De l'électricité médicale
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- JDiV rages du mime Auteur, qui se trouvent chez 1 mûmes libraires.
- >ES MERVEILLES DE LA NATURE, revue, corrigée et Considérablement . in-8 Paris, an X { 180a ). Prix bro-liv. franc de part par la poste.
- ____ île. Paris , a vol in- la.
- onde nhvsii e théoriciue et expérimentale : seconda 1 vri’ °
- , , faisant partie de la Biblio-
- s Dames. Paris , 5 vol. in-i8.
- Précis*historique et expérimental des Pfiénotiftnes électriques ; seconde édition. Paris , i vol. in-8.
- Dictionnaire de Physique. Paris , 4 vol. in-8.
- Supplément. Paris , 1 vol. in 8.
- Essai sur différentes espèces de gaz 5. seconde édition. Paris , 1 vol. in-8. La troisième est sous Presse.
- Nous plaçons la présenté édition sons la sauve-garde Vies lois protectrices des propriétés littéraires, déclarant que nous poursuivrons, suivant toutc leur rigueur,'tous ceux qui se~ permettroient de contrefaire cet ouvrage.
- Signatures des Éditeurs.
- De l’Imprimerie de P. N. ROUGERON, rue du Poln-Saiut-Jacques, Collégc-Gervais , n°. aC5.
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- 5^ /V)
- D E
- L’ÉLECTRICITÉ
- MÉDICALE,
- Par lût. SIGAUD LA FOND, professeur de physique et de chimie à l’école centrale du Cher ; associé de l’Institut national des Sciences et des Arts ; de la société Philotechnique de Paris ; des académies de Saint-Pétersbourg, de Falladolid, etc.
- A PARIS,
- Chez DeLAplace et Goujon,Libraires, rue des Grands-Augustins, n°. 3i-
- Am. XI ( i8o3 ).
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- PRÉFACE.
- sera peut-être étonné de voir pa-roître un Ouvrage sur F Electricité médicale , au moment où plusieurs célèbres médecins s’occupent du Galvanisme, qui n’est cependant qu’un mode particulier sous lequèl \e fluide électrique nous offre ses bienfaits j mais qui leur semble déjà plus actif que Y électrisation ordinaire contre les paralysies.. Personne ne desire plus que moi. que ce nouveau mode d’électrisation ne soit plus avantageux que celui dont il est ici question , et en attendant que l’expérience se soit définitivement prononcée à son égard, et qu’une multitude d’observations' constantes et authentiques ne nous laissent aucun doute sur la prééminence de ce moyen , ce qui exige beaucoup de recherches et conséquemment un laps de teins très-considérable , j’ai Gru qu’on me sau-roit gré de rappeler et de fixer le souvenir d’un autre qui mérite la confiance la
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- ij P RÉFACE,
- plus entière et par la multitude de bienfaits qu’il a déjà répandus et par ceux qu’il ne cesse de répandre journellement sur l’humanité souffrante.
- Puisse néanmoins l’heureuse prévention que les effets encore peu connus du Galvanisme ont fait naître , se changer en certitude entre les mains des savans médecins qui s’appliquent à en découvrir les vertus ; mais puisse aussi le zèle qui les anime en cè moment , ne se ralentir point , comme s’est ralenti celui de leurs prédécesseurs pour VElectricité médicale, qu’ils avoient accueillie avec la même ardeur et cultivée avec de brillans succès qui en faisoient espérer de plus brillans encore.
- Quand je considère ceux dont furent couronnés les travaux de Linné , à Upsal ; de Lindoult, à Stockolm ; de Dehaën, à Vienne en Autriche ; de de Sauvages, à Montpellier; de Gar-dane et Mauduyt , à Paris , et de plusieurs autres célèbres médecins , je
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- PRÉFACÉ. ' iif ne suis pas peu étonné (le voir une pratique aussi salutaire négligée de ceux qui pouvoient en tirer le meilleur parti.
- Je ne le suis-pas moins de la voir, pour ainsi dire , abandonnée aux physiciens non versés, comme eux , dans la connoissance du corps humain et des maladies dont il peut être affecté, encore moins dans celle des moyens de les combattre et de les guérir. Aussi ne se sont-ils traînés qu’avec peine dans une carrière que d’habiles médecins eussent parcouru^ à grands pas.
- C’est donc uniquement à leur zèle, à la multiplicité de leurs tentatives , à l’excellence du moyen , et non à des principes certains qu’ils sont redevables du grand nombre de guérisons qu’ils ont opérées , et c’est une raison de plus de nous plaindre de l’abandon dans lequel les gens de l’art ont laissé languir si long - tems une pratique qu’ils auroient dû favoriser de tout leur pouvoir, et dont les suc-
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- IV PRÉFACE,
- cès seroient aujourd’hui bien plus multipliés qu’ils ne le sont.
- Je ne disconviendrai cependant pas qu’il eût été difficile , pour ne pas dire impossible , à d’habiles- médecins, toujours fort occupés ,»de lui consacrer tout le teins qu’elle exige , sur-tout s’ils avoient voulu en faire l’application à tous les genres et à toutes les espèces de maladies auxquelles elle paroît applicable. C’est un travail immense qu’on ne peut attendre que de ceux qui peuvent en faire le principal objet de lçurs veilles et de leurs études ; mais , pour qu’ils réussissent dans ce genre de travail, il faut au moins qu’ils aient une idée suffisante des maladies contre lesquelles ils peuvent en faire usage,et qu’ils connoissent aussi le mode d’électrisation qui convient le mieux à chacune d’elles. Ce sont les connois-sances que je me propose de leur donner dans cet Ouvrage. Une étude particulière de la médecine , A laquelle j’ai consacré les premières années de
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- PRÉFACE. v
- ma jeunesse, et que j’ai toujours cultivée depuis ,. comme la partie la plus intéressante de la physique , parce qu’elle nous touche de très-près , me fournira les moyens de faire assez bien connoître les diverses maladies auxquelles VElectricité peut être favorablement administrée, leurs symptômes ; leurs principaux caractères ; et une longue habitude dans l’art d’administrer l’Electricité me mettra à portée d’indiquer le mode d’électrisation qui leur convient davantage.
- Pour mettre , dans une matière aussi étendue , tout l’ordre dont elle est susceptible , je divise cet Ouvrage en trois Sections.
- Je considère dans la première,non la nature du fluide électrique qui s’est dérobée jusqu’à présent à toutes nos recherches , à la sagacité des plus habiles physiciens ; mais ses diverses manières d’être dans les corps , ses différens modes , son action , ses effets sur le corps humain , et je démontre par une suite a'iij
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- d’expériences choisies et qui ne laissent aucune incertitude après elles , que VElectricité accélère le mouvement des fluides dans le système capillaire des animaux ; qu’elle multiplie le nombre des pulsations du pouls , dans un tems donné ; qu’elle augmente les produits de la transpiration insensible et des autres évacuations ; qu’elle agit aussi sur les solides auxquels elle rend le ton qu’ils ont perdu , ce qui me conduit à la connoissance de ses propriétés , de ses vertus médicales , dont je fais l’énumération.
- Dans la seconde , j’expose les divers modes d’électrisation , et je fais con-noitre les appareils nécessaires à chacun d’eux.
- Dans la troisième , beaucoup plus étendue que les deux autres prises ensemble , je traite, non de toutes les maladies auxquelles on peut administrer \e fluide électrique-,mais uniquement de celles auxquelles on l’a jusqu’à présent administré avec des succès constans , et
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- ellessont en grand nombre. Je présente sur chacune d’elles quelques-unes des observations que j’ai faites , celles qui m’ont le plus constamment réussi , auxquelles j’en, ajoute quelques autres faites sur le même objet par quelques habiles médecins ou physiciens. Celles - ci .viennent à l’appui des miennes et leur donnent tout le crédit qu’elles doivent avoir pour inspirer la confiance qu’elles méritent.
- Je ne me borne point ici, comme la plupart de ceux qui m’ont devancé à de simples indications de la maladie et de son traitement, ce qui ne seroit pas suffisamment instructif pour le physicien , ou l’amateur qui voudroit se livrer à ce genre de travail et se rendre utile à ses semblables ; je donne à chacune de ces observations tout le développement dont elle est susceptible. Outre cela, j’ai soin d’indiquer à la tête de chaque article les principaux caractères de la maladie qui en faitl’ob-jet. Quelquefois même , et lorsqu’il me
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- vnj PRÉFACE, paroît important de le faire , je dis un mot de son traitement ordinaire, et toujours du mode d’électrisation qui lui convient le mieux , de celui qui a plus constamment réussi que tout autre.
- J’ai soin de réunir dans le même cadre toutes les maladies qui appartiennent à la même famille, et pour cela je suis la Méthode Nosologique du célèbre Boissier de Sauvages, qui en forme dix classes particulières. Je ne m’astreins cependant pas à distinguer , comme lui, chaque classe en plusieurs . ordres , chaque ordre en plusieurs genres et chaque genre en diverses espèces , parce que , ne parlant uniquement ici que des maladies auxquelles on a administré le fluide électrique avec des succès constans , je serois souvent obligé de laisser de grandes lacunes . dans ces divisions , et ces lacunes affligeantes irriteroient la sensibilité du Lecteur.
- Pour réparer, autant qu’il est possible , ce défaut d’exactitude,, je me
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- PRÉFACE. ix
- garde de confondre les maladies qui appartiennerit à un certain ordre avec celles qui appartiennent a un autre de la même classe. J’ai la même attention pour celles de différons genres du même ordre , et je ne traite d’aucune d’un ordre inférieur, que je n’aie précédemment parlé de celles qui appartiennent à celui qui le précède , à moins qu’il ne s’en trouve aucune dans celui-ci, qui soit du domaine de VElectricité.
- C’est ainsi, par exemple , qu’en parlant des maladies de la première classe, que de Sauvages désigne sous le nom de maladies de la supeificie , qu’il distingue en sept ordres , ceux-ci en soixante-dix-huit genres , chaque genre en diverses espèces , et .n’en connois-sant aucune, dans le premier ordre , à laquelle l'Electricité ait été administrée, je commence par celles qu’il range dans le second ordre , qu’il appelle Elevures , par les Dartres , Herpes , qui font le cinquième genre de cet ordre.
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- Or, en parlant de ces sortes.de pustules , j’indique et je décris leurs diverses espèces , les caractères auxquels on les reconnoît. Je ne laisse point ignorer celles qui sont susceptibles d’être guéries par l'électrisation , ni le mode d’d-lectrisation qui leur convient. Quant aux autres qui ne céderoient point à ce moyen , je prouve, par des observations authentiques , que lé fluide électrique vient quelquefois très-bien à leur secours, et mieux que tout autre moyen. C’est ce qu’on a constamment remarqué à la suite d’un mauvais traitement qui a répercuté le virus herpétique et l’a fait rentrer dans les routes de la circulation; ce qui n’arrive malheureusement que trop fréquemment.
- Considérant ensuite les tumeurs de différens genres et de diverses espèces, j’insiste particulièrement d’abord sur une d’elles qui, pour n’être point dangereuse , est néanmoins très-incommode , souvent très-douloureuse, et ne cède point ordinairement, de l’aveu des
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- PRÉFACE. xj
- plus célèbres médecins , aux secours ordinaires de l’art ; mais ne résiste jamais à l’action du fluide électrique ; ce que je prouve par plusieurs observations constantes. Ces sortes de tumeurs, connues sous le nom A'engelures, lorsqu’elles attaquent les doigts , se nomment vulgairement mules , lorsqu’elles surviennent aux talons , et l’Electricité leur est également salutaire dans l’une et l’autre circonstance.
- Je parle ensuite des œdèmes , qui ne sont pas toujours des dépôts critiques qui se dissipent d’eux-mêmes. J’abandonne ceux-ci à la patience de ceux qui en sont affligés et auxquels la nature sera beaucoup plus favorable que l’art. Je ne parle point non plus de ces œdèmes qui surviennent aux personnes avancées en âge , et qui sont ordinairement, chez elles,les avant-coureurs de Vhydropisie qui les menace. Les autres espèces , les seules auxquelles je m’attache dans cet article, cèdent plus ou tnôins facilement sous la main bienfai-
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- xij PRÉFACE, santé du fluide électrique ; ce que plusieurs observations , toutes aussi authentiques les unes que les autres ? attestent incontestablement.
- Je n’oublie point ici une espèce partir culière de tumeur, connue sous le nom de tumeur blanche , dont on ne connoît point encore bien le véritable caractère; ce qui fait qu’on la confond quelquefois ayecYœdème. Plus difficile à traiter que toute autre, on l’a souvent vue se soustraire à toute l’activité des remèdes les mieux indiqués , point encore jusqu’à présent à l’action du fluide électrique.
- A la suite de ces diverses tumeurs , j’en considère deux autres d’un ordre différent , le furoncle extrêmement tourmentant et le panaris , qui ne l’est pas moins. Je ne parle cependant ici que du panaris superficiel ou cutané, le seul auquel Y Electricité ait été avantageusement administrée jusqu’à présent. Seroit-elle également avantageuse à ceux d’une autre espèce ? C’est ce que j’ignore ; c’est ce que l’expérience
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- PRÉFACE. xi! j
- seule peut décider , et néanmoins ce quejen’oserois tenter de mon chef, si l’occasion s’en présentoit.
- Je considère encore ici une autre genre de tumeur bien plus cruelle que les deux précédentes , et dont la catastrophe est aussi bien plus redoutable, le cancer , maladie malheureusement très-fréquente et contre laquelle je ne propose cependant point VElectricité comme moyen curatif ; mais uniquement comme un excellent palliatif, qu’on ne devroit jamais négliger. L’art, souvent en défaut contre cette cruelle maladie, devroit au moins s’empresser à modérer les douleurs atroces qu’elle provoque, en versant, pour ainsi dire, un baume adoucissant sur une plaie qu’il ‘ne peut fermer et cicatriser. Or ce baume n’est autre chose que 1ejl uide électrique.
- Je remarque encore dans cette même classe , non une véritable maladie , mais une infirmité tout-à-fait désagréable , au moins parmi nous , et endé-
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- xiv PRÉFACE, inique en bien des endroits, \e goitre) cu’on attaque ordinairement par des fondons , dont l’effet est presque toujours incertain, quelquefois même aussi dangereux que l’opération qui est rarement sans risque , et que l'Electricité fond , résout à la longue , sans porter atteinte à la santé du malade et sans lui faire éprouver le moindre accident.
- Pour peu qu’on réfléchisse sur les causes des diverses maladies de la première classe , dont il vient d’être question , on comprendra facilement que le même moyen pourvoit être également avantageux à quantité d’autres de cette classe , à celles qui procèdent des mêmes causes ; et il est plus que probable que nous aurions aujourd’hui la satisfaction d’en connoître uù plus grand nombre auxquelles l'Electricité eût été salutaire , si ce moyen de curation fût constamment resté entre les mains des gens de l’art. Tout nous porte donc à faire de nouveaux essais, de nouvelles tentatives qui puissent re-
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- PREFACE. xv
- culer davantage1 les limites des bienfaits de VElectricité médicale. La confiance et la persévérance dans ce moyen, auquel il est souvent important d’associer des médicamens internes appropriés à l’état des maladies qu’on entreprendra de traiter , étendront de plus en plus ses droits à notre juste reconnaissance. Ce que je dis des maladies de cette classe doit s’entendre également de celles de toute autre classe. Je passe à la seconde.
- Celle - ci renferme toute espèce de fièvres , que l’on distingue en fièvres continuesfièvres rémittentes etfièvres intermittentes. Jusqu’à présent quantité d’observations attestent que le fluide électrique guérit on ne peut mieux ces dernières et même celles qui ont opiniâtrement résisté arnt meilleurs moyens ordinaires de les trader. Reste donc à faire de nouveaux essais sur les deux autres espèces ; mais on ne peut les entreprendre prudemment que sous les yeux d’un habile médecin capable de
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- diriger'de semblables tentatives , et de remédier, au besoin , aux accidens auxquels elles pourroient donner lieu.
- Dans les phlegmaties ou maladies inflammatoires qui appartiennent toutes à la troisième classe, que de Sauvages divise en quatre ordres , j’en remarque particulièrement une dans le premier à laquelle le fluide électrique a rendu, plus d’une fois, de très-impor-tans services , non comme moyen de curation de cette fatale maladie , la petite vérole ; mais comme moyen secondaire très-propre à réparer la majeure partie des accidens, des dommages qu’elle traîne assez ordinairement à sa suite. C’est ce que je prouve par plusieurs observations très-frappantes. Puissent - elles l’être assez pour faire généralement adopter une méthode aussi salutaire , et à laquelle aucune autre n’est comparable. J’observerai néanmoins qu’avant d’entreptfendre un pareil traitement, il est important de consulter un habile médecin qui. décide
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- PRÉFACE. xvij
- «i le mal que l’on veut attaquer, comme dépôt de l’humeur variolique est de Mature à céder à l’action du fluide électrique.
- Il est peu de maladies dans cette classe qui aient été soumises aux bénignes influences de ce fluide , qui s’est montré on ne peut plus favorable à Vesquinancie, tant inflammatoire que catarrhale. A l’exception de celles qu’on appelle gangreneuses et convulsives , les autres se dissipent toutes plus ou moins promptement par de simples électrisations.
- Le fluide électrique est cependant on ne peut plus avantageux dans la plupart des maladies convulsives qui forment la quatrième classe, telles que le tic , la crampe, le tétanos, le tremblement ^ la danse St.-Guy et même Y épilepsie , la plus redoutable des maladies de cette classe, sur laquelle j’insiste avec d’autant plus de confiance, que je n’avance rien que d’après le témoignage de plusieurs savans méde-b
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- xviij PRÉFACE, oins de la ci-devant faculté de Pariai* tous témoins des merveilles opérées par l’Electricité sur plusieurs personnes attaquées de cette horrible maladie, dont j’ai soin de faire remarquer les diverses espèces, et d’indiquer celles au secours desquelles il seroit inutile d’appeler le fluide électrique , parce qu’elles sont , de leur nature , incurables et incapables de céder a quelque moyen que ce soit.
- Les essoufflement qui constituent la cinquième classe , et parmi lesquels je ne considère que le rhume et Vasthme, trouvent , le premier sa guérison , le second un grand soulagement dans l’administration du fluide électrique.“ C’est tout ce que je puis dire ici en faveur de l’Electricité.
- Passant donc dè cette classe, peu chargée de bienfaits électriques , à la sixième qui en regorge, pour ainsi dire, j’insiste davantage sur celle - ci qui renferme une multitude de maladies généralement connues sous les nonts
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- .de débilités , de paralysiez , et parce que c’est par leur guérison que VElectricité s’est annoncée favorable à l’humanité , et parce qu’elle s’est montrée telle dans le plus grand nombre des maladies de cette classe. Il en est cependant quelques - unes , et j’en conviens , qui lui ont constamment résisté , d’autres que l’on n’a pu guérir qu’au-tant qu’on lui a associé des médica-mens intérieurs convenables à l’état de la maladie ; quelques-unes enfin , ou plutôt quelques circonstances dans lesquelles il seroit dangereux de l’employer j quelque confiance , je dirai même , quelqu’assurance qu’on eût de l’efficacité de ce moyen ; parce qu’en guérissant effectivement le mal, contre lequel on en ferait usage , le fluide électrique occasionnerait des accidens plus graves et plus redoutables que lui. C’est ici le cas d’une contre-indication , qu’on ne doit jamais négliger en médecine.
- Abstraction faite de cet incident que
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- xx PRÉFACE.
- l’expérience atteste , et que j’ai cru ne devoir pas dissimuler , on ne sera pas moins étonné de la multiplicité des "bienfaits de ce fluide dans un très-grand nombre de maladies de cette classe. On lira sans doute avec autant de plaisir que d’intérêt, que la goutte sereine , souvent aussi prompte que l’éclair ; la surdité , qui nous rend incommodes à nous-mêmes , plus encore à la société ; la mutité qui fait le tourment de celui qui en est affligé, en supposant que ces maladies dépendent de la paralysie des nerfs qui appartiennent à l'œil, à Voreille , ou la langue , cèdent toutes plus ou moins facilement à l’action du fluide électrique , ainsi que plusieurs paralysies complètes ou incomplètes qui affectent une seule ou plusieurs parties du corps. S’il en est quelques-unes qui ne puissent être entièrement dissipées par ce moyen,leplus grand nombre en éprouve un soulagement réel et plus ou moins notable.
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- PRÉFACE. xx,
- La catalepsie , plus étonnante par la singularité de ses symptômes qu’inquiétante par son événement , si elle n’est la suite malheureuse d’une fièvre qui auroit épuisé les forces du malade; Yasphixie qui ressemble si bien à la mort ; la léthargie qui y conduit ordinairement ; toutes ces maladies qui font partie de celles de la même classe, trouvent dans VElectricité des secours plus prompts que ceux qu’on pourrait espérer de l’art le plus exercé. C’est ce que prouvent les observations que je rapporte sur chacune d’elles.
- Je range encore dans cette classe, non une maladie , mais une infirmité souvent plus pénible à supporter que la maladie la plus fâcheuse , l’état de stérilité, dans lequel certaines femmes languissent , et j’en parle ici , parce que cette infirmité fait le pendant de l'impuissance de l’homme , que de Sauvages met dans le second ordre des maladies de cette classe, et sur laquelle je n’ai rien à faire observer. Or >
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- xxij PRÉFACE, si l’on fait abstraction de quelques vices essentiels de conformation qui occasionnent quelquefois la stérilité de la femme , et auxquels il est presque toujours impossible de remédier, cette infirmité dépend assez ordinairement de quelques obstacles , que VElectricité surmonte plus ou moins facilement ; et c’est encore à l’expérience que j’en appelle ici pour constater cette assertion.
- Soit qu’il les guérisse complètement, soit qu’il les émousse seulement et les rende plus supportables , ce qui n’est point à dédaigner, le fluide électrique est encore très-salutaire dans les maladies de la septième classe , consacrée aux douleurs de toute espèce, vagues ou fixes.
- Je place à la tête des premières la goutte , le tourment de l’humanité , le fruit ordinaire de l’intempérance de l’homme. L’en guérir , seroit une espèce de prodige ; màis rendre ses douleurs moins vives , moins aiguës , abréger la durée de leur accès, en éloigner
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- les paroxismes , c’est ce que l’on peut attendre de VElectricité , qui exige ici beaucoup de prudence et sur-tout l’œil d’un habile médecin attentif à remédier aux fréquentes et quelquefois dangereuses métastases qui surviennent dans cette espèce de traitement.
- On n’a point le même danger à craindre , lorsqu’on emploie le fluide électrique contre des douleurs rhumatismales , quelquefois aussi poignantes que celles de la goutte. Le physicien peut se laisser emporter ici à toute l’ardeur de son zèle , et il est extrêmement rare qu’il ne soit point amplement récompensé de son travail et de ses joins.
- L’engourdissement , autre genre de maladie de la même classe, qui n’est souvent qu’un sentiment plus incommode que douloureux, cède facilement encore à VElectricité qui rétablit assez promptement une harmonie réciproque entre les solides et les fluides. En est-il de même d’une espèce particulière d'engourdissement qui est l’avant-cou-
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- xxiv PRÉFACE, reur , le présage d’une maladie subséquente? C’est ce que je n’assurerai pas; mais je ne crains pas d’attester que je n’ai point encore vu d’engourdissement dissipé pari e fluide électrique, (et j’en ai vu plusieurs ) qui ait été suivi d’aucune maladie dont on puisse le regarder comme le précurseur.
- Non moins salutaire dans les douleurs fixes , le même fluide les dissipe également bien. C’est ce qu’attestent plusieurs observations sur de fortes douleurs de tête , d'oreilles, de dents etc. dont plusieurs avoient déjà résisté aux remèdes les plus énergiques. La sciatique elle-même , espèce particulière de rhumatisme qui attaque la hanche et la cuisse , et dont les douleurs sont souvent atroces j ne résiste que très-rarement à l’efEcacité de ce moyen, et je suis toujours étonné lorsque jeme rappelle le nombre de celles que j’ai guéries dans le cours des deux premiers ' mois de l’an VII ; pendant lesquels elles furent beaucoup plus communesàBour-
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- PRÉFACE. xxr ges qu’on ne l’avoit jamais observé. Quelques-unes , à la vérité , se firent ressentir dans le courant de l’automne de l’année suivante ; mais quelle est la maladie qui ne revient plus après sa guérison ? Au reste , le même moyen remédia plus ou moins promptement à toutes ces rechùtes.
- Autant on voit le fluide électrique prodigue de ses bienfaits dans les maladies de la septième classe, autant on l’en voit économe dans celles de la huitième qui renferme toute espèce hallucinations , ou de maladies extravagantes. Si nous en exceptons en effet le seul •vertige qu’il guérit radicalement, les- autres , celles au moins contre lesquelles on a tenté d’en faire l’essai , lui ont constamment résisté ; quelques-unes même ont semblé. devenir plus graves , après ce genre de traitement. - Il n’en est pas ainsi des maladies de la neuvième classe , des maladies éva-cuatoires, des flux , qu’il ne faut cependant considérer ici que sous l’un
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- xxvj PRÉFACE, des deux rapports , sous lesquels ce sont de fâcheuses maladies. Comme simples Jlux , ils sont dans l’ordre de la nature : ce sont les moyens dont elle se sert pour débarrasser le corps d’une humeur excrémentitielle. Ils ne deviennent contraires à la sagesse de ses vues, ils ne sont de véritables maladies , qu’au-tant qu’ils s’écartent des limites entre lesquelles ils doivent être renfermés , qu’autant qu’ils pèchent par excès ou par défaut. Dans le premier cas , l’Electricité augmenteroit le mal, au lieu de le guérir, ou de le diminuer. Ce n’est que dans le second qu’elle peut lui être salutaire.
- Elle l’est particulièrement aux personnes du sexe parvenues à l’âge de l’adolescence, lorsque quelques obstacles s’opposent à l’établissement d’une fonction sexuelle, d’une évacuation périodique indispensablement nécessaire à la perfection de leur être. Quelques graves que soient ces obstacles , s’ils ne proviennent point d’un vice de confor-
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- PRÉFACE. xxvij mation , auquel on peut cependant quelquefois, remédier , quelque résistance qu’ils opposent souvent aux moyens ordinaires de l’art, il est extrêmement rare qu’ils ne cèdent point à l’action du fluide électrique. C’est ce que prouvent plusieurs observations que je cite en faveur de ce procédé.
- Également salutaire dans les retards ou dans la diminution notable de cette sécrétion une fois établie , VElectricité en accélère les retours , en assure les époques et la juste mesure. Est-elle entièrement supprimée, contre le vœu de la nature , car il est une circonstance , et par la suite un tems dans lesquels il est dans l’ordre qu’elle le soit , c’est encore VElectricité qui la fait reparoître.
- Non moins utile aux femmes dans presque tous les accidens qui influent sur leur constitution et altèrent leur santé, elle remédie, et mieux que tout autre moyen , aux suites plus ou moins fâcheuses d’un événement malheureu-
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- xxviij PRÉFACE, sement trop fréquent chez celles qui viennent de remplir la plus auguste des fonctions , qui viennent d’enrichir la société d’un nouvel être ; accident vulgairement connu sous le nom de lait épanché, et d’autant plus fâcheux , qu’il devient le germe d’une multitude de maladies que l’art ne peut souvent atteindre-, parce qu’on en ignore la cause. Or, c’est ici que VElectricité, purifiant la masse du sang d’un levain perfide dont elle est infectée , guérit en même-tems les diverses maladies auxquelles il a donné lieu.
- Comme les femmes , quelqueshommes sont sujets à certaines excrétions, certaines évacuations périodiques , qui peuvent être également supprimées , et , comme elles , ils trouvent aussi dans l'Electricité le moyen le plus assuré de les faire reparoitre , lorsque leur suppréssion les menace de quelque danger, et l’expérience vient encore à l’appui de cette assertion.
- Quoique les maladies de la dixième
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- PRÉFACE. xxix
- et dernière classe , désignées sous le nom général de maladies cachétiques on de cachexies , soient très-nombreuses pour le malheur de l’humanité, je n’en connois encore que cinq auxquelles F Electricité ait été administrée avec succès. Ce sont :
- 1°. U atrophie, lorsqu’elle n’est point universelle, ni accompagnée de \& fièvre hectique , de la phtysie ou du tabes.
- 2°. Cette espèce particulière d’œdématié qui survient aux femmes à la suite d’une suppression , ou d’une infiltration laiteuse.
- 3°. La chlorose , à laquelle sont exposées les filles nubiles et les veuves encore jeunes qui languissent les unes et les autres dans l’attente d’un meilleur sort. Je suis bien éloigné de croire cependant que toutes ces honorables victimes de la continence trouvent, dans 1 e fluide électrique , le rétablissement parfait de leur santé ; cet avantage , dont la plupart d’entre elles ont à seféliciter, n’est point aussi général
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- XXX P R É F A C E. qu’il serait à desirer j mais celles qui en sont malheureusement privées éprouvent néanmoins un grand soulagement, une suspension des progrès de la maladie , une diminution plus ou moins notable dans la gravité de ses symptômes ; ce qui leur procure le tems dé projeter, d’arranger et de terminer un heureux mariage qui, de l’aveu de tous les médecins , est le remède par excellence de ce fâcheux et piteux état.
- 4°. Les écrouelles, qui cèdent assez fréquemment à la seule action dufluide électrique ; mais dont la guérison ne peut ordinairementêtre regardée comme assurée , qu’autant qu’on a associé à ce fluide des médicamens internes propres à combattre , à détruire , ou neutraliser le virus scroptiuleuæ. Sans cette sage précaution , il est à craindre que ce virus assoupi ne se réveille tôt ou tard et nefasse reparaître les symptômes de la maladie. C’est ce que l’expérience a fait observer plus d’une fois ; mais aussi une nouvelle électrisation 7 réu-
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- PRÉFACE. xxxj nie à de bons médicamçns , a toujours fini par extirper entièrement le mal.
- 5». La gale , à laquelle je n’offre cependant pas }’ Electricité , comme moyen curatif ; mais comme une ressource plus certaine que toute autre contre un accident auquel cette fâcheuse et dégoûtante maladie n’est que trop souvent exposée , comme le moyen le plus propre à la ramener à la superficie , à la faire reparaître, pour la guérir ensuite avec les remèdes qui lui conviennent lorsque , par imprudence ou par ignorance , ceux dont on s’est servi ont répercuté le virus psorique , et l’ont fait rentrer dans les routes de la circulation , où il produit les ravages les plus terribles , les accidens les plus dangereux.
- En réfléchissant sur la multitude de maladies dont il est question dans cet Ouvrage ; en considérant qu’il en est peut-être un plus grand nombre encore auxquelles le Jluide électrique pourrait être également avantageux et qu’il
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- xxxij PRÉFACE, en est plusieurs qui résistent assez ordinairement aux ressources de l’art , jamais à l’action bienfaisante de ce fluide, on en conclura, sans doute, avec le savant Dehaën, que l’Electricité est, de tous les moyens connus de curation, le plus avantageux à l’homme, et j’ajouterai , le plus universel. Puissent de nouvelles recherches , de nouvelles tentatives , étendre beaucoup plus loin encore ses bienfaits. Puisse aussi le Galvanisme y joindre les siens.
- DE
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- I) E
- L’ÉLECTRICITÉ
- MÉDICALE.
- ,Venir au secours de l'humanité souffrante, guérir quantité de maladies plus ou moins c graves par des moyens plus doux et moins rebutans que les moyens ordinaires, en guérir certaines qui ne cèdent point toujours à ces derniers , c’est ce qu’on peut attendre de l’Electricité administrée au corps humain , et c’est l’objet de cet Ouvrage que je diviserai en trois Sections.
- Dans la première, je donnerai une idée de l’Electricité, de ses différens modes et de ses effets sur le corps de l’homme. Dans la seconde , j’indiquerai les diverses méthodes de l’administrer et je décrirai les appareils convenables à chacune d’elles. Dans la troisième, je parlerai des avantages qu’on A
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- 2 de t,’Electricité, en peut espérer en quantité de maladies que je ferai connaître par leurs principaux caractères , et je confirmerai chacune de ces assertions par des faits plus ou moins multipliés , tous constant et authentiquesi
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- SECTION PREMIÈRE.
- De V'Electricité, de ses divers modes et de ses effets sur le corps de l'homme.
- XjE globe que nous habitons et l’atmosphère qui l’enveloppe sont, par rapport à nous, le réservoir commun d’un fluide extrêmement subtil et mobile qui tend à se distribuer uniformément et à se mettre en équilibre entre tous les corps contigus. Si la nature de ce fluide , connu sous le nom de Jluide électrique , a échappé jusqu’à présent à toute la sagacité des plus habiles physiciens, sa manière d’être et la majeure partie des effets qu’il produit leur sont suffisamment connus, pour qu’ils puissent en faire usage et en tirer tous les avantages dont il sera question dans le cours de cet Ouvrage.
- Uniformément distribué entre tous les corps, chacun d’eux en contient une quantité donnée, que j’appelle sa quantité propre, ou sa quantité naturelle de Jluide élec-Aa
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- puf.”'
- 4 del’ElectbicIté trique. Dans ce cas, ce fluide ne donné aucun signe extérieur de sa présence dans le corps qui le recèle, et c’est la retison pour laquelle j’appelle l’état de celui-ci, un état neutre d’Electricité , état qui subsiste jusqu'à ce que, par un procédé quelconque, on soit parvenu à ajouter à sa quantité propre de fluide électrique, ou à en retrancher une partie. Dans la première de ces deux suppositions, le corps contiendra une quantité surabondante de ce fluide, et sera dans un état positif d‘Electricité, ou électrisé en plus. Dans la seconde, il en contiendra moins que sa quantité propre, et il sera dans un état négatif ttElectricité, ou électrisé en moins.
- . Ainsi donc ajouter à la quantité propre ou naturelle d’Electricité d’un corps, c'est l’électriser positivement, ou en plus ; retrancher de cette quantité, c’est l’électriser négativement, ou en moins.
- Ces deux derniers états se manifestent au-dehors par une multitude dé phénomènes qui se ressemblent si bien au premier aspect, qu’il est facile de les confondre,
- niais que le physicien sait distinguer par des moyens généralement connus.
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- MÉDICALE. 5
- H y a donc dans la nature trois modes, on trois états différens d’Electricité ; un état neutre, un état positif et un état négatif. Le premier est le seul qui soit conforme au vœu de la nature qui tend à distribuer uniformément le fluide électrique entre tous les corps environnans j les deux autres sont des états préoaires, je pourrais dire violens qui ne subsistent qu’autant qu’il se trouve quelqu’obstacle qui s’oppose à la distribution uniforme de ce fluide.
- Or le corps de l’homme est susceptible, comme tout autre corps, de ces trois modes d’Electricité. H peut être successivement dans ces trois états , dont le premier ne change rienàsa constitution naturelle que les deux autres' altèrent à leur manière, d’où résultent des changemens plus ou moins notables que je me propose dé faire observer, me bornant néanmoins à ceux qui proviennent d’un état positif d’Electricité, le seul dont j’aie fait usage, jusqu’à présent.
- Quant à l'état négatif, dont il est à présumer que l’on pourra tirer de très-grands avantages en plusieurs circonstances, je me bornerai à indiquer les moyens de le pro-
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- 6 de l’Electbicité
- duire et d’en faire l’application au corps
- humain.
- L’Electti- En considérant les effets que l’Electricité "‘X? k positive opère sur le corps de l’homme,. desUVfluldes j'observe d’abord qu’elle accélère singulière» âmê'caiîî- ment l’écoulement des fluides par les orifices tore animal, jes Ta;sseaux capillaires et conséquemment leur circulation dans le système de ces sortes de vaisseaux. C’est ce que Boze , savant professeur de philosophie à Wittemberg, avoit observé en 1743, observation dont il fit part à l’abbé Nollet qui la confirma par plusieurs expériences toutes aussi simples et aussi concluantes les unes que les autres. On en lira avec plaisir l’exposition dans son ouvrage intitulé : Recherches sur les causes particulières des Phénomènes Electriques, Plusieurs autres physiciens répétèrent ces expériences avec le même succès, de sorte qu’il ne restoit aucun doute sur la certitude du fait avancé par tloie, lorsqu’on 1788 le docteur Carmoy, médecin à Paray-le* Monial, se proposa de le soumettre à un nouvel examen.
- Doiitespro- Or il assure , qu’après avoir répété ces cette a°si™ expériences avec tout le soin possible, avec des tubes de différentes matières, de forme
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- MÉDICAL®. 7
- et de longueur différentes, dont le diamètre n’excéda jamais o mèt. oon ( i demi-ligne) et d’autres d’un diamètre beaucoup plus petit, il avoit observé que l’écoulement étoit tantôt en faveur, tantôt contre cette assertion ; mais il convient aussi que ces différences lui avoient paru dépendre de la liberté , on de l’embarras accidentel du tube.
- Je n’ai garde, dit-il dans un mémoire imprimé dans le Journal de Physique de Roiier, je n’ai garde de tirer de ces sortes d’expériences, une induction contraire à l’Electricité ; mais, ajoute-t-il , il seroit contre les règles d’une saine logique, d’en conclure en sa faveur. Oui sans doute, si nous n’avions d’autres preuves dé ce fait on ne peut plus important, que les résultats des expériences du docteur Carmoy, et encore s’il ne convenoit pas que cette accélération a lieu, lorsqu’il ne se trouve aucun ohstacle qui s’y oppose.
- D’après cela , continue - t - il , comment oser assurer que l'Electricité accélère la vitesse de l’écoulement des liquides par des ouvertures capillaires ? Est - il bien certain qu’un liquide qui ne s’écoule que lentement sans le secours de l’Electricité , s’écoule
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- 8 de l’Electricité promptement lorsqu’on l’électrise? Il ne faut que des yeux pour s’assurer du fait ; mais le docteur récuse ici leur témoignage et ne craint point d’assurer qu'ils nous induisent en erreur dans cette circonstance , en nous portant à croire que cet écoulement est plus abondant, tandis que la vitesse apparente qu’on remarque ici, n’est augmentée qu’aux dépends de la masse.
- S’il est possible de se tromper en jugeant à la vue de la quantité de l’écoulement par sa vitesse apparente, la balance est un juge irrécusable à cet égard.
- F.x]*rienc« Le io mars 1789 , je pris un vaisseau
- Eu.™ccs de métal fait en forme d’entonnoir auquel j’adaptai un tube de verre de o mèt. 0812 (3 pouc. de longueur) et de o mèt. 0011 ( 1 demi-lig.) de diamètre. Le vaisseau étant rempli d’eau distillée, je le laissai couler dans un bassin de cristal pendant l’espace d’une heure ; je pesai ensuite l’eau qui s’étoit écoulée gouttes à gouttes , pendant cet espace de teins : elle pesait deux hectogram. 1426 + 47 décig. 8026 (7 onc. 90 grains).
- Je répétai la même expérience, en électrisant, pendant 4e même laps de tems, le vaisseau que j’avois rempli de nouveau de
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- médicale. 9
- la même eau et ensuite suspendu au conducteur de la machine électrique , ayant soin de rapprocher suffisamment le hassin du tube capillaire, afin que la divergence des filets d’eau , qui a toujours lieu dans cette circonstance, n’excédât pas les bords de ce bassin. Or le poids de ce nouvel écoulement surpassa le précédent de i hectogr. 2238 -+- 33 décig. 4618 ( 4 onces 63 grains ).
- Je répétai plusieurs fois cette expérience, toujours avec des tubes de verre de diamètres différées , et toujours les résultats furent les mêmes à quelques légères différences près à la vérité ; mais qui annoncèrent constamment un avantage très-marqué à l’écoulement qui avoit lieu , lorsque l’appareil étoit électrisé.
- On peut donc regarder comme constant que l’Electricité accélère l’écoulement des liquides par les orifices des vaisseaux capillaires. Or les vaisseaux employés dans les expériences indiquées n’étoient point doués, comme ceux de l’homme et des animaux, d’une force contractile que le fluide électrique augmente et qui doit nécessairement accélérer eneore l’écoulement.
- Il est également constant que l’Electricité
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- tO DE l’ËLECTRICITÉ accélère le mouvement de la circulation des fluides dans le système capillaire des animaux ; qu'elle augmente et multiplie le nom-bre des pulsations artérielles dans un tems es puisa- donné. C'est un fait généralement reconnu pouTs. “ de la plus saine partie des physiciens élec-trisans. Wilkinson dit expressément que l'Electricité accélère d'un sixième les pulsations du pouls. Cavallo est du même avis. De Sauvages enseigne la même chose. Mau-duyt et quantité d’autres , que je passe sous silence pour abréger, confirment cette assertion.
- Ce dernier observe cependant qu’il se rencontre quelquefois des sujets moins sensibles aux impressions du fluide électrique et dans lesquels cette accélération est beaucoup moins sensible ; quelques - uns même dans lesquels elle lui a paru nulle. C’est ce qui justifie , jusqu’à un certain point, l'opinion de quelques physiciens qui révoquent en doute ce phénomène ; mais il est à croire que leurs observations n’ont point été assez multipliées pour qu’ils pussent prononcer sur cet objet. Qu’ils n’ayent point observé cette accélération dans les sujets sur lesquels ils ont opéré, je le crois volontiers, puisque le fait est pus-
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- médicale; n
- sible ; mais conclure, comme ils le Font, du particulier au général, sur-tout ayant contre eux l’opinion des plus célèbres électriciens et même du plus grand nombre , c’est une conclusion plus que hasardée, c’est une conclusion à rejetter.
- J’insiste encore sur cet objet, parce qu’il est de la plus grande importance en Electri-. cité médicale. Si donc mon propre témoignage pouvoit ajouter du poids à celui des savans cités ci-dessus, j’attesterois que dans une quantité étonnante de malades que j’ai traités , depuis vingt ans, que je ne cesse d’en électriser journellement , et que dans plusieurs personnes en bonne santé que j’ai eu occasion d’électriser dans mes cours, j’ai toujours trouvé , chaque fois que j’en ai fait l’épreuve, et je l’ai réitérée bien des fois, une accélération très - sensible dans les pulsations de leurs pouls. Je ne pourrois cependant indiquer la quotité de cette accélération, parce que , faute d’une pendule à secondes, je ne me suis jamais servi que de ma montre, en comptant chaque fois le nombre de pulsations pendant le passage de l’aiguille d’un trait au trait suivant qui indiquent les minutes sur le cadran ; ce qui n’est pas assez
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- rigoureusement exacc pour que l’on puisse connoître le véritable rapport entre les nombres des pulsations qui ont lieu pendant une minute dans une même personne, lorsqu’elle est électrisée, ou qu'elle ne l’est pas ; mais voici un fait qui ne laissera aucune incertitude à cet égard.
- a- Depuis trois ans, un homme âgé d’environ
- *” soixante, éprouvoit des palpitations de cœur qui, d’abord très - foibles', ne survendent que de loin en loin et ne lui causoient alors qu’un léger mal-aise.
- Cette incommodité s’étant accrue et devenue plus fréquente -, il eut recours au médecin Le Monnier , de la ci - devant faculté de Bourges , qui lui administra , mais inutilement , tous les secours qu'il jugea convenables à son1 état ; ce qui le conduisit à la troisième année de sa maladie.
- Bien persuadé de l’insuffisance de son art, le médecin imagina que l’Electricité pour-roit être utile à son malade et cette idée lui parut d'autant plus juste, qu’il observoit, depuis plus d’un an , que le pouls du sujet alloit en foiblissant de jour en jour; que ses pulsations diminuoient en nombre dans un
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- tems donné. Il me pria donc de l’électriser, ce dont je me chargeai sans aucune espérance de succès, parce que, d’après le récit qu’il me fit de la maladie et de ses symptômes , je soupçonnai qu’elle étoit occasionnée par un polype qui se formoit à l’une des oreillettes ou à l’un des ventricules du cœur, ou plutôt par une hydropisie du péricarde, assez bien indiquée , comme l’observe très-bien Diemerbroeck , par la gêne et la fréquence de la respiration qui étoient ici très-sensibies et par la lenteur du pouls qui l’étoit encore davantage, car ayant compté , avant de l’électriser , le nombre des pulsations qu’il faisoit, dans l’espace d’une minute , je n’en trouvai que quinze.
- Je l’électrisai d’abord par simple bain, pendant une heure et à la suite de cette opération , les battemens du pouls étoient devenus plus forts, plus amples , moins embarrassés et plus nombreux. J'en comptai vingt dans le cours d’une minute et le malade , dans un état habituel de foiblesse , se trouva moins foible.
- Le lendemain , je lui tâtai encore le pouls avant l’opération : il ne battait que dix-sept fois en une minute , et après une semblable
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- 14 D E l’E L E C T R I C I T £
- électrisation d’une heure, il battit vingt-une fois. L’augmentation n’étoit point ici dans la même proportion que la veille : elle n’étoit que de quatre pulsations et la veille elle avoit été de cinq.
- Dans l’intervalle de la seconde à 'la troisième électrisation qui devoit avoir lieu le jour suivant, il éprouva un accès de palpitations ; mais il ne fut ni aussi fort, ni aussi fatigant que les derniers qu’il avoit éprouvés, avant que j’eusse commencé à l’électriser. Je continuai donc l’opération avec tout le zèle dont j’étois capable ; mais non avec plus de confiance.
- Dans l’espace de douze jours il se trouva beaucoup mieux , sensiblement plus fort ; mais les pulsations n’excédèrent point le nombre de vingt-deux à vingt-trois par minute. Elles ne se bornèrent cependant pas à ce nombre. Dix jours après , elles s’élevèrent à vingt-sept, même Vingt-huit, et jamais elles ne passèrent ce nombre , lors même que l’Electricité que je lui administrais tous les jours étoit plus forte, ou que je prolongeasse la séance.
- Après un mois d’électrisation , je l’engageai à suspendre l’opération pendant quel-
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- ques jours , parce que je m’appercevois , depuis cinq à six, que l'effet de l’Electricité était absolument nul ; ce qui s’accorde très-bien avec le précepte d'Hyppocrate : Ab assuelis non fit passio. Je l’abandonnai donc au médecin qui le purgea dans cet espace de téms et lui administra d’autres remèdes. Il revint dix jours après. Pendant ce court espace de tems, son pouls avoit considérablement perdu. Il ne battait que dix» sept à dix-huit fois par minute, et pendant quinze jours que je continuai à l’électriser, je ne parvins à porter qu’à vingt-deux le nombre de ses pulsations ; ce qui arriva dès le second jour.
- Il survint alors quelques accidens qui l’obligèrent à interrompre le traitement électrique. Son médecin parvint à y remédier et le malade se disposoit à venir se faire électriser de nouveau, lorsqu'on sortant de chez lui, il tomba mort à sa porte, ce dont je n'eus connoissance que le lendemain. J’aurois fort désiré l’ouverture du corps, à dessein de constater le genre et l’espèce de maladie dont il'avoit été attaqué ; mais son médecin était allé ce jour-là à la campagne et je a’étais pas assez lié avec
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- i6 de l’Electricité la famille du défunt pour lui faire cette proposition.
- Quoiqu’il en soit , il n’en est pas moins constant, et c’est la seule induction que j’aie dessein de tirer de ce traitement, que l’Electricité accéléra d’une manière plus ou moins sensible les pulsations du pouls, dans le sujet dont il vient d’être question j ce qui confirme, on ne peut mieux l’opinion de la plus saine partie des physiciens électrisans qui prétendent que le fluide électrique augmente le nombre des pulsations artérielles.
- L'Efcctrid-. Un autre elfet également constant de UpTÆ.'tjc l’Electricité sur le corps humain et qu’elle tionbueui- produit d’une manière trop sensible pour qu’on puisse le révoquer en doute, c’estl’aug-mentation de la transpiration insensible dans la personne électrisée.
- On doit à Nollet la connoissance de cet effet, bien aussi important à connaître que le précédent. Yoici de quelle manière il le découvrit et le moyen qu’il employa pour s’en assurer.
- Considérant la multitude de pores exha-lans , répandus sur toute l’habitude de la peau animale , comme les extrémités d’autant de vaisseaux capillaires, et la matière de la
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- MÉDICALE. 17
- la transpiration comme un liquide qui tend à couler par ces ouvertures, et dont la sortie pourvoit être aidée ou forcée par l’influence du fluide électrique, il soupçonna que l’Electricité augmenteroit sa dissipation et conséquemment le produit de la transpiration insensible.
- Quelque bien fondé cependant que ce soupçon lui parût, il étoit directement contraire à un fait que le professeur Boze lui avoit attesté et qu'il avoit publié depuis. Il falloit donc consulter l’expérience pour savoir à quoi s’en tenir à cet égard. Ce fut le parti auquel Nollet se détermina ; mais il ne fut pas peu embarrassé sur le choix des sujets sur lesquels il opéreroit.
- Il comprit très-bien qu’il seroit difficile de compter sur les résultats des expériences de ce fait, qu’il pourroit faire sur le corps humain, soit à raison des instrument qui ne seraient point assez parfaits pour indiquer des quantités aussi petites que celles que l’on pourroit avoir à peser , soit à raison de la circonstance dans laquelle se trouverait la personne sur laquelle on opéreroit.
- La décence en eflet ne permettant pas qu’on la dépouillât de ses vêtemens , pep-
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- i8 de x’Electhicitê dant l’acte de l’électrisation, la transpiration insensible s’arrêteroit en grande partie dans ceux-ci, puisque l’expérience nous apprend qu’une chemise, portée pendant dix à douze heures , pèse Sensiblement plus qu’elle ne pesoit axant qu'on l’eût yêtue. Il ne seroit donc pas possible, en pesant une personne électrisée pendant un certain tems, de con-noître ce qu’elle auroit perdu pendant ce tems, par l’augmentation de la transpiration insensible.
- A cette difficulté , il s’en joint naturellement une autre dépendante également des circonstances qui influent plus ou moins sur la quantité de l’évacuation dont il est ici question. Ces circonstances sont le régime que suit la personne électrisée, son âge , son tempérament , le moment auquel on la soumet à cette opération soit avant, soit après ses repas, etc. etc.
- Nollet comprit très - bien ces difficultés et pour y remédier autant qu’il lui étoit possible , il imagina de faire ces sortes d’expériences sur de petits animaux , dont le poids étant incomparablement moindre que celui du corps de l’homme, ne ferait point éprouver un aussi grand frottement au fléau
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- «ISBICAlI, I9
- de la balance dont il ferait usage pour les peser J et conséquemment laisserait apperce-voir /de légères différences de poids qu’on ne pourrait saisir, en opérant sur le corps de l’homme.
- Or, en procédant sur de pareils sujets et avec toute l’exactitude dont il étoit capable, ce savant physicien parvint à se convaincre que l’Electricité augmente sensiblement les produits de la transpiration insensible.
- Il faut lire, dans son ouvrage cité ci-dessus , le détail des expériences qu’il fit à cet égard. Quelque curieux qu’il soit , il serait inutile , au but que je me propose, de les rapporter toutes. Je me bornerai donc à une seule , et elle sera suffisante et pour constater le fait dont il est ici question et pour indiquer les précautions qu’il faut prendre en pareilles circonstances, afin que l’on puisse compter sur la certitude des résultats qui se présentent.
- « Je pris , dit-il, deux chats de quatre ( E?P » mois ou environ ; ils étaient à-peu-près fai » de même grandeur, gardés, depuis douze quesi » heures dans le même lieu, et nourris des » mêmes alimens. Je les enfermai l’un et » l'autre séparément dans deux cages de
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- 20 DE l’EIECTRICITÉ
- » bois fort légères, que je marquai d’une » lettre pour les distinguer. Je pesai chaque » animal avec sa cage, et je mis son poids » en écrit.
- » J’en plaçai un sur un support de tôle > fait aussi en forme de cage que je suspendis » au conducteur de la machine électrique, » et je l’électrisai depuis sept heures du » matin jusqu'à midi ; l’autre resta à l’écart j> dans la même chambre. Après cinq » heures d’électrisation non interrompue, » je pesai comme auparavant les animaux » avec leurs cages, dans lesquelles je n’ap-» perçus aucun excrément.
- » Celui qui avoit été électrisé, avoit perdu y> de son poids 2 gros, 18 grains; l’autre » n’avoit perdu du sien que i gros, 24 » grains. D’où il paroît que l’Electricité » avoit causé sur le poids du premier, un » déchet de 66 grains, différence de 2 gros » 18 grains à 1 gros 24 grains.
- » Mais, ajoute-t-il, c’étoit en supposant » que ces deux chats, eussent transpiré éga-» lementsi ni l’un ni l’autre n’avoit été » électrisé, et l’on pourrait soupçonner que » la différence dont je viens de parler, étoit * .un effet du tempérament de celui qui
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- médicale.: 2i
- » avoit transpiré davantage : car tous les » animaux ont sans doute cela de commun » avec nous, chez qui la transpiration in-» sensible n’est point égale dans tous les » individus de la même espèce. »
- Pour vérifier le fait et savoir jusqu’à quel point on pouvoit compter sur les résultats de cette expérience , Nollet fit changer de fonctions à ses deux chats. Celui qui n’avoit point été électrisé le matin, le fut le soir pendant quatre heures, l’autre resta dans la même chambre.
- « Cette seconde expérience ayant duré, » dît-il, depuis trois heures jusqu’à sept, je » pesai les deux animaux : le premier avoit » perdu 2 gros, six grains de son poids, le » second I gros , 20- grains du sien ; ce qui » donna une différence de 53 grains , qu’il » n’est guères possible, ajoute -1 - il, d’at-» tribuer à une autre cause qu’à l’Electri-» cité. »
- Si aux résultats de eette expérience, on ajoute ceux de plusieurs autres semblables faites sur des animaux de toute autre espèce, que ce savant fit à la suite de celui-ci, on ne pourra raisonnablement douter que l’Electricité n’augmente très-sensible^
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- as de l'Electricité ment les produits de la transpiration insensible.
- Il lui restoit cependant encore un léger scrupule sur l’exactitude de cette expérience , sur la certitude de ses résultats ; il falloit savoir si les cages dans lesquelles il avoit tenu les animaux, tant pour les électriser que pour les peser, n’y avoient contribué en rieD.
- N’étoit-il pas en effet à craindre qu’ayant elles-mêmes diminué de poids pendant l’acte de l’électrisation, elles n'eussent quelque part à ces résultats. Pour éclaircir ce doute, Nollet pesa l'une de ces cages qu’il électrisa ensuite pendant l’espace de cinq heures, et il la trouva encore de même poids après l'opération. On ne peut donc absolument révoquer en doute que l’Electricité n’influe d’une manière notable sur la transpiration cutanée et qu’elle ne l’augmente sensible-
- J’ajouterai qu’elle augmente pareillement toute autre espèce £ évacuations et d'une manière également sensible. C’est ce que j’ai observé nombre de fois dans le cours d’une pratique de plus de vingt ans. A ne parler d’abord que de la plus grossière des
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- évacuations, j’ai vu cette fonction devenir journalière et plus abondante chez plusieurs personnes chez lesquelles elle n’avoit ordinairement lieu que de deux jours l’un, et chez d’autres chez lesquelles elle étoit encore plus tardive. J’ai électrisé une femme extrêmement constipée, qui n’alloit à la garde-robe qu’à force de lavemens, qui ne pro-duisoient pas toujours l’effet qu’elle en atten-doit, et pendant près de deux mois que je l'ai électrisée, à dessein de réparer les désastres d’un épanchement laiteux qu’elle avoit eu , elle m’a assuré qu’elle y alloit naturellement presque tous les jours. J’ai vu des personnes être dévoyées dès la seconde électrisation. Il en est de même des autres évacuations.
- Le médecin Mauduyt qui s’est particulièrement occupé’, et avec les plus grands succès , d'Electricité médicale, atteste la même chose et en donne pour preuves une multitude d’observations qu’il a faites sur un grand nombre de personnes auxquelles il a administré l’Electricité.
- . En parlant des évacuations sensibles, dans son excellent mémoire imprimé en 1784, aux frais du gouvernement, il remarque
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- 24 DE l’E LECTRICITÉ que l’action du fluide électrique se porte d’abord, au moins plus fréquemment, sur les glandes salivaires, que sur tout autre couloir; qu’il commence par procurer une évacuation de salive très-abondante ; qu’en-suite ce fluide se fait puissamment sentir aux reins, à la vessie ; ce qui augmente la sécrétion de l’urine ; mais que l’Electricité doit être plus forte et plus long-tems continuée pour procurer la liberté du ventre, liberté qui s’accroît, ajoute-t-il, à raison d’une plus forte dose d’Electricité, et quj peut être telle, qu’elle soit suivie d’une véritable diarrhée.
- Sans révoquer en doute cette dernière observation, ni celles qui les précèdent, je serois plus porté à croire que, s’il est des personnes qui ont besoin d’être fortement et long-tems électrisées, pour acquérir une grande liberté du ventre, il en est d’autres qui n’ont besoin que d’une Electricité modérée pour obtenir le même effet. Je crois également qu’il en est de même des autres évacuations; qu’e]les dépendent toutes de la disposition actuelle du sujet et de quantité de circonstances que nous ne connois-sons point assez bien pour établir des règles
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- MÉDICALE, certaines à cet égard. Toujours est-il constant, d’après les observations précédentes auxquelles je pourrois en ajouter plusieurs autres, que l’Electricité influe sur les divers organes de nos sécrétions dont elle augmente les produits.
- Dans le nombre de celles que j’aurois pu citer à cet égard, en voici une trop frappante pour la passer sous silence.
- Un nommé Martin Jacquet que j’électri-sois en iy83, à raison d’une sciatique dont il étoit tourmenté, et dont je le guéris dans l’espace de onze jours, urinoit assez copieusement et régulièrement trois à quatre fois toutes les nuits ; ce qui ne lui étoit jamais arrivé , m’assura - t - il, avant ce genre de traitement. Je l’électrisois dans la soirée et tous les jours après la séance, qui duroit une heure, il étoit pressé de ce besoin.
- Quant à la sécrétion de la salive , à Pex-ception d’un paralytique que j’électrisai en l’an IX, et qui salivoit copieusement pendant la durée de l’opération , ce qui se continuoit encore plusieurs heures après, selon son rapport, je me suis peu apperçu de l’augmentation de cette sécrétion, que je suis fort éloigné cependant de révoquer en doute.
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- 36 de i’ElectricitÆ Je suis donc intimement persuadé que le fluide électrique augmenté les produits de toute espèce de sécrétion tant sensible qu’in-. sensible j mais je crois aussi qu’elle ne les augmente pas toutes en même tems, ou au moins aussi sensiblement les unes que les autres.
- Aux effets précédens, sur lesquels la majeure partie des physiciens électrisans sont d'accord, le savant Priestley en ajoute un autre également certain. Il prétend que le fluide électrique augmente sensiblement la chaleur animale ; ce qui semble cependant contredit par l’expérience que voici. Electrisez fortement et pendant long-tems la boule d’un thermomètre très - sensible , et vous verrez la liqueur demeurer stationnaire dans son tube, à moins que la température de l’air ne vienne à augmenter pendant le cours de l’expérience.
- L’F.itctrici- En convenant de la certitude de ce fait, Î'C il n’en est pas moins vrai que l’Electricité animale. augmente ]a chaleur naturelle dans la personne électrisée , parce qu’il n’en est pas d’un fluide qui circule dans des vaisseaux élastiques, comme de celui qui demeure stagnant dans un vaisseau solide non contrac-
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- tile. Dans ceux-là, la circulation du fluide est accélérée par l’affluence du fluide électrique, ainsi que la pulsation des artères.
- Or cette double accélération augmente nécessairement l’intensité de la chaleur, à raison d’un plus grand frottement qu’elle occasionne. Je conviendrai donc que, si cette augmentation de chaleur n’est point immédiatement due à la présence du fluide électrique , elle n’en est pas moins réelle dans le corps animal, et c’est l’Electricité qui l’occasionne ; ce qui suffit pour que l'assertion de Priestley soit regardée comme certaine. Il est d’ailleurs facile de la confirmer par expérience.
- Mettez sous l'aisselle d’une personne la Bq*™"»» boule d’un thermomètre très - sensible ; la cette asscr-liqueur montera progressivement dans le tube de l’instrument. Lorsqu’elle sera parvenue à son maximum d’élévation, et qu’elle demeurera stationnaire, électrisez cette personne, bientôt après et pendant la durée de l’opération , qui demande à être continuée pendant quelque tems, vous verrez la liqueur monter de quelques degrés dans le tube.
- C’est donc un fait certain que le fluide électrique augmente la chaleur naturelle d’une
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- 28 DE l’EeECTRICÏTÉ Per80nne électrisée. H fait plus, il donne • augmente le du ton à ses solides, il rend à celles de ses bres anima- fibres, qui sont tombées dans le relâche-l"' ment, 'dans l’atonie, le ressort, l’activité qu’elles ont perdues. C’est ce que j’ai éprouvé plusieurs fois, et c’est ce qu’attestent les observations de plusieurs savans électriciens. Mauduyt est aussi de cet avis; mais il observe qu’il faut un laps de tems pour obtenir cet effet : oui sans doute, parce que le ton des fibres ne se remonte que progressivement ; mais toujours est-il constant qu’une simple étincelle électrique suffit pour produire sur-le-champ un degré de tension très-sensible dans une fibre extrêmement relâchée. Tous ceux qui ont électrisé des paralytiques, savent qu’un muscle paralysé ne résiste jamais à l’action subite d’une étincelle électrique dirigée sur lui ; ils savent qu’il se contracte sur-le-champ. C’est ce que de Sauvages, Jallabert, et quantité d’autres ont observé ; mais ils conviennent aussi que cette contraction n’est que momentanée ; qn’elle n’a lieu qu’au moment de l’éruption du fluide électrique; qu’elle cesse dès que ce fluide s’est dissipé, et on sait avec quelle rapidité il se dissipe. Cependant, en
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- retombant'dans leur état d’atonie , les fibres du muscle conservent une portion du degré de tension qu’elles viennent d’acquérir, et c’est ainsi que progressivement et à la longue le fluide éleetrique leur rend le degré de ressort, la force contractile qu’elles avoient perdue.
- En réfléchissant sur les observations pré-cédentes , nous en conclurons que le fluide du fluide électrique est tout-à-la-fois incisif, réso- elec,nT“-lutif, diaphorétiquc , ptyalgogue , diurétique , minoratif. Je démontrerai par la suite que c’est encore un excellent emmena-gogue. D’où je conclus qu’il peut remplacer tous les remèdes qui jouissent séparément de ces vertus , et il peut les remplacer d’autant plus avantageusement, qu’il pénètre toutes les parties du corps, sans éprouver la moindre altération, ce qu’on ne peut dire de ceux-ci qui éprouvent nécessairement diverses altérations en passant par les routes de la circulation.
- Quelque bon effet que l’on puisse attendre n cst aeJ du fluide électrique, il est des circonstances ‘"""Si. dans lesquelles il faut néanmoins lui asso-cier des médieamens convenables et appro- “jleciflrj,id“ priés à l’état du malade. Ils aident l’action dïmSüc.»
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- de ce fluide , et celui-ci leur procure un degré d’activité qu’ils n’auroient pas sans lui.
- J’ai remarqué plusieurs fois; par exemple , que, si l’on donne communément 9 décig. S606 ( 18 grains) de jalap pour purger un homme, moins de 1 décig. 5934 ( 3 grains) suffisent pour le purger également bien, si on l’électrise pendant l’espace d’une heure immédiatement après qu’il les a pris.
- Eu recommandant cette association de l’Electricité aux remèdes ordinaires de l’art, je n’entends parler que des médicamens qui se prennent intérieurement et nullement de ces fameuses méthodes italiennes , de ces médicamens extérieurs à travers lesquels ou faisoit passer le fluide électrique pour le faire arriver au corps de l’homme, de ces intonna-catures dont on a publié tant de merveilles qui ne se sont jamais vérifiées et dont je crois qu’il est important de donner une légère idée, parce qu’étant fort recommandées par des gens d'un très - grand mérite, il pourrait se faire qu’elles en imposassent un jour à ceux qui auraient occasion d’en entendre parler.
- Dans cette méthode d’administrer l’Elec-tricité.on parvenoit, disoit-on, à faire passer dans le corps du sujet les parties les plus sub*
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- tiles d’un médicament renfermé dans nn tube ou dans un globe de verre exactement bouché qu’on électrisoit, en le frottant selon la méthode ordinaire.
- On procédoit ici de deux manières. On faisoit frotter le tube ou le globe par le malade lui-même, ou l’on mettait celui-ci en communication avec un conducteur qui re-cevoit l’Electricité du vaisseau préparé, frotté par une personne étrangère ou parun cousin.
- On dut cette invention à un savant amateur de physique à Venise, nommé Pivati, qui la publia en 1747 dans une Lettre sur l’Electricité appliquée à la médecine, qu’il dédia à Zanotli , secrétaire de l’institut de Bologne.
- Quelques années après il publia un nouvel ouvrage intitulé : Réflexions physiques sur la Médecine Electrique, d ans lequel il insista sur la bonté de cette méthode et il indiqua la manière de préparer les vaisseaux destinés à ces sortes d’opérations.
- Suivant la qualité des drogues qu’on emploie à la confection de ces vaiseaux, on peut, dit Pivati , s’en procurer de diurétiques, de sudorifiques, de cordiaux, de céphaliques et tous, ajoute-il, auront lafaculté de
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- 3s de l’Elicthicité guérir promptement les maladies pour les-' quelles ils auront été préparés. Il cite en preuve de cette assertion des faits aussi difficiles à croirfe qu’à la vertu de sa méthode. En voici trois que je prends au hasard dans le nombre de ceux dont il fait mention dans la lettre citée ci-dessus.
- Guérisons Un évêque goutteux, dit-il, depuis nombre ™rTa«ri- d’annéesetau point d'avoir les pieds,les mains et les genoux retirés, fut guéri aussi promp-Icctriser. tement qu’il eût pu l’être par un miracle.
- C’en seroit effectivement un , si le fait étoit aussi vrai qu’il paroît peu vraisemblable.
- Voici le second. Une femme âgée de soixante ans , paralytique des bras et des mains, depuis six mois, récupéra , en moins de deux minutes , les mouvemens qu’elle avoit perdus.
- Le troisième concerne un jeune homme qui pouvoit à peine se tenir debout, à raison d’une enflure considérable qu’il avoit à la jambe et dont on avoit inutilement tenté de le guérir par .l’application des remèdes qu’on avoit jugés les plus convenables à son état. Il fut cependant guéri, dit Pioati , en moins de huit jours , par la méthode des intonnacatures.
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- Ët il est bien constant que l’Electricité Seule n’eût pu opérer de semblables merveilles. On ne pourrait donc les attribuer qu’à la vertu combinée du fluide électrique et des médicamens renfermés dans les vaisseaux dont on s’est servi pour électriser les' malades dont il vient d’être question j mais avant de prendre aucun parti à cet égard , il se présente deux questions à examiner, t.a première , savoir , si les faits rapportés par Pivati sont bien avérés. La seconde , s’il est possible que les parties subtiles des médicamens , mises en activité par le fluide électrique , puissent se tamiser à travers l'épaisseur des vaisseaux qui les renferment.
- Et d’abord les faits énoncés ci-dessus sont- Ces fait» 'ils bien avérés ? Nous n’en avons d’autre certain»? preuve que le témoignage de Piaati, connu à Venise pour un homme probe et très-instruit , auquel on peut joindre cependant celui de plusieurs autres savans physiciens qui assurent avoir été témoins de quelques faits semblables. De ce nombre sont le docteur Blanchi , chef du protomédicat de Turin 5 Mallarede , de l’institut de Bologne ; IVin-kler, célèbre professeur de physique à Leip- sick, etc. Mais je leur demanderai à tous par C
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- quelle fatalité les mêmes tentatives faites à Paris , à Londres et en plusieurs autres endroits , par plusieurs savons très-versés dans l’art d’électriser, n’ont-elles point eu le même succès ? Aussi Nollet dit-il très-bien à ce sujet, dans son ouvrage cité ci-dessus ; « Le verre d'Italie , l’air qu’on y respire, le degré de chaleur qui y règne , le tempérament des personnes qni y habitent, une façon d’opérer dont on nous aura fait un secret, la qualité des drogues employées dans ces expériences, seroient-ils donc la cause de ce que nos résultats se trouvent si différens de ceux qu’on nous a annoncés ? La crainte, ajoute-t-il , la confiance , etc. auraient - elles saisi l’esprit des malades au point de leur faire croire qu'ils étoient soulagés ? » C’est bien - équivalemment protester contre la certitude de ces faits, qui nous paroîtront encore moins croyables, si nous examinons la seconde question ; savoir, si les émanations des substances renfermées dans les verres dont on fait usage pour ces sortes d’expériences peuvent passer à travers les pores du verre.
- Si l’on consulte Veraîi , il nous assurera qu’un tube enduit de térébenthine répan-. doit une odeur très-forte qui se faisoit sentir
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- dans toute l’étendue de la salle dans laquelle on le frottoit.
- Pivad atteste la même chose : il dit expressément que l’odeur du baume du Pérou se faisoit sentir à travers un tube de verre enduit de ce baume et il ajoute que cette odeur se communiqua b deux personnes qu’on électrisa avec ce tube.
- Winkler en dit autant du soufre pulvérisé et renfermé dans un globe de verre. Ce globe étant électrisé , dit-il , l'odeur du soufre se répandit non-seulement dans toute la salle ; mais elle pénétra tellement la personne qui l’avoit frotté, que son haleine en fut infectée , ainsi que le lit dans lequel elle avoit couché le même jour.
- A ces témoignages en faveur du fait dont il’est ici question, j’opposerai ceux de Nollet en France ; de Jallabert à Genève ; de Watson à Londres ; de Boue à Wittem-berg , etc. Tous attestent positivement le contraire. Or une contradiction aussi manifeste sur un fait aussi facile à vérifier me détermina , en 1772 , à répéter ces sortes d’expériences.et une mal-adresse de ma part me mit à portée de concilier lesdeux opinions contradictoires que je viens de rapporter.
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- J’avois préparé quatre tubes de o mètre .4872 ( 18 pouces ) de longueur et Q mètre 0271 ( 1 pouce ) de diamètre. J’en avois enduit deux avec de l’huile de térébenthine , les deux autres avec de \acide benzoicfue ( fleurs de benjoint ). Ces tubes étoient hermétiquement fermés d’un côté, l'autre l’étoit par un bouchon de liège qui y entroit à frottement.
- Je les frottai assez long-tems les uns après les autres et à l’exception d’un seul enduit de benjoint, dont l’odeur se fit assez fortement sentir au - dehors , il ne transpira aucune odeur des trois autres. Etonné d’une différence aussi remarquable dans les résultats d’une même expérience, j’examinai avec attention le tube qui exhaloit au - dehors l’odeur, du benjoint et je crus m’appercevoir que le bouchon ne le fermoit pas exactement : qu’il ne touchoit pas à certains points de la circonférence de l’ouverture du tube. Je coupai le bouchon au niveau de l’ouverture et je le recouvris de mastic fondu que j’y appliquai avec soin, et lorsque ce mastic fut bien refroidi, je répétai l’expérience ; je frottai le tube fortement et long-tems, sans que l’odeur du benjoint se fît sentir.
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- Loin donc de soupçonner, de porter atteinte à la bonne foi des physiciens qui ont attesté que les émanations des substances médicamenteuses renfermées dans des vaisseaux de verre , peuvent s’échapper par les pores de ces vaisseaux , je serais assez porté à croire qu’ils n’avoient point assez bien fermé les ouvertures de ces vaisseaux et que ces émanations se sont effectivement portées au-dehors , non par les pores dit verre , comme ils l’ont cru , mais par les petits espaces libres et insensibles qui se trouvoient entre les bouchons et les verres.
- On conçoit de là ce qute l’on doit penser de cette fameuse méthode d’électriser les malades. La suivante qui nous vient du même endroit, également préconisée dans sou origine , ne me paroît pas mériter un meilleur accueil. Aussi singulière que la précédente , elle eut , comme elle , ses partisans et ses détracteurs. Elle consiste à mettre un fort purgatif entre les mains de la personne qu’on Autre me* électrise et l’on assure que le fluide élec- tllodc *’»-
- 1 tonnacatuie.
- trique, entraînant dans le corps de cette personne les parties les plus subtiles du purgatif, il produit spr elle l’effet qu’on pourrait en attendre, si elle le prenoit intérieurement-
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- Tout médicament cependant n’est pas propre à cette fonction j il faut, dit l’auteur, qu’il soit sec et résineux , qu’il ne soit point de consistance molle, propre à s’attacher à la peau. Il faut outre cela qu’il soit très-actif, dût-il être cathartique. On préfère ordinairement 1 ’aloès, la scammonée , la gomme gutte, etc.
- Il faut outre cela , ajoute -1 - on, que la personne sur laquelle on opère , ait la main bien nette, la peau douce et sans callosités, afin que les parties subtiles du médicament puissent la traverser aisément. Il faut enfin, pendant l’acte de l’électrisation, qu’elle serre fortement dans sa main la drogue dont elle veut éprouver lès bons effets.
- Grand partisan de cette méthode, Verati en fait un éloge pompeux dans ses Observations Physico - Médicales et il assure qu'il ne l’a jamais employée en vain. Nous avons donc présentement, dit - il , un moyen également sûr , admirable et commode de purger certaines gens qui ont peine à prendre toute espèce de potion par la bouche. On peut donc les évacuer aussi bien par l’électrisation que parles moyens ordinaires, issi peu Je conviendrai volontiers que cette méthode
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- seroit d'autant plus avantageuse, qu’elle épar- certaine que gneroit bien des dégoûts, si elle étoit aussi ü,“ sûre qu’on se plut d’abord à le publier; mais les différens essais qu'on en fit ensuite ne répondirent aucunement au désir qu’on avoit de la voir réussir.
- Personne ne le desiroit davantage que Nollet , en ce qu’elle favorisoit en quelque façon son système des affluences électriques.
- Il tenta donc plusieurs fois cette expérience avec tout le soindunt il étoit capable et toujours sans succès. Cependant, dit-il, dans ses Recherches sur les causes particulières des Phénomènes Électriques , j’ai appliqué à Cette épreuve des personnes de tout âge , de tout sexe, et dont plusieurs étoient d’un tempérament très-facile à émouvoir, et ces essais ont toujours duré plus d’une demi-heure sur le même sujet.
- On ne doit donc pas compter davantage sur cette méthode que sur la précédente.
- C’est une belle imagination qui honore la bonne volonté de son auteur. Je dirai la même chose de la. suivante, qui ne fut pas moins vantée dans son tems.
- Celle-ci est de l’invention de Brigoli. Il la publia dans une lettre imprimée à Yerone en
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- 40 DE l’Ei.kctbiçité 1748, sur la Machine Electrique. Mécontent du procédé de Pivati , dont il avoit inutilement fait Usage plusieurs'fois , il imagina de mettre le remède dans une bouteille qu’il donnoit à tenir au malade , en faisant pendre dans la bouteille un fil de métal qui communiquoit au conducteur de la machine électrique en action. C’est encore une espèce particulière d'intnnnacature.
- J’en ai fait , dit-il , l’expérience sur une petite fille, entre les mains de laquelle j’avois mis une .carafFe contenant un puissant diurétique et en peu de tems j’en ai obtenu d’heureux effets. '
- Blanchi fit en particulier plusieurs essais de cette méthode , et tous , assure-t-il , lui réussirent parfaitement. Il fit part de ses succès à Verati qui la vanta pareillement à son tour. Il les communiqua aussi à l’abbé Eottet entre les mains duquel elle ne réussit pas mieux que les précédentes.
- Elle fut cependant encore grandement préconisée par Raima, médecin Sicilien , dans un ouvrage qu’il publia sous le titre de Recherches Médico-Electriques , dans lequel il assure en avoir obtenu de très-grands succès contre plusieurs maladies qu’il indique et
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- du nombre desquelles la suivante mérite de trouver place ici.
- Un religieux dominicain, dit-il, attaqué d’une hydropisie ascite et abandonné des médecins, fut électrisé plusieurs fois, tenant à la main une caraffe remplie d’eau dans laquelle on avoit fait fondre un puissant purgatif. On avoit eu soin de lui attacher et de lui serrer les mains sur le vaisseau. Chaque fois qu’on l’électrisa -, il fut toujours purgé et dans l’espace de quelques semaines , il fut parfaitement guéri.
- Je ne me permettrai aucune observation sur cette méthode. Je demanderai seulement pourquoi, quelque tentative qu’on ait faite ailleurs , on ne l’a jamais vu réussir, comme on prétend qu’elle a réussi entre les mains de quelques médecins et physiciens ultramontains qui l’ont imaginée et préconisée ?
- Je serois assez porté à croire qu’il en fut de l’Electricité appliquée au corps humain en Italie , comme il en est ordinairement partout de toute pratique nouvelle en médecine. Le plus foible succès qu’on en obtient, en fait espérer de plus grands, l’imagination se monte , l’enthousiasme s’en mêle et l’on publie des merveilles qui n’existent que dans
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- 4i del’Electricitè l’espérance de ceux qui se flattent de les voir bientôt éclore. C’est ainsi qu’elles se multi-plioient sous la plume que conduisent la prévention , l’amour propre et souventl’intérêt ; et c’est ainsi qu'on discrédite un excellent remède dont on eut pu tirer un excellent parti t si on eût été plus circonspect sur les bons effets qu’on lui atttribue.
- Laissant donc de côté toutes ces méthodes particulières dont l’eificacité n'est rien moins que démontrée, je ne parlerai que de celles qui sont appuyées sur des expériences constantes , sur le témoignage de plusieurs habiles médecins et physiciens bien connus qui les ont mises en pratique et toujours avec des succès avérés.
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- SECTION SECONDE.
- Des appareils convenables à l'administration dujluide électrique et des diverses manières de l'administrer.
- T. E principal appareil nécessaire à ces sortes d’opérations, est sans contredit une bonne machine électrique. Or , quoique ces machines soient aujourd'hui assez répandues et assez connues, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister sur leur construction que j’ai amplement développée et dans mon Précis historique et expérimental des Phénomènes Electriques et dans le second volume de mon ouvrage intitulé : Description et usage d’un cabinet de Physique , je crois qu’il ne sera pas inutile d’en donner ici une légère idée, ne fut-ce que pour faciliter l’intelligence de ce que je me propose de faire observer sur la manière de préparer cette machine, de la tenir en bon état et d’en faire usage.
- Ceux qui voudront se procurer d’excellentes machines en ce genre , ainsi que
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- toutes les pièces qui en dépendent, pourront . s’adresser avec confiance au cit. Demoticr, rue du Jardinet, n“. 12, division du Théâtre Français, à Paris.
- Machine Cette machine solidement montée sur une éieetriijne table ( Planche I. ) est faite d’une glace
- positive. K J °
- qui tourne entre quatre coussins, dans un châssis au bas de l’un des côtés duquel on accroche une chaîne, qui communique d’une part aux coussins et de l'autre avec la terre humide , si elle ne peut se perdre dans.un réservoir d’eau. L’effet de cette chaîne est de faire communiquer les coussins avec le réservoir commun qui leur fournit le fluide électrique qu’ils procurent à laglace à mesure qu’ils la frottent.
- On conçoit que la quantité de fluide fournie - par la glace dépend , toutes choses égales dailleurs, du diamètre de cette glace. Une de omet. 6497 ào met. 8121 (24à 3.0 pouc.) de diamètre, est plus que suffisante à l’usage qu’on en veut faire ici. Je préfère les glaces soufflées de Cherbourg à celles de S.-Gaubin qui sont plus épaisses. J’ai toujours remarqué que celles-ci ne soutiennent pas aussi long-tems et avec le même degré d’énergie l’électrisation.
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- M É D I CA LE. 4^
- Le conducteur adapté à cette machine et qui soutire, pour ainsi dire, le fluide électrique de la glace, est un cylindre de cuivre, bien isolé sur deux colonnes de cristal solides, que je voudrais voir toujours couvertes de cire d’Espagne , ou au moins bien vernies d’un vernis à l’esprit de vin, qui les garantît jusqu’à un certain point de l'humidité qui s’attache très-facilement au verre et nuit à sa vertu isolante. Ce que je dis de ces colonnes , je le dis également de toute espèce de verre dont on se servira pour isoler.
- Chaque fois que l’on veut faire usage de cette machine, il faut avoir soin de la mettre en bon état, ce à quoi on parvient en essuyant bien la glace avec des linges chauds, ainsi que les colonnes qui portent le conducteur et en amalgamant exactement les coussins , après les avoir bien essuyés avec un linge pareillement chaud.
- On se sert assez avantageusement à cet effet d’oxide d’étain sulfuré jaune ( or massif ) , dont on les frotte mais, comme il est rare de trouver cet oxide bien fait, je préfère l’amalgame suivant.
- On triture dans un mortier de verre et avec un pilon de même matière du mercure
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- 46 D E i’E LECTRICITÉ et des feuilles d’étain , de ces feuiHes dont on se sert pour mettre les glaces au tain. Ou choisit les plus minces , celles qu’on vend sous le nom de Job ; on les déchire par morceaux pour les mettre dans le mortier et on triture jusqu’à ce que le mercure les ait entièrement dévorées , et qu’il. en résulte un amalgame qui ait une certaine consistance , sans être dur et sans que l’on voie le mercure s’en séparer et couler. Trop dur , on ajoute du mercure ; trop mou, de l’étain et on triture encore jusqu’à ce. que le tout soit bien incorporé. Cela fait , il ne s’agit plus que de bien nettoyer l’amalgame et de lui procurer le brillant qu’il doit avoir.
- Pour cela on le laisse dans le mortier et on verse par-dessus quelques gouttes d’huile d’olive avec lesquelles on le triture encore. Puis, prenant à la main un papier gris non collé , on l'essuie, avec ce papier qui se charge dune matière grasse noire , d’une "espèce de boue dont il est couvert et on le verse après cela dans un autre mortier , pour bien essuyer le premier qui se trouve lui-même tapissé de cette matière. "
- On réitère çette opération dans le second mortier , pour la refaire ensuite dans le
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- premier et alternativement dans l’un et dans l’autre , jusqu’à ce que l’on ait fait dispa-roître toute matière grasse étrangère à l’amalgame , et que celui-ci soit devenu aussi brillant que de l’argent et qu’il lie salisse plus les doigts qui. le touchent.
- Cet amalgame préparé, voici de quelle manière on l’emploie. On enlève' d’abord les quatre coussins de la machine ; on les essuie avec un linge chaud et on les remet en place. Prenant ensuite sur le bout du doigt une petite portion d’amalgame , on l’applique au bord de l’un des coussins , à l’endroit où la glace , que l’on fait tourner doucement , commence à passer entre ce coussin et son opposé. On amalgame successivement et de la même manière les trois autres , et l’on fait faire quelques tours à la glace qui se charge d’une portion.de l'amalgame qu’elle enlève aux coussins. On a soin de la bien essuyer avec un linge chaud et de lui enlever l’amalgame dont elle est chargée. On essuie aussi son bord qui s’en charge également et lorsque la machine est ainsi préparée, elle peut fournir, sans autre préparation, à une séance d’une heure. Dans les tems humides cependant,
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- 4® »e t*ELECTniciti
- l’Electricité foiblit de tems à autres. T .ors-* qu’on s’en apperçoit, il suffit de bien essuyer' la glace en la frottant avec un linge chaud-Si elle foiblit encore, on fait faire à la glace un tour ou deux en sens contraire et c’est un excellent moyen de ranimer la vertii électrique.
- " tic l’iso- A cet appareil , il faut joindre un bon isoloir sur lequel on fait asseoir les personnes qu’on électrise. C’est une espèce de banc fait d’un bois très-sec, dont toutes les parties doivent être bien arrondies , sans côtes et sans arrêtes. Mieux encore faudrait-il qu’elles fussent toutes couvertes de quelques couches de vernis à l’esprit de vin. Ce banc, que j’établis ordinairement sur un châssis supporté par quatre bouteilles très-sèches et remplies de quelques matières résineuses , peut également s’établir sur de fortes colonnes de cristal de o mèt. 2166 ( 8 pouces) de hauteur, qu’il faut pareillement vernir i pour les rendre plus isolantes.
- Cet appareil , ou tout autre de même espèce , dont on s’est constamment servi jusqu’à présent pour électriser des malades, est un appareil qui les électrise positivement , qui les surcharge de fluide électrique ,
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- trique, en ajoutant à leur quantité propre ou naturelle de ce fluide. Mais si l’on avoit
- dessein d’en électriser quelques-uns négati-
- vement , de leur enlever une portion de leur quantité propre de ce fluide , ce qu'il serait bien important de tenter en quelques circonstances dans lesquelles l'Electricité négative paroît on ne peut mieux indiquée , il faut que l’appareil soit autrement construit. Or , comme ces sortes de machines sont très-peu connues , on nous saura gré sans doute de les faire connoître par une description suffisamment étendue.
- Elles sont de deux especes , à raisoD de la nature du corps dont on se sert pour électriser. On emploie le verre dans les (mes, comme dans les machines électriques positives ; on emploie le taffetas verni dans les autres. Parmi celles delà première espèce, il faut particulièrement distinguer celle de l’académicien Le Roy, imitée quelque tems après par le célèbre artiste Nairne , qui substitua, dans sa machine, un cylindre de cristal à la glace que Le Roy avoit employée dans la sienne et conséquemment fut obligé de changer la disposition des diverses parties de son appareil. A ce changement près,
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- So DE l’Elecîhicit* ces deux machines sont, à proprement parler la même , et méritent d’être connues l’une et l’autre. J'insisterai donc sur chacune d’elles. Quant à celles de la seconde espèce , celles qui sont faites de taffetas verni, on en trouvera une description très-bien faite et fort étendue dans une brochure que le cit. Rouland, alors professeur de physique expérimentale dans la ci-devant université de Paris , publia en 1785 , chez Gueffier, rue de la Harpe , ou dans la seconde édition de mon Précis historique et expérimental des Phénomènes Electriques.
- Celle Je La machine de Ee Roy est à volonté positive ou négative, elle peut électriser un corps positivement ou négativement-, ce qui dépend uniquement de la communication de celui-ci avec l’un ou l’autre des deux conducteurs dont elle est munie. La voici, non telle que ce savant académicien l’imagina d’abord et la présenta en 1772 à la ci-devant académie des Sciences 5 mais telle qu’il l’a perfectionnée depuis et l’a fait connoître dans le journal de Physique , pour le mois d’août 1786.
- Elle est composée d’une roue R, R, (PI. II}
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- médicale. St
- de i mèt. 6242 (5 pieds) qui fait tourner ùne poulie r, r,' de o mèt. 1624 (6 pouces) de rayon , montée sur le même arbre que la glace P, P, de o mèt. 9745 ( 3 pieds ) de dia* mètre, dont elle est assez éloignée pour ne lui dérober que le moins possible de son fluide électrique.
- Cet arbre est soutenu et isolé par deux fortes colonnes de cristal S, S, arcboutées par deux autres colonnes T, X, qui donnent aux deux premières toute la solidité dont elles ont besoin pour résister aux ébranle-mens occasionnés par la rotation de la glace.
- Les coussins C , C , qui la frottent vers Tune des extrémités de l’un de ses diamètres, sont montés dans un ressort d’acier à deux branches et portés sur une forte colonne qui les isole. Us y sont montés de manière qu’ils puissent tourner librement sur eux - mêmes , afin qu’en changeant de position , relativement au sens selon lequel la glace tourne, on puisse donner , par ce moyen, une nouvelle force à l’Electricité qui s’affoiblit à mesure que les aspérités des coussins se détruisent, en se courbant, pour ainsi dire, dans le sens du frottement, comme Le Roy l’a très-bien démontré dans un autre Mémoire.
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- Pour que ces coussins , que la révolution de la glace tend à écarter et à faire bâiller, si l’on peut s’exprimer ainsi, soient plus exactement et plus fortement appliqués à l’endroit où la glace s’échappe d’entr’eux , cet ingénieux physicien a eu le soin d’appliquer au bord supérieur de chacun d’eux, une vis de pression, par le moyen de laquelle on les pousse et on les presse contre cette partie de la glace.
- A l’autre extrémité du même diamètre de celle-ci, ori voit une pièce de métal travaillée en forme de griffe G, G, qui s’avance . horizontalement et embrasse les deux faces de la glace sans les .toucher. Elle est hérissée de part et d’autre de pointes de métal qui dépouillent cette glace du fluide électrique qu’elle reçoit des coussins, lorsque la machine opère positivement. Daus ce cas, on . supprime la chaîne qui est attachée à la griffe et on la transporte soit au ressort qui presse les coussins , pour les faire communiquer avec le réservoir commun , comme ceux d’une machine électrique ordinaire , soit au conducteur dont il sera question dans un moment.
- Le Roy recommande ici deux précautions,
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- l’une dont j’ai déjà fait mention : il veut que les colonnes de cristal soient couvertes dfe cire d’Espagne, pour qu’elles isolent plus parfaitement les parties delà machine qu’elles supportent et il veut que la corde qui embrasse la roue et qui communique son mouvement à la glace soit de soie. Pour conserver à cette corde le degré de tension dont elle a besoin, il se sert d’une mécanique on ne peut plus simple.
- C’est une espèce de levier à charnière L, L, chargé d’un poids qui le tire de haut ' en bas et fait que le rouleau x presse la corde qui passe sous lui. Si elle venoit néanmoins à se trop relâcher, il ne s’agiroit que d’augmenter le poids q.
- Le complément de cette machine est un conducteur D, E, qui communique avec le ressort auquel les coussins sont attachés.
- Cette construction connue, il est facile de démontrer que cette machine peut produire à volonté une Electricité positive ou négative.
- Si en effet, et je l’ai déjà fait remarquer, la chaîne est suspendue soit au ressort des coussins C, C, soit au conducteur D, E, et quelle traîne par terre, la machine se trouve alors dans le même état qu’une machine or-D 3
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- 54 D E L’JÎ,L ECTBIGIli dinaire ; les coussins qui frottent la glace, reçoivent le fluide électrique du réservoir commun et le communiquent à cette glace qui s’en désaisit en faveur de la griffe G, G, qui est alors positivement électrisée et communique le même mode d’électricité à tout corps isolé qui seroit en contact avec elle.
- Si au contraire la chaîne est apportée et attachée à cette griffe , alors les coussins et le conducteur D, E étant isolés et ne pouvant plus recevoir de fluide électrique du réservoir commun, ils ne pourront en fournir à la glace qu’à leurs propres dépends, aux dépends de celui qui leur est propre et . qu’ils contiennent naturellement. Ils s’épuiseront donc de leur quantité propre de fluide électrique qui passera à la glace , decêlle-ci à la chaîne et se dissipera dans le réservoir commun. Dans ce cas, les coussins et le conducteur D, E, seront négativement électrisés. Il en sera de même d’un corps isolé qui communiquera avec ce conducteur.
- Veut-on que la même machine électrise tout à-la-fois deux corps, l’un positivement, l’autre négativement! Isolez ces deux corps de chaque côté de la machine et que l’un d’eux communiquant avec la <Jiaîne e, h,
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- attachée à la griffe G, G, l’autre commu-'niqueavecle conducteur D,E, le premier aéra positivement éleotrisé aux dépends du fluide électrique de l’autre qui le sera négativement.
- Veut-on enfin détruire toute espèce d’Elec-tricité tant positive que négative dans cette machine ? Rien de plus facile. La chaîne restant attachée par l’une de ses extrémités à la grille G , G, attachez son autre extrémité au ressort des coussins C , C, et alors ce sera en vain que vous ferez agir la machine ; elle ne donnera aucun signe d’Elec-tricité ni par sa griffe , ni par son conduc-; •iéûr.î’TÆ, et conséquemment ces deux corps deOjéurJgvmt constamment dans leur état 0XurejÇ]ou leur état neutre d‘Electricité. «Ç? Tels'%ént en peu de mots les effets que l’on ^piÜVattendre de la machine d'Safe-Roy , dont on peut se servir très-avantageusement pour électriser négativement des malades. On ne peut reprocher à cette machine d’autre défaut que celui d’être trop volumineuse et d’exiger un trop grand emplacement. Il seroit cependant possible, et sans nuire à sa bonté, de la rendre moins embarrassante , en supprimant la roue R , R , et en adaptant à U 4
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- 56 de l*Electricité l’arbre de la glace une- manivelle , dont le bras serait de cristal. Le mouvement en serait moins rapide, j’en conviens j mais il suffirait, comme il suffit dans nos machines électriques ordinaires , et avec cette modification , je la préférerais à celle de Nairne faite d’un cylindre creux dé cristal qui, comme les globes dont on se servoit anciennement, est susceptible d’une détonnation spontanée au moment où ton s’y attend le moins , ainsi que je l’ai fait observer dans mon Précis historique et expérimental des Phénomènes Electriques.
- Celle-ci est donc composée d’un cylindre de cristal A,B, (Plan.III) deomet. 5gSS ( 22 pouces ) de longueur, sur o met. 2707 ( 10 pouces ) de diamètre, dont les deux extrémités, en forme de goulots , sont mastiquées dans des viroles de cuivre , auxquelles sont soudés des cylindres solides de même matière qui forment les extrémités de l’axe du cylindre de cristal, isolé sur deux colonnes solides de cristal C et D surmontées par des boules de cuivre c, d , dans l’une desquelles roule une des extrémités de l’axe dü cylindre, tandis que l’autre traverse la boule d et se termine par un quarré sur
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- lequel se monte la manivelle, dont le bras E de cristal, fait tourner le cylindre A, B.
- A chaque révolution qu’il fait , il est frotté par un coussin à ressort F attaché su* la longueur d’un conducteur cylindrique de métalde o met. 6497 (24 pouc.) de longueur sur o mètre 0812 (3 pouces) de grosseur, monté et isolé sur deux colonnes solides de cristal G et H. Au bord supérieur du coussin est attaché un morceau de taffetas verni qu’on replie et qu’on laisse peridre sur le cylindre , moyen que l'on croit propre à s’opposer à la dissipation d'une partie du fluide électrique qui se porte du coussin au cylindre.
- On voit du côté opposé et en avant un second conducteur I semblable au précédent quant à ses dimensions et comme lui, monté parallèlement au cylindre A B et isolé sur deux colonnes de cristal K, L. Celui-ci porte sur sa longueur une lame de cuivre hérissée de pointes aigues de même matière et autant rapprochées qu’il est possible du cylindre sans qu’elles le touchent dans sa rotation. C’est par le moyen de ces pointes, qu’on n’a pu représenter ici, que le conducteur I tire de pe cylindre le fluide électrique qui y afflue.
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- 58 DE D’ELICTBICIli
- Le tout est établi sur une table très-solide sur laquelle chaque colonne de cristal est arrêtée par un écrou, qui se visse en dessous de la table sur une vis ménagée sous chaque patin dans lequel chacune de ces colonnes est mastiquée : les vis traversent la table.
- Comme toutes celles dont il a été précédemment question , les colonnes de cette machine doivent être recouvertes de cire d’Espagne ou vernies. Une chaîne de métal et une verge de même matière, terminée par deux boules , sont le complément de cette machine.
- D’après ce qui a été dit précédemment des effets de la machine positive et négative de Le Roy, la seule description de celle de N air ne suffit pour que l'on comprenne facilement que celle-ci peut et doit produire les mêmes effets ; qu’elle est, comme celle de Le Roy, positive ou négative à volonté : positive, si l’on attache au conducteur qui porte le coussin , une chaîne qui pende jusqu’à terre ; négative, si cette chaîne est suspendue au conducteur opposé I ; négative et positive en même - tems, si l’on supprime absolument la chaîne ; et que son eff et sera nul, si l’on fait communiquer les deux con-
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- ;ducteurs, en appliquant sur leurs parties saillantes, terminées pat dès boules a, a, la verge de métal indiquée ci-dessus. Je n’insisterai donc pas sur les effets de cette machine.
- Je passe à une autre considération, à l’examen des différées appareils nécessaires à l'administration du fluide électrique; mais pour les faire bien connoître.et pour que l’on puisse bien saisir leurs effets, il faut connoître les diverses méthodes d’administrer l’Electricité au corps humain.
- On les a extrêmement multipliées ces méthodes ; mais lorsqu’on les examine bien, on voit que plusieurs d'entre elles rentrent dans quelques autres. Je les réduirai donc aux sept suivantes ; le bain, les étincelles, lïr-roration, les frictions, Xinsujflatipn, l’e-r-haustion et les commotions. Elles feront chacune l’objet d’un paragraphe particulier.
- § I«r.
- Du Bain électrique.
- Le bain électrique consiste à bien isoler Hce de le malade et à le mettre en communication thode, avec le conducteur de la machine électrique
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- 6o de l’Electricité en action. Cette communication doit s’établilf non parune chaîne,comme onle faisoit anciennement : les aspérités qui se rencontrent à la courbure de chacun de ses anneaux dissipent une portion du fluide électrique qui les parcourt , et cette quantité dissipée-est perdue pour le malade. Elle doit donc se faire par une verge de métal de o met. 0045 ( 2 lignes ) ou environ de diamètre , courbée en forme d’arc à chacune de ses extrémités et terminée de part et d’autre par des boules de même matière de o met. 0271 ( 1 pouce ) au moins de diamètre , telles qu’on en voit deux suspendues à l’appareil ( fig. 5. Planche IY ).
- Les choses ainsi disposées , le malade est imprégné de toutes parts de fluide électrique , qui forme autour de lui une atmosphère qui l’enveloppe , pour ainsi dire , comme l’eau d’un bain enveloppe le corps d’une personne qui se baigne , et c’est la raison pour laquelle on donne à cette méthode le nom de bain électrique. Point de doute que , dans cette manière de l’électriser , le malade ne soit entièrement imprégné de fluide électrique et que ce fluide ne fasse effort pour s’échapper et ne s’échappe
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- MEDICALE. 6l
- effectivement par tous les points de l’habitude de son corps. Sur quelque point en effet que l’on porte le doigt, on en voit sortir une étincelle lumineuse.
- Cette méthode qui n’exige qu'une machine Rifle™.» électrique, telle que nous l’avons fait cou* noître ( Planche I ) , un bon isoloir que l’on eonnoît aussi et une tige de métal propre à établir une communication entre le malade et le conducteur de la machine, est sans contredit la plus simple et la plus douce méthode d’électriser un homme. C’est quelquefois la seule qu’on puisse employer sur certains malades , sur ceux sur-tout qui sont dans un tel état de foiblesse, qu’une méthode plus forte pourvoit les incommoder , ainsi que sur ceux dont le genre nerveux est tellement irritable , qu’ils ne pourraient supporter une électrisation plus active.
- C’est toujours par elle, et même par elle seule qu’il convient de commencer tout traitement électrique. C’est, comme l’observe très-bien Mauduyt, lin excellent moyen de sonder le sujet sur lequel on opère et de prévoir les effets dont l’Electricité sera suivie à son égard. Je n’oserois assurer la certitude de ce dernier fait ; mais je n'en suis
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- 6a DE L’ElrECTRlCITé
- pas moins de son avis , parce que, dans tout-traitement, il convient de commencer par le remède le moins actif et c’est pour cela que j’ajouterai que la première séance ne doit point être de la même durée que les suivantes. Je ne voudrois cependant pas qu’elle se bornât à une électrisation de quatre à cinq minutes , selon la méthode de quelques physiciens Anglois qui n’osèrent prolonger davantage la durée des leurs , dans la crainte que le fluide électrique n’agît trop-puissamment sur les sujets qu’ils électrisoient. Aussi n’oblinrent-ils jamais que d’assez foibles succès. Je donne toujours une demi-heure à la première séance et une heure aux autres , lorsque je vois que le malade peut supporter , sans incommodité , une électrisation aussi long-tems continuée.
- 11 est rare de trouver dés sujets qui ne puissent la supporter. Dans le grand nombre des malades que j’ai électrisés jusqu’à ce jour , je n’ai trouvé qu’une seule personne qui en ait été incommodée. G’étoit une fille de dix-neuf ans que j’électrisois à des„-sein de rappeler chez elle une opération sexuelle qui avait été supprimée à la suite
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- MÉDICALE. 63
- d’une peur survenue au moment où cette opération avoit lieu.
- La première fois que je voulus la retenir sur l’isoloir et continuer l’opération pendant une heure , à peine une demi-heure étoit-elle écoulée , qu’elle fut saisie d’une moiteur presque générale , et qu’elle tomba dans un état de mal-aise qui m’obligèrent de cesser le traitement. Ce fut encore la même chose le lendemain et les jours sui-vaiis ; de sorte que je me déterminai à ne l’électriser , chaque jour , que pendant l’espace de vingt à vingt-cinq minutes. Continuant régulièrement ce.tte opération , et ajoutant à la méthode du bain électrique, celle de 1 ’exhaustion , dont je parlerai dans un autre moment, j’eus la satisfaction de la voir guérie et rétablie dans toute la plénitude de ses fonctions naturelles, le vingt-unième jour du traitement.
- La seule méthode du bain électrique Circm»-suffit , lorsqu'il ne s’agit que de rappeler îe^JSies” la transpiration insensible supprimée , ou SiSkSit. notablement diminuée par quelque cause que ce soit ; elle suffit, lorsqu’il ne s’agit que de diviser , d’atténuer la lymphe , de donner plus de fluidité au sang, d’aceéié-
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- 64 de l’Elsotaicitê
- rer la circulation et de procurer plus do
- ton aux solides.
- § II- ' , ...i
- De\l‘électrisation par étincelles.
- Mie J» Dans cette méthode on dispose le malade thode."'" de la même manière que dans la précédente et on le met dans le bain électrique. Dana cet état et bien imprégné d’Electricité on présente un corps étranger aux diverses parties de son corps , à- celles dont on croit devoir tirer des étincelles. La présence de ce corps y fait affluer la masse de fluide électrique dont il est surchargé et elle s’en échappé avec éclat et lumière, en faisant . éprouver au malade une impression plus ou moins forte , plus ou moins douloureuse , selon que ce fluide est plus ou moins abondamment accumulé et selon la forme du corps dont on se sert pour tirer ces étin-
- â Toute espèce de corps, pourvu qu’il soit
- sdnceües déférent, conducteur du fluide électrique, <l««rW°rp* sera propre à tirer des étincelles. On les tire très-bien de la jointure d’un doigt plié
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- M à b i c À L Si 65
- sur lui-même. C’est de cette manière qu’on les tire ordinairement dans les expériences de ce genrë que l’on fait en physique -, mais celui qui les tire éprouve , comme cel.iii dont il les tire, là même impression, le même sentiment de douleur qui accompagne l’irruption du fluide électrique , et eette impression trop souvent multipliée dans la circonstance dont il est ici question, ne pourroit que lui être très-désagréable. Il est donc convenable de l’en garantir et pour cela il faut qu’il lés tire avec un corps étranger et que ce corps soit isolé par rapport à luii
- On se sert avantageusement à cét effet d’un gros fil de métal terminé par une boule de même matière, ou émoussé et arrondi par un bout et dont l’autre extrémité est implantée Alans un manche de verre ou de cristal que l’on tient à la main, et qui empêche le fluide électrique de se porter jusqu’à elle ; mais, comme il-faut que ce fluide se dissipe dans le réservoir commun, on a soin d’adapter une chaîne de métal à l’extrémité de ce fil , à l’endroit x>ù il pénètre dans le manche, et cette chaîne traînant par terre, le fluide électrique qui
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- 66 de L* ELECTRICITE y aborde se dissipe dans le réservoir commun.
- Excitateur. Cet appareil est représenté fig. i et 3, Plan. IV. On l’appelle excitateur. H a un double .avantage. Il garantit celui qui tire les étincelles des impressions douloureuses qu'elles lui feroient éprouver . et outre cela il empêche que le fluide électrique ne parvienne jusqu’à lui et ne passe à travers son corps , pour se dissiper dans le réservoir commun. Or, ce fluide étant altérant de sa nature , il ne pourrait en passer une grande masse à travers le corps d’un homme qui se porte bien , sans occasionner quelque altération plus ou moins sensible dans quelques-unes de ses fonctions. C’est ce que j’ài éprouvé toutes les fois, ou au moins le plus fréquemment, lorsque je me suis servi d’un simple fil de métal que je teuois *i la main pour exciter , pendant toute la durée d’une séance , des étincelles d’une personne que j'électrisois. A la suite de'cette opération et dans l’espace de moins de douze heures ? j’etois purgé deux à trois fois. Il est donc ' important de ne point négliger la précaution ci-dessus indiquée , pour éviter pareil inconvénient, Ou tout autre, en isolant l’ex-
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- M £ D I C A L E,
- citateur avec lequel on tire un grand nombre d’étincelles d’une personne électrisée ; précaution qu’on peut négliger , si l’on a dessein de n’en- tirer qu’un très - petit nombre. '
- Les étincelles excitées par le premier de ces excitateurs sont plus fortes, plus grosses, plus nourries , plus éclatantes et moins douloureuses que celles qu’on excite par l’extrémité arrondie du second ( fig. 2. ) ; ce n’est cependant pas une raison de le préférer toujours à l’autre : il est des circonstances , et nous les ferons connoître par la suite, dans lesquelles il est important que ces étincelles soient irritantes. C’est alors du second excitateur dont il faut faire usage.
- Cette manière d’électriser par étincelles est particulièrement indiquée dans les cas : & atonie , *de faiblesse , de stupeur; à'engourdissement et sur - tout dans les cas de paralysie. Elle ne suffit cependant pas toujours dans cette dernière circonstance. C’est ce que j’aurai occasion de faire observer, lorsque je traiterai de l’Electricité appliquée à cette maladie; mais quand on l’emploie pour elle , il est important de bien distinguer les muscles affectés de paralysie,
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- 68 DE l’Electricité
- ceux qui sont tombés dans le relâchement s
- de ceux qui sont en bon état.
- C’est de’s premiers et non des autres qu’il convient de tirer des étincelles , parce que ce mode d’électrisation produisant un certain degré de tension dans les fibres des muscles sur lesquels on opère, il faut éviter de procurer un nouveau degré d’énergie aux muscles antagonistes , qui n’en ont déjà que trop par rapport à ceux qui sont tombés, dans le relâchement.
- Manières En tirant des étincelles des muscles que je à opérer. viens d’indiquer , il est important de leur faire suivre le trajet des nerfs qui s’y distribuent. C’est le moyen le plus sûr de les rappeler à leurs fonctions et c’est.le but qu’on se propose ici.
- Il est quantité de circonstances dans lesquelles on est obligé d’exciter des étincelles de diverses parties du corps qu’on ne peut atteindre que par des appareils , des excitateurs particuliers, d’une forme différente de celui dont il vient d’être question. C’est au génie de celui qui veut opérer, de leur donner la forme qui leur convient. J’en indiquerai cependant deux. Ils feront voir qu’il «st très-facile de les modifier.
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- L E.
- MÉDICALE. 69
- Supposons i.° qu’il s’agisse de tirer des étincelles du palais ou du fond de la bouche d'un malade ; il est évident que l’excitateur décrit ci-dessus ne pourroit y être commodément ni favorablement employé. Or , en voici un autre on ne-peut plus commode à
- cet effet.
- AB, ( Planche IV, fig. 9 ) est un fil de métal de o mèt. 0045 ( a lignes ) ou environ de diamètre ; il se termine en D, par une espèce d’olive solide de même matière et en B par une boule C de o mètre 0068, à O mèt. 0090 ( 3 à 4 lignes ) de diamètre. Une partie de la longueur de ce fil qui doit avoir o mèt. 2166 (8 pouces ) ou environ de longueur , est renfermée et mastiquée dans un tube de verre È, F, qui l’isole. ;
- On tient l’appareil par ce tube et ayant appliqué le bout de son olive-D; sur la partie dont on veut tirer l’étincelle , on fait jouer la machine électrique avec laquelle la personne que je suppose isolée, est en communication. Lorsqu’on la croit suffisamment chargée d’Electricité, on excite l’étincelle de la boule C, soit avec le doigt, soit avec tout autre corps déférent quelconque. Si l’on veut se garantir de l’impression désagréable qu’elle
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- excite, en la tirant de cette manière, on peut faire usage du précédent excitateur garni de sa chaîne qui pend par terre.
- Le même appareil est également propre à opérer sur le grand ou sur le petit angle de l’œil , sur lequel on applique pareillement le bout de l’olive D. On n’a point à craindre ici que le globe de l’œil en soit affecté* parce que le fluide électrique que l’étincelle décharge , ne peut partir que du point sur lequel l’olive est appliquée. Avec un peu d’habitude dans ces sortes d’opérations , on pourroit également se servir de l'appareil représenté ( Planche IV, fig. 2 ); c’est un .excitateur semblable à celui de la fig. i , avec cette différence qu’au lieu de se terminer par une boule d’un assez gros diamètre, il se termihe' par une espèce d’olive métallique A ; mais-son service, dans les cas, indiqués ci-desèiiSexige plus de dextérité de la part de celui- qui s’en sert qtie l’excitateur représenté ( 9). *•
- S?agit - il d’opérèr dans le conduit auditif? oa On se sert d’unè autre espèce d’excitateur qüé voici : a , b , ( PI. :1V > fig. 3 ) est un gros fil de métal terminé éœ A par une espèce d’olive fort alongée de même matière et
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- médicale. 71
- arrondie à son extrémité d, qu’on introduit dans le canal de l’oreille. Ce fil glisse au besoin et à frottement dans une boule de métal B, portant en dessous une virole mastiquée sur un manche de cristal C, que le malade tient à la main, cômme plus capable que tout autre de diriger l’instrument, sans blessçr l’organe dans , lequel il l’introduit. Les choses ainsi disposées, on électrise ensuite le malade et l’on excite les étincelles à l'extrémité b du fil de métal, à l’anneau G, qui le termine et par lequel il communique au conducteur de la machine électfiqüe.
- Dans tous ces-cas et autres semblables , le malade doit être tenu dans lé bain électrique 5 mais il est de& circonstances dafis lesquelles il suffit de porter le fluide élec-trique sur quelques parties , de lancer dessus de fortes étincelles que l’on fait, pour ainsi dire, pleuvoir sur elles. Alors il n’eSt pas nécessaire que le malade soit isolé" et communique avec le conducteur de la ma-1 chine en action. On se sert ici d’une autre méthode qui va faire lé Sujet du paragraphe suivant.
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- 73 pe l’Electricité
- § III.
- De l'électrisation par voie d'irroration.
- Hér, h J] suffit ici que le malade non isolé soit tWe. à la portéè du conducteur , et on se sert de l’appareil suivant , qui est lui-même une espèce de conducteur brisé , dont les parties flexibles à volonté peuvent se plier et se diriger , de manière que l’extrémité de la dernière s’approche suffisamment de la partie du msrfade sur" laquelle on veut porter le fluide électrique.
- Con.hc- . Ce conducteur ( Plan. IV , fig. 4. ) est' Bot use, c0mp0se: (]e trois tubes cylindriques de cuivre a , b , c., de o met. 8248 ( 1 pied ) de longueur chapun et de o met. 0271 ( 1 pou. ) de grosseur , séparés les uns des autres par des tuyaux de peau p , p , auxquels ils sont joints et arrêtés. Ces tuyaux sont tenus renflés par des ressorts à boudin qu’on y renferme. Ils sont faits, d’un fil d’archul très-élastique-tourné sur lui-même. A l’aide de ces tuyaux , les deux cylindres h , c , ont toute la flexibilité qu’on puisse desirer et se tournent en toute sorte de sens. Le fil de
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- métal qu'ils renferment -établit une communication et sert de conducteur au fluide électrique qui circule librement d’un tube à un autre tube.
- Le premier e, se termine par une boule de métal B de o mèt. 0406-C 18 lignes ) de grosseur et glisse à frottement dans une virole de cuivre d , montée sur un manche de cristal A. Le troisième a , est solidement adapté à la partie du milieu f d’un cylindre de métal C D , divisé en trois parties, e , f , g , toutes les trois creuses et roulant circulairement sur un axe qui les traverse ; ce qui procure au tube a , la facilité de se mouvoir dans le même sens.
- A la partie g du cylindre C D , est soudée une tige de métal 0, et un peu conique qui entre à frottement dans une virole conique Y , dont l’extrémité inférieure se monte à vis sur la boule qui termine le conducteur de la machine électrique , à la place de' l’anneau dont elle est surmontée.
- D’après cette description , on voit que cet appareil , établi sur le conducteur delà machine , fait partie de ce conducteur et s’électrise avec lui. Or voici maintenant de quelle manière on en fait usage au besoin.
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- 74 D E l’E lECTSICÎTÉ cetapptreü8 O” dispose commodément le malade auprès de la machine électrique et de manière que la boule B du conducteur brisé puisse s’approcher suffisamment de la partie de son corps sur laquelle on a dessein de porter le fluide électrique. Les choses ainsi disposées , on met la machine électrique en action et ayant dirigé convenablement les parties du conducteur brisé , pour qu'on puisse atteindre au but qu’on se propose, on voit de grosses étincelles jaillir successivement de la boule B , et se porter sur la partie qu’on veut , pour ainsi dire,arroser d’Electricité.
- Cirons- On emploie favorablement cette méthode lesquelles on d’électriser sur les tumeurs qui surviennent “|ïïe*-im anx diverses parties du corps et qu’on a des-initiujîr se*n d* résoudre. Je l’ai employée avanta-d’irroration. geusement plus d’une fois contré la sciatique en portant les étincelles de la boule B sur toute la longueur du fascia lata. Il est encore quantité de circonstances dans lesquelles elle peut être utile. Elle le sera toujours, lorsqu’il s’agira de diviser , d’atténuer et dé mettre en mouvement une humeur agglomérée dans quelques muscles de diverses " parties du corps. On peut, en multipliant
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- les tubes de cet appareil , lui donner plus de longueur et en étendre le service , de façon qu’il puisse se porter sur toutes les parties du corps , depuis la tête jusqu’aux pieds; Le besoin et l’industrie indiqueront, mieux que je ne pourrois le faire, les chan-gemens dont il est susceptible , et qui pourront le rendre plus commode. Je passe à la quatrième méthode d’électrisation.
- § I V. .
- De l'électrisation par frictions.
- Dans ce mode d’électrisation, on isole le cctt^' malade et on le melàamle bain électrique, puis on fait passer rapidement un corps, métallique non isolé, supposons la boule d’un excitateur, sur la partie du corps que l’on veutfrictionner, ayant soin que cette partie soit couverte d’une flanelle > ou d’une autre étoffe de laine. :
- Il faut, autant qu’il est possible, éviter Mm d’appliquer'la boule sur l’étoffe, on ne tire- d°I":r roit qu’une seule étincelle qui enleveroit au sujet tout le fluide électrique dont il est imprégné; mais il faut l’eu approcher suffi-
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- j6 del*Electricité samraent pour que le fluide puisse en être attiré, étinceler coup sur coup et presque continuement. Point d'inconvénient cependant de toucher légèrement l'étoffe, pourvu qu’on relève sur-le-champ la boule, et que son mouvement soit très-rapide. Un peu d’habitude dans cette opération apprendra beaucoup mieux que je ne pourrois la décrire , la manière de là faire.
- Effet de exci*e des picottemens sur tous les
- eette me'- points de la surface frottée, de sorte que cette partie électrisée éprouve un sentiment analogue à celui que lui feroit éprouver une multitude de fourmis qui s’attacheroient à' la piquer.
- Cîrcons Ce mode d’électrisation réussit très-bien tances dans en quantité de circonstances dont j’aurai confient5de occasion de parler par la suite ; mais c’est 1 employer, partiGulièrcmcut celui qui réussît le mieux et qui hâte plus promptement la guérison des engelures, soit aux mains, soit aüx talons ; maladies plus incommodes que dangereuses, et qui régnent dans le cours de l’hiver.
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- §
- V'.
- De Vélectrisation par voie d'insufflation.
- Dans cette méthode, l’une des plus douces HA que je connoisse, le malade ne doit point thode. être isolé , et il peut s’opérer lui-même, en se servant de l’appareil suivant, qu’on pour-roit appeler un injecteur. En voici la construction.
- Il est fait d’un fil de cuivre a b (Plan. IV, fig. 5 ) de o mèt. 8248 ( 1 pied ) de longueur , o mèt. 0045 ( 2 lig. ) de grosseur, qui se termine en A, par un anneau auquel on attache des conduites E , F qui servent à le mettre en communication avec le conducteur de la machine électrique. Son autre extrémité B est tirée en pointe très - aiguë.
- Il glisse à frottement dans une boule de métal Q soudée à une virole mastiquée sur un manche de cristal D qui sert à l’isoler, et que le malade tient à la main, s’il veut s’électriser lui-même, en présentant la pointe B très-près de la partie de son corps qui doit être électrisée, et qui éprouve alors l’impression d’un vent frais qui se porte dessus.
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- Est-i] nécessaire, comme il arrive quelquefois , que cette impression soit plus vive et modérément piquante ? On adapte à l’extrémité B un morceau de bois travaillé en forme d’olive moins aiguë ( fig. 6 ) ; on l’y fait entrer à frottement, et le fluide électrique qui s’en échappe, produit l’effet qu’on en attend. Ce n’est plus un vent frais, mais, une impression assez analogue à celle que produiroient plusieurs pointes de métal qui réuniroient leurs actions et lançeroient chacune une petite étincelle sur la partie vers laquelle on les dirigeroit.
- Cependant pour que cet effet ait lieu, il faut que l’olive , dont il est ici question, soit faite de bois verd. Si elle vient à se sécher avec le.tems, il faut , avant d'en faire usage , la laisser tremper plusieurs heures dans l’eau.
- § .V. I.
- De t électrisation par voie d'exhaustion.
- Cette méthode est précisément l’inverse de ' la précédente ; au lieu donc de porter le fluide électrique sur une des parties du corps, on
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- lui enlève, au contraire, celui qu’elle reçoit continuement en faisant affluer vers cette partie toute la masse de ce fluide que la machine fournit au malade, qui doit être bien isolé et dans le bain électrique.
- On se sert pour cela d’une pointe de mé- Mamèr tal très-aiguë, telle que celle dont on fait d operer' usage dans la méthode précédente, avec la seule différence que cette pointe doit être' en communication avec le réservoir commun, ce qui s’exécute facilement à l’aide d’une chaîne que l’on attache à l’anneau A, et qu’on laisse traîner par terre. On tient cet appareil par son manche D de cristal, et on présente sa pointe B à une petite distance de la partie sur laquelle on veut opérer et on l’y retient pendant un laps de tems plus ou moins considérable, à moins qu’on n’ait à faire promener cette pointe sur une partie du corps plus ou moins étendue \ mais, si on,n’a à opérer que sur un même point, ce qui arrive assez fréquemment en quelques . circonstances, il seroit incommode et rebutant de tenir constamment cette pointe dirigée sur ce point. On se sert donc alors de l’appareil que voici.
- Sur une espèce de guéridon A ( Plan. IV, Appareil
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- 8o . de l’Electricité très-utile en fig. 7 ) se monte à vis un long cylindrè dé Sreon'Sn- b°is B, C, sur la longueur duquel glisse et “• s’arrête à volonté, par une vis de pression Y, une espèce de noix D percée de part en part selon sa longueur. A cette noix est adapté un tenon terminé par une boule de bois a, fendue selon son épaisseur, et dans la fente de laquelle est ajustée une plaque de métal d’où part une longue tige de cuivre b, c, terminée en pointe très-aiguë. La boule a, est traversée par Une vis qui serre fortement ses deux joues, et fixe, par ce moyen, la plaque de métal, lorsqu'on a fait prendre à la tige b, c, la position qu'elle doit avoir pour que sa pointe atteigne la partie sur laquelle on veut opérer. A la naissance de cette tige,, on voit un crochet de même matière auquel on suspend une chaîne qu’on laisse pendre par terre.
- Cet appareil, mobile en tous sens, se place à la proximité du malade, et on dirige la pointe de la tige b, c, de manière qu’elle ne soit éloignée que de quelques dix millimètres (lig.) de la partie où l’on veut faire affluer le fluide électrique et dont on se propose de le soutirer.
- On conçoit facilement sans doute que cette méthode,
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- méthode, ainsi que la précédente, suppléent à celle des étincelles; mais il est des circonstances dans lesquelles ejles sont plus avantageuses que celle-ci; C’est ce que je ferai observer dans la troisième Section. Je passe à la dernière méthode.
- § VII.
- De Vélectrisation par voie de commotion;
- L’expérience de la commotion électrique est trop généralement connue en physique et de tous les amateurs, pour qu’il soit nécessaire de la décrire et d’insister sur cette opération. Personne n’ignore qu’elle se fait avec une bouteille de verre en partie 'remplie de quelque matière déférente, ordinairement de feuilles de cuivre hachées et fermée par un bouchon de liège traversé par un fil de métal qui pénètre jusques dans les feuilles dont elle est presque remplie, et dont l’autre bout, qui excède de quelques pouces le col de la bouteille , est tourné en forme d’arc ou de crochet terminé par une boule de même matière. Ce fil de métal s’appelle le crochet de la bouteille.
- Personne n’ignore encore que, pour disposer
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- 8? de l’Electricité cette bouteille , généralement connue sous le nom de bouteille de Leyde , à se charger plus puissamment d’Electricité , à produire plus d’effet, une commotion plus forte, on à soin de revêtir une grande partie de sa surface extérieure d’une lame de métal, d’une feuille mince d’étain qu’on colle dessus. C’est de cette manière qu’on est dans l’usage de la préparer pour le mode d’Electricité dont il est ici question.
- On sait enfin que , pour électriser cette bouteille , la rendre propre à l’effet qu’on en attend, on la saisit d’une main par sa garniture extérieure et on applique le bouton de son crochet contre le conducteur de la machine électrique en action , et qu’alors le fluide électrique passe du conducteur à la garniture intérieure de cette bouteille et se porte de là à sa surface intérieure sur laquelle il s’accumule. Surabondamment chargée de ce fluide, elle tend à s’en désaisir en faveur de sa surface extérieure qui s’est dépouillée d’une partie du même fluide qu’elle contenoit, d’une partie de sa quantité propre ou naturelle , à mesure que sa surface intérieure en a acquis une quantité surabondante.
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- Or c’est au moment où celle-ci se désai-sit de cette surabondance , au moment de son passage à la face opposée de la bouteille que ce fluide fait éprouver la commotion à toutes les parties du corps de la personne qui se trouvent interposées entre ses deux surfaces. De là, lorsque cette personne touche d’une main à l’un des points de la garniture extérieure et de l’autre au bouton du crochet de cette bouteille , elle éprouve la commotion dans les deux bras et dans la poitrine qui se trouvent effectivement dans le trajet de ce fluide qui passe de la surface intérieure de la bouteille à sa surface extérieure. Telle est la manière ordinaire de faire éprouver la commotion dans un cours de physique. J’indiquerai dans un moment de quelle importance il est de changer ce mode d’électrisation dans l’application médicale de la commotion, et de quelle manière il doit être modifié.
- i°. La force de la commotion dépend . Première sans contredit de la surabondance de fluide sur ce'“mode ' électrique accumulé sur la surface intérieure de la bouteille et l’énergie de son impression de l’irritabilité du sujet auquel on la fait éprouver. Aussi remarque-t-on cons-F 2 "
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- tamment en physique qu’en réunissant plusieurs personnes dans une même chaîne , à dessein de leur faire éprouver la commotion , toutes rie l’éprouvent pas de la même manière , aussi fortement, les unes que les autres : elle paraît. foible ou modérée à quelques-unes , extrêmement forte à quelques autres ; ce qui ne peut dépendre que des divers degrés d’irritabilité de chacune d’elles.
- 2°. Plus la bouteille dont, on fait usage pour cette expérience est grande,.plus elle est susceptible d'être surabondamment chargée de fluide électrique. Il est donc prudent de n’employer ici que des bouteilles d’une grandeur modérée. Celles que j’emploie ordinairement n'excèdent point, en capacité, celle d’un litre ( i pinte ) , et encore se. trouve-t-il beaucoup de personnes qui ne pourroient supporter la totalité de la charge qu’elle peut acquérir. De là la nécessité de la modérer , lorsqu’on soupçonne que, complètement chargée , elle pourrait incommoder celui qui recevrait la totalité de sa charge, De là ces divers moyens que les physiciens ont successivement imaginés pour charger à volonté une bouteille de Leyde de telle ou telle quantité de fluide électrique.
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- Les uns ont cru qu’ils y parviendraient facilement par le nombre de tour? qu’ils changer à feraient faire à la machine électrique , tan- bouteille™® dis que le crochet de la bouteille seroit Leyde' appliqué sur son conducteur. Ils ont donc cm que la même bouteille chargée dé deux tours seroit une fois plus chargée qu’elle ne le seroit par un seul tour.
- Cette idée paroît juste au premier aspect; Défaut de mais on en découvre facilement la fausseté , ceprocdde' lorsque l’on considère que les circonstances du tems influant sur la quantité de fluide électrique que la machine fournit à chaque tour , il est impossible, même d’un moment à l’autre , de comparer les quantités de charge qu’une même bouteille peut recevoir d’un tel ou tel nombre de tours.
- Bien persuadé de cette vérité, le savant manfèerce°^ Mussenbroeck crut qu’en chargeant com- pérer. plètement une bouteille , d’une grandeur donnée , on en obtiendrait constamment la même cômmotion, une commotion de même énergie, et il la regardoit comme.complè-tement chargée, lorsqu’il entendoit une espèce de bruissement au bout de son Crochet.
- Il crut outre cela qu’en faisant partager celte commotion à plusieurs personnes réu-
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- 86 DE l’Electricité nies qui se tiendroient par la main, chacune d’elles n’éprouveroit qu’une partie de son énergie décroissante comme le nombre des personnes. Cette commotion donnée à deux personnes n’étoit donc, suivant lui , quant à la force , que la moitié de celle qu’elle eut fait sentir à une seule.
- C’étoit une erreur et cette erreur devint l’opinion presque générale de l’école. Je la retrouve encore , quelques années après > dans celle de Montpellier, ou l’on appéloit ces sortes de commotions des commotions partielles. Cette erreur étoit néanmoins très-pardonnable àlors, parce qü’on ne connois-soit point encore la théorie de la bouteille de Leyde j on ignoroit que , dans cette expérience , toute la charge de la bouteille passe en masse de sa surface intérieure à sa surface extérieure, en parcourant toute l’étendue de la chaîne interposée entre elles, et que, si les personnes qui composent cette chaîne, n’éprouvent pas toutes la même impression , une impression de même énergie , cela vient uniquement de leur propre constitution , de ce que les fibres n’ont point chez toutes , comme je l’ai observé précédemment , le même degré d’irritabilité.
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- Je ne connois encore qu’nn seul moyen Moyen Je de parvenir au but qu’on se propose ici , Üen™' de faire éprouver constamment la même commotion, une commotion de même éner- ^ gie et de régler à volonté ce degré d’éner- » yolonté, gie. Ce moyen est celui que Cavallo a ima- *energie* giné. Le voici.
- Ayez une bouteille À ( Plan. IV , fig 8 ) d’un litre de capacité (i pinte), revêtue extérieurement d’une enveloppe métallique , selon la méthode du docteur Bevis ; mastiquez et fixez son fond sur un plan de métal entouré d’un rebord de même matière d'environ o mèt. oi35 ( 6 lignes) de hauteur; montez à vis sur l’un des points de la circonférence de ce rebord un crochet a, et établissez solidement le tout sur un plan de bois C , auquel tient un prolongement ou une queue D creusée en forme de gouttière.
- Au lieu d’un fil de métal terminé en arc ou en crochet, dont une bouteille de Leyde est ordinairement armée , introduisez dans .le bouchon de .celle-ciun fil de métal droit qui plonge dans sa garniture intérieure et se termine en dehors par une boule de même matière b , de o mèt 0371 (1 pouce) de diamètre.
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- Pour éviter toute dissipation du fluide électrique, qui s’accumule dans cette bouteille , recouvrez son bouchon d’une virole de cuivre arrondie en dessus en forme de dé et mastiquez-la sur soncol.
- Sur la gouttière creusée le long de la queue D du plan de bois qui porte l’appareil , élevez une colonne de cristal solide E, qui y glisse librement et dont les mouve-mens en avant et en arrière soient dirigés par une vis de rappel F. Sur le sommet de cette colonne , garnie d’une virole de cuivre percée en dessus de part en part,,fixez solidement un fil de même métal d , G , H, qui se termine en H par une boule métallique de même grosseur que la boule b, qui surmonte la bouteille et porte à son autre extrémité un anneau d.
- Usage de Cette construction connue, voici de quelle
- st appareil.
- manière on tait usage de cet appareil. On le pose sur une table ou sur un guéridon, et on le dispose de manière que la boule b de la bouteille A soit en contact avec celle qui termine le conducteur. On attache une chaîne, ou mieux un fil de métal flexible au crochet a qui communiqué avec la garniture de la surface extérieure de cette bou-
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- teille, et on laisse pendre le fil jusqu'à terre ; ce qui dispose la surface intérieure deia bouteille à recevoir et à se charger du fluide électrique que le conducteur reçoit de la machine électrique en action, et dont il se dépouille en faveur de la boule b.
- On fait avancer la colonne E, de façon que la boule H soit à une distance donnée de la boule b et en soit toujours assez proche pour qu’elle soit plongée dans la sphère d’.activité de celle-ci.
- Cela posé, on fait agir la machine électrique et la surface intérieure delabouteillesecharge surabondamment d’Electricité, tandis que sa surface extérieure , qui communique avec le réservoir commun, se dépouille d’une portion de sa quantité’ propre de même fluide. Or lorsque la surface intérieure de la bouteille en est assez puissamment chargée, pour que son atmosphère qui s’étend au-delà de la boule b, parvienne à la boule H, la bouteille se décharge spontanément et ime personne qui communiqueroit d’une part avec l’anneau d de la tige d , G , H, et d’une antre part avec le fil attaché au crochet a, recevroit la commotion, et cette commotion seroit constamment la même, tant qu’on ne
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- 9o de l’Electricité changera rien à la distance entre les deux boules H et b ; parce que chaque fois que la bouteille aura acquis la même charge d’Elec-tricité , soit qu’elle l’ait acquise plus ou moins promptement, selon que le tems sera plus ou moins favorable à ces sortes d’expé-, riences , elle se déchargera spontanément. Voilà donc un moyen extrêmement sûr de faire éprouver constamment la même commotion , qu’on pourra rendre plus ou moins forte à volonté, en augmentant, ou en diminuant la distance entre les deux boules H et b , ce qui se pratique par le moyen de la vis F.
- J’observerai cependant ici que , s’il s’agit de faire éprouver la commotion à un malade , il faut procéder autrement qu’on ne le fait en physique. Ici où l’on se borne ordinairement à une seule commotion, il seroit difficile de croire qu’elle pût être préjudiciable à la poitrine, à travers laquelle elle passe nécessairement, puisqu’elle fait partie de la chaîne de communication entre les deux faces de la bouteille; mais lorsqu’on l’emploie comme remède, on est obligé de la réitérer plusieurs fois et ces impressions, réitérées sur un organe aussi délicat que la poitrine poûrroient
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- lui être très-nuisibles. Et d'ailleurs, ce n’est point la poitrine qui a besoin de ce mode d’électrisation, ce sont uniquement les parties du corps qui sont tombées dans un tel degré d’atonie, qu’elles ne peuvent être réveillées que par ce moyen. C’est donc sur ces seules parties qu’il convient de diriger la commotion et riende plus facile: il ne s’agit que de les faire entrer elles seules dans la chaîne ; ce qui se pratique à l’aide de deux fils de métal et de deux excitateurs que l’on dispose de la manière suivante.
- Supposons , par exemple , que je veuille Manière seulement commouvoir la troisième pha- °perer’ lange du pouce , sans que la commotion, toujours plus forte que l’étincelle la plus énergique que je ne pourrois borner à cette étendue, s’étende plus loin que cette pha-. lange, voici de quelle manière il faut procéder.
- J’attache un fil de métal flexible à l’anneau d de la tige de métal d, G, H de la bouteille A que je viens de faire connoitre , et j’accroche l’autre bout de ce fil à l’anneau ou au crochet a d’un excitateur semblable à celui qui est représenté (fig. i, Plan. IV) , auquel on substitue une boule beaucoup plus
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- Ç2 B E t’E LE CTB IC I TÉ petite que la boule B, et j’applique cette boule sur le bout du pouce. -J’attache un fil semblable au crochet a , de la bouteille (fig. 8) et son autre extrémité à un second excitateur semblable au premier. J'applique la boule de ce second excitateur sur la jointure du pouce , où se termine la phalange que je veux commouvoir et je fais charger la bouteille dont la. boule b est en contact avec celle du conducteur. Lorsqu’elle sera suffisamment chargée pour que son atmosphère s’étende jusqu’à la boule H , elle se déchargera spontanément et la seule phalange du pouce interceptée dans la chaîne de communication entre les deux faces de la bouteille éprouvera la commotion.
- On peut par le même moyen commouvoir quelque partie extérieure du corps que ce soit, il ne s’agit que d’avoir des fils suffisamment longs pour que les deux excitateurs qui y sont attachés puissent se porter sur les deux extrémités de la partie qu’on aura dessein de commouvoir.
- Faute defils métalliques convenables à cet effet, on pourroit y substituer de très-petites chaînes de métal ; mais elles ont ce désavantage, qu’il se perd, chemin faisant, une partie
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- delà charge; c’est ce que prouvent ces éclats de lumière que l'on voit jaillir de toutes les mailles d’une chaîne de tournebroche, lorsqu’on l’interpose entre les deux faces de la bouteille et qu’on excite sa décharge avec cette chaîne attachée par l’une de ses extrémités sous le fond dé cette bouteille, et par l’autre à l’excitateur qui tire l’étincelle de son crochet.
- C’en est sans doute assez sur cette méthode d’administrer l’Electricité au corps humain ; il ne sera pas plus difficile d’en faire l’application que des précédentes. Toute la diffi- - culté qu'on peut éprouver ici consiste à choisir la méthode qui convient le mieux à l’espèce de maladie qu’on se propose de traiter.
- Il faut , pour la bien choisir, une grande habitude dans l’art d’administrer le fluide électrique à divers genres , diverses espèces de maladies. Voici néanmoins quelques principes généraux qui pourront diriger les travaux des physiciens à cet égard. La majeure partie de ces principes est tirée d'un excellent ouvrage de Cavallo sur l’Electricité médicale , imprimé à Londres en 1780 ; quelques - uns d’un Mémoire du docteur Mauduyt.
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- Principes généraux sur le choix des méthodes à employer dans l'administration de l’Electricité.
- et II ne faut jamais employer un traitement vigoureux, lorsqu’un traitement plus foible peut suffire. Ce seroit tourmenter inutilement le malade et souvent provoquer des accidens qu’il est important d’éviter.
- En toute maladie quelconque, il faut commencer le traitement par le bain électrique, dit Cavallo. C’est aussi l’avis du docteur Mauduyt , aussi versé que lui dans l’art d’administrer l’Electricité au corps humain. Lorsque la maladie paroîtra exiger un traitement vigoureux , il sera de la prudence de faire précéder un traitement plus foible , que l’on augmentera progressivement, autant qu’il sera nécessaire d’en augmenter l’énergie.
- Cest de cette manière qu’il convient de se conduire , lorsqu’il s’agit de provoquer la maturation et la suppuration d’un abcès, d’un furoncle etc. et en général, lorsqu’on se propose de résoudre toute espèce de congestion humorale.
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- Quoique lente à produire son effet , c’est Troisième
- ' • ' i , principe.
- néanmoins a la plus douce quil faut s’en tenir constamment, lorsqu’on a affaire à des personnes foibles , délicates, dont les nerfs sont tellement irritables , qu’une méthode plus active occasionneroit de trop fortes irritations et quelquefois des convulsions.
- 11 est certaines maladies qui exigent un Quatrième traitement vigoureux, et qu’on peut toujours Prmclpe' employer sans inconvénient ; Vépilepsie , la paralysie complète , celle dans laquelle la privation du sentiment se joint à celle du mouvement, sont de ce nombre. Il faut nécessairement avoir recours ici aux commotions ; mais il est très-prudent de commencer d’abord par de petites, de les graduer ensuite et d’en augmenter progressivement l’intensité.
- Ce n’est pas toujours la ténacité d’une cimpiime maladie , pas même la gravité qui doit dé- ptm0lpe' cider de la vigueur du traitement : c’est l’expérience , c’est le raisonnement qui doivent nous guider ici. L’expérience nous apprend que le fluide électrique est incisif, résolutif et convient conséquemment dans les circonstances dans lesquelles il s’agit de diviser , d’atténuer , de résoudre des concrétions humorales ; mais le raisonnement nous dit qu’il
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- ne faut l’employer qu’avec beaucoup de circonspection, lorsque le virus , l’humeur agglomérée sont tellement mobiles, que le* métastases qui pourraient en résulter seroient dangereuses.
- Quoique très-bien indiquée et très-propre à la guérison d’une maladie , il n’est pas toujours à propos de faire usage de l’Electricité. Il est des circonstances dans lesquelles elle pourrait augmenter le mal, au lieu de le soulager. C’est ce qui arriverait, par exemple, si on l’administrait trop promptement à une personne attaquée d’un rhumatisme aigu. Dans ce cas il ne faut avoir recours à ce moyen, qu’après le premier période de cette maladie , lorsque la fièvre qui précède les douleurs a cédé. C’est tout le Contraire dans un rhumatisme chronique. On ne peut recourir trop tôt à l’action bienfaisante du fluide électrique. Recens, une méthode douce et assez long-tems continuée les guérit très-bien. Invétérés , il faut y employer uns méthode plus active ; mais avoir soin de graduer son activité ; ce qui n’exclue cependant pas le concours d’une méthode très-douce , celle du bain électrique.
- Toutes les ma/inf/er inflammatoires exigent
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- médicale. 97
- une action très-modérée de la part du fluide électrique , et encore faut-il avoir soin de lui adjoindre des remèdes délayons, rafraîchis sans et vers la fin de légers minora tifs , et ces maladies ne sont pas les seules dans lesquelles il convient d’associer, des remèdes internes au fluide électrique ; c’est ce que je ferai observer dans la Section suivante.
- Dans toute maladie quelconque il ne faut Huitième jamais se rebuter de la longueur du traite- pn“c‘(™' ment. La même espèce de maladie se guérit très - promptement dans tel ou tel sujet, beaucoup plus lentement dans un autre. C’est ce que j’ai particulièrement observé dans la sciatique ; ce qui dépend de la disposition du malade, et de plusieurs circonstances individuelles qui échappent à la sagacité du plus habile médecin.
- 11 est des circonstances dans lesquelles il Neuvième seroit dangereux d’employer l’Electricité , prracI1'' même dans des maladies qui cèdent plus facilement à ce moyen qu’à tout autre ; supposons une paralysie , l’une des maladies qui se guérit beaucoup plus sûrement par l’Electricité que par tout autre moyen. Quelque bien indiquée qu’elle paroisse ici, il faut nécessairement s’en abstenir, lorsque la G
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- poitrine du malade est en mauvais état J lorsqu’on a lieu de croire que son poumon est attaqué de tubercules, et qu'il est dans un état de phthisie. En soulageant, et même en guérissant la paralysie, l’Electricité hâte-roit les progrès de la maladie de poitrine , précipiteroit ses accidens et accélereroit la catastrophe qui doit la terminer.
- Tels sont les principes d'Electricité médicale connus jusqu’à ce jour , et confirmés par l’expérience. Le tems et de nouvelles recherches pourront peut-être en faire con-noître quelques autres encore qui répandront un plus grand jour sur la pratique d’une science trop long-tems négligée par ceux qui auroient pu en hâter davantage les progrès, et l’amener au degré de perfection dont elle est susceptible. En attendant ce bon office de leur humanité et de leurs lumières, je passe à la troisième Section de cet Ouvrage.
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- SECTION TROISIEME.
- Des maladies auxquelles le fluide électrique a été jusqu'à présent administré avec succès.
- Podr traiter avec ordre une matière aussi étendue,et qui renferme une multitude d’objets tout-à-fait disparates, il faut nécessairement adopter une méthode particulière de classification. Je suivrai, de préférence à toute autre, la Méthode Nosologique de de Saurages, préférence que je crois devoir au premier des médecins Français, qui se soit occupé A’Electricité médicale, et dont les succès, en ce genre, eussent dû piquer d’émulation tous ses collègues, et les engager à donner toute leur attention à une nouvelle pratique qui s’annonçoit avec d'aussi brillans avantages.
- Or, de Sauvages range et distribue en dix classes toutes les maladies dont l’homme peut être attaqué, et il renîèrme, dans chacune d’elles, toutes celles dont le caractère G 2
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- »6o de l’Electricité le plus frappant et le plus général est le même dans toutes. Considérant que chacune d’elles a des caractères particuliers, qui, séparément pris, conviennent à plusieurs d’entre elles, il forme de celles-ci autant d’ordres particuliers dans la même classe. Chaque maladie d’un même ordre a doilc, ouire le caractère général de la classe à laquelle elle appartient, un caractère particulier qui la distingue de foute autre maladie des autres ordres de la même classe.
- Celles-ci , celles de chaque ordre ont, outre cela, des caractères particuliers qui les distinguent entre elles, et qui forment des maladies de différens genres dans le même ordre* et ces maladies de différens genres en ont également de particuliers qui ne conviennent qu'à 'quelques - unes d’entre elles. De là diverses espèces de maladies du même genre. D’où il suit que la réunion de plusieurs espèces de maladies forme un genre; celle de plusieurs genres, un ordre; et de plusieurs ordres, une classe particulière.
- Tel est,en pejj,sjfl|nots, le plan de la composition de l’immense tableau des infirmités humaines,, tracé par de Sauvages t et qu’il
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- médicale. ioi
- déroule sous nos yeux dans son excellent ouvrage. Or, quoique l'Electricité se soit déjà prononcée, et d’une manière très-avantageuse , contre un grand nombre de maladies prises dans les dix classes qui les renferment toutes, il s’en faut cependant encore de beaucoup que ces avantages s’étendent à chaque ordre, chaque genre, chaque espèce de maladies d’une même classe.
- N’ayant donc dessein de ne parler ici que de celles auxquelles on a jusqu’à présent administré l’Electricité , avec des succès avérés et constatés par plusieurs observations aussi certaines qu’authentiques , je ne pourrois suivre une pareille distribution sans laisser Un grand nombre de lacunes qui feraient perdre de vue l’ensemble du tableau, et affligeraient sans doute les amis de l'humanité. Je me bornerai donc à parcourir les dix classes de la méthode de de Sauvages, et à présenter , dans chacune d’elles, celles des maladies susceptibles d’être guéries par l’Electricité.
- Quoique très-nombreuses en ce moment, elles le seraient bien davantage si les gens de l’art se fussent attachés à cette nouvelle pratique, et qu’ils ne l’eussent pas, pour G 3
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- I T E
- 102 DE L’ELEC TB I C ainsi dire, abandonnée aux physiciens qui, n’ayant point des connoissances assez étendues en médecine, pour distinguer les divers modes de l’Electricité qui conviennent à chacune d’elles, et les circonstances dans lesquelles il faut associer quelque médicament intérieur à l’action du fluide électrique , ont traité de la même manière tous les malades qui se sont présentés, les ont tous électrisés, tous tourmentés par de fortes étincelles et des commotions plus ou moins fortes qu’ils leur ont prodiguées.
- Malgré cela cependant ils ont assez fréquemment réussi, tant il est vrai que l’Electricité est un des plus puissans moyens de guérison de quantité de maladies différentes. J’ajouterai que ce moyen réussit même en plusieurs circonstances dans lesquelles les ressources ordinaires de l'art sont infructueuses. C’est ce que dit expressément l’épigraphe qu’on lit au frontispice de cet Ouvrage, et cette épigraphe , tirée de l’excellent ouvrage de Dehaè'ri, intitulé ; Ratio medendi, doit, être d'un grand poids.
- Pour mettre donc , autant qu’il est possible , les physiciens à portée de se livrer fructueusement au zèle qu’ils ont toujours témoi-
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- gnéd'
- de traitement, j’aurai soin, en parlant de chaque maladie, d’en donner une idée suffisante ; d’indiquer ses principaux caractères , ses symptômes les plus saillans, les indications qui se présentent à remplir, le mode d’Elec-tricité qui leur convient et les circonstances dans lesquelles il faut associer au fluide électrique quelques médicamens internes. Je ne parlerai que d’après l’expérience, et chaque fait que je citerai sera appuyé du témoignage de plusieurs célèbres médecins et physiciens, qui se sont particulièrement livrés à cette pratique, et auxquels nous sommes redevables de la majeure partie des succès qu’elle a obtenus jusqu’à ce jour, qui nous en font espérer un bien plus grand nombre encore. Je diviserai cette Section en dix paragraphes, dont chacun sera consacré à < l’une des dix classes de la Méthode Nosolo- 1 gique de de Sauvages.
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- 104 DE l'ElBCTBICITi '>
- § I".
- Des maladies de la première classe.'
- Maladies de la superficie.
- Ces sortes de maladies sont tellement multipliées , qu’elles forment sept ordres ; ces ordres, dix-sept genres; et ceux-ci un plus grand nombre d’espèces. Il en est peu dans cette classe auxquelles on ait appliqué l’Electricité , qui réussiroit cependant très-bien sur un très-grand nombre. Me bornant uniquement aux premières, je ne parlerai que des neuf suivantes.
- Des Dartres.
- Lfe ie I.es dartres sont des pustules prurigineuses
- cette mata qu; formen( des |;Jaqlies plus ou moins étendues sur le visage et sur différentes parties du corps. Ces pustules sont occasionnées par une humeur âcre, plus ou moins corrosive qui attaque la superficie de la peau ; mais cette âcreté procède de différentes Di-erse* sources. De là diverses espèces de dartres dartres, * qu’il est important de bien distinguer.
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- I C A L E.
- M É D
- i65
- Si cette âcreté provient du séjour d’une humeur dans les glandes sébacées, ce qui arrive lorsqu’elle ne peut se ségréger , se porter au-dehors et s’exhaler par la transpiration insensible , elle forme alors deux espèces de dartres qu’on appelle, l’une volante, l’autre farineuse.
- Les dartres volantes sont composées de ^ petites pustuTes prurigineuses, séparées les unes des autres. Celles-ci se remarquent plus particulièrement au visage que par-tout ailleurs. Gratlées, elles forment des croûtes qui suppurent et se dessèchent facile-meut.
- Les dartres farineuses sont composées de pustules presqu’imperceptibles. Elles ne suppurent point, lorsqu’on les gratte ; mais elles se détachent facilement et la place se couvre de petites écailles blanches et farineuses.
- Ces deux; espèces de dartres cèdent faci-ment aux remèdes généraux, auxquels on fait succéder les adoucissons , les rafraîchissons , les de'purans , etc. Elles cèdent plus promptement encore au fluide électrique administré par bain et par exhaustion. ( Sect. 2 , parag. i et 6 ).
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- io6 de l'Electricité Lorsque l’âcreté de l’humeur vient d’une autre cause, lorsqu’elle est produite par un virus qui circule dans la masse du sang , lorsqu’en un mot elle est âcre avant d’arriver aux glandes sébacées , les dartres qu’elle engendre ont un autre caractère et exigent un traitement particulier tout-à-fait étranger à l'Electricité qui , sans augmenter le mal , ne serviroit qu’à % rendre plus manifeste , ce que l’expérience , faite plus d’une fois , a constamment confirmé. Dans cette supposition , les dartres sont de trois espèces ; elles sont encroûtées, militaires , ou vives.
- Dartres Les dartres encroûtées sont composées
- roàtees. ... , .
- de pustules prumgmeuses entassees les unes sur les autres. Ces pustules excitent de grandes démangeaisons. Grattées, elles rendent une liqueur ichoreuse qui forme des croûtes, d’où leur vient le nom d * encroûtées.
- Dartres Les dartres militaires sont composées de petits boutons qui ressemblent assez bien à des grains, de millet. De là 4e nom de militaires qu’on leur donne.
- Dartres Les dartres vives sont ainsi nommées , parce qu’elles creusent des espèces d’ulcères sur la peau. Elles se couvrent de croûtes
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- MÉDICALE. • 107
- humides qui tombent facilement ; mais, en tombant, il en découle une sanie brûlante qui cause des douleurs assez vives , toujours accompagnées de démangeaison et de cuisson : on ne peut les gratler, qu’il ne survienne quelque protubérance aux endroits qu’on a grattés.
- Ce sont de toutes les espèces de dartres connues, les plus fâcheuses, parce que, outre qu’elles sont douloureuses, elles sont d’un aspect, dégoûtant et souvent elles résistent aux secours de l’art , toujours très-lents , lorsqu’ils parviennent à les guérir.
- La lenteur du traifement fait le tourment du malade qui se désespère quelquefois et abandonne l’homme habile qui l'eût guéri, pour se mettre entre les mains d’un charlatan qui ne tarde pas à le faire repentir d’une conduite aussi inconsidérée. C’est ce que j’ai vu arriver une fois à Paris et ce qui arrive plus fréquemment qu’on ne ppurroit le croire j voici le fait.
- Un homme âgé d’environ quarante-cinq Observ»-ans, dont le visage étoit couvert, sur-tout d’un côté , de dartres vives et qui en avoit encore sur la poitrine , les reins , etc. s’adressa au médecin Lorry , qui jouissoit
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- io8 de l’Electricité d’une grande réputation bien méritée. Cet habile médecin lui prescrivit des remèdes convenables à son état et le mit à un régime assez gênant pour un homme qui aimoit le plaisir et la bonne chère. Il s’y soumit néanmoins pendant près de six mois, sans que sa guérison parût faire de grands progrès. Il étoit un peu mieux et il avoit tout à espérer du tems et de la continuité des remèdes ; mais malheureusement pour lui, il rencontra dans une maison un mauvais chirurgien qui lui fit des questions et sur son état et sur le traitement qu’il sui-voit. Ce traitement, suivant lui, n’étoit rien moins que propre à lui faire espérer sa guérison, au moins d’ici à bien des années, et, sans le constituer en grands frais, il lui promit de le guérir promptement, à l’aide d’un spécifique qni lui avoit toujours très-bien réussi et qui ne l’astreindroit à aucun régime particulier, sinon à s’abstenir de tout excès. Il lui cita plusieurs personnes qu’ij avoit guéries et parmi lesquelles il lui en nomma quelques - unes qui étaient aussi et plus maltraitées que lui.
- Ces exemples déterminèrent notre homme à donner toute sa confiance à ce nou-
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- MÉDICALE. log
- Tel Esculape qui lui vendit très - cher une merveilleuse pommade , dont il se frotta d’abord le visage et il eut la satisfaction de se voir en peu de tems débarrassé d’un masque dégoûtant quil’affligeoit depuis long-
- Peut-être ne lui fut-il arrivé aucun accident , s’il eût été assez prudent pour s’en tenir à cette guérison partielle ; car j’ai vu bien des dartreux chez lesquels on avoit fait disparoître les dartres qu’ils avoient sur le visage, sans attaquer celles qu’ils avoient ailleurs et qui ne s’en sont pas mal trouvés ; mais le désir de guérir complètement détermina notre malade à s’oindre de la même pommade toutes les parties du corps sur lesquelles le même mal s’étoit fixé, et par-tout il produisit le même effet ; les dartres disparurent de tous les endroits sur lesquels le remède avoit été appliqué.
- Bien satisfait de cette disparution, notre homme vantoit à qui vouloit l’entendre les insignes talens de l’homme extraordinaire auquel il étoit redevable de sa guérison; c’étoit-là un véritable médecin et non celui auquel il s’étoit d’abord adressé, car pour faire ressortir davantage les témoignages de
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- tlâ D E L’E D E C T R I C t T E sa reconnoissance, il ne manquoit jamais de mettre en comparaison lès deux traite-mens auxquels ils l’avoient soumis l'un et l’autre.
- lieux mois après cependant il fut contraint de changer de langage. Il fut attaqué de douleurs d'entrailles très-vives , accompagnées d’une fièvre lente continue qui le minoit journellement ; il maigrissoit à vue d’œil et les douleurs devenoient plüs vives de jour en jour.
- Tl comprit alors qu’il étoit la dupé d’un ignorant qui avoit abusé de sa confiance et, après les mauvais propos* qu’il s’étoit permis sur l’homme habile qui l’eut , sélon toutes les apparences, guéri sans accidens, il n’osa le prier de lui redonner ses soins.
- Son frère que je connoissois beaucoup et que je voyois assez fréquemment me fit part du malheureux état dans lequel'il languissoit et de ce qui y avoir donné lieu. II ne me fut pas'difficile de comprendre qu’il étoit occasionné par la répercussion de l’humeur dar-treuse dont il étoit auparavant tourmenté , et qu’il n’ÿ avbit d’autre moyen de le tirer de ce mauvais pas', qu’en rappelant cette humeur à la peau. Mais quels sont les remè-
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- MÉDICALE. III
- des, me demahda-t-il, employés en médecine comme les plus propres à cet effet ? Ce sont les exutoires , les sétons, les cautères. Ce sont, j'en conviens, d’excellens remèdes pour déterminer un écoulement sur différens points de l’habitude du corps ; mais cet écoulement ne seroit point particulièrement celui de l’humeur qu’on voudroit y rappeler et , qui plus est , il ne se ferait point par les voies que la nature s’étoit frayées. Je ne pouvois donc lui répondre du succès d’un pareil traitement, et je lui conseillai de préférer l’Electricité à tout autre moyen, parce que je n’ignorois pas les avantages qu’on en avoit tirés en pareilles circonstances. Je sa-vois que le savant Dehaën, médecin de l’hôpital de Tienne, en avoit obtenu de grands succès en semblables cas;
- Dès le lendemain il m'amena le malade que j'électrisai ce jour-là et les deux suivans par la seule méthode du bain. Le quatrième jour , j’y ajoutai celle de l'exhaustion , en promenant une pointe de métal non isolée sur toutes les parties de son Corps sur lesquelles les dartres s'étoient antérieurement montrées , et dans’l’espace de douze jours, j’eus la satisfaction de les voir s’annoncer sur
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- 112 D E L*E I.ECTRICITE toutes ces parties. Je continuai le même traiJ tement i en peu de jours, elles furent toutes couvertes de dartres et le malade se trouva sensiblement mieux.
- Elles étoient moins vives, moins rongeantes , me dit-il * que celles qu’il avoit eues précédemment j mais il falloit les guérir et je l'engageai fort à se confier de nouveau aux soins du docteur Lorry. Ce fut alors qu’il m’avoua qu’il avoit tenu des propos contre lui qui ne lui permettoient, pas de l’appeler à son secours. Je lui indiquai d’autres médecins qui jouissoient aussi d’une grande réputation. Il n’avoit confiance qu’en moi seul, me répondit-il, et ce fut en vain que je lui représentai que je ne me char-geois que des seules maladies susceptibles d’être guéries par l’Electricité , et que la sienne n’étoit point de ce genre. Il persista et par considération pour son frère, je devins médecin maigre moi.
- Je commençai donc par lui faire prendre tous les matins , pendant dix à douze jours , cinq décilitres ( une chopine ), de petit lait coupé avec une forte décoction de scabieuse des bois, édulcorée avec le syrop des cinq racines apéritives, et je le.
- purgeai
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- M'Ê McA t i, 113
- pürgeai ensuite avec la confection hamech dans du petit lait. Je le purgeai ainsi tous les quinze jours , pendant quatre mois , et les dartres commencoient à disparoître. Pendant ce teins je le tins à un régime adoucissant qui lui répugnoit fort , et, comme il me témoignoit beaucoup d’aversion pour de nouvelles médecines , je lui conseillai les eaux de Bourbonne qu’il alla prendre , et dont il revint en bien meilleur état. Je lé piirgeai -encore à sou retour ; mais, pour ne point abuser de la patience qui commençoit à lui échapper , je l’astreignis au moins à reprendre tous les matins du petit lait coupé avec la décoction de scabieuse. En quinze mois de tems qu’il continua ce remède , se purgeant de loin en loin, il se trouva assez bien. Son visage é.toit nettoyé ; il ne lui resloit plus que quelques démangeaisons légères sur la poitrine, qui l’inquiétoient très-peu. Je l'engageai néanmoins à ne point s’éloigner du régime que je lui avois prescrit et à continuer sa boisson. Je partis quelque tems après de Paris et je vins fixer mon domicile à Bourges où son frère , ayant eu occasion de m’écrire l’année suivante, m’apprit qu’il se II
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- 114 UE l’Electbicité portait assez bien et qu’il alloit se marier.'
- La gale qui attaque également la peau et qui paroîtroit , à cet égard, devoir être rangée parmi les maladies delà superficie, n’appartient cependant point à cette classe. De Sauvages l’a rejettée à la dixième, au rr...g des cachexies. C’est dans ce paragraphe que je me propose de démontrer que l’Electricité rend au virus psorique repercuté ou rentré, le même service qu’elle rend à celui qui produit les dartres.
- Des Tumeurs.
- I,lée|eces Les tumeurs qui font partie des mala-iadies. dies de la première classe sont de différen9 ordres, de différées genres et de différentes espèces. Toutes sont des élévations contre nature qui surviennent à quelque partie du corps. De ce nombre sont les engelures , les mules aux talons qui sont des espèces A’érésipèles , l’œdème , le furoncle , le panaris, les seules dont je'ferai mention, parce que ce sont les seules que j’aie eu occasion de traiter et de guérir par l’Electricité.
- Toute tumeur est le produit d’un engor-*
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- MÉDICALE. iiS
- gement d’une accumulation d’humeur dans une partie du corps;, engorgement qui s’opère par fluxion ou par congestion.
- Par fluxion, lorsque le cours d’une humeur la porte dans une partie où elle rencontre un obstacle à la liberté de sa circulation ; ce qui provient ou de la foiblesse de l’impulsion qu’elle a reçue , ou de celle de la partie qui la reçoit, et qui, à raison de sa foiblesse, n’a pas la force de s’en débarrasser.
- Par congestion, lorsque l’humeur s’amasse lentement, progressivement , ou gouttes à gouttes ; ce qui suppose toujours une fluxion.
- De quelque manière qu’une tumeur se forme , on distingue les tumeurs en essentielles et critiques. Elles sont essentielles, lorsqu’elles ne dépendent d’aucune maladie particulière qui les occasionne ; critiques, lorsqu’elles sont la suite d’une maladie aiguë, ou comme leur crise : elles sont bénignes, lorsqu’elles ne présagent aucun danger : malignes , dans le cas contraire.
- Une tumeur peut être produite par diverses espèces de liquides, le sang , la bile, la lymphe ou l'air. De là quelques-uns les distinguent en sanguines , bilieuses , séreuses , venteuses ou emphysémateuses.
- H 2
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- n6 del’Electricité
- Sont-elles accompagnées d'inflammation, de rougeUr, de pulsations ; de fièvre, de délire etc. elles sont inflammatoires et on les appelle chaudes.
- N’ont-elles aucun de ces caractères , on les nomme froides. Celles-ci cependant peuvent dégénérer à la longue, devenir inflammatoires et même gangreneuses. C’est ce qui arrive quelquefois à l’œdème, lorsque la sérosité qui le forme devient âcre par son séjour ; dans ce cas il relâche les fibres, les ronge, les corrode et s’oppose au retour du sang.
- Chaque, espèce de tumeur exige un traitement particulier. L’Electricité convient on ne peut mieux à toutes celles que j’ai indiquées ci-dessus. C’est ce que les observations suivantes confirmeront encore davantage.
- Des Engelures.
- Hée <te eu Plutôt des incommodités que des mala-
- sortes de tu- 1
- meurs. dies, ces sortes de tumeurs, qui se manifestent aux doigts, méritent cependant quelque considération , en ce qu’elles sont très-répandues pendant l’hiver, et qu’elles tour-
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- Medicale.
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- mentent extrêmement ceux qui en sont affectés \ ce 's'ontdes tumeurs luisantes, rouges brûlantes, qui s’excorient souvent, Elles se terminent par résolution, ou par suppuration , quelquefois par gangrène.
- Elles attaquent aussi les talons. Dans ce cas , oh les nomme mules. Engelures ou mules , elles procèdent de la même cause , de l’épaississement de la lymphe occasionné par la lenteur de la circulation dans les parties les plus éloignées du cœur , où elle est plus susceptible des impressions du froid qui altère Sa fluidité.
- Epaissie, elle gonfle les vaisseaux qui là retiennent j la plénitude augmente de plus en plus, et la partie affectée éprouve enfin tous les degrés de l’inflammation.
- Les enfans et les femmes y sont plus sujets que les hommes ; les enfans, parce que leur lymphe est plus laiteuse et moins coulante ; les femmes, parce que leurs fibres sont plus lâches et leur lymphe plus visqueuse. Il ne s’agit donc ici que de diviser , d’atténuer la lymphe , de la faire rentrer dans les routes de la circulation. Or les moyens ne manquent point en médecine ; mais il est rare qu’ils réussissent dans le cours de l’hiver, H 3
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- n8 de l’Electricité lorsque ces tumeurs sont parvenues à un certain point.
- On peut bien les prévenir par de fréquentes lotions dans des eaux thermales soufrées; on peut bien , à l’aide des émolliens y des adoucissans et des résolutifs les résoudre eu partie, tempérer les douleurs qu’elles excitent, mais non les dissiper entièrement. Elles ne guérissent parfaitement que vers la fin de l’hiver, au retour du printems. C’est ce dont les meilleurs praticiens conviennent. Lorsqu'elles sont formée s, dit expressément Lieutaud, Précis de la Médecine Pratique, on n’a guères que des palliatifs à leur opposer.. Plus puissante que la tnédecine , la physique nous offre un moyen certain de guérison dans le JLuide électrique. On en sera peu surpris, si Ton considère qu’il est éminemment incisif et résolutif, et qu’il accélère le mouvement des fluides dans le système capillaire.
- L’expérience vient à l’appui dè cette assertion , et elle nous apprend en même-tems que ce fut au hasard que l’on dut l’idée d’em ployer ici Y Electricité.
- Première En électrisant un hémiplégique, dont il
- observation. gera mentjOÛ f lorsque je parlerai des
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- MÉDICALE. 119
- maladies de la sixième classe , le professeur Jallabert, à Genève, n’avait d’autre dessein que de le guérir de son hémiplégie j ce qui lui réussit parfaitement, et par occasion , il le guérit en même-tems de cruelles engelures , dont il étoit alors tourmenté et auxquelles il étoit sujet tous les hivers depuis quinze ans.
- De Sauvages atteste formellement que l’Electricité lui a toujours très-bien réussi dans cette circonstance. Mazars de Cazeles en parle aussi favorablement d’après sa propre expérience.
- J’avois, dit-il, dans l’un de ses Mémoires Seconde sur VElectricité médicale, des engelures observ?tlo“-aux talons ; elles m’étoiçnt d’autant plus fâcheuses , que j’avois besoin de marcher dans la ville (Toulouse , où il exerçoit la médecine ). Je ne pouvois relever le quartier de mon soulier. Trois séances d’un quart-d’heure chacune, pendant lesquelles on me tira des étincelles des talons, suffirent pour me débarrasser de cette incommodité.
- Il n’en fallut que quatre d’environ sept minutes, ajoute-t-il, pour guérir un jeune homme de seize ans , attaqué d’une manière bien plus fâcheuse de la même incommodité.
- H4
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- i2o de l’Electricité Troisième II avoit une engelure au doigt index qui observation. 0CCUp0it ]a premjère et la seconde phalanges:
- une autre au talon droit très-gonflée , très-prurigineuse , quelquefois lancinante, prête, à s’ouvrir ; une troisième enfin sur le talon gauche, qui s’étendoit d’une malléole à l’autre et s’élevoit jusqu’au mollet de la jambe en forme de tumeur érésipélateuse. Cette guérison s’opéra par voie de résolution.
- J’ajouterai encore l’observation suivante faite par le même médecin, parce que c’est une des plus concluantes en faveur de cette pratique. Il nous apprend qu’un de ses col-Qnotricme lègues, nommé Bargeresse, ayant inutile* observation. ment tent(£ tous les moyens de l’art pour se débarrasser d’une semblable incommodité et n’espérant plus rien que de l’Electricité, se détermina à se transporter à Mende, où son père exerçoit la médecine et où il étoit sùr de trouver une machine électrique dans le collège de cette ville. Il y vint et il s’y fit électriser. Ce genre de traitement, inconnu jusqu’alors dans cette ville, fut, dit-il, un objet de curiosité pour les écoliers de cet endroit qui y assistèrent, et un moyen de salut pour un très-grand nombre. Une cin-quant airie d’entre eux étoient attaqués du
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- M e D'i c Ale.
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- même mal ; les engelures de plusieurs d’entre eux étoient déjà ouvertes et ulcérées. Tous furent électrisés et guéris en trois séances. Pour hâter la guérison de ceux dont les engelures étoient ulcérées, on les bassina avec, du vin chaud, excellente pratique en cette circonstance.
- Un mal de cette espèce ne paroîtra peut-être pas, assez grave , pour qu’il soit nécessaire d’insister plus long-tems sur son traitement. Cependant lorsqu’on considérera cont-bien il est multiplié, les douleurs qu’il fait éprouver ,. et ce qu’il fait perdre de tems à ceux qui eh sont attaqués, on me saura gré, je l’espère, d’indiquer ici une méthode particulière d’électrisation qui. me paroît préférable,. et dont on obtient aussi sûrement le même succès. C’est celle que j’emploie depuis nombre d’années.
- Jusques-là j’avois toujours électrisé ces sortes de malades par la méthode des étincelles. En 1786, il se présenta une jeune fille qui ne pouvoit les supporter. J’eus donc recours à celle des frictions, qui lui parut beaucoup moins incommode, quoique très-piquante, et elle me réussit on ne peut mieux. Pour cela je lui fis envelopper les mains d’un
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- isa de l’Ele'ctricité morceau de flanelle, et me servant de la boule B de l’appareil représenté (Plan. IV, fig. r ), que je promenai rapidement sur chacun de ses doigts, je la guéris en quatre séances d’un demi-quarl-d’heure ou environ chacune. Je poun-ois citer ici une multitude d’observations en faveur de cette pratique; mais on m’accuseroit sans doute de prolixité. Je me bornerai donc à deux seulement, l’une concernant de graves engelures aux doigts, l’autre aux talons.
- ^cinquième Depuis quelques années, une des filles du portier du collège de Bourges, étoit sujette à de fâcheuses engelures aux doigts, qui la tourmentoient pendant l’espace de quatre à cinq mois. Elle en fut si-fort tourmentée pendant l’hiver de l’an VII, que son père me pria de l’électriser. Elles étoient ouvertes et fort ulcérées, ses mains extrêmement gonflées, et depuis plus de quinze jours, elle ne pouvoit en faire usage. Je l’électrisai selon la méthode que je viens d’indiquer, et dans l’espace de trois jours le mal avoit tel-, lement cédé, qu’elle se servoit librement de ses mains et n’éprouvoit plus de douleurs. Je continuai quatre jours encore à l’électriser, et elle fut parfaitement guérie. Depuis cette
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- MÉDICALE. 123
- époque, elle n’a point encore été^attaquée du même mal.
- En l’an V, le citoyen Sadrin, alors commis SixMnc de la municipalité de Bourges, étoit attaqué, otserTation-comme il l’étoit ordinairement tous les hivers , d’engelures aux deux talons, et cette année plus grièvement que les années précédentes. Elles étoient ouvertes en pleine suppuration et luicausoientdesi grands élance-mens,qu’il ne pouvoit marcher qu’avec beaucoup de peine. En cet état, je l’électrisai selon ma méthode particulière, et en moins de huit jours, il fut tellement bien guéri, qu’il n’en a point été attaqué de nouveau.
- C’est ce dont il m’a assuré en prairial an X, que j’eus occasion de le voir, pendant un voyage qu’il fit dans sa famille. Il étoit alors secrétaire du préfet de Gap. Depuis, j’ai pris des informations auprès de plusieurs personnes que j’ai traitées pour le même mal, et je n’en ai point trouvé auxquelles il soit revenu depuis. C’est un avantage de plus à citer en faveur de l’Electricité.
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- 134 DE L'ELECTRICITE
- De V Œdème.
- cette^maia* Vœdéme est une tumeur- pâle ordinaire. rement molle et non douloureuse, cédant l’impression du doigt , et la retenant même quelque tems avant de revenir stir elle. Cette espèce de tumeur affecte plusieurs parties du corps, particulièrement les jambes et les pieds.
- Les causes générales de cette affection sont tout ce qui peut abreuver le tissu cellulaire , de manière que la sérosité extravasée ne puisse être reprise par les vaisseaux absor-bans. Tout ce qui tend â affoiblir, là force tonique des vaisseaux, produit le même effet. De là on comprend qu’il suffit d’habiter un endroit humide et marécageux, pour être, exposé à cette maladie qui peut être encore occasionnée par un mauvais régime, par des excès dans le boire et le manger 3 par 4’usage des alimens crus et de difficile digestion.
- De grandes hémorragies, ainsi que la suppression du flux menstruel chez les femmes , ou leur état de grossesse la produisent également 3 une vie molle , sédentaire et oisive la provoque assez ordinairement.
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- Je nç parle point ici des œdèmes qui suivent quelquefois certaines maladies aiguës : ce sont des dépôts critiques qui se dissipent d’eux - mêmes , à mesure que lé malade reprend ses forces.
- On conçoit, par ce que je viens de dire, que les stomachiques et les fortijians , les apéritifs et les diurétiques, les purgatifs hydragogues et les sudorifiques sont les remèdes qui conviennent à cette maladie , auxquels il faut joindre quelquefois des topiques résolutifs et fortifians. C’est la pratique ordinaire de la.médecine.
- Or l’Electricité, réunissant les vertus de ces différents remèdes, les supplée on ne peut mieux. Je dirai même plus : je dirai qu’elle leur est préférable. Je n’en veux d’autres preuves que les observations suivantes.
- Laumont, journalier , âgé de cinquante - cinq ans , habitant une mauvaise masure , située dans un endroit très-marécageux , et vivant outre cela très - mal, fut attaqué d’une fièvre quarte qui lui duroit depuis près de trois mois, lorsque ses deux pieds devinrent œdémateux. Le propriétaire de son gîte et du petit terrain qui Tentou-roit, lassé de lui rendre des secours. vou-
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- 126 de l’Electricité lut s’en débarrasser, en le faisant conduire à l’hospice , où il ne put être reçu , fatite de place. Il alloit donc se trouver dans le plus grand embarras, si une personne qui le connoissoit et lui vouloit du bien 9 ne me l’eût amené et ne m’eût prié de l’électriser.
- J* m’en chargeai volontiers et je commençai par avoir égard à l’enflure de ses pieds. Je l’électrisai par bains et par étincelles et, en huit jours , le mal disparut. Je continuai à l’électriser tous les jours par bains et à lui faire éprouver , les jours de ses accès , de légères commotions , dont j’augmentai progressivement l’énergie, et la fièvre disparut au cinquième. Je le fis pur ger ensuite et je l’engageai à quitter sa masure , qu’il changea cinq mois après , pour une autre, mais dans un endroit moins malsain. Depuis ce tems , et il y a actuellement sept ans, il s’est toujours bien porté.
- A cette observation,la seule que je puisse présenter comme mienne , et qui ne suffirait pas pour établir la certitude du remède que je propose, je joindrai leS suivantes qui ne seront cependant nullement propres à diriger la conduite de l’électricien ; puisque ceux qui nous les ont communiquées
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- medicale; 127
- n’ont point pris la peine de nous indiquer le mode d’électrisation qu’ils ont employé, ni même de nous donner un détail assez circonstancié de l’état des malades qu’ils ont traités et qu’ils se sont contentés de nous annoncer .leurs guérisons.
- Yoici en effet ce que dit le savant de , Seconde
- . 4 • . ' observation.
- Sauvages dans une lettre qu i! écrivit au médecin Bruhier , en date du 15 janvier 1747. Quant aux enflures œdémateuses, lui marque-t-il , nous en.avons vu guérir plusieurs par le moyen de l’Electricité. C’est ce qui est arrivé, ajoute-t-il, au père d’un nommé Rigaudier , qui ne s’y attendoit pas.
- On trouve une observation de même genre et aussi peu circonstanciéedans Y Histoire de l'Electricité du médecin Mangin , et on n’est pas moins étonné de voir un homme de l’art négliger les principales indications, les indications les plus indispensables à la connoissance dé la maladie et au mode? du traitement dont il fait l’éloge.
- Un habitant de Montpellier , dit-il, âgé Troisième de soixante ans , avoit les jambes couvertes observati®H-de tumeurs œdémateuses, dont il fut guéri par l’électrisation.
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- Voici encore un médecin , Mazars dâ Cazeles , qui nous laisse dans le même embarras , en nous apprenant seulement qu’un nommé Daumas , du village de Baillargues, âgé de quarante-sept ans , pbrtoit depuis douze à quinze mois des ulcères accompa-gr.éo d’une douleur très-vive aux genoux et d’une tumeur œdémateuse qui l’incommo-dôit si fort, qu’il ne pouvoitjes plier pour se lever ou s’asseoir. Il en fut délivré, dit-il, par l’Electricité. » '
- Qn regrette d’autant plus de ne trouver ici aucun détail sur lé traitement de cette maladie, qu’il paroît que ce savant médecin n’a point suivi là marche ordinaire , qui veut qu’avant d’avoir égard aux tumeurs qui peuvent accompagner des plaies , des ulcères , on s’occupe d’abord de ceux-ci.
- Que de semblables omissions se trouvent dans des observations présentées par des physiciens, je nen suis pas surpris. Il en est peu qui aient, fait une étude de la médecine et qui puissent par conséquent décrire les maladies contre lesquelles ils employent l’Electricité ; il en est peu qui suivent .un mode d’électrisation approprié à l’état delà maladie. Ils électrisent les malades qui se présentent
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- présentent j ils en guérissent plusieurs , en les électrisant tous de la même manière ; ils annoncent qu’ils les ont guéris , et c’est tout ce que l’on peut attendre d’eux ; mais qu’un homme de l’art , un médecin , se borne à nous annoncer de semblables guérisons , sans nous mettre au fait de l'état de la maladie , sans nous indiquer, le mode d’E-lectricité qu’il a employée, sans nous faire part des progrès de la guérison , ce n’est répondre, ni à ce qu’on attend de lui , ni au zèle qu’il devroit avoir pour guider ceux qui pourroient faire usage du même moyen. C’est malheureusement une faute trop générale en médecine électrique , et que les plus grands médecins se sont permise. Je ne craindrai point de la reprocher ici au célèbre Dehaën , qui nous dit seulement qu’une grosse tumeur survenue au col d’un homme fut parfaitement guérie par l’électrisation. De quelle espèce étoit cette tumeur ? étoit-elle enkistée oii non ? de quelle manière le malade fut-il électrisé ? C’est ce qu’il nous laisse ignorer.
- On ne peut donc trop recommander 4 ceux qui nùus font part de leurs observations en tp genre et particulièrement aux I
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- i3o de l’Electricité gens de l’art de nous donner en même-tems tous les détails qui peuvent nous conduire à la connoissance de la maladie et du mode de traitement qui leur aura réussi. C’est le moyen de hâter les progrès de VElectricité médicale, et c'est une obligation que je remplirai autant qu’il me sera possible dans le cours de cet Ouvrage. Passons à une autre considération.
- Des Furoncles.
- Je Le furoncle est une tumeur inflammatoire et douloureuse. Elle parvient ordinairement à la grosseur d’un œuf de pigeon, qu’elle excède rarement : elle s’élève en pointe, s’ouvre et se termine presque toujours par suppuration.
- Parvenue à cet état , on voit au milieu de l’ulcère un petit paquet de fibres qui n’ont pu se résoudre. C’est ce qu'on appelle le bourbillon du furoncle. A raison de la petite protubérance surmontée d’une pointe que le furoncle présente au-dessus de la peau, quelques-uns lui ont donné le nom de clou. Son siège est dans le corps graisseux.
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- Lorsque le furoncle est unique, ce n’eSt qu’une incommodité plus ou moins douloureuse qui ne mérite aucun traitenient particulier , qu’autant qu’on en veuf hâter la guérison; mais si plusieurs parties du corps en sont affectées en même tems , cette incommodité devient, sinon dangereuse, au moins très-cruelle et très-insupportable, sur-tout si elle avoisine des nerfs et des tendons. Dans ce cas -, on est ordinairement obligé d’avoir recours à des moyens chirurgicaux.
- L’indication qui se présente à remplir , est sans contredit dé hâter la maturation de la tumeur qui s’ouvre presque toujours d’elle-même. A ce défaut, ou si la nature est trop tardive, on vient à son secours, on fait l’ouverture du furoncle avec un instrument tranchant. Le pus qui en sort est ordinairement épais et visqueüx. Une fois ouvert, la douleur diminue et la guérison s’annonce»
- Pour l’amener â ce point, et même jus- Son tïat-qu’à parfaite guérison., il faut très-peu de ÎSe?t0rdi* remèdes ; les onguens , ou les emplâtres ëmolliens et digestifs , Yonguent de la mère t ou Y emplâtre diachylon gommé ^ etc. suffisent communément, à moins que la dou-
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- i32 de l’Electbiche leur ne soit excessive et que la fièvre ne survienne. Dans ce cas, qui est assez rare , il faut commencer par la saignée , avant d’en venir au traitement ordinaire qui peut L’Electri- être avantageusement suppléé par l’Electri-cM prfts- cité que je préférerois à tout autre, parce qu'il «-st plus actif et plus expéditif. On en jugera par les observations suivantes.
- Première £n I772 un jeune homme qui suivoit
- obscrvatioD. , ' , , . r • , 1
- mes leçons de physique expérimentale au ci-devant collège d’Harcourt, à Paris, se plai-gnoit d’un furoncle qui le tourmentoit fortement depuis deux jours. Je l'engageai à me • suivre à l’issue de la classe, à venir se faire électriser , et je lui promis qu’il en seroit promptement guéri. 11 y consentit. Arrivé à la maison, je lui fis découvrir son épaule droite où étoit le siège du mal dont il se plai -gnoit. J’y vis une tumeur modérément rouge, rénittente, non douloureuse, excepté à l'endroit où elle pointilloit. Bien assuré de l’endroit sur lequel je me proposois d’opérer immédiatement , je le -fis monter sur l’isoloir et je l’électrisai le bras découvert. C’étoit vers le milieu du mois de juillet et il fai-soit assez chaud pour opérer de cette manière.
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- Je commençai par lui tirer quelques étincelles du centre même de la tumeur j mais elles lui furent insupportables. Je fus obligé d’en venir à la méthode de \*exhaustion , dirigée sur le même point. Il supporta très-bien ce mode d’électrisation pendant près de trois quarts-d’heure , après lesquels je hasardai encore quelques étincelles qui lui parurent un peu moins douloureuses que les premières. La tumeur devint beaucoup plus rouge et moins rénittente. Il souffrit encore la nuit suivante et je l’électrisai le lendemain par étincelles qu’il supporta très-bien. Je continuai le surlendemain de la même manière et la nuit suivante le furoncle s’ouvrit. Je lui fis mettre dessus une emplâtre de diachylon gommé, et je l’électrisai encore le quatrième jour et le suivant, mais par simple exhaustion ; ce qui suffit pour hâter la suppuration qui se faisoit sans douleur, et amener la guérison que j’abandonnai à la nature et qui fut très-prompte.
- En 1780, j’avois une cuisinière à Paris, ^ Seconde qui se plaignit pendant trois jours de deux ° servaUon* gros boutons qui lui étoient venus à un endroit qu’elle ne pouvoit montrer. Je soupçonnai que c’étoit deux furoncles. La nuit
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- i34 de l’Electbicitê suivante, il lui en survint un autre au bras, qu’elle me fit voir : c’et oit un furoncle aussi douloureux que les deux autres. Il étoit enflammé et accompagné de fièvre. Je voulus la faire préalablement saigner , non-seulement a rs;:on de l’état de ses furoncles, qui annonçait lebesoin d’une saignée; mais encore parce qu’elle étoit. très - sanguine, et que malgré cela, ses règles qui venoient de se passer , n’avoient point été aussi abondantes qu’elles avoient coutume de l’être : elle ne voulut point y consentir. Je la tins donc à une diète assez rigoureuse, et je lui fis prendre pendant six jours, pendant lesquels je l’électrisai, cinq décilitres (une chopine) de petit lait. J’électrisai le furoncle du bras par étincelles qu’elle supporta très-bien, quoiqu’elle les trouvât très-douloureuses ; les deux autres par exhaustion, les étincelles ne pouvant être assez excitées à travers ses jupons.
- La fièvre dura encore deux jours, les élan-cemens continuèrent ; le cinquième jour le . furoncle du bras s’ouvrit ; les deux autres, plus anciens de trois jours , subsistèrent jusqu’au lendemain et ils s’oùvrirent à leur tour. Elle les pansa avec de l’onguent de la mère. Je continuai à l’électriser trois jour?, pen-
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- dant lesquels elle ressentôit encore quelques légères douleurs ; elles se dissipèrent le troisième jour et je cessai le traitement j je la purgeai ensuite et elle fut guérie.
- Je ne parlerai point ici de plusieurs autres furoncles que j’ai guéri de la même manière et toujours en très-peu de tems, parce que cette maladie n’est point assez inquiétante pour mériter de fixer plus long - tems sur elle l’attention du lecteur. J’ajouterai cependant que je ne suis pas le premier qui ait administré l’Electricité à cette espèce de maladie. Dès 1764, on sa voit que l’Electricité est très - propre à la guérir. Le médecin Zetzell le dit expressément dans une thèse qu’il soutint sous la présidence du célèbre Linné. Il y annonce que le fluide électrique hâte on ne peut mieux la suppuration des furoncles.
- Le savant de Sauvages dit équivalem-ment la même chose dans sa Lettre citée . ci - dessus. Il dit qu’en étudiant en médecine dans l’école dé Montpellier , s’étant fait tirer des étincelles d’un bouton enflammé qu’il avoit à la main, on vit ce bouton s’enfler sensiblement et se disposer évidemment a la suppuration. On ne peut donc trop 14
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- recommander cette méthode dans ces sortes de maux qui tourmentent extrêmement ceux qui en sont atteints.
- Du Cancer.
- Ouoiqu’en entreprenant cet Ouvrage, je n’aie eu dessein de parler que des seules maladies auxquelles j’aurois donné mes soins et avec des succès avérés, le désir d’être utile à l'humanité m’a déterminé à présenter ici le témoignage d’un de nos plus célèbres électriciens, en faveur d’une des maladies les plus graves que je connoisse. Puisse la. confiance que je crois devoir accorder au rapport de ce savant physicien, procurer à ceux qui en seront malheureusement atteints, le soulagement que je leur souhaite, de Le cancer, l’une des plus cruelles, des a“ plus terribles et des plus dangereuses maladies qui attaquent l’espèce humaine, est une tumeur dure ^ inégale, ordinairement adhérente , lancinante , variqueuse, livide ou plombée. Elle attaque plus communément les parties glanduleuses j les autres n’en sont point exemptes.
- En cet état on le nomme cancer oc-
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- culte s mais à la longue la tumeur s’ouvre , s’excorie et forme un ulcère dont les bords deviennent durs, calleux et'se renversent. Il en sort une sanie jaunâtre , gluante, fétide , et la plaie faisant toujours de nouveaux progrès, ne tarde pas à présenter un aspect hideux.
- Quelles sont les causes éloignées et prochaines de cette terrible maladie? Ce seroit la matière d’une longue discussion , puisque les sentimens des meilleurs médecins sont partagés à cet égard. Il ne conviendroit donc point à moi simple physicien d’émettre ici la mienne. Je me bornerai donc uniquement à iudiquer l’Electricité , non comme un remède curatif de cette maladie, ce que j’ignore $ mais comme un très-bon palliatif. C’est ce qu’assure le savant Cavallo et voici de quelle manière il s’exprime dans son excellent ouvrage imprimé à Londres en 1780.
- . « On diminue beaucoup , dit-il, lesdou-» leurs cancéreuses, en isolant le malade, » l’électrisant ensuite par bain et tirant de » sa plaie lë fluide électrique avec une pointe » de bois ( Plan. IV, fig. 5 et 6 ) ou de » métal (fig. 5) ».
- Il paroît cependant , par ce qu’il ajoute
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- Y38 de l’Electricité ensuite , que cette dernière espèce de pointe est préférable. On en jugera par le fait suivant qu’il rapporte.
- observa- « Une femme, affligée depuis Iorig-tems » d’un cancer, fut électrisée avec une pointe y> de métal. Les douleurs diminuèrent beau-» coup et cessèrent presqu’entièrement ; elles » se renouvelèrent lorsqu’on se servit d’une » pointe de bois ».
- Il est à présumer qu’on en reyint à la pointe de métal, c’est ce que Cavallo nous laisse ignorer et ce qu’il imporloit de savoir, pour constater que le retour dés douleurs étoit dû à la qualité de la pointe. Dans le fait , une pointe de bois produit un sentiment , une sensation bien plus importune; il pourroit donc être certain que ce fut l’importunité de cette sensation qui rappela les douleurs. Il ajoute ensuite que la tumeur fut de beaucoup circonscrite , et c’en est assez pour prouver l’avantage qu’on peiït tirer du fluide électrique dans cette cruelle maladie. N’agit-il ici que comme palliatif, car Cavallo nous laisse encore ignorer si la malade fut guérie, cet avantage n’en seroit pas moins précieux , puisque , d’après son récit, on en connoît très-peu en médecine
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- qui eussent produit d'aussi bons effets. Rajouterai meme qu’il seroit peut - être possible d’en.faire un excellent remède curatif, en-associant au fluide électrique quelques-uns i des remèdes intérieurs , qu’on regarde assez généralement comme très-convenables à cette maladie; car rien ne donne plus d’activité aux remèdes qu’on prend intérieurement que l'Electricité, et il est quantité de circonstances , dont il sera question par la suite , dans lesquelles j'en fournirai des preuves incontestables. Quoi qu’il en soit, c’est un moyen combiné que je hasarde ici et que je soumets à l’examen des gens de l’art.
- Du Panaris,
- Le panaris est une tumeur phlegmo- Hé# de neuse qui se manifeste à l’extrémité des doigts , où elle est accompagnée d’une douleur pulsative très-aiguë, de rougeur, d’une chaleur brûlante et d’une très - forte tension.
- Cet accident présente beaucoup de variétés, et ces variétés dépendent de son siège.
- Est-il limité dans les tégumens, on l’appelle panaris cutané ou superficiel. C’est le moins dangereux, le plus facile à guérir et le seul
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- sur lequel j’aie des observations à présenter
- en faveur de l’Electricité.
- Aux symptômes que je viens d’indiquer et qui ne s’étendent point au-delà du doigt, à l’exception de la douleur qui se fait quelquefois sentir plus loin , voici ce qu’on ob-
- Le bout du doigt blanchit et se ramollit en même-tems. Ou y voit un petit point saillant qui annonce la maturation de l’abcès , et appelle l’instrument qui doit l’ouvrir pour en faire sortir le pus. L’ouverture faite, on lave la plaie avec un peu d'eau miellée et on la couvre d’onguent de la mère.
- Telle est en peu de mots la marche qu’on suit ordinairement dans le traitement du panaris cutané. Or cette marche , quelque bonne qu’elle puisse être , est toujours trop . longue pour celui qui souffre. C’est donc un bon service à lui rendre que d’indiquer un moyen de l’abréger, en hâtant la maturation de l’abcès, en accélérant le moment de son ouverture, après laquelle les douleurs cessent, ou sont bien plus supportables ; or ce moyen est précisément le fluide électrique.
- Après ce que j’ai déjà dit du furoncle,
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- MEDICALE. I4t
- qui est une maladie du même ordre, quoique d’un genre différent, et qui se termine comme le panaris, il paroîtra peut-être inutile d’insister sur un moyen de curation qui convient également bien à l’un et à l’autre. Je ne me dispenserai cependant pas d’en donner une preuve au moins que je tire de l’observation que voici.
- En 1789, à la suite d’une piquure faite au bout du doigt index et qui a voit un peu glissé sous l’ongle, un jeune étudiant en philosophie au collège de Bourges, sentit une douleur assez vive , mais supportable, qu’il négligea d’abord; cependant au bout de quelques jours elle augmenta au point de l’inquiéter ; son doigt étoit enflé et très - dur. Les personnes chez qui il logeoit lui mirent dessus un onguent qui, loin de le soulager, augmentoit son mal. Un de ses camarades, qui suivoit mes cours et qui savoit que l’Electricité est très-favorable à diverses tumeurs qu’elle résout, me l’amena. Je l'examinai et je ne vis qu’un panaris cutané, pour lequel je lui conseillai de se faire électriser. .
- Il y consentit. Je l’électrisai par bains et par étincelles que je tirai du bout du doigt malade. Il les supporta beaucoup mieux
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- 145 »È i/Electricite que je ne l’eusse espéré , et je continuai l’électrisation pendant environ une demi-heure,
- Dès le lendemain la tumeur blanchit et commença à pointiller. Je l’électrisai encore de la même manière, et le soir même on l’ouvrit ainsi que je le lui avois conseillé. Elle rendit beaucoup de pus et l’on pansa la plaie avec de l’onguent de la mère, que je lui avois indiqué comme le plus convenable à son état. Les douleurs cessèrent pres-qu'entièrement et en peu de jours il fut guéri, plus promptement sans doute qu'il ne l’eût été par tout autre moyen.
- Les trois dernières maladies dont il vient d’être question , sont comprises dans le troisième ordre des maladies de la première classe, auquel' de Sauvages donne le nom de phymâta ; la suivante appartient à l’ordre suivant , au quatrième ordre , dans lequel il range les différera genres et les diverses espèces d'excroissances, parmi lesquelles on trouve le goitre, qui cède avec peine cependant à l’action du fluide électrique.
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- MÉDICALE. 143
- Vu Goitre. .
- Le goitre est une tumeur indolente, mo- Ida de bile, qui ne change point la couleur de la modité. peau. Sa forme est assez régulière, sa grosseur varie , et il seroit difficile de lui assigner des bornes. Elle est formée par une congestion lymphatique qui se ramasse, dit-on , dans la glande thyroïdienne. A considérer cependant le volume de certains goitres , le tissu cellulaire sembleroit être plutôt le siège de cette congestion.
- Quoi qu'il en soit, cette incommodité, cette espèce d’excroissance est endémique en plusieurs endroits , où l’on y fait très - peu d’attention. Elle l’est dans les Alpes ; elle l’est dans le Tyrol, où on la regarde même comme un ornement du corps ; elle l’est en plusieurs autres endroits encore.
- Cette tumeur est quelquefois enkistée et, comme toutes les autres tumeurs de cette espèce, elle contient une matière plus ou ' moins épaisse qui ressemble, par sa consistance, à du miel , du suif , de la bouillie, etc. Quelquefois cependant cette tumeur est comme sarcomateuse et comme remplie de chairs fongeuses, etc.
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- De quelqu'espèce qu’elle soit, on l’attaque ordinairement et par les remèdes internes , et par les remèdes externes , quelquefois même par le fer. Après les remèdes généraux , on emploie les diurétiques , les apéritifs et les fondans. A l’extérieur, ce sont les topiques résolutifs ; mais il est rare que ces remèdes produisent l’elfet qu’on en attend.
- Cela viendrait - il de ce que ces remèdes ne sont point assez actifs, ou de ce qu'on ne les continue pas assez long-tems ? C’est une question que je ne discuterai point ; j’observerai seulement qü’il y aurait souvent du danger à en employer de plus .actifs , tels que les corrosifs recommandés cependant par quelques habiles praticiens. Je dirai la même chose de l’extirpation de cette tumeur; fut-elle très-peu étendue , je crois cette opération dangereuse à raison de la multiplicité des nerfs et des vaisseaux cireohvoisins.
- L’Electricité est le meilleur moyen de l’attaquer , parce que le fluide électrique est éminemment incisif, apéritif, diurétique et résolutif. Si, dans les meilleurs ouvrages qui ont paru jusqu’ici sur l’Electricité médicale j on ne trouve point d’observations en faveur
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- MÉDICAL JB., !4.5
- faveur de cette pratique , cela vient uniquement de ce qu’à l’exception de quelques endroits indiqués ci-dessus, où cette incommodité est comme naturalisée , et où ce genre de traitement n’a point encore été accrédité , elle est extrêmement rare ailleurs.
- v Et moi-même je n’aurois osé le proposer, d’après une seule guérison de ce genre que j’ai opérée à Paris en 1770 ; mais appuyé d’une seconde observation aussi certaine qui me fut communiquée par un amateur très-instruit, qui s’est beaucoup occupé d’Electri-cité médicale, le citoyen Moyne Villarsy, membre du jury d'instruction à Châlons sur Marne, j’ai cru que ces deux observations' sur une maladie aussi rare en l’un et, l’autre endroit suffiroient pour inspirer la confiance que l’on doit ici au fluide électrique. ^ Première
- ' La fille d’un des ouvriers que j’employois oLserTa,“>'»-à la construction de mes machines, âgée de dix-neuf ans , avoit un goitre de la grosseur d’unpetitœuf.Ellene s’enétoitapperçue qu'au moment où elle était devenue grande fille , à l’âge de seize ans. Il avoit fait peu de progrès la première année; mais depuis environ six
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- 146 de l’Electr.icit é mois il croissoit assez sensiblement pour l’inquiéter. Elle étoit jolie et même un peu coquette; ce qui l'avoit déterminée à consulter un chirurgien, qui lui administrait des remèdes , sans que le mal eût cessé pour cela de faire de nouveaux progrès. Elle s’en plaignoit un jour en ma présence et elle paroissoit décidée à cesser l’usage des remèdes qu’elle avoit pris jusques-là assez; assiduement dans l’espérance de guérir.
- Je lui proposai de l’électriser et je l'assu-rai que de tous les remèdes qu’elle pourrait faire , c’éloit celui sur lequel elle pouvoit compter davantage ; mais qu’il fallait de la persévérance et que je ne pouvois lui indiquer quelle serait la longueur du traitement. Je la prévins encore qu’il seroit important quelle fût purgée de tems entems. Elle s’y décida également et je l’électrisai le lendemain , io mars, par bain et par exbaustion seulement : je continuai le même traitement jusqu’au aS, époque à laquelle je fus obligé d’interrompre l’opération , pendant quatre jours et pour cause. Non-seulement là tumeur n’avoit point fait de progrès depuis l’électrisation ; mais elle paroissoit même
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- avoir diminué. Je repris le traitement le 29 du même mois jusqu’au 20 avril. Elle étoit sensiblement diminuée. Je cessai encore quatre jours , après lesquels je crus devoir la purger, avant d’en revenir à l’électrisation, à laquelle je là soumis le 28 et que1 je continuai toujours de là même manière jusqu’au moment où je me trouvai obligé de la suspendre encore ; ce que je fis régulièrement tous les mois. Le 14 mai , la eure a voit encore fait des progrès assez sensibles. Ils lé furent également en juin , plus encore en juillet et août, sùivans; Je la purgeai ce mois - là avant dé reprendre le traitement que javois interrompu dès le 2 dü mois 5 la guérison continua à faire de nouveaux progrès qui furent cependant moins sensibles en septembre, octobre et novembre * mais dans le courant de janvier le goîtré avoit entièrement disparu. Je la purgeai alors pour la dernière, fois et je cessai tout traitement. J’eus occasion dè la voir souvent depuis sa guérison , à raison des relations que j’avois avee son père , et jusqu’en 1782 que je’ quittai Paris , lè mal n’étoit" point encore revenu. À cette observation , qui né suffiroit' point pour
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- *48 DE L?E h E C T RI CI T £ assurer que l’Electricité convient on ne peut mieux à ce genre d’incommodité , je joins la suivante qui fortifiera sans doute cette opinion.
- Une fille âgée de vingt-quatre ans , me observation*! marque le citoyen Villarsy, dans une lettre en date du 19 frimaire an V , portait-', depuis plusieurs années , un goitre gros comme la moitié d'une savonnette ; ce sont ses propres expressions. Son col avoit o mèt. 4104 ( 15 pouces 2 lig. ) de circonférence. Je l’électrisai pendant près de dix-huit mois. La tumeur fondit de près de moitié , pendant les quatre premiers mois. Sa fusion devint ensuite plus lente , sans cependant s’arrêter ; ( c’est à-peu-près la même marche qu’elle avoit suivie dans l’observation précédente ) -et dans l’espace de tems indiqué, dans l’espace de dix - huit mois , elle était réduite à la grosseur d’une aveline , ( ce qui indique une résolution fort avancée).
- Le traitement fut alors interrompu par une absence d’environ quinze mois que fit la malade , et pendant laquelle la tumeur augmenta. À son retour elle étoit devenue grosse comme une noix. Elle reprit le trai-
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- tement électrique et dans l’espace de trois mois , elle fut parfaitement guérie.
- Voilà, ajoute le citoyen Villarsy , près de six ans passés depuis ce dernier traitement , et il né re paroi t aucune grosseur à son col ; je regarde donc , continue-t-il , cette, guérison comme constante et je suis de son avis; mais de quelle manière l’Electricité lui fut-elle administrée ? C’est ce dont il ne parle pas dans sa lettre citée ci-dessus. Je présume cependant qu’il n’employa que le bain électrique et la méthode des étincelles, car ce sont les deux méthodes dont se servent constamment les physiciens et les amateurs qüi s’occupent d’Electricité médicale. Ils y joignent assez souvent des commotions ; mais je ne vois rien ici qui ait pu déterminer le cit. Villarsy à employer cette méthode qui eût été très - douloureuse àla malade.
- Avant de terminer cet article,j’observerai Réflexion, qu’il est quelqu’espèce de goitres pour lesquels je n’oserois recommander le même moyen de curation. Il en est, par exemple, àejlatueux qui ne dépendent sûrement pas d’une congestion humorale. Je voudrois donc, qu’avant d’entreprendre d’administrer l’Electricité à K 3
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- i5© de ^Electricité lime personne attaquée de cet accident, le physicien prît l’avis d’un homme de l’art, qui lui.en indiqueroit la cause. De.concert avec lui, il opéreroit plus sûrement, et ne ris-* queroit pas de- tourmenter inutilement un sujet incapable de guérir par yoie d’électri-satioh.
- De la Tumeur blanche, .
- idée de Cette espèce de tumeur peut être occasion-? c ma a ^ par diverses causes tant internes qu’ex* ternes , et elle se montre sous différentes formes. C’est .ordinairement une véritable hy-* dropisie des articles, et c’est la seule que je considérerai ici.
- Cette espèce d’hydropisie est formée par l’épanchement de l'humeur synoviale, et cette humeur n’est point- alors renfermée dans sa propre membrane, mais dans la capsule articulaire et dans celle des muscles voisins. Le coude et les genoux sont le plus communément le siège de cette fâcheuse maladie , accompagnée de douleurs et d’un sentiment de fluctuation, sans aucun ehan-r gement de la couleur de la peau.
- Le traitement de cette maladie exige des
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- remèdes internes et externes. Les internes sont les apéritifs , les incisifs, les sudorifiques , les dépurons et les purgatifs. Les externes sont les résolutifs,'et les fortifions.
- Rarement cependant réussissent-ils , et leur effet est toujours très - lent lorsqu’ils réussissent. C’est ce que j’ai eu occasion d’observer quelquefois , particulièrement dans le fait que je vais rapporter, en faisant iÆiectricï-préalablement remarquer qu’à l’exception des remèdes externes, qui agissent immé- maladie-. diatemënt sur le mal , mais moins puissamment que le fluide électrique qui, doué des mêmes qualités, le pénètre intimement, ce même fluide agit beaucoup plus puissamment que les remèdes internes qu’il remplace éminemment. On peut donc attendre ici des effets plus certains du fluide électrique, en faveur duquel je pourrois citer sept observations que j’ai eu occâsion de faire, tant à Paris, qu’à Bourges, qui l’at-- testeroient incontestablement ; mais considérant que les sept tumeurs que j’ai traitées et guéries, ne présentent point de phénomènes aussi remarquables, des symptômes aussi graves que quelques autres tumeurs semblables , .pareillement guéries par l’Electricité
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- D E t’E L E.C TBICITÉ et par un savant médecin, dont le témoignage ne peut être que d’un très - grand poids, pour éviter la prolixité, je me bornerai à une seule des observations qui me sont propres, et j’y ajouterai celles que je viens d’indiquer.
- Jacques Durouhaut, fourbisseur à Paris , étoit , depuis près de deux ans , attaqué d’une tumeur au genou droit qui lui étoit survenue, sans qu’il pût en indiquer la cause. Elle étoit grosse comme le poing ; elle gênoit extrêmement l’articulation : elle étoit si douloureuse, qu’il ne pouvoit marcher qu’avec des béquilles. Depuis près de quatre mois il étoit entre les mains d’un habile chirurgien nommé Didier, dans.la maison duquel je demeu-rois à l’Estrapade. La tumeur sur laquelle il appliquoit des cataplasmes de diverses espèces , sans négliger les remèdes internes, avoit paru céder pendant quelque tems mais elle étoit revenue dans son premier état et même un peu plus grosse, de sorte qu’il dé-î sespéroit de la guérison de son malade. J1 m’en parla et me demanda si l’Electricité, que j’administrois déjà très-avantageusement à. plusieurs personnes qu’il voyoit aller et venir chez; moi, pourroit lui être utile. Je
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- tfàvois alors aucune connoissance dès bons effets qu’elle produit dan»%ette circonstance; mais n’ignorant pas le genre de remèdes qui conviennent à cette maladie, je crus qüé l’Electricité étoit on ne peut mieux indiquée , et nous convînmes qu’il le ferait amener le lendemain et que je l’élèctriserois. Je l’électrisai assiduement tous les jours, pendant l’espace d’une .heure , par bain , par étincelles, qu’il supportoit avec peine, et auxquelles je substituois , pour le soulager, la méthode de Vexhaustion ; dans l’espace de deux mois et quelques jours , il fut très-bien guéri. Pendant tout le cours du traite-tement, je lui avois Fait continuer une tisane apéritive et résolutive, que. le chirurgien lui avoit précédemment ordonnée ; mais je ne voulus point lui permettre de continuer l’application d’auCun cataplasme. Je me bornai à lui faire envelopper le genou d’une flanelle qui le tenoit chaudement et favori-soit sa transpiration.
- Des. six autres observations que je pourrais rapporter, si je ne voulois faire ici mention que de mes seuls travaux , il en est une qui concerne une semblable tumeur survenue au coude d’une fille de vingt-cinq ans , à la
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- 154 de l’Electricité suite d'une suppression qu’elle avoit éprouvée trois mois auparavant, et qui siibsistoit encore lorsque je l’électrisai de la même manière que le fourbisseur dont je viens de parler. La suppression datoit alors de sept mois et la tumeur de quatre. En moins de deux mois ses règles reparurent et le mois suivant sa tumeur se dissipa. Passons aux observations étrangères que j’ai promises et qui paroissent favoriser davantage ce genre de traitement.
- Un enfant nommé Charlevigne, âgé de trois ans souffroit, depuis quelque tems , de deux tumeurs de la couleur de la peau , dit le médecin Mazars de Cazeles ; elles étoient d’un très-gros volume et si douloureuses , qu’on ne pouvoit le,toucher sans lui faire éprouver de vives douleurs.
- L’une étoit située sur le genou gauche , dont elle embrassoit toute la circonférence. Elle étoit si épaissedans sa partie supérieure, qu’elle déroboit la rotule à la vue et au taet ; elle ne permettait à l’enfant ni de marcher , ni de se tenir debout.
- L’autre occupoit l’arliculation du bras droit avec l’avant-bras ; elle enveloppoit la
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- moitié de celle - ci et ne permettait aucun mouvement, •
- Il y avoit déjà quelque tems que Mazars Pélectrisoit vlorsquele médecin Morand vint à Toulouse et témoigna à son collègue le désir de voir les bons effets qu’il obtenoit de l’Electricité. Celui-ci lui présenta cet enfant , .dont la tumeur du genou étoit déjà guérie 5 aussi marchoit-il avec la plus grande facilité : celle du bras ne l’étoit point encore. Morand l’examina avec la plus grande attention , et il la regarda comme étant de l’espèce de celles qu’on appelle lymphatiques ou tumeurs blanches, les plus rebelles aux: ressourcés de l’art. Il lui parut même qu’il y avoit à craindre, par la manière dont elle engageoit l’articulation , qu’elle ne finît par 1’ankylQser.
- Cette crainte ne rebuta point le docteur Mazars ; il continua à donner ses soins à son malade, et dans l’espace d’un mois et demi, à compter du jour qu’il avoit entrepris cette cure , les deux tumeurs étaient disparues. L’articulation du bras étoit tellement dégagée, qu’il ne restait pas la pins petite apparence qui pût faire craindre l’accident pronostiqué par le médecin Morand. L’en-
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- 156 D E L*E LECTRIC.ITÉ fant avoit acquis, avec la liberté de marcher, de courir, de sauter, celle de se servir de son bras avec autant d’aisance, que s’il n’avoit jamais été incommodé. Or voici le traitement que cet habile électricien avoit suivi 5 c’est lui qui va l’indiquer.
- Les premières étincelles que je tirai de cet enfant, lui furent si douloureuses , dit - il, qu’il ne cessa de jeter les hauts cris, tant que l’opération dura, et qu’il fit tous ses efforts pour se tirer dé dessus Y isoloir ; ce qui me détermina, ajoute - t-il, à l’électriser par voie d'insvffiationy lui présentant une pointe isolée qui communiquoit avec le conducteur.
- Cependant, continue-t-il, ayant craint que ce traitement ne fut insuffisant, ou au moins de trop longue durée et*capable de lasser la patience du malade, j’imaginai de lui faire mettre un bas de laine qui lui couvrait toute la tumeur du genou et d’envelopper celle du coude d’une flanelle , qui s’y ap-plîquoit exactement. Je promenai ensuite légèrement , sur ces tumeurs, la boule d’un excitateur ordinaire \ et je les électrisai par voie de friction, ayant soin de faire tourner le plateau de la machine plus ou moins vite ,
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- selon le degré d’énergie que je voulois don* nerà l’opération.
- L’enfant s’accoutuma à ce procédé. Cependant lorsque la glace étoit mue trop rapidement , il se plaignoit qu’il étoit trop chaudement chatouillé. Je n’ai , ajoute-t-il, employé dans cette cure , d’autre remède auxiliaire . qu’une purgation tous les huit jours et la tisane d’esquine , dont l’enfant usa dans peu par goût et par la suite par préférence à toute autre boisson. Le même auteur me fournit une autre observation très-intéressante sur le même objet, et qui vient on ne peut mieux à l’appui de l’Electricité dans cette espèce de maladie, dans ces sortes de kystes.
- U ne femme nommée Alary, âgée de trente-. Troisième quatre ans , bien constituée , avoit, depuis ° servatloa-près de deux ans , l’articulation du genou droit tuméfiée , rénittente, très-douloureuse , cependant de la couleur de la peau, et le haut de la jambe un peu gonflé. Elle ne mar-choit qu’avec beaucoup de peine et quelquefois elle ne pouvoit marcher, tant elle souf-froit : elle étoit alors réduite à tenir sa jambe sur une chaise à la hauteur de sa cuisse.
- Youloit-elle se mettre au lit -, elle étoit
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- i58 ï> E i/E l ft r i c i t é presque toujours obligée de le faire découd vrir, de s’y asseoir, dé prendre sa cuisse-' avec ses deux mains, de l’élever au niveau du lit, et de s’y transporter ainsi, sa jambe' étant tendue.
- Je l’électrisai, dit le docteur Mazars, je . lui conseillai de se purger et de prendre des bouillons d’écrevisses ; ce qu’elle ne fit pas. Cependant son état s’améliora pâr le seul effet, de l’Electricité et au point, qu’en peu’ de téms, I’enffure, là roideur, la' douleur du ‘ genou furent dissipées, et la malade put se coucher sans la plus petite souffrance.
- A cette époque elle cessa de Venir se faire électriser. Peu de jours après, elle se plaignit de douleurs dans toute lalongueur de la jambe;' ce qui la força à reprendre le traitement électrique. Elle fut alors purgée et elle prit des bouillons faits avec la racine d’esquine et les écrevisses, etc. etc.
- Ses douleurs appaisées, elle discontinua' encore les remèdes ; mais le retour de la douleur les lui fit recommencer et l’Electricité les suspendit de nouveau.
- Toutes ces inconstances de Ta malade né lui ont cependant point empêché de jouir de l’entière liberté que l’Electricité lui a voit
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- procurée ; de se mettre au lit, sans être obligée d’y transporter avec ses mains sa jambe et sa cuisse. Tout son. mal est actuellement réduit à des retours de douleurs, tantôt plus, tantôt moins incommodes , dans la jambe seulement, douleurs qui la gênent quelquefois et'lui*, permettent néanmoins de marcher et même de courir, sans qu’elle éprouve trop de difficulté.
- L’observation suivante , que Je tire du Mémoire du même auteur, n’est ni moins intéressante, ni moins favorable à l’Electricité employée dans les mêmes circonstances.
- Une femme nommée Lassère, âgée de cinquante-trois ans , avoit depuis deux ans le genou gauche tuméfié, rénittent et très-douloureux , sur-tout dans l’intérieur de l’articulation ; les douleurs augmentoient, lorsqu’elle marchoit et que le teras étoit humide. Elles se faisoient quelquefois si vivement sentir pendant la nuit, qu’elles la réveilloient, si elle dormoit, ou Tempêchoient de dormir, lorsqu’elle veilloit: dans runetl’autrè cas elles là. mettaient dans l’impossibilité de supporter sur le genou le poids des couvertures les plus légères; elle pouvoit même à peine supporter celui d’un seul drap.
- Quatrième
- observation.
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- Sur la tumeur dont il vient d’être question , il s’en étoit élevé une autre souple , non adhérente , de la couleur de la peau , grosse comme un œuf de poule. Celle-ci étoit indolente et située au bas du fémur. La malade ne pouvoit tendre la jambe, encore moins la plier que d’une manière imparfaite, sans souffrir ; et Soit qu'elle fît effort pour la tendre, ou non, elle formoit avec la cuisse un angle si aigu, que cette malheureuse femme ne pouvoit faire un pas sans boiter extrêmement.
- Son chirurgien qui regardoit cette maladie comme une ankilose imparfaite, et qui craignoit qu’elle ne devînt parfaite , si la synovie s’épaississoitdavantage, luiavoitadministré , mais inutilement, les topiques et les remèdes les plus convenables à cette espèce de maladie, et avoit fini par d'abandonner.
- Elle s’étoit alors adressée à un habile médecin qui jouit, dit Mazars, d’une réputation bien méritée. Le pronostic de celui - ci ne fut rien moins que favorable à la malade. Il lui conseilla néanmoins de faire usage des eaux de Barège, sans oser l’assurer qu’elle y trouverait sa guérison. Aussi ne suivit-elle point cet avis. Elle se décida à recourir à l’Electricité ,
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- MÉDICALE. 16t
- tricité , dont elle s’est très-bien trouvée. "Voici en quel état elle étôit , lorsque le docteur Mazars imprima son premier Mémoire , dftns lequel il rend compte de ce traitement.
- Elle n’a été électrisée que neuf fois, dit-il , et elle a été très-sensible aux impressions des étincelles que je lui ai fait tirer tous les jours du genou, pendant près d’un quart-d’heure. Ce secours unique lui a procuré des nuits moins traversées parles douleurs, une diminution assez notable du volume de l’articulation, notamment de la tumeur qui s’y étoit formée , beaucoup moins de peine à marcher , à tendre la jambe, à la plier, à supporter, sur le genou , le poids des couvertures qu’elle ne pouvoit souffrir auparavant ) mais encore celui de ses jupons, ou de l’habit de son mari, quand le froid l’oblige à’ se couvrir davantage.
- Son chirurgien a été fort surpris de la voir dans l’état où elle se tro.uve aujourd’hui, sur-tout de la voir marcher dans les rues sans béquilles et même sans bâton. Il ne l’a pas été moins, lorsqu’il a vu sa tumeur aussi diminuée qu’elle l’a été, en si peu de tems, par le seul effet de l’Eiectricité.
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- 16a de l’Electricité
- Dans son second Mémoire , cet habile médecin nous fait part de la suite de cet heureux traitement. Il y rappelle , en peu de mots , l'état dans lequel la Aalade se trouvoit , lorsqu’il entreprit de l’électriser.
- Les accidens se sont dissipés de jour en jour , dit - il ; mais il a fallu cinq moÎ9 d’Electricité , combinée avec l’usage intérieur des incisifs , des fondans, pour les dissiper entièrement.
- Ce tems expiré, le genou gauche est resté un peu plus volumineux que le droit, et j’en ai été d’autant moins inquiet, que je me suis apperçu que les condiles du fémur s’étaient gonflés , avant .que la malade eût recours à l’Electricité, qui ne pouvoit sans doute fondre des exostoses, et d’ailleurs la position de ces exostoses n’avoit rien d’inquiétant; elles ne pouvoient gêner que très - peu les mouvemens de l’articulation. Aussi la malade a-t-elle non-seulement repris ses exercices ordinaires ; mais elle a été encore en état d’aller à pied , et sans bâton, à une campagne éloignée de Toulouse , de o my-riamètre 2222 ( 1 demi-lieue ancienne ) , et elle en est revenue le lendemain , sans autre incommodité qii’une légère lassitude ;
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- ce qui ôéroit arrivé à toute autre personne bien portante qui auroit été * comme elle , deux ans sans marcher qu’avec des potences, La tumeur est si bien dissoute , qu’il ne -reste pas la plus-petite apparence du kiste* Sa jambe s’alonge très-bien ; elle ne boite même pins. Dans l?s tems humides néanmoins , elle éprouve un sentiment de foiblesse qui l’oblige à venir se faire électriser de nouveau une fois chaque mois , etc.
- Je pourrais ajouter ici quelques autres observations du même ‘genre , toutes aussi concluantes en faveur de l’Electricité ; mais . je craindrois de devenir prolixe sur un objet qui me paraît suffisamment ' démontré. Je passe don'c à une autre considération , aux maladies de la seconde classe.
- § il
- Des maladies de la seconde classé*
- Des Maladies fébriles.
- Quoique ces sortes de maladies soient très-fréquentes j ce sont cependant celles sur lesquelles j’ai moins d’expérience, parce que L 2
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- lfi4 DBL'ElïCTSICItÊ tout le monde se mêle de les guérir , et qu’elles ont coutume de céder à un traitement fait selon les règles de l’art. On se décide donc toujours dans ce genre de maladie à appeler un médecin ou à suivre l’avis de quelques commères qui ont , pour chaque espèce de fièvre, une recette immanquable, et l’on ne présume même pas que l’Electricité pourrôit souvent les guérir plus sûrement et plus promptement. C’est donc rendre service à l'humanité de. faire connoître lés avantages de l’Electricité dans ce genre de maladies. Peut-être se trouvera-t-il quelqu’un de mes compatriotes qui lui donnera sa confiance , et dont' la guérison bien authentique suffira pour inspirer à d’autres , qui en auront besoin , le désir de se faire électriser. Alors je serai à portée de rendre témoignage à l’efficacité de celte pratique. Jusqu’à présent je n’ai encore guéri que quelques fièvres symptômatiques qui acompagnoient quelques autres maladies et se sont dissipées avec elles ; mais le fluide éleolrique a déjà rendu de si grands services dans ce genre de maladies, que j’ai cru devoir en faire men- tion d’après le témoignage de plusieurs habiles médecins et physiciens.
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- On distingue les fièvres en trois ordres, les continues, les rémittentes et les inter-émittentes. Ces trois ordres se distribuent.en plusieurs genres , et ceux - ci en diverses espèces, divisions que je ne suivrai point ici où je ne veux parler que de celles auxquelles l’Electricité' a été avantageuse, et ce sont jusqu’à présent les seules fièvres intermittent tes, car je compte pour rien les fièvres symp-tômatiques que j’ai vu disparoître avec la maladie qu’elles àccompagnoient..
- Je dirai donc d’abord „err général que la fièvre est un effort de la nature qui tend à se débarrasser d’une matière morbifique, ou plutôt qui tend à donner à cette matière le degré d’élaboration préalable à l’évacuation qui doit s’en faire. D’où je conclus, que si le médecin appelé pour traiter une fièvre , seeondoit bien la nature, suivoit, sans s’en écarter, la voie qu’elle s’efforce de lui faire entrevoir, peu de fièvres seroient dangereuses et de longue durée.Elle ne le seroient que dans les sujets hors d’état de supporter la crise.
- On a beaucoup écrit, beaucoup systématisé sur les fièvres , sans que tous ces systèmes les aient rendues plus faciles à guérir. Je crois au contraire que tout système en L 3
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- 166 D E L’E h E C T R I C I T É
- médecine peut souvent égarer le praticien au lieu de l’éclairer. Jugeons - en par le suivant sur la matière dont il est ici question, i Ce système, à la vérité , n’a point été ima-
- giné par un homme de l’art, mais par un physicien très - instruit d'ailleurs et qui s’est beaucoup occupé d’Eleetricité médicale. Opinion 21 prétend qUe , dans tonte espèce de fiè-« °bj«- vres, il ne faut avoir égard qu’à deux circonstances générales qui leur sont ordinairement communes, celle du frisson et celle de 1 ’accès , pendant lequel la vitesse du pouls et la chaleur sont augmentées. Le premier de ces deux symptômes, dit-il, dépend d’un défaut de fluide électrique , le second d’une surabondance de ce fluide.
- D’après cette idée dont l’auteur eut d’abord dû démontrer la certitude, il conclut très-bien que l’on guérira toute espèce de fièvre en électrisant positivement le malade pendant la durée du frisson et négativement, pendant celui de l’accès.
- Pour metttre cette singulière pratique eu crédit, notre savant auteur se fonde sur ce que l'Electricité positive augmente la chaleur animale ; ce qu’il prouve par une observation de Jallabert qui assure , dans sou
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- ouvrage , intitulé : Expériences sur l’Electricité, etc. qu’un thermomètre de Fareinlieit mis sur la poitrine, ou sous les aisselles, où il ne s’élevoit point au-delà de 92 degrés, s’éleva à 97 lorsque la personne eut épositivement électrisée. Il s’appuie encore du témoignage deMusscnenbroeck et de Franklin qui attestent l’un et l’autre quel'Electricité positive augmente sensiblement la chaleur animale.
- Je suis bien de son avis à cet égard et plus d’une fois j’ai eu occasion d’observer ce fait dont jai déjà fait mention dans la première Section de cet Ouvrage ; maisce n’étoit nullement l’état de la question , ce n’étoit point ce qu’il avoit à prouver ; mais bien que le frisson qui précède la fièvre est dû à une disette de fluide électrique , et conséquemment que la surabondance de ce fluide, procurée par l’électrisation positive , peut réparer cette disette et arrêter le frisson.
- Cette première assertion convenablement prouvée , il lui resterait encore à démontrer que la chaleur de la fièvre dépend d’un excès de fluide électrique, et que cet excès peut être modéré par une électrisation négative; assertion complexe, dont la première partie est L 4
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- i68 de l’Electric ite inabordable à l’esprit humain , et dont îa seconde restera toujours indécise, malgré le témoignage de l’expérience qui paroîtra la confirmer. Et pourquoi ? Parce que l’expérience se déclare plus souvent contre elle qu’en sa faveur.
- Je ne connois en effet que le célèbre Cavallo , qui atteste avoir observé la chaleur animale diminuer dans quelques personnes négativement électrisées ; mais il atteste aussi qu’il l’a vue augmenter dans quelques autres personnes, et c’est ce que j’ai observé moi-même plus d’une fois 9 ' sans jamais en avoir rencontré dans lesquelles le phénomène contraire se mani -festât.
- Et d’ailleurs quand ce fait seroit aussi certain, aussi constant que le précédent , quand Y Électricité négative détruiroit l’excès de chaleur , occasionné par la fièvre, aussi constamment que Y Electricité positive augmente la chaleur animale, s’en-suivroit - il que le moyen de guérir cette maladie sefroit à’électriser positivement le malade , pendant le tems du frisson , et négativement pendant la durée de. l'accès, ou de la chaleur excessive qu’il éprouve à
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- la suite du frisson ? Non certainement ; car il ne faut pas perdre de vue que la nature se sert de ces deux moyens, du frisson et de la chaleur, pour parvenir à son but. Dans le frisson , elle ramasse , pour ainsi dire , les forces qu’elle emploie dans la chaleur pour faire la coction de l’humeur morbifique , qu’elle expulse ordinairement ensuite par la sueur qui termine l’accès.
- Au reste l’expérience paroît manifestement contraire à la pratique qu’on voudroit introduire ici ; car il est de fait que si l'Electricité -positive a souvent été très-salutaire dans les fièvres , on ne cite aucun exemple des avantages de l'Electricité négative , et en médftine c’est toujours l’expérience qué l’on doit consulter , et non la théorie qui ne nous égare que trop souvent. Consultons-la donc, et nous trouverons une multitude de faits en faveur de l’Electricité positive, employée contre desfièvres intermittentes.
- On lit dans les Transactions Philosophiques de "Londres, que le docteur Bohadtel, médecin en Bohême, a réussi plusieurs fois à guérir des fièvres de ce caractère, par le moyen de l’Electricité ; mais en quelle cir-
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- ^age.
- I70 DE L*E MCTRICITÉ constance de la fièvre, s’est - il servi de ce moyen ? De quelle manière l'a-t-il employé? C’est ce qu’on nous laisse ignorer, et cependant ce dont il étoit important de- nous instruire. C’est un reproche que se sont pareillement attirés les autres physiciens qui nous ont fait part de leurs succès à cet égard.
- On lit dans une savante Thèse imprimée à Prague, sur la même matière, que l’Electricité est un moyen très- propre à la guérison des fièvres intermittentes. Etiam febris intermittens electrisatïone debellari potest. C’est tout ce qu’il a plu à l’auteur de ïfous apprendre à ce sujet.
- Les Mémoires de ltfeadémie de Suède disent la même chose. On y lit que le docteur lAndoult a obtenu de très-heureux effets, dans les mêmes circonstances, de l’administration du fluide électrique.
- Zetzell assure la même chose dans la Thèse citée ci-dèssus, soutenue à Pragues, sous la présidence de Linné. Il assure que la fièvre quarte a été très-bien guérie par le moyen de l’Electricité.
- Je pourrois ajouter à ces témoignages, bien suffisans sans doute, celui de Viller-
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- mot, médecin à Lyon, qui dit avoir obtenu de semblables succès sur quatorze malades attaqués de fièvre quarte.
- Je pourrois y joindre encore le témoi- Sixième gnage d’un savant professeur en philoso- ttmo,gDase* phie à Caen, qui s’est spécialement occupé d’Electricité médicale, et assure que, dans l’espace d’une seule année , il a eu la satisfaction de guérir trente-sept personnes attaquées de fièvres intermittentes. Toutes ces preuves réunies en faveur de cette pratique , ne laissent aucun doute sur l’efficacité de ce moyen j mais elles pêchent toutes en ce qu’elles ne nous donnent aucun détail sur l’état des malades, la durée et le mode du traitement.
- Voici heureusement un célèbre électricien d’Angleterre, qui nous satisfait, jusqu’à un certain point, sur cet objet, quoiqu’il nous laisse encore bien des choses à desirer et dont on ne peut trop recommander le développement à ceux qui, par la suite, voudront bien nous faire part de leurs travaux et de leurs succès en ce genre.
- JVesley, très-connu par la multitude de Septième cures eu tout genre qu’il a faites par le moyen tcmo,snase-de l’Electricité, nous apprend qu’il n’a près-
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- 173 DE l’Electricité que point vu de fièvres tierces ou double* tierces qui n’aient été guéries par des commotions données à travers le corps. C’est donc par la méthode des commotions qu’il convient d’attaquer les fièvres intermittentes , et je ne doute pas de l’efficacité de ce moyen 5 mais je crois devoir faire observer que, quelque salutaire qu’il puisse être, en pareilles circonstances, il seroit au moins très-imprudent d’en faire usage sur des personnes dont la poitrine seroit délicate , et encore plus dont ce viscère seroit déjà attaqué de quelque vice qui pourroit faire craindre la phthisie ; ce seroit le moyen d’accélérer cette maladie et d’en hâter la catastrophe. Mieux vaudroit-il les laisser en proie à l’action de la fièvre, si les moyens ordinaires de l’art n’étoient point en état de les guérir.
- „ Au reste , j’observerai encore que la simple électrisation par bains suffit à la guérison des fièvres symptômatiques, ainsi que j’ai eu-occasion de l’éprouver quelquefois. EHê suffit même dans une simple fièvre qui n’a point encore de caractère décidé et qui est occasionnée par quelqu’accident ; c’est ce que j’ai remarqué en 1774.
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- Au mois de septembre de cette année, je ti0Qbsem“ lus pris d’un accès de fièvre assez fort qui commença par un léger frisson, à la suite d’un froid humide et piquant que j’avois éprouvé sous les arbres des Tuilleries, à Paris, où j’étois imprudemment resté à causer , depuis cinq heures du soir jusqu’à sept.
- Je ne doutai nullement que cette fièvre ne fut l’effet d’une transpiration arrêtée, et au fieu d’avoir recours aux moyens ordinaires de l’art, je me fis électriser le lendemain matin par bains, pendant l’espace d’une heure et demie ; je pris ensuite une légère infusion de fleurs de sureau 5 j’en pris encore le soir avant de me coucher 5 jé transpirai beaucoup pendant la nuit et je me trouvai guéri le lendemain. Il est donc des cas où le seul bain électrique peut suffire et d’autres dans lesquels il faut avoir recours aux commotions. Le médecin les connoîtra facilement ; le physicien les étudiera en commençant tou-. jours par la méthode la plus douce.
- Faute d'observations aussi instructives qu’il seroit à desirer d’en avoir sur cet objet, je passe à une autre considération qui ne lui est cependant pas étrangère. J’observe qu’il est des circonstances dans lesquelles, au lieu de
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- i74 de l’Electricité s’opposer à la fièvre et de la combattre, if est important de faire naître et même d'augmenter le mouvement fébrile et de l’entre-tènir.•
- Circons- Cette pratique devient nécessaire, lorsque “"“èjle’ÎJ les forces vitales sont incapables d’atténuer , Sït'potot de diviser suffisamment l’humeur morbifique üttne001" et d’empêcher qu’elle ne se fixe sur quelque partie essentielle à la vie; or l’Electricité est très-propre à cet effet par bain ou par insufflation.
- La plupart des maladies chroniques qui surviennent à la suite des fièvres, sont presque toutes occasionnées par des engorge-mens des viscères du bas-ventre, sur-tout du foie qui devient alors douloureux, s’enflamme et finit ordinairement par s’abcéder. Point de remède plus salutaire , dans ces circonstances,. que le. fluide électrique ; il opère la résolution de l’abcès, sur-tout lorsqu’il ne fait que commencer à se manifester. Cavallo cite plusieurs guérisons de ce genre, qui viennent on ne peut mieux à l’appui de cette pratique , trop bien fondée en principes pour avoir besoin d’insisterdavantage sur cet objet.
- Il veut que, dans ces circonstances, le malade soit électrisé' par une double pointe, pdr
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- deux directeurs du fluide électrique (PL IV fi g. 5 et 7 ; l’un ( fig. 5 ) qui reçoit le
- fluide électrique du conducteur de la machine , et le souffle pour ainsi dire sur la d’oïXpï partie sur laquelle on veut opérer ; l’autre «“uf*Ution-( fig. 7. ) , qu’on oppose à la première, ën la présentant du côté opposé à la partie sur laquelle on opère et qui enlève à celle-ci le fluide électrique , à mesure qu’elle en est pénétrée et comme inondéel On peut laisser au malade le soin dé diriger le premier de ces appareils qu’il tiendra par son manche de cristal D. Si cependant cette partie a une grande étendue, et qu’on soit ofiligé de promener la pointe électrisante sur toute sa surface, il faut alors s’en tenir à la méthode de Carallo. Il faut que celui qui opère, s’arme de deux directeurs semblables à celui- de la fig. 5 qu’il tient par leurs manches de cristal; le premier muni d’un fil de métal qui communique avec le conducteur; le second, à l’anneau duquel on accroche une chaîne qui traîne par terre et communique avec le réservoir commun f v i et qu’il les promène l’un et l’autre de chaque côté de la partie malade. Le tems et de nouvelles recherches nous mettront à portée
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- 176 DE L’E t E C T RJ C I TÉ d’être plus utiles par la suite à l'humanité dans les diverses circonstances dont il a été question dans ce paragraphe.
- § III.
- Des maladies de la troisième classe.
- Des maladies inflammatoires.
- Division Celles-ci se divisent en trois ordres, les il maladies! exanthemateuses, les membraneuses, et les parenchymateuses. De là plusieurs genres, plusieurs espèces que le médecin doit soigneusement distinguer, et sur lesquelles nous n’avons malheureusement que très-peu d’exemples des succès de l’Electricité , parce qu’il en est très-peu jusqu’à présent, pour lesquelles on ait eu recours à ce moyen qui a très - bien réussi cependant dans quelques-unes d’entre elles, les seules dont je parlerai dans ce paragraphe. La petite vérole, qui appartient au premier ordre de cette classe, est une de celles à laquelle l’Electricité ait été administrée très-avantageusement, non comme moyen préservatif, ni curatif, mais comme moyen auxiliaire
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- auxiliaire et très-propre à réparer certains accidens qui la suivent assez ordinairement.
- #Je n’en connais aucune dans lé second ordre pour laquelle on ait employé ce moyen. Je passerai donc sous silence toutes les maladies inflammatoires des viscères membraneux, et aussi peu riclie en observation sur les inflammations parenchymateuses , que sur celles qu’on appelle exanthèmateuses, je ne parlerai aussi que d’une seule maladie de cet ordre, qu’on appelle \ angine ou l'esquinan-cie, en faveur de laquelle l'Electricité s’est prononcée de la manière la plus favorable.
- Ve la petite Vérole.
- Si , pour le malheur.de l’humanité , un Fatal préjugé , qu’on. n’a pu détruire , 'empêche l’homme de profiter des ressources que Vinoculation lui présente depuis Iong-tems j. si le même préjugé lui fait encore dédaigner aujourd’hui un moyen aussi assuré et plus avantageux qu’il trouveroit dans la vaccine , de détourner de dessus sa tête un fléau dévastateur qui le menace journellement , et auquel il s’expose bien volontairement, une cruelle maladie qui ne résiste M
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- 178 de l’Electricité que trop fréquemment à tous les secours de l'art, au moins peut-on espérer qu’il profitera de celui dont il est ici question poil» remédier à quelques-uns des accidens qu'elle traîne souvent à sa suite.
- Il seroit donc inutile d’insister , cbmme je l’ai fait jusqu’à présent, sur les caractères de cette maladie; de dire qu’op y distingue trois périodes qui exigent chacun, non un. traitement, mais une conduite particulière ; il seroit inutile qé parler de l’érüptioh' des boutons varioliques,' de là fièvre qui là précède et que l’on prétend se ternliûer avec elle, lorsque la maladie est bénigne , ni de . celle qu’on appelle assez improprement secondaire, qui accompagne la suppuration dé boutons et n’est qu’un redoublement de la première; il seroit également inutile de parler des moinens les plus critiques de cette dangereuse maladie , ni de ce qu’il convient de faire dans ces circonstances. Çes con-noissances ne sont nécessaires qu’aux gens de l’art, ( auxquels son traitement doit être entièrement abandonné.
- J’observerai seulement ici que la petite vérole est un véritable effort de la nature qui tend à se débarrasser d’une humeur mor-
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- biEque , et qu’elle s’en débarrasse par mie éruption cutanée.qu’il est important de fa-• voriser et de suivre, sans contrarier la marelle de la nature.
- Or , quelques précautions qu’on prenne, Mectrici-on n’est point toujours assez heureux pour propreTrë-se garantir de ses suites fâcheuses et inquié- “^''“estantes , contre la plupart desquelles les res-
- sources de l’art sont souvent impuissantes et ïcnl ç«tt«
- . maladie,
- que I Electricité combat avantageusement.
- Si je ne puis présenter ici qu’un bien petit nombre d’observations qui constatent la cèr-titude de cette assertion elles sont au moins assez frappantes > pour attirer sur elles l’attention de ceux, à qui elles peuvent être utiles et mériter leur confiance.
- Un enfant âgé de quatorze ans, guéri de la Prendra
- petite vérole, se plaignoit peu de tems après ° s • °H‘
- d’une douleur très-vive qu’il ressentoit dans la région épigastrique droite. Le chirurgien qui l’avoit traité dans sa maladie, attribua cette douleur à un dépôt de l’humeur variolique ; il le purgea plusieurs fois et lui fit prendre ensuite les eaux de Yichi. La douleur subsista et devint même plus vive. Ses parens consul-tèrent un médecin qui leur conseilla l’Electricité. On me l’amena , et je l’électrisai par M 2
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- 180 DE l’Elictricité bain et par exhaustion , en promenant une pointe non isolée sur l’endroit douloureux de son corps. Dès le quatrième jour, la douleur fut beaucoup moins vive et la nuit de ce jouir au suivant, il lui survint une diarrhée, qui subsista pendant toute la durée de céliii'-cL Elle s’arrêta vers les sept heures du soir. On le ramena le six au traitement électrique. Je conseillai à ses parens, qui l’accompagnoiënt de lui faire prendre i décag. 5297 (demi-onc.) de manne dans un verre de petit lait, ce qü’ils firent le lendemain et dont il fut asez bien purgé. Je continuai ensuite l’électrisation de la même manière, jusqu’au vingt-unième jour où l’enfant se trouvoit si bien et depuis quelques jours, que je ne jugeai pas à propos de prolonger-pïus long-tems le traitement. Je prévins néanmoins ses parens qu’il me pa-roissoit utile de le purger encore une ou deux fois i mais l’enfant, qui se portoit très-bien, ne put se résoudre à prendre la première médecine et, comme on n’étoit point dans l’usage de le contrarier, on attendit que quel-qu*indisposition le forçat à se laisser purger ; on attendit long-tems , car plus de deux ans après, j’eus occasion de le voir et il se portoit encore très-bien.
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- L’observation suivante faite par le médecin Sardane, docteur de la ci-devant faculté de Paris, qui s’est particulièrement occupé pendant quelque tems d’Electricité médicale et avec d’assez brillans succès , vient on ne peut mieux à l’appui de cefté pratique dans les circonstances dont il est ici question.
- Voici le fait.
- Une fille âgée de cinq ans, dit-il, à la Seconde suite d’une petite vérole et d'une rougeole , ° serTirtl0'r' fut attaquée d’une toux fréquente et finit par cracher du pus. Les crachats s’étant ensuite supprimés, elle fut atteinte de convulsions. On l’électrisa : ses bras et ses jambes’ se couvrirent de pustules qui s’élevèrent en croûtes désagréables et dégoûtantes. Quel-, ques purgatifs qu’on lui administra achevèrent de la guérir. '
- Voilà tout ce que je puis olfrir sur les bons effets de l’Electricité en pareilles circonstances ; mais ces effets me paroissent assez frappans et assez concluans, pour me faire espérer qu’on s’empressera par la suite à profiter de ces exemples et à tirer tout le parti qu’on peut attendre de l’Electricité dans la cruelle maladie dont il vient d’être question. Je passe à la suivante , qui apparia 3
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- l8l DE L’ÉLECTRICITÉ tient au troisième ordre des maladies de la troisième classe.
- De l’Esquinancie.
- idée de on donne ce nom à toute maladie qui dîe.” attaque differentes parties de la gorge, qui gêne, ou empêche la respiration, ou la déglu-tion , quelquefois l’une et l’autre en même-tems. On distingue donc diverses espèces d’er-quinancies, parmi lesquelles il n’en est que deux dont je me propose de faire mention , parce que ce sont les seules sur lesquelles je suis à portée de fournir des observations qui favorisent l’application de l’Elec-.tricité dans ce genre de maladies. Je parlerai d’abord de l'esquinancie inflammatbire , qu’on appelle véritable esquinancie; ensuite de l’esquinancie catarrhale, qü’on nomme fausse esquinancie et plus simplement mal de gorge.
- Eapioan- L’esquinancie inflammatoire est une ma*
- ladie très-aiguë, qui commence par un frisson , suivi d’une fièvre plus ou moins forte, accompagnée de la douleur de tête, d’un gonflement phlegmoneux qui se remarque vers le fond de la bouche , s’étend à la
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- luette , m. voile du palais, aux amygdales, au larynx, au pharynx. C’est ce gonflement qui gêne plus ou moins la respiration et la déglution.
- Elle se manifeste encore quelquefois par la tuméfaction du col et du visage qui pa-roît alyrs enflammé. Ses symptômes les plus terribles sont l’intermittence du pouls et les convulsions.
- Vesquinancie catarrhale survient assez Escjnimn-ordinairement sans fièvre et attaque particu- rhate. fièrement les amygdales. Elles sont alors gonflées et modérément enflammées-, d’où résultent de petits abcès , peu inquiétans cependant, puisqu’ils se guérissent naturellement. La difficulté de la déglution est le symptôme le plus fâcheux de cette espèce d’esquinancie, qui n’est jamais dangereuse.
- Les mêmes causes peuvent produire l’une et l'autre espèce d’esquinancie ; le passage subit du chaud au froid et conséquemment la suppression de la transpiration insensible , ainsi que ia suppression de toute autre évacuation , flux menstruel , fatx hémorroïdal , etc.
- Vesquinancie catarrhale ne demande que peu de remèdes; des délayons, des rajrai-M 4>
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- 1*4 DE L’EiE'cWïC&M chissans et quelques laxatifs : Vesquinan-cie inflammatoire en exige d’un autre genre et de très - prompts1 ; des saignées réitérée» dubras.et du pied et mêthe de la gorge ou de la langue. j dès sang-sües auxquelles il faut joindre les délayans, les adoucissons, des boissons nitrées , des lavemens purgatifs et jusqu’à du tartrite de potasse antimonial ( émétique ) au besoin, et qui n’est pas le remède le moins salutaire.
- L’Eiectri- S^ns se dispenser de ces divers moyens avantageuse curatifs, indiqués par l’état du malade, 1C1‘ l’Electricité vient on ne peut mieux à son
- secours , en ce qu’elle leur donne une activité qu’ils n’auroient point sans elle, et conséquemment elle hâte la guérison de cette maladie. Elle fait plus: elle suffit souvent seule pour l’obtenir; c’est ce que les plus célèbres électriciens attestent, et c’est ce que j’ai vu s’opérer sous mes yeux.
- Premier JVilkinson nous apprend que Ferguson témoignage. put guéri d’une esquinancie par laseuleélec-trisation, et qu’il se servit, à son tour, du même moyen pour guérir plusieurs personnes attaquées du même mal.
- Lowets, célèbre en Angleterre, par une multitude de services de ce genre qu’il ren-
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- dit à l'humanité souffrante, ne s’y prit pas d’une autre manière, nous dit-il, pour traiter une personne attaquée de cette maladie, et ce traitement eut tout le succès qu’il en espéroit.
- Beckel, de Bristol, atteste la même chose et vante singulièrement les bons effets de l’Electricité dans cette maladie. A ces témoignages , je joindrai les deux faits suivans.
- Un amateur en Electricité, à la campagne duquel j’étois allé passer quelques jours, dans le mois d e septembre 1773, fit une partie de chasse, à laquelle je me dispensai d’assister. Il revint le soir très - fatigué; ce qui ne l’empêcha cependant pas de bien souper, et de boire amplement selon son usage. Le lendemain, vers les trois heures du matin , il fut attaqué d’une grande douleur de gorge , qui gênoit extrêmement la déglution de la salive. Il fît lever son valet-de-cham-bre , qui couchoit dans une garde-robe attenante à sa chambre. Celui-ci vint 'm’éveiller, et je trouvai le malade se plaignant d’un grand mal de tête, le voile du palais et les amygdales gonflés et enflammés, la respiration un peu gênée ; le tout accompagné de fièvre.
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- l86 D E L’È,L ECTRICITÉ
- Faute d’un chirurgien qui pût le saigner dans le cours de la matinée, et d’un apothicaire qui lui eût fourni les drogues convenables à son état, je lui fis mettre les .pieds dans l’eau, et ayant trouvé du nitrate de potassé (nitre) dans son cabinet, je lui fis prendre de Peau nitrée, et je fis apporter dans sa chambre la machine électrique. Dès qu’elle fut disposée, on le leva, on le fit asseoir siir un fauteuil, bien isolé sur lequel je l’électrisai par bain seulement, pendant l’espace d’une demi-heure,.après laquelle il se trouva un peu mieux. On le coucha , et il reposa très-bien pendant trois heures. A son réveil, on lui administra un lavement avec la décoction, de mercuriale. On le leva ensuite, et je l’électrisai une seconde fois de la même manière et pendant le même tems. On le tint à ' la diète toute la journéepl continua à prendre son eau nitrée. Sue le soir, je l’électrisai pour la troisième fois ; il passa la nuit assez bien : la fièvre* étoit disparue. Le lendemain, je lui fis donner un nouveau lavement, et je l’électrisai encore. Il prit aussi quelques verres d’eau nitrée, et il se trouva si bien , dans le cours de la journée , qu’il ne fut plus question d’électrisation. Je le tins encore
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- médicale. 187
- a la diète ce jour-là. Il prit un potage le soir, se coucha, dormit très-bien, et se leva guéri le lendemain.
- A l'exception de \'esquinancie gangreneuse et convulsive, je crois ce traitement également bon à toute autre espèce d’esqui-nancié et , quoique je respecte infiniment l’autorité du docteur Mauduyt, qui fut un , grand maître en Electricité médicale, je ne suis cependant pas de son avis, lorsqu’il dit dans son excellent Mémoire, que le fluide électrique , très-utile dans les esquinancies humorales , ne convient pas également et pourroit même être dangereux dans les maux de gorge inflammatoires. Il ne faisoit donc pas attention, ce savant médecin, que les maux de gorge inflammatoires sont toujours occasionnés par un engorgement muqueux, ca-tarrheux et, pour ainsi dire , cellulaire , comme l’observe très-bien Bordeu dans ses Recherches sur le tissu muqueux. D’ailleurs le fait que je viens de rapporter prouvé contre l’opinion de ce célèbre électricien, et c’est ici par l’expérience, plutôt que par le raisonnement, qu’il faut juger de l’efficacité du moyen dont il est ici question.
- A ce fait très - décisif je joindrai le sui-
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- l88 D E l*E lectricitê vant, qui ne l’est pas moins. S’il appartient plus particulièrement aux maladies de la neuvième classe , pour laquelle je l’aurois . volontiers réservé , il peut encore figurer très-bien dans celle-ci et il confirme on ne peut mieux l’opinion que je viens de manifester. C'est la raison qui m’engage à le publier ici.
- Seconde En 1770, une femme âgée de vingt-neuf ans, ’ logeant dans la même maison que moi, eut une suppression qui fut suivie, quelques jours après, d’un grand mal de gorge, pour lequel elle fit appeler un chirurgien qui la saigna * et lui ordonna ensuite un gargarisme fait avec des feuilles de ronces et dont elle ne fut point soulagée.
- Son mari que je rencontrai, me parla de l’état de sa femme qui l’inquiétoit : j'allai la voir et je lui trouvai peu de fièvre , le fond de la bouche fort tuméfié et enflammé. Je l’aurois fait resaigner ; mais l’état de son pouls ne l’exigeoit pas absolument. Je lui fis prendre deux grains de tartrite de potasse antimonial ( émétique ), et à la suite deux onces de manne. L’après midi je fis monter chez elle une machine électrique , dont la glace u’avoit que 43 centim. 3.x 20
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- { 16 pouces) de diamètre, mais suffisante, et je l’électrisai sur le soir par ôuzVzetpar exhaustion , en promenant une pointe de métal non isolée sur toute l’étendue de son côl, et, en trois jours pendant lesquels je lui fis prendre des boissons délayantes et rafraîchissantes , elle fut guérie.
- Je continuai néanmoins à l’électriser, à raison de sa suppression et je l’électrisai de la même manière , ayant soin de diriger vers la matrice le courant du fluide électrique ; le douzième jour , ses règles reparurent. Je la guéris donc et de la maladie qui lui étoit survenue et de la cause qui l’avoit occasionnée. Or cette espèce d’esqui-nancie étoit bien de l’espèce de celles qu’on appelle inflammatoires. D’où je conclus que le fluide électrique peut être favorablement administré dans cette circonstance.
- Quoique l’expérience ne se soit point encore expliquée sur les autres genres et espèces de maladies du même ordre et de la même classe, il est fort à présumer que l’Electricité pourroit être avantageuse à plusieurs d’entre elles ; mais il seroit à desirer que ce fût des gens de l’art qui fissent de semblables tentatives. En attendant ce bon office
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- 190 de l’Electricité de leur part, je passe aux maladies de la classe suivante.
- § i y.
- Des Maladies de la quatrième classe. Des Maladies spasmodiques.
- idée gène- Çes sortes de maladies consistent, comme . sortesdema- le dit très-bien de Sauvages , dans la con-îadies. traction involontaire, continue ou inlermit-tente des muscles qui ne servent ni à la respi-. ration, ni à la circulation ; mais seulement au mouvement local des parties auxquelles ils appartiennent. On conçoit de là que ces sortes de maladies doivent être très-mülti-pliées à raison des variétés qui peuvent les distinguer, et elles le sont effectivement.
- Notre savant auteur les réduit toutes à quatre ordres : aux spasmes ioniques partiels et spasmes toniques universels ; aux spasmes cloniques partiels et spasmes cloniques universels*
- Les partiels de chaque ordre sont ceux qui n’affectent qu’une seule partie ; les universels en affectent plusieurs en même-tems.
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- Les toniques diffèrent des cloniques ,'en ce que les premiers n’entraînent point le mouvement du muscle , ou des muscles qu’ils attaquent : ils demeurent, contractés sans convulsions. Au contraire, dans les spasmes cloniques , les côhvulsiôns accompagnent la contraction des muscles. De là quatre ordres de maladies dans cette classe et dans chacun desquels .on en distingue de plusieurs genres et de diverses espèces.
- Si les occasions m’ont manqué d’éprouver les bons effets du fluide électrique dans la plupart des maladies de cette classe, plus heureux que moi, les physiciens et les médecins , qui se sont occupés, comme moi, de l’Electricité médicale , m’en fourniront ici des preuves incontestablés. Ce sera donc avec la confiance que je dois aux témoignages de cessavans électriciens, que je ne craindrai pas de présenter leurs Observàti'ôns, auxquelles je joindrai les miennes, lorsque j’aurai eu la satisfaction de réussir comme eux dans les mêmes circonstances.
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- lgi DE l’ElECTRICIÏ £
- Spasme tonique des muscles du bras.
- L’exposé de l’observation suivante suffira pour donner une idée de cette maladie extraordinaire , traitée et guérie parle médecin Mazars. C’est la vingtième observation de son premier Mémoire sur l’Electricité médicale; la voici.
- obs*rr>= Marie Universelle, âgée de dix-neuf ans, d’une constitution nerveuse, éprouvoit assez périodiquement, de deux mois un , des douleurs dans la main droite; elles s’étoient déclarées à la suite d’un violent effroi. Elles com-mençoient par se faire sentir sur le petit doigt, qu’elles faisoient plier au point qu’il ne pouvoir plus s’étendre ; successivement il en arrivoit de mêmeauxautresdoigts, et le poing ainsi fermé, le bras se plaquoit fortement et bien avant sur les côtes J le, coude vers l’estomac ; l’avant-bras se dressoit jusques sous, la mâchoire inférieure et s’appîiquoit, avec une telle vigueur sur le devant de la gorge , qu’on l’auroit plutôt cassé que de lui faire changer de place.
- Dans cette position il s’opposoit à la flexion de la tête en avant, et quelquefois même
- il
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- MÉDICALE. 193
- ïl l’obligeoit à se renverser en arrière. La scène ne se bornoit pas là : le larynx , la trachée artère , toute la portion du pharynx et de l’œsophage adjacente à ces parties,se trou-voient si fortement comprimées et les veines jugulaires si gênées, que la malade e'toit dans un assoupissement presque continuel ; elle île pouvoit parler ; elle ne respiroit qu’avec peine et étoit réduite à ne prendre , pour tout aliment , que quelques cuillerées de liquide , ce qu’elle ne faisait même qu’avec beaucoup de difficulté.
- Cette pression étoit quelquefois moins violente , lorsqu’on étoit à tems de la modérer. La crainte en effet qu’elle 11e suffoquât la malade, avoit fait imaginer un moyen de l’en garantir en partie. On matelassoit son bras , son avant - bras et sa main, avant que l’effort de la contraction n’eut rendu cette précaution impraticable. On étoit ordinairement averti, par l’état des doigts , du moment où il falloit l’employer.
- Lorsqu’on avoit bien saisi ce moment, la déglution étoit moins gênée , ainsi que les fonctions des organes de la respiration et de la voix 3 l’assoupissement étoit moins considérable et la malade pouvoit vaquer à ses ' N
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- it)4 de l’Electricité a fia ire s, qui ne demandoient point le service de la main droite.
- Cet affreux état durait un mois, quelquefois pluslong-tems , après quoi il s'évanouis-soit peu-à-peu et laissoit, pendant quelques jours, le bras et la main sans force et sans mouvement. L’intermission durait à - peu-prés aussi long-tems que l’accès qui l’avoit précédée.
- Il y avoit trois ans que cette fille étoit dans cette alternative de calmé et de souffrances , lorsqu’elle consulta le docteur ü/u-zars. Elle lui dit que .dans le principe, ces accidens étaient soulagés par la saignée ; que quelque tems après, ce moyen n’ayant plus eu le même avantage, on lui avoit fait prendre, mais inutilement, les eaux de Bagnière, de Bigorre ; que, pour suppléer à leur inactivité , on lui avait fait appliquer un cautère à la jambe, et que ce cautère n'avoit servi qu’à lui donner une maladie de plus ; qu’enfin on lui avoit ordonné de se faire saigner de deux en deux jours ; ce qu’elle avoit régulièrement fait pendant un mois , et que ces excessives effusions de sang n’ayant été suivies d’aucun relâche, ni dans la véhémence, ni dans la durée, ni dans le retour des paroxis-
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- )iris et le
- mes, elle venoit lui demander prier de l’électriser.
- Le médecin l’ayant examinée, lui trouva le pouls lent et petit, le teint pâle et livide : elle se plaignoit de lassitudes universelles, d’un dégoût si considérable, qu'on auroit dit qu’elle avoit horreur des alimen?. Toutes ces observations ne le mirent cependant pas à portée de trouver la cause efficiente de cet état périodique nerveux; tout ce qu’il put conjecturer des réponses de la malade aux diverses questions qu’il lui fît, c’est que cette cauèe ne résidait point dans le cerveau. Je la cherchai, dit - il, dans les parties qui étoient attaquées les premières, et je ne la pus découvrir ni dans la main, ni dans les doigts , ni dans l’avant-bras.
- En parcourant le bras , ajoute-t-il, j’ap-perçus une petite tuméfaction sur son articulation avec l’omoplate ; j’y portai le doigt et je la pressai : bien loin d'y sentir de la douleur, elle ne sentit même pas que je la touchois. Je la pressai plus fort encore et il en fut de même.
- Je l’électrisai donc, continue - t - il ; le vent étoit nord et l’Electricité conséquemment forte, les étincelles vives, rapides
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- I96 PE l'Electricit£ et bruyantes ; elle y fut également insensible.
- Dès cet instant néanmoins cet babil électricien eut quelqu’espoir de la guérir, en supposant que l’humeur lente et visqueuse qui rendoit l’articulation impassible , étoit la même qui , après s’être liquéfiée dans ce foyer, y contractait , par son séjour, un caractère d’acrimonie caustique, piquoit les nerfs et les jetoit dans le spasme.
- Tl continua donc de l’électriser, il fit supprimer les saignées et prescrivit de légers analeptiques, le petit lait combiné avec les antispasmodiques , etc. ; et tous les jours il fit tirer des étincelles de l’articulation. .
- Ce ne fut que quelques jours après que la malade en sentit les impressions. Elles ne consistèrent d’abord qu’en un sentiment agréable de chatouillement qui se convertit, peu de jours après, en une petite piquure qui ne différa1 en rien par la suite de celle que les étincelles électriques font communément éprduver. ‘
- Dix à douze jours après qu’elle eût. commencé à se faire électriser , ses règles survinrent , et elle sentait alors les avant-cou- • reurs de son mal. Le petit doigt étoit très-
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- douloureux et se replioit si fort, qu’elle ne pouvoit le redresser \ l’annulaire commen-çoit aussi à subir le même sort, quoique le gonflement de l’articulation eût presqu’en-tièrement disparu , et que les étincelles électriques y produisissent les sensations qui avoiént succédé au chatouillement.
- Mazars imagina alors de faire durer plus long - tems les séances électriques , et il Se hâta de faire prendre à la malade des antispasmodiques plus énergiques que ceux qu’il lui âvoit d’abord fait prendre avec le petit lait. Il y ajouta, pour l’heure du sommeil, un mélange de \a. liqueur minérale anodine d'Hoffmann, de teinture anodine, d'esprit de sel dulcifié, àesyrop de mûres et à!eau de fleurs d'oranges , qii’il lui fit prendre dans un verre d’eau fraîche.
- Au moyen de toutes ces précautions, le petit doigt fut libre et exempt de douleurs dans l’espace de cinq à six jours 5 il en fut de même du doigt annulaire 5 l’appetit s’ouvrit \ le teint se colora, et il supprima alors les antispasmodiques qu’elle prenoit le soir.
- L’électrisation et les petits remèdes auxiliaires dont il a été question, furent continués jusqu’à ce que l’articulation eût repris
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- ,98 de l’Electricité. toute sa sensibilité ; ce qui fit prolonger le traitement pendant environ deux mois, et la malade fut très-bien rétablie.
- Lorsque le docteur Mazars publioit cette observation, il y avoit déjà près de cinq mois que cette fille n’avoit éprouvé aucun accident. On lit dans le second Mémoire de ce savant médecin, dans lequel il rappelle le souvenir de cette guérison, que cette fille se portoit encore très-bien, et il y avoit déjà deux ans et demi qu’elle étoit guérie. Depuis cet heureux moment, dit Mazars, la confiance et la sécurité ont succédé au découragement et à la tristesse dont elle étoit antérieurement accablée.
- Il étoit nécessaire au succès de ce traitement , que cette maladie dépendît effectivement de l’acrimonie de l’humeur qui gênoit l’articulation du bras avec l’omoplate. Autrement, et le médecin en convient lui-même , au lieu de la guérir, ou même de soulager la malade, ce traitement lui eût été contraire et préjudiciable.
- Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins certain que l’Electricité est le remède qui convient le mieux à plusieurs maladies spasmodiques ; je ne eraindrois même pas d’as-
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- M i £> I C A L E. Igg
- surer au plus grand nombre d’entre elles.
- C’est ce qu’on peut légitimement conclure des succès qu'on en a constamment obtenus -dans toutes celles pour lesquelles on a eu recours à ce moyen.
- Du Tic.
- Le tic est une maladie spasmodique, dont ue, de le savant de Sauvages compte jusqu’à dix- “da" neuf espèces, occasionnées par la diversité des causes qui peuvent produire ce genre de spasme, qui se manifeste par une contraction tonique, quelquefois clonique de la mâchoire inférieure, contraction produite par le mouvement convulsif des muscles masseters, crotaphites , petits pleri-goidens internes et externes, ainsi que des muscles digastriques qui abaissent la mâchoire inférieure.
- Quelle qu’en soit la cause, voilà le siège du mal ; quel en est le remède ? L’art en indique plusieurs appropriés aux circonstances , ou plutôt aux causes de cette incommode et désagréable maladie ; mais il est rare de les voir réussir, ou leur succès est si éloigné, lorsque cette maladie ne dépend
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- pas d’un virus particulier que l’on qonnoît et que l’on attaque directement, qu’il me paroît inutile d’en faire ici mention.
- D-rns le cas donc où cette maladie est occasionnée par un virus qui vicie la masse du sang et agace les nerfs, il n’est d’autre moyen de curation que la destruction de ce virus , et c’est à la médecine à indiquer et â diriger le traitement. Dans toute autre circonstance, à l’exception encore d’une blessure des muscles de la mâchoire, Y Electricité est un excellent moyen de guérir cette maladie, et elle la guérit bien plus promptement que ne le pourraient faire les remèdes ordinaires. En voici la preuve dans les deux faits suivans. 1
- Première Wilkinson rapporte, dans son excellente 0 Dissertation sur l*Electricité médicale 9
- qu’une fille âgée de dix-huit ans, en fut parfaitement guérie par le docteur Spry, qui lui administra de légères commotions à travers les parties affectées de cette incommodité. C’est aussi la méthode qui m’a également bien réussi dans l’espace de vingt jours, dans le cas.que voici.
- Seconde A la suite d’une fièvre maligne, dont il
- •bservation. _ . ,
- tut long-tems cruellement tourmenté, et qui
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- MÉDICALE, le mit, à deux reprises, en danger de perdre la vie , un de mes amis fut attaqué d’un mouvement convulsif de la mâchoire inférieure, et plus fortement, plus fréquemment le soir que le matin. Le médecin qui l’avoit traité dans le cours de sa maladie, regarda cet accident comme !vTet d’un dépôt de là matière fébrile sur les muscles de la mâchoire inférieure, et crut pouvoir l’en guérir par des antispasmodiques, et des boissons purgatives qu’il lui fit prendre. Il y a voit déjà plus de trois mois qu’il suivoit exactement ce traitement, sans qu’il parût le moindre changement à son état.
- Bien persuadé qu’il ne pouvoit dépendre d’aucun virus particulier qui infectât la masse du sang, mais uniquement d’un vice local, et me rappelant l’observation de Wilkinson , dont je viens de faire mention, je proposai à mon ami de l’électriser. Le médecin auquel il en parla , et qui trouvoit d’autant moins w d’inconvénient à essayer ce moyen qui ne pouvoit d’ailleurs lui nuire, que les remèdes qu’il lui administroit ne produisoient aucun effet, y consentit ; mais il lui conseilla néanmoins de continuer les boissons antispasmodiques. Je me conformai à cet avis et
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- 302 DE l’ËT. ECTRICITÉ je l’électrisai, par bains, pendant l’espace d’une heure chaque fois , lui faisant éprouver de demi-quart-d’heure en demi-quart d’heure, cinq à six petiles commotions à travers les muscles affectés de contraction. En moins de deux mois , il fut guéri.
- On ne sera pas étonné du petit nombre d’observations que je rapporte ici, vu la rareté de cette espèce de maladie. Plusieurs médecins, auxquels j’en ai parle, m’ont assuré ne l’avoir jamais observée, et parmi eux il y en avoit quelques-uns qui pratiquoient depuis bien des années. Plus heureux qu’eux, le hasard m’a beaucoup mieux servi et par rapport à cette maladie et par.rapport à une autre qui n’est pas moins rare, dont je parlerai après avoir traité de la crampe qui est très-fréquente et qui est encore une espèce de spasme tonique partiel.
- Dç la Crampe.
- Idtc de La cramPe est une maladie, ou plutôt une eeitc mata- incommodité , dont, le principal caractère consiste dans une roideur, une contraction douloureuse des muscles de certaines parties. Ceux de la cuisse et de la jambe y sont plus
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- exposés quç tout autre , et cet aceident se passe assez ordinairement de lui-même, ou par une friction sèche que l’on fait sur la partie douloureuse.
- Il est cependant des circonstances dans lesquelles le mal est plus tenace et ne cède point facilement, ni aux frictions, ni au changement de position , qui est encore un assez bon moyen de dissiper la crampe. Il est outre cela des personnes si sujettes à cet accident, qu’on peut le regarder, chez elles, comme une maladie presque habituelle et c’est sans contredit une-incommodité très-fâcheuse.
- Dans ces deux derniers cas, où les secours ordinaires ne sont rien moins que satisfai-sans, l’Electricité peut l’être bien davantage; et c’est uniquement dans ces deux circonstances où je la présente comme un excellent moyen de venir au secours de la personne affectée de ce mal. J’en ai fait plusieurs fois l’épreuve et avec tout le succès que j’en espé-rois ; mais les faits que j’ai observés ne sont point assez intéressans, pour les préférer aux observations étrangères que j’ai recueillies sur cet objet. Je m’en tiendrai donc uniquement à celles-ci.
- Un nommé Beuré, âgé de cinquante ans, 0j,et
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- 304 D£ l’Electricité souffrait des crampes si incommodes et si terribles , qu’elles lui faisoient éprouver quelquefois dans le jour des douleurs si vives , qu’elles l’empéchoient tout-à-coup de marcher. Le plus souvent , elles le tourmentaient pendant la nuit ; elles le réveil-loient, s'il dormoit, le forçoient de quitter le lit et de s’étendre partie sur le pavé , partie sur les sièges voisins. Elles lui cau-soient des tiraillemens si considérables dans la cuisse et dans la jambe droites , qui en étoient le siège , que , malgré sa fermeté , elles lui faisoient jeter des cris aigus. Çes tiraillemens finissoient pour l’ordinaire en un seul point, vers la partie moyenne , latérale et externe du mollet, et alors il lui sembloit que ce point était tiraillé , ou dévoré par des chiens.
- Lassé de ces souffrances , qui dataient' d’assez loin, il alla trouver le docteur Mazars et le pria de l’électriser. Celui-ci ne se prêta qu’avec peine aux désirs du malade , parce qu’il craignoit que son état convulsif ne fût aggravé par l’Electricité, s’il n’étoit produit par un épaississement d’humeurs. Prenant donc conseil de sa sagesse , il commença par s’assurer, par une
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- légère épreuve, de l’effet que produiroit le fluide électrique.
- La première séance fut très-courte ; le malade ne fut électrisé que par frictions sur les parties malades et les crampes furent beaucoup moindres dès la nuit suivante.
- Ce succès , sur lequel le médecin 'ïomptoit si peu , lui inspira de la sécurité. Il l’électrisa plus long-tems le lendemain et le malade se trouva encore mieux. Il continua le traitement et il ne lui fallut que douze séances pour ramener entièrement le calme et ce calme fut si bien cimenté, dit le docteur Mazars, qu’il y a aujourd’hui plus de deux mois que cet homme n’a pas souffert la moindre altération et qu’il se porte on ne peut mieux. Le fait suivant , tiré du même ouvrage , du Mémoire du médecin que je viens de citer , prouve la même chose. C’est un de ses collègues, le docteur Bonnel delà Bar Garesse, médecin à Mende, dans le ci-devant Gevau-dan , qui le lui a communiqué , et sur son témoignage qu’il en atteste la certitude .C’est le médecin Bonnel qui va parler.
- « La nourrice d’un de. mes eiïfan3 voyant ^ Se«w* un concours de monde venir chez moi se
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- 206 de i'Elec tricité faire électriser, eut la curiosité de monter sur l’isoloir, et de se prêter pendant quelque tems à la même opération. Le lendemain elle me demanda si l’Electricité guérissoit.de la crampe, dont elle avoit été entièrement délivrée la nuit dernière, et dont cependant elle étoit régulièrement tourmentée toutes les nuits j depuis deux mois. Je l’ai encore électrisée , et depuis ce tems , elle n’y est plus sujette ». Or il est évident ici que la première fois que l’Electricité lui avoit rendu ce bon office, le médecin n’avoit pas dirigé le traitement électrique sur les parties affectées du mal j qu’il s’étoit sans doute borné à l’électriser par bains et peut-être à lui tirer quelques étincelles de quelques autres parties du corps, et cependant ce seul traitement avoit suffi pour la garantir la nuit suivante du mal auquel elle s’attendoit. Qu’on juge parla de l’efficacité du fluide électrique contre cette maladie, lorsqu’il sera plus convenablement administré.
- Aussi le même médecin , témoin dè ce succès, ajoute-t-il, dans sa lettre au docteur Mazars : « Depuis cette époque , j’en ai guéri plusieurs du même mal, entre'autres une femme que la crampe tourmentoit jour
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- et nuit depuis trois ans. Trois jours , pendant lesquels je l’ai électrisée deux fois le jour , ont suffi pour la délivrer de cette cruelle incommodité , dont elle n’a pas senti le moindre retour depuis.
- « Mon collègue, Roche Chevalier, médecin à'Mainnejol, ajoute-t-il , auquei j’avois fait part des deux observations précédentes, crut devoir venir à Mende et y amener son épouse travaillée du même mal , contre lequel il avoit épuisé toutes* les ressources qui étoient à sa connoissance. Il me l’amena donc. Je l’électrisai deux fois par jour, pendant huit, et elle a été si bien guérie, qu’elle n’a pas ressenti les moindres atteintes de ce mal, pendant vingt ans qu’elle a survécu à ce traitement ». Je n’insisterai pas davantage sur les spasmes toniques partiels sur lesquels je pourrois présenter quelques réflexions qui nous porleroient. sans doute à croire que l’Electricité pourroit être également avantageuse à toutes les maladies de ce genre , de quelqu’espèce qu’elles fussent; mais je crois qu’il faut attendre que l’expérience se soit expliquée à cet égard , et qu’il convient seulement ici d’èngager les physiciens et les médecins à faire avec prudence
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- 208 de l’Electbicité quelques tentatives propres à établir solidement cette assertion. Je passe donc à un autre ordre de maladies de la même classe, 'aux spasmes toniques généraux , dont ou distingue deux genres ; le tétanos et le ca-toclie. Le premier est le seul dont il sera ici question.
- Du Tétanos.
- ' idée de Le tétanos est une espèce de spasme to-die. nique universel ordinairement plus fort
- d’un côté que de l’autre. Si cet excès d’énergie se fait remarquer dans les muscles de la poitrine , le corps du malade est tiré en avant et se contracte en ce sens. Dans ce cas , la maladie s’appelle amphrostoto-nos. Si ce sont les muscles du dos qui éprouvent une plus forte contraction , le corps est tiré et se porte en arrière; la maladie se nomme alors opisthotonos.
- De quelqu’espèce qu’elle soit, ou plutôt quelque variété qu’on y observe , car ces deux cas ne sont que deux variétés d’un même mal , elle est très-rare en Europe et très-fréquente dans l’Amérique septentrionale, sur-tout vers l’Equateur.
- Plus
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- M É-D I C A L E* 209
- Plus des deux tiers dés enfans nés à la Guiane Française en étoient attaqués avant le neuvième jour après leur naissance j'et elle y étoit tellement meurtrière, qu’on rie cherchoit même pas à les en guérir* On les abandonnoit aux soins de la nature , et il. étoit rare qu’il en échappât quelques-uns*
- Ce désastre désoloit depuis long-tems cette contrée, lorsque le médecin Bajon y arriva* Il y fit un séjour de cinq ans et il chercha pendant long-tems et inutilement un moyen de traiter et de guérir cette cruelle maladie* •A ce défaut, il se borna à la prévenir et il. y parvint heureusement par une méthode recommandée long-tems auparavant en Europe, dans une autre vue.
- Elle consiste à faire remonter le sang dans la veine ombilicale de l’enfant nouveau-né et de le repousser au-dessus de l’endroit où se fait la ligature du cordon ombilical.
- Tous les énfans chez lesquels on mit cette pratique en usage, ou au moins la presque totalité de ces énfans fut garantie de ce redoutable fléau, auquel les adultes de tout âge sont sujets en cet endroit, ^beaucoup moins cependant que les enfans, et pour lesquels il O
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- 2io de l’Electricité est bien moins dangereux , puisqu’on parvient à les en guérir.
- Quoique celte maladie appartienne à la classe des maladies spasmodiques, ce savant médecin observa , sur plusieurs adultes qu’il eut occasion de traiter, que les antispasmodiques si bien indiqués dans cette circonstance, loin de guérir cette maladie, ne dimi-nuoient pas même la gravité de ses symptômes , et qu’elle ne pouvoit être avantageusement combattue que par les diaphorétiques et les sudorifiques. Il en attribua la cause à un principe salin abondammentrépandu dans l'air que l’on respire à la Guiane. Cet acide , suivant lui-, resserre les pores de la peau, arrête, ou diminue subitement la transpiration insensible.
- Sans provenir de la même cause en' Europe , où elle est extrêmement rare , il paroît que les mêmes moyens lui, sont aussi salutaires , puisque l’Electricité est celui qui y réussit le mieux. Qu’elle lui convienne très-bien , c’est ce dont on ne peut douter . d'après l’observation que voici et qu’on lit dans l’ouvrage du savant médecin IVilhinson.
- Une fille, dit-il, âgée de sept ans, élevée dans l’hôpital des Enfans-Trouvés et dont la
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- MÉDICALE. 211
- maladie aVoit commencé par des vers, étoit, depuis un mois, dans un état de contraction générale de tous ses muscles : elle res-sembloit plutôt à un cadavre qu’à un être vivant. On avoit inutilement tenté fous les moyens de la soulager, lorsque vers le milieu du mois de novembre, JVatsor. commença à l'électriser. Le traitement fut continué jus-ques vers la fin de janvier et elle fut parfaitement guérie ; mais de quelle manière l’électricité lui fut - elle administrée ? C’est surquoi l’auteur ne s’explique pasaussi clairement qu’on le desireroit. Il dit seulement que, dès les premiers jours , la maladie commença à céder aux chocs électriques : ictibus electricis subdere cœpit ; mais entend-t-il ici le choc des étincelles ou celui de la commotion ? C’est une question qui se présente naturellement à l'esprit et*à laquelle il est facile de répondre , en se rappelant les observations précédentes rapportées à l’article qui concerne le tic, qui fut guéri par de légères commotions à travers les muscles afïèctés de convulsions. Le tic, à la vérité, n’est point une maladie du même genre que le tétanos ; mais au moins est-elle du même ordre, de la même classe : et c’en, est sans doute O 2
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- ai2 de l’Electricité assez pour que le même mode d’électrisation leur convienne , et d’ailleurs les commotions ne peuvent être dangereuses dans cette dernière et elles n’excluent ni les étincelles , ni le bain électrique , qu'on ne doit point négliger et qui font constamment la majeure partie du traitement. Toujours est-il certain, d’après cette observation, que l’Electricité convient très-bien à cetle espèce de maladie ; j’ajoute qu’ellé lui convient beaucoup mieux que les antispasmodiques, et j’en juge par l’observation suivante , que le médecin Desrebilliers me mit à portée de faire en 1782.
- ^Seconde A la suite de quelques chagrins occasionnés parle dérangement de ses affaires, un homme, âgé de quarante-cinq ans, fut attaqué de convulsions dans presque toutes les parties de son corps , particulièrement dans les parties supérieures. En assez peu de tems , cette maladie, qu’il avoit d’abord négligée , fit des progrès alarmans. Une contraction violente des deux grands et petits droits de sa tête , la lui tenoit fortement retirée en. arrière ; une semblable contraction dans les muscles de la mâchoire , lui rendoit ses mouve-mens difficiles. 11 appela le médecin que
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- MEDICALE* 3IÎ
- je viens de nommer, qui lui fit prendre des bains et lui donna des antispasmodiques, qui ne produisirent d’autre effet que de suspendre les progrès du mal, en supposant qu’il eût encore augmenté, comme il avoit fait jusques-là.
- ^l'étois très - lié avec ce savant médecin, avec lequel j’avois fait mes études, et nous nous voyons souvent. Il me parla de cette maladie très-peu commune, et la première qu’il eût vue depuis vingt - cinq ans qu’il pra-tiquoit la médecine. Il en tiroit de fâcheux pronostics et fut fort surpris de m’en voir augurer mieux que lui, en lui assurant que l’Electricité la guériroit ; il me pria de l’accompagner chez le malade et de voir en quel état il étoit. Nous y allâmes et je ne trouvai même pas les spasmes aussi vîolens qu’il me les avoit dépeints; j’insistai pour l’Electricité dont j’appuyai l’efficacité sur l’observation précédente de Wilkinson, que je lui avois déjà communiquée; il y consentit, le malade aussi, et le traitement fut remis au lendemain : c’étoit le io janvier. J’électrisai d’abord le malade par bains et par étin-; celles, que je tirois des muscles antagonistes à ceux qui me paroissoient contractés. A
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- 214 DE L’ELECTRICITE chaque étincelle que je tirois , la tête du ma- . lade se redressoitj mais-elle revénoit à son premier élat , qui éprouva cependant du mieux, dans l’espace de cinq à six. jours.
- Encouragé par ce premier succès, quelque foible qu’il fût, j’eus recours à de légères commotions auxquelles le malade ne se.p^j toit qu’avec peine j mais que nous y déterminâmes enfin par la promesse d’une guérison complète , qui sembloit s’annoncer chaque jour par des succès plus marqués.
- Faute d’une bouteille de Cavallo, que j’ai décrite dans la Seconde -section de cet Ouvrage, je me servois d’une bouteille ordinaire de la capacité de o lit. 0737 ( une pinte), que je ne chargeois que de six à sept tours de la machine, et je lui donnois chaque fois huit à dix commotions de suite, au commencement , au milieu et à la fin de la séance. Après quinze jours de ce traitement, les spasmes étoient sensiblement diminuées d’énergie et se succédoient moins promptement 5 je Continuai la même méthode et dans l’espace de deux mois il fut guéri. Un voyage qu’il fit à Rouen me le fit perdre de vue, et moi-même avant son retour , je partis pour Bourges, où j’ai toujours continué à prati-
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- 'médicale. 2i5
- quer la médecine électrique. Le docteur Des-rebilliers, avec lequel j’étois en correspondance , me donna de ses nouvelles deux àtrois mois après, et m’apprit qu’il se portoit très-bien à quelques légers spasmes qu’il éprou-voit encore de loin en loin ; mais qui étoient si foibles et si momentanés, qu’il ne s’en iritjuiétoit aucunement.
- Faute d’observations qui me soient propres , je ne passerai pas sous silence les avantages de l’Electricité dans les spasmes cloniques ; et m’appuyant de l’autorité de médecins bien connus et dont le témoignage est d’un très-grand poids, j’en parlerai donc avec la même confiance que j’aurois, si j’a-vois été dans le cas de faire les observations qu’ils nous ont communiquées. Or ces sortes de spasmes sont aussi de deux ordres; l’un ' renferme les spasmes cloniques partiels, l’autre les spasmes cloniques universels. Dans le premier de ces deux ordres, je ne connois encore que le tremblement qui ait été guéri par l’Electricité ; et dans le second, que Vépilepsie. Je ne parlerai donc que de ces deux maladies , avec la plus intime persuasion néanmoins qu’elle pourvoit être également avantageuse à plusieurs
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- Bl6 DE L’ELÏCTtICITi
- aulres genres de maladies de ces deux
- ordres,
- Du Tremblement.
- tibfmib* Le tremblenient est un mouvement défi». pravé des membres ou de la tête auquel la
- volonté n’a aucune part, et qui, sans nuire aux mouvemens naturels des parties qui en sont affectées , ne fait éprouver aucun sentiment de froid, ce qui le distingue du frisson.
- Première II en est de deux espèces ; l’une , à laquelle vspece. jes vieillards et les convalescens sont exposés. Cette espèce de tremblémenl a beaucoup d’analogie avec la paralysie et il y conduit souvent. Il provient de quelque trouble occasionné dans l’action réciproque des solides et des fluides par diiférens abus, tels que les veilles trop prolongées , l’excès des plaisirs du mariage , celui des liqueurs spi-ritueuses , une trop grande évacuation de sang, ou de toute autre liqueur ; mais l’une des causes les plus fréquentes de cette espèce de tremblement, qui peut survenir à tout âge , ce sont les exhalaisons minérales , surtout celles du mercure auxquelles les do-.
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- MÉDICALE. 217
- reurs sur métaux sont continuellement exposés. Quelques praticiens lui donnent le nom de passif.
- L’autre espèce de tremblement tient à la convulsion. Elle est ordinairement l’efl'et d’une grande passion , telle que la colère, la crainte ; quelques-uns lui on', donné le nom de tremblement actif ; il cesse de lui-même , et ce n’est point, à proprement parler, une maladie.
- Je ne parlerai donc ici que du tremblement de la première espèce, et même que de celui qui est occasionné par des exhalaisons minérales, contre lequel on emploie ordinairement les cordiaux, les diaphoré-tiques, les diurétiques , etc. ; d’où je conclus , et l’expérience l’atteste, que l’Electricité est on ne peut mieux indiquée , et même préférable à tout autre remède , parce que l’effet en est beaucoup plus prompt.
- Qu’on ne me dise pas que le fluide électrique occasionne lui - même la maladie contre laquelle je l’invoque ici ; que le médecin Dalibard, auquel nous sommes redevable de la première traduction des Lettres de Franklin sur l’Electricité, ne dut qu’à ce fluide l’excessif tremblement dont il fut
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- si8 de l’Electricité tourmenté pendant les dernières années de sa vie. A celte difficulté, qui n’est que spécieuse, je répondrai que l’abus du meilleur remède peut quelquefois produire un effet contraire à celui qu’on en attend ; et c’est précisément ce qui est arrivé à Valibard. Familiarisé avec les commotions électriques, il en essuyoit journellement de si fortes /qu'il n’est pas étonnant qu'elles lui aient attaqué le genre nerveux, et l’aient conduit à l’état malheureux dans lequel je l’ai vu pendant plusieurs années -, mais un usage modéré de ce moyen produit un effet contraire et vient on ne peut mieux au secours de ceux qui sont attaqués de l’incommodité dont il est ici question. J’en trouve la preuve dans les observations suivantes, que je prends indistinctement dans le grand nombre de celles que le médecin Gardane a publiées dans son ouvrage intitulé : Conjectures sur l’Electricité médicale s c’est un des premiers médecins de la ci-devant faculté de Paris, qui se soit particulièrement occupé de ce genre de traitement et avec des succès aussi multipliés qu’authentiques.
- Un doreur, nommé Eysérie, étoit affecté depuis cinq ans, d’un tremblement demem-
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- MÉDICALE. 21g
- 1res, qui s’étoit grandement augmenté depuis plus d’un mois : la maladie s’étoit propagée jusques sur le gosier , de façon que sa voix étoit entrecoupée, et qu’.W lieu de parler, il balbutioit. Il fut électrisé et guéri dans l’espace de vingt-cinq jours.
- Je l’ai déjà dit, et je le répète encore ici, parce qu’on ne peut trop le répéter, il ne suffit pas au médecin , qui veut être utile à ses semblables, de nous apprendre qu’il est parvenu à guérir telle ou. telle maladie par le moyen d’un remède qu’il indique ; il doit encore nous apprendre de quelle manière ce remède a été administré, sur-tout lorsqu’il s’agit d'Electricité , qui s’administre de tant de façons différentes. Je lui reprocherai encore la même omission dans l’observatioii suivante, dans laquelle il s’explique d'une manière aussi générale.
- Un doreur nommé Lackner,âgé de vingt-cinq ans, fut pris de la même maladie , dans le courant d’un hiver. Ses bras en étoient plus particulièrement affectés. Elle fit des progrès si sensibles , qu’au printems , les symptômes en furent effrayans. II ne pou-voit plus travailler; il ne pouvoit ni boire, ni manger seul ; il parloit d’-une manière inin-
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- 220 de l’Electricité * telligible 3 il falloit l’aider en tout, comme, on aide un enfant. Malgré cela cependant, il ne sentoit aucun mal. On.eut recours à l’électrisation, e™n moins d’un mois de tems, il fut délivré de ce fâcheux état*
- Son frère, âgé de vingt ans, et de même métier, tremblo'it aussi depuis six mois. Il négligea cette maladie, et dans l’espace de quinze mois, elle empira au point qu’il lui fut impossible de continuer son métier. Il balbutioit comme son frère, et il avoit besoin de secours étrangers pour vaquer à ses fonctions les plus indispensables.
- Il y avoit déjà trois mois qu’il ne sortoit plus de chez lui, lorsqu’il fut électrisé. En quatorze jours de traitement, il acquit la faculté de boire et de manger seul. Il recommença à reprendre son travail, sans autre incommodité qu’un léger tremblement dans les jambes. Huit jours après , continuant, selon toutes les apparences, le même remède, ce que l’auteur nous laisse ignorer, il étoit tout entier à son ouvrage , et il se faisoit entendre plus distinctement qu’il pe le faisoit même avant de tomber' malade, e Pulman , metteur en œuvre, âgé de cinquante ans, ayant souvent besoin d’or très-
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- tiuclil pour ses ouvrages , fondoit ce métal avec du mercure , à dessein de le purifier ; c’est au moins ce à quoi il attribuoit la maladie dont il étoit pris. Il-doroit aussi quelquefois ; ce qui n'y contribua pas peu. Il fut donc attaqué de tremblemens qui n’é-toient cependant pas continus , , unmc ils l’étoient dans ceux dont il vient d’être question. Ils avoient des intermittences. Une fièvre qui lui survint , et qui dura cinq à six jours , fit empirer son mal ; ses tremblemens augmentèrent au point qu’il ne pouvoit plus travailler ; il ne parloit qu'avec peine et on étoit obligé de le faire manger.
- Quatorze jours d’électrisation lui rendirent la liberté de la parole ; il n’eut plus besoin du ministère de personne pour manger et il reprit son travail. Un mois après , il cessa de trembler, à l’exception du pied droit qui n’étoit pas tout-à-fait raffermi.
- On trouvera dans le même ouvrage plusieurs observations de ce genre qui ne laissent à desirer que la méthode selon laquelle les malades ont été électrisés. Il est cependant probable qu’ils le furent tous par bains, par étincelles et peut-être même par commotions , car on ne connoissoit alors que
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- M1 D E l’E LECTRICIli ces seules méthodes d’administrer l'KIectrl-cité. Ce sont bien aussi les méthodes qu’il faut suivre dans ces circonstances , pourvu toutefois qu’on ne fasse usage que de commotions modérées et qu’elles n’attaquent que les seules parties qui ont besoin de ces sortes de secousses.
- Je-citerai encore l’observation suivante que je trouve dans le même ouvrage, parce que la maladie dépend d’une cause bien différente de celle qui avoit produit les précédentes , et je reprocherai encore ici au savant auteur de cette importante observation de ne s’être pas expliqué d’une manière satis* faisante sur la cause qui avoit occasionné le tremblement dont il s’agit.
- Une femme, dit-il, âgée de vingt-trois ans , à la suite d’une maladie de poitrine # pour laquelle on l’avoit traitée dans un hôpital , resta avec un tremblement violent de ses mains et de ses pieds.-En seize jours d’électrisation , ce tremblement fut dissipé.
- Je terminerai ce qui concerne ce genre de maladies par une observation qu’on lit dans le Second Mémoire du docteur Mazars, dans laquelle le tremblement n’est cependant pas le véritable symptôme de la maladie
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- qu’on pourroit rapporter à la rachialgie, qui appartient à la septième classe des maladies ; mais cette observation ne sera point déplacée ici.
- Cortal, cordonnier pour femmes , âgé de s«Wi cinquante-deux ans, s’étoit plaint, il y avoit environ six mois , de douleur: atroces à ¥ épigastre, de maux d’estomac très-violens, de maux de cœur , de gêne dans la respiration , etc. qui redoubloient, pour peu qu’il se remuât, et qu’il croyoit avoir été occasionnés par un coup qu’il avoit reçu, il y avoit quelques années, sur la colonne vertébrale, immédiatement au-dessous des omoplates.
- Ces accidens avoient été suivis.de vives douleurs aux doigts des pieds , particulièrement aux gros orteils, aux genoux, etc. et s’étoient terminés par un tel état de stupeur, d’engourdissement et de foiblesse des pieds et des mains, qu’ils étaient agités de tremblement , pour peu qu’il les fît agir. Il ne pouvoit se servir ni de ses mains , ni de ses doigts pour saisir l’argent qu’il avoit dans Sa bourse , ni pour couper son pain , etc.
- A peine pouvoit-il s’en servir pour porter ses alimens à sa bouche , encore faïloit-il qu’il fît usage de ses deux mains à-la-fois et qu’il
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- sï4 de l’Electricité baissât là tête , pour que l’espace que ses mains avoient à franchir, de son assiette à sa bouche, fût si court, qu’il fût presque réduit à rien.
- -Il avoit le petit doigt, l'annulaire et celui du milieu de chaque main entièrement pliés ; il ne pouvoit les étendre par aucun effort de la volonté et il étoit si foible sur ses jambes, qu’il étoit extrêmement fatigué djs qu’il avoit fait quelques pas , sur-tout lorsqu’il venoit de descendre un escalier* Il falloit qu’on l’habillât des pieds à la tête.
- Les remèdes qu’un médecin "lui avoit prescrits , paroissoient être très-bien appropriés à son état. Il en avoit fait usage et les avoit épuisés sans beaucoup de succès. Cette considération jointe aux premiers symptômes de la maladie et à .l’usage dans lequel les cordonniers sont de blanchir avec de la céruse, de rougir, de jaunir , etc. les peaux qu'ils emploient à couvrir les talons des souliers de femme , ou au moins de manier cés peaux, d'humer l’odeur des matières nuisibles dont elles sont enduites , de respirer continuement les émanations dangereuses qui s’en échappent ; ajoutez encore l'habitude qu’ils ont de les tirer avec les dents,
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- dents, après qu’ils les ont tendus sur le* talons , de. les mouiller avec la langue , ou avec les doigts qu’ils portent à leur bouche, pour les couvrir de salive , afin de les disposer à se polir et lustrer. Toutes ces considérations firent présumer au médecin 'Mazars , qu’il eût bien pu d’abord avoir été question, chez le malade, d’uue colique de peintre, dont le résultat avait été la persévérance des accidens, à raison desquels le médecin qui l’avoil traité lui avoit conseillé de se faire électriser ; car e’éloit de l’avis de celui-ci qu’il s’étoit présenté chez le docteur Mazars.
- Ce docteur l’électrisa donc ét dès la vingtième séance, il vit son malade étendre les doigts à volonté et porter librement, de l’une de ses mains, sesalimens à sa bouche. Il n’a-voit plus besoin alors des secours de personne pour s’habiller ; il étoit beaucoup moins fatigué de la marche et il descendoit les escaliers sans être incommodé ; il ne trembloit plus, lorsqu’il faisoit usage de ses mains et de ses bras ; il ne lui manquoit que d’être un peu plus fort pour reprendre son travail.
- Elles revinrent enfin ses forces, et il se
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- remit progressivement à l’ouvrage. Il travailla d’abord pendant quelques heures de la journée , un peu plus long - tems ensuite, et il y a déjà quelque tems , ajoute le docteur Mazars , qu’il fait quatre paires de souliers en huit jours. Il fait outre cela de longues courses , sans que ses jambes en soient fatiguées et sans éprouver de foiblesse ni tremblement aux bras et aux mains , lorsqu’il les emploie à des travaux rudes et long-tems continués. Il est rentré en boutique depuis ce tems, et il n’est plus venu se faire électriser que tous les huit jours et ensuite tous les quinze jours.
- Je parlerai encore ici de deux genres de maladies qui font partie du quatrième ordre des maladies de la même classe : de l'épilepsie et de la danse St. - Guy , auxquelles il est démontré que l’Electricité peut aussi très-bien convenir.
- Ve tEpilepsie.
- Cette maladie , l’une des plus terribles, des plus effrayantes dans la classe des maladies spasmodiques, est ordinairement caractérisée par une interruption subite de tous
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- les sens, par l’agitation de tous les muscles, la difficulté de respirer, symptômes accompagnés d’écume à la bouche, de ronflement, d’écoulement involontaire d’urine , etc. et autres accidens trop généralement connus pour en faire ici l’énumération.
- Personne n’a mieux décrit cette cruelle maladie qu'Aretée de Cappadoce. C’est dans les ouvrages de ce grand homme que tous les médecins qui en ont ensuite parlé ont pris les descriptions qu’ils nous en ont données. De Sauvages la définit un spasme clonique des membres avec lésion des sens , et c’en est assez pour s’en former une juste idée; il faut cependant encore en considérer les diverses espèces , parce qu’il en est quelques-unes qui sont curables, d’autres qui ne le sont pas.
- La majeure partie des praticiens la divisent en épilepsie idiopathique, épilepsie héré- 1 ditaire, épilepsie symptomatique et épilepsie acquise.
- léépilepsie idiopathique est celle dont le siège est dans le cerveau, et elle peut être occasionnée par divers accidens, à quelques-uns desquels il est possible de remédier. Dans ce cas, elle est curable ; dans tout
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- 228 DE l’ElECTHICIT É autre, incurable, comme celle de la seconder espèce, qu*on appelle héréditaire, qui dépend de quelque vice de conformation qu’on ne peut réformer , ou de quelque cause interne qu’on ne peut connoître.
- La symptâmatique est celle dont le siège est par-tout ailleurs que dans le cerveau. Elle est presque toujours curable.
- Est-elle la suite de quelqu’accident, on la nomme acquise. Elle peut être curable ou incurable ; il est doue bien important de s’assurer d’abord de l’espèce d’une maladie qui, malgré ses variétés, se réduit en dernière analyse , en épilepsie curable et épilepsie incurable. Il résulte de là que, dans le cas où cette maladie est curable , le médecin doit varier et approprier son traitement aux diverses causes qui l’occasionnent. C’est un précepte qui se présente naturellement à l’esprit et sur lequel je n’insisterai point, parce que la manière de traiter cette maladie selon les règles de l’art médical, est tout-à-fait étrangère à mon objet ; mais je dirai ici que , de tous les moyens employés jusqu’à ce jour, dans toutes les circonstances dans lesquelles cette maladie est curable , il paroît que l’Elec-
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- tricité est celui qui a le mieux réussi, et il semble avoir cet avantage sur tout autre, qu’il réussit également bien dans tous les cas , où l’on peut espérer la guérison du malade. S’il est cependant quelques circonstances dans lesquelles ce moyen , comme tout autre , se trouve en défaut , il a au moins cet avantage que , s’il ne guérit pas radicalement cette terrible maladie , il en éloigne les accès , diminue leur intensité et les rend plus- supportables.
- Si je n’ai point encore eu occasion de rendre de pareils services à des personnes attaquées de ce mal , les observations que je vais présenter sontsuffisammentauthentiques pour qu’on doive y ajouter foi, et pour inspirer en même-tems aux physiciens et aux gens de l’art le désir de venir au secours de leurs semblables, dans des occasions aussi critiques qui réclament si puissamment leur bonne volonté.
- On sait, et il est hors de doute, que Lowets en Angleterre , dont j’ai déjà fait mention dans le cours de cet Ouvrage, comme de l’un des électriciens qui ait été le plus utile à l’humanité souffrante , a guéri plusieurs épileptiques., par le seul moyen de l’Elec-
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- a3o se l*Electricité fricilc. On sait aussi, et il est aussi constant, que , s’il en est quelques - uns qu’il n’a pu radicalement guérir , il les a plus ou moins soulagés ; mais, en nous faisant part de ses succès en ce genre, il donne si peu de détail sur le mode de traitement qu’il a suivi , qu’il seroit difficile de tirer des inductions certaines sur la manière d’administrer l'Electricité à ces sortes de malades.
- Je ferai le même reproche à un savant amateur qui s’est aussi particulièrement occupé d’Electricité médicale, et qui a pareillement obtenu des succès bien flatteurs en pareilles circonstances, le citoyen Moyne Villarsy , qui m’a communiqué l’observation suivante.
- J’ai électrisé, me marque-t-il, deux épileptiques , un homme âgé de vingt - neuf ans et une fille de dix-neuf à vingt ans. Celle-ci n’a éprouvé aucun mieux et s’est dégoûtée du traitement.
- L’homme a été électrisé pendant trois mois. Il l’a été deux fois le jour , pendant quarante. Le dixième, il sentit une révolution intérieure , qu’il n’a pu me bien définir. C’étoit , me dit-il , une espèce de tremblement ou frisson en dedans, un tir
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- ralliement de nerfs. Depuis ce tems , il n'a point eu le plus petit accident. Cependant ses accès étaient et fréquens et furieux avant ce traitement. J’ai reçu, me marque-t-il encore, de ses nouvelles, il y a quelques jours, et-il m’annonce qu’il jouit de la meilleure santé.
- S’il étoit plus circonstancié, s’il était accompagné de détails sur l’état du malade, l’origine de sa maladie et le mode d’électrisation employé contre elle, cet exemple suf-firoit pour inspirer la plus grande confiance en ce moyen. Heureusement qu’il n’est pas-le seul que je puisse citer ici en faveur de l’Electricité. Voici donc d’autres observations autant authentiques qu’elles puissent l'être , et qui méritent d’être prises en grande considération.
- Autorisé par l’ancien gouvernement à ^Stcmcîe traiter ces sortes de maladies, Le Dru, connu depuis long-tems à Paris, par son adresse et ses talens agréables, établit son hospice au ci-devant couvent des Célestins, où, en présence de sept commissaires délégués par la ci-devant faculté de médecine, il traita treize malades, sept hommes et six femmes, dont l’état avoit été préalablement
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- s3î de l'Electricité bien constaté par les sept commissaires tous médecins de réputation.
- Ce traitement dura huit. mois. Chaque mois on avoit soin de constater l’état actuel de chaeun des malades, et de le comparer à celui dans lequel il étoit le mois précédent. Par cette sage précaution, on jugeoit d’une manière bien sensible, des progrès de la guérison. Une médecine ordinaire, quelquefois deux , qu’on leur faisoit prendre à tous, chaque mois, étoient un remède auxiliaire qu’on avoit cru devoir joindre au fluide électrique , et par ces deux moyens réunis , on parvint à guérir les uns, à éloigner, à affoiblir considérablement les accès de* autres.
- D’après le tableau des observations rédigées tous les mois, pendant la durée du traitement, voici les résultats que les commissaires de la faculté présentèrent à cette savante compagnie.
- i°. Dans le commencement du traitement, l’électrisation rend les accès d’épilepsie plus fréquens.
- 2°. Continuée, et sur-tout pendant le tems de l’accès ( ce qui met une différence très-remarquable entre ce genre de traitement,
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- et le traitement ordinaire ) , Vélectrisation diminue tellement sa force et sa durée, que des paroxismes,qui duroient un quart-d’heure et même une demi-heure, lorsqu’ils étoient abandonnés à la nature, ne duroient, sous la commotion électrique, que deux, trois , et au plus cinq minutes. Souvent même, ajoutent les commissaires, l’accès annoncé par les symptômes précurseurs, même les plus graves, n’avoit pfcint lieu , et le malade en étoit quitte poqr les apparences.
- 3°. En suivant constamment le traitement , les accès qui survenoient étoient non-seulement moins nombreux; mais ils avoienf, outre cela, moins d’intensité, quoiqu’on ne les combattît pas dans le moment, et cet avantage étoit tel, qu’au lieu de véritables paroxismes, les malades n’éprouvoient que des instans de roideur et même de simples spasmes ou étourdissemens.
- 4°. L'Electricité favorisa, comme elle le fait ordinairement, toutes leurs sécrétions et même leurs excrétions.
- 5°. Elle réveilla et fortifia les mouve-mens musculaires ; car il parut manifeste que tous les malades avoient gagné de l’embonpoint et de la force.
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- 6". Enfin, malgré l’énergite des commotions qu'on leur avoit fait subir , pendant la durée du traitement, aucun d’eux n’en avoit éprouvé la moindre incommodité.
- Tels sont, en peu de mots, les résultats du rapport présenté à la faculté de médecine, par ses sept commissaires qui suspendirent cependant encore leur jugement sur l’efficacité de cette pratique, et se réservèrent prudemment à prononce^rour ou contre, lorsqu’un tems assez considérable les auroit mis à portée de s’assurer de la stabilité du bon état dans lequel ils avoient laissé les malades.
- En approuvant la sagesse de cette réserve, je ferai observer que deux de ces malades, dont j’eus occasion de me procurer des nouvelles , dans un voyage que je fis à Paris en 1786, se trouvoient alors dans le même état et aussi bien qu’au moment où ils avoient cessé de se faire électriser. C’est ce que le docteur Cosnier, mon ami, et l’un des commissaires de la faculté qui l’avoit vu plusieurs fois, m’attesta ; d’où je conclus que, -toutes choses égales d’ailleurs , la médecine ne nous offre point de moyens aussi avantageux contre cette cruelle maladie, et
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- qu’à cet égard on ne peut trop encourager les physiciens et les médecins , qui voudront bien mériter de l'humanité, à faire de nouvelles tentatives de ce-genre.
- Je n’ai point fait ici mentionde l’état particulier de chaque malade , pendant le cours du traitement; ce détail m'eut conduit trop loin. On le trouvera , au besoin , dans le rapport indiqué. Il ne laisse à desirer que la connoissance de la cause de la maladie des divers épileptiques dont il est fait mention, et il eût été bien important de la bien con-noître ; j’insisterai seulement ici, et en faveur de ceux qui voudront entreprendre de pareilles cures, le mode d’EIectricité dont on a fait si avantageusement usage en cette circonstance.
- Je dirai donc d'abord que la méthode employée dans ce traitement fut cejle des commotions , et que ces commotions, modérément fortes, furent administrées à travers le cerveau ; or comment se lit-il, me demandera -1 - on peut-être , qu’elles ne portèrent aucun préjudice à ceux qui les reçurent, tandis qu’on a vu- plusieurs fois des animaux succomber et périr sous de semblables coups?
- Je répondrai à cette difficulté, 1°. par
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- 236 de l’Electricité les faits râpportés par les sept commissaires présens, qui ne font mention d’aucun accident survenu à l’occasion d’une multitude de commotions que l’on fit éprouver à chacun des malades ; a0, par une observation de Franklin à ce sujet, qu’on lit dans une Lettre qu’il écrivit le 18 mars 1775, au docteur Lining, à Charles-Town; lettre imprimée page 186 du premier volume de ses ouvrages, traduits par le médecin Barbeu-Dubour. Voici mot pour mot ce qu’on y lit.
- « C’est par le moyen de mes deux grandes » jarres, qui n’étoient pas chargées com-ï plétement, que six hommes ont été ren-s versés par terre. Je posai l’un des bouts > de ma baguette de décharge sur la tête s du premier, qui posa sa main sur celle y du second; celui-ci sur celle du troisième, ï et ainsi successivement jusqu’au dernier, y qui prit en sa main la chaîne attachée au a ventre des jarres.
- « Après les avoir disposés ainsi, j’ap-» pliquai l’autre bout de ma baguette au » premier conducteur, et ils tombèrent tous s à-la-fois. Lorsqu’ils se relevèrent, ils décla-» rèrent tous qu’ils n’avoient ressenti aucun » coup, et qu’ils ne comprenoient pas coin-
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- » ment il leur étoit arrivé de tomber, aucun » d'entre eux n’ayant entendu le craque-» ment des jarres, ni vu la lumière de l’é-» tincelle.
- « Vous'supposez, ajoute-t-il, que cette » commotion est dangereuse ; néanmoins j’en ?> ai essuyé moi-même une semblable, ayant ^eçu , par accident, un coup pareil à tra-» vers la tête, sans me faire du mal. J’ai » vu,.ajoute-t-il, encore une jeune femme » qui, voulant se faire électriser les pieds, » pour une certaine indisposition, reçut une » plus grande charge dans la tête, s’étant, » par inadvertance, penchée en avant pour » placer ses pieds, au moyen de quoi son » front, comme elle étoit fort grande, tou-» chà presque mon premier conducteur. Elle » tomba par terre et se releva presqu’aussi-. » tôt sans se plaindre de rien., .
- « Une personne ainsi frappée, continue » Franklin , s’abat, pour ainsi dire, pliée » en double , les articulations perdant pres-« que toutrà-fait leur force et leur roideur ; » de sorte qu’elle coule à l’instant de sa place » sans chanceler auparavant et sans jamais » tomber de son long ».
- Malgré les assurances que ce célèbre physi-
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- 238 DE t’EtFCThiciTÊ cien nous donne ici , peut - être seroit - il imprudent de faire passer une trop forte commotion à travers foutes les parties du cerveau indistinctement. C’est au moins ce que l’on peut-inférer d’une note qu’On lit dans le rapport des commissaires de la faculté dont il a été ci-dessus question. ,
- On y lit que, pour connoître les endroits de la tête , sur lesquels on peut opérer sans crainte, Le Dru, père et fils, ont fait des expériences scrupuleuses sur différons animaux , ensuite sur eux-mêmes, et qu’ils se proposent d’en publier les résultats. C’étoit en 1773 qu’ils firent cette promesse, et je ne sache pas qu’ils l’aient remplie.
- Quoiqu’il en soit, il paroît naturel de penser qu’un pareil traitement doit être conduit avec sagesse , et qu’il est important de graduer la force des commotions auxquelles on s’habitue progressivement. Il ne faut cependant pas s’arrêter d’abord à de trop foibles qui ne produiroient aucun effet. II reste encore bien des recherches à faire sur cet objet, qu’on ne peut trop recommander au zèle et à l’humanité des physiciens.
- On me saura sans doute gré de faire con-noltre la méthode d’électrisation dont on fit
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- Usage sur les treize épileptiques dont il a été question; méthode que les commissaires n’ont point insérée dans leur rapport. La voici telle que Le Dru l’a décrite dans une Lettre en réponse à une consultation qu’un particulier de notre commune lui avoit demandée, pour un de ses parens attaqué de cette maladie ; efle est datée du i3 thermidor an XII, et elle me fut communiquée, en me priant de vouloir bien donner mes soins au malade, lorsqu’on se décideroit à le faire électriser ï ce qui n’a point eu lieu jusqu’à présent.
- On réunit les poignets du malade par un fil de métal, et ses jambes par un autre à l’endroit de leurs articulations avec les tarres.
- On charge une bouteille de Leyde de la capacité de cinq décilitres ( I chopine ) , jusqu'aux deux tiers ou environ de la charge qu’elle peut supporter ; charge fort équivoque : je préférerois donc ici une bouteille de Cavallo de même capacité, et dont la décharge seroit éloignée d’un peu plus d’un centimètre ( 5 à 6 lignes ).
- La surface extérieure de cette bouteille étant mise en communication avec le fil qui réunit les jambes, on fera décharger la face opposée sur celui qui réunit les poignets ;
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- et on réitérera cette opération six fois de
- suite.
- Conservant la communication de la surface extérieure de la bouteille avec les jambes , on la chargera de nouveau, et on portera la décharge, i°. sur le centre du coro-nal; 2". sur chacune des extrémités de cet os j 3°. ensuite sur la partie inférieure de chaque pariétal.
- On commotionnera ensuite, et à trois distances égales, la colonne Vertébrale , depuis les vertèbres du col jusqu’à l'or sacrum , auquel on fera subir quatre à cinq commotions de suite.
- Cela fait, on abandonnera là communication de la face extérieure de la bouteille avec les jambes, pour en établir une autre avec le fil qui réunit les poignets, et oh réitérera ensuite les mêmes opérations, en commençant par exciter les six premières décharges sur le fil qui réunit les jambes.
- Dans le cours du traitement, on aura soin de tenir le ventre du malade libre, par une boisson délayante, ou par des lavemens, et on lui fera prendre un minoratif tous les mois. Il me reste encore à parler d’un genre particulier de spasme clonique universel qui
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- qui Fait partie du même ordre, et par lequel je terminerai ce qui concerne la quatrième clàsse.
- Dé la Danse St.-Guy.
- Entre lès maladies spasmodiques dont il a idée d. été question jusqu’à présent, celle-ci mérite udiû une atténtion particulière et à raison de sa singularité, et à raison de son analogie avec une maladie périodique singulière que l’on a vue anciennement régner tous les ans, dans le mois de mal , et affecter une grande partie des habitons du cercle de Suabe près Ulm.
- A cetté époque , une dévotion fanatique pour St. Guy attiroit à un temple dédié en son honneur , les femmes , les jeunes filles et les jeunes garçons des environs. A pèine y étoiènt-ils arrivés , que l’enthousiasme de leur dévotion exaltoit leur imagination et affectoit tellement leur genre nerveux, qu'ils se mettoiént en danses, accompagnées de contorsions , de grimaces de toutes espèces. C’étoit, à proprement parler , une maladie , dont le principe gissoit dans l’imagination de ceux qui en étaient attaqués.'
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- Celle dont il s’agit ici , et à laquelle les médecins ont donné le même nom,dépend d’une autre cause. Elle dépend d’une irritation particulière des nerfs. Les garçons et les filles y sont sujets depuis l’âge de dix ans, jusqu’à l’âge de puberté.
- On la reconnoît, dit Sydlienam qui l’a très-bien observée, aux mouvemens déréglés qu’on leur voit faire. Ils boitent d’abord en marchant, ou plutôt ils marchent en traînant une jambe : la main du même côté est dans une agitation continuelle et le .malade ne peut la tenir, deux minutes de suite, dans la même position. Porte-t-il un verre à sa bouche , il s’agite et fait mille contorsions qui l’empêchent de boire , jusqu’à ce que le hasard lui en fasse trouvpr une qui favorise l’action qu’il veut faire. Alors il boit avec une avidité accompagnée de nouvelles convulsions.
- Cette maladie , dont le siège est toujours dans les premières .voies, est quelquefois la suite d’une suppression de quelque évacuation accoutumée , et conséquemment elle est accompagnée de plétore. Dans ce cas, la saignée doit devancer les bains , les apéritifs , les purgatifs qu’on emploie dans son
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- traitement ordinaire , et auxquels l’Electricité supplée on ne peut plus avantageusement et même sans qu’elle soit précédée de la saignée , et dans des circonstances où les meilleurs remèdes , les remèdes les mieux appropriés à l’état du malade, lui ont été inutilement administrés j c’est ce que prouvent les observations suivantes. Je tire la première d’un excellent ouvrage de Cavallo sur la théorie et la pratique de l’Electricité médicale, dans lequel il la rapporte sur le témoignage de ’Foterghill , l’un des plus célèbres médecins de Londres.
- Une fille âgée de dix ans, dit-il, avoit été reçue dans l’hôpital de Northampton : elle ctoil pâle et émaciée ; elle ne pouvoit se soutenir qu'à l’aide de deux personnes ; elle éprouvoit aussi, depuis six semaines, des mouvemens convulsifs très-violensj ses facultés intellectuelles étoient fort altérées ; elle avoit enfin perdu la mémoire et la parole. On voit que cette maladie n’étoit pas précisément celle dont il est ici question ; mais une maladie compliquée, dans laquelle celle-ci jouoit un rôle important.
- On eut d’abord recours aux médicamens volatils et fétides, à l’application des vési-
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- cataires , à l'usage des bains , à celui des fleurs de zinc ; mais ces diflférens moyens n’ayant pas réussi , on se décida à l'électriser , et l'on commença cette opération le S juillet.
- Placée d’abord sur un isoloir, sur lequel on la tint pendant l’espace d'une demi-heure , on lui tira des étincelles des bras, dit col et de la tête, Sa transpiration fut augmentée : elle éprouva de la chaleur au front et elle se trouva un peu mieux,
- Encouragé par ce premier- succès , Wo-derwood , qui l'électrisoit, se détermina à lui faire passer des. commotions à travers les bras, la poitrine.et le dos; ce.qui rétablit en partie le mouvement de ses bras.
- Le i3 du.même mois, la malade commença à rester sur l’isoloir pendant trois quarts-d’heureet, pendant çe tems, elle reçut de fortes commotions à travers les jambes et les pieds, dont l’usage fut aussi rétabli. On lui en fit ensuite passer quatre à trayers la mâchoire et la parole lui revint. Le. 2 3, on la tint sur l’isoloir pendant une heure , pendant laquelle on lui tira des bras, des jambes, de la tête çt de la poitrine des étincelles auxquelles elle parut sensible. Elle reçut ensuite
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- deux commotions à travers l’épine, et elle commença à marcher seule : sa santé se fortifia et ses forces se rétablirent.
- Son pouls , ajoute-t-il , devenoit plus fréquent , chaque fois qu’on l’électrisoit, et une éruption, semblable à celle de la gale, pa-roissoit sur toutes ses articulations. Cette éruption disparoissoit peu-à-peu après l’élec-trisàtion, Sans suite d’aucun symptôme fâcheux ; ce qui prouve qu'elle n'étoit due qu’au stimulus électrique.
- Le médecin (lardane , dont il a déjà été fait mention , à raison de ses essais en lilec-trieitc médicale et qui ont été couronnés des plus heureux succès , a pareillement guéri des malades attaqués de la maladie qui fait le sujet de ect article. Voici ce qu’on lit à cet égard dans l'ouvrage de ce savant médecin.
- Une fille, âgée de quatorze ans, avoit fait Second» pendant sept mois tous les remèdes qu'on lui °bs'-,'a‘"”,É avoit indiqués pour se guérir de celle fâcheuse maladie, dont elle étoit fortement tourmentée. Quinze jours d’électrisation la rétablirent parfaitement , à cela près d'une légère pesanteur dans les membres, que l’on crut pouvoir négliger sans craindre qu’il en
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- 246 d.e l’Electricité résultât le moindre inconvénient ; mais de quelle manière fut-elle électrisée ? C’est ce dont il ne fait pas mention , et ce qu’il étoit cependant bien important de nous faire con-noître. Il nous laisse dans la même incertitude dans l’observation suivante, qui n’est pas moins intéressante que la précédente.
- Troisième Claire Bergerin , dit - il, âgée de douze <*‘erwi“- anSi futattaquée>ver3la mi-mai, de la danse St.-Guy. Ses mains étoient si foibles et si tremblantes, qu’elle ne pouvoit s’en servir. Dès la quatrième électrisation, elle fut en état de filer et de prendre sa nourriture , sans * le, secours de personne. Cinq jours après, elle a voit parfaitement recouvré l’usage de ses membres, à l’èxception de la main droite, à laquelle il restoit encore un peu de faiblesse* son col se couvrit de tubercules qu’ün seul purgatif fit disparoître. Vingt-sept jours après j la main débilitée reprit aussi ses forces.
- Si l’on consulte les Transactions Philosophiques de Londres , on y trouvera plusieurs guérisons de cette espèce opérées par l’Electricité. Je me ferois un plaisir d’en citer quelques-unes, si ceux qui les ont publiées eussent eu l’attention de nous donner
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- à cet égard des éclaii*cissemens assez étendus pour diriger les travaux de ceux qui vou-drojent s’occuper du même objet. A ce défaut , je me bornerai à l’observation suivante qui prouve que cette maladie n’attaque pas seulement les enfans de l’un et de l’autre sexe; qu’il est des circonstances dans lesquelles des personnes plus avancées en âge peuvent en être atteintes.
- Une fille âgée de trente-quatre ans, qui Qnstritm* demèuroit chez moi à titre de cuisinière, eut une suppression occasionnée par la frayeur dont elle fut saisie , en voyant de son lit, le reflet du feu qui prit de nuit à l’hospicje de. »
- l’Humanité de Paris , et qui dévora une partie des bâtimens. Cette suppression fut suivie, peu de jours après, de quelques légères convulsions du bras gauche et de la jambe du même côté .Xju’elle traînoit un peu et qui avoit perdu de sa force. Bien différente de celle qui fait le sujet de la première observation , elle étoit grasse et robuste.
- Les convulsions, dont elle étoit atteinte,
- .ne tardèrent pas à augmenter d’intensité et à devenir plus marquées. Je la fis saigner, émétiser et je lui fis prendre une tisane faite avec la racine de valériane sauvage , dans
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- 248 DI i’Eiectïic^iî l’espérance de voir dissiper les symptôme» de sa maladie et ses règles revenir. Je me trompai ; au lieu de diminuer , le mal alla en empirant. Je continuai néanmoins à lui faire boire la même tisane, jusqu’à .l’époque à laquelle ses règles dévoient reparaître, et elles ne reparurent point.
- Je me décidai alors à l’électriser par bains et par étincelles que je tirais de ses parties affectées. Dès la troisième séance , je lui donnai quelques commotions , que je fis passer de l’extrémité des doigts de la main gauche , jusqu’à l’extrémité du pied du même côté, et dans J’espace de vingt jours ses règles se montrèrent, non cependant aussi abondamment que de coutume : elles avoient seulement été accélérées de quelques jours.
- Je suspendis le traitement pendant toute la durée de cette évacuation et-je le repris deux jours après. Alors ses convulsions étoient beaucoup moins fréquentes et moins fortes ; son pied gauche avoit acquis de la force, et dans l’espace de quinze jours, elle fut très-bien guérie, plie demeura encore près de deux ans à la maison dont elle sortit pour se marier, et elle y jouit d’une parfaite santé.
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- MÉDICALE. 549
- $ V.
- DES MALADIES DE LA CINQUIEME CLASSE.
- Des Essoufflement.
- Je ne vois dans cette classe, qui renferme cependant un assez grand nombre de maladies , qaeV.asthme et le rhume de poitrine, auxquels l’.Electricité.ait été jusqu’à présent avantageusement administrée ; encore ne puis-je .citer aucun exemple d’une parfaite guérison de la première de ces maladies; mais seulement un soulagement notable qu’elle a procuré à quelques asthmatiques. C’en est sans doute assez pour en recommander ici l’usage et pour éveiller l’attention des médecins et des physiciens sur cette pratique que de nouvelles tentatives pourront peut - être améliorer, en combinant avec elle, au besoin, des remèdes convenables à l’état de la maladie. Au reste, l’Electricité ne fit - elle que soulager le malade , lui procurer la faculté de respirer plus facilement, en rendant les mouvemens de sa poitrine plus libres , cet avantage seroit assez précieux pour accréditer un pareil moyen.
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- 25o de L’Electbicité Ve l’Asthme.
- On distingue deux espèces d’asthmes, ««/ma-' ^'ast^me humide ou humoral, et l’asthme Udie. sec ou convulsif.
- Les accès du premier s’annoncent ordinairement par un sentiment de plénitude h l’estomac, par des rots insipides, par un resserrement de poitrine, qui augmente à mesure que l’accès s’approche. De là la difficulté de respirer, et la respiration accompagnée d’une espèce de râlement ou de sifflement ; de là la raucité de la voix ; ce qui distingue très-bien l’asthme de la simple difficulté de respirer, qui peut être occasionnée par divers accidens qui gênent les mouvetnens de la poitrine.
- Si l’accès est violent, le pouls du malade 7 devient inégal et fréquent, la sueur survient et quelquefois un vomissement bilieux.
- Cette espèce d’asthme attaque ordinairement les personnes cacochymes, celles qui Vivent dans l’abondance, la délicatesse et croupissent dans l’oisiveté, d’où suivent l’épaississement de la lymphe, et la' surabondance des matières glaireuses qui se jettent sur les poumons.
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- MÉDICALE. 2Sl
- Les accès de l'asthme sec ou convulsif ne s’annoncent pas comme ceux du précédent.
- Leur invasion est subite. Ils commencent par une douleur plus ou moins vive à la poitrine ; ses symptômes sont plus violens ; il ne se fait ici aucune expectoration, et presque toujours il survient quelques convulr sions. Cette espèce d’asthme attaque particulièrement les tempéramens bilieux, secs, sanguins et échauffés.
- Vu la diversité de la maladie , le traitement doit être différent. Quelques praticiens prodiguent ici la saignée que plusieurs regardent comme fort inutile , à moins que - dans les cas de plétore , ou de suppression de quelque évacuation sanguine habituelle. D’autres recommandent les émétiques et les purgatifs qui peuvent être très-avantageux dans l'asthme humide , encore faut-il avoir soin de ne les employer que dans les intervalles des accès. Les délayans,les béchiques, les apéritifs, les diurétiques sont ordinairement ceux qui réussissent le mieux et que l’on peut administrer en tout tems. Mais un remède plus général encore et qui remplit ec»se lui seul toutes les indications qui se présen- maiîdi tent ici, c’est l’Electricité. Il ne’faut que de
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- 25a DE l’El'ec t»ic ité simplesfiainsélectriques,quelques étincelles tirées des parties souffrantes, et mieux encore une pointe non isolée qu’on leur présente et qui y fait affluer le fluide électriqtie.
- -C’est de cette manière que Lôwets et quelques autres célèbres électriciens sont parvenus, je ne dirai point à guérir , mais à soulager beaucoup plusieurs asthmatiques, et faute d’observations suffisamment développées pour trouver place ici, c’est tout ce que je puis dire en faveur de ce moyen que les bons praticiens accueilleront sans doute , lorsqu’ils considéreront que le fluide électrique réunit à lui seul et éminemment toutes les vertus des médicamens qu’ils sont dans l’usage d’ordonner dans ce genre de maladies , et que ce fluide peut même suppléer, jusqu’à un certain point , ceux d’une plus grande activité qu’ils sont obligés d’employer en quelques circonstances. Au reste, en profitant ici des avantages qu’on peut attendre du fluide électrique , rien n’empêche qu’on ne lui associe tout autre médicament, que là sagesse du médecin jugera convenable à l’état du malade. Et c’est encore en cela que l’Electricité viendra on ne peut mieux à son secours.
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- MÉDICALE. 2.53..
- la pénurie d’observations bien faites et bien présentées dans laquelle nous nous trouvons ici, doit nous faire comprendre,combien il est important au bien-être de l'humar nité et aux progrès de, l’art ;de guérir, de ne point négliger les moindres détails en ce genre. Je..l'ai déjà fait observer, et je le répète encore.ici, il ne suffit point de.dire que tel moyen a très-bien réussi dans tel genre, dans telle espèce de maladie ; il faut : ajouter encore et l’état dans lequel se trou-voit le malade, et la manière selon, laquelle le remède lui a été administré. Or * c’est '. précisément ce qu’on a le plus négligé dans la maladie dont il est ici.question, au moins dans les ouvrages qui sont parvenus à ma : OQnnoissance, dans lesquels on se borne à -. nous apprendre qu’on a plus ou moins soulagé plusieurs asthmatiques en les électrisant*
- Du Rhume.
- Tout rhume est un qatharre,; une fausse ; Idée inflammation accompagnée de gonflement di*. dans la partie, qui en est attaquée, et dans . laquelle on ressent ordinairement une chaleur insolite , et une douleur obscure. *
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- 254 de l*ElectrictîE
- Ce catharre se fixe-t-il à la racine du nez;, qe qui arrive assez fréquemment, on l’appelle coriza, vulgairement et improprement rhume de cerveau : attaque-t-il la poitrine, c’est alors qu’on lui donne le nom de rhume, et c’est un vrai rhume de poitrine.
- Celui-ci commence assez ordinairement par le coriza parce que le nez étant la partie la plus exposée au contact de Pair froid, l’inspiration y porte continue-ment ce fluide et les miasmes dont il'est chargé. Ils attaquent donc d’abord la membrane pituitaire qui tapisse cet organe ; et, comme cette membrane s’étend dans le gosier et dans la poitrine, il ne doit pa9 paroître surprenant que l’affection de la première de ces parties se propage jusqu’aux autres.
- On est assez dans l’usage de négliger un rhume lorsqu’il n’est pas fort incommode; on l’abandonne aux soins bienfaisans de la nature et l’on a grand tort. Elle fait bien, à la vérité, tous ses efforts pour le guérir; mais elle n’y réussit pas toujours, et quelquefois il devient d’autant plus sérieux, qu’on l’a négligé plus long-tems.
- Lorsqu’il s’annonce comme grave, ce qui
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- M à D I c A L e: a££
- arrive quelquefois, on a la mauvaise habitude de se tenir renfermé dans un appartement très-chaud, et de s’y gorger de diverses boissons recommandées dans ces circonstances. C'est un abus qui sert à prolonger le mal et à affoiblir les forces digestives.
- D’où provient en effet un rhume ? Il provient des intempéries de l’air, du passage Subit du chaud au froid , de la suppression de la transpiration insensible, des levains âcres qui épaississent la bile dans ses couloirs. Il faut donc recourir le plus promptement possible aux diaphorétiques , aux incisifs, aux délayans, aux adoucissons, etc. etc.
- Or l’Electricité peut on ne peut mieux . r.’Kl.rtii-suppléer à ces sortes de remèdes, et les obser- avantageuse vations suivantes confirment très-bien cette nïïidi“tt' assertion.
- On lit dans l’ouvrage de Wilson, sur Première l’Electricité médicale , que s’étant chargé °b5"Y‘,ü'm-d’électriser une femme , à dessein de la guérir d’une maladie dont elle étoit attaquée, il la guérit, sans y penser, d’un rhume dont. elle étoit en même - tems fort incommodée, et qu’il ne lui fallût que deux jours pour amener cette guérison.
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- seconde Oit lit aussi dans l’ouvrage de Dèhaën , intitulé : Ratio medêrcdi , qu’en administrant l’Electricité' à une personne paralysée et en même - téms fort incommodée d’une toux continuelle, accompagnée d’un écoulement périodique purulent parle nCz, dès les premiers'jours la toux diminua, l’écou-lemènt périodique et fétide, qiii n’avoit lieu que tous lés mois j devint continu, et qu’au bout d’un mois cette personne fut parfaite-meut 'gUériè dè’cêt écoulement. Le fut-elle en méme-téms de sa paralysie ? C’est ce qu’On pOurroitsOUpoOntterdé la manière dont l’auteur S’énoncej mais c’est ce qu’on nepourroit cependant affirmer, quoique l’Electricité soit un remède très-puissant contre ce genrë de maladies-
- Troisitrafl— En’-^S j j’eusua léger mai de gorge qui oi'.u amena un rhume de poitrine assez grave, à t ai son de là fréquence de la. toux et du trouble qu'elle apporta dans mon sommeil. Le troisième jour de cet accident-, dont je voulus me débarrasser le plus promptement possible , je fis diète , je bus quelques tasses d’infusion théiforme de fleurs de camomille ; et je me fis électriser par simple bain et pendant l’espace de plus d’une demi-heure.
- Dès
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- Dès la nuit suivante je me trouvai mieux ; je dormis davantage, et dans l'espace de cinq jours, je fus guéri.
- En recommandant ici l’Electricité , je ne prétends point dispenser le malade des remèdes ordinaires, et encore moins d'un régime convenable à son état. Je veux qu’il s’abstienne de viande , de bouillons gras trop souvent répétés, et en général de tout ce qui est âcre et de difficile digestion; je veux qu’il fasse un usage modéré d’une tisane adoucissante, délayante, etc. ; je veux même que , vers la fin de la maladie, il ait soin de se purger ; ce dont on ne se dispense que trop fréquemment dans ces circonstances, sans s’inquiéter des suites qui peuvent être plus ou moins fâcheuses.
- § v L
- Des maladies de la sixième classe.
- Des Débilités et Paralysies,
- Ge fut à ces sortes de maladies et particulièrement aux paralysies, que les physiciens imaginèrent d’abord d’administrer
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- a58 de l’Electricité-l’Electricité ; et ils le firent avec tant de succès , qu’on regarda dès-lors le fluide électrique comme le meilleur des moyens que la nature eût mis entre nos mains pour remédier aux maladies de cette classe , dont de Sauvages distingue cinq ordres diffé-rens, qu’il divise en un très-grand nombre de genres et en un bien plus grand nombre d’espèces.
- Or, comme l’Electricité a été très-avantageusement administrée à plusieurs des maladies prises dans ces cinq ordres, et que ces sortes de guérisons intéresseront sans doute le lecteur, j’insisterai davantage sur les maladies de cette classe.
- J’ai déjà fait observer que toutes les maladies d’une même classe ont un caractère général qui leur convient essentiellement à toutes. C’est dans celle - ci, la paralysie, qu’est ce caractère général, et cependant de Sauvages ne fait des paralysies , que le troisième ordre de cette classe; je parlerai donc auparavant de celles de ses deux premiers ordres. Parmi celles du premier ordre, je m’arrêterai à la goutte sereine et à la surdité j quant à Vanesthesie , qui fait partie du même ordre, comme elle est aussi
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- 1b complément de la paralysie , je n’en ferai mention qu’avec elle.
- De la Goutte sereine.
- La goutte sereine est une privation de idcc ds la vue , accompagnée de la dilatation et de udîe.””' l’inamovibilité de la pupille.
- Cette maladie est ordinairement l'effet de la paralysie des nerfs optiques , qui peut être occasionnée par une multitude de causes, parmi lesquelles je remarque la suppression de quelqu’évacualion sanguine , la répercussion de quelqu’éruption cutanée , les chûtes , les coups , les blessures à la tête , la fièvre maligne, l’apoplexie, une impression trop vive de la lumière , une trop grande contention des yeux , différens virus retenus dans les routes de la circulation , etc.
- Cette maladie peut survenir subitement ou lentement. Dans ce dernier cas , la vue s’af-foiblit progressivement, et l’on croit voir des filamens ou des mouches qui voltigent' dans l’air; c’est ce qui arrive quelquefois, particulièrement dans la vieillesse, et alors la maladie est, pour ainsi dire, incurable.
- Dans tout autre cas, et sur - tout lorsqu'elle
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- 2iîo de l’Electricité vient d’une cause passagère , elle est imparfaite et curable.
- Curable ou incurable j ce qu’on ne peut dire au seul aspect de l’organe, on ne doit négliger aucun des moyens que l’on croit propres à la guérir. Les plus vantés , dans la pratique ordinaire de la médecine, sont la saignée, le tartrite de. potasse antimonial ( l’émétique ) , les purgatifs, les apé-L’Electri- ritifs, les incisifs, etc. etc., auxquels l'Elec-se tricité me paroît préférable comme plus ùâüdic?'U° efficace- Electricilas hoc in morbo oplimè cessit, dit expressément Wilkinson.
- Si les premières tentatives n’annoncent rien qui puisse faire espérer le succès de cette pratique , je veux néanmoins qu’on ne se rebute point, et que l’on continue le traitement avec assiduité , parce que l’expérience a démontré plus d’une fois que ce traitement peut être très-long avant de faire naître la moindre lueur d’espérance.
- Je ne veux point non plus que l’ancienneté de la maladie soit un prétexte de lui refuser ce secours. C’est une erreur de regarder une goutte sereine comme incurable, parce qu’elle est ancienne. Westelius en a guéri une qui datoit de quatorze ans; mais
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- quelle est la meilleure manière de lui administrer le fluide électrique ? Cavallo prétend que c’est en soutii-ant des yeux ce fluide, parle moyen d’une pointe de dois qu’on leur oppose alternativement, et non par des étincelles , comme on l’avoit, dit-il, pratiqué avant lui.
- Personne ne respecte plus que mbi l’autorité de ce grand maître en Electricité ; mais je ne puis me dispenser de faii'e observer ici que cette méthode ne doit point être rejetée , comme il paroît l’indiquer. Je dirai plus-; je dirai qu’il la préconise lui-même, en ajoutant qu’il ne Faut pas se borner à la méthode de 1 ’exhaustion; qu’il faut outre cela faire passer plusieurs commotions de la partie postérieure de la tête au front, très-peu au-dessus du globe de l’œil. Or les étincelles électriques sont elles-mêmes de petites commotions locales , qui doivent conséquemment produire ici de bons effets.
- Quoiqu’il en soit, ce fut par la méthode Premîèro des commotions réitérées, que le savant .De.f-sausure, à Genève, parvint à guérir une femme nommée Noyer, attaquée d’une goutte sereine ; et il nous* apprend que ce traitement fut très-long. C’est ce qui arrive assez
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- séa de l’Electricité ordinairement dans cette maladie, et ce qne je fais spécialement remarquer ici, à dessein d’encourager et de soutenir, comme il convient, le zèle de ceux qui auront occasion de là traiter.
- observation^ Deliaën, à Vienne en Autriche , traita de la même manière une jeune fille chez laquelle une goutte sereine s’annouçoit, sans être entièrement formée ; elle n’appercevoit encore, dit-il, que des mouches et des étoiles devant ses yeux ; malgré cela, ajoute-t-il, le traitement fut très-long : il dura l’espace de trois mois et la malade fut parfaitement guérie.
- oblrvaii™ ^n ^ dans *e trente-cinquième n°. de la gazette Salutaire, pour l’année 1777, qu'nne femme perdit la vue à la suite d’une chûte qu’elle avoit faite quarante jours auparavant: cette chûte lui avoit occasionné une plaie au front, et cette plaie s’étoit guérie ' promptement, ne laissant après elle aucun ressentiment d’une douleur interne, qu’ell,e avoit sent je jusqu’au moment où elle avoit perdu la vue.
- Hay,.célèbre chirurgien à Leed en Yorch-shyre, province d'Angleterre, se chargea de la guérir; il l'électrisa deux fois par jour,
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- chaque fois il lui tiroit des étincelles autour de l’orbite , et pendant l’espace, d'une demi-heure ; à ces étincelles succédoient, pendant le même tems, de légères commotions, qu’il lui faisoit passer à travers les parties affectées, les faisant particulièrement partir des trous des bords des orbites à l’occiput, quelquefois d’une tempe à l’autre. En moins de trois mois la malade fut guérie.
- On lit encore dans la même gazette, n". 8, an 1781 , une observation concernant la goutte sereine, accompagnée de la paralysie des paupières : la voici.
- Une fille, âgée de dix-sept ans, eut une Q,„trijmc fluxion, à la suite de laquelle elle fut atta- observation, quée, le 28 janvier, d'une paralysie qui se jeta sur les paupières de ses deux yeux , et en même tems elle devint aveugle par l’effet d’une goutte sereine.
- Le 7 février suivant, elle fut confiée aux soins du docteur Vare, qui l’électrisa , en dirigeant le courant du fluide électrique , pendant un quart-d’heure, sur l’œil gauche ; pendant ce tems , il avoit soin de tirer des étincelles des parties circonvoisines.
- Dès le lendemain, la malade ouvroit et fer-moit facilement les paupières ; elle distin-R 4
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- 364 DE L’E-LE C T R I C I TÉ guoit les objets de l’œil sur lequel on avoifc opéré, sans que l’état du droit fût changé : il fut électrisé comme le gauche l’a voit été la veille ; mais avec un peu moins de succès.
- Les jours suivans, les deux yeux furent électrisés, on tira des étincelles des orbites, et l’on fit ensuite passer des commotions , en différens sens, à travers la tête; les accidens se dissipèrent, et la vue se rétablit parfaitement. En combien de tems ? L’auteur n’en dit rien ; il est cependant probable, d’après ce qu’on vient de lire, que ce traitement ne fut pas de longue durée; car, dans la supposition contraire, il est très-probable qu’il ne se fût point dispensé de nous en faire connoître les progrès.
- Au reste, ët je le répète encore, dans cette maladie , plus que dans toute autre, il ne faut point se rebuter de la longueur du traitement , ni craindre d’employer ici la méthode la plus active, celle des commotions, pourvu qu’elles soient modérées,- quelque multipliées qu’elles soient, elles ne sont nullement dangereuses, et il est même démontré qu’elles réussissent plus sûrement que de simples étincelles auxquelles on se borne-yoit. Je n’approuve donc nullement ici la
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- pusillanimité du docteur Samuel Théodore Guelmatz , qui craignoit même de trop prolonger une simple électrisation, une électrisation par insufflation. Voici ce qu’on lit à ce sujet dans un petit ouvrage de ce savant médecin sur les vertus médicinales de V Electricité.
- Lorsque j’appris, dit-il, qti’on avoit tenté avec succès l’Electricité pour la guérison de la goutte sereine, je demeurai dans le doute, connoissant l’extrême délicatesse de l’organe où se trouve le siège de cette maladie : je ne voulus cependant pas négliger l’occasion de faire des expériences sur cet objet ; mais je les fis avec toute la circonspection qu’il me paroît mériter.
- Un fondeur de caractères se plaignoit d’une grande foiblesse de la vue, sur-tout du côté gauche; l’œil étoit menacé d’une prochaine cataracte ; sa pupille, fort dilatée et sans mouvement, faisoit craindre encore davantage une goutte sereine. Je lui administrai XElectricité à un degré modéré. Les mauvais yeux, ajoute-t-il, soutiennent mieux le traitement que ceux qui sont en hon état. C’est une observation que personne n’avoit encore faite, parce qu’on ne
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- s66 DE l’Electhicité s’étoit point avisé de traiter des yeux qui n’avoient point besoin de l’être, et l’auteur nous eût obligé davantage en nous apprenant ce qu'il entendoit par un traitement modéré : on le devine cependant par la suite de son récit.
- L’œil du malade étant bien fermé, dit-il, je dirigeai la matière électrique précisément sur le trou par lequel le nerf de Willis se distribue aux paupières et aux parties voisines. Quelquefois, ajoute-t-il, en faisant tourner la face du malade, je déterminai le même fluide vers la portion inférieure de la région temporale proche l’angle de l’œil.
- Après un quart-d’heuré de cette opération , j’ouvris les paupières à travers lesquelles j’avois fait auparavant une légère friction sur l'œil, et j’apperçus que l’iris avoit une certaine mobilité, et que le malade voyoit mieux.
- Quelques jours après, les mêmes tentatives ayant été continuées, les résultats en furent plus salisfaisans : le malade se crut guéri, et me pria de lui accorder quelquefois Te même secours.
- Il semble, d’après cet exposé, que le docteur Guelmatz n’employa ici que la mé-
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- tbode de Vinsufflation : elle peut suffire, je le crois, lorsque la goutte sereine n’étant point encore Formée, la cause qui la provoque. consiste dans une légère atonie des nerfs optiques : en toute autre circonstance, je doute fort qu’elle fût suffisante.
- Quoi qu’il en soit, voici une autre observation que l’on trouve dans le même ouvrage. Il s'agit ici d’iine guéçison commencée, et qui sûrement n’aura, point été complétée par l'insuffisance du moyen dont l’auteur s’est servi.
- Un jeune homme de dix-huit ans, dit-il, ayant eu la petite vérole à l’âge de six, se plaignoit depuis ce tems de la foiblesse de sa vue; les pupilles de ses yeux étoient tellement dilatées, qu’il ne voyoit plus de l’œil gauche, et très-peu du droit.
- On me pria de l’électriser, et le premier essai en a été si favorable ', que je compte le guérir, en l’élec trisant à des distances telles qu’il convient d’en mettre dans des cas de cette nature, et qu ’il est fort à propos de recommander, dit expressément le docteur Guelmatz. Je n’ai rapporté cette observation et la précédente, que je regarde comme milles en faveur du traitement dont il est ici
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- question, qu’à dessein de prémunir ceux à la connoissance desquels elles parviendroient, contre des craintes mal fondées , qui font honneur, j’en conviens, à la prudence de l’auteur , mais prouvent en même - tems qu’il étoit bien peu instruit des effets de l’Electricité sur le corps humain. Je passe donc à une autre observation qui m’est propre, et à laquelle je pourrois en ajouter une autre que j’ai faite dans un tems où j’ignorois encore si l'Electricité étoit propre à'ce genre de maladie, à laquelle je ne me déterminai à l’appliquer qu’en raisonnant par analogie, en considérant que la goutle sereine étant l’effet de l’atonie ou de la paralysie des nerfs optiques , uii remède aussi puissant contre ces sortes de maladies pourroit très-bien convenir à celle dont il est ici question. Or,comme j’ai déjà publié cette observation dans une lettre à M. de Causait, membre de la ci-devant société des sciences de Montpellier,avec lequel j’étois en correspondance, comme associé de cette célèbre compagnie, je me bornerai à celle que voici, beaucoup plus récente et faite avec plus de connoissance de cause.
- Le fils d’un artiste qui travâilloit aux ma-
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- fchines de mon cabinet de physique, se réveilla un matin dans un état de cécité qui l'effraya et effraya également ses parens. J’arrivai chez lui au moment où l’on se dis-posoit à le conduire chez les Grandjean, oculistes qui jouissoient d’une grande réputation. J’examinai ses yeux, je trouvai .leurs pupilles immobiles ettrès-dilatées. J’approchai successivement de l’un et de l’autre la lumière d’une chandelle , à laquelle ils furent également insensibles. Je fus donc très-convaincu que ce jeune homme, âgé de dix-neuf à vingt ans , avoit été subitement frappé d’une goutte sereine.
- Sans m’opposer à ce que ses parens le fissent voir aux oculistes que je viens de nommer , je leur dis que j'étois persuadé que l’Electricité étoit le meilleur remède qu’on pût lui administrer et qu'il le guériroit sûrement , si sa maladie étoit curable ; ce que les Granjean ne sauroient pas mieux que moi à la seule inspection de ses yeux. Je leur témoignai même le désir que j’aurois de le traiter , sans leur occasionner d'autre dépense , que quelques médicamens que je lui prescrirois. Ils savoient que j’étois dans l’usage de traiter différentes maladies et avec
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- 37O D E L’E LECTRICITÊ succès ; ils me l’abandonnèrent donc et leur confiance ne fut point trompée.
- Ce jeune homme étoit d’un tempérament sanguin et, outre cela, fort replet. Je crus devoir le préparer par une forte saignée qu’on lui fit dans la matinée , et par deux grains de tartrite de potasse antimonial (émétique) qu'on lui fit prendre le lendemain.
- Le surlendemain je l’électrisai par bain , pendant l’espace d’une heure , pendant laquelle je lui tirai de fréquentes étincelles de l’orbite et des parties circonvoisines. Vers la fin de l’opération , je lui donnai sept à huit petites commotions , que je dirigeai obliquement et successivement de chaque tempe à la partie inférieure et opposée de l’occipital.
- Je continuai le même traitement et de la même manière. Le dixième jour, j’apperçus un peu de mobilité dans les fibres de la pupille de l’œil droit ; elle se contractoit à l’approche de la lumière ; mais ses mouvemens n’étoient encore que peu sensibles.
- Deux jours après , ils le devinrent bien davantage et la pupille gauche, qui n’avoit donné jusques-là aucun signe de mobilité, en donna de presqu’aussi sensibles que la droite.
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- Le dix-septième jour, le malade distingua la lumière que je lui présentoir inutilement depuis quelques jours, et apperçut confusément de gros objets qui se trouvoient' autour de lui. Je le purgeai le lendemain et je continuai ensuite le même traitement, augmentant un peu l’énergie des commotions qu’il supportoit t nés- bien et-les multipliantau point de lui en faire .subir jusqu'à quinze à seize de chaque coté. Sa vue s’éclaircit de jour en jour, jusqu’au quarante-cinquième. N’observant pas de plus grands progrès pendant les quatre à cinq jours suivans, je crus devoir le purger et continuer ensuite le même traitement; ce que je fis jusqu’au soixantième jour, sans qu’il y trouvât le moindre avantage. Il voyoit cependant assez bien, lisoit et écri-voit facilement ; mais une heure d’application dans ce travail lui fatiguoit la vue.
- Je discontinuai alors le traitement et je l’engageai à faire usage de loin en loin du baume de Fioraventi et à prendre tous les jours deux à trois tasses d’une tisane faite aVec la racine d’euphraise, ou quelques bols faits avec le jus de cette plante et la poudre de cloportes. Il négligea ce dernier procédé , qui lui parut trop astreignant ; il se borna
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- S7î de l’Electricité au baume et sa vue se fortifia d’un jour à l’autre. Trois à quatre mois après, il quitta ses parens et alla à Bordeaux joindre un de ses camarades qui lui procura de l'ouvrage. Cette guérison eut lieu en 1778. En 1781, le jeune homme revintà Paris voir ses parens et il se portoit on ne peut mieux.
- Je l’ai déjà dit et je le répète encore : il ne faut pas se flatter de pouvoir guérir, par ce moyen, toutes espèces de gouttes sereines. Il en est qui y ont résisté invinciblement, malgré la plus grande persévérance dans lé traitement; ce qui vient, je ne dirai pas , de ce qu’elles étaient trop anciennes ; c’est une erreur que j’ai déjà mise en évidence ; mais de la cause qui les avoit produites et rendues incurables. Les observations anatomiques nous apprennent en effet que quelques-unes de ces maladies sont occasionnées par le dessèchement des nerfs optiques, quelques autres par leur entière putréfaction ; deux circonstances dans lesquelles les remèdes les plus efficaces sont absolument nuis.
- Comment distinguer ces sortes de gouttes sereines de toute autre qui serait curable? Je ne connois aucun signe caractéristique qui puisse diriger ici le prognostic de cette maladie.
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- dïe. D'où je conclus que le parti le plus sage est de tenter la cure , dût - on ne pas réussir , et de ne Se rebuter qu’aütânt qu’on se croira cpnvaincu que la maladie est incurable.
- C’est ce qüe fit le savant Le Roy, alors membre de la ci - devant académie des Sciences de Paris, malgré le peu d’espérance qu’il avoit du succès de son opération sur un jeune homme attaqué , depuis trois mois, d’une goutte sereine qui lui étoit survenue le neuvième jour d*une fièvre maligne accompagnée d’une éruption milliaire. Je rapporterai cette observation , parce qu’elle offre des phénomènes assez extraordinaires à observer»
- Le jeune homme dont il est ici question > dit l’historien de l’académie , qui donne l’analyse du Mémoire de Le Roy , avoit été vu par les oculistes de Paris -, et ils a voient tous reconnu sa maladie pour une véritable goutte sereine : quelques-uns d’entre eux la regardoient même comme incurable.
- Les prunelles de ses yeux étoient tellement dilatées , que l’iris n’avoit pas le quart de sa largeur ordinaire. Elles étoient devenues si insensibles , que, quelque près qu’oa
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- 2/4 DE l’EEECTRICITÊ en approchât la lumière d’une bougie, elle' ne les affectoit que par sa chaleur , et que le malade ne sentoit même pas le mouvement de ses paupières , quoiqu’il les agitât sans cesse.
- Tel étoit son état, lorsque notre savant académicien commença à l’électriser. Il lui avoit entortillé la jambe d’un fil-de-fer dont l’une des extrémités touchoit à la panse , à la surface extérieure d’une bouteille de Leyde et dont il tiroit l’étincelle avec le bout d’un autre fil-de-fer, qui alloit et revenoit plusieurs fois de la tête à l’occipital. Les commotions qu’il lui faisoit éprouver , et il ne lui en donnoit jamais moins d’une douzaine à chaque fois, ébranloient donc toutes les parties de son corps.
- On sera sans doute étonné de la singularité de cet appareil ; mais c’étoit précisément celui que le savant Wilson avoit imaginé et dont il s’étoit avantageusement servi à Dorchester, et avec lequel il avoit opéré la guérison d’un jeune homme pareillement attaquéd’une goutte sereine. Or, dans un teins où l’on n’alloit qu’en tâtonnant dans une pratique encore trop nouvelle ënFrance, Le Roy pouvoit .-il mieux faire que de
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- Copier exactement celui qui avoit très - bien réussi en pareille circonstance ?
- Dès la première fois qu’il électrisa son malade, il sua abondamment là nuit suivante ; ce que tous les remèdes que lé médecin-oculiste Demours, aux soins duquel il avoit été d’abord confié , n’avoient pu opérer. La même chose étoit arrivée à l’aveugle de Dorchester.
- Le Roy crut devoir ensuite augmenter la force des commotions. Le malade ne put en soutenir la violence, et il fut obligé de contenir toujours la charge de la bouteille au même degré auquel il l’avoit portée là -première, fois.
- A chaque coup que le jeune homme rece-voit, il disoit qu’il voyoi't comme une flamme qui passoit assez rapidement en descendant devant ses yeux, et qu’il lui sembloit, à chaque fois , entendre l’explosion de douze pièces.de canon; mais on eut beau augmenter le nombre des commotions, pendant la durée de chaque séance, treize jours d’électrisa-tiou n’opérèrent d’autre effet que de le faire suer et de rétrécir sensiblement ses prunelles.
- On crut alors devoir le faire saigner : il le fut deux fois. Depuis ces saignées , S 2
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- 276 de l’Electricité l’Electricité ne lui procura plus de sueurs et ses prunelles se dilatèrent un peu. le Roy voyant que l’Electricité ne produisoit point l'effet qu’il en attendoit, imagina de changer la manière de donner la commotion à son malade. Il la dirigea de façon qu’elle attaquoit particulièrement les nerfs optiques et toute la masse du cerveau. L’effet fut tel qu’il l’avoit prévu ; les yeux en furent plus ébranlés; chaque commotion excitoit des convulsions très-décidées dans les paupières ; le malade s'en trouva beaucoup plus affecté et la lumière qu’il appercevoit n’a-voit plus la même direction : au lieu de se porter de haut en bas, comme précédemment, elle paroissoit se diriger horizontalement.
- La première fois qu’il fut électrisé de cette manière, il reçut treize commotions ; à la troisième, qui fut plus forte que les deux précédentes, il s’écria que tout étoit perdu; qu’il avoit vu trois magots assis sur leur derrière et une lueur beaucoup plus forte que de coutume.
- Cette espèce de sensation donna de grandes espérances, puisqu’il étoit bien certain que le fluide électrique ébranloit les nerfs opti-
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- ques et de là même manière que l'auroient pu faire des objets extérieurs.
- Les jours suivans, il fut encore électrisé de la mênie manière : les prunelles parurent alors presqu’aussi rétrécies qu’elles l’avoienfc été avant les saignées de pied , et le malade dit qu’il avoit très-bien senti, la nuit précédente , le mouvement de sès prunelles , qu’il ne sentoit point auparavant. Il se plai-gnoit aussi de maux d’estomac qui lui étoient survenus après les saignées.
- Le succès de cette nouvelle manière d’opérer, fit présumer à notre savant électricien que l’on pourroit peut-être en tirer un meilleur parti, si le fluide électrique traversoit la tête seule dans toute la route et selon la direction des nerfs optiques.
- Pour cela il imagina un assemblage de fils-de-fer qui, assujetti sur la tête par un ruban de soie , pouvoit communiquer, par un de ses bouts, au crochet de la bouteille d’où l’on excitoit l’étincelle , et par son autre bout à la panse de la même bouteille. Les deux extrémités d’où partoient ces bouts de fils-de-fer répondoient, l’une entre les deux yeux, l’autre à l’occipital. Il est évident que, par ce moyen, la tête seule recevoit la
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- commotion , et que la route du fluide électrique étoit nécessairement celle des nerfs optiques.
- Cette opération exigeoit une autre précaution qui n’échappa point à notre savant académicien. Il fàlloit éviter qu’une impression trop forte ne produisit un effet contraire à celui qu’on attend oit du fluide électrique; il falloit donc aller, pour ainsi dire, en tâtonnant, commencer par de foibles commotions , qu’on augmenteroit progressivement , et c’est ce que Le Roy fit ici. Le succès parut d’abord répondre à ses bonnes intentions.
- Dès la première commotion qu’il fit éprouver à son malade, celui-ci s’écria qu’il voyoit des objets et meme des personnes ; à la seconde, il dit qu’il avoit vu comme un peuple rangé devant lui et un spectacle admirable : preuve manifeste de l’ébranlement des nerfs optiques.
- Cependant, quoique les mêmes phénomènes accompagnassent toujours les commotions qui , bien que'foibles, se faisaient sentir vivement au malade, au -point de lui faire manquer le cœur, ce sont ses propres expressions et ce dont il se plaignoit, il n’en ré-
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- sulta aucun autre avantage que le rétrécissement des prunelles, et un peu de sensibi-litéd ans les yeux. Le jeune homme s’ennuya d’un traitement qui le fatiguoit inutilement; il cessa de se faire électriser, pour reprendre les remèdes que lui prodigua aussi inutilement le médecin-oculiste Dcmours, et il resta dans son état de cécité.
- Il est donc des circonstances, comme je l’ai précédemment observé, dans lesquelles l’Electricité ne peut répondre aux vues bienfaisantes de celui qui se charge d’administrer un pareil traitement. Peut-être en au-roit-on tiré un meilleur parti eu lui associant des remèdes convenables à l’état du malade. C’est effectivement ce qui arrive quelquefois ; ' mais ce qui n’étoit point présumable dans la circonstance actuelle. Il en eut été de ce traitement compliqué , comme de celui dont parle Mazars dans l’un de ses Mémoires, qui ne lui donna qu’une foible lueur d’espérance qui ne tarda point à s’évanouir.
- Un nommé Nassau, dit-il, âgé dé quarante ans, d’une constitution humorale, et jugé par les Grandjean de Paris, et Janiii de Lyon, attaqué d’un glaucome et d’une
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- paralysie à l'œil droit, étoit de plus affligé d’une cataracte sur l’œil gauche. Il vint se faire électriser, après avoir épuisé tous les remèdes qui lui avoient été conseillés par ces habiles oculistes, ainsi que par les médecins de Toulouse et de Montpellier.
- En même-tems qu'un exutoire, que je lui avois fait faire à la nuque, couloit abondamment , et qu’il usoit d'un opiat au moyen duquel je lui faisois expectorer journellement une quantité prodigieuse de salive chaque matinée, je lui tirois tous les jours, pendant-plus d’un quart-d’heure, des étincelles du front, des tempes, des sourcils, en approchant des yeux autant qu’il m'étoit possible, et deux ou trois" seulement du globe de l’œil.
- Chaque séance déterminoit un assez grand écoulement de larmes, et sur la fin un état de phlogose dans tout le globe de chaque œil ; mais cet état se dissipait dans l’espace d’un quart-d’heure.
- Dans une position aussi fâcheuse, il n’étoit guères possible d’attendre de grands succès de l’Electricité. Cependant les premiers jours offrirent quelqu’apparence d’un heureux changement. Le malade disoit qu’il y avait des momens, où il lui sembloit qu’il alloit voir
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- MÉDICALE.' 281 les persounes avec lesquelles il conversoit. Un jour, entre autres, il dit au docteur Mazars, qu’il avoit cru appercevoir qu’une personne à table avec lui, tenoit un verre à. la main; (ce qui se trouva vrai) ; mais tout s’étant réduit à ces lueurs d’espérances , et s’étant, outré cela, trouvé des jours où il sembloit au malade que ses yeux étoient plus voilés que de coutume, l’Electricité et les autres remèdes furent abandonnés au bout de deux mois.
- 11 n’a résulté ni bien, ni mal de ce traitement , dit le docteur Mazars : le malade est encore dans le même état dans lequel il étoit au moment où j’entrepris de l’électriser , et de joindre à l’Electricité les secours indiqués ci-dessus. Il avoit alors la faculté de distinguer la lumière des ténèbres, et il jouit encore du même avantage.
- De même que la goutte sereine dépend ordinairement de la paralysie des nerfs optiques , de même la surdité dépend aussi quelquefois de la paralysie des nerjs acoustiques. Dans ce cas, comme dans le précédent , l’Electricité vient on ne peut mieux au secours du malade. Elle y vient encore très-bien en d’autres circonstances dans les-
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- 282 D E l’E L E C T R I C I T É quelles cette infirmité procède d’une autre cause. D’où il suit que, comme moyen curatif, l’Electricité a plus de latitude dans la surdité que dans la goutte sereine.
- De la Surdité.
- idee Je Cètte maladie consiste dans la privation Elie.ma de l'ouie, dont on distingue plusieurs espèces
- et plusieurs degrés. Il y a des sourds de naissance, d’autres qui ne deviennent que par accident ; les premiers le sont assez ordinairement à raison de quelque vice essentiel de conformation de l’organe , et leur surdité, accompagnée de mutité, est incurable ; elle peut cependant provenir de quelqu’autre cause, que l’on peut avantageusement combattre.
- Parmi les sourds qui ne le sont que par accident, tes uns le sont des deux oreilles, quelques-uns d’une oreille seulement. Quant aux diflerens degrés de surdité, ou plutôt quant aux variétés que présente cette incommodité , ce détail, étranger au plan de cet Ouvrage, ne pourroit intéresser que la curiosité du lecteur : je me bornerai donc à ne parler ici que de ce qu’il est important
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- au physicien de savoir, pour qu’il soit à portée de se rendre utile dans ces sortes de circonstances.
- Et d’abord j’observerai que cette infirmité survient sôuvent dans le courant et à la suite de quelques maladies : dans ce cas , elle est ou symptomatique ou critique , et presque toujours curable. Celle, par exemple, qui survient le septième jour d’une maladie aiguë , n’est que passagère et regardée comme le prognostic d’une prompte guérison.
- J’observerai, en second lieu, que l’épaississement de la cire qui se sépare dans les glandes sébacées du canal auditif, produit une espèce d’obstruction dans ce canal, et que cette obstruction entraîne souvent après elle la surdité, à laquelle on remédie assez facilement.
- J’observerai encore que le racornissement ou la sécheresse de la membrane du tambour, aussi bien que son trop grand relâchement, produisent le même accident, auquel il est également facile de remédier. L’obstruction de la trompe d'Eustache, occasionnée par l’épaississement de ses parois, ou par des mucosités gluantes: qui l’engorgent, ou par quelque tumeur qui se forme
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- sS4 de l'Electricité dans la bouche, à l’endroit de son ouverture , est encore regardée comme une des causes de la surdité, ou au moins comme une de celles qui rendent l’ouie plus ou moins dure.
- Dans tous ces cas et plusieurs autres que je passe sous silence, et auxquels on remédie plus ou moins facilement par des médica-mens convenables à chacun d’eux , l’Electri-L’Ei«i,.i- cité a cet avantage, qu’elle peut seule com-mntogeuse battreavantageusement les différentes causes irs’a'-'mah- contre lesquelles on est obligé, dans la pra-<Kes- tique ordinaire, de varier la nature des mé-. dicamens.
- Mais de quelle manière le fluide électrique doit-il être administré dans ces sortes de maladies? D’abord par voie d’insufflation et & étincelles. Si ces deux moyens ne sont pas suffi sans, ce qui arrive quelquefois, il faut avoir recours aux commotions, que l’on fait passer du canal auditif à l’apophyse mastoïde de l’os temporal, ou d’une oreille à l’autre, selon les circonstances. Première J’ai vu pratiquer ce moyen sur un homme rea ion. ^evetlU sourd presque subitement, sans qu’on pût en soupçonner la cause : il ne l’étoit cependant pas au point qu’il n’entendît encore
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- medicale. des sous très-aigus ; mais il les distinguoit mal j et il éprouvoit, outre cela, des bour-donnemens continus dans les deux oreilles, e(t ces bourdonnemens le fatiguoient beaucoup.
- II fut électrisé par un homme devenu fameux par son intrépidité et sa fatale catastrophe , par l’infortuné jPilaire du Ro ûer, qui m’avoit vu électriser des malades , et étoit dans l’habitude d’entreprendre tout ce qu’il voyoit faire. Il m’invita à suivre ce traitement , ce que j'aurois fait volontiers , si mes occupations me l’eussent permis ; j’y assistai cependant quelquefois.
- Il y avoit déjà huit jours que cet homme étoit -électrisé par bains et par étincelles , lorsque j’allai le voir opérer. Le remède avoit déjà produit quelqu’elfet ; le malade distinguoit mieux les sons aigus, il en entendoit même quelques-uns qu’il n’entendoit pas auparavant , à ce qu’il me dit, et le bourdonnement de ses oreilles-, toujours fatigant, étoit moins fort, et le tourmentait moins.
- J’engageai Pilaire du Roder à l’électriser par insufflation, avec une pointe de bois que je lui fis approcher du pavillon de son oreille, de façon que la pointe fût dirigée
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- s86 D E l'E lectricité sur le canal auditif: il le fit. Je retournai cinq à six jours après le voir opérer ; je le trouvai, à peu de choses près, dans le même état dans lequel je l’avois laissé. Ce nouveau mode d’Electricité, sur lequel je croyois devoir compter davantage, n’avoit donc point eu tout l’effet que j’en espérois. Je crus devoir proposer un mode plus actif, des commotions très-modérées d'abord, et dont on augmenteroit progressivement l'énergie; ce qui fut exécuté en ma présence, en commençant par opérer sur l'oreille gauche , celle dont le bourdonnement étoit plus fort et in-quiétoit davantage le malade. On lui en administra quatre à cinq très - modérées -, après lesquelles on lui en donna de plus fortes, selon la première des méthodes indiquées ci-dessus. Le malade supporta celles-ci avec peine ; il se résigna cependant volontiers à les recevoir, parce qu’il s’apperçut que le bourdonnement de cette oreille cessoit sous le coup de la commotion, et ne revenoit que quelque tems après. Cette séance fut prolongée de plus d’une demi-heure, et j’eus la satisfaction d’apprendre du malade que les bourdonnemens.de cette oreille étoient sen-• sibleinent moins forts qu’ils ne l’étoienfavant
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- cette opération. Je trouvai aussi qu’il enten-doit mieux.
- Le lendemain les deux oreilles furent successivement frappées de commotions, et ensuite toutes les deux en même tems, selon la seconde méthode ; ce qui fut continué pendant une vingtaine de jours , qu’il me fut impossible de me rendre au traitement, auquel je retournai quelques jours après, et j’appris qu’il y en avoit déjà cinq à six qu’il étoit fini ; que L’homme étoit guéri y et ne se plaignoit d’autre chose que d’avoir l’ouie un peu plus dure qu’il ne l’avoit avant son accident. Ce furent donc des commotions qui produisirent le bon effet dont il vient d’être question, et peut-être celles qu’on fit passer d’une oreille à l’autre ; ce qui se rapporte on ne peut mieux à la méthode que le médecin Mauduyt employoit avec beaucoup de succès dans ces sortes de maladies , bien que son mode d’électrisation fut beaucoup plus doux.
- Il ne se servoit ici que de la méthode de Yinsufflation y mais il* avoit soin de faire constamment passer le- fluide électrique d’unè oreille à l’autre, et 'voici .comment il pre.cédôit.
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- Il se servoit de l’appareil ( Plan. IV, fig. S), dont il introduisoit la pointe B dans le canal auditif, et il attachoit à l’anneau A des conduites qui le mettoient ep communication avec le conducteur de la machine électriquej le malade, bien isolé, tenoit cet appareil par son manche D.
- Pour déterminer le fluide électrique à passer d’une oreille à l’autre, le docteur présentait une pointe semblable, mais non isolée , à l’entrée du conduit auditif de l’oreille opposée, et l’y tenoit de manière qu’elle ne touchât à aucune partie de ce conduit. Lorsqu’on peut compter sur l’immobilité du malade, l’appareil ("Plan. IV, fig. 7) , est on ne peut plus propre à cet effet.
- En rendant compte de ses travaux en ce genre , ce savant électricien observe que les premiers jours du traitement, les oreilles se gonflent et la surdité augmenté. J’ignore si le sourd dont il a été question dans l’obser-, vation précédente, éprouva cet effet, que je n’ai point encore observé , et dont personne, avant Mauduyt, n’a fait mention, quoiqu’il paroisse, de la manière dont ce savant médecin s’énonce, qu’il soit assez constant, ce qu’on peut facilement expliquer.
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- Quoi qu’il en soit, le quatrième et le cinquième jour de l’opération , continué Mau-iluyt, le cérumen devient plus abondant et moins épais, le gonflement se dissipe et la. surdité diminue. Il cite trois exemples de ses succès en ce genre, et ces exemples méritent d’être connus.
- La femme d’un facteur d’orgues, nommée Seconde Malade , dit-il, fut fort incommodée, à la ° ="'’L;‘jrl-suite d’une couche,de ce qu’on appelle vulgairement un épanchement de lait; les remèdes qui. lui avoient été administrés par l’un de mes collègues avoient dissipé la plupart des symptômes de sa maladie, sans remédier à * la surdité de l’une de ses oreilles, et il étoit resté au sein de cette femme des glandes engorgées et douloureuses : elle étoit si sourde, qu’elle n’enlendoit pas les vibrations de sa montre, appliquée à son oreille.
- Elle fut électrisée pendant l’espace de trois mois et non-seulement la surdité se dissipa entièrement; mais encore l’obstruction des glandes du sein , et les douleurs qu’elle lui occasionnoit furent absolument détruites.
- Cette cure , ajoute le docteur , se soutient, sans aucune diminution depuis trois ans.
- Un maître de mathématiques, dit encore
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- 290 DE L’ELECTRIÇITÉ le même •auteur, étoit devenu sourd à la suite d’une fièvre aiguë. Ne pouvant plus entendre ses écoliers, il fut obligé de renoncer à son état, et il prit une place dans un bureau.
- Il me consulta, dit le docteur Mauduyt, et je lui conseillai un cautère ,, qu’il se fit faire. Je l’électrisai ensuite , pendant près de quarante jours. Il fut alors en état de reprendre ses leçons de mathématiques qu’il reprit en effet. Ayant eu occasion de le voir deux ans après , je lui trouvai l'ouie en bon état.
- • Fut-Ce l’Electricité, fut-ce le cautère, qui opéra sa guérison ? C’est une question qui se présente naturellement ici. Si le cautère y contribua, en détournant l’humeur de dessus l’organe, l’Electricité seule l’eut opérée avec le tems. Ce en quoi le cautère à peut-être plus contribué au bien-être du malade; c’est comme moyen préservatif d’une rechûte. C’est ce que je crois pouvoir conclure de l’observation suivante , que je, tire du même ouvrage.
- Ottainfme Un officier invalide, nommé Daure, étoit excessivementsourd, dit expressément Mauduyt. Je l’électrisai et je parvins à lui pro-
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- M K D I G A L E* 291
- «Tirer la faculté de converser avec ses amis ♦ mais.au : bout dpxjuelquesmois,. il perdit fout l’avantage, cjue l’Electricité lui avoit procuré* En. terminant le 'traitement j ajoute le docteur, je lüi->ayois! conseillé de;se faire faire un cautère, et.il n’avoit pas suivi mon avis. On voit manifestement ici que - ce cautère n’eût rien ajouté à la guérison du malade ; qu’il n’eût été qu’un moyen préservatif qui eût détourné'l’humeur, et l’eut empêchée de se jeter de nouveau sur un organe, dont l’Elec- -tricité.seule l’avoit expulsée.
- 1 S’il est quelquefois important d’associer au traitement électrique des moyens auxiliaires tirés: des médicamens appropriés à l’état du malade, il l’est, également quelquefois d’user de ces derniers comme préservatifs, comme propres à consolider , à assurer une guérison parfaite. Dans le câs dont il est ici question , le cautère est sans contredit le plus certain j mais vu son importunité, son désagrément , je voudrois qu’on n’y eut recours que d’après l’dvis d’un habile médecin, qui en jugeroit l’application faécessatre; car il est quantité de circonstances dans lesquelles il seroit au moins inutile. C’est ce que prouvent les observations suivantes.
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- Cinquième
- observation.
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- *>
- 9
- *2
- D E
- E
- Après une couche très-laborieuse et dont
- les suites furent longues et inquiétantes
- femme nommée
- Ai
- Daubin
- i >
- agee
- de
- « r
- trente-un ans , fut attaquée d’un e fièvre hu
- morale , dont
- guérie par les soins
- du docteur Le Monnier
- ni resta néan
- moins
- en de 1
- mal de tête presque continuel et de deux l’autre (
- i
- mois , elle devint sourde reille. Le même médecin
- lui administra tous les remèdes qii’il crut convenables à son état. Le mal de tête céda un peu; mais la surdité persista. Ne connois^
- sant point d’autres moyens qui
- • # %
- être plus utiles, il me pria de l’éle
- lui
- Je l’électrisai d’abord selon la méthode de
- pR ^ 4 *
- Mauduyt, par insufflation de l’une à l’autre -oreille ; ce qui ne produisit aucun effet bien sensible’, pendant l’espace de quinze jours. Je crus donc devoir recourir à une méthode plus active. Je lui fis subir à chaque séance
- , d’abord très-foi-
- sept à huit commotions, bies, ensuite plus fortes , que je
- fis
- asser
- d’une oreille à l’antre, et qu’elle supporta très-bien : le mal de tête diminua encore dès le second jour,et le septième son oreille droite commença à suinter et à laisser couler une
- hum
- eur purulente assez épaisse
- lende
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-
-
-
- main
- b
- M'e d i a a i. e.
- auche en fit autant : ce
- 2q3
- pendant neuf
- qui
- mais touj
- dimi
- nuant de quantité et sa surdité disparut. Je continuai à l’électriser encore trois à quatre jours, après lesquels, de concert avec le médecin , on la purgea; et depuis ce tems, elle s’est toujours bien portée , au moins pendant quatre ans, pendant lesquels j'ai eu occasion de la voir plusieurs fois. Elle venoit de perdre son mari, lorsque je la vis la dernière fois et elle se disposoit à quitter Bourges et à retourner dans sa famille. *
- J’ajouterai à oejtte observation les deux suivantes qui m’ont été communiquées par deux hommes de mérite , qui se sont avantageusement occupés de ces sortes de trai-
- temens. ‘
- Depuis plusieurs années, un habitant de la Rochelle , nommé Guichard , étoit devenu tellement sourd, qu’il n’entendoit pas le bruit
- S* M
- ixirmc observa tioa.
- du
- Ce fut en cet état que Je citoj"en
- Mérigot , professeur d’hydrograpliie dans cette ville, entreprit deJ’électriser, sans se flatter cependant de le guérir. Aussi fut-il bien agréablement surpris, lorsqu a la suite d’une électrisation soutenue pendant un mois, son malade commença à entendre , confuse-
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- 294 DE l’Electricité' nient cependant ., le? sons les plus bruÿâns.
- En lui donnant de grandes'espérahces j ce succès ranima, son zèle , et il continua, a l’électriser. La guérison fit de nouvéaux progrès et, peu de teins après, le malade ènten-dit assez bien le son de divers instrumens. Bientôt il distingua celui de la voix et il eri-tendoit tout ce qu’on lui disoit, pourvu qu’on lui parlât lentement et distinctement.
- Cette guérison en étoit là, et il étoit plus que probable qu’elle eut fait dé plus grands progrès, si le remède avait été continué $ mais le malade en fût détourné par les bons avis de ces gens officieux, qui se trouvent par-tout, et qui se plaisent à discréditer tout ce qui passe la foible portée de leur intelligence. On lui fit une peinture effrayante des suites fâcheuses que pourroit avoir l’usage trop long-tems continué d’un feu étranger qui pénètre les parties les plus intimés du corps, les mine insensiblement et doit nécessairement finir par les incendier.
- Effrayé des accidens dont on le menaçoit , le pauvre Guichard se retira, sans prendre même congé de l’homme charitable qui lui avoit déjà rendu un très-grand service et se flattoit de lui en tendre un plus grand encore-
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- MÉDICALE. 29 S
- Ce traitement se borna à une simple électrisation par bains et par étincelles. L’effet en eut été- probablement plus prompt et plus complet, si l’auteur eût employé la méthode de Vinsufflation et même celle de la commotion', mais on ignoroit alors la première de ces méthodes et on 11’osoit hasarder la seconde.
- Une fille âgée de sept à huit ans , me Sepiifme marque le citoyen Le Moyne Vilhlrsy, dans sa lettre en date du 19 frimaire an V, n’en-tendoit point les cloches d’une paroisse qui n’étorf qu’à 58 mèt. 4709 ( 3o toises1) de mon cabinet , ni une sonnette de bureau que je faisois sonner à dix ou douze pas de son oreille; je l’électrisai pendant trois mois, et dès le premier jour , il en est résulté un bien très-marqué. Pour suivre les progrès de cette guérison , je mettais en mouvement, me dit-il, Un carillon électrique, et je (narquois l’endroit d’où el!.e cessoit de l’entendre; chaque jour je prolongeois cette distance ; je la fis ensuite sortir de mon cabinet, et je fis fermer sur elle d’abord une porte, ensuite une seconde : finalement elle fut très -bien guérie dans l’espace de trois mois.
- Un an après, elle fut, pour ainsi dire,
- X4
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- 296 D E L’E L E C T R I C I T Ê liapée par la roue d’un moulin auprès de laquelle elle jouoit avec quelques-unes de ses camarades, et elle fut précipitée dans l'eau dont elle f ut heureusement tirée sur-le-champ » La surdité revint alors ; mais elle se guérit d'elle - même, et elle ne dura que deux à trois jours; je l’ai vueajoute-t-il, il y a quatre mois, et elle ne se ressentoit aucunement de son incommodité : voilà donc trois espèces de surdité guéries sans retour, sans le secours d'autre moyen que l’électrisation. En voici d’autres encore également guéries de la même manière et dans une circonstance dans laquelle la guérjson. paroît plus étonnante.
- Hnitième on Jjt dans les Mémoires de l’académie
- observation.
- de Suède, qu’une fille, âgée de sept ans, sourde de naissance, ayant été électrisée, entendit.d’abord quelques sons; ensuite qu'elle les entendit tous, et enfin qu’elle apprit à parler. Ce fait, qui n’est rien moins qu’ordinaire, n’est point le seul que je connoisse. Wesiey fait mention d’une semblable guérison : il atteste qu’un sourd de naissance fut guéri par le moyen de l’Electricité. Or il est hors de doute que ce moyen réussira constamment, lorsque la surdité de naissance ne
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- médic.Ale. 297
- procédera point d'un vice essentiel de conformation de l’organe de l’ouie, ou qu’une surdité adventice ne sera point occasionnée par la destruction totale ou partielle de l’or-r gane ; ce qui arrive assez fréquemment chez les vieillards.
- Dans toute autre circonstance, jenecrains point d'assurer que l’Electricité est de tous les moyens le plus propre à la guérison de' cette espece de maladie ; c’est ce qu’atteste le savant Linné, qui regarde le fluide électrique comme le remède le plus prompt, ~ le plus expéditif à cet égard. Il px'ovoque à l’instapt, dit - il, une sécrétion plus abondante du cérumen de l’oreille, et il atteste lui avoir vu produire de merveilleux effets. L’autorité de ce grand homme suffirait seule au besoin. Réunie à celle de plusieurs célèbres médecins et de différentes compagnies de savans , quel poids ne doit-elle point avoir ? Ecoutons Frédéric-Gustave Heetberg, et il vous dira qu’il a rendu l’ouie à plusieurs personnes, .l’observerai cependant qu’il joi-gnoit au traitement électrique diverses injections qu’il leur faisoit dans l’oreille; mais ces injections n’étoiept que des moyens auxiliaires qu’il avoit déjà employés sans suc-
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- 298 D E L’E U'CTRICITÉ cès. Lisez les Transactions Philosophiques • de Londres, et vous y trouverez plusieurs exemples de semblables guérisons; vous y lirez entre autres , qu’un homme de Boulogne, sourd d’une oreille , fut guéri de cette infirmité par le seul fluide électrique ; lisez les Mémoires de l’académie de Stockolm et vous y trouverez de pareils exemples : en voici un par lequel je terminerai cet article , non qu’il soit plus frappant qu’aucun autre. Il l’est moins, au contraire ; mais il mérite de trouver ici sa place.
- Neuvième Une jeune fille, demié sourde depuis six
- bservation. „ . .
- ans, tut électnsee. Elle reçut le soir trois , à quatre secousses aux oreilles ( ce furent selon toute apparence des commotions ) , et dès le lendemain, il sortit de la gauche quantité de matière mêlée de sang , avec beaucoup de cérumen. L’oreille droite se trouva pleine d’une matière jaunâtre , molle et presque coulante , quoique la veille, l’une et l’autre oreille fussent remplies d’une matière dure et rénittente.
- Je vois ici , dans l’oreille gauche , un abcès amené à son dernier état de maturation par quelques commotions électriques ; et -dans l’autre oreille, une congestion huma-
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- Ç ALE.
- a99
- raie dissoute et presque coulante . dont la fluidité et l’écoulement furent précipités par le même moyen. En combien de tems cette fille fut-elle guérie ? L’auteur n’en dit rien ; mais il ,est à présumer. par ce qu’on vient de lire, que l’opération ne traîna point en longueur ; ce qui arrive cependant quelquefois. C’est cè qu'on remarque dans les Actes de Leipsick , dans lesquels il est fait mention d’une surdité guérie par une électrisation continuée pendant sept mois. Le terme est long; mais le succès de l’opération dédommage bien de sa lenteur, et nous prouve qu’on ne doit point sè rebuter de ce genre de traitement , tant que l’on eonserve l’espoir de la guérison, et que l'on n’a aucune raison bien fondée de son impossibilité.
- De VImpuissance.
- Vimpuissance est une maladie de l’h omme rangée dans le second ordre de celles de cette classe. Sa correspondante chez la femme se nomme stérilité. Celle - ci n’appartient cependant point à cette classe ; mais son effet ultérieur étant le même, et n’ayant rien ici à faire observer par rapport à l’homme,
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- 3oO D n’El ECT'EIfflTÉ j’ai cru pouvoir >y faire figur&r te femme," qui trouve souvent dans l'Electricité un moyen de'faire cesser Un état qui la chagrine et l’afflige souvent. ’ : !•’!
- De . la Stérilité. ;
- La stérilité chez te femme dépend quelquefois de quelques défauts de.coiiformation desquels il en est très - peu qui soient sus1-ceptibles d’être réparés; plus souvent de' quelques causes" accidentelles qu’il est, toujours possible de combattre et de détruire. Parmi ces dernières , 1a plus fréquente est le défaut ou l’extrême irrégularité d’une opération sexuelle , dont j’aurai occasion de parler ailleurs, lorsque je .traiterai des maladies de te neuvième classe ; mais la considérant ici dans l’effet qui en résulte, relativement à la propagation de l’espèce, elle doit naturellement trouver place dans cet article.
- Or combien de femmes gémissent secrètement de se voir hors d’état de donner un héritier à leur maison, et font depuis long-tems d’inutiles efforts pour se procurer cette satisfaction ? Combien, après avoir épuisé toutes les ressources de l’art, se confient mal-
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- • îvi ii-D’I c A t E. Soi
- heureusement enfin à quelques charlatans, dont les secrets*,'presque toujours dangereux, altèrent leurrante et leur occasionnent souvent; dés ihalâdiés plus ou moins fâcheuses. Que ne :puis-jé leur oflrif à foutes, et avec la même' confiance-, tin .moyen qui réussit on ne peut mieux, lorsqu’il n’y a à combattre' chez elles qUÇ* la cause indiquée ci-dessus.
- •Le silence ! que gardent â-;cet égard-les électriciens qui ni’enl devancé, me fait présumer qn'ils; tfont point1 eônSidéré la cdn-1 nexioo intimeg je dirais même nécessairey qui se trouve1 entre le rétablissement dès règles d'uné'femme, jusques-là stérile/et la; faculté cju’fllle acquiert de. devenir! mère.' C’est ce' que je; ne puis cependant attester que d’après mes propre» observations; mais elles sont assez nombreuses pernr en assurer
- la certitude. ............” 1
- •; Faut® d'avoir pu retrouver des papiers sur lesquels j’avois pris des notes de six à sept observations de ce genre ,.:que j’avois faites: à Paris, et que je craindi o'is de mal exposer de mémoire,1 je me borné1 »ux trois suivantes -fait®» à -Bourges, et qui ne sont pas1 moins certaines f elles seront 'pins que suffisantes,' 1-j - a . . -
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- 3o* de l'Electricité Prmiire Dans un voyage que je, fis à: Bourges en Aaimtlon, 177S., j'y trouvai une jeune femme , mariée.-depuis cinq ans, avec le plus, grand désir’, jàjouterai même le, plus grand intérêt; d’ae voir des enfaqs; or quel étaitd’obstacle qui; s’opposoit à l'accomplissement de ses vœux? Le voici. .
- Elle était très-mal réglée ,; quoiqu’elle le, fût- assez régulièrement ; mais l’éruption de 'ses règles étoit comme une espèce d'enfante* ment pour elle. Elle, étoit devancée par de
- violentes coliques , souvent accompagnées; de fièvre, toujours d’un pouls très-irrégulier et très-dur , seloti le rappdrt:.du médecin qui la voyoit ordinairement Lorsque! les règles commençoient à parpitre, le pouls -serétablissoitjmids les coliquesisubsistoient,-Souvent l’écoulement s’arrêtoit dans le cours-de la journée; alors redoublement dè coliques , nouvelle, irrégularité et dureté du pouls jusqu’à; ce que l’écoulement; toujours! trop ,modéré, - eût .repris son-,Cours; ’ G’étoit un. état très-douloureux qui subsistait trois et même quatre jours, depuis, quatre à cinq., mois; il s’était prolongé jusqu’au cinquième., -:ïel étoit son état, lorsque je.me chargeai; de l’électriser, et il y avoit déjà quinze jours;
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- Médicale. 3o3
- qu’elle en avoit éprouvé la dernière crise.
- Je l’électrisai par bains et. par simple ex-hauslion, en promenant une pointe de métal non isolée sur toute l’étendue de la région hypogastrique.
- A la première époque de ses règles,, qui s’annoncèrent dix jours après, les coliques furent bien moins vives, point de fièvre, le pouls moins irrégulier, moins dur, à ce que m’assura le médecin, et l’écoulement plus abondant , sans l’être cependant autant qu’on l’auroit désiré ; mais point d’interruption dans sa marche, qui subsista trois jours seu- ' lement, pendant lesquels je ne cessai point de l’électriser. Je continuai la même opération pendant près de trois semaines, au bout desquelles parut une nouvelle éruption , plus facile encore que la précédente, un peu plus abondante* et qui ne fut accompagnée que de coliques très-modérées. Je retournai alors à Paris, où mes alfaires m’appeloient, et, quelques mois après, j'appris qu’elle éi oit enceinte. Elle s’est toujours bien portée depuis , et elle a eu plusieurs enfans.
- Une autre femme, bien aussi jeune, était Steonle dans le même cas, avec cette différence que depuis huit à neuf ans elle n’étoit réglée que
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- 364 de L'ExtcïmCMt de loin en loin, si l’on peut donner le nom de règles à deux à trois gouttes de sang qui paroissoientirrégulièrement, et étoient quelquefois trois mois sans paroître. Elle se por-toit assez bien d’ailleurs, à quelques maux de fête près, auxquels elle étoit sujette ; elle rîàvbit jamais été mieux réglée, qu’une seule fois à l’âge de douze ans, époque de la première éruption de ses règles , et depuis elle avoit toujours été dans l’état dont je viens de parler. Son médecin lui avoit inutilement administré tous les remèdes qu’il avoit jugés convenables , jusqu’à l’âge de dix-huit ans auquel elle s’étoit mariée ; il y en avoit déjà plus de quatre qu’elle étoit femme, sans aucune espérance de postérité.
- Conférant avec elle sur sa situation , je l’engageai à se faire électriser., et bien persuadé qu’il ne pourroit lui arrivée aucun accident , je lui promis que je parvieudrois, selon toutes les apparences, à rétablir chez elle une 'fonction dont je regardois l’absence comme la cause de sa stérilité actuelle, et que je la guérirois de ces maux de fête incommodes qui la tourmentoient souvent. Elle se rendit à mon avis, et je l’électrisai, comme la précédente, par bains et par exhaustion.
- Il
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- Médicale.’ 3o5
- II y avoit déjà plus de deux mois que je la traitois, sans qu’il parût le moindre changement à-son état. Nous commencions l’un et l’autre à désespérer du succès ; cependant je crus Revoir l’engager à continuer le traitement , et il fut continué. Avant la fin du troisième mois t elle commença par éprouver un certain état de mal-aise qui fut accompagné de douleurs dans la région des lombes, à la suite desquelles ses règles parurent : c'étoit précisément l’époque à laquelle elle en voyoit de 'loin en loin une espèce de simulacre. Cette fois, sans être fort abondantes, elles furent très-copieuses, à proportion de ce qu’elles étoient précédemment. Je continuai à l’électriser encore pendant deux mois, et c’en fut assez pour qu’elle fût passablement bien réglée, et sans le moindre accident. Six mois après, elle devint enceinte, et depuis elle a fait plusieurs enfans.
- Vers la fin de vendémiaire an 7, on Troisür m’amena une femme âgée de trente-sept à /lb’UY’llu trente-huit ans, mariée depuis plus de huit, et qui n’avoit encore point eu d’enfans.
- Depuis long-tems travaillée d’obstructions , qu’elle avoit d’abord négligées ; elles s’étoient
- Y
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- 3o6 D E Ï.'E tECTRICITÉ prodigieusement accrues depuis trois ans ; très-grosses et très-dures, elles formoient comme une espèce de chapelet dans la partie latérale gauche de la région hypogastrique. On lui avait déjà inutilement prodigué tous les remèdes qu’on avoit crus capables de les résoudre, et l’on pensa que l’Electricité pour* roit lui rendre ce bon office. Je ne parle pas des accidens qu’elle avoit éprouvés en différent tems, ni, des moyens dont on avoit fait usage pour y remédier ; tout ce qui concerne cette maladie, dont je ne parle que par occasion , est étranger à l’observation dont il est ici question; jè dirai seulement qu’elle étoit on ne peut plus mal réglée, et qu’aux époques de cette évacuation , il étoit rare qu’elle n’éprouvât pas quélqu’accideut particulier.
- Je ne fus point de l’avis de ceux qui me la présentèrent; je ne crus point que, dans l’état auquel elles étoient parvenues, le fluide électrique pût fondre de pareilles obstructions ; mais je ne doutai pas qu’il ne pût s’opposer à leurs progrès, et qu'il n’améliorât l’état de la malade. J’imaginai plus : j’imaginai qu’il pourrait ramener à l’ordre une opération sexuelle fort dérangée chez elle,
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- 3o,7
- Médicale, et qu’elle deviendroit susceptible de concevoir, C'étoitson désir, le plus ardent, et elle préférait même cet avantage à sa guérison : ce fut le principal motif qui me détermina à l’électriser.
- Je l'électrisai donc , et de la même manière que les précédentes. Dès la première époque à laquelle ses règles s'annoncèrent , elles furent très-abondantes, et elles ne lui occasionnèrent aucun accident. Je continuai le traitementet elle éprouva la même chose le mois suivant. Pendant celui-ci,sans paraître moins dures, ses obstructions semblèrent avoir diminué de grosseur, et avoir, en quelque façon, changé de place. Cet événement j:anima mon zèlej mais-ce, fut pour peu de tems: les choses Revinrent dans leur premier état dès lé commencement du troisième mois. La femme se rebuta de l’assiduité du remède et de la course qu’il lui faisoit faire tous les matins, dans un tems aussi désagréable que celui auquel nous nous trouvions alors. Elle cessa donc le traitement, et peu de tems après, elle devint grosse. L’accouchement qui s’ensuivit ne fut point sans inconvénient ; il fut très-difficile, c’est bien ce que je craignois de son état j ce ne fut ce-
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- 3o8 DE L’EtECTHICITÈ pendant pas lui qui en fut cause, mais la grosseur de la tête de l’enfant , qui étoit énorme. Néanmoins il vint à bien , et il vit encore , ainsi que la mère qui conserve son incommodité, sans en être cependant aussi tourmentée qu’elle l'étoit avant qu'elle fut électrisée.
- De la Mutité.
- liée a« La mutité est une impuissance dé parler; üüté. 1 ou de prononcer des paroles. Les sourds de naissance sont accidentellement dans ce cas; car s’il étoit possible de les faire entendre, on parviendroit à les faire parler.
- Adventice, cette infirmité peut dépendre de différentes causes que les remèdes les mieux appropriés à l’état du malade ne pan-viennent pas toujours à combattre avec succès.
- De toutes celles qui peuvent produire cet accidentée ne parlerai que de la paralysie, la seule sur laquelle j’aie une observation curieuse et authentique à communiquer ; je la tiens de l’auteur de la cure, le citoyen * Moyne de Viliarsy, que j’ai déjà cité plus d’un* fois.
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- médicale. 3oç
- Une fille, âgée de vingt-deux ans, me . Oïsen*-marque-t-il, étoit muette à l’occasion d'une paralysie de la luette , du fond du palais et des muscles de la langue. Je l’électrisai et elle fut guérie.
- Pour porter immédiatement le fluide électrique sur les parties- qui réclamoient son secours, j’ai fait passer, ajoute-t-il, un conducteur terminé par une petite boule à travers un tube de verre. C’est précisément celui qui est gravé (Plan. IV, fig. 9 ), avec cette différence que celui-ci se termine par une espèce d’olive alongée, qui produit le même eifet que la boule, et qui me paroît plus commode en différentes circonstances dans lesquelles on peut en faire usage.
- Par le moyen de cet appareil, dit le citoyen Villarsy, j’ai électrisé, bouche béante, la luette et tous les muscles circonvoisins.
- J’ai opéré quinze jours sans apparence de succès ; mais le matin du seizième, la malade , en entrant chez moi, souhaita le bonjour à mes domestiques, ce qui les étonna fort ; et il ajoute plaisamment ensuite que, depuis ce tems, elle a tant babillé, tant babillé, qu’il craint bien lui avoir donné le remède à trop forte dose.
- Y 3
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- 3io de l'Electricité
- Il me marqué encore qu’il a continué à l’électriser pendant quatre mois, et il Ajoute qu’elle lui avoit écrit, un an Après, qu’elle étoit en très-bonne santé, et jouissant de son droit de loquacité.
- Il observe enfin qu’avant ce traitement, outre la paralysie dont elle étoit affectée, elle avoit des tiraillèmens de nerfs, des espèces de défaillances, Une santé très- foi-ble et qu’elle étoit mal réglée ; que, depuis ce traitement, tous ces accidens étoient disparus , et que sa santé s’étoit on ne peut mieux rétablie.
- Il suit de cette observation, et je le dis hardiment, que l’Electricité a été plus favorable à cette jeune personne, que n’eussent pu l’être les remèdes que l’on emploie ordinairement dans ce genre de maladies, en supposant même qu’ils eussent pu la guérir de cette infirmité j car l’expérience nous a malheureusement appris que les diastriques, les émétiques ,'les siaktgogues , qu'on administre dans cette occasion, ne produisent que bien rarement lé bon effet qu’onen attend. Ce qu’il y a de certain encore, c’est que, dans la supposition la plus favorable à ces sortes de remèdes , ils n’ëussent pas produit fous
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- Médicale. Sii
- les bons effets dont il vient d’être question.
- Quoi qu’il en soit, je persiste à croire que l’Electricité est plus favorable ici que tout autre moyen ; et, sans avoir encore trouvé l'occasion d'en faire l’épreuve, je suis persuadé qtfelle réussirait également bien dans cette espèce de mutité passagère qui pro-vient.de la contraction, ou de la convulsion des organes de la voix, accident assez fréquent chez les femmes histériques, espèce de mutité que l’on connoît sous le nom de mutité spasmodique histérique ; mais ne nous écartons point du plan que nous avous constamment suivi jusqu’à présent; n’attestons rien que nous ne soyons en état de le constater par des faits certains et authentiques.
- De la Paralysie.
- J'insisterai davantage sur cette maladie que sur toute antre, parce que c’est la première contre laquelle on a imaginé que le fluide électrique pourrait être avantageusement administré comme moyen curatif, puisque ce fluide a la faculté d’accélérer le mouvement des fluides dans le système capillaire et de donner du ton aux fibres animales. J’indi-
- V 4
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- 3i* de l’Electricité *
- querai les premiers essais qui en furent faits et avec des succès assez brillans pour accréditer ce moyen, même avant que l’on connût la meilleure méthode d’en faire usage en différentes circonstances ; je parcourerai les diverses applications qui en ont été faites successivement, et l’on verra que c’est de tous les moyens connus jusqu’à présent, celui qui réussit le mieux et le plus fréquemment.
- Cette maladie consiste dans la perte ou la diminution du mouvement et du sentiment d’une ou de plusieurs parties du corps, ou seulement dans la perte de la première de ces facultés. Dans le premier cas, la paralysie est complète j dans le second, elle est incomplète.
- Elle peut affecter tout, le corps et c’est alors une véritable apoplexie ; c’est une paraplexie, lorsque, la tête étant libre , la maladie s’étend à toutes les autres parties du corps; c’est une hémiplégie, si elle n’en attaque qu’une moitié ; c’est une simple paralysie y ou une paralysie partielle, lorsqu’elle se borne à une seule* partie.
- ‘De quelqu’espèce qu’elle soit, cette maladie est rarement une maladie primitive $ elle çst presque toujours accidentelle, ou la
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- médicale. 3i3
- suite de quelqu’autre maladie, ou l'effet de quelque virus renfermé dans les routes de la circulation, tels que le virus scorbutique, le virus syphilique, etc.
- De là , le premier soin du médecin appelé auprès d’un malade affecté de cette maladie, doit donc être de s’assurer de son principe , de la cause qu’il doit nécessairement attaquer , sans négliger cependant les moyens qui peuvent diminuer la gravité de ses effets , des accidens auxquels elle peut avoir donné lieu. Il y a donc presque toujours ici deux indications à remplir, celle que présente la cause de la maladie et celle qui résulte de ses effets, ou de l’état actuel du malade ; on peut donc dire que le traitement de cette maladie est un traitement compliqué qui exige une grande connoissance de l’art, dont le physicien peut heureusement se passer ici , parce que l’Electricité peut remplir également bien ces deux fonctions , dans les circonstances cependant où le fluide électrique peut attaquer en même-tems et la cause de la maladie et les accidens qui l’accompagnent ; car il en est quelques-unes auxquelles ce moyen devient inutile , ainsi que de Sauvages nous l’a fait ob-
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- 3i4 de l’Electtucité server, en bous indiquant les diverses espèces de ce genre de maladies.
- t Ci,l!!Sns ^ans l’espèce de paralysie, qu’il désigne lesquelles souslenom de paralysie rheumatique, parce peut être qu’elle est la suite d'un rhumatisme, le ma-ïmt*adrâi- lade reçoit, dit-il, du soulagement des eaux sori’sdema- sulfureusâs > mais.sur - tout du laitage et hâtes. de l'électrisation, ainsi qu’il l’a souvent observé, ut strpiùs expertus sum : ce sont ses propres expressions.
- Celle que üehaën appelle screphulejuse et qui est extrêmement rare, dit de Sauvages , se guérit parles atténuons, les cha-libés, Xantimoine en poudre, etc. et très-bien encore, par le Jluide électrique, auquel on associe des méditamens convenables à la cause de la maladie.
- Il ne dit Tien ni pour ni contre \'Electricité dans les paralysies qu’on appelle pléthoriques, rachiargiqix'sjcbriles, bilieuses, et tout me porte à croire que c’est précisément le défaut d’expériences sur ces sortes de paralysies, qui lui fait garder le silence à leur égard ; car le fluide électrique est on ne peut mieux indiqué dans quelques - unes d’entre elles , sur - tout dans celle qu’on appelle rachiargique, familière aux artisans
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- Médicale. 3i'.Î
- qui respirent les vapeurs arsenicales de dif-férens minéraux, à ceux qui- employerrt le mercure en évaporation, tels que les doreurs sur métaux, les barométriers, etc. etc.
- Rien ne s’oppose donc ici, ni dans les autres espèces de paralysies indiquées ci-dessus., à ce qu’on ait recours à l’Electricité , ayant soin néanmoins d’associer au fluide électrique des médicamens intérieurs convenables eu pareilles circonstances.
- Je ne dirai pas la même chose des deux paralysies suivantes, celle que de Sauvages appelle traumatique, ni de celle queDehaën nomme scorbutique j la première occasionnée par une plaie , un ulcère, un coup de feu , accidens suivis de la destruction des nerfs qui font mouvoir la partie; la seconde produite par un virus scorbutique. Ni l’une ni l'autre, dit expressément de Saurages , ne sont guérissables par l’électrisation ; la première est même absolument incurable par quelque moyen que ce soit : on conçoit en effet que. le remède le plus efficace ne peut donner de l’action, du jeu à une partie détruite.
- 11 y a aussi diverses espèces d’hémiplégies qui se refusent au traitement électrique,
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- Si6 DE l'ÉlSCTKICITf qui ne peuvent être guéries par ce moyeu; C’est ce que de Sauvages nous apprend encore en nous indiquant celles qui codent assez facilement à cette espèce de traitement.
- L’hémiplégie syphilitique, suite malheureuse d’un virus vénérien, on la soulage, ' dit-il, par le lait et les substances oléagineuses ; mais on la guérit par l’F.lectricité, pourvu qu’on y aitrecoursassez promptement D’après l’expérience que j’ai eu occasion de faire plus d’une fois, je croirais que le laitage, recommandé par de Sauvages et les substances oléagineuses, ne doivent être regardées ici que comme adoucissons, et qu’il est important de joindre au traitement électrique des remèdes antisyphilitiques -, c’est ce qui m’a très-bien réussi et plus d’une fois à Paris : je n’ai point eu occasion depuis d’en faire de nouvelles expériences.
- Il n’en est pas de l’hémiplégie scorbutique , comme de la paralysie partielle qui procède du mêmê vice. (Celle-là, dit de Sauvages, se guérit par des électrisations réitérées ; celle - ci, non ).
- Vhémiplégie arthritique, qui vient à la suite de la goutte, trouve le même avantage
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- dans le même remède. Deha'èn rapporte qu’un malade en a été guéri au bout de deux mois d’électrisation. Bimestri spatio ad machinant electricam sanitati restitutus estœger : ce sont ses propres expressions, et de Sauvages ajoute qu’ou peut rapporter à cettë espèce d’hémiplégie, celle qui est occasionnée par un rhumatisme. Celle-ci, dit-il, se guérit très-bien par l’Electricité, et j’en ai-fait plusieurs fois l’épreuve.
- Celle que notre savant auteur appelle éxan-thématique, causée par la répression ou la suppression de la gale, des acho res et autres efflorescences cutanées est dans le même cas. Elle se guérit également bien par l’Electricité , et non - seulement le fluide électrique la guérit ; mais il procure en même - teins l’éruption des achores. Electrisatio non so-lùm hemiplegiam sanavit, sed etiam acho-Tes restituit.
- Celle qui suit une attàque d’apoplexie ne cède pas toujours à ce remède. Aliquoties hic successif, dit ce savant médecin. Je le préférerois néanmoins, ajoute-t-il, aux eaux de Balarue et même à toute autre espèce d’eaux minérales, qui sont le remède banal auquel on a recours dans cette circonstance.
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- 3i8 de l'Electricité
- Dans le cas, dit-il ailleurs, où l’hémiplégie est de l’espèce de celles que Bonnet désigne sous le nom de séreuses , et que l'on croit occasionnées par une surabondance de sérosité dans le cerveau, il ne faut pas se lasser de recourir à l'Electricité ; si elle ne produit ordinairement aucun effet sur cette maladie lorsqu’elle est récente, elle lui est avantageuse lorsqu'elle est invétérie.Recenti morbo nihil, invèterato aiiquid boni prces-tant eleçtrisationes repetitœ.
- Dans ce cas, comme dans tous les autres, il convient de commencer le traitement par des remèdes généraux , les émétiques, les cathartiques, auxquels on joint des tisanes diurétiques, sudorifiques, les vésicatoires, les douches , une diète sèche, les ner-vins, etc, : ce sont les remèdes dont on fait ordinairement usage.
- Si, solitairement pris , il est rare qu’ils réussisssent , réunis à l’Electricité ils auront beaucoup plus d’activité, et il est à espérer qu’ils réussiront ; c’est ce que J’expérience a confirmé plus d’une fois, et ce n’est qu’elle seule qui puisse nous apprendre ce que nous pouvons attendre d’avantageux dans toutes ces circonstances.
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- Si plusieurs physiciens Anglois se plaignent de n’avoir point réussi dans le traitement de ces sortes de maladies, celà vient évidemment de la méthode trop douce qu’ils y ont employée. Je vois, en effet, par le récit qu’ils font de leurs travaux en ce genre, qu’ilssé sont bornés à une simple électrisation de six minutes au plus par'jour, et qu’ils ne tiroient de leurs malades que de foibles étincelles ; or, je le demande, comment auroient-ils pu se promettre de ranimer lé genre nerveux par un moyen aussi peu actif?
- Je n’approuve cependant pas une méthode trop Forte, de, trop vives secousses, de fortes commotions trop souvent réitérées. Quoique ce moyen ait on ne peut mieux réussi entré les mains de Jallabert à Genève, de Dehaën à Vienne , et de plusieurs autres célèbres électriciens, je doute fort qu’il soit sans inconvénient pour le plus grand nombre des paralytiques que l?on traiteront de cette manière. Il faut, j’en conviens, que le remède soit actif , et plus encore dans le cas d’une paralysie complète, mais toujours proportionné aux besoins du sujet ; et toutes les fois qü’il sera possible d’obtenir la guérison par des moyehs modérés , il seroit imprudent,
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- 32ô t)E l*Electriciïé ou au moins fort inutile, d’en employer de plus violens, qui ne serviraient qu’à tourmenter le malade.
- Les faits suivans nous feront connoître les divers modes d’Electricité convenables aux différentes circonstances qui vont se présenter. Je ne suivrai point ici la distinction que de Sauvages semble établir entre la paralysie et l'hémiplégie \ quelque bien "fondée qu’elle puisse être /le même traitement convenant également bien à l’une et à l'autre $ je n’aurois aucune raison d’en faire deux articles à part : je les réunirai dbhc dans le même article, à la tête duquel je placerai l'hémiplégique de Genève, traité par J alla ber t , et dont la guérison fut complète , parce que c’est la première güérison de cette espèce, qui ait attiré l’attention des méde-. çins et des physiciens sur cette manière de traiter les paralysies.
- Première Vers k fi*1 du mois de juin 1733, un ser-observation. rurjer # nommé ISogues, d’une cômplexion assez délicate, ayant été jeté à la renverse par un coup porté à faux sur son enclume, demeura sans connoissance et sans mouvement.
- Le médecin, Cramer père, et le chirurgien
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- gien Laurent, vinrent promptement à son .secours, et lui administrèrent inutilement les remèdes les plus puissans, usités en pareilles circonstances. Les vésicatoires, les ventouses scarifiées ne firent pas plus d’effet. La con-noissance ne lui revint que quelques jours après; encore resta-t-il muet, paralytique du côté droit, et privé de tout sentiment du même côté.
- On lui fit prendre, pendant deux années consécutives, les bains d’Aix en Savoie qui, dès la première année, lui rendirent l'usage delà parole, avec le sentiment de la cuisse et de la jambe sur laquelle il commença à se soutenir. L’année suivante , il en obtint encore quelques bons effets, fis diminuèrent la difficulté qu’il avoit à marcher, et. ils lui ' procurèrent la faculté de lever le bras, qui étoit fort atrophié ; mais il lui étoit impossible de lever l’avant-bras. Il faisoit quelques légers mouvemens des doigts médius et annulaire ; mais il ne pouvoit remuer le pouce, l’index, ni l'auriculaire.
- Son poignet étoit fléchi vers le côté interne des os de l'avant-bras, et les trois doigts inamovibles , collés les uns aux autres, étoiefit fléchis vers la paume de la main. La jambe du
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- 322 DE l'ELEC.TKICITE même côté n’étoit guères en meilleur état} il boitoit et ne se traînoit qu’à l’aide d’un: bâton.
- Tout remède lui étoit alors inutile. On lui conseilla de se faire électriser. Il se présenta chez le professeur Jallabert, vers la fin de décembre 1747, quatorze ans et demi depuis son accident.
- Ce savant physicien se chargea volontiers de ce traitement ; mais il voulut en avoir pour témoin un homme de l’art, et ce fut un chirurgien nommé Guyot, qui se fit un plaisir de le suivre.
- Jallabert commença par lui faire éprouver des commotions, qui ne produisirent point d’abord sur lui le même effet qu’elles produisent sur des personnes qui se portent bien. C’est ce qu’on observe assez communément sur les paralytiques. Il faut que le fluide électrique les ait pénétrés plusieurs fois avant qu’ils deviennent sensibles à son impression ; mais ne perdons point de vue la marche de cette admirable opération.
- Jallabert commença donc par donner des commotions à son malade , en appliquant d’abord sa main paralysée sur la surface extérieure d’un vaisseau de verre chargé
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- tPElectricité, et lui faisant tirer l’étincelle de l’autre main.
- Au lieu des secousses ordinaires qu’on éprouve dans ces circonstances , Nogues ne ressentit qu’un coup violent à l’épaule droite, suivi de quelques picotemens dans toute la longueur du bras. La secousse s’élen-dit plus loin, lorsque Jdllabert eut fait changer de direction au fluide électrique, lorsqu’il eut fait toucher la surface extérieure de la bouteille, par la main saine de son malade , et tirer l’étincelle par sa main paralysée ; tout son bras gauche et sa poitrine en furent affectés.
- Ce premier essai fait, notre savant physicien crut devoir électriser son paralytique par bains et par étincelles, celles-ci tirées des parties paralysées. En procédant de cette manière , il observa qu'il en tiroit de très-vives des muscles qui recouvroient les os de son avant-bras , et qu’elles étoient constamment suivies de mouvemens convulsifs très-pressés dans ces muscles , ainsi que de mouvemens involontaires dans le poignet et les doigts, effets qu'elles produisent toujours sur quelque sujet qu’on opère , avec cette seule différence que celui qui est sain , éprouve eu X 2
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- 324 de i/Electricitê même-tems le sentiment douloureux qui les accompagne, ce que Nogues n’éprouvoit point.
- Elles furent ne'anmoins suivies d’un effet assez, sensible ; elles déterminèrent un certain degré de chaleur que le malade sentit,pendant la nuit, dans le bras et à diverses reprises. Il y éprouva aussi des picotemens assez forts pour troubler son sommeil.
- Les jours suivans, depuis le 27 jusqu’au 3i, Jallabert s’occupa, pendant une heure.et demie chaque jour, à secouer parliculière-. ment les muscles radial et cubital externes, Xextenseur commun des doigts, Xextenseur proprede l’index , ainsi que l'extenseur et le longjléchisseur du pouce. Outre cela, il lui fit éprouver trois à quatre commotions chaque jour, et c’en fut assez pour annoncer un succès qui l’encouragea à continuer le traitement. L’avant-bras parut sensiblement moins livide , et le carpe cornmençoit à s’étendre.
- Dès le 3 janvier 1748 , le sentiment commença à renaître dans l’avant-bras et dans la main; le malade sentoil l’ardeur du feu au - dessus duquel on le frottoit ( c’est une opération qu’il ne faut jamais négliger dans
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- «ses sortes dé maladies : il faut avoir soin de frictionner souvent, avec des linges chauds, les parties paralysées, ce frottement stimule la circulation).Revenons à notre paralytique.
- Il sentoit aussi, mais légèrement, les pi-quures excitées par les étincelles qu’on tiroit de ces parties. On fut si satisfait de ce changement, survenu en si peu detems dansl’état du malade , que le chirurgien , qui suivoit exactement le traitement , crut devoir en faire un rapport particulier. Ce rapport, daté du io janvier, renfermoit quinze jours d’électrisation.
- « J’atteste, y est-il dit ,.que l’avant-bras 3? paralytique a repris beaucoup d’embon-» point; que le malade étend mieux les doigts » médius et annuitaire et qu’il étend aussi le » carpe et le pouce. »
- On continua le traitement jusqu’au 24 du même mois,et les progrès de la guérison fournirent, matière à un second rapport date de ce jour , dans lequel le chirurgien atteste encore , « que le carpe et tous les doigts, à » l’exception du pouce , s’étendoient par-» faitement. Ce dernier cependant, ajoute-Jj t-il, a beaucoup gagné pour les mouvemens 5> à!adduction et à'abduction , aussi bien
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- 326 DE t’E LE CT R JC TT É x que pour ceux de flexion. La dernière . x phalange clé l’index, ainsi que le pouce, » ne peuvent encore s’étendre parfaitement: » les mouvemens du bras et de l’avant-» bras se font mieux, et le malade approche 5) la .main de son chapeau. »
- Ce second rapport fut suivi d’un troisième qui renferme un laps de tems plu* considérable : il est du 12 février.
- « Le bras , dit le chirurgien , qui , dix » jours auparavant , étoit fort maigre et » flétri jusqu’à l’épaule , a repris beaucoup » d’embonpoint ; les muscles ont grossi et » sont plus fermes : tous ceux "de l’avant -» bras et de la main ont 'aussi-grossi;
- » Le doigt index s’étend de toute; sa lon-x gueur , le pouce s’étend mieux, non cepen-» dant encore parfaitement (lemalade peut x ôter son chapeau et le remettre : il em-» poigne et balance une chaise düpôids de » près de quatre kilogrammes (81iv. ) et il x enlève de terre le même poids. »
- Le 2) du même mois /le chirurgien fit un quatrième rapport et ce fut le dernier. Aussi annonçoit-il une guérison fort avancée.
- Il y dit que l’embonpoint du bras àvoit fort augmenté ; que ses mduvemèiiè .ceux
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- de l’avant-bras, du carpe et des doigts se faisoient avec plus de facilité et de force. J’ai « vu , ajoute-t-il, le malade empoigner une » boule d’environ i3 centim. 53do ( 5 pouc. ) 3> de diamètre,la jeter,en étendant le carpe,à » plusieurs pas de distance. Je l’ai vu , con-» tinue-t-il, empoigner une corde à laquelle » on avoit attaché transversalement un bâ-» ton et enlever un poids de près de cinq 3) kilogr. (10 livres ). Je l’ai vu enfin empoi-» gner un bâton fort gros et une balle de » fer ; lever l’un et l’autre , en les tenant » par le bout , et faire , en les tenant ainsi, » les mouvement de pronation et de su-» pination. » •
- A .cette-époque et dans cet état de guérison, Jallabert fut contrarié dans son travail par un vent de nord qui avoit amené beaucoup de neige et il fut contraint de suspendre le traitement. Son malade vint le revoir le 12 mars suivant et notre savant physicien vit, avec la plus grande satisfaction, que la cessation: du remède n’av.oit rien diminué du bon état dans lequel il l'avoit laissé ; il conservoit la faculté qu’il avoit acquise de mouvoir le bras et la main en diflérens sens : il manioit même un marteau du poids de près de deux
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- 328 de l’Electricité kilogrammes, ( 4 livres ), s’en servoit plus facilement qu’il n’avoit encore fait depuis le traitement et en frappoit des coups assez forts.
- Là se termine la narration de JaHabert, dont on lira, sans doute avec plaisir, le détail dans son ouvrage intitulé : Expériences sur VElectricité, etc.
- Abandonnée s la nature , la guérison de Nogues fît encore de nouveaux progrès* X$n-prince étranger , qui suivoit un de mes cours à Paris en 1769, m’assüra, lorsqu'il fut question de l’Electricité administrée comme moyen curatif, que, dans un voyage qu’il avoit fait* à Genève, il y avoir environ dix-huit ans , ori iui avoit beaucoup parlé de cette guérison, et qu’il avoit eu la curiosité d’aller voir Nogues, qü’il âvelt trouvé forgeant dans sa boutique. ' *
- Cette guérison , publiée par Jalldbert, éveilla l’émulation et eXeifia le zèle de plusieurs physiciens et de quelques médecins,qui s’empressèrent de mettre en pratiqueiemême moyen , qui leur réussit également bien. lie Sauvages qui étoiten relation avec Jallabert;> en eut comioissance avant eux et il les devança
- dans cette nouvelle carrière.; -
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- Au commencement de décembre 1748, il administra l'Electricité à un paralytique , dont le bras atrophié pendoit sans mouvement et dont l’une des jambes , sur la. quelle il ne pouvoit s’appuyer, traînoit très-visiblement.
- Dans le courant du même mois , dit ce célèbre médecin, de simples électrisations lui avoient tellement bien réussi, que le bras avoit déjà repris ses mouvemens ; sa maigreur étoit de beaucoup diminuée, et il com-mençoit à. marcher. Tout annonçoit alors une guérison prochaine. Eut-elle complètement sdh effet ? C’est cë que nous pouvons raisonnablement soupçonner ; mais ce que l’auteur Bous laisse ignorer pour s’être trop hâté de nous faire part de ses premiers succès en cé genre.
- Je lûi'rejjïOcherâi lâ même faute dans une Troisième lettré très-intéressante qu’il écrivit, le aS janvier de l'année suivante , au médecin Bruhier j à Paris. Il lui parle d’ün jeune hotiime de quinze ans nommé Antoine Picard, paralysé depuis l’âge de deuxans.
- A la suite ,' dit-il', de quinze électrisations, d’uUë’demi-heure, :5ùen,viron chaqueijoùr, il étoit en état de travailler et de gagner Sa ‘vie.
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- 33o DE l’Electricité Qvatrû'me II lui parle aussi , dans la même lettre,' " d’un septuagénaire, nommé St.-Jean, demeurant à l’hospice de Montpellier , en qualité d'incurable et hémiplégique, depuis vingt-deux ans. Dans le même espace de tems , ce malheureux avoit acquis la faculté de mouvoir son bras , précédemment pendant , de l’élever à la hauteur de son sein, de le pousser fort avant sous son autre bras ; ses doigts étoient devenus flexibles, le bras et la main avoient recouvré le sentiment qui en avoient si peu auparavant, dit de Sauvages , qu’on lui avoit cousu la peau avec la manche de sa chemise, sans qu’il s’en fût apperçu.
- Il eût été fort à desirer que ce savant médecin se fût moins pressé d’annoncer ces heureux succès; qu’il eût attendu la guérison complète de ces malades, ou s’il n’avoit pu la conduire jusques-là , qu’il ne;nous l’eût point laissé, ignorer , parce qu’il importe en médecine de connoître jusqu’où peut aller l’efficacité d’un remède , sur-tout lorsqu’l!,est nouveau et qu’il s’agit de l’accréditer, s’il le mérite.
- Quoi qu'il en soit, les brillans succès, de de Sauvages engagèrent plusieurs 'jeunes médecins, de la même, faculté à faire de
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- semblables tentatives , et , comme lui, ils eurent la satisfaction de réussir. En voici des preuves tirées d’une Thèse soutenue en cette célèbre école, en 1749 , par Des-hayes.
- On y lit qu’un porteur de chaises, appelé Cm Garoujffle , âgé de soixante-dix ans , étoit hémiplégique depuis dix , ne se traînoit qu’avec peine k l’aide d’un bâton , ne voyoit nullement de l’œil du côté affecté de paralysie et très-peu de l’autre. Il fut électrisé le 19 janvier 1749 , pendant l’espace d’une demi-heure. On se borna, dans cette séance , à lui tirer des étincelles des doigts et du plus.malade, de ses yeux ; la nuit du 3o au 3i, il sortit beaucoup d’eau de cet œil.
- Le 31, on ajouta une commotion au traitement , et la nuit suivante , les deux yeux rendirent de l’eau. A son réveil, il fut agréablement ^surpris de pouvoir lire de petits caractères, et. de voir que les doigts de sa main paralysée-, à l’exception du pouce et de l'index , ayoient recouvré le sentiment du toucher,. :
- Du premier au 4 février, il ne fut point électrisé, parce qu’ri étoit incommodé. Les nuits intermédiaires, il avoit ressenti des
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- 332 DE L'EtïCTBICIT # picotemens dans toute l’habitude de son côté paralysé.
- Le 4 février, on recommença à l’électriser de la même manière que le 3t janvier. Il sentit plus fortement la commotion qu’on lui donna. Sa vue et son corps se fortifièrent, et l’on continua le traitement. Du 6 au 7 du même mois, il sentit des mouvemens insolites dans la partie saine de son corps, et l’on suspendit l’électrisation depuis le 10 jusqu’au 19. Malgré cela cependant, la guérison alla toujours son train y de sorte que le 27, il n’avoit plus à se plaindre que de là débilité de son mauvais œil , qui n’étoit point encore parfaitement guéri. Finit-il pàg guérir entièrement ? LaThèse garde le mêmé silence que de Sauvages dans sa lettre ; mais elle nous fait part d’une autre : observation qui mérite d’être prise én considération. :
- Sixième Un nommé Samuel, domestique , étoit', observation. , . , 2 .
- depuis long-tems, attaque d hémiplégie du
- côté droit, .et en si piteux éfat , qu’il étoit obligé de garder le lit, ce qui ne l’eiripê-choit cependant pas de boire : c’étoit sa passion dominante.
- On commença par lui faire des fomentations aux pieds et aux genoux, avec de Ühuile
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- de laurier et de l’onguent d’Al té a : on. lui appliqua en même-tems des linges chauds; ce qui lui procura un peu de force, et le mit en état de venir se faire électriser.
- Il avoit la langue tellement embarrassée , qu’il bégayoit et avoit peine à se faire entendre ; son bras droit étoit pendant, son coude plié horizontalement et sa main for-moit, avec son bras, un angle presque droit; ses doigts étoient si roides et si courbés , qu’on ne pouvoit lui ouvrir la main. Ajoutez que le bras étoit extrêmement maigre et sans sentiment ; la jambe n’étoit pas en meilleur état.
- Il fut électrisé le 27 janvier, et dès le pre mier février , on s'apperçut de quelques succès. On lui fit subir quelques commotions, que l’auteur appelle partielles , parce qu’on les lui faisoit partager avec plusieurs personnes qu’on lui associoit dans la chaîne ; ce qui ne remplissoit nullement les vues de l’électricien , qui croyoit modérer par ce moyen, la force de ces commotions, et ignoi-roit que le fluide électrique, dont la bouteille est chargée, passe , en totalité , à travers le corps de chacune des personnes qui font partie de la chaîne, ainsi que je l’ai fait obser-
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- 334 DE i’Elkcthicitè ver dans la seconde Section de cet Ouvrage* Quoi qu’il en soit, ce traitement lui fut si avantageux , qu’on crut devoir le cesser le 14 mars suivant, et le malade, abandonné à lui-mcme, alla toujours de mieux en mieux, jusqu’au mois d'avril, pendant lequel il se permit de fréquentes, visites au cabaret, qui lui firent perdre la force qu’il avoit acquise sur ses jambes. Cependant sa main et son bras conservèrent la leur.
- En proposant l'Electricité comme moyen curatif de la paralysie, on ne lui reprochera pas, je l’espère, une rechûte occasionnée par l'imprudence, l’inconduite du malade. Cet accident peut cependant survenir, sans que le malade y ait donné lieu par sa faute. Dans ce cas, une nouvelle application du même remède lui rend le même service qu’elle lui a déjà rendu; c'est ce que j’ai eu occasion de remarquer plus d’une fois. Je passe à une autre observation.
- »bsSeptti™' ^ k su'te d’une Peur <lue lui avoit faite sa nourrice, Pierre Lajoux devint hémiplégique du côté droit, et une multitude de remèdes, qu’on lui administra jusqu’à l’âge de quinze ans, ne répondit nulieineut aux vœux de ses parens. Ils se décidèrent à le
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- M Ê D I C A L s. 335 Faire électriser, et on commença cette opération le 8 mars, par bains et par étincelles seulement. Il ne sentit l’impression de celles-ci que deux jours après; ce que j’ai déjà eu occasion de faire observer. Le lendemain 11 mars, on jugea à propos de lui faire snbir quelques commotions, qu’on regarda encore, et fort improprement, comme partielles, et dès le i3 du même mois, on s’apperçut des bons effets du remède, que l’on continua jusqu’au 23, jour auquel le malade se trouva 'guéri.
- On peut dire que cette guérison fut très-prompte; ce qui n’arrive pas ordinaire-ment.En voici cependant une beaucoup plus prompte. Aussi a-t-on soin de nous faire remarquer que la maladie ne datoit que de trois jours ; ce que je ne regarde pas comme le prognostic d’une prompte guérison, car j’ai souvent vu des paralysies très - invétérées guérir plus promptement que d’autres qui étoient fort récentes. Quoi qu’il en soit, voici le fait attesté par un savant aussi incapable de se laisser surprendre, que d’en imposer.
- Un homme devenu hémiplégique , sans qu'on indique à quelle occasion, et devenu
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- 336 de l’Electricité muet en même - tems, étoit dans cet état depuis trois jours. Achard, célèbre chimiste de Berlin, se chargea de l’électriser. Il le mit d'abord dans un bain électrique, dans lequel il ne resta qu’un quart-d’heure ; pendant ce tems, il lui tira beaucoup d’étincelles de la langue et lui fit ensuite éprouver plusieurs commotions sur son côté paralysé.
- De retour chez lui, le malade but un grand pot de bière et se coucha. Pendant la nuit il eut une sueur fort abondante et le lendemain il fut guéri.
- Veut-onune guérison plus prompteencore et aussi certaine que la précédente?La voici: mais le moyen n’est point aussi attrayant, ni à la disposition de l’homme.
- Nenyième On lit dans la gazette Salutaire ,- pour le observation. mo;s (J'août 1781, que la foudre,étant tom-„ bée en Bavière sur la maison d'un hémiplégique couché dans son lit, autour duquel elle fit plusieurs tours, le malade fut guéri sur-le-champ. La peur, l’effroi, firent peut-être tous les frais de cette guérison, que je ne dispute cependant pas à la foudre qui n’est qu’une forte Electricité.
- On lit de semblables effets produits par la foudre, dans l'excellent ouvrage de Wilkinson
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- MÉDICAL®. 33?
- ïdnson sur l'Electricité médicale. Qui ose-ïoit cependant assurer que l’afîection subite de l’ame n’ait point été la véritable cause de ces guérisons?
- Personne en effet n’ignore que la crainte, l’horreur d’un danger imminent, lie produisent sur l’économie animale, des révolutions subites. Combien de fois n’a-t-on pas vu des paralytiques , sortir brusquement de leur lit et courir pour s'arracher aux flammes quî étoient sur le point de les atteindre et de les dévorer ? Plus puissantes que les remèdes les plus actifs, les vives affections morales produisent des effets beaucoup plus prompts.
- On ne doit donc pas être surpris de ces deux: guérisons subites ; et d'ailleurs dans ces sortes de maladies, qui n’ont point de périodes réglés , le tems de la guérison dépend plus de la disposition du sujet que de l’efficacité des remèdes. Il ne fallut que deux mois à Jal-labert pour guérir Nogues ; il en fallut quinze entre les mains d’un autre physicien, pour guérir un autre homme attaqué du même mal. Voici le fait.
- Un maître d'école de Châlons-sur-Marne, riimw âgé de cinquante-six ans, tomba en apo- obsetTau«». plexie. On lui administra des secours, peu-
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- 338 de l’Eiecteiciié dant douze à quinze jours, qui le rappelèrent à la vie,; mais il demeura hémiplégique du côté droit. Il avoit la bouche de travers et toutes les parties paralysées étoient tellement privées de sentiment, qu’il ne se Sentoit pas pincer, quoiqu’on le fît assez fortement ; il ne sentoit même pas de légères piquures d’épingles ; il ne remuoit aucun doigt de la main ni du pied, et ne pouvoit écarter les bras de son corps à la distance d’un pouce.
- Abandonné des médecins, il fut apporté chez le citoyen ViUarsy, qui se chargea, par humanité, de l’électriser, sans oser cependant se promettre de le guérir.
- Il lui donna tous ses soins , et dans l’espace de vingt-un jours,il remarqua un mouvement volontaire assezsensible, tant dans le bras que dans la jambe; et en le soutenant bien , le malade parvenoit à gagner la chaise à porteur qui l’amenoit.
- Après deux mois dé traitement, cette chaise ne lui fut plus nécessaire ; il venoit à pied , à l’aide de deux bras qui le sou-tenoient. Au bout de trois mois, les doigts de la main acquirent un mouvement assez libre. Il pouvoit tenir, mais avec un treia-
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- blement très - singulier, un corps léger, et porter sa main jusqu’à son front.
- Depuis ce tenu , il s’exerça avec une assiduité incroyable à tenir une plume, avec laquelle il forma d’abord des caractères irréguliers de o centim. 3694 ( 1 pouce) de hauteur ciu moins. Enfin, en redoublant chaque jour d’efforts, il parvint à écrire et son écriture étoit assez agréable, un peu lourde cependant 5 mais presque aussi bonne qu’elle étoit avant son accident.
- Chaque jour, m’écrit le citoyen Villarsy, je marquois le point auquel il pouvoit élever la main, et chaque jour j’observois du mieux.
- Après quinze mois d’un traitement assidu il montoit assez bien mon escalier, saütoit deux ou trois marches. Il étoit logé à une lieue de chez moi et il y venoit à pied ; depuis il a repris de l’embonpoint et il jouit d’une bonne santé : sans une certaine roideur qui lui reste dans le genou et dans le pied droit; on ne s’appercevrôit pas de l’incommodité qu’il a eue/
- Il est donc des circonstances dans les- . quelles l’Electricité ne produit que lentement les bons effets qu’on en peut attendre ; ce qui dépend de la disposition du sujet; mais
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- 340 DE l’Electricité on parviendra toujours à les hâter, en associant au fluide électrique des remèdes appropriés à l'état du malade. C’est une méthode , qui m’a toujours bien réussi chaque fois que j’ai cru devoir en faire usage , et que je pratiquois long-tems avant d’être instruit des succès multipliés qu’en avoit obtenus, à Toulouse, le docteur Mazars de Cazèles, dont je rapporterai ici quelques observations, que je tirerai de son ouvrage cité ci-dessus.
- Omitme Une femme nommée Boucar , âgée de cinquante ans , d’une constitution humorale , étoit hémiplégique du côté gauche, depuis dix-sept ans. Elle avoit le pied de ce côté sT renversé, qu’elle sembloit s’appuyer sur la malléole 5 et, lorsqu’elle étoit assise, son genou du même côté , entraîné par son propre poids, s’éloignoit du droit sans qu’elle s’en apperçut, et elle ne pouvoit le ramener dans sa position naturelle qu’en l’y contraignant avec la main. La partie inférieure de la jambe infirme étoit œdématisée; le bras net oit guères en meilleur état. .
- En même-tems qu’il l’électrisoit, le docteur Mazars lui faisoit prendre des diurétiques chauds et fondans sous différentes formes. Il la purgea plusieurs fois dans le
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- cours de l'électrisation, dont la première séance eut lieu le 23 août 1779.
- Dès le commencement de septembre, le pied portoit à plat, le genou ne divariquoit plus ; bientôt après la bouffissure du pied et de la jambe disparut ; le bras et la main acquirent de la force et exécutèrent librement leurs mouvemens ; elle fut parfaitement rétablie vers la fin de ce mois ; elle alla à la campagne, où elle continua à se bien porter.
- A bien considérer l’état de la malade; au moment où elle fut électrisée, il seroit difficile d’attribuer au fluide électrique seul tout l’honneur de cette cure, faite en aussi peu de tems. Il paroît donc naturel d’en conclure que les médicamens intérieurs, qui furent administrés en même-tems , y contribuèrent de leur côté; il seroit encore plus hors de toute vraisemblance, d’imaginer que ces médicamens seuls eussent produit tout l’effet dont il vient d’être question : tout s’explique facilement ici en considérant que le fluide électrique leur a procuré une activité qu’ils n’eussent pas eue sans lui. C’est ce qu’on remarquera encore dans l’observation suivante, et quoique l'a malade ne fût
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- 343 de l’Electricité point encore complètement guérie, lorsque Mazars publia cette guérison, elle étoit assez avancée pour que l’on pût bien augurer des suites, et plus avancée sans doute qu’elle ne l’eût été, si on se fût borné à une simple électrisation. •
- “ Une femme nommée Castera, âgée de cinquante - sept ans, d’un tempérament robuste et' vigoureux, était hémiplégique du côté gauche depuis dix-huit mois. On l'avoit envoyée aux eaux AeBagnères et de Luchon, sans qu’elle en eût obtenu le moindre soulagement j quelques mois après son retour, elle s’adressa au médecin Mazars qui l’élec-
- Elle avoit les glandes de la mâchoire inférieure engorgées et tuméfiées , la déglution très - gênée; et ce qui l’incommodoit bien davantage, elle mordoit ses joues en mangeant. Ces morsures étoient si douloureuses, qu’elles lui arrachoient des larmes et l’obli-geoient souvent à cesser de manger ; elles étoient quelquefois si profondes, que les ali-mens étoient teints de sang.
- Mazars l’électrisa donc et la purgea plusieurs ibis de suite ; puis il lui fit prendre le matin, pendant vingt jours, un bouillon d’écre-
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- visses. Une heureaprès l'avoir pris,elle éprou-voit par le nez , un écoulement très-abondant d’une sérosité limpide qui continuoit jusqu’à une heure après-midi, et revenoit le lendemain après son •bouillon.
- Plus abondant les premiers jours, cet écoulement alla toujours en diminuant ; mais il ne cessa tout-à-fait qu’après l'usage des bouillons , auxquels le médecin substitua les eaux de Balaruc , qui la purgèrent fortement pendant trois jours.
- L’état de la malade s’améliora en même-tems; elle mordoit moins ses joues, et au moment où le docteur publioit cette observation , après un traitement de près de deux mois, elle ne les mordoit plus du tout ; la déglution étoit très-libre, l’engorgement des glandes dissipé ; elle se servoit assez facilement de son bras et de sa jambe ; sa démarche étoit bien moins laborieuse ; tout pré-sageoit donc une guérison parfaite et prochaine.
- Si je ne craignois de devenir prolixe, je joindrois ici quelques autres observations du même genre et également'intéressantes , que je tirerois encore du même ouvrage. Il en est deux cependant que je ne veux pàs
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- 344 BEL’EleCTRICITÉ omettre : la première nous apprendra à nous défier, à nous mettre en garde contre les promesses séduisantes de l’ignorance, qui ne doute de rien, ne s’étudie qu’à abuser de la crédulité publique, et profité de l’impatience assez ordinaire aux malades auxquels on administre des remèdes qui n’opèrent point aussi promptement qu’ils le désirent. La seconde nous prouvera que certains malades sont incapables de supporter la moindre privation , d’acheter à ce prix leur santé, et que quelques-uns même peuvent avoir quel-qu’intérêt à s’opposer à une parfaite guérison. Voici la première.
- » Jean-Baptiste Medos, âgé de huit ans, dit le docteur Mazars, étoit hémiplégique du côté gauche, depuis dix - huit mois. Il avoit le ventre dur et volumineux, le teint plombé, les glandes du col engorgées, et des boutons ressemblant à des petits doux sur le front, les lèvres , les épaules, la poitrine et les bras. Plusieurs d’entre eux avoient suppuré. Il marchoit; mais il lui restoit, dans les mouvemens de la jambe, une allure gauche et gênée ; le bras, l’avant-bras et la main du côté gauche se trouvoient dans un commencement d’atrophie -, les
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- doigts inextensibles et atrophiés. Ces dernières parties pouvoient si peu se mouvoir, que, pour l’habiller ,on étoit obligé d’introduire sa main dans la manche de sa chemise , de sa veste et de son habit, et d’aller ensuite saisir sa main et la conduire, comme on conduit celle d’un enfant en maillot.
- Je l’électrisai, dit le docteur Mazars, depuis le iS août jusqu’au milieu du mois d’octobre suivant. Je le purgeai ; je le mis à l’usage des plantes savoneuses, et de diffé-rens apéritifs. Il mangeoit beaucoup de viande ; j’ordonnai qu’on lui en donnât peu, et qu’on le nourrît principalement avec des végétaux.
- Ce régime et ces remèdes combinés avec l’Electricité produisirent, dans l’espace de vingt jours, une salivation si abondante, que ses parens en étoient inquiets. Bientôt après, son teint s’éclaircit, le bas ventre acquit de la souplesse et diminua de grosseur; les boutons de son visage et des-autres parties s’évanouirent, les glandes du col se dégorgèrent et les parties paralysées commencèrent si bien à reprendre leur jeu, que le malade marchoit avec autant d’aisance et de légèreté qu’il ne le faisoit avant sa paralysie. Il
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- 346 DE l’E LECTKICITF. relevoit son bras , et lorsqu’on l’habilloit, il l'enfiloit lui-même, sans le moindre aide, dans la manche de sa chemise et de son habit, et s’en servoit librement pour tous les mouvemens qui lui étaient propres ; ses doigts n’étoient plus fermés, ils avaient repris.de la chair ; et , quoique le pouce et l’inder n’eussent encore acquis que bien peu de force et de souplesse , et qu'il ne pût les faire agir que très-mal-adroitement, il s’en servoit néanmoins pour ramasser par terre des pièces de monnoie et des bonbons qu’on lui dounoit, à condition qu’il les prendroit de ces deux doigts. Il s'en servoit encore pour ôter son chapeau de dessus sa tête et pour l’y remettre. Plusieurs personnes, ajoute le docteur Mazars , ont été témoins de ces faits.,
- Ces progrès, continue-t-il, m’en promettaient de plus grands, lorsqu’on me retira le malade, sans m’en prévenir. J’en ai ignoré long-temsle motif; mais je viens d’apprendre qu’un Esculape du fauxbourg qu’il habite, avoitsi bien réussi à faire croire aux parens de cet enfant que je ne le guérirois jamais complètement, et qu’il se faisoit fort de le guérir en peu de teins, qu’ils l’avoient mis entre
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- ses mains et, qu’entre autres remèdes qu’il lui avoit donnés, il lui avoir fait prendre des bains entiers dans le marc de la vendange; ce qui lui avoit causé une si grande révolution , qu’il en ‘avoit pensé périr ; qu’il avoit non-seulement perdu tout ce qu’il avoit gagné chez moi ; mais qu’il étoit devenu imparfaitement paralytique du bras droit, dont il ne se servoit qu’avec beaucoup de peine.
- A juger des effets qu’on devoit attendre de l’Electricité par ceux qu’elle avoit déjà produits concurremment avec‘les autres remèdes , n’y avoit - il pas -lieu de présumer, demande ici notre savant médecin, que , si elle n’avoit point été contrariée, comme elle le fut ici, un ou deux mois de plus de ce secours auroient conduit le malade à une guérison parfaite ?
- . On sera sans doute étonné de l'imbécillité des parens qui- leur fît abandonner un remède, de l’efficacité duquel ils ne pouvoient douter , d’après les bons effets qu’il avoit déjà produits, pour recourir à un autre, dont ils n’avoient d’autre garant que les promesses d’un charlatan. J’en serois moi-même fort étonné , et j’aurois même peine à y croire f si je n’a vois éprouvé aussi le même désa-
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- S48 de l’Eiecteicité grément dans une circonstance h - peu-près semblable. C’est un fait que j’ai rapporté dans une Lettre sur l'Electricité médicale , que j’adressai à M. de Causait, mon correspondant à la société royale des Sciences de Montpellier , et imprimée en 1771, chez Descentes de la Doué. C’est ce qui arrive encore tous les jours, au préjudice de l'humanité, qui est ordinairement la victime d’une pareille inconséquence. En voici une autre d’un autre genre, non moins préjudiciable ; mais au moins paroît-elle porter son excuse avec elle.
- Qnator- Pierre Landèle , âgé de trente six ans, «ion!6 “r" d’un tempérament athlétique, ancien grenadier du ci-devant régiment Bourbonnois, devint hémiplégique du côté gauche. Fort estimé dans son corps, ses officiers voulurent se le conserver, et n’épargnèrent rien pour le faire guérir. On lui fit différens remèdes, pendant trois ans, et il ne tira de soulagement que des bains de certaines «aux minérales auxquelles on l’envoya, et dont Mazars n’a pu nous dire le nom qu’il avoit oublié. Elles lui rendirent, mais imparfaitement, la faculté de marcher.
- Lorsqu’il se présenta chez ce médecin,
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- les mouvemens de la jambe et de la cuisse malades étaient si gênés, si peu distincts, lorsqu’il marchoit, qu’il ne pouvoit faire aller ces parties que d’un mouvement commun du tronc et dans une direction perpendiculaire. Ce n’étoit que quand il était assis, que l’on s’appercevoit que la jambe et la cuisse ne for-* moient pas un même tout, que la jambe jouis-soit d’un mouvement qui lui étoit propre.
- Le bras, l’avant-bras et la main étaient un peu tuméfiés et n’avoient aucune espèce de mouvement, non plus que les doigts qui étaient pliés et inextensibles.
- Je commençai, dit Mazars, à l’électriser le 2 septembre 1777 , et il ne voulut point faire d’autres remèdes. Quinze à seize électrisations , pendant lesquelles je lui faisois tirer beaucoup d'étincelles des parties paralysées, amenèrent des changemens très - heureux, quoique le malade vécût à sa guise, se permît toutes les imprudences qui lui passoient par la tête et ne fût rien moins qu’exact à venir se faire électriser. L’enflure des bras et de la main étoit entièrement dissipée ; les doigts avoient acquis de la souplesse et commençoient à s’étendre ; il élevoit presque à la hauteur de ses mamelles l’âvant-bras, qui
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- 356 de ^Electricité avoit été jusques-là d’une immobilité absolue , et sa marche étoit môins embarrassée.
- Ce mieux étoit trop évident, et il en étoit lui-même trop surpris pour le méconnoître. J’ignore , dit le docteur , s’il ne porfoit pas plus loin le désir de guérir, ou s’iltrouvoit que sa cure allât trop lentement ; il me quitta sans prendre congé de moi.
- Je soupçonnerais ici que, si cet homme vouloit bien être soulagé , il craignoit de guérir parfaitement. Il recevoit des secours ; il menoit une vie libre et aisée, qu’il n’eût probablement pas voulu changer pour un mousquet, qu’il eût été obligé de reprendre, s’il eût été complètement guéri. Il lui parut donc plus avantageux, lorsqu’il vit sa guérison en bon train et qu’il pouvoit jouir de ses facultés motrices , d'en rester-là et de cesser un remède qui le menaçoit d’un genre de vie qui né lui eût point aussi bien convenu que celui auquel il s’étoit accoutumé depuis son accident.
- Quelque long que soit déjà cet article, je ne craindrai point de i'alongèr encore, en rapportant quelques-unes des observations que je tirerai du savant Mémoire du docteur Mauduyt, qui s’est trop bien distingué dans
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- ce genre de traitement , et a rendu de trop grands services à l’humanité pour omettre de le citer ici.
- Lamotte, chirurgien dans un village de Q»™rfèmc
- _ . , . , . -, . , . ° observation.
- Brie, etoit hémiplégique, depuis trois ans.
- Tous les remèdes qu’il avoit faits , et même les eaux de Bourbonne qu’il avoit prises et qui sont très-recommandées dans ce cas, n’avoient pu le guérir. Il marchoit avec peine et ne pouvoit se servir de sa main pour écrire, pas même pour porter ses ali-mens à sa bouche.
- Je l’électrisai pendant trois mois, dit Mau-duyt, et il retourna chez lui en si bon état, qu’il se servoit de cette même main pour faire des saignées, ainsi qu’il me le marqua dans une lettre, qu’il m’écrivit quelque tems après. Le même fait m’a été attesté , ajoute-t-il y par deux personnes de son pays., L’ob-êervatiôn suivante n’est ni moins curieuse , ni moins intéressante.
- Fresson, natif de Château-Neuf, en Lor- S«lzï&a* raine, âgé de sept ans, avoit, dit le docteur otservatioift* Mauduyt, là jambe droite atrophiée, beaucoup plus courte que l’autre, les doigts du pied sans mouvement, le pied jeté en-dehors en extension. Cet enfant ne pouvoit mar-
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- cher sans qu’on le tînt par la main. Abandonné à lui-même , il faisoit des chûtes très-fréquentes. Son bras gauche étoit foible, affecté d'une paralysie incomplète , et il n’en pouvoit faire aucun usage. Ce mauvais état datoit, non de sa naissance, mais de très-peu de tems après.
- Je le traitai, dit Mauduyt, pendant l’espace d’un an, et il fut alors si bien guéri, qu’il s’en retourna chez lui marchant avec fermeté et promptitude, se servant de son bras gauche à fous les usages ordinaires, et portant un fardeau à une distance très-éloignée.
- Le médecin Thouvenel, mon collègue, ajoute-t-il, eut occasion de le voir, quelques années après, dans un voyage qu'il fit en Lorraine j et à son retour, il m’assura qu’il jouissoit encore de tous les avantages que l’Electricité lui avoit procurés. Voici une autre guérison bien plus étonnante.
- _sep_ Une demoiselle, nommée Duput, âgée obser- de seize ans, pensionnaire à Paris, chez les ci-devant Ursulines, rue Saint-Jacques, étoit affectée, depuis douze ans, d’une faiblesse générale dans toutes les parties de son corps , d’une langueur, d’une atonie que les
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- ies personnes de l’art attribuoient à un état paralytique; elle ne marchoit qu’avec une extrême lenteur , et ses promenades , très-courtes , se bornoient au jardin de la maison. Elle ne pouvoit sortir à pied ; ses mains extrêmement foibles ne pouvoient soutenir le poids le plus léger; elle se servoit alternativement de l’une et de l'autre , pour porter ses.alimeus à sa bouche; elle étoit même obligée de se reposer souvent dans cet exercice ; ce qui prolongeoit, du double, le téms de ses repas; à peine pouvoit-elle écrire quelques lignes mal tracées; sa parole étoit gênée et peu distincte.
- Le docteur Mauduyt l’électrisa pendant sept mois. Vers la fin de ce traitement, sur lequel j’aurois désiré trouver quelques détails sur le mode d’électrisation,et savoir si le docteur avoit fait marcher de pair l’Electricité et quelques autres remèdes internes ou externes, la malade étoit tellement bien rétablie, qu’elle il 11 oit à pied de la rue Saint-Jacques au Marais , où le docteur avoit établi son domicile et ses traitemens électriques, et elle s’en ïetournoft de même à sa pension. Ses mains étaient libres, ainsi que sa parole , et ce qui atteste encore mieux son. parfait réta.-Z
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- blissement, elle prenoit des leçons de danse»
- Un an après, elle n’avoit rien perdu des bienfaits de l’Electricité.
- Je trouve encore, dans le même ouvrage, plusieurs guérisons du même genre, auxquelles le docteur a fait concourir des remèdes internes qui sont on ne peut mieux indiqués dans la plupart de ces circonstances et qu’il est même nécessaire d’employer alors. Il en étoit tellement bien persuadé, qu’il dit expressément que, quoique l’Electricité agisse ici à la manière des apéritifs , mette en mouvement l'humeur morbifique, qu’elle tende à l’expulser par différentes voies, telles que la transpiration, la salivation et les autres excrétions, elle est souvent trop foible pour opérer des crises soutenues et complètes ; et que, dans ce cas, elle se borne à produire des métastases qu’on peut prévenir, en administrant en même-tems au malade des remèdes capables de favoriser la crise que l’Electricité semble commencer, et en les administrant d’autant plus promptemfent, qu’on observe une plus grande liberté dans les membres paralysés; ce qui annonce ordinairement le déplacement d’une grande quantité d’humeur morbifique.
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- C’est peut-être, ajoute ce savant médecin, parce qu’on ignorait le danger de ces métastases, parce qu'on ne pensoit pas à les prévenir, lorsqu’on Commença à appliquer l'Electricité à la paralysie , qu’on n’en obtint pas d’abord tous les bons effets qu’on en attendoit, et que quelques-uns désespérèrent de l'efficacité de ce remède. On a vu en effet plusieurs malades, après avoir été plus ou moins soulagés, éprouver des accidens ou des rechûtes qui faisoient abandonner un traitement, dont on eut tiré un excellent parti , si l’on avoit su le diriger convenablement.
- Ce Fut donc en se conformant à la sagesse de cette pratique, que cet habile médecin parvint à faire une multitude .de cures de ce genre, dont j’indiquerai seulement les trois suivantes.
- Unnommé Provost, dit-il, frappé depuis un mois d’une paralysie qui attaquoit un côté de la bouche et les paupières du même côté, fut purgé, électrisé et guéri dans l’espace de deux mois. Il en fallut trois pour guérir, de la même manière, un nommé Pasquier, sculpteur, atteint d’une semblable paralysie.
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- Diü-neu- Une femme nommée Doitel, dont une - vation. paralysie incomplète gênoit , depuis plus d’un mois, les mouvemens du bras et de la main , au point qu’elle ne pouvoit s’en servir pour ses travaux ordinaires, acquit, dans l’espace de quarante jours, les facultés qu’elle avoit perdues.
- Vingtième Schmal, maréchal, hors d’état, depuis observation. vjngt-qUatre jours, d’exercer son métier, retourna à sa boutique après deux mois d’électrisation. Il en fallut trois, pour rendre à un évent ali sien o miné Adamecourt, l'usage de ses jambes , qu’il avoit perdu depuis près de quarante jours, et pour le mettre en état de faire de longues et fréquentes courses.
- Tous ces malades , et plusieurs autres encore que je passe sous silence pour abréger, furent traités conformément à la méthode indiquée ci - dessus : ils furent tous purgés et électrisés ; mais furent-ils purgés plusieurs fois et fréquemment, et de quelle manière furent-ils électrisés ? C'est sur quoi le docteur Mauduyt garde, à mon grand regret, un profond silence.
- Non-seulement il convient ici d’administrer quelques remèdes internes , propres à favoriser les crises .que le fluide électrique
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- peut déterminer ; mais encore des remèdes externes qui puissent faciliter le jeu des muscles , dont les fibres, trop fortement et quelquefois depuis trop long-tems contractées , opposent souvent un obstacle insurmontable à l’Electricité.' C’est ce que je crois pouvoir inférer de ces cures imparfaites, qui s’annoncent d’abord avantageusement et font concevoir de grandes espérances qui ne se réalisent point, et qui ne seroient peut-être point déçues-, si on avoit pris celte sage précaution , que l’académicien Le Roy avoit formellement indiquée dans un excellent Mémoire sur un traitement de ce genre, imprimé parmi ceux de la ci - devant académie des Sciences pour l’année 1755 , dans lequel il s’agit d’une hémiplégie qui datoit de trois ans à la suite d’une apoplexie.
- Le fort de la maladie, dit notre savant Vingt-électricien, étoit tombé presqu’entièrement servation. sur la main gauche. Les doigts de cette main étoient pliés et ne pouvoient faire aucun mouvement, sur-tout pour se redresser ; le pouce, caché sous ces doigts, en’étoit encore plus incapable que les autres ; la main étoit froide, enflée, gorgée d’humeurs qui formaient, en s’échappant à travers la peau du
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- 358 de l'Electricité dedans de la main, une humidité visqueuse dont cette partiê étoit enduite.
- L'avant*bras de ce côté étoit moins gros , le pouls plus petit ; l’épaule et le bras parois» soient en assez bon état ; mais en général tous les mouvemens de ces parties étoient plus ou1 moins gênés : il en étoit de même de la jambe et de la cuisse du même côté. Elles étoient si foibles, que le malade ne pou» voit marcher sans boitt*.
- Il est vrai que la paralysie n’en étoit pas la seule cause. Ce jeune homme avoit ordinairement tous les ans une enflure douloureuse au genou ; il paroissoit cacochyme ; il avoit les dents gâtées, l’haleine mauvaise-et le teint plombé; toutes circonstances qui, 11e donnoient point lieu d’augurer un fort bon succès du moyen qu’on se proposoit d’employer.
- Malgré cela cependant, Le Roy voulut bien se charger de l’électriser. Pendant deux mois qu’il l’électrisa, le remède ne parut pas lui avoir procuré un soulagement sensible ; le médecin Morand, qui le revit alors , le trouva tel qu’il l’avoit trouvé au comment cernent du traitement. Il conjectura néanmoins que les muscles extenseurs des doigta
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- ayant perdu leur action et se trouvant dans un état de relâchement, tandis que les fléchisseurs éfoient tendus, c’étoit sur les premiers qu’il falloir faire porter, autant qu'il seroit possible, toute l’action du fluide .électrique , afin de tâcher d’y rétablir le cours du fluide nerveux et cette tension si nécessaire au mouvement des muscles.
- Le froid d’ailleurs ayant fait suspendre le traitement, on résolut d’attendre une saison plus favorable pour recommencer sous un nouveau point de vue. On remarqua cependant alors un phénomène qui fixa l’attention de notre savant électricien ; on remarqua que les étincelles qui excitoient des mouve-mens convulsifs dans les doigts , lorsqu’on les portoit sur les muscles qui leur appartenaient , n'en excitoient aucun dans le pouce, quoiqu’on les tirât, autant qu’il étoit possible , selon la direction de ses muscles.
- On auroit peut-être cru devoir en accuser la bouffissure de la main qui amortissoit, détruisoit, pour ainsi dire, l’action du fluide électrique j mais Le Roy étoit d’un autre avis. 11 crqypit que la véritable,cause de ce phénomène tenoit entièrement à, la constitution des muscles du pouce qui avoient perdu
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- 36o ni i'EiictsiciiÆ le sentiment, et il se fondoit sut l’observation que voici. Quelque fortes , disoit - il, que soient les étincelles que l’on excite sur le bras d’un cadavre , jamais on n'excite do mouvemens convulsifs dans ses muscles , parce qu’ils sont privés de sentiment.
- Lors donc qu'il reprit le traitement, il eut égard à l’observation du docteur Morand. Il s’appliqua principalement à tirer des étincelles des muscles extenseurs des doigts et sur - tout de ceux du pouce. Au bout de quinze joués de cette seconde reprise , on commença' à appercevoir du mieux dans l’état dé la1 main malade : elle étoit moins gorgée, les doigts résistoient moins à leur extension et la dernière phalange du pouce qui avoit été, jusques-là , incapable de mouvemens volontaires , commençoit à en faire quelquefois ; les étincelles causoient au malade une douleur plus vive ; le bras étoit devenu susceptible d’un mouvement convulsif, qui dtiroit encore quelque tems après qu’on avoit cessé d’en tirer des étincelles, et il étoit accompagné d’un fourmillement intérieur dont le malade se plaignoit.
- Quelques jours après, le pouce se mût à son tour; ses muscles étoient devenus moins
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- Insensibles qu’ils ne l'étoient auparavant. Lorsqu’on en tiroit des étincelles, ils y répon-d oient par de légers mouvemens ; mais assez vifs. Une nuit le malade sentit couler, dans l’intérieur de sa main , quelque chose qui l'obligeoit à l’ouvrir de tems en tems , et qui loin de lui causer de la douleur , lui procurait , au contraire , une sensation agréable. Ce phénomène se soutint avec quelques intervalles, et le malade sentit de la douleur dans son bras paralysé ; ce qui ne lui étoit point encore arrivé.
- La commotion électrique devoit entrer pour quelque chose dans ce traitement, et elle nè fut point oubliée. Le Roy trouva moyen de n’en faire éprouver qu’aux muscles qu’il avoit dessein de commouvoir, et ce fut alors une très-belle découverte, à laquelle il ne manqnoit que le moyen de la graduer à volonté, comme on l’a fait depuis.
- Malgré cette sage précaution, qu’on ne doit jamais négliger, lorsqu’il s’agit de faire éprouver plusieurs commotions successives à un malade, le sien ne pouvoit en supporter d’une certaine forée. Il fut donc obligé de modérer, autant qu’il le put, toutes celles qu’il lui donna.
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- Au bout d’environ deux mois , depuis la reprise du traitement , son malade sentit des démangeaisons très-vives dans le pouce et dans la main. Un mois après, la facilité de mouvoir ses doigts allant toujours en augmentant, il ressentit, quelques heures après l’électrisation, une douleur très-vive , qui parut s’élancer, de la partie externe supérieure de l’avant-bras, vers le pouce et l’index. Elle lui parut semblable à celle qu’au-r.oit pu lui causer un coup de lancette, et les muscles extenseurs de ses doigts furent tirés avec tant de force, qu’il fut obligé de renverser son bras et son poignet pour diminuer la douleur.
- Quinze jours après, ou environ, il sentit que son doigt du milieu acquéroit du mbi*-vement, et il commença à se servir de sa main malade pour boire. Il leva, avec la même main, un assez gros poids. Peu de jours auparavant, il a voit fait toucher, par un mouvement volontaire, son pouce à son petit doigt.
- Ce fut à ce terme que s’arrêtèrent les bons effets de l’Electricité, On continua cependant le traitement pendant quatre, autres mois y mais au lieu de soulager le malade , il
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- ne servit qu’à le fatiguer et à lui causer de la douleur. On fut donc obligé de l’abandonner.
- Il avoit alors les mouvemens du bras et de l’avant-bras beaucoup plus libres; le pouls de ce côté beaucoup plus fort, moins enfoncé ; les doigts et la main avoient acquis plus de mouvement ; le pouce sur - tout, qui ne pouvoit absolument se mouvoir, avoit des mouvemens spontanés; mais il parut que les fléchisseurs retirés, depuis près de trois ans, mirent obstacle à l’action des extenseurs qui ne faisoit, pour ainsi dii’e, que renaître.
- On sait, en effet, que les fléchisseurs d’une partie retenue trop long-tems pliée, sans aucune maladie, se raccourcissent au point de s’opposer à l’extension de leurs antagonistes , qui jouissent cependant de toute leur force. Ce seroit donc trop exiger de l’Elec-.tricité, de vouloir qu’elle produisît à-la-fois deux effets opposés ; donner de la force aux extenseurs, et faire céder les fléchisseurs en les alongeant. Pour produire ce double effet, il faut nécessairement associer à l’Electricité des émolliens, des douches, des bains qui remédient à la rétraction des fléchis-! seurs , tandis que le fluide électrique tend
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- â64 BIl'EtïC TB I C I T É à donner de la vigueur aux extenseurs^ Avec ces précautions, ces remèdes, tant internes qu’externes, je vois peu de paralysies qui ne cèdent, au moins en grande partie, à l’aclion bienfaisante du fluide électrique. Il en est cependant de deux espèces contre lesquelles il paroît même inutile de tenter ce moyen. La première espèce est celle que de Sauvages désigne sous le nom de traumatique ; la seconde, celle que Dehaën nomme ‘scorbutique. Celle-là est l’effet d’une blessure, ou d’un coup de feu qui a détruit le principe du mouvement de la partie paralysée ; l'autre procède d’un vice scorbutique. Dans l’un et l’autre cas, le traitement ne serviroit qu’à tourmenter inutilement le malade. C’est ce que l’abbé Nollel a éprouvé, en 1748, àParis, sur des paralysies de la première espèce.' Il en convient lui-même dans son ouvrage intitulé : Recherches sur les causes particulières des Phénomènes Electriques.
- amir™81’ Parmi une douzaine, au moins, de sol-
- «bservation. dats paralytiques, dit-il, qui nous furent présentés à l’hôtel des Invalides, nous choisîmes trois sujets dont l’état fut constaté en présence du premier médecin et du chirur-
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- gien-major de cette maison, qui voulurent bien assister au traitement, et m’aider de leurs lumières.
- Le premier malade, nommé Dateur, étoit âgé de quarante-neuf ans, hémiplégique du côté gauche depuis trois ans, à la suite d’une blessure au côté droit de la tête. Il ne pou-voit fléchir qu’imparfaitement quatre doigts de la main gauche , dont le pouce, absolument soustrait à tout acte de la volonté, restait toujours droit.
- Le second , nommé Bardoux, âgé de vingt-sept ans, étoit paralysé de tout le côté droit, à la suite d’un coup de feu qui lui avoit crevé l’œil gauche. Sa main et ses doigts étoient sans mouvement, et ceux-ci à moitié fermés ; il étoit même privé de sentiment dans toutes les parties affectées de paralysie j ce qui en formoit une complète.
- Le troisième, nommé Quinson, âgé de quarante-huit ans, étoit paralytique de toiit le côté gauche depuis dix-sept ans. Nollet ne nous apprend point ici à quelle occasion cette maladie lui étoit survenue ; il est cependant probable , vu son état de soldat invalide , qu’elle étoit la suite de quelques blessures ; il nous dit seulement que cette ma-
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- 366 de l'Electricité ladie avoit commencé par une foiblesse que le malade éprouva dans tous ses membres, sans perdre néanmoins connoissance.
- Notre savant physicien commença le traitement de ces trois malades , les premiers jours du mois d’avril de ladite année ; et il ne fut, dit-il, interrompu que deux fois à l’occasion de deux grandes fêtes : comme si le précepte de la charité n’eût pas pu sa concilier avec le régime ecclésiastique.
- Quoi qu’il en soit, Dateur, dit - il, le premier des malades indiqués, fut électrisé pendant huit jours , quatre heures par jour, deux le matin , autant le soir , sans avoir éprouvé le moindre soulagement sensible. Il fut alors examiné avec plus d’attention par MM. Morand et Boucaut, qui reconnurent que ses articulations étoient enkylosées ; il étoit donc impossible qu’elles reprissent du mouvement, et on l’abandonna à son malheureux sort.
- Nollet borna donc tous ses soins aux deux autres sujets qu’il continua à électriser. Pendant les quinze premiers jours, ils donnèrent quelqu’espérance de guérison ; chaque jour étoit marqué par de nouveaux succès \ mais quels succès ! Laissons -t les raconter à leur
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- auteur. Leurs mains, qui étoiént roides, dit - il, et presque fermées , devinrent souples et s’étendirent; leurs doigts, quiétoient comme collés les uns aux autres, se détachèrent peu-à-peü, et chacun d’eux se plioit, se redressoit séparément des autres; mais en quel tems ? Précisément lorsqu’on tiroit des étincelles des muscles dont dépend oient ces mouvemens. On faisoit plier de même et étendre le poignet et l’avant - bras. Nos malades, ajoute-t-il, ressentirent des douleurs et des picotemens, pendant les nuits, aux parties auxquelles on avoit travaillé pendant le cours de la journée ; ils en ressentirent aussi aux parties circonvoisines et à celles qui avoieut avec les premières des rapports immédiats.
- Enfin, continue-t-il, la peau se couvroit de taches rouges, et l’on voyoit des élevures considérables aux endroits où l’on avoit excité des étincelles. Nous y avons même souvent vu des vésicules qui se crevoient , et desquelles il sortoit une sérosité semblable à celle des cloches que l’on Fait naître en se brûlant.
- Tous ces effets allèrent en augmentant, pendant les quinze premiers jours , et nous
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- nous flattions toujours ( que ces mouvement excités et forcés, pour ainsi dire, par les secousses et les étincelles , se sou met tr oient enfin à la volonté du malade. Nous le désirâmes en vain \ nous l’attend îmes pendant six semaines que nous continuâmes nos épreuves, après quoi les paralytiques ne voyant plus de nouveaux progrès qui soutinssent leur patience, ne s’y prêtèrent plus qu’avec peine et en se plaignant. Le même motif qui nous avoit fait entreprendre ce travail, quand nous croyons les guérir, ou au moins les soulager, nous le fit abandonner, quand il nous parut décidé que nous les faisions souffrir inutilement.
- Malgré ce peu de succès , l’abbé Nollei n’en demeura pas moins persuadé qu’employée dans des circonstances plus favorables, ou sur des sujets plus propres à profiter des bienfaits de l’Electricité, elle ne fût un excellent remède contre la paralysie j aussi l’a-t-on vue assez constamment réussir , lorsqu’on l’a convenablement administrée. J’en ai déjà donné un assez grand nombre de preuves, auxquelles il me seroit possible d’en ajouter beaucoup d’autres , si je voulois produire toutes celles qui ont été publiées dans les
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- les ouvrages cités ci-dessus, dont les auteurs bien connus inspirent la plus grande confiance.
- Qu’il me soit cependant permis , avant de terminer cet article, d’en produire encore quelques-unes, qui feront voir que j’ai eu, comme eux , la satisfaction d’obtenir de semblables succès dans les mêmes circonstances. Je me garderai bien de rapporter ici toutes les observations de ce genre que j’ai faites et que j’ai recueillies dans le cours d’une pratique de trente ans ; elles seroient trop nombreuses , et d’ailleurs la plupart d’entre elles sont, à peu de choses près , semblables à celles qu’on vient de lire ; je me bornerai donc à un très-petit nombre qui me parois-sent mériter d’être connues.
- Un notaire de Crépy, en ci-devant Val-lois, nommé Pasquier, âgé de cinquante- J deux ans , ressentoit, depuis vingt-cinq , des engourdissemens, des pesanteurs dans le bras droit et dans la jambe du même côté. II eut, en 17S9, un,rhumatisme goutteux sur les articulations des extrémités, et depuis cette époque il avoit toujours été tourmenté de crampes et d’élancemens douloureux dans ces parties, ce qui l’avoit cependant peu A a
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- 370 de l’Electricité incommodé, vu la force de son tempcra-ment et sa bonne constitution.
- Le 4 décembre 1770, après avoir ressenti des engourdissemens très - marqués et très-inquiétans, il s’apperçut qu’il ne pouvoit x-emuer ni le bras, ni la jambe du coté gauche ; il sentit, outre cela , des mouvemens convulsifs dans la joue et dans la mâchoire inférieure du même côté. Ces mouvemens cédèrent aux remèdes qu’on lui administra sur-le-champ : mais le bras et la jambe restèrent paralysés.
- Il remuoit cependant un peu l’un et l’autre ; il portoit le bras , mais avec quelque difficulté , dans sa veste , sur sa poitrine ; il se soutenoit un peu sur les pieds ; mais il ne marchoit qu’à l’aide d’un bras qu’on lui don-uoit et en traînant la jambe. Tel étoit son état, à son arrivée à Paris en février 1771, et cet état fut constaté par un professeur de la ci-devant faculté, nommé Guibert : c’est d’après le procès-verbal qu’il en dressa que je viens de l’indiquer.
- Le mercredi , 27 février, je l’électrisai le matin , et je le retins dans le bain élec-s trique pendant l'espace d’une heure et demie. Son pouls , avant le traitement , battoit
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- $oixante-une fois par minute. Je le trouvai augmenté de trois pulsations ; il en battait soixante-quatre après la séance. Il sentait, me dit-il, une augmentation de chaleur vers les extrémités, et ce sentiment, qui s’était manifesté dès les premiers momens de l’électrisation, subsista tout le cours de la journée et les jours suivans.
- Je réitérai la même opération le soir : je lui tirai, outre cela , quelques étincelles des parties paralysées; et, à la suite de la séance, qui fut aussi longue que la première , il ne fut pas peu étonné de voir qu’il avoit acquis la faculté de porter sa cuisse gauche par dessus sa droite, sans le secours de ses mains . ce qu’il n’avoit pu faire depuis son accident.
- Le lendemain 28 , mêmes opérations et pendant le même tems ; mêmes phénomènes ; nouvelle accélération du pouls ; même facilité à faire agir sa jambe infirme et à la porter sur l’autre.
- A la fin, de l’opération du soir, je lui fis éprouver une légère commotion à travers lé bras paralysé seulement, et il n’en sentit l’impression que jusqu’à l’extrémité du métacarpe. Il leva cependant le bras avec plus de facilité et beaucoup plus haut, à l'excep-.
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- tion d’une légère pesanteur qu’il ressentoit vers l’épaule ; il le trouvoit plus léger qu’il n’avoit été jusqu’alors.
- Je continuai les jours suivans les mêmes opérations : bains électriques , étincelles et commotions à la fin de la séance.
- Le 3 du mois de mars , cinquième jour du traitement , il sortit de son lit sans le secours de personne $ il s’habilla presqu’en-tièrement et surprit agréablement ceux qui étoient dans la chambre voisine dans laquelle il passa, marchant plus hardiment, traînant très-peu la jambe.
- Des succès aussi marqués et aussi rapides donnèrent au malade la plus grande espérance de guérison. Un chirurgien quil’avoit f accompagné et qui avoit suivi le traitement, à dessein de Je continuer au besoin , se crut suffisamment instruit pour cela, et dès ce jour il fut décidé qu’il s’en retourneroit à Crépy où ses affaires l’appeloient et où il pourroit trouver le même secours, à l’aide d’une machine électrique dont il venoit de faire l’acquisition. Je l’électrisai cependant encore le 4, le 5 et même le 6 au matin, et sa guérison fit encore quelques progrès sensibles. Il partit le lendemain 7 mars, et dès
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- qu'il fut arrivé chez lui, on y monta la machine électrique et on reprit l’électrisation, ayant soin, comme je l’avois prescrit, de lui faire subir plusieurs légères commotions à la fin de la séance. Il y étoit déjà plus sensible que la première fois que je lui en avois fait éprouver, et elles passoient très-bien dans toutes les parties paralysées auxquelles je les avois étendues dès le 3 mars, en les dirigeant sur tout le côté hémiplégique , depuis les extrémités des doigts de la main gauche, avec lesquels je déchargeois là bouteille, jusqu’au bout du pied du même côté que je fai-sois touchèr à la garniture de sa surface extérieure.
- Ce traitement, continué quarante jours à Crépy, suffit pour le guérir, et il se trouva si bien guéri, qu’il alla à la chasse le quarante-troisième , et depuis , jusqu’à sa mort, survenue plus de douze ans après et occasionnée par une toute autre maladie, il ne s’est pas ressenti de son accident. Bien moins étendue , mais plus grave par ses symptômes , la paralysie suivante,.qui sembloit devoir résister davantage, a cependant cédé plus facilement à l’action du fluide électrique.
- Le 16 brumaire au VII, Pierre Millet, viugt-qi A a 3
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- 374 de l’Electricité tricme ob- âgé de douze ans , fort et bien constitué , fils du meunier du moulin Rabot, distant d’environ un demi-myriamètre de la commune de Bourges, éprouva , en s’éveillant, de vives douleurs à l'épaule gauche, et tout le long du bras du même côté. Quelques efforts qu’il fît, il ne put parvenir à lui faire exécuter le moindre mouvement volontaire : il étoit paralysé : ses doigts, à demi-fléchis, lui refusèrent. également le service. Alarmé, il se lève brusquement, mais à peine est-il hors de son lit, qu’il est pris d’un étourdissement qui le fait tomber sur le carreau. Il appelle, on vient à son secours, on le relève et on remarque encore que les paupières de son œil gauche sont agitées d’un mouvement spasmodique très-fréquent : l’enfant se plaint aussi d’éprouver des élancemens très-poignants dans cet œil.
- Quel spectacle pour un père qui chérit son enfant, dont il tire déjà des services impor-tans dans son état. Il se flatte cependant que, quelques graves qu’ils soient, ces aceidens pourront se.dissiper , et pendant quelques jours, il attend de la bonne constitution du sujet et des forces de la nature une crise favorable-qui n’arrive point. Le mal subsiste, les
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- MÉDICALE., 375 douleurs sont aussi vives , les mouvemens spasmodiques aussi fre'quens et aussi douloureux , le bras toujours paralysé aussi immobile , la main en aussi mauvais état, le poignet en supination constante, les doigts à demi-fléchis, opposant la même résistance et à une plus grande flexion et à leur extension. Il se décide donc à le conduire à Bourges et à y implorer les secours des gens de l’art.
- En arrivant, il descend chez sa mère que j’avois guérie , quelques mois auparavant, d’une violente sciatique qui avoit résisté , pendant près de trois mois , aux remèdes ordinaires, et elle lui conseilla de s’adresser à moi. Il me l’amène et je le trouve dans l’état que je viens d’indiquer. Je fais plusieurs questions au père et au fils sur ce qui a précédé l’accident, à dessein d’en, découvrir la cause déterminante, et d’après les renseignemens qu’ils me donnent, je ne pus suspecter qu’une suppression de transpiration insensible. Je me décide donc à l’électriser.
- Je commençai ce traitement le 24 brumaire ; je l’électrisai d’abord par bains et par étincelles : j’en tirai plusieurs de toute la longueur du bras paralysé, sans qu’il se mon-A a 4
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- 376 de l'Electricité trât sensible aux impressions qu’elles ont coutume de faire, tandis que toute autre partie saine de son corps, dont j’en tirai aussi quelques-unes , s’y montroit très-sensible.
- Cependant le fluide électrique produisit un très-bon effet dans le cours de la journée. L’enfant éprouva, pendant la nuit, et de la chaleur dans son bras malade et dés picofemens assez vifs. Le lendemain matin , les mouvemens convulsifs de ses paupières avoient en partie cédé ; les douleurs du bras étoient moins aiguës, et sans pouvoir encore le mouvoir volontairement, il m’assura qu’il lesentoit beaucoup moins pesant 5 ce sont ses. propres expressions.
- J’examinai ses doigts ; ils résistoicnt moins que la veille aux mouvemens d’extension et d’une flexion ultérieure, que je leur fis faire; mais ils revenoient aussi brusquement à la demi - flexion qu’ils affectoient, depuis le commencement de la maladie.
- Je lui trouvai la main très-froide , ce qu’on pouvoit attribuer au froid qui régnoit alors ; mais ce qui pouvoit venir aussi d’un ralentissement de la circulation dans cette partie, ce qui arrive assez fréquemment dans ces circonstances, ainsi que plusieurs
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- Célèbres praticiens en conviennent. Je l’engageai donc à lenir constamment sa main malade dans un gant fourré , et à la frotter, plusieurs fois dans le jour , avec des linges chauds. Je l’électrisai ce jour-là, comme j’avois fait la veille , et son bras paralysé commença à sentir le picotement des étincelles.
- Le lendemain, troisième jour du traitement , je trouvai encore du mieux dans son état. Le bras exécutoit volontairement quelques mouvemens, fort obscurs à la vérité ; mais l’enfant n’y sentoit plus de douleurs ; ses doigts beaucoup moins roides, mais toujours à demi-fléchis , laissoient soupçonner une disposition prochaine au mouvement ; le moindre effort suffisoit pour les étendre , ou les plier davantage, et ils ne revenoient point aussi brusquement à leur position contre nature.
- J’ajoutai ce jour - là aux deux méthodes d’électrisation que j’avois suivies , celle da . l’exhaustion. Je promenai une pointe métallique non isolée le long et très-près de son bras, à dessein de déterminer toute la masse du fluide électrique, dont il étoit imprégné, à affluer sur les muscles de cette partie, et
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- 378 Del* Electricité cette méthode me parut , le lendemain , avoir produit un bon effet. Je continuai donc le même traitement jusqu’au 8 frimaire , époque à laquelle le tems devint si défavorable à l’Electricité, que je fus obligé d’interrompre et de suspendre mes opérations.
- Jusques-là, la guérison avoitfait, chaque jour, de nouveaux progrès : déjà le bras se mouvoit à volonté, avec peine cependant, mais sans douleur et sans pouvoir lui faire exécuter complètement un mouvement de rotation sur l’épaule ; le poignet avoit repris sa position naturelle, et les doigts, toujours fléchis, se plioient entièrement, ou s’éten-doient à la volonté de l’enfant, qui retourna , le lendemain, chez son père, où il demeura jusqu’au 19 du même mois. Pendant cette absence, la cure fit encore de nouveaux progrès. C’est ce qui arri ve assez ordinairement : les bons effets de l’Electricité, non-seulement se soutiennent, mais ils augmentent encore après la cessation du traitement.
- Il revint chez sa grand’mère le 195 et le 20, je recommençai à l’électriser de la même manière que précédemment, jusqu’au 26 inclusivement , parce que ce jour étoit tout-à-fait contraire à l’Electricité. Il étoit alors
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- heureusement guéri, à un peu de foiblesse près , une espèce de pesanteur qu’il ressentait dans le bras. Il s’en retourna donc une seconde fois, et il n’eut pas besoin de revenir. Son bras se fortifia et acquit toute l'agilité qu’il pouvoit avoir; ce que j'appris avec plaisir le 10 pluviôse suivant, de son père, qui vint me remercier.
- J’ai encore traité, et avec plus, de succès que je ne l’espérois, une paralysie du bras droit, dont le citoyen Pierre Dardeau, entrepreneur en cette ville , fut presque subitement attaqué le 5 nivôse an X. Elle le prit par un sentiment de foiblesse qui subsista jusqu’au 7 après-midi, où il fut entièrement privé du mouvement de son bras, de façon qu’il ne pouvoit le mouvoir qu'en le saisissant et le transportant de son autre main. Ses doigts, à demi-fléchis, étaient immobiles et livides, son poignet très-douloureux à son articulation avec l’avant-bras ; douleur vague qui se portait tantôt aux doigts, tantôt vers le coude.
- Tel était son état, lorsque je commençai à l’électriser le 17 nivôse an X. Il n’éprouva aucun changement, aucune amélioration pendant les trois premiers jours; le qua-
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- 38o de l*Electricité trième, la douleur commença à diminuer ; mais le bras étoit encore en aussi mauvais état que précédemment.
- Point d’autres changemens le lendemain ; mais le sixième jour, le mouvement commença à se rétablir ; il levoit son bras, et le portoit en avant de sa poitrine ; et son avant-bras cédant également à sa volonté, il portoit la main jusqu’à la hauteur de son front.
- Jusques-là , je ne l’avois électrisé que par bains, étincelles et exhaustion ; je commen" çai, dès ce jour, à lui donner de légères commotions dans toute la longueur du bras* et la guérison fit des progrès plus sensibles. Ses doigts devenus mobiles à leur tour, et ayant perdu leur lividité, commençoient à saisir et à serrer les corps, et suffisamment pour que le malade pût tenir sa plume et écrire ; exercice qui lui devint bientôt assez facile.
- Cependant les digestions ne se faisant point assez bien chez lui, et me paroissant dans un état de plétore, je l’engageai à se purger, et je lui prescrivis une médecine ordinaire, à réitérer deux jours après. Ce Fut en vain que je fis tous mes efforts pour le déterminer à la prendre : il recula tou-
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- jours cette opération sons divers prétextes. Je continuai néanmoins le traitement pendant plus de trois semaines : pendant huit à dix jours, son état s’améliora encore ; mais il lui restoit un léger tremblement de la main et une foiblesse dans cette partie qui subsista, et qui me fit réitérer mes instances pour qu’il se purgeât. Il n’en voulut rien faire, et l’Electricité ne produisant plus d’effet sensible à son avantage, je l’engageai à cesser le traitement. J’appris , un mois après , que de nouvelles douleurs lui étoient survenues, et qu’il desiroit fort revenir ; màis je ne crus pas devoir me rendre au caprice d’un homme qui ne vouloit point suivre les bons avis qu’on lui donnoit. Malgré cela cependant, il se porte très-bien aujourd’hui, 19 ventôse, que je l’ai rencontré vaquant aux fonctions de son état.
- Un plus grand nombre d’observations seroit sans doute inutile pour attester l’efficacité de l’Electricité dans ce genre de maladies, qui ne cèdent cependant pas toutes à ce moyen, ainsi que je l’ai déjà fait observer. J’ajouterai même ici, qu’il est des circonstances dans lesquelles il seroit imprudent d’en faire usage. J’en trouve la preuve dans un fait que le
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- 383 DE L’ElEO TRICITÉ savant de Sauvages nous a conservé dans sa Lettre au médecin Bruhier, et qu’il me paroît important de rappeler ici.
- Frappé des succès de l’Electricité dans ces sortes de maladies , un nommé Rigaudier, chaudronnier à Montpellier , homme aussi entreprenant qu’avide de se distinguer, crut qu’il ne s’agissoit que d’avoir une bonne machine électrique, et d’électriser plus ou moins fortement ceux qui se présenteroient.
- Il en fit donc construire une et s'érigea en médecin électrisant. Il ne lui manquoit plus que des pratiques, et le hasard ne tarda pas à le favoriser, en lui présentant Un nommé Roux, mendiant septuagénaire, attaqué , depuis quatre ans, d’une hémiplégie, à la suite d’une apoplexie.
- Cet accident l’avoit surpris à Lyon, où on lui avoit administré tous les remèdes que l’on avoit crus propres à rétablir le mouvement et le sentiment des parties paralysées; mais inutilement. Les eaux de Balaruc, qu’on lui avoit fait prendre , n’avoient point eu plus d’efficacité; au contraire, elles lui avoient tellement affecté la poitrine, qu’il en étoit revenu , avec une toux continuelle , une fièvre lente, des sueurs nocturnes, quelque-
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- fois froides , qui, jointes à une maigreur excessive , firent croire au docteur de Sauvages , qui le vit à son arrivée à Montpellier , qu’il étoit attaqué, depuis long-tems, d’une phthisie, dont les eaux de Balaruc avoient accéléré les progrès.
- Quant à la paralysie , il avoit le bras gauche pendant, absolument incapable de mou-vemens volontaires , et tellement atrophié , qu’il n’avoit que 17 centim. 5i)SS (6 pou. 6 lig.) de circonférence au-dessus du coude. Il étoit outre cela livide à son extrémité inférieure et froid comme glace ; froid qu’il conserva pendant une quinzaine de jours , pendant lesquels le thermomètre demeura fixement aux environs du terme de la congélation.
- Le sentiment de ce membre n’étoit pas en meilleur état que le mouvement ; puisque, quand on voulut le réchauffer au-dessus d’un réchaud, un chirurgien, présent à l’opération , fit appercevoir au malade , qui n’en sentoit rien , que son doigt annulaire brûloit.
- Ses doigts, comme il arrive à tous ceux qui sont attaqués de paralysie ancienne , éloient fléchis et tellement roides, qu’on ne
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- 384 D E t'E tECTltlCTTÉ pouvoit les étendre en aucune manière, ni les faire changer de situation.
- Quant à Sa langue, elle étoit tellement embarrassée, que sa femme, accoutumée à l’entendre parler, ne pouvoit distinguer les sons rauques qu’il formoit. 11 traînoit sa jambe gauche en marchant, son pied étoit tourné en-dedans, et il lui étoit impossible de le lever.
- Tel étoit l’état de ce malheureux, lorsque Rigaudier entreprit de le guérir en l’électrisant ; ce qu’il fit en présence de deux chirurgiens et de plusieurs autres personnes.
- Le premier jour le malade ne s’apperçut d’aucun effet du remède j mais le second , il commença à sentir le picotement des étincelles. A la troisième opération , quelques doigts parurent flexibles, et Rigaudier jugea à propos de lui faire partager une commotion avec deux personnes, selon la méthode abusive du médecin Deshayes, dont il a été ci-dessus question.
- La nuit suivante, il eut des picotemens à l’épaule gauche ; il ne put dormir ; mais le lendemain matin, il se trouva en état de porter l’avant-bras en avant et même de le fléchir un peu sur le bras. Le cinquième jour
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- jour, il articula ses paroles de manière à se faire entendre moins difficilement qu’auparavant , et il leva la main gauche jusqu’au-nombril ; ce qui lui causa une surprise si agréable, que ses yeux se mouillèrent de larmes , et que sa femme , aussi surprise, se mit à crier : miracle.
- L’intendant de la province ayant eu con-noissance de ces faits, qui faisoient, à Montpellier , la nouvelle du jour, invita le médecin de Sauvages à suivre ce traitement et le pria de lui en rendre compte.
- Trop intéressé lui-même aux progrès d’une pratique qui avoit déjà si bien réussi entre ses mains , ce savant médecin se chargea volontiers de cette commission. Tl vit le malade et celui qui avoit entrepris de le guérir ; il en étoit à la septième électrisation, et déjà la circonférence du hras atrophié s’étoit accrue de 6 millim. 7675 ( 3 lignes ) $ il reprenoit de la chair ; ses doigts plus flexibles , comme je viens de le faire observer, avoient une couleur plus naturelle, et sa voix, quoique cassée, étoit assez distincte, pour qu’on ne perdît pas un mot de ce qu’il disoit.
- On continua l’électrisation;mais,comme
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- ce malheureux ne vivoit que d’aumônes, la mauvaise nourriture qu’il prenoit lui avoit tellement dérangé l’estomac , augmenté la fièvre et rendu la langue si chargée , que Bigaudier jugea à propos de le purger et de le laisser reposèr.
- Il reprit ensuite le traitement ; mais le malade se trouva plus foible qu'auparavant : ses mauvaises-digestions avoient aussi augmenté les sueurs nocturnes, et sa toux étoit plus violente, à cause de l’air froid auquel il s’exposoit à la.suite de l’opération , surtout avec des habits trop légers pour le garantir de ses impressions.
- De Sauvages le revit alors, et s’étant ap-perçu, dit-il, que sa toux augmentait considérablement au bout d’une demi-heure d’électrisation , et qu’il suoit plus abondamment qu’il n’arrive ordinairement à ceux qu’on électrise , il vit clairement que cette opération fatiguoit sa poitrine déjà altéréej et, quoique le malade lui soutînt qu’il ne se trou-voit pas plus incommodé qu’avant l’opération, il lui conseilla d’interrompre le traitement, et d’aller à l’hospice de la Charité, ou chez lui se reposer, y prendre du lait et négliger pendant quelque tems sa paralysie,
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- D I C A h E.
- pour songer à sa poitrine, dont les besoins étoient plus pressans.
- Ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à le déterminer à suspendre un traitement qui avoit produit des effets surprenans, car sa jambe et son bras étoient dans un bien meilleur état. Il étend oit entièrement tous les doigts et serroit même assez fortement ; il portoit la main à la bouche ; il sentoit le plus léger attouchement ; il parloit distinctement; il se soutenoit sur sa jambe sans s’appuyer sur quoi que ce soit ; il frappoit fortement du pied et montoit seul des escaliers.
- Dès ique je commençai à le voir , dit le médecin de Sauvages, j’engageai fort Rigau-dier à ne lui donner plus de commotions. J’avois remarqué quesuivante, il avoit été fatigué de maux de reins , d’insomnie , de picotemens plus vifs au bras et à l’épaule; ce qui ne lui étoit point arrivé, lorsqu’on s’ét oit borné à l’électriser simplement, et à lui tirer des étincelles des parties paralysées , pendant l’espace d’une heure. Cependant Cette opération lui devenoit trop fatigante depuis quelques jours.
- On suspendit donc l’Electricité, comme le médecin l’avoit conseillé : il prit du lait ; ce B b 2
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- 388 DEL’ElECTRICITÆ qui n’empêcha pas qu’il ne fût attaqué d'une fièvre vive, accompagnée d’une grande difficulté de respirer. On fut obligé de lui tirer du sang et de le purger avec de la manne.
- La cause de ce redoublement de fièvre ëtoit la suppuration, qui s’établissoit dans le poumon ; aussi commença -1 - il à cracher. Ses crachats étoient purulens , mêlés de quelques filets de sang. Cependant le malade se levoit tous les jours et marchoit seul dans sa chambre.
- Il est à remarquer, dit le docteur de Sauvages , que les douleurs qu’il sentoit pendant la nuit, à la jambe paralysée, cédèrent à l’usage du syrop de pavot qu’on lui fai-soit prendre tous les jours au moment où, il se couchoit, e ^^'application de l’huile de pieds de moutons sur la partie.
- Il étoit dans cet état, et malgré les effets surprenans de l’Electricité, qui annonçoient la cure prochaine de la paralysie , rien ne pouvoit retarder la catastrophe qui le mena-çoit. Cependant^ Saunages, qui le vit dans ces derniers momens, ne fut pas peu surpris up matin d’apprendre qu’il étoit mort.
- Quoiqu'il eût toujours eu des sueurs froides, une toux sèche, une fièvre lente, rien n’an-
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- nonçoit encore le terme fatal qui le menacoit ; son oppression n’étoit point assez forte pour soupçonner sa fin si prochaine; il n’avoit point eu de diarrhée ; il n’avoit eu d’enflure qu’à un seul pied, et pendant deux ou trois jours seulement.; en un mot, il fut suffoqué subitement sans oppression, ne se plaignant uniquement que d’un mal de cœur, après s’être promené dans sa chambre.
- On l’ouvrit, et l’on trouva les poumons, sur-tout du côté gauche, extrêmement durs, squirrheux et noirâtres. Les ayant décour pés, il en sortit une matière purulente.
- Point de doute, d’après les dernières observations de de Sauvages , sur l’état de cet homme, et sur sa mort au moment où l’on s’y attendoit le moins , que l’Electricité avoit précipité cette, catastrophe, en ce qu’elle avoit hâté la suppuration des poumons, et c’est en cela qu’elle est on- ne peut plus avantageuse dans certaines tumeurs, dont il a été question ci-dessus.
- Il est donc des circonstances dans lesquelles il seroit dangereux de faire usage de ce moyen, quelque bien indiqué qu’il parût dans une maladie qu’on auroit à traiter. C’est-là le cas des contre-indications qui se
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- présentent, souvent dans la pratique de la médecine , auxquelles le praticien ne peut donner une trop sérieuse attention. .
- Je terminerai cet article par un phénomène plus singulier encore que le précédent, et qui semble prouver également qu’il est des circonstances dans lesquelles l’Electricité peut être nuisible au sujet, lors même qu’elle paraît on ne peut mieux indiquée, et qu’elle fait espérer la guérison de la maladie qu’on se propose de traiter. Ce Fait-, observé parle docteur Hart, se lit dans les Transactions Philosophiques de Londres. Il est encore rapporté par le savant Cavallo.
- Une fille âgée de seize ans, attaquée d’hémi. plégie, fut électrisée deux fois. A la seconde séance , elle devint, paralytique des deux côtés, et elle resta quinze jours en cet état. On employa les remèdes usités dans le traitement de la paralysie et ils dissipèrent celle dont elle venoit d’être saisie ; mais les parties antérieurement prises de cette maladie restèrent dans le même état. On recourut de nouveau à l’électrisation et l'on fut obligé d’y renoncer, dit le docteur Hart, parce que le même accident survint encore.
- Yoilà sans doute un fait qui nous apprend
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- que le fluide électrique fut plus nuisible qu’utile au sujet dont il est ici question ; mais il eut été à desirer qu’en nous en faisant part, le docteur Hart nous eût instruit de toutes les circonstances de la maladie primitive et de la cause.
- Au reste je ne vois ici qu’une métastase de l’humeur morbifique mise en mouvement par le fluide électrique et il est à croire qu’on eût pu la prévenir par des remèdes généraux, des évacuans et en faisant prendre à la malade , pendant le cours du traitement, une boisson convenable. C’est au moins ce qu’on auroit dû faire, la seconde fois qu’on a osé la soumettre au traitement électrique. C’est une réflexion que j'abandonne aux gens de l’art plus en état que moi de donner ici un bon avis. Je passe à une autre maladie de. la même classe, mais d’un ordre différent. .
- De l’Asphixie.
- On regarde, et à juste titre, Yasphixie comme le dernier degré de la syncope et de Mie-la défaillance, comme l’état le plus voisin de la mort. Elle peut être occasionnée par différentes causes , particulièrement par la B b. 4
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- respiration de quelques vapeurs méphitiques/ telles, par! exemple, que celles qui s’élèvent du charbon qu’on allume dans un lieu clos. C’est du vrai gaz carbonique qui suffoque ceux qui le respirent. C’est ce qu’on observe malheureusementtrop fréquemment, pendant l’hiver, dans les grandes villes où des gens peu aisés n’ont pour toute' habitation que des cabi* nets sans cheminée, dans lesquels ils sont obligés d’allumer du charbon, soit pour préparer leurs alimens , soit pour se garantir de la rigueur du froid. Il en est de même de la respiration de quantité d’autres émanations aussi dangereuses qui s’élèvent de differens endroits.
- ‘ Le moyen qu’on regarde comme le plus sûr contre ces sortes d’accidens, c’est, dit le médecin Portai, dans son ouvrage intitulé : Instruction sur les traitemens des Asphixiés par le Méphitisme, etc. imprimé en l’an IV -, par ordre et aux frais du gouvernement, c’est d’exposer l’asphixié au grand air , de l’y dépouiller , de l’asperger d’eau froide, lui faire avaler, s’il est possible, du vinaigre affoibli par trois parties d’eau froide et de lui donner des lavemens de la même •mixture, etc.
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- Veut-on un moyen plus prompt et aussi L’Eiectrici-sûr? La physique nous l'offre dans le fluide avima^uVe électrique. Daniel Bernoulli la recom-mande particulièrement ici, et l’expérience ce-, faite par le médecin Nicolas à Nanci en démontre l’efficacité. La voici.
- Ayant fait allumer du charbon dans un . Obserra-fourneau de tôle , il en conduisit les vapeurs sous un récipient sous lequel il avoit renfermé un lapin. Bientôt l’animal tomba en asphixie. Il le laissa quelques instans en cet état, pour qu’il.fût bien constaté. Il l’étendit ensuite sur un plan de glace , revêtu de chaque côté d’une armure métallique. C’est ce qu’on appelle en physique un tableau magique. Il chargea celui-ci d’Electricité, et lorsqu’il le crut suffisamment.chargé, il tira quelques étincelles du bout du nez du lapin. Elles furent assez vives, assez stimulantes , dit-il, pour le rappeler à la vie et lui faire dresser les pattes. Il lui fit ensuite éprouver deux à trois commotions fort légères , et l’animal se sauva. On le prit, on le remit avec ses camarades, et il se mit à manger avec eux.
- J’ai répété plusieurs fois la même expérience sur des pigeons , que j’asphixiois
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- 3p4 del’ElectricitÉ avec \e gaz carbonique ; et , sans lç-secours. de la commotion, ils ont tous été rappelés à la vie par de simples étincelles que je leur tirois à côté du ber. Cette expérience ne m’a manqué qu’une seule fois ; mais j’ai tout lieu de croire que l'animal étoit plus qu'asphixié , pour être demeuré trop long-tems dans une atmosphère de gaz carbonique.
- Ils auroient pu se rétablir, j’en conviens , par le seul contact de l’air , ce que j'ai observé plus d’une fois, mais non aussi promp- . tement. On ne doit donc pas négliger un secours aussi puissant dans une circonstance aussi critique.
- Dans l’expérience du médecin Nicolas , l’Electricité fut administrée de deux manières , par étincelles et par commotions ; les premières suffirent pour rappeler l’animal à la vie ; les commotions ne furent donc qu’un moyen auxiliaire, que je ne voudrois cependant pas négliger, parce qu’elles donnent une plus forte secousse à la machine qui a grandement besoin alors d’être ébranlée.
- Ce n’est pas que ces sortes d’étincelles ne soient très-irritantes, et elles le sont effectivement bien plus que celles qu’on tire ordinairement d’un conducteur ou d’un corps
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- électrisé. Celles-ci sont fortes, nourries, éclatantes j celles-là sont petites, aiguës et lancinantes , et c’est en cela qu’elles sont propres à retirer celui qui les reçoit de l’état d’engourdissement dont il est ici question.
- Mais où trouver , me demandera -1-on peut-être, un tableau magique assez grand pour étendre dessus une personne aspbixiée que l'on voudrait rappeler à la vie, selon la méthode du docteur Nicolas ? Cet appareil n’a pas besoin d’aussi grandes dimensions, parce qu’il n’est pas nécessaire que le malade soit étendu dessus , comme le lapin et les pigeons dont il vient d’être question. II suffit que la personne aspbixiée étant bien isolée, communique avec la surface électrisée d'un tableau ordinaire,et à son défaut, avec celle d’une bouteille de Leyde un peu grande néanmoins et bien chargée, pour que les étincelles qu’on tirera de sa face chargée soient assez actives, et le succès sera le même.
- Si le fluide électrique est on ne peut plus avantageux dans les cas d’aspbixie, il doit l’être, à plus forte raison, dans la syncope, et plus encor e dans une simple lipothymie , qui n’est qu'un état de défaillance, un éva-
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- 396 D E L*E LECTRICITÉ nouissement qui devance la syncope j c'est ce que, faute d’expériences, on peut raisonnablement conclure des observations précédentes. Il doit l'être encore dans tous les cas d’atonie et de foiblesse ; c'est ce que l’expérience constate journellement. Personne n’ignore qu’il donne du ton aux fibres relâchées. Il doit 'donc réussir très-bien dans certains genres d’assoupissemens parmi lesquels il en est un que je considérerai particulièrement , et dans lequel on lui a vu produire les meilleurs effets.
- De la Catalepsie.
- La catalepsie est une affection sopo-die. reuse qui surprend subitement. Son pa-roxisme est cependant précédé de douleurs de tête, d’une certaine pesanteur du- corps, je dirois même d’une espèce de stupidité. Malgré cela cependant, on est pris de catalepsie sans qu’on s’en apperçoive. On reste alors immobile comme une statue, privé de sentiment, les yeux ouverts et fixes, les membres ne perdant rien de leur flexibilité. On les fait plier à volonté, et quelque situation qu’on leur fasse prendre, ils la gardent
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- jusqu'à ce qu’on leur eu procure une autre ; la respiration se ralentit, en conservant toute sa liberté ; le pouls est plein, profond et obscur.
- A peine l'accès a-t-il cessé, que le malade se retrouve en bon état, sans avoir le moindre souvenir de ce qui lui est arrivé, sans conserver aucun symptôme de sou accident : au contraire, il semble plus propre à vaquer à ses occupations ordinaires.
- Sans lui ressembler en rien, la catalepsie a, comme l’épilepsie, ses retours périodiques. Les affections de l’ame, les chagrins cuisans, les méditations profondes : les travaux forcés sont ordinairement les causes de cette indisposition , que les vapeurs hystériques produisent quelquefois chez les femmes.
- Cette maladie tient singulièrement de l!af-fection hypocondriaque et hystérique : elle exige donc le même traitement. Peu de remèdes pendant l’accès, beaucoup après, mais appropriés à la cause dont elle procède ; et ce n’est pas un petit sujet de méditation que j’abandonne aux gens de l’art, pour ne parler ici que d’une tentative que je hasardai, et qui me réussit parfaitement.
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- Observa- Un jeune homme de mon voisinage, rue des Fossés-Saint-Jàcques à Paris, où je logeois en 1769, vint un matin me demander une bouteille d’eau de mélisse , pour en faire prendre à sa mère, qui s’étoit, me dit-il, évanouie sur sa chaise. C’étoit une veuve respectable, que je connoissois, et que je voyois quelquefois. J’allai donc avec lui, à dessein de lui donner tous les secours qu’il me seroit possible de lui administrer.
- . Je la trouvai à demi-couchée sur son lit, sur lequel on venoit de la transporter, et entourée de plusieurs personnes de la maison qui tentoient de la retirer de l’état léthargique dans lequel elles la croyoient tombée. Elle étoit sans connoissance, sans mouvement, sans sentiment , les yeux ouverts et fixes 5 l’un de ses bras élevé et tendu, dans la position qu’on venoit de lui faire prendre, après l’avoir agitée de diverses manières. Ce bras étendu me frappa ; je l’abaissai sans la moindre difficulté et il resta plié sur la poitrine ; j’élevai l’autre , et il resta pareillement dans cette position. Je fus donc alors persuadé qu’elle étoit dans un accès de catalepsie , et, quoique je ne comptasse pas beaucoup sur l’effet de l’eau de mélisse, je crus
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- ne pas devoir m’opposer aux désirs de son fils et des autres assistans qui se hâtèrent de lui en porter sous le nez, de lui en frotter les tempes , ainsi que la nuque du cou , et qui tâchèrent de lui en faire avaler une cuillerée." Le flacon fut bientôt épuisé et la malade étoit encore dans le même état. Des lave-mens purgatifs et stimulons , des stèrnu-tatoires lui auroient peut-être été plus utiles; mais j’imaginai que quelques commotions électriques produiroient plus d’effet. Je proposai donc ce moyen, et je m’offris de l’employer sur-le-champ. Son fils y consentit et vint m’aider à faire apporter un petit appareil électrique , dont la glace avoit o mètre 433o (16 pou. ) de diamètre, et une bouteille de Leyde revêtue d’une lame métallique, de la capacité d’environ o lit. 93i3 ( 1 pinte ) ; l’appareil fut bientôt monté. Je chargeai d’abord modérément la bouteille, avec laquelle je lui donnai successivement trois commotions d’une main à l’autre main et passant à travers la poitrine ; elles ne produisirent point d’effet sensible. Je la chargeai ensuite aussi fortement qu’elle pouvoit l’être, et la forte commotion qui en résulta eut tout le succès possible. La femme revint
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- 4oo de !’Electricité à elle sur-le-champ, étonnée et du monde qu’elle vit autour d’elle et de l’appareil qui se trouvoit sous ses yeux ; elle ne le fut pas moins de se voir sur son lit. On lui rendit compte de l’état dont on venoit de la tirer, et dont il ne .lui restoit pas le moindre symptôme , ni même le souvenir de ce qui l'avoit précédé. Elle nous dit seulement que le matin, elle avoit été fatiguée d’un mal de tête qui éloit alors tout-à-fait dissipé. Je laquiftai donc bien portante et je fis remporter mon appareil. Elle se porta très - bien pendant près de dix mois ; elle n’eut, pendant ce tems, aucun accès de catalepsie ; mais il lui survint une fièvre maligne dont elle mourut. C’est le seul exemple que je puisse citer des bons effets de l’Electricité dans cette espèce de maladies.
- A la juger par analogie, il paroîtroit naturel de conclure que le même remède réus-siroit également bien dans toutes les maladies du même ordre de cette classe, mais ne voulant rien avancer que je ne puisse confirmer par des expériences authentiques, je passe aux maladies de la classe suivante.
- § VII.
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- ;*D IC ALE.
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- V I I.
- LA SEPTIÈME CLASSE.:
- Des Douleurs.
- Sous ce nom générique on comprend toute Sensation plus ou moins vive, occasionnée par: le déchirement, l’érosion, la brûlure, la pression, ou la destruction de quelques parties nerveuses; or le siège de ces sortes de sensations peut être variable ou fixe. De là des douleurs vagues e1 des douleurs locales» Parmi celles du premier ordre , je n’en con-nois que trois auxquelles l’Electricité se soit montrée favorable ; la goutte, le rhumatisme et Xengourdissement. Parmi ces trois, la première, en faveur de laquelle j’avois conçu les plus belles espérances, est précisément celle contre laquelle mes travaux ont presque toujours échoué. J’ai en effet traité plus d’une douzaine de goutteux , et il n’eiL n’est qu’un seul que j’aie très-bien guéri. Plusieurs, à la vérité, ont été plus ou moins soulagés ; mais les autres se sont retirés tels qu’ils s’étoient présentés au traitement : aussi G ©
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- 402 D E L’E L E C T B I C I T Û depuis dix ans suis-je très - peu curieux de me charger de cette espèce de maladie, et je ne m’en charge que lorsque j'y suis, pour ainsi dire , forcé par quelque motif d'intérêt particulier pour le malade ; et je m’applaudis , lorsque je suis assez heureux pour le soulager.
- J’ai cependant toujours employé les méthodes les plus recommandées par ceux qui m’ont devancé dans cette carrière, et qui nous ont assuré en avoir obtenu de très-grands succès, que je suis fort éloigné de leur contester. Si je ne puis présenter ici qu’une seule observation qui me soit propre et qui date de 1781, j’en ajouterai quelques autres étrangères , bien propres à exciter le zèle des gens de l’art qui voudront, à leur tour, faire de nouveaux essais et tâcher de se rendre utiles à leurs semblables dans l’une des plus cruelles maladies dont l’homme puisse être affecté ; j’indiquerai en même-tems les méthodes d’électrisation qui parois-sent avoir le mieux réussi.
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- MEDICALE.
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- De la Goutte.
- h* goutte, généralement connue sous le Hom à'artrhitis, ou de maladie articulaire, parce qu’elle affecte particulièrement les articulations , prend différens noms, à raison "des parties sur lesquelles elle établit son siège. Sont-ce les pieds , on la nomme podagre. ; si ce sont les mains, chiragre ; gonagre, si ce sont les genoux*
- On la distingue communément en régulière , irrégulière ou anomale et remontée, selon les écarts auxquels elle est sujette.
- On ne se trompe guères sur cette maladie , lorsqu’elle excite de rives douleurs et qu’elles sont accompagnées de l’enflure des parties; mais si l’attaque est légère et qu’il ne paroisse aucun.signe extérieur > il est facile de la confondre avec une autre maladie. On se trompe encore plus facilement, lorsqu’elle se porte sur quelque viscère et qu’elle se masque sous les symptômes ordinaires d’une maladie propre à ce viscère ; douleur, tumeur , chaleur, rougeur, ce sont les symptômes les moins équivoques de la goutte à l’extérieur.
- Gc 2
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- 404 DE l'Electricité La tumeur cependant n’est pas toujours rouge ou enflammée ; elle est quelquefois œdémateuse , ou boursoufflée. Dans ce cas, la douleur est moins vive ; mais la goutte n’en est pas moins certaine. Dans le cas contraire , où la tumeur est enflammée et la douleur très-vive , celle-ci s’appaise ordinairement le matin , quelquefois non ; mais pendant le jour elle a de véritables intermittences. Est-elle appaisée, le mouvement peut la renouveler , et souvent elle change de place au moment où l’on s’y attend le moins. C’est l’effet d’un déplacement du virus arthritique , et ce déplacement peut être très-dangereux. Il l’est presque toujours lorsqu’il se porte à la tête , à la poitrine, ou sur quelque viscère du bas - ventre. Je ferois un volume de tous les phénomènes que la goutte peut faire observer ; mais il suffit ici d’avoir indiqué les principaux caractères auxquels on peut la reconnoître, afin qu’on puisse se décider à lui administrer le fluide électrique, auquel on doit des guérisons qu’on n’eût pu obtenir aussi promptement de tout autre moyen. Je ne dois cependant pas laisser ignorer que l’Electricité occasionne des métastases qui deviendraient souvent très-dange-
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- MÉDICALE. 4<j5
- reuses, si on n’avoit aucun moyen de les prévenir ou d’y remédier. C’est ce dont se plaint le médecin Zetzett , dans une savante Thèse soutenue à Upsal en 17S4. Les douleurs de la goutte , dit-il, ne résistent point à l'action du fluide électrique ; mais on a malheureusement observé , ajoute-t-il, que le virus arthritique étoit alors reporté à l’intérieur où il causoit de grands ravages.
- Cavallo , qui connoissoit très - bien cet accident, nous apprend qu’on le prévient en tenant le goutteux fort peu de tems dans le bain électrique. Il veut donc que le fluide électrique lui soit continuellement enlevé par une pointe présentée à l’endroit où ce virus paroît fixé ; et plus d’une expérience dépose en faveur de ce procédé.
- Je préférerois cependant le suivant, indiqué par le savant Mauduyt , auquel il a parfaitement réussi plusieurs fois. Il joignoit à l’Electricité, administrée en forme de bain ; des boissons sudorifiques , et il se hâtoit de purger le malade dès qu’il s’appercevoit du déplacement du virus arthritique ; déplacement qui se manifeste par la diminution de la gravité des symptômes de la maladie. Cette méthode a pareillement très-bien réussi C c 3
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- 4o6 de l’F. l e c t r i c i t é au médecin Mazars, à Toulouse, dans une circonstance,à la.vérité, où la goutte ,fixée sur les genoux de la malade, y étoit accompagnée d'une tumeur œdémateuse. Voici le fait.
- "= Une fille nommée Dufour, dit - il dans son premier Mémoire, âgée de soixante-dix-neuf ans , d’une constitution forte et vigoureuse , avoit les genoux très-tuméfiés, rénit-tens, de couleur violette et couverts d’une infinité de petits vaisseaux variqueux. Us étoient si sensibles, qu’elle ne pouvoit les exposer au plus léger frottement, ni se tourner dans son lit, sans souffrir les plus vives douleurs, qui redoubloient lorsqu’elle essayoitde marcher, et elle ne pouvoit faire un pas dan* sa chambre sans le secours d’une canne et d’une domestique qui la soutenoit, ou d’une chaise dontelle se servoiten l’absence de celte fille , au moyen de quoi elle se traînoit, tant bien que mal, pour ses plus pressans besoins.
- C’étoit une maladie compliquée, occasionnée par une humeur goutteuse qui s’étpit fixée sur les genoux. Elle avoit fait usage, pendant long - tems, de cataplasmes de différentes espèces , de sang-sues, de purgatifs et autres remèdes, tant internes qu’externes,
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- , MÉDICALE. 407
- sans que rien eût adouci la véhémence et l’opiniâtreté de ses maux.
- Le médecin Mazars commença à l’électriser le 16 juillet 1779, en m^me - 1ems il lui fit prendre des bouillons d’écrevisses le matin à jeun $ le soir, un verre de tisane diaphonique., ce qui la faisoit beaucoup transpirer , et il eut soin de la purger plusieurs fois.
- Les premières étincelles, qu’il tira de ses genoux , produisirent la sensation qu’un fluide doux et agréable eut produit en coulant entre cuir et chair. C’est ainsi qu’elle désigna elle-même l’effet de ces étincelles. Quelques, jours après, cette sensation se changea en un sentiment de fourmillement qui la faisoit un peu tressaillir. Ce ne fut qu’au commencement du mois d'août, qu’elle jugea l’action des étincelles telle qu’on l’éprouve communément. '
- A cette époque, les douleurs furent infiniment moins vives , la malade fut en état de se tourner dans son lit, et avec assez d’aisance , sans souffrir, de marcher dans sa chambre , à l’aide d’une canne seulement} le volume de ses genoux parut diminué de 9 millim. 0233 ( 4 lig. ). Quinze jours après,
- Ce 4
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- 408 de l'Elf,ctric i t I cette diminution alla à Scentim.ybÿo (t po.);' leur couleur violette fut beaucoup éclaircie ; la tumeur bien plus souple ; la douleur du genou gauche ne se fit plus sentir ; il n’y en eut que par intervalles au genou droit ; elle allait de chez elle à pied se faire électriser, sans aucun appui que celui de sa canne, et le bras d’une fille sur lequel elle ne s’appuyoit que faiblement, et elle s’en retournoit de même.
- Vers la fin du mois, le genou gauche fut entièrement rappelé à sa couleur et à son volume ordinaire ; le genou droit en appro-choit de beaucoup, et les impressions de douleurs qui s’y étoient fait sentir de loin en loin, furent tout-à-fait dissipées.
- Au commencement de septembre, les deux genoux étoient parfaitement revenus à leur état naturel ; la malade marchoit seule, sans canne, et dans sa chambre et dans la Tue ; elle se mettait facilement à genoux, et y demeuroit long-tems.
- Le docteur Mazars ajoute qu’une petite tumeur lymphatique indolente , dont elle ne s’étoit jamais occupée, située à l’extérieur ,de la main, sur l’articulation de la première phalange du doigt du milieu avec la seconde,
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- médicale; 409 Se trouva résolue, au grand étonnement de la malade.
- A dater de ce moment, ajoute le médecin , je lui fis cesser tout remède, et elle a joui depuis de la meilleure santé , si l’on en excepte qu’elle s’est quelquefois plainte, en tems humides, de quelques petites douleurs au genou droit, à raison de quoi elle est venue de tems en tems se faire tirer quelques étincelles de ce genou, moins par besoin, disoit-elle, que par précaution et par recon-noissance, pour le bien qu’elle avoif retiré de l’Electricité.
- Lorsque Mazars rédigeoit cette observation, il y avoit près de cinq mois qu'elle n’avoit usé de ce préservatif. Je l’ai rencontrée, dit-il, assez fréquemment, et dans la rue et en plusieurs maisons, et elle n’a cessé de confirmer, et par ses aveux et par sa manière de marcher, la solidité de sà guérison.
- Si la complication de cette maladie lais-soit quelque doute sur son caractère, si an lieu d’attribuer les douleurs dont la malade étoit tourmentée au virus arthritique fixé sur ses genoux, on ne les regardoit que comme l'effet de l’œdême qu'on y remar-
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- 410 DE l’E 1. E C T R rc IT É quoit, l’observation suivante lèvera sans doute toute difficulté à cet égard ; et on sera intimement persuadé que l'Electricité est un excellent moyen à opposer à la goutte. Voici de quelle manière s’exprime le savant de Sauvages, dans une lettre qu’il écrivit en ryéo, à l'académicien Morand.
- J’avois il y a deux mois, lui marque-t-il, une douleur de goutte au pied gauche; je me suis fait électriser, et deux électrisations ont été suffisantes pour me guérir pendant un mois. La douleur est revenue , .je boitois de nouveau, et une seule électrisation m’a parfaitement guéri.
- Il lui marque, outre cela, qu’à chaque fois qu’il fut électrisé, une sueur visqueuse fui sortit de la partie maladey et que cette sueur dura jusqu’au lendemain ; et il ajoute qu’il avoit déjà vu beaucoup d’exemples de semblables guérisons : cependant ce savant médecin n’osoit en conclure que l’Electricité fût un remède infaillible contre la goutte. Il faut, disoit-il, plusieurs années et quantité d’observations sur une maladie, pour accréditer un remède : il raisonnoit très-prudemment alors, où l’on connoissoit à peine l’Electricité, et où les opinions étoient
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- on ne peut plus partagées sur ses effets sur le corps humain. Il ne pouvait donc être trop circonspect à cet égard, et il falloit attendre que l’expérience se fût aussi favorablement expliquée qu’elle l’a fait par la suite, avant de prononcer sur cette pratique, sur-tout dans une maladie telle que celle dont il est ici question, où le fluide électrique mal administré peut occasionner de dangereuses métastases. Je regarde donc comme deux heureuses imprudences les deux traitemens dont je vais faire mention.
- Jetirela première d’un ouvrage du docteur Guelmalz,sosies vertus médicales deCElec-'tricité, publié en iyS3 à Leipsick ; on y lit qu’un homme âgé de quarante ans avoit la goutte avec une tumeur au carpe, où se trou-voitle siège de la maladie. Il fut guéri, dit-il, dans l’espace de huit jours par des commotions. Or il est à croire que ces commotions furent de l'espèce de celles que l’on donne ordinairement en physique, et qui passent par la poitrine , puisqu’on ne connoissoit point alors la méthode de les borner à la seule partie du corps qu’on a dessein de com-mouvoir, et celles-ci mêmes administrées, dans cette circonstance, au seul métacarpe
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- 4*5 DE L’EtE CTRICITÉ
- où résidoit le virus arthritique, n'eussent point été sans danger, car il faut beaucoup moins qu’un pareil ébranlement pour déplacer ce virus.
- Par la même raison, et malgré le succès dont il fut couronné, je ne puis approuver un semblable traitement, dont le docteur Gar-dane fit usage dans une pareille circonstance.
- Quatrième Une femme nommée Zaboin , dit-il dans
- ibservation. . , . . , ,
- son ouvrage cite ci-dessus, tourmentée depuis et pendant deux ans de la goutte, n’avoit tiré aucun soulagement des remèdes indi-qués-eontre cette cruelle maladie ; ses jambes seulement lui faisoient moins de mal ; mais ses bras étoient devenus si douloureux , qu’elle en avoit perdu l’usage.
- Electrisée par de petites commotions , dont on augmenta insensiblement la force,
- . en vingt et quelques jours de tems elle se remua sans peine, et ses douleurs cessèrent pendant cinq jours, après lesquels' elle les ressentit, mais moins fortes; il lui survint en même-tems une tumeur sur l’un et l’autre poignet, qui disparoissoit et se remontroit avec les douleurs. Tous ces accidens néanmoins ne persistèrent que huit jours, après lesquels la malade fut guérie.
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- médicale: 41Î
- Ces accidens eussent dû inspirer au docteur Gardane de la méfiance pour les commotions , car il étoit évident que ces tumeurs n’étoient autre chose que l’effet d’une métastasé, d’un transport de l’humeur arthritique sur les poignets, et il étoit à craindr* qu’un virus aussi mobile ne se déplaçât de cet endroit pour se jeter sur la poitrine ou sur tout autre viscère ; au surplus, personne n'étoit plus en état que cet habile médecin de remédier à cet accident, qu’on n’auroit point eu à redouter en suivant une méthode d’électrisation plus douce ; mais il faut observer aussi qu’à cette époque on connois-soit bien peu les vertus médicales du fluide électrique, et qu’on n’alloit, pour ainsi dire, qu’en tâtonnant dans l’administration de ce remède. On ne peut trop en modérer l’activité , dans la circonstance actuelle : c’est un précepte très-sage de Cavallo, qui dit expressément qu’t'/ faut éviter ici les chocs électriques. Il paraît, par le procédé qu’il , indique , qu’il interdit jusqu'aux étincelles tirées des parties sur lesquelles le virus arthritique a fixé son siège ; mais je croirais qu’on pourrait très-bien se permettre cette pratique , en suivant l’avis du docteur
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- 414 be l'Electricité Mauduyt, qui recommande d’administrer en même-tems au malade des boissons diapho-réliques, qui poussent les humeurs du centre àlacirconférence, et conséquemment déterminent l’expulsion du virus arthritique. En ajoutant de loin en loin à ces boissons quelques légers minoratifs, on n’aura point à redouter de dangereuses métastases, cinquième Ce fut de celte manière que je me observation. c0mp0rtaf j l’égard d’un homme sujet à cette terrible maladie, dont il étoit assez fréquemment tourmenté, et dont les accès ne duroient guères moins d’un mois, et quelquefois au-delà. Il y avoit déjà quelque tems que je le sollicilois à se faire électriser, avec le plus grand désir de le guérir. Il s’y détermina enfin, et me fit prier un malin de vènir . à son secours, se trouvant alors extrêmement tourmenté de l’accès qui lui étoit survenu. Je l’allai voir : le siège de son mal étoit au pied , qui étoit fort enflé, sur-tout vers la malléole externe, qui étoit un peu enflammée. Il se fit apporter le jour même, et je l’électrisai par bain, auquel j’ajoutai la méthode de l'exhaustion , présentant à sa malléole une pointe non isolée qui lui enle-voit le fluide électrique à mesure qu’il af-
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- fluoit vers cet endroit. Je lui fis prendre en même-tem.s, tous les matins et pendant la duree du traitement, quatre verres de tisane d'esquine.
- Dès le quatrième jour, la rougeur et l’enflure diminuèrent, les douleurs furent moins vives. Je le purgeai le jour suivant avec deux onces de manne seulement, selon la méthode de Mauduyt , que je connoissois long-tems avant qu’il l’eût publiée, et je repris le traitement le lendemain. Les douleurs diminuèrent progressivement dès le neuvième jour ; il vint à pied le onzième, et se crut assez bien guéri pour cesser le traitement. 11 ne lui resta qu’un peu d’enflure au pied , encore ne paroissoit-elle que le soir, et elle étoit entièrement dissipée le lendemain matin à son lever.
- Cinq mois après, il eut un nouvel accès, mais moins violent que le précédent, et au même endroit. Six jours du même traitement , aidé de la même tisane et du même médicament, suffirent pour le guérir. Ce fut à la fin d’octobre 1781 que je fis cette première cure, et la seconde au commencement d’avril 1782. Je partis le mois suivant pour Bourges, où je n’ai point eu la satisfaction
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- 416 d e l’E l K C T B I C I T É de réussir aussi bien sur quelques goutteux que j’ai eu occasion d'électriser. A quelque soulagement près, que quelques-uns d’entre eux ont éprouvé, les autres , et c'est ce-pendantle plus petit nombre, se sont retirés dans le même état dans lequel ils s'étoient présentés.
- Du Rhumatisme.
- Si, dans l’article précédent, je n’ai point eu à m’applaudir de mes travaux en Electricité , j’en suis amplement dédommagé dans celui-ci, sur lequel j’aurois matière à un volume d’observations. Depuis, en effet, 1782 jusqu’en l'an XI, dans lequel nous sommes aujourd'hui, je trouve dans mes notes trois cent vingt-un malades guéris de cette cruelle maladie, dix-huit plus ou moins soulagés, et trois seulement auxquels l’Electricité n’a procuré aucun avantage sensible j ce qui fait en tout trois cent quarante-deux malades que j’ai traités de cette maladie, dans l’espace de vingt ans ; ce qui ne fait cependant pas dix-sept par an , car il y a des années où il s’en est présenté très-peu , d’autres beaucoup davantage. En l’an VII
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- l'an VII sur-tout , depuis ;vendémiaire jusqu’au 20 frimaire, j’en ai traité trente-deux, dont trente-un ont été guéris le trente-deuxième fut soulagé , et six autres guéris pendant la durée de la même année. J’en produirai quelques-uns sur la scène dans le cours de cet article, et je choisirai ceux dont l’état étoit le plus grave ; commençons par nous former une idée de cette fâcheuse maladie*
- Le rhumatisme est une maladie dont le principal caractère est une douleur vive qui se fait sentir dans les parties musculeuses , membraneuses et même dans le périoste. Cette douleur fait ordinairement naître une difficulté dans lès mouvemens volontaires des parties affectées de rhumatisme, parce que ces mouvemens augmentent la vivacité de la douleur.
- On confond quelquefois le rhumatisme avec la goutte : ces deux maladies ont effectivement quelques analogies entre elles ; l’une et l’autre sont accompagnées de gonflement et d’inflammation, et produisent souvent des concrétions tophacées dans les articulations) mais elles diffèrent à tant d’égards, qu’un habile praticien ne s’y méprend pas. Le seul
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- 4i8 de l’Electricité caractère de la: douleur suffit pour les faire distinguer^ Dans le rhumatisme, la douleur est tensive, gradatioe ; dans la goutte, elle est pungitioe , lancinante.
- Il y a des rhumatismes qui affectent toute i’habitude du corps,. quelques - uns n’attaquent que certaines parties , et ceux - ci se distinguent lés uns des autres par le siège qu’ils occupent : celui qui se jette sur les muscles du col, s’appelle torticolis; celui qui affecte ceux de la poitrine, se nomme fausse pleurésie : se porte-t-il sur les muscles des lombes, ou lui donne le nom de lombago ; se fixe-t-il sur la hanche, sur la cuisse , c’est une sciatique.
- Le printems et l’automne sont les deux saisons dans lesquelles les rhumatismes régnent le plus ordinairement : -leurs causes sont en général la suppression de la transpiration insensible. On comprend de là que le changement subit des saisons, ainsi que le passage rapide du chaud au froid, doivent occasionner cette, maladie. Les habitations humides la provoquent également.
- Je dirailamême chose de la suppression de quelqU’évacuation naturelle que ce soit , et même d’une évacuation qui-ne serait pas
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- naturelle, à laquelle le corps serait habitué , et qui, par cela seul, est devenue comme naturelle. .
- Un accident contraire , une évacuation trop abondante, une grande hémorragie , par exemple, peuvent faire naître le même mal; une vie molle et sédentaire, des excès en tout genre, sur-tout l’usage immodéré des liqueurs fortes, etc. la fout naître égaler
- J’ajouterai encore que quelques maladies chroniques, telles que 4e scorbut, le mal syphilitique, et en général tout ce qui vicie les humeurs sont quelquefois la cause la plus prochaine de cette cruelle maladie.
- De quelque cause qu’elle procède , le rhu- ttau » matistne'est aigu’bn chronique. Le premier EôatùLe. qu’on appelle aussi inflammatoire, s’annonce par des frissons et de la fièvre qui devancent d’un jour ou deux les douleurs rhumatismales. Cétte fièvre n’a point de type particulier; tantôt foible , tantôt véhémente, die est continue, ou plutôt rémittente ; car ses accès sont marqués èn quotidienne. Elle n’est point, ordinairement de longue durée; mais rarement voit-on les douleurs cesser avec elle. Elles sôat bien plus tenaces, quoi-Dd 2
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- que moins vives après la fièvre, et elles se
- font encore sentir long-tems.
- Le rhumatisme chronique survient sans fièvre , ou elle n'est pas forte. Il est ordinairement local, et les parties du corps qu’il attaque ne sont que peu ou point gonflées, ni enflammées.
- Ces deux espèces de rhumatismes exigent des traitemens différens, et, quoique cet objet soit tout-â-fait étranger à celui qui nous occupe, puisque la connoissance de ces traitemens ne peut nous guider sur l’administration de celui que nous allons proposer , j’en dirai cependant un mot en faveur de ceux qui, affectés de rhumatismes, n’au-roient point la facilité de se faire électriser.
- Je dirai donc que lé rhumatisme» aigu ou inflammatoire exige quelques saignées ; mais qu’elles doivent être faites dès les premiers jqurs de la maladie. Différées au - delà du septième, elles rendraient le mal plus rebelle à guérir. H est des circonstances dans lesquelles un vomitif, donné le lendemain de la première; saignée, peut être très-avantageux. Il importe beaucoup ici de tenir le ventre libre, ou par des lavemens, ou par des légers laxatifs \ mais il faut biea.se gar-
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- der, sans de graves raisons1, d'administrer des purgatifs, avant le déclin de la maladie. Les délayans , les rafraîchissans, les diurétiques , les diaphoniques, etc. sont les moyens qu’on emploie le plus avantageusement pendant le tems du paroxisme.
- Je ne parlerai point des topiques, dont les bons praticiens font très-peu de cas. Cependant il est des remèdes externes qui peuvent être très-avantageux : ce sont les sangsues et les vésical oires ; mais il île faut y avoir recours que lorsque la rougeur et la tension des parties n’ont point cédé aux atitres remèdes.
- Dans le rhumatisme chronique, ce sont les bains dé vapeurs et ceux des eaux minérales qu’il convient d’administrer, et auxquels il faut joindre des frictions faites avec de la flanelle chaude.
- Dans l’une et l’autre espèce de rhumatisme , l'Electricité est un des meilleurs remèdes auxquels on puisse avoir recours, avec cette différence cependant que, dans le rhumatisme aigu, il ne faut employer ce moyen qu’après le premier période de la maladie, lorsque la fièvre a cessé, et qua les douleurs persistent. Dans ce cas, il faut
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- 422 D E L’E LECTRICI.TÉ joindre au fluide électrique des médicamens convenables à l’état du malade et au vœu de la nature: ce sont ceux que j’ai indiqués ci-dessus.
- Il n’en est pas de même du rhumatisme chronique. On n’a point à combattre d’abord la fièvre et à attendre qu’elle soit passée, puisqu’elle n’existé point iei. On peut recourir sur-le-champ à l’Electricité, et s’il n’est pas nécessaire de lui associer d’autres rémè-des , ils he seroient cependant pas déplacés et peut-être accéléreroient - ils la guérison : c’est ce qui est arrivé plus d’une fois.
- Le petit lait,ouïe tartrite acidulé de potasse, ( crème de tartre ), pris dans de l’eau de gruau, m’ont souvent très-bien réussi \ mais c’est àu caractère de la maladie, à l’état actuel du malade , à indiquer les remèdes dont il convient de faire usage.
- Les physiciens Anglois se sont très - bien trouvés , dans cette maladie, de l’Electricité qu’ils administroient de deux maniérés, au rapport dè Cavallo. .
- i °. Ils isoloient le malade, qu’ils mettoient eii communication avec le conducteur de la machine électrique , par sa partie affligée de l’hameur rhumatisantè j puis ils présen-
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- toient nne pointe au côté opposé de cette partie. Par ce moyen ils obligeoient la masse de fluide électrique, qui y abordoit, à la traverser.
- 2°. Ils isoloient encore le malade, et,après l’avoir mis en communication avec le conducteur, par l’une des extrémités de la partie affligée de douleurs, ils couvroient cette partie de flanelle sur laquelle ils promenoient la boule d’un excitateur, et conséquemment ils éleetriaoient cette partie par frictions.
- Wilkinson vante également ces deux méthodes dans les rhumatismes occasionnés par refroidissement , sur - tout lorsqu’ils ne sont point accompagnés de l’enflure des parties , ou que cette enflure est légère et la maladie récente ; mais si elle est invétérée , il pense que ni l’une ni l’autre ne peuvent suffire.
- Je pense comme lui , et je crois que , dans ce dernier cas , ces deux méthodes sont trop foibles. C’estaussila raison pour laquelle j’ai toujours préféré le bain électrique et les étincelles, auxquelles j’ai souvent joint de légères commotions dont j’ai progressivement augmenté la force, à raison de la constitution du sujet; méthode qui m’a presque Dd 4
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- 424 de l’Electricité toujours réussi. En général, plus le rhumatisme est ancien , moins on doit compter sur l'Electricité ) c’est la conclusion qu’il sem-bleroit que l’on dût tirer des deux observations suivantes, que je prends dans l’excellent ouvrage du médecin Mauduyt.
- Première Un ouvrier en boutons de métal, dit - il j fut surpris, subitement à la fin de l’hiver , d’un rhumatisme si violent sur l’un de ses bras > qu’il en avoit perdu le sommeil depuis six jours , et qu’étant demeuré seul dans sa chambre, il lui fut impossible de s’habiller.
- Ce fut en cet état que cet habile médecin [•électrisa, en lui tirant beaucoup d’étincelles de la partie malade. Dès le premier jour, il éprouva un soulagement marqué ; et dans l’espace de quinze, il fut guéri.
- Pendant dix-huit mois, il jouit d’une très-bonne santé ; mais au commencement de l’automne qui survint, il fut attaqué d’un second rhumatisme aussi violent que le premier. Il se porta au même endroit et s’étendit encore davantage. Le docteur Mauduyt le traita de nouveau et de la même manière, et le guérit plus promptement $ ce fut l’affaire de huit séances, dont la durée de chacune étoit d’environ une demi-heure.
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- Il ne fut point aussi heureux dans le traitement d’un autre rhumatisme, mais qui étoit très-invétéré. Voici le fait.
- Une femme , dit-il, attaquée d’un rhuma- ^ Second» tisme très - douloureux, dont elle souffrait depuis plus de dix ans, n’éprouva aucun soulagement d’un semblable traitement continué pendant quinze jours. Fut-ce la faute du remède ou du médecin , qui ne le continua pas assez long-tems, ou qui n’employa point une méthode d’électrisation assez active , et qui n’y joignit point d'autres moyens qui auroient pu concourir au soulagement de la malade ? C’est ce que je ne déciderai point ; tout ce que je puis assurer , c’est que j’en ai guéri de très - invétérés , en réunissant les moyens indiqués ci - dessus , non toujours indispensablement nécessaires ; et le docteur Mauduyt lui - même a éprouvé la même chose dans une pareille circonstance. Voici ce qu’on lit dans le même ouvrage.
- Une femme , dit-il, étoit affectée, depuis Troisième près de dix ans, d’un rhumatisme fixé sur les muscles du col, et dont les douleurs s’éten-doient plus ou moins sur les épaules. Ces douleurs étoient si vives, qu’elles interrom-
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- 426 D E L’El E C TR I C I T É J poient »on repos pendant la nuit : elles se • fenonveloient sur-tout au tems de ses repas', et elle étoit obligée de quitter la table, de chercher sur un fauteuil une attitude qui pût la soulager, et d’y attendre que la douleur fût assez diminuée pour continuer son repas.
- On avoit inutilement employé tous les secours de l’art} on se détermina enfin à la faire électriser. Elle le fut pendant deux mois, et, pendant ce traitement, elle fit usage de pilules savoneuses et d’une boisson sudorifique ; moyens employés antérieurement et sans succès.
- Après une électrisation soutenue tout le teins indiqué ci-dessus, elle se retira, n’éprouvant plus que par intervalles de légères douleurs et de peu de durée, n’étant plus obligée , depuis quelque tems, d’interrompre ses repas et jouissant du repos de la nuit, sans qu’il fût troublé par des douteurs.
- Cette guérison en resta-t-elle là ; et si elle en resta.là, fut - ce parce que l’Electricité n’opéroit plus rien ; ce qui arrive quelquefois , rarement cependant, ou parce que le médeein crut devoir laisser reposer la malade , ou enfin parce que celle-ci borna là
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- tous ses désirs, et, qu'elle fut satisfaite dé l'état dans lequel elle se trouvoit ? C’est ce que Mauduyt nous laisse ignorer. Toujours est-il certain que, si cette femme ne fut pas radicalement guérie, elle dut être très-satisfaite du changement que l’Electricité vertoit d’opérer en elle, dans une maladie, un rhumatisme aussi grave que celui dont elle étoit tourmentée depuis près de dix ans.
- Le docteur Mazars ne fut pas moins heureux que Mauduyt ) dans un rhumatisme plus in-vétéré encore et non moins tourmentant que le précédent, quoique d’une manière bien différente. Voici le fait.
- Une fille nommée Bassoua , âgée de qua- q™ ranteans, d’un tempérament sec et bilieux, observa se plaignoit, depuis quatorze ans, de douleurs rhumatismales goutteuses universelles, qui redoubloient au moindre changement de tems, et d’un sentiment de froid général qui l’obligeoit à se chauffer pendant les plus grandes chaleurs de l’été.
- Ses doigtsparticulièrement ceux de la main gauche , étoient décharnés , roides et si sensibles, qu’elle jet oit les hauts cris, pour peu qu’on la touchât ; elle ne pouvoit en faire aucun usager celui du milieu et l’annulaire
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- 428 ds x’EtïCTRicixé étaient tuméfiés vers la paulme de la main; ses genoux étaient agités de tremblement, pour peu qu’elle restât debout, et ils étoient si douloureux et si peu flexibles, qu’elle ne pouvoit s’agenouiller.
- Ses extrémités inférieures n’étoient point en meilleur état ; et, pour se mettre au lit, elle était obligée de se coucher d'abord sur le ventre; puis un domestique la prenant pag les jambes, les élevoit jusqu’à la hauteur du lit , les portait ensuite dessus, les y éten-doit et la tournoit après cela lentement sur le dos. En cet état, elle se hissoit sur son chevet, du mieux qu’il lui étoit possible; mais elle ne pouvoit changer de place sans un secours étranger.
- Après avoir épuisé inutilement tous les remèdes ordinaires, elle eut recours au médecin Mazars, qui l’électrisa. Il commença ce traitement le 26 juillet 1777, et la mit à l’usage de quelques légers incisifs et successivement de quelques diaphorétiques, des déiayans et adoucis sans , etc. Cette simultanéité de secours lui réussit si bien, qu’à compter du milieu du mois d’août suivant, la malade n’éprouva plus les impressions de froid qui lui rend oient le feu nécessaire
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- jusqu’au milieu de la canicule. L’extrême sensibilité de ses doigts diminua peu-à-peu et fut totalement dissipée ; l'enflure disparut de ceux qui étoient enflés, et tous prirent de la nourriture , de la force et de la flexibilité; ses genoux se raffermirent ; elle acquit la faculté de marcher et de se coucher sans •aucun secours étranger.
- Une tumeur blanche indolente, de la grosseur d’un œuf de poule d’Inde, qu’elle portait depuis plusieurs années sur la malléole externe de la jambe droite , diminua de deux
- Le médecin crut devoir suspendre l’électrisation pendant le cours de l’hiver ; et lorsqu’il la suspendit, sa malade avoit, dit-il, bon appétit ; ses évacuations périodiques , qui souffraient quelquefois des retards très-considérables , et quelquefois s'éclipsoient pendant quelques mois, étoient alors très-régulières ; elle acquérait de l’embonpoint: elle avoit pris le lait d’ânesse pendant quarante jours, et pendant deux mois , soir et matin, celui de vache, coupé avec la décoc-tionde la tige de douce-amère (dulcamara), plante diurétique et anodine.
- Cette plante , dit le docteur Mazars,
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- 43o pe l'Electricité
- m’afôft paru d’une inefficacité absolue dans ce pays , si ce n’est en la-portant à des doses que j’aurois cru trop fortes dans le bas Lan-» guedoc, où je l’avois souvent employée. Je me déterminai donc à prendre ce parti à Toulouse, et le succès répondit on ne peut mieux à mon attente.
- Le premier. jour , continaer-t-âl , j’en fis* prendre à la malade o décag. 7648 ( 2 gros ) matin et soir 5 trois jours après , i décagr. 1478 ( 3 gros ) j trois autres jours après , 1 décag. 5297 ( 1 demi-once ) ; enfin 3 décag. 0694 ( 1 once ) le matin, une autre le soir.
- A cette dernière dose, elle éprpuva un rétrécissement de gosier, une sécheresse de langue qui durèrent une demi-heure et. se dissipèrent d’eux,-mêmes. Cet accident, qui ne lui causâ aucune inquiétude, et qui n’eut plus lieu par la suite, ne m’empêcha pas d’insister sur la même dose. Je. le regardai seulement comme ;ime assurance de l’action du renièdeet comme un avertissement des précautions que j’au-rois à mettre aux graduations ultérieures que j!aurois pu faire par la suite. J?aügmehtaî cependant encore ta dose et je lui en fis prendre 4 décagr; 5891 (1 once etdemie) lç matin et autant le soir.
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- médicale.’ 43i
- J’ài rapporté eette observation sur l'usage de la douce-amère , parce ' qu'elle m’a paru importante à ceux qui voudraient faire usage de la même plante. Ils apprendront qu’ils doivent être prudens dams son adminis? •tration et qu’il faut en graduer progressivement les doses, afin d’éviter les accidens qu’en pourrait produire une lro.p forte dans le principe. C>» sait que le corps s’habitue à un remède Irès-aclif, lorsqu'on commence par une Irès-petite dose. Revenons à notre malade.
- Elle trouvoit, dit le docteur Mazars, qu’elle dormoit beaucoup mieux, depuis-qu’elle usoit du remède dont nous venons de parler;qu’elle se tournait et netoumoit plus commodément dans son lit „ et que «es , douleurs étoient émoussées. Elle nelesayoiteiïèctivementque foiblement senties pendant les froids rigoureux qui étoient survenus. dans île cours de l’hiver.
- Elle étoit moins libre depuis quelques jours, •ajoute-t-il ; ce qui l’a déterminé à en revenir à la douce-amère et à l’Electricité. Une expérience de .quatorze années lui a appris que rien n’est égal à l’opioiâtre persévérance des maux dont elle a été affligée , et la raison lui a dit que ce n’est qu’à force de les
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- 43s de l’Electricité combattre, qu’on peut parvenir à s’en débâlV rasser entièrement.
- J’ignore les succèsultérieurs de cette cure, non encore terminée lors de la publication >du Mémoire du docteur Mazars ; mais toujours est-il certain qu’on ne connoît point de. remède dans la pratique ordinaire de la médecine, qui eût pu produire d'aussi bons effets que ceux qu’on obtint ici de l’Electricité. En voici un exemple aussi frappant que je tire du même ouvrage.
- Marie Lafitte , âgée de quarante - deux ans, éprouvoit depuisquatre années des douleurs rhumatismales goutteuses aux mains, aux doigts, aux genoux , aux pieds et dans toute la longueur de la colonne vertébrale, avec tuméfaction des mains et des pieds. Ces douleurs étoient si fortement aggravées par le froid, qu’elle ne pouvoit absolument marcher pendant l’hiver, ni se servir de ses mains.
- Elle avoit consulté plusieurs médecins, qui lui avoient prescrit différons remèdes , et l’àvoient envoyée aux bains de Bagnères de Bigorre. Au lieu d’adoucir ses maux, ces bains n’avoient servi-qu’à les augmenter et à les rendre plus opiniâtres ; elle en étoit,
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- en effet, presque aussi tourmentée pendant l’été que pendant l’hiver.
- Je l’électrisai pendant deux mois, dit Mazars, et pendant ce tems je lui fis boire tous les jours o lit. p3i3 ( 1 pinte ) de tisane de racine d’esquine. Après cet espace de tems, les douleurs étaient dissipées, ainsi que l’enflure des pieds et des mains : elle reprit son métier, et les froids piquans qui survinrent ensuite ne rappellèrent point ses douleurs, et ne nuisirent point à la liberté de ses doigts: elle ne cessa point de tricoter, tant qu’elle n’eut point d’ouvrage plus lucratif à faire.
- Il y a quinze à vingt jours, ajoute Mazars, que les douleurs de la main gauche et du pied droit se sont réveillées par intervalle, et la malade est venue se faire électriser et a repris sa tisane d’esquine.
- Il manque à cette observation l’indication du tems qui s’est écoulé entre la guérison et la rechute, qui 11e s’annonce cependant pas comme aussi grave, à beaucoup près, que la maladie ; et il paroît, par la relation que l’on vient de lire , que cette femme a joui, pen-, dant plusieurs mois, des bienfaits de l’Electricité , bienfaits qu’on pourra apprécier en
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- comparant l’état de sa maladie à celui auquel l’Electricité l’a amenée dans l’espace de deux mois. Mais voici une autre observation du même genre, qui nous donnera une con-noissance plus précise de l’efficacité de ce remède.
- Un officier, dit encore Mazars, se plai-gnoit, depuis plusieurs années, de douleurs constantes aux bras, aux épaules, et particulièrement aux articulations des bras avec les omoplates : ce n’étoit qu’avec une peine infinie qu’il pou voit exécuter quelques mou-vemens de ses bras : il lui étoit impossible de mettre son col, ses souliers, ses boucles, en un mot, de s’habiller sans souffrir, et sans le secours de quelqu’un ; ses douleurs étoient quelquefois si vives , qu’elles l’empê-choient de dormir ; communément elles ne lui permettoient pas de changer de place, dès qu’il en avoit pris une dans son lit. 11 n’y avoit pas de bains auxquels il n’eût été envoyé, point de remèdes , tant internes qu’externes, dont il n’èût fait usage. Il se détermina enfin à se faire électriser,
- 11 ne fallut que quelques séances pour que les douleurs diminuassent, et que les nuits devinssent tranquilles $ mais ce qui étonna
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- le plus le malade, ce fut de s’appercevoir qu’un état vaporeux et très-inquiétant, dont il n'avoit point parlé au médecin, état qui rendoit ses maux encore plus insupportables, 11e se trouva point aggravé%>ar l'électrisation» comme il le craignoit.
- Il lui en fit alors l’aveu , et cet habile médecin crut devoir lui prescrire de se faire faire, avant le moment du sommeil, une friction sur les épaules et sur les bras avec la teinture de cantharides j il lai prescrivit aussi de prendre tous les matins du lait, tantôt coupé avec égale quantité de tisane de feuilles d’oranger, tantôt avec une légère décoction d’esquine.
- - Quant à l'Electricité, dit Mazars , quoiqu’elle ne parût pas avoir augmenté l’irritabilité des nerfs, je crus cependant devoir en réduire pour lui tou-t le système pratique à peu d'étincelles, au bain et à quelques frictions électriques. Cette dernière méthode étoit celle que le malade préférait, et dont il croyoit retirer le plus d’avantages ; il en parloit comme d’un moyen qui portoit, jus-ques dans les replis les plus profonds de ses parties souffrantes, une chaleur douce, moelleuse , balsamique, qui s’y insinuoit avec Ee 1
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- 436 de l’Electricité un tel sentiment de calme et de volupté, que, quand même il n’auroit point eu besoin de ce remède , il en auroit usé, dit-il, par plaisir.
- Deux mois de *e traitement lui ont procuré un rétablissement si solide, que , depuis onze mois qu’il a cessé de venir se faire électriser, il n’a senti aucun retour de ses douleurs. Quant à son état vaporeux, il est toujours le même 3 il n’a augmenté ni diminué.
- Si la confiance en un remède s’accroît à raison de la multiplicité de ses succès , il n’en est aucun qui mérite davantage la nôtre, contre les maladies de ce genre, que l’Electricité , dont les bons effets sont aussi multipliés que constans. Qued’exemples je pourvois en donner, si je ne craignois de devenir prolixe. On me permettra, je l’espère , à raison de la gravité de cette maladie, et du grand nombre de personnes qu’elle attaque , d’en citer encore deux , que je choisis, entre plusieurs autres, dans l’ouvrage du même auteur , avant de parler de mes propres succès en ce genre, qui sont aussi très-multipliés.
- «SÏÏr Jeanne Dutos, âgée de quarante - huit
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- ans, demeurant au village de Croix-Dan-rade, à o myr. 2222 ( 1 demi - lieue ) de Toulouse , se plaignoit, depuis trois ans, de douleurs très-vives, plus ou moins constantes , dans toutes les parties musculeuses et toutes les articulations de son corps , particulièrement dans celles des carpes avec les avant-bras, dans celles des premières phalanges des doigts avec les secondes, dans celles des pieds avec les jambes, et dans celles des genoux.
- 11 y avoit dans tous ces endroits des enflures d’une consistance assez solide, sans être dures ; elle avoit une inappétence habituelle de nourriture ; elle étoit travaillée d’insomnie et d’une roideur si excessive dans les poignets , qu’elle ne pouvoit leur faire exécuter, par quelque moyen que' ce fût aucun mouvement, ils sembloient être ankylosés : il lui étoit impossible de plier les doigts , et de vaquer à aucun travail des mains. Il lui étoit également impossible d’étendre les jambes , et elle ne pouvoit marcher autrement que les genoux crochus, en dandinant et avec beaucoup de lenteur. Sa marche étoit accompagnée de grandes souffrances , tant des tendons des muscles flé-Ee 3
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- chisseurs des jambes, que de ceux des tarses, des métatarses, dans lesquels la malade se croyoit sentir piquée , comme d’une infinité de grosses aiguilles , à chaque pas qu’elle faisoit.
- Les bains de Bagnères de Bigorre , dont elle avoit usé pendant un mois, et il y avoit alors deux ans, lui âvoient procuré quelque soulagement ; mais ils n’avoient point empêché qu’elle ne revînt, en peu de tems, à son premier état. Ses évacuations périodiques étoient supprimées depuis un an, et cette suppression n’avoit point aggravé ses maux.
- Sa maladie étoit telle que je viens de la décrire , lorsqu’elle s’adressa au médecin Mazars, qui crut que l’Électricité pourroit lui être utile. II l’électrisa donc, et voici le compte qu’il rend de cette opération.
- Il y a, dit-il, trois mois et demi que je l’électrise par bains, par frictions, par étincelles , et qiie je lui fais, prendre delà tisane d’esquine , et outre cela , matin et soir, un verre de décoction de douce-amère.
- Ces remèdes ont produit peu-à-peu des effets si avantageux, que, dans l’espace de quinze jours , l’appétit et le sommeil ont été
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- rétablis entièrement. Au bout d'un mois, les douleurs et les gonflemens des articulations ont diminué de moitié, et, depuis près d’un mois, la malade ouvre et ferme les mains à volonté, particulièrement là main droite ; elle s’habille et se déshabille, se chausse sans aucun secours étranger ; elle fait plus : elle coud, elle file, quoique les articulations de ses doigts soient encore gonflées; elle étend complètement les jambes , et elle monte les escaliers sans être obligée de s’appuyer , comme précédemment, sur les écuyers. Au lieu de les descendre , comme elle les avoit toujours descendus, étant courbée d’un côté et à reculons, jpu jours avec son pied droit, avec beaucoupr de gêne et de souffrance, en s'accrochant, pour ainsi dire, à tous les corps voisins, elle les descend actuellement, droite > la face en avant, un pied l’un après l’autre, mais avec moins d’aisance qu’elle ne les monte; elle marche hardiment avec force, et ne se fait plus porter, comme elle l'a fait pendant deux mois, pour se rendreà’Tou-louse ; elle vient tous les jours à pied se faire électriser, et s’en retourne de même ; elle marche sur le pavé le plus raboteux de la ville , sans ressentir, que rarement, ces ini-
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- pressions de piquures qu’elle éprouvoit dans les tarses et les métatarses, lors même qu’elle .marchoit sur le terrain le plus unj; elle ne pjouvoit se mettre à genoux à terre , elle s’y met aujourd’hui avec la plus grande facilité.
- Quant à son état d'ankylose du carpe avec l’avànt-bras gauche, il commence à se dissiper. La malade porte un peu le poignet à droite et à gauche, le fléchit et le relève à volonté, l’avant-bras restant immobile. Le poignet droit n’est point encore en aussi bon état ; elle ne peut lui faire exécuter aucun mouvement, qu’autant qu’elle l’y contraint avec sa main opposée ; n*is elle met si peu d’intérêt à vaincre cette roideur des poignets , et la perspective de cet avantage es pour elle d'un si bas prix , en comparaison de la disparution totale de ses douleurs et de la liberté qu’elle a acquise de marcher , ainsi que decelle.de faire usage de ses bras, qu’elle auroit peut - être déjà abandonné le traitement, si le désir de s’assurer des avantages qu’elles a obtenus, ne l’avoit décidée à le continuer encore un mois. Voilà à quoi en étoit cette cure,lorsque le docteur Mazars publia son second Mémoire, bien aussi inté-
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- ressant que le premier. La cure suivante n’est pas moins brillante* et prouve de plus en plus que l’Electricité, jointe à des médica-mens convenables , est on ne peut mieux in- . diquée dans ces sortes de maladies, sur-tout lorsqu’elles sont aussi graves que celles dont je viens de parler.
- Le nommé Pic, âgé de quarante - sept Hnitif™ ans, avoit fait, pendant vingt, le métier de muletier; état qui l’exposoit journellement aux fatigues de la marche, aux intempéries des saisons, aux vicissitudes du teins, et qu’il fut obligé de quitter à raison de ses infirmités.
- Les principales étaient une douleur aux lombes, et dans tout le trajet de la colonne vertébrale, qu’il ne pouvoit fléchir, ce qui l’empêchoit de plier le corps en avant. Il tétait,outre cela, tourmenté de douleurs aux cuisses, aux genoux, aux jambes et aux pieds. Quoique cette maladie fût un véritable rhumatisme , elle ressembloit néanmoins à une espèce de paralysie universelle, et il y- avoit déjà trois ans que le malade était dans ce fâcheux état.
- Il ne pouvoit faire que de très-petits pas, et ne pouvoit élever les pieds au-delà de
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- 442 D E 1,’E £ E C T ni C IT É a centim. 7076, ou tout au plus de4centim.' 060S ( 1 ou 1 pouce et demi ) ; il ne pouvoit donc marcher qu’en rasant le pavé, et il marchoit. si peu fermement, qu’il alloif trébuchant sur l’un et sur l’autre côté ; il ne pouvoit se lever, ou s’asseoir que d’une seule pièce , en s’appuyant fortement, dans le premier cas, les deux mains sur son siège , ou en les accrochant à quelques corps voisins. ^
- Il descendoit les escaliers avec assez d’aisance; mais la difficulté d’atteindre, avec ses pieds, à la hauteur des marches, faisoit qu’il ne pouvoit les monter qu’én s’inclinant beaucoup, tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre. Il suppléoit, par cet artifice, au degré de hauteur auquel le peu de mouvement de l’articulation de la jambe avec la cuisse, du fémur avec la cavité ischiatique, du tibia avec l’astragal, ne lui permettoit pas de faire parvenir ses pieds.
- Le soir il avoit de la bouffissure aux extrémités inférieures , plus sensiblement à la gauche ; les douleurs augmentoient alors, et le malade marchoit plus difficilement qu’il n’avoit fait dans la journée.
- La nécessité de se mettre au lit n’étoit pas
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- pour lui un petit travail. Il le découvrait d’abord et s’y jetoit ensuite pour s’y asseoir ; après quoi il tirait, comme il pouvoit, avec ses mains, la cuisse et la jambe gauches-, si le traversin étoit à la droite, ou la cuisse et la jambe droites, s’il étoit à la gauche; succès» sivement il tiroit la cuisse et la jambe opposées et il s’étendoit ; mais quelque position qu’il prît, il ne poûvoit assez rapprocher ses cuisses de ses genoux, et encore moins ses jambes pour que ces parties se touchassent.
- Ses cuisses et ses jambes une fois en place, il falloit. qu’il eût encore recours à ses mains, pour leur en faire prendre une autre, ou qu’il se soumit à souffrir les craquemens les plus douloureux dans les jambes, les genoux, les cuisses et les lombes, s’il se décidoit à les faire changer de place sans cette précaution, et même dans ce cas, il n’y parvenoit que d’une manière très-incomplète ; mais il n’y avoit ni effort, ni manœuvre au moyen desquels il pût vaincre suffisamment la -raideur de l’articulation de la jambe avec la cuisse et celle du fémur avec le bassin , pour élever ses genoux, lorsqu’il étoit couché sur le dos.
- La cérémonie de son lever n’étoit pas moins fatigante, ni moins singulière. Dans
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- 444 de l’Electricité l'impossibilité de se tenir assis sur son lit, il s’approchoit du bord, en se roulant et observant de se mouvoir de manière qu’il se trouvât couché sur le ventre à la fin de la révolution. Dans cet état, il faisoit glisser peu-à-peu, sur le plancher, la jambe qui se trouvoit la plus rapprochée du bord du lit, l’autre suivoitinsensiblement.Les pieds une fois par terre, il faisoit un effort du tronc de bas en haut, et , s’aidant de sés mains, qu’il appuyoit sur son lit, il se trou-- voit tout-à-coup debout, comme s’il y avoit été mis par un ressort. Tel étoit son état : voyons ce qu’il avoit tenté pour sa guérison.
- Les bains de Bagnères de Bigorre , qu’il avoit pris et ceux de Rennes , où il étoit allé deux fois , n’avoient produit aucun amendement ; il ne lui restoit d’autre ressource que l’Electricité considérée comme le résolutif , le fondant le plus pénétrant. Le médecin Mazars se chargea de lui rendre ce bon office.
- Il fut purgé les premiers jours , et il prit ensuite des bouillons incisifs et diaphoré-tiques. A la suite de ces bouillons , dont il fit usage pendant quinze jours, il fut repurgé et il prit ensuite de la tisane d’esquine peu-
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- daht quelque tems , et après cela de la décoction de douce-amère. Il en prenoit une tasse le matin, une autre le soir, tandis qu’on continuoit à l’électriser.
- Il ne. fallut que vingt - sept séances pour . apporter un grand changement dans son état. On le vit alors marcher avec aisance, et lever suffisamment les pieds pour monter . l’escalier, sans se jeter, comme précédemment , d’un côté ou de l’autre ÿ sa colonne vertébrale étoit devenue assez mobile, pour qu’il put plier son corps en avant sans souffrir , et persévérer dans cet état tout le tems qu’il falloit pour se chausser, mettre ses souliers , etc. j il se levoit, se couchoit, se tour-noit dans son lit, s’y mettoit sur son séant, s’y tenoit sans le secours de ses mains et presqu’avec autant de facilité que s’il n’avoifc point été incommodé. Quant aux genoux, il ne pouvoit encore les faire toucher l’un contre l’autre , ni les élever, quelque attitude qu’il prît j il n’y est parvenu que long-tems après, et seulement lorsqu’il est dans son lit.
- L’accroissement du mieux dont il jouit aujourd’hui, dit le docteur Ma rars, est tel, qu’il ne souffre absolument plus de douleurs j; que l’articulation de la jambe avec la cuisse,
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- 446 de l’Electricité celle de la tête du fémur avec les os des isles , qui ne lui permettoient qu'à peine de se mettre à genoux sur une chaise, sont déjà devenus si libres, qu’il peut s’y mettre à terre, en appuyant un p,eu ses mains sur les meubles voisins et même sans s’appuyer. Peu s’en faut aussi qu’il ne lève suffisamment ses genoux pour qu’ils touchent à son ventre , lorsqu’il est couché.
- Debout, il lève les pieds jusqu’à la hauteur de 12 centim. 8i5i ( 4 pou. et demi ) ; assis jusqu’à celle de i3 centim. 535o (5 pour.) ; il marche sans gène avec des sabots ; ses pieds n’accrochent plus le pavé lorsqu’il marche ; enfin il peut se lever sans appuyer ses mains, et il n’est presque pas de travaux pAibles, pas même ceux de porter, de lever, de traîner des fardeaux, de bêcher la terre, etc. auxquels il ne puisse se livrer , pendant quelques heures au moins, sans abuser de ses forces. On l’a vu travailler dans des jardins, pendant des demi - journées , sans qu’il fût excédé de travail.
- Pendant le cours dû traitement, dit encore le docteur Mazars, cet homme a beaucoup sué, beaucoup uriné , et de tems à autres, il lui est même arrivé d’aller, pendant huit
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- à dix jours, deux, trois et même quatre fois à la garde - robe lui qui, précédemment, n’y alloit jamais qu’une seule fois dans le même-tems ; ce qui nous indique les voies par lesquelles l'Electricité a déterminé la crise et l’expulsion de la matière morbifique.
- Ces évacuations devinrent moins abondantes et moins fréquentes dès qu’il se mit à l’usage de la décoction de douce-amère. 11 usoit chaque jour de deux grosses poignées de cette plante, qui pesoient ensemble i hectog. 5297 ( 5 onces ).
- Sans avoir traité de rhumatismes aussi graves que les deux derniers, j’en ai traité beaucoup dont les douleurs étoient si vives, qu’elles ne permettoient aucun repos au malade , pendant la nuit, et le faisoient beaucoup souffrir dans le jour. La .majeure partie de ces rhumatismes étoient des sciatiques, ou des lombago plus ou moins vio-lens, pour la plupart desquels je n'ai employé que la seule électrisation, qui m’a toujours parfaitement réussi. Je parlerai d’abord des rhumatismes proprement dits, sur lesquels je n'insisterai cependant pas, parce que je n’ai rien à offrir de plus inté-
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- 448 de l’Electricité ressant à cet égard que ce que j’ai déjà fait observer.
- NcnvKmc Une marchande de volaille nommée Rose ,
- bsenratiou. ,
- âgée de cinquante-cinq ans f d’un tempera-# ment sec, étoit attaquée, depuis près de deux ans, d’un rhumatisme très-douloureux et dont les douleurs s’étendoient tout le long du bras, dont elle ne pourvoit plus faire, usage. Elles étoient encore plus violentes à l’articulation de l’épaule et sous l’omoplate du même côté; et elles étoient telles, que cette femme n’avoit aucun repos pendant les nuits, pendant lesquelles elle se levoit souvent dans l’espérance de se trouver mieux, espérance souvent trompée. Elle avoit épuisé toutes les ressources qui lui àvoient été indiquées par ses connoissances , lorsqu’elle se présenta pour se faire électriser. Je l’électrisai par bain, par étincelles et par exhaustion, et dans l’espace de moins d’un mois, elle se trouva assez bien guérie pour cesser le traitement que j’aurois voulu lui faire continuer encore quelques jours ; mais auquel les occupations de son état ne lui permirent pas de se prêter. Elle ne sentoit plus alors que quelques légères douleurs qui se dissipèrent insensiblement ; et voilà déjà plus d’un ' an
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- 4n qu’elle est, parfaitement bien guérie.
- Jacques Poirier, journalier, âgé de vingt-sept ans, d’un tempérament fort et robuste > étoit attaqué, depuis cinq ans, d’un rhumatisme qui s’étoit porté sur ses deux bras en même-tems et le long de l’épine du dos, qu’il ne pouvoit plier sans douleurs et sans difficultés. Il fit peu d’attention à ce mal pendant les quatre premières années, parce qu’il n’étoit ni extrêmement douloureux , ni tenace ; il n’en sentoit les effets que dans les changemens de tems , particulièrement dans l’humidité : c’étoit l’affaire de quatre à cinq jours , et pendant lesquels les douleurs n’é-toient point ordinairement assez vives pour l’empêcher de continuer ses travaux. Il y avoit cependant des momens où elles éioient assez fortes pour l’obliger à les cesser dans le cours de la journée. Les nuits éioient assez tranquilles ; il dormoit assez bien ; cependant eu s’éveillant, il éprouvoit quelquefois des douleurs qui ne cessoient qu'après qu’il étoit levé et qu’il s’étoit mis à son travail.
- La cinquième année, les choses changèrent de face : les douleurs furent permanentes et plus fortes, sur-tout dans les tems
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- 45o DEl’ELECTHICIli d’humidité; et il perdit plusieurs journées; parce qu’elles ne lui laissoient point alors de relâche. Dans le cours de cette année, elles augmentèrent tellement pendant l'automne et elles étaient si fortes pendant la nuit , dès le moment qu’il était échauffé dans son lit, qu’il était quelquefois obligé de se lever et de se promener dans sa chambre, sans cependant y trouver du soulagement. Il demanda du secours ; on lui fit prendre quelques bains domestiques , qui le soulagèrent un peu ; ou le purgea ensuite ; mais les douleurs ne tardèrent point à devenir plus fortes qu’aupa-ravant. On lui conseilla de se frotter les parties affligées avec du sain-doux, du savon et de l’eau-de-vie , dont on lui faisoit comme une espèce de pommade , et le nouveau remède ne le soulagea pas. Quelqu’un lui conseilla de se faire électriser, et ce fut en cet état qu’il se présenta chez moi. Je m’en chargeai volontiers, et je l’électrisai par bain et par étincelles que je tirois de ses parties souffrantes. Je lui conseillai de se les faire frotter avec une flanelle chaude , afin de désobstruer les pores en partie bouchés par le Uniment dont il s’étoit enduit, et d’exciter la transpiration ; faute de flanelle, il
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- fit usage de son bonnet de nuit, et le succès répondit à mon attente.
- Dès la quatrième électrisation, il se trouva beaucoup mieux. 11 survint une légère moiteur la nuit suivante, et Je mieux fut encore plussensiblelelendemain. Jel'engageaià prendre tous les matins deux tasses d'une légère décoction d’esquine , et le vingtième jour il fut guéri. Cette guérison date de trois ans.
- Je l’ai rencontré plusieurs fois depuis et il m'a toujours assuré, qu’à quelques légères douleurs qu’il ressentoit quelquefois dans son bras gauche, lorsque le tems vouloit changer , il se portoit très-bien. Je n’insisterai pas davantage sur ce genre de maladie, je passe à une autre bien aussi fréquente, si elle ne l’est davantage , et bien aussi douloureuse.
- De la Sciatique.
- La sciatique est une espèce particulière Hfc de rhumatisme, dont le principal symptôme, le symptôme caractéristique, est une douleur plus ou moins vive, souvent continue, dans l’articulation du fémur, dans celle de l’os sacrum avec ceux du bassin, dans les muscles de la cuisse et ceux de la jambe,
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- 45*2 de l’ElictriciTé en suivant le trajet du fascià lata ; c’est aü moins ce qui arrive le plus fréquemment. De là vient que ceux qui sont attaqués de cette cruelle maladie , ne peuvent ordinairement se tenir debout, encore moins marcher sans boiter.
- Quelques-uns distinguent cette maladie du rhumatisme, en ce qu’elle en est souvènt la suite 5 mais elle n’en est la suite qu’autant qu’il survient une métastase qui transporte l’humeur rhumatisante de l’endroit qu’elle tourmentoit à ceux que je viens d’indiquer. La sciatique est donc un vrai rhumatisme , contre lequel oh emploie ordinairement les délayans, les tempérans , les adoùcUsans, les laxatifs, les lavemens, etc. ; quelquefois la saignée de pied ou les sang-sues à l’ânus. Quelques-uns préfèrent les frictions faites avec de l’alkool camphré et les bains de • vapeurs ; d’autres les pilules de savon et le souffre sublimé dans du lait : les anciens employaient ordinairement le cautère actuel. Tous ces moyens peuvent réussir ; mais aucun ne réussit aussi bien ^ aussi promptement que l’Electricité , à laquelle il faut quelquefois associer des médicamens internes. C’est ce dont on ne peut se dispenser,
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- médicale. 4^3
- lorsque la sciatique est l’effet de quelque virus, particulier, tel, par exemple , que le virus syphilitique, etc.; c’est ce dont on ne peut également se dispenser , lorsqu’elle est occasionnée, comme il arrive quelquefois , par un levain de fièvres intermittentes ; il faut nécessairement alors joindre des fébrifuges au fluide électrique.
- On conçoit de là combien il est important , avant d’entreprendre la cure de cette maladie, de s’assurer, autant qu’il est possible, des causes qui peuvent l’avoir occasionnée , ou qui peuvent concourir à la fixer, ou à s’opposer aux bons effets de l’Electricité. Est-elle occasionnée par un levain fébrile , on le connoît facilement à sa marche elle suit alors le type de l’espèce de fièvre qui l’a produite , elle a comme elle ses accès ; mais lorsqu’elle provient d’un virus dont le sang est infecté , on ne peut eu être assuré que par l’examen et les aveux du malade. Ces cas sont rares, j’en conviens ; mais il faut en être prévenu , pour n’être point exposé à perdre le tems qu’on donnerait à un traitement inutile, ainsi qu’on l'a observé plus d’une fois dans l’hôpital d’Edimbourg, en présence même de Wilkinson, qui se
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- 454 de l'Electricité plaint du peu de succès qu’on y a obtenu de l’Electricité dans ces sortes de maladies.
- Que ces malades n’aient point été guéris par de simples électrisations, j’en suis peu surpris ; mais ce qui me surprend, c’est qu’un médecin aussi habile que Wilkinson, qui connoissoit mieux que personne ce que l’on peut attendre du fluide 'électrique , ne se soit point déterminé à lui associer des mé-dicamens propres à attaquer la cause primitive de la maladie; association inutile dans la majeure partie des sciatiques qui proviennent de l’humidité ou de l’insalubrité des habitations ; inutile encore, lorsque la cause qui la produit peut elle-même céder à l’action du fluide électrique, telles que les sciatiques occasionnées chez les femmes jrar la suppression de leurs menstrues ou de leurs lochies , quelquefois par un épanchement laiteux ; et, chez lès hommes, par la suppression d’un flux hémorroïdal.
- J’observerai cependant encore ici qu’il est des sciatiques qui ne cèdent point, ou qui ne cèdent que bien difficilement à l’action du fluide électrique, même aidé des remèdes les plus convenables à la cause qui les occa-
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- sienne j ce sont celles qui dépendent du virus arthritique, et cependant ce virus peut être avantageusement combattu par l’Electricité, ainsi que je l’ai fait observer précédemment.
- lies personnes goutteuses et âgées sont très-sujettes à cette espèce de sciatique, dont le siège est ordinairement dans l’os sacrum, où elle leur fait éprouver lès douleurs les plus vives dans l’articulation de la cuisse ; douleurs qui s’aigrissent encore par le mouvement , s’étendent jusqu’aux pieds, et y produisent une tumeur rougeâtre et unie. C’est de toutes les sciatiques la plus difficile à supporter; et, si elle ne conduit pas le malade au tombeau, elle ne lui laisse- qu’une existence bien cruelle.
- A l’exception de cette espèce de sciatique, dont je ne connois point d’exemple de guérison , toutes les autres se guérissent plus on moins facilement par l’électrisation, en y ajoutant, dans les circonstances indiquées ci-dessus , les médicamens convenables à l’état du sujet : c’est ce dont les observations suivantes nous convaincront sans doute. Commençons par les plus fréquentes et les plus faciles en même-tems à guérir.
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- 456 de l’Electhicité oJrTî- A la suite d’un travail long-tems continué dans une cave très-humide, et qui avoit été inondée pendant près d’un mois, un malheureux journalier fut pris d’une sciatique extrêmement douloureuse: la douleur s’étendoit de la hanche droite an jarret, et tout le long de la jambe -, elle étoit si vive et elle augmentoit si fortement au moindre mouvement qu’il faisoit, que, couché sur son grabat, il ne pouvoit s'y tourner, encore moins changer de place, sans jeter les hauts cris ; il lui étoit, pour ainsi dire, impossible de se tenir debout : ses deux jambes étoient œdémateuses.
- On me l’apporta couché sur un matelas, que j’isolai, le mieux qu’il me fut possible, sur une longue table soutenue par des piliers de verre, et, quoique l’isoloir perdît un peu, le tems étoit si favorable à l’Elee-tricité, que je l’électrisai assez bien par bain-, et que je lui tirai des étincelles de ses jambes œdémateuses, quelques-unes de la cuisse. Quoiqu’elles fussent fortes et bien nourries, elles ne firent sur lui que l’impression d’un léger frémissement, qui ne s’étendoit point au - delà de l’endroit d’où elles partoient, et ce jour-là, après une séance
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- d’une heure, on l’emporta tel qu’on l’avoit amené.
- Dès la nuit qui suivit cette première opération , il éprouva quelques picotemens dans la cuisse et dans les jambes, qui ne furent cependant suivis d’aucun soulagement sensible. On l’apporta le lendemain et les deux jours suivans , comme la première fois : l’Electricité étoit encore forte, et il sentit alors les impressions des étincelles, comme on a coutume de les sentir. La nuit qui survint , les mêmes picotemens que la veille, mais accompagnés d’une moiteur sensible, suivie d’une diminution des douleurs, encore assez fortes cependant pour qu’il n’osât s’exposer à changer de place dans son lit. Le lendemain je joignis au traitement précédent la méthode des frictions, que je fis sur toute la longueur du côté droit , de la hanche au pied , et dont il compara l’effet à la morsure d’une quantité de fourmis .qui se se-roient attachées sur ces parties. La nuit suivante, mêmes effets que les deux précédentes, picotemens et moiteur , diminution dans la vivacité des douleurs , au point qu’il, pou-voit se retourner dans son lit et y changer de place , non sans souffrir, à la vérité
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- 458 de i’Ele ctricïté mais avec des douleurs supportables. Ee quatrième jour, l’enflure de ses jambes étoit fort diminuée, et il se trouva si soulagé le lendemain, qu’on l’apporta sur un fauteuil qu’on avoit disposé en forme de brancard. Tout alla toujours de mieux en mieux, et tellement, que le huitième jour il se trouva en état de marcher dans sa chambre , à l’aide de deux potences ; mais, lorsqu'il étoit obligé de se tourner pour revenir sur ses pas, les douleurs devenoient beaucoup plus aiguës , de sorte qu’il ne se soucioit pas de marcher, quoique je lui eusse recommandé de faire autant d’exercice qu’il lui seroit possible. En deux jours cependantcesgrandes douleurs s’appaisèrent tellement, qu’il s’exposa à marcher dans la rue, et que le douzième jour il vint à pied se faire électriser, en se soutenant sur ses deux potences, et accompagné de deux personnes qui veilloient à sa sûreté. Trois à quatre jours après , il marcha si hardiment, qu’il n’eut plus besoin que d’une seule potence sur laquelle il ap-puyoit son côté malade, et un bâton lui suffit deux jours après. Je continuai à l’électriser de la même manière, et le vingt-quatrième jour, il se seroit cru guéri, si quel-
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- ques douleurs ne se fussent encore réveillées pendant la nuit, et, quoiqu’elles fussent très-foibles , il continua à se faire électriser pendant huit jours, après lesquels il fut guéri.
- Plus de six mois après je le rencontrai chargé d’une hotte pleine de sable ; il marchait d'un pas assez ferme ; je l’arrêtai, et il me dit qu’il s'étoit toujours bien porté ; qu’il avoit cependant ressenti quelques atteintes de son mal , quelques douleurs dans la cuisse et dans la hanche; mais qu’elles n’avoient duré que deux à trois jours , et qu’elles avoient été assez légères pour n’être pas obligé d’interrompre ses travaux, sans quoi il seroit venu me trouver, et me prier de lui redonner mes soins.
- J’ai employé un mois et quelques jours à la guérison de cet homme; je suis persuadé qu’elle auroit été plus prompte, si j’avois joint au traitement électrique quelques boissons apéritives et diaphoniques, parce que j’au-rois augmenté les produits de la transpiration qui fut la crise de cette maladie, qui s’annonça dès les premiers jours par une @ moiteur sensible. Je ne me rappelle point ce qui m’empêcha de suivre cette méthode,
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- 460 DE L’EXECTR qui m?étoit cependant alors très-familière : c’est un reproché que je me fais chaque fois que je me rappelle ce traitement.
- Le docteur Mauâuyt s’en est attiré un semblable dans une circonstance pareille , que voici.
- Seconde Un nommé Meunier. gagne-denier, âgé
- observation. , r
- de trente-un ans, dit-il, étoit depuis vingt-un-jours retenu au lit par une sciatique du côté droit» Ses douleurs étdient si vives, qu’elles le privoient du sommeil. Il fit effort pour venir se faire électriser. 11 y vint appuyé sur un bâton. Il étoit à demi-courbé et ne pouvoit se redresser. Je l’électrisai le premier jour, pendant environ dix minutes seulement, et il s’en retourna , comme il étoit venu. Il demeura trois jours sans repa-roître ; il revint le quatrième et il dit au docteur que le premier et le second jours après l’électrisation, ses douleurs avoient si fort augmenté , qu’il lui avoit été impossible de quitter le lit; que, vers le milieu du premier jour , il s’étoit établi une sueur devenue très - abondante qui avoit continué * le reste du jour ; qu’ayant senti alors la sueur arrêtée et les douleurs diminuées , il s’étoit levé et que , peu de tems après, il avoit eu
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- tine copieuse évacuation de matières glaireuses. Il lui assura aussi qu’il n’avoit fait usage d’aucun remède auquel on pût attribuer cette crise. •
- Son traitement par bains , étincelles et Frictions, avoit commencé le i5 avril et fut continué jusqu’au 8 mai. Le 6 de ce mois, cet homme fit une course assez longue, por-. tant sur ses crochets une charge d’environ sè kilogr. ( So livres ). Il cessa le traiten*ent le 8, n’éprouvant plus de douleurs et ne conservant de son incommodité qu’un péu de foiblesse dans les parties qui en avoient été affectées.
- Dans cette circonstance, comme dans la précédente , où la nature indiquoit la crise qu’il falloit solliciter , la guérison eut été bien plus prompte, si l’on eût joint à l’Electricité des médicamens propres à hâter et favoriser cette crise. Aussi le physicien ou le médecin qui se charge de ce genre de traitement , doit-il s’informer soigneusement des effets qui suivent les premières séances d’électrisation , et profiter des indications qu’ils offrent assez fréquemment. Dans ces sortes de maladies cependant, sur-tout celles qui sont occasionnées par l’humidité ou par l’in-
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- 463 DE l'E tïCTR ICI T É salubrité du local que le malade habite, il est rare que la nature s’explique aussi promptement et d’une manière aussi manifeste. C’est ce que j’ai observé fréquemment dans la multitude de sciatiques que j’ai eu occasion de traiter. En voici une de cette espèce, contre laquelle je n’ai employé que l’Electricité et qui m’a très-bien réussi, ubscrraiitra! ^ne lai*ière nommée La Bernière, de la secfion St.-Privé , âgée de soixante ans, d’une constitution forte et vigoureuse , fut saisie, le 18 prairial an VII, d’une sciatique occasionnée par l’humidité à laquelle elle étoit journellement exposée, et chez elle et à la place où elle étaloit tous les matins sa marchandise.
- Elle étoit tourmentée de vives douleurs, presque continuelles, au bas de la région lombaire, à la hanche et dans tout le trajet du fascia lata. Ces douleursétoient accompagnées d’un sentiment de froid dans toutes ces parties ; et ce sentiment, qui s’étendoit jusquessous la plante du pied du même côté, étoit tel, qu’elle pouvoit à peine s’en défendre , après avoir mis du feu dans ses sabots j la marche étoit un supplice pour elle ; le repos ne la soulageoit pas, et le sommeil,
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- qui auroit pu donner quelque relâche à ses douleurs, l'avoit abandonnée ; la fièvre s’é-toit mise de la partie ; mais ce n’étoit pas un ennemi de plus à combattre.
- Tel étoit son état depuis plus d’un mois, lorsque je me chargeai de l’électriser. Elle avoit déjà tenté nne quantité de remèdes qu’on lui avoit Indiqués ; mais sans succès, sans le moindré soulagement.
- Je commençai donc à l’électriser le 21 messidor, par bains, par frictions et par étincelles , à l’action desquelles elle fut insensible les deux premiers jours. Elle ne commença que le troisième à éprouver le sentiment qu’elles ont ooutbme d’exciter ; et ce sentiment étoit très - vif, lorsqu’elles par-, toient des muscles fessiers et de toute la longueur du fascia lata. Il devenoit obtu, lorsque je les faisois partir des deux gémeaux, du solaire et du peronnier postérieur ; ce ne fut que le sixième jour que ces muscles y devinrent aussi sensibles que les autres.
- Cependant, dès le troisième jour, ou plutôt la troisième nuit, une crise parut s’annoncer; il survint une moiteur , qui se renouvela les nuits suivantes et dont elle ne me parla pas ; elle me dit seulement que ses
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- 464 g dei’ElectbioItê douleurs étoient moins vives et qu’elle avoit un peu reposé. Le septième jour , je lui fis éprouver! juelques légères commotions locales qui déterminèrent une autre crise ; elles lui procurèrent une espèce de diarrhée, accompagnée de coliques qui la fatiguèrent beaucoup pendant trois jours; elle s’en plaignit, et ce fut alors qu’elle m'apprit l’état de moiteur dans lequel elle s’étoit trouvée les nuits précédentes. Cette nouvelle crise bien établie et qui continuoit , m’empêcha de lui donner aucun remède qui pût rappeler la première. Je continuai donc à l’électriser, et le quatorzième jour elle fut guérie; la diarrhée cessa ainsi que les coliques, qui n’étoient plus aussi violentes depuis quelques jours.
- Elle se plaignoit encore néanmoins d’une espèce d'engourdissement vers la malléole externe ; mais cet engourdissement n’avoit lien d’inquiétant. Il pouvoit facilement céder à quelques frictions sèches que je l'engageai à faire sur celte partie, et il y céda effectivement.
- Si l’on est étonné de voir une maladie aussi grave céder aussi promptement à l’électrisation, on le sera bien davantage de la guérison suivante.
- Dans
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- ; m,e dual e. 46J îlanslemême tems que je traitoisla femme Q"atri dont je viens dé parler, il se présenta un °b“r'“' jeune homme de vingt-un à vingt-deux ans , nommé lieprevïlle. 11 y avait près de deux mois qu’il étoit tourmenté d’Uné sciatiqué extrêmement douloureuse, qui ne lui per-toettoit de marcher qu'avec beaucoup dé peine et en boitant : il s’étoit adressé à uri homme de l’art, fort instruit, et qui lui avoit inutilement administré tous les remèdes qu’il croyoit les plus propres à sa guérison,
- ’ Comme il né lui avoit point épargné les cataplasmes et les linimens faits avec différentes huiles et graissés, je le fis d'abord bien frictionner avec des linges chauds, à dessein d’ouvrir les pores, que je soupçon-nois encore obstrués de ces sortes de matières , et je l’électrisai par bain, frictions et étincelles, auxquelles il fut très-sensible dès le premier instant. Avec ce seul moyen, et sans le gêner beaucoup, il fut guéri dan» l’espace de sept jours, n’étant venu que trois fois se faire électriser. Il vint me remercier le huitième jour, et il m’assura qu’il ne res-sentoit plus la moindre douleur, mais que sa marche n’étoit point au.si assurée qu’elle C g
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- J’éioit auparavant. Quelque tems après, fô le rencontrai, et il n’avoit plus à- se plaindre de ce désagrément.
- En général, ces sortes de maladies cèdent assez facilement et en très-peu de tems. Il en est très-peu, dans le grand nombre de celles que j’ai guéries, qui m’aient retenu au-delà d’un mois ; le terme le. plus ordinaire de leur guérison est de douze à quinze jours. Je dirai la même chose du lombago ou du rhumatisme dont le siège est dans les lombes : j’en ai guéri plusieurs, et tous dans un espace de tems aussi court $ mais ce que j’ai fréquemment observé, c’est que la guérison de ces sortes de rhumatismes n’est point aussi constante que celle de tout autre, j’ai vu peu de personnes guéries de sciatiques ou de rhumatismes sur les bras, revenir pour le même cas, et j’en ai vu plusieurs, guéries d’un lombago, revenir, quelquefois dans la même année : c’est ce que j’ai particulièrement observé sur un citoyen de notre ville, que j’ai traité plusieurs fois, et que je n’ai point encore eu la satisfaction de guérir aussi bien que je l’ai toujours désiré.
- obi”Son! Le citoyen Farconnet, contrôleur de la
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- poste aux lettres, âgé de quarante-cinq ans, est attaqué de cette maladie depuis plusieurs années. Anciennement mon voisin et mon ami, je l’en ai vu plusieurs fois tourmenté, et plusieurs fois je lui ai offert mes bons offices; mais son peu de confiance en ce moyen l’empêcha long-tems d’en profiter ; ce ne fut que l’excessive douleur et le dépit qui le déterminèrent , au mois de prairial an VU, à venir se faire électriser. Je l’électrisai par bains et par exhaustion seulement, n’osant lui tirer des étincelles , parce que je savois depuis long-tems que l’irritabilité de ses nerfs ne lui permettoit pas de les supporter. En huit jours de ce traitement très-modéré, les douleurs cessèrent, et il se trouva en état de faire une longue promenade , lui qui ne marchoit qu'avec beaucoup de peine, et qui n’eût pu se baisser pour ramasser sa bourse, si elle fût tombée à ses pieds.
- 11 se promena donc ce jour-là avec deux de ses amis, et, voulant les rendre témoins du bon état dans lequel il se trouvoit, il eut l’imprudence de s’exercer avec eux à la course, dans un endroit hérissé de hauteurs et bas-fonds assez profonds. Une secousse trop violente, qu’il se donna, lui causa une G g a
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- 468 D É t’E L K è T.H I C I TÉ douleur si vire, qu’il eut beaucoup dé peinrf à revenir chez lui, où il fut obligé de se coucher et de garder le lit toute la journée du lendemain. Il revint ensuite à l’Electricité, et ce fut encore l’affaire de huit jour* pour le guérir. Il alla assez bien pendant près de deux ans. Un nouvel accès survint, qui le ramena à l’Electricité, qui le rétablit encore. Cette fois- la guérison ne fut point aussi permanente, d’une aussi léngue durée ; mais, chaque fois que la maladie l’y contraint , j’ai la satisfaction de calmer ses douleurs, de lui procurer la faculté de vaquer à ses affaires, et de lui rendre la vie très-supportable; car il a de tems en tems quelques légères atteintes d’un mal trop invétéré1, et qui a fait chez lui trop de progrès pour qu’on puisse espérer de le guérir radicalement.
- 11 ne faut cependant pas croire que tout lombago ne puisse se guérir jusqu’à ce point. Je pourrais citer plusieurs exemples du contraire: je me bornerai au suivant.
- Sixième Au mois de floréal an V, un journalier ma-’tna i°n. (,on^ -g^ <]e quarante-deux ans, fut pris de ce mal, qu’il négligea pendant sept à huit jours, et qui augmenta au point qu’il fut
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- obligé d’abandonner ses travaux, et il en étoit tellement tourmenté, qu'il ne marcboit -qu’avec beaucoup de peine, le corps presque plié en double. Ce fut en cet état qu’il se présenta, et me pria de l’électriser; ce que je fis. Je l’électrisai donc par bains, par frictions et par étincelles. Dès le second jour, il se redressa assez bien et sans beaucoup souffrir ; sa marche devint moins pénible, et il alla toujours de mieux en mieux jusqu’au septième jour, où il fut très-bien guéri. Je l’ai rencontré l’année dernière, et il m’a dit qu’il ne s’étoit point ressenti depuis de son incommodité , sinon que l’hiver précédent . il avoit éprouvé, pendant deux à trois jours, quelques légères douleurs de reins, qui n’a-voient point eu de suite, et qui s’étoient dissipées - d’elles - mêmes. Insistons encore un moment sur les sciatiques, pour la guérison desquelles il est nécessaire d’associer à l’Electricité quelques médicamens internes. Ce sont particulièrement celles qui sont occasionnées par quelque virus retenu dans les routes de la circulation.
- Un jeune homme de vingt-cinq ans, d’une _ Sept! conduite fort irrégulière , étoit pour la troisième fois, la victime de sa passion désor-Gg3
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- 470 DE L’El EC TRI C I T Ê donnée pour les femmes. C’étoit aussi la troisième fois que le même chirurgien, auquel il avoit donné sa confiance, et qui l’avoit déjà guéri deux fois, lui donnoit ses soins.
- Pour ainsi dire familiarisé avec la maladie et les remèdes qu'on lui administroit, le malade se permit quelques écarts dans le régime qu’on lui avoit prescrit. Il fit plusieurs imprudences pendant le cours du traitement , et au moment où il se croyoit guéri, et où le chirurgien avoit la même idée, il fut surpris d’une violente sciatique, pour laquelle le même chirurgien lui administra, inutilement, tous les remèdes qu’il crut les plus propres à le tirer de ce fâcheux état ; mais la maladie persista avec la même violence.
- Je voyois souvent ce chirurgien; c’étoit un homme de mérite que j’estimois beaucoup. Tl me parla de son malade, et me demanda si je pouvois me flatter de le guérir par électrisation. Je lui répondis que j’avois tout lieu de le croire, en ajoutant à l’Electricité , quelques remèdes antisyphylitiques. Il m’assura que le sujet étoit très-bien guéri du mal que je soupçonnois , et que cette addition de remèdes seroit inutile. Je ne lui
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- contestai point la guérison de son malade ; mais je lui dis que je regardois son mal actuel comme l'effet du virus syphylitique, et que, par cette seule raison, l’Electricité ne pourrait lui être Favorable sans la précaution que je voulois prendre. Il s’éleva entre nous une dispute à ce sujet, et pour la terminer, je lui proposai de commencer son traitement par la seule électrisation.
- Je l’électrisai donc pendant huit jours, par bain, par exhaustion et par étincelles, sans qu’il survînt le moindre changement à sou état. Le chirurgien ne le perdoit point de vue, et assistoit même à chaque séance d’Electricité. Nous convînmes le huitième jour, qu’il lui feroit prendre, le lendemain, de la tisane d’esquine, et quelques grains de panacée mercurielle en bols, dans de la conserve de roses, et je continuai à l’électriser de la même manière.Le onzième jourjes douleurs s’adoucirent, le malade reposa quelques heures, la nuit du onze au douze,et en continuant le même traitement, il fut guéri le vingt-cinquième jour.
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- D E L’Ei.E CTEICIIÈ
- De T Engourdissement.
- Til.v <ie L'engourdissement est encore une mala-
- celte ma - ^ je [a même classe. Elle se manifeste par une sensation incommode qui émousse le sentiment et, quoiqu’elle soit désignée en latin - sous le nom de stupor , elle diffère néanmoins de celle-ci qui ne consiste que dans l’affoiblissement du sentiment et du mouvement, au lieu que l’engourdissement joint à ces deux caractères une sensation désagréable , semblable à celle qu’on éprouve, lorsque les nerfs sont fortement pressés', comme il arrive, par exemple , lorsqu’on reste long-tems appuyé sur le coude.
- Lorsqu’un pareil sentiment, qu’on ne peut mieux désigner que sous le nom defourmillement, se fait sentir dans toute l’habitude du corps, il annonce ordinairement une apoplexie , ou au moins une hémiple'gie : s’il est partiel et passager, ce n’est qu’un accident auquel il est cependant important de remédier.
- Ou le guérit ordinairement par des frictions , des embrocations d’eau-de-vie chaude, d’eau de lavande et autres plan tes de ce genre; mais de tous les moyens qu’on peut y em-
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- ployer, je n’en connois pas de plus salutaire ni de plus prompt que l’Electricité. J’en parle d’après ma propre expérience.
- J’étois sujet à un engourdissement local obsyrry™* des doigts index et médius, que de Sauvages appelle stupor à gelu. Je n’en étois incommodé que dans le cours de l’hiver. Pendant celui de l’an VI , celte affection devint si forte, qu'elle se fit sentir dans toute la main , et qu’elle m’ôloit la faculté d’écrire. Je me eonlentai d'abord de plonger la main malade dans l’eau chaude ; c’étoit le remède le plus à ma portée, et il me réussissoit assez bien, mais l’avantage que j’en tirois n’étoit point de longue durée. J’étois quelquefois obligé de réitérer ce bain trois à quatre fois dans la matinée.
- Je me décidai donc à m’électriser par bain et par étincelles que je Faisois tirer des extrémités des doigts. Je me trouvai beaucoup mieux à la suite de deux séances , d’une demi-heure chacune. J’éprouvai cependant encore le même accident le troisième jour ; mais il se borna ce jour-là aux deux doigts indiqués ci-dessus , et il se dissipa sur-le-champ , dès que j’eus approché ma main du feu.
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- je me fis néanmoins électriser ce jour-là même, l’après-midi , et m’étant- assis sur l’isoloir, je fis établir une communication du conducteur à mon avant-bras , et je fis placer très-près des extrémités de mes doigts une pointe non isolée, à laquelle je les présentai successivement pendant l’espace d’une demi-heure.
- Je réitérai ce mode de traitement les deux jours suivans et je m’en trouvai très-bien , à quelques légers fourmillemens près que je ressentois dans le seul doigt index , lorsqu'il étoit exposé à l'impresssion d’un froid très-piquant.
- Le même accident revint dans le cours de l’hiver de l’an IX ; mais d’une manière si foible et si peu inquiétante , que je ne crns pas devoir me faire électriser pour cela. L’engourdissement ne se faisoit sentir qu’aux deux seuls doigts qui l'avoient primitivement éprouvé. Je me bornai uniquement à tirer immédiatement , de ces deux doigts , des étincelles des personnes que j'éleetrisoisalors, et ce moyen me suffit. Depuis ce moment jusqu’à présent, 14 ventôse an X ', je n’ai pas ressenti la moindre impression de celte affection. Voici deux autres exemples plus frap-
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- pans des avantages du fluide électrique dans cette circonstance.
- Une femme âgée de cinquante-cinq ans, bseSec^ dit le docteur Mazars, avoit lavé du linge dans une eau de puits extrêmement froide, et dans un moment où elle avoit très-chaud.
- Elle ne tarda pas à éprouver un sentiment de froid , de stupeur , d’engourdissement aux bras et aux mains. Il lui fut impossible de coudre, d’enfiler son aiguille , d’ouvrir sa tabatière , de prendre du tabac , et même de porter ses mains dans ses poches , autrement qu’en les traînant. Ces accidens furent bientôt suivis de vertiges et d’un si grand embarras dans les mouvemens de sa langue et des autres organes de la parole , qu’il y avoit des mots qu’elle né pouvoit absolument articuler , et d'autres qu’elle ne prononçoit qu’avec peine.
- Il y avoit plus d’un mois qu’elle étoit dans ce fâcheux état , lorsqu’elle fut électrisée.
- En neuf à dix séances , elle recouvra l’ent-tière liberté de la parole , l’usage de ses bras et de ses mains , sans qu’il lui restât le moindre vestige de son accident. 11 y avoit plus de six mois qu’elle étoit guérie, lorsque le docteur Mazars publia cette observation.
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- 476 de l’Electricité La suivante n’est pas moins intéressante ; je la tire du même ouvrage.
- Tioisiimc Jeanne Claret, femme Cugnau porteur •bservaiion. ,je chaises, âgée de cinquante-huit ans, étoit prise, depuis quelques mois , d’un engourdissement très - douloureux , qui occupoit l’épaule, le bras, l’avant-bras, la main et les doigts du côté droit , avec impossibilité de faire aucun usage de cette extrémité supérieure. On lui avoit fait plusieurs remèdes tant internes qu’externes , dont elle n’avoit tiré que de foibles soulagemens. Douze jours d’Electricité, sans aucun autre secours concomitant ont suffi pour la guérir, et depuis elle ne s’est point ressentie de celte inquiétante incommodité.
- Non moins favorable dans certaines douleurs fixes, que dans les douleurs va gués, dont nous venons de parler, l’Electricité est encore un excellent moyen de les calmer. Peut-être ne nous manque-t-il que l’expérience pour étendre ses bienfaits à un plus grand nombre de maladies que celles dont nous allons faire mention. Or, comme on n'a rien à craindre de semblables tentatives, nous invitons les gens de l’art à ne les point négliger, lorsque l’occasion s’en présentera.
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- Quant à nous, nous nous renfermerons dans les bornes qui nous ont été prescrites par l’expérience , et nous ne parlerons que de celles sur lesquelles elle s’est authentiquement prononcée.
- Des Douleurs de Télé.
- • Les nosologistes en distinguent de plusieurs espèces , parmi lesquelles la migraine est la plus fréquente , et celle à laquelle l’Electricité a toujours été administrée avec succès. Tout ce qui gêne la circulation dans le cerveau , la plétore tant sanguine qu’humorale , la suppression de quelque évacuation accoutumée, l’engorgement, de la membrane pituitaire, sur-tout la partie de cette membrane qui tapisse le9 sinus frontaux, les crudités de l’estomac, les mauvaises digestions, une grande application , une application trop long-tems continuée, etç., sont des causes ordinaires de cette douloureuse affection; et toutes ces causes cèdent à.faction du fluide électrique : c’est ce que l’expérience atteste de la manière la plus convaincante.
- La tille d’un nommé Paschal, agent-de-change, souffroit habituellement, depuis son
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- 478 de l’Electricité enfance, d’une migraine héréditaire, presque toujours jointe à des vomissemens qui la fati-guoient extrêmement. On lui a voit inutilement administré tous les secours de l’art. On lui conseilla de se faire électriser: elle voulut bien encore tenter ce moyen , et un quart-d’heure d’une sim pie électrisation par bain suffit pour faire cesser l’accès dont elle étoit tourmentée. Aussi, dès qu’elle s’appercevoit des symptômes précurseurs de sa maladie, elle se hâtoit de recourir à l’Electricité ; et si elle étoit assez heureuse pour se faire électriser avant que le mal se fût entièrement déclaré, elle en étoit exempte pour cette fois; et si elle n’y avoit recours qu’après qu’il étoit décidé, il cédoit en peu de tems, quelque violent qu’il fût ; jamais il ne résistoit à une électrisation soutenue pendant une demi-heure. Le même moyen remédiôit aussi aux vomisseméns auxquels elle étoit sujette; ce fut- ce qui détermina son père à lui acheter une machine électrique qu’ellé avoit toujours sbùs sa main, et â la quelle elle avoit recours dès qu’elle se sent oit mënacée de sa migraine.
- Cette machiné , qui lui ëloit devenue extrêmement utile, le fut également à plusieurs dé ses connoissances qui y reçourôient dans
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- les mêmes circonstances, et toutes y trou* voient le même avantage. Le physicien qui atteste ce fait, comme en ayant été témoin, ajoute qu’il a éprouvé plusieurs fois l’efficacité de ce moyen dans de semblables circonstances , et qu’une électrisation soutenue pendant un certain tems, réussit beaucoup mieux que celle qui serait suspendue et reprise de moment en moment. 11 dit encore que le signe de la guérison, ou de la disparution totale de la migraine, est une espèce de frémissement que le malade éprouve dans l’estomac.
- Lowets , que j’ai déjà cité plusieurs fois comme un excellent électricien, qui a rendu de grands services à l’humanité souffrante , atteste avoir guéri par le même moyen des maux de tête très-opiniâtres. Les Transactions Philosophiques de Londres attestent la mêmechose àl'égardd’unhomme qui demeurait à Boulogne , où il étoit tourmenté depuis long-tems de violens maux de tête qui a voient résisté à une multitude de remèdes qu’on lui avoit ad ministrés. Linné parle de semblables guérisons opérées dans l’hôpital d’Up-sal. On y a guéri, dit-il, par le moyen des étincelles électriques, beaucoup de maux de tête et de migraines.
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- 486 II l'ElECTRICItl
- J’ai éprouvé plusieurs fois la même choseJ à Paris , où je professois la physique expérimentale. Souvent-quelques-uns de mes auditeurs se plaignoient d’être attaqués de migraines plus ou moins violentes; je les invitais à rester après la séance , et je les électrisois par bain et par exhaustion , en présentant Une pointe non isolée, à très-peu de distance de toute la partie de la tête où se trouvoit le siège de la douleur , et presque toujours le mal cessoit en moins d’un quart -d’beure. J'ai peu vu de migraines qui aient résisté beaucoup au-delà ; mais cette espece de maladie est si peu dangereuse et se guérit si bien d’elle-même , qu’on aime mieux en attendre patiemment la guérison chez soi, que d’aller se faire électriser.
- Je citerai cependant encore une observation , qui trouvero.it peut-être mieux sa place parmi celles qui appartiennent aux maladies de la neuvième classe ; mais, quoique la douleur de tête ne soit ici que secondaire , elle y joue un rôle si important, qu’elle ne sera point déplacée parmi les maladies de cette classe. La voici.
- Seconde Une fille, âgée de trente ans, mal réglée •tsen-mon. (]epuqs t]eux j etoit tourmentée d’un grand mal
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- mal de tête, accompagné d'une gêne dans la respiration et de coliques plus ou moins vives, trois à quatre jours avant le terme de ses évacuations périodiques, soit qu’elles eussent lieu complètement, ce qui arrivoit rarement , soit qu’elles ne fissent que paraître « ou qu’elles ne parussent point du tout, ce qui arrivoit quelquefois. Son mal de tête avoit cela de singulier , qu’après l’avoir tourmentée quelques heures de suite, il la laissoit assez tranquille, pendant le même laps de tems ou environ, pour revenir ensuite avec la même rigueur. Il la tourmentoit cependant moins pendant la nuit, et il lui laissoit la faculté de dormir, non d’un sommeil profond et de longue durée : elle s’éveil-loit souvent, et sans éprouver la même douleur qu’elle avoit éprouvée dans le cours de la journée, elle se sentoit seulement la tête lourde et embarrassée.
- Son pouls étoit intermittent, légèrement convulsif, et ces accidens cessoient dès que ses règles commençoient à paraître ; mais si elles ne paroissoient point du tout, le mal continuoit pendant quatre , cinq et même six jours après cette époque. Elle avoit inutilement tenté beaucoup de remèdes qu’on
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- lui avoit administrés , lorsque lë doctêtff
- Bucquet lui coriseilla de se faire électriser.
- Je l’électrisai par bains et par étincelles que je tirois , non de la tête qui n’étoit que sy ffipt ématiquement affectée ) mais de la région iliaque que je regardois comftie lé siégé de la maladie , et Je présentois fréquemment à cette partie une pointe non isolée, à dessein d’y faire affluer lé fluide électrique.
- J’eus soin de lui faire prendre, péndant toute là durée de ce traitement une tisane apéritivè, et au bout de dix-huit jours, époque à laquelle ses règles dévoient paroître, elles survinrent plus abondamment qu’élle ne l’espéroit, et sans avoir éprouvé des acci-dens aussi violens que ceux qui les précé-doient ordinairement. Les coliques ainsi que les douleurs de tête furent moins vives ; mais celles - ci' observèrent néanmoins le même type.
- Je discontinuai l’éiectrisation pendant la durée de l’évacuation périodique. Deux jours après , je repris le même traitement que je continuai jusqu’au terme d’une nouvelle évacuation qui eut lieu et qui ne fut acccompa-gnée ni de coliques, ni de douleurs de tête.
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- Je continuai encore à l'électriser jusqu’à la prochaine époque de ses règles qui se trouvèrent très-bien rétablies, et elle n’éprouva plus depuis aucun accident à cette époque ; ce qu’elle m’assura trois ans après, en m’ap- , prenant qu’elle étoit mariée depuis près d’un au , et qu’elle étoit grosse de son premier enfant.
- L’œil appartenant à la tête , la douleur des yenx peut être rangée dans la classe des douleurs de tête. C’est donc à ce titre que je parlerai ici de la maladie suivante.
- De l’Ophtalmie.
- L'Ophtalmie est une inflammation de la Me-e j, conjonctive , accompagnée d’une douleur raal“" plus ou moins vive et d’ardeur , quelquefois d’un larmoyement , d’un suintement âcre et purulent qui occasionne de petits abcès , de petits ulcères sur les parties qui en sont humectées ; et même sur la cornée. Dans ce cas , l'ophtalmie s’appelle humide. Dans tout autre cas , on la nomme sèche.
- Différentes causes peuvent occasionner cette maladie; elle peut être l'effet d’un virus qui circule dans la masse du sang , et c’est II h 2
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- 484 de l'Electricité alors ce virus, et non la maladie locale ; qu’il faut attaquer ; elle peut Être la suite ou un reste de petite vérole , et c’est de toutes les ophtalmies la plus redoutable , la plus difficile à guérir ; elle peut provenir de la suppression de quelqu’évacuation accoutumée , de la guérison de quelque vieux ulcère, de la cessation de l’écoulement d’un cautèrq. Dans ce cas, il faut rouvrir les émonctoires qui se sont obstrués, et rappeler au dehors l’humeur qui doit s’évacuer ; quelquefois elle est occasionnée par quelques ordures qui se sont introduites dans l’œil, par quelques cils des paupières qui s’y portent. Celle - ci est de toutes les ophtalmies la moins dangereuse, celle qui se guérit le plus facilement, en extrayant les ordures, en coupant ou en emportant les cils importuns.
- De quelqu’espèce qu’elle soit, cette inflammation rend la lumière insupportable à l’œil, et il faut avoir soin de l’en garantir. Le pouls est généralement vif et dur, le malade sent quelquefois un battement fort Incommode dans les temporales. La douleur de tête est encore un des symptômes de cette maladie, et lorsqu’elle est très-vive,
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- il est à craindre que la perte de la vue ne s’ensuive.
- On traite en général l'ophtalmie, comme toute autre inflammation, par des saignées, sur-tout celles du pied et même de la gorge. Les sang-suesaux paupières et autres parties circonvoisines, ne sont point à négliger. La liberté du ventre doit être entretenue avec soin. Les tempérans , les adoucissans, les fondans, les diaphoniques, les apéritifs , sont les moyens les plus ordinaires, et ceux: qui réussissent le mieux , si nous en exceptons cependant l’Electricité, qui est beaucoup plus expéditive. Mais de quelle manière doit-elle, être administrée à un organe aussi délicat ? C’est sur cela que les électriciens ne sont point d’accord. Wilkinson désapprouve très-fort l’usage des commotions , que quelques physiciens n’ont pas craint d’employer dans cette circonstance , et je crois que Wilkinson a raison : c’est 9 d’ailleurs, l’avis des plus célèbres électriciens. Il propose ici la méthode de l'insufflation ret Cavallo celle de Vexhaustion, qui est aussi douce et aussi convenable , à en juger d’après les avantages que ce savant physicien dit en avoir obtenus.
- H h a
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- 486 de l’Electb icité
- Il veut qu’on se serve d’une pointe de métal ou de bois , selon que les yeux du sujet sont plus ou moins irritables : on emploie, dit-il, ce traitement deux fois par jour, pendant l’espace de trois à quatre minutes, en permettant au malade d'essuyer de tems en tems les larmes qui tombent abondamment dé ses yeux.
- En approuvant ce genre de traitement, je préférerois néanmoins la méthode de Wilkinson, en faveur de laquelle on peut citer une multitude d’observations très-authentiques. Au lieu donc de mettre le malade dans un bain électrique, et de présenter une pointe de métal ou de bois à ses yeux affectés d’ophtalmie, ou à celui des deux qui en est affecté, s’il n’y en a qu’un qui le soit, il faut que le malade, non isolé et non électrisé, soit placé à la proximité du conducteur de la machine électrique, et que, lenant à la main le manche de cristal de l’appareil représenté ( Plan. IV, fig. 5 ) , communiquant avec le conducteur, il dirige lui-même la pointe de cet appareil à la proximité de son œil, ou alternativement de l’un et de l’autre, s’ils sont tous les deux attaqués d’ophtalmie. Le fluide électrique
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- qui s’échappera de cette pointe, se portera sur l’organe auquel elle sera présentée, et cet organe n’éprouvera alors que l’impression d’un vent frais.
- Çe fut en procédant de cette manière que le savant Partingon parvint à guérir une ophtalmie dont les suites paroissoient désespérantes. Voici le fait.
- Un homme âgé de trente-six ans, d’une constitution robuste, devint aveugle en fort peu de tems, par l’effet d’une violente ophtalmie à laquelle tous les remèdes avoient été inutiles. Deux mois après cet accident, le malade ne pouvoit ouvrir les yeux. Si l’on, soulevoit ses paupières tandis qu’il étoit en face du jour, il ne voyoit qu’un globe de feu et souffroit de très-vives douleurs d’une tempe à l’autre j il en ressentoit aussi quelquefois derrière la tête.
- Partingon l’électrisa, en se servant alternativement d’une pointe de bois et d’une pointe de métal. Dès le troisième jour, l’inflammation parut considérablement diminuée, et j au bout de quinze elle fut totalement dissipée ; cependant la pupille étoit contractée. 11 continua à électriser le malade pendant l’espace d’un mois ; la pupille
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- 488 de l'Electricité se dilata graduellement, les douleurs cessèrent , et l’homme fut parfaitement guéri : c’est ce que Cavallo atteste dans son excellent ouvrage sur l’Electricité médicale.
- Mauduyt, qui rapporte le même fait dans le sien, se plaint de ce qu’il n’est pas assez détaillé pour qu’on puisse en tirer tonte» Jes inductions qui seroient à desirer, et en cela je suis fort de son avis ; aussi ai-je déjà fait observer qu’on ne doit jamais craindre la prolixité dans des récits de cette importance, dont la moindre circonstance peut répandre le plus grand jour sur la conduite du traitement ; mais je suis fort éloigné de penser comme lui, lorsqu’il ajoute qu’il est possible qu’une humeur morbifique, après s’être jetée sur les yeux, après avoir occasionné et entretenu quelque tems une ophtalmie , peut très - bien avoir été déplacée et résorbée par les seules forces de la nature.
- Quoique le fait soit absolument possible, il suivrait de ce raisonnement qu’on ne pourvoit attribuer aucune guérison de cette espèce à l’administration de quelque remède que ce fût, puisqu’on pourrait toujours en faire tanneur à la nature. Pour qu’on puisse rai-
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- sonner ainsi, au moins faut-il avoir quelques preuves, quelques indices qui autorisent cette façon de penser, et la marche dn traitement rapporté ci-dessus est fort éloignée de faire naître ce soupçon.
- Si ce savant médecin, dont la mort fut une calamité pour les malheureux auxquels il prodiguoit ses soins, Vivoit encore, je lui demanderais s’il étoit dans cette opinion, lorsqu’il regrettoit de n’avoir point continué plus long-tems le traitement électrique, un peu différent de celui de Wilkinson, à une jeune personne attaquée du mal dont il est ici question? Voici le fait qu’il rapporte dans dans son savant Mémoire cité ci-dessus.
- Une fille, âgée de seize ans, d’un tempé-rament fort et plétorique réglée depuis quatre ans, mais mal, et attaquée, depuis dix-huit mois, d’une ophtalmie qu’on avoit combattue sans succès par beaucoup de remèdes, me fut adressée, dit-il, par mon collègue Lorry. Halle, mon collègue aussi, suivit avec moi le traitement de cette maladie , dont voici l’exposition que nous fîmes ensemble.
- Les paupières de la malade étoient gonflées et lourdes ; elle ne pouvoit les entr’ou-
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- 490 DK l’Electhiçité vrir le matin, que quelques heures après son lever. Sur la fin de la matinée, sa vue s’éclaircissoit, et elle voyoit assez pour se conduire le reste du jour. C’était la même chose le lendemain; ses yeux étoient rouges, ternes, et leurs membranes paroissoient comme abreuvées, et infiltrées.
- La malade, bien isolée, fut électrisée en présentant successivement, à chaque œil, une pointe de bois , mise en communication avec la machine électrique en action. Derrière sa tête, et précisément au point'opposé à cette pointe, on en avoit établi une autre de .métal non isolée, qui communiquoit conséquemment avec le réservoir commun. Par ce moyen, le iluide électrique avoit son cours de la pointe de bois à l'œil; et de celui-ci , à travers le cerveau, à la pointe de métal qui le transportait dans le réservoir commun.
- Son effet sensible sur l’œil était celui d'un vent doux, si agréable à la malade, qu’à peine l’avoit - elle senti sur un œil, qu'elle desiroit qn’il passât à l'autre pour en éprouver le même bien-être. C’était le matin qu’elle était électrisée, et à peine était-elle montée sur l’isoloir, qu’elle ouvroit aisément ses pan-
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- pières pesantes et incapables de mouvement l’inslant d’auparavant : elle distinguoit les objets aussi - bien qu’elle avoit coutume de les distinguer les autres jours trois à quatre heures plus tard ; et plusieurs fois elle assura qu'elle les distinguoit plus nettement.
- Cependant le souffle électrique augmen-toit la rougeur des yeux, et faisoit couler abondamment des larmes; mais ces effets étoient dissipés peu de tems après l’électrisation, au lieu que la légèreté acquise des paupières, et la plus grande netteté de la vision se consêrvoient ordinairement jusqu'à la fin de la journée ; car il y eut, dit le docteur Mauduyt, quelques jours où ces effets de bonne espérance cessèrent peu de tems après l’opération.
- Quant au gonflement des paupières, il étoit sensiblement diminué, le globe de l’œil plus net, moins opaque, et les membranes moins infiltrées. Ces effets étoient le fruit de quinze séances prises négligemment et en lais, sant, sans motifs, des intervalles de deux, quelquefois même trois jours entre chacune. Ces effets, qui étoient au moins d’un heureux augure, nous faisoient desirer, à mon collègue Halle et moi, de continuer le trai-
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- 493 D E L’E L E C T R I C I T É temenf; mais malgré nos' représentations et les bons conseils de notre collègue Lorry, la mère de la malade, et la malade elle-même, intimidées par des craintes chimériques qu’on leur avoit suggérées sur les effets de l’Electricité, se retirèrent, et nous enlevèrent la satisfaction d’un heureux succès dont nous étions presque assurés.
- ^Troisiènn Plus heureux que le docteur Mauduyt, ' j'ai mené à terme cette opération, faite par une méthode opposée et qui équivaut à la sienne , par la voie de l’exhaustion, qui m’a parfaitement réussi ; et le traitement n’a duré que dix-huit jours sur une fille de vingt - un ans, affectée d’une semblable maladie, à quelques différences près , survenue depuis près de trois mois, à la suite d’un dérangement de ses fonctions menstruelles.
- Ses paupières étaient extrêmement gonflées et ne s’ouvroient qu’avec peine; elles étaient quelquefois si bien collées , qu’elle était obligée d’y porter les doigts pour les ouvrir; et cet état -était permanent 1ant le jour que la nuit. Ouverts, ses yeux étaient très-rouges et larmoyans ; ils étaient même douloureux ; elle y sentoit la même impression , un picotement semblable à celui qu’au-
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- roient pu lui faire éprouver quelques grains de sable qui s’y seroient introduits. Elle n’avoit fait d’autres remèdes que de simples bains, avec une décoction de mauves, qui adoucissoient le mal sans le guérir.
- Je l’électrisai, par exhaustion, comme je viens de le dire. Bien isolée , je la fis communiquer avec le conducteur de la machine, et dès qu’elle étoit bien imprégnée de fluide électrique, je présentois alternativement, et à une petite distance de ses yeux fermés, une pointe de métal non isolée. Pendant cette opération, quelques larmes se faisoient jour et couloient de l’un et l’autre œil ; et quelques minutes après, elle les ouvroit plus facilement. Dans l’espace de sept jours, les paupières furent tout-à-fait désenflées. La rougeur de l’œil, qui augmentoit aussi pendant l’opération, étoit déjà dissipée en partie ; elle sentoit encore quelques picotemens, mais moins forts que précédemment. Je continuai de la même manière jusqu’au dix-huitième' jour , époque à laquelle il se fit chez elle une évacuation naturelle sanguine et pluscopieuse qu’elle ne l’étoit les mois précédens ; je suspendis donc l’opération , et lorsqu’elle revint, je la trouvai si bien guérie, que je ne lui cou-
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- 494 D K t’E L E G T R t C IT é seillai point de reprendre le traitement. Elle se maria l’année suivante, et elle s’étoit toujours bien portée juques-là.
- Je pourrois ajouter ici trois autres observations qui prouveroient également en faveur et de cette pratique et de la méthode dont je viens de parler, que j’ai toujours suivie dans ces circonstances j mais elles ne seroient pas plus concluantes, si elles l’ëtoient même autant, parce que les ophtalmies , dont je ferois mention, n’étoient point aussi graves que celle dont je viens de parler. J’ajouterai cependant ici qu’un savant professeur de philosophie à Caen, le ci-devant père Adams de l’Oratoire, qui s’est beaucoup occupé d’Electricité médicale, a publié dans le tems plusieurs guérisons de cette espèce ; ce qui doit augmenter encore la confiance que mérite un pareil traitement dans les cas A’opfa talmie, qui n’est pas la seule maladie de l’œil à laquelle l’Electricité puisse remédier; car Wilkinson et Cavallo la recommandent particulièrement, et dans la Jistule lacrymale et dans une maladie beaucoup plus rare qui provient de Xopacité de l'humeur vitrée.
- La première est occasionnée par l’obstrue-
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- tiort du syphon lacrymal, d’où résulte un engorgement du sac de môme nom qui le dilate outre mesure , lui occasionne un degré de tension accompagné d’inflammation et suivi d’une rupture qui forme la fistule. On la guérit ordinairement par une opération chirurgicale très-facile à pratiquer, mais qui manque souvent, et dans ce cas, elle est assez communément suivie d’ac.cidens aussi désagréables que le mal même, pour ne rien dire de plus.
- Je préférerois donc ici l’Electricité, d’après le conseil des deux savans physiciens que jé viens de citer, et qui attestent son efficacité dans cette circonstance, qui ne s’est point encore présentée au désir que j’aurois d’en faire l’essai, et que je saisirai à la première occasion. Je la crois, comme eux, également propre contre l’opacité de l’humeur vitrée, parce qu’il ne faut ici quedesremèdes incisifs et résolutifs, et que l’Electricité est douée au suprême degré de ces deux qualités. J’invite donc et les gens de l’art et les physiciens de ne perdre point de vue ce moyen, et d’en faire usage dans l’occasion.
- Il est encore une espèce de douleur en une partie de la tête qui, pour n’avoir rien de
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- 496 D E L*E L E C T RI G I T £ dangereux , appelle néanmoins sur elle une attention particulière , à raison de la cruauté avec laquelle elle tourmente ceux qui en sont atteints. On reconnoît là sans doute la douleur de dents, contre laquelle l’Electricité peut être favorablement employée.
- De V Odontalgie.
- idée de L'odontalgie est une douleur de dents
- «eue mata- aigue, violente , opiniâtre , ordinairement accompagnée de rougeur au visage, de tension , d’inflammation, d’enflure, quelquefois de la fièvre, ou au moins d’un mouvement fébrile. On reconnoît deux causes générales de cette espèce de maladie ; la carie des dents, ou une fluxion qui se porte sür elles. Ces deux causes sont souvent concomitantes. Il naît de l’une et de l’autre une irritation dans les ligamens tendineux, nerveux qui fixent les dents dans leurs alvéoles, ou l’agacement du petit nerf qui se distribue à la racine des dents ; or c’est çette irritation qui est la cause particulière et prochaine du mal de dents.
- On peut dire, en général, que cette maladie est un rhumatisme ; et c’est aussi dans cette classe qu? le savant Hoffmann la range,
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- range , et il remarque très-bien que toutes les causes occasionnelles qui produisent des rhumatismes , réveillent communément les maux de dents : l’intempérie des saisons , par exemple, le passage subit du chaud au froid , etc.
- La douleur de dents peut être quelquefois produite par l’affluence du sang, et conséquemment par l’engorgement des vaisseaux. Alors cette douleur est très-vive ; mais elle cède promptement. Elle est encore extrêmement vive , lorsqu’elle est produite par une humeur âcre , saline, séreuse , et elle cède aussi facilement, à raison de la fluxibilité de la matière qui rentre dans les routes de la circulation. Celle qui est occasionnée par une humeur pituiteuse, visqueuse, gluante, est beaucoup plus tenace ; mais elle est moins vive et beaucoup plus supportable.
- La douleur de dents peut donc être l’effet de diverses causes, contre lesquelles il faut employer une diversité de moyens appropriés à chacune d’elles, et c’est précisément ce qu’on ne fait point ordinairement, parce qu’au lieu de consulter un homme de l’art, qui pourroit indiquer le véritable, on se sert
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- 498 de l’Electricité ordinairement du premier dont on entend vanter l’efficacité, et dont on pourroit effec tivement attendre la guérison, si la cause contre laquelle on l’emploie étoit celle contre laquelle il a manifesté sa vertu : de là qu’arrive-t-il ? La douleur continue ; on se rebute des remèdes , et on finit par faire arracher une dent qu’on eût pu conserver.
- On évitera cet inconvénient en faisant usage de l’Electricité, qui convient également bien dans tous ces cas, à l’exception cependant quelquefois, lorsque la douleur de dents est occasionnée /par la carie: dans ce cas, l’extraction de la dent est le remède le plus sûr, et l’Electricité, disent Wilkinson et Cavallo, deviendroit tout-à-fait inutile. Mauduyt dit encore plus : il prétend et il assure même l’avoir éprouvé sur lui-même, qu’au lieu de soulager le mal, le fluide électrique l’augmente. Je le crois comme lui, lorsqu’on emploie ici, comme il le fit, la méthode de la commotion ; méthode trop irritante en pareille circonstance. Je ne la croirois même pas praticable, lorsque la douleur de dents est occasionnée par une humeur âcre qui s’est portée sur les dents , si Wilkinson et Lowets ne nous assuraient
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- l'un et l’autre l'avoir employée favorablement dans ce cas.
- Je me suis toujours servi d’une méthode moins irritante, et elle m’a presque toujours très-bien réussi. Je n’ai jamais employé quo le bain électrique, et quelques étincelles que je tirois de la dent malade, me servant pour cela del’appareil représenté (Plan. JV, fig. 9), que le malade tenoit par le tube AB, dont il appliqüoit l’extrémité D sur la dent malade , et j’excitois l’étincelle de son autre extrémité G, à laquelle je présentois la boule d’un excitateur.
- Cavallo est encore plus circonspect que moi dans l’administration de ce moyen; il veut qu’on se borne à tirer le fluide électrique de la dent malade avec une pointe, et même seulement de la partie de la joue . qui correspond à la dent douloureuse.
- Je crois bien que ce moyen peut suffire; mais je ne vois rien qui exclue celui dont je me suis servi très - avantageusement, et que je crois bien plus expéditif, sur-tout lorsque le mal de dents est accompagné de l’engorgement des gencives, et qu'elles sont enflammées.
- Zelzell a pareillement employ éavecsuccès
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- i’EleCTJIClt I
- le même moyen ; mais il a suivi une méthode inverse de la mienne; il a électrisé la dent par voie d'irroration, en faisant tomber dessus une multitude d’étincelles assez fortes, et soutenant, dit-il, avec égalité l’espèce de tremblement qu’elles excitoient, jusqu’à ce que la douleur cessât entièrement. C’est ainsi qü’il s’eü explique dans sa thèse citée ci-dessus.
- Il se servoit, selon toutes les apparences, car il ne décrit point sa méthode, d’un appareil semblable à celui qui est représenté ( Plan. IV, fig. 3 ) , -qu’il tèrioit par son manche de cristal C, qui communiquoit par son extrémité c au conducteur de la machine électrique, et dont il présentoit l’extrémité d à la dent qu’il vouloit frapper, et sur laquelle il faisoit, pour ainsi dire , pleuvoir les étincelles. Un peu d’habitudè à faire cette opération apprendra, mieux que je ne pourvois le dire, cette manière d’opérer.
- En nous apprenant qu’il avoit tenté ce moyen sur un grand nombre de personnes, même sur des femmes grosses fort sujettes aux maux de dents , il dit bien que ces maux étoient occasionnés, chezquelques-unsy par une humeur arthritique, chez d’autres
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- MÉDICALE. Soi
- par un virus scorbutique , chez quelques autres \>a.rfluxion, chez plusieurs par carie; et il assure que la majeure partie fut guérie : mais fut-ce ceux dont le mal étoit occasionné par carie , qui ne guérirent point ? C’est ce qu’il eût été important de savoir, pour confirmer ou. infirmer l’opinion de Wilkinson, de Cavallo et de Mauduyt, et c’est sur quoi l’auteur garde le plus profond silence.
- Il ajoute même que la douleur de dents guérie par ce moyen, revenoit ensuite, mari moins forte , moins intense, et qu’on fut obligé de revenir une seconde fois à l’Electricité pour la guérir complètement. C’est ce que je n’ai jamais observé dans la multitude de guérisons que j’ai opérées par ce moyen, et ce dont aucun autre physicien ne fait mention.
- JeÉconçois bien qu’une douleur de dents peut revenir après qu’elle a été calmée, si la même cause qui l’a voit produite se représente ; mais qu’elle revienne aussi promptement que Zetzell semble le faire entendre, c’est ce que je ne conçois pas, et ce que je n’ai jamais observé. Je n’insisterai pas davantage sur un mal, quelque commun et
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- douloureux qu’il soit : ce que j’en ai dit est plus que suffisant pour inspirer la confiance que mérite ici le fluide électrique. Je passe donc aux maladies de la classe suivante.
- § V 111.
- Des maladies de la huitième classe.
- Triste jouet d’un accident imprévu qui dérange, ou vicie l’organisation intime des fibres de son cerveau , l’homme le plus sage et le plus spirituel, peut perdre tout-à-coup et la sagesse et l’esprit. Il étoit l’objet de l’admiration et de la vénération de ses semblables; en un moment il est devenu celui de leur étonnement et de leur çiépris ; trop heureux s’il n’excite en eux que le sentiment de la pitié. Quantité de causes peuvent le conduire à cet état déplorable qui se manifeste sous différentes formes, toutes formant autant de maladies particulières plus fâcheuses les unes que les autres, contre lesquelles l’art est presque toujours en défaut et jusqu’à l'Electricité elle-même, si prodigue de ses bienfaits dans la majeure partie des maladies des aiitres classes. Sur les quatre ordres
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- en effet de maladies que les nosologistes distinguent dans cette classe et qu'ils divisent en vingt-trois genres, qui en renferment chacun plusieurs espèces, je ne connois encore qu’une seule de ces maladies à laquelle l’Elec" tricité ait été favorablement administrée. Et c'est la seule dont il sera question dans ce paragraphe.
- Du Vertige.
- Le vertige ou le tournoiement de tête est une espèce d'allucination , qui fait que les objets en repos , ou les plus fixes à leur place semblent néanmoins se mouvoir et tournoyer autour de nous. Autant d’espèces de vertiges que de causes particulières qui peuvent exciter cette fâcheuse incommodité, et ces causes sont en très-grand nombre.
- Les plus communes sont la pléthore et les affections histériques-, le traitement de cette maladie doit donc varier comme ses causes. Lorsqu’elle vient de pléthore , et que le sujet est jeune et vigoureux , c’est la saignée et sur-tout celle du pied qu’il faut employer. Si elle procède d’affection histérique, c’est le petit lait, la gomme ammoniac, les mar-I i 4
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- 5o4 de l’Electricité tiaux, etc. qu’il faut administrer. Dans tout autre cas , ce sont souvent les vomitifs et autres évacuons des premières voies; quelquefois les céphaliques , les antispasmodiques , etc. Cette maladie est-elle idiopa-tique, ce qui arrive quelquefois, ce sont alors les vésicatoires, les cautères, etc. qu'il faut référer.
- Dans toutes ces circonstances et après les remèdes généraux indiqués par l’état du malade , l’Electricité vient on ne peut mieux à son secours. C’est ce que prouvent une multitude d’observations que je pourrois rapporter ici.
- Sans indiquer la cause de ce fâcheux état, auquel étoit réduit un homme que Van-swienten adressa à son collègue Dehaè'n , pour qu’il l’électrisât, tant ce célèbre médecin étoit persuadé de l’efficacité de ce moyen contre cette maladie , voici de quelle manière Dehaën nous apprend le succès de ce traitement.
- Première Benedictus Errinser , dit - il, verti-
- st»ervaU0D. .
- gine et somnolentia cornpitur............
- vix decem ictibus sustinuerat, quin cura-tum se diceret ; perfeclissimè curatus ma-net hùc usque.
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- médicale. 5o5
- En prenant à la rigueur l’expression decem iclibus, il paraît que le malade fut électrisé par commotions. Ce n’est cependant pas la méthode qui convient, au moins dans quelques cas particuliers , sur - tout lorsque la cause de cette maladie provient d’affections histériques, ou dans le vertige vaporeux. En voici la preuve dans l’observation suivante.
- Unefemme, âgée de quarante-quatre ans, étoit, depuis près d’un an, attaquée d’une affection histérique qui la tourmentoit habituellement. Il lui survint des vertiges qui la surprenoient dès le matin dans son lit, et l’incommodoient encore assez fréquemment dans le cours de la matinée.
- Je la voyois beaucoup et je lui proposai souvent de l’électriser ; elle s’y détermina enfin, et on me l’amena un matin dans une chaise à porteur. Je commençai par employer la méthode de Dehaën ; je lui fis subir une légère commotion , et c’en fut assez pour lui occasionner un état convulsif qui l’inquiéta beaucoup : je n’en fus pas moins étonné qu’elle. Je la calmai quelques momens' après, en lui faisant prendre quelques gouttes d’éther sulfurique sur du sucre. Je me déçi-
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- 5o6 de l’Electricité dai sur-le-champ à renoncer à la méthode des commotions; mais non à l’Electricité, dont la malade ne vouloit plus entendre parler. Cependant, à force de la raisonner, je parvins à la déterminer à se prêter encore à tin nouvel essai. Je la fis asseoir sur un isoloir , sur lequel je l’électrisai par bain , et où je lui lirai quelques étincelles des tempes. En moins de six minutes, l’état de vertige dans lequel elle étoit se passa, et elle en fut délivrée le reste de la journée ; il étoit alors près de onze heures.
- On l’apporta le lendemain, dès les sept heures du matin, affectée de la même incommodité, qui se passa également dans l’espace de cinq à six minutes, par les mêmes moyens employés la veille, un simple bain électrique et quelques étincelles. Je prolongeai la séance pendant près d’une demi-heure, et elle s’en retourna à pied. Dans l’espace de huit jours, elle n'éprouva plus de vertiges et elle se crut guérie. Je continuai néanmoins letraitement pendant une quinzaine de jours. Dès le troisième, j’avois substitué laméthode de i’exhaustion à celle des étincelles et elle m’avolt aussi bien réussi. Depuis 1779, époque de cette guérison, jusqu’en 178a ,
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- l’année dans laquelle je quittai Paris, elle ne s’étoit point ressentie de cet accident.
- Le même moyen m’a encore aussi bien réussi sur sept personnes, attaquées du même mal, que j’ai traitées depuis ; mais les syrnp-. tômes de leurs maladies n’étant point assez graves pour fournir matière à des observations intéressantes, je m’en tiendrai à cette simple indication.
- § I X.
- Des maladies de la neuvième classe.
- Des Flux ou Maladies Evacuatoires.
- U ne excrétion peut être conforme, ou contraire au vœu de la nature. Dans ce dernier cas, c’est une véritable maladie ; dans l’autre, elle peut pécher de deux manières, par excès, ou par défaut. Péche-t-elle par excès, c’est k l’art de la modérer; si c’est par défaut, c’est encore à lui de la rappeler, si elle est totalement supprimée, ou d’en augmenter les produits, si elle ne l’est qu’en partie.
- Cette classe présente un très-grand nombre de maladies de diverses espèces, dont
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- 5o8 de l'Eleïtsicité on forme trente - six genres, qu’on divise en quatre ordres différons ; et ce n’est malheureusement qu’à un très-petit nombre que nous pouvons offrir l’Electricité , comme .un excellent moyen curatif dont l’efficacité est attestée par une multitude étonnante d’observations anssi constantes qu’authentiques, qui mériteraient toutes trouver leur place dans cet Ouvrage, et que j’y insérerais volontiers si je ne craignois de devenir prolixe. Je me restreindrai donc à quelques-unes seulement , et elles seront suffisantes pour intéresser le lecteur, sur-tout les femmes, qu’elles concernent particulièrement, et auxquelles elles inspireront sans doute la plus grande confiance en un moyen qui leur est bien plus avantageux que ceux dont on fait ordinairement usage dans les mêmes circonstances , dans celles dont je vais faire menées Suppressions et Epanchemens Laiteux.
- Filles ou femmes, la suppression, ou une diminution notable de l’écoulement menstruel auquel la nature les a assujetties, est
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- Une maladie dont lès suites sont souvent très-fâcheuses. Femmes, elles sont encore exposées à un autre accident non moins fâcheux, et assez communément suivi de la suppression dont je viens de parler, accident vulgairement connu sous le nom d’épanche-ment laiteux , ou sous celui de lait répandu.
- Cet accident cependant n’est point, à proprement parler, une maladie ; mais bien le germe d’une multitude de maladies , qui deviennent la plupart incurables, parce qu’on en ignore le principe, et qu’en attaquant directement la maladie apparente , on n'ajfaque point la cause qui l’a produite.
- Qu’est-ce en effet qu’un lait répandu ? C’est un lait qui, n’ayant point été évacué, comme’ il auroit dû l’être, a reflué dans les routes de la circulation, où il a formé un levain vicieux qui a procuré au sang, et conséquemment aux humeurs qui s’en séparent, un caractère de mauvaise qualité, source fécondede différentesmaladies plus fâcheuses les unes que les autres. Quoi qu’il en soit, considérons le traitement ordinaire de l'une et de l’autre des maladies dont il est ici question , et nous ne serons pas surpris de voir
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- 5lO D e l’El ectricit! l’Electricité réussir, on ne peut mieux, dauS l’une et l’autre circonstance.
- On remédie ordinairement à la première de ces maladies par des saignées de pied, des sang-sues à la vulve, aux vaisseaux hémorroïdaux; ce qui suffit quelquefois; sinon on a-recours aux emménagogiies, aux apéritifs, auxfortifians, etc. On ne néglige pas, outre cela, les bains de pied, les fomentations d’eau tiède, les lavemens laxatifs. Il est quelquefois important, lorsque là suppression a été subite, et qu’elle a eu lieu dans le période de l’écoulement , de faire précéder la saignée de pied de celle du bras. C’est à l’intelligence du médecin à choisir le moyen qui lui paroîtra le mieux indiqué.
- * On remédie à l’épanchement laiteux par des saignées, et sur-tout par un régime convenable , par des laxatifs, des diurétiques, des diaphorétiques et certaines eaux minérales, etc,
- Or, l’Electricité ayant éminemment les mêmes vertus que ces remèdes, on peut donc en attendre d’aussi bons effets. Tout l’art consiste à choisir le mode d’électrisation le plus convenable, le plus propre à la guérison qu’on veut obtenir.
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- , Malgré la multitude d’expériences qu’on a faites du fluide électrique, et toujours avec succès, dans la première de ces maladies, je ne trouve dans aucun ouvrage aucune méthode déterminée d’électrisation ; ce. qui semblerait nous indiquer que, de quelque manière que l’Electricité soit administrée, elle réussit également.bien. C’est aussi ce que je pourrais conclure de là multitude d’essais que j’en ai faits en mon particulier, en variant les méthodes à dessein d’en trouver une qui fût plus favorable que les autres : toutes m’ont également réussi; mais depuis que je connois celle que Partkingom nous indique dans les Transactions Philosophiques de Londres, je la regarde comme plus expéditive que toute autre.
- Ce savant électricien fait asseoir la malade sur un fauteuil bien isolé , le dos tourné au conducteur de la machine électrique, d’où part un fil de métal flexible, dont il al tache le bout à ses vètemens, et précisément à l’endroit qui correspond à la partie supérieure de l’os sacrum.
- En avant il présente une pointe de bois ou de métal non isolé, à une très - petite distance de l’endroit qui correspond à la
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- 5li DE t’E LE C T It I C ï T É partie moyenne inférieure du bas-vente Fixée à cet endroit, cette pointe attire le? fluide électrique, et détermine son cours dit sacrum à la partie extérieure inférieure de l’abdomen, à travers les viscères où se trouve le siège du mal , et il lui fait parcourir ces viscères pàr une ligne oblique de haut en bas.
- La personne, ayant été électrisée de cette manière pendant un certain teifis, qui doit être, suivant lui, de cinq mimites, il change la disposition de l’appareil, afin de diriger le fluide électrique, et de le faire circuler à travers d’autres parties qui en ont également besoin. Il détache donc le fil conducteur, et il l’applique à la partie des vête-mens qui couvre le bord supérieur et extérieur des os des isles, de l’un des côtés, soit à droite, soit à gauche, et il dirige vers fe bas des mêmes os du côté opposé, vers le pli de l’aîne, la pointe non isolée, et il recommence la même opération, qu’il continue pareillement pendant l’espace de cinq minutes.
- Dans cette nouvelle*disposition de l’appareil, le fluide électrique est attiré par une ligne oblique du haut de la hanche d’an
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- «oté , au bas du bassin du ente opposé, et il traverse les viscères qui se trouvent dans ce trajet : il change ensuite l’appareil dé place , en le disposant de la même manière, à gauche s’il était à droite , et réciproquement.
- Cela fait, il attache de nouveau le fil de métal conducteur au même endroit auquel il étoit primitivement attaché, au haut de la partie moyenne de l’os sacrum, et il met ensuite sous chaque pied de la malade une chaîne de fer qui traîne jusqu'à terre, et il fait jouer la machine qui fournit le fluide électrique qui se transporte de l’os sacrum au réservoir commun, en suivant le trajet des principaux nerfs et vaisseaux sanguins des parties inférieures. C’est bien de toutes les méthodes celle qui me paroît mériter la préférence.
- Il en est une cependant qu’on ne doit point négliger, et à laquelle je dois la majeure partie des succès que j’ai obtenus en ce genre. C'est celle du simple bain électrique auquel j’ajoute celle de l’exhaustion , en présentant successivement une pointe non isolée à toutes les parties du bas-ventre.
- Le bain électrique suffit encore assez sou-
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- S,4 DE L'ÉLECTRICITÉ vent, lorsqu’on y ajoute quelques étincelles tirées de différons points dé l'abdomen. C’est la méthode que Van-S wienten préconise, et à laquelle il attribue la faculté de prolonger et d’augménter beaucoup le flux menstruel. Dehaën dit là même chose dans son excellent ouvrage cité ci-dessus. Birel est du même avis, et atteste avoir guéri, par ce moyen, quantité de femmes attaquées de cette maladie ; il ajoute même qu’il ne con-noît point de moyen plus efficace que celui-ci. Nullam, dit-il , in totâ materiâ me-dicâ Elèclricitate, ad hune morburn depel-lendurn medicamentum accommodatius.
- Dès 17SS, Musschenbroeck en ayoit fait une épreuve bien frappante. Il ne manque au récit qu’il en fait, qu’un détail circonstancié de l’état de là malade, détail qu’on ne dévroit jamais omettre ; mais Musschenbroeck ne parle ici que comme physicien et à dessein d’éveiller l’attention des gens de l’art sur une pratique aussi avantageuse. Voici ce qu’il en dit dans le premier volume de son Cours de Physique expérimentale et mathématique.
- Observons cependant ici qu’il ne s’agit point de suppression, mais d’une maladie
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- bieü aussi -fâcheuse. Il s’agit d’une jeune fille chez laquelle la nature avuit peine à ouvrir la voie d’une évacuation naturelle et salutaire à son sexe. ,
- Une fille âgée de dix-sèpt ans , dit - il, Premiite n’étoit point encore réglée. Elle fut éieclri- °kse,,au“ sée le IS juin à quatre heures du soir, pendant environ une demi-heure : elle reçut la commotion électrique faisant partie d’une chaîne de neuf personnes; car Musschenbroeck étoit dans l’opinion que la force de la commotion separtageoit entre les personnes qui faisoient partie de la chaîne , erreur que j’ai réfutée ci-dessus.
- Quoi qu’il en soit, la jeune personne, dont il est ici question, ressentit, peu de tems après, un gratid mal de tête accompagné d’un battement de cœur fort léger. La fièvre survint et augmenta considérablement sur le soir. Vers le milieu de la nuit ses règles commencèrent à paroître, et la fièvre fut totalement dissipée le lendemain sur le matin.
- Sans désapprouver la méthode des commotions dans ces circonstances, où la nature trop débile demande à être fortement stimulée, et où il faut augmenter les forces, et
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- Sl6 DS l'ËlECTRICftÈ procurer à la machine un ébranlement dont elle a besoin, je voudrais que cet ébranlement fût gradué ; que l’on commençât par de légères comipotions dont on augmenterait progressivement l’énergie autant que besoin en serait. La bouteille de Cavallo décrite dans la seconde Section de cet Ouvrage , et représentée ( Plan. IV”, fig. 8 ) est on ne peut plus propre à cet effet.
- Ce n’est pas qu’on ne puisse très - bien réussir, sans en venir à ces moyens extrêmes. Je l’ai éprouvé plusieurs fois, et notamment dans les deux circonstances que; je vais indiquer.
- »tscr”uo»e Dans ,1e courant du mois de pluviôse an VII, on me présenta une fille, âgée de treize ans et demi, dont le visage étoit bouffi et . décoloré., les: yeux un peu jaunes. Dëpuis environ deux mois , me dit -,on> elle avoit perdu .l’appétit et une. grande partie de ses. forces : son sommeil, fréquemment interrompu, ne revenoit qu’avec peine; elle étoit dans une espèce de langueur. Je l’électrisai , pendant un mois, par simple bain et par exbaustion , présentant la pointe non isolée sur toute l’étendue del’abdomen ; et dans cet espace de tems, tous les symptômes que je
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- viens d’indiquer disparurent. Elle ne fut cependant pas réglée sur - lé - champ : il se passa plus d’un an avant cet événement ; mais jusques-là elle continua à se porter assez bien. •
- Au mois de ventôse an X, j’eus occcasion Trois de faire une semblable observation sur une fille, plus incommodée encore que la précédente et moins âgée, car elle n’avoit que onze ans et demi; mais elle tenoit d’une mère qui étoit devenue grande fille dès l’âge de ‘huit ans , et tout annonçoit chez elle la proximité de cette fonction. Comme la précédente, elle avoit perdu et l’appétit et les forces, ses couleurs étoient disparues; ellen’avoit Cependant pas le visage bouffi ; mais bien le ventre très-gros, très-tendu et très-dur.
- Je Mectrisai dé la même manière que la précédente, par bain et par exhauStion. En deux jours , il survint une crise très-favorable , une espèce de dévoiement qui la faisoifc aller et abondamment, plusieurs fois dans le jour, et même pendant la nuit. Cette Crise se soutint pendant sept à huit jours, le ventre s’amollit et tomba, les forces revinrent ainsi que l’appétit ; celui-ci même beaucoup meilleur qu’elle ne l’a voit auparavant. Jecon-
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- 5ï.8 DE t’E LE CTRICITÉ tinuai de l’électriser encore pendant quelques jours et elle se trouva très - bien ; en moins de six mois , elle fut. réglée et elle le fût trèî-copieuseinent.
- La même méthode m’avoit également bien réussi, plusieurs fois auparavant, sur plusieurs filles plus avancées enâge, depuis quinze jusqu’à dix-huit ans, qui s’étoient trouvées dans le même, état , quelques-unes plus maltraitées encore que les deux dpnt je viens de faire mention.
- Je crois donc que la méthode des commotions ne doit être employée , que lorsque des méthodes plus douces ne suffisent pas, et qu’on les a tentées inutilement. Je dirai la même chose des cas de suppression, dans lesquelles on y a cependant eu recours avec succès. Birel nous en fournit deux exemples très-remarquables, que voici.
- Une jeune femme, dont les évacuations périodiques étoient supprimées depuis deux ans, à la suite d*un accident que l’auteur n’a pas jugé à propos de nous faire connoître, port oit, depuis ce tems, une tumeur à la cuisse.: Birel l’électrisa en commençant par lui faire subir quelques commotions dans la région du bassin..Ces commotions, dit-il,
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- .excitèrent une douleur très - vive au côté, et cette douleur devint permanente ; ce qui ne l’empècha cependant pas de continuer le même traitement, et même d’augmenter l’énergie des commotions qu'il lui donna par la suite.
- L’évacuation supprimée se rétablit, son cours eut lieu pendant trois jours; mais la douleur de côté subsista ; il continua encore le même traitement, et à la fin la femme se rétablit parfaitement. En combien de tems ?
- L’auteur n’en dit rien.
- En applaudissant au succès de cette apé-tion , j’observerai qu’il n’eût peut - être pas été moins heureuxet j’en suis même persuadé , s’il eût employé une méthode plus douce et plus long-tems continuée au besoin. Il eût épargné à la malade une douleur dont elle se fût très-bien passée ; car on ne peut disconvenir qu’elle fut l'effet des secousses commouvantes dont il la tourmenta. Yoici l’autre observation.
- Une femme non réglée, dit le même cinqnitme auteur, avoit des ulcères aux jambes, par <>k“'rr“ti“11’ lesquels le sang sortoit à l’époque de ses règles. Je commençai par appliquer des compresses et des bandes sur les ulcères, afin Kk 4
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- 5so be l’Electricité de m’opposer à l’éruption contre, nature du sang par ces endroits. Cela fait, je l’électrisai comme la précédente ; ses règles revinrent et reprirent leur cours par la voie ordinaire.
- Fut-ce la suppression du flux menstruel qui occasionna les,ulcères des jambes , ou ces ulcères existoient - ils antérieurement et of-froient-ils une route toute frayée à cette évacuation contre nature ? C’est ce que l’auteur nous laisse ignorer , ainsi que le tems depuis lequel cette femme éioit atteinte de cette incommodité et la durée du traitement.
- Je l’ai déjà fait observer , et je le repète encore, je ne voudrois pas qu’on fit usage ici de commotions électriques, parce que fréqueminent réitérées, elles peuvent devenir préjudiciables au sujet ; et parce qu’elles sont assez inutiles , puisqu’une méthode beaucoup plus douce réussit aussi bien ; ce que je pourrais démontrer par une multitude d’observations que j’ai eu occasion de faire à ce’sujet, dont les deux suivantes suffiront, à ce que je pense , pour bien établir cette assertion.
- line fille , âgée de vingt - un ans , bien constituée et bien réglée, se trouvant à la
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- MÉDICALE. 52»
- campagne , se .trouva obligée d’y faire un savonage, qu’elle lava dans une eau de fontaine très-froide : elle ,étoit alors dans un tems critique. Ses règles s'arrêtèrent, et elle fut prise d'une accès de fièvre très-violent. On ,1a ramena à la ville et on appela à son secours un habile médecin qui lui administra les remèdes qu’il jugea les plus convenables à son état. Elle fut malade vingt-quatre à vingt-cinq jours ; elle guérit, mais incomplètement ; ses règles ne reparurent point. Deux mois après, elle fut oppressée, et cette oppression fut accompagnée d’un mouvement fébrile. Elle fut saignée ; l’oppression cessa et revint en vingt-quatre,à trente heures. Le médecin jugea que l’Electricité lui seroit plus convenable que tout autre remède, et il me l’adressa.
- Je commençai à l’électriser le io mai 1769. Pendant les deux premiers jours , je me bornai au seul bain électrique, parce qu’elle me parut extrêmement irritable et très-sensible à quelques étincelles que je lui tirai d’abord.
- Je voulois cependant employer cette méthode, que je mis en usage le troisième jour ; mais elle lui fut tellement importune , que
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- &11 D E L’E L E C T RI C I T É je fus obligé de m’en tenir à celle du bain et de l’exhaustion, en promenant une pointe non isolée sur toute la région hypogastrique. Par ce moyen, je déterminai lè fluide électrique à se porter successivement en masse snr tous les viscères de la région du bas-ventre. Je continuai cette opération jusqu’au 2 avril suivant, où elle fut attaquée, vers le soir, d’une fièvre assez forte, accompa-pagnée de douleurs de reins, qui furent suivies, pendant la nuit ,'de l’éruption de ses règles ; mais en petite quantité. Depuis ce moment, tous les accidenS cessèrent, la poitrine , qui avoit toujours été oppressée, ne le fut plus, la fièvre tomba et ne revint point ; les douleurs de reins subsistèrent cependant encore, ét je laissai reposer la malade jusqu’au io du même mois.
- Je recommençai le n à l’électriser de la même manière ; le 26 ses règles reparurent sans le moindre accident, à quelques douleurs de reins près : elles furent plus abondantes que la première fois, et la fille fut guérie.
- Si j’eusse connu alors la»méthode de Par-thingon, dont j’ai fait ci-déssus mention, je l’aurois sûrement employée, et jè ne doute
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- médicale.
- pas qu’elle ne m’eût très-bien réussi. A ce défaut, j’employois ordinairement celle que je viens d’indiquer ; je renonçai même à faire usage des étincelles, et toujours mes travaux furent couronnés d’un succès plus ou moins prompt : on peut en juger par l’observation suivante.
- Une femme, âgée d’environ trente ans, fut saisie de peur, à la vue de son mari qui se laissa chèoir du haut d’une échelle; ses règles, qui couloient de la veille, s’arrêtèrent. Uniquement occupée à soigner son mari, qui s’étoit assez grièvement blessé, elle ne pensa nullement à elle.
- Sa santé en souffrit ; mais les accidens ne commencèrent à l’inquiéter que plus d’un mois après. Plus de règles, plus d’appétit, plus de sommeil, une douleur sourde, une espèce de tension qu’elle sen-toit dans la région du bas - ventre. Elle se détermina à consulter le docteur Buc-quet, mon ami, qui la fit saigner du pied, et lui fit prendre quelques cuillerées à café, d’une teinture d’ellébore dans de l’eau chaude.
- Il y avbit déjà dix à douze jours qu’il lui donuoit ses soins, lorsqu’il m’en parla, et
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- 524 de l’Electricité me témoigna le désir qu’il avoit de la faire électriser, si ses règles ne revenoient point au terme auquel elles dévoient parôître. Je lui conseillai de ne point attendre ce moment pour lui rendre ce bon office qui, loin de s’opposer aux remèdes qu’il jugeait à propos de lui administrer encore, leur donneroit plus d’activité. Il goûta cet avis, et il me l’envoya dès le lendemain.
- Je l’électrisai.donc, et par bain, et par exhaustion, selon la méthode indiquée ci-dessuset le cinquième jour ses règles parurent comme de coutume , et elle se trouva beaucoup soulagée. Le docteur, qui avoit suivi ce traitement, en continuant à lui faire prendre sa teinture d’ellébore, jugea à propos qu’elle se fît électriser jusqu’à une nouvelle éruption de règles, -et sans continuer néanmoins l’autre remède. Je m’y prêtai volontiers ; mais je ne continuai cette opération qu’une quinzaine de jours , parce que la femme se trouva si bien rétablie , que je crus pouvoir la dispenser de perdre tous les jours un tems, qu’elle pouvoit employer plus avantageusement dans son ménage. Je l’invitai néanmoins à revenir, et je lui promis tous mes soins, s’il lui survenoit de nou-
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- veaux âccidens du même genre, ét je ne la' revis plus.
- Depuis vingt ans et plus que j'emploie le même traitement à Bourges, ce qui m'arrive communément plus d'une fois dans le cours d’une année, il me réussit également bien ; j'ai cependant quelquefois suivi, et avec le même succès, la méthode de Par-thingon. Est-ellê plus avantageuse ? Je ne pourvois en juger que par la promptitude de son effet, et je vois, dans les notes que j’ai conservées , qu’elle a été quelquefois plus prompte, plus expéditive que la mienne, et d'autres fois plus lente ; ce qui dépend sans, doute de l’état, de la gravité de la maladie. Ainsi le problème reste encore à résoudre : tout ce que je puis assurer ici, c’est que cette méthode, qui ne diffère que très - peu, et non essentiellement de celle que j'emploie, est une excellente méthode.
- La suppression des règles n’est pas la seule maladie de la neuvième classe à laquelle l’Electricité puisse être très-utile. Elle convient également bien lorsqu'il s’agit de rappeler toute autre excrétion supprimée, ou considérablement diminuée. J’en citerois
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- 5a6 de l1 Electricité
- plu» d’un exemple au besoin; le suivant suf-
- fira sans doute.
- Un tourneur en métaux, que j’employois quelquefois, avoit un flux hémorroïdal périodique , aussi régulier que le flux menstruel d’un femme. Cet homme étoit fort, trapu, bien constitué, mais très-ivrogne, très-crapuleux. A la suite d’une débauche, et d’une rixe à laquelle il. avoit donné lien dans un cabaret, et dans laquelle il avoit été tellement maltraité , qu’on fut obligé de le rapporter chez lui, où il fut retenu au lit pendant plusieurs jours, il reprit son travail; mais il ne tarda pas à en être extrêmement fatigué. 11 sentit ses forces très-diminuées; il éprouvoit un mal de tête presque continu ; son flux hémorroïdal ne paroissoit plus à son époque accoutumée, et, çialgré l’état de souffrance dans lequel il languissoit, il se ,réjouissoit de se voir débarrassé d’une incommodité à laquelle il étoit sujet depuis plus de vingt ans. Quelque tems après, il fut attaqué d’une jaunisse dont les progrès furent très-rapides ; elle fut suivie de vertiges qui l’incommodoient beaucoup.
- Je le trouvai dans cet état, et presqu’in-capable de travailler , un jour que j’avais
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- médicale. .Ï57.
- besoin de son ministère. Je le questionnai sur la cause de sa maladie, qu’il ne soup-çonnoit même pas. Cè ne fut qu’à force de. l’interroger, que sa femme m’apprit ce qui lui étoit arrivé. Elle ajouta que, depuis cette débauche qui l’avoit rendu plus sage et plus sédentaire, un flux hémorroïdal, auquel il étoit sujet, n’a voit point reparu. Je n’en demandai pas davantage; je compris que cette suppression étoit la seule cause des accidens qui étoient survenus.
- Je l’engageai d’abord à se faire poser des sang-sues à la marge de l’anus, à prendre pendant quelques jours des lavemens émoi-liens., à faire usage de soufre sublimé ( fleur de soufre ), et de tartrite acidulé de potasse ( crème de tartre ), dans une boisson délayante et rafraîchissante, que je lui prescrivis. Il le fit, et son état de vertiges diminua , mais non la jaunisse.
- Je lui dis alors que je ne connoissois d’autre moyen de le guérir que l’Electricité, et je lui proposai de l’électriser : il avoit grande envie de guérir, et il vint dès le lendemain se faire électriser; c’étoit le 14 juillet 1778- ,
- Je Péleetrisai par bain et par exhaustion;
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- SttS d"e l’ElecTtiuci'ïê et pour que le fluide électrique sé portai particulièrement à l’endroit nù son action me paroissoit devoir prodüireun meilleur effet, je1 le fis asseoir sur une chaise percée bien isolée, au-dessbus de laquelle j’avôis disposé Une pointe non isolée qui se portoit à peu de distance de l’anus. Cette pointé étoit montée sur un support que je pouvois retirer à volonté; je supprimois de tems en tems la pointe,et, avec un excitateur, je luitiroisalors quelques étincelles des parties circonvoisines du siège des bêmorroïdesi En peu de jours, la douleur de tête diminua sensiblement ; en moins de quinze jours elle disparut entièrement. Pendant ce tems, la jaunisse s’éclaircit ; mais elle subsista pendant plus d’ün mois. Cependant le flux hémorroïdal avoit déjà reparu, nonaussi abondamment que de coutume. Je continuai le même traitement jusqu’au retour de la mémo évacuation, qui revint au tems précis auquel il l’attendoit. Dans cet espace de tems, je changeai le mode d’électrisation : je supprimai la pointe, et je l’électrisai par bain et par étincelles, que je tirois de la région épigastrique, et particulièrement de l’endroit qui 1-épondoit au foie : ce fut de ce moment que
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- que son teint s'éclaircit d’une manière plus Frappante; que ses forces revinrent, et que sa santé se rétablit parfaitement.
- Cependant, quoiqu’aussi régulier dans ses époques, le flux hémorroïdal ne fut plus aussi abondant qu’il l’étoit au commence* ment ; et la conduite de l’homme, quoique beaucoup moins irrégulière , n’étoit point celle que je lui avois prescrite en finissant le traitement. Il se souloit encore assez fréquemment. Je le perdis de vue en 1782, et il se portoit encore très-bien. Je fus curieux de le voir dans un voyage que je fis à Paris en 1786. J’allai chez lui, où je ne trouvai que sa femme et ses enfanst il étoit au cabaret , où , selon sa louable coutume, il dépensoit de l’argent qu’il avoit reçu le matin. Du reste, il se portoit assez bien, me dit-on , et il travailloit à son ordinaire, lorsqu’il n’avoit plus d’argent.
- Il est des suppressions occasionnées par un accident malheureusement trop ordinaire aux femmes qui n’allaitent point leurs en-fans , et même à celles qui leur rendent ce bon office : cet accident s’appelle vulgairement lait répandu ou épanchement de lait : c’est moins, comme je l’ai précédemment
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- observé, une maladie, que la cause de df* verses maladies qu’il occasionne, et c’est particulièrement ici que l’Electricité est très - recommandable, en ce qu'elle opère ordinairement plusieurs biens à la fois 5 elle fait cesser la suppression du flux menstruel , repasser le lait dans les routes de la circulation, et elle répare les dommages qu’il avoit occasionnés. En voici quelques exem-pies.
- ^rcmièmc Une femme , dit le médecin Mauduyt, ’ après avoir nourri un de ses enfans, négligea , au moment de le sevrer, quelques précautions très-recommandées dans cette circonstance: il en résulta un épanchement de lait; ses règles, qui n’a voient point encore eu lieu depuis sa grossesse, ne se rétablirent point, et sept mois s’étoient déjà écoulés depuis le tems auquel elles eussent dû pa-roître. Pendant cet intervalle , la femme avoit été fort incommodée ; elle avoit eu onze dépôts sur l’une des cuisses et sur la jambe du meme côté.
- Mon collègue Lorry, ajoute-t-il, avoit pris soin de la malade ; mais sa cure ne faisoit plus de progrès : le genou étoit enflé et très-douloureux ; elle ne pouvoit le plier;
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- la gène èt lès douleurs qu’elle y ressentait l’empêchoient de marcher, ou lui rendoienï au moins la marche très-pénible et très-dou-loureüse; la suppression des règles perséve-roit encore;
- Elle fut électrisée régulièrement pendant un mois par bains et par étincelles qu’on lui tiroit deâ parties inférieures du côté affecté. Les séances étoient d’une demi-heure ou environ.
- On commença le traitement à l’expiration de l’époque où le cours périodique auroit dû avoir lieu. Il se rétablit au bout d’un mois, non aussi abondant qu’il eût dû l’être. On continua la même opération pendant un second mois, le rétablissement fut complet -9 le cours périodique fut tout-à-fait rétabli, et la femme devint enceinte peu de tems après. Cependant, dès les premiers jours du traitement, les douleurs et l’enflure du genou diminuèrent, la flexion se rétablit peu-à-peu, et la marche devint aussi facile qu’avant la maladie, sans qu’il y eût aucun retour du mal;
- Pendant la durée de ce traitement, la malade éprouva des sueurs, quoique ce fût au mois d’octobre, et souvent elle eut le L 1 a
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- 532 de l’Electricité ventre plus libre qu’à son ordinaire. Il ÿ eut quelques jours pendant lesquels les urines déposèrent.
- A cet exemple, je joindrai le suivant, qui n’est pas moins intéressant et prouvera également bien les avantages de l’Electricité en pareilles circonstances.
- , Dmfcne Une femme nommée Bunèl, étoit dans le même état que la précédente, également fort incommodée d’un épanchement de lait. Cet accident avoit aussi été suivi d’un gonflement , d’une roideur et d’une douleur à l’un des genoux, avec impossibilité de le plier et une difficulté de marcher. Le cours de ses évacuations, périodiques étoit supprimé depuis neuf mois.
- Elle fut électrisée selon la méthode de Parthingon, indiquée ci-dessus ; les séances étoient d’un quart - d’heure seulement ; six suffirent pour faire disparoître la douleur du genou, ainsi que son gonflement et sa roideur.
- Une fluxion qui lui survint alors, et qui étoit occasionnée par une dent cariée, fit interrompre le traitement, que je n’eus pas interrompu ; mais le docteur Mauduyt, qui la traitoit, étoit persuadé, ainsi que je l’ai
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- fait observer précédemment, que l’Electricité -étoit contraire à ces sortes de maux de dents. On ne peut donc que le louer de cette interruption qui fut de huit jours ; et dans l’espace de seize ensuite, le cours périodique se rétablit complètement. Il n’eut pas lieu à l’époque suivante, parce que la femme étoit devenue grosse ; elle accoucha heureusement , et depuis ce teins, elle s’est toujours bien portée.
- La guérison de la nommée Malade,femme d'un façteur d’orgues, dont il a été question à l’article Surdité, est encore une preuve incontestable de l'efficacité du fluide électrique dans l’accident dont il est ici question ; puisque sa surdité, l’engorgement des glandes de son sein, les douleurs qu’elle éprou-voit dans cet organe, qui étoient un effet d’un épanchement laiteux, cessèrent par l’application. du fluide électrique.
- Voici un exemple d’une pareille guérison que j’ai opérée bien plus promptement ; mais je dois ajouter aussi que la maladie étoit moins grave que celles dont je viens de parler.
- A la suite d’une couche fort heureuse, une jeune femme fit une imprudence : elle
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- 534 D E l’E l E C T R I C I T É alla faire un tour de son jardin, où elle éprouva un sentiment de froid qui la saisit, et qui fut suivi de la fièvre. Sa cuisse et sa jambe gauche enflèrent et devinrent douloureuses. Elle fit appeler son accoucheur, chirurgien fort habile, qui lui donna des remèdes qui la soulagèrent un peu, sans la guérir ; la fièvre se dissipa ainsi que la douleur de la cuisse et de la jambe, qui demeurèrent encore enflées ; ce qui ne l’empêchoit pas, mais lui occasionnoit une difficulté de marcher , parce que la douleur revenoit alors. J’eus occasion de la voir en l’absence de son mari , auquel j’avois affaire , et d’apprendre le fâcheux état de sa santé. Je lui proposai l’Electricité comme un remède certain , dont je lui citai plusieurs bons effets de ce genre que je connoissois déjà. Elle me remercia de mes offres, et elle me dit qu’elle en conférerait avec son mari et son chirurgien, auquel elle avoit beaucoup de confiance; et que, s’ils y conscntoient, elle me prieroit de lui rendre ce bon office.
- Deux jours après, l'un et l’autre vinrent me trouver et me prièrent de l’admettre au traitement, auquel le chirurgien me parut desirer d’assister ; je lui témoignai combien
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- je serois flatté qu’il le suivît, et je le commençai dès le lendemain. J’électrisai la malade par bain et par exhaustion , en promenant une pointe non isolée tout le long dé la cuisse et de la jambe. Dès le quatrième jour, l’enflure se dissipa, la marche devint aisée, et le huitième jour la malade se trouva si bien, que nous cessâmes le traitement, au grand étonnement du chirurgien qui l’avoit toujours accompagnée. Les séances étoient de près d’une heure, ou au moins trois quarts-d'heure.
- A la fin du traitement, j’engageai la femme à se purger, et le chirurgien se chargea de l’exécution de cette ordonnance. Je la revis cinq à six mois après , et elle me dit qu’elle s^étoit toujours bien portée.
- Je pourrois , au besoin, rapporter ici plu-sieursautres observations de guérisons semblables , et de quelques autres qui ne furent point complètes, non par la faute du remède^ mais par celle des malades , qui ne furent point assez sages pour préférer le rétablissement de leur santé à leurs plaisirs.
- Je citerois, par exemple, parmi ces dernières , une nommée Gallois, tourmentée de la même maladie , accompagnée d’acci-
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- 536 D E L’E LEC T Hic IT I dens très-fâcheux, décrits fort au long dans-le second volume des Mémoires de la ci-devant société royale de Médecine de Paris ; et je dirais qu'au moment où cette femme éprouvoit les bons effets de ce traitement par la crise qii’il avait amenée, par. des selles abondantes qu’il liti ; procurait, et dans, lesquelles on reconnoissoit la matière laiteuse du dépôt qui l’avoit rendue impotente de la moitié du corps , elle fut obligée d’abandonner ce traitement et de se retirer, à raison d’une grossesse qui lui survint imprudemment alors. Ce fut donc sa faute, si elle ne fut point guérie ; pourquoi fit-elle un faux pas qui l’arrêta au milieu de sa course ? Et moi aussi je m’arrêterai ici, par ce que je crois en avoir dit suffisamment pour inspirer aux femmes la confiance qu’elles doivent avoir en un remède aussi puissant que l’Electrieité , contre ’des acci-dens qui ne sont que trop fréquens, et contre lesquels les ressources ordinaires de la médecine ne sont pas toujours certaines.
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- § x.
- SES MALADIES DE LA DIXIÈME CLASSE.
- Des Maladies Cachetiques.
- On donne ce nom, ou celui de cachexies, à une multitude étonnante de maladies qui consistent toutes dans une habitude vicieuse de tout , le corps et à la majeure partie desquelles nçus avons lieu de conjecturer , en considérant la cause de chacune d'elles, que l’Electricité seroit on ne peut plus avantageuse, si nous voulions nous en rapporter aqx seules lumières d’une, théorie bien fondée ; mais ue voulant rien avancer ici. que d’après;le_témoignage dp .l’expérience, et celle-ci uc s’étapt encore prononcée .que sur un très r.petit nombre «le ces sortes de maladies, ellesseront les sçuleadont nous, fierons mentiqn. Ce sont l'atrophie , Va'dé/nalit:, les écrouelles, la gale , non à dessein de la guérir, mais de la rappeler à la superficie, pour qu’on la guérisse ensuite , lors qu’au |ieIt de le détruire , on a été assez maladroit pour répercuter le virus psorique et
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- 538 de l’Electricité le faire rentrer dans les routes de la circulation ; enfin la chlorose.
- De l’Atrophie. '
- U atrophient un dépérissement du corps , ou de quelques - unes de ses parties , occasionné par la dépravation du suc nourricier, ou l’obstruction des vaisseaux pair lesquels il se distribue ; c’est un amaigrissement, une véritable consomption de tout le corps ou de quelques-uns de ses membres. Cette maladie est donc universelle ou partielle ; elle est universelle, lorsqu’elle s’étend à toute l’habitudè du corps ; partielle , lorsqu’elle n’affecte que quelques parties. Universelle, elle est'toüjôurs accompagnée de la fièvre hectique yàe’lAphthysii, du tabes, etc. etc. ; le marasme est le dernier degré dècettemaladie, pourainsi dire,' incurable, et qui conduit presque toujours au tombeau. Ce n’est donc point pour cette espèce à’atrophie , que je propose ici le fluide électrique, comme moyen curatif; mais pour l’atrophie partielle occasionnée, non par la dépravation du suc nourricier, mais par divers acci-dens qui s’opposent à sa juste distribution
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- dans'certains membres, et l’expérience atteste incontestablement son efficacité dans cette circonstance.
- Je ne citerai cependant point d’observations particulières relatives à eettè espèce de maladie, d’observations directes qui n’aient rapport qu’à elle seule, parce qu’il est extrêmement rare que cette maladie soit essentielle ; elle est toujours ou au moins presque toujours accidentelle ou symptomatique; presque toujours la suite ou la compagne de quelqu’autre maladie sur laquelle le médecin doit diriger toute son attention, et dont la guérison amène avec elle celle de J’atrophie. C’est ce que j’ai déjà fait remarquer , lorsqu’il a été question de 1*hémiplégie et autres paralysies dans lesquelles les membres attaqués de: Ces maladies sont toujours plus ou moins atrophiés.
- No gu es, à Genève, étoit dans ce cas, lorsque Jallabert se chargea de l’électriser, le 26 décembre 1747. Son bras droit étoit livide et desséché ; l’avaut-bras l’étoit davantage; l’atrophie s’étendoit jusqu’à la main.
- En quinze jours d’électrisation, ce membre avoit repris beaucoup d’embonpoint, suivant le rapport du chirurgien Guyot en date
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- 540 DE l'Electricité du iojanvier 1748.U11 mois après, cet avantage s’étendoît plus loin. Le bras qui, dix jours auparavant, dit le même chirurgien-dans son troisième rapport, étoit fort maigre et flétri, depuis le coude jusqu’à l'épaule, avoit aussi repris beaucoup d’embonpoint ; les muscles avoient grossi et étaient plus fermes. Il en était de même de ceux de l’avant-bras et de la main , et cë bienfait alla toujours en augmentant, ainsi qu’il est attesté dans le quatrième rapport en date du 29 février.
- Le médecin dç Sauvages remarque la même chose en faveur de l’hémiplégique que Rigaudier avoit entrepris de guérir. .Ce pauvre homme, dit-il, dans sa lettre au docteur Bruhier, avoit le bras gauche pendant.... et tellement atrophié, qu’il n’avoit que o mèt. 1849 (6 pouc. 10 lig. ) de circonférence au-dessus du coude. Dès la septième séance d’étee irisation. , à laquelle ce savant médecin assista, il trouva la grosseur du bras augmentée de 6 müliift. 7675 ( 3 lig. ) en circoufé-resce.
- Tous ceux qui ont électrisé des paralytiques et qui ont eq la satisfaction de les guérir , ou au moins de les soulager, ont observé
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- la même chose : ils ont vu leurs membres se fortifier et reprendre de la chair.
- Cavallo , Dehaën , Linné, Mazars de Cazèles et plusieurs autres, que je passe sous silence pour abréger , l’attestent unanimement. C’est un fait que j’ai observé plusieurs fois, lors même que la guérison de la paralysie car c’est ordinairement dans ce mal que l’atrophie alieü , lors, dis-je, que la guérison ne lépôndoit point entièrement à mes désirs et à ceux du malade. Pour peu que l’Electricité lui fût favorable, c’étoit toujours par la guérison de l’atrophie qu’elle annon-çoit ses bienfaits. Si j’ai observé quelquefois celle-ci non complètement guérie, comme la maladie principale, jamais je ne l’ai vue subsister dans le même état. Il seroit inutile d’insister davantage sur cet objet.
- De l’OEdématie.
- J’ai déjà parlé de l’œdème, comme d'une maladie de la superficie et conséquemment de la première classe. J’y reviens encore en ce moment, parce que le point de vue sous lequel je vais la considérer , est une véritable cachexie à laquelle les femmes sont assez
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- 542 D E L*E LECTRICITÈ fréquemment exposées. Je saisis donc l’bcca-* sion qui se présente si biçn ici de leur faire connoître le remède le plus sûr et le plus prompt enmêine-tems , pour dissiper cette pénible disposition vicieuse du corps, icUe de Cette maladie consiste ordinairement dans Sic. ma~ line en^ure des extrémités inférieures. C’est une turgescence même , non élastique , de même couleur que la peau. Elle est indolente et elle varie singulièrement à raison de ses diverses espèces , à deux desquelles sur-tout l’Electricité convient on ne peut mieux et auxquelles j’ai eu occasion de l’administrer avec succès.
- La première est celle dont il est question dans le journal de Médecine pour le mois de juillet ij5y, et que l’on connôît sous le nom d’infiltration laiteuse. Elle s’observe quelquefois à la suite des couches, parce qu’elle est occasionnée par la suppression du lait de Yu/e'rus et des mamelles.
- Première Cet acchlent étant survenu à une jeqne «bservation. femme de ma connoissance, à la suite d’une couche fort heureuse , elle fut traitée par un habile médecin, qui parvint à faire cesser les douleurs qu’elle éprouvoit depuis l’invasion de cette maladie;mais l’enflure des jambes-
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- subsistait encore et la gênoit beaucoup dans sa marche. Je lui conseillai de se faire électriser , et elle y consentit, d'après l’avis du médecin qui ne désapprouva point ce moyen. Je l’électrisai donc par bain seulement et par exhaustion, et dans l’espace de huit jours, elle fut parfaitement guérie.
- La seconde espèce éé œdématié est celle qui survient quelquefois, et qui est occasionnée par la suppression du flux menstruel. C’est ici que l’Electricité convient d’autant mieux , qu’elle guérit en même-tems la cause primitive de l'œdématie , et fait cesser la suppression. C’est ce que j’ai observé plus d’une fois, entr’autres à l’occasion d’une fille de vingt-deux ans, à laquelle cet accident étoit survenu , à la suite d’une suppression dont elle ne soupçonnoit même pas la cause déterminante. Il y avoit déjà près de trois mois que cet accident lui étoit survenu, et ses jambes étaient considérablement enflées. Quelqu’un lui conseilla de se faire électriser, et l'assura que l’Electricité remédieroit et à la maladie principale, et à son accessoire. Sa mère et elle consultèrent uu chirurgien qui la soignoit,et n’avoit sûrement pas la moindre connoissance en Elec-
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- tricité. Il lui dit que c’étoit précisément le moyen de prolonger et de faire empirer son mal,qu'il espéroit guérir en moins d’un mois. Il continua donc à la médicamenter , tant intérieurement qu’extérieurement, et au lieu de diminuer, la maladie alla en augmentant; car à l'enflure des jambes, qui persista, se joignirent une décoloration du visage , la perte de l’appétit et une prostration de forces qui devenoit de jour en jour plus sensible. On congédia le chirurgien, et on m’amena la malade. Je l’électrisai d’abord par bain et par exhaustion, et de tems en teins je lui tirois quelques étincelles des parties les plus tuméfiées de ses jambes. Je lui fis boire outre cela, tous les matins, deux verres de tisane d’esquine.
- Dans l’espace de quinze jours, ses jambes furent presqu’entièrement désenflées , son appétit revenu ; ses forces non. Elle cessa néanmoins de s’afibiblir davantage ; ses joues n’avoient point encore repris leur couleur ; mais j’espérois que ces bons effets ne se feroient point attendre, et que sous peu de jours ses règles reparoîtroient. Je me trompai : il se passa encore près d'un mois avant quecelles-cine semanifestassent.Je continuai donc
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- donc à l’électriser tout ce tems, et toujours de la même manière. Je supprimai cependant les étincelles que je regardai comme inutiles, et j’insistai plus particulièrement sur la région hypogastrique que sur les jambes , à promener la pointe non isolée de mon excitateur. Ses règles revinrent enfin, pres-qu'aussi abondamment que de coutume. Ses forces revinrent aussi, et ses joues commen-çoient à se colorer. Je continuai le traitement encore quinze jours, et je la renvoyai très-bien guérie. C’est de toutes les femmes que j’ai traitées du même mal, et qui sont cependant en assez grand nombre, celle qui s’est montrée la plus réfractaire au fluide électrique ; toutes les autres ont été guéries en beaucoup moins de tems. Je n’insisterai pas davantage sur cet objet, quel-qu’important qu’il soit.
- Des Ecrouelles.
- Les écrouelles sont des tumeurs spbéri- 1,1™ ques, dures, quelquefois molles, de la cou- i;i,lîw m leur dé la peau, indolentes, entassées les unes sur les autres, et qui se terminent par suppuration. Elles se forment autour du col,
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- £46 de l’Electricité sous les aisselles, dans les aînés et jusques dans le mésentère.
- Cette maladie est endémique en certains pays : elle l’est en Espagne, près des Pyrénées ; en Allemagne, sur-tout près de Salz-bourg ; elle l'est en France, particulièrement dans les montagnes des Alpes et dans celles de l’Auvergne.
- Sa cause prochaine dépend de la congestion et de l’épaississement de la lymphe dans les glandes et les tissus cellulaires qui les environnent. Ses causes éloignées sont les matières acides ou âcres, les alimens indigestes, crus, mal - sains, les eaux froides , crues, l’oisiveté , l’excès des liqueurs spiri-tueuses, et en général tous les alimens qui ne peuvent produire qu’un chyle épais et qui tendent à coaguler la lymphe.
- Sont-elles récentes, elles se guérissent assez facilement; invétérées, le virus scfophuleux produit souvent des ulcères en différentes parties du corps; il attaque les articulations , carie les doigts des pieds e£ des mains, occasionne des exostoses, des ankylosés et plusieurs autres accidens, sans que les tumeurs du col paraissent dans un pire état. Les plus difficiles à guérir sont les
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- héréditaires 3 elles sont, pour ainsi dire, incu* râbles.
- Après les remèdes généraux, le petit lait, les tempérans, les dépurans, les apéritifs , etc., sont les remèdes qui doivent préparer les voies aux fondans , aux désobstruans et aux diaphorétiques. On vante beaucoup ici les eaux de Plombières, de Barrège et quelques autres encore , ainsi que le remède ro-trou'j mais lorsque la maladie est récente, on la guérit très-bien, dit Cavallo , par l’Electricité et par la méthode de l’insufflation.
- Mauduyt est du même avis ; mais il veut que l’on joigne à l’électrisation des médica-mens intérieurs appropriés à l’état du malade , et il se fonde sur deux cures de ce genre qu’il a faites, en suivant cette méthode, qui me paroît excellente.
- Une tille, âgée de six ans, dit-il, me Prcmûre fut présentée par le chirurgien Sorbier. Elle ° serv,ltl0H‘ porloit, depuis trois mois, des tumeurs qui me parurent scrophuleuses ; c’étoit aussi l’avis de cet habile chirurgien qui l’avoit traitée, et du médecin Cosnier, qui avoit suivi le traitement.
- On lui avoit fait prendre des bols fondans, dont l’usage n’avoit point empêché les M m 2
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- S48 DE L’K L E C T H I C 1 T È progrès du mal. La parotide gauche, devenue presque de la grosseur d’un œuf , s’étoit ouverte ; le bord de la plaie étoit calleux, renversé, fort épais, et le fond étoit couvert de chairs fongeuses qui rendoient une petite quantité d’ichor roussâtre.
- Un traitement électrique de trois mois ou environ, suffit pour dissiper l’engorgement des glandes et procurer la cicatrice de l’ulcère; mais je lui fis continuer en même-tems l’usage des bols fondans qui, seuls, n’avoient point eu d’effet. Continués, avec l’Electricité , celle-ci seconda leur énergie, comme ils secondèrent la sienne.
- Au récit de cette cure, Mauduyt en ajoute une autre , qui vient on ne peut mieux à l’appui de cette dernière assertion , et ne permet pas de douter des avantages que l’on peut attendre de la réunion de l’Electricité à des médicamens appropriés à l’état du malade , médicamens intérieurs propres , dans la circonstance dont il est ici question , à diviser, à atténuer la lymphe, à la rendre plus fluide. Voici le fait.
- Seconde Unsoldat fort et vigoureux, âgé de vingt-huit ans, dit Mauduyt, fut présenté à plusieurs de mes collègues et à moi. Il porfoit
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- des cicatrices au bas des mâchoires, et les glandes de son col étoient engorgées : plusieurs même fort grosses.
- Depuis dix-liuit mois, son régiment I’avoit envoyé dans les hôpitaux pour y être traité en qualité de scrophuleux ; et depuis dix-huit mois , tous les remèdes qu’on lui avoit administrés, n’avoient produit aucun bon effet.
- Nous l’examinâmes, mon collègue Vic-d'Azyr et moi, et il nous parut très-probable qu’il étoit attaqué d’un virus scrophuleux , non cependant assez caractérisé pour que nous pussions prononcer décidément.
- Nous 11’employânies d’abord que l’Electricité seule, et en assez peu de terns les symptômes de la maladie furent dissipés : le soldat, présenté à la société de Médecine, fut, examiné par tous les assistans , en présence de ceux de nos collègues qui l’avoient vu avant le traitement; et tous conclurent qu’il étoit guéri, puisque les symptômes du mal étoient disparus. Ils ajoutèrent cependant qu’il falloit laisser écouler un certain tems, pour être bien assuré que la cause du mal étoit entièrement détruite.
- Chrétien ( c’est le nom du soldat ) , vint M m il
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- 55o de l’Electricité
- me trouver quarante jours après , ajoute le docteur Mauduyt : tous les symptômes de sa maladie s’étoient renouvelés. J’invitai mes collègues à assister à son nouveau traitement. Nous reprîmes donc l’Electricité ; mais nous y ajoutâmes en même-tems des remèdes intérieurs convenables à son mal, dont les symptômes se dissipèrent de nouveau, et en moitié moins de tems que la première fois. Un an après, pendant lequel cet homme demeura à Paris, il ne s’étoit rien manifesté qui annonçât le retour du mal.
- Voilà donc un fait, et ce n’est pas le seul que je pourrois citer, qui prouve manifestement qu’il est des circonstances dans lesquelles il faut faire concourir, avec l’Electricité , des remèdes intérieurs appropriés à l’état du malade. Je ne dirai pas pour cela que l’Electricité seule, ne puisse détruire radicalement un virus scrophuleux, avec plus de tems et des circonstances favorables : elle peut très-bien y parvenir 5 c’est ce que prouvent également bien plusieurs observations du professeur Adams et du savant Lowets, plusieurs fois cités dans cet Ouvrage ; mais toujours est-il constant que l’autre méthode est préférable, et c’est celle que j’ai toujours
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- suivie dans toutes les maladies de cette espèce que j’ai traitées; et j’en ai traité plus d’une douzaine, qui feroient chacune la matière d’une observation particulière, dont je ne grossirai cependant, pas ce volume. Je me bornerai au récit de deux faits assez frap-pans l’un et l’autre pour inspirer la confiance que mérite ici le fluide électrique.
- Le fils d’un tailleur qui travailloit pour Tri>. moi à Paris, âgé de près de quinze ans, °l«crv ctoit grièvement affecté d’un vice scrophu-leux. Les glandes de son col étoient très-gorgées et très-dures ; elles formoient comme une espèce de chapelet ; deux entre autres étoient plus grosses que les autres. On l’avoit confié aux soins d’un chirurgien privilégié de son quartier et ami de la maison, qui l’avoit saigné et purgé plusieurs fois, et qui, depuis plus de trois mois, lui tenoit le col enveloppé de cataplasmes émolliens. Ses glandes étoient demeurées dans le même état d’engorgement, aussi grosses , aussi dures, qu’elles l’étoient avant le traitement, à ce que me dirent le père et la mère , qui se décidèrent enfin à profiter des offres que je leur avois faites plusieurs fois de l’électriser, avec espérance de le guérir.
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- 552 DE L’Er.KCTBICITÈ
- Il y avoit alors trois jours que cet enfant avoit été purgé pour la septième fois. Il avoit le teint livide et plombé , les yeux battus, le visage sensiblement enflé d’un côté , et près de l’oreille, la lèvre supérieure très - épaisse, et en général tous les symptômes extérieurs et. ordinaires qui annoncent un vice scto-phuîeux.
- Mon premier soin fut de le mettre à son aise, en le débarrassant et du cataplasme et des linges dont il avoit le col comme empaqueté. Je recommandai néanmoins qu’on eût soin de lui tenir chaudement, en l’enveloppant avec un mouchoir de soie ou de mousseline, et je l’électrisai par bains et par étincelles } celles-ci lui étant très - importunes , j’alternai cette méthode avec celle de l’exhaustion.
- En même-tems que je l’électrisois, je lui faisois prendre chaque jour des bouillons apéritifs s et deux fois tous les huit jours , des bols fondons, composés de cloportes, # oxide de mercure sulfuré noir ( éthiops minéral ) , et de savon de Venise. Il en pre-noit un le matin, un autre à midi et un troisième le soir ; chaque séance d’électrisation étoit d’environ une heure.
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- En cinquante-ciiiq séances, la résolution des glandes s’annonça sensiblement ; leur dureté et oit beaucoup moindre. Alors, et seulement à dessein de satisfaire le malade , qui se dégoûtoit depuis quelque tems de ses bouillons, je lui fis prendre à leur place une choprne de petit lait coupé avec deux déca-grammes de syrop des cinq racines aperi-tives, et il continua ses bols.
- Je l’électrisai encore pendant plus d’un mois, et la grosseur de ses glandes fut considérablement diminuée. Je supprimai le petit lait et je diminuai le nombre des bols : il n’en prenoit plus qu’un de quatre jours en quatre jours ; en moins d’un autre mois les glandes furent presque totalement effacées ; à peine les sentoit-on sous le doigt ;les autres symptômes de sa maladie étoient tous disparus; son teint s’étoit éclairci, il commen-çoit même à se colorer. Je crus donc devoir cesser l’électrisation, quitte à y revenir au besoin ; je le purgeai et je l’abandonnai à la bienfaisance de la nature, et depuis ce moment, je l’ai toujours vu bien portant, pendant plus de cinq ans que je demeurai encore à Paris. L’observation suivante n’est pas moins intéressante.
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- 5,ü 4 D E I,’ E LECTRICITÉ
- Quatrième A la suite d’une suppression , qui n’avoit cependant point été de longue durée, une demoiselle de dix-huit ans fut attaquée d’une incommodité, qui présentoit les principaux caractères d'une affection scrophuleuse.
- Elle avoit, deux glandes du col extrêmement engorgées ; l’une , grosse comme une olive, dont elle avoit la forme ; l’antre , moins grosse et ronde , toutes les deux très - saillantes , très-dures et indolentes.
- Elle avoit , outre cela, la joue et toutes les parties circonvoisines de ce côté tuméfiées, les lèvres fort grosses , la supérieure renversée , le nez gonflé et ses ailes très - élargies , les yeux fort enflammés.
- Malgré les remèdes les plus convenables à cet état, la maladie persistoit depuis deux ans, et les inquiétudes de ses parens aug-mentoient de jours en jours. Ils se décidèrent à consulter, à Paris , un médecin qui y jouit d’une grande réputation , le citoyen Four-croy.
- Dans une consultation, on ne peut mieux raisonnée , il ordonna des remèdes foudans beaucoup plus actifs que ceux dont on avoit fait usage jusqu’alors ; il les gradua selon l’ordre dans lequel ils dévoient être adminis-
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- très; et il ajouta que, si ces moyens ne suf-lisoient pas, on auroit recours à l’Electricité , dont il connoissoit sans doute la verlu résolutive.
- Son ordonnance fut ponctuellement suivie , et on eut le chagrin de voir sans effet des remèdes auxquels on avoit la plus grande confiance. On se détermina donc à faire électriser la malade ; on me la présenta et on me pria de la soumettre, pendant quelques jours, au traitement électrique, conformément à l’ordonnance du médecin.
- Quelque confiance que l’expérience m’eût donnée en l’efficacité de ce remède, dans cette circonstance, je n’en présumai pas aussi avantageusement que cet habile médecin ; et je ne cachai pas aux paï ens , qu’il seroit inutile de commencer cette opération , si on n’avoit pas dessein de la continuer aussi long-tems qu’il seroit nécessaire pour qu’elle obtînt son effet. N’ayant plus d’autre espérance de guérison, et les ayant assurés que, quelque prolongé que fut ce traitement, il ne pourroit nuire à la malade, ils me l’abandonnèrent entièrement.
- Elle étoit encore dans le même état dans lequel je l’ai dépeinte ci - dessus ; je com-
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- 556 D E L’E LECTRICtTÉ raencai à l’électriser le 23 nivôse an Y , et j’associai à l'Electricité les remèdes intérieurs que je crus convenables à sa position. Je lui fis prendre tous les matins, pendant dix jours , cinq décilitres ( une chopine ) de petit lait mêlé à environ deux décagrammes ( une demi-once ) de syrop des cinq racines apéritives ; je lui fis prendre ensuite les mêmes bols indiqués dans l’observation précédente, dont je crus devoir rapprocher les prises, en diminuant cependant la dose : elle en prit deux chaque jour, un le matin, l’autre le soir.
- Je ne l’électrisai que par bain et par exhaus-tion , parce qu’ayant voulu lui tirer des étincelles réitérées de la grosse glande surtout , il lui survint une espèce d’ecchymose, qui ne disparut pas dans le cours de la journée , comme cela arrive ordinairement : elle subsistoit encore le lendemain et dans toute son intégrité ; ce qui me rendit circonspect surcetteméthode d’électrisation, que je regardois néanmoins comme plus avantageuse que l’exhaustion dans cette circonstance. Je ne tirois donc d’étincelles de ses glandes que de loin en loin, et je me gardois bien de les multiplier.
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- Ën moins de quinze jours, l’inflammation des yeux disparut, ainsi que la bouffissure du visage , le nez se désenfla, les narines étoient moins ouvertes, la tuméfaction des lèvres beaucoup moindre ; mais la dureté des glandes subsistait; elles paroissoient cependant moins grosses et moins saillantes, surtout la petite. Je continuai à l’électriser régulièrement tous les jours, à l’exception de ceux pendant lesquels je l’avois prévenue de s’absenter tous les mois.
- Dès le second mois, la diminution des glandes fut très - sensible, leur dureté parois-sant cependant encore la même. Le traitement se prolongea encore trois mois, après lesquels on sentoit à peine la grosse sous le doigt ; la petite avoit entièrement, disparu. J’eus encore continué l’électrisation pendant quelque tems , si la malade n’eût été obligée de suivre ses parens à la campagne , où elle fit un séjour de plusieurs mois. Pendant ce tems les bons effets de l’Electricité, non-seulement se soutinrent , mais s’accrurent encore ; ce que j’ai observé plus d’une fois. A son retour, ses glandes étoient entièrement fondues et effacées, et depuis elle ne s’est plus ressentie de cette incommodité.
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- tricit:
- De la Gale.
- itice ae Le savant de Sauvages met cette maladie ‘lie. dans le cinquième ordre de la dixième classe.
- On ne peut néanmoins disconvenir qu’elle ne soit une maladie de la superficie , dont j’aurois pu parler, en traitant des maladies de la première classe.
- Quoi qu’il en soit, elle consiste dans l’érup-'tion de petites pustules plus ou moins grosses, qui se font remarquer sur toute l’habitude du corps, à Pexception cependant du visage. Les mains, les doigts, les jarrets, etc., sont particulièrement les endroits sur lesquels cette éruption est plus remarquable ; elle forme de petites phlyctënes remplies d’une sérosité âcre qui excite une démangeaison à laquelle il seroit difficile de résister.
- Petites, milliaires, gregales, ou ramassées, ces pustules forment une gale qu’on appelle sèche; plus grosses , clair-semées , c’en est une que l’on nomme humide. Quand on la gratte, il en sort une liqueur ichoreuse , roussâtre, caustique, qui se convertit en croûtes.
- Cette maladie peut survenir spontanément $
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- elle peut être occasionnée par quelque virus retenu dans les routes de la circulation, ou pâr la mal-propreté dans laquelle certaines personnes croupissent habituellement; elle peut être encore occasionnée par l’humidité , par l’insalubrité des lieux qu’on habite. Dans le premier cas, elle est très-difficile à guérir, à moins qu’on n’attaque directement le virus qui l’a produite.
- Plus communément , c’est une maladie acquise , une maladie que l’on contracte par le contact de quelque galeux , ou par des linges dont il auroit fait usage.
- Je n’insisterai point ici sur le traitement de cette maladie ; mais j’observerai que, mal traitée , ce qui n’arrive malheureusement que trop souvent, lé virus psorique est répercuté en dedans, rentre dans les routes de la circulation et occasionne ensuite une multitude d’accidens plus ou moins fâcheux, plus ou moins inquiétans. De là la fièvre , la toux, Xoppression , la phthysîê, 1*épilepsie , etc. etc.
- Je sais que, dans cette malheureuse circonstance, on a recours aux saignées, aux sudorifiques , aux vésicatoires, etc. ; mais je sais aussi que ces moyens, les seuls que la
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- S6o de l'EieciricitI médecine emploie , sont souvent infructueux, et c’est ici que l’Electricité l’emporte de beaucoup sur eux. J’en ai fait usage plusieurs fois et elle m’a toujours parfaitement réussi. Je n’en citerai qu’un exemple, et il sera frappant, à raison de la complication de la maladie.
- obscrra- Le nommé Vacher, vigneron à Bourges , âgé de dix - huit ans , étoit nouvellement marié à une fille aussi jeune et aussi peu formée qu’il l’étoit lui - même. Usaut sans modération de ses droits de mari , il ne tarda pas à maigrir et à perdre une partie de ses forces. Sur ces entrefaites, sa femme ayant été obligée de partager son lit avec une de ses amies , celle-ci lui fit présent de la gale qu’elle avoit depuis quelque tems,. et la Vacher la donna le lendemain à son mari. Une voisine officieuse, qui fut instruite de ce désastre, s’offrit a les guérir tous les deux avec une espèce de pommade dont elle leur vant^J’efficacité, et dont le jeune homme, hâté de guérir, se frotta surabondamment, sans autre préparation. Il guérit effectivement en très-peu de tems, à sa grande satisfaction ; mais elle ne fut pas de durée.
- En moins d’un mois , il fut pris d’une toux
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- toux sèche, accompagnée de vives douleurs dans les articulations des épaules avec les bras, de ceux-ci avec les avant-bras, des avant-bras avec les poignets, et de plus vives encore dans les genoux et dans l’estomac.
- A ces accidens qui l’empêchèrent de continuer ses travaux habituels, se joignit une irritation nerveuse qui lui occasionnoit, pendant la nuit, des mouvemens convulsifs dans les jambes , et qui troubloient son sommeil toujours difficile et laborieux.
- Dans ce fâcheux état , ce jeune homme consul la un habile médecin, auquel il ne parla que de ses douleurs , que celui - ci regarda comme des douleurs rhumatismales;. Il lui prescrivit donc des remèdes convenables à cette maladie qui, loin de soulager celle qu’il avoit , ne l’empêchèrent point d’augmenter, de sorte qu’il alloit journellement de mal en pire.
- Une personne.de ma connôissance quis’in-téressoit à lui et qui savoit que je guérissois beaucoup de rhumatismes par l’Electricité, l’engagea à venir se faire électriser. Il vint donc me trouver et il ne me parja pareillement que de ses douleurs, que le médecin, que je connois beaucoup et qui est fort de
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- ines amis, avoit regardées comme l’effet d’une humeur rhuma tisante; il me parla d es remèdes qu’il lui avoit ordonnas; il m’assura Jes avoir faits, mais sans le moindre succès. Je l’in-terrbgeai sur ce qui avoit précédé sa maladie ; je lui demandai s’il n’en avoit point eu d’autres qui eussent pu occasionner celle-ci, et sur-tout l’état de maigreur et de foiblessc dans lequel je le trouvois. Ses réponses ne me satisfirent aucunement ; mais sa mère, qui étoit présente , me dit qu’elle croyoit l’avoir marié trop jeune et qu’il avait forcé nature ; ce sont ses propres expressions. Elle ajouta que, quelques mois après son mariage, qui l’avoit beaucoup maigri et affoibli, il avoit eu la gale, dontil avoit été guéri comme je l’ai dit précédemment.
- Il ne m’en fallut pas davantage pour con-noître la cause de sa situation actuelle. J’attribuai sa maigreur et sa foiblesse à ses prouesses maritales, et ses douleurs au virus psorique répercuté et rentré dans les routes de la circulation.
- Pour remédier an premier de ces acci-deûs , je lui prescrivis un régime restaurant, auquel j’aurois ajouté une séparation de corps entre lui et sa femme, si la mala-
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- die gui le tourmentait n’y eût déjà pourvu.
- Quant aux autres accidens, je ne cloutai point que l’Electricité n’y remédiât facilement , en rappelant à la superficie le virus psarique, qui en avoit été malheureusement exilé.
- Je l’électrisai par bain, .par étincelles et par frictions. Je tirois les étincelles de ses muscles, et je frietionnois ses articulations douloureuses. Pendant tout le tems que je l’électrisai, je lui fis iboire , tous les matins, une tisane de racine d’esquine ; et, dès le neuvième jour, la gale commença à repa-roître ; le douzième, il en étoit couvert. Je le purgeai alors avec la confection hamech, et elle sortit plus abondamment encore., pendant deux jours que je continuai à l’électriser. Amené à cet état, je l’abandonnai aux soins d’un habile chirurgien, le cit. RaiLlard, qui le guérit parfaitement. Je le rencontre souvent , et il jouit de la meilleure santé.
- De la Chlorose.
- Cette maladie , vulgairement connue sous le nom de pâles couleurs, survient quelquefois aux jeunes filles , au moment de leur adolescence , lorsqu’il doit s’opérer en elles N n 3
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- S6\ DK L'ELECTRICITE im changement notable dans leur constitution physique , qui les rend propres à remplir l’honorable fonction à Jaquellela nature les appelle en qualité de femmes. Elle est aussi particulière aux filles nubiles et aux veuves qui sont encore jeunes, et qui gémissent dans l’attente d’un meilleur sort. Je l’ai déjà considérée sous le premier de ces rapports , en parlant des maladies de la classe précédente. Je ne la considérerai donc ici que sous le second , où elle dépend , disent les gens de l’art, d’une trop longue détention de l’humeur séminale dans les ovaires, qui s’y altère par son séjour, s’y corrompt, pour ainsi dire, et s’y change en un levain acide dangereux qui, venant à passer par les routes de la circulation, produit plusieurs accideus, dont le moindre est cette couleür pâle , livide , assez souvent plombée , quelquefois jaunâtre , d’autres fois verdâtre , qui se voit sur le visage des malheureuses victimes de cette fâcheuse maladie , toujours accompagnée d’obstructions dans les viscères du bas Ventre, d’une pesanteur et d’une lassitude dans tout le corps , souvent de bouffissures aux paupières, ainsi qu’aux autres parties du visage, et de plu-
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- sieurs autres accidens plus ou moins terribles que je passe sous silence , comme moins ordinaires.
- Dans son principe, cette maladie n’est point dangereuse et se guérit très-bien 5 le traitement peut être long ; mais il finit par réussir, souvent même avant qu’on ait épuisé toutes les ressources de l’art, qui sont ordinairement la saignée, le tartrite antimoniale de potasse ( émétique ) , les purgatifs , les hépatiques , les amers, les apé-ritifs, les emme# a go gu es, etc. etc., et par dessus tout, le remède par excellence, le mariage; ce qui me rappelle une des plus agréables thèses de médecine que j’aie lue, composée parle docteur J on et, de la faculté de Reims, et que l’on faisoit souvent sou^ tenir dans cette école à ceux qui alloient y prendre le bonnet de docteur en médecine. En voici la position : An chlorosimatrimo-nium ? La solution affirmative.
- Invétérée, cette maladie devient plus difficile à guérir, quelquefois même dangereuse , parce qu’elle conduit au marasme.. Au défaut donc du mariage, ou plutôt en attendant ce spécifique aussi salutaire qu’attrayant , \*Electricité vient on ne peut mieux N n 3
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- 566 DE L’Et.ÉCTftlCfTÉ au secours de la malade, et lui (Seat lieu d’une multitude de remèdes, souvent rebu-tans, qu’on lui prodigue ordinairement clans cette circonstance.
- Souvent même je préférerpis l'Electricité au mariage, en ce qu’elle metfroit la malade à l’abri d’un repentir qui ne suit que’ trop fréquemment le plus saint, le plus respectable des nœuds, lorsque le plaisir de le former l’emporte sur les conseils dé'lac sagesse, qui prescrit ici un examen tiès-réflécbi des obligations qu’il impose. .Aussi Ovide dit-il très-bien :
- Quoi qu’il en soit, on peut compter ici sur les bienfaits de l’Electricité, que j'ai vu quantité de fois parfaitement bien réussir contre cette espèce de maladie. Je n’ën donnerai que trois exemples et ils seront salis-faisans.
- Prfmlé„ En 1765, il tïie fut présenté une fille,
- observation. âgée Jg vjngt . sep{ anS j attaquée, dCpUÎS près de trois, de la maladie dont il est iei question. A la majeure'partie des symptômes indiqués ci-dessus, Se joignoit Une grande élévation du ventre, accompagnée d’une forte
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- ale.
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- tension et d’no dégoût dépravé qui lui fai-soit mâcher, depuis quelque tems, les morceaux de charbon qui lui tomboient sous 1» main. Elle étoit, outre cela . très-resserrée, et il y avoit cinq jours qu’elle m'avait été à la garde-robe : ajoutez à ces fâcheux symptômes , de fréquentes coliques de bas - ventre, une difficulté d’uriner, et une suppression totale de près de deux mois, qui avoit été précédée, pendant cinqà six, d’un dérangement notable dans cette fonction, devenue plus tardive, plus irrégulière, et dont les produits dégénérés étoient beaucoup moins abondans et vous connaîtrez l’état dans lequel elle se présenta.
- Je commençai par lui ordonner un lavement émollient et purgatif, qu’elle prit le soir même et je lui conseillai de boire, pendant quelques jours, une légère décoction de graine de lin. Je L’électrisai le lendemain par bain et par étincelles, que je lui tirai de la région hypogastrique. Pour ne la point rebuter de ce dernier moyen, j’employai avec lui la méthode de l’exhaustian ; dès le cinquième jour d« traitement, elle éprouva beaucoup de chaleur pendant la nuit, la constipation cessa de ce moment, les urines Nn 4
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- £68 D E L’E LECTR1CITÉ (devinrent plus abondantes, elles passèrent plus librement, et les coliques furent moins fréquentes et moins vives.
- Je continuai à l’électriser , de la même manière, pendant près de quarante jours , sans qu’il survînt d’amélioration plus sensible dans son état. Alors elle éprouva quelques douleurs de reins, qui précédèrent de vingt-quatre heures une légère apparition du flux menstruel, qui ne m’empêcha point de continuer l’opération ; je lui prescrivis alors une tisane apéritive , et je l’électrisai encore de la même manière pendant une vingtaine de jours, où elle fut surprise d’une nouvelle évacuation à laquelle elle ne s’at-tendoit pas encore : celle-ci fut plus abondante et plus colorée que la précédente : alors son visage commença à s’éclaircir et ses' joues à se colorer un peu ; son appétit dépravé ne la tourmentoit plus ; son tentre s’étoit affaissé et étoit devenu satisfaisant, et les symptômes d’une guérison prochaine sem-bloient s’annoncer. Elle ne fut cependant telle que je l’espérois que deux inois après, pendant lesquels je continuai le même traitement; mais je lui fis abandonner sa tisane apéritive, à laquelle je substituai la décoc^
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- tion d’esquine , à dessein de favoriser la transpiration insensible , parce qu’elle se plaignoit de fortes démangeaisons qu’elle éprouvoit sur divers endroits de son corps.
- Après cet espace de tems , elle me parut en assez bon état pour cesser le traitement, et elle se sentoit elle-même assez bien pour ne plus s’y astreindre. Je la rencontrai plus d’un an après, et je lui trouvai le ventre encore fort gros; mais cet accident prove-noit d’une autre cause : il y avoit sept à huit mois qu’elle étoit mariée, et elle étoit grosse.
- Une autre fille que j’ai traitée, à Bourges, de la même maladie,avoit près de dix-neuf ans. Elle étoit mal réglée, éprouvant, depuis près d’un an , de longs retards dans une évacuation.qui avoit été très-abondante et très-régulière pendant plus de deux ans. Beaucoup moins incommodée que la précédente , elle étoit pâle, un peu jaune ; mais très-languissante , ne pouvant marcher sans se lasser extrêmement. Son ventre éloit un peu tendu , son pouls passablement bon; mais très-petit, sans appétit, dormant fort mal, et sujette à de fréquens maux de tête.
- Je l’électrisai, comme la précédente, pendant l’espace de plus d’un mois, sans qu’il
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- 5“jo de l’Electricité parât aucun changement à son état. Je com-raencois à désespérer du succès, lorsque la nature vint à son secours 3 ses règles parurent et furenttrès-abondantes. Dès ce moment tous les symptômes de son mal commencèrent à disparoître; ce qui ne m’empêcha cependant pas de continuer le traitement jusr qu’à l’époque d’une nouvelle éruption , qui eût aussi lieu einqàsix jours plutôt qu’on ne l’es-péroit. Depuis ce moment, elle alla de mieux en mieux et ellefut parfaitement guérie quinze jours après , pendant lesquels je lui donnai encore mes soins. J’ai eu occasion de la voir plusieurs fois, tant qu’elle n’a point été mariée et qu’elle a demeuré à Bourges, et toujours je l’ai vue bien portante.
- Je terminerai ces observations, que je pourrois beaucoup multiplier, par la suivante , qni n'est pas moins intéressante que les deux précédentes.
- Troisième U ne fille, âgée de quarante-un à quarante-
- oLservation. -, .
- deux ans , était entrée dans une commu-nauté religieuse, où elle avetit passé plusieurs années à jouir d’un état florissant de santé. Obligée d’eu sortir, ainsi que ses compagnes, lorsque lé gouvernement ne voulut plus tolérer ces sortes d’asyles, elle rentra
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- M É D I C A L J». 671
- dans le sein de sa famille , trop peu accommodée des dons-de la fortune pour,lui procurer la même aisance, le même régime de vie auquel elle étoit accoutumée. Condamnée donc à des privations journalières et pénibles , elle crut trouver dans ses facultés physiques , le moyen de les faire cesser. Elle offrit ses services à une famille aisée, qui cher-choit une fille honnête et raisonnable pour la mettre à la tête de sa maison, et elle fut acceptée'. Tout alla assez bien pendant près de deux ans ; mais peu accoutumée à la fatigue qu’elle éproxivoit journellement, sa santé devint languissante. Une lessive qu’elle fut obligée d’étendre en plein air, dans le cours d’un automne très - humide et pendant un froid assez vif, qui la saisit dans un moment critique , lui fit éprouver une suppression qui ne subsista cependant pas. Lé mois suivant, après un retard de quelques jours , ses règles reparurent; mais très-peu abondantes et très-peu colorées ; ce qui continua aux époques suivantes avec de très-grandes irrégularités dans le .tems, dans la quantité et la qualité des produits. Elle fut donc encore obligée de revenir au sein de sa famille, ou ses infirmités s’accrurent et se multiplièrent.
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- Déjà ses forces s'étoicnt débilitées, son teint de lys et de rose s’étoit flétri. Bientôt il dégénéra en une couleur citronnée ; ses jambes enflèrent ; de vives douleurs se firent sentir dans les articulations de ses pieds. A ces accidens très - graves se joignirent, en peu de tems, une oppression de poitrine, une difficulté de respirer , des palpitations de cœur très - fréquentes, enfin une suppression totale.
- Il y avoit déjà cinq mois qu’elle étoit dans ce piteux état, lorsqu’elle me fut amenée . le iapluviôse an VII, par une de ses amies que j’électrisois alors. Elle me fit une longue énumération de ses maux, dont je reconnus facilement la cause.
- Je commençai par l’électriser par bain et par exhaustion seulement, ayant soin de diriger la pointe.non isolée sur toute l’étendue de la région hypogastrique, et par un heureux hasard que je n’aurois pu prévoir, le troisième jour vit renaître, à sa grande satisfaction, une évacuation totalement supprimée depuis cinq mois.
- Semblable aux dernières qui avoient eu lieu, elle ne fut ni plus abondante , ni de meilleure qualité ; elle fut néanmoins très-
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- salutaire à la malade. Son oppression de poitrine cessa , ses palpitations disparurent, les douleurs qu’elle éprouvoit aux articulations des pieds furent moins vives, l’enflure des jambes diminua.
- Un changement si heureux sembloit en promettre un plus heureux encore ; mais il se fit assez long-tems attendre. En l'attendant, je crus devoir associer à l’Electricité un remède con,venable à sa position; je lui fis prendre , tous les matins , sous forme de bol, dix grains de tartrite de potasse ferrugineux ( tartre chalibé ) , et je continuai à l’électriser de la même manière , ajoutant quelques étincelles que je tirois des articu-lationsde ses pieds. Cependant sa santé s’améliora ; ses nuits , précédemment très-agitées, devinrent plus tranquilles ; ses douleurs cessèrent presqu’entièrement ; le tems s’écoula et le même phénomène revint à l’époque à laquelle on l’attendoit ; mais tel qu’il avoit paru la première fois.
- Je continuai le même traitement jusqu’à la troisième époque qui n’annonça rien de mieux , sinon que la santé de la malade paroissoit entièrement rétablie. Je crus donc que la modicité et la mauvaise qualité de
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- $74 ni t’EtïCTsiCiTi «es règles veooient d’un dérangement dans «elle fonction, auquel les femmes de son âge sont exposées:; je ne voulus donc pas la tourmenter plus long-tems et faire violence à la nature. Je lui promis néanmoins que, s’il lui survenait quelqu’aceident qui l’obligeât à revenir à l'Electricité, elle me trou-veroit toujours disposé à lui donner mes soins. Je l’ai vue plusieurs fois depuis, et à des époques assez éloignées , et elle étoit encore dans le même état; mais ne se ressentant aucunement des incommodités dont elle avoit été tourmentée. Il y a plus de six mois que je ne l’ai vue au moment où j'écris ceci, le 25 frimaire an X.
- Je n’insisterai pas davantage sur les bienfaits du fluide électrique relativement à l’économie animale. Si je suis assez heureux pour les voir 's’étendre à un plus grand nombre de maladies , ce que je ne tenterai pas imprudemment , je me ferai un devoir et un plaisir de les publier dans un supplément. Puisse-t-il être plus étendu que cet Ouvrage, que le seul désir d’être utile à mes semblables m’a fait entreprendre , et dans lequel je n’ai imprimé qu'une très-petite partie des observations que j’ai eu occasiou de
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- faire-, parce -que j’ai v-oulu les joindre à plusieurs de celles que de savans médecins et de célèbres physiciens ont faites avec le même succès sur les mêmes maladies. Le témoignage de ces grands hommes venant à mon appui, il ne restera aucun doute sur la certitude des faits que j’ai avancés.
- FIN.
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- 5"6
- TABLE
- DES MATIÈRES.
- Obt, t de cet Ouvrage, sa division. page t
- Section première. De t Electricité, de ses divers modes et de ses effets sur le corps de l'homme. 5 Etat neutre d’Electricité, état positif, état négatif, 4 '
- L’Electricité positive accélère le mouvement des fluides dans le système capillaire animal, 6
- Doutes proposés contre cette assertion , ibid.
- Expérience qui lève ces doutes, 8
- L’Electricité accélère les pulsations du pouls t î o Observation importante , 12
- L’Electricité augmente le produit de la transpiration insensible , 16
- Difficultés de s’assurer de ce fait, 17
- Expérience qui constate le fait dont il est ici ques-tion , j9
- L’Electricité augmente encore toute autre espèce d’évacuation, 22
- LEiectricité augmente la chaleur animale , 26
- Expérience qui confirme cette assertion , 27
- Le fluide électrique augmente le ton des libres animales , 28
- Qualités médicales du fluide électrique , 29
- ïi est des circonstances dans lesquelles il faut associer au fluide électrique des médicamens appropriés à l’état du malade , ibid.
- Des
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- DES MATIÈRES. S77
- Des intonnacatures, 5o
- Guérisons merveilleuses attribuées à cette manière d’électriser, 5z
- Ces faits sont-ils bien certains ? 33
- Les émanations des substances médicamenteuses renfermées dans des vaisseaux de verre, peuvent-elles passer à travers leurs pores ? 54
- Autre méthode d’intonnacature, 37
- Aussi peu certaine que la précédente, 38
- Troisième méthode, * 39
- Semblable aux précédentes, elle n’a jamais réussi hors de l’Italie, 4l
- Section Seconde. Des appareils convenables à l’administration du fluide électrique et des diverses manières de l’administrer , 43
- Machine électrique positive , 44
- Manière de faire l’amalgame et de Remployer, 46 De l’isoloir, 4^
- Machines électriques négatives, 49
- Celle de Le Roi, 5o
- Observation sur cette machine , 55
- Machine de Nairne , 56
- § I. Du bain électrique. Idée de cette méthode , 5g Réflexions sur cette méthode, 6i
- Circonstances dans lesquelles elle suffit, 63
- §11. De ïélectrisation par étincelles. Idée de celte méthode, 64
- Manière de tirer des étincelles d’un corps électrisé, ib. Excitateur, 66
- Circonstances dahs lesquelles il faut employer ce mode d’électrisation , 67
- Manière d’opérer, 68
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- 578 TABLE'
- Excitateur particulier. Manière de s'en servir, 69 Autre espèce d’excitateur et son usage , 70
- § III. De lélectrisation par voie dirroration. Idée de cette méthode , 7 a
- Conducteur brisé, ibicl.
- Usage de cet appareil, 74
- Circonstances dans lesquelles on se sert avantageusement de la méthode d’irroration , ibicl.
- § IV. De £ électrisation par frictions. Idée de cette méthode, 75
- Manière d’opérer, ibid.
- Effet de .cette méthode , 76
- Circonstances dans lesquelles il convient de l’employer, ibid.
- § V. De Télectrisation par voie d'insufflation. Idée de cette méthode, 77
- §. VI. De l'électrisation par voie d'exhaustion. Idée de cette méthode , 78
- Manière d’opérer. Appareil utile en quelques circonstances , 79
- § VII. De t électrisation par voie de commotion.
- Idée de cette méthode , 81
- Première observation sur ce mode d’électrisation, 83 Seconde observation , 84
- Première manière de charger à volonté une bouteille de Leyde , 85
- Défaut de ce procédé , ibid.
- Seconde manière d’opérer , ibid.
- Fausseté de ce procédé , 86
- Manière de faire constamment éprouver la même commotion, et d’en graduér à volonté l’énergie,87 Usage de cet appareil, 8S
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- DES MATIÈRES. 5;9
- Observation sur la manière d’administrer médicale" ment la commotion , 90
- Manière d’opérer ; 91
- Principes généraux sur le choix des méthodes à employer dans l’administration de l’Electricité , 94
- Premier .... second principe , ibid.
- Troisième.... quatrième.... cinquième principe, q5
- Sixième, septième principe, 9^
- Huitième , neuvième principe , 97
- Section Troisième. Des maladies auxquelles le fluide électrique a été jusqu’à présent administré avec succès, 99
- Division de cette Section , io5
- § 1ère. Des maladies de la première classe , maladies de la superficie , io4'
- Des dartres. Idée de cette maladie. Diverses espèces de dartres, ibid.
- Dartres volantes. Dartres farineuses, io5
- Dartres encroûtées.... milliaires, ...,. vives , 106
- Observation, 107
- Des tumeurs. Idées de ces sortes de maladies, 114
- Des engelures. Idée de ces sortes de tumeurs, 116
- Première observation ,
- Seconde observation , 119
- Troisième, et quatrième observation, 120
- Cinquième observation , 122
- Sixième observation, 123
- De l’oedème. Idée de cette maladie , 124
- Première observation, is5
- Seconde, troisième observation , 127
- Quatrième observation, 128
- Des furoncles. Idée de cette maladie, i3o
- Oo 2
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- T A B L È.
- m
- Son traitement ordinaire , , iSï'
- L’Electricité préférable. Première observation, i3a
- Seconde observation , i33
- Du cancer. Idée de cette maladie , i36
- Observation, i38
- Du panaris. Idée de cette espèce de mal, i3g
- Observation , . 341
- Du goitre. Idée de cette incommodité 7 i43
- Première obseivation , 14$
- Seconde observation , .348
- Réflexion , i49
- De la tumeur blancbe. Idée de cette maladie, i5o L’Electricité très-propre à sa cure , J 51
- Première observation, i5z
- Seconde observation , l54
- Troisième observation , • 167
- Quatrième observation , 169
- § II. Des maladies de la seconde classe , maladies fébriles , i65
- Idée de ces sortes de maladies , iS5
- Opinion erronée sur cet objet, 166
- Premier témoignage en faveur de l'Electricité , 169
- Second, troisième , quatrième , cinquième témoi-
- Sixième , septième témoignage , 171
- Observation , 175
- Oireonstances dans lesquelles la fièvre ne doit point être combattue „ 174
- Manière d’opérer par insufflation , 375
- § IIIe. Des maladies de la troisième classe , des maladies inflammatoires. Division de ces sortes de maladies,
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- DES MATIÉKES. SSr
- De la petite vérole , 177
- L’Electricité très-propre à remédier à quelques accidens qui suivent cette maladie. Première observation, 179 Seconde observation , .181'
- De l’esquiriancie. Idée de cette maladie, 182
- Esquinancie inflammatoire , ibidm.
- Esquinancie catarrhale , i85
- L’Électricité très-avantageuse dans la première espèce,
- 184
- Premiè.e observation, ï85
- Seconde observation, 188
- § IVe. Des maladies de la quatrième classe, des maladies spasmodiques. Idée générale de ces sortes
- de maladies , 190
- Spasme tonique des muscles, du bras. Observ. 193
- Du tic. Idée de cette maladie ,
- Première , seconde observation ,
- De la crampe. Idée de cette maladie, Première observation ,
- Seconde observation ,
- Troisième observation ,
- Du tétanos. Idée de cette maladie , Première observation ,
- Seconde observation,
- Du tremblement. Idée de cette maladie, espèce ,
- Seconde espèce ,
- Première observation ,
- Seconde observation,
- Troisième, quatrième observation , Cinquième observation ,
- Sixième observation ,
- >99
- 205
- 2o5
- 207
- 208
- Première
- 2îS
- 225
- Oo 3
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- 53a TABLE
- De l’épilepsie. Idée de cette maladie , 226
- Ses diverses espèces, 227
- Première observation , a3o
- Seconde observation , 251
- Méthode d’électrisation dans cette maladie, 25g
- De ladanse Sfc-Guy. Idée de cette maladie, 241
- Première observation, 243
- Seconde observation, 246
- Troisième observation , 246
- Quatrième observarion , 247
- § Ve. Des maladies de la cinquième classe, des essoufïlemens, 249
- De l’asthme. Idée de cette-maladie , 25o
- L’électricité lui est avantageuse, n5i
- Du rhume. Idée de cette maladie t 205
- LElectricité très-avantageuse dans cette maladie, pre.
- mière observation , 255
- Seconde, troisième observation , 2.S6
- M le. Des maladies de la sixième classe, des débilités et des paralysies , 257
- De la goutte sereine. Idée de cette maladie, 25g
- L’Electricité très-avantageuse dans cette maladie , 260 Première observation , 261
- Seconde, troisième observation , 26a
- Quatrième observation , z63
- Cinquième observation, 266
- Sixième observation, 267
- Septième observation, 268
- Huitième observation , 275
- Neuvième observation, 27g
- De la surdité. Idée de cette maladie, 282
- L’Elecîricilé très-avantc geuse dans ces sortes de mala- . dies, Première observation, a84
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- DES MATIÈRES. 5SS'
- Seconde, troisième observation, ? 289
- Quatrième observation, 290
- Cinquième observation. 29a
- Sixième observation, 293
- Septième observation , 295
- Huitième-v on, 296
- Neuvième observation> 298
- De l’impuissance, 299
- De la stérilité , 5oo
- Première observation, 302
- Seconde observation, 3o3
- Troisième observation, 3o5
- De la mutité» Idée de cette maladie, 3o8
- Observation, 5o9
- De la paralysie. Idée de cette maladie , 3n
- Circonstances dans lesquelles l’Electricité peut être
- favorablement administrée à ces sortes de maladies, 3x4
- Première observation, 320
- Seconde, troisième observation, 329
- Quatrième observation , 35o
- Cinquième observation , 35i
- Sixième observation, 332
- Septième observation, 534
- Huitième observation , 335
- Neuvième observation , 336
- Dixième observation, 337
- Onzième observation , 540
- Douzième observation , 342
- Treizième observation , 544
- Quatorzième observation, 348
- Quinzième, seizième observation , 35i
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- 584 TABLE
- Dix-septième observai ion , 552
- Dix-huitième observation , 555
- Dix-neuvième , vingtième observation , 356
- Vingt-unième 'observation, 557
- Vingt-deuxième observation , * 364
- Vingt-troisième observation, 569
- Vingt-quatrième observation, 3^3
- Vingt-cinquième observation , 379
- Vingt-sixième observation , 582
- Vingt-septième observation, 5go
- De l’asphixie. Idée de cette maladie, Sgi
- L’Electricité très - avantageuse dans celte circonstance. Observation, *' 5g3
- De la catalepsie. Idée de cette maladie , 396
- Ob ervation, 5g8
- § VIL Des maladies de la septième classe. Des douleurs, 4or
- De la goutte, 4°5
- Première observation , 4°6
- Seconde observation , 410
- Troisième observation, 4ir
- Quatrième observation, 412
- Cinquième observation , 414
- Du rhumatisme, 41^ -
- Idée de cette maladie, 4*7
- Deux espèces de rhumatisme, ,4*9
- L’Electricité très-propre à l’une et l’autre espèce ,421 Première observation, 424
- Seconde, troisième observation, 42^
- Quatrième observation , 427
- Cinquième observation, 4^a
- Sixième observation, 4^4
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- DES M A T I ÈRE S.- 585
- Septième observation, 4^6
- Huitième observation , 441
- Neuvième observation, 44^
- Dixième observation , 449
- De la sciatique. Idée de cette maladie »
- Moyen qu’on emploie pour la guérir. L’Electricité préférable à tous ces moyens , , 4^2
- Première observation, 4^^
- Seconde observation , 4^°
- Troisième observation , 4^z
- Quatrième observation , 4^5
- Cinquième observation, 4^5
- Sixième observation, 4^8
- Septième observation, 4%
- De Pengourdissement. Idée de cette maladie, 47a
- Première observation , 47^
- Seconde observation, 47^
- Troisième observation , 47^
- Des douleurs de tête. Première observation, 477 Seconde observation, 4®°
- De Po[>htalmie. Idée de cette maladie , 4^3
- Première observation, 487
- Seconde observation, 4&9
- Troisième observation ; 49 ? -
- De lodontalgie. Idée de cette maladie, 49^
- § VI >1. Des maladies de la huitième classe, 5o3 Du vertige. Idée de cette maladie, 5o3
- Première observation , 5o4
- Seconde observation, 5o5
- § IX. Des maladies de la neuvième classe. Des flux, ou maladies evacuatoires, 5o?
- Des suppressions et épanchemens laiteux, 5o8
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- Ip • . ' '
- 586 TABLE DES MATIÈRES.
- Première observation , , . . ' 5t5
- Seconde observation , 616
- Troisième observation , 517
- Quatrième observation » 5i8
- Cinquième observation , • 5i9
- Sixième observation, 520
- Septième observation, 523
- Huitième observation , 526
- Neuvième observation, 53o
- Dixième observation, 552
- Onzième observation, 533
- $ X. Des maladies de la dixième classe. Des ma-
- • ladies çachetiques , 557
- De l’atrophie. Idée de cette maladie, 533
- De V œdématié , 54.
- Idéeî de cette maladie , 542
- Première observation , » _ ibid.
- Seconde observation, 545
- Des écrouelles. Idée de cette maladie, 545
- Première observation , 547
- Seconde observation , 548
- Troisième observation , 551
- Quatrième observation , 554
- De la gale. Idée de cette maladie 558
- Observation , - r 56o
- De la chlorose. Idée de cette maladie , 563
- Première observation , 566
- Seconde observation, 569
- Troisième observation^, _ _ 570
- Fin dj
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- 55555555555555551555555.55555
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