Géographie militaire. VI. Algérie et Tunisie
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- GÉOGRAPHIE MILITAIRE
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- TUNISIE
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- PARIS, — IMPRIMERIE L. BAUDOIN ET C°, RUE CHRISTINE, 2.
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- 'i'^itkstud. 4/. *5b. GÉOGRAPHIE MILITAIRE
- VI
- ALGÉRIE
- ET
- TUNISIE
- I»ai* le Colonel MIOX
- 2e ÉDITION
- avec
- UNE GRANDE CARTE DE L’-AlGÉRIB ET TUNISIE AU 1/2,000,000e ; cartes de l’Algérie au 1/5,000,000e et du Sahara au 1/12,000,000® et Croquis dans le texte.
- PARIS
- LIBRAIRIE MILITAIRE DE L. BAUDOIN ET G®
- IMPRIMEURS- K P I T E U Iï S
- 30, Rue et Passage Dauphine, 30
- 1800
- Tous droits réserves.
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- PRÉFACE
- DE LA PREMIÈRE ÉDITION.
- Il n’a point encore été composé de Géographie méthodique de l’Algérie. Jusqu’à présent, on a dû se borner, en quelque sorte, à recueillir des renseignements pour la classification desquels il manquait un canevas indispensable, c’est-à-dire une bonne carte. L’achèvement récent des cartes d’ensemble du Dépôt de la guerre, au 1/800,000e, a rendu ce travail possible.
- Ces cartes ont été la base de celles au i/1,600,000e, et au 1 /2,000,000e que nous avons publiées.
- L’étude, que nous offrons aujourd’hui à nos camarades de l’armée et au public qui se préoccupe de l’avenir de notre colonie africaine, ne saurait encore être considérée comme définitive ; elle n’a d’autre prétention que de marquer une étape vers le but à atteindre, et de consolider, en quelque sorte, les résultats déjà obtenus, en coordonnant les documents nombreux, mais disparates et d’inégale valeur, qui sont réunis jusqu’à présent.
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- Ce travail d’adaptation présentait bien des difficultés, sur lesquelles il n’est point nécessaire d’insister. Un voyage rapide, mais dont l'itinéraire a été tracé de manière à recouper plusieurs fois le pays entre la côte et les oasis sahariennes, nous a permis de manier avec plus de discernement les matériaux dont nous disposions, tout en leur conservant leur précieux caractère d’originalité.
- Quelque patient qu’ait dû être le labeur de plusieurs années consacrées à cette étude, il est fort peu de chose comparé à la masse d’efforts, accumulés depuis plus de cinquante ans, par tous les officiers de l’armée d’Afrique, travailleurs désintéressés, anonymes pour la plupart, toujours dévoués, qui continuent chaque jour leur oeuvre d'abnégation et auxquels on ne rendra jamais un assez juste hommage.
- C’est à eux que ce livre devrait être dédié; c’est à eux qu’il appartiendra de le corriger, de le rectifier; et nous faisons un appel pressant à leur concours pour qu’ils en reprennent chacune des parties, en achevant de ciseler ce que nous avons seulement dégrossi. Toutes les rectifications seront accueillies avec reconnaissance.
- Enfin, c’est particulièrement sous le patronage de nos camarades, qui ont suivi l’enseignement de l’École supérieure de guerre, que nous le plaçons,
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- espérant que quelqu’un d’entre eux pourra terminer plus tard la Géographie de l’Algérie, dont nous avons fait simplement une première ébauche.
- 1884.
- En publiant la deuxième édition de ce livre, nous remercions tout d’abord ceux de nos lecteurs qui nous ont aidé à faire quelques corrections ou améliorations. Nous n’avons eu rien à modifier d’ailleurs dans l’exposé général que nous avons fait de la géographie de l’Algérie.
- Le vocabulaire des noms arabes et berbères a ôté
- revu avec soin, augmenté et rectifié, sans qu’il nous paraisse encore exempt de critiques.
- Le précis historique a reçu quelque développement et doit suffire, nous l’espérons, à faire connaître les phases essentielles de la conquête de l’Algérie.
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- INTRODUCTION.
- Avant de commencer une étude de détail de la géographie de l’Algérie, il faut prendre la carte et chercher à en distinguer les lignes orographiques et hydrographiques principales qui doivent servir de premier canevas.
- Nous nous sommes efforcé, dans ce but, de résumer en quelques pages succinctes les traits essentiels de la physionomie du pays et de dresser une nomenclature claire des principaux noms géographiques.
- Nous avons indiqué les principaux traits de cette systématisation dans une petite carte schématique (au 1/5,000,000°), à laquelle il sera utile de se reporter tout d’abord, si l’on veut avoir une première idée d’ensemble de l’Algérie.
- Cette carte devra se lire avec le Résumé ci-après, qui servira ainsi d’introduction à la description de détail.
- En Algérie, comme dans tous les pays dont la géographie n’est pas encore écrite, la nomenclature géographique n'est pas fixée; les rivières changent de dénomination suivant les localités ou suivant les territoires qu’elles traversent, et chaque sommet de montagne porte un nom particulier. La rivière principale d’une région est généralement Y oued el-kebir, c’est-à-dire la grande rivière, le rio grande. La cime la plus importante s’appelle le nador, c’est-à-dire la vigie, ou simplement le kef, le rocher.
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- Quelquefois, on ajoute la qualification de gharbi ou de chergui, c’est-à-dire d’oriental ou d’occidental; de dnhramn ou de guebli, c’est-à-dire de septentrional ou de méridional. De là, une confusion très grande, résultant de la repoli lion fréquente des mêmes termes et de la multiplication des noms.
- Les anciens avaient donné le nom d’Atlas aux grands sommets neigeux qui, au sud des Colonnes d’Hercule, semblaient être un des piliers qui portaient la voûle céleste. Ce nom, d’abord restreint aux montagnes marocaines, s’est étendu à la grande chaîne qui limite au nord le Sahara et dont le Djebel-Amour et l’Aurès sont les masses principales.
- Au moment de la conquête, par une synthèse trop prompte et insuffisamment raisonnée, on a appelé Atlas toutes les montagnes, inconnues encore, que l’on voyait devant soi et, plus tard, des géographes, incomplètement renseignés, en ont distingué les différents étages, parallèles à la côte, en petit Atlas, moyen Atlas, grand Atlas, dénominations qui ne se rapportent d’ailleurs à aucun groupement caractérisé.
- Pour rendre possible l’étude de la géographie, il faut donc, tout d’abord, en ce qui concerne les rivières, rechercher dans chaque bassin hydrographique la ligne d’eau maîtresse et lui conserver jusqu’à ses sources le nom qu’elle porte à son embouchure.
- Il faut de même s’efforcer d’arriver à une délimitation méthodique des massifs et des chaînes de montagnes, et leur attribuer des dénominations qui les caractérisent.
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- Pour obtenir ce résultat, on est obligé souvent de rompre avec les habitudes locales et même d’introduire certains noms nouveaux.
- Les noms que nous proposons dans le cours de cette étude sont déterminés, soit par un sommet remarquable, comme YOuarsenis ou les Babor; soit par un accident géologique important, comme les Biban; soit par la principale tribu qui habite la contrée, comme les Oulad Nayl, les Béni Chougran ; soit simplement par le nom d’une localité voisine : Tlemcen, Mascara, etc.; soit enfin, dans quelques cas où ces repères manquaient, par un nom géographique ancien, quelquefois oublié, mais historiquement connu, comme le Zab, le Tileri.
- Il est fort probable que les vieux Algériens s’étonneront de ces hardiesses de néologisme géographique, mais ils ne se sont point trouvés aux prises avec les difficultés d’un enseignement méthodique. Nous leur demanderons donc de nous ménager leurs critiques, et meme de nous prêter leur appui dans l’effort que nous tentons pour mieux faire connaître leur pays.
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- DE LA TRANSCRIPTION DES NOMS ARABES.
- La règle la plus logique à adopter pour l’orthographe des noms géographiques des langues étrangères parait être celle-ci :
- Ecrire Ica noms comme ils s’écrivent dans la langue d’origine, et s’abstenir de tout essai de prononciation figurée.
- En appliquant cette théorie dans toute sa rigueur, il faudrait donc, sur les cartes, ne pas traduire même les noms auxquels un long usage a donné une forme française. On écrirait Milano, Wien, Regensburg, Basel, quitte à mettre entre parenthèses les noms français : Milan, Vienne, Ratisbonne, Bàle, et l’on éviterait ainsi le danger de transcriptions et de déformations bizarres, sinon barbares.
- Il ne pourrait y avoir d’hésitation dans l’application de cette règle pour les noms des langues qui s’écrivent avec, des caractères latins. La difficulté commence déjà avec les langues slaves, même avec celles dont les lettres, empruntées à l’alphabet latin, sont modifiées seulement par des accents ou des barres. On peut, à la rigueur, se servir dans un texte français de lettres accentuées, mais ce serait sans doute trop présumer des connaissances philologiques des lecteurs que de leur présenter des L barrés ou d’autres analogues. Le mieux serait d’avoir, pour ces lettres, une transcription française scientifiquement fixée.
- En ce qui concerne les langues dont les caractères diffèrent complètement des caractères latins, comme les langues orientales, l’embarras devient très grand lorsqu’il n’a point été dressé un tableau de correspondance, permettant de rendre fidèlement et invariablement chaque lettre par une autre ou par un groupe de lettres qui la représentent.
- Si l’on se borne à vouloir rendre le son entendu au lieu de transcrire le mot écrit, on s’expose à des erreurs d’autant plus fâcheuses que le même mot a des prononciations différentes suivant les pays et suivant leurs dialectes.
- M. le général Parmentier, dans les mémoires qu’il a présentés à
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- Y Association française pour l’avancement des sciences, a donné un tableau de transcription des lettres arabes ; c’est le meilleur guide que l’on puisse se proposer. Il a admis cependant le principe de la transcription phonétique.
- On s’est généralement conformé à l'orthographe qu’il a adoptée, et on a particulièrement évité l’emploi des apostrophes, qui n’ont pas de signification précise en français. Mais un fort grand nombre de noms de lieux ne se trouvent pas dans son vocabulaire. Aussi, de trop fréquentes erreurs ont dû être commises, parce que, la plupart du temps, on a dû copier des documents déjà fautifs, sans avoir la possibilité de les vérifier 1.
- Suivant le conseil de M. le général Parmentier, le ghain, qui se prononce comme un r grasseyé, doit être transcrit par rjh et non par rli ou r’. C’est une des lettres sur la transcription desquelles on est le moins d’accord Cependant cette règle paraîtra n’avoir pas été toujours ponctuellement suivie. Ce sont des fautes qu’on aurait désiré mais qu’on n’a pu éviter2. Notre texte aurait donc besoin, à ce point de vue comme à bien d’autres, d’une révision minutieuse qui tentera, nous l’espérons, ceux qui écriront après nous sur la géographie de l’Algérie.
- La plupart des noms de lieux arabes ne sont que des noms communs ou des qualificatifs; ainsi oued Melah la rivière salée, Ain Beida la source blanche, etc. On les a cependant écrits avec des lettres majuscules. Pour le lecteur qui ne sait pas l’arabe, ces mots se
- 1 Transcription, pratique, au point de vue français, des noms arabes en caractères latins, pur le général Parmentier (mémoire présenté à la session de 1879 (le Y Association française pour l’avancement des sciences.
- Vocabulaire arabe-français des principaux termes de géographie et des mots qui entrent le plus fréquemment dans la composition des noms de lieux. — Mémoire présenté à la section de géographie de l’Association française pour l'avancement des sciences, au congrès d'Alger, le 14 avril 1881, par le général Parmentier.
- 2 C’est ainsi qu’on trouvera parfois écrit Rira au lieu de Rigba, Mclrir au lieu de Mclghir, oued Ghir au lieu d’oued Rigli, etc.
- 1.
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- transforment d’ailleurs en véritables noms propres ; on écrit de même le mont Blanc, la mer Rouge ; et, d’ailleurs, il n’était pas possiblo de faire suivre chacun d’eux de sa traduction française.
- L’usage a dénaturé quelques mots fréquemment répandus. On s’y est généralement conformé, parce qu’il a semblé superflu de prétendre remonter à la racine scientifique de chacun des termes employés dans la nomenclature géographique. 11 faudrait, dans ce cas, bouleverser l’orthographe géographique de toutes langues. C’est ainsi, par exemple, qu’on lira djebel Lazcreg, la montagne bleue, au lieu de djebel el Azereg ; djebel Lakhdar, la montagne verte, au lieu de djebel el Akhdar, etc.
- Enfin, certains mots ont acquis, en quelque sorte, droit de cité dans la langue française. On dit le choit et les chotls. On a donc mis l’s du pluriel pour ce mot francisé, sinon il aurait fallu employer la forme du pluriel arabe chetoul, qui n’est pas vulgarisée.
- Il en est de meme de oued; on a écrit les oueds, ne pouvant mettre les aoudia.
- Au contraire, on devra écrire un hsar et des ksour, parce que ksour est déjà un pluriel; un lhaleb et dos lolba: un targui et des touareg : un cherif et des chorfa; etc.
- Il a fallu, souvent aussi, faire des concessions aux habitudes prises. C’est ainsi que l’on dit vulgairement rhazzia ou razzia, ra-zier et même raser, une tribu, en substituant le terme français au terme arabe. Régulièrement, il faudrait écrire une ghazzia, mais on s’exposerait à ne pas être compris de tout le monde. Cependant, il parait mieux de conserver la forme arabe au mot ghazzou, la bande qui fait la razzia, parce que ce mot n’est pas vulgarisé, et l’on acceptera le néologisme français razzier.
- On voit que la question de la transcription des noms arabes n’est pas de celles que l’on peut résoudre facilement. 11 faut, à grand regret, se borner à en indiquer les difficultés, et affirmer, tout au moins, l’intention qu’on aurait eue de suivre une règle précise.
- On voudra bien, pour certaines rectifications et pour quelques explications complémentaires, se reporter au Vocabulaire qui termine le volume.
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- RÉSUMÉ
- DE LA
- GÉOGRAPHIE DE L’ALGÉRIE.
- Dans son ensemble, la si ru dure de l’Algérie est fort simple :
- A peu près parallèlement à la côte une longue terrasse, légèrement creuse en son milieu et dont l’altitude au-dessus de la mer varie entre 800 et 1000 mètres environ, est soutenue, au nord et au sud, par deux puissantes murailles, dont les cimes sont à environ 2,000 mètres.
- La muraille du nord, qui borde la côte, est formée par les Montagnes du Tell, dont les escarpes sont, en général, tournées vers le nord.
- La muraille du sud, qui borde le Sahara, est formée par la Chaîne saharienne dont les escarpes sont, en général, tournées vers le sud.
- On donne le nom de Hauts-Plateaux à la terrasse intermédiaire dont les dépressions, appelées choit ou sebkho, forment de petits bassins, la plupart du temps sans eau.
- Les plaines du Sahara sont à une altitude peu supérieure au niveau des océans. En quelques parties, elles lui sont inférieures.
- A l’ouest, près de la frontière du Maroc, les deux murailles des Hauts-Plateaux sont distantes de 150 à 200 kilomètres. En allant vers l’est, elles se rappro-
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- client l’une de l’autre, de sorte qu’en Tunisie elles ne laissent plus entre elles que la vallée de la Med-jerda qui s’ouvre sur la mer près de Tunis.
- Quatre grands massifs montagneux :
- L’Ouarsenis et la Kabylie dans les montagnes du Tell ; le Djebel-Amour et l'Aurès dans la chaîne saharienne, symétriques deux à deux, dessinent les quatre angles d’un trapèze, dont le méridien d’Alger à Laghouat trace la ligne médiane.
- Ce méridien partage l’Algérie en deux régions fort différentes d’aspect :
- A l’ouest, les montagnes du Tell forment, deux rides principales que sépare un sillon longitudinal tracé d’Alger à Tlemcen par la plaine de la Métidja, la vallée inférieure du Chélif, la plaine du Sig : — les Hauts-Plateaux sont larges et impropres à toute culture. On les appelle le Petit-Désert ; — les vallées sahariennes descendent directement au sud.
- A l’est, les montagnes du Tell s’étagent jusqu’à la mer en gradins successifs; — les Hauts-Plateaux sont étroits et accessibles à la culture ; — les vallées des rivières sahariennes convergent au pied de l’Aurès, vers un large bassin qu’ont rempli autrefois les eaux d’un lac ou d’une mer intérieure.
- Pour l’étude de la Géographie de l’Algérie, il convient toutefois de conserver la division historique en trois régions ou provinces : Oran, Alger, Constantine.
- Nous continuerons à employer quelquefois le terme de Province, au lieu du terme administratif de département, parce que, géographiquement, il s’applique mieux à l’ensemble des territoires depuis la mer jusqu’au Sahara.
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- RÉGION DE L’OUEST.
- (province d’oran.)
- La côte est échancrée par deux golfes : golfe d’Oran, entre le cap Falcon et le cap Ferrât; golfe d’Arzeu, entre le cap Ferrât et le cap Ivi.
- La chaîne côtière des montagnes du Tell se décompose de l’ouest à l’est en :
- monts des Traras, que traverse la Tafna (djebel Filhaucen. Llo7m);
- monts du Tessala (1063m), au sud de la sebkha d'Oran et à l’ouest du Sig ;
- La chaîne principale des montagnes du Tell se décompose en :
- monts de Tlemcen, d’où sortent les eaux de la Tafna et de son principal affluent l’Isser (djebel Kouabet, 1621m) ;
- monts de Daya, entre le Sig et l’Habra (vigie de Daya, 1342m) ;
- monts de Saïda, entre l’Habra et la Mina;
- et, plus au nord, monts des Beni-Chougran, que traverse la vallée de l’Habra (djebel Nador. 808m);
- Les monts de Tlemcen, de Daya, et de Saïda forment la lisière des Hauts-Plateaux; les monts des Beni-Chougran bordent les plaines du littoral. Entre ces deux rides principales s'allongent de grandes plaines.
- Les Hauts-Plateaux présentent trois grandes dépressions, allongées de l’ouest à l’est, qui ne contiennent ordinairement que fort peu d’eau et dont le fond est couvert d'efflorescences salines.
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- Ce sont : le chott el-Gharbi (chott de l’ouest) ; le chott ech-Chergui (chott de l’est) ; et le chott Tigri, plus au sud.
- La chaîne saharienne comprend les montagnes des Ksour et le Djebel-Amour.
- On donne le nom de montagnes des Ksour aux mon* tagnes comprises entre Figuig et Géryville. Elles sont traversées, du nord au sud, par les oueds dont les vallées prennent naissance sur les Hauts-Plateaux.
- A l’ouest de l’oued Namous (route d’Aïn SefraàTiout et Moghar), les montagnes sont découpées en lourdes masses parallélipipédiques. Ce sont :
- le djebel Maïz, au nord-ouest de Figuig (19oOm) ; le djebel Beni-Smir, au nord de Figuig (2,(J00m); le djebel Mzi (2,200m); le Mir el-djebel ; le djebel Mekter.
- A l’est de l'oued Namous, les montagnes sont, au contraire, formées de rides étroites de faible relief, allongées de l’ouest à l’est, et disposées en échiquier parallèlement entre elles.
- Le Djebel-Amour est une région montagneuse et non une montagne. Au nord, en descendent les premières eaux du Chélif qui est la seule rivière du versant méditerranéen, dont les sources, se trouvant dans la chaîne saharienne, traverse les Hauts-Plateaux. Au sud, descendent les rivières sahariennes, les unes coulant vers le sud, les autres, se réunissant à l’oued Djedi, et se dirigeant vers les grands chotts de l’est. Le point culminant du Djebel-Amour est au djebel Touila Makna (1900m).
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- «L'
- Cours d’eau.
- Sur le versant méditerranéen :
- l’oued Adjeroud, qui marque la frontière;
- la Tafna qui sort des montagnes de Tlemcen et a pour affluents, à droite, Poucd Isser, grossi de la Sikka; à gauche, l’oued Mouila, grossi de l’Isly;
- la Macta, formée de la réunion du Sig, qui vient de Sidi-bel-Abbès, et de l’Habra, qui vient de Saïda;
- le Chélif inférieur et ses deux principaux affluents de gauche : l’oued Riou et la Mina qui viennent de la région de Tiare t.
- Les chotts des Hauts-Plateaux ne reçoivent aucun cours d’eau notable.
- Sur le versant saharien, descendent cinq rivières principales, qui n’ont un peu d’eau que dans la montagne et dont les vallées vont s’effacer dans les Arrg :
- l’oued Sousfana, formé, au sud de Figuig, par la réunion de l’oued Mader el-Ahmar et de l’oued Permet, et lui-même tributaire de l’oued Guir;
- l’oued Namous (rivière d’Aïn-Sefra et de Tiout) ;
- l’oued Gharbi (rivière d’el-Abiod) ;
- l’oued Seggueur (rivière de Brézina) ;
- l’oued. Zergoun (rivière de Tadjerouna).
- Le département d'Oran est divisé on cinq arrondissements : Oran, Mascara, Tlemcen, Mostaganem, Sidi fiel Abbés.
- La division militaire d’Oran forme trois subdivisions : Oran, Mascara, Tlemcen.
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- RÉGION DU CENTRE.
- (province d’alger.)
- La côte est échancréc par le golfe d’Alger entre la pointe Pescade et le cap Matifou.
- A l’ouest, le cap Tenès est le promontoire le plus saillant de la côte du Dahra ; à l’est, cap Bengut, au-dessus de Dellvs, est le promontoire le plus saillant de la Kabylie.
- A l’ouest, les montagnes du Tell sont séparées en deux masses par la vallée inférieure du Ghélif :
- les monts du Dahra (djebel Zaccar, 1535m), entre le Chélif et la mer ;
- le massif de l’Ouarsenis (pic de l’Ouarsenis, lt)85m), circonscrit par les vallées de la Mina à l’ouest, du Nahr el-Ouassel au sud, du Chélif à l’est el au nord.
- Entre l’Ouarsenis et la Grandc-Ivabylie (Djurdjura), les montagnes du Tell forment une série de rides d’un grand relief, à peu près parallèles entre elles, mais qui ne se groupent pas en massifs compactes. Nous leur donnons le nom de Monts du Titeri.
- Un sillon longitudinal, très nettement tracé par la vallée de l'oued Sahel, depuis Bougie jusqu’à Bordj Bouïra, puis jusqu’à Berrouaghia, partage les monts du Titeri en deux masses :
- au nord, le Gontas, le Mouzaïa, les monts des Béni Sala (lG0im) et des Béni Mouça dont les escarpes très rapides dominent la Métidja;
- au sud, les hauteurs qui limitent les Hauts-Plateaux et dont les sommets principaux sont le kef Lakhdar (1464m), et le djebel Dira (1810m) au-dessus d’Aumale.
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- La Grande-Kabylie comprend une région de montagnes très difficiles, entourées parles vallées de l’oued Isser et de l’oued Sahel qui en forment le chemin de ronde. La partie la plus âpre est dans les monls du Djurdjura, dont la cime, la Lella Khedidja (2,3()8m), esl la deuxième de l’Algérie.
- Les montagnes sont creusées par la vallée de l’oued Sebaou et de ses aflluenls.
- Les Hauts-Plateaux sont partagés en deux bassins par la ride étroite des Oukaït (Hi)om) : au nord la daya Dakla, au sud les Zahrès.
- L’ensemble des crêtes de la chaîne saharienne porte le nom de monls des Qulad Nayl (djebel Senalba, 15701" ; Seba Mokran, L48()m); elles ont comme avancée, au sud, le petit massif du djebel Bou-Kaïl(l500m).
- Leurs eaux se versent au nord dans les Zahrès. au sud dans l’oued Djedi, à l’est dans le chott el-Hodna.
- Cours d’eau.
- Le Chélif, sous le nom d’oued Sebgague, sort du Djebel-Amour, traverse les Hauts-Plateaux et recueille toutes les eaux de l’Ouarscnis par de nombreux affluents dont les plus notables sont :
- au sud de l’Ouarscnis : le Nahr el-Ouassel. au nord de l’Ouarscnis : l’oued Fodda, l’oued Sly, l’oued Riou et l’oued Mina ; ces deux derniers dans la province d’Oran.
- La fertile plaine de la Métidja, qui est séparée de la côte par les sahel de Koléa et d’Alger, s’étend, à l’ouest, depuis l’oued Nador, qui limite les monts du Dahra,
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- jusqu’à l’oued Boudouaou (appelé aussi oued Khadra) à l’est, ou mieux jusqu’à l’oued Isser, qui est le fossé occidental de la Kabvlic.
- Elle est traversée par l’oued Mazafran, formé de la réunion de l’oued Djer et de la Chiffa ;
- Les rivières des Plateaux sont sans importance.
- Celles de la chaîne saharienne sont trihulaires du chott el-l:Iodna et de l’oued Djedi (voir plus loin).
- Le département d’Algor est divisé en cinq arrondissements : Alger. Médéa, Miliana, Orléansville, Ti/.i-Ou/.ou.
- La division militaire d'Alger tonne quatre subdivisions : Alger, Médéa, Orléansville, Dellys.
- RÉGION DE L’EST.
- (PROVINCE DE CONSTANTINE.)
- La côte est echancrée par trois golfes : golfe de Bougie, entre le cap Carbon et le cap Cavallo ; golfe de Philippeville, entre le cap Bon Garoun et le cap de Fer; golfe de Bône, entre le cap de Garde et le cap Rosa.
- Les montagnes du Tell forment deux rides :
- la chaîne des Babor, entre l'oued Sahel et l’oued el-Kébir; ses ramifications confuses forment la Pelite-Kabylie (djebel Adrar, 10tHm; Grand-Babor, 1970m) ; elle se prolonge entre l’oued el-Kébir et l’oued Safsaf, par les monts d’el-Kantour.
- la chaîne des Biban (ou des Portes de fer) (djebel Meghriz, 1722m, au nord de Sétif) ; elle se prolonge par
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- les monts des Oulad-Kebbab, et les monts de Constan-tine.
- Les derniers plis des montagnes du Tell sur la frontière de Tunisie sont compris sous le nom de monts de la Medjerda, et de monts de Kroumirie.
- Les Hauts-Plateaux de l’est n'ont pas la meme uniformité ni la même étendue que ceux de l’ouest. Ils sont divisés par de petites rides montagneuses, en un assez grand nombre de bassins, dont les bas-fonds renferment de petits choit s, des guerahs (la plus grande est la guerali el-Tarf, à l’est), des shah h (pluriel de sebkha), d’où le nom de Plaine des Sbakh, qui leur est souvent donné.
- Ils sont creusés à l’ouest par une large et profonde dépression, qui renferme le grand chott el-Hodna, dont l’altitude n’est que de 500 mètres environ. C’est une sorte de golfe de la mer saharienne, dont il a le climat et les oasis de palmiers. Il est circonscrit, au nord, par les monts du Hodna (djebel Maadhid, 1840,n), les Righa (djebel Bou Tbaleb, LU5m), les monts de Batna (djebel Touggour, 2,100m), qui relient les monts du Titeri aux monts de l’Aurès, en soutenant les Hauts-Plateaux de Constantinc.
- La chaîne saharienne comprend :
- les monts du Zab, au sud du choit el-Hodua ;
- le massif de l’Aurès, formé do plis étroits et élevés et dont la cime djebel Chelia (2,328m) est le point culminant de l’Algérie;
- les monts des Nemencha (djebel Ghedida, 1400m), qui se rattachent à la chaîne saharienne de Tunisie.
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- Cours d’eau.
- Sur le versant méditerranéen : l’oued Sahel (oued Soumraam), qui forme la ceinture de la Grande-Kabylic :
- ses affluents de droite, dont le principal est l’oued Bou-Selam. rivière de Sétif, réunissent les eaux des versants nord des monts du Hodna et des lligha, et traversent la fertile plaine de la Mcdjana ;
- l’oued Agrioun, qui traverse les pittoresques défilés du Cliabct el-Akra:
- l’oued el-Kebir, formé de la réunion du Roummel rivière de Constantine et de l’oued Endja qui vient de laPctitc-Kabylic;
- l’oued Safsaf, qui finit à
- cville ;
- la Seybouse, seule rivière algérienne qui porte barque à quelque distance de son embouchure. Elle est formée, en amont de Guelma, de la réunion de l’oued Zenati et de l’oued Cherf, qui viennent des Hauts-Plateaux.
- La Medjerda, qui est la grande rivière tunisienne, et son principal affluent, l’oued Mellégue, descendent des Hauts-Plateaux entre Souk Arras et Constantine.
- Le chott el-Hodna reçoit quelques cours d'eau importants par la longueur et la fertilité de leurs vallées:
- l’oued Chellal, à l’ouest, réunit les eaux des versants sud du Titeri ;
- l’oued Ksob, et quelques autres descendent des monts du Hodna;
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- l’oued Barika et l’oued Bitam viennent des monts de Batna;
- au sud-ouest, l’oued Chair et l’oued Dermel, qui est la rivière de Bou-Sàada, viennent des monts des Oulad Nayl.
- Toutes les rivières du versant saharien se réunissent dans le bassin du chott Melghir. Celles de l’ouest ont pour canal collecteur l’oued Djedi, qui reçoit en amont de Laghouat les eaux de la partie occidentale du Djebel-Amour.
- Les rivières de l’Anrès descendent directement vers le chott. Ce sont :
- l’oued Kantara ou oued Biskra et son afllucnt l’oued el-Abdi ;
- l’oued el-Abiod;
- l’oued el-Arab, qui descend du djebel Cbelia;
- l’oued Bou Doukan et l’oued Hallail viennent des monts des Nemcncha et se perdent clans les chotts ou bas-fonds qui prolongent, à l’est, le chott Melghir.
- La plupart de ces rivières sont à sec pendant la plus grande partie de l’année; il en est dans le lit desquelles on ne voit jamais couler d’eau. Leurs vallées n’en ont pas moins grand intérêt parce que, presque toujours, au-dessous du lit supérieur desséché, se trouve un courant ou une nappe dont on peut, par des forages de puits artésiens, ramener les eaux à la surface.
- Ainsi doit-on considérer le chott Melghir et son prolongement sud, chott Mcrouan, comme les bassins récepteurs non seulement des eaux de la chaîne saharienne du nord, mais aussi des eaux sahariennes venant du sud, et dont les grandes vallées de l’oued
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- Igharghar et de l’oued Miâ, Indiquent les anciens lits supérieurs.
- L’oued Igharghar a comme delta d’embouchure souterrain les oasis de l’Oued-Righ autour de Tou-gourt.
- L’oued Miâ, que l’on peut considérer comme un affluent de l’oued Igharghar, fournit les eaux souterraines aux oasis d’Ouarglà et de Ngouça vers lesquelles convergent également l’oued Metlili, l’oued Mzab, l’oued en-Nessa et quelques autres venant de l’ouest.
- Le département de Conslantine est divisé en six arrondissements : Conslantine, Bône, Bougie, Guclnia, Philippcvillc, Sélif.
- La division militaire de Conslantine forme quatre subdivisions : Conslantine, Bône, Batna, Sélif.
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- PREMIÈRE PARTIE.
- ESQUISSE D’ENSEMBLE.
- L’Algérie n’a point de centre géographique.
- Les plis qui en accidentent la surface se succèdent les uns aux autres dans une direction générale parallèle à la côte, en formant des terrasses allongées, d’altitudes differentes. Il n’y a aucune masse orographique puissante et, par conséquent, aucun centre de divergence des eaux. Les peuples autochtones n’y ont pas trouve ces grandes citadelles naturelles où pouvait se concentrer la résistance ; alors, celle-ci s’est divisée sur plusieurs points, dans de petits réduits sans relation les uns avec les autres : la Kabylie et le Dahra, l’Ouar-senis et l’Aurès. Des groupes de populations vaincues ont pu se réfugier dans ces îlots, conserver leurs caractères ethniques et leur langue; mais, en adoptant la religion du conquérant, elles ont perdu leur individualité comme peuple et leur cohésion nationale.
- Il n’y a non plus dans l’Algérie aucun de ces beaux bassins hydrographiques où la civilisation ait pu se concentrer et grandir. Il n’a pu, par conséquent, s’y constituer de centre de gouvernement, de foyer littéraire, de centre commercial attirant à eux les éléments de force du pays et rayonnant à leur tour pour en
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- accroître la prospérité et la richesse. La culture littéraire n’a jamais eu qu’un caractère local et une étendue rcstVeinte, soit, à diverses époques, autour des quelques grandes villes du littoral : Oran, Cherche!, Alger, Bougie,'Bône ; soit, dans l’intérieur, autour de Tlcmccn, de Mascara, de Constantine, de Tebessa. Manquant d’aliments suffisants, elle n’a pu résister à l’ouragan des grandes incursions barbares et s’est éteinte partout sans laisser d’autres traces que quelques ruines.
- L’Algérie est, en quelque sorte, formée de compartiments juxtaposés qui ont certaine analogie entre eux dans le sens des parallèles, sans toutefois se ressembler, et qui, dans le sens des méridiens, ont une dissemblance complète, comme aspect, comme produits du sol, et comme mœurs des habitants. C’est ce morcellement naturel du pays qui explique les destinées à peu près identiques des peuples qui, depuis l’origine de l’histoire, ont vécu sur cette terre, l’ont conquise, et l’ont perdue.
- La conquête a toujours été longue, difficile, laborieuse, parce que le défaut de cohésion de la défense, conséquence de la nature du sol, obligeait le conquérant à se rendre successivement maître de chaque carré de montagne, et qu’il ne suffisait pas de porter un grand coup sur un point donné pour réduire une contrée à l’obéissance.
- Une fois la conquête terminée, c’est-à-dire lorsque la résistance armée a été réduite, la domination du conquérant s’est maintenue avec une assez grande facilité ; elle a cependant été ébranlée par des révoltes fréquentes, mais en définitive impuissantes, parce que, à la dissémination et au manque d’entente des vaincus, le vain-
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- queur opposait une unité de vue et d’efforts qui devait lui assurer le succès.
- L’histoire du passé a été Phistoire du présent; mais les conquérants modernes de l’Algérie ont des moyens d’action bien autrement efficaces que ceux dont disposaient leurs devanciers. L’électricité et les chemins, de fer rapprochent pour eux les distances ; il leur sera sans doute possible de constituer un centre artificiel à ce pays qui manque de centre naturel, et, par conséquent, de mieux asseoir leur puissance.
- L’histoire dit encore que le particularisme géographique des provinces amène logiquement un particularisme dans les intérêts et dans les tendances, et aue c’est là une cause notable de faiblesse dont a toujours souffert le nord de l’Afrique.
- En y établissant une forte centralisation, on écartera ces inconvénients dont le passé révèle les dangers, et l’on pourra espérer justement dans l’avenir.
- Le nord du continent africain, depuis les cotes occidentales du Maroc jusqu’aux côtes orientales de la Tunisie, présente une grande unité de structure.
- 11 semble être le résultat d’un plissement considérable de l’écorce terrestre, dont la direction générale est sensiblement parallèle à la direction du soulève-meet des Grandes-Alpes ; il pourrait en être contemporain. L’alignement en est donné par la ligne : Pic de Ténérife — Etna. 11 est très remarquablement caractérisé par la vallée marocaine de l’oued Draâ, par la vallée algérienne de l’oued Djedi, et par son prolongement jusqu’au golfe de Gabès b
- 1 L’orientation sur le méridien de Paris du plissement des Biban (departement de Constanline) est sensiblement de 73° comme pour les
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- Mais il s’est produit, dans d’autres directions, des plissements et des fractures qu’un examen attentif permettrait de reconnaître, et il en résulte une orographie parfois très confuse dans ses détails, mais très simple dans son ensemble, par suite de la prédominance de la direction est—1/i-nord, à laquelle nous donnerons le nom de direction des plissements nord-afri cains.
- Si l’on pouvait observer, à vol d’oiseau, l’ensemble de la région algérienne, les détails s'effaçant, les grandes lignes restant saillantes, sa structure en paraîtrait donc extrêmement facile à comprendre. Ces acci-
- («randes-Alpes : l'orientation des plis orographiques principaux du département d’Oran est de G(.)° sous le méridien 4° ouest.
- Celle du plissement de l’Aurès est de 48° à ü0° sensiblement parallèle au soulèvement de la Cote d’Or.
- Celle des montagnes des Béni Sala (Médéa), des Béni Cliougran (Mascara), est de 65°, parallèle au soulèvement du Sancerrois.
- Celle du djebel Antar très remarquable dans le Sud-Oranais rappelle la direction des Alpes occidentales. Az. = 24°.
- Nous ne faisons d’ailleurs ces rapprochements que pour donner un moyen mnémonique qui facilite le classement des montagnes algériennes ; nous ne prétendons en tirer aucune conséquence quant à leur âge géologique, ni prendre parti dans les différentes hypothèses émises relativement au mode de formation des montagnes.
- Cependant, nous pensons devoir substituer à l’expression de soulèvement, introduite dans la science géologique par l’école d’Élie de Beaumont, les termes de plissements ou de fractures qui nous paraissent rendre plus exactement les phénomènes de formation des montagnes, en Algérie du moins.
- L’écorce terrestre s’est ridée, s’est plisséc comme la surface d’un ballon qui se dégonfle. Les grandes rides sont, d’une manière générale, parallèles entre elles, mais de nombreuses rides accessoires viennent croiser les premières dans tous les sens; fréquemment elles ont été rongées par les eaux et ont forme les berges des grands fleuves ou les falaises des anciennes mers.
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- dents orographiques, dont nous exagérons l'importance parce que nous n’avons pour mesure de comparaison que les dimensions exiguës des objets qui nous entourent et celle de notre propre taille, seraient à peine sensibles dans le vaste panorama que l’œil saisirait ; l’esprit ne songerait pas plus à se préoccuper des causes auxquelles leur formation est due, qu’il ne pense à donner de l’importance aux ondulations d’une prairie ou aux sillons d’une terre labourée.
- Ce que, dans l’emphase ordinaire de notre langage, nous appelons de gigantesques fractures, d’énormes soulèvements; ce que nous sommes tentés d’expliquer par d’effroyables cataclysmes, se réduit singulièrement même pour l’œil humain placé simplement au sommet d’une haute montagne. Les grands plissements n’apparaissent plus que comme des rides insignifiantes.
- Dans la portion du territoire algérien comprise entre le méridien d’Alger et le Maroc, on observerait d’abord une zone plissée large de 30 à 33 lieues; les rides sont séparées par de grandes plaines; aucune de ces rides n’a comme épaisseur, ni comme altitude une importance assez grande pour constituer une barrière alpestre.
- Seule, la pyramide de l’Ouarsenis, que les Arabes appellent l’œil du monde, domine un massif un peu plus compacte, mais découpé néanmoins par une infinité de vallées et de ravines qui le pénètrent dans tous les sens.
- Cette zone mouvementée se termine brusquement sur un plateau élevé, absolument uni comme la surface de l’océan. Des lacs allongés, ou, suivant la saison, des nappes brillantes d’efflorescences salines
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- en signalent les parties les plus basses, comme ces flaques cl’eau qui, après une nuit d’orage, subsistent quelque temps dans les creux d’une terrasse.
- Quelques sommets isolés pointent de loin en loin la surface uniforme du plateau ; puis, vers le sud, depuis le Maroc jusqu’au Djebel-Amour, une longue arête marque la limite nord du Sahara. C’est la Chaîne saharienne, dont les crêtes dépassent 2,000 mètres. Leurs escarpes se dressent comme un rempart d’un millier de mètres de relief vers le nord, de 1500 mètres environ vers le sud : c’est aussi la limite que la nature semble impose]- aux conquérants européens du nord de l’Afrique.
- La portion orientale de l’Algérie offre des différences assez marquées avec la portion occidentale.
- Le Tell est plus montagneux, les Plateaux sont moins uniformes, la Chaîne saharienne moins nettement tracée, et le Sahara plus habité et mieux cultivé.
- Au lieu des rides étroites qui, dans la région ora-naisc, semblent être les marches du gigantesque escalier qui, delà côte, conduit aux Plateaux, on voit ici, sur le littoral même, depuis la Métidja d’Alger jusqu’aux plaines de la Seybouse, un pays très tourmenté dont les cimes atteignent souvent près de 2,000 mètres, creusé par des ravins si profonds et si sauvages qu’on ne peut s’y frayer un passage qu’avec une extrême difficulté. Ce sont les montagnes des Kabyles, refuge des plus anciennes populations de l’Algérie, qui ont pu y conserver leurs mœurs, leur langue, et une certaine autonomie.
- Les Plateaux qui succèdent à la région tellienne, ne se présentent pas avec la même régularité que dans
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- l’ouest. Ils se creusent d'abord en un vaste bassin, le Hodna, puis se relèvent en dominant de petites plaines séparées, dont chacune a son étang, son petit chott ou, suivant l’expression locale, sa guerah. Les terres arables sont plus nombreuses et les eaux moins rares.
- La Chaîne saharienne ne forme pas rempart comme dans le Sud-Oranais; elle s’élargit dans l’Aurès en longues arêtes que séparent de belles vallées, cultivées par une population sédentaire et relativement dense. C’est là que se trouve, au djebel Chelia (2,328m), le point culminant de l’Algérie entière. Les eaux qui en descendent se perdent bientôt dans les sables; mais elles arrosent d'abord un grand nombre de petites oasis qui dessinent un collier de verdure à la limite du Sahara.
- Autrefois, ces rivières venaient se perdre dans un grand lac intérieur, dont le chott Melghir marque la partie la plus profonde (30'" au-dessous du niveau de la Méditerranée). Ce lac recevait aussi du sud deux grands tributaires : l’oued Igharghar et son affluent l’oued Miâ. Ces fleuves sont aujourd’hui desséchés comme la mer qu’ils alimentaient, mais leurs eaux coulent souterrainement, et fertilisent encore les superbes plantations de l’Oued-Righ et les grandes oasis d’Ouargla, la capitale saharienne; enfin, elles jalonnent les routes du Touat.
- Tell, Plateaux, Sahara : telles sont les trois zones si caractéristiques dont nous venons de donner une première idée.
- Le Tell, c’est la région labourable, colonisablc par l’Européen, qui trouve dans scs vallées, aux différentes altitudes, non seulement une terre exceptionnellement
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- fertile, mais des conditions climatériques analogues à celles de son pays d’origine.
- Les Plateaux sont le domaine de l’Arabe pasteur. Arides, balayés par les ouragans de sable, ils ne se prêtent à aucune culture, mais ils olïrcnt d’excellents pâturages lorsque les pluies d’automne et de printemps n’ont pas fait défaut.
- Dans les montagnes de la Chaîne saharienne, on retrouverait des conditions do vie favorables à la colonisation européenne; mais de longtemps, sans doute, on n’y établira que des postes militaires, lointaines avancées chargées de surveiller le Sahara et de protéger le Tell.
- Le Sahara est une vaste mer intérieure, desséchée, aujourd’hui sans aucune vallée de communication avec l’Océan ; mais ce n’est pas le désert. Pendant l’hiver, ses pâturages sont couverts de troupeaux; des oasis d’une fraîcheur délicieuse ont pu être créées par l’industrie humaine, lorsque les nappes d’eau souterraines n’étaient pas trop profondes ; des villes se sont bâties près des jardins de palmiers et servent d’étapes aux migrations des nomades.
- Mais, à quelques journées de marche au sud de la chaîne saharienne, s’étendent de grands espaces stériles, couverts de cailloux brisés ; c’est le Hamada; puis, au-delà encore, des plaines de sable inhabi tables et désertes, que les caravanes ne traversent jamais sans crainte; ce sont les Areg.lls séparent les nomades qui entretiennent des relations avec les habitants du Tell, de ceux qui semblent appartenir plus particulièrement au centre d’activité, du Soudan. Leur largeur est d’environ 50 lieues dans le Sud-Oranais ; elle dépasse 100 lieues dans le sud de Gonslantinc. Cette zone
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- se rétrécit, au contraire, et se restreint même à 4500 mètres sous le méridien d’Alger.
- Ce pays désolé appartient à la bande de déserts qui s'étend de l’océan Atlantique aux mors de la Chine par la Nubie, l’Arabie, la Perse, le désert de Gobi, et la Mongolie. 11 n’y pleut presque jamais ; les grands courants atmosphériques qui portent sur l’Europe et sur le nord de l’Afrique les vapeurs du golfe du Mexique n’atteignent pas celle région qui, d'autre part, est en dehors de la zone des pluies tropicales.
- Les seules eaux qu’elle reçoit lui sont donc fournies par les condensations des vapeurs sur les hautes montagnes du littoral et sur celles que l'on suppose exister à la limite nord du bassin du Niger; mais les vents et l’ardeur du soleil ne permettraient pas à ces eaux de couler à la superficie du sol ; elles se sont creusé des lits souterrains, où elles s’étendent parfois en nappes considérables, et c’est là que l’industrie de l’homme doit aller les chercher pour entretenir quelques cultures et pour abreuver les caravanes, qui traversent ces grandes solitudes.
- Il n’a pas dû en être toujours ainsi. Le travail lent des âges géologiques ou quelque grande commotion ont amené certainement des modifications notables dans le régime climatérique de l’Afrique.
- On trouve, en effet, dans le Sahara, des vallons et des collines, des lits de fleuves et des bassins de lacs, le tout sans eau. Ces fleuves à sec ont conservé le nom d'oued. On n’y voit plus l’eau corder, mais on reconnaît facilement, soit les traces d’un lit avec des berges accentuées, soit une succession de bas-fonds qui, s’égrenant en chapelet, indiquent l’ancien cours des eaux, et dans lesquels apparaît, de distance en distance, le
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- feuillage verdoyant de quelques broussailles qui persistent à vivre.
- La cuvette saharienne se compose de deux bassins ; une ride orographique, le djebel Albeg, entreInsalah et Goléa, sépare la vallée de l’oued Seggueur orientée du nord au sud, de celle de l’oued Mia, orientée du sud au nord. Cette arête marque donc le partage des eaux entre deux systèmes hydrographiques distincts.
- Dans le premier de ces bassins, les eaux descendent des massifs neigeux du Maroc, des montagnes des Ksour ou du Djebel-Amour oranais. Les oueds sont dirigés du nord au sud et quelques-uns de ceux qui descendent des montagnes marocaines reçoivent une alimentation suffisante pour que les eaux coulent à l’air libre jusqu’à la région des Arcg.
- Dans le deuxième bassin, les oueds sont, au contraire, dirigés du sud au nord ; ils viennent du Touat ou des monts du Ahaggar. Ils convergent vers une môme région, qui est l’oasis de l’Oucd-Righ, véritable delta d’embouchure de l’oued Igharghar, dans le chott Mclghir.
- Laghouat se trouve au point de divergence des eaux des deux bassins ; de là son importance au point de vue géographique comme au point de vue militaire.
- L’Algérie vient à peine d’émerger des eaux.
- Des sommets qui forment la bordure septentrionale des Plateaux, le regard s’étend au sud vers un horizon sans limites. C’est l’infini de la mer. Les îlots de montagnes, les mirages des chotls ajoutent encore à cette illusion.
- Lorsque l’on s’élève sur les derniers cols de la Chaîne saharienne, c’est encore l’immensité de l’océan que
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- l’œil croit sonder; et cette impression est si puissante, si spontanée, que les premiers de nos soldats, qui descendirent vers le sud, saluèrent, dit-on, le désert africain par ces cris : La mer ! la mer !
- Que l’on voyage dans le Tell, que Ton traverse les massifs montagneux de la Rabylie ou de PAurès, que Ton se perde dans les solitudes des Plateaux ou du Sahara, partout on reconnaîtra les traces du passage récent de masses océaniques énormes qui, abandonnant leurs anciens lits, par suite de quelque rupture d’équilibre, se sont ruées avec une force effroyable et une vitesse prodigieuse, abattant leurs rivages, sculptant ici des falaises gigantesques, déposant là de véritables montagnes de limon et de cailloux roulés.
- A ce cataclysme a dû succéder une assez longue période de calme, pendant laquelle les eaux ont déposé leurs sédiments dans les bassins temporaires qu’elles avaient remplis; mais Tassôchcmcnt s’est continué lentement ; les grands lacs se sont vidés à leur tour ; les rivières ont roulé un moins grand volume d’eau; quelques-unes se sont définitivement taries. Cet appauvrissement a du être très rapide, et, de notre temps même, on constate encore, à quelques années de distance, le dessèchement progressif des puits et l’affaiblissement des sources. C’est ainsi qu’il a fallu, par des forages artésiens, rendre la fécondité aux oasis de i’Oued-Righ dont l’eau s’était retirée. Or, depuis que ces puits sont ouverts, les uns qui étaient jaillissants ne sont déjà plus qu’ascendants; partout le niveau a baissé b
- 1 Let assèchement, est particulièrement constaté dans la partie orientale du département de (kmslanlirie. Les puits de Hatna diminuent
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- d’année en année. Dos rivières poissonneuses qui coulaient dons le territoire des Oulad Sidi lova ont à peine un filet d’eau entre les rochers de leurs lits. Les jardins de la smala d’el-Meridj créés à grands frais, sont abandonnés parce qu’on ne peut plus les arroser.
- Des ruines romaines considérables attestant l’existence de grands villages et de villes populeuses, se voient dans des régions absolument dépourvues d’eau aujourd’hui et où l’on ne saurait tenter aucune exploitation agricole. Une partie dos]»iseines romaines découvertes à Hammam Mcskoutinc sont à un niveau supérieur à celui auquel sourdent actuellement les sources.
- Ou ne saurait donc espérer que le reboisement et le rétablissement des barrages que les Romains avaient pu construire, suffiraient à rendre au pays les eaux qui font aujourd'hui défaut à l’agriculture ; il est vrai que le régime des pluies est toujours considérable dans la région tel — lionne et sur les plateaux, mais l’appauvrissement des sources est constaté d'une manière trop générale depuis le littoral jusqu’aux oasis sahariennes pour qu’on ne doive pas en attribuer la cause à quelque phénomène de modification physique de la structure intérieure du sol, dont l’explication nous échappe.
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- COUP D’OEIL GEOLOGIQUE L
- Comme nous l’avons dit précédemment, la caractéristique principale du relief de l’Algérie, particulièrement dans la partie occidentale, est un plissement considérable dans la direction Etna—Ténérife.
- Ce plissement a surtout affecté les terrains de l’àgc secondaire, c’est-à-dire du lias, du jurassique, et de la craie. Ce sont eux dont les crêtes rebroussées forment les rides qui accidentent le Tell et qui constituent les chaînes sahariennes. Dans ces dernières, la prédominance des terrains de grès est très remarquable; les roches, dépourvues du manteau protecteur des forcis ou du gazon, s’effritent sous l’action successive des eaux torrentielles, du soleil, et des vents violents et fournissent tics masses énormes de sable que les courants atmosphériques charrient dans une direction presque constante, les étalant sur les surfaces horizontales des plateaux ou les accumulant en dunes plus ou moins hautes dans les couloirs des montagnes.
- A côté des dislocations incontestablement produites par des plissements, des fractures, des convulsions géologiques, il faut attribuer, dans le modelage extérieur du sol, un rôle beaucoup plus important aux grandes érosions par les eaux. Gc sont elles qui ont profondément creusé les vallées et en ont escarpé les berges ; partout, elles ont laissé des traces imposantes
- 1 Consulter les caries géologiques provisoires de l’Algérie, drossées pur MM. l’ouyunno et Tissol, ingénieurs en chef des mines.
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- de leur travail, en accentuant les reliefs dont la première ébauche est due aux mouvements lents ou subits de l’écorce terrestre, aux jeux de voussoirs, sans l’hypothèse desquels il semble difficile de comprendre les déformations des stratifications primitives.
- Tantôt, les eaux ont ouvert des sillons énormes dans le sens même du plissement, tantôt elles ont approfondi les brèches dans le sens perpendiculaire et préparé les lits tourmentés des rivières torrentueuses de l’époque moderne. Parfois, elles ont détruit des montagnes entières, emportant les couches supérieures des terrains et mettant à nu les couches inférieures, comme dans une partie de la chaîne des Bcni Chougran, au nord de Mascara. Les ravines y sont encore si aiguës, les roches si dénudées, que l’on croirait reconnaître dans l’action torrentielle actuelle, la continuation du travail, ralenti mais non interrompu, des grands flots diluviens d’un autre âge.
- Ce sont les eaux qui, dirait-on, ont presque exclusivement façonné les terrains tertiaires, dont les stratifications, presque toujours horizontales, ont subi peu de dislocations. Ce sont les eaux, enfin, qui ont constitué, dans les parties les plus basses, ces épais dépôts quaternaires et ces alluvions limoneuses qui forment le sol si fécond des terres cultivables.
- Les terrains anciens, ceux de l’âge houiller, manquent malheureusement en Algérie, ou, du moins, leurs couches précieuses n’ont point été assez relevées pour apparaître. Les schistes, les gneiss, les roches granitoïdes ne forment que des îlots accidentels et de peu d’importance, la plupart dans la zone du littoral, où se rencontrent aussi quelques roches gypseuses éruptives.
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- On peut dire que la majeure partie du sol algérien est formée de grès et d’argiles. On y trouve cependant des calcaires à tous les étages. Dans beaucoup d’endroits, la formation calcaire doit être attribuée à un dépôt postérieur à l’émersion des terrains b
- On peut se rendre compte, par les figures théoriques ci-contre, des différentes formes qu’affectent les plissements algériens.
- I Presque clans tout le Tell, « les terrains tertiaires et quaternaires sont recouverts d’une sorte de carapace calcaire blanche, très dure » dont l’épaisseur varie entre quelques centimètres et plusieurs mètres; de sorte que c’est surtout à la surface que l’on trouve des roches solides disposées par bancs continus. Les formes de cette couche se modèlent toujours sur le relief du sol et sa composition varie avec celle des terrains qu’elle recouvre. Parmi ces couches rocheuses, il en est de fort anciennes et de natures très diverses ; elles forment table sur les plus hautes crêtes ; elles ont protégé contre les dénudations les masses friables sous-jacentes et ont conservé aux. sommets, que leurs lambeaux recouvrent encore, les formes planes ou doucement ondulées que le sol primitif devait avoir au fond des mers.
- Ces roches superficielles continuent à se former lentement. Elles diffèrent comme constitution intime, mais leur ciment se compose toujours de sels calcaires, parfois d’oxyde de fer, fournis soit par les eaux, soit, suivant une opinion hardie, par des emprunts faits à l’atmosphère par l’intermédiaire des organismes animaux ou végétaux de la surface. C’est entre les racines des broussailles (palmiers nains, lentisques, jujubiers, etc.) que commencerait ce singulier travail déconsolidation, dont on peut en quelque sorte suivre les progrès.
- Celte opinion émise par le capitaine Bourdon (le Dahra) est confirmée, dit-il, par l’analogie de formations semblables observées dans les plaines alluviales du Gange. C’est ainsi d’ailleurs que se forment aussi les couches d'altos des landes du sud-ouest de la France.
- II est probable que c’est une carapace de cette nature qui a recouvert cl fixé les dunes de sable au pied méridional de la grande chaîne saharienne et formé cet étroit bourrelet rectiligne si caractérisé que l'on voit depuis les montagnes des Ksour jusqu’aux environs de Laghouat.
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- Plissements et érosions.
- Fig. 1.
- 2. Terrain secondaire plissé et érodé.
- 3. Terrain tertiaire en stratification horizontale et érodé.
- 4. Alluvions' quaternaires.
- (Les lignes ponctuées indiquent les parties enlevées par les érosions.)
- Le terrain secondaire a été plissé, puis profondément érodé par les eaux, de sorte que les escarpes peuvent se présenter, soit au nord, soit au sud. Le terrain tertiaire est stratifié horizontalement et a été également très érodé.
- Les fonds sont comblés par des alluvions récentes.
- 2. 2'. Terrains secondaires.
- 3. Terrains tertiaires.
- 4. Alluvions quaternaires.
- V. Vallées d’érosion.
- Stratification du terrain secondaire, 2', en manteau, avec fracture de la voûte et érosion longitudinale.
- Stratification du terrain secondaire, 2, en fond de bateau, couches semblables plongeant au nord et au sud.
- Terrain tertiaire, 3, en stratification horizontale.
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- Failles et érosions.
- Fig. 2.
- ni n. Plans verticaux des failles, a. Crêtes de même terrain, rebroussées.
- Les escarpes successives font face au nord. Les couches ont été brisées et se sont effondrées suivant des failles m-11 ; les plongcments sont au sud. Les crêtes a, a, sont de même terrain.
- Fig. 2 bis.
- oc X
- Ce même aspect pourrait être le résultat .l’une érosion ayant enlevé symétriquement les terrains de plusieurs rides successives, ainsi que le montre la ligure 2 bis.
- Vallées d’érosion sans fractures.
- Fig. 3.
- Les couches n’ont point été brisées; elles plongent les unes sous les autres en stratification concordante. Les crêtes a, |3, ô, produites par les érosions, appartiennent à des étages différents.
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- Plissements normaux du type jurassique. Fis. 4.
- Nord. Sud.
- Coupc théorique dans le Djebel-Amour dans la direction Nord-Sud
- Effondrement des couches supérieures dans le Djebel-Amour.
- Djebcl-Miloch. (Cnvirons de Laghouat.)
- Fig. 5 bis.
- aÿ
- Kcf Gucbli.
- (Entre el-Gbieha et Aïn Madhi.)
- Les figures o eto bis représentent des effondrements de couches brisées et écroulées sous l’action des eaux qui ont miné le pied des falaises; les couches a, b, c (Fig. o bis), qui sont presque verticales, ne sont que des fragments détachés des couches a' b' c1 stratifiées liori zonlalcment.
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- SO M M AIRE HIS T O RI QU E.
- Les Romains divisaient le nord de l’Afrique, de l’ouest à l’est, en Mauritanie, Numidie, et Afrique.
- L’Afrique proprement dite (Afrique proconsulaire — Ifrikia) correspondait à la Tunisie actuelle et à la Tri-polilaine; c’était un des greniers de Rome (ferax Africn) dont le nom est conservé par une partie de la vallée de la Medjerda, appelée encore Frigia.
- La Numidie correspondait à peu près à la province de Constantine, et la Mauritanie comprenait le reste du pays jusqu’aux colonnes d’Hercule ; mais les divisions administratives varièrent plusieurs fois, et la Mauritanie se subdivisa en Mauritanie sitifîenne avec Sitifis (Sétif) pour capitale ; Mauritanie césarienne avec Césaréa (Cherchel), et Mauritanie tingitane avec Tingis (Tanger).
- Après la ruine de Carthage (143 av. J.-C.), lorsque les Romains colonisèrent le nord de l’Afrique, ils l’abordèrent principalement par les rivages de l’est, c’est-à-dire par la façade tournée vers l’orient, du cap Bon au golfe de Gabès. Ils s’installèrent d’abord sur les territoires des anciennes colonies phéniciennes et fondèrent successivement de grandes cités dont les ruines immenses nous frappent d’étonnement. L’amphithéâtre d’el-Djem est le plus vaste que l’on connaisse; à Sbeitla (Sufetula), à Oilma, se trouvaient des agglo-
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- mérations considérables; si l’on en juge par la surface couverte par les ruines et par le nombre des grandes voies qui en divergeaient.
- Ce pays était à coup sûr mieux arrosé que de nos jours; cependant Salluste le caractérisait déjà par ces mots : arhori infecundvs.
- Dans les premiers temps de la lutte entre Rome et Carthage, il y avait en Afrique, au dire des historiens grecs et romains, de vastes forêts impénétrables, des .bois de haute futaie, d’immenses marais. Ces forêts et ces marécages étaient le refuge des éléphants, dont les Carthaginois se servaient à la guerre. L’éléphant disparut de l’Afrique au YIIe siècle. Le dromadaire y parut au VId siècle.
- Les Romains s’avancèrent de l’est à l’ouest, et la province de Constantino conserve encore des traces nombreuses de leurs établissements agricoles et de leurs colonies de vétérans. Ils tenaient l’Aurcs; ils avaient des postes militaires à Biskra (ad piscinam) et dans les oasis voisines ; mais la zone de leur occupation ne s’étendait guère sur les hauts plateaux de la province d’Alger et de la province d’Oran. Ils n’avaient point pénétré en Kabylie au delà de Tizi Ouzou, et vers l’ouest, ils ne possédaient qu’une bande assez étroite du littoral de la Méditerranée jusqu’aux colonnes d’Hercule.
- Les invasions barbares (130), au contraire, vinrent de l’ouest par les rivages de l’Espagne ; elles suivirent dans leurs dévastations une marche inverse de celle de la conquête romaine ; plus tard, les Byzantins reprirent possession du pays pour un siècle (533 à 620), de sorte qu’en résumé, ce furent les parties orientales du nord de l’Afrique qui subirent le plus profondé-
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- ment et conservèrent le mieux l’empreinte de la culture romaine.
- Les Arabes, après avoir pris l’Égypte, la Cyrénaïque, et la Tripolitaine, s’élancèrent à la conquête du Maghreb en 646.
- Les populations berbères qui, depuis des siècles, avaient plié sous le joug des Romains et des Byzantins, toutefois sans perdre leur individualisme, virent d’abord en eux des libérateurs ; elles leur prêtèrent leur appui et, fort inditlérentes en matière religieuse, comme elles le sont encore aujourd’hui, elles acceptèrent facilement l’islamisme. Cependant les Berbères s’aperçurent bientôt que la tyrannie religieuse musulmane était aussi lourde que la tyrannie des exarques byzantins. Ils s’allièrent de nouveau à ceux-ci et repoussèrent les Arabes.
- Kairouan avait été fondé par Okba pour devenir la capitale de l’Afrique musulmane; les Berbères s’en rendirent maîtres, mais leurs succès ne furent qu’éphémères (683-688). De nouvelles armées arabes, accourues de l’Orient, balayèrent les Berbères, les refoulèrent dans les montagnes et traversèrent le nord de l’Afrique comme une charge de cavalerie. Yingt ahs après (711), elles étaient passées en Espagne, avaient écrasé les Wisigoths à la bataille du Guadalète et planté l’étendard du Coran sur la terre européenne.
- Ces Arabes, qui laissèrent en Espagne de si magnifiques traces de leur industrie, de leur science agricole, de leur génie littéraire et artistique ; ces émirs glorieux qui, après la conquête, savaient gouverner, élever des villes magnifiques, protéger les sciences, les arts et les lettres, à une époque où les nations euro-
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- péennes étaient engourdies dans la torpeur du moyen âge, qu’avaient-ils de commun avec les tribus errantes de nos jours? Celles-ci nous présentent l’image exacte des sociétés pastorales des temps bibliques; elles sont, depuis l’origine de l’histoire, immobilisées dans une existence appropriée aux déserts qu’elles parcourent; elles ne pourraient la modifier, et n’ont jamais su planter un arbre, ni tailler une pierre.
- Peut-on voir avec plus de raison les descendants des Maures d’Espagne dans les populations sédentaires du Tell? Mais leurs villes ne sont que des agglomérations de ruines qu’elles ne songent meme pas à réparer. Entre leurs mains qu’est devenu Kairouan, la grande métropole religieuse et littéraire ? Qu’est devenu Tlem-cen, la superbe reine du Maghreb, qui, au XVe siècle encore, passait pour une des villes les plus policées et les plus civilisées du monde?
- Cette race superbe s’est donc éteinte après avoir traversé l’Occident comme un météore brillant, ou bien le souffle stérilisant de l’islam en a-t-il desséché la sève? C’étaient des Orientaux que l’idée religieuse avait momentanément galvanisés et qui, portés, par un prodigieux élan, jusqu’aux limites des terres connues, venaient étonner les barbares autant par l’élégance de leurs mœurs et la délicatesse de leur esprit, que par l’enthousiasme de leur foi religieuse; mais ce n’étaient point des Arabes, ou, du moins, ils ne ressemblaient en rien aux tribus auxquelles, de nos jours, on applique ce nom.
- Le Sémite fataliste qui s’appelle lui-même l’Arabe, est incapable de créer et de prévoir. Il n’a jamais été qu’un destructeur. Son royaume n’est pas de ce monde. En fait, il ne conçoit et ne désire rien en dehors de la
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- vie traditionnelle de la tente et du soin de ses troupeaux. Lorsque ses tribus ont été entraînées à la conquête de l’Afrique, elles se sont abattues comme des sauterelles dévastatrices ; elles en ont ravagé les champs, en ont livré les forêts en pâture à leurs troupeaux, se contentant, lorsqu’une région était épuisée, de lever leurs campements et de porter la dévastation plus loin ; de sorte que deux ou trois millions d’hommes eurent bientôt peine à vivre sur une terre qui avait porté une population décuple.
- Depuis cinquante ans, la France a planté à son tour son drapeau sur les côtes nord de l’Afrique ; elle a entrepris d’y faire pénétrer la civilisation moderne. Après douze siècles, c’est l’œuvre romaine qu’elle s’efforce de reprendre et par des procédés assez semblables. A l’insouciance de l’Arabe elle oppose l’esprit de persévérance et de prévoyance; à son fanatisme religieux infécond, une tolérance fort indifférente ; à ses rêveries sensualistes, la préoccupation fiévreuse des intérêts matériels. Elle trouve des terrains toujours fertiles, mais certainement plus desséchés qu’à l’époque romaine et plus difficiles à mettre en culture ; mais elle dispose d’un matériel industriel qu’ignoraient ses devanciers, et, lorsque ses agriculteurs auront définitivement pris possession du sol, ils y apporteront, sans doute, la patience distinctive de leur race, l’amour de la terre, l’âpreté laborieuse et la même énergie que le durus arator de l’antiquité.
- A travers des vicissitudes nombreuses, en dépit de découragements momentanés, la France poursuit son œuvre; quels que puissent en être, dans l’avenir, les difficultés et les périls, elle ne saurait plus l’abandonner.
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- Lorsque commença cette grande colonisation africaine, et, il y a quelques années encore, la prépondérance de la France sur les autres Puissances du bassin de la Méditerranée était si bien établie qu’elle ne pensait pas devoir trouver chez elles des rivales et encore moins des ennemies. 11 avait même paru généreux à quelques esprits de partager entre les trois peuples latins du bassin occidental de cette mer, la tâche future de la colonisation de l’Afrique du Nord. On pensait ainsi que le Maroc serait réservé aux Espagnols, l’Algérie aux Français, et la Tunisie aux Italiens.
- Quelques idées furent môme échangées à ce sujet entre les hommes d’État dé ces différents pays. Ceux de l’Italie, préoccupés avant tout de reconstituer l’unité de leur patrie, refusèrent de s’engager dans une aventure dangereuse peut-être, en tout cas dispendieuse et hors de proportion avec leurs ressources. Ils espéraient alors pouvoir réserver l’avenir, et l’on comprend que le protectorat imposé par la France à la Tunisie ait pu, en détruisant certaines espérances, froisser certains sentiments.
- Quant à l’Espagne, qui, aux époques do sa grande puissance, avait occupé et fortifié la plupart des points importants du littoral algérien, elle eut été et serait certainement encore disposée à s’étendre au delà du détroit de Gibraltar; mais le Maroc est un pays qui ne se laisse pas facilement entamer et l’Espagne doit se contenter de l’occupation de quelques points de la côte, qui sont pour elle des presidiôs, des lieux de déportation et nullement des colonies ou des Comptoirs de commerce .* Ceuta, lés îles de Yelez de la Goniera, les îles Alhucemas, la place de Melilla, et* près de la frontière algérienne, les îles Chafarinas,
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- qu’elle a occupées en 1847 seulement. Mais les travailleurs espagnols débordent en grand nombre sur le territoire de l’Algérie où ils fournissent une grande partie de la main-d’œuvre. Dans la province d’Oran, notamment, ils forment, dès maintenant, la majorité de la population européenne.
- La manière dont le gouvernement français appréciait alors le partage de la côte du nord de l’Afrique et des pays qui en dépendent, s’est, avec raison, modifiée de notre temps.
- Si l’on prend une carte générale de la Méditerranée, on voit que cette mer se divise en deux bassins qui ne communiquent entre eux que par un passage relativement étroit entre la Sicile et la Tunisie. Du cap Bon, on peut voir, par un temps clair, les côtes de Sicile. Ce passage est encore resserré par File italienne de Pantelleria qui est fortifiée et qui ne laisse entre elle et la côte de Tunisie qu’un détroit de dix à douze lieues.
- Il est donc extrêmement facile de passer de la Sicile en Afrique. Les navires à vapeur franchissent la distance de Marsala à Tunis en quelques heures et Tde de Pantelleria est une escale à moitié chemin.
- Si une puissance maritime occupait les côtes de Tunisie, Pantelleria, et la Sicile, clic commanderait les communications entre les deux bassins de la Méditerranée. L’Angleterre, en s’établissant à Malte, a, depuis longtemps, pris ses précautions pour conserver la libre navigation de ce passage. Si donc la France n’était pas maîtresse des côtes de la Tunisie, les flottes françaises pourraient, dans certaines circonstances à prévoir, être en quelque sorte enfermées dans la Méditerranée occidentale comme les flottes russes
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- sont enfermées dans la mer Noire. Si, à cette considération d’importance capitale, ‘viennent s’ajouter celles relatives à la sécurité de l’Algérie toujours prête aux insurrections, on comprendra facilement que la France ne devait, à aucun prix, admettre qu’une influence rivale de la sienne pût s’implanter en Tunisie.
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- DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE.
- A l’est, l’Algérie confine à la Tunisie ; à l’ouest, au Maroc.
- Bien que la Tunisie soit placée sous le protectorat français et que nous en occupions militairement le territoire, la limite politique entre la Régence et l’Algérie n’en conserve pas moins une certaine importance, puisqu’elle sépare des populations soumises à un régime administratif très différent; c’est en outre une ligne douanière sur laquelle nous sommes obligés d’exercer une surveillance attentive.
- Cette frontière part d’un point de la côte à l’est du cap Rosa; elle est tracée directement au sud, coupant laMedjerda en amont de Ghardimaou, l’oued Mellègue en aval du bordj d’el-Meridj, passant à quelques kilomètres à l’est de Tebessa, et se continuant d’une manière assez indécise en laissant à la Tunisie Nefta; à l’Algérie, Négrine et les oasis du Souf.
- L’Algérie 1 est séparée du Maroc par une ligne sinueuse qui, partant de l’embouchure de l’oued Adje-roud, se dirige au sud et coupe le chott el-Gharbi. Cette
- 1 Pas plus pour PAlgéric que pour les autres régions précédemment étudiées jusqu’ici, notre but n’est de donner une nomenclature géographique méthodique et complète. Notre intention est surtout de faire bien comprendre la physionomie, du pays et d’en faire ressortir les caractéristiques principales.
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- frontière a été déterminée jusqu’au 32° de latitude par le traité du 18 mars 1843. L'article 4 du traité porte qu’ « au delà il est inutile d’établir une limite puisque la terre ne se laboure pas ». On a énuméré seulement les tribus nomades qui relèveraient de chaque gouvernement ; il en résulte que, pour châtier les tribus insurgées, les colonnes françaises doivent quelquefois s’engager très loin vers l’ouest en entrant en contact avec les tribus marocaines, ce qui ne laisse pas que d’offrir de graves inconvénients, comme on le verra plus loin.
- A l’époque où le traité a été signé, on connaissait imparfaitement les conditions politiques et géographiques de cette région, et l’on a laissé au Maroc la ville d’Oudjda dont le caïd (Amel) exerce une certaine autorité sur les tribus nomades qui passent tantôt sur un territoire, tantôt sur l’autre.
- L’Algérie, dans le seus de la profondeur, peut se diviser, avons-nous dit, en trois zones parallèles à la côte et présentant des caractères très distincts. Ce sont les régions du Tell, des Hauts-Plateaux, et du Sahara.
- Au premier abord, il pourrait sembler logique, dans une description de l’Algérie, de considérer successivement les trois zones naturelles; mais cette division aurait pour inconvénient de disjoindre les régions entre lesquelles s’établissent les relations ordinaires des populations algériennes.
- En effet, le mouvement périodique des nomades du Sahara est une sorte de balancement annuel du sud au nord et du nord au sud, et, lorsque nos troupes
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- ont à châtier leurs insurrections, c’est également dans une direction générale du nord au sud qu’elles doivent opérer ; au contraire, les relations commerciales et les mouvements militaires de l’ouest à l’est sont relative^ ment fort rares.
- Dès que l’on s’est occupé d'organiser la conquête, on a partagé l’Algérie en trois provinces dans le sens perpendiculaire à la côte, et l’on n’a fait que consacrer ainsi une division naturelle existant à toutes les époques. Les tribus ont fort peu de rapports de province à province. Elles se traitent en étrangers, sinon en ennemis. Pour les Larbaâ de la province d’Alger, par exemple,, les Trafi de la province d’Oran sont les gens de l’ouest, les ennemis ordinaires, et l’on peut assez facilement opposer les uns aux autres. Ces provinces sont devenues aujourd’hui des départements administratifs et sont restées des commandements militaires de division et chaque province a ses régiments spéciaux. L’esprit de particularisme ancien s’est conservé dans une certaine mesure, de sorte que les limites conventionnelles tracées sur les cartes ont acquis autant de valeur qu’une barrière réelle marquée par quelque accident géographique. 11 est donc normal de conserver cette division, au moins jusqu’au Sahara, et nous étudierons sommairement chacune de ces régions en leur conservant l'ancienne dénomination de province.
- Le cours supérieur du Chélif, orienté du nord au sud, en s’écartant peu de la direction du méridien de Paris, sépare l’Algérie en deux parties à peu près égales et très différentes de configuration :
- A l’ouest, les vallées fertiles et les massifs monta-
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- gneux du Tell oranais, les bassins des chotts el-Gharbi et eeh-Chergui, le massif du Djebel-Amour, les oasis des Ksour et le territoire de la grande tribu des Oulad Sidi Cheikh, l’oued Guir et les autres vallées qui ouvrent les routes du Gourara et du Touat.
- A l’est, la grande et la petite Kabylie et le Tell de Constantine, les plateaux des Zahrès, du Hodna, et des Sbakh, le massif si caractérisé de l’Aurès, le bassin du grand chott Melghir, les oasis de l’Oued-Righ, et les vallées si intéressantes de l'oued Miâ et de l’oued Igharghar.
- On constate, en outre, de l’ouest à l’est, de grandes différences dans le caractère des populations.
- Tandis qu’au Maroc les tribus sont toujours armées pour la lutte, qu’elles offrent une résistance jusqu’à présent impénétrable à l’influence européenne, les populations de l’est sont beaucoup moins farouches. L’esprit guerrier va s’affaiblissant de l’ouest à l’est ; quelques marches militaires ont suffi pour soumettre la Tunisie, tandis qu’on n’a eu raison de l’Algérie qu’après de longues années de combats.
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- I
- RÉGION DE L’OUEST.
- (province d’oran.)
- La limite de la province d’Oran est tracée à l’est, depuis le cap Kramis ; elle traverse le massif du Dahra, coupe le Chélif, traverse le massif de l’Ouarsenis, laisse à l’est les bassins des Zaliros et Laghouat.
- A l’ouest, les limites sont celles du Maroc ; nous avons déjà dit combien elles sont défectueuses et la suite de la description le fera ressortir encore. La frontière aurait été plus naturellement et plus avantageusement tracée sur la Moulouïa. Elle aurait dû nous laisser le chott el-Gharbi entier, le chott Tigri, le groupe des oasis de Figuig, et la ligne de l’oued Mes-saoura, qui est la route la meilleure pour aller au Touat et au Soudan.
- Les grandes régions naturelles de la province d’Oran sont :
- 1° Le Tell, qui se subdivise en :
- bassin de la Tafna, monts de Tlemcen, et monts des Traras;
- bassin delà Sebkha d’Oran et monts du Tessala;
- bassin du Sig et de l’Habra, monts de Daya, de Saïda, et des Béni Chougran ;
- bassin du Chélif inférieur, Mina et oued Riou.
- 2° Les Hauts-Plateaux.
- 3° Les montagnes des Ksour et les oasis des Oulad Sidi Cheikh.
- 4° Les montagnes du Ksel et le Djebel-Amour.
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- La directrice principale des relations entre le Tell et le Sud-Oranais est donnée par le chemin de fer d’Arzeu à Saïda, prolongé par le Kheider et Mecheria jusqu’à Aïn Sefra1.
- 1» TELL ORANAIS.
- Côtes. — Les rides montagneuses qui marquent le premier étage des plissements de l’Algérie sont disposées en échelons les unes derrière les autres, de sorte que leurs extrémités projettent des caps à l'abri desquels se sont creusés des ports de peu d’étendue, ouverts au nord-est, mais assez bien abrités contre les vents les plus fréquents et les plus dangereux qui sont ceux du nord-ouest.
- L’embouchure de l’oued Adjeroud marque la frontière du Maroc, au fond d’une baie que ferme à l’est le promontoire du cap Milonia.
- Le port de Nemours (Djema Ghazouat, le nid des pirates) n’est pas assez protégé pour que les vapeurs qui font les escales de la côte puissent s’y arrêter par tous les temps. C’est l’ancien ad fratres des Romains, nom qui lui venait de deux écueils, « les frères », situés à 600 mètres de la côte.
- 1 Nous ferons observer que l'expression de bassin appliquée au régime hydrographique de l’Algérie doit s’entendre d’une succession de cuvettes situées à des étages différents ; les eaux descendent de l’une à l’autre par des brèches plus ou moins longues, plus ou moins étroites, qui brisent les digues formées par les rides orographiques. Celles-ci sont, d’une manière générale, orientées du sud-ouest ou nord-est, parallèlement à la côte, tandis que la rivière principale de chaque bassin, c’est-à-dire le cours d’eau collecteur, court ordinairement du'sud au nord, descendant d’étage en étage, et perce par conséquent les murailles montagneuses.
- Cette observation est générale.
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- A 10 kilomètres au sud, se trouve le marabout de Sidi Braliim, illustré par l’héroïque résistance d’un petit détachement français (22 septembre 1845) contre l’émir Abd el-Kader. C’est à Sidi Braliim que, deux ans plus tard, en 1847, Abd el-Kader vint se rendre au général de Lamoriciôre.
- En face de l’embouchure de la Tafna, bile volcanique de Rachgoun (insula acra), située à 2 kilomètres de la côte, avec un phare, protège un bon mouillage.
- Un camp avait été établi à Rachgoun en 1841 pour les ravitaillements de Tlemcen. Une ville ne tardera pas à s’v créer. Ce sera le port de Tlemcen, lorsque le chemin de fer sera construit.
- A quelques kilomètres, à l’est, sont les mines de fer extrêmement riches des Béni Saf.
- Entre le cap Figalo et le cap Sigale sont les îles Ilabibas.
- Entre le cap Falcon et la pointe Abuja (ou de l’aiguille) se creuse le golfe d’Oran. Le port d’Oran est tout artificiel et n’offre pas de mouillage extérieur ; mais, à quelques kilomètres à l’ouest, se trouve la belle rade de Mers el-Kébir, qui peut abriter une flotte entière. Elle est défendue par quelques batteries de côte et dominée par le fort du Santon, de construction récente. Cette position est une des plus importantes du bassin occidental de la Méditerranée.
- Oran a une population de 58,500 habitants, qui- s’accroît rapidement. Les Espagnols \^sont en grand nombre. La ville se développe par des constructions neuves très étendues, surtout dans la direction du faubourg de Kargucnlah. D’anciennes fortifications, datant de l’occupation espagnole, couronnent les rochers au-dessus de la ville.
- A l’est d’Oran, la côte est soutenue par une arête rocheuse que dominent le cône remarquable de la montagne des Lions (djebel Kahar, 300m) et les crêtes du djebel Orouze (600m). Elles projettent trois caps : l’Aiguille, Ferrât, et Carbon, et protègent le mouillage et le port d’Arzeu.
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- En continuant vers l’est et après avoir doublé le cap Ferrât, on arrive à la baie d’Arzeu, qui est comprise entre les caps Carbon et Ivi ; sur la côte ouest, le port, un des meilleurs mouillages de l’Algérie, peut recevoir les navires de toutes grandeurs; il est défendu par trois batteries. C’est un des points principaux de l’exportation de l’alfa, pour l’exploitation duquel a été construit le chemin de fer d’Arzeu à Saïda.
- Au fond de la baie, au milieu des marécages, près de l’ancien port de Porto-Poulo 1, se jette la Macta; enfin, en face d’Arzeu, sur la côte est, se trouve la petite ville importante de Mostaganem, dont le port est peu praticable et au nord de laquelle vient finir le Chélif.
- Les environs de Mostaganem sont remarquables par leurs cultures. A 3 kilomètres à l’ouest, est le village de Mazagran, dont le nom rappelle l’héroïque résistance des 300 hommes du capitaine Lelièvre en -1843; plus loin Rivoli; à l’est, le village de Pelissier, et, plus près du Chélif, Aïn Tedeles, le centre principal agricole de la région ; au sud, Aboukir, Aïn Nouissy, etc.
- A part de très rares exceptions, on ne voit pas dans le Tell de la province d’Oran de pays réellement montagneux. L’horizon semble toujours bordé de hautes mnntagnes, mais en s’approchant tout se réduit. On ne trouve plus que des collines médiocres ou des plaines inclinées et souvent profondément ravinées, formant des étages successifs. Il n’y a pas de vallées profondes et bien dessinées, ni de pics saillants et, par suite, l’ensemble offre une grande monotonie d’aspect.
- 1 Appelé vulgairement Port-aux-Poules. — Poulo, signifie port dans le langage levantin. Porto-Poulo serait donc une tautologie du mot port et c’est par une corruption plaisante rju’on l’aurait appelé Port-aux-Poules; mais cette opinion a été contestée. Le nom de Mers-el-Djoudjad, qui veut dire également port aux poules est, paraît-il, usité chez les Arabes.
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- Bassin de la Tafna, monts de Tlemcen. et monts des Traras.
- L’embouchure de la Talna est en face File Rachgoun. Les premières eaux descendent d’un sillon formé par l’ourlet montagneux qui borde les Hauts-Plateaux. La Tafna (ou l’oued el-Merdja qui en est une des têtes) et l'oued Isser, qui en est le principal affluent, y prennent leurs sources au pied du djebel Kouabet et coulent en sens opposé. Les deux rivières décrivent ensuite une grande circonférence, la première à l’ouest, la seconde à l’est, pour se réunir à Rcmchi, à 25 kilomètres de la côte, enveloppant ainsi dans leurs courbes le massif montagneux de Tlemcen.
- L’oued Sikka, affluent de Pisser, coule du sud au nord en traçant à peu près le diamètre de cette circonférence.
- Sebdou se trouve au centre de la cuvette supérieure de la Tafna, en face de la cassure par laquelle s’écoulent les eaux qui traversent un rempart de 1400 à 1600 mètres d’altitude (Ras er-Roudjen, 1413™ ; djebel Kouabet, T621m) ; c’est une position importante gardée par une redoute, point d’appui des colonnes qui opèrent sur les Hauts-Plateaux, dans les environs de la frontière.
- Lorsque la rivière se dégage des longues gorges dans lesquelles son lit est encaissé, elle reçoit, sur sa rive gauche, les eaux d’un vaste demi-cercle de montagnes dont les ravins dessinent un éventail à la poignée duquel est Lalla Maghnia.
- Ce sont : l’oued Mouïia;
- son affluent l’Isly, qui traverse le célèbre champ de bataille du 12 août 1814, et dans le bassin duquel se trouve Oudjda, ville marocaine importante, résidence d’un Amel dont l’influence rayonne sur notre territoire;
- l’oued Ouerdefou, qui passe à Lalla Maghnia;
- et d’autres moins importants.
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- Lalla Maghnia est, par conséquent, une position de laquelle on peut commander le réseau des chemins qui suivent ces nombreux ravins ; c’est un poste militaire qui surveille là frontière marocaine. Une route conduit de Lalla Maghnia à Nemours, par Nedroma, en traversant une arête de 1000 à 1100 mètres.
- Après avoir reçu Lisser à Remchi, la Tafna perce la muraille des montagnes des Traras. Le dernier bourrelet qu’elle franchit près de la côte, a encore des altitudes de plus de 400 mètres.
- L’Isser, qui prend sa source dans le môme sillon que la Tafna, coule d’abord vers le nord-est ; il se replie ensuite perpendiculairement au nord et se dégage des montagnes par de belles cascades d’environ 12 mètres de hauteur. Il coule alors dans la large vallée des Oulad Mimoun, dont les terres argileuses rougeâtres portent de superbes moissons. Un village de colonisation, Lamoricière, a été créé dans cette vallée, près de l’emplacement d’une ancienne ville romaine que l’on croit être Rubrœ (les terres rouges), et dont les ruines très étendues sont appelées par les Arabes Hadjar Roum (les pierres romaines). C’était un des postes extrêmes de 1’occupalion romaine vers le III0 siècle.
- L’Isser reçoit (r. g.) l’oued Chouli; puis il passe au Pont de l’Isser, village de colons sur la route de Tlcmcen à Aïn Tcmouchent.
- L’oued Sikka, le principal affluent de Tisser, a une direction générale sud-nord ; il forme de superbes cascades en franchissant le dernier escalier des monts de Tlemccn, et fournit des eaux aux moulins et aux belles cultures des villages de Safsaf, de Négrier, etc.
- A l'époque de la lutte contre Abd el-Kader, le ravitaillement de Tlcmcen se faisait eu partant du camp de Rachgoun, par la roule qui remonte la Tafna puis l’oued Sikkah. Dans une de ces opérations, le général Bugeaud ayant.attiré l’émir sur
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- un terrain favorable entre la Sikkah et Tisser, le battit complètement (6 juillet 1836). Mais, par le traite de la Tafna, signé l’année suivante (30 mai 1837), on abandonna Racligoun, le camp de la Tafna, Tlemcen ; on reconnut l’autorité d’Abd el-Kader sur toute la province d’Oran, à l’exception de quelques villes de la côte, et on lui constitua ainsi un véritable royaume dont Tlemcen devint la capitale.
- Au sud de Scbdou, la limite orographique du Tell est marquée par une ride entre le djebel Tnoucldi et le djebel Ouargla.
- Le djebel Tnouchfi (1842lu) point culminant de la région, marque la séparation des eaux qui coulent au sud-ouest dans le bassin de la Moulouia, au nord-est dans la vallée de la Tafna, à Test dans la daya Perd.
- A l’est de Scbdou, le djebel Ouargla (I412m) marque de même la séparation entre les eaux de la Tafna, celles de la daya Perd, et celles du bassin du Sig.
- La bordure méridionale de la daya Ford est dessinée par les crêtes jurassiques d’une ride qui émerge des alluvions quaternaires (djebel Mekaïdou, 1470m).
- Au pied du versant sud de ces hauteurs, sur le méridien de Scbdou et à 50 kilomètres de distance, le poste d’el-Aricha (redoute et quelques maisons) surveille la frontière marocaine, la tribu des Oulad en-Nahr, et la grande tribu des Ilamian, dont les terres de parcours enveloppent le choit cl-Gharbi. C’était, avant l’insurrection de 1881, le poste le plus avancé de notre occupation permanente dans le Sud-Oranais.
- La frontière marocaine est à 40 kilomètres à l’ouest. Elle coupe le djebel Sidi cl-TIabet.
- Sous le nom de Monts de Tlemcen, nous désignons l’ensemble des montagnes qui comprennent la ride du djebel Tnouchfi et les rides successives et à peu près parallèles qui s’étagent entre la Tafna et Tisser : chaîne des Béni Smiel (dj. Kouabet, 1621m); chaîne du Nador (1580m); chaîne de Lella Setti (I016m), et du djebel Roumclia (1209m).
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- Elles présentent, en général, de fortes escarpes vers le nord ; l’oued Sikka franchit la dernière d’entre elles à l’est de Tlemcen, en formant des cascades remarquables.
- Tlemcen, adossé au dernier étage de ces montagnes, au pied des rochers à pic de Lella Selti (1016m), à la lisière des calcaires jurassiques et dominant les riches terrains des couches tertiaires, est ainsi dans une situation exceptionnellement avantageuse. Les observations géologiques qui précèdent expliquent l’importance que cette ville a eue de tout temps. Abritée des vents brûlants et des sables du Sahara par les écrans des montagnes, elle reçoit, au contraire, les vents plus frais de la mer. Son altitude de 830 mètres lui donne un climat sain et tempéré, avec une température moyenne de 17° environ, et des écarts de 0° en décembre et de 41° en août (la moyenne du mois d’août restant inférieure à 30°).
- La ville est entourée de belles cultures et de magnifiques bois d’oliviers qui fournissent des huiles renommées.
- Avec 18,400 habitants en 1886, c’est la cinquième ville de l’Algérie après les trois cbefs-lieux de départements et Bônc. C’est un centre de marchés importants, fréquentés par les caravanes du Sud-Oranais et du Maroc.
- Au milieu de la ville est une forte citadelle, le Mechouari, l’ancien palais des émirs, où sont réunis aujourd'hui les casernes et les établissements militaires. A côté du quartier européen subsiste la vieille ville arabe aux maisons à demi effondrées, avec clc vastes et belles mosquées. Les Juifs sont nombreux (3 à 4,000) et forment une corporation puissante.
- Les poètes arabes ont souvent chanté les beautés de Tlemcen, la reine du Maghreb. Au temps des Romains, elle s’appelait Pomaria ; au temps des Arabes, c’était Agadir, sans cesse disputée dans les guerres entre les Almoravides et les Almohades. Tlemcen devint ensuite la capitale d’un royaume duquel relevaient Oran, Arzeu, Mostagancm, Mazagran,
- 1 Lieu où se tient le conseil ; ainsi nommé parce que c’était le lieu de réunion des ministres.
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- Nedroma, etc. Elle avait, dit-on, 125,000 habitants. Les sciences et les arts y étaient en honneur. Elle vit naître des savants et des hommes illustres, entre autres le célèbre historien Ibn Khaldoun. Ce fut au XVe et au XVIe siècle « une des villes les mieux policées et les plus civilisées du monde ».
- Au XIVe siècle, elle avait résisté pendant huit ans (1290 à 1308) aux sultans mérinides. Pendant ce long siège, les assiégeants construisirent, sur l’emplacement-de leur camp, une ville entière, Mansoura, dont l'enceinte et la grande mosquée offrent encore des ruines fort curieuses et bien conservées.
- La domination turque pesa lourdement sur Tlemccn pendant près de 300 ans.
- Après la prise d’Alger par les Français, l’empereur du Maroc Abd er-Rhaman tenta de s’en emparer. Les Koulou-ghlis, sous le commandement de Mustapha ben Ismaïl, résistèrent courageusement dans le Mechouar, d’abord pour les Turcs, puis pour les Français, qui les prirent à leur solde.
- Occupée par le général Clauzel en 1836, Tlcmcen fut énergiquement défendue par le capitaine Cavaignac; le traité de la Tafna (20 mai 1837) la céda à Abd el-Kader, qui en fit sa capitale. Depuis 1842, elle a été définitivement gardée par nous.
- A quelques minutes au nord de Tlemccn, le village arabe de Sidi bou Médine s’est groupé avec ses jardins et scs vergers sur le flanc de la montagne, auprès d’une fort belle mosquée et du tombeau d’un marabout vénéré. C’était autrefois le lieu de retraite et de repos favori des sultans de Tlemccn.
- Lorsque la Tafna a réuni ses eaux à celles de Tisser, à Rcmchi, elle coule directement au nord en perçant la chaîne du littoral.
- Les montagnes qui constituent cette chaîne ont un relief important, rendu plus sensible par le voisinage de la mer. Nous donnons à leur ensemble le nom de Monts des Traras. L’orientation des crêtes est toujours sensiblement la même avec quelques variations de direction.
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- Le sommet principal est le djebel Filhaucen (llo7m), à l'est de Nedroma. Sa crête calcaire domine des terrains fort anciens, schistes et granits. A 40 kilomètres environ au sud de Lalla Maghnia, près de la frontière, sont les mines de plomb argentifère de Gar Rouban.
- Coupe théorique suivant le méridien de Tlemcen.
- ïlemcen.
- atouts
- Bassin de la Sebklia d’Oran.
- Monts du Tessala.
- Au sud d’Oran, est une grande dépression analogue aux cholts, la Sebkha, qui contient une mince nappe d'eau salée. Elle occupe le fond d’un bassin, dont la ceinture méridionale est formée par la longue chaîne du Tessala (1063m). Elle est bordée au sud par la plaine de la Mléta.
- Les plateaux et les pentes du Tessala sont particulièrement fertiles. Leur orientation est, comme pour les autres rides, entre 05° et 70° nord-est. Les escarpes sont au sud.
- A l’extrémité orientale de cette ride, le cône du djebel Tafa-roui domine la coupure dans laquelle a été tracé le chemin de fer de Sidi bel Abbés.
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- Le bassin de la Sebkha est séparé de la mer par une ride de 500 à 600 mètres, le Ghamera, qui porle la forêt de Msila. Elle se termine par la colline de Santa Cruz, au-dessus d’Oran.
- A l’ouest, sont la vallée de l’oued Ilallouf, avec l’important centre d’Aïn Temouchent (708m), et la vallée du rio Salado (ou oued Melah).
- Ces territoires, en partie déjà transformés par la culture européenne, formaient les domaines des tribus des Douair et des Sméla, les premières qui se soient soumises à la France et dont la fidélité ne s’est jamais démentie.
- Bassins du Sig et de l’IIabra.
- Monts de Daya, de Saïda, et des Béni Chongran.
- Au fond du golfe d’Arzeü, près de Port-aux-Poules, se jette la Macta, qui n’est que l’émissaire des marais du môme nom où viennent se réunir les eaux du Sig et celles de l’IIabra.
- Les têtes de ces deux rivières se trouvent sur la lisière des Hauts-Plateaux, que nous appelons monts de Daya, à l’ouest du chemin de fer d’Aïn-Scfra et monts de Saïda, à l’est.
- Les monts des Béni Chougran forment le rempart le plus septentrional de la région montagneuse dont les eaux s’écoulent par le Sig et par l’Habra.
- Les crêtes principales de ces montagnes sont parallèles entre elles.
- Le Sig (qui s’appelle, d’abord, l’oued Mekcrra) a scs sources au pied du djebel Beguira (1402m) (mont de la vache), près du village de Bedeau (Ras el-Ma, tête des eaux), chantiers d’alfa sur la route de Sebdou à Daya et Saïda.
- Le Sig (Mekerra) descend par une gorge rapide* passe à Magenta, bordj et village ; à Ben Youb ou Chanzy (ancien poste militaire romain sous le nom d’Albulce), Boukanilis,
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- pénitencier agricole. Le Sig débouche ensuite dans la combe de Sidi bel Abbés, ville de construction moderne (1849), créée pour assurer la possession du pays entre Tlemcen et Mascara, une des plus jolies de l’Algérie, en pleine croissance (13,300 habitants), salubre, abondamment pourvue d’eau, au centre d’un territoire très fertile, nœud de nombreuses routes, centre principal des Espagnols de la province d’Üran.
- A partir des Trembles, la rivière longe le pied de la muraille qui ferme au sud le bassin de la Sebklia d’Oran ; elle la franchit par une brisure à la sortie de laquelle est Saint-Denis du Sig. Un barrage large de 43 mètres sur une hauteur de 9 mètres, en retient les eaux qui sont ensuite distribuées pour alimenter les riches cultures de la plaine du Sig, les moulins et les usines1.
- La route de Sidi bel Abbés à Oran et le chemin de fer quittent la vallée aux Trembles et débouchent sur le versant septentrional à Sainte-Barbe du Tlélat.
- L’Habra est formée de quatre branches principales :
- l’oued Tenira, qui descend du massif de Daya,
- l’oued Mouça, dont les têtes sont voisines de celles du Sig (Mekerra),
- l’oued Saïda, qui passe à Nazcreg, Franchelti, et qui se réunit à l’oued Traria (aftl. de droite).
- Ces trois dernières rivières descendent de la bordure des Hauts-Plateaux. On peut considérer l’oued Saïda comme la branche principale de l’Iïabra.
- L’IIabra, qui s’appelle alors oueu el-Hammam, perce ensuite la muraille montagneuse des Béni Chougran ; elle en sort à Pcrrégaux. Au sud de ce village, un magnifique barrage en retient les eaux dans un bassin de 14 millions de mètres cubes, d’où elles sont réparties pour l’irrigation des terrains de cultures 2.
- 1 Ce barrage a été rompu par les crues en février 1885, l’inondation a causé de graves désastres.
- 3 Cette digue a été rompue au mois de décembre 1881. On l’a reconstruite.
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- Le massif de Mascara ou des Béni Chougran comprend plusieurs arêtes parallèles à l’orientation ordinaire du nord de l’Afrique et présentant de fortes escarpes au nord.
- La première a pour cime principale le Bou Ziri (G37ra), entre Saint-Denis et Perrégaux.
- La deuxième a son altitude maximum au djebel Nador (808m), au nord-est de Mascara.
- Coupe théorique des monts des Béni Chougran.
- Chaîne du BoaZiri Ç93œ
- Chaîne duHadnr J508™
- Charet( er Riha
- Perreau
- •<Massj0 des Béni- ChougranJ
- Entre les deux est un terrain profondément érodé, sans végétation aucune, formé de craie ou de schistes d’un Age antérieur aux crêtes qui le bordent ; on dirait qu’une érosion, étonnamment puissante, l’a dépouillé des couches tertiaires qui le recouvraient et dont on voit les brisures au sud. Le ravinement continue de nos jours. En 1881, ce sont des masses d’eau énormes, glissant sur ces couches imperméables, qui ont causé le désastre de Perrégaux.
- La route de Mascara à Mostaganem traversait autrefois ce pays désolé. Les fatigues qu’ils y éprouvaient lui ont fait donner par nos soldats le nom de Crèvecœur, qui lui est resté. Ces montagnes sont le domaine de la tribu des Boni Chougran, dont la mauvaise réputation ne s’est point encore démentie.
- La troisième crête est moins accentuée. Sur son versant sud, à 585 mètres d’altitude, est assis Mascara, qui domine au
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- nord l’immense plaine tl’Egris, prolongée par la plaine de •Traria. Ces plaines, extrêmement fertiles, sont couvertes de fermes et de villages florissants : Saint-IIippolytc, Saint-André près de Mascara, Palikao, Charrier, Bcnian, Franclietti, Nazereg. Les plantations de vignes ont particulièrement réussi sur les coteaux de Mascara. La main-d’œuvre agricole est surtout fournie par les Marocains et par les Espagnols. Ceux-ci arrivent en grand nombre, depuis quelque temps, mais la plupart retournent au pays après avoir amassé un petit pécule.. Quelques familles se fixent cependant et font souche.
- Du sommet du Chareb er-Riba (la lèvre du vent), 806m au nord de Mascara, on peut apercevoir la mer ; mais les vents rafraîchissants sont arrêtés par cette crête même, tandis que Mascara est exposé aux vents chauds du sud.
- Abd el-Kader, qui était de la grande tribu voisine des Ha-chcm, avait fait de Mascara sa résidence favorite. La ville fut brûlée par nous en 1835, reconstruite et ruinée de nouveau par les Arabes en 1841, époque à laquelle nous en prîmes définitivement possession.
- Les plaines d’Egris et de Traria sont limitées au sud par des hauteurs qui atteignent 1204 mètres au djebel Nesmote et dont on voit les escarpements (1024m) au-dessus de Franclietti. Puis le pays est ondulé jusqu’au dernier bourrelet qui limite le Tell et sur le versant nord duquel est Saïda. Le chemin de fer en franchit les pentes par des courbes fort prononcées.
- Cette arête semble prolonger les crêtes du djebel Reguira (sources du Sig et de l’oued Mouça). Au délit se développent les Hauts-Plateaux.
- Entre les hautes vallées du Sig et de l’oücd Mouça, se dresse une crête boisée fort élevée* la crête de Daya (vigie 1392), qui est le premier rempart du Tell du côté des Hauts-Plateaux. Sur le sommet est une sorte de blokhaus, auprès duquel se sont groupées quelques maisons d’un petit village.
- Daya et Saïda sont les premiers postes fortifiés du Tell.
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- Bassins de la Mina et de l’oued Riou.
- La vallée de la Mina, affluent du Chélif inferieur, est sensiblement parallèle à celle de l’Habra. Celte vallée et celles de ses affluents principaux, rivière de Tagremarct (oued el-Abd), rivière de Frenda (oued et-That), ont leur origine à la lisière des Hauts-Plateaux, descendent du sud au nord et traversent une région très moutueuse entre des falaises de grès profondément érodées.
- Frenda est près de la tète de leurs eaux, sur un petit plateau cultivé(li30m), en vue « du superbe amphithéâtre du djebel Gaada ».
- Entre l’oued et-That et l’oued cl-Abd, la crête du djebel Sidi ben Halyma est remarquable.
- La colonisation européenne n’a point encore abordé les hautes vallées de la Mina, où se trouveront des terres fertiles. Ce pays est cependant traversé déjà par les routes stratégiques qui conduisent de Mascara à Tiaret par Palikao et Sidi Djilali ben Amar, do Mascara à Frenda, de Tiaret à Frenda, Tagremaret, Saïda. Cette dernière route, connue sous le nom de route Lamoricière, a été construite pour établir une liaison entre les postes chargés de surveiller la limite sud du Tell; elle se prolonge à l’ouest sur Daya et'Sebdou* à l’est sur Teniot el-llaad et Boghar.
- La Mina vient du djebel I-Iarbouz, sur la limite des plateaux; elle passe à 12 kil. de Tiaret ; près du point où la traverse la route de Frenda, elle forme de belles cascades d’une quarantaine de mètres. Après un cours très tourmenté, dans un pays peu peuplé, elle se dégage des montagnes à Relizane. Ses eaux, retenues par un grand barrage comme celles du Sig et do l’Habra, en fertilisent les terres.
- A quelques kilomètres en aval, elle reçoit (r. g.) l’oued Hillil. Cette rivière descend du djebel Nador dans les monts de
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- Mascara, près d’el-Bordj ; un barrage retient également ses eaux pour l’irrigation des terres du village de l’Hillil.
- La ligne ferrée d’Alger à Oran suit, au nord, le pied des montagnes, en reliant entre eux plusieurs centres de colonisation importants des Plaines du Chélif et du Sig : Saint-Aimé, Relizane, l’Hillil, Perrégaux, Saint-Denis, Sainte-Barbe du Tlélat, dont les cultures sont irriguées grâce aux barrages dont nous avons parlé.
- A l’est de la Mina coulent à peu près parallèlement :
- l’oued Djidjouia, dont la vallée est suivie en partie par la route de Relizane à Tiarct par Zemmora,
- et l’oued Riou qui descend de la lisière des Hauts-Plateaux, passe au pied d’Ammi Moussa, village et poste fortifié, et traverse le chemin de fer à Inkermann.
- Au nœud orographique duquel descendent les premières eaux de l’oued Riou et de l’oued Mina, se trouve Tiaret (2,800 hab.) (1083m d'altitude), créé en 1843, dans une position stratégique importante; c’est une base de ravitaillement pour les colonnes qui opèrent sur les Hauts-Plateaux, au centre des immenses pâturages des Ilarar, qui possèdent de grands troupeaux de moutons et de beaux chevaux. C’est un des points les plus importants du Sud. Il s’y tient un grand marché d’échange entre les produits du Tell et ceux des caravanes sahariennes. Les routes de Saïda, Mascara, Relizane, Teniet el-IIaad, viennent s’y réunir.
- Près de Tiaret sont les ruines de Tagdcmt, détruit en 1841, une des places d’Abd el-Kader. Il s’y trouvait un oppidum romain.
- Tiaret est la tête de la route de ravitaillement du poste d’Aflou, dans le Djebel-Amour, et un grand marché pour les tribus. Cette route passe à quelque distance d’Aïn Souguer, autrefois résidence de Sarahoui, ancien aglia des Harar, et à Oussekr où est installé un poste de surveillance. A moitié chemin d'Oussekr et d’Aflou sont les puits d’ed-Dib (du chacal).
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- 2» HAUTS-PLATEAUX.
- Après la conquête, lorsqu’il s’agit de consolider notre occupation en Algérie, on se demanda quelles limites il convenait de lui donner dans le Sud.
- On connaissait fort imparfaitement les conditions de vie des tribus nomades et la nature de leur pays. Les uns conseillaient la création d’une ligne continue de postes destinés à couvrir notre frontière méridionale, recommandaient de ne pas se laisser entraîner dans des expéditions lointaines contre des tribus souvent insaisissables, et de laisser à eux-mêmes, sans s’ingérer dans leurs affaires, les nomades du désert.
- Mais une connaissance plus exacte du mode d’existence des tribus sahariennes devait bientôt modifier, au moins en certains points, cette manière de voir.
- « Arrivé à l’extrême limite du Tell, écrivait le général Daumas, où l’on a occupé les postes de SebcLou, Daya, Frenda, Takdcmt, Tiaret, Teniet el-Haad, Bo-ghar, Bou Sàada, Msila, Biskra, Tebessa, on a cru, sur la foi d’anciens géographes, être en plein désert, que là commençait le vide, et qu’à part quelques tribus égarées, errantes dans les sables, ou totalement circonscrites dans d’étroites oasis, il n’y avait plus sur ce sol déshérité ni famille humaine, ni végétation. Ce désert, on l’a successivement sondé; partout, on y trouve des villes, des villages, des tentes, une vie active mais exceptionnelle. »
- Les tribus sahariennes se déplacent avec une grande régularité. Pendant l’été, elles remontent vers le nord pour trouver des pâturages et pour faire les échanges
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- de leurs produits contre ceux du Tell, contre des grains surtout; lorsque l’hiver s’approche, elles redescendent dans le Sahara. Ces migrations périodiques amènent des relations constantes entre elles et les populations sédentaires que nous avons les premières soumises à notre autorité, et nous obligent à exercer sur les unes et sur les autres une active surveillance.
- Il est impossible de supprimer ces relations. Le peuple qui domine dans le Tell ne peut, par conséquent, se désintéresser de ce qui se passe dans le Sahara, parce que de là viendront souvent, avec les caravanes de nomades, les excitations religieuses qui troublent les sédentaires du nord de l’Algérie.
- Il est donc bien difficile de déterminer une frontière aux territoires du Tell. Les prédications de quelques marabouts fanatiques, les querelles de tribus à tribus, des violences exercées contre celles que nous protégeons directement, des tentatives d’insurrection, nous mettent souvent dans la nécessité de porter nos troupes à grande distance et d’avoir dans l’extrême Sud non seulement des postes d’observation, mais encore des magasins où puissent se ravitailler les colonnes expéditionnaires. 11 convient peut-être d’ajouter encore à ces raisons politiques qui nous ont entraînés dans le Sud, un certain attrait vers l’inconnu, et le désir d’en soulever le voile.
- On a quelquefois distingué les solitudes du sud de l’Algérie en grand et petit Sahara. La limite naturelle entre ces deux régions est la grande chaîne saharienne. On désigne plus habituellement la région du nord sous le nom de Hauts-Plateaux.
- A quelques kilomètres au sud des postes de Sebdou,
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- de Daya, de Saïda, de Frenda, au-dessous même de Tiaret et de Boghar, se dressent de puissantes falaises du sommet desquelles on domine de vastes plaines à l’horizon indéterminé comme celui de la mer. Ce n’est pas encore le Sahara; mais on a eu raison d'appeler ces solitudes le petit Sahara, parce qu’elles en ont tous les caractères, moins l’étendue indéfinie.
- Elles sont séparées du Sahara proprement dit par une épaisse région montagneuse, qui n’a pas moins d’une vingtaine de lieues de largeur dans certaines parties et dont les crêtes dépassent parfois 2,000 mètres. Les altitudes des plateaux varient entre 900 et 1000 mètres, et c’est à peine si la monotonie de leur aspect est variée par de petites crêtes, ou par quelques îlots rocheux qui émergent de loin en loin et qui ont résisté au gigantesque travail de dénivellation par les eaux, dont ce pays conserve les traces irrécusables.
- La plaine n’est pas horizontale cependant; elle est ondulée comme le fond d’une mer que le mouvement des vagues aurait atfouillé; elle est déchirée par quelques ravines creusées autrefois par les eaux; mais l’uniformité et la nudité de sa surface sont telles, que l’œil, manquant de pointde repère, ne peut apprécierni les creux ni les hauteurs. Une troupe en marche ou un campement doivent se faire éclairer à grandes distances pour se garder contre des embuscades, aussi dangereuses et presque aussi faciles à tendre que dans le pays le plus couvert. L’étranger qu’aucun indice n’alarme, aussi loin que porte sa vue, ne se doute pas souvent que, dans un pli de terrain, à moins d’une portée de fusil, se dérobe un douar de nomades, un djich de pillards, un ennemi quelconque.
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- Le caractère principal de ces grandes plaines est leur aridité. Dans bien des endroits le sol serait fertile s'il était arrosé; mais il ne pleut presque jamais, quelques jours à peine vers les équinoxes. La terre desséchée boit rapidement les eaux; le peu qui n’est pas absorbé ou emporté par l’évaporation causée par des vents d’une extrême violence, se rassemble dans quelques trous naturels, ghedir, où elle séjourne quelques jours, quelques semaines parfois, à moins que des troupeaux ne viennent les épuiser.
- En certaines places, lorsqu’une couche imperméable forme cuvette h quelque distance de la surface, on peut creuser des puils dans lesquels l’eau se conserve toute l’année. Ce sont des oglat, près desquels se trouve parfois un campement permanent, mais ces points d’eau sont extrêmement rares.
- Enfin, dans les parties les plus basses des plateaux, se voient des bassins plus ou moins étendus : mares, étangs ou lacs, la plupart du temps desséchés, qu’on appelle daya, sebkha ou chott, suivant leur étendue, derniers résidus du grand lac intérieur dont les rivages étaient autrefois la falaise tellienne au nord, les escarpes de la chaîne saharienne au sud. En hiver, les pluies et les neiges y amènent une couche d’eau très mince qui, en s’évaporant, dépose en efflorescences blanchâtres les sels qu’elles ont dissous en coulant sur les roches magnésiennes ou qui sont ramenés du sous-sol par un phénomène de capillarité. Les plus importants sont les chotts el-Gharbi et ech-Chergui (c’est-à-dire les chotts de l’ouest et de l’est). Pendant l’été, on peut les traverser presque partout en prenant simplement la précaution d’éviter le danger de l’enlisement dans les flaques de sables mouillés. Mais la
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- chaleur produite par la réverbération impose des fatigues extrêmement pénibles à des hommes à pied. De décevants mirages semblent toujours annoncer l’approche d’une nappe liquide qui n’existe pas et sur laquelle paraissent se refléter des îles et des rivages imaginaires.
- Dans ces lacs sans eau viennent finir des vallées également arides. Les caries doivent cependant les indiquer soigneusement, non pas tant à. cause de l’importance du relief qui les borde, qu’en raison des puits ou des ghedirs qu’on peut y rencontrer. C’est là aussi que l’on peut espérer trouver encore quelques arbustes rabougris, quelques broussailles de jujubiers sauvages épargnés par le feu des campements des nomades arabes ou des colonnes françaises.
- Sur ces immenses étendues, aussi grandes en surface que le Tell tout entier, il n’existe en effet aucune culture, et, en fait de végétation naturelle, il n’y pousse que de l’alfa, du diss, des touffes de thym ou de lavande, et quelques autres plantes ligneuses. Parfois, après les pluies, apparaissent soudain de véritables prairies émaillées de fleurs éphémères que l’humidité a fait éclore en quelques jours et que le brûlant sirocco flétrira en quelques heures.
- Si misérables que paraissent être ces pauvres plantes, dont le robuste tempérament s’accommode de la sécheresse ordinaire du sol, de l’envahisssment du sable, des rigueurs d’un climat excessif dont les écarts sont parfois de 40 à oO degrés, entre le froid glacial des nuits et la chaleur torride du soleil de midi, elles n’en constituent pas moins des ressources d’autant plus précieuses que ce sont les seules qui permettent aux no-
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- madcs d’y vivre, parce qu’ils peuvent y faire vivre leurs troupeaux1.
- L’alfa est la plante la plus répandue et la plus utile. C’est une sorte de jonc herbacé. 11 offre un fourrage qu’acceptent les chevaux et même les petits bœufs du pays, comme les moutons et les chameaux, plus sobres et moins exigeants. Lorsque la terre est profonde et assez arrosée, les touffes sont épaisses, serrées les unes contre les autres; les tiges s’élèvent de leurs gaines à 50 ou 60 centimètres du sol et quelquefois plus ; mais on ne trouve guère ces conditions favorables que dans les montagnes du Sud ; partout ailleurs, l’alfa est moitié moins haut, mais lorsqu’il est fin, il n’en est pas moins recherché et apprécié. Outre ses propriétés nutritives, l’alfa se prête à divers usages industriels, à la sparlerie, à la fabrication du papier. Depuis quelques années, on l'exploite régulièrement pour cet usage; on en exporte d’énormes quantités qui constituent un fret rémunérateur pour les chemins de fer dont les têtes atteignent les Hauts-Plateaux. La ligne d’Arzcu à Saïda n’a meme été construite que dans le but d’exploiter l’alfa; plusieurs autres seront bientôt terminées sur d’autres points.
- Bien conduite, l’exploitation de l’alfa est pour ainsi dire indéfinie, à la condition de ménager la plante, d’arracher les tiges des gaines sans toucher à la racine. La tige se reforme alors en trois ou quatre années. 11 y a donc là une source incontestablement importante de profils pour l’Algérie. Il faut dire, cependant, que les spéculateurs industriels et les ouvriers, la plupart Espagnols et Marocains, qu’ils emploient,
- 1 Le climat des Hauts-Plateaux passe pour être généralement sain ; il est parfois très rigoureux en hiver. Au mois de janvier 1882, lorsque la colonne Brunetière se portait de Tiaret sur Aflou, d’effroyables tourmentes de neige imposèrent des souffrances exceptionnelles aux hommes et aux animaux. Le 21 décembre, la couche de neige avait 0™,30; le 30 décembre le thermomètre descendit a —17°; on perdit 116 chameaux dans une journée.
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- nomades d’un certain genre que rien n’aUaelie au sol cl qui disparaissent aussitôt le gain réalisé, ne contribuent pas à la colonisation stable et à la prise réelle de possession du pays. D’autre part, les nomades déjà repoussés du Tell voient, par suite des concessions des terrains d'alfa, se restreindre chaque jour l’étendue des parcours sur lesquels ils promènent leurs troupeaux. Les tribus s'appauvrissent, et la misère est toujours mauvaise conseillère L
- La sécurité sera-t-elle plus grande à mesure que le vide se fera sur les plateaux? C’est là une opinion qui a ses défenseurs ; l’avenir pourra la justifier; mais, quant à présent, il faut s’attendre à ce que l’Arabe résiste avant de se laisser refouler plus loin.
- Le diss a certaine analogie avec l’alfa, mais il est plus lin et ses touffes sont plus minces. Quant aux autres plantes, elles n’oflrcnt de pâturages aux bestiaux qu’au moment où poussent leurs bourgeons, et les troupeaux les détruisent vite ; seuls, les chameaux, grâce à leurs puissantes mâchoires, peuvent
- 1 L’exportation de l’alfa a été de 330,000 tonnes dans la période de ISO? à 1878, représentant une valeur de plus de (36 millions de francs.
- Dans la période de 1879 a 1881, l’exportation a été de plus de 224,000 tonnes, qui se repartissent ainsi :
- Pour l’Angleterre................................... 170,000
- la France...................................... 8,000
- l’Espagne...................................... 39,000
- le Portugal..................................... 3,600
- la Belgique.................................... 2,600
- autres pays..................................... 1,000
- 224,200
- L’alfa est employé pour faire du papier, des cordages, des ouvrages de sparterie, même des étoffes.
- Le rendement est d’environ 2 à 3 quintaux par hectare, acheté 3 francs le quintal sur place.
- Les frais sont évalués à 23 francs par hectare. Le quintal de qualité moyenne se vend 13 francs à Oran. L’écart entre ces prix permet un bénéfice d’environ 10 francs par hectare.
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- en broyer les rudes Liges épineuses et trouver une nourriture dans les brindilles desséchées que l’on ne croirait propres qu’à faire du feu et que l’on appelle pour cela le bois de chameaux.
- Tel qu'il est, le désert a son charme ; l’Arabe aime ses vastes horizons, son silence, la majesté de ses nuits, soit que les étoiles piquent do leurs mille points brillants un ciel sombre et profond dans une atmosphère sans vapeurs, soit que la lune projette son éblouissante clarté sur les plaines sans limites ; mais le vent du sud y vient trop souvent pousser ses rafales de sable; il est difficile de rendre l’angoisse qui saisit alors hommes et animaux étouffés dans un air brûlant et irrespirable.
- Quoi qu’il en soit, celte vie de la tonte a exercé aussi son attrait sur beaucoup d’entre nous qui, libres d’autres soucis, ont pu la mener librement ; on comprend que le nomade tienne à cette existence, qu’il ne veuille pas l’échanger contre la contrainte de nos habitudes, qu’il dédaigne les avances fallacieuses que la civilisation vient lui faire, et qu’il soit l'ennemi forcément irréconciliable de quiconque voudra lui en imposer les entraves.
- Les principales tribus nomades du Sud-Oranais sont, en allant de l’ouest à l'est, à partir de la frontière du Maroc, les Oulad en-Nahr, fraction dissidente des Oulad Sidi Cheikh ;
- les Oulad Balagh ;
- les Ilamian, qui se divisent en deux grandes fractions, dont l’une est marocaine; tribus remuantes, incertaines, difficiles à gouverner ;
- les Béni Matar, au nord du choit;
- les Yacoub, grande tribu, mais dont les migrations sont restreintes et qui s’éloigne peu des chotts;
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- les Rczaina, refoulés du Tell, et qui campent actuellement au sud du choit ;
- les Ilarar, puissante tribu qui s’étend depuis les pieds de l'Ouarsenis jusqu'au Djebel-Amour ;
- les Trafi, la plus importante de toutes, dont les migrations s’étendent du Gourara aux limites du Tell. Serviteurs religieux des Oulad Sidi Cheikh, ils ont été entraînés dans toutes les insurrections et constituent la majeure partie de leurs contingents. Ils ont tous émigré au Maroc au moment de l.’insurrec-tion de 1881, et iront été autorisés à rentrer qu'en 1883.
- Les Harar se sont souvent montrés d’une fidélité incertaine; mais comme ils sont rapprochés de nos postes et campent dans le territoire compris entre Fronda, Tiarel, Aflou, et Gérvville, on peut les surveiller assez efficacement. Un poste a, dans ce but, été créé à Aïn Oussekr, entre Aflou et Tiaret. La résidence de leur agha, el-IIadj Kaddour ben Sahraoui, était à Aïn Souguer, à une vingtaine de kilomètres au sud de Tiaret C
- 11 n’v a pas de route, à proprement parler, à travers les Hauts-Plateaux oranais, mais seulement des pistes que suivent les convois, On peut d’ailleurs passer presque partout, mais les directions sont néanmoins absolument fixées par la néces-
- 1 En 1864, l’attitude de ce personnage, au moment du massacre de la colonne Beauprètrc, avait paru douteuse ; il s’était éloigné avec ses goums, lorsque les Oulad Sidi Clieick attaquèrent la colonne. En /I88,I, il a évité de se compromettre. Vivant toujours loin de nos établissements, sans faire aucune concession aux habitudes françaises, il représentait presque seul dans la province d’Oran ces grands chefs militaires avec lesquels l’autorité est obligée de compter si elle craint de les supprimer. Sa fortune énorme ne consistait qu’en troupeaux et en argent qu’il emportait avec lui. 11 n’avait ni terres, ni maisons. On jugea nécessaire de l’interner à Alger. Il est mort en 188'.).
- Par contre, le bach agha de Frenda (mort en décembre 1884) était d’une vieille famille dont l’amitié et le dévouement ne se sont, point démentis. C’est lui qui a donné les premiers renseignements sur les mouvements qui agitaient les tribus en 1871 et qui a prévenu de l’insurrection menaçante.
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- silo de venir camper près des puits ou des ghedirs, qui sont rares. Amis et ennemis doivent venir s’y désaltérer; la plupart du temps, il suffirait donc de tenir quelques points pour intercepter les mouvements des tribus insurgées.
- Les directions les plus ordinairement suivies sont celles qui vont du nord au sud et dont les points d’attache sont à la lisière du Tell : el-Aricha, Ras el-Ma, Daya. Saïda, Tiarel. Ces chemins conduisent à Meeheria et à Gérvville. les deux places de ravitaillement où l’on reprend haleine pour pousser vers le Sud.
- Il est difficile de déterminer d’une manière précise une limite aux plateaux du Sud-Oranais.
- En avant de la puissante muraille de 2,000 mètres environ d'altitude, entre Figuig et Tioul, qui sépare bien nettement les Hauts-Plateaux du Sahara, des crêtes, sans liaison marquée les unes avec les autres, surgissent du fond de l’ancienne mer intérieure. Ces flots de montagnes ne sont évidemment que les parties culminantes des plissements anciens, érodés par de puissants mouvements torrentiels ou recouverts en partie par les sédiments qui ont comblé le fond de cette mer.
- Les plus remarquables sont les alignements formés par le djebel Guettar, qui sépare les versants des cholts Gharbi cl Chergui, et le djebel Aïssa (1800ra), au nord d’Aïn Sefra.
- Entre eux, se creuse un grand golfe de TiO kilomètres de large, séparé en deux bras par une crête moins importante que les précédentes, djebel Morghad, etc., entre Sfissifa et Magroun. Dans le bras occidental passe la roule de Meeheria à Aïn ben Khclil et à Aïn Chair ; dans le bras oriental est tracée la route de Meeheria à Aïn Sefra par Naàma et Mekalis.
- La partie la plus creuse entre Aïn ben Khclil et Meeheria porte encore le nom de cl-Bahar (la mer).
- Les sections de route entre Meeheria et Aïn ben Khclil, entre Meeheria et Aïn Sefra, ont été rendues praticables aux charrois. Le chemin de fer a été poussé jusqu’à Aïn Sefra.
- La direction des crêtes est ici nord 1/4 est.
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- C’est aussi la direction principale de la crête du djebel Antar, qui se dresse isole à 1550 mètres environ d’altitude et se continue par le djebel Amrag jusqu’aux rives méridionales du chott ecli-Chergui.
- Mais le plissement du nord de l’Afrique a contribué à relever la partie sud du djebel Antar. Au sommet de l’angle formé par ces deux directions, est le poste de Mecheria, à l’extrémité du couloir qui sépare le djebel Antar de son avant-chaîne, le djebel Anitor (le petit Antar).
- Une description de détail des solitudes des Hauts-Plateaux n’ajouterait rien aux renseignements donnés par l’étude de la carte. Aussi nous bornerons-nous à une sorte de nomenclature méthodique des points qui intéressent le plus les opérations militaires :
- Mecheria était un ancien ksar ruiné, au pied du djebel Antar, à l’angle formé par les deux directions de la montagne, très exposé par cette situation aux tourbillons des vents qui viennent se briser sur ses flancs, près d'une source d’un faible débit. Ce point a été choisi, en 1X8J, pendant l’insurrection de Bon Amama, comme terminus du chemin de fer prolongé depuis jusqu’à Aïn Sefra, et comme principale place de ravitaillement des colonnes du Sud. On y a construit de grands baraquements pour magasins et logements, et on les a entourés d’une chemise en pierre d’un grand développement.
- Géryville b à la limite nord des montagnes du Kscl, a été fondé en 1853. près du ksar d’el-Biod, sur l’emplacement d’un poste romain. C’est un grand fort entouré d’une haute chemise maçonnée, à l’abri de toute attaque. A ses pieds se groupent le village arabe et quelques maisons européennes formant agglomération de 800 à 000 individus; c’est l’embryon d’une ville, mais d’une ville exclusivement militaire, où il y aurait plus d’inconvénients que d’avantages à attirer la colo-
- 1 Le colonel Géry est le premier officier qui ait conduit une colonne dans cette région, en 1845.
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- nisalion. Los températures extrêmes varicnldo —12° en hiver à -f" 40° cu été (1882). Altitude.. 1307 mètres.
- Géryville avait, jusqu’à présent, scs communications avec Saïda par une route jalonnée par des caravansérails., dans la vallée de l’oued Cherrafa. Un poste était établi à moitié chemin, à Aïn Stissifa, au sud du chott. La construction de la ligne ferrée de Mecheria a fait reporter à la station de Bou Guetoub la tête de la route.
- Entre Géry ville et Mecheria. le pays est désert; mais, à moitié chemin environ, les puits de Tismoulin indiquent le point de rencontre des pistes (pie suivent, les nomades; c’est un carrefour du désert, d'une grande importance.
- Les routes de Saïda à Mecheria et à Gérvvillc traversent le chott Chergui.
- Le choit ech-Chergui s’allonge de l’ouest à l’est, dans la direction ordinaire des plissements du nord de l’Afrique, sur une longueur de IbO kilomètres environ. Il se compose de deux bassins principaux séparés par le seuil du Klicider, par lequel a été tracé le chemin de 1er de Saïda à .Mecheria. Le centre du chott est toujours boueux.
- Le Kheider est un point très remarquable. Une source abondante jaillit au pied d’un monticule sur lequel a été construite une tour pour les signaux optiques, de laquelle on communique avec Mecheria, Gérvvillc, Ras cl-Ma, Saïda. On y a établi une redoute, une gare fortifiée et des magasins.
- A quelque distance au nord est le village de Sidi Khelifat. habité par des marabouts, sorte de terrain resté neutre pendant les insurrections de 1881.
- L’oued Cherrafa. principal tributaire de la portion orientale du choit Chergui, descend du djebel el-Biod et du djebel Ksel. dans les environs de Géryville, et passe au caravansérail du kheneg Azir, où il traverse la dernière ride formant la bordure méridionale du bassin du chott.
- La dava Askoura n’est, en quelque sorte, que le prolongement oriental du choit Chergui. dont elle n’est séparée que
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- par un pays plat : Gain el-Firan. C’est le bassin de réception de l’oued Sidi en-Nacer. dont les eaux descendent du plateau d’Aouinet bou Beker, du djebel Ksel. et du djebel Tarf.
- Dans sa vallée se trouvent le marabout de Sidi en-Nacer. et, à quelques kilomètres à l’est, l’Am Riah. près duquel étaient campés les douars qui donnèrent le signal de la révolte do 1881, par le massacre du lieutenant Weinbrenncr (avril).
- A l’extrémité sud-ouest du choit, le poste de Bou Guern jalonne la route de Meclieria à Ras el-Ma. C’est là que vient tinir l’oued el-Adjedar. dont l’origine est à la séparation même des eaux, au nord d’Aïn Stissifa, et qui creuse une longue vallée entre le djebel Guetlar à l’ouest et le djebel Antar à l’est.
- Dominant sa vallée, Aïn ben Khelil commande les passages des routes d’Aïn Chaïr, à travers le djebel Guettar. A 110 kilomètres d’el-Aricha, à 45 kil. sud-ouest de Meclieria. à 45 kil. à l’ouest des dayas et des puits de Tonadjer et de Feretis, où viennent boire les nombreux troupeaux des Trati, à 25 kil. au nord de Magroun, où se trouvent de nombreux puits et où viennent se croiser plusieurs routes allant à Géryville, au choit Tigri, et aux oasis des Oulad Sidi Cheikh, c’est le centre du territoire des I-Iamian ; l’eau y est très abondante ; l’alfa couvre les plateaux. Ce poste avait été autrefois occupé, mais on l’avait abandonné en 1856 ; on l’a repris depuis 1881.
- Les principales stations du chemin de fer entre Saïda et Mecheria sont, en partant de Saïda :
- Aïn el-Hadjar, ateliers de bottelage d’alfa de la Compagnie franco-algérienne. Belles cultures et eaux abondantes. Ce centre, récemment formé, compte plus de 3,000 habitants, la plupart espagnols;
- Tafaroua, tête de l’ancienne route de Géryville ;
- Khalfalla, chantiers d’alfa sur lesquels eurent lieu les massacres de 1881 ;
- Modzba (Oum es-Sebaa, le pays des lions), bifurcation sur les chantiers d’alfa de Mahroum (ait. 1057m) ;
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- Le Khoider (ait. 98Sm) ;
- Bou Guetoub, point de départ de la route nouvelle de Géry-ville et probablement du chemin de fer qui sera poussé dans cette direction.
- A l'ouest de Mecheria et d’Aïn ben Khelil, sur la frontière marocaine, sont les chotts Tigri et el-Gharbi.
- Le chott Tigri1, tout entier sur le territoire marocain, reçoit très peu de rivières. Les montagnes qui en forment la ceinture méridionale ont cependant des altitudes de 1200 à 1300 mètres et au delà, mais la dépression du chott se trouve sur la ligne même de séparation des eaux, entre les deux versants des Hauts-Plateaux.
- Le chott el-Gharbi est coupé par la frontière marocaine.
- La seule rivière notable qu’il reçoit vient du sud : c’est l’oued Bou Remod, dont l’origine se trouve près du chott Tigri.
- 1 Une reconnaissance topographique du chott Tigri a été faite au mois d’avril 1882 par une mission dirigée par le capitaine de Castries. Cette région était alors occupée par les insurgés au milieu desquels se trouvait Bou Amama. L’escorte, formée de deux compagnies de la légion, fut enveloppée et attaquée par des forces nombreuses ; elle réussit à se dégager, mais la plupart des documents furent malheureusement perdus avec Je convoi (20 avril 1882).
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- Zone frontière et Sahara marocain.
- Les relations incessantes de nos tribus avec les tribus marocaines, l’incertitude de la délimitation entre l’Algérie et le Maroc, nous obligent à donner quelques notions sur le Sahara marocain, en même temps que sur le Sahara oranais.
- Le traité de délimitation du 18 mars 1845 avec le Maroc dit que, dans le Sahara, il n’y a pas de limite territoriale à établir, puisque la terre ne se laboure pas et qu'elle sert de pacage aux nomades des deux empires, qui viennent y camper pour y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires ;
- <( Les Hamian Djemba et les Oulad Sidi Cheikh Gharaba dépendent du Maroc ; les Oulad Sidi Cheikh Cheraga et tous les autres Hamian dépendent de l’Algérie.
- « Les ksour qui appartiennent au Maroc sont ceux de Ich et de Figuig; ceux qui appartiennent à l’Algérie sont ceux d’Aïn Sefra, Aïn Sfissifa, Asla, Tiout, Chellala, el-Abiod, et Bou Semghoun (art. 5).
- « Quant au pays qui est au sud des ksour des deux gouvernements, comme il n’y a pas d’eau, qu’il est inhabitable, que c’est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflue. »
- Les principales tribus marocaines sont :
- Les Béni Guil, grande tribu dont le territoire fait face à celui des Hamian ; ils ont pour limite le ehott Tigri, le ksar d’Aïn Chair où ils déposent leurs grains, les ksour d’el-Mekam et de Debdou au nord, le djebel Grouz qui domine Figuig, et
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- la source de Beu Ghadaïa. Outre les ksour précédents, ils onl ceux d’el-Àmar Sfissifa et de Mongheul. Ils ont 1000 tentes environ et peuvent mettre sur pied 600 cavaliers et 2,000 fantassins.
- Les Oulad Djerir à l’ouest de Figuig. Peu nombreux, ils habitent les montagnes. 60 cavaliers.
- Les Douy Menia. évalués à 2,500 individus, habitent l’oued Guir. tantôt dans sa partie supérieure, tantôt dans sa partie inférieure. Ils commercent entre Figuig et Tafilala. Leurs ksour principaux sont : Béni Goumi, Tourefana, el-Kenadsa. Béni Abbés, Sigueli, sur l’oued Guir. Ils peuvent mettre sur pied 1000 cavaliers et 2,500 fantassins. Ce sont des agriculteurs et des pasteurs petits nomades.
- Les Beraber (nom générique donné aux ksouriens de race berbère qui habitent les ksour entre Figuig et le Tafilalet) forment le Zegdou, c'est-à-dire un.; confédération. C’est contre eux qu’eut lieu l’expédition du général de Wimpfen, en 1870 ; depuis lors, ils sont restés fidèles à leur promesse de ne plus porter les armes contre nous.
- Les Amour, petite tribu qui habite les montagnes près de Moghar et vient camper près de Figuig. Hardis pillards, ils forment des djichs de 10 à 20 cavaliers, auxquels on doit attribuer la plupart des méfaits qui se commettent dans le Sud.
- Les Angad et les Béni Snassen. tribus de la frontière près de Sebdou, contre lesquelles eut lieu l’expédition de 1859.
- Le Sahara marocain comprend deux versants, celui de l’océan, celui de l’oued Guir.
- On n’a sur cette région que des renseignements fort incomplets. Elle a été traversée par Caillé, en 1828, lors de son retour de Timbouctou; par Gerhard Rohlfs, en 1864, dans son voyage de Tanger à Tripoli; en 1880, par leDrLentz, qui s’est rendu du Maroc au Sénégal par Timbouctou et, plus récemment. par M. Charles Soller, quia exploré l’oued Draâ.
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- Sur ce versant s’ouvrent trois principales vallées : celles de l’oued Sous, de l’oued Noum, et de l’oued Draà.
- La vallée de l’oued Sous, une des plus riches du Maroc, est le jardin de cette partie de l’Afrique.
- La vallée de l’oued Noum est fort peu connue. Un voyageur français, Léopold Panet. qui, au prix des plus grands dangers, se rendit, en 1850, du Sénégal à Mogador, passa par Aouguil-min. le chef-lieu de l’oued Noum.
- Sur la vallée de l’oued Draâ, les renseignements sont plus précis1. Une de scs vallées supérieures, l’oued Dadès, occupe une des grandes gorges, au pied même de l’Atlas. « Sur un parcours de quarante lieues, ses deux rives sont bordées sans interruption de jardins et de villages. »
- L’oued Dracâ coule du nord au sud jusqu’à la sebkha de Dcbiaïat, que les habitants cultivent lorsque l’inondation est suffisante. 11 se replie ensuite perpendiculairement à l’ouest, et à 200 lieues environ, à vol d’oiseau, il atteint les rives de l’océan sur le parallèle des îles Canaries.
- Les zaouïas sont nombreuses dans sa vallée; celle de Tame-grout (30° latitude nord), résidence du chef de l’ordre des Nas-siria, jouit d’une grande réputation et d’une grande influence. Elle a de nombreuses succursales, entre autres la grande zaouïa de Irazan dans l’oued Sous, où 500 tolba font leurs études aux frais de la confrérie.
- Après l’insurrection de 1804, les familles algériennes des Laghouat et des Trafi, émigrées dans le sud-ouest, s’affdiè-rent à cet ordre; elles ont, depuis lors, conservé des relations avec lui et sont visitées par ses mokaddems.
- Cette région ne relève que nominalement du sultan du Maroc, dont les makhzen y paraissent cependant de temps à autre pour lever l’impôt.
- En marchant de l’ouest à l’est, on rencontre ensuite les grandes oasis du Tafilet (Tafilala), dont la ville principale est
- 1 Voir : Notice sur l’oued Draà. Bulletin de la Société de géographie, décembre 18.80.
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- Abouan. Elles ont 200,000 palmiers, dit-on. C’est le point de départ des caravanes qui vont à Timbouctou par Taudeni cl. de celles qui vont au Touat. C’est donc un important centre de trafic où viennent s’approvisionner les tribus sahariennes du sud-ouest. Elles sont arrosées par l'oued Sis, qui disparaît sous les sables dans la scbkha de Daoura (29° lat. nord).
- Vient ensuite la région du Zegdou, habitée par des populations remuantes et belliqueuses, chez lesquelles nos tribus sahariennes révoltées sont assurées do trouver le refuge dont elles ont besoin, et qui, d’autre part, fournissent les plus nombreux contingents aux insurrections du Sud-Oranais.
- Ce pays est traversé par l'oued Guir et par ses tributaires, dont un des principaux est l’oued Zousfana. qui vient des oasis de Figuig. L'oued Guir change plusieurs fois de nom; après avoir reçu l’oued Zousfana, on l’appelle oued Mes-saoud, Messaoura ou Saoura. Sa vallée est une suite d’oasis et de villages, avec de l'eau abondante à chaque étape, et des ressources variées jusqu’au Gourara. Le voyageur allemand Rohlfs dit qu’on l’appelle Ghaba (la forêt) à cause de ses nombreux palmiers.
- Expédition du général de Wimpfen (f 870).
- — Au commencement de l’année 1870, des incursions de tribus marocaines ayant eu lieu sur notre territoire, le général de Wimpfen, commandant alors la division d’Oran, sollicita et obtint l’autorisation de conduire une expédition au centre môme de ce foyer d’hostilité.
- Au mois de mars 1870. il rassembla donc une colonne nombreuse1 aux puits d’Aïn ben Khelil, et se porta sur le Zegdou. Il laissa un poste, pour jalonner sa route, aux oasis de Bou Kaïs, dont les cultures magnifiques s’étendent sur 40 ou 50 hectares, et traversa l’oasis de Kenadsa (30 kilomètres de l’oued Guir), dont la zaouïa, très vénérée, envoie de nombreux missionnaires dans le Tell algérien.
- 1 1500 hommes d’infanterie, 12 escadrons, (iOO chameaux, des cavaliers de goums, 3 sections d’artillerie.
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- Le 1 1 avril, la colonne arriva sur les bords de l’oued Guir. Une crue subite venait de gonfler le fleuve; large alors comme un bras de mer, « ses vagues écumantes bondissaient comme les flots d’une mer en courroux. »
- Tout ce pays est remarquable par la richesse de ses cultures et de ses pâturages toujours frais b On descendit le long du fleuve pendant deux étapes, et, le 15 avril au matin, on arriva « au point nommé Bahariat, ou les petites mers, parce que c’est la partie la plus large de cette riche vallée, dont la fertilité est duc aux crues périodiques d’une rivière qui, petite image du Nil, féconde de scs eaux des surfaces très étendues ».
- « .... Au centre de ces lagunes, et sur une étendue de 8 à
- 10 kilomètres, s’élèvent des dunes qui forment une espèce de grande place forte naturelle où les Douy Monia s’étaient réunis avec leurs troupeaux et leurs richesses. »
- Cette très forte position fut attaquée et enlevée le 15 avril. Le rapport du général de Wimpfen évalue à 10,000 le chiffre des populations concentrées autour de ce point, dont 7 à 8,000 hommes armés.
- Deux jours après, la colonne, ayant reçu des otages comme garantie des conditions de paix, rétrograda.
- Pendant cette expédition, le poste de Bou Kaïs avait été attaqué à plusieurs reprises. Le général de Wimpfen voulut châtier les coupables de cette agression et se porta sur Aïn Chair. Cette oasis est dominée par un ksar fortifié, Deux cents coups de canon furent tirés sur son enceinte de terre; mais les projectiles passaient « comme une vrille dans une planche », sans produire d’effet sérieux. L’attaque fut ordonnée ; l’oasis fut enlevée; mais les efforts clés assaillants furent arrêtés par la résistance du ksar. Cette affaire coûta 14 tués et 130 blessés. Le lendemain eurent lieu quelques pourparlers que l’on voulut bien considérer comme un acte de soumission, et la colonne reprit sa marche.
- Cette expédition, qu’il nous a paru intéressant de résumer, a permis de connaître un pays sur lequel on avait peu de ren-
- 1 On évalue à fo0,000 les palmiers de l’oued Guir.
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- seigncmenls, cl d’apprécier l’appui que nos dissidents peuvent trouver chez les tribus marocaines.
- El-Bahariat est à 1i jours do caravane de Gourara et à 17 jours du Touat., à travers un pays peuplé et cultivé. Si la France avait porté ses frontières sur l’oued Saoura, elle aurait pu dominer cette région, en assurer la sécurité, et peut-être ouvrir à son commerce cette route très avantageuse.
- Le Sahara n’est donc pas le désert que l’on avait cru. Il est parsemé d’oasis appartenant à des tribus rivales, souvent en guerre les unes contre les autres, et sur lesquelles les chefs religieux seuls exercent une influence sérieuse.
- Les oasis sont, en quelque sorte, les points de repère des tribus nomades dans leurs migrations périodiques, migrations de quelques journées seulement pour les unes, migrations à très longs parcours pour les autres. C’est là qu’elles emmagasinent leurs grains, qu’elles déposent leurs réserves, sous la garde d’une population sédentaire qui joue le rôle de fermiers et qu’on appelle Khammès. L’oasis est toujours entourée d’une enceinte ; elle est irriguée par des puits et renferme des cultures de légumes, d’orge, mais surtout de palmiers dont les dattes sont, avec les laines, la principale denrée d’échange avec les produits du Tell. Au centre de l’oasis est un ksar, village fortifié, susceptible d’une grande résistance. L’attaque d’Aïn Chaïr est venue, après bien d’autres, en donner la preuve. Le ksar est une fortification imprenable pour des Arabes, qui n’ont ni canons, ni engins de siège G
- 1 En 1838, Abel el-Kader, qui avait des troupes régulières et de l’artillerie, assiégea pendant neuf mois le ksar d’Aïn Madhi avant de s’en rendre maître. On connaît aussi les énergiques résistances des ksour de Zaatclia et de Lagliouat.
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- 3° MONTAGNES DES KSOUR ET OASIS DES OULAD SIDI GHEICK.
- La limite méridionale des Hauts-Plateaux est formée par une suite de montagnes importantes dont les directions de fractures rappellent les directions ordinaires du nord de l’Afrique. Leurs principaux sommets dépassent 2.000 mètres, et plusieurs massifs ont souvent une grande importance. Nous leur donnons, dans leur ensemble, le nom de Chaîne saharienne.
- Dans la province d’Oran, cette chaîne se subdivise de l’ouest à l’est en :
- montagnes des Ksour, entre Figuig et Géryville;
- massif du Ksel, à l’est de Géryville ;
- Djebel-Amour, jusqu’au méridien de Laghouat.
- Montagnes des Ksour.
- On donne le nom de montagnes des Ksour à l’ensemble des montagnes qui s’étendent de Figuig à Géryville, dans les vallées desquelles se trouvent les ksour des tribus sahariennes, principalement ceux des Oulad Sidi Cheikh. Elles se décomposent en un certain nombre de petits massifs distincts :
- Le djebel Grouz, encore peu connu, est à l’est de Figuig.
- Le djebel Maïz (1950m), au nord de Figuig, est un massit isolé, singulièrement abrupt et fracturé. Il est entouré par les vallées supérieures des oueds qui se réunissent à Figuig.
- Le djebel Béni Smir (2,000m) est compris entre l’oued Zousfana (Figuig) et l’oued Dermel (Ich).
- Le djebel Mzi (2,200m) est la masse culminante de celte région, entre l’oued d’ich et le tenict Founassa.
- Ce passage très difficile sépare le djebel Mzi du Mir el-
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- djebel ; il a été amélioré par les travaux de nos colonnes, et offre aujourd’hui la direction la plus courte et la meilleure, en partant des postors cl’Aïn Stissifa et d’Aïn Sefra, pour marcher sur Figuig. Il est surveillé par la redoute de Djenicn bou Rezg, construite sur l’oued Dcrmel, au sud du col, à environ 43 kil. de Figuig.
- L(> Mir el-djebel (2,100m) est compris entre le teniet Fou-nassa et le teniet Djcliba. Ce dernier passage, qui conduit directement do Stissifa aux Moghar. est fort mauvais.
- Le djebel Mekter est compris entre le teniet, Djcliba et la route de Tioul aux Moghar par le khencg el-IIadjad et la vallée de l’oued Namous.
- La direction générale de l'ensemble de ces montagnes est celle des plissements du nord de l’Afrique ; mais leurs crêtes présentent des brisures dans tous les sens. L’intérieur des massifs offre l’aspect de véritables cratères d’effondrement, et les couches bouleversées en tous sens montrent toutes les inclinaisons, depuis l'horizontale jusqu’à la verticale. Ces montagnes sont, en partie, boisées : thuyas et quelques chênes ; les térébinlhcs atteignent de grandes dimensions.
- La chaîne s’affaisse ensuite ; elle se prolonge par de longues arêtes parallèles de peu d’épaisseur et d une faible altitude, dessinant de longs couloirs qui ouvrent, de l’ouest à l’est, des communications assez faciles entre les ksour.
- Il est très à remarquer que ces montagnes ne forment nullement la ligne de partage des eaux entre le versant saharien et le versant des Ilauls-Plalcaux. Cette ligne de partage se trouve très au nord de leurs crêtes ; on pourrait la jalonner ainsi : puits de Magroun, sebkha do Naàma, Géryville, à une altitude qui varie entre 1200 met. vers Magroun et 1000 met. à Géryville.
- Les massifs sont presque exclusivement, composés de roches de grès, fracturées, démolies, bouleversées, offrant, pour ainsi dire, la navrante image d'une effroyable destruction. Ce sont d’immenses ruines dont les matériaux gisent de toutes parts dans un complet désordre ; cependant on reconnaît que les escarpes sont ordinairement orientées au nord. Ces roches,
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- dépouillées de végétation, s’effritent sous l’action successive des eaux, de la chaleur, et des vents; leurs débris couvrent les plaines desquelles elles émergent. Ce sont tantôt, comme sur les llamada. des cailloux de toute grosseur, aux angles vifs,-recouverts d’une espèce de vernis noirâtre d’origine organique; tantôt des sables fins et secs qui s’accumulent en dunes mouvantes ; tantôt des masses plus ou moins argileuses qui retiennent les eaux et forment des gucrahs, des dayas, étangs ou marais. Les montagnes dominent les plateaux d’environ 1000 mètres ; leurs escarpes aux parois verticales leur donnent un aspect assez imposant; ce sont des citadelles colossales qu’il a souvent fallu enlever de vive force. Les Amour en font encore leurs réduits, et, chaque fois que l’on voulait les châtier, il fallait pénétrer dans des gorges où nulle [liste n’est, tracée, et en gravir les rochers sous le feu de l’ennemi embusqué. Les plus hautes crêtes du djebel Boni Smir, du djebel Mzi, du Mir el-djebel, ont été ainsi emportées d’assaut en 1881-1882, pendant l’insurrection de Bon Amama, à la suite de laquelle nous avons définitivement affirmé notre puissance en créant la redoute d’Aïn Scfra, en ouvrant plusieurs routes militaires pour traverser les montagnes, et en prolongeant le chemin de fer de Mechcria jusqu’à Aïn Scfra.
- Les ravins qui déchirent les montagnes et les plaines qui les séparent offrent de riches pâturages. Le palmier prospère dans les vallées, généralement bien arrosées. L’hiver est donc tempéré dans les plaines, tandis que la neige, couvrant les sommets pendant plusieurs mois, assure le régime des eaux et la fertilité des régions inférieures. « Le printemps est surtout admirable ; la flore saharienne transforme les plaines en parterres parfumés, et les sources, alimentées par la fonte des neiges, jaillissent abondantes ; la limpidité du ciel y est en tout temps sans égale1. »
- ce Le fond des pâturages est l’alfa ; mais une infinité d’autres
- 1 Le Cercle d’Aïn Sefra (1883), par le capitaine de Beauval ; intéressant travail aucpiel nous avons emprunté une partie des renseignements suivants.
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- plantes, que les troupeaux affectionnent, y croissent à profusion. Le bouz (épi de l’alfa), qui constitue un fourrage aussi nourrissant que l’avoine, y est superbe; et, en outre, comme il se forme plus ou moins tôt, suivant l’exposition et l’altitude, il peut s'y cueillir pendant les mois de mars et avril.
- « Le bœuf des Amour, petit et trapu, la chèvre, mais principalement le mouton et le chameau, s'y multiplieront dans de grandes proportions, lorsque la sécuriLé du pays sera assurée, que les tribus n’auront plus à craindre d’être continuellement razziées par leurs voisins, et qu’elles trouveront à écouler leurs produits vers le Tell. »
- u De cette partie de la chaîne saharienne, descendent vers le sud cinq rivières principales dont les vallées coupent les routes de Figuig à Laghouat, et sont les directions naturelles des nomades dans leurs migrations périodiques.
- Ce sont, de l’ouest à l’est : l’oued Zousfana. l’oued Namous, l’oued Gharbi, l’oued Seggueur, l'oued Zergoun ; ce dernier vient du Djebel-Amour.
- L’oued Zousfana est tributaire de gauche de l’oued Guir; il est le grand collecteur d’une vaste région montagneuse dont les eaux viennent se réunir dans le pays de Figuig. La branche maîtresse, oued Mader el-Ahmar, qui descend directement du nord au sud, commence aux environs d’Oulakak, eaux abondantes, à 20 kil. à l’ouest de Slissifa, et prolonge en sens inverse la vallée de l’oued cl-Adjedar, tributaire du choit.. A el-Attalich. il reçoit (r. d.) les eaux qui viennent de Souf Kesser, du djebel Mclah, et l’oued cl-Kheroua qui dessine une longue vallée de l’ouest à l’est, sur le versant nord du djebel Maïz. Dans cette vallée, à 16 kil. à l’ouest d’el-Atlatich, près d’un bois de térébinthes séculaires, on trouve beaucoup d’eau. C’est un « des sites les plus séduisants du sud ».
- Au pied du djebel Maïz, il faut citer également le point d’eau d’Hadjerat es-Sem.
- La masse du djebel Maïz est limitée au sud par la vallée de l’oued Tisserfin, tributaire, de l’oued Zousfana, parallèle à la
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- précédente ; elle sépare le djebel Maïz du djebel Grouz. Ces deux vallées ouvrent les routes d’Aïn Chair.
- L’oued Zousfana contourne à l’est les oasis de Figuig, et à 25 kil. plus au sud, près de Nakhelct el-Brahimi, il se réunit à l’oued Dermel, dont le cours est également dirigé du nord au sud et qui ouvre le col deFounassa, entre le djebel Mzi et le Mir el-djcbcl (route de Figuig à Sfissifa). L’oued Dermel passe près de la redoute de Djenien bou Rezg, reçoit (r. d.) la rivière d’Ich, qui contourne k l’ouest le massif du Mzi. On voit donc quelle est son importance pour les communications entre Figuig et le cercle d’Aïn Sefra ; la distance entre ces deux points est d’environ 130 kilomètres.
- Plus au sud, l’oued Zousfana reçoit (r. d.) l’oued Fendi, dont les eaux arrosent les oasis de Bou Yala et de Fendi.
- Le pays de Figuig comprend neuf ksour réunis dans une même enceinte. Le plus important est celui de Zenaga. On en a estimé la population totale à plus de 15,000 habitants, ayant 3,000 fusils.
- « C’est une grande forêt de palmiers, entourée de villages qui paraissent se toucher. Une ravissante verdure forme comme le fleuron de ce paysage, d’où se dégagent d’élégantes mosquées et de blancs minarets. Une longue muraille en pisé, surmontée de nombreuses tours, enferme le tout... Fmfin, un cercle de petites montagnes ont l’air d’avoir été plantées exprès pour rompre l’effort des vents violents du nord et pour opposer une barrière aux sables du désert b »
- Elles sont composées de roches de forme dentelée, et sont séparées par des cols assez faciles. Le relief de la plupart de ces hauteurs est d’environ GO à iüt) mètres au-dessus du terrain avoisinant. Quelques-unes sont accessibles pour l’artillerie et dans une situation d’où l’on commanderait les oasis.
- Figuig est un des grands marchés entre les produits du Soudan et ceux de l’industrie européenne. On y échange des
- 1 Itinéraire de Géryvillc à Figuig, par le capitaine Perrot (Spectateur militaire, 1881).—Notes sur Figuig, par le capitaine de Castries (Bulletin de la Société de Géographie, 1885).
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- soies, des colons, des toiles, du sel, des armes, de la poudre, de menus objets : ciseaux, aiguilles, miroirs, etc., contre l’ivoire, la poudre d’or, les plumes d’autruche, les cuirs, les esclaves, etc.. 11 arrive, chaque année, deux ou trois cara-
- vanes du Gourara, qui est à 16 jours de marche.
- Environs de Figuig’.
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- 1 D’après les travaux de MM. de Castries, capitaine, Dolcroix et Bros-elard, lieutenants.
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- Vue panoramique de l’oasis de Figuig.
- Les habitants de Figuig refusent de laisser pénétrer des Français dans leur enceinte et de commercer avec nous ; ils prétendent avoir les bénéfices de la neutralité, ce qui ne les empêche pas de prêter appui à tous les dissidents de notre frontière saharienne.
- fin 1868, la colonne du colonel Colonieu vint camper aux portes mêmes de l’oasis, sans y pénétrer.
- En 1870, des instructions spéciales avaient été données au général de Wimpfen pour qu’il évitât un conflit avec les populations de Figuig.
- fin 1882, lors de la poursuite de Bou Amama, des colonnes se rapprochèrent de Figuig. Les habitants manifestèrent chaque fois leurs intentions belliqueuses en sortant en armes de leurs oasis. Une fois même, à la suite d’un engagement de nuit avec les insurgés, qui s’étaient réfugiés sous leurs murs, les projectiles ayant atteint leurs jardins, ils vinrent en grand nombre attaquer le détachement français et chercher à lui couper la retraite. Cette insulte est restée impunie. Elle aurait pu être le motif d’une action militaire contre ce repaire.
- Si l’on voulait attaquer Figuig, il faudrait, a-t-on dit, s’attendre à trouver derrière ses murs tous les guerriers de la région ; mais on a exagéré l’importance de ses murailles et de ses tours. La véritable défense est dans scs jardins, scs pal-
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- micrs, scs clôtures enchevêtrées, et surtout dans l'esprit guerrier et indépendant de sa population. Les gens de Figuig, que le tracé de la frontière a laissés en dehors de notre territoire, ne sont que nominalement soumis à l’empereur du Maroc, qui n’exerce chez eux aucune autorité effective, mais dont ils réclament l’intervention lorsque leurs intérêts le leur conseillent. Sans attaquer de vive force l’oasis, ce qui nécessiterait un effort considérable, et entraînerait, sans doute, des sacrifices importants, il serait possible de ruiner les ksour par un bombardement cl d’amener ainsi à composition ces populations malveillantes, dont l’insolente attitude porte atteinte au prestige de notre puissance et chez lesquelles nos ennemis sonl toujours sûrs de trouver appui et refuge ; mais l’occupation permanente de ces oasis nous obligerait à nous immiscer dans leur administration, dans leurs procédés commerciaux1, et nous entraînerait dans des difficultés nombreuses.
- Les Zcnaga sont les maîtres réels de Figuig. Leurs jardins occupent plus d’un quart de la superficie de l’oasis; ce sont eux qui possèdent la plus grande partie des palmiers des oasis voisines. Ils ont 1600 fusils. Leurs querelles avec leurs voisins d'Oudaghir pour la possession des eaux de l’Aïn Zaddert ont maintes fois ensanglanté les ksour, qui sont ainsi divisés en deux sofs très hostiles.
- Les Amour sont, pour ainsi dire, l’unique tribu nomade de l’oasis de Figuig, aux environs de laquelle ils campent.
- En dehors de la grande oasis, de nombreux bouquets de palmiers jalonnent le cours de l’oued Zousfana et de scs
- 1 Une des questions les plus délicates à régler avec les tribus qui commercent avec le Soudan, est celle du trafic des esclaves. La condition de l’esclave dans la société arabe est d’ailleurs fort douce. C’est un membre de la famille, traité comme les autres serviteurs et vivant de la vie commune, sans être pour personne un objet de mépris. La femme esclave, épousée par le maître, a les mêmes prérogatives que la femme libre, et les enfants jouissent de droits égaux à ceux des autres. L’empereur du Maroc, Si-Kaddour, un des chefs des Oulad Sidi Cheikh, Bou Amama, le marabout Tedjini, etc., descendent de femmes noires.
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- affluents. Exploitées par les seuls habitants de Figuig, ces plantations sont loin d’avoir l’extension dont elles sont susceptibles: il suffirait de quelques travaux pour les développer, et les deux rives de la rivière, jusqu’à une grande distance dans le sud, pourraient être transformées en une forêt véritable. En effet, l’oued Zousfana est le collecteur de masses d’eaux considérables qui alimentent de grandes nappes souterraines; sur tous les points où l’on voit des touffes verdoyantes, l’eau est à fleur de terre. « Plusieurs ksour ont existé dans ces bosquets; mais ils ont été abandonnés faute de protection. Ici encore, c’est par suite du manque de sécurité que cette terre ne rend qu’une faible partie de ce qu’elle pourrait produire. »
- Ich est le dernier ksar marocain à l’est de Figuig, à l’extrémité d’un long et pénible défilé, au pied d’une montagne qui l’abrite des vents du nord, sur le bord de l’eau, avec un millier de palmiers et 200 habitants.
- L’oued Namous (rivière aux moustiques) reçoit scs premières eaux des environs de la sebkha de Naàma ; une de scs branches supérieures coule dans la vallée, orientée du nord au sud, qui unit la sebkha à Tiout cl fournit des eaux abondantes à cette oasis. Un peu plus au sud, il se réunit à l’oued qui draine les eaux du versant nord du Mir cl-djebcl et du djebel Mckter, entre Aïn Sfissifa et Aïn Sefra. Après avoir traversé les montagnes dans le kheneg el-IIadjadj, il reçoit les eaux de leur versant sud par la rivière des Moghar. Un des points les plus importants de sa vallée inférieure est cl-Outed (Outidat), point d’étape des nomades lorsqu’ils se portent de Figuig à Laghouat et cherchent à se tenir en dehors de notre atteinte. Dans le bassin de l’oued Namous sont les ksour principaux d’Aïn Sfissifa, Aïn Sefra, Tiout, Moghar.
- Aïn Sfissifa est bâti en amphithéâtre sur un plateau incliné à l’est et taillé à pic à l’ouest; le climat est trop froid pour que les palmiers puissent y pousser. Le ksar est pauvre, mais la position est militairement importante. Il doit son origine à
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- la koubba clc Lalla Slixa, mère des Oulad Nahr, fraction dissidente des Oulad Sidi Cheikh.
- Aïn Sefra, à 30 kil. en aval dans la vallée de l’oued Sfis-sifa, est plus important; le village renferme <300 habitants. Les jardins sont bien cultivés, les palmiers commencent à se montrer. Le ksar est adossé à des dunes élevées qui, au coucher du soleil, bordent d'une tranche dorée le pied des escarpes sombres du djebel Mekter, et dont les sables menacent maisons et cultures d’un envahissement prochain.
- C’est ce point qui a été choisi en 1882 pour l’établissement du poste avancé dans les montagnes sahariennes. On a construit une redoute, de vastes magasins, des casernements, etc., enveloppés par une chemise de pierre d’un grand développement. Ce poste commande la longue vallée longitudinale du nord des montagnes, et quelques-uns des passages ; mais il n’a qu’une action éloignée sur les débouchés de Sfissifa et de Tiout. Il est relié au Tell par une ligne ferrée et en communication optique avec Mecheria par un observatoire situé sur le djebel Aissa.
- Dans une des vallées supérieures du djebel Aïssa, on a installé un sanatorium qui reçoit les malades et où vient s’installer, pendant la saison chaude, une partie de ia garnison d’Ain Sefra.
- Tiout, environ 800 habitants, au milieu de montagnes de grès dont les dépressions ont été aménagées en canaux cl en réservoirs pour les eaux, qui sont abondantes et arrosent de belles cultures d'orge, de vignes, et de palmiers. Les indigènes, dans leur langage imagé, disent : « Il y a à Tiout un fleuve comme le Nil, une véritable mer. » Les maisons sont mieux bâties que dans les autres ksour. Tiout renferme un certain nombre de serviteurs des Tcdjàna et des descendants de Sidi Ahmed ben Youccf, qui sont nos alliés naturels. C’est une position importante et facile à garder. Elle commande, en outre, la tête de la vallée de l’oued Namous, où se trouvent en aval les deux ksour de Moghar,
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- Moghar-Foukani (Mogliar supérieur), 4,000 palmiers, et Moghar-Tahtani (Mogliar intérieur). 15.000 palmiers, sur l’oued Narrions, au sud de Tiout. Ces deux ksour ont été les foyers où a pris naissance, en 1880, l’insurrection de Bou Amama. Ils ont été visités, pour la première fois, en 1847, par la colonne du général Cavaignac. qui en rasa les oasis. Us servent de dépôt aux Ilamian Gharaba. Situés au sud des montagnes, ils permettent de surveiller les mouvements des Sahariens. On y a placé (1883) un poste avancé.
- Les leri'cs irrigables de ces vallées donnent de l'orge; avec quelques travaux, leur superficie serait considérable. « L’eau n’est pas partout visible, mais elle descend, en abondance, des hauteurs où l'hiver laisse longtemps séjourner ses neiges, et qui, encore suffisamment boisées, conservent l’humidité et forment de vastes nappes souterraines. Ainsi, les puits creusés h Aïn Sefra plongent dans une nappe alimentée par le djebel Mekfer ; en face, dans la vallée de l’oued Mouïla, on voit sourdre en des points nombreux les eaux d’infiltration qui descendent du djebel Aïssa. 11 en est de même dans le djebel Béni Smir, dans le djebel Grouz. »
- Les liantes montagnes sont bordées au sud par une série d’avanL-cliaines beaucoup moins élevées (cliebka Tamednaïa, djebel Karouba. djebel Keridicha), par-dessus lesquelles, des sommets du Mir el-djebel et du djebel Mckler, on aperçoit les plateaux pierreux des Ilainada et l’horizon indéfini des Areg.
- Le djebel Mektcr est, à l’est, le dernier massif considérable de la cliaine des Ksour. La vallée de l’oued Namous circonscrit, de ce coté, la haute région montagneuse du Sud-Ora-nais, qui est limitée à l’ouest par l’oued Zousfana.
- A l’est de Tiout, les montagnes s’affaissent. Ce sont d’abord les rides qui séparent les vallées supérieures de l’oued Namous et de l’oued Gharbi (djebel Djara, etc.).
- A l’est de l’oued Gharbi, les chaînes s’allongent en étroites arêtes dans la direction générale des plissements du nord de l’Afrique, dessinant entre elles de longues vallées dont les
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- eaux se sont vidées clans la mer saharienne par les brisures de leurs berges méridionales.
- Entre Bou Scmghoun et les Arbâouat, les principales rides portent les noms de djebel es-Somm, djebel bes-Seba.
- Entre les Arbâouat et l’oued Seggucur, l’aspect des montagnes est le même : djebel Bou Noukta à l’est des Arbâouat, djebel el-Ghiar entre Kerakda et Ghassoul ; au nord, djebel Guerdjouma, dont les pentes dominent le détilé d’Aïn el-Orak, route de Géryville aux Arbâouat.
- Un pays très accidenté, sans crête maîtresse, réunit ces montagnes aux massifs du Ksel.
- Vers le sud, jusqu’à Brézina, se succèdent une série d’arêtes parallèles, courtes et étroites, entre lesquelles coulent les eaux de l’oued Seggucur.
- Le versant méridional de la région montagneuse est marque par une mince arête rectiligne, sorte de long mur, aligné suivant les deux directions ordinaires des plissements de cette région, et très caractéristique dans son aspect. Bien que l’observation n’en ait pas été faite, il est à supposer que cette formation est due à la solidification de dunes, protégées maintenant par une enveloppe calcaire.
- L’oued Gharbi est formé de deux branches :
- Dans la vallée de la branche occidentale sont les ksour d’Asla, de Chellàla, de Bou Scmghoun.
- Dans la vallée de la branche orientale (oued Bercdad), sont les Arbâouat et el-Abiod Sidi Cheikh.
- Plus au sud, dans la vallée même de l’oued Gharbi, Benoud et les puits de Mengoub à l’entrée des Arcg. C’est cette ligne d’eau que suivent d’ordinaire les caravanes qui vont au Gou-rara après s’être organisées à cl-Abiod.
- Asla, entouré d’une muraille flanquée de cinq grosses tours, avec des ruelles malsaines, des maisons misérables, est perché en nid d’aigle sur une colline rocheuse ; les jardins sont assez bien entretenus, abrités contre les vents du nord et du sud par deux chaînes parallèles; environ 1200 palmiers.
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- Chellâla-Dahrania (Chellàla du nord) (ait. 1095111) est plus important; c’est un ksar de 700 habitants environ, avec des eaux abondantes et de beaux jardins. Si llamza (des Oulad Sidi Cheikh) y avait une maison construite à la française.
- Un peu plus loin se trouve Chellâla-Gueblia (Chellàla du sud), petit ksar d’une centaine d’habitations.
- Ces villages nous ont toujours été peu sympathiques. En 1867, ils ont donné appui à Si Lala; on y a livré combat. En 1881, c’est près de Chellàla que les contingents de Bou Amama attaquèrent la colonne du colonel Innocenli (19 mai). Nos goums ayant été ramenés sur le convoi, il en résulta un certain désordre et des pertes sensibles.
- Bou Semghoun (ait. 986m)- eaux abondantes, environ 10.000 palmiers, 600 habitants. Koubba de Sidi Ahmed Tcdjini.
- Les Arbaouat (Arba, pilon) : Arba-Foukani (160 hab.)cL Arba-Tahtani (300 hab.), cultures de palmiers, grenadiers, liguiers, pêchers, etc. Tous ces villages sont affreusement misérables; population chétive, étiolée par la vie déprimante des ksour.
- El-Abiod Sidi Cheikh : cinq ksour groupés autour de la koubba de Sidi Cheikh1, un des centres de l’insurrection de 1881. La koubba a été détruite par le colonel de Négrier pendant l’insurrection de 1882, et les ossements du marabout transportés à Géryville. Elle a été reconstruite depuis, et les restes du marabout ont été rapportés. Elle redevient le lieu de pèlerinage des Sahariens, dont les dons reconstitueront rapidement ses richesses. A el-Abiod s’organisent les caravanes des Trafi et des Ilamian pour le voyage annuel du Gourara; ils viennent implorer la protection du Saint avant d’entreprendre leur pénible voyage ; c’est, une des raisons de l’importance acquise par celte oasis.
- L’oued Seggueur reçoit ses premières eaux du plateau d’Aouinet bou Bekcr (1360m), au pied des montagnes du Ksel,
- ' Voir nu chapitre des confréries religieuses.
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- d’où descendent également les ruisseaux qui forment l’oued Sidi cn-Naçer, tributaire des ITauts-Plateaux. Sa vallée est une des directions les plus habituellement suivies par les nomades ; elle a une importance particulière. Un de ses principaux affluents supérieurs est l’oued Ghassoul.
- Ghassoul, ksar de 300 habitants; l’eau, très abondante, coule en tout temps. A l’oued Ghassoul viennent se réunir les eaux qui descendent d’Aïn el-Orak (route de Gérvvillc aux Arhàouat) et du ksar de Kcrakda (route des Arbâouat à Ghassoul).
- Brézina (ait. 560m), environ 8,000 palmiers, à la limite méridionale des montagnes, nœud important de communications ; c’est la vigie de Géryville vers le sud, comme Moghar est celle d’Aïn Sefra. Près de Brézina, la rivière perce la montagne par un couloir souterrain. C’est au sud de Brézina qu’elle prend le nom d’ouecl Scggueur.
- A environ 25 kil. plus au sud et à 2 kil. à l’ouest de l’oued Scggueur, est le ksar abandonné de Sidi cl-Uadj ed-Din.La koubba a été détruite par la colonne de Sonis en 1868.
- Entre l’oued Gharbi et l’oued Scggueur, on pourrait citer encore plusieurs petits oueds moins importants, qui reçoivent leurs eaux de la dernière avant-chaîne. Ils coupent les routes d’el-Abiod et de Benoud h Sidi el-lladj ed-Din et en indiquent les points d’eau.
- L’oued Zerghoun reçoit les eaux du massif principal du Djebel-Amour; les vallées supérieures, creusées entre des montagnes qui atteignent près de 2,000 mètres, sont directement opposées à celles que l’on considère comme la tête du Chélif. Elles se réunissent, au ksar d’el-Macfa (J Obi11'), sur la route de Gérvvillc à Laghoual. L’oued Zerghoun passe à Tadje-rouna (ait. 873m), ksar des Gulad Yacoub, à la limite méridionale des montagnes ; légumes et céréales, mais peu de palmiers.
- Il a pour tributaire (r. d.) l'oued Mcllala, qui descend des hauteurs de Sidi Brahim (1422m) et passe à el-Maïa (945m),
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- ksar très pauvre, avec des palmiers chétifs, à 8 kil. h l’ouest de Tadjerouna.
- Toutes ces vallées sahariennes s’effacent h une distance moyenne de 120 kilomètres des montagnes, à la limite de la zone des Areg, dans laquelle on ne trouve plus d’eau.
- Oulad Sidi Cheikh ».
- Sur la région frontière entre l’Algérie et le Maroc est établie la grande tribu des Oulad Sidi Cheikh, dont l’influence s’étend sur une grande partie du Sahara. La pacification du Sud dépend donc des relations que l’autorité française peut établir avec ses chefs influents.
- Cette tribu a pour ancêtre le marabout Sidi Cheikh.
- Les Oulad Sidi Cheikh se divisent en Gharaba (Occidentaux) et Cheraga (Orientaux). Ces derniers sont deux fois plus nombreux. Ces fractions sont séparées par des haines traditionnelles qui les arment sans cesse les unes contre les autres. Par moments, un accord survient pourtant entre elles pour s’opposer à l’ennemi commun.
- D’après l’art. 4 du traité de Tanger, 1845, conclu avec le Maroc, les Gharaba sont sujets marocains et les Cheraga sont sujets français ; mais néanmoins les Gharaba, quoique Marocains, ont des ksour sur le territoire français, et encore on a omis de dire quelles étaient les fractions des Oulad Sidi Cheikh qui constituent les Gharaba et celles qui constituent les Cheraga.
- 1 On prononce dans la province d’Oran : Oulad Sidi Cbiltr; c’est l’or-lliograplic donnée par de Slane cl Gabeau (Vocabulaire destiné à fixer la transcription en français des noms de personnes et de lieux usités citez les indigènes de l’Algérie). Le général Parmentier a calculé que l’on pourrait écrire le mot Clicikh de 160 manières.
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- Les limites territoriales ne sont pas mieux fixées. On s’est borné à énumérer les tribus et les ksour qui appartiennent à l’une et à l’autre puissance. Il résulte de ces singulières conventions que la France est autorisée à poursuivre ses sujets rebelles au delà des ksour qui appartiennent au Maroc, mais qu’on ignore souvent si l’ennemi que l’on poursuit relève de la France ou du Maroc. Des complications fréquentes ont été la conséquence de cet état de choses.
- Il faut ajouter que, par suite de l’instabilité de la politique suivie à leur égard, nous sommes fréquemment en état d'hostilité avec les Cheraga comme avec les Gharaba.
- Les premières relations avec les Oulad Sidi Cheikh datent de 1845, époque à. laquelle le colonel Géry conduisit une colonne de reconnaissance dans le Sud-Ora-nais. Les ksour étaient alors assez florissants. Ils avaient pour chefs Si Ilamza, qui commandait dans la région d’el-Abiod, et Ben Tayeb, qui commandait dans la région de Figuig.
- Des relations d’amitié furent établies avec eux. Sept ans plus tard, par un coup de main hardi, Si Hamza, dont on croyait avoir à se plaindre, était enlevé au milieu de ses goums et conduit par surprise à Alger. Notre prestige était alors si grand que Si Hamza accepta le titre de khaiifa des populations sahariennes. Il combattit dès lors avec fidélité pour notre cause, étendit son autorité et la nôtre jusqu’à Ouargla1. Ce fut pour l’appuyer et pour le surveiller tout en môme temps, que la construction de la redoute de Géryville fut décidée en 1853.
- 1 Voir plus loin le Précis historique.
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- La puissance de Si Hamza grandissait chaque jour ; c’est avec « un luxe tout asiatique, et une magnificence imposante » l, qu’il venait, en 1858, à la tête de ses brillants cavaliers, au-devant de la colonne du général Durrieu. Cette puissance porta ombrage. « On regretta peut-être d’avoir investi un Arabe d’un aussi grand commandement. On oublia que, d’un autre côté, nous avions le plus grand besoin d’un voisin et d’un allié puissant, autant pour garder notre frontière que pour servir d’intermédiaire entre nous et les tribus plus éloignées. » On traita dès lors le grand chef avec moins d’égards. Sa fidélité ne se démentit pas cependant, jusqu’au moment où il mourut du choléra, à Alger, en 1801. Son fils et l’héritier de sa puissance, Bou Beker, mourut également, l’année suivante à Alger; dès lors, semblent rompus les liens qui attachaient cette grande famille à notre service. Des froissements dans les rapports avec les bureaux arabes achevèrent leur désaffection, et le deuxième fils, Si Sliinan, leva l’étendard de la révolte.
- 11 vint attaquer, à Aouinet Bou Beker, une petite colonne conduite parle lieutenant-colonel Beauprêtre, commandant supérieur du cercle de Tiaret, et la détruisit complètement (8 avril 1804). Lui-même fut tué.
- Le commandement passa successivement aux mains de ses frères, Mohammed et Ahmed, qui moururent en 1805 et en 1807, et ensuite à Si Kaddour, qui est actuellement encore le chef militaire, tandis que son neveu, Si Hamza, est l’héritier de l’autorité religieuse.
- La soumission de la région des ksour des Oulad Sidi Cheikh n’a eu lieu qu’à la suite des expéditions
- IViiTOl, De G cr y ville à Fig u ig,
- t
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- conduites dans ces montagnes, depuis le mois de février jusqu’au mois de mai 1882, pour atteindre les tribus insurgées par Hou Amania, les rejeter dans l’ouest, et leur interdire l’accès de ces riches pâturages.
- Le 11 avril 1882, les contingents ennemis furent atteints et battus à l’oasis de Fendi, à environ 30 kil. au sud de Figuig. A la (in du mois, on les dispersait de nouveau àSouf Kesser, à (iOkil. au nord de Figuig.
- Le 11 mai, on avait poussé jusqu’à 180 kil. à l’ouest de Figuig, à 35 kil. au delà d’Aïn Chair, et l’on culbutait de nouveau les tribus qui suivaient Bon Amania.
- La création du poste d’Aïn Sefra et l’organisation de ce nouveau cercle ont pour but de maintenir désormais tout ce pays sous notre autorité directe. Ce résultat ne sera atteint qu’à la condition que les colonnes d’Aïn Sefra puissent facilement se porter sur le versant saharien cl couper en deux les tribus, en rejetant à l’est Trafi et Oulad Sidi Cheikh Cheraga ; à l’ouest, Oulad Sidi Cheikh Gharaba, Boni Guir, Douy Mcnia, Oulad Djerir, en ne leur permettant de communiquer que par les déserts pierreux des llamada et en leur fermant les routes des montagnes. C’est dans ce but que le chemin de fer a été poussé jusqu’à Aïn Sefra et que la redoute de Djenicn hou Rezg a été construite au sud des montagnes1.
- 1 Si llamza n fait sa soumission en 4884-, el son
- attitude a été dès
- lors assez satisfaisante pour Légion iPlionneur.
- mériter en 'I8811 la décoration de la
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- 4° MONTAGNES DU KSEL ET DU DJEBEL-AMOUR.
- Sous le nom de Montagnes du Ksel nous comprendrons l’ensemble des crêtes qui accidentent le pays à l’est de Géryville. et dont l’une des plus accentuées est celle du Ksel, entre Géryville et Stitlen, dans les gorges de laquelle vit une tribu remuante, souvent insurgée, les Lagbouat du Ksel. Kilo marque la séparation des eaux entre le versant des chotls et le versant saharien. Un de ses sommets culminants est le djebel Bon Dcrga, que l’on peut mettre en communication optique d’un côté avec le Kheider sur le chott Chergui, de l’autre avec le djebel Okba, près d’Aflou.
- Les nomades qui se rendent au Sahara en passant à l’ouest du Djebel-Amour ont deux directions à suivre, à l’est ou à l’ouest du djebel Ksel : d’un côté par Géryville, de l’autre par le plalcau d’Aouinct bou Bcker.
- Parallèlement k la chaîne du Ksel, à moins de 20 kilomètres en descendant vers le chott Gharbi, on doit franchir le djebel Tarf, qui forme une sorte d’avant-ehaine entre Géry-villc et Sidi en-Naçer, et, à une vingtaine de kilomètres plus loin, la ride appelée es-Sekkin, qui constitue, à hauteur du kheneg Azir, la berge même du bassin du chott.
- Le Djebel-Amour.
- Le Djebel-Amour n’est pas une montagne; c’est une haute région que l’on peut assez exactement limiter à l’ouest par le chemin de Stitten, tenict cl-Ouassa, el-Maïa; à l’est, par le chemin de Zenina à Tadjcmout.
- Une énorme muraille à pic, le kef Guebli (les rochers du sud), la termine brusquement au-dessus du Sahara. Un des points culminants de cette muraille est le lias Merkeb (1580m) au nord-ouest d’Ain Madhi, cl’où l’on découvre tout le massif du Djebel-Amour jusqu’au djebel Gourou au nord. ’
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- Le plan d’ensemble de sa surface s’abaisse vers le nord, où il est soutenu par des plis moins élevés.
- Le djebel Sidi Lahssen (!408m) et le djebel Archa, qui forment la cluse traversée par le Chélif en aval d’el-Beïda, en sont les derniers accidents ; ils forment caps sur les plaines du nord ; de leurs sommets, on voit les avant-chaînes du Tell.
- Cet épais massif est le résultat d'un plissement et d’un exhaussement de l’écorce terrestre. La direction du plissement est la direction ordinaire du nord de l’Afrique ; mais la masse parait avoir subi un deuxième mouvement, par suite duquel elle a plongé à l'ouest en se brisant et s’escarpant en divers points à l’est.
- Ce deuxième mouvement est manifesté par les directions du djebeb Kscl et par celle du djebel Lazcreg ; il en est résulté que plusieurs des rides qui accidentent la surface du plateau, comme, par exemple, le djebel Okba (1710m). le djebel Gourou (1708m), le djebel Bou Zid au nord d’Atlou, ont une crête orientée nord-est et présentent leur sommet culminant et une forte escarpe à leur extrémité orientale, tandis qu’à l’ouest la crclc s’affaisse en pente adoucie jusqu’au plateau.
- On trouve dans le Djebel-Amour des plaines élevées ou de larges vallées de pâturages, des pentes qui ont été boisées, mais qui, de leurs anciens manteaux de forêts, n’ont conservé que des arbres isolés : thuyas, chênes verts, lauriers-roses, détruits chaque jour par une dévastation inconsciente.
- Une des caractéristiques principales de la portion orientale du Djebel-Amour, sont les plateaux des Gada; on appelle ainsi d’immenses tables de rochers, découpées dans le massif par de profondes érosions. Nues, désolées, avec des murs de pierres éboulées, surmontées par des falaises à pic, presque partout inaccessibles, elles dominent de 50 à 100 mètres et même plus, les vallées qui les entourent. La plus étendue est la Gada d'Knfous, comprise entre l’oued Mzi et l’oued Ghicha, les deux bras supérieurs de l'oued Djedi.
- Au pied des Gada, on circule assez facilement dans des vallées presque toujours arrosées et herbeuses. Sur les plateaux,
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- des pâturages offrent des ressources pour l’élevage des troupeaux. 11 n’y a de difficulté à la marche que dans les ravines que l’on doit suivre en en descendant.
- Au sud, le kef Gucbli, qui a une épaisseur de 8 à 12 kilomètres, n’est au contraire franchissable que par un petit nombre de passages ; ce sont :
- le teniet el-Ouassa, chemin de Géryville à el-Maïa;
- le teniet Melah, route do Taouiala à Tadjerouna ; il est ouvert par l’oued Zcrgoun, qui, dans la montagne, s’appelle l'oued Melah et passe au pied de deux rochers de sel, d’une altitude de 1281 mètres, masses énormes de sel éruptif aux tons tantôt violets, tantôt blancs ou verdâtres, profondément ravinées par les eaux ;
- le teniet ou foum Reddad, route d’Ailou à Aïn Madhi ;
- le teniet Seklafa, ouvert par l’oued Mzi, route directe d’Aflou à Laghouat par Tadjcmout.
- Ces chemins sont tracés dans des vallées de fracture et relativement faciles; on ne trouve en dehors d’eux que des sentiers extrêmement rapides.
- La montagne principale du Djebel-Amour est le djebel Touila Makna (la montagne longue des Makna), régulièrement profilée avec une cime de plus de 1900 mètres d’altitude. Elle domine le pauvre ksar et les pâturages de Bou Alcm.
- La ligne de séparation des eaux entre les deux versants passe au nord de Bou Alem, de Taouiala, et près d’Aflou sur les plateaux. Les nombreuses sources, qui en sortent, se réunissent en ruisseaux d’eaux limpides, remplissent des cuvettes poissonneuses, se perdent dans de petits vallons de prairie, arrosent des terres fertiles mais non cultivées, et forment un ensemble pittoresque fort rare à rencontrer en Algérie. Ce sont les sources du Chélif, de l’oued Zcrgoun, et de l’oued Mzi.
- Autrefois, des eaux torrentueuses ont dù remplir jusqu’au bord ces étroites vallées. Lorsqu’elles se sont écoulées, elles ont, dans leur course rapide, raviné leurs berges, de sorte que les assises supérieures des terrains, suspendues en toits à peu près horizontaux, et manquant de soutien, se sont effondrées
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- et ont recouvert les flancs de la montagne d’immenses plaques d’apparence schisteuse en forme d’écailles gigantesques1.
- Ce caractère est général dans le kef Gucbli et dans le djebel Touila. Le plongcmcnt des couches stratifiées est au sud, les escarpes ou brisures sont au nord; mais, sur le versant septentrional, des couches effondrées plongent au nord et parfois paraissent verticalement fichées dans les alluvions de la vallée.
- Le Djebel-Amour doit son nom à la tribu des Amour, qui vivait dans ses vallées, mais qui a été presque totalement rejetée du côté du Maroc. Les habitants actuels sont de petits nomades ou des ksouriens, en grande partie d’origine berbère, mais ne parlant d’ailleurs que l’arabe. Cette région est, en outre, traversée par les migrations des Larbàa, des Trafi, de quelques autres encore.
- Le ksar principal est Taouiala; c’est presque une ville; elle est entourée de hautes murailles, avec portes ferrées, tours de flanquement, comme une fortification du moyen âge. C’était jadis la résidence d'un chef puissant, dont les exactions et les cruautés rappelaient également l’époque féodale. Il avait une vaste habitation, solidement construite, près d’une des portes de la ville, et un crochet de pendaison en permanence près de l'entrée, témoignait des droits de haute et basse justice qu’il s’était attribués.
- Taouiala a subi plusieurs sièges de la part des beys d’Oran. Elle commande la route principale du Sud par l’oued Zergoun. au point de rencontre des chemins d’Afïou et de Gérvville : c’était bien en effet une des positions maîtresses de la région, et, au point de vue de l’occupation comme de la surveillance, mieux placée qu'Aflou, qui est actuellement le centre du commandement français du Djebel-Amour.
- Aflou (1350™) est une annexe administrative du cercle militaire de Tiaret, et non un poste fortifié. La maison de commandement ressemble plutôt à une maison agricole qu’à un
- Voir page 30, les figures ü et o bis.
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- établissement militaire; elle n’est en effet destinée qu’au logement des officiers du bureau arabe et de quelques hommes de service. Susceptible cependant de défense contre les Arabes, elle n’est pas destinée à recevoir une garnison permanente. Autour, se groupent quelques jardins et les maisons d’un petit ksar. La population du cercle d’Aflou était d’environ 13,000 individus en 1883. Elle a été peu impressionnée par l’insurrection de 1881 ; un très petit nombre de tentes ont fait défection.
- Si l'on avait l’intention de surveiller les mouvements des Sahariens, il faudrait se porter au delà du kef Guebli.
- Les petites oasis d'el-Maïa, de Tadjcrouna, sont leurs magasins d’approvisionnement et commandent l’entrée des défilés de l’ouest. Tadjerouna est l’œil du Djebel-Amour vers le Sud.
- Les passages de l’est sont tenus par Aïn Madlii et Tadje-mout qui relèvent de Lagbouat.
- Aïn Madhi a une certaine importance; c’est la résidence du marabout, chef de l’ordre des Tedjâna. On y maintient une petite garnison. L’influence du marabout a souvent porté ombrage aux chefs qui commandaient dans le Tell. En 1820, il résista au bev d’Oran, qui ne put s’emparer d’Aïn Madhi. En 1838, Abd el-Kader attaqua Ain Madhi. 11 s’en rendit maître après un siège de neuf mois, et en fit raser les maisons. Elles ont été reconstruites grâce aux libéralités des serviteurs religieux de l’ordre.
- Les autres ksour ne méritent pas d’être mentionnés.
- Le marché principal fréquenté par les gens du Djebel-Amour est Tiaret. Chaque année, ils prennent pari également à la caravane du Gourara. Les laines sont une source de richesses pour ce pays. On y fabrique des tapis estimés qui s’exportent dans le Tell comme dans le Sahara. L’alfa est remarquable par sa vigueur; les pâturages sont nombreux, les terres sont fertiles en bien des endroits; le climat tempéré rappelle celui du centre de la France. Aflou, à l’altitude de 1330 mètres, a une température moyenne de 13 à 16 de-
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- grés, avec des écarts maxima de — 13° au mois de jauvicr, à + 40° au mois de juillet (1882).
- On trouverait donc dans cette région, que l’on a pu appeler le Tell saharien, des éléments appréciables de prospérité coloniale; mais réloigncment, la difficulté des communications, l’absence de débouchés, retarderont tout essai d’établissement ^européen, jusqu’au moment où le chemin de fer y pénétrera. On doit la considérer comme une réserve de l’avenir.
- Le djebel Lazereg (montagne bleue) est une chaîne isolée bien distincte, orientée au nord 1/4 est, d’une longueur de 45 kil. sur 3 à 4 kil. cle largeur. Sa crête, dont l’altitude est de 1400m environ (Toumiat Zeg, 1480m), présente des sommets arrondis; mais elle n’est franchissable que par d'étroits ravins, aux parois verticales.
- Bien qu’on ne puisse considérer le djebel Lazereg comme faisant partie du Djebel-Amour, il constitue en quelque sorte la limite orientale de cette région.
- Organisation défensive de la frontière marocaine et du Sud-Oranais.
- Nous avons dit plus haut comment était tracée la frontière entre l’Algérie et le Maroc.
- Les positions d’où l’on peut la surveiller le plus efficacement sont, à partir de Sebdou : el-Aricha, au nord du chott; Aïn ben Khelil, au sud du chott; Aïn Sfisifa et Aïn Sefra, dans les montagnes des Ksour; Djenien bou Rezg, sur la route de Figuig.
- Les tribus de ce territoire suivent la fortune et obéissent aux influences des marabouts qui sont maîtres des ksour du sud. C’est donc en dominant les montagnes au milieu desquelles ces ksour sont situés, que
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- l’on peut le plus efficacement assurer la ‘sécurité du Tell.
- A la suite de l’insurrection de 1881, on a d’abord créé, comme nous l’avons dit, le poste de Mecheria, près d’un ksar ruiné, où se trouvent des sources; on en a fait la tête du chemin de fer qui a été ensuite prolongé jusqu’à Aïn Sefra.
- L’ennemi qui venait de la frontière marocaine pouvait suivre plusieurs directions de l’ouest à l’est :
- Lorsqu’il se sentait appuyé par les populations des Hauts-Plateaux, il passait soit au nord des chotts, soit au sud, par Aïn ben Khelil et Mecheria, ou par Magroun, Naâma, et Tismoulin; lorsqu'il voulait se dérober à la surveillance des postes du Sud-Oranais et venir surprendre les populations du Djebel-Amour et du cercle de Laghouat, il passait par Aïn Sfisifa, Aïn Sefra, Tiout, Asla, Chellala, Aïn cl-Orak et Géryville;
- ou par Moghar- Tatani, en Khaïla, el-Abiod Sidi Cheikh, et Sidi el-IIadj ed-Din;
- ou, plus au sud, par el-Outed (sur l’oued Namous), Benoud (sur l’oued Gharbi), et Sidi el-Hadj ed-Din ( sur l’oued Seggueur).
- Les colonnes françaises envoyées pour couper les routes aux dissidents devaient nécessairement suivre des directions perpendiculaires, c’est-à-dire du nord au sud en descendant les vallées.
- Ces conditions sont changées depuis l’établissement des postes permanents dans la région des ksour. En étant maître des montagnes, on domine, en effet, à la fois les Hauts-Plateaux et le Sahara. Les passages sont en petit nombre, faciles à surveiller; il suffit de les garder pour épier tous les mouvements des tribus et
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- pour les arrêter dans leurs migrations. Des altitudes élevées, des eaux suffisantes, offrent des conditions de salubrité très convenables pour de petites garnisons.
- Mais, par la fuite, les tribus nomades se rendent souvent insaisissables. Lorsque l’on est le moins leste, et il en sera toujours ainsi pour nous, il faut avoir la prévoyance de se placer d’avance sur les points où devra nécessairement passer l’ennemi, et, puisqu’il ne nous est pas possible de le gagner de vitesse et de nous passer comme lui de convois de ravitaillement, il faut, si nous voulons dominer définitivement dans le Sud, faire appel à la supériorité de notre industrie et construire des chemins de fer qui transporteront colonnes et approvisionnements.
- Ni Géryville, ni Àïn Sefra, ne suffisent à la surveillance du Sahara, puisqu'ils en sont séparés par une épaisse région montagneuse. C’est donc au-delà des montagnes qu’il faudra porter les postes d’observation.
- Les avancées d’Aïn Sefra vers le sud sont Djeinen bou Rezg, sur l’oued Dermel, et Moghar, sur l’oued Namous; celles de Géryville sont cl-Abiod et Brézina.
- L’avancée d’Aflou doit être Tadjcrouna.
- Ce n’est qu’à la condition d’avoir dans ces oasis des postes permanents du maghzen, sous le commandement d’officiers vigilants, que l’on pourra être informé, à temps des mouvements insurrectionnels des nomades du Sahara et appeler du Tell des colonnes mobiles tenues toujours prêtes à marcher.
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- IL
- RÉGION DU CENTRE
- (province d’alger).
- Les grandes régions naturelles de la province d’Alger sont :
- 1° Le Sahel et les plaines de la Métidja;
- 2° L’Ouarsenis et le Dahra;
- 3° Les monts du Titeri :
- \° La Kabylie ;
- 5° Les Hauts-Plateaux, les monts des Oulad Nayl et du Zab ;
- 0° Le Sahara.
- Nulle part n’est mieux caractérisée la direction des grands plis et des grandes érosions du nord de l’Afrique. La vallée inférieure du Chélif; les vallées de l’oued Mêla h et de l’oued Isser, depuis Bcrrouaghia jusqu’au pied des montagnes de Kabylie; la vallée de l’oued Sahel; la vallée de l’oued Djedi, et, d’une manière générale, toutes les rides orographiques ont cette •orientation.
- Enclavé entre les deux départements cl’Oran et de Constantine, le département d’Alger comprend la partie du Tell qui, avant notre occupation, s’appelait le beylicat du Titeri et dont Médéa était lé chef-lieu. Ses limites actuelles sont assez bizarrement tracées. Elles lui donnent, à l’ouest, la majeure partie du Dahra, la moitié du massif de l’Ouarsenis; elles laissent au département d’Oran le massif entier du Djebel-Amour,
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- do sorte que, sur le parallèle de Laghouat, le département d’Alger a moitié moins de largeur que celui d’Oran. Il paraîtrait naturel que le Djebel-Amour fut rattaché au département d’Alger, mais les nomades qui campent dans ce massif ayant leurs relations avec Tiaret au nord, avec les oasis des Oulad Sidi Cheikh au sud. il a paru préférable de laisser leur administration aux autorités du département d’Oran.
- Du côté de l’est, on a réuni, depuis quelques années, au département d’Alger le cercle de Bon Saâda et les oasis d’Ouargla, bien que ces régions aient leurs relations naturelles avec le département de Gonstantine.
- Route d’Alger à Laghouat.
- La roule d’Alger à Laghouat est la grande artère de communication entre la côte, les Hauts-Plateaux, et le Sahara. En la suivant, on a un premier aperçu d’ensemble de la province.
- D'Alger au pied des montagnes des Béni Sala, qui forment la bordure méridionale de la chaîne tellienne, on traverse les admirables cultures de la plaine de la 3Iétidja. Pour s’élever sur les montagnes, on s’engage, à quelques kilomètres à l’ouest de Blida, dans les pittoresques gorges de la Chiflfa * et dans les défilés du col de Mouzaïa, illustrés par plusieurs combats, lors de la conquête.
- 1 Los difficultés qu’offre la traversée des montagnes des Béni Sala a malheureusement retardé la construction d’un chemin de fer qui est vivement réclamé aussi bien par les intérêts économiques que par les intérêts militaires du pays. Par suite de la difficulté des communications et de la cherté des transports, l’exploitation de l’alfa est à peine commencée sur les Hauts-Plateaux d’Alger; d’autre part, le ravitaillement des garnisons que l’on doit maintenir dans le Sud, et celui des colonnes que l’on est obligé d’y envoyer de temps à autre, entraînent des dépenses considérables et ont souvent causé de grands embarras.
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- Blida (8,900 habitants), est une gracieuse petite ville à physionomie tout européenne, avec de beaux jardins et des plantations d’oliviers renommées.
- Médéa (3,000 habitants) est un centre important, sous-préfecture, chef-lieu du commandement de la subdivision qui embrasse tout le territoire du sud de la province d’Alger, y compris le Mzab et Ouargla. Les coteaux du Nador, couronnés par le piton du Dakla (1062m), dont les vignobles sont réputés, dominent la ville au nord. A 920 mètres d’altitude, son climat passe pour un des plus sains de l’Algérie; ses terres, cultivées en céréales, sont extrêmement fertiles.
- Chaînes du Goûtas, du Mouzaïa. et des JBeni Sala. — Cette première arête de montagnes est fortement accentuée; elle présente, au nord, des brisures presque verticales. Tandis que l'arête presque rectiligne du Gontas atteint à peine 900 mètres, le sommet du Mouzaïa dépasse 1600 mètres, et les crêtes des Béni Sala sont à 1640 mètres.
- Sur le versant sud du Mouzaïa sont des mines de cuivre.
- Le Mouzaïa et les monts des Béni Sala forment, face au nord, une énorme muraille de roches à allures schisteuses, désagrégées par les eaux et sujettes à des éboulements. La Roche-pourrie, entre Blida et Médéa, couvrait souvent la route de ses débris. On a dû faire disparaître le danger qui en résultait en la démolissant à coups de canon.
- Au contraire, Médéa se trouve dans une vaste combe dont les terrains tertiaires, profondément ravinés aussi, présentent des étages de grès, d’argiles, et de conglomérats grossiers, s’élevant en escaliers horizontaux jusqu’au sommet du Nador (1062m), au nord de la ville. Le pays conserve cette physionomie jusqu’à la vallée de plissement marquée par Berroua-ghia. Elle est si caractéristique qu’on a donné le nom d’escalier à la montagne du Haouara (I520m), que l’on traverse à Ben Chikao, point culminant de la route.
- Berrouaghia est un village de colonisation, dans un long couloir sans cesse balayé par les vents qui vont de l’Ouarsenis
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- à la Kabylie. A peu de distance se trouve un grand pénitencier agricole. C’était un poste romain, et l’on voit, en effet, que cette position marque la liaison entre la vallée du Chélif d’une part, et la vallée de l’oucd Sahel de l’autre.
- Boghar (le balcon du désert), à 970 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et à 400 mètres au-dessus de la plaine, marque la limite de la zone tellienne dans la province d’Alger. Au-delà s’étendent les solitudes interdites à l’activité agricole européenne, mais productives encore, puisque l’alfa offre les mêmes richesses que dans la province d’Oran.
- Boghar a été pendant longtemps regardé comme la limite à fixer à l’extension utile de l’action française; cette limite est bien dépassée, puisque l’on commence déjà à mettre en valeur des terres de culture sur les montagnes et dans les oasis sahariennes ; mais, entre les montagnes du Tell et les chaînes sahariennes, il restera toujours une large zone intermédiaire, domaine des tribus pastorales, inhospitalière pour les colons. La prospérité, l’existence même de ces tribus, sont étroitement liées à l’abondance des pâturages ; plusieurs années consécutives de sécheresse ont ruiné pour longtemps plusieurs d’entre elles. On ne trouve plus déjà les superbes chevaux qu’élevaient les Rahman Gharaba, les Oulad Moktar, etc.
- Boghar (Castellum Mauritanum des Romains) était une des places d’Abd cl-Kader; il l’abandonna et la fit incendier en 1841, à rapproche de nos colonnes. Cette position a une grande importance militaire, parce qu’elle permet de garder la trouée du Chélif dans les montagnes du Tell, c’est-à-dire une des routes les plus fréquentées par les tribus. On y a construit une forte redoute, près de laquelle se sont groupées quelques maisons européennes.
- Au pied de Boghar, le village européen de Boghari prend une rapide extension. Il s’y tient un marché hebdomadaire très fréquenté, où les tribus sahariennes font leurs échanges contre les produits du Tell.
- Enfin, à quelques centaines de mètres de distance, accroché aux dernières pentes d’un petit plateau, le ksar arabe de
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- Boukhari a déjà une physionomie toute saharienne, et présente chaque nuit, jusqu’à une heure avancée, ce genre d’animation particulier aux villes du Sud, avec leurs musiciens nègres et leurs danseuses Oulad Nayl.
- Au-delà commencent les steppes des Hauts-Plateaux. Ce sont d’abord des plaines rougeâtres, dépouillées de toute végétation, calcinées et craquelées par les feux du soleil, argileuses et imperméables aux eaux; de sorte que la moindre pluie transforme des kilomètres de route en bourbiers impraticables. Peu à peu le sol devient plus sablonneux et apparaissent quelques touffes de thym, de lavande, de salsolacécs ; puis enfin l’alfa, cette richesse naturelle de ces régions déshéritées.
- L’aspect des Hauts-Plateaux est le même que dans la province d’Oran : solitude absolue, uniformité complète d’un sol horizontal à l’œil, mais très ondulé cependant et creusé de ravines nombreuses. De loin en loin une petite crête de pierrailles émerge de la plaine limoneuse; une bande de chameaux au pacage se profile singulièrement à l’horizon ; une caravane se montre au loin, ne laissant pas môme, comme le vaisseau, une trace de son sillage; quelques tentes noirâtres indiquent un campement de nomades.
- La route, si l’on peut appeler ainsi une piste mal tracée sur le sol naturel, tantôt encombrée par les sables, tantôt emportée par une pluie d'orage, est jalonnée par des caravansérails, construits par les ordres du maréchal Randon après la prise de Laghouat, et qui marquent les points d’eau et les étapes des colonnes de troupe.
- Entre Boghar et Djelfa, ce sont : Bou Ghczoul, el-Krachem, Ain Oussera, Bou Ccdraïa, Guelt es-Stel, el-Mcsscrane, le Ro-cher-dc-Sel.
- Dans l’origine, c’étaient aussi des postes militaires de surveillance et de ravitaillement; maintenant ce sont des hôtelleries et des relais. Quelques cultures les entourent, et l’on s’étonne de trouver dans plusieurs d’entre eux une propreté, un confortable même, qui permettent de traverser sans privations les 310 kil. de désert qui séparent Boghar de Laghouat.
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- L’horizon de Bogliar est bordé au sud par une mince ride de collines, qui dessinent une bizarre dentelure sur le ciel. On les appelle la eliaine des Oukaït à l’ouest, les Scba Rous (sept tètes) à l’est. Elles formaient les rivages nord d’un grand lac qui ne s’est desséché qu’en dernier lieu, et qui conserve encore quelque peu d’eau dans ses fonds les plus creux : les Zahrez.
- La roule franchit cette arête au défilé de Guclt es-Stel (bassin de l’écuelle), qui a été vraisemblablement le canal de déversoir des eaux ; après avoir traversé le bassin des Zahrez. dont le fond est formé d’une argile plus blanche, on en sort, au sud, en remontant la vallée de l’oued Mol ah, qui descend de Djclfa et qui est le principal tributaire du Zahrez Gharbi.
- On passe au pied du Rocher-de-Sel, masse vraiment extraordinaire de sels éruptifs, haute de 35™, ayant 4 kil. de tour, contournée, plissée, froissée de la manière la plus étrange, offrant des tons rougeâtres, verdâtres, bleuâtres, enveloppée de boues grises. Des milliers de pigeons, voletant autour de ces roches de gemme, dans lesquelles ils nichent, contribuent à la singularité du paysage. Soudain une verdure inattendue vient surprendre les yeux; un groupe de gaies maisons françaises s'en détache; ce sont les plantations et les cultures du caravansérail.
- Entre Messerane et le Rocher-de-Sel, il faut traverser péniblement une dune de sables mouvants, que les vents de l’ouest déplacent et reforment sans cesse au pied des premières collines de la chaîne saharienne.
- C’est au Rocher-de-Sel que commencent les premiers talus des hauteurs qui séparent le petit et le grand désert, et auxquelles nous proposons de donner le nom général de monts desOulad Nayl ; la route s’élève sans pente considérable jusqu’à Djelfa (1167™), et en franchit le faite à quelques kilomètres plus loin, au col des Caravanes (131 Om).
- Djelfa est un centre européen. 11 a eu pour origine un bordj ou poste militaire, créé, en 1832, au nœud des routes de Laghouat, d’Aflou, de Bou Saàda. On y a construit une maison de commandement pour l’aga de la grande tribu des Oulad
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- Nayl, qui campent dans ces montagnes, et dont les migrations s’étendent jusqu’aux limites du Touat.
- Autour de Djelfa sont de grandes forêts d’une superficie de 156,000 hectares.
- De Djelfa à Lagliouat, la route, après avoir franchi le col des Caravanes, descend dans un pays plutôt accidenté que montagneux. Elle est jalonnée par les caravansérails de l’oued Sed-deur, de Ksar Timckmeret, de Ivsar Zeira, d’Aïn el-lbel, de Sidi Maklouf, de Metlili.
- De Djelfa, ou mieux du Rocher-dc-Sel, on peut aller à Lagliouat par Zcnina, en contournant au nord les massifs du djebel Senalba et du djebel Sera.
- De Zcnina, on peut suivre deux directions. La première, à l’est, conduit à la daya Tademit et rejoint la route près de Sidi Maklouf. Le seuil de partage entre les deux versants est peu élevé, aussi a-t-on émis le projet d’y faire passer le chemin de fer destiné à relier Lagliouat au Tell. La ligne serait tracée sur les Hauts-Plateaux par la vallée du Chélif, Taguin, et Zenina.
- Le deuxième chemin conduit directement au sud, soit en traversant le djebel Lazercg, soit en descendant la vallée qui aboutit à Tadjemout.
- Les nombreux chemins qui se croisent à Zenina donnent une certaine importance à cette position.
- Lagliouat1 est à la limite même du grand désert, à 460 kil. d’Alger, à 741 mètres d’altitude, entourée d’une oasis d’une superficie de 200 hectares environ, avec 30,000 palmiers; à côté de la ville arabe est un quartier européen agréablement construit.
- Lagliouat avait été visité pour la première fois par les colonnes du général Marcy-Monge en 1847; mais ce fut en 1832 seulement que le général Pélissier s’en empara, après une résistance acharnée. C’est aujourd’hui une véritable place de guerre, entourée d’une vaste enceinte crénelée, avec les
- Latitude nord =33° 48'; longitude ouest = 0° 32'.
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- deux forts Morand et Bouscarin. construits sur des rochers, et qui ont des vues étendues. Outre la garnison, on y entretient une forte colonne mobile et des magasins importants. C’est la place de ravitaillement et la base principale des entreprises que l’on pourra tenter pour pénétrer dans le Sud; c’est le poste le plus avancé de la civilisation moderne sur les confins de la barbarie africaine, le poste de liaison entre le Sud-Ora-nais et le Sud de Constantine, le point de divergence des routes qui conduisent vers l’ouest chez les Oulad Sidi Cheikh ; vers le sud, au Mzab et àOuargla; vers l’est, dans les Ziban et à Biskra. Le climat y est excessif; la température varie dans une année de — 7° à 45°.
- Laghouat est au milieu d’une région désolée, bien appelée le désert d’érosion. Les rochers qui émergent de la mer saharienne ne sont que les débris des terres effondrées. En observant leurs assises fichées verticalement dans le sable, on a le sentiment d’une effroyable destruction. Leurs ruines ressemblent à des épaves pétrifiées de vaisseaux gigantesques, brisés par quelque tempête formidable ; depuis des siècles et des siècles, nulle verdure n’est venue couvrir ces ruines; elles resteront éternellement stériles, avec leurs murs rougeâtres qui percent leur linceul de sable, sans cesse battues par des vents brûlants et calcinées par un soleil de feu. Cependant, au centre même de ces roches effondrées, dans les fonds où les terres argileuses retiennent un peu d’eau, on trouve quelques plantes et même quelques cultures ; des fermes et de petits ksour s’abritent dans les cuvettes du Milocli et d’cl-Haouita.
- La ceinture de rochers qui ferme ces cuvettes, présente un aspect très pittoresque ; ce sont des murailles énormes renversées les unes sur les autres, et dont les brisures offrent au-dessus de la plaine le plus bizarre profil. Le Gucrn Ilaouita (petit enclos) s’élève à 1183 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec un relief absolu de 140 mètres.
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- 1» LE SAHEL ET LA MÉTIDJA.
- Depuis l’embouchure de l’oued Nador qui limite à l’est le Dahra, près du petit port de Tipaza, jusqu’à l’embouchure de Tisser qui limite à l’ouest la lvabylie, la côte ne présente qu’une profonde échancrure, entre la pointe Pescade et le cap Matifou. C’est l’admirable baie d’Alger.
- Alger (el-Djczaïr, les îles) est une des plus belles stations maritimes du bassin de la Méditerranée. Le panorama qu’offre sa rade serait comparable à celui du golfe de Naples si un Vésuve la dominait.
- Les terrasses étagées des blanches maisons de la ville arabe, qui se serrent autour de l’ancienne kasba, dominent le quartier européen, dont les lourdes constructions à étages symétriques contrastent d’ailleurs fâcheusement avec le paysage semi-oriental qui les encadre. Des collines boisées, parsemées de villas et de jardins de plaisance, dessinent autour de la ville une charmante guirlande clc verdure. Un ciel presque toujours pur, la mer du bleu intense des bassins méditerranéens, un climat d’une extrême douceur sous lequel o'n ignore les rigueurs de l’hiver, et dont les chaleurs des trois mois d’été sont toujours tempérées par la brise marine, tout cet ensemble contribue à faire de la ville d’Alger un des lieux les plus favorisés du globe. Aussi s’accroît-elle avec une merveilleuse rapidité depuis que l’occupation française en a permis le séjour aux familles riches de l’Europe. Sa population est aujourd’hui de plus de 70,000 habitants.
- Son port, insuffisamment abrité contre les vents
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- dangereux du nord-ouest par les collines du Sahel et complètement ouvert au nord et à l’est, est cependant devenu d’une tenue très sûre, grâce aux travaux de protection qui ont été entrepris; mais, comme celui de Marseille, qui lui est symétrique sur le rivage nord de la Méditerranée, il serait absolument exposé aux insultes d’une Hotte ennemie. Des fortifications du côté de terre défendent la ville contre toute agression arabe, mais seraient sans valeur contre une attaque d’une armée européenne.
- A l’ouest d’Alger, entre l’embouchure de l’oued Nador et celle de l’oued Mazafran, la côte est bordée par un mince bourrelet de collines de 200 à 300 mètres d’altitude que l’on appelle le Sahel de Koléa.
- Koléa est une agréable petite ville devenue française, à mi-côte sur le versant sud des collines dominant la plaine.
- Le Sahel est bien cultivé et bordé de nombreux villages de colons. Sur sa crête, au-dessus de Montebello, se dresse un antique monument, improprement appelé Koub er-Roumia', le tombeau de la chrétienne.
- Le Sahel d’Alger est plus accidenté que le Sahel de Koléa ; il est très cultivé et percé de nombreux chemins. Près d’un promontoire à l’ouest, est la rade de Sidi Ferruch, où débarqua, le 14 juin 1830, l’armée qui commença la conquête d’Alger, et, à quelques kilomètres à l’est, Staoueli, où fut livrée, le 19 juin, une première grande bataille. Un'deuxième combat, le 24 juin, ouvrit définitivement la route d’Alger.
- 1 C’est un édifice rond, de 30 mètres de hauteur, s’élevant sur un soubassement carré de 63 mètres de côté. Les fouilles pratiquées en 1866 ont fait reconnaître des couloirs et de grandes chambres funéraires que l’on croit avoir servi de sépulture au roi Juba II et à la reine Cléopâtre Séléné. Le monument aurait été achevé en l’an 20 de l’ère chrétienne. Comparez avec le Medracen de la province de Constanline (Piesse, Itinéraire de l'Algérie.)
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- Dans la baie d’Alger, finissent l'oued el-IIarrach et l’oued eMiamiz. A l’est, jusqu’à l’oued Isser, la côte est basse.
- Entre le cap Matifou et le cap Djinet, qui est la première avancée de la Kabylie, tombent dans la mer : l’oued Boudouaou ou oued Khadra, que l’on considère parfois comme la limite de la Mélidja, et l’oued Isser, qui est le fosse occidental de la Kabylie.
- Le promontoire du cap Bengut, qui abrite le petit port de Dellvs, est couvert de jardins et de fort belles cultures. Ce caractère est commun à toute la côte de la Kabylie, qui est malheureusement dépourvue de bons abris et se prolonge régulièrement à l’est jusqu’au cap Sigli, puis au sud-est jusqu’au cap Carbon, sans présenter d’anfractuosités capables d’abriter convenablement même des caboteurs.
- Le cap Corbelin. qui est le point le plus saillant au nord, ofire seulement un assez bon mouillage. C’est là que les barques venaient autrefois chercher le charbon qu’elles transportaient à Alger.
- A l’est du cap Corbelin, on a créé un village à Zeffoun.
- Entre le cap Sigli et le cap Carbon, se voit l’ile Pisan, rocher de 50 mètres de haut sur 500 mètres environ de long.
- Le cap Carbon termine le massif du Gouraya, au pied duquel est creusée la belle rade de Bougie, première ville de la province de Constantine.
- La Alétidja.
- La Métidja est un bassin lacustre, ou mieux un profond golfe ouvert au nord-est et que les sédiments ont comblé. En superbe amphithéâtre de montagnes en forme la ceinture : le Chenoua (900m) et les Zaccar (1580m), à l’ouest ; le Mouzaïa (1600m), les monts des Béni Sala (-I640m) et des Béni Mouça (1200 à 1300m), au sud; les montagnes de la Kabylie, à l’est.
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- r La plaine est limitée, à 60 kilomètres environ à l’est d’Alger, par les premières avant-chaînes de la Kabylie. Elle est traversée, de l’ouest à l’est, par la ligne ferrée, dont les stations marquent les principaux centres de population et les villages de colonisation : Bon Medfa, l’Oucd-Djer, Affroun, Bon Roumi, Mouzaïa, Cliilïa, Blida, Joinville, Montpensicr, Béni Mered, Boufarik, Douera, Maison-Carrée (bifurcation de la ligne d’Oran et de celle de Constantine), Rouiba, Regliaïa, Béni Aïcha ou Ménervillc. Toute cette plaine est superbe de culture.
- La chaîne littorale est bordée de villages et de fermes florissantes : Boufarik, Douera, sont à citer parmi les centres les plus importants.
- Les eaux des rivières qui traversent la plaine, du sud au nord, sont aménagées par des barrages.
- L’oued Nador, passe à Marcngo.
- L’oued Djer, dont les branches principales descendent du versant nord des montagnes de Miliana, fournit des eaux aux belles cultures de Vcsoul Benian, d’Oued-Djcr, d’Affroun, et longe le versant sud des collines du Sahel, au pied desquelles il reçoit (r. d.) l’oued Bou Roumi, qui passe au village de même nom et qui prend ses sources près de Médéa. L’oued Djer se réunit à la Cliiffa.
- La Chiffa descend des montagnes de Médéa, parcourt les gorges profondes et pittoresques de Mouzaïa, où elle roule torrentueusement ses eaux,entre le Mouzaïa et les monts des Béni Sala; elle débouche en plaine au village de la Chiffa et cause parfois des inondations terribles. Réunie à l’oued Djer, elle prend le nom de Mazafran et perce les collines du Sahel pour se rendre à la mer.
- L’oued el-Hairach est formé par les eaux qui descendent d’un massif peu étendu, mais très tourmenté, que l’on peut désigner sous le nom de monts des Béni Mouça, leur tribu principale, et que circonscrivent les routes de Blida à Médéa
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- à l’ouest, d’Alger à Aumale à l’est, la vallée do l’oued Melah, tributaire de l’oued Isscr, au sud. L’IIarrach passe à Rovigo; son affluent de droite, l’oued Djemad, passe à l’Arba, à Sidi Mouça, et à la Maison-Carrée.
- Dans la vallée de l’oued el-Hamiz sont les villages de Fon-douk, d’IIamcdi, etc.
- Plus à l’ouest, l’oued Boudouaou (oued Khadra) qui descend du djebel Bou Zegsa, traverse, au village de l’Alma, la route fie Conslanlinc et marque la limite orientale de la Mélidja. Le village de l’Alma, à 35 kil. d’Alger, a été illustré par des combats en 1839 et en 1871. A cette dernière époque, c’est là que l’on arrêta les bandes de Kabyles, qui, après avoir saccagé les villages environnants, notamment Saint-Pierre et Saint-Paul, cherchaient à faire irruption dans la plaine.
- 2° OUARSENIS ET DAHRA.
- Ouar§enis.
- La vallée du Cliclif depuis Boghar jusqu’au confluent de l’oued Mina, la Mina elle-même, et le Nahr el-Ouassel affluent du Chélif, dessinent un vaste rectangle très allongé et enveloppent un grand massif montagneux auquel on peut donner le nom de l’Ouarsenis, qui est son pic culminant (1935m), et qui en occupe à peu près le centre.
- Cette montagne se profile au-dessus des chaînes voisines et domine majestueusement les plateaux du Sud. Les Arabes l’appellent VOEU du monde.
- L’ensemble des chaînes présente l’orientation ordinaire des rides du nord de l’Afrique ; mais les brisures n’ont pas la régularité de parallélisme remarquée plus à l’ouest. Au contraire, en étudiant la disposition des escarpes, on reconnaît que les unes se présentent face au sud; les autres, très fortement accentuées aussi, face à l’est.
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- Ouarsenis.
- (Vu du nord du village d’Oued-Fodda.)
- Pour se rendre compte de celte disposition, on peut supposer que les terrains ont subi deux plissements : l’un, ayant produit des rides dans le sens ordinaire du nord de l’Afrique ; l’autre, dans le sens nord-sud ; ou encore que les fractures ont eu lieu par un double mouvement de voussoirs, l’un ayant relevé les escarpes au sud, le deuxième les ayant relevées à l’est, de sorte que les points culminants se trouvent à l’angle formé par ces deux directions. Posterieurement, l’action des eaux est venue accentuer ces escarpes.
- Il en résulte ainsi d’abord une crête brisée avec des éléments disposés en crémaillères, des escarpes rapides au sud, des sommets élevés : Ouarsenis (1985m), Ras el-Praril (1787ra), Amrouna (1504m), Achaoun (1804m), etc., à l’angle des brisures et séparés les uns des autres par de profondes coupures; en second lieu, des arêtes, à peu près perpendiculaires aux crêtes, ce que l’on appelle vulgairement des contreforts, présentant des escarpes à l’est, formant la bordure des vallées tributaires du Chélif, et dont les directions parallèles sont à peu près orientées au nord 1/4 ouest.
- Les plus importants de ces contreforts sont : celui qui se détache de l’Ouarsenis dans la direction d’Orléansville, et celui qui se détache de l’Amrouna et forme le défilé de Du-perré. On l’appelle en cet endroit el-Khadra (la verte), du nom d’une ville arabe disparue, construite elle-même sur l’empla-
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- cernent de l’Oppidum novum des Romains, dont on voit encore les ruines.
- L'arête principale du massif de l’Ouarsenis est jalonnée par le djebel Sidi Uaoud (1016m), l’Ouarsenis (198om), le Ras el-Prarit (1787m), l’Achaoun (1804m), le djebel Taguensa (1731m), le signal de Boghar (1-44lm). Ce dernier groupe marque l’extrémité orientale de ce soulèvement : le Cliélif et son affluent l’üum Djelil qui descend de l’Achaoun au sud, dessinent une grande circonférence qui eu limite la base. Les contreforts s’en épanouissenL en éventail et sont creusés par des ravins qui rayonnent vers ces deux rivières. Entre l’oued Oum Djelil (r. d.) et le Cliélif se détache une arête étroite, le djebel Gou-rin (9I8m).
- Le Nalir el-Ouasscl creuse au contraire un long sillon longitudinal qui limite tout le massif au sud et le sépare des Plateaux du Sersou.
- Vues du nord, ces montagnes semblent s’étager en longues chaînes superposées les unes aux autres ; vues du sud, elles paraissent dessiner une muraille continue, mais les crêtes sont au contraire séparées par 'de profondes entailles. Les passages sont partout nombreux; le principal est celui de Teniet el-Uaad, rendu praticable aux voitures.
- Les pentes sont, en général, nues, dépouillées, avec des roches effondrées. Le versant septentrional est cependant en partie boisé et les eaux y abondent.
- Teniet el-Haad (col du marché du dimanche) (ait. HOO™), est une petite ville de 1100 habitants, avec un bordj qui commande ce passage stratégique, centre d’un marché très fréquenté, au milieu de montagnes d’un accès relativement facile, aux pentes gazonnées très favorables à l’élevage des troupeaux ; entourée de terres propres à la culture des céréales.
- A4 Kilomètres à l’ouest, commence la Forêt de Cèdres, arbres magnifiques dont quelques-uns atteignent des dimensions remarquables, très clair-semés malheureusement, derniers restes des anciennes richesses forestières de ces montagnes. Ils ne poussent qu’à une altitude supérieure à 1200 mètres. On
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- trouve cependant encore des ressources en pins d’Alep, chênes-lièges, oliviers sauvages, pistachiers, etc., que l’on protège par des règlements sévères contre les dégâts de la pâture, mais qu’on ne peut toujours mettre à l’abri des désastres causés par des incendies, la plupart dus à la malveillance arabe.
- Une route conduit à l’est vers Boghar en passant par les ruines de Taza (30 ldi.), ancien oppidum romain ; Abd cl-Kader y avait établi une de ses places de sûreté qu’il lit détruire lui-même, en 1841, à l’approche du général Baraguey-d’llilliers.
- Les eaux de l’Ouarscnis s’écoulent, pour la plupart, au nord, dans de longues coupures perpendiculaires qui les conduisent dans la vallée inférieure du Chélif.
- Le Chélif, après avoir contourné à l’est le massif de l’Ouar-senis, coule jusqu’à la mer dans la direction de l’ouest, dans une belle vallée cultivée et assez bien arrosée, grâce aux neiges de l’hiver qui couvrent les montagnes de l’Ouarscnis et dont les eaux sont retenues par des barrages à leur sortie des gorges. Un assez grand nombre de villages de colonisation, la plupart florissants, onL été créés dans cette vallée et jalonnent la roule et le chemin de fer d’Alger à Oran.
- Ce sont : Ain Sultan; Affrevillc (1000 liab.) au pied de Miliana, point de départ de la route de Teniet ; Lavarande, Duperré, dans un fond autrefois malsain que la persévérance des colons a admirablement transformé ; Oued-Rouina ; Saint-Cyprien des Attaf ; les Attaf; Oued-Fodda ; le Barrage ; Ponteba;
- Orléansville, fondé en 1843 sur l’emplacement d’el-Esnam (les idoles) (Caslelluvi Tingitei), pour servir de base de ravitaillement aux colonnes opérant dans l’Ouarsenis, à moitié chemin d’Alger et d’Oran, 2,200 habitants. Le climat est très chaud parce que les vents de la mer sont arrêtés par les montagnes. Les plantations et les cultures l’ont adouci depuis quelques années, et la moyenne estivale^est descendue de quelques degrés1.
- 1 Minimum : 3°, janvier; — Maximum : 49°, août; — Moyenne de juillet et août : 33°; — Moyenne annuelle : 20°,6. — C’est le point le plus chaud du Tell.
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- Viennent ensuite : Malakoft (oued Sly), Merdja, Inkermann (oued Riou), Saint-Aimé.
- La vallée s’élargit alors dans une vaste plaine appelée
- Plaine du Chélif.
- Le Chélif tombe dans la mer au sud du cap Ivi.
- La vallée du Nahr el-Ouassel, qui limite les montagnes au sud, devait être également très fertile à l'époque romaine, si l’on en juge par les nombreuses ruines dont elle est couverte. Actuellement elle est desséchée; les eaux n’y sont plus courantes et ne se trouvent ordinairement que dans des trous de distance en distahce. Elle est bordée au sud par les escarpements des Plateaux du Sersou.
- Les principaux affluents de gauche du Chélif descendent du massif de l’Ouarsenis.
- L’oued Deurdeur reçoit ses premières eaux du djebel Achaoun (1804™) et du massif de Tcnict el-IIaad, dont le sommet principal est le Ras el-Prarit (/1787™).
- L’oued Massin est remonté par la route de Teniet.
- L’oued Rouina descend également du Ras el-Prarit.
- L’oued Fodda, qui s’appelle plus haut l’oued Larba, passe au pied de l’Ouarsenis, mais il reçoit ses premières eaux de la crête qui borde le Nahr el-Ouassel beaucoup plus au sud.
- L’oued Sly descend du groupe de l’Ouarsenis sous le nom d’oued Ardjcm.
- L’oued Riou, l’oued Djidjouia, et la Mina, dont il a déjà été parlé, coulent dans la province d’Oran.
- Pris dans son ensemble, le massif de l’Ouarsenis est une sorte de vaste place d’armes. Abd el-Kader en avait fait sa forteresse principale, avec des places à Boghar, à Taza, à Tag-demt, à Miliana. Actuellement, Teniet en est le réduit central ; Tiaret à l’ouest, Boghar à l’est, Ammi Moussa et Orléansville au nord, en sont les poternes. Les principales tribus sont les Flissa, entre Relizane et Tiaret, très remuants ; les Béni Ouragh dans le cercle d’Ammi Moussa; les Béni Zougz^oug et les Djen-
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- del à l’est. Ces populations sont de' race berbère. Une partie s’est insurgée en 1864, mais les Béni Zougzoug et les Djendcl restèrent dans l’obéissance et leurs goums nous servirent fidèlement. Ces villages de colonisation de cette région ont eu alors beaucoup à souffrir et plusieurs onL été pillés.
- Les Plateaux du Sersou, compris entre le Nalir cl-Ouassel et l’oued Belbela, ont une largeur d’environ 20 kilomètres.
- Dans la partie orientale, la vallée du Nalir el-Ouasscl est fertile, mais les coteaux et le plateau sont arides et sans végétation. Ces plateaux sont soutenus au nord par des escarpes de 50 à 100 mètres. Le point le plus bas est à 685 mètres et le plus élevé à 1000 mètres environ.
- La partie occidentale au delà d’Aïn Timcllaket est cultivée en céréales ; de nombreuses ruines romaines et des monuments mégalithiques attestent son ancienne fécondité. A l’est et au centre, il n’y a qu’une herbe maigre et de l’alfa, et aucune habitation.
- Au sud du Sersou, s’étend la plaine de Sousselem et de l’Ourenk. L’oued Sousselem, qui coule de l’ouest à l’est, se perd dans les terres. Au delà, les massifs de Goudjila et de Chellala sont les dernières rides de la bordure tellienne des Hauts-Plateaux, ainsi jalonnée depuis Frcnda : djebel llarbouz, djebel ben Louai, massif de Goudjila, dont le point culminant est au Ras Forlass (i530m); elle présente vers le nord des escarpes inaccessibles.
- Le massif de Goudjila est formé de trois rides parallèles, dont le relief est de 400 à 500 mètres ; celle du centre est la plus élevée; elles versent la majeure partie de leurs eaux dans l’oued Ourenk.
- Le massif de Chellala, dont la direction d’ensemble est parallèle au précédent (point culminant 1330m), est formé de plateaux ou gada. Chellala est occupé par un poste qui, de même que celui d’Üussekr, doit surveiller les tribus des Ilarar.
- Cette ride est coupée par le Cliélif entre le djebel Daoura (rive gauche) et le djebel Noukra (rive droite).
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- Le fîahra.
- Entre le Chélif inférieur et la mer se trouve une zone très montagneuse qui s’étend depuis Miliana, à l’est, jusqu’à l'embouchure du Chélif, à l’ouest; on l’appelle le Dahra.
- Les Européens ont l’habitude de donner ce nom de Dahra, exclusivement à la portion occidentale, à l’ouest de l’oued Kramis, mais la signification exacte du mot arabe étant « le nord1 », il n'y aurait aucune raison d’en restreindre ainsi l'application.
- Dans son ensemble, le Dahra forme une longue chaîne dont les altitudes les plus grandes se trouvent à l’est, où des sommets comme les deux Zaccar (1580m, 1527m), le Bou Rlad (1417m), se pyramident au-dessus de la plaine de la Métidja, présentant ainsi, du côte de l’est et au sud, des escarpes considérables, tandis que l'arête, s’abaissant graduellement vers l’ouest, n’olïre plus au-dessus du Chélif, à son extrémité occidentale, que des berges de 500 à 600 mètres.
- « Vues des plaines du Chélif, les montagnes du Dahra se dressent comme une énorme digue d’aspect uniforme dans laquelle on ne distingue ni sommet, ni brèches » ; en réalité, il y a plusieurs crêtes parallèles les unes derrière les autres, dans la direction ordinaire du nord de l’Afrique. Par suite des dislocations subies par les terrains, leurs arêtes présentent leurs escarpes tantôt au sud, tantôt au nord. Riais, comme dans l’Ouarsenis, on trouve un système de fractures très fréquentes face à l’est, bordant les vallées des cours d’eau côtiers ou affluents du Chélif.
- Vu du nord, l’aspect du Dahra est plus varié. L’horizon n’est pas fermé, comme du côté du Chélif, par une digue mas-
- 1 Les étymologistes, tout en donnant au mot dahra ou dliahra la signification de nord, en trouvent la racine dans dhohor (dos).— Général Parmentier, Vocabulaire; Capitaine Bourdon, Le Dahra.
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- sive ; il se compose de plusieurs plans successifs de hauteurs. Ce sont d’abord de hautes falaises, puis des plaines étagées, puis de hautes collines arrondies au sommet, déchiquetées sur leurs flancs par les érosions. Presque partout, et particulièrement dans le Dalira proprement dit, c’est-à-dire à l’ouest, se trouvent des terres cultivables, une végétation vigoureuse, des maisons arabes, et des villages de colonisation de récente création ollrant des espérances de prospérité.
- La côte du Dalira est peu accidentée ; elle offre peu d'abris. Les petits ports de Tenès et de Chcrchel ont seuls quelque importance. Ce sont les points de départ des routes qui relient la côte à la vallée du Chélif.
- Tenès (2,500 liab. environ) a été fondé en 1842 sur l’emplacement de l’ancienne Cartenna, pour servir de port à Urléansville, dont la création était simultanée, et pour assurer la domination du Dalira. On y a créé un port de refuge.
- Cherchel (3,000 habitants environ), créé en 1840, sur remplacement de la grande cité romaine de Cèsarea, dont on trouve des ruines très intéressantes, n’a pourtant qu’un petit bassin fort restreint. La fertilité de son terroir était célèbre dans l’antiquité. Les j'ermes modernes, enrichies par la culture de la vigne, sont en pleine prospérité.
- Des routes de Chcrchel à Duperré, de Chcrchel à Miliana, de Tenès à Orléansville ont été construites dans le but de faciliter la marche des troupes. Une autre route militaire (route Lapasset) conduit de même du cap Ivi par Oullis, Cas-saigne, Renault, à lnkermann. Elle suit les crêtes et traverse le territoire des Oulad Riah, dans lequel se trouvent les grottes où, en 18-45, périrent enfumés des centaines de malheureux qui s’v étaient réfugiés et refusaient de se rendre.
- La crête culminante du Dahra se trouve plus près du Chélif que de la côte ; aussi les vallées du versant sud sont-elles, en général plus courtes, plus déchirées et plus rapides. La plus notable est celle de l’oued Ouaran, que remonte la route d'Or-léansville à Tenès.
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- Les principaux cours d’eau côtiers du versant nord, sont : l’oued Kadous ou Kramis, qui limite à l’est le Dahra proprement dit ;
- l’oued Hallala, qui finit à Tenès ;
- l’oued Damous, sources au djebel Sidi Aïssa (614m);
- l’oued Sebt, sources au djebel Lari (1055™) ;
- l’oued el-Hachem, sources au Bou Mad (1417™), passe à Zurich, finit à l’est de Chcrchcl ;
- l’oued Nador, qui limite à l’est le massif du Chcnoua (900m), et finit près de Tipaza.
- Le Dahra est habité par des populations kabyles, dont la soumission, toujours précaire, a coûté de sérieux efforts. Nous avons déjà cité les Oulad Riah, à l’ouest. A l’est, dans les montagnes difficiles du Bou Mad, sont les Béni Menacer ; leur insurrection, en 1871, eut une certaine gravité et compromit les villages des colons voisins, dont plusieurs furent attaqués et pillés, entre autres Vesoul-Benian, centre florissant créé par des Francs-Comtois, à l’est et au pied de Miliana.
- Miliana est une sous-préfecture de 3,000 habitants, adossée au Zaccar (1580ra), à 740 mètres d’altitude; elle commande à la fois le chemin de fer et la route d’Alger à Oran, l’entrée de la vallée du Chélif, et celle de la Métidja. C’est le point d’appui des troupes qui ont à opérer au nord, dans le Dahra oriental, ou au sud, dans l’Ouarscnis. Elle fut occupée en juin 1840.
- 3° LE TITERI.
- Entre le Chélif qui limite à l’est les montagnes de l’Ouarsc-nis, et Tisser inférieur qui contourne la Kabylic à l’ouest, la zone montagneuse du Tell d’Alger est formée de deux plis considérables séparés par une longue vallée qui s’élargit parfois en une plaine mamelonnée.
- Dans cette vallée, est creusé, à l’ouest, le lit d’un petit affluent du Chélif, l’oued el-IIaad, et à Test celui de l’oued Melah,
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- qui est une des branches principales de Tisser. Cette vallée est orientée dans le sens ordinaire des plissements du nord de l’Afrique. Au point de partage des eaux est le village de Bcr-rouaghia, dont nous avons déjà fait ressortir l’importance. Cette position commande également l’entrée de la longue plaine des Béni Sliman, qui se prolonge à Test par la plaine des Arib et par la vallée de l’oued Sahel.
- Nous donnerons à l’ensemble des montagnes au nord et au sud de la vallée de Berrouaghia, le nom de monts du Titeri, du nom de l’ancien beylick, dont Médéa était le chef-lieu. Ce nom que l’historien arabe Ibn-Khaldoun donne au kef Lakhdar, situé à moitié distance de Boghar et d’Aumale, n’est plus guère usité; mais il nous a paru d’autant préférable au point de vue synthétique, qu’entre les termes locaux le chqix est singulièrement embarrassant.
- L’escarpe nord de ce massif est formée par le Gontas, le Mouzaïa, les monts des Béni Sala et. des Béni Mouça, le djebel Zima, belles chaînes boisées qui, comme nous l’avons dit, surplombent la Mélidja.
- Les crêtes du pli méridional des monts du Titeri ne sont pas moins notables; ce sont, de l’ouest à l’est : le djebel Tangré-guet (le kef Lakhdar (i4<34m), et le massif du Dira au sud d’Aumale (18lOm).
- La colonisation européenne a fort peu pénétré dans ce pays. Il n’est encore traversé que par un petit nombre de routes : à l’ouest, celle de Blida à Boghar, à Test, celle d’Alger à Aumale.
- Nous avons déjà parlé de la première de ces routes. Celle d’Aumale est jalonnée par Arba, dernier village de la Métidja; Sakamodi, au point culminant de la route (1000m) (c’est le symétrique de Beu Chikao, sur la route de Boghar) ; Tablai, ancien poste romain, village de colonisation (450m).
- On traverse ensuite la plaine des Arib, très bonnes terres, mais peu cultivées; la route passe par les Frênes, Bir Rabalou, les Trembles, petits villages de colonisation, pour pénétrer dans la cuvette dont Aumale occupe le centre.
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- Aumale a etc construit en 1846, sur l’emplacement de l’antique Auzia des Romains et près d’un ancien fort turc qui commandait cette position importante, à la limite du pays kabyle et du pays arabe, sur la route la plus directe que suivent les Oulad Nayl et les nomades du lïodna pour échanger leurs produits avec ceux du Tell d’Alger. De tout temps, il s’y est tenu un grand marché hebdomadaire. Autrefois chef-lieu d’une subdivision militaire qui comprenait le cercle de Bou Saàda et une grande partie du sud de la division d'Alger, sa population agglomérée est de 1500 habitants environ. La ville est au pied du djebel Dira (1810m), montagne boisée, couverte de massifs de chênes et riche en sources qui entretiennent d’excellents pâturages. .
- D’Aumale, des routes divergent sur les Béni Mansour, sur Msila, sur Bou Saâda, et à l’est sur Berrouaghia.
- De Berrouaghia, qui est une position symétrique d’Aumale, partent également des chemins dans toutes les directions, notamment sur Tablat, par la vallée de l’oued Mclah, et au sud vers le Zahrez Chergui. Ce dernier chemin est un chemin arabe que jalonnent Bordj Aïn Boucif, et Bordj el-Hammam, dans la chaîne des Seba Rous; il se prolonge sur Djelfa.
- La route de Berrouaghia à Aumale était une section de la grande voie militaire romaine, de rocade, qui conduisait d’Aumale (Auzia) à Iladjar er-Roum (Rubrœ) près de Tlcmcen, par Sour Djouab (Rapidi), où l’on voit des ruines importantes, Berrouaghia (Tirinadi), Duperré (Oppidum novum), Orléans-ville (Cantellum Tingilei), Sidi Ali ben Youb (Albulœ)
- 4“ KABYLIE.
- La Kabylie, c’est-à-dire le pays des Kabyles, comprend tout l’ensemble de la région montagneuse depuis Alger jusqu’à Philippeville : maison a coutume
- Picsse, Itinéraire de l'Algérie.
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- de distinguer la grande Kabylie de la petite Kabylie, en réservant cette dernière dénomination à la région de la rive droite de l’oued Sahel. Nous ne nous occupons ici que de la grande Kabylie, c’est-à-dire du massif de montagnes circonscrit au sud par l’oued Sahel, à l’ouest par l’oued Isser.
- Ces montagnes so décomposent en deux étages : celui du littoral dont le massif de Dellys forme le centre, et la chaîne principale dont les escarpes gigantesques dominent la rive gauche de l’oued Sahel.
- Le centre de celle-ci et de la Kabylie tout entière est le massif du Djurdjura, qu’entoure, comme un chemin de ronde, la route Bordj Bouira — Dra cl-Mizan — Fort-National — Col de Tirourda — Béni Mansour. La cime la plus élevée, Lella Khedidja, atteint 2,308 mètres.
- Des extrémités de la chaîne du Djurdjura sc séparent, vers le nord, deux arêtes ou contreforts qui vont rejoindre la chaîne du littoral, de sorte que l’ensemble dessine une grande ellipse qui est le bassin de l’oued Sebaou. L’oued Isser et l’oued Sahel sont les fossés extérieurs de cette énorme forteresse naturelle.
- L’oued Isser reçoit scs premières eaux de la chaîne du kef Lakhdar et de la portion occidentale de la chaîne du Dira ; celles qui descendent du kef Lakhdar portent le nom d’oued el-Melah.
- Celles qui descendent du djebel Dira sont l’oued Halleba et l’oued Zeroua. Elles sc réunissent et prennent alors le nom d’isser. Près de leur confluent passe la route d’Alger à Aumale, par Tablai.
- L’oued Isser, qui coule d'abord vers l’ouest, sc replie, à angle aigu vers le nord-ouest, pour franchir les montagnes par la gorge de Paleslro.
- Palestro, village d’environ 230 habitants, à -1 kil. de la rivière, a été attaqué par les Kabyles lors de l’insurrection de 1871 et brûlé. La plupart des habitants ont été massacrés après une résistance acharnée. Les ruines ont été réparées.
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- Entre Palestro, Béni Amram, et Souk el-Haad, villages de colonisation créés en 1872, l’Isser coule entre des murs de rochers, dans des gorges superbes qui rappellent celles de la Chiffa. De chaque côté de sa vallée, qui s’élargit en certains endroits et offre des terrains fort riches, des villages kabyles, bâtis en pierre et entourés do jardins, s’accrochent aux crêtes des montagnes.
- Le col des Béni Aïcha, avec le village de Ménerville, passage de la route d’Alger, est à 6 kil. au nord-ouest de Tisser. C’est la poterne occidentale de la Kabylie.
- La vallée inférieure de Tisser est bordée de villages de création récente, au milieu de terres fertiles. Le centre de cette circonscription est Bordj Mcnaïel.
- L’oued Sebaou, la rivière centrale de la Kabylie, parcourt de Test à l’ouest une très large vallée longitudinale qui longe le pied méridional de la chaîne du littoral, puis il se recourbe perpendiculairement, et perce cette chaîne pour se rendre à la mer à quelques kilomètres à l’ouest de Dellys.
- Trois grandes coupures perpendiculaires, dont la plus profonde est creusée par l’oued Aïssi, lui amènent (r. g.) les eaux de la grande chaîne.
- Au centre de son bassin, mais séparé de sa vallée même par un petit massif boisé, Tizi Ouzou, sous-préfecture avec un fort et une ville française de 400 habitants environ, a été bâti en 1858 sur un mamelon qui domine la plaine à grande distance. C’est le chef-lieu administratif de la grande Kabylie. C’était autrefois la limite de la domination romaine. Les Turcs ne l’avaient pas dépassé. La ville fut attaquée par 10,000 Kabyles au début de l’insurrection de 1871, et en partie détruite; on Ta reconstruite depuis. Le bordj résista un mois, jusqu’à l’arrivée d’une colonne de secours.
- Deux autres positions fortifiées dans les montagnes, Dra el-Mizan et Fort-National, maîtrisent la Kabylie.
- Dra el-Mizan est un village de 500 habitants européens, avec un fort. Il a été créé en i 855.
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- Port-National (916m) est une véritable place de guerre construite en 1857, en cinq mois, aussitôt après la conquête de la Kabylic1 sur le plateau de Soukcl-Arba, dans le pays des Béni Raten ; elle a une vaste enceinte bastionnée de 2,200 mètres de développement. Elle est au centre même de la Kabylie, et nous en assure la possession. En 1871, elle fut assiégée et bloquée pendant deux mois, et eut à repousser plusieurs attaques de vive force. Une route de crête terminée jusqu’à Aïn Hammam, centre administratif de la commune mixte du Djur-djura, met Fort-National en relation avec Béni Mansour sur l’oued Sahel en passant par le col de Tirourda.
- La muraille du Djurdjura n’est aisément franchissable que par ce chemin, tracé en corniche sur le flanc de ravins d’une effrayante profondeur et qui, malgré les travaux dont il a été l’objet, présente plusieurs endroits dangereux dans le mauvais temps. Les Kabyles utilisent plusieurs autres passages ; les plus fréquentés sont le col de Chellata, qui descend sur Akbou, et le col d’Akfadou plus au nord.
- La muraille côtière est traversée par la route de Dellys ou du cap Bengut, et par celle de Zeffoun ou du cap Corbelin à Tizi Ouzou.
- Dellys (3,000 habitants environ) ancienne Rusucurus, ville mixte arabe et française, chef-lieu de subdivision, est la place maritime de la Kabylic.
- Fort-National en est la forteresse centrale.
- Aumale et Bougie flanquent les fossés extérieurs ; Aumale à la tête des eaux de l’oued Sahel, Bougie à l’embouchure. Nous avons dit quelle est l’importance stratégique d’Aumale.
- Bougie est dans une situation maritime des plus avantageuses, avec une belle rade, un grand port de refuge naturel, bien abrité, au débouché des riches bassins d’Aumale et de Sélif, exactement au sud de Marseille et de Toulon, et, par conséquent, fort bien placé pour permettre aux flottes fran-
- 1 Voir plus loin le précis historique de la conquête.
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- çaiscs de dominer la Méditerranée entré les Baléares et la Sardaigne. Les Romains y avaient une grande ville, Saldœ : ce fut plus tard la capitale de l’empire berbère. Les Espagnols l’occupèrent pendant un demi-siècle. Un fort sur le Goura va domine la rade à une grande hauteur.
- La route cpii unit Aumale et Bougie suit la vallée de l’oued Sahel ; elle est doublée par un chemin de fcr.
- Pour avoir une idée d’ensemble de la Kabylie, il faut s’élever sur les flancs du Djurdjura, en dépassant Fort-National vers le sud. On voit alors se développer le beau bassin elliptique du Sebaou, ancien lac dont les eaux se sont vidées par les coupures de la chaîne côtière.
- Les énormes torrents d’un autre âge qui descendirent des crêtes du Djurdjura n’ont laissé sur ses sommets que le squelette des rochers, creusant dans leur course des ravins d’une profondeur prodigieuse, séparés les uns des autres par des arêtes si étroites qu’en certains points, elles ressemblent à des chaussées artificielles, à des ponts jetés cl’une rive à l’autre et sur lesquels quatre cavaliers ne pourraient passer de front.
- Les villages kabyles couronnent tous les sommets de ces arêtes. Les préoccupations de la défense et certainement aussi un instinct de race les ont amenés à grouper leurs habitations sur les arêtes. Ils en voient ainsi les deux versants et en utilisent les lambeaux de terre cultivable; mais ils n’ont pas d’eau; aussi leur faut-il aller la chercher dans les ruisseaux à une grande distance, et c’est là le labeur principal et quotidien des femmes.
- Autour des villages sont souvent de beaux jardins, des arbres fruitiers, surtout des oliviers et de nombreux figuiers sur les branches desquels la vigne, qu’on
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- Villages des Béni Yeni.
- (Pays du Fer. — Vallée de l’oued Aïssi.)
- (Vue prise d’Aïn Hammam sur la route du col de Tirourda, au sud de Fort-National.)
- i. Tauurirl Mimoun (lîeni Yeni).
- 3. Ait Lariiaà (Béni Yeni).
- 4. Ait Lalisscn (Béni Yeni), grand village de 4 à 3,000 habitants.
- renommés comme fabricants d’armes et de bijoux.
- laisse croître en toute liberté, étale follement ses guirlandes, et fait mûrir ses grappes magnifiques. Vues à distance, les habitations, avec leurs constructions étagées, leurs toitures de briques rouges, leurs corbeilles de verdure, offrent un aspect pittoresque ; si l’on gravit les sentiers escarpés qui conduisent au village, le charme du tableau s’évanouit et l’on voit que l’incurie kabyle ne le cède en rien à l’incurie arabe. Le Kabyle est cependant laborieux; on est tenté de l’admirer parce qu’il plante des arbres et qu’il cultive la terre ; c’est une sorte de paysan démocrate, jaloux de son bien, un piéton, un travailleur agricole, tandis que l’Arabe, drapé dans son bournous, étendu paresseusement à l’ombre de son gourbis, ou trottinant sur son cheval étique, grave et dédaigneux, nous apparaît comme un grand seigneur ruiné, un aristocrate auquel notre activité fiévreuse semble digne de pitié.
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- Quoi qu’il en soit pourtant de la haute morale de leurs coutumes et de la savante législation de leurs kanouns, objets d’étonnement, dit-on, pour nos modernes administrateurs, les Kabyles nous semblent, comme les Arabes, un peuple, depuis des siècles, immobilisé dans sa vie, ennemi de tout changement comme de tout progrès, qui dissimule sa haine, qui n’est guère susceptible de comprendre les bienfaits que la nouvelle organisation municipale française répand sur le pays sous la forme de routes, de maisons d’école, de gendarmes, de gardes champêtres, etc., et qui, dans tous les cas, n’en conservera nulle reconnaissance.
- La Kabylie est pauvre, parce que la terre cultivable est rare et que la population est très dense i; aussi les hommes émigrent-ils en grand nombre dans les villes, comme émigrent les montagnards des Alpes ou ceux du centre de la France. Beaucoup s’engagent dans les régiments de tirailleurs, attirés par l’appât de la prime qui leur est payée.
- 11 doit exister beaucoup d’argent monnayé dans les villages. Les impôts rentrent avec une grande facilité. Les hommes qui ont émigré rapportent des sommes relativement considérables2.
- Comme les Kabyles sont sédentaires, qu’ils vivent dans des maisons, qu’ils sont des musulmans fort
- 1 La population de la commune de Fort-National est plus dense que celle de beaucoup de nos départements : 26,000 habitants sur 20,000 hectares.
- Chez les Béni Ralen : 21,000 habitants sur 9,000 hectares.
- Dans la commune du Djurdjura : 60,000 habitants répartis en 113 villages, sur 47,000 hectares dont 22,000 seulement sont cultivables.
- 2 De janvier à août 1883, le bureau de poste de la commune du Djurdjura a payé 64,000 francs de mandats aux Kabyles de sa circonscription.
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- tiècles, et que leur scepticisme religieux se rapproche du nôtre, on est assez disposé à en conclure à une certaine aptitude d’assimilation. Cette opinion s’était déjà très répandue avant l’insurrection de 1871 ; elle perdit alors la plupart de ses partisans, mais elle en a recruté de nouveaux qui semblent avoir ignoré ou avoir oublié l’acharnement sauvage, les barbaries, les cruautés dont les insurgés donnèrent alors l’affligeant spectacle. Tous les villages européens furent pillés et ravagés, tous les bordjs furent attaqués et bloqués. Quelques-uns subirent des investissements de deux mois, eurent à repousser d’énergiques tentatives de vive force et à se défendre contre les approches faites à la mine ; mais tous purent heureusement tenir assez longtemps pour permettre aux colonnes de secours de les dégager.
- Le pays a été durement châtié, de lourdes contributions de guerre ont été imposées aux populations, une partie des terres mises sous le séquestre et affectées à des villages de colonisation. On peut espérer que la leçon a été assez rude pour détourner les Kabyles de nouveaux soulèvements, au moins pendant quelques années; mais ces gens sont crédules et rien n’assure qu’ils ne se laisseraient pas aller encore aux excitations d’agitateurs qui leur représenteraient la France comme impuissante ou paralysée par une guerre européenne.
- Cependant les routes stratégiques que l’on ouvre, les chemins muletiers qu'on améliore, rendent de plus en plus difficile l’insurrection dans les montagnes; lorsque les batteries pourront circuler au trot de leurs attelages des Béni Mansour à Fort-National comme elles vont déjà de Fort-National à Tizi Ouzou, il n’y
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- aura plus uu \ill.agc du Djurdjura que nos canons ne puissent démolir en quelques instants, et les soldats qui auront à châtier les insurrections de l’avenir resteront incrédules lorsqu’on leur dira que leurs devanciers ont traverse ces précipices, gravi ces rochers où aucune sente n'était tracée, qu’armés d'un fusil à peine supérieur comme portée à celui de l’ennemi, ils ont emporté d’assaut scs villages et l’ont délogé de ses nids d’aigle.
- Il n’y a point de juifs en Kabvlie, mais il y a des Arabes. Ce sont, en général, des marabouts descendant de ceux qui ont, il y a 350 ans environ, introduit l’islamisme dans le pays. Ils habitent des villages à part ou des quartiers séparés dans les villages. Ils reçoivent certaine rémunération comme salaire plutôt que comme tribut religieux; ils n’ont qu’une influence restreinte, mais ils sont néanmoins écoutés et peuvent être considérés comme des agents dangereux de propagande.
- 5“ LES HAUTS-PLATEAUX.
- Les monts des Oulad Majl et du Zab.
- Nous avons déjà dit quelle était la physionomie d’ensemble des plateaux de la province d’Alger. Toutefois, à l’est du Chélif, leurs limites nord et sud ne paraissent pas aussi nettement tracées que dans les parties occidentales.
- Une longue arête présentant des escarpes au nord, que nous avons appelée la chaîne des Oukaït et des Seba Rous, les partage de l’ouest à l’est: Oukaït Gharbi (H93m), Oukaït Chergui (1188m), et sépare le bassin particulier des Zahrez au sud, du versant de la daya Dakla au nord. Une partie des eaux qu’ils reçoivent s’écoulent, en outre, vers le creux du Ilodna. Les
- t)
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- directions dans lesquelles on les Iraverse le plus ordinairement sont celles déjà indiquées : de la roule de Boghar à Djelfa, par les caravansérails ; de Berrouaghia à Djell'a, par Bordj Aïn Bouc-if, Bordj el-Hammam ; cl d’Aumale à Bon Saàda, par Sidi Aïssa, Aïn Adjel, Aïn Kermarn.
- Les Zahrez, à l'altitude de 870 mètres environ, sont des chotts analogues à ceux de la province d’Oran. Ils ont 00 et 40 kil. de long, sur une largeur moyenne de JO à 13 kil.
- Le Zahrez Gharbi reçoit au sud l’oued Iladjia, (|ui descend du djebel Senalba, et l’oued Melah, qui vient de Djella, et dont la vallée est suivie par la route de Laghouat.
- Le Zahrez Chcrgui reçoit au sud l’oued Medjedel, qui donne les points d’eau clés routes de Boghar à Bou Saàda et de Boghar à Aïn Rich.
- Dans la province d’Alger, la chaîne saharienne n’a pas la même puissance (pic dans les deux autres provinces. Elle s’affaisse entre le Djebel-Amour et l’Aurès, bien que certains sommets dépassent encore 1300 mètres.
- Les plissements rappellent les deux directions principales qui se rencontrent en Algérie, c’est-à-dire la direction nord-1/4-cst, dans les arêtes qui profilent les montagnes vers le nord et dans le djebel Bou Ivahil au sud, et la direction ordinaire du nord de l’Afrique, cst-l/4-nord, dans les crêtes qui forment la dorsale et dans celles qui bordent les plaines des Ziban.
- Nous donnons à cette partie de la chaîne saharienne le, nom de monts des Oulad Nayl à l’ouest et de monts du Zab à l’est.
- Monts des Oulad Nayl. — Nous avons choisi ce nom parce que c'est dans ces montagnes que les tribus des Oulad Nayl viennent prendre leurs campements d'été. Cette dénomination s’étend ainsi à la région montagneuse comprise depuis la dépression de la daya Tademil au sud-ouest, jusqu’à Bou Saàda au nord-est ; depuis les berges méridionales
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- du bassin des Zahrez au nord, jusqu’aux berges septentrionales de la vallée saharienne de l’oued Djedi, au sud.
- Dans sa partie la plus étroite, celte région montagneuse a plus de 20 lieues, Elle est constituée par plusieurs rides à peu près parallèles qui comprennent entre elles de longues vallées orientées à l'est-l/4-nord : fonds des Zahrez ; vallée de l’oued Medjedel, tributaire du Zahrez Chergui ; vallées de l’oued Dennel (oued Bou Saàda) et de l’oued Chair, tributaires du lloclna; vallée de l’oued Djedi.
- Une première ride forme la berge même du bassin des Zahrez, c’est celle que la route de Boghar à Djelfa traverse au ltochcr-de-Scl. Elle est jalonnée par le djebel Djerf (1500™) au nord-esl de Zenina et par le Koclicr-dc-Scl (dans cette partie on l’appelle parfois djebel Sahari) ; elle se continue par des escarpes de hauteurs variables et se termine dans le djebel Zemra qui sépare les Zahrez du Ilodna.
- La deuxième ride est jalonnée par la crête boisée du djebel Senalba (1570™) au nord de Tademil, dans le prolongement de la direction du djebel Lazereg, par Djelfa, et par le djebel Baten Deroua, que traverse la route de Boghar à Ain Ricli ; elle se confond avec la précédente au djebel Zemra. Entre ces deux crêtes se creuse la vallée de l’oued Medjedel.
- La troisième ride est très accentuée dans le djebel Sera ('1480™) au sud de Djelfa, le djebel Djelal, les Seba Mokran (I486™), le djebel Sba Chouaia, les massifs du Messad et du djebel Fernan au sud de Bou Saâda, et le djebel Bou Ferdjoun qui fait partie de la ceinture méridionale du Ilodna.
- Entre la deuxième et la troisième ride se creuse la vallée de l'oued Dcrmel.
- La quatrième ride est celle du djebel Bou Kail et des berges de la vallée de l’oued Djedi. Elle se prolonge par les monts du Zab.
- Entre ces deux dernières se creuse la belle vallée de l’oued Chair.
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- Ces croies no sonl point continues ; elles sont, au contraire, brisées en de nombreux tronçons ; dans les coupures qui les séparent, passent les roules suivies par les caravanes des Oulad Nayl, lors de leurs migrations annuelles. Les principales sonl celles de Zonina, par l’oued Tadcmil ; de Djelfa sur Laghoual et de Djelfa sur Messad; du Zalirez Chergui et de Bon Saàda sur Aïn Ricli et l'oued Djedi.
- Djelfa est au point de divergence des ('aux vers les Zalirez, vers le llodna, et vers le Sahara. C’est le centre du commandement des Oulad Nayl et la résidence de leur aga.
- Ces tribus ont, dans cette région, huit villages principaux ou dacheras, qui leur servent de dépôt et qui ont chacun de 100 à 300 habitants. Ce sont : Ksar Charef, à 60 kil. ouest de Djelfa, au pied septentrional du djebel Djerf (DjOO111), sur la route de Zenina; Ilamra, à 44 kil. sud-ouest; Zaccar, à 40 kil. sud, dans un défilé où passe un des chemins les plus fréquentés du Sud, qui conduit par Messad dans l'oued Djedi; Mcdj-bara, à 36 kil. sud-ouest sur un autre chemin qui conduil aussi à Messad. Ces quatre villages sont rangés en demi-cercle autour de Djelfa, sur les routes ordinaires des caravanes. Djelfa est donc leur centre naturel et leur principal marché.
- A plus grande distance : Amoura, sur le versant sud du djebel Bon Kahil; puis, groupés près de la cluse, que la rivière de Tadcmit traverse pour descendre dans la vallée saharienne de l’oued Djedi, les villages de Messad, Demmed, cl-IIania. Messad est le plus peuplé et le plus important.
- C’est là une des grandes portes des caravanes. Les Romains y avaient un poste.
- Dans leurs migrations d’hiver, les Oulad Nayl s’enfoncent très loin dans le Sud, entre les terrains de parcours des Larbaà à l’ouest et ceux des Chambaà à l’est ; ils sont en contact avec les Touareg et les gens du Touat. Le nom de ces nomades est connu dans toute l’Algérie, car ils ont la coutume d’envoyer leurs filles faire métier de galanterie dans les villes. Ce sont ces femmes qui forment le noyau de la population
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- galante de tous les ksour du Sud. Lorsqu’elles ont amassé un pécule suffisant, elles cèdent la place à d’autres, rentrent dans leurs tribus et se marient. Quelques-unes d’entre elles ont du charme et une certaine distinction naturelle. Aussi exercent-elles souvent un très grand ascendant sur les chefs arabes qui font parfois pour elles des prodigalités folles L
- L’oued Tademit, qui est le déversoir de la daya du même nom, traverse la route do Laghoual près de Mocta cl-Oust, (auberge ruinée). C’est un des affluents principaux de l’oued Djcdi auquel il se réunit à 90 kil. environ en aval de La-gliouat.
- Il reçoit (r. g.), par l’oued Seddeur, les eaux du versant méridional du djebel Sera, qui arrosent les plantations des caravansérails de Ksar Seddeur, de Ksar Zeïra, et d’Aïn el-lbel. Près de ce dernier, on avait construit un village arabe, mais les habitants sont, pour la plupart, retournés à la vie nomade.
- Les montagnes de ceinture du bassin de Tademit sont élevées : au nord, le djebel Senalba, 1570m; au sud, le Dra el-Merga, 121um. On y trouve des plateaux aux murailles rocheuses, surmonlées de chapeaux calcaires de formes géométriques, qui ont, de loin, l'apparence de fortifications. Les richesses forestières sont importantes, mais peu exploitées.
- L’oued Tademit change plusieurs fois de nom. Il s’appelle oued Dcmmecl à partir du ksar Demmed, où il franchit la dernière ride de la chaîne saharienne. En amont de ce point, il reçoit (r. g.) plusieurs oueds dont les vallées permettent de remonter dans les montagnes. Les principaux sont l’oued Medj-bara, qui conduit à Djclfa ; l’oued Bel Aroug, qui conduit ù
- 1 Lorsqu’elles ont des enfants, elles gardent ordinairement les il lies et renvoient les garçons à leur tribu. Ou dit qu’Abd el-Kader avait voulu imposer aux Oulad Nayl de renoncer à cette coutume. Ils obéirent, mai's, l’année suivante, une grande sécheresse ayant décimé leurs troupeaux, ils considérèrent ce fléau comme une punition du ciel et revinrent à leurs anciennes moeurs.
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- Aïn Riclr, l’oued Bouira, qui amène les eaux des versants nord du djebel Bon Kahil.
- Deux longues.vallées, dont les tètes sont dans les environs de Djelfa, creusent le massif des Oulad Nayl, dans l’orientation ordinaire du nord de l’Afrique. L’une et l’autre sont tributaires du llodna :
- La première est la vallée de l’oued Dcrmcl ou oued Bou Saâda ; elle ouvre une communication facile entre Djelfa et Bou Saâda par l’oglat Selim et Oucd-Dcrmel.
- La seconde est celle de l’oued Chaïr. C’est, une belle vallée dont la population est évaluée à 20,000 individus.
- L’oued Chair (vallée de l'orge), alimenté par les rivières qui descendent du djebel Sba Cbaouia et des chaînes du djebel Messad, conserve toute l’année une certaine quantité d'eau. Le point important de sa vallée est Aïn Rich, où se croisent les routes de Djelfa à Biskra, de Bou Saâda à Laghouat et ;ï Ouar-gla. On y a créé de belles plantations d’arbres fruitiers. Les berges, généralement élevées, à pic ou à pentes raides, sont bordées de plateaux dont la végétation varie suivant l'altitude et la nature du sol. Le pays produit du blé, de l’orge et nourrit do nombreux troupeaux.
- On trouve des traces d’établissements romains â Guelalia, à Ghorbet el-Gara. â Aïn Rich.
- Los affluents principaux de gauche sont : l'oued Melah, qui descend par le bordj d’Ain Smara et franchit la crête du djebel Fernan au défdé de Zcriba. C’est lui qui ouvre la roule de Bou Saâda à Aïn Rich ;
- l’oued Mzirzou qui passe au bordj du même nom, résidence du caïd do l’oued Chair ;
- l'oued Mouila, qui vient du bordj Bou Ferdjoun.
- Les affluents de la rive droite sont sans importance.
- Fmlro l’oued Chaïr et l’oued Djedi, le) djebel Bou Kahil est un massif montagneux considérable dont les sommets sont à plus de 1500 mètres d’altitude et qui dresse ses escarpes au sud. Sur ses pentes méridionales, le ksar d’Amoura,[abondamment pourvu d’eau, est un des villages principaux des Oulad
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- Nayl. La roule d’Aïn Ricli à Ouargla traverse le Bou Kahil par le long défile d’Aïn Kahla. Ces montagnes forment la berge nord de la mer saharienne cl se prolongent à l’est par les monts du Zab.
- Elles sont précédées d’une mince crête, sorte d’avanl-chaine, i[ue l’oued Tadcmit traverse près des ksour Messad, Demmed, et el-IIania, et qui dessine jusqu’au djebel Ilamara une ligne continue coupée par d’étroits ravins, par lesquels les eaux du Bou Kahil descendent dans l’oued Djedi. Les plus intéressantes de ces vallées sont celles qui viennent d’Amoura et celle de l’oued NamouSj roule d’Aïn Rich à Ouargla.
- Mont» du Sab. — Plus à l'est, les montagnes de la chaîne saharienne s'affaissent et se rétrécissent. Nous leur donnons le nom de Monts du Zab. Le Zab, à l’époque romaine, comprenait, en effet, tout le bassin du Ilodna et la région des oasis nord-sabaricnncs. Sa capitale, Zabi, était près du village de Bechilga, au nord du Ilodna. Le nom de Zab (au pluriel, Ziban), est maintenant plus ordinairement réservé h la région des oasis du sud.
- La route de Bou Saàda à Biskra traverse les montagnes par le khencg Sadouri entre le djebel Kahila et le djebel Aksoun et conduit aux oasis d’el-Amri.
- Le chemin de Barika, Mdoukal, el-Amri les traverse par le klieneg Salzou au pied du djebel cl-Guelb. C’est un des principaux passages des nomades lors de leurs migrations. Ce [tassage conduit dans le petit bassin de la daya de Sildjen, appelée aussi plaine d’el-Outava. où se trouvent d’excellentes terres de culture et de fort beaux pâturages.
- Ce bassin est fermé au sud par une chaîne étroite de montagnes : djebel Malraf, djebel Mendjenaïb, djebel Bou Ghezal, réservoirs naturels des eaux qui arrosent les oasis des Ziban.
- L’oued Kantara limite à l’est le bassin de la daya de Sildjen et marque le commencement de la région de l’Aurès.
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- Oued Bjetïi. — La longue vallée de l’oued Djedi limite au sud les accidents montagneux de la chaîne saharienne; elle se termine dans le choit Melghir, à l’extrémité du grand bassin que l’on a appelé le bassin de la mer intérieure de l’Algérie.
- 11 fut un temps où ces régions, désolées aujourd’hui, étaient abondamment arrosées ; l’oued Djedi était un grand fleuve qui coulait à pleins bords, emplissant une large vallée dont on voit encore les berges érodées par les eaux. Ses tributaires étaient nombreux et puissants. Les grands pachydermes habitaient ses rives. O11 peut croire même que l’homme a vécu dans cette région à line époque antérieure à toute histoire et qui coïncide peut être avec la période de la grande extension des glaciers des Alpes. Aujourd’hui, l’oued Djedi n’a d’un lleuve que le nom; ses eaux affleurent parfois lorsque le sous-sol est imperméable, mais, la plupart du temps, elles disparaissent sous les sables et la région que parcourent ses affluents a reçu le nom expressif de Bled el-Aloch (le pays de la soif).
- L’oued Djedi est formé en aval de Laghouaf par la réunion de l’oued .Mzi et de l'oued Messad.
- Dans l’oued Mzi, les eaux coulent presque toute l’année et les pluies de l’hiver en font souvent une rivière véritable, ayant plusieurs centaines de mètres de large. Ce sont ces eaux qui alimentent les oasis de Laglioual '.
- 1 Au printemps de 1884, ii la suite de pluies abondantes, les eaux do l’oued Mzi ont inondé les parties basses de la ville de Laglioual et causé: de grands dommages.
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- Les lûtes des vallées supérieures tributaires de l’oued Mzi se trouvent sur le plateau d’Atlou, à peu de distance de celles qui descendent vers le Cliélif. L’oued Mzi traverse la région des Gada, se dégage des montagnes par le kheneg Seklafa, près de Rima, et passe au pied du ksar de Tadjemout.
- En amont de ce ksar aboutissent (r. g.) l’oued Manreg, qui ouvre la roule de Zenina, et, en aval, l’oued Mogralc, qui conduit à la daya de Tademit.
- L’oued Mzi reçoit (r. d.), dans le kheneg Seklafa, la rivière d’cl-Ghicha, qui descend, comme lui, du plateau d’Allou, et arrose des cultures assez étendues.
- En aval de Tadjemout, il reçoit (r. d.) l’oued Mkrabet, dont les torrents supérieurs percent la muraille du Kcf Guebli en ouvrant plusieurs passages, notamment celui du Foum Rcddad, qui est la meilleure communication entre Aïn Madhi et Afïou. L’oued Mkrabet passe près d’Aïn Mahdi.
- L’oued Messad, qui n’est, au-dessous do Laghouat, qu’une vallée saharienne, c’est-à-dire ordinairement à sec, se réunit à l’oued Mzi; il reçoit, entre autres, l’oued d’el-IIaouita, qui vient du petit cirque rocheux du même nom.
- En descendant la vallée de l’oued Djcdi, on passe près des petit ksour ruinés d’el-Assafia et d'el-IIiran.
- A 90 kilomètres de Laghouat, finit (r. g.) la vallée de l’oued Tademit, dont nous avons déjà parlé. C’esL le principal tributaire de l’oued Djedi. Le défilé, par lequel il traverse la dernière ride des montagnes, est un des passages principaux des caravanes venant du Sud cl. qui se dirigent ensuite vers les différentes dacheras des Oulad Nayl.
- Plus en aval, la vallée de l’oued Djedi est déserte et sans cultures ; il faut signaler le confluent de l’oued Namous (r. g.), passage de la route de Bou Saàda par Aïn Rich, sur Tougourt et Ouargla. C’est le seul point intéressant jusqu’à l’entrée des Ziban, qui appartiennent, au point de vue géographique comme au point de vue administratif, à la province de Constanline.
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- Lorsque l’on dépasse Laghouaten s'avançant vers le sud, on entre clans le grand désert, dans le Sahara jusqu’ici insondé. Ce sont d’abord de grandes plaines de sable ou d'argile doucemen t modelées par quelques vallées peu profondes, puis des ravines aux berges arrachées, séparées par des plateaux de cailloux brisés, enfin des sables purs amoncelés par les vents en dunes instables. Au delà de ces sables, on atteint un pays pins accidenté : d’un côté le Tount, sur le même méridien que Lagbouat, de l’autre les montagnes inexplorées du pays des Touareg.
- Les ïïayas. — La première région s’appelle la région des Dayas; c’est la solitude, mais ce n’est point la stérilité. Le sol est couvert de touffes de salsolacées ligneuses, d’armoises, d’hélianthèmcs, de différents arbrisseaux épineux; l'alfa est fort rare. Dans les parties creuses se forment de petits étangs temporaires, ce sont les dayas. Il en est clc quelques mètres seulement de large, d’autres ont plusieurs kilomètres de tour.
- D’épais buissons de jujubiers sauvages, que dominent les belles ramures du pistachier (betoun ou téré-binthe), protègent un gazon qui reverdit au moment des pluies d’automne et subsiste une grande partie de l’année. Ces bosquets verdoyants charment la vue et offrent un abri agréable contre la chaleur du milieu du jour. Lorsque l’on voyage dans ce pays au moment où les arbrisseaux portent leurs feuilles, on pourrait croire traverser les grandes plaines de la Beauce, après la récolte faite; les dayas ressemblent de loin aux petites remises boisées qui interrompent la monotonie des champs dépouillés de leurs chaumes. Ce sont elles
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- aussi qui abritent les petites hardes do gazelles et quelques gracieux oiseaux qui animent ces solitudes.
- Avec quelques précautions, ces dayas seraient cultivables ; quelques-unes, comme celle de Tilghempt sur la route du Mzab, conservent l’eau pendant longtemps. Les superbes térébinthes qui la couvrent(on en compte 3,000), attestent la fertilité du sol; on pourrait peut-être y créer des oasis, mais les récoltes seraient trop souvent à la merci d’une sécheresse inopinée ou d’une tempête du simoun, le vent maudit. Aussi nulle part ne trouve-t-on de campements agricoles; cultiver le désert et le peupler est un rêve généreux dont la réalisation serait possible toutefois si les forages artésiens se multipliaient assez pour arroser le sol et si des capitaux affluaient dans le pays, mais il faudrait alors, au lieu des quelques bandes de nomades disséminées sur de vastes espaces, une population dense fixée à la terre. Les Européens n’ont point encore épuisé les contrées où leur race peut prospérer sans souffrances; les Arabes nomades sont trop heureux de leur vie libre pour vouloir la modifier; quant aux noirs du Soudan, qui pourraient fournir des éléments de population adaptés au climat, leurs migrations vers le nord de l’Afrique ne paraissent point devoir être prochaines, et seront peut-être dangereuses, en dépit des espérances de quelques hommes d'imagination.
- Le désert convient à la vie pastorale telle que la mènent les Larbaâ, les Ghambaâ, les Oulad Nayl. Les besoins de la civilisation ne conseillent pas de leur disputer leurs domaines.
- L.a Chebka. — A 150 kilomètres au sud de Laghouat, on entre dans la Chebka :
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- La Chebka est un vaste plateau de grès, raviné et affouillé par les eaux; c’est une région caillouteuse, absolument stérile, où les chameaux ne trouvent même plus les misérables touffes ligneuses dont ils peuvent momentanément se contenter. C’est le désert dans oute sa tristesse désolée, sans une goutte d’eau, sans une plante et, par conséquent, sans un oiseau, sans un insecte. Lorsque les pluies tombent en abondance, les eaux coulent un certain temps au fond des vallées, c’est pourquoi on leur donne le nom d’oueds ; on y trouve quelques arbrisseaux presque desséchés, qui rappellent qu’à certaines époques de l’année, ces étroites bandes de terre sont moins désolées que les plateaux.
- Les Arabes ont donné à ce pays le nom de Chebka, qui veut dire réseau oufdct, parce que les ravins s’entrecroisent dans un désordre en apparence inextricable ; il y a cependant une loi régulière dans la disposition des vallées qui viennent aboutir à quelques branches maîtresses et se réunir ensuite dans un bassin commun, mais l’uniformiLé des plateaux et des ravins est telle, que l’on ne saurait s’orienter sans un guide expérimenté ou sans des relèvements topographiques soigneusement établis.
- Les plateaux ont de 50 à 100 mètres de relief; dans les fonds se dressent aussi des buttes tabulaires, véritables témoins restés debout après le gigantesque travail des eaux. Le sol est parsemé de cailloux de grès, brisés à angles aigus, recouverts d’une espèce de vernis noirâtre d’origine organique, ou rougis comme s’ils avaient été passés au feu.
- Pour quelle raison cette grande dissemblance entre la désolation de la Chebka et la fécondité relative de la région des dayas? L’une fait suite à l’autre; l’alti-
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- tude est la même, les conditions de climat sont identiques, c’est donc le sol qui diffère. Dans les dayas, en effet, on trouve un limon plus ou moins argileux, tel qu’il se dépose au fond des eaux ; dans la Chebka, au contraire, le roc est abrupt et ses débris sont concassés, mais non pétris par l’action des eaux. Lorsque la mer couvrait le Sahara, la Chebka ôtait sans doute un vaste récif; les eaux l’ont ravinée aux époques des grandes tourmentes géologiques, mais elle émergeait au-dessus des assises sédimcntaires qui se solidifiaient lentement autour d’elle.
- Dans les parties les plus méridionales de la Chebka, lorsque les ravins sont plus creux et mieux marqués, on voit qu’ils dessinent de longues lignes presque parallèles qui convergent vers le bassin d’Ouargla, el-Heicha (le pays touffu) ; là se trouvait vraisemblablement un grand lac intérieur, qui ne s’est desséché à son tour que bien longtemps après le Sahara. Dans cette partie, les plateaux s’allongent comme des chaussées entre les vallées des oueds; on leur a donné pour cette raison le nom de Gantara (lesponts).
- La route de Laghouat à Ghardaïa traverse la région des dayas et la portion nord de la Chebka. Sur cette distance de 210 kilomètres, elle est jalonnée par les citernes de Nili et de Tilghempt, construites par les ordres du général Marguerite, mais qui n’ont pas ôté bien entretenues. Quelques heures de pluie suffisent à les remplir. On peut regretter de ne pas voir plus nombreuses ces ressources en eau. On a creusé un puits à l’oued Selaff'a, à 3o kil. de Berrian; mais c’estàBer-rian seulement, la première ville du Mzab, à 180 kil. de Laghouat et à 30 kil. de Ghardaïa, que l’on est assuré de trouver l’eau en quantité suffisante.
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- Le Mzab.
- Dans une des vallées de la Ghebka, qui s’élargit en forme de cirque, s’est établie, il y a huit siècles (el-Ateuf a été fondé en 1013), une population d’émi-grants, persécutés religieux, les Mzabites, qui ont donné leur nom à l’oued Mzab. Ils venaient, en dernier lieu, de la région cl’Ouargla, où ils avaient séjourné 10 ans et construit des villes, dont les noms se retrouvent dans celles du Mzab ; mais leur secte avait pris naissance en Arabie.
- Cinq villes se sont élevées les unes près des autres sur les berges rocheuses qui dominent la vallée : ce sont Ghardaïa et Melika, fondées en 1389, Boni Isguen, et Bou Noura, fondées en 1107, el-Aleuf, fondée en 1013. La plus importante est Ghardaïa, sur un rocher conique, isolé au milieu de l’oued Mzab.
- Ghardaïa.
- (Vue du sud, cùlr oppose à l'oasis.)
- Outre les cinq villes de l’oued Mzab, les Mzabites ont encore Berrian, fondé en 1720, à 30 kil. au nord
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- de Ghardaïa, et Guerara, fondé en 1589, à 8G kil. au nord-est d’el-Àleuf.
- La population totale est évaluée à 45,000 individus.
- Toutes ces villes sont bâties en amphithéâtre, dominées par le minaret de la mosquée, qui se dresse comme un style gigantesque au point le plus élevé. Les maisons, sordides d’aspect, s’étagent les unes au-dessus des autres ; les rues sont étroites, sales et tortueuses. Chaque ville est partagée en deux sofs, ennemis acharnés, qui, avant l’occupation française, se livraient de sanglants combats. L’arme ordinaire du Mzabite est l’énorme clef de sa maison, casse-tête terrible entre ses mains. Toutefois, ces gens ne sont pas d’humeur guerrière ; ce sont d’habiles marchands, de riches négociants môme. Au lieu de se battre, ils préfèrent acheter la paix â prix d’argent et, avant notre occupation, ils soudoyaient même quelques lentes arabes qui campaient en dehors de leurs murs pour les protéger contre les pillards de l’extérieur. Ces agrégations d’Arabes portaient le nom de zaouïas, bien qu’elles n’eussent rien de religieux1.
- Chaque ville est entourée d’une enceinte dont les portes sont closes à la nuit.
- Il y a des Arabes dans quelques villes : environ GOO à Berrian, 500 à Guerara, 100 a Ghardaïa.
- A Ghardaïa, un quartier est réservé aux juifs, plus méprisés et plus misérables ici que partout ailleurs; mais, comme ils exerçaient certains métiers utiles, bijoutiers, armuriers, cordonniers, tanneurs, on ne leur permettait pas même de quitter la ville. Quand une ville de la confédération avait besoin de leurs
- Commandant Covnr, Le Msab.
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- services, le caïd en faisait la demande à celui de Ghar-daïa, qui autorisait tant de juifs à sortir pour tant de jours. Ils ne pouvaient user que de l’eau d’un seul puits. Le quartier qu’ils habitaient était d’une saleté repoussante; leurs habitations ignobles.
- L’occupation française a eu pour conséquence de rendre leur situation moins dure; cependant,le décret du 24 décembre 1870, relatif à la naturalisation en masse des israélites, ne leur a pas été appliqué.
- A Ghardaïa, les juifs (au nombre de 740 en 1884) ont 200 maisons ; à Berrian et à Gucrara, il n’v a que 7 ou 8 maisons juives. Ils ne sont pas tolérés dans les autres villes.
- On rencontre aussi un certain nombre de noirs ; ce sont des esclaves amenés du Soudan, que les Mzabites emploient à la culture des jardins. Beaucoup sont affranchis. Leur condition n’est pas plus dure, d’ailleurs, que celle des autres serviteurs et ils s’attachent souvent à leurs maîtres lorsqu’ils en sont bien traités.
- Au moment de l’annexion, on comptait au Mzab 327 esclaves et 061 nègres affranchis. Un certain nombre d’esclaves, dans les premiers temps, se sont enfuis et sont venus demander protection aux autorités françaises ; mais, lorsqu’on leur a dit qu’ils seraient obligés de chercher du travail pour vivre, la plupart sont retournés chez leurs anciens maîtres. Les esclaves se sont ainsi transformés en serviteurs à gages sans qu’on ait eu à souffrir de la crise que leur émancipation avait tout d’abord fait craindre.
- L’esclavage doit, à coup sûr, disparaître d’une terre où Hotte le drapeau français ; il doit disparaître comme institution ; l’esclave recouvrera donc sa
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- liberté d'homme, mais, devenu libre, il ne saurait se soustraire pour cela à la loi de travail qui est la condition d’existence de toute société.
- Chacune des villes du Mzab constituait une petite république théocraliquc, gérée par l’assemblée des tolba; mais bien que leurs mœurs, leurs lois, leurs intérêts généraux, fussent les mêmes, les villes du Mzab ne formaient point une confédération dans le sens ordinaire de ce mot.
- Les lois religieuses sont extrêmement rigoureuses et leur imposent des règles étroites. Les femmes sont assujetties à une clôture absolue ; elles sont complètement voilées et ne soldent jamais que pour aller aux jardins. 11 ne leur est pas permis de voyager, tandis que l’instinct de la race, autant que l'insuffisance des ressources de leur pays, poussent les Mzabites à aller commercer partout ou il y a quelque profit à faire. Ceux qui s’expatrient encourent les censures religieuses, mais il est, sans doute, des accommodements avec l’Eglise, et l’émigration est la règle générale de la population ; il n’est pas un village de l’Algérie qui n’ait sa boutique de Mzabite où l’on trouve des étoffes, de menus objets, des ustensiles, des épices, etc., nécessaires à l’Arabe comme à l’Européen. Guelma et Constantine ont une population nombreuse de Mzabites ; on les trouve non seulement dans le Tell algérien, mais dans toute la Tunisie. Quelques-uns ont acquis de grandes fortunes1 2.
- Mais l’émigrant revient de temps à autre, chaque
- 1 Le caïd de Mclika possédait i magasins à Batua, 2 à Constantine,
- 2 à Mddda, le Hammam à Alger ; il avait 22 maisons à Constantine.
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- année, Ions les deux ans, ou à intervalles plus éloignés, selon scs ressources, pour revoir sa famille. Gel exoclc régulier d’une grande partie de la population mâle a des conséquences morales lâcheuses pour la partie féminine; de là, sans doute, la sévérité! de la clôture imposée aux femmes.
- Le Mzab était, en outre, un des marchés d’échange des Touareg et des grands nomades du Sud. La surveillance que nous exercerons sur le commerce des armes, l’interdiction du commerce des esclaves, la crainte d’cnlrer en contact avec nous, sont autant de causes qui arrêteront la venue des caravanes, quels que soient l'intérêt ou le désir que nous puissions avoir, au contraire, d’entretenir et de développer le mo u vc i n en t commercial.
- Au moment de notre conquête de l’Algérie, le Mzab avait à peu près le monopole du commerce du Soudan et du Sahara ; c’est là qu’arrivaient toutes les caravanes d’In Salah et la plupart de celles du Gourera et de Ghadames. L’abolition de la traite des nègres, proclamée en 1818, a eu pour conséquence d’éloigner les caravanes; comme elles amènent surtout des esclaves, elles vont maintenant sur les marchés où elles peuvent écouler leurs marchandises, c’est-à-dire vers la Tripo-lilaine et le Maroc; c’est à peine s’il en arrive quelques-unes, chaque année, au Mzab, où elles apportent des dépouilles d’autruches, quelques, peaux de bêles fauves, de l’ivoire, un peu de poudre d’or, des chameaux de course cl des ânes sauvages du lloggar'.
- En venant s’établir dans la Chebka, les Mzabiles
- 1 La. Mzab cl non annexion à la France, par la commandant Roliin, (*ln*r «lu luira,m arabe, divisionnaire d’Aljjcr. — Allier. Jourdan.
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- fuyaient, avons-nous dit, la persécution religieuse. Ce sont, en effet, des schismatiques, appartenant à une secte particulière. Les Arabes disent à la cinquième secte1. On a cru reconnaître une certaine analogie entre leurs mœurs religieuses et celles des Ouahabitcs, les puritains musulmans de l’Arabie. Ils n’est pas certain, cependant, qu’ils aient une origine commune ; cette hypothèse ne saurait être vérifiée que par des études comparatives qui restent à faire.
- On a dit aussi que les Mzabitcs étaient de race berbère ; cette opinion n’a aucun fondement ; on est fort disposé, en Algérie, à considérer comme berbère tout ce qui n’esl pas arabe. Enfin, l’on a supposé que. loin d’appartenir à une famille distincte, les M/.abites venaient de souches très diverses, qu’il n’existait en Ire eux aucun lien ethnique et seulement un lien religieux. Ces questions d’origine sont toujours fort difficiles à élucider et assez stériles d’ailleurs.
- Les habitudes sédentaires ont donné aux Mzabitcs un teint plus clair que celui des Arabes et des formes moins heurtées ; la pratique du commerce a délié leur esprit ; le contact habituel avec les Français, l’antipathie dont ils sont l’objet de la part des Arabes, une tendance naturelle à utiliser nos procédés, prédispose les Mzabitcs, mieux que toute autre société indigène,;! entrer dans le courant de notre civilisation et, peut-être, à s’en faire les agents. Ce n’est pas sans regret, cependant, que la plupart d’entre eux, les tolba surtout, nous ont vus nous établir au Mzab, mais ils s’inclineront devant le fait accompli et chercheront à en
- 1 Los ijiialiv socles orlliodoxcs sonl. les Maleki, ilancfi, Amlioli, et t'lia faï.
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- tirer profit. Ils se sont hâtés de se servir de la poste française et, dès le premier jour, ont encombré de leurs dépêches le bureau du télégraphe. Ils espèrent maintenant la construction d’un chemin de fer ; aussitôt qu'une route praticable a été ouverte, un riche habitant de Béni ïsguen, au grand scandale des lolba fanatiques, a fait venir une calèche d’Alger.
- Ce qui distingue surtout cette population, c’est l’économie, la persévérance, l’ardeur au travail. Personne ne reste inactif ; tandis que les hommes et les enfants sont occupés dans les jardins, les femmes confectionnent des tissus de laine qui sont en partie exportés. Du sol pierreux et desséché de la Chebka, ils ont fait surgir les plus admirables jardins que l’on puisse voir. Il y a plus de 60,000 palmiers à Gharclaïa. Sous les ombrages de leurs larges feuil les qui tempèrent l’ardeur brûlante du soleil, on voit tous les arbres fruitiers de l’Algérie, des champs d’orge superbes, et quelques légumes.
- Des berges arides de la Chebka, lorsque l’on arrive à Ghardaïa par l’ancienne route de Laghouat, on découvre tout à coup une magnifique oasis verdoyante ; en sortant de l’atmosphère embrasée d’une terre maudite, on respire un air rafraîchi et embaumé. Après avoir péniblement cheminé dans d’affreux ravins pierreux où l’on étouffe, on voit s'ouvrir devant soi une superbe avenue ombragée, de deux kilomètres de longueur, le long de laquelle les guirlandes de vigne courent d’arbre en arbre. Nulle part, sans doute, on ne trouve un semblable contraste. Mais quel travail incessant réclame l’entretien de ces jardins au milieu de la fournaise du Mzab ! Non seulement il n’y a pas d’eau superficielle, mais les plus profonds forages n’ont per-
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- mis d’atteindre ni une nappe artésienne, ni même une nappe permanente. Les puits ne s’alimentent que par une lente infiltration ; ils se tarissent comme se tarit l’eau d’un réservoir où l’on puise sans relâche. Ils se dessèchent parfois définitivement; il faut alors en creuser de nouveaux, abandonner le jardin qu’on ne peut plus arroser et en créer un autre plus en amont ; c’est ainsi que l’oasis de Ghardaïa se déplace d’année en année et s’éloigne de la ville en remontant la vallée, tandis que le désert reprend ses droits sur les terres délaissées. Le travail de puisage ne peut être arrêté un seul jour sous peine de voir les cultures périr ; on y emploie des chevaux, ânes ou chameaux, et surtout des serviteurs noirs du concours desquels les Mzabites ne sauraient se passer.
- On a estimé â 180,000 le nombre des palmiers du Mzab. On évalue à 800,000 francs leur produit annuel. Un palmier en rapport a une valeur considérable, 500 à 000 francs, en moyenne ; elle s’accroît encore par suite de la proximité des puits. Ceux-ci, forés â 30 ou 40 mètres, coûtent environ 1000 francs.
- Les habitants possèdent de véritables fortunes en numéraire ; une contribution de 00,000 francs ayant été imposée à Ghardaïa, lors de l’annexion, en punition de sévices exercés contre nos partisans, le payement en a été effectué en 24 heures. Aussi exagéraient-ils la puissance de l’argent et ont-ils été étonnés de n’avoir pu réussir â éviter l’annexion en 1883, comme ils l’avaient fait jusqu’alors. Lorsque les tolba, en 1853, avaient consenti avec le général Randon une capitulation et le payement d’un tribut, ils pensaient avoir acheté, moyennant une annuité de 45 à 50,000 francs, le droit de gouverner le pays à leur guise, comme ils
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- achetaient la sécurité de leurs villes et de leurs caravanes en donnant de l’argent aux tribus arabes. Leur désillusion a dù être d’autant plus cruelle que les premiers actes de l’autorité française ont tendu à ruiner l'inlluence et le prestige du clergé en lui substituant des caïds laïques et en astreignant les tolba, sans faculté de rachat, à toutes les corvées personnelles imposées, au reste de la population.
- Le climat du Mzab passe pour être sain, mais la chaleur de l’été et la poussière du sable y occasionnent de fréquentes ophthalmies. La température s’abaisse à [très de zéro eu hiver et s’élève à plus de 45° dans les mois d’été. L’altitude de la vallée est d’environ G00m.
- Il n’y a pas de bois au M-zab. Le seul combustible est le relem, petit arbrisseau du genre du genêt, qu’il faut aller chercher à grande distance, et qui s’épuise rapidement. (Lu 1883, les 100 kilos revenaient à 4 fr.)
- Gkardaïa est la plus importante ville du Mzab.
- A peu do distance se trouve le ksar en ruine de Sidi Saàd.
- C’est en face de Ghardaïa. au sud, <[u’a été construit le fort français qui lient également sous son canon Mclika et Béni lsgucn. Ce fort est établi sur les pentes rocheuses de la montagne. avec des escarpes élevées, à l’abri de toute insulte.
- Les jardins de Ghardaïa qui s'étendent, comme nous l’avons dit, en amont de la ville, outre l’eau des puits, reçoivent celles (juc leur donne, à l’époque des grandes pluies, un barrage établi dans la vallée. Mais la rivière coule rarement, une fois tout au plus, tous les trois ou quatre ans.
- Melika est une petite ville, la plus voisine de Ghardaïa, construite sur le sommet d’un mamelon. Son oasis est ruinée, et scs habitants ont acquis des jardins à Mcllili.
- Béni Isguen est la ville puritaine, mais aussi la plus propre et la mieux construite. Jamais un étranger n’a été autorisé à y passer la nuit,
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- Bou Noura n’est qu’un petit ksar.
- El-Ateuf est la dernière de l'oued Mzab, du côté d’aval, une des moins hostiles, dil-on, à l’inlluence française.
- Berrian cl Guerara, sont, en quelque sorte, des colonies extérieures. Ces deux dernières ont, dit-on, moins de rigorisme que les autres.
- Un recensement, dont les chiffres trop laibles devront être rectifiés, a donné, en 1884 :
- Population. Palmiers.
- Glumlaïii 11,000 68,000
- Melika 1,200 3,000
- Boni Issjucn 5,500 26,000
- Bon Noura 1,500 10,000
- El-Atcui' 2,500 16,000
- lîeriiun 4,500 28,000
- Guerara 4,000 28,000
- Total 30,200 170,000
- et 3,000 puits.
- On doit pouvoir compter 45,000 habitants et près de 200,000 palmiers.
- La capitulation de 1853 avait été imposée au Mzab par le général Randon, quelques mois après l’occupation de La-gliouat. A ccLte époque, tous les nomades du Sud, Oulad Nayl, Larbaû, Oulad Sidi Cheikh, etc., étaient nos ennemis. 11 y avait intérêt à leur interdire les marchés du Mzab; ce résultat ne fut naturellement pas obtenu, puisque les Mzabites avaient, avant tout, leurs propres intérêts à considérer et qu’il leur était avantageux de vivre en bonne intelligence avec leurs voisins immédiats. En acceptant la capitulation, ils n’avaient eu d’autre but que de sauvegarder leur indépendance et ils avaient conservé la prétention de rester à l’état do société libre au milieu de l’Algérie conquise. 11 y avait eu là un malentendu plus ou moins volontaire, qu’ils avaient intérêt à maintenir. Ils n’envoyèrent pas leurs notables saluer l’empereur Napoléon, lors de son voyage à Alger, malgré l'invitation qui leur en avait été faite. En 1857, ils voulurent interdire l’entrée de
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- Ghardaïa à une colonne conduite parle colonel Marguerite qui se rendait de Laghouat à Ouargla, en passant sur leur territoire. On avait dû faire enfoncer les portes, et, à leur grande humiliation, la colonne avait traversé la ville tambours battants. Ce fut d’ailleurs la seule velléité de résistance qu’ils montrèrent.
- Il devenait nécessaire de régler sur d’autres bases nos rapports avec les villes du Mzab. Ghardaïa est sur la route ordinaire de Laghouat à Ouargla et de Laghouat à Goléa ; non seulement ces routes devaient nous appartenir, mais nous devions pouvoir user librement des ressources du Mzab et de ses puits, y commander en maîtres, et non point y être tolérés en vertu d’un traité de puissance à puissance. Un grand nombre de Mzabites qui avaient vécu, à notre contact, dans le Tell, et qui se rendaient compte des avantages qu’une annexion leur procurerait, en manifestaient le désir. On pensait en outre qu’il était utile d’avoir un point d’appui dans le Sud pour surveiller les Chambaû, serviteurs religieux des Oulad Sidi Cheikh, souvent à l'état d’hostilité, et qu’il avait fallu châtier en détruisant leur ksar de Metlili. Ou peut ajouter encore que le désastre de la mission Flatters avait porté atteinte à notre preslige, et que l’on désirait en réparer les fâcheuses conséquences en jalonnant plus prudemment nos étapes vers le Sud.
- L’occupation du Mzab fut donc décidée; une colonne y fut conduite par le général de La Tour d’Auvergne; le 30 novembre 1882, l’annexion en fut solennellement prononcée, sans résistance d’ailleurs, et l’investiture des caïds des villes leur fut donnée au nom de la France. Un fort fut construit au-dessus de Ghardaïa pour recevoir une petite garnison permanente.
- Tribus nomades du Sud.
- Metlili des Chambaâ est à 35 kil. environ au sud de Ghardaïa, également dans la Chebka. Le ksar, situé sur les hauteurs, a été autrefois détruit par nos troupes, mais l’oasis (environ 30,000 palmiers) ayant été respectée, les habitants re-
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- construisirent leurs habitations dans la vallée, lorsque la tranquillité fut rétablie.
- Après l'insurrection de 1871-72, nos colonnes de la province de Constantinc poussèrent au sud d’Ouargla jusqu’à Goléa, oasis des Chambaâ, à 200 kil. au sud de Mcllili.
- Cette tribu avait assiégé TougourL en 1871 et en avait massacré la garnison indigène. Dès que le Tell fut pacifié, on résolut de la châtier; une expédition fut préparée à Tougourt, et, en janvier 1873, le général de Gallifet marcha sur Uuargla et de là sur Goléa qui avait déjà été visité en 1802-1863 par M. Duveyricr. D’Ouargla à Goléa il y a 321 kil. (7 ou 8 étapes) en plein désert; l'infanterie et un équipage d’eau durent être transportés à dos de chameaux. Les tribus voisines nous avaient fourni 3.000 de c.cs animaux. L’expédition ne rencontra pas de résistance. Une maison de commandement fut installée à Goléa, mais on n’y laissa pas de poste permanent. Une partie des Chambaà firent, leur soumission, les autres se retirèrent dans le Tonal.
- Ouargla, la grande capitale saharienne, relève, au point de vue du commandement, de la division d’Alger. Depuis l'occupation du M/.ab, scs communications avec. Laghouat sont régulièrement assurées, mais il nous a semblé préférable de réunir l’étude de cette région à celle de l’Oued-Righ qui en est voisin et avec lequel e!1ra constitue un bassin hydrologiquc d’une grande unité. De Gha. data à Ouargla, la distance est de 175 kil. avec un seul puits.
- Les principales tribus des grands nomades, au sud de la province d’Alger, sont les üulad Nayl, les Larbaà, les Chambaà, les Mckhalif cl-Djeurb, les Ataliha, et les Oulad Saïah.
- Nous avons déjà parlé des Oulad Nayl, dont les terres de parcours s’étendent de Tougourt à Djelfa et à Doit Saàda.
- Les parcours des Larbaà 1 sont à l’ouest des précédents.
- 1 Celte grande tribu était originairement formée de quatre fractions d’où le nom de Larbaà (Arba = quatre).
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- Pendant l’hiver, ils vont jusqu’au Mzab. Au printemps, ils reviennent autour de Laghouat; ils remontent jusqu’à Boghar, Teniet cl-IIaad, et Tiarct, où ils achètent des grains. Leurs cavaliers sont réputés les plus braves du Sahara. Leurs goums sont redoutés au loin ; bien qu’une partie d’entre eux se soient, un instant, laissé entraîner dans l'insurrection de 186-i, ils se montrent bien disposés pour l’autorité française, qui leur assure la liberté de leurs mouvements, et ce sont eux qui sont nos meilleurs auxiliaires contre les Oulad Sidi Cheikh. Ils sont pour la plupart affiliés à l’ordre de Tcdjini.
- Les Chambaâ ne sont pas aussi bien dans la main du commandement; serviteurs religieux des Oulad Sidi Cheikh, ils ont été fatalement entraînés dans leurs insurrections lorsqu’on n’a pas réussi à les soustraire à leur influence directe. La création du cercle du Mzab permettra à nos officiers d’agir plus ellicaccinent sur eux. Nous avons dit que leur ksar principal était Mctlili. Ils sont en contact immédiat avec les Touareg lloggar et leurs parcours s’étendent du Mzab à Ouargla, à Gluidamès, à In Salali. Leurs goums, montés à mcliara, sont nos auxiliaires indispensables dans l’extrême Sud. C’étaient les ChambaA qui avaient fourni les guides au colonel Flatlers.
- Les Mekhalif el-Djeurb (Mekhalif galeux) étaient autrefois les plus renommés parmi les forbans du désert. Ils ne vivaient que de pillage. Nous leur avons imposé depuis peu un genre de vie plus normale et nous avons rétabli quelque sécurité pour les caravanes du Sud. Leur grande occupation était la chasse des autruches', mais ces animaux deviennent de plus en plus rares dans le Sud Algérien.
- Les Atatiha et les Oulad Saïah ont leurs parcours dans la région d’Ouargla. Il en sera parlé plus loin.
- 1 II faut lire les pages si entraînantes que le général Marguerite a écrites sur ses chusses avec les Mekhalif.
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- III
- RÉGION DE L’EST
- (PROVINCE DE CONSTANTIN*:.)
- On dit souvent que la province de Constantino est la plus belle de l’Algérie. C’est en effet celle qui paraît offrir les plus grandes ressources d’avenir et celle qui garde les traces les plus nombreuses elles mieux accusées de la culture romaine. Elle a trois grands ports : bougie, Philippoville, Bônc, et trois ports secondaires de quelque importance également : Djidjelli, Collo, La Calle.
- Scs montagnes ont conservé en partie leur parure et leurs richesses forestières; ses plateaux ne sont pas inhabitables et ne présentent pas l’aspect attristant du désert; la chaîne saharienne s’épanouit dans l’Aurès en longues vallées fertiles et cultivées; le Sahara lui-même a de superbes oasis dans l’Oued-Righ et dans le bassin d’Ouargla.
- La grande directrice des relations du Tell avec le Sahara est la route de Philippeville, Constantino, Bis-kra, qui se prolonge sur Tougourt et Ouargla; mais il existe une deuxième ligne très fréquentée également par Bone, Guelma, Aïn Beida, Tebessa, d’où l’on va, soit dans le Souf par Negrine, soit dans le Djerid tunisien par Gafsa. Des chemins de fer sont terminés jusqu’à Biskra et jusqu’à Tebessa. Ils seront, sans cloute, poussés plus au sud.
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- Les grandes régions naturelles sont les suivantes :
- 1° Le Tell, comprenant la petite Kabylie, c’est-à-dire les bassins inférieurs de l’oued Sahel et de l’oued el-Kebir, et les bassins de l’oued Safsaf et de la Sey-bouse;
- 2° Les Hauts-Plateaux ;
- 3° Le Hodna ;
- 4° L’Aurès et les Ziban;
- o° Le Sahara ( chott Melghir, oasis du Souf, de l’Oued-Righ et d’Ouargla).
- 1» TELL.
- Côtes. — La côte est accidentée et présente plusieurs bons ports. Elle est échancréc par trois golfes : golfe de Bougie, entre le cap Carbon et le cap Carvallo; golfe de Philippcvillc, entre le cap Bou Garoun et le cap de Fer; golfe de Bône, entre le cap de Garde et le cap Rosa.
- Bougie (3,000 habitants) (l’ancienne Saldæ dos Romains, Bedjaia des Berbères) fut un des comptoirs de Cartilage. A plusieurs époques, elle a été la capitale de petits Étals musulmans. Elle était enrichie par les courses des corsaires « que la beauté de son port attirait de toutes parts »; les Espagnols l’ont occupée pendant près de50 ans (1309 à 1553). Nos troupes s’en emparèrent par débarquement (29 septembre 1833). C’est le port principal de la grande et de la petite Kabylie. 11 s’y tient des marchés importants,, et l’on prévoit que lorsque le département de Constantinc sera divisé, à cause de sa trop grande étendue, Bougie deviendra, comme Bône, le chef-lieu d’une grande circonscription administrative. Sa rade, dans laquelle finit l’oued Soummam (oued Sahel), est aussi belle que celle d’Alger et son port est meilleur parce qu’il est protégé contre les vents du nord et de l’ouest, par le massif du Gou-raya qui projette le cap Carbon. C’est le meilleur mouillage de l’Algérie.
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- Les remparts de l’époque romaine et de l’époque sarrasinc ont laissé des ruines importantes; les fortifications des Espagnols sont encore utilisées en partie. Le fort Abd el-Kader ou fort de la mer, la Kasba, le fort Barrai, défendent la ville et le port. Le sommet du Gouraya est couronné par un ouvrage; plus bas, à l’ouest, est le fort Clauscl et, sur la côte, le blo-kliaus Salomon de Musis. ^
- Djidjelli (3,000 habitants) a eu quelque importance sous la domination arabe; son port, bien que d’assez mauvaise tenue, était très fréquenté par les Pisans et par les Génois, puis il devint un nid de corsaires redoutables. Cette ville est destinée à prendre un certain essor lorsque son port sera amélioré et lorsque des routes de communication avec l’intérieur permettront l’exploitation des richesses forestières et métallurgiques des montagnes. A la suite de l’insurrection de 1871, on a séquestré une partie des terres des tribus kabyles voisines. Des centres de colonisation ont été formés près du cap Cavallo h l’est, et à Duquesne au sud.
- Le petit port de Collo (1300 habitants) est bien abrité, mais de peu d’étendue; il manque de communications avec l’intérieur. Des chemins muletiers conduisent à Philippeville et, par la vallée de l’oued Gucbli, à Robcrtville, station du chemin de 1er de Constantinc. Les montagnes du Sahel de Collo forment un vaste promontoire demi-circulaire que termine le cap Bou Garoun (Bougiarone).
- Le commerce qui se faisait autrefois à Collo a été absorbé par Philippeville (16,000 habitants). Celte ville a été créée en 1838, à 5 kil. au sud de Stora, sur l’emplacement de la station romaine de Rusicada. C’était le point de la côte le plus rapproché de Constantinc (37 kil.), et on le choisit pour en faire le port du chef-lieu de la province, afin d’éviter le long trajet de la route de Bônc. Sa population est de 16,000 habitants sur lesquels on ne compte guère que 2,000 musulmans. Les Italiens sont en grand nombre. Des travaux importants
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- ont amélioré son port; des villas et des jardins garnissent d’une manière pittoresque les hauteurs, dont les dernières pentes sont couvertes par les maisons de la ville.
- Entre Philippeville et Bôno, le massif de l’Edough projette à l’ouest le cap de Fer, à l’est le cap de Garde.
- Le cap de Fer (Ras cl-Hadid) doit son nom aux riches mines de fer qu’on y exploitait autrefois.
- Sous le cap de Garde se trouve le Fort-Génois, construit au XV° siècle, pour la protection des barques de coraillcurs.
- A peu de distance se creuse le beau port de Bônc.
- Bône (20,000 habitants) est une ville en pleine croissance, la quatrième do l’Algérie par l’importance de sa population ; fi l’embouchure de la Soybouso, la seule rivière de l’Algérie qui mérite ce nom et que les caboteurs peuvont remonter à quelquo distance.
- Les environs sont admirablement fertiles. « Le territoire de la banlieue de Bônc peut, ajuste litre, être appelé le jardin de l’Algérie. Il serait difficile, en effet, de trouver sur un même point plus de richesses agricoles de toutes natures et plus de facilité pour les exploiter avec profit t. »
- Bônc est à 2 kil. au nord de Fanciennc Ilippono, qui était une des plus belles villes ,dc l’Afrique romaine. Elle eut saint Augustin pour évêque pendant 35 ans (395-430) ; prise et ruinée par les Vandales, en 431, sa destruction fut achevée en G97 par les Arabes.
- A l’ouest de Bône, le superbe massif do l’Edough (point culminant fi 1004ra) est couvert d’une magnifique forêt de chênes-lièges. Sur los hauteurs so trouve le village de Bugcaud. Des formes et des villas se sont construites sur los contreforts qui dominent la mer. Un nouveau village, Ilerbillon, a été créé près du cap Takouch. On trouve dans l’Edough de riches mines de fer dont la plus importante est celle de Mokla cl-
- 1 Piesse, Itinéraire de l’Algérie.
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- Hadid sur son versant méridional, près du village d’Ain Mokra L Ce massif est un îlot de roches plutoniques. Des secousses volcaniques s’y font encore quelquefois sentir.
- A la suite d’un affaissement du sol, les eaux, ayant envahi la plaine au sud, avaient formé le lac Fczzara 1 2 3, qui était une cause d’insalubrité pour cette riche contrée. Des travaux d’assèchement, aujourd’hui terminés, ont fait découvrir dans son bassin les ruines d’une ancienne cité romaine.
- Le cap Rosa limite à l’est le golfe de Bône. A quelques milles au sud, on voit les ruines du Bastion de France, qui a été un des premiers établissements français en Afrique.
- La Calle (3,600 habitants) est une petite ville construite sur une pointe de rochers, avec un port d’un accès assez difficile. Une compagnie française, connue sous le nom de Compagnie d’Afrique, et qui jouissait, par traité, du monopole de la pêche du corail sur les côtes d’Algérie, y avait de grands établissements. C’est elle qui avait fait construire le Bastion do France. Ses privilèges remontaient à 1560; elle fut ruinée par la Révolution française. Les Anglais occupèrent La Calle pendant une dizaine d’années. Nous en reprîmes possession en 1810; mais la guerre qui éclata en 1827 en détermina de nouveau l’abandon. Elle ne fut réoccupée qu’en 1836. La pêche du corail a toujours une certaine activité; elle est pratiquée on majeure partie par des barques italiennes.
- A 12 kilomètres à l’est, près la frontière tunisienne, sont les mines de plomb argentifère de Kef Oum et Teboul. .
- Le cap Roux marque la limite orientale de l’Algérie.
- 1 Les minerais, traités dans l’usine de l’Alélik, donnent des fontes
- aciércuses d’une excellente qualité. Cette usine produit annuellement 240,000 tonnes de fonte éminemment propre à la fabrication des canons et des projectiles.
- 3 Niveau à 13 mètres au-dossus de la mer ; profondeur, 2 mètres environ; superficie, 12,700 hectares.
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- Petite Kabylie
- Sous le nom de petite Kabylie, on comprend l’ensemble du pays montagneux habité par les Kabyles, entre Bougie, Sétif, et Plnlippeville.
- Une chaîne, formée d’éléments généralement parallèles à la direction ordinaire du nord de l’Afrique, court à une distance moyenne de 40 kilomètres de la côte et sépare le Tell de la région des Plateaux où se trouvent Bordj bon Areridj, Sétif, Constantine.
- Un deuxième pli de montagnes, plus près de la mer, prolonge l’alignement de la crête du Djurdjura et forme une puissante arête dont les sommets atteignent près de 2,000 mètres; c’est elle qui constitue la dorsale principale de la petite Kabylie.
- Nous donnons à la première ride le nom de chaîne des Biban (ou Portes de fer), à cause des remarquables défilés par lesquels passe la route de Constantine à Alger, et nous étendons ce nom à la ligne de hauteurs comprises entre le djebel Dira, près d’Aumale jusqu’au djebel Meghris, au nord de Sétif.
- Nous appelons du nom de la tribu des Oulad Keb-bad qui les habitent, les montagnes qui leur font suite jusqu’aux monts de Constantine.
- Nous appelons la deuxième ride, c’est-à-dire la dorsale, chaîne des Babor,du nom des montagnes qui en sont les cimes principales, et nous étendons ce nom à la ligne de hauteurs comprise depuis la cluse d’Akbou, sur l’oued Sahel, jusqu’à la cluse du djebel Zouagha, par laquelle passe l’oued el-Kebir.
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- Chaîne des Biban. — La chaîne des Biban, qui sépare le bassin de l’oued Sahel des bassins lacustres supérieurs, a été brisée en plusieurs points et profondément creusée par les eaux qui se sont écoulées de l’étage supérieur vers l’étage inférieur, ou plaine du Sahel. Elle est jalonnée par des sommets aux formes bizarres, très érodés par les eaux. Scs masses les plus remarquables sont les Toumiet (mamelles), deux montagnes coniques rapprochées et très caractéristiques que l’on aperçoit des Béni Mansour dans la direction d’Aumale, le djebel Haraza (1270m) à l’ouest des Biban, le djebel Gada (1200m) à l’est, le djebel Zamoura (1380m), le djebel Guer-gour et le djebel Anini entre lesquels coule l’oued Bou Selam, et le djebel Meghris (1722m) au nord de Sétif.
- Cette crête est constituée par des roches d’un calcaire compacte si noir, que les abords des excavations, creusées pour le chemin de fer, ressemblent à des houillères du nord de la France. L’arête principale est précédée de crêtes rebroussées discontinues, de moindre hauteur, et dont la dernière domine à peu de distance le lit de l’oued Sahel.
- La chaîne des Biban forme la digue nord d’une suite d’anciens petits bassins lacustres, situés à la limite méridionale du Tell. Les eaux qu’ils reçoivent se réunissent en trois branches principales qui franchissent la chaîne par trois cluses remarquables ; ce sont l’oued el-IIammam, l’oued des Biban, et l’oued Mahadjar affluent de l’oued Bou Selam.
- Chaîne des lîabor. — Elle prolonge, comme nous l’avons dit, l’alignement de la crête principale du Djurdjura. Elle est jalonnée par le djebel Gueldaman qui forme la cluse d’Akbou, par le djebel Trouna, le Dra el-Arba, le djebel Ta-kintoucht (1674m), le djebel Takoucht (1904In) et le djebel Adrar (1994m) entre lesquels est creusé le Chabot el-Akra, le Tababor (1965m) et le grand Babor (1970m) qui lui fait face au sud. La route muletière de Sétif à Djidjclli franchit cette chaîne au col de Tibaïren, au pied du pic Temesguida (1633m); la route de Gonstantine à Djidjelli passe au col de
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- Fedj ol-Beinen entre le djebel Arhes (135Sm) et le djebel Zouagha (1292ni).
- Ces montagnes sont précédées par des avant-chaînes qui accidentent le pays jusqu’à la côte. Leurs richesses forestières sont encore très considérables. Les Turcs s’y approvisionnaient de bois pour leur marine, et l’on y trouverait toujours des ressources importantes pour la construction des navires, la fabrication du goudron, etc. Plusieurs mines y sont en exploitation, notamment une mine de fer au cap Cavallo, et des mines de plomb argentifère egalement dans les environs de Djidjolîi. La création de routes amènera sans doute une grande prospérité dans cette contrée, si riche en minerais de fer, de cuivre, de lignite, en chônes-liéges, chônes-zan, en cires, en huiles, en grains. Jusqu’à présent, on ne peut suivre de Sctif et de Constantinc à Djidjclli que les chemins muletiers mentionnés plus haut et que jalonnent seulement quelques caravansérails avec des maisons de commandement.
- Bassin de l’oued Saliel, — Le bassin de l’oued Sahel comprend un vaste pays. La vallée de l’oued Sahel cllc-môme n’est que le profond fossé qui forme la ceinture extérieure des montagnes de la grande Kabylie depuis Aumale jusqu’à Bougie. Elle reçoit scs premières eaux du cirque de montagnes qui dominent Aumale. Elle s’élargit ensuite en une vaste plaine que l’on appelle Plaine des Arib, puis Plaine de Hamza autour de Bordj Bouira (ancienne ville arabe de Ilamza), et qui se continue par la Plaine du Sahel. Cette vallée est très fertile, mais chaude et fiévreuse comme toutes les terres basses et arrosées. Aux environs d’Aumale, on a créé plusieurs centres de colonisation, entre autres les Trembles sur la route d’Alger; il y a quelques fermes près du caravansérail de Bordj Bouira, bifurcation des routes d’Alger et d’Aumale, et près du bordj des Boni Mansour; mais, jusqu’à présent, la population agricole européenne n’a pas encore pris pied dans cette région.
- Sur les deux berges de la vallée, des villages kabyles couronnent les hauteurs ; les terres qui les entourent sont formées
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- d’apports limoneux d’une fertilité remarquable. En face des Béni Mansour s’étend un bois d’oliviers de toute beauté. Dans la partie d’aval, les villages français sont plus nombreux et quelques-uns sont en pleine prospérité; les plus notables sont :
- Tazmalt, près du bordj du même nom.
- Akbou ou Metz (650 habitants), admirablement situé sur un mamelon qui domine la vallée, près du bordj du bach-aga des Chellata, au-dessus de la cluse, qui sépare le bassin moyen de l’oued Sahel de son bassin inférieur ; centre de colonisation d’Alsac.iens-Lorrains, ce village est destiné à devenir une ville importante. C’est là que vient tomber le principal affluent de droite, l’oued bou Selam.
- La vallée d’aval (oued Soummam) est encore resserrée par les défilés de Khorza et de Fcllayc; puis, elle s’élargit de nouveau jusqu’à Bougie. Les Romains y ont laissé des traces nombreuses de leur occupation. Les terres en sont, en effet, très fertiles. Depuis l’insurrection de 1871, les villages de colons s’y sont multipliés; ils ont été formés avec les terres séques* trées sur les tribus insurgées; les résultats déjà obtenus promettent un bel avenir à ce canton déjà admirablement favorisé par la proximité du port de Bougie et par le voisinage de populations très denses qui, hors des époques d’insurrection, fournissent une main-d’œuvre précieuse.
- L’oued Sahel, étant creusé au pied même des hautes chaînes du Djurdjura, ne reçoit, sur sa rive gauche, que des torrents.
- Les tributaires de la rive droite ont, au contraire, une certaine importance. Nous indiquons les principaux :
- L’oued el-Hammam est formé de la réunion de l’oued Guc-mara, de l’oued Okris, et de l’oued Tizza. Leurs sources sont dans des montagnes de 1200 mètres environ d’altitude, qui portent des cultures jusqu’à leur sommet. L’oued el-Hammam franchit la chaîne près d’IIammam Ksenna, eaux thermales.
- L’oued des Biban (oued Meldou, oued Maghrir) est particulièrement intéressant ; sa vallée est suivie par la route et par la voie ferrée d’Alger à Constantinc.
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- Elle ouvre les passages des Biban ou Portes de fer, une des beautés pittoresques de l’Algérie. Les travaux de.construction de la route et du chemin de fer ont élargi et considérablement
- Grandes Portes de fer
- (Couches de lorrain redressées).
- modifié les grandes portes ( Bab el-Kebir); elles resteront néanmoins curieuses par les contournements de roches dont on voit les assises se redresser de l’horizontale à la verticale
- Petites Portes de fer.
- comme d’immenses vagues pétrifiées qui se briseraient contre une falaise disparue. La voie ferrée est construite en viaduc dans le lit même de l’oued.
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- Les Petites Portes (Bab es-Serir), à 4 kil. environ plus à l’est, ont un aspect différent; elles sont traversées par l’oued Mzita, affluent de l’oued des Biban. Beaucoup plus étroites et ne laissant, dans certains endroits, qu’un passage d’un mètre de large, elles sont formées par des roches dont les couches de calcaires et d’argiles alternés plongent verticalement, et qui, ayant été inégalement érodées par les eaux, se présentent comme de gigantesques feuillures.
- Chaîne des Biban (au nord des Pclitcs Portes de fer).
- L’oued des Biban descend du djebel Kteuf (environ 18Ü0m) dans le territoire de la tribu des Mzita et passe au pied de Mansoura, petite ville kabyle, à 1070 mètres d’altitude, sur la route de Bordj bou Areridj.
- Il existe entre l'oued Sahel et Bordj bou Areridj un autre chemin qui suit les crêtes, entre le bassin de l’oued des Biban et celui de l’oued bou Sclam, en traversant le pays des Béni Abbés, une des plus importantes tribus de la petite Ka-bylie. Il part du bordj Tazmalt, passe par plusieurs villages kabyles, au bordj Bent qui garde le passage du Teniet el-Kha-mis dans la chaîne des Biban, et descend par bordj Medjana, autrefois résidence du bachnga Mokrani, le chef de la révolte de 1871.
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- L’oued bou Selam, principal affluent de l’oued Sahel, a un grand développement. Il commence au nord de Sétif près du village d’el-Ouricia, alimente les belles fermes de la banlieue de cette ville, reçoit plusieurs tributaires dont le plus notable est l’oued Melah, qui vient des Righa. Il franchit le prolongement de la chaîne des Biban, près du djebel Guergour, et traverse une partie de la petite Kabylic. Son lit se replie ensuite dans un plissement dans la direction ordinaire du nord de l’Afrique, et se termine en face d’Akbou.
- Son principal tributaire est (r. g.) l’oued Mahadjar. Il descend du plateau de laMcdjana et franchit la chaîne des Biban à Mahleg cl-üuidan. 11 reçoit, en amont de la cluse, plusieurs rivières qui traversent un pays très accidenté, entre des montagnes profondément érodées de 1400 à 1500 mètres d’altitude. L’un de ces cours d’eau (r. d.), l’oued Chertiouna, a conservé le nom de l’ancienne ville épiscopale de Scrteï, qui était située près de Zamoura. Zamoura est, elle-même, une ancienne forteresse arabe, fondée en 1560, pour maintenir les Béni Abbés. Les Turcs y tinrent garnison jusqu’après la prise d’Alger.
- De nombreux villages kabyles se pressent sur les montagnes qui entourent l’oued Mahadjar. Cette rivière, l’oued des Biban, et l’oued Sahel, dessinent une grande circonférence et forment un grand fossé circulaire autour d’un épais massif dont les cimes atteignent 1200 à 1300 mètres. C’est là le pays des Béni Abbés et des Béni Yadel. A peu près au centre du cercle, sur un rocher difficilement accessible, près du bordj Bcnt, se trouve la Kala ou Guela *, c’est-à-dire la place de sûreté où les Mokrani et les principaux propriétaires de la Medjana mettaient leurs richesses à l’abri et emmagasinaient leurs grains. Il est toujours de tradition pour les anciennes familles d’y garder en réserve une certaine quantité de blé. La grande pureté de l’atmosphère permet de le conserver pendant de longues années, 50 ans et plus.
- 1 Ce nom de Guela est également donné dans l’Aurès aux tours fortifiées qui servent de magasins de réserve.
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- L’ancienne route militaire de Sétif à Bougie traverse la chaîne des Biban entre le djebel Anini (1346m) à gauche et le djebel Meghris (1722111) à droite. Ce défilé était gardé, à l’époque romaine, par un poste dont on voit les ruines près du caravansérail d’Aïn-Roua. La route est ensuite tracée sur les crêtes qui séparent le bassin de l’oued bou Selam des petits bassins côtiers à l’est de Bougie. Elle traverse un pays extrêmement tourmenté et passe au pied du djebel Takintoucht (1674m environ) ; elle est jalonnée par les caravansérails des Béni Abdallah, des Guifser, et de l’oued Amizour. Près du caravansérail des Guifser, sur la crête du Dra el-Arba, était aussi un poste romain. Enfin, on trouve encore des ruines éparses près de l’oued Amizour. Le village de Colmar est à peu de distance.
- Cette route très importante, au point de vue de la domination militaire de la petite Kabylie, a été construite de 1849 à 1836. Elle n’est que rarement suivie maintenant depuis l’achèvement de la superbe chaussée du Chabet el-Akra.
- On donne le nom de Chabet el-Âkra (ravin de la mort) à une gorge superbe de la chaîne des Babor par laquelle s’écoulent les eaux de l’oued Agrioun. Le défilé, entre la ferme de Karrata en amont et le bordj du Caïd en aval, a 10 kil. de long; il est bordé de murailles de 1700 à 1800 mètres de haut, rochers à pic de l’aspect le plus grandiose, dont les sommets sont boisés et si rapprochés que le soleil n’y pénètre qu’à l’heure de midi. La route a été ouverte de 1863 à 1870 b Les Kabyles, qui y furent employés en grand nombre, acquirent alors la pratique des travaux de mine dont ils devaient, quelques années plus tard, lors de l’insurrection, tenter de faire l’application, dans l’attaque des bordjs.
- La chaîne des Biban est séparée de la chaîne des Babor par une belle vallée cultivable. On franchit la première ride
- La dépense a été de 1;G30,000 francs.
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- de la chaîne des Babor au col de Takitount, dominé par un bordj (10olm), construit sur l’emplacement d’un poste romain. C’est une position militaire importante et un centre administratif pour les tribus kabyles.
- Cette région est certainement une des plus belles de l’Algérie ; par sa végétation, par son climat, par ses beautés alpestres, elle rappelle certaines montagnes du centre de l’Europe.
- A l’est de l’oued Sahel, les montagnes de la petite Kabylie sont creusées par de nombreuses vallées dans lesquelles de petits cours d’eau descendent tortueusement vers la mer. Les plus notables sont :
- l’oued Djemaâ près du cap Aokas ;
- l’oued Agrioun, formé de l’oued Embarck (r. g.) et de l’oued Berd (r. d.), qui se réunissent à l’entrée du Chabet cl-Akra;
- l’oued Djindjen, qui descend du Babor et finit à l’est de Djidjclli;
- l’oued en-Nil, qui descend du djebel Damous (1280m).
- La chaîne des Babor se prolonge, à l’est, d’une manière très nette jusqu'à l’oued Safsaf, par deux plis bien marqués :
- Le plus méridional et le plus important de ces plis est traversé par l’oued el-Kebir entre le djebel Zouagha et le djebel Msid el-Aïcha ; il donne naissance à la vallée de l’oued Gucbli qui commence au djebel Sidi Dris ; nous l’appelons,dans cette partie, monts d’el-Kantour; il se termine sur la Safsaf par deux pics caractéristiques, les Toumiet (les mamelles) (89-im). Le chemin de fer de Constantine à Philippeville le franchit par un tunnel au col des Oliviers, où se dressent, vers le nord, de superbes escarpes de calcaires rougeâtres. La route de terre le traverse au-dessus, à cl-Kantour (806m).
- Le deuxième pli, plus voisin de la côte, a moins de régularité ; aux arêtes bien marquées des formations calcaires succèdent des massifs de terrain de gneiss et de schistes que les eaux ont irrégulièrement ravinées, comme dans la grande
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- Kabylie, tandis que des roches plutoniques pointent à travers les sédiments.
- Le Sahel de Collo, qui se termine par le grand promontoire circulaire du cap Bougiarone, est formé de ces roches. L’action volcanique n’est pas éteinte dans cette région. Des secousses de tremblement de terre s’y font sentir.
- Des chemins de crête mettent en relation Collo avec le bordj d’el-Milia, importante position devenue, depuis quelques années, un des principaux centres administratifs du pays kabyle, à proximité de vastes forêts, au centre du grand triangle dessiné par les positions de Constantine, Djidjelli, et Collo.
- Oued el-Kebir. — L’oued el-Kebir est formé de la réunion du Roummel et de l’oued bou Mcrzoug. A la cluse de Constantine, il traverse l’étage moyen du Tell, pays de bonnes terres de culture dont le centre est l’ancienne ville romaine de Mila (ait. 484m) ; la colonisation européenne doit prospérer dans cette région déjà bien cultivée par la population kabyle.
- L’oued bou Merzoug, prolongé par l’oued el-Kebir, s’appelait l’Ampsagas à l’époque romaine et formait la limite entre la Mauritanie et la Province d’Afrique.
- L’oued el-Kebir reçoit (r. d.) l’oued Smendou et (r. g.) l’oued Endja ; il franchit ensuite, par des gorges étroites, les rides de la chaîne des Babor et passe au pied du bordj d’el-Milia qui en commande l’entrée.
- A l’est de Collo, se termine la vallée de l’oued Guebli qui creuse l’extrémité orientale de la petite Kabylie.
- Oued Safsaf. — La belle vallée de l’oued Safsaf que suit la route de Constantine à Philippeville est la limite naturelle du pays kabyle. La colonisation y est active et favorisée par des communications faciles avec le port de Philippeville d’une part, avec le grand centre de Constantine de l’autre. L’oued Safsaf reçoit ses premières eaux des monts de Constantine. Il perce la chaîne d’cl-Kantour à l’est des Toumiet.
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- Le centre agricole principal de la vallée inferieure est la petite ville d’el-IIarrouch (2000 liab. environ), construite sur l'emplacement de l’ancien camp français qui établissait la liaison entre Philippevillc et Constantine. Plus bas, sont les nouveaux villages de Robertville, Gastonville, Saint-Charles, point de départ de la route de Bône par Jemmapes, Saint-Antoine, et, dans la banlieue de Philippeville : Damrémont, Vallée, et de nombreuses fermes.
- L.a Seybouse. — Par son étendue, comme par la fertilité de ses terres, le bassin inférieur de la Seybouse est un des plus intéressants de l’Algérie. Nous avons dit que cette rivière était une véritable exception en Algérie, qu’elle avait de l’eau en toutes saisons et portait mémo bateau à quelque distance de son embouchure.
- La Seybouse est formée près de Mcdjez el-Akmar, à 15 kil. en amont de Guelma, par la réunion de l’oüed Chcrf et de l’oued Zenati.
- Mcdjez cl-Akmar est sur l’emplacement de l’ancien camp où se réunirent, en 1837, les troupes qui allaient attaquer Constantine.
- L’oued Cherf rassemble les eaux de la région d’Aïn Beida et une partie de celles des montagnes où se trouvent également les sources de la Medjerda et de ses affluents.
- L’oued Zenati vient de l’ouest ; ses sources sont opposées à celles de l’oued el-Barda, tributaire du Roummel, et sa vallée est suivie par le chemin de fer de Guelma à Constantine. Il passe au village de même nom et au bordj Sabbat, où il reçoit (r. g.) l’oued el-Meridj qui descend du plateau de Constantine.
- Guelma (4,000 habitants) (ancienne Calama des Romains), est une ville importante en pleine croissance, au centre d’une région agricole, enrichie par les cultures de la vigne et de l’olivier. Dans sa banlieue, sont les villages de Millesimo et d’Héliopolis ; à 9 kil. sur la route de Bône, les sources ther* males d’Hammam Berda; à 16 kil. au nord-ouest, celles d’Ham-
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- main Meskoutine, plus considérables et célèbres depuis l’occupation romaine1.
- Le chemin de fer de Bône suit la vallée de la Seybouse. Près du village de Duvivier s’embranche la ligne de Tunis par Souk Arras.
- Dans la belle plaine que traverse la Seybouse après s’être dégagée des montagnes, sont de nombreuses exploitations agricoles : Mondovi, Duzerville, etc.
- La route de terre de Guelma à Bône traverse la chaîne du littoral au col de Fedjoudj (G17m), au pied du djebel Aouara (976m) ; elle passe par Penthièvre, centre agricole en pleine prospérité, et par Duzerville. Les colons allemands sont nombreux dans ces villages.
- 2° LES HAUTS-PLATEAUX.
- Les Hauts-Plateaux de la province de Constantine n’ont pas le même aspect que ceux des provinces d’Oran et d’Alger. Moins étendus, moins uniformes, accidentés par des collines qui les partagent en nombreux petits bassins particuliers, ils n’ont pas le carac tère des grandes solitudes de l’ouest. Ils sont cultivés en certains points et partiellement abordables pour la colonisation européenne. Il est assez difficile d’en déterminer les limites. Du côté du nord, ils ne sont bordés par aucune chaîne continue. La ligne ferrée tracée par Bordj bou Areridj, Sétif, le Kroubs, jusqu’à Oued - Zenati, pourrait être considérée comme indiquant d’une manière générale la séparation entre le Tell et les Hauts-Plateaux. En fait, elle est construite
- 1 Ces sources, très abondantes, donnent près de \ 00,000 litres à l’heure ; les unes sont salines, d’autres ferrugineuses. Leur température est de 90° à 9o°. On y a construit un grand hôpital militaire.
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- sur les plateaux mêmes, mais elle traverse une région bien cultivée, fertile en céréales, et qui, pour cette raison, se rapproche du caractère de la zone tellienne.
- Sétif (Sitifis) (12,000 habitants) était déjà à l’époque romaine un centre important au milieu de cette région agricole. Ancienne capitale de la Mauritanie sitifienne, c’est aujourd’hui une ville toute européenne, sous un climat sain, à environ 1100 mètres d’altitude. La plaine qui l’entoure est dépourvue d’arbres ; lorsqu’on la traverse après la récolte, elle a la physionomie de steppes stériles, mais de nombreux douars arabes, des hameaux européens, plusieurs belles fermes, témoignent de la fécondité du sol et de l’activité de sa population. Les tribus arabes sont « plus adonnées que partout ailleurs à la culture ». Los villages européens, dont une partie a été fondée avec des Suisses, par une compagnie genevoise, ont souffert de l’insurrection de 1871, mais ils ont repris rapidement leur prospérité.
- Cette insurrection s’est, en effet, particulièrement développée, dans les environs de Sétif, sous l’influence de Mokrani, bach aga de la Mcdjana, chef d’une grande famille qui jouissait d’une influence considérable dans toute la région. Les villages et les fermes furent incendiés; les colons européens massacrés. Bordj bou Areridj fut brûlé et saccagé, mais le bordj, dans lequel s’étaient réfugiés les habitants, résista heureusement pendant douze jours aux attaques furieuses de l’ennemi, qui poussa des tranchées de mine jusqu’au pied des remparts. Sétif fut menacé.
- Le village de Bordj bou Areridj est construit à 915 mètres d’altitude au pied d’un rocher abrupt que domine le bordj. Celui-ci occupe l’emplacement d’un ancien fort turc, qui avait remplacé un poste romain. Cette petite ville a été rebâtie, et sa position au centre de la Mcdjana, dont la fertilité est proverbiale, peut lui faire espérer bon avenir.
- A 12 kilomètres au nord-ouest, sur le chemin d’Akbou, se
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- trouve Bortlj Medjana, autrefois une des résidences des Mok-rani. Il surveille une des portes de la Kabylic.
- Entre Sétif et Constantine, des centres de colonisation ont été créés à Saint-Arnaud, à Saint-Donat, à Châteaudun, mais l’émigration s’est portée de préférence dans la banlieue de Constantine et dans les vallées du Tell, où la culture de la vigne donne des résultats merveilleux.
- La principale tribu de cette région est celle des Abd en-Nour, autrefois nomades, et qui, depuis quelques années, se fixent au sol et commencent à imiter les procédés européens en se construisant des villages.
- Constantine (38,000 habitants), chef-lieu du département, est construite sur un rocher de 600 mètres environ, dont les escarpes verticales dominent le ravin du Roummel. Ce rocher faisait partie de la digue naturelle qui fermait au nord les grands bassins lacustres des plateaux. 11 a été miné par les eaux, qui se sont d’abord frayé un passage souterrain ; puis, les voûtes de ce canal se sont en partie effondrées, et il en reste trois arches gigantesques de 50 à 100 mètres de large, sous lesquelles les eaux du Roummel s’échappent en magnifiques cascades pour descendre dans le bassin inférieur.
- Cette position exceptionnelle, qui donne à la ville la puissance d’une forteresse naturelle, à la limite du Tell et des plateaux, dominant des vallons bien arrosés et féconds, lui assura à toutes les époques une importance considérable. Aussi la tradition rapporte qu’elle a été assiégée et conquise quatre-vingts fois. De l’ancienne Cirta, capitale des rois numides, de la Constantine, chef-lieu de la province romaine, qui avait résisté au torrent dévastateur des Vandales ; il ne reste que des ruines éparses. Mais Constantine conserve encore de
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- beaux édifices de la période brillante de la domination arabe, pendant laquelle elle fut, comme Tlemcen et Bougie, un centre littéraire et religieux.
- Du temps des Turcs, elle était le chef-lieu d’un bey-likat, dépendant du pacha d’Alger.
- Constantine ne céda à nos armes qu’après deux attaques. Les sièges de Constantine, en novembre 4836 et octobre 1837, sont à citer parmi les épisodes les plus glorieux de notre guerre algérienne. La brèche fut ouverte sur le front nord par les batteries tirant des hauteurs du Coudiat Aty. A l’assaut du rempart, succéda une lutte meurtrière de maison à maison. Le développement de la ville moderne a rendu méconnaissable le terrain du front d’attaque; les habitations débordent maintenant en dehors des anciens murs.
- Plaine des Sbakli.
- On donne ce nom aux plateaux de la province de Constantine qui se divisent en plusieurs petits bassins ou sbakli (pluriel de sebkha), séparés par des chaînes de collines dont les cimes émergent seules au-dessus des alluvions lacustres. Ce sont les bassins du chott el-Beida, du cliott Mrouri, et celui plus considérable de la guerah el-Tarf, duquel font partie la gucrah el-Guellif, la guerah ank Djemel, et la sebkha Djendeli.
- La ceinture occidentale du bassin du chott el-Beida est formée par les montagnes des Righa, groupe de crêtes boisées, très ravinées par les eaux qui s’écoulent : vers le nord, dans le bassin de Sétif, par l’oued Melah; vers l’ouest et vers le sud, par l’oued Ksob, l’oued Magra, l’oued cl-Hammam, et par d’autres affluents moins marquants du chott el-Hodna ; vers l’est enfin, les eaux se perdent dans de petits bassins marécageux.
- L’arête maîtresse des Righa est le djebel bou Thaleb, qui
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- en forme la muraille méridionale. Une série de hauteurs confuses, tourmentées, en constituent les avant-chaînes vers le nord et enveloppent la combe de laquelle sort l’oued Melah. Ce sont : les Righa Dalira (du nord) sur sa rive gauche, les Righa Guebala (du sud) sur sa rive droite.
- Au cœur de ces montagnes, le bordj Messaoud commande la croisée des chemins de Sétif, Bordj hou Arcridj, Msila, Ba-rika, et Batna.
- Au sud, le bassin du cliott cl-Beida est fermé par les monts de Batna, qui portent encore une belle couronne de forêts; mais les arbres, qui couvraient autrefois la partie inférieure de leurs versants jusqu’à la plaine, ont successivement disparu. La belle pyramide du djebel Touggour (2100ra) les domine; elle signale de loin la grande porte du Sud par laquelle passe la route de Biskra et dont Batna garde l’entrée.
- Batna (en arabe, bivouac) n’est qu’un camp militaire transformé en ville européenne; bien des localités en Algérie n’ont eu d’autre origine; c’est ainsi qu’à l’époque romaine, le cas-trum de la légion, le camp sédentaire, autour duquel se groupaient des trafiquants, des vétérans avec leurs familles, devenait plus lard le noyau d’une ville.
- Le castrum du nord de l’Aurès, point d’appui de la domination des montagnes et de la surveillance du Sud, était à Lambèse, une des villes militaires les plus remarquables de l’Algérie et même du monde romain, camp de la célèbre légion Tert.ia Angusla.
- L’altitude de Batna est de -l,020m. Le climat est sain, mais avec de grands écarts de froid et de chaleur (de — 7° en février à -j- 41° en juillet; observations de 1881).
- A Lambèse est établi un grand pénitencier agricole. De ce point partaient trois grandes voies romaines sur Sitifis (Sétif), Cirta (Constantine), et Theveste (Tcbessa).
- La route moderne de Sétif à Batna traverse le bassin du cliott el-Beida et contourne au nord le massif des monts de Batna; une autre plus pittoresque à travers les montagnes est
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- jalonnée par Aïn Mellout, Aïn Azzcm, le Moulin du Caïd, Mer-rouan. Tout ce pays est parsemé d'enchirs, c’est-à-dire de ruines romaines, au milieu desquelles ont été élevées les pauvres maisons des colons arabes.
- Constantine est reliée à Batna par une voie ferrée qui se détache de la ligne de Sétif à la station d’el-Gucrah. Elle remonte la belle vallée de l’oued bou Mcrzoug et longe le chott Mrouri, dont les Arabes exploitent les dépôts salins1.
- Le grand bassin de la gucrali el-Tarf est le domaine de la tribu autrefois très puissante desllaracta, qui comptait 28,000 individus et pouvait mettre en armes 4,000 cavaliers et 1500 fantassins. Cette population guerrière, après avoir opposé une vive résistance à la conquête, transforme peu à peu ses mœurs, se fixe au sol, et met ses terres en cultures régulières. Le centre de son commandement était à Aïn Beida.
- Autour des bordjs que nous avons construits à Aïn Beida, s’est formée une petite ville européenne, isolée sur les plateaux, mais située à la croisée des routes de Constantine, de Bône par Oued-Zenati, de Tebessa, et de Khenchcla, ce qui lui donne une certaine activité. La bonne qualité des terres qui l’entourent y attirera probablement la colonisation, mais l’éloignement des débouchés était un obstacle à son développement. Les pluies, qui transforment en marécages les fonds argileux des plateaux, rendaient les communications très précaires. Un chemin de fer relie actuellement Aïn Beida à Constantine.
- La ligne de hauteurs qui limite au nord le bassin de la gue-rah el-Tarf, le sépare de celui du chott Mrouri et du bassin supérieur du Roummel. Les eaux de ce bassin sont conduites
- 1 A peu de distance de la station d’Aïn Yacout, se trouve le Medra-cen, antique monument analogue au Tombeau de la Chrétienne, ayant la forme d’une lour basse surmontée de gradins qui se terminent en pyramide. Sa hauteur totale est d’environ 18 mètres et la circonférence de sa base a 176 mètres. L’intérieur n’a pas encore été exploré, mais on s’accorde à le considérer comme un tombeau des rois numides.
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- par plusieurs belles vallées à la cluse de Constantine, où elles se réunissent pour percer la digue de ceinture.
- Le Roummel vient de l’ouest; il est formé de deux grands bras, dont l’un, l’oued Atmenia, arrose les villages de Saint-Donat, de Châteaudun, d’Oued-Àtmenia. A Constantine, il reçoit l’oued bou Merzoug, qui descend du djebel Fortas par des sources abondantes, et dont les eaux, traversant la belle plaine Bahira el-Touila, irriguent les cultures des villages de Montebello, des Oulad-Rahmoun, et du Kroubs, ainsi que les nombreuses fermes voisines. Il passe près du bordj ben Zekri (ancienne Sigus), un des postes romains qui surveillaient la route d’Aïn Beida.
- Aux Oulad-Rahmoun, l’oued Gucrah se réunit (r. g.) à l’oued bou Merzoug.
- Près du Kroubs arrive (r. d.) l’oued el-Barda, dont la vallée est suivie par le chemin de fer de Bône.
- Bassin de la Medjerda.
- La séparation des eaux entre le versant nord et celui du bassin de la Medjerda est formée par une région montagneuse confuse, que la route et le chemin de fer de Souk Arras traversent à Croissv-au-Bois; plus à l’est, les montagnes s’accentuent encore davantage dans le massif très caractéristique de la Kroumirie. La Medjerda et son affluent, l’oued Mellègue, emmènent vers l’est les eaux de la partie orientale des Hauts-Plateaux de Constantine.
- Sur le territoire algérien, la vallée de la Medjerda, très profondément creusée et d’abord fertile, se resserre entre des montagnes élevées et boisées qui ne laissent aucun espace pour une route. La construction du chemin de fer entre Souk Arras et Ghardimaou a nécessité des travaux d’art nombreux : viaducs et tunnels. Le chemin que l’on a dû tracer pour les entreprendre traverse vingt-sept lois le lit de la rivière, et devient impraticable pendant les hautes eaux. Au
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- moment de l’expédition de Tunisie, on a ouvert une route militaire sur les crêtes de la rive gauche.
- Souk Arras (6,000 habitants) (l’ancienne Tagaste, patrie de saint Augustin), qui n’était qu’un poste de surveillance, a récemment acquis, par suite de l’établissement de cette voie ferrée et de l’affluence des travailleurs, une importance considérable. Située à 740 mètres d’altitude, dans un climat salubre, on y comptait 4,000 habitants en 1881, et la ville s’est développée, à l’américaine, avec une sorte d’activité fiévreuse. Des terres excellentes ont été mises à la disposition de la colonisation. C’est à Souk Arras que s’embranche le chemin de fer de Te-bessa.
- L’oued Mellègue est non moins intéressant. Il est formé de deux branches. La branche occidentale dessine un long sillon orienté du sud-ouest au nord-est, qui est prolongé dans l’Aurès par la vallée de l’oued el-Arab. On n’y trouve aucune localité importante; la route de Constantine à Tebcssa la traverse au bordj Meskiana, centre de quelques belles cultures européennes.
- La branche orientale de l’oued Mellègue, appelée oued Guc-lal, descend des montagnes de Tcbessa. Elle correspond par ses sources, d’une part avec l’oued el-IIathob (route de Kai-rouan), de l’autre avec la vallée de l’oued Ilallail (route des oasis de Fcrkane et de Negrine).
- A l’époque romaine, cette contrée était riche et peuplée, comme le témoignent les ruines magnifiques qu’on y retrouve. Elle fut illustrée par le philosophe Apulée et par saint Augustin qui en étaient originaires. Plus tard, elle fut dévastée par les Vandales, puis par les Arabes.
- Tebessa (ancienne Theveste), au pied des derniers contre-forts du djebel Doukan, est certainement la plus belle ville romaine de l’Algérie. Ses magnifiques remparts, en partie détruits par les Vandales, réparés par les Byzantins, lui forment encore une enceinte superbe, bien qu’on leur ait pris la plupart des matériaux des constructions militaires modernes. On y peut encore admirer un arc cle triomphe bien conservé,
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- un temple de Minerve et les ruines d’une Vaste basilique en dehors des portes. La Tebessa moderne n’occupe qu’une partie de l’emplacement de la Thevcste romaine. Sa population n’est que de 3,000 habitants environ, dont un petit nombre d’Européens ; mais la salubrité de son climat à 1100 mètres d’altitude, l’abondance de ses eaux, la beauté de ses jardins, lui promettent un avenir prospère, maintenant qu’un chemin de fer la met en relation avec le Tell.
- Thevcste était le point de jonction de huit voies romaines, dont les plus notables étaient celles de Lambèse, de Constan-tine, de Souk Arras, du Kef par Ilaydra, où se voient des ruines considérables, et de Gafsa. Tebessa est actuellement le point d’appui de la domination militaire du sud-est de l’Algérie et la place de ravitaillement des colonnes qui ont à opérer dans le sud vers Gafsa, Negrine, et dans le djebel Chcrchar. Elle est au centre des territoires des Ncmencha, grande tribu, restée très longtemps insoumise.
- De Tebessa à Souk Arras, on suit, soit la vallée de l’oued Mcllègue, soit la vallée d’el-Meridj. Cette dernière direction, qui est la plus courte, est jalonnée par le bordj du caïd Lakhdar chez les Oulad Sidi Jahia, et parles smalas de spahis d’el-Meridj et d’Aïn Guettar. Ces postes ont été créés à grands frais, mais le sol s’est asséché ; les eaux ont disparu, et les espérances de culture ont été détruites. Ils n’ont d’ailleurs plus de raison d’être depuis que nous occupons la Tunisie, dont ils surveillaient la frontière, et ils n’ont d’autre valeur aujourd’hui que celle de postes de douane. La smala d’Aïn Guettar, à une vingtaine de kilomètres seulement de Souk Arras, est toujours riche ; mais celle d’el-Meridj *, dont le nom veut dire les prairies, dresse tristement ses murs au-dessus de jardins abandonnés et d’une plaine desséchée.
- C’est à la smala d’Aïn Guettar que se manifestèrent les premiers symptômes du mouvement de 1871, par la mutinerie des détachements de spahis que l’on voulait faire partir pour la France, et par l’insurrection de la grande tribu des Hanencha.
- 1 Sa construction a coûté 2 millions.
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- La plaine que l’on traverse entre le bordj Lakhdar et Aïn Guettar a une physionomie très particulière. L’horizon n’est borné par aucune chaîne continue de, montagnes, mais, du tond de cet ancien bassin lacustre, surgissent un grand nombre d’îlots rocheux, auxquels leur forme caractéristique a fait donner le nom de Chapeaux de gendarme. Au sud des hauteurs d’Aïn Guettar, on n’en compte pas moins de douze ressemblant à un archipel sporadique de l’aspect le plus singulier. Les dominant tous, se dresse une table énorme, témoin des anciennes érosions : c’est la Galaa el-Esnam, au sommet de laquelle est un pauvre village tunisien.
- 3° LE HODNA.
- Le Ilodna était un vaste lac qui comptait plus de 100 kilomètres de long sur près de 80 kilomètres de large. Ce que l’on appelle le chott el-IIodna n’est qu’une minime partie du bassin autrefois inondé. Le chott a les mêmes caractères que ceux des Hauts-Plateaux oranais, mais il est à 500 mètres seulement d’altitude; aussi, à l’époque des pluies, reçoit-il par de nombreux tributaires les eaux de la ceinture de montagnes qui l’enveloppe, mais ordinairement il est à sec. Le climat est brûlant sur ses bords, et l’on dit que la végétation aurait quelque analogie avec celle du Sénégal.
- La carte géologique rend bien compte de la succession des assises alluvionnaires qui ont comblé le bassin. Dans les parties les plus basses sont des alluvions récentes fertiles, mais incultes, entourées par une ceinture de terrains lacustres plus anciens. C’est sur la limite extérieure de ceux-ci, que sont placés les centres principaux de population : Msila, Barika, Mdoukal, Bou Saâda, Ced ed-Djir.
- Msila, au nord, sur l’oued Ksob, est une vieille ville délabrée, fondée en 935, plusieurs fois détruite ; nous y avons un bordj, mais la colonisation n’a pas encore pris pied dans le pays. Des ruines romaines nombreuses, des débris d’aqueducs,
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- des citernes, etc., attestent que, pendant plusieurs siècles, une civilisation avancée a dû exploiter le Hodna. On peut espérer faire renaître cette ancienne prospérité en rétablissant les barrages et en creusant des puits artésiens. Un grand nombre (30 environ) ont été forés sur tout le pourtour du cliott et donnent des eaux jaillissantes ou ascendantes1.
- Barika est un poste militaire avec des moulins, à 80 kilomètres environ au sud-ouest de Batna. Il établit la liaison entre Msila et Batna. A quelques kilomètres au sud, sont les ruines de la grande ville romaine de Tabna.
- Mdoukal, mauvaise bourgade, est un point important à la croisée des chemins de Bou Saâda, Barika, el-Outaya, Zaatcha. Il commande les passages entre le Ilodna et le bassin de la daya de Sildjcn.
- Bou Saâda (père du bonheur) est une oasis à palmiers de 5,000 habitants environ, chef-lieu de cercle du département d’Alger, à 560 mètres d’altitude. C’est une ville à l’aspect tout saharien ; fondée au YI° siècle de l’hégire, elle doit sa prospérité à sa position avantageusement choisie au pied des montagnes des Oulad Nayl, sur une des roules les plus suivies par les nomades. 11 s’v fait un assez grand commerce d’échange par l’intermédiaire de nombreux juifs et Mzabitcs. Les Romains y avaient un poste de ravitaillement. Nous l’avons occupé en 1849, après la prise de Zaatcha. On a reconnu aux environs de Bou Saâda un gisement houiller de peu d’épaisseur.
- Entre Mdoukal et Bou Saâda, près de l’embouchure de l’oued Chair, une maison de commandement a été construite à Mcif.
- Le chemin de Bou Saâda à Msila traverse l’extrémité occidentale du cliott, càAïnBaniou.
- Ced ed-Djir (barrage en chaux), sur l’oued Djcllal, a un bordj qui sert d’étape entre Msila et Bou Saâda. Il s’y trouve des vestiges d’anciens barrages que l’on pourrait encore utiliser. Ces barrages étaient établis au point de réunion de plu-
- Consultcr la carte des forages artésiens de M. l’ingénieur Jus.
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- sieurs longues vallées, dont l’ensemble forme une vaste ramure, depuis le bordj cl-Hammam, sur la ceinture du Zahrès Chcrgui (oued Sfeï), jusqu’au djebel Dira (oued el-IIam et au djebel Bou Zid dans la chaîne des Biban (oued Terga).
- A moitié chemin de Ccd ed-Djir et de Bou Saâda, est Aïn Kerman.
- Au nord, le tributaire principal du chott est l’oued Ksob. Ses premières eaux viennent de la plaine de la Medjana dans les environs de Bordj bou Areridj et du versant nord des Righa. Il creuse une vallée étroite et descend dans le bassin du Hodna par deux cluses successives, au dédié de Medjès et au pied du kef Matrek, à travers des roches de calcaire noir excessivement dures. Sa vallée est suivie par une route carrossable qui conduit à Msila; elle servira au passage du chemin de fer de Bou Saâda. Elle est cultivée en certains endroits, et l’on voit même quelques fermes françaises près d’Ali ben Klier.
- A l’époque des pluies, d’énormes masses d’eau remplissent la vallée et déplacent le lit du torrent, ce qui rend très difficile l’établissement de barrages.
- A l’est de l’oued Ksob, de nombreuses vallées amènent les eaux du versant méridional des montagnes. Elles ont peu d’importance. Nous indiquons les principales :
- L’oued Barika reçoit les eaux du versant sud des Righa et du versant occidental des montagnes qui ferment cà l’ouest la plaine deBatna et que domine le djebel Touggour.
- L’oued Bitam, que traverse la route de Batna à Barika, se perd dans un petit bassin particulier, au sud-est de la dépression du chott el-Hodna et que l’on appelle le petit chott.
- A l’ouest, l’oued Legouman descend du djebel Kteuf. C’est un torrent rapide qui reçoit les eaux de montagnes boisées. On voit, dans la gorge qu’il traverse pour arriver dans le Hodna, les restes de puissants barrages et dos ruines romaines qui couvrent une superficie de 100 hectares.
- Au sud, le principal tributaire du Hodna est l’oued Chaïr dont nous avons déjà parlé et dont la belle vallée creuse les monts des Oulad Nayl. Il finit près du bordj de Mcif.
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- Dans la portion occidentale du chott se déversent l’oued Bou Saâda et l’oued Chellal ; l’un et l’autre amènent des eaux abondantes.
- La ceinture de ce remarquable bassin est formée par des hauteurs bizarrement découpées par les eaux.
- Au sud, Bou Saàda est adossé aux dernières pentes des montagnes des Oulad Nayl; Mdoukal est symétriquement placé au pied du massif du Zab.
- A l'ouest, des collines moins accentuées (djebel Selleth), séparent le bassin du Ilodna de celui des Zalirez.
- Au nord-ouest, les sommets de l’amphithéâtre de montagnes duquel descendent les affluents de l’oued Chellal sont à de grandes altitudes : Kef Lakhdar (1464m); djebel Dira (1810m) ; Kcf Afoul (1136m). Les cimes qui dominent la plaine do plus près s’élèvent à 700 ou 800m : Dra Mellouza (700m); djebel Roselma (650m) ; djebel Amris (859m).
- Au nord, sont les crêtes du djebel Tarf, du djebel Kteuf (J860m), du djebel Gourin et du djebel Maadhid (18iOm), qui soutiennent les plateaux de la Medjana.
- Au nord-ouest, la cime du djebel Touggour (2100m) domine le massif de Batna.
- A l’ouest enfin, les dernières rides du massif de l’Aurès ferment le cercle des montagnes qui circonscrivent le Ilodna.
- Les montagnes du nord sont les plus accentuées; les unes, comme le Maadhid (1840m), montrent leurs assises fortement relevées, tandis que les autres, comme le Gourin, profilent horizontalement leurs couches alternées de calcaire et d’argile. Elles ont subi des érosions étonnamment puissantes.
- On exploite l’alfa dans le djebel Maadhid, dans le Bled el-Arar, dans le djebel Ivteuf.
- A l’époque romaine, le Ilodna était un pays d’une richesse proverbiale : cependant les eaux étaient « rares », dit Sallustc; c’est par de magnifiques travaux de barrage dans les hautes vallées et par un savant système d’irrigation que les cultures avaient atteint un remarquable degré de prospérité.
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- Une voie romaine, conduisant tVAuzia (Aumale) à Castellum celtense (Kherbet Zerga, sur l’oued Beida), longeait, au nord, les pentes de la ceinture montagneuse du bassin ; elle était jalonnée par des villes qui ont laissé des ruines considérables :
- Ad Aras (Tarmount) sur l’oucd Bouzarea, affluent de gauche de l’oued Chellal, près de sources abondantes qui entretiennent une belle végétation arborescente naturelle.
- Zabi (Becliilga), l’ancienne capitale du Zab, à 4 kilomètres à l’est de Msila.
- Marri (Sidi Abd Allah ben Daoua), h 37 kilomètres à l’est de Zabi, sur l’oued Barhoum, qui prend scs sources dans le djebel Bou Thalcb. La vallée supérieure de cette rivière, et celle de son affluent l’oucd Mcncffa, sont bordées de koubbas, de moulins, de beaux jardins, « qui font de cette partie du Hodna un séjour enchanteur ». Les eaux descendent en cascades des montagnes; de nombreuses seguias irriguent de grandes cultures.
- Ad Oculum Marini (Ngaous, l’ancienne Nickousc), dont les environs étaient renommés pour leur fertilité. L’oucd Barika, qui traverse la plaine de Ngaous, reçoit ses premières eaux du djebel Bellezma et des monts do Batna. Sa vallée, qui a plus de cent kilomètres de développement, conserve les traces d’anciennes cultures florissantes, dont le souvenir contraste avec la solitude et la misère actuelles. Cependant on voit encore quelques beaux jardins aux environs de Ngaous. Près du bordj de Barika sont des moulins, dont un cà turbine qui ne chôme jamais. L’oued est sujet à de fortes crues. On trouve une nappe souterraine à 10 mètres de profondeur ; malheureusement il règne, dans cette vallée, des fièvres qu’une culture régulière ferait sans doute disparaître.
- Thubuna (Tobna), dont on voit les grandes ruines, entre l’oued Barika et l’oucd Bitam, était encore au XIIe siècle une fort belle ville, dit Edrisi.
- Le bassin du Hodna reçoit, par les pluies qui durent de novembre à mars, une quantité d’eau de beaucoup supérieure à
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- celle qui serait nécessaire pour les irrigations, mais il faudrait construire des barrages pour l’aménager. Le reboisement des montagnes contribuerait aussi à l’amélioration des conditions hydrologiques, en régularisant le régime torrentiel et dévastateur des rivières, en favorisant la condensation des vapeurs qui, actuellement, se dissipent sous l’influence de la chaleur réfléchie par les rochers dénudés de la ceinture de cette grande cuvette. La mise en exploitation de cette contrée serait, à coup sûr, possible, mais exigerait de grandes dépenses. On ne saurait, en tous cas, compter ni sur le concours, ni même sur la sympathie des indigènes, qui récoltent ce qui leur est nécessaire et n’ont aucun intérêt à attirer la colonisation européenne.
- En résumé, on voit donc, dans la province de Constanlinc trois grands étages de bassins lacustres, que nous avons appelés la plaine des Sbakh, le Ilodna, et le Sahara. Lorsque, par suite d’une rupture d’équilibre, le plateau des Sbakh s’est élevé tandis que s’abaissait le bassin du Hodna, de grandes masses liquides, courant au-dessus du plateau, se sont écoulées partie au nord vers la Méditerranée, partie au sud vers le Sahara. Elles ont laissé, comme nous le verrons, des traces imposantes de leur passage dans les montagnes de l’Aurôs et ont comblé la cuvette du Hodna.
- A cette période de grands mouvements a dû succéder une période de calme, une période lacustre, pendant laquelle les eaux ont rempli les vallées les plus creuses et ont laissé déposer leurs sédiments; puis, ces lacs se sont vidés à leur tour, et l’assèchement progressif que l’on constate sur les plateaux de Batna n’est en quelque sorte que leur égouttement lent qui se continue de nos jours.
- En passant des Hauts-Plateaux dans le Hodna, les eaux ont fortement sculpté les terrains de la ceinture septentrionale. La vallée de l’oued Ksob a été une de leurs principales directions et le canal draineur le plus marqué du haut pays.
- Le Hodna s’est vidé lui-même dans le bassin du chott Mel-gliir par la daya de Sildjen, et les rigoles d’épuisement se
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- voient bien nettement au sud de Mdoukal dans le kheneg Douchmi (chemin d’el-Outaya) et dans le kheneg Salzou (chemin des oasis d’el-Amri et de Zaatcha).
- 4° L’AURÈS ET LES ZIBAN ».
- L’Aurès est un vaste pâté montagneux que Ton peut délimiter de la manière suivante : à l’ouest, par la route de Balna à Biskra par el-Kantara; au nord, par une ligne tirée de Batna àKhcnchela; à l’est, par la roule de Khenchela à Khanga, qui suit la vallée de l’oued el-Arab ; au sud, par une ligne tirée de Biskra à Khanga. Chacun des côtés de ce quadrilatère mesure environ 100 kilomètres.
- La vallée de l’oued el-Arab sépare l’Aurès du massif du djebel Chcrchar.
- Ces montagnes doivent leur formation- à deux plissements considérables. L’un, celui du nord de l’Afrique, a produit au nord les escarpes du kef Mahmel et du Chelia (2,328m), la plus haute cime de l’Algérie. De leurs sommets on domine tout le massif aurasien, et la vue s’étend au nord sur la grande plaine des Sbakh, dont les accidents de terrain n’apparaissent plus que comme des rides insignifiantes.
- L’autre plissement, dont la direction est sensiblement la même que celle que nous avorts signalée dans le Sud-Oranais et dans les monts des Oulad Nayi, c’est-à-dire nord 1/4 est, a eu ici une action très puissante.
- Les plis, serrés comme les fronces d’une étoffe, dessinent de longues arêtes rectilignes, des crêtes étroites, séparées par de profondes vallées parallèles n’ayant entre elles que dès communications difficiles : l’oued el-Kantara, l’oued Abdi, l’oued el-
- 1 L’Algérie en 1882, par le colonel Noëllat. — Les Monts Aurès. Notice historique et géographique, par C. Lalrufle (Bulletin de la Société de Géographie, septembre 1880). — Voyage dans l’Aouras. Éludes historiques, par Masqucray (Bulletin de la Société de Géographie, juillet 1870).
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- Abiod, l’oued cl-Arab, dont les têtes se trouvent dans la muraille septentrionale elle-même. Les eaux ont dû s’écouler en torrents d’une elïroyablc rapidité à travers les montagnes de l’Aurès. A voir les gigantesques érosions de leurs falaises, on peut môme supposer que c’est un océan tout entier dont les Ilots ont traversé ces montagnes pour aller remplir la mer saharienne, qui s’est asséchée à son tour.
- En général, suivant la loi ordinaire des érosions de l’Algérie, les grands courants diluviens couraient du nord-est au sud-ouest, avec tendance constante à descendre au sud dans le bassin saharien. Ce sont donc les berges de la rive gauche des vallées qui présentent les escarpes les plus nettes; mais des accidents locaux ont parfois rejeté les eaux sur la berge opposée.
- On peut être tenté de chercher dans le massif de l’Aurès une chaîne centrale, un axe de plissement, une dorsale, de chaque côté de laquelle les couches de terrain seraient redressées, comme on l’observe d’une manière si remarquable dans les Pyrénées, par exemple; par sa position, et surtout par l’ancienneté des terrains qui la constituent, la chaîne du Ras el-Dra, prolongée au sud par le djebel Lazereg, au nord par le djebel Ichemoul, par le djebel Chclid, et par le djebel Amamra, pourrait, à première vue, être prise comme axe de symétrie de l’ensemble du système. Elle est formée de terrains crétacés inférieurs; le jurassique pointe même dans le Lazereg, tandis que les autres chaînes parallèles appartiennent à des terrains plus récents* II' peut, en effet, se faire que le Ras el-Dra présente la voûte la plus ancienne des terrains plissés et ensuite érodés par les eaux ; mais il ne faudrait pas en conclure k une symétrie et à une régularité de soulèvement, comparables à ceux qui ont servi de type aux systèmes d’Élic de Beaumont, et il ne faut pas perdre de vue que ce sont les érosions qui ont été les agents principaux du modelage du sol de l’Algérie, dont la première ébauche seule est duc aux plissements, aux frisures de la pellicule terrestre.
- C’est encore la formation du Jura français qui peut ici;
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- comme dans le Djebel-Amour, servir de comparaison. Mais, tandis que la caractéristique du Djebel-Amour est dans ses plateaux, ou Gada, élevés en terrasse et soutenus par des remparts verticaux, la caractéristique de l’Aurès est dans ses plis nombreux et serrés. Ces deux massifs ne se ressemblent d’ailleurs ni au point de vue orogénique, ni au point de vue des productions du sol.
- Dans certaines parties de l’Aurès, des étages de terrains d’une puissance considérable ont été entièrement emportés par les eaux. Ils ont été ensuite pétris, triturés et déposés en masse limoneuse ou en tufs calcaires dans les fonds de vallées qui ont été ainsi comblées, ou bien ils ont formé d’énormes bourrelets au pied méridional des montagnes.
- L’action des eaux, à l’époque moderne, bien faible sans doute si on la compare à leur action prodigieuse dans les âges précédents, continue cependant à s’exercer d’une manière remarquable encore et modifie peu à peu les formes extérieures des terrains. Ici se creuse le lit d’un torrent entre des berges d’argile, ayant parfois de 20 à 30 mètres de hauteur. Là, des buttes d’une centaine de mètres, aux parois verticales, sont restées debout comme des témoins des puissantes dénivellations des siècles passés. Les villages des Berbères sont accrochés à leurs flancs, et leurs sommets portent les guelaâ, c’est-à-dire les tours de sûreté qui servaient de magasins de réserve et de réduits en cas d’attaque. A leur pied, où ne coule plus maintenant, pendant la plus grande partie de l’année, qu’un mince ruisseau, sont les jardins et les cultures.
- En ravinant leurs berges, les grands fleuves de l’époque ancienne en minaient les assises, et il est arrivé que les couches supérieures se sont effondrées ;
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- d’énormes morceaux de montagnes sont tombés dans les vallées, et leurs squelettes de pierre dessinent des digues, des murailles verticales , des promontoires d’un aspect très pittoresque. Les villages se sont bâtis sur les sommets de ces escarpements pour trouver de meilleures conditions de défense. Il en a ôté ainsi dans tous les pays ; les hommes n’ont osé habiter les vallées que lorsqu’ils ont eu moins à craindre le pillage et la destruction, et maintenant encore, insuffisamment rassurés sur leurs mutuelles dispositions, ils n’ont point perdu la coutume de fortifier les lieux élevés. Il y a donc une certaine ressemblance entre l’Aurès et la Kabylie.
- Les populations de l’Aurès sont de race berbère, avec mélange arabe; on les appelle des Chaouïa1. On y trouve des types blonds que l’on a attribués, sans preuve d’ailleurs, à une infusion de sang germanique provenant des invasions des Vandales et des Goths.
- Les femmes jouissent d’une grande liberté et travaillent au dehors comme les hommes. On a signalé la coutume de célébrer certaines fêtes dont les dates présentent la plus grande analogie avec les fêtes romaines, israôlites ou chrétiennes, telles que Noël, le Jour de l’An, les fêtes du Printemps (Rogations), les fêtes de l’Automne.
- La langue des Chaouïa de l’Aurès n’est point la même que le tomachek des Kabyles ; leurs villages n’ont point l’aspect riant des villages kabyles, entourés de bosquets de verdure; au contraire, leurs maisons à terrasses, avec leurs murs en pisé ou crépis en mortier de terre
- 1 La signification de Cliaouïa est : pasteur, berger nomade. Les Aura-siens sont, cependant devenus sédentaires.
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- rougeâtre, se détachent à peine du sol avoisinant. Ils trouvent de magnifiques terres de culture dans leurs longues vallées et ne sont point astreints au pénible labeur du Kabyle, qui utilise le moindre lambeau cultivable sur les flancs de ses montagnes. L’habitant de l’Aurès est un sédentaire, un cultivateur de montagnes, mais non un montagnard dans le vrai sens du mot.
- La physionomie de l’Aurès est très variable. Lorsqu’on l’aborde par le sud, en venant de Biskra par exemple, on traverse d’abord pendant deux journées de marche un pays d’une affreuse désolation. Le sentier tantôt serpente entre des falaises d’argile, tantôt s’élève péniblement sur une roche glissante de craie blanche, pour redescendre par des escaliers de pierres roulantes; nulle végétation, ni broussaille, ni gazon. Les villages sont rares ; on les appelle communément des oasis de montagnes. En effet, ce sont bien des oasis dans un désert, et rien n’est plus triste que le désert de la montagne, tandis que les immenses horizons et les vastes espaces prêtent un si grand charme aux plaines sahariennes.
- Dans le cœur de l’Aurès, au contraire, les vallées présentent une superbe perspective de cultures de céréales, qui se succèdent sans interruption et attestent la richesse et l’intelligente activité des habitants. Les flancs des montagnes ont quelques arbres. Les villages sont serrés.
- Dans le nord enfin, des plateaux fertiles, à plus de 1000 mètres d’altitude, couverts de neige pendant une partie de l’hiver, rappellent, par leur climat et par leurs productions, certaines contrées du centre de la France. Dé belles forêts couronnent encore quelques
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- sommets ; elles disparaissent malheureusement chaque jour, non pas détruites par une dévastation inconsciente des hommes, mais mourant naturellement, frappées, disent les Arabes, d’une malédiction céleste. Les pentes du Chelia portaient autrefois des cèdres superbes. Quelques-uns seulement ont encore conservé une tou fie de branches vertes à leurs cimes, mais la plupart sont desséchés. Les arbres géants sont encore debout, sans écorce, sans feuillage ; d’autres, violemment renversés par l’ouragan, gisent comme de gigantesques cadavres aux membres tordus. Il en est de tous les âges. Ce ne sont point les ancêtres de la forêt qui sont morts de vieillesse; au contraire, on dirait qu’ils ont résisté plus longtemps, tandis que chez les autres la sève s’est plus rapidement tarie. Quelle est la cause qui fait périr ces arbres? On a constaté, comme nous l’avons dit, même depuis cinquante ans, la disparition graduelle des eaux, l’assèchement des puits et des sources; mais les neiges de l’hiver couvrent cependant toujours les grandes montagnes de l’Aurès et fourniraient aux forêts une alimentation suffisante. Quoi qu’il en soit, les arbres se retirent peu à peu des pentes inférieures, et la destruction gagne successivement les sommets. Ce n’est pas sans mélancolie que l’on traverse ces forêts mourantes.
- Quatre grandes vallées creusent le massif de l’Aurès. Ce sont celles de l’oued el-Kantara, de l’oued Abdi, de l’oued el-Abiod et de l’oued el-Arab.
- Oued el-Kantara, — L’oued el-Kantara descend du plateau même de Batna. Sa vallée est suivie par la route et par
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- le chemin de fer de Batna à Biskra. Il arrose les cultures des villages d’el-Ksour, d’Aïn Touta, des Tamarins, où la colonisation commence à prendre pied. C’est le grand collecteur des versants occidentaux de l’Aurès. Son principal affluent de gauche, en amont d’cl-Kantara, est l’oued Fedala. A el-Kan-tara, il traverse une des rides extrêmes de l’Aurès. Cette cluse est extrêmement remarquable; c’est la porte du Sud (Foum es-Sahara, la bouche du [Sahara), large d’une quarantaine de mètres au plus, entre deux murailles de rochers ; d’un côté, ce sont encore les Hauts-Plateaux, leur climat relativement froid, avec les cultures européennes ; de l'autre, c’est déjà le Sahara, avec ses oasis, scs palmiers, ses cultures tropicales. De part et d’autre de cette muraille, large d’un kilomètre environ, la température présente des écarts constants de plusieurs degrés. Une voie romaine traversait ce passage et, à sa partie la plus resserrée, passait de la rive droite à la rive gauche de la rivière sur un beau pont de pierres ; de là le nom d’cl-Kantara donné par les Arabes au passage et aux oasis voisines. Le pont a été restauré comme souvenir archéologique, mais la route moderne, tracée sur la rive gauche, ne l’utilisé pas.
- Les eaux de l’oued cl-Kantara arrosent plus bas les cultures de belles fermes françaises : ferme Bose, ferme Dufour. Celle-ci est près du village d’cl-Outaya.-
- La plaine d’cl-Outaya a jadis porté plus d’une centaine de fermes romaines. Sa fertilité est remarquable partout où l’eau ne fait pas défaut. Près d’cl-Outaya sont des collines de sel éruptif (djebel Mclah), exploité pour les besoins locaux.
- On trouve d’abondants pâturages au sud-ouest, dans la daya de Sildjcn.
- Après avoir reçu (r. g.) l’oued Melah et l’oued el-Abdi, l’oued el-Kantara contourne, à l’est, les collines du djebel bou Ghezal et descend dans la plaine de Biskra.
- La route franchit cette dernière ride des chaînes sahariennes au col de Sfa, du sommet duquel on a la première vue sur le Sahara. Au premier plan sont les vastes jardins de Biskra. Puis, de distance en distance, de nombreuses petites oasis,
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- pareilles à des îles au milieu de l'océan, pointent de leur sombre verdure l’immense plaine saharienne.
- Biskra1, « la perle du désert » (Ad Piscinam des Romains), est le centre et comme la capitale des oasis des Ziban. C’est le siège du commandement militaire des nomades du bassin du chott Melghir. Riante petite ville, avec de beaux jardins bien arrosés, sous un ciel toujours pur, c’est une des résidences d’hiver les plus agréables de l’Algérie. Aussi la douceur de son climat y attire de nombreux touristes; des villas de plaisance y ont même été créées et y sont entretenues à grands frais, mais l’été y est brûlant pendant les mois de juillet à septembre. Les nomades, qui campent très nombreux dans ses environs, remontent alors sur les plateaux, et il n’y reste plus que la garnison française, les agents administratifs, quelques commerçants, la plupart israélites, retenus par leur négoce, et ceux qui, trop pauvres, ne peuvent suivre les caravanes dans leurs migrations. On ne compte à Biskra que 150 Français. L’oasis renferme environ 140,000 palmiers.
- Deux grandes familles rivales se partagent l’influence sur les populations du cercle de Biskra : la famille des Ben Ganah et celle d’Ali Bey. L’une et l’autre sont puissamment riches. Ali Bey passe pour un des plus grands propriétaires de l’Algérie.
- Parallèlement à l’oued el-Kantara sont les vallées moins importantes de l’oued Fedala et de l’oued Melah, ses affluents de gauche. Ce dernier se dégage des montagnes près du village des Béni Fernali.
- Yient ensuite la grande vallée de l’oued Abdi.
- Oued Abdi. — La vallée de l’oued Abdi (oued Daoud) a ses têtes au kef Mahmel, près du col d’Aïn Kafar, par lequel passe le chemin de Batna à Médina. Cette position commande ainsi la vallée de Médina et celle de l’oued Abdi. La vallée est
- 1 Latitude, 36° 47'; altitude, \\\ mètres; température moyenne, 22° 9', avec des écarts de + 3° en février et de -f- 4-6° en juillet.
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- riche et peuplée. Sa ville principale est Menaâ, « ville de plaisir et ville sainte », sur l’emplacement d’une ancienne colonie romaine, commerçante, entourée de forêts, de beaux jardins, au confluent de l’oued bou Zina (r. d.), dont la vallée est suivie par un chemin qui conduit de Batna à Biskra.
- A moins d’une heure de marche à l’est, dans les gorges du djebel Lazereg, est situé Nara, réunion de trois villages, dans une très forte position, illustrée par la résistance qu’elle opposa, au mois de janvier 1850, à l’attaque dirigée par le colonel Canrobert. La ville fut rasée, les femmes et les enfants dispersés ; les hommes étaient tous morts.
- A la sortie des montagnes, est l’oasis de Djemora et, plus en aval, celle de Branis.
- L’oued Abdi se réunit à l’oued el-Kantara au pied du djebel bou Ghezal. Il en est séparé parles arêtes du djebelMahmel que prolongent au sud-ouest celles du djebel Nouacer, du djebel Essor, et du djebel Kteuf.
- Entre l’oued Melah et l’oued Abdi s’allonge le djebel el-Bous (1750m).
- Oued el-Abiod. — L’oued el-Abiod reçoit ses premières eaux des plateaux de Médina etduChclia. Les plateaux de Médina forment une superbe combe de pâturages et de terres fertiles et bien arrosées. Il n’y existait aucun village, en 4884, mais on y a créé un centre administratif et l’on a attribué â la colonisation une partie des terres séquestrées à la suite de l’insurrection de 1879.
- C’est une des positions les plus remarquables de l’Aurès et en quelque sorte la clef de sa domination. La combe est comprise entre le Chelia au nord, et la muraille du Mzara au sud. Elle communique avec Batna par Aïn Kafar et le teniet Abd er-Rahman ; avec Khenchela par le col de Tisougarine, long défilé de 8 kil. de long. Elle commande la tête des vallées de l’oued Abdi et de l’oued Chennaoura, et les chemins qui viennent du nord par le pays des Achèches, en contournant la masse du Chelia.
- A l’entrée de la vallée de l’oued Abdi, le village d’el-Ham-
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- mam, situé à une grande hauteur, constituait une forte position, difficilement abordable, et qui a etc le centre de l’insurrection de 1879. 11 a été rasé. La vallée s’élargit ensuite ; elle est très peuplée et admirablement cultivée ; elle forme un rectangle allongé, de 40 kilomètres de long, compris entre les murailles sauvages du Bas el-Dra à l’ouest, du djebel Louah à l’est, entre les gorges de Médina au nord et celles de Tirani-min au sud. C’est le cœur de l’Aurès.
- Les gorges de Tiranimin, longues de 3 kilomètres, sont les plus belles de l’Algérie ; elles sont formées par une brisure perpendiculaire dans la muraille de la rive gauche, par laquelle les eaux de l’oued Abdi s’échappent pour tomber dans un sillon parallèle où elles se réunissent à celles de l’oued Chennaoura. Les Romains avaient construit deux forteresses à Tiranimin et à Tifelfcl, pour commander l’entrée et la sortie de ce défilé que l’on peut considérer comme la porte du réduit principal de l’Aurès.
- Une Guelaâ près de Tifelfel.
- Dans la partie inférieure de la vallée s’échelonnent encore de nombreux villages : Tamrit, el-Arich, Banian, Mchounech, résidence du caïd des Béni Sliman, entourés de belles cultures, etc., et, enfin, à la sortie des montagnes, Ilabel, Seriana, qui sont de petites oasis.
- Il n’y a que des communications très difficiles entre la vallée de l’oued el-Abiod et celle de l’oued Abdi, à travers les montagnes du Ras cl-Dra, prolongées par le djebel Lazereg. Les passages les moins mauvais sont entre ces deux crêtes dans l’aftaissement qui les sépare ;
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- Tous les villages sont dominés par des tours de sûreté, gue-laâ, dont nous avons parlé. Quelques-uns ne sont accessibles que par des escaliers extrêmement raides et ressemblent à des burgs du moyen Age.
- Tabentout.
- Tabentout, au nord, auprès de Tiranimin, est particulièrement remarquable.
- Les arêtes blanches du djebel Tizougarinc au nord, les grandes falaises de calcaire rouge du djebel Ahmarkaddou au sud, bordent sur sa rive gauche la vallée de l’oued Abdi.
- Oued el-Arab. — L’oued el-Arab enveloppe à l’est le massif de l’Aurôs et le sépare du djebel Cherchar, plus difficile encore que l’Àurès, aux roches convulsionnées, privé d’eau, et ne nourrissant que quelques rares troupeaux de chèvres. La crête du djebel Cherchar se maintient à une altitude moyenne de 1400 à 1500 mètres et domine d’environ 500 mètres le fond de la vallée. Le point culminant est au kef Alien Nas (1878m).
- Dans la vallée de l’oued el-Arab se trouvent : la zaouia de Klieran, affiliée à celle plus importante de Liana ; el-Oudja, « la jolie » ; Khanga Sidi Nadji, à la limite des montagnes (254m), c’est la capitale du djebel Cherchar et la résidence du caïd, dans un site des plus riants, avec un bordj et une belle mosquée, centre d’un important marché.
- Plus en aval, est l’oasis de Liana, importante par la zaouïa d’Abd el-Hafid, dont l’influence rayonne sur toute la plaine ;
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- Bâclés (Ad Badias des Romains, ancien évêché) ; Zeribet el-Oued, au confluent de l’oued Gucclitane.
- Sur sa rive gauche, l’oued el-Arab est serré de près par les arêtes du djebel Cherchar; sur sa rive droite, au contraire, il reçoit plusieurs affluents de quelque importance :
- l’oued Mouahar qui vient d’Aïn Tamagra ;
- l’oued Mellagou qui coule dans une superbe vallée d’excellentes terres de culture dans le pays des Boni Oudjana. Ce territoire, couvert de ruines romaines qui attestent son ancienne prospérité, est passé depuis peu de temps sous le régime civil et offre les plus belles promesses à la colonisation européenne.
- Le chemin de Meclina à Khenchcla débouche du col de Tizou-garinc à Aïn Frariou et traverse l’oued Mellagou en passant par Tamza, résidence d’un marabout vénéré. 11 est ensuite tracé entre des montagnes boisées : le djebel Noughis au nord, le djebel Amamra (2081m) au sud, à travers un pays verdoyant, de l’aspect le plus riant, bien arrosé, et qui appelle l’activité européenne. Les forêts de cèdres d’Aïn Timimoum sont des plus belles.
- D’importantes ruines montrent que les Romains avaient de grands établissements dans cette région. La base de leur occupation était Khenchela. C’est en effet une des clefs de l’Aurès, d’où l’on commande la vallée de l’oued el-Arab et le chemin de Tebcssa.
- Un autre affluent important de l’oued el-Arab est l’oued Guechtane qui recueille toutes les eaux du Mzara, traverse le pays tourmenté où sont les marabouts de Sidi Ali, de Sidi Fatalla, sort de la montagne au Darmount, et, après un parcours de 5 à 6 lieues dans le Sahara, vient se réunir à l’oued el-Arab à Zeribet el-Oued.
- Entre l’oued cl-Abiod et l’oued Guechtane, les plateaux du Mzara, après s’être d’abord affaissés en pentes douces vers le sud, se creusent brusquement en ravins profonds. De grands bois couvrent les montagnes, qui se relèvent ensuite en une masse épaisse que l’on appelle le djebel Ahmarkaddou. Elles
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- donnent naissance h des eaux nombreuses qui se précipitent en torrents impétueux, de sommets élevés de 1800 mètres environ, sur les plaines du Sahara qui, à une dizaine de lieues de distance seulement, sont au niveau de la mer. Les sentiers suivent ces fissures, du fond desquelles on n’aperçoit le ciel que par échappées. C’est dans ce pays difficile, peuplé de montagnards sauvages, que se trouve, dans les gorges de l’oued bou Atrous, la zaouïa de Timmcrmassin, d’où est parti le signal de l’insurrection de 1879.
- Sur la limite méridionale de l’Aurès, sont de nombreuses petites oasis.
- Les tribus du Sahara ont des terres de culture sur les hauteurs, et, réciproquement, les montagnards ont des palmiers dans la plaine et sur les pentes inférieures.
- Batna, au nord de l’Aurès, est le centre du commandement et de la surveillance des montagnes.
- Batna, Biskra, Khenchela, et Kbanga sont, comme nous l’avons dit en commençant, aux quatre sommets du quadrilatère qui circonscrit l’Aurès. Ce sont, en outre, les têtes des routes, et par conséquent les points d’appui des troupes dont la mission est de maintenir la tranquillité dans ces montagnes.
- Ces positions étaient déjà occupées à l’époque romaine par des postes fortifiés, à Lambèse, près de Batna, à Biskra, à Badôs, à ksar Baghaï, près de Khenchela.
- Khenchela est un bordj de construction française, près duquel un village naissant est destiné sans doute à devenir un centre important de colonisation et l’un des marchés principaux de l’Aurès, à 80 kil. de Batna, à 48 kil. d’Aïn Beïda, à 90 kil.de Tebessa; mais le manque de routes et l’éloignement ne permettent pas
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- à la colonisation d’y prendre encore sérieusement pied. Le climat est sain, très froid en hiver, et la neige y est abondante.
- Les Berbères de l’Aurès ont énergiquement résisté à la conquête romaine. Au VIe siècle, dans la période gréco-byzantine, Salomon, un lieutenant de Bélisaire, fut chargé de réduire l’Aurès. Il réussit à forcer ses adversaires à s’enfermer dans Zerbulie, dont on croit reconnaître les ruines immenses dans la région de Khenchcla. Il s’en empara, mais ses victoires restèrent stériles. L’Aurès ne fut point asservi.
- L’invasion arabe réussit mieux, mais surtout parce que les Arabes se servirent plus de la prédication religieuse que de leurs armes. Comme en Kabylie, des tribus de marabouts se sont plus ou moins fixées au sol, et, leur prestige religieux s’imposant peu à peu aux Berbères, elles prirent une grande influence.
- Lors de la conquête française, les tribus de l’Aurès accueillirent Ahmed, le dernier bey de Constantine, et lui donnèrent asile (1837 à 1848).
- Lorsque Biskra fut pris, Batna occupé, les colonnes françaises commencèrent à pénétrer dans l’Aurès (1845, colonne Bedeau) et obtinrent la soumission du pays. Des mouvements hostiles continuèrent pourtant à se manifester de temps à autre. La prise de Nara (janvier 1850) rétablit la paix pour une longue période.
- Les tribus principales qui habitent l’Aurès sont : les Oulad Zian, dans l’oued Biskra et l’oued Abcli ; les Oulad Daoud, ou Touaba, dans l’oued el-Abiod ; les Béni bou Sliman et les Béni Imboul, dans l’oued Chcn-naoura, l’oued Guechlanc, et l’oued Mcllagou ;
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- les petites tribus chaouïa de l’Ahmarkaddou ; les Béni Oudjana et les Béni Imboul, sur les plateaux du Chçlia et du Noughis ;
- les Amamra, entre le Chelia et Khenchcla ; les Àchèche, entre Batna et le Chelia ; les Nemcncha, entre Khenchcla et Tebessa.
- Autour de l’Aurès, dans le Sahara, les principales tribus nomades sont les Sahari, à l’ouest de l’oued Biskra ; les Arab Cheraga et Uharaba, dans les Ziban.
- Deux grands partis, ou sofs, divisent les tribus de l’Aurès et du Sahara voisin, comme ils divisent toutes les tribus de l’Algérie. L’un regarde la conquête française comme un fait accompli, et en accepte les avantages avec les conséquences; l’autre est le vieux parti musulman, qui nous hait sans mesure.
- D’une manière générale, les fractions opprimées des Berbères, des nègres, des khammès, se sont ralliées à la conquête. L’aristocratie arabe, qui a vu diminuer son prestige, son autorité, et ses richesses, nous est hostile.
- En 1859 et en 1879, ce furent les marabouts qui fomentèrent les insurrections de l’Aurès, et ils échouèrent autant devant la froideur des Chaouïas que devant la force de nos armes.
- Quatre ordres religieux se partagent l’influence dans l’Aurès; leurs centres sont :
- 1° La zaouïa de Timmermassin (secte dissidente des Abd el-Hafid) ;
- 2° La zaouïa de Kheran, affiliée à celle de Liana, qui domine les Béni Imboul, le djebel Cherchar, et une partie de la Tunisie, où elle a une zaouïa à Nefta. Cet ordre s’est, depuis plusieurs années, montré assez sympathique ;
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- 3° La zaouïa de Tolga, dans les Ziban, qui domine le nord du Sahara; elle se rattache à l’ordre puissant des Rhamania, dont le fondateur est Si Abd er-Rhaman bou Koubrin. Le grand maître algérien était le vieux cheikh Heddad, des environs de Boghar; mais une autorité supérieure, connue des dignitaires seuls, imprime, dit-on, à tous les khouan, l’impulsion à laquelle ils obéissent aveuglément.
- La zaouïa de Tolga a pour supérieur immédiat le marabout de Tozeur, en Tunisie. Elle est fort ancienne, compte un millier d’élèves et reçoit des dons considérables. En 1849, on eut à se louer de ses bons offices pendant le siège de Zaatcha; il en fut de même en 1876, lors de l’attaque d’el-Amri. En 1879, son attitude fut moins franche;
- 4° La zaouïa de Temassin, de l’ordre des Tedjâna, qui domine l’Oued-Righ, le Souf, et l’extrême Sud.
- Nous en parlerons plus loin en détail.
- L’insurrection de 1879 dans l’Aurès fut fomentée par des khouan de Timmermassin , qui réussirent d’abord à faire surprendre et à massacrer plusieurs chefs dévoués à la cause française ; mais bientôt enveloppés par les colonnes parties de Batna, de Khenchela, et de Biskra, les insurgés, dont le centre d’action avait été el-Hammam, n’eurent d’autre alternative que de chercher à s’échapper dans le Sahara, par la vallée de l’oued Guechtane.C’est ce qu’ils tentèrent; mais les goums de toutes les tribus qu’il leur fallait traverser, les razzièrent impitoyablement; puis, les spahis du poste de -Zeribet, se jetèrent sur eux avec les goums du djebel Cherchai’ et du Zab Chergui. Poussés de tous côtés, ils voulurent gagner l’oasis de Negrine à travers
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- les sables; mais la température était effroyable. Ils tombèrent les uns après les autres ; une dizaine d'hom mes seulement arrivèrent mourants à Negrine. On alla au secours de ces malheureux; mais on ne trouva que 3 ou 400 cadavres, déjà calcinés par la fournaise saharienne.
- Djebel Cherchar et Monts des Kemeneha.
- A l’ouest do l’oued el-Arab, les montagnes ont été peu explorées, en dehors des directions qui conduisent de Tebessa et de Khenchela aux oasis de Negrine, en traversant les territoires des Nemencha.
- Cette grande tribu nomade se fractionne en trois groupes : les Oulad Rechaïch, dans le djebel Cherchar et la plaine de Sbikra ;
- les Brarcba, dans la vallée de l’oued Hallail ;
- les Allouana, entre l’oued Tilidjen et la Tunisie.
- Ces tribus ne furent soumises qu’en 1831, après l’occupation de Tebessa, et restèrent très remuantes.
- Le pays des Nemencha est très intéressant. Les forêts et les eaux y abondent. La plaine du nomade touche aux montagnes abruptes du Berbère. De nombreuses ruines romaines attestent son ancienne culture.
- Les vallées de l’oued bou Doukan, de l’oued Hallail et de son tributaire l’oued Tilidjen mettent en relation les plateaux de Tebessa avec les oasis du Souf et du Djerid.
- Ces plateaux sont limités au sud, à une dizaine de kilomètres de Tebessa, par l’arête du djebel Doukan, dont Torien-tation est la même que celle des rides de l’Aurès.
- Parallèlement, en descendant vers le sud, les crêtes du Djebel Foua, du djebel Ong, et du djehel Madjour (montagne de Negrine) séparent les étages successifs des plaines de Nemencha jusqu’à la dépression des grands cbotts. Nous donnons à leur ensemble le nom de Monts des Nemencha.
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- Le djebel Ong est à 90 kilomètres environ en ligne droite de Tebessa.
- Dans la vallée de l’oued bon Doukan, au village de Sidi Abid, construit en amphithéâtre sur les pentes du djebel Raich (1400m) se trouve le tombeau d’un marabout vénéré, et c’est de là que sont parties plusieurs fois les incitations à la guerre sainte. En novembre 1871, le village fut incendié et la mosquée détruite, en châtiment de l’insurrection des Oulad Sidi Aloid.
- La route ordinaire de Tebessa à Negrine suit la vallée de l’oued Cheria, qui s’appelle plus bas l’oued Hallail.
- Le village de Cheria ne se compose que d’une vingtaine de pauvres maisons ; le climat, très chaud en été, est rigoureux en hiver. Jusque-là le pays est monotone et inculte ; plus en aval, la végétation devient abondante. C’était dans cette vallée qu’était tracée la voie romaine de Carthage à Ad Majores (aujourd’hui Bessiriani, au sud de Negrine) ; la route suit un long défilé de 35 à 40 kilomètres, bordé par des rochers abrupts de 200 mètres de hauteur (Foum Hallel).
- Dans ce défilé, Djeurf est un village d’une centaine d’habitants de race arabe ; les maisons sont accrochées au rocher, à 60 mètres au-dessus de la vallée.
- La vallée de l’oued Tilidjen s’élargit d’abord en une grande plaine couverte de ruines romaines. Un fort, placé à Tirebesa, commandait la sortie du défilé qui réunit cette vallée aux plaines sahariennes. La rivière traverse la chaîne du djebel Ong, dont la ligne noirâtre limite l’horizon.
- Plus au sud, une dernière ride peu accentuée (djebel Madjour) marque la ligne des oasis de Ferkan et de Negrine. Au delà, s’étend l’immensité du Sahara.
- Negrine est un petit ksar de 200 maisons environ, avec 1500 palmiers.
- Ses habitants reconnaissaient nominalement notre autorité, mais s’abstenaient de payer l’impôt et offraient un refuge et des ravitaillements aux tribus insurgées. C’était un entrepôt de
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- contrebande de guerre. En 1871, pour la première fois, une colonne fut conduite à Negrine, que l’on trouva abandonné Pour en châtier la population, on livra les maisons au pillage et l’on coupa une partie des palmiers.
- Au moment de l’expédition de Tunisie, on fit occuper Negrine pour fermer ce passage aux insurgés du Djerid, et l’on poussa même un poste avancé jusqu’à Debila, à 130 kilomètres plus loin, dans les oasis du Souf. Depuis cette époque, on maintient des troupes sur ces deux points. L’ardeur du climat en rend le séjour des plus pénibles. Ces postes sont en communication optique avec Tebessa par des stations intermédiaires placées sur le djebel Madjour, sur le djebel Ong, et sur le djebel Doukan. Le poste du djebel Ong communique avec Gafsa1 (djebel Arbate).
- Negrine est également en communication avec Biskra par des postes intermédiaires placés à Badès et au signal de Chegga.
- A 8 kilomètres au nord-ouest de Negrine, se trouve la petite oasis de Ferkan (80 maisons), qui appartient également aux Nemencha, et, entre les deux, les ruines du ksar de Zeroual.
- A six kilomètres au sud de Negrine sont les grandes ruines de Ad Majores (Bessiriani), qui paraît avoir été le point extrême de l’occupation romaine.
- Les Ziban.
- Les Ziban (Zab au singulier) se composent de quatre groupes d’oasis : 1° le Zab cl-Biskra, oasis de Biskra ;
- 2° Le Zab Chergui (Zab oriental) ;
- 3° Le Zab Guebli (Zab méridional) ;
- 4° Le Zab Dahraoui (Zab septentrional).
- 1 La distance en ligne droite des postes optiques de Debila et de Negrine est de 120 à 130 kilomètres. C’est la plus grande portée obtenue jusqu’ici.
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- Zab el-Biskra; nous avons déjà parlé de l’oasis de Biskra, qui est le centre du commandement des Ziban.
- Le Zab Chergui : Chetma, Sidi Khelil, Droh, Seriana, Gar-ta, Sidi Okba, Aïn Naga, Sidi Salah, Zeribet el-Oued, Liana, Khanga Sidi Nadji, Badôs, Zeribet Abmed, el-Feidb, Sidi Mohammed Moussa, el-IIaouch. L’ensemble du Zab Chergui comprend ainsi le territoire situé entre les pentes méridionales de l’Aurès et le chott Melghir, à l’est de l’oued Biskra.
- Zeribet el-Oued est une position importante, au débouché des vallées de l’oued Guechtane et de l’oued el-Arab, sur la route des caravanes qui vont de Biskra au Djerid en passant par les oasis de Ferkan et de Negrine, et sur celle que suivent les caravanes qui viennent directement du Souf en traversant le chott Melghir. L’oasis est pauvre et manque souvent d’eau ; on y a cependant construit un bordj et on y maintient un poste.
- Sidi Okba n’est qu’une misérable ville saharienne, mais, en quelque sorte, la capitale religieuse des Ziban. C’est là que se trouve le tombeau de Sidi Okba, le conquérant de Flfrikia, le fondateur de Kairouan. Après avoir soumis les montagnards de l’Aurès, vaincu les Berbères et les Francs coalisés contre lui, planté le drapeau de l’Islam sur cette terre jusqu’alors chrétienne, il fut surpris avec un petit nombre d’hommes aux environs de Tchouda et massacré avec tous les siens (en 682). La mosquée de Sidi Okba est le plus ancien monument arabe de l’Algérie.
- Le Zab Guebli : Oumach, Mlili, Bigou, Ourlai, Ben Thious, Saïra, Lioua, Oulad Djelal, et Sidi Khaled. Ces oasis sont toutes situées dans la vallée de l’oued Djedi, dans laquelle, au-dessous des sables, on trouve un courant d’eau excellente.
- Le Zab Dahraoui est séparé du Zab Guebli par une bande de sables et de marécages, et comprend : Bou Chaghoun, Lichana, Zaatcha, Farfar, Tolga, el Bordj, Foughala, el-Amri.
- Ces oasis sont alimentées par des sources abondantes descendant du djebel Matraf, que l’on traverse en venant d’el-
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- Outaya. Elles étaient autrefois^très fertiles et bien cultivées ; on retrouve de nombreuses traces de l’occupation romaine, et il serait possible de leur rendre leur ancienne fécondité, en aménageant les sources et en amenant des eaux par des canaux mieux agencés que les conduites établies par les Arabes.
- Tolga est, après Bis^ra, la plus grande oasis des Ziban. C’est une des plus anciennes villes du Zab ; elle est construite sur l’emplacement d’un castrum romain. Elle renferme un grand nombre de mosquées, et c’est, comme nous l’avons dit, un des centres religieux importants du Sud.
- Le nom de Zaatcha est devenu célèbre par le siège que cette oasis soutint en 1849. La résistance, dirigée par un marabout, Bou-Zian, fut des plus énergiques ; elle dura 52 jours. Un premier assaut ayant été repoussé, il fallut en faire un siège régulier ; les clôtures en pisé, qui séparent les jardins, offraient une série de remparts successifs que les boulets trouaient, mais ne pouvaient renverser, qu’il fallut enlever au prix de sanglantes pertes, avant d’aborder le ksar qui constituait le réduit de la défense. Tous les défenseurs furent passés par les armes et les habitations rasées.
- El-Amri a été, en 1876, le centre d’une révolte qui fut réprimée sans grande difficulté.
- A l’ouest d’el-Amri, l’oasis de Doussen n’est pas comptée dans le Zab. Elle est sur les bords de l’oued Mezerag, près d’une superbe nappe d’eau souterraine de 10 mètres de profondeur, dit-on, au pied même de la montagne.
- 5° SAHARA.
- Dans la partie occidentale de l’Algérie, nous sommes campés sur la limite du Sahara, mais sans y pénétrer; dans la partie orientale, au contraire, nous commandons effectivement un certain nombre d’oasis saha-
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- riennes, dont les plus importantes sont celles de l’Oued-Righ et d’Ouargla.
- Nous avons déjà dit. ce qu’était une oasis, réunion de jardins dans une enceinte commune, séparés par des murs de terre et des chemins creux, dans lesquels se déchargent les eaux de l’irrigation. Près de l’oasis est le village ou ksar, entouré de murs plus élevés et flanqués de tours. L’ensemble forme donc une véritable forteresse, avec réduit au centre, susceptible d’une sérieuse résistance, puisque le canon ne peut que trouer les remparts d’argile sans les renverser, et qu’il faut enlever les jardins comme des redoutes enchevêtrées les unes dans les autres.
- Dans les oasis sahariennes, la culture principale est celle du dattier, « l’arbre nourricier du désert ; c’est là seulement qu’il mûrit ses fruits; sans lui, le Sahara serait inhabitable et inhabité ; mais, disent les Arabes, ce roi des oasis doit plonger ses pieds dans l’eau et sa tête dans le feu du ciel ». Le climat du Sahara offre les conditions de chaleur convenables, puisque la température moyenne est de 20 à 24 degrés, suivant les localités, et que, pendant l’été, le thermomètre atteint souvent 43 degrés et parfois 51 degrés à l’ombre. Le palmier supporte d’ailleurs le froid passager des nuits d’hiver, pendant lesquelles la température s’abaisse exceptionnellement à plusieurs degrés au-dessous du point de glace. Partout où l’on trouve de l’eau, on pourrait donc créer une oasis; mais l’eau est rare, et il faut, la plupart du temps, aller la chercher dans des nappes profondes pour l’amener à la surface du sol. En effet, il ne pleut presque jamais dans le Sahara. Des années entières se passent sans qu’il tombe une goutte de pluie à Tougourt ou à Ouargla. Le palmier se contente heu-
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- reusement d’une eau saumâtre; il résiste au sable; il résiste aux ouragans du désert, qui dessèchent toutes les plantes autour de lui. Ses fruits forment la base de la subsistance des populations sahariennes et servent presque seuls aux échanges pour les produits dont elles manquent ; ils donnent non seulement l’aisance, mais ils créent la richesse. Son bois fournit les seuls matériaux dont on dispose pour la construction des maisons et le coffrage des puits.
- L’ombrage des arbres protège, en outre, les champs d’orge qui fournissent le fourrage des chevaux, en petit nombre d’ailleurs, chez les nomades du Sud. On récolte aussi des blés hâtifs, des luzernes, quelques légumes. Les arbres fruitiers du Tell peuvent y vivre. Les pâturages du désert nourrissent les troupeaux de moutons et de chameaux qui donnent la laine pour les vêtements et la matière première pour les tentes. Le désert suffît donc, à la rigueur, à la plupart des besoins de cette civilisation rudimentaire.
- Mais le nomade ne cultive point lui-même ses jardins. 11 en confie le soin à des fermiers, kkammès, qui forment une population sédentaire très différente des tribus arabes par ses habitudes, par son genre de vie, et souvent aussi par ses origines ethniques. Ce sont des Berbères ou des métis noirs et berbères, comme les Rouagha de l’Oued-Righ. Ceux-ci sont les seuls qui résistent aux chaleurs de l’été et aux miasmes paludéens qu’elles développent dans les terres irriguées ; en général, du reste, les ksouriens sont chétifs et d’aspect misérable, débilités par un climat énervant, atteints fréquemment de maladies d’yeux causées par le sable et par la réverbération de la lumière, tandis que, par ses migrations, le nomade se soustrait, pendant l’été,
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- ^fmx influences morbides des oasis. Il vient seulement camper près de ses jardins au moment de la fécondation des dattes 1 * 3 et au moment de leur récolte.
- Oued-Righ. — A 207 kilomètres au sud de Biskra sont les oasis de l’Oued-Righ, dont Tougourt est le centre. Elles sont irriguées par les eaux des nappes qui forment, en quelque sorte, le delta souterrain des vallées de l’oued Igharghar et de l’oued Mia.
- L’oued Igharghar et l’oued Mia sont deux grandes vallées desséchées depuis de longs siècles ; la première prend naissance dans les montagnes du Ahaggar, la seconde descend des plateaux de Tedmaïd, au nord d’Insalah. Au-dessous de ces vallées sèches, les eaux se sont creusé des canaux souterrains et les forages artésiens peuvent les ramener à la surface.
- Tougourt fut occupé pour la première fois au mois de décembre 1854 par le colonel Desvaux, à la suite d’un vigoureux, combat livré à Megarin par le commandantMarmier, à un ché-rif qui depuis longtemps insurgeait le pays. On y installa un caïd et on y laissa une garnison de tirailleurs. La paix y fut maintenue jusqu’en 1871. A cette époque, l’insurrection du Tell eut son contre-coup dans le Sahara. Tougourt fut enlevé et la petite garnison de tirailleurs massacrée. L’ordre y fut rétabli peu de temps après.
- Tougourt est une ville de 2,000 hab. avec une oasis de 170,000
- 1 La fécondation des dattes se fait artificiellement, au mois d’avril, époque de la floraison, en introduisant dans l’enveloppe qui renferme la grappe des fruits femelles, une branche de fleurs cueillie sur les palmiers mâles. Un palmier est en rapport à l’âge de huit ans; il donne
- un rendement moyen de 15 kilogrammes de dattes d’une valeur de
- 3 francs. L’impôt est établi sur chaque arbre, et, suivant les localités, varie de 0 fr. 20 à 0 fr. 40.
- 13.
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- palmiers (ait. 60m), sous un climat extrême qui varie dans une année de — 7° à -{- 56° à l'ombre. L’oasis était autrefois très riche, mais les puits artésiens arabes ne donnaient plus la même quantité d’eau; ils étaient envahis par les sables, et il fallait pousser les forages à des profondeurs que l’on ne pouvait atteindre, par les méthodes arabes, qu’à grands frais et au prix de grandes difficultés.
- Lors de son expédition de 1854, le colonel Desvaux projeta d’y introduire les méthodes de forages par la sonde, et, deux ans après, le premier puits était foré à Tamerna en 23 jours (9 juin 1856), à une profondeur de 60 mètres, et donnait 4,000 litres à la minute.
- De 1856 à 1878 un grand nombre d’autres puits ont été forés sous la direction de M. l’ingénieur Jus ; ils sont ainsi répartis t :
- 1 Zab Chergui........ 9 puits. Profondeur totale forée. 809ra
- Oued-Righ............ 65 — - 4,321
- Environs de Tougourt 30 — — 1,853
- Environs de Temassin 4 — — 295
- Le puits le plus profond est dans le Zab Chergui, à el-Feidh (156m); il ne donne que des eaux ascendantes. La température des eaux varie entre 21° et 26°.
- En 1880, on comptait dans l’Oued-Righ plus de 517,000 palmiers, 9,000 arbres fruitiers, 2,900 maisons, 13,000 habitants, c’est-à-dire qu’en 23 ans, la population avait doublé et que le nombre des palmiers s’était élevé de près de 160,000.
- Chaque puits suffit à l’irrigation de 1500 palmiers, répartis sur 150 hectares. Le forage coûte environ 60 à 70 francs par mètre, et la profondeur moyenne de chaque puits est de 60 à 80 mètres.
- Les communes mixtes vendent 1000 francs un lot de 300 hectares, pouvant receYoiï*30,000 palmiers.
- Ces chiffres suffisent à montrer la possibilité de créer dans l’Oued-Righ un capital agricole considérable.
- Sur ces bases, on a calculé qu’une oasis de 10,000 pieds coûterait 20,000 francs. Les frais d’entretien étant couverts par les cultures accessoires d’orge, et les palmiers rapportant au bout de cinq ans, le, revenu net, tous frais payés, serait annuellement de 24,000 francs.
- A ces calculs optimistes il est prudent d’opposer l’inquiétude que
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- La route de Biskra à Tougourt est jalonnée par une ligne d’oasis auxquelles le forage des puits a, depuis une vingtaine d’années, rendu quelque prospérité. Deux compagnies, celle de Batna et du Sud-Algérien et celle de l’Oued-Righ1 rivalisent d’efforts pour la création d’oasis nouvelles.
- Les principales oasis de cette route sont :
- Bordj Saâda sur l’oued Djedi, 28 kil.
- Bordj Chegga, caravansérail, 32 kil. ;
- Oum et-Thiour, 85 kil. ;
- Ourir, oasis de 27,000 palmiers, créée en 1882 par la compagnie de Batna ;
- Mgheir, 107 kil. (500 hab.);
- El-Ahmra ;
- Oughlana, 157 kil. ; et, dans le voisinage, les oasis créées en 1879 à Tala em-Mouidi (5,000 palmiers); en 1881, à Chria-Salah (7,500 palmiers); en 1882, à Sidi Yahia (13,500 palmiers); en 1884, à Ayata (7,000 palmiers).
- Tamerna, 164 kil. ;
- Sidi Raclied, 179 kil.
- A 20 kil. au sud de Tougourt, se trouve l’oasis de Temas-sin, près de laquelle est la zaouïa de Tamelhat, appartenant à l’ordre des Tedjâna. Cette zaouïa relève, au point de vue reli-
- pourrait causer une diminution dans le rendement des nappes artésiennes, par suite du forage d’une trop grande quantité de puits ou par suite de l’assèchement progressif que l’on constate malheureusement.
- La région de l’Oued-Righ paraît donc accessible aux grandes entreprises européennes. Le climat est aisément supportable pour les Européens, sauf à l’époque des grandes chaleurs, de juin à octobre, où ils devraient quitter le Sahara. Toutefois, les eaux, très chargées de sel, sont mauvaises, et; dans l’hypothèse de grandes exploitations, il faut pourvoir par un procédé de distillation à l’alimentation en eaux potables.
- 1 La compagnie de Batna et du Sud-Algérien a été fondée par M. l’ingénieur Rolland, un des principaux promoteurs de l’exploitation européenne du Sahara; la compagnie de l’Oued-Righ a été fondée par MM. Fau et Foureau.
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- gieux, de celle d’Aïn Madhi (près de Laghouat) où réside le chef de l’ordre ; mais son influence est aujourd’hui plus grande que celle d’Aïn-Madhi, et elle tend à s’en rendre indépendante, c’est-à-dire à s’approprier ses revenus particuliers. Les marabouts de Temassin se sont toujours montrés disposés à vivre en bonne intelligence avec les Français. Un des mokaddems accompagnait la mission du colonel Flatters; mais il a été impuissant à la protéger contre les Touareg, excités sans doute par des khouan des Senousià ou d’autres ordres hostiles. Il fut lui-même massacré.
- Souf. — A une vingtaine de lieues à l’ouest de l’Oued-Righ sont les sept oasis du Souf (22,000 hab.) dont le centre est el-Oued (7,000 hab.). Elles sont arrosées par la même nappe souterraine, mais les eaux étant trop profondes pour être facilement amenées à la surface, les habitants ont creusé le sol de l’oasis pour rapprocher les racines des arbres de la couche aquifère ; les terres enlevées forment autour de l’oasis une sorte de rempart que dépassent à peine les cimes des palmiers. On compte environ 180,000 palmiers, et 2,800 maisons.
- Le Souf est sur la route de Biskra à Ghadamès.
- Au moment de l’expédition de Tunisie, on a placé un poste à Debila, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’el-Oued.
- Ouargla1.— A 190 kil. environ au sud de Tougourt est situé Ouargla, véritable capitale du désert. Autour d’Ouargla sont groupées cinq petites oasis : Bamen-dil, Soth, Rouinet, el-Hadjaja, et Sidi Krouilet. On évalue à environ un million le nombre des palmiers.
- La ville d’Ouargla, qui couvre une surface plus grande que Gonstantine, n’a que 14Q0 maisons et 4,000 habitants : « Arabes, Mzabites, nègres autochtones assujettis à la glèbe, et nègres soudaniens. C’é-
- 1 Latitude, 31 *57'; longitude E., 2° 59'; altitude, 163 mètres, d’après les mesures de M. l’ingénieur Choisy en 1881 ; à 800kilomètres d’Alger.
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- tait, il y a deux siècles, le principal entrepôt des marchandises de la Nigritie, et l’on y comptait, dit on, 100,000 habitants. La suppression de la traite des esclaves a détourné vers la Tripolitaine les caravanes qui venaient autrefois dans le sud de l’Algérie; c’est une des causes de la dépopulation d’Ouargla, qui ne saurait, par conséquent, reprendre son ancienne importance. Cependant c’est encore le point de départ de quelques caravanes qui se rendent à Insalah et dans le pays des Touareg. L’oasis est arrosée par des puits artésiens arabes; on en compte plus de 800. Leur profondeur moyenne est de 60 mètres. Ils donnent une eau de bonne qualité, à la température de 24°, tandis que l’eau des puits ordinaires est salée.
- La route de Tougourt à Ouargla est d’abord tracée dans le lit de l’oued Igharghar, ou plus exactement, elle suit une bande de dépressions ou dayas, d’une largeur de 2 à 10 kilomètres, interrompues par des dunes, et dont l’ensemble ne présente guère le caractère d’une vallée fluviale. La plupart du temps même la pente du terrain est indécise; « il n’y a là ni rivière, ni trace de rivière... On a vu couler l’oued Mia, l’oued Mzab, etc., mais personne de la génération actuelle, ni de la génération précédente, n’a vu couler l’oued Igharghar; cependant, pour tous les indigènes, c’est bien un oued, dans le lit duquel on chemine 1 ». Lorsque l’on remonte à plusieurs marches au sud, le lit est mieux dessiné.
- A moitié chemin environ de Tougourt à Ouargla est le point d’eau d’el-IIadjira.
- Les oasis d’Ouargla et celles de Ngoussa, à 24 kil. au nord d’Ouargla, sont dans une longue dépression de l’oued Mia.
- A quelque distance au nord, l’oued en-Nessa et l’oued Mzab viennent s’y réunir dans la sebkha Safioun.
- 1 Rapports du colonel Flallers.
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- On appelle ces bas-fonds Heicha. Ils sont coupés de dunes; Les berges du côté occidental sont très accentuées et prolongent les plateaux de la Chebka. La nappe artésienne est à une profondeur moyenne de 33 mètres.
- t
- On compte à Ngoussa environ 80,000 palmiers. C’est le point d’arrivée de la route du Mzab, à 175 kil. de Ghardaïa.
- Ngoussa a eu, pendant un certain temps, la suprématie sur les oasis d’Ouargla, qui lui payaient un tribut. C’est, comme toutes les villes sahariennes, un amas de maisons construites en terre, en partie effondrées, mais auxquelles la lumière resplendissante du soleil donne un cachet pittoresque. L’eau y est excellente. La première colonne française y pénétra en 1837, sous le commandement du général Desvaux.
- L’envahissement progressif des sables est une cause de sérieuse préoccupation pour l’avenir des oasis d’Ouargla. On cherche à les arrêter par des plantations qui puissent fixer les dunes. L’oasis est entre les deux bras d’un chott qui n’est pas à sec et lui forme une ceinture délétère. La fièvre y est en permanence. L’insalubrité est augmentée par la stagnation du surplus des eaux d’irrigation qui sont dépourvues d’écoulement et croupissent dans des fossés.
- Ouargla a été déclarée ville française en 1852, après la prise de Laghouat. Ce fut, pendant plusieurs années, le chef-lieu d’un grand commandement indigène exercé par les chefs des Oulad Sidi Cheikh, et relevant de la division d’Oran. L’autorité française y est actuellement représentée par un aga; on y a placé un détachement de tirailleurs. Ce territoire relève du cercle du Mzab, et, par conséquent, de la division d’Alger.
- Goléa. — D’Ouargla à Goléa1, oasis des Chambaâ, (46,000 palmiers environ), point extrême de notre domination dans le Sud, il y a 300 kil. environ. En 1873, le général de Gallifet y conduisit une colonne pour châtier une fraction
- .1 Longitude E., 0°,43f ; Latitude, 34°, 33'.
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- des Chambaâ révoltés depuis 1871. On y a établi une maison de commandement et.un caïd.
- Dans cette région sont les terres de parcours des Mekhralif el-Djeurb (Mekhralif galeux), véritables pirates du désert, qui vivaient du pillage des caravanes, et auxquels nous avons imposé un genre de vie plus normal.
- LES GRANDS CHOTTS.
- Au sud de l’Aurès, s’étend, de l’ouest à l’est, un chapelet de grands chotts dont l’altitude est inférieure à celle de la Méditerranée.
- Un nivellement géodésique ayant donné pour Biskra la cote 124, que l’on pouvait considérer comme à peu près exacte, et la cote de 24m,40 pour le signal de Chegga à l’ouest du chott Melghir, on prit cette cote pour point de départ, et l’on détermina, en 1874, par un nivellement géométrique, les cotes de hauteurs du chott Melghir; elles furent estimées, en certains points, à 20 et à 30 mètres au-dessous du niveau des eaux de la mer. Il était assez plausible de supposer que cette dépression s’accentuait encore plus à l’est, en se rapprochant de la côte, et l’on conclut trop rapidement à la possibilité de ramener les eaux dans ce bassin en perçant, par un canal, l’isthme étroit qui le séparait du golfe de Gabès, c’est-à-dire en rétablissant une communication que l’on croyait avoir existé à une époque ancienne. Il se trouva, tout au contraire, que les premières cotes mesurées étaient les plus basses, que les fonds se relevaient à l’est, et que, sur une grande étendue, ils étaient même à un niveau très supérieur
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- à celui de la mer. Les données du problème de la création d’une mer intérieure se trouvaient ainsi très modifiées. On persista pourtant, pendant un certain temps, dans les efforts pour en amener la solution.
- Nous résumons succinctement le résultat des études faites sous la direction du commandant Roudaire pour le nivellement des chotts :
- L’extrémité ouest du chott Melghir1, à 50 kil. au sud de Biskra, est à 375 kil. du golfe de Gabôs ; le chott Melghir se prolonge par une suite de dépressions séparées les unes des autres par des seuils plus ou moins larges, et dont les principales sont : le chott Rharsa, que coupe la frontière de Tunisie et le cliott el-Djerid. Le fond en est ondulé, couvert de cristallisations salines, et, en beaucoup d’endroits, d’une consistance boueuse.
- A une époque difficile à préciser, postérieure, peut-être, aux temps historiques, cette région était un grand lac. Le commandant Roudaire a pensé que ce bassin devait être l’ancien golfe Triton de la géographie de Ptolémée; mais cette opinion a été vivement contestée2.
- Le nivellement géométrique du cliott Melghir fut exécuté pendant l'hiver 1874-1875, sur un périmètre de 540 kil.
- Des profondeurs de plus de 31 mètres furent trouvées près du bord occidental ; mais le fond du chott se relève vers l’est.
- Il est séparé du chott Rharsa par le seuil d’Asloudje, large de 15 kil., dont l’altitude est de 1 à 2 mètres au-dessous de la cote zéro. Ce seuil forme un petit bassin fermé d’une superficie de 80 kil., bordé à l’ouest et à l’est par des dunes de sables de 7 à 10 mètres d’élévation.
- 1 11 serait sans doute plus exact d’écrire Melghigh au lieu de Melghir, Gharsa au lieu de Rharsa. Nous nous sommes cependant demandé s’il ne fallait pas faire une concession aux habitudes prises.
- 2 Le docteur Rouire, dans une série de notes soumises à l’Académie des Sciences, croit devoir retrouver le lac Triton dans la sebkha Kelbia, au nord de Kairouan. (Voir plus loin à la Tunisie.)
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- La superficie du bassin inondable du chott Melghir est évaluée à 6,900 kil. car. ; celle du chott Rharsa, à 1300 kil. car.
- La superficie inondable totale est donc de 8,200 kil. car., soit 14 à 15 fois la surface du lac de Genève. La profondeur moyenne, presque uniforme, est de 24 mètres.
- L’année suivante (1876), le commandant Roudaire, partant de Gabès, fit un second nivellement poür se raccorder avec celui du chott Melghir. Il constata l’existence d’un seuil de 22 kil. entre la côte et l’extrémité orientale du chott el-Djerid. Ce seuil est formé, en partie, de roches dures (grès ou calcaires) et, en partie, de sables. Il est constitué par deux lignes de collines dirigées du nord au sud : la première, à 10 kil. de la mer, à une altitude de 28m,45; la seconde, à 9 kil. plus loin, à une altitude de 46m,36.
- Quant au chott el-Djerid, son niveau est de 15 à 20 mètres au-dessus de celui de la mer, mais il est formé d’une croûte molle et peu épaisse, sels et sables agglomérés, sur laquelle il est impossible de marcher, et au-dessous de laquelle des sondages ont permis de constater l’existence d’une nappe d’eau et de courants en sens divers.
- Le chott el-Djerid ne peut être traversé que sur un petit nombre de chaussées étroites, dont les indigènes suivent le jalonnement avec la plus grande prudence. Le moindre écart en dehors de la route tracée exposerait les caravanes à l’enlisement. Les traditions, grossies sans doute par l’imagination des conteurs, parlent de caravanes d’un millier de chameaux disparus, les uns derrière les autres, dans les boues du chott el-Djerid.
- La surface de ce chott est évaluée à 5,000 kilomètres carrés.
- Le chott el-Djerid est séparé du chott Rharsa par un seuil ayant de 10 à 15 kil. de largeur avec des altitudes variables : 50 mètres au seuil de Mouïat Sultan, à l’ouest de Nefta ; 79 à 84 mètres entre Tozeur et Dgache ; 90 mètres au seuil de Kris.
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- Le commandant Roudaire a proposé d’inonder le§. chotts et de créer une mer intérieure en ouvrant une communication entre le golfe de Gabès et le cbott Rharsa, au moyen d’un canal qui, après avoir percé le seuil de Gabès (ou celui de l’oued Melab, plus au nord), traverserait le cbott el-Djerid et franchirait le seuil de Tozeur.
- La création de cette mer intérieure, contribuerait, a-t-on dit, à la sécurité du Sud de l’Algérie. En outre, on espérait que cette vaste nappe d’évaporation donnerait naissance à des nuées qui se résolveraient en pluies, amélioreraient le climat de cette partie du Sahara, et augmenteraient le volume des eaux souterraines.
- Ces propositions, soumises en 1882 à l’examen d’une commission, n’ont pas été adoptées, en raison surtout des dépenses élevées qu’elles devaient entraîner. Üne compagnie, sous le patronage de M. de Lesseps, a cherché à reprendre le projet h ses risques particuliers en demandant seulement des concessions de forêts dans l’Aurès et de terres autour du bassin inondé. Ce projet a été abandonné.
- Les chiffres suivants ont quelque intérêt :
- Surface inondable : 8,200 kilomètres carrés.
- Capacité du bassin : 172 milliards de mètres cubes.
- Évaporation annuelle prévue : 6 milliards de mètres cubes. Volume des eaux à amener, en tenant compte de l’évaporation, pour remplir le bassin en 10 ans : 222 milliards de mètres cubes ;
- soit un débit de 704 mètres cubes par seconde, égal à 20 fois le volume de la Seine à son embouchure aux basses eaux; ce résultat pourrait être obtenu par un canal ayant une profondeur de 14 mètres et une largeur de 30 mètres au plafond. La longueur du canal serait de 180 kil.
- La commission a calculé :
- Un déblai de 876 millions de mètres cubes de terre, et de 26 millions de mètres cubes de rochers.
- Ce qui occasionnerait une dépense de 1,286 millions de francs.
- Le commandant Roudaire, de son côté, pensait ne devoir les évaluer qu’à 177 millions, et il supposait que les bénéfices des concessions couvriraient les intérêts du capital engagé.
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- IV.
- SAHARA
- ET
- EXPLORATIONS SAHARIENNES'.
- Les grandes explorations du centre de l’Afrique faites, de nos jours, par de hardis voyageurs, ont appelé l’attention de l’Europe sur ces immenses régions que l’on appelle Nigritie (Dhidi Ba) ou Soudan (Haousa).
- Pour atteindre ce pays, où l’industrie et le commerce pourraient trouver, espère-t-on, de vastes marchés, les voyageurs sont ordinairement partis des côtes du Zanzibar, des hautes régions du Nil, ou des côtes de la Tri-politaine. Un autrichien, le Dr Lenz, est le seul européen qui ait réussi à se rendre du Maroc au Sénégal par Timbouctou (1880). Toutes les tentatives faites par des voyageurs partis du sud de l’Algérie ont échoué ou ont été arrêtées par un dénouement tragique.
- Séduits par la grandeur de l’entreprise et trop portés à s’en dissimuler les difficultés, des hommes, considérables par leur situation, ont posé, il y a quelques années en France, le problème de la construction d’un
- 1 Voir les cartes et les notices : Méditerranée et Nord de VAfrique. — Afrique de l’Atlas Niox.
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- chemin de fer transsaharien et ne l’ont point trouvé insoluble.
- On a dit que la distance d’Alger à Timbouctou n’était pas la moitié de celle qui sépare New-York de San Francisco, que les obstacles à franchir n’étaient pas plus considérables que ceux du centre de l’Amérique, et que les populations n’en étaient pas plus à craindre.
- Partant de ces données un peu vagues, on résolut de commencer des études préliminaires, et l’on pensa pouvoir leur donner un caractère absolument pacifique. Dans ce but, on décida d’écarter l’élément militaire. Une exception fut faite cependant pour la mission qui devait explorer le sud du Sahara de Gonstantine ; tout en étant organisée par le ministère des travaux publics, le commandement en fut confié au lieutenant-colonel Flattées, qui, ayant séjourné longtemps à La-ghouat, avait eu des relations avec les tribus des Chambaâ et avait accueilli avec enthousiasme l’idée de se rendre au Soudan.
- Il était certainement illusoire d’espérer que les bandes pillardes des Touareg et les autres nomades du Sud sauraient apprécier cette nuance de l’organisation civile des missions et rendraient hommage à la pensée pacifique et civilisatrice qui en inspirait les organisateurs. Pour les populations du désert, tout Européen est un ennemi, et l’on ne peut s’en faire respecter qu’à la condition de s’en faire craindre.
- Trois missions furent envoyées dans le sud de chacune des provinces :
- La mission de la province d’Oran ne dépassa pas Tiout. Prévenue que des coureurs marocains battaient le pays, elle rétrograda.
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- Cette région avait déjà été visitée, en 1847, par le général Cavaignac, et la route en était connue. En 1860, le commandant Golonieu était même allé jusqu’au Gourara. De ce côté, aucune donnée nouvelle ne fut donc acquise.
- La mission de la province d’Alger se rendit de Lag-houat à Goléa par le Mzab et revint de Goléa à Riskra, directions également connues, mais qui furent plus particulièrement étudiées au point de vue technique de la construction d’une voie ferrée. Elle constata que, dans les environs de Goléa, les areg n’avaient qu’une largeur de quelques kilomètres (1600 mètres même en un certain point), et que la construction d’une voie ferrée offrirait peu de difficultés1.
- Enfin, la mission principale, sous la direction du colonel Flatters, s’organisa à Ouargla au mois de mars 1880.
- Plusieurs voyageurs avaient déjà tenté de pénétrer chez les Touareg.
- En 1848, M. Ismaïl Bou Derba, interprète militaire, se rendit de Laghouat à Rhat2, et courut les plus grands dangers. C’était cependant un arabe instruit, très à hauteur de sa mission, et connaissant, autant qu’il ôtait possible, les mœurs des nomades. Il n’échappa à la mort qu’en revenant à marches forcées de Rhat à Ouargla.
- De 1850 à 1854, un allemand, Barth, était allé de Rhat, par Asiou et Agadès, à Sokoto et à Timbouctou.
- 1 Mission Choisij (Revue des Deux-Mondes, Ier février \ 881). s II serait, sans doute, préférable d’écrire Ghat et non Rhat, de même qu’on écrit Ghadamès; nous avons cru devoir cependant nous conformer, pour celte orthographe, aux habitudes reçues. Rien n’est plus difficile que de vouloir appliquer un principe d’une façon absolue.
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- En 1860 et en 1861, M. Duveyrier1 alla de Ghada-mès à Rhat, et, grâce à la protection du cheik Othman, chef targui qui joignait à une rare intelligence une influence qu’aucun homme n’eut après lui, il parcourut une grande partie du pays des Touareg du Nord et en rapporta de précieux renseignements.
- Des tentatives pour renouer les relations commerciales avec le centre de l’Afrique, avaient été également faites par le gouvernement de l’Algérie.
- En 1862, on envoya à Ghadamès, une mission (commandant Mircher et capitaine de Polignac), pour traiter avec les Touareg, qui se montraient alors fort bien disposés. Une convention fut signée; quelques chefs touareg vinrent même à Paris, mais ce traité est toujours resté à l’état de lettre morte.
- En 1864, un allemand, Rohlfs, s’est rendu du Maroc à Tripoli, en passant près d’Insalah.
- En 1869, Mlle Tinné, hollandaise, fut assassinée entre Mourzouk et Rhat.
- En 1872, MM. Dourneaux-Duperré et Joubert, partis de Ghadamès pour pénétrer dans le pays des Hoggar, furent massacrés à 40 jours de Ghadamès.
- Vers la même époque, M. Soleillet parvenait à Insa-lah, mais son voyage est resté à peu près stérile, même au point de vue géographique.
- En 1874, trois français furent tués à quelque distance de Metlili.
- * En 1876, un allemand, von Barry, partit de Rhat et poussa vers l’ouest; mais le pays était en guerre. Il dut revenir précipitamment sur ses pas et mourut peu de temps après, empoisonné, présume-t-on.
- 1 Duveyrier, Les Touareg du Nord.
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- En 1877, un français, M. Largeau s’était rendu à Ghadamès, puis il avait tenté d’aller au Touat, mais les gens d’Insalah l’avaient fait prévenir qu’ils le tueraient s’il poursuivait son projet, et ils s’étaient adressés d’autre part au sultan du Maroc, qui avait envoyé au gouverneur de l’Algérie une protestation assez déplaisante. M. Largeau s’était arrêté dans la vallée de l’oued Mia, à peu près à hauteur de Goléa, à 125 kil. d’Ouargla.
- A la meme époque, M. Louis Say, officier de marine, avait remonté la vallée de l’oued Igharghar, jusqu’à Temassinin, zaouaïa de Sidi Moussa, en passant devant les tentes des Chambaâ dissidents. Il avait eii de bons rapports avec Si Othman, chef des Touareg Ifoghas, qui était venu à Paris avec la mission Mircher.
- C’étaient ces voyages que le colonel Flatters devait reprendre avec des moyens d’action plus importants et une caravane abondamment outillée, en s’efforçant de pénétrer jusqu’au pays des noirs.
- Les Touareg. — Les grands espaces qui séparent le sud de l’Algérie du Soudan, sont le domaine des Touareg.
- Les Touareg sont probablement d’origine berbère ; maîtres du désert, ils le dominent la lance au. poing, le traversent en se jouant, au trot allongé de leurs, mehara, faisant 120 kilomètres dans la journée. Ils étendent leur domination des bords du Niger jusqu’au Sahara algérien et à la Tripolitaine; on ignore où sont les entrepôts de leurs richesses, la résidence de leurs familles, et quelles routes y conduisent.
- Au Soudan, ils font cultiver, dit-on, de grandes étendues par des esclaves noirs; ce sont eux qui
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- conduisent les caravanes du Soudan au Touat, du Touat à laTripolitaine. Maintenant que les marchés de l’Algérie sont fermés à l’écoulement de la marchandise humaine, ces caravanes se dirigent naturellement vers les pays musulmans, le Maroc ou la Tripolitaine.
- On peut résumer ainsi l’état social de ces populations : une noblesse guerrière, jalouse de ses privilèges, Djo'uad ou Ihaggaren, n’ayant d’autre respect que celui de la force, d’autre souci que la liberté; une sorte de bourgeoisie, relativement nombreuse, représentée par les Amghad, inféodés et absolument dévoués à leurs seigneurs ; enfin, les esclaves, dont la situation est assez douce.
- Les Djouad ont pour principale ressource les droits de péage qu’ils perçoivent sur les caravanes; moyennant cette redevance, les caravanes s’assurent la protection des chefs pendant la traversée de leur territoire, mais ceux-ci ne se font pas scrupule de les atta-quor et de les dévaliser dès qu’elles sont sur le territoire voisin.
- Les Touareg n’ont pas de chevaux. Leurs armes ordinaires sont la lance, le sabre, une sorte de poignard à large lame, et le fusil. Ils portent, pour se garantir du sable, un voile noir sur la figure, et ne le quittent jamais. Leurs femmes ont au contraire le visage découvert.
- Lés Touareg sont divisés en un grand nombre de tribus qui forment quatre groupes principaux que l’on distingue en Touareg du Nord et Touareg du Sud.
- Les Touareg du Nord comprennent les Azdjer ou Azgar, à l’est, et les Ahaggar ou Hoggar, à l’ouest.
- Les Touareg du Sud comprennent les Kel Ouï, qui vivent autour des montagnes de l’Air, et les Aouélim-
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- miden, qui parcourent le pays entre le Maroc et le Niger.
- Les Azdjer reconnaissent une sorte de suzeraineté du pacha de Tripoli, qui, en 1875, a fait occuper Rhat par un poste turc.
- Les Ahaggar, au contraire, se rattachent aux centres religieux du Maroc, c’est-à-dire qu’au Touat et à l’ouest, on fait la prière du vendredi au nom du sultan du Maroc, tandis que, chez les Azdjer et à l’est, on la fait au nom du sultan de Constantinople.
- Ces diverses fractions n’ont aucune liaison entre elles; les. chefs ne jouissent que d’un pouvoir limité et fort éphémère ; ils ne se croient nullement liés par les conventions faites avec leurs prédécesseurs. Ils sont continuellement en guerre les uns contre les autres, particulièrement les Ahaggar et les Azdjer.
- Ce sont les chefs des Azdjer qui accueillirent et protégèrent M. Duveyrier pendant son voyage; mais, en 1874 et en 1876, ils avaient subi plusieurs défaites; aussi leur puissance était-elle bien déchue lorsque commença l’expédition du colonel Flatters, qui comptait sur leurs sympathies.
- Première expédition du colonel Flatters '.
- — Le 5 mars 1880, le colonel Flatters partit d’Ouargla. 11 dépassa Temassinin (469 kil.), zaouïa de Sidi Moussa, dont le tombeau est à côté, et poussa, à 6 jours de marche, 264 kil. plus loin, dans la direction de Rhat, jusqu’au lac Men-
- 1 Cette mission se composait de 10 membres formant le personnel scientifique, 15 ordonnances français, 30 indigènes d’escorte, 60 chameliers, 14 chevaux, 250 chameaux. Le convoi portait 4 mois de vivres et 10 jours d’eau. — Voir : Exploration du Sahara et les deux missions du lieutenant-colonel Flatters, par le lieutenant-colonel Derrécagaix (Bull, de la Société de Géographie).
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- khoug1. Son but n’était pas d’aller à Rliat, mais, au contraire, d’appuyer plus à l’ouest. Ses guides chambaâ mettaient cependant une grande insistance à ne pas se rapprocher du Touat, et, malgré ses efforts, il ne pouvait entrer en relations avec les chefs Touareg. Étant donnée l’impossibilité de les rencontrer, et la saison s’avançant, la mission revint sur ses pas (21 avril).
- Deuxième expédition du colonel Flatters.
- — Le colonel Flattcrs repartit d’Ouargla au mois de décembre 1880, avec une nouvelle mission2, en se dirigeant par la vallée de l’oued Mia sur Insalah par Hassi Inifel (ait. 305m), à 170 kilomètres sud-est de Goléa.
- A partir de ce point, la mission remonta la vallée de l’oued Insokki jusqu’à Hassi Insokki (ait. 415m).
- On lut alors encore obligé par les guides à incliner à l’est pour éviter le Touat. On passa par Hassi Messeghen 3, sur la route d’Insalah à Ghadamès, suivie par Rohlf’s en 1864, et ordinairement pratiquée par les pèlerins de la Mecque; on rejoignit à Amguid la vallée de l’igliarghar à travers un affreux pays sans eau.
- Les dernières nouvelles que l’on reçut du colonel Flatters étaient datées du 29 janvier 1881, d’Inziman Tighsin, point voisin de la sebkha d’Amadghor, à 25° 30' de latitude nord.
- 1 Le lac Menkhoug (26° 25' lat. nord ; 5° 33' long, est: ait., 810 m. Température + 32°. Environ 500 mètres de côté, 4 à 5 mètres de profondeur. Eau très bonne. Nombreux poissons.
- 2 Cette deuxième mission comprenait 7 membres, 2 sous-officiers, 2 ordonnances français, 47 tirailleurs indigènes, 31 Arabes des tribus, 7 guides chambaa et 1 mokaddem de l’ordre de Tedjini ; total, 97 personnes, 280 chameaux portant 4 mois de vivres et 8 jours d’eau. On emmenait 3 juments destinées à être données en présent.
- L’absence de chevaux motivée par la difficulté de transporter leur nourriture, était une cause de faiblesse qui eut les conséquences les plus graves.
- 3 Hassi Messeghen, à 670 kil. d’Ouargla, 28° lat. nord, 2° long, est ; ait., 365 m.
- Amguid, 26° lat. nord, 3° long, est; ait. 595 m.
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- Quelque temps après, on apprenait que la mission avait été • traîtreusement attaquée par les Touareg au puits d’el-Gharama (environ 23° lat. nord).
- Les renseignements recueillis près des quelques hommes qui revinrent successivement, permirent de reconstituer les derniers et navrants épisodes de ce drame i.
- Le camp avait été établi h environ 18 kilomètres du puits. Le colonel Flatters et trois des membres de la mission s’étaient rendus au puits. Ils avaient été surpris et massacrés. Les chameaux avaient été enlevés, les guides avaient disparu, et une dizaine d’hommes avaient été tués en combattant.
- Il restait 56 hommes, dont 1 officier, M. le lieutenant de Dianous. Ils reprirent aussitôt la route d’Ouargla, sans vivres, sans moyens de transport, épuisés de fatigues et de privations. Épiés par les Touareg, qui massacrent les hommes isolés, plusieurs succombent dès les premiers jours. D’autres sont rendus presque fous par des dattes empoisonnées que leur vendent quelques Touareg. Il faut livrer combat k Amguid; M. de Dianous et plusieurs hommes sont tués; M. l’ingénieur Santin et d’autres ont disparu. Il reste 34 hommes sous la direction du maréchal des logis Pobéguin. Malade, incapable de marcher, n’exerçant plus qu’une autorité insuffisante, la désunion se met dans sa petite troupe. Quelques-uns s’enfuient avec trois des chameaux sur les quatre qui restaient. On ne mange plus que des débris d’animaux morts, trouvés sur la route. Quelques hommes meurent de faim. Des discussions s’élèvent parmi ces malheureux, ils s’entretuent et se nourrissent de la chair de ceux qui sont tués. Pobéguin mourant est achevé. Enfin, le 1er avril, 12 hommes, les derniers survivants, arrivent à Messeghen. Ils y furent recueillis par des cavaliers du maghzen d’Ouargla, où la nouvelle du désastre de la mission avait été apportée, quelques jours avant, par quatre des hommes qui en faisaient partie.
- ‘ Capitaine Bernard, Deuxième mission Flatters; liistorique et rapport rédigés au service central des affaires indigènes. Alger, 1882.
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- Plusieurs hommes isolés, qui avaient échappé au massacre, revinrent longtemps après par Ghadamès, par Tripoli, et par le Gourara.
- Ce désastre pouvait être prévu ; les lettres reçues du chef des Ahaggar avant le départ étaient presque menaçantes, et l’organisation d’une mission, trop faiblement constituée au point de vue militaire, avait, avec raison, inspiré à beaucoup de personnes, et au colonel Flattcrs lui-méme, des craintes qui n’étaient que trop justifiées.
- Cependant, trop confiant dans des guides qui le trahissaient, il était tombé dans le piège qu’on lui avait tendu. En fractionnant sa caravane et en se séparant d’elle, il avait négligé les mesures de précaution les plus essentielles.
- La nouvelle de ce malheur se répandit avec une étonnante rapidité dans tout le Sud. Les premiers bruits en furent apportés par le Sud-Oranais; presque simultanément le consul de France à Tripoli en était informé par Rhat et par Ghadamès.
- Des missionnaires français se rendant de Ghadamès à Rhat furent massacrés quelques semaines plus tard, et il fallut supprimer les missions religieuses de ces deux villes b
- Le prestige de la puissance française, fort compromis par cet insuccès, ne pourra être rétabli que par un châtiment difficile à infliger. Il ne serait pas impossible de tirer parti des haines qui divisent les populations du désert et d’organiser de fortes expéditions exclusivement indigènes, des djich ou harka, avec les Chambaâ, les Larbaâ, les Oulad Nayl, pour les lancer en razzia sur le Touat et contre les Touareg;
- 1 La liste nécrologique n’est pas close : en 1886, le lieutenant Palat fut assassiné au Touat, près des oasis de Timmi; en 1889, M. Doulz périt de meme au Touat, près d’Akebli.
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- mais les conséquences de ces expéditions seraient absolument stériles au point de vue de l’extension de notre influence, de notre autorité, et de nos relations. On s’est demandé s’il n’y aurait pas mieux à faire ; s’il n’y aurait pas lieu de reprendre tôt ou tard une opération militaire régulièrement organisée, et qui, en établissant d’une manière durable notre autorité dans le Sahara, ouvrirait, pour l'avenir de notre expansion, les routes du Soudan. On ne peut dire que cette entreprise soit irréalisable ; la supériorité de notre armement en assurerait facilement le succès militaire, et des précautions bien prises permettraient le ravitaillement de colonnes auxquelles il ne serait pas nécessaire de donner un effectif très élevé b
- La principale question à poser est une question d’opportunité.
- Pays des Touareg. — Le pays des Touareg, c’est-à-dire la région comprise entre le Sahara algérien et Timbouctou, n’est connu que. par des renseignements encore insuffisants. Elle est encadrée, à l’ouest, par l’itinéraire de René Caillié, de Timbouctou au Tafilct (1828); à l’est, par celui du docteur Barth, de Rhat à Tin Telloust et Sokoto (1854); au nord, elle est traversée, de l’ouest à l’est, par les itinéraires de Rohlf’s, du Tafilet par Insalah à Ghadamès (1864), et par ceux de Duvcyrier, de Ghadamès à Rhat (1861). Enfin, les itinéraires des deux expéditions Flatters la pénètrent entre Insalah et Rhat, jusqu’au 23° de latitude.
- La ligne de partage entre le versant nord ou méditerranéen et le versant sud, bassin du Niger et du lac Tchad, paraît être formée par une suite de hauteurs appelées : Flateau d’Azdjer, au sud de Rhat (vers 24° lat. N.), ayant de 12 à 1500m d’alti-
- 1 Voir : La Conquête pacifique de l’Intérieur africain, par le général Philcbert. — Paris, Leroux, 1889.
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- tude; Tasili du nord, Djebel ou Plateau d’Ahaggar, Djebel ou Plateau de Mouydir, au sucl d’Insalah; Plateau de Ted-maïd, au nord d’Insalah.
- Les montagnes du Ahaggar forment la région la plus élevée de la ceinture méridionale du Sahara. D’après les renseignements recueillis par Barth et par Duveyrier, les vallées alimentées par les réservoirs de ces hautes montagnes, qui conservent de la neige pendant deux ou trois mois, se continuent, vers le nord, par l’oued Igharghar, dont les sources sont ainsi à 1000 lui. de l’Oued-Righ, que l’on peut considérer, pour ainsi dire, comme son delta souterrain. Ces hautes vallées sont relativement riches en pâturages. Les centres de population principaux sont Idelès, agglomération de 50 à 60 maisons, sur l’oued Igharghar, et, à une marche et demie plus au sud, Tazerouk, sur le versant du lac Tchad.
- A l’est d’Idelès, entre le djebel Ahaggar et le Tasili, se trouve la grande saline de la sebkha d’Amadghor, qui a une étendue d’un jour de marche (25 à 30 kil.), et où venaient autrefois s’approvisionner les nomades du Sahara et les marchands du Soudan. Les uns et les autres s’y réunissaient à certaines époques, et il s’y tenait une sorte de grande foire d’échange.
- La sebkha d’Amadghor a dû être autrefois un lac intérieur, duquel sortait, vers le nord, un grand fleuve, l’oued Ighar-ghar. A quelque distance et symétriquement, descend, vers le sud, la vallée de l’oued Tin Tarabia, un des grands tributaires du bas Niger, dans laquelle se trouve le puits de Gharama, lieu de massacre de la mission Flatters. Ce puits est à 250 kilomètres des puits d’Asiou, qui sont sur la route du lac Tchad (itinéraire suivi par Barth).
- Le colonel Flatters était donc bien sur la direction la plus courte pour atteindre, soit le lac Tchad, soit le Niger inférieur, et à peu de distance de la limite nord des pluies tropicales.
- Dans les hautes vallées des tributaires de l’oued Igharghar, on trouve en toutes saisons des points ou des flaques d’eau appelés aghelachen.
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- Près de Temassinin, où passe la route d’Insalah à Ghadamès, aboutissent (r. d.) les vallées des Ighargharen, qui descendent du versant nord du Tasili, et par lesquelles on remonte vers Rhat; on y rencontre également des points d’eau.
- On peut donc admettre que, dans toutes ces vallées, on trouverait des nappes artésiennes et que des forages fourniraient les eaux nécessaires à la création de postes fixes et même d’oasis. Le point d’Amguid (itinéraire Flatters) serait indiqué, dans cette hypothèse, comme poste de liaison entre Insalah, Ghadamès, Rhat, Timissao sur la route de Timbouctou, Bir Asiou sur la route du lac Tchad. -
- Routes du Touat. — Les eaux de la région de Tedmaït, qui est au nord des bas-fonds du Touat et du Tidikelt, se réunissent, pour la plupart, dans la vallée de l’oued Mia, qui trace la route d’Ouargla à Insalah, mais la route la plus facile pour se rendre au Touat est jalonnée par la ligne des oasis de l’oued Saoura, dont les têtes sont l’oued Guir et l’oued Zous-fana de Figuig1; on compte 13 journées de Figuig à Timmi, oasis principale du Touat. Cette route a été. suivie par Rohlf’s; on y trouve de l’eau et des ressources à chaque jour de marche, mais les habitants des oasis rançonnent ou pillent les caravanes trop faibles; aussi, pour éviter le danger, celles-ci préfèrent-elles traverser les areg, où cependant elles ne trouvent pas d’eau.
- Insalah et Figuig sont les deux foyers où s’entretiennent activement les sentiments de la haine musulmane contre les chrétiens. On doit comprendre combien cette attitude paraît froissante aux officiers qui commandent à quelques lieues de distance, et quel serait leur désir
- 1 Voir le Sud-Oranais, page 82.
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- de planter le drapeau français au milieu de ces inso lentes populations. De loin, on juge plus froidement; on pèse les inconvénients de ces expéditions d’aventure, et l’on retient le mieux possible l’ardeur des avant-gardes. On peut prévoir cependant que, dans un temps donné, nous serons fatalement entraînés à vouloir modifier cette situation et sonder cet inconnu.
- La seule voie française vers le Soudan, dit le général de Colomb, est celle qui, partant des ksour des Oulad Sidi Cheikh, est jalonnée par le Gourara et le Touat.
- Sur cette route, à 12 ou 15 jours de marche, le premier groupe d’oasis est celui du Gourara.
- Les caravanes de l’Algérie qui se rendent au Gourara et au Touat se réunissent à el-Abiod ; elles sont ordinairement constituées de trois groupes principaux qui arrivent par trois directions :
- 1° Les Laghouat du Ksel et les gens du Djebel-Amour ;
- 2° Les Harar, les Oulad Ziad, et les Trafi ;
- 3° Les Hamian.
- Les voyageurs, après avoir fait leurs dévotions à la koubba de Sidi Cheikh et cherché, par leurs offrandes, à se le rendre favorable, partent au commencement de décembre. Le voyage dure en moyenne 65 jours jusqu’au retour.
- La caravane, marche réunie jusqu’à Mcngoub, en se faisant protéger par les goums contre les attaques des pillards. Au delà, commencent les areg et les dangers sont moins grands ; on se fractionne alors sous trois directions jalonnées par de rares puits, pour pouvoir marcher plus facilement et trouver une plus grande quantité d’eau, et l’on se réunit de nouveau à Sidi Mansour, après 11 jours de marche.
- Au retour, des cavaliers envoyés en avant préviennent du jour où la caravane sortira des areg, et les goums des tribus se portent au-devant d’elle pour l’escorter comme au départ.
- Les caravanes emportent, pour les échanges, des moutons, des laines, du blé, de l’orge, des graines et un peu d’argent
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- monnayé. Dans leurs chargements, on ne trouve aucun produit de l’industrie européenne, à part quelques objets de ménage en fer battu. Les échanges se font au Gourara, et, suivant les cas et le prix des dattes, des fractions s’avancent plus au sud, dans les oasis du Touat et jusqu’à Insalah *.
- Gourara. — Le groupe des oasis du Gourara s’étend du nord-est au sud-ouest, sur une grande surface occupée en partie par une sebkha sur la rive de laquelle s’élèvent les ksour. Ils sont divisés en neuf districts.
- Le commandant Colonieu a visité le Gourara en i860.
- Timimoun est l’oasis la plus importante. Dans l’enceinte se trouve une forte kasba.
- Oulad Saïd est, après Timimoun, le principal marché.
- Le Gourara produit des dattes en abondance; on y cultive aussi des figuiers, la vigne, les amandiers, un arbuste toujours vert, appelé keranka, dont le bois sert à faire le charbon, un peu de blé, et des légumes. Les habitants sont sédentaires; cependant les Mcharza, auxquels le voisinage des areg offre quelques ressources en pâturages, ont des chameaux, des chevaux, et des moutons avec lesquels ils voyagent autour de Tabcl-kousa. Partout ailleurs ces animaux sont fort rares. En dehors des oasis, le pays est d’une aridité extrême.
- 1 La caravane des Trafi, partie d’el-Abiod le 6 décembre 1880, comprenait : 1,332 hommes à pied, 37 cavaliers, 8G6 femmes, 348 enfants, 6,063 chameaux, 4,844 moutons.
- Elle a rapporté : 4268 quintaux de dattes, des épices, du tabac, et une certaine quantité de paniers et de plateaux en palme et en alfa.
- Le bénéfice réalisé a été de bO francs, de 100 francs, et de 200 francs par chameau, selon la distance à laquelle les différentes fractions se sont avancées vers le sud.
- On est frappé du nombre de femmes et d’enfants qui accompagnent ces caravanes. Loin de craindre la fatigue de ce pénible voyage, les femmes le considèrent comme une partie de plaisir. C’est l’événement le plus intéressant de la vie monotone du désert; elles y font d’ailleurs quelques petits profits personnels en vendant de menus objets fabriqués par elles, et elles tiennent tellement à ce voyage, que l’on voit souvent la promesse d’en faire partie insérée dans les contrats de mariage.
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- Au sud du Gourara la route est ainsi jalonnée :
- Oasis de Soua,12 ksour habités par des marabouts;
- Oasis de Derhamcha, 4 ksour. Les Soua et les Derhamcha sont sédentaires; ils n’ont ni moutons, ni chevaux, ni chameaux ;
- Oasis de Tsabit, 7ksour;
- Oasis de Sba et de Gerara, 2 ksour misérables ;
- Oasis de Bouda, 11 ksour en deux districts sur la rive gauche de l’oued Messaoud, qui s’appelle plus en amont oued Saoura, et, plus en aval, oued Touat. C’est là que viennent aboutir les routes de l’oued Dra, du Tafilalet, et de Figuig;
- Oasis de Timmi, 40 ksour. C’est le carrefour du Touat. C’est là que se réunissent toutes les routes du nord, de l’est, et de l’ouest. La capitale est Adghar, divisée en 17 quartiers, avec de grands caravansérails où les caravanes sont pendant trois jours nourries aux frais de la djemaâ. C’est dans les environs que le lieutenant Palat fut tué en 1886.
- A la même latitude que Derhamcha, dans la direction de l’est, sur la route d’Ouargla par Goléa, sont les oasis d’Aouo-gerout, 14 ksour, dont le centre est la zaouïa Sidi Amar.
- Touat. — Au sud de Timmi, sont les ksour de Tamen-tit et enfin le Touat.
- Sous le nom de Touat, on entend les oasis dont les ksour sont groupés sur la rive gauche de la vallée de l’oued Messaoud; les populations, différentes d’origine, sont séparées par des inimitiés tenaces. Le Touat est divisé en dix commandements entre lesquels il n’y a aucune affinité politique. Les ksour sont très nombreux. Reggân (Argân) est, dans cette direction, le dernier district vers le sud. Ses habitants ont une grande réputation de courage et des aptitudes guerrières qui contrastent avec les mœurs ordinairement douces des gens du Touat. Au-delà s’étend le véritable désert, qui sépare le nord de l’Afrique du pays des noirs.
- Le Touat est facile à irriguer. On y cultive l’orge, le blé, le maïs, et des légumes. La population est divisée en Chorfa et Ilaratin; ceux-ci sont des nègres affranchis.
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- Tidikeit. — Au sud-est du Touat, sont les oasis du Tidi-kelt, qui se partagent en deux groupes, ceux des Oulad Zenan etd’Insalah.
- Les Oulad Zenan possèdent ISksour qui forment le groupe occidental du Tidikeit. Les centres principaux sont Timmac-tan, Aoulef,-Akebli, etc. ; près de là fut tué M. Doulz en 1889.
- Les ksour du district oriental sont dans un bas-fond de seb-klia et de sable au nombre de quatorze.
- Insalah en est le centre. Cette ville sainte, où se trouve la zaouïa de Sidi Hadj Mahmed, est restée jusqu’à présent fermée aux Européens. L’oasis a, dit-on, environ 50,000 palmiers. La ville est partagée en deux sofs très hostiles. Celui des Oulad cl-Moklar, serviteurs religieux des Oulad Sidi Cheik, est le plus puissant. Ils sont sédentaires et commercants.
- Leurs adversaires, les Oulad Bou Hammou, sont nomades; ils'ne comptent pas plus de 60 tentes et sont affiliés à la secte des Senousiâ, qui a une zaouïa dans la ville. La famille des Badjouda est maîtresse du commerce. Celle des Bakkaï exerce une très grande influence religieuse.
- Les caravanes du nord qui aboutissent au Gourara, à Timmi, à Bouda, etc., sont des convois d’approvisionnements qui apportent des grains, des laines, du beurre, etc., et emportent des dattes et des tissus.
- Celles qui arrivent à Insalah sont chargées de quincaillerie, de draps, de thé, etc., qui s’expédient jusqu’au Niger, d’où elles reçoivent en échange de la poudre d’or, de l'ivoire, surtout des esclaves, « sans lesquels le commerce du Soudan n’existerait pas », et qui s’écoulent sur les marchés du Maroc ou de la Tri-politaine. 11 n’arrive ordinairement de Timbouctou,
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- chaque année, que trois ou quatre caravanes de 300 ou 400 chameaux.
- Il ne semble donc pas qu’il y ait, dans une contrée si peu peuplée et si rebelle à l’influence européenne, les éléments d’un commerce rémunérateur, et rien ne prouve encore que, dans cette partie de l’intérieur de l’Afrique, l’inconnu, c’est-à-dire Vau delà que l’on s’efforce toujours d’atteindre, puisse réaliser un eldorado qui semble s’éloigner à mesure qu’on s’avance.
- En 1857, des délégués de cette région étaient venus à Alger et avaient cherché à s’assurer l’indépendance future en sollicitant le protectorat français dans des conditions analogues à celles dans lesquelles il s’exercait alors sur le Mzab. On attacha peu d’importance à cette démarche, et aucune suite n’y fut donnée.
- Lors de l’expédition de Goléa, en 1873, les gens d’In-salah refusèrent de donner asile aux Chambaà révoltés ; ils envoyèrent des délégués protester de leur désir de vivre en paix avec les Français, mais à la condition que ceux-ci n’approcheraient pas de leurs oasis.
- Depuis, pour se garantir contre l’éventualité d’une conquête française, le Touat et le Tidikelt ont fait hommage au sultan du Maroc ; cette vassalité est d’ailleurs toute nominale, mais au XVIe et au XVIIe siècle, l’autorité des sultans marocains était reconnue jusqu'à Timbouctou et Sokoto. C’est vers 1770 que les Touareg se rendirent maîtres des routes du Soudan et devinrent les maîtres du Sahara méridional.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- Nous complétons la description physique de l’Algérie par quelques notes résumées sur les questions principales qui intéressent l’avenir de la colonie.
- Nous les groupons ainsi :
- Administration,
- Colonisation,
- Population,
- Occupation militaire,
- Confréries religieuses,
- et nous terminons par le
- Précis des opérations militaires depuis la conquête.
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- I
- ADMINISTRATION.
- Dès le début de la conquête, le territoire de l’Algérie a été divisé en trois provinces, dont les chefs-lieux ont été Alger, Oran, Constantine.
- Cette répartition n’a fait que consacrer les divisions anciennes du pays que l’on retrouvait sous la domination turque, dans les beylicks de Titeri, d’Oran, et de Constantine.
- Les décrets d’octobre 1870 et de février 1871 ont constitué le territoire civil de chacune des provinces en département. Chaque département nomme deux députés et un sénateur.
- L’administration de l’Algérie est centralisée à Alger, sous l’autorité d’un haut fonctionnaire, qui a reçu le titre de gouverneur général civil.
- Mais l’Algérie n’a point d’autonomie administrative, et ses différents services sont rattachés aux ministères correspondants de la métropole l.
- Le gouverneur est assisté d’un conseil de gouvernement et d’un conseil supérieur de gouvernement. Ce der-
- 1 L’amoindrissement des pouvoirs du gouverneur et le système des rattachements ont été considérés en Algérie comme préjudiciables aux intérêts de la colonie (Procès-verbaux des délibérations du conseil supérieur. Décembre '1880).
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- nier est composé de trente-huit membres, dont dix-huit sont délégués par les conseils généraux, et les vingt autres, membres de droit. Ces derniers sont : l’archevêque d’Alger, les trois généraux de division, les trois préfets, et les chefs des services administratifs, judiciaires, et militaires. Ce conseil a pour mission, définie par le décret du 11 août 1875, d’examiner le projet de budget, l’assiette et la répartition de l’impôt.
- Chaque département est partagé en territoire civil et en territoire militaire ou de commandement.
- Le territoire civil est administré par les préfets, les sous-préfets, et les administrateurs ; le territoire militaire par les généraux commandant les divisions et les subdivisions, et, sous leurs ordres, par les officiers commandants supérieurs et par les bureaux arabes.
- Les limites des deux territoires sont sans cesse modifiées. Peu à peu, au fur et à mesure des progrès de la colonisation, le régime civil se substitue au régime militaire. Le Tell, tout entier, est sous l’administration civile.
- Aux bureaux arabes dirigés par des officiers, on a substitué des administrateurs dont le prestige, au début, était moindre aux yeux d’une population guerrière habituée à être commandée plutôt qu’administrée. Mais ce personnel acquiert de jour en jour l’expérience et l’autorité nécessaires; il prépare la prise de possession définitive de l’Algérie par la colonisation . européenne.
- On a longtemps hésité, et l’on hésite encore parfois, sur le système administratif qu’il convient d’appliquer à l’Algérie. Laisser l’Algérie aux Arabes, alors la gouverner comme une conquête et y maintenir indéfini»
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- ment le régime militaire, c’était à celte idée que répondait la conception du royaume arabe de l’empereur Napoléon III; la conséquence eût été de renoncer presque complètement à toute colonisation européenne.
- Favoriser, au contraire, l’essor de cette colonisation; dans ce cas, sinon refouler complètement les indigènes, du moins les obliger à se serrer pour faire place aux Européens.
- Au premier système correspondait l’action plus militaire qu’administrative des bureaux arabes. Il était simple, facile à imposer, mais stérile au point de vue de ce qu’on appelle le progrès de la civilisation. Il a été abandonné.
- Au second système correspond l’action toute civile des administrateurs actuels. Son application a rencontré de nombreuses difficultés; c’est, en définitive, la lutte pour l’existence de deux sociétés irréductibles l’une dans l’autre, et l’on peut encore craindre des secousses avant qu’un équilibre satisfaisant soit établi. Il est difficile de prévoir quelles limites la colonisation s’imposera à elle-même, et l’on peut se demander si jamais deux races aussi différentes, et sans doute irréconciliables, parviendront à vivre juxtaposées, sans que les intérêts de la plus faible n’aient plus rien à craindre de l’expansion de la plus puissante.
- Divisions administratives. — Le département d’Alger comprend cinq arrondissements : Alger, Tizi-Ouzou, Miliana, Médéa, Orléansville,
- et quatre subdivisions militaires : Alger, Dellys, Orléans-ville, et Médéa; les trois premières sont entièrement en territoire civil.
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- .Le département d’Oran compte cinq arrondissements : Oran, Tlemcen, Sidi bel Abbés, Mostaganem, Mascara,
- et trois subdivisions : Oran, Mascara, Tlemcen.
- Le département de Constantine compte six arrondissements : Gonstantine, Bougie, Sétif, Philippeville, Guelma, Bône,
- et quatre subdivisions : Constantine, Sétif, Bône, Batna.
- Le territoire civil et le territoire militaire se subdivisent en communes.
- On distingue en Algérie trois espèces de communes : les communes de plein exercice, les communes mixtes, et les communes indigènes.
- Les communes de plein exercice ne se trouvent qu’en territoire civil. Elles s’administrent d’une manière analogue à celle des communes françaises; mais, à côté des citoyens français, les indigènes musulmans, les indigènes israélites, et même les étrangers, nomment des membres qui représentent spécialement leurs intérêts dans les conseils municipaux.
- Les communes mixtes se trouvent en territoire civil et en territoire militaire. Elles comprennent des territoires sur lesquels l’élément européen n’est pas encore assez nombreux pour constituer des communes de plein exercice. Elles offrent les principaux caractères de l’organisation municipale ; elles ont la personnalité civile, un budget, des biens communaux, etc.; mais elles sont en tutelle administrative. En territoire civil, elles sont administrées par des commissions municipales dont les membres sont nommés par les préfets. A leur tête est placé un administrateur*, dont les attributions sont à peu près celles qu’avaient autrefois les
- 1 Arrêtés du 24 décembre 1878 et du 30 décembre 18'é.
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- chefs des bureaux arabes, mais plus restreintes. Il est investi des fonctions de maire.
- En territoire militaire, les communes mixtes sont administrées par des commissions composées du commandant de cercle, du commandant de place, du juge de paix, et de cinq membres nommés par le général commandant la division.
- Les communes indigènes comprennent tout le territoire qui n’est pas érigé en communes mixtes ; leurs circonscriptions, fort étendues, sont celles des cercles ou annexes. Elles correspondent à des tribus nombreuses et même à plusieurs tribus ; elles sont administrées par le commandant du cercle ou de l’annexe, assisté d’une commission municipale. Elles se subdivisent en douars, qui ont une certaine personnalité civile, comme les sections des communes françaises, et qui sont administrés par une djemaâ, ou conseil des notables i.
- 1 D’après le recensement de 1886, la répartition de la population est la suivante :
- Territoire civil. Territoire militaire.
- Département d’Alger.............. 1,203,000 178,000
- — d’Oran................. 752,000 118,000
- — de Constantine..... 1,369,000 197,000
- 3,324,000 493,000
- On s’efforce de transformer successivement les communes indigènes en communes mixtes, et celles-ci en communes de plein exercice. Les chiffres ci-dessus varient donc chaque année.
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- II.
- COLONISATION.
- La prise de possession définitive du sol de l’Algérie par la colonisation européenne est encore loin d'être réalisée. Sur une population totale de 3,817,000 habitants (1886), la population européenne est seulement de 390,000 individus, sur lesquels on compte 200,000 Français environ, sans l’armée.
- Sur ce nombre, les travailleurs agricoles ne forment encore qu’une trop faible fraction (180,000 environ).
- Dans les critiques que l’on a souvent faites de la colonisation algérienne, on a néanmoins trop perdu de vue les progrès déjà obtenus, pour ne considérer que l’immense tâche qu’il reste encore à remplir. Il est injuste d’oublier cependant que la prise d’Alger date d’un demi-siècle seulement: que la conquête du Tell n’a été terminée qu’en 1847, après la reddition d’Abd el Kader; que celle de la Kabylie n’a été militairement terminée qu’en 18§7 ; que des insurrections sérieuses ont troublé le pays à plusieurs reprises, et, en dernier lieu, en 1871, en 1884, et en 1889; et que la pacification ne pourra être considérée comme définitive que lorsque de nouvelles générations auront remplacé celles qui nous ont combattus.
- « Jamais une entreprise coloniale n’a offert à un peuple civilisé d’aussi grandes difficultés que notre en-
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- treprise algérienne. L’Algérie n’est pas une terre quasi-vacante, comme l’étaient, à l’origine, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, et les États-Unis; elle ne peut donc, comme ces dernières contrées, être simplement une colonie de peuplement, servant de déversoir à l’exubérance de la population de l'Europe. L’Algérie n’est pas davantage une terre où tout le sol soit occupé et cultivé par une population dense, de mœurs douces, comme les Indes ou nie de Java, et ne peut être, comme ces dernières, une pure colonie d’exploitation. La colonisation de l’Algérie est sans précédents et sans analogie dans l’histoire ou dans les temps présents1 », si l’on en excepte cependant la colonisation romaine, sur le même sol et au milieu de populations semblables ou à peu près.
- « On ne trouve donc pas en Algérie de vastes espaces vacants, sans propriétaires ou faciles à acquérir. Toutes les terres y sont, sinon occupées, du moins possédées à titre particulier ou collectif; mal cultivées, il est vrai, mais. cependant cultivées ou livrées à la pâture de nombreux troupeaux errant d’une région à une autre. Au lieu d’une population insouciante et molle, comme celle qui accueillit les Espagnols dans l’Amérique du Sud, ou disséminée et inculte comme les tribus sauvages qui parcouraient les solitudes de l’Amérique du Nord avant l’arrivée des Anglais, nous avons affaire, en Algérie, à une race nombreuse, fière, aguerrie, récalcitrante aux usages modernes, civilisée toutefois de très vieille date et puisant dans son indomptable foi aux préceptes du Coran assez d’orgueil pour mépriser
- 1 Paul-Leroy-Beaulieu, Revue des Deux-Mondes, 1882.
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- toutes les autres religions, assez de force pour accepter tous les sacrifices, prête, si elle croit entendre la voix de son prophète, à braver intrépidement la mort1. »
- Les premiers essais sérieux de colonisation remontent à une trentaine d’années à peine, et lorsque l’on voit, sur la limite méridionale du Tell, des villes européennes, en pleine prospérité, telles que Bel Abbés, Tlemcen, Mascara, Saïda, Aumale, Sétif, Batna, etc.; lorsque l’on admire les cultures de leurs banlieues, les superbes villages de la Métidja, des plaines du Chélif, du Sahel, et de la Seybouse; les routes que desservent des services réguliers de diligences ; les chemins de fer qui se multiplient de tous côtés, non seulement on est obligé de rendre. un hommage mérité aux premiers pionniers français sur la terre d’Afrique, mais on s’étonne des résultats considérables déjà obtenus.
- La question capitale au début de toute colonisation est le nombre et la qualité des émigrants.
- La population de la France, qui ne s’augmente qu’avec lenteur, n’a guère de superflu à jeter dans ses colonies ; le bien-être toujours croissant des habitants des campagnes; la facilité avec laquelle, en France, le travailleur peut devenir lui-même petit propriétaire foncier ; la liberté et la sécurité dont il jouit, ne le prédisposent pas aux aventures de l’émigration ; ceux qui s’y exposent ne sont ni les plus raisonnables, ni les plus courageux, et la pénurie de leurs ressources ne leur permet guère de réussir. Cependant on a vu, à la suite des désastres causés dans le midi de la France par les ravages du phylloxéra, d’énergiques et habiles
- 1 D’Haussonville, La Colonisation officielle en Algérie.
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- cultivateurs se porter en nombre sur les terres algériennes, et de beaux résultats couronner leurs efforts.
- Quelques capitalistes importants, séduits, de leur côté, par les promesses de l’avenir, ont acheté des terres; des compagnies financières se sont créées; de vastes fermes ont été mises en culture ; mais ces entreprises, bien qu’en bonne voie de prospérité, ont surtout attiré eiïAlgérie des travailleurs étrangers, Italiens, Espagnols, Marocains, et l’élément français n’en a pas été sensiblement fortifié.
- On estime à 11 ou 12 millions d’hectares la superficie des terres cultivables, sur lesquels environ le dixième est aux mains de colons européens. Si la culture de ce dixième était aussi perfectionnée qu’en France, on calcule que ces terres pourraient nourrir une population agricole double de celle qui s’y trouve actuellement, c’est-à-dire environ 400,000 personnes.
- Pour mettre des terres à la disposition de la colonisation, il fallait tout d’abord déterminer celles dont on reconnaîtrait la propriété aux indigènes et celles que l’Etat s’approprierait. Il fallait, en second lieu, se ménager la possibilité d’acquérir des terres indigènes, soit par voie d’achat, soit par voie d’expropriation. Les difficultés étaient grandes; elles ne sont pas encore résolues.
- La constitution de la propriété d’après la loi musulmane présente, en effet, des particularités qui la compliquent d’une manière inextricable. Le Coran divise les terres en terres productives et terres mortes ou sans culture. La terre morte appartient au premier occupant qui la vivifie.
- La terre cultivée est : soit terre de dîme ou de pro-
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- priété entière, appartenant au musulman conquérant; soit terre de tribut, c’est-à-dire appartenant à Dieu ou à son représentant le sultan, et laissée en usufruit aux populations conquises; soit terre du sultan ou du bey-lick, par droit de conquête ou de confiscation; soit terre habbou, c’est à-dire dont la nue propriété appartient à un établisement pieux; soit terre des corporations religieuses.
- Après la conquête, ou déclara biens du domaine de l’État, les propriétés du beylick, les biens habbou, et ceux qui appartenaient aux Turcs sortis de la Régence ; mais il n’y avait pas de titres de propriété, et il n’était pas facile de déterminer les terres qui rentraient dans ces catégories.
- Ces terres domaniales (environ 1,500,000 hectares) furent, en majeure partie, données aux premiers colons. Cette ressource épuisée, il fallut se préoccuper des moyens d’avoir de nouvelles terres; mais une loi •de 1851 avait reconnu les droits de propriété des tribus sur le sol qu’elles occupaient, droits de propriété que la plupart d’entre elles n’eussent point pensé à revendiquer, puisqu’elles cultivaient peu, et se considéraient, la plupart du temps, comme jouissant seulement d’un usufruit traditionnel.
- Les terres des tribus étaient, soit des terres arch, c’est-à-dire des propriétés collectives ou indivises, soit des terres melk, c’est-à-dire des propriétés individuelles ; et encore la loi musulmane sur les successions consacre l’indivision des melk entre les mains du chef de famille, et elle réserve aux cohéritiers un droit, dit de chefaâ, d’après lequel ils peuvent faire annuler des ventes faites à des tiers, et réclamer la terre vendue.
- Les terrains immenses occupés collectivement étaient
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- très disproportionnés avec les besoins des tribus; sans bien définir les droits que l’État entendait revendiquer sur leurs terres arch, on admit, en principe, qu’il pouvait, en leur imposant une sorte de contrat transactionnel, et sans dommage appréciable pour elles, s’approprier une partie des terres. En échange des droits d’usufruit que leur attribuait la loi musulmane sur l’ensemble de leur domaine, on leur reconnaissait un droit définitif et complet de propriété sur la portion qui leur était laissée. C’est ce qu’on appela le cantonnement des tribus.
- Ce système donna d’abord d’assez satisfaisants résultats, et l’on obtint ainsi une étendue de plus de 60,000 hectares disponibles pour la colonisation; mais au moment où l’application allait en être généralisée par une loi, intervint le sénatus-consulte de 1863, dont la pensée générale se résumait ainsi : respecter les droits des tribus sur les terres dont elles ont la jouissance traditionnelle à quelque titre que ce soit, leur en reconnaître la propriété, délimiter les territoires collectifs de chaque tribu, les répartir entre les douars, et successivement déterminer la propriété individuelle de chacun des membres du douar.
- Toute transaction immobilière se trouvait suspendue de fait jusqu’à ce que les nouveaux titres de propriété fussent établis.
- Cette constitution de la propriété individuelle n’était pas encore commencée en 1870, lorsque l’application du sénatus-consulte fut brusquement arrêtée.
- Il laissait subsister, d’ailleurs, quant au régime de la propriété, toutes les complications et tous les inconvénients de la loi musulmane en ce qui concerne sa transmission.
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- D’après une loi de 1873, la transmission des immeubles, quels que soient les propriétaires, doit être désormais régie par la loi française, et des titres réguliers de propriété doivent être délivrés aux titulaires. Toutefois la loi ne déroge pas aux lois de succession musulmane.
- Lorsque cette loi aura reçu .sa complète exécution, le Tell algérien sera soumis au régime immobilier de la France et un grand progrès sera accompli. Les achats et les échanges de terres deviendront possibles entre européens et indigènes; mais il faut préalablement constituer et délimiter la propriété indigène, et cette tâche, particulièrement difficile et complexe, est loin d’être terminée.
- La propriété de fait étant reconnue aux indigènes, on ne peut donc aujourd’hui se procurer des terres pour la colonisation que par des achats ou par des expropriations.
- A la suite des insurrections de 1871 dans la Rabylie et de 1879 dans l’Aurès, on a . châtié les tribus en séquestrant une partie de leurs domaines- Les terres séquestrées (envion 390,000 hectares) ont été mises à la disposition de la colonisation et plusieurs centres ont été créés; mais cette ressource sera bientôt épuisée..
- L’achat direct par les colons est entravé par les complications résultant encore de l’incertitude des droits du vendeur et des dispositions de la loi musulmane ; l’achat par l’Etat présente les mêmes inconvénients et ne peut donner que des résultats fort problématiques.
- Quant à l’expropriation, c’est une mesure brutale qui mécontente les populations et les prédispose à la révolte, d’autant plus que, dans l’application qui en a
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- été faite, on a eu souvent à regretter des lenteurs fâcheuses pour le payement des terres expropriées, des irrégularités, et, parfois même, des dénis de justice1. Tant que la constitution de la propriété ne sera pas terminée, on éprouvera, d’ailleurs, les mêmes difficultés que dans le système de l’achat direct.
- Parfois même, en raison des obscurités du droit de propriété, l’argent doit être déposé à la Caisse des dépôts et consignations, et l’indigène ne reçoit rien du tout pendant plusieurs années; il est alors réduit à travailler sa propre terre comme serviteur ou à la prendre en fermage.
- Enfin, autre conséquence grave : l’Arahe exproprié, en échange de la terre qui lui suffisait pour vivre, reçoit une somme d’argent qu’il a vite dépensée, et devient un prolétaire dangereux.
- Ces mesures, dont on ne peut méconnaître la gravité, indisposent la population indigène et la rendent accessible aux excitations de révolte2. On ne peut donc procéder aux expropriations qu’avec une grande réserve, et les intérêts de la sécurité de l’Algérie, absolument solidaires du progrès de la colonisation., commandent de protéger l’Arabe contre des spoliations et des convoitises dangereuses.
- Les chefs militaires se sont toujours dévoués à cette tâche généreuse ; beaucoup, parmi les administrateurs civils qui les ont remplacés, bien que, par état, des-
- 1 Procès-verbal de la session du Conseil supérieur, novembre 1882.
- - Si l’on dépossède ainsi les indigènes de toutes les terres de quelque valeur qu’ils détiennent, on créera en Algérie une Irlande avec ses baincs sociales inexpiables, on compromettra l’avenir de la colonie, et il faudra y maintenir une occupation militaire coûteuse (Bulletin de la Société de Géographie de Bordeaux, décembre 1882).
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- tinés à favoriser l’essor de la colonisation et la création de centres nouveaux de population européenne, montrent aussi les mêmes dispositions à défendre les intérêts de la population indigène, et cherchent à rendre moins dures les conséquences des expropriations.
- Mais un fait capital semble dominer toute cette question : l’Algérie pourrait nourrir une population décuple ; reconnaître à l’Arabe le droit absolu de ne pas être dépossédé de la terre dont il ne tire pas profit, serait entraver toute expansion européenne, et affirmer que l’Algérie ne serait qu’une colonie militaire d’une occupation non seulement stérile, mais onéreuse. Telle n’est pas la loi supérieure qui régit le progrès des sociétés humaines. La terre est au plus digne, à celui qui la féconde.
- Il y aurait exagération à admettre que la conquête a épuisé ses droits, d’autant plus que cette conquête n’est, en vérité, que la reprise de possession par la race européenne de terres dont elle a été jadis dépossédée par l’invasion dévastatrice des Arabes, et que ses anciens titres de propriété sont écrits en caractères irrécusables dans les nombreuses ruines romaines qui couvrent le pays. Dans tous les cas, les cultivateurs européens ont droit de prendre place sur des terres dont l’étendue dépasse les besoins des cultivateurs indigènes; prétendre laisser la majeure partie du Tell en état de vaine pâture pour ne pas léser les droits hypothétiques des populations conquises, droits qu’elles ne se supposaient pas la plupart du temps et dont nous leur avons peut-être donné nous-mêmes la première notion, ce serait renoncer à tout progrès de civilisation, et la civilisation n’est-elle pas autorisée à repous-
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- ser, dans les steppes non cultivables, le pasteur, le nomade, s’il ne consent à transformer son mode d’existence et à se fixer au sol pour le labourer?
- Mais, d’autre part, l’une des préoccupations principales de la politique de la France doit être de ne pas froisser les sentiments, les habitudes, les préjugés des 3 millions de sujets musulmans de l’Algérie, et des 2 millions dont le protectorat de la Tunisie lui donne la direction.
- Notre altitude vis-à-vis de la population indigène a passé par des phases bien diverses. « Un temps est venu, après la guerre, où nos généraux, qui avaient légitimement pris la haute main dans la direction des affaires de notre colonie africaine, se sont, avec la générosité habituelle à notre race, laissés aller à témoigner une prédilection presque avouée pour des adversaires qu’ils avaient glorieusement vaincus. » L’empereur Napoléon partagea leur sentiment, et de là cette vision éphémère du royaume arabe.
- « Depuis 1871, une réaction évidente s’est produite. Tout le territoire du Tell a été placé sous le régime civil, et les nouveaux fonctionnaires sont loin d’être animés à l’égard des indigènes de sentiments de complaisance (les malveillants ont dit de fâcheuse partialité) qu’on a reprochés à nos généraux et aux officiers des bureaux arabes. » On peut constater cependant que, dans les territoires où n’a pas encore pénétré la colonisation, dans certaines parties de la Kabylie, par exemple, les administrateurs civils se laissent séduire, comme nos officiers, par les côtés généreux du caractère des indigènes. Ils deviennent leurs protecteurs naturels, se considèrent comme les défenseurs de leurs droits, cherchent à améliorer leur situation, et reculent,
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- autant que possible, le moment où ils auront à lutter contre l’envahissement du colon européen.
- Les premiers travaux de colonisation furent commencés dans les collines du Sahel d’Alger, sur les terres faisant partie de l’ancien domaine du dey.
- Sous la protection de fortes garnisons et avec la coopération de nos soldats, la colonisation s’étendit de proche en proche jusque dans la plaine de la Métidja. On y trouvait des terres d’une merveilleuse fertilité, mais dont le défrichement était à la fois pénible, coûteux, et malsain. La constance des colons ne se rebuta pas ; ils assainirent par leurs plantations les marais pestilentiels, les transformèrent, et créèrént ces villages florissants, entourés d’ombrages, que l’on voit sur le chemin de fer d’Alger à Oran; mais au prix de quels sacrifices ! A Duperré, à Boufarick, par exemple, la population se renouvela jusqu’à trois fois !
- La plus-value acquise par les terres engendra bientôt des spéculations fâcheuses, et, pour les restreindre, on dut imposer aux concessionnaires des terres nouvelles des conditions assez étroites, la construction de maisons, la plantation d’arbres, de haies, l’ouverture de fossés, la résidence obligatoire, et il arriva que ces entraves paralysèrent les féconds efforts de l’initiative individuelle.
- En 1847, le maréchal Bugeaud conçut un plan de colonisation militaire qui ne donna pas de résultats plus heureux. Des camps agricoles furent créés avec des soldats ayant encore trois années de service à faire; « mais comme il est difficile de faire de la colonisation avec des célibataires, il leur était octroyé un congé de trois mois, au bout desquels ils étaient disciplinairement tenus de revenir en Algérie, munis chacun d’une épouse légitime ‘. Ne se croirait-on pas en présence de
- 1 D’Haussonville, La Colonisation officielle.
- Malgré les plaisantes critiques que souleva cette idée, elle fut cependant mise en pratique. M. d'Haussonville raconte que « la ville de Tou-
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- quelque utopie ou du rêve bienfaisant de quelque despote oriental ? » Après examen, le Gouvernement retira d’ailleurs le projet de loi sur les camps agricoles présenté à la Chambre des députés.
- En 1848, alors que Paris regorgeait d’ouvriers sans emploi, on eut la pensée de les diriger sur l’Algérie. Un décret fixa à 13,000 le nombre des colons à envoyer; un crédit de 30 millions fut affecté à cette entreprise, dont les débuts s’annoncèrent aussi heureusement que possible. Quelques années après, on reconnaissait tristement que les résultats de ce deuxième essai de colonisation officielle n’avaient pas été très satisfaisants et l’on dut s’arrêter dans cette voie.
- En 1871, dans un mouvement de sympathie généreuse, l’Assemblée nationale attribua 100,000 hectares aux familles d’Alsaciens-Lorrains qui voulaient quitter le territoire cédé à l’Allemagne. Un millier de familles* furent ainsi introduites en Algérie. L’installation de ces émigrants fut longue et pénible ; deux ans après, les maisons n’étaient point encore partout construites; les colons vivaient sous la tente. La plupart n’étaient pas des cultivateurs, mais bien des ouvriers de fabrique, incapables, eux et leurs familles, de supporter .les épreuves de cette rude vie. Beaucoup encore se découragèrent et disparurent.
- Les observations statistiques semblent d’ailleurs prouver que les Alsaciens, comme les Allemands, ont, en général, une grande difficulté à s’acclimater en Algérie et à y faire souche.
- Ion no fut pas peu surprise de voir un beau matin une vingtaine de jeunes soldats descendre sur ses quais et parcourir ses rues, avec la mission officielle de découvrir et de ramener au plus vite à Alger un nombre égal de jeunes filles se sentant la vocation de contribuer au peuplement de notre colonie », et le Moniteur constata que la femme du maire de Toulon avait bien voulu se charger de diriger elle-même, avec un zèle patriotique et méritoire, les choix de couples parfaitement assortis.
- 1 1020 familles, ou plus de o,000 individus répartis dans 60 villages.
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- Des résultats meilleurs furent toutefois obtenus par la Société de protection des Alsaciens-Lorrains, dans les villages d’IIaussonviller, de Boukalfa, du Camp-du-Maréchal, grâce à une sélection soigneuse des concessionnaires, auxquels on demandait, outre des aptitudes agricoles, la possession d’un petit capital et le remboursement d’une partie des avances qui leur étaient faites.
- De ces expériences successives, il semble résulter que l’encouragement à la colonisation doit moins consister dans l’affectation gratuite de terrains à des concessionnaires dénués de ressources, que dans le judicieux emploi des crédits disponibles à la construction de routes et d’établissements d’utilité publique, en laissant aux colons la liberté et l’initiative, qui sont les conditions principales de tout progrès.
- Quant aux cultures, elles doivent sagement être restreintes à celles qui prospèrent dans les départements méridionaux de la France, dont le climat a de 'grandes analogies avec celui de l’Algérie, c’est-à-dire aux céréales, à l’olivier, à la vigne1. Les cultures du café, du coton, de la canne à sucre, que l’on avait rêvé d’acclimater en Algérie, n’y donnent aucun résultat utile, et la production des dattes, possible seulement dans les oasis de l’extrême Sud, à la température desquelles le
- 1 La culture de la vigne donne des résultats merveilleux depuis quelques années ; aussi partout plante-t-on avec une sorte de fièvre ; les Arabes eux-mêmes créent des vignobles. Dans certains cantons de la province d’Oran, le rendement moyen est d’environ 60 hectolitres à l’hectare. Or l’hectare de bonne terre, acheté à l’indigène, défriché et planté, revient à moins de 1000 francs et la vigne produit la troisième année.
- Le rendement a exceptionnellement atteint 100 à 120 hectolitres.
- Le développement excessif de cette seule culture peut causer cependant quelques alarmes pour l’avenir. Pour le présent, elle a le grand
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- colon européen ne saurait se plier, ne saurait être considérée que comme un appoint minime dans la richesse agricole du pays.
- Les conditions des trois provinces, au point de vue de la colonisation, sont fort différentes. Le mouvement de la ville et du département d’Oran est, quant à présent, ptutôt commercial qu’industriel. Le département de Constantine est plus particulièrement propre à la culture. Le département d’Alger, avec sa capitale, où résident les hauts fonctionnaires, et qui attire tant d’étrangers parla beauté de ses environs et la douceur de son climat, participe de la nature des deux autres.
- avantage de donner plus de densité a la population agricole, celte culture exigeant un grand nombre de bras.
- En 1877, sur 16,700 hectares plantés, la récolte a été de 221,000 hectolitres.
- En 1885, sur 60,410 hectares plantés, la récolte a été de 1,018,000 hectolitres, dont 398,000 département d’Alger.
- 262,000 — île Constantine.
- 358,000 — d’Oran.
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- III
- POPULATION.
- Le tableau ci-dessous donne les résultats comparatifs des recensements de 1876, 1881, et 1886.
- 1876. 1881. 1886.
- Français (non compris l’armée) . Israélites indigènes Musulmans, sujets français1.... Marocains et tunisiens 135,727 33,287 2,462,936 195,418 35,665 2,842,497 219,627 42,595 3,262,422 22,340
- Espagnols 92,510 25,759 14,220 5,722 17,524 109,16e1 32,237 14,700 3,949 21,302
- Italiens
- Maltais > 205,2123
- Allemands
- Autres étrangers I
- Totaux... 2,807,685 3,254,93413,752,196
- Dont population européenne.... 311,462 376,772! 424,839
- L’augmentation constatée par les dénombrements de 1881 et de 1886 est due, en ce qui concerne les Européens, au mouvement d'immigration et à l’excédent des naissances sur les décès ; l’augmentation de la population indigène est due, partie à l’excédent des naissances, partie à ce que, le territoire civil ayant été augmenté, le recensement nominatif a porté sur un plus grand nombre d’individus qui échappaient antérieurement au dénombrement.
- Les Français forment ainsi environ 53 p. 100 de la population européenne totale.
- 1 Le recensement des indigènes a lieu nominativement en territoire civil et numériquement pour les tribus en territoire militaire.
- 5 Le recensement de 1886 n’a pas distingué les pays d’origine des étrangers.
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- Les Espagnols *, les Italiens, et les Maltais, dont les pays d’origine sont voisins de l’Algérie, s’y développent plus rapidement que les Français; les Français plus que les Allemands.
- Pour 1000 décès, les Espagnols ont 1334 naissances (la moyenne est de 1297 en Espagne). Les Espagnols ont en moyenne plus de 6 enfants par ménage.
- Pour 1000 décès, les Italiens ont 1497 naissances (moyenne de 1232 en Italie). Les Italiens ont en moyenne plus de 5 enfants par ménage.
- Pour 1000 décès, les Maltais ont 1479 naissances (moyenne de 1375 à Malte).
- On voit donc que les conditions de milieu paraissent plus favorables à l’accroissement des familles espagnoles et italiennes en Algérie que dans leur propre pays.
- Pour 1000 naissances, au contraire, les Allemands ont 1195 décès.
- Il est à craindre que les Alsaciens-Lorrains ne soient pas non plus très favorisés au point de vue de l’acclimatement, à moins qu’ils ne se fortifient par des croisements avec les races méridionales.
- Quant aux Français, pour 1000 décès, ils ont 1315 naissances (en France 1139 seulement). La moyenne des enfants est de plus de 3 par ménage.
- D’après les calculs basés sur la statistique de 1881 et sur l’année 1885, on a constaté que, pour 1000 décès, on comptait :
- Jusqu’en 1881. En 1885.
- Français 131 122
- Espagnols 133 167
- Italiens 1oO 122
- Maltais 148 137
- Allemands 83 70
- Israélites » 182
- 1 Par une convention consulaire spéciale (7 janv. 1862), les Espagnols ont la faculté d’opter pour le service militaire en Algérie, tout en conservant leur nationalité.
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- La troisième génération arrive aujourd’hui à l’âge adulte, et tout fait espérer que l’accroissement de notre race suivra une marche progressive, d’autant plus que, depuis quelques années, les désastres causés par le phylloxéra ont poussé en Algérie de nombreux colons des provinces méridionales de la France, plus aptes que ceux du nord à prospérer dans ce climat, qui se rapproche du leur. L’accroissement annuel, qui n’est que de 3,16 p. 1000 dans la mère-patrie, devient 8,89 en Algérie; mais ces conditions favorables paraissent ne s’être établies que depuis quelques années seulement.
- Ces conclusions ne sont d’ailleurs que provisoires, parce que les chiffres, qui les résument, sont le résultat d’une statistique de trop peu d’années. On peut admettre pourtant que la race française a fini par triompher des difficultés de l’acclimatement, que les Européens du nord se maintiennent avec peine en Algérie, et qu’au contraire les Européens du bassin de la Méditerranée, surtout les Espagnols, les Italiens, et les Maltais, appartenant à des races qui ont reçu plus ou moins de sang africain, et vivant dans des conditions analogues à celles de leur propre pays, se reproduisent avec progrès.
- D’ailleurs, sous l’influence de la culture, des vallées, autrefois malsaines, sont devenues plus salubres, et les conditions générales de vie pour les Européens s’améliorent de jour en jour.
- On peut donc tirer de ces observations une conclusion utile : c’est qu’il faut arrêter l’émigration des hommes du nord, encourager celle des hommes du midi i, et qu’il y aurait avantage à recruter les troupes d’Afrique dans les contingents du Languedoc et de la Provence.
- Les tableaux du recrutement donnent pour l’année 1880 les résultats suivants :
- Français. Israélites. Espagnols. Totaux.
- Inscrits 1489 393 345 2,227
- Exempts pour infirmités. 153 83 79 335
- Bons pour le service 1336 310 266 "1,892
- 1 La démographie figurée de l’Algérie, par le Dr Ricoux, 1880.
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- Espagnols l. — Dans le groupe européen étranger, la supériorité numérique appartient aux Espagnols; ils forment les 3/5 de la population étrangère et le 1/4 de la population civile européenne. Leur densité croit de l’est à l’ouest :
- 3,894 dans le département de Coustantine;
- 42,043 — d’Alger;
- 68,383 — d’Oran, où l’on ne compte que
- 58,085 Français. Leur centre principal est Sidi bel Abbés.
- Il ne faut qu’une vingtaine d’heures et un bon vent, pour amener les balancelles d’Espagne sur les côtes oranaises; le paquebot met huit heures de Carthagènc à Oran.
- Dans toute la partie occidentale de la province d’Oran, à l’exception de Tlemcen, presque toutes les villes et les villages sont espagnols. A Oran, à Sidi bel Abbés, à Saint-Denis-du-Sig, le nombre des Espagnols est tellement considérable que l’on n’entend presque jamais dans les rues un son de notre langue. A la suite des massacres des ouvriers des chantiers d’alfa, au début de l’insurrection de 1881, les Espagnols étaient partis en masse; mais ils sont revenus depuis lors en plus grand nombre. La misère et la famine, qui sévissent d’une manière presque continue dans les provinces d’Alméria, d’Alicante, de Valence, les chassent sur nos côtes hospitalières, où ils sont sûrs de trouver un travail rémunérateur. En 1882, d’après les renseignements fournis par le consulat d’Espagne, il en est arrivé, dans le seul port d’Oran, une moyenne de 53 par jour. Tous ne restent pas, à vrai dire; un grand nombre, les quatre cinquièmes environ, viennent seulement faire les récoltes, puis s’en retournent au pays. Cet afflux constant de nouveaux émigrants exerce une action réelle sur les Espagnols qui sont déjà fixés dans la colonie, et fortifie les liens qui les rattachent à la mère-patrie.
- La plupart sont des hommes à mœurs rudes, souvent turbulents, d’ailleurs énergiques, durs au travail, s’accommodant au labeur le plus pénible. Quelques-uns se fixent dans la co-
- * D’après les calculs antérieurs à 1881.
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- Ionie, mais un très petit nombre seulement sollicitent la naturalisation. En vertu de la convention consulaire du 7 janvier I 862, sont naturalisés de droit, s’ils le demandent, ceux qui optent pour le service militaire en Algérie (154 en 1880 et en 1881).
- Les gens des Baléares, les Mahonais, comme on les appelle indistinctement, ne font pas corps avec les Espagnols. Ils sont de mœurs plus paisibles. Excellents maraîchers, très laborieux, ils constituent certainement le groupe le plus estimable de l’élément étranger.
- Italiens. — Les Italiens sont en grand nombre dans la province de Constantine, et, à l’inverse des Espagnols, leur densité décroît de l’est à l’ouest; la plupart des pêcheurs et mariniers sont Napolitains ou Siciliens; les Sardes sont cultivateurs ; les Piémontais fournissent la majeure partie de la main-diœuvre pour les terrassements.
- La population italienne est pauvre, besoigneuse, se nourrit mal; ses mœurs sont grossières; elle pullule néanmoins.
- Maltais). — Les Maltais ne se dépaysent guère en venant en Algérie; ils sont ordinairement jardiniers ou petits commerçants, et prospèrent généralement.
- Quant aux autres nationalités, elles sont trop faiblement représentées pour qu’elles aient un rôle distinct à jouer.
- Il est certain que l’œuvre de la colonisation a été puissamment aidée par le concours de ces ouvriers étrangers ; il n’en est pas moins vrai aussi que leur nombre toujours croissant, et tendant à dépasser la population française, constitue un embarras dans le présent et un péril pour l’avenir ; mais on peut espérer toutefois que les mariages mixtes, qui sont assez fréquents surtout entre Français et étrangères, le développement de l’instruction dans les écoles françaises, la persistance des familles pendant plusieurs générations sur le même sol, amèneront une fusion naturelle au profit des intérêts français, à moins qu’il ne se forme un peuple nouveau, les Algériens, qui se particulariserait de plus en plus, comme se sont parti-
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- cularisés les Américains, éventualité dont l’échéance n’est pas encore prochaine, mais que le politique philosophe doit prévoir et peut craindre.
- Le nombre des naturalisations est relativement très faible L
- Les inconvénients du développement de la population de race espagnole et de race italienne seraient ecore plus grands si l’Espagne et l’Italie, prenant pied sur les côtes de l’Afrique septentrionale, il s’y créait ainsi des centres d’attraction pour leurs nationaux; mais le Maroc est un pays qui ne se laisse pas facilement entamer, quels que soient les efforts faits par l’Espagne; d’autre part, l’occupation de la Tunisie par la France a écarté l’éventualité du voisinage immédiat de l’Italie.
- Indigènes. — La population indigène de l’Algérie comprend deux races distinctes : les Berbères ou Kabyles, et les Arabes.
- Les Kabyles, qu’on regarde comme les descendants des Berbères, sont les plus anciens habitants du pays. Par leur idiome, ils ne se rattachent ni aux peuples sé-
- 1 Cependant le sénatus-consultc de 1865 n’impose en Algérie d’autres conditions que 21 ans d’Sge et 3 ans de résidence, et la naturalisation est obligatoire pour obtenir des concessions de terres.
- De 1865 à 1881, on a compté 5,606 étrangers naturalisés Français, dont 4,428 Européens,
- 7 Américains,
- 971 musulmans,
- 200 israélites (avant le décret de 1870).
- Le nombre des Européens naturalisés se décompose ainsi qu’il suit : 1,420 Allemands, soit 32,07 p. 100.
- 1,391 Italiens, - 31,41 —
- 990 Espagnols, — 22,36 —
- 627 divers, — 14,16 —
- 4,428 100 »
- soit, pour une période de 16 ans, une moyenne de 276 par an.
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- mitiques, ni aux peuples indo-européens1. C’étaient eux qui formaient le fond de la population de la Berbérie à l’époque romaine; ils sont, en majeure partie, sédentaires.
- Les Arabes, en général nomades, sont les conquérants musulmans.
- Cette division de la société indigène en Kabyles et en Arabes a été très contestée. On a prétendu que la race kabyle ou berbère, celle qui est, depuis un temps immémorial, en possession du sol, est non seulement restée pure de tout mélange dans certaines parties montagneuses, mais encore que, presque partout, elle .a absorbé les conquérants successifs. Certaines tribus, que nous appelons arabes ou kabyles, seraient donc, eiï réalité, du même sang, et les différences que l’on constate entre elles, ne seraient pas la conséquence d’une différence d’origine, mais seulement d’une différence dans les habitudes ordinaires de la vie. Ainsi, les unes seraient sédentaires, parce qu’elles vivent dans les montagnes ou auprès des terres propres à la culture ; les autres seraient nomades, parce que, vivant dans les steppes, elles sont obligées à de grands déplacements pour chercher des pâturages pour leurs troupeaux.
- La société indigène se divise d’ailleurs en castes très tranchées.
- Au point de vue traditionnel, elle se compose, a-t-on
- 1 Dans rinde dravidienne, on trouve un peuple warwara; dans l’ancienne Perse, le Barbaristan ; sur les côtes de la mer Rouge, les Barbara; sur le Nil moyen, les Barabra. Ces différents peuples se rattachent peut-être à la famille des Ibères.
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- dit1, de quatre éléments bien distincts : les marabouts, les chorfa2 3, les djouad, les zenatza.
- Les marabouts3 viennent en général de l’ouest. Beaucoup ne sont autres que les descendants des Almo-ravides, ces guerriers célèbres qui, vers le milieu du XIe siècle, s’élançaient des rives du haut Sénégal à la conquête du Maghreb el-Akça {l'Occident le plus éloigné), où ils fondèrent la ville de Maroc. Ils s’emparèrent aussi, avant de passer en Espagne, de la partie occidentale de l’Algérie.
- (On donne également le nom de marabouts à certaines individualités, remarquables par leur piété.)
- Les chorfa sont les descendants de la lignée du Prophète par sa fille Fatma, épouse d’Ali. Ces chorfa sont nombreux dans tout l’ouest de l’Afrique. La famille régnante du Maroc est d’origine chérifienne.
- Les chorfa et les marabouts sont les hommes qui, par leur influence religieuse, dirigent l’opinion publique des masses indigènes. Plusieurs des agitateurs qui ont fomenté, par leurs prédications, des insurrections en Algérie, ont pris le titre de chérif sans en avoir certainement le droit par leur origine.
- Les djouad sont d’origine arabe. Leurs hordes pillardes, traversant la Basse-Egypte, se sont d’abord abattues sur la Tripolitaine et sur la Tunisie, puis sur
- 1 Situation j^olitique de VAlgérie, par Gourgeot, ex-interprète principal de l’armée d’Afrique. Paris, Challamcl, 1881.
- 2 Chérif, au pluriel Chorfa.
- 3 Le mot arabe merabet, dont nous avons fait marabout et les Espagnols almoravide, en dénaturant la forme plurielle eUmerabtine, signifie assidu, lié ; de là, hommes liés à Dieu.
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- l’Algérie, saccageant tout sur leur passage. Ils se sont créé un rang prédominant, une’sorte de noblesse basée sur la force de leurs armes, comme celle des seigneurs du moyen âge. Leur descendance en jouit encore; c’est ce qui fait dire qu’ils sont de noblesse militaire. Nous trouvons souvent chez eux, ou chez ceux qui se donnent pour tels, de fort bons auxiliaires, lorsque l’on peut les soustraire à l’influence des marabouts.
- Les zenàtza sont les descendants des anciens maîtres du pays, qui ont survécu à toutes les invasions, lis sont de race berbère, et, en fait, beaucoup d’individus qui prétendent aux trois autres castes sont eux-mêmes zenatza, c’est-à-dire Berbères1.
- Le classement en Berbères et en Arabes que l’on aurait prétendu faire d’après la langue, ne reposerait non plus sur aucune base certaine. On trouve, en effet, des populations incontestablement de race berbère, comme dans le cercle de Djidjelli, et qui parlent exclusivement l’arabe.
- Les déductions fournies par la comparaison des lan-
- 1 Cette opinion, soutenue par un auteur dont l’autorité est estimée, mérite d’appeler l’attention.
- « Je le dis avec une profonde conviction, écrit M. Gourgeot, le peuple d’Algérie n’est point celui qui, obéissant à la puissante impulsion de Mahomet et de ses successeurs, sortit jadis des déserts de l'Arabie pour s’élancer à la conquête du monde. Ce n’est point ce peuple arabe qui, après avoir été l’effroi de l’Europe, s’est énervé dans les grandeurs de la domination et les mollesses de la vie sédentaire, puis s’est laissé morceler et a fini par disparaître. Le peuple en présence duquel nous nous trouvons, est ce peuple berbère tellement vivace, qu’il résiste à tous les ravages, qu’il survit à tous les conquérants. Yoilà pourquoi, à deux mille ans de distance, nous l’avons retrouvé tel qu’il apparut aux Romains dans la Numidie. Ce sont toujours les mêmes cavaliers : maigres, basanés, nerveux, infatigables, et intrépides. »
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- gués ne peuvent d’ailleurs suffire pour éclairer les questions relatives aux origines ethniques des peuples. Des nations entières changent de langue et de religion. Les Bulgares, qui parlent une langue slave et ont adopté la formule religieuse des slaves, sont d’origine tartare. Dans des provinces entières de la France, si profondément impressionnée par la langue et par la civilisation des Latins, le fond de la population est d’une filiation celtique ou germaine, mais elle l’ignore elle-meme et s’en préoccupe peu. L’histoire nous montre ainsi presque tous les peuples se formant des éléments les plus divers, de sorte que l’on peut dire qu’il n’existe pas de race absolument pure.
- Au point de vue des conclusions pratiques à en tirer, cette recherche ethnique nous paraît d’ailleurs stérile et nous n’y insisterons pas. Peu importent les origines ditférentes des populations, si elles ont les mêmes mœurs, si elles sont réunies sous les mêmes lois, si les mêmes intérêts 'les préoccupent, et si les mêmes passions les agitent.
- . Mais, en Algérie, il n’y a pas identité de mœurs dans toute la population indigène. Une partie est sédentaire et cultive la terre; l’autre est nomade et vit des produits de ses troupeaux. Leurs intérêts sont opposés, et, depuis l’origine du monde,. l’histoire nous dit les luttes et l’antagonisme du pasteur et du labou-lœur.
- C’est dans cette diversité de vie, qu’il faut rechercher surtout les caractéristiques des deux grandes fractions de la société indigène de l’Algérie. Il n’en est pas moins certain qu’on y reconnaît deux races parfois juxtaposées, parfois mêlées ensemble et confondues.
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- Refoulés par les envahisseurs successifs, les Berbères se sont réfugiés dans les montagnes, et c’est là qu’on retrouve leurs tribus, à peu près pures de tout mélange, et parlant une ancienne langue pour laquelle ils n’ont pas de signes particuliers de transcription1.
- Le caractère principal de l’organisation kabyle est l’indépendance des tribus, mais des intérêts communs les amènent à se grouper momentanément et à constituer des ligues temporaires.
- Les Berbères se trouvent dans le Djurdjura, dans les Babor, régions que l’on désigne sous le nom de Grande et Petite Kabylie, dans les massifs du Dahra, des Traras, de l’Ouarsenis, de l’Aurès, dans quelques oasis du Sahara. On rencontre parfois chez eux des hommes au teint clair, aux cheveux blonds et aux yeux bleus; mais le type dominant est brun, aux formes massives, à la tête carrée. Ils sont attachés à la terre, vivent dans des villages, cultivent le sol. Grâce à ces caractères généraux, on avait pensé pouvoir les amener plus facilement à nos mœurs; l’insurrection de 1871 a montré quels sentiments cette population nourrissait à notre égard; on n’a pas toutefois désespéré encore d’obtenir une certaine assimilation.
- Les Kabyles du Djurdjura ont pu traverser la période de la domination turque sans être soumis. Ce
- *. Convertis à l’islamisme, après avoir été chrétiens, ils sont assez indifférents en matière religieuse. Leurs femmes jouissent d’une grande liberté. Certaines coutumes bizarres, parfaitement incompatibles avec les préceptes du Coran, ont été conservées dans quelques tribus. C’est ainsi que, dans un village des montagnes à l’ouest de Bougie, l’étranger choisit à son gré, parmi les femmes, une compagne temporaire pour le •temps de son séjour. Les coutumes imposent à son hùte, et, à défaut, à la djcmmaâ, le soin de faciliter son choix.
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- n’est qu’en 1857 qu’ils furent domptés par le général Randon *.
- L’organisation de la tribu kabyle est démocratique. La tribu se fractionne en communes, déchera ou thad-dart, qui se subdivisent en karouba ou familles; les délégués des karoubas, amin, élus chaque année, forment la djemmaâ, sorte de conseil municipal, qui sert d’intermédiaire entre les indigènes et l’autorité française, et qui administre les affaires communes.
- La thaddart, ou village, est la véritable unité constituée de l’organisation sociale.
- « L’Arabe de race pure est grand, mince, élancé, musculeux, le nez aquilin, le visage ovale, les dents éclatantes; le front, étroit et fuyant, manque seul de noblesse. C’est surtout dans l’aristocratie saharienne, parmi les nomades, que ce type se voit dans toute sa
- beauté. » ... On trouve des individus abâtardis par la
- misère; mais le nombre en est faible, parce que, enfants, ils ont été exposés à toutes les intempéries et à toutes les fatigues, et que la sélection naturelle a fait disparaître les sujets imparfaitement constitués. Ceux qui restent sont «. comme de l’acier trempé » 2.
- L’Arabe, c’est le pasteur, le cavalier qui aime les grands espaces et vit sous la tente. Dédaigneux du travail de la terre, il reste fidèle au précepte de Mahomet : « Où entre la charrue, entre la honte. » Quelques tribus ont fini cependant par se fixer au sol. L’administration française s’efforce de les rendre sédentaires
- ' Voir plus loin le Précis historique de la conquête, et plus haut la description de la Kabylie et celle de l’Aurès.
- 5 Colonel Noëllat, L'Algérie en 4881.
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- en les constituant propriétaires et en partageant les terres qui étaient restées indivises.
- Sous la tente, les Arabes sont groupés en tribus, subdivisées elles-mêmes en ferka et en douar. Les chefs de douar forment la djemmaâ, qui a le même rôle que chez les Kabyles.
- L’organisation politique des Arabes est en général aristocratique. Il existe chez eux trois espèces d’aristocraties : une aristocratie militaire, les djouad, représentée paries descendants des anciennes familles .conquérantes; une aristocratie religieuse, formée par les descendants des marabouts, dont l’influence est en rapport avec leur réputation de sainteté, et une aristocratie de race formée par les chorfa, qui font remonter leur généalogie à Mahomet.
- Abd el-Kader appartenait à la fois à l’aristocratie militaire et à l’aristocratie religieuse; c’est la raison du grand prestige qu’il exerçait.
- L’Arabe de nos jours nous montre le tableau exact de la vie pastorale des temps bibliques. Il n’a pas changé, moins sans doute parce que le caractère de l'homme est immuable, que parce que les conditions dans lesquelles il vit sont les mêmes. La persistance du. climat et la similitude des productions de la terre amènent naturellement la persistance du type d’homme approprié au même milieu. Dans des conditions où l’Européen ne peut vivre sans souffrir et ne peut se propager, l’Arabe, au contraire, se trouve à son aise.
- L’Arabe est merveilleusement adapté à la terre et au climat des Hauts-Plateaux et du Sahara. C’est son domaine; il y aurait folie à le lui disputer et à prétendre lui substituer les hommes de notre race dont l’adapta-
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- tion demanderait le sacrifice de plusieurs générations, et, lorsque cette adaptation serait achevée, l’Européen aurait disparu, un nouveau type d’hommes aurait été créé. Mais, dans les vallées et sur les montagnes du Tell, partout où le climat et les cultures sont analogues à ceux de l’Europe, l’Européen tend à remplacer l’Arabe. Celui-ci ne nous est point assimilable; les habitudes de race, plus encore que les préjugés religieux, élèvent entre l’Arabe et nous une barrière qui ne sera sans doute jamais renversée. A côté des superbes cultures de nos colons, de leurs habitations propres et salubres, l’Arabe continue à vivre sous ses misérables gourbis et à gratter superficiellement un sol admirablement fécond, sans prendre la peine de le défricher; cultures et abris portent un singulier caractère de vie au jour le jour, insouciante, imprévoyante, sans lendemain. « Les générations se succèdent sans laisser pour leur survivre d’autres œuvres que quelques tombeaux. »
- Les indigènes fournissent pourtant à nos fermes, et même à nos industries, une main-d’œuvre précieuse dont on ne saurait se passer. Il n’est donc pas possible de les refouler; nos intérêts même nous le commanderaient , si nos mœurs ne répugnaient à cette politique sauvage ; il y a d’ailleurs place pour eux et pour nous sur un territoire très vaste que la colonisation française n’est pas encore près de combler. D’ici longtemps encore, la France ne saurait fournir, en nombre suffisant, les travailleurs agricoles nécessaires; et, s’il faut être réduit à attirer dans notre colonie des Espagnols et des Italiens, mieux vaut conserver les indigènes, qui, du moins, sont sujets français et assujettis aux conséquences de la conquête.
- Quelques grands propriétaires arabes ont cependant
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- suivi nos exemples de culture; quelques hommes instruits entrent dans nos administrations ; mais, en réalité, les efforts faits pour amener l’Arabe à nos idées et à notre manière de vivre n’ont encore donné aucun résultat sérieux. Les exceptions individuelles que l’on pourrait citer ne font que confirmer la généralité de ce fait d’expérience. Très souvent même les jeunes Arabes élevés au milieu de nous reprennent, dès qu’ils le peuvent, la vie de la tente, et l’on voit des jeunes filles, habituées aux délicatesses de l’éducation européenne, préférer la vie du douar à la condition honorée qu’elles auraient dans la société française. « La louve retourne au loup. »
- Après un demi-siècle de domination en Algérie, nous sommes encore fort imparfaitement renseignés sur les détails de la vie sociale des populations indigènes. La famille musulmane est close; il est fort difficile, sinon impossible, de se rendre un compte exact des relations qui existent entre ses membres. On sait que l’autorité du père est ordinairement considérable et respectée, mais on a peut-être attribué un rôle trop restreint à la femme, épouse ou mère. *
- Dans les classes inférieures de la société arabe, comme dans toutes les sociétés d’ailleurs, la femme n’est souvent qu’une servante astreinte aux labeurs les plus pénibles, tandis que l’homme est plus ou moins paresseux. Le contrat de mariage peut bien n’être qu’une sorte de contrat de louage ou d’association inégale, facile à rompre par le divorce et qui asservit l’être le plus faible à la tyrannie du plus fort, en lui réservant toutefois certaines garanties ; mais, dans les classes élevées, il en est autrement. Si les coutumes ne per-
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- mettent pas aux femmes musulmanes la société des hommes, cette règle de bienséance ne les prive pourtant pas de l’influence que, dans tous les pays, elles exercent sur l’homme par leurs charmes ou par leur intelligence.
- On sait quelle action importante ont souvent eue en politique, les femmes, mères ou épouses des sultans; il est impossible qu’en pays musulman cette action ne soit pas également notable dans le domaine restreint de la famille; mais on l’ignore, parce qu’il n’est pas convenable de questionner un musulman sur ce sujet. La mère est toujours très respectée de ses fils; elle exerce sur eux un ascendant d’autant plus certain que c’est elle qui leur choisit l’épouse, qu’ils ne peuvent ni voir, ni connaître avant le mariage.
- La fille a droit à sa part d’héritage; cela seul ne suffirait-il pas pour lui assurer une certaine indépendance relative et pour faire pressentir les égards dont elle doit être l’objet?
- Des femmes ont acquis, en Algérie même, une grande réputation de sainteté; leur mémoire est vénérée à l’égal de celle des marabouts les plus saints. Gomment concilier ces sentiments avec l’état d’abjection que l’on attribue trop légèrement à toutes les femmes musulmanes? Il est vrai que l’ignorance dans laquelle elles vivent des choses extérieures, et leur défaut d’instruction doivent singulièrement restreindre la portée de leur influence. Quelques filles, en trop petit nombre encore, fréquentent les écoles françaises-arabes et font preuve d’autant de facilité et de malice que leurs petites compagnes européennes.
- C’est par la vulgarisation de cette instruction dans les deux sexes que l’on peut sans doute espérer dimi-
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- nuer la distance qui sépare les deux races et atténuer l’hostilité qui les divise. Quelques efforts sont faits dans ce sens, mais depuis trop peu de temps encore pour qu’on puisse préjuger des résultats que l’on pourra obtenir. Il est permis de penser cependant que, pour transformer les indigènes en sujets français, pour les préparer à l’adoption de nos idées, de notre législation, de nos tribunaux, le meilleur moyen doit être de répandre parmi eux la connaissance du français, de multiplier par conséquent les écoles, de manière à soustraire les enfants à l’influence de tolba ignorants et fanatiques, qui ne leur apprennent qu’à psalmodier le Coran en leur inculquant la haine du chrétien b
- Outre les deux races principales de la société indigène, Kabyles et Arabes, on distingue :
- Les Maures1 2 ou Haclar, habitants des villes ; ils ne forment pas une race spéciale, mais ils offrent en quelque sorte la synthèse de toutes les races qui se sont succédé sur le sol de l’Algérie : Phéniciens, Berbères, Romains, Arabes, Turcs, Européens; renégats ou captifs. En général, indolents, lymphatiques, chargés d’embonpoint, d’une lenteur apathique, et, par conséquent, peu dangereux, ils subissent les événements avec une indifférence passive. S’ils ne sont pas marchands, ils aspirent aux emplois paisibles et peu fatigants des magistratures indigènes, ou servent comme simples salariés de l’Administration.
- 1 Voir De la vulgarisation de la langue française chez les Arabes, par M. Harlmaycr, chef du bureau arabe de Médéa.
- 2 Le nom de Maure dérive du mot magbreb (l’occideut) ; comparez : Maughrébin.
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- Les Coulouglis descendaient de l’union des Turcs avec les femmes du pays. C’était une population brave, maintenue par les Turcs dans une position subalterne, mais qui les servait pourtant avec bravoure. Ils ont été les premiers auxiliaires des Français, mais ils disparaissent peu à peu comme population distincte et se fondent avec les Maures.
- »
- Les Nègres, amenés en grand nombre du Soudan, étaient vendus comme esclaves sur les marchés du Sahara; mais, en général, on les traitait avec douceur, on les convertissait à l'islamisme, on les affranchissait volontiers; les négresses devenaient les femmes de leurs maîtres, et leurs enfants naissaient libres. (La famille régnante au Maroc a du sang noir.) Il s’établissait souvent entre maîtres et serviteurs des liens d’atîection étroite et de dévouement réciproque dont on cite les exemples les plus louchants. L’esclavage en Algérie n’avait donc rien des formes brutales de l’es- » clavage antique, ni surtout de l’esclavage américain moderne. Les nègres forment toujours une population laborieuse ; ils s’emploient d’ordinaire aux travaux manuels. Dans les oasis du Sud, les nègres ou les métis sont les seuls qui puissent résister aux chaleurs sahariennes et aux influences morbides des miasmes des bas-fonds.
- Les Israélites sont très nombreux. Ils descendent en partie des juifs de la dispersion, mais, en plus grand nombre encore, de prosélytes de différentes races, renforcés au XIVe et au XVe siècle par l’émigration des juifs d’Espagne; ceux-ci acquirent bientôt une grande prépondérance.
- Le juif africain ne se trouve plus guère que dans le
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- Sud. Dans le Tell, dans les villes surtout, l’élément espagnol domine. Les juifs ont été maintenus par les Turcs dans une condition très humiliée; l’Arabe professe pour eux le mépris le plus absolu. Gomme toutes les races qui ont vécu dans l’humiliation, ils se distinguent par un esprit particulier et par des habitudes de dissimulation, parce que la ruse est l’arme des faibles. Ils ne cultivent pas la terre, mais se l’approprient par des prêts usuraires, et la font exploiter par l’Arabe dépossédé. Aussi les sentiments de haine de ce dernier se développent-ils de plus en plus.
- Un décret du gouvernement de la Défense nationale, du 10 novembre 1870, dû à l’influence d’un israélite, M. Grémieux, a émancipé les juifs algériens et leur a accordé la naturalisation française avec ses droits et ses charges. Cette naturalisation en masse d’une population qui n’avait encore adopté ni nos mœurs, ni nos idées, ni même notre langue, était tout au moins prématurée ; elle a eu des conséquences graves en nous aliénant davantage encore les Arabes, et a été une des causes de l’insurrection de 1871. Elle a eu, en outre, pour résultat de donner aux juifs la majorité aux élections dans un grand nombre de centres. Fatalement ils arriveront, presque partout, aux fonctions administratives électives, et, dans les communes, le traficant juif, souvent méprisé et méprisable, sera appelé à administrer les nombreux indigènes qui en dépendent.
- Pour ce motif, ceux-ci deviennent, de jour en jour, plus haineux vis-à-vis de la France, qui leur impose cette humiliation1, et cette mesure, sur laquelle il
- L’Arabe méprise profondément le juif, moins à cause de la diffé-
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- paraît d’ailleurs très difficile de revenir, prépare peut' être encore de graves difficultés.
- Cependant on doit constater que des efforts sont faits par la société juive pour se rapprocher des mœurs françaises. Les jeunes gens servent dans l’armée; la culture intellectuelle française commence à pénétrer dans les familles riches ; mais il est difficile de préciser combien ce travail d’assimilation exigera de temps.
- La politique française en Algérie, s’inspirant des idées d’égalité qui sont la base de notre propre vie sociale, a fait tous les indigènes égaux les uns aux autres : Israélites, Kabyles, Arabes, Marabouts, chorfa, djouad, Turcs, Coulouglis, etc., sont traités sur le même pied. Il en est résulté des froissements d’amour-propre chez ceux que nous avons rabaissés, et peu de reconnaissance chez les autres.
- « Dire journellement que l’israélite est l’égal du musulman, c’est injurier celui-ci; dire à un homme qui se prétend marabout qu’il est l’égal d’un zenatsi, c’est le blesser cruellement. » Ni l’un ni l’autre ne le croient, d’ailleurs, et, dans l’intérieur de la société indigène, chacun reprend sa place habituelle.
- En résumé, la population indigène de l’Algérie est formée d’éléments très variés; ce pays est habité par des peuples entièrement différents de physionomie, de mœurs, d’habitudes, d’origine, même de langue et qui ne sauraient se fusionner.
- rcncc de religion qu’à cause de la différence d’instinct. Le juif algérien, par suite d’une longue oppression, est devenu rusé, avare, sordide, humble, dégradé en un mot. Sa naturalisation était une mesure impolitique et prématurée. L’Arabe nous en garde rancune et méprb. (L’Algérie en 1881, colonel Noëllat.)
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- Les trois types auxquels tous les autres peuvent se rattacher sont : les sédentaires, les nomades, et les ksou-riens.
- Les indigènes sédentaires habitent tentes, maisons, ou gourbis; ils sont attachés au sol, et leur principale ressource est Ja culture; ce sont, les gens à bœufs et à labours.
- Les nomades, gens à chameaux, sont pasteurs, vivent du produit de leurs moutons, changent constamment de place. Il n’y a de différence que dans l’étendue du parcours annuel; les uns font une migration de quelques lieues; les autres accomplissent d’énormes voyages. Presque tous cultivent cependant un peu de blé ou d’orge ; plus on est homme de chameaux, moins on a de cultures.
- « Ils sont nomades par disposition héréditaire, mais surtout parce que la nature du pays leur impose ce genre d’existence. En l’état actuel, la plus grande partie du Sahara et de la région des Plateaux n’est pas susceptible d’une culture régulière. Ces grands espaces, nus et brûlés pendant la saison sèche, couverts après les pluies d’une belle végétation, forment des pâturages intermittents, des terrains de parcours. La richesse des nomades consiste dans leurs troupeaux; il faut qu’ils leur trouvent de la nourriture et de l’eau ; de là les migrations régulières du sud au nord et du nord au sud, concordant avec le mouvement des saisons. Aux approches de l’été, les caravanes se mettent en route vers le Tell ; elles y arriveront après la moisson faite ; les bêtes trouveront encore leur pâturage dans les champs dépouillés. A l’automne, quand tombent les premières pluies, on revient sur les Hauts-Plateaux et dans le Sahara. C’est un curieux spectacle que celui d’une tribu en marche : les chameaux s’avancent gravement, en file, portant les provisions, les tentes, les ustensiles de
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- ménage ; puis viennent quelques bœufs ou vaches maigres, les chèvres, et la masse serrée des moutons, qu’entoure un nuage de poussière; les femmes, leurs enfants sur le dos, cheminent à pied ; seules, les grandes dames du désert prennent place dans l’attatouch, le palanquin installé sur le chameau. Les hommes, le fusil au poing, sont en avant pour éclairer la route, ou en arrière pour la protéger; d’autres courent sur les flancs de la longue colonne, surveillant les bétes, les empêchant de s’égarer ou d’être volées. Le soir, on arrête et l’on campe. La demeure du nomade, c’est la tente; un grand poteau et deux perches, quelques pieux fichés en terre, supportent ou assujettissent la grande pièce d’étoffe, formée de félidj cousus ensemble. Le félidj est une longue bande de laine et de poil de chameau que les femmes tissent dans les journées où l’on n’est pas en marche. La tente, si belle qu’elle soit, est un médiocre abri; elle défend mal ses habitants contre le soleil, la pluie, la neige; mais elle est portative et légère. Elle leur suffit et ils l’aiment; le nomade repose mal sous un toit; il a horreur de nos maisons de pierre.
- « Les nomades cultivent peu ; l’élevage est leur grande affaire; le mouton leur donne de la viande; la chèvre, la vache, la chamelle leur fournissent du lait. Avec la laine ou le poil de ces animaux, ils ont la matière première de leurs vêtements et de leurs tentes. Le commerce leur est aussi de quelque secours; ils échangent les dattes récoltées dans les oasis du Sud contre les céréales du Tell; ils vendent pour l’exportation une partie de leurs troupeaux; ils n’achètent guère que des grains, quelques armes, et des bijoux pour leurs femmes. En somme, ils ont peu de besoins et savent presque toujours y suffire eux-mêmes. L’instinct nomade se retrouve chez les sédentaires du Tell; ils se meuvent dans un rayon moins étendu, mais ils sé déplacent facilement. En été, la plupart habitent sous la tente ; l’hiver, le froid les oblige à se fabriquer des gourbis; les murs sont en terre ou en sable grossièrement maçonnés; la toiture en diss ou en alfa ; ni portes, ni fenêtres, ni cheminées ; le sol n’est pas même battu. Avec ses tentes ou ses gourbis rangés
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- en cercle, à l’écart des routes et des chemins fréquentés, gardé contre les fauves et les intrus par ses chiens maigres toujours grondants, le douar a moins l'air d’un village que d’un campement b »
- Les déplacements des tribus sont limités à une zone déterminée par certains droits traditionnels, et que l’autorité doit toujours préciser soigneusement si elle veut éviter entre elles des conflits à main armée. La prise de possession des terres du Tell a restreint les terres de parcours ; mais lorsque les pâturages font défaut sur les plateaux, on doit cependant, sous peine de voir périr les troupeaux, leur assigner des campements dans l’intérieur. Les ressources de pâturages étant limitées, l’accroissement des troupeaux est limité dans une proportion correspondante.
- Il y a une certaine grandeur chez le nomade. On le trouve généreux et hospitalier. L’hôte peut se confier à lui tant qu’il sera sous sa tente. On a souvent accusé injustement l’Arabe de duplicité et de trahison ; on oublie qu’il est le vaincu d’hier, et que nous ne fui avons pas toujours donné nous-mêmes les meilleurs exemples de justice. Doué d’appréciables qualités de courage, le nomade a tous les instincts du fauve, jusqu’à sa cruauté. Silencieux, calme et grave d’ordinaire, il se transforme soudain lorsque la passion fait vibrer ses nerfs; dans l’éclair de ses yeux, dans la tension de tous ses traits excités par la colère ou par l’ardeur de la lutte, il y a encore une sauvage beauté. Dans son intrépidité, il vient sans armes se jeter jusque sur les baïonnettes, mais cette énergie extraordinaire ne saurait se
- 1 Colonel Pliilcbert, Voccupation militaire de VAlgérie.
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- soutenir longtemps; elle s’affaisse bientôt, et la fuite sera aussi rapide que l’attaque a été violente.
- Sous le nom de ksouriens, on entend les habitants des ksour ou villages du Sud. Soumis aux nomades, dont ils sont les serviteurs ou les vassaux, méprisés par eux, d’une autre race peut-être, vivant dans de misérables maisons sordides et en ruines, ils offrent trop souvent un affligeant spectacle de déchéance phy> sique et morale.
- « La base de l’organisation sociale des indigènes de l’Algérie est la tribu. La tribu, c’est ce que l’Arabe peut comprendre, comme collectivité, avec son sens étroit des intérêts économiques. C’est ce qui peut se grouper facilement au jour du danger et marcher sous la direction d’un seul1. » C’est une réunion de 100 à 500 tentes, et l’on compte en moyenne 4 ou 5 individus par tente.
- Au delà de ce chiffre, la tribu se fractionne. Les grandes tribus sont en réalité des confédérations, et les luttes sont fréquentes entre leurs fractions. L’éternel dualisme de toute société, le pour et le contre, s’incarnent généralement en deux familles qui représentent deux sofs, c’est-à-dire les deux partis entre lesquels la tribu se divise. Le pouvoir échoit tantôt à l’un, tantôt l’autre. Ce dualisme maintient la vie, la tension nerveuse dans ces républiques en miniature.
- Dans le Sahara, comme dans presque tous les ksour du Sud, les deux partis rivaux prennent le nom de sofchergui et de sof gharbi, le parti de l’est et le parti
- 1 Colonel Noü'llat, loc. cit.
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- de l’ouest. Dans les misérables bourgades des ksou-riens, une rue, large seulement d’un ou de deux mètres, sépare parfois des ennemis acharnés, qui se livrent de sanglants combats.
- Les nomades se partagent de même en campements rivaux qui en viennent fréquemment aux mains.
- On a dit que les dénominations de sofs de l’est et de l’ouest rappellent les anciennes luttes entre les envahisseurs venant de l’Orient et les populations déjà fixées dans le pays. Si cette hypothèse est vraie, ces noms ont toutefois perdu toute signification de cette nature.
- C’est sur ces luttes intestines constantes que les anciens maîtres du pays, Carthaginois, Romains, Turcs, avaient basé leur politique. Loin de se proposer une pacification impossible, ils se bornaient, suivant leurs intérêts, à favoriser tantôt les uns, tantôt les autres. Quelques milliers de soldats leur suffisaient pour faire pencher la balance en faveur de leurs protégés du moment.
- Cependant, dans les régions où la population est sédentaire, l’organisation sociale est plus complète, mieux fixée; la famille est mieux constituée, la propriété mieux comprise.
- A la tête de la tribu est le caïd, qui réunit à peu près tous les pouvoirs. Il est le chef politique, le représentant responsable de l’autorité française. Il est le chef militaire et commande les goums lorsqu’ils doivent marcher. Il est enfin le collecteur des impôts et il est assisté par le cadi, chargé de rendre la justice. Cette institution-du caïd est commode, parce qu’elle met entre le commandement et la tribu un intermédiaire responsable ; mais elle est dangereuse également, parce
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- que l’autorité des caïds échappe facilement au contrôle du commandement et qu'ils peuvent commettre des exactions qui sont souvent une des causes des insurrections, comme, par exemple, dans l’Aurès, en 1879.
- L’organisation de la tribu a aussi ses avantages, parce qu’elle met en face du commandement une collectivité plus facile à manier, une responsabilité plus facile à saisir que s’il fallait poursuivre les individus ; mais elle a ses inconvénients, parce qu’elle maintient la solidarité et la cohésion entre des hommes toujours prêts à se révolter. Il est impossible de modifier cet état de choses dans les populations nomades; mais partout où la population se fixe au sol, lorsqu’elle entre en contact avec la colonisation européenne et qu’elle devient plus saisissable, il y a toujours intérêt à désagréger la tribu en rattachant l’Arabe, comme individu et non plus comme collectivité, à la commune européenne.
- La tribu se décompose en douars, formés de la réunion d’un certain nombre de tentes, de 10 à 30 environ, sous le commandement d’un chef de douar. C’est par l’intermédiaire de ces chefs que s’exerce l’autorité française, représentée, en territoire civil, par les administrateurs, et, en territoire militaire, par les officiers chefs des bureaux arabes, qui centralisent tout ce qui concerne l’administration : mais l’autorité des bureaux
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- arabes est plus grande que celle des administrateurs ; ils commandent en même temps qu’ils administrent, et ils exercent des pouvoirs disciplinaires plus étendus ».
- La discipline imposée aux tribus, et d’accord d’ail-
- 1 Voir l’arrête du 14 novembre 1864 (Bulletin du Gouvernement général de l'Algérie).
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- leurs avec leurs habitudes traditionnelles, est fort étroite. Les parcours et les campements leur sont assignés d’une manière précise, et il n’est permis ni à une tente de s’écarter du douar, ni à un individu de quitter sa tente, sans autorisation préalable.
- Ce serait d’ailleurs une erreur de croire que les chefs arabes ont toujours, par eux-mêmes, une influence considérable sur leurs administrés. Ils n’ont, au contraire, souvent, que celle que nous leur attribuons et qu’il est, par conséquent, prudent de ne pas exagérer. Quelques familles sont, il est vrai, en possession d’une certaine autorité héréditaire et l’on est obligé de compter avec elles; aussi était-il naturel que l’on s’efforçât de diminuer leur prestige, afin de les mettre hors d’état d’en tirer parti contre nous dans un moment de crise. Ce résultat a été obtenu, peu à peu, dans la majeure partie du Tell; la tranquillité s’affermissant, les chefs militaires ont vu leur rôle s’amoindrir et les brillants cavaliers de l’époque de la conquête ont des enfants qui ne peuvent s’occuper que de faire valoir leurs domaines. Incapables de lutter contre la colonisation, ils se résignent plus ou moins et quelques-uns bornent leur ambition à briguer les situations qui leur donnent accès dans les conseils généraux.
- Dans le Tell, les titres d’aga, de bach-aga, de caïd des caïds, ne sont donc plus que des distinctions honorifiques rappelant l’autorité dont étaient investis les anciens chefs des grandes tribus.
- La diversité des sentiments et des habitudes de la population indigène n’est pas moins frappante que la diversité de la configuration de son sol. Il n’y a pas plus de ressemblance entre les habitants de la Kabylie,
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- fixés dans leurs petits villages bâtis en pierre, et les peuplades errantes du Sahara, qu’entre les montagnes abruptes duDjurdjura, couvertes de neige pendant trois mois de l’année, cultivées jusqu’au sommet, et les plaines de sable brûlant du Sahara, où les chameaux des caravanes trouvent à peine à brouter quelques maigres broussailles. Les mesures acceptées, sans trop de répugnance, par les indigènes de race berbère, qui sont monogames et dont les tendances démocratiques se rapprochent des nôtres, courraient risque d’ctre fort mal reçues en dehors du Tell par les chefs des grandes tentes, qui vivent un peu à la manière des patriarches de l’Ancien Testament. Ce sont puissances avec lesquelles il faut continuellement traiter, sans se départir d’une bienveillance attentive, prête à se faire, au besoin, respecter par des actes d’énergie1.
- 1 D’Haussonville, La colonisation officielle en Algérie.
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- OCCUPATION MILITAIRE.
- En temps ordinaire, lorsque aucune insurrection ne trouble l’Algérie, il suffit de quelques brigades de gendarmerie et de quelques pelotons de spahis pour y faire la police. La sécurité individuelle y est plus grande que dans maintes parties de l’Europe occidentale. Il faut bien savoir cependant que le calme dont jouit le pays n’est qu’intermittent. La population indigène est soumise, mais non pas ralliée.
- L’extension du régime civil, la naturalisation en bloc des israélites, les froissements administratifs, les expropriations qui chassent les indigènes des terres traditionnellement occupées par eux, sont les causes principales et.constantes qui, pendant longtemps encore, maintiendront dans les tribus l’esprit de révolte.
- « La société indigène est en état permanent de conspiration contre nous. Les indigènes du Tell sont soumis en apparence, même obséquieux ; mais cette soumission n’est que superficielle, et une trop grande confiance préparerait encore, comme en 1871, de graves mécomptes.
- « Pour bien voir les choses, il faut étendre la vue et considérer que l’Algérie est un point noyé dans le monde musulman ; qu’elle communique, par le sud, avec 12 ou 15 millions d’êtres élevés et nourris dans la haine même des chrétiens, dont les rancunes, loin
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- de s’apaiser, augmentent d’année en année, et qui ne font que guetter l’occasion de nous chasser de la terre d’Afrique. Dans ce concert, les indigènes algériens se font peut-être moins entendre, mais il ne sont peut-être pas les moins dangereux. »
- « Passionné et fanatique, le peuple arabe peut céder d’un moment à l’autre aux excitations religieuses de quelque prophète de passage, et nous saurions d’autant moins désarmer que la colonisation, avec une confiance exagérée, s’éparpille à tous les vents; qu’elle se dissémine en s'écartant à grande distance des postes militairement occupés; qu’elle devient partout vulnérable, et qu’elle est impuissante à se protéger elle-même. Il est sage de prévoir qu’une grande guerre continentale peut devenir le signal d’une révolte arabe. »
- Il serait possible cependant de réduire l’effectif des troupes permanentes d’Algérie en développant la construction des chemins de fer militaires. Au point de vue du développement économique de l’Algérie, il est certainement utile de terminer le plus promptement possible le réseau du Tell ; mais, au point de vue de l’occupation militaire, il est non moins indispensable de construire des lignes qui permettent de traverser les Hauts-Plateaux et de conduire rapidement les troupes et leurs approvisionnements sur notre frontière du sud, d’où partent le plus fréquemment les excitations religieuses. L’achèvement des lignes d’Oran à Aïn Sefra, d’Alger à Laghouat, de Cons-tantine à Biskra et, si l’on peut, à Tougourt, de Bône à Tebessa facilitera singulièrement le rôle de surveillance des postes du sud. Une compagnie suffira où l’on était obligé de maintenir un bataillon. Le Tell restera notre base d’opérations, et l’on n’aura à conserver sur la frontière saharienne que des postes de vigie.
- Les lignes perpendiculaires à la côte ou lignes d’attaqué doivent être reliées entre elles par des lignes de manœuvre, c’est-à-dire :
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- par la ligne du Tell : Tlemcen—Oran—Alger—Con-stantine—Soukarras—Tunis, actuellement achevée ;
- et par une ligne saharienne, soit au nord, soit au sud de la chaîne saharienne, partant des oasis des ksour et se dirigeant par Laghouat sur Biskra; de Biskra sur Gafsa et Gabès ; celte ligne est à construire.
- La distance à vol d’oiseau de Biskra à el-Abiod Sidi Cheikh est exactement celle de Bordeaux à Marseille, et l’on ne rencontrerait point de difficultés de construction.
- La distance de Gabès aux oasis de Figuig, sur la frontière du Maroc, serait double.
- Cette entreprise n’est donc pas hors de proportion avec le résultat à atteindre. L’expérience prouve que la protection d’une ligne ferrée en pays arabe est relativement facile. Des stations fortifiées défieront toute attaque de la part des nomades ; des communications par télégraphe électrique ou par télégraphe optique avertiront facilement les postes mobiles de se porter sur les points où leur présence deviendrait nécessaire. Au besoin, dans les périodes d’insurrection, on peut faire escorter les trains, et, quant aux dégâts que les Arabes pourront occasionner à la voie avec les engins dont ils disposent, ils seront toujours de peu d’importance et rapidement réparables. L’établissement d’une ligne, parallèle aux limites sahariennes, permettrait, d’établir une zone de protection militaire qui serait une sorte de Marche du Sud de l’Algérie analogue à celles dont Charlemagne avait bordé son empire.
- Les Romains ont procédé ainsi dans leurs conquêtes, faisant servir à leur politique les peuples mêmes que
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- leurs armes venaient de soumettre, ne cherchant pas à se substituer à eux, mais se contentant de cantonner quelques légions dans les positions stratégiques qui dominaient le pays.
- Notre situation en Algérie a bien des analogies avec la leur, mais les moyens dont nous disposons sont plus efficaces que ceux qu’ils pouvaient employer, puisque nous aurons toujours une supériorité d’armement et de procédés industriels qui leur faisaient défaut.
- « Les généraux, qui ont gouverné l’Algérie, sont unanimes à demander, pour la dominer en temps de guerre, 70,000 hommes h On ne sera pas étonné de ce chiffre si l’on se rend compte que l’Algérie a une superficie de 25,000 lieues carrées, soit environ 250 lieues de côtes sur 100 lieues de profondeur. En supposant, ce qui est la vérité, 50 postes occupés, on voit que chacun d’eux est chargé de garder environ 500 lieues carrées. Outre ces garnisons, il faut avoir des troupes que l’on puisse mobiliser, sinon elles seraient exposées à mourir de faim. Tous les militaires qui réfléchissent et calculent, admettent forcément ce chiffre de 70,000 hommes, mais, en même temps, trouvent avec raison que la garde de cette colonie est une lourde charge pour l’armée française. »
- Nous devons toujours, et en tout temps, craindre une révolte des indigènes.
- « Lorsque nous étudions les causes de ces révoltes, nous les voyons naître souvent sans motifs bien définis; c’est la religion; ce sont les excitations du Maroc, les affiliations avec La Mecque; c’est le mécontentement plus ou moins justifié des grands chefs; c’est le manque d’autorité de la part des repré-
- * Les pages qui suivent sont extraites d’un remarquable travail de M. le colonel Philebert sur l’occupation militaire de l’Algérie (Journal des Sciences militaires, février 1874).
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- sentants de la France, une législation qui ne cadre pas avec les mœurs et les habitudes de ces populations sauvages.
- « Il y a assurément un peu de toutes ces causes dans les révoltes; mais la cause réelle, c’est l’habitude. De tout temps, ces populations ont été en désordre; de tout temps, chacun y a agi pour son compte, ne reconnaissant que la loi du plus fort;- de tout temps, chacun a pillé, maraudé, volé son prochain, s’il est Arabe; s’il est Kabyle, il a essayé de se fendre le crâne à coups de bcîton avec son voisin. Ceux qui croient que les indigènes, longtemps à l’avance, mûrissent une révolte de ce genre et se mettent tous d’accord pour nous combattre, se trompent souvent. Beaucoup, quand le vent de la révolte souffle, s’en vont insouciants du lendemain, sans aucun espoir et sans aucun désir de lutte, mais avec la volonté bien arrêtée de taper sur son prochain, qui souvent est son plus proche parent, et de lui prendre tout ce qu’il pourra.
- « Ils en faisaient tout autant envers el-IIadj Abd el-Kader, malgré la sévérité, poussée aux dernières limites, avec laquelle il essaya de les corriger, sévérité dont nous n’avons pas idée, et qui dépasse tout ce que notre imagination peut rêver.
- « C’est un mal incurable que nous n’extirperons jamais complètement; il faut le souffrir, puisque nous ne pouvons l’empêcher ; mais il faut prendre nos précautions pour en souffrir le moins possible, pour que ces révoltes n’amènent pas des perturbations considérables, et pour pouvoir y remettre l’ordre avec peu de monde.
- « Pour combattre ces révoltes, il faut distinguer entre elles, car, suivant les lieux et les populations, elles présentent de bien grandes différences.
- « Il nous faut considérer la manière d’agir de chacune de ces populations lorsqu’elles se révoltent, pour rechercher les moyens propres à avoir raison de chacune d’elles. Mais d’abord il faut éliminer de la question une des grandes difficultés : nous voulons parler de ces villages que notre colonisation a malheureusement dispersés sur tout le territoire de l’Algérie. Je dis malheureusement, au point de vue militaire, bien en-
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- tendu, car, pour nous militaires, ils sont, en cas de révolte, la vraie pierre d’achoppement. Il faut alors courir partout, être partout à la fois sur la défensive; il faut alors subordonner nos opérations militaires à la nécessité de défendre chaque champ, chaque maison, et naturellement il y a grande dispersion de forces; la défense devient insuffisante et craque toujours sur quelque point. Trop souvent nous avons ce triste spectacle de fermes brûlées, pillées, de colons assassinés ; ce sont pour les indigènes des succès si faciles !
- « L’armée, que l’on occupe forcément à ces questions de détail, doit augmenter de nombre au prorata de ces établissements, et malheureusement c’est l’Algérie entière. Ce n’est pas là une mission militaire, mais une mission de police et de colonisation.
- « Au lieu de disperser notre colonisation à tous les vents, au lieu de la lancer par petits paquets à tous les coins de l’Algérie, nous devons la grouper, la réunir en centres ayant une certaine importance.
- « L’Algérie tout entière doit appartenir, comme champ d’exploitation, à nos commerçants, à nos industriels, qui ont le devoir et le droit d’en tirer tout le parti possible; mais, quant à l’agriculture et à la colonisation proprement dite, elles sont en pays ennemi; et comme toujours, en face de son ennemi, il faut se grouper, se réunir pour lui résister, pour n’avoir plus à craindre le vol, le pillage, et les idées de désordre innées chez les indigènes, et se réunir aussi afin de se soutenir par son travail commun, parce que, dans les centres, au milieu de populations plus serrées, la main-d’œuvre est plus abondante et moins chère ; parce que, dans les centres, le commerce aide l’agriculture.
- <( Les révoltes des populations kabyles ou sédentaires n’ont pas une importance majeure, parce quelles se localisent, et que, par conséquent, on peut les atteindre à jour et à heure fixes. La plus sérieuse môme, celle de la Grande Kabylie, est facile à réprimer; la supériorité de nos armes nous donne un avantage tel dans cette guerre, qu’aujourd’hui 1500 hommes
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- suffisent pour traverser les montagnes dans tous les sens; à une condition, cependant, c’est qu’ils trouvent, sur tous les points d’appui, des réserves de munitions et des vivres.
- « La possession du pays, certaine, sûre, facile, sans grande dépense et avec peu d’hommes, est là. En Kabylie, des postes aux points culminants, aux nœuds de route; il n’y a aucune utilité à ce qu’ils soient grands, coûteux à construire; il les faut simplement solides, bien armés, faciles à défendre et pourvus de magasins ; il les faut reliés par des chemins praticables. Avec quelques postes ainsi établis et permettant, par conséquent, à des colonnes de 1500 combattants de circuler sans traîner à leur suite des milliers de mulets, nous pouvons être sûrs qu’aucune révolte ne durera longtemps.
- « Il faut aussi des routes, et les tribus, dont on a à se plaindre, au lieu d’amendes insignifiantes qui ruinent une population déjà trop pauvre, doivent faire des roules ou réunir les matériaux nécessaires pour la construction des postes.
- « Les populations nomades sont celles dont les révoltes sont les plus fréquentes, et aussi, quoique généralement on croie le contraire, celles dont les révoltes sont les plus ruineuses et les plus difficiles à dompter. C’est chez elles que l’habitude est invétérée et que nous avons le moins de moyens de la faire perdre. Nous pouvons bien atteindre les gens dans leurs biens, à preuve les nombreuses razzias qui ont eu lieu lors de chaque révolte; mais, en vérité, ces gens-là ont pour leurs troupeaux une terrible indifférence, et ils les reconstituent avec une rapidité dont nous n’avons pas d’idée. En 1854, les Oulad Oum el-Akhoua, grands nomades du Sud, se révoltèrent; ils furent razziés à blanc par le commandant Pein et par le commandant du Barail. Après cette razzia, ils s’enfuirent à Tougourt et ne vinrent se soumettre que dans le courant de l’année 1855. Ils revinrent ne possédant rien; trois ou quatre mois après, ils étaient plus riches qu’au moment de leur départ; la statistique constatait 48,000 moutons (ils n’en avaient que 45,000 au départ) et 1800 chameaux. Les voisins les avaient largement indemnisés des pertes que l’infidèle leur avait fait subir.
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- « Si le Kabyle a la tète dure comme du fer, aime la bataille, le nomade, lui, comme l’étourneau, aime à se mettre en fugue. Il y a pour lui une jouissance ineffable à se disperser dans le Sahara et à vivre à sa guise, c’est-à-dire à voler et à marauder. En 1868, nous avons vu les Oulad Nayl, enrichis par notre domination, regorgeant de bestiaux, d’argent, et de grains par la culture des terrains jadis incultes et rendus fertiles par des barrages que nous leur avions construits et dont ils appréciaient toute l’importance, nous les avons vus abandonner tous ces biens pour une fugue de quelques jours à peine, avec la conviction, au moment du départ, qu’il leur faudrait, à bref délai, être razziés, faire soumission, et payer l’amende.
- « En réalité, il n’v a pas de tribu qui puisse rester longtemps dans cet état. Il faut toujours qu’elle nous revienne. Le Tell est le père nourricier, et, dans le Sahara, quand le printemps est fini, il n’y a pas de moyens d’existence. On y va un instant, mais il faut en revenir. Inutile donc de lancer nos colonnes lourdement chargées à travers cet immense pays. Toute tribu qui a commis un méfait doit être châtiée, c’est certain ; il n’y a pas de population avec laquelle il soit plus indispensable que toute faute ait sa punition, mais il n’est pas üéces-saire de faire des centaines de lieues à la suite du coupable. Il faut simplement l’attendre au retour. Il reviendra, soyez-en sûr, et promptement, chercher sa punition. Il suffira alors de lui dire : « Nos marchés vous sont fermés, vous n’achèterez rien avant d’avoir fait amende honorable. »
- Les lourdes colonnes, encombrées de convois, sont, pour la plupart du temps, incapables d’atteindre un ennemi aussi mobile; puis, on ne sait comment abreuver une si grande quantité d’hommes et d’animaux; il arrive forcément qu’au bout de quelque temps, elles sont échelonnées le long des chemins pour garder les magasins, et l’on arrive à n’avoir que quelques cavaliers quand on aborde l’ennemi. « Laissons ce funeste système et revenons au bon vieux temps, où le commandant du Barail, le commandant Pein, de glorieuse mé-
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- moire, et autres, soumettaient le Sahara, le parcouraient, et y faisaient la loi avec 250 à 300 baïonnettes. S’ils l’ont fait, nous pouvons le faire, d’autant plus qu’ils n’avaient pas l’armement perfectionné d’aujourd’hui, qui multiplie notre force au moins par 10. Mais cela est même inutile. Pour dominer ce pays, il suffit de punir les délinquants, et c’est de Teniet, Bo-ghar, Tiaret, de tous ces postes de seconde ligne où finit le Tell et où commence le nomade, que l’on doit punir. C’est là que de petites colonnes mobiles doivent être toujours prêtes dans la main d’officiers capables et munis de pouvoirs suffisants pour agir.
- « Une objection sera faite, sans aucun doute, car le système que nous indiquons, s’il suffit aux nécessités du commandement en tant que domination, ne suffit pas aux besoins de l’administration telle qu’elle a été comprise depuis quelques années. C’est un grave tort que nous avons eu de vouloir administrer en détail ces populations ; nous y sommes impuissants et nous le serons toujours. Pour courir après ces vains essais d’administration, nous ne les avons plus commandées, nous nous sommes noyés dans de vains détails. Nous nous sommes enquis de leurs droits individuels, de leur justice, de leurs mariages, de leur état civil, de leurs impôts; nous avons voulu compter leurs enfants, perfectionner leurs moyens de culture, améliorer leurs troupeaux; leur faire adopter des cultures inconnues, des écoles nouvelles; tout l’ensemble de nos lois et de nos moeurs, jusqu’aux procès-verbaux pour délits de chasse ! Et pour tout cela, au milieu de populations de 50 à 60,000 âmes changeant de place tous les jours, un, deux, trois officiers, dont généralement deux au début de leur carrière. Et encore ces malheureux officiers doivent faire toutes sortes de statistiques et entretenir avec le chef-lieu de la province une correspondance sous laquelle succomberait le préfet le mieux organisé. Us finissent, eux aussi, par ne plus sortir de leurs bureaux ; assis devant une table, ils font des chiffres et des écritures, et finissent, dans l’impossibilité de savoir tout ce qu’on leur demande, par se créer un petit monde factice qui
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- répond plus ou moins à la réalité, et, quand la révolte arrive, ils ne sont pas à hauteur des difficultés.
- « Tout est faux dans ce système, il nous faut de suite le rejeter bien loin. Abandonnons tous ces soins fastidieux et inutiles, tous ces semblants d’administration. Que tous ces nomades s’administrent, se rendent la justice, se marient, etc., comme ils l’entendent; nous n’avons que deux choses à leur dire :
- « 1° Yous êtes nos tributaires, vous nous payerez l’impôt; sa répartition, juste ou non, ne nous regarde pas; vous le payerez de telle quantité, à telle époque;
- « 2° Yous respecterez nos nationaux et leurs propriétés.
- « A ces deux conditions, nous vous assurons la libre circulation sur nos marchés, le droit de vous approvisionner chez nous (et par nationaux, j’entends non seulement les Européens, mais encore les indigènes que nous avons dénommés sédentaires ou Kabyles, et que, progressivement, il faut soumettre, autant que cela sera possible, à toute notre administration).
- u Si vous ne payez pas l’impôt, si vous ne respectez pas nos nationaux, nous vous fermerons nos marchés; et si la faute est grave, nous nous réservons le droit, et nous avons les moyens, de vous punir militairement.
- « Dans ces conditions, nous aurons vite la soumission des nomades. Ils se débattront peut-être un peu; mais, si le système est appliqué avec quelque persistance, ce sera vite fini.
- « Quant aux postes de l’extrême Sud, puisqu’ils existent, il faut les conserver ; mais il faut que ces postes soient seulement des positions en arrière des campements d’été, des gardiens vigilants, quand les Sahariens viennent dans le Tell.
- « L’extrême Sud est peu à craindre. Le Souf, Tougourt, le Mzab, Ngoussa, Ouargla, ne sont une grosse affaire que parce que l’éloignement accroît leur importance. Toujours une colonne de 400 à S00 baïonnettes suffira pour y conduire quelques pièces de canon qui en auront facilement raison.
- « Dans les ksour la révolte est locale; elle ne s’étend pas,
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- et nous pouvons toujours au juste calculer l’effort nécessaire pour la réduire.
- « En tout cas, ce n’est pas une bien grosse affaire que de casser leurs baraques à coups de canon, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire de le faire souvent. L’idée de faire, de loin en loin, un exemple de ce genre ne doit pas nous effrayer. Zaatcha a laissé dans nos esprits des idées exagérées de la difficulté que présente une opération de ce genre; mais il vaut encore mieux, à tous les points de vue, avoir tous les dix ans un Zaatcha à briser à coups de canon, que de courir, comme nous le faisons, après ces espèces de sauterelles du Sahara. »
- Au système d’occupation dont nous venons d’exposer les idées principales, on peut objecter que, si les tribus nomades du Sud, qui reconnaissent notre autorité, se trouvent incapables de résister à des tribus plus puissantes qui se seront insurgées, elles réclameront notre protection, ou se déclareront obligées de faire cause commune avec nos ennemis, sous peine de se voir razziées et détruites. C’est donc le Sud tout entier qui pourrait un jour se soustraire à notre domination, si nous ne conservions pas les moyens et si nous n’avions plus la volonté de lancer quelquefois des pointes hardies au cœur même du pays révolté.
- Ce qui fait notre force en Algérie, c’est la désunion des tribus, leur manque d’entente, l’inaptitude des Arabes à concerter un mouvement d’ensemble; de sorte que les insurrections sont rarement simultanées. Nous avons pu, jusqu’ici, non seulement les réprimer, mais encore opposer les indigènes les uns aux autres, et c’est fort heureux, car il ne faut pas perdre de vue que la guerre dans le sud de l’Algérie, et même sur les Hauts-Plateaux, n’est pas possible sans le concours de l’élément indigène. Il faut non seulement des conducteurs
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- arabes pour les énormes convois de chameaux qui suivent les colonnes, mais il faut surtout des goums pour les éclairer et même pour atteindre l’ennemi. Les troupes françaises ne sont, en réalité, qu’une réserve destinée à les soutenir, et, la plupart du temps, impuissante à joindre l’adversaire, à moins que celui-ci, confiant dans une très grande supériorité numérique, ne vienne lui-même offrir le combat.
- « A eux seuls, les quelques centaines de cavaliers des Harar, Yacoub, Larbaâ, etc., ont infligé aux dissidents plus de pertes que nos colonnes réunies.
- « Sans eux, la guerre est à peu près impossible dans le Sud, car eux seuls sont aussi mobiles que nos adversaires, et, par suite, capables de les atteindre. »
- On doit se préoccuper, par conséquent, du maintien en bon état de la cavalerie indigène des goums et du maghzen, c’est-à dire des cavaliers des tribus qui doivent marcher à notre réquisition. Or, à mesure que la sécurité augmente, les tribus nomades ont moins de chevaux, parce que leur entretien est dispendieux; à cette cause générale et permanente, il faut ajouter certaines causes particulières, notamment des sécheresses prolongées qui ont momentanément privé les nomades de pâturages sur les plateaux, alors qu’il ne leur était plus permis de venir camper dans le Tell. Aussi, la production du cheval arabe devenant insuffisante, l’administration française a dû s’en préoccuper et récemment organiser des haras.
- C’est avec la même attention que l’on doit veiller au maintien des troupeaux de chameaux, indispensables pour les transports derrière les colonnes.
- En 1881, pendant l’expédition du Sud-Oranais, comme nous l’avons dit précédemment, les rigueurs
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- du froid et l’excès de fatigue imposée aux animaux réquisitionnés dans les tribus, ont ruiné presque complètement les troupeaux de nombre d’entre elles, et il a fallu longtemps pour qu’elles les reconstituent K
- Les opérations militaires dans le Sud dépendent d’une manière très étroite de la bonne organisation de ces convois, véritable train auxiliaire. L’effectif des animaux porteurs doit toujours être considérable, par suite de l’obligation où l’on est d’emporter des approvisionnements d’eau. Le chiffre du convoi varie naturellement suivant la distance où l’on doit opérer des
- 1 Le chameau n’est pas un animal infatigable, tel qu’on le suppose assez généralement. Il est vrai qu’il ost admirablement adapté à la vie du désert, qu’il fait sa nourriture ordinaire des broussailles ligneuses que ne sauraient broyer les chevaux, qu’il peut rester quelques jours sans boire et même sans manger ; mais on ne saurait abuser de lui. Après un mois de travail, il faut le laisser deux mois au pâturage pour qu’il répare ses forces. Il faut connaître les plantes qu’il affectionne, celles qui lui sont nuisibles. La piqûre de certains insectes est mortelle pour lui. Il faut dos précautions particulières pour soigner ses maladies et pour le charger. Il faut par conséquent un personnel indigène spécial pour conduire les convois ; on doit compter deux ehameliers pour charger six ou huit chameaux, au plus. La charge qu’il porte est proportionnelle à son âge; celle d’un chameau adulte ne peut guère dépasser d00 à 420 kilogrammes. L’arrimage de caisses et de tonnelets présente des difficultés particulières, et il arrive fréquemment que les bêtes se brisent les côtes en heurtant leurs charges.
- Le chameau est en outre un animal timide, facile à effrayer, et dont le dressage est délicat. Il refuse souvent de marcher pendant les tourmentes de sable si fréquentes dans le Sud.
- La journée de marche normale n’est pas supérieure à celle des chevaux, c’est-à-dire qu’elle varie entre 30 et 50 kilomètres.
- Le chameau de selle, ou méhari, marche au trot et peut fournir des courses exceptionnelles de 70 à 400 kilomètres ; mais il appartient à une race spéciale. Le méhari diffère autant du chameau ordinaire que le cheval de sang du cheval commun.
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- puits et des postes de ravitaillement, et selon la durée présumée de l’expédition; mais on compte d’ordinaire un millier de chameaux pour une colonne mixte de l,o00 hommes, c’est-à-dire 800 fantassins, 200 cavaliers, les services auxiliaires, et les goums indigènes-
- Pour ne pas être à la merci des réquisitions plus ou moins incertaines dans les tribus, on a constitué à Laghouat un équipage permanent de 700 chameaux environ, appartenant à la commune indigène; cette organisation est à. imiter dans le Sud-Oranais et dans le Sud de Constantine.
- Dans l’extrême Sud, au Mzab et à Ouargla, on organise des Maghzen montés à mehara h
- La coopération de l’élément indigène est donc indispensable, d’un côté, pour exploiter les terres de culture du Tell; de l’autre, pour maintenir sous notre autorité les nomades du Sud, et, par conséquent, pour garantir la sécurité de notre colonisation. 11 faut également se servir du concours des chefs indigènes pour commander et pour administrer les tribus. Nous substituer à eux sous prétexte de redresser certains abus qu’ils peuvent commettre, c’est assumer une tâche extrêmement complexe et à laquelle ne saurait suffire le personnel des bureaux arabes.
- Au lieu d’imposer notre formalisme administratif étroit aux tribus, trop éloignées des centres européens pour qu’il soit possible de les pénétrer de notre influence et de les désagréger, on a pensé, pendant
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- 1 Pendant la campagne d’Egypte, Bonaparte avait organisé des régiments de dromadaires à 900 hommes, ayant 750 dromadaires 250 chevaux et pouvant emporter des vivres pour 50 jours.
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- longtemps, qu’il était préférable de les faire gouverner par leurs propres chefs.
- Dans un pays de tradition comme le leur, il pouvait être habile de respecter les privilèges traditionnels des grandes familles et des chefs religieux. En les honorant, en augmentant même leur pouvoir et leurs richesses, on était assuré de les avoir pour auxiliaires. C’est le conseil que donnait Bonaparte dans ses instructions sur l’administration de l’Egypte. Cette politique, que l’on tend à modifier aujourd’hui, a été longtemps suivie avec succès, et les hommes qui connaissent le mieux l’Algérie la préconisent toujours. L’expérience du passé montre, en effet, que, depuis de longues années, certaines familles nous sont toujours restées fidèles, et qu’elles ont versé généreusement leur sang pour nous toutes les fois que nous avons fait appel à leur dévouement.
- Si quelques-unes ont fait défection, comme les Oulad Sidi Cheikh en 1864, les Mokhrani en 1871, on pourrait en retrouver la cause première dans certaines erreurs de commandement ou d’administration, et surtout dans des froissements d’amour-propre causés à des chefs orgueilleux et susceptibles.
- On doit se rendre compte également qu’au delà des postes que nous pouvons militairement occuper d’une manière permanente, il y aura toujours une zone dans laquelle vivront des populations que nous ne pouvons commander directement et qui, cependant, doivent subir notre influence ; il nous importe de les surveiller et même de les utiliser contre les ennemis plus éloignés. Le meilleur moyen serait sans doute de nous attacher leurs chefs par certains liens de vassalité et de
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- nous assurer de leur fidélité par des dignités, des égards flatteurs, des avantages matériels. Ces agas ou ces bach-agas, comme les comtes ou les marquis du moyen âge, commanderaient nos marches militaires du Sud, au delà de nos postes des montagnes sahariennes, vers le Gourara, vers le Touat, vers le pays des Touareg, et si leur autorité prenait un jour des allures inquiétantes, on saurait du moins où frapper pour la briser1.
- Organisation défensive de l’Algérie.
- L’Algérie n’a pas de frontière dans le sens strict du mot.
- En effet, nous avons dit combien était défectueux et incertain le tracé des limites du côté du Maroc. Vers la Tunisie, il n’y a plus de frontière à observer au point de vue militaire. Vers le Sud, il n’y a et il ne peut y avoir aucune limite, car le désert ne constitue pas une frontière naturelle, par cette seule raison que le désert absolu n’existe pas.
- Les tribus errantes, qui le parcourent, échappent, parleur mobilité même, à toute délimitation précise. Comme les Russes au centre de l’Asie, les Français, en Algérie, n’ont donc, au sud, d’autres limites que celles que peuvent leur donner l’initiative et l’esprit d’aventure des officiers qui commandent les postes extrêmes.
- 1 Napoléon parlant, dans scs Mémoires de Sainte-Hélène, des moyens de contenir les Arabes des frontières de l’Égypte, s’exprime ainsi : « Lorsque l’Egypte a 616 gouvernée avec fermeté et justice, les Arabes ont été soumis; chaque tribu a été obligée de répondre de son désert et de la partie de frontière qui lui était confiée... Ces tribus, comme de petits vassaux, ont garanti la tranquillité du pays au lieu de la troubler.... »
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- Mais il y a une distinction à établir entre les régions du sud-ouest et du sud-est.
- Si l’on considère l’ensemble d’une carte de l’Algérie, on remarque une grande différence dans la configuration des montagnes et des Hauts-Plateaux, à l’ouest et à l’est du méridien d’Alger.
- A l’ouest, la distinction entre la zone tellienne, les plateaux, la chaîne saharienne, et le Sahara, est très caractérisée. Le Tell, c’est le corps de place. Les poternes de ses remparts du sud sont tenues par el-Aricha, Daya, Saïda, Frenda, Tiaret, Teniet, Boghar.
- En avant, s'étend une vaste esplanade, large de 200 à 300 kilomètres; ce sont les Hauts-Plateaux. Au delà se dresse un puissant parapet dont les escarpes dominent les plaines sahariennes, et à moins d’une trentaine de lieues desquelles commencent les areg. Le chemin de fer d’Aïn-Sefra qui traverse les plateaux n’a été construit que dans un intérêt militaire.
- A l’est du méridien d’Alger, les Hauts-Plateaux se rétrécissent peu à peu. Ils se creusent dans le Hodna et se transforment en une grande cuvette d’un climat saharien, où mûrissent les dattes, mais où l’abondance des eaux permet aussi la culture des céréales. Dans la province de Constantine, les plateaux se relèvent; mais, comme on l’a vu, ils sont relativement peu étendus, et n’ont pas les caractères des grandes steppes de l’ouest. Ils sont même abordables pour la colonisation. Plusieurs chemins de fer, construits dans des intérêts économiques, les traversent. Enfin, le rempart du Sud, d’abord tracé avec peu de netteté s’épaissit ensuite dans l’Aurès en une masse très puissante. Les liaisons entre le Tell et le Sahara s’établissent donc dans d’au-
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- très conditions que dans le Sud-Oranais, tandis que les richesses des grandes oasis de l’Oued-Righ et d’Ouargla nous ont entraînés à de fort grandes distances ; leur occupation, utile sans doute, si l’on veut commander les nomades et pénétrer progressivement vers le Touat et le Soudan, n’intéresse pas la sécurité de la colonisation algérienne, comme l’occupation des ksour du sud-ouest.
- Dans le département d’Oran, par suite du voisinage du Maroc et de l’esprit plus ardent des nomades, la pacification du Sud est encore incomplètement assurée; les précautions militaires doivent être plus précises. L’état de guerre est, en quelque sorte, permanent, ou du moins la tranquillité n’est qu'intermittente, et les sortes de trêves, pendant lesquelles se reconstituent les tribus que l’insurrection a ruinées, ont une durée incertaine.
- Dans le Tell, la frontière du Maroc est surveillée par les postes de Nemours, Lalla Maghnia, Sebdou, el-Aricha.
- On tient les Hauts-Plateaux par Mecheria, qui est une grande biscuit-ville permanente, c’est-à-dire une place de ravitaillement, avec magasins et ambulances ; elle a pour avancée, à l’ouest, Aïn ben Khelil.
- On commande les passages de la chaîne saharienne par Aïn Sefra, qui est également une place-magasin, et a pour avancées Aïn Sfissifa à l’ouest, Djenien bou Rezg au sud-ouest, et Moghar au sud, où se trouve seulement un détachement de cavalerie indigène.
- Les communications à travers ces montagnes ont été améliorées de manière à pouvoir porter rapidement les troupes sur leur versant saharien, dans la direction de Figuig.
- Géryville est, comme Aïn Sefra, une place d’appui et de ravitaillement, mais plus forte et plus complètement installée. Aflou, centre administratif du Djebel-Amour, n’est qu’un simple bordj. Ses communications avec Tiaret sont gardées par un poste intermédiaire à Oussekr; mais ni Géryville, ni
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- Afïou, n’ont d’avancées permanentes au delà des montagnes du sud. On n’est averti des agitations des nomades que par l’intermédiaire des caïds de Brézina, d’el-Maïa, de Tadjerouna, dont la vigilance ou le zèle peuvent être en défaut.
- On a cependant placé à Aïn Mahdi, près de la zaouïa de Tedjini, un poste permanent qui relève de Laghouat, et qui a pour mission principale de surveiller le marabout.
- Dans le département d’Alger, la sécurité du Sud est beaucoup plus grande que dans la province d’Oran; mais on trouve dans le Tell des régions montagneuses, dont les populations kabyles doivent être constamment surveillées : le Dahra, l’Ouarsenis, et la Kabylie.
- On tient le Dahra par Tenès, Chcrchel, Orléansville, et Mi-liana.
- On tient l’Ouarsenis par Orléansville, Tiaret, Teniet, et Boghar.
- On tient la Kabylie par Fort-National, au centre; par Del-lys, Bougie, Aumale, sur la périphérie.
- Sur les Hauts-Plateaux, un poste à Chellala combine sa surveillance avec celui d’Oussekr, de la province d’Oran.
- Les montagnes des Oulad Nayl sont gardées par Djelfa et Bou Saâda. Ce dernier poste observe également le Hodna.
- Dans le Sud, Laghouat est le point d’appui des colonnes mobiles qui ont à opérer dans le Djebel-Amour ou vers le Mzab. C’est une très forte place, tête des routes de Ghardaïa et d’Ouargla.
- A Ghardaïa est un. bordj très solide, avec une garnison normale- de tirailleurs. L’autorité du commandant supérieur s’étend sur Ouargla, où se trouve un poste de troupes indigènes, et sur- Goléa, où l’on a construit une maison de commandement pour un caïd. Le poste du Mzab établit ainsi une liaison indispensable entre Laghouat et l’oasis d’Ouargla, qui relève de la division d’Alger. On ne pouvait, en effet, tolérer que les seuls points du sud, où l’on trouvât de l’eau et quelques ressources, fussent aux mains d’une population qui,
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- prétendant rester indépendante au milieu de l’Algérie conquise, aurait paru tenir en échec l’influence française, et qui se supposait même le droit de fermer les portes de ses villes pour nous en interdire l’accès.
- Goléa et Ouargla sont les points extrêmes sur lesquels s’exerce, d’une manière permanente, l’influence française. Étant donnée l’importance considérable des oasis d’Ouargla, on a jugé utile d’y mettre un poste permanent pour pouvoir commander les grands nomades qui en possèdent les palmiers. L’occupation du Mzab a été la conséquence nécessaire de celle d’Ouargla.
- Dans le département de Constantine, les conditions de l’occupation militaire sont encore plus faciles. La zone tellienne n’est pas séparée de la chaîne saharienne par de grands espaces sans ressources; un chemin de fer, terminé jusqu’à Biskra, et projeté jusqu’à Tougourt, assure les mouvements rapides des colonnes; les populations sont d’ailleurs plus paisibles.
- On tient la Petite-Kabylie par Djidjelli et Sétif.
- Sur les Plateaux, Constantine, Sétif, Batna, Tebessa, Aïn Beida, sont plus que des postes militaires, ce sont déjà des centres administratifs et européens de certaine importance.
- On tient l’Aurês par Batna, Khenchela, et Biskra.
- On surveille le Ilodna par un poste placé à Barika.
- - Au nord-est, Soukafras commande les montagnes confuses de la Medjerda.
- Au sud-est, Tebessa est le point d’appui des colonnes qui ont à opérer dans les monts des Nemencha, et la base de ravitaillement de Gafsa et des postes du^Sud Tunisien.
- Dans l’extrême Sud, on a une petite garnison à Tougourt pour commander dans l’Oued-Righ. On a aussi placé un poste à Debila dans le Souf, et l’on y a même maintenu pendant un certain temps une colonne mobile. Cette occupation, qui est particulièrement pénible pour les troupes, et fort onéreuse par suite de la difficulté des transports, avait pour but, au moment de l’expédition dans le sud de la Tunisie, d’empêcher les
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- Iribus insoumises de tourner le Djerid par le sud pour entrer sur notre territoire. Debila est relié à Tebessa par Negrinc, où se trouve un poste optique.
- Des troupes, dont l’effectif est augmenté en temps de troubles, sont disséminées dans les postes que nous venons d’énumérer. En outre, la plupart des villes et des centres importants du Tell servent de garnisons aux régim.ents du 19e corps d’armée, que l’on maintient à proximité de la côte, c’est-à-dire à portée des ports où ils auraient à s’embarquer au moment d’une mobilisation générale. Si l’on n’avait en vue que le maintien de la tranquillité en Algérie, il y aurait au contraire intérêt à rapprocher les troupes de la lisière nord des Plateaux, d’où leur action s’étendrait à la fois sur le Sud et sur les régions montagneuses du Tell.
- En temps d’insurrection, les postes fixes sont tout à fait insuffisants pour tenir les tribus dans l’obéissance; c’est pourquoi on organise, en outre, des colonnes mobiles destinées à être rapidement portées sur les points où la tranquillité est troublée. Les routes, les voies ferrées qui faciliteront leurs mouvements, la création de nombreux centres de ravitaillement pour qu’elles puissent se passer des convois qui alourdissent, rendront plus efficace leur action, et permettront de diminuer d’autant leur effectif.
- Le système de fortification des places de l’Algérie consiste, d’une manière générale, en une redoute formant réduit, où se trouvent les logements de la garnison, les ambulances, et les magasins, et en une enceinte, simple mur de 3 à 5 mètres de haut, percé de meurtrières et tracé en crémaillère, de manière à ce qu’on puisse en flanquer toutes les parties.
- Entre la redoute et l’enceinte, se trouvent le camp
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- des colonnes mobiles et, selon les localités, les maisons de la population européenne et indigène.
- Dans la plupart des centres où l’on ne maintient pas de garnison fixe, un bordj, c’est-à-dire une maison carrée avec mur crénelé, cour intérieure, puits, écuries, etc., sert de logement àd’administrateur, et peut, en temps d’insurrection, servir de refuge à la population. Les stations des chemins de fer, les fermes isolées des caïds, les caravansérails, les maisons de commandement, sont souvent construits de la même manière.
- Ces défenses, qui seraient fort insuffisantes contre des troupes européennes, sont parfaitement à l’abri des attaques des Arabes, qui n’ont pas de canons, et il suffit d’une surveillance régulière pour se garder du danger d’une escalade, d’ailleurs très difficile pour les indigènes, qui ne savent pas se munir des engins convenables. Un détachement, si faible qu’il soit, pourvu cependant que son effectif soit proportionné au développement de l’enceinte à garder, peut tenir indéfiniment dans un bordj, s’il a des vivres, de l’eau, et des cartouches.
- Pendant l’insurrection de 1871, les bordj s ont partout résisté, bien que les Kabyles aient essayé de les attaquer par la mine1 ; on peut donc en conclure qu’il vaut mieux avoir un assez grand nombre de postes de petites
- 1 Pendant l’insurrection de \874, le bordj des Beni-Mansour, où se trouvait une garnison d’une centaine d’hommes, sous le commandement du capitaine Mas, résista pendant 52 jours, du 7 avril au 28 juin, aux attaques répétées des Kabyles insurgés. Le manque d’eau fut une des plus grandes difficultés de la défense : il fallait, en effet, s’en procurer en déjouant pendant la nuit la vigilance de l’ennemi qui bloquait] le poste et s’approvisionner à l’oued Sahel, à 300 mètres de dislance.
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- dimensions, bordjs on grands blokhaus, offrant des points d’appui nombreux aux troupes mobiles, plutôt que quelques places plus vastes, mais dont la garde même immobilise trop de monde.
- La frontière maritime de l’Algérie n’est pas organisée en vue d’une attaque par mer; des batteries protègent toutefois d’une manière suffisante les ports et les mouillages près des côtes. Nous les avons énumérés; mais si l’on pouvait avoir quelque inquiétude en cas de guerre européenne, c’est à la flotte qu’il faudrait remettre le soin de garantir le littoral très étendu de l’Algérie et de la Tunisie.
- Télégraphie optique. — En attendant que des lignes télégraphiques ordinaires aient pu être posées jusqu’aux postes extrêmes du Sud, et pour y suppléer en temps d’insurrection, on a créé un réseau de postes de télégraphie optique qui rendent de précieux services.
- Le centre des communications optiques du Sud-Oranais est au Kheider, d’où l’on est en relation avec el-Aricha et Ras el-Ma, par une station intermédiaire sur le djebel Beguira; avec Géryville (station du djelbel bou Derga); avec Mecheria (station du djebel Anlar).
- De Mecheria, on communique avec Aïn ben Khelil ; avec Aïn Sefra (station du djebel Aïssa).
- Du djebel Aïssa, on peut communiquer éventuellement avec Aïn Sfissifa et Tiout, et l’on pourrait également communiquer .avec Figuig par une station intermédiaire placée au djebel Zaglii au sud d’Aïn Sefra, dans le massif du djebel Mekter.
- De Géryville, on est en relation avec Afïou (djebel Okba), et d’Aflou éventuellement avec Tiaret, par une communication directe.
- Dans le sud d’Alger, Ghardaïa est relié à Laghouat par la télégraphie électrique.
- Dans le sud de Constantine, Biskra est en relation avec Tou-
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- gourt par des postes intermédiaires au signal de Chegga et à el-Berd.
- Tcbcssa est relié à Debila (Souf) par des postes au djebel Doukan, au djebel Ong, et à Negrine (djebel Mahadjer). La distance de Debila à Negrine est de 135 kilomètres environ.
- Negrine communique avec Biskra par un poste à Badès, et éventuellement avec Tozer sur le chott Djerid.
- Le djebel Ong est en relation avec Gafsa, et Gafsa avec Gabès. Éventuellement, il peut communiquer avec Klien-chela.
- Une ligne télégraphique ordinaire relie d’ailleurs Tebessa avec Gafsa.
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- V.
- CONFRÉRIES RELIGIEUSES.
- L’idée de nationalité et la notion de patrie font défaut dans la société musulmane ; comme nous l’avons dit, l’Arabe, en particulier, ne conçoit pas nettement une collectivité d’intérêts supérieure à la tribu; dans certains cas et momentanément, aune confédération de tribus. C’est ce qui explique'pourquoi la conquête française, comme les conquêtes antérieures, a été relativement si facile. Abd el-Kader a échoué lorsqu’il a voulu constituer le royaume arabe, dont nous lui avions en quelque sorte donné l’idée ; ainsi échoueront sans doute toujours, fort heureusement pour nous, les tentatives qui pourront être faites dans l’avenir pour réunir dans une même pensée de révolte les populations de l’Algérie.
- Le seul lien qui solidarise les tribus, c’est le lien religieux, mais là encore se manifeste pourtant l’esprit de division qui semble être une des caractéristiques de la race. Le Coran est bien le livre commun de tous les musulmans; mais il a eu ses commentateurs, qui ont plus ou moins altéré la pureté et la tolérance de la doctrine; il s’est formé non seulement des sectes, mais encore de nombreuses petites sociétés religieuses.
- Tout comme le christianisme, l’islamisme a ses saints. A diverses époques et dans divers lieux, certains hommes ont acquis un grand renom de sagesse,
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- de science, et de piété. On les a considérés comme les élus de Dieu, désignés par lui pour diriger les autres hommes, intermédiaires de ses faveurs, ayant le privilège de ses bénédictions. On les honore, on vénère leurs tombeaux, on les prie d’intercéder pour obtenir des grâces ; mais on croit en outre que leur descendance hérite de la bénédiction céleste, de la baraka, et c’est ainsi que certaines familles jouissent d’une influence religieuse considérable qui leur donne une grande autorité. Ce sont les familles de marabouts.
- Les marabouts sont fort nombreux en Algérie. Quelques-uns, dont les ancêtres avaient une grande réputation de sainteté, ont groupé autour d’eux un chiffre considérable de fidèles ou serviteurs religieux. Ceux-ci se mettent sous la protection spirituelle du saint, observent certaines pratiques particulières, portent quelquefois un chapelet qui est un signe de reconnaissance, obéissent avec dévouement aux chefs qui sont les héritiers de la baraka.
- Ces associations ne sont point des sectes, bien que chacune ait son rituel spécial; elles ne sont ni ennemies, ni divisées au point de vue du dogme, bien qu’elles se jalousent mutuellement.
- Les adeptes, ou khouan, reçoivent un chapelet et une formule de prière cljirk; ils payent une redevance sous forme d’aumône, ou ziara, aux mokaddem, qui chaque année parcourent les tribus. Ces redevances accroissent les richesses de la confrérie, mais elles sont, généreusement aussi, employées en bonnes aiuvres. On peut être affilié à plusieurs ordres. Entrer dans un ordre religieux, se dit prendre la rose (oard).
- Le centre religieux de ces confréries est la zaoaïa.
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- « La zaouïa 1 est à la fois une chapelle qui sert de lieu de sépulture à la famille qui a fondé rétablissement, et où tous ses serviteurs religieux viennent en pèlerinage ; c’est un lieu de prière, souvent une école, un centre littéraire. C’était aussi un lieu d’asile, et c’est toujours une maison hospitalière, où les voyageurs, les pèlerins, les malades, les infirmes, et les incurables trouvent un gîte, des secours, des vêtements, de la nourriture ; c’est aussi un bureau d’esprit public, où s’échangent les nouvelles, où l’on écrit l’histoire des temps présents; enfin, une bibliothèque qui s’accroît tous les jours par les travaux des hommes qui y sont attachés et où l’on conserve la tradition écrite des faits passés. » Mais c’est surtout un foyer de propagande religieuse dont le rayonnement s’étend au loin.
- Un chef avec le titre de cheikh, quand il appartient à la famille propriétaire de la zaouïa, avec le titre de mokaddem (gardien) ou d’onkil (fondé de pouvoir), quand il est étranger à cette famille, dirige l’établissement. De nombreux serviteurs (khoddam) sont attachés à chaque zaouïa, soit pour cultiver les terres qui en dépendent, soit pour assister le nombreux personnel d’écoliers, de marabouts, d’infirmes, et de voyageurs fréquentant l’établissement.
- Une zaouïa est quelquefois un village de vingt à trente maisons, comme celle de Moulaï Taïeb, chez les Traras ; quelquefois un bourg considérable, composé-d’une centaine de maisons, cabanes ou tentes, comme la zaouïa de Sidi Mahi ed-Din sur l’oued el-Hammam ; d’autres fois une réunion plus ou moins considérable de tentes, comme la zaouïa de Sidi Mohamed ben Aïssa,
- 1 De Neveu, Les Khouan
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- chez les Fliltas. Toujours, il y a dans la zaouïa un lieu d’assemblée, de réunion ou de prière, une mosquée.
- Les zaouïas avaient autrefois de nombreux biens (.habbou), provenant de donations, dont lesrevenus leur étaient acquis, mais qu’elles ne pouvaient vendre, véritables biens de mainmorte. L’administration française a procédé, en Algérie, comme on l’a fait en France en 1790. Elle s’est approprié ces biens, mais à charge de pourvoir aux dépenses des zaouïas et du culte, engagement qui n’a pas été partout respecté. Cette mesure a été considérée comme la pire des spoliations, et le mécontentement qu’elle a provoqué en Algérie est comparable à celui que les mesures de même nature ont provoqué en France dans la société religieuse b
- On comprend que les dispositions personnelles des chefs religieux intéressent au plus haut point la sécurité de l’Algérie. L’expérience prouve que toutes les révoltes sont fomentées par des prédications religieuses,
- 1 II existe une certaine analogie entre l’organisation des confréries musulmanes et celle des ordres religieux du christianisme. Dominicains, Franciscains., Jésuites, Bénédictins, etc. sont certainement des catholiques orthodoxes, mais ils suivent cependant une règle religieuse spéciale à leur ordre et leur orthodoxie commune n’exclut pas une certaine rivalité dans leurs intérêts temporels et dans leurs propagandes religieuses. Chacun de ces ordres groupe ses institutions en province sous l’autorité d’un provincial et reconnaît l’autorité supérieure d’un général. Il en est à peu près de même des confréries musulmanes.
- Des zaouïas de différentes sectes se trouvent parfois rapprochées, absolument comme des maisons de jésuites ou de dominicains dans nos villes ; mais il arrive aussi que tel ordre est prépondérant dans une région. Les Tcdjâna dominent en Tunisie et dans la province de Cons-tantine; les khouan de Moulai Taïeb au Maroc et dans la province d’Oran ; les Scnousià en Tripolitaine. Il en est de même dans nos sociétés chrétiennes où, par exemple, les franciscains sont plus nomhreux en Autriche, les lazaristes, en France, etc.
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- et si certains marabouts sont animés de sentiments hostiles, des tribus entières, ordinairement fort paisibles, ne donnant aucune inquiétude, heureuses et bien administrées, peuvent fairemopinément défection pour suivre le marabout dont elles sont les serviteurs religieux. L’influence favorable d’un marabout peut, au contraire, utilement s’exercer pour maintenir dans le devoir des fractions prêtes à s’insurger. Cette impressionnabilité des tribus est particulièrement vive chez les nomades du Sud, que l’influence française pénètre peu et qui ont de grandes facilités pour s’é«‘ chapper et mettre hors d’atteinte leurs richesses, c’est-à-dire leurs tentes et leurs troupeaux.
- Les Arabes ne pouvant se passer de marabouts, on ne saurait tenter de les supprimer pour supprimer leur influence; il est donc utile au contraire de les ménager, de les tenir dans la main, d’opposer les uns aux autres, et de grandir ceux-ci pour diminuer l’importance de ceux-là. Cette question d’équilibre religieux est fort délicate ; elle réclame un grand tact et une attention suivie.
- Parmi les doctrines, qui sont la base de l’islam, une des plus importantes est celle de Y imamat, qui établit la suprématie du pouvoir spirituel ou religieux sur le pouvoir temporel, de telle sorte que, sans réputation de sainteté, aucun chef ne pourra acquérir un pouvoir efficace et durable dans la société musulmane.
- L’imâmat est la perpétuité du gouvernement religieux de Mahomet, représenté par des hommes avec lesquels le Prophète reste toujours en communication. L’iman est un saint.
- Pour les musulmans fidèles, le pouvoir temporel n’a aucun prestige; il doit toujours être soumis au contrôle
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- religieux. Cette doctrine était aussi celle des chrétiens aux époques de ferveur religieuse; elle limitait alors heureusement le pouvoir tyrannique et absolu que les chefs de nation étaient trop facilement tentés de s’arroger en s’appuyant sur la loi du plus fort. Elle était une garantie de justice et de liberté pour le plus faible, qu’elle protégeait, dans une certaine mesure, contre les abus de la force ; mais elle donnait elle-même naissance à d’autres abus en mettant les chefs religieux au-dessus de tout contrôle et en substituant un absolutisme à un autre.
- C’est ainsi que les khouan d’une confrérie doivent être « entre les mains du cheikh, comme le cadavre entre les mains du laveur des morts ; » sicut ac cadaver, disent aussi les règles de certains ordres chrétiens.
- Les ordres religieux sont nombreux dans le monde musulman 1 et la plupart ont des adeptes en Algérie. Nous devons nous borner à donner quelques indications sur les plus importants d’entre eux.
- Ordre des Seddikya. — Cet ordre est le plus ancien, puisqu’il a été fondé par Abou Bekcr (el-Seddik, le certificateur) père d’Aïcha (la Vierge) femme de Mahomet. Ce sont ses préceptes qui se retrouvent comme base des doctrines de tous les autres.
- Ordre des Chadelya. — Fondé en '1238 au Maroc. Il dérive de l’ordre des Madanya, fondé par Sidi bou Midian, né à Séville en 1126, qui importa dans l’ouest les doctrines du soufisme, c’est-à-dire la recherche d’un état de sainteté par la vie mystique et les pratiques pieuses.
- 1 Une étude détaillée de l’organisation des confréries religieuses de l’Algérie a été faite par le commandant Rinn : Marabouts et Khouans, Etude sur VIslam en Algérie. Voir également Note sur la religion musulmane en Algérie, par Kiva, Spectateur militaire, 188G.
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- El-Chadcly, ne près de Ceuta, en 1196, a donné pour précepte : « Obéis à ton cheikh avant d’obéir au souverain temporel ». Le centre principal d'action de cet ordre est en Tri-politaine. Ses doctrines ont été accentuées par el-Derkaoui.
- Ordre des Derkaoua. — Fondé en 1823 au Maroc. Le chef de l’ordre est le chérif de Madaghra, frère d’un prétendant au trône du Maroc. Sa résidence est à une journée de marche de Tafdalet. Pendant les troubles de 1881, les tribus du Sahara marocain l’avaient reconnu pour chef et avaient secoué l’autorité de l’empereur du Maroc. C’est ainsi qu’elles prêtèrent momentanément assistance contre nous aux Oulad Sidi Cheikh et à Bou Amama.
- Les Derkaoua sont une sorte d’ordre mendiant; ils comptent de nombreux adeptes dans le Sud-Oranais et ont pour centre principal les montagnes do l’Ouarsenis; ils ont pour doctrine de refuser l’obéissance à toute puissance temporelle, Dieu étant le seul maître; aussi, du temps des Turcs, le nom de derkaoua était-il synonyme de révolté. Ils ont été les instigateurs les plus dangereux du fanatisme musulman contre notre occupation. Les fidèles ne doivent séjourner dans les villes qu’en cas de nécessité absolue, ou pour accomplir quelque acte de piété. Ils doivent peu parler, peu manger, peu dormir, marcher à pied dans le désert, etc.
- En 1843, une bande de Derkaoua pénétrant, en mendiants, dans le fort de Sidi bel Abbés, tenta de l’enlever par surprise. On peut, en quelque sorte, les considérer comme les précurseurs ou les initiateurs du senousisme, bien que beaucoup de leurs khouan paraissent réellement inoffensifs.
- Un grand nombre de confréries marocaines dérivent des Derkaoua. Parmi les plus exaltés sont les Aïssaoua.
- Ordre de Sidi Moliammed ben Aïssa. —
- Fondé en 1323, à Mcknès, dans le Maroc. Cet ordre est peu répandu en Algérie; il y a cependant,une zaouïa importante au nord de Tagdemt, chez les Flittas. On trouve beaucoup d’Aïssaoua au Maroc ; ses khouan sont connus par les pra-
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- tiques étranges auxquelles ils se livrent. Ils mangent, dit-on, impunément du poison, guérissent les piqûres des bêtes venimeuses, broient du verre dans leur bouche, marchent sur des tisons enflammés, manient le fer chauffé au rouge, etc. Ils sont les seuls à se servir de tambours de basque et de timbales.
- Ordre des Kadria. ou de Sidi Abd el-Kader el-Djilani. — Abd el-Kader el-Djilani ou el-Ghilani, est le plus grand saint de l’islam.
- « Le centre de cet ordre est à Bagdad où il fut fondé vers 1165; nul n’a plus d’adhérents, soit dans le Sahara, soit dans le monde musulman tout entier. Tous les princes musulmans s’honorent d’en être membres h Ses doctrines sont remarquables par leur esprit de tolérance et de charité. » Il y a lieu de croire que ses khouan sont des agents très actifs de la propagande islamique, et qu’ils reçoivent, le cas échéant, le mot d’ordre de Constantinople même.
- Ses sectateurs sont nombreux au Touat, au Gourara, dans l’oued Messaoura, dans toute l’Algérie, où ses koubbas sont innombrables.
- C’est un nègre d’une zaouïa de cet ordre qui désigna, dit-on, Abd el-Kader, deuxième fils deMahi ed-Din, comme sultan de l’Ouest, en 1828.
- Les ordres de Moulai Taïeb, de Tedjini, et d’Abd er-Rahman sont les plus répandus en Algérie. Leurs chefs vivent en bons termes avec l’autorité française. Us peuvent être des auxiliaires précieux contre la propagande des mokaddems de l’ordre de Senousi; celui-ci est radicalement hostile, fort dangereux, et se donne pour mission l'expulsion des Français et le rétablissement de l’imâmat arabe.
- 1 Sabatier, La question du Sud-Ouest. Alger, 1881.
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- Ordre de Sidi Moulaï Taïeb. — Fondé au Maroc en 1678, par un des membres de la famille impériale, Moulai ed-Dris.
- Son chef, el-Hadj Abd es-Selam, a sa résidence ordinaire à Tanger. Son frère habite Ouezzan, où se trouve la zaouïa mère. Il se montre actuellement assez sympathique aux Français, qui l’ont reçu d’ailleurs avec de grands honneurs dans un voyage qu’il a fait, il y a quelques années, à Oran et à Alger, et qui permettent à scs mokaddems de venir percevoir les ziaras dans les tribus algériennes, où il a de nombreux adhérents. Depuis 1883 il jouit au Maroc des prérogatives de protégé français. Il a épousé une dame anglaise. Il est regardé comme le premier personnage du Maroc après l’empereur. Lorsqu’un nouveau souverain monte sur le trône, il doit recevoir une sorte d’investiture du chérif d’Ouezzan. Par suite d’un pacte ancien, la famille de Moulai Taïeb ne doit pas monter sur le trône; sa devise est : « Personne de nous n’aura l’empire, mais personne ne l’aura sans nous. » Son influence est très grande dans toute l’Algérie, dans le Tafilalet, dans l’Adrar, dans le Haut-Sénégal. 11 existe une zaouïa importante à Tamentit, dans le Touat.
- On reconnaît son chapelet à un anneau de cuivre.
- Ordre de Sidi Ahmed Tedjini. — Fondé en 1781. La zaouïa centrale et le tombeau du mara'bout ancêtre se trouvent, comme nous l’avons dit, à Aïn Madhi, oasis située au pied méridional du Djebel-Amour, à 50 kilomètres à l’ouest de Laghouat.
- Cet ordre a été autrefois très puissant, et son influence religieuse, bien que diminuée, est encore grande dans toute l’Afrique du Nord L La plupart des Tunisiens et la famille du bey sont ses serviteurs religieux. Ahmadou, le roi de Ségou,
- 1 II existe des zaouïas de l’ordre à Tickit dans le Taganet, à Chinguit dans l’Adrar (Sabatier, La question du Sud-Ouest, Alger, 1881).
- En 1883, Sidi Ahmed était en correspondance avec Ahmadou, auquel il avait écrit au sujet du massacre de la mission Flatters.
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- sur le Niger, porte le chapelet de l’ordre et entretient des relations avec Aïn Madhi. Les Toucoulcurs des rives du Sénégal y sont affiliés, ainsi qu’une partie des Touareg.
- Il s’est fondé à Temassin, dans l’Oued-Righ, une zaouïa de Tordre, devenue aussi puissante que la zaouïa d’Aïn Madhi et qui tend à s’en rendre indépendante; elle est gérée par un des membres do la famille, mais elle porte néanmoins grand ombrage à Aïn Madhi.
- Cet ordre a été en luttes armées avec les Turcs; « non seulement il leur avait résisté, mais il était venu leur livrer bataille sous les murs de Mascara. Les Tedjâna furent défaits, et la tête de Si Ahmed Tedjini, apportée aux pieds du bey Hassan, fut payée 500 pièces d’or * ». Plus tard, Abd el-Kader n’ayant pu les attacher à sa cause, attaqua le ksar d’Aïn Madlii. Il dut en faire le siège, et, après une résistance qui dura neuf mois, le ksar ne fut pris que par trahison.
- L’ordre professe actuellement que Dieu, ayant donné l’Algérie aux Français, il est permis de vivre avec eux et qu’il ne faut pas les combattre. Les bonnes dispositions du chef de Tordre se sont manifestées en plusieurs circonstances. M. Du-veyrier, lors de son voyage dans le Sahara, avait reçu, des mains du marabout, le chapelet comme sauvegarde. Plus récemment, lors de l’expédition du colonel Flatters, un mokad-dem accompagnait la mission pour la protéger. On sait que cette assistance fut malheureusement inefficace contre les Touareg, qui obéissaient, sans doute, à l’impulsion des Senou-siê. Le mokaddem fut également massacré.
- Le chef de Tordre est (1890) Sidi Ahmed, homme d’une cinquantaine d’années. L’autorité française, se méfiant de son attitude, l’avait fait venir en France en 1871. Il y épousa morganatiquement une femme française qui Ta suivi en Algérie. Cette alliance, des dissensions de famille, d’autres causes, l’ont déconsidéré vis-à-vis des Arabes. Son prestige personnel' est fort diminué, mais l’attachement des Arabes à leurs traditions
- Gourgeot, Situation politique de l’Algérie en 1882.
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- est assez puissant pour conserver encore à l’ordre, dont il est le chef, une influence considérable qu’il est de notre intérêt de ne pas laisser amoindrir. C’est un auxiliaire utile contre les Senousiâ, qui ne peuvent prospérer et grandir en Tunisie et dans le sud de l’Algérie qu’à la condition de désagréger les Tedjâna. Le chapelet, de l’ordre porte un grain de corail.
- Ordre de Sidi Mohammed ben Abd er-
- It ah ma n. — Fondé en 1793. Le fondateur de l’ordre, originaire de l’Algérie, avait longtemps étudié au Caire. On l’appelle aussi Bou Koubrin, c’est-à-dire des deux tombes, parce que, suivant la légende, son corps s’est dédoublé et qu’il repose à la fois à el-Hamma près d’Alger et dans sa koubba chez les Béni Ismaïl en Kabylie. Ce qui est vrai, c’est que son corps fut enlevé par les Arabes qui le transportèrent à el-Ilamma.
- Ses sectateurs sont fort nombreux dans toute l’Algérie, particulièrement en Kabylie et dans la province de Constantine. On compte en Algérie plus de 200 zaouïas. L’ordre a joui autrefois d’une grande importance politique; l’émir Abdel-Kader s’y était affilié. C’est en quelque sorte l’ordre national de l’Algérie. 11 réunit sous la même bannière Kabyles et Arabes, et c’est le seul lien commun entre ces deux races.
- Le cheikh de la partie kabyle, Si Aziz, a été interné à la Nouvelle-Calédonie après l’insurrection de 1871. Il s’en est évadé et vit à La Mecque, d’où peut se faire sentir encore son influence très hostile.
- Cet ordre s’est partagé en quatre rameaux principaux dont les zaouïas sont : deux à Nefta près du Djcrid, à Tolga dans le Zab, et à Cherfat el-Amel, près de Bousaâda.
- Parmi les ordres moins importants, on peut encore citer :
- Ordre de Sidi Ahmed beu Youcef. — Fondé en 1526. La koubba de son protecteur est à Miliana. Ses partisans sont nombreux dans le Tell, comme dans le Sahara, où ils ne nous ont jamais fait d’opposition.
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- Il existe une zaouïa importante au Gourara; l’oasis de Tiout en a également une dont l’influence s’étend sur les ksour du Sud-Oranais. Le chef, qui nous servait fidèlement, a été assassiné en 1881, au moment de l’insurrection. On peut tirer un utile parti de l’appui de cet ordre contre les Oulad Sidi Cheikh, qui en sont les ennemis.
- La tribu des Amour, ainsi que celles des Hamian Djcmbaà et Chefaê, reconnaissent son autorité religieuse.
- Ordre de Sidi Mohammed ben Bonzian,
- surnommé Kendousi, le converti (au pluriel Kenadsa).— Fondé en 1732. Sa zaouïa principale est au Maroc, à l’est de Figuig, au ksar de Kenadsa. Le général Wimpfen l’a visitée en 1870 et a noué des relations amicales avec son chef, qui a, du reste, intérêt à ce que nous facilitions la perception de ses ziaras chez ses nombreux adhérents d’Algérie. Les opinions sont très partagées sur les dispositions de cet ordre; mais, peu sympathique aux Oulad Sidi Cheikh, il doit, si on sait le manier, nous être de quelque utilité.
- Les Douï Menia, les Béni Guil, les Oulad Djcrir, les Mahaïa, et les Angad sont, en grande partie, ses serviteurs.
- Ordre des Chelkya. — Fondé en 1615. Les Oulad Sidi Cheikh prétendent descendre d’Abou Beker, le beau-père de Mahomet; ils vénèrent leur ancêtre Sidi Cheikh, saint personnage qui esl mort au commencement du XVIIe siècle.
- Sidi Cheikh avait acquis une grande réputation de sainteté. Son corps reposait il la zaouïa d’el-Abiod, qui était devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté. Pendant l’insurrection de 1881, les restes du marabout furent enlevés par la colonne du colonel Négrier et transportés à Géryville. La koubba fut rasée. Elle a été reconstruite depuis et les ossements du marabout y ont été rapportés.
- La zaouïa était administrée par une tribu de nègres, descendants d’esclaves affranchis par Sidi Cheikh, dont le dévouement à la famille est sans bornes, et dont le fanatisme dépasse celui de leurs maîtres. Ce sont eux qui parcourent
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- les tribus pour recueillir les ziaras. On peut donc les considérer comme de dangereux agents de propagande C
- Les tribus payent les ziaras avec plus ou moins de plaisir; elles désirent toutes., plus ou moins, ne pas se trouver à portée des marabouts et de leurs exactions ; mais le respect religieux qu’ils inspirent est tel qu’elles se soumettent à tout ce qu’ils exigent d’elles plutôt que de réclamer la protection de l’autorité française contre leurs abus. Les Trali, comme les Chambaâ, l’ont maintes fois déclaré eux-mêmes.
- Bien que marabouts, les chefs des Oulad Sidi Cheikh reconnaissent la suprématie religieuse d’autres marabouts d’une réputation de sainteté supérieure à la leur. C’est ainsi qu’ils sont serviteurs de l’ordre de Sidi Abd er-Rahman, dont une koubba se trouve à une journée à l’ouest de Bou Kaïs au
- 1 Les principales tribus soumises à l’influence religieuse des Oulad Sidi Clieikh sont ;
- Les Amour.......................... Cercle d Aflou.
- Les Rezaigat............................ — id.
- Les Oulad Moumen........................ — id.
- Les Laghouat du Ksel................ — de Géryville.
- Les Oulad Ziad.......................... — id.
- Les Akerman............................. — id.
- Les Trafi.............................. — id.
- Les Harar............................... — de Fronda.
- Les Angad............................... — de Sebdou.
- Les Hamian.............................. — d’el-Aricha.
- Les Djafra.............................. — de Saïda..
- Les Rezaina............................. — id.
- Les Zcnagra............................ — de Bogbar.
- Les Béni Guil....................... Au Maroc.
- LesMebaïa............................. Id.
- Les Douï Menia........................ Id.
- Les Oulad Djerir...................... Id.
- Les Meharza Gharaba................. Au Gourara.
- Les Khcnafsa Cheraga.................. Id.
- La grande tribu des Chambaâ du Sud de la province d’Alger. (Spectateur militaire, sept. 82, capilaine Waclii.)
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- Maroc. Abel er-Rahman avait été le patron de Sidi Cheikh, et ses descendants viennent, chaque année, recevoir à el-Abiod une ziara traditionnelle : un tapis, un chameau, et une négresse f.
- Sidi Cheikh cul une nombreuse postérité. Son (ils aîné : Iladj Bahout, est le premier chef de la branche des Cheraga.
- Hadj Abd cl-Hakem, le frère du précédent, est le père de Bahout cl Hadj, le premier chef des Gharaba.
- Tous deux ont leur tombeau à el-Abiod.
- Une lutte s’étant engagée entre les descendants d'cl-IIadj Bahout et de Bahout el-IIadj pour le partage des richesses accumulées cà cette zaouïa, les habitants du ksar de l’est entamèrent les premières hostilités contre ceux du ksar de l’ouest. Toute la tribu prit les armes et se divisa, dès ce moment, en Cheraga et Gharaba. Ceux-ci, moins nombreux, furent battus et se retirèrent du côté de Figuig. Depuis cette époque, les Cheraga ont toujours eu une supériorité marquée; mais les Gharaba ont également une zaouïa à el-Abiod.
- Quelques renseignements sur les personnalités marquantes de ces familles peuvent être intéressants.
- Les Cheraga ont eu pour chct Sidi Hamza, notre kalifa ; on lui avait constitué un grand commandement qui s’étendait de Géryville à Ouargla ; il est mort du choléra îi Alger en 1861 ; il a eu sept (ils.
- Sidi Hamza, notre khalifa, mort du choléra à Alger, en 1861, a eu pour fils..................
- ' 1. Bou Beker, mort à ( U Hamza.
- notre service en | 2. Mohammed.
- ...........| 3. Bou Beker.
- 2. Sliman, chef de la révolte de 1864, tué à Aïoun bou-Bcker (affaire Beauprêtre).
- / 3. Mohammed, mort de ses blessures en 486o.
- 4. Ahmed, mort du choléra en 1867.
- 5. Kaddour ben Hamza, fils d’une négresse,
- chef militaire des Cheraga.
- 6. Ed-Din.
- 7. Abd cl-Kader.
- Gourgeot, loc. cil.
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- Sidi Hamza, né en 1860, a passé quelque temps au collège d’Alger; il est l’héritier légitime de l’influence religieuse de la famille. C’est lui qui, selon les idées arabes, possède la baraka, c’est-à-dire la bénédiction de Dieu ; mais celte autorité, toute spirituelle, est tenue en échec par celle dont jouit son oncle, Si Kaddour, le chef militaire reconnu des Cheraga. 11 était à Géryvillo en 1878 et sollicitait la succession de son père lorsque les instigations de Bou Amama le décidèrent à s’enfuir. C’est avec lui qu’ont eu lieu, en 1883, les négociations, à la suite desquelles les tentes des dissidents furent autorisées à rentrer.
- Si Kaddour a lui-même fait sa soumission au mois de mars 1884 à Brézina. C’est actuellement l’aîné de la branche des Cheraga.
- Les Gharaba ont eu pour clîef Sidi Cheikh ben et-Taïeb, vieillard vénéré, avec lequel la France avait de bonnes relations; il est mort en 1870 et il est enterré à Figuig. 11 a eu sept fils.
- Son successeur a été son quatrième fils, Sidi Mamar, qui a été tué en 1874, au combat de Mefich.
- L’autorité religieuse est passée aux mains de Sidi Allai, frère du précédent, cinquième fils de Sidi Cheikh, né en 1857, chef officiel actuel des Gharaba; mais son cousin, Si Sliman ben Kaddour, fils du troisième frère de Sidi Cheikh, est actuellement le chef militaire, et jouit d’un prestige et d’une autorité supérieurs à la sienne.
- Bou Amama, c’est-à-dirq l’homme au turban, surnom autrefois donné déjà à Sidi Cheikh lui-méme, appartient à la famille des Cheraga. Il est de la postérité de Sidi Tadj, l’un des dix-huit fils de Sidi Cheikh. 11 est né à Figuig vers 1840. Il n’a d’ailleurs qu’une situation personnelle peu considérée dans l’aristocratie des Oulad Sidi Cheikh. Il est venu s’établir vers 1875, avec sa famille, à Moghar Tahtani, où il fonda une zaouïa. D’une instruction médiocre, mais d’une grande ferveur religieuse, il acquit rapidement un certain prestige qu’il
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- sut habilement augmenter, dit-on, par la pratique de jongleries et de ventriloquie h Ses émissaires, parcourant les tribus du Sud-Oranais, ont préparé le soulèvement qui éclata en 1881. 11 cherchait à réunir, pour un but commun, les tribus qu’affaiblissaient les rivalités religieuses ou les haines de soi’; il enseignait que l’on pouvait prendre son chapelet sans être obligé de renoncer au chapelet de Moulay Taïeb, de Tedjini, ou d’autres, et manifestait ainsi un sens politique et une capacité de raisonnement assez rare chez les indigènes. Il entraîna la défection des Trafi, des Laghouat du Ksel, d’une partie des Ilarar, et des Rezaïna, etc. On a estimé à 6,000 tentes, c’est-à-dire à environ 2o ou 30,000 individus, le chiffre des dissidents qui, de gré ou de force, ont suivi la fortune de Bou Amama, pendant l’insurrection2.
- Depuis 1864, les Oulad Sidi Cheikh jouent un rôle considérable en Algérie. La postérité de Sidi Cheikh ne vit pas, en effet, concentrée autour de ses ksour ; on la retrouve par fractions compactes dans le Tell, dans la Tunisie, aux environs des oasis de Tozer et de Nefta, dans la vallée de l’oued Guir, chez les Douy Meniâ, chez les Béni Guil, à Goléa, au Gourara, au Tidikelt où deux de leurs fractions campent aux environs d’In-salah. Toutes ces fractions entretiennent des relations constantes. Les Arabes, dans leur style imagé, comparent celte famille à « un superbe palmier dont les racines et le tronc sont fixés au désert, mais dont les rameaux magnifiques s’étendent majestueusement sur le Tell »..
- Les chefs actuels des Cheraga, tous remplis d’énergie, sont-ils réellement disposés à renoncer à la lutte? Nombreux,
- 1 Statistique officielle de l’Algérie, 1882.
- s On se rendra compte de l’importance de ces défections en comparant les chiffres des recensements de 1881 et de 1882 dans le cercle de Géryville.
- On comptait........ en 1881 : 26,000 chameaux, en 1882 : 3,366
- — — 240,000 moutons, — 38,000
- L’impôt zekkat donnait, — 212,000 francs, — 31,000
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- riches, et pleins d’audace, ils constituent une puissante dynastie de princes du désert, dont l’autorité est doublée d’une influence religieuse considérable. » La tranquillité du Sahara dépend de leurs dispositions à notre égard.
- Les Gharaba sont beaucoup moins prospères que les Che-raga ; mais si leur puissance est moins grande, leurs sentiments sont les mêmes. Pour manier les uns et les autres, tirer parti des rivalités et des ambitions des chefs, il faut une attention constante, un grand tact politique, et une connaissance approfondie du caractère des personnes.
- El-Abiod était un lieu de pèlerinage très fréquenté par les gens du Gourara, comme par ceux du Sahara et du Tell. C’est là que les uns et les autres venaient puiser leurs inspirations. Les redevances des nombreux adhérents de l’ordre étaient une source de richesse considérable pour la zaouïa. El-Abiod sera sans doute toujours un lieu vénéré et fréquemment visité.
- Ordre des Bekkaya. — Fondé en 1553, au Maroc. Sidi Ahmed el-Bakkay est enterré à Igidi, au sud-est de l’oued Draa. La zaouïa principale est à Timbouctou, et exerce une grande influence à Insalah, dans tout le Sahara et le Soudan.
- Les MekahliaL — Il faut citer encore l’association dite des Mekahlia (de mokahla, fusil, et mekahli, fusilier).
- Cette association a été créée, dit-on, à Médine. Elle s’est développée en Algérie depuis 1830. C’est une sorte de société secrète, qui n’a point d’initiation religieuse spéciale et dont le but est de pratiquer le tir des armes ; elle est basée, dit-on, sur un passage des traditions de Mahomet qui dit : « Étudiez le tir et enseignez-le. » Les associés se doivent aide et protection. Ils s’exercent au tir et payent une ziara aux mokaddems d’un chef inconnu et que l’on suppose être Sidi Ali ben Mohammed, résidant au Maroc, dans l’oued Sous.
- Ordre de Sidi es-Senousi. — Cette confrérie est, de toutes, la plus hostile et la plus dangereuse. Sidi es-
- 1 Spectateur militaire, 1er mars -1883.
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- Senousi était originaire de Mazouna, dans le Dahra. Après un voyage à La Mecque, il fonda une association religieuse qui se développa rapidement. Après avoir prêché en Égypte, au Caire particulièrement, où il inquiéta les autorités égyptiennes, il passa en Tripolitaine et fonda, en 1843, une zaouïa à el-Boida, dans le djebel Àkhdar; puis, en 1833, il transporta sa résidence à Djerboub, à quelque distance de l’oasis de Siouà, ancienne oasis de Jupiter Ammon, hors de portée de l’action des autorités d’Égvpte et de Tripoli, auxquelles son influence causait des préoccupations justifiées.
- 11 prophétisait que vers la fin du XIII0 siècle de l’hégire, c’est-à-dire en 1883, apparaîtrait l’iman el-Madhi, qui mettrait fin à la domination de l’empire turc et reconstituerait un imàmat arabe. Son tombeau se trouve dans la zaouïa magnifique de Djerboub. Le chef de l’ordre est son fils Si el-Madhi ben Senousi, né vers 1843, considéré par ses adeptes comme l’iman des prophéties. 11 réside à Djerboub ; 730 personnes vivent dans la zaouïa ; parmi elles se trouvent plusieurs Algériens de grandes familles, particulièrement de la province d’Oran. Les autorités turques de la Tripolitaine n’osent les gêner, parce qu’ils sont soutenus à Constantinople, par leurs khouan dont certains sont membres du Divan.
- Sidi es-Senousi vivait fort retiré, absorbé dans les pratiques pieuses ; mais son fils, le chef actuel, bien que ne se laissant aborder que par un petit nombre de fidèles sur lesquels il peut compter, est d’un tempérament plus guerrier. On estimait (en 1877) à près de 23,000 fantassins et de 1500 cavaliers, les hommes armés que les Senousià pouvaient mettre sur pied. On croit que quelques canons sont cachés dans la zaouïa.
- Le chef des Senousià est très exactement tenu au courant des événements politiques par ses khouan, qui entretiennent avec lui des correspondances régulières. Son ordre fait cependant peu de progrès en Tunisie, où il doit lutter d’influence avec les Tedjâna d’Aïn Madhi et de Temassin, qui se montrent soucieux de ne pas laisser passer en d’autres mains l’influence dont ils jouissent et les ressources que leur procurent les con-
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- tributions de leurs adeptes ; mais, sur les routes du désert et du Soudan, c’est-à-dire à l’ouest et au sud de Djerboub, les Senousiâ commandent en maîtres. Le Ouadaï leur est entièrement affilié; leurs khouan. sont nombreux dans le pays des Tibbou, à Rhat et à Ghadamès. Ils font des prosélytes au sud de i’Algérie et semblent tourner nos possessions africaines par le sud en atteignant le Maroc par les routes du Tôuat. Ils sont tout-puissants dans le pays de Barca et à Bengasi.
- Le développement de cet ordre fanatique, extrêmement hostile, est fort à craindre. C’est de Djerboub que peut partir le signal d’une insurrection générale venant du sud de l’Algérie. On a des raisons do croire que c’est aux Senousiâ qu’il faut imputer la responsabilité du massacre de la mission Flatlers ; les Touareg paraissent avoir reçu, à cette époque, leur mot de Rhat.
- L’oasis de Djerbotib, où se trouve la zaouïa centrale des Senousiâ, est à trois jours de marche à l’ouest de Siouâ, à trente-sept jours de Bengasi. Le port par lequel elle communique avec la Méditerranée est Tobrulc.
- Une zaouïa fort importante est toujours dans le djebel Akhdar (pays de Barca).
- L’oasis de Siouâ a eu déjà, aux époques anciennes de l’histoire, un grand rayonnement religieux, puisque Alexandre y vint en pèlerinage et y fut en quelques sorte consacré par les prêtres, qui lui donnèrent le titre de fds de Jupiter. A peu de distance au sud commence le vaste désert de Libye, de près de 400 lieues de large, sans eau, sans oasis pour jalonner les routes des caravanes, obstacle presque infranchissable qui oblige les voyageurs à remonter au nord.
- Il n’y a donc que deux routes qui mettent l’Égvpte en relation avec l’Afrique septentrionale, celle qui longe la côte et celle qui passe par les oasis d’Audjila et de Siouâ; de sorte que tous les musulmans du nord et de l’ouest, Marocains, Sénégalais, Algériens, Tunisiens, Touareg, tNoirs du Soudan, tous les pieux personnages de l’islam, doivent venir se rencontrer entre Bengasi et l’oasis d’Audjila. Cette région était donc
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- appelée à devenir le foyer actif de prédications fanatiques; c’est de là que partent les missionnaires qui prêchent la guerre sainte, c’est de là que le signal en sera souvent donné. Aussi il y aurait grand intérêt à détourner les pèlerins de La Mecque des routes de terre et à leur rendre plus facile encore le voyage par les routes maritimes.
- L’ordre des Senousiâ est en Algérie à l’état de société secrète ; ses membres se dissimulent et n’en sont que plus dangereux. La caractéristique principale de cet ordre est l’idée politique qui en anime les chefs, et leurs efforts pour englober dans leur associatioa les autres confréries religieuses. Ils ont déjà réussi en partie sur des zaouïas assez nombreuses, appartenant à différents ordres. Ce sont eux surtout, dit M. Duvey-rier1, qui sont les agents les plus actifs du mouvement religieux que nous appelons le panislamisme, et qui en ont, pendant quelque temps, imposé les doctrine^ au sultan ; mais ils l’accusent de tiédeur.
- Senousi a posé en principe que l’autorité temporelle des sultans devait être mise au service des intérêts religieux, que le clergé et la magistrature devaient non seulement être indépendants du pouvoir administratif, mais le diriger.
- Sa devise est significative :
- Les Turcs et les Chrétiens,
- Tous de la même bande,
- Je les briserai du même coup.
- 1 Consulter : Confrérie musulmane de Sidi Mohammed ben Ali es-Senousi, par H. Duveyricr. — Société de Géographie, 4883.
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- VI.
- PRÉCIS DES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES
- DEHJIS
- LA CONQUÊTE D’ALGER.
- Le dernier dey algérien Hussein arriva au pouvoir en 1818.
- Les relations de l’Algérie avec la France, interrompues pendant l’Empire, avaient été rétablies en 1816; mais des difficultés incessantes se produisaient et les corsaires algériens ne renonçaient ni aux courses de prise, ni même au droit de visite sur les navires portant pavillon ami.
- Le dey réclamait une somme de 300,000 francs (traité de 1817) pour les concessions; la France ne voulait accorder que 90,000 francs, chiffre admis par une convention antérieure. Mais la cause la plus grave de dissentiment se trouvait dans l’affaire de la créance Bakri. Des juifs algériens avaient fait d’importantes fournitures de blé au Directoire. En 1819, cette créance avait été réglée au chiffre de 7 millions, en réservant les droits de Français dont Bakri et Ce étaient débiteurs; elle n’était pas encore éteinte en 1827. Le dey avait de grands intérêts dans cette affaire. Il était mécontent de ces lenteurs. Le consul de France s’étant présenté à son audience solennelle le 27 avril 1827, le dey l’interpella vivement à ce sujet et, faisant un geste violent, l’atteignit de son éventail.
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- Le gouvernement français demanda réparation de celte injure. Elle fut refusée. Le 15 juin suivant, l’état de guerre fut déclaré, et un blocus fut établi sur les côtes. Le résultat en fut nul pendant trois ans et une action de vigueur fut alors décidée.
- On réunit une flotte de 103 bâtiments parmi lesquels : 11 vaisseaux et 21 frégates, une (lotie de transport de 317 navires de commerce, et une flotillc do débarquement de 225 bâtiments.
- L’effectif de l’armée s’élevait à 37,000 hommes.
- L’amiral Duperré commandait la flotte ;
- Le général Bourmont, l’armée de terre.
- La flotte quitta Toulon le 25 mai ; fit relâche dans la baie de Palma.
- Le 31, on fut en vue de la côte d’Afrique ; la tempête obligea la flotte à reprendre la haute mer. Elle se rallia de nouveau à Palma, d’où elle repartit le 10 juin.
- Débarquement à Sûli-Ferrucli.— Le 14 juin 1830, vingt jours après le départ de Toulon, la flotte était rassemblée devant la plage de Sidi-Fcrruch, à l’ouest d’Alger. Le débarquement commença, à la pointe du jour. On vit à peine quelques bandes de cavaliers et de fantassins. Trois batteries furent rapidement enlevées; les troupes débarquées se fortifièrent dans leur camp. Cependant l’aga Ibrahim, gendre de Hussein, avait porté ses forces à Staouéli; les récits des témoins oculaires varient beaucoup dans leurs appréciations. Les uns les estiment à 00,000 hommes; d’autres à 20,000 hommes seulement.
- Combat de Staouéli. — Après quelques escarmouches clans les journées précédentes, l’ennemi attaqua, le 10, avec une grande énergie; il fut victoricu-
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- scment repousse. — Les perles du corps expéditionnaire furent de 57 tués et 473 blessés.
- L’ennemi chercha encore à arrêter, sur le plateau de Sidi-Khalef, la marche de l’armée qui se dirigeait vers Alger. Les journées du 2i an 28 furent également pénibles et meurtrières.
- Prise d’Alger. — Le 29 juin, l’armée arriva devant Alger. Le lendemain, les batteries furent commencées à (100 mètres devant le fort de l’Empereur. Le feu fut ouvert le 4 au matin. La défense, d’abord énergique, se montra bientôt impuissante. A dix heures du matin, l’ennemi faisait sauter le fort.
- Le 5 juillet, le dey capitula. 11 quitta la terre d’Afrique; scs janissaires furent transportés en Asie.
- La régence d’Alger ôtait alors divisée en trois bey-licks : Oran, Constantinc, et, entre les deux, le beylick du Titcri, dont Médéa était le chef-lieu. Le dey se réservait l’administration directe du Sahel d’Alger et de la Métidja. Le général Bourmont, nommé maréchal, s’efforça de substi tuer l'autorité de la France à celle du dey, en la faisant reconnaître par le bey d’Oran, qui y consentit facilement; par le bey de Titeri, qui parut consentir également, mais seulement pour mieux dissimuler. Quant au bey de Conslantine, il se mit hors d’atteinte.
- Trois semaines plus tard, le trône de Charles X était renversé. La nouvelle en parvenait à Alger le 30 août.
- Un nouveau système de gouvernement était inauguré en France avec l’avènement au trône de la famille d’Orléans. Les fluctuations et les luttes parlementaires allaient avoir, pendant de longues années, sur la direction des affaires algériennes, des contre-coups fu-
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- nestes. Tandis que le roi Louis-Philippe et les princes de sa famille soutenaient de leurs sympathies et de leur influence la consolidation de la conquête, se trouvant ainsi d’accord avec le sentiment général du pays, le Parlement, le Conseil des ministres même, se montraient étrangement divisés. Les uns supputaient les dépenses considérables qu’entraînerait l’occupation de la Régence, les autres montraient l’impossibilité de s’y maintenir en cas d’une guerre européenne, regrettaient l’immobilisation d’une partie de l’armée, déploraient les conséquences cl’une politique coloniale qui paralyserait l’action de la France en Europe. Les plus modérés demandaient que l’on se bornât à l’occupation d’Alger et de quelques points du littoral avec une banlieue restreinte ; les autres réclamaient briq'amment l’abandon total de la nouvelle conquête.
- A ces lu ttes d’opinions venaient s’ajouter les embarras diplomatiques. La Sublime-Porte refusait de reconnaître les droits de la France dérivant de la conquête. Les hommes d’état anglais ne voyaient pas sans jalousie l’extension prise parla puissance française dans la Méditerranée ; ils prétendaient du moins s’opposer à ce qu’elle dépassât les limites de la Régence d’Alger, et à ce qu’elle débordât sur le Maroc ou sur la Tunisie.
- A toutes ces complications venaient s’ajouter de nombreuses difficultés d’ordre militaire ; la guerre d’Afrique nécessitait une organisation spéciale, des méthodes nouvelles, auxquelles ni les chefs, ni les troupes n’étaient préparés. Par suite de l’insuffisance des précautions hygiéniques et de fatigues excessives, l’état sanitaire était mauvais ; l’ennemi nombreux, actif, fanatique, la plupart du temps insaisissable. Tantôt, par économie, on diminuait les effectifs; tantôt
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- il fallait sc hâter d'envoyer des renforts pour réparer un échec et maintenir le prestige du drapeau, et, comme on hésitait sur le but à atteindre et sur la forme même à donner à l’occupation française, les opérations étaient décousues et restaient sans portée sérieuse.
- Enfin, à cette époque troublée par les agitations politiques auxquelles les chefs de l’armée étaient souvent mêlés, il surgissait des conflits de personnes regrettables et trop fréquents.
- Telle fut l’histoire des dix premières années, de 1830 à 1810 b
- En 1840 seulement, fut entreprise d’après un plan méthodique, la conquête définitive de l’Algérie; la France y employa une armée dont l’effectif atteignit près de 100,000 hommes. Cette deuxième période se termina au commencement de 1848, par la reddition d’Abd el-Kader, au moment même où une nouvelle tourmente révolutionnaire renversait le trône de Louis-Philippe.
- Mais la conquête ne fut définitivement achevée qu’en 1837, par la soumission de la Kabylie.
- Depuis 1837, la sécurité de l’Algérie n’a plus été troublée que par des insurrections rapidement comprimées, et dont le retour ne saurait désormais compromettre les progrès de la colonisation. La dernière de ces grandes insurrections eut lieu en 1881. Il reste toutefois encore le souci de voir quelque agitation algérienne coïncider avec une nouvelle guerre européenne.
- 1 Voir Les commencements cl'une conquête. — VAlgérie de 1830 à 184-0, par Camille ltousset.
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- PÉRIODE DE 1830-1840.
- Le premier commandant en chef de l’armée d’Afrique, nommé par le gouvernement du roi Louis-Philippe, fut le général Clauzel. Il avait une belle réputation militaire; quinze années de retraite depuis 1815, n’avaient amoindri ni son activité ni sa vigueur.
- Le général Clauzel commença par attaquer le bey de Titeri ; il entra de vive force dans Blida, fît enlever le passage des gorges du Ténia de Mouzaïa (nov. 1830), et mit garnison dans Médéa. Les difficultés du ravitaillement de cette place le déterminèrent quelque temps après à en retirer les troupes. Le bey nommé par lui fut impuissant à faire reconnaître son autorité.
- Cependant, les préoccupations causées en France par la révolution belge, ayant décidé le gouvernement à réduire à une dizaine de mille hommes l’effectif des troupes d’Afrique, il ne fallait pas songer à étendre l’occupation ; le général Clauzel eut la pensée démettre à la tête des beylicks de Gonstantine et d’Oran, des princes vassaux appartenant à la famille des beys de Tunis, et il entama à ce sujet des négociations directes à Tunis par l’intermédiaire de M. de Lesseps, consul général de France.
- Le bey de Gonstantine, Ahmed, fut déclaré déchu, mais il ne se laissa pas déposséder.
- Le bey d’Oran, Hassan, avait reconnu la souveraineté de la France, dès le temps du général Bour-
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- mont, mais il était vieux et n’aspirait qu’à recevoir un successeur, pour se retirer en Asie et jouir en repos de ses richesses. Une petite garnison fut envoyée à Oran, et quelque temps après un prince tunisien y fut installé.
- Ces mesures furent d’ailleurs désavouées par le gouvernement français ; peu de temps après, le général Glauzel fut rappelé.
- Il fut remplacé par le général Berthezène ; le général Savary, duc de Rovigo, et le général Voirol furent ensuite successivement appelés au commandement des troupes d’Afrique. Chacun d’eux n’y resta que quelques mois.
- En 1834, quatre ans après la prise d’Alger, lorsque le gouvernement français décida, sur le rapport d’une commission d’enquête, de conserver définitivement « les possessions de la côte septentrionale de l’Afrique » et nomma comme premier gouverneur général, réunissant dans ses mains tous les pouvoirs civils et militaires, le général Drouet d’Erlon, c’était la sixième fois que le commandement en chef changeait de mains. Aussi la situation générale était-elle peu brillante.
- On occupait Alger avec un territoire restreint, Oran, Bougie et Bône, dont les petites garnisons étaient constamment bloquées. C’était à ces villes que devait, suivant les ordres du gouvernement, se borner l’occupation militaire, la France réservant d’ailleurs ses droits de souveraineté sur toute la Régence d’Alger. L’effectif de l’armce fut fixé à 21,000 hommes.
- Jusqu’alors les opérations militaires n’avaient consisté qu’en occupations de postes qu’on abandonnait peu après, en marches pénibles de ravitaillement, en coups de mains de razzias sur des tribus indociles, en combats de détail sans résultat appréciable.
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- A bd .el-Kader.
- La clîule de la domination turque avait laissé la province d’Oran dans une complète anarchie. Les troupes françaises ne sortaient guère de l’enceinte d’Oran. Après avoir cherché à dominer le pays, l’empereur du Maroc y renonça. Les tribus cherchaient à se grouper autour d’un chef. C’est alors que surgit Abel el-Kader, fils d’un marabout intluent de la tribu des Hachem de Mascara ; il était âgé de de 24 ans (1832).
- Son père le présenta dans la plaine d’Eghris aux tribus des Hachem et des Béni Amer, comme l’homme prédestiné, désigné par Dieu pour chasser les infidèles.
- Abel el-Kader était un homme d’éducation soignée; il avait vu l’Orient et l’Egypte, était versé dans l’étude du Coran, et connaissait à fond la casuistique de la jurisprudence musulmane. 11 avait toute la science d’un thaleb et la vigueur d’un soldat. « Doué de certaines qualités d’organisation et de politique, à la fois froid et passionné, souple et violent, il rappelle, à plus d’un point de vue, ces hommes d’état et d’église tels que le moyen âge les suscita dans le monde européen. »
- Il eut cependant, dès son début, à lutter contre plusieurs tribus qui refusaient de reconnaître son autorité : les Oulad Sidi Cheikh au sud, les Angad de la frontière marocaine, les Douair et les Smêla, tribus makhzen des environs d’Oran, qui étaient au service des beys turcs, et aussi contre les Turcs et leurs auxiliaires, les Coulouglis.
- Traité Desmichels. — Après quelques opérations assez décousues, le général Desmichels, comman-
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- dant à Oran, entra en pourparlers avec Abd el-Kader, traita avec lui de puissance à puissance, et le reconnut comme émir « prince des croyants » auquel les populations musulmanes devaient l’obéissance. On reçut ses oukils (représentants), à Oran, à Alger, à Arzeu. On envoya à Mascara, sa capitale, des officiers avec le titre de consuls, on lui prêta appui contre les tribus qui lui étaient hostiles ; on lui fournit des armes, du plomb, du fer, de la poudre. Ce traité avait le grave inconvénient d’augmenter l’importance dAbd el-Kader, dont l’ambition grandissait rapidement.
- Le général Trézel remplaça le général Desmichels cà Oran. Les Douair et les Sméla, sous leur vaillant chef Mustapha ben Ismaël, se placèrent sous la protection de la France.
- Abd el-Kader protesta ; il occupa Miliana et Médéa. Le traité fut rompu.
- Combat de la Macta (juin 1835). — Le général Trézel marcha contre lui avec 2,500 hommes et 6 canons; il se porta sur le Sig, eut un premier engagement heureux h Mouley Ismaël et voulut ensuite se diriger sur Arzeu pour y laisser ses blessés. De mauvaises dispositions de marche ayant été prises, sa colonne tut assaillie dans le défilé formé par les hauteurs qui bordent les marais de la Macta ; elle subit de graves pertes (environ 500 hommes tués et blessés).
- Le général Trézel fut rappelé et le gouverneur général Drouet d’Erlon, remplacé par le maréchal Clauzel.
- Prise de Mascara et occupation de Tlem-cen. — Le nouveau gouverneur réunit à Oran un corps de 11,000 hommes, et, pour venger l’échec de la Macta, marcha sur Mascara. Il battit l’émir dans la plaine entre le Sig et lTIabra (3 déc. 1835), se porta sur Mascara .où il entra sans coup férir, et qu’il fit brûler et sauter.
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- De son côte, Abd el-Kader alla attaquer le méchouar (citadelle) de Tlemcen, dans lequel 750 Turcs ou Coulouglis avec Mustapha ben Ismaël étaient bloqués par un de ses lieutenants. Le maréchal débloqua la ville, et y installa un bataillon commandé par le capitaine Cavaignac.
- Pour en assurer le ravitaillement, un camp fut établi à l’embouchure de la Tafna, en face Pilot do Rachgoun, qui avait été antérieurement occupé, pour empêcher l’abordage des barques par lesquelles l’ennemi recevait des ressources.
- Après un combat furieux sur les bords de la Tafna (25 mai 1836), Abd el-Kader bloqua le camp, tandis qu’il repoussait les sorties des défenseurs de Tlemcen ; la famime commençait à se faire sentir dans cette place, lorsque le général Bugeaud débarqua avec trois régiments.
- Combat de la Sikkah (6 juillet 1836). — Le général Bugeaud manœuvra activement et avec habileté, ravitailla Tlemcen, et, ayant attiré les troupes cl’Abd el-Kader sur un terrain favorable, entre la Tafna, Lisser, et la Sikkah, il lui infligea une défaite complète.
- Malheureusement, au lieu de continuer les opérations pour ruiner par la force l’influence d’Abd el-Kader, le général Bugeaud entra l’année suivante en négociations; Abd el-Kader consentit à ravitailler Tlemcen ; on lui rendit ses prisonniers ; on lui fournit de l’acier, du fer, du plomb ; puis, on signa la paix avec lui.
- Traité de la Tafna (30 mai 1837). — Par ce traité, conclu par le général Bugeaud, commandant à Oran, et qui était alors indépendant du gouverneur général de Damrémont, Abd el-Kader reconnaissait la souveraineté de la France en Afrique, mais sans en donner aucun gage et sans payer de tribut. La France ne se réservait autour d’Oran qu’un territoire étroit compris entre la Macta, le Sig, la rive méridionale de la Sebkha et le Bio Salado, et, en dehors de ces limites,
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- Mostaganem et Mazagran ; dans la province d’Alger, la Métidja limitéepar une ligne comprenant Koléa, suivant le cours de la ChifTa, la première crête des montagnes, jusqu’à l’oued Khadra à l’est, et « au-delà ». (Cette expression de au-delà ne précisait évidemment rien et réservait, aurait-on dit, la possibilité de rompre le traité de part ou d’autre sous le moindre prétexte.)
- Tout le reste de la province d’Alger et de la province d’Qran, y compris Tlemcen, était abandonné à l’administration de l’émir.
- Expéditions de Constantine.
- Ce trailé de la Tafna, qui augmentait encore l’importance donnée à Alxl el-Kader par le traité Desmichcls, permettait de se retourner du côté de Constantine, où la résistance du bev Ahmed créait de graves difficultés.
- Première attaque de Constantine. — Au mois de novembre 1836, le maréchal Clauzel s’était rendu à Bône pour prendre le commandement des troupes avec lesquelles il espérait occuper Constantine sans grandes difficultés. Le duc de Nemours accompagnait l’expédition. Il partit de Bône, le 13 novembre, avec une colonne de 8,000 hommes. Des pluies torrentielles, le mauvais état des chemins, les fatigues qui en résultèrent, épuisèrent les troupes avant tout combat.
- La position de Constantine était formidable; différentes causes contrarièrent les dispositions d’attaque; l’assaut ne réussit pas. Le maréchal ordonna la retraite qui se fit, non sans douloureuses péripéties, protégée par un bataillon du 2° léger, sous les ordres du commandant Changarnier, dont la réputation militaire reçut alors une éclatante consécration. La colonne, ramenée ù Bône, avait perdu plus de 700 hommes dont 450 tués ou disparus.
- C’est à la suite de cet échec que le maréchal Clauzel fut remplacé par le général de Damrémont.
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- Deuxième attaque et prise de Constantine
- (13 octobre 1837). — L’année suivante, l’expédition de Constantine fut reprise, sous les ordres du général de Damrémont, avec 12,000 hommes formés en quatre brigades, commandées par le duc de Nemours, les généraux Trézel, Rullière, et le colonel Combes. Le génie sous les ordres du général Rohault de Fleury, l’artillerie sous ceux du général Yalée, attaché à la personne du duc de Nemours. On occupait Guclma et le camp de Medjez el-Akmar, où fut organisée l’expédition. La colonne arriva devant Constantine le 6 octobre, et eut à supporter, comme l’année précédente, les dures épreuves d’un temps affreux; les batteries de brèche, établies sur les hauteurs du Coudiat-Aty, entrèrent en action le 10 ; l’assaut fut donné le 13, la première colonne, sous les ordres du lieutenant-colonel La Moricière, la deuxième sous ceux du colonel Combes, qui fut tué. Il fallut combattre dans chaque rue, enlever chaque maison.
- La veille, le général de Damrémont avait été tué d’un boulet. Le général Valée avait pris le commandement. Il fut nommé maréchal, et, malgré ses excuses appuyées sur son âge (64 ans), appelé aux fonctions de gouverneur général.
- L’année suivante fut fondé près de Stora, sur l’emplacement de l’ancienne ville romaine de Rusicada, le port de Philippeville, dont les communications avec Constantine étaient plus courtes que celles de Bône.
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- Puissance d’Abd el-Kader (1837-1839).
- Le traité de la Tafna avait reconnu à Abd el-Kader une autorité considérable, qu’il s’efforcait d’étendre sur toute l’Algérie.
- La province d’Oran lui obéissait presque complètement; mais les tribus de l’ancien beylick de Titeri lui refusaient l’impôt comme à laFrance. Il les força â la soumission et osa même intervenir dans la province de Constantine, en faisant chasser de Biskra le bey Ahmed qui s’y était réfugié.
- Dans le sud, le marabout Tedjini lui refusait son concours. Il alla l’attaquer dans son ksar d’Aïn Madhi, trouva une résistance opiniâtre, mais, par une politique habile, réussit, pendant cette période, à se concilier les bonnes grâces du gouvernement français qui, non seulement ne le gêna pas, mais lui fournit des munitions (entre autres 400 obus). Après cinq mois de siège, Tedjini-fut obligé de traiter.
- Dès lors, personne ne songea plus à résister à l’émir. Il partagea le pays en huit gouvernements, administrés par des kalifas, ayant sous leurs ordres une hiérarchie d’agas et de caïds. Il avait une armée de 10,000 réguliers, dont 8,000 fantassins, 2,000 cavaliers, et une vingtaine de pièces, des poudreries à Mascara, Miliana, Médéa, Tagdemt, une manufacture d’armes à Miliana, une fonderie de canons à Tlemcen. Il établit une ligne de postes fortifiés à Sebdou, Saïda, Tagdemt, Boghar, Biskra. Il fit construire, en outre, un certain nombre de places de sûreté pour protéger ses magasins à Boghar, à Saïda, à Tafrana au sud de Tlemcen, à Thaza près de Miliana, et principalement à Tagdemt
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- sur l’oued Mina près de Tiaret. Ce dernier point était sur l’emplacement d’une ancienne ville romaine. 11 y fît élever une redoute et deux forts.
- Abd el-Kader voulait interdire aux Français de
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- s’étendre à l’est de laMétidja. On ne tint aucun compte de cette prétention; tout au contraire, le maréchal Yalée projetait d’établir des relations directes entre Alger et Conslantine. Avec une colonne de 5,000 hommes, formant deux divisions, sous les ordres du duc d’Orléans et du général de Galbois, il partit de Constantine par Mila, Sélif, franchit les fameux défilés des Portes de fer, passa par les Béni Mansour, traversa l’Isser et l’oued Khadra et rentra à Alger (nov. 1830).
- Abd el-Kader en prit prétexte pour dénoncer le traité de la Tafna (20 nov. 1839) et fit ravager les fermes de la Métidja.
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- PÉRIODE DE 1840-1848.
- La rupture du traité de la Tafna démontra combien ôtait illusoire le système préconisé par les partisans de Y occupation resircinte.W fallait donc de toute nécessité soumettre à notre autorité l’Algérie entière et ne plus y tolérer une puissance pouvant faire échec à la nôtre.
- I 840. — L’effectif des troupes d’Afrique fut porté à 60,000 hommes dans les premiers mois de l’année 1840.
- Abd cl-lvader tenait la Métidja jusqu’aux portes d’Alger, bloquait étroitement tous les postes, y compris Blida qu’occupait unt. garnison de 3,000 hommes, commandée par le général Duvi ûer. Le ravitaillement de cette place fut l’occasion d’un beau combat livré le 31 déc. 1839 à l’oued Alleg, entre Boufarik et Blida.
- II en était de môme dans la province d’Oran. La résistance très énergique du poste de Mazagran, défendu pendant cinq jours par une compagnie du bataillon d’Afrique (février 1840) eut un retentissement qu’auraient justifié à autant de titres d’autres faits d’arrqes de même nature, et restés peu connus.
- Cependant une des principales préoccupations du gouverneur était de garantir tout au moins la Métidja. Il pensa atteindre ce but en faisant occuper Médéa et Miliana.
- Au mois de mai, l’émir ayant réuni la plus grande partie de ses forces en avant de Médéa, le maréchal Yalée forma deux divisions, présentant un effectif de 10,000 hommes, sous le commandement du duc d’Orléans et du général de Rumigny. L’attaque et la prise du Ténia de Mouzaïa (12 mai), que les
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- troupes françaises avaient franchi pour la première fois au mois de novembre '1830, fut une des plus remarquables actions des guerres d’Afrique; une garnison fut jetée dans ftlédéa1.
- L’armée redescendit ensuite dans la plaine et l’on occupa de même Miliana.
- Le ravitaillement de ces deux places nécessitait chaque fois une véritable expédition, et c’est à ces opérations que furent consacrés les efforts de l’armée jusqu’à la fin de la campagne de 1840.
- Jusqu’alors la guerre d’Afrique avait été menée d’une manière confuse, « et indécise » qui reflétait les hésitations même du gouvernement; on continuait à discuter avec âpreté, au Parlement, la question de savoir si l’on persisterait dans la conquête, ou s’il n’était pas préférable de tout abandonner.
- Quelques officiers supérieurs avaient surgi dont la réputation militaire devait grandir encore ; parmi eux, au premier rang : Changarnier, La Moricière, Cavai-gnac; mais, dans le commandement en chef, aucun homme n’avait été à même de révéler les qualités maîtresses de commandement, d’organisation, de conception militaire qui forcent le succès.
- Ce fut la gloire du général Bugeaud.
- 1 Comme toujours l’armée se consolait de ses épreuves et de ses fatigues en chantonnant :
- Quelques-uns ont la bosse des clefs;
- Si vous saviez combien ils se donnent de peine Pour trouver quelque clef qui verrouille la plaine.
- Médéa c’est pour eux la clef par excellence,
- Nous pouvons maintenant dormir sans méfiance.
- Dans leur aveuglement, ils n’ont pas vu du tout Qu’ici tous les Tlédouins ont des passe-partout.
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- Conquête définitive du Tell (1841-1847).
- 1841. — Au commencement de 1811, le général Bugeaucl remplaça le maréchal Yaléc comme gouverneur général. L’effectif de l’armée fut porté à 100,000 hommes. C’est alors seulement que commencèrent, suivant un plan raisonne, une série d’expéditions dont le résultat fut la conquête définitive de l’Algérie. Il est difficile de présenter un récit, même succinct, de ces operations multiples. Il suffira, d’ailleurs, de faire ressortir les faits principaux.
- La campagne de 1841 fut vigoureusement menée.
- Une colonne, partie de Blida, s’avança sur Boghar et Thaza, qu’elle trouva évacués et brûlés; elle en acheva la destruction.
- Le général Bugcaud, parti de Mostagancm, se porta sur Tagdempt, qu’il détruisit; il occupa Mascara sans résistance, et y laissa une forte garnison.
- 1842. — En janvier 1842, il s’empara de Tlemcen et poussa une pointe jusquhà Scbdou qu’il ruina; la grande confédération des Yacoubia qui s’étend sur les Hauts-Plateaux au nord des chotts se soumit; puis, successivement, les Béni Chougran, les Bordjia qui se trouvaient pris entre Oran, Mos-taganem, et Mascara.
- Des colonnes, parties d’Alger et d’Oran, faisaient leur jonction dans la vallée du Chélif. Les partisans de l’émir voyaient leurs troupeaux enlevés, leurs silos vidés, tandis que l’appât du butin grossissait le nombre des auxiliaires indigènes qui combattaient avec nous.
- Dans l’est, Msila était occupé en 1841 ; Tebessa, en 1842.
- Les tribus limitrophes de la Métidja demandaient l’aman, et les environs d’Alger retrouvaient la sécurité nécessaire.
- Cependant Abd el-Kader, se sentant hors d’état de lutter franchement, évitait toute rencontre décisive. Il abritait sa smala dans l’extrême Sud, et, avec une poignée de cavaliers,
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- passait entre nos colonnes pour réveiller les dévouements, punir les défections, ramener les indécis.
- L’Ouarsenis était devenu comme sa forteresse centrale. On y pénétra et l’on força les Béni Ourar à la soumission.
- Les montagnards des environs de Cherchel s’étant soulevés, ils furent vigoureusement refoulés, et, pour dominer le pays, un camp permanent fut établi sur le point stratégique d’el-Esnam, qui devinL Orléansville. Une garnison fut placée à Ténès et une route ouverte à travers le Dahra relia ces deux positions.
- Sur la lisière des Hauts-Plateaux, des garnisons furent installées à Boghar, Toniet, Tiaret, Sidi bel Abbés.
- Les troupes, formées en colonnes légères, marchaient avec une rapidité remarquable et multipliaient les coups de mains heureux.
- 1843. — Prise de la smala. — Au mois d’avril, le duc d’Aumale partit de Boghar avec 600 cavaliers, et surprit la smala d’Abd el-Racler àTaguin. Il y avait là 6,000 personnes, dont S,000 combattants, mais la soudaineté de l’attaque ne leur permit pas de se reconnaître. On fut obligé de laisser s’échapper une partie de la smala, mais on enleva 3,000 prisonniers et un immense butin. On n’avait perdu qu’une vingtaine d’hommes tués ou blessés, et l’ennemi 300.
- D’autres colonnes donnaient la chasse à l’émir, qui était aux abois ; les populations étaient épuisées ; les réguliers à peu près détruits. Abd el-Kader se décida à disparaître momentanément. Il opéra une razzia sur les Hamian alors en guerre avec l’empereur Abd er-Rahman, et, « après cet acte de courtoisie arabe », passa sur le territoire marocain, où il installa ce qui restait de sa smala.
- 1844. — Campagne du Maroc. — 11 travailla dès lors à entraîner l’empereur du Maroc dans la guerre sainte, et
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- fut soutenu par les prédications des kliouan de Moulai Taïeb et des Aïssaoua.
- Au mois de mars 1844, il vint razzier nos tribus.
- Pour empêcher le retour de ces incursions, on occupa la zaouïa de Lalla Maghnia à l’ouest de la Tafna ; les Marocains, prétendant à cette rivière comme ligne frontière, réclamèrent et vinrent attaquer ce poste. Des pourparlers furent entamés, mais, une conférence entre le général Bedeau et le commandant des forces marocaines ayant été rompue par une attaque de la cavalerie marocaine, le maréchal Bugcaud mit ses troupes en mouvement et, le 17 juin 1844, occupa Oudjda.
- Une escadre française, commandée par le prince de Joinville, fut envoyée sur les côtes.
- Bataille de l’Isly (14 août 1844). — Les satisfactions réclamées n’ayant point été données, le maréchal Bugeaud se porta en avant le 13 août, et attaqua le lendemain l’armée marocaine, forte de 30 à 40,000 hommes, campée sur les hauteurs de la rive droite de l’oued Isly. 11 la battit et la dispersa complètement. L’engagement fut peu meurtrier, puisqu’on estime à 800 hommes seulement les pertes de l’ennemi, mais les conséquences morales en furent considérables ; les Marocains, commandés par le fils de l’empereur, avaient perduleur camp,leurs canons, leurs drapeaux, leurs munitions.
- De son côté, l’escadre avait bombardé Tanger le 6 août, et en avait ruiné les fortifications. Le 15, elle bombarda Mogador, et jeta à terre des compagnies de débarquement qui achevèrent de détruire les ouvrages de défense.
- « Cette double exécution et la bataille de l’Isly mirent fin aux velléités de résistance de l’empereur du Maroc. » Le traité de Tanger (20 septembre 1844)
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- termina les hostilités. Il fut convenu que les frontières seraient tracées comme à l’époque de la domination turque, mais le plénipotentiaire français, chargé de la délimitation (général de La Rue), était naturellement peu au courant des détails topographiques de cette région et de leur importance. On dit qu’il fut trompé par les Marocains. « Il abandonna la frontière traditionnelle de la Moulouïa pour un tracé bizarre qui coupe en deux les tribus. Dans le Sud, on laissa au Maroc: IchetFiguig, c’est-à-dire la tête de la route du Touat par l’oued Guir. » (Traité du 18 mars 18-45.) On sent vivement aujourd’hui les conséquences de cette faute.
- 1845. — Itou laza et Abd el-Kader. — Peu de
- temps après, la population du Dahra, de race berbère, remuante et belliqueuse, fut entraînée à prendre les armes par les prédications d’un marabout, Bou Maza, le premier de ces cborf'a que l’on verra plus lard surgir dans diverses parties de l’Algérie. La répression fut énergique et prompte1.
- Chassé du Dahra, Bou Maza se réfugia dans l’Ouarscnis et continua d’v tenir la campagne.
- Combat de Sidi Braliim (23 septembre 1845). — De son côté, Abd el-Kader rentra en scène et franchit la Tafna. Une colonne de 430 hommes, sortie de Djemaâ Ghazaouat (Nemours), fut écrasée (23 septembre). Une compagnie de chasseurs, commandée par le capitaine Géreaux, se retrancha dans le marabout de Sidi Brahim et s’y maintint héroïquement
- 1 Les gens de Oulad Riali refusaient de se rendre et s’étaient réfugiés dans des grottes. Le colonel Pélissier pensa les forcer à sortir en faisant allumer des feux de paille à l’entrée. Le résultat dépassa les prévisions et un grand nombre de ces malheureux, femmes et enfants, périrent asphyxiés.
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- jusqu’au 26; ne recevant pas de secours, elle essaya de se faire jour par une tentative désespérée. 12 hommes seulement rentrèrent à Djemaâ Gha-zaouat; 92 étaient prisonniers, les autres morts.
- Quelques jours après, un détachement de 200 hommes, envoyé pour renforcer le poste d’Aïn Te-mouchent, était enveloppé et mettait bas les armes.
- L’insurrection devint générale.
- Le maréchal Bugeaud mit alors en mouvement, un grand nombre de colonnes, dans toutes les directions, pour cerner l’émir. .
- 1846. — Abd el-Kader faillit être pris, mais il s’échappa et parvint à gagner la Kabylie, où il fut mal accueilli. 11 trouva pendant quelque temps un refuge chez les Oulad Nayl, puis chez les Harrar. Ces tribus ayant fait leur soumission, il se retira chez les Oulad Sidi Cheikh; mais le colonel Renauld l’y relança et pénétra jusqu’à el-Abiod. L’émir se décida à rentrer au Maroc par Figuig; Bou Maza le suivit.
- 4847. — Reddition d’Abd el-Kader. — Au
- commencement de 1847, Abd el-Kader reparut en Algérie chez les Oulad Nayl, puis dans les Ziban. De son côté, Bou Maza ôtait dans le Dahra, mais bientôt découragé, il se rendit au colonel Saint-Arnaud.
- Abd el-Kader rentra au Maroc, mais il se brouilla avec l’empereur Abd er-Rahman qui, se décidant à exécuter les clauses du traité de Tanger, le somma de se remettre entre ses mains ou de s’éloigner dans le désert. Une armée appuyait ces sommations ; alors l’émir, après avoir essayé de résister, livra un dernier combat aux Marocains, le 21 décembre, pour couvrir le passage sur la rive droite de la Moulouïa, c’est-à-
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- dire sur le territoire français de sa déira qui fit sa soumission et lui-même, après avoir demandé qu’on lui permît de se retirer avec sa famille à Alexandrie ou à Saint-Jean-d’Acre, se rendit, le 23 décembre 1847, au général de La Moricière. Le lendemain il fut présenté au duc d’Aumale qui venait de remplacer le maréchal Bugeaud, comme gouverneur, et, deux jours après, embarqué pour Toulon.
- Le gouvernement français ne crut pas possible de ratifier la promesse faite à l’émir de le conduire à Alexandrie, d’où il avait l’intention de se retirer à La Mecque. Il fut interné en France.
- Deux mois plus tard, le trône de Louis-Philippe était renversé par la Révolution. Ce ne fut qu’en 1852 que la liberté fut rendue à Abd el-Kader et qu’il reçut l’autorisation de se rendre en Syrie, où il habita Damas. Jusqu’à sa mort (1883), il resta fidèle à sa parole et donna des preuves fréquentes de sa reconnaissance pour la générosité de la France, notamment en protégeant les chrétiens, lors des massacres de Syrie (1860).
- Le duc d’Aumale avait quitté la terre d’Afrique, •entouré des respects et de l’affection de l’armée; le général Cavaignac fut appelé au gouvernement général de l’Algérie.
- Soumission du Sahara.
- Dans le sud de la province de Conslanline, le cheikh el-arab qui commandait dans le Zab oriental, et était hostile au bey de Constantine avait, dès 1832, fait acte de soumission à la France et envoyé une députation à Alger. Depuis, ce commandement était passé aux mains d’un de ses compétiteurs, Ben
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- Ganali, qui avait réussi à maintenir son autorité et se montrait également fidèle.
- En 1841, une colonne avait parcouru sans difficulté une partie des montagnes de l’Aurès dans lesquelles le bey Ahmed avait trouvé un refuge, mais la soumission n’en était pas assurée.
- En mars 1844, le duc d’Aumale avait conduit une colonne jusqu’à Biskra et y avait laissé garnison.
- Dans le sud de la province d’Alger, à la même époque, le général Marey avait poussé jusqu’à Laghouat et était entré en relations avec le marabout Tedjini d’Aïn Madhi.
- En 184G, dos colonnes conduites par le général Cavaignac et par le général Renauld avaient parcouru la région des Ksour, au sud de la province d’Oran et s’étaient avancées jusqu’à Mogliar et jusqu’à Tiout. Toutefois, aucune garnison permanente n’avait été laissée dans cette région.
- PÉRIODE DÉ 1848-1857.
- La reddition d’Abd el-Kader marque la fin de la période de la grande guerre d’Afrique. Il restait toutefois à consolider la prise de possession du pays et à faire reconnaître définitivement la souveraineté de la France dans l’extrême Sud et, surtout dans laKabylie, où nos colonnes n’avaient pas encore pénétré.
- Expédition de Zaatcha (oct. et nov. 1849). — Un chérif, Bou Zian, exploitant le mécontentement causé par certaines mesures administratives, insurgea les tribus des Ziban. Une colonne, envoyée sur l’oasis de Zaatcha fut repoussée (juillet 1849).
- L’expédition fut reprise, à l’automne suivant, par le général Herbillon avec une colonne de 4,000 hommes.
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- Les attaques de vive force, tentées sur l’oasis, furent encore infructueuses (octobre 1849). Il fallut faire un siège en règle. Le 28 novembre, les brèches ayant été reconnues praticables, l’assaut fut donné. Le colonel Canrobert enleva la première brèche, mais il fallut ensuite se battre rue par rue, maison par maison. La résistance fut particulièrement tenace. La ville et l’oasis furent rasées. On avait perdu 1,500 hommes tués et blessés, sans compter les victimes faites par le choléra.
- L’Aurès s’était également insurgé. La petite ville de Nara, dans la vallée de l’oued Abdi, offrit, comme Zaatcha, une résistance opiniâtre et eut le même sort.
- Conquête du Sud. — Expédition de La-gliouat, — En 1852, un chérif revenant de La Mecque, Mohammed ben Abdallah, devint l’instrument d’intrigues sourdes menées par la Turquie, toujours disposée aux illusions et persuadée que le moment était favorable pour remettre la main sur l’Algérie. Il avait débarqué à Tripoli et était entré dans le Sahara par Ghadamès. Il avait créé à Ouargla un centre d’agitation, et ses partisans réussirent à prendre Laghouat où nous avions installé un kalifa. Le général Pélissier vint assiéger l’oasis, s’en empara après quelques heures de canonnade, mais il dut livrer un combat acharné dans l'intérieur de la ville (4 déc. 1832). Une garnison permanente y fut maintenue.
- La soumission des tribus sahariennes n’aurait pu être obtenue par l’action seule des colonnes françaises, trop lentes à se mouvoir pour cette guerre du désert ; mais un des chefs les plus influents du Sud, Si-Hamza, chef des Oulad Sidi Cheikh, ne supportait pas de voir grandir l’influence d’un agitateur de basse ori-
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- gine. Il offrit son concours, et, avec les goums des tribus, soutenus à distance par des colonnes légères parties de Géryville, de Laghouat, d’Aïn Rich, il se mit à la poursuite du chérif cPOuargla, battit ses contingents et occupa Ouargla (décembre 1853).
- Depuis les frontières marocaines jusqu’au Djerid tunisien, Si Hamza, que les tribus appelaient le kalifa français, fit reconnaître son autorité.
- Le Mzab fit sa soumission.
- A la fin de 1854, une colonne, sous les ordres du général Desvaux, entra à Tougourt après un combat d’avant-garde, tandis 'que le commandant du Barail arrivait par Laghouat. L’Oued-Righ et l’Oued-Souf reconnurent la domination française.
- L’extrême Sud fut pacifié pour dix ans.
- Soumission de la Kabylie.
- Sur les côtes de la Kabylie, on avait occupé Bougie . (1833), Djidjelli (1839), Collo‘(1843).
- En 1844, le maréchal Bugeaud s’était emparé de Dellys et avait battu la grande tribu des Flissa. L’expédition, interrompue par la campagne du Maroc, fut reprise quelques années après. Les Béni Abbés et quatorze tribus firent leur soumission.
- L’agitation de 1849 eut son contre-coup dans la Kabylie. Un chérif, Bou Baghla, maintint l’insurrection du pays pendant plusieurs années.
- En 1851 (mai à juillet), le général de Saint-Arnaud, com-mancfant la province de Constantine, conduisit une colonne de 8,000 hommes dans les montagnes des Babor, entre Mi la et Djidjelli, tandis qu’une colonne de moindre importance, conduite par le général Camon, opérait entre Sétif et Bougie.
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- Partout la résistance lut opiniâtre. Cependant les tribus finirent par offrir leur soumission, et Bou Baghla se réfugia dans la grande Kabylie. Cette campagne fut rude et meurtrière, mais les résultats peu durables.
- Au mois de novembre de la même année, l’agitation persistant dans la vallée du Sebaou (grande Kabylie), le général Pélissier, gouverneur par intérim, dirigea deux fortes colonnes entre Tizi-Ouzou et Dra el-Mizan ; il châtia durement les tribus rebelles en incendiant 29 villages.
- Au commencement de 1852, Bou Baghla reparut dans l’oued Sahel ; il fut rejeté dans la montagne par le général Bosquet. Les opérations intermittentes des petites colonnes isolées ne pouvant amener de résultat définitif, le général Randon, alors gouverneur de l’Algérie, prépara un plan d’en-semhle pour pacifier la Kabylie. En attendant le moment d’entreprendre cette campagne, il fit amorcer les routes qui devaient faciliter la marche des colonnes.
- En 1853, le général Randon, à la tête de deux divisions commandées par les généraux Bosquet et de Mac-Mahon, formant un total de 10,000 hommes d’infanterie (un seul escadron de spahis), réalisa d’abord la soumission de la Kabylie des Babor ou Petite Kabylie, sur laquelle l’expédition de 1851 n’avait fait que peu d’impression. Les deux colonnes opérant sur chaque rive de l’oued Agrioun se rejoignirent à l’embouchure. Toutes les tribus se soumirent solennellement. Une route fut ouverte de Djidjelli à Constantinc par Mila.
- La guerre d’Orient amena une réduction sensible dans l’effectif des troupes d’Algérie, la tranquillité ne fut troublée cependant que dans la grande Kabylie où Bou Baghla fomenta une nouvelle insurrection. Deux divisions, sous le commandement du gouverneur (général Randon), parties, l’une de Sétif, sous les ordres du général de Mac-Mahon, l’autre, de Tizi Ouzou, sous ceux du général Camon, marchèrent à la rencontre l’une de l’autre et firent leur jonction au cœur de la grande Kabylie (juin). Elles enlevèrent les villages fortifiés au
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- prix de grandes fatigues et de perles sensibles (un millier d’hommes tués ou blessés). Les Béni Raten et les Béni Men-guillet firent leur soumission. Bou Baghla perdit toute influence, et fut obscurément tué peu après (décembre) dans l’oued Sahel.
- Pendant les années 1855 et 1856, régna un calme relatif, troublé pourtant par quelques mouvements de tribus qui nécessitèrent une nouvelle expédition en 1856.
- Campagne du Djurdjura. — Enfin, au printemps de 1857, le maréchal Randon put entreprendre la grande opération qu’il projetait depuis quatre années. Il y employa plus de 30,000 hommes, formés en quatre divisions, sous les ordres des généraux Renauld, de Mac-Mahon, Jusuf, Maissiat. Les Béni Raten, attaqués les premiers, se défendirent énergiquement, mais, écrasés par le nombre, ils cédèrent après une lutte de deux jours.
- Après eux, les Béni Menguillet, retranchés dans le village d’Icheriden, soutinrent (le 9A juin) un sanglant combat contre la division de Mac-Mahon ; puis les Béni Yeni (11 juillet). Ces combats amenèrent la soumission successive de toutes les tribus encore en armes. Elles livrèrent des otages et payèrent des contributions de guerre. La campagne avait duré 60 jours.
- La Kabylie, qui n’avait jamais obéi aux maîtres de l’Algérie, ôtait domptée ; des routes militaires furent ouvertes dans les montagnes et le fort Napoléon fut construit sur le plateau de Souk el-Arba, chez les Béni Raten, pour maîtriser le pays.
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- PÉRIODE DE 1858 A 1871.
- La soumission de la grande Kabylie marque la fin de la période de conquête. Désormais la souveraineté de la France est assise sur l’Algérie entière, des frontières du Maroc à celles de Tunisie. Dans l’extrême Sud, les tribus de grands nomades, dont les parcours s’étendent de la chaîne saharienne jusqu’au Gourara, reconnaissent son autorité. C’est par elles cependant qu’arriveront, plusieurs fois encore, les excitations à la révolte, et l’insurrection se propagera parfois jusqu’au Tell avec la rapidité des incendies.
- Expédition du Maroc (1859).
- Sur la frontière du Maroc, les Angacl, les Béni Snassen, tribus remuantes, ne reconnaissant aucune autorité, ne respectant ni frontières, ni traités, avaient renouvelé leurs incursions sur le territoire français.
- Un camp fut formé à l’oued Kiss (oued Adjeroun), et, malgré les ravages causés par le choléra, deux divisions (Valsin etJusuf), opérèrent sur les Béni Snassen et enlevèrent leur village fortifié de Tagma. Les Angad et les Maya furent également atteints et châtiés.
- Plus au sud, une colonne sortie de Géryville opéra une grande razzia sur les Béni Guil.
- Insurrection de 1864.
- La région du Sud, entre Géryville et Ouargla, avait été érigée en un grand commandement au profit de Si Hamza, le chef des Oulad Sidi Cheikh. Il mourut
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- du choléra à Alger en 1861. Son fils aîné, Sidi bou Beker, servit aussi la France avec fidélité; il mourut, à son tour, peu de temps après. Son frère Si Sliman, froissé dans ses rapports avec l’autorité française, se laissa entraîner par son oncle, Si Lala, et leva l’étendard de la révolte.
- Le lieutenant-colonel Beauprêtre, commandant supérieur de Tiaret, se porta aussitôt vers le Djebel-Amour; le 8 avril, il campait avec une petite colonne d’une centaine d’hommes d’infanterie à Aïn Sidi bou Beker, près de Stitten. Son camp fut surpris pendant la nuit, et il fut massacré avec toute sa colonne. Si Sliman fut tué dans cette affaire.
- Toutes les tribus du Djebel-Amour se soulevèrent et l’insurrection gagna le Tell.
- Une colonne, conduite dans le Sud par le général Deligny, n’obtint que des succès sans résultat..
- Dans l’Ouarsenis, la belliqueuse tribu des Flitta prit, à son tour, les armes, à la voix du marabout Si Lazereg. Le caravansérail de la Rouïa, sur la route de Mostaganem, fut attaqué et fut brûlé avec ses défenseurs; les villages d’Ammi Moussa et de Zemmora furent pillés et incendiés. La mort de Si Lazereg, tué par un boulet, déconcerta les Flitta, qui, après quelque résistance, firent leur soumission.
- Dans le sud de la province d’Alger, les généraux Jusuf et Liébert avaient contenu les populations hésitantes et opéré quelques razzias.
- Mais, dans le Sud-Oranais, on subissait un échec à el-Beïda, et Si Lala allait ravager le pays jusqu’aux portes de Tlemcen.
- Si Mohammed, qui avait remplacé Si Sliman, à la tête des Oulad Sidi Cheikh, ayant été blessé mortellement, le 4 février 1865, dans un engagement contre le général Deligny, l’insurrection entra dans sa période de décroissance; mais les Oulad
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- Sidi Cheikh continuèrent la lutte pendant les années suivantes en razziant les tribus soumises.
- En 1869, un parti de 3,000 cavaliers et de 800 fantassins s’avança jusqu’à Taguin. Il fut refoulé dans le désert.
- Au commencement de 1870, les Ilamian étaient encore razziés par les insurgés.
- Expédition du général de WimplFen dans le Sud-Marocain (1870). — Lorsqu’ils étaient pressés de trop près, les Oulad Sidi Cheikh cherchaient un refuge au Maroc et trouvaient assistance près des trois puissantes tribus des Béni Guil, des Oulad Djerir, et des Douï Ménia, qui étaient leurs serviteurs religieux. C’est alors que le général de Wimp-fen conduisit sur l’oued Guir l’expédition que nous avons relatée en parlant du Sahara marocain et qui eut pour conséquence le maintien d’une tranquillité relative dans cette région, pendant la guerre franco-allemande et pendant la grande insurrection qui allait éclater.
- Insurrection de 1871.
- Les désastres de la guerre de 1871 curent leur contre-coup en Algérie.
- Des réformes intempestives, ou trop hâtivement appliquées par le gouvernement de la Défense nationale, avaient agité les esprits et affaibli l’autorité des bureaux arabes, au moment même où l’effectif des troupes avait été considérablement diminué et le commandement désorganisé. La naturalisation en masse des israélites contribua pour une large part à accentuer les mauvaises dispositions de certaines tribus; mais, heureusement, les insurrections éclatèrent successivement et sans être coordonnées.
- Les premiers symptômes se manifestèrent, au mois de janvier 1871, par la révolte d’une smala dé spahis cantonnés près
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- do Souk-Arras, sur la frontière de Tunisie, et qui refusèrent de s’embarquer pour la France.
- La tribu des Hanencha fit défection.
- . Un mois après, le poste d’cl-Milia, entre Constantine et Collo, était attaqué.
- Enfin, au mois de mars, Mokrani, bach-aga de la Medjana, d’une famille dont l’influence traditionnelle s’étendait bien au delà de son commandement, donnait sa démission, motivée sur l’établissement du régime civil; il renvoyait les insignes de la Légion d’honneur qui lui avaient été conférés, et adressait au gouverneur une déclaration de guerre formelle.
- Le 16 mars, avec 8,000 hommes, il parut devant Bordj bou Arreridj et saccagea le village ; mais le bordj, où s’étaient réfugiés les habitants, résista heureusement à ses attaques.
- Toute la Kabylic s’insurgea : Fort-National, Tizi Ouzou, Dra el-Mizan, Béni Mansour, Bougie, Djidjelli, Mila, furent attaqués et investis. Les attaques de vive force étant repoussées, l’ennemi organisait des sièges réguliers, menait des approches, pratiquait des mines, montrait une habileté inaccoutumée et un acharnement extraordinaire.
- Les exploitations isolées étaient dévastées ; le village de Palestro détruit et ses habitants massacrés.
- Sétif, Aumale, Batna étaient menacés. Une pointe était tentée vers Alger, et une colonne formée de quelques soldats d’infanterie, de mobiiisés, de francs-tireurs, devançait, seulement de quelques heures, les Kabyles au village de l’Alma et leur livrait (22 avril) un combat qui préserva heureusement la Métidja de leurs ravages, mais elle arriva trop tard pour sauver Palestro.
- On se hâta avec les quelques ressources disponibles d’organiser deux colonnes mobiles : l’une dans la province d’Alger avec le général Cérez; l’autre dans la province de Constantine avec le général Saussier.
- Mokrani fut tué dans une reconnaissance et sa mort décapita l’insurrection, Le colonel Cérez, combinant ses mouvements avec ceux du général Lallemand qui venait d’Alger, on déblo-
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- qua successivement toutes les places et l’on désarma les tribus. La Kabylie était de nouveau domptée.
- L’insurrection éclata peu après dans le Dahra, chez les Béni Menacer, qui bloquèrent Cherchel. On se bâta de les réduire.
- Dans la province de Constantine, six colonnes opérèrent contre Bou Mezrag, qui avait succédé à son frère Mokrani. Après une campagne de cinq mois, les insurgés furent écrasés au combat du djebel Bou Thaleb.
- Les Chambaâ révoltés furent poursuivis dans l’extrême Sud jusqu’à Goléa, où le général de Gallifet conduisit pour la première fois une colonne française (1873).
- La Kabylie fut sévèrement châtiée ; elle eut à payer des indemnités de guerre considérables, perdit son autonomie municipale ; une partie des terres fut mise sous le séquestre et affectée à la colonisation, qui pénétra ainsi dans ses vallées.
- Depuis ce moment, la tranquillité du Tell n’a plus été troublée.
- Révolte d’el-Amri (1876) et de l’Aurès (1879).
- En 1876, quelques douars se révoltèrent à el-Amri, dans les Ziban, et furent facilement réduits.
- En 1879, les tribus de l’Aurès se soulevèrent, mais plutôt contre leurs caïds que contre l’autorité française. Ces mouvements, rapidement réprimés, n’eurent pas de conséquence.
- Insurrection de 1881-1882.
- L’insurreetion de 1881 a eu plus de gravité, mais ce n’est, en définitive, que la suite de l’insurrection des Oulad Sidi Cheikh, mal assoupie depuis 1870 ; des négociations entamées par leurs chefs, désireux de recouvrer la grande position faite autrefois par l’autorité française à Si Hamza, n’avaient pas abouti.
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- Un marabout jusqu’alors obscur, Bou Amama, profitant des dispositions hostiles des tribus, les entraîna soit de gré, soit de force. Des erreurs de commandement, des précautions insuffisantes permirent à la révolte de se propager (avril 1881).
- Bou Amama, auquel on donna ainsi une importance qu’il n’avait pas au début, sut se dérober aux colonnes ; il se porta au nord des chotts, ravagea les chantiers d’alfa et en massacra les ouvriers.
- Une colonne envoyée dans les montagnes des ksour, sous les ordres du colonel Innocenti, fut attaquée près de Chellala par les contingents révoltés; mais bientôt une direction plus énergique et la mise en mouvement de colonnes nombreuses (près de 30,000 hommes), obligèrent Bou Amama à se réfugier au Maroc.
- Des colonnes envoyées à Moghar trouvèrent le pays désert ; la maison de Bou Amama fut détruite.
- Le colonel de Négrier s’avança jusqu’à el-Abiod. 11 fit sauter la kouba du marabout ancêtre des Oulad Sidi Cheikh et en fit transporter les ossements à Gé-ry ville.
- Les insurgés, qui s’étaient réfugiés dans les forte^ resses naturelles des hautes montagnes des ksour, furent successivement délogés de toutes leurs positions. Des colonnes légères, envoyées à la poursuite de Bou Amama, poussèrent très loin, à 140 kilomètres au dekà de Figuig, et atteignirent plusieurs fois ses contingents, auxquels des pertes sérieuses furent infligées ; mais Figuig ne fut pas attaqué, malgré les dispositions hostiles montrées par ses habitants.
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- Combat du cliott Tigri (20 avril 1882). — Quelque temps après, une mission topographique (capitaine de Cas-tries), envoyée en reconnaissance vers le choit Tigri, fut inopinément enveloppée par des forces nombreuses avec lesquelles se trouvait Bou Amama. Son escorte, lormée par deux compagnies de la légion, réussit à. la protéger non sans pertes. Cette affaire isolée n’eut d’ailleurs aucune conséquence.
- La plus grande partie des tentes insurgées rentrèrent successivement sur notre territoire et demandèrent l’aman. Les tribus marocaines, qui les avaient d’abord accueillies, ne se souciaient pas de voir leur séjour au milieu d’elles se prolonger, ni de partager indéfiniment avec elles leurs pâturages. Des conflits armés surgirent entre les uns et les autres. Il ne resta avec Si Sliman qu’un petit groupe de cavaliers fidèles ; le prestige éphémère de Bou Amama s’éteignit ; il chercha un refuge de ksar en ksar.
- Des négociations avec les chefs des Oulad Sidi Cheikh Cheraga ont ramené la tranquillité dans le Sud-Oranais. La création des postes de l’extrême Sud et l’achèvement du chemin de fer d’Aïn Sefra donnent les moyens de réprimer rapidement et, peut-être, de prévenir de nouvelles tentatives d’insurrection.
- Si Hamza, le chef religieux des Oulad Sidi Cheikh, a fait sa soumission au mois de mai 1883. La kouba d’el-Abiod a été reconstruite et les ossements du marabout y ont été rapportés.
- Occupation du Mzab (novembre 1882).
- L’occupation du Mzab, qui eut lieu sans résistance au mois de novembre 1882, a été le dernier acte militaire de la conquête de l’Algérie.
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- TUNISIE.
- DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE.
- Politiquement placée sous le protectorat français, la Tunisie est, au point de vue géographique, une dépendance du territoire français de l’Algérie.
- La Tunisie, considérée dans la partie comprise entre la frontière algérienne et les chotts du sud, forme une grande péninsule dont l’arête centrale est marquée par un soulèvement orienté du sud-ouest au nord-est, et qui se termine par la petite presqu’île du cap Bon.
- De là, deux régions : le versant nord-ouest ou de la Méditerranée occidentale, le versant sud-est ou de la Méditerranée orientale.
- C’est cette situation avantageuse au centre du bassin méditerranéen qui fait de la Tunisie, comme de la Sicile, une position fort importante au point de vue de la stratégie maritime.
- Le versant nord-ouest est, en général, un pays riche, propre à la culture des céréales, habité par des populations sédentaires vivant d’ordinaire dans des maisons en pierre1, populations tranquilles et faciles à gouverner.
- 1 On appelle henchir ces maisons d’ouvriers agricoles, le plus souvent basses et obscures dans lesquelles vivent pcdc-mclc, hommes, femmes, enfants, et bestiaux.
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- Le versant sud-est, à l’exception des sahel de Sousse et de Sfax, est inculte; c’est le pays des nomades.
- La Tunisie termine à l’est la région que l’on appelle quelquefois la Berbérie ou Y Afrique mineure.
- On doit y retrouver par conséquent, du nord au sud, les grandes divisions naturelles qui caractérisent l’Algérie, mais, d’autre part, le terrain va en s’affaissant de l’ouest à l’est, par terrasses successives, et la côte, depuis Bizerte jusqu’à Gabès, doit présenter, en quelque sorte, la tranche de ces grandes régions, le Tell, les Hauts-Plateaux, le Sahara, dont les différences climatologiques sont d’ailleurs atténuées et presque fondues par l'influence maritime.
- Si l’on conserve les divisions que nous venons de rappeler, le Tell tunisien n’est donc, à proprement parler, que la région qui sépare le bassin de la Med-jerda de la côte septentrionale.
- Le bassin de la Medjerda et celui de son affluent le Mellègue., continuent visiblement la région des sbach de la province de Constantine, c’est-à-dire les Hauts-Plateaux algériens.
- Les montagnes de la chaîne centrale jusqu’au Za-ghouan et à la presqu’île du cap Bon jalonnent le prolongement des murailles de l’Aurès.
- Le cours inférieur de la Medjerda, le cours de l’oued Mellègue dans la région du Ivef, celui de l’oued Miliana qui tombe dans le golfe de Tunis et celui de l’oued Zeroud, la principale rivière du réseau de Kairouan, affectent un parallélisme très caractéristique. Les sillons dans lesquels coulent ces rivières indiquent la direction des plissements des montagnes, qui est très sensiblement la même que dans l’Aurès, c’est-à-dire environ du sud-ouest au nord-est.
- Le soulèvement central, qui forme la dorsale de la Tuni-
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- sie, est constitué par les monts des Frechiche (dj. Chambi, 1546®, point culminant de la Tunisie), les monts des Oulad--Madjer (dj. Berberou, 1480m), les monts des Zlass (dj. Bargou, 1280m), le djebel Zaghouan (1340m). Il se termine par le cap
- Bon.
- La chaîne centrale présente trois dépressions principales : celle de Goroumbalia, route de Tunis à Hammamet, où doit passer le chemin de fer de Tunis à Sousse ; celle de l’oued Rouhia (route directe du Kcf à Kairouan) ; et celle de l’oued el-Hathob (route de Tebessa à Kairouan).
- 11 y a d’ailleurs beaucoup d’autres passages praticables aux cavaliers.
- Entre le passage de Goroumbalia et celui de l’oued Rouhia, les montagnes sont très âpres et forment plusieurs massifs aux escarpes gigantesques. Les deux principaux sont ceux de Zaghouan et des Hamada.
- Les chemins de Tunis à Sousse et à Hammamet traversent les montagnes de Zaghouan dans des gorges difficiles.
- Sur le versant nord, la petite ville de Zaghouan (3,000 hab.), dans une belle position, est la clef des passages. A quelque distance se trouve la tête du superbe aqueduc, long de plus de 100 kil. qui amenait les eaux à Carthage.
- Le sommet du Zaghouan (1340®) s’aperçoit à de grandes distances ; il a été choisi pour l’emplacement d’une station de télégraphie optique qui est en relations directes avec Tunis, Sousse, et Kairouan.
- Le massif des Hamada (monts des Zlass) est, en quelque sorte, le centre hydrographique et le centre de figure de la Tunisie. C’est un massif confus d’une trentaine de kilomètres de largeur, formé de hauts plateaux d’une élévation moyenne de 800 à 1000 mètres, parfois pierreux, mais le plus souvent recouverts d’une épaisse couche de terre arable. Il est habité par des montagnards vivant dans des maisons, mais ayant, dans le sud, des terres de parcours où ils envoient, pendant la mauvaise saison, leurs troupeaux qui ne pourraient supporter
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- le climat rigoureux des Ilamada. Les habitants sont de mœurs rudes, mais, comme ils sont riches et attachés à leurs terres, il est assez facile de les gouverner. Un grand nombre de tribus nomades ont également, dans le nord, des terres de labour, et cet enchevêtrement de tribus et de territoires est une des difficultés de l’administration de la Tunisie.
- Les passages dans le massif des Ilamada sont :
- la voie romaine du Kef à Sousse, par le djebel Bargou, taillée dans le roc ; elle est, dans son état actuel, à peine praticable aux mulets ;
- la voie romaine du Kef à Kairouan, qui se sépare de la précédente dans les environs de Ksar el-IIadid sur l’oued Siliana, où vient aboutir également la route de Teboursouk ;
- la voie romaine du Kef à Kairouan et à el-Djem1 2 par Makter (Oppidum Mactaritanum), Ellcz, et Kesscra.
- Toutes ces routes sont jalonnées par des ruines romaines 2.
- Le seuil d’er-Rouhia (Baliira3 er-Rouia) est très bas et très large (600 à 70Um). Il donne passage à la route du Kef à Kairouan et du Kef aux grandes ruines de Sbeitla (Sufetula). A en juger par l’étendue et la beauté de ces ruines, il devait se trouver à cet endroit une ville considérable.
- Parallèlement à la direction du soulèvement de la crête centrale, se trouvent des avant-chaînes d’altitudes plus faibles et de moindre étendue. La grande voie romaine de Carthage à Ch'ta (Constantine) par Medjez el-Bab (Jlembressa ?), Testour (Bisica Lucana), Teboursouk (Tliugga), Bordj Messaoudi, le Kef (Sicca Veneria), Bordj Sidi Yousef, Souk-Arras (Tagaste), en longe les versants; elle est entièrement carrossable.
- 1 II sc trouve à el-Djem (Thysdras) de grandes ruines et un amphithéâtre romain.
- 2 C’est au nord-est de Makter que l’on croit avoir retrouvé (en 1883) l’emplacement de Zama (Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 6 avril 1883).
- 3 On donne le nom de Baliira à des vallées creuses ou à des fonds de hassins lacustres,
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- Dans les sillons longitudinaux traces par le lit de la Med-jerda, de l’oued Mcllègue, de l’oued Miliana, de l’oued Zeroud viennent déboucher les ravins perpendiculaires par lesquels s’écoulent les eaux des montagnes; le caractère général de toutes ces vallées est une alternance de bassins lacustres séparés par des gorges étroites.
- Dans les bassins sont des plaines cultivées et ordinairement très fertiles ; les gorges ouvrent les passages pour les routes qui les unissent et pour les eaux qui descendent d’étage en étage.
- Versant nord-ouest.
- Tell. — Sous la dénomination de Tell nous désignons, l’ensemble de la région comprise entre les côtes septentrionales et la vallée de Medjerda. Il se subdivise en Kroumirie à l’ouest et Mogod à l’est.
- Kroumirie. — A l’ouest, entre la frontière de la province de Constantine et l’oued Zaïne (flumen Tusca), se trouve un massif très confus et très boisé, véritable Kabylie tunisienne, d’une altitude de 800 à 1000 mètres. Ce sont les montagnes des Kroumirs (Tusca des Romains), dans lesquelles vivent des tribus de race berbère, misérables et très sauvages, souvent en révolte, et sur lesquelles le bey de Tunis n’avait jamais exercé une réelle autorité. Elles sont nomades, campent avec leurs troupeaux ou habitent dans les rochers de leurs impénétrables forêts. N’ayant point de villages, elles étaient insaisissables et ne payaient tribut que d’une façon fort irrégulière. Ces populations, dont on avait grossi l’importance, comptent seulement quelques milliers d’hommes ; elles vivaient du produit de leurs forêts, de l’exploitation du liège, qu’elles apportaient au marché de la Calle, et, le cas
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- échéant, du pillage des navires que la tempête jetait sur leurs côtes l *.
- Le terrain dont le soulèvement forme, ces montagnes, est constitué, soit par des granits, soit par des assises successives de grès et de marnes. 11 en résulte que les érosions dues aux agents extérieurs escarpent les couches brisées et rendent l’accès des sommets excessivement difficile. C’est un chaos de crêtes désordonnées qui s’élèvent à 600 ou 800 mètres.
- On y a signalé quelques cônes volcaniques dont un donnait de la fumée en 1878 (Pelissier de Reynaud).
- Les eaux sont abondantes; elles coulent dans des failles profondes, d’où elles s’échappent par des coupures perpendiculaires. Ces ravins forment des sillons qui déchirent les montagnes et les pénètrent. Ce sont donc des routes naturelles qui permettent d’entrer dans le pays.
- L’île de Tabarka est située en face de l’embouchure de l’oued el-Kebir, dans lequel viennent se réunir la plupart des ruisseaux du versant nord; c’est là que se trouve le nœud des communications de ce versant, et la principale porte d'entrée de ce pays.
- Dans toutes les autres directions, on ne pénètre que par des cluses faciles à barrer3.
- 1 Le 24 janvier 1878, le navire français Y Auvergne, éclioué près de
- Tabarka, est pillé, son équipage maltraité et complètement dépouillé. Les ouvriers des mines françaises d’Oum ct-Teboul ont etc fréquemment attaqués, maltraités, et tués par les Kroumirs, qui dévastaient les travaux des mines et en rendaient l’exploitation à la fois périlleuse et stérile. Depuis l’occupation militaire française, la sécurité est complète dans ce pays.
- 3 II y a quelques années, un des chefs du pays laissa entrer, par une de ces coupures, la colonne de troupes tunisiennes chargée de percevoir
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- Dans l’expédition de 1881, les colonnes françaises n’ont rencontré que des résistances insignifiantes, mais elles ont eu de grandes difficultés de marche.
- Au milieu de ces montagnes et près de la frontière algérienne, la Kouba d’Abdallah ben Djemel, dont les Kroumirs se prétendent les descendants, est un lieu de pèlerinage très visité et naturellement un nœud de sentiers.
- Il existe dans ces montagnes des mines de cuivre et de plomb argentifère, quelques-unes exploitées, comme celle d’Oum et-Teboul sur la frontière, et d’autres dont on pourrait sans doute reprendre l’exploitation; mais les richesses forestières, convenablement aménagées, deviendraient une source plus importante de revenu1. C’est la seule partie boisée de la Tunisie. Partout ailleurs, on ne trouve que des forêts de broussailles ou de pins rabougris.
- Il n’y a en Kroumirie aucun centre- fîxe^ de population ; les noms portés sur les cartes indiquent seulement des emplacements de marchés.
- Le centre du commandement militaire a été établi à Aïn Draham, au nœud hydrographique de la Kroumirie. Des chemins en divergent dans toutes les directions ; le poste a été relié par des routes avec Tabarka (30 kil.), avec la Calle (40 kilom.) par Oum et-Teboul et el-Aïoun, et avec le chemin de fer de la Medjerda; station de Souk el-Arba (42 kilom.).
- Au sud des montagnes des Kroumirs, le pays, tou-
- l’impôt, puis lui ferma la retraite, la fit prisonnière, et ne la laissa partir que moyennant rançon.
- 1 En 1872, le port de la Calle exportait 20,000 quintaux de tanin, 12,000 quinlaux de charbon, 6,000 traverses, etc., venant de la Kroumirie.
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- jours très tourmenté, est habile par les tribus des Béni Mzem et des Ouchtetas, dont le territoire, qui comprend la haute vallée de la Medjerda, est traversé par les routes et par la voie ferrée qui conduisent de Tunis à Gonstantino.
- La ville de Béja (Vacca des Romains), 4,000 habitants, occupe une importante position au sud-est de la Kroumirie. C’est un marché très fréquenté et, en quelque sorte, la clef militaire du nord-ouest. Ce fut le centre principal de résistance de Jugurtha dans ses guerres contre les Romains.
- Mogod. — On donne le nom de Mogod au pays qui sépare la Kroumirie de Bizerte. C’est un ensemble de hauteurs et de plaines, anciens bassins lacustres, quelques-uns assez fertiles, d’autres incomplètement desséchés. Les tribus qui les habitent étaient turbulentes. Leur principal marché d’échange est la ville de Mateur, où se fait un grand trafic de céréales, de bestiaux et de laines.
- Mateur et Béja sont les plus grands centres de la production agricole du nord de la Tunisie.
- Le nœud orographique principal de cette région paraît être le djebel Msid qui se trouve à la tête de l’oued Béja et envoie des eaux dans toutes les directions.
- .Littoral. — En venant de l’ouest, à peu de distance du cap Roux, se trouvent le cap de Tabarka et l’ilc du même nom, rocher stérile, couronné de vieilles fortifications, rattaché à la terre par une langue sablonneuse, et près duquel se creuse une petite baie que défendait le bordj Djcdid1.
- 1 L’îlc do Tabarka, sur laquelle les Phéniciens avaient déjà un comptoir dans l’antiquité, a appartenu, pendant plusieurs siècles, à la famille génoise des Lomcllini, qui y avait une colonie de 1800 per-
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- Au nord du cap Nègre (où la Compagnie d’Afrique a eu, dès 1604, un comptoir d’échange) et du cap Serrât, se trouve, à une dizaine de lieues en mer, l’île de Galite, qui a souvent servi de refuge aux pirates et de rendez-vous aux contrebandiers italiens qui apportaient des armes et des munitions.
- Toute cette côte est dépourvue d’abris.
- A l’est du Ras el-Biod (cap Blanc) s’ouvre la baie de Bi-zerte, dont l’accès est éclairé par le phare de l’île du Chien.
- Bizerte (l’ancienne Hippo-Zarytvs), 5,000 habitants, avec une assez bonne rade, est à l’entrée du lac du même nom (13 kil. sur 7), lac sans profondeur, mais que l’on pourrait, par quelques travaux, transformer en un bon port.
- Le Ras Sidi Ali el-Mekki (ancien promontoire d’Apollon), en face de l’île Plane, marque l’extrémité des chaînes nord-méditerranéennes de la Tunisie. C’est entre ce promontoire et le Ras Addar (cap Bon, ancien promontoire de Mercure), que se creuse le golfe de Tunis (l’ancien golfe de Carthage).
- La baie de Tunis, proprement dite, est comprise entre le Cap Carthage et le Ras el-Fortas.
- Au pied du Ras el-Mekki est Porto-Farina (Rhar el-Melah), 800 habitants, petit port entouré d’un territoire fertile, et, à quelque distance, l’embouchure de la Medjerda.
- Tunis occupe les bords d’un lac sans profondeur, — el-Bahira, — qui communique avec la mer par un étroit goulet de 23 mètres, d’où le port de la Goulette a pris son nom. A l’époque de Carthage, ce lac était navigable, et l’on avait creusé un canal pour le passage des vaisseaux. C’était là que s’abritaient les nombreux navires de la flotte carthaginoise.
- Tunis est une ville importante de 100 à 120,000 habitants, dont 25,000 israélites et 15,000 Européens,
- sonnes. Elle fut occupée par trahison par les troupes du bey de Tunis en 1738. Les habitants furent transportes à Tunis, où leurs descendants forment encore un groupe distinct, sous le protectorat italien.
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- d’un cachet mi-oriental, mi-européen, et, de tout temps, place de commerce très active. Ses environs sont couverts de villages et de maisons de plaisance.
- A 2 kil. environ, se trouve le Bardo, palais du Bey, sorte de château-fort avec caserne. La résidence ordinaire du bey est au château voisin de Kassar Saïd. A l’ouest de la ville s’étend la grande sebkhaes-Sedjoumi.
- Les ruines de Carthage sont à 16 kilom. au nord de Tunis. Elles couvrent un grand plateau auquel on a donné le nom de saint Louis, qui y mourut. La France y a fait élever une chapelle.
- Dans le fond du golfe, à quelque distance de la côte, Hammam lif, établissement d’eaux thermales, relié à Tunis par un chemin de fer.
- Tout le commerce de la régence s’est concentré à Tunis. Kairouan, le Kef, qui étaient autrefois de grandes villes, sont pauvres, ruinées, et sans aucune activité. Cette centralisation commerciale s’explique par la centralisation administrative, car tous les grands caïds avaient pris l’habitude de vivre luxueusement à Tunis, et se faisaient représenter dans les territoires des tribus par des kalifas chargés de percevoir l’impôt.
- Les terres les plus riches du nord de la Tunisie appartiennent presque toutes au bey et aux grands personnages de Tunis.
- Cours d’eau.— La Medjerda (Bagrada des Romains) est la plus grande rivière de la Tunisie. Sa vallée est la partie la mieux cultivée et la plus fertile ; c’est, en outre, le chemin naturel et le plus court pour les communications avec l’Algérie.
- La Medjerda descend des plateaux de la province de Con-stantinc et passe près de Souk-Arras, qui est le dernier poste
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- de la frontière algérienne. Sa vallée supérieure est comprise entre des montagnes très difficiles. Elle commence à se dégager en Tunisie près de Ghardimaou (à 16 kil. de la frontière), et présente ensuite une alternance de bassins évasés et de gorges étroites. Depuis Ghardimaou jusqu’à la station de Béja, la Med-jerda traverse la grande plaine de la Dakla, immense bassin lacustre desséché. De la station de Béja à Medjez el-Bab, elle traverse les gorges difficiles de l’oued Zargua ; elle entre ensuite dans un second bassin lacustre, celui de Tebourba.
- Le principal affluent de la Medjerda est l’oued Mellègue, qui descend du djebel Cherchar en Algérie, et reçoit lui-même l’oued Sarrath, canal collecteur du grand cirque des montagnes des Ouled Madjer.
- Le Kef (Sicca Veneria), 7,000 habitants, situé dans le bassin de l’oued Mellègue, autrefois ville importante, est le centre religieux de l’ouest de la Tunisie.
- L’oued Tessa se jette dans la Medjerda à quelques kilomètres en aval de l’oued Mellègue. Sa vallée supérieure s’élargit pour former la belle plaine, appelée Baliira es-Sers (12 kil. en tous sens), avec de magnifiques pâturages, résidence habituelle de la smala du caïd des Drid. Cette grande tribu, en partie nomade, en partie sédentaire, se transporte dans ses migrations depuis la Medjerda jusqu’au Djerid.
- A partir de son confluent avec l’oued Mellègue, la Medjerda coule dans un pays de plus en plus fertile et bien cultivé en céréales. Sa vallée est suivie par le chemin de fer de Tunis.
- La station de Béja, qui est reliée par une ligne ferrée de 15 kil. environ avec la ville du même nom, dessert aussi les centres importants de Teboursouk et de Testour.
- Teboursouk (Thugga), ville délabrée, mais avec de grandes citernes, bâtie sur le flanc d’un énorme rocher, est une position importante, à 27 kil. de la Medjerda, près des sources de l’oued Kralled, à 2 kil. à l’ouest de la route de Tunis au Kef (voie romaine de Carthage à Cirta), au nœud de plusieurs chemins qui conduisent à la Medjerda.
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- L’oued Siliana descend du djebel Berberou.
- Ses vallées supérieures sont en relation avec la Bahira er^ Rouhia, et avec la Bahira es-Sers. Plusieurs voies romaines venaient s’y réunir dans les montagnes à Makter (Oppidum Mactaritanum), où se trouvent de grandes ruines. C’était là, en effet, le centre de l’occupation militaire de la région montagneuse. Cette position a conservé toute son importance, à cause des communications dont elle est le nœud et du voisinage des plaines cultivées d’où les tribus tirent leurs ressources.
- Entre l’oued Béja et l’oued Zargua, la Mcdjerda est encaissée entre des falaises escarpées très pittoresques; elle a 35 mètres de large, et la construction du chemin de 1er a nécessité do grands travaux d’art.
- En aval du confluent de l’oued Siliana, Testour est une petite ville bien bâtie mais pauvre, habitée par des descendants des Maures d’Espagne, entourée de jardins, et dans une bonne position pour surveiller le centre de la Tunisie.
- Suivant le cours de la Medjerda, Medjez cl-Bab, bourg délabré de 1500 habitants, localité intéressante, au milieu d’une plaine bien cultivée, grande station de chemin de fer, nœud de routes dans toutes les directions, pont sur la Mcdjerda.
- Tebourba, ville arabe de 2,000 hab., nœud de routes de Ma-tcur à Tunis ; grandes plantations d’oliviers, pont de pierre.
- Djedeida, joli village, une quinzaine de villas, fabriques, pont de pierre, point de passage de la route de Mateur à Tunis. La rivière a de 60 à 80 mètres.
- A partir deUjedeida commence la grande plaine qui s’étend jusqu’à Tunis et jusqu’à la mer, et que domine, comme un immense belvédère, la cime isolée du djebel Alimar (333 mèt.), entre la Medjerda et Tunis.
- La route de Bizerte à Tunis franchit la rivière au Fondouk (caravansérail). Plus en aval (r. g.) se trouve l’emplacement de l’ancienne Utique.
- La Medjerda se jette dans le golfe de Porto-Farina.
- L’oued Miliana, qui se rend directement à la mer, loiîge le
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- versant nord de la chaîne centrale ; il traverse d’abord un premier bassin lacustre, la plaine du Fahs, où subsiste encore la sebkha Koursia; sa vallée se rétrécit ensuite au pied dü djebel Zaghouan, pour s’élargir de nouveau dans la plaine de Tunis, où la rivière passe près de Mohamedia, localité ruinée, ancien grand palais construit par le bey Ahmed.
- Versant sud-est.
- Le versant sud-est de la Tunisie comprend trois régions que différencie très bien la nature du sol et de ses produits, sans qu’il soit possible d’en donner une délimitation géographique précise : le littoral, les terres de parcours, la région saharienne ou région des chotts et des oasis.
- Littoral. — D’Hammamet à Sfax, toute la région du littoral, sur une profondeur de 10 à 13 kilomètres, est plantée d’oliviers qui lui donnent un aspect des plus riants. Les villes y sont nombreuses et entourées d’immenses jardins bien cultivés ; c’est la région du Sahel, dont les' habitants vivent soit dans les villes, soit dans de gros villages généralement organisés pour se défendre contre les bandes pillardes de l’intérieur. « Le Sahel n’est qu’une grande forêt d’oliviers renfermant plus de cent bourgs ou villages. »
- Au delà des oliviers, s’étend une grande bande de terres cultivables que l’on peut limiter à la ligne des sbakh ; le célèbre domaine de l’Enfida est compris dans cette zone. Elle est cultivée par les habitants du Sahel, qui n’y viennent qu’à l’époque des labours et de la récolte, et par quelques tribus nomades.
- En suivant du nord au sud la côte orientale à partir du cap Bon se trouvent, au sud de Ras el-Mela : le village de Kelbia*
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- près duquel est un assez bon mouillage ; Nabeul, petite ville d’industrie,, fort ancienne ; Hammamet ; Hergla, près de l’embouchure des canaux naturels qui mettent en relation la sebkha de même nom avec la côte.
- Sousse (l’ancienne Hadrumète, capitale de la Bizacène des Romains), 8,000 habitants, centre du Sahel, place de commerce de quelque importance, point de départ de la route de Kairouan (45 kilom. environ) ;
- Monastir, à 20 kilomètres au sud, 6,000 habitants, avec un mouillage passable; Mahedia.
- A l’ouest de Sousse et de Monastir sont de vastes bassins parfois desséchés, parfois comblés par les eaux : la sebkha Kelbia et la sebkha el-Hani ou de Kairouan. C’est là que viennent se perdre les rivières à cours intermittents ou à cours souterrains,' dans lesquelles se rassemblent les eaux du versant méridional de la grande chaîne.
- Sfax, 20,000 habitants, est la deuxième ville de Tunisie. Elle a dû être prise de vive force, le 16 juillet 1881, après une résistance sérieuse. Sa banlieue est particulièrement riche ; ellecomprend.de nombreux jardins. L’agglomération sfaxienne compte 40,000 à 50,000 Habitants formant une sorte de république riche, orgueilleuse, ennemie des Arabes nomades qui l’entourent, mais très fanatique néanmoins.
- Les deux îles Kerkena (chergui ou de l’ouest, gharbi ou de l’est), en face de Sfax, à 8 lieues des côtes, servent de lieu de déportation. Elles sont assez bien cultivées.
- La côte, toujours basse, s’arrondit, à partir de Maharès, dans un large golfe au fond duquel se trouve Gabés, 7,000 habitants, réunion de plusieurs oasis fort belles et tête maritime des routes du sud de la Tunisie. Les plus considérables de ces localités sont Djara et Menzel; la rivière qui arrose ces oasis a, pour la beauté et le peu de longueur de son cours, quelque analogie avec le Loiret. Elle est vraisemblablement alimentée par les eaux souterraines des chotts. Malheureusement, Gabès est dépourvu de port naturel. Les gros bâtiments doivent prendre leurs mouillages à distance de la côte.
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- Le golfe est formé par l’ile de Djerba, ancienne île des Lotophages, séparée de la côte par un étroit bras de mer. L’île est fort bien cultivée ; il s’y fait un très grand commerce d’huile ; quelques bordjs en protègent les mouillages. Elle est habitée par 40,000 habitants environ de race mzabite, honnêtes et laborieux, dont les centres principaux sont Houmt Souk, près du mouillage du hordj ebKébir, qui est le meilleur de l’île, Iloumt Cedricn, et Houmt Cedouikek. Les Espagnols, pendant le XVIe siècle, ont tenu un certain temps les points importants des côtes tunisiennes et l’île de Djerba.
- Plus au sud, le petit port de Zarzis est la tête du câble sous-marin.
- En divers points de la côte, à Sfax, aux îles Kerkena, et à l’ile de Djerba, on pêche des éponges; le produit en est assez considérable pour que la pêche soit affermée 150,000 francs.
- Bahirt el-Biban (ou lac des Portes, l’ancien lac d’Hécatom-fyle), est ainsi nommé à cause des nombreux canaux qui le font communiquer avec la mer. Un petit fort tunisien est sur la langue de terre qui borde le lac.
- La frontière de mer entre la Tripolitainc et la Tunisie a été fixée, par convention d’octobre 1886, au Ras Tadjer, près de l’oasis de Zouara, h 20 kilomètres à l’est du cap Biban.
- Terres de parcours. — Depuis le Zaghouan jusqu’à Gabès s’étend une longue zone de terres basses, marécageuses, impraticables pendant la saison pluvieuse, au milieu desquelles est Kairouan; puis, au delà, sont les vastes terrains de parcours, plaines stériles et désolées, accidentées par d’énormes buttes montagneuses qui semblent n’avoir aucune relation les unes avec les autres, mais dans la direction desquelles on peut retrouver l’orientation générale de la grande chaîne. Après les pluies, ces plaines se recouvrent d’herbages rapidement desséchés ; les sources y sont rares, l’eau est souvent saumâtre, et les rivières
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- ont de larges lits ordinairement à sec, mais, parfois aussi, soudainement remplis par des crues d’une grande violence.
- Tout ce terrain est déboisé ; on n’y trouve de traces de cultures ou de végétation que dans quelques bas-fonds où les nomades viennent planter leurs tentes.
- Cependant ce pays a dû être riche et peuplé; la grande route de Kairouan à Gafsa est jalonnée par de nombreuses ruines romaines et par des débris d’aqueducs. A en juger par leur étendue, de grandes villes ont dû exister à Hadj el - Aïoun, Djilma (Oppidum Gilmense), Sbeitla (SufelulaV, etc.
- L’oued el-Hathob, qui prend successivement les noms d’oued cl-Fekka, d’oued Zeroud et d’oued Bagla, marque la ligne la plus creuse sur le versant méridional de la grande chaîne ; il commence dans le massif do Tebessa, où se trouve aussi la tète des eaux qui alimentent les oasis de Gafsa.
- Il reçoit sur sa rive gauche plusieurs affluents fort intéressants parce que ce sont eux qui jalonnent les routes à travers la grande chaîne. Les plus importants sont l’oued Sbeitla et l’oued er-Rouhia. Ces eaux se réunissent dans la grande sebkha Kelbia, séparée de la mer par un chapelet de bas-fonds, de sorte que l’on peut admettre qu’une communication a existé entre cette sebkha et la sebkha d’Hergla sur la côte1 2 * * 5.
- 1 Cependant à l’époque romaine, le manque d’eau et de bois était
- déjà signalé par Sallustc ; Marius allant assiéger Gafsa dut marcher trois jours sans trouver d’eau. II est probable que l’on devait aménager dans
- des citernes ou retenir par des barrages les eaux de la saison pluvieuse
- qui est très courte (décembre et janvier), mais très abondante.
- 5 M. le Dr Rouire, s’appuyant sur cette circonstance et interprétant les textes anciens de Plolémée, propose d’identifier la sekha Kelbia avec le lac Triton que le commandant Roudaire pensait devoir être retrouvé dans les grands ebotts du Sud.
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- La ville importante de cette région est Kairouan (15,000 hab.), fondée par Sidi-Okha en 671 (ait. 7ora), qui a eu ses jours de splendeur, alors qu’elle était le siège du premier kalifa arabe. Maintenant ce n’est qu’une triste ville, au milieu de plaines incultes et inhabitées, mais c’est toujours un foyer actif de propagande religieuse. Avant l’occupation française aucun juif ni chrétien n’avait droit de s’y installer.
- Région saharienne. — Au sud du bassin de Kairouan commence la région saharienne, que traversent, de l’ouest à l’est, les chaînons qui bordent la dépression des grands chotts.
- La partie au nord des chotts se subdivise en deux versants : le Djerid à l’ouest, l’Arad à l’est, ce dernier faisant suite au Sahel. Les oasis de Gafsa sont le centre du versant occidental, celles de Gabès celui du versant oriental.
- Le Djerid (pays des palmes) n’est à proprement parler que le pays au nord de l’isthme de Kriz qui sépare le chott Djerid et le cliott Rharsa et où se trouvent les riches oasis de ToZeur et de Nefta ; mais ce nom est souvent étendu à toute la région des oasis du sud. Le Djerid a des sources abondantes et une protection de montagnes contre les vents du nord, c’est-à-dire des conditions exceptionnelles de fertilité. Les dattes, les oranges sont d’une qualité exceptionnelle. Il en exporte une grande quantité et produit aussi des légumes et quelques céréales. On compte un million de palmiers sur une superficie de 2,000 hectares autour de Tozeur, de Nefta, d’el-Hamma, et d’Oudiam
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- 20,000 chameaux y viennent annuellement prendre des chargements de fruits. (Reclus.)
- Tozeur a environ 350,000 palmiers et une population de 10,000 habitants. C’est la résidence d’un marabout, qui a une grande influence, et aussi un important centre d’études musulmanes.
- Nefta et Tozeur sont les plus gracieuses îles de l’océan de sable des chotts. Ce sont, dit un voyageur, de véritables paradis terrestres. Il y a plusieurs sources thermales dans cette région.
- L’oued Sidi Aich, qui descend de la grande chaîne, et passe près des grandes ruines romaines de Feriana (5 kilom. de tour), arrose les beaux jardins de l’oasis de Gafsa. Sa vallée est la route ordinaire des caravanes du Djerid.
- Gafsa (Cafaz des Phéniciens, fondée par Melkart, l’Hercule libyen; Capsa des Romains) est au centre d’une fort belle oasis, d’environ 5,000 habitants sédentaires, dont le territoire fournit des fruits de toutes sortes. Les Romains y avaient un poste militaire; il s’y est établi ensuite un évêché chrétien. C’est le centre naturel de la surveillance du Djerid, et le centre de ravitaillement des nomades. Gafsa est près d’une coupure de cette grande chaîne qui ferme au nord le bassin du chott el-Djerid et qu’on ne franchit sans trop de difficultés qu’à Gafsa et le long de la côte. De là, l’importance exceptionnelle de Gafsa au point de vue militaire. C’est le nœud des routes de Kairouan, de Te-bessa par Feriana, de l’oasis algérienne de Negrinc, de Sfax, de Gabès, et des oasis des rives du chott.
- Les Hammama viennent à l’automne, camper aux oasis d’el-Guettar, au sud-est de Gafsa.
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- Le pays est inhabité entre Gafsa et Kairouan, Gafsa et Gabès, Gafsa et les chotts.
- Arad. — Le versant oriental de la région saharienne comprend, outre l’Arad proprement dit, le littoral ou sahel de S fax, dont il a déjà été parlé.
- Plusieurs petits oueds, d’un cours restreint, se jettent dans le golfe de Gabès ; l’oued el-Akarit et l’oued Melah au nord de Gabès, sont les plus notables.
- Entre Gabès et les chotts s’étend l’Arad proprement dit. C’est une contrée assez riche, habitée par les Béni Zid, grande tribu plus puissante que celle des Hammama; elle possède les oasis d’el-Hamma, à l’ouest de Gabès, avec environ 20,000 palmiers. Ses réduits de défense sont, dans le djebel Matmata, enchevêtrement de collines calcaires ayant environ 200 mètres de relief, où se trouvent de fortes positions. Les villages sont perchés comme des nids d’aigle sur la pointe des rochers, ou accrochés à leurs flancs. Le village de Djoualigh, à deux jours de marche de Gabès, est un ensemble d’habitations souterraines, comme des demeures de Troglodytes, creusées dans la montagne sur les parois de profonds entonnoirs dont le fond sert de place publique.
- Près de la frontière de la Tripolitaine, sont les Ou-ghamma, une des plus puissantes tribus de la Tunisie, dont les centres principaux sont Kesseur Medenine, dans le Sahel, forte position à trois ou quatre journées de marche au sud de Gabès, et Douirat dans la montagne.
- Région au sud des chotts. — On a parfois considéré comme limite naturelle de la Tunisie la ligne des chotts qui semble dessiner une frontière relative-
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- ment assez facile à surveiller'; mais, contrairement à l’opinion souvent admise, il est possible cle franchir les chotls dans plusieurs directions et de créer des pistes en battant le sol; en outre, au sud du Djerid, sont les régions riches du Nefzaoua et les montagnes des Ou-ghamma qu’il est important de surveiller.
- A 2o ou 30 lieues de la côte, se dessine une chaîne orientée du nord au sud, et qui se continue par les montagnes de la Tripolitaine. C’est l’escarpe du plateau saharien. On la désigne sous le nom de montagnes ou plateaux de Douirat, d’après une des localités principales des Oughamma.
- Le long de cette muraille calcaire sont situés un assez grand nombre de villages, dont les maisons sont creusées dans la rochef Tous portent le nom de ksar, ce qui indique leurs propriétés défensives.
- Au delà, vers l’ouest, s’étendent des déserts de sable.
- L’extrémité nord-ouest de cette crête montagneuse forme un long promontoire qui sépare le chott el-Djerid, proprement dit de son prolongement oriental, la sebkha el-Fejej. C’est le Nefzaoua, archipel d’oasis qui contient une quarantaine de villages, environ 300,000 palmiers et 18,000 habitants. La localité principale est Kebili.
- Ces oasis communiquent avec le Djerid à travers le chott, entre Debabcha (rive méridionale) et Seddada (rive septentrionale), par des pistes que jalonnent, de chaque côté, des pieux ou des bornes en pierre.
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- RÉSUMÉ HISTORIQUE.
- La Tunisie correspond, en partie, au territoire de l’ancienne république carthaginoise.
- Après la destruction de Carthage (146 ans av. J.-C.), les Romains cédèrent à Massinissa, le roi de Numidie qui avait été leur allié, une partie du pays, le Djerid actuel. Us annexèrent cette région après la guerre de Jugurtha (106 av. J.-C.) et formèrent plus tard les deux provinces appelées Afrique proprement dite ou Zeugitcine et Byzacène.
- Au commencement de l’ôre chrétienne, les côtes devinrent un des séjours favoris de l’aristocratie romaine; elles se couvrirent de palais et de villas dont on voit encore les restes, et la ville de Tunes (Tunis) commença à devenir florissante.
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- Au Ve siècle, les épouvantables ravages des Vandales anéantirent la colonisation romaine en Afrique. En 435, ils prennent Carthage; en 455, Genséric en part pour aller piller Rome. Le christianisme qui s’y était développé, et avait jeté un vif éclat avec saint Augustin1, déclina rapidement.
- Bélisaire réussit à exterminer les Vandales, mais la
- 1 Originaire de Souk Arras, saint Augustin mourut en 430, pendant le siège d’Hippoue (Bone) par les Vandales:
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- domination de l'empire byzantin ne put rendre au pays son ancienne splendeur.
- Vers 650, commencèrent les invasions arabes. En 670, l’empire de Kairouan fut fondé par Sidi Okba. Les lettres, les sciences, les arts, la philosophie s’y développèrent brillamment et de nombreux missionnaires commencèrent à aller porter le Coran aux populations du centre de l’Afrique. Pendant 500 ans, cette contrée fut un des foyers principaux de la civilisation arabe ; les Maures, expulsés d’Espagne, s’y réfugièrent en grand nombre, et avec eux l’illustre tribu des Abencé-rages. Ce pays produisit des historiens et des géographes célèbres. Ses caravanes commerçaient avec la Guinée et Timbouctou. Des traités d’amitié étaient
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- conclus avec les Etats riverains-de la Mediterranée et de nombreux chrétiens prenaient même du service auprès des souverains de Tunis, qui entretenaient des troupes de Toscans, d’Allemands, d’Espagnols.
- Ces relations changèrent à l’époque des croisades. Saint Louis, qui projetait la conquête et la conversion des Tunisiens, mourut (1270) de la peste, aux portes mêmes de la ville. Pendant les temps troublés du moyen âge, la Tunisie perdit définitivement les traditions qui avaient fait sa gloire. Ses pirates infestèrent la Méditerranée et provoquèrent des répressions fréquentes de la part des Français et des Espagnols.
- Charles-Quint porta ses armes dans le nord de l’Afrique, ruina les entreprises du célèbre Barberousse, imposa sa souveraineté à Tunis, et plaça une garnison à la Goulettc (1535).
- Cette domination fut de courte durée et, les Turcs s’emparèrent, définitivement de la Tunisie (1574).
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- Comme dans toutes les provinces éloignées de l’Empire ottoman, les deys ou chefs de la milice des janissaires, se rendirent peu à peu indépendants de fait et supplantèrent les beys ou gouverneurs turcs.
- A part quelques difficultés assez rapidement aplanies, les relations de la Tunisie avec la France s’établirent sur des bases amicales vers la fin du siècle dernier et notre pavillon jouissait à Tunis d’un prestige que n’affaiblirent pas les désastres de la fin de l’empire.
- En 1816, le bey Mahmoud abolit l’esclavage des chrétiens; ses successeurs émancipèrent les israélites.
- De 1840 à 1864, des missions militaires françaises concoururent à l’organisation et au commandement des troupes du bey.
- Sidi Mohammed (1853-1859), homme d’un esprit élevé, posa, dans un pacte fondamental promulgué en 1857, les bases d’importantes réformes : égalité devant la loi des musulmans et des chrétiens, garantie de la propriété individuelle, obligation de l’impôt, liberté du commerce, faculté accordée aux étrangers d’acquérir et de commercer, etc.
- Mohammed es-Sadock s’efforça de développer ces mêmes principes; mais l’influence française, qui avait été jusqu’alors prépondérante, eut à lutter contre les rivalités des Anglais et des Italiens, particulièrement au sujet d’entreprises de chemins de fer, de services postaux, etc. Il importait à la France pour conserver son prestige vis-à-vis des musulmans du nord de l’Afrique et pour assurer la sécurité de ses possessions algériennes, de maintenir son ancienne suprématie. La conséquence naturelle de cette situation a été l’oc-
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- cupation militaire de la Tunisie et l’établissement d’un protectorat.
- Établissement du protectorat français. — Le
- point de départ de l’intervention française fut la répression du brigandage des populations de la Krou-mirie sur la frontière algérienne, mais le but que se proposait le gouvernement français était l’extension de son influence sur la Tunisie entière et.la protection de nombreux intérêts français compromis, d’un côté, par l’administration défectueuse de la Régence, combattus, de l’autre, par certaines influences étrangères.
- Depuis les malheurs de 1871, c’était la première fois que la France sortait de son recueillement. En 1878, lors du congrès de Berlin, elle s’était assurée des bonnes dispositions de l’Angleterre, qui, de son côté, acquérait Chypre, et de l’assentiment de l’Allemagne. L’Italie seule pouvait montrer quelque jalousie, mais, isolée, son mauvais vouloir devait rester à l’état latent.
- Expédition de Kroumirie. — Un corps expéditionnaire, composé de trois divisions, présentant un effectif de 23,000 hommes, fut réuni sous le commandement du général Forgemol. Le 22 avril 1881, les troupes se mirent en mouvement. La Kroumirie fut abordée par la frontière algérienne et par Tabarka.
- L’effectif relativement considérable des colonnes, l’habileté des dispositions prises, et la prodigieuse rapidité des marches ne permirent pas aux Kroumirs d’opposer de résistance sérieuse. On avait d’ailleurs exagéré leur nombre et leurs moyens d’action. Leurs montagnes furent pénétrées dans tous les sens et le pays facilement occupé.
- Une colonne entrait au Kef (2 mai).
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- La Turquie, revendiquant ses droits de puissance suzeraine, prétendit alors envoyer des troupes et des vaisseaux de guerre sous prétexte de coopérer au rétablissement de la tranquillité. Ce projet ne fut connu en France que lorsque l’escadre turque était déjà à la hauteur de la Canée (o mai). La Sublime-Porte fut aussitôt avisée que la France ne tolérerait pas son ingérence et l’ordre fut donné à l’escadre française de s’opposer, même par la force, au passage de la flotte ottomane. La Turquie dut céder et se borner à envoyer avec quelque ostentation des troupes nombreuses en Tripolitaine, tout en encourageant secrètement l’insurrection des tribus.
- Simultanément, une brigade formée à Toulon sous les ordres du général Bréart, était inopinément débarquée àBizerte et marchait aussitôt sur Tunis.
- Traité du Bardo. — Le 12 mai 1881, M. Roustan, consul général de France et le général Bréart présentaient au palais du Bardo un traité de protectorat auquel le bey dut se soumettre.
- L’influence française, soutenue par des forces militaires suffisantes pour briser toute résistance, était dès lors imposée à la Tunisie ; cependant un grand nombre de tribus de l’intérieur se mirent en état d’insurrection, tandis que les troupes tunisiennes, placées sous le commandement des généraux français, contribuaient d’ailleurs à la pacification.
- On crut alors possible de donner satisfaction à quelques manifestations de l’opinion publique en France, qui, mal éclairée sur la portée de l’intervention en Tunisie, exagérant certains accidents.survenus dans l’état sanitaire des troupes, et influencée fâcheuse-
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- ment par des intérêts d’opposition politique, réclamait le rappel des troupes. Une partie du corps expéditionnaire fut rapatriée.
- L’agitation recommença dans la Régence, particulièrement dans le sud, où nos colonnes n’avaient pas pénétré. Il fallut renvoyer des troupes.
- Prise de Sfax. — La ville de Sfax se mit en révolte ouverte; plusieurs Européens furent massacrés, et les étrangers durent se réfugier abord des navires en rade. Dans les premiers jours de juillet, l’escadre française bombarda la ville. Après un essai infructueux tenté le 8 juillet, le débarquement était effectué le 16 juillet; 3 bataillons de fusiliers marins et 1 bataillon d’infanterie se rendaient maîtres de Sfax après un combat acharné de rue en rue, de maison en maison.
- Expédition de Kairouân. — Cependant l’insurrection se développait ; les dissidents venaient jusqu’aux portes de Tunis. L’effectif des troupes françaises était évidemment insuffisant. On dut se décider franchement à réorganiser un corps expéditionnaire qui fut formé à 3 divisions sous les ordres du général Saussier, commandant le 19e corps d’armée.
- Au mois de septembre, le général Saussier dirigea trois colonnes sur Kairouan, qui passait pour le foyer du fanatisme musulman. Le 26, Kairouan fut occupé sans résistance par une colonne venue par Sousse. La reddition de Kairouan peut être considérée comme ayant mis fin à la rébellion.
- Gabès, Gafsa furent successivement occupés; les colonnes françaises parcoururent le Djerid, le Nef-zaoua, les montagnes des Oughamma, refoulant
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- devant elles les tribus insurgées qui passèrent en Tri-politaine. Peu à peu celles-ci demandèrent l’aman et rentrèrent sur leurs territoires.
- Il suffit, dès lors, de quelques garnisons françaises pour maintenir dans l’obéissance et dans l’ordre des populations qui ne présentent pas d’ailleurs Je même caractère belliqueux que celles de l’Algérie et de la frontière marocaine. On a fait justement la remarque que l’intensité de l’énergie guerrière des indigènes du nord de l’Afrique et leur capacité de résistance à l’action européenne allaient en s’affaiblissant, d’une manière constante, de l’ouest à l’est, du Maroc à l’Égypte.
- GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.
- Depuis l’établissement du protectorat, la régularité et la surveillance introduites dans l’exploitation des ressources naturelles du pays et dans la perception des impôts ont transformé la situation du pays, tandis que la protection partout assurée aux étrangers les a attirés en assez grand nombre pour que le prix des terres ait déjà plus que triplé.
- La population indigène offre, dans son ensemble, la môme composition que celle de l’Algérie, c’est-à-dire un mélange de Berbères et d’Arabes, avec de nombreux israélites et quelques Européens dans les villes de commerce de la côte. Toutefois, les indigènes de la classe élevée et les fonctionnaires ont, comme les Turcs, généralement adopté le costume européen et
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- une manière de vivre semi-européenne. Ils n’ont pas, comme les Algériens, conservé la caractéristique arabe.
- Parmi les Européens, les Maltais et les Italiens sont les plus nombreux. Ils sont naturellement attirés dans ce pays par la facilité des communications et par des conditions de climat semblables à celles sous lesquelles ils ont l’habitude de vivre.
- La population totale est évaluée à 1,300,000 ou' 1,400,000 individus, sur lesquels 39,000 protégés européens qui comprennent 15,000 Français, 12,000 Italiens, 12,000 Anglais ; ceux-ci sont, pour la plupart, des Maltais.
- Les Maltais sont catholiques et habitués à considérer comme leur protecteur naturel plutôt leur évêque que leur consul. C’est une des raisons de plus pour la France de couvrir d’une bienveillante et attentive protection les intérêts catholiques dans la Régence, et d’y maintenir un clergé français.
- Les 15,000 protégés français se décomposent en 2,800 Français, 8,000 Algériens musulmans, 4,200 juifs algériens.
- Les conditions du protectorat sont réglées par lo traité du Bardo (1881) et par le traité de la Marsa (8 juin 1883) qui attribue au résident général, représentant du protectorat, une haute autorité sur tous les services administratifs et une sorte de droit de vélo à l’égard des mesures en désaccord avec la politique française. Il représente d’ailleurs officiellement le bey dans toutes les relations extérieures.
- Les ministres du bey ne fonctionnent que sous son contrôle et les administrations sous celui de contrô-
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- leurs français établis àlaGoulette, au Kef, à Nebeul, à Sousse, à Sfax, à Gafsa.
- Le pays est divisé en districts ou ouians, administrés par des caïds ou par des kalifas qui les représentent.
- Un tribunal français a été institué à Tunis (27 mars 1883) et des justices de paix il Tunis, la Goulette, Bizerte, Sousse, Sfax, Le Kef. Les puissances étrangères ont consenti à la suppression de leurs tribunaux consulaires et des privilèges que leur accordaient les capitulations.
- Les services financiers ont été réorganisés. La dette publique a été régularisée, convertie en rentes garanties par l’Etat français et réduite à 142,550,000 francs.
- Le budget se solde par des plus-values notables.
- Le chiffre des exportations s’est augmenté de plus d’un quart; celui des importations a plus que doublé.
- Le régime de la propriété foncière a été réglé; des établissements d’instruction ont été créés; de grands travaux ont été entrepris pour la création d’un port à la Goulette, de routes et de chemins de fer.
- La création d’une ligne ferrée qui réunira Gabès à Bône par Gafsa, Tebessa, et Gonstantine, décidée en principe, est destinée à changer singulièrement l’état économique des vastes pays producteurs de dattes, en assurera définitivement la pacification, et en permettra l’accès aux capitaux européens.
- Enfin, et surtout, la France doit songer à créer un port en eaux profondes sur les côtes orientales.
- L’œuvre accomplie par la France est déjà considérable, et, sans oser promettre que la Tunisie française
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- retrouvera la prospérité de l’ancienne Afrique romaine, on peut dire que la conquête elle-même et l’organisation de la conquête sont des titres d’honneur pour ceux qui les ont conçues et les ont exécutées.
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- VOCABULAIRE
- DES NOMS DE LIEUX
- ET
- DES PRINCIPAUX TERMES ARABES ET BERBÈRES
- CITÉS DANS L’OUVRAGE.
- ALGERIE.
- A
- Abd (plur. abid), serviteur, esclave.
- Abd (oued el-), rivière de l’esclave, 57.
- Abd Allah, serviteur de Dieu.
- Abd el-Kader ed-Djilani (ordre de), 322.
- Abd en-Nour (fils de la lumière) (tribu), 179.
- Abd er-Rahman (ordre de Sidi Mohammed ben), 325.
- Abd er-Rahman (Teniet) (Aurès),
- 200.
- Abdi (oued el-), 11, 192,199.
- Abiod, blanc (comp. beida), 73.
- Abiod (oued el-)(Aurès), 11,193,
- 200.
- Abiod Sidi Cheikh (el), 90, 103, 326, 367.
- Abiod signifie le terrain blanc et ne doit pas être pris pour un dérivé de Abd, serviteur.
- Abou, père (par corrupt. bou).
- Abouan, 76.
- Aboukir, 46.
- Abuja (Aiguille) (cap), 45.
- Achaoun (djebel), 120.
- Achèche (tribu), 200, 206.
- Achour, dîme des récoltes; de achra, dix.
- Acif (berb.), rivière.
- Adehi (berbère) (pl. edehen), dunes.
- Adghar, 242.
- Adjedar (oueld el-), 71, 82.
- Adjeroud (oued), 5, 39, 44.
- Adoura, descente.
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- Adrar (berb.) (plur. idraren), montagne.
- Adrar (djebel), 8, 467.
- Afrique proconsulaire (Ifrikia),
- 31.
- Aboul (kef), 489.
- Affreville (village), 422.
- (Nom de l’archevêque de Paris, tué en 1848). Sur l’emplacement de Colonia Augusta.
- Affroun, 448.
- Aflou, 58, 400,443, 308.
- Aga, à l’origine, chef des troupes.
- Ce titre se changea en celui de dey, expression familière analogue à celle d’oncle, de patron; il fut, dans la suite, réservé au pacha d’Alger, dont les beys de Constantine, de Titeri, et d’Oran, étaient les lieutenants.
- Le titre d’aga est donné à des chefs indigènes pourvus de certains grands commandements.
- Bach-aga, litre donné à des agas dont l’autorité s’exerce sur des circonscriptions plus étendues. Actuellement ces titres ne sont souvent que des distinctions honorifiques.
- Agadir (berb.), rempart, ancien nom de Tlemcen.
- Aghélad (berb.), défilé.
- Agoumi (berb.), plateau.
- Agrioun (oued), 40,473.
- Aguemouti (berb.), mamelon.
- Aguemount, petite colline.
- Ahaggar, ou Hoggar (touareg), 22, 460, 245, 233.
- Ahmar, rouge.
- Ahmarkaddou (djebel) (la joue rouge), 202.
- Ahmra (el-), 247.
- Aiguille (cap), 45,
- Aïn (plur. aïoun), source, fon-
- taine (dim. aïounet, aouïna).
- Aïn Adjel, 4 36.
- Aïn Azzem, 482.
- Aïn Baniou, 487.
- Ain Beïda, la fontaine blanche, 476, 340.
- Aïn ben Khelil, 68, 402, 308.
- Aïn Boucif, 429, 436.
- Aïn Chair, source de l’orge, 68, 78.
- Aïn el-Hadjar, la fontaine pierreuse (comp. Pierrefonds), 74.
- Ain el-Ibel, fontaine des chameaux, 443, 439.
- Aïn el-Orak, fontaine de la dispute, 90, 403.
- Ain Frariou, 203.
- Ain Gueltar, la source qui suinte, 484.
- Aïn Kafar, 499.
- Ain Kahla, fontaine noire, 444.
- Ain Kerman, 488.
- Ain Hammam, 433.
- Ain Mahdi, 30, 97, 309.
- Ain Mellout, la fontaine blanche formant petit lac, 482.
- A in Mokra, la grande fontaine,4 65,
- Aïn Naga, 244 .
- Ain Nouissy, 46.
- Aïn Oussera (oussera, nom do plante), 4 44 .
- Ain Riah, 74.
- Ain Roua, 473.
- Ain Rich, la source aux plumes, 436, 359.
- Aïn Sefra, la source jaune, 4, 44, 73, 402, 308.
- Ain Sfissifa, la source aux petits trembles, 70, 87,402, 308.
- Aïn Smara, la fontaine aux ajoncs, 440.
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- Aïn Souguer, 58, 67.
- Aïn Sultan, 422.
- Ain Tamagra, 203.
- Ain Tedelès, 46.
- Aïn Temouchent, la fontaine aux chacals (rom. Timici), 43.
- Aïn Timetlaket, 424.
- Aïn Timimoun, 203.
- Aïn Touta, la source au mûrier, 498.
- Aïn Zaddert, 86.
- Aïr (Touareg de T), 237.
- Aïssa (ordre de Sidi Mohammed ben), d’où Aïssaoua, les serviteurs de Sidi Aïssa, 324.
- Aïssa (djebel), 68, 88, 313.
- Aïssi (oued), 7,431.
- Ait (berb.), postérité, descendance, famille, synonyme de Béni et de Oulad.
- Akbou mausolée, 132, 469.
- Ce village doit son nom à des monuments funéraires romains. Il est devenu un centre important de colonisation et doit s’appeler Metz.
- Akebli, 241.
- Akfadou (col d’), 432.
- Alchal (fém. kahela), noir,
- Akhdar (fém. khadra), yert (voy, lakhdar).
- Aksa, lointain (Magreb el-Aksa, extrême Occident, nom donné au Maroc).
- Aksoun (djebel), 444.
- Ali ben Kher, 188.
- Albeg (djebel), 22.
- Albulœ (voir Ben Youb), 53,
- Alfa, 64, 84.
- Alger (el-djezaïr, les îles), 44, 415.
- — (département d’), 8, 246.
- Alger (prise d’), 446, 337, Alhucemas (îles), 36.
- Alien Nas (Kef), 202.
- Allouana, 208.
- Alma (berb.), prairie, 149, 365. Amadgohr (sebkha), 238. Amamra, 206.
- Amamra (djebel), 493, 203.
- Aman (berb.),
- Amar (el), 74.
- Amassin, Temassin, Temassinin, endroit où il y a de l’eau. Amghad, 232.
- Amguid, 234.
- Amin, chef, président de la dje-mâa.
- Atnmi Moussa, mon oncle Moussa, 58, 423.
- Amour (tribu), 74, 8I, 400, 327. Amour (Djebel-). Voir Djebel-Amour.
- Amoura, la fortunée, 138,440. Amrag (djebel), 69.
- Amri (el), 144 , 4 92, 211> 366, Amris (djebel), 189.
- Amrouna (djebel), 120,
- Anaya (arabe), protection,
- Angad (tribu), 74, 327,
- Anini (djebel), 467, 473.
- Aniter (djebel), le petit Antar), 69.
- Ank ed-Djemel, col du chameau, 480.
- Antar (djebel), 46, 69.
- Antar est, dans les légendes arabes, l’hercule des anciens.
- Aokas (cap), 474.
- Aouara (djebel), 177.
- Aouguilmin, 75.
- Aouinet bou Beker, la source I de Sidi bou Beker, 74, 97,
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- Aouélimmiden (Touareg), 233,
- Aouogerout, 243.
- Aouir (berb.), montagne ; Taou-rirt, petite montagne.
- Arab (Bled el-) (Aurês), .44, 492,
- 202.
- Arab (tribu), 206.
- Arabes, 269.
- Arar (Bled el-), 189.
- Arba, quatre, ou le quatrième jour, c’est-à-dire mercredi (le mot Souk, marché, est sous-entendu).
- Arba (plur. arbaouat), piton, 90.
- Arba (1’), 4 48, 428.
- Arbâouat, 90.
- Arch (tribu) ; par extens. : terre possédée collectivement par une tribu; opposé à melk, 253.
- Archa (djebel), 98.
- Ardja, petites dunes.
- Ardjem (oued), 123.
- Areg (sing. arga), dune de sable, 5, 20, 90.
- Arhez (djebel), 168.
- Arib (plaine des), 428, 168.
- Arich (el) (plur. araich), les tonnelles, 201.
- Aricha (el-), 49, 68, 102, 307.
- Arzeu (rom. porlus magnut), 43, 45.
- Arzeu (golfe d’), 3, 45.
- Asfar (fém. safra), jaune.
- Askoura (daya), bas-fonds où se réunissent les troupes, 70.
- Asla, 73, 90, 403.
- Asloudje (chott el), lac aux artichauts, 222.
- Assafia (el), 443.
- Atatiha, 460.
- Ateuf (el) (plur. ataf), côte, versant, 448, 157.
- Atmenia (oued), 483.
- Atrous (oued bou), 204.
- Atoch (Bled el), pays de la soif.
- Attafs (les), 122.
- Attatich (el) (le palanquin), 82.
- Aumale (rom. Auzia), 429, 251, 309.
- 'Aurês (Aouras), montagnes des cèdres (?) (rom. Aurasius), 2, 9, 42, 492, 255, 273, 310, 366.
- Azdjer ou Azgar (Touareg), 229.
- Azel, terre domaniale donnée en fief (plur. de azla).
- Azemmour, (berb.), olivier.
- Azgar, 232.
- Azir (kheneg) (pour el Yazir, la gorge du Tamarin), 70, 97.
- Azreg, bleu (yoy. lazreg).
- Azrou (berb.), rocher.
- O
- Bab (plur. biban), porte.
- Babor (chaîne des), 8,467, 273.
- Babor (grand), 8, 467.
- Badès (ab badias), 203, 240, 314.
- Badjouda, 244.
- Bagha'ï (ksar), 204.
- Bakkaï, 244.
- Bahar, mer; quelquefois lac ou marais; bahrein, les deux lacs. Dimin. baliira et bahariat, 68.
- Bahariat (el-), 77.
- Bahira et Touila, la grande lagune, 483.
- Bamendil, 219.
- Banian, 204.
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- Baraka, bénédiction de Dieu, 331. Barda (oued el-), 176.
- Barhoun (oued), 190.
- Barika, 141,186.
- Barika (oued), 11, 188.
- Barrage (le), 122.
- Baten (berb.) (faîte ou flanc de montagne).
- Baten Deroua (djebel), 137.
- Batna, bivouac; altération supposée de bat héna, passe la nuit ici, 12, 23, 181,247, 310. Batna (monts de), 9, 181.
- Bedeau ( Voir Ras el-ma), 53.
- Nom d’un général.
- Bechilga (rom. Zabi), 141,190. Beguira (djebel), mont de la vache, 43, 313.
- Beida (el), la blanche (on sous-entend aïn, la source), 98. Beida (chott el), le chott blanc, 180.
- Bel (voyez ben).
- Belad ou Bled, pays.
- Bel Aroug (oued) 140.
- Belbela (oued), 124.
- Bled el-Ateuch, pays de la soif. Beled, ville; dimin. Bolaida, Blida.
- Bellezma (djebel), 190.
- Ben pour Ibn (plur. béni, fils). Ben el; par contraction Bel.
- Ben Chikao, 109.
- Ben Ghadaïa (source), 173. Bengut (cap), 6, 117.
- Ben Hammad, 58.
- Béni Abbés (Maroc), 74.
- Béni Abbés (Kabylie), 171, 359. Béni Abdallah, 173.
- Béni Aïcha ou Ménerville, 118, 131.
- Béni Amer, 342.
- Béni Amram, 131.
- Benian, construction, 56.
- Béni bou Sliman, 205.
- Béni Chougran (monts des), 3, 16, 53.
- Béni Fernah, 199.
- Béni Goumi, 74.
- Béni Guil, 73.
- Béni Imboul, 205.
- Béni Isguen, 148,156.
- Béni Mansour (bordj), les fils du victorieux, 129,168, 365.
- Béni Matar, 66.
- Béni Menacer, 127, 366.
- Béni Menguillet, 141, 386.
- Béni Mered, 118.
- Beni-Mouça (monts des), 6,117. Béni Oudjana, 203.
- Béni Ouragh, 123.
- Béni Raten, 135, 36I.
- Béni Saf, 45, 52.
- Beni-Sala (monts des), 6,16,109, 117.
- Beni-Sliman, 128.
- Beni-Smiel, 49, 52.
- Béni Smir (djebel), 4, 79.
- Béni Snassen, 74, 362.
- Béni Yadel, 172.
- Béni Yeni, 133, 361.
- Béni Zougzoug, 123.
- Benoud, 90, 103.
- Ben Thious, 211.
- Ben Youb (rom. Albulae), actuellement Chanzy, 53.
- Bent (fém. de ben) (bordj), 171. Beraber, 74.
- Berbères, 33, 191, 214, 271.
- Berd (el), 313.
- Berd (oued), froid, 174.
- Berrian, 147, 157.
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- Berrouaghia, l’asphodèle (une des quatorze fermes du bey-licat de Titeri) (rom. Tirinadi), 407, 428.
- Bessiriani (rom. ad majores),^.
- Biban (plur. de bab, porte), 169, 470.
- Biban (chaîne des), 8, 466.
- Biban (oued des), 474.
- Bigou, 241.
- Biodh (el) le ksar blanc, voir Géryville, 69.
- Bir (pluriel bar et abar), puits dans le roc (compar. hassi).
- Bir Rabalou, 428.
- Rabalou, de la racine berbère arbal, puits. Bir Babalou serait ainsi une tautologie du mot puits.
- Biskra (rom. ad piscinam), 32, 69, 444, 161, 499, 340.
- Biskra (oued), 41.
- Bitam (oued), 44, 488.
- Blida, la petite ville (compar. be-led), 409, 448.
- Boghar (caslellum mauritanum), caverne, 67, 409, 423, 307.
- Boghari, 440.
- Bokhari, docteuf musulman , commentateur du Coran, dont le livre : Recueil de vérités, est révéré, au Maroc, à l’égal du Coran.
- Bône (rom. Ëippo regius, d’où Hippone), 12, 14, 4 61 ',4 64, 247.
- Bordj, fort, maison fortifiée, transcription du latin butgüs ; tantôt maison de commandement, tantôt exploitation agricole (compar. bastide).
- Bordj (el-), 68, 244.
- Bordj bou Areridj, fort du guerrier au chapeau à plumes, 466, 474, 478, 365.
- Bosquet (village). Voir Oullis.
- Nom du général.
- Bou pourabou; litt. père ; en composition, producteur de... (comp. oum).
- Bou Alem, l’endroit du drapeau, 99.
- Bou Atrous (oued) 204.
- Bou Cedraïa, le champ du jujubier sauvage, 114.
- Bou Chaghoun, 244.
- Bouda (oasis), 240.
- Bou Derga, 97.
- Boudouaou (oued), 8, 417.
- Boufarik, pays du blé hâtif* 148, 259.
- Bou Ferdjoun (djebel), 437.
- Bou Ghezoul, pays des gazelles, 444 .
- Bou Garoun ou Bougiarone(cap), (mont aux Cornes), appelé aussi Seba Rous (les sept tô^ tes), 8, 463, 175.
- Bougie (rom. Saldm, berb. Bed-jaïa), 12, 147, 462, 247, 309.
- Bou Ghezal (djebel), 144, 498.
- Bou Guern, pays de la roche en forme de corne, 74.
- Bou Guetoub, 70, 72.
- Bouira, petit puits (dimin. de bir), (bordj), 430, 468.
- Bou Jala.
- Bou-Kail (djebel), le hiont noirâtre (comp. Noirmont), 7, 136, 140.
- Bou Kaïs, 76.
- Boukalfa, 261.
- Boukanifîs, 53.
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- Boukhari, 4 4 4 .
- Bou Mad (djebel), 425.
- Bou Medfa, 148.
- Bou Merzoug (oued), le fertilisant (rom. ampsagas), 475, 482.
- Bou Noukta (djebel), 90.
- Bou Noura, le lieu fleuri (voir Noura), 90, 448, 457.
- Bou Remod (oued) la rivière aux cendres, 72.
- Bou Roumi, le pays des Romains, 448.
- Bous (djebel el-), 200.
- Bou Saâda, l’endroit prospère, 59, 408,444, 487, 309.
- Bou Semghoun, 73, 90.
- Bou Selam (oued), 40, 467, 469, 472.
- Bou Thaleb (djebel), 9, 480.
- Bou Thaleb (combat du), 366. Bouzarea (oued), le père des céréales, 490.
- Bou Zegsa (djebel), 449.
- Bouzian (ordre de Sidi Mohammed ben), 357.
- Bou Zid (djebel), 98, 488.
- Bou Zina (oued), 2C0.
- Bou Ziri (djebel), 55.
- Branis, pl. de Burnous, 200. Brarcha, 208.
- Brézina, 5, 90,406, 309.
- Bugeaud (village), 464.
- Nom du maréchal.
- C
- Caïd (Bordj du), 473. Camp-du-Maréchal, 264. Caravanes (col des), 443.
- Carbon (cap), 8, 445, 462.
- Carlenna (ancienne ville ro -maine) (voir Tenès).
- Carthage, 34.
- Cassaigne, 60.
- Nom d’un officier tué en Crimée.
- Cavallo (djebel), 486.
- Cavallo (cap et village), 8, 469.
- Ced, barrage.
- Ceddeur (plur. de cedraïa, jujubier sauvage).
- Ced ed-Djir, le barrage en chaux, 487.
- Chabet, ravin.
- Chabet el-Akra, le ravin de la mort, 40, 467.
- Chafaï (une des quatre sectes orthodoxes) (voir Sunnites), 453.
- Chafarinas (îles), 36.
- Chair (oued), la vallée de l’orge, 44, 437, 488.
- Chambaâ (tribu), 438, 459, 237.
- Chanzy (rom. albulæ) (voir Ben Youb), 53.
- Nom du général.
- Chaouïa (plur. de Chaouï), éleveur de moutons, nom des Berbères de l’Aurès, 495.
- Chapeaux de gendarme, 486.
- Chareb, lèvre.
- Chareb er-Riha, lèvre ou crête.du vent (comp. Heurtebise), 55.
- Charef (Ksar), 438.
- Charrier, 56.
- Châteaudun, 4 79.
- Chebka (litt. filet de pêcheur), réseau de vallées, de dunes, de lagunes, 445.
- Chedida (djebel), 9.
- Chefaà, droit de préemption, 287,
- Chefeur, paupière ( crête en saillie).
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- — 406 —
- Chegg, au delà.
- Chegga (bordj), crevasse, faille, 210, 217, 313.
- Cheikh (litt. vénérable), chef. Chelia (djebel), 9, 19, 192.
- Chélif, 5, 41, 99, 422.
- — (plaine du), 423, 254.
- — (sources du), 421.
- Chellal (oued), 40, 490.
- Chellala (massif de) (Alger),
- 424.
- — (ksour), 73, 402, 309. Chellata (col de), 132. Chennaoura (oued), 200. Chenoua (djebel), 417, 427. Cherchar (djebel), cascade, cataracte, 492, 202, 208.
- Cherchell (rom. Cœsarea), 4 4,4 26, 309.
- Cherf (oued), bord, 10, 476. Cherfat el-Amel, 325.
- Cherg, orient.
- Chergui (plur. cheraga) oriental.
- Chergui (chott ech-), 42, 70. Cheria (dimin. de chara), petit sentier.
- Cheria (oued et village), 209. Cherif (plur. chorfa), noble, illustre, 270.
- Titre donné aux descendants de Mahomet par sa fille Fatma.
- Cherrafa (oued), 70.
- Chertiouna (oued) (corrupt. de Serlei, ville romaine épiscopale), 172.
- Chetma, 214.
- Chiffa, 448.
- Chiffa (oued), rivière sujette aux crues, 8,108.
- Chiites, sectaires.
- Nom injurieux donné à la secte qui ne reconnaît comme imans que les descendants d’Àli, mari de Fatma, fille de Mahomet, le 4° calife (opposé à Sunnites).
- Chorfa (plur. de chérif), 270.
- Chott, rivage escarpé, et, par extension, bassin, étang.
- Chott ech-Chergui, chott de l’est, 4, 43.
- Chott el-Gharbi, chott de l’ouest., 4, 43.
- Chouli (oued), 48.
- Cirla (voir Constantine).
- Collo (rom. chullu), 164, 475.
- Colmar, 173.
- Constantine, 42, 4 4, 247, 310.
- — (département), 247.
- — (monts de), 89,166.
- — (province de), 42.
- — (prise de), 480, 346.
- Corbelin (cap), 447.
- Coudia, colline, mamelon.
- Coulougli, 280, 344.
- Crève-Cœur (monts), 55.
- Croissy-aux-Bois, 183.
- IJ»
- Dachera, village.
- Dahla (pl. Delhona), côte.
- Dahra, nord; opposé à guebla,
- syd.
- ûahra (le), 6, 43, 107, 309, 354.
- Dahra (monts du), 6, 43, 273.
- Dahraoui, septentrional.
- Daïra (plur. Doua'ïr), milice auxiliaire.
- Dakia, gorge.
- Dakla (djebel), 409.
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- Dalda (daya), 7, 135.
- Damous (oued), souterrain, 61.
- Damous (djebel), 74.
- Damrémont (village), 176.
- Nom du général tué à la prise de ? Constantine.
- Daoura (djebel), 58.
- Daoura (sebkha), la sebkha de forme arrondie, 79.
- Dar, maison, manoir ; par extens. emplacement.
- Dar es-Sanaa, d’où darse, fabrique, arsenal.
- Daya, cuvette, bas-fond où s’amassent les eaux des pluies (par extens. mare, étang), 56, 307.
- Daya (monts de), 3, 43, 53.
- Daya (vigie de), 3.
- Dayas (les), 144.
- Debiaïat (sebkha), 75.
- Debdou (comp. debdeb, debdaba (onomatopée), terrain dur, qui résonne sous les pieds), 73.
- Debila, 210, 310.
- Dechera (plur. medacher et do-chour), hameau, village.
- De'ira, réunion des tentes appartenant à la famille.
- Dellys (rom. Rusucurus), 6, 132, 246, 309.
- Demmed, 138.
- Derhamcha, 242.
- Derkaoua (ordre des), 357.
- Deren, montagnes (comp. dira, idraren).
- Dermel (oued), 5, 79, 137.
- Deurdeur (oued), pour dordour, le gouffre, 123.
- Dib (puits d’ed-), chacal, 58.
- Dir, flanc d’une montagne.
- Dira ( djebel ) compar. adrar, idraren), 6, 128, 189.
- Djàma (vulg. la grande mosquée).
- Djara (djebel), 89.
- Djarr, djarra, le sillon (par extens. le champ).
- Djebel, montagne.
- Djebel-Amour, 2, 11,22, 42, 79.
- Djedi (oued), rivière du chevreau (?) ou pour Idjidi, rivière du sable (?) 11,15, 142.
- Djelal (djebel), 137.
- Djeliba (teniet), 80.
- Djelfa, l’entaille (compar. djilf, terre où les récoltes sont précaires), 112, 138, 309.
- Djellal (oued), 187.
- ‘Djem (el-), 31.
- Djemaâ, vendredi, jour de l’assemblée dans la mosquée (par extens. l’assemblée des notables).
- Djemâ (oued) 174.
- Djemad (oued), 118.
- Djema Ghazaouat, le port des pirates (voir Nemours), 354.
- Djemel (guerah ank), le marais du col du chameau.
- Djemora, 200.
- Djendel (tribu), lieux pierreux, 123.
- Djendeli (sebkha), 180.
- Djendjen (oued), la rivière bruissante (de djeldjel, bruire).
- Djenien bou Rezg, redoute, 80, 102, 308.
- Djer (oued) (djer-traîner, charrier), 8,118.
- Djerboub, 332.
- Djerf (plur. djereifat) (djebel), escarpement (comp. tarf), 137.
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- Djerid, 210, 310.
- Djerid (chott el), 224.
- Djeurb, galeux.
- Djeurf, escarpements (voy.djerf), 209.
- Djezira (plur. djezaïr), île.
- Al Djezaïr, les îlots; d’où le nom d’Alger.
- Djich, bande en expédition pour une razzia (voir harka, ghaz-zou), 234.
- Djidjouia (oued), 58,123.
- Djidjelli (rom. Igilgilis), racine 161, 163,168, 310.
- Djirk, formule de prière.
- Djinet (cap), 117.
- Djinjen (oued), 174.
- Djouad, noble, 232, 274.
- Nom que se donneot les indigènes qui prétendent descendre des Arabes de la conquête.
- Djurdjura (écrit parfois Jurjura), 6,130, 166, 273.
- (rom. mons ferratus), du mot arabe djarjara, qui est une onomatopée du bruit des torrents (Cher-bonneau).
- Douaïr (tribu) plur. de daïra les milices auxiliaires sous la domination turque, 53, 343.
- Douar, groupe de tentes.
- Douchmi (kheneg), 192.
- Douera (corrupt. de doueira; di-min. de dar, petite maison), 118.
- Doukan (djebel), 184, 208.
- Doukan (oued bou), 11,208.
- Doun, en deçà.
- Doussen, 212.
- Douy Menia (tribu), 74.
- Draâ (oued), 16, 75.
- Dra (plur. adra, litt. bras), co-
- teau, hauteur allongée, chaînon de montagnes.
- Dra el-Arba (djebel), le coteau du piton ou le coteau du marché du mercredi, 167, 173.
- Dra Mellouza, 189.
- Dra el-Merga, coteau de la vigie (compar. merguer, vigie), 152.
- Dra el-Mizan, le bras de la balance, 131,365.
- Drinn, sorte de graminée, qui pousse en touffes épaisses dans les dunes. Les épis donnent un grain comestible.
- Droit, 211.
- Duperré (village), voir el-Khadra (rom. oppidum novum), 120, 122, 259.
- Nom de l’amiral qui commandait la flotte au débarquement de Sidi Ferrucli.
- Duquesne (village), 163.
- DuYivier (village), 177.
- Nom d’un général.
- Duzerville, 177.
- E
- Edough (djebel), 164.
- Egris (plaine d’), 55.
- El, article le, la.
- I se change en ch, en d, n, en r, en t, en s, lorsque le mot suivant commence par ces lettres. On dit Abd er-Rhaman, et non Abd el-Rhaman.
- Embarek (oued), 174.
- Emchekel (oued), 182.
- Enchir (voir henchir ; plur. he-nacher), ruine antique, ferme, métairie.
- Endja (oued), 10,175.
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- Enfous (gada d’), plateau d’En-fous, 98.
- Erg, dérivation de arga, areg, pays des dunes.
- Esnam ou Asnam (plur. de se-riem), les idoles.
- C’est-à-dire les pierres taillées que les indigènes prenaient pour des idoles ; nom arabe de l’emplacement sur lequel est bâti Orléansville.
- Esnam (Galaa el-), la forteresse des idoles, 186.
- Essor (djebel), 200.
- Espagnols, 36, 56, 162, 264.
- F1
- Falcon (cap), 3, 45.
- Fahs, campagne, champ.
- Farfar, 211.
- Fedala (oued), 198.
- Fedj, fedjdj (plur. fedjoudj, communication étranglée entre deux vallées, défilé, écluse).
- Fedj el-Beinen, 168.
- Fedjoudj (col) (voir fedj), 177.
- Feggara, foggara (dimin. fegui-* ra), la galerie souterraine pour réunir les eaux.
- Fellaye (défilé de), 169.
- Feidh (el), 217.
- Ravin peu encaissé, qui se change en cours d’eau pendant les pluies, plaine inondée.
- Feïdja, vallée, 211, 2I7.
- Fendi (oued), 83.
- Fer (cap de), 8, 164.
- Ferd (daya), daya du bœuf, 49.
- Ferd (au Maroc, contingent, goum).
- Ferdjoun (bordj), 140.
- Feretis, 71.
- Ferkan, 184, 210.
- Fernan (djebel), 137.
- Ferrât (cap), 3, 45.
- Fezzara (lac), 165.
- Figalo (cap), 45.
- Figuig, 43, 68, 83, 237.
- Filhaucen (djebel), 3, 52.
- Flissa (tribu) (rom. isaflenses), 123,359.
- Flitta (tribu), 318, 363.
- Fodda (oued-), rivière d’argent, 7, 133.
- Fog, en amont.
- Fondouk, du grec v:«v§o-/.£tov, hôtellerie, marché couvert, 119.
- Fortass (djebel), le mont chauve, 124,183.
- Fort-Génois, 164.
- Fort-National, 132, 309, 365.
- Foua (djebel), 208.
- Foughala, 211.
- Foukani, supérieur; opposé à tahtani, inférieur.
- Foum (plur. fouam), bouche, embouchure*
- Foum es-Sahara, 198.
- Foum Hallel, 209.
- Founassa (leniet), 79, 83.
- Franchetti, 45.
- Nom d’un commandant de francs-tireurs tué en France, en 1871.
- Frenda, 57,124, 307.
- Frênes (les), 128.
- Frigia (compar. Ifrikia, Africa),
- 20.
- G
- Gabès (golfe de), 15.
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- Gada ou Gaâda, plateau élevé, à bords escarpés, 98, 443.
- Gàda, soumission.
- Lors de la conquête, les tribus offraient un cheval de Gâda en témoignage de soumission.
- Gaâda (djebel) près Frenda, 57.
- Gaâda (djebel) (Biban), 467.
- Gaâda d’Enfous (Djebel-Amour),
- Galaa, Guelaa, Kalaa, forteresse (compar. Goléa, Koléa, Goléa).
- Gantara (plur. gnater) (voyez Kantara), 4 47.
- Gara (plur. gour).
- Mamelon rocailleux ordinairement conique, sorle de témoin resté debout lors des grandes érosions.
- Garde (cap de), 8, 464.
- Gar Rouban, 52.
- Garta, 244 .
- Gastonville, 476.
- Gassi (ou Hassi), sol dur, sans sable ni gravier.
- Gaur, quelquefois gour, gouira, vallée déprimée.
- Génois (Fort-), 464.
- Gerara, 240.
- Géryville (près du ksar d’el-Biod), 67, 69, 402, 308.
- Nom du colonel qui a conduit la première expédition dans le Sud-Oranais en 1845.
- Ghaba, la forêt, 76.
- Ghamera (djebel), 53.
- Gharama (Bir el-), 234.
- Gharb (plur. gharaba), ouest compar. Maghreb).
- Gharbi (chott el-), 39, 72.
- Gharbi (oued), 5, 82, 90.
- Ghardaïa, 447, 456, 309.
- Gharsa (chott), bourbier, 222.
- Ghassoul, terre à foulon, 90, 92.
- Ghazzia ou razzia, attaque à main armée.
- Ghazzou, bande équipée pour une ghazzia ou razzia (voir djich, harka).
- Ghedir (litt. traître) ; d’où pa* extens. trou rempli d'eau, parfois desséché.
- Ghezal (djebel bou), 498.
- Ghiar-el (djebel), 90.
- Ghicha (oued el-), 98, 443.
- Ghicba (el), village, 30.
- Ghourd (plur. aghrad), haute dune isolée, conique.
- Gleita (petit lac).
- Goléa (compar. Galaa), 22, 458, 229.
- Gontas (le), 6, 409.
- Goudjila (monts de), 424.
- Gouira, dimin. de Gara.
- Goum, contingent en armes.
- Gourara, 42, 452, 229.
- Gouraya (djebel), 447, 462.
- Gourin (djebel) (Ouarsenis), 424. — (djebel) (Hodna), 489.
- Gourou (djebel), 97.
- Grouz (djebel), 73, 79.
- Guebla, sud, ou mieux direction de La Mecque ; opposé à dahra.
- Guebli (oued), 463,474.
- Guechtane (oued), 203, 207.
- Guelaa (voir Galaa, Kalaa), 472, 494.
- Guelalia, 440.
- Guelat (oued), 484.
- Guelb (djebel el-), 444.
- Gueldaman (djebel), 467.
- Guellif (guerah el-), 480.
- Guelma (rom. calama), 42, 476, 247.
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- — 411
- Guelta, creux rempli d'eau. Guelt-es-Stel, l’étang en forme de tasse, 111.
- Guemara (oued), d 69.
- Guemmar, pâturage de printemps.
- Guerah, lac ou chott inondé. Guerah (el-), 182.
- Guerara, bas-fond où se perd une rivière.
- Guerara, 149,157.
- Guerdjouma (djebel), 90. Guergour (djebel), bruit d’un torrent, 167, 172.
- Guern, pointe, morne, corne. Guettar, puits alimenté par des suintements.
- Guettar (djebel), 68.
- Guifser, 173.
- Guir (oued), 5, 74, 77.
- II
- Ilaad, dimanche (voir Teniet el Haad).
- Haad (oued el-), 127.
- Haouch (el-), 211.
- Haba, ravin.
- Habbou, terres affeclées à une fondation pieuse, 285.
- Ilabel, 201.
- Habibas (îles), 65.
- Habra (oued), 3, 54.
- Hachem (tribu), 56, 342.
- Hachem (oued el-), 127.
- Hadar, Maure habitant des villes. Hadeba, crête bossuée.
- Hadid, fer.
- Hadj (plur. hadjadj), pèlerin de La Mecque.
- Hadjadj (kheneg el), 80.
- Hadjaja (el-), 219.
- Hadjar, pierre.
- Hadjar er-Roum (rom. castra severiana) , les pierres romaines (voy. Lamoricière, Ru-brœ), 48, 129.
- Hadjerat el-Meguil, la pierre du repos, 101.
- Hadjerat es-Sem, 82.
- Hadjia (oued), 136.
- I-Iadjira (el), l’enclos, 219.
- Hafir (berb.), fossé.
- Hallala (oued), 127.
- Hallaïl (oued), 11, 184, 208.
- Halleba (oued), 130.
- Haleki, une des quatre sectes orthodoxes (voir Sunnites), 153.
- Ilaïdra (rom. Ammedera),o\i Hi-dra, coteau escarpé.
- Hallouf (oued), rivière du sanglier, 53.
- Ilamada, plateau rocailleux, aride et désert, 20, 81.
- Ilamara (djebel), 141.
- Hamedi, 119.
- Hamian (tribu), 49, 71, 238, 327.
- Hamiz (oued el-) (voir khamiz), 117.
- I-Iamma, la source chaude.
- Hammam, le bain.
- Hammam (bordj^el-), 129, 188.
- Hammam (oued el-), 167, 169, 180.
- Hammam (el-) (Aurès), 201,207.
- Hammam Berda, bain du tertre en forme de bât, en dos d’âne,
- 176.
- Hammam Ksenna, 169.
- Hammam Meskoutine (rom. aquee tibilitanœ), bain des maudits,
- 177.
- 24
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-
- - 412 —
- Hammar, mamelon en dos d’âne.
- Hamra (fém. de ahmar), rouge (compar. Alhambra), 138.
- Hamza (plaine de), 468.
- Hanafi, une des quatre sectes orthodoxes (voir Sunnites), 153. Hanencha (tribu), 485.
- Hania (el-), 138, 4 41.
- Haoua, précipice.
- Haouara (djebel), 409.
- Haoud, mare naturelle.
- Haoude, ferme.
- Haouita (dimin. de hait), petit enclos, 444, 443.
- Haracta (tribu), 482.
- Harar (tribu), 58, 424, 238, 302. Haraza (djebel), 167.
- Harbouz (djebel), 57, 424.
- Harka, bande nombreuse de cavaliers équipés pour une razzia (voir djich, ghazzou).
- Haouara (el-), 409.
- Harrach (oued el-) ; pour ahrach, boisé, 117, 148.
- Harrouch (el), le canton boisé, 176.
- Hassi (plur. hasian), puits, ordinairement non maçonné, dans le sable, régions sahariennes.
- Haussonviller, 264.
- Heicha (el), lieu couvert de brousailles serrées, 447, 220. Iléliopolis, 107.
- Henchir (voir enchir).
- Herbillon, 164.
- Nom d’im général.
- Hillil (oued), pour ilil (berb.), laurier-rose, 57, 58.
- Hiran (el), 443.
- Hodna, plaine entourée de montagnes (litt. la brassée), ce qui est contenu dans le bras, 49, 42, 462, 310.
- Hodna (chottel-), 9, 10, 480,486. Hodna (monts du), 9.
- Hoggar (voir Ahaggar).
- Hokor, redevance de location des terres domaniales.
- Humbeli, une des quatre sectes orthodoxes (voir Sunnites), 153.
- 1
- Ibel, troupeau de chameaux.
- Ich (oued), la pointe, 73, 87. Ichemoul (djebel), 493.
- Icheriden (combat d’), 361.
- Idelès (berb.), la plante. Igliarghar (berb.) (les rivières) (oued), 12, 42, 215, 239.
- Iguer (berb.), champ.
- Iguil (berb.), crête.
- Imal, dune allongée.
- Impôts :
- Achour, dîme, impôt sur les récoltes;
- Zekkat, impôt sur les troupeaux, Lezma, impôt de capitation; Hokor, impôt foncier, particulier à la province de Gonstantine.
- In, mot berbère ; en topographie, celui de, remplacement de. Inifel (hassi), 234.
- Inkermann (village), 58, 126.
- Nom d’une bataille en Grimée. Insaluh, le pays de Salah, 22, 452, 232, 244.
- Inziman Tighsin, 234.
- Insokki (hassi), 261.
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-
- 413 —
- . Irazan (zaouïa du sud-marocain), 75.
- Isly, fiancé, nouveau marié.
- Isly (oued), 5, 47.
- Isly (bataille de 1’), 353. Israélites, 280. lsser (oued) (Oran), 3, 5, 47. Isser (oued) (Kabylie), 8, 417, 430.
- Italiens, 36, 463, 264.
- Ivi (cap), 3, 46, 426.
- J
- Jemmapes, 476. Joinville, 448.
- Jurdjura (voir Djurjura).
- K
- Kabyles (racine Kabila, tribu), 268.
- Kabylie, 2, 407, 430, 255, 365. Kabylie (grande), 9, 42, 4 34. Kabylie (soumission de la), 297,
- 339.
- Kabylie (petite), 8, 42, 462, 466,
- 340.
- Kadous (oued), conduit en poterie, 427.
- Kahar (djebel), la montagne du lion, 45.
- Kahela(fém. de akhal), noir. Kahil, noirâtre (djebel Bou-Kahil).
- Kahila (djebel), 444.
- Kahla (daya), la mare noire. Kairouan, 244.
- Kalaa (voir Galaa).
- Kalifa, lieutenant suppléant.
- Kanoun, loi (comp. canons).
- Kantara (plur. knater), pont.
- Kantara (el-) (rom. calceus Her-culis), 44, 444, 492, 497.
- Kantour (el-) (rom. centuria), 8, 474.
- Kardacha (djebel), 89.
- Karrata, 473.
- Kasba, citadelle.
- Kebir (fém. kebira), grand.
- Kebir (oued el-) (Constantine), 40, 466, 475 ; (Oued el-Ke-bir, par altér. Guadalquivir), 495.
- Kef ou Kaf (plur. kifan), pic, pointe de rocher, rocher.
- Kef Guebli, les rochers du sud, 30, 97, 443.
- Kef oum et-Teboul, 465.
- Kel Ouï (Touareg), 233.
- Kenadsa (plur. de kendousi) ; converti (voir Bouzian), 74, 326.
- Kerakda, 90.
- Keridicha (djebel), 89.
- Kerkour, amas de pierre formant signaux de direction ou monuments funéraires antérieurs aux Arabes.
- Kerma, figuier.
- Khadra (fém. de akhdar), verte.
- Khadra (el-), la verte, ancienne ville arabe près de Duperré (oppidum novum), 420.
- Khadra (oued), 447.
- Khaïla (en), 403.
- Khal (voyez akhal).
- Khalfalla, don de Dieu, 74.
- Khamis, le 5° jour de la semaine, c’est-à-dire le jeudi.
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-
- Ivhamis (Teniet el), 471.
- Khamsa, cinq (compar. Khamsin, le vent qui souffle cinquante jours).
- Khammès, serviteurs ou colons qui reçoivent le cinquième de la récolte.
- Khang, khanga, khenga, kheneg, gorge, défilé.
- Khanga Sidi Nadji, 192, 214.
- Kheider (le), le champ vert (di-min. de akhdar), 44, 70, 313.
- Khenchela, 482, 192, 203, 340.
- Kheran, 206.
- Kheroua (oued el-), 82.
- Khoddam, serviteur (des zaouïas), 317.
- Khodja, secrétaire.
- Khorba, la ruine.
- Khorbet el-Gara (ruines romaines), 440.
- Khorza (défilé de), le perçoir, 169.
- Khou (plur. khouan), frcre, 207, 347.
- Nom donné particulièrement aux membres des confréries religieuses.
- Koléa (voir Galaa, Goléa), 446.
- Kouabet (djebel), 3, 47.
- Koubba, dôme, mausolée termi--né par une coupole.
- Tombeau ou monument élevé en l’honneur d’un marabout; c’est pourquoi en Algérie on les appelle vulgairement marabout.
- Koub er-Roumia (tombeau de la chrétienne), 416.
- Koudia, colline, mamelon (voir Coudia).
- Kramis (cap) (voir khamis), 43.
- Krachem (el), 411.
- Kroub (pour khoroub), les masures.
- Kroubs, 477, 483.
- Kroumirie (monts de la), 9.
- Ksar (Kasr) (plur. Ksour), palais, château ; plus ordinairement village fortifié ou entouré de murs (compar. Kocéir, Alca-zar).
- Ksel (montagnes du), 43, 74, 97.
- Ksob (oued), les roseaux, 40,480, 488.
- Ksour (montagnes des), 4, 22, 79.
- Ksour (el), 498.
- Ksour (oasis des), 42, 357.
- Kteuf (djebel), (petite Kabylie), 474 .
- Kteuf (djebel) (Aurôs), 488, 200.
- I.
- La Calle, 464, 465.
- Laghouat (el-aghaouat), pays des Agha, 22, 143, 304, 358.
- Laghouat (prise de), 358.
- Laghouat du Ksel (tribu des), 240, 327.
- Lahssen (Ait), 434.
- Lakhdar (kef), pour el-Akhdar, la roche verte, 428, 489.
- C’est le djebel Titeri d’Ibn-Khaldoun.
- Lakhdar (bordj), 486.
- Lalla ou Lella (berb.), darne, dame vénérée, sainte.
- Lalla Maghnia, 48, 308, 353.
- Lambèse, rom. Lambesa, 484.
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- - 415 —
- Lamoricière (village) ( Voir Had-jar Roum), 48.
- Nom du général.
- Larbaâ (Ait), -134.
- Larbaâ (tribu), de arba, quatre, parce qu’elle comprenait quatre grandes fractions, 41, 138,145, 159, 302.
- Lari (djebel), 127.
- Lavarande, 122.
- Nom d’un général tué à l’ennemi.
- Lazereg (djebel), pour el Azrag, bleu, 98, 102.
- Lazereg (djebel) (Aurès), 103.
- Lella Khedidja ila), 7, 130.
- Lella Setti (djebel), 49, 52.
- Legouman (oued), pour el-Gou-man, la rivière aux goums, près de laquelle se réunissent les contingents, 188.
- Lezma, impôt de capitation collectif pour les nomades, personnel pour les sédentaires.
- (Cet impôt est divisé en quatre classes : de 20 fr., 15 fr., 10 fr. et 5 fr. en Kabylie. Il est de 6 fr. pour les Chambaâ, de 11 fr. pour les Larbaâ, etc.).
- Liana, 206, 211.
- Lichana, 211.
- Lions (montagne des) (djebel Kahar), 45.
- Lioua, 211.
- Louai (djebel ben), 124, 201.
- M
- Ma (plur. miah), eau.
- Maadhid (djebel), 9, 189.
- Macta, Mokta (litt. coupure), carrière ou gué. — Macta el-üust, le gué du milieu.
- Macta (oued), 5, 46, 53.
- Macta (combat de la), 343.
- Macta (el) (Djebel-Amour), 92.
- Maden, mine, carrière.
- Mader, environs de rivière avec de la végétation.
- Mader el-Ahmar (oued), 5, 82.
- Maderchi (oued).
- Madjour (djebel), 208.
- Mafrag (oued), séparation, ligne de démarcation.
- Magenta, 53.
- Maghreb, l’occident (compar. gharb).
- Désigne tout le nord de l’Afrique à l’ouest de l’Égypte.
- Maghreb el-Adna, l’occident le plus rapproché, c’est-à-dire Tripo-litaine et Tunisie.
- Maghreb el-Oust, occident du milieu, c’est-à-dire l’Algérie.
- Maghreb el-Aksa, occident le plus éloigné, c’est à-dire le Maroc (compar. Maugrébin, Maure).
- Maghrir (oued), 169.
- Magra (oued), 180.
- Magroun (puits), le carrefour des chemins, 68, 71, 102.
- Mahadjar (oued), pierreux, 167, 172.
- Mahleg el-Ouidan, 172.
- Mahmel (kef), le pavillon sacré, 192.
- Nom d’une croupe dont la forme rappelle celle de l’espèce d’arche sainte où l’on renferme le voile destiné à la Caâba (Gherbonneau).
- Mahroum, 71.
- Ma'ia (el) (altér. du mot miah, plur. de ma, les eaux), 101,309.
- Maison-Carrée, 118.
- Maïz (plur. de maza), les chèvres.
- 24.
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- — 416 -
- Maïz (djebel). 4, 79.
- Makhzen, litt. magasin, entrepôt; par extens. administration ; d’où mekhazni, le cavalier du makhzen.
- Tribu makbzen, tribu qui doit fournir les cavaliers.
- MalakolT, 122.
- Maltais, 274.
- Manreg (oued), 443.
- Mansour, victorieux ; mansoura, la victorieuse.
- Mansoura (près Tlemcen), 54.
- Mansoura (petite Kabylie), 474 .
- Marabout (corrupt. do merbout, plur. de merabtine, les liés, les dévoués, les serviteurs de Dieu; d’où la forme espagnole Almoravides).
- Vulgairement, on donne le nom de marabout à la Koubba élevée en l'honneur d’un marabout, ou lui servant de sépulture
- Marabouts, 270.
- Marengo, 448.
- Maroc (expédition du), 362.
- Mascara (de mascar, le camp; comp. Castres); en arabe, oum el-Asaker, la ville des soldats, 5, 55, 247, 343.
- Massin, source ; expression topographique ancienne (comp. Temassin, Temanissin) (Voir Amassin).
- Massin (oued), 55.
- Matifou (cap) (corrupt. du terme berbère Temenfous, la main droite, près des ruines de Rus-gunia), 6, 447.
- Matmore, caverne.
- Matraf (djebel), 444, 244 .
- Matrek (kef), 488.
- Maures (de Mahourin, occidentaux, d’où Mauri). (Voir ma-ghreb), 279.
- Mauritanie, 34.
- Mazafran, l’eau jaune, 8,448.
- Mazagran, 46, 349.
- Mazouna, 332.
- Mchounech, 204.
- Mcif, 487.
- Mdoukal, 444,486.
- Mechera (abreuvoir dans une rivière (gué),
- Mecheria (dimin. de Mechera), 44, 68, 402, 308.
- Mechouar, l’endroit où se tient le conseil ; à Tlemcen, la citadelle contenant le palais et la salle du conseil, 50, 344.
- Mechta, campement d’hiver.
- Mecif, campement d’été.
- Médéa, 8, 407, 246, 349.
- Medaouer, montagne ronde isolée.
- Médina, la ville fortifiée, 499, 200.
- Dans l’Aurès, un plateau entouré d’anciennes ruines romaines.
- Medjana (bordj), 474, 365.
- Medjbara, 438, 440.
- Medjebed, piste, sentier.
- Medjedel (oued), 436.
- Medjerda, pour Bedjerda (comp. le latin bagrada), 2, 39, 483.
- Medjerda (monts de la), 9.
- Medjès, passage, gué, 488.
- Medjez el-Ahmar, gué rouge, 4 76, 346.
- Medracen, 482.
- Megarin, 245.
- Meghriz (djebel), 8, 466, 473.
- Megidem, 243.
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- - 417 -
- Meguil, l’heure de la sieste; par extension, sieste, repos de midi.
- Méhari (plur. mehara), chameau de selle.
- Mekaïdou, 49, 52.
- Mekalis, 68.
- Mekam (el), tas de pierres commémoratif, 73.
- Mekerra (oued), 53.
- Mekahlia (ordre des), de mokha-la, fusil, et mekahli, fusilier, 331.
- Mekhalif ed-Djeurb (tribu) (mekha-lif, de Ichellef, laisser en arrière ; djeurb, gale), 160, 220.
- Mekhazni, sing. de Maghzen.
- Meksem, carrefour.
- Mektela, endroit où a eu lieu un massacre.
- Mekter (djebel), 4, 80.
- Melah, malah, salé.
- (Un grand nombre de rivières et de collines portent ce nom).
- Melah (djebel), 82, 198.
- Melah (teniet) (Djebel - Amour), 99.
- Melah (oued), 53,112,180.
- Melghir (chott), spongieux, 11, 42, 162, 199, 223,
- Melika, 48, 156.
- Melila, blanc.
- Melk, bien, propriété individuelle; opposé à arch, terre collective, 253.
- Mellagou (oued), 203.-
- Mellègue (oued), 10, 39, 184.
- Melouya, rivière qui serpente (F. Moulouïa).
- Meloya, confluent.
- Menâa, position inaccessible, 200.
- Menaïel (bordj) aiguades, 131.
- Menchar, crête en forme de scie.
- Meneffa (oued), 190.
- Mènerville (ou Béni Aicha), 118, 131.
- Nom d’un ancien magistrat d’Alger.
- Mendjenaib (djebel), 141.
- Mengoub, 90, 241,
- Endroit où passe une rivière souterraine, sous une couche de tuf.
- Menkhoug (lac), 234.
- Merdj (plur. moroudj), les prés, quelquefois marais.
- Merdja, même signification, 122.
- Merguel, piton isolé.
- Meridj (smala d’el) (voir merdj), 24, 185.
- Meridj (oued el-), 176.
- Merira, sentier. ‘
- Merkeb (ras), la pointe culminante, 97.
- Merouan (chott), 11,182.
- Mersa (plur. Merasi), port, ancrage.
- Mers el-kebir, le grand port (rom. porius divinus), 45.
- Merzoug, fécond, prospère, heu-reux(voy. messaoud, mimoun).
- Mesquiana (bordj), 184.
- Messad (Voir messaoud), 137, 142.
- Messaoud, heureux, prospère, nom de bon augure (compar. said, sa&da) (Voir mimoun, merzoug).
- Messaoud (bordj), 181.
- Messaoud (oued), 240.
- Messaoura (oued) (syn. de messaoud), 43, 76.
- Messeghen (hassi), 234.
- Messerane (el-), le boyau, 111.
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- - 418
- Métidja, 7, 407, 254.
- Mellili (Alger), 443.
- Metlili (des Chambâa), 458.
- Metlili (oued), 42.
- Metz (voir Akbou).
- Mezerag (oued), 242.
- Mgheïr (meghara plur. meg-haïr, caverne), 247.
- Mia (oued), 42, 22, 245.
- Miah plur. de ma, les eaux.
- Mia ou Miyâ, cent, la rivière aux cent bras.
- Miad, députation.
- Mila, nom dérivé du latin mile-vum, 475.
- Milia (el-) (bordj), 475.
- Miliana, altération probable du latin malliana, 8, 423, 246, 309.
- Millesimo, 476.
- Miloch (djebel), 30, 444.
- Milonia, 44.
- Mimoun, prospère; en géographie, synonyme de messaoud, de merzoug.
- Mina (oued), 3, 5, 57,423.
- Mir el-djebel, 4, 80.
- Mkrabet (oued), 443.
- Mléta (plaine de la), 52.
- Mlila, blanchâtre.
- Modzba, 74.
- Moghar, grotte, caverne, 4, 74, 402, 308.
- Mograt (oued), 443.
- Mokaddem, l’envoyé, le missionnaire d’une confrérie religieuse, 317.
- Mokra, grande, fém. de amo-kran.
- Mokta, tranchée, carrière, mine (voir Macta).
- Mokta el-Hadid, mine de fer, 465. Mokta el-Oust, 139.
- Mondovi, 477.
- Mongheul, 74.
- Montebello, 446,483. Montpensier, 448.
- Morghad (djebel), 68. Mostaganem (rom. murustaga), 5, 46, 247.
- Mouahar (oued), 203.
- Mouça (oued), 54.
- Mouila (oued), rivière saumâtre, dimin. de melah, eau salée, 5, 47, 440.
- Moulin du Caïd, 482.
- Moulai, mon maître.
- Moulai Taieb (ordre de), 323. Moulouïa (oued) (corruption du latin mulva) (V. Melouya), 43. Mouydir, 238.
- Mouzaïa (le), 6, 409, 447, 428. Mouzaïa (teniet), 408.
- Mouzaïa (combat du Teniet de), 340.
- Mouzaïa, 448.
- Mrouri (chott), 480.
- Msad (djebel) (voy. messad), 450. Msid, giboyeux.
- Msid el-Aïcha (djebel), 474.
- Msila, le torrent, 53, 484 , 4 86. Mta, en composition, près de, à côté, avec.
- Mzab, 409, 4 48, 368.
- Mzab (oued), 42, 220.
- Mzara (djebel), sanctuaire que l’on visite, 200.
- Mzi (djebel), 4, 79.
- Mzi (oued), 98, 442.
- Mzirzou (oued), 440.
- Mzita (oued), 474 .
- Mzita (tribu des), 47t.
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- — 419 -
- Mzouri (chott).
- IV
- N, en langue berbère, est un des signes qui servent à exprimer le rapport d’annexion.
- On peut le remplacer par en.
- Naâm, autruche.
- Nahma, récolte heureuse, dénomination de certains cantons,
- 102.
- Nahma (sebkha), 68, 87.
- Nador (djebel), observatoire, vigie.
- — près Mascara, 55.
- — près Médéa, 109.
- — près Tlemcen, 49, 52.
- Nador (oued), 7, 118, 127.
- Nahr, grande rivière.
- Nahr el-Ouassel, la rivière qui se joint, l’affluent, 7, 121.
- Nakhla (plur.) nakhal, palmier.
- Nakhelet el Brahimi, 83.
- Namous, moustique.
- Namous (oued) (Alger), 143.
- Namous (oued) (Cran), 5, 82.
- Nara, 200, 358.
- Nazereg, corruption de ain aze-reg (pour aïn zerga), la fontaine bleue, 66.
- Nebka, sol de sable, peu mouvementé.
- Neça (oued), la rivière où l’on bivouaque.
- Nedroma, 51.
- Nefta, 206, 223.
- Nègres, 150, 219, 280.
- Négrier (village), 48.
- Nom du général.
- Negrine, 39, 161, 209, 311.
- Nemencha (tribu), 185, 206. Nemoncha (monts des), 9, 208. Nemours (rom. ad fralres) (voy.
- Djema Ghazaouat), 40, 307. Nesmote (djebel), 56.
- Nessa (oued en), 12, 220.
- Ngaous (ancienne Nickouse,— ad oculurn mariai), 190.
- Ngouça, 12, 220.
- Nezla, campement de nomades. Nif, nez, extrémité d’une crête. Nil, s’applique à des courants d’eau assez considérables.
- Nil (oued en), 174.
- Nili, 147.
- Nouacer (djebel), 200.
- Noughis (djebel), 203.
- Noukra (djebel), 124.
- Noum (oued en), la rivière du songe, 75.
- Noura, chaux.
- Numidie, 31.
- O
- Ogla (berb.) (Oglat), réunion de plusieurs puits, 62.
- Oglou, les puits.
- Okba, nom du conquérant arabe de la Berbérie (voy. Sidi Okba).
- Okba (djebel), 97.
- Okris (oued), 169.
- Oliviers (col des), 174.
- Ong (djebel), 208.
- Oran (ouaran, coupure, espace élargi), 14, 45, 247.
- Oran (golfe d’), 3, 45.
- Oran (département d’), 3, 247.
- Oran (province d’), 3, 5, 43.
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- — 420 —
- Oran (sebkha d’), 3, 43. Orléansville (castellum, tingitei) (Voir Esnam), 8, 122, 246, 309.
- Orouze (djebel), 45.
- Ouaar, terrain difficile.
- Ouameri (djebel), 135.
- Ouaran (oued), 126.
- Ouargla, 12, 108, 159, 218, 309, 359.
- Ouargla (djebel), 49, 52. Ouarsenis, 2, 13, 43, 107, 273, 309.
- Ouassa (teniet el-), 97, 99. Oudaghir, 85.
- Oudja (el-), 202.
- Oudjda, 47, 353.
- Oued, onad, ouadi (plur. aou-dia, et vulg. ouidan, rivière, vallée).
- Oued (el-) (Souf), 218. Oued-Amizour, 173.
- Oued-Djer, 118.
- Oued-Issil, rivière qui coule. Oued-Righ, 12, 162, 215, 310. Ouerdefou (oued), 47.
- Ougblana, 217.
- Oukaït (djebel), 7, 112, 135. Oukil, mandataire, fondé de pouvoir, 317.
- Ouled, oulad (vulg. pour oua-lad), les fils de...
- Oulad Balagh, 66.
- Oulad Daoud, 205.
- Oulad Djerir, 74.
- Oulad Djelal, 211.
- Oulad en-Nahr, 49, 66.
- Oulad Kebbab ( monts des ) , 166.
- Oulad Mimoun, 4-8.
- Oulad Moktar, 110.
- Oulad Nayl, 112,138.
- Oulad Nayl (monts des), 7, 107, 145, 189, 192.
- Oulad oum cl-Akhoua, 297.
- Oulad Rahmoun, 183.
- Oulad Rechaïch, 208.
- Oulad Riah, 126, 354.
- Oulad Saïah, 159.
- Oulad Saïd, 242.
- Oulad Sidi Cheikh, 43, 66, 93, 160, 327.
- Oulad Sidi Jaya, 24, 185.
- Oulad Zian, 205, 238, 327.
- Oulad Zenan, 243.
- Oulakak, 82.
- Ouldja, champ du labour.
- OuIIis (Bosquet), 126.
- Nom du général.
- Oumach, 211.
- Oumm (oum) (litt. mère), en composition, produisant, rempli de... (compar. bou).
- Oum Djelil (oued), 124.
- Oum el-Firan, la plaine aux rats, 71.
- Ornn es-Sebaa (pays des lions),
- Oum et-Teboul (le pays des scories), 165.
- Oum et-Thiour, pour thouiour, l’oasis aimée des oiseaux, 217.
- Ourd, rose. Prendre la rose, entrer dans une confrérie (?). Ourenk, 124.
- Ouricia (el), 172.
- Ourir, 217.
- Ourlai, 211.
- Oussekr (le pays sale), 58, 308. Oust, centre, milieu.
- Outa, plaine.
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- — 421 —
- Outaya (el), diminutif de outa, 1 , 187, 198, 211.
- Outed (el), le piquet (pl.), 87,103. Outidat, les petits pieux, 87. Outhan, région, division administrative.
- Palestro, 130, 365.
- Palikao, 56.
- Pélissier, 46.
- Nom du maréchal.
- Penthièvre, 177.
- Perrégaux, 54, 58.
- Pescade (pointe), 6.
- Philippeville (rom. rusicada, par corruption du phénicien Rus-Licar, cap de feu, d’où le nom arabe Ras-Skikda), 12,161,247, 346.
- Pisan (île), 117.
- Plateaux (Hauts-), 1, 20, 59, 111, 177, 275, 307.
- Pomaria ( Voir TIemcen), 50.
- Ponteba, 122.
- Pont-de-l’Isser, 48.
- Portes de fer, 170, 348.
- Porto Poulo (Port-aux-Poules), 46.
- Poulo, port en langage fraDC, Porto Poulo est une tautologie du mot port. On en aurait fait port aux Poules ; cette opinion a été contestée. On mentionne, en effet, en cet endroit, un mers ed-Djoudjadj.
- R
- Rachgoun, 45.
- Rachgoun (île) (insula acra), 45.
- Rahman (les), 110.
- Raich (djebel), 208.
- Rar, trou, caverne.
- Ras (plur. rous), tête, cap.
- Ras el-Dra, la tête de la chaîne de montagnes, 193, 201.
- Ras el-Hadid (cap de fer), 164. Rasel-Ma, tête des eaux (voir Bedeau), 53, 70, 313.
- Ras el-Prarit (djebel), 120, 123. Ras er-Roudgen, 47.
- Ras Fortas (Alger), tête chauve, 124,183.
- Ras Merkeb, 97.
- Reddad (teniet), 99,143.
- Redjirn, ras de pierre.
- Reg, sol ferme.
- Composé de sable et de gravier, ordinairement plat et doux, où le pied du chameau marque sans enfoncer ( Voir Areg).
- Reggan, 243.'
- Roghaïa, 118.
- Relizane, 57, 58, 123.
- Remchi, 47.
- Renault, 126.
- Nom d’un général.
- Rezaina (tribu), 66, 327.
- Rh... (voy. Gh...).
- Rharsa (chott) (voy. Gharsa), 222. Riba, éboulement, escarpement, versant abrupt.
- Rif (plur. riouf), les lieux cultivés, par opposition aux terres arides; plage, rivage. — (Com-
- Righ(oued)!l2, 162, 215, 310. Righa (monts des), 9,180.
- Rima, 143.
- Riou (oued), 5, 58, 123.
- Rivoli, 46.
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- Roche pourrie, -109.
- Rocher de sel, 444.
- Robertville, 463, 176.
- Rosa (cap), 8, 39, 465.
- Roselma (djebel), 189.
- Rouagha, habitants sédentaires de l’Oued-Righ, 214.
- Rouiba, diminutif de Raba (Gha-ba), petit bois, 118.
- Rouina (oued-), 123.
- Roum, roumi, fém. roumia.
- Nom donné par les indigènes aux chrétiens comme descendants des anciens Romains.
- Rournelia (djebel), 49.
- Roux (cap), 465.
- Rournelia (djebel), 49.
- Roum es-Souk.
- Roummel (oued), rivière sablonneuse, 40, 475, 183.
- Rovigo, 448.
- Saâda, bonheur.
- Saâda (bordj), 217.
- Sabbat (bordj), 476.
- Sadouri (khencg), 441.
- Safioun (sebkha), 249.
- Safra, fém. de asfar, jaune, couleur de safran.
- Safsaf, saule-tremble, dim. sfi-sifa.
- Safsaf (oued), 10, 474.
- Safsaf, village, 48.
- Sahara, fém. de ashar, fauve. Yaste plaine déserte, sablonneuse, 2, 40, 407, 275.
- Sahara marocain, 74.
- Sahara (soumission du), 384.
- Sahari (tribu), 206.
- Saharienne (chaîne), 1, 48, 79. Sahariennes (explorations), 225. Sahel, littoral (comp. rif), 407, 116, 254.
- Sahel (oued), 10, 440, 466.
- Saïba, rigole.
- Said (fém. saida, heureux (com-par. saûda).
- Saïda, 56, 307.
- Saida (monts de), 3, 43, 53.
- Saïda (oued), 64.
- Saïra, 244.
- Sakamodi, 428.
- Salado (rio), rivière salée, oued Melah, 53.
- Salzou (kheneg), 444, 192. Samani (djebel), 243.
- Santon (fort du), 45.
- Sba, lion.
- Sba, 240.
- Sba Chaouïa (djebel), 137.
- Sbakh (plur. de sebkha) ( Voir ce mot).
- Sbakh (plaine des), 9, 42,480. Sbeitla, 34.
- Sbikra (plaine), 208.
- Seba, sept.
- Seba, doigt.
- Seba (djebel es-), 90.
- Seba Chiourk (djebel), 52.
- Seba Mokran, les sept grandes montagnes, 7, 437.
- Sebaou (oued), 7, 434.
- Seba Rous ( Voir Bougaroun), les sept tètes, 412, 435.
- Sebbah, cascade.
- Sebdou, 47, 402, 308.
- Sebgague (oued), 7.
- Sebkha (plur. sbakh), étang salé, bas-fond humide, 4, 52.
- Sebt, samedi.
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- Sebt (oued), 427.
- Sedd, barrage {Voit' Ged). Seddeur (oued), 143.
- Seddeur (Ksar), 449.
- Sedeur, plur. de sedra, jujubier sauvage, 4 39.
- Sefa, sfa, roche plate, schisteuse. Sefra (Voir safra).
- Seggueur (oued), 5, 22, 82, 90. Seghir (s’écrit souvent serir ou srir), petit.
- Seguia (saguia), petit canal d’irrigation.
- Sekkin (es-) (litt. sabre), arêtes de dunes en lame de sabre (com-par. sif), 97.
- Seklafa (teniet), 99, 443.
- Selim (oglat).
- Selleth (djebel), 489.
- Senalba (djebel), 7,44 3, 4 36, 4 39. Senousi (ordre de Sidi es), 334. Sera (djebel), cime, arête de montagnes, 443, 437.
- Seriana, 204,244.
- Setaffa (oued), 447.
- Sétif (Sitifis), 42, 466, 247, 340. Sersou (plateaux du), 421,423. Seybouse (oued) (rom. Ubus), 40, 164, 254.
- Sfa (col de) (Voir sefa), 498. Sfissifa, dimin. de safsaf, 68.
- Sidi Abdallah ben Daoua (rom.
- macri), 490.
- Sidi Abid, 209.
- Sidi Alssa (djebel), 427.
- Sidi Ali, 228.
- Sidi Ali ben Youb, 429.
- Sidi bel Abbés, 5, 54, 247.
- Sidi ben Halyma (djebel), 57.
- Sidi Bou Medine, 54.
- Sidi Brahim, 45.
- Sidi Brahim (combat de), 354.
- Sidi Daoud (djebel), 424.
- Sidi Djilali ben Amar, 57.
- Sidi Dris (djebel), 174.
- Sidi el-Habet (djebel), 49.
- Si el-Hadj ed Din, 92, 103.
- Sidi en-Nacer (oued) (en Nacer pour el-Anacer, les sources), 74, 97.
- Sidi Fatalla, 228.
- Sidi Ferruch, 116.
- — (débarquement de), 336.
- Sidi Khaled, 211.
- Sidi Khelifat (village), 70.
- Sidi Khelil, 244.
- Sidi Krouilet, 249.
- Sidi Lahssen (djebel), 98.
- Sidi Maklouf, 113.
- Sidi Mouça, 118.
- Sidi Okba, 214.
- Sidi Rached, 217.
- Sidi Salah, 244
- Sif (plur. siouf) (litt. sabre), dune allongée, compar. sekkin.
- Sig (oued), 35, 43, 53.
- Sigli (cap), 417.
- Sigale (cap), 45.
- Sigueli, 74.
- Sikka (oued), 5, 47, 48.
- — (combat de la), 49, 344. Sildjen (daya), 144, 498.
- Sis (oued), 76.
- Skouira (djebel), 52.
- Sly (oued), 7, 423.
- Smala, réunion de la famille, des serviteurs, des troupeaux. Sméla (tribu), 53, 343.
- Smendou (oued), 175.
- Sof, parti.
- Association formée entre individus ou entre tribus pour soutenir leurs 25
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- intérêts ou venger leurs injures, I surtout en pays kabyle.
- Soua (oasis), 242.
- Souf, 39, 161,218, 310.
- Souf, herbère, a la même signification que oued. Oued Souf est une tautologie.
- Souf Kesser, 82, 96.
- Souk, marché.
- Souk el-Arba, marché du mercredi (Voir Fort-National), 132, 361.
- Souk Arrâs (rom. Tagaste), marché aux nippes, 177, 310, 365.
- Souk el-Haad, marché du dimanche, 131.
- Soum (djebel es), 90.
- Soummam (oued), 10, 169.
- Sour Djouab (rom. Rapidi), 129.
- Sous (oued), 75.
- Sousselem (oued), 123.
- Soustana (oued), 5.
- Staouëli, 116, 336.
- Stitten, 97, 363.
- Stora, 163.
- Sunnites, de sunna, tradition, 153.
- Nom donné aux musulmans, qui se considèrent comme orthodoxes (opposé à chiites).
- Ils se divisent en quatre sectes qui se différencient suivant les rites : Haleki, Hanafl, Humbeli, Chafaï.
- Saïnl-
- Saint-Aimé, 58.
- Saint-André, 56.
- Saint-Antoine, 176.
- Saint-Arnaud, 179.
- Sainte-Barbe du Tlélat, 54, 58.
- Saint-Charles, 176.
- Saint-Cyprien des Attaf (voir At-taf), 122.
- Saint-Denis du Sig, 54, 58, 266. Saint-Donat (corruption par jeu de mots de Sâadouna), 179. Saint-Hippolyte, 56,
- Saint-Paul, 119.
- Saint-Pierre, 119.
- r
- Tababor (djebel), 167. Tabelkousa, 242.
- Tabentout, 202.
- Tablat, 128.
- Tademit (oued), 113, 136, 139, 143.
- Taddart (berb.), village.
- Takouch (cap), 164.
- Tadjemout, 97, 113, 143. Tadjerouna, 5, 99, 101, 309. Tafaroua, 71.
- Tafaraoui (djebel), 52.
- Tafilet, 75.
- Tafna (oued), 35,43, 47.
- Tafna (traité de la), 49, 344. Tafrana, 347.
- Tagaste (voir Souk-Arras). Tagdemt, 58, 123, 351.
- Tagma, 362.
- Tagremaret, 57.
- Taguensa (djebel), 121. Taguemount (voir Aguemoun). Taguin, 113.
- Taguin (combat de), 352. Tahtani, d’en bas ; opposé à fou kani, d’en haut.
- Takdemt, 59.
- Takintoucht (djebel), 167, 173. Takitount, 174.
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- Takouch (cap), 164.
- Takoucht (djebel), -167:
- Taleb (plur. tolba), lettré. Tamarins (les), 498.
- Tamednaia (chebkha), 89. Tamegrout, 75.
- Tamelhat, 217.
- Tamentit, 243.
- Tamerna, 217.
- Tamrit, 201.
- Tamza, 203.
- Tangréguet (djebel), 4 28. Taouiala, 99, 400.
- Taourirt (berb.), monticule (voir Aourir).
- Taourirt des Béni Menguillct,
- 434.
- — Mimoun, 143.
- Tarf, promontoire (compar. Tra-falgar pour Tarf el Rar, cap de la caverne).
- Tarf (djebel), 489.
- Tarf (djebel) (Oran), 74, 97.
- Tarf (Guerah et-), 9,480.
- Tarfa, les tamarix.
- Targui (plur. touareg).
- Tarhit (berb.), étranglement. Tarmount (ad Aras), 4 90.
- Tasili (plateau, en langue targui), 238.
- Tat, en aval.
- Tayeb, tayeba (taiba), bon, bonne. Taza (ruines romaines), 422,351. Tazerouk, 236.
- Tazerout (berb.), petit rocher (voir Azrou).
- Tazmalt, forme berbère de smala, 468.
- Tchouda, 214.
- Tebessa (rom. Thevesle), 44, 39, 184, 340.
- Teboul, scories.
- Tedeles (berb.), la plante.
- Tedjini (ordre de Sidi Ahmed), d’où, au plur., Tedjfina, serviteurs religieux de Tedjini, 323. Tedmait, 245, 237.
- Tell, région labourable (compar.
- tellus), 1, 48, 49, 40, 307. Temassin (voir Massin), 207,217. Temassinin, 229.
- Tementous (voir Matifou). Temesguida (djebel), 167.
- Tenès, 426, 309.
- Ténia, teniet, sentier de chèvres, défilé, col.
- Teniet el-IIaad, le col du marché du dimanche ; on sous-entend Souk, 57,424-, 307.
- Tenira (oued), 54.
- Terga (oued), 488.
- Tessala (monts du), broussailles, 3, 43, 52.
- That, vallée.
- That (oued el-), rivière de la vallée, 57.
- Theveste (voir Tebessa).
- Tiaret (berb.), la résidence, 57, 423, 307.
- Tibaïren (col), 167.
- Tidikelt, 237, 243.
- Tifelfel, 204.
- Tilghemt, 445.
- Tigri (chott), 4, 43, 72.
- Tilidjen (oued), 208.
- Tilmas, petit guedir circulaire. Timekmeret, 443.
- Timimoum (voy. Mimoun), 242. Timmactan, 243.
- Timmermassin (voy. Massin), 204; Timmi, 234, 242.
- Tiout, 4, 68, 228, 313.
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- Tipaza, -H5, 427.
- Tiranimin, petits roseaux, 201. Tirebesa, 209.
- Tirourda (col), 432.
- Tismoulin (puits), 70, 4C2. Tisserlin (oued), 82.
- Titeri (ancien beylikat dont Mé-déa était le chef-lieu), 427. — monts du) (voir Kef Lakhdar), 6, 407.
- Tizi (berb.), col, synonyme de ténia.
- Tizi-Ouzou, col des genêts, 8, 434, 240, 305.
- Tizougarine (col de), 200, 202. Tizza (oued), 409.
- Tlemcen(ancienne Agadir ; rom.
- •pomaria), 5, 44, 34, 50. Tlemcen (monts de), 3, 43. Tnoufchi (djebel), 49, 52.
- Tobna (rom. tubuna), 490.
- Tolga, 207, 244, 325.
- Tombeau de la Chrétienne (voir Koub er-Roumia), 4 4 0. Tonadjer, 74.
- Touareg, 4 38, 400, 229.
- Touat (berb.), les oasis, 49, 42, 238, 243.
- Touggour (djebel), 9, 484, 488. Tougourt, 4 43, 215, 340, 359. Touil, long, grand.
- Touila Makna (djebel), la grande montagne des Makna, 4, 99. Toumiat Zeg, 402.
- Toumiet, les mamelles, de toumi, jumeau.
- Toumiet (djebel) (Biban), 467. Toumiet (djebel) (Babor), 474. Tourefana, 74.
- Touta, mûrier.
- Trab, terre, bien.
- Trafi (tribu), 41, 238, 327.
- Traras (monts des), 3, 43, 273. Traria (oued), 54.
- Traria (plaine de), 50.
- Trembles (arab. Safsaf) (Oran), 54. — (Alger), 128, 168.
- Trik, chemin.
- Trouna (djebel), 167.
- Tsabit, 242.
- V
- Valée (village), 170.
- Nom d’uu maréchal gouverneur. Vakouf, biens affectés à une fondation pieuse.
- Vesoul Benian (benian, construction), 148, 127.
- Y
- Yacoub, 66, 302.
- Youcef (Ordre de Sidi Ahmed ben), 325.
- , Z
- Zaatcha, 187 , 211, 357.
- Zab Biskra ; — Chergui ; — Gue-bli ; — Dahraoui, 244.
- Zab (monts du), 9,107.
- Zabi (voy. Bechilga).
- Zaccar (Oulad Nayl), 138.
- Zaccar (djebel), 6, 425.
- Zaghi (djebel), 343.
- Zahrez, 7, 42, 11, 488.
- Zamora (kabyle), olivier non greffé.
- Zamoura (djebel) (Biban), 167. Zamoura (Petite Kabylie), 472.
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- - 427
- Zaouïa, centre religieux, mosquée, école, 317.
- Zegdou (confédération), 76.
- Zeffoun, 117.
- Zeira, 113,139.
- Zeitoun, olivier.
- Zekkat, impôt sur les troupeaux, levé au printemps ; dans l’origine, part donnée aux pauvres.
- Zekri (boraj) (rom. Sigm), 183..
- Zemla (plur. zemoul), dune allongée.
- Zemmora (voir Zamoura), 58.
- Zemra (djebel), 137.
- Zenaga, 83, 327.
- Zenati (oued), 10, 176.
- Zenatzi (plur. zenatza), 272.
- Zenina, 97, 113, 143.
- Zerbulie,
- Zerga (fém. de azreg), bleu..
- Zergoun (oued), 5, 82, 99.
- Zeriba, dimin. de zerb, haie,
- clôture de haies, petit village formé de gourbis et de tentes, 140.
- Zeribet el-Oued, 203, 211.
- Zeroua (oued), 130.
- Zeroual (ksar), 210.
- Ziara, aumône, 327.
- Ziban (plur. de Zab), 436,162.
- Zima (djebel), 118.
- Zouagha (djebel), 166,174.
- Zousfana (oued), 76, 239.
- Zurich, 127.
- Jours de la semaine, fréquemment employés en composition avec le mot Souk, marché :
- Haad, dimanche;
- Tnine, lundi, 2ejour;
- Tleta, mardi, 3° jour;
- Arba, mercredi, 4" jour;
- Khamiz, jeudi, 5«jour ;
- Djema, vendredi, jour de l’assemblée;
- Sebt, samedi, 7e jour.
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-
- TUNISIE.
- A
- Abdallah ben Djemel (Kouba d’), 375.
- Abencerrages, 390.
- Ahmar (djebel), 380.
- Ain Draham, 373.
- Akarit (oued el-), 387.
- Arad, 385, 387.
- B
- Bagla (oued), 384.
- Bahira er-Rouhia, 372.
- Bahira es-Sers, 379.
- Bahirt el-Biban, 383.
- Bardo (palais du), 393.
- Bargou (djebel), 371, 372.
- Béja, 376, 379.
- Béja (oued), 376.
- Béni Mzem, 376.
- Béni Zid, 387.
- Berberou (Djebel), 371, 380. Bizerte, 376, 393, 397.
- Bon (cap), 369, 371.
- Bon (presqu’île du cap), 370. Bordj Djedid, 376.
- Bordj el-Kebir, 383.
- Bordj Messaoudi, 372.
- Bordj Sidi Youcef, 372.
- C
- Carthage (cap), 377.
- Carthage, 378, 389.
- Chambi (djebel), 370. Chien (île du), 377.
- I>
- Dakla (plaine), 379.
- Debabcha, 388.
- Djara el-Menzel, 382.
- Djedeida, 380.
- Djem (el-) (Thysdras), 372.
- Djerba (ile), 383.
- Djerid, 385, 394.
- Djerid (chott el-), 385.
- Djilina (oppidum gilmense), 384. Djouœligh, 387.
- Douirat, 388.
- Drid, 379.
- E
- Ellez, 372.
- Enfida, 381.
- E
- Fahs (plaine), 381.
- Fejej (Sebkha el-), 388. Fondouck, 380.
- Frechiche (monts des), 370.
- G
- Gabès, 382, 385, 394.
- Gafsa (Capsa), 384, 386, 394.
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- — 429 -
- Galite (lie), 377.
- Ghardimaou, 379.
- Garoumbalia (chaîne de), 371. Goulette (La), 390, 397.
- Guetlar (el-), 387.
- 91
- Hadj el-Aïoun, 384.
- Hatdra.
- Hamada, 371.
- Hamma-(el-), 385.
- Hammama, 387.
- Hammam-Lif, 378.
- Hammamet, 382.
- Hani (sebkha el-), 382.
- Hathob (oued el-), 371,384. Hergla, 382, 385.
- Iloumt Cedouiked, 383.
- Houmt Cedrien, 383.
- Iloumt Souk, 383.
- Iv
- Kairouan, 372, 385, 390, 394. Kassar Saïd, 378.
- Kebili, 388.
- Kebir (oued el-), 374.
- Kef(Le) (Sicca Veneria), 372, 379, 392, 397.
- Kelbia (sebkha), 382.
- Kelibia, 382.
- Kerkena (îles), 382.
- Kessera, 372.
- Kesseur Medennie, 388.
- Koursia (sebkha), 381.
- Khalled (oued), 379.
- Kriz (isthme), 385.
- Kroumirie, 373, 392.
- Ksar el-Hadid, 372.
- M
- Maharès, 382.
- Mahedia, 382.
- Makter (oppidum mactarilanum), 372, 380.
- Maltais, 396.
- Marsa (traité de la), 396.
- Mateur, 376.
- Matmata (djebel), 387.
- Medjerda, 370, 377.
- Medjez el-Bab, 372, 379.
- Mellègue (oued), 370, 379. Miliana (oued), 370, 380.
- Mogod, 376.
- Mohamedia, 381.
- Monastir, 382.
- Msid (djebel), 376.
- IV
- Nabeul, 382, 396.
- Nefta, 385.
- Nefzaoua, 388, 394.
- Nègre (cap), 377.
- O
- Ouchteta, 376.
- Oudian, 386.
- Oughamma, 387, 394.
- Oulad Madjeur (monts des), 371, 379.
- Outan, 396.
- I*
- Plane (île), 377.
- Porto-farina, 377, 380.
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- — 430 —
- K
- Ras Addar, 377.
- Ras el-Biod (cap Blanc), 377. Ras el-Fortas, 377.
- Ras el-Melah, 382.
- Ras Sidi Ali el-Mekki, 377. Ras Tadjeur, 383.
- Rharsa (chott), 383.
- Rouhia (oued), 371, 384-.
- Sarrath (oued), 379.
- Sbeitla Sufelula, 372, 384. Seddada, 388.
- Sedjoumi (sebkha es-), 378. Sfax, 382, 394, 397.
- Sfax (sahel de), 369, 381, 387. Sidi Aïch (oued), 386.
- Hliana (oued), 372, 380.
- Souk el-Arba, 373.
- Sousse (Madrumète), 382, 397. Sousse (sahel de), 369.
- T
- Tabarka, 374, 392.
- Tebourba, 380.
- Tebourzouk (Thugga), 372, 379. Tessa (oued), 379.
- Testour (BisicaLucara), 372, 380. Triton (lac), 385.
- Tozeur, 385.
- Tunis, 377, 389, 397.
- Tunis (golfe de), 370, 377. Turcs, 390.
- Z
- Zaghouan, 371.
- Zaghouan (djebel), 371, 381. Zaine (oued) (flumen tmca), 373. Zama, 372.
- Zargua (oued), 379.
- Zarzis, 383.
- Zeroud (oued), 370, 384.
- Zlass (monts des), 371.
- Zouara (oasis), 383.
- Les significations des termes de ce vocabulaire ont été en partie empruntées au Vocabulaire arabe-français de M. le général Parmentier (Mémoire présenté à la section de géographie de l’Association française pour l’avancement des sciences, 15 avril 1881) ; en partie à la Légende territoriale de l'Algérie, de M. Cherbonneau (Revue de géographie, dirigée par M. Drapeyron); en partie à des renseignements de sources diverses.
- Toute rectification ou toute note complémentaire seront accueillies avec reconnaissance.
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- Extrait de l'Atlas du Colonel Niox..
- Paris imp S. K RA KO W,
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- d — 2 A € B
- ALGERIE
- ET
- TUNISIE
- Extrait de l'Atlas dix Colonel Niox
- Paris-lmp S. KRAKOW,
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-
- VOCABULAIRE HISTORIQUE
- DES NOMS D’HOMMES.
- Abd el-Kader, 45,101, 295, 325, 342, 356.
- Abd el-Kader ed-Djilani, 321. Abd er-Rhaman, 51, 352.
- Abd es-Selam, 323.
- Abou Beker es-Seddik, 320. Ahmed (bey deConstantine), 205, 340.
- Ali Bey, 199.
- Aumale (duc d’), 352, 356.
- Bakkai (Si Ahmed el-), 331. Bakri, 335.
- Barth (voyageur), 229. Baraguey-d’Hilliers (général), 122. Barrail (commandant du), 297, 359.
- Barry (von), explorateur, 230. Beauprêtre (colonel), 67, 95, 363.
- Bedeau (général), 353.
- Belisaire, 205.
- Ben Ganah, 199, 357.
- Ben Thayeb, 94.
- Berthezène (général), 341.
- Bou Amama, 72, 329, 367.
- Bou Baghla, 359.
- Bou Maza, 354.
- Bourmont (général de), 336.
- Bou Zian, 212.
- Bréart (général), 393.
- Brosselard (lieutenant), 84. Brunetière (colonel)" 64.
- Bugeaud (maréchal), 48, 344.
- Gaillié (voyageur), 74.
- Gamou (général), 359.
- Canrobert (colonel), 200, 358. Castries (capitaine de), 72, 83. Gavaignac (général), 51,229,344, 356.
- Cerez (général), 366.
- Chadely (el-), 321.
- Changarnier (général), 350. Charles-Quint, 390.
- Cheikh el-Arab, 356.
- Cheikh Heddad, 207.
- Cheikh Othman, 230.
- Cheikh (Sidi), 326.
- Clausel (maréchal), 51, 340. Colomb (général de), 240. Colonieu (colonel), 85, 229. Combes (colonel), 346.
- Damrémont (général), 344. Desmichels (général), 342.
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- Dianous (lieutenantde), 233. Delcroix (lieutenant), 84.
- Deligny (général), 363.
- Doulz (explorateur tué), 236,243. Dourneaux-Duperré (explorateur tué), 230.
- Duperré (amiral), 336.
- Durrieu (général), 95.
- Duveyrier (explorateur), 159,230, 334.
- Flatters (colonel), 233.
- Forgemol (général), 392.
- Galbois (général de), 344.
- Gallifet (général de), 159, 221, 367.
- Genséric, 389.
- Géreaux (capitaine), 354.
- Géry (colonel), 69, 94.
- Gourgeot (interprète principal), 270.
- Hadj Bahout, 328.
- Hamza (Si), 94, 359.
- Hassan (bey), 340.
- Herbillon (général), 357.
- Hussein (Dey), 335.
- Ibn Khaldoun, 51.
- Ibrahim-Aga, 336.
- Innocenti (colonel), 9I, 367. Ismail bou-Derba, 229.
- Iusuf (général), 361.
- Joubert (explorateur tué), 230. Jugurtha, 376.
- Jus (ingénieur), 217.
- Kaddour (Si), 84, 328, 368.
- Lallemand (général), 365.
- Lamoricière (général de), 45 346, 356.
- Largeau (voyageur), 231.
- La Tour d’Auvergne (général de), 458.
- Larue (général de), 354.
- Latruffe, 492.
- Lenz (Dr) (voyageur), 74, 227. Lesseps (de), 225, 340.
- Liébert (général), 363.
- Lomellini, 376.
- Louis Say (voyageur», 231.
- Mac-Mahon (général de), 361. Mahmoud (bey), 391.
- Maissiat (général), 361. Marey-Monge (général), 414. Margueritte (colonel), 458, 460. Marius, 384.
- Mas (capitaine), 312.
- Masqueray, 492.
- Massinissa, 389.
- Mircher (commandant), 230. Mohammed ben Abdallah, 358. Mohammed (bey), 391. Mohammed es-Saddok, 391. Mokrani (bachaga), 174, 365. Moulai Taieb, 323.
- Mustapha ben Ismail, 54, 343.
- Négrier (colonel de), 94, 347. Nemours (duc de), 346.
- Noëllat (colonel), 282.
- Okba (Si), 33, 211, 385.
- Orléans (duc d’), 348.
- Palat (lieutenant) [explorateur tué], 236, 243.
- Panet (Léopold), 75.
- Parmentier (général), 93, 430.
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- Pein (commandant), 297. Pélissier (général), 4-13, 358. Perret (capitaine), 83.
- Philebert (général), 237, 294. Pobeguin (maréchal des logis), 233.
- Polignac (capitaine de), 230.
- Randon (général), 111, 155, 278, 361.
- Renault (général), 335, 361. Rohlfs (Gérard) [voyageur], 74, 230.
- Rohault de Fleury (général), 346. Rolland (ingénieur), 216. Roudaire (commandant), 223, 308.
- Roustan (consul général), 393. Rullières (général), 346. Rumigny (général de), 349.
- Saint-Augustin, 164, 184, 389. Saint-Arnaud (général de), 359. Saint-Louis, 378.
- Saussier (général), 365, 394. Savary, duc de Rovigo (général), 341.
- Senousi (Si el-Madhi es-), 331. Sliman (Si), 95, 365.
- Soleillet (explorateur), 230. Soller (Charles) [explorateur], 74.
- Tedjini, 86, 323.
- Tinue (Mademoiselle) [explorateur], 230.
- Trézel (général), 343.
- Valée (maréchal), 346.
- Voirol (général), 341. Weinbrenner (lieutenant), 7I. Wimpfen (général de), 74, 85, 364.
- ai
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-
- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Préface........................................... i
- Introduction....................................... v
- De la transcription des noms arabes............... vm
- Résumé de la Géographie de l’Algérie.. I
- Région de l’ouest (province d’Oran)............. 3
- Région du centre (province d’Alger)............. 6
- Région de l’est (province de Constantine)....... 8
- PREMIÈRE PARTIE.
- Esquisse d’ensemble............................ 13
- Coup d’œil géologique.......................... 25
- Sommaire historique..................*....... 31
- Description géographique.......................... 39
- I. — Région de l’ouest (province d’Oran).......... 43
- 1° Tell Oranais................................ 44
- 2° Hauts-Plateaux.................. .*....... 59
- 3° Montagnes des ksour et oasis des Oulad Sidi
- Cheikh.................................... 79
- 4° Montagnes du Ksel et du Djebel-Amour....... 97
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-
- II. — Région du centre (province d’Alger)........ J05
- 1° Le Sahel et la Métidja...................... 113
- 2° Ouarsenis et Dahra.......................... 117
- 3° Titeri...................................... 125
- 4° Kabylie..................................... 127
- 5° Les Hauts-Plateaux.......................... 135
- G0 Le Sahara................................... 142
- III. — Région de l’est (province de Constantine).. 161
- 1° Tell........................................ 162
- 2° Les Hauts-Plateaux......................... 177
- 3° LeHodna..................................... 186
- 4° L’Aurès et les Ziban........................ 192
- 5° Sahara...................................... 212
- Les grands Chotts.............................. 221
- IV. — Sahara et explorations sahariennes......... 225
- DEUXIÈME PARTIE.
- I. — Administration............................ 244
- II. — Colonisation................................ 249
- III. — Population.................................. 263
- IV. — Occupation militaire....................... 291
- V. — Confréries religieuses................... 315
- VI. — Précis des événements militaires depuis la
- conquête d’Alger........................ 335
- Période de 1830 à 1840. ...................... 340
- Période de 1840 à 1847......................... 349
- Période de 1848 à 1857......................... 357
- Période de 1858 à 1871 ........................ 362
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-
-
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- TUNISIE.
- Description géographique...................... 369
- Résumé historique............................. 389
- Gouvernement et administration................ 39S
- VOCABULAIRE
- des noms de lièax et des termes arabes et berbères cités dans l'ouvrage :
- Algérie..................................... 399
- Tunisie...................................... 428
- Vocabulaire des noms d’hommes.................... 431
- Paris. — Imprimerie L. Baudoin et Ce, 2, rue Christiuë.
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- ATLAS NIOX
- ...Canis
- Punta Cope
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- V'^’nLPlarie LZatnbra
- PartMaina £> .
- -^IgubCVUrpie) F\as al Ahmar
- C.de Fer
- Oppidoletto
- C.de Gata
- iChecchi
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- Contas
- .«Aïïos
- sC.Carbor
- •el-Haàai
- ibouDriès
- -iïonein
- Mercier!
- C.Milonia $emoi
- dj Mj&tWl
- leEockei
- leraual
- îUaïjJou
- l.deOjerba
- Djerid
- Choit d
- iZarzis
- Tamerm
- ,d Ouec
- Grandejdame sablonneuse,
- Tdgbempt (Citernes)
- <?ZAbd(?asiChedM
- Coupe par Constantine et Tougourt, suivant AB CDEE.
- Echelle des longueur s : 2.000.000.
- Echelle fies hauteurs : 125.000.
- S Chelia
- Hauts Plateaux
- 9’Mü^fhar
- Niveau de la mer
- CKotts, suivant G-HUKLMNOP.
- Coupe du Bassin de
- Échelle
- i ’ Échelle
- les hauteurs : 12.500.
- Choit el Bjerid
- Golfe de Gobés
- Choit MeJfjhir
- Chemins de fer.
- Niveau de la mer
- Routes principal!
- Routes de caravanes-
- Puits artésiens._______
- Gravé et impr’nné par S. KRAKOW. 102, Faubourg Poissonnière, Paris
- 2? Edition
- INSTITUT GEOGRAPHIQUE DE P A RIS , CH DELAGR4VE . 15,Hue Sou ff lot
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