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Rapport sur l'envoi des travaux des élèves de cette école à l'exposition des arts industriels à Paris, en 1863
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- ÉCOLE
- DES
- BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES INDUSTRIELLES DE TOULOUSE.
- RAPPORT
- SUR
- L'ENVOI DES TRAVAUX DES ÉLÈVES DE CETTE ÉCOLE
- A
- L’EXPOSITION DES ARTS INDUSTRIELS A PARIS,
- EN 1863,
- Par M. GAILLARD,
- Chevalier de la Légion d’honneur,
- Professeur de fortifications aux Ecoles impériales d’artillerie, professeur de dessin au Lycée et à l’École des arts de Toulouse.
- IMPRIMERIE DE A. CHAUVIN,
- RUE M IREl'OIX , 3.
- 1863.
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- RAPPORT
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- l’envoi des travaux des élèves de l’Ecole des arts et des sciences industrielles de Toulouse,
- A L’EXPOSITION DES ARTS INDUSTRIELS DE PARIS, EN 1863,
- B “ni- le professeur GAILLARD.
- Monsieur le Maire,
- D’après la proposition de M. le Directeur de l’Ecole des beaux-arts et des sciences industrielles de Toulouse , vous avez bien voulu me déléguer pour aller représenter cette Ecole auprès de l’exposition ouverte, le 10 septembre dernier, dans le Palais de l’Industrie, à Paris.
- Je viens, M. le Maire, vous rendre compte de la mission que vous m’aviez fait l’honneur de me confier.
- Je dois tout d’abord, M. le Maire, m’empresser de déclarer que MM. les membres de la commission d’organisation m’ont accueilli avec une cordialité et une sympathie qui ne pouvaient être que favorables à ma mission.
- Malheureusement, l’ouverture de l’exposition, qui devait avoir lieu le 15 août, ayant été retardée, je n’ai pu prolonger mon séjour autant que je l’aurais désiré. Cependant,
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- comme MM. les membres du jury, que j’ai eu l’avantage de rencontrer à Paris, ont eu l’obligeance d’écouter avec bienveillance ce que j’avais à leur exposer touchant notre Ecole, de provoquer même de nouvelles explications de ma part, et que ces messieurs ont bien voulu se charger d’être mes interprètes auprès des autres membres du jury lorsqu’ils devront se réunir, j’ai tout lieu de penser que l’Ecole que j’avais l’honneur de représenter sera , indépendamment de l’envoi qu’elle a exposé, suffisamment connue pour qu’elle puisse, sans aucune appréhension, attendre avec confiance le jugement du jury.
- Mais comme il pourrait devenir utile de rappeler, à Paris même, le souvenir de l’Ecole de Toulouse , de son organisation , de son but particulier, ainsi que la part qu’elle a prise à cette exposition ;
- Et comme, d’un autre côté, il m’a paru intéressant de faire connaître aux industriels, aux artistes, et même à toute autre classe de nos concitoyens, ce qu’était cette exposition des arts industriels, en quoi elle pouvait être avantageuse pour eux, et quel était le but de l’envoi des travaux de notre Ecole :
- Je me suis trouvé comme obligé de donner au rapport que j’ai l’honneur de vous adresser, la substance et la forme auxquelles je me suis arrêté.
- I.
- BUT DE L’EXPOSITION.
- Une exposition des arts industriels, organisée avec le concours de la Société des inventeurs et artistes industriels, autorisée par S. Exc. le ministre d’Etat, avait été essayée en 1861, et avait produit quelques résultats propres à engager sérieusement à suivre cette voie; lorsque le 25 janvier der-
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- nier , dans la grande cérémonie de la distribution des récompenses aux exposants de Londres, l’Empereur prononça ces paroles :
- « .... L’initiative individuelle, s’exerçant avec une infa-
- » tigable ardeur, dispense le gouvernement d’être le seul » promoteur des forces vitales de la nation.
- » .... Stimulez chez les individus une spontanéité éner-
- » gique pour tout ce qui est beau et utile.
- » Telle est votre tâche. »
- Or, dès cet instant, ces fécondes paroles, répandant sur les esprits une salutaire influence, et venant encourager la commission d’organisation, le succès ne pouvait plus être douteux. La seconde exposition fut donc décidée, et un règlement arrêté.
- « Afin d’entretenir en France, dit ce règlement, le culte » des arts, le sentiment du beau, et activer dans ce sens » l’émulation de tous les hommes d’imagination et de talent, » qui concourent au progrès de l’art uni à l’industrie, une » exposition des arts industriels aura lieu au Palais de » l’Industrie, à Paris, en 1863.
- « Cette exposition comprendra toutes les œuvres d’art » ayant rapport à la décoration intérieure et extérieure,
- » les œuvres d’industrie ayant un rapport direct avec l’art,
- » et se composera de quatre sections, savoir :
- » 1° Les dessins décoratifs et industriels, peinture et sculpture décorative.
- » 2° Les dessins scientifiques et mécaniques.
- » 3° Les objets fabriqués et manufacturés ayant un rapport direct avec l’art,.
- » 4» Les photographies et reproductions des objets décoratifs et manufacturés.
- » Une série de prix due à la haute initiative de S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des tra-
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- vaux publics, récompensera particulièrement les objets fabriqués et manufacturés.
- » La commission d’organisation de cette exposition, de son côté, a voté des prix en argent destinés aux artistes industriels dont les œuvres se distingueront soit par la forme, soit par la couleur.
- » La chambre syndicale des artistes industriels a également offert, à l’occasion de cette deuxième exposition, des prix qui seront spécialement réservés aux dessinateurs pour impressions sur étoffes.
- » Enfin, dit le président de la commission d’organisation, dans sa circulaire aux directeurs des écoles de dessin de toute la France, enfin la commission n’a pas oublié la jeune génération des écoles où se forment aujourd’hui les artisans de l’avenir et dont les travaux se rapportent exclusivement à l’art décoratif. Et cette commission s’étant adressée à S. Exc. le Ministre pour le prier d’intercéder auprès de S. M. l’Impératrice, afin d’encourager par des récompenses ces laborieux enfants qui préparent la rénovation de l’art, a obtenu de S. M. l’Impératrice cinq médailles d’or pour être distribuées, au nom de S. A. le Prince Impérial, aux enfants des écoles. »
- C’est en conséquence de ces diverses dispositions, que l’Ecole des beaux-arts et des sciences industrielles de Toulouse, invitée comme toutes les autres écoles de la France à participer à cette exposition, s’est empressée de se rendre à cette invitation, en envoyant un spécimen des divers travaux qu’exécutent habituellement les élèves qui la fréquentent.
- C’est une heurèuse idée que de chercher à mettre ainsi en présence les unes des autres , dans la capitale de la France, les écoles dans lesquelles, ainsi que le dit la commission, se prépare la jeune génération des artisans de l’avenir. Car c’est par un rapprochement semblable
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- qu’il sera possible de reconnaître, sous ce rapport , nos richesses et nos misères ; c’est en présence les unes des autres qu’on distinguera les écoles qui sont le mieux organisées. C’est en les embrassant ainsi d’un seul regard qu’on pourra se faire une idée claire de l’état actuel de l’enseignement destiné aux jeunes artisans, reconnaître les établissements où cet enseignement est dans une bonne voie et ce que les autres laissent à désirer, en un mot, ce que nous possédons sous ce rapport, comme ce qui nous manque. Et chaque école, chaque établissement pouvant ainsi profiter de ce qui sera reconnu bien dans les autres, on voit de suite quels résultats heureux naîtront de ces rapprochements. Toulouse ne pouvait donc que s’empresser d’y prendre part. Mais on comprend bien toutefois que pour que des résultats de cette sorte pussent atteindre une certaine valeur, il faudrait qu’un représentant de chaque localité pût aller à Paris même étudier l’ensemble et les détails de semblables expositions, et qu’il serait mieux encore de réunir en présence de ces expositions les représentants des diverses écoles; afin que, pouvant ainsi s’éclairer les uns les autres, ils fussent plus disposés à abandonner ce qui paraîtrait tenir de la routine, pour adopter ce qui serait reconnu bon, puis successivement les améliorations ultérieures qui viendraient à se produire.
- Or, l’Ecole de Toulouse voulant de suite entrer dans cette voie, autant que cela était en ce moment possible, il fut bientôt décidé qu’un professeur serait délégué auprès de l’exposition.
- Investi de la confiance de M. le Maire pour remplir ce mandat, ma mission se composait de deux parties :
- L’une consistait à étudier l’exposition , afin d’y puiser quelques lumières utiles à notre Ecole. Et cette première partie, je crois l’avoir remplie : car si je parviens à faire rayonner autour de moi les impressions que j’ai reçues et les notes que j’ai recueillies, nul doute que les éludes de
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- nos élèves n’en éprouvent quelques améliorations, du moins dans quelques-uns de leurs détails.
- La seconde partie de ma mission consistait, par une sorte de réciprocité, à faire connaître notre Ecole municipale, l’ensemble de son organisation, et surtout le système particulier d’enseignement du dessin qu’on y suit avec tant d’avantage depuis une trentaine d’années.
- En conséquence, les travaux des élèves ont été arrangés dans un ordre tel, qu’avec un peu d’attention il devient facile de voir et de lire, comme dans un livre, l’ensemble et la suite des diverses phases par lesquelles passent les élèves qui, entrant ne sachant d’abord rien, arrivent en sortant au point d’être presque artistes : dessinateurs ou peintres, sculpteurs ou architectes, dessinateurs géomètres ou tout au moins artisans instruits et capables de se livrer avec plus de succès à leurs divers travaux. Et pour compléter cet arrangement, j’ai eu le soin de placer en évidence le programme de notre enseignement, qui, ainsi disposé, et à l’aide de quelques courtes indications écrites, placées convenablement parmi les dessins et autres objets exposés, achèvent de rendre tout le système facile à saisir, et de faire connaître même les cours oraux qui ont lieu dans notre établissement.
- Enfin, ne pouvant demeurer longtemps à Paris, et m’y trouvant dans un moment où les membres du jury, dispersés par les vacances, n’avaient pas encore jugé utile de se réunir ; j’ai cependant eu l’avantage d’être entendu par ceux de ces messieurs qui s’occupaient particulièrement de l’organisation de l’exposition, et j’ai pu me retirer avec la certitude que les explications que j’avais présentées avaient été écoutées avec bienveillance, comprises par des personnes éminemment en position de les apprécier, et qu’elles seraient transmises en temps opportun aux autres membres du jury, lors de ses réunions officielles.
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- Cette seconde partie de, ma mission s’est donc trouvée à son tour terminée. Et l’Ecole de Toulouse peut, sans aucune appréhension , ainsi qu’il a été dit, attendre en toute sécurité le jugement du jury.
- Mais en attendant ce jugement, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de jeter un coup d’oeil sur l’exposition.
- II.
- COMPOSITION ET ASPECT GÉNÉRAL DE l’eXPOSITION.
- , L’exposition des arts appliqués à l’industrie se compose' de trois parties destinées :
- 1° Aux industriels ; 2° aux artistes ; 3° aux élèves.
- La première partie, celle des industriels, fabricants ou manufacturiers, consacrée aux produits exécutés d’après un modèle primitif, est située dans la grande nef du Palais de l’Industrie, qui présente un espace immense distribué et décoré avec un goût remarquable.
- Des compartiments nombreux et de formes diverses , des gazons verdoyants, des fleurs odoriférantes et variées , des fontaines jaillissantes dont le murmure vient doucement flatter l’oreille, des bassins où se mirent les objets d’alentour; puis des dispositions particulières prises par chaque exposant, suivant la nature des produits qu’il lui importe de montrer, varient à l’infini l’aspect, toujours changeant à mesure que le spectateur se déplace, de ces nombreux objets. Enfin un immense vitrail, s’étendant sur toutes ces richesses, permet à une lumière douce quoique splendide de pénétrer partout et de ne laisser inaperçu aucun détail de toutes ces merveilles.
- Que d’œuvres en effet, variées de mille et mille manières, se présentent aux yeux charmés dans cette multitude de méandres divers. Tout ce que l’art a pu réunir à l’industrie
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- s’y étale avec bonheur ; les métaux, les bois, les pierres et les étoffes : tout s’y donne la main, tout s’y montre sous des formes et des couleurs qui fascinent le regard, captivent l’attention et satisfont le goût le plus exigeant.
- Sans doute, il ne faut point ici chercher l’art dans sa plus haute expresion ; ce n’est point ici l’art pur, mais simplement cette partie de l’art qui peut, avec une certaine convenance , se plier aux choses de l’industrie, pour les embellir et les rendre plus agréables. Or, dans ces limites, on peut dire que le but est atteint.
- Des statuettes diverses, en effet, et de grandes statues fondues, ciselées, sculptées s’y montrent à profusion ; de la sculpture d’ornement, des marbres, des bronzes d’art, de la bijouterie, des meubles d’art, sculptés ou dorés ; des porcelaines, des émaux, des cristaux ; puis des tapis, des tapisseries, des papiers peints, des fleurs artificielles , de la tabletterie, des poupées même ; puis aussi des ameublements et des ornements de chapelle, de la serrurerie d’art, de l’ébénisterie, des armes à feu, des instruments d’horlogerie, de mécanique, d’optique, des gravures sur métaux, etc. Et vraiment il faudrait plusieurs pages pour énumérer simplement cette multitude d’objets divers, qui font de cette nef un véritable palais des fées, où le temps, bien que rendu visible par des horloges dans lesquelles l’art le dispute à la science pour en composer des chefs-d’œuvre, glisse sans qu’on s’en aperçoive, et où l’artiste et l’industriel sérieux peuvent puiser à souhait de fécondes inspirations.
- Mais cette première partie de l’exposition, bien que très-attrayante et certainement fort intéressante, n’est pourtant pas celle qui, dans ce moment, doit le plus nous captiver. Il en est même ainsi de la seconde, qui, destinée aux artistes et renfermant de son côté de grandes richesses artistiques , ne doit cependant pas nous empêcher d’arriver
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- à nos écoles. Aussi, ne nous bornerons-nous également qu’à une simple indication.
- Cette seconde partie donc, située dans les galeries du haut, qui s’étendent à gauche du grand salon central, renferme les dessins et les peintures qui servent de modèles aux industries d’art : les lithographies, la photographie et les plâtres , d’après lesquels l’orfèvre, le fabricant de bronzes, etc., exécutent leurs produits ; puis des peintures , des sculptures , des ornements applicables à la décoration et à l’industrie ; des dessins au crayon, à la plume, au pastel, à la gouache ; des paysages, des fleurs, etc. ; des projets d’architecture ; des dessins pour objets d’orfèvrerie, de bijouterie, de joaillerie , etc. ; d’autres pour dentelles, étoffes, châles, tapis , broderies, etc. ; dessins pour papiers peints , pour panneaux décoratifs, meubles , cheminées , etc. ; des dessins et des peintures pour éventails ; dessins de voitures, etc. ; en un mot tout ce qui, dans l’art, peut être conçu, préparé et disposé en vue d’orner, de parer, de rendre plus agréables des objets quelconques, construits, fabriqués ou manufacturés.
- Enfin , la troisième partie , celle qui, incomparablement plus modeste que les deux autres, doit néanmoins nous intéresser le plus en ce moment, se trouve, de même que la seconde, disposée dans les galeries du haut, mais à droite du grand salon central. Là se succèdent, sur une même file, six salles où sont exposés les dessins, les sculptures, etc., des écoles de Paris et des départements : c’est le concours des écoles.
- Concours des écoles.
- Les objets envoyés par les écoles, au nombre de deux mille, couvrent une surface dé 1000 mètres carrés, dont 50 environ occupés par celle de Toulouse.
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- Une cinquantaine d’écoles de Paris et des départements ont répondu, par un nombre égal d’envois, à l’appel qui avait été fait.
- Ces écoles sont diverses. Il y en a de publiques, il y en a de particulières. Il y a des écoles Municipales, dont quelques-unes pour les Adultes. Il en est une destinée aux jeunes personnes et dirigée par une dame. On en voit qui appartiennent à des lycées ; d’autres, au nombre de neuf, dirigées par des Frères. Quelques écoles sont dites professionnelles ; quelques autres sont préparatoires aux écoles des beaux-arts et arts industriels, etc. Enfin, dans quelques-unes , les élèves sont internes , et paient ; dans d’autres , ils sont externes, mais paient également.
- De sorte qu’on peut, sans s’éloigner beaucoup de la vérité , dire : qu’en supposant même que d’autres écoles encore existent, qui ne se sont pas présentées à ce concours , l’ensemble de l’exposition fait néanmoins connaître l’état actuel de cet enseignement dans toute la France.
- Ce qui frappe bientôt en parcourant ces vastes salles et les divers travaux qui s’y déroulent, sur une longueur de près de 300 mètres, c’est un air de fête, rappelant ces exhibitions qui ont lieu dans la plupart des établissements d’instruction pendant la solennité si chère aux mères , comme aux jeunes élèves , de la distribution des couronnes à la fin de chaque année classique. L’aspect de ces travaux si nombreux et si variés, joints aux souvenirs agréables qu’ils ramènent, disposent à l’indulgence ; car il ne faut pas perdre de vue que ce ne sont plus ici des travaux d’ar-tistes, mais seulement les exercices de simples élèves.
- On examine donc, avec une certaine sympathie, tous ces premiers essais, tous ces divers dessins, et l’on aime à reconnaître que bon nombre dénotent un certain mérite, d’heureuses dispositions, et qu’il en est quelques-uns qu’on peut dire fort beaux.
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- Tous les genres, d’ailleurs, s’y trouvent représentés. Dessins graphiques : épures , machines, plans, cartes, topographie ; lavis d’architecture , etc. Dessin d’imitation •. figures, ornements, paysages, fleurs, fruits, etc. ; dessins à la plume, au crayon, au pastel, à l’estompe, au fusain , etc. ; dessins hachés, graines , pointillés. Peinture à l’huile , à l’aquarelle, à la gouache, au pastel, etc. ; dessins d’après l’estampe, autrement dits copiés (et malheureusement ce sont les plus nombreux) ; dessins d’après le relief aussi, la ronde bosse et la nature ; des compositions même. Puis encore des études modelées en terre : têtes, académies, ornements, fleurs, etc. ; tout enfin ce qu’on peut supposer qu’essaient et étudient les élèves, dans ces différents établissements, avant que d’oser aspirer à un talent d’artiste.
- Malheureusement, ces travaux si divers, disséminés dans chaque école sans aucun ordre méthodique, ne paraissent, en général, se rattacher à aucun système déterminé d’enseignement , et ne semblent avoir été arrangés là que pour satisfaire simplement le regard. De sorte que, dans chacun de ces groupes, on ne croit voir, en effet, qu’une de ces exhibitions déjà indiquées qui montrent que, dans la plupart des établissements, le dessin est considéré comme chose tout à fait accessoire, comme un art d’agrément (en style de pension) et où la direction des élèves, quant à cette étude, se trouve le plus ordinairement abandonnée à l’impulsion de leur caprice particulier.
- Aussi, malgré cette multitude de travaux différents, ne tarde-t-on pas à reconnaître que, à très-peu d’exceptions près, toutes les écoles ainsi représentées se ressemblent ; et qu’en en examinant une, pourrait-on dire, on les vojt vraiment toutes ou à peu près. Ce qui n’a rien que de très-naturel , d’ailleurs, puisqu’elles suivent sans doute aussi une même méthode.
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- Il est facile, en effet, de voir que tous ces dessins ont été faits de la même manière ; que tous, ou du moins le plus grand nombre, dessins d’imitation comme dessins graphiques , sont copiés d’après ces estampes que le commerce nous montre étalées de tous côtés. Tous sont copiés de la même façon, d’après ces mêmes modèles, gravés ou lithographiés, et, sauf quelques exceptions relatives à des dessins d’un genre spécial, toutes les copies prises d’un même sujet : figures, ornements ou moulures présentent la mêrfte physionomie, et peut être le même nombre de coups de crayon pour les uns, comme le même nombre de lignes ou de traits pour les autres. En un mot, l’on voit que les copies sont la règle, et que les études d’après le relief ne sont que l’exception.
- Aussi, l’Ecole de Toulouse qui, tout au contraire, a pour règle les études d’après le relief, la ronde bosse et la nature , se distingue-t-elle de toutes les autres par un aspect particulier. Et cela doit être : la méthode étant différente , la marche des travaux, les traces qu’ils laissent apercevoir et les résultats auxquels ils conduisent, doivent en effet différer de ceux des autres écoles.
- Elle présente donc un ensemble qui n’a rien de ce papillotage qu’on remarque dans beaucoup d’autres. On voit là une apparence grave, calme , sage , éminemment clas- ' sique , qui invite d’une manière toute particulière à un examen sérieux, et l’on se prend à répéter ce que disait un spectateur attentif : Il y a là quelque chose !
- Puis, en parcourant ces différentes études, restreintes au nombre strictement nécessaire de une ou deux pour chaque section , afin de ne pas laisser de lacunes , et disposées ainsi qu’il a été dit, on s’arrête sur les deux extrémités, sans négliger cependant les objets intermédiaires , dont quelques-uns surtout méritent l’attention qu’on leur accorde. Ainsi, d’un côté , nos ardoises, nos modestes ardoises, qui ne peuvent montrer que les premiers débuts d’élèves ne sa-
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- chant encore rien, attirent néanmoins l’attention et sont appréciées à leur valeur. Et de l’autre côté, à l’autre pôle de notre Ecole, nos grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture, et nos dessins de machines fixent, au plus haut point, l’attention ; car il n’y a rien de semblable dans les autres écoles.
- Mais, attirer l’attention ne peut tout seul suffire. Cherchons à reconnaître quel rang pourrait occuper , par ordre de mérite, une Ecole qui, plus que les autres encore, doit exciter nos sympathies.
- ’ ' III.
- APPRÉCIATIONS TOUCHANT LE MÉRITE DES ÉCOLES.
- D’après l’étude, assez sérieuse et dégagée de tout petit intérêt particulier d’amour-propre, que j’ai pu faire de toute l’exposition, combinée avec ce que j’ai pu voir et entendre autour de moi pendant mon séjour à Paris; apres avoir fait la part de ce qui, dans les autres écoles, est bien, même quelquefois magnifique, je crois qu’on peut en conclure que notre Ecole se trouve, dès à présent, une des deux ou trois les plus remarquables.
- Mais parmi ces trois, quel rang pourra-t-elle occuper ? Ici la question n’est pas aussi facile à résoudre, et elle pourra dépendre de circonstances qu’il n’est guère possible, quant à présent, d’apprécier ; car ces écoles ne sont pas de même nature. Les unes sont des écoles à peu près spèciales, chacune dans son genre; l’autre, au contraire, n’affecte aucune spécialité : ces écoles ne sont donc pas comparables entre elles.
- Et en effet, si l’on suppose, par exemple, des Ecoles dont la spécialité soit de former des ornemanistes ou bien des architectes, et qui, en conséquence, présentent de
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- beaux dessins d’ornements ou bien d’architecture : il est évident qu’à Paris, où l’on a tant besoin d’architectes et d’ornemanistes, des écoles semblables seront prisées fort haut. Qu’on suppose encore une école spéciale de dessin et de peinture de fleurs : et une école ainsi organisée obtiendra , à Lyon tout particulièrement, un très-grand succès , parce que Lyon a besoin de bons artistes dans ce genre.
- Et l’on voit de suite que de telles particularités peuvent, ou plutôt doivent presque fatalement influer sur les jugements qui peuvent être portés, lorsqu’il s’agit de mettre ainsi en présence, pour les classer, des écoles qui n’ont presque rien de commun.
- Maintenant, qui récompensera-t-on ? les élèves ou les écoles? Autre question, très-importante aussi, mais sur laquelle pourtant on ne saurait plus, je crois, hésiter longuement.
- En effet, pour arriver plus sûrement au but qu’on s’est proposé, en organisant l’exposition des arts industriels, on y a appelé, non-seulement les producteurs, mais aussi les artistes. Or, pour préparer de bons artistes, il ne faut pas oublier « la jeune génération des écoles, où se forment aujourd’hui les artisans de l’avenir. » Aussi a-t-on réservé une place à leurs travaux, non loin de ceux qui pourraient à bon droit leur servir de modèles. Mais pour former à leur tour de bons élèves, la chose essentielle avant tout est évidemment d’avoir de bonnes écoles.
- Un bon élève peut se rencontrer dans une école de médiocre valeur, comme une école bien organisée peut accidentellement avoir très-peu de bons élèves. Mais les élèves passent et les écoles restent.
- D’ailleurs, récompenser tin élève pour un travail quelconque, ne saurait être un moyen d’encourager ceux des autres écoles qui, n’ayant aucune connaissance du travail récompensé, n’en continueraient pas moins leurs mêmes
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- errements, quelque mauvaise que pût être la voie dans laquelle ils se seraient trouvés engagés ; tandis qu’en récompensant une école, les autres écoles pourraient aussitôt la considérer comme modèle, comme jalon indiquant la route à suivre.
- On voit donc que ce sont les écoles qu’il faudrait distinguer et récompenser , et non simplement les élèves. Solution qui d’ailleurs paraît maintenant en voie d’être adoptée ; car depuis que l’exposition est complètement organisée, on lit à l’entrée des salles réservées aux travaux des élèves : Concours des Ecoles. -
- Au reste, quel que soit le mode auquel on vienne à s’arrêter , l’Ecole de Toulouse n’a rien à redouter, et sa place est incontestablement marquée parmi les premières. En voici la raison :
- Si l’on récompense les élèves, on trouvera dans plusieurs écoles bon nombre de travaux assez remarquables et même quelques-uns de magnifiques., Mais, de son côté, notre Ecole en présente qui ne le cèdent en rien à ceux-là. Et quant à nos études peintes d’après nature, et surtout nos trois compositions de peinture, de sculpture, d’architecture, pour les grands prix de 4,500 fr. chacun, en y joignant, pour le dessin graphique, nos projections, nos levers de bâtiments et de machines : l’exposition tout entière, je le répète, ne présente rien de pareil.
- D’un autre côté, si ce sont les écoles qu’on se propose d’apprécier et d’encourager, il se présente deux cas : ou bien les écoles qui ont adopté quelque spécialité ne seront pas comparées aux autres, mais simplement jugées d’après leur mérite intrinsèque ; et cela ne peut rien changer à la position de la nôtre, dont la spécialité, pourrait-on remarquer, est de n’en point avoir, c’est-à-dire d’embrasser la chose dans toute sa généralité ; ou bien, au contraire, on cherchera à les classer les unes à l’égard des autres, quoique différentes.
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- Or, c’est ici surtout que notre Ecole s’élève à mesure que, pour la juger, on s’élève au-dessus de points de vue particuliers , pour embrasser mieux l’ensemble de son organisation et de ses résultats.
- S. Exc. M. le Ministre de l’instruction publique disait naguère : « C’est l’esprit même qu’il faut développer tout » entier. A cette condition seulement, vous aurez créé la » force puissante et sûre qui, mise ensuite derrière n’im-» porte quelle profession, poussera cette profession et plus » haut et plus loin. » Eh bien ! pour le dessin, on pourrait aussi dire : C’est le dessin qu’il faut développer tout entier. A cette condition seulement, vous aurez créé le talent puissant et sûr qui, mis ensuite derrière n’importe quelle spécialité, poussera cette spécialité et plus haut et plus loin. Or, l’Ecole de Toulouse se trouve dans ces conditions : elle présente, en effet, aux regards attentifs, un ensemble d’enseignement méthodique et complet. Et si l’on ajoute à cela : 1° que cette Ecole est non-seulement entièrement gratuite, mais que de plus les élèves y reçoivent, chaque année, sous la forme de récompenses, une somme de 6 et quelquefois 10,000 fr. ; 2° que cette Ecole, qui permet à chaque élève ayant étudié avec succès, d’embrasser ensuite et de suivre avec fruit telle branche ou spécialité pour laquelle il peut se sentir plus d’aptitude, est annuellement fréquentée par plus de six cents élèves ; 3° enfin , qu’indépendamment de l’instruction qu’elle donne ainsi à divers degrés à une foule de jeunes artisans, elle permet à plusieurs d’arriver à des résultats tels que ceux que présentent nos trois grands prix et nos dessins graphiques exposés; certainement alors on reconnaîtra qu’elle occupe un des premiers rangs ; car c’est la seule de ce genre en France, et les résultats précités n’ont rien de pareil autour d’elle.
- Est-ce à dire maintenant qu’à l’exposition actuelle elle obtiendra le premier rang? Il faut bien se garder de nour-
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- rir cet espoir. Il y a tant de raisons particulières qui peuvent entrer en considération pour une exposition semblable, dans les circonstances actuelles, qu’il n’y aurait rien d’éton-nant à ce que, par exemple, on préférât ne pas classer entre elles certaines écoles. -
- Mais, quel que soit le résultat que nous obtenions : comme l’appréciation qui vient d’être établie ne m’est pas simplement personnelle, mais qu’elle s’appuie aussi sur l’opinion d’hommes en position de bien juger ces choses ; comme, laissant de côté les petits détails, cette appréciation est prise d’un point de vue élevé et dans un intérêt vraiment général ; et comme enfin elle est basée sur des faits et sur la logique, il est dès à présent certain que notre Ecole occupe un rang du moins très-honorable.
- IV.
- OBSERVATIONS PARTICULIÈRES. — MÉTHODE.
- Or, maintenant, pourquoi ce long récit, qui pouvait se réduire à quelques lignes? Le voici.
- Malgré que ce soit pour la seconde fois qu’ait lieu l’exposition des arts appliquée à l’industrie, il est encore fort peu de personnes, loin de Paris, qui en soient instruites, ou puissent s’en faire une idée, je l’ai déjà dit; et ce qui pourrait le prouver, c’est qu’on n’y voit figurer aucun de nos industriels ou de nos artistes. Il était donc utile d’en dire quelques mots.
- D’un autre côté, il n’était pas moins opportun de parier un peu de notre Ecole. Car, bien que son origine remonte au delà de 1^97 , et que depuis trente-six ans en particulier elle ait pris et conservé sa forme actuelle (1 ) ; bien
- (1) Ce fut en 1827 qu’on adopta, et qu’on réunit à l’Ecole des arts,
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- qu’une nouvelle méthode d’enseignement du dessin ait profondément modifié cet enseignement et donné à cette Ecole, depuis un certain nombre d’années, un caractère tout particulier; et bien que le nombre d’élèves qui la fréquentent augmentant de plus en plus, ait atteint pendant ces vingt dernières années le chiffre annuel, moyen, de six cent vingt-cinq ; enfin , bien que ce soit vraiment une fête populaire lorsque vient chaque année la distribution solennelle des récompenses décernées par le premier magistrat de la cité, en présence des principales autorités, avec le concours de notre si nombreuse et si remarquable Ecole de musique, et au milieu de cette myriade de spectateurs que l’immense étendue de notre musée ne peut jamais entièrement contenir : il n’en est pas moins vrai pourtant que cette Ecole est loin d’être connue comme elle mériterait de l’être. Il fallait donc bien aussi s’en occuper.
- Enfin, il fallait surtout faire voir que la méthode particulière à laquelle je viens de faire allusion , était vraiment supérieure.
- On sait bien, en effet, que tout changement et même tout progrès fait immanquablement naître une foule de contradictions et des oppositions avec lesquelles il faut toujours compter ; et la méthode dont il est ici question, n’en a certes pas plus qu’autre chose été exempte. Cette méthode qui, depuis trente ans déjà, avait constitué à Toulouse <r un progrès dans l’enseignement du dessin » (Congrès méridional, 1834, p. 189); qui, après y avoir été essayée, n’y avait ensuite été adoptée que par suite du rapport d’une
- les cours dits industriels, créés et professés par MM. Yitry et Gaillard. Le premier de ces professeurs, M. Yitry, qui vient de mourir inspecteur de l’Ecole, s’était chargé des mathématiques et de la mécanique appliquées. Et le second, l’auteur du présent rapport, s’était chargé de la géométrie descriptive , de la stéréotomie et du dessin graphique. Tous ces cours se continuent encore à présent.
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- commission chargée de son examen ; cjui, à Besançon , avait été l’objet d’un autre rapport dont les conclusions étaient « toutes favorables à son adoption » (Impartial de Besançon,
- 15 mai 1840) ; méthode avantageuse et que les esprits rationnels appelaient de tous leurs vœux » (Séquanais du 6 juin 1840); méthode qui « rend l’enseignement du dessin plus complet, plus rapide et plus clair » (Congrès scientifique de France, 8e session, 1840, p. 199); méthode à l’occasion de laquelle le rapporteur de la commission départementale de la Haute-Garonne près la première exposition universelle, disait : « C’est avec orgueil que la commission a vu exposée une collection des modèles destinés à l’application de la méthode de dessin qui a pris naissance à notre Ecole des arts de Toulouse ; méthode adoptée presque exclusivement en Angleterre, etc ; » cette méthode... mais je m’arrête... cette méthode enfin que les esprits rationnels ne comprennent pas qu’on n’ait pas encore adoptée partout ;
- Eh bien ! cette méthode, en effet, a nécessité trente années de luttes, d’efforts soutenus, et de soins qui durent encore, pour l’installer, et l’amener à l’état, heureusement viril, où nous la voyons aujourd’hui.
- Et peut-être que sans l’exposition actuelle de Paris , on eût pu voir de nouveau surgir les anciens errements (1).
- (1) Après l’introduction de cette méthode dans l’Ecole de Toulouse, il ne fallut pas longtemps pour reconnaître ses avantages; car bientôt après la salle de ronde bosse ne se trouva plus assez grande pour contenir les nombreux élèves qui y affluaient. Quinze ans après, en 1849, on voulut revenir à l’ancienne manière (par les estampes), et ce retour fit presque immédiatement aussi diminuer le nombre d’élèves de cette classe. Eclairés par cette expérience, on reprit, en 1854 , la nouvelle méthode, et de nouveau l’on vit augmenter notablement les élèves de la ronde bosse.
- Des résultats semblables se sont produits dans un autre grand établissement, le lycée de Toulouse, où j’avais été appelé, il y a une vingtaine d’années, pour établir la nouvelle méthode. Là également l’adoption de cette méthode rendit bientôt le nombre des élèves qu’on voyait ordinairement dessiner la ronde bosse, six à. huit fois plus considérable, pour redescendre à l’ancien
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- Pourtant, cette méthode ne présente rien que de très-rationnel. Elle consiste à ne rien faire copier, si ce n’est par exception, afin d’initier promptement les élèves à l’art d’imiter la nature même, en commençant toutefois par l’imitation des formes élémentaires, véritablement élémentaires, c’est-à-dire les formes géométriques; puis ces mêmes formes avec d’autres^, choisies, groupées , et présentées successivement, dans un certain ordre , comme modèles aux élèves : ce qui les amène effectivement avec plus de rapidité et plus sûrement à dessiner la ponde bosse et le modèle vivant, sans avoir besoin de pâlir pendant des années à aligner des hachures ou polir du grainê (1).
- Or, je le répète, une semblable méthode n’a rien que de très-rationnel, Il est même permis de penser que les anciens en auraient jugé de la sorte (et ceux-là, en fait d’art, seront longtemps nos maîtres).
- Tout indique en effet que ces maîtres étaient familiarisés avec l’étude des formes géométriques. Ils mesuraient exactement les diverses parties de leurs œuvres au fur et à mesure de leur avancement ; et s’ils avaient à un si haut degré le sentiment des proportions et le compas dans l’œil, c’est que ce sentiment et cette justesse de coup d’œil s’étaient formés et développés par l’étude de ces formes.
- L’histoire rapporte, ai-je dit dans l’ouvrage précité , « l’histoire rapporte qu’un peintre célèbre de l’antiquité traçait à la main des circonférences de cercles aussi bien qu’au compas ; qu’un autre traçait, également à main le-
- niveau, bientôt après que des circonstances indépendantes de ma volonté m’obligèrent de l’abandonner pour revenir à l’estampe.
- Le fait do ces deux expériences, très-heureux pour la nouvelle méthode, disait un professeur, indiquerait sans réplique, à lui seul, de quel côté se trouve le progrès.
- (1) Pour les détails de la méthode, voyez l’ouvrage que j’ai publié exprès en 184-4, chez Devers-Arnauné, à Toulouse : Cours complet des éléments du dessin.
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- vée , des lignes aussi droites qu’il aurait pu le faire en se servant d’une règle , et que ces lignes une fois tracées, un troisième artiste les divisait longitudinalement en deux parties , au moyen de lignes plus fines qu’il traçait de même à la main. Certes , ces tours d’adresse , considérés en eux-mêmes, ne présenteraient guère d’intérêt et devraient à bon droit être considérés comme de purs enfantillages ; puisque pour des lignes aussi régulières que celles dont il vient d’être question , les instruments donneront toujours , quoi qu’en dise l’histoire , des résultats d’une plus grande exactitude que ceux obtenus par l’adresse seule de la main. Mais ces récits prouvent que les artistes de ce temps-là s’exercaient sérieusement à imiter les formes géométriques ; car il tombe sous le sens que ce n’est que par des exercices souvent et très-souvent répétés, qu’il est possible d’arriver à de semblables résultats. »
- Aussi presque tous les peintres anciens se sont-ils accordés à cet égard , et l’on peut remarquer que la plupart de ceux qui ont eu le plus de réputation étaient familiarisés avec ces connaissances. Quelques-uns étaient architectes aussi bien que peintres et sculpteurs ; et ceux-là nous ont laissé des chefs-d’œuvre ! Raphaël même n’a dû peut-être la pureté de dessin qui le distingue qu’à cette circonstance qu’il avait, lui aussi , commencé par étudier les formes géométriques. Presque tous les artistes éminents recommandent avec instance ce mode de procéder, et l’un d’eux, Raphaël Mengs, ne comprendrait pas, dit-il, « que l’on » voulût initier les élèves à l’art de faire des héros , des » athlètes ou des dieux, d’après le modèle vivant, avant » qu’ils sussent, qu’ils pussent même représenter une py-» ramide penchée ou un pot. » Ce sont ses propres expressions.
- Appuyé sur de semblables indications, on doit reconnaître qu’il n’est pas aussi étrange qu’il avait pu d’abord le
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- paraître, de s’attacher à un système semblable, qu’au lieu de nommer nouveau, on pourrait presque dire : renouvelé des Grecs (et certes, dans ce cas, ce ne serait pas le déprécier) ; système qui d’ailleurs, maintenant comme dans le passé, conduit à de si bons résultats.
- Non , la nouvelle méthode ( qui tend tous les jours à se propager davantage) n’est nullement contraire au développement des aptitudes artistiques. Non , l’abandon de l’ancienne n’a pas rendu veuve de talents l’Ecole de Toulouse. Nombre d’élèves continuent d’en sortir qui deviennent de véritables artistes. Cette Ecole est « la pépinière des pein-» très, des sculpteurs, des architectes, des ingénieurs » civils, etc., de toutes les contrées voisines, » disait son dernier inspecteur, M. Vitry ; et c’est dans son sein meme que se recrute le plus ordinairement le corps de ses professeurs.
- Dans ce moment encore, se trouvent à Rome deux de ses élèves, MM. Falguière et Barthélemy qui, pensionnaires de la ville par suite de grands prix obtenus à Toulouse, ont ensuite également remporté le grand prix de sculpture à l’Ecole des beaux-arts de Paris. Et l’un d’eux, M. Falguière, vient d’envoyer , de la ville Eternelle, une statue ( le Vainqueur au combat de coq ) très-remarquable , qui a produit une véritable sensation, et qu’on n’a pas craint déjà de mettre en parallèle avec les statues antiques!
- Plus de crainte donc à cet égard, et l’on peut être assuré, on doit le reconnaître, de voir se développer de nouveaux talents chaque fois que Dieu aura bien voulu déposer, dans quelques-unes de ces jeunes intelligences , l’étincelle qui , en dehors de toute méthode peut, seule , créer les artistes.
- Que si maintenant nous dirigeons nos regards vers ces multitudes qui s’avancent : « jeunes générations de l’avenir, » qui, absorbées trop souvent par des travaux manuels, n’auront pas les loisirs de se livrer à la vie, toujours
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- un peu contemplative, d’artiste : c’est alors que nous voyons briller de tout son éclat l’excellence de cette méthode.
- On comprend bien, en effet, que ce n’est pas à languir " sur des estampes qu’il faut occuper ces élèves, et que c’est surtout le relief., et le relief à formes bien déterminées, qu’il faut leur présenter, dès l’abord , pour modèle ; car c’est pour eux surtout que le temps est précieux 1
- Et puis, que peuvent avoir de commun, ai-je dit quelque part, que peuvent avoir de commun les traits divers et les poses plus ou moins académiques de ces figures que présentent les estampes servant ordinairement de modèles, avec les objets dont s’occupent le plus souvent l’immense majorité des personnes qui devraient savoir dessiner ? Un héros de la Grèce ou de Rome ressemble-t-il à un meuble ou à une machine ? Une vierge de Raphaël est-elle le type d’un instrument, d’un ustensile ou d’un bijou ? Et serait-ce dans le torse du Laocoon qu’il faudrait chercher lé galbe d’un balustre ou la forme d’un vase ?
- Aussi, dit le Congrès scientifique de France ( huitième session , 1840 , p. 199), cette « amélioration est-elle con-» sidérée comme importante pour les classes ouvrières sur-» tout, qui n’ont pas beaucoup de temps à donner aux » études qu’elles peuvent aborder avant de se livrer entiè-» rement à leurs travaux manuels. »
- Aussi, dit encore l’inspecteur déjà cité, après avoir fait remarquer que notre Ecole était la pépinière des peintres , des architectes, des sculpteurs, etc. , des contrées voisines : aussi, ajoutait-il : « et des conducteurs des ponts et chaussées, des chefs d’ateliers, et de la plupart des concurrents qui se présentent pour entrer à l’Ecole des arts et métiers d’Aix. »
- Enfin , poursuivait-il : « notre Ecole forme surtout des ouvriers instruits, initiés aux arts du dessin, et ce résultat,
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- plus modeste et tout professionnel, est le plus considérable de tous. »
- A chacun donc ce qui lui convient. Et s’il est bon, d’ailleurs, que le simple ouvrier même puisse se familiariser avec les belles formes et acquérir un peu le sentiment de l’art, tout montre que notre méthode y pourvoit largement.
- Et maintenant, de quoi était-il encore besoin ? De quoi? 11 fallait encore, pour vaincre les dernières hésitations, il fallait une sanction qui fît comprendre à tous que ce serait vraiment rétrograder que de reprendre la route qu’on avait, avec tant de raison, abandonnée. Il fallait qu’indé-pendaminent du raisonnement, quoique toujours favorable à cette méthode ; qu’indépendamment des résultats incessants auxquels elle conduisait à Toulouse, et partout où elle est sérieusement appliquée, il fallait qu’on pût voir ces résultats mis en parallèle sur une grande échelle et sans aucune préparation particulière avec ceux des autres méthodes , afin de montrer comme en plein soleil que là, vraiment, il y avait un progrès accompli.
- Or , cette expérience , décisive à présent, et qui de tout point lui est favorable, ainsi que le rang honorable qu’occupe notre Ecole parmi toutes les autres, montrent à tous les yeux qu’il en est bien ainsi.
- Qu’il me soit permis , en terminant , de donner en les nommant un sympathique souvenir à mes trois collaborateurs à cette œuvre , MM. Raynaud , Dorval et Vitry , qui, moins favorisés que moi, n’ont pas assez vécu pour être témoins et jouir de ces remarquables résultats.
- V.
- RÉSUMÉ.
- En résumant tout ce qui précède, on peut donc dire :
- Le concours établi entre les écoles de dessin de toute la
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- France est une chose éminemment utile et qui certainement produira de très-bons résultats, si, à l’avenir , des représentants de ces écoles peuvent se trouver réunis à cette exposition.
- L’Ecole de Toulouse est, entre toutes, au plus haut point populaire ; car, destinée plus particulièrement aux jeunes artisans, non-seulement elle est complètement gratuite , mais en outre, les élèves y reçoivent, à titre de prix et de grands prix , des sommes ou l’équivalent de sommes souvent considérables-, 6 et quelquefois 10,000 fr. chaque année.
- Aucune autre école n’est fréquentée par un nombre aussi considérable d’élèves : plus de six cents ; nombre qui, relativement à la population, est quadruple de ce qu’il est à Paris pour toutes les écoles réunies ! .
- Aucune ne présente une organisation aussi complète et méthodique (1 directeur, 1 inspecteur, 20 professeurs, etc.).
- Aucune ne possède une méthode aussi rationnelle et qui rende, comme la nôtre, l’enseignement du dessin plus complet, plus rapide et plus clair (page 21) (1).
- Enfin, et tout en reconnaissant ce que les autres renferment de bien et même de très-bien, aucune ne présente un ensemble de résultats tels que ceux qui constituent nos grands prix : de peinture, de sculpture, d’architecture, et de nos dessins graphiques : projections, bâtiments et machines.
- Quel que soit donc le rang qui puisse lui être assigné par un jury aussi éclairé que celui qui a accepté la mission d’organiser l’exposition , nous pouvons dès à présent avoir la certitude que notre Ecole est de tout point dans une bonne voie.
- (1) Pour le dessin graphique, on ne copie pas non plus, mais on suit également la.méthode des reliefs.
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- Quant à notre méthode particulière de dessin , l’exposition seule des travaux de nos élèves à ce premier concours des écoles, lui assigne un rang constituant déjà une sanction qui permet de la considérer désormais comme ayant conquis définitivement son droit de cité , partout où l’on tiendra à enseigner sérieusement le dessin. Et je dois m’estimer tout heureux d’avoir pu, moi aussi, y attacher mon nom.
- Patronnons donc, plus encore que par le passé, si cela est possible, notre chère Ecole, ainsi que la nommait naguère un homme qui lui est vraiment dévoué. Attachons-nous-y fortement ; car n’ayant pas de seconde en France de son genre, elle rend d’ailleurs d’immenses services, surtout aux classes laborieuses : à la jeune génération de l’avenir ; et c’est en toute vérité qu’on peut affirmer qu’elle est un des plus beaux fleurons de la couronne municipale de Toulouse.
- Je suis avec respect,
- M. le Maire,
- Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
- Lu professeur de fortifications aux Ecoles impériales d’artillerie, professeur de dessin au Lycée et à l’Ecole des arts,
- Toulouse, octobre 18(33.
- GAILLARD ,
- Chevalier de la Légion d’honneur.
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