conduâeur attire avec force, & qui ne peut parvenir jufques à lui qu’en traverfant un morceau de verre, fubftance avec laquelle il n’a pas d’affinité , frappe contre la furface de ce verre qu’il rencontre la première.
- Le fluide magnétique étant compofé de l’élément du feu, & étant expanfible de fa nature, fes parties doivent fe repouffer mutuellement. Lorfque le grand courant frappe contre le côté du fer qui eft tourné vers le midi , & que par conféquent il rencontre le premier , il doit repouffer & chaffer loin de lui le fluide magnétique que ce côté renferme. Ce fluide doit fe jeter vers le côté le moins expofé à la direftion du grand courant, c’eft-à-dire, vers le côté du nord, & s’efforcer de s’y accumuler : il ne peut s’y raffembler qu’en en divi-fant les parties , & en étendant leurs furfaces. Mais nous avons vu que les furfaces d’un corps ne pouvoient pas être augmentées fans que fon affinité avec les fluides ne s’accrût. Le morceau de fer tourné vers le nord doit donc voir augmenter fon affinité avec le fluide magnétique, & en exiger une plus grande quantité qu’à l’ordinaire. Par-là le morceau de fer doit ren*
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- fermer dans un de fes côtés beaucoup de fluide magnétique , qui s’y trouvera bientôt en excès , lorfque les parties qui compofent ce côté fe rapprocheront par un effet de leur attraôion mutuelle, & en être prefque dépouillé dans le côté oppofé : le fer fera alors ce que nous pouvons appeler aimanté pojitivement dans une de fes furfaces, qui fera celle du nord, & négativement dans l’autre, qui fera celle du
- Tout aimant naturel & artificiel me paroît avoir ainfi deux magnétifines, un magnétifme négatif du côté du midi, & un magnétifme pojitif du côté du nord.
- Si les parties du fluide magnétique jouif-foient d’une maffe auffi confidérable que celles du fluide éleftrique, on ferait tenté de croire que nous verrions toute efpèce de corps légers fe jeter contre les aimans pour fuivre le courant du fluide qui s’échapperait de leur côte nord ou pofitif, ou celui qui irait réparer les pertes de leur côté fud ou négatif. Mais, indépendamment de leur ténuité, le fluide magnétique ne me paroît pas avoir avec les fubftances en général, uneliaifon aufli grande, une'affinité auffi forte que le fluide éleârique ; fa pré-ffince n’efl: pas auffi effentielle à leur manière-
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- d’être ; il ne leur eft pas aufli néceffaire : voilà pourquoi, lorfqu’il y a quelque rupture d’équilibre de fluide magnétique dans une fubftance,' & par exemple dans un aimant, on ne voit pas les corps légers voler vers lui pour recevoir le fluide magnétique qu’il peut avoir de trop vers le nord, ou celui dont il peut avoir befoin dans le côté tourné vers le midi.
- Les attraâions & les répulfions produites par le magnétifme, ne font fenfibles qu’entre deux aimans, foit naturels, foit artificiels, ou entre un aimant & une fubftance idio-magné-tique, telle que le fer, la platine, &c.
- Si l’on fe rappelle ce que nous avons dit dans le fixième Mémoire, lorfque nous avons expliqué l’attraftion de deux corps éleârifés d’une manière oppofée, & la répulfion de deux corps qui jouiffent de la même éleâri-cité , on comprendra fans peine que deux fubftances aimantées de la même manière, doivent fe repouffer : on verra facilement que le côté nord d’un aimant doit repouffer le côté nord d’un autre aimant, ainfi que l’expérience l’a appris, parce qu’ils font tous les deux pofi-tifs, & que le côté fud d’un aimant naturel ou artificiel doit aufli repouffer le côté fud d’un autre aimant, parce qu’ils font tous les deux
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- négatifs. On ne fera pas étonné non plus que le côté nord d’un aimant attire le côté fud d’un autre, & réciproquement, parce que les côtés différens ont des magnétifmes oppofés. Tout corps aimanté doit avoir, en effet, autour de lui une petite atmofphère magnétique, com-pofée du fluide qui fort, lorfqu'il eft politif, & du fluide qui rentre ou qui cherche à rentrer, lorfqu’il eft négatif ; & ces deux atmofphères jouiflant d’une certaine expanfibilité, doivent préfenter les mêmes phénomènes que les atmofphères éleâriques, quoique à la vérité à un degré inférieur.
- A l’égard du fer & de la platine que l’aimant attire & force de venir à lui, c’eft uniquement un effet de l’impulfion du fluide magnétique ; & on ne doit pas le regarder comme une fuite de l’affinité que ce fer & le fluide peuvent avoir enfemble. Les parties du fluide magnétique n’ayant qu’une très-petite maffe, n’ont jamais aucune force d’impulfion fur les fubftances anémagnétiques qu’elles ttaverfent aifément à caufe de leur grande affinité avec elles, & qui ne leur oppofent aucun obftacle, ainfi que nous l’avons dit. Mais lorfqu’elles rencontrent des fubftances idio-magnétiques, comme le fer & la platine , qu’elles ne parcourent qu’avec peine
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- à caufe de leur peu d’affinité avec elles , elles peuvent, elles doivent même, lorfqu’elles font un peu accumulées, leur communiquer un certain mouvement d’impulfion qui les oblige à fuivre leur cours : je dis, lorfqu’elles font accumulées , parce qu’à caufe de leur petite mafle, l’état d’accumulation me paroît leur être néceflaire pour agir même fur les corps dont l’intérieur leur oppofe le plus d’obftacles, & parce que, fi cela n’étoit pas ainfi, nous verrions le courant général magnétique qui va du midi au nord, entraîner avec lui toutes les fublîances ferrugineufes , au moins les plus légères ; ce qui eft contraire à l’expérience.
- Lorfqu’un morceau de fer, ou de mine de ce métal, a reçu de l’art ou de la nature la propriété magnétique , & qu’il eft devenu aimant, il eft, fuivant moi, dépouillé, dans le côté fud , de fon fluide magnétique : le fluide qui environne ce côté doit voler vers lui, & s’efforcer d’aller remplacer le fluide qu’il a perdu. Tendant alors de plufieurs points vers une efpèce de centre, il doit néceffairement être accumulé. S’il rencontre quelque fubftance fer-rugineufe au travers de laquelle il ne puiffe pas paffer aifément, il la pouffera devant lui pour continuer d’obéir à la force attra&ive du côté dépouillé
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- dépouillé qui doit l’attirer avec énergie. Cette impulfion deviendra d’autant plus forte, que la fubftance ferrugineufe fera plus près de l’aimant, parce que le fluide magnétique qui tendra vers le côté fud, fera d’autant plus violemment attiré, qu’il fera plus voifin de ce même côté. La fubftance ferrugineufe s’approchera ainfî de l’aimant , toujours mue par une impulfîon, mais jamais traînée par une force attraélive, & fe collera vers fon côté fud : elle y demeurera fortement attachée, parce qu’elle y fera vivement comprimée par le fluide magnétique qui j pour parvenir à ce même côté méridional vers lequel il tendra, s’efforcera de la traverfer, & ne pourra la pénétrer qu’avec peine.
- A l’égard du fer qui s’approche & fe colle contre le côté du nord , c’eft auffi par l’effet d’une impulfîon du fluide accumulé. Le côté nord étant magnétifé pofitivement, a autour de lui une atmofphère accumulée : elle n’eft pas formée, ainfî que l’atmofphère du côté fud, par un fluide qui coule vers lui, mais par celui qu’il a en excès, & qui tend à s’échapper. Si ce fluide magnétique étant accumulé trouve fur fon paffage un morceau de fer qui l’arrête, il frappe avec force contre lui & tend à l’éloigner. Le morceau de fer ne s’éloigne cependant pas, Tome II. E
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- parce qu’il eft retenu par tout le fluide magnétique du grand courant qui l’entoure par les autres côtés, & il n’obéit pas à l’impulfion qu’il reçoit , ainli que l’a fait le morceau de fer qui s’eft approché du côté fud , & qui, en s’élançant vers ce côté dépouillé, a rencontré au contraire le grand courant ayant le même mouvement & la même direftion que lui.
- Mais non-feulement le fluide magnétique qui s’échappe du côté politif de l’aimant, de ce côté qu’on a appelé nord, n’oblige pas la fubftance ferrugineufe à s’éloigner, mais il eft même caufe qu’elle s’approche de ce même côté pofitif. En effet, ne pouvant pas la faire reculer , & devant cependant agir fur elle, puifqu’elle s’oppofe à fon paflage, il chaflë, par fa force répulfîve, le peu de fluide magnétique que peut renfermer la furfàce qu’il frappe, & la rend négative. Cette furface devenue négative , ne doit-elle pas s’avancer alors avec viteffe vers le côté nord qui eft pofitif, entraîner avec elle toute la fubftance ferrugineufe, & adhérer fortement à l’aimant ? C’eft donc par une im-pulfion, ainli que nous l’avons dit, que le fer, la platine & les autres fubftances idio-magné-tiques font portées vers l’aimant & s’en approchent.
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- Je crois bien , à la vérité, que, lorfque le fluide magnétique agit avec une très - grande force , ou pendant long - temps, fur un des côtés d’une fubftance ferrugineufe, il ne doit pas le rendre négatif, mais au contraire divifer fes parties, & lui procurer par-là un état pofitif : mais je penfe que le premier effet de fes efforts, & même l’unique effet de fa puiffance , lorf-qu’elle n’eft pas bien conftdérable, eft de chaffer devant lui le fluide magnétique renfermé dans le côté qu’il attaque , ainfi que nous venons de l’avancer. Ce n’eft qu’après avoir produit le premier effet, qu’il peut faire naître le fécond, divifer les parties, & les aimanter pofitivement.
- On me dira peut - être que fi ce premier effet, que j’attribue aux efforts du fluide magnétique , avoit lieu, on devroit, d’après mes principes , lorfqu’on fépareroit un morceau de fer du côté nord d’un aimant auquel il feroit attaché, le trouver un peu aimanté, du moins du côté où il auroit été dépouillé de fluide, & qu’ainlï on reconnoîtroit au moins un pôle fud dans ce morceau de fer.
- Je répondrai à cette objeélion, que les morceaux de fer font en effet toujours aimantés pour avoir Amplement été attirés par un gros aimant, & s’être approchés de lui ; & celui de E ij
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- leurs côtés qui a été tourné vers l’aimant , jouit toujours d’un magnétifme différent de celui de la furfàce de l’aimant vers laquelle il s’eft avancé. Souvent les morceaux de fer font aimantés d’une manière très - fenlible ; mais d’autres fois le magnétifme négatif qui leur efl communiqué eft trop foible, quoique très-réel, pour qu’ils puiflent donner d’autres lignes de leur vertu , que celui de s’approcher & d’aller fe coller contre l’aimant.
- La force des attrapions ou des répulfions de l’aimant devant être en raifon de l’expanfibilité du fluide magnétique , & l’expanfibilité étant inverfement comme le cube de la diflance du centre où fe rend le fluide , ou d’où il part ; il fembleroit d’abord que les attrapions & les répulfions magnétiques devroient être en raifon inverfe du cube des diftances. Mais, comme il n’eft pas impoflible qu’il doive entrer dans cette effimation quelque autre élément de calcul, je ne ferois pas éloigné de penfer, avec M. Muf-chembroeck , qu’elle pourrait bien être en raifon inverfe triplée du quarré des diftances. .
- Les aimans jouiflant d’un côté d’un magnétifme pofitif, & d’un magnétifme négatif de l’autre, repréfentent parfaitement les carreaux magiques de l’élePricité. Les aimans ' naturels,
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- à la vérité , ne peuvent être regardés que comme des carreaux magiques informes : ils renferment en effet , quelquefois , plufieurs parties magnétifées pofitivement & plufieurs parties négatives, plufieurs côtés nord, & plufieurs côtés fud, ou, pour me fervir des expref-fions ufitées, plufieurs pôles nord. & plufieurs pôles fud bizarrement diftribués, & qui ne leur permettent de repréfenter qu’imparfaitement les carreaux magiques éleftriques; ou, pour mieux dire , ils font un affemblage de petits carreaux magiques magnétiques, groffièrement entaffés & d’une manière irrégulière.
- C’eft au courant général du fluide magnétique du midi vers le nord, qu’on doit attribuer l’origine de ces aimans naturels. Soumis à fes efforts depuis leur formation, ils ont dû éprouver fon aftion dans celui de leurs côtés le plus expofé à fes coups. Dans les uns, ce grand courant n’a pu que chaffer le fluide magnétique renfermé dans la furface qu’il a rencontrée la première, & ces aimans naturels ont reçu par-là le pôle fud dans leur côté méridional. Dans d’autres , d’une nature diffemblable , qu’il a attaqués dans des circonftances différentes ou avec de plus grandes forces , ou même dans d’autres parties du même aimant, il a divifé E iij
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- avec force le côté tourné vers lui, c’ell-à-dire vers le fud, & a augmenté par-là fon affinité. L’attraSion mutuelle rapprochant un peu en-fuite les parties divifées, elles fe font trouvées avoir un excès de fluide magnétique , être magnétifées pofitivement : le nouveau fluide qu’elles ont acquis a chaffé , par fa force répul-five, le fluide ramaffé dans le côté qui lui étoit oppofé, & ce dernier côté a été doué par-là d’un magnétifme négatif. Tous ces différens pôles, déjà diftribués fur le morceau d’aimant, n’ont-ils pas dû, en repouffant ou en attirant du fluide magnétique, troubler & déranger plus ou moins les pôles voifins, quelquefois même en faire naître de nouveaux , doués le plus fouvent d’une vertu oppofée à celle qui les produifoit ? & ainfi un même morceau d’aimant n’a-t-il pas pu avoir vers le nord ou vers le midi, d’un ou de plufieurs côtés , une grande quantité de pôles oppofés, ou femblables & bizarrement placés , fuivant l’ordre qu’obfer-voient entre elles leurs parties, qui, à caufe de leur différente nature , ont dû recevoir une aftion inégale du grand courant de fluide magnétique ? & ainfi un morceau d’aimant naturel n’eft-il pas devenu un affemblage informe de plufieurs petits carreaux magiques magnétiques,
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- c’eft-à-dire, de plufieurs petits aimans ayant prefque tous leur pôle nord & leur pôle fud, c’eft - à - dire , leur côté pofitif & leur côté négatif ?
- Le grand courant du fluide magnétique, la grande mer qu’il forme & qui recouvre la fur-face de la terre jufques au deflus des plus hautes montagnes, ne doit-elle pas agir avec plus de force contre les corps, lorfqu’ils lui oppofent plus de réfiftance, & lorfque fes flots peuvent pafler plus difficilement au travers d’eux? Parmi les fubftances idio-magnétiques, celles qui pré-fentent leur longueur au fluide magnétique, & par conféquent qu’un méridien de ce fluide doit traverfer dans ce fens , n’oppofent - elles pas un plus grand obftacle â fon cours, que celles qui préfentent leur largeur? Car il ne faut pas raifonner également de la réfiftance extérieure & fuperficielle des corps qui ne font que détourner un fluide de fa route, par l’obf-tacle qu’ils oppofent à fon cours, & de la réfiftance intérieure de ceux dont le fluide eft obligé de pénétrer & de traverfer la fubftance. Voilà pourquoi les différens tas de mines de fer qui ont reçu naturellement la vertu magnétique du grand courant du fluide , s’étendent & font renfermés dans des chaînes de montagnes qui E iv
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- vont du fud au nord (a) , & font par con-quent lîtués en général dans la même direction.
- Les aimans artificiels, c’eft-à-dire, les morceaux. de fer auxquels on a communiqué la vertu magnétique par un des moyens dont nous parlerons dans la fuite, ou des morceaux d’aimant naturel qu’on a arrangés, & auxquels on n’a laiffé que deux pôles, l’un nord & l’autre fud, ne font point, comme les aimans naturels, des carreaux magiques imparfaits ; ils repréfen-tent parfaitement les carreaux magiques électriques : comme eux, ils n’ont qu’une furfàce dans laquelle eft accumulée une grande quantité de fluide, & une autre furface ou un autre côté qui en eft dépouillé à un très-haut degré.
- De même que les Phyficiens ont imaginé , pour augmenter l’effet des carreaux magiques, d’en revêtir les deux furfaces d’une plaque de métal, on a revêtu de fer les deux pôles d’un aimant pour en augmenter l’énergie. Mais l’armure de l’aimant n’augmente pas fa force, de la même manière que la vertu d’un carreau
- (a) Voyezà ce fujetl’Hiftoire générale des Voyages, tome XIX, page 47a. M. l’Abbé de Soulavie dit dans fon bel Ouvrage , qu’un morceau de bafalte du poids de quarante quintaux, trouvé dans le Vivarais , & qui étoit un véritable aimant, étoit placé horizontalement dans la direétion du nord au fud.
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- magique éleârique eft accrue par fon armure. Dans un carreau magique éleârique, l’armure n’a été imaginée que pour unir les différens points de la fubftance idio-éleârique, par une fubftance conduârice, afin qu’ils puffent tous être déchargés ou chargés en même temps , & qu’un grand effet pût naître de la réunion des décharges de tous les points , qui , fans l’armure , n’auroient eu lieu que fucceffive-ment, & auroient été féparées les unes des autres. Dans l’aimant, l’armure ne peut point unir les différens points de chaque côté, plus qu’ils ne le font avant qu’on ne l’emploie , puifqu’elle eft auffi peu conduârice du fluide magnétique que l’aimant qu’elle revêt , & qu’elle eftfouvent, à tous égards, abfolument de la même nature que lui. D’ailleurs, l’armure d’un aimant s’étend du pôle nord qu’elle em-braffe, jufqu’au pôle fud qu’elle entoure ; au lieu qu’on a grand foin, dans le carreau magique éleârique, de faire que l’armure d’une furface n’atteigne pas à l’armure de l’autre , & cela pour les raifons que nous avons expofées dans le feptième Mémoire.
- Le morceau de fer avec lequel on unit les deux côtés des aimans, me paroît n’être qu’une prolongation des deux pôles. Le fer s’aimante
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- à mefure qu’il s’approche de l’aimant ; & fi fa vertu n’eft pas confiante,s’il la perd quelquefois» lorfqu’on l’éloigne de l’aimant qu’il environne » du moins me paroît-il en jouir pendant tout le temps qu’il fert d’armure, & qu’il lui eft appliqué. Toute la partie de cette armure qui eft du côté du pôle nord, me paraît s’aimanter négativement du côté du pôle qu’elle touche & pofitivement du côté oppofé, & par-là prolonger le pôle nord ou pofitif. Ce qui me le fait penfer, indépendamment d’autres raifons, ce font les obfervations faites par M. Francklin, relativement à un conduâeur éleârique pré-fenté à un conduâeur chargé d’éleâricité. La force expanfive du fluide éleârique chaffe le fluide renfermé dans la furface qui le regarde, & la rend négative ; & ce fluide chaffé va s’accumuler fur la furface oppofée, & la rend pofi-tive. Le fluide magnétique ramafle autour du pôle nord, me paraît de même devoir, par fa vertu expanfive , châtier le fluide magnétique renfermé dans la furface de l’armure qui le touche, lequel fluide repoufle, doit aller s’accumuler autour des parties du côté oppofé, & l’aimanter pofitivement.
- La partie de l’armure qui avoifine le pôle fud, me paraît auflîdevoir s’aimanter; mais»
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- comme le pôle fud eft dépouillé de fluide , elle ne peut être aimantée que par l’expanfi-bilité du fluide qui arrive vers le pôle fud ; c’eft-â-dire, elle doit l’être négativement du côté oppofé au pôle fud, & pofitivement du côté qui touche ce même pôle ; & elle devient par-là un prolongement de ce pôle méridional & négatif. Ces deux prolongemens peuvent réunir au point qu’on veut les forces des deux pôles : toute l’impulfion qui auroit porté un morceau de fer vers le pôle fud, ou vers les pôles fud de l’aimant, qui quelquefois peut en avoir plufieurs très - près- les uns des autres, fe joint, dans ce point de réunion, à toute l’impulfion qui auroit pu porter le fer non-feulement vers le pôle nord, mais vers tous les pôles nord qu’un aimant peut avoir. N’eft-il pas aifé de voir maintenant comment, dans ce point de réunion , le fer eft pouffé par de plus grandes forces , ou, ce qui eft la même chofe, comment, par le moyen d’une armure, un aimant foutient déplus grands poids ferrugineux, & produit de plus grands effets ?
- Comme le magnétifme pofitif & le magné-tifme négatif font le plus fouvent communiqués à l’armure, fans que le fer qui la com-pofe éprouve dans fes parties des change-
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- mens bien fenfibles , il n’eft pas furprenant, d’après ce que nous avons établi, que lorfque l’armure eft privée de la répulfion du fluide qui tend vers l’aimant, ou de celui qui en fort, elle ne jouiffe le plus fouvent d’aucun magné-tifme fenfible. Quelquefois cependant la vertu pofitive & la vertu négative lui font profondément imprimées ; il en réfulte une divifion plus ou moins grande dans celles de fes parties qui ont été aimantées pofitivement , & elle conferve la vertu magnétique : cela arrive principalement lorfqu’elle a revêtu pendant long-temps un aimant très-grand, très-pefant, & par conféquent très-fort ; ( car tous les Phy-ficiens favent que M. Bernouilli a trouvé que la force des aimans eft à peu près comme la racine quarrée de leur poids. )
- Au refte, lorfque l’aimant eft très-puiffant, il peut fe faire que la partie de l’armure voi-fine du pôle nord,, au lieu d’obtenir une vertu négative dans le côté qui touche ce pôle, en acquière quelquefois une pofitive. Ne peut-il pas arriver, en effet, que le fluide qui tend à s’élancer du pôle nord, ne borne pas fes efforts à chaffer le fluide placé dans le côté de l’armure qu’il touche, mais qu’il agiffe fur l’armure elle-même, en divife les parties, & par-là l’ai-
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- sur l’Électricité. 77 mante pofitivement ? Le côté oppofé à celui qu’il aura touché , ne fera pas alors aimanté politivement ; mais le fluide qu’il renfermera fera chaffé par la répulfion de celui qui fe fera déjà accumulé dans le côté touché, & par-là il deviendra négatif.
- Je penfe aufli que, dans des circonffances femblables, la partie de l’armure qui eft voifine du pôle fud, pourra ne pas jouir d’une vertu pofitive dans la furface qui touchera ce pôle, mais y acquérir une vertu négative ; & que la furfàce oppofée, au lieu d’être négative, deviendra pofitive. Le fluide qui tendra vers le pôle fud & qui s'efforcera de traverfer l’armure, ne devra-t-il pas, lorfque l’aimant fera très-confidérable & l’attirera avec une grande force, non-feulement agir fur le fluide renfermé dans la furface de l’armure oppofée au pôle fud de l’aimant, mais encore fur cette furface elle-même, en divifer les parties, augmenter leurs affinités , lui donner une vertu pofitive ? & par - là, la furface intérieure qui touchera le pôle fud, ne devra-t-elle |pas être dépouillée de fon fluide par celui qui fe fera accumulé dans la furfàce extérieure de l’armure, & être aimantée négativement ?
- Comme ces différens effets auront princi-
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- paiement & prefque uniquement lieu lorfque l’aimant jouira d’une grande puiffance, & que c’efl: aufli preique toujours lorfque l’aimant eft doué d’une grande énergie, que les armures confervent leur magnétifme après avoir été féparées de l’aimant, l’armure pourra fouvent avoir, après fa féparation , fes pôles difpofés ainfï que nous venons de le dire ; on devra cependant la voir aufli avec des pôles arrangés de la manière que nous avons déjà indiquée.
- Au relie, cette différence de pofition dans les pôles des armures qui revêtent les aimans, ne doit pas influer, ou du moins fenliblement, fur l’énergie qu’elles donnent à la puiffance de l’aimant fur le fer, parce qu’il y a toujours une réunion de l’aétion du pôle’nord & de l’aftion du pôle fud ; réunion de laquelle dépend l’augmentation de force que l’aimant doit àfon armure.
- Les quatre pôles que l’armure réunira lorf-qu’elle fera féparée de l’aimant & qu’elle confervera fon magnétifme, & qui pourraient la faire regarder comme compofée de deux aimans mis à côté l’un de l’autre, ne feront pas toujours fenlïbles tous les quatre : c’efl du nombre de ceux qui fe feront remarquer, ainfi que de la fituation qu’ils auront eue tous les quatre avant que l’armure ait été enlevée
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- à l’aimant, que dépendront les différences & les variétés qu’on pourra remarquer dans le magnétifme des armures qui feront douées de quelque vertu. Quoique la platine foit très» attirable par l’aimant, ainfi que l’a prouvé le célèbre M. de Morveau , & par conféquent foit une fubftance idio-magnétique , peut-être cependant n’en pourra-t-on jamais faire des aimans artificiels ; quelque petite que foit fon affinité avec le fluide magnétique, elle peut en avoir une plus confidérable que celle du fer : dès-lors le fluide magnétique doit la tra-verfer avec plus de facilité, & ne pas produire dans fes parties cette divifion de laquelle dépend la vertu magnétique des aimans.
- Il arrive fouvent qu’un aimant préfente une très-grande quantité de pôles bizarrement placés , & qui fe nuifent mutuellement ; l’armure dès-lors ne peut pas recevoir cette modification , par le moyen de laquelle elle exerce fur le fer la force du pôle nord & celle du pôle. fud, & l’aimant eft très-foible. Si on le divife en plufieurs petits morceaux, & qu’on ne laiffe à chacun que deux pôles, chacun de ces petits morceaux agira fur l’armure dont on le garnira , par une force dont aucune partie ne fera détruite , & pourra quelquefois avoir plus
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- d’énergie que le gros morceau d’aimant dont il aura été tiré, ainfi que l’expérience l’a appris.
- Nous voici arrivés au plus important des phénomènes que produit le fluide magnétique, & fans lequel notre navigation, aufli bornée que celle des anciens, nous permettroit à peine d’entreprendre quelques petits trajets, ou de côtoyer timidement nos rivages : elle ne nous aurait pas portés fur des plages lointaines ; de hardis navigateurs n’auroient pas découvert l’Amérique, fait le tour du monde , & vogué d’un pôle à l’autre fur le vafte fein des mers, avec autant de fécurité & plus de certitude de leur route , que l’on ne voyage au milieu des nations les plus nombreufes & les plus policées. Ce phénomène important & remarquable efl: la direftion des aiguilles aimantées vers le nord, direSion qui a donné lieu à la conftruc-tion de nos boufîoles.
- Mais ce guide que nous a donné la nature pour nous conduire dans nos courfes lointaines, n’eft pas toujours parfaitement fidèle. L’aiguille aimantée ne pointe pas toujours directement vers le nord ; fa tendance vers le pôle fepten-trional varie plus ou moins, & d’une manière plus ou moins irrégulière, fuivant la contrée où l’on obferve, l’heure du jour, & mille circonf-tances
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- tances particulières qu’il eft prefque impoflible de prévoir. Mais, indépendamment de ces variations , quelquefois bizarres en apparence , l’aiguille aimantée en éprouve une plus confiante , par un effet de laquelle le point vers lequel elle tend, & qu’on a appelé le pôle du magnétifme , s’eft éloigné du pôle de la terre en s’avançant vers l’oueft. Effayons d’expliquer toutes ces différentes directions ; tâchons de faire voir premièrement quelle eft la caufe puiffante qui fait pointer l’aiguille aimantée vers le nord : nous parlerons enfuite de ce qui trouble l’effet de cette grande caufe, & des moyens par lesquels on pourrait parvenir à le préferver d’une partie de fes irrégularités.
- Non - feulement l’aiguille aimantée , lorf-qu’elle eft pofée fur un pivot très-mobile, fe dirige dans le fens d’une ligne qui va du fud au feptentrion, mais le bout de cette aiguille qui a été aimanté pofitivement, & qu’on nomme le pôle nord de l’aiguille, eft toujours tourné du côté du nord ; de telle forte que fi on pofe l’aiguille dans la direftion qu’elle s’efforce d’avoir, & fi on place en même temps fon pôle fud du côté du nord , l’aiguille fe retourne avec viteffe dès qu’elle eft libre , & fon pôle fud fe tranfporte avec rapidité au midi, Tome II. F
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- pendant que fon pôle nord fe dirige vers le feptentrion, où il demeure fixé lorfque l’aiguille eft devenue immobile.
- On comprendra fans peine la caufe de tous les phénomènes que préfente la direôion de l’aiguille vers le nord, fi l’on fai: attention que le grand courant de fluide magnétique va du pôle méridional au pôle arftique, & fi l’on confidère que le pôle nord de l’aiguille étant le pôle pofitif, doit être repoufle , à caufe de fon atmofphère, par le courant de fluide magnétique qu’il rencontre, & céder le plus poflible à fon aftion. En effet, le pôle nord d’une aiguille fufpendue fur un pivot dont il lui eft impoflible de fe détacher, ne peut céder le plus poflible à l’effort du courant du fluide magnétique , qu’en tendant direâement vers le nord lorfque le courant vient du fud, ainfi qu’il eft aifé à tout le monde de s’en convaincre ; car céder le plus poflible à la force d’un courant dans lequel on ne peut ceffer d’être renfermé, c’eft chercher à tendre dans le fens où on a le moins à combattre fa force , c’eft-à-dire, c’eft chercher à fuivre le plus fa direftion , à tendre vers le nord lorfque le courant va vers ce point.
- Mais pourquoi cette dire&ion vers le nord
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- de l’aiguille aimantée, eft-elle fujette à tant de bizarreries & de variations ? Parce que le courant dont l’aftion la détermine à pointer vers le pôle de la terre, eft lui-même fujet à des variations dans fa dire&ion. Nous avons vu que le fluide magnétique arrivé au pôle, & s’y réunifiant des différens points de l’équateur , s’y précipitoit dans la route aifée & facile que lui offrait pour rentrer dans la terre la calotte de glace dont notre pôle eft recouvert , ainfi que les relations des navigateurs ne nous permettent plus d’en douter. Cette calotte n’occupe pas toujours un efpace égal : le refroi-diffement du globe, & plufieurs circonftances particulières , étendent inégalement les glaces autour du pôle de la terre. L’endroit de la route qu’elles préfentent au fluide magnétique, le plus aifé à parcourir & à traverfer pour ce dernier, me paraît devoir être le centre , ou à peu près, de ces calottes de glace, comme celui qui eft le plus refroidi, & où les qualités de cette terre qui entre dans la combinaifon du fluide magnétique , parodient avec plus d’énergie. C’eft à ce centre que le courant général & univerfel doit fe rendre de préférence ; & c’eft vers cet efpace, comme vers un abîme, & qui réellement eft pour lui comme
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- un gouffre ou une grande ouverture, puif-que c’eft celui qui le laiffe paffer avec le plus de facilité ; c’eft vers cet efpace, dis-je, que doit être la direftion générale du courant du fluide magnétique, & par conféquent la direction du pôle nord de l’aiguille aimantée. Mais la calotte de glace s’étendant à chaque inftant d’une manière inégale , c’eft-à-dire, occupant vers l’orient ou l’occident, &c. des efpaces inégaux, le centre de cette calotte ne doit-il pas changer ? & dès-lors le courant magnétique général ne fe dirigera-t-il pas tantôt vers un point & tantôt vers un autre ? & n’en fera-t-il pas de même de l’aiguille aimantée qu’il entraîne ?
- C’eft de-là que me paroît venir le plus confiant des changemens qu’on obferve dans la direftion de l’aiguille. Lorfqu’on commença à s’en appercevoir à Paris en 1550 , l’aiguille déclinoit vers l’orient de huit degrés : le centre des glaces devoit être alors éloigné du nord de huit degrés. En 1580, ce centre des glaces devoit s’être porté vers l’orient jufques au onzième degré & demi ; & les glaces, par une fuite de plufieurs caufes, avoir envahi une plus grande portion des montrées orientales que des occidentales, car l’aiguille indiquoit onze degrés
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- sur l’Électricité. 85 & demi. En 1610, elle étoit revenue vers le même point qu’en 1550, c’eft-à-dire, vers le huitième degré. Les glaces ne dévoient pas cependant avoir diminué ; mais elles avoient gagné plus de pays à l’occident qu’à l’orient, & leur centre s’étoit par-là rapproché du nord. En x 666 , le centre des glaces devoit être précifément au pôle ; l’aiguille y pointoit directement. En x670,lemême centre devoit avoir été tranfporté vers l’oueft : l’aiguille déclinoit vers le couchant d’un degré & demi. Depuis ce temps-là , l’aiguille a toujours décliné vers l’occident jufques en 1771. Le centre des glaces étoit fans doute parvenu alors à dix-neuf degrés cinquante minutes du nord ; c’étoit du moins vers ce point à l’oueft que fe dirigeoit l’aiguille. Mais depuis cette dernière époque, le centre des glaces s’eft rapproché du nord, & la direction de l’aiguille a recommencé de s’avancer vers l’orient : elle ne déclinoit, l’année dernière 1780, que de dix-neuf degrés quarante minutes.
- Si l’on n’avoit pas vu, il y a deux cents ans, la déclinaifon de l’aiguille aimantée s’avancer vers l’orient jufqu’à une certaine époque , & fi elle ne venoit pas de ceffer de s’avancer vers l’oueft , la confiance qu’elle a montrée dans tout le refte du temps pendant lequel elle a
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- été obfervée, pourrait engager à penfer qu’elle fait le tour du globe en allant vers l’occident ; & alors la caufe que nous lui avons affignée cefferoit d’être admiffible, parce que le centre des glaces ne peut pas encore avoir été placé bien loin du pôle : peut-être même ferions-nous alors obligés de modifier ce que nous avons dit relativement à la direétion générale de l’aiguille vers le nord ; mais fon avancement vers l’orient, obfervé jufqu’en 1580, temps auquel elle a rétrogradé & s’eft portée vers l’oueft, & qui vient d’avoir lieu pour la fécondé fois, laifle nos explications telles que nous les avons données.
- Lorfque les navigateurs nous auront fait pref-que entièrement connoître la furfàce de notre globe, & qu’on aura pofé les véritables bornes qui terminent les circonférences entières des calottes de glace dont les pôles font revêtus, fi alors mes conjectures & mon hypothèfe fe trouvent fondées, on n’aura pas autant de be-foin, dans la fuite des fiècles, de faire de nouvelles reconnoiffances des terres congelées ; & l’on pourra, en quelque forte, connoître l’étendue & la fîtuation des plages envahies, par la feule connoiffance de la déclinaifon de l’aiguille aimantée, en y ajoutant la connoiffance de
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- sur l’Électricité. 87 l’avancement (ou, fi l’on veut, celle de la rétrogradation ) des glaces dans un ou deux points.
- Ne connoîtra-t-on pas, en effet, par le moyen de la déclinaifon de l’aiguille, le déplacement du centre ? & ne faura-t-on pas par-là , à peu près, fi telles ou telles terres dont on connoîtra la diftance â ce centre, auront été envahies, connoiffant la quantité générale de l’envahifTement, par les obfervations faites à un ou deux endroits de la croûte glacée ?
- Il eft une fécondé déclinaifon de l’aiguille aimantée , qui ne provient, comme la première , que d’un changement de direflion du courant magnétique à la force duquel elle obéit. Cette fécondé déclinaifon eft celle que les Phyficiens ont appelée diurne, qui eft particulière à certains hémifphères, & qui me paraît provenir de l’aâion de la lumière qui leur eft envoyée. Cette lumière ayant une grande affinité avec le fluide magnétique , doit ralentir la force & la rapidité de fon courant dans certains endroits, par exemple, le long de quelques méridiens, & le détourner même quelquefois , en le portant dans des fens différens de celui dans lequel il s’avance. Mais , quand elle ne ferait que diminuer fa viteffe le long F iv
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- de quelques méridiens, les méridiens collatéraux de fluide magnétique trouvant moins de réfiftance & moins de répulfion dans ceux dont le mouvement aura été retardé, devront fe jeter un peu fur eux ou de leur côté, abandonner leur dire&ion, & faire changer celle de l’aiguille aimantée qui leur fera foumife. Cette décli-naifon devroit avoir une certaine régularité; mais fon effet eft mêlé avec celui de tant d’autres déclinaifons irrégulières, que la confiance qu’elle obferve ne peut pas être apperçue.
- Non-feulement l’aiguille des bouffoles décline & ne fe dirige pas toujours vers le vrai point du nord » mais elle n’efl point parfaitement horizontale, & elle incline plus ou moins fa pointe feptentrionale, fuivant qu’elle eft plus ou moins voifine du pôle arâique. Cette incli-naifon me paroît très-aifée à expliquer d’après mon hypothèfe. En effet, le fluide magnétique , ainfi que tous les fluides qui renferment dans leur combinaifon l’élément du feu, & qui font expanfifs de leur nature, ne doit-il pas perdre une partie de fon expanfibilité en s’éloignant du lieu de fon origine ? ne doit-il pas en avoir une moindre à mefure qu’il s’écarte du pôle fud par les régions duquel il s’eft élevé dans l’atmofphère, & à mefure qu’il s’approche
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- du nord ? Son expanfibilité diminuant, il doit être maîtrifé avec plus de force par la vertu attraftive que l’intérieur de la terre doit exercer fur lui. La diagonale qu’il décrit entre la direction de là vertu expanfive & celle de l’attraôion qui le captive, doit fe courber à chaque inftant & s’approcher de la direftion de la vertu attractive , jufqu’à ce qu’enfin elle fe confonde avec cette dernière direftion , & qu’il rentre dans le fein du globe, lorfqu’il eft parvenu au pôle feptentrional. L’aiguille aimantée devant en tout fuivre la direftion du courant magnétique qui la maîtrifé , ne doit-elle pas incliner fa pointe nord en même temps qu’il s’incline lui-même ? & par conféquent eft-il furprenant qu’elle baille fon côté feptentrional, à mefure qu’elle eft voifine du nord, & qu’elle s’approche de cette entrée facile que les glaces donnent au fluide magnétique, de ce gouffre où il fe précipite?
- L’aiguille aimantée fouffre encore d’r.utres déclinaifons que celles dont nous venons de parler, mais qui font moins générales, & qui n’appartiennent qu’à certains lieux. La furface du globe préfente en plufieurs endroits au fluide magnétique des terres ou des rochers prefque entièrement compofés de la terre principe qu’il renferme, ou d’une fubftance très-femblable à
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- celle qui le compofe. Ces divers endroits doivent lui offrir de petites iffues par lefquelles il peut rentrer dans le globe , fans attendre d’être parvenu jufqu’au pôle, & dans lefquelles il fe jette en plus ou moins grande quantité. En prenant ces différentes petites routes , il forme plufieurs petits courans qui doivent plus ou moins troubler le grand courant qui couvre & inonde la furface entière du globe en coulant vers le pôle nord. La direction du courant magnétique ne pouvant pas changer que celle de l’aiguille ne change, puifque celle-ci n’eft qu’une fuite de la première, l’aiguille aimantée doit plus ou moins fe détourner, dans ces diffé-rens endroits, de fa tendance ordinaire, & décliner plus ou moins vers l’eft ou vers l’oueft.
- A ces déclinaifons locales & particulières fe joignent celles que peuvent faire éprouver à l’aiguille, ainfi que l’a penfé M. le Comte de Buffon , les montagnes d’aimant qui s’élèvent en différens endroits autour du pôle, & vers lefquelles l’aiguille doit être plus ou moins pouffée.
- Toutes ces différentes déclinaifons agiffant fouvent à-la-fois, s’étaient quelquefois & s’ac-croiffent mutuellement, & quelquefois fe combattent & fe détruifent ; & des divers effets que
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- naiflent une partie de ces irrégularités auxquelles l’aiguille de la bouffole eft fujette, & dontjjufqu’à préfent on n’a trouvé aucun moyen de les garantir. Mais l’aiguille eft foumife à des variations bien plus irrégulières encore, qui ne naiflent d’aucune des caufes que nous avons affignées, & qui doivent d’autant plus incommoder les marins, qu’elles font très-fréquentes & très-confidérables. J’ai cru devoir rapporter au fluide éleârique ces grandes irrégularités ; j’ai penfé qu’à caufe de la grande analogie de fes principes avec ceux du fluide magnétique, il devoit avoir une grande affinité avec lui : il m’a paru doué dans fa marche d’une vitefle & d’une force bien fupérieure à celle du fluide magnétique ; & il a d’ailleurs prefque toujours une direâion différente de celle de ce dernier, puifque le plus fouvent il s’élève dans l’atmof-phère, tandis que le fluide magnétique ne fait, pour ainfi dire, que rafer la furface du glr.be & s’épancher au defliis d’elle. J’ai imaginé que, toutes les fois que les direâions de ces deux fluides ne fe rencontrent pas dans le même fens, ce qui arrive prefque toujours, le feu éleftrique, fuivant qu’il eft plus ou moins abondant , doit entraîner avec lui le grand courant magnétique, l’arrêter , le fufpendre, lui un-
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- primer même un mouvement contraire à celui qu’il avoit déjà, le forcer à revenir fur £es pas, ou le porter vers l’eft, vers l’oueft, &c. Mais fur-tout j’aipenfé que, lorfque le fluide éleôrique étoit en mouvement, il devoit agir immédiatement fur les aiguilles des bouffoles, les attirer 8c les entraîner dans différens, fens, & troubler plus ou moins leur direâion. Une très-longue fuite d’expériences & d’obferva-tions s’eft trouvée conforme à mes idées, 8c m’a confirmé dans ma façon de penfer. Dans des temps d’orage, j’ai vu fouvent des aiguilles aimantées éprouver les variations les plus fortes , fe tourmenter violemment fur leurs pivots comme pour obéir à un courant vivement agité, parcourir quelquefois plus de cent degrés par des ofcillations fréquentes 8c rapides, leur pôle nord fe tourner vers le fud, 8tc. D’autres Phyficiens l’ont obfervé ainfi que moi. Et enfin j’ai été entièrement confirmé dans mon opinion, lorfqu’ayant fermé tout paflage au fluide éleôrique , 8c l’ayant empêché d’agir fur les aiguilles , ces dernières , renfermées dans des capfules de verre lutées avec de la réfine 8c d’autres fubftances imperméables au fluide, n’ont plus été foumifes aux grandes 8c irrégulières déclinaifons qui les avoient agitées.
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- J’ai vu un orage fe former, des aiguilles fuf-pendues à l’air libre en recevoir l’influence , s’agiter & vibrer avec une très-grande force , pendant que celles qui étoient renfermées dans les capfules de verre, tranquilles & prefque immobiles, n’éprouvoient que les déclinaifons dépendantes du fluide magnétique, & dont nous avons parlé précédemment. D’après cela, j’ai cru qu’on pourrait garantir les aiguilles des boufloles de la plus grande partie de leurs variétés irrégulières, en les renfermant dans des efpèces de petites caifles de verre, & d’autre matière imperméable au fluide éleôrique (a). Je ne doute pas que, lorfque les marins emploieront ces précautions, ils ne foient garantis de prefque toutes les erreurs dangereufes dans lefquelles les boufloles pourraient les entraîner, les variations dont les aiguilles de ces dernières ne feront pas préfervées par le moyen que j’ai indiqué, étant en quelque forte prefque toutes confiantes & régulières. Au refte, l’expérience la plus concluante confirmera ou détruira bientôt mon opinion à ce fujet, un habile marin de mes amis devant bientôt emporter avec lui, dans un voyage de long cours , une bouflble armée d’après
- (a) Voyez le Mémoire que j’ai publié dans le Journal de Phyfique en 1780.
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- mes conjeftures. Je publierai dans ma Phyfique le réfultat de fes obfervations.
- Au-delà de la ligne, l’aiguille aimantée doit être fujette, ainfi que dans notre hémifphère, aux variations irrégulières dont nous venons de rapporter l’origine au fluide éleârique : elle doit fouffrir aufïi les déclinaifons qui proviennent de la nature des différentes fubftances qui compofent la furface du globe , & celles que fait naître la lumière que la terre reçoit. A l’égard de la déclinaifon plus confiante dont nous avons parlé pour notre hémifphère , & qui dépend des différens déplacemens qu’a pu fubir le centre de la calotte de glace dont notre pôle eft couvert, l’aiguille aimantée doit éprouver une déclinaifon analogue vers le pôle auftral. Le courant magnétique doit, dans cette partie du globe, être de même plus ou moins incliné fur les méridiens de la terre , fuivant que le centre de la calotte glacée, établie au deffus du pôle auftral, eft plus ou moins éloigné de ce pôle. En effet, la pofition de la fource d’un courant qui va le plus qu’il peut en ligne droite, doit influer fur fa direâion, & l’incliner fur une ligne quelconque, lorfque le but eft déterminé autant que ce même but, ou, ce qui revient au même, le gouffre dans lequel le cou-
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- rant va fe jeter, règle & incline cette direôion lorfque la fource eft déterminée. Dans notre hémifphère, le courant prend en quelque forte fa fource à l’équateur, puifque c’eft de tous les points de ce cercle que le fluide magnétique tend vers le pôle nord ; c’eft-à-dire, il tire fon origine d’une ligne déterminée & invariable. Dans l’hémifphère méridional, c’eft le gouffre dans lequel fe jette le courant qui eft en quelque forte fitué le long de l’équateur, puifque le fluide coule vers tous les points de ce cercle ; & par-là, ce même gouffre occupe un efpace invariable & déterminé. La pofition de la fource du fluide doit donc faire décliner fon courant dans cet hémifphère étranger , ainfi que la fituation de l’abîme par lequel il rentre dans la terre, le fait décliner dans notre hémifphère. Mais, de même que ce gouffre doit être placé dans le centre de la calotte glacée de notre pôle , comme dans l’endroit le plus froid ; d ; même le centre de la calotte glacée dont le pôle auftral eft revêtu, étant l’efpace le plus refroidi, & approchant le plus par fa nature de la terre qui entre dans la combinaifon du fluide magnétique , ne doit - il pas offrir à ce fluide l’iflue la plus facile, & être regardé comme le lieu d’où il tire fa fource ? C’eft donc la pofition
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- de ce centre qui doit diriger le courant magnétique dans l’hémifphère méridional, ainfi que le centre des glaces arôiques le dirige dans l’hémifphère que nous habitons ; & l’aiguille aimantée doit plus ou moins décliner dans les régions aullrales,fuivantquele centre des glaces s’approche ou s’éloigne du pôle de cette partie de la terre.
- On me dira peut-être qu’il n’y a pas longtemps que les pôles font revêtus d’une calotte de glace ; & on me demandera fi avant leur congélation, dont l’époque n’eft pas bien reculée, l’aiguille aimantée fe dirigeoit vers eux, fi elle déclinoit, s’il exiffoit un courant général de fluide magnétique? &c. Je penfe que tous les phénomènes magnétiques dévoient paroître avant que les glaces n’euffent envahi les pôles, & ne les euflent rendus tels que la nature nous les offre aujourd’hui. Les pôles ont toujours été les points de la terre les plus froids ; & cela ' feul me fuffit pour être perfuadé qu’ils ont toujours été les parties du globe les plus voifines par leur nature, de la terre qui entre dans la combinaifon du fluide magnétique. Ce fluide a dû toujours s’exhaler de préférence par l’iflue que l’un d’eux lui a offerte, rentrer dans le fein du globe par la route qu’il s’eft aifément
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- frayée dans le fécond, & produire fur la furface de la terre tous les phénomènes que nous remarquons aujourd’hui. A l’égard de la décli-naifon confiante de l’aiguille aimantée, elle a pu exifter avant l’établiffement des glaces, par une fuite du déplacement du centre des terres les plus refroidies, par lequel il a dû fortir ou rentrer de préférence.
- Au relie, il eft aifé de voir, en confidérant la figure de la terre, que le déplacement du centre des glaces, cette caufe unique de la déclinaifon confiante dans tout un hémifphère, ne doit pas produire un effet égal fur chaque point de la furface de ce même hémifphère.
- Non-feulement on peut donner à des aimans naturels toute la vertu qui leur eft propre, en dégageant leurs pôles les plus puiffans de tous les petits pôles au milieu defquels ils étoient embarraffés , & dont l’aftion auroit diminué leurs forces, en les contrariant en partie ; non-feulement on peut accroître leur vertu en le, armant de fer ; mais encore l’expérience a appris plufieurs manières de faire des aimans artificiels, qui non - feulement jouiffent d’une énergie égale à celle des aimans que la nature nous offre tout formés, mais les furpaffent même en force & en vertu, & produifent des effets Tome II. G
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- bien fupérieurs. Nous allons parcourir les principales manières dont on eft parvenu à former ces aimans artificiels, & expliquer les principaux effets que nous offriront les divers procédés dont on s’eft fervi. Les Phyficiens pourront, d’après nos principes, fe rendre aifément raifon de tous ceux dont les bornes de ce Mémoire ne nous permettront pas de parler.
- Les différentes manières de communiquer la vertu magnétique à un morceau de fer, & d’en faire un aimant artificiel, peuvent fe réduire à deux claffes. Dans la première on peut comprendre tous les procédés dans lefquels on a befoin d’un aimant déjà formé ou d’un aimant naturel , & la fécondé renfermera tous les moyens indépendans de la préfence d’aucun aimant. Dans la première claffe, on communique la vertu magnétique au fer , quoiqu’il foit idio-magnétique, de même qu’en éleftricité on communique quelquefois la vertu éleârique au verre, tout idio-éleftrique qu’il eft ; & dans la fécondé, c’eft par une efpèce de frottement que le fer reçoit la vertu magnétique fans le concours d’aucun corps précédemment aimanté, de même qu’en éleftricité le verre reçoit par frottement la vertu éleftrique , fans l’aâion d’aucun corps déjà doué de cette vertu. Jetons
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- rapidement les yeux fur les procédés compris dans la première claffe.
- Premièrement, il fuffit de faire toucher un morceau de fer à un des pôles d’un aimant, pour qu’il en reçoive la vertu magnétique ; quelquefois même, & fur-tout lorfque l’aimant eft vigoureux, il n’a befoin que de s’en approcher de très-près, & il obtient & conferve une force d’autant plus grande, qu’il relie plus longtemps auprès de l’aimant. Cette expérience, que j’ai répétée fouvent avec fuccès, confirme tout ce que j’ai déjà dit, & s’explique facilement d’après mes principes. Le fluide qui cherche à s’échapper par le pôle nord, ne doit-il pas, en effet, repoufler celui qui eft renfermé dans la furface du fer qu’on approche de lui, & l’aimanter négativement? & ce dernier fluide , chaffé par le premier, ne peut-il pas s’accumuler dans la furface oppofée, l’aimanter pofi-tivement ; & par-là le morceau de fer ne fera-t-il pas un carreau magique magnétique, ne fera-t-il pas un véritable aimant ? Ne peut-on pas dire la même chofe du fer qu’on approche du pôle fud ? & le fluide qui fe jette vers ce pôle, ne produira-t-il pas le même effet que celui qui fort du pôle oppofé ?
- On a remarqué que cette expérience réuflifloit Gij
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- mieux lorfqu’on faifoit rougir le fer avant de l’appliquer à l’aimant, & qu’on le laiffoit refroidir avant de l’en féparer. La chaleur né rend-elle pas le feranémagnétique? Par-là, le fluide ne doit-il pas le pénétrer aifément, s’y jeter en quantité ? & lorfque le fer fe refroidit enfuite & redevient idio-magnétique, & que d’ailleurs fes parties, privées de leur divifion par le refroi-diffement , perdent l’accroifTement de leurs affinités avec le fluide magnétique qu’elles avoient obtenu de la chaleur, ne doit-il pas y avoir un excès de fluide magnétique dans les parties du fer qui n’auront pas éprouvé de répulfion, & cela indépendamment de toute autre caufe ? Par-là, le côté pofitif ne devra-t-il pas être plus fortement aimanté ? & par cela feul, l’aimant total ne devroit-il pas avoir plus d’énergie? D’ailleurs, lorfque le côté pofitif augmente en puiflance, & par conféquent voit une plus grande quantité de fluide accumulée autour de lui, ne doit-il pas joindre une plus grande force à celles qui ont dépouillé le côté négatif ; celui-ci être plus complètement privé de fluide, par conféquent jouir d’une vertu plus énergique ?
- Le magnétifme que le fer reçoit par le feul contait avec l’aimant efl: fouvent foible , &
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- 1 abandonne bientôt : il jouit d’une vertu bien plus énergique & bien plus durable, lorfqu’au lieu de fe contenter de l’approcher d’un aimant, on le fait paffer lentement plufieurs fois de fuite, & toujours dans le même fens, au deffus de fes pôles, en l’appuyant un peu fortement contre eux. Il en eft doué d’une plus forte encore , lorfqu’on ne le fait paffer qu’au deffus d’un feul pôle, l’aftion de l’un devant détruire l’aéfion de celui qui lui eft oppofé. Cette manière d’aimanter eft compofée de celle que nous avons déjà indiquée , & de celles dont nous parlerons dans la fuite, & que nous avons rangées parmi les moyens fondés fur le frottement. Nous verrons que la partie qui paffe la dernière, & qui eft froifféela dernière fur l’un des pôles, eft celle qui acquiert le plus de vertu, ainfi que les Phyfîciens l’ont reconnu ; & nous tâcherons de donner la raifon de ce phénomène. Son explication fervira à nous faire appercevoir la bonté de la méthode indiquée par Jacques Lemaire, Ce célèbre Artifte apprit aux Phyficiens à attacher fortement la lame d’acier qu’ils voudroient aimanter à une lame d’acier beaucoup plus longue, à les faire paffer toutes les deux fur un des pôles d’un aimant, plufieurs fois de fuite , lentement, & en les
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- appuyant contre le pôle ; & de faire pafler la dernière, la lame à laquelle on avoit en vue de communiquer la vertu magnétique. Ces deux lames s’aimantent; & la petite lame acquiert par ce moyen une plus grande énergie, non-feulement parce qu’elle fait partie d’un plus grand affemblage * mais parce qu’alors elle compofe elle feule cette portion, qui, paffant la dernière au defius du pôle, acquiert plus de vertu que les autres. Des lames d’acier aimantées par un des moyens précédens, & devenues des aimans artificiels, ou demeurent ifolées, & prennent le nom de barreaux magnétiques, ou font réunies enfemble, forment des faifceaux, & portent le nom de faifceaux aimantés.
- Parcourons maintenant les moyens dans lef-quels le frottement eft employé, & dans lefquels on n’a befoin d’aucun aimant déjà exiftant.
- Si on frotte une lame d’acier, placée fur quelque corps que ce foit (<z) , avec une groffe barre de fer verticale, dont on appuie fortement fur elle le bout épais, pefant, arrondi & poli, & fi on fait parcourir à cette barre
- ( a ) M. Marcel, Phyficien Anglois , imagina cette manière , qu’il employoit en plaçant le fqr à aimanter fur une .enclume bien polie.
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- sur l’Électricité. 103 toute l’étendue de la furface de la lame, d’une extrémité à l’autre ; fi on répète plufieurs fois la même chofe, en relevant avec foin la barre toutes les fois qu’on fera parvenu à l’extrémité de la lame ; fi on ne frotte jamais cette dernière que dans le même fens, & en commençant toujours par le même endroit ; & enfin fi on tourne cette même lame d’acier, & fi on fait éprouver un frottement femblable, & avec les mêmes précautions, à la furface op-pofée à celle fur laquelle on a déjà agi, la lame d’acier obtient une forte vertu magnétique; & le bout par lequel on a commencé de la frotter, acquiert les propriétés du pôle fepten-trional ou du pôle pofitif.
- Cette expérience, en découlant de mes principes, confirme mon opinion. En effet, le frottement qu’on fait fubir à la lame d’acier, ne doit-il pas divifer fes parties, accroître leurs furfaces, & augmenter par - là leurs affinités avec le fluide magnétique ? Le grand courant qui coule au deffus de la furface entière du globe, doit fe jeter en plus grande quantité qu’à l’ordinaire vers cette lame d’acier, y être bientôt en excès, lorfque l’attraéüon réciproque de fes parties les rapproche, lui communiquer enfin un magnétifine pofitif : mais ce
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- magnétifme pofitif ne doit pas s’étendre fur toute la lame ; il doit uniquement réfider dans la partie qui aura été frottée la première » parce que , dès que le fluide magnétique y fera en plus grande quantité qu’â l’ordinaire , il repouflera le fluide renfermé dans l’autre partie , qui, bien loin d’avoir un magnétifme pofitif, devra au contraire être douée par-là d’une vertu négative , & repréfenter le pôle fud, ainfi que l’expérience l’a appris.
- Lorfqu’on frotte la lame qu’on veut aimanter au deflus du pôle d’un aimant, la partie qui paffe la dernière s’aimante le plus vivement, parce que la répulfion du fluide magnétique déjà ramaffé dans la partie frottée la première» unit fes efforts à ceux du fluide qui entre dans le pôle de l’aimant, ou qui en fort.
- Il fembleroit par-là, me dira-t-on peut-être , que lorfque , par exemple, on emploierait la méthode de Jacques Lemaire, & qu’on fépa-reroit la petite lame, c’eft - à - dire, la partie frottée la dernière , de la grande lame , on devrait, à la vérité, trouver cette petite lame douée d’une vertu fupérieure à celle du bout oppofé, mais qu’on ne pourrait reconnoître en elle qu’un magnétifme négatif, & que par conféquent elle ne ferait pas un aimant parfait.
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- Il eft aifé de répondre à cette objeftion, en faifant remarquer que cette petite lame eft précifément alors comme un morceau d’acier qui auroit fait partie d’une barre dans laquelle on auroit remarqué les deux vertus magnétiques , & qu’on en fépareroit en caftant cette dernière : le morceau d’acier, qui, pendant qu’il auroit été une portion de la barre, n’auroit joui que de la vertu négative , <k n’auroit eu que le pôle fud, offrirait cependant les deux pôles & les deux vertus magnétiques, dès le moment qu’il ferait ifolé. Et comment ne les offrirait-il pas ? Dès le moment qu’il ferait féparé, il ne ferait plus en effet fournis à Faftion répulftve du fluide accumulé dans un morceau de barre avec lequel il ne ferait plus lié. Dès-lors le courant dans lequel il ferait plongé, & qu’il attirerait violemment, devroit fe jeter fur lui, & l’enfiler par le bout le moins magnétique , c’eft-à-dire, dans ce cas-ci, par le bout le moins négatif, par conféquent par celui qui auroit été le plus près de la partie pofitive retranchée : comme, malgré le dépouillement du morceau d’acier, & le befoin qu’il auroit de fluide magnétique, le fluide qui s’élancerait vers lui ne ferait point entraîné par une force d’attraflion bien grande ; il auroit toujours
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- quelque peine à le traverfer ; il devroit borner fes efforts à agir fur le bout dans lequel il entrerait , en divifer les parties, s’y accumuler, s’y arrêter , l’aimanter pofitivement ; & au lieu d’aller détruire la vertu négative du bout oppofé , ne devroit-il pas augmenter, ou du moins con-ferver par fa répullion, cette vertu négative ? Le morceau de la barre caffée, devroit donc offrir les deux vertus & les deux pôles ; & la petite lame de la méthode de Lemaire doit donc les offrir également.
- Ne peut-on pas expliquer aufli pourquoi le morceau féparé de la barre caffée, s’il n’avoit joui que du magnétifme pofitif avant fa fépa-ration , offrirait les deux pôles lorfqu’il ne tiendrait plus à la barre , en difant que ce morceau n’aurait pas dû jouir dans toutes fes parties d’une vertu pofitive également énergique ; que celle, par exemple , qui aurait avoifiné la portion négative de la lame , aurait dû avoir une moindre vertu pofitive, parce que, lorfqu’elle aurait eu acquis du fluide, elle aurait dû avoir été foumife à la répulfion du fluide déjà accumulé dans les parties frottées avant elle ; & en ajoutant qu’après la caffure & la féparation , le fluide renfermé dans le côté qui ferait le moins pofitif, attiré
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- alors par les fubftances anémagnétiques qu’il pourrait rencontrer, & poufle par le fluide magnétique de la partie la plus pofitive, devrait abandonner le morceau d’acier, & en laiffer la partie qu’il aurait occupée dans un état magnétique négatif? Le fluide accumulé dans l’autre portion ne devrait cependant pas l’abandonner, à caufe de la grande affinité que lui donnerait avec cette dernière la divifion de parties qu’elle auroit fubie : le morceau d’acier ne devrait-il donc pas avoir les deux vertus ?
- Mais pourfuivons notre route. L’acier ou le fer font aimantés par le frottement, avec plus de facilité, lorfqu’ils font placés dans la direction du courant magnétique ; & cela découle encore de mes principes. En effet, ou le côté du fer qui eft le premier frotté, & qui doit toujours jouir de la vertu pofitive , eft alors tourné du côté du fud ou du côté du nord. S’il eft tourné du côté du fud, & par conféquent plus expofé au courant qui arrive du pôle auftral, le fluide magnétique doit plus aifément s’accumuler autour des parties qui viennent d’être divifées , leur donner par-là une vertu pofitive plus forte, & faire jouir le côté oppofé d’une vertu négative plus énergique. Si le côté de l’aimant deftiné à devenir négatif, eft au con-
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- traire tourné vers le fud , non-feulement alors il eft dépouillé d’abord par la force répulfive du fluide qui s’accumule dans la partie frottée la première , mais il l’eft enfuite un peu par le courant qui chaffe fon fluide vers le côté oppofé : fon magnétifme négatif augmente donc, ainfi que la vertu pofitive du côté tourné vers le nord. Toutes les fois donc que l’acier ou le fer qu’on veut aimanter font placés dans la direâion du courant général, l’effet du frottement doit être aidé par l’aâion de ce courant , & ils doivent acquérir une plus grande vertu magnétique.
- Si les forces du frottement s’accroiffent lorfqu’on place fur du fer le corps qu’on veut aimanter par fon moyen , & fi elles augmentent quelquefois d’autant plus que le fupport eft plus confidérable , c’eft parce que le métal qui fert de foutien acquiert toujours une certaine vertu magnétique , à la vérité quelquefois infenfible, mais qui ne laiffe pas de tendre à fe communiquer au fer ou à l’acier qu’on frotte» 8c d’augmenter'l’effet du frottement en réunifiant fon aftion à celle de ce dernier. Les barres de fer placées autour de l’acier qu’on veut aimanter, doivent aider aufïï les efforts qu’on fait pour lui communiquer
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- SUR L’ÉIECTRICITÉ. 109 la vertu magnétique , en retenant le fluide magnétique par l’obftacle qu’elles lui oppofent lorfqu’il veut les traverfer.
- On pourra aifément , d’après tout ce que nous avons dit, rendre raifon des différentes manières d’aimanter employées par différens Phyficiens, & particulièrement par l’illuftre M. Duhamel, M. Antheaume, M. Mitchel * M. Canton, &c.
- Si on place un morceau de fer d’une certaine longueur dans une fituation perpendiculaire à l’horizon, & fi enfuite on le laifle tomber de manière que fon extrémité frappe la terre, il s’aimante , & le bout qui a touché la terre acquiertla vertu négative ou le pôle fud. N’eft-ce pas parce que le choc du morceau de fer contre la terre ébranle & divife fes parties ? Par-là leurs affinités avec le fluide magnétique augmentent , & le grand courant qui coule au deflus de lui, & dont la direction dans notre hémif-phère eft plutôt de haut en bas que de bas en haut, fe jette vers lui & s’accumule autour des parties qu’il rencontre les premières, c’eft-à-dire, autour de l’extrémité fupérieure ; il chaffe alors, par fa force répulfive, le fluide de l’extrémité inférieure, qui par-là devient négative , tandis que l’oppofée acquiert un magné-tifme pofitif.
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- Qu’on fufpende verticalement un morceau de fer ou d’acier, & qu’on frappe fon extrémité inférieure avec un marteau, le morceau de fer fera aimanté, & l’extrémité inférieure aura une vertu magnétique négative. Le choc du marteau produit, dans cette expérience, le même effet que celui de la terre dans l’expérience précédente ; & il eft aifé de voir que les deux phénomènes s’expliquent enfuite de
- Lorfque j’ai eu fait rougir un morceau de fer, il s’eft aimanté lorfque je l’ai tenu dans une fïtuation verticale ou un peu inclinée vers le pôle boréal. Le fer, en rougiflant, a eu fes parties divifées : le fluide magnétique, obéiflant â la nouvelle affinité que le fer venoit d’acquérir par la divifion de fes parties, s’eft jeté vers lui & s’eft accumulé dans les premières parties qu’il a rencontrées, s’eft ramaffé autour de la première extrémité foumife à fes efforts, lui a communiqué une vertu pofitive, a dépouillé , par fa répulfion, l’extrémité inférieure qui eft devenue négative ; &, par l’acquifition de ces deux vertus, le morceau de fer n’a-t-il pas dû devenir un véritable aimant ?
- Boyle a obfervé que lorfqu’on perce , polit ou qu’on lime le fer, il acquiert une vertu
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- magnétique. Il eft aifé de voir qu’elle vient de la divifion des parties, communiquée au fer par le frottement qu’on lui fait fubir en le limant, le poliffant ou le perçant. Cette divifion donne une plus grande affinité au fer qui entraîne le fluide magnétique, dans le courant duquel il doit être néceffairement enveloppé. Ce fluide fe raffemble autour des premières parties qu’il rencontre , dépouille les autres ; & ne rend-il pas dès-lors le fer un aimant parfait ? C’eft par une raifon femblable que les vrilles, les tarières & les autres inftrumens de fer dont on fe fert pour percer, acquièrent, par l’ufage qu’on en fait, une vertu magnétique.
- Une barre de fer qu’on plie & replie fur elle-même plufieurs fois jufques à ce qu’elle fe rompe, montre une forte vertu magnétique dans les lèvres qui réfultent de fa fraâure, ainfi que l’a obfervé M. de Réaumur.
- M. de Buffon dit dans fon Hiftoire Naturelle , en rapportant fes expériences fur la ténacité & la décompofition du fer : « Tout le fer » que j’ai fait caffer à froid & à grands coups » de maffe, s’échauffe d’autant plus qu’il eft « plus fortement & plus fouvent frappé : non-» feulement il s’échauffe au point de brûler 4> très-vivement, mais il s’aimante comme s’il
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- » eût été frotté fur un très-bon aimant. M’étant i> affuré de la confiance de cet effet par plu» î> lieurs obfervations fucceffives, je voulus voir » fi, fans percuffion , je pourrois de même » produire dans le fer la vertu magnétique : je »> fis prendre pour cela une verge de trois lignes ii de groffeur, de mon fer le plus liant, & » que je connoiffois pour être très-difficile à m rompre ; & l’ayant fait plier & replier par les » mains d’un homme fort, fept ou huit fois » de fuite fans pouvoir la rompre, je trouvai le » fer très - chaud au point où on l’avoit plié,
- » d’une barre bien aimantée. » Il eft aifé de voir, d’après mes principes , pourquoi le fer s’aimante dans ces expériences. La percuffion & la fimple preffion ne doivent-elles pas en effet produire, ainfi que le frottement, une divifion de parties? L’exiftence de cette divifion n’eft-elle pas d’ailleurs atteftée dans les expériences précédentes, par la chaleur qu’elle fait naître , & qui rend le fer brûlant ?
- Ces expériences font importantes, non-feulement pour ma théorie du magnétifme, mais même pour ma théorie de l’éleâricité, en ce qu’elles prouvent que la percuffion & la fimple preffion produifent une divifion de parties. Ne
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- confirment-elles pas, en effet, par-lâ, que le frottement fait naître cette divifion, ainfi que nous l’avons dit ; le frottement paroiffant bien plus propre à produire cet effet, que la preffion & la percuflion ?
- Il me femble que mes idées fur le magné-tifme font bien confirmées par la facilité avec laquelle on en déduit tous les phénomènes que nous venons de parcourir : examinons-en quelques-uns qui ne me paroiffent pas moins en attefter la bonté.
- La foudre a fouvent changé les pôles des aiguilles des bouffoles , & a rendu leur pôle .nord pôle auftral. N’eft-il pas aifé de voir que cet effet doit être attribué à la divifion de parties produite par la force de la foudre, & fon paffage au travers de l’aiguille qui aura éprouvé le premier effort dans le pôle fud ? En effet, le fluide magnétique n’a -1 - il pas dû aller promptement s’accumuler autour des parties de ce pôle les premières divifées, les aimanter par conféquent en plus , leur donner le pôle nord, au lieu du pôle fud qu’elles avoient ; & de ce petit liège de fon pouvoir, n’a-t-il pas dû repouffer, non-feulement l’excès du fluide magnétique accumulé dans le pôle qui étoit nord & pofitif, mais éloigner encore celui qui Tome IL H
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- étoit propre aux parties de ce pôle , les dépouiller , leur donner une vertu négative , & par conféquent un pôle fud ?
- Il eft encore plus aifé d’expliquer comment la foudre a pu aimanter des aiguilles, & donner le pôle nord à la partie qu’elle frappoit la première. Il a été, en effet, bien plus facile aux parties du bout d’une aiguille qui avoient été divifées par la foudre, & qui avoient vu par-là accroître l’étendue de leurs furfaces & leurs affinités , d’attirer autour d’elles une certaine quantité de fluide magnétique , lorfque les aiguilles ne jouiffoient encore d’aucune vertu magnétique, & qu’aucune répulfion étrangère ne les contrarioit, que lorfqu’elles tenoient à un côté pofitif, & dont la répulfion devoit détruire en partie leurs effoits : il a été auffi plus aifé au fluide ramaffé dans ces mêmes parties, de chaffer & d’éloigner le fluide renfermé dans l’autre bout, lorfque ce dernier n’a pas été précédemment pofitif, c’eft-à-dire, n’a pas renfermé d’excès de fluide, & n’a contenu que celui qui lui étoit propre.
- On comprendra aifément comment M. Fran-cklin parvint à donner la vertu magnétique à de petites aiguilles qui flottoient fur l’eau, par le moyen d’une décharge d’une batterie éledrique
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- dont il fit paffer l’étincelle foudroyante au travers de l’aiguille. Cette étincelle foudroyante n’étoit-elle pas, en effet, entièrement femblable à la foudre, douée de la même nature, de la même manière d’agir? &c.
- En répétant les expériences de ce grand Phyficien , je me fuis affuré que le bout de l’aiguille qui reçoit le premier l’étincelle foudroyante , le bout dans lequel le fluide électrique entre, & qui par conféquent fe trouve toujours dans la partie de la chaîne-Ja plus voifine de la furface intérieure des bouteilles de Leyde, lorfque l’éleâricité eft pofitive, & dans la partie la plus éloignée de cette même furface , lorfque la batterie eft chargée négativement ; je me fuis affuré, dis - je, que ce bout acquiert toujours le pôle nord, ainfi que M. Francklin l’avoit conjeâuré, & que cela doit être d’après mes principes.
- Le favant M. d’Alibart parvint le premier, d’après les expériences de M. Francklin , à changer les pôles d’une aiguille aimantée, en faifant parcourir la longueur de cette aiguille à la décharge d’une forte batterie éleârique ; décharge qui, ainfi que la foudre, donne toujours le pôle nord au côté qu’elle attaque le premier.
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- Ce qui eft important dans les expériences que je viens de rapporter, foit dans celles que j’ai faites, foit dans celles de M. Francklin , & ce qui confirme encore mon opinion, c’eft la fufion de quelques parties des aiguilles qui fouvent a eu lieu, & qui n’a pu fe faire fans chaleur, ni par conféquent fans l’exiftence de la divifion de leurs parties.
- Les aiguilles de fer qui ont demeuré pendant long - temps fufpendues au haut des clochers & des tours élevées, y acquièrent fouvent une vertu magnétique. Voici ce me femble pourquoi. Ces pointes métalliques élevées doivent, dans les temps d’orage, avoir fervi de canaux au fluide éleSrique de l’intérieur du globe, ou à celui des nuages : ce fluide éleftrique, qui a pu dans certains momens les traverfer avec une très-grande maffe & une très-grande vitefle, n’a-t-il pas dans certaines circonftances divifé leurs parties au point que le grand courant magnétique allant du pôle fud au pôle nord, s’eft jeté fur elles, & les a aimantées en s’accumulant dans une de leurs extrémités , & en repouffant le fluide de l’extrémité oppofée ? M. Mufchem-broeck dit qu’on voyoit fur une tour de Mar-feille une grofle cloche qui avoit pour axe une grofle barre de fer, dont les deux extrémités
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- sur l'Électricité. 117 tournoient dans une pierre tendre. Il s’étoit amafle autour de ces extrémités une maffe groilière , ferrugineufe , dont les morceaux qu’on détachoit étoient doués d’une puiffante vertu magnétique. Le frottement que les extrémités de l’axe de fer avoient éprouvé contre la pierre dans laquelle il tournoit, quelque tendre qu’elle pût être , n’avoit - il pas divifé leurs parties, & celles de la maffe ferrugineufe que plufieurs caufes avoient pu former autour d’elles, au point d’engager le grand courant magnétique à s’y porter , à s’accumuler dans une portion de cette maffe ferrugineufe, & à dépouiller une autre portion de cette même maffe?
- Voici encore un phénomène remarquable, dont les Phyficiens n’ont donné aucune raifon, & dont l’explication ne confirmera pas peu mon hypothèfe.
- Une barre qu’on tient dans une fituation verticale , n’a pas befoin d’être frappée par un coup de marteau, ou d’être choquée contre la terre, pour acquérir la vertu magnétique ; il fuffit qu’elle demeure dans cette fituation verticale , pour qu’elle foit aimantée. A la vérité, le magnétifme qui lui eft communiqué par fa fituation., n’eft pas bien énergique ; mais il efi H iij
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- afiez fenfible pour qu’une des extrémités de cette barre repoufle le pôle nord d’une aiguille & attire le pôle fud, & pour que l’autre extrémité éloigne le pôle fud, & force le pôle nord à s’approcher. C’eft fon extrémité élevée qui, dans notre hémifphère, acquiert les propriétés du pôle négatif. La raifon en eft, que le grand torrent de fluide magnétique qui précipite fes flots d’un pôle à l’autre, & qui prend fa fource au pôle méridional , eft trop éloigné du lieu de fon origine lorfqu’il parvient dans notre hémifphère , pour que fon expanfibilité ne foit pas affoiblie, & que la vertu attraftive qui eft exercée fur lui par le globe de la terre, ne l’entraîne pas dans une diagonale très-approchante d’une direâion perpendiculaire à la fur-face du globe. C’eft comme fi, à chaque point de cette furface, le grand courant defcendoit vers la terre. Rencontrant une barre de fer verticale , & qui, lui préfentant fa longueur, ne peut que lui offrir une étendue confîdérable à parcourir , ce grand courant ne doit-il pas agir contre le fluide renfermé dans le bout de cette barre qu’il attaque le premier ? & ne doit-il pas repouflër ce fluide, fans y être détermine par aucune modification intérieure de la barre de fer ? Ce feu éleôrique repoufle.
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- abandonne l’extrémité fupérieure de la barre qu’il laiffe dans un état négatif, & va s’accumuler dans l’extrémité inférieure qu’il aimante pofitivement. Mais ce qu’il eft important de remarquer relativement à mon hypothèfe , c’eft qu’à mefure qu’on s’avance vers la ligne » la vertu magnétique des barres de fer, tenues verticalement, diminue & s’affoiblit (a). N’eft-ce pas parce qu’en s’avançant vers la ligne, on s’approche du pôle méridional, c’eft-à-dire, de la fource du courant magnétique ? Ce courant doit avoir vers les plages équinoxiales une expanfibilité plus forte ; la diagonale qu’il parcourt doit donc s’éloigner davantage de la direftion perpendiculaire à la terre ; & la force qu’il peut exercer contre le bout de la barre, doit s’affoiblir en devenant trop oblique. Sous la ligne, ou aux environs, la vertu de la barre verticale eft prefque nulle ; c’eft que le courant magnétique y a affez d’expanfibilité pour y couler horizontalement à la furface du globe ; & dès-lors, ne devant plus traverfer la longueur de la barre, il n’agit prefque plus fur fon extré-
- (a) Voyez dans l’Encyclopédie, l’article Aiguille aimantée, par le célèbre M. le Monier, Médecin, de l’Académie royale des Sciences.
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- mité, & ceffe prefque de l’aimanter ; & ce qui le prouve , c’eft que la même barre tenue horizontalement, obtient une vertu magnétique. Le bout tourné vers le fud, ç’eft-à-dire» le premier expofé à l’aâion du grand courant qui coule vers le nord, acquiert alors un ma-gnétifme négatif. Ce phénomène ne s’accorde-t-il pas parfaitement avec mon opinion ? Si on s’avance encore vers le pôle antaréïique, on voit la vertu magnétique redevenir fenfible dans la barre verticale ; mais avec cette différence , qui s’accorde parfaitement avec ma théorie, qu’alors, ainfi que dans tout le refte de l’hémifphère méridional , c’eft l’extrémité inférieure de la barre qui attire le pôle nord de l’aiguille aimantée , & l’extrémité fupérieure qui le repouffe. N’eft-ce pas parce que dans ces régions voifines de fa fource , le fluide magnétique jouit encore d’une expanfibilité affez forte pour s’élever malgré les efforts de l’attraSion du globe ? C’eft comme fi ce fluide s’exhaloit de chaque point de la furface de la terre : il trouve la barre verticale dont la longueur lui oppofe un obftacle ; il s’efforce de le vaincre , & repouffe le fluide de l’extrémité inférieure qu’il rencontre la première. Le feu éleôrique de cette dernière l’abandonne, l’ai-
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- Si on fufpend une petite aiguille par fa pointe à l’un des pôles d’un aimant vigoureux, & fi on préfente enfuite perpendiculairement à la tête de cette aiguille un morceau de fer non aimanté , ou le pôle d’un aimant très-foible oppofé à celui auquel l’aiguille eft fufpendue, l’un & l’autre arracheront l’aiguille au premier aimant, l’emporteront à quelques lignes , & l’entraîneront d’autant plus loin que le premier aimant aura plus de force : au-delà d’une certaine diftance, l’aiguille fe précipitera. Cette expérience, que les Phyficiens n’ont jamais expliquée d’une manière fatisfaifante, va , ce
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- Essai me femble , fe déduire très-aifément de mes principes. En effet, ou le pôle du premier aimant eft nord ou fud , c’eft-à-dire , fuivant moi, politif ou négatif. S’il eft politif, il ne retient l’aiguille que parce qu’il en a fait un petit aimant, ainli que nous l’avons vu. Lorf-qu’on approche un morceau de fer, ou, ce qui eft encore mieux, le pôle négatif d’un aimant, le fluide magnétique ramaffé dans le pôle pofitif du grand aimant, doit agir fur ce morceau de fer ou fur le fécond aimant ; il doit les dépouiller de fluide dans celle de leurs parties qui le regarde , renvoyer dans d’autres parties plus éloignées le fluide qui y réfidoit, l’y reléguer , l’y repouffer, changer le fer en petit aimant, & augmenter la vertu du fécond aimant qui fe préfente à lui. Le pôle négatif de ces derniers aimans fe trouvant de fon côté, puifque c’eft la partie tournée de fon côté qu’il dépouille, il doit fe jeter & tendre vers eux avec une viteffe plus grande qu’auparavant, parce qu’auparavant il n’étoit attiré que par des corps anémagnétiques, qui fans doute ont avec lui bien de l’affinité, mais l’attirent cependant moins violemment qu’un pôle négatif : fa viteffe ne peut pas augmenter, fans que fa force ne s’accroiffe. Je conçois
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- qu’il ne doit plus agir dès-lors fur la petite aiguille, de la même manière qu’il avoit déjà agi fur elle : il ne doit plus fe borner à repouffer le fluide renfermé dans la partie de cette aiguille la plus voifine de lui; mais, ayant plus de force, il doit en divifer les parties, les aimanter pofi-tivement ; & comme l’aiguille lui préfente la pointe, c’eft-à-dire, comme il ne peut y avoir de parfait contaâ entre eux deux que dans très-peu de points, ils doivent avoir des atmof-phères diftinâes qui fe repouffent. La petite aiguille doit s’éloigner & s’écarter, dans la direction de l’atmofphère du premier aimant, c’eft-à-dire , en tendant vers le fécond.
- Mais l’aiguille n’a pas pu perdre d’un côté la nature de fon magnétifme , fans la perdre de l’autre : fon bout tourné vers le fécond aimant fera donc devenu négatif. Mais, par la fuppofition , ce fécond aimant ou le morceau de fer, ont aufli de ce côté-là leur pôle négatif ; ils devront donc repouffer l’aiguille ; &, lorfque cette dernière fera affez éloignée pour que la force de répulfion exercée fur elle par le premier aimant, ne foit plus fupérieure à la force de répulfion du fécond aimant, elle devra obéir à fa force de pefanteur & fe précipiter ; & cette diftance fera d’autant plus
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- grande, que le grand aimant fera plus vigoureux , parce qu’alors fa force de répulfion fera plus conlidérable, & s’étendra plus loin avant de devenir égale à celle du petit aimant.
- Si le pôle du grand aimant eft négatif, la petite aiguille ne lui demeure attachée que parce que le fluide magnétique qui fe porte vers lui l’a rendue un petit aimant, dont le pôle nord eft tourné du côté du pôle négatif du premier. A mefure qu’on approche un morceau de fer du grand aimant, le fer s’enfonce & s’engage dans le courant de fluide magnétique qui coule vers le grand aimant : ce couvrant l’aimante bientôt, & d’une manière fem-blable à celle dont il a aimanté l’aiguille, c’eft-à-dire, en lui donnant fon pôle nord du côté du grand aimant. Le fluide magnétique qui s’échappe de ce pôle nord ou de ce pôle pofitif, doit, à l'approche du grand aimant, augmenter de vitefle, & par conféquent de force, & agir fur la petite aiguille. Il ne peut pas changer fes pôles, parce que , ne venant que d’un aimant foible, il n’eft qu’en petite quantité ; mais il peut repoufler entièrement le fluide que la petite aiguille renferme, & qui par-là non-feulement n’en contient prefque plus dans fon pôle négatif qui avoit. déjà été
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- dépouillé, mais n’en renferme plus qu’une petite quantité dans fon pôle pofitif qui en avoit un excès : l’aiguille par-là ceffe d’être un aimant parfait, & jouit dans fes deux bouts du magné-tifme négatif : elle doit donc être repouffée par le grand aimant qui lui offre fon pôle négatif, parce que les pôles de même nature fe repouffent ; & elle doit tendre vers le fécond aimant, parce qu’elle offre encore à celui-ci un côté négatif, que le fécond aimant lui en offre un pofitif, 8c que les côtés oppofés s’attirent.
- Et comme plus le premier aimant a de l’énergie, 8c plus le fluide qui s’élance du pôle pofitif du fécond aimant doit avoir de la force, plus aufli le pôle qui étoit nord dans la petite aiguille eft dépouillé, 8c plus celle-ci s’éloigne du premier aimant. Elle parvient enfin à une diftance où elle n’eft plus foumife à la répul-fion de ce dernier, & où l’attrafiion que le fécond exerce fur elle ne peut plus va.ncre fa pefanteur , parce qu’à mefure que le fécond aimant s’éloigne du premier, il fe dégage de l’aftion du courant qui coule vers le grand aimant , 8c fon magnétifme diminue : elle obéit alors à fa gravité 8c tombe.
- Tant que les aimans , foit naturels, foit artificiels, confervent leur nature idio-magnétique,
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- & la divilïon de leurs parties, ils doivent con-ferver leur vertu : mais plufieurs caufes peuvent leur faire perdre & leur nature & la divi-fion de leurs parties. Lorfque des chocs, des preffions ou des frottemens agiflent fur des parties déjà divifées, ils peuvent les rapprocher au lieu de continuer de les défunir, & faire perdre par-là à des aimans la vertu magnétique qu’ils leur avoient donnée, ainfi que l’expérience l’a appris. La chaleur peut produire le même effet & détruire auffi fon propre ouvrage. Voilà pourquoi, ainfi que M. Mufchembroeck l’a obfervé , des aimans qu’on tient pendant long-temps dans un brafier ardent, y perdent
- Le fer , pourvu qu’il jouiffe de fon état métallique, & qu’il ne foit pas réduit en chaux, s’efforce de tendre vers l’aimant , non-feulement lorfqu’il eft pur, mais même encore lorf-qu’il eft mêlé avec des fubftances étrangères, foit minérales, foit animales , foit végétales.
- Lorfqu’on répand de la pouflière ferrugi-neufe fur une barre aimantée, elle fe foulève, & s’étend autour d’elle en forme d’atmofphère : c’eft l’effet du fluide qui fort de la barre aimantée par fon côté pofitif, & de celui qui pénètre ou cherche à pénétrer dans cette barre par fon côté négatif.
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- sur l’Électricité. 127 Des Phyficiens ont voulu remarquer dans cette atmofphère de pouffière , des figures déterminées , des efpèces de couches & de rayons diverfement arrangés, les uns droits, d’autres courbés, &c ; ils ont voulu s’en étayer pour prouver le cours qu’ils ont affigné au fluide magnétique autour des aimans. Mais, pour peu qu’on obferve avec attention ces atmofphères, on n’y remarquera aucune figure affez déterminée pour pouvoir en conclure quelque chofe de bien certain , & on fe convaincra que tout au plus fon arrangement pour • roit défigner l’effet d’un fluide qui entre, ou l’effet d’un fluide qui fort par les extrémités / en plus grande abondance qu’ailleurs ; mais il me paroît plutôt ne rien défigner d’une manière bien diftinâe.
- L’acier s’aimante beaucoup plus aifément que le fer, parce que l’acier n’efl: autre chofe qu’un fer dégagé de matières étrangères, qui, n’étant pas idio-magnétiques, ne peuvent pas s’aimanter. Le fer, par exemple, pour devenir de l’acier, fe délivre du zinc qu’il renfermoit (<j), & qui n’efl: pas idio-magnétique.
- ( a ) Ainfi que l’a dit le célèbre M. Sage, ce grand Chimifte , à qui la Minéralogie a de fi grandes obli-
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- La petite quantité de fluide magnétique qui ne rentre pas dans le fein de la terre, me paroît devoir fe décompofer en partie dans l’atmof-phère. Le feu fe fépare du principe terreux & s’exhale, & ce dernier eft rapporté à la furface du globe par les pluies & les vapeurs qui tombent. Peut-être le refte du fluide, celui dont la force expanfive eft la moins contrariée, s’élève-t-il jufques au-delà de Fatmofphère aérienne, & y forme-t-il une petite atmofphère magnétique afiez mince ; peut-être dans la fuite pourrons-nous conjeélurer avec plus de fondement l’exiftence de cette dernière atmofphère.
- On imprimoit cette partie de mon ouvrage , lorfque j’ai lu dans le Journal de Phyfique ( mois d’avril 1781 ) un Mémoire très - bien fait , de M. Gattey, fur les aiguilles des bouffoles. Ce Phyficien , après avoir adopté une partie de mes principes, & de ceux du célèbre M. le Comte de Milly , propofe une nouvelle manière de préferver les aiguilles aimantées de leurs variations irrégulières. Sa méthode peut être meilleure que celle que j’ai indiquée. J'invite M. Gattey à confirmer fes idées par l’expérience, en obfervant pendant long-temps , & particulièrement à l’approche des orages, des bouffoles armées à fa manière , en obfervant en même temps d’autres bouffoles non armées. Ce fera de grand coeur que j’applaudirai à fes fuccès, & que je les confignerai dans ma Phyfique.
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- 22 e Vinfluence de F Électricité & du Magnétifme fur les animaux.
- T*O U te s les fois que l’équilibre du fluide a été rompu dans l’atmofphère, & qu’un orage violent eft prêt àfe former, tous les animaux éprouvent une fenfation nouvelle : l’homme & les quadrupèdes , courbés pour ainfi dire fous la puiflante influence du fluide éleftrique, reffentent un abattement, un appefantiffement général : affaifles comme par un poids, ils ne fe traînent qu’aveepeine. L’homme fans doute, eft accablé fous le faix de la crainte ; l’ignorance & le préjugé lui montrent les orages comme les phénomènes les plus redoutables ; & d’ailleurs, doué par la réflexion & par la facilité qu’il a de communiquer fes idées , de l’expérience de tous ceux qui l’ont précédé, s’il ne croit pas toujours fa tête menacée, il tremble que fa demeure ne foit renverfée & détruite, que fes champs ne foient ravagés & fes moiffons emportées. Mais indépendamment des frayeurs que fon imagination lui infpire, Tome IL I
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- & qui peuvent, en agiffant fur fon corps, l’accabler & l’abattre,une caufephyfique le rend lourd & pefant. Sa tête fût-elle parfaitement calme & tranquille, fon corps feroit toujours appefanti. Les animaux quadrupèdes, qui n’ont que leur propre expérience, qui ne doivent guère craindre les éclairs, à moins qu’ils n’aient été frappés eux-mêmes de la foudre, qui du moins ne doivent jamais être effrayés par l’approche d’une nuée orageufe qui n’a encore manifefté par aucun éclair la foudre meurtrière qu’elle porte dans fon fein , reffentent un abattement & un accablement violent, qui ralentit & appefantit leur démarche.
- Pendant qu’une caufe phyfique pèfe ainfi fur l’homme & fur les quadrupèdes, cette même caufe produit un effet bien différent fur les infe&es , fur les poiffons, & fur les animaux amphibies : elle les allège, & les rend plus vifs & plus animés. Jamais les infeâes ne vaguent plus vivement dans l’air, jamais ils ne bourdonnent & ne murmurent plus bruyamment, ne piquent avec plus de force, ne volent avec plus d’agilité que lorfque l’orage menace, & que les nuages fe ramaffent pour former la foudre. C’eft dans les momens où l’horizon fe couvre, où les nuées font fillonnées par des
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- éclairs, & où le tonnerre commence à faire entendre fes roulemens, que les reptiles s’animent , fifflent & croaffent au milieu des marais fangeux qu’ils habitent, & que les limaçons rampans traînent avec plus de vigueur leur pefante coquille. Les poiflons fortent alors de leurs demeures cachées ; les monftres que la mer nourrit, quittent leurs grottes profondes, s’élèvent fur le dos des vagues, bondiffent & s’élancent. Ne voyons-nous pas les petits poiffons qui peuplent nos rivières, paraître alors à la furface de l’eau, y fautiller vivement, s’y jouer avec légéreté ? Et fi enfin nous nous tranf-portons fur les bords des mers au deffus def-quelles flottent des tas immenfes de glaçons & de neige, nous verrons à l’approche de l’orage les phoques percer la couverture de glace qui les retenoit au fond des flots, s’élancer fur ces plages feptentrionales , remplis d’une vigueur & d’une vivacité nouvelles, y bondir avec force, y glifler, pour ainfi dire, avec agilité.
- La même caufe qui forme l’orage, je veux dire la rupture de l’équilibre dont jouiffoit le fluide éleârique,doit, cerne femble, produire néceflairement fur l’homme & fur les quadrupèdes , l’effet que nous venons d’obferver. La furface de la terre ne peut pas gagner
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- ou perdre du fluide, en avoir un excès ou être dépouillée d’une partie de celui qu’elle renfermoit, fans que l’homme & les quadrupèdes qui repofent fur cette furface, ne participent à fon état, & ne foient, comme elle , furchargés ou privés de fluide. Par-là, ils fe trouvent néceflairement, à l’approche d’un orage, éleârifés pofitivement ou négativement. Je ferai voir bientôt qu’ils doivent être alors à peu près dans les mêmes circonftances que ceux qui ont fubi pendant très long-temps dans nos laboratoires une éleâricité pofitive ou négative. Ces derniers éprouvent un mal-aife, font abattus & accablés. Il faut donc que lorfque l’homme & les quadrupèdes ont été éleârifés par une fuite des ruptures d’équilibre qui produifent les orages, ils foient affaiffés, accablés & appe-fantis. Ils doivent l’être d’autant plus violemment , que la caufe qui les éleârife eft puiflànte ; mais d’ailleurs je penfe qu’ils font plus abattus lorfqu’ils fubiffent une éleâricité négative , & que la nuée orageufe eft chargée d’un excès de fluide, parce que plufieurs Phyficiens, & particulièrement M. Wilcke, ont obfervé que le mal-aife de ceux qui font pendant long-temps éleârifés négativement dans nos laboratoires, eft plus grand que le mal-aife de ceux qui ne le font que pofitivement.
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- Cette même caufe, je veux dire la rupture de l’equilibre du fluide, me paraît, ainfi que nous venons de le dire, devoir produire aufli dans les infeâes , les poiflons & les animaux amphibies, l’agilité qu’ils acquièrent à l’approche des orages, quelque oppofé que foit cet effet à celui qu’elle fait naître dans l’homme & dans les quadrupèdes. Les poiffons, les amphibies & les infeéles doivent, en effet, être éleârifés, foit pofitivement, foit négativement, par les ruptures d’équilibre dont dépendent les orages : mais l’expérience m’a appris que lorf-qu’on éleârife pendant long - temps de petits poiffons contenus dans un vafe plein d’eau , on les voit fautiller, & paraître acquérir de la force & de la légéreté. Des limaçons que j’ai éleârifés pendant long-temps aufli, ont traîné leur petite demeure avec plus d’agilité. Des mouches que j’ai renfermées fous des cloches de verre, & qui alloient de temps en temps fe repofer fur la plaque de métal placée au deffous de la cloche, plaque que j’éleârifois pendant long-temps, & qui leur communiquoit de l’éleâricité, m’ont toujours paru beaucoup plus agitées, beaucoup plus en mouvement que lorfque je n’éledrifois pas la plaque métallique. Pourquoi donc ne diroit-on pas que la
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- rupture de l’équilibre du fluide donne de l’agilité & de la légéreté aux amphibies, aux infe&es, aux poiflons ? Sans doute cet effet eft oppofé à celui que nous avons dit qu’elle produifoit fur l’homme : mais une même caufe ne peut-elle pas faire naître deux effets oppofés, pourvu que ce foit dans des fujets différens? Le même vent ne fait-il pas tous les jours voguer deux vaiffeaux en fens contraire ?
- On me demandera peut-être comment il fe fait que l’éleâricité accable l’homme & les quadrupèdes, tandis qu’elle foulage & allège d’autres animaux. Je l’ignore : je conjefture uniquement que cette différence dans les effets, doit venir d’une différence dans la conformation & dans la fubffance des divers animaux : peut-être un jour pourrons-nous dire quelque chofe de plus à ce fujet ; mais, n’euffions-nous jamais là - deffus de plus grandes lumières , nous ne devons pas rejeter des phénomènes que l’expérience nous indique, parce que nous ne devinons pas par quels refforts la nature les produit.
- Au refte, ce n’eft pas que je n’admette les différentes caufes que les Phyficiens & les Natu-raliffes ont aflîgnées pour expliquer l’efpèce de gaieté & l’agilité de certains animaux, à
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- SUE l’É lect ricité. 135 l'approche du tonnerre & des nuées orageufes ; mais je crois qu’on doit ajouter à toutes ces caufes celle que je viens d’indiquer, & qui ne me paroît pas être une des moins puiffantes.
- Non-feulement l'abfence ou l’excès du fluide éleârique produifent dans l’homme, les oifeaux & les quadrupèdes, un abattement & un accablement plus ou moins grand ; non-feulement l’éleftricité fait ainfi fur eux des impreflions paflagères ; mais, lorfqu’elle a répété pendant long - temps fon aâion fur les animaux, elle modifie ou altère, elle change leur fubftance, & laiffe fur eux des empreintes qui ne s’effacent point. Ce font les expériences & les obferva-tions fuivantes fur les oifeaux, qui m’ont fait découvrir les traces profondes que l’éleétricité pouvoit laiffer dans ces animaux ; j’en ai entrevu de femblables fur les quadrupèdes : aucune obfervation ne m’a, à la vérité, prouvé que l’homme pût auflï recevoir ces impreflions durables ; mais, par analogie, j’ai cru qu’il devoit y être fujet.
- M. Klein ayant éleârifé pendant long-temps un chardonneret, vit infenfiblement difparoître non-feulement la couleur rouge de fa tête, mais la belle plaque citrine de fes ailes. Cette expérience m’ayant engagé à rechercher jufques I iv
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- où pouvoit s’étendre l’influence du fluide fur les couleurs des oifeaux, j’ai fait éleftrifer differentes efpèces d’oifeaux, fept ou huit heures par jour, pendant près de cinq mois : j’ai fournis particulièrement à cette épreuve des chardonnerets , des ferins, des linottes, des verdiers, des pics, & des perroquets d’Amérique, de l’efpèce à laquelle M. le Comte de Buffon a donné le nom d'Amazones, & dont le fond du plumage eft vert. Vers la fin de mes expériences, toutes les couleurs des difFérens oifeaux élec-trifés, avoient fubi l’influence du fluide : les unes avoient difparu entièrement, fans qu’il fut poffible de reconnoître la place qu’elles avoient occupée ; d’autres avoient laifle à l’endroit qu’elles embellifloient , quelques traces légères qui pouvoient indiquer la grandeur de l’efpace fur lequel elles s’étendoient, mais qui ne pouvoit fervir qu’à peine à faire deviner la teinte qu’elles avoient eue ; d’autres n’avoient fait que s’affoiblir, & changer leurs tons vifs en nuances plus foibles & plus douces. Les couleurs les plus brillantes le rouge, par exemple, avoient prefque toutes difparu en entier ; les couleurs plus foibles &plus fombres, avoient réfiflé davantage. Je remarquai encore un autre rapport entre les couleurs & l’influence du feu
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- sur l’Électricité. 137 éîeârique : ce fluide me parut avoir toujours eu moins d’aclion fur les couleurs qui compo-foient le fond du plumage des oifeaux , foit qu'elles fuflent vives ou obfcures , & avoir emporté plus aifément les couleurs accefloires, comme toutes celles qui pouvoient compofer des taches, des bandes, des calottes, des colliers, des raies ou des rubans, quelle que fût leur nuance, vive ou terne. Les petits oifeaux me parurent avoir perdu leurs couleurs beaucoup plus vite & beaucoup plus complètement ; & je dois dire qu’à la fin même des expériences, les deux perroquets que j’avois éleôrifes, & qui avoient, avec un fond vert, le fommet de la tête jaune & le fouet des ailes rouge, avoient vu uniquement diminuer la vivacité du jaune de leur tête, fans le perdre entièrement : le rouge de leurs ailes avoit fubi une plus grande altération, & avoit prefque entièrement difparu ; mais le fond vert de leur plumage ne me parut avoir fubi aucun changement. J’aurois bien déliré éprouver fi les oifeaux qui avoient perdu leurs couleurs par le moyen de l’éleftricité, les auraient reprifes avec leur ancien éclat, lorfque après leur mue ils fe feraient parés de plumes nouvelles, ou s’ils auraient paru avec les mêmes couleurs ternes qu’ils tenoient de l’éleflricité
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- qu’ils avoient fubie. Mais plufieurs de ceux dont le plumage avoir été altéré moururent avant le temps de leur mue, & des circonftances particulières m’empêchèrent de fuivre la deftinée des autres. Peut-être dans la fuite recommencerai-je à ce fujet une fuite d’expériences plus étendue ; j’invite les Phyficiens à s’occuper du même objet, & à étayer mes obfervations par leurs expériences.
- Le noir, & le blanc ou le gris, me parurent n’avoir reçu aucune altération. J’éleftrifai pour cela un corbeau, & une poule blanchâtre ou d’un gris blanc : je ne remarquai aucune différence dans leurs couleurs à la fin des expériences : peut-être, fi j’avois éleôrifé des animaux moins gros , plus fujets par conféquent à l’influence du fluide, & s’ils avoient été ex-pofés à fon aâion pendant plus de cinq mois, j’aurois reconnu quelque changement, quelque altération dans le noir & dans le blanc, tout comme dans les autres couleurs. Au refte, les différens animaux que j’ai éleêtrifés, ont été placés pour cela dans des cages de fer ifolées, qui communiquoient avec le premier conducteur d’un difque de verre aflez fort.
- Je n’ofe pas prononcer fur la manière dont le fluide a altéré les couleurs des oifeaux dans
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- les expériences dont je viens de rapporter les réfultats : j’ignore s’il les a ternies en enlevant aux plumes un de leurs principes conftituans, en leur en fourniffant un nouveau , ou en modifiant leur nature. Quoi qu’il en foit, il produit fur les oifeaux, ainfi que nous l’avons dit, non-feulement l’imprelfion paflagère d’un abattement & d’un accablement plus ou moins grand, mais l’imprelfion durable d’une modification , d’une altération, d’un changement quelconque dans une partie de leur fubftance. L’analogie me fait croire qu’il doit de même faire éprouver quelque changement à la fubftance des quadrupèdes, & l’expérience que je vais rapporter me confirme dans cette opinion. Je fis éleârifer, pendant près de cinq mois, un chat dont la robe blanche étoit parfemée de taches roulfes : ces taches s’affoi-blirent, &, au bout de cinq mois, n’offroient plus que des places à peine colorées. Le fluide éleftrique ne devroit-il pas produire aulfi dans l’homme quelque altération confiante , s’il agiffoit fur lui pendant très long-temps ? A la vérité, l’homme , infiniment plus grand que tous les animaux que j’ai fournis à l’expérience, aurait befoin d’une éleâricité plus foutenue , plus longuement répétée ; peut-être même les
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- traces de l’aâion du fluide ne paroîtroient-elles pas à l’extérieur , & ne feroient-elles imprimées que dans l’intérieur de fon corps. Quoique les poiffons, les amphibies & les infeâes, au lieu d’être appefantis par l’aâion du fluide éleârique à l’approche d’un orage , paroiflent en recevoir un nouveau degré de légèreté & de vigueur, je ne doute pas que l’aâion du fluide exercée fur eux pendant très longtemps , ne doive produire dans leur fubftance, foit à l’intérieur, foit à l’extérieur, des chan-gemens ou des altérations , ainfi que dans celle des quadrupèdes. A la vérité, on doit préfumer que les altérations qu’éprouveront les poiflons & les amphibies, feront différentes de celles que le fluide fait fubir aux quadrupèdes ; mais on ne peut pas, ce me femble, s’empêcher de croire en général qu’il produira des changemens dans leur fubflance ; & peut-être pourrai-je rapporter dans ma Phyli-que une fuite d’expériences qui confirmeront mes conjeâures.
- Non-feulement le fluide agit fur notre corps & fur celui des animaux , dans les circonf-tances rares & particulières où fon équilibre eft détruit à un très-haut degré ; mais il me paroît devoir produire fur eux des impreffions
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- plus ou moins fortes, dans tous les momens où la quantité ordinaire qu’ils doivent en renfermer, d’après leurs affinités, eft augmentée ou diminuée. La furface de la terre devant voir varier fouvent la quantité de fluide qu’elle renferme, les êtres placés au deflus de cette furface & qui la touchent immédiatement, ne doivent-ils pas voir de même varier la quantité du fùe éleârique qu’ils contiennent ? Leur affinité ordinaire devant donc à chaque inftant ou être furchargée , ou n’être pas fatisfaite, l’homme & les animaux me paroiffent, à chaque inftant, devoir éprouver des altérations intérieures , qui, plus ou moins fortes & plus ou moins durables , peuvent bien être la caufe de plufieurs de ces viciffitudes auxquelles notre fanté & notre exiftence phyfique font fujettes. Au refte, lorfque des Phyfiologiftes plus inf-truits que moi voudront fuivre les idées que je viens d’indiquer, ils devront obfervei que toutes les parties de notre corps, & de celui des animaux, ne font pas également fufcepti-bles de fubir l’influence du feu éleârique, de perdre ou de recevoir du fluide. Toutes en effet ne font pas conduftrices comme les chairs, le fang, les humeurs, &c. Les os, par exemple, me paroiffent idio-éle&riques, fur-tout dans
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- les animaux qui ont paffé l’âge de la verte jeuneffe , & dans lefquels ils ne font plus aufli tendres & commencent à fe durcir : ils le font du moins, lorfqu’ils ne font plus partie de leur corps, & qu’ils font defféchés.
- Le fluide agit encore fur les animaux d’une manière plus forte, plus énergique & plus redoutable que toutes celles que nous venons d’expofer, lorfqu’il s’élancé fur eux en grande maffe & avec un mouvement très-rapide, & qu’il conftitue la foudre , ou une de ces étincelles foudroyantes que nous obtenons dans nos laboratoires. Quelquefois fon aéflon fe borne à donner une commotion plus ou moins forte, à faire éprouver un choc plus ou moins violent ; mais d’autres fois, plus fu-nefte dans fes effets, non-feulement il renverfe & terraffe les animaux, mais il les laiffe fans vie. Lorfqu’il leur donne la mort, c’eft quelquefois en détruifant, par fa maffe & fa rapidité , différentes parties intérieures du corps des animaux ; mais quelquefois il leur ôte la vie fans altérer leur organifation, en décompo-fant l’air qu’ils refpirent , & en le privant de fon élafticité, de même que dans nos laboratoires il détruit celle de l’air que contiennent les vaiffeaux fermés dans lefquels il peut péné-
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- trer : l’homme & les animaux tombent alors dans un état d’afphyxie, dont quelquefois ils reviennent à la vie » mais qui quelquefois les conduit à la mort.
- M’étant propofé depuis long-temps de rechercher s’il ne feroit pas poffible de fauver les animaux frappés de la foudre, ou, ce qui revient au même, d’une commotion éleârique très-forte , je penfai, vers la fin de l’année 1777, que la foudre devoit fouvent faire naître une afphyxie , dont la mort peut être la fuite lorfqu’on ne lui oppofe aucun fecours ; & j’imaginai d’appliquer à cette afphyxie le même remède qui venoit de réuflir, entre les mains de M. Sage , contre l’afphyxie produite par l’air fixe, & dont il avoit tenté le fuccès dans une affemblée de l’Académie royale des Sciences , en préfence .de M. le Comte de Falkenf-tein, (l’Empereur). Je fis dans cette vue les expériences fuivantes.
- Je fis effuyer à un oifeau une commotion affez forte, par le moyen d’une batterie électrique , c’eft-à-dire, je le frappai d’un coup de foudre artificielle : il en fut terraffé, & demeura pendant près d’une minute fans mouvement, & fans aucune apparence de vie. J’introduifis alors dans fon bec une goutte d’alkali volatil ;
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- je le vis s’agiter un peu : je mouillai le tour de fes narines avec du même alkali, je lui en remis dans le bec ; l’oifeau reprit peu à peu fes forces, fe releva, fecoua fes ailes, & fe feroit envolé s’il n’avoit été retenu. Je pris alors un fécond oifeau , de la même efpèce » & à peu près de la même groffeur : je lui fis effuyer une commotion femblable ; il perdit tout mouvement : je le laiffai fans fecours ; il ne revint pas & mourut. Je donnai alors à l’oifeau de la première expérience une commotion femblable à celle qu’il avoit d’abord éprouvée ; &, n’ayant cherché cette fois-ci à lui porter aucun fecours , je ne lui vis plus donner des fignes de vie , & fa mort fuivit bientôt.
- Je répétai ces expériences : elles me suffirent prefque toujours de même. Avec quelle fatisfaftion ne vis-je pas leur fuccès ! Elles offroient un remède prefque affuré contre les effets des commotions éleâriques, & par con-féquent contre les accidens funeftes dont quelquefois les orages font accompagnés. Je refis ces expériences avec M. Sage : elles offrirent les mêmes réfultats. Le fecours qu’elles indiquent fut donné avec fuccès, par M. le Marquis de Bullion, à un animal plus fort & plus vigoureux
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- vigoureux que ceux fur lefquels je les avois tentées. Cet Amateur éclairé fit revenir à la vie dans un cours public donné par M. Brongniard , un lapin que ce favant Démonffrateur de Chimie du Jardin du Roi avoit terraffé d’un coup d’étincelle foudroyante, & que tous les auditeurs avoient cru entièrement mort. Ce fait eft configné dans le Journal de Phyfique, 1778.
- Je penfe que tous les remèdes employés avec fuccès dans les afphyxies en général, pour-roient être employés de même dans celles qui doivent leur origine au fluide électrique. Au relie, c’ell à l’expérience à le décider.
- Si le fluide éleârique ramafîe & formant la foudre a donné la mort aux animaux, s’il les a privés de la vie en les parcourant en étincelle foudroyante , & fi même il peut quelquefois leur être nuifible lorfqu’ils foulent la furface d’une terre éleârifée, il peut fouvent aufli nous foulager dans nos maux, ranimer le mouvement de nos membres engourdis, & rendre fa première force à notre fanté chancelante.
- Nous avons vu que l’éleâricité augmente l’évaporation des liquides , ainfi que l’obferva M. l’Abbé Nollet. L’expérience a appris aulfi que le fluide éleârique hâte la circulation des Tome II. K
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- fluides renfermés dans des tuyaux capillaires, & accélère l’écoulement de ces mêmes fluides lorfqu’ils s’épanchent par ces tuyaux. Ces effets firent imaginer à MM. Nollet, de Laflone & Morand, que l’éleâricité pourrait, dans plu-fieurs circonftances, être employée avec fuc-cès à réparer l’affoibliffement de notre fanté, fur-tout lorfqu’il s’agiroit de redonner le mouvement à des parties du corps paralyfées, & de ranimer leur fenfibilité éteinte. Les idées de ces Savans célèbres furent adoptées & fuivies par plufieurs Phyficiens de différens pays, & l’éleéfricité, entre leurs mains, produifit des guérifons réelles. M. Jallabert , fameux Pro-feffeur de Philofophie expérimentale à Genève, parvint à guérir un forgeron qui, à la fuite d’un accident, avoit refté paralytique de pref-que toute la partie inférieure du bras droit, boirait du même côté, & ne marchoit qu’avec
- Plufieurs autres Phyficiens ne furent pas moins heureux ; & un grand nombre de fuccès femblables, obtenus en différens temps, fe font joints depuis à ces expériences, pour prouver que l’éleftricité fagement employée peut être utile au foulagement des maux qui nous affligent. Et quand bien même les guérifons qu’elle
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- procure ne feroient pas durables, quand bien même les perfonnes guéries par fon fecours feroient expofées, au bout de quelques mois, à voir reparoître leurs infirmités, ainfi qu’on l’a prétendu ; pourquoi refuferions - nous de fuf-pendre pendant quelque temps les maux de ceux qui fouffrent, de retirer pour un temps d’au deffus d’eux le poids de leurs peines cruelles, de calmer leur douleur, & de rendre pour un temps l’agilité & la vie à leurs membres morts & engourdis? Nous refuferions-nous à produire un bien, parce que nous ne pourrions pas le produire en entier? & quand bien même nous ne devrions pas efpérer de voir naître un nouveau .foulagement par un fécond emploi de l’éleâricité, lorfque fes bons effets fe feroient évanouis, n’aurions - nous pas toujours charmé une grande partie de l’exiftence de ces malades infortunés ?
- On a remarqué que de toutes les malad'es que l’éleâricité peut foulager ou guérir, il n’en eft aucune qui cède plus promptement à fa force, que celles qu’on a défignées fous le nom générique de fupprefiîons. Un engorgement occafionné par la diminution ou la ceffation de la tranfpiration infenfible, réfifte difficilement à fes efforts, & à l’influence qu’elle exerce fur
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- les fluides évaporables & fur ceux qui coulent dans des tuyaux capillaires. Les femmes doivent trouver auflî des fecours allurés dans le fluide éleftrique , lorfqu’elles font attaquées de ces maladies où l’ordre de la nature eft troublé, fa marche interrompue & fes évacuations fup-primées. Les tumeurs ne cèdent pas moins facilement à l’aâion de l’éleâricité ; & M. Sigaud de la Fond, favant Profefleur de Phyfique, préfume que les obflruâions ne réfifteroient pas non plus à fes efforts.
- Ce Profefleur me paroît avoir eu toute raifon d’obferver dans la Phyfique qu’il a publiée , qu’on ne devoit pas fans néceffité employer la commotion dans la guérifon des maladies, & que, lors même qu’on ne pourroit pas fe contenter d’éleftrifer les malades, & qu’on feroit obligé de leur faire fubir des fecouffes , on devoit ménager leur poitrine, qui quelquefois pourroit avoir à fouffrir d’un grand nombre de commotions violentes. Il a rapporté, d’après le célèbre M. de Sauvages, un accident qui confirme fes craintes ; & il a propofé de ne foumettre à la commotion, autant qu’on le pourroit, que la partie engourdie à laquelle on chercheroit à redonner le fentiment & la mobilité, & fur-tout de ne pas expofer la poitrine au paflàge du
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- fluide éleârique. La manière Ample qu’il a indiquée pour cela, confifte à ne comprendre dans la chaîne des condu&eurs qui unit les deux furfaces de la bouteille de Leyde, que la partie qu’on veut ébranler. Un homme paralyfé de la moitié du corps, toucheroit, par exemple, la furface extérieure de la bouteille avec le bout de fon pied, & tireroit l’étincelle avec l’extrémité de la main du môme côté. Je crois, avec ce Profefleur, que la poitrine pourroit alors n’avoir à fouffrir aucune fecoulfe, ou du moins n’éprouveroit qu’un effet bien léger & même infenfible , à moins qu’on ne prolongeât la chaîne conduârice, qu’on ne la rendît très-étendue , & que le corps malade ne fe trouvât dans cette chaîne, très - loin de l’une ou de l’autre furface. Il pourroit, en effet, arriver alors, que le fluide forti de la furface pofitive, trop éloigné de la furface négative, fe répan-droit dans les fubftances voifines, 8c par exemple dans la poitrine, 8c que le fluide attiré par la furface négative & trop peu voifin de la furface pofitive, feroit remplacé par une partie de celui des corps voifins de la chaîne, 8c par exemple, par celui de la poitrine : encore même fuis-je perfuadé qu’il faudroit que la chaîne fût bien étendue, pour que l’effet produit fur la poi-
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- trine pût être fenfible, & encore plus pour qu’il pût être dangereux.
- Au refte, de quelque manière qu’on emploie l’éleâricité , il eft encore des précautions à prendre, qui doivent dépendre de la nature de la maladie qu’on veut guérir, du genre de celles qui peuvent fe trouver mêlées avec elle, &c. & qu’il appartient principalement aux Médecins de prefcrire.
- On fera peut-être étonné qu’après avoir parlé de l’influence des orages fur le corps humain, & de l’abattement dont ils l’accablent, & après avoir avancé que cet affaiflement ne venoit que de la rupture de l’équilibre du fluide , nous difions que l’éleâricité artificielle peut ranimer des parties engourdies, hâter l’évaporation des fluides, & accélérer leur mouvement dans des tuyaux capillaires, l’éleâricité artificielle étant, ainfi que l’éleâricité naturelle, une deftruâion de l’équilibre du fluide, & rien différant que dans fon origine. Les deux éleâricités font à la vérité toutes les deux femblables ; mais qu’on confidère que dans l’éleâricité artificielle, lorf-qu’elle ne dure pas exceflivement , le corps éleârifé eft le feul dans lequel le fluide ait perdu fon équilibre : toutes les fubftances, l’air qui l’avoifine, doivent fans ceffe ou lui donner ou
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- sur l’Électricité. 151 en recevoir une certaine quantité de feu électrique. Ce fluide doit par-là être continuellement en aftion , ne pas ceffer d’agir fur le corps éleétrifé, communiquer fon mouvement à fes parties, &c. Dans l’éleélricité naturelle, au contraire , à l’approche d’un orage, tous les corps, la terre, l’air , toutes les fubftances font également privées ou chargées de fluide ; elles ne doivent mutuellement, ni s’en donner, ni en recevoir l’une de l’autre ; les nuées orageufes peuvent feules en quelque forte leur céder ou leur enlever du feu éleÔrique ; mais heureu-fement pour l’homme , qui fans cela feroit continuellement frappé de la foudre, elles font trop éloignées pour fournir ou tirer une quantité bien fenfible de ce fluide. Le feu éleftrique de l’homme, ainfi que celui des fubftances qui recouvrent la furtace de la terre, ne doit donc pas être dans un grand mouvement, & l’homme relient cet accablement que doit lui donner le défaut ou l’excès d’un fluide dont la préfence eft eflentielle à fa conftitution. Cet abattement n’eft vaincu en lui par aucune autre caufe , le fluide qu’il renferme n’ayant pas gagné une allez grande viteflë, par une fuite de la rupture de fon équilibre, pour que ce mouvement furpalïe, ni même compenfe fon appefanuf-
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- fement, ainfi que dans l’éleClricité artificielle. Lorfque cette dernière dure très long-temps, l’air qui entoure les animaux éleftrifés, & qui avoit pu leur donner du fluide ou en recevoir d’eux, parvient enfin à s’éleftrifer ; & les animaux fe trouvent affeftés dès-lors de la même manière que les fubftances qui repofent fur la furface d’une terre éleftrifée : le mouvement de leurs humeurs n’eft prefque pas augmenté, & rien ne contre-balance les imprellions que doit faire fur eux la rupture de l’équilibre du fluide qu’ils renferment.
- N’auroit-on pas lieu d’attendre, relativement à la guérifon des maladies, des effets différens de l’éleftricité pofitive & de l’éleÔricité négative ? & ne devroit-on pas tenter des expériences à ce fujet ?
- Mais la décifion des queftions de cette efpèce appartient principalement aux Médecins, à cette claffe refpeftable de citoyens , digne de toute notre eftime & de toute notre reconnoiffance, qui, éclairée par le flambeau de la théorie & par celui de l’expérience, veille fans ceffe pour alléger le poids des mifères humaines, pour nous confoler, nous foulager, & nous rendre l’efpoir dans les momens où nous avons le plus de befoin de confolation, d’encouragement &
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- de fecours, & qui non - feulement a répandu de grandes vérités relatives à l’objet particulier de fon étude, mais à laquelle nous devons une grande partie de celles qui ont porté les fciences au degré où nous les voyons élevées. C’eft à fon jugement que je foumets ce que mon ouvrage renferme de relatif à la fanté ; & particulièrement je ne puis mieux faire, à l’égard des effets du fluide éleôrique fur les différentes maladies, que de renvoyer au travail & à la longue fuite d’expériences entreprifes par M. Mau-duit de Varenne, à la follicitation de la Société royale de Médecine dont il eft membre , & qui , par des vues bien dignes des hommes célèbres qui la compofent, a voulu fixer fon opinion & la nôtre fur un fujet aufli intéreffant.
- Toutes les fubftances de la nature renferment une certaine quantité de fluide magnétique proportionnée à leur affinité avec lui, de même qu’ils contiennent une certaine quantité de fluide éleôrique. Si le fluide magnétique , au lieu de s’épancher fur la furface de la terre, & de couler d’un pôle à l’autre, toujours à peu près également rapide & également gonflé , n’étoit , dans certains temps, répandu dans l’atmofphère qu’en très-petite quantité ; & fi , dans d’autres faifons, il s y
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- élevoit à grands flots, pouvoit s’y accumuler autour de certaines fubftances , & former , pour ainfi dire, des orages magnétiques, ainfi que le fluide éleârique, qui pendant le froid ne jaillit du fein de la terre qu’en fources peu abondantes, s’en élance en plus grands volu* mes dans la faifon des chaleurs , s’attache aux nuages, tonne & éclaire , nos corps éprouveraient naturellement, dans certains temps, l’influence du fluide magnétique : mais fa quantité eft toujours à peu près la même ; elle n’augmente ni ne diminue : auffi la nature feule, lorfqu’elle n’eft pas aidée par l’art , ne nous foumet-elle pas à fon a&ion.
- Si l’homme & les animaux doivent être regardés comme des fubftances anémagnétiques, nous n’avons pas trouvé le moyen de les ifoler, & de leur communiquer une vertu magnétique pofitive ou négative qui pût influer fur eux ; & s’ils doivent être confidérés comme idio— magnétiques, nous ne fommes pas parvenus à les aimanter entièrement, & à les faire jouir d’un état dont ils auraient dû reflentir l’influence. Mais fans communiquer aucune vertu magnétique à l’homme ni aux animaux , on eft parvenu à agir fur eux, & particulièrement fur rhomme , en en approchant un aimant
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- naturel ou artificiel , & on a même été affez heureux pour faire fervir cette a&ion au foula-gement & à la guérifon de quelques-uns de fes maux. On l’a employée avec fuccès contre des douleurs de dents très-violentes , qu’on eft parvenu à fufpendre en appliquant fur la dent malade un des pôles d’un aimant. M. l’Abbé le Noble, Chanoine de Vernon fur Seine, & M. Sigaud de la Fond, fe font fervis avec fuccès de petits barreaux aimantés faits par le premier de ces deux Savans, non-feulement contre le mal de dents, mais encore contre la migraine. M. Darquier , excellent Aftronome, & correfpondant de l’Académie des Sciences, a produit auflï plufieurs guéri-fons du même genre ; & le Journal de Médecine du mois de feptembre 1767 rapporte des fuccès de la même efpèce, obtenus par M. de la Condamine, Médecin à Romans en Dauphiné.
- Voici, ce me femble, la caufe de l’influence du fluide magnétique & des bons effets qu’il produit. Tous les Phyficiens & tous les Chi-miftes favent que plufieurs parties de notre corps, & particulièrement le fang, fourniffent des particules ferrugineufes que l’aimant attire. Quoiqu’on puiffe préfumer que le fer qu’elles
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- renferment ne jouit pas d’un état métallique bien parfait , avant que dans l’analyfe elles n’aient fubi l’aétion du feu, je fuis cependant perfuadé que le fer étant, dans notre corps, entouré de fubftances phlogifBquées, il n’y eftpas affez éloigné de fon état métallique pour n’être pas un peu fournis à l’aâion de l’aimant, & par conféquent pour que les fubftances animées qui renferment ce fer, ne foient foumifes à cette même aâion. J’imagine que lorfqu’on approche l’aimant de quelques parties du corps qui renferment du fer , elles doivent éprouver une certaine tendance à s’avancer vers lui. Le fang, par exemple , me paroît devoir couler avec plus de viteffe lorfque les routes dans lef-quelles il circule l’approchent de l’aimant, & perdre une partie de la rapidité de fa courfe lorfqu’il s’en éloigne. D’après cela, on ne doit plus être étonné de l’influence de l’aimant ; & les gens de l’art pourront, ce me femble , expliquer aifément fes bons effets.
- M. l’Abbé le Noble & M. de Lafond ont eu foin de faire tourner vers le nord le vifage des perfonnes qu’ils ont cherché à foulager, & ont toujours appliqué alors le pôle fud de leur aimant contre la partie malade. Cela ne leur a-t-il pas réuffi, parce que l’aimant s’eft
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- trouvé par-là fitué dans la direction du courant magnétique, & de la manière la moins propre à en contrarier l’effort, & par conféquent a joui d’une plus grande énergie ?
- Il me femble que les Médecins pourront auffi, d’après mes principes , expliquer les diverfes guérifons que M. Defcemet, Médecin de la Faculté de Paris, a produites par le moyen de l'aimant, & les différentes vertus que cet habile homme a reconnu qu’il avoit contre les rhumatifmes, les furdités fpafmo-diques, les bourdonnemens d’oreille, les gon-flemens de cou. On peut voir dans la Gazette de Santé , nos. 29 & 30, an. 1775 , toutes les obfervations importantes de ce favant Médecin, & les précautions qu’il recommande dans l’emploi de l’aimant. On ne peut que defirer que la Société royale de Médecine s’occupe de tous les moyens de guérifon que l’aimant peut fournir, & qu’elle répande fur ce fujet les lumières dont elle ne peut qu’éclairer les objets de fes travaux.
- Lorfque l’aimant efl très-fort, ne pourroit-il pas agir fur le corps des perfonnes qu’on voudroit foumettre à fon influence, fans les toucher, pourvu qu’il n’en fût pas féparé par une diftance bien confidérable, de même que,
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- lorfqu’il jouit d’une grande énergie, il n’a pa9 befoin de toucher un morceau de fer pour le faire avancer vers lui ? D’après cela, quelqu’un qui porteroit fur foi un aimant très-vigoureux, ne pourroit-il pas en faire reffentir l’influence, en s’approchant uniquement des perfonnes fur lefquelles il voudroit qu’il agît ? Et li le corps humain étoit, comme je le penfe , un meilleur condufteur du fluide magnétique que l’air, ne pourroit-on pas, en étendant fon bras vers la perfonne qu’on chercheroit à foulager, faciliter fur cette perfonne l’a&ionde l’aimant qu’on porteroit, fur-tout fi on avançoit fon bras juf-ques à la toucher ? Peut-être reconnoîtra-t -on dans la fuite que ces dernières conjectures font déjà réalifées par les faits rapportés à un mag-nétifme animal.
- Je ne puis mieux faire que d’inviter à lire un favant & intéreflant Ouvrage que M. l’Abbé Bertholon vient de publier fur l’influence de l’éleflricité fur les animaux, & qui eft bien digne de la couronne qu’il a obtenue.
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- X Ve. MÉMOIRE.
- De l’influence du fluide électrique fur la Vigétation.
- Représentons-nous cette faifon fortunée où le foleil du printemps, ramenant dans nos champs la verdure & les fleurs, vient rendre à la terre la beauté qu’elle avoir perdue , & raréfier la croûte du globe que le froid & les pluies de l’hiver avoient endurcie. Cette chaleur féconde & douce, que la terre renferme dans fon fein maternel, commence à s’exhaler de nouveau : elle s’infinue dans les êtres fen-fibles, &. l’amour s’y infinue avec elle. Les animaux, chez qui la penfée n’a pas créé des êtres faftices, ne connoiflent d’autre amour que cette chaleur vivifiante, fource du fenti-ment phyfique. Les oifeaux la faluent par leurs chants ; les quadrupèdes fe tourmentent, bon-diffent, &c, impatiens du feu qui les confume, courent au loin dans les campagnes, franchif-fent les abîmes, fe précipitent au travers des rochers ; les monftres de la mer s’élancent de leurs grottes profondes} le reptile s’agite
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- dans les filions humides qu’il trace dans la fange : tous expriment la préfence de cette chaleur créatrice, par les lignes de leurs defirs variés d’après leur organifation différente. Mais telle eft la ftru&ure particulièie des diverfes fubftances qui compofent la nature, que dans le temps que cette chaleur paroît fuffire aux être doués de fentiment , les végétaux fans aftion demeureroient peut-être triftement inutiles à la furface de la terre, fans jamais fe couvrir de verdure, fans jamais fe reproduire. Ils fe deflecheroient ou pourriroient bientôt , 8c ne laifleroient après eux aucune trace de leur exiftence, fi une combinaifon de cette chaleur plus adaptée à leur nature, fi le fluide éleflri-que ne venoit, chaque printemps, porter le mouvement dans les plantes engourdies , les revêtir de fleurs, développer leurs parties, 8c faire naître autour d’elles, de leurs molécules furabondantes, mille plantes tendres deftinées à les remplacer, 8c à perpétuer leur efpèce. Le fluide éleftrique eft pour les végétaux ce que l’amour eft pour les êtres fenfibles ; avec cette différence néanmoins, qu’il n’eft pour les plantes que la caufe d’une exiftence tranquille 8c paifible. Notre imagination a empoifonné les plaifirs que nous deftinoitla nature : l’amour,
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. l6t qüi ne nous avoit été donné que pour notre bonheur, eft devenu une fource de malheurs & de peines : chez les animaux même, à qui le don de réfléchir à été refufé, mais qui ont reçu celui de fentir, la crainte de perdre l’objet ardemment aimé , a mêlé l’inquiétude & les foucis aux jouiffances les plus vives. Les végétaux au contraire croiflent & fe multiplient fans jaloufie & fans trouble ; aufli la vue d’une campagne qu’une verdure fraîche & des fleurs nouvellement éclofes colorent à l’envi, a-t-elle toujours porté dans Famé de celui qui l’a contemplée , le plaifir le plus enchanteur, la fenfation la plus agréable. Cette image de l’amour fortuné, de cet amour exempt de peines, dont le modèle n’exifte pas parmi nous, a fouvent fait naître dans des âmes neuves, tendres & innocentes, le defir & l’efpoir de jouir d’un fentiment à jamais plein de charmes : illufion douce, & de laquelle dépcn-droit encore notre bonheur , fi elle pouvoir être confiante , & fi une expérience malheu-reufe ne venoit pas la détruire.
- Paifibles habitans du lieu qui les a vu naître , les végétaux, exempts de nos foibleffes, le font encore de nos frayeurs : jamais leurs beaux jours ne font troublés par la crainte des orages : la Tome II. L
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- nature tonnante n’eft pour eux qu’une mère tendre qui vient pourvoir à leurs befoins ; & fi quelquefois les arbres les plus élevés trouvent leur perte dans ce qui n’eft que le plus grand des biens pour des végétaux plus humbles, exemples, en quelque forte, d’un dévouement bien rare parmi nous, on diroit qu’ils préfen-tent leur cîrne à la foudre qui doit les frapper , & qu’ils cherchent par-là à garantir de fes coups les plantes tendres, les jeunes arbriffeaux qui croiffent à l’ombre de leurs branches.
- Mais par quels refforts fecrets le fluide électrique donne-t-il aux végétaux la force de s’élever & de s’étendre, & eft-il, en quelque forte, néceflaire à leur reproduftion ?
- Premièrement, la fève qui monte dans les végétaux , qui va porter à chacune de leurs parties une portion de la nourriture dont elles ont befoin, & fans laquelle les plantes defle-chées ne feraient plus qu’un bois inutile, & qui bientôt ferait pourri, cette fève qui s’élève avec plus ou moins de force, fuivant que la chaleur eft plus ou moins vive, ne me paroît pas être uniquement déterminée par cette dernière à pénétrer dans les végétaux. Indépendamment de toutes les puiffances qui l’obligent à monter, 8c qui ont déjà été aflignées par
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- les Phyficiens, il me femble qu’elle doit être élevée par la force expanfive du fluide électrique. J’imagine que ce dernier, en s’exhalant de l’intérieur du globe , s’attache à cette fève dont la nature eft conduârice, & avec laquelle par conféquent il doit avoir beaucoup d’affinité, & l’entraîne avec lui dans fa direction de bas en haut, & dans la route que lui fait parcourir fon expanfibilité : il doit l’emporter avec d’autant plus d’énergie dans les différens petits canaux des-plantes, que les côtés de ces tuyaux ne doivent pas beaucoup le retarder , à caufe du peu d’attraâion qu’ils exercent fur lui. Ils font en effet idio-éleâri-ques par eux-mêmes ; & » s’ils jouiflent quelquefois de quelque vertu conduârice, ils ne la doivent qu’à l’humidité ou à la fève qu’ils renferment & dont ils font imprégnés, & la perdent par leur deflication, ainfi qu’on le fait, c’eft-à-dire, en perdant leur fève & leur hum’.' dité. J’oferois croire que l’aâion immédiate ou médiate de la chaleur fur la fève, & l’attraâion qui eft exercée fur elle par les tuyaux capillaires des plantes, ne fuffiroient peut-être pas pour l’élever avec la force néceflaire à la nutrition des végétaux.
- Le fluide me paroît, en fécond lieu, être L ij
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- néceffaire aux végétaux & aux plantes, pou» hâter le cours de cette même lève dans les petits tuyaux qui ne font pas dans la direftion de fa force générale expanfive, & dans lefquels on ne peut contefter fon pouvoir fur les fluides qu’ils refferrent, d’après les expériences connues de tous les Phyficiens, rapportées dans le Mémoire précédent, & d’après lefquelles il eft hors de doute que le fluide éleârique accélère d’une manière très - fenfible la viteffe de3 fluides qui coulent dans des tuyaux capillaires. Ces mêmes expériences prouvent auffi qu’il augmente la viteffe des fluides, lorfqu’ils s’échappent par ces mêmes tuyaux ; & je ne doute pas, d’après elles, que le fluide éleftrique qui s’exhale du globe , & qui doit parcourir les végétaux qui en parent la furface, n’accroiffe très-fenfiblement leur tranfpiration & l’évaporation de leur fève, & que par cetre nouvelle aâion, il ne foit encore néceffaire à l’état dont nous les voyons jouir.
- Ceci me paroît d’ailleurs mis hors de doute, par les diverfes expériences faites par M. l’Abbé Nollet , fur des fruits & fur des plantes, & d’après lefquelles on doit regarder comme in-conteftable que les végétaux, fournis, par le moyen de nos machines, à une nouvelle quantité
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- de fluide, tranfpirent beaucoup plus, & voient leur fève s’évaporer beaucoup plus vite. En effet, fi le fluide de nos machines hâte l’éva-i poration & la tranfpiration des végétaux, pourquoi celui du globe ne hâteroit-il pas de même la tranfpiration & l’évaporation des plantes qu’il traverfe ?
- Mais non-feulement le fluide éleftrique eft néceflaire aux végétaux pour mettre en jeu les différens liquides, & particulièrement la fève qu’ils peuvent renfermer, & pour donner à ces humeurs le degré de mouvement fans lequel elles ne pourroient pas aller foulager les befoins de toutes leurs parties ; mais encore il doit les nourrir, & augmenter ou réparer leurs folides. Je fuis perfuadé que le fluide éleârique eft pour eux une nourriture adaptée, qui fe combine intimement avec leur fubftance, & fans laquelle leur analyfe ne nous offriroit peut-être pas autant d’eau & de feu fixés dans cette même fubftance, & combinés avec elle.
- Nous pouvons expliquer d’après ce principe, comment il peut fe faire que de l’eau de pluie, ramaffée au printemps , féconde en quelque forte les grains de froment qu’on a laiffés tremper dans elle , & leur fait produire une plus grande quantité de blé. On peut dire que
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- l’eau de pluie ramaflee au printemps, 8cfur-tout vers la fin de cette faifon, temps auquel il s’exhale dans l’atrnofphère une grande quantité de feu éleârique, eft imprégnée , en quelque forte, d’une certaine quantité de ce fluide , qui, à la vérité, n’eft pas ramaflfé autour d’elle en excès, 8c de manière à pouvoir produire des phénomènes éleâriques, mais qui eft en quelque forte fixé 8c combiné avec elle. Ce fluide fixé peut s’attacher enfuite aux grains de froment qu’on fait tremper dans l’eau ; 8c ces derniers, en recevant par-là une nourriture qui me paraît leur être parfaitement adaptée, doivent germer avec bien plus de facilité , de force 8c d’énergie , 8c produire bien plus de rejetons.
- Si notre explication eft vraie, on pourrait remplacer l’eau ramaflee au printemps, par de l’eau qu’on auroit éleârifée pendant un temps très - confidérable ; 8c toutes les efpèces de graines devraient être plus ou moins fécondées par cette eau printanière. Quoi qu’il en foit, je fuis perfuadé qu’en arrofant les plantes avec de l’eau qu’on auroit imprégnée de fluide électrique en la foumettant pendant long-temps à l’aâion de quelque conduâeur éleârifé, on les verroit croître 8c fe développer plus vite 8ç
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- sur l’Électricité. 167 avec plus de vigueur que celles qu’on auroit arrofées avec de la même eau fans l’imprégner de fluide.
- Toutes les expériences & toutes les obfer-vations prouvent la grande quantité de nourriture que les plantes & les végétaux tirent de l’eau & de la chaleur : ces deux élémens ont paru même fuffîre aux végétaux , ou du moins n’avoir befoin que du concours de l’air pour les faire croître : comment donc ne pourrait-on pas regarder un fluide compofé d’eau & de chaleur, qui s’infinue fi aifément dans leurs plus petites parties, qui les pénètre fi intimement , & les parcourt avec tant de facilité, comment ne pourroit-on pas regarder ce fluide comme devant fervir à leur nourriture? comment, une partie du feu éleârique qui les traverfe, ne fera -1 - elle pas arrêtée & fixée par toutes les molécules aqueufes, toutes les humeurs qu’il rencontrera dans leurs différentes parties ? & comment, fixé pas ces molécules qui doivent fervir à nourrir les plantes, & intimement uni avec elles, pourrait-il cependant ne pas fervir lui - même à leur nourriture ? & comment les végétaux, tirant par conféquent une partie de leur nourriture du fluide éleârique qui les parcourt & les pénètre, & cette portion
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- devant être très - confidérable, puifqu’ils font en général condufteurs, & que par conféquent ils attirent beaucoup de fluide, feroit-il poflible de croire qu’ils pourraient fe paffer de cette partie de leur nourriture fans perdre quelques-unes de leurs qualités, & par conféquent, que la fubfiftance que leur fournit le fluide n’efl pas une fubfiftance néceflaire à leur état pré-fent, c’eft-à-dire, qui leur foit néceflaire pour continuer d’être ce qu’ils font ?
- Mais déjà les végétaux font arrivés à ce degré de développement, où il va leur être permis de fe reproduire : déjà leurs boutons fe font ouverts, & ont fait place à des fleurs épanouies, au milieu defquelles les pouflîères fécondantes n’attendent plus, pour aller donner l’être à de nouvelles plantes, que de voir rompre les liens qui les retiennent attachées dans l’intérieur de leurs étamines. Elles l’attendroientlong-temps, leur prifon ne s’ouvriroit peut-être jamais, & jamais ces germes de la vie végétale ne fe répandraient & ne feraient développés, fi le fluide éleftrique ne venoit leur prêter fon fecours, & les dégager de leur captivité. Lorfque le temps de la maturité eft arrivé, lorfque les poufifières féminales font formées, le fluide de l’intérieur du glpbe, ou celui qui pénètre les plantes, n§
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- doit-il pas parvenir jufques à elles, en fuivant le cours de la fève qu’il accompagne, & dont il aide la marche & l’afcenfion ? Les petites capfules qui renferment ces pouflières, me paroiffent devoir être prefque idio-éleftriques, ainfi que tout le relie des parties folides des végétaux, & particulièrement comme tous les tiflus, toutes les cloifons qui les divifent,.& que l’expérience a reconnus pour être parfaitement idio-éleCtriques, lorfqu’ils font dégagés de toute humidité & de toute fubllance étrangère. Les pouflières elles-mêmes me paroiffent, au contraire, devoir être conductrices, & par conféquent devoir attirer avec une certaine force le fluide éleCtrique. Je fais bien qu’on pourra me dire que les pouflières féminales des plantes font des fubftances très-inflammables ; que, par exemple, celles que fournit la plante nommée lycoperdort, eft une efpèce de foufre ; & que l’expérience a appris que les foufres, les réfines , &c. font idio - éleôriques, bien loin d’être conduâeurs. Mais n’avons-nous pas vu les huiles, & particulièrement l’éther, fubllance très-inflammable, & qu’on pourroit aufli bien prendre pour du foufre, à caufe de fa com-bullibilité, que la pouflière féminale du lyco-ptrdon, n’avons-nous pas vu ces huiles placées
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- au rang des fubftances conduârices, & en jouir des propriétés ? Je crois donc pouvoir per-fifter à regarder les pouflières féminales comme conduârices; du moins je penfe qu’elles doivent être conlidérées comme bien moins idio-élec-triques que les capfules qui les contiennent.
- Lorfque le fluide parvient jufques à elles , il doit s’accumuler autour de leurs petits grains, parce qu’elles font renfermées dans des capfules qui ne lui permettent pas de s’exhaler. Ce fluide accumulé autour des grains de pouf-fière, doit leur donner de petites atmofphères éieâriques qui fe repouffent mutuellement » tendent à s’éloigner les unes des autres, écartent par conféquent les petits grains qu’elles environnent, & dilatent les pouflières : celles-ci ne doivent-elles pas faire effort contre la prifon qui les tient renfermées, & chercher à déchirer l’enveloppe qui les refferre, & qui doit réfifter d’autant moins, que dans le temps de la maturité elle eft déjà un peu fèche ; ce qui, non-feulement lui donne une nature idio-éleârique, ainfi que nous l’avons dit, mais en rend les parties moins fouples, moins liantes , moins duâiles , plus aifées à féparer, &, en quelque forte, plus fragiles ? Le fluide qui arrive en plus grande abondance, à mefure que
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- la chaleur de la faifon augmente , redouble cependant fes efforts : les capfules déchirées s’ouvrent , & les pouffières fécondantes non-feulement s’en épanchent, mais, obéiffant à la répulfion du courant éleârique qui s’élève » elles s’élèvent auffi jufques à ce qu’elles retombent fur les fleurs femelles qui les attendoient pour être fécondées, ou que les zéphirs les emportent légèrement, & les diflribuent aux fleurs femelles plus éloignées, dans le fein defquelles elles vont également répandre la vie & la fécondité.
- Tout ce que je viens de dire eft d’autant plus vraifemblable, que l’élafticité reconnue dans les capfules des pouffières par les Phyfi-ciens & les Botanifles, doit, dans le temps de la maturité où elle jouit de toute fa force, les rendre encore plus aifées à déchirer, & faciliter fingulièrement l’aâion que les pouffières tiennent de leurs atmofphères éleâriques.
- Le célèbre Haies prétend que l’air élaflique eft néceffaire aux plantes pour produire dans la fève qu’il agite, & dont il éloigne les parties par fa vertu répulfive, cette douce chaleur, ce doux mouvement fans lefquels elle ne pourroit pas fe réduire en parties nutritives. Je ne doute pas que l’air élaftique ne puiffe produire & ne
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- produife réellement cet effet fur la fève des plantes ; mais j’ofe croire que l’air élaftique n’eft pas le feul mobile dont fe fert la nature pour agiter la fève, & en repouffer les parties : je penfe que le fluide éleSrique a pour le moins autant de part à cet effet que l’air élaftique. Je conçois qu’en entraînant la fève dans les canaux, dont les côtés doivent être regardés comme idio-éleâriques, ainfi que nous l’avons vu, il ne peut point s’exhaler en liberté, & que , par une fuite de cette contrainte, & d’ailleurs pour obéir à la force d’attra&ion qui doit le porter vers la fève dont nous avons reconnu la nature conduârice, il doit s’accumuler autour de fes parties, & leur donner de petites atmofphères qui les repoufferont, les agiteront jufques dans le plus intérieur de leur maffe , & leur donneront ce doux mouvement qui doit les changer en parties nutritives : je ne fuis pas même éloigné de penfer que le fluide contribue beaucoup plus que l’air élaftique à cette répulfion, à cette agitation pénétrante, néceffaire à leur douce chaleur. Ces effets ne font - ils pas de nature à être plutôt attribués au fluide qui chaque jour en fait naître de parfaitement femblables, qu’à l’air élaftique qui n’en produit tout au plus que d’analogues?
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- Les végétaux fixent l’air, 8c le convertiflent en quelque forte en leur propre fubftance. Ne pourroit-on pas dire que la force qu’ils peuvent avoir pour le fixer, eft aidée par le fluide éleftrique qu’ils renferment ? Ce dernier ayant affez d’influence fur l’air & aflez d’affinité avec fes principes pour le décompofer lorfqu’il eft en très-grande abondance, ne pourroit-il pas fervir d’intermède aux végétaux pour la fixation de l’air ? & les forces des végétaux, privées d’intermède , feraient-elles aflez confidérables pour parvenir à fixer l’air, & à le changer en leur propre fubftance ?
- Mais non-feulement je crois l’intermède du fluide, néceflaire aux végétaux pour fixer l’air ; je penferois encore que, malgré cet intermède, ils ne peuvent faifir & arrêter cet élément fecon-daire que lorfqu’ils le rencontrent déjà combiné avec quelque fubftance à laquelle ils l’arrachent pour s’unir avec lui, 8c qu’ils ne le fixeraient jamais, même avec le fecours de l’intermède du fluide, s’il ne fe préfentoit à eux que dégagé de toute combinaifon. Je fuis perfuadé de même qu’ils ne peuvent fixer l’eau & le feu , lorfque ces derniers leur parviennent purs 8c fans être combinés ; 8c je peiife en général que les végétaux ne pourraient jamais
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- fixer les élémens, les enchaîner, ni les changer en leur fubftance, s’ils les rencontraient toujours libres & fans mélange. J’imagine qu’ils ne fe combinent avec l’air , que lorfqu’il leur parvient dans la lumière déjà uni avec le feu ; & voilà pourquoi les plantes qui font privées de la clarté s’étiolent, languiffent & périffent. Les végétaux décompofent la lumière, en défu-niflent les principes, & s’emparent des deux élémens qu’elle renfermoit, en même temps qu’ils fe dégagent , & pendant qu’ils font encore dans cet état de grande divifion qui leur a été néceflàire pour entrer dans la compofition de la lumière, & qui facilite leur union avec les plantes, en augmentant leur affinité avec elles. Les végétaux ne fe combinent également avec l’eau de manière à la changer en leur propre fubftance, que par le moyen du fluide électrique qu’ils décompofent, & qui leur fournit fon eau principe dans un état très-propre à être faille & métamorphofée en fubftance végétale : la terre même ne fe combine avec les végétaux & ne les nourrit, que lorfqu’elle leur parvient déjà unie avec le feu dans le fluide magnétique, ou déjà intimement jointe à l’eau dans la fève qui monte , & que les végétaux décompofent ; elle eft alors bien plus divifée
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- & bien plus attraâive que lorfqu’elle pourroit leur être offerte libre & non combinée. A l’égard du feu , les plantes font aifément pénétrées par cet élément primitif, quoiqu’il foit pur ; mais je croirais qu’il n’y a que celui dont les parties ont été très-divifées , & ont fervi à la compofition de la lumière, du feu électrique & du fluide magnétique, qui fe fixe dans leur intérieur , & fe convertit en leur fubf •
- Mais, quoi qu’il en foit, l’aâion du fluide éîeélrique fur la végétation eft prouvée par des expériences inconteftables , quels que foient les moyens dont il fe ferve pour agir fur elle.
- Toutes les fois qu’on a augmenté la quantité de fluide éleftrique que renferme ordinairement une plante, on eft parvenu à hâter fa végétation de la manière la plus fenfible. M. Mambrai ayant éleflrifé deux myrrhes à Edimbourg pendant le mois d’oftobre 1746, les vit pouffer de petites branches, & fe revêtir de boutons ; ce que ne firent pas d’autres myrthes auxquels on ne chercha pas à donner une nouvelle quantité de fluide. M. Boze, M. l’Abbé Menon, &c. virent auffi l’éleâricité donner entre leurs mains une force nouvelle à la végétation, & hâter très-fenfiblement la pouffe des plantes. M. l’Abbé
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- Nollet s’affura auffi de fon pouvoir , par des expériences ; il fema , avec des précautions égales, de la graine de moutarde dans deux pots ou jattes d’étain, femblables en tout, & dont la terre étoit la même. Il eut le même foin des deux pots ; mais il en éleârifa un, fans chercher à communiquer à l’autre aucune vertu éleÔrique. Les graines du premier pot germèrent & pouffèrent des tiges beaucoup plus tôt que celles qu’il avoit femées dans le pot qu’il n’éleârifa pas ; & lorfque les graines de celui-ci eurent auffi germé, les tiges qui s’élevèrent n’offrirent ni la même hauteur, ni le même nombre que celles delà jatte qui avoit été élec-trifée. M. l’Abbé Nollet fit des expériences femblables fur plufieurs efpèces de graines qui lui offrirent à peu près les mêmes réfultats. Plufieurs autres Phyficiens ont eu des fuccès femblables dans plufieurs expériences du même genre; & toutes les fois que j’ai éleflrifé quelque plante, je l’ai vue auffi croître & s'élever avec plus de force qu’à l’ordinaire ; & j’ai toujours fur - tout parfaitement réuffi à hâter, de la manière la plus fenfible, la végétation des plantes dont on fait germer & pouffer les oignons dans des vafes pleins d’eau. Je crois n’avoir pas befoin de faire remarquer la raifon de
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- de la plus grande influence de l’éleâricité fur ces plantes qui ne plongent que dans l’eau, & qui en tirent leur nourriture au lieu d’aller la chercher dans la terre, dont la fubftance eft bien moins conduôrice que celle de l’eau.
- Tout ce que nous avons dit, va nous fervir à expliquer quelques phénomènes rapportés par l’illuftre M. de Haller. Plufieurs plantes » dit ce grand Botanifte , telles que Xortie , la pariétaire, plufieurs efpèces de chenopodium t &c. rompent, lorfqu’on les touche, leurs petits réfervoirs de pouflïère, & la répandent. J’imagine que les pouflières de ces efpèces de plantes font d’une nature plus conduéhïce que celles des autres plantes, ramaffent autour d’elles une plus grande quantité de fluide, & font revêtues d’atmofphères plus confidérables. Lorfqu’on touche ces plantes, le fluide fuperflu que leurs pouflières renferment, doit tendre vers la main qu’on approche d’elles, & dont la nature el conduârice ; cet effort, ajouté à ceux qui naiffent de la répulfion mutuelle des petits grains de pouflière, ne doit-il pas faire rompre les capfules qui les tiennent renfermés ? & les pouflières, dès-lors, ne doivent-elles pas fe répandre ? On pourroit encore dire que les grains de pouflière ne font pas plus anéleéhiques Tome II, M
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- dans les orties & les pariétaires, que dans les autres plantes ; mais que leurs enveloppes font plus aifées à déchirer, & peuvent céder plus aifément à la force réunie du fluide qui tend vers la main qui s’avance, & des grains qui s’efforcent de s’éloigner les uns des autres.
- Le phénomène fuivant ne découle-1-il pas aufli naturellement de mes principes ? M. le Baron de Haller a dit que les péfaes s’agitent, fe fecouent d’elles-mêmes , & font voler une pouffière fécondante, & que ce jeu & cette petite décharge fe répètent plufieurs fois fous les yeux des obfervateurs. Ce phénomène ne diffère de celui que toutes les plantes préfen-tent, & que nous avons déjà tâché d’expliquer, qu’en ce que les pézizes s’agitent & fe fecouent d’elles - mêmes avant de répandre leurs pouf-fières fécondantes. Ne peut-on pas dire, pour rendre raifon de cette différence , que ces plantes doivent avoir beaucoup de fluide ramaffé autour des grains de leurs poulîières, à caufe de la vertu très - conduftrice dont ils peuvent jouir, & qu’en même temps les enveloppes qui les renferment font très-difficiles à rompre, & réfîftent fortement à la grande aéfion des grains de pouffière ? Cette aâion devant fe répéter plufieurs fois, & former comme une
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- efpèce de petit combat avant que les enveloppes ne cèdent 8c ne fe déchirent, la plante ne doit-elle pas voir fa tige docile obéir plu-fieurs fois à ces différens mouvemens, paroître s’agiter 8c fe fecouer ?
- Le fluide éleôrique qui fert à nourrir les végétaux qui revêtent & embelliffent la furface du globe, à mettre leurs liquides 8c leur fève en mouvement, & à faciliter leur combinaifon avec les élémens, foit premiers, foit fecon-daires, eft fans doute celui qui tire fon origine de l’intérieur de la terre, & qui s’en élève avec la chaleur : mais les végétaux doivent aufli le foulagement de leurs befoins, 8c l’aétion des liquides qu’ils renferment, au fluide qui peut fe former dans l’atmofphère, & à celui qui y eft accumulé autour des différentes couches d’au-, ou ramaffé dans les nuages.
- Non - feulement les nuées orageufes 8c les couches d’air éleârifées peuvent, en embrafant de leurs feux les vapeurs nuifibles 8c mal-fai-fantes, purifier l’atmofphère 8c rendre l’air plus propre à fervir à la refpiration des animaux; non-feulement ces différens phénomènes procurent aux végétaux un air plus pur, 8c au milieu duquel ils peuvent lever une tige plus faine 8c plus verdoyante : mais chaque orage, chaque M ij
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- éclair léger de l’atmofphère, viennent fournir aux befoins des plantes, & leur apporter une nourriture nouvelle. Les végétaux les plus élevés tirent immédiatement cette nourriture des nuées orageufes & des couches d’air éleflrifées, en élévant jufques auprès d’elles leur tête hériffée de pointes humides & conductrices : quelquefois elle parvient, par le canal de ces grands arbres, aux arbriffeaux & aux plantes, qui, trop éloignés du liège de l’éleâricité , ne pourraient jamais par eux - mêmes recevoir fes bienfaits ; ou bien le fluide arrive jufques à ces végétaux moins exhaufles, en fuivant les gouttes de pluie qui tombent de la nuée autour de laquelle il eft accumulé, ou les différentes vapeurs répandues dans l’air qui atteignent aux couches d’air éleCïrifées.
- Ce fluide qui leur parvient, joint fa force à celle du feu éleftrique, qui, dans les momens qui précèdent les orages, s’élève fouvent de la terre en plus grande quantité qu’à l’ordinaire : par un effet de ces deux caufes réunies, la lève des végétaux reçoit un nouveau mouvement & une nouvelle agitation intérieure. Une nourriture plus abondante pénètre chacune de leurs parties ; & voilà pourquoi après un orage pofitif, lorfque la furface de la terre n’a joui d’aucune
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- électricité négative confiante , les végétaux acquièrent une vigueur nouvelle, leurs branches s’étendent & s’alongent, & leur tige, qui s’exhauffe , fe rêvet d’un feuillage plus épais & plus vert, & fe couronne de fleurs plus belles & plus éclatantes..
- Si le nuage orageux efl éleftrifé négativement , les végétaux voient également augmenter leur vigueur, leur force & leur beauté. Ne fervent-ils pas de canaux à une grande quantité de fluide qui les traverfe avec rapidité pour s’élancer vers le nuage, qui communique un grand mouvement aux liquides qu’ils renferment , & dont ils retiennent une grande partie pour s’en nourrir ?
- Nous avons pu diftinguer dans le Mémoire précédent, trois différentes manières dont le fluide qui a perdu fon équilibre , agit fur les animaux. Lorfque ces derniers en renferment un excès, ou font dépouillés d’une partie de celui qu’exige leur affinité ordinaire , s’ils fe trouvent placés au milieu de fubftances qui ont en proportion perdu ou acquis une égale quantité de fluide, fi leur feu éleârique fuperflu ne peut fe diffiper qu’avec peine, & fi leurs pertes ne peuvent être réparées que difficilement 5 l’homme & les quadrupèdes éprouvent un
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- accablement plus ou moins fenfible, tandis que d’autres efpèces d’animaux paroiffent recevoir de cet état une aéüvité nouvelle. Nous avons vu enfuite, que lorfqu’on éleârifoit les animaux au milieu de fubftances qui n’étoient pas en même temps éleétrifées, & que le fluide pou-voit , quoique d’une manière infenfible , fe porter vers eux ou fortir de leur intérieur avec facilité , il exerçoit fur eux une influence dont on avoit profité pour les foulager dans leurs maux, augmentoit la circulation de leurs humeurs & de leur fang, & donnoit une nouvelle force à leur tranfpiration. Et enfin, lorf-que le fluide éleôrique s’eft échappé de leur fein, ou s’eft jeté fur eux en fi grand volume , qu’il en a réfulté une foudre ou une étincelle foudroyante , nous les avons vus terraffés & agités violemment expirer quelquefois fous fes coups.
- Le feu éleôrique a auffi fur les végétaux trois aftions particulières &diftinftes, analogues à celles que nous venons de rappeller. Lorf-qu’ils font attachés à la furface d’une contrée entièrement éleârifée pofitivement ou négativement, qu’ils ne peuvent perdre leur fluide fuperflu qu’avec peine, ni remplacer facilement celui dont ils ont été dépouillés, & que leur
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- éleftricité pofitive eft exceffive, les uns d’eux me paroiffent devoir languir & fouffrir de cet état étranger à leur nature : d’autres végétaux peuvent recevoir une nouvelle vigueur de leur éleâricité, lorfqu’elle eft pofitive ; & je crois même que ces derniers compofent le plus grand nombre, à caufe de la différence de leur organisation à celle des animaux. Mais lorfque 1 eleétri-cité dont ils jouiffent eft négative, ils me paroiffent tous devoir fouffrir de cet état de privation qui éteint le mouvement & l’agitation intérieure de leur fève, & leur ôte à eux-mêmes une partie de la nourriture qui leur eft néceffaire, une portion de la fubftance qu’ils doivent s’affimiler. Heureufement pour les plantes, cet état de privation ne dure pas; elles ne languiffent pas long-temps : l’équilibre de fluide eft bientôt rétabli, & une ondée bienfaifante, tombée d’une nuée pofitive, vient bientôt leur rendre le fluide qu’elles ont perdu & qu’elles delr.ent ; ou la nature, toujours attentive à leurs befoins, fait circuler jufques à elles, par d’autres canaux , le fluide qui doit les nourrir.
- On ferait tenté de croire que les animaux, de quelque efpèce qu’ils fufferit, devraient tous reffentir un mal-aife, ainfi que les végétaux, lorfqu’ils foulent la Surface d’une terre éleflri-M iv
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- fée négativement : il paroîtroit que les poif-fons, les phoques & les infeâes devroient, ainfi que l’homme & les quadrupèdes, fouf-frir un abattement, lorfque l’abfence du fluide peut diminuer la vitefle avec laquelle circulent leurs humeurs, &c.
- Si la vigueur apparente dont ces derniers animaux font doués à l’approche des orages, foit que la furface de la terre jouiffe alors d’un état confiant d’éleâricité politive , ou foit qu’elle poflède une éleâricité négative confiante, eftune vigueur réelle, elle doit venir, ainfi que nous l’avons dit, de la nature de leur organifation, qui peut être telle que l’excès ou le défaut de fluide leur donne une force fupérieure à celle qu’ils ont, lorfqu’ils ne renferment que le fluide qui leur eft propre. Mais il peut fe faire que leur plus grande vigueur ne foit qu’apparente, & foit uniquement l’effet des efforts qu’ils peuvent faire pour s’arracher à l’état de mal-aife dans lequel ils languiffent, & que leur organifation particulière leur permet, tandis que celle de l’homme & des quadrupèdes leur défend ces efforts fupérieurs, & les laiffe accablés fous le poids de leur torpeur. Dès-lors l’éleâricité négative de la fur-face de la terre qu’ils habiteront, produira fur
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- eux le même effet que fur les végétaux ; effet qu’ils détruiront par les forces qui leur font propres, tandis que les végétaux, privés de la faculté de changer de place & de toutes celles qui en dépendent, en reffentiront toute l’influence.
- Lorfque les végétaux font éle&rifés artificiellement au milieu de fubftances auxquelles on ne cherche pas en même temps à communiquer la vertu éleélrique, foit qu’à peine fortis de leur graine ils n’aient pas encore élevé au deflus de la terre leur tête tendre & verdoyante, ou foit qu’ils aient atteint depuis long-temps le degré de grandeur qui leur eft affigné par la nature, ils reçoivent, ainfi que nous l’avons vu, de l’éleâricité pofitive comme de l’éle&ricité négative, une augmentation de force & de beauté ; de même que les animaux dans les mêmes circonftances font foulagés dans leurs maux, & acquièrent dans l’état de fanté une aôivité nouvelle , pourvu que la durée ou l’intenfité de l’éleftricité ne deviennent pas exceffives.
- Mais lorfqu’une très - grande quantité de fluide eft arrachée de leur intérieur, ou lancée vers eux par une batterie éleftrique ou par une nuée orageufe , leur organifation efl; dé-
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- truite , leur tige eft à Pinftant defféchée & flétrie, leurs feuillages brûlés ; la fève ne s’élève plus pour les nourrir dans des canaux confu-més ou rompus par la foudre ; ils perdent leur vie végétative, & ne font plus qu’un bois inutile fans mouvement & fans parure. Heu-reufement cependant, les arbriffeaux, les plantes , & même les arbres qui ne font pas très* élevés, ne font guère expofés aux coups de la foudre des nuages. Les grands arbres , ceux qui portent leurs rameaux à une très-grande hauteur , font ordinairement les feuls qu’elle frappe : les petits arbriffeaux font fur-tout pref-que toujours en fureté, lorfqu’ils font nés auprès de ces grands arbres vers lefquels la foudre fe dirige toujours de préférence ; de même qu’elle s’élance plutôt fur les clochers & les tours élevées, que fur les maifons baffes qui les environnent. Mais, de même que ces dernières, par leur communication avec le clocher, peuvent fouvent recevoir la foudre, qui, fans cela, ne feroit pas parvenue jufques à elles ; de même les petits arbriffeaux peuvent recevoir d’un grand arbre , lorfqu’ils en font trop voifins , le coup foudroyant qui, fans lui, ne les aurait pas frappés.
- A une égale hauteur, tous les arbres ne font
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- pas indifféremment expofés aux ravages de la foudre ; on a remarqué qu’elle ne frappoit pas fi fouvent les lauriers : tous les arbres toujours verts, & qui, tranfpirant moins, doivent être plus idio-éleftriques, doivent aufli moins attirer la foudre ; & n’en doit-on pas dire autant dé ceux qui renferment beaucoup de gomme & de réfine, & qui par-là jouiflent d’une vertu conduftrice plus foible ?
- Nous avons fait voir que, quoique la température du printemps & celle de l’automne fuflent à peu près égales, & que la croûte dé la terre éprouvât une égale raréfaâion dans ces deux faifons riantes & heureufes, il s’éle-voit au printemps une plus grande quantité de fluide éleârique qn’en automne. D’après cela, & tout ce que nous venons d’établir touchant l’influence du fluide fur la végétation, ne verra-t-on pas aifément pourquoi les végétaux font plus vigoureux , croiflènt & fe développent avec plus de force au printemps qu’en automne? Eft-il furprenant que les plantes, recevant au printemps une nourriture plus abondante d’une plus grande quantité de fluide, & voyant ce même fluide entraîner leur fève avec plus de viteffe, la divifer, l’agiter intérieurement avec plus d’énergie, décompofer dans leur intérieur
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- un plus grand volume d’air , faire circuler leurs différentes humeurs avec plus de rapidité, &c. foient douées d’une plus grande force, fe couvrent d’une verdure plus fraîche ; & que toutes les couleurs dont elles font peintes, & dont l’éclat & l’intenfité tiennent à leur état de vigueur & de force, foient plus belles & plus vives ? Ne doivent-elles pas faire alors éclore des fleurs plus variées, plus épanouies ? & ces fleurs qui les décorent, ne doivent-elles pas les parer en plus grand nombre au printemps qu’en automne ? L’influence du fluide éleârique n’explique -1 - elle pas cette différence de la manière la plus fatisfaifante , & ne fe trouve -1-elle pas par-là d’autant plus établie ?
- Telle eft donc la diverfe ftruâure des végétaux & des animaux , que , tandis que le fluide éleârique, agiflant pendant long - temps fur ces derniers , enlève & fait difparoître leurs couleurs , il avive d’autant plus & embellit celles des végétaux, qu’il exerce fur eux une plus longue aâion. Cette adion cependant doit avoir des termes , & pour fa durée , & pour fon intenfité ; & je conçois que les plantes foumifes pendant un temps très-long à la fécondé des trois manières dont nous avons
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- vu que le fluide pouvoit agir fur elles, & étan éleftrifées avec une très-grande force , perdraient leurs couleurs, ou les verroient fe ternir , ainli que les animaux font dépouillés des leurs » & qu’elles n’auroient pas befoin, pour en être privées, d’être frappées, deflechées, détruites en partie ou confumées par la foudre ou par quelque étincelle foudroyante.
- Le fluide éle&ique ne pourroit-il pas, dans certaines circonftances où il eft très-accumulé, comme, par exemple, lorfqu’il éclate en forme de foudre ; ne pourroit-il pas, dis-je, faire plus ou moins fermenter les fucs qui coulent dans les végétaux, être par-là une nouvelle fource pour eux de ce mouvement inteffin & de cette agitation intérieure fi néceflàires à leur nutrition , & influer encore de cette nouvelle manière fur la force de la végétation ? Ce qui me le feroit penfer, c’eft le pouvoir qu’on a remarqué dans les foudres & dans les éclairs , de faire fermenter les liqueurs extraites des végétaux. Pourquoi n’agiroient-ils pas de même fur celles qui circulent dans les canaux des
- La caufe de cette aftion me paroît être la décompofîtion que les foudres font fubir à l’air. Ce n’eft pas immédiatement &par elles-mêmes,
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- qu’elles font fermenter les liqueurs ; mais elles décompofent un grand volume d’air, dont quelque principe , &, par exemple , le principe acide, exerce fon aftion fur la liqueur, & lui fait éprouver , foit en fe mêlant avec elle, foit de quelque autre manière, ce léger degré de décompofition auquel le nom de fermentation a été donné , & qu’il eft poffible de produire dans les fubftances végétales & dans les extraits des végétaux par le moyen d’un acide , comme, par exemple , dans la pâte de farine dont on veut faire du pain, par le moyen du levain, &c. On pourrait remplacer les foudres des orages par des étincelles foudroyantes très - vives , obtenues de quel" que batterie éleftrique, tirer parti de la propriété dont jouit le fluide éleârique très-ramaffé, de faire fermenter les liqueurs, en déeompofant l’air , & l’employer avec avantage dans plufieurs de nos Arts les plus utiles. Je publierai dans le temps plufieurs expériences
- M. Ingen-Houfz, lavant Médecin de S. M. I. a découvert & annoncé que les végétaux exhaloient pendant le jour un air très-fain, un ait tïès-déphlogifliqué, & répandaient pendant la nuit un air très-phlogiftiqué, & par confé-
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- quent très-mal-fain. Ne pourroit-on pas parvenir à expliquer ces phénomènes, en réflé-chiflant fur la nature du fluide éle&rique qui, fuivant moi, eft un compofé d’eau & de feu, & fur la nature de la lumière ? .
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- De Félectricité du Soleil, des Planètes & des Comètes j de la lumière Zodiacale, de Vaurore Boréale , &c.
- OUS avons, à l’aide de la penfe'e , fuivi fidèlement le fluide éleftrique ; nous fommes defcendus dans l’intérieur du globe, & nous l’y avons vu fe former de la combinaifon du feu avec l’eau. Des orages fouterrains , des ébranlemens violens ont préfîdé à fa nailfance, & nous avons été les témoins de ces tempêtes intérieures dont nous avons dû lui rapporter l’origine, & que la nature femble avoir voulu dérober aux yeux des hommes, en les enchaînant dans des régions profondes & cachées. A peine a-t-il été produit, qu’il a ébranlé la terre avec force , bouleverfé fon ultérieur, crevaffé fa furface : fes étincelles ont allumé des feux, qui , rompant avec violence les entraves que des rocs énormes & des montagnes pefantes paroifloient devoir donner à leur fureur , ont vomi avec fracas ces obfla-cles
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- clés impuiffans, & répandu au loin , au milieu de torrens de flammes , la mort & la défo-lation. Ces effets terribles n’ont pas été les feuls que le fluide électrique ait produits devant nous : élevé dans l’atmofphère, il y a raffemblé les orages ; les nuées font venues en foule s’accumuler autour du fiège de fa puiffance ; & , précédé de vents violens & deftruéèeurs, frappant de fes foudres les cîmes élevées, les hautes tours & les fommets des monts, il a paru étendre fon empire d’un pôle à l’autre, annonçant au loin fa préfence funefte par le bruit affreux du tonnerre, & la clarté plus effrayante encore des éclairs. Miniftre de ravage & de défolation, il ne nous a paru qu’un être deffruCteur ; nous avons failli méconnoître fes qualités utiles. Ces fcènes d’horreur ont difparu, & ont fait place à des fcènes plus douces : nous l’avons vu fervir à notre confolation, nou1: fou-lager dans nos maux ; &, lorfque le printemps eft venu ramener les beaux jours, il nous a paru revêtir la terre de verdure, & femer des fleurs fur fa furface. Elevons-nous maintenant vers ces régions fublimes où les aftres font fou-tenus & balancés dans leurs orbites : peut-être y reconnoîtrons-nous fon influence concourant à l’harmonie de l’univers.
- Tome II.
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- Ce n’eft pas feulement à une très-petite (Mance du globe de la terre, que le fluide éleârique réfide & produit des phénomènes : fa puiflance n’eft pas circonfcrite par cette mince couverture d’air qui enveloppe la terre, & s’élève au defîiis du globe à une très-petite hauteur ; il franchit aifément ces foibles barrières , & c’eft au - delà de ces limites qu’il déploie toute fa force & qu’il étale tous fes effets. Occupant un efpace immenfe , il ne marque plus uniquement fa préfence autour de quelques points de la furface de notre planète , mais il étend au loin fon influence autour d’elle, l’environne en entier ; &, au lieu de faire naître ces phénomènes qu’on perd fi aifément de vue à mefure qu’on s’élève en idée au defliis de notre globe, il y produit conftamment des effets remarquables d’où dépendent en partie l’ordre de notre univers, & les difFérens mouvemens des corps céleftes.
- On pourroit être tenté de croire que le fluide éleârique , après avoir traverfé les dernières couches d’air qui entourent la terre , s’accu-muleroit, fe prefleroit au deflùs des dernières portions de notre atmofphère aérienne ; &, obéifîant uniquement à la vertu attraélive du globe , y demeureroit conflamment attaché
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- S U R L'ÉLECIRIC I TÉ. I95 fans s’éloigner d’aucune de fes parties, & en y formant une efpèce de croûte ou d’enveloppe la moins épaiffe poflible. Mais ce n’eft pas uniquement à la vertu attra&ive du globe qu’obéit le fluide éleftrique , ainfî qu’il lui obéiroit s’il n’étoit compofé que de différens états de la matière morte. Il renferme l’élément du feu, & dès-lors ne doit - il pas être expanfible de fa nature ? L’attraâion du globe ne peut que diminuer la viteffe avec laquelle fon expanfibilité l’éloigneroit du lieu de fon origine. Pour l’empêcher tout - à - fait d’obéir à fon expanfibilité, & pour l’obliger à s’amonceler au deflus de l’atmofphère aérienne, l’attraâion de la terre devroit être plus forte que l’expanfibilité du fluide , ce qu’on ne peut pas admettre ; car alors elle feroit plus forte auprès du centre du globe, ainfi qu’à une plus grande diflance de ce même centre ; & alors le fluide ne s’élèveroit jamais au deflus de la furface de la terre, & ne cefleroit d’être retenu dans fon intérieur, ce qui efl: contraire aux phénomènes.
- A la vérité, quoique la vertu expanfive l’emporte auprès du centre fur la vertu attraâive ; cependant, comme elle me paroît devoir dimi-N ij
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- nuer en raifon inverfe du cube des diftances, & que l’attraéfion ne décroît que comme le quarré de ces mêmes diftances, il doit être un point hors du globe où Fexpanfibilité eft infiniment petite ou prefque nulle , & où l’at-traPion eft encore très-fenfible : car, de deux puiffances dont l’une s’éteint avec viteffe, & dont l’autre diminue lentement, & qui toutes les deux, par leur nature, décroiffent à l’infini, fans jamais en quelque forte s’anéantir, celle dont la diminution eft la plus lente, doit à la fin l’emporter fur l’autre : mais la différence d’énergie entre Fexpanfibilité & l’attraPion du fluide lorfqu’il eft encore auprès du centre de la terre, eft très-grande, puifque, fi on faifoit abftraftion de toutes les attrapions particulières qui peuvent retarder fa marche depuis le lieu de fon origine, nous avons vu qu’il s’élanceroit avec prefque autant de rapidité que la lumière. Quelque fupérieure que foit donc la viteffe avec laquelle Fexpanfibilité diminue, on ne peut pas placer à une petite diftance du globe le point où elle eft vaincue par la force attraPive, ni croire qu’il foit fitué autour des dernières couches de l’atmofphère aérienne qui entoure notre planète.
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- Le fluide parvenu au-delà de l’efpace occupé par l’air qui environne la terre, ne doit donc pas fe comprimer , fe ramaffer, & demeurer tranquille & immobile autour de fes couches. Il conferve encore prefque toute fa vertu ex-panfive aux efforts de laquelle il doit céder , ou, pour mieux dire , il commence d’en jouir dans toute fon étendue , fans qu’elle foit à chaque inftant retardée, contrariée & détruite en partie par les différentes attrapions qu’il éprouve à la furface du globe, ou dans les couches d’air qu’il traverfe. Il doit s’étendre autour du globe à une diftance que nous tâcherons de déterminer, l’environner, & former autour de lui une atmofphère élePrique plus ou moins épaiffe, en tout femblable à celle qui rêvet les globes de métal que nous élePrifons, & qui n’en diffère que par fon immenfe étendue. Cette atmofphère électrique ceffe à la diftance où la vertu répulfive eft vaincue par la vertu attraPive ; elle s’arrête par conféquent à un point où la force d’attraPion du globe-fe fait encore reffentir ; elle doit donc ne jamais abandonner le globe, en fuivre les différens mou-vemens, tourner avec lui , & parcourir avec lui le cercle annuel qu’il décrit autour du foleil.
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- Les planètes qui tournent autour de cet aftre de feu, ainfi que la terre, font, comme cette dernière , compofées de matière morte , & pénétrées d’une certaine quantité de matière aâive, ou, ce qui revient au même, pénétrées d’un certain degré de feu. La matière morte qui compofe les planètes doit renfermer, ainfi que celle de notre globe, des molécules ou des parties qui jouiffent de figures différentes les unes des autres ; car pourquoi la matière morte feroit-elle réduite, dans les planètes, à n’avoir de molécules que d’une certaine figure? L’analogie & plufieurs autres raifons nous empêchent d’admettre cette dernière fuppofïtion.
- Les différentes figures des molécules de la matière morte qui compofe les planètes, ne doivent-elles pas divifer cette même matière inanimée, en plufieurs états qui , jouiffant chacun d’une vertu attraâive diffemblable , à caufe de la diverfité de leurs figures, doivent avoir des propriétés différentes ? Les molécules de ces- divers états, unies entre elles par des forces attraftives inégales, ne doivent-elles pas plus ou moins obéir à l’expanfibilité de la matière vive, ou du feu qui échauffe & pénètre les planètes, être fufceptibles & jouir réellement d’une plus grande fluidité ou d’une plus grand©
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- folidité ? En fe combinant enfemble ou fans s’unir intimement, ces états de la matière morte forment, dans les planètes, des élémens fecondaires plus ou moins fluides, c’eft-à-dire, plus ou moins fournis à la vertu expanlive du feu, & qui repréfentent les élémens fecondaires que notre globe renferme, & que nous appelons de la terre, de Veau & de Y air. Ces dernières fubftances ne font-elles pas en effet de; états de notre matière morte, différens l’un de l’autre par la figure de leurs molécules, ou des com-binaifons de ces différens états qui ont enfemble plus ou moins d’adhérence, qui peuvent être divifées par le feu avec plus ou moins de facilité , & qui demeurent fluides à un plus grand ou moindre degré de chaleur?
- La diverfité de figure des élémens fecondaires des planètes, doit auffi les rendre plus ou moins pefans vers le centre de leurs planètes , & plus ou moins capables d’être retenus par la force expanlive du feu de ces mêmes planètes à une certaine diftance de leurs centres. Ces états de la matière morte qui compofe les planètes, & que nous appelons leurs élémens fecondaires, doivent donc être féparés les uns des autres, s’arranger autour du centre fuivant leur différente pefanteur, & former dans chaque
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- planète une maffe folide qui repréfente notre terre, & qui doit être recouverte par les matières moins pefantes qu’une chaleur plus foible peut retenir dans un grand état de divilion & dans une grande fluidité. Ces fubftances liquides font pour les planètes, ce que font pour nous les mers qui recouvrent en partie la furface de notre globe ; & au deffus de ces mers planétaires doivent s’élever à une certaine hauteur les fubftances les plus légères, & qui ne peuvent être confolidées qu’à un très - haut degré de froid. Ces fubftances repréfentent autour des planètes, l’air qui revêt notre globe.
- Ces trois fubftances, ces trois élémens du fécond ordre, pourront fans doute avoir quelques propriétés differentes des trois élémens fecondaires de notre planète, les molécules qui les compoferont pouvant ne pas avoir préci-fément la même figure : ils différeront même par leur plus grande ou moindre fluidité, fuivant qu’elles compoferont une planète plus ou moins échauffée, plus ou moins pénétrée de matière aêtive ; mais ils leur reffembleront parfaitement, ce me femble, en ce que l’un d’eux fera un noyau folide; le fécond,une fubftanceliquide attachée à la furface de ce noyau folide , & dépofée dans fes cavités , fes larges vallées &
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- les lieux les plus bas ; & le troilième, une fubf-tance encore plus légère & plus déliée , qui revêtira & entourera le noyau folide & les mers formées par le fécond.
- La matière aftive qui échauffe plus ou moins chaque planète, doit fe combiner plus ou moins intimement & en plus ou moins grande quantité avec les différens états de la matière morte qui compofent cette même planète ; car ces états ne peuvent pas différer affez de ceux de la matière morte de notre globe , pour que l’élément du feu ne s’uniffe pas avec les premiers, comme il s’unit avec les féconds. Le feu de chaque planète ne doit-il pas, dès-lors, produire avec les différentes modifications de la matière inanimée, divers fluides très-expan-fibles, au milieu defquels doit fe trouver un fluide entièrement, ou du moins prefque entièrement femblable à notre fluide éleârique, & qui, comme lui, devra fon exiftence à l’élément du feu combiné avec l’élément fecon-daire de l’eau, ou avec cette matière liquide qui coulera fur la furface de la planète, qui repréfentera l’eau de notre globe, & approchera de fort près de fa nature & de fes propriétés ?
- .Ce fluide électrique, formé prefque en entier
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- dans l’intérieur de chaque planète, doit s’en exhaler dans toutes les faifons & dans tous les climats de cette planète, fi elle eft a fiez réchauffée pour que, dans tous les temps & dans tous les points de fa furface, elle le laiffe paffer aifément ; mais fi elle ne jouit pas d’une douce température , fi elle eft congelée en plufieurs endroits , elle ne doit laiffer échapper fbn fluide éleârique que dans les parties de fa croûte qu’un climat plus doux, ou une faifon plus chaude , rendent plus anéleâriques. Ce fluide électrique doit former des orages dans l’atmofphère des planètes, & y produire les autres phénomènes que nous avons remarqués dans la nôtre, ébranler leur intérieur, & y produire des tremblemens : doué, ainfi que notre fluide, d’une grande vertu expanfive, ne doit-il pas s’élever hors des limites de l’atmofphère aérienne qui ceint chaque planète, & qui doit être d’autant moins épaiffe que la planète eft plus froide? & ne doit-il pas s’y étendre en forme d’atmofphère immenfe, jufqu’à ce que fa force expanfive, qui décroît en raifon inverfe du cube des diftances , foit détruite par l’at-traftion delà planète, qui ne diminue qu’en raifon inverfe du quarré de cette même diftance ? Cette atmofphère ceflant à un éloignement de
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- la planète où fa vertu attraôive eft encore fenlîble, ne doit-elle pas demeurer attachée à la planète, la fuivre dans fes divers mouvemens, tourner avec elle autour de fon centre , & décrire avec elle l’efpace de fa révolution autour du foleil?
- Voilà donc les planètes toutes revêtues, ainfî que la terre, d’une atmofphère éleftrique qui occupe dans le ciel un efpace plus ou moins grand, & dont nous nous propofons de déterminer l’étendue. Les fatellites n’étant que de petites planètes, & devant renfermer comme elles différens états de la matière morte, & être échauffés par une certaine quantité de matière aâive, doivent aufïi avoir leur atmofphère ; & dès-lors, les affres qui roulent autour de notre foleil, ne marchent plus uniquement accompagnés d’une atmofphère aérienne de quelques lieues d’épaiffeur, mais traînent autour d’eux une vafle atmofphère éleéfrique.
- Parmi les planètes du premier & du fécond ordre, il en eff cependant qui ne doivent pas être environnées d’atmofphère éleârique , ou du moins qui ne doivent en être revêtues que d’une bien mince & bien peu étendue : ce font celles dont la température eft fi froide , qu’elles renferment bien peu de matière aftive quipuiffe fe
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- combiner avec celui de leurs élémens fecondaires qui repréfente l’eau. D’ailleurs, le feu que renferment ces globes congelés eft fi peu confi-dérable, fi peu doué de force, qu’il ne peut plus tenir dans un état de divifion & de fluidité l’eau qui rêvet ces planètes ; & ces dernières me paroiflënt en quelque forte ne renfermer maintenant qu’une feule & même matière confolidée par le froid , l’abfence de la chaleur rendant inutile la plus grande difpofition que peuvent avoir certains états de cette même matière à être liquides ou fluides.
- Les raifons que nous avons données de l’exiffence d’une atmofphère éleârique autour des planètes du premier & du fécond ordre , doivent nous en faire admettre auflî autour des comètes, indépendamment des motifs plus forts que nous rapporterons, & qui nous convaincront que ces aftres, qui fe dérobent à notre vue pendant prefque tout le temps de leur courfe périodique , font revêtus d’une épaifleur immenfe de fluide éleârique qui les environne & les accompagne. En effet, ne conçoit-on pas facilement que celles fur-tout qui s’approchent de très-près du foleil, & dont la révolution eft courte, doivent avoir acquis dans leurs différens paflages, par leur périhélie, des
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- femmes confidérables de chaleur qu’elles ne doivent pas avoir eu le temps de perdre, du moins en grande partie, & renferment ainfï affez de matière aâive pour fournir à la com-binaifon qui produit le fluide éleârique ? D’un autre côté, la matière morte qui les compofe ne doit-elle pas, ainfi que celle qui forme notre globe & les planètes , avoir des molécules de différente figure, jouir de différens états, conf-tituer divers élémens fecondaires à peu près femblables aux nôtres ? Elles doivent par con-féquent avoir fur leur furface & dans leurs cavités intérieures , cet élément de l’eau dont l’union avec le feu eft néceffaire à la production du fluide éleârique.
- Le foleil, cet aftre embrâfé dont l’inflammation ne dépend que de la preflion immenfe qu’exercent fur lui les attractions réunies de tous les globes qui fe meuvent autour de fon centre, doit avoir auffi fon atmofphère électrique. Il eft entièrement pénétré de feu ; cette matière active doit donc pouvoir fe combiner autour de lui en grande abondance : il renferme d’ailleurs la matière morte , & la renferme en différens états ; car, par-tout où cette matière morte fe trouve, elle doit avoir des molécules de différente figure , & jouir de plufieurs
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- manières-d’être. Rien n’empêche donc qu’il ncr fe produife en lui & autour de lui une com-binaifon de l’élément du feu avec un élément fecondaire femblable à celui que nous nommons de l’eau , de laquelle naifle du fluide éleârique. A la vérité, les états de la matière morte qui compofent le globe folaire, & qui, par une fuite de la figure de leurs molécules, peuvent obéir fans peine à l’expanfibilité du feu, font fournis dans le foleil à une chaleur fi violente, qu’ils doivent jouir d’une raréfaction des plus grandes , & dès-lors perdre en apparence leur reffemblance avec les états de la matière inanimée qui leur correfpondent dans notre globe. L’élément fecondaire de l’eau doit être, par exemple, autour du foleil, réduit en vapeurs ardentes ; mais ce n’eft qu’en apparence que ces élémens du fécond ordre diffèrent des nôtres : l’eau du foleil, privée de cette chaleur vive & animée qui la retient dans une fi grande expanfion , deviendroit entièrement ou prefque entièrement femblable à la nôtre ; &, de même qu’on ne peut pas dire que notre eau, réduite en vapeurs par l’aâion d’un feu violent, n’eft pas le même élément que cette eau refroidie au degré de fa température ordinaire , de même on ne peut pas regarder l’état
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- de raréfaâion des élémens fecondaires du foleil, comme devant les empêcher d’être affi-milés aux nôtres. Pourquoi donc ne fe pro-duiroit-il pas autour du foleil une certaine quantité de fluide éleârique ? L’état de grande divl-fion de l’eau me paroit devoir favorifer fa combinaifon avec le feu plutôt que l’empêcher, l’extrême divifion des fubftances augmentant leurs affinités avec les fluides qui les environnent , ainfî que nous l’avons démontré , 8c facilitant par conféquent leur combinaifon avec
- Le foleil, les comèt es, les planètes 8c leurs fatellites, ont donc autour d’eux une vafte atmofphère de fluide qui s’étend à des diftances plus ou moins éloignées, 8c dont nous examinerons les propriétés, après avoir tâché d’en déterminer la figure, la grandeur, les viciffi-tudes, 8cc.
- Indépendamment des différentes raifons que nous venons de donner de l’exiftence de ces atmofphères éleâriques autour des corps célef-tes, les obfervations aftronomiques viennent à l’appui de ce que nous avons dit, du moins relativement à l’atmofphère éleârique folaire. On ne peut guère s’empêcher , d’après les obfervations &le fentiment de l’illuilre Caflini,
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- d’attribuer la lumière zodiacale à une atmof-phère du foleil, fituée dans le plan de l’orbite de cet aftre, & inclinée par conféquent fur notre écliptique de fept degrés & demi ou environ, & fur l’équateur, de vingt-fept degrés dix minutes. L’apparition de la lumière zodiacale fuit en effet régulièrement la pofition de cette atmofphère. Mais cette atmofphère folaire reconnue par ce grand Aftronome, ne peut être qu’une atmofphère éleârique, c’eft-à-dire, uniquement compofée d’une matière expan-fible de fa nature ; car, fi cette atmofphère étoit compofée de quelque état de la matière morte, &, par exemple, n’étoit formée que par de l’eau ou de l’air, il feroit impoffible qu’elle s’étendît jufques au point du ciel auquel elle doit parvenir. En effet, ce point extrêmement éloigné du foleil en reçoit une chaleur fi foible, que l’air du foleil devroit, à une diftance bien moins confidérable de cet aftre, être entièrement congelé, & former une croûte épaiffe & dure qui s’oppoferoit à toute extenfion un peu confidérable de cette atmofphère. Il n’y a qu’une matière expanfible de fa nature, dans laquelle par conféquent on ne puiffe pas fup-pofer d’abfence du feu, & fur laquelle le froid, qui n’eft que l’abfence du feu, n’exerce en quelque
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- quelque forte aucune aftion ; il n’y a, dis-je, qu’une matière expanfible de fa nature, telle que le fluide éleétrique, qui puifle s’étendre très-loin au-delà de l’efpace auquel le foleil n’envoie jamais une chaleur afîez forte pour tenir dans un état de fluidité une fubftance femblable à notre air , cette matière fût-elle même plus fluide de fa nature, & moins dif-pofée à la cohérence & à la folidité. A la vérité la lumière remplit aufli ces conditions ; mais nous verrons que divers phénomènes nous empêchent de l’admettre comme le fond de l’atmofphère qui environne le foleil.
- L’aftre qui nous éclaire me paroît donc avoir deux atmofphères , ainfi que notre globe & les autres planètes : la première, & celle qui l’environne de plus près , eft compofée d’eau & d’air très-raréfiés par la chaleur , pénétrés d’un feu ardent, rouges pour ainfi dire , enflammés & incandefcens. Cette atmofphère s’étend autour de lui jufques à la diflance où la chaleur qu’il répand n’eft plus affez forte, non-feulement pour raréfier ces matières, mais même pour les tenir dans le plus léger état de fluidité ; & cette diflance n’eft peut-être pas aufli éloignée du foleil qu’on pourroit iç croire.
- Tome II,
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- Cette atmofphère repréfente en grand notre atmofphère aérienne : c’eft elle qu’on découvre dans les éclipfes totales du foleil, & qui l’environne en forme de frange lumineufe. Mais autour d’elle s’étend une atmofpliere bien plus confidérable, bien plus ténue, obf-cure dans la plupart des circonflances , & qui, compofée de fluide éleârique, d’un fluide expan-fible de fa nature, traverfe impunément les régions froides du ciel, & ne s’arrête que lorf-que fa force expanfive, décroiflant en raifon plus grande que l’attraôion du foleil, fe trouve vaincue par cette dernière.
- A l’égard des comètes , voici une partie des preuves relatives à l’exiftence de leurs atmof-phères éleâriques, que nous pouvons tirer des obfervations des Aftronomes. La plupart des comètes paroiflfent accompagnées d’une longue queue ou ornées d’une chevelure touffue, très long-temps avant qu’elles ne fe foient affez approchées du foleil pour que la chaleur de çet aftre puiffe réduire en vapeurs leur furface & leur croûte extérieure. On ne peut donc pas dire que leurs queues foient compofées de vapeurs ardentes, enflammées & himineufes : on ne peut pas dire non plus que ces queues ne font qu’une atmofphère des comètes, fem-
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- SUR L’ÉLEC TRIC IT É. 211 blable à notre atmofphère aérienne, & difpo-fée ainfi que nous le voyons par quelque force étrangère ; car comment cette atmofphère éclaireroit- elle ? Seroit-ce parce qu’elle nous renverroit une certaine quantité de rayons folaires ? Mais alors on devroit remarquer un cône d’ombre prolongé fur la partie de la queue oppofée au foleil & la plus voiline de la comète, & formé par le corps même de la comète qui doit arrêter les rayons folaires. On ne peut pas fuppofer une inflammation produite par le mélange d’une atmofphère folaire différente de celle que nous admettons, avec l’atmof-phère aérienne de la comète chaffée en forme de queue par quelque caufe que ce puiflë être ; car une telle inflammation, quand bien même elle pourroit être admife , ne pourrait pas avoir lieu fans une diilipation des fubflances enflammées ; & quand bien même on fuppo-feroit l’atmofphère du foleil comme pouvant continuellement fournir à cette confommation, l’atmofphère de la comète ferait bientôt entièrement diflipée; & dès-lors il n’y aurait plus d’inflammation, le mélange des deux atmof-phères, néceflaire à cet embrâfement, ne fub-fiftant plus.
- L’atmofphère des comètes a donc befoin
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- d’être compofée d’une fubftance lumineufe par elle-même. Cette fubftance n’eft cependant pas la lumière ; car alors le noyau qui la répandrait ne différerait prefque en rien de notre foleil ; & au lieu de couvrir pendant la nuit une partie du ciel d’une lueur pâle & foible , & fi déliée qu’elle n’empêche pas d’appercevoir les étoiles, il difliperoit les ténèbres , tous les points de fa furface répandroient une clarté plus ou moins forte , & fes rayons ne s'étendraient pas uniquement vers un côté du ciel , tout corps lumineux par lui-même diftribuant également fes rayons en tout fens, & aucune atmofphère lumineufe ne pouvant être repouffée par une autre atmofphère de lumière; car deux atmofphères lumineufes pouvant en quelque forte fe pénétrer , ne fe dérangent & ne fe compriment en aucune manière. Et on ne pourrait pas dire non plus que la lumière eft réfléchie par quelque moyen fur les vapeurs difpofées en forme de queue ; car, indépendamment d’autres raifons, cette queue de vapeurs ne peut pas fubfifter : il eft impoflible en effet de fuppofer qu’à un éloignement du foleil, tel que celui où l’on voit les comètes revêtues de leur atmofphère chevelue ou pointue , une comète pût communiquer affez de
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- chaleur à des vapeurs aqueufes ou même aériennes , fituées à une diftance d’elle, telle que celle du bout de fa queue , pour que ces vapeurs n’y fuffent pas entièrement folides & congelées, bien loin de jouir d’une raréfaâion aflez grande pour laifler paroître les étoiles, ainfî que le font les queues des comètes.
- Cette fubftance lumineufe par elle-même, qui compofe Fatmofphère des comètes, doit être le fluide éleârique, ou, pour mieux dire, ces aftres doivent avoir deux atmofphères. La première, celle qui les enveloppe de plus près, eft compofée d’un des états de la matière morte qui forme le noyau des comètes ; elle doit jouir d’une raréfaâion plus ou moins grande , être même ardente & enflammée, fuivant la chaleur de la comète & le voifinage du foleiL Cette atmofphère ne peut pas être bien étendue , & elle eft environnée à fon tour par l’atmofphère éleârique qui fe répand à une diftance immenfe , & qui , prenant diverfes figures, fuivant différentes circonftances, tantôt repréfente une longue queue, tantôt une épaifle chevelure, & qui, toujours compofée d’un fluide que plufieurs caufes doivent preffer & accumuler, doit toujours être lumineufe & éclairer par elle-même ; car le fluide éleârique» O iij
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- dès qu’il eft un peu accumulé, jouit du droit de repréfenter la lumière & d’éclairer , ainfi que nous l’avons vu dans le quatrième Mémoire , & ainfi que l’expérience le démontre. Le fluide éleflrique , quelque ramaffé qu’il foit, eft cependant affez délié, affez rare pour laiffer paffer les rayons de la lumière ; & voilà pourquoi les étoiles paroiffent au travers des queues des comètes.
- Si la température dont jouit maintenant la terre eft plus froide que celle dont elle a joui lors de fa formation , l’atmofphère éleftrique qui l’environne a dû être bientôt produite dans ce temps où une plus grande chaleur réfidoit dans l’intérieur du globe, & où une plus grande quantité de matière aâive a pu fe combiner avec l’élément fecondaire de l’eau.
- L’eau n’étoit-elle pas d’ailleurs dans ce temps d’incandefcence réduite en vapeurs très-raré-fiées, & ne pouvoit-elle pas fe combiner plus aifément avec l’élément du feu ? Un fluide toujours nouveau arrivant alors de prefque tous les points du globe, a dû aifément réparer les pertes de l’atmofphère éleftrique, peut - être même augmenter fon étendue ; mais à mefure que la terre s’eft refroidie, l’atmofphère aérienne qui environne les régions voifines des pôles, eft
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- devenue trop idio-éleôrique pour laiffer paffer du fluide ; & ce dernier n’a pu s’élever que des régions moins éloignées de l’équateur, où l’air a confervé fa chaleur pendant plus de temps. Aujourd’hui ce n’efl: qu’en traverfant les couches voifines de la ligne , qu’il peut arriver au - delà des limites où finit notre air, & où commence l’atmofphère éleôrique. Ce n’efl plus la même quantité de fluide qui s’élève, parce que la terre n’efl plus imprégnée du même feu ; les pertes cependant qu’éprouve l’atmofphère éleôrique n’ayant pas diminué, & ne diminuant pas dans les mêmes proportions que le fluide qui s’exhale, ainfi que nous le verrons bientôt, l’atmofphère éleôrique qui environne le globe doit reflerrer infenfible-ment fon étendue, fe rapprocher de l’atmofphère aérienne ; &, à mefure que notre globe fe refroidira, & pourra employer moins de feu à produire du fluide , l’atmofphère éleôrique devra aller toujours en diminuant , & finira même par n’être prefque plus fenfible.
- Ce que nous venons de dire de la terre » doit s’entendre auflï des planètes, des comètes, & de tous les corps céleftes qui circulent autour du foleil. Les comètes cependant doivent, à la vérité, perdre infenfiblement une partie de leur O iv
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- atmofphère éleftrique ; mais la plupart de celles que nous connoiffons, me paroiffent ne devoir jamais en être entièrement dépouillées : prefque toutes ces dernières fe rapprochent,-en effet, du foleil avant d’être entièrement refroidies, & s’en rapprochent affez pour acquérir une nouvelle chaleur, ou réparer leurs atmofphères par quelque autre moyen.
- Il eft bien difficile d’établir rien de précis & de certain fur l’étendue aâuelle des atmofphères éleftriques qui environnent les comètes , les planètes, leurs fatellites, & le foleil lui-même : nous le pourrions aifément, fi nous connoiflions dans chaque corps célefte le rapport qui exifte entre l’expanfibilité du fluide & la force attractive de l’aftre, lorfque ce dernier eft parvenu à un certain degré de refroidiflëment. Au défaut de cette connoiflance qui nous manque, tâchons, à l’aide de l’analogie, de donner à cette atmofphère quelques bornes que nous rapprocherons ou que nous éloignerons enfuite, fuivant que différentes obfervations ou différentes vérités nous l’indiqueront, & que nous nous efforcerons de rendre le plus voifines que nous pourrons des limites qui la circonfcrivent réellement.
- Lorfque nous éleftrifons dans nos laboratoires un boulet de fer de trois pouces de diamètre,
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- SUR l’ÉlECTRI CITÉ. 217 & que nous lui communiquons à peu près le plus d’éleftricité qu’il peut recevoir, nous voyons de petits corps, des corps très-légers placés à un pied de diftance, être attirés par le boulet & voler vers lui. L’atmofphère éle&ique du boulet s’étend donc à peu près jufqu’à un pied de diftance, c’eft-à-dire, jufques au quadruple de fon diamètre. Mais cette étendue ne doit être aflignée à fon atmofphère que lorfqu’on l’éleârife au milieu de l’air : fi c’eft au milieu du vide qu’on l’éle&rife, fon atmofphère devient bien plus confidérable ; & pour juger de l’augmentation de fon étendue, fuppofons une plaque de métal ifolée, & qui, recevant de l’éleâricité d’un grand difque de verre, lance des étincelles qui frappent â quatre pouces : fi cette plaque eft enfuite tranfportée au bout d’un long tuyau de verre vide d’air, le fluide éleôrique lumineux qui s’échappera d’elle , lorfqu’on fera communiquer à un grand nombre de conduâeurs le métal qui termine le bout oppofé du tuyau, s’étendra à plus de fix pieds, c’eft-à-dire, à une diftance au moins dix-huit fois plus confidérable. L’expérience démontrant que les atmofphères éleâriques croiffent toujours en plus grande proportion que la longueur des étincelles ou des cylindres
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- lumineux, l’air diminue donc l’atmofphère e'Iec-trique d’un corps qu’on éleftrife au milieu de lui, de beaucoup plus que de dix - fept dix-huitièmes; mais, comme on pourrait nous dire que les atmofphères éleftriques n’augmentent pas en même raifon que la grandeur des corps éleétrifés, contentons - nous de cette diminution ; & c’eft pour la même raifon que nous n’avons étendu que jufqu’à un pied l’atmofphère d’un boulet de trois pouces, tandis que nous aurions pu la porter beaucoup plus loin.
- Au lieu d’un pied d’atmofphère, le boulet de fer aurait donc dans le vide une atmofphère de dix - huit pieds , c’eft - à - dire , dont fon diamètre ne ferait que la foixante - douzième partie : tout boulet de fer ferait donc, dans le même vide , entouré d’une atmofphère foixante-douze fois plus étendue que fon diamètre. En confidérant la terre, les planètes , les comètes, les fatellites, comme des boulets de fer éleftrifés au milieu du vide , ce qui ne s’éloigne pas de la vérité pour les temps antérieurs de beaucoup au nôtre, on aura donc, pour l’étendue de leurs atmofphères éleftri-ques, au moins foixante - douze fois leur diamètre.
- Jupiter, qui eft la plus groffe de nos pta-
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- SUR L’ÉLECTRIC IT É. 219 nètes, a donc eu une atmofphère de deux millions trois cents quarante-neuf mille cinq cents quatre-vingt-dix-huit lieues, c’eft-à-dire, qui s’eft avancée dans le ciel de plus d’un milliori huit cents quatre-vingt-treize mille cinq cents quatre-vingt-deux lieues au-delà de l’orbite a&uelle de fon fatellite le plus éloigné de lui. Saturne a étendu la fienne jufques à deux millions quatre - vingt - trois mille trois cents quatre-vingt-douze lieues, & par conféquent elle a dépaffé de plus de fix cents foixante-cinq mille cinq cents vingt - cinq lieues l’orbite aftuelle de fon cinquième fatellite. Son anneau a dû porter la fienne fous une forme applatie, ainfi que lui, à une diftance encore plus confi-dérable, à celle de quatre millions neuf cents foixante - onze mille deux cents quatre-vingt-feize lieues. Quelque confidérables, quelque immenfes qu’aient été l’atmofphère éleélrique de l’anneau & celle de Jupiter, ces deux at-mofphères étoient cependant féparées l’une de l’autre par un intervalle de plus de cent quarante-deux millions de lieues, c’eft-à-dire , au moins quatre fois plus grand que celui qui fépare la terre du foleil. Mars étendoit fon atmofphère éleôrique à cent trente-huit mille trois cents douze lieues. Celle qui revêtoit la
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- planète que nous habitons, s’étendoit à deux cents fix mille trois cents quatre-vingt lieues, c’eft-à-dire, à plus de cent vingt mille lieues au-delà de la diftance moyenne aCtuelle de la lune. Notre foleil, enfin, a dû & doit encore avoir une atmofphère éleCtrique de vingt-trois millions deux cents foixante - fept mille cent foixante lieues.
- Toutes les planètes dont nous venons de parler, doivent avoir eu les atmofphères que nous leur avons affignées, dans les temps où, pénétrées d’une très - grande chaleur , toutes les matières qui les compofent étoient affez imprégnées de feu pour être conductrices, & donner aux globes planétaires les mêmes propriétés éleâriques que celles dont jouiffent les petits globes métalliques : elles doivent même en avoir été revêtues alors de bien plus confi-dérables & de bien plus étendues; car, dans ces temps de grande chaleur, leurs atmofphères aériennes n’étoient pas condenfées par le froid, & ne fe terminoient pas à quelques lieues de leurs furfaces, mais elles s’étendoient à une grande diftance fans être reflerrées, comme à préfent, parl’abfence de la chaleur qui inondoit alors tous les environs de leurs globes. Etant d’ailleurs pénétrées de feu, ces atmofphères
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- aériennes n’étoient pas idio-éleüriques, ou presque idio-éleâriques, ainfi qu’elles le font aujourd’hui ; mais elles jouiffoient d’une nature core-duflrice, & leur épaiffeur augmentait le diamètre total de la planète qui pouvoit repréfenter le diamètre d’un globe métallique, & devoit avoir une atmofphère foixante-douze fois plus grande que lui ; & comme leur épaiffeur était alors confidérable, & comme le diamètre de la planète fe trouvoit augmenté du double de cette épaiffeur , nous devons croire que, dans les temps reculés, les atmofphères éleâriques des planètes s’avançoient beaucoup plus dans le ciel que nous ne l’avons trouvé.
- Ce que nous difons ici des planètes pour des âges très-anciens , nous devons le dire du fo-leil pour ce temps-ci. Nous devons ajouter à fon diamètre deux fois l’épaiffeur de l’atmof-phère embrâfée qui l’environne, qui eft com-pofée, ainfi que nous l’avons vu, de différentes manières-d’être de la matière inanimée, pénétrées de feu, & par conféquent très-conductrices. Son atmofphère éleftrique, que nous avons trouvée de vingt-trois ou vingt-quatre millions de lieues, devra donc être confidé-rablement augmentée, & peut-être être portée à trente ou quarante ; & en ceci notre
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- hypothèfe eft encore d’accord avec les obfer-vations aftronomiques , & l’infpeâion de la lumière zodiacale qui a engagé le grand Caffinj & le célèbre Mairan à étendre l’atmofphère qu’ils donnent au foleil au - delà de l’orbite de la terre, qui eft éloigné du foleil detrente-quatre millions de lieues.
- Avant d’aller plus avant, profitons de ce que nous venons de trouver, pour nous former une idée, quoiqu’à la vérité bien imparfaite, de l’expanfibilité du fluide éleârique, & de fa viteffe qui ne dépend que de fon expanfibilité. Du moins, fi nous ne déterminons pas jufques où va cette expanfibilité & fa force véritable, nous ferons fûrs d’avoir établi quelques limites, en-deçà defquelles on ne pourra pas rétrécir cette expanfibilité.
- Ne faifons pas attentionà l’atmofphère embrâ-féequi environne le foleil, & qui, ajoutant à fon diamètre, augmente l’étendue de fon atmof-phère éleârique : ne confidérons que le diamètre de fa maffe folide , & ne fuppofons d’après cela à l’atmofphère éleârique, que vingt-trois millions de lieues. C’eft à cette diftance de vingt-trois millions de lieues que la force attractive de l’aftre, devient égale à la vertu expan-five du fluide. Nous favons que de ces deux
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- forces , l’une décroît comme le quarré, & l’autre comme le cube des diftances. Sachant d’ailleurs l’efpace que parcourroit dans une fécondé un corps qui tomberoit à la furface du foleil, par une fuite de fa pefanteur vers fon centre , nous pourrons favoir quel efpace le fluide parcourt à la furface du foleil, en vertu de fon expanfibilité, & par-là avoir quelque idée , quoique à la vérité bien incertaine, de fon expanfibilité & de fa viteffe en général.
- En effet, nous trouverons aifément, par une première équation, quel eft l’efpace parcouru dans une fécondé par un corps obéiffant uniquement à l’attraâion folaire à la diftance de vingt-trois millions de lieues, connoiffant l’ef-pace parcouru par ce même corps à la furface du foleil , & fachant que la force attraâive diminue en raifon inverfe du quarré des diftances.
- A vingt-trois millions de lieues de lafurface folaire , la force attraâive eft égale à la force expan-live du fluide : un corps mu par cette dernière, parcourroit donc à cette diftance un efpace égal à celui que parcourt à cette même diftance un corps pouffé par l’attraâion. Mais nous con-noiffons la grandeur de ce dernier efpace ; il nous fera donc aifé de trouver, par une fécondé
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- équation, quel eft l’efpace parcouru en vertu de l’expanfibilité à la furface du foleil, fachant que l’expanfibilité diminue, en s’éloignant de fon centre, en raifon inverfe du cube des dif-tances. C’eft ainfi que j’ai découvert que l’ex-panfibilité du fluide doit faire parcourir à un corps qu’elle met en mouvement à la furface du foleil, à peu près dix mille quatre-vingt-trois lieues par fécondé.
- Telle eft la vitefle dont le fluide éleârique peut jouir en vertu de fon expanfibilité. En le fuppofant réuni en maffe plus confidérable , c’eft - à - dire , en le fuppofant formé autour d’un aftre plus gros que le foleil, il pourrait encore jouir d’une expanfibilité plus forte. Cette vitefle que nous venons de reconnoître dans le fluide éleârique, eft inférieure de beaucoup à celle de la lumière ; mais elle eft infiniment fupérieure à toutes celles que nous con-noiffons d’ailleurs, la vitefle du fon, une des plus grandes connues après celle du fluide lumineux, n’étant que de foixante-douze toifes par fécondé, c’eft-à-dire , trois cents mille fois moindre. En cela, nous confirmons Phypothèfe que nous avons donnée fur fa nature, & d’après laquelle nous avons vu aufli qu’il devoit avoir une expanfibilité, à la vérité inférieure à celle
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- de la lumière , mais filpérieure à toutes les expanfibilités connues. Et ceci nous confirme encore dans l’opinion où nous fommes, qu’il pourrait bien s’écouler un efpace de temps infenfible & inappréciable entre deux fecouffes de tremblement de terre , reffenties à deux points de la furface de la terre très-éloignés.
- Le fluide éleârique jouirait donc , dans prefque tous les inftans, d’une viteffe de dix mille lieues par fécondé, s’il étoit libre de toute attraftion de la part des corps étrangers qui, par leurs affinités , ralentiffent plus ou moins fa viteffe, fuivant les différentes circonftances où il fe trouve, & qui fouvent même la détrui-fent en entier. Le feu éleârique me paraît, même fans en excepter la lumière, être le fluide dont les affinités avec les différentes fubftances de la nature font les plus marquées & les plus fortes, & dont par conféquent l’expanfibilité doit être le plus tôt & le plus fouvent vaincue & enchaînée. Le fluide lumineux a donc deux grands moyens pour s’étendre & fe porter infiniment plus loin que le fluide éleârique ; fon expanfibilité très-fupérieure à toutes les autres, & qui feule fufRroit pour lui faire parcourir les plus grands efpaces ; & fes affinités n.oins marquées, qui doivent moins retarder fa courfe Tome II. P
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- & vaincre plus tard fon expanfibilité. Il n’eü donc pas furprenant que le fluide lumineux doué d’une viteffe plus grande, & rencontrant moins d’obftacles, s’arrête infiniment plus tard, & parvienne prefque des étoiles les plus reculées jufqu’à nous ; tandis que les atmofphères éleâriques les plus étendues ne s’avancent qu’à quelques millions de lieues.
- Non-feulement nous devons porter l’atmofphère éleârique folaire à plus de vingt-trois millions de lieues du foleil , à caufe de la nature conduftrice de l’atmofphère aérienne de cet aftre, qui augmente le diamètre d’après lequel nous devons eftimer l’étendue de l’atmofphère éleârique ; mais une fécondé caufe doit nous faire étendre encore les extrémités de cette atmofphère : je veux parler de la force centrifuge du foleil, qui provient de fa rotation, & qui, agiflant en fens contraire à la force attraétive , doit détruire une partie de cette dernière, favorifer par-là l’expanfîbilité , & faire que cette dernière force ne fe trouve égale à la force attraâive qu’à une plus grande diftance du foleil, c’eft-à-dire, que le fluide éleârique ne s’arrête qu’à une plus grande diftance de cet aftre, & que l’atmofphère électrique ait fon extrémité à un plus grand éloigne*
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- ment de fon centre. On doit en dire autant des atmofphères éleftriques de la terre, des planètes & même des comètes, fi ces dernières tournent fur elles-mêmes, & étendre d’autant plus le cercle de leurs atmofphères éleftriques, que leur rotation eft plus rapide, ôt leur force centrifuge plus grande.
- Cette force centrifuge, produite par la rotation des corps céleftes , doit non-feulement agrandir les atmofphères éleftriques, mais encore influer fur leur figure. Si les corps céleftes étoient immobiles & ne tournoient pas fur eux-mêmes, leur force d’attraftion & l’expan-fibilité du fluide étant les mêmes autour de tous leurs points, les atmofphères éleftriques devroient former autour d’eux des fphères parfaites ; mais les corps céleftes ne font pas immobiles , & dès-lors ces deux forces ne font pas les feules d’où dépend la formation de ces atmofphères. Il en eft encore une troifième dont nous venons de parler ; je veux dire , la force centrifuge, qui, agiflant avec énergie le long de l’équateur de l’aftre , va toujours en décroiflant vers fes pôles jufqu’à s’y anéantir. La force centrifuge fe joignant à l’expanfibilité du fluide pour l’éloigner de l’équateur des corps céleftes, & la feule expanfibilité l’éloignant de P ij
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- leurs pôles, l’atmofphère qu’il forme doit être beaucoup moins étendue au deffus des pôles qu’au deffus de l’équateur , & préfenter la figure d’un fphéroïde applati.
- Telle eft donc la figure de l’atmofphère éleârique folaire. Le fphéroïde qu’elle forme n’eft cependant pas auffi applati que M. de Mairan l’a imaginé : nous verrons que les apparences qu’il donne pour raifon de ce grand applatiffement , peuvent être expliquées fans qu’on foit obligé de l’admettre; & d’ailleurs il me femble que la force centrifuge peut bien être abfolument nulle fous le pôle, & par con-féquent ne pas y aider la force expanfive : mais , par la même raifon, elle ne peut y oppofer aucun obftacle à l’extenfion de l’at-mofphère éleârique, qui peut y être produite par des caufes indépendantes d’elle. Ces caufes indépendantes d’elle, doivent y élever cette atmofphère à une grande hauteur , & beaucoup plus grande que celle que M. Mairan «voit imaginée. L’atmofphère éleârique folaire ne peut donc pas être auffi applatie que l’a dit ce Philofophe.
- Nous pouvons continuer de dire fans nous tromper, que l’élévation de l’atmofphère électrique au deffus des pôles du foleil, eft au moins
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- de vingt-trois millions de lieues , diftance à laquelle elle doit être pouffée par la feule expanfibilité du fluide : nous devons même ajouter à cette diftance, celle que nous dédui-fons du plus grand diamètre que nous donne pour le foleil fon atmofphère aérienne imprégnée de feu 8c de nature conductrice, c’eft-â-dire, nous devons continuer d’admettre au deffus des parties polaires du foleil , précisément l’étendue d’atmofphère que nous avions trouvée autour de fa furface entière, avant de faire attention à la force centrifuge.
- Le grand axe de ce fphéroïde, qui doit être incliné à l’écliptique de fept degrés & demi, peut fort bien, 8c doit même, en vertu des deux forces réunies, s’étendre fort loin au-delà de l’orbite de la terre. Le petit axe doit avoir beaucoup plus de vingt-trois millions de lieues, en avoir près de trente ou quarante d’étendue ; 8c fi l’orbite de la terre, tournant maintenant dans le fens du grand axe, devenoit perpendiculaire au plan qu’il occupe , on verroit ce petit axe atteindre aufli à cet orbite , 8c peut* être même le dépaffer de beaucoup.
- Les planètes fecondaires, telles que la lune & les fatellites de Saturne 8c de Jupiter, étant femblables aux planètes principales , 8c n’en
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- différant qu’en ce qu’elles tournent autour de ces dernières, au lieu d’avoir le foleil pour foyer de leurs ellipfes , doivent aufli avoir leurs atmofphères éleâriques. L’atmofphère éledrique de la lune, par exemple, s’étendroit autour d’elle à la diftance de cinquante-fept mille trois cents quatre lieues, fi cette planete étoit encore affez imprégnée de feu pour jouir , relativement au fluide, des mêmes propriétés qu’un globe métallique : elle devroit même s’étendre plus loin à caufe de fon atmofphère aérienne, fi cette dernière étoit dans un état de chaleur & de raréfaflion qui la rendît conductrice , & qui fît qu’on dût ajouter deux fois fon épaifleur au diamètre de la lune, pour eftimer l’étendue de l’atmofphère éleftrique de cette dernière. Mais fi la lune très-refroidie » & refroidie au-delà du terme de la glace (a), n’efl plus qu’entièrement idio-éleârique , fon atmofphère de fluide doit avoir diminué & baifle autour d’elle par défaut d’aliment : fes limites doivent s’être rapprochées de fa fur-face ; & peut-être ne refte-t-il autour de cet aftre qu’une atmofphère éle&rique très-peu étendue & très-peu fenfible, mais qui cepen-
- (<j) Ainfi que le penfe M. le Comte de Buffon.
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- dant peut concourir avec la petite atmofphère aérienne congelée qui peut relier autour de la lune, à produire l’inflexion de quatre fécondés & demie des rayons de la lumière que M. du Séjour a reconnue autour de la lune, & qui me paroît être une preuve de notre opinion touchant l’atmofphère éleârique de cette planète.
- Indépendamment du froid de la lune, qui doit empêcher cet aftre de réparer, par un nouveau fluide, les pertes que peut faire fon atmofphère éleârique, cette dernière ne doit pas s’étendre auffi loin que fes forces pourraient la porter, à caufe de la répulfion qui eft exercée fur elle par l’atmofphère électrique de la terre. Cette dernière en effet, lorfque la terre étoit parfaitement anéleârique, s’étendoit à deux cents fix mille trois cents quatre-vingts lieues, par conféquent plus de cent mille lieues au-delà de l’orbite aâuel de la lune. Le refroidiffement de la planète que nous habitons doit avoir diminué de beaucoup cette atmofphère ; mais , en quelque raifon qu’on fuppofe que le refroidiffement a dû produire cette diminution, le refroidiffement de la terre ayant encore plus de degrés à parcourir qu’il n’en a déjà parcouru, ne doit
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- pas avoir ôté à cette atmofphère la moitié de fon étendue : il peut même fe faire que, fi le refroidiflement diminue la grandeur des atmo-fphères éle&iques en raifon quarrée, cubique, &c. l’atmofphère éle&ique de la terre ait une largeur beaucoup plus étendue que la moitié de celle qu’elle avoir lorfque notre globe étoit ardent ; & il eft aifé de s’en affurer par le calcul. L’atmofphère éle&ique de la terre doit donc avoir encore au moins cent mille lieues d’étendue : elle doit donc dépaffer de plus de feize mille lieues l’orbite a&uelle de la lune , qui n’eft éloignée de nous que de quatre-vingt-fix mille trois cents vingt-quatre lieues.
- Mais l’atmofphère éle&ique lunaire me pa-roît bien loin d’occuper dans le ciel un efpace de feize mille lieues. En effet, fi la lune a été pénétrée d’un très-grand feu, elle n’a pu, dans le temps où elle a éprouvé cette grande chaleur , avoir une atmofphère étendue au-delà de cinquante-fept mille trois cents quatre lieues. Si la lune maintenant eft glacée, elle a parcouru un trop grand nombre d’inftans de refroidiflement, pour n’avoir pas perdu plus des trois quarts de fon atmofphère : elle ne doit donc guère avoir plus de quatorze ou quinze mille lieues d’atmofphère, & par con-
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- féquent fon atmofphère doit être entièrement environnée par celle de la terre. La lune d’ailleurs n’ayant fur elle-même qu’un mouvement très-peu rapide, fa force centrifuge n’a pas pu renfler de beaucoup fon atmofphère dans le fens de fon équateur : ainfi l’extenfion qu’on pourrait donner à l’atmofphère éle&rique lunaire, ne fauroit être fuffifante pour qu’elle la portât au-delà de notre atmofphère. L’atmo fphère aérienne de la lune étant d’ailleurs folide & congelée, ne peut plus être regardée que comme abfolument idio-éleflrique : fon épaif-feur ne doit plus être mentionnée dans l’efli-mation de l’étendue de l’atmofphère éleSrique lunaire , quand bien même elle aurait pu , dans le temps où la chaleur régnoit fur cette planète, l’étendre & la prolonger très au loin. Nous devons donc continuer de croire que l’atmofphère lunaire eft entièrement renfermée dans celle de la terre : cette dernière la comprime , l’empêche d’obéir à toute fa force expanfîve , & par conféquent rétrécit encore fes limites ; ainfi je crois qu’il n’y a plus autour de la lune qu’une atmofphère éleârique très-peu étendue.
- On doit en dire autant des atmofphères éleftriques des fatellites, qui font renfermées
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- dans celle de leur planète principale, & qui doivent de même être comprimées, & ne pas s’étendre à la même diftance à laquelle elles parviendroient fans ce refferrement & fans cette compreflion.
- Vénus & Mercure ne doivent pas non plus jouir d’une atmofphère aufli étendue que celle que la vertu expanfive du fluide éleârique pourroit leur donner. Les atmofphères de ces deux planètes voifines du centre de leurs révolutions , ne font pas libres de toute compreffion & de toute répulfion étrangère, ainfi que celles qui revérifient jufqu’à une diftance pro-digieufe Jupiter & Saturne : elles ne peuvent pas s’étendre fans contrainte dans un efpace libre ; mais, englobées dans l’atmofphère électrique folaire que nous avons vu devoir s’étendre bien au-delà de l’orbite terreftre, elles y font comprimées , refferrées , réduites à un plus petit efpace. Vénus, par exemple , lors de fa grande chaleur, a dû avoir une atmofphère éleétrique de deux cents mille cinq cents vingt lieues : mais cette atmofphère, entièrement comprife dans l’atmofphère folaire, a dû être diminuée & reflerrée ; & , indépendamment de la grande diminution qu’elle doit avoir éprouvée parle re&oidiffement de la planète,
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- il s’en faudrait de beaucoup qu’elle occupât dans le ciel cet efpace de plus de deux cents mille lieues.
- Mercure a eu, dans les temps où le feu qui le péne'troit le rendoit de nature conduârice > une atmofphère de quatre-vingt-quatre mille neuf cents foixante lieues d’étendue : il doit avoir éprouvé tout au plus une diminution de quarante - deux mille lieues dans fon atmofphère , par une fuite de fon refroidiffement ; mais cette atmofphère doit avoir encore été comprimée par la force répulfive de l’atmo-fphère folaire qui l’environne & la preffe de tous côtés, & qui a dû refferrer fes limites & les approcher de beaucoup du centre de Mercure. Cette dernière planète tournant autour d’elle-même dans un efpace de temps qu’on ignore , nous ne favons pas de combien fa force centrifuge a pu foulever fon atmofphère éleélrique au deffus de fon équateur : mais pour Venus, dont la révolution eft prefque deux fois plus rapide que celle de notre globe, & autour de laquelle la force centrifuge doit avoir beaucoup d’énergie , l’atmofphère éleârique qui l’environne a pu être renflée fur fon équateur, & l’effet de la compreflion occafionnée par la tépulfion de l’atmofphère folaire être diminué :
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- mais il doit toujours relier affez de forces ré-pulfives à cette atmofphère folaire, pour que l’atmofphère de Vénus foit plus petite & moins étendue qu’elle ne le feroit dans un ciel libre , où elle pourrait fe propager fans contrainte.
- La terre enfin, la planète que nous habitons, doit avoir aulfi une atmofphère moindre qu’elle ne l’aurait, fi elle n’étoit pas renfermée dans l’atmofphère éleârique folaire ; & c’ell ce qui fait que peut-être elle ell bien éloignée d’avoir confervé une atmofphère éleârique de cent mille lieues d’étendue, ainfi que nous l’avons dit lorfque nous n’avons fait attention qu’au refroidiffement ; & peut-être celle qui l’entoure & qui l’accompagne dans fa révolution annuelle, ne s’étend - elle, par un effet de la force répulfive de l’atmofphère folaire, qu’à cinquante ou foixante mille lieues de diftance : dès-lors, elle ne peut pas parvenir jufques à la lune , dont la petite atmofphère éleârique doit fe trouver libre de toute compreffion de la part de la terre. Mais fi ce n’efl pas le fluide électrique de notre globe qui repouffe l’atmofphère lunaire & la comprime , cette dernière eft refferrée par l’atmofphère folaire ; & nous ne devons pas moins penfer tout ce que nous avons dit de fa petite étendue : nous devons
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- Sur l’Électricité. 237 même la croire encore plus diminuée, la force répulfive de l’atmofphère folaire étant plus grande que celle de ratmofphère terre lire qui n’aurait embraffé la lune que vers fes confins , & à l’endroit où fon expanfibilité auroit été prefque éteinte.
- La force centrifuge de la terre, qui naît de fa rotation fur elle - même , doit cependant donner à fon atmofphère éleârique au deffus de l’équateur, une plus grande hauteur que celle de cinquante ou foixante mille lieues, & vaincre jufques à une certaine diftance la force répulfive de l’atmofphère du foleil. Mais, quand bien même la force centrifuge de la terre feroit libre de toute réfiftance de la part de l’atmof-phère folaire , elle ne devrait pas affez élever l’atmofphère éleârique pour la faire atteindre à celle de la lune : ainfi nous fommes toujours obligés de laiffer l’atmofphère aâuelle de ce fatellite, exempte de toute comprefiion & de toute répulfion terreftre.
- Il eft encore une confidération à faire ; c’eff qu’indépendamment de toutes les différences que nous avons déjà remarquées entre les atmofphères éleftriques d’un corps enflammé, & par conféquent conducteur, tel que le foleil, & celle des corps obfcurs & plus ou moins
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- refroidis, tels que la terre, les planètes & les comètes, il en exifte une qui doit influer fur-la figure de toutes ces atmofphères. Je veux parler de la lumière que le foleil renferme, dont il eft la fource , dont il eft rempli, imprégné , pénétré, & qu’il répand à grands flots à des diftances incommenfurables. La terre , les planètes & les comètes n’ont en quelque forte, au contraire, que la petite portion de lumière qui leur eft envoyée par le foleil, & qu’elles renvoient vers les autres planètes ; & ainfi elles ne doivent avoir autour d’elles qu’une atmofphère lumineufe très-légère, très-rare, comparée à l’atmofphère lumineufe qui environne le foleil.
- La lumière eft conduârice d’éleâricité : elle doit donc entraîner avec elle une certaine quantité de fluide éle&rique , & par conféquent étendre les atmofphères éleâriques des corps céleftes, qui non-feulement font jaillir autour d’eux du fluide éleârique , mais répandent encore la lumière. Cette extenfion paraît, au premier coup-d’œil, devoir toujours être bien plus forte autour des corps qui donnent naif-fance à la lumière, tels que le foleil, qu’autour de ceux qui ne font que recevoir & renvoyer une lumière étrangère, dont ils confervent &
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- combinent une grande partie, dont ils ne réfléchirent qu’une petite portion, & dont ils n’ont autour d’eux qu’une atmofphère rare & ténue. Mais l’augmentation de l’atmofphère éleârique d’un corps lumineux, produite par la lumière , ne doit - elle pas dépendre uniquement de la force attraâive dont fes rayons peuvent jouir lorfqu’ils font parvenus à l’extrémité de cette même atmofphère ? Quelques planètes ne peuvent-elles pas être plus voifines du corps lumineux, que les limites de fon atmofphère éleârique? Ne peuvent - elles pas être environnées d’une lumière plus intenfe » & par con-féquent plus attraâive que celle qui arrive fur les bords de l’atmofphère éleârique du corps lumineux? Quoique cette lumière ne parte pas de leur centre, ne doit-elle pas autant étendre leur atmofphère que fl elle avoit pris fon origine dans leur foin ? & ainfl ne peut-il pas fe faire que quelques planètes voient leur atmofphère plus étendue par la lumière ? que celle du corps lumineux, que celle du foleil ne l’efl par cette dernière caufo ?
- Pour juger de l’augmentation des atmo-fphères éleâriques, produite par la lumière , repréfentons-nous ce qui fe paffe dans nos laboratoires, lorfque nous expofons un conduâeur
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- éleârifé aux rayons du foleil. On peut connoître les limites & l’extrémité fenfible de Fatmofphère éleârique du conduâeur, par le point où les corps légers commencent d’être attirés & de voler vers lui. Si cette atmofphère éleârique parvient à dix pouces avant fon expofition aux rayons folaires , on la voit s’agrandir & s’étendre , & les corps légers être attirés à onze pouces ou environ. Si le difque de verre n’eft pas expofé en même temps au foleil, on ne voit pas les étincelles que le conduâeur peut lancer, augmenter en longueur ni en force ; ce qui prouve que Fatmofphère éleârique du conduâeur a été uniquement raréfiée, étendue & forcée d’occuper un plus grand efpace, fans que ce même conduâeur ait acquis une plus grande quantité de fluide que celle qu’il auroit reçue étant à l’ombre. Le demi-diamètre d’une atmofphère éleârique eft donc étendu d’un dixième, parla force attraâive qu’ont les rayons du foleil lorfqu’ils font parvenus fur la terre, c’eft-à-dire, à trente-quatre millions de lieues. La force attraâive des rayons folaires devant être un peu moindre, lorfqu’ils font parvenus à l’extrémité de Fatmofphère éleârique que nous avons reconnue autour du foleil, puifque cette dernière nous a paru devoir s’étendre à
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- une affez grande diftance au - delà de la route annuelle de la terre, ne prenons qu’un vingtième d’augmentation pour le demi-diamètre de cette atmofphère. Nous trouverons que l’atmof-phère éleârique folaire doit encore fe porter au moins à deux millions de lieues de plus en avant, en fuppofant qu’elle a à peu près quarante millions de lieues d’étendue par une fuite de la réunion de toutes les caufes d’augmentation dont nous avons déjà parlé. L’atmofphère folaire doit donc avoir à peu près quarante-deux millions de demi-diamètre dans le fens de fâ plus grande étendue, c’eft-à-dire, au deflus de fon équateur.
- Les atmofphères éleâriques de Jupiter, de Saturne & de Mars, doivent bien être aullï un peu augmentées par une fuite de l’affinité du fluide avec la lumière qu’elles réfléchiffent; mais cette augmentation èfl bien peu confi-dérable, comparée à celle qu’éprouve l’atm j» fphère du foleil ; & elle le feroit bien moins , fi elle étoit uniquement proportionnée à la quantité de lumière que ces planètes réfléchif-fent; quantité bien foible relativement à la quantité & à l’intenfité des rayons direâs du foleil. Mais la lumière du foleil qui environne ces planètes éloignées, doit feryir à étendre Tome II, Q
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- leurs atmofphères, & à en rendre par-là l’augmentation plus forte. Il eft aifé de favoir à peu près de combien cette augmentation eft inférieure à celle de l’atmofphère folaire. L’in-tenfité de la lumière décroît en effet, comme le quarré des diftances augmente. Si la lumière du foleil n’eft capable, à quarante millions de lieues , d’étendre fon atmofphère que d’un vingtième de fon demi - diamètre, elle doit n’étendre l’atmofphère de Jupiter, qui actuellement doit parvenir à cent foixante-dix-huit - millions de lieues du foleil ou à peu près, que de trois ou quatre mille lieues. En ajoutant à cette augmentation l’accroiffement plus petit encore que l’atmofphère de Jupiter doit tenir .defa lumière réfléchie, on n’aura jamais qu’une augmentation bien peu confidérable, comparée à celle qu’éprouve l’atmofphère éleCtrique folaire. Celle dè Saturne doit être encore moins -augmentée ; celle de Mars ne doit l’être que , d’une très-petite quantité, ne s’avançant actuellement vers le foleil, qu’à une diftance à peu près égale à celle qui fépare cet aftre de la planète qu’elle entoure.
- Ces différens accroiffemens des atmofphères éleCtriques» des planètes n’influeroient que fur leurs diamètres, .& .ne changeroient en rien la
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- figure qu’elles peuvent avoir, fi elles étoient environnées de tous les côtés d’une égale quantité de lumière ; mais cette dernière ne prenant pas fon origine dans l’intérieur des planètes, & leur étant envoyée par des corps étrangers, elles doivent rencontrer beaucoup plus de lumière du côté des corps enflammés, que du côté oppofé. Le côté des planètes, tourné vers le foleil, doit avoir au deflus de lui une plus grande quantité de lumière, parce qu’il regarde une partie de l’atmofphère lumi-neufe du foleil, moins éloignée de cet aftre, & par conféquent plus denfe. D’ailleurs, n’eft-ce pas de ce côté que les planètes réfléchiflënt la lumière, puifque c’eft de ce côté qu’elles la reçoivent ? Elles doivent donc en avoir beaucoup plus de celui-là que de l’autre : leurs atmof-pbères éleéïriques trouvent donc une plus grande quantité de fubftances conduflrices dans la partie de leur furface qui regarde le foleil, que dans celle qui efl: oppofée à cette dernière : elles doivent donc s’étendre beaucoup plus de ce côté éclairé, que du côté obfcur; & cette caufe affez forte, doit donner aux atmofphères éleftriques des planètes , une figure alongée vers le centre de leurs révolutions ; ce qui les diftingue des atmofphères des corps lumineux
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- par eux-mêmes, qui doivent être parfaitement régulières, qui tout au plus s’élèvent au deflus de leurs équateurs, mais font également renflées dans tous les points de ces cercles.
- Plufieurs petites quantités de lumière que les planètes reçoivent des planètes voifines & de leurs fatellites, doivent augmenter l’irrégularité de leurs atmofphères éleftriques, les femer de petits renflemens dont la pofition doit varier fuivant les fituations des aftres environnans ; & ces irrégularités & ces inconftances de leur figure , ne doivent - elles pas les diftinguer encore des atmofphères éleélriques des corps lumineux par eux-mêmes, & par exemple de celle du foleil ?
- Tâchons maintenant, d’après tout ce que nous avons dit, de nous repréfenter l’état aftuel de toutes les atmofphères éleftriques.
- Le foleil, cet aftre de feu qui nous envoie la plus grande partie de la lumière qui nous éclaire, & qui doit être regardé comme entièrement anéleftrique, ou compofé de matières parfaitement conduârices, occupe glorieufe-ment un des foyers des révolutions de nos comètes & de nos planètes, & y rayonne environné d’une atmofphère éleârique qui s’étend au moins jufqu’à quarante - deux millions de
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- En partant du foleil, on rencontre au-delà de l’orbite de Vénus , celle que notre terre parcourt annuellement. Cette planète s’avance accompagnée d’une atmofphère éleSrique dont le demi-diamètre eft au moins de cinquante ou foixante mille lieues, & qui s’élève au deffus de fon équateur. Cette atmofphère éleflrique ne comprime plus celle de la lune jufques à laquelle elle ne parvient plus , & qui maintenant n’occupe qu’un très-petit efpace ; mais cette atmofphère lunaire n’eft cependant pas libre de toute contrainte : elle eft repouffée , ainfi que celle de la terre, par la grande atmofphère éleèhique folaire qui l’environne de tou-
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- tes parts, qui la re'duit à des dimenfions encore plus refferre'es, & ne lui laifle qu’une petite étendue de dix à douze mille lieues.
- Mars tourne au-delà : l’atmofphère de cette planète refroidie, ne remplit plus qu’une petite portion des cieux. Jupiter conferve encore prefque toute la brillante atmofphère dont il a été revêtu lors de fa formation , & la déploie dans le vide jufques à la didance de plus de deux millions deux cents mille lieues. Saturne étend encore la fienne au moins à quinze cents mille lieues de diftance ; & fon anneau doit jouir encore d’une atmofphère éleftrique de deux millions de lieues de demi-diamètre , & qui par conféquent peut envelopper au milieu d’elle l’orbite de fon cinquième fatellite.
- Nos planètes ne tournent donc plus autour de notre foleil, uniquement accompagnées d’une mince & petite atmofphère aérienne ; mais elles roulent environnées d’une vade atmofphère éleârique, qui, pouvant quelquefois remplacer la lumière, la repréfenter & éclairer comme elle, femble avoir été dedinée à les dédommager de l’état obfcur auquel leur refroidiffe-ment les a réduites. Si les planètes ne peuvent pas former & répandre la lumière proprement dite , cette lumière vive qui nous vient du
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- foleil & des aftres qui font pénétrés d’un feu ardent, elles peuvent du moins, dans leurs différentes révolutions, non-feulefnent réfléchir une lumière étrangère , mais même quelquefois faire briller une clarté plus ou moins éclatante à laquelle elles auront donné naiffance, & qu’elles ne devront qu’à elles-mêmes.
- Nous avons vu que les planètes, en fe refroi-diflant & en perdant fucceflïvement leur chaleur , ne dévoient plus renfermer une aufli grande quantité des fubftances qui fervent à la compofition du fluide éleôrique , & ne pourraient plus le voir former dans leur intérieur en auffi grande abondance. La quantité de fluide qui s’exhale des planètes doit donc aller toujours en diminuant, & être bien peu con-fidérable dans celles qui ne font pas bien éloignées de l’état de congélation : cependant leurs atmofphères paroîtroient devoir conferver toujours leur étendue ; & au lieu de voir diminuer l’efpace qu’elles occupent, à mefure que les planètes perdent leur chaleur, il femble qu’elles devraient être à chaque inftant augmentées par la petite quantité de fluide qui ne cefle de leur parvenir, au moins tant qu’elles ne dépaflëroient pas le point où l’attraôion des planètes cefle d’être fenfible , & permet aux Q iv
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- corps qui s’élancent de leur intérieur , de s’échapper entièrement, de n’avoir plus aucune liaifon avec elles , & de ne plus reconnoître leur pouvoir. Cet accroiffement , à la vérité , iroit fans ceffe en diminuant ; mais devroip-il jamais fe changer en déperdition de l’étendue déjà acquife ? Les atmofphères cefleroient, à la vérité, de s’agrandir, lorfqu’un très-grand refroidiffement ne laifferoit pas affez de force aux planètes pour créer du fluide éleôrique ; mais ne devroient-elles pas conferver alors toute l’étendue qu’elles auroient fucceffivement acquife, & ne la voir jamais diminuer & fe rétrécir ?
- Cela ferait vrai, s’il ne l’étoit pas qu’il exifle pour les atmofphères éleâriques des planètes, une caufe de diminution beaucoup plus puiflànte que la petite caufe d’agrandiffement qui peut fans ceffe s’efforcer de les accroître. Cette caufe peut à la vérité être balancée dans les planètes, par une formation continuelle d’une quantité de fluide auffi confidérable que celle qui pouvoit s’exhaler de ces mêmes planètes lorfqu’elles étoient ardentes. Voilà pourquoi le foleil qui jouit de l’état d’incandef-cence , ne voit jamais fon atmofphère électrique diminuer ; & cette dernière occupe en-
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- Core dans le ciel tout l’efpace qu’elle y a rempli dès le commencement de l’exiftence des aftres de notre fyftême folaire. Mais à mefure que les planètes fe refroidiffent, la caufe de l’accroiffe-ment de leurs atmofphères, je veux dire , la quantité de fluide qu’elles répandent, perd à chaque inftant de fon inteniité : la caufe de diminution, dont l’énergie ne s’affoiblit pas, ou du moins ne décroît que très-peu, doit donc, à chaque inftant, n’être plus auflîcontrebalancée , agir avec plus de force, & refferrer l’atmofphère éleflrique. Cette dernière doit donc rapprocher fes extrémités du centre de la planète qu’elle entoure, par cette feule raifon ; & d’ailleurs, à mefure que les corps céleftes approchent de l’état de congélation, & qu’ils s’éloignent de celui de chaleur ardente, ils ne jouiffent plus de la vertu anéleâtrique dont font doués maintenant, par excellence, les métaux que notre globe renferme, & que les autres corps circulans doivent renfermer aufli.
- Cette caufe de diminution , fans laquelle les atmofphères éleftriques ne cefferoient pref-que jamais de s’accroître & d’envahir de nouveaux efpaces dans le ciel, n’eft autre chofe que la décompofition qu’elles doivent éprouver.
- Le fluide éleftrique , lorfqu’il eft encore ren-
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- fermé dans les limites de la petite atmofphère aérienne qui environne la terre , doit y éprouver, ainfi que tous les élémens du fécond ordre, ainfi que toutes les fubftances qui ne font pas {impies, des altérations & des décompolitions : fes principes doivent fe défunir ; le feu & l’eau doivent fe féparer par une fuite de leur affinité avec diverfes fubftances , qui peut être plus grande que celle qui les tient réunis, & fervir â former d’autres êtres qui, à leur tour, feront décompofés. Car pourquoi le fluide éleftrique ferait-il exempt de cette loi générale à laquelle la nature a fournis toutes les fubftances qui ne font pas parfaitement Amples ? & pourquoi lui feul inaltérable ne pourroit-il jamais être dé-compofé ? Quand bien même on voudroit. contre toute raifon, le regarder comme un être limple , & par conféquent exempt de décompofition, ne feroit-il pas toujours fujet à fe combiner plus ou moins intimement avec les différens corps dont il pourrait s’approcher ? car pourquoi ne devroit-il pas être fournis à cette néceffité , ainfi que l’élément du feu, le plus fimple des êtres ? Il ceflèroit donc également d’être du fluide éleftrique , il perdrait également fon exiftence & fes propriétés, fi ce n’étoit pas par la féparation de fes prin-
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- Cette décompofition, ou cette combinaifon que le fluide éleélrique éprouve dans notre atmofphère aérienne , il doit auffi la fubir lorf-qu’il en a franchi les extrémités, & qu’il s’eft élevé au deflus d’elle. Celles de fes parties qui repofent fur les couches de l’air, doivent être décompofées par les différentes fubftances que l’air peut renfermer , peut-être par l’air lui-même : fes principes fe féparent & s’abandonnent mutuellement : la chaleur fe diflipe, & l’eau fe répand dans l’atmofphère aérienne, où elle fervira peut-être de nouveau à formes du fluide, ou bien , d’où elle fera portée dans l’intérieur du globe, pour y donner naiffance à un nouveau feu éleflrique. Nous pourrions voir différens phénomènes météorologiques confirmer les idées que nous venons d’expofer.
- Des pertes femblables à celles que l’atmof-phère éleéirique de la terre doit refientir à chaque inftant, diminuent aufii les atmofphères éleftriques des autres planètes : les effets de toutes ces déperditions peuvent un peu être modérés & contre-balancés par le nouveau fluide que ces planètes forment & chaffent autour d’elles ; mais ce que les atmofphères gagnent
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- par les efforts de ce dernier, eft bien peu de chofe lorfqu’on le compare à ce qu’elles perdent par l’autre caufe, dont la force l’emporte d’autant plus fur celle qui tend à procurer quelque agrandiffement, que les planètes fe refroi-diffent de plus en plus.
- En effet, il me femble que pendant le temps que les planètes étoient en feu, elles ont dû perdre à peu près autant de fluide qu’elles en produifoient, les atmofphères éleâriques des planètes embrâfées ne me paroiffant pas avoir dû.augmenter ni diminuer, du moins d’une manière confiante, pendant le temps de leur très - grande chaleur, de même qu’il ne doit, je crois, y avoir ni augmentation, ni diminution régulière dans l’étendue de l’atmofphère éleârique folaire. Les différentes obfervations aftronomiques prouvent, à la vérité , qu’elle fubit des variations ; mais ces changemens font renfermés dans des limites très - étroites ; & d’ailleurs, allant tantôt en croiffant & tantôt en décroiffant, ils ne peuvent pas être regardés comme produifant une augmentation ou unq diminution confiante dans fon étendue. Depuis le commencement du refroidiffement des planètes , le fluide formé dans leur intérieur doit diminuer de beaucoup à chaque inilant, & je
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- sur l’Électricité. 253 ne vois que des caufes bien foibles de diminution pour la quantité de fluide éleftrique qui fe décompofe aufli à chaque inftant. La caufe de la diminution des atmofphères , eft donc celle dont les effets, quoique détruits en partie, doivent être les feuls fenfibles. La fupériorité de cette caufe a commencé avec le refroidiffe-ment, a augmenté avec lui , & s’accroîtra à mefure que les planètes perdront le feu qu’elles ont encore confervé.
- Nous avons tâché de prouver l’exiftence des atmofphères éleôriques du foleil, des planètes & des comètes ; nous avons déterminé la grandeur & l’étendue de la plupart de ces atmofphères , autant que nous l’avons pu dans un fujet aufli neuf, & où nous avons trouvé fl peu de lumières pour nous conduire : voyons maintenant les différens phénomènes céleftes qu’elles doivent faire naître.
- Les planètes qui tournent autour du foleil, abftraftion faite de l’inclinaifon de leurs orbites, décriroient à jamais les mêmes ellipfes, & dans la fuite des fiècles parcourraient avec la même viteffe une route de la même longueur, fi elles ne perdoient aucune partie des matières qu’elles renferment, & fi elles n’éprouvoient aucune altération. Mais, à mefure qu’elles s’éloignent
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- du temps de leur formation , elles doivent laiffer échapper en grande partie les principes du fluide éleârique qui formoit la vafte atmof-phère dont elles étoient revêtues lors de leur incandefcence. A chaque inftant, il doit fe dé-compofer autour d’elle, ainfi que nous venons de le voir, une quantité de fluide égale à celle que leur intérieur a pu former dans chaque inftant de leur embrâfement. Cette dernière quantité devant être très-confidérable, il doit à chaque inftant s’exhaler & fe difliper par ce moyen une grande fomme de chaleur, indépendamment de toutes les autres caufes qui peuvent leur en faire perdre : les planètes doivent donc à chaque inftant être dépouillées d’une partie de la matière qu’elles renfer-moient, & devenir plus légères en ce fens, qu’elles doivent voir diminuer leur force d’inertie , c’eft-à-dire, être plus aifément tranfpor-tées. La vitefle qu’elles ont açquife doit donc, à chaque inftant égal, leur faire parcourir ou tendre à leur faire parcourir un efpace plus grand & plus étendu.
- Maintenant, confidérons que les planètes décrivent autour du foleil des ellipfes qu’on peut regarder comme compofées d’une infinité de petites lignes droites inclinées les unes fur le*
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- autres , fuivant différens angles. Chacune de ces petites lignes peut être confidérée comme la diagonale d’un quarré dont un des côtés eft la force tangentielle, & dont l’autre exprime la force centrale ; elle s’approchera par confé-quent d’autant plus du centre, que la ligne qui exprimera la force centrale l’emportera, par la longueur, fur celle qui délignera la force tangentielle ; & réciproquement elle s’en éloignera d’autant plus, que la ligne de la force tangentielle aura une longueur fupérieure à celle de la force centrale. Nous venons de voir que la viteffe acquife par les planètes, doit à chaque in fiant pouvoir leur faire décrire un efpace plus étendu dans un temps égal : la force tangentielle n’efl: que cette viteffe acquife; elle devra donc à chaque inllant tendre à leur faire parcourir dans un temps égal, un efpace plus conlidérable ; la ligne qui l’exprimera , devra donc à chaque inllant augmenter, fans qu’aucune caufe augmente la ligne qui délî-gnera la force centrale : li cette dernière étoit plus longue que la précédente, fa fupériorité de longueur devra donc diminuer ; & li elle étoit plus courte, l’excès de la ligne delà force tangentielle devra donc s’accroître : la diagonale, ou la ligne décrite par la planète, devra
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- donc à chaque in fiant s’approcher de la direâion de la force tangentielle ; & par conféquent l’orbite des planètes devra s’accroître à chaque înllant.
- Lors donc qu’une planète, aprèsfa révolution annuelle, fera revenue, par exemple, à fon aphélie, elle ne devra plus fe trouver à la même diflance du foleil, mais à une diftance plus confidérable, une ellipfe ne pouvant pas être agrandie fans que fes diamètres n’augmentent.
- Mais cet accroiffement des orbites des planètes , que le raifonnement nous indique , ne contredit-il pas les phénomènes aflronomiques? Il me femble qu’au lieu de les contredire, cet agrandiflement ne peut qu’en expliquer plu-fieurs, dont on n’avoit jufqu’à préfent donné aucune raifon fatisfaifante , & qui devroient être regardés comme des preuves de mon opinion , par la facilité avec laquelle ils peuvent en être déduits. 11 en eft un fur-tout qui me paroî-troit ne'devoir point arriver tel qu’on l’obferve, fi mon opinion étoit faufTe, & qui par conféquent exige que l’on admette mon hypothèfe. Je veux parler de la préceffion des équinoxes, ou de l’année tropique.
- Tout le monde fait que l’orbite de la terre efl inclinée fur l’écliptique. On appelle nœuds, les
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- les points d’interfeftion de cette dernière, & de l’orbite de la terre.. La force attraftive particulière que le foleil & la lune exercent fur les parties renflées de l’équateur de notre planète, doit continuellement lui faire décrire une diagonale qui la rapproche de l’écliptique, faire rétrograder ces nœuds, ces points d’interfeâion, & les reculer le long de ce dernier cercle (<z), ainfi que tous les Aftronomes le favent. La quantité de cette rétrogradation produit la différence que nous obfervons entre la révolution tropique de la terre, & fa révolution fidérale ; c’efl-à-dire, entre le temps qu’elle emploie à revenir au folftice dont elle eft partie, & le temps qu’il lui faut pour répondre aux mêmes étoiles, & pour fe trouver dans le ciel au même point dont elle avoit commencé fa courfe. Le temps qu’il faut à la terre pour revenir au même tropique, eft précifément de trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huic minutes quarante-cinq fécondés & demie. Celui pendant lequel elle exécute fa révolution fidé-
- (a) Voyez particulièrement ce qu’a écrit à ce fujet l’illuftre M. d'Àlembert, dont le génie, après avoir embraffé toutes les fciences d’un feul coup-d’œil, a fait faire de fi grands progrès à celles dont il s’eft par-
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- raie, eft plus long, à peu près, de vingt fécondés. Nous venons de dire que le foleil doit faire rétrograder les nœuds de la terre, par la force attraéHve particulière qu’il exerce fur fes parties renflées : non-feulement il attire notre globe comme étant dans le plan de l’écliptique, ainfi que les Aftronomes l’ont reconnu; non-feulement il le force à defcendre vers ce plan ; mais il me paroît devoir l’attirer encore , comme étant le centre de cette même écliptique, & l’entraîner directement vers lui ; car, pourquoi les phénomènes ordinaires de l’attraôion fe-roient - ils ici fufpendus ? & pourquoi la terre ne s’efforceroit-elle pas de tendre par le chemin le plus court vers l’aftre qui l’attire? La diagonale que la force attraâive du foleil fait décrire à la terre pour produire la préceflion des équinoxes, doit donc, non - feulement lui faire couper le plan de l’écliptique beaucoup plus tôt qu’elle ne l’auroit traverfé , mais elle devroit encore l’approcher du foleil.
- Mais Kepler a prouvé que les corps célefles augmentent de. vitefle, à mefure qu’ils deviennent plus voifins du foyer de leurs révolutions : la vitefle de la terre feroit donc accélérée, & par conféquent on ne verroit pas s’écouler trois cents foixan#e-cinq jours cinq heures quarante-
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- huit minutes quarante-cinq fécondés & demie entre chaque révolution tropique, ce qui feroit contraire à l’obfervation. On eft donc obligé d’admettre une caufe quelconque qui tende à agrandir l’orbite de la terre, pendant que la force attraôive du foleil s’efforce dé diminuer & de rétrécir cette même orbite.
- L’exiftence d’une caufe d’agrandiffement pour l’orbite de la terre me paraît donc démontrée : tâchons maintenant de prouver que cette caufe eft plus forte qu’il ne la faudrait pour compenfer uniquement la diminution qui devrait fuivre de l’aâion du foleil. Nous n’avons aucune raifon d’affigner à cette caufe un degré d’intenfité plutôt qu’un autre. Quelque degré de force qu’on choiliffe, il y aura donc toujours au deffus de ce degré une infinité de nuances d’intenfité qu’on pourra afïigner à la caufe de l’agrandiffement de l’orbite, & ce degré de force aura au deffous de lui une autre infinité de nuances qu’on pourra aufli attribuer à cette même caufe. Il y aura donc toujours deux infinis à parier contre un , qu’elle ne jouira pas d’un degré quelconque d’intenfité, mais que fa force fera comprife dans les nuances infinies qui feront au deffus ou au deffous. Il y a donc maintenant deux infinis
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- à parier contre un, qu’elle n’eft pas égale à l’aâion du foleil, & qu’elle eft plus forte ou plus foible. Si elle étoit plus foible, la terre devroit toujours rapprocher fon orbite du foleil ; & dès-lors le nombre des jours qui s’écouleroient entre les révolutions tropiques ne feroit pas conforme aux obfervations, à moins qu’on n’établît que la diminution de matière que la terre éprouve, doit augmenter fon mouvement diurne , & qu’on ne voulût fuppofer que l’accélération de ce mouvement compenferoit l’excès de viteffe que le mouvement annuel de la terre recevroit de fa plus grande proximité du foleil. Mais il eft aifé de voir qu’il y a encore deux infinis à parier contre un, que cette accélération ne feroit pas précifément telle qu’il la faudroit pour cela. Nous devons donc dire que la caufe qui tend à agrandir l’orbite de la terre , eft plus forte que l’aâion du foleil qui s’efforce de la diminuer, & par conféquent que cette orbite s’accroît & eft réellement augmentée.
- Mais, m’objeâera-t-on peut-être , la diminution de Fatmofphère éleârique de la terre, non-feulement agrandit fon orbite, en favo-rifant la force tangentielle qui la pouffe, mais encore elle doit accélérer fon mouvement
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- diurne : il devrait donc s’écouler entre chaque révolution tropique, ou , ce qui revient au même, entre chaque retour des faifons, un plus grand nombre de jours que l’obfervation ne l’indique. D’ailleurs la terre, en agrandiffant fon orbite, s’éloignerait du foyer de fa révolution ; fa viteffe feroit donc ralentie ; il s’écoulerait donc plus de jours qu’à l’ordinaire entre chacune de fes années tropiques ; le chemin qu’elle parcourrait feroit d’ailleurs plus long : plufieurs caufes devraient donc, dans votre hypothèfe , augmenter le nombre des jours compris entre chaque révolution tropique, ce qui eft contraire à l’obfervation.
- Cette objeftion feroit fondée, fi en même temps que plufieurs caufes s’efforcent d’augmenter le nombre des jours compris entre chaque retour des faifons, une caufe aufli puif-fante que toutes les autres réunies, ne tendoit à les diminuer en ralentiffant le mouvement diurne. On a eu toute raifon de penfer que l’attralHon du foleil & de la lune fur les parties renflées de l’équateur terreftre , devoit ralentir le mouvement diurne de notre planète , ainfi qu’elle l’oblige à traverfer l’écliptique plus tôt qu’elle ne le feroit. La retardation qu’elle caufe, me paraît devoir être fupé-R iij
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- rieure à l’accélération que s’efforce de produire la diminution des atmofphères éleftriques. Non-feulement l’attraâion du foleil & de la lune détruit cette accélération, mais elle ralentit réellement le mouvement de rotation de la terre, & augmente la longueur des jours de telle forte que, quoique notre planète parcoure un efpace plus long, & le parcoure avec une viteffe moindre, il ne s’écoule que le même nombre de jours, ou de parties de jour, entre chaque révolution tropique, ou, ce qui revient au même, entre chaque retour des faifons.
- Les atmofphères éleâriques diminuent toujours à peu près d’une égale quantité ; l’orbite de la terre eft donc toujours à peu près également agrandie. D’un autre côté, il eft clair qu’à mefure que la terre s’éloignera du foleil, l’at-traftion de cet aftre fur elle devra diminuer; l’attraâion compofée du foleil & de la lune, s’affoiblira donc aufli ; le mouvement diurne ou de rotation leia donc ralenti avec moins de force; il devra donc alors s’écouler entre chaque révolution tropique un plus grand nombre de jours qu’àpréfent, & c’eft en effet ce que je fuis perfuadé qu’on obfervera dans la fuite des fiècles ; & peut-être a-t-on déjà remarqué cette augmentation dans le nombre des jours
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- compris entre les retours des faifons, quoique nous n’ayons des obfervations bien exaâes que depuis peu de temps. Je crois d’autant plus qu’on l’appercevra dans la fuite , qu’à mefure que la terre s’éloignera du foleil, cet aftre ne l’obligera plus avec tant de puiffance à defcendre vers l’écliptique, ne la contraindra plus avec tant d’énergie de traverfer ce cercle plus tôt qu’elle ne l’auroit fait, & ne reculera pas avec tant de force fes nœuds, c’eft-à-dire fes points d’interfe&ion : par-là les révolutions tropiques ne devront - elles pas, indépendamment de toute autre raifon, arriver plus tard, c’eft-à-dire, renfermer entre chacune d’elles un plus grand nombre de jours?
- A la vérité l’aftion de Jupiter, dont la terre eft chaque jour plus voifine, & s’approchera pendant long-temps, a pu jufqu’à préfent s’op-pofer à l’augmentation du nombre de jours compris entre chaque retour de faifon, en reculant , ainfî que le foleil & la lune , les nœuds de la terre le long de l’écliptique, comme vient de le dire le célèbre M. de la Lande ; c’eft-à-dire , qu’elle accélère le retour des faifons, & diminue par conféquent le nombre des jours des révolutions tropiques : peut-être même, à mefure que la terre s’approchera de Jupiter, R iv
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- & qu’elle fera attirée avec plus de force par cette planète, non-feulement Jupiter détruira l’augmentation que les révolutions tropiques auraient pu recevoir, mais les diminuera réellement, & fera caufe qu’elles renfermeront un plus petit nombre de jours ; de telle forte que, pendant long-temps, on pourra obferver que les révolutions tropiques font toujours les mêmes, ou remarquer qu’elles augmentent, ou voir qu’elles diminuent, fans que notre hypo-thèfe puiffe en recevoir aucune atteinte ; & on ne devra pas moins admettre mes idées, foit que les obfervations déjà faites prouvent dans ces révolutions une égalité confiante , une diminution ou un accroiffement. Voilà donc les faits aflronomiques qui prouvent, relativement à la terre , cette augmentation d’orbite dont nous trouvons la caufe dans la diminution des atmofphères éleôriques que nous avons établies. Ces mêmes phénomènes vont nous fervir à trouver la quantité de cette augmentation, que nous aurions bien de la peine à déterminer fans leur fecours.
- Tâchons premièrement de découvrir quel ell maintenant l’agrandiffement de l’orbite de la terre, ou, pour mieux dire , l’accroiffement de l’efpace qui la fépare du foleil dans fes dif*
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- tances moyennes : nous verrons enfuite les modifications que nous ferons obligés de faire éprouver à cet accroiffement , relativement aux fiècles écoulés & aux lièctes à venir.
- Faifons abftraâion, pour un moment, de l’accélération du mouvement diurne, produite par la diminution de l’atmofphère éleftrique de la terre ; & fuppofons, ce qui ne s’éloigne pas de la vérité, que dans ce moment-ci les efpaces décrits pendant chaque révolution tropique font à peu près égaux : cherchons aufii la quantité de retardation que l’attraâion du foleil & celle de la lune font éprouver au mouvement diurne de la terre. Il me femble que ces attrapions , retardant la viteffe du mouvement annuel & celle du mouvement diurne par le même moyen, c’eft-à-dire, par l’aâion qu’elles exercent fur les parties renflées de l’équateur, doivent, pendant un temps égal, faire éprouver la même diminution aux deux mouvemens ; c’eft-à-dire que , de même que le temps du mouvement annuel eft diminué de vingt fécondés pendant chaque révolution tropique, le temps du mouvement de rotation doit aufli, pendant chaque révolution tropique , être diminué de vingt fécondés. Il s’écoule cependant maintenant le même nombre de jours à chaque révolution tropique ; le temps
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- de chaque révolution devient donc toujours plus confidérable de vingt fécondés : c’eft comme fi , par exemple, la fécondé révolution - étoit compofée , relativement à la première, de trois cents foixante-cinq jours fix heures neuf minutes onze fécondés, pendant lefquels le mouvement de rotation n’auroit pas été retardé. Le temps de la fécondé eft donc au temps de la première révolution , comme trois cents foixante-cinq jours fix heures neuf minutes onze fécondés , font à trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-cinq fécondés & demie. Nous pouvons regarder la diftance du foleil à laquelle s’exécute la première révolution, comme égale à la diftance actuelle de la terre au foleil ; & nous favons, d’après la fameufe loi de Kepler, que le quarré des temps des révolutions eft comme le cube des diftances : nous pouvons donc faire l’équation fuivante. Le quarré de trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-cinq fécondés & demie , eft au cube de la diftance aétuelle de la terre au foleil, comme le quarré de trois cents foixante-cinq jours fix heures neuf minutes onze fécondés, eft au cube d’une diftance que nous trouverons aifément, & dont la différence à la diftance aftuelle de la terre au foleil nous
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- donnera l’accroiffement que nous cherchons. C’eft par le moyen de cette équation que j’ai trouvé que la terre devoit, chaque année, s’éloigner du foleil à peu près de mille lieues, & agrandir fon orbite en proportion.
- Mais nous avons fait abftraftion de l’accélération du mouvement diurne , produite par la diminution de l’atmofphère éleârique de la terre : nous avons donc a (ligné à ce mouvement diurne une retardation plus confidéra-ble que celle qu’il éprouve réellement ; & dès-lors nous devons avoir trouvé un efpace plus étendu que celui dont la terre s’éloigne chaque aimée du foleil. Tâchons de réduire cet efpace à fa véritable grandeur. Je fuis perfuadé que l’accélération du mouvement de rotation, produite par la diminution de l’at-mofphère éleSrique de la terre, eft bien foible, comparée à la retardation que ce mouvement reçoit de l’attraâion du foleil & de la lune. Je penfe qu’il ne doit nous engager à diminuer que d’un dixième l’accroiffement annuel de la diftance du foleil à la terre, que nous avons déjà trouvé. Nous devons donc uniquement retrancher cent lieues des mille lieues que notre équation nous a fait affigner à cet accroiffement annuel, & le réduire à neuf cents lieues ou à
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- peu près; car, dès qu’il s’agit d’eftimer la dépet-dition du fluide éleôrique , & l’influence de cette déperdition , nous ne pouvons rien dire de bien certain.
- Cette augmentation de neuf cents lieues, que la diftance de la terre au foleil éprouve tous les ans, c’eft-à-dire, dans l’intervalle d’une révolution tropique , me paroît devoir être toujours à peu près la même ; & les moyennes diflances de notre planète à l’aftre de feu autour duquel elle circule, non-feulement doivent être chaque année plus eonfidérables mais elles doivent l’être chaque année d’une égale quantité. En effet, cet accroiflëment dépend de la diminution & de la déperdition d’une partie de l’atmofphère éleârique qui environne la terre ; & cette caufe me paroît confiante, & devoir être toujours à peu près la même.
- On me dira peut-être que nous avons conclu cette augmentation & fa quantité, de l’attraftion du foleil & de la lune fur les parties renflées de l’équateur : cette attraâion doit varier dans mon fyflême , puifqu’elle efl en raifon de la diftance de la terre au foleil, & que , fuivant moi, cette diftance doit continuellement changer ; l’augmentation par con-
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- féquent doit varier auffi. La réponfe eft aifée.
- En effet, nous avons, à la vérité, prouvé la néceflité de cet accroiffement par l’attraâion du foleil ; mais ce n’eft point cette attraâion qui en eft caufe. La force attra&ive de l’aftre qui nous éclaire pourroit agir, quand bien même il n’y auroit aucun accroiffement de l’orbite de la terre ; mais alors il en fuivroit que cette même orbite feroit , au contraire , à chaque inftant diminuée, & qu’il s’en faudrait d’une quantité très-fenfible & affez confidérable, que les révolutions tropiques fiiffent compofées de trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-cinq fécondés & & demie. L’obfervation cependant prouvant le contraire, j’en ai conclu, non pas que l’attraction du foleil faifoit naître une augmentation d’orbite, mais qu’il falloit qu’une caufe quelconque produisît cet accroiffement, fans quoi les phénomènes obfervés ne pourraient pas avoir lieu : cette caufe a été la diminution de l’atmo-fphère électrique terreftre. Nous avons encore, à la vérité, eftimé la quantité de cette augmentation par les phénomènes a&uels aftronomiques, par l’aâion du foleil & de la lune. Mais, quelque affoibliffement qu’éprouve l’attraâion de ces deux àftres, cette quantité d’augmentation fera
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- toujours la même, parce qu’elle ne dépend pas de cette attraâion, ni ne peut en dépendre ; & voilà pourquoi perfonne ne l’avoit imaginée, parce que perfonne n’avoit vu la néceflité d’admettre autour des planètes, des atmofphères électriques très-étendues, & de reçonnoître en elles une diminution fucceffive & confiante. A la vérité, à mefure que la terre s’éloignera du foleil, l’aâion de cet aflre, qui doit s’afFoiblir en raifon inverfe du quarré des diflances, diminuera , & le mouvement de rotation de la terre fera moins retardé ; mais ce changement n’influera pas fur la quantité de l’accroiffement de l’orbite ; il s’en fuivra feulement que la révolution tropique renfermera plus de trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-cinq fécondés & demie, & que fa durée fera augmentée d’une quantité qu’il eft poffible de déterminer d’avance pour quelque temps que ce foit. Les phénomènes aflronomiques changeront ; mais leurs différens changemens fe combineront de manière que dans tous les temps, en employant nos principes , on devra en conclure à peu près la même augmentation d’orbite. Bien plus , ces changemens de phénomènes aflronomiques , qui paroiffent d’abord empêcher de croire que
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- SUR L’ÉLE C T RIC I TÉ. 271 l’augmentation de l’orbite foit toujours de la même quantité , font cependant néceffaires pour qu’on puiffe le penfer : car, la diftance changeant à chaque inftant, & par conféquent fon cube, & ce cube faifant le troifième terme de l’équation par le moyen de laquelle on peut trouver l’augmentation de l’orbite, il faut né-ceffairement que les deux premiers termes ou l’un des premiers varie, fans quoi le quatrième varieroit, c’eft-à-dire, l’augmentation de l’orbite ; car tout le monde lait que pour avoir le quatrième terme d’une équation, il faut mul-tipier le fécond & le troifième l’un par l’autre, & les divifer par le premier. Mais fi le troifième augmente, il faut que le premier varie pour avoir le même produit; car une quantité plus grande , divifée par une quantité égale , ne donnera jamais le même nombre ; ou il faut que le fécond varie & diminue, afin que l’augmentation du troifième foit compcnfée par-là ; ou, lorfque l’augmentation du premier n’eft pas affez forte , il faut qu’elle foit compenfée par la diminution du fécond; & fi la diminution de celui-ci n’eft pas affez confidérable, il faut qu’elle foit aidée par une augmentation du premier.
- Le changement dont je parle dans la durée de la révolution tropique , n’eft au refte que
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- très-infenfible, & ne pourra être apperçu de manière à être reconnu fans peine, qu’après un très-grand nombre d’années.
- De même que je penfe qu’à mefure que la terre s’éloignera du foleil, la retardation du mouvement diurne diminuera, & la révolution tropique s’exécutera pendant un nombre de jours qui augmentera néceffairement ; je dois penfer, & je penfe en effet , que dans les temps antérieurs à celui auquel nous vivons, la force du foleil étant plus grande à caufe de fa plus grande proximité, la retardation du mouvement de rotation étoit plus confidérable, & la révolution tropique s’exécutoit dans un nombre de jours moindre que trois cents foixante-cinq, cinq heures quarante - huit minutes quarante-cinq fécondés & demie ; & je crois que la retardation du mouvement de rotation, & la diminution de la révolution tropique fe font toujours combinées enfemble, & avec la diftance de la terre au foleil, dé manière que dans quelque temps que c’eût été depuis la formation de notre planète, on auroit découvert à peu près la même augmentation, fi on avoit cherché à l’effimer par le moyen de ces trois chofes. On auroit toujours trouvé , ainfi qu’on le trouvera toujours, en comparant deux révolutions tropiques
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- SUR L’ÊLECTRtCITÉ. 273 tropiques contiguës, la première révolution * la diftance au foleil, & la fécondé révolution , telles que le cube du fécond terme multiplié par le quarré du troifième , & divifé par le quarré du premier, donnerait un terme égal, duquel par conféquent on aurait une racine cubique égale ; racine cubique dont l’excès fur le troifième terme donne l’augmentation de la diftance ; & cela ferait arrivé, & arrivera, parce que les phénomènes aftronomiques dont nous venons de parler, ne font pas des caufes de cette augmentation, ainfi que nous l’avons déjà dit, mais en font des effets d’après lefquels nous avons pu juger l’intenfité de la caufe : ils ne peuvent donc pas influer fur cette augmentation , mais ils doivent en dépendre. En effet, il eft aifé de voir que les phénomènes aftronomiques dépendent de l’aftion du foleil, l’aâion du foleil de fa diftance, & fa diftance de l’augmentation annuelle de l’orbite terrefire ; auflï fuis-je perfuadé que les obfervations de ceux: qui viendront après nous , confirmeront ma théorie.
- Nous avons encore une autre confidération à faire, relativement à la quantité dont s’accroît la diftance moyenne de la terre au foleil à chaque révolution tropique : elle ne doit pas Tome II. S
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- avoir été auffi grande dans les temps antérieurs, qu’elle le fera dans les fiècles à venir, puifqu’elle dépend de la diminution de l’at-mofphère éleftrique terreftre. Cette diminution n’a lieu, en effet, que par une fuite du refroi-diffement de la terre , & doit être d’autant plus petite, que la déperdition de chaleur eft moins confidérable. Mais , dans les fiècles qui nous ont précédé, la terre, étant beaucoup plus près du foleil, doit avoir perdu chaque année moins de chaleur , à caufe de la plus grande quantité de feu qu’elle recevoit de cet aftre : l’atmofphère éleftrique qui l’environne n’a donc pas effuyé des diminutions auffi fortes qu’elle peut en éprouver tous les ans dans ce temps-ci, & qu’elle en fouffrira dans les temps qui fuivront le nôtre; auffi fommes-nous, je crois , très-fondés à ne compter, pour les temps antérieurs, que huit cents lieues d’augmentation moyenne, par révolution tropique, dans la diftance de la terre au foleil.
- Lorfque la terre a été formée, elle étoit donc beaucoup plus près du foleil qu’elle ne l’eft dans ce moment-ci ; & pour trouver l’éloignement aftuel de la terre du point ou elle a commencé fes révolutions , il femble qu’en admettant l’hypothèfe de M. de Buffon,
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- nous n’avons qu’à multiplier par huit cents lieues le nombre d’années qui fe font écoulées depuis la formation des planètes. Ce réfultat n’efl pas admiffible, car il donnerait un nombre de lieues beaucoup plus confidérable que celui qui, dans ce moment-ci, fépare la terre du centre du foleil ; d’ailleurs cette manière d’efti-mer la diminution de la diflance, ne ferait pas conforme aux principes que nous avons établis. La terre ne doit voir augmenter fes révolutions autour du foleil, que lorfque fon atmof-phère électrique diminue ; & celle-ci ne doit diminuer que lorfque la chaleur du globe ne peut plus créer une quantité de fluide égale à celle qui fe décompofe, & que le refroi-diffement a commencé de lui faire perdre fa nature conduârice. Ce n’efl donc pas dès le premier moment de la formation de la terre que fon atmofphère a dû fe rétrécir, du moins fenfiblement, mais dès qu’elle a zeffé d’être pénétrée d’une chaleur affez vive pour remplacer le fluide décompofé; chaleur qui me paroît bien éloignée du feu le plus violent que la terre ait éprouvé, & lorfque, par ce même refroidiffement, elle a ceffé d’être entièrement anéle&rique & de nature conduârice. Ce degré de refroidiffement me paraît être celui où on S ij
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- auroit pu toucher le globe fans fe brûler : l’expérience du moins nous apprend que c’eft à ce degré uniquement qu’elle doit avoir perdu fa qualité conduflrice ; car, dans nos laboratoires , nous ne connoiffons aucune fubflance, quelque idio-éleârique qu’elle puiffe être , qui n’acquière la vertu conduflrice lorfqu’elle efl échauffée au point de ne pouvoir être touchée fans brûler. Il faut donc retrancher de toutes les années qui fe font écoulées depuis la formation de la terre, toutes celles pendant lefquelles le globe étoit en incandefcence, ou pénétré d’un fi grand feu , qu’il eût été im-poffible de le toucher fans fe brûler, pour avoir le temps de la diminution de fon atmof-phère éleftrique, & celui auquel fon orbite annuelle a commencé de s’agrandir. Ce ne font donc pas toutes les années qui fe font fuccé-dées depuis que la terre eft planète, qu’il faut multiplier par huit cents lieues, pour avoir la quantité des lieues dont la terre s’eft éloignée du foleil : il faut feulement multiplier par huit cents toutes les années qui fe font écoulées depuis le refroidiflement de la terre au point de pouvoir la toucher. M. de Buffon a déterminé ce nombre d’années à quarante mille foixante-deux ; en les multipliant par huit cents,
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- nous aurons trente-deux millions quarante-neuf mille fix cents lieues , pour la diftance de la terre au point auquel elle étoit lorfqu’elle a commencé de s’avancer dans le ciel. En retranchant cette quantité de la diftance aâuelle, qui eft à peu près de trente-quatre millions fept cents foixante-un mille ftx cents quatre-vingt lieues, il refte deux millions fept cents douze mille quatre-vingt lieues, c’eft-à-dire , près de trois millions pour la diftance qui fépa-roit la terre du foleil lors de cette époque.
- La terre ne doit pas avoir été formée au point où elle a commencé d’agrandir fon orbite. Pendant prefque tout le temps de fon incandef-cence, aucune caufe ne tendoit à accroître fon ellipfe, & ne contrebalançoit l’aâion du foleil. L’attra&ion de cet aftre devoit non-feulement produire la préceffion des équinoxes , mais entraîner les parties renflées de l’équateur ter-reftre vers lui, & obliger la terre à fe rapprocher toujours de plus en plus de fon centre. Mais la quantité dont la diftance de la terre au foleil étoit diminuée pendant chaque révolution tropique, me paroît avoir été bien moins confidérable que celle dont elle eft augmentée tous les ans depuis la fin de fon incandefcence. Mon fujet n’exige point que nous cherchions S iij
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- à déterminer cette quantité : tout ce que nous croyons devoir dire , c’eft qu’ayant été très-petite, & le rétréciffement de l’orbite terreftre n’ayant eu lieu que pendant trente-quatre mille ans, ou à peu près, c’eft- à-dire , pendant le temps de l’incandefcence, & par conféquent pendant un temps beaucoup plus court que celui qui s’eft écoulé depuis que l’agrandiffe-ment s’exécute, il peut fe faire que la terre n’ait été formée qu’à douze ou quinze millions de lieues du foleil : elle a enfuite vu diminuer fon orbite jufques à ce qu’elle foit parvenue à trois millions de lieues du même aftre ; & c’eft à ce point où fon atmofphère éleârique a dû premièrement diminuer affez pour contrebalancer & détruire les efforts de l’attraâion folaire, & pour qu’elle décrivît pendant quelque temps des ellipfes égales. La diminution de fon atmofphère éleftrique augmentant cependant en intenlité , elle a enfin commencé de s’éloigner du foleil , & s’en éloigne encore.
- Il me femble que ceci eft une nouvelle preuve en faveur de l’hypothèfe de M. le Comte de Buffon fur la formation des planètes : il eft en effet bien plus aifé de concevoir que la comète à la chute de laquelle elles doivent leur origine, a projeté la terre hors du foleil à la
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- diftance uniquement de douze ou quinze millions de lieues, qu’à la diftance de trente-quatre millions.
- M. le Comte de Buffon ayant affigné trente-quatre mille ans pour la durée de la chaleur du globe au point de ne pouvoir être touché, notre terre a donc tourné autour du foleil au moins pendant ces trente-quatre mille ans, fans jamais s’éloigner de cet aftre , mais au contraire, en s’en rapprochant toujours jufques à la diftance de trois millions de lieues. Elle étoit alors encore pénétrée d’un très-grand feu, & devoit recevoir du foleil une très-grande chaleur, qui, compenfant une grande partie de celle qu’elle pouvoit perdre, a dû prolonger de beaucoup cette première période, & la rendre plus longue encore que M. le Comte de Buffon ne l’à penfé. C’eft donc pendant beaucoup plus de trente-quatre mille ans que la terre a parcouru très-près du foleil des ellipfes toujours fenfi-blement décroiffantes : la nature vivante r.'étoit pas encore née dans notre planète, les élémens n’y av oient pas pris leur place ; & c’étoit encore un efpèce de globe incandefcent, entouré d’une atmofphère de vapeurs enflammées, & enveloppé par deflus d’une atmofphère éleârique immenfe , dont rien n’avoit encore diminué l’étendue. S iv
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- Trois millions de lieues nous paroiflent bien peu confidérables, comparés â trente - quatre millions de lieues que nous comptons dans ce moment - ci entre le foleil & la terre ; & nous croyons voir notre globe rafer la furface du foleil, vers la fin de la première période de fa durée.
- Notre imagination trouvera un grand efpace entre le point où la terre fut ftationnaire pendant quelque temps, & les bords du foleil, fi l’on fait attention à celui qui eft compris maintenant entre la lune & la terre. Ces deux dernières planètes ne font féparées que par un efpace de quatre-vingt-lix mille trois cents vingt-quatre lieues, c’eft-à-dire, qu’il y avoit au moins trente fois plus de diftance de la terre au foleil, lorfqu’elle décrivoit autour de lui la plus petite ellipfe qu’elle ait décrite, qu’il n’y en a maintenant entre la lune & cette même terre.
- J’aurois dû peut - être, ainfi que le calcul pourra le faire penfer à quelqu’un, diminuer de plus d’un neuvième l’augmentation annuelle de la diftance de la terre au foleil, & que nous avions trouvée de neuf cents lieues. En effet, la chaleur du foleil, à des diftances très-petites, a pu fournir à la terre une chaleur étrangère affez forte, pour qu’il s’en fallût de plus d’un neuvième que la diminution de fon atmo-
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- fphère éleârique ne fût auffi confidérable que maintenant; mais j’ai cru devoir me borner à admettre cette influence d’un neuvième, à caufe de la confidération fuivante.
- Si nous prenons un terme moyen entre les différentes diflances qui ont féparé fucceflive-ment la terre du foleil , depuis la fin de fon incandefcence , pour avoir un terme moyen entre les différentes fommes de chaleur que la terre a reçues de cet aftre, & qui ont prolongé fon refroidiffement ; & fi pour cela nous la fuppofons avoir toujours décrit fes ellipfes à quinze ou feize millions de lieues du foleil, la chaleur qu’elle doit avoir reçue de cet affre depuis fa formation, doit être bien plus forte que celle que cet aftre lui eût envoyée, fi elle eût toujours demeuré à fa diftance aâuelle de lui : la durée de fon refroidiffement doit donc avoir été prolongée d’une quantité qu’il eft aifé d’affigner. Au lieu de n’avoir employé que quarante mille ans & quelque chofe, à paffer de l’état de chaleur dans lequel on auroit pu la toucher à la température aétuelle , elle doit en avoir employé beaucoup plus. Cependant nous n’avons fuppofé que quarante mille ans dans la durée de cette période , lorfque nous avons voulu déterminer le point où la terre étoit par-
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- venue dans fon plus grand voifinage du foleil, & où elle a féjourné peut-être pendant plu-fieurs années ; c’efl pour compenfer les années que nous n’avions pas comptées, & qui nous auroient donné pour ce même point un plus grand voifinage du foleil, c’efl pour compenfer leur effet, dis - je , que je n’ai fuppofé que d’un neuvième l’influence de la chaleur folaire qui tend à conferver l’atmofphère éleârique terreftre, & par conféquent à diminuer l’ac-croiflement de l’orbite. Ayant à multiplier un nombre plus petit qu’il ne devoit l’être , j’ai voulu le multiplier par un nombre trop grand , & j’ai tâché d’augmenter ce dernier de manière que le réfultat de la multiplication fut le même que fi les deux termes euffent été exaâs ; & c’efl ce que j’ai cru faire en fixant à un neuvième l’influence moyenne du foleil, & en multipliant les quarante mille ans aflignés par M. le Comte de Buffon, par huit cents lieues , au lieu de neuf cents.
- C’efl donc après s’être refroidie au point de pouvoir être touchée ou à peu près, & même peut-être plus tôt (a), que la terre a commencé
- (a) Il faudrait alors fuppofer l’influence du foleil plus grande que d’un neuvième, & multiplier par exemple par fept cents.
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- de s’éloigner du foleil & d’agrandir Tes orbites. Elle a recommencé alors fon mouvement elliptique fpiral, & s’eft avancée dans le ciel toujours en fe refroidiflant, mais traînant toujours autour d’elle fon immenfe atmofphère éleârique qui ne l’a pas encore abandonnée, & qui l’enveloppera jufques à ce qu’elle foit entièrement gelée , qu’elle foit entièrement idio - éleârique , & qu’elle ne renferme plus affez de chaleur pour former du fluide éleârique, & réparer fes pertes. Alors une petite atmofphère la revêtira peut-être encore, mais elle ne fera que les triftes relies de l’at-mofphère magnifique qui l’aura accompagnée depuis fon départ du foleil, jufques à fon arrivée au point où le doigt de Dieu lui a prefcrit de s’arrêter, & de ne plus envahir des efpaces célelies. Et à quoi lui ferviroit alors une atmofphère éleârique étendue & puiflante ? lorf-que les influences de cette atmofphère ne porr-roient plus féconder une planète où la nature aura cefle de vivre ; lorfque notre globe ftérile & congelé n’offrira plus que des plages envahies par les glaces, que des mers immobiles & devenues folides ; & qu’il ne préfentera plus que des terres endurcies qu’aucun être fenlible n’habitera, qu’aucune plante n’embellira de
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- fa verdure, & où le froid exercera feul fon domaine & régnera fur des déferts.
- Déterminons le point du ciel auquel fera parvenu notre globe, lorfque fa face fera ainli changée par le temps, & qu’au lieu des traits de beauté que nous admirons, il ne lui reliera qu’un trille fquelette, que de trilles dépouillés.
- M. le Comte de BufFon a fixé ce terme à quatre-vingt-treize mille deux cents quatre-vingt-dix ans ou à peu près, à compter de ce jour. 11 fembleroit d’abord que nous devrions uniquement multiplier ces années par huit cents lieues, pour avoir la dillance qui féparera la terre lors de fa congélation, de l’ellipfe qu’elle parcourt aujourd’hui. Mais nous devons confî-dérer que la terre ne devra pas employer autant de temps à fe refroidir jufques à être glacée : le calcul a été fait en fuppofant la terre toujours à une même dillance du foleil ; mais elle s’éloigne à chaque inftant de cette fource de feu ; elle doit donc à chaque inftant recevoir moins de chaleur , voir fon refroidiffement moins retardé, & la période totale doit être diminuée. Nous ne pouvons favoir encore de combien nous devons la raccourcir, puifque nous ne pouvons établir un terme moyen qui exprime la chaleur reçue chaque année par la
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 285 terre pendant cette période, qu’après avoir trouvé à quelle diflance elle parviendra, c’eft-à-dire , précifément ce que nous cherchons. Contentons - nous donc d’un à-peu-près, & compenfons le trop grand nombre d’années par lequel nous multiplierons l’augmentation annuelle , en diminuant la quantité de cette augmentation. Mais d’un autre côté nous devons augmenter la quantité de cet accroiffement, parce que la terre, en continuant de s’éloigner, ne recevra plus qu’une chaleur plus foible, & devra voir diminuer plus vite fon atmofphère éleârique , puifqu’elle ne pourra pas remplacer une auffi grande partie du fluide qui fera dé-compofé. Gardons donc toujours le nombre de huit cents lieues , fans l’augmenter ni le diminuer, pour avoir à peu près la diilance à laquelle parviendra la terre. Au relie , il effi effentiel d’obferver que tous ces à-peu-près ne nuifent en rien à notre hypothèfe ; qu’il efl égal, relativement à cette dernière, que la terre s’éloigne de vingt, de trente ou de quarante millions de lieues, pourvu qu’elle doive être, lors de fa congélation, à une diilance du folei! beaucoup plus grande que celle qui l’en fépare maintenant , pourvu qu’elle ait été formée à une diftance beaucoup plus petite -, que
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- chaque année fon orbite s’accroifle d’une certaine quantité ; & que ce foit la diminution de fon atmofphère éleârique qui caufe cette augmentation.
- Multiplions donc quatre-vingt-treize mille deux cents quatre-vingt - dix, ou à peu près , par huit cents, & nous aurons foixante-quatorze millions fix cents trente-deux mille lieues, ou à peu près, pour la diftance à laquelle fera parvenue la terre lors de fa congélation, à compter du point où elle eft maintenant.
- Telle eft la diftance immenfe qui lui refte à parcourir en s’enfonçant toujours dans les profondeurs du ciel, & en continuant fes révolutions fpirales elliptiques. A chaque pas qu’elle fera, elle perdra une partie de l’atmofphère qui l’accompagne, jufques à ce qu’elle foit parvenue à l’ellipfela plus étendue qu’elle doive parcourir. En ajoutant les foixante-quatorze millions de lieues ou à peu près, aux trente - quatre qui expriment pour ce moment-ci fa diftance du foyer de fes révolutions , nous aurons à peu près cent huit millions de lieues pour la diftance qui l’en féparera lors de ce temps où elle ne fera plus que glace , c’eft-à-dire , elle fera , à peu près, deux fois plus loin du foleil que Mars ne l’efl dans ce moment-ci,
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- Ne confidérant plus maintenant la durée de ce que nous avons jufqu’à préfent appelé année, c’eft-à-dire, la durée de la révolution tropique & le retour des faifons, mais faifant attention au cercle entier ou à l’ellipfe entière que la terre décrira dans le ciel , nous trouverions aifément quel temps elle emploiera à parcourir entièrement cette ellipfe, c’eft-à-dire, de combien de nos jours aftuels feroit compofée fa révolution. Cette dernière ne fera point fa révolution tropique, ainli que nous venons de le dire, mais fa révolution lidérale, puifqu’il s’agit d’eftimer dans combien de temps elle fe retrouvera au même point du ciel auquel le point de l’équinoxe répondoit à la révolution précédente , ce point de l’équinoxe, ou, pour mieux dire, les nœuds de l’orbite devant toujours continuer de reculer ; enfin, cette révolution fera celle pendant laquelle elle fera le tour entier du ciel, c’eft-à-dire, le temps qu’elle mettra à revenir d’un point de l’efpace célefte à ce même point, précifément & exaflement après avoir répondu à tous les points de la circonférence du foleil.
- Nous le trouverons par la loi de Kepler, en comparant les cubes de la diftance aâuelle & celui de la diftance future, c’eft-à-dire, celui
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- de trente-quatre & celui de cent huit millions de lieues, & en cherchant un rapport fem-blable à celui que nous trouverons entre ces deux diftances ; en cherchant, dis-je, un rapport femblable entre le quarré de la révolution lidérale aâuelle, & le quarré d’une révolution quelconque, qui fera la révolution cherchée, & que nous découvrirons ainli être environ de deux mille foixante-dix jours, c’eft-à-dire, plus de cinq fois plus longue que nos révolutions tropiques aâuelles , que le temps qui s’écoule entre les retours des faifons.
- C’ell à cette diftance de cent huit millions de lieues du foleil que la terre ceflera d’agrandir fon orbite : non-feulement, privée de prefque toute chaleur, elle ne fera plus qu’un tas de glaces inhabitables, mais il ne lui parviendra même qu’une foible lumière. Celle du foleil qui arrivera jufques à elle ne fera qu’un dixième ou environ de celle qui l’éclaire maintenant : à peine pourroit-elle être apperçue des planètes de Jupiter & de Saturne ; & c’ell à cette diftance que, froide & inanimée, elle emploiera, dans fa route obfcure, cinq fois le temps de notre année aSuelle à foire le tour du ciel ; & ne pouvant pas même fervir à éclairer quelquefois les nuits des planètes où la nature ref-pirera
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- S D R l’ E l e C T R t C I T &. iSç) pirera encore, elle recommencera fans cefle fes inutiles révolutions, jufques à ce que, l’Eternel retirant fon bras, l’univers foit anéanti.
- Tâchons maintenant d’appliquer aux planètes & à leurs fatellites, ce que nous venons de dira de la terre. Mais, avant de parler des différens phénomènes aftronomiques qu’elles préfentent, faifons quelques obfervations générales à leur fujet.
- Nous devons admettre autour de toutes les planètes & de leurs fatellites , une atmofphèrë éleârique femblable à celle qui environne la terre ; nous devons fuppofer qu’à chaque inlîant cette atmofphère diminue , & que par confé-quent les ellipfes qu’ils décrivent, foit autour du foleil, foit autour de leurs planètes principales , s’agrandiffent à chaque inftant. Mais il nous eft impoflîble de déterminer dans chaque planète, & même nous ne pouvons déterminer dans aucune, la quantité annuelle de cet agrandiffement. Nous n’avons en effet pu déterminer l’agrandiffement de l’orbite de la terre que par les phénomènes qui accompagnent la préceffion des équinoxes, & que nous avons vu être dépendans de cette augmentation ; & nous ne pouvons avoir que ce moyen pour déterminer celle des ellipfes planétaires. Nous Tome II, T
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- ne pouvons donc pas déterminer la quantité d’agrandiffement que reçoivent tous les ans les orbites des planètes. En effet, quoique nous puiffions croire que les nœuds des orbites de toutes les planètes font reculés tous les ans d’une certaine quantité , & que nous devions admettre dans chacune une préceffion d’équinoxe , nous ignorons les phénomènes qui l’accompagnent ; nous ignorons la durée des révolutions tropiques des planètes ; nous ignorons même dans certaines leur mouvement de rotation , ou du moins nous ne le connoiffons que par analogie : car, ce qu’on appelle les révolutions tropiques & les révolutions fidérales des planètes, ne font que leurs révolutions, en tant qu’elles répondent pour la terre au même point du ciel ou à l’équinoxe, mais non pas en tant qu’elles parviennent à leur propre point équinoxial, &c. Tout ce que nous pouvons dire relativement à elles , c’efl: qu’ainfi que la terre, elles n’ont commencé à parcourir leurs orbites que lorfque leur incandefcence a été éteinte , & qu’elles ont été refroidies au point de pouvoir être touchées : nous pouvons ajouter que celles d’elles qui font gelées , doivent avoir ceffé d’agrandir leurs orbites ; nous pouvons dire que
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- toutes les planètes où la nature eft établie, devant avoir été pendant long-temps beaucoup plus près du foleil qu’elles ne le font dans’ ce moment-ci , il faut ajouter à la période qui s’eft écoulée depuis leur formation jufqu’à Féta-bliffement de la' nature vivante, & aux années qui fe font écoulées depuis cette époque juf-ques à leur refroidiffement à la température aftuelle, & diminuer le nombre de celles qui s’écouleront jufques à leur congélation ; & enfin, relativement aux planètes que la glace & le frôid ont déjà envahies, on doit ajouter à toutes les années qui fe font écoulées depuis leur formation jufqùes à l’époqué où elles ont été glacées, & diminuer le temps qu’on compte depuis leur congélation. Voilà ce que nous pouvons dire de plus certain fur les' planètes en général ; entrons maintenant dans des détails , & premièrement :
- Mercure ayant perdu fon incandefcence & là grande chaleur qui aüroif pu empêcher de le toucher, en bi'én moins dé temps que la terré, doit avoir commencé bien plus tôt que cette dernière à agrandir fon ellipfe autour du foleil. Il a donc dû s’approcher dé la terré ; & il femble, au premier coup d’œil, que, s’étant écoulé beaucoup de temps entre lé moment Tij
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- où Mercure commença de s’éloigner du foleil, & celui où la terre agrandit fes révolutions, Mercure dut aller rencontrer l’orbite de la terre ; mais on ceffera de le penfer, fi l’on fait attention que la plus petite diftance de la terre au foleil a été d’environ trois millions de lieues, & que Mercure a pu n’être féparé de cet aftre que d’un million de lieues. Mercure, expofé pendant long-temps à une chaleur du foleil très-vive , à caufe de fa proximité, n’a dû éprouver que de légères pertes dans fon atmo-fphère éleftrique ; & cela, joint à d’autres confi-dérations, doit nous faire préfumer que l’augmentation de fa diftance, loin d’être tous les ans de huit cents lieues , comme celle de la terre, n’a peut-être été que de cinquante lieues, & peut-être moins. Mercure n’a donc dû s’approcher de la terre, pendant les dix mille ans & quelque chofe que M. le Comte de Buffon a trouvé s’être écoulés entre la fin de la grande chaleur de Mercure & celle de la grande chaleur de la terre, que de cinq cents mille lieues ; & quand bien même nous devrions augmenter cette période du double, ce qui ne nous paroît pas pouvoir être, il ne fe feroit jamais approché de la terre que d’un million de lieues.
- lia donc été féparé de la terre au moins
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- sur l’Électricité. '29$ d’un million de lieues, lorfque la terre a commencé de s’éloigner du foleil : la terre agran-diflant enfuite fon orbite d’une quantité bien fupérieure à Paccroiffement de l’orbite de Mercure, doit avoir laiffé cette planète bien loin derrière elle ; & enfin, à l’époque à laquelle nous vivons, elle s’en eft trouvée à la difiance qui la fépare d’elle.
- Si cette difiance d’un million de lieues de Mercure à la terre, lorfque cette dernière commença à s’éloigner du foleil, étoit parfaitement déterminée, nous pourrions connoître aifément Paccroiffement annuel qu’éprouve la difiance de Mercure au foleil, dès que nous connoif-fons , par le moyen des phénomènes aftrono-miques, l’augmentation annuelle de la difiance du foleil à la terre.
- Mercure, dans le moment où il a pu être le plus près de la terre, me paroît donc en avoir été féparé par un million de lieues, c’eft-à-dire, par une difiance dix fois plus confidé-rable que celle qui eft maintenant entre la lune & la terre. Cet efpace d’un million de lieues me paroît avoir fufii pour que Vénus & la lune aient pu exécuter leurs révolutions fans fe rencontrer, & fans être rencontrées par Mercure ni par la terre. La lune, en effet, me T iij
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- paroît, lors de fa première projeâion hors de la terre, n’avoir été lancée qu’à une diftance allez peu confidérable : peut-être qu’au lieu de tourner à la diftance de quatre-vingt-lix mille lieues, elle n’étoit éloignée de notre globe que de dix mille lieues. Nous connoîtrions cette diftance, connoiffant le temps que la lune a employé à fe refroidir jufques à la congélation , fi nous favions quelle a été dans le temps l’augmentation annuelle de fa diftance. Quoi qu’il en foit, la lune, fuppofée à une petite diftance de la terre , donne un nouveau degré de force à l’hypothèlè de M. le Comte de Buffon , qui l’a fuppofée formée d’une matière projetée hors de la terre par la force centrifuge née du mouvement de rotation de cette dernière. 11 a été, en effet, plus facile à cette force centrifuge, de jeter une certaine quantité de matière à dix mille lieues, qu’à quatre-vingt-fix mille.
- Vénus s’étant refroidie plus lentement que la terre , & n’ayant pu être touchée fans brûler que fept ou huit mille ans après la terre , ne doit jamais avoir rencontré la terre ni la lune ; & il eft très.-aifé de concevoir comment la terre, devant voir augmenter chaque année fpn éloignement du foleil d’une plus grande quantité
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- que Vénus, à caufe du plus petit intervalle qui fépare cette dernière & le foleil, peut fe trouver dans ce moment-ci à la diftance que les Aftro-nomes ont reconnue entre la terre & elle. Il ne nous relie donc plus, pour noür former une idée de la manière dont Mercure, Vénus, la Lune & la Terre ont exécuté leurs premières révolutions fans fe rencontrer, qu’à examiner comment Mercure a pu partir & accroître fon orbite dix-fept mille ans & plus avant Vénus, fans parvenir jufques à l’ellipfe décrite par cette dernière.
- Suppofons, afin de porter tout au plus fort, que Mercure a commencé de s’éloigner du foleil vingt-quatre mille ans plus tôt que Vénus. Vénus a pu n’être dillante de la terre avant que notre planète ne s’éloignât d’elle, que de cent ou deux cents mille lieues ; fuppofons-en cinq cents mille. La lune, qui alors vraisemblablement tournoit uniquement à dix mille lieues de la terre, a pu certainement avor. affez d’efpace pour exécuter fes révolutions. Maintenant fuppolbns, ainfi que nous l’avons fait, l’augmentation de la diftance de Mercure au foleil, de cinquante lieues par an. Cinquante lieues multipliées par vingt-quatre mille, donnent douze cents mille lieues, qui, ajoutées à T iv
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- un million de lieues d’où Mercure peut être cenfé parti, ne feront que deux millions deux cents mille lieues ; ce qui laiflëra toujours trois cents mille lieues entre l’orbite de Mercure & celui de Vénus , dans le temps de leur plus grand voifinage, c’eil-â-dire, une dillance trois fois plus forte que celle de la lune à la terre dans ce moment-ci.
- Mercure, Vénus, la lune & la terre ont donc pu faire leurs premières révolutions fans fe rencontrer , & fans qu’on puiffe tirer de la route de ces planètes aucune objeâion contre notre hypothèfe. Leurs différentes pofitions , telles qu’on doit les conclure de notre façon de penfer, ont pu tout au plus produire des phénomènes particuliers, mais qui, ne contredifant aucun des phénomènes connus, ne peuvent rien prouver contre tout ce que nous avons tâché d’établir.
- Avant d’aller plus avant, tâchons de déterminer la quantité d’atmofphère éleârique que la terre a dû perdre, ou Amplement l’étendue dont cette atmofphère a dû diminuer tous les ans. Il nous feroit bien difficile, ainfi que nous l’avons déjà dit, de déterminer la quantité réelle de cette déperdition, de manière à pouvoir en conclure l’augmentation annuelle de la dillance
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- -de la terre au foleil ; augmentation que les phénomènes agronomiques nous ont donnée d’une manière bien plus facile. Mais ne pouvons-nous pas eftimer à peu près de combien doit diminuer tous les ans l’étendue de cette •atmofphère éleârique? Que l’on fe rappelle que nous avons cru devoir admettre autour de la terre, lors de fa formation , une atmofphère éleftrique de deux cents fix mille trois cents quatre-vingt lieues, & même davantage. Mais fixons-nous à ce terme, & fuppofons, ainfi que nous l’avons fait, que cette atmofphère n’efl plus que de foixante mille lieues ; d’un autre côté, il s’eft écoulé environ quarante mille ans depuis que l’atmofphère éleftrique terreftre a commencé de diminuer. La quantité de la diminution qu’elle a éprouvée , n’a pas dû être égale chaque année ; mais, en cherchant uniquement un terme moyen, nous trouverons, en divifant par quarante mille ans les cent quarante mille lieues d’étendue que l’atmofphère éleSrique de la terre a perdues, nous trouverons, dis-je, que jufqu’à préfent elle a diminué tous les ans de trois lieues & demie. Con-noiffant d’ailleurs, par les phénomènes aftrono-miques, l’effet de cette diminution fur I’aug-jnentation de l’orbite, nous pouvons en quelque
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- forte établir qu’un globe comme la terre» 8c fitué à la même diftance du foleil , verra fa diftance à cet aftre augmentée tous les ans de huit cents lieues.
- D’après ce principe, ne pourra -1 - on pas trouver la place qu’occuperont dans le ciel les orbites des différentes planètes & celles de leurs fatellites pour tous les temps des âges futurs ? Mais la quantité des calculs néceffaires pour la déterminer avec une certaine précifion , paffe-roitles bornes que nous nous fommes prefcrites dans cet ouvrage, & d’ailleurs elle n’appartient pas effentiellement à notre fujet. Il nous fuffit d’avoir prouvé l’augmentation des orbites des planètes, d’avoir déterminé l’accroiffement de la diftance de la terre au foleil, & d’avoir indiqué un moyen de déterminer auffi un accroiffement femblable dans les autres corps planétaires.
- Continuons cependant notre route, & achevons de confidérer les planètes qui circulent autour du foleil. Mars a dû être refroidi au point de pouvoir être touché il y a plus de foixante mille ans : il étoit alors bien plus près du foleil qu’il ne l’eft dans ce moment-ci, & peut - être s’eft - il avancé dans le ciel à une diftance plus grande que l’intervalle de cinquante - deux millions de lieues qui le fépare
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- maintenant de là terre; c’eft-à-dire, que lorsqu'il a décrit fa plus petite ellipfe , Mars a dû être beaucoup plus près du foleil, que la terre ne l’eft dans ce moment-ci. D’après les principes établis par M. le Comte de Buffon , il a dû recevoir une compenfation de chaleur bien fupérieure à celle qui lui feroit parvenue s’il avoir toujours été à fa diftance aâuelle. Auffi je crois qu’il eft encore bien éloigné de l’état de congélation , & que par conféquent fon atmofphère éleârique doit diminuer tous les jours, & diminuera même peut - être encore pendant bien des fiècles. Sa diftance au foleil croîtra donc encore pendant bien du temps ; &, fans eftimer précifément la quantité dont cette diftance augmente , je puis conjeâurer, d'après la différence de volume de Mars d’avec la terre, qu’elle doit s’accroître en plus grande proportion que la diftance de la terre au foleil. Je crois être fondé à penfer que, lorfaue l’at-mofphère éleârique de Mars ne fouffrira plus de diminution , ou du moins de diminution fenfible, lorfqu’il s’arrêtera pour décrire des ellipfes toujours égales, il fera parvenu dans le ciel au-delà de l’efpace auquel la terre atteindra avant d’être congelée, quoique cette dernière doive continuer de s’écarter du foleil pendant
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- un plus grand nombre de fiècles. Mars ceflera beaucoup plus tôt de s’éloigner de cet a lire de feu ; mais il ne ceflera, ce me femble, de le faire qu’au-delà des cent huit millions de lieues que la terre doit à la vérité parcourir, mais qui font la plus grande diftance à laquelle il foit poflible à notre planète d’atteindre. Par-là, ces deux corps céleltes ne me parodient pas devoir jamais fe rencontrer : mais , quand bien même leur rencontre, leur choc, & tous les phénomènes qu’ils entraîneroient à leur fuite, découleraient néceffairement de mon opinion , cette dernière , étant fondée fur des phénomènes inconteftables, ne me paraît pas devoir être rejetée pour cela : car, pourquoi notre fylîême planétaire, notre petit univers feroit-il exempt des grandes révolutions qui agitent & qui bou-leverfent les empires des étoiles fixes, de ces autres foleils qui rempliflënt l’efpace, & que nous voyons eux-mêmes, malgré leur immuabilité apparente , être fujets à des viciffitudes , à des cataftrophes, à des deftruâions? Au relie, le bouleverfement qui pourrait naître de la rencontre de la terre & de Mars ne doit allarmer perfonne , plufieurs milliers d’années devant s’écouler avant qu’elle pût avoir lieu.
- J’avoue que tout l’enfemble de mon hypo^
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- thèfe n’eft pas fondé fur des phénomènes in-contefiables : mais nous ne pouvons pas nous difpenfer , ce me femble, d’admettre d’après les faits aftronomiques , l’augmentation de la diftance de la terre au foleil ; & par analogie, nous devons admettre un accroiffement femblable dans les autres planètes, indépendamment des différentes raifons qui nous y déterminant. Mais comment expliquer cet agrandiffement des orbites planétaires, fans fuppofer autour des planètes , des atmofphères éle&iques qui diminuent fans ceffe, 8c dont la diminution ajoute fans ceffe à la fupériorité de la forte tangentielle fur la force centrale, fur-tout lorfque tant de raifons phyfiques êc aftronomiques nous portent à reconnoître l’exiftence de ces atmofphères ?
- Jupiter n’a pas ceffé de jouir de l’état de très-grande chaleur qui empêcherait qu’on pût le toucher fans être brûlé : il eft encore glo-rieufement environné de toute fon atmofphère éleârique; 8c cette dernièr n 'ayant pas fouffert de diminution, l’orbite de Jupiter ne doit pas avoir été agrandie ; fes ellipfes ont toujours été en décroiffant depuis fa formation : du moins je penfe qu’il n’y a pas long-temps qu’il eft en quelque forte ftationnaire, 8c qu’il décrit dans le ciel des ellipfes égales. Son état de très-grande
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- chaleur ne devant ceffer que dans quarante mille ans & plus, ce ne fera qu’alors que Jupiter commencera fon mouvement elliptique fpiral, en agrandiffent fon orbite , & qu’il fe perdra toujours de plus en plus dans les profondeurs de l’empire du foleil.
- Saturne n’a été refroidi au point de pouvoir être touché, que depuis douze mille ans ou environ ; auffi n’eft-ce que depuis ce temps qu’il a commencé de perdre une partie de l’atmofphère éleftrique qui lui eft propre, & d’agrandir fon orbite dans le ciel de toütë la quantité dont il étoit capable de l’augmenter: il a cependant commencé de l’accroître, mais d’une quantité bien moins confidérable, longtemps avant l’époque qüe nous venons d’af-figner. Son anneau a dû, en effet, être refroidi au point de pouvoir être touché fix mille ans ou à peu près avant lui ; & , comme Saturne & fon anneau font liés, en quelque forte , intimement l’un à l’autre , l’anneau n’a pas pu perdre uné partie de fon atmofphère, & tendre à augmenter fon orbite, fans obliger Saturne à étendre la fiennë. Il y a donc dix-huit mille ans que la diffanee du foleil' à Saturne augmente mais, à la vérité , tant que Panneau de Satutrie-a été foui refroidi au point de pou-
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- voir être touché, & que la diminution de Fat-mofphère éleèlrique de l’anneau a été la feule caufe de l’augmentation de l’orbite, non-feulement de ce dernier, mais encore de la planète qu’il entoure , cet accroiffement a dû être beaucoup moindre, ainfi que je l’ai dit , & il n’a été le plus grand qu’il puiffe être que depuis douze mille ans, ou depuis le refroi-diffement de Saturne au point de pouvoir être touché. L’époque de ce refroidiffement, qu’on doit rapprocher, ainfi que celle de la fin de l’incandefcence de l’anneau , à caufe du plus grand voifinage du foleil dans lequel étok Saturne lors de fa plus petite ellipfe , n’elî-elle pas en effet celle à laquelle Saturne lui-même a commencé de perdre aufli une partie de fon atmofphère, & a joint fes forces à celles de fon anneau?
- Saturne nous offre un phénomène que les Aftronomes n’ont pas pu expliquer, & qui me paroît être une preuve en faveur de mon hvpo-thèfe, par la facilité avec laquelle on peut l’en déduire.
- Le célèbre M. de la Lande (a) a remarqué
- ( a ) Voyez les excellens Ouvrages de ce grand Aôronome,
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- dans le mouvement de Saturne une inégalité dont on ne peut rapporter la caufe à aucune perturbation produite par Jupiter, ni à aucune force connue, qui cependant eft très-confidé -rable, & plus grande que toutes les inégalités que Jupiter peut faire naître dans ce même mouvement. N’efl-il pas aifé d’expliquer cette inégalité fingulière & remarquable, par l’augmentation de l'on orbite, ou par l’accroiffement des orbites que fes fatellites décrivent autour de lui, & enfin par les différens rapports que peuvent avoir entre eux l’agrandiffement de l’orbite de la terre & l’agrandiffement de l’orbite de Saturne ?
- Cette grande inégalité découverte par M. de la Lande , dans le mouvement de Saturne, me paroît donc devoir être aifément expliquée d’après mon hypothèfe , & dépendre de l’agrandiffement des orbites planétaires, comme un effet de fa caufe. Mais, de même que certains phénomènes aftronomiques relatifs à la terre nous ont fait juger, par leur intenfité, de l’énergie de la caufe qui les produifoit, ne pourroit-on pas encore , par la connoiffance de l’inégalité du mouvement de Saturne, juger de l’intenfité de la caufe qui la fait naître ? & fi cette caufe n’étoit compofée que de l’agrandiffement
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- i’agrandiffement de l’orbite de Saturne & de celui de la terre, ne devroit-on pas connoître exactement l’accroiffement de celui de Saturne, puifque l’augmentation de la route annuelle de la terre eft connue ? Mais comme l’agran-diffement de l’orbite des fatellites de Saturne me paroît concourir à l’inégalité du mouvement de Saturne, par les différentes forces qu’il donne aux fatellites fur leur planète principale ; comme d’ailleurs nous ne pourrons jamais déterminer exa&ement & d’une manière certaine la quantité d’agrandiffement de l’orbite de fes fatellites, en nous fervant du premier moyen que nous avons propofé ; & comme par conféquent l’influence de l’accroif-fement de leurs orbites fera toujours une chofe inconnue, nous n’aurons qu’un à-peu-près relativement à l’augmentation de l’orbite de Saturne , lorfque nous voudrons l’eftimer par le moyen de l’inégalité de fon mouvement que M. de la Lande a trouvée. Cet à-peu-près cependant, comparé avec celui que nous donnera aufli fur le même fujet le premier moyen que nous avons indiqué & reftifié enfuite par différentes confidérations , pourra nous procurer quelque connoiffance, fînon parfaitement exaSe, du moins fatisfaifante à bien des égards, Tome //, V
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- de la quantité dont Saturne s’éloigne du foleil pendant une année.
- Au relie j’entends toujours par année une des nôtres aâuelles, c’ell-à-dire, le temps qui s’écoule entre chacune de nos révolutions tropiques aâuelles.
- En fuppofant que Saturne s’éloigne tous les ans du foleil de cinq cents lieues, ce qui ne s’écarte pas beaucoup , je crois, de la vérité, & en multipliant par cinq cents, cent quatre-vingt-huit mille ans pendant lefquels il doit conferver encore une chaleur fupérieure au degré de la congélation, nous aurons la dillance à laquelle il parviendra dans le ciel, à compter du point qu’il occupe dans ce moment-ci. Il faudroit fans doute diminuer cette époque de cent quatre-vingt-huit mille ans, puifque Saturne, s’éloignant continuellement du foleil, en recevra des compenfations de chaleur bien moindres que celles qui lui par-viendroient, s’il demeuroit toujours à la même diflance de cet allre. Mais nous ignorons de combien doit être cette diminution de la chaleur envoyée par le foleil, puifque nous ne pouvons la connoître qu’après avoir trouvé fon plus grand éloignement, que nous ignorons & que nous cherchons encore : d’ailleurs, ce
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- n’eft que par une eftimation très - vague que nous avons pris cinq cents lieues, qui peut-être ne peuvent pas exprimer l’augmentation annuelle de fon orbite ; & enfin nous ne cherchons dans ce moment-ci qu’à nous former une idée de l’efpace que Saturne envahira dans le ciel, fans vouloir le déterminer, & en pofer les limites d’une manière bien certaine. Nous le répétons encore : nous nous contentons d’indiquer la méthode d’après laquelle des Phyficiens ou des Aftronomes plus habiles que nous, trouveront tous les détails qu’ils pourront demander ; & nous en faifons à la hâte une application vague, pour ne pas quitter un fujet auflï intéreffant que celui que nous traitons, fans avoir apperçu de loin les réfultats de notre hypothèfe.
- Multiplions donc, ainfi que nous l’avons dit, cinq cents par cent quatre-vingt-huit mille, nous trouverons quatre-vingt-quatorze millions , qui exprimeront les lieues dont Saturne s’éloignera de fon orbite aftuelle. Ces quatre-vingt-quatorze millions ajoutés à trois cents treize millions de lieues qui le féparent maintenant du foleil, donnent quatre cents fept millions de lieues pour fa plus grande diftance de cet ailre de feu, pour l’éloignement de l’ellipfe la plus
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- grande qu’il puifle décrire. Cette diftance, qui paroît immenfe, n’eft cependant qu’une très-petite partie de la diftance prodigieufe à laquelle le foleil étend fon empire, & force les corps céleftes à obéir à fa force attraâive , à fléchir leur route vers lui, & à circuler autour de fon centre. Les frontières du vafte empire que le foleil régit, peuvent en effet être fuppofées à 3,385,885 millions de lieues, ainfi que l’a démontré M. le Comte de Buffon.
- C’eft en vain qu’on objefterapeut-être contre mon hypothèfe, que, s’il eft vrai que la terre s’éloigne tous les ans du foleil d’une quantité auffi confidérable que huit cents lieues, les Aftronomes devroient s’être apperçus de cette augmentation de diftance, & que cependant aucun d’eux ne l’a remarquée ; que, de même les Obfervateurs devroient avoir reconnu des changemens de diftance entre les planètes & la terre ; qu’aucun de ces changemens n’a été reconnu ; & que par conféquent mon hypothèfe, quelque fondée qu’elle paroifle , doit être rejetée, puifque fon grand & fon premier réfultat ne s’accorde pas avec l’obfervation.
- Je répondrai premièrement à cette objection , qu’il n’y a pas long-temps que les Aftronomes connoiffent d’une manière un peu
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 309 exafte la diftance de la terre au foleil ; que , jufques vers l’an 1740, on l’avoit crue moins forte de quatre millions de lieues qu’elle ne l’eft réellement ; que depuis cet emps-làmême, quoique de nouvelles obfervations l’aient lait déterminer avec plus de jufteffe , il s’en faut de beaucoup qu’on en foit parfaitement fûr, & que tous les Aftronomes conviennent qu’elle pourroit être plus grande ou plus petite de cent mille lieues. La terre , ne s’éloignant du foleil que de huit cents lieues tous les ans, peut donc encore s’en éloigner pendant deux cents cinquante ans avant qu’on puiffe recon-noître l’accroiffement de la diftance. Ce ne fera donc qu’en l’année 2030 que les Aftronomes pourront être affurés, par l’obfervation, de la vérité de ce que j’annonce ; & tout ce qui a été obfervé jufques ici relativement à la dif-tançe de la terre au foleil, ne prouve rien ni
- Secondement, ne pourrai-je pas dire , relativement à la diftance de la terre aux planètes, qu’il en eft dont l’agrandiflement de l’orbite peutfe combiner avec l’agrandiflement de l’orbite de la terre, de manière à ne produire pendant plufieurs fiècles, & peut-être pendant des milliers de fiècles, qu’une très-légère différence
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- dans la diflance qui les fépare de la terre? Mais quand cette différence feroit auffi grande que le huitième de l’accroiffement annuel de l’éloigne ment du foleil & de la terre, ce qui me paroît n’être guère pofïible, les Aflronomes avouent que nous ne connoiffons la diflance des planètes qu’à un deux-centième près : prenant donc la plus petite diflance qui nous fépare de Vénus, qui efl la planète dont la terre efl la plus voi-line, nous verrons que nous ne pouvons juger de fon étendue qu’à quarante-huit mille lieues près ou environ. Ce ne fera donc que dans huit cents quatre-vingts ans qu’on pourra re-connoître l’augmentation de leur éloignement. Pour ce qui efl des planètes plus éloignées de nous, il faudra encore plus de temps pour reconnoître quelque différence dans la diflance de ces aflres à la terre ; & à l’égard de Jupiter, qui efl encore dans la plus petite orbite qu’il puiffe parcourir , qui ne commencera pas de long-temps à agrandir fes révolutions autour du foleil, & de l’ellipfe duquel nous nous approchons par conféquent de huit cents lieues tous les ans, nous ne connoiffons non plus fa diflance qu’à un deux-centième près, c’efl-à-dire, qu’il s’en faut de plus de neuf cents mille lieues que nous ne puiflions. la déterminer
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- exaâement. En divifant neuf cents mille par huit cents, on trouve qu’il faut qu’il s’écoule onze cents vingt-cinq ans avant qu’on puiffe s’affurer de la diminution de l’efpace qui eft entre la terre & lui.
- La lune eft le feul des corps céleftes dont nous pourrions nous appercevoir aifément, & làns attendre une longue fuite d’années, de l’augmentation de la diftance. Nous connoiffons en effet fa diftance aftuelle , à cinquante lieues près. Mais cette planète fecondaire eft gelée depuis plus de deux mille trois cents ans : depuis cette époque, la lune a ceffé de faire des pertes fenfibles d’atmofphère, & d’agrandir fes révolutions autour de la terre : ainfi il n’eft pas furprenant qu’on ne remarque aucune différence dans la diftance qui la fépare de notre planète, puifqu’elle a ceffé depuis long-temps de s’en éloigner.
- Nous pouvons , ce me femble , aftigner encore un moyen plus fûr que tous ceux que nous avons indiqués pour eftimer la quantité d’agrandiffement de l’orbite des planètes , & qui me paroît devoir fervir à reôifier les diffé-rens réfultats que nous avons annoncés, & même les réfultats plus exafts que pourroient donner les méthodes que nous avons propo-V iv
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- fées. Ce moyen plus fur confifteroit à chercher de combien les orbites des planètes doivent être agrandies, l’agrandiffement de celle de la terre fuppofé connu, pour que les révolutions des différons corps céleftes paruffent s’exécuter , comme elles le paroiffent en effet : peut-être par ce moyen trouverions-nous que Jupiter a déjà dû commencer de s’éloigner du foleil, & devrions-nous rectifier plufieurs des chofes particulières que nous avons annoncées ; & fi nous trouvions que les réfultats corrigés d’après ce moyen ne s’accordaffent pas avec les chofes inconteftables que notre hypothèfe renferme , ou avec d’autres vérités reconnues, ne pour-roit-on pas en conclure que l’accroiffement annuel de la diftance de la terre au foleil, eft plus ou moins grande que nous ne l’avons dit ? &, à force de fauffes portions, ne pourroit-on pas venir à trouver la véritable quantité de çette augmentation, & à connoître d’une manière certaine les différentes branches de notre hypothèfe ? Ce dernier chemin que je pro-pofe pour arriver à la vraie connoiffance des phénomènes des corps céleftes, eft bien long & bien, pénible ; mais il me paraît le plus fûr de tous ceux que j’ai indiqués.
- M. le Comte de Buffon, en parlant dans
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- fes Epoques de la Nature, de la formation des comètes, & de ce qu’il eft poflible de conjecturer à ce fujet, a dit qu’on pourrait imaginer qu’elles font nées de l’explofion de quelque foleil voifin de notre fyftême folaire ; que des fragmens de ce foleil, lancés & tombés dans l’empire du nôtre, auront été faifis par la force attraâive de ce dernier, forcés de circuler autour de lui dans des ellipfes fort alongées, & font devenues ainfî des comètes. Ne pour-roit-on pas ajouter quelques idées aux vues fublimes de ce grand homme ?
- Les différens foleils qui brillent dans î’im-menfité de l’univers, ne doivent-ils pas avoir des planètes qui circulent autour d’eux, & entretiennent leur inflammation par la grande preffion qu’elles leur font éprouver ? Ces différens foleils ne peuvent-ils pas être infiniment plus gros que celui qui éclaire la partie de l’univers où circule le globe que nous habitons? Des Aftronomes ont été jufqu’à penfer que Sirius, l’un de ces foleils étrangers, pourrait bien avoir de diamètre tout l’efpace compris entre le foleil & nous, c’eft-à-dire, trente-quatre millions de lieues ; & par conféquent quelle différence prodigieufe n’y a-t-il pas entre cette étoile & l’aftre qui nous éclaire ! Quelle
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- quantité de matière ne doit pas renfermer Sirius î Pour qu’une fi grande quantité de matière foitr preflee, animée, échauffée, & rendue ardente, de quel poids ne doit-elle pas être chargée, & de quelle grandeur ne doivent pas être les planètes qui circulent autour de lui, le preffent jufques dans fon intérieur le plus intime, & le confervent ardent & enflammé ? Si les corps opaques qui tournent autour de lui, l’emportent autant fur nos planètes que Sirius fur notre foleil, nous les trouverons au moins quatorze cents mille fois plus grofles ; car Sirius doit être au moins quatorze cents mille fois plus gros que le foleil de notre univers. Il pourra donc y avoir autour de Sirius, des planètes quatorze cents mille fois plus grofles que Saturne ; & comme ce dernier eft mille trente fois aulïï gros que la terre, les planètes de Sirius pourront être quatorze cents cinquante-deux millions de fois plus grofles que la terre ; & peut - être même cette grofîeur eft-elle encore très-inférieure à celle des plus petites planètes qui pèfent fur Sirius, & qui entretiennent fa chaleur.
- Et fi ce n’eft pas de l’empire de Sirius qu’on peut dire tout ce que nous venons d’expofer, ne peut-on pas le dire de quelque autre étoile, de quelque autre foleil voifin ? Pourquoi ces
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- planètes immenfes n’auroient-elles pas été formées de la même manière que celles de notre univers ? Pourquoi n’auroient - elles pas été incandefcentes ? Pourquoi ne feroient-elles pas environnées d’une atmofphère éleârique pro-digieufe, qui diminue fans cefle avec leur chaleur , & les oblige de s’éloigner à chaque inftant de l’étoile qui les a fléchies autour d’elle? Nous n’avons aucune raifon pour ne pas croire toutes ces chofes ; nous en avons pour en être per-fuadés : nous devons donc au moins les regarder comme très - probables. Ne peut-on pas dire, aufli que ces planètes fi grofîes , fi immenfes, ont dû exiger pour leur refroidifîement un temps très-long? Leur atmofphère éleèlrique a dû par conféquent diminuer autour d’elles pendant je ne fais combien de milliers d’années. Ces planètes étrangères s’éloignant de leur foleil pendant une période prefque infinie , n’ont-elles pas dû laifler une difiance immenfe entre elles & leur étoile, n’être prefque plus retenues par fa force d’attraâion , arriver aux frontières de fon empire, les franchir & tomber dans l’empire d’un nouveau foleil, dans l’empire , par exemple, de celui qui nous éclaire ? Dès-lors devenues fes fujettes, n’ont-elles pas dû commencer autçmr de lui des ellipfes très-
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- allongées, devenir enfin des comètes ? Ce que nous dirons bientôt des phénomènes qu’elles préfentent, confirmera cette conjefture qu’on peut au moins regarder comme vraifemblable, & qui, jointe aux explofions que peuvent faire desfoleils plus voifins, expliquera non-feulement toutes les comètes qui fréquentent les différentes provinces de l’empire de notre aftre, mais encore celles qui peuvent parcourir les domaines des autres foleils.
- Lorfque nous avons porté à huit cents lieues la diftance dont la terre s’éloigne tous les ans du foleil, nous pourrions bien avoir fait une effimation trop forte , & cette difiance être réellement moins confidérable. En effet, nous n’avons pas fait attention que Fatmofphère électrique de la terre doit être un peu repouffée par l’atmofphère éleftrique folàire. La force attraâive du foleil fur la terre eft diminuée par cette répulfion. L’atmofphère éleârique de la terre diminuant tous les ans, la force attraflive du foleil, moins combattue, doit devenir tous les ans plus forte ; elle doit donc tendre à rapprocher tous les ans l’orbite de notre planète : il faut donc diminuer un peu la difiance à laquelle nous avons dit qu’elle s’étendoit tous les ans. La quantité qu’il faudra retrancher de
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- sur l’Electricité. 317 la diftance déjà indiquée , ne me paraît pas devoir être confidérable ; mais, quand elle le ferait, elle ne ferait qu’ajouter un nouveau degré de vraifemblance à mon hypothèfe, ainfi qu’on pourra s’en convaincre en y réfléchiffant.
- Mais en même temps que nous diminuerions l’agrandiffement de l’orbite, nous tomberions dans un inconvénient que nous avons voulu éviter, c’eft-à-dire, qu’il ne feroit pas poffible qu’il s’écoulât, dans ce moment-ci, trois cents foixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-cinq fécondés & demie entre chaque révolution tropique , à moins que le mouvement diurne ne foit pas auffi retardé que nous l’avons dit. Nous devons donc croire que l’accélération produite par la déperdition de l’atmofphère eft plus forte que celle que nous avons déjà fuppofée.
- . Les agrandiflemens des orbites des planètes & de leurs fatellites, devant â chaque inftant produire entre ces corps céleftes des différences de diftance dont les Obfervateurs ne peuvent pas s’appercevoir , les Aftronomes ne pourront-ils pas leur attribuer les irrégularités dans le mouvement des aftres, dont ils ne peuvent pas rendre raifon d’après les lois connues ?
- Nous allons encore affigner une autre caufe
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- d’irrégularité dans les mouvemens des planètes, à laquelle les Aftronomes ne peuvent pas avoir fongé, & qui pourra leur être utile pour l’explication de plufieurs phénomènes agronomiques. Nous avons vu , en parlant de l’étendue des atmofphères éleôriques qui environnent les planètes , que la lumière du foleil , par fon attra&ion & par fa vertu conduârice, doit donner à ces atmofphères électriques une forme alongée, dont la partie avancée foit tournée du côté vers lequel la lumière du foleil eft la plus intenfe, c’eft-à-dire , du côté du foleil lui-même. Ce phénomène a également lieu pour les corps céleftes qui font toujours renfermés dans la vafte atmofphère éleârique folaire, tels que Mercure, Vénus, la Terre & la Lune , & pour ceux qui ne s’y enfoncent jamais, tels que Mars, Jupiter & Saturne ; & c’eft lui que je regarde comme la caufe de certaines irrégularités obfervées dans le mouvement de ces planètes. Ces atmofphères alongées vers le foleil, ne doivent-elles pas, en effet, changer le centre de gravité des planètes, les orbites de ces dernières étant inclinées au plan de l’équateur folaire ? & le changement du centre de gravité de ces corps céleftes, quelque petit qu’on le fuppofe, ne doit-il pas influer fur leurs mouvemens & les rendre irréguliers?
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- Les comètes, qui tantôt s’enfoncent très-avant dans l’atmofphère éleârique folaire, & tantôt en font très-éloignées, doivent préfenter d’autres phénomènes par le moyen de leurs atmofphères éleélriques. Tâchons de jeter quelque lumière fur ce grand objet de la phy-fique célefte, que nous allons voir être intimement lié avec notre hypothèfe.
- J’ai fait obferver au commencement de ce Mémoire, que les comètes fe parent d’une queue long-temps avant qu’elles ne foient aufli près du foleil, que la terre ne l’eft dans ce moment-ci : par conféquent elles ne peuvent pas recevoir de cet aftre une chaleur aufli grande que celle qu’il communique à la terre ; & nous avons vu qu’il étoit impoflïble que les comètes puflent fubir, à une diftance fi grande du foleil, une tor-réfaftion affez confidérable pour qu’elles puflent s’exhaler en vapeurs qui s'étendirent dans le ciel le long de l’efpace immenfe que nous voyons occuper à leurs queues.
- Nous ajouterons à tout ce que nous avons dit à ce fujet, qu’on ne peut pas croire que fi les comètes font ornées de leurs queues longtemps avant qu’elles ne foient aflfez près du foleil pour fubir l’aâion d’un très-grand feu, c’eft par un refte de la grande chaleur qu’elles
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- ont pu en recevoir dans des révolutions ante-* rieures : car, plufieurs comètes revêtues do queues, ne s’approchent jamais du foleil dans leur périhélie, autant que dans ce moment-ci Mercure eft près de cet aftre. Or, fi le voi-finage de Mercure & du foleil n’empêche pas le premier de fe refroidir, de tendre à fa congélation , & d’éprouver déjà une température plus froide que celle de la terre , comment une comète pourroit-elle à une diftance égale recevoir une chaleur qui, même quand elle feroit entièrement confervée , pût en réduire quelques parties en vapeurs , au point de produire la queueque nous remarquons ? Eft-ce que la température de la terre, plus chaude cependant que celle de Mercure, & par conféquent que celle que pourroit avoir la comète, fuffit pour réduire notre globe en vapeurs lumineufes? eft-ce qu’elle fuffit même pour chafler notre air à une diftance égale à l’efpace que les queues occupent dans le ciel ? Je fens bien qu’on va m’obje&er que, d’après mes principes, l’orbite des comètes doit s’agrandir à chaque révolution, ainfi que celle des planètes ; & que par conféquent , il peut fe faire que les comètes qui ne parviennent à préfent que jufqu’à l’orbite de Mercure, defcendoient autrefois beaucoup plus bas,
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- SUR L*ÉLECTRÏCITÉ. 321 bas, s’approchoient davantage du l’oleil, ont pu par conféquent en recevoir une chaleur des plus fortes, & confervent encore affez de cette chaleur pour offrir les phénomènes qu’elles présentent, quoiqu’elles ne defcendent plus autant dans leurs périhélies.
- Je conviens, & j’établirai bientôt moi-même, que l’orbite des comètes doit continuellement s’agrandir, & par conféquent que leur périhélie a dû être autrefois, & dans les temps les plus reculés, beaucoup plus près de l’aftre qui nous éclaire, qu’il ne l’eft dans ce moment-ci. Mais qu’on faffe attention à la longue durée des révolutions des comètes : nous pouvons la fixer à cent ans, fans crainte de prendre un terme moyen trop fort. En fuppofant tout contre nous, & en admettant que la diffanee de leur périhélie s’accroît à chaque révolution de mille lieues, ce qui efl: bien éloigné de la vérité , nous trouverons que pour que les comètes qui ne dépaffent pas àpréfent l’orbite de Mercure, aient pu s’approcher affez du foleil dans leur périhélie pour être en incandefcence , ou du moins pénétrées d’une très - grande chaleur, & fi l’on veut même pour qu’elles aient pu s’avancer à un million de lieues de cet aftre ; nous trouverons, dis-je, qu’il auroit fallu qu’il
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- fe fût écoulé depuis cette époque douze cents mille ans : mais quelque grofleur qu’on puiffe fuppofer à la comète, elle auroit eu le temps de fe refroidir bien au - delà du terme de la glace, puifque Saturne , qui eft mille trente fois aufli gros que la terre, ne doit pas employer trois cents mille ans à parvenir à ce point de froid. On ne peut donc pas dire que la queue des comètes provienne de vapeurs formées par la chaleur dont elles font pénétrées.
- Nous avons prouvé d’ailleurs qu’on ne pourvoit rapporter l’éclat des queues des comètes à aucune réflexion de lumière étrangère , à aucune inflammation ; &, comme le fluide élefirique & le fluide magnétique font les feules fubftances de la nature qui, ainfi que la lumière, puiffent briller d’un éclat qui leur foit propre , & éclairer par leurs propres forces ; & comme bien des raifons nous démontrent qu’il ne peut pas exifter de vafte atmo-fphère magnétique autour des corps céleftes ; nous avons cru que les obfervations nous indl-quoient une atmofphère éleftrique très-étendue autour des comètes. Nous avons d’ailleurs confirmé ce que les obfervations nous indiquoient, par plufieurs raifons que l’analogie nous a fournies : nous admettrons encore
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- avec plus de facilité des atraofphères éleâri-ques autour des comètes, fi nous faifons attention à l’origine de ces dernières.
- En effet, ou elles font des planètes qui, après avoir tourné autour d’un foleil voifin, toujours en agrandiffant leurs orbites , font parvenues aux limites de fa fphère d’attraftion, & tombées dans notre fyftême avant d’avoir perdu entièrement leurs atmofphères éleâri-ques, dont la diminution continuelle leur avoit donné le pouvoir de s’éloigner toujours de plus en plus du centre de leurs révolutions; ou elles font des éclats d’un foleil voifin qui aura fait une explofion. Si les comètes ont été formées de cette dernière manière, elles doivent être, lorfqu’elles s’approchent de nous, des globes encore très-chauds, autour defquels ;1 efl: très-naturel de fuppofer des atmofphères éleâriques ; & fi elles ont été des planètes étrangères avant de paffer dans notre petit univers, il n’eft pas furprenant qu’ayant une atmofphère éleârique, peut-être très-étendue au moment où elles ont commencé à tourner autour de notre foleil, elles aient confervé cette atmofphère éleftrique, qu’elles doivent même avoir augmentée à caufe de la nouvelle chaleur qu’elles reçoivent de notre foleil, à X ij
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- rtiefure qu’elles s’en approchent. L’atrtlofphère éleârique dont les comètes font enveloppées, peut être affez intenfe pour éclairer ; & c’eft de la lumière qu’elle répand que vient cette chevelure brillante dont quelques comètes paroiffent ornées. La grande étendue de cette chevelure ne doit pas furprendre , fi nous faifons attention à la grandeur des atmofpheres. Nous avons vu que nous devions fuppofer autour des planètes, dans le temps de leur incan-defcence , une atmofphère qui auroit pour demi-diamètre foixante-douze fois le diamètre de la planète. Les comètes devant être bien éloignées de cet état d’incandefcence, fur-tout celles qui paroiffent avec une chevelure » ainfi que nous le dirons bientôt, nous ne donnons à leurs atmofphères que la moitié de cette étendue, c’eft-à-dire, trente-fix fois le diamètre de la planète. En fuppofant les comètes deux ou trois fois plus groffes que la terre , ne voit-on pas aifément qu’il doit y avoir autour d’elles une atmofphère éleftrique affez confi-dérable pour leur donner une chevelure très-étendue & très-éclatante ? Je crois même que, fur-tout lorfqu’elles s’approchent de la terre , il n’efl: pas néceffaire de fuppofer que les bords de leur atmofphère éleôrique font affez intenfes
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- SUR L’ÉLECTRICITÉ. 325 pour éclairer ; & je penfe que l’éclat répandu par le milieu de cette même atmofphère , toujours plus denfe que les bords , fulïit pour leur donner leur belle chevelure.
- La plus grande lumière que les comètes reçoivent lorfqu’elles arrivent dans la partie de leur orbite la plus voiline du foleil, doit étendre leurs atmofphères éleâriques ; & fi la denfité de ces atmofphères eft affez grande , cette extenfion ne les raréfie pas affez pour qu’elles ceffent d’être lumineufes : elles répandent toujours le même éclat , quoiqu’elles occupent dans le ciel un efpace qui doit toujours aller en augmentant, à mefure qu’elles s’approchent de l’aftre qui fournit la lumière ; ce qui peut encore fervir à expliquer les phénomènes que préfentent leurs chevelures.
- Les comètes ornées d’une chevelure rayonnante , ne s’approchent guère du foleil : elles font toujours bien éloignées d’entrer dans l’orbite de la terre ; & je crois même qu’elles ne s’avancent guère au point de ne laiffer entre elles & le foleil qu’une diftance d’environ quarante millions de lieues, c’eft-à-dire, au point de parvenir jufques à fon atmofphère éleârique. C’eft lorfque les comètes dépaffent ce point, & s’enfoncent dans l’atmofphère
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- ëleftrique du foleil, atmofphère qu’elles doivent rencontrer à quarante millions de lieues de cet a lire de feu, qu’elles doivent perdre leur chevelure, fi elles en ont déjà eu, c’eft-à-dire, fi leur atmofphère a été aflëz intenfe , fi leur fluide éleÔrique a été aflëz accumulé pour éclairer: elles doivent toutes alors paroître accompagnées d’une queue plus ou moins longue, plus ou moins brillante ; & non-feulement on n’a guère vu de comètes fans queue au deffous de cette diftance, mais on n’en a ap-perçu aucune avec une queue , qui ne fût déjà parvenue à ce point où nous avons fixé les bornes de l’atmofphère éleflrique folaire : ce qui confirme l’explication que nous allons donner de ces queues.
- Je conçois que, lorfque l’atmofphère de la comète touche l’atmofphère folaire , elle doit être repouflee par cette dernière ; elle doit abandonner prefque en entier le côté de la comète qui regarde l’atmofphère folaire, & fe porter vers l’autre côté, où elle s’accumule au deflus de la portion d’atmofphère éleétrique qui y étoit déjà. La comète , s’avançant toujours vers le foleil, s’enfonce de plus en plus dans l’atmofphère folaire : l’atmofphère de la comète doit abandonner autant qu’il eft en elle
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- tous les côtés de la comète, gliffer, pour ainfi dire, le long de fes bords, & ne s’arrêter que lorfqu’elle eft arrivée au point diamétralement oppofé au foleil, c’eft-à-dire, à celui où la répullion eft la moins forte : elle abandonne-roit même entièrement la comète, fi celle-ci n’exerçoit fur elle une force d’artracrion fupé-rieure aux efforts impulfifs de l’atmofphère folaire ; & e’eft par une fuite de cette même force attraâive, que la comète conferve toujours , même du côté du foleil, une certaine épaiffeur d’atmofphère éleQrique qu’on apper-çoit fans peine.
- L’atmofphère éleârique de la comète ne doit donc pas la quitter entièrement ; mais elle fe fépare d’elle autant qu’elle le peut, s’alonge en forme de queue , ne touche fa furface, pour ainfi dire , que dans quelques points, & s’étend dans le ciel à une diftance d’autant plus grande , que la couche qu’elle formoit auparavant autour de la comète étoit plus con-fidérable. Plus la comète s’avance, & plus la queue fe trouve preffée par l’atmofphère folaire, plus le .fluide éleSrique qui la compofe s’accumule , & plus elle doit paraître brillante ; & n’eft-ce pas en effet ce qui eft prouvé par toutes les obfervations ? N’a-t-on pas reconnu X iv
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- 328 • Essai auflï que les queues des comètes font toujours tournées du côté oppofé au foleil ? & notre opinion fur leur origine ne leur donne-t-elle pas cette fituation , lorfque les comètes def-cendent ou vont vers le foleil ? Elle les place auffi dans le côté oppofé à cet aftre , lorfque les comètes s’en éloignent & remontent, ainfi que l’obfervation le demande.
- En effet, cette queue doit toujours être attachée, d’après nos principes, au côté où la répulfîon eft moindre. Mais, d’après nous-mêmes , foit que 1* comète defcende ou revienne de fon périhélie, le côté qui éprouve une moindre répulfion, n’eft-il pas celui où l’atmofphère du foleil eft la plus ténue & la plus rare ? n’eft-il pas celui qui eft le plus éloigné du centre de cet aftre ? n’eft-il pas celui qui eft oppofé au foleil ? Notre opinion fur les queues des comètes eft donc conforme aux obfervations : elle l’eft en même temps aux propriétés reconnues par l’expérience dans le fluide éleftrique ; elle n’eft contredite par aucun phénomène ; elle eft appuyée fur l’analogie la plus marquée : d’ailleurs, n’avons-nous pas vu qu’elle ne peut être remplacée par aucune hypothèfe ?
- Eorfque les comètes fortent de l’atmofphère
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- éleârique du foleil, en revenant d’auprès de cet aftre , l’extrémité de leur queue, qui les précède alors, perd fa forme alongée, à mefure qu’elle cefle d’être renfermée dans cette atmo-fphère & d’être preffée par elle ; fon accumulation diminue, & fon éclat difparoît : le relie de la queue voit aufli infenfiblement fa lumière s’éteindre, à mefure qu’il s’avance au-delà des flots de l’atmofphère folaire ; & enfin prefque toute la queue a difparu, lorfque la comète elle-mêmè ell dégagée de l’atmofphère folaire. Le fluide qui compofoit cette queue , & qui, pour avoir perdu fa forme alongée, n’abandonne cependant pas la comète, fe range de nouveau autour d’elle , & y forme de nouveau une atmofphère éleârique femblable à celle qu’elle compofoit avant que la comète ne fe plongeât dans celle du foleil : elle ell même plus confidérable pour les raifons que nous donnerons bientôt. Aufli, fi la comète avoit paru ornée d’une chevelure avant d’atteindre à quarante millions de lieues du foleil, elle doit la reprendre en perdant fa queue : elle peut même quelquefois être parée d’une chevelure brillante, après être fortie de l’at-mofphère éleârique folaire , quoiqu’elle n’en ait pas été revêtue avant fon immerfion ; &
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- cela , parce que fon atmofphère éleflrique devant être plus confidérable après fa fortie, peut être alors affez intenfe pour éclairer, tandis qu’auparavant elle étoit trop ténue pour répandre quelque lumière. Cette clarté brillante les accompagne jufques à ce qu’elles s’enfoncent & fe perdent tout-à-fait dans l’efpace.
- Mais quelquefois les comètes, en perdant leur queue , ne confervent que l’éclat que doivent jeter autour d’elles les vapeurs embrâ-fëes qui les environnent , lorfqu’elles fe font affez approchées du foleil pour être un peu brûlées. Cet éclat fans doute eft vif & très-fenfible ; mais, très-rapproché du noyau des comètes, il ne peut fervir à expliquer ni leur chevelure touffue & rayonnante au loin autour d’elles, ni leur queue prolongée à une diftance immenfe. Les comètes , en s’approchant du foleil dans leur périhélie, doivent recevoir une augmentation de chaleur ; elles doivent être pénétrées d’un feu très-vif lorfqu’elles deviennent très-voifines de cet affre. Cette chaleur plus ou moins forte qu’elles acquièrent, doit leur donner le pouvoir de produire dans leur intérieur une plus grande quantité de fluide , & les rendre plus anéleftriques : leur atmofphère doit donc être plus confidérable après leur
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- périhélie qu’avant, ainfi que nous l’avons dit ; & comme leurs queues ne font que leurs atmo-fphères contraintes par une répulfion étrangère à prendre une forme très-alongée , ces mêmes queues doivent être plus belles, plus étendues & plus éclatantes lorfque la comète revient du foleil, que lorfqu’elle defcend vers cet aftre.
- Les comètes tournent autour du foleil , d’après les mêmes lois que les planètes. Ne font - elles pas compofées comme ces dernières ? & les obfervations ne nous forcent-elles pas à admettre autour d’elles de vaftes atmofphères éleâriques ? Ces dernières devant diminuer avec la chaleur des comètes, & ces aftres errans devant fe refroidir à mefure qu’ils 6’éloignent du foleil, les comètes ne doivent-elles pas, ainfi que les planètes, agrandir leurs orbites pendant tout le temps qu’elles circulent autour de l'aftre qui nous éclaire ? A la vérité , lorfqu’elles redefcendent du haut de refpace, la nouvelle chaleur qu’elles reçoivent doit augmenter leurs atmofphères éleâriques, & par ce moyen refferrer leurs orbites. Mais on fe convaincra aifément que ce rétréciflement » ce rapprochement de l’orbite, ne peut pas être âufli confidérable que l’agrandifTement qu’elle éprouve d’un autre côté.
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- En effet, dans une ellipfe qui demeure toujours la même, la chaleur acquife peut être à chaque point du périmètre, égale à la chaleur perdue par un autre point du périmètre, également diftant du foyer. Mais lorfque l’ellipfe s’agrandit, tout comme quand elle diminue, cette égalité ne peut pas relier la même ; car la même caufe ne peut pas augmenter la chaleur qui arrive & la chaleur qui s’en va. L’agran-diflement de l’orbite favorifant donc le refroi-diffement, c’eft-à-dire, le rendant plus confi-dérable , ne peut pas fovorifer également la chaleur qui tend à pénétrer la comète. Cette dernière chaleur ne croît donc pas en proportion : le refroidiffement eft donc plus grand que la chaleur acquife ; l’orbite eft donc plus agrandie que rétrécie ; la comète doit donc avoir fon périhélie plus éloigné du foleil à chaque révolution , à moins que plufieurs caufes étrangères & puiflantes ne dérangent fon cours.
- On peut tirer de ce que nous venons de dire, l’explication des irrégularités des comètes, dont on ne pourroit pas d’ailleurs deviner la caufe, & de rinexaéütude de leurs retours : peut-être , après un grand nombre d’obfervations, pourra-t-on déterminer la quantité dont l’orbite des comètes s’agrandit à chaque révolution.
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- Si on vouloit obje&er que la comète de ï68o, s’étant approchée du foleil à la diftance d’un fixième du diamètre de cet aftre , c’eft-à-dire, à peu près de cinquante-quatre mille lieues, & M. Halley ayant cm devoir la recon-noître pour celle qui parut du temps de Céfar, s’il étoit vrai que fon orbite fût toujours en s’agrandiffant , elle devroit être fuppofée en quelque forte être partie du foleil, ce qui ne peut pas être avancé. Il feroit aifé de répondre que premièrement la conjecture de M. Halley n’eft pas démontrée, & que la comète de 1681 pourrait bien n’avoir paru que cette fois - là auprès de notre foleil, arriver alors d’un fyftême voifin, & tourner pour la première fois autour de notre aftre. D’ailleurs, je n’ai point afligné la quantité d’agrandiffement des orbites des comètes : il peut n’être pas confidérable, il peut n’être que de mille lieues ; & en ce cas, quand on fuppoferoit que la comète de 1680 aurait fait déjà quatre ou cinq révolutions autour du foleil, ce qui eft bien loin d’être prouvé, au lieu de cinquante-quatre mille lieues, il n’y aurait eu, lors de fa première révolution, que cinquante mille lieues entre le foleil & elle. Eft-il bien impoffible de fuppofer une comète à une diftance du foleil de cinquante mille
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- lieues ? Ne peut-on pas dire encore que plu-fieurs caufes étrangères, que, par exemple, la réfiftance de l’atmofphère embrâfée du foleil, de cette atmofphère que nous avons admife autour de cet ailre au deffous de l’atmofphère éle&ique, & que nous appercevons lorfqu’il §ft éclipfé ; que d’autres puiffances enfin peuvent quelquefois déranger l’orbite des comètes en fens contraire du refroidiffement ? Que fur-tout les comètes qui s’approchent très-près du foleil, peuvent être foumifes à ces différentes puiffances ; & que par-là leurs orbites, au lieu de s’agrandir, peuvent quelquefois diminuer , ou du moins peuvent s’accroître d’une quantité moins confidérable que celle dont elles auroient augmenté, fans les perturbations dont je viens d’affigner les caufes ? Ne peut-on pas ajouter encore à toutes ces perturbations, celles qui peuvent venir des différentes comètes qu’elles peuvent rencontrer , croifer, &c. pendant la longue durée de leurs immenfes révolutions ? &c.
- Nous avons vu qu’il étoit très-polfible que les planètes qui tournent autour des étoiles voifines de notre foleil, fuffent beaucoup plus greffes que celles qui font leurs révolutions autour de notre aftre. L’analogie nous a fait penferqu’elles dévoient avoir une origine fem-
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- sur l’Électricité. 33; blable à celle de nos planètes , ou du moins nous avons dû croire, d’après cette même analogie, que leurs orbites s’agrandiffoient comme celles de ces corps céleftes obfcurs : nous avons penfé que la déperdition de leurs atmo-fphères éleftriques , étoit la caufe de cette augmentation, ainfi que de l’accroifiement de la difiance de nos planètes. Quand bien même nous nous ferions trompés fur cette caufe, & fur la dépendance de cette caufe du refroi-diffement que nous avons fuppofé avoir lieu dans ces planètes étrangères, il en réfulteroit uniquement, que nous ne pourrions pas afligner les limites où les planètes cefleroient de s’éloigner de leurs étoiles ; mais nous aurions dû être également conduits par l’analogie à fup-pofer en elles cet éloignement confiant, ainfi que les phénomènes nous ont obligé à l’admettre pour notre terre, indépendamment de toute théorie. Nous avons penfé que les planètes étrangères dévoient s’éloigner de leurs étoiles, beaucoup plus que nos planètes ne s’éloignent de leur foleil ; nous l’avons conclu de la fupériorité de leur groffeur : mais en n’admettant pas l’hypothèfe du refroidifîemenr, nous ferions toujours fondés à dire qu’elles s’éloignent infiniment de leurs aftres, parce
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- que nous ne verrions dès-lors aucune caufe qui pût limiter le temps de leur éloignement, ni l’efpace au - delà duquel ces planètes ne pourroient plus s’écarter de leurs étoiles , & parce que nous devrions par conféquent imaginer que cette augmentation d’orbite pourroit avoir lieu jufques à une très-grande diftance , & même jufques à ce que des aftres étrangers les d érangeaffent entièrement de leurs routes, ce qui ne s’accorderoit que mieux avec ce que nous penfons de l’origine des comètes. Et enfin, nous avons con-jeéïuré que des planètes étrangères voifines de notre fyftême folaire , pourroient bien s’être éloignées de leurs étoiles au point de n’être plus foumifes à leurs attrapions, être tombées fous la puiffance de notre foleil, & être devenues des comètes obligées de circuler autour de lui. Ce que nous avons conjePuré des planètes , nous devons le conje&urer avec encore plus de raifon des comètes, & penfer que ces dernières peuvent aifément fe trouver affez éloignées de leur foleil pour l’abandonner, & devenir des comètes autour d’une étoile voi-fine. Ce qui doit nous porter à le croire, c’eft qu’à caufe de la grande diftance qui fépare les comètes de leur foleil dans leur aphélie, elles n’ont
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- n’ont pas befoin d’agrandir beaucoup leurs orbites pour fe trouver hors du pouvoir de leur aftte, lorfqu’elles parviennent à l’extrémité de leurs orbites qui en eft la plus éloignée. Nous devons penfet que les comètes qui tournent autour de notre foleil, & dont la plupart viennent de temps en temps fe montrer à nos yeux, peuvent avoir appartenu, non-feulement comme planètes, mais encore comme comètes, à quelques-unes des étoiles qui nous avoifinent, & nous devons croire que ces mêmes comètes abandonneront notre foleil dans la fuite des iîècles, pour aller peupler des fyftêmes folaires voilins : peut-être tomberont-elles dans les aftres qui régiffent ces fyftêmes étrangers ; elles projetèrent hors de ces foleils, des planètes qui remplaceront celles qui s’en feront éloignées, ou embrafées des feux de ces globes ardens, elles répareront les pertes de matière qu’ils auront pu fouffrir.
- Il peut fort bien fe faire que l’atmofphère éleélrique folaire s’étende à plus de quarante millions de lieues du foleil ; & dès - lors on ne feroit plus embarraffé pour expliquer les queues qu’on appercevroit aux comètes avant qu’ellesn’euffent atteint une diftance au foleil de ce nombre de lieues, ou après qu’en s’en Tome U. Y
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- retournant elles l’auroient paffée. D’ailleurs, ne pourroit-on pas dire que lorfqu’une fois l’immerfion de l’atmofphère de la comète dans l’atmofphère du foleil, a déterminé la première à prendre la forme alongée d’une queue, l’impulfion des rayons de la lumière, plus forte que leur vertu attraftive fur le fluide éle&rique, peut obliger l’atmofphère de la comete a con-ferver cette forme alongée quelque temps apres l’émerfion ? & d’après cela, ne devroit-on pas ceffer d’être furpris de voir des comètes con-ferver à leur retour leur queue brillante, même après avoir dépaffé les bornes de l’atmofphère folaire ?
- Les queues des comètes préfentent quelquefois des points plus brillans les uns que les autres, des fcintillations plus ou moins vives : ces phénomènes me paroiflënt confirmer mon opinion. En effet, quoi de plus propre que le fluide électrique accumulé, & répandant de la lumière, à jeter d’efpace en efpace des étincelles brillantes? Ces dernières peuvent-elles être produites par quelques caufes, plus aifé-ment que par les accumulations un peu plus fortes qui doivent avoir lieu dans certains points? Ceux qui connoiflent les phénomènes de l’électricité artificielle, feront aifément perfuadés de ce que je viens de dire.
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- sur l’Électricité. 339 Lorfquela terre, en s’éloignant chaque année du foleil, fera prête à fortir de l’atmofphère éleârique folaire dans laquelle elle a été jufqu’à préfent renfermée, la lune qui tourne autour d’elle devra décrire la moitié de fa révolution dans l’atmofphère folaire, & l’autre moitié au dehors : la petite atmofphère éleôrique qu’elle peut avoir, eft dans ce moment-ci également preffée de tous les côtés, ou à peu près ; mais alors elle devra, dans les momens où la lune rentrera' dans l’atmofphère folaire, éprouver la même compreffion inégale que celle des comètes éprouvent, & s’étendre en forme de queue alongée & oppofée au foleil ; queue qu’elle confervera jufques à ce que, quatorze jours ou environ après, elle reffortira de l’atmofphère folaire. Cette petite atmofphère de la lune fera peut-être, lorfqu’elle fera ainfi alongée , affez accumulée pour éclairer ; & la lune paraîtra aux habitans de la terre, comme une petite comète, pendant la moitié de fa révolution.
- Les atmofphèreséleâriques terreftre & folaire vont nous fervir encore à expliquer le phénomène de la lumière zodiacale. La lumière zodiacale eil une lumière blanchâtre & tranquille qui paraît à l’horizon , fous le zodiaque , quelque temps après le coucher du foleil ou avant fon lever.
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- Elle s’e'tend en forme de lance, ou repréfehtô une pyramide plus ou moins pointue, dont la bafe eft toujours dirigée vers le foleil, & dont le bout parvient toujours à quelque étoile renfermée dans le zodiaque* Lorfqu’elle paroît le foir , fa pointe eft tournée vers l’orient ; & lorfque c’eft le matin qu’on l’apperçoit, c’eft vers le couchant que fa pointe fe dirige : elle eft affez déliée pour ne pas empêcher de diftinguer au travers d’elle, les étoiles les plus petites ; elle reffemble beaucoup par fa clarté à la voie laâée, & il feroit fort aifé de confondre l’une & l’autre, fi elles n’occupoient pas dans le ciel deux places très - diftinâes. Elle paroît plus ou moins étendue, fuivant que le ciel eft plus ou moins ferein, & que l’air eft plus ou moins pur ; & voilà pourquoi dans la zone torride elle occupe conftamment un efpace de cent degrés. Sa couleur perd quelquefois fa blancheur, & devient un peu jaune & même rougeâtre vers fa bafe : il eft alors plus difficile d’appercevoir les étoiles au travers d’elle ; fou-vent même fa bafe eft cachée , en quelque forte , dans un nuage fumeux qui nous en dérobe la clarté. Ce nuage s’étend plus ou moins à droite ou à gauche, & eft entièrement femblable à ce fegment obfcur qu’on apperçoit
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- dans certaines aurores boréales. Sa lumière a quelquefois paru fcintiller, ainfi que celle des comètes, à laquelle elle reffemble beaucoup d’ailleurs. Et eft-il furprenant que ces deux lumières offrent les mêmes phénomènes, étant produites toutes les deux, ainfi qu’on le verra bientôt, par l’accumulation d’un même fluide ? La pyramide formée par la lumière zodiacale n’eft d’ailleurs parallèle , ni à l’équateur ter-reflre, ni à l’écliptique, mais elle eft inclinée à ces deux grands cercles.
- Les obfervations faites par M. Caflïni, par M. de Mairan & par d’autres Philofophes, ne permettent pas de douter que la lumière zodiacale ne foit une dépendance, un effet de cette atmo-fphère reconnue autour du foleil , qu’on a trouvé devoir s’étendre bien au-delà de l’orbite aâuelle de la terre, & dont il me femble qu’on n’a pas deviné la nature, en la croyant com-pofée de toute autre çhofe que de fluide élec-
- En effet, la lumière zodiacale paroît s’avancer peu à peu d’occident en orient, & répondre aux différens lignes du zodiaque dans le même rapport que le foleil, ainfi que l’a dit M. de Caflini. Ce grand Aftronome a trouvé auflï qu’elle étoit inclinée précifément comme l’at-
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- mofphère du foleil l’eft fur l’orbite de la terre, c’eft-à-dire, comme l’équateur du foleil, comme le cercle de fa révolution eft incliné fur cette même orbite ; car Patmofphère du foleil étant une fphère renflée au deflus de l’équateur folaire , ne peut être cenfée inclinée fur quelque plan que ce foit, que lorfque l’équateur folaire eft incliné lui-même.
- La lumière zodiacale, cependant, non-feulement n’eft pas l’atmofphère folaire telle que M. de Mairan la concevoir, ainfi qu’on peut déjà s’en convaincre , & ainfi que nous tâcherons de le prouver, mais n’eft pas même l’atmofphère éleârique du foleil rendue vilîble. En effet, l’atmofphère éleftrique de cet aftre ne pourroit être rendue vilîble que par quelque accumulation. Ou cette accumulation lui feroit propre & lui appartiendrait conftamment, ou elle feroit produite par quelque caufe particulière , par exemple , par quelque répullion étrangère. Si cette accumulation lui étoit propre , elle devrait être à peu près auffi confidé-rable d’un côté de la terre que de l’autre, trois mille lieues n’étant rien fur une diftance de quarante millions de lieues que M. de Mairan aurait certainement admife. L’atmofphère folaire devrait donc éclairer & répandre une clarté
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- femblable à celle de la lumière zodiacale, non-feulement d’un certain côté, mais tout autour du globe ; & quand bien même on prétendroit que l’atmofphère folaire eft une lentille très-applatie, au lieu d’être une fphère prefque parfaite , ainfi que nous le penfons, elle devroit toujours produire un demi - cercle de lumière voifin de l’écliptique, & un peu incliné fur elle : ce qui eft contraire à l’expérience. Les fîx millions de lieues d’étendue qu’elle devroit avoir au-delà de la terre du côté oppofé au foleil, ne font-ils pas, en effet, plus que fuffifans pour qu’elle éclairât en formant un demi- cercle non - interrompu , & s’étendant parfaitement d’un horizon à l’autre ? Si l’atmofphère électrique folaire n’étoit accumulée que par quelque caufe étrangère, &, par exemple, par la répul-fion de l’atmofphère éleôrique terreftre , la feule qu’on puiffe, ce me femble, affigner, on tomberoit dans le même inconvénient. L’atmofphère de la terre devant avoir une égale force dans tous les points de fa circonférence, & par conféquent produire dans tous ces points une égale répulfion , l’atmofphère éleflrique folaire devroit être accumulée tout autour de la terre, & par conféquent faire briller un demi-cercle de lumière zodiacale qui s’étendrait d’un horizon à l’autre. Y iv
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- Au lieu de faire naître la lumière zodiacale de la lumière produite par l’atmofphère folaire, je penfe que cette lueur que nous apperce-vons n’eft autre chofe que la lumière envoye'e par l’accumulation de l’atmofphère éle&rique terreftre. La diftance de foixante mille lieues, à laquelle nous avons trouvé que cette dernière atmofphère devoit parvenir , s’accorde fort bien avec la grande élévation à laquelle on doit fuppofer la lumière zodiacale : d’ailleurs tous les phénomènes qu’elle préfente s’expliquent par là on ne peut pas mieux, & tous les inconvéniens font évités.
- Premièrement, l’atmofphère éleflrique terreftre ne pouvant être accumulée que par l’effort & la répulfion de l’atmofphère électrique folaire, ne doit pas être ramaffée dans tous les points de fa circonférence, ni même dans un cercle entier, mais être uniquement comprimée dans une calotte de la fphère qu’elle forme ; & cette calotte doit être du côté du foleil, toutes chofes qui s’accordent parfaitement avec les phénomènes.
- En effet, les atmofphères çompofées de fluide éleÔrique ne repouffent les corps élec-trifés , ou les atmofphères étrangères, que dans Iç fçns de la dixe&ion de leur expanfihilité,
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- c’eft-à-dire, du centre à la circonférence ; & un corps placé dans une atmofphère éleârique , quelque enfoncé qu’on le fuppofe dans cette atmofphère , fera toujours chaffé ainfi , & jamais de la circonférence au centre. L’atmo-fphère éleârique terreflre ne peut donc être repouffé que dans le fens du centre du foleil à fa circonférence, c’eft-à-dire, qu’elle ne peut être repouflee en aucune manière par la partie de l’atmofphère éleârique folaire qui eft com-prife entre elle & la circonférence de cette même atmofphère folaire. A la vérité , nous avons déjà dit que l’atmofphère terreftre pou-voit repoulfer cette partie de l’atmofphère folaire ; mais il n’y a pas & ne peut pas y avoir de réaâion, ou du moins il n’y en a que très-peu , parce que l’atmofphère terreftre ne repouffe l’atmofphère folaire que dans le fens de fon expanfibilité , & ne fait qu’augmenter fon aâion fans la détruire en aucune manière.
- L’atmofphère éleârique terreftre peu: donc être repouflee, & Feft réellement par la partie de l’atmofphère folaire qui eft du côté qui regarde le foleil : elle peut l’être aufïï par les parties de droite & de gauche ; mais elle me doit pas l’être du tout dans celui de fes «ôtés qui eft oppofé au foleil. Elle n’eft donc
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- pas accumulée tout autour d’elle-même, mais feulement dans une portion , dans une efpèce de calotte tournée vers le foleil ; & ce n’eft que dans cet efpace qu’elle doit éclairer : ce qui eft parfaitement conforme aux phénomènes, ainfi que nous venons de le dire.
- Secondement, de toutes les clartés que nous connoiffons, en eft-il quelqu’une qui reffemble plus à la lumière zodiacale par fa blancheur, fa pâleur, fa tranquillité, les teintes jaunes & rougeâtres dont elle eft quelquefois nuancée, &c. que la lumière que répand le fluide électrique dans fes accumulations ; je ne dis pas dans fes accumulations violentes qui produi-fent les foudres, mais dans fes accumulations pailibles, telles que celles qu’il éprouve lorf-qu’il fe répand dans le vide?
- Les petites étincelles qu’on a remarquées dans la lumière zodiacale ne s’expliquent-elles pas on ne peut pas mieux, lorfqu’on rapporte cette dernière au feu éleftrique ? Ce fluide n’a en effet befoin que d’augmenter un peu fon accumulation pour fcintiller avec plus ou moins de force, ainfi que nous nous en fommes convaincus dans le cours de cet Ouvrage.
- Quoique je penfe que l’atmofphère éleftri-que folaire n’eft pas une lentille très-mince s
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- sur l’Électricité. 347 ainfi que le vouloit M. de Mairan, nous avons cependant vu que la fphère qu’elle forme devait être applatie, & que fon demi-diamètre devoit être plus grand de lix millions de lieues ou environ au deffus de l’équateur du foleil. Cette atmofphère devant avoir beaucoup plus de force dans le fens de cet équateur, ce fera auffi dans ce fens qu’elle agira avec plus d’énergie , & produira une plus grande preffion : l’atmofphère éleéîrique terreftre fera donc beaucoup plus accumulée dans le fens de l’équateur du foleil ; & c’eft même, je penfe, uniquement dans le fens de cet équateur qu’elle peut être affez ramaffée pour éclairer. Voilà pourquoi la lumière zodiacale qu’elle répand a la même pofition que l’équateur folaire, & forme comme lui, avec l’équateur terreftre, un angle de 27 degrés ou à peu près : voilà pourquoi aufft la lumière zodiacale paroît, dans le printemps, beaucoup plus fouvent après le coucher du foleil, &, pendant l’automne, fe fait remarquer beaucoup plus fouvent avant fon lever , ainfi que pourront s’en convaincre ceux qui font inftruits de la fphère célefte, & ainfi qu’on le trouvera expliqué dans le Traité fur l’Aurore Boréale de M. de Mairan , auquel je ne puis mieux faire que de renvoyer. La plupart des
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- Phyfîciens me paroiffent avoir rejeté l’opinion de ce Philofophe fans l’entendre , & fans avoir remarqué toutes les vérités importantes qu’elle renferme. A la vérité elle contient quelques erreurs ; mais elles ne font pas en auffi grand nombre qu’on a paru le croire, & on doit les rapporter au peu de progrès qu’avoient faits certaines parties de la phyfique, lorfque M. de Mairan compofa fon Ouvrage : auflî, tout en combattant l’hypothèfe, fuis - je bien loin de n’avoir pas la plus grande idée du rare mérite du grand Philofophe qui l’imagina.
- A l’égard des différentes reprifes de la lumière zodiacale , des diverfes périodes de temps pendant lefquelles on n’a pas pu l’obferver, & de la bafe fumeufe & obfcure qui l’accompagne quelquefois , nous allons en parler en traitant de l’aurore boréale.
- Plufieurs Aftronomes , & M. Caffini lui-meme , ont obfervé une très-grande reffem-blance entre les queues des comètes & les lumières zodiacales : ils ont vu dans les unes & dans les autres la même blancheur , la même pâleur, la même rougeur , la même fcintillation. Tous ces rapports me paroiffent être autant de preuves de plus en faveur de mon opinion, ayant déjà établi qu’on ne pou-
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- voit pas s’empêcher d’attribuer uniquement les queues des comètes à une atmofphère éleârique accumulée.
- Je ne doute pas que l’atmofphère aérienne de la terre ne s’étende à une très-petite dif-tance autour de cette planète, & que les couches d’air ne s’élèvent guère à plus de trois lieues, ainfi que l’a dit M. de Buffon. Cependant les lois de la réfraâion paroiffent exiger, à caufe des phénomènes des crépufcules, & de l’élévation apparente de l’image folaire lorfque l’aftre eft à l’horizon, une plus grande hauteur, une plus grande épaiffeur dans l’atmolphère réfringente. Ne pourroit-on pas dire que ce n’eft pas uniquement dans l’atmofphère aérienne que les rayons folaires' éprouvent une réfraction? que l’atmofphère éleârique terreftre eft accumulée du côté qui regarde le foleil, & que par-là elle doit être plus denfe que l’atmo-fphère éleârique folaire ? que d’ailleurs , par elle-même , elle eft peut-être plus denfe, & qu’ainli les rayons de la lumière doivent fouffrir une réfraâion en paflant dans l’atmofphère électrique terreftre ; réfraâion qui compenferoit celle qu’on pourroit croire ne pouvoir pas être produite par une atmofphère aérienne qui n’auroit que trois lieues ou environ ? Par ce
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- moyen, n’auroit-on pas aifément l’explication de plufieurs phénomènes qui paroiffent fe contredire mutuellement? N’avons-nous pas plufieurs raifons de fuppofer & d’admettre cette réfra&ion ? & en avons-nous quelqu’une qui s’y oppofe ? „
- Enfin, ne pourroit-on pas dire que plufieurs étoiles ont autour d’elles des atmofphères éleâriques aflez denfes pour éclairer continuellement & fans le fecours d’aucune répul-fion étrangère ? Ne peut-on pas fuppofer plufieurs étoiles beaucoup plus groffes que notre foleil, par conféquent ayant une atmofphère éleftrique bien plus étendue que celle de quatre-vingt-quatre millions de lieues de diamètre qui entoure cet aftre ? Toutes ces étoiles fituées auprès l’une de l’autre, ne peuvent-elles pas former cette voie de lait que nous remarquons dans le ciel, c’eft-à-dire, ce compofé d’étoiles & d’une clarté pâle & blanchâtre , entièrement femblable à celle de la queue des comètes, & à celle de la lumière zodiacale ? Et ne doit-on pas dire que, fi cette lumière n’elï prefque interrompue par aucun intervalle, ce qui, au premier coup d’œil, paroîtroit peut-être ne devoir pas être, les atmofphères éle&riques des étoiles ne devant peut-être pas fe toucher;
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- ne doit-on pas dire, dis-je, que ce n’eft que leur grande diftance qui nous fait voir fans intervalles ce qui cependant eft féparé par des efpaces très-étendus, de même que nous jugeons fouvent deux étoiles très-voifines, & que nous croyons qu’elles fe touchent , lorfque 'des millions de lieues peuvent les tenir réparées ? Tâchons maintenant d’expliquer l’aurore boréale, d’après les principes que nous avons
- Ce phénomène, qui a reçu fon nom de fa reffemblance avec l’aurore, & de la place qu’il occupe dans notre hémifphère , fe préfente à nos yeux fous plufieurs formes différentes. Quelquefois une clarté foible paroît vers le nord au milieu de la nuit, & fait appercevoir une efpèce de brouillard ou de fumée a fiez obfcure qui s’élève. Ce brouillard prend peu à peu la forme d’un fegment de cercle, dont la corde fe confond avec l’horizon & fe repofe fur lui ; une lumière blanchâtre borde bientôt l’extrémité de fa circonférence , & préfente un ou plufieurs arcs lumineux qui forment autour de lui autant de cadres brillans. Le fegment obfcur & fumeux eft quelquefois interrompu par des maffes d’une lumière plus ou moins vive & plus ou moins éclatante, qui
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- réfléchirent des rayons brillans & colore's. Des divers points de l’arc lumineux s’élancent des jets de feu, embellis quelquefois de plufieurs couleurs, mais qui le plus fouvent font teints d’un rouge très-foncé ; des colonnes ardentes s’élèvent ; des flocons blanchâtres fe répandent & fe difperfent autour d’elles, & des nuages enflammés ont l’air de rouler des flots de lumière dans les intervalles qu’elles laiffent. Les arcs obfcurs qui féparent les arcs lumineux, fe brifent & fe divifent en plufieurs intervalles éclatans : toutes les parties du phénomène paroiffent alors comme agitées & dans une efpèce de fluâuation. Les jets augmentent ; les colonnes s’alongent, répandent un éclat plus vif ; & enfin quelquefois ces colonnes & ces jets de lumière s’étendent comme par de nouveaux efforts, & vont former au zénith une efpèce de couronne brillante & radieufe qu’on croiroit placée au fommet d’un pavillon lumineux & enflammé, déployé avec magnificence dans toute la partie boréale du ciel : alors l’aurore boréale eft revêtue de fa plus grande fplen-deur. Cependant fa beauté paffe ; fes colonnes fé raccourciffent ; fes jets diminuent ; fes éclairs difparoiffent ; fes rayons fe terniffent ; fon mouvement fe rallentit, Sc fes couleurs vives &
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- & ardentes fe fondent & fe perdent en une lumière blanchâtre : celle-ci fe retire peu à peu vers le nord en s’effaçant infenfiblement, éclaire encore quelques inftans l’endroit où l’on avoit d’abord remarqué le fegment obfcur, mais s’éteint bientôt en ne laiffant après elle qu’une foible blancheur , qui bientôt , à fon tour, s’efface & s’évanouit.
- Tâchons premièrement de faire voir, d’après nos principes, comment cette lumière boréale peut avoir lieu : nous expliquerons enfuite les divers phénomènes qu’elle préfente, les particularités de fa durée, le plus ou moins de fréquence & le temps de fes apparitions, &c.
- Nous avons vu que l’atmofphère électrique terreflre efl fans ceffe accumulée à l’équateur dans celle de fes parties qui regarde le foleil, & que la preflîon qu’elle éprouve lui donne la propriété d’éclairer & de faire naître la lumière zodiacale. Le fluide qui compofe la portion de l’atmofphère éleftrique qi.i efl accumulée , ne peut pas être ainfi comprimé fans s’efforcer, pour ainfi dire , de fe fouftraire à la force qui le preffe, & fans tendre vers les portions de cette même atmofphère plus voi-fines des pôles, qui n’éprouvent qu’une foible accumulation, & peut-être même n’en fouf-Tomz II. Z
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- frent aucune. Il fe répand donc continuellement vers le nord une certaine quantité de fluide éleârique : cette quantité, obligée de céder fa place au nouveau fluide qui eft comprimé fous l’équateur Sc chaffé dans des efpaces plus libres, s’avance toujours vers le pôle, tâchant fans cefle de fe dérober à toute compreflion. Tous les points du cercle de l’équateur ne fe trouvent-ils pas chaque jour expofés à l’influence de l’atmofphère éleârique folaire ? L’atmof-phère éleârique terreftre doit donc être chaque jour comprimée dans le cercle entier qu’elle forme autour de l’équateur terreftre : il doit donc tous les jours s’avancer vers le pôle une certaine quantité du fluide qui compofe ce cercle, & qui a été fournis à la compreflion. Pour nous faire mieux entendre, nous pouvons donc fuppofer que chaque méridien eft comme un canal par lequel il s’échappe chaque jour une certaine quantité de fluide éleârique, qui eft chaflfée de l’équateur vers le pôle. Tous les méridiens ne fe rencontrent-ils pas au pôle, & n’y aboutiflënt-ils pas comme à un centre ? Ne pouvons-nous pas dire par conféquent qu’il doit fouvent y avoir au pôle des rencontres de courans oppofés de fluide éleârique ? Ces diffé-rens courans , doués à peu près d’une égale
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- force, ne peuvent pas fe communiquer l’un à l’autre leur direftion, mais ils doivent fe conglomérer, fe preffer les uns contre les autres : ils ne peuvent point en effet y borner leurs efforts à augmenter l’épaiffeur de l’atmofphère éle&rique terreftre fans accroître fa denfité , parce qu’ils font arrêtés par l’atmofphère éleftrique folaire, dont la répulfion forme au deffus d’eux une efpèce de voûte impénétrable : ils doivent donc fe ramaffer & produire au deffus du pôle une accumulation plus ou moins forte.
- Si les courans oppofés font confidérables, & s’ils agiffent l’un contre l’autre pendant longtemps, non-feulement l’atmofphère éleftrique terreftre fe ramaffera au deffus du pôle, mais elle fouffrira une accumulation qui s’étendra au deffus des régions voifines, & fe rapprochera de l’équateur ; de même qu’une rivière dont on a fermé l’embouchure par une digue, non - feulement amoncèle fes eaux auprès de cette digue , mais fe gonfle à un éloignement de fon embouchure d’autant plus grand, que fes flots coulent abondamment ; & fes ondes entaffées fe rapprochent toujours de fa fource, à mefure qu’il arrive de nouveaux
- Ainli il fe produit au deffus de notre pôle
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- une calotte de fluide éleârique très - accumulée. Indépendamment de toute autre raifon, cette accumulation pourroit être quelquefois affez confidérable pour éclairer » & pour nous fournir même l’explication des aurores boréales les plus brillantes ; du moins pourrions-nous dire qu’elle produit cette lumière blanchâtre femblable à celle qu’on nomme zodiacale, qui forme le commencement & la fin de toutes les aurores boréales, & compofe elle feule plu-fieurs de celles qui paroiflent. Mais ne nous contentons pas de cette accumulation ; voyons fi elle ne peut pas être augmentée dans certaines circonftances.
- Toutes les fois que l’été ou les chaleurs régnent dans notre hémifphère, la croûte de la terre , jufques à une très-petite diftance du pôle , jouit d’une vertu prefque aufli conductrice que fous la zone torride ; il s’échappe du feu éleârique, non-feulement dans ce dernier pays ardent & continuellement brûlé , mais dans toutes les zones plus tempérées. Ce fluide, parvenu à l’atmofphère éleftrique, doit être entraîné par les différens courans de fluide qui vont de l’équateur au pôle ou vers les régions polaires : la quantité de fluide éleârique qui arrive à ce même pôle, ou au
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- deffus des zones qui l’entourent , doit donc être plus confidérable qu’à l’ordinaire : les accumulations qui y font produites doivent donc être plus fortes pendant que nous jouiffons de l’été & des chaleurs.
- Il exifte auffi pendant les faifons du froid, une nouvelle caufe d’accumulation pour la partie de l’atmofphère éleârique qui eft au deffus de la zone glaciale. La terre non-feulement tourne chaque jour fur elle-même, mais elle tourne encore autour du foleil. Son orbite eft inclinée fur l’équateur folaire. Pendant la moitié de fa révolution, un de fes pôles doit fendre, en quelque forte, les flots de l’atmofphère électrique folaire , en s’élevant au milieu d’elle ; & l’autre pôle, pendant la fécondé moitié de fa révolution, doit les repouffer à fon tour' Pendant l’automne & l’hiver, c’eft notre pôle qui s’avance vers l’atmofphère éleârique folaire, & qui par conféquent l’écarte & la divife. Quelque foible & infenfible que foit la réfif-tance de l’atmofphère éleârique folaire, elle doit cependant agir fur l’atmofphère éleârique terreftre, dans la partie où l’effort eft le plus grand, c’eft-à-dire, au deffus du pôle. Cette aâion ne doit-elle pas faire naître dans l’atmo-fphère terreftre une accumulation nouvelle ,
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- confidérable, & indépendante de celle que cette atmofphère doit fubir d’ailleurs ?
- Les divers temps de l’année nous offrent donc différentes caufes qui doivent obliger l’at-mofphère éleârique terreftre à fe ramaffer au deffus de notre pôle ; elles joignent leurs efforts à ceux de la grande & confiante caufe d’accu* rmulation que nous avons d’abord affignée ; & dès-lors elles doivent y produire des conglomérations & des comprenions trop fortes pour que nous foyons maintenant embarraffés d’expliquer , non-feulement cette clarté qui blanchit le ciel vers le nord, mais les feux dont le pôle fe colore , & les différentes parties des aurores boréales les plus animées & les plus brillantes.
- Il eft aifé de voir que le fluide électrique comprimé à l’équateur, doit refluer non-feulement vers notre pôle, mais encore vers le pôle aufiral ; l’hémifphère méridional jouit tous les ans, ainfi que le nôtre , d’une raréfaftion affez grande pour laiffer exhaler le fluide électrique de l’intérieur du globe. Le pôle, d’ailleurs , de ces régions oppofées aux nôtres, ne divife-t-il pas à fon tour & ne repouffe-t-il pas l’atmofphère folaire? Les mêmes caufes d’accumulation exiftent donc pour le pôle aufiral,
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- que pour le pôle boréal : tout ce que nous allons dire en expliquant les phénomènes qui embelliffent quelquefois celui - ci, peut donc s’appliquer au méridional : on ne doit donc pas être étonné que les Navigateurs aient vu dans l’hémifphère antarâique, des aurores auffi brillantes, auffi radieufes que celles qui s’allument dans notre ciel.
- Avant d’aller plus avant, je crois néceffaire de faire remarquer que la grande hauteur à laquelle doit être placé le liège des aurores boréales devroit, indépendamment d’autre rai-fon , nous empêcher d’admettre l’hypothèfe de M. de Mairan. Ce Philofophe fuppofe, en effet, que tous ces phénomènes fe produifent dans notre atmofphère aérienne , qu’il a été obligé pour cela d’élever à trois cents lieues. Mais comment une atmofphère compofée d’air, c’eft - à - dire, d’une fubftance qui n’eft point expanlible de fa nature, & qui par conféquent eft fujette à l’aâion du froid ; comment une telle atmofphère peut-elle s’étendre jufques à trois cents lieues de la furface de notre globe, jufques à ces régions où doit régner le froid le plus intenfe ? Les autres hypothèfes que diffé-rens Phyficiens ont imaginées, fuppofent également les aurores boréales au milieu de notre Z iv
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- atmofphère aérienne ; ne doivent-elles pas pat conféquent, & indépendamment d’autre raifon , ne pas être admifes, quelque ingénieufes qu’elles puiffent être? Notre hypothèfe, au contraire, dans laquelle nous avons reconnu l’exiftence d’une atmofphère éleârique immenfe, ne doit-elle pas être adoptée, à quelque hauteur qu’on foit obligé de placer le liège de l’aurore boréale?
- Maintenant tâchons d’expliquer en détail les différentes parties des aurores boréales, & les divers phénomènes qui les diftinguent des autres météores.
- Premièrement, la clarté pâle & blanchâtre que nous offrent le commencement & la fin de toutes les aurores boréales, & qui forme même la plupart des aurores boréales ordinaires , peut-elle être expliquée d’une manière plus fatisfaifante, qu’en la rapportant à une accumulation que l’atmofphère éleârique doit éprouver conftamment au deffus du pôle, & qui de temps en temps doit être aidée par des accumulations nouvelles plus ou moins confi-dérables ? L’efpèce de nuage fumeux qu’elle fait appercevoir, & quia l’air de s’éleverlorfque certaines aurores boréales allument leurs premiers feux, me paraît devoir être une illufion d’optique. Cette efpèce d’obfcurité mobile que
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- Sur l’Électricité. 361 nous remarquons dans certains points du ciel, ne vient pas de ce que ces efpaces font par-femés d’une matière noirâtre, mais de ce qu’ils ne renferment pas la matière lumineufe qui produit les aurores boréales, je veux dire le fluide éleftrique accumulé, ou, pour mieux dire, de ce que le fluide ramaffé qu’ils contiennent eft trop éloigné pour agir fur nos yeux. Les efpaces éclairés qui bordent & circonf-crivent les efpaces obfcurs & les font remarquer , varient, s’étendent, s’agrandiffent ou diminuent, s’élèvent ou s’abaiffent, parce que le fluide accumulé qui les compofe peut éprouver différens changemens dans fa diftance & dans fon agglumération ; par-là, les efpaces obfcurs doivent varier auffi, paroître changer de place, donner l’idée & former l’image d’une fumée, d’un nuage épais qui s’élèveroit & s’étendroit en différens fens , tandis qu’ils ne font point réellement compofés d’une matière opaque qui fe déploieroit comme un rideau devant l’efpace éclairé, & en déroberoit quelques portions, mais ne doivent leur exiftence qu’à l’abfence de la matière lumineufe.
- Les places obfcures fe changent quelquefois en fegment dont l’horizon eft la corde, & dont la circonférence eft éclairée. Il feraaifé de con-
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- cevoir comment ce phénomène peut avoir lieu, fi l’on confidère que, pour que le fluide éleftrique nous éclaire, il ne lui fuflit pas d’être accumulé, & qu’il faut encore que la place de fon accumulation foit voifine de nous. Que l’on fafle attention que la terre que nous habitons, eft femblable à un globe par fa figure ; que l’air qui l’environne peut être regardé comme une voûte tranfparente ; & que, pour repréfenter l’aurore boréale, on peut fuppofer vers un des pôles de ce globe, une matière lumineufe qui repofe fur cette voûte. Maintenant, un obfer-vateur placé entre le pôle & l’équateur du globe que je viens de concevoir, & au deflous de la voûte tranfparente que je viens d’imaginer , ne fera-t-il pas plus voifin d’une portion de la circonférence de la calotte lumineufe placée au defliis d’un pôle, que du centre de cette même calotte? Dès-lors ne pourra-t-il pas fe faire que le fluide qui la compofe, foit affez brillant pour que la diftance qui fépare l’obfervateur d’une partie des bords de cette calotte, n’empêche pas ces bords d’être apper-çus, tandis que le plus grand éloignement du centre, fera que l’obfervateur ne verra à la place de ce centre , qu’un efpace obfcur ou très-peu éclairé? Les bords d’une calotte placée
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- au déffus d’une voûte tranfparente , n’offri-roient-ils pas la forme d’un arc aux yeux d’un obfervateur placé au deffous ? Eft-il donc fur-prenant que, dans certaines aurores boréales, nous appercevions un efpace très-obfcur, cir-confcrit par un arc lumineux, & formant par conféquent un fegment de cercle ?
- Pour expliquer les différens arcs lumineux féparés les uns des autres par des efpaces obfcurs, qui s’élèvent dans certaines aurores boréales, concevons les bords de la calotte brillante dont nous avons parlé, comme compofés deplufieurs arcs concentriques & contigus. Ne pourra-t-il pas fe faire que l’arc le plus extérieur darde fa lumière jufqu’à nous ? que le fécond , plus éloigné , ne puiffe pas nous faire appercevoir fes rayons ? que lé troifième, malgré fon plus grand éloignement, jouiffe, ainfi que le cinquième , d’une accumulation plus confidérable que celle que le premier & le fécond auront éprouvée , & puiffe par - là nous envoyer fa lumière ? Et dès-lors ne devons-nous pas voir plufieurs arcs lumineux féparés les uns des autres, terminer le fegment obfcur de certaines aurores boréales?
- Il n’eft perfonne qui , d’après tout ce que nous venons de dire, ne puiffe fe rendre raifoa
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- des maffes de lumière qui rayonnent quelquefois au milieu du fegment obfcur, & qui peuvent devoir leur origine à des accumulations plus voifines ou plus confidérables. Les flocons brillans dont le ciel paroît parfemé, s’expliquent avec autant d’aifance, ainfi que les diffe-rens intervalles obfcurs par lefquels les arcs lumineux peuvent être interrompus. Et à l’égard des jets de feu, des colonnes, des rayons qui s’élancent de l’arc enflammé , ne font-ils pas les traces lumineufes du fluide qui arrive de tous les points de l’équateur, & fe jette vers le pôle ? ne font - ce pas en quelque forte des canaux placés le long des méridiens par lefquels le fluide éleftrique coule, vers le nord , & qui deviennent éclatans à leur extrémité fepten-trionale, parce qu’ils y font, pour ainfi dire , entièrement remplis par un fluide qui reflue fur lui-même , & qui eft prefle & accumulé? Quoi de plus propre que notre hypothèfe à expliquer ces apparences ?
- Les colonnes lumineufes que forme le fluide accumulé, peuvent quelquefois, au lieu d’être couchées le long des méridiens, leur être en quelque forte perpendiculaires. Mais dès-lors ne devront - elles pas paraître à un obfervateur placé au deffous de la voûte for-
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- mée par tous ces méridiens, ne devront-elles pas, dis-je, paraître fe réunir parleur fommet, & former au zénith cette couronne brillante qui ajoute à la pompe de certaines aurores boréales ?
- Les dernières couches de l’atmofphère aérienne, fur lefquelles repofe le fluide accumulé , ne font pas immobiles : auffi le fluide lumineux doit-il être continuellement en mouvement , & les différentes clartés qu’il répand ne doivent paraître ni égales ni tranquilles ; elles fuivent, ainfique le fluide, les ondulations & les divers mouvemens de ces dernières couches , qui, indépendamment de toute autre caufe motrice , doivent être régulièrement foumifes à un flux & reflux femblable à celui qui agite les eaux de la mer? Quoi de plus propre que cette fluftuation du fluide, à produire ces efpèces de vagues enflammées qui roulent en différens fens, s’étendent, fe reflër-rent, &, toujours portées fur une bafe mobile qui leur communique fon mouvement, tantôt fe répandent à grands flots , tantôt coulent d’un mouvement plus doux & moins troublé ?
- Les différentes couleurs de l’aurore boréale s’expliquent auffi d’une manière fatisfaifante, d’après notre hypothèfe. Le fluide éleSrique
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- en effet, fuivant qu’il eft plus ou moins accumulé , n’offre-t-il pas toutes les nuances des couleurs, depuis le violet le plus pâle, juf-qu’au rouge le plus vif ? Et d’ailleurs, combien de teintes différentes ne doivent pas naître dans les aurores boréales, de la diverfe réfrangibilité des milieux au travers defquels nous voyons ces météores ?
- Le fluide, en fe portant avec rapidité, de quelque portion de Fatmofphère éleôrique dans laquelle il fera accumulé, vers quelque portion de cette même atmofphère dans laquelle il ne le fera pas encore, ne pourra-t-il pas fcintiller, & faire jaillir des éclairs ? & ne devra-t-il pas lancer des efpèces de foudres vers les dernières couches de l’atmofphère aérienne, & les différentes fubftances qu’elles pourront renfermer ?
- Il eft aifé de voir avec quelle facilité on peut expliquer, d’après mes principes, les divers phénomènes que nous offrent les aurores boréales les plus brillantes, & combien notre hypothèfe devient de plus en plus vraifemblable.
- Pendant que les aurores boréales paroiffent, l’atmofphère aérienne peut renfermer des nuages , qui, fuivant la place qu’ils occupent , réfléchiflent plus ou moins la lumière de ces
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- météores, &fe colorent de feux plus ou moins vifs : dans le même temps, il peut s’élever de la furface de la terre, des vapeurs, des exhalaifons & des brouillards qui interceptent plus ou moins les rayons des aurores boréales, & produifent au devant d’elles une fumée épaiffe. Tous ces phénomènes étrangers à l’aurore boréale, mais qui peuvent l’accompagner quelquefois , doivent fervir à expliquer les diverfes particularités de certaines aurores, qu’il pourrait être difficile de déduire de nos principes.
- On a remarqué que l’aurore boréale paraît plus fouvent avant minuit, qu’après. C’eft, ce me femble, parce que les accumulations de l’atmofphère éleârique qui couvre notre pôle, doivent être ordinairement plus confidérables au commencement de la nuit, temps auquel elles n’ont pas pu encore diminuer.
- Si le fiège de l’aurore boréale eft un peu placé vers le nord - oueft, n’eft-ce pas parce que, aux heures auxquelles elle fe montre, cette partie du ciel eft plus voifine du foleil, & doit par conféquent recevoir des courans de fluide dont l’accumulation n’a pas eu le temps de s’affoiblir ?
- Nous avons vu qu’une caufe devoit augmenter pendant l’été l’accumulation de l’atmof-
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- phèreéleélrique, & qu’une fécondé caufe devoit l’accroître pendant l’hiver. Lorfque leurs forces font égales , le nombre des aurores boréales qui brillent pendant la faifon des froids, eft égale au nombre de celles qui éclairent les belles nuits de l’été. Si la première l’emporte fur la fécondé , la faifon des chaleurs voit un plus grand nombre d’aurores ; & fi la fécondé eft fiipérieure à la première, c’eft pendant l’hiver qu’on jouit le plus fouvent du fpeftacle de ces météores.
- On a remarqué que les aurores boréales étoient plus belles & plus fréquentes, tout égal d’ailleurs, lorfque la terre étoit dans fon périhélie , c’eft-à-dire , dans le point de fa route annuelle le plus voifin du foleil, que lorfqu’elle étoit dans la partie de fon orbite la plus éloignée de cet aflre, c’eft-à-dire, dans fon aphélie. N’eft-ce pas une nouvelle preuve de mon hypothèfe ? L’atmofphère folaire ne doit - elle pas être beaucoup plus denfe auprès de fon centre que vers fes extrémités ? dès - lors, ne doit-elle pas repouffer avec plus de force l’at-mofphère éleftrique terreftre, lorfque cette dernière s’enfonce plus avant dans fes flots, c’eft-à-dire , lorfque la terre eft périhélie ?
- A l’égard des différentes périodes de temps pendant
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- sur l’Électricité. 369 pendant lefquellés on n’a point obfervé d’aurores boréales, & dont on peut voir l’hiftoire dans l’excellent Ouvrage de M. de Mairan que j’ai déjà cité, voici comment on peut, ce me fêmble, en rendre raifon. On peut dire que dans certains temps les feux du foleil s’amor-tilïent, & ne font plus allez animés pour faire naître une quantité de fluide très-confidérable, & que par-là les pertes de l’atmofphère électrique qui environne cet aftre, ne font plus fans celle réparées. Cette atmofphère, à la vérité , n’en effuie pas d’affez grandes pour relîerrer fon étendue ; mais fa denfité doit diminuer, & dès-lors elle ne doit plus avoir aflez de force pour accumuler l’atmofphère terreftre au point de la rendre lumineufe.
- L’orbite de la terre s’agrandit cependant à chaque inftant ; notre planète ne celle de s’éloigner du foleil, & par conféquent du centre de l’atmofphère éleârique de cet aftre. L’atmofphère terreftre eft donc à chaque inftant comprimée par une atmofphère folaire plus rare , & devroit être répouflee avec moins d’énergie. A mefure que les fiècles fe fuccé-deront, le nombre, la beauté des aurores boréales & celle de la lumière zodiacale devroient donc diminuer. Mais peut-être une caufe plus Tome II. A a
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- puiffante , & dont nous parlerons bientôt * redouble -1 - elle à chaque inftant fes efforts, pour accroître leur éclat pendant tous le temps que la terre fera renfermée dans l’atmofphère éledrique folaire : quoi qu’il en foit, lorfque dix mille ans fe feront enfin écoulés, & que notre globe aura dépafle les bords de cette atmofphère folaire, fon atmofphère éledrique n’éprouvera plus de compreflion, & les habi-tans de notre planète ne verront plus d’aurore boréale déployer dans le ciel fes brillantes couleurs : la lumière zodiacale ceffera auffi de blanchir une partie de l’écliptique ; & ainfi notre globe, à mefure qu’il vieillira & deviendra antique, fe dépouillera d’une partie de fes orne-mens & de fa parure.
- Le fluide éledrique accumulé au deffus de l’atmofphère aérienne, ne doit-il pas dans certaines circonftances pénétrer dans cette même atmofphère, s’y élancer vers certaines fubftan-ces,&ycaufer des ruptures d’équilibre? Dès-lors , eft-il furprenant que, pendant l’apparition des aurores boréales, le grand courant magnétique foit détourné de fon cours, & que l’aiguille aimantée qui lui eft foumife, varie & fe tourmente fur fon pivot ?
- Tâchons encore d’expliquer un phénomène
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- célefte rapporté particulièrement par Pline. Ce grand Naturalifte & d’autres anciens parlent de couronnes lumineufes apperçues autour de la lune & des planètes : ces couronnes n’auroient-elles pas été formées par les atmofphères électriques qui environnent les planètes & la lune, & qui, dans certaines circonftances, auraient pu être affez accumulées pour éclairer ?
- Voilà la plus grande partie des conféquences & des explications qu’on peut tirer de l’agran-diffement des orbites céleftes que nous croyons devoir admettre, & de notre hypothèfe fur la taufe de cet agrandiflement ; je veux dire de l’exiftence, de la nature & de la diminution fucceffive des atmofphères éleSriques que nous avons reconnues autour du foleil, de toutes les étoiles, des comètes, des planètes, de leurs fatellites, enfin, autour de tous les corps de l’univers. Des Aftronomes & des Phyficiens plus habiles que moi, pourront développer ce que je n’ai fait qu’indiquer, reâifier mes réfultats, & en conclure des vérités nouvelles.
- Mais avant d’abandonner le va fie & intéref-fant fujet fur lequel nous venons de jeter les yeux , répondons à une objeftion très - forte en apparence , qu’on pourrait faire contre les atmofphères des planètes renfermées dans celle
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- du foleil, & par exemple contre celle de la
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- On fait, me dira-t-on, à quelle diftance de la terre un corps placé dans le ciel feroit en équilibre entre la force attraâive de la terre & celle du foleil, & ne tomberoit ni dans l’un ni dans l’autre. Ou cette limite eft placée au-delà de l’étendue qu’occupe l’atmofphère éleârique terreftre, ou en-deçà de cette étendue : on ne peut pas dire, en effet, que cette limite eft précifément à l’endroit où ceffe l’atmofphère éleârique terreftre ; cela n’a pu ou ne devra fe trouver que pendant un inftant, la première limite étant fixe, & celle de l’atmofphère terreftre fe rapprochant tous les jours du centre de notre planète.
- Si la limite des forces folaire & terreftre eft placée au-delà de l’atmofphère éleârique de la terre , pourquoi la partie de l’atmofphère du foleil qui eft en-deçà de cette limite , ne fe précipite-t-elle pas vers la terre ? Et fi la limite eft placée en-deçà des bords de l’atmofphère éleârique terreftre, pourquoi la portion de cette dernière qui eft au-delà de cette même limite, ne fe jette-t-elle pas vers le foleil, & n’abandonne-t-elle pas notre globe ? Et comment a-t-il pu fe faire que l’atmofphère éleârique de
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- sur LrÉlectricité. 375 la terre fe foit jamais étendue à la grande dif-tance où nous l’avons fuppofée dans les temps antérieurs au nôtre , les limites des forces folaire & terreftre ne pouvant jamais être placées fi loin ? .
- Je répondrai que nous ne favons pas préci-fément quelle eft l’étendue aftuelle de l’atmo-fphère éleârique terreftre ; que cependant on doit penfer qu’elle ne s’étend plus aufïï loin que la limite des forces terreftre & folaire. Ce qui empêche la partie de l’atmofphère folaire qui eft en-deçà de cette limite, de fe précipiter vers la terre, c’eft qu’elle n’eft pas com-pofée de parties fans mouvement, prêtes à obéir à la première force qui agira fur elles, mais que toutes fes molécules font douées, par différentes caufes, d’un grand mouvement du centre à la circonférence. Cela étant, qu’on imagine l’atmofphère folaire qui environne l’atmofphère terreftre, divifée en quatre parties. Celle qui fera du côté oppofé au fbleil, ne devra pas fe précipiter vers la terre , parce qu’elle fera pouflee dans un fens oppofé à la direftion vers le centre de la terre, & qu’elle fera chaflee loin de ce centre par la même force qui l’éloigne du centre du foleil, les centres de ces deux corps céleftes fe trouvant du Aa iij
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- même côté relativement à elle. Les parties de l’atmofphère folaire, fituées à la droite & à la gauche de la terre, feront aufli emportées par un mouvement trop fort & dans une route trop perpendiculaire à la direction vers le centre de la terre pour tendre vers ce centre : il ne refte donc plus que la partie atmofphérique placée entre la terre & le foleil. Non-feulement cette partie n’eft pas éloignée de la terre par la force qui lui eft propre, mais elle eft même pouffée vers notre planète : aufli doit-elle s’efforcer d’y parvenir. Mais, arrêtée par l’atmofphère éleârique terreftre qui la repouffe, elle ne peut que comprimer encore plus cette dernière, & donner une nouvelle beauté & un nouvel éclat à la lumière zodiacale, qui n’eft qu’un effet de l’accumulation produite dans l’atmofphère terreftre : aufli la lumière zodiacale a-t-elle été peut-être bien plus fouvent obfervée depuis que notre atmo-fphère, en fe rétréciffant, s’eft retirée en-deçà des limites des forces folaire & terreftre ; & peut-être fa beauté , & par conféquent celle de l’aurore boréale , iront-elles toujours en augmentant, jufques à ce que la terre ne foit plus renfermée dans l’atmofphère éleftrique du foleil, & qu’elle foit féparée de cet affre par
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- une diftance de plus de quarante-deux millions de lieues.
- A l’égard des temps où Fatmofphère électrique terreftre s’étendoit au-delà des limites des forces des deux corps céleftes, on ne doit pas être étonné que la partie de cette atmofphère qui dépaffoit ces limites, ne fe foit pas précipitée vers le foleil. En effet , Fatmofphère éleftrique de la terre eft irréparable de notre globe ; elle l’accompagne dans toutes fes révolutions , lui efl, en quelque forte, intimement liée , & eft relativement à lui , comme un fatellite relativement à fa planète , comme la lune relativement à notre même globe. Or la lune ne fe précipite pas vers le foleil, mais efl: fans ceffe retenue par la terre, quoiqu’elle foit bien au-delà du point où un corps feroit en équilibre dans le ciel, & ne tomberait ni dans
- le foleil ni dans la terre.
- Au relie , quand bien même on ne voudrait pas admettre le refraidiffement fucceflif du globe de la terre & des planètes qui tournent autour du foleil, notre hypothèfe n’en feroit pas moins vraie relativement à l’exiftence des atmofphères éleftriques du foleil & de tous les corps céleftes ; & nos conjeftures fur la grandeur aftuelle de ces atmofphères n’en
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- feraient pas moins fondées. Il nous fuffit en effet de favoir, par fuppofition, quelle étendue auroient ces atmofphères, li les planètes étoient incandefcentes, & par-là entièrement anélec-triques ; de connoître le petit efpace que pourraient encore remplir ces atmofphères, fi les planètes étoient gelées ; & de favoir quel degré occupe la température aâuelle entre l’incan-defcence & la congélation , pour pouvoir en conclure la grandeur de l’atmofphère éleftrique qui entoure maintenant les planètes. En n’admettant point l’hypothèfe du refroidiffement, on ne ferait que rejeter la diminution fucceffive des atmofphères éleâriques : on n’en admettrait pas moins l’explication de plufieurs phénomènes que nous avons uniquement déduits de l’exiflence de ces atmofphères ; exiftence qui eft entièrement indépendante de toute façon de penfer fur le refroidiffement des corps céleftes. Quant à l’agrandiffement des orbites des planètes , qu’on rejette ou non le refroidiffement , il ne faudra pas moins admettre ce fait nouveau & remarquable , que nous avons établi fur des faits & des obfervations aftrono-miques indépendans de toute hypothèfe , & que nous avons vu être la fource unique d’où peuvent découler plufieurs phénomènes de
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- cxeux. Mais quelle fera la caufe de cet agran-diffement, fi on ne veut pas admettre le refroi-diflement fucceffif des planètes ? Je l’ignore : je ne vois même qu’une diminution de matière dans les planètes qui puiffe donner à la force de projeâion une fupériorité fur la force attractive. Mais d’où peut venir cette diminution de matière , fi on fupprime le refroidiffement fucceffif, & avec lui la diminution fucceffive des atmofphères électriques, caufe fi naturelle de cette déperdition ?
- Quoi qu’il en foit, il me fuffit d’avoir établi l’exiftence des atmofphères éleâriques autour des corps céleftes, d’avoir pu me former une idée de leur étendue, & d’avoir expliqué parlé les queues des comètes, la lumière zodiacale & l’aurore boréale. Il me fuffit d’avoir reconnu le premier l’agrandifiement des orbites des planètes, & d’en avoir tiré quelques con-féquences. En n’admettant pas le refroidifle-ment fucceffif du globe, on ne fait que rendre plus vraifemblable l’origine que j’ai donnée aux comètes. Si on fupprime en effet le refroidifle-ment, on fupprime auffi la diminution des atmofphères éleâriques : dès-lors on eft obligé d’admettre l’agrandifiement des orbites, fans pouvoir, en quelque forte , affigner aucune
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- limite à cet accroiffement. Ne doit-on pas pat conféquent en fuppofer la durée très-longue & prefque infinie ? Ne pourroit-on pas avancer par conféquent que nos planètes ne devront pas ceffer de s’éloigner du foleil avant d’avoir paffé les frontières de fon empire, & que les planètes étrangères ne devront pas ceffer de s’éloigner de leurs étoiles, avant d’avoir franchi les bornes de leurs domaines ? Non - feulement je pourrois dire, les planètes de quelque fyftême pourront ou auront pu s’éloigner affez de leur aftre pour échapper à fa force & obéir à celle d’une étoile voifine, mais je ferois obligé en quelque forte de dire, toutes les planètes devront néceffairement, dans la fuite des fiè-cles, s’éloigner affez de leur foleil pour l’abandonner, & devenir des comètes autour d’un foleil voifin (a).
- (a) On devra voir fans peine les phénomènes qui découleroient de mon hypothèfe , fi on vouloit la combiner avec celle de M. le Baron de Marivets & de M. Gouffier fur les Saifons de la Nature. On trouvera les idées de ces deux ingénieux Auteurs dans l’Ouvrage qu’ils publient fous le titre de Phyfique du Monde, & dans lequel ces deux grands Phyficiens déploient toutes les reffources de la fcience & du
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- Que l’on me permette de faire les obferva-tions fuivantes. Les différens phénomènes de la nature dépendent de caufes particulières ; ces caufes tiennent immédiatement à des caufes: plus générales ; celles-ci font liées avec des. lois plus générales encore ; & enfin toutes les. lois de la nature, quelque étendues qu’on les fuppofe , dépendent d’un premier principe , d’une loi unique émanée de la volonté de l’Etre fuprême. Il eft évident que cette loi unique ne peut pas avoir été prononcée différemment qu’elle ne l’a été ; je veux dire , qu’une loi quelconque fubftituée à cette loi fondamentale n’auroit pas pu former un univers tel que celui qui exifte. En effet, les lois de la nature font toujours obfervées : non - feulement tous les effets qui exiftent dépendent de cette loi , mais tout ce qui peut dépendre de cette loi arrive & exifte réellement. Deux lois différentes peuvent bien , à la vérité , produire quelques effets femblables ; mais tous ceux qui peuvent dépendre de ces lois, ne doivent pas fe ref-fembler, ainfi qu’il eft évident. L’univers n’auroit donc pas été tel qu’il eft, avec une loi fondamentale quelconque, différente de celle qui. le régit. La loi qui le gouverne n’a donc pas pu être prononcée différemment qu’elle ne
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- l’a été. A mefure que les caufes ou les lois particulières s’approchent de la loi unique & générale, & qu’elles expliquent un plus grand nombre de faits, leur nombre ne doit-il pas être moins confidérable ? & le nombre de celles qui pourroient les remplacer fans que l’univers changeât, ne devient-il pas plus petit ? N’efï-il pas alors en effet plus difficile de fuppofer que l’altération d’une caufe peut compenser l’altération de l’autre , & que les réfukats ref-tent les mêmes ?
- Si l’elprit humain pouvoit s’élever jufqu’à reconnoître une caufe de laquelle dépendiffent tous les effets généraux ou particuliers, jufques à trouver une loi-unique & fondamentale d’après laquelle l’univers dût exifter tel qu’il eft, il devrait donc être fûr d’avoir deviné la nature , puifque cette loi unique &. première ne peut être prononcée que d’une feule manière. Plus les differentes caufes que l’on pourra-imaginer fe lieront avec un grand nombre de faits , & plus elles devront être regardées comme-réelles , abffraftion faite de toute autre preuve. Et fi les caufes imaginées rendent raifon d’un très-grand nombre de phénomènes, & fe rapprochent beaucoup de la loi unique & fondamentale , ne devront-elles pas obtenir une très-
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- grande croyance , ne fuffent- elles fondées fur aucune preuve ? Lors donc que les principes d’une hypothèfe expliqueront un très-grand nombre de faits & de phénomènes, ne devront-ils pas être regardés comme très - fondés, ne fuffent-ils d’ailleurs étayés par aucune raifon?
- C’eft d’après ces idées que je defirerois qu’on jugeât mon travail : je voudrais qu’on obfervât auffi que mes différentes hypothèfes non-feulement font établies fur des principes dont on ne peut guère douter, mais qu’elles font encore confirmées par des expériences & des obfer-vations, & que toutes les conféquences qu’on, en peut tirer fe trouvent parfaitement d’accord avec les phénomènes.
- Au refte, fi la tradition facrée & la foi que nous lui devons s’oppofent à ce que nous donnions au monde une auflï grande ancienneté que celle que nous lui attribuons avec d’illuftres Philofophes , nous n’aurons qu’à changer quelques réfultats particuliers, qu’à modifier ce que nous avons dit s’être pafle dans les temps antérieurs au nôtre. Nous fuppoferons la plus petite ellipfe que la terre a parcourue, plus voifine de l’efpace que cette planète parcourt dans ce moment-ci : nous nous regarderons comme plus près du commencement de la durée de
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- l’univers ; mais nous n’en pourrons pas moins conclure tout ce. que nous avons annoncé pour les fiècles à venir, & tous les faits céleftes qui découlent de l’agrandiffement que nous avons reconnu dans les orbites. Nous confi-dérons les phénomènes que nous avons dit s’être paffés, comme des effets uniquement poffibles, & comme ceux qu’auroient produits les lois de la nature telles que nous les con-noiffons, fi Dieu l’eût permis, & d’après lef-quels nous avons pu prévoir ce qui arrivera dans les âges qui fuivront le nôtre. L’Eternel Sie nous ayant rien révélé fur la durée future de la terre & de l’univers, nous pouvôns toujours dire que les planètes aâuelles deviendront des comètes, que celles-ci fe jetteront dans des foleils & en projetteront des planètes, &c. Quelque temps que fuppofent toutes ces grandes révolutions, ne peut-on pas l’admettre , Dieu n’ayant pas voulu s’expliquer fur les temps à venir, & les ayant abandonnés à nos conjeâures & à nos recherches ? Nous regarderions alors ce que nous allons dire pour fixer nos idées, comme l’hiftoire abrégée de ce qui doit fe paffer, plutôt que comme le récit des chofes déjà arrivées. Nous admettrions également les atmofphères éleftriques & l’explica-
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- SUR L’E L ECTR I CIT É. 383 tïon des phe'nomènes qui en dépendent, parce que leur exillence n’eft fondée en aucune manière fur l’ancienneté du monde ; & nous ne confidérerions le refte de mes idées que comme des fuppofitions imaginées pour en déduire les événemens réels.
- Maintenant ramaffons les réfultats épars de notre hypothèfe ; élevons-nous en efprit, tra-verfons l’étendue immenfe de l’empire de notre foleil, & laiffons loin derrière nous les efpaces célefles que parcourent Jupiter & Saturne. Déjà nous avons franchi les bornes de la puiffance de l’aftre qui nous éclaire ; déjà il n’ell plus pour nous qu’une étoile : pénétrons au travers de cette multitude de foleils ardens & lumineux , de cette foule de mondes opaques & obfcurs, & allons-nous placer au fommet de l’univers. Jetons les yeux de tous côtés fur l’efpace : quelle étendue infinie occupent les cieux ! Nous avons peine à reconnoître notre foleil. Cet aftre & Sirius font féparés l’un de l’autre par une diftance de plus de fix millions de millions de lieues, & ils paroiflent cependant fe toucher. Embraffons, s’il eft poflible , l’enfemble de l’univers : quelle foule de foleils brillans & lumineux par eux-mêmes ! Autour de chacun de ces aftres, des planètes énormes
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- plus ou moins échauffées tournent majeftueu-fement: chacune d’elles eft enveloppée dans une vafte atmofphère éle&rique, & elles compriment toutes le foyer des ellipfes qu’elles décrivent , & y entretiennent, par leur poids, la chaleur & l’embrâfement. Les unes, encore ardentes & rouges de feu, reffemblent beaucoup à l’aftre qu’elles enveloppent dans leurs révolutions ; les autres, pénétrées d’une chaleur moins vive, offrent l’image d’une demeure délicieufe , d’une habitation fortunée : leur furface préfente des campagnes verdoyantes , couvertes d’épaifles forêts ; les orages qui les environnent & déchirent quelquefois leur fein , troublent cependant la férénité des jours qui. les éclairent, font couler des torrens de feu , & agitent la furface des mers qui les arrofent.
- D’autres planètes, plus refroidies encore, ne font plus que des globes de glace qui réflé-chiffent la lumière qu’elles reçoivent des corps lumineux qui les entourent. Parmi ces corps obfcurs, les uns parcourent feuls l’efpace des cieux ; les autres marchent accompagnés de planètes fecondaires, qui exécutent autour de leurs centres les mêmes mouvemens qu’ils exécutent autour du foleil. Toutes ces planètes agrandiffent à chaque inftant leurs orbites. A chaque
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- chaque inftant elles s’éloignent du foyer de leurs révolutions, & envahiffent de nouveaux efpaces : elles s’approchent de plus en plus des limites de la force attraôive des étoiles fixes, & font prêtes à lui échapper.
- D’un autre côté, d’autres corps obfcurs parcourent dans tous les fens des ellipfes alongées autour de chacune de ces étoiles : tantôt ils rafent la furface du foleil qui les maîtrife, & la fillonnent pour ainfi dire ; & tantôt ils s’en éloignent, & remontent à des diftances infinies pour redefcendre de nouveau. Une chevelure rayonnante les environne, ou ils biffent après eux une longue traînée de lumière.
- Notre imagination a peine à fe repréfenter le nombre de ces- corps errans qui parcourent en tant de fens divers l’immenfité des cieux, & la multitude des foleils, de ces vaftes globes de feu qui les régiffent. Au-delà de la foule innombrable des aftres, commence une foule d’autres foleils tout aufli innombrable, & notre imagination même ne peut atteindre à d’empire du dernier foleil qui brille dans les cieux, & au-delà duquel eft le néant ; cette ceffation de tout être réel, & de tout être imaginaire, même de tout fujet de penfée. Quelle infinité d’efpace ! quelle immenfité ! Tome //. B. b
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- Mais ne nous contentons pas d’obfervét l’étendue infinie de l’efpace ; foumettons aufli le temps à notre examen ; rappelons le paffé ; devinons l’avenir, & ne confidérons plus uniquement le fpeâaçle admirable & merveilleux que les deux nous préfentent ; mais repré-fentons-nous les diverfes révolutions qu’il a fouflfertes, & celles qu’il fubira encore.
- Nous appercevons des foleils éclater, lancer au loin leurs débris ; & les ruines de ces aftres brûlans, former des corps obfcurs qui vont décrire des ellipfes très - alongées autour d’étoiles voifines (a). Nous voyons des étoiles douées d’un mouvement progreffif, & errantes, pour ainfi dire, dans le ciel, dépouiller les foleils voifins de toutes leurs planètes, éteindre par-là le feu qui les confumoit, les déplacer elles-mêmes, & les obliger à circuler autour d’elles, pour être enfuite déplacées à leur tour par quelque autre étoile , & affervies â fes lois (b'). Nous découvrons encore dans les profondeurs des temps , de greffes planètes qui, douées d’une chaleur prodigieufe, ne la
- (a) Voyez les Epoques de la Nature, par M. le Comte de Buffon.
- (b) Voyez l’Hiftoire Naturelle de M. le Comte de Buffon.
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- perdent qu’au bout d’une période immenfe, voient fans ceffe diminuer leurs atmofphères éleâriques, & fans ceffe s’éloignent de leur foleil. Elles arrivent aux confins de fon empire , elles en paffent les bornes. A peine ont* elles échappé aux lois de fon attraâion, qu’elles font faifies par la force attraâive de quelque foleil voifîn. Devenues comètes de ce nouvel empire, elles defcendent vers leur nouveau maître d’un mouvement rapide & accéléré, s’approchent de leur nouveau roi ; &, douées d’une grande maffe & d’une grande viteffe, n’en fillonnent-elles pas la furface, &n’en rejettent-elles pas à des diftances immenfes, un torrent de matières liquéfiées ? La force d’at-traâion forme bientôt des globes des différentes parties de ce torrent enflammé & lumineux : ces globes ardens perdent infenfible-ment leur incandefcence, deviennent des planètes , des corps doués d’une température douce , des demeures fortunées : la nature vivante y déploie alors fa force & fa puiffance; elle y paraît dans toute fa beauté ; elle les revêt de plantes & de verdure ; elle en peuple les différentes régions d’êtres vivans & animés ; elle y place des êtres fenfibles, pour jouir de cet heureux féjour.
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- Ces planètes cependant agrandiffent chaque jour l’orbite qu’elles décrivent autour de leur foleil ; elles perdent chaque jour le feu qui les pénètre. En même temps que leur chaleur fe diffipe & s’exhale, la nature vivante les abandonne & s’éloigne d’elles : elles fe glacent, s’écartent de plus en plus de leur étoile, fe fouftraient à fes lois ; &, tombant dans de nouveaux empires, & y devenant à leur tour des comètes, elles vont y projeter des planètes nouvelles , de nouveaux corps obfcurs, qui deviendront des comètes à leur tour, formeront auflï des planètes, &c.
- Ainfi, un empire ne perd fes fujets & ne fe détruit peu à peu que pour aller relever un empire voifin ; celui-ci à fon tour en peuplera un autre de nouveaux fujets, qui iront fonder encore un nouvel empire ; &, pendant la fuite des fiècles, de nouvelles dominations fe formeront des ruines des anciennes. Les différens mondes feront détruits, métamorphofés, changés ; les foleils particuliers , en perdant leurs planètes, pourront perdre leurs feux, ou recevoir un nouvel embrâfement des comètes qu’ils afferviront & qu’ils gagneront : mais l’enfemble de l’univers, de cette multitude infinie de globes lumineux & de globes* obfcürs, fera toujours
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- le même } il fera toujours compofé de foleils autour defquels des planètes & des comètes tourneront en s’éloignant de leurs centres. Sans ceffe ces corps obfcurs pafferont fous une domination étrangère,y deviendront des comètes, y cauferont de grandes révolutions, y fonderont de nouveaux mondes : dans tous les temps, la même matière, après avoirbrûlé dans une étoile, en fera chaffée par un choc violent, formera une planète, deviendra une comète autour d’un foleil voifin, tombera dans fes feux, y brûlera de nouveau ; &, l’univers une fois créé, il n’a fallu qu’une feule planète tirée par la main du Tout-puiflafit du milieu d’un foleil, ou bien il n’a fallu qu’une comète lancée par fa volonté produftrice , pour que tout l’univers pût pré-fenter jufqu’à la fin des fiècles, le grand fpec-tacle que nous venons de confidérer. Quelle immenfité d’efpace & de durée ! quelle quantité de matière ! quelle infinité de globes ! quelle fublimité ! quelle harmonie dans les lois qui les régiffent ! Qu’il eft grand l’Etre fuprême qui d’un feul mot a tout créé, & d’un feul mot anéantira l’univers !
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- : 4 'A P PROBATION.
- J’ai lu, par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux, ÎEffaifurlÉleÜricité, par M. le Comte de î,a Cepede. Je n’ai rien trouvé qui pût en empêcher l’impreffion. A Paris , ce 6 mars 1781.
- SAGE.
- PRIVILÈGE DU ROI.
- L O U I S , par la grâce de Dieu , Roi de France & de Navarre : A 110s amés & féaux Confeillers, les Gens tenant nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Confeil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux , leurs Lieutenans civils, & autres nos Julliciers qu’il appartiendra : Salut. Notre bien amé le fleur Comte de la Cepede Nous a fait expofer qu’il defireroit faire imprimer & donner au Public un Ouvrage de fa compofition, intitulé : EJfai fur VÉlectricité, s'il Nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège à ce néceffaires. A ces caufes, voulant favorablement traiter l’Expo-fant, Nous lui avons permis & permettons de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui femblera, & de le yendre, faire vendre par tout notre Royaume. Voulons qu’il jouiflè de l’effet du préfent Privilège , pour lui & fes hoirs à perpétuité, pourvu qu’il né le rétrocède à perfonne ; & fi cependant il jugeoit à propos d'en faire une ceffion, l’Aéle qui la contiendra fera enregistré en la Chambre Syndicale de Paris , à peine de nullité, tant du Privilège que de la ceffion & alors,
- Ïar le fait feul de la ceffton cnregiftrée, la durée du préfent rivilège fera réduite à celle de la vie de l’Expofant, ou à celle de dix années à compter de ce jour, C l’Expofant décède avant l’expiration defdites dix années. Le tout conformément aux articles IV & V de l’Arrêt du Confeil du 30 août 1777, portant Réglement fur la durée des Privilèges en Librairie. Faifons défenfes à tous Imprimeurs , Libraires, & autres perfonnes de
- Sue qualité & condition qu'elles foient, d’en introduire d’im-jn étrangère dans aucun lieu de notre obéiffance ; comme aufli d’imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter ni contrefaire ledit Ouvrage , fous quelque prétexte que ce puiffe être , fans la permiflion expreffe & par écrit dudit Expo-fant, ou de celui qui le repréfentera, à peine de faifie & de
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- confifcation des exemplaires contrefaits ,. dé fix; mille-livres, d'amende qui ne pourra être modérée, pour la première fois,, de pareille amende & de déchéance d'état en cas de récidive & de tous dépens , dommages 8c intérêts , conformément à l’Arrêt du Confeil du 30 août 1777 , concernant les contrefaçons. A la charge que ces Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le Regiftre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris , dans trois mois de la date d’icelles ; que l’im-preflion dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume , 8c non ailleurs, en bon papier 8c beau caractère, conformément aux Réglemens de la Librairie, à peine de déchéance du préfent Privilège ; qu'avant de l’expofer en vente, le Manufcrit qui aura fervi de copie à l’impreluon dudit Ouvrage, fera remis, dans le même état où l’Approbation y aura été donnée , ès mains de notre très-cher 8c féal Chevalier Garde des Sceaux de France, le (ieur Hue de MiromÉnil ; qu'il en fera enfuite remis deux exemplaires dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notre très-cher 8c féal Chevalier Chancelier de France,le fieur de Maupeou, & un dans celle dudit (leur Hue de MiromÉnil : le tout à peine de nullité des Préfentes. Du contenu defquelles vous mandons 8c enjoignons de faire jouir ledit Expofant 8c fes hoirs , pleinement 8c paifiblement, fans fouflrir qu’il leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que la copie des Préfentes, qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin audit Ouvrage, foit tenue pour duement fignifiée, 8c qu’aux copies collationnées par l’un de nos amés 8c féaux Confeillers Secrétaires , foi foit ajoutée comme à l’original. Commandons au premier notre HuilTier ou Sergent fur ce requis, de faire pour l’exécution d'icelles tous A fies requis 8c neceftaires, fans demander autre permiffion , 8c nonobfiant clameur de Haro, Charte Normande, 8c Lettres à ce contraires ; Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris, le feizième jour de mai, l’an de grâce mil fept cent quatre-vingt-un, 8c de notre règne le huitième. Par le Roi en ion Confeil, Signé, L E B E G UE.
- Regiftréfur le Regiftre XXI de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris, n°. 2390, fol. 706, conformément aux difpofitions énoncées dans le préfent Privilège ; & à la charge de remettre à ladite Chambre les huit exemplaires preferits par l’article Cr III du Réglement de 1723. A Paris , ce 22 mai 1781.
- LE CLERC, Syndic.
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