Nouveau mécanisme de l'électricité
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- mécanisme
- DE L’ÉLECTRiCITÉ,;
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- ‘bct/TT^T
- NOUVEAU
- MÉCANISME
- DE L’ÉLECTRICITÉ,
- FONDÉ furies lois de téquilibre & du mouvement, démontre par des expériences qui renverfent le fyfleme de télectricité pofitive & négative ; & qui établirent
- SES RAPPORTS
- Avec le mécanifrae caché de l’aimant , dont il explique les principaux phénomènes :
- £ T rheureufe influence du fluide clcélrique dans le traitement des maladies nervcujes.
- Par Jacques-Henri-Desiré PETETIN, D. M. Préfident de la Société de Médecine de Lyon , Affocié correfpondant de celle de Grenoble , Membre ordinaire de l’Athénée & du Jury d’Inftruâion da Département du Rhône.
- Qu* fundata funt in naturà , crefcunt & perfidnntur ; qu* veto in opinione, variantut non augentur. Bagliv. Monit, cap. xii.
- il}
- LYON.
- BRUYSET Aîné et Comï.
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- AVERTISSEMENT.
- /’E XP OSE dans U Introduction placée à ta tête de cet Ouvrage, les motifs qui m'ont déterminé à faire de nouvelles recherches fur F électricité pofitive de l’Abbé Nollet & du Do&eur Franklin , & fur F électricité négative de ce dernier. J’y préfente des expériences qui prouvent que ces deux efpèces (Félectricité n’exijlent pas dans le fens de leurs Auteurs ,• j’invite à les répéter avec foin & à leur donner la plus grande attention , avant de pajfer à l’étude de ma nouvelle théorie, qui tend à établir cette grande vérité que m’a prèfentè Vobfervation ; fa-voir : qu’un corps éléârifé n’a. ni plus ni moins que fa quantité naturelle de fluide éleârique ; que l’éleftricité négative n’efl: que la force réagiflante de la nature, qui tend à rappeler au repos y le fluide életirique mis en mouvement dans les corps.
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- ii Avertissement.
- l’électricité confifle donc effentiellement dans la réunion de deux forces oppofées > développées dans le meme fluide ; elles s’excitent & fe foutiennent l’une l’autre avant de fe détruire : foumifes aux lois du mouvement, elles font fufceptibles de fe communiquer au fluide électrique des autres corps. Nous tâcherons de dévoiler le méca-nifme de leur action, & des phénomènes quelles produifent.
- Ce Traité comprendra l’expofltion des principes de ces deux forces dans le verre & la réfine. Il manifeflera les caufes de l’attraction , de la répulfion ; & par conféquent la direction de ces deux forces. Il expliquera la formation des centres d’a&ion & de réa&ion, foit dans les corps èlec-trifans, foit dans les corps électrifiés. Il fera connoitre en quoi confiflent le point lumineux , l’aigrette , l’étincelle & la détonation. Il déterminera Faction & les vrais effets des pointes. Il offrira une nouvelle analyfe de la bouteille de Leyde, ett mettant fous les yeux des pièces de campa-
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- À VER tlSSÈMÉttT. Iti raifort qui dévoileront tout ce qui fe paffe entre fes deux furfaces ; il y démontrera l'exiflence des deux forces oppofées, le mécanifme de leur action , & des nouveaux phénomènes que je fuis parvenu à lui faire produire.
- Comme tout eft lié dans la Nature , & quun fait phyfique en amène un autre, ma théorie de 1*électricité répandra un nouveau jour fur l'action & les effets de U aimant 9 qui ont les plus grands rapports avec ceux produits par le mouvement électrique ; elle préfentera leurs points de reffemblance bien plus frappans que ceux de leur oppo-fîtion ; elle frayera peut-être la route à de plus grandes découvertes dans cette autre branche importante de la Phyfique.
- Ce Traité fera terminé par une Obfer-ration raifonnée fur la Manie y dont la curation attefie la grande influence de l'électricité dans le traitement des maladies nerveufes. En la féparant de la fécondé partie de mon Ouvrage où je traiterai de l'électricité médicale 3 j'ai eu deux objets
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- IV Avertissement;
- en vue; le premier, d’engager les Physiciens à employer ce moyen inufité pour combattre une maladie que Von tient fecrète & que la Révolution n’a que trop multipliée t Vautre efl, de gagner du temps pour mettre en ordre mes obfervations , en acquérir dé nouvelles , & mûrir les principes fur lefquets je fonde les rapports de /'électricité artificielle avec /'éleCtricité animale.
- INTRODUCTION.
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- INT RO DU CT 10 N.
- J’ai traité, pendant le fiége de Lyon, une Demoifelle âgée de vingt-deux ans, d’un tempérament fanguin & pléthorique, d’une fènfibilité exquifè, attaquée depuis dix ans d’une maladie nerveufe , qui iè montroit fous toutes fortes de formes ; la plus redoutable étoit la catalepfie , compliquée de tétanos & de la rigidité de tous les mufcles.
- Les alperfions d’eau froide, les friélions avec la glace , l’introduôion par les narines d’une certaine quantité d’eau glacée dans l’eftomac , parvenoient à diffiper ces fymptômes extraordinaires* La glace , totalement épuifée vers le milieu du Siège, & l’eau froide ne produifant plus les mêmes effets, je m’avifai d’éleftrifer la malade.
- Il n’y avoit pas de temps à perdre; elle étoit au lixième jour de la maladie
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- dont je viens de parler , & la refpiration devenoit très-Iaborieufe. J’ifolai fon lit fur des gâteaux de cire , je l’éleôrifai pofitivement & en bain , pendant une demi-heure , fans autre effet fenfible qu’un peu moins de gêne dans la refpiration , & un commencement de développement dans le pouls. Je me décidai à tirer avec la boule de l’excitateur, une étincelle de la plante du pied ; ô prodige ! la malade s’élance hors du lit, reprend la connoiffance & le fentiment ; & bientôt après dévore les alimens qu’on lui préfente.
- Ces accidens nerveux , de nature à réfifter aux remèdes les plus efficaces , reparoiffoient chaque jour à peu près à la même heure ; les bruit continuel du canon, l’éclat des bombes les rendoient plus formidables encore.
- Je laiffai forcément la malade deux jours dans le même état, & ne pus réfifter à la tentation d’effayer l’éleâricité négative, afin de confirmer ou de rejeter par ma ptopre obfervation, les effets qu’on lui
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- attribue dans le traitement des maladies nerveufès que l’on croit produites par uri excès de fluide électrique.
- J’il'olai, en conféquence, la machiné éle&rique & fon moteur ; je fis communiquer le conducteur avec le réfervoir commun, & le moteur avec lé lit de la malade ; debout fur le parquet, je chargeai à une vis du lit une bouteille de Leÿde ; la balle qui étoit repouflee par fon crochet, l’étoit également par un bâton de cire d’Efpagne frottée : tout l’appareil étoit donc éle&rifé négativement.
- Cependant, après Une demi-heure d’é-leftrifation en bain , le pouls fe développa de la même manière ; la refpiration devint plus facile, & l’extraftion de l’étincelle produifit fut le fenforium ün effet tout aufli prompt, toüt aufli heureux.
- Je ne dirai rien de plus fur le traitement de cette fingulière maladie , opéré alternativement par l’une & l’autre efpecé d’éle&ricité ; on en trouvera les détails dans un Mémoire que la Société des A ij
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- Médecins de Lyon a jugé convenable d’inférer dans le premier volume qu’elle a publié de fes travaux. Je me contenterai feulement d’ajouter qu’en éleélrifant chaque jour la malade pendant deux heutes en deux féances & en bain , les mouvemens convulfifs difparurent en peu de temps, les accès de catalepfie fe manifeftèrent fans tétanos , & retardèrent comme les paroxifmes d’une fièvre intermittente rebelle au quinquina ; & qu’ils cefsèrent enfin d’eux - mêmes , fans qu’il fût befoin de recourir à l’élec-trifation.
- Tant de fuccès d’un moyen prefque abandonné, dévoient captiver mon attention. Le fang qui couloit autour de moi pendant & après le Siège, la terreur profonde qui confternoit tous les efprits, les dangers dont j’étois enveloppé & qui, d’un moment à l’autre, pouvoient me précipiter dans l’abyme oit tomboient tant d’innocentes viétimes ; de nouveaux dangers auxquels j’ai été appelé & qui ont failli de me coûter la vie ; rien n’a pu me diltraire
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- du déflr de faire de nouvelles recherches fur l’éleélricité pofîtive & négative, & de chercher une meilleure méthode pour employer l’éleélricité dans le traitement de quelques maladies nerveufes.
- La première conféquence que je devois naturellement tirer de mon obfèrvation fur les effets identiques de l’éleélricité en plus & en moins, dans la maladie que je n’ai fait qu’efquiffer, étoit que l’une & l’autre ne diffipoient pas lès accès par une addition ou une fouftraélion de fluide éleélrique ( comme l’ont écrit les. partifans de ce fyflême ) ; mais bien par un mouvement quelconque , imprimé au fluide éleélrique qui réfide dans les folides. & les fluides du corps humain , principalement dans le cerveau &les nerfs.
- L’éleélricité négative a donc fur ce fluide une aélion aufli réelle que lapojîtive, & ce n’efl pas, je penfe, à la feule irritation produite par l’étincelle dans les nerfs cutanées , qu’il faut attribuer la difparitioa fubite des mouvemens convulfifs les plus
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- yiolens, ni le changement de cet état fmgulier du cerveau , qui produit la cata-leplîe ; car les piqûres, la brûlure, les fynapifines en occafionnent de plus fortes, de plus foutenues, fans néanmoins apporter de foulagement à l’état des malades.
- Si l’éleftricité négative a une action immédiate fur le fluide éleftrique des corps, Nollet, fans doute a eu raifon de foutenir que la flirface extérieure de la bour teille de Leyde s’enveloppe d’une atmofi phère aufli pofitive que celle du crochet. Mais que répondre à l’expérience du* Doéleur Franklin contre la réalité de cette atmofphère ? la bouteille déchargée fur un ifoloir , faifant éprouver la commotion à celui qui la tient, & ne donnant plus aucun ligne d’éleftricité, lorfque le feu furabondant d’une fugace s’eft rétabli dans les pores de l’autre, ne la détruit-elle pas viftorieufement ?
- Ainlî le génie qui a joué avec l’étincelle éle&rique fur la terre , & s’eft élevé dans lu région du tonnerre , pour enchaîner ce
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- redoutable météore , devoit foudroyer le fyftême d’un homme que l’on ne croÿoit que favant & bon obfervateur ; la belle ànalyfe de la bouteille de Leyde , les expériences qui en font la bàlè , la découverte de l’éleâricité négative à laquelle elle a donné lieu, les preuves fubféquentes qui la confirment, la théorie éleftrique fimple qui fe forme, comme d’elle-même, au trait de lumière échappé du flambeau de l’expérience ; théorie d’autant plus fé-duifante qu’elle accueille le doute pour lé détruire avec ménagemqpt, qu’elle affocie à des principes évidens des qualités occultes , pour expliquer des phénomènes dont elle ne peut dévoiler la caufe ; théorie qui enveloppe de toute part, d’objeftions irréfolubles, le iyftême de l’Abbé Nollet, fans le connoître s qui le fappe par les fondemens, fans patoître y toucher : une théorie aufli féduifante devoit foire loi en phyfique , & mériter à Franklin la palme de la vi&oite par-tout oit les fciences font cultivées»
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- Mais fi la théorie des effluences & des affluences a été jugée incompatible avec les lois de l’équilibre & du mouvement ; que de fuppofitions, contraires à ces mêmes lois , l’Auteur des deux efpèces d’éleCtri-cité n’a-t-il pas mifes en avant, pour établir la fouftraétion de la quantité naturelle du fluide éleflrrique de La furface extérieure de la bouteille de Leyde ?
- I.° Vimperméabilité des pores du verre ; & cependant l’étincelle donnée au crochet, en chaffe une femblable de la partie éta-mée ? cet effet quj fuppofe néceffairement un contafl: immédiat entre les molécules de fluide électrique dans l’épaiffeur du verre, ne réclame-t-il pas contre la prétendue imperméabilité de tes pores ?
- z.° L’impoflbilité où fe trouve le fluide éleclrique du réfervoir commun de remplacer celui qui s'échappe de la partie extérieure de la bouteille ; quoique Franklin convienne que les molécules de ce fluide jouiffent de la propriété effentielle de fe repouffer ; ainfi la maffe entière du fluide éleftrique de la terre ne peut réfifter à fon impulfion ; & la foible
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- étincelle qui s’échappe de la partie étamée eft fuffifante pour la comprimer.
- 3.0 La nécejfité d’enlever au crochet une partie de [on fluide électrique furahondant, pour que les pores de la furface extérieure de la bouteille puiffent en admettre une quantité égale ; une loi plus puiflante que celle de l’équilibre , une loi inconnue fuf-pend toute la force expanfive du fluide éleftrique duréfervoir commun, & l’éponge deflechée qui flotte à là furface ne fauroit s’en imbiber.
- 4.0 L'impuiffance où Je trouve la furface intérieure de la bouteille de recevoir deux étincelles , fi iextérieure ne peut en perdre un nombre égal dans le réfervoir commun ; comme fi la loi impérieufe de l’équilibre ne pouvoit partager' d’un feul coup la quantité furabondante de fluide éleétrique accumulé autour du crochet d’une bouteille chargée, lorfqu’on le met en communication avec celui d’une autre dans fon état naturel, & féparée du réfervoir commun.
- 5.0 L’impuiffance où fe trouve le crochet de donner une portion quelconque du fluide
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- furabondaht, dont il efi environné , fi là partie'ètamée ri efi pas à portée rien recevoir; c’eft le feu facré que lze loi de l’équilibre a mis en dépôt fur la furface intérieure de la bouteille, & qu’il eft défendu à tout corps de toucher ; enfin , le défaut abfolit de fluide électrique dans l’efpace , fa lur-gefcence dans l’air qui le retient obfiinément ; d’où il réfulte que les corps reflent dépouillés ou furchargès de ce fluide, & rien donnent ou rien reçoivent que des fulflances conductrices , en dijfolution , ou en fufpenfion dans le gaq atmofphérique.
- A toutes ces fuppofitions, avancées pat le Doéteur Franklin , pour dévoiler la caufe du plus beau des phénomènes électriques , y joindrai-je celle descaufes finales, non moins incompréhenfibles , qui tantôt ont un grand effet, & tantôt font réduite^ à uneimpuiffanceabfolue? Par quelle vertu magique une balle ifolée , fufpendue dans 1 atmofphère d’un conducteur , vient-elle fe dépouiller de fort fluide éleftrique propre fur le doigt qu’on lui préfente, & s’élance-
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- tçelle comme un trait, pour en prendre une double quantité à fa furface? Un corps dépofe-t-il fon calorique libre, lorfqu’on J’approche d’un autre qui en eft abondamment pourvu ? Cette balle imprudente ne prévoit-elle pas les açcidens qui peuvent l’arrêter dans fa courfe, & lui faire éprouver le fupplice de Tantale dans les flots d’une mer éleftrique ? Une caulè aufli extraordinaire , inventée pour décharger plus promptement le conduûeur, n’égare-t-elle pas cette autre balle qui vole & roule fur le plateau, pour reflaifir la quantité de fluide éleétrique qu’elle a volontairement perdue ? Pourquoi la rondelle appliquée fur un plateau de verre éleflrifé , n’emporte-t-elle pas une portion de fon feu fuperflu, & d’où vient lui refufe-t-il ce qu’il donne avec tant de prodigalité à un conducteur qui ne touche point fa furface !
- L’attraftion & la répulfton éleftriques, fondées fur de femblables caufes, fuppofent, comme on le voit, une intelligence bien imparfaite dans la matière ; mais comme
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- ce double phénomène ne peut être phy-fiquement expliqué dans la théorie du plus & du moins , & que les réfultats de ces caufes coïncident parfaitement avec l’électricité pofitive & négative, le D. ' Franklin a dû les lier à fon fyftême.
- Quelque étonnantes que patoiffent ces fuppofitions, il n’en n’eft cependant aucune qui ne foit appuyée par l’expérience ; & fi le Philofophe Américain n’avoit pas erré dans les conféquençes qu’il en tire, l’analyfe de la bouteille de Leyde lèroit un des chefs-d’œuvres de l’efprit humain. Défendons-nous de l’illüfion qui accompagne fes expériences , & de la féduifante fimplicité avec laquelle les réfultats en font préfentés ; le défir de tout deviner, la préfomption oit nous fommes que la vérité fe couvre feulement d’une gaze légère , nous font fouvent prendre pour elle-même des con-jeélures plus ou moins heureufes. Oppo-fons-leur de nouvelles expériences , com-parons-en les produits avec foin ; peut-être verrons-nous que la vérité ne fe laiffe pas
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- fi facilement pénétrer , & que la doftrine des caufes eft loin du but quelle doit atteindre, quand elle ne préfente que de fimples probabilités.
- Commençons par combattre les indue-tions tirées des lignes d’après lefquels Franklin établit qu’un corps a plus ou moins que là quantité naturelle de fluide éleôrique. Si je parviens à démontrer qu’un corps éle&rifé pojitivement en repoufle un qui le foit négativement ,* & dans une autre cir-conftance, fi un corps éleftrifé négativement en repoufle un qui le foit pojitivement, il faudra convenir que les lignes caraétérifi tiques du plus & du moins , font abfolu-ment infidèles ; que les deux efpèces d’éleftricité tiennent à une caufe encore inconnue, & qu’une théorie, fondée fur de femblables lignes, ne doit point diriger l'emploi que le Médecin peut faire du fluide éleftrique dans le traitement des maladies.
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- PREMIÈRE EXPÉRIENCE,
- Renversez un plateau de verre fur uni table , frotte^ fa furface avec un couJJinet} lorfque vous la jügere^ Jujffamment éleclri-fée , couvre^-la d’une rondelle, d’un diamètre à peu près égal; & touche7Lfon rebord. 11 part une étincelle entre l’un & l’autre ; en enlevant la rondelle par son manche de verre, vous reconnoîtrez qu’elle eft éleftrifée «é-gativement ; elle repouflë en effet une balle de moelle de fureau dépouillée , par la cire d’Efpagne , de fon fluide éleftrique propre.
- La furface du plateau fur laquelle Vous avez opéré eft donc pofitive, & d’apr.ès l’obfervation de Franklin, la rondelle, dans le contact, ne tranfmet au réfervoir commun le fluide éle&rique qu’elle renferme que pour en ravir une quantité plus grande à cette même furface.
- Mais dans quel état fe trouve la furface inférieure du plateau ? La cinquième fup-
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- pofîrion de ce Phyficien le fait preffentir ; elle ejl, félon lui, négative , par la raifon qu’on ne peut accumuler du fluide électrique fur un côté du verre , fans que l’autre rien perde au même inftant une quantité égale dans le r. c.
- Retourne£ donc le plateau , & faites avec la rondelle, fur cette furface, la même expérience que fur la première. Vous trouverez la rondelle éleétrifëe pofitivement ,• elle repoufle une balle éleftrilee par le verre , & en attire puiflamment une autre dépouillée de fon fluide éleéirique propre par la réline.
- Ainfi , dans le contaft, la rondelle, fuivant Franklin, au lieu de lancer fon fluide éleôrique dans le r. c. le darde dans les pores de la furface non frottée du plateau, & en reçoit de ce même réfervoir une quantité plus grande.
- Maintenant releve^ le plateau , tene^-le perpendiculairement fur fon axe , & préfentei à fes furfaces une balle éleclrifée pofitivement ; toutes deux la repouffent,
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- ( xvj )
- Celle qui a moins que fa quantité naturelle de fluide éleârique, comme l’autre qui en eft furchargée : que conclure de cette expérience ?
- i.° Que la caufe finale fur laquelle le D.r Franklin fonde l’explication de la fouftraâion du fluide éleârique propre de la rondelle , ainfi que de fa furcharge, lorfqu’en contaâ avec les furfaces du plateau , on touche fon rebord, eft abfolument illufoire ; puifque, dans les deux cas on la retire fans que ces mêmes furfaces lui donnent ou, lui ravifTent un atome de fluide éleârique.
- a.° Que le ligne caraâériftique de la fouftraâion du fluide éleârique des corps eft abfolument infidelle, puifque la fürface négative du plateau repoulfe une ballepofuive.
- 3.0 Que là furfaCe non frottée du plateau eft aufli pofetive que celle fur laquelle on a fait agir le couflinet, & que l’accumulation du fluide éleârique fur un côté du verre peut avoir lieu, fans qu’il en réfuke une fouftraâion de l’autre.
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- XV1J )
- 4-° Que l'éle&ricité de la furface non frottée du plateau ne changé de forme, qu’autant qu’on fait communiquer la furface frottée avec le réfervoir commun.
- 5.0 Que cette communication ne peut priver la furface non frottée du plateau , d’une partie quelconque de fon fluide élec* rique propre ; püifque, d’après l’aflèrtion de Franklin , le fluide électrique ne paffe point à travers les pores du verre, & que l’air ne fauroit le lui ravir.
- 6° Qu’il faut chercher la caüfe de la prétendue électricité négative de la furface hon frottée du plateau , dans là direôion particulière que prend fon fluide éleftrique propre en s’échappant de fes pores, lorfque la furface frottée touche au r. C., & non dans la fpoliation de fa quantité naturelle ; direâion inconnue jufqu’à ce jour, &quô je ferai en forte de dévoiler.
- CH)
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- t xviij )
- SECONDE EXPÉRIENCE.
- Electrisez , à la manière ordinaire , un éleSmphorc , dont le gâteau réfineux puijfe être facilement féparé de fa coupelle ; place{ la rondelle fur fa furface > & touche{ fort rebord} elle eft éleftrifée poftivement : la furface de la réfine fur laquelle vous avez opéré, feroit donc négative ?
- Renverfe^ le gâteau fur une table ; alors la rondelle éleftrifée négativement fur la furface qu’il préfente, vous donne la conviélion qu’elle eft pofitive : releve^ le plateau , & tene^-le perpendiculairement fur fon axe ; il repouffe des deux côtés une balle éleârifée négativement.
- Le figne effentiel qui manifefte l’éleftri-cité en plus dans une des furfaces de la réfine , eft donc auffi trompeur que celui qui cara&érife leleâricité en moins dans le plateau de verre j & vouloir fonder fur
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- i'exiftence de ces lignes la furaboridance & le défaut de fluide éleftrique dans les corps, n’eft-ce pas appeler le doute fut l’une & l’autre efpèce d’éleâlricité ?
- Il eft encore probable, dans cette expé* rience, que la même caufe inconnue modifie le mouvement du fluide éle&rique dans la furface inférieure du gâteau réfi-neux, lorfqu’on fait communiquer la fupé-rieure avec le r. c., & que de négative elle la rend pofitive , fans addition de fluide éleflrique.
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- TROISIÈME EXPÉRIENCE.
- Do Mitez douqc étincelles au crochet et une bouteille , metteq-la fur un ifoloir de verre eu de porcelaine i place^furfon fond un petit conducteur de métal, muni <tune boule de cuivre , ou feulement très-mouffe.
- Préfente{ au crochet une balle de moelle de fureaufufpendue à un fil de foie blanche & sèche ; mainteneq-la en répulfion devant fafurface.
- Enveloppe^ un bâton de cire et Efpagne avec un morceau de flanelle sèche , tircq-le brufquement de fon étui , en le ferrant dans la main ; porterie auffitôt fur la boule du petit conducteur.
- Si le bâton de dre eft fuffifamment éleélrifé, il part entre l’un & l’autre une petite étincelle, & la balle en répulfion commence à bailler fur le crochet de la bouteille.
- Répété{ chaque fois la friction du bâton de cire, (f tireq de cette même furfact
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- quinze ou vingt étincelles'; à Ta dixiéme , la balle tombe fur le crochet de la bouteille & ne fe relève plus ; à la douzième il commence à la repouflër ; à la vingtième' étincelle , elle flotte loin de fa fùrface.
- Baiffei la. main pour mettre là halle en préfence du-petit conducteur de là- partit étamée de la bouteille ; elle efl, ainfi que-du bâton de cire, fortement repouflee.
- Chaque étincelle qui pétille entre le bâton de cire & la boule du petit conducteur , efl:, d'après Franklin, une nouvelle-portion du flùide éleftrique propre de la furface extérieure de là bouteille , qui s’én-dégage pour pénétrer dans les pores de là' réfine ; à moins que l’on ne fuppofe que la matière de l’étincelle fiait fournie par le feu dit- crochet;
- Quelque foit l’opinion que l’onembraffe, elle efl: en conrradiélion avec la première-& la fixième fttppofitions de Franklin , qui fervent de bafe à la charge mécanique delà bouteille de Leyde. Je vois d’un côté Bj
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- le fluide éleftriqueenlevé à la furface extérieure , fans que l’intérieure en reçoive une quantité.égale, ou le fluide paffer à travers les pores du verre, d’une furface à l’autre, & tout le fyftême de l’éleSricité pofitive & négative s’évanouir en binettes.
- Si l’on penfoit que la furface intérieure de la bouteille reçut effeftivement, à chaque étincelle que l’extérieure donne au bâton de cire , une quantité égale de fluide éleftrique, puifqu’elle femble abforber dans fes pores celui qui eft développé en at-mofphère autour du crochet ; on feroit dans l’erreur, & l’on avanceroit un fo-phifine qui laifle fubfilter l’objeflion dans toute fa forcew
- Et d’abord, pour s’en convaincre , il faut faire attention qu’un corps, qui a la quantité naturelle de fluide éleélrique, ne peut, de l’aveu de Franklin , en loger dans, fes pores une quantité plus grande ; ainfî les douze étincelles du crochet ne rentrent décidément pas dans ceux de la furface intérieure de la bouteille. U faut ohferver *
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- en fécond lieu, que le crochet n’à loutiré douze étincelles au conduéteur, qu’à caufé que la partie étamée en a tranfmis utl nombre égal dans le r. c. ; & la bouteille* dans cet état, contient la même quantité de fluide , mais inégalement dillribué dans fes lurfaces : or, fi l’interne ne faifoit qu’ab-forher * dans fes pores * les douze étincelles répandues, en atmolphère autour du crochet , tandis qu’on en foudre douze de plut de la fijrface extérieure , il en réfulteroit que l’équilibre feroit rompu entre lune & l’autre lurfaces que- douze de plus ne pourraient payer vingt-quatre de moins : voilà donc le fophifme arithmétiquement démontré.
- Mais eft-il bien vrai que le fluide électrique qui étincelle- entre le bâton de-cire & le petit conduéteur de la furface; étamée de la, bouteille , vienne dé cette même furface ? Pourquoi donc après la, douzième étincelle, la fitrface intérieure change-t-elle fon ligne pofitif en négatif ? Concluons que ce ligne êft très-infidelie i.
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- que, félon Franklin, le fluide êleSrique ne pouvant pajfer à travers Us pores du verre , le crochet ne devroit point repouffèr une balle négative } qu’une caufe que l’on n’a point apperçue, modifie fon mouvement, & lui donne une direction tout-à-fait fem-blable aux rayons qui fortent de la furface extérieure de la bouteille & de la réfine} que l’analylè enfin de cette bouteille mer-veilleufe, décompofée par de nouvelles expériences , offre des réfultats contraires à l’opinion de Franklin fur le véritable état de (es furfaces.
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- QUATRIÈME EXPÉRIENCE.
- Chargez une bouteille d'une grandeur médiocre , à long cou & garni d’un bon vernis réjineux.
- Renverjeç la main , faifffe^-la par la partie la plus élevée du cou , entre le premier & le fécond doigt s monte^ fur un ifoloir.
- Porter le pouce de cette main fu,r la grande courbure du crochet de la bouteille ; il part entre l’un & l’autre une petite étincelle : retire^ le doigt auffitôt.
- Qu’une perfonne, debout fur le plancher , effaye de foutirer l’étincelle que vous avez reçue , elle ne la trouve fur aucune partie de votre corps ; vous n’attirez pas même un fil de lin délié & humide.
- Porte£ bientôt après un doigt de votre autre main fur la partie étamée de la bouteille j il en part une autre étincelle,
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- ( XXV) )
- fans que vous donniez , à l’inftant même, le moindre ligne d’éleftricité négative.
- Cependant, fi vous continuez de toucher alternativement le crochet & la furface étamée, vous aurez bientôt complètement déchargé la bouteille, & vous ne recevrez aucune commotion.
- Dans cette expérience , les lignes carac-tériftiques du plus & du moins font- entièrement abolis, quoique vous foyiez alternativement éleftrifé en fens*contraire ; & la bouteille le trouve réduite à fon état naturel, fans que vous tranfportiez un atome de fluide éle&rique dans les pores, de fa furface extérieure.
- Indépendamment de ce que cette expérience montre le peu de fond que l’on doit faire, dans certaines circonflances, lur les lignes éleftriques, elle prouve que l’élec-trifation de la bouteille ne confîfte pas, comme 8a imaginé le D.r Franklin dans la diftribution inégale de fa, quantité naturelle de fluide éleftrique , ni, comme, l’a écrit l’albé Nollet , dans des quantités.
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- ajoutées à fes furfaces ; car, au lieu de la décharger entièrement dans cette expérience , on ne devroit que fe mettre en équilibre avec elle.
- Si les expériences que je viens de rapporter détruifent les induftions tirées des lignes répulfils du verre & de la réline , pour juger de l’augmentation & de la diminution du fluide éleârique dans ces lubllances, & les autres corps auxquels elles communiquent leurs vertus ; li la dernière prouve que la bouteille de Leyde ne tranlmet point de fluide éleétrique d’une furface à l’autre , au moment où on la décharge, & n’en contient que fa quantité naturelle ; fi l’attraction & la répullîon ne font point une émanation de quelque intelligence bornée qui approche & éloigne les corps , pour les mettre en équilibre ; fi l’étincelle & la commotion ne peuvent recevoir aucune explication fitisfailante des principes électriques connus ; s’il eft enfin de l’intérêt de l’humanité de tirer parti du fluide éleÊtrique dans le traitement des
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- maladies qui bouleverfent le plus l’économie animale , & du devoir du Médecin de s’aflurer de la manière d?agir de ce fluide, pour en faire une application convenable ; on me pardonnera, fans doute, les tentatives auxquelles je vais me livrer, afin de tirer parti des obfervations pré-cieufes de Nollet & Franklin , & de celles qui me font propres , pour former une nouvelle théorie qui embraffe dans fes principes & lie dans, fes conféquences tous les phénomènes éieôriques connus, & ceux, que l’on pourra découvrir par la fuite.
- NOUVEAU
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- NOUVEAU
- MÉCANISME
- DE L’ÉLECTRICITÉ,
- Fondé fur les lois de l'équilibre & du mouvement, démontré par des expériences qui renverfent le fyftême de l’électricité polîtive & négative.
- SECTION PREMIÈRE.
- CHAPITRE PREMIER.
- Connoitre les lois immuables de la nature , voilà le but que le philofophe doit atteindre ; l’expérience & l’oblèrvation en découvrent de temps en temps de nouvelles ; la réflexion les analyfe & en
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- 1 Nouveau Mècamfmt
- fait des applications utiles. La loi que je me propofe de préfenter , peu connue jufqu’à ce jour , tient à la réaéfion générale qui arrête la fuite des effets contraires à ces lois. Lancez une pierre au fein d’une furface d’eau tranquille ; les ondes fe répandent en cercles autour du point oit elles ont pris naiffance, & leurs ofcillations expirent fouvent loin de fes bords : c’eft ainfi que la nature fe joue de notre vaine puiffance, & ramène tout à l’équilibre fi néceffaire pour notre bonheur.
- J’ai trouvé dans l’éleâricité des exemples frappans de l’unité de ces lois , & je prouverai que la multiplicité des effets qu’on lui voit produire , dépend de la force réa-giffante de la nature , qui tend à rappeler au repos le fluide éléftrique en mouvement dans les corps.
- Ce fluide, dont la nature eft inconnue , ne peut être jugé que par fes effets ; il eft très-mobile, très-fubtil, très-élaftique, très-expanfif ; répandu dans l’efpace & dans ! les corps, il tend continuellement à fe !
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- de l’Électricité. j
- mettre en équilibre : mais il ne faut pas confondre ce mouvement avec celui qui lui fait produire des attraftions & des répudions, & tous les autres phénomènes d’après lefquels on a fondé la fcience de l’éleftricité.
- Pour arriver à la découverte du mouvement éleftrique , Y Abbé Nollet a fait & répété plufieurs expériences , qui prouvent inconteftablement que ce mouvement confifte en deux courans fimultanées qui vont en fens contraire , fe foutiennent &. s’affoibliffent lentement, ou ceflent tout-à-coup par une détonation plus ou moins forte. En leur fuppofant des forces inégales , non-feulement il a furchargé les corps de fluide éleftrique , mais il a rompu l’équilibre qui exifte néceflairement entre eux ; de là vient que fa théorie ne donne qu’une faufle explication de l’attraéfion & de la répulfion ; elle confond deux elpèces d’éleéfricité bien connues & bien diftinéfes ; elle ne peut convenir aux phénomènes çoinpliqués, & réfout mal les obje&ions
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- 4 Nouveau Mécanlfme
- que l’on forme contr’elle, parcfe qu’elle ne s’accorde ni avec les lois de l’équilibre, ni' avec celles du mouvement.
- Le D' Franklin n’a eu aucune idée de ces deux courans, quand il a compofé fon fyftême éleftrique ; une expérience mal interprétée, faute d’obfervations fuffifantes, lui a fait rejeter la matière affluente , lorf-qu’elle eft venue à fa connoiflance ; mais il a parfaitement diftingué l’éleftricité du verre & de la réfine, quoiqu’il ait erré fur les caufes qu’il afligne à chacune d’elles ; il a établi l’imperméabilité du verre dans la ligne intermédiaire qui fépare fes deux furfàces , fans la prouver par des expériences direftes, mais feulement par de fauffes induftiohs ; les apperçus qu’il a donnés fur l’étincelle & la commotion, font contraires aux lois du mouvement. Cependant, malgré fes fauffes alfertîons, fa théorie fe prête mieux à l’explication des phénomènes éleftriques les plus compliqués ; elle paroît même fi fatisfaiiànte, à certains égards, que l’on croit commettre
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- de i’Éleclrîcite. J
- an attentat contre la vérité , en ne faifant qu’appeler le doute fur elle.
- En admettant les courans fimultanées du Phyficien François , & l’opinion du Philofophe Américain fur la bouteille de Leyde, qui, après la plus forte charge, ne contient que fa quantité naturelle dé fluide éleftrique, je n'ai pas cru qu’il fût impoflible de former un troifième lyfléme, qui expliquât d’une manière plus fatisfaifante tous les phénomènes éle&riques du verre & de la réfine, fans addition ou fouftraftion de cé même fluide dans l’une & l’autre de ces fubltances.
- PROPOSITIONS.
- I.
- Deux coutans d’un fluide très-fubtil, très-élaftique , très - expanfif, produifem tous les phénomènes éleftriques, ceux du verre comme de la réfine ; ils fe forment dans un inftant fimultanée, le modifient i fe foutiennent, s’éteignent lentement & en G
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- 6 Nouveau Micanifme
- même temps, ou ceflent tout-à-coup par
- une détonation plus ou moins forte.
- Le mouvement du fluide éleCtrique, chafle par l’ébranlement des parties intégrantes du verre , e(l celui d’impul/lon ; fa direction eft en ligne droite : comme ce fluide traverfe un milieu qui réfifte par-tout également & qui ifole, il conftitue des rayons divergent , diftinUt , qui perdent fenfible-ment leur force progreflîve & finiflent par fe confondre avec le fluide éleCtrique de l’efpace.
- III.
- L’équilibre étant rompu entre le fluide électrique du verre & celui de l’elpace, le dernier comprimé par le premier , réagit en tout fens avec une aCtivité égale -, il entre dans le verre fous la forme de rayons convergent également dijliniït, & remplace etaftement la quantité qui s’en échappe. Il s’établit donc une circulation de fluide éleCtrique du dedans au dehors du verre; mais comme l’expérience démontre que le
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- dé tÈleÊnCiié, j
- fluide fortant le meut avec plus de vîtefle que le fluide rentrant, je peux fuppolèr que les pores exhalans du verre font aux inhalans Comme un ejl à deux.
- IV.
- On voitd’après cette fuppofition, que la quantité naturelle de fluide éleétrique du verre relie la même ; car s’il le lance avec une fois plus de vîtefle , le fluide éleétrique de I’elpace y afflue avec deux fois plus de malle : or deux degrés de vîtefle & un de maffe équivalent à un de vîtefle & deux de tnaffe ; donc la quantité de fluide éleétrique dans les pores du verre n’ell point changée. Figure t.r‘ Planche i.” (*)
- La rélîne frottée lance , ainli que le verre , fon fluide éleétrique au dehors,
- (*) F eft un globe de verre éleéfcrifé à la force centrifuge ; K, centre d’aétion ; B & b , rayons centrifuges lancés par le centre K dans l’efpace ; cccc, rayons centripètes du fluide éleétrique de l’efpace qui entrent dans le globe, & compriment fon centre autant que ce fluide en efl comprimé.
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- ÿ Nouveau Micamfme
- & en reçoit auffi une quantité proportionnelle de l’efpace ; les rayons divergeas & convergeas que forment l’un & l’autre fluides féparés par l’air , gliffent les uns à côté des autres , & concourent à produire les phénomènes d’attraflion & de répulfion que cette fubftance exerce fur les corps légers & ifolés qu’on lui préfente,
- y i.
- L’expérience démontre que le fluide éleélrique qui coule de l’efpace dans la réfine , fe meut avec plus de vîtelfe que celui qui s’en échappe ; la loi de l’équilibre exige donc que les pores deftinés à le recevoir foient fous-doubles des autres : d’où je conclus que l’éleftricité de la réfine efl; l’inverlè de celle du verre ; elle lance fon fluide éleftrique propre par les deux tiers de fes pores, & n’en reçoit de l’efpace que par l’autre tiers. Figure z.’ Planche (*)
- (*) P, globe de réfine éleélrifé à la force centripète ; K , centre d’aétion ; B B , rayons centripètes antérieurs lancés par le centre K dans l’efpace ; b b , rayons cen-, |rip«tes poftérieurs dardés par ce mime centre dans l’efy
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- de tÉlcSricitê. 9
- VII.
- Cette différence entre la difpofition des courans éleftriques de la réfine & du verre , en établit une effentielle dans leurs effets. Si l’on confidère que les courans électriques de l’efpace qui entrent dans la réfine, fe meuvent avec la même vîteffe , que ceux qui fortent du verre ; que les rayons qui s’échappent de la réfine , n’ont que la vîteffe de ceux qui coulent de l’efpace dans le verre ; on commencera à entrevoir pourquoi des corps légers, éleélrifés par ces deux fubftances, fe précipitent les uns fur les autres , au lieu de le repouffer , comme l’a foutenu l’Abbé Nollet, & que la néceflité, comme l’a écrit le D.r Franklin , de donner & de recevoir du fluide électrique , n’eft pas la caufe qui les attire.
- pace ; cc, rayons, du fluide électrique de l’efpace , qui affluent dans le globe P , & compriment fon centre autant que ce fluide en eft comprimé. Comme ces rayons fe meuvent avec une vîteffe double, égale à celle des rayons qui font dardés par le centre K du globe de verre » je les appelle cinlrifugct.
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- jO Nouveau Mécanifme
- VIII.
- La vertu éleftrique du verre confiftant effentieilement dans deux courans de matière fubtile, très-élaftique , très-expanfive , qui fe meuvent en fens contraire avec des maffes & des vîteffes inégales, ne diffère donc de celle de la réfine , que par la quantité des rayons qu’ils envoient l’un & l’autre dans l’efpace ; ceux qu’ils en reçoivent doivent être confidérés comme appartenans à la nature réagijfaruc ; c’eft une force qui doit néceffairement détruire l’autre , fi leurs rayons peuvent entrer en oppofition fur La même ligne : ainfi il importe de leur donner des noms particuliers qui les diftinguent, & ne permettent pas de confondre les deux efpeces d’éleôricité. IX.
- Comme les rayons qui s’échappent du verre ont une vîteffe plus grande que ceux qui fortent de la réfine, j’appellerai l’électricité du verre, électricité centrifuge ou force électrique centrifuge , & la réaélion
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- du fluide éleCtrique de l’efpace , éleSricité centripète ou force électrique centripète : or , puifque les rayons qui conftituent cette dernière font auflï nombreux que ceux qui s’échappent de la réfine : qu’ils ont les uns & les autres la mêmevîteffe; qu’ils fe remplacent lorfqu’on met la réfine en préfence du verre frotté, la force électrique de celle-ci recevra la même dénomination que la force électrique du fluide éleCtrique de l’efpace qui fe meut dans le verte , elle fera donc centripète ; & tous les corps, dont le fluide éle&rique fera mis en mouvement par l’une ou l’autre de ces fubftances, feront éleftrifés à la force centrifuge ou centripète , & en conferveront la dénomination.
- Toute autre fpécification de l’éleftricité du verre & de la réfine, me paroîtroit propre à réveiller dans l’imagination ce que je crois de défectueux dans les fyftêmes de Nollet & de Franklin, ou ce qui feroit propre à faire concevoir l’idée de deux fluides éleftriques d’efpece différente, qu’il importe de ne pas admettre fans néceffité ;
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- j % Nouveau Mècanifme
- puifque la nature , avec peu de principes , mais en variant les moyens, produit une multitude d’effets qui fembleroient recon-noître des caufes différentes.
- Il ne fuffit donc pas à un corps de laiffer échapper le fluide éleélrique contenu dans fes pores, pour qu’il jouiffe de l’une ou l’autre efpèce d’éleélricité ; il eft encore néceffaire qu’il en reçoive de l’efpace une quantité proportionnelle. Dans le premier cas, le fluide ne fait que fe mettre en équilibre ; dans le fécond, le corps rompant-lui-même l’équilibre , ( par l’ébranlement de fes parties intégrantes, lequel influe plus ou moins fur» la capacité de fes pores ) en lance & en reçoit au même inftant une quantité égale.
- L’idée que l’on doit fe former de l’at-mofphère éleflrique qui entoure les corps , eft la repréfentative des courans dont j’ai parlé , & qui confervent leur vîteflè à des diftances plus ou moins grandes. Chaque courant chaffe devant lui les globules d’air qu’il rencontre fur fon paffage , ainfl leg
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- de VÉlectricité. 13
- rayons centrifuges tendent à l’éloigner des corps ; mais les centripètes l’y ramènent : les animaux ifolés qu’on éleftrife refpirent auffi librement que ceux qui font en contaél avec la terre.
- Faites attention à la forme que prend la fumée d’une chandèle éteinte , placée fur un ifoloir, au moment où on l’éleftrife ? Voyez comme elle fe fépare en filets divergens & fe meut avec plus de vîteffe ! les filets qui s’écartent & que l’air ifole, donnent un corps aux rayons centrifuges dardés par la mèche ; & l’éclat plus vif de la matière charbonneufe annonce aflez quç des courons électriques centripètes de l’efpaee, en chaffant l’air devant eux, lui rendent tout le fluide qui s’en échappe.
- Si la divifion de la fumée qui s’élève de la mèche en rayons divergens, attelle la route que prend le fluide électrique qui s’en échappe pour fe répandre dans l’efpaee, les mêmes rayons doivent exifter, lorfque la chandèle efl éleftrifée à la force centripète ; mais ils doivent être plus nombreux, plus divergens, & Sa mouvoir avec moins de
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- Jjf Nouveau Mécanifme
- vîteffe que Iorfqu’elle eft éleftrifée à la force centrifuge ; & l’expérience confirme cette affertiori.
- X.
- Deux forces éle&riques exiftent donc dans la nature, avec des caraftères particuliers qui les diflinguent. Quand le Ciel s’arme contre la terre pour la foudroyer, & qu’il fait entendre les éclats brtiyans du tonnerre, le Philofophe s’occupe moins des dangers qu’il court que de la contemplation du plus beau, du plus grand des phénomènes éleétriques. L’art a mis entre lès mains des inftrumens , à l’aide defquels il peut imiter la nature, en tirant du repos la matière éleôrique contenue dans les corps, & en lui imprimant l’efpèce de mouvement qui les rend éleâriques -, Nollet & Franklin en ont fait l’objet d’une méditation profonde ; s’ils n’ont pas ravi à la nature le fecret de fa réa&ion , ils ont tracé les routes que leurs fucceffeurs doivent parcourir , pour aborder de plus près ce myftère , & rendre fes forces utiles à tous les être» qui végètent ou qui refpirent.
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- CHAPITRE II.
- ATTRACTION ÉLECTRIQUE.
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- L’attraction éle&rique a quelques rapports avec l’attraflion Kewtonnienne ; elle s’exerce refpeftivement dans les corps, lorfqu’ils font afîêz légers pour obéir aux forces qui tendent à les rapprocher ; elle fuit la loi du qrnrré inverfe des dijlances & non celle des majfes , mais la raifon direSe des furfaces.
- Le D.r Franklin attribue la caufe de cette attra&ion à la nécejjité où fe trouvent les corps ifolés de fe décharger de leur fluide électrique furabondant ; il la confidère fans doute comme une émanation de la loi de l’équilibre. L’expérience démontre l’erreur de cette opinion, puifque des corps trop pefans pour céder à l’attraftion ou même allez légers pour lui obéir, font fouvent retirés de la furface d’autres corps forte-
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- t6 Nouveau Mécanifme
- ment éle&rifés , fans qu’ils emportent avec
- eux un atome du fluide qui les furcharge.
- L’Abbé Nollet, perfuadé que l’attraéiion efl: une véritable impulfion , offre à l’imagination deux courans de fluide fubtil > dirigés en fens contraire , au milieu def-quels flottent les corps attirés ; ils doivent nécefîairement obéir au plus fort, & les courans affluens les emporter à la furface des conduéleurs.
- Je pafle fous filence les objeélions irré-folubles que l’on' fait , non contre ces courans démontrés par l’expérience, mais contre la force que ce Phyficien leur attribue , contraire aux lois de l’équilibre & du mouvement. Quiconque obferve la lenteur avec laquelle les corps ifolés fë meuvent à la furface des conduéleurs, & la compare à la vîtefle de leur répulfion, fe gardera bien de croire que la matière affluente ait plus de force que l’effluente, & ne verra dans la prétendue atmofphère dont ils s’entourent qu’un fubterfuge inventé par l’Auteur pour défendre fon opinion.
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- PREMIÈRE PROPOSITION.
- « L’attraction éleftrique n’a point » pour caufe la force centripète du fluide » éleftrique de l’efpace, mais la centrifuge » de celui des corps qui fè meuvent à la » furiàce des conduéteurs. »
- EXPÉRIENCE.
- Une balle de moelle de fureau , fiufi-pendue à un fil de lin , étant plongée dans l’atmofphére d’un conducteur centrifuge, fie porte d’un mouvement accéléré à fia fiurfaceé Voyez la Figure j.e Planche i.re
- EXPLICATION.
- La balle x reçoit l’impreffion du rayon centrifuge B du condufteur, & la tranfmet au r. c. Celui-ci réagit en tout fens avec une force égale par le fil N ; fa réaftion tend donc à faire fortir de la balle les rayons centripètes D D D D , qui tous en-femble doivent avoir une force égale au rayon B ; mais comme ceux qui jaillifient
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- 1.8 Nouveau Mécanifme de l’hémifphère antérieur de la balle , n'ont qu’un petit efpace à parcourir pouf arriver au condu&eur , & ne trouvent dans l’air qu’une très - foible réfiftance , puifqu’elle a déjà été vaincue par les rayons centripètes FF du fluide électrique de l’efpace , à la fuite defquels ils fe meuvent , & que ceux au contraire qui tendent à fortir de l’hémifphère poftérieur , en rencontrent une invincible dans la grande maffe d’air qui l’environne ; ils tranfmettent toute leur force expanfive fur le centre K de la balle qui doit céder à cette impulfion , fi rien ne l’arrête , ou la communiquer aux rayons antérieurs; par conféquent, la balle x fera portée avec rapidité à la furface du conduâeur, par la force expanfive & réagi/fante de fon fluide éleffrique propre, combinée avec la réfiftance de l’air.
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- de F Électricité.
- OBSERVATIONS.
- I. L’expérience démontre que le fluide éleftrique fe meut très-difficilement dans l’air , & avec la plus grande facilité dans les corps folides en communication avec le réfervoir commun ; ainfi le rayon B qui pénètre dans la balle x, fe détourne de fon hémifphère poftérieur pour entrer dans le fil de lin & perdre toute fa force cxpanfve dans ce réfervoir. Or, comme il ne fort point par un pore de cet hémifphère , il ne doit pas comprimer le fluide éleftrique de l’efpace au - delà de cette balle j il ne peut donc y avoir de la part de ce fluide aucune réaftion ; par conféquent, point de courant affluent qui porte la balle, comme l’a prétendu l’Abbé Nollet fur la furface du condufteur.
- II. Si le rayon B ne peut traverfèr la balle x à caufe de la réfiftance de l’air qui enveloppe fon hémifphère poftérieur, à plus forte raifon les rayons D D qu’elle tend à lancer poftérieurement, ne s’è-
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- %% Nouveau Mécanifme
- dans Ce corps un centre de réaction , en vertu duquel il tende à lancer au dehors une quantité proportionnelle de fluide électrique ; que fa pefanteur abfolue foit vaincue par la force de ce centre & la réfiftance de l’air : ainfi, tous les corps n’étant pas propres à être éle&rifés , ne font pas dif-pofés à fe mouvoir du côté des conducteurs ; & les plus légers, ayant plus de furface , font ceux qui obéiflent de plus loin & avec plus de vîtefle à la force, rétrograde qui les y porte.
- SECONDE PROPOSITION.
- « L’attraction électrique d’un corps » ifolé, doit également s’opérer à la furface » d’un conduûeur par les mêmes caufes, » mais avec des modifications qui confir-» ment les principes généraux que j’ai » établis fur la difpofition & le méca-» nifme des forces éleftriques. »
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- de U Électricité.
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- EXPLICATION-.
- On ne peut introduire la balle ifolée x dans l’atmofphère du conducteur, qu’elle n’intercepte un moment les rayons centripètes F F du fluide éleCtrique de l’efpace fut fon hémifphère poftérieur ; & ce moment eft celui oit les rayons centrifuges que le conducteur darde dans les pores de l’antérieur , font trop foibles encore pour vaincre la réfiftance de l’air fur l’hémif-phère poftérieur ; le fluide électrique de l’elpace n’étant plus comprimé au-delà de la balle ifolée, celfe d’agir; il ne doit donc exercer aucune prefiion fur ellç.
- En partant de ce point, on voit que le rayon centrifuge B du conduCteur ne peut entrer dans un pore de l’hémifphère antérieur de la balle x, fans que fon fluide éleCtrique propre comprimé ne détourne fa force de réaSion du côté où il trouve moins de réfiftance ; il s’échappe donc à travers deux pores de fon hémifphère antérieur qui eft moins comprimé par l’air ;
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- 3,4 Nouveau Mêcanifme
- & les rayons centripètes DD qu’il commence à déployer , partageant entre eux la vîteffe des molécules choquantes du rayon B , fe meuvent à la fuite des courons F F du côté du condufleur, & lui rendent autant de fluide éleflrique qu’il en donne. Voye{ la figure 4/ , planche i.'‘ Le repos de la balle x entre le rayon centrifuge B du condufleur , & l’air qui comprime fon hémifphère poftérieur', ne préfente qu’un équilibre apparent : car la force du rayon centrifuge c que cette balle tend par fa réaftion à lancer poftérieu-rernent, n’ayant pas aflez d’aflivité pour vaincre la réfiftance de l’air , ne peut refluer fur fon centre K fans le comprimer dans le même fens , & fans imprimer à la balle un mouvement rétrograde du côté d» condufleur ; mais fi dans le même inftant cette force eft infuflïfante pour triompher de fa pefanteur abfolue , il eft évident qu’il ne faut que l’augmenter, pour lui faire rompre cet équilibre apparent, & la faire avancer du côté du condufleur. On conçoit
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- 'de l'Électricité. 15
- que cette force rétrograde doit, dans ce cas, fe répartir aux rayons centripètes DD qui fe mouvront alors avec plus de vîtefle dans les pores du conducteur.
- Plus on approche la balle vers le conducteur, moins le rayon B a d’air à tra-verfer pour arriver dans fon hémifphère antérieur ; il exerce donc fur fon fluide éleCtrique propre une compreflïon toujours plus grande; or, ce fluide réagiflant avec une activité proportionnelle, acquiert non-feulement le degré de force expanfive qui lui manque pour triompher de la pefan-teur abfolue de la balle, mais encore pour vaincre en partie la réflftance de l’air qui n’augmente pas dans la même proportion fur fon hémifphère poftérieur ; ainfi le rayon centrifuge e, tendant à fè mouvoir dans la direction du rayon B, doit fortir par un pore de cet hémifphère,, repouifer l’air, & imprimer en même temps à la balle un mouvement rétrograde du côté du conducteur.
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- OBSERVATIONS*
- i.° Pourquoi la balle en communication avec le r. c. fe meut-elle de plus loin vers le conducteur que la balle ifolée ? i.° Pourquoi la première détruit-elie au moment du contaCt toute fa force expan-five , tandis que la fécondé ne lui caufe pas une altération fenfible ? 3.0 Par quelle caufe enfin cette balle ifolée lance-t-elle des rayons électriques à travers les pores de fon hémifphère poftérieur, & l’autre n’en laiffe-t-elle échapper aucun ?
- I. La balle non ifolée fe meut à une plus grande diftance de la furface du conducteur , parce qu’elle offre un paflage infiniment plus facile à fon fluide éleCtri-que , & qu’il s’y meut avec une vîteffe incommenfurable ; il fait une plus forte impretïiou fur fon fluide éleCtrique propre, & fa réaCtion triomphe auflhôt de fa pefanteur abfolue. La balle ifolée, au contraire, nepréfenre aux rayons centrifuges de ce même conducteur que fa furface
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- féparée du réfervoir commun, & comprimée de tous côtés par l’air ; ils ne s y meuvent guère plus vite que dans l’air, & la réaction de fon fluide éleflrique propre n’efl: prefque rien en comparaifon de celui de la balle non ifolée : elle ne peut donc vaincre fa pefanteur abfolue qu’en l’approchant très - près du con-duèleur.
- 11. Le centre d’action du conduéleur trouvant plus de facilité à diriger fa force expanfive du côté du r. c. que dans l’air , la retire des autres rayons dont il entoure fa furface, pour la concentrer dans ceux qu’il lance dans la balle non ifolée : donc dans fa réaftion, fon fluide éleûrique propre doit l’anéantir. La balle ifolée n’admettant dans fes pores que peu de rayons , qui ne reçoivent pour ainfi dire aucune altération dans fon fein , & ne réagiffant que par la vertu de fon fluide éleêlrique propre , appuyé fur l’air , ne peut détruire que la force expanfive de ces mêmes rayons , qui n’efl: rien en comparaifon
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- de celle des autres, dardés par ce conducteur à travers tous les points de fi» furface.
- III. Il eft d’expérience qu’en frappant vivement l’eau avec le côté plat d’une lame d’acier , elle fe brifé plutôt à fa furface que de la pénétrer, tandis qu’elle refte entière & s’y enfonce , lorfqu’on lui imprime une vitefle moins grande -, cet effet nous montre ce qui fe pafle dans les deux balles, quand on les introduit dans l’atmofphère d’un conduCteur ; les rayons, çentrifuges prennent une vitefle incom-menfurable, en paffant de l’air dans la balle non ilolée : ainfi le fluide éleétrique quelle tend à lancer de fon hémifphère poftérieur , éprouve de la part de l’ait1 Une réfiftance fubite qu’il ne peut vaincre, & fon centre de réaction détourne toute fa force expanfive du côté du conduCteur qui lui en, offre une infiniment moins grande ; au contraire, la vitefle de ces mêmes rayons n’augmentant que très-peu dans la Italie ifolée , fort fluide éleQriquç
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- comprime foiblement l’air en franchiffant les pores de fon hémifphère poftérieur , & conftitue le rayon centrifuge c qui fe meut dans la direction du rayon B, fur lequel il s’appuie & dont il repréfente toute la vîteffe ; il continue donc de vaincre la réfiftance de l’air, en pouffant moins vivement la balle ifolée du côté du conducteur.
- Cette loi générale du mouvement que l’on doit appliquer au fluide éleétrique jailliffant des corps dans l’air, dévoile la caufe de plufieurs phénomènes très-furpre-nans ; tels que la pefanteur apparente d’une balle légère éleétrifée à h force centripète , lorfqu’on la fufpend fur un conduéteur éleétrifé à la force centrifuge , ou celle d’une rondelle de carton non ifolée que l’on defcend fur un éleétrophore; augmentation de poids prefque inlènfible lorfque la rondelle eft ifolée : concluons donc que l’attraftion éleétrique a pour caufe immédiate la force centrifuge du fluide éleétrique des corps plongés dans l’atmofphère des
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- jO Nouveau Mécanifme condufteurs , combinée avec la réfiftance de l’air fur leur furfàce poftérieure, & non, comme l’a avancé l’Abbé Nollet , la matière éleftrique affluente de l’efpace , ou, comme l’a penfé le Dofteur Franklin , la néceffité d’enlever ou de donner du fluide éleftrique aux condufteurs , afin de les mettre plus promptement en équilibre avec le réfervoir commun.
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- CHAPITRE III.
- CENTRE DE RÉACTION ÉLECTRIQUE} Répuljlon ; Détonation.
- § I.
- Une condition effentielle à l’attraftion éleftrique , eft la compreflion du fluide fubtil contenu dans les pores des corps; ce qui revient à leur différent degré de perméabilité. Cette compreflion détermine une réaftion inftan-tanée en tout lèns avec une force égale ; & le fluide éleftrique qui en fort par les pores libres , eft toujours dans une quantité proportionnelle avec celui qui y entre. Cependant on ne peut confidérer les corps attirés comme jouiffant d’une force électrique effentielle , quoiqu’ils dardent des rayons de fluide éleftrique au dehors; car il eft prouvé par l’expérience qu’ils ne ma-nifeftent aucun ligne d’éleftricité lorfqu’on les retire de l’atmofphère des conducteurs :
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- jî Nouveau Mécanifme il y a plus ; certains corps fufceptibles d’être fortement éie&rifés, peuvent fe rouler à la furface des corps électrifans , fans partager la vertu qui les anime ; ce phénomène qui n’a certainement pas échappé à JNollet & à Franklin , n’a reçu d’eux aucune explication, parce que les principes fur lefqueis ils ont fondé leur théorie ne lui font point applicables.
- Le centre de réaction ne produit donc pas une force éleftrique eflentielle & permanente , puifqu’il ne fubfifte qu’avec la puiflance qui le comprime ; & la direction des rayons qu’il darde mérite notre attention.
- Si le corps touche au r. c., les rayons qu’il lance à travers les pores de fa furface antérieure, prennent la route du fluide électrique de l’efpace & entrent dans ceux du corps életlrifant ; il fe fait un échange parfaitement égal de fluide entre les deux corps.
- Le corps éleftrifant eft-il centrifuge? la réa&ion du corps éleélrifé efl: centripète j
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- fes rayons font doubles, mais ils fe meuvent avec moitié moins de vîtefle. Au contraire, le corps éleftrifant eft-il centripète ? le corps réagiffant lance des rayons centrifuges. Voyez la figure 5.', planche 1." ; ceux qu’il reçoit font décuples , mais il darde les Jiens avec une fois plus de vîtefle ; & l’équilibre du fluide éleétrique entre les deux corps elt maintenu : interpofez un carreau de verre entre l’un & l’autre, le fluide éleétrique n’étant plus comprimé dans le corps réagilfant, fon centre de réaction s’évanouit.
- Les corps réagiflans féparés du • r. c. offrent conflamment les deux forces électriques réunies ; l’une à leur furface antérieure , l’autre à la poftérieure, & celle-ci eft toujours de même nature que celle du corps éle&rifant.
- On ne fera point étonné de l’exiftence de ces deux forces, fi l’on fait attention d’abord que les corps ifolés, plongés dans l’atmofphère des condufteurs, fe trouvent un moment dans la même circonftance
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- Nouveau Mêcanifme
- que les corps non ifolés , à eau le de la réfiftance oppofée par l’air, au fluide électrique qui tend à fortir de leur furface poftérieure , & qui, réfléchilTant fa force fur fon centre , l’oblige de s’échapper par un ou deux pores de leur furface antérieure , & à former des rayons centrifuges ou centripètes , relativement à la force électrique dont jouiflènt ces mêmes con-du&eurs.
- Mais pourquoi la iurface poftérieure des corps ifolés ne laiflë-t-elle pas échapper des rayons de fluide éleftrique de même nature.que ceux de la furface antérieure.
- Si la balle x n’oflroit aucune réfiftance au rayon centrifuge B du condufteur ( fig. 4. pl. x. ) il eft inconteftable qu’il la traverlè-roit dans fa direftion , & qu’entrant dans un pore de fon hémifphère antérieur , il fortiroit par un pore correfpondant de l’autre. Suppofons que la réfiftance du fluide éleftrique de cette balle, combinée avec celle de l’air, arrête la moitié de la force du rayon B, l’autre moitié agira néceflairement
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- dans le même fens que la force entière, & lancera le fluide éleftrique par un pore de fon hémifphère poftérieur lorfque la réfiftance de l’air fera vaincue ; il formera conféquemment le rayon centrifuge c qui repréfentera la moitié de la force totale du rayon B, & le fluide éleftrique de i’efpace comprimé entrera par deux pores de ce même hémifphère : concluons donc que les corps ifolés, plongés dans l’atmofphère des condufteurs, doivent réunir par la réaction de leur fluide éleftriqua propre, les deux forces oppojées ; l’une centripète à la furface antérieure, & l’autre centrifuge à la pctf-térieure, fi les conducteurs font éleftrifésa cette dernière force, ou dans un ordre op-poles s’ils font centripètes.
- En effet, ( figure i; , planche i" ) le centre K de la balle ifolée x étant comprimé par les rayons centripètes DD, ne peut s’appuyer dans fa réaâion fur le rayon centrifuge B , qu’il darde par un pore de fon hémifphère antérieur , & dont toute la vîteffe eft abforbée par le
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- ifl Nouveau Mécanlfmt condüüfeur ) il s’appüyera donc fur lëS rayons DD qtii le Compriment dans une dire&ion différente de la ligne 6 ; par conféquent le rayon inférieur D preffeta le centre K de manière à lui faire lancer le rayon E ftipérieur, & le rayon Dfupérieur fera fortir le rayon E inférieur : donc fi le Conduisent eft éleôrifé à la force centripète, les corps ijolis plongés dans fon atmofphére, doivent offrir la force centrifuge à leur furface antérieure, & la centripète à la poftérieure.
- Ceft au centre de réaction qui fe forme dans les corps ifolés, qu’il faut attribuer tous les phénomènes, tant fimples que compofés, dont on n’a pu jufqu’ici donner aucune explication fatisfaifante. Croira-t-on avec Franklin , que la tête d’un poinçon introduite dans l’atmofphère d’un conducteur, repouffe une balle négative, parce que, comme celle-ci, elle a moins que fa quantité naturelle de fluide éleftrique ? Quoi ! la tête de cet inftrument, qui , lèlon ce Phyficien, admet dans fes pores le fluide furabondant
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- furahondant du conducteurpour le tranfmctiri à fa tige & le fairé paffer dans le r. c. , feroit dépouillée de celui qui lui ell: propre, ainfi que la balle; tandis qu’il n’exifte pas un feul inftant où les pores de l’une & l’autre n’en foient abreuvés. La caufe du mouvement qui tranfporte la balle fur le conducteur, ne fe montre-t-elle pas d’elle-même , & voit-on diminuer l’atmofphère dont il eft entouré ? Ces autres balles que le condufteur tient en répulfion à un demi-pied de là furface, baiffent-elles fenfible-ment quoiqu’on en approche lé poinçon de très-près ? & cet inltrument ne rend-il pas- évidemment au conducteur une quantité de fluide éleCtrique égale à celle qu’il en reçoit ? Croira-t-on avec Franklin > que les pointes & le bord tranchant de9 coupes dtt conduCteur foient dans un état négatif, tant que le plateau eft en rotation fur fon axe, tandis que le fluide éleCtrique eft accumulé fur toute la furface, & que fes extrémités antérieures baignent dans le feu furabondant du plateau ? Que ceux qui E
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- }8 Nouveau Mècanlfme
- préfèrent cette explication ôppofée aux lois de l’équilibre & du mouvement , veuillent bien dire, comment & d’après quels principes inconnus , la rondelle appliquée fur un gâteau réfineux donne des lignes d’éleftricité très-vive , qu’elle ne conferve cependant plus, lorfque fans avoir touché fon rebord on la retire de fa furface ? En fuppofant que la réfine s’empare du fluide éleftrique propre de la rondelle, oit eft, je le demande , la puifiance qui l’obligeroit à le lui reftituer ? Ce phénomène, ainfi que. les précédens , ne font-ils pas plutôt les effets néceffaires du centre de réaction qui fe forme dans les corps ifolés , lorfi qu’on les plonge dans l’atmofphère ou qu’on les met en contaft avec la furfàce des corps éleélrifés, mais lequel centre s’évanouit quand la preflion dont il tire fon exiftence difparoît elle-même ?
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- RÉPULSION ÉLECTRIQUE.
- 1 l étoit facile au Dofteur Franklin, d’après fes principes fur l’électricité pofitive, d’expliquer la répulfion que les corps légers exercent refpe&ivement entre eux ; comme les atmofphères dont ils s’entourent ne fe mêlent pas, & qu’ils n’ont pas toujours une pefanteur fuffifante pour réfifter à la preffion quelles opèrent fur eux , leur écartement pouvoit être l’effet de cette doublé caufe ; mais cette explication au-roit - elle convenue aux corps éleétrifés négativement , deftitués par conféquent d’atmofphère ; & cé Phyficien n’eût il pas été obligé de recourir à une autre hypo-thèfe'nuifible à la fimplicité de fon fyf-tême? il a donc préféré d’affigner à la répulfion ! la même caufe que celle de, l’attraftion ; la répulfion eft encore, félon lui, une dépendance de la loi de Céquilibre, qui veut que les corps, qui ont plus ou
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- Nouveau Mécanijme
- moins que leur quantité naturelle de liuide éleftrique, s’éloignent les uns des autres.
- L’Abbé Nollet, dont l’efprit paroiflbit plus propre à obferver qu’à produire des conceptions imaginaires, en a cependant préfenté une très-ingénieufe pour expliquer la répulfion éleftrique. Les corps légers entraînés vers les condufteurs par le mouvement de la matière affluénte, y vont fans atmofphère , & ils n’ont pas plutôt touché leur furface , qu’ils dardent par tous leurs pores le fluide furabondant qu’ils en reçoivent : les rayons dont ils s’enveloppent forment autour d’eux une atmofphère invifible, qui fournit des points d’appui aux rayons effluens des conducteurs, & les corps font entraînés loin de leur furface.
- Les Seftatenrs de Franklin ont combattu cette opinion avec avantage; mais celle que lui ont fubftituée Cavallo & Ingen-lions, eft-elleplus heureufe?
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- TROISIÈME PROPOSITION.
- « La répulfîon éle&rique a pour caufe » efficiente, le changement de la force » éle&rique de la furface antérieure des » corps, à quelque diftance qu’ils foienr » des condu&eurs. »
- EXPÉRIENCE.
- La balle x ayant touché le conducteur éleclrifé à la force centrifuge , efl repoujfée plus ou moins loin de fa furface.
- EXPLICATION. ,
- La balle ifolée x, fig. 4. pl. 1, portée par h force rétrograde du rayon c , & par la ré-lïftance de l’air vers le condufteur, offre , ainfi que nous l’avons prouvé, deux forces électriques bien diftinftgs ; la centripète qui occupe fon hémifphère antérieur ; & la centrifuge , l’hémifphère poftérieur.
- Elle étoit néceffaire, cette difpofition , pour qu’il s’établît une libre circulation
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- Nouveau Mécahifme
- de fluide éleflrique entre le condufleur, la balle & l’efpace ; & fans l’intervention d’une autre caufe affez puiffante pour changer la difpofition des rayons qui for-tent de l’hémifphère antérieur de cette balle, le mouvement rétrograde qui la fait avancer fur le condufteur, la main-! tiendroit à fa furface aulîi long-temps qu’il conferveroit fa force éleiïrique.
- Cette autre caufe eft la détonation s fon effet, comme nous allons le voir , étant de réunir les rayons centripètes DD de l’hémifphère antérieur de la balle x en un feul rayon , & par conféquent de changer fa force centripète en centrifuge , & fon centre de réaction en centre d'action , la met néceffairement aux prifes & en parfaite oppoiîtion avec les rayons du conducteur qui doivent la repouffer loin de fa furfaçe.
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- S- III.
- DÉTONATION ÉLECTRIQUE.
- « La détonation électrique eft une col-» lifion violenté & fubite, entre deux » courans oppofës de fluide éleârique, » accompagnée de bruit & de lumière. »
- Franklin attribue ce phénomène au paffage rapide du fluide éle&rique, répandu en atmofphère autour d’un corps, dans les pores d’un autre.
- Nollet prélènte une idée plus fatisfai-fante fur la caufe de la détonation, en la faifant dépendre du choc de la matière effluente & affluente qui s’enflamme & fe diflipe dans l’efpace. La carte percée par le choc & qui fait voir une bavure fur l’une & l’autre furfaces , donne la prem e inconteftable d’un double courant de matière éleftrique ; mais elle laiflë des doutes bien difficiles à réfoudre fur la formation de ces bavures. Si chaque courant tra-vetfant la carte, chalfe en dehors fes parties
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- intégrantes , les rebords ou bavures montrent à la vérité les routes qu’ils ont parcourues , mais n offrent-ils pas en même temps la preuve qu’ils ont glifle les uns à côté des autres , & que néceffairement il n’y a point eu de choc ? Pourquoi ces courans qui entrent & qui fortent par les mêmes pores , ne fe heurtent-ils pas con» tinuellement ? La comparaifon que fait ce Phyficien des rayons éle&riques avec ceux de la lumière pour répondre à l’objeftion, n’eft point admiffible.
- Le fluide éleftrique n’eft certainement pas pénétrable comme celui de la lumière ; il agite l’air qu’il traverfe avec difficulté ; il s’en forme, pour ainfi dire , une enveloppe en chaflant devant lui fes molécules; les rayons qu’il conftitue ne peuvent donc ni entrer ni fortir par les mêmes pores, fans fe heurter.
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- Suite de l'explication de la répulfion électrique.
- La vîteffe du fluide éleftrique vient-elle à acquérir une force fuffifante pour déplacer l’air tout-à-coup, entre deux corps élec-trifés, ( comme l’extrémité de la corde d’un fouet qui claque ) le vide fe forme, les rayons qu’ils dardent de part & d’autre n’ont plus rien qui les ifole ; ils fe refferrent, fe choquent, brillent d’un éclat lumineux dans le vide qui s’eft établi ; & les molécules d’air qui le bordent, fe précipitant les unes fur les autres, produifent le bruit qui accompagne la détonation.
- L’expérience feule peut nous faire juger de la lenteur du mouvement du fluide éleôrique dans l’air, & de fa vîteffe incoro-menfurable dans les corps folides. Quand la maffe d’air qu’il doit traverfer pour pénétrer dans ces corps, diminue graduellement , fon mouvement devient toujours plus rapide j & l’on efl: afluré, lorfque la détonation a lieu , que fa vîteffe a été fuffifante pouf opérer le vide qui conftitue
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- Nouveau Mècamjme
- Ja caufe principale de ce phénomène ; & la répulfion de ces mêmes cotps en eft l’effet le plus évident.
- Ainfi la balle x portée par la force rétrograde du rayon c, fig. 4, reçoit, par la compreffion plus vive du rayon B fur fon fluide éleélrique propre , une force expan-five, toujours plus grande jufqu’au moment où elle détonne ; & ce moment eft celui où le rayon B, n’ayant qu’une petite quantité d’air à traverfer pour pénétrer dans la balle, jouit d’une vîtefle allez grande pour que les molécules de ce fluide ne puiffent plus le fuivre ; alors les rayons centripètes D D fe précipitent dans le vide formé par le rayon B ; mais comme ils font moins forts , celui-ci les comprime fur le centre qui les lance, & s’arrête à la furface de la balle x.
- Or, l’effet de cette compreffion eft d’augmenter la force de réaSion du centre de la balle , & conféquemment la vîtefle du rayon c, qu’il darde à travers un pore de fon hémifphére poftérieur , ( figure S.
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- planche /.* ) ; mai£ la réfiftance de l’air fut ce rayon, continuant de s’opppfer à l’ex-panfion qui lui convient, il eft néceflaire qu’une partie de fa force revienne à l’inf tant même fur le centre , 8c qu’il réagifle contre le rayon B, & l’arrête , comme je viens de le dire, fur fon hémilphère antérieur , en détruifant dans le centre du condufteur une force expanfive proportionnelle à la réfiftance de l’air fur le rayon c ; la réa&ion du centre de la balle x , précédée du vide d’air, eft une véritable détonation , parce qu’elle s’opère immédiatement à l’extrémité du rayon B, par un feul rayon, que le centre de cette balle tend à lancer par un pore de fon hémif-phère antérieur.
- Comme da réfiftance oppofée par l’air au rayon c , au moment de la détonation, n’eft peut-être pas la millième partie de la force expanfive du centre du condufteur, il eft évident que ce centre doit, auffitôt après, reproduire le rayon B, & repoufler la balle ifolée x loin de fa furface , ft ce
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- même rayon ne peut plus pénétrer dans fon hémifphère antérieur , & li l’air ne doit plus oppofer au rayon c une réfiftance capable d’arrêter la force expanfive du rayon B.
- En faifant attention qu’au moment où le centre de la balle x a détoné & détruit dans celui du condufteur une force expanfive égale à la réfiftance de l’air fur le rayon c , on reconnoîtra que la force direfte de ce rayon doit encore fe répartir au fluide éleftrique de l’hémifphère antérieur de cette balle ; qu’elle ne peut avoir fon effet qu’autant que fon centre de réaction lancera ce fluide au dehors , fous la forme du rayon centrifuge D & dans la dire&ion du rayon c ; il fortira donc par le même pore qui, avant la détonation , recevoit le rayon B du conduéteur, & s’appuyera fur fon extrémité ; mais le rayon c ne peut partager fa force expanfive direfte avec le fluide éle&rique de l’hémifphère antérieur de la balle x fans que la réfiftance de l’air fur ce même rayon ne diminue de
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- moitié ; donc le rayon B du conduéteur ne fera plus arrêté dans fon cours , & repouffera cette balle loin de fa furface ; il la repouffera même d'autant plus loin que le rayon centrifuge D, qui jaillit de fon hémifphère antérieur, s’appuie fur l’extrémité du rayon B, & lui imprime encore un mouvement rétrograde dans la direction de ce rayon.
- OBSERVATIONS.
- On peut tirer des principes que je viens d’établir fur la détonation , l’explication de plulieurs phénomènes importans, que le Dofteur Franklin paffe fous filence. Pourquoi, par exemple , les pointes & le lord tranchant des coupes du condufteur font tantôt centripètes & tantôt centrifuges devant le plateau, en rotation fur fon axe; pourquoi la foible lumière qui brille fur les pointes, eft fcintillante ; pourquoi certains corps ifolés, entraînés fur la furface des conduâeurs , détonent plutôt ou plus tard , & font quelquefois repouffés avant de les avoir touchés ; pourquoi les corps
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- Nouveau Mécanifme
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- CHAPITRE IV.
- §. I.
- CENTRE D’ACTION ÉLECTRIQUE.
- h----------H-
- Le centre d’action dans Un corps éleêlrifë fubfifte par lui-même; les rayons qu’il darde font homogènes ou fortent par les mêmes pores, & fe meuvent avec une égale vîteffe ; fa force fe foutient pendant un temps plus ou moins long , & finit par s’épuifer. Les rayons au contraire dardés par le centre de réaction, ne fortent point par les mêmes pores, ils fe meuvent avec des vîteffes inégales ; & toute fa force eft fubordonnée à la puiflance qui le comprime ; elle ceffe avec elle, parce qu’elle eft infufiifante pour réfifter à la preffion de l’air fur ces mêmes rayons.
- Tout centre d'action électrique commence far être centre de réaction , & la détonation efi une condition effentielle à fa formation.
- L’impulfion
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- Je tÉlectricité. . ^
- L’impuîfion donnée au fluide éleétrique des corps eft Continuée par celui qui y coule de l’efpace ou des autres corps en* vironnans ; de telle forte que fi fon cours étoit interrompu, celui des corps éleftrifés cefferoit auflîtôt, '& tout phénomène électrique difparoîtroit à l’inftant.
- Le centre etaction qui lance le fîuldé électrique des corps , détourne fa forcé ex-panfive du côté qui lui offre le moins dé réfifiance ,• & lés autres rayons qu’il dardé dans l’efpace > fe meuvent avec .moins dé viteffe. On prouveroit difficilement cette affertion, en introduifant la tête d’un poinçon dans l’atmofphère d’une rondelle éleârifée, tenant une balle en répulfion devant fon rebord ; elle ne baiffe pas fen* fiblement i mais fi, au lieu d’un poinçon, on place à la même diftance Une autre rondelle non ifoléê & d’un diamètre à peu près égal, la balle èn répulfion tombe auflîtôt près du rebord de Celle qui eft
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- Nouveau Mêcanifme
- Quoique le centre d’action détourne fa force expanftve du côté qui lui offre le moins de réjijtance , & que les autres
- rayons qu'il darde du côté oppofé , fe meuvent avec moins de viteffe , fa force n'en rieft aucunement affoibliecar il fuffit d’éloigner la rondelle non éleélrifée de la première, pour que cette force fe mette en équilibre avec tous les autres rayons : en effet, on -voit la balle fe relever & fe rétablir à la place quelle occupoit avant l’expérience.
- Si le centre (faction électrique détourne fa force expanfive du côté où il trouve le moins de réfiflance, l'air exerce fur les autres rayons qu'il darde une comprëffîdn proportionnelle i car il ne péut détourner cette même force qu’en prenant des points d’appui fur l’air ; & fi les corps font affez légers pour céder à fa réfiflance , ils fe mouvront du côté oppofé ; & ce mouvement rétrograde diminue la viteffe des autres rayons dans le milieu d’un accès plus facile.
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- àê ? Électricité, çç
- La force d’un centre faction électrique fe détruit de deux manières; lentenfeni par la réfifiance continuelle de l'air fur lei rayons quil darde dans l’efpace > ou tout à coup par la détonation.
- La force avec laquelle le centre eta3ioA détone, efi proportionnelle à la furfact des corps, à la vtiejfe des rayons quils lancent, à la brièveté de FefpâCe qu’ili parcourent t & dans lequel le vide fe forme. La force expanfive qu’il perd dans la de» tonation, efi en raifon inverfe du quârri de la difiance dâns laquelle elle s'opère t . d’où je conclus que les pointes qui jouif* fent de la propriété de faire détoner les centres faction à Une grande diftance , les affoibliffent beaucoup moins que les corps moufles à furfaces plates ou arrondies.
- Ce fingulier effet des pointes fur le centre d'action électrique des corps, dont le Do&eur Franklin a tiré le parti le plus avantageux pour établir fon fyftême & maîtrifer la foudre, doit être confidéré avec toute l’attention qu’il mérite., afin
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- ^6 Nouveau Mccanifmc de mieux connoître le micanifme de leur aôion , & difliper les doutes que l’on forme encore fur l’utilité que l’on doit en attendre.
- En établiffant un centre tfaSion dans un corps éleftrique, j’obferve, qu’à proprement parler , il n’y a point de centre ; la force expanfive eft également répandue fur toute la furface d’un corps éleftrifé. C’eft ainfi que dans le fyftême d’attraftion de Newton, on attribue au centre des corps céleftes les effets qui font produits par toutes les parties qui les compofent.
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- de PÊleSnciti.
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- $• II.
- EFFETS
- DES POINTES ÉLECTRIQUES.
- Les fluides comprimés s’échappent avec d’autant plus de vîtefle, que les orifices par lefquels ils s’écoulent font plus étroits. La matière élettrique, en tant que fluide, obéit à cette loi de l'hydraulique ; & l’expérience démontre qu’elle fort plu» rapidement des pointes des corps que des autres pores qui s’ouvrent à leur furface.
- On fait que la matière éleflrique en mouvement, tend par la force répulfive de fes molécules, à occuper un plus grand efpace, & que l’air eft l’obftacle le plus fort qu elle ait à vaincre pour fe répandre en rayons divergeas au dehors 5 or , la, prefiion de l’air eft plus grande fur les fur-faces plates & arrondies des corps que fur les angles ou leurs pointes ; la matière
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- éleftrique en doit donc jaillir avec plus de vîteffe , & l’expérience le prouve par une efpèce de fouffle ou de vent, qu’ils font fentir à des diftances plus ou moins éloignées.
- Ce fouffle ou vent que l’on a comparé à une toile d’araignée , par l’efpèce d’im-preflion qu’il fait fur la peau, qui renverfè la flamme d’une bougie , & chafle la fumée dans une direftion femblable à celle des pointes, a été pris par Nollet & Franklin pour la matière éleftrique elle-même qui fe diffipe dans l’efpace.Comment fe perfuader qu’une matière à laquelle les corps folides de la nature des condufteurs, n’offrent aucune réfiftance , frappe ainfi leurs furfaces quand leurs pores la reçoivent avec avidité ? Ce fouffle ou vent eft l’air lui-même que le fluide éleftrique met en mouvement ; celui-ci elt reçu dans la main qu’on lui oppofe, & l’air feul heurte fa furface.
- Le fluide éleftrique fort avec plus de vîteffe des angles & des pointes des corps
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- dans lefquels il réagit , & ces mêmes corps doivent s’éleftrifer moins fortement que les autres ; en effet, le vide d’air s’établit très-promptement fur les parties les plus aiguës & les plus Taillantes ; les rayons, centripètes du fluide éleftrique de l’efpace s’y précipitent; de là une détonation répétée à des intervalles fi courts , que la force de, leur réaflion en eft eonfidéra-blement limitée.
- Comme la détonation ne s’effeêlue qu’entre un très-petit nombre de rayons électriques, elle ne doit être accompagnée que d’un braillement léger, & d’un éclat lumineux fi foible qu’on ne peut l’apper-cevoir que dans l’obfcurité. A chaque détonation, le centre de réaction des corps terminés en pointes devient centre d’action ; ils jouiffent d’une force éleftrique parfaitement femblable à celle des corps éleftri-fans ; alors L’éclat lumineux 8t le bruiffement celfent, jufqu’à ce que la force éledrifante x triomphant de la force communiquée par la ïépuifion de fes rayons , change le centre
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- 6o Nouveau Micantfine 4'action de ces mêmes corps en centres de réaction, & reproduife une nouvelle détonation avec tous les phénomènes qui l’accompagnent. L’aigrette lumineufe qui paroît briller fur la pointe des condufteurs, & le bord tranchant des coupes ne fcintille que par cette caufe ; enfin, elle difparoit lorfqu’on arrête le mouvement du plateau fur fon axe.
- Le vide d’air ne peut être conftamment reproduit fur les pointes des corps en éleélrifation, fans qu’il ne s’établifle un courant de ce fluide dans la direâion des rayons qui en çhaffent les molécules, ainfi, l’air qui repofe fur les autres parties, des conduûeurs terminés en pointes, fe dirige vers ces extrémités & entraîne avec lui les corps légers, tels que les cheveux, les duvets, les fils de foie qui ne s’éleo trifent pas a fiez pour être tepoufles trop loin de leurs furfaçes.
- Le courant d’air s'étend au , delà des rayons électriques qui l’excitent & le diri, gent ; c’eft lui & non la matière éleélriqite
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- dardée par la pointe des conducteurs qui renverfe la flamme d’une bougie , dont un fil de fer tient la mèche en communication avec le réfervoir commun ,• le lumignon abforbe cette matière en totalité , & l’air dont elle fe dégage maintient la flamme dans une fituation horizontale : ce mouvement prolongé doit être réputé fuffifant pour produire l’efpèce de fouffle ou vent frais, que l’on attribue fans raifon au fluide électrique qui jaillit des pointes ou des angles des conduéteurs.
- On obferve que l'aigrette lumineufe qui fe montre fiir Xextrémité aiguë des con-duéteurs , eft plus alongée que celles qui fe forment fur les pointes de leurs branches ; & l’on en conclut que celles-ci reçoivent le fluide éleétrique du plateau, tandis que l’autre le darde dans l’efpace. Comme il eft bien prouvé que ces apparences lumi-neufes exiftent fimultanément & quelles ne peuvent avoir lieu fans détonation, il eft inconteftable que les condufteurs cefi fent, à l’inftant même, de recevoir le
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- fil Nouveau Mlcanifme fluide éleftrique du plateau à travers leurs branches antérieures, & que celui qui brille fur les extrémités terminées en pointes, ne préfente des filets plus alongés , que parce que dans la détonation il triomphe des rayons centripètes du fluide éleftrique de l’efpace, les repouffe à quelque diftance de leurs furfaces ; tandis que les rayons éleSriques qui fortent en même temps de la partie aiguë des branches , ayant à fe mouvoir contre ceux du plateau , fran-chiflent à peine leurs pores : de là vient qu’il ne s’établit aucun courant d’air fen-fible entre elles & ce même plateau.
- Les points lumineux & les aigrettes qui fe montrent fans interruption fur les parties aiguës des conduéleurs , font bien propres à nous faire juger de l’exceflïve vîtefle avec laquelle s’opèrent les détonations fucceffives de leurs centres de réaction ; mais, ainfi que nous l’avons obfervé , ces apparences lumineufes fcintillent, & cet accident fuffit pour prouver l’interruption de la lumière après chaque détonation ,
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- parce qu’alors ces mêmes centres font convertis en centres d’action , & que les rayons qu’ils dardent un inftant font auffi forts que ceux dvf plateau.
- Lorfque les conduéleurs font terminés par une boule, la détonation de leurs centres de réaction fe fait à des intervalles moins rapides, fur-tout dans les premiers inftans de l’éleftrifation. Les points lumineux qui fe montrent à Y extrémité aiguë de leurs branches, font plus petits & par fois s’éclipfent entièrement. En effet, les I rayons centrifuges qui s’échappent des I boules n’acquièrent jamais allez de vîteffe I pour établir fur elles un vide d’air, & entrer en oppofîtion avec les rayons centripètes du fluide éleftrique de l’efpace ; ils s’alongent & ne font détoner les centres daction qui les lancent, qu’autant qu’ils rencontrent une réfiftance fuffifànte dans l’air, & qu’une partie de la force expanfive qui les anime, efl: rendue rétrograde fur ces mêmes centres ; de là vient fans doute que les détonations fucceflives
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- font moins promptes, moins bruyantes, & les boutons lumineux qui couronnent les pointes des branches , plus petits, moins vifs & aflez fouvent interrompus ; de là vient encore , que les rayons centrifuges s’alongent de plus en plus dans l’efpace, après chaque détonation , & que les con-dufteurs terminés en boule , font fufcep-tibles d’acquérir une électricité centrifuge ou centripète cônfidérable, tandis qu’elle refte toujours foible, lorfqu’ils offrent des angles ou des pointes à leurs extrémités.
- Puifqu’il eft bien prouvé que les poinu lumineux obfervés fur les parties aiguës des branches des condu&eurs, dépendent de la détonation de leurs centres de réaction, & que celle-ci eft proportionnelle à la réftftance oppofée par l’air aux rayons centrifuges qu’ils dardent; il 'fuit que plus ces rayons feront nombreux , plus la détonation fera forte & précipitée ; l’expérience vient à l’appui de ce raifonnement: car elle démontre que les points lumineux font plus vifs, plus bruyans, plus alongés
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- lorfque les condufteurs font doubles, que lorfqu’ils font Amples, ou qu’une per-fonne ifolée fe met en communication
- Si les condufteurs terminés en pointe» lancent avec plus de vîtefle le fluide électrique contenu dans leurs pores ; fi ce fluide imprime un mouvement aflez rapide aux molécules, d’air pour lui faire renverfer la flamme d’une bougie ; les pointes que l’on dirige vers la furface des condufteurs produifent auffi les mêmes effets ; elles les déféleftrilènt avec promptitude , lorfqu’elles communiquent avec le réfervoir commun.
- Que le fluide éleftrique s’infléchifle pour entrer dans les corps folides , c’efl un fait démontré par l’expérience ; car il n’efl: pas néceflaire que le poinçon foit dirigé en ligne droite vers la furface des corps éleftrifés, pour voir ce fluide étinceler fur fa pointe j il, y brille encore, lorfque cet inftrüment eft dans un plan oblique ou vertical à leur horizon ; mais
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- alors la réaCtion de fon fluide électrique propre a beaucoup moins de prife fur le centre d’action de ces corps , parce qu’une partie de fa force fe perd dans
- Quelque fôit le nombre des rayons centrifuges dardés par un conducteur dans > la partie aiguë d’un poinçon , celui-ci en lance dans un inftant fimultané un nombre double , qui, prenant la route du fluide éleCtrique de i’efpace, pénètre dans fes pores & compenfe exactement la quantité de celui qui s’en échappe; la détonation.' ne tarde pas à fe manifeiter, quoique la partie aiguë du poinçon foit à ünè aflëz grande diiltance de la furface du conducteur; l.° parce que les rayons directs & infléchis font très-rapprochés lès uns des autres, & prefque confondus avec les centripètes qui fortent du poinçon au moment où les premiers entrent dans fa pointe ; 1° parce que le nombre de* rayons centrifuges, agiffant fur une petite furface & fur unemoindre quantité de fluide
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- éleftriqûe, le compriment avec plus de force & l’excitent à une réaction plus vive ; 3.0 parce que la vîteffe des rayons choquons eft telle, au premier abord , que l’air ne peut les fuivre , &'que le vide indifpenfable pour la détonation fe formé aullitôt fur la partie aiguë du poinçon. Les rayons du conduâeur font donc arrêtés tout-à- coup à fa forface par les centripètes du poinçon., & le mouvement rétrograde des molécules des premiers détruit , à l’inftant de la détonation, une patrie de la force expanfive du centre d’aftivité qui les lance ; de telle forte, qu’en pouffant h.pointe de cet inftrument jufqùe fur la forfàce du sondufteur, fon centre <Faction fe trouve tellement affoibli après plufieurs détonations fucceffives, qu’il produit à peine la millième partie d’une étincelle, & qu’une perfonne peut défé-leûrifer une bouteille de Leyde, en portant fur la boule du crochet la pointe d’une aiguille, fans éprouver la moindre commotion.
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- Les rayons centrifuges du condüftetlf ; fn s’infléchiflant du côté du poinçon, ne pénètrent pas tous dans fa pointe j une grande partie de ceux qui continuent leur route, entre encore dans fes pores latéraux , & fortifie la oompreffion que les premiers exercent fur fon fluide éleftrique propre; or, la loi de l’équilibre exige qu’ü en forte de cet infiniment une quantité proportionnelle, afin qu^ dans Je même temps donné, il rende autant de fluide éleftrique qu’il en reçoit : mais comme dans fa réaftion ce fluide trouve moins de réfiftance à fortir de la pointe de-cet infiniment que de fes côtés; ij forme une plu^rande quantité de rayons centripètes qu’il n’en faut pour la détonation , & ceux qui lui échappent ; continuant à fe mouvoir avec la plus grande vîtelfe du côté du condufteur, y déterminent un courant d’air alfez rapide pour renverfer la flamme d’une bougie lojfqu’on tient le plateau en rotation fur fon axe ; dans le cas contraire, la vîtelfe des rayons
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- centripètes dtl poinçon, ne produit qu’un fbuffle léger, incapable de la faire vaciller, mais fuffifant poür entraîner une balle de moelle de fureau fur lecondufteur, pourvu toutefois quelle ne foit point fufpendue entre la boule qui le termine & la partie aiguë du poinçon , mais entre fon corps & cet inftrument.
- Le foujfle ou vent qui femble fortir du poinçon, n’efl pas un courant continu, mais intermittent, comme le point lumineux qui brille fur fon extrémité ; ces intermittences font#fi courtes qu’on ne peut les appercevoir, à moins qu’on ne fixe le poinçon dans l’atmofphère du con-duéteur.
- La partie aiguë dü poiüçôtt n’eft pas plutôt introduite dans l’atmofphère du condufteur , que fon centré d’aclion doit en être affaibli par la détonationde là vient que fi la boule qui le termine étoit furmontée par une pointe , Yaigrette lumineuse en difparoîtroit aufîitôt ; & en corn* -tinuant de tenir le plateau en rotation fut G
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- fon axe, le point lumineux fe montrerait
- conftammentfurlapartie aiguë du poinçon,
- tandis que celle du conduéfeur refteroit
- obfcure.
- Le point lumineux qui fe manifefte fur la partie aiguë du poinçon , introduit dans l’atmofphère d’un condufteur centrifuge, doit, d’après nos principes, changer de forme, s’il efl éle&rifé à la force centripète ; c’eft une véritable aigrette dont les filets divergeas femblent s’élancer de la pointe de l’inftrument du côté du conducteur. La différence de ttes deux forces électriques en établit néceffairement une entre les apparences lumineufes qu’elles produi-fent; & l’on en trouvera la caufe dans la difpofition particulière des rayons qui détonent.
- Un condufteur centripète lance fur la partie aiguë du poinçon deux fois plus de rayons qu’il n’en reçoit de cet infiniment; mais comme ces derniers fe meuvent avec une vîteffe double, ce font eux qui forment le vide d’air fur la pointe,
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- les rayons centripètes du condu&eur s’y précipitent, ils s’enflamment par la colli-fion & produifent Y aigrette lumineufe qui la couronne , compofée d’un plus grand nombre de filets que dans les expériences où le condufteur eft éleftrifé à la force centrifuge. Il faut donc chercher dans le nombre des rayons qui détonent fur la partie aiguë du poinçon, la caufe de Y aigrette , ou feulement du point lumineux qui la couronne , dans le cas où les corps contre lefquels on la dirige, font éleârifés à la force centrifuge ou centripète.
- Cette différence entre le nombre & la vîteffe des rayons détonans fur Y extrémité aiguë du poinçon , & les productions lumi-neufes qui en réfultent entre les rayons qui échappent à la détonation, & le courant d’air qu’ils produifent fans interruption lënfible jufque fur la furface des conducteurs, me paroiffent expliquer les effets des pointes, d’une manière plus lâtis-failànte, que les affertionsdu Dr. Franklin, fondées fur l’excès & le défaut de fluide
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- éleélrique dans les corps. Comment fe perfuader que la pointe d’une aiguille plongée dans l’atmofphère d’un conducteur éleélrifé en plus devienne négative , tandis que fa tige & la main qui la fou-tient font en équilibre avec le r. c. ? N’eft-ce pas cette pointe qui reçoit immédiatement le feu furabondant du conducteur, pour le tranfmettre à ce même réfervoir ; & peut-il exifter un feul inftant oît fes pores n’en foientpas toujours pleins? Mais fi cette aiguille ne faifoit que tranfmettre le fluide éleftrique du conducteur au r. c., quelle feroit donc la caufe du courant d’air qui s’établit depuis la pointe jufqu’à la furfàce de ce même conducteur ? Ce courant n’eft point une chimère j il chaffe en avant tous les corps qu’il rencontre fur fon paflage -, il renverfe la flamme d’une bougie : il produit enfin fur la main l’impreflion d’un vent frais.
- Puifque la partie aiguë d’un poinçon ne peut devenir négative devant un con-dufteur pojîtif, il eft inconteftable qu’elle
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- ne fauroit être pofitive devant un con-dufteur négatif y elle lance donc, dans les deux cas, autant de fluide éleftrique quelle en reçoit, fans jouir néanmoins d’un centre £ action : mais les effets différens qu elle produit, foit quelle repouffe une balle éleflrifée par la réfine ou par le verre, foit qu’elle fe couronne d’une aigrette ou feulement d’un point lumineux , dépendent effentiellement du nombre àe rayons qu’elle darde & de leur vîteffe, qui la rendent tantôt centripète , tantôt centrifuge ; enfin , de la détonation prompte que fubiffent ces rayons, tandis que les autres continuent à fe mouvoir , en imprimant à l’air un cours plus ou moins rapide jufque lùr la furfàce des. condufleurs..
- Les pointes jouiffent donc de la propriété effentielle de faire détoner partiellement les corps, éleflrifés à une très-grande diftance, de détruire dans leurs centres daSion une force expanfive proportionnelle j mais elles n’ont pas r d’après- nos principes, & ne doivent point avoir la G ?
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- dangereufepropriété de les attirer, comme les corps conducteurs terminés par une furface plate ou arrondie , & celle d’exciter l'explofion totale de leur force ex-panfve. Dirigez verticalement la pointe d’une aiguille vers le fond d’une balance éleftrifée , vous pouvez la porter jufque fur la furface d’un de fes baffins fans qu’il rompe fon équilibre avec l’autre , & s’incline fenfiblement vers elle; dans le Conrad vous n’éprouvez pas la plus légère commotion : fubilituez à l’aiguille la boule d’un excitateur , le baffin s’incline & détone lorfqu’ü eft près de fa furface : fi la tige de l’excitateur eft très-courte, fi vous la tenez par fon extrémité , & que l’éledricité du baffin foit forte , vous recevez une commotion.
- Nous avons prouvé qu’un corps élec-trifé ne fe meut du côté d’un autre corps, qu’autant que les rayons qu’il darde à fa furface poftérieure acquièrent, par la ré-fiftance de l’air, une force rétrograde fuftï-fante pour vaincre fa pefanteur abfolue,
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- tandis que ceux qui s’échappent de fa furface antérieure fe meuvent avec la plus grande facilité dans les pores du corps non éleétrifé : telle eft la caufe qui fait incliner le baffin de cette balance fur la boule de l’excitateur , caufe qui ne peut avoir lieu pour la pointe d’une aiguille ; car les rayons que le balîïrr lance dans fes pores détonent, avant que ceux qui fe meuvent du côté oppofé , aient obtenu une force rétrograde fuffifanre pour vaincre la pefanteur abfolue de ce baffin , & l’entraîner fur la pointe que l’on dirige près de fa furface.
- Les nuages orageux, en équilibre dans l’efpace , ifolés par l’air & chaffés par les vents , lancent, comme le baffin éleftrifé , des rayons qui s’étendent à des diftances plus ou moins grandes. Corps folides en apparence, mais vapeurs légères, leurs molécules, comprimées par l’air, ont chacune un centre d’action éleftrique ; lefquels fe communiquent & fe confondent en un feul centre où ils tranfmettent toute la force expanfive dont ils font animés ; c’eft
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- là que réfide Jupiter tonnant ; fa foudre eft d’autant plus redoutable, que le fein des nuages dans lefquels il repofe, fe montre plus obfcur.
- Les vapeurs qui s’éleSrifent par le frottement dans l’efpace , ne peuvent être purement aqueufes, quoiqu’elles en attirent d’autres de cette nature, avec • lefquelles elles s’unifient pour former d’immenfes nuages, prefque tous éle&rifés à la force centripète.
- Sans doute il fout que la.terre foit fuffifamment échauffée, pour que de fem-blables vapeurs s’échappent de fon fein, ou qu’une vive effervefcence les dégage du foyer dans lequel elles font raffem-blées. L’obfervation vient à l’appui de cette conjefture ; les orages folminans ne fe manifeftent guère qu’à la fin du printemps & pendant l’été , principalement dans les contrées où les fubftances fulphureufes abondent : & combien de fois n’a-1-on pas vu l’appareil éleftrique le plus formidable mêler fes. horreurs avec les. feux
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- fouterrains qui ont dévoré des cités entières, & enféveli leurs malheureux habitans dans de profonds abymes ?
- Je fonde cette conjefture fur un violent orage dont je fus aflailli, le 18 Juillet 1781, en voyageant dans le Jura pendant un jour très-chaud. Le ciel étoit ferein, l’air calme ; un brouillard épais s’éleva, à une heure après midi , du milieu d’une montagne couverte de bois ; bientôt les arbres en furent obfcurcis.
- Je m’enfonçai dans cette vapeur sèche, d’une odeur bitumineufe ; à peine en fus-je enveloppé, qu’un bruiffement continuel fe fit entendre. Je ne dirai point que les crins de mon cheval fe hérifsèrent, qu’il refpi-roit avec peine, l’odeur fulphureufe devoit le fatiguer ; mais il n’éprouvoit pas dans lesoreilles les inquiétudes qui tourmenroient les miennes ; inquiétudes affez vives pour y attirer une inflammation que je diffipai par des lotions d’eau froide.
- Le brouillard étoit auffi épais au fommet de la montagne que fur fes flancs ; je n’en
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- fus délivré que demi-heure après, en entrant dans un vallon , où je trouvai une fontaine dont j’avois grand befoin.
- La montagne que je venois de traverfer dominoit toutes les hauteurs ; je la laiffai derrière moi, non fans retourner la tête pour obferver ce que devenoit la vapeur dont elle étoit environnée.
- Elle s’en détacha, à diverfes reprifes , foufflée par le vent du midi; ellefe pelotona & forma de petits nuages qui s’élevèrent à des hauteurs inégales, & groflirent fans caufe apparente.
- Pourfuivant ma route j tantôt fur des collines, tantôt dans des vallons ou à travers des gorges , je ne tardai point à entendre gronder le tonnerre ; la foudre qui tomboit autour de moi fit bientôt évanouir l’admiration que me caufoit ce grand phénomène éleârique ; & tout ce fracas qui dura près de deux heures, finit par une pluie très - forte.
- Quelle que foit la caufe éleétrique des nuages, l’obfervation prouve qu’ils font le
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- plusfouvent éleftrifés à la force centripète; & les principes que j’ai établis fur les effets des pointes, peuvent leur être utilement appliqués. Ge n’eft point en fou-tirant le fluide éleârique furabondant, ou en rendant celui dont on croit les nuages dépouillés , que les conducteurs terminés en pointes maîtrifent la foudre ; mais en affoibliffant fourdement le centre d’aSion dont ils font animés, par une multitude de détonations fuccejjives.
- Quand je vois la boule de mon excitateur placée à trois ou quatre pouces de celle d’une batterie foudroyante , fans la faire détoner ni même affoiblir fa force éleflrique , je conçois qu’un édifice entier peut être plongé dans l’atmofphère d’un nuage orageux & ne point éprouver de commotion : mais toutes les parties de ce nuage font mobiles, à moins qu’il ne foit pouffé par les vents dans une direction horizontale ; elles doivent céder à la force qui tend à les approcher de cet
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- édifice : c’eft alors que les rayons élèftri-ques ayant moins d’air à traverfer le meuvent avec plus de vîteffe; que le vide fe forme fur la partie la plus élevée , & qu’une explojton épouvantable en eft la fuite.
- Des verges de fer terminées en pointes très-aiguës, & dorées pour les préferver de la rouille, placées verticalement fur l’édifice & enfoncées profondément dans la terre, doivent néceffairement le garantir, en follicitant de plus loin la détonation des nuages, & en ne mettant en oppofition qu’une très-petite quantité de rayons , incapables , comme nous le verrons par la fuite, d’exciter le mouvement du fluide éleétrique des corps environnans , & de les faire participer à la détonation. 11 n’eft pas même néceflaire que ces verges tiennent à l’édifice & en égalent la hauteur ; il fuffit qu’elles foient dreffées à quelques toiles de diftance, & qu’elles s’élèvent à vingt ou trente piedspour produire tout
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- l’effet que l’on en attend : on pourroit même préferver de la foudre des Cités entières, en élevant de femblables con-du&eurs fur les éminences dont elles font entourées , ou tout au moins fur les places publiques qu elles renferment.
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- CHAPITRE V. Analyse de la bouteille de Leyde. *------------------**-------*
- Je touche au plus beau des phénomènes éleftriques, celui de la bouteille de Leyde. Le Doéleur Franklin l’attribue à l’excès & au défaut de fluide éleftrique dans fes furfaces ; j’ai réuni contre cette opinion des expériences dont les réfultats ne peuvent être expliqués par une fèmblable caufe , & l’on jugera iî les forces électriques que j’ai établies n’en donnent pas une folution plus fatisfaifante. La combi-naifon de ces forces oppofêes dans les parois de la bouteille , conftitue un mé-caniûne qui n’eft pey-être pas facile à faifir ; mais je l’expoferai de manière à me faire entendre de tous ceux qui attachent quelque importance à pénétrer le relfort caché des admirables effets qu’elle produit.
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- PREMIÈRE EXPÉRIENCE.
- Placez fur un ifoloir de verre ou de porcelaine une bouteille de Leyde , d’une grandeur médiocre; ajujle^ fous fon fond un petit conducteur de métal, terminé par une boule. Figure 7. planche 2,.
- Approche£ du crochet de cette bouteille celui d’une autre fuffifamment électrifiée , il part entre les deux crochets une étincelle ; & la bouteille ifolée repoujfe parfes deux fur-faces une balle centrifuge , fi la bouteille électrifiante jouit de cette force. Voyez la-même figure.
- Le fluide éle&rique de la bouteille ifolée fort donc à travers fes furfaces'par un tiers de leurs pores, comme il s’échappe de la balle qu’elles repoufîent ; & toutes deux reçoivent les rayons centripètes du fluide éle&rique de l’efpace par les deux autres tiers. La bouteille ifolée n’a donc que fa quantité de fluide mis en mouvement par celui de l’autre bouteille, le fluide électrique comprimé de l’efpace lui en rend autant qu’elle en perd.
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- Mais quelle peut être la dire&ion du fluide éleârique de cette bouteille dans l’épaifleur du verre ? Une autre expérience va nous l’apprendre.
- SECONDE EXPÉRIENCE.
- IJole^ fur le cou d'une louteille de verre noir, une rondelle P de métal ou de lois recouvert dune feuille d'étain. Sufpende£ ou-deffus de cette rondelle & à deux pouces à peu près de fa furface une autre rondelle G de même grandeur 3 foutenue par un manche de verre ou des cordons de foie blanche & fèche. Figure 8. planche 1.
- Touche£ la rondelle G avec le crochet d’une bouteille fortement élcSrifée j il y a détonation, & les deux rondelles jouijfent d une force électrique centrifuge.
- Dans cette expérience , les rondelles P & G repréfentent la garniture des deux furfaces de la bouteille ifolée ; & la maffe d’air qui fe trouve entre l’une & l’autre, le verre qui les fépare.
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- de F Électricité», 8 f
- Dans cette expérience encore , la rondelle G eft la feule qui lance des rayons centrifuges à travers un tiers des pores de fes deux furfaces, & la rondelle P n’en darde de cette efpèce que de fa furface inférieure, tandis que ceux qui fortent de fa fupérieure font en nombre double, conléquemment centripètes.
- La rondelle G, dans le contaél avec le crochet de la bouteille , eft la feule qui ait détoné ; fon centre de réaftion eft donc devenu Centre d’aftion ; les rayons qu’il lance doivent fortir , ainfi que nous l’avons établi, par des pores homogènes, tandis que ceux de la rondelle P continuent de s’échapper à travers des pores hétérogènes , fon centre de réaélion n’ayant aucunement changé.
- J’ai démontré que les corps ifolés , plongés dans l’atmofphère des conducteurs éleftrifés à la force centrifuge , réunifl'oient par la réaftion de leur fluide éleftrique propre les deux forces oppofées ; la centripète à leur extrémité antérieure, & la
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- $6 Nouveau Mècanlfme
- centrifuge à leur extrémité poftérieure. La rondelle P , dans cette expérience , doit être conftdérée comme plongée dans 1 at-mofphère d’un conducteur centrifuge; la rondelle G lance dans un pore de fa furface fupérieure le rayon centrifuge C , & deux rayons centripètes DD fortent de cette même furface, & traverfent l’air pour fe rendre dans la rondelle G. La rondelle P envoie encore, & dans le même temps donné, le rayon centrifuge E à travers un pore de fa furface inférieure, qui eft remplacé par les rayons centripètes FF du fluide éleétrique de l’efpace ; cette rondelle eft donc dans la pofition de tous les corps ifolés plongés dans l’atmofphère des condu&eurs, & qui réunifient les deux forces éleftriq. à leurs extrémités oppofées.
- Cette dire&ion des rayons électriques entre les deux rondelles , à travers le fluide de l’air qui les fépare, exifte né-ceflfairement dans l’épaifleur du verre de la bouteille ifolée, fi l’expérience prouve que fa feule furface intérieure ait détoné.
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- troisième expérience.
- Présentez à la rondelle P une balle de moelle de fureau, fufpendue à un fil de foie blanche & fiche, elle efi attirée & repouffée : mainteneq-la en répulfion devant fin rebord ; enlever^ lentement la rondelle G, vous verre^ la balle s*abaiffer proportionnellement & tomber fur la rondelle P, qui ne donne plus aucun figne tfélectricité , lorfquelle efi: entièrement dégagée de l’at-mofphère de G ; rètabliffe{ G fur P , la balle efi repouffée de nouveau & flotte loin de fa furface ou de fin rebord. (*) Peut-on douter, d’après cette expérience, que la détonation n’ait converti le centre de la rondelle fupérieure, en centre d’aftion qui foutient, par fa propre force , l’irradiation de fon fluide éleftrique à travers des pores homogènes -, & que l’inférieure
- (*) Nous ne donnerons pas d’autre figure pour représenter cette fécondé expérience ,'parce qu’il efi: facile de la faifir & de la faire avec l’appareil de la figure 8,
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- 88 Nouveau Micanifme ne pofsède réellement qu’un centre de réaction, qui ceffe de darder fon fluide éleftrique propre par des pores hétérogènes , lorfqu’il n’eft plus comprimé ?
- S’il étoit poflible de féparer ainfi les deux furfaces de la bouteille ifolée, qui refuferoit de croire quelles ne produi-fiffent les mêmes effets ? Une expérience décifive va mettre au grand jour cette vérité.
- QUATRIÈME EXPÉRIENCE.
- Les rondelles étant en préfence, touche^ la fupérieure ; il en pari une étincelle , Finférieure ne donne plus aucun Jîgne <Lélectricité.
- Par la détonation, le centre d! action de G eft détruit, & fa force électrique fe perd dans le r. c. ; la même expérience répétée fur le crochet de la bouteille ifolée, produit un effet fèmblable j d’oii je conclus que fa furface extérieure n’a qu’un centre de réaction qui ne lance des rayons électriques, qu’autant qu’il efl
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- comprimé par le centre Jaction de la fürface intérieure ; & que les rayons que les deux furfaces s’envoient, ont dans 1 e-paiffeur du verre la même dire&ion que ceux des rondelles dans les couches d’air qui les féparent.
- Mais , pourquoi cette différence entre les centres des deux rondelles? Peut-on en affigner la caufe ? Le fluide éleftrique lancé par les furfaces de la bouteille de Leyde-, paffe-t-il à travers les pores du verre , ainfi q*ie celui des rondelles à travers la maffe d’air qui les fépare ?
- Comme je ne fais que commencer l’a— nalyfe de cette bouteille , & que ces queftions pourvoient en être écartées , je vais cependant la fufpendre pour les discuter fommairement ; j’efpère qu’elles répandront plus de lumière fur l’application de mes principes au. mécanifme de fon éleftri-fation , & qu’elles contribueront à réfoudre clairement plufieurs phénomènes auxquels les. autres théories ne peuvent convenir...
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- i.° Pourquoi cette différence entre les deux rondelles ?
- Elle dépend de deux caufes effentielles : la première eft la réfiftance oppofée par l’air au mouvement du fluide électrique entre les deux rondelles , de telle forte que les rayons centrifuges de la fupérieure perdent de leur vîteffe dans le milieu qu’ils traverfent, & compriment moins le fluide éleétrique de l’inférieure, que le centre qui les lance ne fè trouve comprimé par les rayons du crochet de la bouteille élec-trifante, au moment de la détonation. La fécondé réfide dans les couches d’air qui exiftent entre les deux rondelles au moment où la fupérieure détone; elles font beaucoup trop épaiffes pour que les rayons centrifuges & centripètes qui les traverfent puiffent opérer le vide & s’arrêter mutuellement , ainfi qu’il arrive aux centripètes de la rondelle fupérieure , & aux centrifuges du crochet de la bouteille. La réalité de cette caufe eft tellement frappante, que fi on ne laifle entre les deux rondelles
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- qu’une diftance égale à celle qui fe trouve entre le bord de la fupérieure & le crochet de la bouteille, le vide d’air fe forme entr’elles au moment de la détonation, & la même étincelle femble les traverfer ; dans ce cas, l’une & l’autre jouiffent d’un centre d'action que la rondelle inférieure ne peut obtenir dans une fituation plus éloignée. Concluons que le défaut de centre d'action dans la rondelle inférieure ( comme dans la furface extérieure de la bouteille ifolée), dépend du ralentiflement du fluide éleftrique à travers l’air ou tes pores du verre , de l’impoffibilité où fe trouve ce fluide d’opérer le vide entre les deux rondelles ( ou les deux furfàces de la bouteille ).
- Venons maintenant à la deuxième quefi tion, qui confifte à examiner fi le fluide éleélrique, lancé par les furfàces de la bouteille ifolée, paffe à travers les pores du verre comme celui des rondelles à travers les couches d’air qui les féparent ou les ifolent.
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- En général, le fluide éleCtrique' fe meut avec plus de rapidité dans les corps folides que dans l’air ; mais le verre , la réfine, la cire, enfin tous les corps connus fous la dénomination d’idio-ileSriques , ne fe laiflent que difficilement pénétrer par lui ; au moins , les traverfe-t-il avec plus de peine que l’air, & nous en avons la preuve dans l’expérience des rondelles entre lefi quelles on interpofe un carreau de vitres.
- Mais fi un rayon, électrique , dardé par un condufteur dans une balle ifolée, ne va pas d’une hémifphère à l’autre , s’il fe forme dans cette balle un centre de réaclicm qui l’arrête, à plus forte raifon ne doit-il pas traverfer le verre, qui, par le reflerrement de fes pores & l’état de compreflion naturelle de fon fluide éleCtrique propre, doit lui offrir une plus grande réfiflance ; ainfi les rayons centrifuges de la bouteille élec-trifante ne paflent pas dans i’épaifleur de la bouteille ifolée, ils ne traverfent pas même le crochet qui leur fert de. conducteur.
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- Voici, autant que je puis me le repré-fenter, la difpofition du fluide éle&rique propre, & en mouvement dans la bouteille ifolée , après la première étincelle.
- i.° Le crochet pofsède un centre d’action , & l’expérience le démontre : car fl l’on enlève avec un tube de verre ou avec un cordon de foie blanche & sèche, celui d’une bouteille plus fortement éleftrifée, il donne des lignes d’attraftion & de ré-pullîon.
- a.° La garniture qu’il touche immédiatement jouit encore d’un centre de même nature ; il ne faut qu’enlever la rondelle fupérieure qui la repréfente , & la féparer du carreau de verre fur laquelle elle repofe, dans l’expérience que je n’ai fait qu’indiquer , pour n’avoir aucun doute à cet égard.
- 3.0 La demi-spaijfeur interne du verre de la bouteille a aufli un centre d’adion, tandis que la demi - épaijfeur externe na qu’un centre de réaéfion ; & l’on peut s’en affurer, en enlevant le carreau de verre
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- qui eft cenfé repofèr fur la rondelle inferieure , en le plaçant verticalement fur une table , & en préfentant à fes furfaces une balle de moelle de fureau , éleftrifée à la force centrifuge ,• cette balle eft re-pouffée , à la vérité, par toutes deux , mais bien plus loin par la furface qui étoit en contaft avec la rondelle fupérieure ; en foufflant fur cette même furface , l’autre fe déféleétrife à l’inftant : donc la furface interne de la bouteille ifolée, plus fortement éleftrifée que l’extérieure, pofsède un centre <Pa3ion qui fubfifte par lui-même', tandis que la furface extérieure n’a qu’un centre de réaSion qui s’éteint avec le premier.
- 4.0 La garniture extérieure de la bouteille n’a aufli qu’un centre de réaSion , qui s’évanouit lorfqu’on enlève le carreau de verre qui comprime fon fluide éleélrique propre.
- Mettons de côté tous ces centres, pour Amplifier ma réponfe à cette féconde queftion j confidérons les diverfes fubftances
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- dans lefquelles ils repofent, comme ne faifant qu’un lèul & même corps avec le verre de la bouteille , fauf à regarder les garnitures, d’après l’idée vraie & ingénieufe de Franklin, comme les armures qui concentrent toute la force éleélrique. Le verre, fous ce point de vue, ( & de quelle autre manière qu’on l’envifage) réunit dans fon épaiffeur deux centres , l’un à’aSion , en vertu duquel la furface interne de la bouteille ifolée continue , après la détonation, à lancer fon fluide éleélrique au dehors ; l’autre de réaSion , qui ne darde celui de la furface extérieure dans l’efpace qu’autant qu’il eft comprimé par le premier centre.
- Ces centres d’aSion & de réaSion qui ne peuvent fe former dans les couches d’air entre les deux rondelles, communiquent entre eux dans le verre de la bouteille ifolée, par trois rayons qui paflent intérieurement d’une furface à l’autre ; le premier , centrifuge, part de la furface intérieure ; & les deux autres, centripètes , viennent de l’extérieur.
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- Il s’établit donc une circulation de fluide éleftrique dans 1 epaiffeur du verre de la bouteille de Leyde , comme elle exifte dans l’efpace ; les deux furfaces s’envoient réciproquement, & dans un inftant fimul-tanée , la même quantité de fluide , mais avec des vîtefles différentes ; & celui qu’elles-Lucent au dehors eft juftement compenfé par le fluide éleârique de l’efpace qui les pénètre.
- Nous verrons, dans le temps, que cette circulation de fluide éleélrique entre les deux furfaces de la bouteille, donne une explication lumineufe de plufieurs phénomènes que je fuis parvenu à lui faire produire , d’après la direction & l’ejlimation. des forces dont j’ai penfé quelle étoit pourvue ; mais revenons à notre analyfe,, & ne nous permettons plus d’écarts qui nous la faflent perdre de vue.
- CINQUIÈME EXPÉRIENCE.
- Répétez la première expérience, fig. 7, pl. ï, & maintenez une balle en répulfon devant le crochet de la bouteille ifolée.
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- Porté£ le doigt fur le petit conducteur de la furface extérieure ; il part entre l’un & F autre une petite étincelle ; la balle en répuljion tombe fur le crochet & ne fe relève plus ; on diroit que F électricité des deux furfaces de la bouteille efl entièrement détruite.
- Cependant, fi vous approche% un doigt de la balle en contact avec le crochet, elle s’y porte , retourne enfuite fur le crochet, & joue de cette manière , jufquà ce que l’électricité de la bouteille foit anéantie : la même balle appliquée fur la furface extérieure ne manifefte aucun mouvement vers le doigt qui lui efl offert.
- À juger de ce phénomène par ce qui frappe les fens, on croiroit que la furface intérieure de la bouteille ne conferve pas la millième partie de la force centrifuge qui lui a été imprimée, & que l’extérieure a perdu toute celle qui lui étoit propre.
- Tout efl: prefque illufion dans cette expérience , car nous allons voir que la furface intérieure de la bouteille n’a rien perdu
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- ç8 Nouveau Mécanifme de fa force, & que l’extérieure a gagné par la détonation, un centre £action qu’elle ne poffédoit pas auparavant.
- Rien ne confirme mieux la vérité de cette affertion , que la même expérience répétée fur larondelleinférieure, fig-g, pl-z; au moment de la détonation, la balle en répulfion devant la rondelle fupérieure tombe, pour ainfi dire, jufque fur fon rebord : mais fi vous éloignez celle-ci de l’autre, fig. io,pl. z, elle repoufiè la balle à la place quelle occupoit, avant la détonation de la rondelle inférieure ; & le crochet de la bouteille élec-trifante, appliqué fur fon rebord, ne produit aucune étincelle, parce que fon centre d'action n’a rien perdu de là force primitive.
- Entrons dans quelque détail fur les caufes phyfiques de ce phénomène, je veux dire fur le changement qui s’opère dans les centres de réaction de la bouteille ifolée & de la rondelle inférieure : car tout le mécanifme de l’éleftrilàtion de cette bouteille merveilleufe , fera complètement dé-
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- voilé, & nous en viendrons enfuite à celui de la commotion qui en eft l’effet.
- Les rondelles G & P de la x.d<! expérience fig. 8, pl. z, s’envoient réciproquement du fluide éleftrique, & en reçoivent de l’efpace autant qu’elles en perdent. G pofsède, comme nous l’avons dit, un centre d’action ; il darde les rayons B & c par des pores homogènes ; fa force éleétrique eft centrifuge. P recevant dans un pore le rayon c , lance les rayons centripètes DD, qui n’ont enfemble que la vîteffe du rayon c , tandis que le rayon E qui jaillit de fa fur-face inférieure , la polsède toute entière ; la rondelle P n’a donc qu’un centre de réaction ; elle eft éleftrifée à la force centripète fupérieurement, & à la centrifuge inférieurement.
- Pour que le centre de réaction de P foit converti en centre d’action , il eft néceffaire qu’il détone comme celui de G ; & le poinçon R que l’on porte fur fon rebord devient le condufteur qui doit lui imprimer une force éleftrique entièrement oppofée à celle de G.
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- En effet, le rayon E trouvant plus de facilité à s’étendre dans le poinçon que dans l’air , s’y meut avec plus de vîteffe , & comprime, dans un inftant donné, une plus grande quantité de fon fluide électrique ; il fe forme donc dans le poinçon un centre de réaction oppofé au rayon E, & les rayons centripètes FF , qu’il darde dans P, produifent fur fon centre une compreffion égale , parce qu’ils ont, chacun , la moitié de la vîteffe du rayon E.
- Lorfque le poinçon eft affez près de P pour que le rayon E occafionne le vide d’air entre l’un & l’autre , il y a détonation J & dès ce moment le rayon E ne peut plus fubfifter. Faites attention que ce rayon , en détonant, s’eft appuyé fur le rayon c , de G ; qu’il l’auroit affoibli, fi celui - ci ne s’étoit appuyé fur fon centre d’aclion qui lance aufli de la furface fu-périeure de G le rayon B , lequel eft auflitôt repouffé par l’air ; parce que le rayon c n’a plus la même force de réfiftance qu’il
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- qu’il poffédoit avant la détonation de P; & que le rayon B, en fe repliant fur lui-même , rend au rayon c toute la force qu’il a perdue, & le fluide éleôrique de l’efpace n’étant plus aufiï fortement comprimé par le rayon B, ne réagit qu’avec une force proportionnelle : G ne cônferve plus & ne doit plus conferver , après la détonation de P, qu’une atmofphère très-foible , par la raifon que fon centre jouit naturellement 'd’une force expanfive un peu plus grande que celui de P. Voye^ la figure 9. pl. a.
- Mais que deviennent les rayons centripètes DD de P , après la détonation ? Ils continuent à le mouvoir par la force de leur centre, du côté de G, avec une vîtefle double , s’il eft bien prouvé qu’ils n’ont point détoné, & que ce même centre qui les lance a partagé entre eux toute la force expanfive qu’il imprimoit au rayon E.
- Nous avons la conviftion que les rayons DD n’ont point détoné, puifque le rayon c n’eft pas détruit ; que le centre de G con-ferve toute fa force expanfive , & que I
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- joï Nouveau Mécantjme l’étincelle , fignè effentiel de la détonation, n’a point brillé entre les deux rondelles.
- Si nous revenons fur nos pas, & que nous réfléchiflions à ce qui fe paffe entre tous les rayons des rondelles G & P, fig. 8, pl.x, au moment de la détonation ; nous faifirons la caufe du tranfport de la force expanfive du rayon E fur les rayons DD de P.
- Avant que le vide d’air fe forme entre la rondelle P & le poinçon , le rayon B commence déjà à bailler du côté de G , ou, ce qui revient au même, le centre de G détourne déjà une partie de fa force expanfive , & par conféquent de la vîteffe du rayon B fur le rayon c. En effet, le rayon E de P , trouvant plus de facilité à fe mouvoir dans le poinçon que dans l’air, augmente de vîteffe : le centre qui le lance offre donc moins de réfiftance au rayon c qui le comprime ; donc le centre de G doit par cela même commencer à dé-' tourner une partie de fa force expanfive du côté de P , & diminuer la vîteffe du rayon B , pour augmenter celle du
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- fàyoA c ; & l’expftience vient à l’appui de ce raifonnement.
- Mais le moment oit le vidé d’air eft formé par la détonation, eft celui oit lé centre de G exÈrce la plus grande com-preffion fur le centre de P ; & la réaéliort du fluide éleftrique du poinçon détrùiroit là plus grande partie de la force du premier , fl le même vide £air pouvoit avoir iieu entre les deux rondelles, & que les rayoni DD puflent arrêter le rayon c } comme le rayon E l’eft par le poinçom Le vide ne pouvant fe former, à caüfe de la grande diftance de G & de P, la détonation ne peut qpe détourner toute la forci de réaSion dü centre de P vers le côté qui lui offre le moins de réfiftance, c’eft-à-diré du côté de G j le centre de P double donc la vîteffe des rayons D D j par l’intervention du rayon c qui fe précipite dans un de fes pores j donc le centre de P eft converti en centre d’aiïion ,• donc la détonation > fans affaiblir aucunement ces centres , ne fait qu’accroître la vîteffe des rayons qu’ils là
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- 104 Nouveau Mécanifme s’envoient mutuellemèit entre les deux rondelles, (ou dans l’épaiffeur du verre, entre les deux furfaces de la bouteille ifolée. )
- Le centre de réaBion de P a évidemment changé de nature par la détonation, s’il agit par lui-même, & s’il lance fon fluide éleêlrique par des pores homogènes : or l’expérience ne permet point d’en douter ; & comme la difpofition des rayons qu’il darde eft l’inverfe de ceux lancés par le centre de G ; que les uns & les autres font prefque égaux en force , j’en tire la confé-quence que P jouit d’une électricité centripète , à peu près équivalente à YéleSricité centrifuge de G.
- La rondelle P, après la détonation, ne doit point lancer de fluide électrique à travers les pores de fa furface inférieure , parce que fon centre £ action détourne, ainfi que nous l’avons oblèrvé, toute fa force ex-panfivedu côté de G, fig. g,pl. z, qui luipré-lènte beaucoup moins de réfiftance que l’air qui comprime cette même furface. Cependant , comme les rayons que darde ce centre,
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- ont à traverfer les couches de ce fluide entre les deux rondelles , ils y éprouvent une réfiflance, qui doit rendre une partie de leur force expcmfive rétrograde fur ce même centre , & l’obliger à la tranfporter au côté oppofé, à lancer conféquemmenr des rayons centripètes à la furface inférieure de P ; mais la réfiflance de l’air environnant, étant fupérieure à cette force , tant que les rondelles font auffi près l’une de l’autre ; il en réfulte que l'air devroit les réunir , fi leur pefanteur abfolue étoit inférieure à fa preffîon fur leurs furfaces.
- En éloignant G de P, on introduit une plus grande quantité d’air entre les deux rondelles ; la vîtefle rétrograde de leurs rayons refpeftifs, augmentant proportionnellement fur les centres qui les lancent , ils emploient un plus grand effort pour vaincre la réfiflance de l’air fur leurs fur-faces extérieures ; elles commencent à darder des rayons électriques congénères , dont la vîtefle s’accroît progreffivement, jufqu’à ce qu’enfin ces mêmes centres le
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- jq6 Nauveatt Mècanifme mettent en équilibre avec la réfiftance de l’air qui preffe également lçurs deux fur-faces , lorfque G & P font à une grande •dittance l’un de l'autre. Voy, la figure 10 , planche z.
- L’abaiffement fuhit de la balle jufque fur le/ crochet de la bouteille ifolée , qui feroit préfumer que fa furface intérieure a perdu toute fa force électrique Centrifuge, au moment oit l’extérieure détone contre le poinçon , n’eft qu’une illufion, comme on le voit par ce qui fe pafle entre les deux rondelles , & ne peut faire porter qu’un faux luge-s ment fur le véritable état de fes futfaces, L’intérieure n’a donc rien perdu de fa force (Xpanfive , & l’extérieure a gagné, par la détonation, un centre etaction qui mani-fefteroit une force centripète prefque égale à la centrifuge du crochet, s’il étoitpoffible de feparer les deux furfaces de cette bouteille , ( comme on éloigne les deux rondelles qui les reprélèntent 5 & comme çellçs-çi le démontrent plus identiquement
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- encore, lorfqu’on les ifole avec un carreau de verre ).
- L’exiftence de ces deux centres iaction dans les furfaces de la bouteille de Leyde, qui agiffent l’un contre l’autre avec des forces prefque égales, & qui doublent la circulation de fon fluide éleélrique propre à travers l’épaifleur du verre, manifefte la caufe qui ne permet pas à un vafe de toute autre nature de s’éleftrifer, de manière à donner la commotion. On voit en effet qu’il ne pourroit fe former dans fon épaiffeur qu’un feul centre d’ctclion, parce que la compreffion produite par le rayon éleSrifant fe feroit fentir également & en même temps au fluide éle&rique de fes deux furfaces, qui réagiroit de tous côtés, également ; d’où il réfulte que, de quelque endroit que l’on fît détoner le vafe , for, centre devroit s’anéantir ( comme celui du condufteur ) , quelque foit le point de fa furface où l’on follicite l’étincelle. On voit encore, que fi le rayon centrifuge de la bouteille ifolée n’avoit point allez de.
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- Io8 Nouveau Mécanifme force pour comprimer & faire réagir le fluide éle&rique de la furface extérieure, il ne pourroit fe former dans cette bouteille qu’un feul centre d’aiïion, incapable de donner la commotion ; tel eft l’effet qu’on obferve lorlque le verre eft très-épais: mais fi, par un défaut de cuite, lès pores étoient_trop dilatés , le centre d'action occuperoit le point intermédiaire entre les deux furfaces ; il ne seleftriferoit qu’à la manière des conducteurs.
- SIXIÈME EXPÉRIENCE.
- Faites détoner une fécondé fois fur le crochet de la bouteille ifolée , celui de la bouteille éleSrifaute; auffttôt après F étincelle , Us deux furfaces de la première dardent des rayons centrifuges, le même effet a lieu pour les deux rondelles, & il doit exifler, d’après les principes que fai établis.
- i.° Le rayon A de la bouteille éleéhri-fante ,fig. u ,pl.z, rencontrant le rayon cen-trifuge B de la rondelle G, qui fe meut plus
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- foiblement dans l’efpace, le comprime for fbn centre , & en augmente la force expanfive ou réagijfante; celui-ci la détourne donc, au moyen du rayon C, fur le centre de P, lequel réagiffant dans un inftant fimuhanée avec une force égale, lance le rayôn E dans la direction du rayon comprimant, & les rayons centripètes DD, augmentant proportionnellement de vîteffe, continuent 1 fe mouvoir du côté de G ; ainfi, avant que la détonaton ait lieu entre le crochet de la bouteille éleftrifante & la rondelle G, le centre d’action de P commence déjà à redevenir centre de réaction, & à lancer un rayon centrifuge qui a vaincu la ré-fiftance de l’air fur fa furface extérieure, la circulation des rayons C & DD devenant plus vive qu’elle n’étoit auparavant entre les deux rondelles.
- L’expérience vient à l’appui de ce rai-founement; car une balle de moelle de fureau, fufpendue à peu de diftance du rebord de P, ou de la furface extérieure de la bouteille ifolée , donne des lignes
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- no Nouveau Mécanifme non équivoques d’attraâion, au moment où les rayons centrifuges de la bouteille éle&rifante commencent à comprimer fen-fiblement ceux de la rondelle G.
- i.° Pour que la détonation puiffe s!ef-feéiüer entre la rondelle G & le crochet de la bouteille , il eft néceffaire que le centre £ action de cette rondelle redevienne centre de réaction devant celui de la bouteille ; & ce changement s’opère quand le premier commence à être immédiatement comprimé par le fécond.
- En effet, le rayon centrifuge A de la bouteille éleârifante , après avoir vaincu la. force expanfive du rayon B, pénètre dans le pore qui lui donnoit iffue, & comprime immédiatement le centre de G avec une force toujours croiffante 5 or % comme ce. centre la détourne continuellement fur celui de P, elle fe partage entre les rayons E & DD qui le meuvent avec plus de vîteffe} le premier dans l’efjjace, & les deux derniers dans les pores de la furface inférieure de G ; mais le centre de G ne
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- peut être également comprimé par le rayon A de la bouteille éleôrifante, & les rayons DD de P, qu’il ne réagiffe entre ces deux forces avec une aftivité proportionnelle : il doit donc lancer auffitôt les rayons centripètes FF, fig. iz ,pl.z, dans la direftion des rayons DD, du côté de la bouteille éleélrifante ; & de centre <t action qu’il étoit, redevenir centre de réaction, j.o Si l’on fait attention qu’au moment ovi le centre de G eft fuffifamroent comprimé par les rayons DD, pour détourner la moitié de la nouvelle force expanfiva qu’il reçoit du rayon A du côté de la furface fupérieure de cette rondelle, on comprendra que les rayons centripètes FF qu’il lance, trouvant moins de réfiftance de la part de l’air, pour fe rendre dans le crochet de la bouteille électrifante, que les autres rayons centrifuges qu’il darde à travers les pores de cette même furface; ceux-ci doivent difparoître, jufqu’à ce que par une fécondé détonation, le centre de G foit redevenu centre faction.
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- L’expérience confirme cette affertion ; car fi l’on tient une balle en répulfion devant la rondelle G , & que l’on approche lentement de fon rebord le crochet de la bouteille éleSrifante , on la voit tomber jufque fur fit furface , & ne fe relever que quand, par une fécondé détonation, fon centre lance à travers les pores de là furface fupérieure de nouveaux rayons centrifuges.
- 4° Quelle que foit la nouvelle force expanfive communiquée par le centre de la bouteille éleSrifante à la rondelle G, ou au crochet de la bouteille ifolée après la détonation, elle eft tranfmife au même inllant à la rondelle P ( ou à la furface extérieure de cette bouteille ) ; en excitant l’étincelle de l’une & l’autre , pour convertir leurs centres de réaSion en centres d'action, on détourne nécelfairement cette même force à l’intérieur, & la vîtelfe des rayons que les centres lançoient au dehors , devient double à travers les couches d’air qui féparent les deux rondelles (ou
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- dans l'épaifleur du verre de la bouteille ifolée. )
- 5° En fuppofant que la première étincelle imprime au fluide éleftrique des deux rondelles une force expanfive égale à 1, & que les rayons dardés par leurs centres aient une vîtefle .comme 3 ; après la détonation de la rondelle inférieure , la vîtefle des rayons extérieurs paflant à ceux qui circulent entre les deux rondelles, fera égale à 6 ; à la fécondé étincelle, la force expanfive des centres de l’une & l’autre rondelles , fera z , & la vîtelfe de leurs rayons intérieurs douze. A la troifième étincelle , la force expanfive des centres 3 , & la vîtefle des rayons internes 18 ; ainfi de fuite, par une progreflion arithmétique & non géométrique.
- 6.° On conçoit qne la force expanfive des centres des deux rondelles ( ou des furfaces de la bouteille ifolée ), augmentant progreflivement à chaque détonation, les rayons centrifuges de la fupérieure (ou
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- K4 Nouveau MicampUt du crochet de la bouteille ), devenant plus forts, exigent, pour être répercutés fur leurs centres, d’autres rayons centrifuges plus vigoureux s enfin ils peuvent renforcer , au point de ne plus fléchir devant ceux de la bouteille éleHrifante : dans ce cas il y a équilibre entre tous les centres. On conçoit encore que la circulation du fluide électrique entre les deux rondelles , devenant plus rapide après chaque détonation, le vide d'air peut fe former fur une partie déterminée de leurs furfaces internes j les rayons centripètes s’y précipiter , arrêter les centrifuges , & détoner, au préjudice de la force expanfive de leurs centres refpe3ifs , ainfi qüe l’expérience le démontre, lorfqu’on a excité plufieurs étincelles de la rondelle fupé-rieure. Cet accident eft infiniment rare entre les deux furfaces de la bouteille ifolée , parce que les parties intégrantes du verre ne fe laiffent point entraîner comme celles de l'air ; & que fi elles cèdent à l’impulfion du fluide qui circule avec trop de rapidité d’une furface à l’autre,
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- la détonation qui fe forme par l’oppofition de leurs rayons refpeSifs , & très-près de leurs centres , en détruit complètement la force & met la bouteille hors de fervice.
- 7.0 Puifqu’après chaque détonation, les centres de la rondelle fupérieure ( & de la futface intérieure de la bouteille ) con-fervent une force expanfive toujours plus grande que les centres de la rondelle inférieure , ( & de la furface extérieure de la bouteille ) il en réfulte que l’une & l’autre doivent s’entourer d’une atmofphère électrique compofée de rayons centrifuges, tandis que la rondelle inférieure ( & la partie étamée de la bouteille ) en font entièrement dépourvues. Les rayons dardés par la rondelle fupérieure ( & le crochet de la bouteille ifolée ) , font bien éloignés de manifefter toute la force expanfive des centres qui les lancent j car, ainfi que nous l’avons obfervé , la' plus grande partie de cette force eft détournée à l’intérieur , & conftitue le principe caché de la violente commotion que la bouteille fut-tout eft en état de donner.
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- A préfcnt, fi l’on rapproche ma théorie fur l’éleCtrifation de la bouteille de Leyde & l’état où fe trouvent lès deux fur-faces , lorfqu’on les a fait détoner alternativement avec un corps éleétrifé & un conducteur qui ne l’eft pas, de celle qu’a publiée le Doéteur Franklin , on les trouvera dans la plus violente oppofition. 1.° Franklin, pour difpofer la bouteille à donner la commotion , demande une furabondance de fluide électrique ; je n’ai befoin, pour lui faire produire cet effet, que de ce même fluide en mouvetnent ; il eft de néceflité abfolue, pour le fyftême de Franklin , que ce fluide ne paffe point à travers les pores du verre ; j’exige, au contraire qu’il paffe d’une furface à l’autre ; mais affez difficilement pour que fa vîteffe foit ralentie, & que le centre d’action qui fe forme dans l’une ne foit pas fi fort que celui de l’autre ; 3.° Franklin fuppofe un rétréciffement fingulier dans les pores de la ligne intermédiaire qui fépare les deux furfaces du verre, rétréciffement que rien ne prouve ;
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- prouve} je demande feulement que ce fluide fe meuve avec autant de difficulté dans fes pores que dans l’air ; & je ne crois pas qu’on s’avife de penfer que les couches de celui qui fe. trouve entre les deux rondelles aient des pores plus refferrés dans unjendroit que dans l’aUtre; 4 .'‘Franklin accumule, étincelles par étincelles, le fluide éleftrique dans les pores de la furface inté-térieure de la bouteille, & en foutire urt nombre égal de la furface extérieure qui fe perd dans le r. c. $ comme fi l’attraction du fluide éleftrique propre de cette même furface n’étoit pas infiniment plus grande que l’appétit de l’aütre pour une quantité furabondante ; comme fi la foies répulfivè du fluide éleétriq. de toute la terré pouvoit être vaincue par l’impulfion dé celui qu’il fuppofe abandonner fans caufe & fans befoin fes propres pores ; 5.0 Franklin attribue l’atmofphère qui exifte autour dü Crochet de la bouteille , à la furabondance de fluide éleftrique dont fa furface intérieure. eft furchargée , & le défaut d’at-
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- mofphère autour de fa furface extérieure, à la fouftraftion de fon fluide éleftrique propre. Je ne penfe pas que i’atmofphère qui enveloppe le crochet , ait pour caufe un fluide éleftrique furabondant,en ftagnation fur fa furface , & qui puifle fe tranfporter avec ia bouteille d’un lieu à un autre ; je là crois produite par des rayons centrifuges qui s’échappent de fes pores & qui font remplacés par une quantité égale de fluide éleftrique de l’efpace ; je crois fermement que le défaut d’atmofphère autour de la furface extérieure, dépend de l’infériorité de la force expanfive de fon centre fur celui de l’autre furface, de la différente direftion de fes rayons, & de la réfiflance fuffîfante de l’air pour contenir ceux que ce même centre tend continuellement à lancer au dehors ; 6.° Franklin invoque l’expérience à l’appui des principes fur lefquels il fonde fon analyfe de la bouteille de Leyde ; &, parce qu’il a découvert à fà furface extérieure une force deftruc-tive de celle de la furface intérieure, il
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- Côtielttt, contre la loi de l’équilibre, que l’une eft furchargée de fluide éleftrique, tandis que l’autre en relie dépouillée d’une quantité égale , malgré Ton extrême avidité pour le reprendre, J’en appelle auffi à l’expérience, comme la pierre de touche unique qui doive éprouver toute hypothèfe 5 les principes qui fervent de bafe à la théorie que je viens d’établir , me paroiffent répandre un jour plus favorable fur le mécanifme Caché de l’éleftrifation de cette bouteille, fur les modifications que fon fluide éleftrique propre reçoit dans lès furfaces, fur les centres d’action qui s’y forment, d’après les lois de l’équilibre & du mouvement, fur les effets variés que ces mêmes centres font en état de produire, de quelle manière qu’on les follicite , enfembie ou féparément : entrons dans l’explication des principaux phénomènes de la bouteille de Leyde, & voyons, làns partialité , quelle eft celle des deux théories qui leur convient le mieux.
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- Nouveau Mècanifme
- CHAPITRE VI. Expériences qui confirment ma
- NOUVELLE ANALYSE DE LA BOUTEILLE DE LeYDE.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE.
- Portez la tête d’un poinçon NI furie crochet dune bouteille ifolée ,• il part entre l’un & l autre une étincelle, le .crochet refle quelque temps fans atmofphère, & la furface extérieure en prend une aujjitôt. ( Figure 13, planche 3. )
- Franklin n’admet point l’exiftence de cette atmofphère, il foutient même que le crochet de la bouteille ifolée ne peut, en aucune manière , fe deflaifir de fon feu ; parce qu’il eft deftiné, d’après la loi de l’équilibre , à entrer dans les pores de fa furface extérieure , & à remplacer celui qu’elle a perdu. Cependant cette même furface attire une balle légère, l’éleélrife
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- & la repoufle, tandis que le crochet n’exerce plus d’attraèlion fur les corps légers qui lui font offerts; qu’eft donc devenu fon fluide éleârique ? s’eft-il logé dans les pores de la furface intérieure de la bouteille , & comprimeroit-il invinciblement celui qu’ils renferment, ou bien, entrant dans le condufteur contre lequel il a détoné, a-t-il pris la route du r. c. ? Voilà des queftions que la théorie du plus & du moins ne fauroit éclaircir.
- Subftituons , pour l’explication de ce phénomène , les rondelles de la fécondé expérience, à la bouteille ifolée ; fuppofons-lqs aufli fortement éleftrifées qu’elles peuvent l’être, dans la première expérience ; & ne perdons pas de vue que la rondelle G repréfente la furface intérieure de cette bouteille , & la rondelle P la furface extérieure.
- Les centres d'action de G & de P, fi g-14 > pl.3, en vertu de la force expanfive qui leur eft propre , lancent leurs rayons refpeSifs c
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- il* Nouveau Mécanifme & D D, à travers les couches d’air qui les féparent, dans les pores l’un de l’autre, & fe compriment également.
- Si P n’a point, comme G, d’atmofphère autour de fa furface extérieure, fon centre eft moins aftif que celui de G ; nous en avons donné la raifon, & le rayon B de ce dernier exprime fon excès de force fur Vautre.
- Pourroit-on douter de l’indépendance de la force expanfive de ces centres t que l’on fépare les deux rondelles; les fignes non équivoques d’attraâion & de répul-fion que chacune exerce, la feront bientôt reconnoître.
- Cependant tout eft fi bien lié dans la nature, que les centres d’action des deux rondelles doivent être confidérés comme centres de réaction , s’envoyant réciproquement une égale quantité de fluide électrique, qui pénètre d’autant plus facilement dans leurs pores refpe&ifs, qu’il ne fait que remplacer celui qui s’en échappe.
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- de FEleiïricité. iif
- Suppofons maintenant , ( figure i5 , planche 3. ) que le rayon c , dardé par le centre de G, vienne à ralentir fon mouvement du côté de P, comme en effet il fe ralentit par la plus grande facilité avec laquelle le rayon B fe meut dans le poinçon que dans l’air, & qui oblige le centre de G à détourner une partie de fa force expanfive du côté de cet inftrument ; G enverra moins de fluide éleârique dans les pores de P, & il en confervera davantage dans les liens; mais les rayons DD, continuant à fe mouvoir avec la même vîteffe, & rencontrant un peu plus de ce fluide dans G, ne pourront y entrer avec la même facilité ; le centre qui les darde , détournera à l’inftant une partie proportionnelle de h force expanfive du côté qui lui offre le moins de réfiftance : il lancera donc auffitôt, à travers les pores de la furface extérieure de P, les rayons FF oppoles aux rayons DD, & l’entourera d’une atmolphère éleftrique centripète, qu’elle n’avoit & ne pouvcit avoir auparavant.
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- Tel eft, dans cette expérience, l’effet produit par la détonation du rayon B fur la tête du poinçon : non-feulement il y perd toute fa vîteffe, mais le centre qui le lance, perd encore une partie aliquote de fa force expanfive, que Tonne peut évaluer, parce que nous n’avons pas des données affez juftes fur la quotité qu’il peut en recevoir.Cependant il importe, pour l’exr plication de la petite étincelle qui fe ma-nifefte à la furfàce de G ( ou au crochet de la bouteille de Leyde), après l’explo-fion de leurs centres refpeclifs, de s’en former une idée,
- Eftimons que le centre de la fùrface intérieure de la bouteille ifolée pofsède douze degrés de force expanfive , & celui de la furfàce extérieure dix degrés ; le premier, détournant deux degrés de fa force dans lefpace , en emploie dix à l'intérieur; il eft donc en équilibre avec le centre de la furfàce extérieure, puif-qu’ils fe compriment chacun aveç des fprçes égales,
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- Aînfi, à la première étincelle de la bouteille ifolée, le centre de la fur fa ce intérieure perd , par la deftruftion du rayon B , fon excès de force expanfive, plus une partie aliquote de celle du rayon c j en l’évaluant à un degré, la force expanfive de ce centre fe trouve réduite à neuf, & il fe trouve plus foible d’un degré que le centre de la furface extérieure : comme celui-ci détourné, par la détonation , ce degré de force expanfive du côté oppofé, & qu’il lance des rayons centripètes dans l’efpace , les deux centres fe compriment toujours avec des forces égales.
- Que l’on fafle à préfent détoner la furface extérieure de cette bouteille, elle perd fon degré de force expanfive, plus un degré de celle des rayons que fon centre darde du côté de la furface intérieure ; cette force fe trouve donc réduite, après la détonation, à huit degrés; mais le centre de l’autre furface , détournant au moment même fon degré excédent de force ex-
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- l %6 Nouveau Mécanifme
- panfive au dehors, lance de nouveaux rayons centrifuges dans l’efpace, & une nouvelle atmofphère fe rétablit autour du crochet, fans que pour cela les deux centres ceffent de fe comprimer avec des forces égales.
- Une fécondé détonation du crochet de la bouteille, réduit la force expanfive de fa furface intérieure à fèpt degrés ; elle devient alors plus foible d’un degré que celte du centre de la furface extérieure: mais une fécondé détonation fait baiffer celle-ci à fix degrés. En réduifant, d’après ce calcul, la force des deux centres de la bouteille ifolée, on voit qu’à la cinquième étincelle, excitée à la furface extérieure, la force de fon centre eâ détruite, tandis que celui de la furface intérieure conferve encore un degré de force expanfive, infuffi-fant fans doute pour exciter la réaftion du fluide éleftrique de l’autre furface , mais allez aftif pour produire une foible étincelle au crochet de la bouteille.
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- La détonation alternative des centres de la bouteille ifolée, leur enlève donc une portion de la force expanfve qui leur eft propre; à mefure quelle diminue , les étincelles qui en font 1e produit doivent devenir toujours plus foibles, & fa défé-leclrifation doit être auffi plus prompte, que fi on l’abandonnoit à elle-même fur l’ifoloir. En cela l’expérience eft encore favorable à mes principes, tandis qu’elle n’eft point & ne peut être d’accord avec ceux de Franklin ; car le crochet ne devant pas donner de feu, lorfque la bouteille eft convenablement ifolée , les détonations fuccelîives qu’on lui fait éprouver, ne peuvent tranfporter le fluide éleftrique d’une furface à l’autre , & la déféleSrifer.
- SECONDE EXPÉRIENCE. Ayez deux balles de moelle de furcati <Fun volume égal, fufpendues à des fils de foie blanche & sèche ; placeç-en une contre la furface extérieure de la bouteille ifolée, préfente{ F autre au crochet , elle
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- I î8 Nouveau Mécanifme efi attirée & repouffée ; enleve£ les baltes , metteq-les en préfence ; elles s’attirent mutuellement , fe choquent & fe repouffent, toutes deux refient éleclrifées à la force cen-trifuge : offertes au crochet de la bouteille, il les repouffe également.
- Dans cette expérience , la feule balle préfentée au crochet de la bouteille doit s’éleftrifer à la force centrifuge. En effet, les rayons qui détonent contre elle font trop foibles & en trop petite quantité, pour que la force expanfive du centre de la furface intérieure en foit fenfiblement diminuée, & détermine celui de la furface extérieure à lancer des rayons centripètes dansl’efpace & dans l’autre balle, capables de l’éleârifer ; auffi n’eft-elle point repouffée de cette furface.
- Lorfque l’on met les balles en préfence, la force électrique de celle qui a touché le crochet doit fe partager, & toutes deux, après le choc, refter centrifuges.
- Tels doivent être les réfultats de cette expétience, d’après les principes que j’ai
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- établis fur le mouvement du fluide électrique dans les furfaces de la bouteille ifolée, & fur fa communication au fluide élettrique des corps fufceptibles de le recevoir.
- Que l’on rapproche ces réfultats de la théorie de Franklin fur la charge mécanique de cette bouteille ; ils lui font entièrement contraires. La balle attirée par le crochet ne devroit lui prendre qu’une quantité de fluide égale à celle que l’autre balle efl: cenfée dépofer dans les pores de la furface extérieure ; l’une devroit s’é-leftrifer en plus de tout ce que l’autre l’eft en moins, & leur réunion rétablir l’équilibre du fluide éleftrique entr’elles : cet effet n’a pas lieu, puifque toutes deux, après le choc, demeurent furchargées.
- TROISIÈME EXPÉRIENCE.
- Saififfe^ d’une main la bouteille ifolée ; porte^ de [autre la tête d’un poinçon fur le crochet ; il part entre l’une & l’autre une forte étincelle, vous recevez la com-
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- I30 Nouveau Mkanifmt f motion & la bouteille efi cUféleârifêe , h la petite étincelle près , que Tondait encore exciter au crochet. Voyez la figure 16, planche 3.
- 11 faut confidérer le poinçon dans cette expérience, comme faifant partie de la furface extérieure de la bouteille , recevant toute la force expanfive de fon centre, pour réagir contre celui de la' furface intérieure, & détruire celle qui lui eft propre , en perdant la fienne au moment de la détonation.
- En effet, le rayon B du crochet de la bouteille , fe précipitant dans la tête du poinçon M, excite la réaftion de fon fluide éleétrique propre, en tout fens, dans un inftant fimultanée, avec une force égale ; il darde conféquemment dans le crochet les rayons centripètes GG, ayant chacun la moitié de la vîtefle du rayon B , & le rayon centrifuge T dans la furface extérieure de cette bouteille, avec une vîtefle égale à celle du rayon B,
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- de l'ÉleSrlcitl. 13 i
- Or le rayon B ne peut fe mouvoir avec une plus grande vîteffe dans le poinçon , fans que le rayon congénère c ne détourne une partie de fa force expanjive du même côté ; les rayons D D détournent donc auflï une force expanlive proportionnelle fur le centre de la furface extérieure de la bouteille , qui lance au même inftant dans la partie inférieure du poinçon les rayons centripètes FF, lefquels fe meuvent avec une vîteffe égale à celle que perdent les rayons D D, dans l’épaiffeur du verre, d’une furface à l’autre. Mais comme les rayons FF fuivent, dans le poinçon, la direction des rayons GG, en fe portant du côté du crochet de la bouteille , & que le rayon B fe meut auffi dans la direftion du rayon T, lancé par le poinçon dans la furface extérieure ; il eli inconteftable que toute la force expanjive des deux centres doit entrer en oppofition entre le crochet & la tête du poinçon, par les rayons B & GG ; il s’établit donc une double circulation de fluide éleftrique entre les deux furfaces, l’une
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- 1 jl Nouveau Mècanifmt intérieure, exillant à l’inftant même de fofl éleftrifation ; l’autre, extérieure, commençant au moment où les rayons centrifuges du crochet pénètrent dans le poinçon , & font remplacés par les rayons centripètes qui en fortent.
- Le vide d’air étant formé, & la détonation ayant lieu entre les rayons B & G G * & toute la force expanfve des centres des deux furfaces de la bouteille, agiflant en oppofition, fe détruit ; il n’y a plus d’aftion entre les rayons c & DD, à travers l’épaif-feur du verre -, & le crochet feul conferve une foible étincelle, qui n’eft, comme nous l’avons prouvé, que l’excès de la force du centre de la furface intérieure fur l’exté-rieure.
- Nous avons fuppofé , dans l'explication de ce phénomène, que le poinçon commu-niquoit fans interruption avec les furfaces de la bouteille ; qu’arriveroit-il s’il en étoit féparé par un corps moins condu&eur que lui-même ; par exemple, s’il étoit interrompu par l’air ou par l’eau i II fe for-meroii
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- tneroit un centre Je réaction à chaque interruption , & les rayons oppofés détoneraient à l’iiiftant même où le crochet détone contre le poinçon.
- On peut regarder le corps humain comme compofé de parties plus ou moins conductrices ; il femble , fur-tout, qu’entre les extrémités des os il y ait des fubftances qui oppofent une plus grande réfiftance à l’action des courans éleâriques ; il fe formera donc une détonation dans ces parties î & comme elles font munies de nerfs, leur diftraâion fe fera fentir au Cerveau fous le nom de commotion. La contraction des mufcles qui l’accompagne, doit être confi-dérée comme la riaSion du cerveau , à l’occafion de ce fentiment : l’expérience eft d’accord avec ce raifonnement ; nous avons vu les articulations d’une aile de poulet lumineufes : il faut donc qu’il y ait eu détonation des courans électriques entre les extrémités des os.
- Si le 'fluide éleftrique nê peut devenir lumineux, & produire un bruit plus ou
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- 134 Nouveau Mècanifme moins fenfible, qu’à l’occafion de deux courans oppofés qui fe choquent & s’arrêtent , le fyftême de Franklin fur la détonation & la commotion qui en eft l’effet, laiffe tout à expliquer : car un feul courant , quelque rapide qu’on le fuppofe, ne fauroit être fuffifamment retardé, pour produire, par la collifion de fes molécules, ce double effet.
- Que penfer de l’étincelle qu’il croit parcourir , comme l’éclair, une immenfe étendue d’eau, pour paffer de la furface intérieure de la bouteille à l’extérieure ? Je crois qu’elle peut exifter, lorfque les verges font à quelques pouces de diftancé ; ce fluide, comme l’air, doit céder aux courans centrifuges & centripètes qui s’élancent lîmul-tanément de leurs extrémités ; mais lorf-qu’elles font un peu plus éloignées, il n’y a & ne peut y avoir d’étincelle qu’à leurs extrémités tantfupérieures qu’inférieures.
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- de f ÉleSriclcé.
- »3f
- CHAPITRE VII.
- »>-*--------*+<-<--------«<k
- Apperçus fur les phénomènes électriques du plateau de verre renverfé fur une table , & frotté fur Vune de fis furfaces. ->»-------------------«-
- j Unê différence effentielle entre les corps j idio-éleclriques & les conducteurs , eft que | ces derniers n’ont qu’un feul centre faction ; qu’ils peuvent exercer toute leur ; force expanfive vers un feul point de leurs furfaces, tandis que les premiers femblent I pofféder qne infinité de centres, qui communiquent difficilement entre eux ; un corps idio - électrique ne peut donc pas j être déféleclrifé , par une feule détonation , comme les condufteurs.
- Examinons quels doivent être les réful-tats de' cette différence.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE. Deux rondelles G & P, fig• rj , pl. 4, placées à une petite dijlance , font éleclrifées à
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- ï j<5 Nouveau Mécanifme lamêmeforce , ( centrifuge par ex. ) fi on en éleSrife une par communication ; celle qui fefi par réaction efi moins forte que T autre.
- Le même phénomène fe manifefte fur le plateau de verre renverfé fur une table & frotté fur l’une de fes furfaces ; le premier côté G éleftrifé a une force plus grande que le côté oppôfé P, fig. tS, pl. 4.
- Si l’on approche un poinçon M de la rondelle G , fig. tj , l’atmofphère de P diminuera ; le même phénomène aura lieu, fi l’on préfente à la furface G, la plus fortement éle&rifée du plateau élevé fur fon axe , fig. 19, pl. 4, une rondelle H en communication avec le plancher.
- Quand, après avoir fait détoner le centre de réaction de P , on préfente le poinçon à ^ j fig- 20, pl. 4 , P manifefte une atmosphère centripète ; on oblèrve dans le plateau le même phénomène, lorfqu’on le renverfe fur une table, & que l’on fait communiquer la furface G, fig. zi , pl. 4, avec le r. c j ne peut-on pas préfumer que ces effets
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- de FÊlccfriciti. XJ7
- fêmblables font produits par les mêmes caufes i
- Avant de décider la queftion, examinons la différence' qui fe trouve entre les deux rondelles & les deux furfaces du plateau.
- i.° Lesrondelles peuvent détoner Tune-contre l’autre, fi Ton établit une communication entre elles , & cette détonation peut détruire, dans différens cas , toute leur force électrique : les deux furfaces du-plateau ne fubiffént pas une détonation auffi confidérable ; elles ne détonent qu’à raifon de la différence de la force qui les anime ; il y a plus , l’éleéfricité dont elles-jouifîènt, n’eft pas détruite par la détonation , quoiqu’on les couvre de deux rondelles.
- z.° Les rondelles, après avoir été touchées fücceffivement, Tune par le crochet d’une bouteille éle&rifée , l’autre par le poinçon, ont chacune un- centre tï action; les, deux furfaces du plateau n’ont enfemble-
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- jj8 Nouveau Mécanifmc qu’un feul centre d'action , du moins tant qu’il eft fufpendu en l’air ; mais il faut encore y reconnoître un centre fecondaire démontré par quelques phénomènes important.
- Diftinguons le centre primitif du centre de réaction ; & tous deux, du centre fecondaire. Les deux premiers font fuffifam-ment connus ; le dernier eft celui qui eft excité par la détonation du centre de réaction , en préfence du centre primitif j il eft toujours plus foible que celui-ci ; il eft animé d’une force oppofée, & il ne fe manifefte point extérieurement, quand le centre primitif exerce contre lui toute fa force fupérieure.
- Si à la furface G d’un plateau de verre, éleélrifée par frottement, fig. zz , pl. b , ( l’autre furface repofatit fur une takle ) l’on préfente une rondelle H en communication avec le plancher , le rayon B s’y précipite ; & le centre qui le lance , détournant de ce côté la plus grande partie de fa force expanfive , diminue la preftion qu’il exerce , par le rayon c * fur le centre
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- de la furface P , & le rayon E dilparoît : enfin, quand la rondelle H eft plus près de G, fig• %3,pl.b, le centre de cette futface n’agit plusfur P; alors le centre fecondaire , ne pouvant plus pénétrer dans G, détourne fa force expanfive du côté de l’efpace, & y produit une atmofphère oppofée à la précédente. Si, dans cet état, on approchoit une rondelle de P , & qu’on en tirât une étincelle, cette rondelle fe trouveroit électrifiée à la même force que la furfàce G du plateau de verre.
- Pour expliquer la formation de ce centre fecondaire du plateau, revenons S la différence qui exifte entre les corps idio- électriques & les conduSeurs. Ces derniers, comme nous l’avons dit, peuvent réunir toute leur force expcmjive.fta un feul point : les premiers ont autant de centres qu’il y a de pores ; il faut que chacun d’eux détone par le contaft ; ce qui n’a pas lieu, parce qu’une rondelle ne peut toucher exaftement le plateau que fur très-peu de points. Or, fuppofons,fig.04, pL 5, que
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- les furfaces du verre G & P aient douze pores, & que la rondelle H touche P fur trois points, a. b. c. ; il en réfultera que les trois points détoneront (comme il arrive avec les rondelles ordinaires) ; ilfe formera donc trois centres fecondalres , qui agiront, auffitôt que la furface fupérieure du plateau n’agit plus far les autres pores, & par le moyen de ceux-ci fur l’air : cette furface inférieure P fe trouvera donc en état de réaction , quand le plateau fera élevé fur fon axe , fig. zi,pl. b, elle lancera des rayons centrifuges par neuf pores (*) ; au contraire elle deviendra fecondaire, fi l’on approche la furface fupérieure G du r. c., & dardera des rayons centripètes par les trois centres a. b. c., qui s’y font formés au moment de ta détonation. Fig. 16, pi. i.
- On voit , d’après cette explication » i.° pourquoi un plateau de. verre ou de
- (*) Pour moins furc-harger la figure 2.5 , en n'a. placé que. quatre centres de réaflion centrifuge à la fürfac;e inférieure P du plateau de verre , au lieu de neuf qui Wroient dû s’y trouver*
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- réfine, n’eft pas défélectrifi par le contaél avec le r. c., parce qu’il n’y a que très-peu de centres ou de pores qui détonent, 2.0 Pourquoi une rondelle , placée fur le plateau à diverfes reprifes, eft conftam-tnent éleflrifée à la force centripète ? parce quelle eft d’abord corps rcagijpint , 8c qu’elle prend enfuite un centre et action fecondaire, par le moyen de l’étincelle qu’on excite à fa furface. 3.0 Pourquoi la bouteille de Leyde fe déféleârife totalement par la communication des deux furfaces oppofées ? parce que le verre, dans ce cas , éleftrifé par communication, ne l’eft que dans les points qui font en contaét immédiat avec l’étamage : par conféquent, lorfque celui-ci détone , le verre détone en même temps. 4.0 Pourquoi deux rondelles appliquées fur les deux furfaces du plateau ne détonent pas ( comme les deux furfaces de la bouteille de Leyde) & ne le déféleftrifent pas ? parce qu’il n’y a que très-peu de pores du verre qui puiffent agir. 5.° Pourquoi la furface
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- 141 Nouveau Mécamfme frottée du plateau de verre éleftrifè une rondelle à la force centripète ? parce que cette furface eft centrifuge, & que la rondelle acquiert un centre fecondaire qui doit être de la force oppofée. 6.° Pourquoi la furface non frottée communique à la rondelle u*e force centrifuge ? Ce phénomène n’a lieu qu’autant que la furface frottée eft en contaft avec le r. c. , alors les centres £ action n’agiflent plus fur le côté oppofé; trois pores de celui-ci, étant devenus centres fecondaires, lancent des rayons centripètes; une rondelle qui y eft appliquée, acquerra un centre dont la force eft en oppofition avec fa caufe originaire ; elle fera donc centrifuge.
- Je crois avoir renfermé dans ces ap-perçus, l’explication des phénomènes que préfente la première expérience, & que j’ai citée dans l’introduéfion de cet ouvrage, en forme d’objeftion contre le fyf-tême de Franklin. Je crois encore avoir découvert la caufe qui modifie le mouvement du fluide éleârique de la furface
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- inférieure du plateau de verre, lorfqu’on fait communiquer la furface frottée avec le r. c. Le même raifonnement doit être appliqué aux effets éle&riques du gâteau réfineux de la i.de expérience , pagexviij de VIntroduction, en obfervant toutefois qu’il doit manifefter, par le frottement, une force oppofée à celle du verre. Paffons maintenant à quelques confédérations fur les phénomènes que préfentent la troifième & quatrième expérience; & voyons fi le mécanifme de mes forces électriques peut leur convenir.
- TROISIÈME EXPÉRIENCE, de l’IntroduSion, page xx.
- Pour que le crochet centrifuge de la bouteille ifolée devienne centripète, & repouffe une balle éleftrifée par la réfine, il faut que le centre d’action de fâ furface intérieure, fans rien perdre de fa force expanfive , devienne centre de réaction en préfence de celui de la furface extérieure ; or, pour opérer ce changement, il eft évident qu’il faut élever l’aâivité de ce
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- 144 Nouveau Mécanifme dernier au-deffus du premier; & le moyen dont je me fuis fervi dans cette expérience , devoit néceflairetnent réuflir.
- i.° Les rayons centripètes GG 9 dardes par le bâton R de cire d’Efpagne, fig. îy, planche 6, pénétrant dans deux pores de la furfece extérieure de la bouteille ifolée ( ou de la rondelle inférieure ) , y rencontrent les rayons FF & les compriment fur leur centre. Réagiffant dans un inftant fïmultanée, en tout fens, avec une force égale, ce centre doit lancer dans un pore du bâton de cire le rayon centrifuge E, & augmenter proportionnellement la vîteflê des rayons DD qui fe meuvent dans l'é-paiflèur du verre d’une furfece à l’autre, ( ou entre les deux rondelles à travers les couches d’air qui les féparent) ; mais les rayons DD ne peuvent augmenter de vîtelfe, fans que le rayon c ne trouve moins de réiiftance à pénétrer dans la furfece extérieure de la bouteille ( ou dans la rondelle inférieure ) ; le centre qui le lance détournera donc fa force expanfive
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- de ce côté, & ralentira le mouvement du rayon B, qui commencera à bailler avec la balle , près du crochet de la bouteille ( ou de la rondelle fupérieure qui le repréfente ).
- 2,.0 Plus in excite d’étincelles de la furface extérieure de cette bouteille ( ou de la rondelle inférieure ) , plus auffi elle donne de facilité au rayon c d’y pénétrer ; par conféquent le centre de la furface intérieure ( ou celui de la rondelle fupérieure ), ne trouvant bientôt aucune ré-fiftance de leur côté, détourne l’excès de fa force expanfive vers l’une & l’autre, & le rayon B difparoît entièrement.
- Dès ce moment il y a équilibre de forces entre les deux centres en oppo-fition, quoique celui de la furface extérieure de la bouteille (ou de la rondelle inférieure ), darde dans l’elpace des rayons centripètes, qui mefurent la moitié de la diftance, que le rayon B parcouroit ayant l’excitation des étincelles.
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- Si l’on continue d’augmenter, par la détonation des rayons GG du bâton de cire & du rayon E , la force centripète de la furface extérieure de la bouteille ( ou de la rondelle inférieure), alors le centre de la furface intérieure ( ou celui de la rondelle fupérieure ), n’ayant plus d e force expanfve à détourner fur le centre de l’extériéure, éprouve de la part des rayons DD une compreffion égale à celle que les rayons GG exercent immédiatement fur ce même centre ; il doit donc réagir en tout fens avec la même aâiviré, augmenter la vîteffe du rayon c , proportionnellement à celle des rayons DD , & lancer par le crochet de la bouteille ( ou par la rondelle fupérieure ), deux rayons centripètes NN ,fig. z8 , pi. 6, dans la direftion de ces mêmes rayons : il devient donc centre de réaSion , puifqu’il eft fübordonné au centre extérieur plus fort, qui le comprime, fans rien perdre néanmoins de fon aéfivité primitive.
- Les détails dans lefquels je fuis entré fur la caufe qui opère le changement de
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- Yélectricité centrifuge du crochet de la bouteille ifolée, en dévoilant le mécanifme de fon aêfion , prouvent inconteftablement que le centre qui anime fa furface intérieure conferve cette même force en totalité, quoiqu’elle devienne centripète ; car il ne fait que la détourner fur les rayons dardés dans les pores de la furface extérieure , rayons qui ne peuvent détoner contre ceux de cette même furface. Si l’on formoit quelque doute à cèt égard, que l’on porte le doigt fur le petit conducteur de la furface extérieure de la bouteille ; après la détonation, les rayons centrifuges du crochet reparoilfent auffi forts qu’ils l’étoient avant l’expérience.
- QU A T R IÈ M E EXPÉRIENCE, de rIntroduction , page xxv.
- On obferve dans cette expérience, des réfultats qui ne s’accordent, pas avec les principes de Franklin fur l’éleftrifation de la boutelle de Leyde, puifqu’elle fe trouve complètement déchargée fans qu’on puifîe
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- 148 Nouveau Mécanifme foupçonner que le fluide éleftrique de la furface intérieure ait pafle, par les attou-chemèns fucceflîfs, dans les pores de la furface extérieure i & que l’équilibre fe foit rétabli de cette manière entr’elles : l’explication litivante, conforme à mes principes, me paroît en dévoiler la caufe.
- Cinquième expérience.
- Soient trois rondelles électrifies, fig. 29, pl. 6, la première A à la force centrifuge & à 32 degrés , les deux autres B & C à 16 degrés de force centripète quelles foient placées de manière , que la première feule ait une atmofphère, & que les deux autres foient autant éloignées entr’elles , qu’elles le font de la première : il efi entendu que les trois rondelles font ifolées. *
- Si, étant féparé du r. c., vous portez le doigt fur A, figure 50. , vous excitez une petite étincelle, & vous êtes éleftrifé à la force centrifuge ; B & G manifefteront une foible atmofphère centripète, parce que A a partagé fa force entre vous & lui ;
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- par conféquent les rayons FF & GG, ayant moins de facilité à entrer dans A, fe replient & obligent les centres de B & C à lancer les rayons MM & NN, oppofés à la rondelle A.
- Mais fi, ayant un doigt en contaél avec la rondelle B, fig. 31, pl.€, vous en portez un autre fur A , vous excitez une étincelle plus forte, & tant que vous êtes en contaél avec cette rondelle , vous ne manifeftez aucun ligne d’éleélricité ; parce que le degré de force que A tendoit à vous communiquer, a été détruit par une force égale & oppofée du centre de B , c’eft-à-dire dans notre exemple, 16 degrés de force centrifuge font détruits par autant de degrés de force centripète ; alors les 16 degrés rellans de force centrifuge font partagés entre A & B.
- Dans cet état, aucune des deux rondelles auxquelles vous touchez, ni par conféquent vous - même , ne manifeftez de fignes extérieurs d’éleélricité ou d’at-mofphère, par la raifon que toute la foret U
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- expanfive de leurs centres ell: dirigée du côté de la rondelle C par les rayons E & K, & que les centres des trois rondelles font en équilibre entre eux. La rondelle C, au contraire doit , après la détonation, s’entourer d’une atmofphère centripète ; parce que lès rayons GG trouvent plus d’obftacle qu’auparavant à entrer dans A, ce qui oblige leur centre à lancer les rayons NN.
- Portez maintenant le doigt fur C, en ayant un autre appuyé fur B ; qu’arrivera-t-il? ce qui s’eft paffé auparavant entre A & B ; la moitié de la force centripète de C fera détruite par la force centrifuge de B, fijt l’autre moitié partagée entr’elles, fans qu’aucune de ces deux rondelles ait une atmofphère; la force éleélrique fe trouvera dillribuée comme dans la figure 31, planche 6 ; la rondelle A reprendra fon atmoiphère, qui difparoîtra à une nou-. velle détonation entre A & B, fig. 33 , pl. 6; ainfi chaque détonation détruira la moitié des forces éleélriques exiftantes
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- efttre les trois rondelles , & bientôt elles feront fi foibles qu’on ne les appercevra plus.
- On voit, par les figures ci jointes, que les rondelles A & B font fucceffi-Vement environnées & dépouillées d’at-< mofphère éleftrique, & que la rondelle B n’en prend pas ; la raifon efl qu’elle n’efl jamais plus fortement éleélrifée qu’une des deux autres' : par conféquent la perfonne qui touche à cette dernière, ne donnera aucun ligne d’éleétriciré, tant quelle efl en contaél immédiat avec B ; fi au contraire elle s’en féparoit, avant que les forces éleélriques fuffent détruites, ellq donneroit des lignes d’éleflricité, tantôt centrifuge , tantôt centripète.
- Si, pendant l’expérience , on enlevolt une des rondelles A ou C , la perfonne qui communique avec B, donneroit également des lignes d’éleélricité , tantôt centrifuge, tantôt centripète.
- Si l’on établiffoit , figure 29 & 32 , une communication entre A & C , au lieu M 2
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- de A & B, l’effet feroit le même ; & fi, figures 31 & 33, on metroit en communication A & C, on obtiendroit le même réfultat que celui que nous ayons préfenté ; favoir, diminution des forces éleftriques oppofées.
- La rondelle A , dans ces expériences, représente le crochet de la bouteille deLeyde, de ma 4.e expérience ,page xxv de l’Introd., éleftrifé à la force centrifuge ; C repréfente la furface extérieure, & B la main qui tient la bouteille par fon cou : d’où il fuit qu’on peut détruire les centres de fes deux furfaces , fans recevoir une commotion fenfible, & fans donner le moindre ligne d’élecfricité ; fi, au milieu de l’expérience, on quittoit la bouteille, on feroit élearifé.
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- CHAPITRE VIII.
- ÉLECTROPHOXE.
- Volt A, Phyficien de Corne en Italie, inventeur de Iele&rophore, a fait trop peu d’expériences avec cet appareil électrique , pour en avoir bien connu les effets. Lichtenberg, Profeffeur hGattingue, s’eft contenté d’en publier de ttès-curieufes fins aucune explication, dans une Diffet-tation, intitulée : De nova Methodo natu-ramfluidi eleSrici invefiigandi , commentatio prior. Tibère Cavalho a dévoilé la caulé de ces phénomènes dans fon Traité complet d’Eleélricité, en démontrant que les poudres employées par le Profeffeur, s’éleôri-foient elles-mêmes avant d’atteindre la furface du gâteau téïineux.
- L’éleétrophore , compofé de fiiBftances réfîneufes fondées , & difpofées par couches dans une coupelle ronde de métal,. d’un diamètre plus ou moins grand, doit M j
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- être confidéré comme un plateau qui, ainlî que le verre, s’éle&rife par frottement.
- L’analylè que je viens de donner de la bouteille de Leyde, me difpenfe d’entrer dans tous les détails de l’éleôrifation de ce gâteau réfineux ; j’en préfenterai feulement les circonflances les plus eflentielles, afin de mieux dévoiler le mécanifme de fon aélion.
- L’éleflrophore réunit les deux forces électriques ; la centripète occupe la furface fupérieure, & la centrifuge la furface inférieure.
- Si l’on fépare du plancher la coupelle qui fupporte le gâteau réfineux , & qu’on l’éleélrife en frappant fa furface avec une fourrure ou un morceau de flanelle sèche , les deux furfàces ( du gâteau ) lancent des rayons centripètes dans l’elpace par les deux tiers de leurs pores, & en reçoivent de centrifuges par l’autre tiers ; mais comme ceux - ci fe meuvent avec une vîtefle double , ils remplacent exaftement la
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- quantité de fluide éleârique qui s’en échappe.
- Je ne répéterai pas ce que j’ai dit fur la différence qui exifte entre un plateau de verre éleélrifé par frottement, l’autre furface repofant fur une table , & la bouteille de Leyde éleflrifée par communication ; on peut en faire une jufte application au gâteau réftneux , qui ifolé , ne peut avoir que des centres de réaction dans la furface non frottée ; des centres fecondaires ou des centres mixtes, dans cette même ftirface , lorfqu’elle communique avec le plancher.
- L eleflrophore repréfente donc une bouteille de Leyde avec fes garnitures & lés forces électriques , dans un ordre renverfé ; on ne peut le décharger, aux premiers contafls entre fes deux furfaces, parce que tous leurs points 11e font pas contigus avec ceux des plaques métalliques qui les recouvrent.
- La première expérience que l’on a faite avec cet appareil éleètrique, devoit fixer
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- ij 6 Nouveau Mècanifme l’attention des Phyficiens lur le véritable état de fes furfaces ; & comme il n eft pas poflible d’en donner l’explication , d’après les principes du Doftëur Franklin, on fe lèroit attaché à reftifier ce que fa théorie a de défectueux, au lieu d’en propager l’erreur.
- Elle conlîfte à placer fur le gâteau réfitieux une rondelle de métal, en la tenant par fon manche de verre, évitant de toucher fon rebord avant qu’elle repolè fur la réfine ; cette plaque donne déjà des lignes d’éleftricité négative, elle attire & repoufle une balle fufpendue à un fil de foie blanche & sèche : cependant fi on enlève la rondelle, on voit la balle en répulfion bailler lentement fur fon rebord, & tout ligne d’éleftricité s’évanouir , lorfi qu’elle fe trouve entièrement dégagée de la fphère d’aftivité du gâteau réfineux.
- La loi de l’équilibre, qui oblige le fluide éleftrique propre de la rondelle à abandonner lès pores pour fe rendre dans ceux de la réfine, n’eft-elle pas aufli impérieulè
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- pour celle-ci, & ne doit-elle pas la forcer à le conferver ? Cependant la réfine affamée le fouftrait à fa puiflance , fans qu’on puilTe en affigner la caufe ; car en enlevant la rondelle, elle lui rend tout le fluide qu’elle en a reçu.
- Dira-t-on que les conditions exigées par Franklin, pour que cette futface de la résine confêrve dans fes pores le fluide éleôrique de la rondelle, n’exifle pas dans cette expérience ? que l’on ne peut introduire du fluide éleétrique dans les pores négatifs de la furface extérieure de la bouteille de Leyde , fi la furface intérieure ne peut en tranfmettre dans le r. c ?
- Ici * l’évidence prononce; la furface po-fitive de l’éleftrophore, en contaft avec le r. c., n’attend pour fè décharger de fon feu furabondant, que le moment oit la furface dépouillée pourra en recevoir les conditions exigées par Franklin exiftent donc dans cette expérience, puifqu’on couvre cette furface avec un corps métallique qui contient du fluide éleéhique dans fes
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- 158 Nouveau Mêcanifme pores ; elles exiftent fi parfaitement qu’elle s’en empare ; mais oit eft la caufe qui l’oblige à le rendre ? Le fyftême du Phi-lofophe Américain ne permet pas même de 1 imaginer.
- Mes principes fur l’éle&rifation de la bouteille de Leyde, dévoilent complètement la caufe de ce premier phénomène. Les rayons centripètes de la furface lupé-rieure du gâteau réfineux, excitant une compreflion graduelle, toujours plus forte, fur le fluide éleftrique de la rondelle, y produifent des centres de réaction qui dardent du côté de cette furface des rayons centrifuges , & à la furface oppofée des rayons centripètes ; mais comme les rayons électrifans n’ont pas allez de vîtelfe pour établir le vide d’air, au moment oit la rondelle eft en contact avec le gâteau réfineux, il ne peut y avoir de détonation , par conféquent nul changement dans les centres de réaction , & comme ils n’a-giffent que proportionnellement à la force qui les comprime , on voit qu’ils doi-
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- vent s’affoiblir & s’évanouir entièrement, lorfque la rondelle n’eft plus dans fa fphère d’aftivité.
- 11 paroit que l’on a paffé rapidement fur ce premier phénomène de l’éleftro-phore , pour en expliquer un autre qui fait une impreffion plus vive fur les fens; c’eft le changement qui s’opère dans la rondelle en contafft avec le gâteau réfi-neux lorfqu’on touche fon rebord : il en part une étincelle, & quoique fa vertu attraélive difparoifle au même inftant, on affirme, d’après Franklin, qu’elle eft fur-chargée de fluide éleftrique, car en l’enlevant par fon manche de verre , elle repouflë très-loin une balle pojîtive, & en attire puiflamment une autre qui a moins que fa quantité naturelle.
- On dit que l’étincelle eft produite par le fluide éle&rique du r. c. , qui- fe précipite dans les pores de la rondelle, en quantité fuffifante pour la furcharger , & que la coupelle en fait paffer au même inftant une Quantité égale dans ce même réfervoir ;
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- i6o Nouveau Mêcanïfme & l’on croit à la réalité de cette pretrve, parce qu’en enlevant la rondelle par fou manche de verre , elle repoufle une balle éleftrifée positivement.
- Mais pourquoi cette plaque furchargée de fluide éleftrique ne donne-t-elle pas le même ligne de répulfion , après l’étincelle , lorfqu’elle repolè encore fur le gâteau réflneux ? Quelle eft la puiflance qui peut ainfi maîtrifer la force expanfive de ce fluide & le condenfer dans fes pores i
- Seroit-ce l’air qui repofe fur tous les points de la furface de la rondelle ? mais dans ce cas, il devroit tout auflï bien fub-juguer la force expanfive de fon fluide furabondant, lorfqu’on l’élève à quelques lignes de la réline, que quand elle touche immédiatement fa furface ; car, à une fi petite diftance, la preflion de l’air ne peut diminuer fenliblement fur la rondelle.
- Seroit-ce l’attraftion, produite par la vacuité des pores de la rélinè, qui retien-droit toute cette quantité de fluide dans ceux de la rondelle ? Si cette caufe avoie
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- quelque réalité, je ne vois pas pourquoi le fluide éleftrique du r. c. s'arrêterait ainfi dans les pores de la rondelle ; je le vois d’autant moins , que la coupelle touchant à ce réfer voir peut fe débarraffer à l’inf tant d’une égale quantité de celui qui la furcharge.
- Ces réflexions, fondées fur les lois de l’équilibre & du mouvement, fur la nature même du fluide éleftrique, prouvent fufli-famment que la rondelle, après l’étincelle, ne doit point refier furchargée de fluide, & que la furface fupérieure du gâteau réfineux ne peut être & n’a jamais été dans un état négatif.
- L’application de mes principes à ce fécond phénomène de l’éleékophore , le. feroit preflentir fi l’expérience ne l’avoit point encore fait connoître ; elle le feroit d’autant mieux preflentir qu’ils vont nous dévoiler ce qui fe paffe A la furface inférieure du gâteau réfineux , au moment où l’on excite l’étincelle de la plaque qui couvre la fupérieure.
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- 16l Nouveau Mécanisme L’étincelle produite par la eollifiôn des rayons centripètes & centrifuges t dans Iè vide dtair qui fe forme entre la rondelle & le doigt, change fon centre de réaction en centre dé action ; fi elle celle à l’inftant même de lancer des rayons électriques à travers les pores de fa furface extérieurè dans l’efpace , ceux qu’elle darde dans la refîne le meuvent avec beaucoup plus de vîteffe, puifque fon centre d’action détourné toute là force expanfive du côté qui- lui offre le moins de rélïftance ; ainfi , après lé détonation , la rondelle animée d’une force électrique contraire à celle de la réfine, & n’ayant que fa quantité naturelle de fluide, ne doit manifefter aucun ligne d’attrattfen ou de répulfion , tant quelle relie en contaél avec léleftrophdre.
- - Mais fi l’on fait attention que les rayons centripètes de la furface fupérieure du gâteau réfînéux, ne peuvent accélérer léur mouvement dit côté de la rondelle, lorf-cju’on porte le doigt fur fon rebord , fans que la force expanfive des centres qui les
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- lancent, ne diminue vers la furface op-pofée , on comprendra que les centres fecondaires de cette furface qui touche au r. c., doivent fimultanément détourner la force expanfive dont ils font animés du côté qui leur offre le moins de réfiftance; ils darderont donc auffi du côté de la coupelle des rayons centrifuges, dont la vîteffe s’accroîtra dans la même proportion, & le vide d’air s’établilfant entr'eux & les. rayons centripètes lancés par la table, la détonation fe fera au même inftant, & les deux furfaces auront perdu chacune , non du fluide éleCtrique, mais une portion de la force expanfive des centres qui leur font propres.
- Ce phénomène de la furface inférieure de l’éleétrophore qui fe dérobe aux yeux des fpeftateurs, eft une coriféquence né-celfaire de mes principes fur l’aftion réciproque que les centres des deux furfaces exercent entr’eux , & fur la quantité égale de fluide électrique qu’ils s’envoient dans le même temps donné. On peut le rendre
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- 164 Nouveau Mécanifme vifible, en ifolant l’appareil, &en plaçant un doigt fur la coupelle avant que de toucher la rondelle ; l’étincelle brille , éclate, dans un inftant fimultanée , entre l’un & l’autre -, mais la commotion eft plus foible dans le doigt qui touche à la coupelle, parce que la furface lupérieure du gâteau réfineux eft un peu plus élec-trifée que l’inférieure.
- La perte de force expanfive que font 1er centres oppofés des furfaces de l’élec-trophore, peut fe calculer d’après l’échelle de proportion que nous avons établie pour la bouteille de Leyde ; mais je dois ob-ferver que la différence eft moins grande entre l’aftivité des centres de la réfine que de ceux du verre.
- L accumulation du fluide électrique dans la furface inférieure de CéleSrophore , eft une erreur trop enracinée pour ne pas faifir & analyfer toutes les expériences qui peuvent la détruire.
- Le Dofleur Franklin foutient qu’il n’eft .pas poffible de charger une bouteille de Leyde,
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- Leyde, ifolée au conduéteur, de manière à donner la comniotion ; je l’ai cependant chargée par un procédé fort fimple, & je fuis parvenu à en obtenir une commotion non équivoque ; j’ai également réuffi à charger un éleéirophore , fans établir de communication entre fa furface inférieure & le réfer voir commun.
- L’expérience confifte à pofer cet appareil éleéhique fur un ifoloir de verre fuffi-famment élevé oü fur le cou d’une greffe bouteille de verre noir ; à placer fous la coupelle un petit condufteur de métal terminé par une boule de cuivre, comme celle du crochet d’une bouteille de Leyde.
- On frappe fa furface avec une queue de renard ou un morceau de flanelle sèche ; fi l’éleflrophore eft de bonne compofition, fi l’air, par fa féchereffe & fa température , eft favorable au développement des forces éleSriques , après cinq Ou fix minutes , les deux fürfaces, quoique paroiffant éleftri-fées à la force centripète, font en état de donner la commotion.
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- Préfentez une balle de moëlle de fureau, ifolée pat un fil de foie blanche & sèche, à la boule du conduéleur de la coupelle , elle eft attirée & repouffée j offerte à un bâton de cire frottée, elle eft également repouffée.
- Pofez la rondelle, en la tenant par fou manche de verre, fut le gâteau réfineux , & levez la main pour mettre la balle en préfence de fon rebord ; il la repouflè plus quë la coupelle. Rétabliffez la balle devant le petit conduéleur, & portez le doigt fur la rondelle ; il en part une étincelle affez foible, la balle en répulfion tombe fur le (tonduéleur ; enlevez-la auffitôt, enfuite la rondelle 5 préfentez la balle à fon rebord , elle eft encore repouffée : ainfi la rondelle & la balle font éleétrifées à la forte centrifuge ou pofitive. Mais où la balle a-t-elle pris fon excès de fluide éleétrique ? Ce ne peut être du r. c. ; ce fluide prodigué à la rondelle n’a pu traverfer la réfine pour pénétrer dans les pores de la coupelle & furcharger la balle. Le fy ftéme de Franklin porte donc fur deux fauffes bafes, puifque
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- cette expérience démontre que la coupelle, pendant l’éleétrifation du gâteau réfineux, n’a pu tirer d’aucun corps une quantité furabondante de fluide électrique ; d’où il réfulte que la furface fupérieure n’a rien perdu.
- Ce nouveau phénomène de l’éleélro-phore & de la bouteille de Leyde, découle naturellement de mes principes fur l’élec-trifation des corps qui peuvent réunir les deux forces oppofées dans leurs furfaces. Pour les obtenir, il faut que les centres de réaction qui s’établiffent dans les furfaces non frottées ou non éleétrifées par communication , & qui ne touchent point au r. c., puiffent détoner. Pour cet effet, il faut diminuer la preflion de l’air fur ces mêmes furfaces ; alors les rayons que ces centres lancent au dehors acquièrent affez de vîtelfe pour opérer le vide , & les faire détoner contre les centripètes de l’elpace : on entend une efpèce de fîfflement & quelquefois de craquement, qui accompagnent toujours la détonation ; on voit même, dans l’obfr N z
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- curité, des traits lumineux qui paroiflent
- jaillir de ces furfàces.
- En vain cherchèrent-on à éleftrifèr de cette manière la bouteille de Leyde, fuf-pendue par fon crochet au condufteur, quelque grand que fût le plateau, quelque favorables que fuffent toutes les qualités de l’air à l’éleélrifâtion ; on ne réulfiroit pas à faire détoner les rayons dardés par les centres de réaSion de la furface extérieure ; la preffion de l’air eft trop forte fur cette furface ; mais on la diminue fuffifàmment , lorfqu’on met celle-ci en communication avec le conduâeur : alors les rayons qui fortent de la boule du crochet éta-bliffent fucceffivement le vide tCair , & font arrêtés par les centripètes de l’efpace qui s’y précipitent.
- On feroit porté à croire que ces détonations fucceffives n’exiftent pas li, pendant l’éleftrifation , on fulpend devant le crochet de la bouteille une balle de moelle de fureau ifolée à un fil de foie blanche & sèche, parce qu’elle en eft conftamment
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- repouflee ; mais fi l’on fait attention que la balle en répulfion baille fréquemment du côté du crochet, & que ce mouvement eft fimultanée avec les fifflemens ou cra-quemens, on concevra que les rayons qui la tiennent à une fi grande diftance, feront au moins affaiblis , finon entièrement détruits : or le fait prouve qu’ils font détruits, & l’intervalle eft fi court, entre la converfion des centres de réaSion de la furface extérieure de la bouteille en centres ci' action , & de ceux-ci en centres de réaction , par la continuité de l’éle&rifation, que la balle dans fa chute n’a pas le temps d’arriver jufque fur la boule du crochet. Cette caufe , qu’on ne peut révoquer en doute, montre combien on doit faire attention aux plus légers accidens qui accompagnent les phénomènes éleélriques, fi l’on ne veut être trompé fur la nature des caufes qui les produilènt.
- Nous avons vu qu’il falloit toucher la rondelle en contaft avec la furface fupé-rieure de l’éleétrophore, pour qu’elle ob-
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- tînt un centre d’action qui agît par lui-même , & lui fît lancer des rayons centrifuges , lorfqu’en la féparant du gâteau réfineux, on la tranfporte au-delà de fa fphère d’activité : examinons a&uellement les cir-conffances qui font que cette plaque, touchée de la même manière, ne s’éleêtrife prefque pas, ou bien s’éleftrife fortement ; & avant d’en expliquer les réfultats, d’après ma théorie , effayons encore de leur appliquer celle du plus & du moins y je doute qu’elle puiffe leur convenir.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE.
- Isolez un éleclrophore T, éleSrifé à la manière ordinaire, fig. 34, pl. y,portantfous fa coupelle P, un petit conduSeurde métal S terminé par un bouton , ou une boule fem-blable à celle du crochet dune bouteille de leyde y couvrep-/e d’une rondelle H , tou-che^ fon rebord y il en part une petite étincelle y en Ienlevant par fon manche de verre, fig. 35 , pl. 7, elle donne encore une étincelle femblable ; & fi l’on porte immé-
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- iiatement après le doigt fur la loi(le dit conducteur, il tien donne aucune.
- Nous avons dit que l’éle&ophore ifolé devoit être confidéré fous le rapport d’une bouteille de Leyde, qui auroit fa furface intérieure éleéfrifée négativement. De l’aveu de Franklin , cette furface ne peut recevoir de fluide élefîrique, quand la bouteille eft ifolée, parce que l’extérieure qui eft pofitive ne peut rien perdre. Cependant, dans cette expérience, on tire une étincelle de la rondelle en contaft avec le gâteau réfineux, & une fécondé lorfqu’elle en eft fé parée ; preuve inconteftable que dans la théorie du plus & du moins , la furface négative de l’éleftro-phore lui a ravi une portion quelconque de fa quantité naturelle de fluide éleétrique, & quelle en refte furchargée. Mais, pourquoi le condufteur de la coupelle, auflîtôt après la détonation de la rondelle à la furface du gâteau réfineux , ne rejette-t-il pas de fes pores une portion égale du fluide fura-bondant de la furface inférieure ? ou d’oit vient l’air s’en empareroit-il au même
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- 17» Nouveau Micanifme inftant ; car fi l’on porte le doigt fur là boule , on n’y excite aucune étincelle ? dira-t-on que la quantité de ce fluide eft trop foible, & que les lubftances conductrices qui flottent dans le gaz aérien s’en faifilTent auflitôt ? Cette réponfe évafive ne fauroit en impolèr ; ces mêmes fubf tances ne ravifîent pas ainfi le fluide fura-bondant de la rondelle, lorfqu’on la retire du plateau réfineux, & fa quantité n’eft pas plus grande.
- SECONDE EXPÉRIENCE.
- Répétez la même expérience, fig. 34 & 35 , pl. 7 ; mais , avant de tirer üétin~ telle de la rondelle , porte^ un doigt fur la boule du conducteur f l’étincelle ejl beaucoup glus forte , /’ impreffion fe fait fentir en même temps dans les deux doigts , & la rondelle enlevée repouffe vivement une balle PO s 1 ti ve, & le conduSeur de la coupelle, fig- 3<5 , une balle négative. Si l’on fait détoner les deux plaques l’une contre, l’autre, elles ne donnent plus aucun ftgnt d’éleclricité.
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- Cette expérience, au premier apperçu, femble très-concluante en faveur des principes de Franklin j mais en l’analyfant avec attention , elle les rejette comme contraires aux lois de l’attraftion & de l’équilibre, fur lefquelles ilpenfe les avoir appuyés.
- Dans l’expérience antécédente , l’étincelle tirée de la rondelle ne peut être que très-foible, parce que, félon cet Auteur , la coupelle étant ifolée, l’air ne peut fe charger que d’une très-petite quantité de fon fluide éleftrique furabondant. Ici, la furface inférieure de l’éleftrophore étant en communication avec la terre , doit en perdre autant que la fupérieure peut en recevoir de ce même réfervoir par la rondelle; de là vient que l’étincelle eft très-forte, & comme l’irruption du fluide éleftrique d’une part, & fon éruption de l’autre fe fait dans un inftant indivifible , l’impreflïon qu’il produit dans les doigts condufteurs eft momentanée.
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- Mais d’où vient que la coupelle, lorsqu’on a enlevé la rondelle , eft négative ? cet état dérive-t-il des mêmes principes ?
- Dira-t-on qu’en établiffant une communication entre les deux Surfaces de l’appareil , le fluide éleflrique a dû prendre le chemin le plus court, & celui de la coupelle fe précipiter dans les pores de la rondelle, furcharger celle-ci de tout ce que l’autre a perdu ? Je conçois qu’on peut l’avancer , d’après la théorie de Franklin ; mais il ne s'enfuit pas que la coupelle doive être dans un état négatif. Si l’éleftrophore étoit, comme la bouteille de Leyde , éle&rifé par communication dans fès deux Surfaces, nul doute que l’excès du fluide de l’une pafsât, au premier contaél, dans les pores de l’autre, & que l’équilibre fe rétablît entr’elles & le r. c. ; or j comme il eft éleêlrifé par frottement, ce rétabliffement ne peut fe faire tout-à-coup, mais feulement par parties ; ainfi la furface furchargéc doit toujours, après chaque étincelle tirée de
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- la rondelle, conlèrver dans lès pores un excès du fluide qu’elle a reçu du r. c., pour le rendre à la furface négative felon lès belbins : donc, chaque fois qu’on enlève la rondelle, la coupelle ne devroit manifefter aucun ligne d’éleftricité ou n’en donner que d’une éleflricité pofitive ; donc le réfultat de cette expérience ne s’accorde point avec les lois de l’équilibre & de l’attraftion, qui fervent de bafe à la théorie du plus & du moins.
- TROISIÈME EXPÉRIENCE.
- Répétez la fécondé expérience ,• au lieu de faire détoner la rondelle contre la coupelle, tirej tétincelle de la première pour la mettre en équilibre avec le r. c. ; vlaceq-la de nouveau fur le gâteau réfineux , en la tenant par fon manche de verre, fig- 37, pl- 7 ; portei le doigt fur fon, rebord, il en part une étincelle aufji forte que Jî on avoit un fécond doigt fur le conducteur de la coupelle ; & celle-ci ne manifejle plus aucun Jigne d’éleüricité ;
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- 176 Nouveau Mécanifme enleveç la rondelle, vous la trouverez , ainfi que la coupelle , aujji fortement éleSrifée , l’une en plus & l’autre en moins, que dans la précédente expérience. Fig. } j & j 6, pl» 7.
- Remarquons d’abord que l’on ne peut exciter qu’une foible étincelle de la plaque fupérîeure de l’éle&rophore quand il eft ifolé ; parce que la coupelle , environnée d’un fluide qui ifole lui-même, ne peut fe décharger que d’une très-foible portion de fon feu furabondant; or, dans cette expérience , la coupelle ayant déjà moins que là quantité naturelle de fluide électrique , ne peut rien perdre ; la rondlelle conféquemment ne devroit rien recevoir lorfqu’on porte le doigt fur fon rebord ; loin de là, la force de l’étincelle annonce qu’elle tire du r. c. autant de fluide électrique qu’elle eft cenfée, d’après les principes de Franklin, en avoir reçu de la coupelle dans la précédente expérience.
- Mais, pourquoi cette quantité de fluide éleftrique ? fans doute elle efl: deftinée à réparer les pertes de la coupelle, & je
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- me le perfuade d’autant mieux , qn’immé-diatement après l’étincelle donnée à la rondelle, la coupelle qui repoufloit au loin une balle négative, ne produit plus aucune impreffion fur elle. Le déficit de fluide éleftrique eft donc comblé dans la coupelle ; mais quelle route a-t-il pris pour arriver dans lès pores ? a-t-il franchi la ligne intermédiaire qui fépare les deux furfaces du gâteau réfineux ? non , fans doute , Franklin ne permet pas de le penfer ; concluons donc que la théorie du plus & du moins ne peut donner aucune explication fatfsfaifante du double phénomène de cette expérience.
- Avant de pourfuivre mes obfervations fur l’éleftrophore, & de dévoiler de plus en plus les vices d’un fyftême qui ne répand qu’un jour trompeur fur fes phénomènes éleftriques ; il convient d’examiner fl les réfultats des trois expériences que je viens de rapporter, découlent naturellement de mes principes, dont je crois avoir déjà fait une jufte application à ceux de la
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- 5 78 Nouveau Mécanifme bouteille de Leyde, avec lefquels ils ont un fi grand rapport.
- i.° 11 faut expliquer, dans.la première expérience, pourquoi la rondelle enlevée du gâteau réfineux donne une étincelle ;
- 6 d’où vient que la boule du conduâeur de la coupelle n’en donne pas ?
- z.° Pourquoi, dans la féconde expérience, on tire de la rondelle une étincelle plus forte, lorfqu’on la met en communication avec la coupelle; & par quelle caufe la première fé trouve éleftrifée en plus de tout ce que la fécondé l’eft en moins ; & pourquoi, après avoir fait détoner les plaques l’une contre l’autre , elles ne donnent plus aucun ligne d’éle&ricité i
- 3° Pourquoi enfin, dans la troifième expérience, ayant tiré l’étincelle de la rondelle éleèlrifée en plus , & laiffant la coupelle éleftrifée en moins , en réta-bliffant la première fur la furface du gâteau réfineux , on en tire une étincelle suffi forte que dans l’expérience précé-
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- (lente ? Par quelle raifon la coupelle, après la détonation, ne donne plus aucun figne deleflricité négative ; & d’où vient que ce figne fe reproduit lorfqu’on enlève la rondelle, & qu’on 'la transporte hors de la Iphère d’aftivité de la furface fupérieure de l’éleftrophore ?
- i.° J’ai déjà manifefté la caufè de l’étincelle que l’on excite , en touchant la plaque qui repofe fur la furface centripète du gâteau réfineux ; & j’ai développé le mécanifme qui convertit fes centres de réaction en centres faction , & fon électricité centripète en centrifuge.
- D’un autre côté, l’air qui fe gïifle entre cette plaque & le gâteau réfineux, lorfqu’on l’enlève par fon manche de verre, op-pofant une réfiftance toujours croiflante aux rayons centrifuges quelle darde dans la réfine, les centres qui les lancent détournent une partie de leur force expanfive du côté oppofé ; ils dardent donc des rayons congénères dans l’efpace, leurvîtefle s’accroît par degrés, & devient enfin égale
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- ï8q Nouveau Mêcanifme à celle des premiers , quand l’air exerce fur «toutes les furfaces de la rondelle la même compreflîon; ou, ce qui revient au même, lorfqu’elle eft entièrement dégagée de l’atmofphêre centripète de la furface fupérieure de l’éleflrophore.
- Si l’on fe rappelle l’influence que la détonation de la rondelle a lur les centres d’aSion fecondaires de la furface inférieure du gâteau réfineux , on comprendra que cette même furface doit lancer à travers les pores de la coupelle des rayons centrifuges , à la vérité très-foibles, puifqu’ils n’expriment que la partie aliquote, & non l’excès de force que la fupérieure a fur l’inférieure ; de là vient fans doute que l’on ne tire qu’une étincelle plus foible & prefque infenfible du bouton de la coupelle, lorfqu’on y porte le doigt après avoir touché la rondelle.
- La rondelle tranfportée à quelque dif tance de l’éleftrophore , doit donc jouir d’une force éleârique centrifuge , & donner, quand on la touche, une étincelle femblable
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- femblable à celle que l’on a excitée ( lorfquelle repofoit fur la furface du gâteau léfineux.
- z.° Eli établiffant une communication entre les deux plaques de l’éleftrophore, (c’eft-à-dire entre la coupelle & la rondelle ), on met les forces de plufieurs centres dans la plus vive oppofition; l’étincelle excitée fur ,1a rondelle doit donc être plus forte dans cette expérience que dans la précédente, & l’appareil feroit totalement déféleârifé , ( ainli que la bouteille de Leyde ), fi tous les points des furfaces du gâteau réfineuX étoient dans un contaft immédiat avec ceux des plaques qui lès couvrent. Il s’en faut bien qu’ils détonent tous, & quoique l’étincelle que l’on tire de la rondelle foit plus vive, il en refie un nombre prodigieux qui ne détonent pas, & qui communiquent à cette plaque des centres £action animés d’une force éle&rique.oppofée à celle qui les produit, (ainfi qu’il arrive dans le plateau de verre , fig. z4 , pL $• )
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- C’ëftpar Cette caufe, &pour l’obferver en paffartt , que Téleftrophore conferve très-long-temps, & plus long-temps que le verre, la vertu éleftrique qui lui a été imprimée par le frottement, fur-tout fi le gâteau réfirieUX a au moins dix pouces de diamètre & un pouce & demi d’épaiffeur ; s’il eft compofé de fubftances idio-éle3ri-ques hétérogènes, fondues par couches les unes fur les autres, & terminées par une couche de foufre vif ; fi fes furfaces font raboteufes oü inégales ; fi fa coupelle n’appüye fur la partie latérale & circulaire du gâteau qu’uh rebord de dèux lignes ; fi la rondelle enfin couvre toute fa furface fupérieure. J’ai poffédé un éleftrophofe de cette efpècé, qui donnoit des 'étincelles très-fortes, & encore des fignes lènfibles d’éleôricité après un intervalle de quatre ihois.
- Puifqu’il eft bien prbuvé , par 'mes principes & par le fait , que la rondelle, après la détonation fitr la furface du gâteau réfineux, doit tefter éleftrilée à la force
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- centrifuge , on conçoit que la coupelle qui manifefte auffi une étincelle, doit reflet élefttifée à la force centripète , la furface qu’elle touche étant centrifuge ; comme les centres d.'action qui agiffent fur le fluide éleftrique contenu dans lès pores, font en nombre égal aux centres oppofés qui compriment celui de la rondelle -, il en réfulte que les forces différentes qui les animent ont encore la même intenfité, & qu’en enlevant la rondelle par fon manche de verre pour la faire détoner contre la coupelle, elles,doivent lè détruire.
- 3.0 Mais pourquoi la coupelle, dans la troifième ^expérience , lance - t - elle des rayons centripètes, lorfqu’on enlève la rondelle ? l’air qui s’interpofe entre la furface fupérieure du gâteau réfineux & cette plaque, ne peut avoir de prife entre la furface inférieure & la coupelle qui lui refte unie.
- Non, fans doute , & bientôt on comprendra qu’en renverfant l’éleélrophore fur un ifoloir, & en viffant un manche de
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- ï?4 Nouveau Micanlffnc verre à la coupelle pour l’enlever, la ron* delle doit darder elle-même des rayent centrifuges dans l’efpace.
- La caufê de l’émiffion des rayons centripètes de la coupelle, n eft pas fa même que celle qui agit immédiatement fur la rondelle ; cette caufe ne fait quen développer une autre qui pofsède la même vertu & produit un effet égal. Je veux parler de la réfiftance qn’éprouvent, de la part de l’air, les rayons qui fortent de la furface fupérieure du gâteau réfineux lorfi qu’on enlève la rondelle. Les centres qui les lancent, détournant fur les centres fe-condaires de la furface inférieure une force expanfive proportionnelle à cette réfiftance, ceux-ci doivent envoyer ung moindre quantité de fluide dans la coupelle, & fes centres d’aSion lancer au dehors à travers fes pores des rayons centripètes , lorfque la rondelle en darde de centrifuges dans l’efpace.
- Renverfez l’éle&rophore fur l’ifoloir, la coupelle poffédant des centres dation, ma-nifefte,Iorfqu’on l’enlève, leur force expan.
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- five, en dardant à travers lès pores des rayons centripètes , dont la vîtefle s’accroît à là fur-face fupérieure , proportionnellement à la réfiftance que les couches d’air oppofent à ceux quelle lance dans les pores de la furface inférieure & centrifuge dû gâteau réfineux ; la rondelle-.trouvant elle-même une plus grande réfiftance à lancer fon fluide électrique dans la furface centripète de la réfine avec laquelle elle relie unie, darde encore & dans le même temps, des rayons centrifuges qui doivent, ainfi que je l’ai déjà oblèrvé, s’anéantir avec ceux de la coupelle , quand on fait détoner ces plaques l’une contre l’autre.
- Lorfqu’après avoir fait détoner la rondelle , on la rétablit fur le gâteau réfineux , il fe forme de nouveaux centres de réaction dans fes pores , mais comme les centres d'action de la furface fur laquelle elle re-polfe, ne détournent de fon côté qu’une très-petite portion de leur force expanfive, la vîtefle des rayons centripètes de la coupelle en eft à peine diminuée ; de là vient O î
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- que s'ils tiennent en répulfion nne balle éleélrifée à la même force, elle ne baiffe pas fenfiblement de fbn côté.
- 11 n’en n’ell pas de même, fi l’on porte le doigt fur la rondelle & qu’on la fafle détoner ; les centres de la furface fupé-rieure du gâteau réfineux , ne trouvant aucune réfiftance à darder leurs rayons électriques dans fes pores , dirigent toute leur force expanfive de fon côté ; ceux de la furface inférieure, détournant une force égale du côté de la coupelle , lancent une plus grande quantité de fluide éleftrique dans fes pores : mais comme celle-ci trouve plus de facilité à exercer la force expanfive de lès centres action, vers la furfece infétièure du gâteau réfineux que dans l’efpace, elle celle à l’inftant même de lançêr du fluide éleftrique au dehors ; & l'atmofphère centripète qui l’enveloppoit s’évanouit.
- On conçoit qu’on peut reproduire ce phénomène très - intérelîant, chaque fois qu’on enlève la rondelle & qu’on la fait
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- détoner avant, que de la replacer fur 1 eleârophore. Les centres d’aàion de la furface inférieure du gâteau réfineux, redevenant centres de réaction , fous l’influence plus forte de ceux de la furface fupérieure, auflï fouvent qu’on enlève la plaque de métal qui la couvre, repouffent les rayons centripètes de la coupelle; & les centres d’aSion dont £Üe eft animée, trouvant moins de réfiftançe de la part de l’air , les dardent à travers les pores de fa fur-face extérieure dans l’efpace.
- Le mécanifme de l’éleftrifation du gâteau réfineux ëft donc abfolument le même que celui du plateau de verre ; en fubftituant ce dernier au premier , on aura un éleétrophore qui donnera des étincelles plus vives, mais qui confervera fa force çleftrique beaucoup moins de temps ; fes furfaces plus polies, offrant aux plaques métalliques des points de contaél plus nombreux.
- Tibère Cavalho attribue la longue durée de l’éleélricité de cet appareil, à deux
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- ï88 Nouveau Mécanifme caufes ; la première eft, que le plateau ne perd rien de fa force, tant que la plaque métallique repofe fur fa furface; la fécondé dépend de fa forme aplatie t comme il ne touche qu’un moindre volume d’air, comparativement à un bâton de cire d’Elpagne ou tout autre corps cylindrique, dont la furface eft en contaft avec une maffe d’air beaucoup plu» confidérable, il doit être par-là même beaucoup moins expofé à perdre de fi vertu.
- Tibère Cavalho raifonne dans l’hypor thèfe du Doéteur Franklin dont il adopte les principes, & il croit qu’en biffant fur le gâteau la plaque dont il eft couvert, fi fiirfice négative ne peut recevoir de l’air ou des fubftances conductrices dont il eft imprégné, le fluide éleétrique qui lui manque ; il le croit d’autant mieux, qu’elle refufe d’admettre dans fis pores celui dont cette plaque eft abondamment pourvue.
- Mais, avec de lèmblables principes, je fi? y°is pas comment le gâteau réfineux
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- pourrait fe déféle&rifer ; fi le fluide dont on furcharge la rondelle , en la faifant détoner à fa furface , n’y palTe point dans cet inftant oh l’attradion de fes pores ell dafis toute fa force, il n’y arrivera jamais : car s’ils doivent le foutirer par la fuite, il n’eft aucune raifon qui prouve que ce ne foit pas dans ce moment.
- La préfence de la rondelle fur'le gâteau réfineux conferve certainement l’éleftricité dont il jouit, mais ce n’eft point en oppo-fant une barrière au fluide éleftrique de l’efpace qui tend à entrer dans les pores de la furface fupérieure, & en retenant dans ceux de la furface inférieure ce même fluide , dont on la croit fiirçhargée. Ma théorie, à cet égard , me paroît encore plus fatisfailânte ; on voit qu’il fe fait .une circulation rapide entre le fluide éleftrique des deux furfaces dans l’épaiflèur de la réfine, entre ce fluide & celui des deux plaques qui les recouvrent. Comme il ne s’échappe aucun rayon dans l’efpace, les Cintres de toutes les pièces qui corn-
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- 190 Nouveau Mêcanifme pofent cet appareil éleflrique , ne peuvent détoner contre les fubftances conduârices répandues dans l’air ; mais leur force ex-panfive doit (è détruire, parce que tout mouvement imprimé doit finir.
- Tibère Cavalho , pour prouver l’état négatif de la furfoce fupérieure de l’éleftro-phcre, rapporte une expérience que plu-fieurs Phyficiens ont fait valoir après lui, mais qu’ils n’auroient pas trouvée fi concluante , s’ils en avoient bien examiné toutes les circonftances.
- •*---—-----**-----------*
- Expérience de Tibère Cavalho.
- Après avoir tiré ïétincelle de la platine de cuivre qui couvre le gâteau réfineux , enleveq-la par fotl manche de verre fi l’on préfente le bord à la furface réfineufe , & qu’on le faffe pajfer légèrement le long de cette furface , la cire ou réfine s’empare de F électricité du métal, & le plateau électrique perd par-là une partie de fa vertu ; il finit même par la perdre totalement, fi on répète cinq ou fix fois la métne opé-
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- ration : il faut une nouvelle ileçtnfation four la faire revivre.
- Avant que de tirer une femblable confé-quence de l’expérience que je viens de rapporter, il falloit d’abord examiner pourquoi la plaque de métal, furchargée de fluide éleélrique, & mife à plat fur le gâteau réfineux , 11e dépofe point dans fes pores, avec fon feu furabondant, une portion de celui qui lui eft propre, afin de fe mettre en équilibre avec lui ; pourquoi l’attraélion , dérivant de cette loi, devient plus aétive dans le gâteau réfineux , lorfqu’on le met en contaâ avec quelques points du bord de la rondelle , qu’avec toute fa furface ; car cette faculté, méconnue dans le fyflême de Franklin , doit s’exercer en raifon direéle des furfaces & inverfe du quarré des diftances ? L’im-poflibilité d’expliquer ces faits contradictoires par le plus & le moins , eût donné l’éveil fur des principes qui ne peuvent leur convenir.
- Les réfultats oppofés de cette expérience s’accordent parfaitement avec mes prin-
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- X92 Nouveau Mêcanifme cipes ; ils confirment de plus en plus le mé-canifme des forces éleftriques qui, agilTant en oppofition fur la même ligne, fe dé-truifent comme des corps animés de la même force, s’arrêtent après le choc au point oit ils le rencontrent.
- i.° La rondelle, éle&rifée à la force centrifuge, ne peut la perdre que par la détonation ; mais comme lès rayons le font, pour ainfi dire, moulés dans les pores de la furface fupérieure du gâteau réfineux, au moment où , par l’extraftion de l’étincelle , fes centres de réaction ont été convertis en centres d’action ; on conçoit qu’en la reftituant à plat fur le gâteau , il ne doit y avoir entre les rayons centripètes qu’il darde , & les centrifuges de la rondelle , aucune détonation, par conféquent aucune deftruftion des forces éleêlriques de l’une & l’autre.
- 2.0 Il n’en eft pas de même, fi l’on ne fait que préfenter le bord de la rondelle & le promener légèrement fur la furface centripète de la réfine j comme toute la
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- forte expanfive des centres d’acllon de la première eft détournée fur une très-petite portion des rayons qu’ils dardent dans les pores de celle-ci, ils acquièrent une vîteffe fuffifante pour opérer le vide d‘air 8c détoner ; ces centres doivent donc s’affoiblir de même que ceux du gâteau , & fe détruire entièrement, lorfque faifant changer de place à la rondelle , on la met en contaft avec autant de centres oppofés qu’il en faut pour produire cet effet.
- • Les obfervations que je viens de pré-fenter fur l’éleèlrophore , appuyées par l’expérience , prouvent que le mécanifme de fon éle&rifation eft fe même que celui de la bouteille de Leyde & du tableau magique , dont les furfaces ont les deux forces éleftriques , & ne contiennent que leur quantité naturelle de fluide éle&rique; que les phénomènes de cet appareil, confi-dérés avec attention, ne peuvent recevoir aucune explication conforme aux lois de l’équilibre & du mouvement dans la théorie généralement adoptée du plus 8c du moins.
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- Nouveau Mécanifr,
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- CHAPITRE IX.
- Réflexions fur quelques expériences faites par M. Canton , Mi A. & de la Société Royale , pour confirmer de plus en plus les obfervations de Franklin fur l’état électrique pofitif & négatif des nuages.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE.
- Suspendez , dit M. Canton , à un plafond ou à quelqu endroit convenable d’une chambre, avec des fils de lin de 8 ou g pouces de long , des boulettes de liège A & B , chacune de la groffeur d’un petit pois , de manière quelles fe touchent , fig. 38 , pl. 7. Si l’on porte un tube de verre frotté ( ou le crochet d’une bouteille de Leyde électrifiée) fous les boulettes, il les fera féparer quand on le tiendra à ta diftance de 3 ou 4 pieds, figure 39 , pl. 7 ; fi. on L’en approche davantage , elles fe fépareront encore
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- plus : fi on le retire , elles fie réuniront immédiatement.
- Cette expérience peut fie faire avec des boulettes de cuivre fiufipendues par le moyen dé un fil dé argent; elle réujfira aujfi bien avec la cire d’Efpagne , rendue électrique , qu’avec le verre.
- SECONDE EXPÉRIENCE.
- Si deux boules de liège font fiufipendues avec des fils de foie fiées , il faudra en approcher le tube de verre frotté , à la difi-tance de 18 pouces , avant quelles fie re-poujfierit fiunel'autre ; mais elles continueront de le faire-quelque temps , après que le tube aura été été.
- « Comme les boules, dans la première » expérience ,fig-3S, n’ëtôient pas ifolées, » on ne peut dire , à la rigueur, qu’elles » aient été éieftrifées ; mais qüand elles » font fùlpendues dans l’atmofphère du tube » frotté,elles peuvent attirer & condenfer » le fluide éle&rique qui fe trouve autour » d’elle, & être féparées par la répulfion
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- 1ÿ6 Nouveau Mécanifmi » de fes particules : on conjefture auffi qüê » les boules contiennent alors moins que b leur part commune de fluide éleflrique , b par rapport à la répulfion de celui qui b les environne , quoique peut-être il en b entre & en pafle un peu continuellement b à travers des fils ; & fi cela efl: ainfi, b on voit clairement la raifon pour laquelle b les boules fulpendues avec de la foie, b dans la fécondé expérience, doivent être b dans une partie beaucoup plus denfe de b l’atmofphère du tube, pour fe féparer » l’une l’autre, b
- « Lorfqu’on approche des boules un; » bâton de cire frotté , dans la première b expérience , le feu éleftrique eft fuppole b venir au travers des fils dans les boules , v & s’y condenfer dans fon paflàge vers » la cire : car , fuivant M. Franklin , le b verre frotté donne le fluide éleftrique, » mais la cire frottée le reçoit, b
- On ne peut pas dire , fans doute , que les boules dans la première expérience aient été éleSrifées..... L’explication que donne
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- M. Canton de leur écartement eft vîcieufe, en ce quelle fuppofeque le fluide quelles attirent fe condenfe à leurs furfàces, tandis que l’expérience démontre qu’il fe précipite dans les corps anéle&riques, en communication avec le r. c. Cette explication eft vicieufe , en ce qu’elle fuppofe que les boules plongées dans un bain de fluide éleftrique condenfé en ont moins dans leurs pores que leur quantité naturelle ; comme fi ce fluide pouvoit fe fouftraire à la loi de l’équilibre, ou les boules en tranfmettre au plafond plus qu’elles n’en tirent du tube frotté.
- Rien n’eft moins clair enfuite , que l’application qu’il veut que l’on fafle de ce raifonnement aux boules de la fécondé expérience. Et d’abord il n’afligne pas la caufe, en vertu de laquelle les boules fut pendues à des fils de lin fe repouflënt à trois ou quatre pieds du tube éleélrifé, tandis que celles qui font ifolées par des fils de foie ne manifeftent la même répul-fion que quand le tube en eft à dix-huit
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- 19-8 Nouveau Mécanlfme pouces. Si l’on pouvoit croire que la caufê fût la même , on feroit bien embarraflfé de dire pourquoi des boules qui ne peuvent abforber le fluide éleétrique du tube , ont befoin d’être plongées plus avant dans ion atmofphère, pour offrir le même ligne de répulfion ? Celles-ci ne doivent-elles pas le condenfer plus promptement & de plus loin , autour de leurs furfaces , que les autres qui, de l’aveu de M. Canton, laiflent paffer continuellement quelque peu de ce fluide à travers les fils de lin qui les foutiennent ?
- Ce raifonnement, appliqué à la répulfion des boules par le bâton de cire d’Efpagne frotté , eft également contraire aux lois de l’équilibre & de l'attraction. Si le fluide électrique eft cenfé venir des boules , il ne doit fe condenfer nulle part, mais fe porter avec célérité dans la cire , jufqu’à ce que l’équilibre foit rétabli entre elle & le r. c.
- Pour expliquer les réfultats de ces expériences d’après mes principes, en doit faire attention, i.° que le fluide éleétiique fe
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- meut difficilement dans l’air ; i.° qu’il s’en détourne pour pénétrer dans les corps condufteurs } 3.0 que fa vîteffe augmente dans l’air & dans ces corps, lorfqu’ils communiquent avec la terre. Les boules, dans la première expérience, doivent donc fentir une impreffion beaucoup plus vive de la phrt du fluide éle&rique du tube, que celles de la fécondé expérience qui font ifo-lées j d’où il réfulte qu’il doit fe former dans les premières, long-temps avant les autres, des centres de réaction , lançant antérieurement & latéralement des rayons centripètes , en vertu delquels elles le repouflènt, & à une diftance d’autant plus grande, que le tube qui met en mouvement leur fluide éleftrique propre, en eft plus rapproché.
- Les boules, dans les deux expériences, n’ayant que des centres de réaction s doivent néceflairement fe réunir lorfqu’on retire le tube : cependant M. Canton obferve qu’elles confervent encore quelque temps leur ré-pulfion dans la fécondé expérience, & il ne parle point de la caufe de ce ph n amène.
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- 100 Nouveau Mécanifme Comme il n’a pas toujours lieu, je crois que cette incertitude ne lui a pas permis de dire que les boules ifolées , retenant autour d’elle une portion du feu furabon-dant du tube, dévoient encore fe repouflèr.
- Mes principes, d’accord avec ce phénomène , en montrent l’incertitude. En effet, les boules ifolées ne peuvent continuer à fe repouffer, lorfqu’on a retiré le tube, qu’autant que leurs centres de réaction ont été convertis en centres dé action , & que les rayons centripètes qu’elles lancent du côté du tube , ont détoné contre les centrifuges qu’il darde dans leurs pores ; il faut donc en approcher le tube affez près , pour que le vide déair puiffe le former fur quelques points de leurs furfaces, & que l’éleftricité du tube ait une certaine force : toutes ces çirconftances réunies font conftamment réufiir l’expérience. Mais 15 l’air eft un peu humide, fi les boules ptéfentent une futface polie, fi on retire le tube, lorfqu’elles ne font écartées que d’un ou deux pouces, elles fe réunifient comme celles de l’expérience précédente : l’œil attentif peut faifir
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- l’inftant où les centres de réaction font coir vertis en centres etaction , par un mouvement fubit qui fait un peu fléchir les boules ifolées l’une contre l’autre.
- TROISIÈME EXPÉRIENCE.
- Qu’on ifole ( pourfuit M. Canton ) avec de la foie un tube de fer blanc de quatre ou cinq pieds de long & et environ deux pouces de diamètre, fig. 40 , p!. 7, & qu’on fufpende à un de fes bouts des boules de liège avec des fils de lin ; élec-trife^-le, en portant le tube de verre frotté près de Vautre bout, fig. 41, pl. 8, en forte que les boules refient écartées et un pouce & demi ou de deux pouces) alors, à l’approche du tube frotté , elles perdront par degrés leur vertu répulfive , & viendront fe toucher, fig. 40; & à mefure qu’on approchera davantage le tube , elles fe fépareront encore, à une auffi grande dijlance qu auparavant, fig. 41 , pl. 8 ; au retour du tube, elles s’approcheront jufqu’à fé toucher, & fe repoujferont enfuite , comme en premier
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- aoa Nouveau Mécdnifme lieu. Si le tule d’étain cfl élèclnfê par la cire , les boules feront affiliées de la même manière, à Rapproche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille.
- quatrième expérience.
- Electrisez les boules de liège comme dans Cexpérience précédente, fig. 41, par 1er moyen du verre , & leur répulfion augmentera à Rapproche du bâton de cire frotté, fig. 44. Ce fera le même effet , fi le verre frotté en efl approché lorfquelles ont été électrifiées avec de la cire.
- « On fuppofe qu’en portant le verre » frotté, au bout ou au bord du tube de » fer blanc, dans la troifième expérience , » fig. 41, il s’éleftrife pbfitivement, Sc » que par conféquent il pafle, à travers » les boules, une portion de ce feu fura-» bondant, en vertu duquel elles fe re-» pouffent j'mais qu’à l’approche du verre » frotté, fig. 42 , qui donne pareillement » du feu éleélrique , les boules en dé. » chargeront moins, une partie fera re-
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- 4e tÉleSrkité. .103
- * chaffée par une force gui agita dans » une direâiuu .contraire, & .elles s’ap-» proeheront de plus près. Si le .tube eft » tenu à une telle diftançe des boules, » que l’excès de la denfité du fluide ré-» pandu autqur d’elles , fur la quantité » ordinaire répandue dans l’air,, foit égal » à l’excès de la denfité de celui qui eft » contenu dans leur intérieur , fur la » quantité ordinaire contenu dans Je liège; » leurrépulfion fera bientôt détruite : mais » fi le tube eft approché davantage, le » fluide du dehors étant plus denfe que » celui des balles , il fera attiré par elles , » & elles fe repouflêront , l’une l’autre.
- ,» Quand l’appareil a perdu une partie » de jla portion naturelle de ce .fluide, » par l’application de la cire.frottée à l’une » de fes extrémités, ou qu’il eft éleétrifé » négativement, le feu éleârique eft attiré » ou pompé par les boules pour, fitppléer » au défaut; & cela plus abondamment * qu’auparavant , à l’approche du verre » frotté ou d’un corps éleftrifé pojitive-
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- 004 Nouveau Mécanipne
- » menti c’eft pourquoi l’éloignement entre » les boules augmentera, à proportion de » l’augmentation du fluide qui les en-» toute; & en général, foit par l’appro-» che, foit pat l’éloignement de quelque » corps, fi la différence entre la denfité » du fluide de l’intérieur & extérieur eft » augmentée ou diminuée : la répulfion » des boules augmentera ou diminuera à » proportion. »
- L’explication de la première partie de la troifième expérience, fig. 41 , donnée par M. Canton, eft très-intelligible, en ajoutant à la quantité naturelle de fluide éleftrique du tube ilblé , fa diftribution égale doit produire l’écartement des boules ; mais eft-il bien vrai que le tube de verre , porté immédiatement fous elles, fig. 41, doive détruire leur répulfion ? En fuppofant fonéleftricitéplus forte, c’eft-à-dire plus abondante, il ne peut repouffer l’atmofphère des boules dans une direction contraire , fans leur donner une quantité de fluide éleârique toujours plus
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- de l’ÊleSncitê. îof
- grande , & leur répulfion devroit au moins refter la même , fi elle n’augmente pas. La diftinftion qu’il établit entre la denfité du fluide éleftrique répandu autour des boules & celui de l’air , entre la denfité de ce fluide contenu dans leur intérieur & la quantité ordinaire de celui qui réfide dans le liège, eft d’une obfcurité qui m’arrête ... : je ne peux concevoir que ces boules doivent fe rejoindre à raifon de cette différence ; mais j’y vois plus clair , lorfque M. Canton ajoute qu’en approchant davantage le tube éleftriléjfig.jj, le fluide du dehors, étant plus denfe que celui des boules, ïl fera attiré par elles, & elles fe fépareront encore l’une l’autre : d’où il réfulte que ces boules qui fe fé-parent de nouveau, redeviennent encore plus pojitives , puifqu’elles refufent d’admettre dans leurs pores le fluide plus con-denfé du tube , qui s’arrête à leurs lurfàces. Nous verrons bientôt que ce fécond état des boules en a itnpofé à M. Canton, 8c qu’il n’eft pas le même ; que, toutes fur-
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- xoS Nouveau Mécanifme chargées qu’elles foient de fluide électrique , elles devroient en -contenir moins que leur quantité naturelle :; puifqu’elles donnent dans ce moment le ligne eflên-tiel de l’éleâricité négative., & prouvent par-la, que cette efpèce d’éleélricité n’a pas pour caufe la fouflraétion d’une quantité pius ou moins grande de ce fluide.
- La même obfcurité règne dans l’explication des phénomènes de la quatrième expérience. D’après la théorie de Franklin , deux corps qui ont moins que leur quantité naturelle de fluide éleétrique, ne peuvent fe rapprocher, qu’autant qu’on leur rend une portion du fluide qu’ils ont perdu, & deux autres qui ont plus que leur quantité naturelle ne peuvent -fe refferrer, qu’autant qu’un troifième , en s’emparant de leur feu furabondant , aflbiblit ou détruit leur répulfion ; tout raifonnement fur la denfité inégale entre le fluide électrique du dedans & celuidu dehors, celle d’en être un ; parce que dans cette théorie , il ne s’accorde ni avec les lois‘de l’équi-
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- de C Êlcclnciiê. 207
- libre, ni avec celles du mouvement : ainfi , les troifième & quatrième expériences de M. Canton, loin de confirmer cette théorie -, forment au contraire des objeftions irréfofubles contr’elle.
- En rapprochant de mes principes les réfultats de ces expériences, non-feulement on apperçoit la caufè qui les produit, mais on découvre encore le mécanifme de fon aftion. Les rayons centrifuges, dardés par les boules , étant moins forts que ceux qui fortent du tube de verre, cèdent à la compreffion ; & comme les boules font trop pefantes pour obéir à celle que leurs rayons propres exercent fur leurs centrés, ceux-ci détournent une force expanfive proportionnelle du côté du tube, parce que tous les centres fè communiquent, & ils impriment un peu plus de vîtelfe aux rayons qu’ils dardent dans l’efpace : les boules doivent donc fe ref-ferrer à mefure que le tube s’en approche, par le racourciffement de leurs propres rayons ,• & lorfqu’elles fe touchent ou
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- ao8 Nouveau Mécanifme qu’elles ceffent de lancer antérieurement & latéralement des rayons centrifuges, ceux du tube de verre entrant dans leurs pores, & comprimant immédiatement leur fluide éleftrique propre, celui-ci réagit avec une force égale. Dès cet inftant, les centres ctaSion des boules, devenant centres de rèaUion , lancent antérieurement & latéralement des rayons centripètes , en vertu defquels elles commencent à fe repouflêr. Si donc elles reçoivent du fluide éle&rique du tube de verre, elles lui en rendent une quantité égale, & leur force primitive n’en eft point augmentée, parce qu’il ne fe fait aucune détonation qui puiflè convertir de nouveau leurs centres de réaction en centres <Fa3ion.
- C’eft précifément par le défaut de détonation , que les boules ne peuvent con-ferver leur répulfîon, lorfqu’on retire le tube éleftrifé ; lès rayons ceflant de comprimer immédiatement le fluide éleétrique des boules, il celfe aulfl de réagir & de lancer des rayons centripètes ; elles fe ref-
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- de FÉleSricité. 10}
- ferrent donc de nouveau, jufqu’à fe toucher : mais comme elles ont chacune un centre d’action qui n’a point perdu la force primitive qui lui a été imprimée par la détonation, il la développe; & les boules lançant de nouveaux rayons centrifuges , fe repouflènt comme avant l’expérience.
- Il fuit de ce raifonnement fur le reffer-rement & la répulfion des boules, que le tube de verre doit être plus fortement élec-trife que celui de fer blanc, pour que ces phénomènes aient lieu; dans le cas contraire , les rayons du tube & des boules, en fe repliant fur leurs centres refpeSifs, refteroient en équilibre, & il ne pourroit y avoir qu’un foible refferrement. N’eft-ce pas en effet ce que l’on obferve lorfqu’on éle&rife l’appareil avec le crochet d’une bouteille de Leyde? Si on le porte auffitôt après fous les boules, il ne détruit pas entièrement leur répulfion ; il eft néceffaire de renforcer fon éleélricité par quelques tours de plateau ; alors les phénomènes,
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- aîO Nouveau Micanijme
- indiqués dans l’expérience de M. Canton, Ce manifeflent.
- La répulfion plus grande des. boules éleélrifées par la réfine ou à la 'force centripète , lorfqu’on en approche le tube de verre éleftrifé à la force centrifuge , a pour caufe l’augmentation de vîteffe des rayons centripètes fur lefquels ces boules s’appuient, parce que leurs centres d‘a3ion trouvent infiniment moins de réfiftance à développer la force expanfive dont ils jouiffent, yets le tube éleétrifé, que du côté oppofé.
- En effet, les rayons centripètes de l’hé-mifphère inférieur des boules , remplaçant le fluide éleétrique de l’efpace qui le meut dans le tube de verre à côté de lès rayons centrifuges , n’ont point la réfiftance de l’ait à vaincre , tandis que ceux qui fortent de l’hémifphère fupérieur ont à lutter contr’elle. Les premiers doivent donc fe mouvoir avec plus de vîteffe, & comme ils continuent à s’appuyer les uns fur les autres entre les deux boules, il eft né-
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- de F Électricité. Î.II
- ceffaire quelles fe repouffent à une plus grande diftance.
- On pourroit objeéter que les centres des boules, détournant leur force expanfive du côté du tube de verre, devroient la diriger totalement fur les rayons les moins divergeas de ldtir hémifphère inférieur ; que les latéraux, bien loin de s’alonger, devroient fe raccourcir, & par conféquent les balles fe refferrer.
- L’objeflion refteroit fans reponfe , fi les rayons centrifuges lancés par le tube de verre dans les boules , pouvoient tous pénétrer dans leurs centres ; mais une partie de ceux qui divergent, font forcés , par la réfiftance de l’air , de fe détourner de la ligne qu’ils tendent à parcourir pour entrer dans les parties latérales de leurs hémifphères inférieurs, & la compreffion plus forte qu’ils exercent fur leur fluide éleftrique propre, en fait jaillir des rayons centripètes avec une vîteffe proportionnelle , toujours plus grande que lorfque
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- ai! . Nouveau Mècanlfme boules doivent donc fe repouffer à une plus grande diftance.
- Si l’on pouvoit douter de l’accélération des rayons centripètes dardés par l’hé-jnilphère inférieur des boules , & de la diminution de vîteffe de ceux qui jailliffent en même tempi de l’hémifphère fupérieur ; qu’on préfente le tube de verre à l’extrémité oppofée de celui de fer blanc, les centres communs de ce tube & des boules, détournant leur force eqpanjîve du côté qui leur offre moins de réfiflance , on les verra fe rapprocher au lieu de fe repouffer, comme dans la quatrième expérience.
- La vîteffe relpeâive avec laquelle les rayons des boules & du tube de verre fe précipitent de part & d’autre, ne manque pas •d’exciler le vide d'air fur les points les plus faillans des boules ou du fil de lin qui les unit au tube d’étain ; & il en réfulte toujours des détonations partielles qui affoibliffent leurs centres ctaclion ou qui les détruifent, & les convertiffent enfuite
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- de lÉlectricité, j}j
- en centres d'action oppofés ; de là vient qu'en retirant le tube de verre , après l’avoir beaucoup approché des boules , elles Te réunifient & ne donnent plus que de foibles lignes d'électricité centripète, ou n’en donnent pas du tout, ou enfin en préfentent ÿélectricité centrifuge ; & cela arrive chaque fois que les boules, après avoir légèrement fléchi, s’écartent beaucoup,
- cinquième Expérience,
- Si le tube de fer blanc ifolé, fig. 45, pl. 8 , nef pas éleSrifé , approcheq de fon milieu le tube de verre frotté , en forte qu’il faffe ù peu près des angles droits avec lui, les boules du bout Je repoufferont lune Vautre , & cela dtautant plus que lé tube frotté fera plus près ; retireq-le, & les boules fe rapprocheront lune de lautre jufquà ce quelles fe touchent , puis fe fépureront encore à mefuré que le tube s’éloignera davantage ; elles continueront à fe repouffer quand on lôtera tout-à-fit. Et cette répul-
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- i 14 Nouveau Mêcanifme fion entre les boules augmentera à l’ap* proche du tube frotté , mais elle diminuera, à rapproche de la cire frottée , comme fi ïappareil avoit été éleclrifé par la cire, de' la manière expliquée dans la troifième ex* périence.
- SIXIÈME EXPÉRIENCE.
- Isolez deux tubes de fer blanc dèfigncs par A & B, fig. 46, pl. 8 , en forte qu’ils foient en ligne droite , & écartés d’environ fix lignes ; fufpende£ au bout le plus éloigné de chacun une paire de boules de liège i approche£ du milieu de A le tube de verre frotté y & le tenant un peu de temps , à la difiance de quelques pouces , vous verre^ chaque paire de boules fe féparer ; écarteç le tube y & les boules de A s’uniront & fe repoufferont encore lune l’autre ; mais celles de B en feront à peine affectées : par l’approche du tube frotté 9 tenu fous les boules de A , leur répulfion fera augmentée i mais fi le tube efl porté de la même manière vers les boules de B , leur répulfion diminuera»
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- de FÉleSricitii üj
- S Dans la cinquième expérience ,fig. 4b t 5> pl- 8, il eft à préfumer , dit M. Canton , » que la provifion commune de matière „ éleélrique dans le tube de fer blanc, eft ,, raréfiée vers le milieu & condenfée aux » extrémités par la vertu répulfive de i) l’atmolphère du tube de verre frotté , ,, quand on l’en approche ; & peut-être j, le tube de fer blanc perd-il quelque choie ), de fa quantité naturelle de fluide élec->, trique , avant d’en recevoir du verre , j, attendu que ce fluide doit être plus prêt ,, à fortir par fes bouts & fes bords qu’à j, entrer par le milieu ; & par conféquent j, lorfque le tube eft écarté j & que le s, fluide eft derechef également répandu j, dans tout l’appareil, on trouve qu’il eft ÿ, éle&rifé négativement ; car le tube frotté ^ j, porté fous les boules, augmente leur „ répulfion. »
- « Dans la fixième expérience, fig. 46, pl. 8, une partie du fluide tirée du tube' j, de fer blanc entre dans l’autre : ori conçoit qu’il eft éleélrifé pofitivement j
- Q *
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- zi6 Nouveau Mlcanifme
- „ par la diminution de la répulfion des „ boules, à l’approche du verte frotté. » D’après quel principe M. Canton peut-il fuppofer que le fluide éleftrique du tube d’étain foit raréfié dans fa partie moyenne, & condenfé à fes extrémités p«r la vertu répulfive de l’atmofphère du tube de verre frotté ? Une portion de fluide éle&rique du verre doit pénétrer dans les pores du tube , & n’en chaffer à travers lès bouts qu’une quantité égale ; la condenfation du fluide fortant & la raréfaflion de celui qui occupe le milieu de ce tube finit donc imaginaires. Si le tube de fer blanc ne peut perdre un atome de fa quantité naturelle de fluide éleftrique dans cette expérience, fans qu’il ne la récupère, en confervant dans fes pores une portion égale du feu fura-bondant du tube de verre ; quand on éloigne celui-ci de l’autre, les boules ne peuvent que fe rapprocher, & enfuite ne point s’écarter : cette conféquence eft de rigueur dans la théorie du plus & du moins , pour que la loi d’équilibre fur laquelle elle repofe ne foit point violée.
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- L’explication de la’ fixième expérience , fig- 46 ,pl. 8, pèche, en ce quelle fuppofe qu’une portion de la quantité naturelle du fluide éleflrique du tube A peut bien entrer dans le tube B , à l'approche de celui de verre frotté ; mais ne peut y revenir, lorfqu’on éloigne celui-ci du premier , comme fi les conditions n’étoient pas égales.
- Toutes ces contradiflions difparoiffent dans l’application de mes principes aux phénomènes que préfentènt ces deux expériences. Dans la cinquième , fig. 45 , le fluide éleftrique du tube d’étain, réagiffant contre celui de verre, lance de fon côté des rayons centripètes & des rayons centrifuges fur tout le refte de fa furface ; ce tube, ainfî que les boules qui pendent à un de fes bouts n’ont que des centres de réaclion : & comme les rayons qu’il darde font prefque par-tout homogènes , on conçoit que les boules doivent fe repouffer à une diftance d’autant plus grande que le tube de verre eft porté plus près de fa furface.
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- Mais fi l’éleétricité du verre eft très-forte, il peut arriver que les rayons centrifuges qui s’échappent des fils de Unà travers les pointes qui s’y forment, détonent & changent les centres de réaSion des boules , ainfi que ceux du tube de fçr blanc, en centres £ action , comme je l’ai expliqué dans l’éleârifation de la bouteille de Leyde ifolée au conducteur ; dès-lors elles jouilTent ainfi que le tube qui les foutient, d’une force éleétrique centripète qui ne peut le manifefter qu’après que l’appareil éleétrique eft entièrement dégagé de i’atmofphère du tube de verre.
- Le changement des centres de réaSion en centres dtaction, dont je viens de parler, doit avoir lieu dans la fixième expérience, fig. 46, pour les tubes A & B, avec cette différence , que le premier relie éleétrifé à la force centripète, & le dernier à la centrifuge. La caufe de cette différence doit être attribuée à l’impreffion plus vive que le fluide éleétrique du tube de verre fait fur celui de A, qui, dansfes détonations
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- partielles, devient centripète, tandis que B, dont le fluide éle&riquc^fe trouve animé par celui de A , en détonant de la même manière, ne peut que devenir centrifuge en fa préfence ; ainfi, en portant le tube de verre fous les boules de A, elles doivent s’écarter, & celles de B fe reflerrer.
- SEPTIÈME EXPÉRIENCE.
- Placez le tube de fer blanc , avec une paire de boules à l’un de fes bouts, à trois pieds au moins de toutes les parties d’une chambre ; rende[ l’air très-fec ,par le moyen du feu ; éleSrife^ b appareil à un degré confidérable > enfuite touche^ avec le doigt ou avec quelqu autre conducteur , le tube de fer blanc , les boules continueront cependant de fe repouffer l’une l’autre , mais non pas à une aufft grande diflance qu auparavant Pair qui environne b appareil, à la dif-tance de deux ou trois pieds, eft fuppofé contenir plus ou moins de feu électrique que fa part commune, félon que le tube de fer blanc eft électrifé pofiùvement ou négad-
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- vement ; & quand il eft très-sec, il ne rejette pas ce quj^l a de plus , ni ne reprend pas ce qui lui manque aujjji promptement que le tube de fer blanc ; mais il peut continuer d’être éleSrifé pendant un temps conjîdcrable , après qu’il a été touché.
- Dans cette expérience, l’air qui environne l’appareil électrique à la diftance de deux ou trois pieds, ne contient ni plus ni moins de fluide éleftrique, que les couches qui en font le plus éloignées, lorfque le tube eft éleétrifé à la force centrifuge ou centripète i ainli, ce n’eft pas à caule qu’il ne rejette point ce qu’il a de plus, ou qu’il ne reprend pas ce qui lui manque auflï promptement que le tube de fer blanc, que celui-ci continue d’être élec-trifé allez long - temps après qu’il a été touché. La çaufe de ce phénomène rélide dans l’efpèce d’ifolement où fe trouvent les perfonnes qui touchent le tube ; en effet, l’air ne peut être très-fec que le parquet ou les carreaux ne le foient auffij ils deviennent donc de mauvais condue-
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- teurs, ou plutôt ils ne mettent point en oppofition le fluide éleftrique du r. c. avec celui du tube ; de là vient que la petfonne qui le touche ne fait qu’affoiblir fon centre d’action, & que les boules continuent encore à fe repoufler quelque temps après en avoir retiré le doigt. La caufe de ce phénomène eft fi bien celle que je viens d’aflîgner, qu’il fuflit d’humefter tant foit peu la femelle de fes fouliers, pour déféleftrifer complètement le tube, ou de fè mettre en communication, au moyen d’une chaîne ou d’un fil de fer , avec le plancher de l’appartement voifin.
- HUITIÈME EXPÉRIENCE.
- Ayant fait le vide de Toricelli, fur la longueur <fenviron cinq pieds, de la manière expliquée dans les Tranfaélions Philofo-phiques, ( vol. 47, pag. 370 ), fi on en approche affe{ le tube , on verra une lumière dans plus de la moitié de fa longueur ; elle s'évanouira bientôt fi on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoitra à mefure
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- qu'on tavancera davantage ; on peut répéter la même chofe plusieurs fois fans frotter le tube de nouveau.
- « Cette expérience peut être regardée,
- dit M. Canton , comme une efpèce de „ démonftration oculaire de la vérité de „ l’hypothèfè de M. Franklin , que quand „ le fluide électrique eft condenfé d’un „ côté*d’un verre mince, il eft repouffé „ de l’autre, s’il ne trouve pas de réftf-„ tance. On fuppolë en conféquence, qu’à „ l’approche du tube frotté, le feu eft „ repuuffé de la furface intérieure du verre ,, qui entoure le vide , & emporté au „ travers des couches de mercure; mais ,, on fuppofe qu’il revient à mefure qu’on ,, écarte le tube. »
- Cette expérience, en effet, prouve que le fluide électrique de la demi-épaiffeur interne du tube de verre , comprimé par celui de la demi-épaiffeur externe, franchit lès pores pour pénétrer dans le mercure qui en rend au tube une quantité égale ; mais comme la circulation de çe fluide fe fait
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- entre deux corps hétérogènes, purgés d’air, le vide s’établit prefque auffifôt, & les rayons en oppofition qui détonent, rendent le fluide très-lumineux. Le tube , après une traînée de détonations, fe trouve éleétrifé aux deux forces s la preuve en eft, que l’on peut reproduire le même phénomène lumineux , en portant la main fur fa furface, & en détruifant les centres d'action qui s’y font formés} ainfi , cette expérience , préfentée par M. Canton , comme offrant une démonflration oculaire de la vérité de l’hypothèfe de M. Franklin, rentre dans la claffe des autres que je viens d’analyfer, & confirme les nouveaux principes fur lefquels j’établis le mécanifme de l’éleâricité.
- . NEUVIÈME EXPÉRIENCE.
- Qu’on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire de deux pieds & demi de long, & denviron un pouce de diamètre ; frotte£ le tube de verre , traine^-le fur une des moitiés du bâton de cire, puis en le
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- tournant un peu autour de fon axe, frotte{ encore le tube de verre 6 trainey-le fur la même moitié ; répété£ cette opération plu-fieurs fois ; cela fait, cette moitié du tube de cire détruira la force répulfve des boules cleiïrifées par le verre , & l’autre moitié faugmentera.
- « Il paroît par cette expérience que la ,, cire peut être auffi éleélrifée pofitive-„ ment & négativement, & il e<l probable „ que dans tous les corps quelconques, „ la quantité de fluide éleflrique qu’ils „ contiennent peut être augmentée ou dimi-„ nuée. J’ai oblèrvé par un grand nombre ,, d’expériences, que certains nuages font „ dans un état pofitif d’éleftricité, d’autres „ dans un état négatif ; car les boules-„ de liège qui en font éleftrifées fe ferrent „ fouvent à l’approche d’un tube frotté, & „ d’autres fois s’écartent à une plus grande „ diftance. J’ai vu arriver cette variation „ cinq ou fix fois en moins d’une demi-„ heure , les boules fe réunifiant chaque „ fois, & reliant en contaft quelques
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- „ fécondés avant de fe repouffer de nou-„ veau l’une l’autre. On peut même dé-„ couvrir aifément , avec une boureiile ,, chargée , fi ce feu éleftrique eft tiré „ de l’appareil par un nuage éleftrifé po-„ fitivement; & de quelle manière que „ ce nuage foit éleftrifé, foit qu’il donne ,, de fon plus, foit qu’il reprenne fubi-,, tement ce qui lui manque , l’appareil ,, perdra fon éleélricité ; ce qu’on a effec-„ tivement obfervé qui arrive fouvent à „ la fuite d’un éclair : cependant, quand „ l’air eft bien fec, l’appareil continue „ d’être éleftrifé pendant dix minutes ou „ un quart-d’heure après que les nuages ont „ paffé le zénith, & quelquefois jufqu’à „ ce qu’ils paroiffent à plus de moitié „ chemin vers l’horizon : la pluie fur-„ tout, quand les gouttes font greffes , „ fait communément defeendre le fluide „ éleftrique, & la grêle en été n’y manque „ jamais, à ce qu’il me femble. »
- La cire, comme tous les autres corps idio-éleclnques, eft fufceptible de recevoir
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- ’îig Nouveau Mêcanifmé par communication les deux forces électriques oppofées, & de les conferver pen-dant un temps plus ou moins long. J’ai prouvé que ces deux forces féparées ou réunies dans les mêmes corps, n’avoient point pour caufe l’augmentation ou la diminution de leur fluide éleélrique propre y mais la direôion différente des rayons que ce fluide darde dans l’intérieur de ces corps & dans l’efpace, à travers un nombre plus OU moins grand de pores. Ainfi, dans cette expériencè , le bâton de cire dont le fluide éleélrique eft mis en mouvement par celui du tube de verre fortement éleétrife, que l’on fait gliffer fur une de fès moitiés, détone en partie contre le tube & en partie contre la main qui eft appliquée fur l’autre moitié, & qui la met en communication avec le r. c. ; cette moitié doit donc être centripète , tandis que l’autre eft centrifuge , & la première ne peut & ne doit lancer des rayons électriques dans l’efpace , que lorfque la fécondé n’en darde plus elle-même, en forte que pour faire
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- téulîlr la féconde partie de la neuvième expérience de M. Canton, il faut non feulement placer au-deffus des boules élec-trifées par le verre , la moitié centripète du bâton de cire, mais envelopper l’autre avec la main ou tout autre corps con-dufteur.
- Les obférvations que ce Phyficien a eu occalion de faire fur les nuages orageux, tantôt pofitifs , tantôt négatifs , celles mêmes du Doéteur Franklin fur les nuages qui paffent fucceflivement à l’un & à l’autre de ces états , ont été confirmées par un trop grand nombre de Phyficiens, pour qu’on puiffe les révoquer en doute. Mais les explications de ces phénomènes céleftes portent l’empreinte vicieufè des principes fur lefquels le maître & le dit ciple les appuient.
- Suppofons qu’il exifte dans la région du ciel la plus élevée, un grand nuage éleQrifé à la force centrifuge, un fécond nuage pouffé par le vent peut paffer fous le premier & être pénétré par fon atmof-
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- phère : il fe forme auffitôt dans celui-ci un centre de réaction ; il darde du côté du nuage centrifuge des rayons centripètes, & vers la terre des rayons Centrifuges l’appareil éleélrique qui les reçoit, ma* nifefte le ligne d’éleâricité poftive ou centrifuge.
- Le fécond nuage n’eft cependant point éleétrifé, quoique l’appareil fur lequel il agiffe le foit ordinairement ; il faut un grand coup de tonnerre pour convertir Ion centre de réaction en centre £ action ; l’air fubitement ébranlé par l’effort répullîf des deux nuages , peut les écarter , en pouffer un fur la crête d’une montagne , lâns pourtant que leurs immenfes atmof-phères ceffent de le comprimer : li un fécond coup de tonnerre fe fait entendre , la détonation s’eft effeétuée entre les rayons du nuage éleélrifé par communication & ceux du pic qu’il domine ; fon centre £ action eft détruit, mais il en a pris un autre entièrement oppofé à fa caulê originelle. Les nouveaux rayons qu’il lance font
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- de l’Êleftncité.
- font tous dirigés fur le premier nuage ; lî de nouveaux tourbillons le tranfportent ou le font repaiTer fur le même appareil éle&rique, les boules centrifuges fe reffer-reront bien vite, pour fe repoulfer derechef 8c manifefter le grand changement d’ëleéfricité qui s’eft fait en lui. Les coups de tonnerre les plus violens font ceux qui ont lieu entre des nuages animés de forces électriques oppôfées , qui fe choquent, s’af-foibliffent ou fe déttuifent ; 8c le rapprochement fubit des molécules d’eau quelles tenoient en répulfron , les convertit eu torrens qui inondent la terre»
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- Nouveau Micanîfme
- SECONDE SECTION.
- En parcourant le journal de Cliymic, de Phyfique & d’Hiftoire naturelle , de Décembre 1794, j’y ai trouvé l’expofition fuccinéte de quelques notions élémentaires fur l’Éleélricité & le Magnétifme, pour fervir d’introduélion à la théorie du Cit. Coulomb , relative à ces deux fciences.
- Ce Phyficien eftimable n’a pas plus compté que moi fur l’éleftricité négative ; il a préféré d’en attribuer les effets à une caufe pofitive. Para du Fanjas manifefte la même opinion dans fon Traité complet de Phyfique , & il eft le premier, je penlè, qui ait preffenti la décompofition du fluide éleftrique en deux parties, & qui ait attribué le phénomène de la commotion à la violence avec laquelle elles tendent à fe réunir pour fe naturalifer.
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- de ÜÊleçlrlclti. 43 |1
- Mais il y a loin de cet apperçu à la théorie lumineufe du Cit. Coulomb , Ik que de difficultés n’a-t-il pas eu à vaincre pour la faire coïncider avec tous les phénomènes éleéhiques ? Si cette théorie eût été connue dans le temps oit je faifois mes premiers eflais d’éle&ricité dans la curation de quel-? ques maladies nerveufes très-graves, je m’en fufle contenté ; les effets falutaires que j’en ai obtenus pouvoient être également produits par l’aflion de l’un & l’autre fluides fur le fenforium , & en recevoir une explication plaufible.
- La décompofttion de l’air qui a pafle jufqu’à Lavoifier, pour un fluide homogène, donne l’efpérance qu’un jour peut-être ou opérera fur le fluide éleélrique avec autant de fuccès ; alors la théorie du Cit. Coulomb volera de fes propres ailes , parce quelle acquerra tout le degré de certitude qui lui manque.
- En attendant la découverte d’un procédé aufli heureux, je n’ai pas cru devoir fup-primer mes conjectures fur la manière d’agk
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- Nouveau Mécatàfme
- d’un fluide unique & indéeofflpofé, dans la produftion des phénomènes éleftriqueS du verre & de la réfine, & des rapports qu’elle peut avoir avec les effets du fluide magnétique ; on jugera fi ces conjeftures offrent dans leur développement plus de difficultés à aplanir, que la théorie du Cit. Coulomb , qui me plaît trop pour la combattre.
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- de FÈleSricitc.
- CHAPITRE PREMIER.
- PRINCIPES.
- i.°L’aimant naturel doit être confidéré comme un corps dont le fluide fubtil, mis en mouvement par une caufe inconnue , s’échappe de lès pores en rayons divergens dans l’efpace, tandis qu’un fluide de même' nature y entre fous la forme de rayons convergens.
- x.° On obferve dans l’aimant A, fig. 4y, pl. g, deux pôles qui produifent des effets oppofés ; le fluide magnétique en fort donc par des pores hétérogènes ; leur diverfité eonftitue le mécanifme des forces qu’il exerce.
- j.° Je foppofe que le pôle nord N, fig. 4J ,pl. g, lance fon fluide magnétique à travers un tiers de fes pores, & que celui de l’efpace EE y entre par les deux autres-tiers ; comme les rayons du premier fe meuvent avec une vîteffe double , ce pôle S i
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- tj4 Nouveau Mécanifme
- reçoit autant de fluide magnétique qu’il
- en perd.
- 4.0 Le pôle fui S, fig. 47, darde fon fluide magnétique MM par les deux tiers de lès pores, & en reçoit de l’elpace E par l’autre tiers : les rayons que celui-ci conflitue ayant une vîteffe double, com-penfent exa&ement la quantité de ceux qui s’en échappent.
- 5.0 Les forces magnétiques dechaqu epôle font égales entre elles, quoique les courons qui les conftituent foient inégaux entre eux ; la malTe étant compenfée par la vîteffe , & celle-ci par la maffe.
- <5.° 11 n’exifte qu’un centre £ action dans l’aimant, quoiqu’il lance des rayons par des pores hétérogènes; la force dont il jouit ne diminue point par la communication , & ce centre n’eft pas circonfcrit j car fi l’on brife un aimant, il fe manifefte dans toutes fes parties, puifque chacune d’elles pofiède les deux forces qui le caraftérifent. -
- Le mécanifme du magnétifme & de l’éleélricité fe reffemblant à beaucoup
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- de rÉlectricité. ijj
- d’égards , il doit exifter plufieurs rapports dans leurs effets ; ainfi , d’après la difpo-fition particulière des rayons qui fortent de l’aimant & de ceux qui y entrent, je puis appeler la force de fes pôles , magnétique centripète & centrifuge.
- CHAPITRE IL
- ATTRACTION MAGNÉTIQUE.
- Le fluide magnétique ne fe meut point à une auffi grande diftance que l’éleôrique, il ne s’appuie point fur l’air comme ce dernier ; & les expériences faites dans le vide prouvent que la force attfaftive de ' l’aimant ne fouffre pas de la fouftraétion, tandis que celle des corps éleétrifés y périt prefque toute entière. L’attraflion magnétique , foumife aux mêmes lois que l’électrique , ne dépend donc pas , comme elle, de la réliftance oppofée par l’air au fluide fubtil qui s’échappe de la partie poftérieure des corps ; cette caufe, affez puiffante pour faire voler une balle de moelle de fureau
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- îjâ Nouveau Me'canifme à la furface d’un conduffeur, n’agi» point de la même manière fur là balle de fer que l’aimant attire : elle eft incapable de produire l’adhéfion qui triomphe de fa pefan-teur abfolue, & la tient fûfpendue par l’un de fes pôles.
- Il faut donc chercher dans le fluide magnétique lui-même la force qui, unit le fer à l’aimant, & l’on ne peut la trouver que dans fon affinité avec cette fubftance. Cette affinité eft fatisfaite dans le fer , lorfi qu’il contient toute la quantité de fluide magnétique qu’il peut recevoir ; mais la force attractive commence à fe manifetter entre l’un & l’autre, quand, par une caufe quelconque, une partie de ce fluide s’en échappe.
- Deux lames de fer D D ,fig. 48, pi. 9, font placées à une petite diftance , il lçur manque à chacune une molécule de fluide magnétique ; eii fuppofant qu’elle occupe le point central de lçlpace O qui les divife, attirée également par l’une & l’autre , elle reftera immobile •, mais les lames marcherons
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- Je P Électricité. . 137,
- d’un pas égal fur elle , fi leur pefanteur abfolue peut être vaincue par fa force attractive. Cette molécule magnétique eft donc la fubftance intermédiaire qui fait adhérer les deux lames de fer par leurs furfaces ; & la chymie préfente une foule de corps qui ne s’attirent que par une a<Enité femblable.
- Imprimez le mouvement magnétique au fluide fubtil, enfermé dans les pores d’une de ces lames B, fig. 49 ,pl. 9, il fe communique auffitôt à l’autre A ; les rayons centrifuges & centripètes qu’elles s’envoient fimultanément, développent la force attractive de leurs parties intégrantes pour les molécules de ce fluide, les lames vont à leur rencontre avec infiniment moins de vîteflè que celles-ci volent à elles; l’adhé-fion qu’elles contrarient eft proportionnelle à la grandeur des furfaces par lefquelles elles fe touchent, & à la rapidité avec laquelle ce fluide circule dans leurs pores refpe&ifs.
- On peut juger de la force <Taffinité qui exifte entre les parties intégrantes du
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- £38 Nouveau Mécantfme fer & le fluide magnétique, par la force qu’on eft obligé d’employer pour vaincre leur cohéfion ; un aimant artificiel du poids de deux onces, porte communément un morceau de fer qui en pèfe huit ou dix. Cette force d’affinité dépend fi bien de l’irradiation du fluide fubtil de l’aimant & du fer, de fon mouvement circulaire dans leurs pores refpeétifs, qu’on peut la détruire en arrêtant ce mouvement, & anéantir la cohéfion qui en eff l’effet immédiat, comme nous le prouverons par l’expérience, lorfque nous parlerons de la répulfion magnétique.
- Si l’attraélion magnétique n’a pas pour caufe la réfiftance de l’air, ( comme l’électrique ), & qu’il faille l’attribuer uniquement au libre exercice de cette force daffinité qui fubfifte entre le fluide magnétique & le fer ; celle que manifefte l’aiguille aimantée pour les pôles nord & fud de la terre ne peut avoir la même caufe; elle me paroît indiquer que le noyau de notre globe eft dans un état permanent
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- de rÊleSriciti. ijÿ
- de magnétifme. Suppofons, en effet, que la globe G, fig. io, pl. g, lance dans l’efpace le fluide magnétique qui lui eft propre par un tiers des pores de fon hémifphère boréal N, & par les deux tiers de fon hémifphère aufiralS ; l’impulfion ainfi établie, il eft inconteftable que les doubles rayons MM du pôle fud de l’aiguille aimantée A, fig. 4J, rencontrant ceux de l’efpace EE, fig. io, qui entrent dans le pôle nord de la terre G , doivent les repoufler & en être repouffés ; mais ce mouvement rétrograde étant réfléchi fur le centre T qui les lance , fig. 4P, fait tourner l’aiguille fur fon axe, & ne lui permet de prendre une afliette tranquille, qu’autant que fes deux pôles fe placent dans la direftion de ceux de la terre.
- Quoique l’aiguille aimantée obéifle à l’impulfion du fluide magnétique de l’e£ pace, lorfqu’elle eft en équilibre fur fon axe, il ne faut pas croire que la force dont elle jouit ne puiflë vaincre la réaélion de ce même fluide & fe conferver dans
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- 140 Nouveau Mêcanijhie toute autre dire&ion ; le centre d’aSlon qui lui eft propre étant proportionnellement plus fort que celui de la terre, elle fe forme une atmofphère particulière, en changeant le courant du fluide magnétique dont elle eft environnée , & ne perd rien de là vertu, quoique lés pôles lé trouvent dans une oppofition forcée avec ceux du globe terreftre.
- La différence qui exifte entre les caulés de l’attraéHon éleftrique & magnétique , n’en établit aucune dans leurs effets ; la variété que l’on ohlérve entre eux dépend uniquement de la nature particulière dex fluides, & de la force avec laquelle ils fe meuvent ; j’en appelle à l’expérience fuivante.
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- de L’Electricité. 241
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE.
- Suspendez à un fil délit une petite laüe de fer x , fig. 51, enduite <1une couche légère de cire cCEfpagne ; approcheq de fa furface le pôle A. d’un aimant; il L'attire, comme un conducteur éleSrifé attire une balle de moelle de fureau ifolée à un fil de foie b plongée dans fa f/Shère déactivité : mais au moment où la balle de fer commence à vaciller devant le pôle aimanté, porte^ lentement contre fa partie pôfiétieure le bouton C d’une clef, la balle fait un mouvement rétrograde pour s y attacher, & ne le quitte que lorfquon en éloigne le pôle aimanté.
- Le même effet a lieu avec la balle de moelle de fureau, en préfence du con-dufteur; celle-ci, après avoir touché le doigt qui lui eft offert, part comme un trait & vole à fit furface ; l’autre adhère conftamment au bouton de clef, quoiqu’on avance l’aimant tout près de fa furface : nous parlerons de la caufè de cette différence dans le chapitre fuivant.
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- Î4* Nouveau Micanifme
- N’eft-il pas fïngulier que la cire d’Ef-pagne, qui forme une couche légère fur la balle de fer, empêche celle-ci de oon-ièrver un centre magnétique? quelle peut en être la caufe? je ne la vois pas. L’armure de l’aimant, fans "aucun enduit, eft dans le même cas : ainli la cire n’y contribue en rien ; c’eft vraifemblablement la qualité du fer qui a des pores trop ouverts.-
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- de F Electricité.
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- CHAPITRE III.
- RÉPULSION MAGNÉTIQUE,
- La répulfion magnétique s’exécute de la même manière que l’éleftrique ; elle dépend comme elle de l’oppofition qui fe forme entre des rayons homogènes , & qui fe meuvent avec allez de vîteffe, pour triompher de la pelànteur abfolue des corps dont les pôles de même nom font dirigés les uns vers les autres.fig. il, pl.g, Plufieurs Auteurs ont penfé que la répulfion magnétique étoit moins forte que l’attraftion ; Mitchel, en reftifiant leurs expériences, prouve qu’elles font égales entr’elles, & que ces phénomènes croiffent & décroiffertt en raifon inverfe dqs quarrés de diftance des deux pôles.
- La rencontre des rayons magnétlq. homogènes HHHH,fig. il, qui fe meuvent avec la même vîteffe, eft la caufe pour laquelle leurs molécules fe repouffent également fur
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- 244 Nouveau Mécanifme le centre et activité qui les lance ; & fi l’un dès corps eft plus pefaht que l’autre, le plus léger doit rétrograder davantage ; mais fi l’on vient à établir un contaél forcé entre eux, il ne fe Forme aucune adhéfion à leurs furfaces. Le même effet a lieu pour lés corps éleftrifés, avec cette différence que quelque inégalité qu’il y ait entre la force de leurs centres , l’efpèce d’éleôricité dont ils jouiffent ne change pas; au lieu que le pôle aimanté le plus foible prend un nom différent , par le nouvel ordre de rayons qu’il lance. Comme il n’y a point de déplacé, ment de fluide magnétique entre les corps, , dont on met en préfence les pôles de même nom, l’affinité du fer avec le fluide magnétique eft fâtisfaite, ils ne doivent donc pas former d’adhéfiûn; mais fi le centre magnétique d’un de ces corps eft plus fort que l’autre, & qu’on s’oppofe à leur répulfion, au moment ou peu avant le contaft, il s’établit entre eux une circulation de fluide magnétique, & l’affinité fe manifefte. Voy. k h' t>3> pl-9'
- SECONDE
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- de l’EléSricité. 145
- SÈCOKDE EXPÉRIENCE.
- Suspendez deux baltes de moelle de fureau à des fils de foie blanche & sèche, de forte qu elles foient au même niveau , & fe touchent ; porte^ fous ces balles le crochet d’une bouteille chargée , elles fe repouffent par la rencontre des rayons homogènes qui s’échappent de leurs parties latérales. Répète£ cette expérience avec de petites balles BB de fer, fig. 54,6" fui fil tuer au crochet de la bouteille le pôle d’un aimant A ; vous obtiendrez le même effet par la même caufe : ainfi la répulfion magnétique & l’é-leclrique s’opèrent par un mécanifme fem-blable.
- TROISIÈME EXPÉRIENCE.
- Portez à trois lignes du pôle d’un aimant, la tète d’une aiguille à coudre ; elle prend auffttôt deux pôles. Metieq-la en équilibre fur le verre d’une montre, la tète efi attirée par le pôle qui l’a aimantée , tandis que la pointe en efi repouffée ; faites
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- *4$ Nouveau Micanifme toucher la pointe de Vaiguille au pôle qui a aimanté la tête ; fon magnêtifme efl changé; le pôle qui, dans la première expérience, aitiroit la tête, la repouffe dans cette demifg.
- QUATRIÈME EXPERIENCE.
- Faites toucher une aiguille aux deux pôles d’un aimant ; la tête au pôle fud, & la pointe, au pôle nord. Sufpende£ cette aiguille à un anneau de fer par fa pointe , & porter Jur le haut de l’anneau le pôle nord de l'aimant , l’aiguille tombe auffitôt : en répétant trois ou quatre fois la même expérience , vous verrez l’aiguille abandonner l’anneau , quand le pôle nord de l’aimant fera, à trois ou quatre lignes de fa furface.
- Cette expérience prouve non-feulement la répulfion magnétique entre les pôles de même nom ; mais elle démontre encore que le plus, fort affaiblit, le plus foible.
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- de l’Electricité.
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- CHAPITRE IV.
- centre Exaction magnétique,,
- Le centre d’action magnétique a les plus grands rapports avec le centre de réaSion électrique, ils lancent l’un & l’autre des rayons à travers des pores hétérogènes ; mais le dernier seteint, au moment où les corps dans lefquels il fe développe , ceffent d’être plongés dans l’atmofphère d’un condufteür éleftrifé, tandis que le premier conferve toute fon aftivité loin du corps magnétifé qui l’a fait naître.
- U n’eft cependant pas impoffible de con-ferver quelques inftans le centre de réaction électrique dans certains corps, & de leur procurer deux pôles qui ont des effets différens ; l’expérience fuivante en fournit la preuve.
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- 248 Nouveau Mécantfme
- CINQUIÈME EXPÉRIENCE.
- Imprimez une tache noire fur Vhémifi phère (Tune balle de moelle de fureau, fuf pendue à un fil de foie blanche , chauffe£ cette balle fur des charbons ardens , & pré-fentes-la enfuite à un bâton de cire d.'Ef pagne frotté , avec la précaution de mettre le point noir en contaü avec la cire , & de la fixer en tenant le fil un peu tendu ; lorfque vous appercevreç la balle vaciller fur le bâton , enlevé^-la, & tranfporte^-la hors de Jon atmofphère : approche% alors le bâton, de cire près de fon hémifphère oppofé ; vous verre^ la balle tourner fur elle-même pour offrir Vhémifphère taché, fe diriger de fon côté, le fuivrè dans tous fes mouvemens, comme Vaiguille d'une bouffole obéit au pôle oppofé d’un aimant , & le fuit dans toutes fes dire clions, en tournant fur fon axe.
- Mais, pourquoi le centre d'action magnétique fnbfifte-t-il par lui-même, tandis que lele&rique qui luireflemble difparoît aufîi-tôt que les corps font retirés de l’atmofphè^
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- des conduéleurs? ne croiroit-on pas que le fluide magnétique, plus fubcil que l’é-leflrique, n’éprouve aucune réfiftance de la part de l’air, & que fon aftion toujours entretenue par l’affluence des rayons de l’efpace , doit continuer quand celle du centre de réaction électrique s’évanouit ?
- Le fluide éleftrique en mouvement dans un corps, agit fur celui des autres corps, & lui imprime l’efpèce de mouvement dont il eft agité ; le fluide magnétique jouit de la même vertu, mais l’expérience démontre que le centre d’action du premier s’affoiblif par la communication , tandis que celui du dernier ne perd rien de fa force. On trouvera la caufe de cette différence dans la nature particulière des deux fluides, dans la vîteffe qui les anime affez grande dans l’éleftrique pour opérer le vide d’air qui ifole fes rayons , pour les réunir en maffe, les mettre en oppofition avec d autres rayons, & les arrêter par la détonation, en affoibliflant l’aftivité des centres qui les lancent de part & d’autre ; au contraire,
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- j, 5 o Nouveau Mécanifme les rayons magnétiques gliflent fans cefle les uns à côté des autres, & ne fe choquent jamais, à moins que les pôles, à travers defquels ils s’échappent ne foient de même nom; dans ce cas, l’aimant te plus foible détruit dans le plus aftif une force égale à la fienne,& contraéle de nouveaux pôles : & c’eft encore ici un nouveau rapport entre l’éleflricité & l’aimant.
- On dit que le fluide magnétique n’agit que fur le fer , parce que L’aimant n attire que le fer, & que le fluide éleétrique produit cet effet fur tous les corps ; c’eft une erreur occafionnée par le défaut d’attraêfion entre l’aimant & tout ce qui n’eft pas fer. Si ma conjefture fur la caufe de ce phénomène eft vraie, on voit que la même aflinité peut bien ne pas exifter entre le fluide magnétique & les parties intégrantes des autres corps, & que l’aimant peut agir fur celui qui leur eft propre fans les attirer. Le défaut d’attraftion entre l’aimant & tout ce qui n’eft pas fer, n’eft donc pas une preuve que le|fluide|particulier de ce mi-
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- de F Électricité. J ^ j
- itérai n’agiffe pas fur celui qüi eft fans doute contenu dans tous les corps ; & comme ils ne font point un obftacle à là force avec laquelle il attire le fer , je penfe que fon fluide les pénètre avec la même facilité que l’air , qu’il ne le forme confé-quemment pas en eux de centre d’action , autrement ils pourroient les conlèrver , & s’attirer comme l’aimant attire le fer.
- Puifque le fer eft le feul corps dans lequel il s’établit un centre faction magnétique , il eft probable que le fluide fubtil qu’il renferme, y trouve des points d’appur fuffifans pour réagir, & qu’il ne s’échappe au dehors qu’autant que là force attractive eft vaincue par une force fupérieure , en cédant fa place aux courans qui le compriment. L’adhéfion du fluide magnétique avec les parties intégrantes du fer eft bien fupérieure à celle du fluide électrique dans ce métal & les autres corps condu&eurs ; de là vient, fans doute, que l’impulfion qu’il reçoit à l’une des extrémités d’une lame d’acier, nefe propage pas également,
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- j, 5? Nouveau Micanifme
- Si que dans fa réa&ion il lance des rayons plus forts, à travers les pores de celle que l’aimant a touché,
- SIXIÈME EXPÉRIENCE.
- Mettez en contact la pointe et une ait guiUe avec le pôle etun aimant, & porteç- la enfuite fur la tête ctune autre aiguille ; elle f enlève : effaye% d’obtenir le même effet avec fa tête ; elle ne manifejle pas le moindre figne dattraction : on diroit que cette vertu imprimée à l’aiguille par taimant ejl entièrement bornée à ta partie qu’il a touchée.
- Cependant cette aiguille a deux pôles qu’il eft aifé de reconnoître, en la mettant en équilibre fur le vetre d’une montre, & en préfentant à la tête le pôle qui a aimanté la pointe ; il la repouffe au lieu de l’attirer.
- Cette différence remarquable entre la force attractive de la pointe & de la tête de l’aiguille ainfî aimantée , indique que fon centre dtaction eft beaucoup plus près de la première que de la féconde, puifqu’il
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- de l’Électricité. îjj
- ne lance que des rayons très -foibles de cette dernière, incapables de vaincre par leur aatra&ion , la pefanteur de l’autre aiguille. Faites toucher la tète de l’aiguille magnétifée à l’autre pôle de l’aimant ; les rayons centripètes qui en partent, excitant la réaftion de fon fluide magnétique propre, la rendent égale dans toute fon étendue ; le centre d activité magnétique (è place au centre de l’aiguille, .& fes deux extrémités attirent auflï puiflamment l’une que l’autre.
- Si l’on portoit la tête de l’aiguille fur le pôle qui a aimanté la pointe, on établirait encore au centre de l’aiguille, le centre daction magnétique ; mais on affaiblirait celui de la pointe de toute la force que l’autre perdroit, & l’on communi-queroit à la tête de l’aiguille le même pôle ; car fes deux extrémités feraient également repouffées par l’autre pôle de l’aimant. L’aiguille, magnétifée de cette forte, ne fe dirige plus au nord & au fud; abandonnée îi elle-même, elle prend la diagonale , une de fes extrémités regarde indifféremment 1’ejl, & l’autre Youejl.
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- ïj4 Nouveau Mécanifme
- On peut encore donner le même pôle aux extrémités de l’aiguille , en touchant fa partie moyenne avec celui d’un aftoant, comme fi on vouloit ladivifer en deux ; le centre d'action étant placé à la même diftance de la tête & de la pointe, le fluide magnétiq. réagit par-tout avec autant de force , & lance dans l’elpace des rayons oppofés à ceux qu’il reçoit du pôle aimanté , excepté la partie fur laquelle il a été appliqué ; car dans cette expérience le pôle nord, efl: au centre de l’aiguille, fi l’on s’eft fervi du pôle fud pour l’aiçtanter , & celui - ci fe manifefte à fes extrémités. On peut s’aflurer de tous ces effets , en fufpendant l’aiguille à deux fils déliés, & en la tenant dans une fituation horizontale ; portez enfuite vis-à-vis la tête & la pointe, la tête fud d’une autre aiguille , elle les repouffe fortement ; approchez - la de fa partie moyenne, elle l’attire fenfiblement ; divifez l’aiguille en deux , chaque partie a un pôle nord&t fud.
- Deux corps aimantés , préfentés l’un à l’autre par des pôles oppofés, s’attirent de
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- de F Électricité. 15 j
- plus loin que s’il n’y en avoit qu’un feul dans cet état ; on obferve le même phénomène entre deux corps éleÊlrifés à des forces différentes ; les derniers, après le contaft, n’offrent plus aucun ligne d’at-raéfion {Sc de répullion , lî leurs forces font égales, ou bien l’excès fe partage entre eux & ils fe repouffent. Il n’en eft pas de même pour les premiers ; comme leurs rayons gliffent les uns à côté des autres, non-lèulement ils gardent dans le contaft toute leur vertu , mais fi l’un d’eux a un centre d’aSion plus vigoureux , il donne de la force au plus foible, fans rien perdre néanmoins de celle qui lui eft propre.
- Cet avantage que les corps aimantés pofsèdent fur ceux qui font éleétrifés, eft compenfé dans ces derniers par la propriété qu’ils ont de conferver la force qui leur eft propre, quand on furmonte la tendance qu’ils ont à fe repouffer, & qu’on les approche jufqu’à fe toucher ; la violence qu’on leur fait devient avantageufe au plus foible en nuifant au plus fort} mais elle
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- a$<J Nouveau Mécanifme eft toujours préjudiciable aux corps aimantés , & c’eft le moyen de leur faire perdre leur vertu, fi les pôles du même nom que l’on met en contaft ne font pas d’égale force, & de changer la direftion des pôles du plus fbible.
- SEPTIÈME EXPÉRIENCE.
- Faites toucher en même temps , fig. y 5, pl. 9 , les deux extrémités d’une aiguille L aux pôles d’un aimant A -, enleveç -la , changef la direSion de /es pôles , fig. 5 6 , & approche^ - les à trois ou quatre lignes de ceux de l'aimant qui refient à la même place. Si l’aiguille con/erve encore fa vertu magnétique , elle efl très-affoiblie , car elle ne peut plus enlever; le poids quelle portoit auparavant , & l’on peut ta détruire en. totalité, en faijîjfant le point d’approximation au-delà duquel, après avoir été réduite à qéro , elle contracte de nouveaux pâles.
- Je borne ici mes réflexions fur les rapports qui exiftem entre l’éleftricité & le magnétifme 5 ce qu’ils ont de commun.
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- dans leurs effets, indique que le méca-nifme de leur a&ion eft le même, & que la différence qui les Cara&érife dépend de la nature particulière des fluides qui les produifent & des caufes acceffoires qui les modifient. Rien ne prouvé plus, félon moi, cette nature particulière de l’un & l’autre fluides, que la facilité avec laquelle on peut établir dans le même corps un centre i'action électrique & magnétique, qui manifeftent leur exiftence par les effets qui leur font propres.
- HUITIÈME EXPÉRIENCE.
- PlAcBZ fur un pivot une aiguille aimantée , metteq l’appareil fur un ijoloir, 6r faites-le communiquer avec le conducteur t lorfque vous l’aureq éleürifê fujjÿamment , préfenteq de loin le pèle nord d’un aimant au pèle nord de l’aiguille ; elle eft repouffét & tourne fur fon axe ; ici la force magnétique l’emporte fur l’électrique. Prcfcnteq de nouveau au même pèle de cette aiguille le pôle femblable d’une autre aiguille magné-
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- If8 Nouveau Mécanïfnii tifée, qui repoufferoit lapremièrefi elle n était point électrifie ; elle avance fur elle, tourne fur fon axe pour la fuivre , détone & ejl enfuite repoujfée. La force électrique dans cette circonflance L’emporte vifblement fur la magnétique , St celle-ci ne produit fon effet qu autant que la première eft détruite.
- PROBLÈMES ÉLECTRIQUES A RÉSOUDRE.
- XJ n E lame de moelle de fureau , d’un pouce à un pouce & demi de longueur, fufpendué par fa partie moyenne à un fil de foie blanche St sèche,, prèfentée par lune de fes extrémités à un bâton de cire dtEf-pagne frottée,.eft attirée & promptement repoujfée ; fon fluide élpétriqué propre con-traéte auflitôt le mouvement éleétrique : il fe formeen elle un centre de réaction qui eft converti en centre d’action par la détonation.
- Après avoir détruit l’éleétricité de cette lame, chauffeq-la fur des charbons ardens, & prifenteq-la au bâton de cire frottée ,- le côté
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- de ? Électricité. Ijjj
- attiré adhère à fa fin-face : enlevef la lame avant qu’elle foit repoujfée , elle pofiède un centre de réaction qu’elle conferve quelques minutes ; & l’pn peut, à jufte titre, le comparer à un centre d’action magnétique par la dilpofition de fes rayons & les effets qu’ils produifent.
- L’extrémité de la lame qui a touché le bâton de cire , darde un rayon centrifuge dans l’elpace & en reçoit deux centripètes t le côté oppofé lance deux rayons centripètes, & en reçoit de l’efpace un centrifuge.
- Porte.[ le bâton de cire ddEfpagne vis-à-vis T extrémité centripète ; la lame tourne fur elle-même & préfente l’extrémité centrifuge; elle fuit le bâton de cire comme l’aiguille aimantée le dirige vers le pôle oppofé d’un aimant.
- N’eft-il pas fingulier que le centre de réaction électrique fublifte par lui-même, quelques minutes, dans la moelle de fureau échauffée, tandis qu’il s’y éteint, dans un état différent, fi on a foin de l’enlever avant la détonation.... quelle peut en être la caufe ?
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- i60 Nouveau Mécanlfmi
- Je me borne à faite obferver, i.° qüê l’extrémité (*) antérieure de la lame qui a reçu l’impreflion éle&rique du bâton de cire d’Efpagnée frottée , devrait être cUpouillée de fin fluide éle&rique propre , d’après les principes de Franklin ,• au contraire, elle en eft furchargée , car fi on lui préfente un corps éleélrifé par le verre, elle tourne fur elle - même pour offrir l’autre extrémité ; mais d’où lui viendroit cette prétendue furabondance ? penferôit-on que lé fluide éleftrique de l’extrémité oppofée à celle qui touche le bâton de cire pafsât dans fes pores pour la furcharger ? S’il en étoit ainfî, fans doute ce fluide (pourobéir à la loi de l’équilibre ) fe précipiteroit dans le bâton qui , d’après Franklin, en a moins que fa quantité naturelle, & dans ce cas, en retirant la lame de fureau, lès deux extrémités devroient être également négatives ; mais l’expérience prouve le
- C) Les deu* extrémités de cette lame de sureau doivent être arrondies, et la lame n’avoir qu’un demi-pouce de longueur,
- contraire
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- de l'Électricité. i6t Contraire jufqu’à l’évidence. i.° J’obferve que l’extrémité de là lame qui ne touche pas au bâton eft réellement dans un état négatif, quoiqu’au moment du contaft, elle n’ait été en communication avec aucun corps qui ait pu la dépouiller de fon fluide éleftrique propre. 3.0 Qu’il exifte entre cette lame & une bouteille de Leyde fortement éleftrifée , & placée fur un ifoloir avec un petit condufteur ajufté fous fon fond, un très-grand rapport; puifque ce petit condufteur donne des Agnes non équivoques d’éleftricité centripète , tandis que le crochet en donne de centrifuge.
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- SECOND PROBLÈME.
- Isolez dans un verre à boire un petit aimant, de manière que fes pôles débordent les bords du verre d’un ou de deux pouces; & pour plus de sûreté, place3 ce verre fur un fécond ifoloir. Elearifeç l'aimant avec un bâton de cire tfEfpagne frotté.
- Aye\ une balle de moelle de fureau traverse verticalement par un morceau d ai-
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- agi Nouveau Mécanifme
- guille cajfée , de telle forte qu’il ne Morde pas fa furface ; & que cette balle foit fuf-pendue à un fil de foie blanche & sèche.
- Eleclrif&'-la avec le bâton de cire , préfente{-la enfuite aux parties latérales l’aimant ; elle en efi fortement repoujfée : tout eft donc négatif d’après i’affertion du Doékur Franklin.
- Défendeç la balle perpendiculairement fur l’un des pôles de l’aimant ; l’attra&ion magnétique l’emporte fur la répullion électrique , & la balle s’y attache. Frottei le bâton de cire pour ranimer fon électricité , & place^-le, à quelques lignes de diflance, à côté & au-deffous de la balle ; enleveq-la ; elle fait un mouvement brufque pour fe porter fur le bâton de cire 5 fi elle ne l’a pas touché ou qu’elle ne s’en foit pas trop approchée , fa force éleftrique centripète eft convertie en centrifuge, tandis que celle de l’aimant n’a point changé de nature; le plateau de verre éleftrifé re-pouffe la balle ; quelle eft la caufe du changement du centre d’aâion électrique
- &
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- ithinpète de cette balle en centre d'action centrifuge ? Pour faciliter la folution de te dernier problème , l’on verra dans la dixième planche les figures qui repréfen-tent le mécanifme d’aftion des différentes forces éleftriques.
- Lafolütioii du premier problème ne peut etre exprimée par des figures, parce qu’il faut entrer plus avant dans l’organiûuion & la manière d’être des corps.
- TROISIÈME PROBLÈME.
- Electrisez fortement une bouteille dé 'SLeyde , place^-la fur un ifoloir , en ajuf-tant fous fon fond Un petit conducteur terminé par une boulé. Après quelques infians le petit conducteur , qui né donnoit aucun figne d’attraction * attire & repoujfe une balle légère, & fa force électrique ejl centripète ; le même effet n’a pas lieu, fi la bouteille efi médiocrement éleSrifée.
- Quelle eft la caufé de ce phénomène ? Les principes de Franklin peuvent-ils lui être apolicrués ï
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- £,(>4 Nouveau Mêctmifn.
- SECTION TROISIÈME.
- Observation fur la. manie par affections vives de Famé , guérie par le régime and - phlogiflique , les bains froids , la douche fur la tête , & fpécialement par Féledricité,
- Une femme âgée de trente ans, d’un tempérament fanguin , d’une conftitution délicate , fujette à des maux de nerfs , imagine qu’elle eft Reine, enfuite Armide ; après cela, Jêfus-Chrifl. Elle joue tous ces perfonnages avec le caraftère qui leur convient , flatte & accueille ceux qui adoptent fes idées, s’emporte contre les raifonneurs qui la contrarient, & ne laifle jamais échapper l’occafion de mordre & d’égratigner, lorfqu’elle peut la faifir.
- Précipitée de l’olympe fur la terre, confondue dans la foule, fon ame s’efl: indignée du titre de Citoyenne y elle n’a
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- de F Electricité. 2.61
- pu fupporter tant d’humiliation : trompée dans fes efpérances, le Génie de ia Révolution qui n’eft pas galant , a porté un coup mortel à Ton cerveau.
- tes objets dont elle sert le plus occupée , deviennent ceux de fon délire ; fujette à la Cour & Reine dans Tes châteaux , la Cour & les châteaux ont dif-paru , mais la royauté lui eft reliée en partage ; la fierté anime tous fes traits , les ordres qu’elle donne font abfolus. Entourée d’adorateurs titrés , & fans doute coquette, elle fe croit Arrnide, elle appelle fes Chevaliers à grands cris, chante nuit & jour les plus beaux morceaux de l’ôpéra qui a été fait pour elle ; fa bouche a de la grâce ; fes yeux quoiqu’égarés ne manquent pas d’exprefiion : mais le bâton magique dont elle eft armée empêche qu’on ne tombe à fes pieds. Pieufe dans l’adolefcence, dévote dans les revers, fon imagination toujours grande la métamor-phofe en Jéfus-Chrift ; elle commande au nom de fon Père, & fait des miracles.'
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- $66 Nouveau Micanifme
- Comment concilier tant d’aélivité dan? les idées avec fi peu de fenfibilité pour les objets extérieurs ! Elle eft prefque toujours nue & ne fouffre point de cet état; elle cueille dans un verger folitaire les plus grandes tiges d’ortie piquante, les difpofe en couronne dont elle ceint fa tête & fon front ; elle en eompofe des palatines & des guirlandes ; fa peau délicate rougit & s’élève fous la multitude d’aiguillons qui la bleffent ; elle ne les fent pas : elle mange ce brûlant végétal à poignée ; fes lèvres, fes gencives, fon palais n’en font point irrités,
- Cette infenfîbilité que l’on obferve chez les maniaques & les fous, eft d’autant plus étonnante que la plus petite contrariété les met en fureur, & que fe trouvant toujours aflociée dans les premiers avec l’augmentation des forces mufculaires, elle fuppofe dans le cerveau & les nerfs une mobilité qui ne s’accorde pas avec elle.
- La confidération de ce fymptôme, que Je crois effentiel à la manie, fur lequel les
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- de PElcSricite. x&j
- tuteurs ont paffé légèrement j m’a paru d’une très - grande importance, pour en diriger le traitement ; & les apperçus qu’il m’a préfentés m’ont déterminé à recourir au fluide éleflrique pour le vaincre : fes effets ont furpaffé mes elpérances.
- Tout efl: obfcur dans cette affligeante maladie, fa caufe prochaine efl: un problème irréfoluble ; elle rélîde dans un vifcère abfolument inconnu , & dont les fondions étroitement liées avec celles de l’ame, offrent un myftère impénétrable. Le Médecin ne marche dans ce labyrinthe qu’à l’aide de quelques foibles lumières répandues fur fa route par les caufes éloignées ; & quand il a employé les remèdes propres à les combattre, il efl réduit à. l’ina&ion, fi la nature ne couronne fes efforts par un mouvement énergique, par une crife heu-reufe qui rétabliffent les fondions du cerveau dans leur intégrité.
- Les rapports de l’ame avec le cerveau , & de cet organe avec toutes les parties du corps, font inconteftables. L’anatomie dé-
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- 5,58 Nouveau Mêcanijme voile la caufe phyfique des derniers, en mettant fous nos yeux le fyftême entier des nerfs ; mais fon flambeau s’éteint/ dans le vide immenfe qui fe trouve entre l’efprit & la matière -, & l’imagination épouvantée craint elle-même de s’élancer dans cet abyme.
- Nous ne faurons donc jamais comment, à l’occafion de certaines impreflions faites fur les organes des fens, l’ame éprouve des atteintes de plaifir ou de douleur ; comment elle convertit plufieurs de fes fenfations en idées , comment elle en conferve le fouvenir; quels font les moyens quelle emploie pour faifir leurs rapports & en tirer des conféquences : tout ce que nous favons par des expériences répétées fur l’homme & les animaux vivans, c’eft que le miracle du fentiment & du raifonne-ment s’opère dans cet organe ; on l’a trouvé mou & relâché dans les imbécilles, d’une confiftance inégale ou en fuppuration dans ceux qui avoient perdu la mémoire ; defle-ché , phiogofé, parfemé de vaifleaux fan-
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- de FÉleSricité. 169
- guins dïftendus & noirâtres, chez les maniaques & les fous.
- Mais tous ces vices & beaucoup d’autres que je paffe fous filence , ne font rien en comparaifon de ceux qui nous échappent. Les caufes qui altèrent les facultés intel-leéluelles ne réfident pas toujours dans le cerveau ; elles peuvent être fixées dans des vifcères qui en font éloignés, & agiffent fympathiquement fur lui ; la manie hypocondriaque , la manie hyftérique, la manie par des fiabftances vénéneulès , ne biffent le plus fouvent dans cet organe aucune trace/de leur exiftence, fi l’on en excepte l’engorgement des vaiffeaux qui rampent à fa furface'Bt pénètrent dans fes replis.
- L’efpèce d’infenfibilité que l’on obferve chez les maniaques ne peut avoir que deux caufes, une compreflion légère des cordons nerveux, au moment où ils fe détachent de la moelle alongée pour fe rendre aux organes des fens, ou l’inattention de l’ame à ce qui fe paffe dans le fenforium ébranlé par les objets extérieurs, parce qu’elle eft
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- 17© Nouveau Mécanlfme
- livrée toute entière aux affeftions dont elle
- eft involontairement préoccupée.
- Un. coup d’oeil rapide jeté fur la difpo-(ition particulière des artères qui rampent à la furfàce du cerveau, au voifinage des nerfs, & qui enveloppent les bras de la moelle alongée, à leur entrée à travers l’ouverture antérieure de la tente du cervelet , montreroit la poffibilité de la première caufe ; le fang épais & noirâtre dont on les a trouvés furchargés chez les maniaques & les fous, pourrait la confirmer , fi ce phénomène n’étoit propre qu’à la maladie qui m’occupe. Comme on l’a rencontré dans beaucoup d’autres, fans qu’il fe foit manifefté pendant leur cours aucune altération dans les facultés intellefluelles , je m’abfliens d’entrer dans quelque détail anatomique à cet égard, & je paffe à la çonfidération de la fécondé caufe, ou plutôt de la feule qui puiffe produire cette efpèce d’infenfibijité, que je crois étroitement liée avec la caufe prochaine de la manie.
- La réunion de l’ame avec le corps la foumet néçeflairement à des lois qui ont
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- de ?ÉleSncitl. \yi
- la plus grande influence fur lès opérations intelleftuelles : & puifqu’il ne nous ell: pas donné de découvrir le méçanifme de leur aétion, attachons-nous à bien faiflr leurs rapports, afin de les rétablir, quelque foit Ja caufe qui vienne à les changer,
- La première de ces lois donne au cerveau en tant qu’il eft affefté par les impreflions que les objets extérieurs font fur les organes des fens un empire abfolu fur l’ame. L’image qui le peint au fond de l’œil, n’eft pas apperçue oit elle exifte ; mais les chocs que produifent les molécules de la lumière fijr l’enduit pulpeux de la rétine , font propagés par les cordons des nerfs optiques jufques dans la fubftance médullaire du cerveau ; & l’ame palpant, pour ainfi dire, tous les points de la furface des objets, en defline les contours, en diftingue les couleurs , & s’en forme une idée plus ou moins parfaite.
- Les impreflions produites par les corps fonores, odoriférans , fapides & tangibles fut les autres organes des fèns, en fuivant
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- toutes des routes particulières, le rendent cependant au même terme , la partie du cerveau qui les reçoit a été appelée par lçs Médecins fenforium commune ; les chan-gemens qui s’opèrent dans les fibres médullaires qui le compoferît font apperçus par l’ame ; il a donc un empire abfolu fur elle.
- La fécondé loi donne à l’ame , en tant qu’aftive, un empire abfolu fur le cerveau j elle réagit & le modifie de telle forte, qu’il eft en état de lui rappeler, lorfqu’elle le veut, les impreffions faites par les objets extérieurs, fur les organes des fens. Mais la réaélion de l’ame s’étend-elle fur toute la fubftance médullaire de cet organe , & la partie qui commande obéiroit-elle à fon tour ? Je ne le penfe pas ; car l’obferva-tion nous apprend que l’on peut perdre entièrement la mémoire, & conlèrver dans toute fa plénitude la faculté de fentir ; l’ame ne réagit donc pas indiftinftement fur toute la malle cérébrale, & la partie qu’elle modifie eft la feule qui lui foit foumilè ;
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- je la nomme mémorative pour la diftinguer du fenforium dont la vitalité fubfifte , lors même que par l'effet des maladies ou de l’âge celle-ci eft détruite.
- Quand je confidère que les objets qui frappent les organes des fens ne vont pas fe graver d’eux-mêmes dans la partie mémorative du cerveau, quand je penfe que l’ordre établi parmi les ftgnes qui les re-préfentent, eft un effet marqué de la combinaifon de leurs rapports & des confé-quences qui les lient, je ne puis me refufer à croire à l’exiftence d’une troifième partie dans ce vifcère , qui me paroît propre à arrêter les impreflions des objets extérieurs dans le fenforium , & à concourir avec l’ame à la combinaifon de leurs rapports & à la préparation des jugemens qu’elle en porte. J’appelle cette troifième 'partie de la fubftance médullaire du cerveau comparative, pour ne pas la confondre avec les deux premières, & l’ame a encore un pouvoir abfolu fur elle.
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- Je paffe fous filence deux autres parfîeS du cerveau qui ne fervent point aux fonctions intellectuelles, l’une deftinée à produire les mouvemens volontaires, eft fous l’empire de lame ; mais la providente nature en a diltrait celle qui exécute les mouvemens naturels. Je ne crois pas qu’on puiffe étendre davantage la divilîon de ce vifcère , à moins que la fubftance corticale qui l’enveloppe , ne foit regardée comme une fîxième partie qui aurôit pour ufage la fécrétion du fluide précieux qui porte le mouvement & le fentiment dans toute l’économie animale ; fous ce point de vue le cerveau feroit diftribué en fix départe-mens , qui auroient chacun leurs fondions particulières ; un feul commanderoit à lame ; trois autres feroient fournis à la volonté , & les deux derniers en feroient affranchis.
- Le même principe de vie anime toutes les parties du cerveau , quoiqu’elles pré-fentent des formes & rempliffent des fondions différentes ; il eft phyfîquement
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- impoffible d’en déterminer l’organifation intérieure & d’en affigner les limites. La naturelles auroit-elle douées d’une fenlî-bilité inégale, & les impreffions que les objets extérieurs font fur les organes des fens expireroient-elles dans les libres médullaires de la moelle alongée qui leur envoie des nerfs ? Cette conjecture qui m’échappe me paroît d’autant plus probable , qu’elle met l’ame dans la dépendance du fenforium, tandis qu’elle lui foumet trois autres parties du cerveau.
- Un pouvoir de cette nature, uniquement fondé fur la fenfibilité inégale des parties conftituantes de l’organe penfant, n’elt pas tellement affermi , qu’il ne puiffe échapper à l’ame par le renverfement de l’ordre que je viens de fuppofer , & la partie mémorative , devenue plus mobile, excitée par toute autre caufe que la volonté, ne fauroit-elle lui rappeler des idées ou des images qu’elle croiroit lui être immédiatement communiquées par le Jenfo-rium ? Si nous voyons quelquefois le phé-
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- il6 Nouveau Micanifme nomène de la fenfibilité fe développer dans des organes que nous n'en croyons pas fufcepribles ; fon exaltation dans les fihres médullaires d’une portion du cerveau au-roit-elle de quoi nous furprendre ?
- Il n’eft perfonne qui n’ait éprouvé dans la vie quelques rêves myllérieux ; on peut fe croire Roi pendant un fommeil agité. Cette brillante métamorphofe ne fubfilte pas long-temps, la fenfibilité exaltée de la partie mimorative fe diflipe comme une vapeur légère, au premier choc que les objets extérieurs produifent fur les organes des fens ; l’équilibre ne tarde pas à fe rétablir entre toutes les parties du cerveau , parce qu’à l’inftant même le fenforium reprend fon empire & fait palier à l’ame de nouvelles impreffions qui la défabufent. Les fous tU les maniaques ne me parodient difféter de ceux qui font de fi beaux rêves, que parce que la partie mémorative de l’organe penfant fe meut dans la veille à l’infu de l’ame, contrebalance celle du fenjorium, 8c lui préfente des idées plus
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- vives que la plupart des impreffions qui lui. font communiquées par les organes des fens.
- Quand la partie mêmorative du cerveau fe fouftrait au pouvoir de famé par une fenfibilité pathologique, quand toute autre caufe que la volonté la met en mouvement , quand les images qu’elle lui préfente ont la vivacité de celles quelle reçoit immédiatement du fenforium, là réaction ne peut affeéter que la partie comparative ; elle en modifie les fibres médullaires, de manière à ne faifir & à ne combiner que des idées analogues; les conféquences quelle en tire font néceffai-rement juftes, mais les principes d’où elles dérivent font faux, parce qu’ils n’ont aucun rapport avec les objets extérieurs : route idée contraire tendant à détruire le fyftême de bonheur fondé fur les nouvelles affections qu’elle éprouve, allume en elle un fen-timent de colère qu’elle diflimule quelquefois , pour fe venger plus sûrement ou avec plus d’éclat.
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- Si les lois qui fonmettent l’ame à l’empire du fenforium , & lui abandonnent plufieurs autres parties du cerveau , font fondées fur la fenfibUité inégale des parties de ce vifeère, fi chacune d’elles eft appelée par la nature à remplir des fondions différentes, non-feulement on peut connoître les caufes de l’efpèce d’infenfibilité obfervée dans la manie, mais encore faifir les rapports qu’elles entretiennent avec fa caufe prochaine.
- La première dépend de la réaélion fou-tenue de l’ame fur la partie comparative de l’organe penfant, réaftion qui ne lui permet pas d’être attentive aux impreffions que les objets extérieurs opèrent dans le fenforium ; parce que les idées qui lui font préfentées par l’ébranlement involontaire de la partie mémorative agiffent plus fortement fur elle. La fécondé caufe n’eft que la fenfibilité augmentée de cette même partie , excitée par le battement des vaifi féaux fanguins qui s’y diftribuent, ou par le calorique qui s’en dégage, ou quelque
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- vapeur inconnue d’une nature plus ou moins irritante.
- En revenant fur ces caufes, je trouve que la première eft toute morale. L’homme qui s’imagine être Roi, profondément occupé à combiner les idées qui ont quelques rapports avec fa toute-puiffance, ne diffère point d'Archimède, traçant fur le fable les données d’un problème difficile à réfoudre. Le faux Monarque dans fes méditations, eft infenfible à toutes les impreffions extérieures ; le Mathématicien fameux n’entend point le bruit des armes, ni les cris de l’ennemi vainqueur qui entre dans fa patrie; il fuit machinalement le barbare foldat qui lui donne la mort. Que manquoit-il donc à Archimède pour être fou, dans la difpofition morale où il fe trouvoit, puif qu’il avoit toute l’infenfibilité qui accompagne cette maladie ? La caufe prochaine que je lui ai affignée, & qui confifte dans la fouftraffion de la partie mémorative du cerveau à l’empire de lame.
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- La réunion de ces deux caufes, la fenfi-bilité augmentée de la partie mémorative , & la réaéiion foutenue de l’ame fur la partie comparative, eft fi intime que la dernière marque conftamment l’intenfité de la première, & qu’elle doit fervir de bouffole au Médecin qui entreprend de guérir la manie. En confultant l’obferva-tion, on reconnoît en effet que les fous qui fupportent fans fe plaindre toutes les intempéries de l’air, la faim dévorante & la foif ; qui fe déchirent le corps & s’en-féveliffent dans des méditations profondes, font bien plus difficiles à rappeler à la raifon, que ceux qui parcourent un cercle d’idées plus étendu, qui confervent leurs vêtejnens & montrent quelque attention pour les objets extérieurs.
- Ces deux caufes qui donnent aux parties mémorative & comparative du cerveau un fi grand empire fur l’ame , & l’attachent invinciblement à quelques idées, au préjudice des rapports qui la lient avec le fenforium, ne tardent pas à fe combiner
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- avec les caufes éloignées de la manie, en appelant une plus grande quantité de fang dans ce vifcère ; & j’ai penfé que le moyen le plus sûr pour ramener ces parties fous l’influence de la volonté, étoit de commencer par diminuer la pléthore des vaif-lèaux qui s’y diftribuent, avant que d’attaquer la caufe d’infenfibilité en renforçant les impreffions que les objets extérieurs ' produifent fur le fcnfonum , afin que les nouvelles idées dont elles contiennent les élémens puflent détruire le preftige de celles qui caraftérifent cette maladie.
- Attaquer la caufe d’infenfibilité dans la folie , c’efl: agir fympathiquement fur fa caufe prochaine, & l’on ne peut parvenir à dompter la première, fans que l’empire de l’ame ne fe rétablifle auflitôt fur les parties mémorative & comparative de l’organe penfânt. Quand les Médecins les plus fameux de la Grèce employoient, dans le traitement de la manie, les remedes les plus énergiques, ils ne fè doutoient pas de l’impreffion profonde qu’ils produifoient
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- l8i Nouveau Mêcanlfme
- fur le [enforium. Toutes les caulès de maladies fè montroient à eux fous YafpeS humoral; une bile noire, dont il eft im-poffible de prouver aujourd’hui l’exiftence, étoit vivement attaquée par l’ellébore , & l’aftion de ce terrible purgatif franchiffant les ganglions, qui féparent en quelque manière du cerveau les nerfs de l’eftomac & des inteftins , rétabliffoit quelquefois l’équilibre entre les rapports de lame avec toutes les parties de l’organe penfant, & guérilfoit la manie. Les Médecins les plus célèbres de ce fiècle, dirigés par les mêmes vues, ont recommandé dans fon traitement les préparations antimoniales les plus aflives, les draftiques les plus forts ; les empyriques, enchériflant fur cette barbare méthode, emploient fecrétement les poi-fons des trois règnes pour la combattre.
- Si les apperçus que je viens de pré-fenter fur la caufe prochaine de la manie & de l’infenfibilité qui l’accompagne, né font point une îllufion enfantée par I’hor-teur que m’infpirent les remèdes violens,
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- & les ravages épouvantables qu’on leur a vu produire chez quelques fous qu’ils ont fait expirer dans les tourmens d’une longue agonie ; s’il eft vrai qu’une chute fur la tête, une immerfionfubitedans l’eau froide , un concert d’inftrumens agréables, en un mot, un fpeftacle propre à ébranler vivement les organes des fens , ont diffipé , comme par enchantement, les accès de la folie fans produire aucune évacuation j on s’empreflera d’accueillir le moyen nouveau que je propofe : l’avantage qu’il a de porter immédiatement fon aétion fur le cerveau , & de favorifer le mouvement du fang dans les vaiffeaux les plus déliés, fans laiffer à fa fuite aucune' impreffion fâcheufe, lui méritera fans doute la préférence fur des remèdes qui guériffent rarement & qui ne peuvent convenir à toutes les efpèces de manie & à tous lés tempéramens.
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- 184 Nouveau Mécanifme
- TRAITEMENT DE LA MANIE
- FAR AFFECTIONS VIVES DE l’AUE.
- Il n’eft pas ordinaire de voir la manie par affeâions vives de l’ame fe manifefter, tour à coup ; des fymptômes précurfeurs l’annoncent plufieurs mois avant quelle éclate. Ces fymptômes font, l’abattement des forces mufculaires, l’inappétence , la tuméfaâion de l’épigaftre & des feins ; des foupirs, une trifteffe plus ou moins concentrée ; le froid des extrémités ; des bouffées de chaleur qui fe portent au vifage & colorent fortement les joues; des tinte-mens d’oreille ; un fommeil court & agité. Ces premiers fymptômes qui appartiennent à l’affeftion hypocondriaque comme à l’hyftérique, ne tardent point à fe combiner avec ceux qui naiffent d’une fenfi-bilité & d’une irritabilité exceflives développées dans tout le fyftême nerveux &
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- mufculaire. Les perfonnes menacées de cette maladie fuient le bruit & le grand jour , elles prennent de l’averfion pour ce qu’elles aiment le plus , deviennent irafcibles & craintives ; le ventre fe ref-ferre, les évacuations fanguines diminuent ou fe fuppriment , la peau perd de là fouplefle j elles changent fréquemment de place & n’ont aucune converlàtion fuivie, elles ne défirent que des alimens de haut goût, & des liqueurs fortes } elles ont de temps en temps des ablènces : mais lorfque les vêtemens les incommodent, ceux fur-tout qui couvrent la poitrine & la tête, la manie ne tarde point à fe déclarer.
- La malade, qui fait le fujet de cette obfervation, a éprouvé fucceffivement tous ces accidens, pendant l’efpace de fept ou huit mois ; & comme ils caraâérifoient une affeôion hyftérique fortement prononcée , j’ai appris qu’on les avoit combattus par la faignée, l’application réitérée des (àng-fues; par les vomitifs, les purgatifs , des bains tièdes , des fubftances
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- i%6 Nouveau Mécanifme amères & aromatiques, connues fous le nom à'ami-fpafmodiques ; par des liqueurs éminemment fpiritueulès.
- J’ai fu , lorfque je commençai à voir cette malheureufe femme, qu’elle avoit fait un étrange abus d’ipécacuanha , d’eau de fleurs d’oranges, dont elle buvoit plus d’une livre par jour ; aufli là gorge étoit enflammée , fes yeux étincelans , fon vi-fage haut en couleur. Elle étoit dans un bain chaud & difputoit violemment avec fon miniftre des finances , qui lui repré-fentoit doucement qu’il n’avoit pas allez de fonds dans fes coffres pour lui meubler un palais & former une garde-robe auflt riche quelle la vouloit. Deux filles de fervice fe tenoient prudemment à une dilatance refpeétueufe. Je m’approchai, fans montrer la moindre inquiétude, & employant le langage de cour, je gagnai 11 bien fa confiance , que me faififlant au collet, elle me retint, à moitié penché fur elle, pendant une demi-heure.
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- J’admirai, dans cette attitude pénible , combien la partie mémorative de fon cerveau avoit d’empire fur fon ame. Les idées quelle lui préfentoit fe dérouloient avec ordre & paroiffoient naître les unes des autres; mais la partie comparative , moins mobile , ne lui permettoit pas de les combiner & d’en faifir les rapports ; autrement elle en auroit fupprimé plufieurs, & n’au-roit pas chargé fes récits de defcriptions de lieux & de perfonnes, & d’une multitude d’épifodes à travers lefquels elle s’égaroit fans rien conclure, & fans pouvoir arriver au but qu’elle fe propofoit d’atteindre.
- Il eft une manière de converfer avec les fous, qui leur plaît & les foulage, en leur rappelant adroitement des idées fugitives qu’ils font d’inutiles efforts pour reffaifir. Wiüis, en Angleterre , une fociété de Moraves en Allemagne, l’emploient de nos jours avec le plus grand fuccès dans le traitement de la folie & de la manie, qui eft prefque tout philofophique ; ils y
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- 188 Nouveau Mécanifme joignent des récompenfes & des punitions. Inftruit que la manie ne faifoit que débuter , je témoignai à la malade combien j’étois furpris quelle eût omis dans l’hif-toire de fa vie l’anecdote importante de fon avènement au Trône.... En honneur je n’en fais rien ; mais je fens que je fuis Reine ; & dans cette qualité , je vous retiens pour mon Médecin. Je profitai de l’étonnement oit je plongeai fa Majefté, pour me dégager de fa main & me retirer à l’écart.
- Je recommandai aux petfonnes qui fer-voient la malade, de ne la point contrarier dans fes opinions j mais d’être fermes fur l’article de la propreté, & l’exécution des. moyens à employer dans le traitement.
- La manie n’étoit pas la maladie la plus prenante à combattre ; l’épuifement des forces, une irritation vive fixée dans l’é-pigaftre , accompagnée d’anxiétés qui al-loient quelquefois jufqu’à la défaillance, & qui avoit pour caufe l’abus de l’ipé-cacuanha & des liqueurs fpiritueufes, exi-
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- geoient les premiers fecours. Les bains légèrement tièdes, l’eau de poulet altérée avec quelques feuilles d’oranger , des onctions répétées d’huile fur le ventre ; la glace pilée , mêlée avec partie égale de fucre , adminiftrée d’heure en heure pour toute nourriture, diflipèrent en quelques jours les fymptômes d’irritation gaftrique , & l’appétit entièrement perdu commença à fe rétablir. J’ajoutai à ces moyens le lait de vache froid qui pafla très - bien ; la malade y joignit de fon chef des falades de dent-de-lion, de jeunes laitues, dont elle ne fut point incommodée.
- Son état phyfique s’amélioroit ; mais le moral fe pervertiffoit de plus en plus. Il fembloit que le fpafme de l’épigaftre contrebalançât celui du cerveau ; & le paffage du printemps à l’été, fut marqué plufieurs fois par des accès de fureur qui obligèrent d’attacher la malade lur fon lit, pour qu’elle ne nuisît point à elle-même ni aux autres. Une faignée au pied , des fang-fues aux tempes, les émulfions nitrées & abon-
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- 190 Nouveau Mccanifme dantes furent employées fans fuccès. J’eus recours aux bains froids , à la douche fur la tête, bien convaincu que les vif-cères étoient en allez bon état pour réfifter au refoulement 'du fang à l’intérieur & réagir vers la furface.
- Un ancien aqueduc pratiqué dans le rocher , de trente à quarante pieds de profondeur, terminé par un grand réfer-voir d’eau, approchant du terme de la glace fut d’un utile fecours. L’entrée de ce fouterrain tortueux étoit impofante, & frappoit vivement l’imagination ; la malade affife dans une baignoire, recevoit fur la tête l’eau que l’on verfoit à flots pour la remplir ; elle poulfoit des cris aigus pendant toute la durée du bain : lès fupplications pour en fortir étoient des plus preffantes.
- Je ne tardai point à appercevoir les effets falutaires de ce moyen énergique ; la malade perdit beaucoup de fa loquacité, fut plus calme, plus obéiflânte, & dor-moit d’un fomroeil moins agité. La manie prit une autre direttion } de Reine elle
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- devint Armidt : une fierté guerrière, toutes les grâces de la coquetterie & de la volupté animoient fa phyfionomie; mais l’égarement de fes yeux diffipoit en un inftant le preftige de ce ravivant tableau.
- Une évacuation fanguine fupprimée reparut avec le rérabliffement de l’embonpoint & des forces, fans apporter aucun changement au moral : & dès qu’on in-terrompoit les bains froids, la douche fur la tête, la malade retomboit dans fes accès de colère & de fureur.
- La manie qui avoit paru s’adoucir dans le courant de Meflidor & les premiers jours de Thermidor, fe compliqua de nouveaux fymptômes du plus fâcheux augure. En examinant la tête de la malade, je découvris dans la boîte offeufe qui renferme le cerveau, un vice de conformation marqué , il confiftoit dans l’aplatifle-ment du front & l’alongement de la protubérance occipitale & me fit déféfpérer de la guérifon : les nouveaux fymptômes étoient des déjeétions dégoûtantes quelle
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- ijt Nouveau Mécanifme rendoit en préfence de tout le monde, & le plus fouvent fans s’en appercevoir.
- La chaleur qui fe fit fentir dans le mois de Fruftidor & au commencement de Vendémiaire , les orages fréquens qui eurent lieu pendant une partie de ce temps, influèrent beaucoup fur l’état phyfique & moral de la malade; il falloit lui admi-niftter deux & quelquefois trois bains' par jour, & plufieurs lavemens d’eau froide pour calmer fes emportemens.
- A cette époque, la manie prit une autre direélion ; ce ne fut plus Armide qui fe montra fur la fcène, mais le Fils de Dieu. La contemplation & les prédications fuccé-dèrent aux propos galans : un jeûne d’une durée alarmante me fit craindre pour la vie de ce nouveau Chrifl.
- Je fis fupprimer les bains & commençai à éleélrifer la malade près d’une heure , à chaque féance ; les étincelles que je tirois fréquemment des jambes & des pieds in-terrompoient quelquefois fes difeours, ou la fortoient un moment de fon état contem-
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- , de rËle&ncitè. 19;
- platîf ; elle jetoit par intervalles les yeux fur l’appareil éle&rique dont elle n’étoit cependant point frappée ; mais fon aftion fut telle , quelle prenoit volontiers les ali-mens qu’on lui préfentoit après la féance , & que fes accès d’emportement fe cal-moient fur l’ifoloir où elle étoit enchaînée.
- Après quinze jours d’éle&tifation en bain , & dans une féance où la malade voyoit le Ciel ouvert & faifoit un bruit à étourdir les Ames bienheureufes, je m’a-vifai, pour arrêter ces vociférations, de lui donner une commotion fur une jambe avec Une bouteille de Leyde de médiocre grandeur. Ce moyen produifit le plus grand effet fur le fenforium.. ». En honneur vous m’avez fait mal ; je vous le dis férieufement, pourquoi me mettez-vous dans la nécejjité de vous parler, la foudre à la main ? La foudre efi une arme qui ri appartient qu à mon Père , & il [emploie contre les incrédules. Le texte étoit beau , je me hâtai d’en prévenir le développement, en lui donnant une commotion plus forte que la première, & fur la X
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- iç 4 Nouveau Mécamfme même jambe. La malade fît un bond, s’élança de l’ifoloir, & fe précipita vers fa fœut qui faifoit une partie de piquet. Elle s’empara de fes cartes, joua près d’une heure avec une attention qui furprit le peu de perfonnes dont elle étoit entourée ; tous fës mouvemens étoient rapides ; elle comptoit avec précipitation & fans fe tromper : le relie de la foirée fut calme , & la nuit tranquille.
- Le lendemain, je trouvai la malade dans une étrange fituation , affilé fur fon lit, les genoux contre la poitrine & les jambes enveloppées dans fes bras ; fes yeux fe portoient alternativement fur tout ce qui fe prélèntoit. C’étoit la nymphe Echo / elle ne faifoit que répéter les dernières fyllabes des mots qu’elle entendoit, & ne paroiffoit avoir aucune idée.
- Je la lis porter fur l’ifoloir ; éleélrifée pendant un quart-d’heure, les étincelles ne produifoient aucun changement dans fon état. J’eus recours à la commotion , & c’eft la dernière qu’elle ait reçue ; tous fes membres fe développèrent à la fois,
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- le plus grand étonnement fe peignit dans les yeux & fur fes traits ; la honte de fe trouver nue, la fit rougir ; on l’enveloppa d’une robe, & je lui dis pour la confoler qu’elle fortoit d’une crife de nerfs que je croyois complète. En effet, la manie n’a point reparu ; mais cette femme, ne prenant point le change fur la maladie qui venoit de ceffer, par le fouvenir confus de tout ce qui lui étoit échappé, éloigna d’elle les perfonnes qui l’avoient le plus connue, & enfévelit fa charmante figure fous un voile noir & impénétrable.
- J’ai vu l’éleftricité en bain , la diète blanche , & l’air de la campagne , guérir l’afthme hyftérique & la toux convulfive, qui avoient réfifté à tous les remèdes. J’ai vu l’étincelle éleftrique arrêter, comme par enchantement, desmouvemens convut-fifs impétueux , qu’aucun antifpafmodique n’a voit pu difliper. J’ai vu la commotion éleftrique faire ceffer à l’inftant des accès de catalepfie accompagnée de tétanos. Je viens de voir l’éle&ric’té en bain, par étin*
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- 196 Nouveau Mècanifme
- celles & par commotion , guérir la manie par affeâions vives de l’âme , non pas auffi promptement, mais auffi fûrement ; & j’ai penfé qu’en publiant tous ces faits, les Médecins les prendroient en confidé-ration, & n’héfiteroient pas d’employer cet agent aétif & fubtil dans les mêmes cas ; puifque j’en ai obtenu des effets qui ont iurpaffé mes efpérances.
- FIN.
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- TABLE DES MA T I È R E S contenues dans ce volume.
- Divertissement. . . . Page i
- JntroduSion...........................j
- Expériences contre le fyjlême de
- Franklin. . . ... xi v
- PREMIÈRE SECTION. Chapitre premier. Principes. i
- Propofitions. . . . . }
- Ch AP. II. Attraction électrique. . 1}
- Chap. III. Centre de réaction électrique. Répuljîon , détonation. 31
- Répulfion électrique. . . -39
- Détonation électrique. . . 43
- Chap. IV. Centre d’action électrique. 52 Chap. V. Analyfe de la bouteille de
- Leyde. .... 82
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- 5,98 TABLE
- Chap. VI. Expériences qui confirment ma nouvelle analyfe de la bouteille de Leyde. . Page no Chap. VII. Apperçus furies phénomènes électriques du plateau de verre renverfé fur une table, fi frotté fortune de fes forfaces. 135 Chap. VIII. EleBrophore. . . 15}
- Expériences de Tibère Cavalho. . 190 ChaP. IX. Réflexions for quelques expériences faites par M. Canton,
- M. A. & de la Société Royale , pour confirmer de plus en plus les obfervations de Franklin fur tétât éleSrique pofitif & négatif des nuages. . . , . 194
- SECONDEE SECTION. Magnétifme. .... 2-3°
- Chapitre I- Principes. . . 133
- Chap. II. Attraction magnétique. 135 Chap. III. Répulfion magnétique. 143 Chap. IV. Centre d’action magnétique. 147 Problèmes électriques à, réfoudre. 15,8,
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- DES MATIÈRES. 299
- SECTION TROISIÈME.
- Observation fur la manie par ajfeSions vives de l’ame , guérie par le régime antiphlogijlique, les bains froids , la douche fur la tète, & fpécialement par électricité. .... Page 264 Traitement de la Manie par affecHons
- vives de l’ame. . . . 285
- Fin de la Table.
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- 3®o
- FAUTES A CORRIGER.
- Introd. page xx , ligne 4 ; fur fon fond , lifc\ fous ion fond.
- Page 71 , ligne 11 ; me paroiffent, lifej me paraît.
- Page 144, ligne 5 ; renforcer, Vi/èj fe renforcer.
- Page 177, ligne 19; fes phénomènes, life{ les phénomènes.
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