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Rapport fait à l'Académie des sciences sur les appareils télégraphiques de M. Siemens (de Berlin)
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- AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.
- L industrie ne saurait aujourd’hui se passer du concours de science; quelle que soit l’habileté de l’art pratique, il faut
- ^ reconnaisse l’utilité, la puissance des procédés rationnels.
- France, les industries en ce moment les plus avancées SOnt Contestablement la construction des machines, la
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- rication des produits chimiques; pourquoi cela? C’est sein de ces belles industries se sont montrés, plus que Partout ailleurs, l’esprit ou la main des élèves de l’École P°tytechnique, de l’École centrale des Arts et Manufac-^ res, des Écoles d’Arts et Métiers. Ils sont venus prêter aux ^es de la pratique le secours de l’analyse, de la préci—
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- ’ Qe ia méthode. Ceux-ci, à leur tour, ont montré de eÜe utilité est la connaissance pratique de la matière, et, 55 oette marche commune, on est arrivé aux plus beaux, aUX plus décisifs résultats.
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- Ce mouvement de quelques-unes de nos plus importantes branches industrielles, il faut faire en sorte de l’étendre, de l’appliquer à tout ce qui présente un véritable intérêt. Les arts céramiques, l’impression des couleurs, l’art si multiple des constructions, le travail si varié des métaux, l’art agricole lui-même qu’on croit trop généralement le plus simple de tous, et qui est peut-être le plus compliqué, tous les arts, en un mot, trouveront le plus incontestable bénéfice à demander à la science le secret de ses puissantes ressources.
- L’enseignement oral est assurément le moyen par excellent d’instruction scientifique ; il est le plus accessible pour beaucoup d’intelligences ; mais il ne laisse, le plus souvent, que des traces passagères à ceux mêmes, et c’est le bien petlt nombre, qui peuvent en profiter.
- Les livres, sous ce rapport, ont un avantage incontestabte sur l’enseignement oral. Ils nous suivent partout, ils so^ toujours prêts à nous aider dans toutes les occasions.
- Considérée par ce large côté, l’on peut dire, sans craiu16 d’opposition, que la Bibliothèque scientifique-industrie1^ par son plan si large, par ses moyens d’exécution si multip^’ est une pensée heureuse, et qui portera au sein de nos di' verses industries d’excellents fruits, si tous ceux qui s0,ît appelés à en faire leur profit veulent bien la comprendre.
- Quant à ceux qui croiraient que la science n’est pas fac^e ment abordable à tous, nous tenons à les convertir à urie
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- opinion plus exacte, plus consolante. Les vérités les plus ardues ne demandent pour être comprises par toutes les in diligences que d’être exposées avec clarté.
- S’il n’en était point ainsi, nos cours publics, ceux du Conservatoire, ceux de la Faculté des Sciences, ceux de l’Observatoire et ceux du Muséum, jetteraient-ils donc autant d’éclat ?
- S’il est un art qui repose sur les données les plus compliquées, les plus délicates de la science, c’est assurément la télégraphie électrique. Tout le monde connaît 1 ancien art télégraphique; en le voyant fonctionner, on l’avait déjà compris : il n’en est plus de même des signaux électriques. Eh bien! voici un savant professeur dn Conservatoire des Arts et Métiers à qui il suffit de quelques pages, pour initier tous les esprits à la partie la plus perfectionnée de cet art Nouveau, aujourd'hui inséparable de nos moyens de relations politiques et commerciales.
- Pouillet s’est montré ici aussi lucide, aussi précis que dans ses leçons orales, et nous le remercions de grand cœur de nous offrir un nouvel et aussi puissant argument en faveur des livres scientifiques.
- Ee sujet, l’opportunité, la curiosité publique, tout ici offre
- puissant intérêt et a déterminé notre choix sur tant d’autres Productions dignes de fixer l’attention du lecteur trop rare-rnen^’ disposé pour une lecture sérieuse.
- Quiconque lira ce Rapport sera de notre avis : tout auteur
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- qui s’attache à la fois à dire simplement et à bien dire, rend un service immense en faisant pénétrer dans les masses des idées justes et fécondes..
- Aussi la Bibliothèque scientifique-industrielle, qui comprend les ouvrages de tous nos professeurs les plus éminents, est-elle destinée à répandre les germes les plus utiles ; les services qu’elle a déjà rendus sont la meilleure garantie de ceux qu’elle est appelée à rendre.
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- RAPPORT
- FAIT A L’ACADÉMIE DES SCIENCES
- SUK LES
- appareils télégraphiques
- DE III. SIEMENS (de Berlin).
- (Commissaires : MM. Ri '* -et, rapporteur.)
- f ($<Xx>jck. ~ 5-CJIa/ôujS--
- ” Le télégraplie que M. Siemens présente à l’Académie est du Senre des télégraphes alphabétiques, c’est-à-dire que les mouvements produits par le courant de la pile ont pour objet de signaler à a station plus ou moins éloignée qui reçoit la dépêche les lettres Récessives qui en composent les mots.
- « Avant les perfectionnements considérables introduits parM. Siemens, les télégraphes de cette espèce étaient, en général, établis dans es conditions suivantes :
- ” Deux fils de métal joignent les deux stations qui doivent cor-resP°ndre, par exemple, entre Paris et Berlin ; ils sont isolés avec s°m, ne communiquent électriquement ni entre eux ni avec le sol, 80lt qu’on les ait suspendus en l’air en les soutenant par des poteaux esPacés de cinquante mètres en cinquante mètres, soit qu’on les ait uufouis sous terre après les avoir enveloppés d’un enduit non con-ucteur presque inaltérable, comme la gutta-percha convenablement Préparée.
- 531 > à Berlin, une pile est disposée ayant son pôle positif en communication avec l’un de ces fils et son pôle négatif avec l’autre, cela suffit pas pour que le courant s’établisse; car, à Paris, le circuit se ouvert, puisque les extrémités des deux fils ne communiquent entre elles. Mais si, à Paris, l’on ferme le circuit en joignant les ux fils ou en les réunissant par un arc conducteur quelconque, le urant s’établit à l’instant, le fluide électrique circule d’une mate Permanente, avec la vitesse qui lui est propre, dans toute l’é-et , ll,e des Aïs et dans tous les appareils qui les réunissent à l’une a 1 autre de leurs extrémités.
- (< alors que le fluide vient de Berlin à Paris par le fil qui
- rimUn^ue avec *e Pôle positif de la pile, et qu’il retourne de Pa-a Berlin par le fil qui communique avec son pôle négatif.
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- « Cependant il faut bien se garder de prendre à la lettre ces expressions d’aller, de retour et de circulation, qui sont reçues dans la science ; elles ne veulent pas dire que le fluide électrique circule en effet ou qu’il éprouve un mouvement de translation analogue a celui du liquide qui se meut dans un tube, ou à celui du gaz, qui va du gazomètre au bec d’éclairage; elles signifient seulement que Ie fluide électrique fait sentir ses effets sur les différents points du circuit.
- « Quand le son va frapper un écho et revient à son origine, on peut dire aussi qu’il a un mouvement d’aller et de retour ou un mouvement de circulation, et l’on sait bien cependant qu’en réalité ce n’est pas l’air lui-même qui se transporte depuis le po'rit où il est ébranlé jusqu'à la surface qui fait l’écho, et depuis cette surface jusqu’au point primitif du départ; au lieu de se transportei, l’air vibre, et ce sont ces vibrations qui se transmettent successivement, et de proche en proche, avec une certaine vitesse, c’est donc le mouvement qui va et qui revient, qui se transmet et qui circule, et non pas le fluide lui-même, ou, en général, le miheU dans lequel le mouvement s’accomplit.
- « C’est là ce qu’il faut entendre quand on parle de la transmission de l’électricité, comme quand on parle de la transmission du son ou de la lumière.
- « Le courant électrique circule donc de Berlin à Paris et dePans à Berlin sous la condition : 1° que la pile donne de l’électricité ; ^ que les fils soient bien isolés; 3° que le circuit reste exactement ferme sur tous les points de son trajet sans offrir nulle part la moindre solution de continuité.
- « S’il arrive que les fils communiquent électriquement entre eu*» si, par exemple, on les réunit par un fil fin de métal, par un n d’eau ou d’humidité,ou, en général, par un arc conducteur, cet arc conducteur devient à l’instant le siège d’un courant dérivé qui affai blil dans une certaine proportion le courant dévolu à la porti°n restante du circuit.
- « Ce qui arrive pour une seule dérivation arrive pour un nomh quelconque, et l’on conçoit que si les poteaux où s’attachent les u ne leur donnent pas un isolement parfait, il en résulte autant courants dérivés que de poteaux, c’est-à-dire vingt par kilomètre, qu’alors les piles les plus énergiques deviennent bientôt insuffisan pour faire passer un courant efficace dans une ligne télégraphe d’une étendue considérable.
- « La théorie permet de calculer les intensités du courant dans diverses portions d’un circuit ainsi ramifié de la manière la P ü
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- complète, pourvu que l’on connaisse tous les éléments de ces ramifications.
- « La théorie avait pareillement indiqué un moyen doublement economique d’établir un circuit entre deux points très éloignés, comme Berlin et Paris. Ce moyen consiste à remplacer l’un des fils P&r la terre elle-même. Supposons en effet qu’il n’y ait qu’un seul fil de métal étendu entre ces deux points, et qu’à Paris son extrémité communique au sol par une large plaque de métal plongeant dans la Seine, ou seulement dans l’eau d’un puits, qu’à Berlin le pôle né* 8atif de la pile communique aussi à l’eau d’un puits, et, par suite, a,IX eaux delà Sprée; on comprend qu’à l’instant où le pôle positif louchera l'extrémité du fil, le courant viendra, comme tout à l’heure, de Berlin à Paris par le fil de métal ; mais qu’au lieu de retourner ae Paris à Berlin par le second fil qui n’existe plus, il s’en retournera par les eaux de la Seine, de la mer du Nord, de l’Elhe et de la Sprée, et de plus, par toutes les portions du sol dont la conductibi-ùé est suffisante pour lui livrer passage. On dit alors que la terre ait partie du circuit, et l’on réalise ainsi une double économie en Ce que l’on évite la dépense d’un second fil et en ce que la terre, à ra,S0n de l’énorme section qu’elle offre au courant, lui oppose bien ^oins de résistance que le deuxième fil dont elle tient la place. »
- ” Ajoutons un mot sur les signes télégraphiques.
- ” Le courant qui passe d’une manière continue dans un circuit ormé par deux fils ou par un seul fil et la terre, ne produisant qu’un et constant et uniforme, est peu propre à donner les signes essen-lellement variés qui sont indispensables à l’expression de la pensée.
- 1 est donc nécessaire de tirer du courant des effets différents et de combiner entre eux ces effets jusqu’à ce que l’on obtienne enfin au-ant de signes qu’il en faut pour reproduire tout ce que les langues maines peuvent exprimer. On y parvient d’une manière très ,ImPle en interrompant le courant pour le rétablir ensuite, et en ^posant les choses pour que ces alternatives donnent naissance à 0n mouvement de va-et-vient plus ou moins rapide-, pour cela, n ^fioduit dans le circuit un électro-aimant qui devient aimant ndantque le courant passe, et qui cesse de l’être aussitôt que le onrant cesse. Pendant qu’il est aimant, il attire son armature, et que le courant cesse il y a un ressort qui la rappelle ; ainsi l’ar-..Ure oscille ou vibre en quelque sorte entre l’action du ressort et ran^e * ^ectro*a*mant- Les vibrations peuvent se faire avec une Pidité presque incroyable, car il est très facile de construire des qui .en exécutent plusieurs centaines dans une seconde, et dément l’on parviendrait sans peine à décupler.ce nombre. Mais,
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- comme on le voit, il y a là une condition essentielle à remplir* c’est un rapport nécessaire entre la vivacité du ressort qui rappelle l’armature et la puissance attractive de l'aimant qui l’entraîne en sens contraire, puissance qui dépend elle-même de plusieurs données, et surtout de 1’intensilô du courant.
- « Ce mouvement de va-et-vient une fois obtenu avec la régularité et la vitesse que l’on veut lui donner, il est facile de le transformer en mouvement de rotation et d’avoir ainsi une aiguille parcourant un cadran sur lequel on inscrit ou les lettres de l’alphabet ou d’autres signes conventionnels. Alors il suffit d’arrêter pendant un instant très court, par exemple un tiers ou un quart de seconde, l’aiguiUe vis-à-vis de la lettre ou du signe que l’on veut faire. Par ces moments d’arrêt, on peut dire en quelque sorte que le courant montre du doigt à celui qui reçoit la dépêche la série des signes dont elle se compose; il n’a plus qu’à les écrire quand le mot est fini, ceqlU s’annonce par un signal particulier, eu, s’il veut aller plus vite, les dicter à quelqu’un qui ait la main assez prompte pour écrire aussi vite que parle le télégraphe.
- « Dans le système dont il s’agit ici, chaque oscillation simple pourrait correspondre à une lettre du cadran ; mais il vaut mieux» en général, disposer les choses pour que l’oscillation double ne fasse passer qu’une lettre; ainsi, s’il y a trente signes sur le cadran,1 faudra trente oscillations doubles de l’armature pour que raigume fasse un tour entier. Alors l’aiguille n’est arrêtée un instant qu a fin de l’oscillation double, c’est-à-dire pendant que l’armature es sous l’action du ressort et non pas sous l’action attractive de l’élecli0 aimant. .
- « Il reste à faire comprendre comment l’opérateur de Berlin q envoie la dépêche parvient à interrompre le courant avec la vitesse et la régularité convenables, et comment il est sûr d’arrêter l’aigul de l’autre station, c’est-à-dire de Paris, très exactement surlesleth^ qu’il veut signaler. 11 a pour cela un interrupteur, c’est-à-dire u roue ayant par exemple soixante centimètres de circonférence et visée en soixante parties égales ; ces divisions, formant une suit ^ cylindrique sur la périphérie de la roue, sont alternativement ^ métal et d’ivoire, c’est-à-dire conductrices et non conductrices, v à-vis de ces dernières, qui sont au nombre de trente, sont reprodu dans le même ordre les trente signes du cadran de Paris qui ve<* la dépêche. Les deux bouts du fil qui doivent se toucher pour co pléter le circuit viennent s’appuyer sur la périphérie de l’intern l teur, touchant en même temps l’une des soixante divisions QU1 ^ trouvent; si c’est une division de métal, le courant passe; si c
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- une division d’ivoire, il ne passe pas. Par conséquent, si l’opérateur fait tourner la roue avec la main pour qu’elle accomplisse une révolution entière en partant d’une division d’ivoire, il est certain que Ie courant aura passé trenle fois et aura été trente fois interrompu, Que l’électro-aimant de Paris sera devenu trente fois électro-aimant et aura trente fois cessé de l’ètre, que l'armature aura fait trente vibrations doubles, et qu’enün l’aiguille du cadran aura fa t un tour
- entier comme l’interrupteur de Berlin. S’ils étaient d’accord, c est-à-dire s’ils correspondaient au même signe ou à la même leitre en commençant, ils seront d’accord en finissant ; et rien n’est plus lacile, P&r la correspondance elle-même, que d’établir cet accord et de le vérifier aussi souvent que l’on veut.
- « Chaque station doit avoir les deux appareils dont nous venons de parler, l’interrupteur pour envoyer la dépêche, et le cadran pour le recevoir ; on ajoute encore un troisième appareil, le carillon d a-larme, qui n’est introduit dans le circuit que dans les intervalles où la correspondance est suspendue : alors celui qui veut envoyer une dépêche fait sonner le carillon de l’autre station pour appeler au travail les employés qui doivent la recevoir.
- « Tous les télégraphes alphabétiques construits antérieurement à Siemens ressemblent à celui que nous venons de décrire; on Peut les caractériser d’une manière générale en disant qu’ils ont Nécessairement un interrupteur qui se meut à la main, par celui qui envoie la dépêche ; et que, par suite, celui qui reçoit la dépêche est °bligé de se taire et de rester passif jusqu’à ce que son correspondant lui laisse la liberté de parler à son tour. Que si les divers appareils dont on a fait usage présentent entre eux quelques différences, ebes ne portent pas sur ces deux points, mais seulement sur le mécanisme qui sert à transformer le mouvement de va-et-vient en mouvement de rotation,ou sur la disposition du cadran, ou sur la forme de 1 interrupteur, ou enfin sur le nombre des divisions tant conduc-frices que non conductrices dont il se compose.
- « M. Siemens a considéré sous un tout autre aspect le problème du Télégraphe alphabétique, et il est entré dans une voie tout-à-fait Nouvelle en se proposant de maintenir à l’opérateur qui reçoit la épèche, pendant môme qu’il la reçoit et qu’il écrit, son action di-lecte et immédiate sur l'opérateur qui la lui envoie, et cela sans Nvoir recours à un second fil, sans rompre l’accord des cadrans et es appareils et sans amener la moindre perturbation dans la série es signes dont la transmission est commencée. a La méthode ordinaire refuse absolument cet avantage à celui QNi reçoit la dépêche; car s’il voulait parler pendant qu’on lui
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- parle, il en résulterait à coup sûr une confusion dont on aurait peine à sortir. S’il voit son appareil se déranger, faire un .signe pour un autre et répéter tout autre chose que ce qu’on lui dit, h qu’un seul moyen à sa disposition, e’est de rompre le circuit, c’est-à-dire de couper la parole à son correspondant. Alors, ce n’est qu u-près des pourparlers et des perles de temps considérables quêta de-pèche peut être reprise.
- « Par la méthode de M. Siemens, celui qui reçoit la dépêche peut, au contraire, à chaque instant et sans aucun trouble, parler à celui qui la lui donne, signaler une erreur ou demander la répétitiond un signe mal fait ou mal compris.
- « Pour réaliser cet avantage, qui est d’une haute importance, M. Siemens supprime tout-à-fait l’interrupteur dont nous avons parlé, et il dispose son appareil à cadran pour qu’il agisse absolument de la même manière, soit qu’il doive envoyer une dépêche» soit qu’il doive la recevoir. Essayons de faire comprendre ce mécanisme ingénieux qui fonctionne en même temps avec une grand vitesse et avec une régularité parfaite.
- « L’armature de l’électro-aimant porte un levier d’environ un décimètre de longueur qui exerce deux actions très ditic-rentes.
- « Par la première, il fait passer, à chaque vibration double (al'er et retour), une dent de la roue sur l’axe de laquelle est montée l^1 guille indicatrice du cadran, et par conséquent il porte cette aigui d’une lettre à la lettre qui suit.
- « Par la seconde action, il rompt le circuit et arrête le courant dont il a lui-même reçu le mouvement; mais il ne l’arrête qu& moment où il est lui-même arrêté par un buttoir dans son excursi d’aller, c’est-à-dire quand l’armature, attirée par l’électro-aimaû est venue aussi près des pôles qu’elle doive le faire : alors le cire ^ étant rompu, l’armature cesse d’être attirée, et se trouvant irnin^ diatement rappelée par son ressort, le levier accomplit son retour‘ peine louche-t-il à cette autre limite de son excursion, qu’il c° plète de nouveau le circuit, rétablit le courant, et à l’instan trouve de nouveau emporté par l’armature pour accomplir s deuxième aller qui, par la même cause, est suivi d’un deux.ie retour. Ces vibrations isochrones s’accompliraient ainsi indéfinun tant que la pile fournirait un courant de même intensité; P1^’ elles deviendraient plus lentes quand la pile s’affaiblirait, et enfin e cesseraient après un temps plus ou moins long quand l’action courant serait devenue trop faible pour que la force attractive
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- l’électro-aimant pût vaincre l’inertie de l’armature, et la tension du ressort qui la retient éloignée des pôles (1).
- « Deux appareils semblables introduits dans le circuit, l’un à Berlin, l’autre à Paris, marcheraient de pair et avec un synchronisme Parfait, sauf la vitesse de l’électricité qui peut ici être négligée; et s üs étaient d’accord au premier instant, c’est-à-dire si les aiguilles correspondaient au même signe, elles feraient des milliers de tours et marcheraient pendant des journées ou des années entières en se Pouvant toujours d’accord, c’est-à-dire toujours au même instant vis-à-vis des mêmes signes.
- K Aucun opérateur n’est nécessaire; la pile se charge de tout.
- <( Cependant, jusque là, l’aiguille indicatrice du cadran n’aurait un mouvement régulier et saccadé analogue à celui de l’aiguille a secondes d’une pend ule ; seulement il serait bien plus rapide, car l’ai-guille indicatrice pourrait faire une révolution entière par seconde, ne mettant qu’un trentième de seconde pour passer d’un signe du Ca(lran au signe suivant, ce qui suppose, dans le levier de l’arma-ture, trente vibrations doubles par seconde. Il est vrai que M. Siemens fl essaye ses appareils qu’avec une vitesse moitié de celle-ci, c’est-à-lr® Autour en deux secondes, ou une vibration double du levier e 1 armature en un quinzième de seconde. Cela ne veut pas dire 0utefois que son télégraphe puisse faire quinze signes par seconde Au ueuf cents par minute, car l’œil pourrait à peine suivre l’aiguille ;
- ailleurs, avec cette vitesse régulière et uniformément saccadée, ® e montre tous les signes également, et fait en dernier résultat la eme chose que si elle n’en montrait aucun, puisque l’observateur en1 r-SU'^ ne Peut r’en dislinguer, rien démêler dans ses mouvements; j. . ^ à peu près comme quelqu’un qui réciterait l’alphabet plusieurs
- ^°1S de suite, d’une voix parfaitement réglée et monotone, sans faire snîf11* ai1c,une leltre en particulier ; à coup sûr il serait bien imposte de démêler ce qu’il a voulu dire.
- (0 En 1843, M. de La Rive augmentait l’action chimique d’un simple élément, en introduisant dans le circuit un électro-aimant dont I armature, Par ses vibrations lentes, déterminait des ruptures successives. En 1846, ^ Froment, appliquant le même principe sous une autre forme, faisait vibrer 1 armature d’un électro-aimant avec une vitesse assez grande poui produire des sons et même des sons très aigus. (Comptes-rendus, tome XXIV, Pa§e 428.) A la même époque, M. Froment employait ces vibrations comme moteur, après avoir ajouté à son appareil un mécanisme qui se îéglait à Volonté et opérait la rupture du circuit à une période quelconque de
- l’excursion.
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- « Il faut donc ajouter quelque chose au mécanisme dont nous venons de parler ; il faut arrêter l’aiguille dans sa course, non pas longtemps, mais pendant une demi-seconde, un tiers de seconde ou peut-être unquart de seconde, suivant lajustessedesmouvements de celui qui envoie la dépêche, et le coup d’œil plus ou moins prompt de celui qui la reçoit; par là l’aiguille montre, choisit, ou, si l’on veut, prononce en quelque sorte les lettres sur lesquelles l’opérateur doit exclusivement porter son attenlion. Pour obtenir ce résultat, M. Siemens adapte circulairement autour de son cadran autant de touches qu’il porte de signes, et sur chaque touche est répété, en caractère très apparent, le signe auquel elle correspond. En posant le doigt sur une touche, on abaisse une petite tige verticale de un ou deux millimètres de diamètre, qui vient alors barrer le passage à un levier horizontal parallèle à l’aiguille et monté sur son axe. C’est exactement comme si l’on arrêtait l’aiguille elle-même; mais le mécanisme est cachéau dessous du cadran pour n’en pas troubler l’aspect, et pour ne pas fatiguer l’attention de l’opérateur. Il ne suffit pas que l’aiguille soit bien fidèlement arrêtée vis-à-vis du signe qu’elle doit indiquer, n importe de plus que le levier moteur, lié à l’armature, dont le même obstacle arrête aussi la vibration, se trouve alors vers le milieu de son retour, c’est-à-dire vers le milieu de l’excursion qu’il fait sous l’influence du ressort qui le rappelle. On comprend, en effet, qua cet instant le circuit étant rompu depuis un certain temps, et les effets du courant ayant cessé, il y a moins de chance pour quel armature contracte une polarité magnétique capable de troubler la marche régulière de l’appareil. Ces conditions sont très habilemeI1 remplies par M. Siemens.
- « Celui qui envoie la dépêche n’a donc qu’une seule opération a faire : poser le doigt successivement sur toutes les touches qui ®01' respondent à la série des signes qu’il veut transmettre. Il abaisse une touche, et l’aiguille indicatrice de son appareil, emportée Pal le mouvement régulier qui l’anime, n’éprouve rien encore ; el continue sa marche jusqu’à l’instant où elle arrive au signe don la touche est abaissée ; là elle s’arrête. L’aiguille de l’autre station* mue par la même force et soumise au synchronisme , ne Pea pas cependant s’arrêter mathématiquement au même instan » car le levier qui la lait mouvoir, rappelé aussi par son ressor * achève forcément son retour, puisqu’il ne rencontre pas, comme s . homologue de la première station, un obstacle matériel qui l’arrête* il achève donc son retour, et prend la position où, pour sa pari» complète le circuit et rétablit le courant. Cependant, ce qu’il fai ne peut pas avoir à l’instant même son efficacité, puisque son hom
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- logue de la première station est alors retenu en un point où il rompt le circuit. C’est ainsi que l’opérateur qui envoie la dépêche, posant le doigt sur une touche pendant une certaine fraction de seconde, détermine un instant d'arrêt pareil dans l’aiguille de la seconde station ; mais, il faut bien le remarquer, les deux aiguilles ne peuvent pas s’arrêter au même instant : la seconde ne s’arrête qu’après un temps qui équivaut à peu près au quart de la durée d’une vibration complète. Cette circonstance est importante par l’influence qu’elle exerce sur le nombre des signes qui peuvent être transmis dans un temps donné.
- «Quand celui qui envoie la dépêche lève le doigt qu il avait posé sur la première touche pour le porter sur la seconde et faire le deuxième signe, les phénomènes suivants s'accomplissent. Le levier de son appareil, obéissant à l’action du ressort qui le tire, est libre enfin d’achever son retour, et il l’achève en effet. Alors le circuit étant partout fermé, le courant se rétablit; les armatures des deux stations sont attirées simultanément, et les aiguilles reprennent leur marche concordante jusqu’à l’instant où celle de la première station marque le second signe ; l’aiguille de la seconde station le répète à son tour; et les mêmes phénomènes se reproduisent jusqu’à la fin de la dépêche.
- ” Si tout se passe bien, l’opérateur de la seconde station n a rien autre chose à faire qu’à suivre d’un œil attentif les mouvements de son aiguille indicatrice, et à écrire ou à dicter les signes qu elle lui a désignés; si, au contraire, il a un doute, ou s’il est survenu quelque dérangement, il pose le doigt sur une touche; alors l’aiguille de la Première station s’arrête à ce signe, et celui qui envoie la dépêche est prévenu par là que son correspondant veut parler : l’entretien s engage, les explications s’échangent, et bientôt le travail primitif reprend son cours. On peut dire que c’est une conversation bien 0rdonnée, entre deux personnes qui veulent s’entendre, chacune ayant une égale liberté de placer son mot à propos.
- « L’appareil dont nous venons de donner une idée se suffit à lui-TCême ; il n’a besoin d’aucun auxiliaire lorsqu’on veut s’en rappor-ter au manuscrit de l’opérateur, et courir la chance des erreurs il a pu commettre, soit en lisant les mouvements de l’aiguille, S01t en écrivant les signes après les avoir lus.
- «Mais, pour éviter jusqu’à la possibilité des erreurs de cette espèce, M. Siemens joint au besoin à son appareil une imprimerie Magnétique, qui donne la dépêche aussi bien imprimée qu’elle pourrait l’être par la presse ordinaire. Alors le stationnaire n’a pas s en mêler ; il peut se promener pendant que son appareil tra-
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- vaille, et s’il revient au bout de quelques minutes, il trouve une bande de papier sur laquelle sont imprimées avec une grande perfection toutes les lettres de la dépêche : elles ne sont pas seulement mises à la suite l’une de l’autre, mais les blancs sont observés avec soin, petits entre les lettres et grands entre les mots. Rien n’empêcherait d’y mettre la ponctuation la plus correcte, si elle devenait nécessaire à l’intelligence du texte ; mais, en général, ce serait perdre un temps précieux à faire des signes inutiles.
- « Essayons de donner une idée de cet appareil, qui est très bien conçu et parfaitement exécuté.
- « Un axe vertical, en tout semblable à celui qui porte l’aiguille indicatrice du cadran , et recevant un mouvement de rotation par un mécanisme absolument pareil, reçoit à sa partie supérieure trente rayons horizontaux disposés dans le même plan et espacés également. Chacun de ces rayons, vers son extrémité la plus éloignée de l’axe, c’est-à-dire à 4 ou 5 centimètres de distance, porte en relief assez saillant, et sur sa face supérieure, l’une des lettres du cadran ; ces rayons étant flexibles et faisant ressort, il suffira d’en pousser un de bas en haut contre la bande de papier qui se trouve un peU au-dessus, pour qu’il vienne la presser avec plus ou moins de force. Cette bande de papier embrasse, sur un arc d’environ une demi-circonférence, un rouleau à imprimer couvert d’une encre assez ferme. Là où le papier est fortement pressé par le relief de la lettre, il s’imprime nettement ; ailleurs il ne reçoit pas même de taches.
- « Mais il reste bien des mouvements à combiner pour rempl,r fidèlement les deux conditions suivantes, savoir-:
- « 1° Pour que le rouleau à imprimer, qui doit être immobile a11 moment où il imprime, tourne d’une quantité convenable et emporte avec lui le papier pour faire un blanc, aussitôt qu’il a reçu la pression d’une lettre, et un blanc plus grand quand il termine un mot,
- « 2° Pour que Je marteau, qui vient en dessous frapper la lettre, vienne juste au moment où elle s’arrête elle-même pendant peut-être un tiers ou un quart, de seconde, pour recevoir le coup.
- « Nous avons déjà dit que les rayons qui portent les lettres en relief se meuvent comme l’aiguille du cadran, c’est-à-dire quüs forment eux-mêmes une espèce de cadran tournant, de telle sorte que toutes les lettres en relief viennent tour à tour passer au-dessus du marteau, qui est disposé pour agir de bas en haut et toujours au même point. Or, à la station qui envoie la dépêche, l’opérateur, mettant le doigt sur une touche, arrête un instant la lettre eu rehe de la deuxième station, comme il y arrête l’aiguille du cadran l0I's' qu’on se sert de l’appareil à cadran ; il ne reste donc qu’à fuir®
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- joüér le marteau pendant cet instant très court, pour que 1 impi espion soit accomplie.
- et C’est un électro-aimant puissant qui est chargé de cet office , i ést mis en jeu par une pile particulière ou pile auxiliaire, dont le courant n’entre pas dans le circuit télégraphique. Chaque fois que le levier moteur du télégraphe exécute une vibration pour faire passer une des lettres en relief, il établit une communication entre ies pôles de la pile auxiliaire, ou, en d’autres termes, il ferme le circuit de l’électro-aimant d'impression, et cependant celui-ci reste inactif, parce qu’il est construit pour obéir plus lentement à 1 action de Son courant ; mais lorsque le levier moteur s’arrête un instant sous l’action de son ressort, c’est-à-dire à sa limite de retour, afin de répéter le signe que la première station lui fait parvenir, alors l’électro-aimant d’impression reçoit du courant qui le traverse une force assez prolongée pour que sa lourde armature obéisse à 1 attiac-tion qu’elle éprouve.
- « Dans ce mouvement, elle produit les effets suivants :
- 1° Par un levier un peu long, qui fait corps avec elle, elle donne le coup de marteau à la lettre en relief qui l’attendait ;
- « 2° Par un second levier qui agit un peu plus tardivement sur une roue à rochet, elle fait tourner d’un cran le rouleau imprimeur d la bande de papier qui l’entoure : les précautions sont prises pour que le rouleau se déplace aussi dans le sens longitudinal, et puisse Imprimer ainsi par les divers points de sa surface ;
- « 3° Par un troisième levier, elle vient rompre enfin le circuit de lu pile auxiliaire, et anéantir ainsi la puissance qui l’avait attirée ; à 1 instant, cette lourde armature, ayant pour cette fois terminé son ïûle, reprend elle-même sa place, obéissant à l’action du ressort qui la sollicite, et qui devient alors prédominante ;
- ® 4° Par un quatrième levier qui ne fonctionne qu’à la lin de èhaque mot, l’armature de l’électro-aimant d’impression fait résonner un timbre, et le stationnaire peut apprécier par là si les appareils conservent leur accord ; ce dernier effet résulte d’une disposition ingénieuse : chaque mot se termine par une touche blanche, et celui des trente rayons qui correspond à cette touche ne porte aueun relief ; alors le marteau qui frappe comme s’il devait impri-mer> n’éprouvant pas la résistance due à l’épaisseur du relief, fait nne course un peu plus longue, et permet à l’armature dont il fait Pmtie de faire elle-même un peu plus de chemin. C’est par cet excès ampiitU(}e dans le mouvement que le quatrième levier peut arri-,r jusqu’au timbre à la fin de chaque mot, et n’y arrive pas quand st Une lettre qui s’imprime.
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- «Enfin, M. Siemens joint encore aux appareils précédents un appareil nouveau qu’il appelle transmetteur, et qui est exclusivement destiné à transmettre les dépêches entre deux stations très éloignées l’une de l’autre. Ce troisième appareil repose encore sur le même principe; mais, de plus, il présente une application intéressante de la théorie des courants dérivés. Le courant qui circule entre les stations, le courant télégraphique proprement dit, peut être très faible, parce qu’on ne lui demande presque aucun service; sa seule fonction est d’ouvrir et de fermer le circuit en temps opportun. Alors, les courants des piles de chaque station, passant presque exclusivement dans les appareils à signaux, ont toujours assez de puissance pour les faire marcher; puis, quand leur rôle est fini, le faible courant télégraphique agit à son tour pour préparer l’appareil à exécuter le signe suivant.
- « La commission a examiné, avec un très vif intérêt, les divers appareils de M. Siemens ; elle y a trouvé partout une parfaite intelligence de la théorie, et, en habile observateur, M. Siemens a su tenir compte de tous les phénomènes si complexes qui se manifes-tentdans les conducteurs et dans les électro-aimants, surtout quand les actions doivent être d’une très courte durée.
- «Son système, médiocrement exécuté, donnerait sans doute des résultats très médiocres; mais bien exécuté, comme il l’est par M. Halske, il nous paraît avoir une incontestable supériorité sur les appareils du même genre, c’est-à-dire sur les appareils alphabétiques ordinaires, en ce queceux-ci ne fonctionnent pas avec le même degré de sûreté et de précision.
- « Quant à la vitesse, nous sommes portés à croire que l’appareil de M. Siemens ne le cède non plus à aucun appareil alphabétique; nous regardons même comme probable que les perfectionnements ingénieux que M. Siemens a apportés dans la construction des électro-aimants, sont propres à lui assurer de l’avantage, surtout lorsqu’on a soin de ne mettre en rapport que des appareils ayant à peu près la même sensibilité relative et de ne jamais associer deux électro-aimants dont l’un serait vif et l’autre paresseux. En conséquence, nous proposons à l’Académie de décider que le mémoire de M. Siemens et la description de ses appareils seront publiés dans le Recueil des Savants étrangers. »
- Les conclusions de ce rapport sont adoptées.
- Imprimerie de Gustave GRATIOT, II, rue de la Monnaie.
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