Rapports du jury international. Introduction
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL
- PUBLIÉS JUSQU’AU -1” JUILLET-B84; %f
- Nota. H est accordé une remise de 20 p. 0/0 aux libraires de Paris ou des départements.
- DÉSIGNATION DES CLASSES.
- introduction, par M. Jules Simon.....................................
- RAPPORT D'ENSEMBLE sur les arts décoratifs (groupes I, II, III, IV
- V), par M. Ed. Didron....................... ..................
- 'Classe 3. — Sculpture. par M. Chapu................................
- sse 4. Dessins et modèles d’architecture, par M. Vaudrkmer.......
- asse 5. Gravure et lithographie, par M. le vicomte Dklaborde.......
- Classe 1. Enseignement secondaire, par M. Emile Chasles..............
- «lasse O. Imprimerie et librairie, par M. Emile Martinet...........
- asse 1/i. Épreuves et appareils de photographie, par M. Davanne.. .
- *asse 13. Instruments de musique, par M. G. Ciiouquet.............
- **** Instruments de précision, par M. Cornu...................
- asse 16. Cartes et appareils de géographie et de cosmographie, etc.,
- par M. Ailred Giiandidier............................
- asses 11-18. — Meubles à bon marché et meubles de luxe, par MM. Tp.on-
- quet et Lemoine......................................
- Classe 19. Cristaux, verrerie et vitraux, par MM. Didron et Clémandot
- ^asse 30. __ céramique, par M. Victor de Luïnes......................
- asse 31. Tissus, tapisserie et autres tissus d’ameublement, par
- M. Croué.............................................
- niîeXe à la classe 31. — Fabrication des tapis, tapisseries et autres
- tissus d’ameublement, par M. II. Mourckau............
- asse 33. Papiers peints, papiers de fantaisie et stores, par M. Isidore Leroy........................................................
- Classe 33. . Coutellerie, par M. Parisot...........................
- asse 34. - Orfèvrerie, par M. L. Baciielet.......................
- asse 3«. Bronzes d’art, fontes d'art diverses et métaux repoussés,
- par M. G. Servant....................................
- asse 36. — Horlogerie, par M. C. Saunier...........................
- sse 31. — Procédés et appareils de chauffage et d'éclairage, par
- M. Barlet............................................
- lasse 38. Parfumerie, par M. Th. Bénilan...........................
- PRIX
- DE L'EXEMPLAIRE
- pris à l’Imprimerie. expédié par la poste.
- fr. c. fr. c.
- 5 55 6 5o
- 3 4o 2 80
- O co 0 0 4o
- 0 3o 0 4o
- 0 3o 0 4o
- 1 80 2 10
- 1 20 1 4o
- n 5 0 90
- 0 70 0 90
- 0 3o 0 4o
- 7 30 8 ho
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- 1 o5 1 2 5
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- 0 45 0 55
- 1 5o 1 75
- 0 45 0 55
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- DESIGNATION DES CLASSES.
- Classe 30. Classe 31. Classe 3*. Classe 33.
- Classe 35. Classe 36.
- Classe 31* Classe 38. Classe 39. Classe 40. Classe 41. Classe 42. Classe 43.
- Classe 44.
- Classe 46. Classe 41. Classe 48.
- Classe 49. Classe 50.
- Classe 51.
- .— Fils et tissus de coton, par M. Carcenac..................
- — Fils et tissus de lin, de chanvre, etc., par M. Julien Le Blan.
- — Fils et tissus de laine peignée, par M. Koechlin-Sciiwartz..
- — Fils et tissus de laine cardée, couvertures et feutres, par
- M. Blin................................................
- — Châles, par M. Gaossen....................................
- — Dentelles, tulles, broderies et passementeries, par M. Du-
- HAYON..................................................
- — Accessoires du vêtement, par MM. Hartog et Julien Hayem.
- — Habillement des deux sexes, par M. Levois.................
- — Joaillerie et bijouterie, par M. Martial Bernard........
- — Armes portatives (chasse), par M. Rouart................
- — Objets de voyage et de campement, par M. A. Srider......
- — Bimbeloterie, par M. Rossolin...........................
- — Produits de l’exploitation des mines et de la métallurgie.
- 1re section : Substances minérales et métaux précieux,
- par M. R. Zeiller......................................
- 3' section : Produits de l’élaboration des métaux usuels, par M. Lebasteur...............................
- — Produits des exploitations et des industries forestières, par
- M. G.-F. Exner.........................................
- — Produits agricoles non alimentaires, par M. Vilmorin....
- — Produits chimiques et pharmaceutiques, par M. Ch. Laetu..
- — Procédés chimiques de blanchiment, do teinture, d’im-
- pression, d’apprêts, par M. Sciiutzenberger............
- — Cuirs et peaux, par M. E. Mercier.......................
- — Matériel et procédés de l’exploitation des mines et de la
- métallurgie, par M. A. Habets..........................
- — Matériel et procédés des industries agricoles et forestières,
- par M. A. Durand-Claye.
- Ne sont pas vendus séparément
- Texte. Atlas.,
- \Classe 52.
- 'Classe 53.
- Classe 54.
- Classe 55. Classes 56<
- Classe 58.
- Classe 59.
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- — Matériel et procédés des usines agricoles et des Industries
- alimentaires, par MM. CognieY et E. Avisse................
- — Matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tan-
- nerie, par MM. Limouzin, Félix Le Blanc et Sciimitz.......
- — Machines et appareils de la mécanique générale, par
- M. IIirscii...............................................
- — Machines-outils, par M. Rault............................
- 57. — Matériel et procédés de la corderie, de la filature, du
- tissage et des apprêts sur étoffes, par M. Edouard Simon.
- — Matériel et procédés de la couture et de la confection des
- • vêtements, par M. E. Bariquand.........................
- — Matériel et procédés de la confection des objets de mobilier
- et d’habitation, par M. Cocsté...........................
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- PRIX
- DE L’EXEMPLAIRE
- pris à rimpriinerie. expédié par la posle.
- fr. c. fr. c.
- o Oo 0 70
- 0 6o 0 70
- o A 5 0 55
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- o 3o 0 Ao
- o A5 0 55
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- o A5 0 55
- O o 0 70
- o A 5 0 55
- O CO O 0 Ao
- o 6o 0 70
- 1 20 1 Ao
- 2 Ao 2 85
- o o 0 70
- 1 95 2 3o
- 3 6o A 20
- o 90 1 10
- 0 3o 0 Ao
- 2 85 3 35
- 3 90 A 70
- il 10 12 Ao
- 1 20 1 A 5
- 1 80 2 10
- 5 80 6 70
- 0 A5 0 55
- 1 20 1 Ao
- 0 A 5 0 55
- 0 7 5 0 90
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- DÉSIGNATION DES CLASSES.
- Classe 60.
- Classe 6 fl.
- Classe 61®. Classe 63. Classe 64. Classe 65. Classe 6?.
- Classe 69. Classe ÎO. Classe 91.
- Classes 93-
- I Classe 94. Classe 95. Classe 99'. Classe 98. Classe 8©. Classe 83. Classe 84. Classe 85. Classe 89. Classe 89.
- Matériel et procédés de la papeterie, des teintures et des impressions, par M. Ermel...............................
- Machines, instruments et procédés usités dans divers travaux, par M. Joseph Lévy................................
- Carrosserie et charronnage, par MM. Belvallette et Qdenay.
- — Sellerie et bourrellerie, par M. E. Marion.............
- Matériel des chemins de fer, par M. A. Jacqmin............
- Matériel et procédés de la télégraphie, par M. Bergon .... Matériel de la navigation et du sauvetage, par M. E. Péri-
- GNON..................................................
- Céréales, produits farineux et leurs dérivés, par G. Heuzé. Produits de la boulangerie et de la pâtisserie, par M. Bucan.
- Corps gras alimentaires, laitage et œufs, par M. Pappas-SIMOS...................................................
- — Viandes et poissons, fruits et légumes, par MM. Mercier et Gustave Heuzé.....................................
- Condiments, stimulants, sucres et produits de la confiserie.
- — Boissons fermentées, par MM. Célérier et Grosfils......
- — Exposition hippique, par M. Desbons .'.................
- — Espèce bovine, par M. Ch. du Peyrat....................
- — Espèce porcine, par M. Gustave Heuzé...................
- — Insectes utiles, par MM. Bàlbiani et Maillot...........
- Poissons, crustacés et mollusques, par M. Vaillant......
- Serres et matériel de l’horticulture, par M. Ch. Joly...
- — Plantes potagères, par M. Laizier......................
- Graines et plantes d’essences forestières, par M. A. Pissot.
- Ce 1 "-juillet Ué
- PRIX
- DE L’EXEMPLAIRE
- pns
- à
- l’Imprimerie.
- fr. c.
- 0 45
- 1 g5 0 90 0 i5 3 i5 0 75
- 1 5o
- 1 g5 0 3o
- o 60
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- 2 10 1 o5 o 75 o i5 0 3o o 60 0 45 0 45 o 45 o 90
- expédié
- par
- la poste.
- fr. c.
- 0 55
- 2 3o 1 10 0 25
- 3 70 o 90
- 1 75
- 2 35 0 4o
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- 0 70 2 55 1 25 o 90 O 25 0 4o 0 75 0 55 0 55 0 55 1 10
- Imprimerie Nationale.
- p.n.n. - vue 4/0
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- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878, A PARIS.
- INDICATION
- AVEC PRIX
- DES VOLUMES ET FASCICULES
- EN VENTE
- À L’IMPRIMERIE NATIONALE.
- Le bureau de vente de l'Imprimerie Nationale (rue Vieille-du-Temple, n 87) est ouvert au public tous les jours-non.fériés, de 10 heures a U heures.
- Les demandes écrites doivent 'être adressées au Directeur de l’Imprimerie Nationale par lettre affranchie et accompagnées iïun mandat de poste, au nom de l’Agent comptable de V Imprimerie Nationale, du montant du prix d’achat et des frais d’envoi, par la poste, des volumes ou fascicules désirés.
- p.n.n. - vue 6/0
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- COMPTES RENDUS STÉNOGRAPHIQUES DES CONGRÈS INTERNATIONAUX
- ET DES CONFÉRENCES FAITES AU PALAIS DU TR'CADÉRO PENDANT L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Une remise de a5 p. o/o est faite aux libraires qui viendront s’approvisionner directement
- à l’Imprimerie Nationale.
- CONGRÈS.
- Congrè3 de l'Agriculture. (N° 1 de la série.)..............................
- Congrès pour l’Unification du numérotage des fils. (N° 2 de la série.).....
- Congrès des Institutions de prévoyance. (N° 3 de la série.)..............
- Congrès de Démographie et de Géographie médicale. ( N° 4 de la série. )....
- Congrès des Sciences ethnographiques. ( N° 5 de la série. )................
- Congrès des Géomètres. (N° 6 de la série.).................................
- Conférences de Statistique. (N° 7 de la série. )...........................
- Congrès pour l’Étude de l’amélioration et du développement des moyens
- de transport. ( N° 8 de la série. ).....................................
- Congrès des Architectes. (N° 9 de la série.)...............................
- Congrès d’Hygiène. (N° 10 de la série.)......................... 2 volumes.
- Congrès de Médecine mentale. (N° 11 de la série.)..........................
- Congrès du Génie civil. (N° 12 de la série.)...............................
- Congrès d’Homéopathie. (N° 13 de la série.)................................
- Congrès de Médecine légale. (N° 14 de la série.)...........................
- Congrès sur le Service médical des armées en campagne. (N® 15 de la série.) Congrès pour l’Étude des questions relatives à l’alcoolisme. (N® 16 de la série.)
- Congrès des Sciences anthropologiques. (N® 17 de la série.)................
- Congrès de Botanique et d’Horticulture. (N® 18 de la série.)...............
- Congrès du Commerce et de l’Industrie. (N® 19 de la série.)................
- Congrès de Météorologie. (N® 20 de la série.)..............................
- Congrès de Géologie. (N® 21 delà série.)...................................
- Congrès pour l’Unification des poids, mesures et monnaies. ( N® 22 de la série. )
- e* Congrès Séricicole international. (N® 23 de la série.)..................
- Congrès de la Propriété industrielle. (N® 24 de la série.).................
- Congrès du Club Alpin français. (N® 25 de la série.).......................
- Congrès sur le Patronage des prisonniers libérés. (N® 26 de la série.).....
- Congrès de la Propriété artistique. (N° 27 de la série.)...................
- Congrès de Géographie commerciale. (N® 28 de la série.)....................
- Congrès universel pour l’Amélioration du sort des aveugles et des sourds-
- muets. (N® 29 de la série.).............................................
- Congrès des Sociétés de la paix. (N® 30 de la série.)......................
- Congrès des Brasseurs. (N® 31 de la série.)................................
- Congrès pour les Progrès de l’industrie laitière. (N® 32 de la série.). ......
- Prix de la collection prise à l’Imprimerie ou expédiée en port dû par chemin de fer............................................
- PRIX DE VI pris h l’Imprimerie. ÎXEMPLAIRE expédié par la poste.
- l'r. c. fr. c.
- 5 00 5 5o
- 1 00 1 i5
- 6 5o 7 o5
- 5 oo 5 4o
- si 5o 23 6o
- 4 5o 4 90
- O O CO 3 3o
- 4 5o 4 95
- 6 5o 7 o5
- t~k OO O O 19 60
- 6 oo 6 5o
- 5 5o 6 00
- 3 oo 3 35
- 4 oo 4 4o
- 3 5o 3 75
- 5 5o 6 00
- 6 od 6 55
- 4 od 4 4o
- 3 00 3 30
- 4 5o 4 90
- 5 oo 5 45
- 3 oo 3 a5
- a 5o 2 75
- lt 00 13 00
- 1 00 1 a5
- i 5o 1 70
- oo O O 3 3o
- 4 5o 4 90
- 7 oo 7 80
- a 5o 2 75
- a 5o a 75
- î 5o 1 65
- 163 5o
- p.n.n. - vue 7/0
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- CONFÉRENCES.
- ( 5 francs pris à l’Imprimerie.
- 1er VOLUME. — Prix • ^ g gO expédié par la poste.
- INDUSTRIE. --- CHEMINS DE FER. ------ TRAVAUX. PUBLICS. ' AGRICULTURE.
- Conférence sur les Machines Compound à l’Exposition universelle de 1878 > ^ uécoie
- chines Corliss, par M. de Fréminville, directeur des constructions navales, en retraite, proies, centrale des arts et manufactures. (Lundi 8 juillet.) . . , .
- Conférence sur les Moteurs à gaz à l’Exposition de 1878, par M. Jules Armengaudjeune, ingen
- civil. (Mercredi îh août.) . .
- Conférence sur la Fabrication du gaz d’éclairage, par M. Arson , ingénieur de la Compagnie pa, îsienne du gaz. (Mardi 16 juillet.)
- Conférence sur l’Éclairage, par M. Servier, ingénieur civil. (Mercredi 21 août.) ^
- Conférence sur les Sous-produits dérivés de la houille, par M. Bertin, professeur a 1 Association polytechnique. (Mercredi 17 juillet.)
- Conférence sur l’Acier, par M. Marché, ingénieur civil. (Samedi 20 juillet.) r ......
- Conférence sur le Verre, sa fabrication et ses applications, par M. Clémandot, îngemeui cm . (Samedi 2^ juillet.) . , r
- Confèrence sur la Minoterie, par M. Vigreux, ingénieur civil, répétiteur faisant fonctions de pro es-seur à l’École centrale des arts et manufactures. (Mercredi 3i juillet.) .
- Conférence sur la Fabrication du savon de Marseille, par M. ArnAvon, manufacturier. ( ame 1 aou .; Confèrence sur l’utilisation directe et industrielle de la chaleur solaire, par M. Abel 1 ifre, ingénieur civil. (Mercredi 28 août.)
- Conférence sur la Teinture et les différents procédés employés pour la décoration des tissus, par M. Blanche, ingénieur et manufacturier, membre du Conseil général de la Seine. (Samedi 21 septembre.)
- Conférence sur la Fabrication du sucre, par M. Vivien, expert-chimiste, professeur de sucrerie.
- ( Samedi i k septembre. )
- Conférence sur les Conditions techniques et économiques d’une organisation rationnelle des chemins de fer, par M. Vauthier, ingénieur des ponts et chaussées. (Samedi i3 juillet.)
- Conférence sur les Chemins de fer sur routes, par M. Chabrier , ingénieur civil, président e a om pagnie des chemins de fer à voie étroite de la Meuse. (Mardi 2A septembre.)
- Confèrence sur les Freins continus, par M. Bander ali, ingénieur-inspecteur du service central du
- matériel et de la traction au Chemin de fer du Nord. (Samedi 28 septembre.)
- Conférence sur les Travaux publics aux États-Unis d’Amérique, par M. Malézieüx, ingénieur en chef des ponts et chaussées. ( Mercredi 7 août. )
- Conférence sur la Dynamite et les substances explosives, par M. Roux, ingénieur des manufactures «e 1 État. (Samedi 10 août.)
- Conférence sur l’Emploi des eaux en agriculture par les canaux d’irrigation, par M. de Passt, ingénieur en chef des ponts et chaussées, en retraite. (Mardi i3 août.) .
- Conférence sur la Destruction du phylloxéra, par M. Rohart, manufacturier chimiste. (Mardi 9 juillet.)
- 2e VOLUME. — Prix
- 4 fr. 50 pris à l’Imprimerie. 4 fr. 90 expédié par la poste.
- ARTS. ---- SCIENCES.
- „ ^ 4R78 Dar M. Émile Tbélat, directeur de fConférence sur le Palais de l’Exposition universelle de 1878, p
- 1 École spéciale d’architecture. (Jeudi 2 5 juillet.) ,. •, \
- conlêronoe enr la Décoration théâtrale. Parhomme ,1e lcllrM. Conférence sur l’Utilité d’un Musée des arts décoratifs, par
- ‘^Confèrence sur le Mobilier, par M Em.le Mu* diroettor de l'École apéci.le dVcldledure. (Samedi
- 2A août.)
- p.n.n. - vue 8/0
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- Conférence sur l’Enseignement du dessin, par M. L. Cernesson, architecte, membre du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine. (Samedi 3i août.)
- Conférence sur la Modalité dans la musique grecque, avec des exemples de musique dans les différents modes, par M. Bourgault-Ducoudray, grand prix de Rome, membre de la Commission des auditions musicales à l’Exposition universelle de 1878. (Samedi 7 septembre.)
- Conférence sur l’Habitation à toutes les époques, par M. Charles Lucas, architecte. (Lundi 9 sept.)
- Conférence sur la Céramique monumentale, par M. Sédille, architecte. (Jeudi 19 septembre.)
- Conférence sur le Bouddhisme à l’Exposition de 1878, par M. Léon Feer , membre de la Société indo-chinoise. (Jeudi i'r août.)
- Conférence sur le Tong-King et ses peuples, par M. l’abbé Durand, archiviste-bibliothécaire de la Société géographique de Paris, professeur des sciences géographiques à l’Université catholique. (Mardi 27 août.)
- Conférence sur l’Astronomie à l’Exposition de 1878, par M. Vinot, directeur du Journal du Ciel. (Jeudi 18 juillet.)
- Conférence sur les Applications industrielles de l’électricité, par M. Antoine Bréguet, ingénieur-constructeur. (Jeudi 8 août.)
- Conférence sur la Tachymètrie. — Réforme pédagogique pour les sciences exactes. — Rectification des fausses règles empiriques en usage,par M. Lagout, ingénieur en chef des ponts et chaussées. (Mardi 10 sept.)
- Conférence sur les Conditions d’équilibre des poissons dans l’eau douce et dans l’eau de mer, par M. le docteur A. Moreau, membre de l’Académie de médecine. (Mercredi a5 septembre.)
- 3e VOLUME. —
- ENSEIGNEMENT.
- 4 francs pris à l’Imprimerie. 4 fr. 40 expédié par la poste.
- --- SCIENCES ÉCONOMIQUES. -HYGIENE.
- Conférence sur l’Enseignement professionnel, par M. Corbon, sénateur. (Mercredi 10 juillet.)
- Conférence sur l’Enseignement des sourds-muets par la parole (méthode Jacob Rodrigues Pereire) et l’application de la méthode aux entendants-parlants, par M. F. Dément, inspecteur de l’enseignement primaire. (Jeudi 11 juillet.)
- Conférence sur l’Enseignement des sourds-muets dans les écoles d’entendants, parM. E. Grosselin, vice-président de la Société pour l’enseignement simultané des sourds-muets et des entendants-parlants. ( Jeudi 12 septembre.)
- Conférence sur la Gymnastique des sens, système d’éducation du jeune âge, par M. Constantin Delhez, professeur à Vienne (Autriche). (Lundi 19 août.)
- Conférence sur l’Unification des travaux géographiques, par M. de Ciiancourtois, ingénieur en chef au corps des Mines, professeur de géologie à l’Ecole natiouale des Mines. (Mardi 3 septembre.)
- Conférence sur l’Algérie, par M. Allan, publiciste. (Mardi 17 septembre.)
- Conférence sur l’Enseignement élémentaire de l’Économie politique, par M. Frédéric Passy, membre de l’Institut. (Dimanche an août.)
- Conférence sur les Institutions de prévoyance, d’après le Congrès international, au point de vue de l’intérêt français, par M. de Malarce, secrétaire perpétuel de la Société des Institutions de prévoyance de France. (Lundi îfi septembre.)
- Conférence sur le Droit international, par M. Ch. Lemonnier, président de la Ligue internationale de la paix et de la liberté. (Mercredi 18 septembre.)
- Conférence sur les Causes de la dépopulation, par M. le docteur A. DksprÈs, professeur agrégé à la Faculté de médecine, chirurgien de l’hôpital Cochin. (Lundi aG août.)
- Conférence sur le Choix d’un état au point de vue hygiénique et social, par M. Placide CouLfi ancien membre de la Commission du travail des enfants dans les manufactures. (Mardi 3o juillet.)
- Conférence sur les Hospices marins et les Écoles de rachitiques, par M. le docteur de Pietra-SantA» secrétaire de la Société française d’hygiène. (Mardi 23 juillet.)
- Conférence sur le Tabac au point de vue hygiénique, par M. le docteur A. Riant. (Mardi 20 août.)
- Conférence sur l'Usage alimentaire de la viande de cheval, par M. K. Dkcroix, vétérinaire princip^' fondateur du Comité de propagation pour l’usage alimentaire de la viande de cheval. (Jeudi 2G septembre.)
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- RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL.
- INTRODUCTION.
- p.n.n. - vue 10/0
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- rapports du jury international.
- INTRODUCTION,
- PAR
- M. JULES SIMON,
- RAPPORTEUR GÉNÉRAL.
- PARIS.
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- IMPRIMEE IE NAT 10 N A L E.
- M DCCC LXXX.
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- L’EXPOSITION INTERNATIONALE
- DE 1878.
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- CHAPITRE PREMIER.
- LES EXPOSITIONS NATIONALES. — 1798-1849.
- I
- Si l’on ne tient compte que des expositions universelles qui ont eu lieu dans les grandes capitales du monde, 1 Exposition de 1878 est la sixième. Elle est la quatorzième de nos expositions nationales. La première de celles-ci a eu lieu eu 1798. Ce fut une idée heureuse de François de Neuf-château, poète médiocre, mais administrateur de premier ordre, qui dirigeait alors le ministère de l’intérieur La France respirait à peine après les épouvantenients de 179^’ Le n’était pas le Directoire, sans doctrine, sans but, sans autorité, qui pouvait lui assurer la paix intérieure. O11 sortait d’une guerre contre tous les peuples de 1 Europe; une
- (l) François de NeufcluUeau ne manqua pas de signaler la liberté commer-ciale comme une des conquêtes de la Révolution, et I institution qu il inaugurait comme un des instruments de la liberté commerciale. «La liberté appelle Es arts utiles en allumant le flambeau d’une émulation inconnue sous le despotisme, et nous offre ainsi les moyens de surpasser nos rivaux et de vaincre Uos ennemis, n Vaincre nos ennemis : on est bien loin des expositions internationales. Tout le discours d'inauguration est dans ce style. Il fut prononcé le 2 jour complémentaire an vi.
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- LES EXPOSITIONS NATIONALES.
- nouvelle coalition venait de se former sur nos frontières,
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- dans un moment où nous avions porté contre l’Egypte notre flotte et une portion de notre armée, pour ruiner le commerce et l’influence de l’Angleterre. Les troubles intérieurs, les guerres incessantes, n’étaient pas, pour nos industries, les seules causes de préoccupation; elles avaient eu leur révolution, dans leur régime légal, comme toutes les institutions françaises. L’abolition des corporations, des jurandes et maîtrises, des douanes intérieures, commencée par Tur-got avec tant d’énergie, puis refoulée par la coalition des préjugés et des intérêts, était devenue partout effective; et l’on se demandait, tant était enracinée la doctrine du privilège, si, dans cette liberté et cette concurrence universelle, un seul atelier avait pu subsister. Il fut démontré par le succès de la première Exposition qu’il y avait encore, sur divers points du territoire, des maisons florissantes; que des progrès avaient été accomplis dans l’outillage et la fabrication; et qu’on pouvait, chose étrange, travailler sans en avoir acheté le droit, et trouver des cbalands sur un marché libre.
- Chaptal, qui venait d’entrer à l’Institut, et qui était lui-même un grand industriel (fabricant de produits chimiques), si grand que la Prusse et l’Amérique l’avaient disputé à lav France, fut un des membres du jury h). Use chargea d’écrire le rapport. Le ministre et lui furent à peu près seuls à comprendre la grandeur de ce que Fou commençait. Le public ne vit dans cette Exposition qu’une fête du travail, selon les termes du programme; la plupart des fabricants n’y virent qu’une occasion de vendre leurs produits, cc une foirer.
- (l) Vieil, (Lillois, Darcel, Chaptal, etc.
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- Ii en vint, en tout, 110 W. Le ministre, dans son discours d’inauguration, attribua ce petit nombre au peu de temps cpi on avait eu pour se préparer. On ouvrait le icr jour complémentaire an vi (septembre 1798); la lettre de convocation était du 9 fructidor de la même année, « G est une tête improvisée, disait-il; on lia pas pu faire ses apprêts. t> Les départements éloignés, avertis trop tard, avaient à peine commencé l’expédition de leurs marchandises que l’Exposition était déjà ouverte. Elle ne devait durer que trois jours: on la prolongea jusqu’au 1 0 vendémiaire. Le public y prit goût; il y fit des affaires; tout ce qui était exposé se vendit dans de bonnes conditions. Les savants lurent frappés des progrès accomplis, principalement pour la tannerie et les produits chimiques, et aussi, comme on devait s’y attendre, pour la fabrication des armes. On avait promis douze récompenses; le jury, après examen, crut devoir y ajouter treize mentions honorables. Parmi les récompensés figurent quelques noms célèbres dans l’industrie française : B réguet, pour l’horlogerie, Lenoir, fabricant d’instruments de précision, Didot, Herhan, éditeurs. Conté, qui provoqua l’année suivante la création du Conservatoire des arts et métiers, et dont Gaspard Monge disait : cc 11 a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main,^ lut récompensé pour sa fabrique de crayons à la mine de plomb
- «Cette première Exposition, dit François de Neufcha-
- (1) A l'Exposition de 1878, la classe 40 comptait à elle seule 1,809 exl)ü" sauts. Il y avait 90 classes.
- ^ Les autres noms qui complètent la liste dTionneur sont ceux de : Clouet (lers convertis en acier); Dilli et Guérard (tableaux en porcelaine); Desar-nod (cheminées) ; Gremond et Barre (toiles peintes); Deharme (ouvrages en tôle vernie); Payn (bonneterie); Botter (faïences); Denis Jullien (colons filés).
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- teau, a rempli de la manière la plus heureuse les vues paternelles du Directoire exécutif. Lisez avec attention le catalogue des produits exposés, avec le jugement du jury qui se trouve à la suite, et vous vous convaincrez que l’industrie française, prise au dépourvu, sans avoir eu le temps d’employer tous ses moyens et de développer ses ressources, a honoré le génie national par des productions qui peuvent exciter l’envie des étrangers(1). » Le ministre ne manque pas d’ajouter que cette première campagne est désastreuse pour l’industrie anglaise et glorieuse pour la République. C’était son rôle d’initiateur, d’exagérer ainsi l’importance de l’institution qu’il venait de créer; et il était d’autant plus satisfait du résultat, qu’il avait craint dans les premiers moments un échec complet. Pour nous, contemporains des expositions internationales, nous ne saurions partager son enthousiasme pour recette première campagne,'» où l’armée se composait de 110 exposants, et nous croyons qu’il cédait outre mesure à ses préoccupations patriotiques, quand il déclarait que l’industrie anglaise 11e se relèverait pas de cet échec. Pour remettre tout à sa place, sans exagération ni dénigrement, il faut se rappeler qu’il s’agissait d’une entreprise entièrement nouvelle, qui, quelques années auparavant, du temps des corporations, aurait été tout à fait impossible. C’élait déjà un très grand point de n’avoir pas échoué à plat.
- François de Neufchiiteau avait décidé qu’il y aurait une Exposition à Paris tous les ans; cependant il 11’y en eut ni en 1799 n* e11 l8°°- "Cette belle institution, dit-il mélancoliquement dans une note de l’ouvrage qu’il publia sur
- (1) Circulaire du a 4 vendémiaire an vu.
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- son double exercice du ministère, paraît avoir été mise de côté avec le ministre qui l’avait conçue,
- Chaptal, devenu ministre à son tour après la retraite de Lucien Bonaparte, rétablit les expositions et décida qu elles auraient lieu tous les cinq ans. Cette règle ne fut jamais observée. Les circonstances en décidèrent. Voici la série des expositions nationales, avec le nombre des exposants qui prirent part à chacune d’elles 6).
- Sous le Directoire, 1 exposition : celle de 1798, 110 exposants.
- Sous le Consulat, 2 expositions: celle de 1801, 229 exposants; celle de 1802 (après la paix), h ho.
- Sous l’Empire, l’Exposition de 1806; nombre des exposants : l,/l2 2.
- Sous la Restauration, trois expositions: 1819, 182.3, 1827 ; nombre des exposants: 1,662, i,6Ô8, 1,79b.
- RELEVÉ GÉNÉRAL DES ONZE EXPOSITIONS NATIONALES DE L’INDUSTRIE.
- | XDMEROS D’ORDRE. OUVERTUR Jours et mois. ES. Années. DURÉE. Jours. LIEU de l’exposition. NOMÏ des I exposants. RE des récom- penses.
- 1 3 derniers jours com-
- plémenlaircs i798 (an vi)-. 3 !•’ Champ de Mars 1 10 a3
- 2 5 jours complémen -
- iRoi (an i\ ). . 6 Louvre aag 80
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- 8 iftr mai ,83 A Go Place de la Concorde. a,AA7 1,78a
- 9 ïào.m . . . 60 Champs-Elysées 3.a8i a,3o5
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- (*> L’Exposilion , qui ne (levait durer que trois jours, fut prolongée jusqu au 10 vendémiaire.
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- Sous Louis-Philippe, trois expositions: i834, 1839, i844; nombre des exposants : 2,4/17, 3,381, 3,963.
- La seconde République fit une Exposition en 18/19, la onzième et dernière Exposition purement nationale. Cette solennité attira 4,532 exposants. Comme la fête de 1798, elle triompha des conséquences de la guerre civile, et démontra une fois de plus la puissante vitalité de l’industrie française.
- 32 départements de la France actuelle® et 6 départements que nous avons perdus® prirent part à l’Exposition de l’an ix (1801). On y compta 220 exposants et plus de 4oo produits exposés. Elle s’ouvrit, comme l’Exposition de 1798, au mois de septembre. On l’avait installée dans la cour du Louvre. Une colonnade, élevée jusqu’à la première corniche du palais, semblait faire corps avec le monument. Les cuirs imperméables à l’humidité, les draps, les velours, les tissus de coton, les maroquins, la bonneterie, l’horlogerie, les armes de guerre et de luxe, les scies et les limes, industries nouvelles en France, la quincaillerie et les toiles métalliques, l’ébénisterie, les caractères d’imprimerie, étaient rassemblés dans cet espace restreint, qui fut constamment envahi par la foule. Le public, comme toujours, allait aux objets éclatants; le jury dirigé par
- (l) Ardennes, Ardèche, Ain, Aisne, Aube, Côtes-du-Nord, Creuse, Charente, Drôme, Doubs, Eure, Gironde, Ilaule-Loire, Haute-Vienne, Isère, Jura, Lot-et-Garonne, Loir-et-Cher, Manche, Marne, Maine-et-Loire, Mayenne, Moselle, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Khône, Seine-et-Marne, Seine-el-Oise, Seine-Inférieure, Seine, Somme.
- (î) Deux-Nèlhes, Dyle, llaut-Khin, Léman, Mont-Blanc, Ourthe.
- (:i) Chaptal composa avec beaucoup de soin la liste du jury chargé d’apprécier le mérite des objets exposés en 1801. Dans la liste, publiée le 1 9 fructidor an ix, et qui comprend en tout quinze noms, on compte sept membres
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- Ghaptal, ministre de l’intérieur, et par Gostaz, rapporteur, réserva surtout ses faveurs aux produits utiles, aux améliorations durables. 11 inaugura cette règle, très importante, adoptée depuis par tous les jurys, de récompenser les progrès, non les tours de force. On cite à ce sujet une anecdote curieuse, qui mérite d’être conservée parce qu elle détermine très exactement le but et le principe des expositions.
- Un fabricant de menue coutellerie, qui demeurait à Thiers (Puy-de-Dôme), au lieu d’exposer les produits utiles, mais communs, de sa fabrique, présenta des fusils de chasse damasquinés avec le plus grand luxe. Le célèbre Fox, qui fut tour à tour chef de l’opposition et ministre sous Georges III, l’un des orateurs et des‘hommes d’Etat les plus célèbres de l’Angleterre, se trouvait alors à Paris. 11
- de l’Institut : Berthollet, l’illustre chimiste; le célèbre horloger Ferdinand Bcr-thoud ; Guyton de Morveau, chimiste ; l’aîné des frères Montgolfier (Joseph Mont-golfier, celui qui inventa le bélier hydraulique et fut administrateur du Conservatoire des arts et métiers); le grand ingénieur de Prony, directeur de l’Ecole des ponts et chaussées; Raimond, architecte, à qui l’on doit la construction de la place du Peyrou, à Montpellier; Vincent, peintre, dont plusieurs tableaux sont conservés au musée du Louvre, lies autres membres étaient : Bardel, qualifié, dans l’arrêté de nomination, de membre de la section des arts et manufactures du conseil du ministère de l’intérieur; Scipion Perrier, membre du même conseil, pour la section des arts et manufactures; Bonjour, commissaire général des salines, élève et ami de Berthollet; Bosc, membre du Tribunal, dont le frère, qui appartenait à l’Académie des sciences, a été l’un des hommes les plus respectés et les plus intègres de la Révolution; Gostaz, membre du Tribunat et de l’Institut d’Égypte, vice-président de la Société d’encouragement, rapporleur de toutes les expositions qui se sont succédé de 1801 à 1819; Ie mécanicien Périer, qui a construit la pompe à feu de Ghaillol et formé la galerie des modèles du Conservatoire des arts et métiers; enfin, le peintre Mérimée, secrétaire de l’École des beaux-arts, père de M. Prosper Mérimée, membre de l’Académie française.
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- exprima le désir de visiter l’Exposition en détail, et le ministre (Ghaptal) l’accompagna. En entrant dans le portique occupé par le fabricant de Thiers, le ministre ne voit que des armes d’un grand prix; sa mémoire fidèle lui rappelle que d’autres objets ont été annoncés; il demande à les voir, et c’est avec peine que le fabricant se décide à exhumer du fond de son magasin une caisse qu’il n’avait pas même ouverte depuis son arrivée, et qui contenait des couteaux et des rasoirs assez grossiers. Fox s’informe du prix de ces objets, et il apprend avec étonnement que les couteaux coûtaient trois sous et les rasoirs douze sous la pièce. «Pour un prix aussi modique, on ne peut, dit-il, avoir rien de bon, et ces lames doivent être de plomb.» Pour toute réponse, le ministre‘prend deux modèles, les casse et fait voir que les lames sont faites, celles des couteaux avec de l’acier commun, mais bon, celles des rasoirs avec de l’acier dont le grain est assez fin. te Et pourquoi donc, Monsieur, demande le ministre au fabricant, ne nous avez-vous pas présenté ces objets? — Mais ils sont si grossièrement travaillés et connus de tout le monde. — Vous vous trompez, reprit Fox; mes compatriotes et moi, nous étions loin de croire que, pour quinze sous, on put se procurer un couteau et un rasoir; j’achète la caisse entière et je l’emporte en Angleterre, où l’on n’est pas encore parvenu à en fabriquer de semblables à aussi bon marché W. »
- Plusieurs des exposants de 1798 reparurent avec éclat en 1801. Parmi les exposants nouveaux qui obtinrent des récompenses, on remarque Montgolfier, pour sa papeterie
- (l) Histoire des expositions des produits de Vindustrie française, par Achille de Cohnont, 1855. Cliaplal avait lui-môme raconté cette anecdote. Ghaptal, De l’industrie française, t. Il, p. t)Q, Paris, 1819.
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- cl Annonay ; Ternaux, pour ses fabriques (le drap a Lou-viers, Reims, Sedan. Les autres récompenses furent obtenues par des filateurs, des tisseurs, des teinturiers, des fondeurs, des fabricants de limes et de scies, des bonnetiers, des horlogers, des quincailliers, des ébénistes, etc. Dans îa liste figurent des collectivités : les administrateurs des etablissements du Creuzot et du Mont-Cenis, la manufacture d’armes de Versailles, la manufacture de Grillon, près Dourdan (piqués etbasins). On y remarque aussi des plans (modèle d’une nouvelle écluse), des machines (machines à imprimer sur étoffes de laine), des fleurs imitant îa broderie) , etc.
- Les organisateurs de cette seconde fête industrielle avaient eu l’idée de réunir dans une même Exposition les arts industriels et les beaux-arts. Les mots d'arl et àarttslrs, aujourd’hui presque exclusivement réservés aux beaux-arts et à ceux qui les cultivent, avaient alors une signification plus étendue. On trouve, dans les listes de récompenses, des prix décernés à des arlisles qui sont des tisseurs et des forgerons. C’est, dans ce sens que nous disons encore : le Conservatoire des arts et métiers, l’École des arts et métiers. Le programme appelait expressément les beaux-arts à prendre part à l’Exposition : «Nul art ne doit être excepté, disait le ministre; des statues se dresseront à coté des socs de charrue, des tableaux seront suspendus près des étoiles. v>
- L’idée était juste. L’industrie vit par les sciences et par les beaux-arts et ne devrait jamais en être séparée. Mais 1 appel ne fut pas entendu. Les beaux-arts avaient conservé leur Exposition annuelle. Il y en avait eu une en i 793. Interrompue une seule fois, en 179^, la tradition fut reprise dès l’année suivante et poursuivie sans interruption jusqu’en
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- 1802 inclusivement, époque où les expositions commencèrent à n’avoir lieu que tous les deux ans ou même tous les trois ans. On revint ensuite, à partir de i83o, aux expositions annuelles. En 1801, année de la seconde Exposition industrielle, l’Exposition spéciale des beaux-arts fut ouverte le i5 fructidor dans son local ordinaire (dans le salon du Musée central des arts). 720 artistes y apportèrent leurs ouvrages. L’Exposition industrielle de la même année ne compta que 229 exposants. Les artistes voulaient être chez eux, en présence de leur propre public. Ils regardaient de haut l’industrie, dont personne ne comprenait encore la grandeur et l’importance. Ils avaient un dédain, plus facile à concevoir, pour l’art transformé par l’industrie en objet de trafic courant. Ces préjugés furent si persévérants que nous les retrouverons en i85i, et que la trace n’en est pas encore complètement effacée.
- L’Exposition de l’an x (septembre 1802), qui eut lieu après la conclusion de la paix, attira naturellement plus d’exposants et de visiteurs que celle de l’année précédente. On y vit figurer 73 départements et 5ùo exposants. Le jury distribua 38 médailles d’or, 53 médailles d’argent et 60 médailles de bronze. Peu de grands noms nouveaux à citer parmi les récompensés: Darcet, produits chimiques; Odiot, orfèvrerie. Sallandrouze, pour scs tapis, n’obtient, pour cette fois, qu’une médaille d’argent. On remarque quelques outils : le bélier hydraulique de Montgollier, un balancier, des instruments d’astronomie et de précision. Le Gouvernement et les industriels comprirent que les expositions annuelles ne différeraient pas assez entre elles pour offrir un grand attrait aux hommes compétents et au public. C’est seulement après un intervalle de quatre ans, au retour de
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- la campagne d’Austerlitz (septembre 1806), que 1 empereur convoqua de nouvelles assises industrielles. Cette fois,
- 1 Exposition eut un grand éclat. 1 où départements, 1,^22 exposants, y prirent part. Cette grande lête du travail après tant de fêtes militaires, ces œuvres de la paix succédant au bruit et aux émotions de guerres longues et dangereuses, parurent la confirmation des espérances d une longue période de calme et de prospérité, espérances trop tôt démenties. La cour du Louvre devenait insuffisante; il fallut construire sur l’esplanade des Invalides un palais de 1 industrie. 54 exposants obtinrent des médailles d’or. Nous signalerons parmi eux Oberkampf, dont la fabrique de toiles peintes acquit rapidement une grande renommée; Japy, iabricant de mouvements d’horlogerie; des maisons déjà couronnées dans les expositions précédentes et dont le succès allait en croissant; Pierre et Firmin Didot, destinés à une si glorieuse célébrité; Désarnod, fabricant d’appareils de chauffage; l’orfèvre Odiot; les frères Ternaux. Charles Albert, Calla, Pouchet, avaient exposé des machines à filer le coton; Douglas, des machines pour la laine; Gosselin, des cylindres à laminer à).
- Nous n’avions encore, à la date de 1806, qu’une seule usine, celle du Creuzot, où les minerais de 1er lussent lon-dos par le coke. Néanmoins, les aciéries étaient en progrès;
- Camus, qui fit un rapport à l’Institut sur les expositions de 1 an vi et de l’an ix., mentionne un compartiment portant cet écriteau : Objets fabriques dans les maisons de force de Bicêtre, Saint-Lazare, Garni, Bruxelles, etc. Il ne manque pas de déclarer, suivant le goiil du temps, que ce spectacle excite sa sensibilité. Il nous apprend, dans le même rapport, que 1 Exposition de I an vi n’est pas la première; qu’il y eut une exposition toute semblable dans une lête donnée à Alexandrie par Ptolémée lMiilopator, et dont on trouve la description dans le Deipnosophiste d’Athénée.
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- les fabriques d’étoffes de soie et de laine continuaient à se multiplier et à grandir. 11 en était de même des cristaux, de la poterie, des diverses industries du cuir. Outre les 54 médailles d’or, on distribua 97 médailles d’argent; nous trouvons, parmi les médaillés de cette catégorie: Dollfus, Mieg, pour leurs toiles peintes; Grandin, pour ses draps; Le-paute, François Robert, pour l’horlogerie; des fabricants
- r
- de Casimir; un grand nombre d’aciéries. L’Ecole polytechnique, créée en 1794, remaniée en 180h par Napoléon, commençait à donner des ingénieurs aux grandes industries. Le Conservatoire des arts et métiers fournissait un fort contingent de bons directeurs de travaux. La Société d’encouragement, dont Chaptal était président et qui comptait dans ses rangs les Berthollet, les Fourcroy, les Monge, les Prony, les Vauquelin, provoquait l’application des sciences à l’industrie. Les hommes d’Etat, tels que François de Neufchâteau, Regnaud de Saint-Jean d’Angely, les agriculteurs, les financiers, s’y rencontraient avec les savants. Quand 011 pense aux elforts prodigieux que la France venait de faire, d’abord pour se défendre contre l’Europe et ensuite pour l’asservir, on se demande comment il lui restait des capitaux et des hommes pour entretenir le mouvement des usines et du commerce. Il y eut un temps d’arrêt dans les expositions après 1806. O11 devait faire une Expo-sition nouvelle en 1809; elle n’eut pas lieu. C’est l’année de la guerre d’Espagne, l’année de la cinquième coalition. On 11e songeait plus qu’aux bulletins de bataille. Les Martyrs de Chateaubriand, le Pape de Joseph de Maistre, parurent au milieu de toutes ces tempêtes; l’année suivante, l’Exposition de peinture fut remplie des chefs-d’œuvre de David, de Gros, de Guérin, de Gérard, de Girodet qui ob-
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- tint le grand prix pour son tableau la Révolte du Caire, de Prudhon. (Géricault n’exposa qu’en 1812 le Guide de la garde impériale.) Ces œuvres de génie accompagnent bien nne ère héroïque. Mais il faut de la tranquillité d esprit pour préparer une grande exposition industrielle et pour se disposer à y prendre part en entreprenant des travaux de longue haleine, et en engageant des capitaux considérables. H ne s’agissait plus, en 1809, de réunir 110 exposants, comme on l’avait fait à la bâte en 1798. Cet empire, plus grand que jamais, mais déjà menacé, portait en lui une double cause de faiblesse, car, ne pouvant aspirer quau grand, il n’était même plus capable du petit.
- Puis vinrent rapidement les tragédies de 1813, 181 h, 1815. L’Exposition de 1806 ne fut suivie d’une exposition
- nouvelle qu’après un intervalle de treize ans, et, quoiquon eût déjà derrière soi trois années d’une paix douloureuse, agitée par des convulsions intérieures, ce lut un acte de courage de la tenter.
- La France, en 1818, avait payé à ses ennemis, qui se disaient ses sauveurs, une contribution de 205 millions de
- francs. L’armée d’occupation, après avoir séjourné trois ans
- sur notre sol, avait repris, à courtes journées, le chemin de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie. Nous venions tout à l’heure de rentrer chez nous, car la patrie occupée
- par l’étranger 11’est pas la patrie, quand une ordonnance du roi, datée du 13 janvier 1819 et contresignée par M. De-cazes, ministre de l’intérieur, lixa au 2 5 août de la même
- année, jour de la le te du roi, l’ouverture de la cinquième Exposition nationale.
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- Les historiens, s’ils veulent enfin donner au développement du travail industriel la place considérable qui lui est due, devront étudier avec soin cette Exposition. Soit que l’on regarde les révolutions intérieures ou les guerres étrangères, les trente années qui venaient de s’écouler nous séparaient de l’ancien régime autant que l’auraient fait plusieurs siècles. Pendant ces trente années, la guerre avait dévoré les hommes et l’argent; en revanche, la liberté des personnes et du travail, la nécessité de fournir aux besoins de l’armée et à ceux clu luxe, avaient entretenu l’activité de la plupart des industries. Outre les grandes lois de l’Assemblée constituante, la chimie, renouvelée ou créée dans les dernières années du xvmc siècle, et la vapeur, introduite dans les ateliers pendant les premières années du xixc, donnaient à l’activité humaine des forces nouvelles, un caractère nouveau. Avec les guerres en permanence, le blocus continental et l’occupation, on avait travaillé dans la fièvre; on allait enfin se reconnaître, s’appliquer sérieusement et uniquement au travail, avec sécurité, avec liberté, par conséquent. Il importait et il importe de savoir où nous en étions exactement de toutes nos industries dans cette première année de paix et de reprise de possession de nous-mêmes.
- J,a conquête de la vapeur comprend trois phases et s’exprime en trois noms : Papin, Newcoinen, Watt. Papin trouve le principe , Newcomen en fait la première application industrielle, Watt rend l’invention pratique par le condensateur (1703) et la détente de la vapeur (1773). C’est seulement en 181 a, un siècle après la mort de Denis
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- Papin, que. l’on vit les premiers bateaux à vapeur sur la Glyde. Les machines à vapeur se répandirent rapidement dans les années suivantes, même en France, ou elles prirent surtout une grande place dans les diverses industries de la filature et du tissage. La vapeur ne figura nulle part dans l’Exposition de 1819, ni à titre dobjet expose, ni comme productrice de force; mais on retrouvait sa trace dans un grand nombre de produits qui devaient à son emploi leur multiplication, l’abaissement de leurs prix et la régularité plus uniforme de leur fabrication. Elle était le lait capital de cette Exposition ou les macbines productrices de force ne furent pas exposées isolément et pour elles-mêmes. On y voyait des macbines à carder de Douglas et de Locke-nll, la machine à filer la laine cardée de Prosper Bellauger, la machine à filer la laine peignée de Dobo; mais, quoique Douglas fût en même temps constructeur de macbines a vapeur, il n’en avait exposé aucune.
- La machine à carder de cette maison fonctionnait à Paris depuis l’an xi; vers la même époque, John Gockerill avait employé les siennes à Verviers et à Liège; il en avait installe une à Reims quelques années plus tard. A Reims aussi étaient les ateliers, ou l’un des ateliers, de la maison Ter-uaux, dont la féconde activité se manilestait dans plusieurs de nos centres industriels et par divers genres de fabrication; c’est à Reims que Dobo, un de leurs ingénieurs, avait établi d abord la machine à filer la laine peignée, avec laquelle, en 181 5 , il avait remporté le prix de la Société d encouragement. La machine à fouler la laine cardée, de Prosper Bellanger, fonctionnait à Darnétal. Au reste, on sait que la laine et la soie, tout en adoptant les machines a vapeur ou à lorce hydraulique pour la préparation, conservèrent
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- longtemps le métier à bras pour le tissage. Les traités de 1860 trouvèrent Sedan, Elbcuf, Louviers, remplis de métiers à bras. Tous les tissus de la fabrique lyonnaise se faisaient à domicile par des ouvriers, travaillant sur leur propre métier ou sur les métiers de chefs d’atelier qui en possédaient en général deux ou trois. C’est dans l’industrie du coton que le tissage mécanique fut presque immédiatement adopté.
- La France, sous l’ancien régime, faisait beaucoup de toiles de lin et de chanvre. L’invasion du coton, car c’est ce nom d’invasion qu’il convient d’employer, ne lit pas disparaître nos anciennes filatures, nos anciens tissages de lin et de chanvre; mais elle leur fit subir des transformations assez profondes, et commença par les frapper sur leurs propres marchés. Nous avions cet avantage d’être nous-mêmes producteurs de la matière première, tandis que nous sommes obligés d’acheter, soit en balles, soit en fils, tout le coton qui alimente nos usines. Il n’est pas sans intérêt de noter en passant qu’à l’époque où le lin triomphait sans rival dans nos lubriques, notre lin indigène suffisait à notre production industrielle; tandis qu’aujourd’hui, avec tant de nouveaux textiles qui le combattent et surtout avec la concurrence écrasante du coton, il neutre plus que pour partie dans notre fabrication, la Russie nous fournissant chaque année des quantités considérables de matière première. Ce résultat tient à une double cause : d’abord, la culture du lin a diminué chez nous, ce qui est regrettable; et ensuite la consommation, et par suite la fabrication de toutes les étoiles, a considérablement augmenté, signe évident d’une prospérité croissante. U n’en est pas moins vrai que la race humaine, répandue sur la surlace du globe, se (‘ouvre prin-
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- LES EXPOSITIONS NATIONALES, eipalement de coton et de lainages. La vogue de la laine remonte à toute antiquité; mais le coton nest devenu envahissant qu’au xixe siècle. 11 le fut d’abord partout ailleurs que chez nous (0. Toute l’Europe fabriquait de la percale et du calicot eu abondance, que nous en étions encore pour ce genre de produits aux tâtonnements. Nos industries, en général, ont de la peine à se retourner, ce qui ne semble pas très conforme au génie national, ou du moins au génie national qu’on nous attribue. La cause de cette lenteur tient peut-être à l’immobilité où les règlements des corporations et des maîtrises nous ont si longtemps condamnés. Nous commençons à savoir prendre résolument notre parti; nous étions moins hardis dans les premières années du siècle. On comprit cependant que les ouvriers qui avaient excellé dans la fabrication du linon et de la batiste et qui se trouvaient en partie sans ouvrage, étaient tout préparés à faire de la percale et de la mousseline. 11 n’y eut qu’à changer la matière première pour rendre à Saint-Quentin, à Tarare, la vie qui commençait à leur échapper. Grâce à cette transformation, on put constater, en 1819, que la population de Saint-Quentin avait augmenté d’un quart depuis l’Exposition de 1806.
- Le nombre et l’importance des tissages de coton turent un des traits nouveaux et caractéristiques de l’Exposition de 1819. La nouvelle industrie 11e lit que grandir dans les années suivantes. Elle envahit l’Alsace et la Normandie; mais
- (1) Doulcet de Pontécoulant, préfet de la Dyle (Bruxelles), s exprime ainsi dans une circulaire du 6 lloréal an ix : «Les produits de nos fabriques de tisserands sont supérieurs à ceux des fabriques étrangères pour toutes les étoiles de lin et de chanvre, et rivalisent avec elles de goût et de perfection dans les ouvrages où le coton seul est employé. »
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- elle ne put lutter qu’à l’aide de droits protecteurs contre l’Angleterre, qui avait le coton et la houille à meilleur marché que nous.
- Notre situation était toute différente pour la laine et la soie. Nous avons eu à subir, depuis 1819, deux événements considérables : la maladie du ver à soie et la concurrence des laines australiennes; mais, à cette époque, nous gardions, dans les deux industries, notre supériorité comme fabricants, et nous avions augmenté notre importance comme producteurs. Les moutons mérinos avaient été introduits en France depuis longtemps, et la laine des mérinos français avait figuré honorablement à l’Exposition de 1806. On était d’accord à cette époque pour en louer la finesse; mais, disait-on, elle n’avait pas autant de nerf que la laine espagnole. La vérité est qu’elle était à/la fois plus fine et aussi résistante; les consommateurs 11e manquèrent pas de s’en apercevoir et de lui donner la préférence. En 1819, loin de nous approvisionner en Espagne, nous pouvions livrer des laines mérinos à l’exportation, et quoique nos prix fussent supérieurs à ceux de nos voisins, nous trouvions acheteurs sur les grandes places de l’Europe. Ce succès très vif tenait, suivant le rapporteur du jury, non seulement à la qualité des laines, mais aux soins apportés au triage et au lavage par les producteurs français.
- La même habileté de main-d’œuvre, la même attention exacte et soutenue, se retrouvaient dans toutes les opérations de la filature. Elles étaient plus remarquables encore dans les opérations du tissage. Nos draperies fiues tenaient le premier rang; il en était de môme de nos châles de mérinos et de la plupart de nos tissus ras. crDepuis 1806, disait le rapporteur Costaz, qui avait été rapporteur de plu-
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- sieurs expositions précédentes, la fabrication des lainages a fait dans toutes ses parties des progrès si considei ables <Ju’on peut regarder cette industrie comme ayant subi un
- renouvellement presque total, d
- Nous avions fait aussi une conquête signalée dans la culture du ver à soie. La soie jaune que nous donnaient nos vers pouvait être teinte en blauc; mais ce blanc se salissait à l’user, et la couleur naturelle de la soie perçait sous la teinture, ce qui donnait une grande supériorité aux soies blanches de la Chine. On réussit à se procurer des vers produisant de la soie blanche; ils s’acclimatèrent et prospérèrent, ce qui augmenta du même coup la richesse de nos magnaneries et celle de nos manufactures. Deux procédés, inventés à quelques années de distance par Gensoul et Bonnard, l’un et l’autre fabricants lyonnais, avaient amélioré le tissage et la filature; le métier Jacquart, déjà connu en 1806, et honoré, à cette époque, d’une médaille dargent, avait été perfectionné par son auteur, et était désormais si généralement employé que les tireuses de laine avaient perdu leur ingrat et fatigant métier, et disparu complètement des ateliers.
- M. Ternaux avait doté la France d’une industrie nouvelle, on se procurant, parla voie de Cazan, des poils de cachemire. Il voulut ensuite acclimater en France les chèvres qui le produisent; il ne fut pas possible de se procurer des individus de pure race thibétaine ; mais on ramena du lond de 1 Asie des chèvres de la race kirghize, qui s en rapprochent beaucoup par la finesse du duvet. Notre agriculture était, en 1819, en possession de cette race précieuse; elle le croyait du moins; et elle devait, en grande partie, cette acquisition à la générosité deM. Ternaux et au courage de
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- M. Joubert, qui n’avait reculé devant aucun danger pour nous assurer la conquête de cette nouvelle toison d’or.
- Les progrès n’étaient pas moins marqués pour tout ce qui touchait à la teinture. Gonin nous avait appris à remplacer la cochenille par la garance; Raymond avait substitué le bleu de Prusse à l’indigo. On ne produisait précédemment le vert que par une combinaison du jaune et du bleu, qui était sujette à se défraîchir et à passer; Widner, fabricant à Jouy, trouva un vert obtenu directement, très brillant et très solide, ce qui fut considéré comme une amélioration notable dans les procédés de fabrication et la valeur des produits. Une excellente méthode de blanchiment des toiles, inventée par Berthollet, était entrée dans la pratique générale.
- Notre maroquinerie, nos cuirs vernis, étaient à peu près au même point qu’en 180O. Il en était de même de nos belles sortes de papier fabriqué à la main; mais les papiers inférieurs, et même des papiers fort beaux, étaient fabriqués à la mécanique, et pouvaient lutter de qualité et de bon marché avec les papiers anglais. La machine dont on se servait avait été inventée, en 1799, par un ouvrier français, nommé Robert. Elle fut exécutée assez tardivement, en Angleterre, mais pour le compte de fabricants français, qui commencèrent à en faire usage en 1815. Ce fut toute une révolution dans cette industrie.
- L’industrie du fer se développait dans une large proportion par la création de forges nombreuses et d’importantes améliorations dans la main-d’œuvre. Le rapporteur signalait comme progrès principaux la substitution des laminoirs au martinet pour la formation et l’étirage des barres, et le four à réverbère employé à Vierzon par Àubertot. Les tra-
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- vaux de Berthollet, Monge et Yanderinonde avaient donné en Europe une impulsion nouvelle à la fabrication de 1 acier : ce furent nos rivaux qui profitèrent les premiers de nos de-couvertes; il n’y eut aucun échantillon d acier à 1 Exposition de 1801; on en vit, en petit nombre, à 1 Exposition de 1802, en nombre déjà croissant à l’Exposition de 1806; mais ce n’est que vers 1809 et 1810 que les aciéries commencèrent à se multiplier et à donner d’importants résultats. 21 départements envoyèrent de l’acier à l’Exposition de 1819. Le jury distingua particulièrement les produits de la Bérardière, près Saint-Étienne, usine appartenant à Milleret et dirigée par l’ingénieur Beaunier. Les échantillons fournis par les autres établissements étaient' loin d’être sans mérite ; toutes les sortes d’acier usuel se Trou-vaient représentées; en somme, il fut constaté que la fabrication française était montée en grand, et suffisait aux besoins du commerce. INous avions également à nous féliciter des progrès du laminage et de la tréfilerie. La fabrication des faux et faucilles avait prospéré, grâce aux progrès de nos aciéries. Elle était presque dans l’enfance en 1806; nous étions à cette époque tributaires des étrangers; mais, en 1816, la France produisait 72,000 faux; en 1819, la seule maison de MM. Garrigou, à Toulouse, en produisait 50,000. Les limes et les râpes avaient lait des progrès analogues.
- Le jury de 1819 vit avec joie des échantillons détain provenant de mines françaises. 11 n’y en avait pas à 1 Exposition de 1806 ni aux expositions précédentes. Les gisements découverts à Vaulry (Haute-Vienne) et à Piriac (Loire-Inférieure) donnaient un métal de bonne qualité. O11 avait exposé une glace parfaitement étamée avec de l’étain fran-
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- çais. Mais les produits de l’exploitation ne furent pas suffisants pour couvrir les frais, et on dut y renoncer au bout de quelques années.
- La lithographie fut, pour le public, un des grands attraits de l’Exposition. La découverte n’était pas précisément nouvelle; elle remonte aux dernières années du xvmc siècle; il y avait même à Paris, depuis 1802, un atelier de lithographie, fondé par un des ouvriers de l’inventeur Senefel-der ; mais ce n’est qu’après 181A, et grâce aux efforts d’En-gelmann (de Mulhouse) et du comte de Lasteyrie, qu’elle entra dans la fabrication courante.
- Un des faits les plus incontestables de l’histoire, c’est qu’au moment de la révocation de l’édit de Nantes, tout un peuple de commerçants, d’industriels, d’ouvriers, quitta la France, et porta chez nos concurrents les talents et les capitaux qui faisaient, en divers genres, notre supériorité. Nos fabriques de drap, de velours, de soieries, d'étoffes d’or et d’argent, notre chapellerie, notre mégisserie, notre papeterie, nos manufactures d’armes et d’outils, notre agriculture dans un grand nombre de provinces, subirent des pertes si considérables qu’elles équivalaient, pour plusieurs sortes d’industries et de commerces, à une ruine totale. Nous perdîmes aussi des hommes de génie, et, pour ne parler de la science que dans ses rapports avec h» travail industriel, Denis Papin se réfugia en Angleterre; lluyghens, que Louis XIV avait logé au Louvre et nommé membre de l’Académie des sciences, retourna dans la Hollande*, son pays. Sans le départ de Denis Papin, nous aurions peut-être employé la vapeur un siècle plus tôt. C’est lluyghens qui, pendant son séjour en France, avait enseigné l’application du pendule aux horloges et du ressort spiral aux montres, Nous avions
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- à cette époque, dans le Blaisois, une fabrique dhorlogerie florissante, que les protestants transportèrent avec eux à Genève, où elle fit les progrès que l’on sait. Elle nous est revenue delà, après un long intervalle. TNous recommencions à prendre rang vers la fin du xvme siècle. Nous avions alors des horlogers qui étaient presque des savants, entre autres, le père de Beaumarchais et Beaumarchais lui-même dans sa première jeunesse. Nous avions surtout des fabriques importantes de mouvements d’horlogerie. Dès 1780, les frères Japy en avaient fondé une à Beaucourt. (Alsace) ; la fabrique de Saint-Nicolas-d’Aliermont, en Normandie, était de beaucoup antérieure, puisqu’elle remontait à l’année 1720 ; mais elle avait presque sombré pendant la Dévolution, et ne reprit une vie nouvelle qu’en 1806. Besançon, Montbéliard, exposaient en 1819, et l’on s’émerveillait déjà du bon marché de leurs produits, qui a été si fort dépassé dans ces derniers temps. L’horlogerie de précision était brillamment représentée. B réguet exposait un chronomètre dont l’écart, au bout de six mois, n’était que d’une minute.
- Dans une industrie analogue, la fabrication des instruments d’optique, de physique et de mathématiques, le progrès était manifeste. L’Académie des sciences, après avoir examiné les lunettes exposées, et principalement celles de Lerebours, s’exprimait ainsi dans son rapport: «Nous demeurons persuadés qu’aucun astronome français n’éprouvera désormais le besoin ni le désir de recourir à des artistes étrangers. » Lenoir et Fortin présentaient les instruments qui avaient servi à la dernière mesure du méridien, et des instruments à mesurer les angles. Le cercle répétiteur de Borda avait été construit par Lenoir; celui qui servit à MM. Biot et Arago pour mesurer l’arc méridien de Barce-
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- « lone à Formentera était l’ouvrage de Fortin. Gambey exposait un cercle répétiteur astronomique, un théodolite, un cercle répétiteur à réflexion, une boussole destinée à l’observation des variations diurnes de l’aiguille aimantée, et un comparateur. On voyait aussi, à l’exposition des instruments de précision, plusieurs objets fabriqués en platine, dans des conditions qui permettaient d’en abaisser le prix.
- Le rapporteur du jury central était ce même Gostaz, qui avait déjà rempli cette fonction aux trois expositions précédentes. Il était membre de l’Institut d’Egypte et avait fait partie du Tribunat. En signalant dans son rapport les éclatants résultats de l’Exposition de 1819, il comptait au premier rang, parmi les causes de nos succès, les travaux de notre Académie des sciences, la création de l’Ecole polytechnique, qui remontait à vingt-trois ans et fournissait déjà des chefs éclairés à nos industries, et l’action incessante de la Société d’encouragement, qui, depuis 1802, avait consacré son zèle et ses ressources à récompenser et à promouvoir le progrès industriel. Le passage suivant mérite d’être cité : et La réunion d’un grand nombre de fabricants et d’artistes (artistes industriels), venus de toutes les parties de la France pour assister à l’Exposition, a donné lieu de remarquer que presque tous les chefs des manufactures sont instruits dans les sciences dont dépend le genre d’industrie auquel ils sont adonnés ; il n’est pas rare d’en trouver qui sont profondément versés dans la connaissance des mathématiques, de la physique et de la chimie.»
- Le nombre des exposants s’élevait à 1,663 ; celui des objets exposés dépassait 6,000. Le jury décerna 80 médailles d’or. La liste des exposants qui obtinrent cette haute récompense contient plusieurs noms déjà connus par les pré-
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- cédentes expositions : les Arpin, les Didot, les Lrard, les Kœchlin, les Oberkampf, les Odiot. Parmi les noms nouveaux, on peut citer MM. Beaumer, Milleret, Duquenne, ïrroy, pour les aciers; Dutaud, Labbé, Padlot, pour les différents travaux de sidérurgie; Bonnard, pour la filature de la soie; Raymond, pour la teinture; Jacquart. Le comte Gliaptal obtint une médaille d’or pour la labrication de son sucre de betteraves. Le roi donna vingt-trois croix de la Légion d’honneur. On assure que Jacquart, qui n’était qu’un chef d’atelier, s’étonna, dans sa noble et touchante modestie, d’en obtenir une ; personne ne la méritait mieux que lui. Le roi créa deux barons : Ternaux et Oberkampt.
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- H est très intéressant d’étudier, au point de vue de l’histoire de nos industries, les deux autres expositions de la Hestauration : 182?), 189.7; les trois expositions du règne de Louis-Philippe : i83/t, 1839, \ On voit la fabri-
- cation s’étendre ou se restreindre, suivant l’influence de la mode ou celle des événements. Tous les contre-coups de
- ^ Jusqu’on 1819, il n’v avait eu d’expositions qu’en France. \ partir de 1820, les étrangers commencèrent à nous imiter. Expositions a Gand en 1820, à Tournay en 189,4 , à Harlem en i8a5. La première exposition de Bruxelles eut lieu en i83o. Les Belges et les Hollandais y prirent part. 11 11’y eut que des Belges aux expositions de Bruxelles en i835 (031 exposants), en i84i (975 exposants), en 18^17 (i,o5q exposants). L’Allemagne entra aussi dans le mouvement. Une exposition, où tous les Allemands furent admis, eut lieu » Berlin en 1836 (3,o4o exposants, dont 1,805 Autrichiens). Les expositions autrichiennes ne recevaient que les sujets de l’empire; il y eut 5qA exposants en i835, 789 en i83p et 1,871 en 1865. Les expositions se multiplient en Russie, et ont lieu tantôt à Moscou, tantôt à Saint-Pétersbourg. La première remonte à 1829.
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- la politique se ressentent dans les ateliers. La paix, bien assurée, donne l’élan au travail; les préoccupations de guerres extérieures, les troubles du dedans, l’arrêtent. Cette histoire est utile à faire pour enseigner la solidarité à la grande famille des travailleurs, pour lui démontrer que la prospérité des patrons et celle des ouvriers ne peuvent pas aller l’une sans l’autre. Elle prouve aussi, cette histoire, que la paix intérieure naît plutôt de la liberté et de la confiance que d’une réglementation excessive. Pour prévenir les antagonismes, les mœurs font plus que la loi. Une exacte justice dans les contrats et dans leur exécution fait plus que tout. Pendant ces trente années, les découvertes proprement dites, en matières premières, forces productives ou procédés de fabrication, furent extrêmement rares ; l’énumération en sera bientôt faite. L’événement industriel le plus considérable de toute cette longue période, c’est l’application de Ja machine à vapeur, se substituant de plus en plus à la lorce humaine dans la plupart des fabrications. On peut suivre d’exposition en exposition les elfets de cette transformation de la mécanique; mais la machine à vapeur elle-même et, en général, les machines et tous les grands outils ne figurent pas dans les galeries d’exposition. 11 semble qu on ait surtout l’idée de faire connaître les produits, et qu’on réserve les secrets de la fabrication, soit (jue l’on considère les machines comme moins propres à attirer l’attention du gros public, ou que l’habitude des exhibitions et le développement croissant de la concurrence n’aient pas encore complètement vaincu l’ancien préjugé de la propriété exclusive des méthodes. Nous allons passer très rapidement en revue ces expositions, et nous insisterons ensuite plus particulièrement sur l’Exposition de 18Ô9,
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- parce qu’elle nous fournira l’occasion de montrer ou en était l’industrie française à la veille de deux événements qui ont été de véritables révolutions industrielles, savoir : la première Exposition universelle et le traité de commerce avec l’Angleterre en 1860.
- Il y a eu, comme nous venons de le dire, cinq expositions, à des intervalles irréguliers, entre celle de 1819 et celle de 1869. ïjes expositions de 1828 et de 189.7 euren!; lieu au Louvre, comme celle de 1819. Le nombre des exposants ne varia pas beaucoup : 1,669 en 1819, 1,669 en 1898, 1,693 en 1897. Cette dernière année, I Exposition fut avancée de vingt-cinq jours; elle commença le i.cr août.
- L Exposition de 183 6, qui s’ouvrit le icr mai, avait 2,667 exposants : on fut obligé de construire un local sur la place de la Concorde. L’idée d’un palais de l’industrie fut mise en avant et discutée ardemment dans la presse. On donnait surtout des raisons économiques; personne ne prévoyait encore qu’un jour viendrait où le Champ de Mars lui-même serait insuffisant, et où les objets exposés reflueraient sur l’esplanade des Invalides et les hauteurs du Troca-déro. En 1889, il vint 8,281 exposants; en 1866, il en vint 3,960. Le flot montait. Ces deux expositions eurent lieu dans les Champs-Elysées.
- Au siècle dernier, nos toiles de lin rivalisaient de succès avec nos soieries et nos étoffes de laine. La difficulté de hier des numéros très fins retardait pourtant le progrès de cette industrie. Tout se faisait à la main, par conséquent avec des pertes de temps énormes. Napoléon avait promis, en 1810, une prime d’un million à l’inventeur dun métier mécanique à filer le lin. En 1819, en 1827, Ie ju,,y constatait l’absence de ce métier et l’impossibilité d y sup-
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- pléer par le travail manuel. Ce ne fut qu’en i83ù qu’on vit figurer à l’Exposition des fils de lin produits par une mécanique, et cette mécanique, nos fabricants étaient allés la chercher en Angleterre. Elle était pourtant d’origine française. L’année même où Napoléon promettait cette magnifique récompense d’un million, en 1810, un ingénieur français, déjà célèbre par plusieurs découvertes, prenait le brevet d’une machine qui réalisait le problème. L’histoire de cette machine et de son auteur est une des pages les plus tristes de l’histoire de l’industrie. Ni le Gouvernement ni les fabricants 11e voulaient admettre la valeur du nouvel outil qu’on leur fournissait. Philippe de Gérard tomba dans la misère, fut poursuivi par ses créanciers, s’expatria. Il trouva plus de justice à l’étranger que dans son pays. Devenu, en Pologne, directeur général des mines, il multiplia les procédés nouveaux et les inventions fécondes. Il fonda aussi une filature mécanique du lin, d’après son système qui fut imité partout, et notamment en Angleterre. C’est de là qu’il nous revint. Philippe de Gérard revint lui-même en France pour faire valoir ses droits, mais sans pouvoir y réussir. Ses anciens créanciers recommencèrent leurs poursuites; il lut réduit à se cacher, et mourut misérable en 18/15, pendant que le métier inventé par lui transformait la filature du lin dans toute l’Europe. Ses droits 11e furent reconnus qu’en 18Ù9, et le Gouvernement, au lieu d’un million, ne donna que deux modiques pensions de 6,000 francs, l’une à son frère, l’autre à sa veuve. Notre industrie linière subissait depuis quelques aimées une crise redoutable, due à l’invasion du coton. Sans cette concurrence, elle aurait certainement pris des développements considérables. Elle dut s’estimer heureuse de ne pas déchoir de son rang. Les
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- batistes françaises, qui avaient si longtemps tenu la tete du marché européen, tout en conservant leur rang et leur qualité, cédaient le pas, pour la quantité, aux percales et aux mousselines. La vogue était décidément acquise à ces nouvelles venues, dont le bas prix défiait toute concurrence.
- Nos premières filatures de coton n’exposèrent que des lils un peu gros. Elles ne s’élevèrent pas, en 1819, au-dessus du n° 200. Par la suite, et grâce à une forte protection que leur assurait le marché national, elles s’essayèrent dans des numéros plus fins. On vit, en i8a3, le n° 291, le n° 3oo, et même le n° 361 en i836. Charles Dupin, rapporteur général, remarquait cette même année que 1 importance de uos filatures, au point de vue de la quantité, avait doublé en quinze ans. Au début, 011 avait réuni les deux industries de la filature et du tissage; on commença à les séparer, ce qui fut considéré comme un progrès, parce que, disait-on, le fabricant pourra consacrer tous ses soins et tous ses capitaux au genre d’industrie qu’il aura préléré. Une raison meilleure, qu’on ne disait pas ou qu’on ne voyait pas, c’est que le tissage réussissait mieux chez nous que la filature. Nos tissus étaient aussi lins et aussi serrés que les tissus anglais. Nous étions obligés de les maintenir à des prix élevés à cause de la cherté des matières premières; mais nous nous assu-eious, à l’aide des droits protecteurs, le monopole du marché Irançais.
- On peut se rendre compte des progrès de l’industrie cotonnière en France par les cliilfres suivants : 1 importation du coton non filé était, en 1789, de 6,770,22 1 kilogrammes; elle s’est élevée, en i8o3, à 10,716,665-, en 1815, à 16,616,606; en 182b, à 26,667,312; en i835, a 68,759,819.
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- Au point de vue de la consommation, l’introduction des étoiles de coton était un grand progrès, parce que cette étoile nouvelle ne se substituait pas aux étoffes anciennes, elle s’y ajoutait. La population, trouvant des étoffes à meilleur marché, en consommait une plus grande quantité. La progression aurait été bien plus considérable si la douane l’avait permis. Au point de vue de la production, l’industrie nouvelle employait beaucoup d’ouvriers et leur donnait de bons salaires. Elle commençait l’ère des grandes agglomérations industrielles, non seulement par ses propres usines, mais parce que, pour les autres textiles, obligés de lutter contre le coton, les procédés mécaniques se substituèrent de plus en plus à l’ancienne méthode du travail à bras; une autre conséquence, plus grave, sur laquelle les écrits de MM. Blanqui et Villermé appelèrent fortement l’attention publique, fut l’introduction des femmes dans les usines. Gomme il ne s’agissait plus de force pour la plupart des fonctions, mais d’attention persévérante et d’un peu d’adresse, et comme, d’autre part, les femmes, ayant moins de besoins, pouvaient se contenter de salaires moindres, la tendance fut de les préférer aux hommes, ce qui modifiait profondé ment la situation de la famille. Notre industrie cotonnière, qui prospérait sur le marché français, ne pouvait espérer de dépasser nos frontières et de lutter sur les marchés européens, ce qui est la condition indispensable de la grande consommation et de la grande production, et la seule chance sérieuse pour une industrie d’accroître la richesse nationale, qu’une industrie protégée et restreinte à la consommation intérieure concourt tout au plus à entretenir. Quoiqu’il fôt vrai que le coton s’ajoutait aux autres tissus plutôt <jue de s’y substituer, le lin, cependant, et le chanvre, dont les
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- LES EXPOSITIONS NATIONALES, produits étaient analogues à ceux du coton, subissaie arrêt assez marqué, le lin surtout. Une fabrication or étions les maîtres* diminuait au profit dune fabncation nous ne pouvions pas occuper le premiei rang. 0 nous sommes producteurs de lin, notie agiicu luic 1 frappée en même temps que notre fabrique. Au con -nous recevons le coton de seconde main, il seiait p u’ de dire que nous le recevons de troisième main, en c 1 tant le pays producteur et le pays importateur. Les grands pavs producteurs sont TÀmerique daboiçL 1 Intie ens presque toute la messagerie se fait par paquebots anb aïs américains. En général, la force dépensée pai un pa^s, une fabrication où il excelle, produit poui le mont c et troduit spécialement, dans le pays producteur une p i grande masse de richesse que la même quantité i e oiee employée à une fabrication dans laquelle il est condami
- n’occuper que le second rang.
- La France était renommée depuis longtemps pour ses impressions sur étoffes. Elle conservait, sous la Restauration et sous le Gouvernement de juillet, cette supeiioiité. juc croissement delà consommation des tissus fournissait à ^ m pression une plus grande quantité de matièies piemieie.'
- La question de l’adinission temporaire commençait a st po ser. Nos tissus écrus coûtaient plus cher et ne valaient p mieux que les tissus étrangers; mais nos impressions étaient dun goût plus pur, et la mode les préférait avec laison. y avait donc avantage pour les étrangers a intiodune tes écrus en franchise, à condition de les recxpoitci apiè.' pression. Le privilège était donné plutôt à nos imprimeuts, à qui il fournissait du travail, qu’au tisseui éliangei. Mais, d’autre part, le tisseur indigène réclamait; il voulait quou
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- lui assurât non seulement la vente directe de ses marchandises, mais la fourniture des impressions et des teintureries. 11 invoquait, outre son intérêt particulier,* celui du lise, les admissions temporaires étant une occasion et un moyen de frauder les droits du Trésor.
- Nous n’avions pas perdu notre rang dans les grandes industries de la soie et de la laine, auxquelles le coton fait une concurrence beaucoup moins directe qu’à la toile. Au contraire, les progrès étaient sensibles. Dans la soierie, Lyon conservait et augmentait chaque jour sa supériorité, due à l’habileté de main-d’œuvre de ses ouvriers, au goût de ses chefs d’atelier et à l’excellent esprit de ses négociants, toujours en éveil sur les besoins de la consommation et les moyens de prévenir ou de satisfaire les caprices de la mode. Nîmes fabriquait aussi de belles étoiles de soie; Saint-Etienne marquait surtout sa place dans la production des rubans. L’emploi de la bourre de soie constituait une industrie nouvelle, qui devint en peu d’années florissante, et qui contribua à la prospérité de l’industrie principale, en employant le débourrage et en diminuant par conséquent les déchets. Le rapporteur de i83A signalait également le progrès des soies brochées et des impressions sur étoiles de soie. Déjà on commençait à l’étranger à reproduire nos modèles et à réduire la fabrique lyonnaise à une sorte de fabrique d’échantillonnage, mais l imitation avait grand’ peine à valoir les originaux, et la possession de la fourniture des échantillons équivaut à la direction de la mode et assure la haute main sur le marché. En un mot, on ne craignait pas alors la concurrence pour nos nouveautés, on en craignait seulement la contrefaçon.
- Plusieurs procédés nouveaux avaient été introduits depuis
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- le commencement du siècle dans la culture du ver à soie, mais ils remontaient aux premières expositions. Le ver sina, qui produit la soie blanche dont nous avions été si longtemps privés, prospérait déjà en 1819. Le progrès se continua en 1823, en 1827. Charles Dupin, rapporteur, signalait, en 1834, une diminution de notre production qui, d’ailleurs, ne portait pas moins sur la soie jaune que sur la soie blanche. Les petites exploitations suivaient les routines anciennes, leurs vers périssaient, ou 11e montaient pas, ou donnaient du fil dépourvu de nerl. On calculait le rendement à 35 kilogrammes de cocons pour 1,000 kilogrammes de feuilles; ce chiffre, qui était encore celui de 1889, au moins comme moyenne, prouvait éloquemment 1 incurie de nos éleveurs. En cette meme année de i83q, le jury récompensa M. Camille Beauvais, dont rétablissement, situé aux Bergeries, en Seine-et-Oise, produisait jusqu’à 90 kilogrammes par 1,000 kilogrammes de feuilles. Non seulement M. Camille Beauvais produisait plus que ses concurrents, il produisait aussi à moindres frais. Il avait
- introduit dans ses ateliers tous les progrès dus à la mécanique et à la chimie modernes. Une partie de la main-d œuvre était remplacée par des moyens mécaniques qm ne laissent aucune prise à l’erreur ou à l’arbitraire. Un appareil de chauffage et de ventilation assurait la salubrité de la température. L’appropriation des blets au deblement, la fréquence de l’alimentation, la préparation des feuilles dans lo premier âge des vers, la mise en bruyère par des îa-mees symétriques, tout était chez lui simplement, méthodiquement organisé. M. Camille Beauvais, la était le seciet ^le sa supériorité, était tout à la lois un savant et un praticien; cétait aussi un prolosseur. Il avait établi aux Bel-
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- geries un cours gratuit qui, en 1839, était suivi par i5o élèves. Les conseils généraux des départements du Midi v envovaient des auditeurs à leurs Irais. Si ce mouve-
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- ment avait été suivi, s’il nous avait donné une race d’éleveurs instruits et se tenant toujours au courant de la science, nous 11’aurions pas eu le désagrément de voir, après la maladie des vers à soie, les procédés de M. Pasteur appliqués en Italie avant de l’être chez nous. 11 a fallu bien du temps pour que la science, qui a toujours été cultivée en France avec éclat dans toutes ses branches, prît enfin, dans notre pays, la direction du travail. En agriculture surtout, nous avons toujours été, jusqu’à ces derniers temps, un pays arriéré. Nous ne nous sauvions que par les qualités exceptionnelles de notre sol et de notre climat, Noung signalait déjà, au siècle dernier, cette contradiction entre ce que nous aurions pu être et ce que nous étions par notre propre faute. 11 expliquait en partie cette situation par l’état misérable de nos paysans; cette cause d’infériorité a disparu; il en reste une autre, dont on 11e saurait méconnaître la gravité, c’est l’extrême division du sol. Le paysan français manquait de liberté avant 1789; à présent, il manque d’argent et d’espace. On a lutté contre ce mal en introduisant le crédit dans l’agriculture; il reste à y établir l’esprit d’association, mais il faut surtout la régénérer par la science. Nous verrons, en 18/19, un niagnanier des Basses-Alpes, M. Robert, propager, comme M. Camille Beauvais l’avait fait avant lui, les grands principes de propreté, d’aération, de choix dans l’aliment, de régularité dans la distribution, sans parvenir à produire une transformation dans les habitudes routinières de nos éleveurs. Il ne fallait rien moins, pour tonder l’autorité de la science dans toutes les branches
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- libre-échange.
- On peut dire de toutes les industries de la aine q nous avons dit des industries de la soie : elles avaient p gressé, elles ne s’étaient pas renouvelées. C’est l’histoire^ e nos ateliers de toutes sortes pendant ces tiente, a J Nous tenions toujours la tête du marché euiopéen, pour nos laines cardées et notre drapeiie fine, soit p les laines peignées et les étoiles rases poui lobes et a blements. On disait, non sans raison, quElbeui et e avaient atteint la perfection. La concurrence anglaise 11 pas pris alors, pour la quantité et meme pour la qm ’*» l’importance quelle a due depuis à 1 usage définitive et universellement adopté de la vapeur. Nous n avons t lormé nos métiers à bras en tissages mécaniques mu \ la vapeur que longtemps après elle. Nous avions des usr a vapeur pour la filature et le tissage du coton, mais u conservions les métiers à bras pour la soie et poui unj grande partie de la fabrication de la laine.^ Cepeiu ant notre industrie ne restait pas stationnait e. Meme sou Restauration, des machines ingénieuses commençaient s’introduire dans les ateliers pour donnei au tiavai p de régularité et de rapidité. On en voyait quelques ni dans les expositions,*qui n’étaient plus, comme au c ‘ u^, de simples exhibitions de produits. Le juiy de i compensa une machine à peigner la laine exposee [
- M. John Collier, ce Cette machine, dit le rapporteur, peut être soignée par deux entants, lorsqu un moteui y est p pliqué; elle fait la besogne de cinq peigneuis a la main. -» Ce sont les premiers pas de la lutte entiepiist pai a canique contre la force purement humaine ou auima e
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- L’invention de la peigneuse appartient à M. Godart. M. John Collier l’avait perfectionnée en 1827, et il acheva de lui donner toute la valeur dont elle était susceptible en 183^1. Le même fabricant exposa, en 1827, un métier à tisser le drap de la plus grande largeur, au moyen d’un moteur continu de rotation ; en 1819, en 1827, une tondeuse ; en 18 3 h, une machine destinée à découper l’envers des châles. Il était en même temps fabricant de machines à vapeur. M. Cavé, d’abord simple ouvrier dans la maison de John Collier, devint son concurrent pour cette partie, et reçut la croix d’honneur en i83â. M. Calla inventa une machine pour tisser la laine; le premier modèle construit en France de la machine à vapeur, à double effet, de Watt, sortit de ses ateliers. Des mécanismes divers dus à MM. Poupart, Sevenne, Hache-Bourgeois, Scrive, André Kœchlin, Japy, signalèrent l’activité féconde de cette époque. L’invention de la roue hydraulique de Poncelet fut à juste titre considérée comme un événement.
- La production de la laine se faisait chez nous dans de bonnes conditions. Nous n’avions pas encore à redouter la formidable concurrence que nous ont faite depuis les laines de l’Australie et de la Plata. L’acclimatation du mérinos était un lait accompli. Non seulement nous 11’étions plus tributaires de 1’Lspagne pour ce beau produit, mais après avoir alimenté nos fabriques, il nous restait des quantités importantes pour l’exportation. Notre laine de mérinos n’était peut-être pas supérieure à la laine espagnole, mais elle était au moins égale; et comme nos éleveurs la trai-taient avec plus de soin et la livraient au commerce on meilleur état, elle était plus recherchée que la daine espagnole, quoique ses prix fussent plus élevés.
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- Enfin, outre la soie, la laine, le lin, le chanvre, que notre sol fournissait aux filateurs et aux tisserands, nous avions importé les chèvres de race kirghize, dont le duvet fournit la matière première du cachemire. Nous avons déjà mentionné, à l’occasion de l’Exposition de 1819, les efforts d’abord heureux de M. Ternaux et de M. Joubert pour doter la France de cette belle race. La race kirghize ne produit pas un duvet aussi fin, aussi nerveux et aussi brillant que la race thibétaine; le tisserand européen, payé plus cher et travaillant plus vite, n’arrive pas à la meme perfection que l’ouvrier indien; et néanmoins, soit pour la matière, soit pour le travail, nos produits ressemblaient tellement aux plus beaux châles de l’Inde, qu il lallait des yeux exercés pour les discerner. Les troupeaux introduits par M. Ternaux avaient, ou semblaient avoir parfaitement réussi en France. Les châles Ternaux luttaient de beauté avec les
- magnifiques produits de l’Inde et se vendaient beaucoup moins cher. Nous avons conservé la vogue dans cette industrie, tant que le châle a été une partie très importante de la toilette féminine; et même à présent quil a été presque complètement abandonné pour une variété surprenante de pardessus, de mantes, de paletots, nous occupons encore le premier rang dans cette fabrication diminuée, et en quelque sorte découronnée.
- La manufacture des Gobelins nous assure depuis longtemps la supériorité pour les tapis de tenture et les tapis de pied en laine ou en d’autres matières premières analogues. L importantes fabriques s’établirent à Paris, à Beauvais, a Aubusson. Les tapis d’Aubusson, dus a M. Sallandrouze de Lamornaix, jetèrent un grand éclat sur 1 Exposition de i834. Disons sur-le-champ qu’on y constata aussi le pro-
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- grès des étoiles de crin et de paille. Le caoutchouc, grâce à MM. Rattier et Guihal, y fit très bonne figure. On découvrit qu’il pouvait donner lieu à des applications très diverses. Notre exportation prit rapidement de l’importance. Mais ce n’étaient là que des industries très accessoires auprès de nos grandes industries de la soie, du coton, du lin et de la laine.
- La laine nous intéresse de deux façons, comme industriels et comme éleveurs. Jusqu’en 18Ô9, elle ne parut dans nos expositions qu’à titre de matière première industrielle, et non à titre de produit agricole. Elle fut, en conséquence, jugée uniquement suivant la beauté des échantillons; mais quoique tous les jurys s’accordassent à comparer les laines entre elles, il est évident qu’on ne doit pas faire cette comparaison uniquement au point de vue de la qualité, et sans tenir compte des conditions économiques de la production. Le mou ton donne de la viande et de la laine. Pour certaines races et pour certaines contrées, il peut être expédient de sacrifier la laine à la viande ou la viande à la
- laine. 11 est difficile, dans les soins qu’on donne aux troupeaux, de concilier l’intérêt de la boucherie et celui des filatures. Tantôt l’habileté consiste à tout sacrifier à la laine ou à la viande; et tantôt il vaut mieux viser à la lois à la viande et à la laine, qui, dans cette condition, arrive difficilement aux qualités supérieures. Le jury doit donc apprécier les produits exposés, plutôt au point de vue agricole qu’au point de vue industriel.
- C’est seulement en 18/19 (iue l’agriculture eut une sec-lion séparée et proportionnée à la grande place qu’elle occupe dans la richesse et le travail national. Dans foute la période qui nous occupe, on n’exposait le lin, la soie grège, la laine, que comme accessoires des industries (h*
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- tissage. Il était grand temps de faire cesser cette étiange anomalie. iNon seulement l’agriculture est par elle meme une grande industrie, la plus grande et la plus nécessai de toutes ; mais elle est en connexion intime avec toutes autres industries, par les matières premières quelle fournit, par les résidus quelle leur emprunte, pai les pro cédés mécaniques qu elle emploie. îNous parlions l’heure de la laine pour montrer la connexion de la pro fession d’éleveur avec celle de filateur ou de tisseiani. n’est pas seulement pour les chèvres de race kiighize, pour les moutons mérinos; la laine est un produit imp tant, même chez les moutons destines paiticulièieme la boucherie et quand elle ne sert de matièie piemi que pour la bonneterie, les couvertures, les mate as. peut dire aussi, en ce qui concerne les textdes végétaux, que le cultivateur qui produit du lin ou du chanvre, doit se préoccuper de la manière dont ils seiont mis en œuM Quand la filature mécanique s’est substituée au rouet ou au fuseau, elle s’est placée d abord au centre des pays [ ducteurs; puis, une séparation regrettable pour les (e / industries s’est produite ; ici, on a manque de capitaux su Usants pour fonder une lubrique; ailleurs, le lin a cé 1 place au colza ou à la betterave. L’extraction de 1 huile e colza, la fabrication du sucre de betteraves, se îappioc. tellement de l’agriculture que ces industries font pa plus souvent de l’exploitation agricole, comme a a ire1 tion du vin, du vinaigre et des eaux-de-vie. Même quan les industries sont divisées, elles sont dans une épen réciproque. La filature de soie dépend de la magnanerie, et la magnanerie dépend de la filatuie de soie, ^a c ivisi du travail, qui est un progrès mécanique, ne dort jamai.
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- nous faire perdre de vue la connexion des intérêts, qui est la source des progrès économiques.
- L’agriculture, depuis le commencement du siècle, a subi une double transformation : l’une quelle doit à la chimie, et dont les progrès étaient déjà frappants sous la Restauration; l’autre, qui est le perfectionnement de son outillage, et dont nous ne voyons encore, dans la période qui s’étend de 1819 a 1839, que les tâtonnements. Le drainage n’a été appliqué en France, d’une façon sérieuse, qu’en 1846, et les travaux de M. Boussingault sur la chimie agricole n’avaient pas encore exercé leur heureuse influence sur l’application des engrais. On commençait en 1839 à comprendre l’importance de varier les amendements et les engrais selon la nature de la terre et son degré de richesse et d’épuisement; on cherchait, et on trouvait des engrais nouveaux, les plantes maritimes, le guano. M. Derosne, habile raffineur de sucre, se servait utilement du sang des abattoirs. L’étude approfondie des engrais chimiques, de leurs quatre éléments constitutifs, et de l’influence prépondérante de l’un ou de l’autre de ces éléments suivant le végétal que l’on veut produire, n’est venue que longtemps après. Cette nouvelle transformation de la science agricole, qui sera probablement une transformation de l’agriculture, est tout à fait contemporaine.
- Parmi les grandes innovations de ce siècle, il faut citer la fabrication du sucre indigène. Introduit»* en France peu-dantle blocus continental, récompensée déjà, sons l’empire» dans la personne de Chaptal, puis un moment découragée quand la France renlra en libre pratique avec ses colonies et avec les Etats européens, elle prit à la lin de la Restauration un très grand essor. La fabrication du sucre donne
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- aux cultivateurs le moyen d’acheter des engrais, ce qui équivaut presque à acheter de la fertilité ; et 1 extraction de la matière sucrée n’enlevant à la racine qu une partie de ses éléments nutritifs, la pulpe et le ieuillage fournissent aux animaux une alimentation abondante.
- Si l’agriculture n’avait pas été appelée à 1 Exposition de 1836, les fabricants d’instruments aratoires y étaient largement représentés; on constatait de ce côté un grand et sérieux progrès. Semblables aux indigènes de 1 Algérie qui, aujourd’hui encore, restent fidèles à leurs anciennes et insuffisantes charrues, nos cultivateurs s’obstinaient à suivre en toutes choses la routine paternelle. INos voisins avaient beau appliquer les vrais principes et translormer la main-d œuvre, rien ne pouvait vaincre l’entêtement et 1 aveuglement de nos campagnes. La charrue de Grange, qui fut récompensée en i83ô, nous rendit, entre autres services, celui de donner le branle à la transformation de notre outillage agricole, qui, depuis ce temps, et grâce surtout a Mathieu de Dombasle, n’a cessé de marcher à grands pas. Grangé n’était qu’un simple garçon de lerme. Il n avait pas même envoyé sa charrue à l’Exposition, tandis quon y voyait figurer 20 charrues imitées de la sienne; mais le jury lui décerna la médaille d’or, et le roi y ajouta la croix d’honneur, a Par l’emploi de cette charrue, disait le rapporteur, le tirage des animaux est rendu moins pénible du quart au sixième, le travail du socle dans la terre est régularisé, les mouvements brusques sont neutralisés; enfin, la conduite de la charrue est rendue si facile (pion peut, sans apprentissage, avec une force musculaire très médiocre, ouvrir un sillon parfaitement droit, n Le jury décerna également une médaille d’or à Mathieu de Dombasle, qui avait
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- établi à coté de sa ferme modèle de Roville (Meurthe) une fabrique d’instruments aratoires; le rapport signalait de nouveaux semoirs, des herses, des extirpateurs, des machines à battre et à égrener, à écraser, moudre, pulvériser, féculiser, des pétrins mécaniques, des pressoirs, etc. Le mouvement était donné. Plus de 6,000 instruments aratoires étaient sortis, en moins de dix ans, de la fabrique de Roville.
- La consommation de la houille, sans atteindre la quantité dévorée aujourd’hui, et dont le chiffre est effrayant, s’accroissait dans une forte proportion, à mesure que l’usage de la machine à vapeur se généralisait. 3a de nos départements nous donnaient de la houille, 1 k du lignite, h de l’anthracite. k départements: Aveyron, Loire, Saône-et-Loire, Nord, fournissaient, à eux seuls, les quatre cinquièmes de notre production houillère. Nous avions quelques mines de cuivre, celle de Poullaouen, par exemple, qui ne donnaient pas des résultats très avantageux. On découvrit à Vie, en 1823, une mine de sel gemme, dont les produits furent abondants et de belle qualité. Nos marbres français, très recherchés sous l’empire romain, employés depuis avec succès sous François 1er, Henri IV, Louis XIV, et que la vogue avait abandonnés, furent de nouveau remis en honneur. Tandis que nous faisions venir des marbres de très loin et à grands Irais, nous en avions chez nous qui pouvaient rivaliser avec ceux de la Grèce.
- Notre principale richesse minérale est le fer. 7/1 de nos départements, sur 86, concouraient, en 183/1, aux divers travaux métallurgiques dont le 1er est l’objet, extraction du minerai, production de la Imite, du fer, de l’acier. Charles Dupin faisait le calcul suivant, pour montrer comment le
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- travail humain accroît la valeur dune richesse na ^
- Le rainerai enfoui dans la terre vaut, dit-il, moins ( million. Extrait, il vaut, brut, 3,6o6,3o8 francs. Le gn -lage, le lavage, le transport, ajoutent une plus va ne 5,763,3o6 francs. Valeur créée par la production de a fonte : 32,437,551 ; par des secondes fusions de la Ion e : 3,564,38a; par la production et les transformations u fer: 36,724,539; par la production de l’affinage et a transformation de l’acier : 5,i56,o39. Valeui tota 87,252,125 francs. Ainsi, moins d un million, va eur 1 ^ présentative du minerai non lire de la tene, pai transformations successives en fonte, en lei, en aciei, p duit une valeur qui surpasse 87 millions. I oui opéiei prodige, l’industrie na besoin que de 60,000 ouvne >. Mais, une fois le fer et l’acier en état detie emp o\fes, industries, dont le fer est la matière piemièie, occupe 1,320,000 individus, et leur travail produit 3oo millions
- de francs. , „
- De 1823 à 1827, la consommation de la fonte de 1er
- s’accrut en France de 6/1,000 quintaux métriques. La consommation du fer s’accroissait dans une piopoition 3 1/2 p. 0/0 par an. «La quantité de fer consommée en France double en vingt années, disait le rappoit. n Des eta blissements se formaient de tous côtes, on pomait ,:i d’année en année leur multiplication et ieui s déve opj ments. La vapeur et les chemins de 1er, à la fois gian sommateurs et outils incomparables, augmentaient, une progression jusqu’alors inconnue, la foi ce pioi uctiv et la production de nos usines métallurgiques. G est 11 poqut des Émile Martin, des Schneider, des Deiosne et Gai , tes Frèrejean, des Massenet, des Durenne, qui doi\ent poilu
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- si haut la prospérité et l’éclat, de la métallurgie française. Il faut citer aussi les Grimpé, les Farcot, les Péqueur, les Gouin, les Eugène Flachat, les Roswag. De nouveaux procédés diminuaient la dépense de la houille; de ce nombre étaient le soufflage à air chaud, introduit par M. Taylor dans la production de la fonte, et l’exhaussement des hauts fourneaux pour la fabrication du fer. Les forges de Fourcbam-bault prirent une importance considérable, due à l’habileté de M. Boignes et de M. Emile Martin. La production de l’acier, qui était de 5,/t85,3oo kilogrammes en 1827, ne dépassait pas 6,26/1,900 kilogrammes en 1834; mais si le progrès était lent au point de vue de la quantité, pour la qualité il était rapide. L’élan donné en 1819 à la fabrication des faux, râpes, scies et ressorts, ne se ralentissait pas. 11 en était de meme de la fabrication des tôles et delà tréfilerie d’acier, de fer, de cuivre, de laiton. L’industrie des lits en fer, qui avait fait son apparition en 1827, était très florissante en 1834. La société d’Imphy (Nièvre) parvint à laminer le bronze de manière à fournir à la marine les feuilles de doublage dont elle avait besoin. Le jury de 1834 signalait encore l’heureuse situation de notre coutellerie, de notre fabrication d’armes blanches, l’invention du fusil à piston et des armes à feu se chargeant par la culasse.
- Une industrie qui brilla surtout en 1839, et dont les succès ne firent que s’accroître aux expositions suivantes, est celle delà fabrication des instruments de chirurgie, à la tète de laquelle était placé M. Gharrière. La France réussissait alors dans la fabrication de tous les instruments de précision, de ceux qui ont pour hase l’acier et le 1er, et de ceux qui se servent de cristaux. Ses opticiens produisaient de véritables chefs-d'œuvre. Soleil était un artiste de premierordre.
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- Nous pourrions citer aussi avec orgueil les lunettes astronomiques de Cauchois, le microscope de Chevalier. Le phare lenticulaire et à rotation de Fresnel, qui n’est pas seulement Ul1 fait important pour la navigation, mais une démonstra-hon de sa théorie sur les vibrations lumineuses, remonte à 1 ^^7• A partir de ce moment, un grand nombre de phares lurent construits d’après sa méthode en France et à l’étran-8er- Dans l’horlogerie, nous avions Winnerî, Lepautc, Wagner, Bréguet, Robert. Un chronomètre exposé par Ber-Hi°ud n’avait éprouvé en trois mois qu’une perturbation
- trois dixièmes de seconde. Les frères Japy fabriquaient, outre leurs mouvements d’horlogerie, des peigneuses, des VJS a bois, des outils, de la chaudronnerie. Dans la fonte dart, Eck et Durand se plaçaient au premier rang.
- Da chimie industrielle commençait pendant cette période
- la série de ses découvertes. La plus célèbre fabrique de
- Produits chimiques, à la fin du xvme siècle, était celle de
- ^haptai; cette industrie se propagea rapidement, grâce aux
- progrès de la science. De grandes usines furent fondées à Tl o
- ^ann, Bouxwiller, Saint-Gobain, Loos. La substitution de l oclairage par le gaz, à l’éclairage par les solides et par les liquides, lut une amélioration considérable pour le travail ^es tôliers, la police et l’agrément des villes. Le premier appareil pour chauffer et éclairer les appartements par a combustion du gaz remonte à 1786 et est du à un ingé-nieur irançais nommé Lebon. IJn Anglais, nommé Murdoch, cclaira par le gaz, d’abord sa propre maison, et ensuite les ateliers de Watt et Bolton, S0I10 (près de Birmingham).
- a première compagnie pour l’éclairage au gaz de la ville te foudres fut fondée en 181 et la première compagnie P°Ul‘ 1 cclairage au gaz de la ville de Paris remonte à 1817.
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- Cette année-là le passage des Panoramas fut éclairé au gaz. Paris et la province voulurent voir cette merveille, ce qui n’empêcha pas la compagnie de se ruiner. Une seconde compagnie réussit après des sacrifices considérables. C’est seulement en 1829, sous l’administration de M. de Bel-leyme, qu’elle obtint d’éclairer par le gaz les lanternes de la place Vendôme. Divers appareils pour l’éclairage au gaz figurèrent à l’Exposition de 1836. Dès cette époque, le gaz se propageait rapidement dans les ateliers, et la ville de Paris, devancée depuis bien des années par Londres et d’autres capitales, commençait à remplacer ses antiques réverbères par des becs de gaz. Le progrès, d’abord lent, puis rapide, devint à la fin foudroyant. En 1855 , le chiffre de la consommation parisienne fut de ^0,77^,000 mètres cubes. Dix ans après, il était déjà de 116 millions. Aujourd’hui on chercherait vainement, dans les quartiers les plus reculés et les plus déserts, la lanterne suspendue à une corde ou à une ficelle qui causa tant d’admiration aux Parisiens quand elle fut inaugurée par M. de Sartine.
- C’est aussi vers i834 que la bougie stéarique, due aux travaux de M. Chevreul et de Gay-Lussac sur les corps gras, parvint à se généraliser. On voyait à l’Exposition des pyramides de bougies d’une blancheur à défier les bougies de cire et de blanc de baleine. En i83q, M. de Milly obtint une médaille d’or pour les perfectionnements apportés par lui à cette industrie, qui lut toute une révolution dans nos usages domestiques. La bougie stéarique n’a pas le pouvoir éclairant de la bougie de cire, ni surtout de la bougie de blanc de baleine; mais elle colite à peine plus cher que la chandelle et éclaire beaucoup mieux.
- La chimie nous procura aussi de nouvelles couleurs,
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- parmi lesquelles il faut particulièrement citer le bleu Gui-met ou bleu d’outremer factice, vendu deux cents fois moins cher que le bleu extrait du lapis—lazuli. La garance était à cette époque employée pour la plupart des teintures. On la cultivait en grand dans le Bas-Rhin, dans Vaucluse, en Algérie. La découverte toute récente de 1 alizarine artificielle a produit, dans l’industrie de la teinturerie, de profonds et heureux changements.
- Les premiers travaux de Vicat sur la chaux de constiuc-hon, les bétons et les mortiers, remontent à 1818. Mais ses découvertes n’acquirent la célébrité qui leur était due que quand il en eut fait lui-même l’application au pont de Souillac (Lot), achevé eu 18a3. Ses Belles recherches sur ^es gisements de chaux hydraulique naturelle lui valurent, en 1837, le prix de statistique à l’Académie des sciences, ha découverte de la photographie, qui se rattache aux tia-xaux de Niepce, Daguerre et Fizeau, ne lut définitive quen *83g. VerS la même époque, un Anglais, M. box Talbot, découvrit un procédé qui parut d’abord très intérieur parce quil donne une image négative, tandis quavec la plaque daguerrienne, 011 obtient immédiatement une image conforme à la nature; mais c’est l’emploi du procédé lalbot qui permet la transformation de l’épreuve en cliché et la ^production sans limites. Eu 18A9. les photographes obtinrent l’autorisation d’établir à leurs frais une galerie spécule dans un coin du palais. O11 y entrait en payant une re-bibution supplémentaire de 5o centimes. La photogiaphie, dont la popularité fut immense dès les premiers essais des daguerréotypes, était, dans ces commencements, repoussée les artistes, qui 11e prévoyaient pas les services qu’elle lem* rendrait un jour, et, malgré les éloges d’Arago, les
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- savants n’y voyaient encore qu’une expérience très intéressante sur l’action des rayons lumineux.
- Il faut signaler particulièrement, parmi les industries françaises dont la prospérité s’attesta aux diverses expositions de la Restauration et du Gouvernement de juillet, la tannerie, la mégisserie, toutes les fabrications de natures diverses connues sous le nom de cuirs et peaux,la fabrication de porcelaine, qui devait son principal lustre à la manufacture royale de Sèvres, mais qui, dans l’industrie privée, faisait la richesse de Limoges, les verreries et les cristalleries, la manufacture de glaces de Saint-Gobain, celle de Cirey, les progrès de la papeterie à la mécanique, qui ne comptait qu’une seule maison à l’époque de l’Exposition de 1819 et qui en avait 12 en i83ù,les papiers peints, les impressions sur étoiles, la typographie, illustrée par la
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- dynastie des Didot. La maison Erard obtenait en 1823 la médaille d’honneur pour ses harpes, en 1827 pour ses harpes et ses pianos, et commençait ainsi la série de ses succès, qui se sont continués jusqu’à nos jours, non seulement dans les expositions nationales, mais dans les expositions universelles; M. Pleyel obtenait en 1827 la meme récompense pour ses pianos unicordes; M. Cavaillé-Coll, pour ses orgues, en 1 84/i. Dans une autre sphère, l’ébénis-terie française, qui était alors sans rivale, exposait quelques meubles où la sculpture, les incrustations et les cuivres prenaient une place peut-être trop importante. L’industrie du vêtement 11e fut pendant longtemps représentée que par les tissus. Mous trouverons plus tard les produits de nos couturières et de nos tailleurs, la chaussure, la ganterie, toutes branches importantes de nos exportations, les accessoires du vêtement, plumes et Ileurs, boutons, etc., dentelles, bro-
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- deries. La confection fut représentée en 1869 pour la première fois. La place de Paris était déjà, avant cette époque, la première du monde pour la plupart de ces objets, eÜl n’était que juste de les compter parmi les chets-d œuvre du travail national.
- G lia ri es Dupin fit le rapport de 1 Exposition de i83à. Ge rapport, comme ceux de Costaz de 1801 a 18 1 9, et ceux dn j\1M. Héricartde Thury et Migneron en 1820 et 1827, édut unique; il donnait un jugement d’ensemble sur lExpo-sition, et rendait compte sommairement dos travaux des jurys de classe. C’est seulement à partir de 1889 quon entreprit de donner de la publicité à tous les rapports particuliers. Chaque industrie se trouva ainsi appréciée a part, avec tous les développements nécessaires, et par un homme compétent. Depuis, on a toujours essayé de combiner les
- aYantages des deux systèmes, en chargeant un rapporteui général d’écrire la préface des rapports particuliers. Ce rapport a une grande importance scientifique et philosophique, quand les fonctions de rapporteur général sont confiées à des hommes tels que Charles Dupm, Michel Ghevalier ou Le Play.
- IV
- La République de 18/18 aurait pu hésiter à faire LExpo-sihon nationale des produits de l’industrie dont l’écheance tombait en 18/19. La France et le monde étaient si profondément troublés qu’on pouvait se demander où en était le travail; il |'auUe rappeler que jamais les diverses écoles socialistes ne s’étaient donné plus ample carrière. M. loui-1>eL ministre du commerce, le général Cavaiguac, chef
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- du pouvoir exécutif, et l’Assemblée nationale pensèrent avec raison qu’il était urgent de donner à l’industrie une preuve de confiance. On en était à chercher le moyen d’alimenter les ateliers par des commandes de l’Etat; l’Exposition, en excitant une généreuse émulation, ferait plus et mieux que toutes ces ressources factices. Paris, qui avait été dévasté et appauvri, reprendrait une vie nouvelle par l’afïluence des visiteurs. Il fut question de placer l’Exposition aux Tuileries; mais le palais n’a qu’une superficie de *G,ooo mètres, et il en avait fallu 26,000 pour servir aux besoins de 1866. On parla aussi de construire un palais permanent dans les Champs-Elysées. Les expositions, qui, dans la pensée de François de Neufchateau, ne devaient durer que quelques jours, se prolongeaient maintenant pendant six mois. Le rapporteur de la commission législative, M. Altaroche, en s’appuyant sur le nombre croissant des exposants, qui, dans les dix expositions antérieures, s’était élevé de 110 à 3,960, expliqua qu’il faudrait construire un nouveau palais tous les dix ans, ou de nouvelles galeries pour le même palais, et que les Champs-Elysées tout entiers y passeraient. Il aurait pu en dire autant des finances de l’Etat, puisqu’on parlait pour la première construction d’une mise de fonds de 5o millions. L’Assemblée vota 600,000 francs; c’était tout ce qu’elle pouvait faire dans la pénurie du Trésor. Elle décida en même temps la construction de deux bâtiments annexes pour les animaux vivants. Elle n’espérait pas une véritable exposition de l'agriculture dans les conditions de l’exposition industrielle; mais elle comptait que, l’exemple une lois donné, l’agriculture 11e ferait pas défaut aux expositions suivantes. Elle voulait d’ailleurs donner cette preuve
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- érêt et de confiance à l’agriculture. Ce fut ihonneui de la République, et le caractère le plus remarquable de 1 Lx-position de 1869. Elle s’ouvrit le 1e1' mai aux Champs-Elysées, avec un nombre d’exposants considérable : 4,532. Le nombre des récompenses, qui avait été de 3,2 53 en i844, s’éleva, en 18/19, à 3,738. Il importe de remarquer que le nombre des exposants admis ne donne pas la mesure exacte de 1 importance attachée par les industriels aux expositions. Ainsi, le jury du département de la Seine reçut, en 1801, demandes, et n’en accepta que 46. En 1802, sur 158 demandes, il en accepta 116; en 1806, 34^ demandes, 616 admissions. Plus de 600 demandes furent repoussees en 1844. Je ne retrouve pas le nombre des demandes d admission en 1849; mais il dut être considérable, puisque le nombre des admis fut de 4,532.
- L industrie française répondait ainsi à la confiance qu ou avait mise en elle. Les commotions redoutables de 1848 et ^es inquiétudes des années précédentes avaient alangui, puis interrompu le travail; cependant tous les ateliers sc trouvèrent prêts. On mit d’autant plus d’ardeur à prendre part au nouveau concours, qu’on espéra qu il serait le signal de la reprise des affaires.
- Hans l’industrie textile, plusieurs maisons exposèrent cl Machines perfectionnées: André Kœchlin, Nicolas Schium ^erger, machines à filer le coton; Decoster, machines à liler liu; Scrive, llache-Rourgeois, machines à carder; Gode-mar et Meynier, de Lyon, métiers mécaniques pour tissus brochés. On fit aussi connaître plusieurs perfectionnements métier à la Jacquart. Les principaux étaient dus a Blanchet, simple chef d’atelier, Bellauger et Denei-rousse. M. Perrot, de Lyon, exposa une machine ingénieuse
- es uni-
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- pour les impressions sur étoffes. On peut signaler de grands progrès dans la filature des divers textiles, principalement dans la filature des laines peignées, qui est une de nos grandes industries. La filature de lin s’était développée dans de telles proportions, quelle avait passé de 57,000 broches, chiffre de 18A0, à 25o,ooo. La production et la consommation des tissus de toutes sortes augmentaient rapidement. Le tissage à la vapeur, généralisé pour le coton, s’introduisait plus lentement dans la soie et les diverses industries de la laine. L’Angleterre, qui avait le combustible en abondance et le coton de première main, nous distançait énormément pour la fabrication commune; la France, assurée de son marché national par une forte protection, produisait avec perfection les plus belles sortes, et en plaçait une partie sur les marchés étrangers.
- La fabrication des châles, et surtout des châles de prix, était florissante. Cependant le jury constata que l’acclimatation des chèvres du Thibct, ou plutôt des chèvres kir— ghizes, n’avait pas rempli les espérances qu’elle avait fait naître trente ans auparavant. Au lieu de devenir producteurs, nous étions, comme autrefois, obligés de nous approvisionner de fils de cachemire. Nous nous relevions par le goût de nos dessinateurs et la perfection de la main-d’œuvre.
- L’industrie métallurgique avait reçu uYie impulsion nouvelle par l’augmentation des voies ferrées et l’emploi de la vapeur dans un nombre d’ateliers considérable. Toutefois cette impulsion 11e se taisait sentir que pour le fer et ses dérivés, et pour les industries qui préparent et emploient; le cuivre.
- La France possède un certain nombre de.mines en dehors de ses mines de fer et de ses bassins houillers. Ces mines ont élé, à diverses époques anciennes, l’objet de
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- grandes exploitations d). Les agitations politiques, de capitaux, une mauvaise législation industrie e’ 011 pour conséquence la déchéance presque complète de cette industrie. Nous sommes certainement un des pays les moins producteurs du monde, quoique nous n’ayons pas ete plus maltraités par la nature que la plupart des autres nations.
- Les gîtes métallifères spécialement signalés pai a .
- tration des mines en 18/17 étaient au nombie de 00 , [ se partageaient ainsi, suivant la nature des métaux .
- MÉTAUX PRECIEUX.
- d’or...............................1 1 23,
- Mines î d’argent, tenant ce métal seul ou asso- ^ cié au cuivre et au plomb..................... 91
- métaux rares.
- r
- , .................................... »
- de mercure................ r »
- . , 2 > 1 a
- Mines < de nickel..............................
- n
- de cobalt.............................
- MÉTAUX COMMUNS.
- de cuivre (non compris celles de cuivre ^
- et argent)........................
- d’élain.............................
- ; de bismuth. ....................... , \
- Mmes ( . . ... A'»
- d’antimoine.........................
- de plomb (non compris celles de plomb ^
- et argent)........................ ^ >
- \ de zinc............................. ................
- . . A5q
- A reporter................
- ,,) Mines des Pyrénées et des Cévennos; mm& Sain^.Mario
- gny, d’ürheis, de Plancher-les-Mines, de la Croix-aux-M - j , de
- (îïvoupe des Vosges); de CluUelaudren, ^ VAllefrnncbe
- Bretagne); de Melle, de Cbilry, de Saml-l lerre-la- ‘ ’ (,c Sainl.
- (Aveyron), de Ponlgibaud, de Vialas, de LnrgenUèie {t l< L
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- Report..................... 4 5 9
- OXYDES MÉTALLIQUES.
- Manganèse (oxyde de manganèse).............. 36 ) ^
- Chrome (chromite de fer, etc.).............. 2 )
- SUBSTANCES D’ASPECT METALLIQUE.
- Arsenic...................................... 10
- „ 1 . \ 11
- Graphite..................................... 1 )
- Total........... 5o8
- Sur ce chiffre de 5o8 mines, une dizaine seulement étaient exploitées en 18/17. ^es m*nes d’argent et de plomb de Pontgibaud, de Poullaouen et de Vialas, les mines de manganèse de Romanècbe, étaient les seules qui eussent de l’importance et où la valeur annuelle des produits excédât 100,000 francs b).
- L’exploitation avait donné, en 18Ù6, les résultats suivants :
- MINES D’ARGENT ET PLOMB.
- (Los mines de Pontgibaud, de Poullaouen et de Vialas étaient seules exploitées.)
- POIDS. VALRUIi.
- Argent.............................. 3,097k 669,91 i' j
- Plomb, litharge..................... 673,000 355,062 \ i,o5o,2o6f
- Minerai exporté..................... 9/1/1,000 35,9.33 )
- A reporler..................1,060,206
- Sauveur (groupe des montagnes centrales); de l’Argentière (Hautes-Alpes), «les Chalanrhes, de Huez-cn-Oysans (groupe des Alpes); du Castel-Minier (groupe des Pyrénées); les mines de cuivre de Raigorry, de Ghessy, Sainhel et Valtors, de Giromagny, etc.
- (,) Au 3i décembre 1878, le nombre des mines concédées s'élevait à 1,3eo, dont 3o pour l’Algérie. A la môme date, /i5 demandes de concessions étaient à l'instruction.
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- i,o5o,2o6f
- Report...............
- MINES DE CUIVRE.
- Cuivre de minerais indigènes.. 3i,2ook 71,761/
- Cuivre de minerais étrangers, élaborés dans les usines de
- Romiliy (Eure), lmpliy (Nie- y 33o,54o
- we), laVillette et Saint-Denis (Seine)....................... 610,800 ii3,3oo
- Produits divers (soufre, couperose).............................. 681,600 i/i5,68o
- mines dk manganèse (wune de tioinnneche).
- Manganèse.......... 2,3p/i,iook 236,72c/ 936,720
- AUNES D’ANTIMOINE.
- Antimoine métallique... i2,9ook 25,8ftof j
- Sulfure fondu......................... 9i,5oo 4,o63 > 39,783
- Crocus................................. 2,900 2,900 )
- MINES DE PLOMB.
- Alquifoux (pour les poteries). /i,oook i,khof ________________1 ’^0
- Total................1,661,689
- H ressort de ce tableau que notre travail sur les métaux atitres que le 1er Comportait de beaucoup sur notre production, puisque nous importions, rien que pour /industrie du cuivre, 010,800 kilogrammes de cuivre étranger. Notre consommation en enivre dépassait 8 millions; en plomb (métal, alquit'oux et lilharge), elle atteignait le ciiilbe de ^>323,700 kilogrammes.
- Ainsi, d’un côté nous avons des mines assez nombieuses, do l’autre nous avons des besoins assez étendus. H est donc regrettable que nos mines soient en grande paitie delais sées- M. Le Play, rapporteur de la section eu 18/19, s’en plaint amèrement. L’exploilation de nos mines serait d'au-lant Plus fructueuse nue les besoins de notre fabrication sont
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- plus importants h). Il rejette la langueur de notre industrie extractive d’abord sur nos lois, dont il n’a jamais cessé de provoquer le redressement, allant meme jusqu’à réclamer la liberté absolue de tester sans tenir compte des réserves; ensuite sur ce fait, que l’exploitation des mines autres que celles de fer et de houille ne rapportant de bénéfices qu’à long terme, les capitaux français, entravés par les lois sur la matière, refusent de s’y porter.
- A l’époque de l’Exposition de 18/19, nous étions mieux partagés pour le fer que pour les autres métaux. Non seulement nous tirions de nos mines une meilleure quantité de minerais, mais nous luisions venir des minerais de l’étranger pour les travailler dans nos forges. Une partie considérable de notre travail métallurgique se faisait alors au bois, procédé beaucoup plus dispendieux que le travail à la bouille, mais qui donne des résultats très supérieurs.
- Notre production de fonte, en 18/16, était de 622,683 kilogrammes, dont 282,688, près de la moitié, au bois ; notre production de fer était de 360,190 kilogrammes, dont le tiers environ (io5,865 kilogrammes) au bois. Nous n’importions presque pas de fer forgé; toutes les importations de fer se faisaient, en minerais, que nous nous chargions nous-mêmes de préparer pour les divers besoins de l’industrie. En 1856, toute l’importation se borna à 7,o5o tonnes de fer de Suède destiné à la fabrication de l’acier.
- Les elforts de notre industrie, au lieu de se porter sur l’exploitation des mines, se concentraient sur les moyens d’économiser le combustible, et ils y étaient parvenus dans une proportion assez considérable. Le jury signalait l’em-
- (,) Exposition de 18/19. Rapport de M. Le IMay sur les métaux autres que le 1er.
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- ptai, dans nos forges, de marteaux-pilons pesant jusqu à ^Looo kilogrammes. Celui dont le Creusot a expose un fac-similé en 1878 ne pèse pas moins, pour sa masse active, de 80,000 kilogrammes. On peut mesurer par là le progrès accompli. Le marteau-pilon de /i,ooo kilogrammes parais-sait presque une merveille en 18/19.
- De nouvelles fonderies de cuivre, bronze et laiton, le
- développement des anciennes, l’invention du fer galvanise, due à M. Sorel, de notables améliorations introduites dans tas procédés de la fonte, et notamment 1 emploi des gaz du hautfourneau pour -l’affinage de la tonte, pratique par M- dAndelarre, donnaient une certaine importance a 1 exposition de la métallurgie. MM. Calla, Decoster, Durenne, Louis Lemaître, la maison Hugucnin, Ducommun et Du-Lied, de Mulhouse, exposaient des chaudières, des 111a-ch in es-outils, des machines à vapeur. La machine Mcyci, 111 ise a l’essai sur le chemin de fer d’Orléans, parut supe-
- i'ieure à la locomotive de R. Stephenson en ce qu el 1 sommait la même quantité de coke et une quanti e intérieure. M. Ernest Gouin exposait la première ce m» ^ locomotives construites par lui pour le chemin 1
- Lyon. On remarqua aussi les toiles métalliques . ^
- wag, ayant mailles au ceutimètic cane, n ^
- pour la variété de la fabrication comprenant
- turels, les aciers cémentés et les ecicis < ^
- sorts, les limes; les fanx «» l'c,er '""L" ^"'instrnments première fois dans nos fabriques en 1 1 totinnuairc
- quincaillerie avait pris un îï'*1,u \ .. jp.,,., (Haut-
- es i, b„is dc MM. Oellaril-Mis-eon, a Mo,U . Xi.,,,* r>lim ), fut récompensée non seulement, pom son n
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- et l’excellence cle ses produits, mais pour les soins pris par les chefs de l’établissement pour fournir à leurs ouvriers des logements convenables, des denrées alimentaires de bonne qualité à prix réduits et des moyens d’épargne. En même temps que nos mécaniciens se rendaient habiles à fabriquer des machines à vapeur, on s’attachait à tirer un meilleur parti des forces hydrauliques. M. Poirée fut récompensé pour ses barrages mobiles; MM. Fromont, Fourneyron, pour leurs turbines; M. Thénard, pour un nouveau système de barrage peu dispendieux. M. Letestu exposa ses pompes d’épuisement. MM. Laurent et Degousée, M. Mulot , se firent remarquer par de puissants appareils de sondage.
- Le jury ne récompensa pas uniquement les objets exposés; il alla prendre, en quelque sorte, au dehors les inventions nouvelles ou les applications heureuses d’anciennes découvertes. G’eSt ainsi qu’il récompensa M. Eugène Fla-chat pour la construction du chemin de fer atmosphérique du Pecq à Saint-Germain, et qu’il donna une médaille d’or à M. de Ruolz.
- L’application de l’électricité à la dorure et à 1’argenture était certainement un fait très considérable. Ce n’était pas seulement un événement industriel et scientifique, c’était un événement parisien. On en peut dire autant de l’héliogravure, dont la découverte était déjà ancienne, mais qui figura, avec de nombreux perfectionnements, à l’Exposition de 18/iq. Le public prit sous sa protection la photographie, le rnolz, le chemin de fer atmosphérique et le puits de Grenelle, terminé en 18/11, qui popularisa, pour quelques mois, le nom de M. Mulot. Le navire è hélice, qui remonte, pour la France, du moins, au G décembre 18/12, date du lancement du Napoléon, produisit moins d’effet, parce que
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- le public frivole voit ce qui frappe les yeux et n admire jamais par réflexion.
- La vogue, ou la popularité, n’est, pas la même chose que la gloire, et la gloire elle-même n est pas toujours piopoi tionnée au mérite. Parmi les grandes decouvertes scientifiques qui ont changé les conditions d existence de 1 huma-uité, il en est dont on ignore absolument les auteurs; il en est qu’on se disputera toujours ; certaines usurpations ont été tellement consacrées par la croyance universelle, que les démonstrations les plus victorieuses, admises par les savants et les compétents, n’arrivent pas jusqu à la foule.
- L immense publicité des expositions sera sans doute un re-mede à ce mal ; elle sera du moins un palliatif, car il n y a pas de moyen humain d’empêcher l’iiumanite d etre ingrate. Le qui explique et justifie quelquefois les hésitations de la gloire, c’est qu’une invention se produit peu a peu, et que plusieurs générations de savants y concourent ; c est ainsi que le public connaît celui qui a touche le but et ignoie le véritable homme de génie qui l’a indique de loin. Quel est 1 inventeur de la navigation à vapeur? L Américain Roheit PuLon franchit la distance de New-York a Albany, le 16 août avec une vitesse de 7,5oo mètres a 1 heure, sui un fiateau à vapeur construit sous sa direction. Ce bateau sap pelait le Claremonl. Ce n’est, pas le premier qui lut fait, ce J; seulement le premier qui ait réussi. Linventeui dt lanavi gation à vapeur est un médecin français que la îévocation fie 1 edit de Nantes obligea de s’expatrier ; c est Denis Papin, fi111 commença par inventer la machine à vapeur à cylindre et à piston, et qui s’en servit, entre autres applications, Pour mouvoir un bateau sans le secours de rames ou de Voilos, précurseur tout à la fois de Watt et de Fulton. Den.s
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- Papin fit construire son bateau en Allemagne et l’essaya sur la Fulde, à Gassel. Le succès fut complet ; si complet que les bateliers de la Fulde mirent le bateau en pièces. Robert Fulton, à un siècle de là, rencontra un obstacle d’un tout autre genre: il avait proposé son système à Napoléon, qui nomma une commission de savants pour l’examiner; la commission fit un rapport défavorable. Il fallut aller en Amérique.
- Même difficulté historique et chronologique pour la découverte de la navigation à hélice. L’Anglais Smith lança un bateau à hélice le ier novembre 1836. Le Suédois Ericson proposait, à la même époque, le même système. Le gouvernement anglais fit construire son premier navire de guerre à hélice en 18A1. Mais avant Smith, avant Ericson, bien des ingénieurs et des mécaniciens avaient eu l’idée de ce propulseur, ou même en avaient fait l’expérience. On peut citer parmi les Français : Dnquet ( 1693), Bouguer (17 A6), Dallery ( 1803), Delisle ( 18 23), Sauvage (1827).
- C’est Brugnatelli, un élève de Volta, qui observa en i8o3 qu’on pouvait dorer an moyen d’une pile et d’une dissolution alcaline d’or. De la Rive, quelque temps après, appliqua la pile à la dorure. Buolz, Elkinglon, perfectionnèrent le procédé. M. Christofle, ce qui est un mérite différent , mais un très grand mérite, fit d’une grande découverte une grande industrie. La galvanoplastie, dont les applications sont innombrables dans la science et dans les arts, fut inventée à la fois, en 1837, par Jacobi, à Saint-Pétersbourg, et par Spencer, à Londres. Le public, en 18A9, en admirant les photographies, les produits de la manufacture de M. Christolle et ceux de la galvanoplastie, se disait surtout qu’il pourrait se procurer à bon marché des gravures, de l’argenterie et des bronzes d’art.
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- Les produits chimiques étaient représentés avec éclat par Charles Kestner, Kuhlmann, Menier. Le jury signala 1 introduction, dans la peinture, du blanc de zinc, qui résisté à 1 action de Fan* chargé de gaz sulfhydrique, et ne compromet jamais la santé des ouvriers. M. Rocher, de Nantes, exposait un appareil pour la distillation de leau de mei, qui fournissait, par jour, 6,000 litres deau douce. Lindustrie de la conservation des aliments se maintenait avec succès, quoique sans progrès nouveaux depuis la decou-Verte du procédé Appert, qui avait été récompense en 1827. Cuimet obtint une médaille d’or pour la découverte du bleu d outremer.
- H faut citer aussi à l’Exposition de 18&9 : M. Houette, pour les cuirs tannés et vernis; M. Zuber, M. Delicourt, Pour les papiers peints ; les cristalleries de Baccarat, Saint-Louis, Clichy, Cirey; les fabriques de papier d’Annonay ; les appareils de chauffage à la vapeur de Duvoir-Leblanc ; la typographie de MM. Maine, Firmin Didot, Plon, Paul Lupont, Du verger ; des objets d’orfèvrerie, très remarques, Provenant des maisons Duponcliel, P romeut-Meurice, Odiot, Ludolphi; des instruments d’optique, de chimie, de pli} sique, dus à MM. Soleil, Froment, Deleuil, Lerebours ; de hos beaux instruments de musique : les violons de Vuil laume, les cuivres de Sax, qui lurent un événement musi cal, ceux de Uaoux ; les grandes maisons de pianos : Erard, Lape, Pie y cl, llerz, déjà souvent récompensés; les fusils de M* Gauvain, de M. Delvigue; dans l’horlogerie : MM. Sclnvil-gué, Wagner, Benoit, Llenri Robert, François et Henri Lepaute. Certaines industries, qui tiennent une place tiès Importante dans notre richesse nationale, hésitaient à se
- Pioduire, ou, quan
- and elles exposaient, le jury hésitait à les
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- récompenser. La carrosserie paraît pour la première fois à l’Exposition de 1889. Notre ébénisterie, sans rivale, resta longtemps sans obtenir de récompense ; la première médaille d’or fut obtenue en 18/19 par M. Meynard. Le jury ne croyait pas que l’industrie des fleurs et plumes fût digne d’obtenir une récompense plus élevée que la médaille d’argent. Le vêtement proprement dit, pour hommes et pour femmes, n’était même pas exposé. La chaussure obtenait des récompenses, peut-être comme annexe de la tannerie. La ganterie de peau, qu’on dédaignait, faisait des progrès rapides, puisque la valeur de ses produits, qui était, en 18Û0, de 28 millions, atteignait 36 millions en 18 A 9.
- Mais le trait important, caractéristique, de l’Exposition de 18/19, la pai’t faite à l’agriculture, qui avait pour la première fois exposé en son propre nom au lieu de mettre ses produits dans la classe des textiles, ses machines dans la classe de la mécanique, etc. Deux galeries latérales, isolées du bâtiment principal, reçurent les animaux vivants. Cette innovation, due au ministre, M. Tourret, le même qui eut l’honneur de fonder l’Institut agricole de Versailles W, n’avait pas élé admise sans discussion dans le sein de la commission parlementaire, cr 11 a été répondu, dit M. AI-taroche dans son rapport, que rintroduclion moins étroitement mesurée des produits agricoles dans nos expositions périodiques est une idée heureuse et féconde ; que l’agriculture, dans son travail intellectuel de production ou d’amélioration, est une industrie comme sa rivale, ou plutôt que les deux forment un seul tout qui s’appelle l’industrie française; il est bon de prouver à l’agriculture, trop né-
- (l) M. Tourret était ministre du commerce quand l’Exposition l'ut décidée, M. Buffet quand elle fut organisée, et M. Dumas quand elle s’ouvrit.
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- gagée jusqu’à présent, que la République lhonoie et la protège, et la meilleure démonstration, c’est de lui faire désormais une large part dans les honneurs comme dans les récompenses de nos expositions. Ce qu’on propose cette année pour elle est sans doute bien imparfait, ajoutait-il, et 1 exposition des divers échantillons de nos races seia nécessairement fort incomplète. Toutefois, on peut comptei sur de beaux produits, et cette exposition, meine restieinte, aura, par l’émulation et le contrôle, de bons résultats.•»
- L’Assemblée, en vertu de ces principes, avait donne a 1 Exposition de 18/19 Ie Etre iïExposition de Yindustrie française, Manufacturière et agricole.
- L’objection la plus forte qu’011 puisse taire contre la réunion de l’industrie et de l’agriculture dans une meme exposition, c’est le nombre croissant des exposants et des Produits à chaque exposition uouvelle. On n’avait pas sou-}evé cette difficulté en 18/19; mais le succès meme des derrières expositions lui a donné une force toute particulièie. 11 semble à beaucoup de bons esprits (pi au lieu de tout réunir, il faudrait tout séparer. Mais il y a un autre moyen de résoudre le problème; c’est d’armer les jurys d’admis-si°n d assez d’autorité pour que ce soit déjà une récompense de paraître dans les galeries. U11 jour viendra peut-ètie où û n’y aura plus d’autre récompense que celle-là, ni d’autre jri y que le jury d’admission. O11 éviterait, par ce moyen, l’encombrement, la dépense excessive, l’énorme difficulté de 1 étude; et 011 11e serait pas réduit a sepaiei 1 industrie Proprement dite de l’industrie agricole, (pii, dans la réalité, ne Peuvent vivre et prospérer que 1’uue par l’autre.
- De tout temps, la plus grande partie de la population française a été vouée à l'agriculture; mais il s’en iaut que
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- notre pays soit cultivé comme il devrait l’être, et donne les produits qu’on aurait droit d’en attendre. Avant 1789, une grande partie du sol était aux mains de la noblesse, grande ou petite; beaucoup de terres appartenaient à l’Église. Les grandes propriétés, qui étaient assez nombreuses, étaient gouvernées par des intendants et cultivées par des serfs, dont la condition était déplorable; partout ailleurs, le détail t d’éducation et de ressources rendait toutes les améliorations impossibles. C’est ainsi que Young expliquait, peu d’années avant la Révolution, le triste état de notre agi r culture. Dix années de révolutions violentes, compliquées de guerres perpétuelles, n’étaient pas faites pour l’améliorer. L’égalité entre les citoyens, la liberté, la possession des droits politiques, l’abolition des douanes intérieures, devaient sans doute exercer une utile et décisive inlhienee. On pouvait regarder aussi comme favorable, toute question de principe mise à part, la vente des biens nationaux, qui augmenb1 dans une lorte proportion le nombre des propriétaires. Mais, à coté de ces bons résultats de la Révolution, il y en avait un désastreux; c’était le principe, d'ailleurs éini' nomment juste, de légalité des partages, qui ne cesse d'augmenter la division des parcelles et qui nous réduira à la petite culture, si on ne lui trouve pas de correctits* 11 y a peu de pays au monde où il y ait autant de pro* priélaires dans la classe des cultivateurs; mais ces pro* priétaires ne possèdent que des surfaces peu étendues» dont l’exploitation ne suffit pas à leur activité, ni le rende* ment à leurs besoins. Les riches se défont de leurs terres quand ils le peuvent, pour tirer un plus grand bénéfice <l(î leurs capitaux, et contribuent ainsi ù augmenter le morcol' lement. Il en résulte que la culture de la terre est abaii"
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- donnée, comme autrefois, à des ignorants, au moins pour ta plus grande partie, et que le capital, comme autrefois, °u plus qu'autrefois, leur fait défaut. Le nombre est d un cote; l’argent et l’instruction de l’autre. Le rapporteur de 1 Exposition agricole de 18&9, M. Moll, en lut très frappe, ot cependant on ne prévoyait pas encore la lutte terrible C[ue notre agriculture aurait à soutenir quand 1 Amérique, Pac ses défrichements d’une part, et de 1 autre par les développements des transports maritimes, entrerait en concurrence directe avec elle.
- M- Moll établissait d’abord que, sur 58 millions d hectares, la France en mettait en culture 4i millions,
- savoir :
- enterres labourables, 25 millions et demi; en prés, 5 milans; en vignes, 9 millions; en vergers, un demi-million; er) cultures diverses, 1 million; en bois, 7 millions. Nous
- ^errons dans quel sens cette répartition des divers usages deL
- eta terre s est modifiée. « Ustrô.s quarts de
- ajoutait-il, sont occupés à la culture 11 S° ’ de celte de dire que la partie éclairée, U
- population na aucune svmpaUue [ \.l'éducation
- cherchait le remède dans une tians 01 nn gisait-iL
- nationale. sCet étrange et fitclmu\ auUgoms^ ^ ^ ((U1 entre les goûts du pays et ses inleres, .mUv,0Misme
- agit et la pensée qui devrait le tUlu > erreur en
- résulte de là plus singulière, ,lc^ ^‘nttaiîde voirproefiai-matière d’instruction publique, n se 1 ^ ;g [y^stitut de
- nement commencer l’éducation agi icole < 1 1 ^ arja^ement Versailles, la fondation des comices,^ un
- réorganisés en 1820 par une paient concevoir 5
- certain nombre de fennes-ecoles, . P exagération,
- égard des espérances dont on a vu cp
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- Tout, ou presque tout, restait à faire, jusqu’à la présente année, pour propager les connaissances agronomiques; et, maintenant qu’on y a pourvu, il reste encore à faire des lois pour faciliter le crédit et l’association.
- La place dans les galeries d’animaux vivants fut plus avidement recherchée par les exposants qu’on ne s’y était attendu; il fallut refuser des demandes. La race ovine particulièrement avait fait de tels progrès et envoyé de si nombreux spécimens, que le jury fut obligé de diviser les laines en quatre catégories : laines mérinos de première finesse, M. Godin aîné, de Cliàtillon-sur-Seine, obtint un rappel de médaille d’or; laines de moyenne finesse, une médaille d’or fut attribuée à M. llicber, de Gouvix (Calvados); laines longues mérinos destinées au peignage, rappel de médaille d’or à M. Graux, de Maucharnp (Aisne); laines communes [dus grosses et plus dures que les laines mérinos, obtenues de moutons plus rustiques et plus faciles à engraisser; 1° jury ne décerna que des médailles d’argent pour ce genre de produits. Les progrès furent très marqués dans la race bovine et la race chevaline : progrès pour la qualité et h quantité dans la race bovine; progrès importants pour b1 qualité dans la race chevaline. Le haras de Pompadour eU' vova des chevaux de race arabe pure, nés en France, d’une beauté et d’une vigueur que nous n’avions pas encore al' teintes. Le jury donna 8 médailles d’or. M. Auclerc, éleveur à la Collc-Bruère, près de Bourges, reçut la croix.
- Il veut, pour les grandes cultures, 12 médailles d’or, et une croix, donnée à M. Martine. Le jury put constater une grande amélioration dans le rendement du frouienL qui donnait de 12 à i3 hectolitres par hectare, au lieu 8 à (j hectolitres qu’011 récoltait du temps de Vauban. ^
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- constata aussi l’introduction des rizières qui se multiplièrent dans tout le Midi, dep uis la Camargue jusqu’aux landes de Bordeaux. Enfin, la culture du mûrier, autrefois concentrée dans quelques départements méridionaux, se répandit dans les départements du Centre, et l’on put affirmer 9Ue le mûrier pouvait s’acclimater partout où l’on cultive la Vlgne. Parmi les établissements récompensés, la magna-nerie du major Bronski appartenait au département de la fronde; celle de M. Camille Beauvais, au département de Seine-et-Oise. L’acclimatation du ver sina (la soie blanche) ^fait un lait accompli. On en devait la propagation principalement à M. Roqueblave, qui reçut une médaille d’or.
- Le nombre des exposants pour les machines agricoles Montra que cette fabrication était en progrès, au moins P°ur la quantité. Il y avait eu 69, exposants en 18ÛÛ; il y eil eu^ *28 en 1869. Le jury reconnut qu’à une exception P1 es, les engins ordinaires employés en Angleterre étaient Süperieurs aux nôtres : il est vrai que cette exception n’était rien ln°ins que la charrue. Quant aux engins plus perfec-Bonnés, le jury faisait une distinction : pour les outils à la lï]ain, 1 Angleterre avait la supériorité; pour les machines impliquées servant à la première préparation des produits, ^chinesà battre, hache-paille, coupe-racines, concasseurs, meme que pour les semoirs, les herses, les rouleaux, les Mupateurs, scarificateurs,houes à cheval et buttoirs, nous p ’ d Peu cl exceptions près, au niveau de nos voisins. çl°Ul ^ instrument aratoire par excellence, c’est-à-dire pour la lue> nous avions sur eux une supériorité incontestable. ^ • Moll constatait <[ue les perfectionnements introduits
- ll,s^luments aratoires recevaient si peu de publi-’ beaucoup de constructeurs inventaient des ma-
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- chines, déjà inventées, employées et abandonnées, ce qui constituait une dépense inutile de temps, de capital et de talent. Si les constructeurs eux-mêmes en étaient là, on ne devait pas s’attendre que les cultivateurs, et surtout les petits cultivateurs, fussent au courant du progrès de l’outillage agricole. M. Moll recommandait l’exemple donné par les sociétés d’agriculture de Rouen, de Toulouse, de Clermont (Oise), qui avaient créé des musées agricoles, où figuraient, à côté des meilleurs modèles, les instruments défec-
- tueux, avec l’indication de leurs défauts. Il provoquait aussi des publications à bon marché, contenant de bonnes gravures sur bois, cr Le grand obstacle qui s’oppose à l’avancement de notre agriculture, disait-il, c’est l’ignorance des travailleurs, l’absence, ou du moins la pénurie de guides surs et éclairés dans lesquels ils aient confiance.-»
- Le jury récompensa deux grands agriculteurs d’Algérie, M. Frutié et AI. Charles Héricart de Thury. M. Héricart de Thury se livrait à tous les genres de culture; il cultivait, outre les céréales, le tabac, la garance, le sésame, et même le coton. Il avait des mûriers; 2 hectares de jardins, qui fournissaient Alger de légumes. Il entretenait un bétail nombreux, 6,000 moutons, et obtenait quelques succès dans l’élève des chevaux. Quoique l’Algérie soit en progrès, l’exemple île M. Héricart de Thury n’a pas été assez imité-On ne donne pas assez de soins à l’immigration, à la colonisation. On 11’arrive pas à modifier les procédés de culture employés par les indigènes. Si la colonie n’entre pas pou1* une plus grande part dans l’alimentation de la France, c’est la faute des institutions et des hommes; ce 11’est pas celle de la terre.
- Il y avait à l'Exposition (1e 186cj une curieuse collection
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- fromages. La France possède en ce genre de très belles ^alités, le camembert, le brie, le roquefort, le gruyère, etc. Outre ces espèces renommées, qui donnent lieu à un commerce considérable, chaque contrée a, pour ainsi dire, sa production particulière, qui sufïît à la consommation cou-ïante. Le jury se montra assez sévère. Il reprocha à la Plupart des fab ricants de ne pas améliorer leur routine, de PI0céder sans soin et sans propreté. Ce dernier défaut, qui ^etld maintenant à disparaître, pouvait avoir des inconvénients graves pour la santé publique. La production du fromage représente en France une valeur de ho à 5o millions, qui serait facilement augmentée, si les paysans pouvaient énoncer à leur routine et à leur incurie, j Enfin, on avait ménagé dans les galeries une place pour 8 V1ns, ce qui était aussi une innovation, et une innova-fi°n heureuse. Le résultat ne fut pas très important. Il ne J]nt guère que du vin d’Arbois, qui est un vin agréable du
- nra, et de qualité courante. Les grands vins, se fondant
- 8l ^ 1 ^ ^
- eu,> renommée, dédaignèrent de comparaître. Il en fut
- meme des vins du Midi, qui n’avaient nul besoin de se
- Pleurer des débouchés, puisque les commandes affluaient.
- slbmtion fut tout autre quand vint l'heure de la libre
- °ncurrence et celle des expositions universelles; mais alors
- u^git une difficulté que l’Exposition des sciences appliquées
- mdustrie, en 1879, a essayé de résoudre: celle de la
- Oris(atation d'origine. On ne viendra à bout de résoudre
- ( nhede problème que par une forte organisation des
- ^ 'As fi admission départementaux. Quoi qu’il en soit, l’ab-
- IC(j fiu vin dans les expositions françaises était une lacune
- • 1 • - a.. -...1.
- ue.o-
- r
- et
- ellable, puisque notre vin est a la lois une de nos globes llrio de nos principales richesses.
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- LES EXPOSITIONS NATIONALES.
- Tel est, en peu de mots, le bilan de l’Exposition de 18/19. Telle était, en France, la situation de l’agriculture et de l’industrie, à la veille de deux événements qui devaient produire dans le monde économique une révolution comparable à celle que nous devons à la vapeur. L’Exposition universelle de 1 851 et les traités de commerce de 1860 ont mis fin à la guerre industrielle et commerciale que se faisaient les peuples par le moyen de la prohibition et de la protection. On peut encore discuter et voter des tarifs de douane; mais 011 ne pourra plus les faire durer. Ils ne serviront tout au plus qu’à faciliter la transition entre un régime qui 11’est plus et la liberté définitive du travail.
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- CHAPITRE II.
- LES EXPOSITIONS INTERNATIONALES. — 1851-1867.
- I
- On avait pensé un moment à rendre l’Exposition de *^9 internationale. L’idée de la fraternité des peuples etait une de celles que la Révolution de février avait ren-(lu°s populaires : idée mal définie, mais généreuse, et qui efint bruyamment proclamée chaque soir dans les clubs.
- expositions nationales devaient infailliblement conduire aüx expositions internationales; et pourtant il y avait entre elles une différence très profonde. A l’origine, les expo-slboiis nationales avaient été comme une forme de la güerre que les peuples se faisaient les uns aux autres. Si °R se reporte, par exemple, à la première de toutes, celle 179^> on verra sans doute que François de Neulcliil-^îau se proposait surtout de prouver que la liberté vaut 11)leux que le privilège pour assurer la prospérité des Etats; *^ais la liberté h laquelle il pensait était la liberté inté-lleRre, la suppression des jurandes, de la réglementation Excessive et des charges fiscales de toute nature. Depuis les Rieuses lois de l’Assemblée constituante, il n’y avait plus guerre entre les corps de métiers, ni, dans chaque corps e métier, entre les maîtres et les compagnons, ni entre les j(),Upagnons et les ouvriers qui exerçaient un état sans en
- ÎÜV * * J
- ,1‘ Requis le privilège. Les barrières des douanes inté-
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- LES EXPOSITIONS INTERNATIONALES.
- Heures qui séparaient naguère les provinces, et les barrières plus odieuses et plus infranchissables qui séparaient les diverses classes de la population, étaient tombées devant la grande pensée de l’unité française et la conquête des droits de l’homme et du citoyen. De ce coté, la révolution était définitivement accomplie. L’égalité fut comprise et pratiquée dès le jour où elle fut proclamée; pour la liberté, c’est autre chose; on ne la comprit pas du premier coup; on voulait, on croyait l’avoir; on l’avait au moins dans les ateliers. L’établissement de l’égalité dans le travail, de l’égalité devant la loi, remplissait d’orgueil les amis de la Révolution, et ils exprimaient leurs sentiments avec emphase. Voici comment parlait François de Neufchâteau lui-même dans son discours d’inauguration, prononcé le 2e jour complémentaire an vi : relis ne sont plus ces temps malheureux où l’industrie enchaînée osait à peine produire le fruit de ses méditations et de ses recherches, où des règlements désastreux, des corporations privilégiées, des entraves fiscales, étouffaient les germes précieux du génie; où les arts, devenus à la fois les instruments et les victimes du despotisme, lui aidaient à appesantir son joug sur tous les citoyens et ne parvenaient au succès que par la (laiterie, la corruption et les humiliations d’une honteuse servitude. . . r>
- Mais si l’on comprenait au dedans la fraternité des citoyens, l’esprit philosophique n’était pas encore assez puissant et assez répandu pour que l’on comprît la fraternité des peuples. On avait reculé jusqu’aux frontières les barrières anciennes, on ne les avait pas pour cela supprimées; tout au contraire, on les maintenait, on les fortifiait. Il est vrai que nous étions en guerre avec l’Europe, et que nous n’avions à attendre d’elle, comme on eût dit alors, ql,e
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- des chaînes. Bien loin de songer à ouvrir au producteur Sauçais le marché européen, et à faire profiter le consommateur français du travail des autres peuples et des profits de leur industrie, on regarda l’exposition de notre industrie nationale comme une manière de prouver que nous ehons en état de suffire à nos besoins et à l’entretien de nos armees, comme une campagne contre l’industrie étrangère surtout contre l’industrie anglaise, l’Angleterre étant aI°rs notre principale ennemie, cr Cette première Exposi-h°n, conçue et exécutée à la hâte, est réellement une pre-nilei'e campagne, une campagne désastreuse pour l’indus-^ m anglaise et glorieuse pour la République W. 7) François du Neulchateau, qui se proposait de faire une nouvelle Exposition en 1799, en avait à l’avance tracé le plan. On y lsuit cette promesse, qui est en meme temps une menace : Chacun des vingt manufacturiers désignés par le jury rc-Cevra du président du Directoire exécutif une médaille d’ar-&e|d analogue à l’Exposition; et celui des vingt qui, à raison e ta perfection de sa fabrication et de l’étendue de son com-pGrce, aura été jugé avoir porté le coup le plus funeste à mdustric anglaise, recevra la meme médaille en or f2h n L,e 11 est quaprès les longues années de paix de la Respiration et du Gouvernement de juillet, après les montions introduites dans les relations internationales Pai la navigation à vapeur, les chemins de fer et les télé-paphes, après le succès du Zollverein allemand; ce n’esl, lS'Je> qu’après cette transformation politique et géogra-Pjique du monde, <pi’a pu se faire jour l’idée des exposons internationales. En 1833, M. Boucher de Perthes, 0) (
- '«niçois «K» Neufcli.flleau, circulaire du a fl vendémiaire an vu.
- Vj*i‘cuUure du ministre de l'intérieur, du a fl vendémiaire an vu.
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- lli
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- président de la Société d’émulation d’Abbeville, parlant aux ouvriers pour les exciter à prendre part à Imposition de i834, demandait pourquoi nous n’ouvririons pas nos galeries aux Belges, aux Anglais, aux Suisses, aux Allemands. ?cCroyez-vous que si la place de la Concorde, ouverte, au icr mai i834, aux produits de l’industrie française, l’était à ceux du monde entier, croyez-vous que Paris, que .la France en souffrît, et que l’on y fabriquât ensuite moins ou moins bon 1 v Michel Chevalier remarque que tous les Etats allemands prirent part à l’Exposition de Mayence en 18/12, à celle de Berlin en 18A4. C’était peut-être un acheminement; cependant il y avait loin de cette hospitalité entre nations germaniques, à des expositions véritablement internationales. Les différents Etats allemands ont pu avoir autrefois des intérêts opposés, et même guerroyer les uns contre les autres; ils n’eri faisaient pas moins partie d’un même peuple, parlant la même langue, séparés par quelques points, réunis ou plutôt confondus par une foule d’autres, et la ligue du Zollverein en fut une démonstration éclatante, avant la fondation du nouvel empire d’Allemagne. La ville de Birmingham, qui fit une Exposition en 18A9, déclara quelle y admettrait tous les peuples. Cette fois, c’était bien la conception des expositions internationales. Quoique Birmingham soit une ville considérable, illustre par sou industrie, une telle pensée ne pouvait être réalisée avec éclat que par la capitale d’m* empire.
- Le Gouvernement y pensa, comme je le disais tout a l’heure, quand il se disposait à ouvrir la onzième Exposition nationale française. L’avis d’y appeler non pas seulement tonte l’Europe, mais toute la terre, fut exprimé pal
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- Tourret dans le conseil des ministres. On consulta les Cambres de commerce, qui répondirent négativement, h industrie française et les chambres de commerce, par conspuent, étaient alors dominées par un certain nombre de •Manufacturiers puissants qui, ayant le monopole de notre Marché grâce aux droits protecteurs, ne voulaient affronter 111 les chances de la concurrence, ni l’accroissement de frais dactivité qu’elle nécessite, et qui d’ailleurs, sous le ré-8llMe du suffrage restreint, avaient exercé, non seulement ^ans les chambres de commerce, mais dans les assemblées politiques, une influence prépondérante dont il leur restait goût, l’habitude, et, malgré les apparences, un peu de la réalité. Notre industrie cotonnière était florissante,
- Pai‘ce que les tarifs de douane lui assuraient le marché hançais; elle n’avait même pas eu besoin de renouveler ses aPpareils, qui déjà paraissaient barbares à ceux qui rcve-Maient de visiter les grands centres de la fabrication étrangle. liHe sentait que les expositions internationales étaient c°rnrne les prémices du libre-échange, dont la première c° fréquence serait de la contraindre à renouveler de fond en comble un outillage très coûteux. Comment pourrait-elle ter de bon marché avec l’Angleterre et la Belgique, qui avaient le charbon en abondance, et par conséquent à bas pHx ? Qu n’avait pas même pris soin de faciliter le trans-de nos charbons, soit par canaux, soit par chemins e fer. Mulhouse déclara que, si les Anglais et les Belges Paient admis à l’Kxposilion, elle s’abstiendrait. Baccarat, JP*1 redoutait les verres de Bohème, Creii, Saint-Gobain, I eilt des protestations semblables. Les industries essentiel-^Mieiit Irançaises, la soie, la laine, le lin, les instruments e précision, l’agriculture, en y comprenant surtout l’indus-
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- trie vinicole, ne pouvaient que gagner au contraire à la comparaison et à la liberté; mais c’était le temps où la science économique était considérée comme une branche ennuyeuse de littérature, et où l’on confondait le libre-échange avec les utopies fouriéristes. La France, qui avait eu l’honneur d’ouvrir 1ère des expositions industrielles en 1798, qui avait poursuivi celte grande pensée avec courage et persévérance, refusa de suivre M. Tourret dans la voie nouvelle où il l’appelait. L’Exposition de 18A9, restreinte à la France, réunit, comme nous l’avons vu, A, 532 exposants. Deux ans après, sur l’initiative de la Société des arts, vivement appuyée par le prince Albert, qui comprit sur-le-champ la portée de cette innovation, la première grande Exposition internationale s’ouvrit à Londres avec le plus grand éclat. Le icr mai 1851 sera certainement une date importante dans l’histoire au point de vue moral et politique, autant qu’au point de vue économique et industriel. Le prince Albert aura l’honneur d’y avoir attaché son nom. 17,062 exposants répondirent, à son appel et à celui de la Société des arts. Cinquante-trois ans auparavant, à Paris, l’Exposition de 1798 en avait attiré 1 10.
- Il
- Combien y a-l-il eu d’expositions internationales depuis cette époque jusqu’à l’Exposition de 1878? On serait tente de dire qu’il n’y en a eu que quatre: Paris en 18 5 5 1867, Vienne en 1878, Philadelphie en 1876. On peut y ajouter, si l’on veut, les diverses expositions internationales qui se sont succédé à Londres. Mais la construction Palais de cristal, en rendant les expositions faciles et péri»-
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- diques, leur a ôté quelque chose de l'importance exceptionnelle qu’avait eue l’Exposition de i85i, et qu’ont reçue depuis, chez d’autres grands peuples, des expositions préparées de longue date, et considérées, à juste titre comme des événements historiques. 11 y a donc lieu de placer tout a lait hors ligne l’Exposition de Londres en i85i, celles de Paris en 1855 et 1867, celle de Vienne en 1870 et celle de Philadelphie en 1876. On y ajoutera désormais notre Exposition de 1878. Ce sont là, en eiïet, les grandes solennités, les expositions vraiment internationales et vraiment Universelles. En grand nombre d’autres villes ont voulu, pendant les trente dernières années, ouvrir une arène à iindustrie de tous les peuples; mais, ou ces villes navaient pas une importance comparable à celle de Londres, Paris, tienne, Philadelphie, ou, quand elles l’avaient, diverses circonstances empêchèrent la réussite complète de leurs projets.
- Il ne sera pas cependant sans intérêt de donner ici la liste de ces convocations adressées avec courage à tous les travailleurs du monde.
- Dublin , mai 1853.
- New-York, juillet i853. (New-York ne donna pas aux commerçais ia S(5cilrjté d, les lïanchises qui auraient assuré le succès; rAnié-nqueeut sa revanche, en 1870, à Philadelphie.)
- L\ Nouvkllb-Oblkxns, septembre i85A.
- IhiuxKLLKs, septembre 1855. (Quatre mois et demi après l’Exposi-',i°n de Paris, ouverte le 15 mai. )
- IhuixKLLKs, août 18.57.
- E‘v Hayk, mai 18i)8.
- Nlgkb, octobre 18G*ï. (L’est l'année de la seconde Exposition internationale de Londres.)
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- Dublin, 9 mai 1854.
- Dunedin (Nouvelle-Zélande), janvier 186b.
- Rome, 9 mars 1865.
- Dublin, 9 mai i865.
- Stettin (Poméranie), 10 mai 1865.
- Amsterdam, 18 juillet, 1865.
- Bergen (Nonvège), ior août i8G5.
- Porto, i5 août 1865.
- Le Havre, icr juin 1868. (Un an après la seconde Exposition internationale de Paris.)
- Saragosse, octobre 1868.
- Santiago (Chili), avril 1869.
- Amsterdam, i5 juillet 1869.
- Altona (duché de Holstein), 37 août 1869.
- Rome, 17 février 1870.
- Cassel (Uessc-Cassel), ier juin 1870.
- Lima, ior juillet 1870.
- Naples, icr septembre 1870.
- Gratz (Styrie), septembre ou octobre 1870.
- Cordora (République Argentine), îb octobre 1870.
- Londres, 1871.
- Lyon, i5 mai 1873.
- Moscou, 3o mai (11 juin) 1873.
- Londres, 1872.
- Saint-Pétersbourg, îb (27) octobre 187h.
- Londres, 187 A.
- Sydney (Nouvelle-Galles du Sud), avril 187b.
- Valparaiso (Chili), 10 septembre 187b.
- Santiago (Chili), 16 septembre 187b.
- E11 ce moment même, mie Exposition internationale est ouverte à Melbourne. On ne peut en connaître ni inêmc en prévoir les résultats. C’est un événement considérable <pi une pareille tentative dans ce monde si lointain, si nom vellement associé à la civilisation européenne, et dans celte
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- xille déjà immense, dont la fondation ne remonte pas à un derni-siècle.
- Les expositions dont on vient de lire la liste sont bien des expositions internationales. L’Exposition de Munich, ei'i 185h, n’y est pas comprise, parce que les États allemands y furent seuls admis. Celte Exposition fut très considérable; 6,588 exposants y prirent part.
- Lue exposition peut être universelle sans être interna-bonale, et internationale sans être universelle. Les exposions françaises antérieures à 18 51 n’étaient pas interna-horiales; les Français seuls y étaient admis ; mais elles étaient
- universelles, c’est-à-dire qu’elles appelaient sans exception foutes les industries françaises. Parmi les expositions internationales que je viens de mentionner, il y en a d’univer-
- Selles ; il y en a un certain nombre de spéciales. Telles sont
- l’P . . J .
- ^position de Bruxelles en 18 5 6, exclusivement consacrée
- aux produits de l’économie domestique; l’Exposition de
- Bruxelles en 1857, consacrée aux arts industriels; l’Expo-
- Slbon d’Alger en 1862, pour les machines et instruments
- a8rfooles; celle de Rome en 1865, pour les objets d’art, et
- Principalement pour les objets d’art servant au culte catho-
- 11(foe. Un e pareille exposition ollrait un champ très étendu;
- ede comprend les monuments, depuis les basiliques jus-
- ^Uaux simples chapelles, aux calvaires, aux croix de mis-
- Sl°n; les vitraux, les mosaïques, la peinture et la sculp-
- 1 imagerie, dont le culte catholique est le plus grand
- Pr°ducteur; la sculpture d’ornement en bois, pierre et
- ^fol; le.mobilier d’église, très compliqué ; l’orfèvrerie, qui
- ^0(^Ul* des chefs-d’œuvre en ostensoirs, crucilix, lampes,
- andcliers,calices, crosses, bannières,etc. ; la librairie : an-
- I naires, rituels, missels, bréviaires, paroissiens, caté-
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- chismes, almanachs et brochures en nombres infinis; les vêtements d’église, qui surpassent en faste et en richesse la toilette des femmes; la bijouterie : croix pastorale, anneau pastoral, mitre incrustée, reliquaires; les orgues et, à la rigueur, tous les instruments de musique ; les cloches. La seule énumération du mobilier et du vestiaire de ce monde à part demanderait tout un livre. L’Exposition d’Amsterdam, en 1865, était une exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie; celle de Bergen, la même année, ne comprenait que les produits et engins de pêche; celle du Havre, en 1868, était une exposition maritime. Elle était organisée et dirigée par M. Nicole, le même qui eut le courage de provoquer à Paris, en 1879, un an après l’Exposition universelle, une Exposition des sciences appliquées à l’industrie, et qui la fit réussira force d’énergie et d’habileté. L’Exposition de Santiago (Chili, 1869) était une exposition agricole; celle d’Amsterdam, la même année, une exposition d’instruments de travail ; celle de Borne, en 1870, une exposition d’objets de piété, plus exclusive que celle de 1805, qui faisait une large part à l’archéologie et aux arts profanes; l’Exposition deCassel, en 1870, était une exposition d’architecture pratique; celle de Naples, en 1870, une exposition maritime; celle de Cordoba,en 1870, n’accueillait que les machines agricoles; celle de Saint-Pétersbourg» en 187/1, était exclusivement réservée aux industries textiles; enfin, celle de Berne, en 187G, éfait une exposition de chaussures. Le canton avait voulu savoir comment on sC chaussait dans tous les pays du monde.
- La première Exposition, à la fois universelle et internationale , à laquelle nous revenons, eut lieu à Londres oi> 1851. C’est là, c’est à cette date, que les travailleurs du
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- 'Uoiide entier se réunirent pour la première fois en champ clos> dans une bataille éminemment pacifique, et purent, en toute liberté, s’étudier et se comparer. On ne saurait trop répéter que ce sera une grande date, une très grande date dans rhistoire du monde, et que les résultats de cette banslormation des expositions industrielles iront sans cesse 611 s affirmant et en s’accroissant, non seulement par les pro-81 es de l’industrie, la multiplication et la plus grande facilité communications et des échanges, mais par radoucissement des mœurs. On verra avec le temps que les exportions internationales sont l’instrument le plus puissant la paix universelle.
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- 1 on juge de l’importance d’une exposition parle succès ^ 1 éclat, celle de î 851 doit être placée au premier rang.
- °Us les ateliers du monde furent en mouvement pour s’y Pleparer; elle passionna également les esprits sérieux et les esputs frivoles. Les jugements du jury furent rendus avec C0|Rpétence, et, somme toute, avec impartialité. Les erreurs J^tes injustices sont toujours possibles dans les concours; ^ es le sont moins que partout ailleurs dans des concours la nature de ceux-ci, parce que les pièces restent pen-plusieurs mois sous les veux des concurrents et du
- r le zèle et 1 mtelh-e. Les éloges furent unanimes pou‘ les
- genre du prince Albert et de ses co ^ ^ magnificence
- pays; pour l’accueil lait aux étrangei s, p< «alevins
- do Palais de cristal ; pour fLeureuse d,sp<rat<- ^ ^
- et la savante classification îles matiue. ’ I ^ etge police, des produits exposés; pour les "’®smCS ° (les exposants la facilité des communications. * » e%aclciu(mi pour un était de 17,0(19.. La France } >'15" ‘ p)8 pour l’M-
- dixième; elle comptait , ,7Mi exposants.
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- gérie. Le jury décerna deux sortes de récompenses, les grandes médailles, appelées médailles du conseil, réservées aux inventions, et les médailles d’un ordre inférieur, ou médailles de prix, pour les perfectionnements. Il y eut 172 médailles du conseil, 2,921 médailles de prix. On y joignit 2,093 mentions, soit en tout 5,186 récompenses pour 17,062 exposants. Sur ce nombre, la France obtint 56 médailles du conseil, 622 médailles de prix, 372 mentions, soit en tout i,o5o récompenses pour 1,761 exposants. Il était permis d’être fiers d’un tel résultat W. Les rapports de la Commission française sont faits avec beaucoup de compétence et de talent. Charles Dupin, le rapporteur général, entreprit à cette occasion un recensement et une comparaison des forces productives de toutes les nations, qui 11e comporte pas moins de sept gros volumes, et dont les derniers parurent après l’Exposition française de 1855. On peut signaler, dans cette exposition d’ailleurs si complète, trois lacunes : l’agriculture, les beaux-arts et l’eU' seigneinent.
- Nous avons vu, en parlant de l’Exposition française de 18/19, que M. Tourret, alors ministre du commerce de la République française, et qui était un agronome très dis-
- (1) Voici le détail, par classe d’exposants, des récompenses obtenues par n°s nationaux :
- Council medal. Prize mednl. Mention.
- 1" classe (Produits bruts) 11 «9 10 r»
- 2' classe (Machines) aa 107 i{7
- 3' classe (Produits manufacturés) a u 3 a 10/1
- h* classe (Ouvrages en métaux, céramique, etc.) i a «8 (ia
- f»* classe (Ouvrages divers) (> 77 5i
- 0* classe (Beaux-arts) 3 a9 i3
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- bflgué, convoqua l’agriculture en même temps et dans les ferries conditions que l’industrie. Il tint spécialement à placer dans l’enceinte de l’Exposition deux galeries pour les animaux vivants. Cette innovation fut très discutée. Les Uns pensaient que l’agriculture est une des deux grandes hanches du travail humain, que l’industrie est l’autre; c[nil n’y a pas lieu de les réunir dans un même concours, ^ que les expositions industrielles doivent conserver leur caractère exclusivement industriel. Les autres, préoccupés de 1 intérêt de l’agriculture, voulaient des expositions exclusivement agricoles, parce que les produits de la terre et le détail ne pouvaient être exposés que dans des conditions spéciales, sous la direction d’hommes spéciaux, et pour un public différent de celui qui s’intéresse à l’industrie propre-^ut dite. M. Tourret pensa que ces raisons n’étaient pas nature à le taire liésiter. On l’ait assez fréquemment des expositions agricoles régionales dont l’utilité est incontes-
- L 1 1 U O
- te. Mais c’est seulement dans une exposition interna* b°Rale que les différentes régions d’un même pays et les dit-ents peuples peuvent comparer leurs produits et leurs Pl°cedés, obtenir des récompenses éclatantes, populariser repandre les grandes découvertes. Il y a même un intérêt
- fpi f ^ J
- . s rtiel à for cer en quelque sorte les agriculteurs et les Ltdustriels à se connaître mutuellement; il y en a un autre démontrer par des faits, à la foule ignorante ou indiffé-eï^e’ la possibilité d’augmenter par une bonne culture le Rdenient de la terre et de perfectionner les races. L’An— 0 erTe, où l’agriculture est très honorée et Irès estimée, P^rce qm» l’aristocratie y est très riche, propriétaire de la et^ acc<)ULJuiée ù s’occuper avec soin de la production e 1 amélioration du bétail et des céréales, aurait du
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- suivre l’exemple de M. Tourret. Elle aurait du comprendre que les rapports de l’agriculture et de l’industrie deviennent chaque jour plus intimes et plus nécessaires. L’une et l’autre tirent un égal profit des progrès de la chimie et de la mécanique. L’agriculture fournit les matières premières : laine, soie, lin, chanvre, jute, crin, poil de chèvre à l’industrie textile; elle emprunte à l’industrie les machines et les outils dont elle se sert, et notamment la machine à vapeur; elle utilise, comme engrais, une partie des résidus et des déchets de ses fabriques; elle lui dispute les forces intellectuelles, les capitaux, les forces physiques de l’homme et des animaux. En un mot, les points de contact sont innombrables; il s’en découvre chaque jour de nouveaux. Le philosophe et l’homme d’Etat ne peuvent étudier le travail humain qu’à la condition d’embrasser d’un même coup d’œil le développement des forces animales et végétales, et la transformation des matières brutes par le génie et Ie travail de l'humanité.
- On doit regretter au même titre ( absence des beaux-art^ à l’Exposition de i85i. Assurément on y trouvait, et même en loule, des objets qui auraient été à leur place dans une exposition spéciale des beaux-arts; de même qu’à délaut d’une exposition d’agriculture, il n’y manquait pas d’échaU' triions de soie grège, ou de laine, ou de coton sous leui-différentes tonnes. On ne bannira jamais, quoi qu’on lasse> l’agriculture et les arts d’une exposition industrielle. Mai*5’ au lieu de les \ laisser pénétrer d’une façon subrepticc ^ incomplète, il faut les y appeler, leur y donner la place’
- 1 importance à laquelle ils ont droit. O’est ce que la Lom mission chargée d’organiser l’Exposition de i 8T> i nyVal* pas lail. La 3oc classe, qui portait le nom de chisM
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- beaux-arts, n’était en réalité que la classe des beaux-arts aPpliqués à l’industrie. Ainsi, on y avait reçu la sculpture; plusieurs de nos sculpteurs y figuraient : Jean et Auguste Debay, Étex, Pradier, Fratin avec ses groupes d’animaux; ^ene avec ses bronzes d’art; François Laurent, Kneclit avec leurs sculptures sur bois. Mais, chose étrange, la sculpture 11 obtint d’être admise que comme auxiliaire de l’industrie; ^ lu même raison qui poussa le jury à montrer cette condescendance détermina aussi de grands artistes à refuser en profiter. La peinture fut exclue, ou du moins elle 11 eut pas d’emplacement spécial; elle ne figura qu’à titre auxiliaire de l’architecture; on récompensa des vitraux Puece qu’ils embellissent des édifices, et des peintures sur Porcelaine parce qu’elles embellissent les porcelaines. La "UUnnission, en traitant ainsi ta peinture, commettait une ' même au point de vue exclusivement commercial et ^jdustriel où elle se plaçait, car l’ornementation dans l’ar-j 'ducture, la couleur et le dessin dans les étoiles, dans ^ °bjuts usuels, même les plus vulgaires, ont besoin
- rectifiés ou inspirés par les Iraditions et l’étude du IP'aud art.
- Ënfin, et toujours dans le même ordre d’idées, la science, ll(Sente Partout, n’avait nulle part son cadre particulier, j lllstrunienl.s de découverte et de propagation. Ces trois .Unes, 1 agriculture, les beaux-arts, l’enseignement ou la j eilce, lurent en partie comblées dans l’Lxposition inter-lek l0ria^e (^e ^a|,is en i855, au moins pour l’agriculture el eaux-arts, et c’est ce <ini lui donne une réelle impor-* a clutcAr de ce moment, les grandes expositions inter-jonales lurent bien près d’être vraiment universelles.
- 1 nombre des exposants à Paris, en 1855, fut, pour
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- la section de l’industrie, de 9.1,779, partagés par moitié entre la France et les pays étrangers: 10,914 exposants français W, 10,865 exposants étrangers. De même pour la section des beaux-arts, le nombre des exposants, qui était de 9,176, se divisait en 1,079 français et 1,1 o3 étrangers. Cette section comprenait trois classes : l’une pour la peinture, la gravure et la lithographie; l’autre pour la sculpture et la gravure en médailles; la troisième pour l’architecture.
- L’agriculture (en y comprenant toutes les cultures de végétaux et d’animaux) comptait 889 expositions faites par des Français, 7/ii expositions faites par des étrangers : en tout, i,630 expositions. La science et l’enseignement n’avaient pas de classe spéciale; la classe 8 était affectée aux arts de précision et aux industries se rattachant aux sciences; fa classe 19 embrassait, l’Iiygiène, la pharmacie, la médecine et la chirurgie; la classe 96, le dessin et la plastique appliqués à l’industrie.
- Une innovation assez importante eut lieu. A l’origine des expositions, en 1798, on avait permis aux exposants de vendre leurs produits. Cet usage se continua aux expositions suivantes. Le but était d’attirer les commerçants; mais il en résultait que les expositions ressemblaient un pcU à une foire. La Commission de 1851 avait pris un grand parti : elle avait interdit absolument l’indication des pii*-C’était assurément plus digne; mais cette interdiction av*n* pour conséquence de fausser les décisions du ju ry, <ll,i 1)(> pouvait plus constater le progrès industriel. Si, par exempte» deux horlogers exposent chacun une montre et que l 'R1 ait dépensé pour parfaire la sienne dix fois plus d’argent <[ue l’autre, on s’explique aisément que sa montre soit s11' (l) Y compris <)i 1 ropr^soiitnrits dos colonies iWmçnisos,
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- périeure, tandis que son concurrent s’est donné pour but livrer de bonnes montres à très bas prix, ce qui est un Service très réel rendu aux consommateurs. La comparaison de diverses étoffes suivant leurs prix et leurs qualités donnerait une démonstration tout aussi claire. Faire le plus beau drap possible ou babiller le plus grand nombre possible en faisant du drap solide à bon marché sont deux operations industrielles très différentes, dont la seconde c°nstitue un progrès au moins aussi important que la première. La mention du prix de vente, sinon du prix de Revient, est donc, dans une foule de cas, une condition mdispensable pour arriver à une appréciation équitable. La Commission de i 855 laisse cette indication facultative. Le Pr'iice Napoléon, qui fut président et rapporteur de la commission centrale, s’en plaint dans son rapport. 11 aurait ^°iilu une mesure plus radicale : l’indication obligatoire prix. Les industriels n’étaient pas tous disposés à y con-'* Us répugnaient encore plus à faire connaître les prix revient en regard des prix de vente, et à livrer ainsi au public leur secret commercial. On peut ajouter cette mitre objection contre le système de l’indication obligatoire : est qu’il i,’y a pas de sanction qui établisse la véracité 1 déclarations. Le droit de préemption ne s’applique qu’au P1 ix de vente, et il ne fournil meme pas un argument dé-ClSll, parce qu’on peut s’exposer à une grande perte pour e foire une grande réclame.
- ^ Les traités de commerce n’existant pas en 1855, une s questions les plus difficiles était de fixer les droits à per-jV°L\ et de suspendre les prohibitions, soit en les reniant par un tarif spécial temporaire, soit en limitant le Nombre des importations, soit en obligeant les exposants à
- du
- de
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- fournir la preuve de la réexportation. Ce reste de la barbarie commerciale devait disparaître à l’Exposition de 1867.
- C’est en 1855 cpie fut construit le Palais de l’industrie aux Champs-Elysées. Il fut construit sur les dessins de M. Viel, architecte, par une compagnie à laquelle il coûta 5,5oo,ooo francs. La compagnie concessionnaire devait se couvrir de ses frais par des l’êtes et des expositions nationales. L’Exposition de 1855 lui rapporta, comme produit des entrées, 3,202,686 francs.
- Ce palais rend de véritables services, et on serait souvent bien embarrassé s’il n’existait pas. Il a l’inconvénient de n’être ni beau ni commode. II eut, dès cette première fois, le malheur d’être insuffisant.
- La superficie du palais proprement dit, corps principal et pavillons, est de 56,160 mètres carrés.
- On dut construire une annexe sur le quai, avec galerie de jonction, et un local spécial pour les beaux-arts au pied de la colline du Trocadéro. L’ensemble de ces annexes, en y comprenant le jardin, couvrait un espace de t)5,912 mètres carrés, et conta 6,536,581 francs. Il bd dès lors évident que le palais 11e pouvait pas servir pou1’ les expositions futures, et, en ell'et, il fallut transporter celle de 1867 au Champ de Mars M.
- ;l) Comme terme de comparaison, voici quelques délires concernant l’E*' position de Londres en i8üa.
- L'emplacement donnait, au rez-de-chaussée, une surface de <)5,<u5’"V,7; au premier, 5o,i yS””1,1 a ; ensemble, 1 25,.‘1<).T‘“i,i<). Le nombre total <i(î!i exposants était de ay/i6G, dont /i,671 pour la France et 85o pour nos lonies; ensemble, 5,5a 1 exposants français.
- La construction du palais coula 8,aa5,oAa Ir. au cent.; les outres <1^ penses de toute nature montèrent à 3,a/i6,i 5a fr. .‘15 cent. Total des frais-1 i,Ayi,i<j& fr. 55 cent.
- Il y avait cimj catégories de billets de saison : à 5 gainées (tilira5r); a
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- E Exposition de 1867 fut véritablement colossale. Elle le frd à ce point que le très habile commissaire général, M. Le ^ay» lut effrayé de son succès et se mil à rêver la suppres-Sl°n des expositions universelles temporaires et leur remplacement par des expositions permanentes sous le nom de Musées généraux ou musées commerciaux. La France fut représentée pur 15,969 exposants; le reste du monde en cn-36,a31, soit, tout ensemble, 62,200 exposants. Il en de la Perse, de la Chine, du Japon, du royaume do uaiTL de Tunis, du Maroc, de toutes les républiques amé-ricaines. L’Exposition fut visitée par trois empereurs, sans C°mpterl’empereur des Français, par quatorze rois ou reines, l)ai Ie vice-roi d’Egypte et par trente-trois princes ou prin-ees8f*s de lamilles régnantes. Dans cette loule de souverains, laut signaler, à titre d’événement, nouveau et extraordi-^a,re, la présence du sultan et du frère du laïkoun. On j^lue a 158,2/18 le nombre moyen des visiteurs par jour,
- 4 30 millions le nombre total des visiteurs pondant la durée de l’Kxposilion. Les sommes encaissées pour les en-
- 9 (7H'75 ); h 5o shilling» (6»'5o')i * :io <:’7'S°'); 4
- la ol.-n.
- ...""lis ( 1 Fio° V
- Les ontreos par billots tl<* saison produisirent................. i ,-toa •><>
- ^'°s etttrtSes par billets de jour et entrées pay es an j'iiicliet. », u,°
- Montant des entrées...................... to/t5fl,()5d ot*
- s diverses (concessions, ralalojrnes, etc.).........• 1,1*77,538 to
- Total des recettes....................... 11 f'190,71)0 ;*o
- I otal dos dépenses...................... t i,h 7 t, 1 9/j 55
- Hk.nkfick.
- 1 9,090 (»5
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- trées par billet et les entrées par abonnement s’élevèrent à 10,765,^19 francs. Le produit, pour les mêmes services, en 1855, n’avait pas atteint 3,3oo,ooo francs. Les diverses concessions, restaurateurs, limonadiers, salons et boutiques, catalogue officiel (ce seul article représente plus de 3oo,ooo francs), ateliers photographiques, concessions d’eau et de gaz, concerts de musique, etc. etc., dépassèrent 1,200,000 francs. Les matériaux de démolition du Palais furent vendus 1,011,779 francs, ceux du parc (i3,ù7. Bref, le total des recettes, en y comprenant la subvention de l’Etat (6 millions) et la subvention de la Ville (6 millions également), monta à plus de 26 millions. Les dépenses, a,] 3o juin 1869, étaient d’environ 2 3 millions b). (Jn capital de
- garantie de 10 millions qui avait été fourni se trouva n’êlre pas autre chose qu'une avance de fonds, puisque les dépenses furent plus que couvertes par les recettes. La plus-value fut partagée par tiers entre l’Etat, la ville de Paris et l’association de garantie. Elle s’élevait, d’après les premier8 calculs, à 3,1 3o,844 francs; mais, à la clôture des opéra"
- 1 1 RECETTES.
- Subvenlion du Gouvernement........................................ (>,ooo,ooof 00
- Subvention delà Ville............................................. (>,000,000 <)0
- Cartes de saison (ioo fr., (>o IV., Au lr., «5 IV., ao IV.)....... ().‘l.r>,o5o o<>
- Entrées aux tourniquets ( 1 fr. .)................................ y,83o,369 &9
- Concessions, produits divers, vente des matériaux................. 3,3/19,5?As ^)0
- Totai........................... y(>,i 1 A,(i(ia °9
- DÉPENSES.
- f
- Construction du Palais.......................................... 11,783,03/1 (I'5
- Installation des machines...................................... 1,3/17,5î>7 8()
- ' f
- Autres dépenses..................................................... 9,853,335
- Total.... .......................... 33,983,807 99
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- hwis, qui eut lieu le h février 1872, elle était réduite à ^766,000 francs. Il restait en outre un fonds de réserve
- r1_ »
- e 47,288 francs pour cas imprévus ou pour une œuvre de ^len public.
- On avait adopté, pour la disposition générale des bâti ments 1 Exposition, une idée très ingénieuse, dont 011 attribue Wvention au prince Napoléon. Un jardin central était en-l°ure par sept rangs de galeries concentriques formant une lrRniense ellipse, chaque galerie correspondant à l’un des sept ur°npes suivants : ire galerie (la plus rapprochée du jardin) : (Puvre's d’art; 2e galerie : matériel des arts libéraux; 3e galerie : n^bilier. 4e galerie : vêtements; 5e galerie : matières premières;
- 3 Scierie : travaux des arts usuels; 7e galerie (c’était la galerie eRveloppante, dans laquelle on se trouvait d’abord en pé-^trant dans le Palais) : aliments et boissons. O11 voit que aclUe galerie était consacrée à l’un des groupes dans les-Wsl Exposition elle-même avait été divisée. Il y avait dix Sl°upes, et seulement sept galeries, parce que trois groupes a,ent été nécessairement placés en dehors du Palais : le o °üpe V1JI : produits vivants et spécimens d’établissements de tyiPiculturc; ce groupe se trouvait partie dans le parc, partie a^s 1 de de Billancourt; le groupe IX : produits vivants et démens d’établissements de F horticulture; ce groupe se trou-^l} ^Ulls un jardin réservé pris sur le parc; le groupe X : le^s spécialement exposés en vue d’améliorer la condition morale physique des ouvriers; les objets de ce groupe, qui com-| e,1ait jusqu’à des maisons entières, étaient dispersés dans ^aic e! dans le Palais. Mais chacun des sept autres groupes ait su galerie (pii lui était spécialement et exclusivement c°Rsacrée.
- ^’usi, en arrivant à l’Kxposilion, qui couvrait une sur-
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- face de 1 65,816 mètres carrés, le visiteur se trouvait d’abord dans le parc. Au milieu du parc s’élevait le Palais formant une ellipse. Au centre du Palais était le jardin ayant une surface de 5,7/13 mètres carrés. Ce Palais, comme nous venons de le voir, était divisé en sept galeries concentriques. Celle où on accédait la première renfermait tout ce qui, dans l’exposition de chaque nation, concernait les boissons et les aliments. En la parcourant dans toute son étendue, on faisait iont le tour du Palais dans son plus grand périmètre sans sortir du 7e groupe. On entrait ensuite dans la 6e galerie et le 6e groupe, puis dans la 5e galerie et le 5e groupe, et l’on arrivait ainsi, de groupe en groupe et de galerie en galerie, à l’Exposition des beaux-arts, qui occupait la partie la plus centrale, par conséquent la moins développée, et qui en* tourait immédiatement le jardin.
- Les galeries étaient coupées par seize rues aboutissant directement du parc dans le jardin et divisant ainsi les ga' leries en un certain nombre de secteurs. Les produits d’une même nation étaient toujours placés dans le même secteiU' de chaque galerie, de telle sorte que si vous faisiez le tout’ de la galerie, vous restiez dans le même groupe, et que si, au contraire, vous alliez en droite ligne du parc au jardin en suivant la ligne du secteur, vous restiez dans Ja uiêrn(J nation. Le visiteur pouvait, à son gré, étudier l’ensembh’ d’un groupe ou l’ensemble d’un pays.
- Les deux innovations principales de l’Exposition de 1 867 étaient le groupe X (amélioration du sort des ouvriers), (>l renseignement.
- L’enseignement ne figurait pas dans la classification s<>llS son propre nom; il fallait le chercher dans les groupes ^ et X. Le groupe II comprenait le matériel et les appl'ca"
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- ti°us des arts libéraux; il était divisé en huit classes, sa-v°ir : classe 6, produits d’imprimerie et de librairie; classe 7, objets de papeterie, reliures, matériel des arts de peinture et du dessin; classe 8, application du dessin et ae ta plastique aux arts usuels; classe 9, épreuves et appa-ieds de photographie; classe 10, instruments de musique; etasse 1 11 appareils et instruments de l’art médical ; classe 1 e , JDstrurnents de précision et matériel de l’enseignement des sciences; classe i3 , cartes et appareils de géographie et de c°smograpl)ie. Le groupe X comprenait six classes, donl es deux premières se rapportaient directement à renseignement, savoir : classe 89, matériel et méthodes de l’ensei-hOmnent des enfants; classe 90, bibliothèques et matériel de ^enseignement donné aux adultes dans la famille, l’ate-ta commune ou la population. domine on le voit, il 11 est question dans tout cela que de renseignement pri-InaU'e, de renseignement populaire. Les branches plus éle-'eesde Lenseignement ne figurent dans la classification générale ([Ue par ceux de leurs instruments qui ont une valeur
- commerciale.
- j ^utre innovation portait sur les costumes, les meubles, habitations à bon marché, etc. Les objets de cette classe ent réunis, non pour leur espèce, mais pour leur prix el l°l|i leur appropriation aux besoins des familles peu aisées. ^ ^ Y avait une troisième innovation, dont on fil Irès grand UlL mais qui ne donnait lieu à aucune exhibition parti-Cfe, of( |le s(i manifesta pour le public que dans la a,loe solennelle de clôture. On avait créé un ordre distinct
- ( | (A p r
- c'compenses «en faveur, disait le programme, des per-Ir,(s, des établissements ou des localités qui, par une orga-Sidi°n ou des institutions spéciales, ont développé la bonne
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- harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et ont assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel a. Cette création a été fort critiquée; on a voulu y voir une sorte de charlatanisme, des avances faites aux ouvriers sans utilité véritable pour eux. 11 faut être juste; la tentative n’était pas sans grandeur; elle pouvait provoquer de généreux efforts. Voici les mérites à récompenser par le jury spécial du nouvel ordre de récompenses; cette classification, publiée officiellement par la Commission de 1867» doit être conservée, d’abord comme document historique, et ensuite comme indication utile, soit pour les expositions futures, soit pour l’Académie des sciences morales et politiques. La Commission poussa si loin l’amour de la précision dans une matière qui n’en paraît guère susceptible, qu elle fixa elle-même, par un coefficient, la valeur relative des mérites. S’il y avait de la générosité dans le principe, il y avait quelque puérilité dans fapplication.
- i° Institutions remédiant à l’imprévoyance et au dénuement. Coefficient 1.
- Caisses de secours, pour les cas de maladies ou de blessures, sub-ventionne'es par les ouvriers ou par les patrons. — Hôpitaux. — Secours aux femmes en couches. — Soins aux nouveau-nés. — Participation aux assurances sur la vie. — Pensions de retraite. — Pension8 aux veuves et aux orphelins. — Sociétés funéraires. — Bains et h*' \oirs. — Sociétés coopératives de consommation et de crédit. — Installation hygiénique des ateliers, etc.
- 2° Institutions remédiant au vice. Coefficient IL
- Répression de l’ivrognerie. — Sociétés spéciales. — Eloignement et surveillance des cabarets. — Mesures tendant à conjurer le concubinage.— Association créée parmi les ouvriers pour réprimer les habitudes vicieuses. — Suppression des chômages du lundi. — Bon8
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- exeniples des patrons. — Action personnelle. — Bonne discipline des ateliers (choix des contremaîtres, sévérité pour l’inconduite, suppression des occasions de désordre). — Transformation morale de certaines individualités particulièrement corrompues. — Prime pour a bonne tenue des habitations.
- Institutions améliorant ïètat intellectuel et moral. Coelïicient IL
- ^ boins donnés à l’instruction religieuse et au cuite. — Construction e chapelles. — Aumônier attaché à l’établissement. — Création de Sahes d asile. — Subvention aux écoles locales. — Cours d’adultes.
- Enseignement professionnel. — Ouvroirs pour les biles. — Ate-l6is d apprentissage. — Patronage des apprentis. — Bibliothèques.
- Salles de lecture. — Cercles; divertissements honnêtes fournis au* ouvriers. — Sociétés de musique eide gymnastique.
- urganisation de travaux et de salaires tendant à élever la condition de
- ouvrier. Coefficient III.
- ^ Eiavail à la tache. — Primes, gralilications. — Bonne organisation u travail. — Systèmes d’entreprises des travaux, élevant en quelque re 1 ouvrier à la condition du maître. — Accroissement du salaire d^t ^ ^es serv‘Res> — Ouvriers admis à participer aux pro-
- , 011 aux bénéfices. — Conditions de propreté ou de décence in-
- 1 es dans la construction et dans la tenue des ateliers réagissant a condition morale des ouvriers.
- 5° Üubve
- venhons tendant à rendre stable la condition de l’ouvrier. Coeffi-
- cient III.
- p ^Vailces d argent faites aux ouvriers pour leur faciliter l’achat ou *°ostiucliou d’une habitation, l'acquisition de terres et de bestiaux,
- °U pou» i ’ 1
- ^ei t 1<iUl de ^exonérer du service militaire. — Loge-
- ou f aVeC ^pemlances rurales loués à des conditions avantageuses rnis gratuitement ainsi que le chaulfage. — Fourneaux écono-^ ..S’ " denrées alimentaires, telles que blé, pommes de terre, etc., hinc^GS ^habillement vendus à prix réduits. — Assurances contre 1 le du mobilier des ouvriers aux frais du patron. — Dots aux
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- jeunes ouvrières qui se marient. — Sacrifices faits en vue d’éviter le chômage. — Vêtements spéciaux pour le travail fournis à l’ouvrier.
- G0 Habitudes d'épargne. Coefficient III.
- Caisse d’épargne établie dans l’usine ou dans la localité. Chiffre élevé des dépôts. — Systèmes divers d’encouragement. — Habitudes d’épargne attestées par des acquisitions foncières ou par des achats de valeurs mobilières.
- 7° Harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux. Coelh" rient IV.
- Absence de grèves et de débats. — Entente complète. — Travail non interrompu, même au milieu des troubles politiques. — Comités institués pour prévenir et trancher toutes les difficultés.
- 8° Permanence des bons rapports entre les personnes coopérant aux mêmes travaux. Coefficient IV.
- Attachement traditionnel des ouvriers à l’établissement où ils soid employés. — Cénérations se succédant de père en fils dans le même établissement. — Rapports personnels des ouvriers et du patron. Faits particuliers de reconnaissance et d’union.
- q° Alliance des travaux agricoles et manufacturiers. Coefficient IV.
- Ouvriers employés dans les manufactures, cultivant les jardinsqlU leur sont loués ou vendus avec l'habitation, possédant des terres et 1^ exploitant. — Vaste domaine agricole uni à rétablissement industriel et exploité par le patron ou les ouvriers. — Ouvriers agriculteurs e*' ploitanl diverses industries manufacturières.
- îo" Propriété de l'habitation ou permanence des locations. Coefficient V*
- Construction d’habitations pour les ouvriers. — Système de lil>é|a' lion par annuités. — Ouvriers propriétaires de maisons (il de teries' — Familles d’ouvriers se perpétuant au même foyer.
- ii° llespect accordé au caractère de la jeune fille. Coefficient V. Etablissements n’employant pas de jeunes tilles, même au (h‘l|!
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- ïïient de l’industrie. — Ateliers spéciaux pour celles qui travaillent à usine. — Surveillance sévère et bien exercée. — Orphelinat pour devoir les jeunes filles qui sont sans famille. — Réfectoires particuliers. — Direction exercée par une personne respectable. — Bonnes ^œurs conservées. — Absence de naissances illégitimes.
- 12° Respect accordé au caractère de la mère de famille. Coefficient V.
- Activité de la mère de famille concentrée au foyer domestique. ^ravail à domicile donné par le patron. — Conditions particulières aux mères de famille qui travaillent dans 1 atelier. — Possibi-pour elles de vaquer aux soins du ménage.
- lité
- i3° Mérites particuliers. (Dans chaque cas particulier, on a laissé au Apporteur le soin de déterminer le coefficient qui convient à ce oenre de mérite. )
- p
- ^8pnt religieux répandu et enraciné.— Influence pratique et jour-lldAere de cet esprit sur la conduite de chacun. — Conditions tradi-l0Unelles d’harmonie,de bien-être et de moralité maintenues intactes s une localité et associées à une prospérité soutenue et progrès-^l'e' ~~ Sollicitude témoignée par le patron pour la santé de l’ouvrier atls la construction et l’installation des ateliers. — Vastes établisse-le°ls industriels créés dans les centres ruraux, y apportant l’aisance ^aris y compromettre les bonnes mœurs. — Avantages marqués déri-ffi'aiJ(lo propriété rurale unie à l’industrie. — Localité trans-^ïftee, au point de vue du bien-être et de l’harmonie, par les ell'orts grand propriétaire ou d’un chef d'industrie.— Grande fécondité s familles et aptitudes particulières pour la colonisation riche.
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- e programme n’est pas bien fait. Il y a (les répétitions, briques puérilités, des phrases sans signification précise, dirait les têtes de chapitre de quelque histoire de ai^s Gvandisson. L’auteur appartient évidemment à cette ass<i de philanthropes qui veulent faire le bonheur de l’hu-^ à condition d’être eux-mêmes les dispensateurs de tas biens et l’objet de toutes les admirations et de
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- toutes les affections. Certains aphorismes sont une date : rr Soins donnés à l’instruction religieuse et au culte. — Construction de chapelles. — Aumônier installé dans l’établissement. v On écrivait cela en 1867, douze ou treize ans avant la laïcisation, cr Système d’entreprises des travaux élevant, en quelque sorte, l’ouvrier à la condition du maître.’1 II n’y en a pas moins, au milieu de tout cela, des idées élevées et justes, sinon nouvelles; et c’est quelque chose, dans cette grande fête du travail, d’avoir fait une place à la moralisation de l’ouvrier, à son instruction et à son bien-être.
- Un des principaux attraits de l’Exposition de 1867, c’étaient les deux galeries du travail mécanique et du travail manuel. M. Le Play avait eu l’heureuse idée de montrer, 11 côté des produits du travail, le travail en action; et il montrait le travail en action sous ses deux formes : la for®e nouvelle, le travail mécanique, et la forme ancienne, Ie travail manuel. La Commission impériale mettait au service des exposants une force motrice de 1,060 chevaux; les exposants y avaient ajouté à leurs frais 219 chevaux, ce qul portait à 1,279 chevaux, le cheval représentant 75 kil°" grammètres, la force motrice qui animait la galerie du tr&' vail mécanique et quelques services spéciaux de l’Expositi®1 qui exigeaient un moteur. La galerie du travail manu^ n’était pas destinée à établir un contraste entre le produit du travail manuel et celui des machines; il n’y a plus de démonstration à faire à cet égard; le travail manuel étad présenté pour lui-même; on avait réuni les divers niétic^ qui se font encore à la main, ceux surtout qui ne paraisse^ pas pouvoir se passer de l’attention constante et de l’habife^ prolessionnelle. Tels sont la gravure sur pierre, les plu®eS
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- ^ fleurs, les éventails, la décoration de la porcelaine, la passementerie, la vannerie fine, la bijouterie, la maroqui-^rïe, etc. etc.
- Enfin, on avait exposé, sous le titre général de l’Histoire c^11 travail, une quantité considérable d’objets précieux disant partie de collections particulières et prêtés à l’État P°urïa circonstance. La Commission de Londres avait eu la Ulenie pensée en i85i, et il en est résulté une merveille 011 Rue collection de merveilles, qui s’appelle le Musée de Lcnsington.
- Le jury décerna 16,916 récompenses :
- Grands prix...................................... ^
- Médailles d’or............................
- Médailles d’argent........................... 3,653
- Médailles de bronze....................... • 6,565
- Mentions honorables....................... 5,801
- Ensemble.......... 16,916
- Le jury spécial pour le nouvel ordre de récompenses P^Uagea ses laveurs entre les différentes nationalités : la 1 usse, le Wurtemberg, la Bohème, obtinrent chacun un flrix; les États-Unis, un prix; l’Italie, un prix; la Société de ao8anas (Suède), mines et usines, un prix. La Belgique j,’ eu^ deux, un pour la Société agricole de Blumeneau; ^auhe pour la Société de la Vieille-Montagne, mines etibn-^eries, société dirigée par un Français, M. Saint-Paul de 'ilCfL La France eut quatre grands prix du jury spécial, -enus par M. de Dietrich, forges de Niederbronn (Bas-^ ,11)» M. Goldenberg, forges de Zornholl (Bas-Bliin); le j^°tipe industriel de Guebwiller (Haut-Bliin), et M. Alfred célèbre imprimeur-éditeur de Tours. File en au-
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- rait eu un cinquième si M. Schneider, directeur du Crcu-zot, n’avait fait partie du jury spécial et ne s’était trouvé par là hors de concours.
- Le mêmeM. Schneider eut deux grands prix, mais dans l’ordre des récompenses ordinaires : l’un dans la classe ho, pour les fers; l’autre pour les forges, dans la classe à1]-M. Maine eut aussi un grand prix dans la classe 6. Farm1 les autres personnes qui obtinrent des grands prix, on peut signaler, dans le groupe II, M. Sax pour ses instruments de cuivre, M. Fourdinois pour ses beaux meubles, la la' brique de Baccarat pour ses cristaux; dans le groupe V, IeS frères Japy pour leur fabrique de quincaillerie à Beaucourt» dans le groupe VI, MM. Farcot, de Saint-Ouen. pour ma' chines à vapeur, et la Compagnie du canal de Suez, qui avait exposé des modèles de travaux; dans le groupe VII, M. PaS' teur pour ses découvertes sur la fermentation des vins» M. Mai ès pour le soufrage de la vigne; dans le groupe VIH. quatre grands agriculteurs, dont l’un n’est autre que M. P1" gnon, propriétaire du café Biche, à Paris; dans le groupe horticulture, M. Vilmorin - Andrieux ; et enfin, dans Ie groupe X, l’empereur des Français, qui avait exposé uhe maison ouvrière (une médaille d’or fut donnée, égalerncnl pour une maison ouvrière, à une société dont M. .Iules Si' mon était le président, et M. Stanislas Ferrand, l’architecte). M. Henri Dufresne pour ses procédés de dorure sur cuivi,(î* Parmi les établissements qui reculent la médaille d’or, (,,J trouve presque tous les grands noms de l’industrie français0' les Claye, les Hachette, les Morel, les Frété, dans la lil>i’i,!' rie et l'imprimerie; Niepce de Saint-Victor, Davanne, da,,s la photographie; veuve Frard, lier/., Pleyel, Déliai11’ Alexandre, Cavaillé-Coll, dans les instruments de musiq11*3’
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- Lréguet, Ruhmkorff, Froment, Auzoux, Feil, Brunner, De-
- ^eu*L dans l’horlogerie et les instruments de précision;
- Maes, de Glicliy, les usines de Saint-Gobain et de Saint-
- Loiiis pour les cristaux; la manufacture des Gobelins, la
- vdle d’Aubusson, M. Sallandrouze de Lamornaix, pour
- ^es tapis; MM. Gbristolle, Odiot, Froment-Meurice, Pous-
- ^elgue-Rusand, Armand Galliat, Duponcbel, pour Forte-
- Vlerieî MM. Pi ver, Gliiris, pour la parfumerie; Aucoc,
- ^alian, pour la tabletterie de luxe. L’industrie des tissus y
- jurait avec éclat, avec les Schlumberger, les Minière],
- Jes Dolllus-Micg, les Sellières, les Kœcldin, les Thierry-
- w,eg. les Gi 'os-Roman, les Boui'cart, les Seydoux, les 1VI011-
- tagnac, lcs Vauqueliu. Plusieurs chambres de commerce
- paient récompensées, celle de Paris dans un grand nombre
- 6 basses; celle de Lyon, celle de Saint-Étienne. Médailles
- °r très nombreuses dans les diverses industries métallur-
- b1(]Ues. Je remarque Dorian-Iloltzer et C,c, de Firminy; le
- ^lel de cette maison est le même Dorian qui fut ministre
- 8 travaux publics pendant le siège de Paris; les forges de
- °nimentry; les houillères de la Loire; Paul Morin, mort
- ^Rateur de la Seine il y a quelques années, (pii avait établi
- Nanterre une fabrique de bronze d’aluminium; la Com-
- ||aBrhe de Vielas; la Société de Montataire; Boignes, Ram-
- et CIC, de Paris; la Société des hauts fourneaux de
- aRbeuge; la grande fabrique Viellard-Migeon, dont le ebet
- ^ actuellement partie du Sénat; pour les lorèts, le marquis
- e Gaytlier, M. de Vibrave; pour les produits chimiques, R- G " ' • * m L"..1.1..\
- Lille
- Riuiet (le bleu d’outremer), à Lyon, M. kuhlmann, à ’ Festner, à Tbanu (M. Keslner, ancien membre de ^ ce constituante, était le beau-père du colonel Char-8’ (^c M. Seheurer-kestner, aujourd’hui séuabmr, et de
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- M. Floquet); pour les sondages, MM. Laurent et Degouséc (M. Degousée est le fils de l’ancien questeur de l’Assemblée de i848); pour les machines, MM. Marinoni, Normand, Arbel (de Rive-de-Gier, aujourd’hui sénateur), Cad et G1C, Gouin; les grandes compagnies de chemins de fer; pour les industries relatives à la marine, M. Normand père, M. Gouin, la direction des phares, la Compagnie générale transatlantique; les chefs de plusieurs exploitations agricoles, parmi lesquels je remarque le comte de Kergorlay, M. Ghevandier de Val-drôme,M. Haussmann père, M. deLapparent; des constructeurs de machines agricoles : MM. Champonnois, de Doni-basle, Pinet, Gérard; MM. Menier etDevinck, fabricants de chocolat; M. Groult, fabricant de pâtes alimentaires.
- La reconnaissance publique ne voudrait omettre aucun des hommes qui, par leur talent et leur énergie, ont contribué aux progrès et à l’éclat de notre commerce et de notre industrie. Les envieux disent qu’ils sont récompensés par h1 fortune. Autant vaudrait alors se montrer ingrats pour leS écrivains, les artistes, les grands politiques; il est daUs l’ordre naturel des choses que le succès accompagne Ie talent et le travail. Nous n’en sommes pas moins redevables aux grands hommes et aux hommes utiles, parce qu’ils oïd occupé dans le monde la place qui leur est due. Leurs succès sont un honneur pour eux, une satisfaction pour nous si nous avons le cœur bien placé; en tout cas, nous ne devons coR' sidérer en eux que la patrie et l’humanité, dont ils ont eh' les serviteurs et les bienfaiteurs.
- Rappelons-nous d ailleurs, avec tristesse, que la fortuR0 ne se montre pas toujours équitable envers le mérite; cC n’est pas en vain (pie la langue latine et même notre lang,l(! Irançaise confondent à peu près son nom avec celui dl>
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- hasard. Il y a de grands vaincus dans toutes les batailles de ta vie. Le génie et le dévouement qui meurent épuisés à la tache sont les plus grands deuils et les plus profondes humiliations de l’humanité. On se console plus aisément de voir criminels et des incapables accaparer le pouvoir, l’ar-gent, ou même la gloire.
- En 18/19, la distribution des récompenses avait lieu dans ta grande salle du Palais de justice; on avait placé dans tas travées neuf grands écussons octogones portant ces in-SCï>iptions :
- i45o. Gutenberg invente l’imprimerie.
- 1 GZiq. Pascal invente la presse hydraulique.
- 16qo. Denis Papin invente la machine à vapeur.
- 1785. Bertiiollët invente le blanchiment au chlore.
- 1786. Philippe Lebon invente l’éclairage au gaz. Leblanc invente la soude artificielle.
- 1800. Aciiard invente le sucre de betteraves.
- 18io. De Girard invente la filature mécanique du lin. 1822. Fresnel invente les phares lenticulaires.
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- ^ supposant que ces noms fussent bien choisis, plusieurs ces bienfaiteurs de l’humanité sont morts dans la misère ^ ta désespoir; plusieurs n’ont laissé qu’un nom obscur. Ce pas une raison pour ne pas se dévouer. La maxime Cu Sage est celle-ci : ce 11 faut faire le bien gratis, v . rapporteur général de l’Exposition de 18(17 fut llcJl°l Che valier. Son rapport 11’a pas les dimensions, PeRt-(q,re excessives, de celui de Charles Dupin, son de-^ticier; niais il gagne en précision, en largeur de vue, flUjl perd en abondance de renseignements et de docu-lents. Nous 11e pouvons mieux faire que de le prendre h°ut* guide.
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- Michel Chevalier pose en principe que la force physique de l’homme ne s’accroît pas, quelle est aujourd’hui ce qu’elle était il y a dix siècles; mais que l’intelligence humaine, en créant des outils et des agents mécaniques, et en transformant le corps, arrive à disposer de forces qui surpassent la sienne un nombre indéfini de fois. Il endorme sur-le-champ des preuves saisissantes. Première preuve : pour filer à la main le coton que file l’Angleterre en une année avec les machines à filer, il aurait fallu 91 millions d’hommes; deuxième preuve : une habile tricoteuse fait à h1 main 80 mailles par minute; avec le métier circulaire Bux-torf, elle eu fait 5oo,ooo; troisième preuve : une ouvrière cousant à la main fait 93 points par minute; avec la machine à coudre Weyler et Wilson, elle en fait G/10.
- Le principal instrument de la domination de l’Iionune sur la nature, c’est le fer; après le 1er, depuis l’invention de la machine à vapeur, et peut-être à coté du fer, c’est la houille. Le fer et la houille sont, en réalité, les principales richesses de l’humanité. Les mines de fer et de houille soid aussi les seules, ou à peu près les seules qui soient exploitées en France. Ce 11’est pas que nous n’ayons des mines d’or» d’argent, de cuivre, etc. Mais, pour divers motifs, nos capitaux refusent de s’y engager. Au contraire, on se porte avec ardeur à l’exploitation des gisements de fer et de charbon. Peut-être cependant n’en tirons-nous pas tout Ie parti possible. Nos ingénieurs sont meilleurs théoriciens que les ingénieurs anglais; les ingénieurs anglais ont plus de pratique et plus de sens pratique que les nôtres. Le qLl1 nous manque surtout, c’est une population de mineurs exercés comme on en trouve en Allemagne, en Belgique, 0,1 Angleterre, en Suède.
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- Les progrès de la production de la fonte, du fer forgé, e^c-5 sont immenses. Dans le premier quart du siècle, un haut fourneau, alimenté par le bois, donnait par jour de ^’0°o à h,ooo kilogrammes; en 1867, alimenté par le char-h0lb il en donnait 5o,ooo. La découverte de Ressemer, P°Ur la transformation du fer en acier, était encore récente, ,lu moins au point de vue des applications industrielles, ^and Michel Chevalier écrivait son rapport, et on se demandait encore si cet acier remplacerait le fer pour les rails chemin de fer, les chaudières, le blindage des navires, progrès des aciéries avait déjà permis la création des Machines-outils et des engins énormes. La maison Krupp e*p°sait une masse d’acier fondu pesant ho,000 kilogrammes.
- ^ Le qui préoccupe particulièrement le rapporteur, c’est puisement du combustible. Le bois diminue sous la triple ’nfiuence de l’emploi du bois de charpente, des délriche-jnonts et de la dévastation. A la rigueur, on peut reboiser; Allemagne, la Suède, s’en occupent sur une vaste échelle. lftut du temps, car une forêt plantée aujourd’hui ne sera Pas utilisée dans ce siècle, et de grands sacrifices, car le ^dénient des prairies et des terres labourées est bien su-|eiieur. Le bois, comme combustible, conserve son impor-|Ce dans l’usage domestique; il 11’est plus dans l’industrie on auxiliaire de second ordre. La houille est propre-j^ont lànie de l’industrie; elle s’épuise sans se renouve-l’ Michel Chevalier calcule que l’Angleterre en a encore j Ul deux siècles, la France pour un siècle. 11 laudra, quand osor sera vide, aller chercher au loin et à grands frais 8lle nous avons à présent sous la main; c’est une des Priorités de l’Amérique sur l’ancien continent. Plus le
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- inonde durera, plus les avantages que l’Amérique a sur nous se développeront. Le seul remède possible à celte approche de la disette est dans les économies. Michel Chevalier signalait l’industrie des agglomérés, qui utilise la poussière de charbon; le four annulaire d’Hoffmann; Ie système Siemens, qui produit 6,000 kilogrammes d’acier avec 1,000 kilogrammes de houille, tandis qu’il fallait six fois plus de houille avec les procédés anciens; les recherches de M. Henri Sainte-Claire Deville pour utiliser les huiles minérales comme combustible. On s’efforcait meme de donner cette destination au pétrole, malgré son extrême inflammabilité.
- Nous avons aussi, dans l’anthracite, une ressource importante qu’011 utilise aux Etats-Unis dans l’industrie et dans l’économie domestique. Quand il est à peu près exempt de pyrite de fer, il brûle sans odeur. A la condition qu’o11 ait soin de charger la grille trois ou quatre fois par vingt' quatre heures, il ne s’éteint pas, dans les chambres, de tout l’hiver, et dans les cuisines de toute l’année. Il donne une chaleur très suffisante. La Pensylvanie est le se ul des Etats unis où on le rencontre, mais il s’v présente en aboR" dance. En France, nous avons plusieurs mines d’anthracite» et particulièrement dans l’Isère. Michel Chevalier regrette qu’on ne s’en serve pas pour les usages domestiques et même pour l’industrie. On s’est découragé à la suite d’u|ie tentative infructueuse faite à Vi/.ille en 189.5 ou i8‘jd*
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- Mais les usiniers de Philadelphie avaient également échoit en 1812, ce qui ne les a pas empêchés de recommencé1 longtemps après, et de réussir.
- Après le fer et la houille, Michel Chevalier passe en revu6 les matières textiles : d’abord le coton alors sortant de ^
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- cOS6; l’Amérique, l’Inde, et, à un degré inférieur, l’Égypte, ^ Brésil,sont les grands pays producteurs; la Cochinchine,
- 1 Australie, la Turquie, la Grèce, l’Algérie, l’Italie, ne sau-laient ni les concurrencer ni les remplacer; puis la laine, aussi importante que le coton, plus importante même pour la Jtaance, qui est pays producteur; l’Australie, le Gap et la Plata °Rt développé leur production, qui devient menaçante pour llQtre agriculture; enfin la soie, encore convalescente, en 1 ®67» de la dernière maladie dont M. Pasteur l’avait guérie.
- 1 jette un coup d’œil sur quelques autres produits naturels : ^sfcois, bois de charpente, de menuiserie et d’ébénislerie, 01S de teinture; le soufre; le pétrole, découvert en Pen-sytaanie vers 1861. On en fait des huiles légères qui rem-Ptacent la térébenthine , des huiles épaisses pour le grais-Sa8e des machines; on remploie directement comme huile eclairage ou transformée en paraffine pour faire des °u8Ies* Dix ans après, l’histoire du pétrole devait avoir Uïle page sinistre.
- rapporteur entre ensuite dans l’énumération des pro-fies opérés par la mécanique. Tout se fait à présent à la ^cariiqiie : la peignerie des matières textiles, c’est le grand Cüta; les lorgnettes, les porte—plume, la chapellerie, les '^rettes, la menuiserie, la serrurerie; un chalet, exposé
- di
- dans le
- parc et destiné h être transporté pièce par pièce,
- j* Oo lait tout entier à la mécanique; les machines aratoires, Moissonneuse. Le pétrin mécanique remonte au siècle der-il s acclimate à grand’peine, quoiqu'il fasse du pain Xc(dleut et qu’il réponde mieux aux idées d’hygiène et de ta°prete; la faute en est aux ouvriers boulangers, dont la foration est bien organisée et puissante. La typographie 11,1 des arts où la mécanique triomphe. En i8do, pour
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- tirer un journal à 120,000 exemplaires, il aurait fallu 160 presses et i,5oo ouvriers; ce tirage se fait maintenant en une heure, avec 28 ouvriers et 4 machines Mai'i-noni.
- L’industrie a fait la conquête de nouvelles forces motrices : l’électricité, l’air comprimé qui transporte, à une distance de plusieurs kilomètres, la force et le mouvement fournis par une chute d’eau; l’air chaud, le gaz d’éclairage, le gaz ammoniac; l’eau sous pression, qui tantôt sert de moteur proprement dit (machines Armstrong, Coque, Sa-main), et tantôt d’accumulateur de force vive (monte-charge, machines des docks, outillage Bessemer). L’eau sous pression a aussi des propriétés quasi-lubrifiantes qul ont donné lieu à l’invention des paliers hydrauliques de Joulfroy, destinés à équilibrer une partie de la pression que les arbres des machines tendent à exercer sur les sut-laces (luttantes.
- M. Whitvvorth est le grand propagateur des machines-outils dont on peut augmenter à volonté la dimension et l'1 force, et qui rabotent, coupent, taraudent, scient le fei’» sans bruit, facilement, avec précision, semblables à ces génies silencieux et dociles inventés par les contes de fées, et pour lesquels rien 11’est impossible. Nous avons la scie à lame sans lin, le frappeur mécanique qui remplace le travail du forgeron, la machine-outil à faire les chaînes, à faireles clous, les charnières; une autre, qu’on pourrait appeler 1e menuisier universel; une autre qui prend la matière arg1" leuse et la transforme en poteries de toutes sortes. L’appai'^ de M. Degousée va chercher l’eau à 858 mètres au-dessoi|S du sol (Ib
- Puits do l'hôpital «loin marine II Hocholort(18<>(i).
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- Lart du sondage, entre autres services, rend possible
- Exploitation d es mines, lorsqu’il existe une nappe d’eau
- eiitre elles et la surface du sol. On a trouvé le moven de
- %)
- creuser des puits de grand diamètre à niveau plein, c’est-a-dire au milieu de l’eau, et de les garnir d’un cuvelage RRperméabie qui garantit la mine de l’invasion des eaux ^versées. C’est encore grâce au sondage que nous créons ^es oasis dans les déserts. Un jour peut-être, une série ^°asis, créées au moyen de puits dans le désert de Saliara, ^Gttront l’Afrique centrale en communication avec l’Algérie.
- °Pbl du sondeur nous permettra de créer un chemin de |er qui nous donnera un nouveau monde. Michel Cheva-er Rose pas prédire ce résultat, dont on parle aujourd’hui c°Rranimcnt; mais déjà nos soldats de l’armée d’Afrique flVaiei|t creusé soixante-quinze puits dans l’espace de dix ans. j tous côtés, ce ne sont qu’inventions nouvelles : dans ladiistne de la laine cardée, le self-acting et le métier
- c°ntii]u Vimont; dans le tissage, d’importantes modilicalions Ce ta Jacquart. Les fils télégraphiques, eu France, n’avaient Uls moins de 33,(>/i8 kilomètres de développement; c’est lLn loin de ce que nous voyons aujourd’hui, mais c’était aile merveille en i8(>j. M. Hughes venait d’inventer le té-%Raphe imprimeur. Autre événement, d’une importance llCidculable: l'Amérique venait d’èlre reliée au vieux conti-par un câble télégraphique. Une première compagnie taïtaise avait échoué, tout près du but, en 18G5. Le sue-es lot complet en 18(»(>. Le conducteur se composait de I ms de cuivre tordus ensemble, avant chacun un demi-'métré de diamètre, Quatre couches de gutta-percha, ees l’une de 1’aulre par un mélange de gutta-percha e goudron de Stockholm, entouraient le conducteur et
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- étaient elles-mêmes entourées par un bourrelet de chanvre protégé par dix fils de fer garnis de chanvre de Manille-Ce câble pesait 988 grammes par mètre dans l’air, et AA5 grammes dans l’eau. Il pouvait supporter, sans se rompre, une tension de 9,072 kilogrammes. Le Great-Eo#' lern, qui, l’année précédente, avait pu porter l’autre câble à 1,100 kilomètres de Terre-Neuve, fut encore choisi pour porter celui-ci. Le i3 juillet 1866, après avoir soudé sou câble au câble d’atterrissement préalablement fixé à Valent# (petite île et bourg d’Irlande, près de la côte sud-ouest clu comté de Kerry), il fit voile à travers l’Océan, accompagne de l’Albany et de la Medway, et du vaisseau de guerre Ie Terrible. Anderson était le capitaine, Canning, l’inge* nieur. Deux fois par jour, un journal lithographié don' liait les nouvelles d’Europe aux passagers et à l’équipage-La traversée dura quatorze jours. Le 28, le câble d’atter* rissement fut placé dans l’anse de Heurt’s-Conlent, et le pie' sident Johnson put annoncer à la reine Victoria, par un message, le succès de l’entreprise. Le message avait quatre-vingt-un mots, et fut transmis de Terre-Neuve à Valent# en onze minutes.
- Dans l’ordre de la science, l’Exposition de 18(17 rap* pelait d’importantes découvertes : le perfectionnement la photographie, divers instruments et appareils de clR" rurgie, le cautère à gaz, le chloroforme remplacé pal le protoxyde d’azote, l’optomètre de M. Javal, d’ingéniea* mécanismes pour remplacer les membres perdus, le te* lescope de Foucault, la machine électrique sans trotte* ment, la machine d’induction sans pile ni aimant dc M. Ladd. AL Jacobi, de l’Académie des sciences de Sa in P Pétersbourg, venait d’inventer la galvanoplastie; et deja
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- industrie en avait répandu les produits de tous côtés. La fontaine de la pla ce Louvois, les deux fontaines de la place la Concorde, les candélabres du gaz, sont en galvanoplastie; en bronze, ils coûteraient quatre fois plus. Nous tlv°ns à Paris, par panneaux détachés, une représentation cfo grandeur naturelle de la colonne Trajane. M. xNobel avait ^couvert la nitroglycérine et la dynamite, substances ex-Plosibles, quatorze fois plus puissantes que la poudre. C’est aussi Pépoque du bronze d’aluminium. On inventa, pour les orandes constructions, des matériaux artificiels, la pierre ffo Ransome, le ciment de Portland, le béton Coignet. Les P^fos du pont, de Kebl furent descendues à 20 mètres au-^ssous du niveau de l’étiage à l’aide de l’air comprimé. O11 rettiplaça, pour la construction des phares, la pierre par le et, pour leur éclairage, l’huile par l’électricité. Le globe couvrit de feux pour préserver des écueils les naviga-jeUrs nocturnes. Il n’y eut pas moins de 556 phares sur s cotes des Iles Britanniques, 291 sur celles de France (l). 11 dessécha de grands lacs, le lac Fncino. O11 transporta civières : la Dhuys porta ses eaux à Paris. Treize cou-
- des
- m>s nouvelles avaient été tirées, en 1862, du goudron de
- le
- ^0,nlle; ori en trouva dix nouvelles l'année qui suivit l’Exposi-l°n* On trouva aussi de nouveaux moyens de conserver le ^ ’ fos aliments. La découverte de rosmogène accrut la pro-ction du sucre en permettant d’extraire de la mélasse des Millions de kilogrammes qui y restaient immobilisés.
- Quis polis est dignmn pollenti pectore Carmen Pondéré, pro rerum majestate Risque reperlis?
- h^veloppemenl. «lu littoral de la Grande-Bretagne, h kilomètres; rance, 3,806.
- ^ la I-
- hucrèce, liv. V,
- v. 1 et q.
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- Un esprit aussi élevé que celui de Michel Chevalier» quoique voué surtout aux études industrielles, ne pouvait négliger l’agriculture. Il abonde en vues économiques et politiques sur la manière d’améliorer la condition du euh tivateur, mais nous retrouverons plus tard ses idées; ici» je réemprunte à son rapport et aux rapports de ses principaux collaborateurs que les faits propres à faire connaître l’importance de l’Exposition de 18G7. Il y a long' temps qu’on l’a dit: l’homme fait la terre. Avec de bons engrais, bien choisis et bien appropriés à la nature de la plante, 011 fait presque à coup sur de brillantes récoltes. b° fumier de ferme, les marnes, les plâtres, la chaux éteinte» la tungue et les maels (mélange de limon et de coquille broyées par la mer), l’azotate de soude, le guano, comparurent devant le jury agricole de 18G7. Les îles Chinchas» sur la cote du Pérou, paraissaient encore, a cette époque» une mine inépuisable de guano; mais il en sera de cette substance comme du charbon de terre: heureusement qlie la géographie commence à se faire, que les transports se simplifient et que nous avons le phosphate de chaux et la potasse. Ou peut aussi attendre beaucoup de l’acclimata' lion. Ni le blé, ni le maïs, ni la vigne, ni le bœuf, ni le cbe* val, ni le mouton, ni fane, ni le chien, ni l’olivier, ni Ie pommier, ni la pomme de terre, ni le ver à soie, ne sont indigènes dans la plupart- des contrées où ils prospèrent. ha canne à sucre et le caféier ne sont pas indigènes dans Antilles, ni le coton aux Etats-Unis, ni lîi vigne en FraiK#* Ua Hollande a acclimaté à'Java le thé et le quinquina l’Angleterre les a acclimatés dans l’Inde. Au moment °l1 Michel Chevalier écrivait son rapport, la Californie l’Australie venaient de donner l’Eucalyptus (arbre à goinn)C)
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- le Séquoia gigantea; l’Espagne, le Pinsapo; le Brésil, le ^auba (arbre à cire). On peut aussi acclimater les pois-Sons, et plus particulièrement les crustacés. La pisciculture figurait avec honneur à l’Exposition de 1867. Nous 11e Somnies que des enfants en ce genre auprès des Chinois.
- b
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- Quoique les deux expositions de Vienne (1873) et de Philadelphie (1876) soient dignes du plus haut intérêt, ll°us ne pouvons guère que les mentionner. A Vienne, les ^e&ux-arts furent complètement représentés. Ils formèrent e groupe XXV. Il fut réglé qu’on n’y présenterait que les j^Uvres produites depuis l’Exposition de Londres en i86t»..
- es peintres, des sculpteurs, des architectes et des gra-Veurs français, au nombre de ‘iûo, y obtinrent la médaille P0llr l’art, seul genre de récompense qui fût attribuée aux ^hstes. On peut citer, pour la peinture : MM. Cabanel, _ ^otreuil, Clairin, Corot, Daubignv, Desgoiïe, Diaz, Jules uPré, Paul Flandrin, Henner, Ml,e Jacquemart, MM. Lan-^He, Meissonier, Muller, Begnault, Robert-Fleury, Vollon.
- * donnât faisait partie du jury. Parmi les sculpteurs, on friïiarque : MM. Carpeaux, Carrier-Belleuse, Falguière,
- leroiet, Chapu, Mène, iMercié; parmi les architectes :
- y is 1 . r
- A • ,Juc, Boeswillwald; M. Bida pour le dessin; MAL Frau-^0isi b lanieng, pour la gravure. MM. Guillaume et Viollct-le-étaient hors concours en qualité de membres du jury. lnS(Mgnement était cette fois enfin accueilli et récompensé son propre nom : c’est un titre d’honneur pour l’Ëxpo-h°fl de Vienne eu 1873. Le groupe XXVI était exclusi-consacré û l’éducation, à renseignement et à Fin— ll(bon. H iu* s’agissait pas de l'instruction populaire,
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- comme dans plusieurs expositions précédentes, mais de l’instruction à tous ses degrés. Une section d’instruction populaire ou d’instruction élémentaire (car ces deux ternie8 sont à peu près synonymes) est quelque chose de profoii' dément différent d’une section d’enseignement. L’instruction populaire, isolée des branches plus élevées de i’ensen gnement, n’est plus qu’une des formes de la bienfaisant publique; sa place est marquée avec les sociétés de secours mutuels, d’épargne, de prévoyance, de crédit mutuel, d6 prêts d’honneur. H en est tout autrement de renseignement populaire, rattaché à l’enseignement secondaire et à l’ensoi' gnement supérieur. Il devient alors une branche important6 de la culture intellectuelle de l’humanité. Son principe n’osf plus la bienfaisance, mais la science; il faut l’étudier, n011 pour le bien qu’il fait aux individus, mais pour l’accroiS' sement de dignité qu’il apporte à l’espèce. De même gu6 toutes les parties de la science sont solidaires l’une d6 l’autre, les différentes branches de l’enseignement sont ins^ parables; elles se prêtent un mutuel appui, elles s’éclairent) elles se complètent, elles se pénètrent. Il faudrait que ^ maître des petites écoles fût en état de briller dans un6 chaire de philosophie; et le philosophe le plus profond) l’orateur le mieux doué, devrait considérer comme une tâche méritoire, dilïicile, glorieuse, celle de donner aux pï°s petits enfants les plus humbles leçons. Celui qui, en tière d’enseignement, exagère le principe de la spécial^6’ ne sera jamais un véritable maître. Le dernier écolier do ^ dernière école, le plus incapable, le plus ignorant, le p^llS mal doué, est un homme après tout, et, puisqu’il est n11 homme, il est fait pour connaître la vérité, la comprend1'6’ et vivre par elle.
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- Commission de Vienne était évidemment imbue de ces d
- 0ctrines, en dehors desquelles il n’y a pas de pédagogie llltelljgente> Son premier diplôme d’honneur fut décerné a 1 École pratique des hautes études, une des institutions ^es plus utiles, les mieux conçues et les plus réellement et j autement scientifiques de l’Université de France. Elle donna Riédaille de progrès à l’Association pour l’encouragement ^es études grecques, au Dépôt de la guerre pour la carte e 1 État-major; la médaille de mérite aux Archives natio-llaîes. H est à regretter quelle ait donné des récompenses a des personnes et à des institutions trop peu connues; à autres, qui ne méritaient aucune distinction. Ces erreurs, f1* très petit nombre, montrent combien il est difficile de de loin. On se trompe involontairement; il est vrai cIUe quand on est chargé de juger ce qu’on a sous les yeux, °n se trompe quelquefois volontairement. L’idéal serait de c°Hcilier dans le juge la capacité avec l’impartialité.
- ÉExposition de Philadelphie, ouverte le 10 mai 1876, avaff> pour la République des États-Unis, un intérêt natio-Élle célébrait ce jour-là le centenaire de son indépen-riCe- C’était une entreprise privée, mais placée sous les épices de l’État, qui lui accordait une subvention de ’ 0°,ooo dollars (7,500,000 francs). La Commission du eiltenaire, qui a tout dirigé, connue le faisaient dans les ^hes pays fos commissions supérieures, avait d’abord con-• ® UJ1 jury international; niais après les opérations ter-ejjll^es’ quand les membres étrangers étaient déjà partis,
- . e °Téa un jury de révision exclusivement, composé d’Amé-lris> ce qui a donné lieu à des réclamations nombreuses ^ ^gffinies. La France a obtenu une large part dans les ftlpenses; son contingent a été de 700 médailles. L’ex-
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- position coïncidant avec la surélévation excessive du tarif de douane des Etats-Unis, les exposants n’ont pas hésita à afficher le prix de revient de leurs produits. Cette mani" festation a permis aux consommateurs américains d’appré' cier la charge que font peser sur eux des tarifs à beaucoup d’égards prohibitifs.
- L’Exposition était divisée en 7 groupes. Le 3e était coii" sacré à l’éducation et aux sciences; le U* aux beaux-arts-Les subdivisions pour les beaux-arts étaient au nombre de 6: sculpture, peinture, gravure et lithographie, photographie) dessin industriel et d’architecture, modèles et décorations? décoration en céramique et matériaux vitrifiables, va0' saïques et objets incrustés. Nos grands artistes hésitèrenta envoyer leurs œuvres à une telle distance. Citons cepeR' dant, dans la peinture, M. Protais, qui fut, à cette occ»' sion, nommé officier de la Légion d’honneur, et, dans la sculpture, M. Doublemard.
- Le 3e groupe (éducation et sciences) était très fortement organisé. Nous en mettrons le programme sous les yeux ^ nos lecteurs, malgré son étendue, parce que c’est la pi'e" mière fois que l’enseignement et l’éducation prennent une si large place dans une exposition.
- Gholpë 111. — Education et sciences.
- lrc SUBDIVISION. -- SYSTÈMES D’EDUCATION, METHODES ET UIVIIES.
- Classe 3oo. Instruction élémentaire. — Ecoles et jardins d‘enlïudÿ’ arrangement; ustensiles et leur application ; mode d’éducation. Ecoleh publiques, écoles mutuelles; agencement intérieur des cours et ha*1' ments ; costumes d’écoles; cours, méthodes d’instruction, livres, ;,lr pareils, y compris les cartes géographiques, globes, etc. Travaux é0'
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- lève
- élèv
- es.
- Y compris les dessins et les modèles d’écriture. Hygiène des
- liasse 3oi. Éducation supérieure. Académies et écoles supérieures. —
- P 11
- a ié3es et universités. Bâtiments. Bibliothèques. Livres. Musées de ge°l°gie, de botanique, de minéralogie, d’art et d’archéologie. Appa-P0UI* les démonstrations et les recherches. Cours gradué de ma-j n^hques, de physique, de chimie et d’astronomie. Livres, cata-§Ues. Bibliothèques et gymnases.
- Classe 3o2. Écoles professionnelles. — Théologie. Droit. Médecine et chi r J
- cha
- rurgie. Art dentaire. Pharmacie. Écoles des mines, des ponts et faussées, d’agriculture et des arts mécaniques. Écoles de dessin in-r,el. Ecoles militaires, navales, normales, commerciales. Ecoles de Musique. Construction, livres, bibliothèques, appareils, méthodes et ccessoires des écoles professionnelles.
- Classe 3o3. Institutions pour l'instruction des aveugles', des sourds-muets ^ des idiots.
- j,. Classe 3oA. Rapports et statistiques sur Véducation. — Ministère de
- Instruction publi(jue. Systèmes divers d’éducation appliqués par
- ftt, la ville, les collèges, les universités et les écoles professionnelles.
- Classe 3o5. Bibliothèques. — Documents historiques, rapports, sta-et catalogues.
- Classe 3o6. Livres d’éducation, etc. —Dictionnaires, encyclopédies, Mn nila,res biographiques, livres d’adresses, indicateurs, catalogues, lanachs, traités, littérature en général, journaux, journaux lerli-H es et spéciaux, journaux illustrés, littérature périodique.
- subdivision.
- INSTITUTIONS ET SOCIETES.
- Glass
- asse 310. Institutions fondées pour l'accroissement et la p>opnpoùon Sc™nces, telles que l’Institut de Smithson, l’Institut royal, 1 Institut b rance, l’Association britannique pour la propagation dis sciences,
- citais.
- cciation américaine. Leur organisation, leur histoire et leurs ré-
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- Classe 311. Sociétés scientifiques et d’éducation. — Sociétés géologiques et minéralogiques, etc. Sociétés techniques et professionnelles-Sociétés d’ingénieurs. Écoles des beaux-arts, de biologie, de zook>gie et de médecine. Observations astronomiques.
- Classe 312. Musées. — Collections. Galeries de beaux-arts. Expositions d’art et d’industrie. Concours agricoles, régionaux et nationaux-Expositions internationales. Musées des sciences et des arts. Collet lions ethnologiques et archéologiques.
- Classe 313. Musique et art dramatique.
- 3e SUBDIVISION. -- INSTRUMENTS SCIENTIFIQUES, PHILOSOPHIQUES
- ET MÉTHODES.
- Classe 32 0. Instruments de précision et appareils pour les recherdieS physiques, expériences et démonstrations. Instruments astronomU|lieS et accessoires employés dans les observatoires. Limettes méridiennes’ cercles muraux, équatoriaux, collimateurs. Instruments de géodesie et d’arpentage. Télescopes, théodolites, boussoles. Instruments p°ur
- * u 1 fs
- l’arpentage dans les mines, les tunnels et les excavations. Instruire0 d’astronomie nautique: sextants, quadrants, cercles répétiteurs. Jnst'u ments et appareils de nivellement: niveaux de charpentiers et ^ constructeurs, niveaux à main, niveaux d’eau, niveaux d’ingériieulS' Instruments de sondage à la mer, instruments hydrographiques. pareils et instruments de météorologie : thermomètres, pyrornèh,eS’ baromètres, hydromel res, pluviomètres. Cartes et bulletins, rcgistrtS d’observations, méthodes pour enregistrer et réduire les obscrvati°,lS et en rendre compte.
- Classe 32 1. Appareils d'indication et d'enregistrement autres que cell% de météorologie. Calcul mécanique: viamètres, odomèlres, p(^° mètres, gazomètres, compteurs d’eau, lochs électriques, llegisl1^ de marées. Numéroteurs mécaniques. Machines à compter et a cd culcr. Arithmomètres.
- Classe 32 2. Poids et mesures, appareils de pesage et de mét,afl( Mesures de longueur; échelles graduées en bois, en métal, en iv°11 en ruban; rubans en fer, chaînes, perches, verniers ; perches échelles graduées pour mesurer le bois et les marchandises en baH0^’
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- en Anneaux, etc. ; outils de jaugeurs et méthodes de jaugeage. Me-SUres de capacité pour solides et liquides. Mesures de pesanteur;
- et fléaux gradués pour le pesage, balances d’essais, balances chimiques. Bascules ordinaires pour objets pesants, ponts à bascule P01»* locomotives et wagons. Pèse-lettres. Hydromètres, alcoomètres, actomètres, gravimètres.
- Qasse 32 3. Appareils chronométriques. — Chronomètres. Horloges astronomiques. Horloges d’églises et de monuments publics. Horloges binaires. Pendules et horloges à ressorts. Horloges marines. Clep-sydres et sabliers. Cadrans solaires. Chronographes. Horloges élec-hdques. Métronomes.
- Classe 324. Instruments et appareils eïoptique, — Miroirs plans et phériques. Lentilles et prismes. Lunettes, lorgnons, lunettes de cam-Pagne et de théâtre, longues-vues. Graphoscopes, stéréoscopes. Cham-^res claires et obscures. Appareils de photographie. Microscopes, té-^copes. Appareils pour illumination artificielle, y compris la lumière ecto)que, le gaz oxhydrique et le magnésium. Stéréopticons. Appa-1 s photométriques. Spectroscopes et accessoires pour l’analyse spec-a c* Poiariscopes. Thermoscopes.
- Classe 32 5. Appareils électriques.— Machines à friction, Condensateurs appareils divers pour démontrer la production de l’électricité, afleries galvaniques et accessoires pour la démonstration de l’élec-j. 1 e dynamique. Appareils électro-magnétiques. Apjiareils d’induc-
- n> bobines de Huhmkorll, etc. Aimants et appareils électro-magné-
- tlfjues.
- Cl*
- de ,SSe d/rt(cnV/ télégraphique et applications. — Batterie et forme la , !P,|)am,s us‘to* dans 1 a production des courants électriques pour toléfïraidun Conducteurs et isolateurs et méthodes de support;
- cables Sftr
- hur uus-rnanns. Appareils de transmission; clefs, accessoires de g, U e* appareils. Appareils de réception ; relais, circuits de poste. CpWs et machines à enregistrer. Code des signes et signaux, tom ^Idp*leH a loiprimer pour usages spéciaux. Electrographes. Sys-^ati ^ Ca^rans tohigraphifjues. Appareils pour transmission auto-
- que.
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- Classe 327. Instruments de musique et appareils d’acoustique. — Instruments à percussion, tambours, tambourins, cymbales, triangles. Pianos. Instruments à cordes autres que pianos. Instruments de musique automatiques; boîtes à musique. Instruments à vent, en métal et en bois. Harmoniums. Orgues d’églises et instruments similaires. Tubes acoustiques. Musique vocale.
- lle SUBDIVISION. - ART DE L’INGENIEUR, CARTES, PLANS
- ET REPRÉSENTATIONS GRAPHIQUES.
- Le génie agricole était placé dans le groupe VI (agriculture), dans la 9* subdivision (génie agricole et administration), et formait les classes 680, 681, 682, 683. Le génie des mines appartenait au groupe I (exploitation des mines et métallurgie), 3e subdivision (exploitation des mines, modèles, cartes et coupes), et formait la classe 120.
- Classe 33o. Génie civil. Ponts et chaussées. Cadastre. — Surveillance des rivières, ports et côtes. Construction et entretien des routes, rues et voies pavées. Voirie urbaine. Distribution de gaz et d’eau dans les villes. Ponts avec arches en métal, pierre, briques ou béton. Ponts plats, ponts suspendus. Canaux, aqueducs, réservoirs, construction de digues. Génie hydraulique. Constructions sous-marines, fondations, piles, docks.
- Classe 331. Génie industriel. — Construction et travail des ma' chines. Modèles de plans et construction de manufactures et établissements métallurgiques.
- Classe 332. Chemins de fer. — Tracé des lignes; construction et administration des chemins de fer.
- Classe 333. Génie militaire.
- Classe 33A. Art naval.
- Classe 335. Plans topographiques. — Cartes marines et côtières-Cartes et coupes géologiques. Cartes botaniques, agronomiques et autres, montrant la distribution des races humaines, des animaux et des produits du sol. Cartes physiques. Cartes et bulletins météorolo-
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- giques. Routes et stations télégraphiques. Cartes routières et des chemins de fer. Globes terrestres et célestes. Cartes et plans en relief. Profil des fonds de POcéan et route des câbles sous-marins.
- 5° SUBDIVISION. - CONDITION PHYSIQUE, SOCIALE ET MORALE
- DE L’HOMME.
- Classe 3Ao. Educationphysique ; développement raisonné.—La chambre de la nourrice et ses accessoires. Gymnase, jeux et sport de l’âge adulte. Patinage, courses, gymnastique, jeu de paume, exercices acrobatiques, canotage, chasse, etc.
- Classe 3Ai. Alimentation. — Marchés; préparation et distribution des aliments.
- Classe 3A2. Habitation. — Conditions et règlements de salubrité, dispositions intérieures. L’habitation caractérisée par le bon marché combiné avec les conditions essentielles de santé et de confort. Con-sfructions à l’épreuve du feu ; hôtels, clubs, etc, Bains publics.
- Classe 3A3. Systèmes commerciaux. —- Méthodes et formes commerciales. Comptoirs et bureaux. Banques. Caisses d’épargne el institutions de crédit. Assurances contre l’incendie, assurances maritimes et SU|> la vie. Organisations commerciales, chambres de commerce, bourses. Corporations commerciales et manufacturières. Chemins de fer et autres compagnies de transport. Sociétés de construction et de location.
- Classe 3 A A. Monnaies. —Frappe de monnaies et médailles. Collections de monnaies courantes. Collections historiques, jetons, etc.
- dlets de banque et autres moyens de circulation de papier. Papiers de commerce, lettres de change. Garanties de payement, stocks, bons, bages, hypothèques, annuités. Précautions contre le faux-monnayage el l altération des monnaies.
- Classe 3A5. Gouvernement et lois. — Divers systèmes de gouvernements. Divisions gouvernementales. Revenus et impôts ; organisation militaire, pouvoir exécutif, formes et pouvoirs législatifs, systèmes et
- fictions judiciaires, organisation de la police, assistance publique.
- i°il international, droit des gens, services diplomatique et cousu-
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- laire ; droit administratif ; naturalisation. Codes. Gouvernement mu-* nicipal. Protection de la propriété industrielle. Système postal et applications. Punition des crimes. Prisons, organisation intérieure et discipline, stations de police, maisons de correction, colonies pénitentiaires, écoles de réforme. Discipline navale, punitions en mer.
- Classe 346. Assistance publique; hôpitaux. — Hôpitaux pour les maladies des yeux et des oreilles ; hôpitaux pour les femmes, etc. Hôpitaux pour les maladies contagieuses et infectantes. Hospices de fous sous le contrôle de l’Etat et asiles privés d’aliénés. Système de quarantaine. Dispensaires. Asiles d’ivrognes. Asiles pour les femmes en couches. Asiles pour les femmes repentantes. Asiles pour les enfants; asiles pour les enfants trouvés et les orphelins ; sociétés de protection pour les enfants. Maisons de refuge pour les vieillards et les infirmes ; asiles pour vieillards (hommes et femmes) ; asiles pour militaires invalides ; asiles de marins. Traitement des pauvres. Maisons de refuge, secours aux pauvres. Sociétés de protection des émigrants. Traitement des indigènes. Sociétés protectrices des animaux.
- Classe 347. Sociétés coopératives. — Sociétés politiques et leur organisation. Organisations et règlements militaires. Trades-unions et associations ouvrières. Sociétés industrielles. Sociétés secrètes et fraternelles.
- Classe 348. Religion. — Organisation des cultes. Origine, nature, progrès et extension des diverses religions ou confessions. Faits statistiques, historiques et autres. Sociétés et ordres religieux ; leur but. Sociétés et organisations pour la propagation des religions par la voie des missionnaires. Extension de la connaissance des systèmes religieux par les publications. Sociétés bibliques, sociétés de brochures pieuses; colportage. Systèmes et méthodes d’instruction religieuse et d’éducation de la jeunesse. Écoles du dimanche, mobilier, Sociétés pour l’amélioration religieuse et morale. Distribution de secours. Tronc* d’églises.
- Classe 34j). Expositions artistiques et industrielles. — Concours agricoles régionaux et nationaux ; expositions internationales ; congre* internationaux, etc.
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- Tel est ce programme, dont on ne contestera pas l’ampleur. Tandis que dans les autres expositions, on faisait figurer la science de l’homme, ou le peu qu’on en permettes de montrer, dans les branches les plus diverses des produits industriels, l’homme prend ici une telle importance qu’on réunit dans la classe de l’éducation, la politique , la religion, le commerce, les associations coopérâmes,^ systèmes disciplinaires, et, d’autre part, l’hygiène, médecine, l’assistance publique, les hôpitaux, les asiles fi aliénés. Mais ce qui vaut encore mieux que cette étendue, Cest le soin avec lequel sont traitées les questions d’enseignement proprement dites, et d’éducation, d’éducation physique, intellectuelle, morale, depuis la chambre de la n°urrice et les jardins d’enfants, jusqu’à l’Institut de France la Société royale de Londres. Les États-Unis ont compris cette grande vérité, que la valeur de l’homme fait la richesse et la puissance d’un peuple, et cette autre, proclamée par Montesquieu, que c’est dans le gouvernement lépublicain que l’on a besoin de toute la puissance de 1 éducation (ô.
- ha Commission française chargée d’étudier 1’Exposition fie hhiladeJphie au point de vue de l’instruction primaire a Publié un très remarquable rapport dô, en grande par-^le’ a son président, M. Buisson. Les collaborateurs de • Buisson ont été MM. Berger, Laporte, Olagnier, Valons et Bauber. La Commission, après avoir visité l’Exposition, 1 v°ulu visiter aussi les écoles, et se rendre compte du mé-^nisme administratif. Nous signalerons, entre autres cha-r ces très intéressants, le sixième, qui a pour objet la coé-
- M°ntesqui(Mi, /V l’o.sprit dos lois, liv. IV, rlifip. v.
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- ducation des deux sexes, il esl dû à M. Buisson; les treizième et quatorzième, du même auteur, sur la géographie, l’histoire et l'instruction civique ; le neuvième, de M. Berger, sur l’éducation du premier âge; mais tout est digne d’être lu, et ce livre, qui est un gros in-A0 de 700 pages, fait
- infiniment d’honneur à M. Buisson, à la Commission, à la
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- France et à l’éducation nationale des Etats-Unis. Il est à regrette]’ qu’on n’ait pas fait le même travail, avec le même succès, pour les instituts d’ordre supérieur.
- M. Woiowski disait, en parlant de l’Exposition de Londres, que ce quand elle n’aurait produit que les volumineux travaux qui en ont signalé les résultats eu Angleterre, en Allemagne et en France, elle marquerait d’une manière notable dans l’histoire de l’industrie n.
- L’Exposition de 1855, celle de 1867, ont donné lieu, comme la première Exposition internationale, â des publications nombreuses et importantes. Pour ne parler que de l’Exposition de 1867, elle a fourni la matière à toute une bibliothèque. Nous avons d’abord le rapport général, œuvre très importante de Michel Chevalier; puis la collection des rapports du jury central. Cela ne forme pas moins de i3 gros volumes in-8°, dont l’un, le premier, a près de 1,200 pages. Vient ensuite l’important rapport administratif' fie M. Le Play, commissaire général.
- Le ministre de l’instruction publique (M. Duruy) eut l’idée de compléter en quelque sorte l’Exposition française, eu publiant un recueil de rapports sur l’état des lettres et les progrès des sciences en France. Cette publication, bn" primée aux frais de l’Etat, et par l’Imprimerie impériale, n’eut pas tout l’éclat qu’on en attendait. Le ministre confi*1 la rédaction des rapports aux hommes les plus compétents:
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- 1 analyse mathématique à M. Joseph Bertrand, la géométrie Chasles, la chimie à M. Dumas, la physiologie générale ^ M. Claude Bernard, les sciences zoologiques à M. Milne Edwards, l’économie politique à Michel Chevalier. Il ne pou-Va,t mieux faire. Quelques-uns de ces illustres collaborateurs Se déchargèrent de la besogne sur des hommes moins cou-11Us* Ainsi Denonvilliers, TNélaton et Velpeau firent écrire leur rapport sur les progrès de la chirurgie par MM. Guyon et Labbé. On doit reconnaître qu’ils avaient eu la main neureuse. Ils déclarèrent, dans un mot d’avertissement, M11 üs avaient lu l’ouvrage, qu’ils l’approuvaient, et que pour preuve de leur approbation et de leur bienveillance, consentaient a le signer avec les deux jeunes auteurs. Les deux jeunes auteurs sont aujourd’hui des chirurgiens de Premier ordre, et le ministre, si la liste était à refaire, ne manquerait pas de les choisir directement; mais, en 1867, ds commençaient leur réputation. Ce 11’est pas ainsi qu’il laliait répondre à l’appel d’un homme tel que M. Duruy.
- a plupart des commandes officielles, dans tous les temps, 0ïlt eu le même sort. En générai, il 11e faut pas eomman-er un livre; il est rare qu’on fasse bien un livre, quand
- (A TA )
- ue s est pas porté de soi-même à l’écrire. Quand le b citerai Cavaignac, en 18A8, commanda à l’Académie des Micacés morales et politiques de petits traités propres à cpandre les saines doctrines et à combattre les mauvaises,
- ^ cnil avoir provoqué, des chefs-d’œuvre, parce quil sa-.j e8Sai^ a des gens qui, pour la plupart, en avaient lait: 1 u obtint rien moins que cela. 11 en fut un peu de même ^ la collection de M. Duruy. Le public remarqua le livre Ravnisson, sur la philosophie, et quelques autres, collection n’eut qu'un succès douteux. Le plan d’en-
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- semble n’en avait pas été bien combiné h). Plusieurs des rédacteurs se dispensèrent d’écrire leur rapport : M. Bou-latignier, qui devait écrire sur le droit public et le droit administratif; M. Duvergier, qu’on avait chargé de la législation civile et de la législation pénale; M. Ch. Giraud, désigné pour écrire l’histoire du droit. Michel Chevalier, occupé de son rapport général sur l’Exposition, négligea de faire le traité d’économie politique qu’on lui avait demandé. La collection devait former 37 volumes; il 11’en parut que 33, d’une dimension très diverse, puisque la Paléontologie, de M. d’Archiac, a 46 feuilles d’impression (7*26 pages), tandis que Y Analyse mathématique, de M. Joseph Bertrand, n’en a que 3 (38 pages). Un seul volume est consacré à
- (l) Recueil de rapports sur l’état des lettres et les progrès des sciences eu France :
- Progrès des lettres, par i\IM. de Sacy, P. Féval, Th. Gautier, Éd. Thierry-
- Instruction publique, par M. Ch. Jourdain.
- Progrès des études relatives à l’Egypte et à l’Orient.
- Etudes classiques et du moyen âge.
- Etudes historiques, par MM. Geflrov, Zeller cl Thiénot.
- Philosophie, par M. Ilavaisson.
- Histoire du droit, par M. Giraud.
- Droit des gens, par M. de la Guéronnière.
- Droit public et droit administratif, par M. Boulalignier.
- Législation civile et pénale, par M. Duvergier.
- Archéologie, par M. Alfred Maury.
- Economie politique, par M. Michel Chevalier.
- Analyse mathématique, par M. Joseph Bertrand.
- Géométrie, par M. Chasles.
- Mécanique appliquée, par MM. Combes, Phillips et Collignon.
- Astronomie, par M. Delaunay.
- Théorie de la chaleur, par M. Desains.
- Thermodynamique, par M. Bertin.
- Optique, par M. Jamin.
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- VÉtat des lettres. En revanche, on s’était mis à quatre pour l’écrire. Les auteurs sont MM. de Sacy, Paul Féval, Théophile Gautier, Ed. Thierry. En somme, la pensée était excellente; mais l’exécution n’ajouta pas grand’chose à la gloire éclatante de l’Exposition de 1867.
- Ce n’était pas d’ailleurs une idée nouvelle. La Convention Nationale avait confié en 1795 une tdche semblable à l’Institut de Franced), qui mit tant de temps à s’en acquitte]*, que les premiers rapports 11’étaient pas faits en 18/10, quand Cousin devint ministre. M. Cousin reprit l’idée de la Convention; il fit désigner les rapporteurs, et pour stimuler leur zèle, il leur donna à chacun un secrétaire payé par 1 État. M. Cousin, en personne, fut chargé d’écrire le rap-
- Magnétisme, électricité et capillarité, par M. Quel.
- Chimie, par M. Dumas.
- Géologie expérimentale, par M. Daubrée.
- Géologie. — Phénomènes cruptijs, par MM. Ch. Sainte-Claire Deville et.
- F. Foucpié.
- Gtatigraphie, par M. Élie de Beaumont.
- Minéralogie, par M. Delafosse.
- Paléontologie, par M. le vicomte d’ArchiaC.
- Sciences zoologiques, par M. Milne Edwards.
- Botanique physiologique, par M. Duchartre.
- Botanique photographique, par M. Brongniarl.
- Physiologie générale, parM. Claude Bernard.
- Anthropologie, par M. de Quatrefages.
- Médecine, par MM. Béclard et Axenleld.
- Médecine vétérinaire, par M. Magne.
- Chirurgie, par MM. Denonvilliers, Nélaton, Velpeau, Guy on el Labbé. Hygiène civile, par M. Bouchardat.
- Hygiène militaire, par M. Michel-Lévy.
- Hygiène navale, par M. Leroy de Méricourl.
- Décret sur l'organisation de l'instruction publicjue, «1 brumaire an i\ °etobre 1795, dernier jour de la Convention nationale), titre IV, art. G, 8 *j.
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- port sur les progrès de la philosophie, et on lui donna, ou il se donna pour secrétaire M. Bersot. L’Institut ne se montra pas plus actif en 18Ô0 qu’en 1795; M. Cousin s’était trompé cette fois, mais en très illustre compagnie, avec le comité d’instruction publique de la Convention. Ce double échec devrait avertir les souverains et les ministres qu’un livre ne se commande pas; passe pour un catalogue. M. Cousin lui-même n’écrivit jamais une ligne de son rapport sur la philosophie. M. Duruy reprenait l’idée de M. Cousin dans des circonstances toutes particulières; il entendait mettre un savant à côté de chaque industriel, et faire ressortir ainsi avec éclat l’action incessante et prépondérante de la science sur l’industrie. Ce qu’il demandait, ce n’était pas un rapport sur les progrès de la science depuis dix ans, c’était Indication des découvertes scientifiques qui avaient transformé l’industrie pendant cette période, la démonstration par des faits que le travail scientifique est non seulement l’usage le plus élevé que l’esprit humain puisse faire de sa force, mais qu’il est aussi le plus fécond en résultats pratiques, en résultats industriels, en un mot, le plus productif. Les collaborateurs de M. Duruy ne le comprirent pas, et peut-être s’y était-il pris trop tard. Quoi qu’il en soit, 33 volumes vinrent s’ajouter à la collection des rapports du jury central. De leur côté, les divers pays qui avaient concouru à l’Exposition nommèrent des rapporteurs qui publièrent des mémoires dans toutes les langues. Presque partout, a côté du rapporteur officiel nommé par le jury international ou désigné par son gouvernement, il y eut un autre rapporteur, qui n’était ni un académicien, ni un économiste, ni un publiciste, ni un chef d’industrie; dont le rapp01* avait cependant un intérêt très vif, d’abord comme lait so-
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- cial d’un ordre nouveau, ensuite parce qu’il apportait les impressions de toute une classe d’hommes jusque-là peu écoutée. Je veux parler des rapports publiés par les délégués des commissions ouvrières. Quelques-uns de ces rapports méritent d’être étudiés comme documents industriels; tous méritent d’être lus comme documents sociaux. Ils donnent des renseignements plus intéressants sur l’état moral et intellectuel des rapporteurs et de leurs commettants, fiue sur les industries dont ils rendent comptem.
- Après l’Exposition de 1 8G 7, il avait été décidé que la fiance laisserait écouler un espace de dix ans avant de foire une tentative nouvelle, et que la quatorzième Ëxposi-tlon de Paris s’ouvrirait le ict' mai 1878.
- Entre ces deux dates, 1867 et 1878, se placent la guerre, l’invasion allemande, la chute de l’empire et la fondation de la troisième République, la dispersion de nos binées, le démembrement de nos provinces, la sanglante (d détestable insurrection de la Commune, des pertes ma-fo ri elles en numéraire, édifices, instruments de travail, qu on peut hardiment porter à plus de 10 milliards. Lorsqu ou résolut, en 1876, de tenir la promesse laite en 1867, il ) avait à peine deux ans que les dernières troupes allemandes avaient évacué le territoire, à peine quatre ans (Ple les conseils de guerre, travaillant sans relâche, avaient fo^niné les procès de la Commune. iNous n’étions en pos-sussion d’une constitution régulière que depuis quatre ans. fo* réorganisation de l’armée était loin d’être complète; on
- g, V011' oi-après, chapitre III, S iv, pajje 171, quelques détails sur les dé-^IjUés des eoi|lmissjOIls ouvrières franrohes aux expositions de Londres, aile et Philadelphie, et aux diverses expositions internationales uni ont eu J'eu à Paris.
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- travaillait à la construction des torts qui défendent nos frontières, de ceux qui protègent la capitale. On pourrait ajouter que nous étions encore ici entourés de ruines; mais à l’exception des maisons privées et de l’Hôtel de Ville qui sort enfin de terre, nous vivons, même à l’heure présente, avec les ruines. Le palais des Tuileries, celui du quai d’Orsay, sont aujourd’hui ce qu’ils étaient le jour où l’insurrection a été vaincue. Les étrangers, en-venant, en 1878, à la fête où la France les conviait, verraient ces marques terribles de nos malheurs, subsistant dans notre quartier le plus riche, sur le chemin même du Champ de Mars et du Trocadéro. Nous savions que nos ateliers étaient partout en pleine activité; mais précisément parce que les commandes avaient afflué, on ne pouvait guère délaisser la fabrication courante pour se mettre à préparer les éléments d’une exposition. Nous nous présenterions pour la première fois dans la lutte sans le concours des maisons de l’Alsace et de la Lorraine. Gomment cette triste lacune serait-elle palliée, particulièrement dans les galeries de la filature, du tissage et des impressions sur étoiles? Aurions-nous la douleur de voir nos concitoyens d’hier, rangés parmi nos concurrents, tourner contre nous des talents et des ressources dont nous avions coutume d’être si fiers? D’uu autre côté, on pouvait douter de l’accueil qui serait fait en Europe à nos propositions. Ceux qui nous avaient abandonnés dans notre malheur viendraient-ils nous aider à nous relever? On se demanderait surtout ce que ferait l’AHe' magne. A cet égard, nous étions sûrs de nous. Les AHe" mands, devenus nos hôtes pendant la durée de l’ExposifuRL ne pouvaient manquer de trouver en France la même R11" partialité pour leurs produits et la même courtoisie p°ur
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- leurs personnes que si nous n’avions pas eu à étoufier tant de douloureux souvenirs. Notre appel s’adressant à eux a^ait quelque chose de magnanime. Gomment serait-il entendu ? On sait ce qui arriva : l’Allemagne s’abstint. L’Autriche, qui n’avait pas les mêmes raisons, hésita quelque temps. En somme, les accessions, à une seule exception près, furent unanimes; un très grand nombre, le plus 8l‘and nombre de beaucoup, furent empreintes de cordialité. Nous pûmes croire qu’on nous aimait mieux dans notre
- resignation et dans notre courage à nous relever que dans celât un peu arrogant des lêtes impériales.
- Les préparatifs de l’Exposition furent d’ailleurs traversés P^r de graves événements politiques. Une lutte ardente fut L^t à coup suscitée entre la République et les partis hos-hles. Nous pûmes nous croire un moment à la veille d’une Nouvelle révolution. Ni les luttes intérieures, ni les préoccupations du dehors, ni l’état de nos ateliers et de nos alïaires commerciales, n’entravèrent notre résolution. Le Palais 8éleva; les colis aflluèrent de toutes parts. Rien n’était acPevé cependant pour la date lixée. On ouvrit à tous ÏJS(pies. Ea parole de la France fut tenue. Quinze jours apres, [es installations étaient terminées, et le Palais bril-ait toutes ses splendeurs. On a dit que nous avions dé-playe la même audace, et jeté en quelque sorte le même
- céfi aux ennemis de notre gloire nationale en 1798 et en
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- *9* Gela est contestable pour 1798. Il est très vrai que Il°Us étions alors aux prises avec l’Europe, car la paix te récente n’était guère qu’un armistice, et nous avions P0,gnant souvenir de la terreur. Mais les grandes con-^IMes morales de la Révolution s’établissaient, se conso-aie,Jt; les dernières campagnes avaient été glorieuses;
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- on sentait partout l’activité renaissante, et cette sorte de fièvre généreuse qui accompagne les grandes époques et présage les grandes choses. La comparaison avec 1819 est plus juste: 1815, 1871, sont les deux dates funèbres d’une même histoire. Là et là, c’est la défaite, l’invasion, le démembrement, la ruine. Seulement, en 1819, la France ne convoqua que la France; en 1878, elle convoqua le monde. Les deux fois, les trois fois si l’on veut, elle donna la preuve d’une vitalité puissante. On peut la vaincre, on 11e pourra pas l’abattre. En 1878, malgré ces deux années de chômage et de désastres, malgré ces deux années terribles, pas une de nos industries n’avait fléchi. Les usines s’étaient relevées; les hommes étaient revenus; la force matérielle renaissait ; la force morale était augmentée. On est toujours prompt, dans notre pays, à oublier. On oublie quelquefois les crimes; 011 oublie souvent les services. Il 11’est que juste de reconnaître qu’avoir voulu l’Exposition universelle à si peu de distance de nos désastres, l’avoir faite avec le succès et l’éclat dont nous avons été témoins, est un honneur pour le gouverncmeid de la République, pour les deux Chambres qui ont voté il l’iinanimité les millions qu’on leur demandait, et toutspc" cialement pour le ministre du commerce, M. Teisserei|C de Bort. La construction du palais et la direction de toiiS les services ont mis le sceau à la renommée de M. Kraii^’ connue ingénieur et organisateur de premier ordre.
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- CHAPITRE III.
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- LEs COMPTES RENDUS DES CONGRES ET CONFERENCES. - LES RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL. -------------------------------- LA CLASSIFICATION DES PRODUITS DE L’INDUSTRIE. - L’EXPOSITION COLLECTIVE OUVRIERE. -------------------------------- LE MONDE DANS UN ESPACE DE yÛ5,53o METRES
- CARRÉS.
- L Exposition de 1878 aura, comme les expositions inlcr-^tiouales précédentes, sa bibliothèque, une bibliothèque aussi nombreuse que le savant et regretté Wolowski aurait P11 h' désirer.
- Au rapport, administratif qui, étant dû à M. Krantz, ne Peut manquer d’ètre une œuvre magistrale, aux rapports
- jl*ry international, à ceux que les différents ]»ays repré-8entés à l’Exposition se sont fait adresser par leurs commis-SaiJ'es, aux mémoires des ouvriers délégués, aux travaux 'Nitiativc personnelle, parmi lesquels on peut citer les 9 vohnnes de M. Lacroix, pleins d’utiles renseignements, s *8 volumes de M. Clovis Lamarre; au bel ouvrage inti-PJlé l An à Paris, publié par M. Tullo Massarani, président 11 ltr groupe, à la fois peintre et critique d’art (et l’on P°Urrait dire aussi : à la lois Italien et Français); à cet ®r|8ernble de rapports, de mémoires, de livres, viendront se •l°lndre les comptes rendus des conférences et des congrès I111 °üt eu lieu au Trocadéro pendant le cours de l’Exposi-^l()n- Ces comptes rendus ne forment pas moins de 3 vo-
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- lûmes pour les conférences et de 33 volumes, dont quelques-uns ne sont que des fascicules, pour les congrès. Il y a eu 32 congrès, qui ont chacun leur compte rendu séparé. Le congrès d’hygiène forme deux gros volumes.
- L’initiateur de l’œuvre des congrès et des conférences est M. Charles Thirion, ingénieur civil, qui est particulièrement connu pour sa compétence en matière de brevets d’invention. Il publia un certain nombre de mémoires qui donnèrent aux sociétés savantes et aux sociétés industrielles la pensée de provoquer des congrès sur les matières dont elles s’occupent habituellement. Depuis plusieurs années, on a senti l’utilité de ces réunions internationales, où chaque pays apporte son contingent de lumières; les questions se trouvent ainsi en quelque sorte renouvelées; et, d’ailleurs, il s’agit dans la plupart des cas de conventions dans lesquelles chaque peuple a son intérêt particulier. L’Association scientifique de la Grande-Bretagne tend à devenir une grande institution européenne. La Belgique mérite d’être signalée pour son zèle à provoquer des congrès, et pour la large et cordiale hospitalité qu’elle donne aux congressistes. Il n’est pas un de nous qui n’ait gardé les meilleurs souve" nirs des congrès auxquels nous avons assisté à Garni, à A*1' vers, à Bruxelles. La Suisse reçoit aussi des congrès de toutes sortes avec une hospitalité digne d’une répubhqu0 libérale. Il y a une analogie évidente entre l’œuvre des congrès et celle des expositions internationales; ici les pnu" pies se communiquent leurs produits, là ils se commun1" ({lient leurs idées. Il était d’autant plus naturel de réuni1 les deux congrès, ou si l’on veut les deux expositions, (lu< l’exposition des produits réunissait dans une même vill° des millions de visiteurs, et que cette atlluence proinettad
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- un nombreux et compétent auditoire à tous les propagateurs d’idées utiles.
- M. Teisserenc de Bort n’eut pas de peine à comprendre combien l’idée de M. Thirion était juste et féconde. Il s’y associa avec une libéralité d’esprit qui lui fait le plus grand honneur. Il nomma une grande commission composée de ia5 membres, choisis parmi les hommes les plus célèbres les plus compétents dans chaque spécialité®. Il présida hh-même la réunion générale et la commission se divisa immédiatement en sept commissions correspondant aux sept groupes industriels de l’Exposition; une huitième commission eut dans ses attributions les questions d’une nature plus générale; elle représenta en quelque sorte la philosophie. Les commissions élurent leurs présidents®. Chaque fois qu’une demande parvenait au secrétariat général, dont ta direction avait été confiée à M. Charles Thirion, elle était renvoyée à la commission spéciale. La commission s assurait cIue la demande était faite par des hommes sérieux et que ta sujet méritait d’attirer l’attention publique. Du reste, au-Curi parti pris, aucune doctrine préconçue; la liberté, en foutes choses, la plus entière. L’avis de la commission était transmis au comité central, composé des huit présidents et présidé par le ministre, qui décidait en dernier ressort. Tous les membres de la commission s’étaient montrés très syropatliiques à l’idée d’accorder aux congrès 1 hospitalité fta la France. Il y eut quelques objections contre les confe-
- 0) MM. Victor Hugo, Viollet-le-Duc, Charles Blanc, Taine, Gonnod, Edmond About, Meissonier, Legouvé, Paul Bert, Pouyer-Quertier, Sainte-Glaire fivble, Pasteur, Broca, Emile de Girardin, etc.
- (2) MM. Lol'uel, Éd. Lahoulaye, Anatole Gruyer, Dauphinot, Clievreul, uclerc, Victor Lefranc, Jules Simon.
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- rences isolées, et en effet les deux entreprises dilieraient profondément. Les demandes de conférences avaient afflué dès que le projet du ministre avait transpiré dans le public. La plupart des demandeurs n’étaient pas connus, quelques autres ne l’étaient que trop. Parmi les sujets indiqués, il y en avait de chimériques; d’autres avaient trait aux controverses religieuses et politiques que l’Etat, meme lorsqu’il ne les interdit pas, ne saurait prendre sous son patronage. Après une discussion rapide, la solution la plus libérale prévalut, On se rappelle qu’à cette date, la liberté des conférences isolées n’existait pas en France. Il fut entendu qu’elle existerait au Trocadéro. Le mécanisme des commissions était si simple, et les commissaires montraient tant de zèle, que les affaires arrivaient très rapidement au comité central. Aussitôt que la conférence ou le congrès étaient autorisés,.le conférencier ou le bureau du congrès (miraient en relations avec M. Charles Tliirion, et ils arrêtaient ensemble le jour, l’heure et le lieu des réunions. L’Administration ne donnait pas seulement des salles magnifiques, elle fournissait tout le personnel nécessaire, et, ce qui est un cadeau sans prix, l’admirable service sténographique, composé des sténographes des deux Chambres et dirigé par M. Célestin Lagache. Enfin, elle fait maintenant à ses frais la publication de» comptes rendus. Chaque volume est tiré à 1,000 exemplaires. Si le congrès demande un plus grand nombre d’exemplaires, il les paye au prix de revient,
- Il va sans dire que tout n’est pas de même valeur dans* les .‘Mi volumes de la collection. Il y a des divagations, des chimères, des inutilités; il va aussi des discussions sérieuses, il y en a de profondes. La différence entre les congrès elles conférences proprement dites est très tranchée. Il fallait
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- sy attendre. IJ suffît de se rendre compte de l’origine de ces
- volumes pour comprendre qu’ils ont infiniment moins dautorité, mais beaucoup plus de vie et de mouvement que tas rapports publiés par ordre de M. Duruy en 1867. Pour trouver l’analogue de la collection nouvelle, il laut remonter aux écoles normales fondées par la Convention, dont les leçons et les discussions ont été publiées, et forment 13 volumes in-8°.
- U y a sans doute entre les deux publications des différences Capitaies. L es écoles normales étaient des écoles; elles avaient des professeurs nommés par Lakanal et Deleyre, commis-Saipes de la Convention, des élèves désignés par les direc-0|res des départements, et leur but était de préparer ces •dèves à devenir à leur tour professeurs des écoles centrales C1U| devaient être organisées dans tous les cliefs-lieux. C’était One grande pensée, d’où est sortie, après plusieurs lenta-^Ves et plusieurs modifications nécessaires, notre Croie nor-311ale supérieure actuelle.
- On éprouvé une joie patriotique en lisant, après un siècle PJesque entier, la glorieuse liste des maîtres des écoles normales. Les mathématiques étaient enseignées par Laplace el Lagrange, la géométrie descriptive par Monge, la pliy-Sl(pm par Ilaiiy, l’histoire naturelle par Daubenton, la chimie Pai Bertbollet, l'agriculture par Tliouin, la géographie par facile et Mentelle, l’histoire par Volney, la morale par j eilla'(lin de Saint-Lierre, la grammaire par Sicard, l’ana-^8c (^e I entendement (la ])hilosophie) par Carat, la littéra-j l)ar Ija Harpe, l’économie politique par Vaudermonde.
- es °Jganisateurs avaient eu la main heureuse; on ne trou-^ ait a aucune éj)o<|ue un ensemble de maîtres plus 111 us— es- H lut décidé que les leçons seraient improvisées, s té-
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- nographiées et publiées; qu’il y aurait, après chaque leçon, une discussion ou conférence entre le maître et les élèves, et que ces discussions seraient également publiées. L’improvisation des leçons parut alors une grande nouveauté. On eut soin d’avertir le public que la forme serait seulement improvisée, mais que le fond des leçons serait longuement préparé. Cependant l’improvisation réduite dans cette mesure effrayait beaucoup les maîtres, qui prirent leurs précautions avec le public, ce La justice la plus commune exige, dirent-ils dans leur préface, que des discours faits ainsi ne soient pas jugés comme des discours écrits avec soin dans un cabinet. r> Il y a lieu de croire que les élèves qui voulaient prendre part aux débats mettaient à préparer leurs objections autant de soin que les professeurs à préparer leurs leçons. Plusieurs de ces objections ou questions ont la forme et les dimensions d’un discours; on ne les présentait que le lendemain, précisément pour avoir le temps de les méditer et peut être de les apprendre par cœur. Seul, le professeur, qui était obligé de répondre, improvisait .bien réellement. 11 s’en dédommageait en corrigeant à loisir les épreuves, qui ne passaient point sous les yeux de l’élève-Répondre (improvisation à part) n’était pas toujours chose facile. Il arrivait que ces discussions, ou débats comme en les appelait, mettaient aux prises Garat avec Saint-Martin» le philosophe inconnu, dont la dialectique était fort pressante» Sicard avec de Wailly, avec Gail, quelquefois avec scs p1'0" près collègues. Garat et Volncv assistèrent plus d’une lois <l son cours et y prirent la parole. L’improvisation nous est devenue à tous familière, et c’est une de ces transforniati°,,s qu’on remarque à peine, parce qu’elles s'accomplissent m sensiblement, et qui pourtant ont leur importance. Soi|h
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- l’ancien régime, tout était matière à cérémonies et à discours par conséquent, mais ces discours étaient préparés, écrits. On commença à improviser dans les clubs; la plupart des orateurs renommés lisaient. Il en était de même dans les Assemblées, et cela continua jusque sous la Restauration. U en résulta plus d’une fois une dissonance plaisante entre le discours et la réplique. On faisait effort pour accommoder ses phrases à la circonstance. Les professeurs, qui n’avaient pas d’antagonistes, lisaient ou récitaient. Les leçons de littérature de La Harpe, quoique faites d’abord au lycée, sont un cours de littérature écrit d’abord, puis lu en public, puis remanié de fond en comble, après un intervalle de plusieurs années. La nécessité de parler sans notes et sans cahier parut si redoutable à l’auteur de Paul et Virginie, qu’il ne put s’y résigner; il ne fit qu’une seule leçon et se retira; encore est-ce beaucoup dire que d’affirmer qu’il lit tout entière. Après la dispersion des écoles normales et la fondation de l’Université, les proiessenrs, les conléren-eicrs, publièrent leurs leçons quand ils le jugèrent à propos; ^-État ne s’en mêla plus. La sténographie, quoique fort antenne, n’est devenue d’un usage courant que depuis une cinquantaine d’années, et les sténographes de nos Assemblées n’ont rien de commun avec les logographes de la Convention. Il y en avait pourtant depuis plusieurs années au palais Bourbon quand ils liront leur première apparition (lans les cours publics. La première tentative de reproduc-b°n intégrale des cours fut faite, si je ne me trompe, par ^ hch.o de la Sorbonne, dans les premières années du règne <lc Louis-Philippe. A présent que les organes de publicité sc»Mt multipliés à l’inlini, la sténographie est partout, et ! c<i»t (‘Ile principalement qui nous a faits improvisateurs.
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- Les conférences y ont contribué, et les clubs, et la liberté ' de renseignement supérieur, depuis quelle existe, c’est-à-dire depuis quatre ans. M. Teisserenc de Bort, plus heureux en cela que Lakanal, a trouvé autant d’improvisateurs qu’il en a voulu. Ce qui était plus difficile à rencontrer, c’étaient des Monge et des Laplace.
- Ce n’en fut pas moins une idée courageuse autant que libérale d’ouvrir, non seulement aux congrès, mais aux conférenciers isolés, les salles de lecture de l’Exposition, et de donner à cet enseignement, le plus libre qui lut jamais, une publicité très étendue. A ce point de vue, et quelle que soit d’ailleurs leur valeur intrinsèque, les conférences ont une importance que n’ont pas les congrès. Elles seront certainement un des côtés originaux de l’Exposition de 1878.
- 11 est probable que l’exemple sera suivi dans l’avenir, et que l’exposition des choses sera toujours accompagnée désormais de l’exposition des idées. 11 est meme à croire que les inventeurs tiendront à expliquer eux-mêmes leurs découvertes, à en raconter l’histoire, à en développer les avantages. Ceux qui n’ont pas une chaire à leur disposition dans, leur pays eu trouveront une dans les expositions universelles; et les maîtres les plus autorisés pourront préférer s leurs élèves ordinaires ces auditeurs venus de toutes les p»1' lies du monde.
- Ainsi on lit marcher de front l’exposition des théories et celle des résultats, l’enseignement oral et l’enseignement pal’ l’aspect. Après avoir parcouru les galeries du Champ deMal’s regorgeant de richesses, le promeneur pouvait entrer, a" Trocadéro, dans une salle de cours; si c’était une conh’-rence, il y entendait des savants, des chercheurs, des utopistes, racontant, celui-ci ses découvertes, celui-là ses esp<‘-
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- rances ou ses rêves. Les commissions n’avaient écarté que l’inconvenant ou l’absurde, mais la fantaisie et la chimère ont pu se produire en liberté. Ce n’était pas la Sorbonne, le Collège de France, le Muséum; c’était quelque chose de moins éprouvé, de moins suc, de plus libre, de plus hasardeux, plutôt des conférences que des cours proprement dits, la propagande la plus indépendante qui se soit jamais produite chez aucun peuple. En un mot, la foire des idées et des utopies.
- Les congrès avaient un tout autre caractère. Institués par des sociétés savantes ou des compagnies industrielles, ils avaient à leur tête des bureaux composés des spécialistes les plus éminents de la France et de l’étranger. Les discussions Y étaient savantes, courtoises, régulières, parfois brillantes.
- Le congrès de la propriété industrielle a institué, en se séparant, une commission internationale permanente, chargée de poursuivre l’unification des législations qui protègent les droits des inventeurs dans les divers pays. Ce congrès
- °Lut présidé par M. Bozériau, sénateur; il avait pour présidents d’honneur : MM. Teisserenc de Bort, ministre de l'agriculture et du commerce de France; de Chlumetzky, ministre du commerce d’Autriche; Siemens, le président du congrès tenu à Vienne en 1878. Les jurisconsultes et les économistes les plus autorisés de la France et de l’étranger ont apporté le concours de leurs lumières et de leur expérience aux discussions qui ont eu lieu au sein du congrès.
- Le congrès de la propriété artistique a eu cet honneur, (lue les résolutions adoptées par lui ont servi de point de départ ù lu loi récemment proposée par le (louverneimmt
- peur la protection des œuvres d’art. Ce congrès était présidé Pa,‘ M. Meissonier; les présidents d’honneur étaient M. Bar-
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- doux, ministre de l’instruction publique; M. le baron Taylor, qui a prononcé à la séance d’ouverture une chaleureuse allocution, la dernière peut-être qu’il ait consacrée à la défense des intérêts qu’il a tant aimés et si bien servis; M. Guillaume, l’illustre statuaire, alors directeur des Beaux-arts. M. Adrien Huart, avocat, l’un des présidents de l’Association des inventeurs et artistes industriels, était le secrétaire général de ce congrès aux discussions duquel il a pris une large part.
- Le président du congrès d'hygiène était M. Gubler, gendre de David (d’Angers); M. Gubler a été enlevé à la science quelques mois après. Les discussions de ce congrès ont été longues, approfondies, et seront certainement consultées avec fruit par les médecins, les chefs d’atelier, les directeurs des maisons d’éducation, et tous ceux qui ont charge de veiller à la salubrité.
- M. Nadault de Bufï'on a présidé le congrès pour Yame~ lioration du sort des aveugles et des sourds-muets. M. Nadault de Bufton, descendant de l’illustre naturaliste, est un ancien avocat général. Devenu aveugle, il a, en quelque sorte, lutté contre son infirmité et redoublé d’activité pour toutes les bonnes œuvres. Les questions d’enseignement ont tenu
- une grande part dans ce congrès, constamment entouré des
- plus ardentes et des plus légitimes sympathies.
- Le congrès pour X unification des fils de toute nature, le quatrième sur la matière, a ratifié les résolutions prises dans lu congrès de Turin, à la suite des congrès de Vienne et de Bruxelles. Après la séance de clôture, le bureau, il la duquel étaient MM. Dauphinot, sénateur, Gustave Boy? membre de la Chambre de commerce de Paris, Pacher von riieinburg, membre de la Chambre des députés d’Autriche?
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- président du congrès, Cantoni (de Milan), Müllendorf (de Verviers), Pastor (d’Aix-la-Chapelle), Offermann, etc., a présenté une adresse au ministre du commerce pour lui demander de prendre l’initiative d’une conférence internationale officielle destinée à préparer l’adoption par les gouvernements d’un système uniforme de numérotage des fils.
- Le congrès pour Y unification des poids, mesures et monnaies a été dirigé par M. Joseph Garnier. MM. Tresca et Pehgot, de l’Académie des sciences, M. de Parieu, le docteur Broch, le docteur Woern, ancien ministre des finances de Suède, M. Leone Levi, secrétaire de l’Association anglaise pour 1 adoption du système décimal, ont pris une part active aux débats. Le co'ngrès incline à l’adoption du système français.
- Citons encore les congrès de démographie, de statistique, le congrès sur l'alcoolisme, le congrès du génie civil, présidé par M. Tresca, le congrès de météorologie, qui avait attiré les plus grands savants de l’Europe, le congrès de géologie, présidé par M. tléhcrt, le sixième congrès séricicole, le congrès de botanique et d'horticulture, le congrès des sciences an-thropologiqties et ethnographiques, qui comptait parmi scs Membres MM. Henri Martin, Broea, de Quatrefages, de Mortillet, Bertillon, de Rosny, Capellini (de Bologne), Bog-danow (de Moscou), de Hoclisteller (de Vienne), Scliaall— hausen (de Bonn), etc.
- On ne peut s’empêcher de reconnaître qu’on s’y est pris Uïl peu tard pour organiser les congrès et conférences. Pendant que fou s’occupait de préparer l’Exposition, de grands Mouvements politiques avaient eu lieu dans le pays; le per-s°nnel de la Commission supérieure avait ete modifie par ^es adjonctions nombreuses. Quand M. Teisserenc de Bort, avait le premier conçu l’idée de l’Exposition et qui avait
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- présidé au premier travail, reprit le pouvoir après un long intervalle, il eut besoin de toute son activité et de toute celle de ses collaborateurs pour revenir à ses premiers plans, et concilier des éléments un peu disparates. Il restait bien des modifications à faire au règlement, et des services entiers à organiser, quand on résolut d’ouvrir, coûte que coûte, l’Exposition dans l’état où elle était, à l’heure fixée, pour ne pas manquer au rendez-vous solennel que la France avait donné au monde. Il aurait été bon d’au-nonce]’, dès le premier jour, qu’il y aurait une exposition orale à côté de l’exposition matérielle; les savants auraient lait leurs préparatifs à l’avance comme les industriels. Quand on prit tardivement la résolution d’organiser cette vaste académie du travail, on fit appel aux savants et aux artistes les plus célèbres pour composer la commission chargée de recevoir et de classer les demandes; ces noms, publiés plus tôt, auraient été, pour les futurs professeurs, un attrait et une garantie. En voyant à la tète de la commission les noms de M. Chevreul, de M. Laboulaye, de M. Lcfuel, etc., auraient compris que la science serait représentée dans ce qu’elle a de plus élevé, et qu’on lui donnerait la plus ampl° liberté de philosopher, amplmimam liber tatem pkilosoplumd1 • Il aurait fallu aussi s’assurer du concours de deux ou trois professeurs illustres, qui, en faisantleurs leçons les premiers» auraient infailliblement amené à leur suite les maîtres IcS plus autorisés de la science et de l’industrie. L’inslitulim1 n’a pas donné du premier coup tous les excellents résultats qu’elle comporte; mais elle estlondée; elle laisse après elle un monument; et les 3o volumes publiés par M. Thir>011 seront toujours consultés par les savants et les historiens.
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- Les rapports du jury international que nous publions, et auxquels ces pages servent d’introduction, se ressentent aussi quelque peu des retards et de l’indécision qui ont été les contre-coups de la politique dans l’organisation des divers services. Il est certain que les rapporteurs, élus par les jurys de classe, n’ont pas été avertis, dès le début, qu’on leur demanderait une appréciation des progrès réalisés par leur industrie, des lacunes qui s’v trouvent encore, et des Moyens les plus efficaces pour y remédier. Beaucoup ont pu croire que leur tâclie consistait uniquement à comparer les concurrents entre eux, pour motiver le jugement du jury. Plusieurs lois, pendant le cours de leur travail, les ^apporteurs s’adressèrent aux présidents de leurs groupes, et même au Conseil des présidents, pour savoir si les rapports seraient publiés; comme aucune décision n’avait en-c°re été prise, on ne pouvait répondre que par des probabilités et des espérances. La distribution des récompenses ayait eu lieu, quand le ministre parla pour la première lois au l’apporteur général de lui confier cette fonction; et le apporteur général apprit, ce jour-là seulement, que la publication des rapports aurait lieu. Il n’avait rien prépare, l)l’18 aucune note en vue d’un pareil travail; et pourtant, il 11 échappera à personne qu’un rapport doit être écrit après duc l’Exposition est fermée, et préparé pendant quelle est °uverte. Los mômes objections qui se présentaient à son esPiil, et qui le'firent longtemps hésiter, existaient avec Notant de force pour les rapporteurs de classe. La plupart Voyaient leur travail terminé; ceux qui ^appartenaient pas
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- à notre pays étaient déjà retournés au centre de leurs affaires. Tandis que les esprits d’un ordre élevé se montraient bien aises d’exprimer leurs idées dans une œuvre considérable, publiée par l’Imprimerie nationale au nom de la France, un grand nombre de rapporteurs reculaient devant la difficulté et la responsabilité d’une tâche purement gratuite, qui devait les enlever pour assez longtemps à leur travail. On se hâta de convoquer une réunion de rapporteurs, qui eut lieu le 9 décembre au ministère de l’agriculture et du commerce. Le ministre y assista avec le rapporteur général et M. Dietz-Monnin, directeur de la section française. Ou sait qu’il y a 90 classes; le nombre des rapporteurs présents s’élevait à environ 5o. MM. Limousin, classe 53, Charles
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- Lautb, classe /17, Emile Chasles, classe 7, Haro, classe 10, Heuzé, classe 69, Martinet, classe 9, Didron, classe 19’ Hirsch, classe 5à, prirent part à la discussion.
- M. Limousin lit remarquer que sa classe (matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tannerie) conque' nait douze spécialités diflérentes; il demanda s’il pourrait librement choisir des collaborateurs et publier leur travail avec leur nom. M. Charles Lautb s’associa à sa demande-M. Emile Chasles insista sur la nécessité de donner toute liberté aux rapporteurs; il était désormais impossible réunir les jurys pour leur communiquer les rapports; plupart des classes avaient arrêté la série des récompenses sans prendre aucune décision en commun sur le caractère et les besoins de l'industrie; s’il est parfaitement exact que la même forme 11e peut s'appliquer aux rapports des diHe" renies classes, il est également certain que le conflit deS opinions peut s’élever dans la même classe entre les diveis jurés quant aux conséquences pratiques et théoriques a t*rel
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- de l’Exposition; dans la classe 7 notamment, où il s’agit des méthodes de l’enseignement secondaire, il y a presque autant d’opinions que de jurés; la classe entière ne saurait donc être responsable des opinions du rapporteur.
- Il fut répondu à ces diverses observations que les rapporteurs avaient été honorés du choix de leurs collègues, ce qui était une garantie d’impartialité et de capacité; qu’ils ne pouvaient plus désormais, eu l’absence de la classe, exposer-que leur jugement personnel sur l’Exposition; que c’était ce jugement personnel qu’on leur demandait; qu’ils l’exprimeraient avec l’indépendance la plus complète sous leur seule et exclusive responsabilité, sans qu’on puisse imputer leurs opinions sur les personnes ou sur les choses soit à leurs collègues, soit au rapporteur général qui jouirait pour lui-même de la même liberté, soit à l’Administration; que quant; aux collaborateurs, chaque rapporteur serait maître de les choisir, d’attacher leur nom au rapport °u à la portion de rapport dont ils seraient les auteurs, à la condition toutefois d’en répondre devant l'Administration centrale comme il répond de son œuvre propre, (tuant aux dimensions et au cadre des rapports, en dehors de quelques 1(lées exposées par le rapporteur général à titre de renseignements et de conseils, tout a été laissé à la libre appréciation de chaque écrivain.
- Il est donc bien entendu que les signataires des rapports ’im vont suivre et du rapport général sont seuls responsables des opinions qu’ils émettent. Le rapporteur général Notamment s’est tenu, pendant deux ans, à la disposition de ses collègues, et a donné ses conseils quand ils lui ont clé demandés, mais seulement quand ils lui ont été demandés et toujours à titre otlicieux. L'Exposition dans tous
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- ses détails, les conférences, les congrès, les publications qui en sont la suite, et les rapports du jury international, tout est libre, tout est indépendant, tout est personnel; l’Administration n’a voulu être, en toutes choses, qu’un auxiliaire bienveillant et magnifique. Il n’est que juste d’en remercier ici le ministre et le commissaire général au nom des exposants, des conférenciers, des membres des divers congrès, du jury international, et des rapporteurs du jury international.
- 11 doit être entendu également que les rapporteurs ont eu à lutter contre des difficultés toutes spéciales dont il faut leur tenir compte. Ils ont tous fait, devant le jury de leur classe, un premier rapport qui a dû être rédigé très rapidement, puisque, dans un très grand nombre de classes, la visite des produits exposés n’était pas encore terminée quand l’Administration insistait déjà pour avoir dans les mains 1rs listes des récompensés. Tantôt à cause du nombre et de la diversité des produits, tantôt à cause de la nécessité de multiplier les expériences, quelquefois aussi en raison des dilln cul tés soulevées entre des maisons rivales, les opérations du jury se trouvaient attardées malgré le zèle le plus opiniâtre. Le seul genre de rapport qu’on pût préparer pendant ces opérations qui ne laissaient à personne un jour de relâche était une liste motivée des récompenses.
- Un rapport de cette sorte diffère essentiellement de ceux que nous publions. Beaucoup d’excellents esprits pensent que les premiers rapports et les récompenses qui en sont la suite devraient être supprimés, parce que, si on peut en garantir l'impartialité, on* ne peut jamais en garantie *tl justice. Suivant eux, le véritable service à rendre à Iin' dustrie, c’est d'abord de lui donner de vastes espaces, des
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- bâtiments splendides, tous les millions nécessaires pour ses installations et son outillage, des débouchés immenses, une publicité sans limite, et ensuite de lui procurer les conseils et les directions des hommes les plus compétents dans la science et l’industrie. Cela vaut mieux que de donner des prix aux artistes, aux savants, aux industriels, comme on en donne aux enfants dans les classes pour entretenir l’émulation. C’est une opinion qu’il faudra discuter à fond avant la prochaine exposition. Elle a été soutenue en 1855 avec beaucoup de force par le prince Jérôme Napoléon dans son rapport d’ensemble. Un grand nombre d’artistes, et parmi eux beaucoup de ceux qui ont été comblés de récompenses, voudraient la voir appliquer aux expositions annuelles des beaux-arts.
- «Je propose, pour les expositions futures, la suppression du jury international des récompenses, dit le prince Jérôme Napoléon, ou du moins des modifications profondes dans le rôle que ce jury est appelé à remplir, u
- Le véritable promoteur des progrès industriels, le meil-leurjuge, c’est le consommateur. La clientèle est la récompense de tout progrès accompli. On dit que la popularité De suit pas toujours le mérite. Cela est vrai; et cela tient Presque toujours au défaut de publicité. Le grand service due rendent les expositions, c’est précisément de donner (le la publicité à tous les produits et de rendre les comparaisons faciles. Aller plus loin et prétendre dicter son choix au consommateur, c’est entreprendre une tâche dont le Premier défaut est d’èlre inutile, et le second d’ètre im-P°ssiblc. Tout manque au jury : le temps, les moyens ^examen, les termes de comparaison. On choisit les jurés
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- dans les premiers rangs de la science et de l’industrie; on leur demande de sacrifier deux mois, trois mois de leur temps pour une besogne fatigante, ingrate; de se livrer à des discussions quelquefois très aigres avec les intéressés ou avec leurs collègues ; d’assumer une lourde responsabilité; de s’exposer à des rancunes. Ce travail, qu’il faut faire en commun, est souvent interrompu par les exigences de la science ou des affaires; il ne reste plus à la fin des opérations qu’un nombre de juges insuffisant. Parmi les exposants, il y en a dont le mérite s’impose, d’autres dont l’insuffisance saute aux yeux; pour les uns et pour les autres, ce verdict du jury ne signifie rien: il ne fait que consacre!1 celui du public. Toute l’importance des prix est pour les intermédiaires, dont le mérite n’est pas éclatant, dont l'insuffisance n’est pas manifeste. On hésite pour ceux-là, dans le jury comme dans le public. 4-t-on le temps et les moyens de multiplier assez les essais ou les expériences pour porter un jugement infaillible? Les influences, les intrigues, ne sont-elles pour rien dans l’appréciation définitive? On a beau être impartial, on a des passions, quelquefois 1res vives et très légitimes, ne fut-ce que l'amour-propre national. Le prix que l’on donne dans ces conditions devient aussitôt, dans les mains de celui qui l’obtient, un instrument de monopole. Il vaut mieux n’en pas donner. Telles sont, en résumé, les raisons du rapport de 18550).
- H n’y a au contraire, il ne peut y avoir qu’une seule voix pour constater l'utilité des rapports adressés au Gouvernement et au public sur les mouvements, les progrès, leS besoins des arts et de l’industrie; sur la comparaison des
- (,) I*. 1A8 et sui\,
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- diverses industries et des divers peuples. Tout le monde peut gagner à ces études indépendantes, et personne ne peut y perdre. Le jury n’est plus à proprement parler un jury : il devient une académie. Les rapports d’ailleurs sont soumis, comme le reste de l’Exposition, au jugement du public. La publicité remplace l’autorité, ou, ce qui' revient au même, l’autorité de la science remplace l’autorité des gouvernements. Est-ce le rôle d’un gouvernement de nous dire : Rossini est supérieur à Meyerbeer? Eugène Delacroix est supérieur à Ingres? les draps fabriqués en Angleterre sont supérieurs à ceux d’Elbeuf? Non, les gouvernements n’ont rien à voir dans tout cela ; mais de grands artistes ou de grands industriels peuvent nous faire découvrir des mérites qui, sans eux, nous échapperaient, cor-riger notre goût s’il s’égare, indiquer des buts nouveaux à poursuivre, des méthodes plus puissantes ou plus sures^Des rapports bien faits ne sont pas seulement un des éléments importants d’une exposition : ils en sont l’élément le plus
- important.^
- Nous avons le regret de dire que plusieurs rapporteurs, oiêtne français, n’ont pas répondu à l’appel qui leur a été lait. Quelques-uns, en très petit nombre (6 rapporteurs), mit déclaré qu’ils ne feraient rien. D’autres promettent, depuis deux ans, des rapports qui ne viennent pas. Au moment de mettre sous presse, nous n’avons pas Go rapports entre les mains.
- Quelques-uns de ces rapports portent la trace d’un tra-vail hâtif. Plusieurs rapporteurs expliquent eux-mêmes que lour travail aurait été plus complet s’ils avaient été prévenus à temps ; qu’ils n’ont pu ni revoir les objets exposés pour se faire une idée d’ensemble, ni consulter leurs collègues
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- sur des cas douteux ou des questions générales, ni même retrouver des notes communiquées au jury du groupe, aux rapporteurs de classes similaires W. Parmi les rapporteurs étrangers, plusieurs avaient été chargés, depuis leur retour, d’écrire des rapports spéciaux pour leurs gouvernements respectifs; ces rapports étaient déjà publiés, et le rapport qu’ils ont dû faire pour nous est le troisième qu’on leur ait demandé. Telle est, pour citer un exemple, la situation de M. Ilabets, ingénieur des mines à Liège, rapporteur-de la classe 5o (matériel et procédés de l'exploitation des mines et de la métallurgie). Outre le rapport luit à sa classe et qui concernait surtout les exposants, M. Habets en avait fait un à son gouvernement sur les intérêts et la situation de la classe 5 à en Belgique, quand on lui a demandé de traiter le même sujet à un point de vue plus général pour le jury international. M. Habets a fait ainsi deux rapports étendus, qui du reste lui font l’un et l’autre le plus grand honneur.
- Plusieurs mémoires parmi ceux que nous avons reçus ont une grande valeur scientifique et suffiront-pour donner du prix à notre collection. Nous en citerons ici quelques-uns, parce qu’ils sont tout à fait hors ligne : le rapport de M. Durand-Claye, sur le matériel et les procédés des explu*' talions rurales et forestières (classe 51); celui de M. Jacq* min, sur le matériel des chemins de fer (classe G/i); celui de \L Heuzé,sur les céréales, les produits farineux et leurs dérivés (classe dp); celui de M. Vaillant, sur les poissons» crustacés et mollusques (classe 8à); celui de M. Pissot, sur
- (l) Voir notamment le rapport de M. Sriber, sur les objets de voyage et de campement (classe h i); celui de M. Lévy (classe Gi), machines, instrument et procédés usités dans divers travaux.
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- les graines et piailles d’essences forestières (classe 89); celui de M. Martinet, sur l’imprimerie et la librairie (classe 9); celui de M.Cornu, sur les instruments de précision (classe 15); celui de M. Grandidier, sur les cartes et appareils de géographie et de cosmographie (classe 16); celui de M. Vilmorin, sur les produits agricoles non alimentaires (classe 46), etc. etc. Le rapporteur de la classe 3o (fils et tissus de coton) n’ayant pas pu faire son rapport, le président, M. Carcenac, a bien voulu le remplacer. Les rapporteurs des classes qui renfermaient plusieurs spécialités ont trouvé des auxiliaires d’une grande compétence, parmi lesquels nous citerons: M. Julien Hayem pour la chemiserie, M. Tronquois pour rameublement. Ce concours de zèle et de talent nous donne lieu d’espérer que les rapports du jury international 11e paraîtront, pas indignes de l’Exposition de 1878.
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- Le public ne se rend pas compte des difficultés que rencontrent les organisateurs d’une exposition. C’est son affaire 4 lui de voir le résultat et d’applaudir ou de sifller; il s’in-ffuiète fort peu de ce qui se passe sur la scène avant le lever du rideau. L’usage est consacré, chez nous du moins, davoir une Commission supérieure, un jury d'admission, 1111 jury d’installation et un jury de jugement; à coté de tout cela, au-dessus, se place le commissaire général, assisté de ses directeurs et de ses employés de toutes sorles. Toutes les lonctions de membres de la Commission supérieure ou de jurés sont gratuites; elles n’en sont pas moins recherchées, comme tout ce qui confère une distinction. E11 1878, la
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- Commission supérieure a été refaite plusieurs lois, parce que la politique ayant passé par des alternatives assez violentes, chaque parti, en arrivant au pouvoir, a voulu mettre ses coryphées dans la Commission. 11 semblerait plus naturel d’y faire représenter la science, les arts et l’industrie; mais la politique se retrouve partout, a le pas sur lout. La Commission supérieure est censée faire le règlement général et vider les difficultés quand il s’en présente. Le règlement général a été fait et refait tant de fois qu’il est à présent à peu près raisonnable quant au fond; et, s’il reste des améliorations à y faire, un homme tel que M. Krantz, par exemple, les ferait beaucoup mieux qu’une assemblée hétérogène où les députés et les sénateurs dominent. Le jury d’admission, dont la besogne est assez dure, assez désagréable, puisque les admis ne lui savent aucun gré et que les repoussés ne lui pardonnent jamais, est choisi un peu légèrement; c’est pourtant une juridiction du premier degré dont les jugements sont sans appel. Ingrate aussi et importante est la tâche du jury d’installation. Il faut concilier les exigences de l’Administration, de l’architecte, quelquefois de la police, des maisons rivales, des différents pays; tenir compte des besoins et des plaisirs du public, et préparer, dans un bon ordre, les pièces de conviction pour le jury de jugement. Chaque nation a ses commissaires généraux, doublés quelquefois des ambassadeurs; et il peut arriver qu’un emplacement un peu plus grand, un peu mieux éclairé, donné à celui-ci de préférence à celui-là? donne lieu à des incidents diplomatiques. Quant au jury de jugement, celui-là ne peut pas, ne doit pas être influence. Chaque classe nomme son président, son secrétaire, son rapporteur, un vice-président, si elle le juge nécessaire; eu
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- contraire, les bureaux de groupe, qui forment l’autorité supérieure, sont nommés directement par le ministre; cela semble un peu autoritaire. Non seulement le bureau de groupe, assisté de la classe compétente, peut réformer les décisions du jury, mais les présidents et les vice-présidents forment une espèce de cour supérieure qui juge tous les différends en dernier ressort, de sorte que les présidents nommés sont supérieurs de toute façon aux présidents élus; le contraire serait plus équitable. Une des opérations les plus difficiles et les plus importantes, c’est la classification; c’est aussi l’opération la plus philosophique. Une bonne classification est la première condition de succès pour une exposition. On en viendrait à bout s’il ne s’agissait que de principes; mais il faut tenir compte des indications du public, de la situation des terrains, de la forme des bâti-
- ments, de la spécialité des jurés. 11 faut faire une place à part aux objets encombrants, réunir dans une même galerie les machines actionnées par le même moteur. Certains objets sont réclamés à la fois par plusieurs classes; d'autres, qui gagneraient à être réunis, sont nécessairement séparés. Il est probable que, pour la classification comme pour le reste, on en viendra à avoir un type fourni par l’expérience et qui sera en quelque sorte accepté et immuable.JCepen-dant, en comparant seulement nos trois dernières expositions, 1 855, 1867 et 1878, on constate encore de notables différences^
- Un 1 855 , on avait formé une première division des produits de l’industrie; une seconde division comprenait les beaux-arts. L’agriculture était considérée comme faisant partie de l’industrie. Il y avait, dans la première division, ,ri groupes formant 27 classes. La seconde division coin-
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- prenait 3 classes, savoir : classe 28, peinture, gravure et lithographie; classe 29, sculpture et gravure en médailles; classe 3o, architecture.
- Voici les 5 groupes dont se composait la première division (industrie); il serait inutile d’entrer dans le détail des classes, d’autant plus que chaque classe se divisait elle-même en sections; la classe 25, par exemple (confection des articles de vêtement), comptait jusqu’à 12 sections différentes (boutons, corsets, chaussures, chapeaux, ouvrages en cheveux, écrans, tabatières et pipes, etc.).
- Groupe I : Industries ayant pour objet principal l’extraction ou la production des matières brutes. Groupe II : Industries ayant spécialement pour objet l'emploi des forces mécaniques. Groupe III : Industries spécialement fondées sur l’emploi des agents physiques et chimiques ou se rattachant aux sciences et à l’enseignement. Groupe IV : Industries se rattachant spécialement aux professions savantes. Groupe V : Manufactures de produits minéraux. Groupe VI : Manufactures de tissus. Groupe VII : Ameublement et décoration, modes, dessin industriel, imprimerie, musique.
- 11 suffit de lire celte énumération pour comprendre qu’aucune idée générale et philosophique n’avait présidé à la classification; mais 011 en a la démonstration bien pI,lS évidente en parcourant la nomenclature des classes et des nombreuses sections dans lesquelles chaque classe est divisée. Ainsi, le groupe I, qui contient d’après son titre les industries ayant pour objet l’extraction ou la production des matières brutes, compte une section de monnaies et médaillés, une section de la chasse, une section intitulée • Destruction des animaux nuisibles. Le groupe II (industries ayant spécialement pour objet l’emploi des forces mécano
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- ques) renferme les machines et appareils destinés à la fabrication des produits chimiques, les presses pour l’impression typographique, tous les instruments des métiers à peigner, à carder, à tisser, quoique les produits chimiques, les corps gras, résines, savons, etc., rimprimerie, la filature et le tissage fassent partie d’autres groupes. L’enseignement ne fait pas partie du groupe IV, consacré aux industries se rattachant spécialement aux professions savantes; il a été placé dans le groupe III avec les industries spécialement fondées sur l’emploi des agents physiques et chimiques. Le bureau du groupe a quelquefois à juger, comme je le disais tout à l’heure, des questions très délicates; il doit donc être composé d’hommes compétents, et c’est une raison de plus pour rapprocher dans un même groupe des matières analogues. Voici un groupe qui renferme l’horlogerie, tout ce qui concerne les combustibles : combustibles minéraux, végétaux et animaux, briquets, allumettes; le chauffage et la ventilation, l’éclairage par les solides, les liquides ou les gaz, les produits chimiques, les corps gras, les articles de parfumerie, le caoutchouc, les cuirs et peaux; cest au milieu de tout cela qu’on rencontre tout à coup
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- 1 enseignement. Il est vrai, et c’est là une triste excuse, que Jes organisateurs n’ont pensé ni à l’éducation moyenne, ni a 1 éducation supérieure, ni, d’autre part, à l’éducation du premier âge; l’enseignement n’est pour eux que l’enseignement primaire, et ils n’en admettent que le matériel : plans ^ensemble et détails d’établisseinents d’instruction; men-hoiis spéciales des dispositions ayant pour objet de pour-v°lr mix convenances de salubrité, de propreté, etc.; ou-^ges et matériel pour l’enseignement de la lecture, de écriture, du calcul, de la géographie, etc. ; ouvrages el
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- matériel pour renseignement du dessin, de la musique, etc. ; ouvrages et matériel pour l’enseignement technologique et spécialement pour les travaux de couture et de tricot, pour l’initiation aux travaux agricoles, etc. ; matériels spéciaux pour l’enseignement des aveugles, des sourds-muets, etc. Voilà tout; voilà la part faite à l’enseignement dans cet immense programme du travail humain, à moins qu’on ne veuille compter aussi la section des cartes de géographie et celle des instruments de physique : 3 sections sur 2 5o! C’est une lacune déplorable. Pour la comprendre, d faut se rappeler ce mot (YExposition de l’industrie, qui portait à penser que tout ce qui n’était pas objet de trafic et produit d’un art industriel devait être exclu de l’Exposition. Les artistes eux-mêmes cédaient à ce préjugé et refusaient dans le principe de donner leurs ouvrages. On ne saurait dire si c’est l’industrie qui dédaignait de faire une place à la philosophie et aux beaux-arts dans ses programmes, ou si c’est la philosophie qui ne consentait; pas à figurer avec les autres produits du travail universel. Tout est grand dans les applications de la pensée et de la force humaine. Ce qui est puissant dans le spectacle des expositions universelles, c’est précisément cette réunion dans un même lieu et dans une classification générale de tant d’objets si différents et si disproportionnés. On y peut admirer, étudier une chaussure; en examiner le cuir, les procédés de tannage, de cambrure, de couture, et visiter ensuite les appareils les plus délicats de la physique et de la chimie; parcourir les cahiers des élèves de huit ans, de cinq ans, et passer de là aux découvertes de M. Janssen sur le soleil* Mais oublier entre toutes les sciences la science de l’homnie* et, entre tous les efforts du génie humain, ceux qui uid
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- pour objet de tonner et de développer le génie humain, cela est au moins étrange au xixe siècle et dans le pays de Descartes.
- En continuant de parcourir le programme ou la classification de 1855, on trouve encore, disséminées dans les différents groupes, des parties de l’enseignement. Ainsi, la médecine et la chirurgie sont dans le groupe IV, l’écriture et le dessin dans le groupe VII. La médecine et la chirurgie se trouvent dans le groupe IV avec la marine, les constructions navales, l’équipement des troupes, les armes et projectiles, les outils, instruments et appareils employés pâlies tailleurs de pierre, etc.; l’écriture et le dessin sont confondus, dans le groupe VII, avec les objets d’ameublement, les vêtements des deux sexes, les tabatières, la bimbeloterie, les poupées, etc., les instruments à vent et à cordes.
- La classification adoptée en 1867 était beaucoup plus simple et beaucoup plus rationnelle. Elle consistait primitivement en sept groupes : l’habitation, le vêtement, les aliments, les produits (bruts et ouvrés) des industries extractives, les instruments et procédés des arts usuels, le matériel et les applications des arts libéraux, et enfin les œuvres d’art. D’abord tout ce qui est nécessaire à la vie, la maison, 1 habit, la nourriture, puis ce qui la rend plus agréable par 1 application des divers procédés industriels, et enfin l’art, fiai l’anoblit et la couronne. On ajouta ensuite aux sept groupes primitifs deux nouveaux groupes qui ne pouvaient Ore abrités dans le Palais, à savoir: les produits agricoles vivants, et des spécimens d’établissements de l’horticulture et de 1’ agriculture. Il fallait, de toute nécessité, mettre ces deux groupes hors du Palais: on eut l’idée, pour leur donner pins d’espace, de les mettre à Billancourt, hors de Paris.
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- Cette combinaison était regrettable. On ne pensait qu’au public spécial : il y a le public spécial et le public général, et réunir ces deux publics est un des effets les plus précieux des expositions universelles. Le public général se compose en grande partie de badauds, comme tous les publics; mais il l’enferme aussi les philosophes et les artistes , qui ne vont pas à Billancourt.
- Enfin, on compléta l’installation de 1867 par un dixième groupe, renfermant les produits de l’économie domestique, objets spécialement exposés en vue d’améliorer la condition physique et morale de la population ; et par l’exposition des œuvres qui caractérisent les grandes époques de l’histoire du travail depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du xviif siècle.
- À cet ensemble déjà si complet, on voulut ajouter un coté moral en créant un nouvel ordre de récompenses en laveur des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, auraient développe la bonne harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux, et assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel. C’était un emprunt fait à la Société de l’encouragement an bien, une sorte de prix Montyon renforcé, car la munificence de l’Académie donne des médailles de 5oo francs, de 1,000 francs et de 3,000 francs dans ses plus beaux jours, tandis que l’empereur permettait au jury d’aller, s’il le fallait, si l’occasion s’en trouvait, jusqu’à un prix de 100,000 francs.
- 11 y avait bien dans tout cela la place de la critique. Ce nouvel ordre de récompenses s’appliquait à des services dont on 11e pouvait exposer les résultats dans une galerie pool les faire juger par le public; les instruments et procédés des
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- arts usuels ne sont pas toujours faciles à distinguer des produits ouvrés des industries extractives; les ustensiles de l’économie domestique avaient leur place naturelle dans les trois groupes de l’habitation, de l’alinientation et du vêtement. On ne s’attendait pas à trouver dans le groupe qui portait pour titre: Matériel et application des arts libéraux, les écoles de tous les degrés, depuis la salle d’asile jusqu’aux facultés de droit et de médecine, et aux écoles d’arts et métiers. Cependant il faut convenir qu’on sentait dans l’organisation de 1867 un esprit élevé et philosophique, un sens pratique très exercé, une grande habileté à grouper les objets pour les études des savants, et pour l’agrément des h'ivoles. Le succès fut complet et éclatant, et la Commission de 1878 avait fort à faire pour l’égaler.
- Elle écarta l’histoire du travail, parce qu’une pareille tentative ne se renouvelle pas à bref délai, surtout quand «lie a réussi la première fois. Mais elle nous a donné eu échange une très belle exposition d’objets d’art qui a fait la j°ie des antiquaires et le bonheur de tous ceux qui aiment
- u contempler les belles choses.
- On pourrait peut-être dire que ce 11’est, entre 18G7 et 1878 , qu’une différence d’appellation. Ce titre d’Histoiredu travail était trop grand et trop beau, on n’avait pu réalise!’ tas espérances qu’il faisait concevoir. Le temps avait manqué, d une part ; et de l’autre, ou avait un peu cédé à la recherche, du beau. Il y avait plus de vieux bijoux que de vieilles char-•‘ttes. Ou aura quelque jour un musée spécial de 1 histoire du travail, et nous en avons déjà le splendide commencement au Conservatoire des arts et métiers. Tout ce quon P«ut faire eu un ou deux ans, c’est, d’assembler beaucoup de merveilles, et de les classer méthodiquement; c’est ce qu’on
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- avait fait en 1867 sous le nom d’Histoire du travail, et ce qu’on a refait en 1878, sous une dénomination moins prétentieuse et plus précise, dans les galeries rétrospectives.
- La Commission de 1878 a également écarté le nouvel ordre de récompenses, comme ne rentrant pas dans le cadre scientifique des expositions. Cela n’a pas empêché les divers jurys de tenir grand compte des efforts tentés par beaucoup de maisons importantes, soit pour améliorer le sort de leurs ouvriers, soit pour leur assurer une part dans les bénéfices, soit enfin pour procurer à leurs enfants les avantages d’une bonne éducation et d’un apprentissage bien organisé. Enfin, les produits de l’économie domestique, au lieu de formel’ une exposition distincte, ont pris place dans les groupes du vêtement, de l’habitation et de 1’alimentation, où les intéressés n’avaient aucune peine à les découvrir.
- A part ces retranchements, la classification de 1878 reproduit assez fidèlement celle de 1867. Le ier groupe est celui des œuvres d’art; le 2e comprend, comme en 1867’ le matériel et les procédés des arts libéraux; mais au moins, cette lois, on a mis avant ce titre, celui-ci: Education et enseignement. L’éducation paraît ainsi sous son nom, et à sa place, et non comme un simple procédé des arts libéraux. Ce changement d’appellation était d’autant plus nécessaire que c’est l’éducation qui donne au 2e groupe son importance et sa signification.
- Le 2e groupe comprend, en tout, 10 classes, de la classe 6 à la classe 16. Les trois premières classes sont relatives aux trois 'ordres d’enseignement. Classe 6 : Education de l’enfant, enseignement primaire, enseignement des adultes. L’enseignement des adultes est rapproché de l’enseignement primaire, parce qu’il s’agit des adultes
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- non lettrés auxquels on donne dans des cours publics l’enseignement élémentaire qui leur a fait défaut dans leur enfance. Classe 7 : Organisation et matériel de l’enseignement secondaire. Classe 8 : Organisation, méthodes et matériel de l’enseignement supérieur. C’est sans doute par oubli que le mot de cr méthodes v ne figure pas dans le titre de la 6e classe ; le choix des méthodes n’est nulle part plus important que dans l’enseignement secondaire; il y est décisif, et c’est sur ce point surtout que se portent en ce moment les préoccupations des savants et des lettrés. Les autres classes du groupe se rattachaient par des liens étroits à ces trois classes principales. Classe 9 : Imprimerie, librairie. Le livre est l’appendice nécessaire de l’école. H y entre comme instrument de travail ; il lui survit comme moyen de développement et de perfectionnement. Sous 1 ancien régime, les libraires dépendaient de l’Université de Paris, étaient soumis à l’autorité du recteur. C’est le même ordre de capacité qui met un homme à même de juger les méthodes d’enseignement et les qualités d’un dvre, car il n’est ni permis ni possible d’être un lettré °u un savant sans être aussi, à quelque degré, bibliophile. H faut en dire autant de la papeterie, de la reliure, du matériel des arts de la peinture et du dessin, de l’application usuelle des arts du dessin et de la plastique, objets multiples, mais analogues entre eux, auxquels étaient uttribuées les classes 10 et 11. La classe 16 (cartes et appareils de géographie et de cosmographie) faisait partie du groupe de l’enseignement au même titre que la librairie. La classe i3 (instruments de musique) n’y était Pas déplacée ; la musique est une des plus belles formes du développement intellectuel de l'homme,j’oserais presque
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- dire de son développement moral, pourvu quelle ne soit pas lascive et efféminée. La classe 1 li (médecine, hygiène et assistance publique), avec la classe i5 (instruments de précision, comprenant les instruments de physique et tout le mobilier des laboratoires), représentait une des grandes parties de l’éducation, éducation physique, trop longtemps négligée en France, et qui tend tort heureusement à Y renaître. L’attribution de la photographie (classe 12) au 2e groupe est plus difficile à expliquer. Le public n’y voit guère qu’un procédé de fabrication industrielle. Cependant la photographie est une belle application de la physique et de la chimie; elle est une précieuse ressource pour les arts, pour la science, pour l’histoire. Elle a réalisé, dans ces dernières années, grâce surtout à M. Poitevin, de sérieux progrès, dont la France en particulier a lieu de s’enorgueillir, et il n’est pas téméraire d’affirmer que la science n’a pas encore dit son dernier mot sur cette belle et féconde découverte. Toute la partie de l’Exposition de 18y8 afférente à l’enseignement, sans être aussi complété que la section correspondante de l’Exposition de Philadelphie, attestait cependant que l’enseignement et 1 éducation ont pris leur véritable place dans les expositions universelles, et n’en pourront plus déchoir.
- Le 3e groupe comprenait le mobilier et ses accessoires; le he groupe, les tissus, vêtements et accessoires; Ie 5e groupe, les industries extractives, produits bruts et ouvrés. Par produits ouvrés, il ne faut pas entendre ici les objets manufacturés et prêts pour l’usage, mais les p1'0" du ils naturels, transformés en produits artificiels propres a servir à leur tour de matière première; par exemple, le f°l transformé eu acier. Le (F groupe comprenait l’outillage et
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- les procédés des industries mécaniques. Tout cela s’écarte peu de la classification de 1867.
- Le 7e groupe a pour objets les produits alimentaires; il comprend 7 classes, de la classe 69 à la classe 75. Classe 69, céréales, produits farineux avec leurs dérivés; classe 70, produits de la boulangerie et de la pâtisserie; classe 71, corps gras alimentaires, laitages et œuls; classes 72 et 78 l'éunies, viandes et poissons, légumes et fruits; classe 7/1, condiments et stimulants; sucres et produits de la confiserie; classe 75, boissons fermentées. Le 8e groupe était réservé à l’agriculture et le 9e à l’borticulture.
- Un des plus graves reproches que l’on pourrait faire à cette classification, c’est de ne pas faire suffisamment. ressortir l’importance de la chimie qui est, avec la mécanique, la reine de l’industrie moderne. Elle paraît à peine sous son nom dans une ou deux classes, et il laut ensuite la chercher,* dans des classes et dans des groupes très éloignés. 11 est vrai qu’en cherchant bien on la trouverait presque parfont. La classe A7, dans le 5e groupe, est afférente aux produits chimiques; le matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tannerie, forme la classe 53 et apparient au 6e groupe. On trouve, dans le 3e groupe, le chantage et l’éclairage (classe 27), la parfumerie (classe 28); dans le 5‘‘, la métallurgie (classe A5), la teinture, les apprèts, les impressions (classe A8); dans le f)c, les usines agi’icoles, les sucres, les boissons lermenfées, etc.
- Me semble-t-il pas aussi que l’industrie loresliere, qui b‘)id à se relever, qui doit, se relever pour tant de molils S('cieux, pour modifier le climat, pour remédier aux inondations, pour lournir du bois à la marine, aux charpentes, aax chemins de fer, à l’ébénislerie, au chaulfage indus-
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- triel, aux usages domestiques; ne sernble-t-il pas, dis-je, que l’industrie forestière aurait eu autant de droits que l’horticulture à former un groupe séparé, au lieu d’être placée assez étrangement parmi les industries extractives?
- Tels qu’ils sont, les 9 groupes de la classification de 1878 forment un ensemble satisfaisant, surtout si l’on tient compte des difficultés extrinsèques, qui sont presque innombrables. J’avoue, et j’ai moi-même montré, qu’il y a souvent quelque chose d’arbitraire et de forcé dans la distribution, ou même dans la constitution des classes. Ainsi la fabrication des bouteilles se trouve confondue, dans la classe 19, avec-la peinture sur verre, au grand scandale du savant rapporteur, M. Didron. C’est comme si on mettait la fabrication de la toile dans la même classe qne la peinture. La photographie et l’assistance publique sont rangées dans le groupe de l’enseignement. L’assistance pu-ldique? O11 aimerait mieux y voir l’économie domestique, mais l’économie domestique 11’est nulle part, pas plus qne l’économie politique. Ce sont des sciences, dit-on, et Imposition de l’industrie n’est pas une exposition scientifique-Sans doute, mais ce son! des sciences essentiellement usuelles
- et faciles à représenter par leurs livres et leurs instruments, connue la pédagogie. Quant à la photographie, il fallajt la mettre avec les sciences ou avec les arts. Laissons-!*1
- donc avec les sciences, qui lui ont fait un bon et légitime accueil, tandis que les graveurs l’auraient expulsée à coups de iourche. Et pourquoi cependant? Les graveurs sont des traducteurs et des commentateurs; la gravure; est un art s’il en fut, qui n’a rien à redouter de la photographie, si ce n’est peut-être au point de vue des interets
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- matériels. On se demande pourquoi la coutellerie, l’horlogerie, la parfumerie, font partie du 3e groupe, le groupe de l’habitation. Les armes, les objets de voyage, la bimbeloterie, sont dans le groupe de l’habillement. Les armes dans le groupe de l’habillement, n’est-ce pas là un anachronisme? 11 n’y a plus que le Monténégro qui pourrait adopter un tel classement. On a mis dans les industries extractives, d’abord, comme nous venons de le voir, l’industrie forestière, pourquoi cela? puis la chasse, la pêche, les produits agricoles non alimentaires, les produits chimiques et pharmaceutiques, les cuirs et peaux. Les produits agricoles non alimentaires ne font-ils pas partie de l’agriculture? Cette distinction même des produits agricoles en alimentaires et non alimentaires manque de précision. La betterave, le colza, la garance, sont des produits alimentaires : la betterave pour l’homme, le colza et la garance pour les animaux. A qui fera-t-on comprendre que l’art de semer et de récolter le lin et le chanvre ne fait pas partie de l’agriculture? ou que la magnanerie ne fait pas partie de l’agriculture? Mais, pour la magnanerie précisément, le désarroi était complet. Les uns avaient exposé leurs cocons dans la classe 36 (soies et tissus de soie), les autres dans la classe 6() (produits agricoles non alimentaires). Cette classe, des produits agricoles, faisait partie, notez-le bien, du groupe des industries extractives. D’autres enfin avaient cherché un asile, pour leurs cocons et leurs soies grèges, dans le groupe consacré officiellement à l’agriculture ; ce qui, on en conviendra, ne paraissait pas trop déraisonnable; mais là, ils n’avaient h’ouvéà leur disposition que la classe 83 (insectes utiles et '«sectes nuisibles); les vers à soie se trouvaient classés naturellement parmi les insectes utiles. 11 est résulté de cette
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- confusion que la production de la soie, une des grandes industries du pays, a été, en quelque sorte, éparpillée dans trois classes et dans trois groupes; qu’elle a pu être jugée, dans certains cas, par des ingénieurs des mines et des métallurgistes, et qu’il a été difficile de se faire une idée d’ensemble de sa situation et de ses progrès.
- Les produits de la corderie ont été attribués à trois classes différentes : à la classe 54 (machines et appareils de la mécanique générale), pour la corderie ordinaire; à la classe 5o (matériel et procédés de l’exploitation des mines et de la métallurgie), pour les câbles employés dans les mines; à la classe 67 (matériel de la navigation et du sauvetage), pour les cordages de navires. La télégraphie, les procédés de sauvetage, les arts militaires, sont dans les industries mécaniques. Les poissons, crustacés et mollusques forment une classe de l’agriculture. Par suite de ces imperfections, il est bien arrivé quelquefois que les exposants ont été en désaccord avec le comité d’installation, ou que le même produit s’est trouvé exposé dans deux et même trois classes. Exemple : l’industrie des vers à soie, envoyée d’abord à la classe 46 (produits agricoles non alimentaires), puis transportée à la classe 34 (soie et tissus de soie), passée ensuite à la classe 83 (insectes utiles et insectes nuisibles), et finalement ramenée à la classe 46 où elle est restée. Cependant les contestations n’ont été ni importantes ni nombreuses; elles ont éle aisément terminées parle jury des présidents, et l’on peut dire (pie, sous le rapport de la classification, l’Exposition de 1878 11e s’est guère écartée de celle de 18G7, et qu’elle a eu, comme elle, de la précision et de la clarté.
- Il est naturel que les rapports soient publiés dans lord'6 du catalogue, c’est-à-dire en suivant le numérotage des
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- classes. Nous serons plus libres dans le rapide coup d’œil que nous allons jeter sur ces amas de richesses accumulées par le monde entier au Champ de Mars, au Trocadéro et sur l’esplanade des Invalides. Nous n’avons pas, comme les organisateurs, à nous occuper des conditions de terrain, de la dimension des objets, de l’analogie des professions, ni des mille difficultés de détail que les commissions d’installation ont trouvées devant elles. Il ne s’agit d’ailleurs ici que d’une vue très générale, les détails devant se trouver dans les rapports particuliers. Michel Chevalier, embrassant d’un coup d’œil l’Exposition de 1867, distinguait le capital, la richesse et la force productive; le capital, c’est-à-dire la richesse qui est un élément et un instrument de travail; la richesse proprement dite, qui est simplement accumulée et ne produit plus, comme les bijoux dont une femme se pare; la force productive, qui multiplie les usages du capital et par conséquent en augmente la valeur. C’est à peu près 1 ordre que nous suivrons. Nous prendrons d’abord les matières premières du travail, telles qu’elles étaient avant le travail; les produits de la terre, céréales, plantes de lente nature, arbres et arbustes; les matières qu’elle cache dans son sein, les minéraux, les métaux, les pierres; les «animaux de la terre et des eaux, propres à la subsistance de l’homme ou capables de lui servir d’auxiliaires. Toutes ccs ressources existaient avant l’âge de pierre comme elles existent aujourd’hui; mais les unes étaient enfouies, ignores; d’autres étaient placées à l’extrémité du monde; dautres ne se livraient pas à l’homme et résistaient à tous ses efforts. C’est un spectacle admirable que de voir, au Xlx° siècle, la terre labourable fécondée et multipliant ses d°ns; les combustibles, les métaux, arrachés à leurs gise-
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- ments souterrains; les eaux disciplinées, obéissantes, mettant à notre service leur force et les facilités quelles donnent à la transportation des personnes et des objets; les magasins encombrés de produits alimentaires; les objets de vêtements multipliés à l’infini, satisfaisant par leur bas prix et leur bonne confection à tous les besoins, et par leur magnificence à tous les caprices; les maisons, solides, spacieuses, somptueuses ; les innombrables chefs-d’œuvre de l’art, tantôt assemblés dans les musées, tantôt épars dans les habitations et pénétrant même dans la demeure du pauvre. Quand on a repu ses yeux de ces transformations, il n’est rien de plus utile ni de plus satisfaisant pour la raison que d’en rechercher les causes, d’étudier les procédés de culture, d’extraction, de transformation, et après s’être rendu compte de ce qui se fait dans les ateliers, de remonter à la science, qui, d’une part, a mis en jeu tous ces engins mécaniques, et qui, de l’autre, en profitant des découvertes de la physique et de la chimie, a dompté les forces de la nature et assoupli en quelque sorte ses lois pour les faire servir à nos desseins.
- Ainsi, d’un côté la matière brute, de l’autre les résultats obtenus par l’industrie humaine; pour passer de la matière brute à la matière ainsi transformée, les forces productives; et pour produire ces forces, ou pour les découvrir et les diriger, la science.
- Et la science elle-même, qui la produit? La pensée hu' inaine. Et qui cultive, fortifie, développe la pensée humaine? L’éducation. La nature, le travail, la science, la science de l’homme : voilé le résumé de l’activité humaine, telle qu’elle se développe dans l’histoire ou qu’elle se concentre dans une exposition.
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- La nature donne les matières premières; l’industrie les découvre, les rassemble, les transforme ; la science fait l’industrie, et les écoles font les savants.
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- Le travail de classification était arrêté, quand il se produisit une demande tout à fait inattendue. Sous le patronage du conseil municipal de Paris, les chambres syndicales ouvrières s’adressèrent au commissaire général pour être autorisées à établir, dans l’intérieur du Champ de Mars, une exposition séparée, où figureraient tous les produits fabriqués directement, et sans intervention des patrons, par les ouvriers, quelle que fût d’ailleurs la nature de ces produits. Ils se proposaient spécialement d’installer cette exposition dans le pavillon de la ville de Paris.
- L’usage s’était établi parmi les ouvriers, depuis i85i, d’envoyer des délégués aux expositions. C’était un usage excellent. La Commission supérieure de 1855 ne négligea Tien pour faciliter la tâche des délégués. Elle fit organiser pour le dimanche et le lundi de chaque semaine des trains dits d exposition, avec réduction de Uo p. o/o sur le tarif, chaque hillet de chemin de fer donnant droit à l’entrée gratuite du Palais de l’industrie et du Palais des beaux-arts. Des caries d entrée furent distribuées, au prix de 90 centimes, pour les autres jours de la semaine. Le nombre des contremaîtres e!' ouvriers qui profitèrent de ces avantages ne s’éleva pas à 10,000 û).
- Il y eut aussi des délégués à l’Exposition de Londres en
- ( ) Itapporl sur l’Exposilion universelle de 1855, par le prince Jérôme Napoléon, p. 8.‘L
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- 1869; mais comme il s’agissait cette fois d’un voyage dispendieux, le nombre en fut naturellement restreint. Il y en eut en tout 760, appartenant à 7 départements : la Loire, le Nord, le Bas-Rhin, le Rhône, la Seine, la Somme et la Haute-Vienne. La délégation de Paris comptait à elle seule 5 do ouvriers, dont 3oo délégués par la commission ouvrière, i5o envoyés par leurs patrons, 90 par les associations philotechniques et polytechniques, et par diverses écoles industrielles. La commission ouvrière de Lyon avait envoyé 60 délégués, et celle d’Amiens 4o. Les 70 ouvriers qui représentaient le département du Nord avaient été désignés par le préfet.
- En 1867, on nomma une « commission d’encouragement pour les études des ouvriers a, dont le président fut M. Dc-vinck. O11 lit ce qui suit dans le rapport adressé par M. De-vinck à Napoléon 111 : tt Par un arreté ministériel eu date du 29 novembre 186G, il fut institué une commission d’encouragement qui avait pour mission de faciliter les études des ouvriers à l’Exposition universelle. Le ministre d’Etat (M. Boulier) la composa de ho membres pris parmi les économistes, les manufacturiers et les commerçants. Dans chaque profession, les ouvriers lurent invités à nommer des délégués. Leurs demandes en autorisation de se réunir lurent accueillies par le prélet de la Seine avec une extrême bienveillance. Ils étaient libres de constituer, comme ils l’entendraient, le bureau préparatoire et le bureau définitif de leurs réunions électorales; en un mot, ils ont du faire leurs alla 1res eux-mômes, sans intervention de l'Administration ni la commission d’encouragement, r» Les corporations élurent 35/i délégués. Lue somme de 4o,ooo Irancs avait été mise à la disposition de la commission d'encouragement PJ|
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- la Commission impériale. Néanmoins les délégués eurent beaucoup de peine à payer les frais de leurs publications l'b
- A l’époque de l’Exposition de Vienne (1873), les corporations ouvrières tinrent des assemblées, presque toujours avec autorisation, et nommèrent des délégués, au nombre de 100; les ouvriers fleuristes, leuillagistes et plumassiers réunis envoyèrent un délégué à leurs frais. En mars 1873, une proposition fut faite à l’Assemblée nationale par M. To-lain, et une autre, par MM. Lockroy etCantagrel, au conseil municipal pour obtenir une subvention. L’Assemblée nationale refusa. Le conseil municipal n’étant réuni qu’en assemblée extrordinaire, le préfet, au nom de la loi, s’opposa à la délibération. Une souscription ouverte dans les journaux républicains dépassa le cbilfre de 70,000 francs. La délégation, à son retour, publia un rapport d’ensemble^. 11 parut aussi un certain nombre de rapports particuliers.
- L’Assemblée nationale, avait refusé de voter une subvention pour les délégués ouvriers à l’Exposition de Vienne; la Chambre des députés vota une somme de 100,000 francs pour les délégués à l’Exposition de Philadelphie, qui eut lieu, comme on sait, en 1 876. Les corporations nommèrent 38 délégués et 35 suppléants. Quand il fut question de répartir entre ces délégués les 100,000 francs votés par la Chambre, la commission ouvrière demanda que la somme «litière fut mise à sa libre disposition. Le ministre du commerce n’y ayant pas consenti, la plupart des corporations,
- Voir, dans le Moniteur universel du 3i mars 18O8, te rapport de M. Devinck, précédé d’un rapport du ministre du commerce (M. de Foreade L Hoquette).
- â) Ce rapport, qui parut d’abord dans le Rappel (numéros des 9,5 juillet, 1,r> <‘l ao août 1876), a été publié ensuite en brochure, chez Morel et C‘% l‘<ie Honaparte, i3.
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- sinon toutes, refusèrent la subvention officielle. Il y eut donc, à l’Exposition de Philadelphie, une exposition ouvrière officielle et une libre. Les élections eurent lieu avec autorisation, et en assemblée générale, avec la plus entière liberté. Les rapports furent imprimés par l’Imprimerie nationale. On a ainsi les rapports de M. Louis Petit sur la boulangerie, de M. E. Arnaud sur la céramique, de M. Alfred Despoisse sur la filature du coton, de M. Norbert Lemarié sur l’industrie sucrière, de M. Nardy sur la culture de la vigne aux Etats-Unis. Les dissidents, ceux qui refusaient la subvention, nommèrent de leur côté 3o délégués. On eut recours, pour couvrir leurs frais, à des souscriptions publiques et à des conférences. MM. Victor Hugo et Louis Blanc firent, le t G avril 1876, dans la salle du théâtre du Château-d’Eau, une conférence où assistaient 3,500 personnes. O11 ne réunit en tout que 53,899 francs, en y comprenant une somme de 30,000 francs votée par le conseil municipal.
- Il 11’échappera à personne qu’il y a une grande différence entre les délégations ouvrières et les expositions ouvrières. Les délégations sont une question d’étude. O11 doit faciliter aux ouvriers en toute matière les moyens d’étudier, et tout particulièrement dans les expositions. On fait très bien de leur donner des facilités et des subventions, et, s’ils préfèrent s’en passer, de 11e mettre aucun obstacle aux souscriptions et aux conférences qu’ils organisent pour les remplacer. De même, si une réunion d’ouvriers, de quelque façon qu’ellesod constituée, demande à exposer dans une classe quelconque, il 11’y a pas de raison au monde pour qu’on le lui refuse, et personne n’y songera jamais et n’y a jamais songé. Aucune commission ne recherche si un exposant est ouvrier ou patron, s’il est seul ou s’il travaille avec des associés. U 11 es^
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- pas nécessaire de rappeler que l’égalité est la règle et le principe de toute notre organisation politique et administrative.
- Mais la demande adressée à M. Krantz était précisément le contraire de l’égalité; les ouvriers demandaient le privilège d’exposer en dehors des classes, c’est-à-dire de faire
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- une exposition dans l’Exposition, un Etat dans l’Etat. O11 11e vit aucune raison pour les dispenser de la règle commune. Ils demandèrent alors l’autorisation de construire, à leurs Irais, dans le plus prochain voisinage de l’Exposition universelle, un bâtiment où ils exposeraient, dans la plus complète indépendance, les produits des chambres syndicales. Il n’y avait aucune objection à faire à cette nouvelle proposition. Quelques personnes rappelèrent que les chambres syndicales ne sont pas reconnues par la loi; mais elles existent en fait, l’Administration a protégé, subventionné leurs délégués aux expositions précédentes; elles ne créent aucune difficulté au bon ordre; elles sont utiles aux ouvriers; il vaudrait mieux les reconnaître officiellement que de les chicaner sur leur existence extra-légale. Le Gouvernement décida que l’Exposition des chambres syndicales serait autorisée, non pas dans l’exposition commune, mais en dehors et à coté. Le conseil nmni-eipal, dans sa séance du i5 octobre 1877, vota pour les corporations ouvrières la concession gratuite, pendant un au, d un terrain de 2,000 mètres situé sur l’avenue La bourdonnais, et, en outre, une subvention de 50,000 francs. Le ronseil général de la Seine vota, de son cùté, une subvention d« 20,000 francs. Enfin, une loi du ik juin 1878 accorda do,000 francs, qui portèrent à 100,000 Iran es le chiffre total de la subvention. Quelques conseils municipaux de province et de la banlieue de Paris accordèrent aussi des subventions, mais de très peu d’importance.
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- Des difficultés s’élevèrent dans le sein de la commission exécutive d’une part, et d’autre part, entre la commission exécutive et ses électeurs. M. Boutin, le secrétaire de la commission et l’un des plus ardents promoteurs de l’entreprise, se sépara de ses collègues et fonda une nouvelle association entièrement libre, qui installa au n° i5 du quai d’Orsay une exposition dont les frais devaient être couverts par la location des vitrines. Cette entreprise donna de médiocres résultats, et d’ailleurs nous n’avons pas à nous en occuper. L’ouverture de l’Exposition collective ouvrière eut lieu, le dimanche 2 juin 1878, sous la présidence de M. Teisserenc de B ort. Lassistance se composait de 1,000 a 1,200 personnes parmi lesquelles on remarquait des sénateurs, des députés et des membres du conseil municipal. Malgré les difficultés que rencontrèrent les organisateurs, l’Exposition ouvrière ne manqua point d’intérêt. Elle lut visitée par un assez grand nombre de personnes, car les entrées, qui étaient fixées à 1 lranc le vendredi et à 25 centimes pour tous les autres jours, produisirent plus de 25,000 francs hh En somme, l’entreprise a donné les résultats suivants, d’après un résumé de comptes établi par le comité de liquidation.
- RKCRTTKS.
- Surveillions................................ 101,191/ 9°°
- Souscriptions................................... 8,216 90
- Entrées..................................... 2 5,2)53 55
- Quatre fêtes données au Chàleau-d’Eau. . . . 98b 9Ô
- Débiteurs........................................ 2/10 90
- Total des recettes........... 180,877 20
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- La distribution des récompenses eut lieu dans'le jardin des Tuilciîes-O11 ne put donner que des diplômes. Le journal la Lanterne ayant propose
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- DÉPENSES.
- Matériaux et main-d’œuvre................... 89,7/16* 3ic
- Mobilier......................................... 711 55
- Secrétariat général............................ 1,690 q5
- Personnel.................................... 21,193 70
- Frais généraux................................ 11,623 69
- Buvette....................................... 3,226 o5
- Banquet (rue de Ménilinonlant, n° 160).. . 6/16 o5
- Fête des Tuileries............................... 621 3o
- Total des dépenses........... 129,259 60
- L’excédent des recettes sur les dépenses devait être, par conséquent, de 1,617 fr. 60 cent.
- Mais, en tenant compte des menus trais (129 francs au teneur de livres, 800 francs pour impression de diplômes, 3oo francs pour honoraires de l’expert-comptable, etc.), montant ensemble à 1,472 fr. 95 cent., le reliquat se trouvait réduit à i44 fr. 65 cent.
- Les bâtiments avecJes accessoires ont été vendus pour nue somme de 14,525 francs.
- Quelle que soit l’importance du résultat obtenu, il aurait mieux valu, pour l’avenir des sociétés coopératives, accepter la règle commune, combattre dans le rang et obtenir des récompenses.
- On dit quelquefois que nous comprenons très bien l’égalité et assez mal la liberté. Cela n’est pas tout à fait vrai pour l’égalité; car les uns traduisent ce mot par crsupériorités, et les autres par rr séparation s. 11 y a un certain
- de taire les Irais des médailles, la commission exécutive déclara qu'elle accepterait, volontiers, mais à condition que les médailles seraient offertes au nom âe toute la presse républicaine. Malgré celle opposition, le journal la Lanterne passa outre, cl lit de son coté: une distribution de médailles.
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- nombre d’ouvriers à qui la séparation ne suffit pas, qui ne veulent avoir aucune relation, même de bon voisinage, avec la société telle quelle est organisée, et qui refusent obsti-nément les subsides de l’Etat. Ce dissentiment se produisit dès l’Exposition de i85i, sous l’inspiration deM. Blanqui.
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- A côté de la délégation acceptée et dotée par l’Etat, il y eut une cr délégation libre , composée seulement de 2 5 ouvriers. Même aventure en 1867. Outre la délégation officielle, qui acceptait des subsides et des décorations, il y eut une délégation indépendante, comptant 23 membres, tous choisis dans l’Internationale. Les 100 délégués nommés par 4i corporations ouvrières de Paris pour étudier l’Exposition de Vienne ne reçurent rien de l’Etat, la Chambre ayant refusé de voter une subvention de 100,000 francs proposée par M. Tolain. La souscription publique avait produit 7o,o43 fr. 3o cent. En 1876, pour l’Exposition de Philadelphie , nous avons vu que la Chambre vota une somme de 100,000 francs, que le ministre de l’agriculture et du commerce s’en réserva la disposition et nomma lui-même les délégués. En très petit nombre de corporations acceptèrent. Les dissidents nommèrent 3o délégués et eurent recours à une souscription publique, qui n’atteignit pas le chiffre de 54,ooo francs. Enfin, nous venons de voir quen 1878, M. Boutin donna le signal d’une scission analogue entre les ouvriers exposants. U 11e saurait échapper à personne qu’il y a au fond de tout cela autre chose qu’un sentiment exagéré de l’indépendance professionnelle.
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- Ce serait une pensée féconde, si elle était réalisable, de placer comme péristyle d’une exposition de l’état actuel des
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- arts et de l’industrie, une galerie contenant les vestiges de l’art et de l’industrie de nos pères. La leçon n’en serait que plus frappante, si l’on pouvait, dans cette exposition archéologique, suivre l’ordre des temps et remonter jusqu’au berceau de l’humanité. Mais il y a, dans les collections les plus riches d’objets antiques, des lacunes immenses, très probablement irréparables, et un grand nombre d’attributions plus qu’hypothétiques. Non seulement les témoins nous manquent; mais pour une foule de périodes et de pays, nous ne pouvons y suppléer que par des conjectures et par des systèmes qui tiennent plus de l’imagination que de la science. La paléontologie est une science relativement nouvelle, dont les données les mieux établies n’ont pas encore pénétré dans les masses profondes. On en peut dire autant de la géologie, science plus avancée et moins conjecturale, mais connue seulement de quelques hommes d’étude. Ce qu’on enseignait, il y a fort peu de temps, dans les écoles du premier âge, sous le nom d’histoire ancienne, n’était qu’une suite de récits étranges qui ne résistaient pas à la critique, ou même à la simple réllexion. Les légendes, les allégories, dont l'archéologie nous dévoile souvent le sens profond, passaient pour des faits réels, positifs, qu’on acceptait par une sorte de routine, sans se donner la peine d’en rechercher la preuve et d’en remarquer l’invraisemblance. Grâce à une erreur très répandue sur la durée totale du monde, les temps préhistoriques eux-mêmes trouaient place dans cette étonnante histoire, avec des dates précises qui, en rapprochant tout, confondaient tout. Notre société européenne remontait par Rome à la Grèce et à la Judée, arrivant ainsi sans lacune et sans embarras jusqu'au commencement du monde, mentionnant à peine de très
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- grands empires, qui naissaient, en quelque sorte, sur les bords du chemin, jetaient tout à coup un très vif éclat, et disparaissaient rapidement, ou du monde, ou de l’histoire, pour laisser place au développement régulier de notre généalogie imaginaire. Quatre siècles avant notre ère, Platon trouvait le même préjugé chez ses concitoyens, et il les avertissait, par un de ses mythes, de l’antiquité du monde. Dans son dialogue intitulé le Timée, il conduit Solon en
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- Egypte, et le met en relation avec les sages ou savants du pays. ffVous autres Grecs, lui disent-ils, vous serez toujours enfants; il n’y a pas de vieillards parmi vous. — Et pourquoi cela ? répondit Solon. — Vous êtes tous jeunes d’intelligence; vous ne possédez aucune vieille tradition, ni aucune science vénérable par son antiquité. En voici la raison : le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le leu et l’eau, et les moindres par mille autres causes. . . Ces catastrophes ne laissent subsister que des hommes sans lettres et sans instruction ; de sorte que vous voilà de nouveau dans l’entance, ignorant ce qui s est passé dans 1 antiquité. D’abord, vous ne parlez que d un seul déluge, quoiqu’il y en ait eu plusieurs auparavant. • • v L’entretien se passe à Sais, la principale ville du nome sadique : crDepuis l’établissement de notre ville, dit le Sage, nos livres sacrés parlent d’un espace de huit mille années.”
- La science moderne, qui ne se mélange pas, comme celle de Platon, de traditions et de poésie, ne peut évaluer avec la même précision la durée de l’humanité, mais l’antiquité du monde et les longues révolutions qui ont précédé notre histoire ne peuvent plus être contestées. Ce premier poiuf est à l’abri de la discussion.
- Un second point, qui n’esl pas moins fortement établi,
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- c’est que la civilisation s’est avancée de l’Orient vers l’Occident. Nous étions encore ici dans l’âge de pierre, lorsque l’Orient, en possession des métaux, élevait des édifices gigantesques ou prodiguait sur les plus petits objets les merveilles de son art. Ces civilisations, que les Grecs eux-mêmes pouvaient envier, ont disparu, ne laissant après elles que des peuples à demi sauvages. Tantôt, c’est la dépravation des moeurs qui emporte tout, tantôt l’anarchie la plus dissolvante succédant au despotisme, ou l’action d’une caste sacerdotale, qui, après avoir créé un monde, le condamne à l’immobilité et par conséquent à la mort. 11 importe autant, et il est aussi difficile de connaître les causes de la décadence des peuples que celles de leur grandeur.
- Enfin, un troisième fait, qui résulte de l’histoire, c’est que les deux éléments de la civilisation, qui sont la science et la poésie, ou l’art, ont suivi une marche contraire. La poésie a éclaté dès le début, pour aller ensuite en s'affaiblissant, tandis que la science avance d’un pas lent et sôr, augmentant chaque jour ses conquêtes et remplaçant la fiction par la vérité. La tradition recueillie par Platon explique la poésie primitive et la possession des principes constitutifs de la raison humaine par la réminiscence d’une vie antérieure ou d’une civilisation disparue. La tradition biblique, quoique profondément différente, soit du mythe de la vie antérieure, soit de la légende de l’Atlantide, se rencontre avec Platon pour expliquer les premiers essais de la civilisation par des souvenirs.
- Malgré la possession de ces trois données très générales, 1 histoire de la civilisation n’est pas laite. 1) abord il faut remarquer qu’elle se divise en deux parties distinctes; car il y a à faire une histoire de la naissance de la civilisation
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- et une histoire de ses progrès. L’histoire du travail est encore plus difficile à faire que celle de la civilisation, puisqu’elle devrait expliquer les moyens, et que nous ne connaissons tout au plus que les résultats.
- Si l’institution des expositions universelles dure, elles feront, à elles seules, l’histoire du travail pour l’avenir. Le moyen de perpétuer les expositions est de ne pas trop les espacer, de ne pas trop les rapprocher, de les placer exclusivement dans les grandes capitales du travail et du commerce. Les documents abonderont désormais: on oserait presque dire que leur nombre sera excessif, encombrant; ils font tellement défaut pour les premiers âges, qu’à part quelques idées très générales, qui sont définitivement établies, la science ne se compose que de conjectures. Il ne s’agit pas, pour l’âge de pierre, l’âge de bronze, de retrouver des débris de palais ou de temples : presque tous les monuments que nous invoquons sortent des tombeaux; car ce qui dure le plus de nous, c’est notre poussière. Nous retrouvons dans ces tombeaux des armes, des outils, des ustensiles, des bijoux; tout un mobilier funéraire avec lequel nous nous efforçons de reconstituer celui des vivants. La maison n’était qu’un abri temporaire pour ces nomades (pie la faim obligeait sans cesse au mouvement; elle ne durait pas plus que ses maîtres. On a trouvé des cavernes creusées dans le roc, dont les unes servaient de tombeaux et les autres de demeures. Il y a aussi des villes lacustres. Les esprits systématiques n’ont pas manqué de soutenir, sui ces indices, que des générations entières avaient liante les cavernes ou élevé leurs maisons sur pilotis au-dessus des lacs; prenant ainsi des accidents pour une règle générale. En redescendant aux temps historiques, on trouve, au cou-
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- traire, de nombreux vestiges de palais et de temples. On retrouve même les traces des maisons des particuliers, qui, la plupart du temps, contrastent par leur exiguïté avec les édifices publics. On ne retrouve pas, ou on retrouve bien rarement les outils, qui devraient être l’objet principal, presque l’objet unique de l’histoire du travail. Les anciens peuples, qui ont excellé dans les arts du dessin, ont tracé quelquefois sur des murailles ou des monolithes, la figure des appareils dont ils se sont servis pour ériger un obélisque, construire une pyramide, lancer un vaisseau à la mer. D’autres, par quelque scrupule religieux, se sont interdit la reproduction de la forme humaine, et même de tous les objets vivants : le dessin, pour ceux-là, n’est que la répétition, quelquefois très habilement variée, des figures géométriques. Nous sommes réduits à classer les objets, quelquefois à les reconstruire, à l’aide d’hypothèses, nécessairement fort hasardées, et à en rapprocher les quelques outils retrouvés dans les fouilles. Dans une ville ensevelie tout entière et tout à coup, comme Pompéi, on reconnaît çà et là quelques instruments de production. Partout ailleurs, il est naturel que le produit survive à l’outil, la statue au ciseau. Même dans les tombeaux où nous retrouvons quelques ustensiles, ressource précieuse pour la science, les armes sont plus fréquentes que les outils. L’antiquité nous livre peu à peu ses musées et ses arsenaux; elle garde le secret de ses ateliers.
- Qu’a été, eu 1 8(>7, l’exposition du groupe portant ce grand, titre: Histoire du travail? Un musée de Cluny ou (b* Kensington, tout simplement, avec cette seule, mais importante dilïérence, que les objets y étaient placés chronologiquement et ethnographiquement. Au lieu de faire l’his-
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- toire du travail par ses produits, il aurait fallu tenter de la faire par ses outils. Il est vrai qu’une telle entreprise n’était ni à sa place en ce lieu, ni possible avec ce peu de temps, ni acceptable par ce public. Qu’on prenne le livret ou le rapport, on sent partout la préoccupation dominante du beau ou du curieux, dans le sens de rare. On a travaillé pour l’artiste et pour l’amateur, bien plutôt que pour le savant et l’historien. Dans la première division de la section française, consacrée à l’âge de pierre, on avait rassemblé un grand nombre de haches, de javelots et de lances en silex éclaté ou taillé, avec des manches en bois de cerf ou de renne. On y voyait aussi des pierres, des os de renne, des bois sur lesquels se trouvaient des reproductions d’animaux ou de plantes, considérées par les organisateurs, moins comme des témoins de l’histoire que comme un grossier commencement de la pratique des arts du dessin. Dans les galeries consacrées à la Gaule indépendante, à la Gaule sous la domination romaine, apparaissaient les belles armes de bronze, les colliers d’or; puis, avec les Francs, les G arlovingiens et le moyen âge, venaient les ivoires sculptés, les figurines, les mobiliers d’église et d’autel, crosses, mitres, ostensoirs, reliquaires, châsses, bannières, lampes et chandeliers; les cuirasses, les épées à formes étranges, à dimensions gigantesques, les haches d’armes; les tapisseries, les émaux. La Renaissance apportait ses poteries, ses cristaux, ses armes de luxe, ses cabinets finement travaillés, ses miniatures, ses pierres gravées, ses joyaux; peut-être un rouet de dame, à cause de ses incrustations en ivoire, objet de luxe, bien plus qu’instrument de travail, d’autant plus précieux qu’il était plus inutile.
- Mais ce n’est pas en contemplant toutes ces magnih'
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- cences qu’on peut se rendre compte des procédés successivement employés par l’industrie humaine. Ces riches musées sont faits pour plaire aux yeux, plutôt que pour éclairer l’histoire. Les collections plus réellement scientifiques n’entassent guère que des morceaux de pierre ou de fer, parmi lesquels figure de loin en loin quelque débris plus finement travaillé. Elles n’éblouissent que par réflexion. Elles ne possèdent que des outils informes, et plus d’armes que d’outils, parce que les hommes emploient plus de temps et de génie à détruire qu’à produire. Ces outils, quelque grossiers qu’ils soient, pris intrinsèquement, deviennent bien admirables, quand on les compare à la situation de l’inventeur et aux faibles ressources dont il disposait. Il y a tel outil grossier qui suppose, dans l’inventeur, autant de génie que les plus belles découvertes des temps modernes. Pour mesurer la valeur d’une invention, il faut voir ce quelle produit; pour en juger le mérite, il faut se rappeler d’où elle est partie. Les organisateurs d’une exposition industrielle ont-ils le temps, la compétence, les ressources nécessaires pour rassembler tous ces débris, dont l’importance est essentiellement scientifique? Leur entreprise a pour but d'éclairer les industriels sur les procédés de fabrication les plus nouveaux, et non de fournir des matériaux aux découvertes et aux hypothèses des érudits. C’est au Conservatoire des arts et métiers qu’on peut trouver la vraie quenouille, le rouet authentique, les métiers de tisserand à bras, et plus tard, les diverses tormes des métiers à vapeur, c’est à Anvers, dans le musée de Pantin, qu’il faut aller chercher les premières presses; c est dans les ports de guerre (pi on a conservé d anciens Modèles de navires; c’est au musée de Saint-Germain qu’on
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- admire les marteaux, les pilons, les haches, les scies en bois et en pierre dont se servaient, avant l’âge de bronze, nos ancêtres barbares. On a été plus sage en 1878 en présentant les galeries rétrospectives comme une décoration et comme un sujet d’étude pour les arts du dessin.
- Il faut donc renoncer à faire fhistoire du travail dans une exposition des procédés actuels et des résultats du travail. Ces solennités ne sont faites que pour l’étude du présent. Elles sont le triomphe et la glorification de l’esprit moderne. Qu’elles laissent aux académies les belles études historiques. A plus forte raison doivent-elles rester étrangères aux discussions philosophiques et théologiques sur la naissance de la civilisation et les origines de rbumanilé. Tout n’est cependant pas hypothétique, dans l’hypothèse que nous allons faire; car, si l’homme n’a pas été transformé, la nature l’a été; et, depuis des siècles dont aucune science ne peut dire le nombre, elle l’a été par f homme.
- Par quelques métamorphoses que le monde ait passé pour arriver à l’état où nous le voyons, nous allons, pour un instant, le supposer achevé, mais vide. L’homme n’est pas encore venu, mais il va venir. La maison a-t-elle jamais été sans maître, le spectacle sans spectateur, l’atelier sans ouvrier? Nous laisserons ce problème aux théologiens et aux philosophes, à Al. de Jlonald et à M. Comte. Nous ne rechercherons pas non plus si la terre a commencé par être stérile et menaçante, si l’homme, au moment où il fait son apparition en qualité d’être pensant, a reçu du Créateur h» lorme même qui le constitue aujourd’hui, et les facultés dont il dispose. Voici, voici le monde dans son incomparable richesse. Le chaos, s’il a existé, a disparu pour faire; place h l’ordre. Les eaux ne couvrent plus la surface du globe;
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- la mer et les fleuves ont leurs rivages qui les contiennent. La terre, dans la plénitude de sa force, produit les céréales destinées à nourrir l’homme, les graminées qui servent de pâture à de belles races d’animaux, les plantes dont on extraira de l’huile, du sucre, des couleurs; celles dont on fera des étoffes. Elle est couverte d’arbres et d’arbustes; les uns portent des fruits excellents; d’autres peuvent fournir des matériaux à la construction des maisons et des navires; tous nous donneront des combustibles pour nous réchauffer ou cuire nos aliments. Les plaines, les mers, les forêts, les airs, sont remplis d’animaux à notre usage. Nous mangerons leur chair; nous nous couvrirons de leur peau et de leur laine; nous emprunterons leurs forces pour traîner ou porter des fardeaux, ou pour gravir rapidement et sans fatigue la distance. Nous trouverons des pierres sur la surface du sol; en le creusant, nous nous procurerons les minéraux : le plus utile de tous, le fer, qui décuple notre force; les plus brillants , l’or et l’argent; le cuivre et l’étain, qui, réunis, nous donneront le bronze. Le Créateur, en préparant toutes ces richesses, ressemble à un homme généreux qui veut donner une maison à son favori. Il choisit d’abord un site délicieux, abrité contre les intempéries de l’air. 11 construit l’édilice avec les matériaux les plus solides; il lui donne une belle apparence et dispose au dedans une suite d’appartements spacieux et commodes. Il l’entoure de terres labourables, de bois j’emplis d’essences variées, de fontaines et de rivières; <‘t pour ajouter à ses bienfaits, quand la maison est parachevée, il la remplit de mobilier et de provisions, de telle s<>rle que le nouveau maître, en y arrivant, n’a plus qu’à se montrer digne de tous ces biens par son activité et son discernement à s’en servir.
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- Mais il y a un point, un grand point, où l’analogie fait défaut. Le bienfaiteur dont nous parlons a mis en ordre tous ses présents; il les a réunis sous la main de son protégé; il les lui montre; au besoin, il lui en apprend l’usage. Le Dieu de la Bible fait de même, puisqu’il met l’homme dans le paradis terrestre. Mais nous écartons le paradis, dans notre hypothèse; ou, si l’on veut, nous supposons que l’homme, après sa chute, en a perdu la mémoire. Nous prenons l’homme avec toutes ses facultés, mais sans culture; et c’est ainsi que nous le plaçons, sans autre guide que son intelligence, au milieu de son nouveau domaine. On ne saurait dire ce qu’il faut admirer le plus dans cet homme, de l’excès de sa richesse ou de l’excès de sa pauvreté. Si l’univers est abondamment pourvu de tout ce qui est nécessaire à sa subsistance et à son bien-être, les divers matériaux sont dispersés ou cachés. 11 faut les apercevoir ou les deviner, les extraire avec de grandes difficultés, aller les chercher à de longues distances; il laut aussi découvrir leurs propriétés, leur usage, et quelquefois soutenir une lutte pénible et dangereuse pour s’en emparer. Assurément, rien ne manquait dans le paradis terrestre; les objets utiles ou agréables de tous les pays s’y trouvaient réunis, par exception; et Adam n’eut pas besoin d’aller chercher au delà des colonnes d’Her-cule la pomme qui nous a coûté si cher. Cependant supposons que, même en ce lieu de délices, il n’eùt reçu aucun avertissement sur la nature des objets, ni aucune éducation, ni instruction quelconque. On admettra bien que ce grand enfant mange une pomme ou une orange, ou qu’il s° penche sur une fontaine pour y étancher sa soif; mais celte longue paille, qui porte à son sommet un épi, aura-t-il si tôt 1 idée d’en recueillir les grains, de les séparer de leur
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- écorce, de les broyer sous une meule, de les passer au tamis pour séparer le son de la farine, de mélanger la farine avec de l’eau, d’introduire dans la pâte un levain, et d’attendre quelle soit levée pour la faire cuire sur un feu doux et la transformer en pain? S’il n’avait pas à sa portée d’autre aliment, d’une apparence comestible plus intelligible, il courrait grand risque de mourir de faim au milieu d’un champ de blé.
- Combien a-t-il fallu de temps, combien de générations pour arriver à faire du feu, à battre, à moudre le blé, à le cuire, à cuire la chair des animaux, à les tuer avec les
- mains ou à coups de pierre, ou à les prendre dans des filets, à découvrir des engins propres à la capture du poisson, à chercher le poisson de la mer au delà du rivage, à se protéger contre le froid avec la peau des animaux, à désinfecter ces peaux, à les rendre souples, à quitter les cavernes ou l’abri d’un arbre pour se construire une maison avec de la terre, ou du bois, ou de la pierre? Quant à féconder Ja terre en rouvrant et en y semant de la graine, celui qui a lait le premier cette opération pour en attendre plusieurs mois le résultat, était sans doute un homme de génie et de caractère. Comprend-on par quelle suite de réllexions et de manèges, l’homme est arrivé à s’associer le chien, pour chasser avec lui; le cheval, pour se faire porter par lui? La pierre a été d'abord son outil principal; il en a lait des marteaux, des haches, dos projectiles, des javelots, des scies. 11 en est venu, avec ce seul instrument, à construire «es maisons, des moulins, des métiers à tisser; a taire des navettes, des aiguilles, des roues pour les chars, des potelés, des ustensiles de cuisine, dos engins de pèche et de chasse, des objets d’art, des parures. La découverte des mé-
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- taux est un bien autre prodige. Celle du fer! il faut l’extraire, le fondre, l’étirer, le battre, le cémenter, l’affiner! Et les textiles! faire un babit solide et magnifique avec le fil tremblant que produit le ver à soie! Et la nourriture! transformer la graine du froment en pain savoureux! Et le langage! M. de Bonald affirme que l’homme a reçu le langage en même temps que l’être, qu’il parle parce qu’il a entendu parler, et que s’il n’avait pas, dès la première heure de sa vie, conversé avec son Créateur, il était muet pour l’éternité. Faire du feu, semer du blé, prononcer une parole: actes de génie tellement étonnants, qu’ils surpassent infiniment tout le reste du travail humain. Les positivistes, pour toute explication, invoquent la durée, qui, à la longue, produit les mêmes effets que l’analyse. Tout s’est fait peu à peu, par progrès insensibles; c’est un prodige analogue à celui de la division du travail. Si cette réponse n’éclaire pas l’esprit, du moins elle l’apaise; elle ressemble à l’introduction de la notion de l’infini dans les démonstrations géométriques. Quand on croyait que le monde avait duré, en tout, six ou sept mille ans, on ne pouvait comprendre que l’homme eût fait, en si peu de temps, de si étranges découvertes. Mais à présent que nous pouvons compter les années par centaines de mille, grAce aux sciences nouvelles, la difficulté disparaît, suivant les positivistes. 11 ne fallait qu’avoir le temps de se retourner. L’hypothèse de l’éternité du monde est bien pi us claire et plus intelligible, suivant eux, que celle de la création! 11 y a dans tout cela une vérité, au moins, que nous comprenons, (pie nous affirmons, et la voici: c’est qu’il vaut mieux être un homme instruit et civilisé sur un rocher désert, qu’un homme primitif, un ignorant, dans un paradis.
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- Avant de commencer l’étude des merveilles réunies dans le Champ de Mars, constatons que la plus grande de toutes est peut-être de les avoir amenées là de tous les points de l’univers. On peut dire avec la plus rigoureuse exactitude que toutes les richesses de la création et tous les chels-d’œuvre du travail humain ont été concentrés peuplant trois mois entre l’École militaire et les hauteurs du Trocadéro.
- Certes, ni le rassemblement ni le recensement ne sont encore complets ; la science a du travail pour des siècles. Mais l’homme s’est déjà promené dans le globe entier; il a vaincu l’espace. 11 connaît désormais tous les services que la nature peut lui rendre, el il a les moyens de la forcer à les lui rendre; il connaît la place où sont tous ses trésors, et il a le moyen d’aller les chercher. Sénèque disait, dans un sens moral et philosophique : «Non sum uni angulo natus : palria mea est ovbis.n ce Je ne suis pas né pour ce coin de terre: ma patrie est le monde h).» Nous pouvons le dire au sens matériel et physique. Faire le tour du monde, c’était autrefois le rêve des esprits les plus aventureux. On disait que les Argonautes avaient fait le four du monde. Les Romains disaient que la Grande-Bretagne était à l’extrémité du monde : Penitus loto divisas orbe. Depuis eux, Christophe Colomb a découvert un autre monde, et enfin longtemps après Christophe Colomb, près trois siècles après lui, les navigateurs ont découvert un troisième monde. Celui-là est pour nous le vrai nouveau
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- Sénèque, lettre WVIil.
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- monde, puisqu’il n’est entré que depuis un siècle dans la société humaine civilisée; tout nouveau qu’il est, il a déjà donné aux vieux mondes ^Exposition universelle de Sydney et celle de Melbourne. Il nous reste à nous créer des chemins vers l’Afrique centrale. La science s’en occupe. Elle a lancé ses pionniers de toutes paris. Le siècle ne se clora pas sans que la civilisation ait fait cette dernière conquête, qui nous mettra enfin en possession de toutes nos richesses et nous permettra de faire des expositions vraiment internationales et vraiment universelles.
- Les moyens fournis par la science au travail humain pour opérer cette concentration sont la géographie, la locomotion sur terre et sur mer à l’aide de la vapeur, l’aérostation et le télégraphe.
- Rendons-nous à la classe îG (cartes et appareils de géographie et de cosmographie). Voilà, prise au hasard, la carte d’un canton de la France, où l’on a indiqué, à sa place géométrique, un monticule, un ruisseau, un bouquet d’arbres, un hameau, une ferme isolée. On a distingué les champs ensemencés et les prairies; marqué, avec une précision mathématique, les ondulations du terrain, le cours des voies de communication, non pas seulement des canaux et des chemins de fer, mais des routes vicinales, des sentiers que les piétons seuls peuvent suivre. Prenons maintenant les cartes du globe. Il serait bien curieux d’exposer chronologiquement une série de cartes du globe. On pourrait y joindre les cartes que dressaient autrefois certains peuple civilisés mais isolés, comme les Chinois, qui faisaient une bien maigre place à tout ce qui n’était pas eux. Bornons-nous plutôt à notre famille, c’est-à-dire à la Grèce, à Roinc, à l’Europe. Des savants ont dressé des cartes d’après lus
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- descriptions des anciens. Gela s’appelle : carte du monde connu du temps d’Alexandre; carte du monde connu du temps d’Auguste. Une chose entre autres est saisissante dans la géogra-
- r
- phie du temps d’Alexandre : d y avait, en Egypte et en Orient, des peuples puissants et civilisés; l’Europe, en grande partie, était inhabitée ou barbare. On connaissait un coin du monde; on rêvait le reste. Ce petit point de la terre qu’on appelle la Grèce avait une langue admirable, dont aucune autre n’a égalé la précision et le charme; elle avait des*connaissances très étendues en histoire naturelle; une astronomie hypothétique, mais compliquée et brillante; une arithmétique, une géométrie très complètes; elle possédait tous les arts et tous les métiers nécessaires à la vie; elle avait fait les progrès les plus surprenants en agriculture, en architecture ; elle tissait de belles étoffes, fabriquait des poteries admirables, creusait des ports, lançait des vaisseaux; elle élevait des monuments; elle écrivait des poèmes qui seront jusqu’à la fin les plus parfaits modèles de la force unie à la grâce; elle essayait, dans ses petits Etats, grands comme une commune française, tous les systèmes les plus compliqués et les plus opposés de la politique; elle agitait, en philosophie, tous les problèmes qui devaient pendant des siècles user les forces des plus grands génies. Et, pendant qu’elle s’élevait à cette hauteur dans les sciences, dans les arts, la barbarie l’enlaçait de tous les cotés. Une seule journée de marche au delà des limites de la Grèce conduisait un Athénien chez de véritables sauvages. Lui-même ne savait pas ce qu’il y avait derrière les Scythes. Tout cet univers lui était inconnu; il n en soupçonnait ni la dimension ni la forme. L univers vivait cependant, avec ses populations innombrables, ses richesses inutiles, et, parmi tous ces esprits que la science
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- n’éclairait pas, que la civilisation n’avait pas touchés, il y en avait qui, avec un peu d’aide, eussent éclairé, conduit, agrandi le monde : tout cela dormait; la conscience de l’humanité n’était éveillée, n’était vivante que dans quelques milliers de stades autour d’Athènes et de Lacédémone.
- L’ignorance du monde est plus étrange dans les savants de la fin du moyen âge. Quoique enfermés par leurs méthodes et par les conditions imposées au savoir humain, dans une sorte de prison intellectuelle, ils sont laborieux, persévérants, curieux, pleins de pénétration et de subtilité. Ils commencent à retrouver les anciens livres et à joindre les doctrines de l’antiquité aux lumières que leur fournit la théologie et aux premières observations de la science expérimentale. On sait cependant quelle était leur géographie, meme après la découverte de l’imprimerie ; on en trouve de curieuses traces dans un livre très répandu, la Chronique de Nuremberg, et dans les récits de voyages des premiers explorateurs. Même après Colomb et Yasco de Gaina, l’inconnu était de tous côtés. On le voit, pour ainsi dire, reculer à mesure qu’on s’avance vers les temps modernes, d’abord lentement, puis avec une rapidité qui nous permet de dire qu’il n’y aura bientôt plus un seul coin de la maison qui ne nous soit familier. Le souvenir de cette ignorance, encore si voisine de nous, est bien fait pour nous rendre fiers de nos richesses présentes. Dès le siècle dernier, In géodésie avait fait des progrès immenses; ce qui n’empêche pas qu’après tant de calculs et tant d’expériences, d ne reste encore plus d’une incertitude sur la forme exacte et sur les aplatissements du globe. On a fait par terre des voyages d’exploration; on a fait de longues expéditions maritimes; on en fait encore; le voyage de Nordenskjold a été
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- un des faits éclatants qui ont appelé l’attention du monde savant et des profanes en 1878. Les cartes à grande échelle (cartes topographiques, chorographiques, plans, cartes hydrographiques, orographiques, hypsométriques) se multiplient, et acquièrent chaque jour plus de netteté et de précision scientifique. Les dépenses qu’elles entraînent sont largement compensées par les services qu’elles rendent à la guerre, à la marine, au commerce, aux travaux publics. C’est la guerre qui a donné le branle au progrès : en effet, le premier devoir d’un général d’armée est de connaître par quels chemins il pourra porter le plus vite possible le plus grand nombre d’hommes et d’artillerie sur un point donné; de savoir s’il devra se développer en plaine ou s’abriter der rière les mouvements de terrain. Une maison, un fossé, un cours d’eau, un bouquet d’arbres, peuvent décider de l’issue d’un engagement. Le général, s’il n’a pas un plan topographique exact, est obligé, pour le remplacer, de perdre du temps et des hommes. De même le marin, sans la carte hydrographique , ne peut s’approcher des côtes que la sonde à la main. L’ingénieur qui veut creuser un canal, construire un chemin de fer, est obligé à de longues et coûteuses opérations s il n’est guidé dans ses études par une carte topographique exécutée scientifiquement. Les cartes à petite échelle, plus faciles à manier, 11e peuvent pas arriver à la même exactitude scientifique; une raison péremptoire s’y oppose, c’est ffue nous n’avons de cartes à grande échelle et à exactitude mathématique que pour un certain nombre de régions très importantes. Celles de ces cartes générales qui ont été dresses il y a une vingtaine d’années contiennent encore de larges espaces vides, où l’on indique de loin en loin une VlHe célèbre, une grande rivière, une montagne. Ces vides
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- ont beaucoup diminué depuis ces dernières années, parce que la facilité des voyages, les moyens de locomotion, les besoins du commerce, la curiosité scientifique, se sont accrus dans de larges proportions; il reste encore cependant des parties du monde où l’on se contente d’à peu près pour la fixation des villes, les frontières des Etats, la figuration des rivières et des fleuves; imperfections qui ne tarderont pas à disparaître, surtout si les diverses sociétés de géographie établissent entre elles des rapports plus étroits et plus constants, si les voyageurs consentent à étudier avant de partir et à se munir des instruments indispensables. Le rapporteur de la classe 16, M. Grandidier, dont on lira le rapport avec le plus grand fruit, et qui est lui-même un voyageur savant et intrépide, remarque avec raison que, dans l’état actuel de la science, une course rapide à travers des pays nouveaux rend moins de services qu’un séjour prolongé dans une région peu connue, parce que nous avons à présent des notions générales sur presque tous les points du globe et que ce sont les faits précis et les mesures exactes qui nous manquent.
- En même temps que la géographie, considérée connue science, se transformait sous l’action des différentes causes que nous venons d’énumérer, l’enseignement de la géographie faisait des progrès rapides. Le commerce y pousse ardemment, surtout depuis que les nations sont obligées de lutter l’une contre l’autre, et de chercher au loin des matières premières pour leur industrie et des débouches pour leur commerce. Comme on peut écrire au bout du monde en quelques minutes, y transporter des marchai!" dises en quelques semaines, y plaider pour attaquer ou pool détendre, y fonder des usines ou des comptoirs, on ne poot
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- plus se contenter d’étudier un périmètre de quelques centaines de-lieues autour de soi. Un homme éclairé, sans être sorti de son cabinet, connaît à présent les Indes, la Chine, le Japon; il suit les événements politiques dans l’extrême Orient; il connaît toutes les> routes du commerce; il est au courant des bruits et des commérages du monde à New-York et à Bombay. Si demain un coup de baguette le transportait dans Broadway, il n’aurait pas besoin de demander son chemin.
- Bien plus, le coup de baguette est donné. On peut dire que nous venons de loin en cette matière. Il fallait plusieurs jours en i83o (il y a tout juste un demi-siècle) pour aller d’un bout de la France à l’autre. C’était bien pis au siècle dernier : Young, le célèbre agronome anglais, voulant étudier toute la France, la parcourut à cheval. On peut s’amuser à lire dans le Livre commode, d’Abraham de Pradel, lequel ne remonte pas au delà de 1692, la nomenclature des moyens de transport dont on disposait pour se rendre de Paris en province. H énumère d’abord les carrosses de route ou carrosses de voiture pour les gens aisés, partant ' une fois ou deux fois par semaine, ou tous les jours, suivant l’achalandage de l’entrepreneur. U11 grand nombre d’hôtels ou d’auberges ont ainsi leur voiture, tantôt libre, tantôt privilégiée; privilégiée la plupart du temps, car alors la liberté était l’exception et le privilège la règle. Les voi-
- tures privilégiées étaient en même temps surveillées, ce qui assurait à peu près la régularité du service. Lu revanche, le lieutenant de police y avait ses coudées Iranches. Vous aviez beau retenir vos places quinze jours a 1 avance; au moment de partir, on vous exhibait un ordre ainsi conçu : le sieur*** assurera trois places à M.*** dans le
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- carrosse du***, nonobstant toute inscription ou marché antérieur. On comprend que Young ait mieux aimé acheter une jument. C’était plus économique et plus prompt. Les carrosses d’Orléans, tenus par Mlle Blavet à l’auberge du Cheval-Blanc, rue Contrescarpe, et qui partaient tous les jours, l’été à 5 heures du matin et l’hiver à 9, portaient leurs voyageurs à Orléans en deux jours, et ladite demoiselle ou veuve Blavet s’en vantait dans ses affiches comme d’une preuve de célérité. Par cet exemple, on peut juger de tout le reste. Après les carrosses venaient les messagers, qui faisaient le service de la poste et prenaient des voyageurs et des marchandises. Ils n’étaient pas toujours d’une régularité exemplaire : « le messager de Sainte-Mene-hould, qui ne vient que de trois en trois semaines, et celui de Sézanne-en-Brie, qui ne vient que de dix en dix jours, logent rue Saint-Antoine, à la Trinité. r> Il y avait encore les coches par terre et par eau, et les rouliers et charrettes de voiture, moyens de transport moins dispendieux, mais infiniment plus longs. Voilà une idée du passé; voyons maintenant le coup de baguette.
- Nous avons tous lu dans les Mille et une nuits ce conte d’un tapis sur lequel il suffisait de s’asseoir pour être transporté en un clin d’œil à 1,000 lieues de là. Ce conte aurait paru tout aussi merveilleux à nos grands pères si on leur avait dit : il y a du Havre à New-York une distance de i,4 0 0 lieues; cette distance est franchie en dix jours par les
- 9 '
- paquebots transatlantiques. La France, depuis Lille jusqu a Marseille, mesure une étendue de 3oo lieues, qui peut être franchie sans aucune fatigue en moins de vingt heures. Nous avons aujourd’hui en France 25,1 5G kilomètres de chemins de fer en exploitation, et 18,870 kilomètres projetés
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- ou en voie d’exécution; ensemble : 4û,0 26 kilomètres, auxquels il faut ajouter 3,253 kilomètres de chemins de fer algériens û). Et plus d’un esprit sérieux pense que l’industrie des chemins de fer en est encore à ses débuts.
- La génération qui date du commencement de ce siècle se souvient encore du Parisien qui ne connaissait que Paris ou qui avait tait le voyage de Lyon comme on va à la Mecque. On disait : Le Français n’aime pas voyager ou ne sait pas voyager; l’un et l’autre étaient vrais. On écrivait des récits de voyages faits à nos portes, et ces récits étaient fort goûtés. Il n’y a pas un demi-siècle que nous avons tous été ravis par les impressions de voyages d’Alexandre Dumas. Certes, l’esprit du narrateur et sa verve incomparable étaient pour beaucoup dans le succès; mais nous séduirait-il de
- O
- SITUATION AU 3l DÉCEMBRE 187Ç).
- i° Longueur exploitée :
- Lignes d’intérêt général...........
- Chemins industriels et divers.. . .
- Réseau de l’État...................
- Lérouville à Sedan (non concédé) Lignes d’intérêt local.............
- 3o,98ol \ a^7 /
- 1 ,('>•'!8 l 5,1 r»t>k 1 A3 l
- a.ihS )
- 9° Longueur en voie d’exécution ou projetée :
- Lignes d’intérêt général concédées définitivement...........
- Concessions éventuelles.....................................
- Chemins industriels et divers...............................
- Réseau de l’État............................................
- Chemins i déclarés d’utilité publique....................
- non concédés j dont le classement est prononcé par la loi.. Chemins d’intérêt local.....................................
- Chemins de fer algériens exploités (y compris 1 55 kilomètres
- sur le territoire tunisien)..............................
- Ln voie d’exécution.........................................
- L°nt le classement est prononce'* par la loi................
- 3/io8k \
- i5C> 1 18,870
- 1 1 7 I sur lesquels 1 3.708 kilom.
- 979 t étaient
- Il 1 ofi 1 en rons,nlr,'on
- ’ I nu
- 8,271 | 1" avril 1880.
- l,7/.3 /
- 1e^9l) 2 (if) V i,C38 J
- 3, « 53
- Total oéu.iui.
- /i7,*».7y
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- même aujourd’hui que Rome est à deux journées de Paris? Non seulement nous connaissons le monde comme le prouve la classe 16 et comme les cartes de toute espèce (cartes savantes de l’Etat-major, cartes populaires de la maison Hachette) nous y aident, mais nous le connaissons pour l’avoir vu; nous nous y promenons en paquebot et en chemin de fer; nous en faisons le tour sans trop de fatigue; le négociant du Havre qui a une succursale à Calcutta partage son temps entre les deux établissements; le député de la Réunion ou de la Martinique va rendre compte de son mandat à ses électeurs dans l’intervalle des sessions. En jeune homme de bonne famille termine son éducation en se rendant, par la voie de Suez, à la Chine et au Japon, et en revenant par l’Amérique(1). Quand l’héritier du trône de la Grande-Bretagne et de l’empire des Indes est allé passer l’Orient en revue dans Bombay, l’une de ses capitales, il
- Milles marins.
- (l) Distance de Marseille à Calcutta par le cap de Bonne-Espérance. 11,700
- Distance par Suez....... ................................... (),!<)<>
- Dipfkrknck................................. 5,560
- Détails de la route de Marseille à Calcutta par Suez :
- de Marseille à Messine............................................ 560
- de Messine à Port-Saïd........................................... 9,80
- de Port-Saïd à Suez................................................ 90
- de Suez à Ilali-el-Mandel)................................... 1,9.80
- de llalnel-Mandeh à Socolora..................................... 6.80
- de Socotora à Poinle-de-Galles.................................. 1,600
- de Poinle-de-Galles à Calcutta............................... 1,1 5o
- LoNocKUii totalk de la mute................... 6,19°
- Le mille marin ordinaire é(|iiivaul à 1,85*? mètres.
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- s’est passé un événement considérable, plus scientifique encore que politique. Il y a un homme que nous coudoyons tous les jours dans la rue et qui a fait autant que l’inventeur de la navigation à vapeur pour mettre tous les pays du monde à la portée de chacun de nous, c’est M. de Les-seps; celui-là a diminué de 3,ooo lieues la distance entre Marseille et Calcutta, et il est en train de mettre l’océan Atlantique en communication directe avec l’océan Pacifique, diminuant ainsi dans une proportion énorme toutes les routes de commerce, soit au départ de l’Europe ld, soit surtout au départ de New-York, Boston et la Nouvelle-Or-
- (l) Tableau démontrant l’abréviation des distances des principaux ports d’Europe AUX VILLES SUIVANTES, EN PASSANT PAR l’iSTIIME DE PANAMA, SUR LES ROUTES DU CAP HoRN ET DU CAP DE BoNNE-EsPERANCE.
- DK LONDRES, LIVERPOOL, LE HAVRE, BORDEAUX, LISBONNE, CADIX, À DISTANCE via du cap de Bonne-Espérance. DISTANCE via du cap Horn. DISTANCE vià de l’isthme de Panama. ÉCONOMIE DK DISTANCR sur la route du cap de Bonne-Espérance. ÉCONOMIE DK DISTANCE sur la route du cap Horn.
- milles. milles. milles. milles. milles.
- Yokohama io,3ao* « 10,080 * 960* „
- Vnlparaiso „ i3,3ao * 9,000 4,900*
- Callao U iA,66o 6,180 .. 8,A8o
- Guayaquil 15,38o 5.5ao « 9,860
- San Blas 16,ioo 4,85o 1 1,950
- Mutation U îT.qoo 6.600 « 1 i.3oo
- San Diego H 18,690 7,3ao . 1 i.3oo
- Sun Francisco 19,500 9.600 N 9*9°°
- Vancouver 90*990 to,3ao fl 9.900
- Iles Sandwich « 18,000 9.600 . 8,4oo
- Wellington ( Nlln-Zéluudc). . i8,/i8o 1 9,000 . 6,48o
- Melbourne (Australie) 19.080 3.5oo » 6,690
- Sydney " 19,800 i3,aoo " 6,600
- * Ces milles sonl des milles marins de 1,85s mètres.
- Nota. Les économies réalisées sont identiques |>our Amsterdam , Hambourg. Christiania , Cron-sladl,. dont les navires doivent passer par la même route pour déboucher dans l’océan Atlantique. Les distances sont :
- Du Havre
- Amsterdam Ha mliourg. Christiania. Croustade .
- a/io milles. 48o
- r?° i .Duo
- Il faut ajouter que les vents alités de l'Atlantique nord , combinés avec ceux du Pacifique, amèneront en Océanie, en Australie, en Chine, au Japon, avec vents favorables, l«*s navires parlant de Londres, Liverpool, le Havre, Bordeaux, Lislionne, Cadix, Amsterdam, Hamlmurg, Christiania et Cronstadt.
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- léans W. Le percement de l’isthme de Suez n’a été définitif que le i5 août 1869; il figurait pour la première lois, à l’état de fait accompli, dans l’Exposition de 1878. Il n v tenait pas une très grande place. Le plus clair de son exposition était un volume intitulé : Lettres, journal et documents pour servir à l’histoire du canal de Suez. Cette histoire, placée dans la vitrine de M. Didier, est l’histoire d’une révolution qui change, tout uniment, la surface du monde; révolution immense pour le commerce et qui ne peut manquer, avec le temps, d’être une révolution plus grande encore dans les mœurs.
- (1) Tableau démontrant l’abréviation des distances de New-York, Boston et la Nouvelle-Orléans aux villes suivantes, en passant par l’isthme de Panama, sur les routes du cap Horn et du cap de Bonne-Espérance.
- DK NEW-YORK, BOSTON, LA NOl VELLK-OIU.ÉANS, À DISTANCE rià du cap de Bonne-Espérance. DISTANCE vià du cap Horn. DISTANCE vià de l'isthme de Panama. ÉCONOMIE DE DISTANCE sur la route du cap de Bonne-Espérance. ECONOMIE DE DISTANCE sur la route du cap llorn.
- Calcutta milles. 17,500* milles. 93,ooo * milles. i3,Aoo* milles. A,100* milles. 9,600 *
- Canton 1 q,5oo 9 1,5oo 1 o,6oo 8,qoo 10,1)00
- Sbanghaï 90,000 99,000 io,Aoo g.iioo 11,600
- Yokohoma 30-/170 99,000 9,600 IO.97O 19,500
- Vaiparaiso 1 9,000 13,5oo a,800 8,100
- Callao « 3,5oo „ 10,000
- Guayaquil « 1A,3oo 9,800 „ 1 t,5oo
- Panama « 16,000 9,000 ff 1 /|,000
- San Blas • 17.800 3,800 „ 1/1,000
- Mazatlan „ 18.000 /|,000 „ 1 /l,000
- San Diego . 18,000 /i,5oo „ 1 A,000
- San Francisco » 19,000 5.000 1 A,000
- Vancouver.... « 90,100 5,700 „ 1 A.Aon
- Wellington (N"*-Zélande).. 13,7^0 1 1,100 8,A8o 5,960 9,690
- Melbourne ( Australie) 3,s3o 19,790 9.890 3,3/io 9,83o
- * Ces milles sont des milles marins' de i.85a mètres.
- Nota. Boston n'étant qu’-» une distance de 170 milles de New-York, différence insignifiante eu égard & ces longues routes, l’économie réalisée est la même pour Boston que pour New-York.
- La Nouvelle-Orléans, située à 65o milles au sud de New-York, verra toutes ses routes par I*®" namn abrégées de 65o milles, tandis que celles par le cap lloru et le cap de Bonnc-Esperance restent les mêmes que pour New-York , à cause de la situation de la Nouvelle-Orléans dans le golfe du Mexique dont il faut déboucher; par conséquent, toutes les abréviations réalisées de la Nouvelle-Orléans doivent être augmentées de G5o milles.
- Ajoutons h cela que les vents alizés de l’Atlantique nord, combinés avec ceux du Pacifique, amèneront en Océanie, en Australie, en Chine, au Japon, avec vents favorables, les navires partant de Boston, New-York et la Nouvelle-Orléans.
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- Non seulement nous connaissons au moyen des cartes toutes les parties du monde; non seulement nous pouvons nous y mouvoir aisément, mais nous pouvons aussi transporter les matériaux, même les plus encombrants. L’Inde et l’Amérique produisent le coton, dont Rouen et Manchester ont besoin pour alimenter leurs fabriques; le coton traverse les mers* et vient à plusieurs milliers de lieues se placer sous le laminoir et s’enrouler sur les broches; une fois filé, il s’empresse de se rendre dans les tissages; transformé en tissu, il répondra à l’appel du fabricant d’impressions sur étoffes, pour paraître ensuite sous sa nouvelle forme dans les divers marchés de l’ancien ou du nouveau monde, où la mode le réclamera. Dans des fermes situées sur les bords du Mississipi, à plusieurs centaines de lieues de New-York, on sème du blé qui sera vendu au Havre et transformé en farine par les minoteries de Corbeil. Le bétail vivant traverse par milliers l’Atlantique. Un navire, le Frigorifique, que l’on a vu longtemps amarré sur les quais de Pa ris, a tenté le premier de nous apporter d’Amérique de la viande non fumée ni salée et des aliments frais de toute nature. Si l’air et le soleil offrent des difficultés, la chimie en triomphe; si le trajet dure trop longtemps, la science fournit des machines plus puissantes; si la législation, les lormalités, les frais de pavillon, les douanes, les patentes, les intermédiaires obligés, multiplient les obstacles, c’est «lors la science économique qui se chargera de les aplanir. On n’aura plus le spectacle, dans la même année, d’un peuple affamé et d’un autre peuple dont les greniers regorgent. Tout le genre humain est assis à la même table.
- Sans doute, avant l’Exposition de 1878,011 avait des 'Mappemondes presque complètes, des cartes à peu près
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- exactes; cependant les voyageurs ont multiplié leurs explorations, frayé de nouvelles routes, et, par exemple, les découvertes de Nordenskjold ont été, pour la première fois, constatées et récompensées à cette exposition. Les états-majors et les corps d’ingénieurs des plus grands peuples de l’Europe ont poussé avec ardeur leurs triangulations et leurs travaux de géodésie; en France, cinq ministères, la guerre, la marine, les travaux publics, l’instruction publique et l’intérieur, ont publié des cartes savantes, dont quelques-unes sont en même temps des caries populaires; les livres ont suivi la même impulsion; en un mot, le monde est de plus en plus recensé, catalogué, mesuré. Sans doute aussi la navigation à vapeur n’a pas subi de métamorphose entre 1855 et 1878. Cependant le matériel de la navigation transatlantique s’est considérablement amélioré, et a rendu les échanges plus prompts et plus faciles. Là où il n’y a pas eu de progrès par la nouveauté, il y a des progrès parla dimension des effets produits. Ce sont des victoires sur le temps et sur l’espace qui d’abord ont marché lentement, puis plus vite, puis très vite, et qui maintenant sont foudroyantes.
- En même temps que, grâce à la vapeur, 011 transporte les personnes et les fardeaux avec cette rapidité, on transporte la volonté instantanément an moyen du télégraphe. 11 me faut dix jours pour aller de ma personne à New-York; il ne faut (pie quelques minutes pour y transmettre mes ordres. Je puis me renseigner dans la journée sur les affaires publiques ou privées; donner des ordres d’acliat ou de vente, échanger des valeurs par correspondance.
- Les leux qu’on allumait autrefois sur les montagnes pour annoncer les grands événements ont été peut-être connue
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- une première ébauche du télégraphe. Les signaux de marine s’en rapprochaient encore davantage. Le télégraphe aérien de Ghappe n’a été officiellement établi qu’en 1794. Les contemporains éprouvèrent un double sentiment: d’abord, ils furent enthousiasmés de la découverte: en second lieu, ce nouveau moyen de correspondance leur parut si naturel qu’ils s’étonnèrent qu’on s’en fût avisé si tard. La Convention reçut en séance, le 13 fructidor an 11 (3o août 179Û), la nouvelle de la prise de Gondé. Condé-sur-l’Escaut est à 5o kilomètres de Lille, à 286 kilomètres de Paris. La nouvelle avait mis deux heures à parvenir W. Aujourd’hui,
- (l) On lit dans le procès-verbal de la séance de la Convention du 13 fructidor an n(3o août179/1) :
- ffCarnot monte à l'a tribune. On entend ces mots : rrCondé est repris.» Les plus vifs applaudissements éclatent dans toutes les parties de la salle.
- ff Carnot. Voici le rapport du télégraphe qui nous arrive à l’instant : ff Cornlé ffêtre restitué à la République.» (Vifs applaudissements souvent répétés ou milieu des cris de Vive la République!) ff Reddition avoir eu lieu ce matin ;t ff 6 heures.» (Les applaudissements se renouvellent en se prolongeant longtemps.)
- ffGossuiN. Condé est rendu à la République : changeons le nom qu’il portait ffen celui de Nord-Libre.» (Adopté.)
- tf Gambon. Je demande .que ce décret soit envoyé à Nord-Libre par la voie ffdu télégraphe.» (Adopté.)
- ftGiioMET(de Marseille). Je demande qu’en môme temps que vous apprenez fraCondé, parla voie du télégraphe, son changement de nom, vous appreniez ff aussi à la brave armée du Nord qu’elle continue à bien mériter de la patrie.» ( Adopté. )
- frQuelqucs heures après, le président (Merlin, de Thionville) interrompit la discussion des actes du Comité de salut public pour faire à l’Assemblée la communication suivante : ff J’annonce à l’Assemblée que le télégraphe a rendu ff compte à l’année du dernier décret qu’elle a rendu.
- ff Voici la lettre qu’il nous transmet :
- ff A Paris, i3 fructidor, l’an n' de la République, à G heures du soir.
- ff Je t’annonce, citoyen président, que les décrets de la Convention nationale
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- par le télégraphe électrique, la transmission est presque instantanée. 11 n’y a guère de délai que pour la transcription et le transport de la dépêche au logis du destinataire.
- Nous ne songeons plus à nous étonner du télégraphe, tant il est rapidement entré dans nos mœurs. Le télégraphe électrique était inventé avant le télégraphe aérien. Franklin en avait eu la première idée. En France, Ampère et Babi-net proposèrent, en 1822, un télégraphe électro-magnétique; plusieurs savants, en Amérique et en Europe, s’en occupèrent. L’idée ne passa dans la pratique que grâce à la construction des premières lignes de chemins de ter, qui en démontrèrent la nécessité et en rendirent l’application possible. Nous fûmes devancés par la Bavière, la Belgique et l’Angleterre. C’est seulement en 1.845 qu’un premier service télégraphique fut établi entre Paris et Bouen. Six ans après, progrès nouveau et considérable : un télégraphe sous-marin reliait la France à l’Angleterre. 11 fut livré au public pour la première fois le 29 septembre 1851.
- Il restait à faire circuler l’appareil à travers les océans immenses. C’est aujourd’hui un fait accompli. Un négociant de Paris ou de Londres donne ses ordres à son agent de New-York et reçoit la réponse avant la fermeture de la Bourse de Paris. Toutes les places de commerce du globe seront ainsi reliées à mesure que le besoin s’en fera sentir.
- fMjui annoncent le changement de nom de Coudé en celui de Nord-Libre et celui (jui déclare que l'armée du Nord ne cesse de bien mériter de la patrie ffsont transmis à Lille; j’en ai reçu le signal par le télégraphe.» (Vifs applaudissements.) (rJ’ai chargé mon préposé à Lille de faire passer ces décrets a (tNord-Libre par un courrier extraordinaire.» (On applaudit.)
- » Signé : Chappë, ingénieur géojfraplte.»
- *(L’iusertiou de cette lettre au Bulletin est décrétée.)»
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- Ce n’est plus qu’une question de dépense. Le monde devient commode à habiter. Il devient en même temps plus petit. Il perdra peu à peu de sa variété par l’acclimatation continue des espèces et l’uniformité du travail humain.
- La classe 65 exposait un spécimen du câble sous-marin qui relie télégraphiquement l’Europe et l’Amérique. D’autres transformations du télégraphe auront pour résultats prochains de remplacer les fils aériens par des fils souterrains, mieux garantis contre des accidents de diverse nature, et d’accélérer la transmission en rendant l’opération plus rapide. L’abaissement du prix des télégrammes et les dernières conventions internationales ont tellement multiplié les correspondances, que les administrations ne peuvent plus, avec les procédés actuels, transmettre la totalité des dépêches. Une conversation générale s’est établie entre toutes les populations du monde. Peut-être quelque jour en entendrons-nous le bruit : il suffit pour cela que M. Gra-ham Bell ou M. Edison donne une dernière retouche au téléphone.
- Il était impossible que la vue des oiseaux ne donnât pas à rhomme l’idée de s’enlever dans les airs. Le premier aérostat qui obtint un résultat sérieux ne remonte pourtant qu’au 5 juin 1783. Il était imaginé et construit par Joseph Montgolfier, papetier d’Annonay. 11 s’éleva à une hauteur de i,5oo mètres, resta suspendu dans les airs pendant dix minutes et alla s’abattre à environ a,5oo mètres de son point de départ. On lui donna h; nom de montgolfière. Le public battit des mains à ce spectacle; les savants s’v intéressèrent comme à une expérience de physique du plus haut intérêt. Charles, Robert, Pilaire de llozier, le marquis d’Arlandes, entreprirent des ascensions et perfection-
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- nèrent le système. On sait que Pilatre de Rozier trouva la mort dans une de ses expériences. Blanchard et Jeffries parvinrent à traverser la Manche, le 7 janvier 1785; mais ils n’avaient pas la puissance de diriger leur ballon; ils ne faisaient que le livrer aux vents sans aucun moyen de leur résister.
- La Convention, sur la proposition de Guyton de Morveau, essaya de transformer les ballons en machines de guerre, ou, tout au moins, en moyen d’exploration pour connaître les dispositions de l’ennemi. Goutellc, nommé chef d’une compagnie d’aérostiers, demeura neuf heures en observation pendant la bataille de Fleurus (26 juin 179/1). Le danger était terrible; car s’élever au delà de la portée des projectiles, c’était se rendre inutile; descendre au-dessous, c’était courir à la mort. L’impossibilité de diriger sa course et les oscillations de la nacelle obligèrent l’administration de la guerre à renoncer à l’emploi des aérostats.
- Ils avaient repris grande faveur dans le public, vers 1802, grâce à l’aéronaute Garnerin, qui usa le premier du parachute, dont Blanchard était l’inventeur. La vogue des ballons recommença à la fin du second empire; M. Godard, M. Nadar et quelques autres y contribuèrent. On eut recours à ce moyeu pendant le siège de Paris (1870-1871) pour faire passer des hommes et des dépêches par-dessus l’armée prussienne. C’est ainsi que M. Gambetta quitta Paris pour aller prendre à Tours la direction du Gouvernement. Les ballons pouvaient partir de la place assiégée, et ils partaient à la grâce de Dieu, puisqu’il y eu eut un qui fut poussé jusqu’en Suède, mais ils ne pouvaient pas y revenir. Noire plus illustre constructeur de navires, M. Dupuy de Lomé, crut qu’il parviendrait à construire un ballon à hélice, dont il dirigerait Li
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- course dans les airs. Si la réussite avait été complète, l’Exposition de 1878 aurait eu son grand coup d’éclat. Le ballon de M. Dupuy de Lomé s’éleva de Vincennes dans la journée du 2 février 187 2, et atterrit à Noyon. En deux heures de temps, il avait parcouru 106 kilomètres, et s’était assuré, par l’emploi d’un anémomètre spécial, que huit hommes tournant l’hélice pouvaient imprimer au ballon une vitesse de 2m,82 par seconde, et permettre au ballon de suivre une direction faisant un angle de 12 degrés avec celle du vent, qui soufflait avec une vitesse de 16 à 17 mètres par seconde. Le gouvernail avait parfaitement fonctionné et le cap avait été maintenu dans la direction du vent. Le point fait dans la nacelle, en combinant la vitesse du ballon emporté par le vent, quand on rendait l’hélice immobile (vitesse obtenue par un relèvement direct sur la terre), avec celle que lui imprimait l’hélice, déduite à son tour du mouvement de l’anémomètre, avait été fait aussi exactement que dans la cabine d’un navire, et la descente effectuée au lieu désigné avait eu lieu avec un plein succès, malgré la vitesse du vent (17 mètres par seconde) qui souillait en ce moment. Enfin, uji résultat important de cette expérience, c’est la stabilité de la nacelle, due à un nouveau mode de suspension, imaginé par M. Dupuy de Lomé. «Elle n’éprouvait, dit-il, aucune oscillalion sous l’action des huit hommes appliqués au travail de l’hélice, et plusieurs personnes pouvaient se porter à la fois à gauche ou à droite, ou de l’avant à 1 amère,
- «ans qu’on s’aperçut d’aucun mouvement , pas plus que sur le parquet d’un salon, v
- II reste maintenant trois problèmes à résoudre. Il laut d’abord qu’on parvienne à gonller le ballon d une manière plus économique; il faut ensuite quon puisse le garder a
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- l’aise, gonflé, dans un lieu clos, afin de pouvoir l’en faire sortir au moment convenable pour le voyage; c’est comme si l’on disait qu’il faut un port à ce navire aérien; enfin, et c’est le plus important des trois problèmes, il y a lieu à de nouveaux essais pour substituer une machine motrice au poids des hommes d’équipage qui ont fonctionné dans cette première ascension. M. Dupuy de Lomé assure qu’avec ce même poids on pourrait obtenir une force de huit chevaux qui ferait faire à son ballon 22 kilomètres à l’heure dans un air supposé immobile. Cette vitesse permettrait, dans les jours calmes, et il y en a beaucoup de ce genre dans l’année, d’aller dans les directions qu’on aurait choisies et de revenir au point d’où l’on serait parti... Si quelqu’un conteste ces résultats et crie à l’impossible, comme c’est l’usage pour tout ce qui est important et nouveau, il n’est pas digne d’être le contemporain des chemins de fer, du gaz éclairant, du télégraphe, de la photographie, de la galvanoplastie et du téléphone.
- Maintenant que nous avons vu comment les hommes se rapprochent entre eux et échangent leurs pensées et leurs richesses, voyons comment ils s’établissent chacun dans leurs domiciles, et comment ils y pourvoient à leurs besoins et à leurs plaisirs.
- O11 a beau raffiner, tous nos efforts convergent vers ce triple but : la maison, la nourriture et le vêtement. — Mettons cependant à part, comme dans une arche sainte, h‘s aspirations vers l’idéal.
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- CHAPITRE IV.
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- I
- La maison était représentée à l’Exposition par la section 3 du groupe I (architecture) et par le groupe,III. tout entier (ameublement).
- Par un côté, l’architecture touche au grand art; elle est, parmi les arts, un des plus merveilleux et des plus puissants; par un autre côté, elle touche à l’industrie; elle est, parmi les industries, une des plus répandues et des plus nécessaires. Ce double caractère la met tout à fait à part : il faut quelle réponde aux plus nobles besoins de l’esprit et qu’elle satisfasse aux plus indispensables exigences de la vie. Gréer un palais ou un temple qui ravisse l’imagination; bâtir, sans trop de frais, une maison salubre et commode, voilà la double et difficile tache qu’on attend du meme artiste. Il ne faut pas fui dire : cc Soyez plutôt maçon, d II doit être maçon, puisqu’il est architecte. Le génie môme ne le dispense pas de l’habileté professionnelle. Celui qui a jeté dans les airs la coupole de Saint-Pierre savait comment on bâtit un mur pour le rendre indestructible.
- Le grand art est toujours près du rêve et de la jeunesse, et cela est aussi vrai dans la vie que dans l’histoire. On commence par deviner, on finit par chercher. Il est vrai que la seule possession solide est celle qui suit la recherche. La perfection psychologique est l’accord de la poésie et de la
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- science, comme la perfection métaphysique est l’identité du beau et du vrai. Dans la marche de l’humanité, la science augmente toujours; l’art décroît au lieu de progresser.il va d’Homère à Virgile, et de Virgile à la Henriade. De meme, dans les arts plastiques. H y a deux courants : la poésie qui descend, et la science qui monte.
- Nous n’avons pas l’œuvre de Phidias; c’est à peine si un sculpteur vivant oserait se comparer à lui. Venons beaucoup plus près : prenons Michel-Ange. Quel est celui de nos grands sculpteurs qui le dépasse ou l’atteigne? En peinture, où est le rival du Titien, l’égal de Raphaël? Et en architecture? A quelque antiquité que l’on remonte, on trouve des chefs-d’œuvre. L’homme a deviné le sublime avant de trouver le nécessaire.
- Non seulement nous avons les chefs-d’œuvre de l’art grec, de l’art romain, les chefs-d’œuvre si différents, et pourtant si admirables, de l’art égyptien; mais on a retrouvé, en diverses parties de l’Asie, des édifices élevés plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne, par des peuples évidemment parvenus à la civilisation la plus éclatante, et dont tout a péri depuis des siècles, excepté ces ruines gigantesques. On a pu décrire avec une sorte de précision les palais et les temples de Rabyîone, ceux de Ninive. Rien au delà de l’Euphrate et même du Gange, sur les rives du Cani-bodge, en traversant des forets qu’aucune route ne sillonne, on découvre tout à coup le temple ou le palais d’Angeor VVliât, avec ses tours innombrables, ses immenses portiques, ses avenues bordées de statues géantes. L’art kmehr a pi'°" digué, dans ces contrées lointaines, sur la frontière même de la Chine, les traces bizarres et puissantes de son génie architectural.
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- Depuis la découverte des villes enfouies de l’Assyrie, par MM. Botta et Layard, la découverte des cités ruinées du Cambodge est le fait le plus important qui se soit produit pour l’iiistoire de l’art en Orient W.
- Les artistes qui ont élevé, il y a des milliers d’années, le
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- temple d’Angcor, le palais de Belus, les pyramides d’Egypte, connaissaient toutes les ressources de l’art de bâtir. Ils disposaient de richesses incalculables; ils avaient à leurs ordres tout un peuple d’ouvriers; ils employaient les bois les plus incorruptibles, les métaux les plus précieux. Parmi les nombreux sculpteurs qui leur prêtaient leur concours, il se rencontrait aussi des hommes de génie; on peut s’en convaincre en étudiant les monuments égyptiens. La statue de bois qu’on a trouvée dans le tombeau de Psammétik est un portrait d’une vérité saisissante et d’une perfection achevée,, quoique le sculpteur soit mort, à coup sur, depuis dix mille ans. Les bijoux en or, en argent, finement ciselés, ornés de pierres précieuses : broches, bracelets, pectoraux, diadèmes, pendants d’oreilles, chaînes émaillées, coupes élégantes, petites statuettes, objets d’art représentant un vaisseau avec son pilote et ses rameurs, une course de chars, une bataille, donnent depuis des siècles dans les cellules des tombeaux, comme pour montrer chez ces vieux peuples la coexistence des merveilles délicates et des (ouvres grandioses. L’Amérique a aussi des ruines antérieures à la découverte et à la complète, restes magnifiques d une histoire et d’une civilisation inconnues. Partout dans l’ancien monde et dans le nouveau, ce que les peuples laissent après eux en disparaissant de la scène ou en cessant d y jouer les pre-
- Voir le Voyage (Vexploration en Iiido-Chine, par trancis (larnicr. Paris, fEchelle, i8y3.
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- miers rôles, ce sont des temples, des palais et des tombeaux : tombeaux de princes, qui sont encore des palais. Nous connaissons surtout les anciens par leurs dieux et par leurs rois.
- S’il fallait une démonstration de cette vérité, que l’homme, qui trouve si difficilement l’utile, atteint le beau et le sublime du premier coup, la Grèce nous la fournirait. Quand Périclès voulait faire un voyage, il se faisait traîner à quelques lieues d’Athènes dans un char dont la forme était élégante, mais dont le cahos était horriblement dur, et qui ne le garantissait ni du soleil ni de la pluie. Il allait, par des routes impraticables, tant que ses chevaux pouvaient marcher, parce que les relais lui étaient inconnus. La plupart de ses contemporains, ceux même qui avaient le droit de voter dans Ydyopd, sortaient tout nus, les uns par goût, un grand nombre par nécessité, car les femmes de l’Attique ne suffisaient pas à filer et à tisser assez de laine pour babiller tout le peuple. Mais s’ils s’arrêtaient pour écouter un rapsode, s’ils assistaient à un spectacle, s’ils se pressaient autour de la tribune aux harangues, ils n’entendaient qu’IIo-mère, Eschyle, Sophocle, Euripide, Démostliène, Périclès. S’ils montaient au temple, Phidias et Praxitèle l’avaient orné. Un artiste de génie avait choisi l’emplacement , réglé toutes les proportions, dessiné l’immense escalier, les élégantes colonnades, distribué avec un goût infini tous les ornements. Us pouvaient, à un détour, rencontrer Platon cheminant au milieu de ses disciples, agitant les problèmes les plus subtils et les plus délicats de la philosophie, racontant les siècles écoulés et la fable de l'Atlantide, ou devinant les futures découvertes de l’astronomie et réglant ce qn U appelle, dans sa langue inspirée, les chœurs de danse des dieux immortels.
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- Aristote, qui fut le précepteur et le ministre d’Alexandre, tout en suffisant à l’administration d’un vaste empire, sondait les profondeurs de la métaphysique, étudiait l’âme humaine dans ses plus secrets replis, dictait des lois à l’art de penser et à l’art d’écrire, concevait un système complet de morale, et, devançant l’humanité de plusieurs siècles, s’emparait le premier du domaine de l’histoire naturelle.
- Rome, qui est beaucoup plus près de nous par le temps et par le génie, et dont la domination a été si longue et si universelle, ne nous a pas seulement laissé des temples, des palais, des théâtres. On sent dans ses travaux la recherche de l’utile; et cette préoccupation n’en exclut pas la majesté. On admire ses ponts, ses aqueducs, ses routes et jusqu’à ses/loaques. Ce grand peuple a été, par excellence, le grand architecte.. Il savait bâtir, même pour les usages privés et pour les classes moyennes. Nous avons retrouvé sous la terre les maisons des simples particuliers, les rues, les jardins, les ateliers, les boutiques, avec les ustensiles de la vie commune. Tantôt, c’est la nature, par une grande catastrophe, qui s’est chargée de nous conserver une ville intacte; ailleurs, ce sont les Romains qui ensevelissaient tout un quartier, sans le détruire, pour construire par-dessus une ville plus magnifique. .
- Cependant, si les plus anciennes maisons dont nous avons gardé les ruines sont déjà des monuments remarquables, il y a eu, avant elles, un temps où il n’y avait pas de maisons.
- . . . nemora al<|ue ravos montas sylvasque colebant,
- El. Initiées inler condebant s<|iialida membra,
- Verbera venlorum vilare imbres(|iie roaeti Rf
- (1) Lucrèce, liv. V, v. <j5/i.
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- Et quand l’art de bâtir a été connu, quand il a produit ses merveilles, la barbarie qui l’avait précédé n’a pas disparu : elle s’est déplacée. La barbarie a constamment côtoyé la civilisation. Il y avaità Athènes un foyer lumineux, et, au delà de ce foyer, les ténèbres. Quand le peuple romain se mit en marche pour vaincre le monde, il trouvait, en avançant autour de lui, la civilisation de plus en plus décroissante et enfin l’absence de civilisation. Voici comment Vitruve, écrivain du siècle d’Auguste, se représente les premières habitations humaines : rr D’abord les hommes, plantant des fourches et les entrelaçant de branches d’arbres, firent des murailles en les enduisant de terre argileuse. Quelques-uns, formant des blocs de terre grasse desséchée, en construisirent des murailles; puis, posant des pièces de bois en travers, recouvrirent le tout de roseaux et de feuilles d’arbres pour se garantir de la pluie et des ardeurs du soleil. Mais, parce (pie ces couvertures ne résistaient pas aux mauvais temps de l’hiver, ils inclinèrent les combles, en ayant soin de les enduire d’argile pour faciliter l’écoulement des eaux.
- crCe qui prouve (pie les premiers bâtiments ont été construits de cette manière, c’est (pie nous en pouvons voir aujourd’hui de pareils chez les peuples étrangers, comme dans les Gaules, en Espagne, en Portugal et en Aquitaine, où les maisons sont couvertes de bardeaux de chênes fendus ou de sarments... A Athènes, on montre encore, comme une chose curieuse à cause de son antiquité, les toits de l’Aréopage, faits de terre grasse; et, dans le Capitole, la cabane de Homiilus, couverte de chaume, peut faire comprendre cette manière primitive de procéder ù). n
- (1> Vitnivo, liv. Il, rluip. m.
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- A l’époque où Vitruve écrivait ainsi, il pouvait penser que Rome pousserait ses conquêles jusqu’aux limites du inonde habité; ni lui, ni aucun Romain n’aurait imaginé qu’un peuple barbare, quel qu’il fût, arrêterait la marche triomphante des armées romaines, encore moins qu’un jour viendrait où les légions lâcheraient pied de toutes parts, où Rome serait au pillage, où les sciences, les lettres, les arts, disparaîtraient pour longtemps, emportant dans la nuit jusqu’au souvenir de la gloire romaine. Les contemporains d’Auguste, ceux de Périclès, ne voyaient pas plus clairement le passé que l’avenir. Ils avaient leur histoire, qui ne remontait pas très haut et visait plus à l’éloquence qu’à l’exactitude; avant l’histoire, ils avaient la légende, que le vulgaire acceptait les yeux fermés, que les savants essayaient à peine de commenter et d’interpréter en souriant. On plaçait au début quelque théogonie qui arrêtait les recherches et la pensée. L’art de l’histoire est très ancien; la science de l’histoire est toute moderne.
- Dans le naufrage général des arts et des sciences qui suivit la chute de l’empire romain, c’est peut-être l’arcliilec-ture qui se releva la première. Le style roman, dans sa simplicité, a souvent de la majesté et même de la grâce. J,es vieux châteaux dont il reste des débris ne doivent pas toute leur beauté au caprice des siècles qui les ont mutilés et à la puissante nature qui les recouvre en partie de sa végétation. Les grandes églises gothiques apparaissent de bonne heure; et cette forme nouvelle de l’art, qui ne rappelle ni l’Orient, ni la Grèce, ni Rome, passe rapidement par une suite de transformations admirables, avant l'époque de la Renaissance. Aucun pays n’a de plus belles églises gothiques (pie le notre; aucun n’a de plus beaux vestiges de
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- de l’architecture militaire et civile de ces siècles à demi barbares. Saint-Pierre de Rome, la cathédrale de Florence, celle de Milan, sont des édifices magnifiques; mais nous avons Reims, Amiens, Paris, Rouen, Chartres, Rourges, Caen, le mont Saint-Michel; les chefs-d’œuvre de l’art chrétien abondent sur notre sol. Dans un genre tout différent, nous avons Coucy et Pierrefonds, des merveilles, moitié palais, moitié forteresses. Rlois, Chambord, Chenonceaux et tant d’autres édifices prouvent le génie de nos architectes à une époque plus rapprochée, sans parler du Louvre, des Tuileries, du Luxembourg, de Versailles.
- C’est à partir de la Révolution que la décadence de l’architecture se manifeste en France et, en même temps, il faut le reconnaître, chez la plupart des peuples. Le triomphe de la philosophie n’a pas été celui de l’art. Pendant près d’un demi-siècle, nos écoles nous donnent, au lieu d’artistes, des érudits. On n’invente plus, on copie; et même on ne sait ni choisir ses modèles, ni les copier avec fidélité. Les monuments grecs ou romains, reproduits par les maçons du premier empire, sont d’une pesanteur écrasante. Cette architecture, inventée pour le soleil, perdrait en partie sa majesté et sa grâce si on la transportait ici telle qu’elle était, mais on ne nous en donnait que des copies maladroites jusqu’au ridicule. Qu’il s’agît d’une église, ou d’un tribunal, ou d’une mairie, on revenait toujours à la même lourde colonnade, au même fronton triangulaire. Les architectes de tous les pays semblaient s’être donné le mot pour adopter un type qui est la caricature grossière de l’art grec et de lait romain, et qu’ils nous imposaient sans trêve ni merci, l’employant à tous les usages et pour toules les villes, grandes ou petites, en variant seulement la dimension. Et ceux qui
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- nous affligeaient de ces tristes bâtisses n’étaient pas des ignorants. Non; les anciens monuments, ceux du moyen âge, de la Renaissance, de Louis XIV, de Louis XV, leur étaient connus; ils les avaient étudiés, décrits, reproduits par le dessin. Mais, dès qu’il s’agissait delà pierre, la Bourse et la Madeleine de Paris leur revenaient à l’esprit, et il y avait sur eux comme une malédiction qui les contraignait à les recommencer sans cesse, en les alourdissant et en les appauvrissant toujours. On disait à cela, pour nous consoler, qu’on ne peut plus bâtir de belles églises, quand on n’a plus la foi religieuse, ni de beaux palais, ni de beaux hôtels de ville, quand il n’y a plus dans une société ni croyance, ni religion, ni poésie. C’est un arrêt bien vite prononcé et auquel ne souscrivent d’ailleurs ni la sculpture, ni la peinture, ni la musique, ni les lettres.
- Le premier soulagement que nous avons eu a été fabandon du style pseudo-romain. Après en avoir abusé pendant trente ans et plus, on l’a quitté tout à coup pour imiter le gothique, imitation, je l’avoue, aussi imparfaite que la précédente. Ce n’était pas une amélioration; c’était au moins un changement.
- Enfin, les efforts persévérants de quelques grands artistes ont amené un commencement de résurrection. En attendant de créer des œuvres nouvelles, on a rendu la vie â d’anciens chefs-d’œuvre. Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle, Picrrefonds, Blois, Avignon, Carcassonne, ont reparu, grâce» à des restitutions intelligentes, lels qu’ils étaient au jour de leur gloire. Cet art de refaire, quand il est poussé, comme chez Viollet-le-Duc, bien près de la perfection, exige ou tant de goôtet de jugement que d’érudition. Il exige même de l’imagination, et, dans les détails, une imagination très
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- puissante et très variée. On ne saurait trop savoir gré aux maîtres actuels de la passion qui les anime pour nos vieux monuments, quand on se rappelle l’état lamentable de Notre-Dame de Paris il y a quarante ans, les Archives installées dans la Sainte-Chapelle, Saint-Germain-l’Auxerrois transformé en mairie, la tour Saint-Jacques entourée d’échoppes qui la cachaient aux regards de tous les côtés, Saint-Denis dévasté et plus semblable à une ruine qu’à un monument public. 11 suffit de comparer la portion des galeries du Louvre érigée sous l’empire le long de la rue de Rivoli, modèle achevé de pesanteur et de style ennuyeux, avec les riches et élégantes constructions de M. Lefuel, pour comprendre que nous revenons de i’engour-dissement à la vie. On ne saurait oublier (parmi les morts)
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- ni Duban, l’architecte de l’Ecole des beaux-arts, le restaurateur du château de Blois, ni Lassus, mort si jeune, et qui était l’architecte de la Sainte-Chapelle avant M. Boesvvill-vvald, ni Labrouste, qui a construit nos deux grandes bibliothèques, ni Vaudoyer, l’auteur de la cathédrale de Marseille, ni son successeur Espérandieu, ni Hippolyte Le Bas, ni Hiltorf, ni Baltard. Celui-ci est l’habile constructeur des Halles centrales de Paris; ce qui nous transporte tout a coup dans un inonde bien différent de celui des cathédrales.
- Pour réussir dans ce monde plus terrestre, et pour y créer de belles œuvres, la loi du moins n’est pas nécessaire. Quand un siècle ne peut pas s’élever jusqu'à la poésie, c’est quelque chose encore d’avoir de belle prose.
- Disons-le nettement. Il faut moins d’inspiration, il h|,d autant de génie architectural pour construire une halle que pour élever une église. Nos immenses villes, nos chemins de 1er, ouvrent en ce genre à l’art de l’architecte et.de l’inge-
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- nieur des perpectives nouvelles et considérables. Les gares de chemins de 1er ont donné lieu de bâtir de beaux vaisseaux, couronnés par de merveilleuses charpentes. Dans les plus grandes capitales de l’Europe, les théâtres ont voulu se donner des palais. Puis sont venus les serres splendides et les palais de cristal. Le goût s’est épuré; la critique, la science, ont fait de grands progrès. Ces dernières années ont vu la reconstitution du pavillon de Flore et du pavillon de Marsan, qui, au moins au point de vue décoratif, peuvent passer pour des créations, le Palais de cristal de l’Exposition de Londres en 1851, l’opéra de Vienne, celui
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- de Paris, l’Ecole des beaux-arts de Paris, le Palais de justice, qui a valu à M. Duc un prix de 100,000 francs. Nous avions, à l’Exposition meme, le palais du Trocadéro, le pavillon de la ville de Paris, la fameuse rue cosmopolite, et surtout la grande galerie de verre qui s’étendait, parallèlement à la Seine, en face du Trocadéro. Il serait souverainement injuste de méconnaître la beauté de ces grandes cages de verre, surtout quand, â cette lumière et à cette légèreté, on dorme habilement le support de quelques massifs qui reposent et arrêtent la vue. Les verrières nouvelles n’ont rien de commun avec les vitraux du moyen âge, qui sont des joyaux magnifiques; mais cela est hardi, nouveau,plein de soleil. Sèvres, les Gobelins, les joyaux orientaux du prince de Galles, l’exposition entière du Canada, et tant d’autres merveilles, tenaient à l'aise dans ce joyeux et immense vestibule, d’où la vue était admirable, et qui était lui-même un admirable point de vue pour la terrasse du Trocadéro.
- Et que dire du palais même du Trocadéro? de ce palais dont les tours ont 80 mètres de hauteur, qui s’élève à
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- 3o mètres au-dessus des berges du fleuve, qui est de tous côtés entouré de vastes espaces, de cascades, de jardins embaumés, de chalets, de statues, et qui domine une vue magnifique sur la ville, la rivière et la campagne? .l’avoue que cette rotonde est peut-être un peu vulgaire; qu’elle ressemble au chevet d’un monument, tandis que les deux galeries en retour annoncent une façade ; que ces deux tours dont elle est flanquée ne sont remarquables ni par la majesté ni par la légèreté; l’ensemble ne frappe pas comme un chef-d’œuvre, il a laissé le public indécis. Cependant il y a de la simplicité, nulle recherche vaine, une certaine grandeur. Les tours ne sont ni des clochers ni des sémaphores. Le palais a bien l’aspect d’un édifice destiné à des fêtes; il est admirablement disposé pour fournir des points de vue; à l’intérieur, la grande salle a du caractère. Pour le dire en passant, elle est admirablement ventilée. Elle a plus de Go mètres de diamètre et peut abriter 5,ooo personnes assises sur autant de fauteuils placés en amphithéâtre. On est arrivé à donner ho mètres cubes d’air par personne et par heure, soit 200,000 mètres cubes. Le pavillon de la ville de Paris a semblé conçu avec goût et bien approprié à sa destination. Quant à la rue des palais, dont le seul tort était de 11e pas être assez large, jamais idee décorative 11e fut plus heureuse et mieux à sa place. Entendons-nous cependant : comme rue, elle serait absurde par le défaut d’unité; comme exposition, elle était ravissante.
- Cependant, même depuis cette vie nouvelle de l’architecture, on entend dire partout : mais où est le grandiose dans tout cela? Où est l’idée ? Où est le neuf? Voilé beaucoup de science, mais la création? Voilà du talent, niais le génie? Où est le type qui leur appartient? Où est larcin-
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- tecture du xixe siècle ? Il nous faudrait des maîtres, et nous n’avons que des copistes ou des éclectiques.
- Des copistes ! C’est là en effet le grand mot. On en veut à nos architectes de leur science, qui est indiscutable. On croit que leur érudition étouffe leur imagination. Meyerbeer me disai t un jour : ce Je ne puis plus entendre un air nouveau sans le reconnaître. r> Mais Meyerbeer, qui était un savant, était en meme temps créateur. Nous avons des créateurs en musique. Nous pouvons en avoir, et nous en avons, en architecture.
- M. Vaudremer, qui a fait le rapport sur la 3e section du groupe I, c’est-à-dire sur l’architecture, n’a vu dans l’archi-
- tecture que le côté de l’art, par la raison toute naturelle qu’on n’avait exposé que celui-là. Il s’est montré un peu sévère, ce qui est permis à un maître. Il est pour les exposants ce que le public est pour tous les architectes. Il leur accorde de la science; il leur refuse l’imagination. La rue de llivoli l’importune, comme beaucoup d’autres personnes. Pi ise en elle-même, elle est monotone; elle abuse de la symétrie; elle remplace la vue des magasins, seul spectacle qui nous console de l’aridité de nos façades, par des colonnes imitées de Bologne, dont on n’a pas importé ici le soleil. Mais enfin cette rue de Rivoli, si admirée lors du premier empire, ou cette avenue de l’Opéra, qui était l’idéal du second , ne saurait-on les laisser à leur place, puisqu’elles y sont, dit M. Vaudremer? Quelle nécessité y a-t-il de copier indéfiniment, dans tous les pays du monde, et sous toutes les latitudes, ces maisons et ces alignements? En sera-t-il de nos maisons comme de nos costumes? Est-ce une si belle chose d’avoir renfermé tout le xixc siècle, hommes et lemmes, dans le même paletot-sac? Faut-il aussi qu’on le
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- loge dans le même rectangle? Nos pères, dit M. Vaudremer, avaient du goût et de l’imagination. Je crois bien qu’il dit cela pour les palais; mais j’aime mieux l’entendre à la fois pour les palais et pour les maisons, et sinon pour les agencements des maisons, qui, je l’avoue, n’avaient pas le sens commun, au moins pour les façades, qui étaient souvent originales et réjouissantes. 11 n’y a qu’à ouvrir Les plus excellents monuments de France, pour savoir que nous ne sommes en arrière d’aucun peuple en fait d’architecture. Nos églises gothiques ne le disent-elles pas assez haut? Ne nous reste-t-il pas de ravissants châteaux et palais de toutes les époques, depuis Pierrefonds jusqu’au château d’Anet, à Chambord et au Louvre? Combien de jolies maisons du moyen âge n’avions-nous pas, à Rouen, par exemple, à Troyes, et jusque dans nos petites villes: à Vitré, à Fougères, à Dol? Tout cela tombe de lassitude. On les pousse quelquefois, et c’est bien dommage! 11 est possible que
- I absurde maison qu’on met à la place soit plus commode à habiter, plus facile à louer. Mais enfin, si l’on veut écouter M. Vaudremer, on remplacera la charmante maison qui était vermoulue et malsaine, par une maison commode et bien bâtie, qui aura au dehors sou originalité et sa grâce. Ce qu’il imagine de mieux pour arrivera cela, c’est de multiplier les écoles d’architecture, en se rappelant qu’après lout la France de Toulouse et celle de Lille ne sont la même Fiance qu’au point de vue de l’administration et de l’impoL
- II voudrait que tous les arts et toutes les sciences accessoires fussent enseignés dans ces écoles, mais non pas 1 f'T de bâtir proprement dit. Elles attireraient des maîtres, parce qu’elles attireraient des disciples, et ces maîtres enseigneraient dans leurs ateliers, pour y enseigner librement, ce qlU
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- est la seule manière de bien enseigner, an moins en l’ait d’art. La liberté ! que M. Vaudremer soit béni pour en avoir fait l’apologie! Si quelqu’un a des doutes sur l’utilité d’une réforme ainsi entendue, qu’il se condamne à visiter, d’un bout de la France à l’autre, les quatre colonnes toscanes, élevées sur buit ou dix degrés et coiffées d’un triangle en guise de fronton, dont nous avons pendant trente ans affligé tous les chefs-lieux de département, sous prétexte de mairie, de palais de justice, ou meme d’église!
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- Nos architectes sont surtout ravis de bâtir des églises, des palais, des hôtels. De toutes leurs qualités diverses, celle qui leur plaît le plus est la qualité d’artiste, cela se conçoit. Il nous sera bien permis, à propos d’une exposition de l’industrie, de penser un peu à la maison de tout le monde.
- Les hommes se logeaient mal, dans les temps de barbarie: pour le seigneur, une forteresse aussi incommode que redoutable; pour le serf, une cellule, presque un chenil. C’est encore pis chez les sauvages, qui vivaient dans des cavernes ou sous la tente. Même à des époques très rapprochées de nous, il semble que l’art de s’établir commodément dans sa demeure ait fait bien lentement des progrès. A certaines époques, où l’on bâtit des palais somptueux, merveilleux, immenses, si le hasard fait qu’on ait conservé à côté le logement des serviteurs ou des gardes, il est étroit, incommode, inhabitable. Est-ce le dédain du maître, ou celui de l’artiste, (pii s’épuise à faire de belles œuvres et laisse le pauvre arranger comme il l’entendra les quatre murs où il tente de s’abriter? Légalité est une idée bien nui-
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- derne; aujourd’hui même, c’est plutôt une idée qu’un fait. Pendant des siècles de grande civilisation et de grand luxe, les richesses et les jouissances n’ont appartenu qu’au très petit nombre. Plus on étudie les détails de l’histoire, plus on arrive à s’en convaincre. Un fait psychologique assez étrange, et pourtant indubitable, c’est que les dernières classes de la société ont plus d’appétit pour les jouissances rapides et violentes que pour le bien-être calme et continu. Aux époques où elles dominent, à celles où, quoique asservies, elles sont et se sentent dangereuses pour leurs maîtres, ce qu’elles exigent, ce sont des jeux et des spor-tules, panem el circences, selon la formule romaine, qui est la formule éternelle de la multitude incomplètement éclairée. C’est le savant et rhomme d’État qui penseront pour elle aux objets d’utilité permanente; et il est vrai que, pour ce qui touche à la demeure, le riche même a souvent lait passer bien des considérations avant celles de l’utilité.
- Ne prenons que la France. Il y a une époque où la maison du riche est surtout une arme; c’est une citadelle, et quelquefois une embuscade. Pourvu qu’il y ait de fortes et hautes murailles, des créneaux, des herses et des ponts-levis, on vivra comme on pourra dans cette cage; peu im-porte qu’on y ait de l’air, du jour ou même de l’espace. Quand les mœurs perdent leur rudesse, la forteresse devient château, le château devient palais; ce n’est plus une place d’armes, c’est la cour d’un prince, aux recherches raflinées, aux fêtes élégantes. On y multiplie les salles de cérémonie, les salles de bal et de banquets, les jardins, les galeries, les colonnades, les statues, les tableaux; ce qUI manque encore, dans cette renaissance du luxe, c’est lar~ rangement commode pour le travail et l’intimité. H
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- monter, descendre, remonter, traverser des corridors, se griller devant, un âtre flamboyant, ou transir de froid à l’autre bout de la pièce. On ne peut ni chasser cette fumée, ni vaincre ces odeurs, ni atténuer ce soleil, ni, le soir, dissiper ces ténèbres. La torchère sera une œuvre d’art admirable à conserver dans un musée, mais elle ne donnera qu’une insuffisante lumière. S’il en est ainsi des palais, que doivent être le galetas et le taudis ?
- Nos villes sont encore pleines de maisons qui ont un ou deux siècles. Ne parlons pas des maisons de bois et de torchis qui touchent presque au moyen âge, et dont les derniers spécimens, souvent aussi dignes de regrets au point de vue de l’art qu’à celui de l’archéologie, achèvent de disparaître sous nos yeux. Dans Paris même, où l’étranger ne voit guère que les longues et larges avenues inaugurées par M. Haussmann, il suffit quelquefois de tourner un coin de rue pour se trouver dans une ruelle étroite dont les maisons remontent jusqu’à Henri IV. Il y en a de vastes, avec des cours, des escaliers de pierre, des salles énormes; il y en a d’étroites aussi, occupées autrefois par des artisans. Une porte basse, à coté de la boutique, vous introduit dans une allée obscure, au bout de laquelle est un escalier en limaçon qui vous conduit aux divers étages. Une chambre mal éclairée sur le devant, un cabinet noir sur une cour assez semblable à un puits, voilà l’arrangement qui se répète jusqu’à un grenier obscur, sans destination possible, réceptacle de tous les rats du quartier. Cela suffisait à nos pères, et suffit encore à bon nombre de nos contemporains, car ces quartiers archaïques sont justement ceux où grouille la population la plus épaisse. Même en parcourant les maisons riches, qui remontent à la même date, on se de-
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- mande comment on s’y prenait pour vivre dans ces grandes halles. Les locataires d’à présent s’épuisent en efforts pour rendre ces beaux hôtels habitables; ils divisent les pièces par des cloisons, placent «me cuisine ou ils peuvent, percent les fortes murailles pour obtenir un peu de jour. C’est bien pis encore, si des grandes villes on émigre dans les petites; non pas dans ces riantes petites villes toutes plantées d’arbres, qui ne sont qu’une suite de jardins et ont le meme âge que le Code civil, mais dans ces petites villes vieillottes comme il en reste tant en Bretagne, par exemple, et dans quelques recoins du Midi, qui ne s’adonnent à aucun commerce, à aucune industrie particulière, et qui n’ont aucune raison d’être là, si ce n’est parce que leurs vieilles laides maisons étaient solidement bâties, et n’ont pas meme eu besoin d’être réparées. L’antiquité a pour.ellet d’embellir la beauté, et d’enlaidir la laideur.
- 11 y a pourtant quelque chose de plus déraisonnable qu’une vieille maison laide et incommode; et c’est une maison laide et incommode qui vient d’être bâtie tout présentement. Pour la première, on se dit au moins que c’est pauvreté ou insouciance; mais celle-ci, il n’en aurait pas pins coûté de la faire propre et salubre. Chaque fois qu’une cabane succombe de vétusté, une autre, tonie semblable, sorl de terre pour la remplacer; on dirait une génération de végétaux énormes et incommodes. Le paysan refait hi cabane qui était tombée, ou copie celle du voisin, sans Ie moindre ellbrl d’imagination.
- Dans les grandes villes, on est entraîné à bâtir des maisons d’une hauteur démesurée, et à faire tenir une lannlle dans un emplacement incommode et insalubre, à cause de la cherté du terrain; pour les mêmes motifs, on serre les mai-
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- sons l’une contre l’autre. Les rues ne sont que des ruelles; les cours de service ressemblent à des puits. Dans la campagne, où l’on n’a pas les memes raisons d’être avares de terrain, on économise les matériaux; ou y aveugle les maisons, à cause de l’impôt sur les portes et fenêtres. 11 faut, hélas! payer pour avoir du jour et de l’air frais, .le ne parle pas des garnis, parce que c’est affaire de police plutôt que d’architecture; mais puisqu’on nous donne des études et des spécimens de maisons d’école, de maisons d’ouvriers, ou devrait bien nous en donner pour les maisons habitées par l’ouvrier des campagnes. Les préfets les feraient afficher, avec un devis bien étudié et bien approprié aux localités, à la porte de la mairie. On arriverait peut-être ainsi à ne pas remplacer invariablement; une vieille masure par une masure neuve. 11 y a une croisade à entreprendre contre les couvertures en chaume, les cheminées asphyxiantes, aveuglantes, les pièces non éclairées et non ventilées, les latrines infectes, les rez-de-chaussée sans plancher ni carrelage, mal garantis contre l’écoulement des eaux, la proximité des fumiers et des débris de toutes sortes; contre le mauvais aménagement des eaux, les trous sans lin, l’absence d’abattoirs et de marchés, les cimetières intallés en guise de places publiques au milieu des villages. _\l. Trélat, qui est architecte de la ville de Paris, directeur de l’Ecole d'architecture, et, de plus, fort habile orateur, devrait entreprendre cette campagne. Loger le pauvre commodément ! (irande opération politique et sociale! Il ne s’agit pas, comme on le croyait sous le second empire, de le caserner.
- Les appareils (b*, chanllage et de ventilation fermaient une classe à part, avec les appareils d’éclairage: la classe *.LL Il est assez naturel de rapprocher la ventilation, et même
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- le chauffage et l’éclairage de l’architecture. La ventilation surtout est quelque chose de presque impossible quand on cherche le moyen de l’établir dans une maison qui a été bâtie sans aucune prévision à cet égard. Le problème à résoudre est triple : introduire de l’air pur, faire sortir une égale quantité d’air vicié, ne pas promener l’air vicié à l’intérieur, mais l’expulser le plus complètement et le plus directement possible. L’architecte a deux moyens à sa disposition pour opérer la ventilation : l’injection et l’appel. On peut les employer séparément ou simultanément, et cette dernière combinaison paraît la plus naturelle « puisqu’on injecte l’air pur dans l’édifice, et qu’on appelle au dehors l’air vicié. Les hommes compétents de la classe 9.3 louaient beaucoup la ventilation de la salle du Trocadéro, du théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et de l’opéra de Vienne, celle du Palais de justice et de la salle du Sénat, dues l’une et l’autre à M. Duvoir-Leblanc. Les médecins apprécient hautement les appareils de chauffage et de ventilation que le meme constructeur a établis dans trois pavillons de l’hôpital de Lariboisière. Il est surtout urgent de bien ventiler les collèges et les écoles; car la santé des enfants est facilement altérée par un air vicié, et on frémit quelquefois en voyant cinquante enfants et davantage enfermés dans un étroit espace pendant plusieurs heures, dans certaines saisons avec un poêle allumé et des fenêtres fermées, sans qu'aucune précaution ait été prise pour le renouvellement de l’air. On fait aussi la même remarque dans les anciennes salles d’hôpitaux, où toute la science des médecins ne parvient pas à compenser l’inlection produite dans un air stagnant par l’accumulation des malades. Nous saurions gré aux architectes, s’ils ont besoin
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- de faire des économies, de supprimer quelque ornement extérieur ou quelque moulure, afin de pouvoir établir de bons appareils de ventilation. Ce qui est aussi très important, c’est de supprimer les odeurs et les émanations des lieux d’aisances. L’odeur même de la cuisine est une incommodité fâcheuse à laquelle on est souvent exposé dans les petits logements.
- De bons calorifères, des cheminées bien faites, ne donnant pas de fumée, et utilisant tout l’air chaud de manière à économiser le combustible, sont des innovations toutes modernes et d’un grand intérêt. On est arrivé à alimenter de petits fourneaux par le gaz : économie de bois et de houille pour l’atelier commun; économie de temps et d’argent pour les ménagères.
- L’éclairage, ou du moins, l’éclairage artificiel, a un rapport moins direct avec l’architecture. Soit que l’éclairage ait lieu au moyen des huiles végétales ou minérales, à l’essence ou au gaz, les appareils peuvent toujours être adaptés aux édifices, quelle qu’en soit la construction. Il est d’ailleurs nécessaire, pour prévenir les accidents, que les conduits du gaz soient apparents. Le rôle de l’architecte devient important seulement dans les salles un peu grandes, où il doit veiller à ce que la lumière se répande partout et en déterminer le foyer. L’emplacement et la composition du lustre, l’arrangement de la rampe, ont une grande importance dans les salles de spectacle, dans les amphithéâtres, etc. On a eu pendant quelque temps un certain engouement pour les plafonds lumineux, dont un des inconvénients était de rendre la ventilation plus difficile.
- Mais si l’éclairage artificiel est, à beaucoup d’égards, étranger à l’architecte, c’est lui, et lui seul, que concerne
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- l’éclairage naturel, celui qui se .fait par les fenêtres. Ici, il y a beaucoup de complications. 11 y a, pour les pauvres, la question de l’économie, à cause de l’impôt des portes et fenêtres; on trouve encore, dans les pays arriérés et misérables, des masures éclairées seulement par la porte, qui, en se fermant, plonge tous les habitants de la maison dans l’obscurité. II y a la question de climat, qui joue le principal rôle : ici, on doit se protéger contre le soleil, et là, en happer le moindre rayon. L’orientation est loin d’être indifférente à la salubrité des appartements; on voit de jolies chambres, élégantes, bien bâties, dans lesquelles sont réunis tous les éléments du confort , et où il semble qu’il soi! impossible de se bien porter, uniquement parce que l’orientation en est mauvaise. Enfin, l’éclairage a une importance plus grande qu’on ne croit pour la conservation delà vue; l’éclairage de nos maisons, surtout pour les personnes qui. lisent beaucoup ou qui se livrent à un travail délicat; l’éclairage des ateliers, on ne conçoit pas un atelier de composition ou de couture, qui n’ait pas une belle lumière, venant franchement du même côté; l’éclairage des écoles, dans lesquelles les enfants sont obligés de lire, d’écrire, de dessiner tour à tour; c’est à peine si l’on prend garde à la façon dont la lumière s’y introduit, et il en résulte des déviations ou des affaiblissements de la vue, dont on ignore plus fard l’origine. Quant aux ateliers de peintres ou de sculpteurs, il serait inutile d’insister sur la façon dont la lumière doit v être distribuée.
- Nous disions tout à l’heure que l'architecte doit être maçon; il doit être aussi archéologue. Lu véritable architecte est un archéologue, un artiste et un maçon. L'archéologue et l’artiste étaient à l'Exposition de 1878; le maçon nv
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- était pas, ou il u’y était que très accessoirement, par quelques maisons d’école. C’est très bien d’exposer des maisons d’école; on exposerait, comme en 1867, une maison d’ouvrier, que ce n’en serait pas plus mal. Il vaut mieux voir la maison de M. Ferrand, avec ses bancs, ses tables, sa chaire, et tous les autres accessoires, maison d’école où il ne manque que des écoliers, que d’étudier dans un album les plans variés, et bien conçus d’ailleurs, de M. Pompée. De même, à l’Exposition de 1867, ceux qui avaient lu avec le plus de fruit les livres de M. Muller, et qui n’avaient pas été voir ses maisons à Mulhouse, étaient bien aises d’en trouver une ou deux, toutes installées et Imites bâties dans le Champ de Mars. Quelques modèles de termes ou de maisons rurales de diverse nature 11e seraient pas de trop. Et pourquoi pas quelques maisons bourgeoises? N’y aurait-il pas lieu de récompenser l’architecte qui nous ferait des murs et des cloisons solides, de bonnes distributions d’intérieur, de bonnes cheminées sans fumée, de bonnes cuisines sans odeur, des fenêtres bien disposées pour la ventilation et la lumière, et des façades un peu plus gaies que celles qui se présentent incessamment à nous dans toutes les rues de toutes les villes? Et si les critiques se mettaient à étudier ces maisons exposées, à en relever les défauts, à y -proposer des améliorations, à rappeler, au lie-soin, ce qui se fait en Hollande, en Angleterre, en Espagne, 11e gagnerait-on rien à cette controverse? N’arriverait-on pas par ce moyen à un peu plus de confort et d’agrément? On expose des gants, des bottines et une quantité si prodigieuse de corsets, qu’il semble que la moitié des femmes, pour le moins, soit perpétuellement occupée à en confectionner le plus grand approvisionnement possible.
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- Pourquoi n’exposerait-on pas aussi une maison? 11 y avait au Trocadéro des chalets, des pavillons pour cafés ou restaurants; mais ces chalets, le limonadier les avait commandés selon les convenances de son commerce, et l’architecte n’avait nullement songé à profiter de l’occasion pour faire en même temps son exposition personnelle. L’Administration, en construisant ses bureaux et les divers bâtiments de service, n’avait eu en vue que l’économie. En un mot, l’architecte vulgaire, le petit architecte, celui dont nous avons besoin vous et moi, n’était pas présent à l’Exposition. Nous y avions, par contre, beaucoup d’artistes et d’archéologues, des restitutions admirables d’anciens édifices, des plans sur cartes et des plans en relief de palais, de mairies, de théâtres; de grandes écoles comme l’école de médecine de Lyon, qui fait un honneur infini à son architecte, M. Hirsch. Tout ce beau luxe, qui charmait les yeux, ne nous faisait pas oublier l’absence de l’utile.
- Qu’on n’oublie pas, qu’on n’oublie jamais, qu’un bon architecte peut faire plus qu’un bon médecin pour la santé publique; personne ne peut plus que lui contribuera notre bien-être, en nous donnant des maisons chaudes en hiver, fraîches en été, où le soleil pénètre, où le jour est favorable à la vue, où le travail est facile, le repos possible. Dans les villes comme Paris où le terrain est très cher, les difficultés sont encore accrues par l’obligation de faire tenir beaucoup de choses dans un petit espace. 11 y a là, pour les architectes, un sujet de préoccupation constante. Des progrès véritables ont été réalisés de nos jours pour les habitations bourgeoises, et même pour les maisons qui se louent en garni. On aimait à voir les maisons exposées en iHfiy. Queh jues-unes contenaient tout leur mobilier; d au-
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- 1res pouvaient se démonter et s’emporter au loin, le bois et le fer tenant la place principale dans la construction. On comprenait bien qu’il fût possible de vivre dans ces maisons, d’y travailler, de s’y plaire. La chambre mal agencée, encombrée, pleine de mauvaises odeurs, est souvent l’explication et presque l’excuse du cabaret. 11 importe d’autant plus de mettre ces modèles sous les yeux du public, qu’il y a à vaincre, surtout en France, une sorte d’indifférence pour le home, qui est bien un de nos vices les plus détestables. S’il est vrai, comme cela paraît certain malheureusement, que la réforme du logement doit venir du haut eu bas, il est nécessaire aussi à ce point de vue de mettre des modèles, avec le devis bien étudié, sous les yeux des propriétaires, des chefs de fabrique et de tous ceux qui peuvent avoir occasion de construire une maison à l’usage des ouvriers et des paysans, ou d’en surveiller la construction, soit à titre de magistrats, soit à titre de protecteurs bénévoles. On ne doit pas oublier qu’il n’y a pas d’architectes partout; il y a de grands architectes dans les grandes villes; il n’y a pas de petits architectes dans les petites villes ou dans les bourgades.
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- Le groupe III, consacré à l'ameublement, ne contenait pas moins de i3 classes, dont quelques-unes, comme la îç)1' (verreries et cristaux), la 20e (céramique), la 25e (bronzes d’art, fontes d’art diverses, métaux repoussés), et la 99'’ (maroquinerie, tabletterie et vannerie), n’ont qu’un rapport assez indirect avec l'ameublement; tandis que d'autres classes: la classe a3 (coutellerie), la classe 2h (orfèvrerie), la classe 2b (horlogerie), la classe* 28 (par-
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- fumerie), n’en oui absolument aucun, et paraissent avoir été placées dans le groupe 111, parce qu’on ne savait où les mettre. Au contraire, les classes 17 et 18, <jni n’avaient pour elles deux qu’un seul et meme jury (meubles à bon marché et meubles de luxe, ouvrages du tapissier et du décorateur), la classe 91 (tapis, tapisseries et autres tissus d’ameublement), la classe 99 (papiers peints), et la classe 97 (appareils et procédés de chauflage et d’éclairage),.renfermaient précisément tout ce qui constitue le mobilier et ses accessoires. Les appareils et procédés de chauffage et d’éclairage peuvent être considérés comme appartenant en propre à la profession de l’architecte. On ne peut être convenablement établi dans sa maison qu’à condition de n’y pas être asphyxié par la fumée. On a lait de grands progrès pour le chauflage des maisons; je-me bornerai à dire que certaines dispositions du loyer économisent le combustible en utilisant l’air chaud, et que ces appareils sont surtout importants dans les logements à bon marché, les frais d’installation étant promptement couverts. On a aussi inventé depuis quelques années des fourneaux pour cuire lesaliments avec facilité et sans gaspillage de charbon. Dans les grandes villes, on se procure par abonnement de l’eau et de la lumière à domicile. Une amélioration toute récente est celle des horloges électriques. O11 peut en voir, à Paris, sur toutes les places et à beaucoup de coins de rue. Cette innovation, <mtre autres avantages, nous fait connaître l’heure ollicielle. Une compagnie vous fournit l’heure chez vous, a\ec exactitude et à bon marché, comme on a l’eau et le gaz. 11 pourrait bien en résulter des changements dans l’ornementation de nos cheminées, et toute une révolution dans le commerce des pendules.
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- Ce qu’il y a de plus important peut-être dans tout cela, c’est l’eau. Paris s’est contenté pendant bien longtemps de l’eau de la Seine. L’eau de la Vanne et de la Dhuys, qu’on y boit à présent, est beaucoup plus saine; on se la procure à bon marché et en abondance, au grand profit de la propreté et de l’hygiène. Paris cependant n’en a pas encore assez. Pour laver tant d’impuretés, il faut des torrents. Faire des économies sur l’eau, c’est en faire sur la santé. Il est certain que nos pères étaient moins soigneux que nous de leurs habitations et de leurs personnes, ils consommaient moins d’eau; ils aéraient moins leurs appartements; ils avaient des hôpitaux meurtriers, où l’cncombreinent des malades engendrait plus de maladies qu’on n’en guérissait. On 11e séparait pas les maladies par espèces; on n’isolait pas les maladies contagieuses; on ne ventilait pas les chambrées. Les soldats n’étaicutpas mieux dans les casernes; ils avaient des camarades de lit; ils mangeaient à la gamelle. Quant aux prisons, c’étaient des séjours infects et repoussants, d’où sortaient incessamment la peste morale et la peste physique, pour se répandre sur les villes. Les progrès dans la voie de la propreté et du bien-être sont considérables. Il faut en savoir gré à l’Administration et aux ellorls des architectes. C’est à peine si une habitation construite dans de bonnes conditions (h* salubrité coule plus cher qu’une habitation malsaine. Qui lera mieux qu'un architecte pénétrer cette vérité dans le public?
- Pour ce qui concerne le mobilier proprement dit, sièges, lits, huiïets, armoires, etc., rien ne (litière plus que l'industrie de luxe et l'industrie courante. INalurellement, ce sont les meubles de luxe qui remplissaient fKxposilion. Il y en avait d admirables. Les fabricants anglais, au lieu
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- d’exposer des meubles isolés, exposaient rameubleinent complet d’une pièce, ou même d’un hôtel; c’est une idée très heureuse; car il ne suffit pas qu’un meuble soit beau par lui-même, il faut qu’il soit en harmonie avec la pièce qui le contient, et avec les meubles qui l’accompagnent. Une maison avait poussé le souci de l’ensemble jusqu’à placer suc l’étagère d’un salon des cristaux et des porcelaines. L’aspect était délicieux. Le meuble, dit-on, une fois dégarni de ces objets, était d’une simplicité extrême; il était loin d’avoir la même valeur sculpturale qu’un meuble français exposé vis-à-vis. Cela est possible; mais une étagère est faite pour être garnie, et pour montrer les jolies choses qu’on y place plutôt que pour se montrer elle-même. 11 y avait à l’Exposition tel intérieur qui faisait dire au visiteur : ici la vie doit être calme et heureuse. Tel autre était évidemment la demeure d’un artiste; tel autre devait appartenir à une femme élégante.
- On s’accorde généralement à dire, et c’est l’opinion des deux rapporteurs, MM. Lecomte etTronquois, dont la compétence est hors de doute, que les meubles exposés ne dil-féraient pas essentiellement de ceux qui avaient liguré aux expositions précédentes. A défaut d’originalité, on remarquait une fabrication soignée et sérieuse, la bonne qualité des matériaux, un véritable progrès dans le goôt par l’absence des couleurs heurtées, par la correction des lignes et la sobriété des ornements. Les fabricants français, qui tenaient comme toujours le premier rang, ont plus que ja-mais renoncé au plaqué. Ils sculptent à présent en plein bois, ce qui est d’abord beaucoup plus beau comme matière, et ce qui donne beaucoup plus de liberté à l’artiste. Ils ont aussi renoncé presque complètement à l’emploi des bois étran-
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- gers; nos bois indigènes, le chêne, le poirier, le noyer, donnent des matériaux magnifiques, dont un sculpteur habile tire le plus grand parti. Ils font un usage judicieux des incrustations en ivoire, faïence ou porcelaine. On semblait incliner, dans les dernières expositions, vers les meubles du temps de Louis XVI; on chercherait plutôt en ce moment ses modèles à l’époque de la Renaissance. C’est, l’imita* tion d’un autre style, mais c’est toujours de l’imitation. Le très habile rapporteur de la classe 17 remarque avec regret qu’on ne trouverait peut-être pas, dans toute notre Exposition , vingt meubles originaux. Je me contenterais, je l’avoue, de ce petit chiffre, si c’était de la bonne et franche originalité. rcTout est au style Henri II ou Louis XIII, dit-il; quelques meubles vont jusqu’au xve et au xive siècle; mais jeunes ou vieux, tous sont des copies ou tout au moins des réminiscences, et, chose bizarre, le côté curiosité domine, » Cette dernière note n’est pas faite pour nous donner de grandes espérances sur la découverte d’un style français du xixc siècle. Cependant il faut bien que nos artistes se mettent dans l’esprit qu’il ne sufïit pas d’être les premiers pour l’exécution; la seule supériorité vraie et durable est celle que l’on doit à l’originalité. On 11e garde pas la royauté de la mode avec des imitations, même parfaites. Il faut inventer pour diriger. On peut, sans originalité, marcher à la tête de sa profession; on la précède, mais on ne la mène pas. Ce n’est pas assez pour la vieille gloire de l’ébénisterie finançai se.
- La France a fait admirer ses tapisseries, en 1878, comme aux expositions antérieures, grâce aux manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais. Les Gobelins sont menacés d’une singulière façon. L’administration des beaux-
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- arts a pensé avec raison qu’elle devait donner aux artistes les moyens de se perfectionner dans l’art du dessin; elle les leur a donnés très libéralement, ils en ont profité très habilement, et maintenant qu’ils sont en état de gagner des salaires élevés comme dessinateurs, ils ne se soucient plus de rester tisserands aux Gobelins avec des salaires modestes. La moralité de cette aventure, c’est qu’il faut payer généreusement les artistes. Nos belles manufactures de l’Etat sont un honneur pour notre pays; elles font partie de sa gloire. Nous avons sans doute de grandes maisons dans l’industrie privée, les tapisseries d’Aubusson sont admirables; mais la fabrique même d’Aubusson profite des études qu’on fait aux Gobelins et à Beauvais, comme la place de Limoges bénéficie des travaux de la manufacture de Sèvres.
- Pour les tapis, qui sont d’une consommation plus courante, la France peut citer avec orgueil les produits d’Aubusson , de Tourcoing, d’Abbeville; mais l'usage des tapis élan! beaucoup moins répandu en France que dans le nord de l’Europe, cette fabrication a beaucoup plus d’activité en Angleterre, en Ecosse, dans les Pays-Bas, (pie chez nous. Les Etats-Unis d’Amérique font des progrès rapides dans cette branche d’industrie, et leur exportation atteint déjà un chiffre considérable. On a remarqué l’exposition de Vienne, d’une beauté incomparable, la magnifique exposition organisée par le gouvernement de la Perse, et celle de la maison Vincent llobinson, qui fabrique des tapi* dans l’Inde, a\ec tout le luxe oriental et toute l’Iiabilete anglaise.
- lies étoiles autres que la tapisserie, employées pour tenture <1 appariements et pour la confection des meubles, sont
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- de plus en plus riches et solides. La France reste toujours au premier rang pour l’élégance, la sobriété, le bon goût, rassortiment des couleurs et la grâce des agencements. Les progrès quelle fait en ce genre ne doivent pas nous fermer les yeux sur les progrès plus inattendus, et non moins rapides des Anglais et des Autrichiens.
- L’emploi de la mosaïque comme ornement à l’intérieur et à l’extérieur des habitations est une nouveauté intéressante. On avait presque perdu de vue la mosaïque; elle était en décadence, meme en Italie, lorsque M. Salviati la remit en honneur à Venise, et arriva peu à peu à produire des tableaux qui, pour le choix des modèles, la correction du dessin et l’éclat des couleurs, ne le cèdent pas aux plus belles productions des anciens maîtres mosaïstes. Les incrustations en mosaïque se multiplièrent, grâce à M. Salviati, non seulement à Venise, mais dans toute l’Italie. On y eut recours à Vienne, à Londres, même pour la décoration extérieure; on en décora les vestibules, les plafonds des cages d’escalier et des grands salons. En même temps, on employa avec succès les faïences ou terres cuites émaillées. M. Charles (iarnier en a fait un très bel usage à I Opéra, et il vient encore d’en tirer un parti très avantageux dans le charmant hôtel qu il a construit sur le boulevard Saint-Germain pour le Cercle de la librairie. Ce genre d’ornement est plus gai que tous les autres, parce qu’il rompt la monotonie de la couleur. Nous avons eu en France, pendant un très long temps, un parti pris de monochromie partaiteinent ennuyeux, et très mal justitié, et l’on ne saurait trop louer feu M. Ilittorf et M. Charles Garnier d’avoir été les premiers â le combattre. Notre climat ne comporte pas de peintures à fresque à l’extérieur; on n'a, pour s’en assit-
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- rer, qu’à jeter les yeux sur le porche de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui était cependant protégé par un auvent. La mosaïque seule et l’emploi judicieux des marbres ou des métaux peuvent nous donner la couleur décorative.
- Les vitraux y contribuent aussi pour leur part; mais les vitraux fortement coloriés ne sont de mise que dans une église; on ne peut les employer pour les appartements où la lumière doit pénétrer en abondance. Tout au plus peut-on recourir à des teintes douces ou à des sujets encadrés dans une bordure, et laissant de grands espaces vides pour recevoir les rayons lumineux. Le savant rapport de M. Di-dron, sur la verrerie, signale des progrès persévérants soit dans les verrières pour églises, soit dans les vitraux destinés aux appartements. 11 établit sans réplique, en dépit d’un préjugé très répandu, que les peintres verriers actuels ne le cèdent pas à leurs devanciers pour l’éclat et la solidité des couleurs. S’il y a une infériorité, elle tient surtout à ce que l’on ne veut pas faire les frais énormes que coûterait aujourd’hui l’établissement de vitraux, tels, par exemple, que les trois magnifiques roses de Notre-Dame. Peut-être aussi a-t-on trop fréquemment le tort de peindre sur verre des personnages de grandeur naturelle. Les vitraux ne sont pas des tableaux. Toutes les fois qu’on ote au verre son éclat et sa transparence, on lui ôte à la fois son mérite et sa raison d’ètre. M. Didron a contribué plus que personne, et avant lui son frère, l’auteur très érudit et très regretté de l’//w-toire de Dieu, publiée dans la collection des monuments inédits sur l’histoire de France, à rendre à la peinture sur verre, et en général à tous les accessoires de l’architecture religieuse, leur véritable caractère. (Test à eux, en très grande partie, que l’on doit les progrès dont nous
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- sommes témoins. Le même mouvement soutenu d’amélioration et de bon goût se remarque dans la fabrication des tapis et des tentures. Les classes riches exagèrent de plus en plus leur luxe; mais elles ne le font plus consister dans le faste; ou, si l’on veut, elles ont le luxe de plus en plus intelligent. On peut citer comme un modèle à cet égard le pavillon du prince de Galles, qui était exposé tout meublé dans la rue des palais. Tout y était d’un grand prix, et tout y paraissait, et y était simple. Le luxe a bien des degrés; chaque classe de la société, pour ainsi dire, a le sien. On peut affirmer cependant d’une façon générale que le goût du bien-être et de l’élégance a gagné de proche en proche, et que les intérieurs de la petite bourgeoisie sont plus ornés et plus intelligemment ornés qu’ils ne l’étaient il y a quarante ou cinquante ans. Cette modification dans les mœurs explique la bonne situation de l’ébéuisterie et de tout ce qui touche à la décoration.
- Il y a un point qu’il importe de signaler. La France, en cette matière, comme en presque toutes les matières de goût, tient, encore le premier rang; mais elle ne s’y maintiendra pas sans efforts. Elle a fait certains progrès, incontestables et incontestés, depuis 1867. D’autres pays, et notamment l’Autriche, l’Angleterre, la Belgique, en ont lait de leur coté de beaucoup plus rapides. Ils viennent toujours après nous; mais ils sont de plus en plus rapprochés de nous. En voyant, par exemple, certains mobiliers anglais dun dessin élégant et correct, on se rappelait la pesanteur et 1 aspect criard des meubles exposés en 18G7, et qui avaient été remarqués seulement pour l’habileté de l’exécution, et la ffualité des bois et des étoffes. On en peut dire autant de 1 Autriche, qui, de plus, a augmenté son exportation dans
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- des proportions considérables, et de la Russie. Les pays concurrents, qui, les années précédentes, acceptaient les types de convention qui avaient la vogue à Paris, ont tenu plus de compte cette fois-ci des habitudes spéciales de leurs concitoyens, des anciennes modes, des ressources locales. La Russie particulièrement avait exposé des mobiliers dont le visiteur le moins compétent aurait deviné sans peine la provenance. Tout cela avait un certain cachet, et tout cela voulait dire, en termes très clairs, que nos anciens vassaux vont nous échapper, si nous ne créons pas de types nouveaux de notre coté.
- Le secret de cette transformation dans les rapports entre les quatre nations concurrentes tient à la création de musées des arts décoratifs et d’écoles de dessin professionnel. L’Angleterre est entrée la première dans cette voie par la tondation du musée de Kensington après la grande Exposition internationale de i85i. Elle a voulu se donner du goût par la création de musées et d’écoles, comme elle avait voulu, il y a trois siècles, se donner du sang par la transformation de la nourriture nationale. L’Autriche a créé à son tour des musées et des écoles à la suite de l’Exposition de 1867, et les résultats ne se sont pas fait attendre. 11 y a lieu pour notre industrie d’v rélléchir. Nous avons à Paris de bonnes écoles municipales de dessin; nous avons l’Ecole des beaux-arts et l’Ecole, d’architecture, fondée par AI. Emile Trélat avec tant de talent et de courage; nous avons les cours des associations pliiloteclmique et polytechnique; nous avons le musée Dusommerard, qu’on peut citer avec honneur à coté du musée de Kensington. Mais tout cela ne sullisait pas pour taire d’habiles dessinateurs. L Etal a lait entrer le dessin, à litre obligatoire, dans tous
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- ses programmes. C’est, un grand pas de fait; il faut à présent qu’il trouve de bons professeurs. D’autre part, une société s’est formée pour faire des expositions de l’art décoratif, mais elle n’est encore qu’à ses débuts, et elle aurait grand besoin d’encouragements. Ces encouragements, je me bâte de le dire, seraient très bien placés. U y a nécessité et urgence.
- Une fabrication qui a été longtemps exclusivement française, c’est celle des papiers peints. En Angleterre et dans le midi de l’Europe, on ne tendait pas les appartements; on les peignait; le papier de tenture s’introduisit peu à peu, et nous en avions à peu près le monopole. Quand l’usage s’en étendit chez nos voisins, ils se mirent à fabriquer. Us firent le papier à la mécanique, tandis que nous imprimions à la main. Us eurent aussitôt le bon marché pour eux, mais la supériorité du goût nous resta jusqu’au moment où ils prirent nos produits comme échantillons. C’est un peu du brigandage ; car la création d’un dessin est une œuvre qui demande du temps et du talent, et il est juste que le profit en demeure à l’artiste qui l’a conçu et exécuté. U n’y a pas de propriété plus évidente, et il n’y en a pas non plus de moins respectée. A notre tour, nous avons pris le procédé d’exécution de nos voisins, et tout le travail se l’ail aujourd'hui chez nous, comme chez eux, à la mécanique. Nous conservons ainsi le marché français; l'exportation devient, de plus en plus restreinte. La fabrique française s’esl adonnée, depuis quelques années, aux produits de luxe. ^He est arrivée à taire des papiers qui ressemblent à une tapisserie, d’autres qui jouent , à s’y méprendre, les cuirs de Russie. C’est peut-être un tort. U semble qu’il y a, pour les objets industriels comme pour les actes de la vie humaine.
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- une nécessité et un devoir de la franch ise. Il faut être ce qu’on est. Ce papier, qui veut passer pour une tapisserie, n’est qu’un faux luxe. Quoiqu’il fasse illusion, même aux habiles, il n’est pas probable qu’il prenne jamais la place des produits plus chers dont il est le fac-similé. Il vaut bien mieux s’attacher à faire de jolis papiers, propres à égayer la chambre d’un ouvrier ou d’un artiste pauvre.
- Nous gardons le premier rang pour les tapisseries, grâce surtout à nos manufactures nationales. De même pour les porcelaines. Sèvres n’est pas seulement un producteur de premier ordre, c’est une fabrique d’essais et de modèles dans l’intérêt de nos manufacturiers. La place de Limôges devient de plus en plus importante pour la qualité. Elle avait depuis longtemps une pâte excellente; à présent, elle fait la décoration avec grand succès. Baccarat, Saint-Louis, Clicliy, conservent leur rang pour les cristaux; ils ont à se défendre contre l’Autriche et l’Angleterre, dont les produits paraissent bien près de la perfection. Venise aussi a retrouvé son ancienne renommée pour les fragiles chefs-d’œuvre que ses artistes souillent, tournent, colorient et taillent avec une sûreté de main et un goût incomparables. La reproduction en bronze des chefs-d’œuvre de la sculpture ne laisse plus rien à désirer, surtout en France, où l’on compte des artistes comme Barbedienne, Eck et Durand, et tant d’autres. En un mot, il ne dépend que de nous d’avoir des maisons commodes, garnies d’un mobilier élégant. Quant à y entasser des livres, des tableaux et des statues, c’est l'affaire des puissants millionnaires qui veulent se montrer dignes de leurs richesses par l’usage qu’ils en tout.
- Je ne dirai rien des tableaux et des statues, dont il n'est pas permis de parler accessoirement. D’ailleurs il n’y a pas
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- (le place pour les beaux-arts dans cette introduction, puisque les rapporteurs, à l’exception de M. le vicomte Delaborde pour la gravure, et de M. Vaudremer pour l’architecture, n’ont pas jugé à propos de nous envoyer leurs rapports. Les beaux-arts continuent à faire bande à part; ils n’en ont pas moins été la fête et la merveille de l’Exposition. Ceux qui voudront connaître l’art à Paris en 1878 liront le livre de Tullo Massarani. Ils liront aussi le rapport de M. Delaborde, qui est bien fait pour ranimer le goût de la belle gravure. Je n’ai rien à dire après lui sur un sujet qu’il a traité en maître. Mais je 11e puis me dispenser d’exprimer le regret que les bibliothèques privées soient si rares en France. Un savant belge ou allemand, ou même un homme du monde un peu lettré, a toujours une grande et belle bibliothèque. C’est un des beaux luxes de l’aristocratie anglaise. Il n’y a pas un château historique qui n’ait une collection historique de livres. Nous avions aussi de riches collections en France avant la Révolution. Sans parler de celles des couvents, qui étaient quelquefois très précieuses, et qui, quand elles n’ont pas été brûlées ou saccagées, se sont fondues dans les bibliothèques publiques, les financiers, les magistrats, les grands seigneurs, se faisaient un point d’honneur d’avoir chez eux les plus grands écrivains dans de bonnes éditions et de magnifiques reliures. Nous avons encore, heureusement, des bibliophiles, et même des bibliophiles de premier ordre; le nombre s’en accroît, et la preuve, ce sont les prix atteints dans les ventes par les belles éditions les ouvrages rares. Ce qui nous manque, c’est la bibliothèque de l’homme éclairé qui 11’est pas un savant; celle de l’homme û son aise, qui n’est pas un millionnaire. Nous comprenons sans doute à merveille qu’un mobilier n’est pas
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- complet, quand il ne renferme pas, entre antres bibelots, quelques centaines de volumes. On voit, dans la plupart des cabinets d’hommes du monde, quelques beaux corps de bibliothèque dorés ou sculptés, où mille volumes ont de la peine à tenir. Ils sont souvent si mal choisis, qu’ils semblent être là uniquement pour servir de prétexte au meuble qui tes contient ou pour concourir à la richesse de l’appartement par l’éclat vulgaire de leur reliure. Les panneaux vitrés sont fermés soigneusement; la clef n’v est pas. On devine qu’on ne la met jamais dans la serrure. Il faut changer cela, quand ce ne serait d’abord que par hypocrisie! Si une fois les bons livres entrent dans la maison, il finira bien par se trouver, avec le temps, quelqu'un qui les ouvrira.
- A présent, avant de quitter le mobilier, il faut dire quelque chose de celui des enfants. M. Ilossolin, rapporteur de la classe (labimbeloterie), est un peu optimiste. Il aime la France, et par conséquent les succès de la France. Elle a triomphé sans efforts, avec son exposition de jouets, qui était magnifique. Il est vrai,M. Ilossolin le reconnaît loyalement, que l’Allemagne, sa rivale ordinaire,s’était abstenue. Nuremberg n’élait pas au Champ de Mars; mais son absence n’était pas mauvaise humeur comme on l’a cru; c’était sagesse; il est douteux que, présente, elle eût pu soutenir la comparaison avec ces poupées, ces meubles de salon, ces chevaux, ces voitures, ces maisons, ces arsenaux, ces jardins d’acclimalation, ces jouets électriques, scientifiques, mécaniques, (pu* l’imagination et h* goût fiançais avaient multipliés, et «pii arrêtaient , devant les vitrines ch* la classe ûtJ, la partie la plus facile à amuser des visiteurs de l’Exposition. M. Rossolin est surtout Irappé de la nouveauté des jouets, et de fij parfaite ressemblance (h* ces petits person-
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- nages et de ces petits meubles avec les grands. Pour la ressemblance, il a raison de s’en vanter; on n’a rien négligé pour cela, et l’on admirait dans les vitrines des toilettes irréprochables, et des personnages, bommes, femmes et bêtes, à qui, suivant M. Rossolin, ne manquait même pas la parole. Beaucoup de personnes prêtèrent à cette perfection les jeux qui donnent aux enfants l’occasion d’exercer leur force, leur agilité ou leur adresse. Les enfants n’ont pas tant besoin qu’on leur montre, avec une grande fidélité d’imitation, CfMIlc Sarali Bernhardt dans son ateliers ou même «la prise de la Bastille avec la garnison et les assaillants dans les attitudes les plus vraisemblables v. Je ne crois pas non plus qu’il soit bien nécessaire de familiariser les petites tilles dès l’Age de six ans avec l’arsenal de la coquetterie. Mais tous, garçons et filles, ont besoin, j’en réponds, de faire une partie de balles, ou de quilles, ou de cricket. La bimbeloterie n’en est pas moins une des industries les plus prospères de Paris. Elle fait, par an, pour plus de a millions de poupées; elle fait pour 18 millions de jouets, dont elle exporte à peu près le tiers. Son défaul est peut-être d’avoir trop de lalent, d’employer des artistes trop habiles. Nouveauté tant qu’on voudra; ce sont des poupées après tout; et la plus belle poupée n’est pas la mieux nItifée ; c’est celle qu’on babille et qu’on déshabille soi-même, et dont on confectionne tant bien que mal la toilette..
- L’Exposition de 1878, quoique n’ayant pas une section spéciale pour les objets à bon marché, n’en a pas moins démontré qu’on se préoccupe partout de la nécessité d’introduire dans les ménages les plus modestes une certaine (lose de confortable. La fabrique française, en particulier.
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- tout en tenant très haut le prix des objets de luxe, livre ses objets courants à des prix extrêmement réduits.
- Il y a un effort à faire pour donner plus d’élégance au mobilier et aux ustensiles du pauvre. Il ne peut avoir chez lui que du bois très commun, du fer ou du cuivre, de la poterie de faïence, des étoffes à bas prix. Soit; il n’est question ni d’augmenter les frais de l’acheteur, ni de condamner le vendeur à vendre avec perte. Il serait absurde de demander plus de luxe; demander plus de goût, c’est demander ce qu’on peut donner sans autre dépense qu’un peu plus d’art et de soin. Nous voyons dans nos musées des ustensiles de ménage qui remontent aux bonnes époques de l’antiquité; des lampes, des cruches, quelques chaudrons; ces objets n’ont pas plus de valeur intrinsèque que ceux dont nous nous servons : ce qui les distingue des nôtres, c’est la pureté, et même assez souvent la beauté de la forme. Nous pourrions faire cela; nous pourrions nous donner cela : il suffirait de vouloir. Si nous sommes incapables de trouver une forme nouvelle, soyons modestes; faisons-nous copistes. Tout sera préférable à cette laideur et à cette vulgarité. Peut-être la nouvelle impulsion donnée à l’étude du dessin rendra-t-elle le'consommateur plus exigeant et le fabricant plus habile. Le rapporteur de la classe 19, M. Di-dron, qui est un artiste et un critique d’art très distingué, fait à ce sujet des observations parfaitement justes. Il faul savoir qu’en vertu de la classification adoptée en 1878, la classe 19 renferme à la fois la peinture sur verre, qui est un art d’un ordre élevé, et la fabrication des vitres et des bouteilles. M. Didron s’en plaint, et avec raison. C’est cependant cette confusion regrettable qui nous a valu les réflexions suivantes : r* La forme d’une bouteille, pour prendre un
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- exemple de Tordre le plus vulgaire, n’est pas chose indifférente, et il est assurément utile de déterminer cette forme de manière à lui donner un caractère qui soit de nature à lui constituer une beauté propre, en harmonie avec le côté pratique d’une fabrication dont les exigences sont nettement définies. Le goût d’un peuple artiste doit mettre son empreinte sur toutes choses, même les moins importantes, et dont l’usage incessant entraîne les prix les plus bas. Bien des objets insignifiants que d’autres temps nous ont légués n’ont-ils pas une physionomie qui accuse un style original produit par l’étude et le désir de créer des formes dans lesquelles la convenance d’une destination précise vient en aide à la recherche du beau? Si cette préoccupation était plus sérieuse et constante à l’époque moderne, n’aurait-on pas trouvé le moyen de faire l’éducation des yeux du peuple, beaucoup plus encore que par l’exposition d’œuvres d’art où la nature des sujets représentés et l’exactitude de l’imitation sont seules susceptibles d’être appréciées? Nous voudrions donc qu’un verre commun, une carafe et une bouteille 11e fussent pas négligés dans leur aspect, et que l’art y eût une part. Une amélioration dans les lignes générales d’un objet vulgaire par son usage n’entraînerait pas, d’ailleurs, une élévation de prix, -n
- La réforme est encore plus naturelle et plus urgente pour les objets que le pauvre achète à titre d’ornement, pour décorer son logement ou sa personne. En fait de bijoux, il en routerait d’autant moins pour imiter les beaux modèles que 1<* beau est généralement simple. Pourquoi voit-on tant de pauvres chambres enlaidies par de ridicules estampes? La reproduction d’un tableau de maître coûterait-elle davantage? J’ai connu un ministre des beaux-ails qui, au mo-
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- ment où on l’a congédié, était en pourparlers avec les directeurs de cafés-concerts pour leur faire jouer de la grande musique. Le peuple, surtout quand il est réuni, a l’instinct du grand. Quand on lui donne un spectacle gratis à la Comédie française, on joue Cmna. Il faut bien entourer l’homme; il faut toujours tendre à l’élever. Il faut compter sur sa raison, pour le rendre raisonnable, et sur son goût, pour lui donner du goût.
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- CHAPITRE V.
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- Comme l’habitation, le vêtement peut être considéré au triple point de vue du confort, du bon marché et du goût. 11 remplit une grande partie de l’Exposition, à cause de la multitude et de la variété des objets qu’il comporte. Les commissaires de PinstalJatioii ont placé d’abord les tissus; (ils et tissus de coton, lils et tissus de lin, de chanvre, etc.; ces deux classes sont très chargées. Viennent ensuite les deux classes de la laine peignée et de la laine cardée, qui ne le sont pas moins; puis la soie et les tissus de soie. Ces cinq classes contiennent toutes les étoffes, c’est-à-dire la matière première du vêtement. Les cuirs et les peaux ne sont pas dans le groupe du vêtement (groupe 111); on les a placés dans le groupe V, avec les industries extractives; cependant les cuirs et peaux, comme les étoiles, servent principalement à l’industrie du vêtement; la ganterie et surtout la chaussure en consomment une quantité considérable. On a fait une classe pour les châles; une pour les dentelles, les tulles, les broderies; une pour la bonne-terie, la lingerie et les objets accessoires du vêtement, cra-val.es, jarretières, boutons, lacets, etc. Après tontes ces classes en vient une qui porte ce tilre : habillement des deux sexes; là se trouvent les diverses matières premières employées, mises en œuvre, imites prèles pour l’usage;
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- c’est cette classe que nous regarderons d’abord. La commission d’installation a placé après elle la joaillerie et la bijouterie; les armes de chasse et les armes portatives, qu’on n’attendait guère dans le groupe du vêtement, les objets de voyage et de campement, et enfin la bimbeloterie.
- Les habillements des deux sexes sont exposés dans la classe 38. Il va sans dire que le sexe féminin l’emporte de beaucoup sur l’autre par l’élégance et la quantité. Il y a lutte de goût et de magnificence entre les divers pays civilisés. La France a la prétention séculaire de donner le ton, d’être, comme on dit, la reine de la mode, résina ehfjantiarum, prétention qui cesse d’être futile, quand on la regarde au point de vue commercial, puisque l’industrie de la confection, des modes, de la ganterie, de la chaussure pour dames et de tous les objets qui composent le mundus muliebris a donné lieu, en 1877, à une exportation de i65 millions. On dit encore à New-York, comme à Saint-Pétersbourg, les modes de Paris. Il ne faudrait pas croire que cette royauté fût moins éphémère que les autres. Elle 11e se perd pas, comme les couturières se l’imaginent, dans la nuit des temps. Nous avons copié la mode espagnole; nous nous sommes habillés à l’anglaise; il est vrai cependant que, depuis plusieurs siècles, et cela suffit pour expliquer notre orgueil patriotique, ce sont nos modistes et nos couturières qui imposent leurs fantaisies au reste du monde. 1*0111* que cette vogue se continue, deux choses sont nécessaires; la première, bien entendu , c’est que le goût français ne s’altère pas, et la seconde, c’est que la France continue à compter parmi les premières nations du monde. L’est en vain qu’un peuple déchu de sa grandeur politique croirait conserver longtemps sa prépondérance sur les goûts et les
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- fantaisies mobiles qui constituent ia mode. Il n’y a que le grand art qui s’impose; tout le reste suit le succès. Les hommes, et surtout les femmes, n’admirent que ce qui est puissant. Qu’on y pense dans les ateliers de confection; nos nouveautés ne l’emporteront sur celles de Londres et de Berlin que si nous faisons de bonne et sage politique. Il importe aussi, au même degré, j’en conviens, que nous lassions des coupes élégantes et d’heureux assortiments de couleurs. Les connaisseurs, en parcourant les vitrines de la classe 38, s’accordaient à dire que les artistes des pays concurrents ont fait des progrès. La distance entre eux et nous a diminué. Gela tient peut-être à ce que nos modèles sont copiés dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère que chez nous. Quoi qu’il en soit, notre supériorité persiste sur toute la ligne; nous l’emportons par la qualité et le nombre des produits.
- Ainsi, pour les fleurs artificielles, en dix ans, le nombre des fabriques a été porté de 9,000 à 3,ooo; le salaire des ouvriers et des ouvrières s’est élevé dans une forte proportion; le total des affaires peut être évalué à a5 ou ^0 millions, dont les deux tiers pour l’exportation. Nos premières fleuristes copient la nature avec une telle fidélité, fflion ne peut distinguer les fleurs imitées des fleurs naturelles qu’en s’assurant qu’elles 11’ont pas de parfum. Le s°nt de véritables œuvres d’art. Un grand peintre 11e choierait pas mieux ses modèles, ne les grouperait pas avec l,ue habileté plus consommée, n’en tirerait pas des elîets plus gracieux et plus charmants. Les fleurs communes, que ^es jeunes filles font en se jouant , ont elles-mêmes une vrai-ambiance et une grAce qui expliquent la rapide extension ^ cette industrie. L’industrie des plumes, assez souvent
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- réunie à celle des Heurs, fait pour i5 millions d’alfaires, dont 10 millions pour l’exportation et 5 pour le marché intérieur.
- Le commerce et l’industrie des cheveux, en dessins, .médaillons, postiches, a son centre à Paris. On a l’ait beaucoup d’histoires des perruques; il y a même une dissertation théologique sur la question de savoir si l’on peut, sans irrégularité, porter perruque en disant la messe (1). Du temps de Louis XJV, la consommation des cheveux, pour la perruque des hommes, devait être élira vau te; les dames espagnoles n’en consommaient pas moins, comme on peut le voir encore par les portraits d’infantes de Velasquez. Marie-Antoinette n’est pas la première qui ait mis le visage des femmes au milieu de leur personne. Nous ne voyons plus (h; ces extravagances; on cherche à présent à imiter la nature, et non à l’exagérer; mais cette imitation même donne lieu à un commerce considérable. Nos négociants en cheveux, je parle de ceux de Paris seulement, emploient 180,000 kilogrammes de cheveux bruts, dont une partie notable proviennent de la Chine et du Jupon. On peut évaluer leur cliiifre d'affaires à 28 ou 3o millions par an.
- Dans l’industrie des chapeaux de paille, il faut distinguer la paille cousue et la paille remaillée. La paille cousue est exploitée surtout par les pays de production. Nous avons en Angleterre des concurrents sérieux pour les chapeaux de laine; le chapeau de leutre et le chapeau de soie sont des industries essentiellement françaises.
- Pour les habillements d’hommes, à coté des tailleurs qui conservent leur supériorité à Paris, Londres, Vienne,
- lliiers, Histoire ileft jterruijiwii, cha|). ni elwiu. A\iynon, 1779, in-is.
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- Prague et les autres grandes ailles, s’est formée la grande industrie de la confection pour hommes. Le chiffre total des affaires en vêtements confectionnés peut être évalué à 3oo millions, celui des salaires à 5o millions. L’industrie de la chaussure pour hommes, femmes et enfants, chaussures de luxe, chaussures de travail, a fait de son côté des progrès énormes, puisque le chiffre de ses affaires, en France, dépasse 700 millions, dont 90 à 100 millions pour l’exportation. Nous n’exportions qu’une valeur de 1 8 millions en 1860. Le mouvement ascendant aurait été plus considérable sans la concurrence organisée en Angleterre, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Belgique, et surfont aux Etats-Unis.
- La ganterie 11’avait pas été, connue la chaussure, placée dans la classe 38, consacrée aux habillements des deux sexes; on l’avait, mise, avec la lingerie et les accessoires du vêtement, dans la classe 37. Il en était de même du corset. Fa ganterie occupe 70,000 ouvriers et ouvrières. La fabrication annuelle s’élève en France à 80 millions de francs, dont 5o millions pour la matière première. Ces 80 millions sc décomposent ainsi : 3o millions pour la consommation F’ançaise et 5o millions pour l’exportation. Nous conservons ta premier rang pour cette industrie. 11 en est de même pour le corset, qui donne lieu à un mouvement d’ailaires cvalué <\ 11 millions pour le corset cousu, et à 2 millions pour le corset sans couture. Le satin coton anglais, qui est ta principale matière de la fabrication du corset, est frappé
- 1 entrée en Franco d’un droit de i5 p. 0/0. Ce droit élevé fatal à notre industrie. L’exportation, qui atteint à peine ^ millions et demi de francs, s’élèverait aisément à 10 mil-
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- l0ll«, si le droit était supprimé ou considérablement réduit.
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- Les modes proprement dites emploient, à Paris seulement, 8,000 ouvrières, dont le salaire varie de 75 à 5oo francs par mois. Le chiffre de la production, toujours pour Paris, s’élève à 25 millions, sans compter le grand mouvement d’affaires en soieries, rubans, dentelles, qui en est la conséquence, et qui dépasse 2Ôo millions, dont i5o millions pour l’exportation.
- L’industrie des tailleurs ettailleuses d’habits pour femmes forme à Paris une corporation très nombreuse, composée des éléments les plus disparates, puisqu’elle va depuis la couturière à façon qui fait une jolie robe de dame pour 3o francs, jusqu’aux maisons qui babillent les reines de la finance et celles du plaisir, en faisant payer jusqu’à 5oo ou 1,000 francs la façon d’une robe de bal, sans aucune fourniture. Les couturières du high life ont, comme les grandes modistes, une clientèle dans toutes les capitales de l’ancien et du nouveau monde. Leurs chefs-d’œuvre s’exportent comme les Heurs de Nice, qui arrivent à Paris resplendissantes de fraîcheur. Les premières maisons parisiennes ont exposé pour la première fois en 1878. N’est-ce pas quelque peu étrange? Notre industrie nationale y perdait une de ses gloires lesp lus incontestées. Et pourquoi cette abstention, quand le succès était assuré? On disait ici: notre réputation est établie dans le monde entier; nous n’avons plus de clientèle à conquérir; là : notre fabrication n’a pas de secrets, il suffit de voir nos produits pour les imiter; nous ne ferions, en exposant, que fournir des échantillons aux maisons concurrentes. Ailleurs, on parlait de l’extrème et délicate perfection d’objets qui 11e peuvent être admirés et compris que dans leur nouveauté et leur fraîcheur. On a réfléchi qu’il y avait réponse à tout cela, et que ces combats,
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- où nous ne paraissions jusqu’ici que par des champions de second ordre, nous donnaient un faux air de vaincus, qui nuisait en définitive à tout le monde. Peut-être aussi a-t-on pensé que dans la nécessité de vaincre où les événements nous avaient mis, aucune industrie ne pouvait rester inactive. Nos couturières et nos modistes se seront fait admirer par patriotisme.
- L’industrie de la confection est toute différente de celle des couturières. Soit que la couturière fournisse les étoiles, dentelles, passementeries, etc., ce qui peut faire monter la valeur d’une robe, dans certaines maisons, à 5,ooo, o,ooo francs et au-dessus, soit qu’elle se charge uniquement de la façon, elle fait la robe, ou le manteau, ou le pardessus sur mesure; elle attend par conséquent la commande. L’industrie de la confection, au contraire, produit par grandes quantités pour obtenir des diminutions énormes sur l’achat des matières et sur le prix de main-d’œuvre. Cette idée, qui paraît fort simple, a été toute une révolu-hon dans le commerce des nouveautés et dans nos habitudes; dans le commerce, parce qu’elle est l’origine des magasins immenses, tels que le Louvre, le Bon-Marché, le Pvtit-Saint- Thomas ; dans nos habitudes, parce que le bon marché de la confection, coïncidant avec le bon marché des étoiles, a permis à la population pauvre de se vêtir plus confortablement. Ainsi nous disions tout à l’heure que lu robe de dame la plus modeste, confiée à une couturière, euutait au moins 3o francs de façon; on peut voir tous les J°urs, dans les vitrines des confectionneurs, des robes, et même des costumes, cotés ,'Jo francs, ce qui veut dire qu’en 8adressant là, on a l’étoile par-dessus le marché. La robe llest peut-être pas aussi bien ajustée, aussi solidement
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- cousue; mais elle coûte trois fois moins, et elle est quelquefois d’un type plus élégant.
- La confection pour dames avait pris chez nous un grand développement de i85o à 1860, mais elle ne fabriquait que des articles d’un prix élevé. Les traités de commerce, en facilitant l’introduction d’étolfes à bon marché, ont donné à cette industrie une importance considérable. Paris n’emploie pas à la confection pour dames moins de 22,000 ouvriers et ouvrières. Le chiffre d’affaires dépasse certainement 100 millions pour la consommation française et 75 millions pour l’exportation. L’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis commencent à nous faire une rude concurrence en copiant nos modèles.
- M. Levois, rapporteur de la classe 38, fait un grand éloge du goût de nos artistes. I! est difficile de ne pas être de son avis en comparant nos produits à ceux de nos concurrents. Etant donnée la forme générale du vêtement à l’époque du xixc siècle où nous voici parvenus, il semble bien que ce sont les artistes français qui lui donnent la coupe, la disposition et rornementation la plus gracieuse. Soit qu’ils aient recours aux ornements très coûteux, comme les bijoux ou la dentelle, ou qu’ils tirent de leur habileté même tout le mérite d’une toilette, il semble bien, je le répète, qu’ils soient les premiers artistes du monde pour assortir les vêtements entre eux, et le vêtement à la personne. Il reste à se demander s’il n’y a pas un art du vêtement, un grand art digne d’être gouverné et compris par de grands artistes, et dont les données seraient très différentes de cette habileté d’agencement dans des formes convenues, qu’on appelle un peu emphatiquement l’art de la toilette. Un peintre de portrait, qui est obligé de copier le vêtement ordinaire de son
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- modèle, y lait des changements auxquels ne songerait pas la couturière ou la modiste la plus habile, celle qu’on appelle une artiste, et même une grande artiste, et qui passe pour l’arbitre du bon goût dans toutes les capitales du monde civilisé. Le même peintre, s’il compose une scène dans laquelle l’exactitude rigoureuse du costume ne soit pas exigée, s’éloigne encore plus de la mode. 11 en est de même au théâtre. La plus grande artiste, représentant une femme du monde, de notre monde, est obligée de porter le costume de son personnage; elle prend avec lui les mêmes libertés que le peintre de portrait avec le costume (le son modèle. A-t-elle un rôle de fantaisie, elle se crée un costume, qu’une grande modiste n’inventerait pas. C’est que la comédienne voit l’art, qui est gouverné par des principes durables, et que la modiste voit la mode, livrée au changement et au caprice, et dont l’idéal est moins peut-être la beauté que la nouveauté. Les grandes comédiennes et les grands comédiens (les hommes de théâtre ressemblent plus aux femmes qu’aucune autre espèce d hommes) montrent quelquefois, non pas seulement du ta-l('iU, ruais du génie dans la création de leur costume. C’était Un des traits frappants de la carrière de M"0 bacliel. Elle
- transformait même sa beauté, qui aurait été médiocre sans le parti qu’elle en tirait. Avant même qu’elle parlât, 1 expression de sa physionomie, son geste, son attitude, 1 arrangement de ses cheveux, les plis de ses vêtements, donnaient 1 impression qu’on éprouve à la vue dune belle statue.
- Charles blanc a lait un beau livre suri art de la parure^.
- fils de Pierre-Paul bubons en avait lait un qui roulait
- L Art dans la parure et dans le vêlement, par M. Charles Blanc. Paris, Couard, 187<), i,»-8'.
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- sur les vêtements des anciens W. C'est un sujet tout à fait digne des artistes, et qu’on a tort d’abandonner aux caillettes.
- La classe 38 avait une exposition de costumes populaires. Cette exposition était même supérieure à celle de 1867, surtout dans les sections étrangères. On s’y portait comme à un spectacle, plutôt pour s’amuser que pour étudier, et c’est pourquoi il y avait foule. Peut-être ce genre d’exhibition pourrait-il être autre chose qu’un amusement. Il serait intéressant d’v joindre une série de costumes historiques. Il y a lieu de chercher des types approuvés par l’art, dignes d’être choisis par des sculpteurs et des peintres, et qu’on abandonnerait ensuite pour les modifications de détail aux fantaisies des marchands de nouveautés et des modistes. Le costume exprime quelque chose, et il influe jusqu’à un certain point sur les mœurs et le caractère de celui qui le porte. Aujourd’hui, les hommes ne sont que couverts. Dans notre ancienne société, le costume, comme le cérémonial, constatait et consacrait les dilférences. Il ne faut pas aller jusqu’à dire que le xvnc siècle aurait été autre, si Louis XIV avait porté notre chapeau à haute forme et notre jaquette; mais il ne faut pas non plus se dissimuler ' l’importance de la mise en scène, même dans la vie réelle.
- Indépendamment des costumes rétrospectifs qu’on nous montre au théâtre ou dans les expositions, on publie fréquemment en librairie des séries de costumes historiques. Ces habits des différents âges ont été, chacun à leur tour, le costume à la mode : ils ont plu aux contemporains. Nous avons un jugement, là-dessus qui est fort indépendant du vêtement que nous portons. Dans cette matière, comme
- Alherti Rulieni, Pétri Pauli lilii, De re vestiaria veternni. Antverpi*i ex ollioina Plnntiimma Bailli. Moreti, 1666, petit in-/i\
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- dans beaucoup d’autres, on ne juge bien qu’à distance. Les hommes qui ont aujourd’hui soixante-dix ans ont admiré les costumes d’hommes et de femmes qui étaient à la mode en France, en i83o, les manches à gigot, les robes courtes. Tout le inonde les admirait alors dans toute l’Europe. On parlait du suprême bon goût de Paris, de son incomparable élégance.
- L’exposition des costumes populaires ne sera bientôt plus qu’une exposition de costumes historiques. On conçoit que les ouvriers dans les villes et les paysans dans les banlieues des grandes villes recherchent uniquement la commodité et le bon marché. C’est seulement dans les pays reculés et arriérés qu’on peut s’attendre à retrouver d’anciens types. 11 y en a de laids, il y en a de bizarres, il y en a de superbes. Le concitoy en riche de cet ouvrier magnifiquement vêtu porte de préférence notre costume qui est infiniment plus laid et qui est loin d’être plus commode. Le plus curieux, c’est, que les hommes et les femmes qui ne sont pas obligés, par leur richesse ou leur dignité, d’adopter la mode des bourgeois de Londres ou de Paris, adoptent la mode de nos ouvriers et renoncent à leurs usages locaux. Cette nouvelle façon de s habiller prive les artistes d’un précieux élément pittoresque; elle rend le monde plus ennuyeux, les hommes et les lenimes plus laids; elle n’est ni plus économique ni plus hygiénique. Le costume des femmes d’Italie n’est plus porté fll,,ô Paris, par les modèles, dans les ateliers de peintres, ri celui de majo est devenu, en Espagne, l’habit de caractère des matadors. Les mœurs et la politique se trouvent d’accord sur un seul point: la suppression des dilférences.
- Nous y avons tous travaillé, en haine du privilège, qui es|. une chose détestable, et de l'aristocratie de naissance.
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- On lie porte plus de marques de distinction sur sa personne; les titres, en France, n’ont plus de signification; on les a interdits en Amérique; l’éducation est de plus en plus universelle et commune, la fortune de plus en plus mobile; tous les patrimoines se mettent en actions, et on se garantit contre les accidents par des assurances. Les citoyens des Etats-Unis commencent, dit-on, à préférer l’hôtel garni à la maison, et la table d’hôte au pot-au-feu. L’individu se noie dans la masse. Il ne faudrait pourtant pas confondre l’originalité, qui est excellente, avec le privilège, qui est horrible. Pour en revenir au costume, il devrait y avoir une ligue de toutes les femmes, de tous les artistes et de tous les gens de goût contre le despotisme du paletot-sac.
- N’est-il pas intéressant de remarquer que, pendant qu’on abandonne les anciens costumes, les collections de costumes nationaux attirent toujours la foule, surtout quand on les fait porter par des poupées de grandeur naturelle? Il y a peut-être un regret au fond de cette curiosité. Notre uniformité nous ennuie. Il semble au visiteur, en entrant dans cette galerie, qu’il a rétrogradé d’un demi-siècle, ou qu’il a tout à coup franchi plusieurs centaines de lieues, et qu’il se trouve en Norwège ou en Finlande. On avait ainsi représenté, au Champ de Mars et au Troca-déro, non seulement les costumes, mais les maisons avec leurs ustensiles et leurs habitants, formant divers groupes. C’est un spectacle dont les éléments disparaîtront de plus en plus. Ces costumes, dans les expositions du siècle prochain, 11e seront plus que des délroques historiques. La classe Ao (la chasse, les armes portatives) avait fait un rapprochement qui présentait un double intérêt. On voyait, d’un côté, les carabines à répétition portant, avec une pré-
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- cision admirable, une balle à des distances de i,5oo à 2,000 mètres, et, de l’autre côté, des arcs avec leurs flèches soigneusement empoisonnées par les naturels de l’Australie ou de l’Océanie; d’un côté, les culottes de daim et les habillements élégants d’un chasseur à courre, et, de l’autre, les appareils primitifs des chasseurs d’antilopes h). Mais cette piquante comparaison ne sera plus possible aux expositions prochaines; au train dont on y va, les chasseurs d’antilopes ne tarderont pas à avoir des remingtons et à s’habiller à la Belle-Jardinière.
- C’est un très bon précepte, que donnent à l’envi tous les Philinte et tous les Ariste, de nôtre, à l’égard de la mode, ni un esclave ni un révolté; mais ce n’est pas une raison pour qu’on ne s'efforce pas de rendre la mode raisonnable. Si nous portions encore le costume du temps de Louis XIV, nous serions volontiers ennemis, comme Sganarelle,
- De ces petils pourpoints sous les bras se perdans Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendans;
- De ces manches qu’à table on voit taster les sauces Et de ces cotillons appelles hauts de chausses;
- De ces souliers mignons de rubans revestus Qui vous font ressembler à des pigeons palus,
- Et de ces grands canons où, comme en des entraves,
- On met tous les matins ses deux jambes esclaves,
- Et par qui nous voyons ces messieurs les galans Marcher écarquillés ainsi que des volans.
- Et puisque le bonhomme a renoncé à toute visée d’élégance, il a pleinement raison quand il veut
- une coëlfure, en dépit de la mode,
- Sous qui toute sa teste ait un abri commode;
- ll) Voir le rapport de M. Rouart.
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- Un bon pourpoint bien long, et fermé comme il faut,
- Qui, pour bien digérer, tienne l’estomac chaud;
- Un haut déchaussés fait justement pour sa cuisse,
- Des souliers où ses pieds ne soient point au supplice.
- ' On peut comprendre, à la rigueur, qu’on sacrifie le bien-être à l’élégance; mais qu’on se mette à la torture ou que l’on compromette sa santé pour être laid ou ridicule, c’est une frénésie que les psychologues les plus experts auront toujours de la peine à expliquer. Quand on voit les femmes se serrer à tour de bras, se découvrir la gorge en hiver, marcher sur de hauts patins à la fois dangereux et disgracieux, et les hommes porter des habits de cérémonie qui couvrent toutes les parties du corps à l’exception de la poitrine, on se demande quelle est la puissance qui contraint tant de créatures, d’ailleurs raisonnables, à se martyriser ainsi. Et ce qui achève le tableau, c’est que cette maladie, dont le foyer est à Paris, s’étend sur l’Europe entière et gagne en quelques mois jusqu’aux extrémités du monde. Le bon sens et la vérité ne courent pas si vite!
- Que nous tirions ou non le meilleur parti possible de nos vêtements, soit au point de vue de l’hygiène, soit à celui de l’esthétique, ce qui est certain, c’est que nous n’en manquons pas. La quantité de vêlements à bon marché qui se fabrique prouve que le genre humain est beaucoup plus vêtu qu’il ne l’était il y a peu d’années. Le mouvement est contemporain des derniers progrès de la vapeur. Tant (pie nous avons été réduits au travail à la main, les salaires ont été rares et peu élevés, et les objets fabriqués, coûtant fort cher, ont été peu répandus parmi les masses. Dans le premier quart ou même dans le premier tiers du \i\c siècle, on coudoyait à chaque instant, dans les
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- villes, des personnes à peine vêtues pour la pudeur, .et qui certainement devaient souffrir du froid. A l’époque où M. Villermé, M. Blanqui, AI. Benoîton de Châteauneuf, M. Le Play, faisaient leurs enquêtes sur la situation des ouvriers, ils ont eu souvent l’occasion de signaler l’absence complète de draps de lit, le défaut de chemises. J’ai fait une enquête à mon tour plusieurs années après, et j’ai trouvé à peu près les mêmes résultats. Dans une grande partie de nos provinces, les paysans pauvres ne portaient, pendant les plus rudes hivers, qu’un méchant pantalon de toile. L’ usage des bas et des souliers leur était presque inconnu. Ils traînaient des sabots sans bride ou marchaient pieds ilus. Un mètre de coton se vendait, en 1825, 1 fr. 5o cent., pour la qualité la moins belle; on l’a aujourd’hui pour 60 centimes. U11 mètre de drap, dans les mêmes conditions, représentait 3 francs; il vaut aujourd’hui 1 franc, 1 lr. 10 cent.; de même, pour la confection. Une lingèrc faisait deux chemises d’homme dans sa journée. La confection d’une chemise la plus simple, en comprenant les fournitures et le bénéfice de l’intermédiaire, ctait comptée pour 1 franc, ce qui, à 9 mètres d’étoffe, faisait ressortir la chemise à ù francs. Aujourd’hui, avec 1 abaissement du prix des étoffes, la coupe à l’emporle-fuèce et la couture à la mécanique, la même chemise coiîte 1 lr. 75 cent. La révolution est encore plus frappante pour fa chaussure. Avec les approvisionnements en grand, les wachines et la substitution, pour les sortes communes, du cf°n à la couture, on livre de fortes bottines pour 9 lianes, (tas souliers pour h francs. Une bonne blouse de travail, U|ie blaude, revient à 9 francs; un bonnet de femme tout r°nlectionné, avec ruche et brides, coûte 1 fr. 1 o cent.
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- On. ne trouvait pas ces vêtements communs avec leurs prix, à l’Exposition, parce qu’ils n’y auraient paru qu’à titre de réclame. Au fond, ils n’auraient rien appris à personne sur le bon marché actuel des vêtements à l’usage des ouvriers. Les grands magasins de Paris sont une exposition permanente. On s’est si vite et si complètement accoutumé à porter des vêtements confortables, que les personnes âgées ont peine à se rappeler le temps où une chemise grossière était presque un objet de luxe pour certaines familles, le temps où on était obligé de refuser des enfants dans les écoles gratuites, même à Paris, parce qu’ils n’étaient pas suffisamment vêtus. La misère existe encore malheureusement; mais il est certain qu’elle a reculé, qu’elle se montre bien rarement en haillons, et que les mendiants mêmes ne vont plus les pieds nus comme autrefois.
- Une industrie qui devrait être fort ancienne, et qui est nouvelle, c’est la chemiserie. Elle faisait, il y a cinquante ans, partie de la lingerie, qui comprend tout le linge des femmes, linge de dessous, linge de nuit, même les bonnets connus sous le nom de bonnets de linge, et un nombre infini d’articles de ménage, de toilette et de literie. Il n’y a pas plus de cinquante ans qu’on a commencé à voir sur les enseignes de grands magasins : Spécialité de chemises. U s’agissait de faire des chemises d’homme, de grand luxe, avec les plus belles batistes, et une coupe, et des façons, de l’élégance la plus raflinée. Ce nouveau luxe, plutôt renouvelé que nouveau, a suscité à coté de lui une industrie plus générale, celle de la confection pour le linge de corps; de sorte que les bourgeois, après les grands seigneurs, et les ouvriers, après les bourgeois, ont eu de meilleures chemises et plus de chemises. C’est un progrès à la fois dans l’aisance et
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- clans l’hygiène; et à ce double titre, il a le droit d’être signale. On lira, sur les chemises et les cravates, le curieux et savant rapport de M. Julien Hayern, qui était l’homme du monde le plus évidemment désigné pour rendre justice à cette nouvelle branche d’industrie.
- II
- On pouvait, à l’Exposition, suivre tous les états par lesquels passe la matière première avant d’arriver au vêtement confectionné. Des cotons de diverses provenances étaient exposés, cotons américains, indiens, égyptiens, algériens. Il ne suffit pas de comparer la qualité de ces divers cotons; il faut s’enquérir sérieusement du prix de revient et du prix de transport, car la possession des marchés du monde est une sorte d’adjudication au rabais, dans laquelle on est réduit à tenir compte de valeurs presque infinitésimales. De plus, tous les cotons n’arrivent pas dans les mêmes conditions aux ports d’embarquement. Le coton est une sorte de pulpe qu’on récolte sur un arbuste originaire des pays chauds et 8ecs. On le traîne dans les halliers, avant d’arriver aux embarcadères, et il s’y remplit de poussière et de gravier, dont 1 extraction exige des opérations assez longues. Le coton in-dieu, quoique de belle qualité, est sujet plus qu’aucun autre a cet inconvénient, qui lui fait perdre de son prix. Le coton Uile lois nettoyé, on le lile, puis on le tisse, puis on le loin!., s’il y a lieu, puis ou l’apprête; toutes ces opérations donnent lieu à des industries diverses, qui sont quelquelois Munies dans la même main et quelquefois séparées : lila-Lire, lissage, teinture, impressions sur étoiles, apprêts. Il y a des fabricants de (il à coudre et des fabricants de lil à
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- tisser. Le numérotage du fil indique son degré de finesse. On produit, avec une même quantité de coton, des fils plus on moins longs suivant le degré de finesse qu’on veut leur donner, et c’est cette longueur qui détermine leur numéro. Eu France, l’écheveau ayant une longueur de 1,000 mètres, divisée en dix échevettes de 100 mètres chacune, si un écheveau pèse à lui seul une livre métrique de 5oo grammes, le fil qui le compose porte le n° 1. Si l’écheveau ne pèse que 10 grammes, c’est-à-dire cinquante fois moins, en d’autres termes, s’il faut cinquante écheveaux pour parfaire le poids d’une livre métrique, le fil porte le n° 5o. Ainsi, quand 011 dit d’un fil qu’il est du n° 5o, cela signifie que chaque livre de coton filé a produit un fil de 50,000 mètres, ou 12 lieues et demie. La France ne produit guère que les gros et moyens numéros; elle est obligée d’acheter les numéros plus fins en Angleterre. On explique cela parla différence des climats. Il paraît que les fils trop fins se cassent quand il n’v a pas assez d’humidité dans l’atmosphère. La maison Ilugelfartli, de Lille, avait exposé cette année du n° 290, ce qui a paru un tour de force. La maison Henri Kuntz, de Zurich, exposait du n° (ioo, qu’elle vendait à un prix fabuleux. Il suffit de livrer 5 00 grammes de filaments de coton de 3 centimètres et demi à h centimètres de longueur élémentaire, à la première machine d’un assortiment de filature, pour que la dernière machine, qui est proprement le métier à filer, rende un fil parfait de 3oo kilomètres ou y5 lieues, sans que la main y touche autrement que pour l’alimentation et les réparations accidentelles et exceptionnelles. Et ce fil de 7b lienes, pesant une livre, 11’est pas un maximum, puisqu’il y avait à l’Exposition de Londres, en 1862, et à Paris, en 1878, des fils
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- clu n° 600 O11 exposera les numéros les plus fins quand
- on voudra; il suffit d’y mettre le temps et l’argent. La question est de distinguer un tour de force exécuté pour un concours, et la fabrication courante, qui mérite seule des encouragements.
- Le numérotage ne se fait pas d’après le meme étalon dans tous les pays de production. Le système et les dénominations varient d’un pays à l’autre; on pourrait dire d’une place à l’autre. Autrefois les mêmes inégalités existaient pour les monnaies, pour les poids et mesures, non seulement entre les différents peuples, mais souvent entre les différentes provinces d’un même peuple. Ainsi, en France, avant la Révolution, les mesures de poids et de dimension variaient d’une province à l’autre, et ces inégalités ont subsisté en fait longtemps après la promulgation des lois destinées à les luire cesser. Il y a fort peu d’années qu’011 ne pouvait aller d’une ville à l’autre, en Allemagne ou en Italie , sans changer toute sa monnaie.Encore aujourd’hui,l’Angleterre compte par livres sterling, les Etats-Unis par dollars, les Pays-Bas, l’Allemagne par florins, la Russie par roubles; e’est une grande gêne dans les relations internationales. IVut le monde comprend la nécessité de l’unification; seulement tout le monde voudrait la faire à son profit. On consent assez généralement que le système décimal, adopté par la France, est le plus régulier. Mais il y a des habitudes invétérées à changer, des écritures énormes à passer, la refonte du numéraire, l’amour-propre national, la question du double étalon ou de l’étalon unique W. Puisque
- (1) Michel Alcan, Traite complet de la filature de coton. Paris et Liège, Noblet et Landry, i8G5, j>. 70.
- (2) Voir, dans le Compte rendu du congrès international pour Vunification des
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- le problème de la langue universelle est irréalisable, ce qui est peut-être heureux au point de vue de la conservation des différences, il faudrait au moins établir l’unité dans les poids, les mesures et les signes des échanges. On fait pour cela tant de congrès, de livres et de brochures, qu’on finira peut-être par aboutir. Ce sera une des conséquences des expositions internationales, du libre-échange, du télégraphe, des chemins de fer et de la navigation à la vapeur.
- Les congrès pour l’unification des poids et mesures, des monnaies et du numérotage des fils peuvent être comptés parmi les plus remarquables de ceux qui ont eu lieu au Tro-cadéro en 1878. Il serait téméraire de dire que la convention monétaire conclue le 28 décembre 1 865 entre la France, l’Italie, la Suisse et la Belgique, et à laquelle ont adhéré l’Fs-pagne, la Grèce et la Roumanie, comptera prochainement de nouveaux adhérents (fi; mais on arrivera sans doute plus
- poids, mesures et monnaies, la lettre adressée à M. Jules Simon par M. Leone Levi ( p. 18 ).
- (l) La convention de 1865 n’était faite que pour quinze ans. Elle a été renouvelée pour six ans, à partir du 1" janvier 1880.
- Cette nouvelle convention a été conclue entre la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie et la Grèce.
- Le congrès, réuni à Paris, en 1878, sous la présidence de IV]. Joseph Garnier, avait adopté les résolutions suivantes :
- i° Les pièces d’or et d’argent porteront l’indication du titre et du poids en grammes;
- a° Le titre décimal sera universellement adopté;
- 3° Le titre sera le même pour les pièces d’or et les pièces d’argent ;
- A° Le droit de fonte et d'exportation sera illimité;
- 5° La loi n’élahlira pas de rapport fixe entre la valeur de l’or et celle de l'argent;
- 0° Le créancier ne sera pas tenu de recevoir plus de i,a5o grammes (aôo francs).
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- aisément et plus promptement à s’entendre sur une mesure commune pour l’évaluation de la finesse des fils(]).
- (l) Résolutions volées par le congrès international tenu à Paris les 2 5 et ü8 juin 1878, pour l’unification du numérotage des fds de toute nature.
- Le Congrès ratifie les résolutions prises dans le congrès de Turin, qui sont les suivantes :
- 10 Le numérotage des fils provenant de toutes matières textiles aura pour base le système métrique;
- 20 Le numéro d’un fil sera déterminé par le nombre de mètres contenus dans un gramme, sauf pour les soies grèges ou moulinées, dont le numérotage est réglé spécialement;
- 3° La longueur de l’écheveau, admise pour tous les genres de fils dévidés, est fixée à 1,000 mètres avec des divisions décimales;
- 4° Tout système de dévidage, à condition qu’il donne 1,000 mètres par écheveau, est admis;
- 5“ Le numéro de tout fil retors, teint ou blanchi, sera déterminé, sauf stipulation contraire, par Je nombre de mètres contenus dans un gramme;
- 0° Le numéro de la soie grège et de la soie moulinée sera déterminé par ta nombre de grammes que pèse un fil d’une longueur de 10,000 mètres;
- 7° Les essais se feront sur la base de l’unité de longueur de 5oo mètres et (ta l’unité de poids de 5o milligrammes (1/2 décigramme);
- 8° La base du titrage des fils est le conditionnement;
- 0° Le conditionnement sera facultatif, mais il deviendra obligatoire sur la demande de l’une des deux parties;
- io° Le conditionnement se fera à l'absolu sec, sans dénaturer le fil, et en aj()utant au poids que donne la siccité absolue une reprise convenue comme
- suit ;
- Pour la laine peignée . . . ............................. 18 j/4 p. 0/0
- Pour la laine filée......................................... 17
- Pour les fils de colon................................... 81/2
- Pour les fils de lin........................................ 12
- Pour les fils de chanvre.................................... 13
- Pour les fils de jute....................................... *3 3/'i
- Pour les lits d’éloupc...................................... 13 */3
- Pour la soie............................................... 11
- fes résolutions prises par le congrès de Paris seront transmises à M. le '^'Mslre de l’agriculture et du commerce, en priant le Gouvernement fran-Çuis de vouloir bien provoquer une réunion de délégués olîiciels des divers
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- Avant les traités cle commerce de 1860, les fabricants français, protégés par des droits élevés, n’éprouvaient pas le besoin de jeter un nouveau capital dans leurs usines pour reconstituer leur outillage. Depuis que nos marchés sont ouverts à la concurrence étrangère, les fabricants ont été obligés d’introduire chez eux les machines perfectionnées, non pas pour faire mieux, car leurs produits ont toujours été excellents, mais pour faire plus vite et à meilleur marché. C’est sur le bon marché que la lutte s’établit entre les divers pays, pour les tissus unis de fabrication courante, quelle qu’en soit la matière. Nous avons à ce point de vue une infériorité marquée pour les tissus de coton, parce que nous tirons presque tous nos cotons de l’Angleterre, ce qui fait que nous les avons de seconde main, et parce que nous payons le charbon beaucoup plus cher. Il est difficile de comparer la dépense de la main-d’œuvre. Ce serait bien vite fait, s’il ne s’agissait que du prix de la journée, ou, pour parler plus exactement, du prix de l’heure de travail; mais ce qu’il faudrait déterminer, ce 11’est pas le prix payé pour une durée, c’est le prix payé pour une quantité de travail exécuté. L’ouvrier français, anglais, allemand, belge ou suisse ne fait pas la même quantité de travail dans un temps donné.
- Parmi les éléments de la lutte, il y en a qui sont indépendants de notre volonté, et d’autres que nous pouvons modifier. Par exemple, nous ne pouvons pas faire que la bouille
- gouvernements, en vue de préparer une entente commune et d’établir sur ces matières une convention internationale.
- Une commission permanente, composée des membres du bureau et des délégués étrangers qui ont assisté au congrès, est nommée dans le but de poursuivre devant les gouvernements étrangers et devant le Gouvernement français la réalisation des résolutions du congrès de Paris.
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- ne soit plus abondante en Angleterre et plus rapprochée des usines; mais nous pouvons augmenter les moyens de transport et en diminuer le prix. Nous ne pouvons pas faire que l’industrie française ne supporte des charges écrasantes, qui sont la conséquence de la guerre de 1870, ni que l'intérêt de la dette publique, qui n’était que de 554 millions en 1870, avant la guerre, ne dépasse à présent 1 milliard 200 millions W; mais nous pouvons multiplier les écoles professionnelles et industrielles, remanier nos traités avec les autres pays, transformer nos agences consulaires, en créer de nouvelles, faire revivre notre marine marchande, reviser, s’il y a lieu, nos lois civiles et fiscales, notamment les lois qui règlent la transmission de la propriété immobilière^, de la propriété mobilière 1*1, des actions et obli-
- DETTE PUBLIQUE ET DOTATIONS.
- consolidée.... 3* £emboui" tities. â dlvers DeUev%èrc EXERCICE 187O ( payements effectués) (*>. EXERCICE 1873 (payements effectués). EXERCICE 187^ ( payements effectués). EXERCICE 1878 (ordonnances délivrées). EXERCICE l88o (budget voté).
- 393'797'0l8fia° 7AA,a5o,A68fi ic 744,a6o,559f95e 745,993,663fo3c 745,g57,546f
- 3o,806,469 36 87,318,179 87 A5i,873,356 70 io3,A65,333 01 308,998,587 75 108,363,768 95 314,415,767 36 131,568,793 89 3i9,3ao,333 139,667,619
- ^°TAUX . . "Sfc „«> «- aï*;"1» 'lotie 8 dotations.. 511,819,667 35 Aa,aai,655 89 1,399,589,157 8a 3o,33S,39a 3o 1,161,633,916 65 a9.6a3,84o o3 1,181,978,306 a8 33,639,701 00 1, »97> 795,698 33,671,061
- 554,o4i,3a3 96 1,339,937.550 ta 1,191,046,756 68 1,915,607.905 98 1 ,93l ,396,559
- h y f ! lu cail°m^is un prélèvement «le 37,986,613 fr. ao cent., opéré sur les recettes pour couvrir l’insuffisance des ressources 'Sc d amortissement.
- (î) Lois dos 27 juillet 1870; a3 août 1871, art. 11; a8 février 1873; 21 juin 187.5, art. 1, 3 et h.
- ( ) Loi du 38 février 1873, art. 5, n0’ 3 et 7.
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- gâtions W; les lois sur le régime successoral sur les droits d’enregistrement et d’hypothèques^, celles qui frappent des décimes sur tous les droits de douane et les impôts indirects^. En un mot; la lutte industrielle entre les peuples ne procède plus seulement par des moyens industriels, mais par tous les moyens politiques, administratifs, économiques, scientifiques. Enfin ce qui importe plus que les découvertes industrielles, plus que les améliorations commerciales, plus que les bonnes lois et la bonne administration, c’est la composition du personnel industriel, c’est l’habileté, la droiture des patrons et des ouvriers; c’est leur bon accord. De même que, quand un navire est menacé de naufrage, il n’y a plus d’espoir si le capitaine et les matelots ne s’entendent pas, de même il faut considérer comme perdüe, au point de vue industriel, la nation où les patrons et les ouvriers, au lieu de travailler ensemble au bien commun, ne songent qu’à se rendre malheureux et impuissants les uns par les autres.
- Nous venons de voir que la fuite pour les tissus écrus de qualité courante est presque exclusivement une lutte de bon marché. Il en est tout, autrement pour les tissus façonnés, damassés, teints ou imprimés, et pour les mousselines et les tarlatanes, qui sont quelquefois d’une finesse et d’une légèreté extraordinaires. On voyait dans la classe 3o de véritables chefs-d’œuvre qui paraissaient plutôt destinés à montrer l’habileté exceptionnelle du fabricant qu’à devenir une branche de commerce. C’est ainsi qu’une maison de
- (l) Lois des 16 septembre 1871, art. 11 ; 3o mars 1872; a y juin 187a, art. 3 et 4.
- m 23 août 1871, art. 3 et 4; 21 juin 1875, art. 2, 3 et 0.
- 23 août 1871, art. 5; 10 décembre 1876.
- (1) a3 août 1871, art. 1 ; 3o décembre 1873, art. 2.
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- Tarare exposait de magnifiques rideaux à 2,200 francs le panneau. Des chefs-d’œuvre de cette force ne rappellent-ils pas d’assez près ceux que l’on faisait autrefois pour obtenir le droit de compagnonnage? Il n’en est pas de l’industrie comme des beaux-arts. Dans les beaux-arts, il faut atteindre la perfection ou s’en rapprocher, coûte que coûte. L’idéal est de produire ou de susciter un chef-d’œuvre. L’industrie, qui a pour objet l’utile, sort de son rôle véritable quand elle produit des merveilles au prix de sacrifices en argent et en travail supérieurs au profit qu’on en retire. Ces sortes d’elforts ne sont justifiables que quand il s’agit de perfectionnements dont le coût et la difficulté pourront être diminués par la suite, et ramenés à des conditions usuelles et pratiques. En un mot, le but de l’industrie est de servir ; l’effet de certains produits est seulement d’étonner. Des montres assez petites pour entrer dans le chaton d’une bague, ou presque aussi plates qu’une feuille de papier; des panneaux de mousseline représentant une valeur de 2,200 francs, ne sont, au fond, que des curiosités. A des degrés plus accessibles nos grandes manufactures françaises avaient exposé des produits d’une beauté parfaite. Dès que îa question du bon goût reparaît, la France retrouve les conditions de sa supériorité. A tout le moins, elle combat à armes égales.
- L’industrie des impressions sur étoffes est très ancienne en France; elle y a toujours été florissante. Les toiles peintes (1 Amiens et de Jouy, et plus tard les indiennes frappées de Mulhouse, étaient recherchées sur tous les marchés du uionde. Les étrangers envoyaient des toiles écrues dans llQs fabriques, rendant ainsi hommage au goût français, et fournissant à nos ouvriers du travail, à nos fabricants le
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- moyen d’augmenter le chiffre de leurs affaires. Cette industrie de l’impression sur étoffes est une de celles qui ont toujours réclamé l’adoption du système des admissions temporaires. Après la perte de Mulhouse, il s’est produit un redoublement d’activité à Puteaux, près Paris, dans la vallée de Rouen et dans quelques autres centres. La France a pu ainsi maintenir sa supériorité à l’Exposition de 1878. Nous réussissons presque toujours quand il est question de goût et d’imagination. Ainsi, les impressions sur étoffes, les façonnés et les brochés dans les tissus de toutes sortes, la joaillerie, les modes, les fleurs et plumes, presque tous les articles du vêtement et de l'ameublement, se font mieux chez nous que partout ailleurs. Ce sont des succès de ce genre qui donnent lieu à cette opinion très répandue, et en somme assez justifiée, que nous pouvons être battus pour la quantité, mais que nous l’emportons par la qualité. Il serait plus exact de dire par le goût, puisque la qualité d’une étoffe, par exemple, ne tient pas seulement à la qualité des dessins et des couleurs dont elle est revêtue. Disons donc que nous l’emportons par le goût de nos articles dans les impressions sur étoffes, et dans la plupart des fabrications qui demandent de l’imagination et de la correction. Cette pensée doit nous encourager sans nous enorgueillir, et surtout sans nous inspirer une sécurité funeste. En lisant attentivement les rapports des différentes classes, on verra que partout où les rapporteurs constatent notre supériorité, ils ne manquent pas d’ajouter que la distance (Mitre nous et nos rivaux a diminué, ce qui veut dire que le progrès a marché plus vite chez eux que chez nous. Cette note, qui revient sans cesse, est très menaçante. Ceux qui s’obstinent dans les illusions d’un amour-propre dangereux et irréfle-
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- chi prétendent, que nos concurrents n’arrivent à lutter contre nous qu’en nous imitant. Cela peut se rencontrer; mais il faudrait être bien aveugles pour ne pas voir les progrès en dessin, en chimie, en légèreté de main, accomplis par les Anglais et les Autrichiens. Le progrès est maintenant général dans le monde entier, et quiconque ne marche pas du même pas que ses voisins est sûr de se voir prochainement distancé et déclassé. Le xixe siècle est par excellence le siècle du mouvement. Il n’est plus possible de s’arrêter. Le repos n’est, plus permis, ni aux peuples ni aux personnes. Il faut courir ou mourir.
- La classe 31 réunissait tous les fils et tissus qui ne sont ni du coton, ni de la laine, ni de la soie. Le nombre des matières textiles est, comme on sait, fort considérable. Les plus anciennement employées chez nous sont le lin et le chanvre. D’autres matières, telles que le jute, qui sert à faire des toiles d’emballage, des toiles de sacs, nous sont venues de l’Orient. Nous sommes producteurs de lin et de chanvre, et nous nous sommes de tout temps adonnés à les hier et à les tisser. Nous l’avons fait, surtout pour le lin, avec un succès tout à fait exceptionnel. Nos batistes et nos linons étaient recherchés partout comme articles deluxe, et défiaient toute concurrence. Dans un genre tout opposé, n°s toiles de cretonne se recommandent par leur force. Nous n’avons pas perdu notre supériorité relative dans l’industrie linière, surtout pour les damassés et les toiles de luxe; mais on peut dire d’une façon générale que le lin et la toile de lin ont souffert de l’invasion des tissus de coton. La diminution de la culture du lin chez nous a, en outre, une cause locale; c’est que les agriculteurs ont trouvé plus de bénéfice ù récolter les céréales, le colza, la betterave.
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- La Russie, qui est de beaucoup le pays le plus producteur en cette matière, puisque sa production est égale à la moitié de la production totale dans le monde entier, nous envoie du lin qui est de bonne qualité et ne nous coûte pas trop cher. Elle a quelques établissements au centre de ses linières; mais leurs produits s’écoulent sur les marchés intérieurs. Avec une mise de capitaux plus sérieuse et un redoublement d’activité, elle arriverait peut-être à primer les autres pays dans cette branche d’industrie; pour le moment, nous n’avons de concurrents que les Anglais et les Belges. Les Belges sont déjà au premier rang comme filateurs de lin. Leurs progrès comme tisseurs ont été considérables pendant ces dernières années, et sont de nature à nous inquiéter. M. Leblanc, rapporteur de la classe 3 j , regrette que nos usines ne soient pas placées au milieu de vastes cultures de lin, parce qu’alors, ayant la matière première sous la main et à plus bas prix, nous serions dans de meilleures conditions pour soutenir la concurrence belge et anglaise de plus en plus menaçante pour les fils et les unis. L’agriculture entrerait certainement dans cette voie, s’il lui était démontré que le lin cultivé à proximité d’une filature et d’un tissage mécanique est susceptible de donner un rendement avantageux; mais il faut croire qu’il n’en est rien, car depuis quelques années notre production linière ne fait que décroître. Eu France, en Irlande, en Hongrie, le lin perd du terrain; il en gagne, au contraire, en Belgique, en Hollande, en Russie. La filature elle tissage du lin ont-ils une importance suffisante pour engager le Gouvernement à donner une prime aux cultivateurs du lin ? S’il ne le fait pas, cette culture disparaîtra de plus en plus devant la betterave, qui donne de beaux produits. S’il le
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- fait, comme le demande le rapporteur de la classe 3i, ce ne peut être que pour rapprocher l’une de l’autre la culture et la fabrique, et donner lieu par ce moyen à une plus-value qui rendrait la prime inutile au bout de quelques années, et doterait la contrée d’une industrie équivalente à celle qu’elle abandonnerait. Dans tous les cas, l’Etat, dispensateur de la fortune publique, ne peut faire de sacrifices que pour obtenir une amélioration générale et permanente.
- Le jute n’est guère connu en Europe que depuis trente ans. On en fait d’assez beaux articles pour l’ameublement, mais il sert surtout à fabrique)’ la toile de sacs. Cette fabrication, qui semble peu de chose avant réflexion, est au contraire très considérable, à cause de la quantité de balles et de ballots de cale, de poivre, de sucre, etc., qu’on ne cesse de transporter d’un bout du monde à l’autre. On n’apprend bien les effets de la multiplication qu’en étudiant le commerce; bien des gens ont été surpris d’apprendre que de grandes maisons, réalisant de beaux bénéfices, avaient pour unique industrie la fabrication de sacs en papier. La fabrication de sacs en toile est quelque chose de plus sérieux. Ou commence en Belgique à employer la toile de jute aux usages domestiques. Une maison de Roulers (MM. Wyck-huyse) fait avec cette matière des toiles de matelas d’un b°n marché si exceptionnel, qu’elle peut fournir à la consommation des matelas tout confectionnés au prix de 2 francs
- pièce. Elle n’en produit pas moins de 10,000 par semaine h). Le jute se file et se lisse aisément; il en est de meme du chanvre, qui, en revanche, exige une préparation assez dillicile. La culture et l’emploi du chanvre sont des
- C> Rapport de M. Camille Devos au gouvernement belge, sur la
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- industries françaises. Le chanvre se cultive d’ailleurs un peu partout. Il est très abondant en Russie. Il donne une toile assez forte, mais commune ; on l’emploie principalement comme toile à voiles. Le chanvre est aussi très utilisé pour les corderies. Notre production varie entre 5o et 6o millions de kilogrammes. Nous recevons en outre du dehors environ i5 millions de kilogrammes provenant d’Italie et de Russie.
- La ramie est une plante analogue à l’ortie de la Chine. Elle se cultive principalement dans la Guyane, en Cochin-chine et les établissements français de l’Inde; mais c’est une plante qu’on acclimaterait aisément, et qui donne des fils très beaux, très résistants, et qui sont presque intermédiaires par l’aspect entre le chanvre et la soie. Ce qui empêche l’extension de cette culture, c’est la grande difficulté qu’on éprouve à séparer la fibre de la tige. Le gouvernement des Indes anglaises attache une telle importance à la ramie, qu’il a proposé un prix de 5,ooo livres (plus de 12.5,000 francs) pour l’inventeur de la meilleure machine à décortiquer.
- L’industrie du caoutchouc prospère en France, et pourtant, suivant le rapporteur, la législation douanière fait tout ce qu’elle peut pour l’étouffer. Elle pave des droits exorbitants pour l’importation des fils, qu’elle tire d’Angleterre; et l’Amérique frappe ses produits d’un droit de h p. o/o. H faut qu’une industrie ait la vie dure pour réussir dans de telles conditions.
- Les classes 32 et 33 étaient consacrées aux fils et tissus de laine.
- On jugera de l’importance de l’industrie lainière par ce seul fait, que la Grande-Bretagne lance chaque année sur
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- les divers marchés du monde pour plus de 600 millions de ses produits. Les dishley, les soutbdown et les cheviot lui fournissent une laine longue, fine, souple, brillante et forte. Les plus grands établissements lainiers se concentrent dans les comtés de l’est et de l’ouest de l’Angleterre, et dans les districts du nord de l’Ecosse. On cite particulièrement Brad-ford pour la laine peignée; Leeds, pour les tissus épais, les draps forts, les étoffes de pardessus; Halifax, pour les tapis et les étoffes d’ameublement. L’Ecosse produit des nouveautés pour pantalons et costumes d’hommes, qui sont adoptées par le monde entier. M. Grandjean, dans son excellent rapport au gouvernement beige sur la laine cardée, remarque avec tristesse que le grand développement de l’industrie lainière en Angleterre remonte aux persécutions religieuses du duc cl’Albe et à la révocation de l’édit de Nantes, qui forcèrent les fabricants flamands et hollandais, et, plus tard, les fabricants français, à porter chez nos rivaux leurs capitaux et leur expérience. La liberté des peuples et leur prospérité marchent toujours du même pas. La France et la Belgique se sont noblement relevées, puisque Ve rviers est aujourd’hui un des centres les plus florissants de l’industrie drapière, et que la France dispute le premier i‘ang à l’Angleterre pour les draps, et la surpasse pour la fabrication des tissus légers.
- Les organisateurs de l’Exposition de 1878 avaient partagé F industrie de la laine en deux classes; les fils et tissus de laine peignée formaient la classe 3 2 ; les fils et tissus de laine cardée formaient la classe 33; d’un coté, les flanelles, les popelines, les mérinos, les cachemires d’Ecosse, les mousselines, les grenadines, les gazes, lesbarèges;dc l’autre, les draps, les tapis; ici les étoiles rases, là les étoiles à
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- longs poils. Cette classification, très naturelle jusqu’à présent, a perdu de sa précision depuis qu’on s’est rnis à employer de la laine peignée pour faire des draps légers, de la laine cardée pour taire des étoffes de laine, et à mélanger le peigné et le cardé pour la fabrication de certains tissus. La France occupait sans contestation le premier rang dans les deux classes: dans la classe 3a, parce qu’elle y est en effet la première; dans la classe 33, parce que l’industrie anglaise n’était pas suffisamment représentée; on ne comptait que 62 exposants de cette nation. La France, au contraire, avait, dans les deux classes, une exposition magnifique. La laine est, chez nous, une grande industrie nationale. D’abord, nous produisons de la laine de diverses sortes; de la laine commune, pour étoupes, matelas, couvertures; de la laine fine, pour la fabrication des belles étoffes. Nous avons de très belles races mérinos qui l’emportent même sur les races espagnoles. Les arrivages considérables de la Plata, de l’Australie, en faisant baisser les prix de la laine, ont eu pour conséquence de diminuer notre production indigène. D’un autre côté, les besoins de la consommation se sont accrus dans une proportion formidable, ce qui explique l’importance toujours croissante des importations.
- Donnons quelques chiff res pour montrer l’extension vraiment extraordinaire de certains grands établissements. Dans le Nord, les maisons Morel et C,c et A. Morel produisent par semaine, la première, 70,000 kilogrammes de peignés ‘communs de laines anglaises, du Levant, d’Afrique, etc.; la seconde, ào,ooo kilogrammes de peignés de laine d’Australie et de la Plata. MM. Vinclion et Gio, MM. H* Delattre père et fils, à Dorignies, fournissent ào,ooo à
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- 50,0oo kilogrammes de peignés; MM. Vinchon joignent au peignage une filature de i5,ooo broches. MM. Allard-Rousseau et Cie, dont la production est de 4o,ooo kilogrammes de peignés, activent en même temps une filature de 18,ooo broches. La maison llolden père et fils, à Reims et à Tourcoing, atteint le chiffre de 100,000 kilogrammes par semaine. La production de Roubaix est évaluée à 80,000 kilogrammes de peignés par jour, soit 2 5 millions de kilogrammes par an. Les filatures de laine comptent 280,000 broches. Fourmies, qui existait à peine il y a quelques années, compte aujourd’hui 600,000 broches de filature et 3,ooo métiers mécaniques. La région de Reims enlève les plus belles laines des colonies, qui servent à filer les numéros les plus fins et à produire des tissus magnifiques. On peut citer, parmi les maisons les plus importantes dans l’industrie de la laine à Reims : Benoit frères et Poulain, Daupbinot et Martin, Fassin jeune et Pelletier, Isaac Holden et fils, A. Grandjean et Cie, F. Lelarge, A. Lemoine, Nouvion, Vuillot et C,e, Villeminot, Rogelet et Clc, AValbaum père, fils et Desmarest, Obi, etc. La grande maison de commission de Reims est la maison Warnier-David, dont la clientèle est très étendue en France, en Angleterre ef en Amérique. Le chef de la maison est M. Warnier, 1 ancien député de Reims à l’Assemblée nationale. Un grand Nombre d’usines réunissent la filature et le tissage. Au Ca-^au, la maison Scydoux, Sieber et G,c, à la fois peignage, filature et tissage, fabrique par an pour 2 5 millions de pro-duits(J). La France exporte, par année, en Belgique seulement, 81 5,ooo kilogrammes de fils de laine peignée.
- (l) Voir le rapport <le M. Ch. Mullenilorf au gouvernement belge sur la cbsse 3a.
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- Nos grands centres d’industrie drapière sont Elbeuf, Lou-viers, Sedan, pour la draperie fine. Les casimirs, les draps, les taupelines et les satins noirs de Louviers, la draperie noire, les unis de Sedan, peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux produits de l’Angleterre. D’autres centres très importants visent surtout à la quantité : Mazamet, dont les progrès, même pour la qualité, sont incessants et de plus en plus remarqués; Lisieux, qui livre des tissus feutres imprimés dans des conditions étonnantes de bon marché; Vire, pour les tricots et les draps unis; Romorantin, pour les livrées et les draps militaires; Vienne (Isère), Château-roux, etc.
- Les profanes ne se doutent pas de l’immense quantité d’opérations par lesquelles la laine a dû passer avant de fournir l’étoffe de leur paletot. Le rapporteur de la classe 33, M. Blin, le leur apprendra. Ni la soie, ni le lin, ni le coton, n’exigent autant de travaux. Il faut d’abord que la laine soit triée, dessuintée, lavée, séchée, teinte, graissée, louvetée et cardée; elle passe alors à l’état de fil : il faut que le fil soit dévidé, ourdi, encollé et tissé. Il est déjà du drap après le tissage: il faut que ce drap soit dégraissé, épinceté, foulé, dégorgé, lainé, ramé, tondu, pressé et décati. Chacune de ces opérations a une importance capitale, puisque toutes exigent des ouvriers spéciaux. L’histoire d’un mètre de drap serait plus longue et aussi instructive que celle d’une bouchée de pain.
- L’industrie de la laine a ce double caractère, de suffire aux exigences du luxe le plus raffiné et de fournir de chauds vêtements aux classes les plus malheureuses. On est arrivé à fabriquer des étoiles de laine qui ne coûtent pas plus cher que les tissus de coton, et cela en utilisant los
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- chiffons, les vêtements de rebut et les déchets de toutes sortes qui s’accumulent dans les usines, et qu’on avait laissé perdre jusqu’ici. La rareté du coton pendant la guerre de la sécession a donné l’idée d’employer comme matière première, à l’aide du triage et de l’effilochage, la laine contenue dans les chiffons; la chimie a fourni des procédés de carbonisage qui ont séparé la laine du coton dans les tissus mélangés. Quant aux déchets, c’est à Reims qu’on a eu pour la première fois l’idée d’en tirer parti. Des vols nombreux se commettaient dans les fabriques; la nouvelle industrie y amis fin. Ses créateurs n’ont pas voulu tirer profit pour eux-mêmes de leur découverte; ils emploient tous les bénéfices à des œuvres de bienfaisance. Toutes ces laines, qui étaient mortes et qu’on fait renaître, prennent le nom de laines artificielles. Les étoffes quelles produisent sont grossières, mais chaudes et solides; on a le droit de dire qu’elles sont laites avec rien. Moraliser les ouvriers en supprimant les occasions de vol, augmenter le nombre des œuvres de bienfaisance, introduire dans la fabrication un textile nouveau, donner une valeur à mille débris qui se perdaient et que les chiffonniers vont maintenant chercher jusqu’au fond des campagnes, enfin, et surtout, remplacer en hiver la blouse par un paletot de drap et la robe d’indienne par une robe tic laine bien chaude, voilà les progrès réalisés dans ces derrières années.
- Le drap renaissance n’est pas une de ces productions isolées ffu on signale surtout pour leur singularité; il se fabrique sur une grande échelle. L’Angleterre, outre sa production i°cale, a importé, en 1877, 35 millions de kilogrammes de drilles ou chiffons de laine. E11 France, la Société des déchets, de Heinis, a opéré, en 1877-1878, sur près de
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- 3,6oo,ooo kilogrammes de déchets divers, qui ont produit une somme de 5,200,000 francs. Une des maisons qui utilisent les déchets, la maison Sandrart, de Sains, accuse pour elle seule un mouvement de 2,600,000 kilogrammes de déchets laines et blousses, représentant une valeur de 5 millions.
- Les châles brochés, spoulinés, lancés, imprimés, confectionnés, formaient à l’Exposition une classe à part, la classe 35, qu’on peut considérer comme une annexe des deux classes consacrées à la grande industrie de la laine. Jamais
- peut-être la ville de Cachemyr et celle d’Amretseyr ne nous avaient envoyé de plus beaux produits. Quoique ces deux villes fassent partie de l’Inde anglaise, Paris est le centre principal du commerce des châles de l’Inde, et les représentants des grandes maisons de Paris exercent une influence prépondérante sur le mode de fabrication, le dessin et le coloris. Cela nous donne peut-être le droit de porter à notre compte la gloire de Cachemyr et d’Amretseyr. C’est tout ce qui nous reste de cette grande industrie du châle,si essentiellement française, et qui a jeté tant d’éclat sous la Restauration, dans un temps où toute femme riche’avaitson cachemire des Indes,et toute petite bourgeoise son ternaux ou son châle boiteux. Aujourd’hui on ne porte plus que des pardessus et des paletots, lâches ou ajustés, qui 11’ont ni la splendeur des tissus de l’Inde, ni la majesté de leurs plis. On fabrique encore, en France et en Angleterre, une assez grande quantité de tartans; mais le châle proprement dit, long ou carré, disparaît de plus en plus. La production française, eu pleine décadence à l'époque de l’Exposition de 1867, représentait un mouvement d’aflaircs de 20 millions; elle était tombée, en 1878, à 8 ou 10 millions.
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- Ou peut rapprocher la bonneterie des étoffes de coton et de laine, quoiqu’elle emploie aussi, mais en moindre quantité, la soie. L’introduction des métiers a considérablement activé la production de la bonneterie, dont le chiffre ne s’élève pas, pour la France, à moins de 1 ùo millions par année.
- La soie est encore une industrie où nous sommes à la
- fois producteurs de matière première et fabricants.
- L’industrie du ver à soie est très ancienne chez nous, puisqu’elle remonte à la lin du xive siècle; mais elle n’a commencé à être florissante que sous le règne de Henri IV. Ses progrès ont été continuels, en dépit de la routine et de l’incurie, jusqu’à l’époque où la maladie du ver à soie est venue s’abattre sur tout le Midi. C’était en 18Ù 1. Les ravages lurent si terribles que la production des cocons, qui était d’environ *2 5 millions de kilogrammes avant la maladie, n’atteignait pas G millions en 1865. La fabrique de Lyon fut obligée de s’adresser aux pays producteurs par excellence, c’est-à-dire au Japon et à la Chine, dont les exportations en Europe devinrent sur-le-champ considérables. On chercha naturellement partout un remède pour une maladie aussi terrible que devaient l’être plus tard, pour la vigne, l’oïdium et le phylloxéra. M. Pasteur parvint à découvrir, dans les œufs de papillons, des corpuscules qui étaient les agents de la maladie. Dès lors, la voie était tra-ccc; il s’agissait d’opérer par sélection et de ne conserver pour la reproduction que des œuts non infectés. Cette méthode, quoique inventée en France et par un français, lut aPPÜquée d’abord en Italie, où les résultats en furent appréciables dès la première saison. Nos industriels y recoururent et s’en trouvèrent bien. Elle a, entre autres avantages,
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- celui d’obliger l’éleveur à une propreté, à des soins qu’on avait trop négligés jusque-là, au grand détriment de notre production. Les progrès furent très rapides. En 1873, la récolte fut de 8,2/10,000 kilogrammes de cocons; elle monta en 1875 à 9,658,225 kilogrammes. Nos exportations ont repris un mouvement ascendant. Elles étaient, en 1867, de 2,648,ooo kilogrammes; elles ont été de 3,796,000 kilogrammes en 1876. Nos importations, qui avaient été de 2,622,000 kilogrammes en 1867, ont été de 4,735,ooo kilogrammes en 1876. Cette augmentation des importations, coïncidant avec l’accroissement de la production locale, prouve qu’une plus grande quantité de soie a été travaillée en France.
- Malheureusement le mouvement ascensionnel de la production indigène s’est arrêté brusquement après 1877. La production des graines subit encore une fois un mouvement de recul très considérable. Voici le rendement de nos magnaneries pour les quatre dernières années recensées :
- 1876 ............................. 9,021,/uo kilôg.
- 1877 ........................... 11,708,664
- 1878 .............................. 7,796,705
- 1879 .............................. 4,797,79a
- M. Natalis Rondot, qui donne un cln*lire inférieur pour cette dernière récolte, s’exprime ainsi dans son rapport au nom de la 4e section de la Commission permanente des valeurs : rr La récolte des cocons, en 1879, a été perdue en grande partie. Cette récolte a été de 4,775,000 kilogrammes en France, de 18,930,000 kilogrammes en Italie. C’est, par rapport à 1878, un déficit de 3o p. °/° en France et de 52 p. 0/0 en Italie. Le mauvais temps a été
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- l’unique cause de ce malheur. On a continué de poursuivre avec le même succès la reconstitution de races indigènes plus rustiques ; les vers à soie ont été, en général, robustes et sains. De ce chef, l’amélioration est certaine(1). r>
- Outre les services immenses rendus par M. Pasteur à l’industrie séricicole, il faut signaler aussi les efforts d’un certain nombre d’éleveurs, tels que M. Camille Beauvais et la major Bronski. La culture du ver à soie se fait désormais d’une façon raisonnée, et il y a lieu de croire qu’en persévérant dans les nouvelles méthodes, on arrivera à éliminer les germes de la maladie. La prospérité de nos magnaneries renaîtrait alors avec un éclat nouveau.
- Nous avons eu déjà l’occasion, en parlant des expositions nationales, de signaler l’acclimatation en France du ver à soie qui produit la soie blanche. Toutes nos soies anciennes étaient jaunes; et on n’obtenait des tissus blancs que par la teinture. Outre la dépense, cette manière de procéder avait cet inconvénient que les étoffes, en vieillissant, prenaient une teinte jaunâtre, ou d’un blanc sale, qui leur était tout leur lustre. La soie blanche native a une fraîcheur et un éclat ffue la teinture ne saurait donner à la soie jaune, et nous devons nous féliciter quelle soit maintenant cultivée en France couramment, et entre pour plus de moitié dans notre Production. Nous n’avons pas fait de progrès dans 1 acclim -lotion du ver à soie du chêne, quoique nous ayons le chêne kiuzin qui est l’essence propre à cette éducation. Ce ver produit une soie très brillante et très forte qui n a pas la linesse el la souplesse des autres sortes et qui est employée en ^d'uic aux mêmes usages ([lie le colon. Le savant rapporteur
- (l) N nia lis Hondot, Rapport fait au nom de la h" section de la Commission Peinianentc des valeurs. Paris, 1880, Paul Dupont< p. i5*
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- delà classe A 6, M. Vilmorin, regrette avec raison que les préoccupations de nos éleveurs ne se portent pas vers cette acclimatation. L’impulsion devrait peut-être venir des chambres de commerce de Lyon et Saint-Etienne. La fabrique de Lyon est accoutumée à priser très haut, la valeur de son travail, et elle est en cela d’accord avec le monde entier, qui met les soieries lyonnaises au premier rang; il en résulte quelle est difficile sur le choix de ses matières premières. J’ai peine à croire, cependant, qu’il n’y ait pas quelque chose à chercher de ce côté-là, et peut-être un préjugé à vaincre. J’ajoute ici, comme dernier renseignement, que la culture du mûrier commence à se montrer dans quelques-uns de nos départements qui ne s’en étaient pas occupés jusqu’ici. Le mûrier peut s’acclimater partout où la vigne réussit. L’Algérie a quelques éleveurs; le gouvernement local a offert des primes qui ont donné un peu d’activité à cette industrie; les résultats'en 1878 étaient encore sans importance. La Cochinchine est plus avancée; M. Ileuzé pense que l’industrie du ver à soie y a de l’avenir. Tout dépend des agents qui seront chargés des intérêts français dans cette belle colonie, où tout est à faire et où tout peut se faire.
- 11 y a longtemps que la fabrique de Lyon se plaint de la concurrence étrangère, ou plutôt de la contrefaçon étrangère. Il est certain que Lyon a exercé et exerce encore une véritable royauté sur la production des tissus de soie unis, façonnés, brochés, et que l’Angleterre n’a eu d’abord qu’un moyen pour lutter contre ses produits, c’est de les copier. Elle l’a fait dans des conditions qui menaçaient de réduire Lyon à n’être plus qu’une fabrique d’échantillonnage. Lyon, à son tour, a transformé son mode de fabrication. H a délaissé les métiers à bras pour les métiers à vapeur, et
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- s’est trouvé ainsi en état d’exploiter lui-même ses créations. On a commencé alors à voir surgir à l’étranger des modèles d’un dessin correct et dont les nuances étaient assorties avec un goût auquel les précédentes expositions ne nous avaient pas accoutumés. Nous eu avons conclu, et la supposition s’est trouvée exacte, qu’après nous avoir pris nos modèles, on nous avait pris nos artistes; et, dans une guerre ainsi faite, il n’y a plus moyen de réclamer des traités pour la protection des marques de fabrique. Tout citoyen est libre de s’expatrier, libre même, si l’intérêt parle chez lui plus haut que le patriotisme, d’aller porter au dehors une industrie qui fait la gloire et la prospérité de son pays. Tout ce que peut faire à cet égard l’industrie menacée, c’est de rendre les tentations impuissantes en améliorant la condition de l’artiste et de l’ouvrier. Ce n’est pas seulement à propos delà soie et de la fabrique lyonnaise que cette vérité éclate avec évidence. La liberté est partout la condition de ta prospérité; mais, pour que la liberté produise ses fruits, laut que l’ouvrier libre trouve des avantages sérieux dans ta profession qu’il exerce, et que les chefs d’industrie, non Par philanthropie, non par fraternité (la fraternité n’y fe-rait pas de mal), mais par une entente judicieuse de leurs intérêts, s’attachent û leur procurer ces avantages. Les on-Vricrs et les artistes sont patriotes, et il faut des nécessités bien pressantes pour qu’ils cèdent à des tentatives d’embauchage.
- Lu examinant attentivement les produits exposés en 1855, ^^7 (;t 1878 parles maisons anglaises, on arrive à se c°nvaincre qu’011 est en présence d’un véritable progrès na-hoiial, et que ce serait se payer de mots que d attribuer C(dte transformation à l'embauchage de contremaîtres ou
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- d’artistes français. Si c’est par là que les Anglais ont commencé la lutte, ils ont agi depuis en concurrents sérieux; ils ont travaillé. Nous ne pourrions pas nous faire à nous-mêmes un plus grand mal que de méconnaître, par orgueil ou par forfanterie, un lait qui nous oblige à redoubler nos efforts. Nous tomberions dans une autre sorte d’exagération, si nous disions que Lyon a perdu le premier rang. Le jury de 1878 a constaté une fois de plus la supériorité de la soierie française. Nos unis, par la régularité du tissu, par l’éclat et la fraîcheur des couleurs, atteignent à la perfection. On peut en dire autant de nos étoffes brochées, qui plaisent à l’œil par l’heureuse harmonie des teintes et unissent la richesse à la simplicité. En un mot, cette fabrication étant une de celles où l’imagination et le goût jouent le plus grand rôle, il 11’est pas étonnant que ce soit aussi l’une de celles qui nous réussissent le mieux. Mais les progrès constants et rapides de nos rivaux doivent nous avertir de la nécessité d’un travail assidu. Il ne s’agit pas de nous maintenir où nous sommes. Là, comme ailleurs, nous ne conserverons notre rang qu’à condition de faire persé-véramment de nouveaux progrès. La situation est excellente pour la lutte, meilleure peut-être que dans toute autre industrie. Nous avons une ancienne renommée, ce qui est un grand point; une renommée à la fois sérieuse et brillante. Les chefs des maisons lyonnaises sont d’habiles et honnêtes commerçants; ils ont l’habitude de deviner, autant que cela est possible, les mouvements de la mode, et une habileté merveilleuse pour les satisfaire. Les artistes qu’ils emploient joignent tous les dons du goût à leur talent professionnel; cela se transmet parmi eux de père en (ils; ils ont l’orgueil de leur art, ils en ont les bonnes traditions; ils vivent au
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- milieu de modèles excellents; la ville et diverses associations et institutions libres leur fournissent des écoles de premier ordre. Le simple ouvrier est lui-même un artiste à sa façon. Il juge très bien les modèles qu’on lui fournit; il en saisit les nuances et les délicatesses. II est d’ailleurs laborieux, économe, sensé, un peu volontaire; Suisse par le caractère et la manière de vivre, Français par l’esprit et l’imagination. Il y a, dans tout cet ensemble, des éléments de prospérité et de puissance qu’interrompent tristement, par intervalles, des crises commerciales et politiques.
- III
- On exagère ordinairement la gravité des crises. C’est tout simple; le commerçant, arrêté tout à coup dans une voie de progrès et quelquefois menacé d’une catastrophe, a une tendance naturelle, et même, dans certaines occasions, un intérêt à se plaindre très haut de la situation générale des alfa ires. Outre la politique et la mode, ces deux fléaux des industries textiles, nous avons maintenant les fluctuations du ré gimc douanier, qui sont une menace perpétuelle. Il taut compter aussi, quoique dans des conditions toutes spéciales, les fréquents perfectionnements de l’outillage, qui tournent, en définitive, au profit des industriels, mais qui commencent par leur imposer des sacrifices. Il arrive quelquefois qu’une nouvelle machine, entreprise à grands Irais, 8e trouve dépassée par une machine plus parfaite avant uiêine d’avoir été achevée; il faut aussitôt perdre le temps employé, les dépenses faites, et recommencer déplus belle. M y a eu des crises plus terribles que la crise actuelle; il n’y eu a pas eu de plus générale, puisqu’elle pèse sur presque
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- ioules les industries et très particulièrement sur les industries du vêtement; il n’y en a pas eu de plus longue. Les fabricants français attribuent en partie la stagnation aux lourds impôts résultant de la guerre. Cette aggravation de charges est douloureuse sans doute; mais la crise n’est pas française, elle est universelle. Sans doute, la France a été frappée, mais elle l’a été un peu avec tout le monde.
- 11 y a des maux qui prennent fin naturellement, d’autres auxquels on peut remédier; il y en a aussi avec lesquels il faut vivre, parce qu’ils tiennent à une transformation définitive des conditions de l’industrie. De ce nombre est peut-être une aggravation survenue dans la tyrannie de la mode. Autrefois, la mode partait de Paris ou de Londres et faisait son chemin très lentement dans les provinces et à l’étranger. Les dames de la basse Bretagne, de l’Auvergne ou du Languedoc étaient toujours en arrière d’un quart de siècle, en faisant même bonne mesure, et, pendant ce temps-là, beaucoup de menus détails se perdaient; on se contentait d’à peu près qui permettaient d’utiliser les anciennes coupes et les anciennes étoiles. Ce n’est plus cela aujourd’hui. 11 y a un reportage pour les modes comme pour les menus propos politiques. On est à l’affût des nouveautés, ouïes copie à mesure qu’elles paraissent. Les Français ne sont plus du tout, comme autrefois, sédentaires; toute la province passe à Paris par coupes réglées; et, quand elle n’y vient pas, les journaux de modes, les journaux politiques eux-mêmes, se chargent de lui envoyer la description, avec échantillons et modèles, de cree qu’il y a de plus nouveau n : c’est le mol consacré, car à présent on ne dit plus : rrCe qu’il y a de plus beau, n Toutes les femmes de France sont habillées comme à Paris; et les femmes de New-York, et (Milles de
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- Melbourne s’habillent comme les Françaises. Il ne reste aux couturières de Paris que deux ennemis qu’elles n’ont pas encore vaincus : c’est Bouddha et Mahomet. Pour la coutume, le respect des anciennes modes et des traditions de pays et de familles, elles n’en ont désormais aucun souci; le temps d’envoyer un paquebot à New-York ou à Bombay, et les traînes immenses sont remplacées par les fourreaux étriqués. Une autre révolution dans le monde des vanités, qui n’a pas de moindres conséquences économiques, c’est que la mode gouverne à présent toutes les classes. Les grandes maisons de confection y sont pour beaucoup. Les plus petites bourgeoises s’abonnent à un journal de modes et lui obéissent. Il en résulte qu’on peut bien vendre encore quelques étoiles défraîchies, mais les étoffés démodées sont perdues. On a raconté, et c’est un détail plaisant , que quand les femmes jugèrent à propos de porter d’immenses vertugadins, les architectes furent obligés d’élargir L‘s portes et qu’il fallut ensuite les élever quand elles mirent 8ur leurs tètes une prodigieuse quantité de cheveux laux, de plumes, de fleurs, de dentelles, de rubans, d’oiseaux, de portraits, de petits vaisseaux, qui les taisait ressemble]' à une otagère ambulante. Nous avons vu de nos jours quelque chose de tout aussi sot. Quand la mode des traînes est revenue, elle a sévi d’abord sur les palais et sur les grands hôtels où les salons sont très vastes; mais presque aussitôt, etl vertu de l’accélération nouvelle introduite dans le gouvernement des chiffons, la haute et basse bourgeoisie s est attachée à des métrages d’étoile impossibles, de sorte qu il a sulïi de deux ou trois femmes pour encombrer les petites Pièces où nous vivons. 11 faut que l'industrie en prenne son parti, et cela est assez dur; l'épidémie de la mode, qui au-
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- trefois était lente et partielle, est désormais générale et foudroyante. Je ne voudrais pas exagérer la valeur de ces petites causes, qui produisent quelquefois de très grands effets, et qui sont certainement pour quelque chose dans les perturbations que subissent depuis si longtemps nos industries de luxe.
- On nous dit tous les ans que la crise diminue, qu’il y a une détente, et tout aussitôt on nous déclare que nous retombons en pleine stagnation. La vérité est qu’il y a une crise, une longue et douloureuse crise; mais qu’on l’exagère singulièrement. La baisse des prix est certaine, la diminution du travail ne l’est pas, tout au contraire. La 4e section de la Commission permanente des valeurs de douane, présidée par M. Natalis Rondot, a comparé le travail de nos industries textiles en 1876, 1877 et 1878, à la période triennale de 1867, 1868 et 1869. Elle a laissé de côté l’année 1879, dont elle n’avait pas les chiffres définitifs; et voici les résultats de cette enquête, dirigée par un homme très compétent et très exercé.
- La France a consommé, en moyenne, par année, de 1 8 G 7 à 18 G 9 :
- Soie.................'.......... 9,980,000 kilog.
- Laine............................ 9(5,800,000
- Lin, chanvre et jute............ /19,900,000
- Coton............................. 98,000,000
- Soit 9/17,000 tonnes de matières textiles.
- Elle a consommé en moyenne, par an, de 1 87G à 1878 :
- Soie............................ 8,800,000 kilog.
- Laine............................ 122/180,000
- Lin, chanvre et jute............. 78/1/10,000
- Coton............................. 89,900,000
- Soit 989,000 tonnes.
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- La consommation de coton a diminué de 8,100,000 kilogrammes ; en revanche, il y a augmentation de 5 7 0,0 0 0 ki-logrammes sur la soie, de 26,180,000 kilogrammes sur la laine, de 28,54o,000 kilogrammes sur le lin, le chanvre et le jute. Tout compensé, la consommation s’est accrue de 42,ooo tonnes, ou de i5 p. 0/0.
- Ainsi, dans la seconde période, nos usines ont transformé 42,ooo tonnes de matières premières de plus que dans la période 1867-1869. L’augmentation sur la soie, la laine, etc., est considérable; il n’y a de diminution que pour le coton, et cette diminution ne s’explique que trop aisément par ce fait, que nous avons perdu, avec l’Alsace, 15400,o0o broches et 30,000 métiers à tisser.
- Au point de vue de l’exportation, l’accroissement pour la seconde période est de 12 p. 0/0.
- 1807-1869. 1876-1878.
- 1 issus de soie...............
- Tissus de laine...............
- fissus de lin, chanvre et jute. 1 issus de colon..............
- 3,620,000 kilog. 13,3oo,ooo 4,710,000 8,260,000
- 2,960,000 kilog. iq,i3o,ooo 4,8i 0,000 8,660,000
- *J9w90’000
- 36,55o,ooo
- h huit toutefois reconnaître que, de 1876 à 1879, l’exportation a diminué d’année en année :
- 1870.............................. 41,900,000 kilog.
- 1876 ............................ 39,600,000
- 1877 ............................ 38,ooo,ooo
- 1878 ............................ 26,4oo,ooo 9).
- Natalis llondot, lîapporl fait au nom de la ?i' section de la Corn permanente des valeurs en douane, 1880, p. i3.
- mission
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- Le travail n’ayant pas diminué, ayant au contraire augmenté, on doit en conclure que la différence doit être absorbée par la consommation intérieure. Il est juste aussi de tenir compte de ce que le nombre des étrangers qui visitent la France, y séjournent et y font leurs achats, va chaque jour en croissant; que par conséquent un très grand nombre de tissus sont exportés sans être déclarés à la douane, et cette observation est vraie surtout pour l’année 1 878.
- Enfin, aux quantités de matières premières transformées par nos manufactures, il convient d’ajouter les quantités importantes qu’elles utilisent en bourre de soie, déchets, étoffes renaissance, etc.
- IV
- Les peaux d’animaux ont toujours joué un grand rôle dans le vêtement. Il semble plus naturel de se couvrir de là peau d’un animal, après l’avoir lavée et assouplie, que de filer de la laine, de détacher les libres d’une plante, de les filer, et de faire un tissu avec ces fils.
- Nexilis ante fuit vestis, quam textile tegrnen (l).
- Même chez les peuples primitifs qui connaissent l’usage dos étoiles, les peaux de bêtes sont encore employées, parce qu’elles sont chaudes, quelles résistent à la fatigue et à la durée, et qu’on peut les acheter à bas prix ou se les procurer par la chasse. Les peaux sont quelquefois employées presque à l’état brut. Tannées, corroyées, ver-
- Lucrèce, liv. V, v. 1.V17.
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- nies, mégissées, elles deviennent relativement un objet de luxe. Certaines fourrures rares atteignent des prix très élevés. Lorsque les hommes se revêtaient de 1er, ils portaient, par-dessous les cuirasses, des habits de peau de daim et de peau de hullle. Les cuirasses enveloppaient l’homme tout entier pendant le moyen âge; puis on porta des corselets de fer, des heaumes, toujours avec la jaquette de peau de buffle par-dessous. Ces vêtements épais survécurent pour la guerre, la chasse et les voyages, à l’emploi du fer. Jusqu’à la Révolution lrançaise, c’est à peine si l’on comprenait un cavalier sans la culotte et la jaquette de buffle ou de daim tout au moins. La culotte persévéra même de nos jours. Onia regardait si peu comme un vêtement grossier réservé aux charretiers et aux soudards, que sous le roi Louis-Philippe elle faisait encore partie de runi-forme des officiers généraux. Les héros étaient habillés, depuis le col jusqu’à la ceinture, de beau drap d’Elbeuf fout chamarré de broderies d’or. A partir de là, on ne "voyait plus que de la peau et du cuir, des culottes en belle peau blanche, des bottes à l’écuyère d’un noir resplendis-Sant, remontant par-dessus les genoux.
- C’est dans ce mâle costume, peu fait pour les damerets, quon assistait aux revues et qu’on allait à la cour. Ainsi le dicton populaire de et vieille culotte de peauu avait son ori-t>me très authentique dans le costume des officiers et des soldats. On trouve encore, dans les pays restés fidèles aux uniformes historiques, des gendarmes ou des dragons revêtus de cet honorable vestige de l’antiquité. En dehors de 1 ar-la culotte de peau n’est plus portée que par quelque jockey ou par les chasseurs à courre. Nous nous efféminons Uü peu. La botte à l’écuyère et même la botte proprement
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- dite, la demi-botte, comme on l’appelait en 1820, nous rappellent à présent des idées vagues de carricks et de manteaux à collets d’astrakan. Le brodequin lacé avec des rubans de cuir ne sert plus qu’aux facteurs ruraux. Nous portons, comme les dames, des bottines de cuir verni ou de maroquin. C’est tout au plus si l’on retrouve la botte en Hongrie ou en Russie, chez les paysans ou les moujiks. Les laboureurs en portent quelquefois chez nous, pour marcher derrière la charrue dans la terre fraîchement remuée.
- Mais si l’industrie des cuirs et peaux a perdu la jaquette et la culotte de buffle, si elle ne fabrique plus de bottes ni de demi-bottes, ni ces bandoulières de blancheur immaculée que soldats et gardes nationaux portaient autrefois croisées sur la poitrine, et qu’on appelait par excellence des buffleteries, elle s’est prodigieusement développée pour les fournitures de la carrosserie et de là sellerie, ainsi que pour la chaussure et la ganterie. Sans parler ici du commerce des fourrures, qui n’a rien de commun avec l’industrie des cuirs et peaux; commerce qui s’étend des articles les plus rares et les plus magnifiques, vendus au poids de l’or, jusqu’à la vulgaire repeau de biques et à la peau de mouton dont s’affublent les montagnards; qui comprend les manchons, les pelisses, les pèlerines, les doublures de manteaux et de pardessus, les couvertures pour lits et pour voitures, les tapis de pied; qui, tout récemment, fournissait aux armées des quantités innombrables de colbacks et de bonnets à poil, et qui tient encore sa place dans la chapellerie par les bonnets fourrés, bonnets et casquettes de voyage, etc. ; sans parler, (lis-je, de cette belle et aristocratique branche de commerce, les usages industriels de la peau et du cuir se sont accrus dans des proportions consi-
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- dérables, en même temps que le nombre des gens qui portent des souliers et celui des gens qui vont en voitures, voitures privées, voitures publiques, voitures de chemins de 1er. La qualification de ccva-nu-pieds t> sera bientôt, comme celle de te culotte de peau^, un archaïsme. On ne marche pas les pieds nus, et même on ne porte pas de sabots, quand on peut avoir des bottines pour 7 francs et de forts souliers pour k francs ou 3 fr. 5o cent. On ne fait pas ses courses a pied, à moins que ce ne soit pour son plaisir, quand on peut prendre un omnibus ou un tramway, et se faire porter rapidement à 5 kilomètres, pour 15 centimes.
- Tous les pays du monde avaient envoyé des souliers et des bottines à l’Exposition. Là comme partout, et peut-être même d’une façon plus frappante que dans la plupart des autres industries, on remarquait les deux pôles opposes du progrès, c’est-à-dire l’excès du bon marché et l’excès du luxe. On réussit presque partout à faire des chaussures inusables et à les vendre à des prix fabuleusement réduits. L est encore la confection qui a produit ce miracle. C’est elle qui achète en grand, dans les pays où les prix sont les plus bas; elle qui a des ouvriers à l’année, quelle paye moins cher parce qu elle leur évite les chômages; elle qui peut appliquer dans ses ateliers la division du travail; qui trouve les procédés nouveaux, par exemple, la substitution de la chaussure vissée à la chaussure cousue; elle enfin qui emploie les outils perfectionnés, les machines-outils, et qui commence à se servir de la vapeur. A côté de cette riche et Populaire industrie, la cordonnerie de luxe multiplie ses chefs-d’œuvre, et c’est encore là que la France se retrouve. Ni les Allemands, ni les Belges, ni les Américains, ni les dusses, ni même les Anglais, n’auraient jamais produit telle
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- paire de bottines, qu’on voyait posée sur un coussinet brodé, dans une vitrine toute spéciale, et qui inspirait à tous les passants les mêmes rêves qu’à l’amant de Gendrillon. Les Anglais et les Autrichiens avaient beau multiplier les rubans, les broderies, les innombrables petits boutons, les ganses adorables, les talons effilés, les doublures de satin; l’artiste parisien triomphait sans aucun de ces auxiliaires, par la simplicité, la correction, la grâce, et même, si on peut le dire, en si coquette matière, par la sévérité de son goût. Il faut bien que ce mot s’échappe, parce que c’est le cri de la vérité: le Parisien et la Parisienne sont les premiers artistes du monde pour habiller riiumanité despieds à la tête. Voyez plutôt la ganterie. L’Angleterre est peut-être le pays du monde où l’on porte le plus de gants, parce que les gentlemen anglais en consomment plus que les gentlemen des autres pays; quant aux femmes de toutes les nations civilisées, c’est un de leurs privilèges d’avoir toujours les mains fourrées dans une peau de mouton cousue; l’Angleterre, consommant beaucoup, fabrique beaucoup et fabrique bien; elle a de belles peaux, bien solides et bien teintes; elle excelle dans les doubles coutures, qui ont rendu le gant anglais célèbre pour le voyage et pour le turf. La Belgique aussi est en progrès; elle avait une exposition charmante. Mais si vous confondez le gant belge, anglais ou viennois, avec le gant de Paris on de Grenoble, vous n’êtes pas dignes de porter une de ces frivoles merveilles ou de chausser la pantoufle parisienne de Gendrillon.
- Derrière le gant et la chaussure, il y a l’industrie qui prépare les cuirs et peaux, comme il y a, derrière les modistes, la fabrique de Saint-Etienne, et derrière les couturières, les immenses manufactures de Lyon, de fieims, de Bou-
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- baix. M. Ernest Mercier, le rapporteur du jury international, fait à la France une assez belle part clans toutes les branches de cette industrie. Nous tirons nos cuirs à semelles (outre la production indigène) de l’Amérique centrale et méridionale, des Indes, de l’Australie; mais les cuirs à semelles les plus beaux et les mieux tannés sont incontestablement les cuirs français tannés à l’écorce de chêne d’après les procédés anciens, qui exigent un séjour prolonge dans les fosses. Les États-Unis emploient principalement l’hem-lock. Comme ils payent les cuirs frais 20 p. 0/0 meilleur marché qu’en Europe, et l’écorce du chêne ou de 1 hemlock 6° p. 0/0 ou même 70 p. 0/0 au-dessous des prix européens, ils peuvent vendre leurs cuirs tannés au rabais, en France, malgré les frais de transport, d’assurance et de commission. Notez bien que nous trouvons l’Amérique partout, et qu elle est partout en progrès. Nos produits dans la tannerie sont, sans aucune comparaison possible, supérieurs aux siens; niais elle peut s’améliorer, elle le tera, et dès aujourdhui, Bl‘Ace à l’abondance des matières premières, elle bat tout le monde par la modicité de ses prix.
- Nos cuirs corroyés pour chaussure, sellerie et machines sont, en 1878, comme aux expositions précédentes, les nheux travaillés. L’Angleterre est très près de nous, et peut-etrc sur le même rang, pour la sellerie fine; la Belgique, pour courroies de transmission, cuirs à cardes, cuirs pour lithographie et pour manchons de machines. La P rance, la Belgique, l’Autriche, la Bohême, excellent à produire la Vyche corroyée; la supériorité, pour cet article, appartient pourtant à une ville de Bohème, Adlerkosteletz. Le cuir de Imssie, tanné à l’écorce de bouleau, et qui sert principalement à la gainerie line, se fabrique presque exclusivement
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- à Ostzachkov (Tver), dans l’usine célèbre de T. Savine, et défie jusqu’ici les contrefaçons et les concurrences.
- L’industrie des cuirs vernis pour chaussure, carrosserie, équipement militaire, est une industrie essentiellement parisienne. L’Angleterre, la Belgique, avaient de belles expositions. Le Canada et l’Australie exposaient des vaches vernies pour capotes, industrie nouvelle dans ces deux pays, et qui arrivera rapidement à y restreindre les importations européennes.
- La France avait exposé des maroquins en couleur qui, sous le rapport du tannage, de la corroirie et de la teinture, ne laissaient rien à désirer. Les Anglais ont accompli de grands progrès, depuis 1867, dans ce genre de fabrication. Les maroquins en couleur sont employés principalement pour la reliure. La France a exposé des chevreaux noirs, dorés et glacés, pour chaussure, article nouveau, qui jusqu’ici lui est spécial, et dont la production a décuplé depuis l’Exposition de 1867.M. Mercier cite une maison qui en produit plus de 60,000 douzaines par an. Il signale aussi une autre nouveauté, mais celle-là nous vient de l’Australie. Une maison de Sydney a envoyé des peaux de kanguroo, bien travaillées, très répandues dans le pays et d’un usage excellent. Des tentatives sont faites en ce moment pour importer ce produit en France.
- Les peaux mégissées servent à la ganterie ou à la chaussure. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, fournissent surtout les peaux de chevreau et d’agneau destinées à la ganterie, tandis que celles qui sont destinées à la chaussure proviennent surtout de Hussie, Transylvanie et Servie. Cette industrie fait de grands progrès, surtout en h rance. Elle a son principal siège à Annonay, qui vend les
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- peaux préparées aux fabricants de gants. Quelques grands fabricants de Paris et de Chaumont commencent à joindre une mégisserie à leur principale exploitation, et si l’on en juge par les débuts, la réunion des deux industries doit amener les plus lieureux résultats. Le chevreau et le veau, mégissés pour chaussure, se fabriquent en France, et surtout à Paris, avec une véritable supériorité.
- Les peaux chamoisées qui servaient surtou t aux jaquettes et culottes, à la ganterie militaire, à la bufïleterie, ont un peu disparu du marché, sous l’mfluence du déplacement de la mode. La Suède fabrique encore des peaux de renne chamoisées qui servent à des usages multiples dans les pays du Nord. Les cuirs hongroyés s’emploient surtout pour harnachement; les meilleurs sont de fabrication française. Pe parchemin, qui a servi longtemps au même usage que le papier, est aujourd’hui très peu en vogue. Il s’emploie pour reliures de livres et de registres. La parcheminerie était une belle et grande industrie, quand elle avait, en France, pour chef suprême, le recteur de l’Université de Paris; mais elle esf complètement déchue de son ancienne gloire. Ce nest plus guère qu’un souvenir. Si l’on veut voir de magnifiques félins, ce n’est pas dans les expositions, c’est à la Bibliothèque Nationale et au château de Chantilly qu’il faut les chercher.
- A présent que nous avons parlé des peaux el des étoiles, de la façon dont on les fabrique et de celle dont on les emploie, if nous resterait encore bien des chapitres pour epui-8er la matière inépuisable du vêtement; dabord le chapitre des chapeaux : chapeaux de soie, chapeaux de laine, chapeaux de castor, chapeaux de paille ; et les boutons : boutons d’or, de corne, de nacre, d écaillé, de soie, de Wie, boutons d’uniformes, de chasse, de livrée, boutons
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- de chemises, boutons de manchettes; et les bretelles et les jarretières; et les ombrelles, les cannes, les parapluies; et enfin le grand luxe, la broderie, la dentelle, le bijou, l’éventail. La dentelle était placée dans la classe 36, qui comprenait les dentelles à la main, les dentelles à la mécanique et les tulles brodés, les broderies blanches, de couleur, d’or et d’argent, et les passementeries. La France, l’Angleterre, la Belgique, l’Autriche et l’Allemagne sont les grands pays de production de la dentelle. Nous avons en France des dentelles de grand luxe, qui sont celles d’Alençon, et des dentelles très répandues sur tous les marchés du monde pour leur bon goût et leur bas prix, ce sont les dentelles du Puy en Auvergne. Caen et Bayeux produisent de magnifiques dentelles noires. Presque toutes les Valenciennes se fabriquent à présent en Belgique. La dentelle de Malines a aussi émigré et ne se fait plus qu’à Anvers et Louvain. La dentelle d’Angleterre a été très insuffisamment représentée à l’Exposition. On recherche les dentelles anciennes; c’est par affectation d’archaïsme; car le travail de nos dentellières actuelles n’a pas moins de perfection. Cet élément incomparable de la toilette n’a rien perdu de sa beauté; mais il devient de plus en plus cher et plus rare, à mesure que les imitations se perfectionnent et que le progrès des mécaniques diminue le nombre des ouvrières à la main.
- C’est M. Duvelleroy qui a rendu leur vogue aux éventails, en employant la peinture, la dentelle, les plumes. On fait à présent, comme au siècle passé, des éventails qui peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs tableaux de genre, et qui sont à leur place dans une exposition des beaux-arts et dans un musée. A un degré très
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- inférieur, on fabrique des éventails d’un goût exquis, vendus à très bon marché. L’usage en est redevenu général. Le centre principal de cette industrie est dans le département de l’Oise. La Chine et le Japon, où les hommes eux-mêmes quittent rarement leur éventail, ont inondé nos marchés d’éventails communs, livrés presque pour rien, et qui ont pourtant un certain cachet.
- L’orfèvrerie, qui formait à 1 Exposition la classe 24, sert a la parure des appartements, comme la joaillerie et la bijouterie servent à la parure de la personne. Il aurait fallu parler de l’orfèvrerie à propos de l’ameublement; mais j ai mieux aimé la rapprocher de la bijouterie, non seulement parce que les deux industries emploient les pierreries et les métaux précieux, mais parce que de très grandes maisons d orfèvrerie fabriquent en même temps des bijoux. Lor-levrerie a tenu une place importante à 1 Exposition. L Angleterre y a conservé son rang; la Russie s’est fait un genre 4 part; les artistes français se sont particulièrement signalés. On admirait dans les vitrines des cabinets, des surtouts de table, des services de thé, des vaisselles plates, des aiguières, et une grande quantité d’objets qu’on peut classer s°us le nom d’orfèvrerie d’église. L’introduction des procédés Ruolz etElkington, en diminuant le coût de la matière première, a répandu l’usage des grandes pièces d’argenterie, autrefois réservées aux princes et aux financiers. Les premiers artistes 11c dédaignent plus l’art où Benvenuto Fellini a excellé, et qu’ils avaient peu à peu délaissé pour le bronze et le marbre.
- Les maisons françaises ont eu de grands succès. Il faut citer, parmi les lauréats, deux maisons de Paris, la maison Ghristofle et la maison Fannière; la maison Odiot, aussi de
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- Paris; la maison Tiffamy, de New-York; Sasikoff, Awtclun-nikovv, de Moscou. Pour l’orfèvrerie d’église, les maisons Armand Cailhat, de Lyon, et Poussielgue-Rusand, de Paris. Quelques artistes, comme je le disais tout à l’heure, sont à la fois orfèvres et bijoutiers; il y a lieu de signaler parmi eux M. Fannière, qui, à côté de ses grandes pièces d’orfèvrerie, exposait des bracelets, des parures ornées cl’émaux et de pierres fines d’une grande maestria et d’une délicatesse extrême; M. Froment-Meurice, très digne cette année de son passé glorieux ; M. Émile Philippe, qui prend rang parmi les maîtres de la bijouterie parisienne.
- La maison Christofle a obtenu un grand prix. Cette maison, qui fournit de l’argenterie à toutes les tables avec une telle profusion qu’on dit presque indifféremment rr argenterie Christofle n ou « argenterie Ruolz r>, est, en même temps qu’une usine formidable par la quantité de ses produits, un atelier d’orfèvrerie, où les beautés de l’art, comme dans le bouclier décrit par Ovide, surpassent la richesse des matières employées. Les surtouts, les candélabres, les pendules, les jardinières, les coffrets, où l’or, l’argent et le bronze s’assouplissent, où les pierreries étincellent, sont tantôt des créations nouvelles, pleines de grâce et d’originalité, tantôt la reproduction fidèle d’anciens chefs.-d’œuvre. Le rapporteur de la classe 2Ù, M. Rachelet, se plaît à décrire particulièrement la bibliothèque offerte à Pie IX. H constate, avec tout le monde, que c’est une merveille; et pourtant, il lui fait un reproche, c’est qu’en voyant ce meuble admirable, on n’en devine pas d’abord la destination. Le reproche est fondé; la faute s'explique. L’artiste a lait une bibliothèque, puisqu’on y mettra des livres; il a lait aussi un reliquaire, puisqu’on y déposera les bulles de
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- l’immaculée Conception. Faites des reliquaires aussi somptueux que vous voudrez; mais n’enchâssez pas les livres dans l’orfèvrerie. Ils sont faits pour être lus et consultés. II suffit que le meuble qui les contient soit digne de contenir un trésor; il n’est pas à propos qu’il soit un trésor lui-même et qu’il détourne sur lui l’attention.
- La joaillerie et la bijouterie appartenaient, comme de raison, au groupe du vêtement. Elles y formaient la classe 39, qui a eu pour rapporteur M. Martial Bernard. Le rapporteur, qui est très compétent comme artiste, possède en même temps l’érudition de son art. C’est un mérite très fréquent parmi les artistes et les industriels parisiens; fit pour ne citer qu’un ou deux de mes collaborateurs, M. Saunier connaît parfaitement l’histoire de l’horlogerie; M. Martinet, celle de l’imprimerie. Il y a bien des industries dans l’industrie de la bijouterie ; M. Martial Bernard en compte huit. D’abord la joaillerie, ou l’art de monter et d’assortir les pierres précieuses ; puis la bijouterie d’or, où le dessin et la ciselure dominent et n’emploient les pierreries cpi’à titre d’auxiliaires; la bijouterie d’argent, qui a deux sortes de clients principaux, les dévots et les fumeurs, parce quelle fait surtout des briquets et des reliquaires; la fabrication d’objets d’art, très voisine de l’orfèvrerie; la bijouterie fin doublé, en doré; la joaillerie d’imitation; la bijouterie d acier. Il ne faudrait pas croire que les trois premières classes travaillent seules pour les riches; bien des femmes, dont récrin est garni de diamants, achètent aussi des bijoux ^imitation par passe-temps, par caprice, par amour du changement,. Plus d’un, parmi ces bijoux, serait digne, par la perfection de l’exécution, d’être taillé dans l’or et orné de perles ou de diamants véritables. Il y a aussi le
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- bijou de deuil, dont le jais est la matière la plus usitée. On emploie le jais naturel en Angleterre; en France, on se sert de préférence d’une imitation du jais en émail ou en verre.
- La joaillerie et la bijouterie françaises sont recherchées dans le monde entier; Paris est même devenu le principal centre de la vente du diamant et des perles fines. Il le doit surtout au goût de ses artistes. Les diamants sont venus se vendre à l’endroit, où l’on sait le mieux les enchâsser et faire ressortir leur éclat.
- Quoique les vitrines de tous les pays fussent remplies de chefs-d’œuvre, les premiers joailliers et les premiers bijoutiers de l’Exposition étaient certainement ceux de Paris; mais les premiers bijoux étaient ceux de l’Inde. Le prince de Galles avait exposé, dans la galerie de verre, un rêve des mille et une nuits. On montrait aussi les diamants de la couronne. On les montre à présent tous les cinq ou dix ans, quand il y a une exposition à Paris. A la fin de l’exposition, on les renferme dans leurs écrins, on place les écrins dans des armoires, sous de triples serrures, on ferme hermétiquement toutes les portes, et toutes ces richesses dorment lù, pendant cinq ou dix fois trois cent soixante-cinq journées, sans donner à qui que ce soit même une seconde de plaisir.
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- CHAPITRE VI.
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- ï
- Il est impossible de se faire des idées générales un peu exactes sur la quantité d’aliments qui nous est nécessaire, parce que les différences d’âge, de sexe, de santé, de travail, d’habitudes, de climats, introduisent des différences correspondantes trop nombreuses et trop considérables d’une espèce à l’autre. Les grandes administrations, obligées d’établir un régime uniforme pour des agglomérations importantes, consultent les théoriciens, tiennent compte autant fpie possible de l’expérience et n’arrivent après beaucoup d’essais et d’incertitudes qu’à des à peu près.
- H semble que le régime alimentaire d’aucune agglomé-ration ne puisse être étudié avec plus de soin et de facilité (lu(‘ celui de l’armée. Les gouvernements sont contraints, par des intérêts de toutes sortes, à en faire une étude atten-hve. L’état-major, l’intendance, le corps médical, réunissent pour cela leurs efforts et leurs lumières. Il s’agit d’ailleurs dune agglomération composée uniformément d’hommes valides, âgés de vingt à vingt-cinq ans. Tout cela est éga-îcnient vrai dans tous les pays, en France comme en Allemagne et en Autriche, en Italie et en Espagne comme en Angleterre. Cependant il s’en faut bien que les rations 80lent partout les mêmes. Si l’on ne regarde que le pain,
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- LES ALIMENTS.
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- l’Autriche donne 875 grammes, la France 750 grammes, l’Angleterre /i53sr,55. Si l’on 11e regarde que la viande fraîche, l’Allemagne donne au soldat en station (en garnison) i5o grammes, la France 3oo grammes, l’Angleterre 3Ao grammes et 453sr,55 dans les colonies. Si l’on envisage la ration complète de pain et de viande, il semble qu’elles devraient se compenser l’une par l’autre; il n’en est rien. La France donne 760 grammes de pain et 3oo grammes de viande fraîche; l’Allemagne donne aux soldats en station la même quantité de pain, et pour la viande, la moitié de la ration française. L’Espagne ne donne que 700 grammes de pain et a5o grammes de viande. Ces disparates sont trop profondes pour èlre attribuées seulement à la différence des climats et des habitudes nationales (J).
- TARIF DE LA COMPOSITION DES RATIONS DE PAIN ET DE VIANDE DANS CES PRINCIPALES ARMEES,
- FRANCK.
- Pain.. . Viande.
- »k, 0 ,
- 7 5 o 3 00
- gf
- Le pain peut être remplacé par 55o grammes de biscuit.
- I.u viande fraîche peut être remplacée par a/io grammes de lard salé ou de viande fumée, ou pal’ 900 grammes de viande de conserve.
- AI.LKMAGNK.
- PAIN. V1ANDK.
- Kn station....................................... o^oo*1 oL,i5ogr
- En rassemblement on aux manœuvres................ o ,7.^0 o ,a!jo
- En route......................................... 1 ,000 o ,'ibo
- En campagne...................................... o ,7.r)o 0 ,37b
- Kn campagne, le pain peut être remplacé par 5oo grammes de biscuit; In viande fraîche pal’ 170 grammes de lard salé, ou s5o grammes de viande fumée, ou 990 grammes de viande conservé».1.
- AUTRICHE.
- En station............................................ ok,875Br ok,i()o8P
- Embarqués............................................. 0 ,5()o biscuit 0 ,ît.r>o
- En campagne........................................... 0 ,87;') o ,3oo
- Le pain peut être remplacé par 5oo grammes de biscuit; la viande fraiche de campagne (3oo gr.) P'11
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- LES ALIMENTS.
- :> 15
- En France, l'administration pénitentiaire s’y est reprise à bien des fois pour fixer le régime des prisonniers. Les prisonniers ne doivent pas être dans l’abondance, ils ne doivent pas souffrir de la faim; on ne doit leur donner que le nécessaire, on doit leur donner tout le nécessaire. Cela est bientôt dit; la difficulté est précisément de déterminer en quoi consiste le nécessaire. Il n’est plus question ici d’hommes valides de vingt à vingt-cinq ans. La population est très mêlée. L’Administration ne peut faire que quatre distinctions : elle peul distinguer les enfants des adultes, les hommes des femmes, les prisonniers simplement condamnés à tenir rison ou astreints à un travail sédentaire et les prisonniers condamnés à la fatigue. U est clair qu’en faisant toutes ces distinctions, elle ne peut empêcher qu’il n’y ait, dans chaque catégorie, dtîs prisonniers trop ou trop peu nourris. Quant aux malades, ils ont dans chaque maison un régime particulier.
- En 1869, à une époque où je parcourais un grand nombre de prisons, en France et à l’étranger, je visitai Mazas
- *«>o grammes (le lard salé, ou a5o grammes de viande fumée, ou aoo grammes de viande conservée, ou 185 grammes de semoule de viande.
- ITALIE.
- Kn station (plus 184gr de pain de route).
- I
- lin campagne.
- 1»AIN.
- Infanterie. . ol,735gl Aulr. armes. 0,780 .............. o ,780
- VIANDE.
- o\i8o*r
- O ,'üIH O ,800
- l<e pain (doo gr. ) ,
- peut être remplacé par Aoo grammes de biscuit; In viande fraîche, par a/10 grammes.de viande salée ou 180 grammes «le viande conservée.
- ration de campagne
- ESPAÇA K.
- Pain................................................................ oL,7oo*r
- Viande.............................................................. o ,a5o
- I-a viande fraîche p«>ut être remplacée par 100 grammes de lard salé ou aoo grammes de morue.
- A VOLETER RK.
- Nation ‘le stalion on Angleterre.................. ok,453gr,55 ok,34ogr
- Nation dos colonies............................... o ,453 55 0 ,453 55
- Nation de campagne ............................... o ,87a biscuit 0 ,87a
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- en compagnie de M. Metetal, alors chef de division à la préfecture de police, et qui a été député en 1871. Il me dit qu’un très grand nombre de prisonniers ne consommaient pas tout le pain qu’on leur donnait. Ces restes, réunis chaque jour, formaient une quantité suffisante pour nourrir plusieurs hommes, parce que la ration des prisonniers se compose surtout de pain à). On remettait tout cela à un prisonnier qui le dévorait et n’était pas rassasié. C’est là, sans doute, un phénomène peu ordinaire; mais il sert à démontrer combien il est difficile d’astreindre un grand nombre de personnes à un régime uniforme, à moins qu’on ne laisse une certaine latitude à l’Administration, comme on le fait sagement dans les lycées.
- J’ai voulu connaître, à titre de renseignement, les rations distribuées dans les hospices et les hôpitaux de Paris par l’administration de l’assistance publique. Les rations de malades ne nous apprendraient rien. Les pensionnaires valides ou infirmes, dans les hospices de la vieillesse, reçoivent, par jour, les hommes Go décagrammes et les femmes 5o déca-grammes de pain. Les autres rations comportent une certaine variété ; voici, par exemple, comment l’administration locale peut composer l’alimentation pour un jour gras : au déjeuner, lait, 25 centilitres; au dîner, 9.0 centilitres de légumes secs, 4 décagrammes de fromage; au souper, bouillon gras, 45 centilitres; viande bouillie, 12 décagrammes (le poids est celui des aliments cuits, prêts à être mangés). Ce régime est celui des vieillards. On y ajoute 1 4 centilitres de vin pour les hommes et 1 9 centilitres pour les femmes.
- (,) Pain, 800 grammes par jour; viande, deux rations de lào grammes par semaine.
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- Les aliénés sont un peu mieux nourris que les vieillards. Ainsi, on leur donne 78 décagrammes de pain au lieu de 60; 1 lx décagrammes de viande bouillie au lieu de 1 2
- Pour la population libre, il ne peut être question que de moyennes. Quand même on arriverait à déterminer ces moyennes avec exactitude, on n’en serait pas beaucoup plus avancé, à cause de l’effroyable et irrémédiable inégalité de la distribution. Pour certaines denrées, on a des moyens certains de constatation ; pour plusieurs autres, on est réduit à des hypothèses souvent très hasardeuses. Nous savons à peu près à quoi nous eu tenir pour le pain, parce que nous connaissons le chiffre de la production indigène en céréales, le chiffre des importations et les effets de la panification. Le rapporteur de la classe 70, M. Bucan, estime la consommation moyenne du pain, en France, par tète d’habitant, à 58-2 grammes. C’est bien moins que les soldats, qui eu consomment 780 grammes, moins que les aliénés, qui en consomment 780, moins que les vieillards, qui en reçoivent hoo dans les hospices. Mais M. Bucan a divisé la totalité du
- (,) Voici la nourriture d'une journée pour les sous-employés de la même administration. Pain blanc, hommes, 84 décagrammes; femmes, 60 déca-{p'annnes. Vin, hommes, 80 centilitres; femmes, 32 centilitres. Déjeuner, 1:î décagrammes de viande grillée ou rûlie (femmes, 10 décagrammes), b décagrammes de fromage (femmes, h décagrammes). Dîner, bouillon gras, tas hommes et les femmes, 5o centilitres; viande bouillie, 12 décagrammes (femmes, 10 décagrammes); viande en ragoût ou rûlie, 12 décagrammes (tannnes, 10 décagrammes); légumes frais, hommes et femmes, 3o déen-d1ammes. Comme pour les malades ef les pensionnaires, cette alimentation peut être variée. J’ai pris une journée pour servir d'exemple. Les pei’sonnes auxquelles ce régime est destiné peuvent être considérées comme appartenant a la petite bourgeoisie. O11 remarquera qu'il leur est alloué deux plats de Vlandc au dîner. Los jours maigres, la viande est remplacée, au déjeuner, Par des œufs, au dîner, par du poisson.
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- pain par la totalité de la population. Il faudrait défalquer les enfants du premier âge, tenir compte des enfants, des vieillards, des femmes, des infirmes; et comme on ne le saurait faire avec exactitude, cette moyenne de la consommation du pain ne peut guère servir que pour une comparaison de peuple à peuple. M. Bucan nous apprend que la consommation du ^ pain va en diminuant du Sud au Nord, et qu’elle atteint son minimum dans la région de Paris. Gela peut tenir à une plus grande consommation de viande dans la région du Nord. Nous trouvons encore dans ce rapport un détail intéressant. G’est le prix du kilogramme de pain de troupe fabriqué par l’administration de la guerre. Ce pain ressort à 3o centimes en moyenne, soit 32 centimes pour les années de cherté, et à peu près 26 centimes pour les années ordinaires. La production des boulangers revient nécessairement à un prix plus élevé, parce qu’ils n’ont ni le magnifique outillage des manutentions, ni le personnel des ouvriers militaires, ni les moyens de faire des achats de blé dans des proportions colossales.
- Comme terme de comparaison, je me suis procuré le prix du kilogramme de pain pendant le premier trimestre de 1880, à Paris, Lyon, Bordeaux , Montpellier et Saint-Brieuc. J’ai choisi ces villes aux quatre coins de la France et dans des conditions de population très différentes. Le prix du pain de seconde qualité (pain de ménage) est à Paris de o IV. h9.5; à Bordeaux, 0 fr. A2; à Lyon, où il n’y a qu’une seide qualité, le pain est vendu o Ir. Ù35; à Montpellier, seconde qualité, o fr. 3q; à Saint-Brieuc, seconde qualité, o fr. 3 1. On sait qu’il n’y a plus de taxe officielle. En calculant le prix du pain d’après le prix du blé, on arriverait dans quelques localités à des prix inférieurs aux prix de
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- vente; o fr. 35,66 au lieu de o fr. k‘2 à Bordeaux; o fr. 29 au lieu de 0 fr. 3i à Saint-Brieuc W. Paris a un pain de troisième qualité, qui est vendu 0 fr. ûo, c’est-à-dire exactement au prix indiqué par le prix du blé.
- Le pain que l’on mange en France est surtout du pain de Iroment. 11 y a une grande amélioration à ce point de vue. Vu commencement du siècle, on consommait du pain de seigle, d’orge et de maïs. Le pain de seigle est nutritif, agréable au goût quand la farine est bien séparée du son, mais un peu lourd. Le pain d’orge, le pain de maïs, sont mdigestes et peu nourrissants. Ils ne sont plus employés {Iue par petites quantités et pour des mélanges. La farine de Iroment entre pour plus des trois quarts dans la fabrication. On peut affirmer que la France, depuis vingt ou trente mis, consomme beaucoup plus de pain qu’autretois ; quelle lle ïepaye pas trop cher; que la qualité s’est améliorée d’une iaçon notable, et qu’en somme, en faisant bien entendu les réserves nécessaires, la production et la consommation égalent tes besoins.
- On comprend qu’il s’agit de la production du pain. La production du blé est, dans les années moyennes, intérieure a lu consommation, et nous sommes obligés de combler le
- PRIX DU KIl.OGRAMMK DK PAIN, PENDANT I.E 1 " TRIMESTRE l88o, DANS I.ES VIU.ES SUIVANTES :
- DES BOULANGEES.
- D’APRÈS LE PRIE DU BLE.
- 3* qualité.
- b* qualité.
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- déficit au moyen d’importations dont le chiffre, à la vérité, n’est pas très élevé. C’est un devoir impérieux pour l’Administration d’avoir une réserve de grain et de farine suffisante pour mettre le pays à l’abri de la famine. Ce devoir est toujours rempli. Le pain ne nous manque pas, même quand le grain nous a manqué, et c’est seulement en ce sens qu’il est possible de dire que la production est égale à la consommation.
- M. Pierre Grosfils,1 dans son rapport au gouvernement belge sur la classe 69, se montre prodigue de compliments pour nos céréales, ce La France, dit-il, occupe le premier rang pour ses céréales, sous le triple rapport de la beauté et de l’abondance de la paille, de l’excellence du grain, de l’adaptation des variétés perfectionnées aux sols et aux climats qui les produisent. Il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir l’exposition du département du Nord; on y voit des pailles de dimensions remarquables tant en hauteur qu’en diamètre, des variétés de froments blancs ou roux d’Arm entières, de Bergues, des blés anglais hallelt, spalding, golden drop, etc., souvent supérieurs aux semences qui les ont produits, v
- M. Grosfils a remarqué dans le département du Nord de vastes exploitations consacrées à la production des blés de semence; dans ces exploitations, une sélection bien pratiquée fait rejeter de la production toute semence qui ne présente pas, à un degré bien marqué, les caractères les plus purs de la variété.
- Il loue nos agriculteurs du Centre et du Nord de donne1’ de plus en plus à l’agriculture une forme industrielle favorable aux rendements élevés et à l’amélioration des produits. Il est certain que les progrès réalisés dans certaines
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- régions sont un avertissement pour toute la France de chercher les éléments de la lutte contre la concurrence américaine dans le perfectionnement de notre culture. Nos progrès, déjà considérables, ne peuvent manquer de se généraliser et de s’accroître, grâce à la forte organisation donnée depuis 1878 à notre enseignement agricole, et qu’une loi foute récente vient de compléter.
- 11
- La situation ne s’est pas moins améliorée pour la viande de boucherie. Quoique nous ne puissions pas dire que les populations rurales consomment partout de la viande, il est certain, qu’on en consomme beaucoup plus qu’autrelois, et quà la viande de porc 011 a ajouté le bœuf, la vache, le mouton et la volaille. Le porc frais ou salé était encore, il ) a quelques années, le principal ou le seul aliment azoté des paysans. L’élevage du porc a diminué, cela est incontestable; mais celte diminution est uniquement due à la concurrence faite à nos porcheries par le lard, les jambons (d les bêtes sur pied que l'Amérique nous expédie; c’est donc la production seulement qui a diminué; la consommation s’est plutôt augmentée, d’où il résulte que la viande de boucherie s’est ajoutée, et non substituée à la viande de porc.
- Mercier estime que la consommation a été, pour 187b, de tî/i kilogrammes par habitant. Ce serait bien peu. Des documents que j’ai sous les yeux, et qui émanent directement du ministère; de l’agricnltnre, portent la moyenne urbaine a °7 kilogrammes (5G et une fraction), la moyenne rurale u aGk,5oo et la moyenne générale à .15 G). Cette consom-
- Lnnsnnnnalion de la viande en Franco, en 17, dans les cliefs-licnx
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- mation est loin d’être suffisante, mais elle constitue un progrès important.
- Il est à remarquer que cette augmentation dans la consommation coïncide avec une élévation croissante des prix, due très probablement à la baisse des peaux et des suifs.
- Une autre raison encore pour la surélévation des prix de la viande, c’est l’accroissement des populations urbaines. L’industrie forme très rapidement de grandes accumulations d’boinmes; la production agricole, malgré tous ses progrès, ne peut suivre le mouvement. 11 faut aller chercher des suppléments pour l’alimentation dans les pays nouvellement défrichés, qui, n’ayant encore qu’une population de pionniers et d’agriculteurs, produisent au delà de leurs besoins. Ces produits, transportés à travers les mers , se vendent à des prix que les consommateurs trouvent très élevés, et qui inquiètent cependant les producteurs indigènes, obligés de lutter avec un sol vieilli contre un sol vierge, et de subir, pour tous les prix de main-d’œuvre, les conséquences du voisinage de l’industrie.
- Quels que soient les inconvénients de cette situation pour la vieille Europe, inconvénients qu’il faut envisager en face,
- de département et d’arrondissement et dans les villes d’une population de
- 10,000 âmes et au-dessus :
- Boeufs....................................... i5a,â3(),()33 kilog*
- Vaches............................................. 78,295,738
- Veaux.............................................. 68,918,600
- Moutons............................................ 79,268,960
- Agneaux et chevreaux................................ 6,896,392
- Porcs............................................ 7 5, A o 1,2 A 3
- Quantités livrées par la boucherie foraine........ 76,660,798
- Total.
- 535,366,65A
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- sans découragement ni faiblesse, parce qu’ils peuvent être vaincus par la science et le travail, on a pu constater, a l’Exposition de 1878, des améliorations, des progrès, qui démontrent dès à présent la possibilité de la lutte. Nous connaissons à présent la véritable théorie des engrais, et nous commençons à l’appliquer. La France, en outre, devient de plus en plus habile à s’approprier les belles races étrangères; on peut citer les durham, dans l’espèce bovine, les mérinos et les southdown, dans l’espèce ovine.
- Le mérinos est acclimaté chez nous depuis longtemps nous ne l’avons, bien entendu, recherché que pour sa laine. Il y a jusqu’à présent peu d’éleveurs de southdown; mais le comte de Bouillé, à Villars (Nièvre), et M. Nouette-Lelorme, à Ouzouer-des-Champs (Loiret), avaient expose des produits d’une telle beauté, que le problème de 1 acclimatation de cette belle race, sans rivale pour la viande de boucherie, peut être regardé comme résolu.
- L’acclimatation des vaches durham est due au ministère <le l’agriculture. La première importation laite par le Gouvernement date de 1836 ; les animaux furent placés à l’école vétérinaire d’Allort. La deuxième importation, qui date de 1838, servit à fonder la vacherie du Pin. D’autres importa-hons eurent lieu en i84o, 18A1, 18fia, 18A3 et 18AA, et peuplèrent les vacheries de Saint-Lo, de Poussery et du ^amp. La vacherie du Pin a été translérée a Corbon (Calvados); les autres ont été supprimées comme désormais mutiles, l’acclimatation de la race durham étant un lait
- accompli et définitif.
- Le durham français est plus petit que le durham anglais ;
- (')
- Voir ci-dessus, cliap. 1
- [>. 18.
- •> 1.
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- mais il a les mêmes qualités pour la boucherie et la reproduction, et la même élégance de formes
- La race charolaise, une des plus belles de France, doit en partie ses hautes qualités à un croisement intelligent avec le durham. Nous pouvons signaler aussi, au nombre de nos richesses bovines, la race limousine, une des meilleures pour la boucherie; la race garonnaise; la race de Salers, dont les bœufs sont des travailleurs de premier ordre; la race flamande; la race normande, qui donne de très belle viande de boucherie, et dont les vaches produisent les beurres d’Isigny et de Gournay ; la petite race bretonne, dont la viande est estimée, et qui donne des vaches
- (l) MESURES DES VACHES FRANÇAISES ET DES VACHES ANGLAISES
- PRIMÉES À L’EXPOSITION DE 1878.
- VACHES FRANÇAISES.
- \f;e....................................................... A 7 mois.
- Taille..................................................... i"\3io"""
- Longueur................................................... 1 ,615
- Périmèlre thoracique....................................... 2 ,175
- Kcartemenl des lianclies................................... o ,58o
- Longueur de la croupe...................................... o ,575
- Profondeur de la hanche an j;rassel........................ o ,(>35
- Îia longueur......................... 1 : i'",a33...
- le périmèlre thoracique............. t : 1 ,(><>0
- la largeur des hanches................ 1:0 ,(|/|5
- vaches anglaises.
- A/fc*...................................................... /i3 mois.
- Taille..................................................... i",,38/i"'"‘
- Longueur................................................... 1 ,(>/ia
- Périmèlre thoracique....................................... 2 ,a<j/i
- Kcarlement des hanches. ... ............................ o ,(i t H
- Loii|;nenr de la croupe.................................... o ,(> 1 4
- Profondeur de la hanche an jjrassel........................ o ,(>7°
- 11a lonjpienr........................ 1 : 1 187"""'
- le périmèlre Ihoraciqnc............. 1 : ! ,638
- la larjjenr des hanches............... 1:0 ,hho
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- *V
- «)
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- laitières de premier ordre, et des bœufs actifs et infatigables.
- L’Exposition de 1878 avait consacré la classe /j5 à la chasse, à la pêche et aux cueillettes.
- „ La chasse est un exercice hygiénique, au point de vue physique et moral. Elle donne de la décision et de la hardiesse ; elle forme des marcheurs et des tireurs. C’est à la fois un
- exercice favori de la vie élégante, et le plus vil plaisir de
- la population rurale. Elle fournit d’ailleurs à l’alimentation an supplément très apprécié comme qualité et d’une certaine importance comme quantité. La diminution du gros et du petit gibier est un fait très menaçant, soit qu'011 le considère au point de vue cynégétique, ou au point de vue alimentaire. On peut l’attribuer, pour le gros gibier surtout, au déboisemenl, et pour le gibier en général, à l augmentation du nombre des chasseurs et au perfectionnement des armes de chasse. Il est question en ce moment de l’abaissement ou même de la suppression du prix des ports d’armes, mesure très démocratique, qui achèvera la dépopulation. Il
- serait urgent de prendre des mesures. La diminution de la durée annuelle n’aurait guère pour ellet que de rendre le massacre plus rapide. O11 lait des lois restrictives, ties gênantes pour les honnêtes gens, et qui profitent en défi— mtive aux braconniers. Peut-être trouvera-t-on enfin le moyen d’arrêter le braconnage, si latal a la reproduction. G’est par là qu’il faut, commencer. Le braconnage a quelque O'ose en soi d’immoral; non seulement parce qu il constitue un vol dans la plupart des cas; mais parce qu il habitue, ,1 ïa violation des lois, à la ruse, aux mauvaises fréquenta-l|()|is, et peut conduire même au crime.
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- III
- Si la quantité du gibier diminue, on peut presque dire que celle du poisson, bien autrement importante au point de vue alimentaire, augmente. La question de la pèche est très compliquée. Elle comprend d’abord deux grandes divisions : la pêche maritime et la pêche fluviale ; et dans la pêche maritime, il faut distinguer la pêche du poisson et celle des crustacés et mollusques. Enfin il y a plusieurs sortes de pêches du poisson. Il y a d’abord ce qu’on appelle avec raison la grande pêche, et c’est la pêche delà morue, qui se fait au loin, à des époques déterminées, avec des navires ad hoc, et des équipages dont les hommes sont à la fois des marins, des pêcheurs et des ouvriers habiles dans toutes les opérations nécessaires pour conserver le poisson frais et pour le saler et l’encaquer. La pêche delà morue est une industrie considérable au double point de vue de la marine et de l’alimentation. La morue est, dans beaucoup de pays, la ressource principale des classes pauvres; elle entre, pour une part importante, dans l’alimentation des classes aisées; elle paraît sur les tables luxueuses, transformée en brandade. Les armateurs se plaignent en ce moment, non pas de la diminution du poisson, mais de la diminution des consommateurs. Plusieurs d’entre eux prétendent qu’ils continuent à pêcher pour ne pas perdre leurs navires et leur clientèle, mais que leur industrie est devenue très lourde, et qu’ils seront obligés de se retirer, si on n’avise pas. Dans le désarroi général de la marine marchande française, la décadence de la pêche de la morue serait une sorte de malheur national. Les navires de la der-
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- nière saison sont revenus encombrés de poissons et n’ont pu se défaire de leur chargement à des conditions rémunératrices. Le commerce attribue en grande partie cette diminution dans la consommation de la morue à la suppression de l’esclavage. La morue entrait pour la plus grande part dans l’alimentation des esclaves; les travailleurs libres ne veulent pas s’en contenter, de là la diminution de la consommation et la dépréciation de la marchandise. Ce n’est pas que la morue ne soit une nourriture substantielle et agréable, quand elle alterne avec la viande. Dans les administrations publiques qui distribuent de la morue une lois par semaine, cette ration est acceptée avec plaisir. Plusieurs chambres de commerce des villes maritimes sont en instance pour obtenir l’introduction de cet aliment dans l’armée.
- S’il fallait un argument pour prouver que l’intelligente distribution des aliments importe presque autant que la production des denrées alimentaires, la morue et la sardine nous le fourniraient cette année. Jamais ces deux pêches n’ont été plus abondantes. La sardine s’est présentée en si grande quantité sur les côtes de l’Ouest, que, môme eu ta vendant à vil prix, on n’a pas toujours trouvé acheteur. La sardine n’est pas comme son analogue, le royan, un poisson qui 11e peut être mangé qu’à l’état Irais; la sardine conservée à l’huile est un aliment presque aussi délicieux cpje la sardine fraîche; on conserve aussi delà sardine pressée ef séchée, qui n’est ni agréable au goôt ni très nourris-sonte, mais qui concourt à cause de son prix très peu eleve
- 1 alimentation des classes pauvres. Cette annee, les fabricants de sardines à l’huile, et même de sardines presses, n’avaient pas un outillage sullisant pour préparer fout le poisson qu’on leur apportait. 11 y a eu disette d ou-
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- tils, comme autrefois, avant le phylloxéra, dans les années florissantes de l’Hérault, de l’Aude et du Gard, il y avait disette de barriques.
- La pêche de la baleine et la pêche de la morue conservent le nom de grandes pêches, parce qu’elles se font au loin, par des armateurs, avec de grands navires, et mettent enjeu de grands capitaux. Ce sont aussi pourtant de grandes pêches que celles des poissons qui voyagent par bandes . énormes, comme les harengs et la sardine. Elles intéressent de nombreuses populations maritimes; elles donnent lieu à un commerce important;'elles versent de précieux produits sur nos tables.
- Il y a enfin la pêche côtière, la pêche courante, celle (pii ne remue pas les grands capitaux, qui n’exige pas l’intervention des armateurs, quoiqu'elle ait sa flottille dans tous les ports et son année de piétons qui partent à marée basse à la conquête des crevettes, des homards, des langoustes, des innombrables variétés de crabes, des moules, des clovisses et de tout ce que les Napolitains appellent fniUi di mare. La flottille proprement dite des pêcheurs appareille chaque jour ou chaque nuit, dès (pie la marée est favorable, en rangs pressés (pii ne tardent pas à s’ouvrir, à mesure qu’on arrive au large; cardiaque embarcation cherche l’isolement et le silence. Les lemmes qui ont halé le long de la jetée les barques un peu lourdes, les suivent de l’œil jusqu’à ce qu’elles leur soient cachées par l'éloignement ou le brouillard. Il n’y a dans la barque avec h», patron qu’un ou deux matelots, quelquefois un cillant (pii commence l'apprentissage de ce rude métier. Il se lance dans la vie avec témérité et insouciance, quoiqu'il sache déjà ce qui l’attend par les conversations du loyer et de la plage; toute sa
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- carrière peut, se résumer en trois mots : fatigues énormes, grands périls et maigres profits.
- Les constructeurs de navires qui produisent ces citadelles flottantes, ou ces immenses paquebots, chefs-d’œuvre de l’esprit humain, à la perfection desquels toutes les sciences et tous les arts semblent avoir concouru pour les douer de vitesse, de solidité, de beauté, pourront-ils jamais apporter assez d’amélioration dans la forme des bateaux de pêcheurs, dans le choix de leurs matériaux, dans la manière de les gréer et dans celle de les gouverner? Je ne parle pas du navire qui part pour la pêche de là morue ou de la baleine, et qui est une véritable merveille si on le compare à ceux que nous avons vus il y a cinquante ans, mais de ces bateaux manœu-vrés par une voile et deux ou quatre rames, où les pêcheurs côtiers passent leur vie entière, sur lesquels ils courent tant de dangers, et qui sont encore aussi lourds, aussi incommodes, aussi dépourvus de moyens de défense que dans les siècles passés. Le patron emporte les mêmes filets. C’est <{ peine si tous les progrès accomplis pour le reste de l’Im-^anité par les filatures et les tissages mécaniques lui lour-nissent un caban un peu plus chaud. Tout sur terre et dans les mers a progressé et prospéré, excepté lui. En revanche,
- 1 esprit de fraternité, l’esprit de charité*, s’est développé pour organiser les moyens de sauvetage; on a lait de ce coté-la des progrès sérieux et glorieux. Le commerce de poisson, le trafic proprement dit, a été aussi amélioré pari interven-t'on des voies ferrées. Quel que soit le lieu du littoral ou b* poisson est pris, c’est à Paris qu'est l’acheteur. H en résulte premièrement, que le prix payé au pêcheur s est elevé,mais d'en faiblement, parce que la plupart des profits sont rete-11,18 par les intermédiaires, et, ensuite, avantage plus impur-
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- tant peut-être, qu’on n’a plus à craindre de manquer la vente.
- Indépendamment de la classe 45, consacrée à la pêche et à la chasse, nous avions à l’Exposition la classe 85, consacrée aux poissons, crustacés et mollusques. 11 s’agissait surtout, dans cette classe, de la pisciculture, et la pêche n’y revenait qu’accessoirement. La pisciculture, suivant la remarque ingénieuse du rapporteur, M. Vaillant, fait partie de l’agriculture, quand il s’agit des poissons comestibles, et de l’horticulture, quand il s’agit des poissons d’agrément, que l’on met dans un aquarium d’appartement ou dans le bassin d’un jardin. Il y a longtemps qu’on a considéré les poissons, en mythologie et en poésie, comme pouvant former des troupeaux, et nous avons tous appris dans notre enfance ces vers de J.-B. Rousseau, le grand lyrique français de ce temps-là :
- Tel que le vieux pasteur des troupeaux de Neptune, IVotée, à <pii le ciel, maître de la fortune,
- Ne cache aucun secret......
- Mais les poètes avaient devancé la science, cl l’art de produire artificiellement le poisson, ou d’engraisser et d’améliorer les poissons adultes en captivité, s’il est ancien et déjà perfectionné chez les Chinois, est très nouveau et encore très incertain parmi nous.
- Il y a lieu de distinguer deux sortes de pisciculture, ou disons plutôt deux sortes d’aquiculture, pour nous con-lormer au langage adopté par M. Vaillant, qui préfère avec raison cette désignation comme étant plus générale. H y a l’aquicullure maritime et l’aquiculture fluviale. L’aqu1' culture maritime, en ce qui concerne le poisson, n’a jus-
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- qu’ici donné lieu à aucune tentative sérieuse. Le poisson de mer proprement dit parcourt librement son domaine; nous pouvons le pêcher, mais nous ne pouvons pas le diriger. Tout au plus nous est-il possible d’établir le long des cotes des viviers et des réservoirs pour attendre le moment de la vente, plutôt que pour améliorer et engraisser nos prisonniers. Il n’en est pas de même des crustacés et des mollusques. Comme ils habitent le rivage et n’ont que peu de moyens de locomotion, ou même n’en ont pas du tout, l’industrie humaine arrive à les parquer et à les gouverner dans une certaine mesure, sinon à les domestiquer. On peut loriner au bord de la mer des parcs de homards et de langoustes, des bancs d’huîtres ou de moules, qu’on exploite régulièrement comme un troupeau ou une prairie. On en ferait autant des différentes sortes de crabes, si le prix de vente pouvait compenser les trais. La création et l’entretien des parcs de homards est difficile ; les procédés employés sont fort dilfércnts, et jusqu’à présent les résultats obtenus sont discutables ou médiocres. C’est une industrie qui a peut-être de l’avenir, mais qui est encore à ses débuts. L’ostréiculture, au contraire,est en voie de prospérité. D’abord, u l’importation des huîtres d’Ostende, qui sont d’une quarté supérieure et d’un prix élevé, on vient tout récemment d ajouter l’importation des huîtres portugaises, qui peuvent entrer utilement dans l’alimentation, mais dont la concur-lence, malgré leur bas prix, n’est pas à redouter pour nos espèces indigènes. Nos huîtres de Maronnes et de Cancale peuvent soutenir la comparaison avec les espèces les plus savoureuses et les plus délicates; et nous sommes, grâce aux règlements maritimes, d’une part, et aux progrès de 1 ostréiculture, de l’autre, à l’abri d’une disette d’Imîtres
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- indigènes. La consommation des huîtres et leur prix ne cessent pas d’augmenter, et la mer ne cesse pas de nous en fournir. Du tcr septembre 1876 au 3o avril 1877, 202,392,225 huîtres marchandes sontsorties du seul bassin d’Arcachon pour être livrées à la consommation.
- Au reste, la population occupée de l’exploitation des fruits de la mer sous ses différentes formes présente1 un contingent assez respectable. Les documents officiels constatent qu’il existait, au 3i décembre 1876, 31,608 établissements de pêcbe (parcs, claires, viviers, etc.), occupant 10,398 hectares, détenus par 38,443 personnes. M. Vaillant évalue au moins à 200,000 le nombre des individus, hommes, femmes et enfants, employés à l’exploitation des parcs et pêcheries. Quant aux marins, pêcheurs et matelots, nous en savons le chiffre exact par l’inscription maritime.
- Mais c’est surtout à propos de la pêche fluviale que la pisciculture trouve occasion de se développer. A force de multiplier les engins de destruction et de violer les règlements protecteurs du naissin, les pêcheurs ont fini par dépeupler, en partie, les cours d’eau. Si cette dépopulation devenait complète, toute une profession serait supprimée, l’humanité perdrait un de ses plaisirs les plus vifs, et sa table se trouverait passablement dégarnie. 11 11’est pas étonnant (pie la perspective de ces trois malheurs ait surexcité le génie des naturalistes. La difficulté n’était pas de trouver le secret de la fécondation des omis de poisson, ni même les moyens d’incubation artificielle. On fit aisément cette découverte. Ou la fit même de deux cotés: pendant que des savants y arrivaient au Collège de France, un pêcheur la rencontrait sur le bord d’un fleuve. La guerre s’alluma entre les
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- savants et les praticiens; puis les savants eux-mêmes se disputèrent la priorité, et pendant ce temps-là on put voir, à la vitrine de Chevet, une ombre chevalier artificiellement produite par les procédés de M. Coste. La création de la pisciculture fit donc grand bruit; elle combla de joie les gourmands et les économistes. La famine peut venir quand elle voudra, disait—ou, nous mangerons du saumon et des ombres chevaliers. 11 y en aura pour les
- plus pauvres. On n’aura qu’à prendre la peine d’en faire. L Exposition de 1867 eut lieu au milieu de cet engouement.
- Depui s ce temps, il a fallu en rabattre. O11 a eu, en fp’and nombre, des éclosions, ce qui démontre la justesse de la théorie, mais 011 n’a pas eu de repopulation, ce qui nous oblige à convenir que la pisciculture, qui croyait avoir d't son dernier mot, en est encore aux tâtonnements du début. L’expérience a établi que les procédés artificiels, au l'e<i de donner des résultats pratiques supérieurs à ceux (luon obtenait dans la nature, lorsque les conditions étaient bvvoiables, ne fournissaient le plus souvent que des produits très inférieurs, quand l’échec n’était pas complet. ^ 11,1 autre coté, beaucoup d’échelles établies sur les bar-Jages ne lonctionnaient qu’imparfaitement. On a cherché vt trouvé la cause de l’insuccès des éclosions artificielles.
- poisson ne vit pas parce que l’éclosion 11’a pas lieu du moment lavorable. Déterminer quel est, pour chaque douve, ce moment favorable, trouver des moyens artificiels P°ur retarder l’éclosion et la produire seulement en temps opportun, enfin rétablir dans les rivières les conditions ‘udispensables à la conservation et à la multiplication du poisson, telles étaient les nouvelles données du problème, point capital était de se rendre maître de l'époque de
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- l’éclosion des œufs. On y est parvenu. A partir de cette découverte, on a pu procéder avec certitude, et les progrès commencent déjà à se manifester en Amérique, en France et en Angleterre. L’Allemagne, toujours engouée des théories et assez dédaigneuse pour les expériences, en est encore à discuter la question dans les universités.
- Nous sommes donc en possession : i° des moyens de féconder les œufs de poisson; 2° des moyens de les incuber artificiellement; 3° (et c’est là la découverte nouvelle) des moyens de retarder l’éclosion afin d’en choisir l’époque. Nous avons aussi à notre disposition les appareils nécessaires pour transporter à de grandes distances, et par tous les temps, les œufs fécondés, les alevins qui en sont issus et les poissons adultes. Il ne reste plus qu’à approprier le lit des rivières pour permettre aux poissons migrateurs d’exécuter leurs voyages depuis la mer jusqu’à leurs lieux de reproduction, et à protéger la repopulation des eaux par des dispositions légales.
- M. Gauckler, ingénieur en chef chargé des questions générales relatives à la pêche, remarque avec raison que les travaux d’appropriation du lit des rivières sont d’autant plus indispensables que les rivières ont été l’objet de travaux d’autres sortes, qui ont eu pour conséquences de rendre de plus en plus difficiles la reproduction et la multiplication des poissons. Le développement de l’industrie à la recherche des moteurs hydrauliques a créé des obstacles infranchissables aux poissons voyageurs, pendant que la canalisation des cours d’eau navigables et flottables, le dessèchement de leurs faux bras, le déboisement et la pénurie d’eau qu’il entraîne ont enlevé, même aux espèces sédentaires, les plages lavorables à la reproduction. Le perfectionnement dos en-
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- gins de pêche leur ôtait d’ailleurs la sécurité nécessaire pour pouvoir se multiplier.
- Les remèdes étaient tout indiqués : rétablir les communications coupées par les barrages, et, pendant plusieurs années consécutives, interdire toute pêche dans les parties des cours d’eau favorables à la reproduction, sur des étendues suffisantes pour repeupler constamment les cantons de pêche voisins.
- Depuis 1867, les échelles se sont multipliées en France. Beaucoup de systèmes ontété essayés, modifiés et rejetés après expérimentation suffisante. La disposition la plus simple, la plus conforme à la nature et la plus efficace, appliquée aujourd’hui en France et en Angleterre, consiste en une série de bassins ou vasques juxtaposés à des niveaux différents en forme de marches d’escalier et séparés par de petites cascades alternant de droite à gauche. Grâce à la multiplication des échelles, les saumons qui avaient disparu de l’Yonne commencent à s’y remontrer en nombre.
- Quant aux réserves de pêche établies en 1870, conlor-uiénient aux dispositions de la loi du 3i mai 18 6 5, elles °nt été renouvelées en 1875 et en 1880 pour une période de cinq ans dans les rivières navigables et flottables. L expérience a été suffisante pour en démontrer les bons ellets, et °n étudie les voies et moyens pour en propager la pratique dans les cours d’eau non navigables ni flottables.
- Ainsi la pêche maritime, au moins pour ce qui concerne f ostréiculture, est en progrès, et la pèche fluviale va renaître. Saluons ces nouvelles espérances, sans oublier qu en hautes choses on 11’obtient le succès qu au prix d un travail °piniAtrc.
- B serait impossible d’établir dans quelle proportion la
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- pêche fluviale, le gros et menu gibier, les légumes frais, secs ou conservés, et les fruits concourent à l'alimentation. Le gibier diminue malheureusement, par suite de l’incurie des chasseurs qui abattent les femelles et des dégâts commis par les braconnages de toutes sortes. Le déboisement, auquel on s’occupe enfin de porter remède, y a contribué; et, chose assez curieuse, mais qui est constatée, le gros gibier recule devant l’invasion des chemins de 1er. On abaisse, par mesure politique, le prix du port d’armes. Cela peut être en efl'et démocratique, mais il arrivera infailliblement que, quand tout le monde pourra chasser, personne ne pourra chasser, faute de gibier. La meilleure solution, qui n’est pas un paradoxe, est de permettre d’abord la chasse à tout le monde par respect pour l’égalité, et de l’interdire aussitôt, pour assez longtemps, à tout le monde, par respect pour le gibier. Cette interdiction temporaire serait autant dans l’intérêt des chasseurs que dans celui des consommateurs.
- IV
- La culture maraîchère a pris des proportions considérables. C’est un progrès auquel les chemins de fer n’ont pas nui. Paris tire de très beaux légumes, très bien cultivés, de tous les départements méridionaux, lia ainsi’des primeurs deux mois avant les anciennes époques. Il concourt avec .Londres à laire vivre les maraîchers des Cotes-du-i\ord et du Fims-1ère. Il a des jardins dans toute la France, et particulièrement des jardins magnifiques sur le littoral de l’Algérie. Ilieii ne serait plus avantageux, pour la colonie et pour h1 métropole, (pie de développer dans cette zone la culture maraîchère, qui déjà, dans l'antiquité, y faisait merveille-
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- On pourrait y attirer des horticulteurs d’élite, fonder un enseignement, un champ d’expériences. L’Algérie y gagne-v rail de l’argent, et Paris des primeurs. Déjà les légumes frais nous arrivent de l’Afrique et du Midi au cœur de l’hiver. La culture maraîchère n’en a pas moins son centre principal sous les murs memes de Paris; c’est là quelle opère ses plus grandes merveilles. L’exposition de légumes et de fruits a été moins une exposition unique qu’une série non interrompue d’expositions, et il est naturel d’en conclure que tas maraîchers des environs de Paris avaient, par le lait même de leur proximité, un grand avantage sur leurs rivaux. Les produits envoyés de Belgique, d’Algérie, conservaient de ta fraîcheur, mais ce n’était plus la première fraîcheur. Un jardinier des environs de Saint-Pétersbourg, M. Waldemar Oradclielf, a eu le courage de concourir dans ces conditions et son envoi a été primé, ce qui en prouve surabondamment ta mérite. Un jardinier d’Aberdeen (Ecosse) a aussi obtenu une récompense. Mais la supériorité, absolument incontestable, des maraîchers de la banlieue de Paris n’est pas due ^ 1 avantage d’avoir pu cueillir le matin les plantes qu’ils exposaient dans la journée. Leurs produits l’emportaient sur tous les autres pour la qualité, la grosseur et la beauté. M- Laizier, rapporteur de la classe 87, cite particulièrement tas fraises, les melons, les asperges, les légumes de saisons, l)0ta, haricots, fèves de marais, salades, choux, carottes, tes cressons, les courges alimentaires, les champignons. Les asperges d’Argenteuil sont les plus savoureuses et les plus grosses qu’on connaisse. Le cliitlre dallaires sur ce legume Repasse annuellement 9 millions dans cette seule commune. Les champignons sont cultivés dans les anciennes carrières de Paris; on n’y emploie que le fumier de cheval.
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- La production des champignons à Paris est prodigieuse et donne lieu à un grand commerce d’exportation, soit en boîtes de conserves, soit à l’état frais.
- Les maraîchers occupent environ 85o hectares dans les environs de Paris. On n’a pas l’évaluation de leurs exportations, qui sont considérables. La vente aux Halles centrales pour la consommation parisienne s’élève, par an, à 20 millions; mais il faut remarquer que beaucoup de grands restaurants et d’établissements publics font des approvisionnements directs.
- Nous signalerons, après M. Laizier, la chambre syndicale de Gennevilliers, association de jardiniers qui cultivent les légumes à l’aide de l’eau des égouts de Paris. Il y a là, dit M. Laizier, des résultats surprenants depuis environ dix ans qu’on a eu l’idée très heureuse d’utiliser cette plaine immense, qui jadis était dédaignée par le cultivateur, tant le sol en est mauvais; la valeur des semences qu’on se hasardait à lui confier ne se retrouvait pas à la récolte. Cette plaine est maintenant couverte de plantes luxuriantes.
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- On a pu voir, à chaque concours, près de l’Ecole militaire, des spécimens de ses cultures : des carottes, des navets monstrueux, des choux énormes qu’un seul homme ne pouvait porter. Ainsi, double avantage, on débarrasse la ville de Paris de ses eaux infectes, on transforme un désert en une plaine fertile. Ce résultat magnifique est dû en partie a M. Durand-Claye, dont l’énergie et le dévouement sont au-dessus de tout éloge.
- Parmi les grands maraîchers de Paris, le rapporteur si* guale particulièrement M. Millet, à Bourg-la-Heine, poui* ses Iraisiers (120 variétés), ses pommes de terre de pn** meur, ses melons, ses haricots (5o variétés); M. Lapicrrc,
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- à Montrouge, qui fait une exportation de fraises énorme;. M. Louis Lhérault, d’Argenteuil, pour ses admirables asperges, et en général pour toutes ses cultures; M. Lhérault-Salbeuf, M. Girardin, aussi d’Argenteuil. Trois jardiniers de Londres et d’Aberdeen ont été récompensés pour leurs pommes de terre. Il y avait i,5oo concurrents pour ce seul produit. La maison Vilmorin, une de nos plus grandes maisons de culture maraîchère, exposait 200 variétés. La France cultive avec succès la pomme de terre ; elle en exporte annuellement 200 millions de kilogrammes. Il est juste de mentionner plusieurs sociétés belges : celle de Huy particulièrement, celle dTxelles-lès-Bruxelles.
- Il faut compter, parmi nos trésors culinaires, la volaille, les œuls, le fromage, le beurre. L’élève des volailles est une uidustrie très importante qui a son centre principal dans le Maine et dans la Bresse pour les belles sortes; il n’est guère d’exploitation rurale en .France où l’on ne produise nos poulets, des canards, des oies, des dindons, et, dans lo Midi, des pintades. Les œufs de poule donnent lieu à un cuuirnerce de plus en plus productif; mais nous sommes distancés par l’Italie, dont l’exportation s’est élevée, en 1”77j n 210,3/10 quintaux métriques, soit 2 milliards ^°° millions d’œufs.
- La production du lait pour la France atteint 5 milliards k°° millions de litres. Nous avons une quantité considé-lable de fromages, et, parmi eux, des fromages excellents, fabriqués avec soin, donnant lieu ù un mouvement commercial important: on peut citer, dans cette catégorie, le camembert, le brie, le livarot, le port-salut, parmi les boniages mous; le gruyère et le roquefort, parmi les fro-mages a pâte lerme.
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- Le beurre fin est une des richesses de la Normandie et de la Bretagne ; la Flandre et presque toutes les provinces de l’Ouest et du Centre en produisent des quantités considérables. Paris, à lui seul, consomme iâ,3oo,ooo kilogrammes de beurre, en moyenne, par année. La production, pour la France entière, est de 170 millions de kilogrammes, représentant une valeur de kho millions de francs. On mange le beurre avec le pain comme le fromage; consommés ainsi, le beurre d’Isigny, celui de la Prévalais, sont délicieux. Le beurre est surtout employé, concurremment avec l’huile, pour les usages culinaires; dans les pays méridionaux, où le beurre est plus rare, on le remplace par l’huile et par la graisse.
- Les corps gras, tels que le beurre, la graisse et l’huile, sont absolument nécessaires à la vie de l’homme; nous en consommons des quantités importantes. La fabrication de l’huile est une industrie d’autant plus considérable que l’huile sert à de nombreux usages industriels. Les deux principaux sont l’éclairage et le graissage de machines. L’huile s’extrait des animaux, des arbres, des plantes, du sein de la terre; huiles animales, végétales, minérales. Les poissons donnent beaucoup d’huile, particulièrement la baleine. Parmi les huiles minérales, il faut citer au premier rang le pétrole. Les arbres et les végétaux qui contiennent des matières oléagineuses sont répandus avec profusion sur la surface du globe. La France, pour sa part, en est abondamment pourvue.
- On trouvera, dans le savant et lumineux rapport de M. Vilmorin sur la classe ùfi, rémunération des huiles végétales, comestibles et non comestibles. Nous rangeons dans cette dernière classe l’huile de noyer, qui est pourtant ern-
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- ployée dans certains pays aux usages culinaires; l’huile de lin, de colza, de moutarde, de chêne vis, de tournesol; l’huile de coco, très abondante; l’huile de palmier, l’huile de noix de Bancoul. L’huile de ricin, considérée en Chine comme comestible, est employée chez nous à titre de médicament, ainsi que l’huile de foie de morue.
- Parmi les huiles comestibles, la plus estimée est l’huile d’olive. On tire de l’olive, par une première pression, une huile délicieuse, qui a la saveur et la fraîcheur du fruit, et dont le prix est assez élevé. Une seconde pression donne une huile moins parfaite, mais encore très comestible. On jette alors de l’eau chaude sur le résidu, et, par une plus forte pression, on obtient une troisième et quelquefois une quatrième huile, qui ne sont plus propres quaux usages industriels, et qu’on connaît, dans le midi de la France, sous le nom d'huiles lampantes.
- La région de l’Algérie qui est propre à l’olivier peut en contenir une quantité sulïisante pour donner annuellement 8°o millions de litres d’huile représentant une richesse de 8°o millions de francs. Répétons qu’il dépend de nous de développer la production agricole de l’Algérie, en y introduisant des colons habiles, en multipliant, dans les premières uunées, l’enseignement de l'agriculture, les champs d’expé-ciences et les encouragements. L’Algérie peut et doit devenir grenier de la France comme elle a été celui de Rome ('b Ues meilleures huiles sont fréquemment vendues sous le Uoni d'hmles d'olive. La lane, qui est le lruit du hêtre, donne une huile line et pure qui peut très bien être confondue avec l’hude d’olive de qualité intérieure. Lœillette,
- ^ ^ Voir l’Algérie agronome devant l'Exposition de i8j8, par M. A. Hardy, e*' le rapport do M. Enppassimos sur la rlasso 71.
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- le pavot, la navette, le sésame, l’arachide, la graine de coton, fournissent des huiles comestibles. On consomme en Russie de l’huile de chanvre, à laquelle on trouve un goût de noisette. Les arachides viennent de l’Afrique, de l’Inde, de la Cochinchine, qui nous envoient aussi le sésame. Marseille a reçu, en 1875, 3oo quintaux métriques de sésame venant de l’Inde et de l’Afrique, et 125,000 venant du Levant. Marseille est peut-être aujourd’hui le plus grand centre du commerce et de la fabrication des huiles. L’huile de coton, très répandue en Amérique, est également fabriquée à Marseille depuis 1851. Acceptée d’abord avec hésitation, elle a pris peu à peu une importance considérable. Alexandrie exporte annuellement 29.0,000 tonnes de graine de coton, presque toutes à destination de Marseille. La production industrielle s’élève à 2,5oo,000 kilogrammes d’huile épurée, qui nous laissent, en outre, pour le fumage des terres et la nourriture des bestiaux, 1,200,000 kilogrammes de tourteaux.
- Il faudrait peut-être conclure en donnant ici, d’après les statistiques, un aperçu de la consommation totale de la France en toutes natures de denrées. Mais si l’on peut évaluer avec exactitude la récolte des céréales, le bétail, le rendement des gl andes pêches maritimes, on est réduit à des conjectures sur la cueillette des fruits et des légumes, sur la chasse, sur la pêche fluviale. Il vaut donc mieux nous en tenir à la consommation de Paris, qui est moins conjecturale parce (pie l’octroi peut nous donner des renseignements précis et certains^). Outre le pain et la viande do boucherie, Paris consomme chaque année 92 millions de ki-
- {l) Voir lo lahloau do la p.iffo
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- VILLE DE PARIS. - INTRODUCTIONS CONSTATEES EN 1 8j8 ET 1 8jÿ.
- NATO RE DES DENRÉES. QUANTITÉS INTRODUITES EN 1878. (l’AVVb'b DE L’BXPOSITIO.V : 318,692 étbakgebs.) QUANTITÉS INTRODUITES EN 1879. ANNÉES
- Introductions constatées par l’octroi. Apports sur le marché des Halles. Introductions totales dans Paris. Introductions constatées par l’octroi. Apports sur le marché des Halles. Introductions totales dans Paris. 1 87 8. 1 879.
- Volaille et gibier Beurre de toute espèce Œufs Poissons de mer et d’eau douce Moules et coquillages kilogrammes. a3.486.966 5 ' 6,565,395 3,955,613 97,606 5 kilogrammes. 19,590,697 11,699,310 19,968.170 5 99,993.636 3,603,173 kilogrammes. 23,686,206 5-*) 16,057,765 16,203,783 5 99,391,960 5(d) 4,3oo,ooo (9 kilogrammes. 91,919,136 i5,865,a43 18,076,987 5 3.991,493 kilogrammes. 19,366,671 ît.395,909 6 12,737,676 3 22,181,297 4,3o3,375 kilogrammes. 21,912,1361*) 15,865, a 4311*) 18,076,987 51e) 2 9,2 10,000 (*l M 6,600,000 (f) kilogrammes. *.127,171 13,871,167 86,065 88,016 kilogrammes. 1,096,770 16,317,458 80,025 98,769
- •
- (•) Toutes les introductions de volaille et de gibier sont constatées par l’octroi à l’entrée dans Paris. il, Depuis le 1" janvier 1879, les beurres, quelle que soit leur destination , sont assujettis h la taxe d’octroi, et les introductions sont constatées à l’entrée dans Paris. (c) Même observation que pour les beurres. P*) Non compris les poissons salés à destination particulière, qui, n’étant soumis à aucune taxe, sout introduits sans qu’on en constate les quantités. <•! Chiffre évalué d’après les bases indiquées dans la note d’envoi. (fl Les moules ne sont pas assujetties aux droits d’octroi; les introduclions à destination particulière ne sont pas constatées. D après les renseignements recueillis, le chiffre des quantités à destination particulière se serait élevé 6 900,000 kilogrammes en 1878 et à 100,000 kilogrammes en 1879. — !
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- logrammes de volaille et gibier, 16 millions de kilogrammes de beurre, 18 millions de kilogrammes d’œufs, plus de 22 millions de kilogrammes de poissons de mer et d’eau douce, entre A et 5 millions de kilogrammes de moules et coquillages, plus de 2 millions de kilogrammes d’huiles comestibles.
- La table est abondamment servie. Le progrès étant analogue dans les autres pays civilisés, on peut dire que jamais l’humanité n’a plus et mieux mangé.
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- Elle ne manque pas non plus de boissons.
- Pour ne parler que de la France, nous avons, pour les gourmets, les vins de Bourgogne, ceux de Bordeaux, le champagne; pour la consommation courante, les vins du Centre et du Midi; de la bière (il est vrai, en petite quantité); des cidres et des poirés en abondance (dans la Bretagne, la Normandie, la Picardie).
- La France, en dépit du phylloxéra, est toujours, pour la quantité et la qualité, la première nation vinicole. La qualité de nos vins est due autant à l’habileté de nos vignerons qu’à l’excellence de nos cépages. Une vigne qui tombe pour longtemps dans d’inhabiles mains est compromise, sinon perdue. Le moindre malheur qui puisse lui arriver est de se voir déclassée. 2,600,000 hectares de vignobles, produisant en moyenne 21 hectolitres 1/2 & l’hectare, ont donné, de 18G8 à 1877 inclusivement, un rendement de 56,388,000 hectolitres pour la France continentale seulement; nous avions encore, au début de cette période, l’Alsace et la Lorraine, dont 3oo hectares étaient
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- couverts de vignes. La production était tombée, en 1878, à 35,770,000 hectolitres; en revanche, l’année 1875, dont la qualité a été médiocre, n’a pas donné moins de 83,632,ooo hectolitres. Voici les chiffres de 1878 et 1879 : 1878, hectares plantés 2,3/t2,488, rendement par hectare 21,05, total d’hectolitres récoltés 49,266,898; 1879, hectares plantés 2,300,6/19, rendement par hectare 1 \ ,2 2, total d’hectolitres récoltés 25,806,24316.
- La France tire de son vin une eau-de-vie sans rivale, dont la production s’élève à plus de 38o,ooo hectolitres. Elle tire de la mélasse, de la betterave et de différentes substances farineuses une quantité d’alcool dépassant 1 million d’hectolitres. Elle produit, en cidres et poirés, 1 million d’hectolitres et davantage.
- La production de la bière ne dépasse pas 7,800,000 hectolitres. La production reste laihle et subit même depuis quelques années une dépréciation, tandis que la consommation, au contraire, s’accroît rapidement. L'importation a atteint 3oo,ooo hectolitres, dont 280,000 provenant d'Alsace. Ce résultat n’est pas uniquement dù à la supériorité des bières importées. Notre bière indigène est d’excellente Qualité, très appréciée par les consommateurs. Si elle prend S1 peu d’extension, cette situation fâcheuse lient exclusivement à nos lois fiscales; l’industrie de la bière n’est traitée
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- COMMERCE DU VIN EN FRANCK EN 1878 ET 1879.
- 1878.
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- Nombre d'hectolitres exportés...................... 3,a84,4oi 3,788,07.3
- Nombre d'hectolitres importés..................... i,5a.3,5t6 s,8a(),5o«
- Excédent d'exportation.................. *,7(»«*,88;> 958,571
- Production...................................... 49,3.56,89.3 a5,8o6,a43
- Hkstant disponible........................ 47,4*16,008 34,847,67a
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- mille part aussi durement que chez nous; on dirait que le législateur a pris à tâche de l’anéantir. Notre consommation s’élève à 21 litres 3 par habitant, selon M. Grosfils. L’Administration donne un chiffre très inférieur pour la population comprise dans le rayon des octrois W. Dans son excellent rapport sur les bières exposées dans la classe 75, M. Pierre Grosfils nous apprend que la production de la Bavière, comparée au nombre des habitants, donne annuellement 2A0 litres par habitant; la production de la Belgique en donne 200 (presque toute la bière belge est consommée dans le pays); vient ensuite l’Angleterre, qui produit 1 fio litres par habitant. De ces chiffres élevés, on tombe à
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- 34 litres pour les Etats-Unis, à 33,4 pour l’Autriche, et pour la France, à 2 1,3 seulement. Les qualités ne sont pas en proportion des quantités. L’Alsace mérite son ancienne
- (l) Il est difficile dévaluer la quantité de boisson consommée par habitant, parce qu’on n’a d’autres données (pie la déclaration de l’octroi, et que l’octroi ne comprend qu'une partie du territoire. Un travail fait par l’Administration sur l’année 1875 a donné les résultats suivants :
- CONSOMMATION MOYENNE PAR HABITANT ( POPII.ATION COMPRISE DANS I.E RAYON DES OCTROI»).
- Pour le vin........................................ ifii' oo°
- Pour le cidre et les similaires.................... si8 oo
- Pour la bière...................................... 5 do
- CONSOMMATION PAR IHRITANT DANS 1,E RAYON DK PARIS.
- Pour le vin... Pour le cidre. Pour la bière,
- ;u8' oo'
- 5 oo
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- La consommation du vin est relativement peu considérable dans les dépar-lements vinicoles.
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- réputation; mais les meilleures bières européennes sont les bières anglaises et autrichiennes. L’Amérique fait de très grands progrès comme quantité et comme qualité. On peut se rendre compte de l’importance de la fabrication de la bière comme valeur industrielle par ce fait que 1 empire d’Allemagne produit annuellement h2 millions d hectolitres de bière, représentant une valeur de 1 milliard 176 millions. Le nombre des brasseries est de 16,000. En supposant 10 ouvriers par brasserie, cela constitue une armée de 160,000 hommes.
- «La bière, dit M. Groslils dans son savant et excellent Apport, est une boisson bienfaisante et surtout hygiénique;
- 1 alcool et l’amertume du houblon en font un breuvage stimulant et apéritif; son acide carbonique la rend rafraîchissante et exerce sur l’estomac une action favorable a la digestion; les phosphates quelle contient sont d’autant mieux assimilables qu’ils sont maintenus en état de dissolution. La bière est aussi essentiellement nutritive par suite des substances albumineuses qui s’y trouvent sous forme liquide. Elle constitue donc un aliment complet. Elle constitue en outre, selon M. Groslils, à qui nous laisserons la Responsabilité de son opinion, un remède contre plusieurs maladies physiques et contre certaines maladies morales, Notamment contre l’ivrognerie, qui disparaît rapidement des contrées où. la consommation de la bière se répand. 11 est lortement tenté de dire que pour reconstituer un peuple
- y implantant une race robuste, saine de corps et d es-Prit, d laut l’adonner ù l'usage de la bière. La thèse, ainsi complétée, peut étonner les buveurs d eau et les buveurs de vin.
- h est très difficile de constituer une exposition de den-
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- rées alimentaires. La plupart de nos aliments ne se comprennent qu’à l’état frais. Quant aux boissons, il s’agit de les déguster, et non de les regarder. Les rapports, dans cette partie, sont plus complets que les vitrines. Les exposants ne donnent aux visiteurs que l’aspect de leurs bouteilles, dont le contenu reste parfaitement mystérieux, tandis que les rapporteurs donnent aux exposants et aux visiteurs de véritables leçons théoriques et pratiques. Pour commencer par le'commencement, l’exposition du pain, il faudrait d’abord nous montrer le blé sur pied, et peut-être comparer diverses plantations de blé produites par divers engrais, comme le fait M. Georges Ville au champ d’expériences de Vincennes. Gela, dit-on, ne se peut, et il semble bien, en effet, que la difficulté est inextricable. Le moyen de la tourner aurait été d’organiser tous les diman-
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- clies un train de plaisir du Champ de Mars à l’Ecole pratique d’agriculture. On nous a montré seulement des charrues, des semoirs, des faucilles, et par exception quelques gerbes de blé pour permettre d’en juger la paille. À coté, on nous montrait du grain; blé tendre, blé dur; et de la farine, blutée et tamisée de diverses façons. On nous montrait aussi le pétrin mécanique, invention du plus liant intérêt, et on nous aurait montré un four, si le four à cuire le pain était l’objet de quelque perfectionnement; mais ce qu’on ne nous a pas montré, et ce qu’il fallait nous montrer, c’est le pain lui-même. Il y a bien des sortes et bien des qualités de pain; et rien ne serait [ilus utile que de nous faire voir chaque qualité, avec le prix de revient, et de nous apprendre non pas quelle est la qualité qui dallera le plus notre sensualité, mais quelle est celle qui charge le moins l’estomac et qui contient le plus d’éléments nu-
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- tritifs. On peut en dire autant pour le bœuf. Depuis qu’il y a, dans les expositions, une galerie réservée à l’agriculture, on nous montre le bœuf vivant; il nous est loisible d’en contempler et d’en juger les différentes races. Mais ce qu’on ne nous montre nulle part, c’est un bœul abattu, encore moins de la viande de bœuf rôtie, bouillie ou accommodée avec des sauces. La seule chose qu’on veuille bien exposer, c’est du bœuf salé ou quelques boîtes de conserves. En un mot, nous voyous bien les divers éléments dont on se sert pour faire de la cuisine; mais la cuisine elle-même est absente, le mets est absent. On n’osc-cait pas meme exposer un fruit, parce qu’il faudrait le renouveler tous les jours. Celui qui parlerait d’exposer un ragoût ou un pot-au-feu se rendrait parfaitement ridicule. H laut se contenter de montrer la casserole et la marmite.
- Quand on se plaint de cette lacune, on n’obtient pas d’autre réponse que celle-ci; c’est qu’il ne saurait eu être autrement. 11 doit être permis de le regretter. Manger est uj‘e des plus grandes occupations, et sans contredit la première nécessité de la vie matérielle; il serait fort naturel rff lort important d’étudier non seulement la matière première de nos aliments, mais nos aliments eux-mèmes, et la manière dont la transformation est opérée par des ailles habiles. Si on regarde la chose au point de vue du plaisir, il n’y a guère de plaisir plus vif, parmi les plaisirs Iffossiers qui n’intéressent que la guenille.
- Guenille, si l’on vont !
- IWnn les plaisirs grossiers qui n intéressent (pie la gue-mlle, il n’y Cn a guère de plus vif, dis-je, que celui de manger un bon dîner. Si l’on regarde la saute publique,
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- un des moyens les plus infaillibles de l’entretenir et de la fortifier, c’est d’employer de bons aliments préparés d’une certaine façon. Si c’est l’humanité qui vous touche, il y a certainement des procédés qui permettent d’améliorer, au point de vue hygiénique, l’alimentation du pauvre, sans lui imposer de nouveaux sacrifices, et même en diminuant ses dépenses. Enfin, au point de vue financier, commercial, industriel, la fabrication des aliments est une industrie la plus universelle du monde, qui emploie un nombre incommensurable d’artistes et d’ouvriers, qui a, comme la plupart des industries, ses ouvriers à façon et ses confectionneurs, qui donne lieu à un mouvement d’affaires énorme, et compte parmi ses représentants autorisés une quantité raisonnable de millionnaires. N’est-ce pas, au fond, une anomalie que la situation d’infériorité relative où la profession de cuisinier est maintenue, tandis qu’un gentilhomme qui a un clos renommé entre dans tous les détails de la fabrication de son vin, et loin de s’en cacher s’en fait gloire? On peut dire que le cuisinier, ou le cordon bleu, est un serviteur à gages; mais le chef d’office est tout aussi indépendant que tout autre employé ou fonctionnaire; le restaurateur est un fabricant de cuisine, comme le brasseur est un fabricant de bière. L’aristocratie des professions est aussi absurde, et aussi difficile à déraciner (|ue l’aristocratie de la couleur, ou celle de la naissance. Le préjugé de la supériorité de la boisson sur la nourriture est tellement fort, qu’on se vante, dans toutes les chansons, d’aimer à boire, jamais d’aimer à manger. Henri IV avait le triple talent
- De boire et de bal Ire,
- Et d’être un vert galant.
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- Il n’avait pas le talent de manger! On n’est pas un héros avec ce talent-là.
- On ne peut opposer que la difficulté; mais ce qui prouve qirelle n’est pas invincible, c’est qu’il y avait à l’Exposition oue galerie du travail mécanique et une galerie du travail manuel. La fabrication de la cuisine aurait attiré plus de monde que la taille du diamant. On aurait exposé un fourneau économique, une cantine de campement, un fac-similé de la célèbre marmite des Invalides. Tout le monde aurait voulu voir comment se fait la soupe du soldat et le rata. Qui n’aurait pris un plaisir extrême à voir un chef de la maison Bignon confectionner un chel-d’œuvre sous les yeux du public?
- H y a eu de timides essais, de faibles commencements. En i B G , un boulanger taisait publiquement d excellents petits pains, qu’il cuisait aussi publiquement et quil vendait aussitôt pour 5 centimes : le débit en était prodigieux. En *878, à l’exposition des eaux minérales, les visiteurs se disaient servir de l’eau. Gomment juger une eau sans la boire? On en viendra là pour le vin. Quant à regarder des bouteilles empilées, il n’y a rien au monde de plus absurde el de plus insignifiant. Bien ne ressemble plus à une bousille de château-yquem qu’une bouteille de petit blanc récolté à Argeuteuil.
- il laut bien qu’on se persuade que la supériorité de la raisiné française est une des supériorités qui nous lont le plus de profit et d’honneur, et qu’il serait déplorable pour ri°us de la perdre.
- Un des plus grands restaurateurs de Paris, et par conséquent du monde, qui avait à se plaindre du Gouvernement, me disait il y a quelques années: «S’ils continuent a me
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- tracasser ainsi, je fermerai mon établissement; que deviendront-ils Le mot était dit très sérieusement. On ne peut nier qu’il soit amusant; il ne le serait pas autant qu’il l’est s’il ne contenait un fond de vérité.
- Posons bien en principe que la santé de l’esprit dépend en grande partie de la santé du corps, et que la santé du corps dépend pour beaucoup de l’alimentation. Il n’y a personne qui ne sache et ne déplore les effets désastreux et trop souvent héréditaires de l’ivrognerie; mais, sans parler des excès qui produisent tout naturellement des conséquences morbides, la qualité meme de l’alimentation est un des côtés les plus intéressants de l’hygiène intellectuelle. Il n’est pas indifférent pour un orateur d’avoir vidé à son déjeuner une bouteille de gros cidre de Normandie ou une bouteille de vieux bordeaux. Il en est de même pour les aliments solides. Quant à l’hygiène physique, personne ne conteste l'influence de la nourriture sur la santé, le bien-être, le degré de force active ou de force résistante. Il est plus important qu’on 11e le croit généralement de bien choisir son régime, de le varier à propos et de le composer d’éléments nutritifs qui 11e surchargent pas inutilement l’estomac. Les Anglais doivent leur force physique et une partie de lem' énergie morale à l’usage où ils sont de manger des viandes saignantes arrosées de bonne bière. Nos ouvriers mangent des salaisons, quelque viande, de médiocre qualité, bouillie et noyée dans une sauce. Ils boivent par lù-dessus du vin frelaté qui les grise comme du vin véritable et ne les lu1’-tilie pas. C’est un régime déplorable, qui 11’a pas meme l’excuse d’être économique. 11 n’est pas question sans doute de forcer les volontés, mais de les éclairer : les expositions sont laites pour cela. Dans un pays où l’État intervient p®1"
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- tout et si inopportunément, on s’étonne qu’aucun effort 11e soit tenté pour conseiller et faciliter l’amélioration du régime alimentaire dans les ateliers et dans la campagne.
- On parlait, il y a quelque temps, d’une école de cuisine fondée dans un pays voisin. Il n’est guère à espérer qu’on fonde jamais, là ou ailleurs, des écoles de grande cuisine : d’ailleurs ces écoles existent à Paris au café Riche, au café Anglais, chez Brébant, Durand, Magny, peut-être aussi chez nos grands seigneurs, s’il nous en reste d’an-C1ens ou si nous en avons fait de nouveaux. Mais il n’y
- aurait que des avantages à annexer aux écoles de filles, et uiême aux collèges de filles, un laboratoire ou une cantine, suivant l’importance de l’école, où les élèves seraient chargées à tour de rôle de préparer un repas simple, hygiénique et substantiel. Si les produits de cette cuisine étaient ensuite distribués aux indigents ou aux convalescents, •beaucoup de personnes se prêteraient à en laire les Irais, bet apprentissage serait utile à une fille, dans quelque condition qu elle se trouvât ensuite placée. Il n est pas maudis qu’une femme riche ait vu par elle-même comment on Peut apporter dans la préparation des repas, de 1 ordre, de ^ propreté , de l’économie. Autrefois les châtelaines elles-111 cru es ne dédaignaient pas d’entrer dans ces détails; il est, ** uion avis, aussi absurde de les dédaigner que de s y absorber. Les femmes d’une condition modeste, qui peuvent quelquefois un peu trop portées à jouer le rôle de (P'ande dame, s’accoutumeraient de bonne heure à comprendre et à respecter les qualités dune bonne ménagère; s' elles parvenaient à les acquérir, leur ménage ne s en Couverait que mieux. Quant aux filles pauvres, à celles qui, au sortir de l’école, passeront leur vie dans un atelier ou un
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- magasin, l’école de cuisine serait pour elle un véritable bienfait.
- Les filles d’atelier, rattacheuses, soigneuses de carde-rie, apprêteuses, passaient autrefois douze heures par jour dans l’usine, et elles y entraient à huit ans, à sept ans. Presque partout, la loi s’est chargée de réduire leur journée à dix heures; dix heures de fatigue, c’est encore bien long pour une enfant à peine développée. Elles prennent au sortir de là leur repas du soir et s’endorment jusqu’au lendemain. Quand elles se marient, elles savent le métier qu’elles ont appris à la fabrique, mais le métier de ménagère leur est parfaitement inconnu ; il ne faut leur demander ni d’allumer du feu, ni d’enfiler une aiguille. La conséquence nécessaire, c’est que le nouveau ménage n’aura jamais d’intérieur. Frappés de ces conséquences, les patrons de Cre-feld ont fondé une association qui chaque année prend les filles de fabrique de bonne volonté et les emploie pendant un an, comme servantes, dans des maisons bien famées. La fille est bien réellement une servante, puisqu’elle en fait le service ; mais elle est traitée par la maîtresse du logis comme une élève et une pupille. Elle rentre à son atelier quand l’année est révolue; elle y rentre munie d’idées et de connaissances toutes nouvelles : elle sait un peu coudre, un peu tricoter, allumer du feu, nettoyer un appartement, traiter avec les fournisseurs, préparer le repas d’une famille modeste. C’est dire qu’elle est prête à devenir le bon ange d’une famille, ce qui est sa véritable vocation. Les garçons qui cherchent femme choisissent toujours de préférence celles qui ont fait ainsi ce leur volontariat d’un an a. Nous n’aurions pas besoin d’une fondation pareille si, dans le pr°' gramme d’études des écoles de jeunes filles, à la cosmogra-
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- phie, à l’algèbre, à l’histoire des peuples assyriens, on daignait ajouter le pot-au-feu.
- Cette fonction à remplir ne serait pas une corvée pour les enfants, mais une joie, surtout si on les associait aux bonnes œuvres qui en seraient la conséquence. Il ne serait pas au-dessous des savants les plus illustres, et de l’Académie de médecine elle-même, de préparer pour elles quelques instructions très simples, appropriées aux diverses régions et aux diverses professions. Pendant le siège, M. Germain Sée n’a pas dédaigné de faire des leçons sur l’art de choisir et d’apprêter les aliments, et de les rendre à la fois agréables et salubres. L’Académie n’oublierait pas ce qui regarde les boissons; c’est un grand art de les bien choisir, de les tenir en bon lieu, de préparer celles qui peuvent se faire à la maison, de savoir dans quelle mesure on doit en user, suivant l’âge et le sexe. On joindrait à cet enseignement quelques détails sur la manière de tenir les comptes de la maison.
- On a eu bien de la peine à introduire la gymnastique dans nos habitudes scolaires; il ne serait pas moins important, à coup sur, d’y introduire l’étude pratique de l’économie domestique.
- •I ai souvent pensé à la nécessité de ménager et de dé-Veiopper la force humaine, qui est une des plus grandes forces productives, même depuis l’emploi des machines et du la vapeur, puisque le développement de la force et la conservation de la santé vont de compagnie. J’ai lait de grands efforts, quand j’étais à la tête de 1 instruction publi-clUe5 pour reconstituer l’enseignement de la gymnastique, P°ur introduire dans nos lycées l’équitalion, la natation, 1 escrime, le tir à la cible, l’habitude des longues prome-
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- nades. J’avais établi des cours d’hygiène, non pas des cours scientifiques, mais des cours très élémentaires, en quelques leçons faites par le médecin aux élèves de philosophie et de mathématiques spéciales. Le même enseignement, donné dans les écoles normales primaires, a encore plus d’importance. 11 n’est nulle part plus à sa place que dans les écoles normales de filles; ruais il faut bien se rappeler que les leçons sur l’alimentation ne dispensent pas d’une école pratique, .c’est-à-dire de rétablissement d’une cuisine. C’est peut-être par les écoles de filles qu’on arrivera à la réforme de l’alimentation et à la reconstitution de la richesse nationale en muscles. Il n’y a guère de réformes sérieuses et durables que celles qui se font par les écoles.
- Si l’on doutait de l’importance et de l’urgence, il n’y aurait qu’à comparer nos provinces entre cil es; la différence de force et de santé vient surtout de la différence d’alimentation. On pourrait aussi comparer la somme de travail donnée dans une forge par un ouvrier anglais nourri de bœuf et de bière, et un ouvrier breton nourri de galette de sarrasin et de petit cidre. On voit tous les ans, à l’arrivée des jeunes soldats dans les corps, combien il importe de changer notre manière de vivre. Ce pauvre ouvrier n’a pi*s manqué d’exercice, mais il a manqué de pain et de bœul; ce fils de famille a été bien nourri, mais il n’a jamais couru ni marché. Deux heures de marche faites sac au dos avec le fusil sur l’épaule l’obligent à demander un billet d’hôpital. On ne veut pas songer à cela. On dit : nous avons tant d’hommes, ce qui fait tant de régiments et tant d’ate-liers. Mais il y a tel homme qui en vaut dix, et tel autre qui n’est qu’une matière encombrante. Apprenons enfin il manger pour vivre.
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- CHAPITRE VII
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- Après avoir vu l’homme primitif réduit, par son ignorance, à la plus extrême pauvreté, au milieu des trésors Jnfinis de la création; après avoir ensuite énuméré les ressources qu’il s’est procurées par son industrie, les vastes et commodes habitations, les vêtements salubres, la nourriture fondante et variée; non seulement l’apaisement de tous ses besoins, mais la satisfaction de ses goûts les plus raffinés, ^ ses aspirations les plus élevées; les merveilles de l’arcbi-tecture et de l’ameublement, les parcs, les fleurs, les jar-^bis; les étoffes splendides, les broderies et les dentelles maginfiques, les joyaux aux pierres éclatantes, aux fines et 'cates ciselures; les mets et les boissons qui raniment les
- dé]
- fore
- 0l'ces, les augmentent et transforment en plaisirs eniviants Accomplissement des fonctions de la vie; les innombrables parfums, les mille instruments de musique, les tableaux, ^es statues, les palais de granit et les éblouissantes cages de Vei’i’e : ce qui n’est pas moins surprenant que le contraste entre le dénuement originaire et la richesse actuelle, ni 1110dis attrayant ({lie le recensement de tant de pioduits utdes et de richesses superflues, ni moins grandiose que spectacle des chels-d’oruvre de lart, cest 1 etude des forces productives, qui ont. permis a 1 humanité de îassom-bler tous ses liions en bon ordre, de les mettre à sa portée,
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- de leur faire subir toutes les transformations nécessaires pour les approprier à ses besoins et à ses plaisirs. Il y a dans toute exposition un bazar et un atelier. Le bazar éblouit; l’atelier instruit. Le bazar montre les richesses déjà produites; l’atelier, en expliquant les créations déjà faites, permet d’entrevoir et aide à trouver les créations à venir C’est dans les galeries du travail qu’est la grande valeur, la grande influence des expositions. Outre l’utilité qu’on en retire, on y goûte un plaisir peut-être moins vif au premier abord, mais plus profond et plus durable, le plaisir que le poète a décrit et qu’il met avec raison au-dessus de tous les autres : rerum cognoscere causas.
- L’homme a commencé par être écrasé sous le poids des forces de la nature; puis il a lutté contre elles pour se défendre; il a fini par les transformer en instruments de ses volontés. A présent, il est vraiment roi. On distingue les transformations chimiques et les procédés mécaniques; mais il faut se bâter, car depuis que les sciences diverses vivent cote à côte, elles se pénètrent les unes les autres, elles découvrent chaque jour entre elles et entre les choses des analogies qui sont presque des identités, qui vont le devenir. Il n’y aura plus d’espèces que pour les catalogues. Platon avait une idée intuitive de l’analogie universelle, que les sciences ont peu à peu développée, et qui se manifeste aujourd’hui dans une évidence de plus en plus lumineuse, et c’est celte idée qu il expose dans sa fameuse théorie des nombres. La vérité est toujours devinée plusieurs siècles avant d’être découverte.
- !l Tà pèv ovv XeyàpevxÔpyxvx xsotifuxà Ôpyavi écrit, tô Sé xrïjpa Tixôi* cnrô pèv yàp rijs xepxthos èTepùv ri ytverat -vrapà tijv ^pffatv auT»/5” dirù t>;s èaQïri»s xxi Tÿs xXttnji >) ^pfjcTts pôvov. ( A«•isl.olf*, la
- liv. I, chaj). ii, S 5.)
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- Avant d’entrer dans le laboratoire de la chimie, pénétrons un moment dans le cabinet de physique où sont réunis les instruments, et dans l’atelier de la mécanique, où se trouvent les outils, les machines et les machines-outils. Là comme partout, dans la création ou dans le travail humain, on peut admirer l’excessive grandeur et l’excessive petitesse. A la vérité, le grand et le petit sont des termes relatifs entre eux et dépendant absolument l’un de l’autre; c’est-à-dire que rien n’est grand ou petit que par comparaison. Nous seuls donnons une fixité, une réalité à la dimension, en notre qualité d’êtres pensants, parce que nous établissons nécessairement une comparaison entre les objets et nos propres forces. Ce que nous ne pouvons embrasser qu’en multipliant nos etlorts est grand pour nous; Ce qui demande au contraire une grande concentration de nos facultés est petit; et nous pouvons toujours nous figurer une intelligence pénétrant plus profondément et voyant plus loin, qui déplacerait toutes les qualifications do grand et de petit, en déplaçant le seul point fixe, c’est-à-dire la pensée qui compare. C’est ainsi qu’on a pu dire (lu d n’y a de réalité que dans les proportions ou les rapports, pour employer un langage plus abstrait, dans le nombre. 11 est certain que, même sans recourir à aucun instrument , 110 os parvenons, pour ainsi dire, à nous déplacer nous-mêmes Rcace aux méthodes scientifiques. Nous nous portons par Ieors moyens à l’une des extrémités de notre horizon, et ''oies voyons, par exemple, ici des dillérences, la des analogies que ne soupçonnerait pas un esprit moins exercé. Mais, connue il ne s’agit pas, dans une exposition, de méthodes Philosophiques abstraites, ni de l’esprit humain réduit à lui-mêine, ce que nous allons étudier, ce sont les instruments
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- et les outils qui nous aident à développer ou à concentrer indéfiniment nos forces.
- L’opposition entre ces deux genres de conquête n’est nulle part plus frappante que dans la comparaison du télescope et du microscope. Tout le monde a fait l’expérience de regarder alternativement par le gros bout et par le petit bout de la même lorgnette; mais il faut avoir été dans un des grands observatoires du monde, pour savoir jusqu’où peut s’étendre la puissance d’une lunette, et dans un des grands cabinets de physique, pour savoir toutes les merveilles qu’il est possible de découvrir dans une goutte d’eau. Il y a des choses dans la lune et dans le soleil, que M. Janssen a vues et qu’il a vues le premier; et M. Pasteur a fait, dans une goutte de vin ou de bière, des découvertes que personne n’avait soupçonnées avant lui. Entrons d’abord dans le ciel. Nous descendrons ensuite dans un atome.
- Les Tables d’Uranus, publiées par Bouvart en 1821, sont fondées sur la théorie du mouvement de cette planète telle que la donne Laplace dans la Mécanique céleste. Mais Bouvart, dans sa préface, constate lui-même une différence entre les observations anciennes et les observations modernes, et avoue qu’après des efforts inutiles pour les concilier, il a pris le parti de s’en tenir aux observations modernes, comme étant celui qui réunit le plus de probabilités en faveur de le vérité. Bouvart ne tarda pas à être convaincu, et tous les astronomes avec lui, que la différence entre les observa-tions anciennes et les modernes tenait à une action étran-gère et inaperçue. C’est en partant de cette idée, et api’^8 avoir d’abord expliqué et éliminé les différences de position dues à l’action de Jupiter et de Saturne, que Le Verrier en-treprit de déterminer la place occupée dans le ciel pm1
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- cause, jusque-là invisible, des perturbations d’Uranus. Il parvint par le calcul à fixer la longitude de cette planète inconnue pour le icr janvier 18/17, longitude dont il donna d’abord une valeur approchée M, puis bientôt une valeur plus précise Le résultat de ces recherches théoriques ne tarda pas à être pleinement confirmé. Le jour même (a3 septembre 1846) où M. Galle, astronome de Berlin , en suivant les indications de M. Le Verrier, se mit à chercher la planète dans le ciel, il l’aperçut presque exactement à la place indiquée par la théorie; elle avait l’aspect d’une étoile de huitième grandeur. La planète ainsi découverte a reçu le nom de Neptune. Elle est jusqu’à présent la limite extrême du système solaire
- Neptune est, en nombre rond, à un milliard de lieues du soleil, et par conséquent aussi de la terre, un peu plus un peu moins, suivant les saisons.
- l’ai demandé à un mathématicien illustre de m’aider à ’endre compte de cette distance d’une façon saisissante, el voici ce qu’il m’a répondu :
- «SiCharles IX , le jour de la Saint-Barthélemy (2/1 août 1^72)> oyant cru voir un huguenot dans Neptune, avait dirigé vers lui son arquebuse, et si la balle, en lui supposant une vitesse de 5o mètres par seconde (ù5o lieues ,l 1 heure), avait suivi sa route sans se ralentir, elle arrive-rmt à peu près en ce moment dans l’orbite de Neptune, apres avoir mis trois siècles à faire la route.
- « La lumière, qui parcourt 75,000 lieues par seconde, met fioatre lieu res à venir de Neptune.
- Comptes rnidiia do l’Actulntne tics sciences, t " juin i H à (>.
- * Ibid., 1 «oui 1 M(i.
- Eli. Delaimay, Happnrl sur 1rs proffrh de l'astronomie. 1867.
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- LES FORCES PRODUCTIVES.
- k Une locomotive faisant 10 lieues à l’heure mettrait treize mille à quatorze mille ans pour parcourir sans une seule minute d’arrêt la distance de Neptune au soleil. »
- Le calcul, c’est la puissance du génie; l’observation, c’est la puissance de l’instrument (et c’est aussi la puissance du génie capable d’inventer les instruments). Telle est la précision des instruments et l’habileté des astronomes qu’en i843, Le Verrier évaluait à ^ de seconde l’erreur moyenne de chacune des observations du soleil faites à l’observatoire de Paris.
- La découverte de Neptune ne frappe pas autant la foule que le téléphone, le phonographe et la lumière électrique de Jaldochkoff. La foule,profannm vulffus, passe indifférente devant l’appareil, exécuté par Ducretet, avec lequelM.Gail-letet a produit la liquéfaction des gaz réputés permanents, dans le même temps à peu près que M. Raoul Pictet faisait à Genève une expérience semblable par des moyens différents. On dit que l’étonnement est un sentiment philosophique; et c’est en effet avoir fait quelque progrès dans la philosophie que de savoir s’étonner à propos.
- Après avoir aperçu Neptune avec le télescope de M. Galle, il faudrait sans perdre un instant regarder avec le microscope de M. Pasteur les animalcules qui nous livrent une si rude guerre dans les maladies du vin, du vinaigre, de la bière, et même dans les nôtres, et dont quelques-uns ont nue épaisseur de de millimètre; et ces deux points extrêmes ne nous donneraient qu’une idée bien imparfaite de l’immensité des mondes.
- Voici un des exemples de quantité presque infiniment petite, et pourtant appréciable, qu’on pouvait voir à I Lxp° silion de 1878. Je le prends dans la vitrine de MM. Uoll(,t
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- LES FORGES PRODUCTIVES.
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- frères ; c’est une balance avec mécanisme de charge et de transposition pesant le kilogramme et indiquant le centième de milligramme.
- Pendant le siège de Paris, on réduisait les dépêches, à laide de la photographie, à des dimensions insaisissables. On les faisait tenir dans un tuyau de plume attaché sous fade d’un pigeon. Chacune des pellicules ainsi expédiées avait seulement quelques centimètres superficiels, et elle représentait A,8oo lignes de texte.
- Non seulement nous voyons des infiniment petits, qui sont eux-mêmes sans doute des infiniment grands par comparaison; mais nous agissons sur eux. De même que le microscope nous permet de les voir, il y a des outils presque invisibles, que nous parvenons à diriger sur ces êtres minuscules avec nos doigts pesants et immenses, grâce aux combinaisons de la mécanique et à la perfection de la main-d’œuvre. Pour donner une idée de ce que nous pou-vons en sens contraire, c’est-à-dire contre l’énormité, il suffit de jeter les yeux sur le marteau-pilon du Creuzot. On 11 en avait à l’Exposition que le fac-similé en bois; cela se comprend : il pèse, tout compris, 1,«80,000 kilogrammes. f'C poids des piston, tige, porte-marteau et frappe, formant fi niasse active, n’est pas moindre de 80,000 kilogrammes, f appareil est desservi par trois grues de 1,000 kilogrammes cfacu.ne de puissance, et une de 1 Go,000, pesant ensemble ^7°)Ooo kilogrammes. Cette installation d’un marteau a coûté à la compagnie du Creu/.ol 3 millions de francs. ^ es! le plus grand marteau qui existe : un marteau de 8<> tonnes. La Prusse, l’Autriclie, la llussie, l’Angleterre,
- 0,|t des marteaux de 38 à 5o tonnes qui n’avaient pas été
- .1 / / •
- "passes pisqu’à présenl.
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- Le marteau du Greuzot a été fait pour le travail des pièces énormes d’acier coulé et forgé nécessaires à la marine. Le Greuzot exposait le fac-similé d’une pièce d’acier fondu pesant 120,000 kilogrammes. En 1867, une masse d’acier fondu pesant ko,000 kilogrammes, présentée par la maison Krupp, avait paru un prodige.
- La guerre et la marine de guerre obligent nos forges à des efforts presque surhumains. Le canon Krupp n’est que trop populaire; il pèse 72 tonnes; le poids de la charge de poudre est de 220 kilogrammes, celui du projectile de 778 kilogrammes. Ces dimensions ont été dépassées en Angleterre, et surtout en Italie, où l’on a un canon pesant en tonnes 101,05, dont, la charge de poudre est en kilogrammes 2/19,5 et dont le projectile pèse, en kilogrammes, 917,2. On obtient avec ces canons, tirés sous des angles de 00 à 35 degrés, des portées de 1 2,000 à 1/1,000 mètres W.
- E11 même temps qu’on augmente la portée des canons et la puissance des projectiles, 011 augmente aussi, par une conséquence nécessaire, la force de résistance. Les usines ne sont occupées qu’à faire des boulets de plus en plus meurtriers et des plaques de blindage de plus en plus résistantes.
- O Rcnsei^npinpnts extraits de la revue allemande JaltresbcriclUo über <hc Vei(hulerunyrn und Fortschrilte un Mtltlutnreseu, du colonel JL V. Lobell.
- CANON CA MON CANON
- KRUPP de ANGLAIS de ITAUK\ de OltSKIlVATlONS.
- 79'- 8l',9. ioi\o5.
- Diamètre de Pâme en centimètres. .. . Poids du rnnnn en tonnes 4oc.o 7*' 6 8C.9 4.V,o8 1 ni\o5 Kn ce qui concerne In portée mnxiniu . ces cnnoiis n’ont I,IIS été tirés sous degrunds angles; d’nprès l’expérience ncquiseen
- l’oids du projectile on kilogrammes... Poids de In clinrge de poudre en kilog. \ ilesse iniliule en mètres par seconde. 77 8k 990k 5i9m,i 7!*8S3 90ék, 1 />99"' 917l-a 9 4(^,5 5 9 s . 7 l'rance, on peut, ndmettre que ces cniions, tirés sous des angles iillnnt de 3o ii lia degrés, donneront des portées de 19,000 à 1/1,000 mètres.
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- On expose ces plaques, après les avoir présentées au leu du canon, poui‘faire voir dans quelle proportion elles sont entamées par le projectile. On nous montrait, par exemple, une plaque de 5o centimètres d’épaisseur, dans laquelle le boulet n’a fait qu’une entaille de 3o centimètres. Tout à côté, il y avait u ne plaque de 80 centimètres. Le plus clair résultat de ce blindage, ce n’est pa's de rendre le navire invulnérable, c’est de forcer M. Krupp à taire de plus gros canons et des projectiles plus redoutables. Les deux forces s’annihilant, le résultat définitif, c’est d’appesantir la marche des vaisseaux par le poids de l’artillerie et celui de la cuirasse, et d’employer, dans cette lutte ridicule, des milliards pris sur le capital de 1 humanité et des milliers de vies humaines. On en est déjà a tirer des coups de canon qui coûtent chacun 800 Irancs. Naturellement, il faut pour traîner ces monstres à travers l’Océan des machines immenses et coûteuses, dévorant des masses de combustible. Ce combustible encombre les na-vires; il fait, dans nos houillères, des vides regrettables; il en accélérera l’épuisement, si on n’y prend garde. Pendant Tuon lait tous ces sacrifices de Iravad. d’acier, de charbon, despace utile, uniquement pour arriver à rendre la guerre plus dispendieuse, voilà l’obus à dvnamite et la torpille qui menacent de mort les cuirassés. La meme lolie, dont nous letrouvons les traces dans les arsenaux et les tonderies, pousse les peuples à augmenter indéfiniment, et à 1 envi 1 un de 1 autre, leurs armées permanentes. L’agriculture manque de bras et de capitaux; les familles n’ont plus de soutiens; mais on n’a jamais vu plus de canons, ni plus de casernes, 111 des armées plus nombreuses.
- Il est lamentable d’assister à un pareil emploi des forces clUe nous sommes obligés d'appeler les forces productives.
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- L’Exposition de 1878 avait toute une classe (la classe 68) consacrée au matériel et aux procédés de l’art militaire. C’est un art, en effet, servi par plusieurs sciences, et pour lequel se dépensent,entre autres choses, beaucoup de capacité et de travail intellectuel; on lait bien de l’encourager et de l’honorer, puisqu’il y a encore assez de barbarie dans nos mœurs, et dans la politique courante assez de sottise, pour que la paix ne paraisse plus qu’un accident heureux. Les grandes forges du monde ont autre chose à faire, et font, en effet, autre chose que des canons et des cuirasses. Elles font des rails et des locomotives.
- Les chemins de fer sont presque les derniers venus, parmi les grandes industries, surtout en France. A propos des chemins de fer, on prendra peut-être plaisir à relire, dans les Mémoires secrets de Bachaumont, sous la date du 2 0 novembre 1770, la curieuse note que voici ^ : «O11 a parlé, il y a quelque temps, d’une machine à feu pour le transport des voitures et surtout de l’artillerie, dont M. de GribeauvaL
- officier en cette partie, avait fait luire des expériences, qu’011 a perfectionnées depuis, au point que mardi dernier la même machine a traîné dans l'arsenal une masse de 5 milliers, servant de socle A un canon de A8, du même poids à peu près, et a parcouru, en une heure, cinq quarts de lieue. La même machine doit monter sur les hauteurs les plus escarpées et surmonter tous les obstacles de l’inégalité des terrains et de leur affaissement. r> Certes, ce n’est pas là Ie chemin de fer, puisqu’il n’est pas question de rails; niais c’est évidemment la machine routière.
- Vers le milieu du xvuc siècle, dans les districts houille1’3
- emoires secrets pour servir à l’histoire de lu république des lettres,
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- du Durham et du Northuinberland, le charbon de terre était transporté, depuis le lieu d’extraction jusqu’au quai d’embarquement, au moyen d’un chemin formé de rails de chêne ou de sapin, établis parallèlement sur le sol, et maintenus par des traverses, qui en empêchaient l’écartement ou l’alfaissement. Vers 1770, on substitua, toujours pour le même service des houillères anglaises, des rails de fonte aux rails de bois. On appelait ces sortes de chemins des tramways, ou chemins à ornières. Ces rails étaient creux pour emboîter les jantes de la roue; mais comme ces cavités s’emplissaient de boue et de poussière, on eut recours, vers 1789, aux rails plats à bandes saillantes, qui sont encore en usage aujourd’hui. En 1810, Georges Stephenson remplaça, les rails de fonte, matière peu élastique et cassante, par des rails en fer forgé, tels que ceux qu’on employait e*clusivement il y a quelques années, et qu’on remplace Maintenant de plus en plus par des rails en acier Bessemer. Les premiers essais de rails en fer forgé curent lieu dans les houillères de lord Garlisle, dans le Cumberland. Le chemin de fer était trouvé; il ne restait plus qu’à substituer à la traction des chevaux un appareil du genre de celui de de Gribeauval. Les inventions de Marc Seguin et de Robert Stephenson produisirent la locomotive à chaudière tubulaire; et le premier convoi à grande vitesse transporta des v°yageurs de Manchester à Liverpool, le 15 septembre 183o.
- La France hésita quelques années à construire des chemins de fer et ne construisit d’abord qu’1111 joujou. Le chemin de fer de Saint-Germain 11’est ouvert que depuis quarante-cinq ans h). Les Parisiens qui allaient en chemin de
- Cl) Avant la chemin de SainMîermain, on avait construit, niais pour mar-cLtndisns seulement, le chemin de Saint-Etienne à la Loire (i8*j3), celui de
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- fer jusqu’au Pecq et revenaient immédiatement croyaient avoir fait une excursion analogue à celle des montagnes russes, qui avaient la vogue quelques années auparavant. Ils ne se doutaient pas qu’ils assistaient aux premières applications d’une découverte qui ne le cède en importance qu’à celle de l’imprimerie et qui allait modifier profondément le monde physique et le monde moral.
- La création et l’entretien des chemins de fer est, de toutes les industries, celle qui doune le plus de besogne aux ateliers de métallurgie. A vrai dire, elle met tous les corps de métier à son service; des terrassiers, des forgerons, des carrossiers, des ébénistes, des tapissiers, des maçons; sans parler de son personnel en conducteurs, mécaniciens, hommes de bureau, hommes d’équipe, ouvriers d’état, surveillants, inspecteurs, ingénieurs. Le rapport deM. Jacqinin (classe 6A), qu’on lira plus loin, est une véritable encyclopédie. Infinies sont les opérations auxquelles donnent lieu la création et l’entretien d’un chemin de fer. 11 faut d’abord dresser les plans, constituer la société financière, obtenir les autorisations, organiser l’état-major et le personnel des divers services, construire la voie, ce qui donne lieu à des tunnels, a des viaducs, à des pouls, à des passerelles, à des terrassements, à des empierrements; élever à chaque station l«s bâtiments de la gare; construire de nombreux batiments pour le remisage, le magasinage et les ateliers; préparer) voiturer, placer les coussinets et les rails; organiser les systèmes d’aiguillage, de signaux, d’éclairage, de chaullage?
- Saint-Etienne à Lyon (i8a(>), celui d’Andrézieux à Roanne (1838). Les troJ^ chemins étaient à traction de chevaux et avaient une longueur totale de 1^3 kilomètres. La compagnie de Saint-Etienne à Lyon employa dos loconio li\es en 1803, et reçut aussitôt des voyageurs.
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- de camionnage, de factage, d’omnibus; confectionner le matériel roulant, locomotives, wagons de voyageurs et de marchandises, etc. Voilà déjà une longue énumération, extrêmement incomplète, et dont chaque terme comporte une multitude d’articles différents. On se demande ce qu’un homme tel que M. Jacqmin peut ignorer, depuis la mécanique et l’architecture jusqu’à l’électricité, et depuis les grandes théories d’économie politique jusqu’aux détails les plus minutieux du trafic et de la messagerie. 11 reste beaucoup à faire sur ces derniers points, surtout en France. On trouvera dans plusieurs des rapports du jury international (iue nous publions des plaintes amères sur la lenteur de nos chemins de fer, sur le défaut de concordance des trains, sur l’élévation des tarifs. Un exposant me disait : «Nos concurrents transportent leurs produits en poste, et nous en charrette.!) C’est assurément de l’exagération. Il serait utile, connue moyen de contrôle, de publier une statistique des Prix et des vitesses chez les principaux peuples producteurs. L’industrie des chemins de fer n’améliore pas seulement condition des anciennes industries, elle en crée de nouilles. 11 y en a quelle transforme complètement. Parmi ^ industries auxquelles l'invention des chemins de 1er a oonné un essor considérable, nous en citerons deux de présence, parce qu’on les attendrait moins : c’est la fabrica-hon du papier et. l’imprimerie. Et nous ne sommes quau Sbut. Qu’on songe que la France a seulement 20,^170 kilo-^ctres de chemins de fer^, l’Angleterre 27,777, et quon °ovre partout des voies nouvelles. Les États d’Europe acliè-
- , Noire développement, au début, a été très lent. La longueur exploitée * lu bu de 186B était de 1 kilomètres; le 3t décembre i8A(p elle était rle a,84a.
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- veront leur réseau dans un temps que l’on peut déjà prévoir; mais l’Algérie, qui n’a encore que 6A5 kilomètres construits, l’Australie, l’Amérique, avec ses espaces immenses, l’Afrique centrale, ce dernier inconnu vers lequel commencent à s’avancer de toutes parts les pionniers de la civilisation, nous réservent de longues années de travail et de conquête. Qui oserait dire à présent qu’on n’entreprendra pas un jour la jonction, par les voies ferrées, de la mer du Nord avec la mer Noire, avec le golfe Persique, le golfe du Bengale? L’Asie centrale, l’Asie septentrionale, manquent de routes. On ne peut pas, en vérité, voyager dans l’Amérique du Sud; on s’y traîne.
- Les substances que dévorent le plus rapidement les chemins de fer sont le fer, le bois et la bouille.
- Les chemins de fer du monde entier comprenaient, eu 1876, pour l’Europe, i5o,3oà kilomètres; pour l’Amérique, i 43,117 (sur lesquels l’Amérique du Nord compte a elle seule 133,65A kilomètres); pour l’Asie, i3,3oo; pour l’Afrique, 2,7/18; pour l’Australie, A,oi8; soit ensemble 31 3,487. Il faut fournir à ces 3i3,000 kilomètres du 1er et du bois en quantité énorme pour les wagons et les machines; mais 11e considérons que la voie. Qu’on imagine le chiffre du fer et du bois employés pour.un développement de 313,ooo kilomètres. Même les chemins qui 11’ont qu’une seule voie comportent le doublement des. rails, ce qui Ie' rait, de ce chef, environ 63o,ooo kilomètres; mais il y a double voie presque partout. Et combien de temps dure un rail?
- Enfin, supposons que l'humanité, après tant de progrès réalisés, tant de rêves accomplis, entre dans une phase nouvelle, où l’appelle l’union commerciale des peuples*
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- imaginons des routes directes de Calais aux Balkans, ou de Douvres aux Balkans, avec un tunnel; de New-York à San Francisco. Où est le bois? Où est le 1er? La matière va manquer au génie humain, defuit orbis.
- On sait la révolution produite dans la métallurgie par la découverte du procédé Bessemer. C’est surtout depuis ces dernières années que l’acier Bessemer a fait, pour ainsi dire, irruption dans les chemins de 1er et s est substitué presque partout aux rails de fer. Ce qui n’était qu’une espérance en 1867 s’est trouvé être une réalité en 1878. Le procédé Bessemer permet d’affiner la lonte à l’air lroid sans le secours de combustibles, de produire l’acier sans avoir recours au moyen coûteux de la cémentation et de la Vision dans des creusets, et d’obtenir de grandes masses dacier fondu. Cet acier coûte à peine plus cher que le fer el il a une force de résistance bien plus considérable. O11 a placé en 18O7, à la station d’Oberhausen (Allemagne), 77‘i rails de sept natures différentes. On a constaté en 1877 (luon avait dû renouveler, en treize ans, pour usure ou rup-ture, 80,7 p. 0/0 des rails en fer à lin grain, 08 p. 0/0 des rails en fer cémenté, 33,3 p. 0/0 des rails en acier puddlé, et U p. 0/0 seulement des rails en acier Bessemer. ^ Usure moyenne des rails Bessemer qui restaient encore 8Ur la voie était de om,oo685 seulement, rr On a calculé, dit Victoj* Bouby^Vque la circulation de 1 6,577,870 tonnes de charge, sur ces voies occasionnait une usure de om,oo‘i56 S(mlernent, mesurée sur le liant de la section transversale. t> ^ ll’y a pas lieu d’ètre surpris que la consommation des 1 mis en fer décroisse rapidement au prolit des rails d acier.
- ( ' Rapport, au {{'ouvorneinent bel(re sur l'exposition de la classe 63,
- xl- en note.
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- La France consommait, en 1871, 44,495 tonnes de rails en fer; 15,075 tonnes de rails en acier. Or, voici les chiffres de 1875, 1876, 1877 : 1875, fer 96,889, acier 1 20,661 ; 1876, fer 57,935, acier 130,68; 1877, fer 48,888, acier i36,549. Rien n’est plus frappant que la comparaison de la consommation de l’acier pour les rails de chemins de fer en 1866 et 1876 : en 1866, 10,790 tonnes; en 1876, i3o,68a tonnes. Les usines réalisent des prodiges : il y avait au Champ de Mars un rail en acier de 5o mètres de longueur. Dans la pratique, on ne peut guère employer que des rails de 8 à 9 mètres; et meme, il n’v avait pas longtemps qu’on regardait une longueur de 6 mètres comme un maximum difficile à dépasser. Mais tout ce qui est fort veut montrer sa force, et un rail de 5o mètres est en effet une curiosité sans pareille.
- On fait, par l’introduction de l’acier, une économie de métal sur les rails; il serait plus nécessaire encore de taire une économie de Lois sur les traverses. On lira, dans le rapport de M. Jacqmin, ce curieux calcul : en 1877, les six grandes compagnies françaises ont eu besoin, pour l’entretien et les réfections de leurs voies, de 2,563,000 traverses. Ce chiffre représente, par kilomètre, q3 traverses, et, par jour, une consommation moyenne, pour la longueur totale des lignes exploitées, de plus de 7,000 traverses. crKn supposant, dit M. Jacqmin, qu’un arbre donne en moyenne 10 traverses (ce nombre est faible pour le hêtre et trop tort pour le chêne), il faut, pour le service de l’entretien des voies du réseau actuel français, abattre par j°ul 700 beaux arbres, n
- 262,000 beaux arbres par an, rien que pour le service des chemins de fer.
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- Et seulement, pour le réseau actuel. Avec le réseau en construction, ce chiffre s’élèvera à 1,000 arbres par jour : 365,ooo arbres par an.
- Il faut prévoir que, d’ici à dix ou quinze ans, la construction de 9.0,000 kilomètres de voies nouvelles exigera la fourniture de 20 millions de traverses nouvelles.
- Si l’on vient à diminuer l’espacement des traverses, tous ces chiffres seront augmentés dans une proportion notable. Déjà les compagnies du Nord et de l’Est français emploient 10 traverses par rail de 8 mètres de longueur, ce qui réduit à 80 centimètres l’espacement moyen des traverses d’axe eu axe.
- A cette consommation de bois nécessaire pour la fourniture des traverses, il faut ajouter la consommation nécessaire à l’entretien du matériel roulant. M. Jacqmin l’évalue à 140,000 mètres cubes par année.
- En voyant dans quelle énorme proportion chaque découverte delà science, chaque progrès de l’industrie, augmentent la consommation de nos richesses naturelles, on se met Quelquefois à rêver qu’un jour viendra où il ne nous restera plus ni bois ni charbon. Nous aurons à refaire la conquête cheval, à recommencer l’apprentissage du travail manuel. Nous reviendrons par l’excès de la richesse à 1 excès de la pénurie. Nous serons semblables à un voyageur qui traverse les catacombes et dont le flambeau s’est éteint...
- 1 ouïes les compagnies de chemins de fer français ont institué des laboratoires où l’on étudie constamment le m°)’en d’économiser le bois, le fer, la houille; de rendre les v°yages pins prompts et plus sûrs, c’est-à-dire d économiser ^ temps et la vie humaine. Elles se sont partagé la be-Sotpie. Sur un réseau, on cherche à économiser le bois en le
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- rendant plus dur an moyen d’injections; sur un autre, on étudie le remplacement des traverses en bois par la maçonnerie; ailleurs, on fait des expériences sur la résistance comparée du fer et de l’acier Bessemer. Une compagnie se préoccupe du chauffage des voitures; une autre, des différents services de l’électricité, des systèmes de signaux, de l’amélioration des locomotives, de la comparaison des freins à vide et des freins à air comprimé. Ces travaux ont donné lieu, en 1878, à une exposition complète, variée, où les essais mêmes qui n’étaient pas arrivés à maturité pourront être dans l’avenir l’occasion de sérieux progrès.
- La France, pendant longtemps, s’est laissé déboiser avec une regrettable indifférence. Elle 11e songeait ni aux besoins des chemins de 1er, ni à ceux de la marine, ni à la charpente, ni aux forges, ni aux bois d’œuvre. Elle consommait sans penser au lendemain. Elle cherchait dans les déboisements, suivis de, défrichements, une augmentation de revenus. Elle oubliait aussi l’inlluence des forêts sur l’atmosphère et sur l’écoulement des eaux. 11 a fallu les ravages causés par les inondations pour appeler l’attention du législateur sur la nécessité de reboiser et de ga/onner les montagnes. Nous occupons, parmi les Etats de l’Europe» le huitième rang au point de vue forestier; mais nous sommes bien éloignés de la moyenne. La moyenne générale est de 99 p. 0/0 du territoire; notre exploitation forestière ne couvre (pie le i/b de notre sol, soit 9,185,31 <> hectares-Sur ce chilfre, G, 1 a7,398 appartiennent à des particulier» 9,008,739 appartiennent aux départements et aux communes, 33,0.09 aux établissements publics, et 9G7,1 1 8 seulement au domaine de l’Elat.
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- Sans parler des écorces à tan et à liège, les produits ligneux de la France s’élèvent par année à 2 5 millions de mètres cubes. Le chauffage (hauts fourneaux, fours, usage domestique) en consomme 20,100,000 mètres cubes; il reste, pour bois d’œuvre, â,900,000 seulement. Il serait utile de modifier cette proportion au profit du bois d’œuvre, et il y a deux moyens d’y parvenir : l’un, c’est de multiplier les appareils de chauffage qui économisent le combustible; l’autre, c’est de démontrer aux propriétaires qu’ils ont intérêt à laisser vieillir les arbres au lieu de se bâter de les débiter pour en tirer de l’argent. Les forêts de l’Etat rapportent plus que celles des particuliers, parce qu’on y lorme des bois d’œuvre dont le prix est beaucoup plus élevé. Si l’on songe à tous les usages du bois d’œuvre, 011 se convaincra de l’absolue insullisance d’une réserve annuelle inférieure à 5 millions de mètres cubes. H y a deux fffos preneurs : la marine, dont malheureusement les besoins ne s’accroissent pas, et les chemins de fer, dont les besoins augmentent chaque jour. Les forêts de l’Etat, qui Re sont guère que le dixième des forêts de la France, ont lourni, en 1 87(>, aux chemins de fer, 60,000 mètres cubes fle chêne et 76,000 mètres cubes de hêtre. Les ingénieurs sappliquent à chercher des remplaçants en pierre, 1er ou ac*er aux coussinets ou traverses de bois; il a déjà lallu écar-
- tev la pierre, maison pourra réussir avec les métaux, et cefo est urgent. Il 11e faut pas qu’il nous arrive le même Malheur qu’à certaines forges pour le fer au bois, établies au milieu de forêts qui leur fournissaient le combustible en abondance et sans frais de transport. 11 faut des années à la féi’re pour faire un arbre, et quelques minutes à un lour-llejm de forge pour le dévorer. La lorge au bois a dénudé
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- la forêt et elle a péri dans son triomphe, car, placée désormais au milieu du désert qu’elle s’é'tait fait, elle a péri faute d’aliments. C’est en particulier l’histoire d’une grande partie de la métallurgie suédoise.
- La troisième de nos richesses que menacent les chemins de fer, c’est la plus précieuse de toutes peut-être; en tout cas, la plus précieuse avec le blé et le fer : c’est la houille. Les chemins de fer nous rendent le service de porter la houille de tous les côtés; mais, en même temps, ils la consomment d’une manière terrible. On estime la production houillère du globe 0286 millions de tonnes; c’est un beau chiffre; mais qu’on y prenne garde; on peut à la longue refaire des forêts; une mine épuisée ne nous laisse entre les mains qu’une caverne. La différence entre la richesse native et le développement de cette richesse par l’industrie n’est nulle part plus frappante que pour l’extraction delà houille-La Belgique est probablement au premier rang des nations pour la mise en valeur de ses richesses charbonnières; vient ensuite l’Angleterre qui a produit, en 1877, 135 millions de tonnes, la moitié de la production totale. 11 est probable que les bassins houillers des États-Unis sont plu8 importants que ceux de la Grande-Bretagne, mais ils n’ont produit que 48 millions de tonnes. Ceux de la Chine, q111 passent pour les plus riches du monde, sont à peine eflleu-rés. Si l’on ne commet pas d’erreurs dans ces appréciations» qui ne sont pas le résultat d’une étude scientifique attentive, le monde a une réserve pour plusieurs siècles. Seulement, les besoins s’accroissent tous les jours, et, quun(l même les ressources seraient inépuisables, et elles sont loin de l’être, leur répartition n’est pas en rapport avec celle dos besoins. L'Amérique usera de ses houilles et se gardeia
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- de les exporter; la Chine enverra probablement les siennes en Europe, avec d’énormes difficultés et des frais de transport écrasants. On verra se reproduire en grand le spectacle que nous donnent en ce moment le Cleveland et la Suède, le Cleveland, qui n’a que de la houille, la Suède, qui na que du fer. Il se produira fatalement un déplacement de l’industrie, ou tout au moins des modifications profondes dans les relations internationales. Michel Chevalier estimait, en 1867, qu’au train où allaient les choses, les richesses charbonnières de la France seraient épuisées dans cent ans; celles de l’Angleterre dans deux cents ans. Ce sont là de redoutables échéances.
- On ne saurait trop le répéter, il y a deux remèdes pour le bois : le reboisement et l’économie. Il n’v a qu’un remède pour la houille : l’économie.
- H ne peut être question de revenir au bois pour le chauffage industriel. Quand même on couvrirait le sol de forêts, d n’y aurait plus assez de bois pour nos nouveaux usages. ^ri outre, la puissance de chauffage du bois est bien faible auprès de celle de la houille. En haut fourneau au bois donnait, par jour, de /j,ooo à 5,000 kilogrammes de tonte; avec la houille, il en donne 5o,000. Il tant, trouver ou économiser. On 11e trouvera qu’au loin; il tant donc économiser.
- I^a science cherche de ce côté, et le succès de ses re-cherches est d’autant plus nécessaire que, outre les chemins de 1er, hi navigation à vapeur et l’éclairage, qui est aussi 1111 consommateur effrayant, toutes les industries, grandes ei petites, ont maintenant recours aux machines. E homme cesse de plus en plus d’être une force pour devenir un directeur de forces. On pourrait exprimer la même pensée en d'sant qu’il cesse de plus en plus d’êlre une force physique
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- pour devenir une force intellectuelle. Il y gagne à la fois en dignité et en profit , mais il lui faut du charbon. On commence à faire des économies sur l’éclairage, grâce surtout à l’électricité et au pétrole. On en fait aussi sur les machines. On a recours aux forces hydrauliques. On découvre des procédés qui diminuent la consommation du combustible; par exemple, le four annulaire d’Hoffmann pour les poteries et les briques, le four Martin-Siemens pour la production de l’acier, divers procédés pour les usages domestiques. Il faut se hâter. Il ne faut pas attendre, pour alimenter et ménager la lampe, que la lumière en soit vacillante et affaiblie.
- Nous avons, comme auxiliaires de la houille proprement dite, les lignites, l’anthracite, qui, ne contenant pas de bitume, brûle sans fumée. L’anthracite est très précieux pour les usages domestiques, parce qu’il ne donne ni fumée m odeur. On l’emploie aussi pour les usages industriels. Mais tout s’épuise.
- Au commencement du développement des chemins de fer, on tremblait pour les canaux, et eu général pour l*1 batellerie, qui allait, disait-on, devenir inutile. La batellerie n’est pas inutile, elle n’est pas morte, elle est seulement languissante. Les transports par canaux étant nécessairement très longs servent uniquement pour les marchandises encombrantes que le temps ne détériore pas et qui peuvent être commandées et expédiées à long terme.
- La longueur de nos rivières navigables (l\ qui était de h,9i 5 kilomètres en 18G7, se trouve ramenée, en 187^’
- (1* Tous les clnfl'res sur la fréquentation dos canaux H dos rivières soid extraits du Itrlere du tonna/'C des marchandises circulant sur les voies nanffahk*? public par la direction générale des contributions indirectes.
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- au chiffre de 6,576 kilomètres, soit une diminution de 34o kilomètres W.
- La longueur de nos canaux, qui était, en 1867, de ^’9°9k,3, se trouve réduite, en 1878, à 4,616k,8, soit ne différence en moins de ^ 9 2k,5(2h
- Au point de vue du trafic, on constate une très légère diminution sur les rivières. Le tonnage moyen (ou ramené à la distance entière), qui, en 1867, était de 11 6,/ioo tonneaux, n’était plus, en 1878, que de 1 i5,5oo tonneaux, s°it une différence en moins de 900 tonneaux, ou 0,77 P* 0/0 de diminution sur l’année 1867.
- Au contraire, il y a une augmentation sensible sur le L’afic par la voie des canaux.
- En effet, le tonnage moyen, qui. en 1867, n’était que de ^18,000 tonneaux, s’est élevé, en 1878, à 279,000 ton-
- (1) La diminution s'explique ainsi :
- i° Partie du cours de la Moselle située sur le territoire cédé à
- l'Allemagne............................................ 8ak
- a0 Substitution à la navigation en rivière de la navigation en canal :
- Sur la Meuse................................... iiik J
- Sur la Marne................................... 119 > a58
- Sur le Lot..................................... 98 )
- Tôt ai................................. 3/1 o
- ha diminution s’explique ainsi :
- A déduire :
- 1" Canaux situés sur le territoire cédé à l'Allemagne. Aool,y j /,g(p 5 a° Canaux maritimes............................. fi8 ,0 I
- A ajouter :
- Sections de canaux en construction livrés à la circulation au
- •Il décembre 1877 :
- l*our le canal de l’Kst........................... 3yl,o j
- l’our le canal de la Haute-Marne.................. i5 ,7 / *77 »°
- *‘our le canal de Itoubaix........................ ,d J
- Hkstk à déduire
- 999 .:>
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- LES FORCES PRODUCTIVES.
- neaux, soit une différence en plus de 2 4,ooo tonneaux, ou 10 p. o/o environ d’augmentation en faveur de 1878.
- Ainsi la batellerie est en progrès, mais ce progrès est si peu sensible, qu’en le comparant à l’accroissement vertigineux du mouvement général des affaires, on serait tenté de dire qu’il équivaut à la stagnation.
- La dépense moyenne d’entretien pour les voies navigables a été, pendant la période de 1867 à 1878, de 5,379,250 francs par année pour les rivières et de 4,588,ooo francs par année pour les canaux. Naturellement ces dépenses ont été continuées depuis 1871 sur le même pied que pendant les années précédentes. Mais il y a eu, pendant l’année 1871 et les cinq années suivantes, une grande diminution dans les travaux extraordinaires d’amélioration pour les rivières et les canaux. On s’est contenté de terminer ce qui était en voie d’exécution. La reprise des travaux d’amélioration n’a commencé qu’en 1877. On en verra la preuve dans le chiffre des dépenses.
- L’Etat a consacré aux travaux extraordinaires d’amélioration des rivières, de 1867 à 1871, une somme annuelle dépassant 10 millions et s’élevant même à 18 millions en 1869. La dépense, de 1871 à 1876, n’a guère dépassé 7 millions, excepté en 1873 où elle a été de 8,37(1,000 b’* En 1877, le crédit est remonté à 9,28(1,000 francs; en 1878,11 1 2,3 0 0, o 0 0 francs.
- La dépense annuelle de travaux d’amélioration pour les canaux, qui était, de 18(17 à 1870, d’environ 6 millions» est tombée à 2,637,000 francs en 1871, cl n’a pas atteint ou n’a guère dépassé 3 millions dans les années suivantes. En 187.3, par extraordinaire, la dépense s’est élevée a 4,126,000 francs. Elle a été de 4,54 1,000 francs en 1^77
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- et de 5,^89,000 francs en 1878. Maintenant l'amélioration des rivières figure au nouveau budget des grands travaux publics pour une somme de 30 millionsLes Chambres ont
- (i)
- NOMENCLATURE DES CANAUX DE NAVIGATION EN CONSTRUCTION
- OU PROJETES
- («)
- DESIGNATION DES CANAUX.
- LIGNES PRINCIPALES.
- Canal de Montbéliard à la Haute-Saône.
- Canal de l’Escaut à la Meuse.. Canal de l’Est..............
- Canal latéral it l'étang de Tlinu.
- Canal de la Loire à la Garonne, a la Charente et à la Sèvre uiortaise.......................
- Canal d’Orléans à Nantes (lalé-ral à la Loire).................
- Canal de la Marne è la Saône..
- Canal de l’OiS(. l’Aisne.
- Canal du Nord sur Paris.......
- Canal maritime du Havre h Tan-carville.
- ^aual du IMiônc h Marseille...
- Canal do ]n Haute-Seine (pro-(>,lgeinent 'les Maisons-Rlan-c‘ies a llar-sur-Seine)........
- LIGNES SECONDAIRES.
- ^'">nl de Corre à Darney......
- anal de Dombasle h Snint-I)ié.
- aDal d Epinni Remiremont.. nnnI «le Longwy à la Menue
- canal de la Cbiers).....
- anal de Noini-I)jzier h Vnssv..
- ^a"a*(,e CAdonr li la Garonne.
- J.ON- GUEl RS. DÉPENSES totales. PRÉVUES par kilomètre. OBSERVATIONS.
- kiloin. francs. francs.
- 8a 9 9 .OOOyOOO a68,3oo Travaux autorisés par la loi du 8 avril 1879.
- “ • » Projet à l’étude.
- 537 96,800,000 183,700 Travaux autorisés par les lois des ait mars 1874 et 3i juillet 1879. Sur les 537 kilomètres projetés, une longueur de 380 kilomètres a été livrée à la navigation à la lin de 1879.
- " * * Projet à l’étude.
- - » * Projet à l’étude.
- • » . Etude ajournée.
- 151 00,000,000 999,000 Ce canal, en construction, a été autorisé par la loi du 3 avril 1879.
- h 15,000,000 3ao,ouo En construction ( loi du 7 avril 1879).
- » • * Projet à l’élude.
- 95 ! 9,000,000 760,000 Loi du 19 juillet 1880 autorisant ces travaux.
- " * ‘ Projet h l’étude.
- s3 1,960,000 85.ooo En construction.
- # m Projet à l’étude.
- 70 90,000,000 s86,ooo Le projet de loi relatif à l'établissement de ce canal
- *9 7,000,000 sis.000 est déposé à la Chambre des députés.
- 88 ï3.000,000 a6s,ooo Projet de loi déposé.
- 9 1 3,5oo,ooo 167,000 Ce canal a été concédé par la loi du 8 avril 1879.
- • * * Projet à l’élude.
- A IV
- <lxÇe(*Iion du canal de l’Est et du canal de la Haute-Seine, entrepris antérieurement à 5 aodi 18^, n'S ,l8"rc,lt *u présent tableau sont comprises dans le programme de la loi du
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- 38 y
- voté 3o millions pour l’exercice 1880; le Gouvernement demande 3o millions pour l’exercice 1881. La canalisation de la France devra une impulsion toute nouvelle à fa loi du 5 août 1879. Quand on se rappelle l’immense quantité de charbon absorbée chaque jour par une usine, les avantages que procurent à nos concurrents la plus grande proximité des houillères et l’infériorité des prix d’achat et de transport; quand on lient compte en même temps du bas prix de la marchandise fabriquée, on comprend l’importance de cette transformation de notre outillage national. O11 peut conclure que les progrès du trafic par la batellerie commencent à se manifester dès à présent, quoique dans une faible proportion, et qu’ils 11e peuvent manquer de s’accentuer au grand avantage de l’industrie et du commerce, par la reprise vigoureuse des travaux d’amélioration.
- Ce n’est pas seulement pour la batellerie qu’on a tremble à l’apparition des chemins de fer; on a tremblé pour les chevaux, dont la place, disait-011, allait être prise partout par les locomotives. On tremble aussi pour les hommes, ce qui est bien autrement grave, dans le déploiement nouveau des forces mécaniques, qui semblent prendre à leur charge la production de tous les mouvements. Craintes chimériques : l'homme n’a fait que changer d’occupation; il trouve de meilleurs et plus nombreux emplois de sa force. Les chevaux avant lui se sont classés; la locomotive, qui devait les détruire, leur a fourni en abondance des carrières nouvelles* L’erreur des effarés et des timides vient de ce qu’ils ne voient
- pas qu’en créant une faculté on crée un besoin. Sans doute, 11 *| les chevaux ne serviraient plus à rien, si l’on ne voyagea
- pas plus qu’autrelois et si l’on ne déplaçait pas plus qufll1
- trelois les marchandises. Aujourd’hui, tout se promène daus
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- le monde, tout se déplace, tout circule;il semble, par comparaison, que le monde du siècle passé était comme le château de la Belle au Bois dormant. Il est vrai qu’il remuait des idées pour se dédommager de l’immobilité des personnes.
- Depuis l’Exposition de 1 867, les tramways se sont enfin naturalisés en France; ils ont pu figurer à l’Exposition de 1878. Nous arrivons presque les derniers à l’exploitation de ce genre d’industrie; mais il a pris rapidement laveur, et nous sommes en train de réparer le temps perdu. Nous ^appelions tout à l’heure qu’il en a été de même pour l’introduction en France des chemins de fer. Nous avons beaucoup de goût et d’aptitude pour les nouveautés théoriques, •nais nous sommes routiniers et timides dans la pratique et rlans les affaires jusqu’au moment, toujours assez tardif, où l’engouement s’empare de nous.
- On appelle tramway une voie ferrée à rails non saillants établie sur une voie publique et qui n’enlève pas la partie de la voie quelle occupe à sa destination primitive. Le tramway est un progrès sur les omnibus, comme le chemin de 1er proprement dit est un progrès, il est vrai incompatible, sur les anciennes grandes routes et les anciennes Agences. L’idée de transporter des voyageurs à Irais coin-11111 ns d’un point à un autre de la même ville est fort ancienne; elle date d’une époque où les carrosses de voiture et les coches étaient si mal organisés, que beaucoup de per-8°nnea, et même des femmes, taisaient de longs voyages a cl'eval. Les omnibus ont le même inventeur que la brouette, et ce n’est rien moins que l’auteur des Pensees et des Lettres üun provincial. Pascal se fit donner le privilège de l’exploita-* qu’il partagea avec son ami le duc de Boanez, et le roi.
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- selon la coutume du temps, dont nous avons eu le regain de nos jours, distribua aussitôt des pensions sur les bénéfices présumés de l’entreprise. L’une d’elles échut au poète Scarron, et devint, après sa mort, la source la plus claire des revenus de la future Mmc de Maintenon. La nouvelle création n’eut pas longue durée. Les villes étaient beaucoup moins étendues et moins peuplées qu’aujour-d’hui; on ne connaissait pas aussi bien le prix du temps. On avait l’usage de la chaise, l’habitude de circuler à cheval ou sur des mules; les carrosses se multipliaient; les petites gens allaient à pied, et ceux qui commençaient à rougir de leur condition et à tenter d’y échapper ne voulaient pas se compromettre avec le commun. Le souvenir même de cette ancienne tentative s’était, effacé depuis longtemps, quand nous établîmes nos premières lignes d’omnibus, qui nous tirent l’effet d’une importation anglaise. Cette lois la combinaison financière lut tort goûtée; le public envahit les véhicules, les actions se placèrent bien et rapportèrent gros. Comme nous étions venus les derniers, nous fûmes aussi Jes derniers à rendre les voitures plus commodes et le transport plus rapide. Il n’y a guère plus de trois ou quatre ans que la réforme a été accomplie. A présent, nous avons à Paris grand nombre de beaux omnibus, traînés par des attelages de trois chevaux, et plusieurs lignes de tramways, dont la plupart dépendent de la Cornpagme des omnibus. Pendant de longues années, tandis qllU l’étranger toutes les grandes villes avaient leurs tramways» Paris se contentait du chemin de fer américain de Neuilly de celui de llueil, connus seulement de leurs habitues. C est l’Exposition de 1 878 qui a donné tout son essor à 1,1P duslrie du transport en commun. Les lignes de tramways
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- auront pour effet de taire vivre un grand nombre de Parisiens hors de Paris, et il n’y aura pas de mal à cela. En attendant, elles achèvent une révolution déjà commencée par les omnibus et qui consiste à effacer la différence des quartiers. Quand Paris était encore la petite ville de h2oo,ooo âmes que nous avons connue sous la Restauration et le Gouvernement de juillet, l’habitant du Marais etait un autre homme que celui du quartier latin; et rien Ue différait plus des bohémiens de larue Saint-Jacques et de ta rue de La Harpe que les aristocrates du faubourg Saint-germain et les richards de la chaussée d’Antin. Cherchez C(; que tout cela est devenu. Paris est une ville immense, dont tous les habitants se ressemblent, sans compter qu’ils
- Assemblent aux habitants des autres villes. La science et
- r-
- 1 nidustrie du xixc siècle s’appliquent sans relâche à éliminer As deux choses : les obstacles et les différences. Notre poli-tlr{Ue, avec la République et le suffrage universel, ne fait pas d’autre métier. Le monde n’en est pas moins curieux, Pai’ce qu’on en voit une bien plus grande partie. On le voit taut. Les nouvelles de Sparte arrivaient lentement et diffi— élément à Athènes.
- La plupart des tramways sont à traction de cheval. Il y a dos locomotives en petit nombre; il n’est pas vraisemblable (luelles se multiplient, non plus que les locomotives rou-*lères. Les accidents seraient à craindre sur une voie ouverte, a,is des quartiers populeux, et les tramways réalisent bien ^eux conditions de la traction par les chevaux, de bonnes haussées et une résistance très diminuée. 11 ne faut donc Aaindre le progrès des tramways pour notre provision ( e tamille; la nouvelle industrie n’en dévorera pas une forte lu. C’est bien assez pour les mines de charbon d’avoir
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- à nourrir la navigation à vapeur, les chemins de fer, les fabriques de gaz et les usines de toutes sortes.
- Il
- C’en est fait; la vapeur s’est chargée de tous les mouvements. Dans les forges, c’est elle qui transporte les matériaux, les brise, les coupe, les martèle, les ajuste. Ces engins d’acier sont prêts à tout. Une femme n’a pas les doigt8 aussi délicats; un corps d’armée ne dispose pas d’une force équivalente. Nous n’avions pas, à l’Exposition de 1878, de création nouvelle en fait de machines-outils; il en avait été de même en 1867; mais dans rime et l’autre de ces expositions, on présentait des machines-outils perfectionnées-On sait que leur but principal est d’économiser la force humaine. Les machines à raboter, à percer, à morlaiser, etc.» exécutent avec précision et rapidité, sous la direction d’uu ou deux surveillants, le travail qu’il aurait fallu confier ;l un atelier nombreux. Les premières machines-outils qu°11 avait construites étaient moins automatiques; elles ne façonnaient pas aussi complètement la pièce qu’on leur confiait» il fallait, pour chaque changement de direction, déplace* la machine sur son support, ce qu’on appelle, dans les ateliers, changer le montage, opération toujours longue d difficile, et qui exigeait la présence d’ouvriers habiles et intelligents. Maintenant 011 a trouvé le moyen d’articule* la machine de telle sorte qu’elle meut la pièce à ouvrer p()lU la présenter dans différents sens et sous différentes laces a l’outil, ou que, la pièce restant immobile, elle change a*1 contraire la direction de l’outil. En même temps, on a reuth1 les machines plus puissantes, ce qui leur permet d’enlevel’
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- dans un temps donné, une plus grande quantité de malgré; car il ne faut pas seulement économiser la force humaine, il faut aussi économiser le temps; et après tout, économiser le temps, c’est, encore économiser la force humaine. Certaines machines ont à présent un si grand nombre dorganes et fonctionnent avec tant de variété et desûreté, elles ne remplacent pas seulement un atelier, comme je ^e disais tout à l’heure, mais plusieurs ateliers de corps d’état différents. En oulre, chaque branche d’industrie a ses machines qui lui sont propres: industrie du bois, industrie du des matières argileuses. On peut citer la scie à lame 8ans Jjn. |a cisaille, qui coupe une lame de fer, comme les ciseaux d’une femme coupent un fil de soie; le frappeur Mécanique, qui remplace le travail du forgeron; des ma-chines à faire des chaînes, à faire des clous, des charnières; menuisier universel.
- H y a deux parties dans une machine-outil : la machine ^ 1 outil ; les organes qui meuvent de différentes façons, soit °UÎ11, soit la pièce à ouvrer, et l’outil, qui, mis en contact dVec la pièce, lui fait subir les transformations nécessaires ||0ui 1° but qu’on se propose. Les exposants ne se sont pas °inés à multiplier, à simplifier les organes; ils se sont lâchés à perfectionner l’outil lui-mème, ce qui n’est pas ^chis important. Par exemple, dans une machine à raboter, ^ midiant du burin doit être aussi aigu que possible pour lvï»er facilement la matière, sans cependant s’engager; le ^Ulm doit être incliné convenablement pour faciliter le %^geiuent du copeau; il doit présenter une solidité et une
- rcsist
- I,lcessi
- ance suffisantes pour ne pas obliger l’ouvrier à recourir
- ^ssaniment à la meule. M. Pault, îappoiteui CW 55, énumère les produits des principaux exposants,
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- en rendant compte des améliorations apportées soit dans le fonctionnement mécanique, soit dans le degré de puissance, soit dans la forme et l’agencement de l’outil, soit dans les matières premières employées par les constructeurs.
- L’outillage n’a pas fait moins de progrès pour les textiles. D’abord la vapeur continue à battre en brèche le travail manuel. Cem’est pas tout bénéfice. L’énorme capital engage dans les usines à vapeur oblige les fabricants à un travail continuel; le moindre chômage devient ruineux. De là l’exagération', de la production, qui entraîne l’avilissement des prix; de là aussi, très souvent, le travail de nuit. Les ouvriers sont accumulés dans certains centres, où la vie enchérit aussitôt. Ils n’ont plus, comme autrefois, un second métier qui adoucissait les inconvénients des chômages. La terre y perd des relais de travailleurs, que l’agriculture a grand’peine à remplacer, meme en appelant la vapeur à son secours. Quoi qu’il en soit, le mouvement va de ce côté, et d est irrésistible. M. Edouard Simon, rapporteur des classes 50 et 07, établit que les machines à bras sont encore en grand nombre dans notre pays; 011 en compte 82,80/1 pour Ie coton, Go,353 pour la laine, Go,52 2 pour le chanvre, Ie lin, le jute, 77,811 pour la soie, /iG,8/i/i pour les n)<J" langes, en tout 3a8,331\, tandis que le dernier recensement olliciel ne porte qu’à 121,338 le nombre des métiers nie caniques. Mais le précédent recensement faisait une pal beaucoup moins grande à la vapeur; le prochain lui mi L^tl une beaucoup plus grande; «die avance à pas de géant. J n’est pas se payer d’illusions que de regarder la révolu^0 comme complète; elle l’est ou va l’ètre.
- Pour la lilature, les derniers engins manuels ont (bspal
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- B n’y a plus de quenouilles qu’au théâtre. Nos aïeules, comme on sait, avaient leur quenouille sur leur cheval, Ros aïeux y avaient leur lance. Plus'près de nous, nous avons vu les ménagères rr tricoter quelque bas par plai-Slr»; et même aujourd’hui, les dames veulent bien con-sentir à tenir à la main, de temps à autre, une broderie, LlRe tapisserie, ou même un tricot à larges mailles. Mais tout le fil, fd à coudre, fil de chaîne, fil de trame; fil de s°ie, de laine, de chanvre, de coton, de lin ou de jute; fils do tous les numéros et de toutes les provenances s’enroulent 8,1 J‘ les broches du métier self-acting. C’est la mécanique qui hsse le coton, la laine, la soie; c’est elle qui foule le drap, taie qui lait le tricot et la broderie. M. Blin, dans son rapport sur la classe 33, donne une curieuse énumération, que Jai déjà eu l’occasion de citer, des transformations que la taille doit subir avant d’arriver sur l’établi du tailleur d’ha-tats. rr pa laine, dit-il, après être triée, dessuintée, lavée, ^chée, teinte, graissée, louvetée et cardée, forme le fil, qui est dévidé, ourdi, encollé et tissé, pour se changera son tour eRdrap, qui est dégraissé, épinceté, foulé, dégorgé, laine, raiRé, tondu, pressé et décati, y» Toutes ces opérations ont Urie importance capitale et demandaient autrefois beaucoup douvriers, de temps et de dépenses. La chimie et la mé-CaHique ont fourni à l’cnvi le moyen de mieux faire, tout eïl luisant plus vite et à moindres frais. Les progrès en e !,renre sont incessants. La ville d’Elbeuf a aujourd’hui le lïi(ime chiffre de production qu’en 18(>8; elle y arrive avec ifi,ooo ouvriers; il lui en fallait plus de 2-r),ooo en ‘868.
- T
- ^Exposition de 1878 ne nous a pas apporté de ces ina-'•tes révolutionnaires (pii transforment tout à coup la
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- situation de l’industrie; elle n’a dans aucune branche du travail l’analogue de la lampe Davy, de la mull-jenny, delà jacquart. Mais elle offre deux grands caractères. Le premier, c’est de servir à constater que la vapeur envahit de plus en plus le monde industriel, comme une marée montante qui achève de couvrir la plage; les derniers îlots sont déjà me** nacés; il faudra, dans un avenir prochain, faire un musee d’antiquités avec les quenouilles, les rouets, les métiers a bras de tisserands, les aiguilles à tricoter. Le second caractère de cette Exposition est le perfectionnement non interrompu des anciennes inventions et leur appropriation aux conditions nouvelles de l’industrie. Ainsi, dans la louable pensée d’économiser la houille, on a inventé un four qul consomme moins de combustible; l’emploi relativement nouveau de la bourre de soie a donné lieu à l’invention machines spéciales pour doubler, retordre, racler et apprêter les lils; dans la eorderie, MM. Lawson et lils ont exposé un métier dont chaque broche fournit en dix heure5 environ 5o kilogrammes de (il de caret; M. Leroy, Aoyen-sur-Sarthe, a trouvé un procédé mécanique p°111 remplacer les enfants employés à tourner la roue du cor-dier; dans la laine peignée, le dernier grand perfectionnement est du à la peigneuse Heilinann, déjà connue dep,llS assez longtemps, et qu’on appelle la peigneuse Schluin-berger, parce (pie c’est M. Scldumberger qui l’exploite en vertu de son brevet. Déjà les procédés Meunier et ldubne1 lui ont fait subir d’importantes modifications. La peignel,s° Hubner, qui réalise le peignage à alimentation contin,,e et à grande production, est appropriée aux filaments ^ toute longueur. Elle procède, non par arrachage brusqlie et intermittent, mais par glissements successifs des l*^1^
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- tirées de long, évitant les coupures et économisant les doublages. Il faut lire, dans le rapport de M. Edouard Simon, la description très savante des nombreuses machines exposées. Son mémoire est de tous points excellent. Tous ceux qui ont à cœur le progrès du travail national lui sauront gré d’avoir rappelé le nom et honoré la mémoire de Michel Alcan, dont l’enseignement et les écrits ont rendu tant de services aux diverses industries textiles.
- A côté de ces colossales industries de la filature et du tissage, on peut citer l’imprimerie, qui remue moins de millions et met en mouvement moins d’ouvriers, mais dont 1 importance prime celle de toutes les autres industries, si 1 on considère qu elle est l’instrument le plus actif de tous les progrès dans tous les ordres de l’activité humaine. Nous *ïo la considérons ici qu’au point de vue de sa propre fabrication et des progrès quelle a accomplis sur elle-meme flans les dernières années écoulées.
- Les matières premières du livre sont le papier et l’encre, bes outils principaux pour le fabriquer sont les caractères (1 imprimerie et la presse.
- L’exposition du papier était lort curieuse à visiter, à cause de l’immense variété d’abord des matières premières, ensuite des procédés de fabrication. Il faut placer en L‘te de tous les autres le papier du Japon, d’une couleur 1111 peu jaune, à la fois léger et solide; puis vient le papier de (iliine, qu’on appelle, dans les imprimeries, le papier arn<mmix, à cause de sa principale qualité, qui est de. bien prendre l’encre. Cette qualité en fait le premier pa-pier du inonde pour l’impression des gravures. Le papier ^cvlnuui, de fabrication anglaise, et le papier de Hollande, len et l’autre fabriqués à la cuve, doivent leur supériorité
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- au choix des chiffons qu’ils emploient. Gela ne veut pas dire que nos papiers à la cuve soient de mauvaise qualité; nous en faisons, au contraire, de très beaux; mais les besoins croissants de la librairie et les exigences du journalisme sont cause que nous produisons principalement des papiers à la mécanique. Les journaux, qui dominent désormais toutes les questions relatives à la papeterie et à l’imprimerie, visent surtout au bon marché et poussent, par conséquent, les papeteries dans la voie d’une production hâtive et défectueuse.
- Gomme le numéro du journal se vend i5 centimes au maximum, et le plus souvent 5 centimes, et que sur ces 5 centimes, le vendeur, la poste, le marchand d’encre, l’amortissement des outils, des machines, la location des bureaux, les ouvriers compositeurs et imprimeurs, leS plieuses, les rédacteurs, les administrateurs, les employés de diverses sortes, le cautionnement, le loyer, les bailleurs de fonds qui ont fourni le capital, exercent leur prélèvement, il est clair que le prix du papier, qui compte parmi les dépenses proportionnelles, doit être réduit au plus bas, pour que l’entreprise puisse se soutenir et donner des bénéfices. Ajoutons que, depuis 1871, il y a un droit spécial de 20 francs par 100 kilogrammes sur le papier employé à l’impression des journaux h). Gette fabrication du paplC1 destiné à la presse périodique donne, pour ainsi dire, Ie ton à la fabrication générale. Les papiers de tenture, leS papiers de couleur pour éventails, écrans, etc., les pa piers dits papiers écoliers, les papiers à lettres, les pap,elS de divers formats employés dans les administrations de
- Loi iln 1 (J septembre 1871. art. 7.
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- l’État, les grandes compagnies et le commerce en général, le papier grossier pour sacs et enveloppes, le papier a cigarettes, le carton, le papier mâché, donnent lieu à une production considérable; le livre n’est pas, comme autrefois, le plus grand consommateur, quoique le nombre des livres et des brochures s’augmente comme tout le reste dans une proportion toujours croissante. En général, le livre se vend, en France et en Allemagne, à très bon marché. Quand un in-18 est coté 3 fr. 5o cent., il faut bien savoir qu’il ne représente pour l’éditeur que 2 fr. 45 cent, environ; et sur cette faible somme qui lui reste entre les •nains après le prélèvement exercé par les vendeurs intermédiaires, il faut qu’il paye les droits d’auteur, l’impression, les frais de publicité, qu’il amortisse ses Irais généraux et ses non-valeurs. La conséquence est que le papier Re peut pas lui coûter cher. Aussi nos livres ne seront-ils pas dans quatre cents ans d’ici tels que nous voyons des livres du xv° et du commencement du xvie siècle, dont les papiers s°nt aussi fermes, aussi blancs, et les encres aussi noires f|ue si l’exemplaire venait tout à l’heure de sortir de sous ta presse. En Angleterre, les livres, se vendant un peu plus cher, comportent un papier dont la pâte a un peu plus de solidité. Les fabricants d’encre sont arrivés à livrer à des prix très bas des encres noires, brillantes, qui s’impriment '••sèment et conservent leur netteté. M. Lorilleux a eu les honneurs de la dernière Exposition; la fonderie en carac-b'res a aussi perfectionné ses types et apporté des améliorions dans les matières qu’elle emploie et les procédés de tabrication. Cette industrie n’a pas profité autant qu’on au-l>a'l pu croire de l’augmentation presque indéfinie du nombre des livres et des journaux, parce que les procédés de cli-
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- chage permettent de décomposer les planches après le premier tirage et de faire ensuite d’autres éditions sans recourir de nouveau à l’emploi des caractères.
- Mais où le progrès a été rapide et merveilleux, c’est dans la machine à imprimer. L’antique presse à bras, qui ne sert plus à présent que pour tirer des épreuves, mettait une journée de dix heures à imprimer une feuille d’un seul côté à 1,000 exemplaires et naturellement une seconde journée à l’imprimer de l’autre côté. Il fallait à ce compte deux mois entiers pour opérer le tirage d’un in-8° de 5oo pages. Si l’on avait eu alors des journaux quotidiens, ils n’auraient pu suffire à un tirage de i ,5oo exemplaires à moins d’avoir deux ou môme trois compositions et autant de presses. L’invention de la presse mécanique à vapeur et à retiration (c’est-à-dire imprimant des deux côtés) décupla à peu prés la vitesse du tirage. Où en seraient aujourd’hui les journaux, où en serait meme la production du livre, celle des brochures, des circulaires, du papier d’administration, si une presse n’imprimait que 1,000 feuilles en une heure-
- Ne parlons que des journaux. Sous la llestauration, il ny avait de journaux qu’à Paris et dans les très grandes villes-Les chefs-lieux de département se contentaient d’une feuille d’annonces. Les journaux de Paris étaient grands comme fa main. Il y en avait bien 7 ou 8. En comptant tout, ou arriverait peut-être jusqu’à la douzaine. Un tirage de a,000 eu r?,5oo paraissait, pour une feuille, une honnête lortune-Celles qui passaient 10,000, et il y en avait bien deux connue cela, étaient de véritables puissances. Il y eut un mouvement après i83o. \I. Emile de (iirardin lit sa grande révolution de la presse à Ao francs. On parla de nouveaux journaux qui a\aienl jusqu’à 3o,ooo abonnés. Le Siècle vit un 1110
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- ment le chiffre de h0,000, ce qui fit littéralement la fortune de ses actionnaires. Mais laissons ces âges vénérables; voyons oii nous en sommes aujourd’hui.
- Quel est le chef-lieu d’arrondissement qui n’ait pas ses deux journaux? Quelle est la grande ville qui n’en ait pas 5 ou 6? Quelle est, en dehors de la politique, la corporation ou la profession qui 11’ait son organe ? Quelle est, à Paris, l’opinion ou la nuance d’opinion qui 11e soit dirigée ou exploitée par plusieurs journaux? Les ko francs de M. de Girardin sont devenus un maximum; nous avons des journaux quotidiens à 3 s francs, à 18 francs, pour l'abonnement d’une année. Les journaux se vendent presque tous au numéro, if) centimes le numéro pour les journaux d’importance, les aristocrates, les anciens; 10 centimes, et le plus souvent 3 centimes pour les autres. Si jamais le Gouvernement émet une pièce de billon inférieure à 5 centimes, il y aura immédiatement des journaux pour ce prix-là.
- En dehors des journaux qui persistent, c’est-à-dire qui durent une année et davantage, il y a comme une végéta-hon de feuilles éphémères, qui lancent des prospectus, puis dus numéros spécimens, et parviennent à durer péniblement pondant tout un trimestre. Les journaux littéraires qui périssant après quelques numéros sont très nombreux; la produire (m produit autant que Paris. On 11e compte pas ces "dortunés dans la nomenclature des journaux.
- Le rapporteur de la classe 9, M. Martinet, pense, que s,|r 9,200 journaux que nous avons en France, il n’y en a pus plus de i5o quotidiens. Il se trompe. 11 y en avait ^7^ à la date du 19 octobre 1880. La date est impor-hmte, car il y a chaque jour des naissances et dos décès. ^°us jouissons en ce moment de 78 journaux quotidiens à
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- Paris, et de 9.00 journaux dans les départementsW. Les journaux à 5 centimes ont des tirages énormes. Le Petit
- (l) Journaux quotidiens de Paris à la date du îs octobre 1880 :
- U Audience.
- En Avant.
- Le Bulletin français.
- Le Charivari.
- Le Citoyen.
- La Civilisation.
- Le Constitutionnel.
- La Commune.
- La Correspondance IIavas. La Correspondance républicaine.
- La Correspondance universelle.
- La Cote de la bourse et de la banque.
- ].e Courrier du Soir.
- La Défense.
- Le Droit.
- L’Echo agricole.
- IA Entracte.
- 1/Estafette.
- I/Evénement.
- I.e Figaro.
- Le Français.
- La France.
- La France nouvelle.
- The (lallignani’s Messen-ger.
- Le Gaulois.
- La Gazette de France.
- La Gazette des 'Tribunaux. Le Gil-Blas.
- Le Globe.
- Le Grand Journal. L’Intransigeant.
- Le Journal à 1 son.
- Le Journal des Débats. Jja Journée.
- La Justice.
- La Lanterne.
- La Liberté.
- La Marseillaise.
- Le Messager de Paris.
- Le Monde.
- Le Moniteur de l’armée. Le Moniteur universel.
- Le Mot d’ordre.
- Le National.
- Le Nouveau Journal. L’Ojficiel.
- L’Ordre.
- La Paix.
- Le Paris Bourse.
- Le Paris Journal.
- Le Parlement.
- La Patrie.
- Le Pays.
- Le Petit Caporal.
- Le Petit Journal.
- Le Petit Journal du soir. IjC Petit Moniteur universel.
- Le Petit National.
- Le Petit Parisien.
- La Petite Presse.
- Le Petit BépubUcain.
- La Petite Bépnblieptefran-çaisc.
- Le Peuple franc a is.
- La Presse.
- Le B appel.
- La Bépubliffue française. Le Béveil social.
- Le Siècle.
- La Situation.
- Le Soir.
- Le Soleil.
- Le Télégraphe.
- Le Temps.
- L’Univers.
- L’Union.
- La Vérité.
- Le Voltaire.
- Le XIX' Siècle.
- A la même date du ia octobre 1880, le nombre des journaux quotidien^ dans les départements s'élevait à aoo. Il y en avait iô dans le département du Nord; les départements de Maine-et-Loire et de la Hautc-Caronne en avaient chacun 9; les départements de la (iironde, de la Loire-Inléricurc d du Rhône, chacun 8; le département des Rouches-du-Rhôue, 7, etc.
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- Journal tire à 650,000 exemplaires. Le Petit Lyonnais tire à 180,000. Parmi les journaux à i5 centimes, le Figaro. a un tirage de 70,000; le Rappel, un tirage de 4o,ooo. En Angleterre, le tirage des grands journaux atteint des chiflres plus importants qu’en France. The Daily Telegraph a une circulation de 300,000 exemplaires. Il y a certainement des journaux qui ne tirent pas à 1,000 exemplaires; mais, tout compensé, il n’est pas exagéré de dire qu’il s’imprime eu France par jour 1,200,000 numéros de journaux quotidiens. On voit à quels chiffres fabuleux on arriverait, si l’on tenait compte des journaux hebdomadaires, de ceux qui paraissent deux fois, trois fois par semaine, des revues : revues trimestrielles, mensuelles, de quinzaine, hebdomadaires, bulletins de sociétés, d’académies, etc.
- M. Martinet regrette que les journaux n’aient pas eu leur exposition à Paris comme la librairie; il a raison de le regretter. Cette immense quantité de publications périodiques, réunie dans une même galerie, aurait donné lieu à des comparaisons curieuses entre les nations, les opinions, les professions, les époques. C’eut été d’ailleurs du Iruit Nouveau. Les journaux, qui font l’iiistoire au jour le jour, Dont pas encore pris leur place partout, Quand ils se le— eont classer dans les expositions, ils en deviendront sans doute un des éléments importants. La difficulté est de savoir par qui l exposition sera faite, et par qui elle sera Jugée; si l’on tiendra compte du tirage, de l’opinion, du style, de la science, des inlormations, de la véracité. Et pourtant il n’y a pas moyen de les apprécier pour le papier seulement et le caractère comme le premier livre venu. On comprend mieux l’exposition des journaux illustrés, qui est, au fond, une exposition de gravures sur bois. 1 lie Gra-
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- pliic, T Illustration, le Tour du Monde, ont pu être récompensés comme livres et comme objets d’art.
- A défaut des journaux, qui n’ont pas encore débuté, du moins dans les expositions universelles, car en cette même année 1878,1'! y avait une exposition de journaux à Prague; à défaut des journaux, dis-je, nous avions les livres, l’exposition de la librairie. L’Imprimerie nationale avait tenu à honneur d’avoir son exposition particulière, qui, dirigée par M. Hauréau, ne pouvait qu’être parfaitement entendue. L’édition de Molière, imprimée tout exprès pour la solennité, était, de l’aveu de tous les hommes compétents, un chef-d’œuvre. M. Hauréau avait confié la révision du texte à sou savant confrère de l’Académie des inscriptions, M. Adolphe Rcgnier. A l’exception de quelques variantes d’une importance particulière, il n’y a dans ces cinq volumes in-A" aucune note; leur extrême correction et le choix judicieux entre les versions diverses font tout leur mérite. On n’y trouve non plus aucun ornement typographique; niais le papier, les caractères, la justification, tout est d’une beauté grave et simple, qui convient à une publication faite par l’Etat, et destinée à servir de modèle. L’Imprimerie nationale montrait ses livres ouverts. Quelques très grandes maisons avaient suivi cet exemple. La plupart des vitrines contenaient des livres placés cote à cote comme dans une bibliothèque. L° n’est là qu’une exhibition des titres, et tout au plus des reliures, vues seulement par le dos, ce qui n’est pas pour elles le bon moyen d’être vues. Si l’on expose des reliures, quon en montre les plats. Si l’on expose des livres, qu’on b;S ouvre. C’est à cette condition seulement que le visiteui pourra juger le papier, l’encre, la composition, la justifia cation, la correction, et se faire une idée du goût de l1111*
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- primeur. L’exposition faite en 1880 par le Cercle delà librairie, dans le nouvel hôtel que M. Charles Garnier lui a construit, est bien mieux entendue. Les livres placés sous vitrines sont ouverts. D’autres sont sur les tables ; on peut les ouvrir et les lire à son aise. Il y a une exposition de reliures, une exposition de gravures et une riche exposition rétrospective; c’est un ensemble complet. A l’Exposition du Champ de Mars, une ou deux maisons seulement avaient, dans leur salon, un employé chargé de montrer les livres et de donner des renseignements sur le prix de revient, le prix de vente, le chiffre des tirages, etc. H est intéressant de savoir combien de volumes publient, en un an, des maisons telles que la maison Hachette, ou la maison Alfred Marne, ou, dans un autre genre, la maison Calmann I^évv, la maison Hetzel. O11 assure que si l’on mettait bout à bout les feuilles imprimées par M. Labure, qui n’a pas moins de Ao presses mécaniques fonctionnant ensemble, elles feraient un ruban continu allant de Notre-Dame de Paris à Sainte-Croix d’Orléans, la bagatelle d’une trentaine de lieues. U laut voir fonctionner les presses qui accomplissent cette rude besogne. Le margeur place une feuille blanche, qui esf aussitôt entraînée sous le cylindre. Instantanément on voit reparaître imprimée d’un côté, ets’élendre de l’autre roté sur un autre cylindre, qui l’imprime sur le verso. La tauille suivante est déjà en route, quand celle-là tombe sur ta marbre, imprimée des deux côtés, .sans (pie personne ait <3u seulement à lever un doigt. La machine rotative à pa-P>er continu imprime ainsi sans le secours d’aucun ouvrier 9o)°oo journaux de grand format ou ôo,ooo petits jour-Raux en une heure; /100,000 feuilles, avec une seule Presse, dans une journée de dix heures. La France n’a pas
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- moins de 2,780 établissements typographiques. Sur ce nombre, il 11’y a que l’imprimerie Laliure qui ait ko presses, mais plusieurs imprimeries en ont 7 ou 8. Les imprimeries Quantin, Chamerot, Grété, en ont 20 et davantage. Et la France a moins d’imprimeries que l’Allemagne, moins de journaux que l’Amérique. Combien tout cela jette-t-il par joui1 dans les deux mondes de feuilles imprimées?
- Feu M. Hachette, qui était un esprit éminent en même temps qu’un industriel de premier ordre, avait coutume de • dire que les libraires ont tort de s’inquiéter de la concurrence; que les livres créent les lecteurs; que plus on lit et plus 011 veut lire, a 11 viendrait, disait-il, un moment où les boulangers ne pourraient plus accroître leur production; c’est quand tout le monde aurait autant de pain qu’il eu peut manger. Mais un pareil moment 11e viendra jamais pour le livre. Plus on en fera, plus 011 en lira; et plus on lira ceux qui sont faits, plus 011 demandera qu’il s’en fasse d’autres. »
- La mécanique, en s’emparant des grandes industries, ne pouvait pas négliger les industries de moindre volée. H y a longtemps qu'elle s’est chargée du tulle brodé et du tricot. Elle pénètre dans la maison : ce n’est plus la couturière qui raccommode le linge; c’est la machine à coudre. La couturière eu chambre est maintenant une mécanicienne. G est son nom, passé en usage dans la langue. On place ù la porte des magasins de petites adiclies portant ces mots: On demande des mécaniciennes; entendez qu’il s’agit de couturières. Lue couturière, avec sa mécanique dont le j)llX ne dépasse pas 200 francs, lait cinq fois plus de besogne et gagne deux fois plus qu’auparavant. M. lloimaz vient d inventer pour elle le couso-brodeur, qui est a la 1°1S’ comme son nom le dit, une machine à broder et une nia
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- chine à coudre. Deux Français, MM. Bonnaz et Légat, partagent avec M. Ericksen l’honneur des améliorations apportées depuis 1867 à la machine à coudre. C’est aussi un Français, M. Thimonier, qui avait été le premier in-vendeur. L’Angleterre et les Etats-Unis se sont emparés de cette industrie, et leurs produits couvrent le monde.
- Toutes ces inventions, qui multiplient les objets et abaissent les prix, répandent ainsi le bien-être dans les classes pauvres; c’est sans doute un avantage sérieux. Un avantage plus sérieux encore, celui qui doit surtout attirer l’attention sur ces inventions nouvelles, c’est la transformation qu’elles opèrent dans le travail et la condition des femmes. fjes pauvres femmes se perdaient les yeux et se défonçaient la poitrine avec leur aiguille, qui d’ailleurs 11e les nourrissait pas. On a même songé à la fatigue des garçons d’hôtel et des chambrières: quatre maisons avaient exposé des marines à décrotter et à cirer les chaussures.
- Une invention assez précieuse, et depuis longtemps attendue par les gens qui tiennent à la propreté de ce qu’ils Rangent, c’est le pétrin mécanique. Il est employé ailleurs avec succès; il l’est à Vienne, si je ne me (rompe, parM. U11, ciUl lait le pain de l’empereur, et je puis assurer, pour en avoir goûté chez M. Ull, que c’est du pain excellent. Je ne d^ pas «pic le pétrin mécanique soit la cause de l’excellence d’1 produit, ni même qu’il y ait contribué; il me suffît qu’il 11 y ail, pas nui. Voilà, par ce procédé, la propreté intro-dnite dans la manutention du premier de nos aliments, Cs! bien quelque chose, sans compter qu’il \ aura dans J'Kmde un métier fatigant de moins.
- ! ou s ces progrès, qui 11e semblent être au premier 'dxn’d que des progrès industriels, sont en même temps
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- des progrès sociaux. Ils changent la condition de l’homme. Il se fatigue moins, il court moins de dangers; il s’occupe davantage de son esprit; l’ouvrier prend une situation plus équitable, moins inférieure vis-à-vis des autres hommes. Les machines deviennent ainsi un instrument d’égalité politique.
- Aristote disait: « Si la navette marchait seule, il n’y aurait plus d’esclaves (l). ri Elle marche toute seule; il n’y a plus d’esclaves. Les philosophes et les politiques ont fait beaucoup pour la suppression de l’esclavage; Denis Papin, sans s’en douter, a fait encore plus. Et sans remonter à de si grands noms, tous les inventeurs de petites mécaniques, Thinio-nier, par exemple, un Français qui a inventé la machine a coudre, Jacquart, Heilmann, sont les agents directs de l’émancipation du genre humain.
- La collection des petites machines de l’Exposition était très riche. On n’avait pas seulement pensé aux couturières et aux décrotteurs. Les députés, s’ils le voulaient , pourraient voter avec un appareil qui donne instantanément le nombre des votants et leurs noms : plus de votes contestés, plus de pointages. Le député presse un bouton ; le bouton ainsi mis en mouvement exécute deux opérations à l’autre extrémité de la machine placée sur le bureau : il déplace un poids, il marque un trait à la suite du nom du député dans la colonne de l’acceptation ou dans celle du refus. Le poids déplacé met en mouvement une balance qui donne l’étiage du vote. On n’a qu’à supprimer le tableau, si l’on vent
- Ei yàp i)hitvaro énaolov rüv àpyàveov xekeva&èv r) rspo<xi<jOa.vàpeV°v àtroreXetv ro ainov épyov. , ovhèv âv éiet o(ire rots ip%iréxro(Ttv bWP erùv ovrs rots hscntor%ts hovXcov. (Aristote, la Politique, liv. 1, chap* 11 ’ 8 5.)
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- fendre le vote secret. Autre machine : la machine à écrire. L’écrivain se sert de touches, comme s’il jouait du piano. Cela court deux ou trois fois plus vite que la plume. Une Machine à donner des reçus imprime à la fois le reçu emporté par le payeur et la mention inscrite par le receveur sur sa main courante, grande garantie contre les distractions et les infidélités.
- Un ouvrier, sans machine, fait par jour 2,000 aiguilles pour la bonneterie; il en fait 20,000 avec une machine. 11 Y a une machine pour faire des épingles à cheveux, qui se
- charge de l’empointage, du pliage, du vernissage, et rend épingle prête à être employée. L’art du relieur a exercé iimagination des inventeurs; on lui fournit des auxiliaires eu fer et en acier, ouvriers excellents avec lesquels il n y a Pas à redouter la grève. Les machines à fabriquer les boutons représentent une vente annuelle de 500,000 francs. ^00,000 francs de machines s’entend; car la France, avec Ces machines, fait chaque année des boutons pour la mo-*%ue somme de 100 millions.
- Citons aussi, parmi les industries qui ont chez nous une lmportance particulière, les machines à faire des talons, ^es semelles, des empeignes; les machines à rincer les bousilles, à les boucher, à les capsuler; dans un genre plus ^Wé, qui touche de près à la science, les machines à Indiquer les pièces d’horlogerie. Nous taisons de ces der-^Rores machines pour 600,000 Irancs par an. Elles contri-^Uent au développement de l’horlogerie française, qui est eR Voie de progrès dans les deux sens. D un côté, elle lait Ss chronomètres irréprochables, et de 1 autre, elle livre montres et de très bonnes montres pour presque rien.
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- La chimie, l’histoire naturelle, la physique, nous rendent d’aussi grands services, pour le moins, que la mécanique. La science guide et féconde le travail humain dans toutes ses applications.
- Pour l’extraction des minerais, les grands percements, les travaux sous-marins et toutes les entreprises qui obligent à déplacer des poids considérables au moyen d’explosions, on peut signaler comme conquête nouvelle la dynamite, conquête très importante dont on ne pourrait dès à présent calculer les conséquences. La dynamite est de la nitroglycérine mélangée avec des matières pulvérulentes inertes. Dès 18/17, Sobrero avait obtenu la nitroglycérine par l’action d’un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique concentrés sur la glycérine. Le nouveau produit avait une puissance d’explosion sept ou huit lois plus forte que celle de la poudre; mais on 11e pouvait le fabriquer, le conserve^ le transporter et l’employer sans courir les dangers les ph|S redoutables. La plupart des gouvernements crurent devoir s opposer au développement de la fabrication. M. Nobel, ingénieur suédois qui fabriquait en grand < li! la nilroj;lyce' rine, conçut l’idée de lui oter toutes ses propriétés daiige-reuses en la mélangeant avec des matières poreuses absoi" bantes. L’essai réussit parfaitement, et le produit nouveau ne perdit rien de sa force explosive. On lui donna le R°111 de dynamite. La matière employée le plus ordiuaireineid pour former le mélange est le tripoli.
- Le comité militaire technique et administratif de 1 Au triche, après des expériences faites en grand pendant 1e
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- cours de quatre années sur la fabrication, la manutention et le transport de la dynamite, déclare que cette matière est complètement inoffensive dans les conditions ordinaires (température jusqu’à 60 degrés); qu’elle peut supporter de très fortes secousses mécaniques; qu’elle peut être enflammée sans détoner; et que, pour provoquer la détonation, il faut l’emploi de fortes capsules (1). Une commission militaire prussienne, citée par M. P. de Wilde (2), a déclaré de son côté que la dynamite est le plus puissant des agents explosifs, et que son transport exige moins de précaution que cclui de la poudre ordinaire.
- La commission autrichienne va bien loin en affirmant ^ue la dynamite, dans de bonnes conditions, est absolu-•Rent inoflensive. On n’en dirait pas autant de la poudre. Avant de faire le mélange qui produit la dynamite, il faut avoir fabriqué la nitroglycérine, opération certainement très dangereuse. Cette réserve faite, il suffit de constater, on l’a constaté par des statistiques soigneusement relevés, que la dynamite, en temps égal et à quantités égales, ôouue lieu à moins de calastrophes que la poudre.
- La dynamite fut employée à des œuvres de destruction Pondant la guerre de 1870, ce qui la lit rapidement connaître, même de la foule, parce que nous connaissons mieux O plus vite ce qui nous nuit que ce qui nous sert. Mais si la ^Runiite donne aux armées le moyen d’abattre des ponts, remparts, elle sert aux ingénieurs pour détruire des ob-si;>cles (pii,sans elle, sciaient insurmontables. Le percement (^11 Saint-(jlotliar<l aurait été une œuvre presque impossible dans tous les cas, extrêmement longue, s il avait lallu
- (i) -
- Uc rapport est du 10 janvier 187a.
- Rapport au {>ouvernement Italie sur la classe 4".
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- opérer avec la poudre ordinaire. Les énormes rochers du Hellgate, qui bouchaient l’entrée du port de New-York et obligeaient les navires à faire un très long et très onéreux détour, ont été mis en morceaux par la dynamite, et, grâce à cette victoire sur la matière inerte, le trajet de l’Europe à New-York se trouve abrégé de vingt-quatre heures. Indépendamment de sa force explosive supérieure, c’est un grand avantage de la dynamite de permettre l’usage sous-marin de la mine. Soit qu’on unisse des continents à l’aide de viaducs, ou des mers à l’aide de canaux, le travail humain, avec les proportions colossales qu’il a prises depuis un demi-siècle, ne doit plus s’arrêter ni devant les montagnes, ni devant les flots. Les blocs énormes, la mer profonde, tout cède devant nos outils, tout se discipline sous la main de la science.
- La dynamite coûte moins cher que la poudre, non pas intrinsèquement, mais en comparant la dépense avec l’effet produit, seul moyen de calculer le prix d’une force. Par la substitution de la dynamite à la poudre, on obtient une économie qui n’est pas moindre de 35 p. o/o et qui peut aller* jusqu’à h5 p. o/o. Un résultat infiniment pins précieux, c’est de diminuer le nombre des ouvriers employés dans les mines et les dangers courus par ceux qui restent.
- La consommation de la dynamite, en Europe seulement, a été, pour l’année 1876, de 5 millions de kilogrammes.
- Gomme la dynamite, le pétrole doit à la dernière guerre, et surtout à la guerre civile de 1871, une célébrité funeste. Quand les insurgés de la Commune se virent réduits aux abois et résolurent de brûler Paris, ils arrosèrent les pa lais avec du pétrole pour rendre les incendies plus irrénu diables et plus rapides. L’huile de pierre ou pétrole est
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- en effet, une substance bitumineuse très inflammable, qui prend feu comme l’alcool au contact d’un corps embrasé. Nous avons à Gabian, près de Pezénas (Hérault), une source de pétrole, et c’est pour cela que le pétrole a été longtemps connu en France sous le nom A*huile de Gabian. l^a découverte d’une source de pétrole en Pensylvanie ne remonte pas au delà de 1861. Il y a aussi des sources en Italie, en Chine, dans la Perse. Les deux sources exploitées les plus connues sont situées aux environs de Bakou sur les bords de la mer Caspienne. Le puits artésien de Bala-Khany, à la verstes de Bakou, a 6 pouces de diamètre, et donne par an 32,5oo,ooo kilogrammes de pétrole.
- Le rapporteur de la 7e section de la classe 51 à l’Ex-position de 1867 (matériaux et appareils des usines à gaz), M. Lawrence Smith, s’exprimait ainsi à propos de la substitution du pétrole au charbon pour la fabrication du gaz : «C’est, disait-il, une idée qui ne mérite pas pour le Moment d’être prise en sérieuse considération. Il peut être parfois avantageux d’ajouter une quantité convenable de pétrole, alors que celui-ci abonde et que la houille employée Amande à être additionnée de quelque autre matière pour donner du gaz d’un grand pouvoir éclairant; dans ce cas, il Peut être bon d’ajouter de 80 à 120 litres de pétrole pour Gooo kilogrammes de bouille; la poix et la résine pourront encore, par la même raison, si on parvient à les obtenir
- peu de frais, être mêlées à de la bouille. . . La bouille bitumineuse, ajoutait-il, n’a pas jusqu’à ce jour trouvé de ’ ivale, et vraisemblablement 11’eu rencontrera pas de long-bunps. A
- depuis l’époque où M. Lawrence Smith parlait ainsi, on sest préoccupé de tous cêtés de la nécessité d épargner la
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- houille. L’exploitation des sources de pétrole a été organisée sur une grande échelle, et l’Amérique a tiré de ses gisements des quantités prodigieuses qui ont fait baisser les prix. L’éclairage au pétrole a été adopté dans un grand nombre de manufactures; il est employé couramment pour les usages domestiques. L’Amérique avait produit, en 1876, 9 millions 175,906 barils de pétrole (contenance du baril, 160 litres). La production s’est accrue de A, 3i6,265 barils en 187 7, ce qui fait un total de 13 millions 1/2 ( 13,h9 0,671 )• O11 peut mesurer les progrès du pétrole dans la consommation européenne par les chiffres de l’exportation américaine, principalement dirigée sur Brème et Anvers. En 1876 , elle ne dépassait pas 7,697,856 barils; elle a été, en 1877, de 10,626,502 barils.
- Il ne faut pas considérer seulement la valeur intrinsèque d’un produit. Nous devons depuis quelques années à la chimie la production artificielle de substances colorantes qui remplacent les plantes tinctoriales; quelques-unes de ces nouvelles couleurs sont plus brillantes et plus résistantes que les anciennes couleurs; voilà leur valeur intrinsèque; mais elles ont de plus l’avantage considérable de rendre de vastes terrains à la culture des plantes alimentaires. On est parvenu à tirer des huiles de goudron de houille toute une gamme de couleurs magnifiques; la préparation se lud maintenant économiquement et sans danger. Nous avons eu
- d’abord la benzine et son dérivé l’aniline; puis sont venus le toluène, le phénol, l’anthracène, la naphtaline. L’aliza-rine artificielle est un dérivé de l’anthracène, qui rcnqdace la substance tinctoriale que l’on extrayait de l’alizari ou i‘a" cine de la garance. A Philadelphie, deux maisons d’Avigu011 exposaient : la maison Thomas frères, de l’alizaiine factice?
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- la maison Clozeau, de l’alizarine naturelle : l’une et l’autre de qualité supérieure. La découverte de l’alizarine d’anthra-cène coïncide avec la maladie de la garance dans nos départements du Midi; c’est un remède qui vient tout à point au moment meme où le mal se produit.
- On a fait de grands progrès dans l’art d’utiliser les matières infectes, les matières encombrantes, qui n’étaient précédemment qu’un embarras ou un danger. C’est encore un des importants services que nous a rendus la chimie. La chimie agricole a littéralement renouvelé la puissance productive de la terre par l’étude scientifique des engrais. Tous
- les rebuts ne servent pas à engraisser la terre, mais tous °u presque tous donnent lieu à des transformations utiles. Nous avons vu qu’il s’est formé à Reims une société pour utiliser les déchets des fabriques; ailleurs on utilise les débris de vêtements usés jusqu’à la corde. On les lave, on
- les bat, on les épure, on les élève à la dignité de matière Première, et, en cet état, ils servent à fabriquer des étoiles Neuves qui se vendent à vil prix. La Société de Reims s’in-Icrdit les bénélices; elle ne veut être qu’une œuvre de bien-luisance. On ne peut qu’admirer ce dévouement, ce désintéressement. 11 n’y a peut-être pas lieu de le conseiller et de 1 hniter. Le désintéressement n’est pas toujours aussi sage (|ue généreux. La plupart des industries sont par elles-'Nernes un bienfait, à cause des résultats quelles produisent Naturellement. 11 n’est pas nécessaire que les promoteurs et les directeurs se condamnent à travailler pour rien; et cela Niêniu peut être nuisible, en entravant le développement dune combinaison utile. L’étoile connue en Angleterre sous Rom de hoinaspun se lait au moyen de 1 etlilochage des v'eux vêtements. On arrive par ce procédé a livrer un lia-
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- billement complet tout confectionné, en étoffe solide et bien cousue, au prix fabuleux de 2k francs. C’est maintenant qu’il est surabondamment démontré que rien ne se perd :
- In nihilum nil posse reverti 0).
- Autrefois, on payait pour être débarrassé de ses immondices; à présent, c’est tout le contraire : on se fait payer par l’entrepreneur qui vous rend le service de vous nettoyer votre usine ou votre magasin. Deux maisons importantes, situées l’une à Aubervilliers, l’autre à Saint-Denis, toutes deux à proximité de Paris, parce qu’elles puisent leurs matières premières dans nos ruisseaux, offrent le curieux exemple de l’exploitation en grand et de la transformation scientifique de l’industrie du chiffonnier. L’une, la maison V. Arlot etCle, utilise les épluchures de boucheries et d’abattoirs; l’autre, la maison Soulfrice et Cie, vit surtout des eaux grasses et des épluchures de légumes. La maison Souf-frice paye une redevance aux compagnies de chemins de 1er pour débarrasser les gares des débris de goudron et de cambouis hors d’usage; elle paye une redevance à la ville de Paris pour avoir le droit d’écumer les corps gras qui nagent à la surface des eaux d’égout, et de s’approprier les animaux morts que le lleuve charrie; une redevance A l’&d' ministration de l’assistance publique, A l’académie de Paris, A l’intendance militaire, pour pouvoir enlever les eaux de lessive et les épluchures de légumes dans vingt-cinq hopi' taux, dans les collèges, dans les casernes. Kilo paye aussi une redevance A la maison Duval, qui lui laisse prends tous les débris accumulés chaque matin dans les nombreux Mouillons qu’elle entretient A Paris. La maison Soullriee a
- (1) Lucrèce, liv. I, v. 238.
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- de grandes écuries avec une cavalerie et un matériel roulant considérable pour taire sa cueillette quotidienne; elle a de vastes locaux pour trier et emmagasiner ses provisions; elle a des laboratoires et des usines. La liste de ses produits est plus longue que celle de ses acquêts; nous n’en donnerons que le résumé. Elle fabrique annuellement 81,520 kilogrammes de glycérine, 42/1,781 kilogrammes d’acide oléique, 838,700 kilogrammes d’acide stéarique,
- 5 millions de kilogrammes d’engrais; et, par-dessus le marché, elle entretient, pour le service de la charcuterie parisienne, une porcherie modèle où elle ne nourrit pas moins de 5,200 porcs. N’est-ce pas le cas de dire avec Vico que la mort nourrit la vie, et que tout est corso e ricorso dans le monde? Sur ces Ilots toujours mouvants planent les vérités scientifiques éternelles!
- En parlant d’impuretés, on a trouvé depuis 1867 un moyen chimique de débarrasser le drap de toutes celles fiu’il contient après la fabrication; en un mot, on remplace 1 cpincetage ou épeutissage par un bain qui détruit les substances végétales sans attaquer la laine. L’opération de 1 épinglage est longue et difficile ; elle est pratiquée à la main Pa*‘ des femmes au moyen de petites pinces : de là son nom.
- l’appelle plus ordinairement épeutissage dans l’industrie ^es tissus ras. C’est une espèce d’épilage. Les ouvrières °pêrent sur le drap étendu au jour par le moyen de perches ahn de bien voir les corps étrangers, les ordures, les bouts d en débarrasser le tissu. C’est une opération assez lente délicate et qui entraîne une dépense de 20 centimes par métré. On avait eu l’idée, il y a déjà une vingtaine dan-nécs, d’ellectuer cet épilage à l’aide d’une machine; cela lmississait tant bien que mal pour les étoiles lisses; on es-
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- saya de se servir du même moyen pour la draperie, c’est-à-dire d’une espèce de peigne à dents de scie animé d’un mouvement de va-et-vient et qui agissait sur le tissu à la façon d’une râpe; mais il fallut y renoncer sous peine de perdre la bourre qui, au contraire, doit être conservée pour être utilisée au foulage. Le nouveau procédé chimique s’applique à toutes les sortes de lainages. Il a été imaginé par un fabricant d’Amiens, M. Frezon. Le système est assez compliqué et donne lieu à deux trempages, au bain proprement dit, à divers essorages et à un battage final, d’où le drap sort dans un état de netteté parfaite. Avec tout cela, il y a notable économie de temps, d’argent et de personnel.
- Au surplus, ce n’est pas la première lois que la chimie nous rend des services de ce genre. Les laines de la Plata sont magnifiques, mais infestées d’une graine plate ou caré-tille difficile à détacher par des moyens mécaniques. On s’est adressé à la chimie. L’acide sulfurique pulvérise les grate-rons ou carétilles et laisse intacte la laine. C’est, au lond, le même procédé que celui de M. Frezon.
- C’est par milliers qu’on pourrait énumérer les procédés nouveaux et même les découvertes qui, sans faire de grandes révolutions dans l’industrie, ont amené ce surcroît d’activité et cette accélération de progrès qui caractérisent l’Exposition de 1878. Tantôt c’est une remarque ingénieuse qui lie suppose qu’une observation attentive des procédés de fabrication , et qui aboutit à une économie considérable par la quantité des objets auxquels elle s’applique; tantôt c’est une découverte scientifique d’un ordre élevé et qui abonde en applications heureuses. Telles sont, par exemple, les études de M. Pasteur sur la fermentation. C’est un heureux prlV1
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- lège de faire avancer la science et de transformer en même temps deux ou trois grandes industries.
- M. Pasteur a consacré sa vie à l’étude des fermentations et de leurs rapports avec les corpuscules organisés qui flottent dans l’atmosphère.
- L’infiniment petit est presque aussi effrayant que l’infi-fiiment grand. M. Guérin-Méneviile avait reconnu la présence, dans le sang des vers à soie malades, de corpuscules ayant 3 à h millièmes de millimètre. On n’a qu’à imaginer due ces corpuscules sont des animaux intelligents et savants et à les pourvoir de microscopes pour se trouver Jetés dans une mer sans rivages ; et il est bien certain que cette mer existe avec ses populations de plus en plus infinitésimales. Ces animaux invisibles, mais non inoffen-sils, nous entourent de toutes parts; ils nous pénètrent; nous en avalons à chaque instant, et nous en expirons des Myriades. Ils sont probablement les causes d’un grand nombre de maladies, peut-être du plus grand nombre, et
- tout spécialement des maladies contagieuses. M. Pasteur est ic Colomb, rAméric Vespuce de ces inondes invisibles et immenses; il connaît les lois de ces végétaux, les habitudes fio ces animaux et les moyens de taire la guerre a ceux duisont malfaisants. Il a constaté, par exemple, que les êtres 0î>gauisés qui produisent dans le vin les Heurs, 1 acescence, iamertume, périssent lorsque le vin a été chautle a une température qui varie de 55 à 70 degrés, suivant la richesse du vin en alcool, en sucre et en acide. Le vin, une chautle, peut se conserver indéfiniment. C est un résultat acquis, sur lequel il 11e s’élève plus de contestations. On Ameute encore pour savoir si les grands vins perdent leur bouquet à la suite du chaull'age. M. Pasteur et un grand
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- nombre de dégustateurs habiles affirment que le bouquet reste entier; d’autres hésitent, d’autres nient. Admettons que la question soit en effet douteuse pour les vins supérieurs, il n’en sera pas moins vrai que M. Pasteur a mis à l’abri l’immense quantité de vins communs ou ordinaires qui se récoltent chaque année. Le sauvetage du vin opéré, il s’est occupé, avec le même succès et d’après les mêmes principes, du salut de la bière. De la bière, il a passé au vinaigre, et cette nouvelle application de ses découvertes est la plus récente; elle n’était pas connue en 1867; c’est une conquête de ces dernières années. Une des victoires les plus éclatantes de M. Pasteur est celle qu’il a remportée sur la maladie du ver à soie. Là encore il part de l’observation des corpuscules microscopiques qui donnent naissance à la maladie; mais le procédé de médication est tout autre : consiste dans la sélection des graines. M. Haxley, président de la Société royale de Londres, après avoir énuméré les pertes que la maladie des vers à soie et les maladies du vin occasionnaient à la France et que lui épargneront désormais les procédés de M. Pasteur, déclare que cette énorme diminution de pertes ou de dépenses nous aidera grandement à réparer les brèches laites à nos finances paT la guerre de 1870. Ce n’est pas une hyperbole, puisque la seule maladie des vers à soie nous a fait éprouver, en dix-sept ans, une perte de 1,25o millions de francs.
- Les découvertes de M. Pasteur sur les causes de l’inlee" tion ont reçu des applications diverses : l’une des plus cou-nues et des plus utiles est le pansement de M. Alphonse Guérin, qui, en filtrant Pair par d’épaisses couches de ouate» empêche la production des affections putrides. Ce système a rendu en France d’immenses services. Depuis que 1 0,1
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- appris à filtrer l’air, les accidents résultant des opérations ont à peu près disparu. Pendant la dernière guerre des provinces danubiennes, le gouvernement russe essaya de déci-cider M. Alphonse Guérin à se rendre sur le théâtre de la guerre pour installer sa méthode dans les ambulances de 1 armée; mais il était aussi difficile d’éloigner M. Alphonse Guérin des salles de l’Hôtel-Dieu que M. Pasteur de son laboratoire de l’École normale.
- M. Pasteur a pourtant été poursuivi par un violent désir de transporter ailleurs le théâtre de ses exploits. C’était précisément en 1878. L’illustre savant voulait se rendre à Alfort pour y étudier la rage. Le Gouvernement français R osa pas demander aux Cliambres les sommes nécessaires pour tenter cette grande expérience, qui eût très probablement réussi. N’est-ce pas là une économie mortelle? Si l’hu-Rmnité connaissait sa véritable grandeur et ses véritables intérêts, elle 11e marchanderait pas les instruments de tra-V{ul à ceux qui sont scs bienfaiteurs et ses maîtres. Mais quoi ! e^e a trois millions de soldats à entretenir et un nombre mdéfini de canons à forger. M. Pasteur s’est vengé en étu-^aut et eu trouvant les causes de l’inlection charbonneuse.
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- Ion veut se donner dans une même industrie le poctacle des progrès dus à la mécanique et des merveilles *Ccomplies par la chimie, il 11’y a qu’à jeter les yeux sur inculture. L’agriculture sera toujours, quoi qu’on fasse, a plus grande de toutes les industries: elle est particuliè-
- lenient la plus grande industrie française, celle qui produit plus de richesse et occupe le plus de bras. Je ne sais trop
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- si jusqu’à ce dernier demi-siècle on faisait en agriculture des impenses d’intelligence suffisantes.
- Le décret sur l’organisation de l’instruction publique, publié par la Convention nationale le dernier jour de son existence (3 brumaire an iv [q5 octobre 1796]), avait créé une institution qui pouvait être féconde, mais qui, comme beaucoup d’autres institutions provenant de la même source, ne fut jamais appliquée. Nous remettrons sous les yeux de nos lecteurs le texte trop oublié des trois premiers articles du titre Y.
- (tArucle premier. L’Institut national nommera tous les ans, au concours, vingt citoyens qui seront chargés de voyager et de faire des observations relatives à l’agriculture, tant dans les départements de la République que dans les pa\s étrangers.
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- ce Art. 2. Ne pourront être admis au concours mentionne dans l’article précédent que ceux qui réuniront les conditions suivantes :
- A
- et i° Etre âgé de vingt-cinq ans au moins;
- cr 2° Etre propriétaire ou fils de propriétaire d’un domaine rural formant un corps d’exploitation, ou fermier ou fils de fermier d’un corps de ferme, d’une ou plusieurs charrues, par bail de trente ans au moins ;
- et 3° Savoir la théorie et la pratique des principales ope|<l tions de l’agriculture;
- et A° Avoir des connaissances en arithmétique, en geome trie élémentaire, en économie politique, en histoire natu relie en général, mais particulièrement en botanique 011 minéralogie.
- te Art. 3. Les citoyens nommés par l’Institut nationa
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- voyageront pendant trois ans aux frais de ia République et moyennant un traitement que le Corps législatif déterminera.
- a Ils tiendront un journal de leurs observations, correspondront avec l’Institut, et lui enverront tous les trois mois tas résultats de leurs travaux, qui seront rendus publics.
- «Les sujets nommés seront successivement pris dans chacun des départements de la République. r>
- De quelque façon que l’on juge ces articles de loi, ils
- témoignent d’un zèle ardent pour les progrès de l’agriculture. Malheureusement le morcellement de la propriété, tisolement des cultivateurs, leur habitude d’éviter les agitations politiques et les opérations hasardeuses de la finance °R de l’industrie, les tenaient plus que les autres classes de citoyens à l’écart de la vie publique, et, pendant près d’un siècle, l’agriculture a été, sinon oubliée assurément, du moins un peu négligée, et ce peu est infiniment trop pour Une industrie de cette importance. Tous les esprits éclairés tous les efforts de l’État se tournaient vers les autres industries. C’est à peine si l’agriculture obtenait de loin en loin Tmique ferme-école ou quelque chaire isolée. M. Boussin-ipmll a été, si je ne me trompe, le premier savant de haute v°lée qui se soit fait résolument agriculteur. A présent que impulsion est donnée, il est évident que l’agriculture et la ctanue marcheront du même pas dans la voie du progrès.
- entend encore certains grands cultivateurs s écrier : Dieu U°us garde de la science ! Mais ils ressemblent à ces bien P°i‘tants qui médisent aujourdhui de la médecine et qui demain la consulteront.
- taLxposilion de 1878 avait consacré tout un groupe, le °lüui)e Vlll, à l’agriculture. De plus, la classe 51, qui fai-
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- sait partie du groupe VI, avait pour objet le matériel et les procédés des exploitations rurales et forestières ; la classe 5q, le matériel et les procédés des usines agricoles et des industries alimentaires. Le très savant et très habile rapporteur de la classe 51, M. Durand-Claye, approuve cette classification; ses raisons 11e m’ont pas convaincu; j’aurais voulu que le matériel des exploitations rurales et des usines agricoles fût réuni aux spécimens d’exploitations rurales et d’usines agricoles, dans un seul et même groupe, qui eût gagné par ce rapprochement en unité et en importance. L’agriculture avait une partie de ses intérêts dans le groupe qui portait son nom et une autre dans le groupe des industries mécaniques. Puisque l’agi'1' culture est en train de reprendre sa place dans les préoccupations des hommes d’Etat, il faut qu’elle la reprenne aussi dans les expositions internationales, quelle soit rendue» dans toutes ses parties, à ses juges naturels, et réunie tout entière sous les yeux de son véritable public.
- Les discussions sur le libre-échange, provoquées par
- tarif général des douanes à l’étude depuis plusieurs années»
- donnaient une importance spéciale, en 1878, à Pcxposit101* agricole. Il s’en faut que les doctrines libre-écliangistes, sl ardemment soutenues par l’Angleterre, et qui ont trouve dans le Gouvernement français, à dater de 1860, un appul si inattendu et si puissant, rencontrent chez tous les peU pies la même adhésion. E11 France môme, les esprits sont plus partagés, et les passions, de part et d’autre, plus sur excitées que jamais. Pendant longtemps, nos librc-écba11 gistes avaient compté sur la sympathie des agriculteu1 C’était à la fois leur plus gros bataillon et celui qui leui aP portait les arguments les plus irrésistibles, parce que I101
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- pôt ie plus odieux, le plus difficile à faire accepter, est nécessairement celui qui tombe sur les subsistances. Depuis ces dernières années, l’agriculture, en très grande partie, & changé de camp. Les producteurs de vin, quoique si profondément atteints par le phylloxéra, restent fidèles aux doctrines de liberté commerciale; Bordeaux est, comme autrefois, la capitale ou Tune des capitales du libre-échange; sa chambre de commerce, malgré l’opposition très vive des représentants de la marine marchande, et sa puissante société d’agriculture, l’une des plus considérables de France, Protestent à l’envi contre l’introduction du fisc dans la production et le commerce, et veulent laisser leur libre jeu aux lois naturelles et à l’activité humaine. Ajoutons que nos deux grandes industries nationales, l’industrie de la soie et celle de la laine, qui sont l’une et l’autre libre-échangistes, Se rattachent en partie, comme productrices de matières premières, à l’agriculture. Il n’en est pas moins vrai que ^augmentation d’impôts occasionnée par la guerre, plu-Slcurs années de récolte insuffisante et la concurrence for-
- midable organisée par les État s—]U nis d’Amérique à notre détail et à nos céréales ont produit une panique qui se manifeste de tous côtés par la demande de droits protecteurs, ï^es protectionnistes, très empressés de se procurer des adhérents, ont multiplié les meetings et les eoniérences pour amener ce résultat. Les arrivages d’Amérique en blés et viandes vivantes ou abattues, vendus partout a des prix in-huieurs aux prix de revient de l’agriculture française, nont Pas été pour eux des auxiliaires à dédaigner. Le problème se P°se dans les termes suivants : ou trapper les consommais par l’établissement d’un droit, ou laisser périr les projeteurs en les condamnant à travailler avec perte.
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- Les libre-écbangistes n’ont pas de peine à établir que toute taxe établie sur une marchandise étrangère équivaut à une dîme prélevée sur les consommateurs par les producteurs indigènes; qu’en matière d’agriculture, le consommateur, c'est tout le monde; que l’objet frappé est de nécessité première; qu’il s’agit, en définitive, d’un impôt sur le patu et la viande, c’est-à-dire sur la vie. Si notre production en céréales était équivalente à notre consommation W, on pour-
- c)
- PRODUCTION ET CONSOMMATION MOYENNE DU FROMENT ET DU SEIGLE, DE l859 À 1879 INCLUS.
- (Période de vingt années. La production pour 1870 n’a pu être déterminée par suite des événements.)
- Quantités exportées (grains et farines)..
- Excédent d’importation..............
- Excédent d’exportation..............
- FROMENT. SEIGLE.
- hectolitres. hectolitres.
- . 185,439,287 2,8/17,2/18
- . 58,22 1.2/| 8 25,1 67,861
- . 127,218,089 II
- , // 22,820,618
- 6,o58,oo2 1,1 /n,o3o
- • 97*796»385 25,8o5,390
- . 108,85/1,887 a/i,664,366
- Dans l’établissement de la moyenne ci-dessus, l’année 1879 figure p°ul quotités suivantesw :
- Quantités importées (grains et farines). . . a a, 3 3 4,7 .‘1A 820,21^
- Quantités exportées (grains et farines)... . 311 357-,401
- les
- Excédent d’importation............. 23,019,088
- Production............................... 79,355,806
- /1G 2,813
- Consommation................. 91,87/1,9/19
- w L’Alsace et la Lorraine comptant dans les onze premières années, fa moyen110 duction et de consommation de lu période est supérieure à la production et 0 fa ct,n ion de 1879.
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- fait peut-être, au risque de violer tous les principes, se résigner à fermer les marchés français aux blés étrangers et à payer les blés français plus qu’ils ne valent; mais il n’en est rien; la France ne produit pas, année moyenne, autant de Wé qu’elle en consomme. Elle est donc sous ce rapport, et a la vérité dans une assez faible mesure, tributaire des étrangers. En cas de disette, elle peut être exposée à payer très cher la rançon des droits qu’elle aurait fait peser, dans des temps meilleurs, sur les peuples nourriciers. Voici un inconvénient peut-être plus grave : élever le prix du blé, cest frapper un impôt de capitation, puisqu’il est imposable de.nier l’égalité des besoins, malgré l’inégalité des consommations. 11 jouerait gros jeu le gouvernement qui frirait payer le pain 60 centimes quand il pourrait, s’il le voulait, le faire tomber/à.55 en supprimant un article au Wif des douanes. La République ne peut pas mettre dans s°n programme le pain à bon marché, parce quelle est tr°p honnête pour promettre ce quelle n’est pas sûre de pouvoir tenir; mais elle n’a ni le moyen, ni le pouvoir, ni ta droit de mettre une surenchère sur le pain.
- Sans aucun doute, la viande n’est pas d’une nécessité aussi impérieuse que le pain. Cependant il faut qu’elle (iïltre dans l’alimentation en quantité sullisante pour entre-tanir la santé elle travail. Il y a en France des populations entières qui ne mangent'presque jamais de viande. Avec 1111 pareil régime, elles ne sont ni saines, ni robustes, ni heureuses. Si les progrès de l’agriculture en Amérique et tas progrès généraux de la navigation permettent d importer (taez nous des quantités de viande vendues à bon marché, esLil juste, humain, politique, de s opposer a une amélio-^tioii qui se traduit pour les masses en bien-être, en santé,
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- en richesse, parce quelle diminue les profits des agriculteurs ou les oblige à de plus grands sacrifices pour soutenir la lutte h)?
- Les agriculteurs répondent à cela que les prix de vente des Américains étant inférieurs sur nos marchés à nos prix de revient, ne pas accorder de protection à l’agriculture française, c’est la condamner à travailler à perte; et, comme on ne s’obstine jamais a travailler à perte, c’est la condamner à périr. Quand nos champs seront transformés en déserts, il ne s’agira plus seulement de courir, comme aujourd’hui, le risque invraisemblable de subir la famine en cas de disette : il s’agira de dépendre d’autrui constamment, irrémédiablement. Ce n’est pas une situation que des hommes d’Etat, dignes de ce nom, puissent accepter. L’agriculture n’est pas une industrie de luxe : c’est une industrie de nécessité première. Nous tirons du blé d’Amérique; mais eUe peut profiter de nos besoins pour surélever ses prix; ses poi’ts peuvent nous être fermés; la mer peut ne pas être libre. De même, le Iransit des blés de Hongrie par 1 Am
- o
- IMPORTATION DES ItQEUFS, DES PORCS ET DUS VIANDES SALEES, EN 1878 ET 187»),
- 1 878. 18
- QUANTITES. VALEURS. QUANTITES.
- tètes. . francs. tètes.
- Bœufs <36,738 G6,o9i,63o 107,1,80
- Porcs i3o,<>63 16,957.«65 166,898
- kilogrammes. kilogrammes.
- Viandes salées de porc, lard compris.. 31.79a.778 5o,868,665 55,63o,3oo
- A titres (•' 83o, 106 581,076 599,500
- Total des valeurs 13», 638,396
- valeurs-^
- francs.
- r,9>j3,7"°
- 1(1,893,37°
- 57,oo8,A8"
- 370
- 65o
- ta (>,7®^’1 °°
- W 1^*9 tableaux du commerce ne fout pas de distinction entre les différentes espiV.es de vian'l lées autres que H* porc.
- k Chiffres provisoire*.
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- triche, celui des blés de la Grimée par la Méditerranée, peuvent être rendus impossibles. Une nation ne peut pas se mettre, de gaieté de cœur, dans la situation d’une place forte qui serait approvisionnée de tout, excepté de vivres. La partie de la population qui vit du travail des champs est Lien près d’être la moitié de toute la France; et, dans l’autre moitié, il y a une forte proportion de propriétaires fonciers rpn se trouvent menacés de ruine.
- Ainsi, les terres sans valeur, les mercuriales à la merci des étrangers, la famine en perspective, des millions d’ouvriers privés de leur gagne-pain sans que les usines puissent les recueillir, voilà les prévisions que nous déroulent les protectionnistes, avec un grand luxe d’imagination (je me hâte de le dire), mais non sans apporter des faits graves à l’appui. Les blés américains se sont vendus au Havre, pendant le premier semestre de 1879, à raison de 9 5 francs le quintal (prix moyen). Les quantités de jambons expédiés sont si euormes et se livrent à des prix tellement réduits, que 1 élevage des porcs, importante ressource des petites exploitations rurales, est en décroissance dans la France entière. Les porcs vivants commencent même à arriver. Il en est de ^énie du gros bétail. Liverpool a reçu, en une année, jus-Go,000 bœufs vivants expédiés d’Amérique. Si* comme Lmt le fait croire, l’essai a été Iruclueux, il n’y aura plus ^ raison de s’arrêter. 11 y a des années et des années que Ruus voyons en vente dans tous les magasins de comestibles ^es jambons d’York et des jambons de Cincinnati, dont le 1,()mbre ne fait que s’accroître. 11 n’est pas douteux qu’011 ar-IlV(î|,a promptement, soit par l’amélioration des procédés de conservation, soit par le progrès de la navigation, à faire de ^U|,is un marché américain. Les moutons, exploités comme
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- viande et comme laine, sont menacés par les laines d’Amérique et d’Australie, au point que la race française recule avec rapidité et que nous sommes tombés, dans les onze années écoulées de 1867 à 1 878, du chiffre de 3o millions de têtes à celui de 2 5 millions h). Dans son livre sur l’économie rurale de l’Angleterre, publié en 1861, M. Léonce de Lavergne établit que le nombre de moutons est le même en France et dans la Grande-Bretagne, malgré la différence des surfaces. Les 35 millions de moutons français produisent, en laine, selon son calcul, 60 millions de kilogrammes; en viande, i/i/i millions de kilogrammes. Et les 35 millions de moutons de la Grande-Bretagne produisent, en laine, 60 millions de kilogrammes (quantité égale); en viande, 36o millions de kilogrammes (supériorité énorme)* Il resterait à comparer la valeur des laines. M. de Lavergne donne pour le gros bétail les chiffres suivants. Production du lait: France, 1 milliard de litres à 10 centimes, soit 100 millions; Angleterre, 2 milliards de litres à 20 centimes, soit Aoo millions. Viande : avec 8 millions de têtes et 3o millions d’hectares, l’agriculture britannique produit 5oo millions de kilogrammes de viande, tandis que France, avec 1 00 millions de têtes et 53 millions d’hectares, n’en produit en tout que Aoo. Ce sont de vieux chilires, dira-t-on. Très vieux, en effet, puisqu’ils ont près de vingt ans. Vingt ans aujourd’hui, c’est beaucoup plus que ci R" ([liante ans au siècle passé. Dans ces vingt ans, des con-currents nous sont venus de toutes les parties du monde.
- (l) Quantités de moutons possédas par les principaux pays producteur République Argentine, 75 millions; Australie, b(>; Russie, Etats-Lui- ’ dG; Grande-Bretagne, 3a; Allemagne, 9 5; France, sf». Viennent ensuite I pagne, l’Autriche, ITruguav, le Cap. etc.
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- Le dilemme, comme on le voit, est des plus embarrassants, car, si les agriculteurs ont raison, ils ne peuvent pas vivre, et, d’un autre côté, le remède qu’ils invoquent est tout à la fois une impossibilité et une injustice. Ce remède est-il le seul qu’on puisse essayer? Et d’abord est-il efficace? Le régime protectionniste et même le régime prohibitionniste ont duré longtemps en divers pays, mais avant le télégraphe, avant la monnaie fiduciaire, avant les chemins de for et la navigation à vapeur, avant les traités de commerce, c’est-à-dire, en somme, avant la complète métamorphose du monde économique; il ne faut pas raisonner sur le monde actuel par les exemples d’un monde qui n’est plus. Ce n est pas une petite affaire que d’imposer un tarit douanier aux autres nations. Pour l’imposer, il faut être plus forts que les autres peuples ; pour le faire durer, il faut être plus forts ffuela logique. Ajoutons que, quand il s’agit d’un impôt sur fo pain, il faut aussi être plus forts que son propre peuple, toutes ces combinaisons législatives et administratives ne s°nt plus que des palliatifs éphémères et impuissants. Ne Il°us disait-on pas sur le même ton, en 1860, que toutes llQs usines allaient périr? Au lieu de cela, elles se sont réformées. Elles ont modifié leurs modes d’achat, jeté au reWt leurs vieilles machines, utilisé les découvertes mo-dernes, cherché au loin des débouchés nouveaux. Lest un foitbien connu qu’à toutes les époques, toutes les lois qu il a ^ié question d’abaisser les droits protecteurs ou de supprimer les prohibitions, les industriels ont déclaré qu ils allaient périr, que le travail national était supprime. Le travail national n’était pas même malade; apres un moment crise, il ne s’en portait que mieux, par la raison triomphante que tout ce qui est conforme a la nature est favo-
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- rable a la vie et au développement de la vie. Si l’agriculteur américain fait usage d’outils perfectionnés, s’il applique une bonne théorie des engrais, s’il approprie bien chaque culture aux besoins et aux ressources des localités, s’il a à sa
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- disposition de grands moyens de crédit, si, par ce secours ou par l’étendue des tenants ou par l’association, il trouve le moyen d’opérer en grand, 11e vaut-il pas mieux l’imiter que de le combattre puérilement à coups de tarif? Trois révolutions capitales se sont opérées sous nos yeux dans l'agriculture : l’une, qui remonte à Boussingault, parla chimie, l’autre par l’invasion de la mécanique, et la troisième par la transformation des voies de transport. Il faut compter aussi les progrès de l’économie politique, ceux de la législation. Les conditions de l’échange se modifient pendant le temps que l’on met à discuter les tarifs douaniers. C’est la toile de Pénélope. La nature se joue de ces barrières fac" tices. Il y a plus de sagesse à étudier les conditions naturelles du progrès qu’à combiner des lois douanières destinées à le déplacer ou à l’entraver.
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- On 11e veut jamais raisonner que sur la dernière récolté. Pour être sages, il faudrait considérer, par exemple la moyenne des vingt-cinq dernières années ou la récolte
- movenne qu’on obtiendrait si toutes les améliorations p°s"
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- sibles dans les instruments de culture, l'amendement du s° »
- le choix des produits, l’acclimatation des espèces, les mess3 geries, les lois économiques et les lois internationales étaient réalisés. Une industrie en détresse doit chercher son salut dans des améliorations elfeclives et durables avant de 1 courir à des secours étrangers et passagers. Les protection nisles les plus décidés nous accorderont au moins cep0'*1^ qu’en agriculture surtout, il ne faut recourir à 1 elevatu
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- des droits que quand tous les autres moyens d’amélioration ont été essayés. Jusqu’en 1860, les droits protecteurs frappés sur les fils étrangers ne protégeaient pas en réalité les fils français : ils protégeaient des machines surannées qui produisaient mal et à grands frais, et qui se sont vendues, après les traités, au poids du fer; ou, si l’on veut, ils protégeaient les filateurs français contre l’obligation de dépenser un capital nouveau pour le renouvellement de leur outillage. C’est à ce point de vue que les expositions agricoles, ot surtout les expositions internationales, ont une importance tout à fait exceptionnelle.
- Tel pays n’a pas de bestiaux, parce qu’il n’a pas de prairies; mais il lui serait facile, s’il le voulait, de créer des prairies artificielles. Il 11’a que des races inférieures ; mais aucune ressource ne lui manque pour nourrir et soigner les belles races qu’il voudrait acclimater. Il ne tire de ses boeufs qu’une viande de mauvaise qualité, tandis que chez ses voisins la meme race produit d’excellente viande : c’est fiu’il emploie le bœuf à la charrue et que ses voisins n’y erRploient que le cheval. La meme cause agit plus lorgnent encore sur la production laitière. Une vache mal nourrie, mal soignée, et surtout une vache fatiguée, perd ^es qualités de son lait. 11 en est de même de la terre. 11 Y n des cultures épuisantes, débilitantes. 11 y a, pour le sol, llno médication comme pour les animaux, et cette médiation est quelquefois fortifiée par des découvertes ou troublée par des systèmes. 11 y a des médecins de la terre qui fusent de la diète, d’autres no savent pus y recourir; d’au-b‘es, laute d’analyses suilisantes, ne savent pas approprier *es amendements à la nature du sol. Le pire de tous les maux est encore l’ignorance pour la terre comme pour
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- l’homme. Combien de malades seraient guéris si on avait appliqué à temps le bon remède! De même pour la terre. Que de terres épuisées qui ne le seraient pas si on avait interrompu ou changé la culture, ou si on avait employé un autre engrais! La routine est très puissante sur l’agriculteur, et très dure pour la terre. Le paysan français n’est pas aussi révolutionnaire et fantaisiste qu’on nous accuse de l’être. Il sème de l’orge dans son champ parce que son père en a semé. Il fait son fumier de la même façon. Quand on lui parle d’un engrais exotique, il fait longtemps la sourde oreille, soit par défiance de la nouveauté, soit parce qu’il y a un déboursé à faire. Il n’a pas encore entendu parler des engrais chimiques de M. Georges Ville, ni de la théorie de la dominante. 11 s’est obstiné pendant des siècles à mettre ses économies dans un coffre. Il sait que le blé non1 occupe la terre pendant peu de mois et ne la fatigue pas; mais il ne sait pas que le blé noir contient à quantités égales autant de parties nutritives que le froment, et, si on le lu1 disait, il ne le comprendrait pas ou ne s’en soucierait pas* Dans l’Ouest, il y a encore, et il y avait surtout pendant la première moitié du siècle, des terres tenues à covenant, c’est-à-dire ayant deux propriétaires, Fun du tréfonds, l’autre des superficies : reste des idées féodales, combinaison également fatale aux intérêts du vrai propriétaire et à ceux du colon. Les premières expropriations tentées ont rencontie une opposition formidable quand elles auraient dû eUe accueillies comme une bonne fortune. La chimie agricole de M. Boussingault a fait son chemin lentement, jusqu®11 jour où l’évidence des résultats a forcé les dernières resu*
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- tances. La Hongrie, l’Italie, ont pratiqué le chaullage r vins d’après la méthode de M. Pasteur, avant le Caïd, 1
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- rault et l’Aude. L’Italie a procédé à la sélection des graines de vers.à soie par l’inspection microscopique avant les magnaneries de Vaucluse. L’usine établie à l’ancienne propriété d’Arthur Young couvrait l’Angleterre de machines aratoires longtemps avant que nous eussions abandonné notre charrue attelée de deux bœufs, le sernage à la main, le lauchage à la faucille, le battage avec le fléau. L’apparition de la vapeur dans nos champs est toute récente. Elle avait lait le tour du monde civilisé avant de venir à notre secours. Les premiers, très souvent, dans la théorie; les derniers, en fout, dans la pratique.
- L’Angleterre avait compris, dès le siècle passé, combien d importe de remplacer le travail de l’homme par celui des animaux, le travail des animaux par celui des machines. Lependant, avant 18 d8, très peu de fermes anglaises postaient une machine à vapeur; à présent, il y en a par-lout. Ces machines servent à battre le blé, à hacher les fourrages et les racines, à broyer les céréales et les tourteaux, à élever et à répandre les eaux, à battre le beurre, et °n même temps à cuire les aliments des habitants de la forme. D’autres machines remplacent l’homme pour lauclier, foiier, moissonner, défoncer le sol. L’agriculture a, comme fos autres industries, ses loueurs de vapeur. On loue un cheval-vapeur comme on louait autrefois un ouvrier l'L ^ ne faut pas s’étonner que cette transformation se soit produite tardivement chez nous et qu’elle y soit encore ^complète, surtout dans les provinces où la petite culture domine. Les familles qui cultivent un petit « héritages sont, général, laborieuses, industrieuses, économes, dures
- ^ Léonce de Luvcrgnc, Économie rurale de l* Angleterre, ciiaj». \i:i.
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- pour elles-mêmes; ces qualités sont précieuses, elles vont en se perdant chez les cultivateurs plus riches, qui trop souvent se créent des besoins factices, prennent des habitudes dépensières et se déchargent de tout travail sur les gens de la ferme. Mais si la petite culture se distingue par les qualités morales du cultivateur et par son attachement à tous les coins et recoins d’une terre qui est son instrument de travail, sa nourricière et une sorte de patrie dans la patrie commune, le manque de capital l’oblige à laisser passer la plupart des progrès sans s’y associer. Propriétaire ou simple fermier, le petit cultivateur ne peut pas attendre; Ü est l'are qu’il puisse économiser. Son idéal est ordinairement d’avoir quelques têtes de bétail de plus. Il sent qu’il aimera bientôt ce nouveau compagnon à l’égal de ceux qui sont nés dans son étable. Mais l’autre ouvrier, vendu dans une usine de la ville, ouvrier de fer ou d’acier, ne lui dit rien. Il faut, pour l’acheter, débourser une grosse somme; il a peu ou point d’argent, et il tient à celui qu’il a. Il ne sait pas même user du crédit. Les machines n’en font pas moins leur chemin chez nous, et un chemin rapide. Cette transformation, combinée avec l’usage du crédit et de l’association, mettra fin un jour à la petite culture au profit de h1 culture moyenne, qui est la bonne, parce qu’ello peut se procurer des outils et du bétail, et parce qu’elle n’ôte paS au fermier les habitudes et le caractère du paysan. L’hoiniue des champs se transforme, comme celui des usines, en dnee-tcur de force.
- M. Moll demandait, en 18/19, que l’on fît des conférences aux laboureurs pour leur indiquer les progrès réalisés; qu011 répandit parmi eux des publications à bon marché, uve6 des gravures. La démonstration est faite en grande paihe
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- aujourd’hui; il faut l’étendre aux parties les plus reculées du territoire, aux populations les plus arriérées; il faut aussi la compléter et se tenir bien au courant; car, pendant qu’on démontre la science d’aujourd’hui, la science de demain se fait. Il se produit dans toutes les branches de l’activité humaine un phénomène analogue aux métamorphoses que nous avons vues dans la marine. Un jour, tous les peuples du monde ont reconnu qu’il fallait renoncer à la navigation à voile; ils se sont tous mis à construire des navires à vapeur, avec les immenses roues latérales que l’on connaît, et l’on y travaillait encore dans tous les ports et dans tous les chantiers quand les premiers navires à hélice ont paru. La flotte à vapeur qu’on avait entrepris de construire devenait surannée avant d’être achevée. Voilà l’image
- fidèle de toutes nos industries. Il n’en est aucune peut-être qui se soit plus profondément modifiée que l’agriculture, fia résistance a été longue; mais à présent que le mouvement est imprimé, même en France, où il a fallu se donner bien du ma] p0ur cela, ou marche à pas de géant. Arthur ^oung serait bien étonné du spectacle que la France lui oflrirait s’il essayait encore de la parcourir sur sa jument, fin Arabe, avec son antique charrue, remue i5o mètres carrés en dix heures. Dans le même temps une de nos bonnes charrues retourne (ioo mètres. Les semis à la main consomment a3o litres de froment à l’hectare; un bon semoir l’éduit cette dépense à i3o litres. Les machines à laucher et à moissonner manœuvrées par des chevaux tout dans leur Journée 5 à () hectares, ce qui représente le travail de i5 ^ hommes. En une journée de dix heures, la charrue a Vapeur laboure, à i5 centimètres de profondeur, 8 à 10 hectares; elle permet des défoncemenls à des profon-
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- deurs de 3o, ko et 5o centimètres, opérations autrefois impossibles, qui eussent exigé des attelages inextricables de 3 o chevaux ou 3o bœufs.
- L’Angleterre, l’Amérique, produisent et emploient des milliers de machines agricoles perfectionnées. La France seule a environ i5o,ooo machines à battre, 6,ooo faneuses, 9,000 moissonneuses, 10,000 faucheuses, 3,200,000 charrues, dont près de 1 million de perfectionnées. Elle emploie aux usages agricoles environ 8,000 machines à vapeur. L’Angleterre emploie 2,000 charrues à vapeur, l’Allemagne plus de 100. Ce puissant engin a plus de peine à s’introduire en France. 11 fonctionne cependant sur un certain nombre de fermes. C’est aux comices agricoles, aux fermes-écoles, aux stations agronomiques, à en démontrer l’utilité. On comprend enfin les avantages de l’irrigation et la nécessité d’y procéder en grand. Le Gouvernement français a créé une commission supérieure d’aménagement des eaux. Les canaux de Marseille, de la vallée du Rhône et de la Garonne se développent. Il faut de larges crédits; l’Angle' terre vient de dépenser 60 millions pour la dérivation du Gange. Ce sera de l’argent bien employé. Le produit brut des terres arrosées est, dans les Bouches-du-Rhône, de i,5oo à 3,5oo francs par hectare, au lieu de 200 à 5°° ou 600 francs à peine pour les meilleures terres non n'r1' guées. <r Combien de milliards de mètres cubes roulent-ds sans emploi dans nos ruisseaux, nos rivières et nos lieuves? dit M. Durand-Claye, lorsqu’ils pourraient venir lertil*yeJ d’immenses étendues et se transformer en pâturages d’abord» en bétail nras ensuite?n
- y , de
- Lue science importante, dilïicile parce qu elle deinau
- des connaissances en chimie, en agriculture, en éconouu6
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- politique, est celle d’approprier la culture au climat, au sol, aux besoins du marché. Elle est surtout ditïicile à répandre, parce qu’elle a à lutter contre la routine et les embarras financiers de la transformation. La mise en valeur des terrains improductifs ne demande que des capitaux et des travailleurs. En France, sur 53 millions d’hectares, nous avons encore 6,5oo,ooo hectares inculles. Plus de 100,000 hectares pourraient être transformés en polders par le moyen d’endiguements. En Angleterre, les terres du littoral endiguées ont une superficie de 700,000 hectares. La Belgique a fait , en ce genre, des travaux considérables. La Hollande a conquis une partie de son sol sur la mer. Elle vient de poldériser par épuisement l’immense étendue du lac de Harlem. Tout près de Rome, le prince Alexandre Torlonia a desséché le lac Fucino, opération qui a du même coup assaini et enrichi une province. Ici, d’ailleurs, il ne s’agissait pas de faire une conquête sur les eaux, mais de leur éprendre ce quelles avaient envahi. Ce ne sont pas seulement de grands espaces de terre que nous perdons par notre faute: ce sont aussi les forces fertilisantes que le ciel se tient
- P*'ct à y verser si le travail de l’homme disposait la terre a les recevoir. rcLa même quantité de chaleur, de lumière, |duie, dit M. Durand-Claye dans son savant et lumineux Rapport sur la classe 51, vient baigner l’hectare stérile comme Jhectare en culture, et c’est trop souvent l’homme qui n’uti-^ pus les forces productives mises ainsi à sa disposition ...
- 08 uiuendements et les engrais 11e sont-ils pas là [jour fa-V(Jciser et créer au besoin ces transformations de la matière
- minérale ou organique eu matière végétale, neuve et vigou-leuse, sous les puissantes influences du soleil et de I atmosphère? A ces grands consommateurs d éléments lertdisauts,
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- à ces créateurs infatigables de substances organisées, l’homme doit fournir les éléments de leur travail journalier et incessant, et dans ces grands mouvements, ces grandes transformations de la matière, si bien mises en lumière par les Liebig, les Dumas, les Boussingault, ce sont les substances mêmes qui semblaient autrefois constituer le caput mortuum de la vie dont le chimiste et l’agriculteur peuvent aujourd’hui tirer parti, ce sont elles qu’ils peuvent faire rentrer dans le circulus gigantesque qui relie incessamment la vie à la mort; les déjections et débris du fumier, les guanos déposés depuis des siècles sur des rochers déserts par des légions innombrables d’oiseaux marins, les ordures des villes, leurs eaux d’égout, les résidus de l’industrie, sont entrés ou entrent successivement dans la pratique agricole.
- La culture sans capitaux est comme la terre sans amen' dements; elle va en dépérissant. 11 faut, pour prospéré1’ pouvoir acheter et pouvoir attendre. On épuise le sol p°ur avoir chaque année une récolte; on tue la bête avant qu elle ait tout son développement; on débite en bois de chaufïa$e un arbre qui deviendrait bois d’œuvre avec quelques anneeS de plus et se vendrait beaucoup plus cher. L’État ne peU^ pas donner de l’argent aux cultivateurs; il ne peut pas lea* donner de la prévoyance. Il peut leur donner du crédit. ^ peut aussi se montrer prévoyant lui-même par les lois qu^ établit. Un simple changement dans les lois qui règle*1*' propriété, ou dans le régime des hypothèques, ou <laIlS tarif douanier, peut faire une révolution dans l’agriculture L’article du Code civil qui divise les héritages parp01^01
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- égales entre tous les descendants au même degré (art. 7 & 5), sauf la réserve du droit de tester, lequel est limité lui-même par la fixation de la quotité disponible ( art. 913 ), et celui qui exige que le partage ait lieu par nature de propriétés, et non par valeurs équivalentes (art. 826), peuvent assurément être défendus. Le premier surtout est inattaquable, parce qu’il consacre une des conquêtes importantes de la dévolution. Ces deux articles réunis produisent à la longue RRe division de la propriété qui, remplaçant de plus en plus ta grande et la moyenne culture par la petite, condamne Agriculture à vivre sans capitaux, à courir après les réalisions immédiates, à multiplier les transports sans nécessité, a manquer d’engrais, à conserver les outils et les méthodes ^R siècle passé, en un mot, à subir tous les inconvénients de la misère dans un pays riche. On pourrait recourir aux Associations ou aux emprunts ; mais les lois sur les associations fourmillent de formalités et d’obstacles; on ne peut opérer UR emprunt sur une éventualité non réalisée, par exemple S une récolte pendante. On a beau élaborer lentement et consciencieusement les tarifs douaniers, les faire examiner Rabord par le Conseil supérieur du commerce, puis par la Aminbre des députés, et'enfin par le Sénat; demander au l)rêalable l’avis de tous les directeurs généraux et cheis de service, celui des consuls et autres agents diplomatiques, cehii des chambres de commerce et des chambres syndi-Catas; ce 11’en est pas moins, malgré tous ces ellorts, et ta Rte cette compétence, un tarit'douanier. La chaîne est un lJeR plus longue, elle permet un peu plus de mouvement, pèse un peu moins sur les membres; elle n en est pas ta°ins une chaîne : mieux vaudrait la liberté. Exemple tais dans une petite industrie, celle des parasols et des
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- parapluies. L’acier anglais, en couronne, paye ko p. o/o; travaillé en monture, il paye i5 p. o/o, ce qui équivaut à une prime pour le travail anglais. Un exemple pour l’agriculture, entre cent mille. Les tourteaux de plantes oléagineuses entrent en franchise quand ils sont importés directement d’un pays hors d’Europe; importés des entrepôts d’Europe, ils payent 3 francs les 100 kilogrammes; üs sortent en franchise dans tous les cas. On sait quelle est l’importance des tourteaux qu’on forme avec les plantes oléagineuses en même temps qu’on en exprime de l’huile-
- En France, la fabrication de l’huile est considérable; elle se fait pour une part avec des plantes indigènes, pour une part avec des graines et des fruits étrangers; ces graines et fruits importés représentent 3oo millions de kilogramme8» dont nous retirons par la fabrication 200 millions de kü°' grammes de tourteaux. O11 estime que les plantes indigènes donnent 160 millions de kilogrammes de tourteaux-En outre, nous importons des tourteaux directement, p°ul une valeur de 12 millions de kilogrammes. Ces trois quau-tités forment un total de 372 millions de kilogramme8 qui, employés à fumer le sol et à nourrir les bestiaux» sont pour nous une richesse incalculable. Admettons que les i(io millions indigènes ne fassent que rendre à la ^el1 ce que les plantes oléagineuses lui avaient pris : il reS*e 212 millions de tourteaux exotiques qui sont un vérité6 trésor. L’Angleterre, sur laquelle nous devrions nousregle1’
- ne cesse d'acheter des tourteaux. Que faisons-nous ceptfl
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- dant? Nous laissons partir les tourteaux librement; nous lrappons d’un droit très lourd à l’entrée quand il8 P1 viennent d’un entrepôt européen. N’est-ce pas laisser gÜsS entre nos doigts la vie et la force du sol frauçais?
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- Les pouvoirs publics les plus intelligents et les mieux intentionnés commettent nécessairement des erreurs en matière de tarifs douaniers. La première erreur est de faire un tarif. On se donne toute cette peine pour faire un peu plus ou un peu moins de mal, suivant qu’on s’est plus ou Rioins trompé dans ses prévisions, mais toujours du mal. Sans doute, aucun pays ne pourrait proclamer aujourd’hui, sans conventions réciproques, que le monde entier est libre de venir trafiquer chez lui sans acquitter aucun droit d’au-cune sorte; ce serait se condamner sottement à la ruine; ïRais si tous les peuples prenaient en commun cette résolu-hon, la production de richesses, la richesse commune par c°nséquent, et le bien-être de chacun s’accroîtraient dans des proportions immenses. C’est la même question que celle des armées; aucun peuple ne peut donner l’exemple de ^cencier ses soldats, ses ennemis et ses rivaux restant ar-iRés jusqu’aux dents. Il y a des moments où tous les peuples ailgmentent à la fois leurs armées; c’est une épidémie so-c,fdc qui fait autant de mal que la peste. Ce que l’on peut, ef ce que l’on doit faire, c’est de tendre par tous les moyens a amener les peuples au désarmement douanier et au désarmement militaire. O11 a regardé les traités de 1860 c°innie l’avènement du libre-échange; ce 11’est pas le libre-^diange, puisqu’en ce moment même, nous passons notre leirÙ)s à faire un tarif de douane; c’était seulement un achèvement vers le libre-échange. C’est à ce titre que ces ^,adés ont été acclamés par tous les philosophes, même par Vx qui, dévoués à la liberté politique autant qu’à la liberté C(),|unerciale, condamnaient la forme dictatoriale de décrets
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- y a lieu de croire qu’elles l’étaient encore en 1860. Que serait-il arrivé si l’empereur s’était adressé à elles, au lien de frapper un coup d’autorité comme sa constitution lui en donnait le droit? Les Chambres, sur lesquelles il était tout-puissant, auraient-elles voté les traités contre leur propre sentiment? Ou le souci des intérêts privés aurait-il donné à une majorité protectionniste le courage de résister? Laissons ce problème à l’histoire. Les tarifs de douane sont, autre chose que les traités de commerce; et jusqu’à ce que les traités de commerce établissent la liberté pure et simple des échanges, il y aura des tarifs de douane qui, dans les pays constitutionnels, seront discutés par les Chambres. El il arrivera plus d’une fois, en vertu d’un coup de majorité, que les tourteaux pourront sortir de France en franchise* Il y a sans doute des personnes qui regardent de bonne foi les tarifs de douane comme le plus sûr, ou même Ie seul moyen, de faire vivre le travail national. Plus ces tarifs sont élevés, plus le contentement de ces personnes s accroît; elles seraient dans une sécurité complète, si l’on rétrogradait jusqu’à la prohibition; et de fait, la protection et la prohibition s’appuient sur les mêmes arguments, il ny a entre elles qu’une différence de degré. Tous les raisonné ments des protectionnistes reposent sur une omission ^ une erreur. L’omission, c’est le consommateur, dont ils na veulent jamais s’occuper. Us ne veulent même pas admettre qu il existe. Qu’est-ce en effet que le consommateur qui
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- serait pas en même temps producteur? Kt s’il est en me» temps producteur, son intérêt est de payer très cher leS produits qu’il consomme, afin d’être bien payé |>°ur produits qu'il fabrique. Voilà l’omission, qui est volonté1 et raisonnée. L’erreur consiste à supposer qu’un homme q11
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- a fait longtemps une chose n’en fera jamais une autre; que, par exemple, s’il est tisserand sur un métier à bras, il ne sera jamais tisserand sur un métier mécanique; ou encore, que s’il a tissé du lin jusqu’à présent, il ne pourra jamais tisser du coton. Faire durer par des subsides une industrie qui, livrée à elle-même, ne ferait pas ses frais, c’est ce qu’ils appellent protéger le travail national. Suivant eux, modifier ou déplacer le travail, c’est infailliblement le détruire. Notre réponse est qu’il y a beaucoup à faire dans la maison. Le travail ne manque pas à l’ouvrier; c’est plutôt 1 ouvrier qui manque au travail. Non seulement quand on a tait le tissage mécanique, les tisserands ont réclamé pour d travail national (ils voulaient dire pour la routine nationale); mais les maîtres de poste n’ont-ils pas réclamé aussi pour le travail national quand on a fait les chemins de fer? Et ne voulaient-ils pas, sous prétexte des droits du pale-denier et du postillon, nous obliger à ne jamais faire plus de quatre lieues en une heure? Il se trouve qu’on a fait les chemins de fer, et qu’il y a eu plus de postillons et de palefreniers que jamais.
- Ce n’est pas nuire au travail national, c’est au contraire d servir, que d’employer la somme de forces dont nous disposons à la besogne la plus productive pour le trésor "'dional, c’est-à-dire à celle qui, tout compensé, fait entrer °R France le plus de richesse. Quand nous avons sous la l,lfhn du travail que nous pouvons faire sans payer pour cela aRcune redevance, on veut nous faire acheter le droit de dire un autre travail qui ne nous rapportera pas davan-dge : c’est une erreur économique qu’un enfant réfuterait, pourvu qu’il sache faire une addition. Le prix que nous Payons, sous forme de tarif douanier, pour faire ce travail
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- de préférence à l’autre, qui ne coûterait rien, est une perte sèche pour le trésor national. Ce n’est pas par de si singuliers moyens qu’on augmentera notre fortune, et qu’on développera nos forces productives.
- Les protectionnistes sont respectables quand ils défendent carrément leur intérêt, c’est-à-dire l’intérêt du manufacturier, car tout intérêt est respectable quand il est engagé dans une entreprise licite. Mais qu’ils cessent de s’abriter derrière la patrie ! C’est une vieille habitude à laquelle il faut renoncer, pour mettre de la clarté dans la discussion. Voici d’ailleurs, en ce genre, un plaidoyer qu’on ne dépassera pas; d serait bon de s’y tenir. 11 remonte au 3o novembre 1790. M est l’œuvre d’un fabricant lyonnais, M. Goudart, membre de l’Assemblée constituante et du Comité du commerce et de l’agriculture. <r C’est au patriotisme, dit M. Goudart, qud appartient de rendre à nos manufactures leur activité et leur splendeur. Une révolution va s’opérer dans les modes comme dans nos mœurs. Les Français ont une patrie, et ne voudront enrichir que leur patrie; les Françaises n’emprunteront plus de parures étrangères; celle qui leur plaira Ie plus sera celle qui, formée par l’industrie nationale, leS associera à la prospérité de la nation et les rendra bienf»1' trices de l’indigence, qui a si longtemps gémi d’un g°tl aussi frivole qu’impolitique. L’habit français doit être lftd
- par des mains françaises. On 11e se présentera plus à la c°111 1 * 1 A . 1’ 111 du roi des Français qu’avec le cœur et l’extérieur ni
- Français. Et M. Goudart, gonflé de cette éloquence»
- ajoute: trCe n’est point vainement, Messieurs, que le nom
- merce aura exprimé ce vœu au milieu des représentants t
- la nation, a On ne saurait être plus pathétique.
- Mais toute, l’éloquence de M. Goudart ne nous empeche*9
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- pas de compter les doctrines du libre-échange au nombre des conquêtes nouvelles qui vivifient et augmentent les lorces productives de notre pays.
- Ce n’est pas tant aux Chambres qu’à l’administration forestière qu’il faut demander compte du déboisement des montagnes. Je parle des administrations antérieures, non de l’administration actuelle, qui fait depuis plusieurs années de louables efforts pour remédier au mal. On mettait la question à l’étude; mais au moment de prendre un parti, les plus savants demandaient un surcroît d’enquête; pendant Ge temps-là, nos forêts disparaissaient, et les inondations se multipliaient^. L’administration des forêts avait au Trocadéro, en 1878, un pavillon qui, par ses heureuses dispositions et par les belles collections d’essences diverses, d’outils et de machines qu’on y avait réunis, faisait l’admi-ï’ation des visiteurs et surtout des hommes compétents. Des catalogues raisonnés achevaient de montrer que la conservation de nos richesses forestières est en bonnes mains. 11 fie s’agit plus maintenant de conserver, mais de refaire, et c est une œuvre bien autrement considérable. Si elle réussit, comme nous voulons l’espérer, un service immense aura
- «La superficie du sol boisé de la France, y compris la Corse, est, et) l^77, après la perte de l’Alsace-Lorraine, de <),i85,3io hectares.
- ffCe chiffre, rapproché de celui qui exprime la contenance totale de la Lance, 52,867,310 hectares, représente pour les forêts une proportion de *7)5 p. 0//() (|e ]a surface entière.
- • • .La comparaison des superficies boisées des Etals de l’Europe place, s°iis ce rapport, la France au huitième rang, immédiatement après la Suisse, 'R'i « 72/1,ao5 hectares, soit 18 p. 0/0 de son territoire en forêts.
- * Encore convient-il de faire remarquer que si, dans le classement des Etats, ti Lance occupe un rang intermédiaire, elle est loin d atteindre la moyenne fjO'iorule de l’Europe, où les forêts occupent ap p. 0/0 du territoire.n (Slnha-forestière. Paris, 1878,1). 1 et 9.)
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- été rendu à l’agriculture et aux nombreuses industries dont le bois est la matière première.
- Le rapporteur de la classe hk, M. Exner, de Vienne, fait un grand éloge des sortes de bois que nous produisons. Les Français, dit-il, ont des essences nombreuses et magnifiques, sans compter celles qu’ils importent des îles. Il cite comme deux nouvelles et importantes conquêtes le Picli-pin (chêne jaune) et l’eucalyptus. Revenant au point de vue général de la consommation européenne, il jette, comme tous les économistes, le cri d’alarme. Le bois s’en va. Il disparaîtra avant le charbon. Déjà le bois de chauffage renchérit partout. Il recommande le reboisement, non seulement pour les produits qu’il donne et pour les inondations qu’il empêche, mais pour l’hygiène. Il affime que le reboisement du sud-ouest de la France, où les bois avaient été remplacés par des marais, a eu cette conséquence, que la moyenne de la vie humaine, inférieure dans cette contrée, avant Ie reboisement, à la moyenne générale de la France, y est devenue supérieure.
- On ne peut s’empêcher de déplorer la longue incurie a laquelle un vote récent des deux Chambres a mis un terme* On comprend l’imprévoyance des intérêts privés, mais $ est impossible de se résigner à celle de l’Etat. En matière de forêts, particulièrement, une des causes du déboisement est le besoin de capitaux, qui pousse les propriétaires tl livrer leurs bois aux flammes, au lieu de les conservei comme bois d’œuvre ou de charpente, et à chercher dallS les défrichements une augmentation de revenus. dans cette partie, a un double rôle : il est propriétaire de forêts; il est le surveillant et le conseiller des autres pl° priétaires. 11 est, sous ces deux aspects, une force produc
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- tive. C’est un peu, toute proportion gardée entre le monde des corps et celui de l’intelligence, comme le ministère de l’instruction publique, qui dirige son propre enseignement, et qui se borne à surveiller l’enseignement libre et à lui fournir des modèles.
- Qu’il s’agisse de forêts, ou d’inondations, ou de pêclie, ou de chasse, ou d’épidémies sur les bestiaux et les plantes, ou d’acclimatation, ou de nouveaux outils, ou de nouveaux engrais, ou de nouveaux débouchés, ou de haras, de courses, de comices, d’écoles et de fermes-écoles, le ministère de l’agriculture a un beau rôle à remplir; non pas colui de chef ou de maître, mais celui de professeur, de conseiller si l’on veut, et d’auxiliaire bienveillant et généreux. C’est à lui de voir d’avance et de loin; on ne peut attendre cela du cultivateur, préoccupé de son intérêt privé, et surtout du petit cultivateur, dont l’horizon est restreint, comme ses ressources et son instruction. Le ministère de ^agriculture est surtout chargé d’appliquer aux intérêts généraux et particuliers les découvertes de la science. Son vêle grandira chez tous les peuples, à mesure que la société Se démocratisera. Les grands seigneurs, que je ne regrette pas du tout, avaient de grandes forêts, que je regrette un Peu. A présent, nous en sommes aux lotissements. On ne reboisera pas, si l’État ne s’en mêle. Les grands seigneurs avaient aussi de grandes terres; mais ils les faisaient administrer par des intendants et cultiver par des serfs : il n y a l‘en là à regretter, ni au point de vue économique, ni au point de vue moral. Mais en Amérique, où il n y a pas de grands seigneurs, on applique à l’agriculture les mêmes Procédés économiques qu’à l’industrie, cest-à-dire 1 associa-,lon des capitaux, l’outillage mécanique, la pratique innné-
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- diate des découvertes scientifiques, ie crédit, l’achat et la vente dans les conditions les plus avantageuses, fallût-il porter les marchandises, ou aller chercher les engrais à l’autre bout du monde. Pour lutter contre l’agriculture ainsi entendue, il faut lui emprunter ses moyens, et nous ne le ferons pas, dans notre isolement et notre morcellement, sans les conseils, les exhortations et le concours de l’Etat. On pensa, sous la Restauration, qu’il serait possible de fabriquer des châles de cachemire en France, en y acclimatant les chèvres du Thibet: M. Ternaux s’en chargea; à son défaut, l’État se tenait prêt à intervenir. Le ver à soie est frappé d’une maladie : l’Etat demande à M. Pasteur de trou-
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- ver un remède. Le remède trouvé, l’Etat s’en fait le propa* gateur, le démonstrateur. On est effrayé de la diminution de la houille par suite de l’énorme consommation des machines : l’Etat charge M. Henri Sainte-Glaire Deville de faire des études sur l’alimentation des machines fixes par les huile8 lourdes. Le vin a une maladie : c’est encore à M. Pasteur que l’Etat s’adresse pour le guérir. C’est la vigne à présent qul souffre : l’Etat provoque de tous côtés des recherches; il offre des primes, il fournit le moyen de faire des expériences. H convient de noter ici en passant, avec de justes éloges, l’i0' tervention du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranee. Bien avant que les particuliers eussent prévu l’inondation des marchés européens par les blés et le bétail américain» l’Etat se préoccupait d’activer notre production, de la rendre plus scientifique, et par conséquent plus écono inique. C’est lui qui se charge d’indiquer au commerce disette, qui va se produire è 1,000 lieues d’ici, d’un pJ0 uit que nous pouvons exporter. Lest lui aussi qui» prévision d’1111 nouveau débouché, crée une nouvel^
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- agence consulaire, cherche des escales pour nos vaisseaux, conclut des traités de commerce. Quand une exposition se prépare à Philadelphie, à Melbourne, à Sydney, il le sait le premier; il prend l’affaire en main; on le trouve au débarcadère en Amérique ou en Australie, prêt à protéger, a aider, à récompenser, à faire tout ce que l’initiative privée ne pourrait pas faire; car c’est là la limite et la défi-
- nition de son droit et de son devoir. En toutes choses, il supplée l’initiative privée, quand elle est impuissante; il l’aide à se former, à se développer; et dès qu’elle peut agir par ses propres forces, il se retire pour lui faire place. Qui nous a donné Y Eucalyptus (arbre à gomme)? C’est 1 État; le palmier Carauba (arbre à cire)? C’est l’Etat. Qui s’occupe en ce moment de l’acclimatation du quinquina? L’Etat, qui, entre autres charges, a celle de la santé
- p uni] que.
- L’histoire du quinquina est bien propre à montrer 1 imprévoyance de l’homme, quand il n’est pas, par sa position ou par sa fonction dans l’Etat, obligé de voir de loin ut d’avance, et de voir pour tout le monde. Jusqu’à ces derrières années, les hautes vallées boisées du Pérou, de la Nouvelle-Grenade et de la Bolivie avaient conservé le monopole des écorces de quinquina. Des caravanes armées venaient de très loin s’abattre sur les lorèts; elles choisissaient les plus riches en écorce, les plus laciles a abattre; olles les renversaient sans nécessité pour les dépouiller plus uûsenient, ne laissant derrière elles que des troncs morts, et transportant le quinquina, le plus souvent à dos d homme, jusqu’au port d’embarquement. Cette manière de procéder, Vigile des peuplades barbares de 1 Afrique, eut le résultat qu’on en devait attendre. Ces immenses forêts coinmen-
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- cèrent à se dépeupler, la récolte devint de moins en moins abondante, et la science fut réduite à trembler pour la conservation de ce précieux fébrifuge. Le gouvernement néerlandais, le gouvernement anglais, eurent l’idée d’importer les meilleures essences de quinquina dans leurs possessions des îles de la Sonde et de l’Hindoustan. M. Vilmorin, dans son l’apport sur la classe 46, dit que la première importation en Europe est due à un Français, M. Weddell, qui importa des graines de quinquina, en i848, et que c’est du Jardin des plantes de Paris que des plants provenant de ces graines ont été envoyés à Java. On en a aussi envoyé en Algérie, où l’acclimatation paraît certaine.
- Indépendamment de la mission qui consiste à acclimater une plante ou une industrie, l’Etat peut avoir à remplir le rôle, plus fâcheux, de conseiller la suppression d’une culture.
- L’opium s’obtient du pavot blanc par l’incision des capsules, lorsqu’elles sont encore vertes. L’opium est un produit qui fait dormir, parce qu’il a, dit Molière, une vertu dormitive; il a aussi, par malheur, une vertu stupéfiante. I^a Chine est le pays qui consomme le plus d’opium; elle est en outre, avec les Indes anglaises, le pays qui en produit le plus* L’exportation des Indes pour la Chine atteint 670,000 kl" logrammes; la production de la Chine elle-même dépasse ce chiffre. La consommation est donc égaie ù 1 rnilli°J1 200,000 kilogrammes. O11 sait quels en sont les désastreux effets sur la population. L’opium est d’un grand usage pour les préparations pharmaceutiques; mais le gouvernement chinois aurait tout intérêt à en interdire la culture-H est vrai qu’il n’en a pas la liberté, car, s’il peut tout sur la culture, il 11e peut rien sur l’importation. Ce nest
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- pas la santé des Chinois qui profiterait de l’interdiction; ce sont les cultivateurs indiens, ou plutôt les négociants anglais.
- Nous ne cultivons en France que deux plantes tinctoriales : la garance et le safran. Pithiviers est le centre de la
- culture du safran qui n’a jamais eu qu’une importance restreinte; la garance, au contraire, a été une industrie très florissante, qui enrichissait plusieurs départements du Midi, el particulièrement le Vaucluse. Aussitôt que le Gouvernement a connu la découverte de l’alizarine artificielle, il était de son devoir de prévenir les chambres de commerce que 1 alizarine naturelle 11e pourrait soutenir la concurrence. La culture de la garance 11’est plus qu’une erreur économique. Ëlle diminue de jour en jour, et 11e tardera pas à disparaître.
- M. Vilmorin est tenté de faire un sacrifice qui lui coûte beaucoup: c’est celui des abeilles. O11 fait de la bougie stéa-
- rique avec des graisses animales; on lait aux Etats-Unis, avec succès, du miel de glucose. Voilà donc l’abeille inutile, ^ laborieuse abeille, dont Napoléon avait fait son emblème d la place des fleurs de lis, dont tous les Berquin, et toutes ^es ladies Bonne, et tous les abbés Pluche, ont célébré la l)l°ire, à l’égal de celle des castors. Si les abeilles s’en vont, eHes emporteront avec elles un peu de poésie. Ces ruches bourdonnantes et leurs botes, sans cesse en mouvement
- ai1 milieu des fleurs, plaisaient à l'imagination. Les paysans huaient ces voisines, productives. Tous les poètes de la ^crre, grands et petits, les ont chantées; il y aura des vers ^aris toutes les langues, dans celle de Virgile et dans celle Victor Hugo, <jui auront besoin de commentateurs, ^Rand les abeilles seront parties.
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- Parmi les cultures qui Uniront peut-être par disparaître, non pas, il est vrai, de la surface du globe, mais de la surface de la France, il en est une qui a une tout autre importance que les pauvres abeilles, qui remue bien des mil-
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- lions, qui en rapporte énormément à l’Etat, qui emploie, aux champs et dans ses ateliers', une multitude d’ouvriers et d’ouvrières, et qui a une grande administration publique à son service. C’est le tabac. Mais ne grandissons pas l’affaire outre mesure. La culture s’en ira : la fabrication et l’administration resteront, voilà l’important. La vente du tabac rapporte à l’Etat une somme ronde de 333,217,000 fr.(l) Quant à l’administration, elle est la plus régulière, la plus active, la plus intelligente, la plus progressive qu’on puisse désirer. C’est véritablement une administration modèle.
- Voici comment M. Vilmorin démontre que la culture du tabac indigène doit disparaître. D’abord, il n’est pas bon. H contient en général au delà de 3 p. 0/0 de nicotine. 11 paraît que les cultivateurs français pensent unanimement que pluS le tabac est tort en nicotine, plus il a de valeur. L’AdmimS' tration, d’accord en cela avec les consommateurs, est dune opinion différente; mais elle 11e peut réussir à convainc!6
- les planteurs. Elle corrige autant que possible cet inconv*'" nient en associant les tabacs français à des tabacs légclS d’Amérique, de Hongrie ou du Levant. Le second incoi1" vénient de notre tabac indigène, c’est qu’il coûte trop <‘liel‘ Les tabacs bien conditionnés et secs coûtent à l’Administr*! lionde 100 à i85 francs les 100 kilogrammes suivant qlld lité. Or, les tabacs étrangers de qualités respectivement équivalentes aux qualités françaises coûtent 5o, 80, 13
- (l- Projet «le budget pour 1881, p. i.'53.
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- et au plus i3o francs. 11 y aurait donc avantage à s’approvisionner au dehors, d’abord pour les fumeurs, qui auraient de meilleur tabac, et ensuite pour le fisc, qui dépenserait Rtoins d’argent. Cependant la régie emploie 20 millions de tabac indigène et 2 millions de tabac algérien, contre *o millions seulement de .tabac exotique. Son but, en agissant ainsi, ne peut être que de conserver le tabac au nombre des produits de l’agriculture nationale, et de protéger les intérêts des cultivateurs. Mais on peut répondre qu’il ne s’agit fias d’un objet de première nécessité; qu’il 11’y a pas lieu de craindre un blocus continental, et que les 3oo,ooo cul-hvateurs de tabac emploieraient aisément leurs champs et taur habileté à une culture aussi avantageuse, ou plus avantageuse que celle du tabac (1). Ces raisons sont sans réplique.
- C’est la maxime même du libre-échange: exercer le trahit dans les conditions et dans les lieux où il est le plus
- Productif.
- Cependant les cultivateurs tiennent au tabac comme à la
- (!) Production totale du tabac, dans le monde entier: un milliard de kilo-tpairuuoH. Ce milliard de kilogrammes transformé en un rouleau ayant 5 cen-^'•lètres de diamètre ferait trente fois le tour du globe. t'Unsommalion annuelle par tête d’habitant :
- Allctua;ptc............
- Kspajpie.................
- Kl a ts-Unis d’Amériijuc Autriche.................
- Kiiinr.'.................
- lloiijji ie..............
- Italii*..................
- Angleterre, cl hussie. .
- ik 800 «
- 1 Cmo 1 Atiii o 8(io o Stic» o 700 o (ioo
- Sb‘»listi(]ues ne contiennent aucun renseignement un peu précis sur la j 0lll,*ialioi) du (abac eu Espagne. On peut consulter sur ce sujet un article • l1 ovillo, dans l'Economiste français, en date du h septembre 1870.
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- plupart de leurs habitudes. Ils disent que le tabac nettoie la terre à fond, et qu’il exige une telle fumure, qu’après une année de tabac, on peut semer successivement du colza, du froment et du sarrasin sans renouveler les engrais.
- Les institutions politiques, lois, administrations, corps organisés, sont aussi des forces. On ne peut nier qu’elles exercent une influence très considérable sur le travail et les résultats du travail. Il y a parmi ces institutions des forces productives qu’il faut développer, et des forces négatives qu’il faut supprimer. Voici, par exemple, des forces productives à développer. Ce sont les lois qui organisent le crédit» qui facilitent l’association, qui débarrassent de toutes forma' lités et obstacles inutiles la transmission des propriétés, l e*' traction des minerais, la cueillette des fruits, la pêche et la chasse; qui ouvrent le pays aux matières premières exotiques dont il a besoin; qui accélèrent les relations entre leS volontés, le transport des personnes et des marchandises» qui en diminuent les frais, qui en augmentent la sécurité» <jui ouvrent des débouchés à nos exportations.
- Les lorces les plus essentiellement productives, appar" tenant à la catégorie des forces politiques et sociales, sont celles qui ont rapport au développement et à l’amélioratio11 de l’homme, à sa santé, h sa force physique, h son adresse»
- à la fermeté et è la droiture de ses volontés, à l’élévati011
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- de ses sentiments, à l’introduction dans son intelligence
- C 'ffi
- dans sa mémoire du plus grand nombre possible de h*
- acquis et de vérités démontrées, à l’augmentation, par
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- de
- connaissance et l’usage des meilleures méthodes, de sa p sauce investigatrice et de sa puissance créatrice. On p
- mesurer toutes les forces physiques : on dit une foi’ce
- 1 J 1 , roice
- üo chevaux,‘de îoo chevaux. On ne peut mesurer R*
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- morale ou la force intellectuelle; la force d’un Descartes, d’un Pascal, d’un Leibnitz, celle d’un Newton, d’un Georges Cuvier, celle d’un Vincent de Paul. Les effets produits par de telles forces dépassent de beaucoup les effets des causes physiques, parce que ce sont ces forces intellectuelles et morales qui créent les forces physiques, ou qui en disposent. En mettant ensemble toutes les forces produites et à produire par le développement de la vapeur, on arriverait peut-être à exprimer, on n’arriverait pas à surpasser le degré de force intellectuelle qui appartenait à Denis Papin; car la cause efficiente (non pas la cause occasionnelle ou la cause concurrente) est toujours égale ou supérieure à son eflet.
- Il est très utile, à tous les points de vue, de constater due de grands efforts sont faits simultanément par les pou-voirs publics, les patrons et les ouvriers eux-mêmes, pour Améliorer le sort des ouvriers. J’ai eu occasion de faire cette remarque dans mou livre de /’Oumère, et d’établir qu’il ne sagit pas, dans toutes ces améliorations, de philanthropie, rilais de justice et d’habileté. C’est pour obéir à la justice due la législation des différents peuples donne aux ouvriers ta droit de s’associer pacifiquement pour défendre les inté— rcts de leur travail, comme les patrons ont le droit de s’as-s°cier pour défendre les intérêts de leur capital; c’est pour °V/ir au sentiment de la justice qu’011 a effacé du Gode le , Privilège qu’avait le patron d’être cru sur parole quant au Promeut du salaire; qu’on a admis les sociétés coopérâmes d’ouvriers à concourir aux adjudications publiques; du’on a établi la représentation, par nombre égal, des ou-Vrtars et des patrons dans les conseils de prud’hommes; du’on demande les mêmes droits pour les chambres s\ndi-Catas de patrons et les chambres syndicales d’ouvriers; qu’on
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- transforme les lois sur le contrat d’apprentissage, etc. C’est dans un but d’intérêt public qu’on réglemente le travail des enfants et des femmes dans les manufactures, qu’on exige certaines précautions hygiéniques, qu’on supprime les logements insalubres, qu’on multiplie les écoles primaires, les écoles supérieures, les écoles professionnelles. La plupart des
- innovations introduites par les patrons, les écoles créées par
- eux, à leurs frais, les logements construits, les jardins concédés, les caisses d’épargne et de retraite, la participation aux bénéfices, les approvisionnements en gros et en détail d’objets de consommation et de vêtements, etc., produisent, po,,r les patrons eux-mêmes, autant de résultats utiles que poui les ouvriers qui semblent, au premier abord, en recevoir tout le profit. Il s’est formé, parmi les ouvriers, dans certaines localités, des courants de haine et d’aspirations violentes et irréfléchies, dont les suites sont plus funestes pour eux qlie pour les hommes et les institutions qu’ils combattent; majS à coté de ces ignorants et de ces égarés, victimes pour la plupart des sectaires politiques qui en font les instrument8 de leur ambition, un très grand nombre d’ouvriers cor*1' prennent la nécessité d’étudier, se rendent compte de toute8 les institutions, écoles, caisses diverses d’épargne et crédit, associations destinées à améliorer leur condition °u à leur permettre d’en changer; cette évolution dans lell,L esprits et leurs volontés est le présage, est le commence
- meut d’une évolution sociale qui se fera, malgré les vl°
- lents, par la science et par la paix.
- Parmi les améliorations de celte nature, il en est un
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- qui concerne spécialement les expositions, et qui renie à 1855; c’est l'accession des collaborateurs aux recon
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- penses jusque-là réservées aux seuls chefs d’industrie-
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- prince Napoléon se félicite, dans son rapport, d’avoir commencé ce qui lui semble une ère nouvelle, ce II y a toujours dans les sciences, disait Lavoisier, des personnes disposées à trouver que ce qui est nouveau n’est, pas vrai, et qu e ce qui est vrai n’est pas nouveau, n Ce n’est pas appartenir à la classe de ces personnes malveillantes et malfaisantes, que de faire modestement remarquer quelques récompenses accordées à des collaborateurs sous la Restauration ; nous nous contenterons de citer Jacquart qui est le plus connu, en ajoutant que cet exemple est loin d’être Unique. Mais il est vrai que Jacquart lui-même lut aussi surpris que charmé de la distinction dont il était l’objet, e! que c’est seulement à partir de 1855, comme le remarque le prince Napoléon, qu’une part importante a été faite cc aux collaborateurs n dans la distribution des récompenses. En 1878, quelques exposants avaient devancé la justice du jury en plaçant sur leurs vitrines les noms de feurs principaux collaborateurs.
- Ces collaborateurs ne sont pas nécessairement des ouvriers; on entend par ce mot les ingénieurs qui ont lourni ^esplans ou dirigé le travail; les contremaîtres qui ont surfilé les ateliers; les artistes et les ouvriers d’élite, à qui fres souvent revient la principale part du succès. A l’Expo-sition de 1878, une très large part a été laite aux collaborateurs. Convient-il de se confier, pour les désigner, aux déclarations des patrons ? Est-il possible de leur conférer le droit de s’adresser directement au jury? Outre ces ques-f'ons générales, qui devront être élucidées avec soin, il y a dus difficultés propres à chaque espèce. Le patron ne manque pas de s’attribuer le mérite de l’invention, ou de la direction; il a couru tout seul les risques de l’entreprise. Le
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- collaborateur, de son côté, pense qu’il a tout inventé, ou tout rectifié; qu’on n’aurait rien fait sans lui. Ce n’est pas seulement en matière criminelle qu’il est difficile de rendre la justice.
- Voici maintenant des forces créées par les institutions humaines, et qui, au lieu de développer l’activité, la compriment; car les hommes se sont donné, et se donnent tous les jours beaucoup de peine pour se rendre impuissants; assez semblables aux mères chinoises, qui torturent leurs filles pour les rendre infirmes le reste de leur vie, et à peU près incapables de se mouvoir.
- Sont au nombre de ces obstacles factices, en agriculture ou en industrie, les efforts que l’on fait pour accli" mater dans un pays une plante ou une fabrication qul sera toujours souffreteuse, qui prend la place de plantes vraiment utiles, absorbe du travail et des capitaux dont on pourrait tirer grand profit en les employant mieux»
- et ne donne qu’un produit insuffisant et de qualité médiocre, tandis qu’on pourrait se procurer le meme produit par l’importation dans des conditions bien supérieures et avec des sacrifices beaucoup moindres. Telles sont aussi leS dispositions législatives sur les successions ou les échange8 d’immeubles, qui produisent un morcellement excessif» °u une concentration excessive de la propriété, et entravent le mouvement des affaires et le développement de la tune publique. Tels sont les droits frappés sur les obje^s échangeables à l'importation et à l’exportation. .Les cfïet^ restrictifs de la force humaine produits par l’étabbssem ^ de tels droits sont surtout déplorables quand ils frapp ^ sur les aliments du corps humain, ou sur ceux de lesp1^ liumain, ou sur ceux de l'industrie, ou sur les outils n
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- cessaires. Par exemple, un impôt sur l’importation du blé peut condamner un peuple à la famine; un impôt sur la viande peut le condamner à la maladie et à la misère; un impôt ou une prohibition sur les livres et les journaux peut le condamner à l’ignorance; un impôt sur la houille, ou sur le coton, ou sur d’autres matières premières, ou un impôt sur le fer qui est la matière première de tous les outils,peut le condamner à l’inaction, c’est-à-dire, de proche on proche, à la mort.Les lois, règlements,usages,qui, sous l’ancien régime, interdisaient le travail, comme ignoble, à 1» portion la plus éclairée de la société, et les lois qui, sous prétexte de protéger les patrons et les compagnons, l’interdisaient aux plus malheureux, avaient pour effet direct, Nécessaire, de diminuer la quantité du travail national et la somme commune de richesse et de bien-être. Les pertes occasionnées à l’humanité en intelligence, journées de travail, argent, matériaux et denrées de toutes sortes, pour les divers services de la guerre, armées, casernes, arsenaux, forteresses, nous font plus de mal que tous les autres fléaux réunis. En réalité, ce n’est pas l’armée qui est permanente, c’est la guerre. Ce qu’on appelle ordinairement mie guerre n’est qu’une crise de cet état général permanent. On a calculé que l’agglomération et la maladie avaient tué eN Crimée beaucoup plus d’hommes que les projectiles, et CJU en général dix ans de paix armée coûtent plus, en hommes et en argent, que n’importe quelle guerre : que oola soit dit sans manquer de reconnaissance et d admiration pour le dévouement des soldats et le génie des Brands généraux. Tout ce qui resserre, entrave, immobilise l’Iiomme dans son corps, dans sa volonté, dans sa pensée, l’atrophie. Pour lui, l’état de santé est 1 état de
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- liberté. Plus il se meut, plus il est capable de se mouvoir; plus il travaille, plus il est capable de travailler. Plus il veut, et plus il peut. On avait dit que rémancipation des esclaves aux colonies et en Amérique amènerait un temps d’arrêt dans la culture du café, du sucre, du coton; c’est le contraire qui a eu lieu. De même on croyait, en 1789» que la suppression des maîtrises équivaudrait à la suppression des ateliers; elle les a décuplés. Tout récemment, on a tremblé pour la culture des terres en Russie? quand le czar a donné la liberté aux paysans. Jamais erreurs 11e furent plus profondes. Non seulement l’esclavage détruit le travail en détruisant l’homme; mais l’absence de liberté politique diminue l’activité et le ressort' chez les hommes d’ailleurs en possession de leurs droits civils. Un roi absolu a beau être, par sa volonté, le père de son peuple : il en est l’ennemi, par sa position. Tons les peuples civilisés sont arrivés, l’un après l’antre, soit à la monarchie constitutionnelle, soit à la république; plus ils ont de liberté sous ces deux formes, plus ils augmentent, par la production, la valeur de leurs richesses naturelles; ou, s’ils sont naturel' lement pauvres, plus ils trouvent le moyen de remédier a leur pauvreté par leur activité. Liberté, prospérité; deu* termes synonymes dans tous les temps et chez tous leS peuples.
- De toutes les captivités, la plus redoutable, c’est celle ou nous retient l’ignorance, toujours accompagnée (1e préjugé’ de routines, d’erreurs, de faux jugements sur les hommes et sur les choses. L'affranchissement de l’esprit pal‘ science et par la liberté de conscience 11’est pas seule ment la liberté suprême, c’est la condition de la liberté, laut d’abord instruire les hommes, afin qu’étant nés p°u
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- penser, ils puissent penser effectivement; et il faut ôter toutes les lois, tous les règlements, qui imposent une opinion, en proscrivent une autre, parce que l’acte de croire et celui de comprendre ne peuvent être séparés sans fausser la nature des choses, et sans dégrader la nature humaine. Les institutions qui ont obligé Descartes à préférer le séjour de la Hollande à celui de la France, les lois qui ont forcé Denis Papin à se réfugier en Angleterre, les tribunaux de toute nature qui ont condamné Galilée, Spinosa, J.-J. Rousseau, n’ont pas empêché sans doute le développement de la pensée; mais ce développement, sans cotte compression et ces obstacles, aurait été plus prompt, plus complet, plus universel. On compte les victimes des tribunaux et des lettres de cachet: il faudrait pouvoir compter les hommes de génie, et le nombre doit en être 8rand, qui n’ont été ni condamnés ni proscrits, parce que, Voyant la catastrophe inévitable, ils ont eu la prudence ou lâcheté, suivant les cas, de ne pas écrire ce qu’ils pensent. Arrière toutes ces lois ennemies de Dieu, qui voilent 0,1 altèrent la plus belle de ses créations: l’intelligence dçl'homme! Puisque nous parlons des forces productives, dans ce chapitre, il faut le terminer sur ce mot: <tÉmancipation ! T)
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- CHAPITRE VIII.
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- Ovx ialtv èv tw 'tsainl %(î>pa t«3 uctTfl11,
- Dans notre société actuelle, tout le inonde doit marcher ou courir. Celui qui s’arrête est perdu.
- Le progrès est partout. Le mouvement s’est tellement emparé du monde, qu’il 11’est plus même permis de se reposer, à moins qu’on ne s’administre le repos scientifique ment, comme un remède, afin de courir ensuite plus vite-Les sectaires disaient : a Celui qui ne veut pas travail^1 ne doit pas manger, v Cela revient, comme principe de droit» à la négation de la propriété, ce qui est absurde et barbare* S’ils avaient dit qu’en fait, dans un avenir prochain, celui qui ne pourra pas travailler ne pourra pas manger, parce que la propriété qu’il a dans les mains et qu’il ne féconde pa& par le travail ne suffira plus pour assurer sa subsistance» ils auraient dit une vérité qui devient de jour en jour phlS manifeste. Il est bon sans doute d’avoir des provisions et
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- l’avance, dans la lutte que nous avons à soutenir jusqu a mort: mais le succès est à qui travaillera le mieux et le Etre le premier travailleur, c’est être le premier liornu11 On a pu cacher cette vérité pendant des siècles, s°,lS , amas de conventions, de privilèges, de mensonges, cfé vl lences; tout cela est fini. Il faut maintenant aller à 1 ecofé
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- Gela est vrai de la lutte entre peuples comme de la lutte entre individus. Il y avait autrefois bien des causes de la domination d’un peuple sur l’autre : le nombre, les ressources accumulées, même le préjugé. A présent, c’est la science qui gagne les batailles. Celui qui sait le plus peut le plus. Celui qui peut le plus est le maître. Le peuple qui a les-meilleures écoles est le premier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain.
- On peut lire d’un bout à l’autre tous les rapports qui suivent celui-ci. Pas un rapporteur qui n’arrive à cette inclusion : des écoles ! Ceux qui ne le disent pas le sous-entendent.
- Des écoles! Combien de fois avons-nous tous répété cela, Voyant dire une bonne maxime morale! C’est une bonne uiaxime morale en effet; mais, désormais, c’est aussi un
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- axiome mathématique. Ecoutez bien cela, citoyens : il faut étudier ou sombrer. Il n’y a plus de place dans le monde pour ùn peuple inutile; il n’y a plus de place, chez aucun peuple, pour un citoyen inutile. Personne n’a le temps de 8 arrêter, personne n’a le droit de se reposer, personne n’a droit d’ignorer.
- La France a toujours passé pour aimer à se vanter. Il ri est pas bien prouvé que ce défaut ne lui soit pas coin-avec tous les peuples. C’est une des formes du patrio-^suie. A coup sûr, les Anglais et les Allemands se croient, (d>acun de leur coté, le premier peuple du monde. Pour Il(),is, jusqu’à nos derniers malheurs, nous avions l’babi-hule de nous appeler nous-mêmes la grande nation. ^°us nous regardions comme invincibles à la guerre. Notre Clvilisation était la plus parfaite, nos lois étaient les meil-^aires, et le grand siècle de Louis Xl\ n’était pas seule-
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- ment le grand siècle de la France; c’était comme les siècles de Périclès, d’Auguste, de Léon X, une des dates héroïques de l’humanité. Nous faisions, en industrie, quelques concessions à l’évidence. Nous voulions bien reconnaître que ceux des pays concurrents qui ont le fer, la houille, les matières premières et le crédit à meilleur marché que nous, vendant à plus bas prix les mêmes qualités, les vendaient à plus grand nombre. Nous étions donc battus pour la quantité. Mais dans toutes les industries où le goût domine, nous avions d’emblée le premier rang. Nous étions aussi susceptibles sur ce point que sur la gloire militaire. Quand la statistique apportait des résultats trop accablants, nous trouvions, pour expliquer ces étrangetés, des raisonnements d’une subtilité merveilleuse. On nous avait volé nos dessins, nos cou-
- leurs, nos ouvriers : le moyen, en effet, de nous battre autrement qu’avec nos propres armes! Ces fanfaronnades ont disparu depuis 1870. Nos malheurs ont eu un rés ultat, qui les compensera presque, s’il est durable : ils nous onf apprlS à nous juger; ils nous ont démontré la nécessité de travailler, d’étudier. Cet effet a été frappant dans l’armée b’an caise. On s’est mis de toutes parts à travailler; on ne sait plus ce que c’est que la vie oisive des garnisons, c’est la vie studieuse des garnisons qu’il faudrait dire à présent :nous avons les conférences des officiers, la bibliothèque des 0
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- ciers, l’école et la bibliothèque du régiment. De même da l’industrie, on s’est dit enfin ses vérités. Non, ce nest pa en nous volant nos dessins, nos artistes, nos contremaître’ que les Anglais réussissent, c’est en travaillant, en étudian Après les dernières expositions internationales, après la ( ^ ^ nière principalement, il n’y a eu qu’un cri dans toutes industries : des écoles! C’est une révolution dans not)e
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- ractère, qui deviendra une révolution dans le travail national. Nous pratiquons enfin les deux maximes philosophiques : cc Connais-toi ! Instruis-toi ! -n
- Voici comment s’exprime M. Martinet, à propos de l’imprimerie, dans son rapport sur la classe 9 :
- « L’éducation professionnelle est en France absolument négligée dans toutes nos industries. Vienne et Berlin ont des écoles spéciales à l’étude des arls graphiques. Paris n’en a pas... Nos artistes, nos mécaniciens surtout, soutiennent encore à l’extérieur notre bonne réputation; mais dans les ateliers, les bons praticiens deviennent chaque jour plus rares; et, si nous n’y veillons, si nous ne faisons rien pour ^éducation professionnelle, redoutons de passer bientôt au second rang, après avoir si longtemps occupé le premier, n M. Lemoine (classe 17) déclare que si la France veut conserver la suprématie dans la fabrication du mobilier, die doi t se mettre résolument à l’œuvre pour modifier ses méthodes d’enseignement dans les écoles spéciales de des-Sl,L Il est surtout urgent de rendre partout l’étude du dessin °kligatoi re. Il rappelle que l’Angleterre a fondé, en 1851, Une école normale de dessin, et que cette, école compte à Présent 90 succursales et 100,000 élèves. Le dessin est °kligatoire en Hollande depuis 1807, en Autriche depuis *869, en Prusse depuis 1872, en Belgique depuis 1877. ^enseignement du dessin a pris un essor nouveau en Amé-U(iue à partir de 1870. Si nos concurrents nous battent dans leurs écoles, ils arriveront infailliblement à nous battre dans leurs ateliers.
- M* Hidron, rapporteur de la classe 19, dit, en parlant de a peinture sur verre, que la France y a la suprématie dc-Puts le xuc siècle et quelle la conserve encore aujourd’hui,
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- cernais à condition de vivre sur le capital que le passé nous a légué... La fondation du collège de South-Kensington et particulièrement du musée immense qui lui a été annexé fut une révélation pour notre pays. On comprit que la France avait des émules, et que, si l’on n’y prenait garde, la prééminence de la patrie du goût pourrait être ébranlée. Le danger fut signalé officiellement, en 1862, par le chef de l’Etat lui-même... v
- M. Croué (classe 21, tapis et tapisseries) : cc Remettons-nous courageusement à l’œuvre; le fabricant ne peut vivre qu’à la condition d’avoir l’œil toujours ouvert, l’esprit toujours tendu... v
- M. Parisot (classe 2 3, coutellerie) : «La France a toujours conservé le premier rang pour la fabrication du service de table et pour les objets de luxe. Dans les objets de grande consommation et pour ceux d’exportation, sa supériorité est moins marquée. Pour certains articles, elle est en état d’infériorité. Ce qui manque aux ouvriers producteurs, cest une instruction technique. Il faudrait leur faire connaître la composition et la provenance des différents métaux et tières premières qu’ils emploient, ceux qu’ils doivent préf° rer pour tels objets, les meilleurs moyens de les travaiHer’ les nouveaux outils employés dans d’autres centres 011 d’autres professions, les avantages qu’on peut en tirer p°ul la forge, le recuit, le découpage, l’estampage, le limage» 1 trempe, le polissage et enfin bailliage, opération trop îlt gligée pour les articles de commissionnaire. Toutes ces c°n naissances et tant d’autres si utiles à l’ouvrier pourraient 1 être enseignées par des professeurs, des officiers d’artiHel1 du génie, ou des industriels compétents...»
- M. Bachelet (classe a&, orfèvrerie) : rr II résulte de leX
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- nien approfondi du jury que, si la France tient encore la première place dans cet art industriel, à l’étranger il se fait d’immenses progrès sous le rapport artistique comme sous le rapport de la fabrication; car la fondation des principales maisons de la Russie, de l’Amérique, date de vingt-cinq années environ. Et que de progrès faits en si peu de temps!... A quoi attribuer ce progrès? Est-ce au concours d’artistes que nous avons perdus par des causes qu’il ne nous appartient pas de définir ici et qu’elles ont su attirer chez elles? Ëst-ce à la fréquence des expositions ou nationales ou universelles? La plus grande part de ces progrès doit être attribuée sans aucun doute à la fondation d’écoles de dessin, fondées ou soutenues dans tous les pays par les chefs de ces importantes maisons, à l’émulation entretenue dans les écoles au moyen de concours et de prix, -n II énumère ensuite nos ressources.
- M. Saunier (classe 26, horlogerie) conclut son rapport eu ces termes : er Si nous voulons conserver les branches fructueuses, améliorer celles qui le sont moins ou qui sont menacées, combattre avec succès l’avilissement du prix de verite obtenu par l’avilissement de la qualité, il faut : i° perfectionner toujours, incessamment, l’outillage; 20 répandre (b*us nos classes industrielles la science de la mécanique, la pratique du dessin et le goût de l’art décoratif. Le rôle de
- (e dernier, dans la création de eracieux motifs de cabinets, 1 °
- pendules et de boîtes de montres, est plus important (lu un ne paraît le croire; 3° renouveler les méthodes d’ap-
- prentissage... r>
- Ou s’attendait bien i\ voir l’orfèvrerie, l’horlogerie, la peinture sur verre, compter principalement sur les écoles P°Ur leur prospérité future.
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- Il est peut-être plus significatif d’entendre M. Hartog? rapporteur de la classe 37 (bonneterie et lingerie), se plaindre de l’insuffisance de nos écoles commerciales. Elles sont trop peu nombreuses. On y enseigne à peine les langues étrangères, la géographie, la statistique; il en résulte que nos fabricants attendent les commandes, au lieu de les provoquer comme nos concurrents; qu’ils ignorent les pf°' grès accomplis au dehors, les mouvements de la demande-M. Levois, rapporteur de la classe 38 (habillement des deux sexes), exprime la même opinion pour son industrie1 rr U nous faut instruire de plus en plus notre jeunesse artistique, industrielle, et surtout celle qui se destine au commerce. Il faut, par de bonnes études, faites dans no8 écoles professionnelles et commerciales, lui donner l’anioui du travail, le goût des voyages, lui apprendre les langue8
- étrangères....v
- Parmi les rapporteurs des diverses classes, qui nisis tent le plus sur les avantages de la soience, sont ceux effii traitent de l’agriculture et des diverses industries qui s^ rattachent: t II ne faut pas croire, dit M. Durand-Claye’ qu’on a bien travaillé parce qu’on a beaucoup travaille-1> travail, pour être productif, doit être fait au meilleur TR° ment, dans le meilleur lieu, avec les meilleurs outils-doit être dirigé par la science. Celui qui 11e sait pas rnetti ^ dix jours à faire un travail qu’il aurait fait en un j°m’s se tenait au courant des procédés nouveaux. H dépense1^ pour ses semis un tiers de plus que le laboureur cC^allt| intelligent. Il achètera à grands frais un engrais qui 11 ^
- pas celui que demandait son «nuire de culture et qul
- 1 • 1 „ ',1 lover une
- produira aucun rendement. Il ne saura pas ameuto
- race de bétail. 11 11e saura pas choisir pour son exphn
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- le genre de bétail qui lui convient et dont le débit est devenu le plus avantageux. Il laissera perdre des déchets qui, habilement employés, seraient pour lui une source de richesse. Il aura beau s’épuiser dans ces conditions, travailler sans relâche du matin au soir : tout dépérira entre ses mains. Il ressemblera à ces condamnés aux travaux forcés qui font tourner, avec beaucoup de fatigue et de douleur, une roue qui, elle-même, ne met aucune machine en mouvement.
- La même ardeur pour l’enseignement technique se retrouve dans toutes les corporations ouvrières, dans toutes les chambres syndicales de patrons et d’ouvriers. Pas une distribution de prix, pas une réunion solennelle, pas un banquet, sans que le vœu de la fondation ou de l’amélioration des écoles techniques ne se renouvelle. C’est une émulation entre patrons et ouvriers à qui montrera le plus de zèle.
- H ne faut pas croire que tout soit à faire. Nous avons beaucoup d’écoles techniques; malheureusement nous n’en avons pas assez, et elles ne sont pas assez bonnes, puisque ies écoles de nos concurrents sont à la fois plus nombreuses el mieux conçues. Nous nous en sommes aperçus d’abord Par les progrès qu’on faisait à côté de nous, et qui nous 0llt donné l’éveil. Puis, nous y avons été voir. Nous nous 8°mmes convaincus, par nos yeux, qu’on étudiait plus, et r*heux, en Allemagne et en Angleterre, que chez nous. De b* ce cri de détresse de toutes les branches de fabrication Menacées dans leur prééminence; cet appel au dévouement chambres de commerce, des chambres syndicales, des chefs d’industrie; cette invocation du concours de 1 État, des départements et des communes. C’est un concert uni-Vei'sel, auquel nous venons mêler notre voix. Il est impos-
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- sible, quand on vient d’étudier sérieusement l’Exposition de 1878 et de lire les doléances de tous les rapporteurs, de ne pas dire avec eux : il faut fonder des écoles; il y a nécessité, il y a urgence. Seulement, ce qui est tout aussi nécessaire, c’est d’améliorer et de fréquenter les écoles qui existent. La rapide revue que nous allons luire ensemble des moyens d’instruction dont la France dispose a pour but de nous faire connaître à nous-mêmes les ressources que nous avons, d’indiquer celles qui nous manquent, et, en rendant justice aux services des zélés, d’exciter chez les autres une salutaire inquiétude et une généreuse émulation.
- Dès à présent, un certain nombre de corps d’état pari" siens ont leur école : les bijoutiers, les papiers peints; leS corporations qui n’en ont pas encore rassemblent les fonds nécessaires : les horlogers; le président de la chambre syn" dicale, M. Rodanet, n’aura de cesse que l’école ne soit Ion" dée; d’autres, en attendant la fondation de l’école, déceiv lient des prix chaque année aux apprentis et même au* ouvriers qui se sont le plus distingués : les horlogers, ^eS fleurs et plumes, les ébénistes. Certains patrons font chez eux des établissements analogues : M. Chaix, pour les coni" positeurs typographes. Des associations se Tondent pour falie des cours gratuits. Les associations philotechnique et p°ty technique de Paris, ces deux-là fort anciennes, enseignent» entre autres matières, le dessin, la géométrie, la coupe pierres. De même à Lyon, l’Enseignement professionnel ^ Rhône. Ces utiles associations se propagent dans un giaI^ nombre de villes de France. Les écoles professionnelles ( jeunes filles à Paris ont des ouvroirs pour la confection» gravure sur bois, la peinture sur porcelaine, les Heurs ai ^ ficieiles, la décoration des éventails. Les villes 11 épai'gri
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- pas les sacrifices. Elles créent elles-mêmes des écoles ou encouragent par leurs souscriptions les créations individuelles. Le conseil municipal de Paris, celui de Lyon, sont d’une générosité inépuisable. Une loi vient d’être votée pour permettre à l’État de subventionner des écoles d’apprentissage manuel. Beaucoup d’écoles déjà existantes, écoles d’origines diverses, dues à des particuliers, à des corporations, aux communes, étaient représentées à l’Exposition. L’Association polytechnique de Paris, l’Enseignement professionnel du Bbêne, les écoles Elisa Lemonnier pour l’enseignement professionnel des femmes, une association religieuse ayant le même but, ont été récompensés. L’Association phiîotechnique de Paris n’avait pas exposé, par ce motif que son président d’honneur étant président du jury international, elle se trouvait hors de concours. Les écoles d’horlogerie (Paris, Cluses, Besançon) ont eu à leur tète les Motel, les Perrelet, les Benoît; il y avait à Mulhouse une école de filature et de tissage. L’École industrielle de Reims, fondée et entretenue par la ville, a aussi une section très bien tenue, consacrée aux industries textiles. Cette école a obtenu une médaille d’or à l’Exposi-li°u. Rouen a une école d’arts et métiers, fondée parla ville et dirigée par les frères des écoles chrétiennes. Paris a son École de commerce, établissement d’ordre supérieur, fondée Autrefois par Blauqui aîné, acquise depuis par la chambre de commerce. Toutes ces écoles, qui tout à 1 heure seront ^ notre part l’objet d’une nomenclature plutôt que d'une etude approfondie, sont fort dillérentes entre elles par leur ^écialité, leur origine, leur fortune, leurs progrès. Elles foncent un réveil; plutôt un commencement qu’une si-t^ation faite. La France industrielle n’étudie pas encore
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- autant qu’il faudrait; mais elle comprend la nécessité d’étudier. Elle se meut.
- On peut rapprocher de ce mouvement, comme appartenant au même ordre d’idées, l’adjonction de savants ou la création de laboratoires d’études dans les grandes compagnies. Une de nos plus grandes maisons financières, le Crédit lyonnais, fondé et dirigé par M. Henri Germain, a un bureau composé d’économistes, pour étudier les affaires a mesure quelles se produisent et les grandes questions financières; non pas simplement les alfaires de la maison, ce qui serait l’oftice d’un conseil de directeurs, mais toutes les affaires. C’est le besoin de savoir qui se manifeste; le besoin d’être éveillés et prêts à l’action; ce que les Grecs appelaient Yèyprryépv™.
- Nous examinerons aussi, dans les pages suivantes, avec un peu plus de détails, les établissements d’instruction fom* dés ou dirigés par l’Etat.
- Indépendamment du ministère spécial de l’instruction publique, plusieurs ministères entretiennent ou subventionnent des écoles : le ministère des beaux-arts, le ministère de la guerre, celui de la marine, les travaux publics, lag11 culture et le commerce. Cet ensemble d’écoles est très con sidérable et va de l’enseignement le plus élevé, comme ce lui de l’Ecole polytechnique, du Conservatoire des arts métiers, de l’Institut agronomique, de l’Académie de ROIÏie’ de l’École des beaux-arts de Paris, jusqu’aux fernies-écoleS et à l’École des pupilles de la marine à Brest. On oubh quelquefois tout cela, parce qu’on n’a jamais pris le so1 d’en présenter un tableau d’ensemble. Les institution nous manquent pas ; il y a plutôt à les développée qlia
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- En comptant les ressources spéciales, qui montent à i5,353,020 francs et qui consistent en allocations des départements pour le service de l’instruction primaire, la France consacre annuellement à l’instruction publique 112,072,073 francs. Sur ce chiffre, 82,7/11,427 francs figurent au budget des ministères autres que celui de l’instruction publique.
- La part du ministère de la guerre est de 11,57/1,712 fr. Je fais entrer dans ce chiffre les dépenses pour la boxe, l’escrime, le tir, l’équitation; l’éducation physique fait partie fie l’éducation; il y a, dans le budget de l’instruction publique, des dépenses inscrites pour des services analogues; et, s’il y a lieu de se plaindre de quelque chose, c’est qu’on traite l’escrime et l’équitation en arts d’agrément dans nos lycées. Quelques-unes des écoles de la guerre sont des écoles savantes, dans la plus stricte acception du mot. On peut citer l’Ecole polytechnique, qui est une de nos gloires nationales , l’Ecole de médecine militaire ; même dans les écoles fi application (École de la guerre, École du génie et de l’ar-bllerie, École de Saint-Cyr),la science prend une très large place. Très large aussi est la place des études scientifiques proprement dites dans les écoles du ministère de la marine, fiai figurent au budget pour le même chiffre que celles de la guerre (11,556,670 francs). L’École navale, l’École du ficnie maritime, la dernière surtout, sont des écoles scienti-üfiues de premier ordre. Les écoles de maistrance, les écoles
- Mécaniciens, rendent au pays d’aussi grands services que 1108 écoles professionnelles les mieux tenues. Enfin les écoles aa mousses, les écoles de pupilles, sont d’excellentes écoles primaires. Aux 11,556,670 francs portés au budget de la Marine il convient peut-être d’ajouter : i° une somme de
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- 76,500 francs pour publications scientifiques (Mémorial du génie maritime, Mémorial de l'artillerie, Archives de médecine navale); 20 environ 160,000 francs employés en abonnements de journaux, achats de manuels, etc.; 3° une somme de 100,000 francs consacrée à payer des bourses dans les lycées et autres établissements de l’Etat : le tout formant un total de 336,5oo francs; ce qui élève les dépenses scolaires de la marine à 1 1,893,170 francs.
- Le contingent du ministère des travaux publics n’est que de 326,100 francs; mais, avec cette somme, il entretient l’Ecole des ponts et chaussées et l’École des mines. L’École des mineurs de Saint-Étienne, celles de Douai et Alais, ne coûtent guère à l’État que 52,ûoo francs. Ces écoles, destinées à créer des maîtres mineurs, des contremaîtres, de bons ouvriers, 11e rendent pas les services qu’on en devait attendre; elles forment trop peu d’élèves; c’est une institution excellente, mais insuffisante. Nous aurions besoin d’avoir»
- dans les départements où nos mines sont situées, une p°' pulation de mineurs, comme il en existe en Allemagne, el1 Suède, eu Norwège, dans certains comtés de l’Angfotei'ie’ Nous avons des ingénieurs des mines habiles et savants? mais les maîtres mineurs, les contremaîtres, les ouvrieis’
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- sont loin d’avoir les connaissances théoriques et les apl tudes professionnelles que demande leur rude métier. D G peu d’avoir des mines; il faut encore avoir des capitaliste qui veuillent les exploiter, et des ouvriers qui sachent ta la besogne. L’attention des pouvoirs publics devrait se })01 ter de ce côté—là. Il est certain (pie beaucoup de nos tlllü<3‘ sont mal exploitées ou ne le sont pas du tout. Nos riches8®" sont médiocres, et le peu que nous avons reste enseve ^ lauto d’encouragements et de soins. Les esprits ohag1
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- prétendent que nos lois sur la propriété et l’exploitation des mines sont faites tout exprès pour rendre cette exploitation ou très difficile ou très peu avantageuse aux entrepreneurs.
- Les beaux-arts ont l’Académie de France à Rome, l’École des beaux-arts et l’Ecole des arts décoratifs à Paris, l’Ecole de dessin de la manufacture des Gobelins, celle de la manufacture de Sèvres, le Conservatoire de musique et de déclamation, les écoles de Lyon, Toulouse, Lille, Dijon et Nantes. Le budget scolaire du ministère des beaux-arts monte à 1,309,210 francs.
- La Légion d’honneur, rattachée au ministère de la justice, dépense 1,0 46,960 francs pour ses trois maisons de Saint-Denis, Écouen et Saint-Germain-en-Laye; les séminaires du culte catholique, ceux des deux communions protestantes et du culte israélite, occasionnent ensemble une dépense de 1,121,100 francs; enfin, le ministère des affaires étrangères est inscrit au budget pour la somme de 2o,ooo francs, consacrée à l’école de langues orientales dite des Jeunes de langues.
- Le ministère de l’agriculture et du commerce, quoiqu’il Oe dépense actuellement que 5,5oo,ooo francs, est un de Ceux qui entretiennent le plus d’écoles. Ce chiffre devra 8 accroître prochainement par la création de chaires d'agriculture dans ceux des départements qui en sont encore dépourvus. On peut le décomposer en deux parties : 2 millions pour l’enseignement technique et 3,5oo,ooo Irancs pour 1 enseignement agricole, en y comprenant 1 Ecole io-l'estière, les écoles vétérinaires et l’Ecole des haras. L’École centrale ligure pour 445,000 francs dans les dépenses de 1 enseignement technique; mais ce chiflre est presque en-
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- m L’ÉCOLE.
- tièrement couvert par les rétributions scolaires qui montent à ^29,000 francs.
- Voici l’énumcration des dépenses d’instruction publique inscrites pour divers ministères au projet de budget de 1881 :
- MINISTÈRE DE DA GUERRE.
- Matériel îles écoles.
- Prytanée militaire (la Flèche)............................ 3i4,i55r>
- École polytechnique............................................ 8o3,ooo 1
- École spéciale militaire (Saint-Cyr)........................... 858,898
- École d’application de l’artillerie et du génie (Fontainebleau)........................................................ 196,600
- École militaire supérieure...................................... 73,990
- École d’application de cavalerie (Saumur)....................... 65,5oo
- École d’application de médecine et de pharmacie militaires 118,010 1
- École d’administration........................................... 7,345 /
- École normale de gymnastique (Joinville-lo-Pont).......... 16,600
- Écoles régionales de tir........................................ 16,870
- École normale de tir du camp de Châlons (Marne)........... 10,000
- École de sous-officiers du camp d’Avor (Cher)................... 44,3o5
- École d’essai d’enfants de troupe............................... 43,980
- Écoles régimentaires, gymnases, écoles de tir, cours d’escrime et de boxe......................................... i,35o, 135 /
- Personnel.
- Prytanée................................................ 3o3,858
- École polytechnique..................................... 538,619
- École spéciale militaire..................................... 897,604
- École d’application de l’artillerie et du génie......... 1,180,343
- École militaire supérieure................................. 1,196,981
- Ecole de cavalerie...................................... 1,886,967
- Ecole de médecine et de pharmacie............................ 668,485
- École d’administration.................................. 196,448
- École normale de gymnastique............................ 417,649
- Ecole normale de tir.......................................... 99,384
- Écoles régionales de tir................................ 515,9 44
- École de sous-officiers................................. 416,6q4
- École d’essai d’enfants de troupe (4oo enfants).............. 100,189
- Le personnel des écoles régimentaires fait partie des corps de troupe auxquels ces écoles sont affectées.
- Total des dépenses d'instruction pour la guerre,. .
- 7,656,894
- 1 i,57A’7
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- L’ÉCOLE.
- 473
- 45,89^
- 4,58o 2,3 a 1 24,614
- 34,o66 3,9 a 5 3,446
- MINISTÈRE DE LA MARINE (MATERIEL ET PERSONNEL).
- Écoles des différents corps de la manne et des équipages de la flotte.
- Ecole d’application (lu génie maritime.......................... 04,960 ^
- Bataillon de fusiliers marins, à Lorient....................... 662,608 1
- École des tambours et clairons, à Lorient................. 43,086 I
- Cours normal des instituteurs, a Rocbefort..................... 81,891 j
- Établissement des pupilles de la marine................... a8o,a36
- Troupes de la marine.
- Ecole supérieure de la guerre...........................
- Ecole des travaux de campagne...........................
- Ecole des feux de guerre................................
- Ecole stagiaire dans un corps d’armée...................
- École d’artillerie, à Lorient............................. ^9>^°7
- École d’Avor.............................................. a/‘>°45
- Artillerie.
- Ecole d’application du génie et de l’artillerie.........
- Ecole de cavalerie .....................................
- Manufacture d’armes.................................* • •
- Arsenaux. 1
- École supérieure et écoles de maistrance.................. 43i,35a 1
- École de voilerie......................................... 8,3oo \
- Écoles de dessin.......................................... 4o,84o
- Ecoles élémentaires des apprentis......................... ^9,909
- Balles d’asile, à Brest et à Indret....................... 11,288
- Ecole des filles et école des garçons, à Indret........... 1 »791
- , Ecoles mixtes (équipages et troupes ).
- ^ole de tir de Châlons................................... i70,3o4
- Ecole de pyrotechnie, à Toulon. . .......................
- Ecole de gymnastiijue et d’escrime, à Joinville-le-Ponl. . ao3,443
- Écoles à la mer. -— Écoles naviguantes.
- paisseau-école des canonniers.............................. a,6a(j,36o
- Ecole des pilotes............................................. 286,897
- division volante (école d’application pour les aspirants et aPpreutis gabiers et timoniers)............................. 3,127,000
- . Ecoles flottantes.
- Ec°le navale.................................................. 97<br>^
- 11,556,670e
- ^c°le des défenses sous-marines..........’............ 674,688
- eput d’instruction des apprentis marins............. 1,a58,716
- ^c°le Bes mousses., .
- C°lf‘ 'les mécaniciens
- 1,15a,858 2 46,456
- ^hcutions, achats de livres, bourses dans les Ujcees... 336,000
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- hlh
- L’ÉCOLE.
- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- Ecoles vétérinaires (Alfort, Lyon, Toulouse).. ........
- Institut agronomique...................................
- Ecoles d’agriculture (Grand-Jouan, Grignon, Montpellier) ..................................................
- .Stages agricoles......................................
- Ecole d’horticulture de Versailles.....................
- Fermes-écoles et écoles pratiques d’agriculture.........
- Chaires d’agriculture; cours nomades....................
- Subventions à des établissements d’enseignement professionnel privés..........................................
- Colonies et orphelinats agricoles.......................
- Stations agronomiques...................................
- Professeurs de l’Ecole des haras........................
- Conservatoire des arts et métiers.......................
- Bourses aux élèves de l’Ecole centrale des arts et manufactures................................................
- Ecoles des arts et métiers (ChAlons, Angers, Aix).......
- Ecole d’horlogerie de Cluses............................
- Bourses dans les écoles de commerce.....................
- Subventions à des établissements d’enseignement technique autres que ceux de l’État.........................
- Inspection des écoles...................................
- Ecole forestière de Nancy (15,A75 francs), enseignement militaire, enseignement secondaire; Ecole des Barres;
- ensemble, pour l’enseignement forestier..............
- Ecolo centrale des arts et manufactures.................
- 999’8oo‘ a A8,q5o
- 703,600 a 1,600 90,700 556/(00 1 35,ooo
- 3o,ooo 70,000 55,ooo 17,000 369,000
- 3o,ooo 1 ,a6o,6oo 3 a, o 00 3o,ooo
- 1 /u),35o 13,ooo
- a35,385 | 665,ooo I
- MINISTERE DES TRAVAUX PUHLICS.
- Ecole des ponts et chaussées.....................
- Ecole des mines de Paris.........................
- Ecoles des mineurs (Saint-Elienne, Douai, Alais),
- 1 39,700 1 3/i,ooo 5a,6 00
- MINISTÈRE DES RKAI X-AUTS,
- Académie de France, à Borne............................ 1 5a,a00
- Ecole des beaux-arts (Paris)........................... 33o,a 1 0
- Ecole des arts décoratifs ( Paris)..................... 96,900
- Ecole nationale de dessin pour les jeunes lilles (Paris). . . 3o,aoo Subvention à l’Ecole spéciale d’architecture (Paris)... 1 9,000
- Subvention aux écoles des beaux-arts (Lyon, Dijon, Toulouse)................................................. 68,000
- Subvention aux écoles municipales des beaux-arts et de
- dessin dans les départements........................ 35o,ooo
- Conservatoire de musique et de déclamation (Paris). . . . 3,56,100 Succursales (Lyon, Toulouse, Lille, Dijon, Nantes).. . . 33,600
- Ecoles des manufactures (Sèvres, les Gobelius, Beauvais). 1 5,000
- 5,65o,i
- 85f
- 326, io°
- i,3o9»
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- L’ÉCOLE.
- 475
- MINISTÈRE DE LA JUSTICE.
- Légion d’honneur.
- Maison de Saint-Denis.............................. 602,700^ i 0/j6 q5of
- Succursales d’Écouen et de Saint-Germain........... /i/i4,2 5oJ)
- MINISTÈRE DES CULTES.
- Bourses dans les séminaires catholiques....................... 1,082,200 1
- Bourses dans les séminaires protestants......................... 116,900 > 1,121,100
- Bourses dans les séminaires Israélites.................... 3a,000 )
- MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
- Nicole des Jeunes de langues............................................. 20,000
- Total des dépenses des ministères autres que le ministère de
- l'instruction publique.................................... 82,7/11, A 2 7
- Budget du ministère de l’instruction publique............................ 68,977,626
- Repenses sur ressources spéciales........................................ 15,353,020
- Total des dépenses de l’État et des départements pour l’instruction publique.....................................
- 112,072,078
- II
- Entrons maintenant dans plus de détails. A la tête de 1 enseignement technique se place le Conservatoire des arts et Miétiers.
- Ee Conservatoire des arts et métiers a été créé par la loi 28 brumaire an 11, renouvelée et complétée par le dé-c'et du 19 vendémiaire an m (10 octobre 179^). La Condition avait surtout en vue de créer un musée industriel, 0,1 seraient déposés tous les outils, anciens et nouveaux, MiachineH, matières premières, matières transformées, etc. E' ois démonstrateurs devaient y expliquer l’emploi des 111a-Ctiros et le fonctionnement des outils. 11 leur était prescrit de attacher à propager toutes les inventions utiles. L idee était ^cellente. Comme la plupart des fondations de la Condition, elle ne vint à maturité qu après la paix, e est-a-
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- 476
- L’ÉCOLE.
- dire après l’empire. Une ordonnance de Louis XVIIÏ, rendue le 16 avril 1817, n’est que l’application, mais cette fois définitive, du décret de 179Ù. Depuis lors, tous les gouvernements se sont appliqués à développer cette institution. On achève, en ce moment même, d’isoler l’ancienne abbaye de Saint-Martin-des-Champs, dont le Conservatoire avait pris possession dès 1795, et dont il a fait peu à peu un des monuments les plus complets et les mieux aménagés de D capitale. Nous avons pu, en 1878, présenter aux étrange^ un musée industriel sans rival, un portefeuille d’une richesse incomparable, une excellente bibliothèque technologique et un enseignement très élevé et très complet, qul comprend maintenant quatorze chaires et fait du Conservatoire des arts et métiers la Sorbonne de l’industrie. Ou 1 enseigne la géométrie, la physique, la chimie, la mécanigue appliquée aux arts, la chimie appliquée à l’industrie, ia
- chimie agricole, l’économie industrielle, l’agriculture, filature et le tissage, la teinture, l’apprêt et l’impression des tissus, la construction civile, la géométrie descriptive, la^ gislation industrielle, les arts céramiques, la zoologie agi1 cole, l’administration et la statistique industrielle. Lenseï gnement, confié aux savants les plus éminents, est pubhc e gratuit. On a annexé au Conservatoire une école élemen taire gratuite, où l’on enseigne l’arithmétique, les élément du dessin (ligures, machines, ornements), des notions géométrie descriptive avec application à la charpente la coupe des pierres.
- On remarquera que notre Conservatoire des arts et
- tiers a la même forme que le musée de South-Kensmg , 1 .• énU'
- c’est une école renforcée d’un musée. Cette concept*0
- nemment juste remonte au décret de la Convention <fu
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- L’ÉCOLE. 477
- tondé le Conservatoire; on la retrouve bien antérieurement dans l’organisation du Jardin du roi, que nous appelons Maintenant le Jardin des plantes. La différence entre Paris el Londres, c’est que le Conservatoire est un musée et une ecole d’enseignement technique, et le South-Kensington Muséum un musée et une école d’enseignement du dessin et des arts plastiques. Nos galeries de machines et d’instru-Ments ne sauraient avoir l’éclat d’une collection où sont Accumulés les chefs-d’œuvre de la peinture, de la sculpture, du dessin et de l’orfèvrerie. Notre Conservatoire n’en est pns moins, à tous les points de vue, un établissement de premier ordre. Nous avons le droit d’en être fiers. Ce qu’il faut lui souhaiter surtout, c’est d’être de plus en plus 1 ré—
- queuté.
- L’Ecole centrale des arts et manufactures établie à Paris est spécialement destinée à former des ingénieurs pour ^utes les branches de l’industrie et pour les travaux et serves publics dont la direction n’appartient pas aux ingénieurs de l’Etat. Les élèves qui en sortent, munis du diplôme d ingénieur des arts et manufactures délivré par le ministre de l’agriculture et du commerce, prennent le nom d’ingé-rileurs civils, par opposition aux ingénieurs des mines, des ponts et chaussées et de la marine, qui sortent de l’Ecole polytechnique et sont les ingénieurs de l’Etat. Les élèves de 1 Ecole centrale sont externes; mais le règlement auquel *fa sont assujettis les oblige à un travail très sérieux et très a®sidu. On entre à l’École par le concours; on y obtient le ^ffe d’ingénieur à la suite d’examens sévères. Fondée par initiative privée, puis subventionnée par l’Etat, l’Ecole des et manufactures est aujourd’hui une école publique sous l’autorité du ministre de l’agricullure et du
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- L’ÉCOLE.
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- commerce, et elle a pris rang, par la force de son enseignement et la renommée d’un grand nombre des élèves qui en sont sortis, à côté de l’Ecole polytechnique. La rétribu-
- r
- tion scolaire y est assez élevée; l’Etat et les départementsv entretiennent des boursiers.
- Voilà encore une excellente école; mais elle a le grand tort d’être unique. Peut-être pourrait-on rapprocher de l’Ecole centrale l’école lyonnaise qui porte le même nom et l’Institut industriel de Lille; cependant, tout en rendant justice au mérite de ces deux écoles, il tant reconnaître qu’elles ne donnent pas l’équivalent de l’instruction quun reçoit à l’Ecole centrale de Paris. Cette dernière école correspond assez exactement aux écoles polytechniques d’AHe' magne. Mais elle a 55o élèves; les écoles polytechnique d’Allemagne en avaient, en 187b, 5,900. Elle est inscrite atl budget pour 4û5,ooo francs; plusieurs des écoles polytech' niques allemandes coûtent, par an, 600,000 francs. Leui budget, pris dans son ensemble, est très élevé : 2^0,000 If* à Aix-la-Chapelle, 290,000 francs à Carlsruhe, 310,000 lr* à Stuttgard. Les dépenses de premier établissement de l’école d’Aix-la-Chapelle se sont élevées à près de 6 millions •
- La richesse de ces écoles leur permet de donner un el1 seignement varié, solide, et de procurer abondamment alj* élèves tous les moyens d’étude nécessaires. Ce n’est paS ce qui explique la supériorité du nombre de leurs élèves, cette supériorité n’est même pas due à la multiplicité écoles polytechniques, placées à proximité des affaire8 da^ les grands centres industriels; c’est plutôt une question ^ mœurs. Notre Ecole centrale est surtout fréquentée par
- • ftp lu 11016 ’
- (l) M. Natalis Ronriot, l’Enscijjnement nécessaire aux industries «c |>. -jy. Lyon, 1877.
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- jeunes gens qui veulent avoir un cabinet d’ingénieur civil, ou entrer dans les grandes compagnies comme directeurs de travaux. Il est très rare que le fils d’un grand industriel qui se destine à diriger la maison après son père s’astreigne suivre pendant plusieurs années des cours très difficiles, exigeant un travail opiniâtre, et à courir après un diplôme. Quand il a lait ses études dans un lycée et travaillé quelques années sous les yeux de son père, il se croit en état de lui succéder. 11 arrive trop fréquemment, par suite de ees habitudes, que le chef d’une maison a sous ses ordres, ou ingénieurs, et même en sous-ingénieurs et contremaîtres, des auxiliaires plus instruits et plus capables que lui. En Allemagne, au contraire, et en Angleterre, on se prépare avec autant de soin à gérer sa propre fortune industrielle q^e si l’on était réduit à gagner sa vie eu cherchant de remploi chez les autres. Le patron d’une maison aspire à être plus compétent que ses subordonnés. Il travaille à l’école polytechnique comme s’il avait sa fortune à faire. Le plus 8°Uvent, quand il a son certificat d’études en poche, il entre c°uime employé dans une autre maison que celle de son père, 1,6 lût-ce que pour y apprendre l’obéissance, et passe ensuite Quelques années dans les pays concurrents. Nos voisins sont plus pénétrés que nous de cette pensée éminemment vraie, (llle les carrières commerciales et industrielles deviennent plus en plus des champs de bataille, et qu’il ne faut pas ^ outrer sans être fortement préparés pour la lutte. En un r^°fi nous pouvons à bon droit nous féliciter de 1 excellente 0ïI)Oiiisalion de notre Ecole centrale; mais nous ne saurions ^°P nous allliger de la voir fréquentée par moins de ^°° élèves. 11 y a là une impulsion à donner, et elle doit Veuir principalement des chambres de commerce.
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- L’ÉCOLE.
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- A un degré inférieur dans la hiérarchie scientifique se placent les trois écoles d’arts et métiers de Chàlons-sur* Marne, Angers et Aix. L’Ecole centrale embrasse toutes les sortes de travail; on y enseigne même l’agriculture, quoi* qu’il soit vrai de dire que cet enseignement n’y a plus de raison d’être depuis la création de l’Institut agronomique Les écoles d’arts et métiers ne sont établies que pour fournir des contremaîtres et des ouvriers d’élite à l’industrie du bois et à celle du 1er. Les élèves y sont internes. Ils payent une pension assez élevée (600 francs) et peuvent obtenir des bourses. On n’entre dans ces écoles que par le concours, ^ la durée des études y est de trois ans. L’instruction qu °n y reçoit est théorique et pratique. Le titre d’ancien élève d’une école d’arts et métiers est une recommandation pulS" santé auprès des chefs d’industrie, et il n’est pas rare de voir un jeune ouvrier se distinguer assez dans sa profession pour devenir patron à son tour. L’enseignement pratiqué correspondant aux industries qui emploient le fer et le bois» se donne dans quatre ateliers spéciaux, savoir : modèles et menuiserie, fonderie, forges, ajustage. L’enseignement théorique comprend l’arithmétique, la géométrie élémen taire, l’algèbre élémentaire, la trigonométrie rectiligne, îa géométrie descriptive, la mécanique, la cinématique» physique, la chimie, le dessin, la géographie, la compta bilité, la grammaire. C’est un peu le cas de se demander comme Figaro (en demandant pardon du rapprochement) tr Aux qualités qu’on exige d’un domestique, combien y t-il de maîtres qui soient dignes d’être valets? v Mais hâtons nous de dire que les programmes de l’Ecole polytechniep^ et de l’Ecole centrale sont infiniment plus étendus, que concours d’admission et de sortie sonl sans cornpaIt
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- L’ÉCOLE.
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- plus difficiles, qu’il n’y a plus de maîtres et de valets dans l’industrie, mais des savants, des moins savants et des ignorants, et qu’il arrive tous les jours qu’on part des derniers rangs pour arriver aux premiers.
- r
- L’Etat entretient une seule école spéciale d’ouvriers ou d’artistes, comme on voudra, en dehors des industries du bois et du fer : c’est l’Ecole d’horlogerie de Cluses (Haute-Savoie), qui a pour but de former des ouvriers pour les diverses parties de la fabrication de la montre et de procurer l’instruction nécessaire à ceux qui se destinent à devenir Hiabilieurs, visiteurs ou fabricants d’horlogerie. L’enseignement est gratuit; il dure deux ans. Les élèves sont externes et doivent être âgés de plus de douze ans. Outre le travail manuel de l’horlogerie, ils suivent des cours d’arithmé-%ue, de géométrie, de mécanique et de dessin; tous ces c°Urs sont directement appropriés à l’étude de leur art.
- L’École de Cluses, les trois écoles d’arts et métiers, l’Ecole
- centrale et le Conservatoire des arts et métiers sont, en dehors de renseignement agricole, les cinq établissements d’instruction publique dirigés et entretenus directement par Ie ministère du commerce. Il y a quelques autres écoles ^cliniques appartenant à l’Etat (sans parler de la marine et de la guerre) ; mais elles sont dans les attributions du ministère des travaux publics ou de celui des beaux-arts, lout a été fait, pour ainsi dire, de pièces et de morceaux, a Mesure que les besoins se sont manileslés, sans aucune vue densemble et sans aucun lien de coordination entre des lc°les qui pourraient se prêter un mutuel appui, landisque ^ Principale force de l’ilnivcrsité est dans le bel ensemble elle présente, les diverses écoles techniques vivent chaîne isolément. 11 ne faudrait pas croire cependant que l’in-
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- L’ÉCOLE.
- dustrie et le commerce n’ont pas d’autres établissements spéciaux que ceux que nous venons d’énumérer; les villes» les particuliers, les corps d’état, représentés par leurs chambres syndicales, ont formé, de leur côté, des écoles en grand nombre, dont les unes sont surveillées et subventionnées, et les autres subventionnées seulement par le ministère de l’agriculture et du commerce. Quand une école privée donne de bons résultats et acquiert assez d’importance poul être élevée, si on peut ainsi parler, à la dignité d’institution nationale, le ministère en fait l’acquisition, lui impose un règlement et la fait administrer à ses frais par ses agents-C’est ainsi que l’École centrale des arts et manufactures est devenue une de nos grandes écoles publiques, après avon été longtemps exploitée par l’industrie privée.
- Une transformation analogue a eu lieu pour l’École su périeure de commerce, à la tête de laquelle nous avons vu longtemps M. Blanqui aîné, le célèbre économiste^. Lecole appartenait alors à une société civile ; c’est maintenant nue école publique; seulement, ce n’est pas l’État qui l’a acquit’ c’est la chambre de commerce de Paris. Cette école est des tinée à former des négociants, des banquiers, des adnnnis trateurs, des directeurs, des employés d’établissements 111 dustriels et commerciaux. Les élèves sont internes, le P^ ^ de la pension est de 2,000 francs par an; l’école reçoit demi-pensionnaires. La durée des études est de trois atï\ L’enseignement comprend l’écriture (la réforme de Ie®1 lure), l’arithmétique théorique et pratique, la compta dans toutes ses parties; l’étude du français, de Panglais’
- (I) M. lîlanqui avail fondé cotte école, en 1820, avec le concours < ^
- Perier, Laflitte, Chaptal, Ternaux et Michel Chevalier. Elle a été, aPr dirigée par Gênais (de Caen), puis acquise par la chambre de coin
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- L’ECOLE.
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- l’allemand, de l’espagnol et de l’italien; la géographie, l’histoire, la littérature comparée, la correspondance commerciale, l’algèbre, le dessin linéaire appliqué aux machines et à l’architecture et le dessin d’ornement; la physique appliquée et la mécanique, la chimie industrielle, la technologie; l’étude des matières premières du commerce et de l’industrie; l’histoire du commerce, la géographie commerciale, l’économie politique, le droit commercial, le droit maritime, la législation industrielle. La chambre de commerce s’applique constamment à perfectionner cette école, qui donne, comme on voit, une instruction solide et variée, à laquelle °n ajoute la gymnastique, l’escrime, la danse et l’équita-hori. Les élèves font, sous la conduite de leurs maîtres, des excursions dans nos principaux centres industriels.
- La transformation subie par l’École supérieure de commerce diffère sans doute très profondément de celle qui a en lieu pour l’Ecole centrale, puisque celle-ci est devenue mie école de l’État, tandis que l’École de commerce est la Propriété d’une chambre parisienne élective. Cependant, n&ns les deux cas, c’est un établissement privé qui devient établissement public. Cela est considéré comme un progrès; ^ si, en ellet, on regarde l’état de chacune de ces deux écoles avant et après sa transformation, on reste convaincu (lne le progrès est incontestable : une règle plus nette, mieux observée, un enseignement plus complet, des profes-smirs d’une valeur plus élevée, des ressources plus abon-^ntes pour l’étude, en sont les infaillibles marques.
- On ne pourrait pas dire, d’une laçon générale, que cest m> progrès, pour un établissement libre, de se transformer 6,1 établissement d’État. En principe, le régime du mono-est inférieur à celui de la liberté, principalement en
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- L’ECOLE.
- toute matière industrielle. Il est parfaitement vrai que Us deux éléments de la prospérité de l'industrie sont la sécurité et la liberté. Il en est de même dans l’ordre de l’enseigne' ment. Les grandes universités séculaires de l’Angleterre, les universités allemandes, les créations analogues qui surgi8-sent assez fréquemment aux Etats-Unis d’Amérique, ne ga" gneraient rien et perdraient beaucoup à se transformer eu services publics dans le sens que nous attachons en France à ce mot..Mais il ne faut pas abuser des théories, même les plus justes. Daus toute affaire humaine, il y aune question de mesure. Si l’Ecole centrale ou l’Ecole de commerce de M. Blanqui avaient eu, comme telle université étrangeie qu’on pourrait citer, une fortune assurée et indépendante? avec une organisation aussi complète et aussi parfaite <fue celle qu’elles ont reçue soit de l’Etat, soit de la chambre de commerce de Paris, il n’v aurait eu pour elles aucun n)0 d’accepter un changement de condition, ni pour le puD aucun motif de souhaiter cette transformation. Il n’y a al1 cune métaphysique daus cette affaire; le grand point ^ d’avoir les meilleures écoles possibles. Je veux bien qua e8a lité, on préfère l’école libre, mais, avant tout, le maître gu faut préférer est celui qui enseigne le mieux. ^
- 11 y a d’ailleurs un autre point de vue très important qui domine la question. L’industrie a très rarement les
- 1 e ?
- ut
- sources indispensables pour bien faire, en matière déco c’est une vérité banale pour tous ceux qui sont au coUl
- J i; ,
- nératrice (pie par exception; en revanche, l’industrie mieux placée que l’Etat pour connaître les besoins calite ou d’une prolession. Quand l’Etat se charge
- lllU'
- est
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- e de crf#
- U,,e eC0,c 'J"' «'’cxisUiit pas (je parle d’écoles tecbriiques).1'
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- L’ÉCOLE.
- arrive souvent que les élèves ne viennent pas; quand c’est l’industrie privée qui prend l’initiative, ce sont les ressources qui lui manquent. On a pu le constater de la façon la plus frappante pour les fermes-écoles. L’Etat avait fait, dans plusieurs localités, des frais en pure perte; il a trouvé plus sage de contribuer, par des subventions, à la prospérité ^établissements déjà fondés et dont l’utilité était démontrée et comprise. C’est ce qu’il fait aussi pour un nombre d’écoles techniques qui ne s’élève pas à moins de cinquante. 11 mesure son intervention sur le besoin qu’on en a et sur 1 importance des services rendus.
- On a sans doute remarqué la part très exiguë faite aux industries textiles dans l’enseignement de l’Etat. Ces industries
- considérables, qui devraient avoir leur école spéciale, ou tout au moins une importance prépondérante dans les programmes du Conservatoire et de l’Ecole centrale, n’y ob-ifrmient, au contraire, qu’un nombre de chaires extrêmement restreint. Cela se comprendrait si, en dehors de Paris, °ù toutes les industries sont exercées, il y avait des écoles féciales pour les industries textiles dans nos grands centres mdustriels. Lyon serait le siège de l’enseignement pour la s°ie, Reims pour la laine, Rouen et Lille pour le coton. Il y durait, dans chacunç de ces villes, une école supérieure f°Ur les chefs d’industrie, une école secondaire pour les c}mfs d’atelier et contremaîtres, et des écoles dapprentis-^[>6 pour les ouvriers. Si ces écoles, au lieu detre insti— frées par l’État, étaient dues aux chambres de commerce, 0,1 dux départements, ou aux communes, cela neu vau— (^la*t que mieux; l’important est quelles existent, de ma-ll'm'e à renouveler le personnel de notre industrie. A delaut fle l’État, il y a eu des ell'orts locaux très dignes d’estime,
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- particulièrement à Lyon, Rouen, Lille, Bordeaux et Reims. L’Etat est intervenu pour des sommes annuelles insignifiantes de 10,000 francs ou de 5,ooo francs. Autant dire qu’il n’a rien fait. Ce n’est pas i3o,ooo francs qu’il faudrait allouer au ministère du commerce pour subventions aux écoles dues à l’initiative des villes, des corps d’état ou des individus : c’est un million, pour commencer. Avec un mil' lion, on susciterait des créations, sauf à décupler la somme dans un avenir prochain. Ce sont là des placements, ce ne sont pas des dépenses. Nous sommes arrivés peu à peu à un budget à peu près suffisant pour le ministère de l’instruction publique; mais l’indigence de l’enseignement technique est vraiment surprenante. A quoi sert donc le spectacle des expositions? Jamais il n’y eut d’intérêt plus évident, n1 d’apathie plus cruelle.
- De toutes les villes de France, Lyon est peut-être, après Paris, celle qui possède l’ensemble d’écoles le plus renia1’' quable. L’Etat y entretient quatre facultés, un lycée ayeC son annexe hors de la ville, une école des beaux-arts, uue école de musique; la ville a fondé une école centrale, ®ur le modèle de celle de Paris; la chambre de commerce, Ul1 musée d’art et d’industrie, une école supérieure de coiU" merce et de tissage de la soie; enfin, l’initiative privée y a créé une association pour la propagation de l’instructm*1 primaire, une association pour Renseignement professé11 nel des adultes, et l’école de la Martinière, école prima11 b supérieure, antérieure à nos écoles Turgot, qui a son 01 ganisation particulière et des méthodes qui lui sont propreS' Après le vote de la loi sur l’enseignement supérieur, h)011 devint le siège d’une des universités catholiques les p^uS com lètes.
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- Le Musée d’art et d’industrie a été fondé en 18 5 8 par la chambre de commerce, sur le rapport de M. Natalis Rondot W.
- Ce qui frappe le plus dans ce rapport et dans la délibération de la chambre, c’est la préoccupation constante de l’art. On ne trouve rien de semblable, ni au Conservatoire des arts et métiers, ni à l’Ecole centrale. A ce point de vue, la fondation lyonnaise de 1858 est plus analogue au South-Kensington Muséum qu’à nos écoles techniques de Paris, et roême à notre Ecole des beaux-arts, qui est consacrée à la peinture, à la sculpture, à l’architecture, et n’enseigne pas
- (1) Le musée comprend trois départements, un département de l’art, un département de l’industrie et un département historique divisé en deux séchons : la section de l’histoire générale de la fabrication des soieries et celle de 1 histoire de la fabrique de Lyon.
- La délibération de la chambre de commerce de Lyon, en date du 27 septembre 1858, mérite d’être étudiée. C’est un document qui peut servir de Modèle, et qui fait le plus grand honneur à la chambre, qui a adopté ces '^solutions, et à M. Natalis Rondot, qui les a provoquées.
- "La chambre de commerce de Lyon,
- ff Attendu que, en votant la création d’un musée d’art et d’industrie, et en Panant ainsi la résolution de mettre à la portée du plus grand nombre un n°uvel élément d’instruction, la chambre s’est proposé pour but principal ^ aider au développement du goût, de contribuer h ses progrès, à son éléva-h°n, à sa diffusion, par la contemplation facile et permanente de chefs-dœuvre de l’art, et d’assurer par là, à la fabrique détoffes de soie et aux antres manufactures lyonnaises, la prééminence que leur a méritée sur tous *es marchés le cachet de distinction et d'élégance qu’on s’est toujours plu à 'Connaître à leurs produits;
- "Attendu que ce but ne peut être atteint que par la formation d’un musée °U seront réunies, avec un discernement sévère, celles des œuvres de tous hünps et de tous les peuples qui se sont rapprochées le plus des types du , et que les traditions de l’art ont définitivement et unanimement sanc-
- données;
- "Attendu que ce serait altérer les principes d’un établissement fondé dans Cehe intention et le faire déchoir de la hauteur où il doit être maintenu dans
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- les arts du dessin au point de vue industriel. C’est aussi sur le rapport de M. Natalis Rondot que des cours publics ont été annexés au musée et qu’on a fondé, en 1876, l’Ecole supérieure de commerce et de tissage de la soie. Cette école-ci est absolument technique. On y joint, à l’apprentissage manuel de la profession, la comptabilité de fabrique, le calcul des prix de revient, et des cours accessoires, à mesure que l’utilité s’en fait sentir. On y a ouvert l’an dernier un cours de japonais, professé par l’attaché japonais au conditionnement des soies. Les élèves lauréats obtiennent
- l’intérêt de l’industrie que d’y admettre, autrement qu’à titre d’exception, leS objets dont la valeur consisterait surtout dans leur ancienneté, leur rareté, leur curiosité; que, par les mêmes motifs, on devra rigoureusement en écarter tout ce qui, dans le domaine de l’art, serait sans originalité vraie, 0,1 manquerait de correction, et, à plus forte raison, les dessins de fabrique, <3ul sont des produits de l’industrie et non des modèles;
- ff Attendu qu’il serait chimérique, de la part de la chambre, de songer a rassembler dans le musée nouveau les plus belles œuvres en originaux; <Jue cette réunion d’originaux serait impossible à obtenir même au prix des pl,,s grands sacrifices; que fût-elle possible, les ressources dont la chambre dispose lui interdisent de s’arrêter à ce parti; que, dès lors, le seul système qui ^ll reste à suivre, pour demeurer fidèle à sa pensée, est de constituer le fond principal du musée futur avec les copies exactes des plus beaux chefs-d’œuvre reproduits à l’aide du moulage, de la galvanoplastie, de Ja gravure, de la photographie, etc.;
- «Que ce système d’un musée consacré à l’art dans ce que celui-ci a de p^s élevé, et alimenté par des copies, n’exclut pas cependant les acquisitions pièces originales toutes les fois qu’il s’en présentera d’irréprochables au p01 de vue du goût, et d’un prix qui ne sera pas disproportionné avec les reS sources de la chambre; que ce système n’exclut pas davantage, dans une sure modérée, l’admission de monuments appartenant plus spécialement a catégorie de l’archéologie et précieux pour l'histoire de l’art ou de l’industrie’ pourvu que ces monuments soient d’un caractère qui les rende utiles éludes des artistes et des industriels;
- <tDélibère, etc.«
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- des bourses de voyage pour étudier les questions de filature, de tissage, de moulinage, etc.
- Voici tout ce que fait l’Etat pour les fondations de cette grande ville si dévouée aux écoles, et qui est le chef-lieu d’une de nos plus grandes industries. Il donne, sur le budget de l’agriculture et du commerce, à l’École supérieure de tissage de soie, 10,000 fr.; à la Société de l’enseignement proies-sionnel du Rhône, 5,000 francs; à l’Ecole centrale, 4,000 fr. ; en tout, 19,000 francs. Il y a, en outre, des subventions sur le budget du ministère des beaux-arts, mais qui ne se l’apportent nullement à l’enseignement technique.
- Plusieurs sociétés industrielles ont fondé des cours publics ou de véritables écoles. La Société industrielle de Saint-Quentin a des cours et conférences sur le tissage, la mécanique, le chauffage, la sucrerie, le droit commercial, la langue allemande et la langue anglaise; elle a, pour diverses professions, des ateliers d’apprentissage. La ville de Saint-Quentin, le conseil général, la chambre de commerce, lai accordent des allocations qui seraient insuffisantes, si 1 État n’y joignait une subvention de 10,000 francs.
- Il alloue la même somme à la Société philomathique de bordeaux, qui a créé une école d’industrie et de commerce 0l'i l’on enseigne la mécanique, le dessin, l’architecture, la physique et la chimie industrielle, en même temps qu’on (l°une aux élèves des connaissances pratiques sur la conduite d es machines à vapeur, l’armement des navires, l’in— shdlation d es appareils hydrauliques, et qu’on les exerce à travaux d’ajustage.
- Gomme nous l’avons vu, indépendamment de son école 8upérieure de tissage, Lyon a aussi une école centrale Ibn-par une société anonyme au capital de 3oo,ooo francs,
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- et dont l’enseignement est analogue à celui des écoles d’arts et métiers. La Société de l’enseignement professionnel du Rhône est de même nature que les associations pbilotechnique et polytechnique de Paris; elle donne un enseignement très bien entendu à des employés, apprentis, ouvriers adultes des deux sexes. Les cours sont au nombre de i 1 o ; les élèves inscrits, au nombre de 6,000, presque tous assidus. Les programmes sont très variés; ils comprennent, outre les langues étrangères et l’instruction générale (grammaire, calcul, etc.), des cours de chimie et de physique industrielle, de droit commercial pratique, de comptabilité, d’économie politique, la théorie du tissage, la coupe des pierres. La bibliothèque contient 2,300 volumes. La société vient d’ouvrir un atelier de menuiserie et de modèles pour travaux manuels qui réunit déjà i5o apprentis. Le jury international de 1878 lui a décerné une médaille d’or.
- 11 peut n’être pas sans intérêt de signaler ici une diffe" ronce entre l’Enseignement professionnel du Rhône et leS deux associations polytechnique et philotechnique de Paris* Le but de ces trois sociétés est le même; elles s’adressent au même public, donnent un enseignement analogue, rendent, en somme, les mêmes services. Mais, à Paris, tout est gratuit, les élèves 11e payent rien, les professeurs ne ie çoivent aucune rétribution. Au contraire, l’Enseigneniei^ professionnel du Rhône reçoit de ses élèves une rétribu lion très modique; si modique qu’elle soit, elle altacb l’élève à l’école. Le très habile directeur des cours, M* Lan0’ ancien ollicier du génie, regarde cette chétive rétributif comme la cause principale de l’assiduité et de la pclS<^ rance, vraiment remarquables, des auditeurs de 1 assod lion. Il y a chez les ouvriers, et spécialement chez les Ly
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- nais, un sentiment, après tout, très naturel, c’est de ne pas perdre ce qu’on a payé. Il faut considérer, en outre, que
- 10 francs, multipliés par 6,000 élè\res, font un revenu annuel de 60,000 francs. Non seulement cela estplus pratique que la gratuité, mais cela est plus démocratique. Les deux associations de Paris ne marcheraient pas sans les patrons, qui versent par année un minimum de 100 francs. Les professeurs donnent encore plus, puisqu’ils donnent leur temps et leurs forces, dont ils ont besoin. Quelques-uns donnent aussi de l’argent. Gela est fort beau; mais cela n’a ni la même puissance ni la même sécurité jqu’une société comme celle de Lyon, où tout le monde met du sien.
- L’Institut industriel et commercial du nord de la France, à Lille, à la fois externat et internat, est destiné aux industries chimiques et à la construction des machines. O11 y construit en ce moment des laboratoires pour les manipulations industrielles. Les ateliers de filature et de tissage sont pourvus de métiers mécaniques réunissant les types les plus on usage dans les grands établissements. L’Institut du nord de la France a eu aussi une médaille d’or en 1878. Il en a été de même des écoles académiques et professionnelles de Douai, des cours de la Société industrielle d’Amiens, de l’Ecole supérieure d’industrie de Rouen, fondée par une s°ciété civile, et qui est déjà, après onze ans d’existence, ll|ie école de premier ordre; de l’Ecole professionnelle de doiins, école municipale dont l’idée a été conçue et le plan arrêté en 1867 par la Société industrielle sous la présence de M. Warnier. La longue occupation allemande,
- 11 laquelle la ville de Reims a été soumise, avait interrompu ks travaux. Le maire, M. Diancourt, et le conseil munici-l)fd, secondés par la Société industrielle, la chambre de
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- commerce et les chefs clés principales maisons, les ont repris avec énergie, et l’école a pu être inaugurée en 1876. La ville et les particuliers y entretiennent 3o boursiers; les élèves sont au nombre de i5o, la durée des cours est de trois ans. Outre renseignement théorique, dans lequel figurent un cours d’économie politique et un cours de législation usuelle, l’enseignement pratique comprend le peignage, la filature et le tissage de la laiue, la menuiserie, le modelage, l’ajustage, la chimie appliquée aux industries lo-
- cales et le dessin.
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- L’Ecole d’apprentissage du Havre, qui est l’une des plus utiles et des mieux conçues, et qui a servi de modèle à beaucoup d’autres, a inauguré un système économique qui n’est ni l’externat ni l’internat. En réalité, les élèves sont externes; mais ils trouvent dans un réfectoire toutes les facilités pour prendre leurs repas aux prix établis par les sociétés alimentaires coopératives.
- Toutes les écoles patronnées par le ministère de l’agriculture et du commerce mériteraient d’être citées. O11 peut remarquer parmi elles l’Ecole des maîtres ouvriers mineurs de Douai, portée pour une allocation de a,000 francs et une collection de modèles et dessins : cette école figure dans le budget du ministère des travaux publics auquel elle appartient comme école de l’Etat.
- 11 faut signaler aussi des écoles de filles, en très petit nombre : la Société pour l’enseignement professionnel deS lemmes, fondée à Paris par Mmn Elisa Lemonnier, et pre' sidée depuis quatorze ans par Mmc Jules Simon (600 élèves)? l'orphelinat de Levallois-Perret, fondé par Mn° Chanson (Ao internes de 10 à ao ans; couture, lingerie, broderie? (leurs artificielles, dessin, peinture sur porcelaine); 1 Ass0
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- ciation des jeunes économes de Gonllans (160 orphelines de 12 à 21 ans) ; l’Ohuvre de Notre-Dame de Caen W.
- (1) NOMENCLATURE DES ECOLES TECHNIQUES FRANÇAISES
- QUI ONT ÉTÉ RÉCOMPENSÉES PAR UNE MÉDAILLE D’OR À L’EXPOSITION DE 1878.
- Association polytechnique de Paris, OEuvre des écoles professionnelles catholiques (pour les filles), orphelinat de Rothschild, écoles du Creuzot, Société pour l’enseignement professionnel des femmes (Elisa Lemonnier), Ecole professionnelle de l’imprimerie des chemins de fer (Napoléon Chaix), Ecole su-N' périeure de commerce de Marseille, Ecole supérieure de commerce de Paris, Ecole académique et professionnelle de la ville de Douai, Ecole communale professionnelle d’Avignon, Ecole d’apprentissage du Havre, École de la Mar^ linière, de Lyon, École municipale professionnelle de Reims, École supérieure de commerce et de lissage de Lyon, écoles supérieures de commerce et d’industrie de Rouen, Institut industriel, agronomique et commercial du nord de la France, les trois écoles des arts et métiers du ministère du commerce, École d’horlogerie de Cluses, Société de l’enseignement professionnel du Rhône, Société industrielle d’Amiens, Société industrielle de Saint-Quentin, Société du nord de la France (Lille), l’École spéciale d’architecture (Paris).
- NOMENCLATURE DES ÉTABLISSEMENTS SUBVENTIONNES PAR LE MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE (BUDGET DE 1879).
- Cours de la Société industrielle de Saint-Quentin............ io,ooof
- Cours de la Société philomathique de Bordeaux................ 10,000
- Ecole supérieure de commerce et de tissage de soie de Lyon. 10,000
- Société de l’enseignement professionnel du llhône............ 5,000
- Ecole centrale lyonnaise..................................... 4,000
- Institut industriel, agronomique et commercial du Nord. . . 8,000
- Ecoles académiques et professionnelles de Lille.............. a,000
- Société industrielle du Nord...................................... 3,000
- Ecoles municipales professionnelles de Roubaix............... 3,000
- Ecoles municipales professionnelles de Douai................. 3,000
- Ecole des mineurs de Douai........................................ 3,000
- Société industrielle d’Amiens..................................... 8,000
- Ecole supérieure de commerce et d'industrie de Ilouon.. . . 4,000
- Ecoles professionnelles d’apprentis du Havre................. 3,000
- Ecoles professionnelles d’apprentis de Rouen...................... 3,000
- Société industrielle d’Elbeuf................................ 3,000
- Société industrielle et professionnelle de Mers (Orne)....... 3,000
- A reporter.
- 81,000
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- Nous avons vu la chambre de commerce de Lyon, voulant défendre l’industrie de la soie contre la concurrence
- Report............................. 8i,ooof
- Ecole municipale professionnelle de Reims.................. 3,000
- Société industrielle de Reims et concours de chauffeurs. . . . 1,000
- Pensionnat Notre-Dame de Nantes............................ 3,000
- Société industrielle et patronage de Nantes................ 1,000
- Apprentissage professionnel de tissage de Nimes............ 2,000
- Ecole professionnelle de Marseille.............................. i,5oo
- Ecole et cours professionnels de la Ciotat................. 3,000
- Ecoles professionnelles municipales de Saint-Etienne....... i,5oo
- Société de jeunes apprentis de Grenoble.................... 3,000
- Association polytechnique de Paris......................... 3,000
- Ecoles professionnelles de la chambre syndicale de la joaillerie
- et de la bijouterie de Paris............................. A,000
- Cercle des maçons et tailleurs de pierre de Paris.......... i,5oo
- Ecole d’apprentis de la rue Rataud, à Paris................ 1,000
- Ecole municipale de modelage de Neuilly et Levallois-Perret. 1,000 Société de l’enseignement professionnel des femmes de Paris. 5,000
- Orphelinat de jeunes filles de Levallois-Perret................. 1,000
- Société des jeunes économes de Conllans.................... 5oo
- Ecole d’apprentissage pour le dessin et la peinture céramique 1,000
- de la Société des sciences et arts de Limoges............ 3,000
- Ecole des beaux-arts appliqués à l’industrie, de Limoges. . . 3,000
- Patronage des apprentis d’Arras................................. 2,000
- Société industrielle et Ecole d’apprentissaged’Epinal( Vosges). 3,000 Ecole communale professionnelle de Joinville (Ilaute-Marne). i,5oo
- Patronage d’apprentis d’Orléans................................. 1,000
- Apprentissage d’horlogerie, dessin et sculpture sur bois, de
- Chamonix (H.aule-Savoie)...................................... t,5oo
- Ecole d’horlogerie de Sallanches (Jlaule-Savoie)................ 1,000
- Ecole d’apprentis pour le travail du jaspe, «le Saint-Gervais. 5oo
- Apprentissage professionnel des jeunes filles de Caen...... 1,000
- Association pour le placement en apprentissage des orphelins
- des deux sexes.................................................. 200
- Patronage des apprentis tapissiers................................ 3oo
- Chambre syndicale du papier et des industries qui le transforment................................................. 200
- Total des subventions allouées en 1871), sur le budget du commerce eide l’agriculture........................ i3A,aoo
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- anglaise, créer un musée. Si l’on jette les yeux sur les fondations des autres villes, sur celles même de l’Etat, c’est l’enseignement technique, pratique, scientifique, qui domine. Cependant Lyon a raison. La plus grande force industrielle de la France, c’est le goût. On peut avoir ailleurs plus de charbon, plus (le fer, plus de coton, plus de capitaux, plus de muscles. Jusqu’ici nous l’avons emporté par le goût. C’est sur ce point précisément qu’on nous combat; c’est ce point qu’il faut défendre.
- Après la bataille décisive de i85i, l’Angleterre, qui est une nation politique, a compris sur-le-champ qu’il lui fallait des artistes. Elle n’avait jusque-là combattu que par des moyens indirects, soit en nous prenant nos artistes, soit en envoyant les siens étudier chez nous. En i85i, elle prit la résolution d’avoir elle-même ses écoles. Elle créa du même coup le département de la science et de l’art, et le musée de Kensington. Il fallait pour cela de l’argent, beaucoup d’argent : elle en a donné. Rien que pour le musée, la dépense courante est de 1,200,000 francs par année. Elle sest élevée une année à 6 millions. Outre le musée central, 011 a créé une sorte de musée ambulant de l’art et de l’industrie, renouvelé à chaque voyage, et formé, pour chaque centre industriel, des matériaux les plus appropriés u son genre d’industrie, et que l’on emprunte au musée rentrai Ph L’enseignement du dessin est aujourd’hui donné dans 2,800 écoles. Il y a trente ans, 011 manquait d’écoles et de maîtres !
- Voici, d’après M. Natalis Rondot (‘1 2), des chiffres qui pour-
- (1) Nulalis Hondot, l'Enseignement nécessaire à ïindustrie de la soie, p. 1 2 3.
- 1877.
- (2) L’Industrie de la soie, p. 124. Lyon, 1875.
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- raient Lien être au-dessous de la réalité, puisqu’ils concernent seulement les écoles qui acceptent les subventions et la direction du département de la science et de l’art.
- PÉRIODES TRIENNALES. N 0 M li R K I OTAL DKS ELEVES des écoles de sciences. IN 0 M B R E TOTAL DKS KLKVKS des écoles d’art. N 0 M R R E TOTAL DKS KLKVKS qui ont appris le dessin. NO.MR RE DES ÉLÈVES ayant appris le dessin dans les écoles pour les pauvres.
- moyenne par an. moyenne par an. moyenne par nn. moyenne par an.
- J)e 1863 à 1 88h .... 8,/t ho 1 /i,8oo 98,115 81,78/1
- De 1 865 à 1867.. . 7,51 h 17,060 1 0/1,608 81,^87
- De 1868 à 1870. ... 3/|,719 19,5/12 156,228 1 20,628
- De 1871 à 1878.... h 1,11A 2 2,06/1 2/18,987 199,579
- Telle a été l’action de l’État, sous l’impulsion d’un grand interet national, dans un pays où l’action de l’Etat n’étouffe pas comme chez nous l’initiative des citoyens. Les Méchante^ Instilutes, sociétés libres où les ouvriers vont chercher, poUl eux-mêmes, la science et, pour les autres, les moyens de la propager, ont secondé énergiquement l’action ad®1" nistrative. Ces sociétés sont au nombre de 800; elles comptent iùo,ooo membres. Tout le monde tremblerait’ s’il se fondait chez nous des sociétés en nombre pareil- O*1 peut mesurer le progrès accompli dans les écoles, en vis1 tant les expositions de dessins d’élèves, qui ont lieu lrt quemment. Que faisons-nous de notre coté, dans les arts dessin, pour répondre à cette activité presque prodigien^ Notre ancienne organisation comportait l'Academie ^ France à Home, l’Ecole des beaux-arts de Paris et 1 Lc° nationale de dessin pour les jeunes lilles. Nous accoi
- en outre des subventions à trois écoles de beaux-arts si a Lyon, Dijon et loulouse, et aux écoles municipales dessin. C est une énumération bien vite faite.
- die,lS
- tuées
- de
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- Il est juste cependant d’ajouter que l’Académie de France à Rome et l’Ecole des beaux-arts à Paris sont des institutions tout à fait dignes d’un grand peuple. L’Académie de France, fondée par Colbert, occupe à Rome le palais Mé-dicis, une des plus merveilleuses résidences de cette ville de merveilles. Les lauréats de nos concours y passent quelques années dans une liberté complète, sous la direction très paternelle de quelque illustre membre de l’Institut. L’Ët at leur facilite en outre les moyens de visiter l’Italie et ttîéme la Grèce. L’Ecole des beaux-arts à Paris, dirigée hier par M. Guillaume, aujourd’hui par M. Paul Dubois, est en meme temps une école et un musée. On y a réuni dans la cour d’honneur, dans l’ancienne chapelle, dans les deux cloîtres et dans la salle de Melpomène, un certain nombre dobjets d’art, de chefs-d’œuvre et de copies des chefs-doeuvre faites par des maîtres. La bibliothèque contient des richesses inappréciables. Nos premiers artistes tiennent à donneur d’enseigner dans cette école. On y fait aussi des c°urs d’histoire, de littérature, d’esthétique; on se souvient encore du succès des leçons de M. Taine. L’Académie de France à Rome coûte à l’État i59,,2oo francs (suivant les Propositions du budget de 1881); l’Ecole des beaux-arts Ini coûte 33o,sio francs. 11 dépense une trentaine de mille daiics pour l’école des jeunes lilies. Les trois succursales de Vu, Dijon et Toulouse reçoivent chacune i(i,ooo Iranes, el les subventions aux écoles municipales dans les départements montent ;\ 35o,ooo francs. Il 11’y a guère de récent
- T'e l’Ecole des arts décoratifs, fondation excellente, dont
- 1
- e budget ne va pas à q5,ooo Iranes. Tout cet ensemble ^etablissements des beaux-arts pour l’enseignement de la Peinture, de la sculpture, de la gravure, de l’architecture
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- et des arts décoratifs est porté au budget de 1881 pour la modeste somme de 1,017,510 francs. On y peut ajouter une école de dessin aux Gobelins, une école de mosaïque à Sèvres; mais ce ne sont que de menus frais; l’Ecole des Gobelins nous coûte tout juste 6,100 francs. La France 11e se ruine pas pour l’enseignement des beaux-arts. L’en" seignement de la musique (le Conservatoire avec ses cinq succursales) ne reçoit que 276,700 francs.
- Je ne parle pas des musées, que nous traitons, en vérité, indignement. Sait-on quelle est la somme mise annuelle' ment à la disposition du ministère pour compléter la col' lection du Louvre par l’achat de nouveaux chefs-d’œuvre-i5o,ooo francs, pas davantage; et combien le même m1' nistère peut dépenser pour les nombreux musées de n°s départements? 27,500 francs, dont7,5oo francs forment 1® traitement d’un inspecteur. C’est l’indigence. On a peine s’expliquer une telle parcimonie. Quand il arrive quuue toile célèbre ou un coûteux objet d’art soit mis en veiite’ les riches amateurs et les grands musées de l’Europe se ' disputent sous nos yeux, sans que nous puissions même ilS quer une enchère.
- O11 vient de rendre l’enseignement du dessin obligal°ire
- dans toutes nos écoles. C’est un grand service rendu aU*
- arts et à nos industries. 11 faut pourvoir largement au ^
- tement des professeurs et à Tâchât de bons modèles. H a
- songer aussi que l’enseignement dans les écoles pri01 ,
- et les lycées 11e donnera que des résultats médiocies,
- , J 1 . i qèves
- 1011 ne multiplie pas les écoles spéciales pour les
- d’une capacité hors ligne. Nous 11e manquons pas de e
- musées en France; nous serions impardonnables de ne l
- en tirer parti. Notre musée du Louvre est un des p
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- grands, des plus beaux et des plus complets qu’il y ait au monde. Il y a un grand nombre de chefs-d’œuvre au Luxembourg et même à Versailles, où ils sont comme noyés dans un océan de platitudes. Le musée Dusommerard est, dans un autre genre, une véritable merveille. On en peut dire autant du cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale. Le Musée d’artillerie, le Musée municipal, le Musée des antiques de Saint-Germain, le Musée de l’art kmehr à Compiègne, sont loin d’être à dédaigner. Le Garde-meuble, les Gobelins, la manufacture de Sèvres, °nt aussi de splendides galeries. Parmi nos musées de départements, on doit citer d’abord ceux de Lille et de Montpellier, dont s’honoreraient de grandes capitales. Quelques Autres, celui de Rouen, celui de Caen, ont des chefs-d’œuvre, quoiqu’en petit nombre. Il y a une école de peintres lyonnais, qu’011 11e trouve bien qu’à Lyon. Latour ri’est qu’à Saint-Quentin, mais il y est. Nous ne manquons pas de chefs-d’œuvre. Ge qu’il nous faut, de toute nécessité, c est de l’ardeur et de l’argent.
- III
- L’enseignement agricole, qui prend en ce moment une 1,11 portance toute particulière, à cause de la nécessité de botter avec toutes nos forces réunies contre la concurrence Américaine, reçoit enfin ses développements les plus né-ressaires. En vérité, il était temps.
- Nous avions, de vieille date, cinq grandes écoles se rattachant à des branches spéciales de l’agriculture : l’Ecole forestière de Nancy, les écoles vétérinaires d’Allort, Lyon
- Toulouse, et l’École des haras du Pin.
- 3a.
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- Mais l’enseignement agricole proprement dit, renseignement général, nous faisait presque complètement défaut.
- La loi du 3 brumaire an iv (25 octobre 1790) avait décrété la création d’un enseignement des sciences agronomiques, ainsi que celle d’un jardin botanique dans chaque école centrale départementale, idée féconde, qui, dans le désarroi des finances et de l’administration intérieure, ne fut jamais réalisée. La première école sérieuse d’agriculture ne remonte pas au delà de 1822. On la dut à l’initiative de Mathieu de Dombasle, qui fonda à Rovilie, aux portes de Nancy, un établissement composé d’un institut d’enseï' gnement, d’une distillerie et d’une fabrique d’instruments
- aratoires. Cette création disparut au bout de vingt ans, a la mort du fondateur; elle avait été le point de départ de plusieurs tentatives analogues : l’école de Grignon, i837’ l’école primaire d’agriculture de Grand-Jouan (Loire-h1^ rieure), i83o; la ferme-école de la Saulsaie (Ain),
- En 1838, l’État prit à son compte les dépenses du peI sonnel enseignant de l’école de Grignon; ce fut son début dans l’enseignement agricole, quarante-trois ans après la 0 de l’an iv, restée jusque-là stérile. Il fit de meme, en 18^’ pour l’école de Grand-Jouan, et, en i843, pour 1 école la Saulsaie. H créa aussi diverses chaires d’agricultuie • Bordeaux, en 1837; à Toulouse, en 1839; à Rodez» e 1 84i ; à Quimper, en i8/i3. Rouen s’était donné une cC°^ d’agriculture, à laquelle l’Etat attacha certains cours spJ
- ciaux payés sur les fonds du budget. ^
- A coté de ces écoles et de ces chaires, destinées
- chefs d’établissements agricoles, l’initiative privée lonfiu
- " lYlpq d01
- certain nombre de fermes-écoles, de formes moaeie ,
- J T'kPfïl*"*
- phelinats ou asiles ruraux, de colonies agricoles, ne p
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- tenciers, ayant pour but de former des valets de ferme, des journaliers et, au besoin, des petits cultivateurs.
- En i846, poussée par le Conseil général de l’agriculture, l’Administration se décida à reconnaître comme une sorte d’écoles secondaires de l’enseignement agricole les trois établissements de Grignon, de Grand-Jouan et de la Saulsaie, les fermes-écoles alors existantes constituant le premier degré, le degré élémentaire de l’enseignement agricole.
- Tout cela était incomplet et précaire, lorsque Tourret proposa et fit adopter l’importante loi du 3 octobre 18/18, fiui consacre définitivement les trois degrés de l’enseignement agricole: les fermes-écoles, enseignement primaire; ies écoles régionales, enseignement secondaire; l’Institut Agronomique, enseignement supérieur.
- Dans les fermes-écoles, l’Etat se chargeait exclusivement (ïe la dépense du personnel et de la pension des apprentis, mvestissant le propriétaire ou fermier du domaine du titre des fonctions de directeur, et lui laissant le soin, la responsabilité, les frais, les produits de l’exploitation. L’inter-Vention de l’Etat comprenait en outre la haute surveillance oo la ferme-école et se combinait ainsi heureusement avec liberté d’allures nécessaire au directeur. On n’avait pas, cotte fois, commis la faute, trop Iréquente en France, ^assujettir toutes les écoles au meme règlement, et l’ensei-goernent prenait partout la forme appropriée aux besoins hv région.
- Des trois écoles secondaires (Grignon, Grand-Jouan et la ^aulsaie) prenaient le titre d’écoles régionales, ayant pour de fournir 5 l’industrie agricole des propriétaires et des Miniers en état de diriger avec intelligence la culture de
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- leur domaine et d’y appliquer les perfectionnements dus aux progrès de la science.
- Enfin, l’Institut agronomique de Versailles, création toute nouvelle, devait étudier par la théorie, par la pratique et par la comparaison avec les cultures étrangères, l’application des sciences à l’industrie agricole. Le système était complet et magnifique. On se mit à l’œuvre pour le réaliser, avec énergie et une certaine précipitation.
- On ne décrète pas une ferme-école comme une école ordinaire. Une école réussit partout, parce qu’on en a besoin partout. Pour qu’une ferme-école réussisse, il faut que Ie besoin soit réel, qu’il soit bien compris dans sa nature et sa portée par les fondateurs, et que les populations, de leur côté, arrivent elles-mêmes à se rendre un compte exact des services quelle peut leur rendre. Le nombre des fermes-écoles monta rapidement, de 21, qui existaient avant 18ô8, à 70, pour redescendre à Ù8, ùo, 3o et même 27. Tout ce qui n’était pas bien approprié aux besoins de la populo tion périt. 11 en aurait été de même de l’école régionale de la Saulsaie, mais transportée à Montpellier dans un milieu meilleur, où elle avait le double avantage de rencou trer des savants et de répondre à un besoin vivement senti» elle réussit aussitôt à merveille. L’Institut agronomique, donnait l’impulsion à toute cette université agricole et 1U1 fournissait des professeurs et des directeurs, fut supprlIllt par décret du 17 septembre 1862. Ce décret n est pus l’œuvre de l’Administration; il lui fut envoyé tout rédigé cabinet de l’Elysée. Ce fut un coup funeste porté aux p1 grès de l’agriculture.
- . . /. avec
- C’est surtout à partir de 187/1 qu’on s’est occupe
- ardeur de reconstituer l’enseignement. Quatre mesures p*
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- cipales y ont contribué : la régularisation, par voie de décisions administratives, des chaires départementales d’agriculture; la création, parla loi du 3o juillet 1875, des écoles pratiques; la reconstitution, par la loi du 9 août 1876, de l’Institut agronomique de Versailles, transféré à Paris dans les bâtiments du Conservatoire des arts et métiers; et enfin l’organisation définitive, par la loi du 16 juin 1879, d’un enseignement départemental plus complet et de l’enseignement communal. On remarquera que l’initiative privée a partout devancé l’intervention et les subventions de l’Etat; ces retards nous ont sans doute beaucoup Hui dans le passé; même à présent, ils nous réduisent à l’état de débutants dans une carrière où la plupart de nos concurrents sont des maîtres; d’un autre côté, la loi survenant pour consacrer des expériences déjà faites a dans tous ses détails un ensemble et une maturité de bon augure.
- L’Institut agronomique était très bien situé à Versailles. On avait annexé à l’établissement trois grandes fermes comprenant i,381 hectares de terre, Ô65 hectares de forêts, un potager, etc. Plus de 2 millions avaient été absorbés P°ur l’aménagement de ce domaine. Un caprice de maître a tout détruit. Le nouvel Institut est situé à Paris, dans une partie des bâtiments de ce Conservatoire des arts et mé-hers qui est pour l’industrie ce que la Sorbonne et le College de France sont pour la science théorique. Il trouve fWs ce voisinage l’avantage de profiter des magnifiques collections du Conservatoire et celui de recruter plus facilement le personnel du professorat. Il y perd le séjour au milieu d es champs, et c'est une perte difficile à compenser. °n a remédié autant que possible à cet inconvénient en
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- annexant à l’Institut agronomique un grand établissement de recherches et d’expérimentation créé à la ferme de Vin-cennes, et dont la proximité permet aux professeurs et aux élèves d’y faire de fréquentes excursions et d’y continuer les cours en présence des faits. Les élèves y sont exercés à l’étude et au maniement des machines et instruments agricoles, ainsi qu’à la pratique des principales opérations de la culture, de l’élevage et de l’entretien des bestiaux; ils Y sont initiés aux meilleures méthodes de recherches et d’observations. Ces exercices sont complétés par de fréquentes visites de fermes, de marchés de bestiaux, et par des excursions géologiques, botaniques et forestières.
- A la tête de l’Institut agronomique est un conseil de perfectionnement, dont le président est M. J.-B. Dumas, et qui compte parmi ses membres les Boussingault, les Pasteur, les Blanchard, les Peligot, les Duchartre. L’enseignement y est donné par 19 professeurs, 1 maître de conférences, 3 chefs.de travaux, th répétiteurs et 3 préparateurs-M. Boussingault est chargé de la haute direction des laboratoires de recherches. Les autres maîtres ont été également choisis dans les rangs les plus élevés de la science
- (l) Nomenclature (les cours professas à l’Institut agronomique en 1880 • M. Boussingault, de l’Institut, professeur chargé de la haute direction (jeS laboratoires de recherches; technologie agricole, M. Aimé Girard; zoologlC> M. Blanchard, de l’Institut; minéralogie, M. Adolphe Carnot; géologie, M-lesse, de l'Institut; horticulture, arboriculture et viticulture, M. Dubreuil;P^llJ nique et météorologie, M. Duclaux; chimie générale, M. Grimaux; génie rural> M. Hervé Mangon, de l’Institut; économie rurale, M. Lecouteux; lèginlatt°n droit agricole, M. Victor Lelranc; agriculture générale, M. Moll; chimie ana lytique, M. Peligot, de l'Institut; botanique, M. Prillieux; anatomie ctpl^J81 logie, M. Hegnard; agriculture comparée, M. Bisler (directeur de J lns^A agronomique) ; zootechnie, M. Sanson ; chimie appliquée à l’agricuhur M. Schlœsing; sylviculture, M. Tassy; mécanique, M. Tresca, de l’Inslihd-
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- Les moyens d’études, en laboratoires, instruments microscopiques, cabinets d’anatomie, étables et écuries d’expérimentation, bibliothèques, galeries d’instruments aratoires et de machines, sont prodigués avec une véritable munificence. Les élèves sont externes. Ils entrent à l’école à 8 heures et un quart du matin et en sortent à à heures du soir, sauf un intervalle d’une heure pour le déjeuner. Chaque année, quatre bourses de 1,000 francs, deux de 5oo francs et dix bourses consistant dans la remise de la rétribution scolaire sont mises au concours, par moitié, entre les élèves diplômés des écoles d’agriculture et les autres concurrents. La durée des études est de deux ans. Les élèves diplômés, qui en sont jugés dignes, sont admis à faire une année complémentaire. Les deux premiers élèves sortants obtiennent une bourse de voyage, pour une mission do trois ans, soit à l’étranger, soit en France. Enfin, chaque année, les élèves de l’Institut agronomique font une excur-S|on générale, sous la direction de leurs professeurs, dans une région intéressante de la France ou de l’étranger.
- Le nombre des élèves est de 80, dont 55 externes et 2b auditeurs libres. Les étrangers sont reçus comme les 11a-bonauxbl. L’Institut avait à peine deux années d’existence
- (1) Au premier concours, qui eut lieu en novembre 187G, 26 élèves furent a(laiis, dont 6 étrangers appartenant : 2 au Pérou, q à la Russie, 1 au Brésil
- 1 au. Mexique. 8 des nationaux étaient bacheliers ès sciences; 3 étaient à L fois bacheliers ès sciences et bacheliers ès lettres; 1 Russe était diplômé de ^ Eeole polytechnique de Riga.
- promotion d’octobre 1878 fut de 28 élèves, dont 6 étrangers appariant: 2 à la Roumanie, 1 à la Suisse, 1 à la Grèce, 1 à l’Espagne, 1 h ^'ba. 10 étaient bacheliers ès sciences; 3 étaient bacheliers ès sciences et ès Litres; i bachelier ès lettres seulement. Un des deux Roumains, M. Radianu, cLit professeur des sciences physiques à l’École d'agriculture de Bukarest.
- Ibuis la promotion de 1879, qui est de 3o élèves, on compte 5 étrangers :
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- au moment de l’Exposition; mais le directeur a pu en montrer les belles installations aux visiteurs étrangers.
- Au-dessous de l’Institut agronomique viennent les trois écoles nationales d’agriculture: Grignon (Seine-et-Oise), Grand-Jouan (Loire-Inférieure), Montpellier (Hérault), représentant l’enseignement secondaire, comme l’Institut agronomique représente l’enseignement supérieur. Ces écoles reçoivent des internes, des externes et des auditeurs libres. On y enseigne l’économie et la législation rurales, l’agriculture, la zootechnie, la chimie, la physique, le génie rural, la sylviculture, la botanique et le droit administratif^-
- Venons maintenant à ce qui constitue en quelque sorte l’enseignement primaire de l’agriculture. Cet enseignement se donne dans deux sortes d’établissements : les fermes-écoles et les écoles pratiques, qui sont d’un degré un peu plus élevé, quelque chose comme l’enseignement primait*6 supérieur.
- a viennent de l’Uruguay, 1 de la Grèce, 1 de la Roumanie, 1 de l’Égyp^’ ce dernier est docteur en médecine. Il y a 1 licencié en droit, 1 licencié ('s sciences physiques et a ingénieurs diplômés des arts et manufactures.
- SITUATION DES ECOLES NATIONALES D'AGRICULTURE EN 1879.
- ECOLES NATIONALES P'AGRICULTURE. DATE de LA FONDATION. NOMBRE D’ÉLKVBS. ÉTENDUE (les KX PI. OUATIONS, en k PERSONNEL. DTS ACCOn MATKI1IBI-. DES. totau.
- Grignon «897. 106 lipcta res. 990 frnnrs. 89,700 francs. 175.800 francs. 958,00°
- Graml-Jouan ,83o. /•I <j8 5i ,5oo 60,600 119,10°
- Montpellier 1876. 57 99 O C c— 1 h-jySoO 900,500
- Totaux 90A A10 186,900 388,700 570.600
- Aux 570,600 francs de crédits alloués pour les trois écoles régionales, faut ajouter a 1,600 francs, représentant 18 stages à i,aoo francs accordés à autant d’élèves sortis avec le diplème. Ces stages ont lien ( 1 des exploitations privées ou annexées à des établissements publics.
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- On connaît l’organisation des fermes-écoles. On sait qu’elles ont commencé par l’initiative privée, que peu à peu l’État intervint par des subventions et des inspections, que la loi de 1848 prescrivait la fondation d’une ferme-école dans chaque département, mais qu’il fallut en réduire considérablement le nombre, en présence de l’indifférence des populations ou de la disproportion entre l’enseignement et les besoins W.
- (1) Voici la nomenclature des fermes-écoles subsistantes en 1879, avec l’indication de la durée de l’enseignement, du nombre des apprentis ou élèves, et de la dépense :
- FE11MES-ÉCOI.ES. ANNEES D’KTUDES. EFFECTIF DBS APPRENTIS. DÉPENSES.
- Paillerols (Basses-Alpes) . . . 3 36 19,57of
- Bertliaml (Hautes-Alpes) ... 9 9 1 15,090
- Royal (Ariège) ... 3 A 7 a5,8Ao
- Besplas (Aude) . . . 3 9.6 1 5,Aoo
- Monlaurone (Bouches-du-Rhône).. . . ... 3 35 90,000
- Puilhoreau (Cdiarente-lnférieure).. . . ... 3 91 1 A,i 70
- Laumoy (Cher) ... 3 9 A 1.0,980
- Les Plaines (Corrèze) ... a 36 9 1,670
- La Villeneuve (Creuse) ... 9 *7 1.3,5 A 0
- La Valade (Dordogne) ... 3 3 a 18,690
- La Roche ( Doubs) ... 9 9.3 16,060
- Larivière (Gers) ... 9 3o 1 8,5oo
- Machorre (Gironde) ... 3 96 16,870
- Trois-Croix ( lllo-et-Vilaine) ... 9 3o 18,760
- Les liubaudières (Indre-et-Loire). . . ... 9 96 18,370
- La Rôtie (Isère) ... 9 39 90,090
- Nolhac (Haute-Loire). ... a 3o 17’7,r>0
- Montai (Lot) ... 9 3a 90,690
- Rccoulotles (Lozère) ... 9 90 15,a5o
- Grand-Reslo (Morbihan) ... 3 *7 11 ,pAo
- Saint-Michel (Nièvre) ... 9 9 S 19,310
- Saint-Gauthier (Orne) ... 9 9.3 16,660
- La Pilletière (Sarllie) ... 3 3 A 18,8.3o
- Montlouis ( Vienne) ... 9 i3 11,860
- Chavaignac (Haute-Vienne).. ... 3 3o 17,060
- Lahugevaux (Vosges) ... 9 99 1.0,390 1
- Tôt ai................................ A 69,860
- 1,1 Supprimer. — ll,) remplacée par Blanfroy.
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- En effet, grâce à l’action du Gode civil, le nombre des petits propriétaires cultivateurs s’accroît de plus en plus, aux dépens des journaliers. Les fds de ces petits cultivateurs ne sont pas assez riches pour aller aux écoles régionales; ils ne trouvent pas, dans les fermes-écoles, destinées surtout aux journaliers, une instruction suffisante pour leurs besoins. C’est pour eux que la loi du 3o juillet 1875 a institué les écoles pratiques, qui diffèrent seulement des fermes-écoles par un enseignement plus complet des mêmes matières. La pension des élèves y est un peu plus élevée, l’Etat accorde des bourses; il exige le concours des départements, qui, pour les fermes-écoles, est seulement facultatif
- Il y a maintenant k écoles pratiques en tout. C’est une institution qui commence et qu’il faudra juger par ses fruits.
- On peut considérer comme appartenant à l’enseignement primaire agricole quatre écoles spéciales, d’importance assez diverse : l’Ecole des bergers, fondée en 18(>9 au Haut-Tingry, annexée depuis 1872 à la bergerie de Rambouillet; celle-là est évidemment destinée, comme les fermes-écoles, à former des valets de ferme; elle coûte environ 10,000 francs par
- an. On y comptait 1 2 apprentis en 1879. L ’Eco le d’i
- (1) ÉOOI.F, S PRATIQUES EN 1879.
- I)(!I\KK NO Mil II K
- ORS KTUDRS. D’KLKVKS.
- Saint-Bon (Haute-Marne). . 2 2 S i5,o5o'
- Les Merchines (Meuse).. . . a a 3 1 a,o5o
- Sainl-Remy (Haute-Saône).. a Ha 15,050
- Total d< •s déncnsf's .. ôa,i5o
- Une quatrième école pratique a été fondée à la fin de 1870 dans le parlement de Meurthe-et-Moselle : l'école Mathieu de Domhasle.
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- gation et de drainage de Lézardeau (Finistère) forme plutôt des contremaîtres ou des conducteurs de travaux d’irrigation. La dépense est de 20,000 francs. Il y a environ 20 élèves, et l’Etat y entretient une douzaine de stagiaires.
- r
- L’Ecole d’horticulture de Versailles, installée en 1874 dans l’ancien potager du roi, a une contenance de plus de 9 hectares. L’enseignement y dure trois ans; il comprend l’arboriculture fruitière, la culture potagère, la floriculture, la botanique, l’architecture des jardins, des notions élémentaires de sciences appliquées, de français et de comptabilité. Le crédit alloué, pour 1879, était de 90,700 francs. Enfin l’Ecole d’arboriculture et de jardinage, fondée à Bastia en 1878, a pour but d’étudier et de faire fructifier les ressources spéciales de la région; c’est une entreprise privée dans laquelle, comme pour les fermes-écoles, l’Etat intervient par une inspection et une subvention. La subvention est de 5,700 francs. Total des crédits pour les k écoles spéciales : 126,000 francs.
- L’Etat subventionne aussi l’Institut agricole de Beauvais (5,ooo fr.), l’Institution agricole et industrielle de Lille (2,000 fr.), l’Institut agricole d’Ecully, Rhône (i5,ooo fr.), I Ecole d’horticulture .de Roanne (2,000 fr.), l’Ecole de Iro-niagerie de Cueilles, Cantal (3,000 fr.), celle de Cliarn-preaux, Jura (1,000 fr.). Total: 28,000 francs.
- Les écoles régionales, un certain nombre d’écoles pratiques et de fermes-écoles ont fait figurer à l’Exposition leurs programmes et quelques-uns de leurs produits. Mais le ministère de l’agriculture 11’a pu faire connaître l’enseignement départemental et communal, qui n’a été législati-venient organisé qu’à partir du 16 juin 1880. Il existait, °n 1878, un certain nombre de chaires départementales.
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- Fondées d’abord par les départements et les villes, puis régularisées et subventionnées par les ministères de l’instruction publique et de l’agriculture, qui consacrèrent chacun à cette dépense une somme annuelle de 1 00,000 fr., elles étaient, à l’époque de l’Exposition, au nombre de h i^-La loi du 16 juin 1880 rend obligatoire, dans un délai de six ans, l’établissement dans chaque département d’une chaire d’agriculture. Le professeur recevra un traitement de 3,ooo francs, payé par moitié par le ministre de l’agriculture et le ministre de l’instruction publique; le conseil départemental sera tenu de fournir, pour les frais de tournée, une somme variant de 1,000 à i,5oo francs. L’enseignement comprendra un cours régulier fait à l’école normale du département et un certain nombre de conférences nomades. Après un délai de trois ans, l’enseignement agricole figurera comme matière obligatoire pour les examens de sortie des élèves d’écoles normales. Après le môme délai, les conseils départementaux de l’instruction publique pourront rendre l’enseignement agricole obligatoire dans les écoles primaires.
- Les chaires départementales peuvent produire d’excellents résultats; elles sont d’ailleurs, en tout cas, sans incom
- (1) Anciennes chaires : Bordeaux, 1887; Toulouse et Resançon, i839’ Rodez, 18^1; Quimper, 1843; Rouen;départements de l’Oise, delà Sonune, des Côtes-du-Nord, 1872; delà Corse, 187/1. Ghaires fondées en 1875, à la suite de la circulaire du 17 octobre 187/1 •’ Yonne, Iiaule-Marne, Pyrénées Orientales, Mayenne, Cher, Rasses-Pyrénées, Maine, Vaucluse, Vienne, Seine et-Marne, Loiret, Haute-Vienne, Jura, Vendée, Côte-d’Or, Landes, Tarn-e^ Garonne, Haute-Saône, Aube, Isère, Savoie, Deux-Sèvres, Haules-Pyi’énees’ Nièvre, Loir-et-Cher, Sarthe, Ain, Vosges, Ariège, Loire, Tarn.
- Aucune chaire nouvelle n’a été créée depuis la loi du 1G juin 1879110a1^ 11 concours pour des chaires nouvelles ont lieu en ce moment (octobre novembre 1880).
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- vénients. Il n’en est pas absolument de même de l’intervention des instituteurs primaires dans l’enseignement agricole. La mesure est très bonne en elle-même; il y a des notions universellement admises parmi les savants et les cultivateurs instruits qu’il est nécessaire d’inculquer de bonne heure aux jeunes paysans. Rien n’est plus propre à les garantir de l’obéissance aveugle à la routine, qui n’est souvent que l’erreur passée en dogme. 11 faudra veiller avec soin à ce que cet enseignement se renferme dans l’incontestable; car si l’expérience du père était en désaccord avec la science ou la prétendue science du maître, l’autorité du maître et celle de la science pourraient y périr de compagnie.
- Grâce aces différentes créations, nous avons en France, dès à présent, a29 professeurs d’agriculture; 281, en y ajoutant les lu professeurs départementaux déjà existants et les 11 qui vont être institués à la suite des concours actuels. Il y en aura 817 quand toutes les prescriptions de la loi de 1879 seront remplies, et plus de 3o,ooo si l’on compte les instituteurs primaires. L’Institut agronomique peut être considéré comme l’école normale de cette université agricole; son conseil de perfectionnement, composé de savants et de praticiens illustres, peut être utilement consulté pour la direction des études dans les écoles régionales spéciales, fermes modèles, écoles normales d’instituteurs, écoles communales primaires. Il importera d’entretenir, par ün système d’avancement ou de récompense, un mouvement d’émulation qui suscite le zèle des maîtres, soit dans le sens des découvertes à foire, soit dans celui de la promulgation des découvertes déjà laites.
- Il faut rapprocher de cet enseignement régulier de divers
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- degrés celui des stations agronomiques qui est très précieux. Les stations agronomiques sont plutôt des laboratoires de recherches que des chaires proprement dites; mais quelques-unes, dirigées par des hommes de premier ordre, ont fait faire des progrès sérieux à l’agriculture. Des cours de chimie agricole institués en i85o, 1853, 1855 et 1856, à Caen, Bordeaux, Bennes et Nancy, par des professeurs de la faculté des sciences de chacune de ces villes, ne sont pas assimilables aux stations agronomiques, parce qu’il leur manque l’élément principal, à savoir, un champ d’expériences. Les conférences nomades fondées en 1882 par un professeur de Caen, M. Isidore Pierre, dans la Seine-Inférieure, et qu’il a peu à peu étendues à toute la France, et le cours de taille des arbres et d’arboriculture professé a Paris, au jardin du Luxembourg, par M. Dubreuil, y ressemblent davantage. C’est Lavoisier qui, dès 1780, installa dans un de ses domaines un laboratoire spécial avec champ d’expériences. M. Boussingault reprit cette idée, avec des ressources supérieures, en 1889. Il fonda à Bechelbronn (Haut-Rhin), sous le nom de ferme modèle, une exploitation abondamment pourvue de laboratoires et de champs d’expériences et d’essais. Sur ce modèle furent installées, en Angleterre, la ferme modèle de Botham-Stead (18AA), en
- Allemagne, celle de Moeckern (185 2), et successivement ph1'
- sieurs autres en Autriche, Italie, Suède, Norwège. M. Ceoi'g°b Ville fonda à Yincennes, en 1 8C0, une station agronomique où il expose avec un succès toujours croissant sa théorie tles engrais chimiques appropriés ù la nature de chaque plante-La station agronomique de Nancy remonte 18G8 ; IllcllS le mouvement ne s’accentua que dans les années de rccon stitution de toutes choses-(pii suivirent les grands désastieS
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- de 1871. En 1878, l’État subventionnait 20 stations agronomiques; il en subventionne aujourd’hui 129, en y comprenant la station agronomique de Montpellier, chargée d’étudier sur place les ravages du phylloxéra W. Il consacre annuellement à ce service une somme de 70,000 francs. Les conseils généraux, les associations agricoles, quelquefois même de grands agriculteurs, se chargent des principales dépenses. Ce chiffre de 70,000 francs est bien faible pour
- r
- une institution d’une importance capitale. L’Etat n’a dé-
- (1) STATIONS AGRONOMIQUES SUBVENTIONNEES EN 1879.
- Station de Nice (Alpes-Maritimes)............................... a,5oof
- Caen (Calvados)................................................... 1,760
- Laboratoire galactologique (Cantal)............................... 3,5oo
- Station de Bourges (Cher)......................................... 1,000
- Dijon (Côte-d’Or)............................................... a,000
- Chartres (Eure-et-Loir)........................................... i,5oo
- Lézardeau (Finistère)............................................. 1,000
- Morlaix (Finistère)............................................... 1,000
- Séricicole (Hérault)............................................. i6,5oo
- Bennes (llle-et-Vilaine)........................................ 1,000
- Châteauroux (Indre)............................................. a,000
- Viticole (Indre-et-Loire)......................................... a,3oo
- Nantes (Loire-Inférieure)........................................... 5oo
- Beauvais (Oise)................................................... 1,000
- Lille (Nord)..................................................... i,5oo
- Arras (Pas-de-Calais)........................................... a,000
- Béthune (Pas-de-Calais)............................................. 5oo
- Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).................................. 3,000
- Lyon (Bhône).................................................... 3,000
- Vincennes (Seine)................................................ 10,000
- Melun (Seine-et-Marne).......................................... a,000
- Crignon (Seine-et-Oise)........................................... 6,000
- Avignon (Vaucluse).............................................. a,000
- Limoges (Haute-Vienne).............................................. 5oo
- Auxerre (Yonne)................................................. a,000
- a fondé, depuis, quatre stations nouvelles : Amiens, Marseille, Greully, Une station spéciale pour l’étude du phylloxéra à Montpellier.
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- pensé en tout, pour l’enseignement agricole en 1879, en dehors des écoles spéciales (écoles vétérinaires, Ecole forestière, etc.), qu’environ 2 millions. Ce n’est pas sur les dépenses d’enseignement qu’il faut épargner. L’argent donné à la science et aux écoles rapporte plus que le centuple.
- L’agriculture possède encore des écoles spéciales d’un ordre supérieur, qui donnent accès à la carrière de garde général, inspecteur et conservateur des forets, à celle d’offi' cier et administrateur des haras, et à l’exercice de la médecine vétérinaire. L’Ecole forestière est située à Nancy h), celle des haras est annexée au haras du Pin®; il y a trois écoles vétérinaires : à Àlfort, Lyon et Toulouse, ayant chacune leur circonscription
- L’Administration centralise toutes les affaires relatives a 1’enseignement agricole, sous ses diverses formes et à ses
- (1) L’Ecole forestière de Nancy a été instituée en 182 h. On y est admis pal voie de concours, en produisant le diplôme de bachelier ès sciences. Le nombre des élèves ne dépasse pas s5 ou 3o. Les cours durent deux ans. Uscompren' nent la culture et l'a ménagement des forêts, l’histoire naturelle, les math(' rnatiques, les constructions et la jurisprudence. Les élèves sortant après avoU satisfait aux examens sont nommés gardes généraux des forêts.
- <s) L’École des haras a été organisée par un arrêté du 9 juillet 1879- heS candidats doivent présenter le diplôme de bachelier ès sciences et subir un examen d’admission portant sur l’a ri thmé tapie, l’algèbre, la géométrie, ^ physique, la chimie, la mécanique, l’histoire, la géographie, le dessin, h langue anglaise. L’enseignement dure deux années. Il comprend la science hippique, l’hygiène, la zoologie, l’anatomie et la physiologie animale, la P^ siologie végétale et la botanique fourragère, l'extérieur (les formes extérieur^ du cheval), la maréchalerie, la pathologie, l’agriculture, l'administration la comptabilité, l'équitation, l’attelage, le dressage, le pansage, la tenue écuries, des ell’els de sellerie, l’entretien des voilures, etc., la carrosseriee harnachement. L’examen de sortie comporte une thèse.
- w L’enseignement dans les écoles vétérinaires est de quatre ans. h c01) prend :
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- divers degrés, dans un bureau; on se demande pourquoi on n’a pas eu recours à un conseil supérieur. Il y a un conseil supérieur pour renseignement technique; il serait tout naturel qu’il y en eût un aussi pour l’enseignement agricole. H ne faudrait pas prendre pour modèle le conseil supérieur de l’instruction technique, qui semble avoir été constitué uniquement pour s’occuper de l’enseignement de second ordre. Gréé en 1870, réorganisé en 1879W, ce conseil est appelé à donner son avis sur toutes les questions pouvant intéresser l’enseignement technique, notamment sur les programmes et les méthodes à recommander, sur la répartition du crédit d’encouragement, sur les missions à donner à l’inspecteur, sur les propositions adressées par cet inspecteur au ministre et sur les récompenses qu’il pourrait convenir d’accorder. Il serait opportun d’étendre les attributions de ce conseil pour quelles pussent embrasser le Conservatoire, l’Ecole centrale, et de créer parallèlement an conseil d’agriculture qui ne serait étranger à aucune partie de l’enseignement agricole, depuis l’Institut agrono-
- i° La physique, la météorologie, la chimie, la botanique, la géologie, la cosmographie et des notions d’agriculture ;
- a0 La zoologie, l’anatomie, la physiologie, l’étude de la conformation extérieure;
- 3° L’hygiène et la zootechnie;
- La pathologie générale et spéciale, la thérapeutique médicale et chi-lucgicule, la pharmacie, des études de chimie expérimentale, les règles et le Oiunuel des opérations, la ferrure théorique et pratique;
- La police sanitaire, des notions de droit commercial et l’étude spéciale 'les lois relatives à la vente et à la garantie;
- 6° La médecine légale.
- A lu suite des examens de sortie, les élèves reçoivent le diplôme de vétérinaire.
- 4 ' Décrets du 19 mars 1870 et du 3 mars 1879.
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- inique et les écoles vétérinaires jusqu’à l’Ecole des bergers. Quand ces conseils devraient n’être que consultatifs, il est évident que le ministre aurait intérêt à recevoir les avis de savants et de praticiens qui ne seraient pas ses fonctionnaires. Le fonctionnaire incapable ou ignorant est difficilement remis dans la bonne voie par un ministre qui ne peut pas avoir toutes les compétences; et le fonctionnaire savant se transforme assez naturellement en fonctionnaire tout-puissant. Ce qui vaudrait infiniment mieux qu’un conseil d’enseignement technique d’un coté, un conseil d’enseignement agricole de l’autre, ce serait un conseil général embrassant tout l’ensemble de l’éducation dans toute la France et pouvant mettre de riiarmonie entre les diverses écoles et les divers programmes. Gela n’empêcherait pas chaque corps d’avoir son administration séparée, et même son con-seil composé d’hommes compétents pour les questions d’administration et de discipline. Il y a des relations entre les départements ministériels, qui gagnent à être discutées autrement que par un échange de lettres entre les bureaux-Ainsi l’administration de la marine, celle des travaux pu" blics, ont de grands intérêts engagés dans la manutentioU des forêts de l’État et des forêts privées; elles ne peuvent rester étrangères à la constitution et au progrès de l’Ecole torestière. La guerre a constamment besoin de l’adinims" tration des haras; les écoles vétérinaires lui fournissent' tout un corps d’officiers, et, de son côté, elle entretient des boursiers dans ces écoles. D’autre part, tout ce qui eS^ instruction a des rapports étroits avec cette partie considc rable de l’instruction publique, que dirige le ministre dc l’instruction publique. L’agriculture empruntera toujours < l’instruction publique la plupart de ses professeurs de chimie’
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- de physique, d’histoire naturelle. Les écoles vétérinaires, séparées administrativement des écoles de médecine, ont besoin à chaque instant de leur faire des emprunts, de s’appuyer sur elles. Les professeurs départementaux d’agriculture, quoique dépendant principalement du ministre de l’agriculture et du commerce, sont rétribués par moitié sur le budget de l’instruction publique. Ces professeurs font partie dès à présent du corps enseignant des écoles normales; les instituteurs primaires sont leurs auxiliaires pour l’enseignement de l’agriculture. On pourrait faire des réflexions analogues pour les écoles d’arts et métiers qui dépendent des travaux publics; pour les diverses écoles de la
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- guerre, en commençant par l’Ecole polytechnique, qui importe autant à la science générale et au génie civil qu’à la # /•
- science militaire et à l’artillerie; pour l’Ecole du génie ma-
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- ritime, pour l’Ecole navale. Tous ces enseignements ne peuvent être ni donnés ni dirigés par l’Université; il est raisonnable qu’ils soient dans la main de l’administration cjui les a institués et qui a plus particulièrement besoin de leurs services; mais il serait bon évidemment, on peut même dire qu’il est indispensable qu’il y ait quelque part l*n conseil où tout ce qui touche à la science et aux écoles aboutirait. L’analyse est excellente pour faciliter le travail humain , et la synthèse est nécessaire pour le diriger. Chaque maître s’occupera surtout de son école, et chaque chef d’in-dnstrie de son atelier ; mais les chefs suprêmes, 'k&wv xovfxrj-7opot, doivent être placés assez haut pour envisager d’un c°up d’œil l’atelier total où l’humanité applique la science l’école totale où elle la cherche. Le temps n’est plus où lu regard le plus perçant et l’activité la plus féconde n cuirassaient qu’une profession ou une province. Tout ce qui est
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- fait et tout ce qui est pensé, en tout lieu et à chaque minute, importe à tout ce qui agit et à tout ce qui pense,
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- M&r Dupanloup était très fier d’être un latiniste. H revendiquait, pour tous les membres du clergé, cette qualité de latiniste. «Nous sommes des latinistes; c’est, une chose que vous ne pouvez pas nous ôter, v disait-il un jour à la tribune. La gauche riait; il est probable qu’elle aurait ri bien davantage, si elle avait su que Msr Dupanloup considérait la possession du latin comme une force sociale considérable. Sans aller précisément jusqu’à adopter le fameux axiome qui a fait en partie la gloire de M. de Bonald sous la Restauration : ^ îioblejuge et combat, il regrettait fort les privilèges des nobles, et il comptait sur le latin pour les leur rendre indirectement, crVous n’avez plus l’exercice de vos anciens droits, disait-il aux classes dirigeantes; la Révolution vous les a enlevés; mais vous serez toujours les maîtres du pays, parce que vous savez le latin, n II donnait cette forme bizarre à sa pensée, pour la rendre plus frappante. Au fond, ce qu’il voulait dire, c’est que la grande culture intellectuelle dorme à celui qul en est pourvu non seulement la supériorité morale, mais la supériorité effective. C’est une opinion très juste : la science finit toujours par prévaloir. Reste à savoir si la langue latine est, comme le croyait fermement lVDr Dupanloup, en lat^ nisle qu’il était, le seul moyen, ou le moyen princip3 d’acquérir la grande culture intellectuelle. Beaucoup de pel sonnes aujourd’hui préfèrent la culture scientifique pr°pie ment dite. C’est un combat qui se livre ostensiblement dam les écoles, et plus sourdement dans le monde, entre le lemp
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- et l’espace; les uns voulant grandir l’esprit de l’homme par l’étude du passé, et les autres le fortifier par l’étude du présent. La sagesse est d’unir les deux méthodes et de savoir le latin, sans être précisément latiniste.
- Il est certain que la science des anciens n’était en grande partie qu’ignorance, et que, même dans des siècles très rapprochés de nous, on se donnait beaucoup de mal, pendant sa jeunesse, pour se remplir l’esprit d’une foule d’erreurs physiques et de préjugés métaphysiques. Il est certain aussi que, depuis la proclamation du glorieux précepte de Descartes : cc Ne rien admettre en sa créance, qu’on ne comprenne clairement et distinctement être vrai,u et depuis les progrès de la science expérimentale accomplis dans les deux derniers siècles, l’humanité est sortie du rêve pour entrer définitivement dans la possession de la réalité. Quand on se prend aujourd’hui à considérer toutes les vérités importantes accumulées par la chimie, la physique, l’astronomie, la géologie, la géographie, on se dit que, pour être véritablement, un homme, il faut connaître l’expression et comprendre la démonstration de toutes ces vérités désormais acquises, et que pour venir à bout de cette tache, dont 1 énormité s’accroît chaque jour par l’accession des découvertes nouvelles, c’est bien peu des quinze ou vingt ans que nous consacrons à faire notre éducation. D’un autre cêté, cette formule : le vrai, le beau, le bien, correspond à h'ois besoins et à trois facultés de notre âme; et encore bien ([ue l’on puisse démontrer l’identité des trois principes, celle des trois facultés et celle des trois aspirations, il importe de suivre la nature dans les divisions qu’elle a établies, cl de cultiver séparément, quoique simultanément, la raison, ^ sensibilité et la volonté. L’esprit moderne ne peut repro-
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- cher aux partisans exclusifs des études classiques que cette exclusivité même. Il pense que pour goûter ce qu’il y a de puissant et de ravissant dans les lettres grecques et latines, il n’est pas nécessaire de leur donner toute sa vie; et il a appris, par une heureuse expérience, que quand on pousse un peu loin l’étude de la science, elle échauffe, éclaire et grandit toutes les forces de l’âme humaine.
- De même que le spectacle des forces productives est plus attrayant et plus instructif que celui des richesses accumulées, et que l’étude de l’enseignement technique contient le secret du développement des forces productives, c’est la culture intellectuelle générale qui explique le progrès de l’enseignement technique. Elle est le dernier mot de tous les progrès.
- L’enseignement proprement dit comprend trois degrés : l’enseignement élémentaire, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Cette division se retrouve partout, parce quelle est fondée sur la nature des choses. Elle n’est nulle part plus précise que chez nous, à cause de la longue existence du monopole universitaire, qui avait des diplômes spéciaux et des autorisations distinctes et exclusives pour chaque ordre d’enseignement. Les corporations et maîtrises étaient abolies depuis plus de cinquante ans, que c’était encore, en France, une faute punissable par les tribunaux que d’enseigner le latin quand on n’était breveté que p°ul l’enseignement primaire. On avait adopté cette même division des trois degrés d’enseignement pour l’Exposition, °u ils formaient les classes G, 7 et 8.
- L’enseignement primaire occupait une grande place. Gelu s’explique: c’est renseignement de tout le monde, tandis que renseignement secondaire et l’enseignement supérieui
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- s’adressent qu’au petit nombre. Une autre raison encore, c’est que l’usage a prévalu jusqu’à présent d’englober dans renseignement primaire tout ce qui concerne l’enseignement des filles, contre-sens énorme, que nous nous obstinons à commettre, qui n’a plus lieu chez la plupart des peuples civilisés, et qu’une loi prochaine, provoquée par l’intelligente initiative de M. Camille Sée, va faire enfin disparaître de notre organisation pédagogique. Une troisième raison explique l’importance relative de l’instruction primaire dans la partie française de l’Exposition, c’est que, depuis l’avènement du suffrage universel, et surtout depuis la fondation de la République, nous avons répondu à une nécessité sociale de premier ordre en multipliant les moyens d’instruction pour le peuple.
- L’instruction primaire avait fait un pas décisif sous M. Guizot; elle en a fait un autre sous M. Duruy et sous les divers ministres de la République. Non seulement on a multiplié les écoles au point qu’il est permis de dire qu’il n’y a presque plus de village en France qui en soit dépourvu, mais on a transformé la situation des maîtres, obligés, au début, d’accepter les fonctions de secrétaire de mairie et de sacristain, et qui.maintenant, en se bornant à faire leur classe, obtiennent une rémunération qui suffit pour assurer leur bien-être et leur dignité. On a aussi construit un grand Nombre de maisons d’école, fondé des écoles normales dans les départements qui en étaient dépourvus, créé presque de toutes pièces l’enseignement primaire des filles Sllr un pied d’égalité avec celui des garçons, développé dans un très grand nombre de communes l’enseignement des adultes, placé des adjoints dans les écoles trop nombreuses, multiplié les congrès et les conférences pédago-
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- giques et les bibliothèques scolaires. Le budget de l’instruction primaire, qui était de 1 million en 1833, de 1,600,000 francs en 1835^1, de 5,5oo,ooo francs en 1852 ^1, s’élève aujourd’hui à 33,764,813 francs pour la part de l’Etat^. Les subventions des départements et des villes, sans compter les contributions des familles, permettent de dire que les dépenses de l’instruction primaire s’élèvent maintenant, en France, à 5o millions. Elles étaient de 1 million en 1833.
- On répète assez volontiers que l’instruction secondaire et l’instruction supérieure étaient restées stationnaires depuis la fondation de l’Université, en 1808. Gela est exagéré et injuste. On n’a pas besoin de dénigrer ainsi le passé pour faire valoir le présent. L’Université a été assez peu mêlée a nos agitations politiques; elle y a été mêlée cependant: quelle institution y a échappé? Elle a été trois fois en suspicion depuis son origine : au commencement et à la fin de la Restauration, au commencement du second empire. Ue Gouvernement lui reprochait, aces trois époques, d’être trop libérale, ce qui voulait dire, pour la Restauration, qaelle
- (1) 4,6oo,ooo francs, en comptant les 3 millions de centimes additionnel qui devaient être votés par les conseils généraux pour les dépenses cio 1 in slruetion primaire, en vertu de la loi du 28 juin 1833.
- (2) 10,297,860 francs, en comptant le produit des centimes additionné®’ évalués à 4,797,860 francs. Ce budget élevé avait pour cause une forte s vention aux communes pour les maisons d’école. La contribution de I Eta réduite, en i853, de 3,58o,ooo francs et tomba à 1,920,000. En revan
- les centimes additionnels pour 1853 s’élevèrent à 5,980,000 francs, en aug mentalion de 1,182,i4o francs sur l’année 1802.
- (3) Si l’on compte les centimes additionels, évalués à 14,453,020 pour 1881, et les produits spéciaux des écoles normales primaires (900,000 le budget de l’instruction primaire, qui était de 1 million en i833, se,<1’ 1881, de 49,097,8.33 francs.
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- était opposée à l’esprit clérical, et, pour le second empire, qu’elle était opposée à l’esprit d’absolutisme. A aucune de ces trois époques, elle ne fut abandonnée ou diminuée; elle fut plutôt asservie. Ainsi, par exemple, la Restauration introduisit les prêtres dans la direction de l’enseignement, et le second empire y introduisit les préfets. Ces deux mesures donnent le caractère de toutes les autres. Mais à l’exception du coup qui frappa, en 1828, l’Ecole normale, coupable d’avoir formé Cousin, Augustin Thierry, Jouflroy et Michelet, et de l’étrange proscription infligée à la philosophie en 18 5 2 par M. Hippolyte Fortoul, aucune atteinte 11e fut portée à l’existence et à la prospérité des institutions. Il suffirait presque, pour le prouver, de rappeler que l’Université eut constamment à sa tête, dans la commission d’instruction publique , et plus tard dans le conseil royal, des hommes tels que Royer-Collard, Georges Cuvier, Guizot, Cousin, Villemain, ie baron Thénard, Poinsot, Saint-Marc Girardin, Nisard. Le conseil surveillait avec un soin infini, qu’on ne retrouverait au même degré dans aucune autre administration de ÏEtat, tous les détails du personnel, du matériel, de l’enseignement. II est difficile à ceux qui n’ont pas fait partie de 1 Université de se faire une idée de ce gouvernement attentif, parfois un peu despotique, toujours passionné pour la dignité du corps et les progrès de l’instruction. C’était de sa part l|ne lutte incessante contre les attaques du parti ultramon-f'Uu et contre les aspirations de tant de professeurs, dont grand nombre étaient des écrivains qui avaient marché avec leur siècle, qui voulaient plus de liberté pour l’Univer-Sl*é et pour la société, et qui, journellement calomniés, avaient grand’peine à ne pas répondre. Le calme, la sagesse, Esprit libéral, furent maintenus dans le corps, ce qui est
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- presque une merveille. Quant aux progrès, il serait facile de les constater en énumérant le nombre des lycées créés, celui des facultés, et dans les lycées et les facultés, le nombre des chaires nouvelles; en comparant les programmes aux diverses époques. On verrait notamment ce qu’était l’enseignement de l’histoire au commencement delà Restauration, et ce qu’il était devenu sous le règne de Louis-Philippe. H en était de meme pour les mathématiques, la physique, la chimie, et toutes les branches de l’enseignement scientifique. Ceux qui ont vu l’École normale en 18 3 a, reléguée dans un coin du collège Louis-le-Grand, sans livres, sans collections, sans laboratoires, et qui visitent aujourd’hui les magnifiques bâtiments de la rue d’Ulm, la bibliothèque de 5o,ooo volumes, les installations de M. Pasteur, de M. Sainte-Claire Deville, le beau cabinet de physique, peuvent affirmer que le Gouvernement de juillet n’est pas resté inactif Il y a eu des ministères véritablement glorieux; tout Ie monde évoque les noms de MM. Guizot, Villemain, Cousin, de Salvandy.
- Cependant il faut bien l’avouer: on s’occupait avec succès de maintenir et d’améliorer; on ne songeait pas à réfoi' mer. Cela se comprend, du reste, avec le monopole universitaire. L’Université n’était pas libre, et elle ne permettait pas d’être libre. Ce grand corps se mouvait lentement, et s’en faisait gloire. Il n’y a de vivifiant que la liberté le voisinage de la liberté.
- Le monopole universitaire a péri, en quelque sorte, pal morceaux.
- 1 l’gll-
- Le monopole de l’enseignement primaire et celui de seignement secondaire disparurent en 18/18. A propre* parler, c’est la loi de i85o qui les supprima définitivemen
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- mais les projets de loi déposés par M. Carnot, et qui eurent pour rapporteurs MM. Barthélemy Saint-Hilaire et Jules Simon, consacraient déjà la liberté pour les écoles primaires et les collèges. Il est assez curieux que ni le Gouvernement ni aucun membre de l’Assemblée constituante ne proposèrent la liberté de l’enseignement supérieur. Les ministres républicains, MM. Carnot, Vaulabelle, Freslon, n’y songèrent pas, soit qu’ils n’en vissent pas la nécessité, ou que le moment ne leur parût pas opportun. Il en tut de même de MM. de Falloux et de Parieu qui dirigèrent ensuite le ministère de l’instruction publique. Peut-être le droit qu’on avait très largement sous la seconde République d’ouvrir des clubs et de faire des conférences contribua-t-il à détourner l’attention des républicains. Ils étaient d’ailleurs satisfaits de l’esprit de l’enseignement supérieur dans l’Université. La fermeture des cours de MM. Quinet et Michelet, qui aurait pu les avertir, n’eut lieu qu’en 1 851. Il y a lieu d’être plus surpris que le clergé n’ait pas obtenu les modifications dans le mode de collation des grades, dont il fit plus tard son alfaire principale. Il faut se rappeler que la seconde République ne dura pas quatre ans, et que les luttes sociales et politiques furent continuelles. Quant à l’empire, on ne pouvait pas attendre de lui un accroissement de liberté; il faut lui savoir gré de n’ètre pas devenu à l’ancien monopole, qui était une fondation essentiellement napoléonienne, revendiquée alors, et depuis, comme un des titres de l’empereur à la reconnaissance du pays. 11 ne supprima pas la liberté dans les deux ordres (1 enseignement primaire et secondaire; mais il en rendit 1 exercice dillicile et précaire, par la façon dont il composa les divers conseils d’instruction publique. Un ministre,
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- M. Rouland, se montra bienveillant pour les personnes ; un autre, M. Duruy, passionné pour le développement de l’instruction publique, signala son administration par de nombreuses créations. On lui doit, entre autres innovations heureuses, une transformation longtemps attendue de renseignement des filles, l’enseignement secondaire spécial et l’École des hautes études. L’enseignement secondaire spécial porte un titre bizarre. Les écoles instituées sous ce nom ne sont pas, comme on l’imagine à tort, destinées à enseigner uniquement les sciences : on y donne, comme dans les collèges classiques, une éducation très générale, une instruction très littéraire. Seulement, on en a retiré le grec et le latin, ou du moins le latin n’y est plus qu’un enseignement facultatif; et la place ainsi devenue vacante dans les programmes et le temps des élèves est occupée par des études spéciales. 11 est bien clair que si l’on avait supprime les anciens collèges pour les remplacer par les nouvelles écoles, l’enseignement littéraire aurait subi un rude échec» mais cet enseignement resta tout entier avec le intune nombre d’établissements. If enseignement spécial s’ajouta a l’enseignement classique, sans le remplacer ni le diminue1, et dans ces conditions on doit le considérer comme un progrès. Son existence à coté des anciens collèges permet même de donner à ceux-ci un caractère plus élevé. Les la milles ont le choix; et on n’impose plus, comme autrefois» à tous les enfants, quelles que soient leur capacité etleui f°i tune, un programme inexorablement uniforme. La créatioi de l’enseignement spécial, si tardive chez nous, remonte» en Allemagne, aux premières années du .siècle.
- Il fallut vingt-cinq ans, un quart de siècle, potü 1 la liberté de l’enseignement supérieur s’ajoutât à la 1
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- de renseignement primaire et de l’enseignement secondaire. C'est à partir de la liberté complète d’enseignement que les Chambres ont compris la nécessité de donner de l’argent, et que l’Université est entrée dans la voie des réformes. Qu’on se rappelle les cris de colère excités par le premier ministre de l’instruction publique sous la troisième République : une première fois lorsqu’il s’éleva, dans une circulaire , contre l’enseignement trop exclusivement classique et les méthodes trop exclusivement passives de nos lycées, une seconde fois quand il démontra qu’aucun de nos grands établissements supérieurs n’était pourvu des livres, des instruments, des laboratoires, des ressources pécuniaires et du personnel indispensables. Deux ans après ce double effort, ce qui avait paru si téméraire était déclaré insuffisant. La nécessité de doter largement les écoles s’était lait jour dans tous les esprits. Les crédits demandés, en 1870, pour les services de l’instruction publique proprement dite, s’élevaientà 2/1,283,321 francs, ou à 35,1*29,821, en comptant les 10,8/16,000 francs de dépenses d’instruction primaire imputables sur ressources spéciales. La demande, pour les mêmes services, en 1880, s’élevaità 56,8/12,896, budget ordinaire; à i5,oi 1,3 20, budget des ressources spéciales; soit 71,85/1,216. En dix ans, la dépense était plus (pie doublée. L’augmentation continue, puisque nous avons, pour 1881 : budget ordinaire, 63,977,626; budget sur ressources spéciales, 15,353,020; total 79,330,6/16, ce qui bût un accroissement nouveau de plus de 7 millions. En uième temps que les pouvoirs publics entraient avec cette générosité dans la voie des augmentations de crédit, le coutil supérieur, sous l'impulsion de M. Ferry, s’empressait voter toutes les réformes qui avaient été demandées
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- en 1872. Les écoles, un peu arriérées en France, faisaient un énergique effort pour se remettre à leur place, c’est-à-dire en tête du mouvement.
- La ville de Paris a été surtout remarquée dans la classe 6 pour la création d’écoles nouvelles et les nombreuses améliorations introduites dans ses méthodes et son matériel. Le jury a accordé un grand prix à M. Gréard, membre de l’Institut, qui est aujourd’hui vice-recteur de l’Académie de Paris, et qui, en 1878, dirigeait encore le service de l’instruction primaire à Paris et dans le département de la Seine. On peut dire qu’il l’a créé. A l’époque où il en prit la direction, un grand nombre d’enfants ne pouvaient trouver place dans les asiles et dans les écoles; il fallait s’y prendre à l’avance pour obtenir son inscription, et attendre son tour. On a longtemps caché cela. Je me souviens qu’étant député de la Seine, je présentai une fois un enfant dans une école qu’on m’avait signalée comme insufli' saute pour les besoins du quartier. On me répondit qu’on ne pouvait le recevoir, parce qu’il n’était pas vêtu. Je le f]S babiller, et on lut alors contraint d’avouer qu’on refusait des enfants pour défaut de place. L’Administration, qul manquait de ressources et non de bonne volonté, aurait dn au contraire afficher son impuissance : c’était le seul moyen de la faire cesser. M. Gréard est entré dans cette voie, en publiant chaque année un tableau exact du nombre dm scrits et du nombre de places.
- Le dernier recensement publié depuis l’Exposition don nait les résultats suivants. Le ier mai 1879, la popnla lion totale de Paris étant de 1,818,710 habitants, eelle des enfants de 2 à G ans (c’est-à-dire des enfants p°u vaut fréquenter les salles d’asile) étant de io5,33i> 1 j
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- avait i3,5o4 asiles, publics ou libres, fréquentés par 97,291 enfants; la population de 6 à i4 ans (c’est-à-dire le nombre des enfants en âge de fréquenter l’école primaire) était de 186,693. Il y avait 135 écoles publiques de garçons, i38 écoles publiques de filles, soit 273 écoles publiques; 277 écoles libres de garçons, 779 écoles libres de filles, soit i,o56; total des écoles publiques et libres,
- I, 329. Voici quelle était la fréquentation : pour les écoles publiques, garçons 47,260, filles 43,6o5; ensemble, pour les écoles publiques, 90,865; pour les écoles libres, garçons 22,973, filles Û3,517; ensemble, pour les écoles privées, 66,4 3 0. Le total des enfants de 6 à i4 ans, de l’un et l’autre sexe, étant de 183,643, et le total des élèves de i57,355, il restait 26,338 enfants qui ne fréquentaient pas les écoles primaires. Ce chiffre, au premier abord, semble très considérable, puisqu’il est le septième de l’effectif. Mais il y a lieu de retrancher : i° 11,167 enfants de 6 à 14 ans, inscrits dans les écoles supérieures ou dans les lycées ou collèges; 20 les enfants instruits dans la famille, et formant, à raison de 2 p. 0/0 de l’effectif général, un chiffre de 3,5oo.
- II, 1 47 et 3,5oo font 14,647, qui, retranchés de 2 6,338, ne laissent qu’un reliquat de 11,691, dont il faut encore déduire les infirmes. Il n’y avait donc à Paris que 6,000 ou 7,000 enfants privés d’instruction, sur i84,ooo en chiffres ronds. C’était assurément beaucoup trop; mais ce chiffre était rassurant, quand on se reportait aux époques précédentes, et qu’on pouvait constater combien la progres-siori avait été rapide. Tant que nous 11’aurons pas de loi sur instruction obligatoire, il y aura toujours en dehors des écoles les enfants abandonnés, et les enfants de parents indignes. Ce que l’on doit faire, c’est d’établir la gratuité (elle
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- est entière à Paris), et de proportionner le nombre de places aux besoins de la population. En 1875, cette équation entre le nombre de places et le chiffre de la population n’était pas encore atteinte, mais on s’en rapprochait de plus en plus. La statistique publiée en 1879 donne, nombre d’inscrits (garçons, filles; écoles, salles d’asile) : 1 2 3,102 ; nombre de places : 11 6,775 ; déficit 6,327.Mais on peut considérer que le nombre des places est égal, ou même supérieur au nombre des inscrits, par suite de la création des écoles libres congréganistes fondées depuis dix-huit mois à mesure de la suppression des écoles communales congréganistes.
- Parmi les améliorations introduites dans les écoles de Paris, il faut compter au premier rang l’élévation du salaire des maîtres, qui est aujourd’hui plus en rapport avec la dignité et la difficulté de leurs fonctions. Le traitement d’un instituteur communal à Paris peut s’élever à /i,ooo francs, avec le logement. Dans le corps de l'inspection, le personnel a été accru, les traitements ont été améliorés. Le Musee pédagogique, créé eu 1873 sous mon administration, pulS abandonné après le 2/1 mai, a été rétabli, et permettra de mesurer les perfectionnements introduits dans le mobihel scolaire. Enfin, à l’école supérieure Turgot, située rue de Turbigo, 69, qui a été autrefois fondée par M. Pompée et qui est devenue, sous l’habile direction de M. Marguerm» une véritable école modèle, on a ajouté successivement l’école Lavoisier, rue Denlert-llochcreau, 1 9 ; l’école Colbert? rue de Cbâteau-Landon, 27, et l’école J.-B. Say, rue dAu teuil, 11 bis.
- H y a longtemps que les amis de l’instruction populan^ réclament la création d’une école supérieure de garçons
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- d’uue école supérieure de filles par arrondissement : cela ne ferait pas moins de ko écoles; mais M. Gréard et M. Mar-guerin ont fait le plus difficile en créant des types à peu près parfaits. Il ne s’agit plus que d’argent. On ose dire que ce n’est rien.
- Le conseil municipal de Paris 11e marchande pas l’argent à l’instruction primaire. Voici la liste à peu près complète
- de ses dépenses :
- Asiles................................... i,538,900f
- Ecoles primaires............................. 7,900^00
- Classes d’adultes........................ 365,600
- Ecoles d’appren lis...................... 7 5, A o o
- Ecoles de dessin et de chant.................. 762,900
- Collège municipal Chaptal................... i,t35,ooo
- / Turgot.................... 198,000
- / , . 1 Colbert.............. 133,200
- Ecoles supérieures< . .
- i Lavoisier................. ioo,Aoo
- [ J.-B. Say................. 190,^00
- Dépenses diverses (mobilier, entretien, etc.). 1,369,AA 1
- Total.................. i3,792,6Ai
- On peut retrancher de cette somme les recettes de Chaptal.......................... 1,227,70of
- Celles des écoles supérieures................... 687,200
- Celles de l’école d’apprentis de la rue Tour-
- nelorl........................................ 2,000
- Total..................... 1,766,900
- 11 reste un budget, pour la ville de Paris, supérieur à celui de bien des États.
- Il ne sera pas sans intérêt de mesurer la progression des dépenses que s’impose la ville de Paris pour rinstruclion primaire.
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- Paris a dépensé :
- En 1816............................... 62,200*
- i83o.............................. 116,600
- 183 i............................. 160,3io
- 1832................................... 180,980
- i837................................... 587,886 W
- 1860 (année de l’annexion)........ i,257,363^
- 1866................................. 2,677,207
- 1866................................. 3,925,026
- 1872................................. 6,o39,663
- i875................................. 6,865,782
- 1880................................ 16,692,661
- L’administration de l’enseignement primaire à Paris et le conseil municipal se souviennent de cette sage maxime souvent mise en oubli par les pouvoirs publics, que l’Etat doit l’enseignement primaire à tous les citoyens, et l’enseignement secondaire à tous ceux qui sont capables d’en pi'0' liter et qui le prouvent par le concours. En conséquence, le conseil municipal accorde au concours, en 1880, leS bourses suivantes (tant d’internes que d’externes) :
- municipal Chaptal i3o
- Turgot 109
- Colberl ?'•
- Lavoisier 76
- J.-B. Say 6'*
- En outre , il entretient l’école normale des instituteurs et (l) Y compris 80,807 francs pour les salles d’asile devenues établi^ee16"^
- communaux.
- • cede
- (,) Le budget porte 2,257,363 lianes; mais nous défalquons, P011* ,
- année et les suivantes, les recettes de Chaptal, etc., montant 6 i,257,d
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- l’école normale des institutrices, où les places sont gratuites. La dépense est de a,o86,ù53 fr. 10 cent., sans aucune subvention de l’Etat.
- L’école normale des instituteurs est établie à Auteuii, rue d’Auteuii, 11 bis. Elle a été fondée en 1873 sous mon ministère. L’école des institutrices est dans le xviic arrondissement (boulevard des Batignolles, 56). Elle a été fondée par M. Bardoux.
- 11 y a à l’école des instituteurs ùo bourses départementales et 1 bourse de l’Etat, données au concours, soit, pour les trois promotions, 123 bourses ou is3 élèves; 25 bourses annuelles, toutes départementales, à l’école d’institutrices; total, pour les trois promotions, 75 élèves.
- Pourquoi le conseil municipal ne compléterait-il pas la mesure en fondant des bourses pour les lycées, qui seraient mises chaque année au concours dans les écoles primaires? J’avais pris, en 1871, l’initiative de cette réforme. Des bourses pour les lycées et un nombre égal de bourses à l’école supérieure de filles lurent mises alors au concours entre les élèves des écoles primaires de Paris. C’était un retour au principe posé par Condorcet dans son rapport sur l’instruction publique , et adopté par l’Assemblée législative. Condorcet avait proposé que tous les entants qui se seraient distingués dans un degré inférieur d’instruction fussent appelés à parcourir le degré supérieur, et entretenus aux dépens du trésor national sous le nom {Yélèves de la patrie. •1,85o enfants recevraient une somme suffisante pour leur entretien; 1,000 suivraient l’instruction des instituts (les lycées et les collèges actuels) ; 600 celle des lycées (les lycées de Condorcet correspondent à nos facultés), et d autres élèves de la patrie, au nombre de 2,000, d’une capacité dislin-
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- guée, quoique moins élevée, recevraient du trésor public leur apprentissage dans les arts d’une utilité générale. L’instruction, dans ce système, était donnée à la capacité. Celui qui l’obtenait avait commencé par la mériter. Napoléon Ier aima mieux se charger de donner les bourses comme récompenses aux familles qui l’avaient bien servi. On peut s’étonner que la réforme de cette décision impériale n’ait été faite qu’en 1871, qu’elle ait été abandonnée après le 24 mai, et qu’on tarde encore à y revenir. Les bourses données à la faveur ont à peine une raison d’être; données au concours, elles deviennent une institution vraiment et sagement démocratique.
- 11 reste à signaler un progrès qui n’existait pas à l’époque de l’Exposition, mais dont l’Exposition a démontré la nécessité : c’est la fondation d’écoles spéciales de dessin.
- 11 existe à présent à Paris 4q classes de dessin pour les hommes.
- 11 11’y a point de classes communales pour les femmes; mais on a établi pour elles 20 classes libres subventionnées par la Ville à la condition de recevoir gratuitement un certain nombre d’élèves désignées par les mairies d’arrondissement.
- Aux /19 classes de dessin pour les hommes, il convient d’ajouter 6 cours libres subventionnés dans les mêmes conditions que les 20 écoles de femmes.
- Pour les enfants des écoles primaires, renseignement du dessin, devenu obligatoire, est donné de la façon suivante-dans chaque école de garçons, il existe un cours et unpr0' lesseur. Pour les filles, elles sont réunies par groupes tous les jeudis dans des écoles dites écoles centrales, qui sont au jourd’hui au nombre de l\h. Cette leçon du jeudi esl eVi
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- demment insuffisante, cette inégalité entre les deux sexes est choquante et injustifiable. Les femmes réussissent parfaitement dans les arts du dessin. La gravure sur bois, la peinture sur porcelaine, la décoration des éventails, des écrans, etc., sont des professions qu’il importe de leur ouvrir. Les écoles centrales du jeudi ne sont qu’un commencement, un début, et ne peuvent être acceptées qu’à ce titre.
- Pendant qu’on s’occupait, avec un succès croissant, à développer l’enseignement primaire, on faisait bien peu, on ne faisait rien pour l’enseignement secondaire. M. de La-prade, M. Ferneuil, M. Glavel, M. Deltour, M. Michel Bréal et moi-même, nous avions démontré, à des points de vue très divers, la nécessité, l’urgence des réformes. Le personnel était, de tous points, excellent; mais il était insuffisant. Il se sentait un peu délaissé, et il en souffrait avec raison. L’extrême modicité de ses traitements l’obligeait à chercher des ressources, soit dans les leçons particulières, soit dans des travaux d’un autre ordre; l’avancement était rare, les situations mal garanties; en un mot, il y avait, de ce côté, beaucoup de mérite et beaucoup de souffrances. Les méthodes surannées qu’on imposait aux professeurs nuisaient au progrès des études, en même temps que les programmes d’admission aux écoles ne cessaient de surcharger les maîtres et les élèves. Les années d’études avaient cessé d’être une éducation pour devenir une préparation. On avait à peine le temps de faire un candidat; il 11e fallait plus songei' à faire un homme. L éducation physique n’existait pas. Il n’y avait ni gymnastique, ni exercices militaires, ni escrime, ni équitation; l’hygiène même était négligée. O11 entassait la population toujours croissante des lycées dans
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- de vieux couvents, où manquaient l’air, le jour, l’espace surtout. M. de Laprade, avec une hyperbole de poète, appelait cela Yéducation homicide. Enfin, après de longs efforts et de véritables tempêtes, la nécessité d’une réforme générale s’imposa. Les pouvoirs publics consentirent à donner de l’argent, non pas, comme pour l’instruction primaire, d’une main généreuse; mais enfin, on put bâtir quelques lycées, en améliorer plusieurs autres. L’Université elle-même demanda à grands cris des réformes, et l’Administration s’est mise résolument à l’œuvre pour les opérer.
- L’Exposition de 1878 est venue à la veille de cette transformation. Il aurait mieux valu pour l’Université que ce grand congrès du travail et de la pensée eût lieu quatre ans plus tard : elle aurait recueilli l’honneur de ses nouvelles réformes, et elle aurait eu l’occasion de les faire apprécier et discuter. Nous avons pu montrer, en 1878, une instruction primaire et une instruction supérieure en grande voie de progrès; mais l’instruction secondaire, telle que nous l’avons fait connaître alors, n’existe déjà plus.
- Les pays qui ont pris la plus grande part, avec la France, à l’exposition des classes 6, 7 et 8, sont l’Amérique, la Belgique, la Suisse, l’Angleterre. On exposait des maisons, des mobiliers scolaires, des instruments d’étude, des livres, des travaux d’élèves, des programmes et des notices. On avait beaucoup remarqué les maisons pour écoles primaires, à Paris, en 1867, et à Philadelphie. En 1878, les app1'0" priations ont été encore améliorées au point de vue de l’espace, de la surveillance, du chauffage et de la ventilai1011’ de la lumière. La plupart des exposants ne présentaient que des plans ou des albums contenant la description de maisons plus ou moins spacieuses, destinées à des écoles*
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- purement élémentaires ou à des écoles supérieures. L’album de M. Pompée a retrouvé son succès de 1867. M. Stanislas Ferrand avait construit sa maison avec une disposition de fenêtres un peu compliquée, mais très ingénieuse, pour distribuer la lumière dans les meilleures conditions de l’optique. Très peu d’écoles secondaires avaient envoyé le modèle de leurs bâtiments; l’attention des architectes ne s’était pas non plus portée de ce coté; on doit le regretter dans un pays comme la France, où le système de l’internat est encore très répandu. Des établissements tels que le lycée de Caen ou celui de Versailles, ouïe petit lycée de Vanves, se seraient fait beaucoup d’honneur en exposant des plans en relief de leurs bâtiments et de leurs jardins. M. Hirsch avait envoyé un modèle en plâtre de la nouvelle faculté de médecine de Lyon (faculté de l’Etat), qui a eu un succès très mérité.
- On n’expose guère de mobiliers d’écoles que pour les écoles primaires; la plupart des tables, sièges, chaires, tableaux, ardoises, employés dans les écoles primaires, peuvent l’être aussi avec de légères modifications dans l’enseignement secondaire. Il y a tout un art d’isoler les élèves et pourtant de les rassembler sous l’œil du maître; de donner aux sièges et aux tables le degré d’élévation et d’écartement qui protège le mieux l’enfant contre les déviations de la taille eu la compression de la poitrine; de faciliter les mouvements pour l’entrée et la sortie; de placer les tableaux et les modèles dans la meilleure lumière et à l’endroit même °ù ils sont le mieux aperçus par toute la classe; de fournir à chaque élève le moyen de ranger ses papiers et ses livres s<nis occuper trop d’espace. L’aménagement de la cour de récréation 11e demande pas moins de soins : c’est là qu’on
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- dispose les appareils de gymnastique. La disposition des dortoirs dans les internats a aussi une importance capitale. Il faut être un peu du métier pour se rendre compte de la valeur de tous ces détails.
- La compétence est encore bien plus nécessaire pour apprécier les travaux d’élèves; car il s’agit ici, non de la valeur absolue de la page d’écriture ou du dessin qu’on a sous les yeux, mais de la valeur qu’ils peuvent avoir relati-
- vement à l’âge de l’élève, à la durée de ses études, aux instruments de travail qui lui sont fournis. Les recueils de devoirs que l’on publie n’ont pas de signification connue modèles; ce sont des éléments de comparaison très intéressants entre les pays, les classes sociales, les sexes, les méthodes. On n’exposait pas seulement des devoirs écrits; il y avait des collections d’histoire naturelle, des prépara-
- tions de diverses sortes, des cartes, des plans, des dessins, des modelages. Pour tout cela encore, l’enseignement secondaire s’était partout effacé, sans qu’il soit possible den assigner une raison valable. L’exposition des lycées et collèges, s’ils avaient jugé à propos d’en faire une, aurait ete moins imparfaite, d’un ordre plus élevé; elle aurait présente plus de variété. L’instruction secondaire, très en vue aujourd’hui, grâce aux décrets sur les congrégations non autorisées, n’était pas encore à la mode en 1878. H y avait un nombre considérable de livres pour ou contre l’enseigne ment secondaire tel qu’il est donné ou plutôt tel qui! ^alt donné dans l’Université; mais <iue voit-on d’un livre dans une vitrine? La couverture, le litre par conséquent : ce> en vérité peu de chose. On ne peut le donner à manier à tout venant. Il faudrait, dans toutes ces salles, un guide instiuit» un conférencier comme 011 dit aujourd’hui, un dérnonstiu
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- teur comme on aurait dit il y a cent ans, qui, à certaines heures, donnerait la raison et l’explication de tout ce que l’on voit. Tant qu’on ne fera pas cela, les expositions de l’enseignement seront à peine intelligibles, même pour les maîtres. Quand le rapporteur n’est pas de premier ordre ou quand il fait son rapport négligemment, le plus grand bénéfice de l’exposition se trouve perdu.
- Il n’en est pas tout à fait de même de l’enseignement supérieur. D’abord, pour la partie scientifique, il peut exposer ses collections, ses appareils, ses préparations, des mémoires importants ou même définitifs sur de grandes questions; même pour 1a partie littéraire, il peut fournil* l’énumération des recherches faites, des points d’histoire élucidés, des inscriptions lues, des manuscrits déchiffrés, etc. Une pareille exposition ne s’adresse plus seulement aux pédagogues; elle s’adresse en même temps à eux et à tous les savants, à tous les lettrés.
- A l’époque de l’Exposition, on s’effrayait un peu, et bien mal à propos, en vérité, pour les facultés de l’Etat. La faculté qui est la meilleure sera toujours la plus fréquentée, et l’Etat aura toujours les meilleurs professeurs et les plus grandes ressources en livres et instruments, pourvu qu’il le veuille. L’Université avait une belle occasion de détendre son enseignement supérieur; elle n’avait pour cela qu’à le montrei* tel qu’il est : ce qui ne veut pas dire qu’on ne puisse et qu’on ne doive l’améliorer. On aurait probablement laissé de coté les facultés de théologie, soit catholiques, soit protestantes, dont le caractère ecclésiastique répugne à ces solennités bruyantes. Elles n’inléressent plus maintenant que les personnes qui se destinent au sacerdoce, tandis que, si elles étaient dirigées d’une autre façon, elles pourraient
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- intéresser au plus haut degré tous ceux qui s’occupent de droit, d’histoire, de philosophie. Nos quatre facultés (lettres, sciences, droit, médecine) présentent un très bel ensemble; on compte parmi les professeurs un grand nombre de savants célèbres, même en province. M. Demolombe, par exemple, pour ne citer que lui, veut bien consentir à être professeur à Caen; M. Th.-Henri Martin est professeur à Rennes, M. Caillemer est professeur à Lyon. Je résiste avec peine au désir de donner une énumération plus longue. Une faculté qui donnerait un abrégé de ses fastes, la liste de ses maîtres actuels, l’énoncé des livres ou mémoires publiés dans l’année et des découvertes les plus récentes, la liste aussi de ses principaux élèves, fournirait ainsi un ensemble de documents très glorieux pour elle et très instructifs. L’Amérique, la Russie, ont fait cela pour leurs plus grandes écoles. M. Wliite, vice-président du groupe IL aujourd’hui ambassadeur à Berlin, a répandu à profusion ses excellents mémoires sur les liantes écoles de son pays; c’est un exemple qu’il aurait fallu imiter. On aurait vu avec plaisir les lacultés libres placer leurs programmes et leurs œuvres en face de l’Exposition de l’État. Personne n’y aurait perdu; la science y aurait gagné. Tout ce qui est concurrence, publicité, lumière, lui profite.
- On croit assez généralement que l’enseignement supérieur de l’Etat ne comprend que les facultés. Beaucoup d’établissements, en dehors des facultés, font partie du haut enseignement. On peut mettre assurément dans ce nonibie* et tout au premier rang, l’École normale supérieure, 1 École polytechnique, les diverses écoles d’application, les mines» l’artillerie, le génie maritime, les écoles de pharmacie, écoles vétérinaires, l’École des chartes, l’Ecole des langue‘
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- orientales h). L’École normale supérieure est à la fois une école de sciences et une école de lettres. Elle a compté parmi ses maîtres, en philosophie, Cousin, Jouffrov; en histoire, Michelet; en littérature, J.-J. Ampère, D. Nisard. Les professeurs de science sont du même ordre. En 1872, le ministre avait fait placer dans la salle des actes deux tables de marbre destinées à recevoir les noms des membres de l’Institut sortis de l’école; il a fallu en placer une troisième, puis une quatrième, qui est déjà presque remplie. L’école compte actuellement à l’Académie française 5 de ses membres; à l’Académie des sciences, 9; à l’Académie des inscriptions, 11; à l’Académie des sciences morales et politiques, 16; en tout hi membres de l’Institut pour une école qui ne reçoit guère que ko élèves par année L’Ecole
- (,) L’Ecole des langues orientales a été fondée par un décret du 10 germinal an ni (do mars 1790), rendu sur la proposition de Lakanal; organisée par un décret impérial du 22 mars 1813 et une ordonnance royale du 22 mai 1838 ; réorganisée par décrets du 8 novembre 1869 et du 8 juin 1870; elle a reçu sa forme actuelle par un décret du 11 mars 1872. Un arrêté ministériel, en date du 26 février 1872, institua des correspondants de l'École des langues orientales de Paris, dans le but de mettre l’école en communication directe avec des diplomates et des savants habitant les différents pays de l’Orient. Lette institution de correspondants, si elle était entretenue avec soin, pourrait avoir les plus heureux résultats au double point de vue de la science et du commerce.
- Nomenclature des cours professés à l’Ecole des langues orientales : arabe vulgaire, persan, turc, malais et javanais, arménien, grec moderne, hindous-tani, chinois vulgaire, japonais, annamite.
- (i) Académie française: MM. Mézières, Caro, Jules Simon, Gaston Poisser, Taine; Académie des inscriptions : MM. Wallon, Quicherat, Thurot, Girard, Heuzey, Perrot, Bréal, Fonçait, Tb.-Henri Martin, Duruy, Germain ; Académie des sciences: MM. Puiseux, Bouquet, Tisserand, Jamin, Desains, Debray, Pasteur, Hébert, Van Tieghem ; Académie des sciences morales: MM. Franck, Janet, Lévêque, Vacherot, Bouillier, Jules Simon, Caro, Martha,
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- d’Athènes, dont la création remonte à M. de Saivandy; l’Ecole de Rome, que j’ai eu l’honneur de fonder en 1 872 , peuvent être considérées comme . des annexes de l’Ecole normale.
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- L’Ecole des hautes études, création très féconde de M. Du-
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- ruy, est très différente de l’Ecole normale et donne aussi, dans le même ordre d’études, de brillants résultats. On exprimerait peut-être le caractère particulier de ces deux grandes
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- institutions en disant que l’Ecole normale est une chaire, et l’Ecole des hautes études un laboratoire. Ici, la science est affranchie de tous les règlements administratifs. On ne demande à un savant ni d’être docteur, ni d’avoir professé dans une autre école, ni même d’être Français : il suffit tout simplement d’être illustre pour devenir directeur d’études a l’Ecole des hautes études. On n’y a pas de très gros traitements ; 011 peut dire qu’on n’y a pas de traitement du tout» mais seulement des indemnités, et tous les moyens d’étude en abondance. C’est le pays de la liberté, du travail obstine et fécond. L’école a publié dernièrement la notice des travaux qu’elle a produits en quelques années; et une pareille liste ferait honneur à l’Académie des sciences et à l’Acadéuue des inscriptions.
- Une école plus ancienne est l’Ecole des chartes, don sortent les archivistes paléographes qui depuis un deuil siècle ont mis en lumière tant de documents curieux sui
- Gréard, Ilavet, Beaussire, [^vasseur, Gell’roy, Zeller, L'ttsfol de Coulang<-Duruy.
- L’école, qui n’a pas un siècle d’existence, a fourni en outre à l’Institut. Cousin, Patin, Joulfroy, Guqpiiaut, Augustin Thierry, Alexandre, Dubois ^ la Loire-Inférieure), Damiron, Emile Saisset, Benouard, Pouillct, uca Vincent, Delafosse, Bersot, Beulé,Prévost-Paradol.
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- l’histoire de France. L’Ecole des langues orientales a pris de grands accroissements depuis que l’Algérie est conquise et la Chine ouverte. H y a aussi des cours savants annexés à la Bibliothèque nationale. C’est là que M. Beulé avait fait
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- sa réputation en revenant de l’Ecole d’Athènes. L’enseignement des beaux-arts compte le Conservatoire de musique et de déclamation, qui a eu à sa tête Cherubini, Auber, et
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- qui est à présent dirigé par M. Ambroise Thomas; l’Ecole des beaux-arts, dirigée hier par M. Guillaume, aujourd’hui par M. Paul Dubois; M. Taine y a fait un cours d’esthétique. Diverses écoles nationales de dessin ou de musique à Paris, Lyon, Dijon, Marseille, Toulouse, appartiennent plutôt à l’enseignement secondaire, et ne peuvent être classées dans l’enseignement supérieur.
- Le Collège de France est placé en quelque sorte au-dessus de toutes les écoles par la liberté de sa constitution, l’indépendance et l’élévation de son enseignement. Il n’y a pas là d’élèves nécessaires, ni de programmes imposés, ni d’examens à subir. Il n’y a pas non plus de carrière à préparer. La seule règle est celle-ci : chercher la vérité et la répandre. C’est une merveille qu’une conception aussi libérale ait pu naître et se maintenir dans notre pays, tout rempli de préjugés, de précautions et d’inquiétudes, en matière d’enseignement surtout. Au Collège de France, le savant n’a d’autre souci que de ne pas se tromper. Le Collège n’appar-1 dont ni à une école, ni à un parti, ni même à un ordre de Pences particulières. 11 n’a pas la prétention d’être complet rh de former un ensemble régulier. Il n’est pas rare d’y voir fonder une chaire pour favoriser un génie indépendant qui '‘ entrerait dans aucun cadre. Malheureusement, quand le brcme a disparu, la chaire reste; il vaudrait mieux que les
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- attributions au moins pussent changer, et qu’il ne fût pas de nécessité absolue de donner un successeur à Georges Cuvier ou à Claude Bernard. L’administrateur du Collège de France est ce que dit le mot : un administrateur; ce n’est pas un chef, c’est un des professeurs, chargé de représenter ses collègues et de diriger leur assemblée. Ces fonctions sont
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- en ce moment confiées à M. Edouard Laboulaye. Le Collège de France n’a pas un palais digne de lui. Il habite un bâtiment construit dans les premières années de Louis-Philippe, et qui n’est ni majestueux au dehors, ni commode, ni spacieux. La Sorbonne, au moins, a un aspect vénérable; mais ici tout est étroit, insuffisant, mal conçu.
- Il n’en est pas de même du Muséum, qui est pour l’histoire naturelle ce que le Collège est pour l’ensemble des sciences humaines : une école dont le caractère propre est la pleine et entière liberté. Le Muséum est placé au Jardin des plantes, au milieu de collections uniques au monde, en plantes vivantes, végétaux et animaux conservés. La ménagerie est loin d’être complète; mais elle est magnifique dans quelques-unes de ses parties. L’ensemble est tout à fait digne d’une grande nation. L’administrateur du Muséum était? hier encore, un vieillard de quatre-vingt-quatorze ans, fiul s’intitule avec orgueil le doyen des étudiants de France, et qui étudiera, trouvera et enseignera jusqu’à son derrnei souffle : l'illustre M. Chevreul.
- La météorologie et l’astronomie termineront cette nomenclature par l’observatoire de Montsouris, actif et incomp^L comme ce qui vient de naître, et l’observatoire de PallS’ qui, depuis quelques années, étend partout ses succursales? à Clermont, à Marseille, à Toulouse, qui bientôt en auia une aux portes mêmes de Paris, et qui n’en reste pas 1110,119
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- le glorieux centre des études astronomiques en France. Montsouris et l’Observatoire avaient envoyé quelques-uns de leurs plus précieux instruments à l’Exposition.
- Quand on visite l’observatoire de Paris, après avoir admiré la grande lunette située à gauche du bâtiment principal, on est conduit dans les jardins, à un bâtiment construit tout exprès pour contenir la nouvelle lunette donnée par M. Bischoffsheim. M-BischolTsheim n’est pas astronome; il est patriote. 11 aime la science, et il sait qu’on ne peut pas mieux servir et honorer son pays qu’en lui donnant les moyens de conserver sa supériorité intellectuelle. Cette lunette n’est pas la seule libéralité laite à la science par le donateur. On signale ici ce noble emploi d’une grande fortune pour constater, avec douleur, l’extrême rareté de pareils exemples. En toutes choses, en France, on s’en repose sur
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- l’Etat; et l’Etat, jusqu’à ces dernières années, ne prodiguait
- pas ses trésors à l’enseignement. On est généreux dans notre pays ; on l’est pour les pauvres, d’une manière générale; pour les grandes infortunes, pour l’Eglise: on ne l’esl; pas pour les écoles. On a trouvé des millions pour les inondés, poulies victimes de la crise cotonnière; on fonde des hôpitaux, des hospices, des maisons de secours; des églises et des chapelles; on a donné de grosses sommes pour le denier de saint Pierre. Mais ni le Muséum, ni l’Observatoire, ni Mont-
- souris, ni le Collège de France, ni la Bibliothèque nationale, ni nos grandes facultés, ni nos collèges, ni nos écoles communales, ne s’enrichissent par des libéralités particulières. C’est un mouvement qui 11e s’est pas encore produit et dont M. Bischotlsheim aura peut-être la gloire d’être l’initiateur. Ou ne peut s'empêcher d’éprouver un sentiment d’envie 4u«nul on apprend que toutes les universités anglaises doi-
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- vent leur origine et leurs richesses à des fondations particulières. On n offensera pas les personnes qui, dans ces dernières années, ont fondé en France des facultés libres, en disant qu’elles ont eu en vue la propagande religieuse, et non la propagande scientifique. M. White représentait à l’Exposition de 1878 the Cornell-Universily, dont il est le président, et que M. Cornell a fondée de ses deniers. C’est une école d’agriculture et d’arts industriels, originairement décrétée, en juillet 1862, par le Congrès des Etats-Unis, à laquelle, trois ans après, M. Ezra Cornell a fait un premier don de 500,00o dollars, suivi bientôt d’un don de 200 acres de terrain et de diverses libéralités qui montent à quelques centaines de mille dollars Est-il un plus bel emploi de la richesse? un plus noble service à rendre à l’humanité * un service qui rapporte plus en résultats féconds de toutes sortes? L’Etat aura beau comprendre ses devoirs, il restera toujours quelque chose à faire à côté de lui, en dehors de lui. 11 aura beau être libéral, il a une responsabilité; il veut gouverner, il y tend chez nous de plus en plus. Il a impose silence à Quinet et à Michelet; il a expulsé Renan, violant ainsi en quelque sorte la charte même du Collège de F rance. 11 11’y a pas, en Angleterre, de tout-puissant ministre qul
- (l) L’enseignement de Cornell-University est très étendu. M. Andiev' 1). White y occupe une chaire d’histoire. Outre les chaires d’agriculluie» chimie agricole, chimie industrielle, mécanique, génie civil, etc., on y U°live «les chaires de philosophie, d’histoire constitutionnelle, d’économie politiqu®^ de langues vivantes (français, anglais, allemand, espagnol, italien, etc.)» langues orientales, de sanscrit, de latin, de grec, de mathématique’ médecine, de chirurgie, de médecine vétérinaire, etc. etc., de tactique ^ science militaire, d’architecture, etc. L’Université compte plus «le solX professeurs, sans compter les employés de la bibliothèque, les prépaie^11 les administrateurs.
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- songeât à interdire un professeur d’Oxlord ou de Cambridge. Il n’y en a pas qui le pût.
- Des libéralités comme celle d’Ezra Cornell sont des événements qui se renouvellent rarement dans l’bistoire des sociétés. Ce qu’un seul ne peut pas faire pourrait résulter de l’accord des volontés. Un savant qui a illustré son pays par ses découvertes, un grand industriel qui doit aux travaux des savants sa considération et sa fortune, couronnent noblement leur vie, mettent le sceau à leur gloire, en armant les sciences des instruments qui leur sont nécessaires pour faire de nouvelles découvertes ou susciter de nouveaux génies.
- En France, il est assez rare que les libéralités se portent de ce côté. Nous avons l’exemple illustre de M. de Mon-tyon, quelques autres assez clairsemés. Gà et là, on fonde une école primaire, une bourse dans un lycée ou dans une école industrielle. Ce ne sont, le plus souvent, que des œuvres de bienfaisance. Une mère, une veuve, fonde un prix à l’Ecole de droit en souvenir du mari ou du fils quelle a perdu; il ne peut rien se concevoir de plus touchant, de plus honorable. On crée de préférence des prix dans les académies. L’Académie française commence à être surchargée par les fondations; ses membres ne suflisent plus à
- juger tous les concours. Ce n’est pas tout que de donner; d faut donner à propos, savoir donner.
- 11 y a quelques fondations, en trop petit nombre, d’une fout autre portée : la Société pour l’enseignement élémentaire, qui date de 1816; les associations polytechnique et plûlotechniquc, qui remontent, la première à i83o, la seconde à 1848, œuvres durables par conséquent, puisqu’elles 0llt déjà derrière elles un glorieux passé; la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, qui a maintenant
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- soixante-dix-huit ans d’existence, et que Chaptal signalait déjà en 1819 comme une des causes les plus puissantes des progrès de nos industries. Cette société recueille parfois des libéralités importantes. A défaut du Gouvernement, elle aurait pu donner à l’inventeur du téléphone articulant et parlant, M. Graham Bell, un prix de 5o,ooo francs. Citons encore la Société des amis des sciences, fondée par le baron Thénard.
- 11 faudrait rapprocher des écoles et des" institutions scientifiques l’instrument principal de leurs succès, le livre-Indépendamment des grandes maisons qui publient des livres scolaires et qui réalisent par cette utile industrie des
- fortunes colossales, il se produit dans la librairie française des efforts très intelligents et très courageux pour renouveler les traditions de nos grands imprimeurs, de nos grands éditeurs, par la publication d’éditions d’auteurs classiques, irréprochables au point de vue de la correction des textes, et remarquables par leur belle exécution typographique. La maison Hachette avait exposé, outre ses livres d’éducation et ses publications illustrées, la belle collection des grands écrivains, que dirige avec une admirable sûreté de goût et d’érudition M. Adolphe Begnier. Le public de i’Expositi°11 appréciait hautement les livres de M. Jouaust, qul ll° se contente pas de les éditer à ses frais, de les impJ’1111®1 dans son imprimerie, mais qui, parfois, se charge lul meme de les commenter et de les annoter. M. Leinei public de belles œuvres, dans des éditions à la hus L gantes et commodes, qui attestent chez lui la science et ^ goût du bibliophile. Ce mouvement remonte assez
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- dai noms
- ans ce siècle. Il évoque le nom de M. .lannet, les ilb1^ oms d’Ambroise et Firmin Didot. L’Etat, de sou cote, 11
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- tiplie les publications importantes. La plus considérable de toutes, la collection des documents inédits relatifs à l’histoire de France, remonte à M. Guizot. Elle est une des gloires de ce grand ministre. La ville de Paris publie sa propre histoire, qui ne compte pas moins de vingt magnifiques volumes. Dans cet ordre d’efforts, il n’y a pas de concurrence, il n’y a qu’une émulation féconde. C’est ici l’empire de la liberté et de la science.
- Liberté, -science, travail, voilà une trinité dont tous les termes s’enchaînent! Le travail ne vit que par la science et la liberté.
- V
- La science peut rendre des services dans toutes les directions du travail humain. Elle l’a prouvé de tout temps; jamais avec autant d’éclat que de nos jours.
- Grâce à elle, le monde nous est à peu près connu. Nos voyageurs ont fait faire à la géographie des conquêtes immenses en Asie, en Afrique, en Amérique. Ces conquêtes, toutes considérables quelles sont, servent surtout à nous démontrer l’urgence de faire des conquêtes nouvelles et à nous en faciliter les moyens. L’ardeur pour les voyages de découvertes s’est réveillée de toutes parts. Les rois s’en sont mêlés personnellement; le roi de Suède a été récompensé, on 1878, pour le concours qu’il a donné à Nordenskjold; le i‘oi des Belges a fondé la société qui provoque les explorations du centre de l’Afrique. Il la dirige lui-même, avec le zèle et ta compétence d’un savant. En avançant, au péril de leur vie et à travers mille souffrances, dans ces régions inconnues, ta plupart des voyageurs n’ont que le but commun à tous les serviteurs de la science, c’est-à-dire la science elle-même;
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- mais ils sont en même temps des conquérants et des bienfaiteurs. Ils apportent la civilisation aux barbares; ils ouvrent des débouchés à notre commerce; ils découvrent, pour nos industries, des arbres, des plantes nouvelles; des races d’animaux, des mines de fer et de houille, des métaux précieux, des engrais; ils jettent, pour ainsi dire, les premiers jalons des routes que le genre humain va construire pour mettre enfin en communication tous les membres de la famille. Même en Europe, les chemins de fer se sont faits par tronçons; et il en résulte, pour les grandes migrations d’hommes et de marchandises, des pertes de temps et d’argent. L’ère des véritables grandes lignes va commencer. L’Angleterre ira directement en chemin de fer à Constantinople. Le réseau européen de la Russie se reliera par le centre de l’Asie aux chemins orientaux. Cela pourra faire un chemin de quelques milliers de kilomètres. Cette dépense d’hommes et d’argent vaudra bien la construction des Pyramides. Le mot du xixe siècle est : prodesse ! Il arrive au sublime parla grandeur des moyens et des résultats. L’Europe dirigera de toutes parts ses rails vers la Chine et l’envahira. Les sables de l’intérieur de l’Afrique ne seront pas un obstacle. Dût-on marcher la sonde à la main, creuser un nombre indéfini de puits pour multiplier les oasis, il y aura une ligne d’Alger jusqu’au Cap. Il v a quarante ans, on venait h Paris pour voir le chemin de Paris à Saint-Germain, cette merveille ; encore n’allait-il pas plus loin que Ie Pecq; il avait eu peur de cette taupinière, sur laquelle les rois ont mis un château et les citoyens une petite ville-Dans quarante ans, on rira de la génération d’à présent, qui appelle Paris-Lyon-Méditerranée une grande ligue et qui croit faire un voyage quand elle se promène de la
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- ris à Saint-Pétersbourg. L’Amérique a reconnu qu’il n’y a de New-York à San Francisco, d’un océan à l’autre, pas plus de 5,ôoo kilomètres. C’est un trajet d’une semaine, avec un bon chemin de fer. On s’occupera aussi de l’Amérique méridionale. Un chemin de fer partira des rives de la Plata, traversera les Pampas, franchira la crête centrale des Andes et atteindra l’océan Pacifique sur la côte du Pérou ou du Chili. On pourra rendre le fleuve des Amazones navigable dans tout son parcours et le relier au Pacifique.
- Le monde ne doit pas rester, comme le voilà, dépourvu de grandes lignes. Pendant la maladie du ver à soie, il fallait aller chercher des graines en Chine et au Japon; il fallait, pendant la guerre de la sécession, aller prendre du coton dans les Indes. Pas d’autre voie pour y parvenir que l’Océan! C’est une perte de temps impossible. En temps de famine, il est nécessaire d’avoir ici instantanément le riz des Chinois. En cas d’épuisement de la houille, il faudra faire arriver des trains de marchandises jusqu’à l’orifice des mines les plus lointaines. L’espace ne doit plus être une objection.
- On rencontre des obstacles. La science leur applique aussitôt le principe de la morale stoïcienne : <r Transformer l’obstacle en instrument, v Cette petite butte de la Terrasse, qui avait arrêté à ses pieds le chemin de fer de Paris à Saint-Germain, a donné naissance, après quelques années, à l’expérience du chemin de fer atmosphérique. On était embarrassé au moindre tournant: M. de Jouflroy a inventé ses trains articulés du chemin de 1er de Sceaux. Il semblait qu’on dut s’arrêter aux premières assises du monkCenis. En y pensant, on a trouvé qu’il ne s’agissait que de faire un percement de 12 kilomètres : une misère. Comme la poudre allait trop lentement, la science a fourni la dynamite. L’air
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- manquait aux ouvriers, la science s’est chargée de leur en fournir. Un percement à air libre, comme l’isthme de Suez, ne l’embarrasse pas : elle vous dira d’avance comment s’établira le niveau entre les deux mers, quand la mine aura fait sauter le dernier obstacle. Si vous voulez passer sous la mer, elle est prête. Elle vous décrira d’abord la topographie du fond de la mer entre Douvres et Calais; elle vous en fera connaître la composition; elle vous apprendra l’épaisseur de la croûte qu’il faut maintenir entre l’eau et la voie ferrée. Creuser la terre ou le roc, soit en profondeur, soit en largeur; faire respirer les ouvriers dans ces souterrains; expulser les déblais; apporter à pied d’œuvre les outils, les matériaux, la lumière, l’air respirable; construire des murs capables de résister aux plus fortes pressions, ce sont des jeux pour elle : la seule et unique question est de savoir si le profit compensera la dépense. Prouvez seulement que le chemin est utile, et le chemin sera.
- 11 y avait dans le monde deux isthmes, qui nous ont, en vérité, donné bien du mal pendant des siècles : l’isthme de Suez et l’isthme de Panama. Qu’on imagine un isthme fermant la Mediterranée à Gibraltar et en faisant un lac> dans la force du terme : l’aurait-on toléré ? On a eu de la patience avec l’isthme de Suez; M. de Lesseps l’a enfin percé. C’en est fait; l’Afrique est désormais une île gigan-tesque. 11 va de même séparer l’Amérique en deux des, par la suppression de l’isthme de Panama. Ces deux percements ont pour elfet de rapprocher toutes les parties de l’humanité; c’est comme une armée qui se concentre. Le monde se rapetisse par cette rapidité des communications, mais aussi, nous l’avons dans la main; nous achevons a e chez nous.
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- Il faudra toujours du temps pour porter les hommes et les autres colis; il n’en faut plus pour porter la pensée, grâce au télégraphe et au télégraphe sous-marin. Nous n’avons encore immergé que les premiers câbles. Ces premières lignes ont ouvert une ère nouvelle. C’est tout un réseau qui commence. Il y aura bientôt une conversation entre tous les hommes, quel que soit le point de la terre qu’ils occupent.
- Sénèque disait : <r Non s-um uni angulo natus. d crie ne suis pas né pour un coin de terre, n II parlait en philosophe, qui embrasse toute la terre dans sa pensée. Il n’en connaissait, ce savant, qu’une bien faible partie. Pour parcourir tout le monde connu, qui n’était qu’un petit monde, il lui aurait fallu passer sa vie en voyage. Aujourd’hui, l’impératrice des Ind es a sa résidence à Londres. Elle est séparée de son empire par la moitié de l’Asie et l’Europe tout entière. On va de Londres au Japon en moins de deux mois. On fait le tour du monde en un trimestre. Les Japonais entretiennent une école à Paris. C’est un Français, M. Boissonnade, qui, à Yeddo, leur prépare un code civil. Les maisons de commerce de New-York ont des succursales à Bombay, au Cap et à Londres. Ce 11e sont pas seulement les marchandises, les bœufs, les porcs, et les touristes qui voyagent; ce sont des populations entières. Une population se trouve à l’étroit dans son coin du globe; aussitôt elle monte en wagon et en steamer et s’en va chercher au loin de l’espace et des ressources. Les États-Unis surtout attirent le trop-plein des entres peuples par une attraction physique et une attrac-fion morale : l’espace et la liberté; c’est ce qui explique la bigarrure de leur population. Vous avez là la race rouge, rfui est indigène; la race blanche, quia été conquérante ; la
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- race noire, qui a été esclave, et la race jaune, qui est venue pour faire le commerce. Vous avez aussi toutes les langues : l’anglais, qui est la langue officielle; le français, à cause de nos anciennes colonies W ; l’allemand, très répandu,
- (1) Les émigrations françaises sont peu considérables. Tandis que les États-Unis reçoivent par année i5o,ooo émigrants, et quelquefois davantage (4*37,000 en 185A), les Français ne comptent dans ce nombre, composé en majorité d’Allemands et d’Irlandais, que pour un cliilfre insignifiant de Aoo ou 500 personnes.
- émigrations françaises.
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- 1867.
- 1868.
- 1869.
- 1870.
- 1871. 1 87s.
- 1873.
- 187/1. i875. 1 876. 1877.
- V189 /i,.r)3i 4,938 5,9 7 A 4,837 4,8i 5 7»109
- 9,581 7,161 7,080 4,4 f» 4 2,867 3,666
- DÉTAIL PAR PAYS DF. DESTINATION EN 1 877.
- États-Unis............................................
- Espagne...........>....................................
- lluenos-Ayres.........................................
- Brésil.................................................
- Montevideo.............................................
- Kfïypfc................................................
- Turquie................................................
- Antilles espagnoles....................................
- Chili..................................................
- Canada ................................................
- Vénézuéla..............................................
- Algérie................................................
- Autres pays............................................
- Total (9,467 hommes et 1,209 femmes).........
- 5 5 o 318
- <)' 7 1 97 169 21
- 7 5 o 52 48 46 89° 481
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- parce que l’immigration allemande a lieu dans des proportions colossales; le chinois. Quant aux religions, tous les anciens cultes s’y rencontrent et y luttent contre une sorte de génération religieuse spontanée; les sectes naissent et meurent, comme les éphémères, sans laisser plus de traces. Il y a là des échantillons de tout ce qui est ancien, et des semences de tout ce qui est nouveau.
- Si les hommes se transplantent avec une facilité qui est toute nouvelle dans la race humaine, il en est de même des animaux et des végétaux par l’acclimatation; des industries , par les communications de toutes sortes et les expositions internationales; des produits naturels et fabriqués, par le libre-échange. Chaque consommateur prend dans le magasin général les denrées et les vêtements qui lui conviennent; chaque ouvrier y prend l’outil qui est à sa main. L’acclimatation, qui s’applique désormais aux hommes et aux choses, est devenue une des sciences les plus importantes, en vertu de ce grand principe, qu’il ne suffit pas de beaucoup travailler, qu’il faut surtout bien travailler, c’est-à-dire faire le travail auquel on est le plus apte et dans les conditions qui en favorisent particulièrement le succès. Ainsi, il y a possibilité d’acclimater en France le ver à soie du chêne et le coton. L’élevage du ver à soie du chêne donnera probablement des résultats utiles; il faut donc le tenter. Lu culture du coton coûtera beaucoup d’argent et ne donnera que des résultats médiocres; il tant donc y renoncer. On a bien fait d’acclimater les mérinos, puisqu ils ont donné de belles toisons et que leur lame coûte moins a produire chez nous qu’à acheter au dehors; on aurait tort de sobstiner à élever des chèvres du Tliibet, parce quelles ne donnent de résultats utiles ni au point de vue de la beaute
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- du duvet, ni à celui de l’économie. La tannerie, la cor-roirie, la mégisserie, sont très à leur place en France, à cause de l’abondance et des quantités de nos écorces à tan; le tissage des différents textiles y réussit parfaitement, grâce au goût des patrons et des ouvriers; au contraire, la filature pour les numéros courants n’a pu s’y introduire que par le secours de droits protecteurs, et nous ne pourrions sans folie nous adonner à la fabrication des numéros fins.
- Ce n’était pas une raison pour ne pas fonder de filatures, dans un temps où les douanes mettaient entre les nations bien plus de distance que la nature, et ce n’est peut-être pas une raison pour ne pas les conserver, à présent que les dépenses de premier établissement sont faites et amorties.
- Connaître le monde, en relier toutes les parties par des communications faciles, y disposer de la façon la plus convenable les hommes, les animaux, les plantes, les ateliers et les marchés, c’est le premier travail. Il faut ensuite aménager convenablement la terre, la fouiller, la fertiliser. Elle a des cours d’eau qu’on peut relier entre eux par des canaux; parmi ces cours d’eau, les uns sont naturellement navigables; la science sait ce qu’il faut faire pour creuser aux autres un lit plus profond , pour les dégager de la vase et du sable qui les engorgent, pour y établir des barrages et des écluses. Ces eaux peuvent être transformées en moteurs; elles peuvent être empoissonnées pour les besoins de l’alimentation; elles peuvent être transportées au loin pour fournir aux usages domestiques d’une population agglomérée; elles peuvent, par des irrigations, fertiliser une plaine, guérir un vignoble du phylloxéra. La science vous dira où et dans quelle p|0' portion les forêts sont nécessaires; quelles sont les essences
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- d’arbres à préférer, selon les climats et les besoins locaux; quels arbres on peut livrer au feu; quels arbres, au contraire, doivent être réservés pour l’ébénisterie ou la charpente; elle vous apprendra quand il faut taire des prairies, dans quels lieux, dans quelle mesure, par quels procédés; quelles races d’animaux il convient d’y mettre; elle vous montrera quelle est la place à réserver pour les céréales, les plantes potagères, les arbres à fruits, les plantes non comestibles. Elle a trouvé depuis peu les moyens de con^ naître à l’avance, sinon avec précision, du moins avec un haut degré de probabilité, les variations delà température. Avec ces nouvelles découvertes, elle sauve journellement la vie à bien des équipages et elle sauverait la fortune de bien des cultivateurs, s’ils se tenaient mieux au courant de ce qui se passe au Bureau des longitudes, à l’Observatoire et à Montsouris. Les outils agricoles de toute nature pour défoncer la terre, pour semer, herser, moissonner, faucher, faner, hacher, c’est elle qui les a trouvés. C’est elle encore qui, en amenant la vapeur sur le champ de bataille de l’agriculture, permet à l’homme d’abord d’être un homme, c’est-à-dire un directeur de forces, et ensuite de ne demander au cheval que de la vitesse, au bœuf que de la viande, à la vache que du lait. C’est la science qui enseigne à l’agriculteur quel est l’engrais qui convient à chaque plante; c’est elle qui lui apprend où se trouve cet engrais, par quel moyen il pourra le transporter; et, quand c’est un engrais artificiel, c’est elle qui le fait. Le fumier de terme étant devenu insuffisant pour les nouveaux besoins, elle a essayé les marnes, les plâtres (sulfate de chaux), la chaux éteinte, la tangue, les maërls (mélange de limon et de coquilles broyées par la mer); puis, elle a été chercher le guano jus-
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- qu’aux îles Chinchas, sur les côtes du Chili; puis enfin, elle a employé l’azotate de soude, le phosphate de chaux, la potasse. Elle transforme en eaux potables les eaux malsaines. Elle invente les filtres pour les usages domestiques et, pour la marine, les futailles charbonnées à l’intérieur; c’est Bertliollet qui découvre la puissance désinfectante du charbon. La science creuse la terre jusque dans ses profondeurs et en fait jaillir des eaux abondantes. Outre les trésors qu’elle porte à sa surface, la terre en recèle d’innombrables : de l’or, de l’argent, du platine, du plomb, de l’étain, du cuivre, du 1er, le plus précieux de tous les trésors. La /"science découvre les gisements; elle enseigne l’art de creuser les puits et les galeries; elle protège, dans les entrailles , de la terre, la vie de l’ouvrier; elle s’empare des minerais pour les trier, les laver, les fondre, les battre, les étirer, les cémenter, les affiner, les transformer en tous ces objets d’utilité ou de luxe qui rendent la vie possible d’abord, et ensuite agréable : Primo vivere, deinde philosophari. A chaque minute, dans les mines, dans les forges, dans les filatures, dans les tissages mécaniques, il faut recourir a elle pour tourner une difficulté, pour activer la production, pour la rendre plus économique ou plus parfaite, pour ménager la santé et la vie des hommes. Elle a longtemps rêve la médecine, comme elle avait d’abord rêvé la chimie; elle est maintenant en train de la créer par l’anatomie, la pl^' siologie, l’histologie et la recherche microscopique des animaux et des tubercules infectieux. Elle a établi la chirurgie sur des bases incontestables, et l’a fournie des appareils et des instruments les plus judicieux. L’hygiène est une de ses dernières et de ses plus précieuses découvertes. La science n’est peut-être pas encore parvenue à prolonger la vie de
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- l’homme; mais elle a certainement diminué le nombre et reculé, pour chacun, l’époque des infirmités. ~
- Ghaptal raconte que le général Bonaparte, en partant pour l’expédition d’Egypte, avait emporté tous les outils et instruments nécessaires pour acclimater les arts de l’Europe dans le pays qu’il voulait conquérir. Tout fut englouti dans la mer à la bataille d’Aboukir. Les savants res-
- (aient. Un d’eux se mit à l’œuvre pour remplacer tout ce qu’on avait perdu: c’était Conté, le même qui nous avait donné toute cette variété de crayons qui portent son nom, et que nous tirions, avant lui, de l’Angleterre, ce 11 ne se décourage pas un instant, dit Chaptal h); il fabrique ses limes, ses ciseaux, ses marteaux, ses enclumes; il se l'orme un assortiment complet d’outils. Faut-il moudre le blé? il construit des moulins à vent. On manque de lunettes? il compose du llint-glass et fabrique d’excellentes lunettes. L’armée est sans vêtements? il file la laine, tisse l’étoffe et apprête le drap. C’est le plus grand exemple, ajoute Chaptal, de ce que peut un homme de génie avec le secours de la mécanique et de la chimie. r>
- On sait les merveilles que produisit chez nous la science pendant que l’Europe tenait la France bloquée à la lin du dernier siècle. Nos généraux les plus illustres et nos plus héroïques armées n’ont pas plus lait pour la patrie que Monge, Berthollet, Périer, Fourcroy, Chaptal. On iabri-quait, à Grenelle, 35 milliers de bonne poudre par jour. Mêmes progrès dans la fabrication des lusils, des sabres, des baïonnettes. Nous faisions venir l’alun d’Italie : Chaptal ta labriqua de toutes pièces. Thénard trouva le moyen de
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- porter tous les aluns au même degré de pureté. On suppléa aussi à la couperose, que nous avions en faible quantité, par un produit artificiel. Bérard établit à Montpellier une fabrique qui suffit à tous les besoins du Midi. Les progrès de la chimie depuis le commencement de ce siècle tiennent vraiment du prodige. L’extraction du sucre de betteraves est une révolution en agriculture. Les procédés nouveaux pour la fabrication de l’acide sulfurique font une révolution tout aussi importante dans les arts. Scheele avait découvert, à Upsal, l’acide muriatique; Bertholiet trouve le moyen de l’employer au blanchissage du lin, du chanvre et du coton; Ghaptal, au blanchissage des chiffons pour la fabrication du papier. Le même Ghaptal étudie la théorie de la fermentation, et il en tire des procédés qui améliorent et conservent les vins. G’est encore Chaptal, cette fois en collaboration avec Argout, qui transforme l’industrie de la distillation, augmentant ainsi dans une proportion notable la production des alcools et des eaux-de-vie. En concentrant la vapeur produite par la combustion du bois, Vauquelin et Fourcroy découvrent l’acide acétique (vinaigre), tenant en dissolution de l’huile végétale altérée par le feu : le vinaigre de bois remplace avantageusement le vinaigre de vin pour de nombreuses préparations. Voici comment Ghaptal racontait, en 1819, la découverte de l’éclairage au gaz : (f Outre le vinaigre et l’huile, la distillation des combustibles, tels que bois et charbon de terre, fournit une grande quantité de gaz hydrogène dont on a tiré un parti avantageux pour l’éclairage. Cette belle application d’un principe connu est due à M. Lebon qui, le premier, a fait voir au public, il y a vingt ans (vers l’époque de la première Exposition), son jardin et sa maison éclairés par le gaz dégage
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- du charbon de terre. Ce procédé, dont les habitants delà capitale ont admiré les effets pendant deux ou trois mois, a été bientôt appliqué à l’éclairage de quelques ateliers en Autriche et en Angleterre; peu à peu on Ta perfectionné, et aujourd’hui (1819) il est employé pour éclairer une grande partie des rues et des maisons de Londres et quelques établissements à Paris. Si ce nouveau système d’éclairage a fait moins de progrès en France, c’est peut-être parce que la fonte de fer et le charbon y sont plus chers qu’en Angleterre, et que le coak (résidu de la distillation de la houille) y est encore moins recherché h). » Chaptai écrivait ces lignes au moment où Argout, Quinquet, Car-cel, perfectionnaient les lampes, où Lange y ajoutait une cheminée de verre, invention qui parut merveilleuse. Il ne se doutait pas que le temps viendrait si promptement où cries habitants de la capitale» oublieraient qu’il y a eu autrefois des réverbères à l’huile, éclaireraient au gaz tous leurs ateliers et la plupart de leurs maisons, et verraient l’avenue de l’Opéra inondée chaque soir de la lumière blanche et éclatante de M. Jablochkolî.
- La science a fabriqué des instruments qui conservent la vue ou en corrigent les défauts; d’autres qui permettent de pénétrer dans le monde des infinimexitpetits ; d’autres qui plongent dans l’immensité. Après avoir créé les chemins de 1er et la navigation à la vapeur, elle en perfectionne tous les jours la vitesse et la sécurité. Elle commence à transmettre la voix à de longues distances; pour la parole écrite, elle la porte par les airs, sous la terre, sous les eaux, d’une extrémité du monde à l’autre. Elle porte des troupeaux vi-
- (l) ChapLil, loc,. cil., lomc U, [)• 5-j.
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- vants d’Amérique en Europe; elle y porte aussi de la viande fraîche. Elle avait créé pour le voyageur la célérité : elle s’est occupée ensuite de son confort. Elle prépare pour lui des aliments qui contiennent sous un petit volume beaucoup de substance nutritive et qui restent indéfiniment comestibles par tous les degrés de température.
- Elle a donné aux maçons les moyens de bâtir en un mois des maisons qui demandaient une année. Elle est allée chercher pour eux des matériaux qu’on laissait inutiles; elle en a composé d’autres de toutes pièces. Elle a combiné des ciments sur lesquels l’action de l’eau est impuissante. Mare vidil et fugit. Elle a pourvu la maison de feu, de lumière et d’eau, qu’on appelle à volonté, rien qu’en tournant un robinet. Elle écrit l’heure sur les murailles. Elle vous porte à tous les étages, assis dans votre fauteuil. Pour vous permettre d’habiter votre maison aussitôt qu’elle est bâtie, elle la sèche et l’assainit en quelques jours.
- Elle découvre de nouveaux textiles et de nouvelles machines pour les filer et les tisser. Elle a des médecins pour les plantes comme pour les hommes. Elle a guéri le ver à soie, le vin. Elle guérira la vigne.
- Elle a trouvé le moyen de faire de bonnes montres courantes qui coûtent quelques francs. Elle fait pour les savants, pour les marins, pour les médecins, des chronomètres infaillibles. Elle fait aussi des balances infaillibles. Elle mesure le ciel, le cours des astres. Elle nous a donné l’im' primerie, la lithographie, la photographie, la galvanoplastie. Après nous avoir donné le nécessaire et puis le confort, elle nous donne le luxe. Elle met le luxe à la portée du pauvre.
- Voici, à ce sujet, un souvenir personnel qui peut trouver
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- place ici, car il évoque toute la série des découvertes modernes. Un jour, M. Christofle, ce grand bijoutier, ce grand orfèvre, qui transforme tout ce qu’il touche en or, en argent, et, ce qui vaut mieux, en chefs-d’œuvre, reçut du Gouvernement quelque décoration assurément bien méritée. Il voulut associer ses collaborateurs à sa joie, et les invita tous, depuis les plus grands jusqu’aux plus humbles, à un banquet. Le banquet eut lieu à Paris, dans la grande salle du Grand-Hôtel. Il y avait deux cents ou trois cents convives. La table disparaissait sous des pièces d’orfèvrerie splendides. Au dessert, on remit à M. Ghristolle un télégramme. C’étaient ses ouvriers de Carlsruhe (il avait deux ateliers : l’un à Paris, l’autre à Carlsruhe) qui dînaient aussi là-bas à sa table, et qui, en ce moment même, buvaient à sa santé, comme leurs camarades de Paris. 11 leur répondit, séance tenante, et ils lurent sa réponse avant de se séparer. C’était la sténographie du discours qu’il venait de prononcer à Paris, ce Messieurs, disait-il dans ce discours, nous ne sommes que des ouvriers. L’un de nous (c’est moi) est devenu riche. Me voilà officier, ou commandeur, connue un général. Plusieurs de ceux qui m’entourent ont conquis une fortune; les moins favorisés ont une existence facile. Nous ne devons rien qu’à nous-mêmes et à la science. Nous avons fait entre nous des arrangements qui mettent les infirmes et les orphelins à l’abri du besoin. Il n’y a pas de potentat en Europe traitant des souverains qui puisse les recevoir dans une salle [dus belle que celle-ci, ni leur montrer une orfèvrerie plus merveilleuse; et pour l’orlè— vreric, ajouta-t-il, nous pouvons en jouir doublement, car c’est nous qui l’avons faite, n
- Il faudrait dire à présent ce que la science fait pour les
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- arts; et dire d’abord qu’il y a, dans chacun des beaux-arts, une science ou plusieurs sciences qui lui sont propres : la science de la composition pour le musicien; la science de la géométrie, delà perspective, des couleurs, pour le peintre. L’acoustique, qui est une science belle et difficile, permet aux Erard, aux Pleyel, aux Cavaillé-Coll, aux Sax, de créer leurs magnifiques instruments. La chimie augmente la gamme des couleurs; elle tire des couleurs nouvelles, d’éclatantes couleurs du goudron, de la bouille. Le poète le plus spontané, le plus inspiré, est doublé d’un savant linguiste. Personne ne connaît mieux l’histoire, le mécanisme et le génie de la langue française, que Victor Hugo.
- La science nous donne quelque chose de plus grand, de plus noble que tout ce quelle nous prodigue en créant et gouvernant l’industrie : elle nous donne la science elle-même. Elle a trouvé des procédés pour rendre accessibles les démonstrations les plus difficiles, et pour donner, même aux ouvriers qui n’ont que peu de temps pour s’instruire, des notions étendues de la plupart des résultats scientifiques. La lecture n’est plus le privilège des classes aisées. Tout le monde sait lire, à moins de s’y refuser absolument; car l’instruction élémentaire se répand gratuitement et de tous cotés. On n’a pas besoin d’aller la chercher: c’est elle qui vous cherche, qui vous prévient. 11 y a toujours une école à coté d’une mairie: c’est l’accessoire nécessaire; et même il y a des écoles dans les hameaux où il n’y a Pab de mairie. L’instruction primaire qui se donne ainsi gra" luitement est très complète. Ce n’est pas la science : ce. assez de science pour qu’un homme de bonne volonté puisse ensuite étudier tout seul. L’État donne l’instruction primahe à tous les citoyens et à toutes les citoyennes: il la leur doit,
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- il faudrait qu’il donnât aussi, gratuitement, l’instruction secondaire à ceux et à celles qui auraient démontré, par leurs succès dans les écoles primaires, qu’ils peuvent la recevoir avec profit pour eux-mêmes et pour la société. L’institution des bourses avait été créée pour cela sous la première République; l’empire faussa l’institution et fit des bourses une monnaie courante pour récompenser ses serviteurs. Le ministre de l’instruction publique avait rétabli le concours en 1871. C’était une mesure profondément républicaine et démocratique à laquelle il faut revenir. 11 faut aussi augmenter les bourses du haut enseignement. L’homme est évidemment celui de tous les êtres dont le perfectionnement importe le plus à l’homme. Puisque c’est lui qui crée la science, et que c’est la science qui crée ou développe les industries, et que les industries ont pour objet de fournir à l’homme ce qui lui est nécessaire, utile et agréable, il faut considérer que la pédagogie, c’est-à-dire la science, l’art, l’industrie (car elle est tout cela à la fois), dont la fonction est de former des hommes, est la première des sciences, le premier des arts, la première des industries. Faire des hommes, tout est là: évoquer le génie! Une fois le génie évoqué et armé, tous les biens viendront à la fde. U les sèmera autour de lui de sa main puissante, sans secours : farn da se.
- L’art de gouverner les hommes est tout près de 1 art de les lormer. La politique n’est que la pédagogie appliquée aux adultes. De la politique proprement dite nous 11 avons rien à dire ici, sinon de répéter, en l’appliquant à l’industrie, le mot célèbre : Faites-moi de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances. Le travail, comme les finances, a surtout besoin d’ordre, de paix , de liberté. Mais il y a une partie de la
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- politique qui a trait plus particulièrement au travail. La politique embrasse une multitude de questions : la question de finances (les tarifs de douane, les patentes, les impôts en général, particulièrement les droits d’héritage, de partage, de vente, d’expropriation); la question de crédit; la question d’association (les associations de secours mutuels; les associations coopératives de consommation, d’habitation, de production; les sociétés en participation); la question de jurisprudence (les conseils de prud’hommes); la question corporative (chambres de commerce, chambres syndicales, livrets d’ouvriers, bureaux de renseignements); la question de réglementation (âge minimum des apprentis, conditions de l’apprentissage, écoles d’apprentissage, heures de travail pour les enfants, les femmes et les adultes). Toutes ces questions sont très graves. Un mot les domine : Liberté! Si on le perd de vue un instant, tout est perdu. C’est le nerf du travail. Sont contraires à la liberté et, par conséquent, au travail, les tarifs de douane, les patentes, les impôts de mutation. Les tards de douane, nous l’avons plus d’une fois répété, sont un empiétement de l’État sur la liberté du vendeur et de l’acheteur. Us n’ont et ne peuvent avoir pour effet, pratique que des acclimatations inopportunes. Ils vont directement contre ce principe : que le travail humain ne doit jamais être dépensé mal à propos. Les patentes constituent un impôt qui se recouvre facilement ci-produit un gros revenu : impôt immoral dans son principe et le seul vestige qui nous reste des anciens droits de maîtrise. Quand il lut voté, il se trouva dans l’Assemblée un député assez hardi pour demander, au contraire, quon IJ payer patente aux oisifs. Il est vraiment contraire à la morale de frapper d'une peine celui qui travaille. Les droits sm
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- l’héritage, la vente, l’expropriation, sont autant de charges qui pèsent sur 3a propriété et le travail. Elles ont pour effet de rendre toutes les transactions difficiles. C’est un beau reste de cet ancien régime, où un noble ne pouvait travailler sans perdre caste. Le crédit est insuffisamment organisé. D’abord, il est presque impossible de trouver à emprunter, à moins d’être déjà propriétaire ou capitaliste : un cercle vicieux, s’il en fut; il faut étudier les moyens de mettre le crédit à la portée du citoyen qui n’a d’autre richesse que sa capacité et sa volonté. Même pour les patrons, qui, ayant un gage, ont droit à trouver du crédit dans les conditions de la légalité actuelle, les institutions de crédit sont trop peu nombreuses et trop peu abordables. 11 n’y a qu’une seule banque d émission , la Banque de France, avec ioo succursales pour une population de 36 millions
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- d’habitants ù), tandis qu’en Ecosse les douze banques ont ensemble 700 succursales pour 3,200,000 habitants. Le public trouve sa garantie dans la publicité imposée aux banques. L’unité de la Banque peut être défendue par de très fortes raisons, mais à condition que les institutions
- (1) Succursales de la Banque de France: Agen, Amiens, Angers, Angou-lôme, Annecy, Annonay, Arras, Aubusson, Audi, Aurillac, Auxerre, Avignon, Bnr-le-Duc, Bastia, Bayonne, Beauvais, Belfort, Besançon, Blois, Bordeaux, Bourg, Bourges, Brest, Caen, Cahors, Carcassonne, Castres, Cbâlons, Chambéry, Chartres, Châteauroux, Chaumont, Clermont-Ferrand, Digne, Dijon, Dunkerque, Epinal, Evreux, Fiers, Foix, Gap, Grenoble, le Havre, Laval, Lille, Limoges, Lons-le-Saunier, Lorient, Lyon, le Mans, Marseille, Meaux, Mende, Montauban, Mont-de-Marsan, Montpellier, Moulins, Nancy, Nantes, Nevers, Nice, Nîmes, Niort, Orléans, Périgueux, Perpignan, Poitiers, le Puy, Beims, Bennes, la Rochelle, la Roche-sur-Yon, Rodez, Roubaix, Rouen, Saint-Brieuc, Saint-Etienne, Saint-Lé, Saint-Quentin, Sedan, larbes, Toulon, Toulouse, Tourcoing, Tours, 'Iroyes, Tulle, Valence, Valenciennes, Versailles, Vesoul. En tout: yi succursales.
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- telles que le Comptoir d’escompte, le Crédit foncier, se multiplient et multiplient leurs moyens d’action et leurs succursales. 11 est certain que, dans l’état actuel, la petite et la moyenne culture se procurent très difficilement du crédit, et à des conditions trop onéreuses; qu’une maison industrielle à ses débuts n’en trouve pas; encore moins des ouvriers qui se réunissent pour fonder une maison en commun. La vieille défiance contre les associations, inspirée par l’esprit de monopole, subsiste dans nos lois, meme après avoir disparu de nos mœurs.
- Il s’est produit en France à diverses époques un mouvement vers les sociétés coopératives. On a fondé d’abord, cela était naturel, des sociétés de consommation, qui ont réussi; puis des land societies avec le concours des patrons, comme à Mulhouse; celles-là ont été florissantes dans certaines localités et n’ont jamais pu s’implanter dans d’autres, les ouvriers montrant une répugnance invincible à renoncer au droit de changer de résidence pour chercher de meilleures conditions de travail. Les sociétés de coopération ont très rarement prospéré; et quand elles ont réussi, c’est presque toujours en changeant de forme et en devenant des sociétés en commandite. Cependant il y a des exemples nombreux, hors de France, de sociétés coopératives de production très florissantes. L’Etat n’a pas le devoir d’en provoquer la formation; mais il a certainement le devoir de ne pas l’entraver, et même de la rendre facile par une meilleure organisation du crédit public, et par une liberté plus complète donnée aux associations. Aucun principe de morale ni de droit ne s’oppose à ce qu’un citoyen fonde à lui seul une entreprise, avec ses propres fonds, en s’entourant uniquement de salariés; il peut également sas-
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- socier des capitalistes, en restant lui-même directeur de l’affaire, ou en partager avec d’autres patrons la direction et les bénéfices, ou donner à ses ouvriers, au lieu de salaires, ou concurremment avec leurs salaires, une participation dans les'bénéfices; tout cela est très légal, très moral : être patron ou avoir un patron sont deux situations qui ne répugnent en rien ni aux droits de l’homme, ni aux droits du citoyen. Si des ouvriers, restant ouvriers, c’est-à-dire continuant leur travail personnel, se mettent à la tête d’une entreprise, en prenant à leur solde d’autres ouvriers, ils ne sont pas autre chose que des patrons, avec cette seule différence entre eux et les autres, qu’ils sont en même temps patrons et ouvriers. Enfin, si les ouvriers qui s’associent, non seulement restent ouvriers, mais décident, d’une part, qu’ils ne pourront pas cesser de l’être sans sortir de la société, et de l’autre, que la société ne pourra employer aucun ouvrier sans lui conférer la qualité d’associé, ce genre d’entreprise constitue ce qu’on appelle proprement la société coopérative de production. De toutes ces formes du travail, quelle est la plus conforme à la justice? Quelle est celle qui réunit le plus de chances de succès? Ce ne sont pas des questions à débattre ici. Mais ce que nous pouvons et ce que nous devons dire, c’est que tout gouvernement qui inet des entraves au droit d’association entre ouvriers, non des entraves légales, cela serait impossible dans les sociétés modernes, mais des entraves de fait par la suppression ou le refus des facilités nécessaires, viole le principe de l’égalité, le principe de la liberté, commet une injustice à l’égard des ouvriers, et même en commet une à l’égard des patrons, parce que, dans cette condition, les patrons tiennent leur situation de la protection du gouvernement,
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- au lieu de la tenir du libre exercice de leurs droits et des
- conventions faites entre les parties. On a demandé à cer-
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- taines époques que l’Etat, dans ses commandes ou ses adjudications, préférât toujours, à égalité de prix et d’exécution de travail, les sociétés coopératives aux entreprises
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- individuelles. Pourquoi cela? L’Etat, ne doit s’occuper que de la qualité du produit et du prix de revient. On a demandé , dans un autre sens, que les produits des associations ouvrières ne fussent pas admis à concourir dans les expositions universelles, ou qu’il y eût pour elles un concours séparé. Il n’y a, pour des prétentions pareilles, ni raison ni prétexte, à moins qu’on ne veuille revenir aux anciennes jurandes. Tout le monde est égal devant le travail; tout produit du travail, quelle qu’en soit la source, doit être estimé pour ce qu’il vaut, soit par l’Etat, soit par le jury d’une exposition. Tout ce qui attente à l’égalité ou à la liberté, dans un sens ou dans un autre, attente au travail. Les peuples peuvent avoir des lords, comme en Angleterre, ou des seigneurs, comme en Russie et en Allemagne, suivant les constitutions qu’ils se donnent; dans l’atelier de l’humanité, il n’y a que des travailleurs, des hommes, des droits égaux : la seule supériorité est celle du mérite. Si i’éualité et la liberté étaient bannies du reste
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- de la terre, elles devraient se retrouver dans le monde du travail.
- La situation des ouvriers, dans nos sociétés démocratiques, n’est plus ce qu’elle était autrefois; les ouvriers le savent très bien; il faut que les patrons le sachent aussi et s’en souviennent, sous peine de commettre de cruelles méprises. On a amélioré, peut-être incomplètement, le mode de nomination et la composition des chambres de
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- commerce, des tribunaux de commerce, des conseils de prud’hommes. Il faut y introduire l’égalité pour y introduire la justice. On a supprimé l’article 1781 du Code civil. On supprimera le livret un de ces jours; les ouvriers auront, s’ils le veulent, des diplômes gagnés au concours, ou des attestations de leurs patrons ou de leurs camarades d’atelier, s’il leur plaît de s’en munir. Ils acceptent, à prix débattu, une condition de subordination dans les ateliers où ils travaillent, et quand une fois ils ont donné parole, ils doivent tenir scrupuleusement leur engagement, puisque les conventions sont la loi des parties. Mais, en dehors de l’atelier, et en tout ce qui ne touche pas le travail, ils sont les égaux absolus de leurs patrons; égaux en droits et en devoirs, électeurs et éligibles, camarades d’armes dans l’armée active, dans la réserve et dans l’armée territoriale. Le contrat qu’ils ont accepté les oblige; mais ils l’acceptent à des conditions débattues avec une liberté entière. Non seulement ils peuvent travailler ou ne pas travailler, choisir leur genre de travail, leur atelier, leur patron, poser leurs conditions de salaires, fixer la durée de travail, etc., mais ils ont incontestablement le droit de travailler à leur propre compte. S’ils ne peuvent en user, faute de capacité, c’est un malheur dont ils sont la cause; si la difficulté vient dobstacles suscités indirectement par l’autorité, ou les usages, ou les mœurs, ils sont victimes d’une injustice, parce que la liberté du travail, la plus sainte des libertés, après la liberté de conscience, est violée en eux. On dit quelquefois, et avec raison, que la liberté 11’est possible qu’avec l’ordre, c’est-à-dire avec la paix; on peut retourner la proposition pour tout ce qui regarde le travail, et dire: La paix lies! possible qu’avec la liberté. Quand il y a des malentendus ou
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- des crises, cela ne peut tenir qu’à l’absence de liberté, ou à l’ignorance, qui est aussi une privation de liberté.
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- Travailler, étudier ! Etudier librement, pour travailler librement et scientifiquement ! Il n’y a pas d’autre manière
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- de travailler et d’étudier. Emanciper le travail, émanciper la pensée, émanciper l’homme; c’est, en trois mots, toute la philosophie. C’est aussi l’aspiration et le but de toute politique républicaine. Et c’est pourquoi les écoles sont la base de toute république.
- Il est impossible, en parcourant, même d’un œil distrait, les galeries d’une exposition universelle, de ne pas se sentir envahi par cette pensée, que la science a pris définitivement possession de la direction de tout le travail humain.
- Autrefois, on entendait dire partout: Travaillons! C’est le mot de l’humanité; mais on exprime à présent plus justement la même pensée en disant : Etudions! C’est là, en effet, la forme la plus excellente, la plus éminente, la plus efficace du travail humain. L’histoire des expositions nous conduit à cette conclusion par la route la plus directe. En 1798, une exposition n’est qu’une exhibition; c’est un bazar, une simple accumulation de richesses; 1801, 1802, 180à, 1819,11e sont guère autre chose. Ce sont des richesses en plus grande quantité, mais toujours des richesses, et rien de plus. Les procédés scientifiques, les outils, commencent à se montrer seulement en i.83à. C’est la philosophie du travail qui fait son apparition. Les hommes du métier, les savants de profession, accourent pour les étudier; les contemporains peuvent se souvenir que la foule des visiteurs s’en éloigne. Non seulement elle ne les comprend pas, ce qui est assez naturel, mais elle 11’en soupçonne pas la puissance et l’importance. Il faut des coups
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- d’éclat, comme le chemin de fer, la locomotive, le télégraphe électrique, la photographie, pour lui faire sentir que les destins de l’humanité se préparent dans les laboratoires de savants. Elle fait à cet égard son éducation lentement, mais elle la fait. A partir de 1855, il y a dans les expositions un département scientifique. On expose, en outre, les appareils des transformations industrielles et même des spéculations purement théoriques, et la foule, sachant désormais que la découverte d’une théorie peut donner lieu à la découverte d’une industrie, s’arrête avec respect devant ces outils d’un nouveau genre. On ne se borne pas à lui montrer les instruments de la chimie, de la physique, de la géodésie, de l’astronomie, les collections de l’histoire naturelle ; on étale sous ses veux tout ce qui sert à la culture intellectuelle: les livres; non seulement les grands livres, qu’on ne peut lire qu’à la condition d’être déjà un savant, mais les livres de la foule, du vulgaire, ceux des enfants; le mobilier scientifique et scolaire, depuis le plus élevé jusqu’au plus humble. Elle sait à peu près ce que c’est qu’une université; elle comprend ce que peut une école primaire. Les galeries scolaires sont visitées autant que les autres, et par des gens compétents. Les instituteurs y accourent des localités les plus lointaines; ils se réunissent en conférences; ils amènent leurs élèves. A Londres, à Philadelphie, à Paris, il y a un groupe scolaire. Jamais ce groupe n’avait eu, dans l’opinion publique, une importance aussi décidée, aussi considérable qu’en 1878. Jamais les récompenses de ce groupe n’avaient été aussi recherchées, aussi enviées. L’échelle est maintenant visible pour les plus ignorants, pour les plus inattentifs: le produit, l’outil, la machine-outil, le laboratoire, l’université, l’école secon-
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- claire, l’école primaire. On descend jusqu’à la salle d’asile, jusqu’à la crèche. Former l’intelligence humaine, qui est maîtresse de la destinée humaine ; l’éclairer, la fortifier, la dégager des préjugés, l’enrichir des meilleurs instruments et des meilleures méthodes. L’homme n’est plus une force de traction inférieure au bœuf, ni une force de vitesse inférieure au cheval; c’est avant tout, c’est surtout une pensée, une volonté, ayant à ses ordres des serviteurs bien autrement rapides que le cheval, bien autrement puissants que le bœuf ou l’éléphant. Pendant que ces pensées, ces volontés, bien préparées dans les écoles, dirigeront, gouverneront les machines déjà créées, appliqueront les procédés déjà découverts, les intelligences supérieures, profitant du travail de leurs maîtres, poursuivant leur ouvrage, ajouteront leurs découvertes aux découvertes anciennes : école d’assimilation, école de création; mais surtout et partout, écoles! Ecoles dans les hameaux et dans les capitales, écoles pour les enfants à peine sortis du berceau, écoles pour les adultes et pour les vieillards ; écoles dans les champs, dans les usines, dans les compagnies de chemins de fer; cabinets d’étude, qui ne sont que des écoles solitaires; académies, qui ne sont que des écoles collectives. Partout les grandes compagnies entretiennent des savants; les grandes maisons de banque ont leurs savants en économie politique et en finances, qui étudient pour elles les affaires à mesure qu’elles se présentent, ou en créent de nouvelles. De puissants financiers s'attachent un inventeur qui leur vaut plus qu’une mine d’or. Etudier! La popularité de ce mot est le grand caractère de 1 o* poque de l’histoire où nous voici. Cette popularité est venue avec une rapidité foudroyante. L’enseignement primaire est en faveur depuis 1833; le haut enseignement, depuis ces
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- dernières années seulement. Qu’on relise la description des écoles primaires avant n 8 3 3 par M. Lorain! Qu’on se rappelle les difficultés rencontrées en 1833 par M. Guizot! Qu’on lise les rapports successifs sur l’état de l’enseignement primaire, secondaire, supérieur, jusqu’en 187/1! En 1872, quand le ministre de l’instruction publique, réunissant à la Sorbonne les savants de toute la France, leur exposa les besoins du haut enseignement, on applaudit de tous côtés à cette résolution prise de montrer la plaie, a Vous ne nous diriez pas cela, s’écriait M. Le Verrier, si vous 11’étiez pas résolu à travailler pour la guérison ! v Et le ministre répondait: cc Soyez mes auxiliaires! formez l’opinion ! v On était alors à ce moment extraordinaire de l’histoire où la France payait 10 milliards, où l’on 11e marchait que sur des ruines. Cependant la lumière était faite, et l’on se mit à l’œuvre dès qu’il fut possible de songer à autre chose qu’à la dette. Les Chambres, les conseils municipaux , prodiguèrent des millions. L’élan est donné ; et il l’est si bien que tous les rapports qu’on lira après celui-ci se terminent par ces mots : des écoles ! Nous maintenons notre supériorité, disent les uns, mais nos voisins ont de meilleures écoles. Ils vont nous atteindre, nous dépasser, si nous 11e rendons pas nos écoles plus parfaites. Notre industrie, disent les autres, n’est qu’au second rang; avec de bonnes écoles, elle passera au premier.
- Qu’on les écoute! Donnons des écoles à nos mineurs, à nos forgerons, à nos architectes, à nos peintres, à nos décorateurs, à nos tisseurs, à nos horlogers, à nos sculpteurs sur bois, à nos ébénistes, à nos cultivateurs! Mais songeons surtout à faire des hommes, parce que c’est avec des hommes qu’011 fait des ouvriers, des industriels, des savants.
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- Écoles primaires et secondaires pour faire des hommes, écoles d’apprentissage pour faire des ouvriers, écoles d’application pour faire des ingénieurs et des chimistes, écoles supérieures pour faire des savants, des réformateurs, des inventeurs. Commençons la sainte croisade, la croisade de la science. Il n’y a plus de supériorité ni de sécurité que par elle. Dans la société telle que les siècles, les révolutions et la liberté nous l’ont faite, il n’est plus permis d’ignorer, il n’est plus possible de s’arrêter. Il faut courir ou mourir.
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- TABLE.
- Pages.
- Chap. I. Les expositions nationales. — 1798-1849.................... 1
- Ciiap. II. Les expositions internationales. —1851-1867.................. 71
- Chap. III. L’Exposition de 1878......................................... 133
- Les comptes rendus des congrès et conférences, page i33. —
- Les rapports du jury international, i45. — La classification des produits de l’industrie, i53. — L’Exposition collective ouvrière,
- 171. — Le monde dans un espace de 745,53o mètres carrés, 178.
- Chap. IV. La maison et le mobilier........................................ 311
- Chap. V. Le vêtement ........................................... ... .. a53
- Chap. VI. Les aliments.................................................. 3i3
- Chap. VIL Les forces productives........................................ 357
- Chap. VIII. L’école....................................................... 458
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