Rapports du jury international
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- RAPPORTS
- JUftY INTERNATIONAL
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867
- A PARIS g* JC&/</<?
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- RAPPORTS
- D U
- JURY INTERNATIONAL
- PUBUÉS SO(!S l.X DIRECTION I)K
- M. MICHEL CHEVALIER
- Membre de lu Commission Impériale
- ronii i*hi:m11.s*
- LNTRODUCTIOxN par M. Michel Chevalier. — CROUPE I, Classes 1 à 5. RAPPORT DU JURY SPÉCIAL (nouvel ordre de récompenses).
- PARIS
- IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT
- i5. RBE DF. GHENELLE-SAINT-HONORÉ , Ai 1868
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- 3»'HSCS>- <•
- PREMIÈRE PARTIE
- OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES-
- SECTION UNIQUE. /
- » ' *
- Etat des esprits en présence de l’Exposition.
- Définitions.
- CHAPITRE I.
- SUCCÈS DE L’EXPOSITION. — DISPOSITIONS QU’ELLE A PERMIS DE CONSTATER DANS LES ESPRITS.
- On peut, jusqu’à un certain point, apprécier, sinon le mérite, du moins la réussite de l’Ex--position Universelle, qui vient de se terminer,, par la comparaison du nombre des personnes qui l’ont visitée en payant avec les nombres correspondants pour l’Exposition Uniyerselle de Londres en 1851, celle de Paris en 1855, et enfin la seconde de Londres en 1862. En 1851, il y avait eu à Londres 6,039,000 entrées payantes ;
- T* I.
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- II
- INTRODUCTION.
- à Paris, en 1855, on en. avait; compté 5,162,000, dont 4,180,000 pour l’industrie, et 982,000 pour les beaux-arts (on sa rappelle que ces derniers occupaient un bâtiment séparé). En 1862, il y eut 6,211,000 visiteurs, un peu. moins d’un cinquième au delà du chiffre de l’Exposition de Paris de 1855, et très-peu de chose de plus qu’à Londres même; en 1.851. En 1867., les visiteurs ont atteint un nombre bien supérieur à ce qui s’était vu à Londres la dernière fois ; ils ont été plus de dix millions (1).,
- Le nombre des visiteurs, que je signale ici, semble, devoir' être cité de, préférence) à celui des, exposants, pour mesurer l’importance d’une Exposition, parce que la proportion numérique de ceux-ci est notablement affectée par différentes causes étrangères à la valeur intrinsèque de l’Exposition elle-même. Les vitrines collectives, qui ont été multipliées, font paraître moindre que la réalité la quantité des exposants-. Enfin le, nombre même des exposants ne fait pas connaître celui des chefs, dhndustrie qui auraient désiré et pu figurer au. concours-, international, parce que l’admission a toujours quelque chose d’arbitraire. Dans
- (1) Entrées par les tourniquets... —.... 9.828...000
- Billets de saison............. 5.460
- Abonnements de semaine.........,......... 90.226
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- Les abonnements de semaine devant être comptés pour trois entrées, au moins, le;nombre de 10 millions serait dépassé.
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- PREMIÈRE PARTIE.
- III
- chaque pays, les Commissions spéciales chargées de prononcer sur ce point procèdent suivant des règles incertaines, ou du moins variables, d’Etat à
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- Etat; elles rejettent une partie quelquefois considérable des demandes, ne fût-ce que par la raison que l’espace dont on dispose oblige à des exclusions qui, autrement, ne seraient pas justifiées. Sous ces réserves, il convient de mentionner qu’il y a eu, en 1851,13,917 exposants;'en 1855, 23,954;' en 1862, 28,653.. En 1867, le nombre est monté à 50,226, presque le double.
- Ces renseignements statistiques, qui ne sont pas sans intérêt, ne donnent pas une idée1 juste de la vogue qu’a eue en Europe, et dans le monde civilisé tout entier, la dernière Exposition de Paris. Il y a des faits qui se refusent à revêtir la froide formule des chiffre s./ Ainsi la statistique essayerait vainement de dire ou de dépeindre de quelle façon le Champ-de-Mars a été considéré par tous les peuples comme un rendez-vous auquel, au nom même de la civilisation, il convenait de se montrer^ L’empire du Japon et le royaume de Siam, les îles • Hawaï (1) et la république d’Andorre y
- (1) Cet archipel de douze îles-, dans la principale desquelles, il y a moins d’un siècle (1772), lé célèbre navigateur Cook fut tué et mangé par les indigènes, forme aujourd’hui, avec la même; race d’hommes, un royaume civilisé, qui a un commerce d’importation et d’exportation de près de 13 millions de francs. Il a été l’objet d’un rapport spécial de M. William Martin. Voir tome VI de ce Recueil, page 550.
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- IV
- “ INTRODUCTION^'1
- ont été - représentés 'ên; meme -tempS’ que les-plus puissahts' -États5, tle l’Europe. ' L’Amérique!' tout entière y "a figuré.i; Dans cette extraordinaire affluéncé1,0 l’intérêt industriel a' été assurément
- ^ + T r
- pour une part;hles 'manufacturiers, les agriculteurs, les'artisans' les ouvriers sont venus pour voir et pour‘ s instruire, et eurela rien que * de naturel, riënJ qïïé,r-de 'légitime; ‘'-niais des sentiments plus élevés ont contribué à attirer cette foule et à la grossir-.’fEnernombreùse^partie; probablement la. majorité desUxposantsy savaient d’avance que, pour ëuxr c’était ünëidépeïï'sel'#''sU!bir4 «à'peu près sans' compensation ‘'matérielle ; ilS isont1 cependant accourusppoussés pari cette férbê intime, de' nos' jours: si' activé, qui' provoqué'les'peuples à se rapprocher et à vse connaître < les lins! les autres,' comme les membres1 d’ünë seule'et-même famille,; ’ unis?par l’indissoluble lien‘de communes destinées ; ‘Sa'ns' doute ou e'st1 séparé1 par'la » distance’ des lieux et parT’bbstacle ^souvent ^pliis grand des préjugés-; ''iids o%rs?ïes'-di's^
- tàhcds's’hUiolndrissent incessànïnieni, -et leslprér jugés s’en vonLoir toinbeht'pàr Iain'bèaüx.* a'îm?6.
- ' i .. ï „ }* ? „• 9 9 9 . ?
- Les plus; grandsils,dtiverâins'!du< !cbntinentTi européen ont1’ t'ous? éprouvé1 Patteihte'défcettëélec-tricité sympathique qui excitait, l’élite des na-tions à se rassembler,au.,Champ-de-Mars,tcomme en-un forum du, genre humain., .[Tour,-à, 'tour les empereurs de Russie, d’Autriche1 et -de-'Turquie4, le roi de'Prusse, et; avant ou' après ces-'princes
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- PREMIERE-,PARTIE.
- ' '.j 1 ' &
- puissants,, beaucoup, j d’autres ÿtêtes; ; .couronnées
- * ______________________'
- ont] quitté, leurs Etats pprir visiterA’Exposijtipn, qui .offrait à .tous un terrain /neutre ..sur lequel on était certain d’être .d’accord, ^nïorpf même .que des. questions--épineuses; ou brûlantes divisaient les cabinets.. A ce .point de, vue,,.;on peut, sans exagérer l'influence de l’Exposition ,^ avancer qu’elle a adouci le jeu des,ressorts, excessivement tendu s .alors ,< .de-, la politique, de 1 ’ Eurqpe,. ,et , contri-buérà conserver, la paix, au tmonde. x. H r,, ,} -, ,, o a La «•tendance.:,, au j -rappr o chem ent-, ,de s nation s -,
- ' - ...i' ‘ * "*
- cette, attraction,;en;! quelque sorte-reUgieuse, qui a été bien-plus visiMe,cette fois:qu’,à;Londres en 1851 et en ; 1862,. et.-qu’à Paris.-.même, en 1855, n’a :.poinL;été étrangère s à; la fondation f des Expositions;* Universelles. C’est,,grâce à ;ce mobile que
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- ]’lnstitution;; a déjà; fonctionné;,,quatre;i fois _(aveç .grand .appareil; % Paris; et à Londres, et , qu’on l’a tentée avec moins,.d’éclat, mais non, sans succès, dans d’autres -circonstances et au sein d’autres cités:dignes,.d’être nommées après'ces vastes,ca-pitales(l). Un prince, qui a,laissé de «nobles,sou-venirs, défpnt époux<çtedai reine d’Angleterre, l’homme : à qui - revient «l’honneur de, l’initiative de
- V1 ^ x A V > 1 AJ \J a : J X.S O • ... ^ . JJ . '
- f - * i -
- la fpvremiére des. jExpqsitions(Univepselles (2), celle
- **•/$'? "{B y *'*f î 1 i ïyVf"rSr ifr^ r:^ v i ?-rr-{ > b 1 “ •
- (1) Cette observation sè rapporte âiïx; Expositions de New-York,(>de Dublinl de 'Porto; auxquelles :tôütxle monde’ avait
- y -
- é'té appelé, et où beaucoup de nations ont été en effet très-^con.venablement représentées. aigpr;!' j , i .
- s,- , (2) Lorsque la France dut organiser l’Exposition de 1849
- -U.
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- VI
- INTRODUCTION.
- de Londres de 1851, ne dissimulait pas que le désir de la concorde générale, la pensée de la solidarité
- la question fut soulevée à plusieurs reprises de savoir si l'on se bornerait à une Exposition nationale, exclusivement consacrée * aux produits de l’industrie française, de meme que lés autres Expositions qui avaient eu lieu depuis la fin du xviif siècle. Le gouvernement fut saisi de cette pensée et en fit l’objet de son examen attentif. Il consulta même les Chambres de commerce. L’opinion de la majorité ayant été négative, il crut devoir s’y rallier. C’est ainsi que la première des Expositions Universelles aurait pu avoir lieu à Paris et ne s’est faite qu’à Londres ; mais l’idée d’un concours de tous les peuples dans le champ clos du travail est une idée française, comme l’idée même des Expositions nationales. On a plusieurs fois rappelé déjà que, dès 1833, à Abbeville, M. Boucher de Pertlies disait :
- « Pourquoi donc ces Expositions sont-elles encore restreintes? Pourquoi ne sont-elles pas faites sur une échelle vraiment large et libérale ? Pourquoi craignons-nous d’ouvrir nos salles d’exposition au manufacturier que nous appelons étranger, aux Belges, aux Anglais, aux Suisses, aux Allemands ? Qu’elle serait belle, qu’elle serait riche une Exposition européenne ! quelle mine d’instruction elle offrirait pour tous ! Et croyez-vous que le pays où elle aurait lieu y perdrait quelque chose ? Croyez-vous que si la place de la Coii-!corde, ouverte au 1er mai 4834 aux produits de l’industrie française, l’était à ceux du monde entier, croyez-vous, dis-je, que Paris, que la France en souffrît et que l’on y fabriquât •ensuite moins ou moins bon? Non, Messieurs, la France n’en souffrirait pas plus que la capitale : les Expositions sont toujours utiles, car partout elles offrent instruction et profit. » {Le président de la Société d’émulation d’Abbeville aux ouvriers, pour les exciter à prendre part à l’Exposition de 1834.)
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- I
- PREMIÈRE PARTIE.
- iVII
- universelle avaient été son point de départ. Il le proclama dans un discours où, en même temps, il plaçait l’industrie à la hauteur qui lui appartient, montrant qu’elle est l’accomplissement même de la mission donnée par le Créateur à' l’homme, par rapport à la planète -qu’il lui a assignée pour résidence en cette vie.
- Pour mesurer le chemin qu’avait fait l’opinion publique européenne, dont le prince Albert, en s’exprimant ainsi, était le fidèle interprète, depuis le moment où avait été ouverte la première Exposition des produits de l’industrie,. celle de la France en 1798, il n’y aurait qu’à placer, à côté des paroles de ce prince illustre, ce que, cinquante-trois ans auparavant, le ministre de l’intérieur de la République française avait dit, dans une circulaire, sur les résultats de la solennité industrielle qui venait de .se terminer. On était engagé .alors dans une guerre furieuse. Les haines nationales avaient l’ascendant et dominaient même les esprits téclairés. Ce qui frappait le plus le ministre, ce -qu’il se plaisait à signaler de préférence à la satisfactionde ses concitoyens, qui ne demandaient pas mieux que,de,voir comme lui, c’.était que l’in-.dustrie française, par ses progrès, portait un coup à la grandeur de l’Angleterre, ennemie détestée qui, ‘du reste, ne nous détestait pas moins. L’in-dustrie elle-même était érigée en un instrument de guerre.et de vengeance. « L’Exposition, écrivait le .ministre, n’a pas été nombreuse, mais c’est
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- VIII INTRODUCTION.,;
- une première, campagne,, . et cette campagne est désastreuse.; pour l’industrie anglaise. Nos manu-.; factures sont les arsenaux d’où doivent sortir les, armes les plus, funestes à l’Angleterre. » :
- .. Depuis cette ,époque le point de vue a beaucoup changév grâce.à .Dieu. -,
- CHAPITRE IL
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- -i
- LA PUISSANCE PRODUCTIVE DE, L INDIVIDU, ; ET DE LA
- v . SOCIETE.,— hA\ RICHESSE,, -7 LE CAPITAL,
- L’intervalle de cinqtanné.es seulem entqui.sépare,,. 1867 de 1862,; date,.de la dernière. Exposition de Londres, n’est pas tellement long qu’il, ait pu. suf-, lire à F enfantement de grandes,. innovations dans les ards utiles, manufacturiers, agricoles ou autres;7 mais,si.la •solennité ?de 18,6Tne s’est pa.Sirecom-7’ mandée ^ par d apparition d’un gros faisceau de-nouveautés saillantesoellen’en1 a pas -moins .servi -àdauConstatatipmde deüx> grandsfaitsf Tun, et l’autre multipleso dans • leurs -, aspects,* ^l’un et l’autre y importants;par lejdegiéud’utilftéoquijS’y;RattacheA Le premier,[c’est, avec unnombre restreint d’heu- -reuses>ldéc'ouvertes.,!îfune3 longue série de perfecr, tionnements de .detail apportésaux procédés antérieurement:.! pratiqués. j-Deo là»/ autantnde resrç sources nouvelles pour la Sociétés [Chacune de ces améliorations tend à développer la puissance
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- «?
- PREMIERE PARTIE;
- IX
- prôdübtivè-âïi genre humàih'et; -par conséquent, à multiplier la idchesse: ehàpropager le Bien-être parmi les hommes. î; 7U t-A j!"/ïü '::iA J -
- Le second consiste en ceqù’ùh grand nombre • d’établissements, principalement !de l’ordre manufacturier, qui étaient en activité depuis longtemps, sans prendre beaucoup dé peine pour porter leurs procédés à là hauteur où d’autres étaient parvenus, s’y sont décidés-ou résignés sous l’aiguillon delà concurrencé qui, redoublant d’intensité, ne lèur permettait pUBs
- Nous aurons à examiner Succinctement 'cês; deux ordres de faits qui, du reste, le plus souvent se mêlent intimement l’un à l’autre. "ùicv vum U
- 'Avant' tout, Ul'ii’est') pas inutile dé-preefser Ici le sensf de cdfeüx termes, la puissance productive-et là• richesse, dont nous ; venons' de! ndus ‘servir -et que nous aurons lieu d’employer fréquemment. Nous ' allons 'donc les -définir, ' ainsil"qu’uni ^troi-1 s.ième, le capilai, f qui né-* reviendra pas uhbinsn souvent dans lè: cours*dCicet 'essaie^ -eoln environ . [Lar puissance* productive'dé 1/individu-déterminé4’ cêltéde la: cdllëctiOm'Organiséé ?dé'toutèsùlesnin^i dividualités; éminentes,' moyennes! ous faibles,-qui ^ est Lè Sociétés4 Là-ipuissance productive s de la Société^ est à ï la richesse?ntanfe; individuelle' que collective;-’cef queola:; cause « est a-l’effet.^ Ellei est à son -tour • elle-même;1 oib le verra;‘ fortementr exci-téë parole capital>3iooS ni
- moo, aelîéYtfon aeouioa
- ':Vî\vi:^.'AvVn\ b1 roqqoievèb é bnei Siioijjjïoi'iëraB'aoo
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- X
- INTRODUCTION.
- § 1. — La Puissance productive.
- Par la puissance productive il faut entendre, pour chacune des branches de l’industrie (1) et pour chaque établissement distinct que l’on aurait à examiner séparément, la quantité de produits, d’une qualité spécifiée et choisie parmi les plus usuels, que rend le travail moyen d’un homme, dans un laps de temps déterminé, considéré comme l’unité; ce sera une journée ordinaire de travail, une semaine ou une année. Ainsi, dans l’industrie du fer, supposons une forge qui compte cent hommes, faisant les opérations que comporte la production du fer marchand, depuis la livraison de la fonte brute jusqu’à l’achèvement des barres d’un échantillon qui aurait été pris pour terme de comparaison : si cette forge produit dans l’année 10,000 tonnes de fer ou 10 millions de kilogrammes (2), la puissance productive de l’individu y sera de 100 tonnes par an, ou, en supposant trois cents jours de travail, de 333 kilogrammes par jour. Si, au lieu d’une forge, on con-
- (1) Dès le commencement de cette Introduction nous croyons •utile de dire que par le mot d’industrie nous entendrons non pas seulement les manufactures, ainsi qu’on le fait quelquefois, mais aussi bien l’agriculture, les mines et le commerce.
- (2) Je prends ce chiffre uniquement pour la commodité du discours.
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- PREMIÈRE PARTIE.
- X£
- sidère un atelier de filature, la puissance productive de l’homme, dans cet établissement, .se déterminera de même en divisant, par le nombre des personnes adultes (1) travaillant dans l’atelier, le nombre de kilogrammes de filés de coton d’un certain numéro, comme serait le n°,40 (2), produit dans une année, ou dans un jour moyen, en ramenant par voie de proportion les autres numéros à celui-ci.
- En ces termes la notion de la puissance productive de l’individu, et par conséquent de la Société, acquiert assez d’exactitude pour qu’on puisse en raisonner.
- § 2. — La Richesse.
- La richesse de la Société, c’est tout ce qu’on y .trouve d’échangeable, c’est-à-dire donnant ou pouvant donner lieu à un commerce. La richesse de la Société se compose donc de tout ce qu’elle possède de choses en rapport avec les besoins de tout-genre qu’éprouve l’homme civilisé; la variété en -est infinie,.^Seulement, pour qu’une chose soit de la richesse, il faut qu’elle soit dans le cas de servir
- (1) On compterait un certain nombre d’enfants comme une personne adulte, en se réglant par l’ouvrage qu’ils feraient moyennement. On convertirait de même les journées de femme en journées d’homme, d’après la différence de l’ouvrage fait par les travailleurs des deux sexes.
- (2) C’est-à-dire un filé donnant 40,000 mètres au demi-kilogramme,
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- XII
- . ' INTRODUGTIONi
- da base à-un acté de négoce,, una transaction,nm échange. Ainsi-la richesse cle la Société comprend les articles ^marchands les plus; communs,, qui sont de première nécessité et à la portée des plus pauvres ..gens ,• aussi bien que ceux du plus grand luxe; pareillement, toutes les matières, pouvant se vendre et- .s’acheter,. qui concourent à ,1a prp,-ductioiifde ces. objets. Un collier de diamants et une peignée,.de; blé sont de .‘la richesse.; de même les plus magnifiques soieries, jet les haillons, qui sonbexposés au iTemple ;nde;même lplingot d’or et le minerai de fer ou le sable qui userth dans les ménages à frotter les dalles,jet des/;ustensiles ;, la plus fine, soie du midiode «la .France; efle chanyre \e\plus igrossier onde- jute de,,l’Inde,; de-r même* d’une, part, dès palais, qu’habitent1 les: plus,/grands souverains,, les musées -dont.!s’enorgueillissent
- les!capitales, les hôtels des boulevards, de,!Payis et' ceux qui s:étalent < à Londresp(à*«NewhYoyk,à SaintrPëtersbourg, > dans; lés-, plus beaux- quartiers, tels que .Piçcadilly,!îBimadway;,fQûfda ;Perspectiyfe dei Newsky; ainsique les svastes; manufactures des métropoles.industrielles; etudiant,repart,d’-échoppe de l’épicier, de>villagè; ouolediangar .du- maréchal ferrantdsolé‘jS;UKdeTbQrdld/iia!îaocbo.phuiifou;og/*,i.!îo
- a;Plus -unersôciété, arde'puissance} productive,;,et plus chaque année elle créérjde:! richesse* sous les centimilfe formes qùe comporte< cé]anot,;! plus est grande, par;conséquent, > la' quantité des/objets,de toutes,, sortes, applicables aux besoins divers de
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- PREMIÈRE' 'PARTIE.
- XIII
- ses membres Fqu’elle4peut; ; tous'les ans, tous® tes jours; répartir entre eux, les * rendant paru cela même *plus* riches ou moins pauvres^Lmn l " • Ce n-est pas à dire qu’une société, même très-avancée en industrie , 1 fasse - elle-même - .toutes les sortes d’objets nécessairesj aux individus,qui la composent ; mais elle: se procure par la‘voie-'des 'échanges- avec FétrangeiU ceux icju’elle* n’aurai pas produits: Ceux-là même*auront été produits par elle indirectement,1 puisqu’elle - ne- les iaara obtenus qu’en donnant !eii 'retour feseobjets résultant s'de so’n:prdpré tbavàll. ôldce -ai no -'jeu eb lae-.-nhu si L’acte- par:lequel lan’épartition-des*produits du travail 's’opère >da!ns da Société i Iconsiste; dans la plupart des- cas, a transfigurer; pour : un- tempé jilus où-moins long; les objets vendus: en;piècék de-monnaie, ou en engagements qui représentent ces piècesj Le but-de^ces opérations intermédiaié res ' semble' 'cton.c ^ être - la possession' ' de zpiècës d’ofr; ou1 d!ar’gent;'einîréalité; dL est1 et-, ilJdoiti. être 'différent, carédirectement,•d’or .• e tî F argent me -<ré4 pondent presque (à-; aucun-î deenos rbésoinsujourna^ lier s : j^Quand 5 un particulier -vend Jun! obj etyjce qu’il se1 fait* ‘délivrerbeiî rletour; piècesvdé < monnaie ou engagements' représentant' expressément une ccei4 taine-1 somme] douces i pièdesi; doit’ >être;r considéré cômme^ le1-gage i matériel, du pouvoirijquUl- aura désormais Jde* disposer,] f quand |il Jenvo.udriayi. d’une certaine* quantité d’un ou de plusieurs articles; qn’ij Choisirai à son gré dans tout .* ce ;qui est irangé sous
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- XIV
- INTRODUCTION.
- la dénomination de richesse, jusques à concurrence d’une valeur égale à la somme de ces pièces de monnaie.^>Au lieu d’user de ce pouvoir, il peut le déléguer à une autre personne, en totalité ou en partie.
- L’invention de la monnaie a été un procédé ingénieux et efficace pour assurer à l’individu, qui se dessaisit d’un article de valeur grande ou petite, le pouvoir de disposer, pour lui-même ou pour les autres, d’une valeur correspondante en quelque autre article que ce soit. [Elle n’est pas seulement un instrument d’échange; elle est encore plus un moyen donné à chacun de conserver sa richesse, pour le moment où il lui conviendra de s’en servir, et de la déplacer en la transportant facilement où il lui plairait).
- fL’or et l’argent, que le vulgaire regarde comme la richesse principale, et même l’unique richesse, ne sont qu’un accessoire dans la richesse de la Société, accessoire important toutefois, en ce qu’ils servent de dénominateur commun pour exprimer la valeur de tous les- objets, j
- On évalue à onze- ou douze milliards de francs, la production annuelle, en Europe, de- l’industrie textile, c’est-à-dire les articles qui ont pour ma-
- lt) La lettre de change, infiniment plus transportable que l’or et l’argent, et essentiellement payable en l’un ou- l’autre de ces, métaux, a beaucoup agrandi la facilité du déplacement, et le cercle, de l’horizon dans' lequel il s’opère.
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- PREMIÈRE PARTIE.
- XV
- tières premières le coton, la laine, la soie, le lin, le chanvre et le jute. C’est de la richesse au même, titre que l’or et l’argent et aux mêmes fins, puisque, entre les mains des producteurs,, ces articles se convertissent de même en pouvoir et en jouissances. Or, depuis la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb jusqu’à l’année 1848 (1), dans un laps de temps de deux cent cinquante-six ans, les mines d’argent et d’or de l’Amérique, auprès desquelles toutes les autres n’étaient que; secondaires, n’avaient, donné en tout que trois fois, cette somme de onze ou douze milliards, de sorte qu’une année de la production des. seuls tissus' équivaut à quatre-vingt-cinq ans de la production des mines d’or et d’argent de l’Amérique» Ce rapprochement montre la petite place qu’ont les deux métaux précieux dans l’inventaire de la richesse,, et le grand espace qu’y occupe le travail industriel fécondé par: le capital et par la science,, soutenu par la sécurité dont, on jouit dans la civilisation moderne,.et. animé par le génie, de, la liberté..,
- 3.. — Le Capital.
- Le capital est la partie de la richesse acquise qui a pour, destination de servir à la production
- (1) Je prends cette date de 1848, parce qu’elle a marqué la lin d’une période ancienne et le commencement d’une nouvelle' dans la production des métaux précieux. C’est- en 1848. que les mines de la Californie furent découvertes.
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- XVI
- INTRODUCTION.
- d’une, richesse nouvelle .[Le fer dont on fait la plupart des machines et des outils ; le platine-oul’aiv gent en lingots, ou en cours, d’élaboration, ou en étalage chez les..orfèvres ; l’or qui, sous la formé d’une pièce de 20 francs, sert à solder un compte; le diamant qui, est brut:dans râtelier dn lapidaire ou tout monté chez le joaillier; les matières premières, métaux, denrées, textiles, drogues.de teinture, dont les docks sont remplis, tout cela’et bien d’autres choses, c’esLde la(_riçhesse;etLdu capital en 'même tempes) [L’or:e|tj-J.es-;pjerrerieSfdïsppsés en bijoux dans l’écrin d’nne fe.mme, la rq^e dont; elle est parée, la.voiture; etJés cheyaux^quirla;.mènent à la -promenade, sont de la richesse, et ne sont,pas. du capital^ Le vin que_.le-gourmet.a dans,sa cave ou sqr sa table, le service d’argenterie où, il mange, le tapis dont, son salon est garni, sont dans ]%même cas.. Il en est de même des palais et,.des.châteaux clés personnes opulentes, cle nie me de leurs>colleç-tions* de beaux-arts, o.u de. superfluités.. Dans certains pays , .il y a-;,.une,.,frès-foiidei .partie de la richesse qui n’est pas à l’état de capital : Rossi compare avec raison.la ville de, Rome au canton de Zurich,. pqur montrer,, quelle di|férence, peuvent, sous.ce i;apporf,^présenter,jdeux .localités.
- , Dans le capitakque,possèdeula.rSociété, il, y a lieu, ainsi que le. fait Adam,Smith, de. distinguer deux parts ; lie capital ce;.qu’il appelle le
- capital circulant. [Le capital fixe réppnd à peu près à ce que la loi française qualifie..d7/22Z22euj&7es
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- PREMIERE" PARTIE.
- XVII
- par nature ou par destinationllfile sont-lés maisons, les terres en produit; les chemins de fer, les canaux, les ouvrages des ports et des rivières ; c’est le matériel auj ouf d’hui 'si divèrs; - si*1 complexe, si coûteux des établissements manufacturiers, célui de l’agriculture, des transports et des mines! Jusqu’à notretemps,' c’était de beaucoup et c’est encore de nos jours,* quoique!à un' degré moindre, chez chaque1 peuple'qui occupe un vaste territoire ét Compte une/popûlâtiôn nombreusefia majeure partie du capitaPhatiohàFj E*éi capital circulant' embrasse ' l’ensemble ,jdes 1 fonds de' roulement dans toutes les branches- ded’industrie; dànsles màrra-faotüres, dahs ragriculttïré' dans le commerce^ Il diffère duêapitâMxe éneé qu^ilëst'de son essence de changer sans cesse de forme dans le cours de la production, et ensuite de passer de màinén
- •* " j . *.
- màinf jûsqu’à- ce qu’il arrive au consommateur qui le payé' et, eh lé’payant, fournit au chef d’industrie' le -moyen dé rëcomménce|[ Le capital'fixe ne subit ;nrces- me tamôrphô ses, ni ces' transmis-
- SiOïlS 4 " ' *'.} .i ) Olj J *.} i rJ f -J^j .H I- • L“r. il .‘i/ •
- *J r Pour- ; exprimer ^ différemment^ là1 même* ; idéey le ; capital ^circulant d'uüe? nâtiBh^ ^à^chàquè instant, se compose dèddmâsse d’àpprovièmnhéméhts cjue possède l’ênsémble des particulier svhh! denrées alimentaires1 dans lésgreniefs 'ou à l’état de récolte pendante; en tissus'et autres ’ articles d’usàge'en-tièrement faits ou seulement en cours d’exéciition, en métaux, en bois, en matériaux quelconques,
- b
- T. I,
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- XVIII INTRODUCTION.
- destinés à être ouvrés on déjà entre les mains de l’ouvrier, ou rangés, tout confectionnés, dans les magasins des commerçants qui renouvellent périodiquement leur provision après l’avoir vendue.
- C’est quand les objets sont arrivés aux mains du consommateur qu’ils perdent la qualité de capital, en gardant celle de richesse^
- La masse de ces objets divers qui, dans le courant de l’année, arrivent à l’état qu’il faut pour qu’on les consomme, constitue le revenu brut de la société, revenu qui se répartit, à différents titres, entre ses membres, .pour qu’ils vivent. C’est ce qui fait vivre les machines elles-mêmes.
- C’est sur ce revenu brut que la société pourvoit à toutes ses dépenses et consommations, qu’elle
- i
- entretient, répare et renouvelle au besoin tout ce dont se compose son capital fixe. Ce qui reste, à la fin de l’année, toutes consommations déduites et toutes dépenses acquittées, constitue l’épargne de la nation, l’accroissement qu’elle peut donner à
- “ . ‘ i
- son capital en tout genre.
- Le capital s’énonce ou se formule en sommes de monnaie, c’est-à-dire en, espèces,d’or ou d’argent. Mais il ne faut voir dans , ces énonciations qu’un procédé simple pour définir et mesurer le capital (i). :
- ? j . • . •
- • . . ï ; ' -ii \ - ; . >
- mu n’est pas inutile de faire observer que le même objet, après avoir cessé d’être du capital pour .se ranger dans la catégorie plus générale dè la richesse, peut devenir ,du capital
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- PREMIÈRE PARTIE.
- XIX
- CHAPITRE III.
- LA PUISSANCE PRODUCTIVE SE REVELE PAR LE BON MARCHÉ DES PRODUITS ET DERIVE ELLE-MÊME DU SAVOIR ET DU CAPITAL, SOUS L’iMPULSION DE LA LIBERTÉ HUMAINE APPLIQUÉE A L’iNDUSTRIE.
- § 1. — Des progrès qu’a faits la puissance productive.
- La puissance prorliictive' de Thômme se développe d’une manièr e continue dans F enchaînement successif des âges de la civilisation. Ce développement est une des nombreuses formes que
- une seconde fois. Il y a même des objets à l’égard desquels cette alternance peut se répéter indéfiniment. Des diamants ou des rubis peuvent, de l’écrin d’une dame, revenir chez le joaillier; un service d’argenterie peut, du buffet d’un particulier,
- faire retour chez l’orfévrë; un habit de drap peut, après, avoir été porté quelque temps, prendre place,dans l’étalage, d’un marchand fripier; il peut même être livré à là machine à
- effilocher, pour être converti en renaissance ét servir ainsi, comme une matière première inférieure, à la,fabrication1 de nouveaux; tissus. En général, ce retour; à Fétat dé capitai ne
- ' ï '
- s’opère qu’avec une certaine perte dans la valeur* positive et intrinsèque de l’objet, et il dénote que cet objet a perdu une portion de ses qualités. Je ne veux pas dire seulement que le fabricant ou le marchand qui sert d’intermédiaire ne.le reprend'que'pour une valeur moindre que ce qu’en avait payé le détenteur. Lui-même, le fabricant ou le marchand, n’en retire
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- XX
- * INTR 0 D U CTI 6n /
- revêt le progrès même de la: Société, et fce n’esfpas
- . . i- { . .. . •; . , . f. i.
- la rrïoiiis'saisissarite'.' ' " !
- “'Plus augmente4; par rapport à un produit, 'la puissâncë'prodùctive dé l’individu ou de la nation, et plus da valeur de ce produit sur le marché doit
- r . t {
- diminuer, par1 la concurrence que se font les pro-duc Leur s ; le'prix', qui'ëst la Valeur en or ou en argent, baisse d’autant (1‘). Gebi revient à dire que, à mesure que 1 là1 "puissance 'productive augmente pour ^n'^objety-? les1 hommes qui en'ont besoiih sé le ’procüfent! plûs dacilemënt ‘ ‘en retour d’iirié' moindre 'partie' ‘de la’ sommé ‘qüë leûf rapporte' leur travail ’qüotidién;ioû encor eppôür dire la'même' dhô’se autrëmeriity ‘en échangé^d’une moindre!frâc-tidncle Leur effort journalier.''' -1J
- *"C’est ainsi qu en définitive • la'; puissuncë productive se‘manifeste par le bon marché dés piriK düits ëf se confond avéc ce bon marché. ’! •
- - f J ; j, 5l< 7 ! j V; i,.• ‘ ' U,î-- : i;-i oi i '-'.‘’igOsO •'>•„ j
- pasVquandf il le revend,'-la somme qifen avait, donnée le .prfe-b mieriachetenr... Les pierres précieuses-qui retournent /chezbei joaillier, sont presque toujours^montées^ de nouveau yavant d’être revendues; ainsi la valeur de la" monture première est perdue en grande partie. Les couverts ou les plats d argenterie,, qui sont revenus chez rôrfévref sontJ jetés au Vreiièét et île sont plus comptésiquèTcdmme liiïgotsfj L’habit, qui va chBz le^ frippieryést plus ou* moins usé,* et,!si on le convertit en renais^ sance, c’est qu’il n’était plus portable. ' c;'|jsvivïio-t
- (1) A moins que la valeur des métaux n’éprouve elle-même quelque perturbation qui la fasse décroître ou augmenter d’une m'ànièré'sensible? Levait est'arrivé'à diverses"époques, mais rarement.
- : 1 : . I . .
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- PREMIERE PARTIE.
- * • ' • y 4., j » .* v • > - •
- XXI
- ) rfV
- , fLe.;.développement^defla,piiissançq,productive rend donc accessibles à un nombre .toi3jours ;proisi sant d’individus et de familles lesifobjetsi; qui ;pri-mitivement étaient réservés à un .petit .nombre.de privilégiés. Il remplace la rareté, par |f abondance,, la. détresse de l’immense .maior-ité par le bien-être et. même l’opulence. d’une, proportion toujours croissante des membres deda. société., -K(f-
- U j f>... '> U , : , r . } > .i.b.» • k j**: O Md 1. jl.UJja A I'-
- -, On peut exprimer autrement, l’effet de, la même cause en .disant qu’elle,^dispense graduellement, le grand nombre,, du travail écrasant-, auquel il, fal-;, lait q,u’il. fût ...soumis, et-réduit, à'l’origine,, afin de, j-io.-ur.-r .ya.gpfiiétéjçs, objets j .de, .première, né,-, cessit.é,j sans desquels,,,elle, serait..littéralement
- ~-JÏ) ';j7Lbo. U .. i Vl i O * •' 7^11.0 '--J t .îjJ J.x ' V- KJ} -A d.iivd
- morte de faim et de dénuement, ,et.à ,quelquesuchefs; le.-luxe, dont, à tous les degrés de la civilisation, l’homme, puissant,.recherche lléclat.rsur,sa/perp> sonne, parmi son entourage et. dans sa, demeure,, Le progrès de la puissance productive de l’individu et-de la- société est1 un-phénomène parallèle) à'd’élevation'èuccessïve qü’aéprôuvée1 laéohditiôn^ moralèlso'cialé eTpblitiqüe^dh^and'nom’brêfélf-î
- ik y'fîjùfoaL a. ah 'jjjoüiv f.i icqin otj5 t>
- vation ou 1 on peut distinguer les degres suivants :
- 1!abolition,de resclavage„„c,ellerdu,servage, l’amé-
- OU 30 -oàLdda db H. ? 0 I. - oi-.> ,a.x-jo
- lioration. ;du salariatVr>otf finalement Passociation
- plusrïvOU” .moin s, caractérisée ventre le-patron ' et l’ouvrier (1). .sMsftoq ibwé lié]» i«ofa a.®:
- O'uio'îqàé xuBièm gsb liiaif;'/ fil wip üüi^y; A
- sifiri) m‘rdkmîjbôgaî.û d j«p .noüsd’inf't^ aifpfs
- (1) Voir aii.sujet de ,l’association, page..cdxxxi.de..cette In-
- troduction.
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- XXII
- INTRODUCTION.
- On a fait, au sujet de quelques-uns des objets que l’homme produit pour la satisfaction de ses besoins, des calculs approximatifs, dans le but de déterminer la progression qu’avait suivie la puissance productive, depuis l’origine des temps historiques ou depuis la naissance de l’industrie spéciale de ces objets. On a pu constater ainsi deux choses :
- 1° que le changement est très-grand : de 1 à 10, à 100, à 200, à 1,000 et plus;
- 2° que, dans les cent dernières années, même dans le dernier demi-siècle, la transformation est infiniment plus marquée que dans aucune autre période antérieure.
- Pour la mouture du- blé, depuis le temps d’Homère (1), le progrès de la puissance productive, mesurée comme il a été dit plus haut (2), paraît être de 1 à 150 environ. Pour la filature du coton; depuis un siècle seulement, il est beaucoup plus
- fort. On trouve, dans un intéressant écrit, tout
- »
- récent, sur les textiles, de M. Carcenac, membre du Jury des récompenses à l’Exposition de 1867, le renseignement suivant : Si l’on avait dû faire à la main tout le filé de coton que fabrique l’Angleterre en une année, au moyen de ses 'métiers self-acting ou automoteurs, qui portent jusqu’à
- (1) Dans Y Odyssée, Homère, en parlant de la maison de Pénélope à Ithaque, indique la manière pénible dont se faisait alors'la mouture. (Odyssée, ch. 20, y. 105, etc.)
- (2) Page x de cette Introduction.
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- PREMIERE PARTIE.
- XXIII
- 1,000 broches,— c’est-à-dire font 1,000 fils à’ta fois, —il y aurait fallu 91 millions d’hommes, soit la totalité de la population de la France, de l’Au-' triche et de la Prusse réunies (1). ;
- j Quelquefois, du jour au lendemain, l’invention a’un nouveau procédé, l’introduction ou le simple perfectionnement d’une machine ou d’un procédé chimique suffit pour modifier très profondément la puissance productive^
- Parmi les nouveautés qui ont apparu à l’Exposition de 1867, on cite les grands changements apportés au métier à,faire le tricot; une femme habile à tricoter fait 80 mailles par minute ; avec le métier circulaire (2), elle en fera jusqu’à 480,000* : la progression est de 1 à 6,000.
- Des faits pareils disent ce que le dénûment du commun des hommes devait être dans les temps anciens, où la puissance productive était si restreinte. La majorité ne pouvait être pourvue d’une manière supportable que dans les contrées où la population, presque exclusivement agricole, et dispersée sur un terrain fertile, se contentait des .productions du sol, peu ou point élaborées, ou dans
- (1) Le Coton etsa cwlture, les plantes textiles, études faites à l’Exposition Universelle de 1867, page 23. L’année choisie par M. Carcenac (1856) n’est cependant -pas celle de la plus grande production de l’Angleterre,
- (2) Voir ci-après le. Rapport de M., Tailbouis. sur les machines à tricot, tome IV, page 283; voir aussi celui de M. Alcan, tome-IX, page 165.
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- XXÎV . INTRODUCTION.'
- celles 'dont le‘ climat-, par ;sà douceur, diminuait la somme ' clés besoins de l'homme, ou encore dans les ' localités 'exceptionnellement privilégiées où1 l’on avait, comme à Rome, la ressource destrL buts imposés à l’univers.
- § 2. — Concours'de la sciénce, du capital et de là liberté. — Observations particulières au sujet du rôle de l’esprit humain dans l’industrie,;
- . -Le progrèside la puissance-productive de l’homme, résulte chr l’avancement1 des- 'connaissances ; hu-i
- maines; et de / lar formation• incessante des ' capir., taux. - Pourquoi; dans: l’industrie .'du; fër, la! puissance productive ;d'er l’homme estTelle v à ce point
- A
- plus--grande que du temps - d’Homère,- ou • sous
- l-Empire 'Romain, » ou pendant. le moyen• ;âgedr Pourquoi, - dans l’industrie- de la. -filature/} est-elle • à 'Manchester^ .à,.Glasgow/,à Mulhouse-, à- Rouen,/ en?Suisse/em Saxe et clans Je reste,ded’Allemagne/; si-i fort en avance 'de teelleîquonG observe encore; cle nos., tj ours dans blndaioùjbom file -b la- maint?t G’,est '<qu’on a bien pluside science,' qu’on connaît i beaucoup .mieuxdësdois de,1a nature,- et quion s!en-i
- tend bien mieux à les faire tourner à l’avantage dë"rindùstri^''7 âtnodfMüï lquëif,,dùt,:témpsî"d’Ho-
- I:';' îf'cü ünitm L ,o.çT*£ckO''Ui?i
- mere, où sous les régnés de lraian et.de,saint.
- vu -.7 a>t'U.-n” Vf »>p ?,ra>q /ià'dlq.'V. il-* h
- Lo.uis,.. D,e même clans le Lancashire etM'Ecosse, l’Alsace «et Maii-Normandie/r-la » Suisse / et^l’AUe-r,
- magne, en comparaisons de&u?rill&ges-ude» l’Indevr*
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- PREMIERE PARTIE.
- VXXV
- G’çsl ;rqu’füssi «par-1’épargnecoüjuguée- avec un. travail intelligent, oh est parvenu,..cle nos,jours,,4 former les capitaux considérables au rmoyepdesy quels le maître de forgesoii le^filateur, peut',; dans l’Europe moderne, ou pour mieux dire dans la civilisation occidentale (1), ériger ses vastes établissements et. les-garnir de- machines d’üne
- > * ' • * ; i - , XJ * « . . . * * 4 r t , - , * *TW
- ï ' * ' '
- grande force ou d’unet extrême .dextérité.Mn,> v>> h> (Nous venons de dire qu’une des grandes causes efficientes du progrès de la puissance productive de l’homme-, c’est f avancement• des connaissances j
- L’.hommea pourtant aussi, sa force physique ; mais
- celle-ci est bornée'-et -neicô-mporte sguèie d’accrois-o sement. Le: fort de da-hallè Idhiujburd’hui né porte-pas sur son »dos un plus lourd > fardeau que celui du temps de - saint Louis; La 'force musculaire^ moyenne de l’ouvrier français-, de l’ianglaisy de l’al-’ lemand ou *de celui des Etats-Unis;, est! aujour-! d’hui la même qu’il y a cent ans, ni. plus ni moins.'. Quel n’apas.été, -idans ce laps, de temps pie pro-Æ grès de la puissancef productive b C’est que, dans-.
- l’industrie ét dans tous- les-modes de son ' activité, !..
- Lhomme(vaüt‘ bieneplus>par isa raison que par sa1 force musculaire'; iTandis • que celle-ci; est,; à très-1
- jcvfi
- 6 lernuo-j ù'WiJ aol .s xvoiiu non: hur-î
- (1) J’emploie ce terme, de civilisation,.occidentale, au lien
- •-o ?•• uu <- l :JUj ; xit: * iu •.?,
- de civilisation européenne, à cause ,des^ Etats-Unis, qu’il‘est
- ; (I ' •> £ ^ y - * > f j jp. i R*j[ : ! \ f* i f1* ) * * j ’C* j ' è j ^*
- impôs&blejd’èn séparer, parce qir ils pratiquent lés rnêmës arts "
- r ;. i r •>
- en suivant! les1 mêmés'procédés,èt qüef d’une! manière plus gé-1 néralé, ils ^vivent" sur' lé*; même -fonds M’-idéès religieuses , I morales,; sociales; politiques et scienlifiques,;voQ ^-3 pirgsm
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- XXVI
- INTRODUCTION.
- peu de chose près, stationnaire, l’autre sans cesse étend son empire et fournit à l’espèce humaine des moyens nouveaux de mettre la nature à contribution. Par son corps, l’homme est chétif et débile. Combien d’animaux possèdent une force infiniment supérieure à la sienne ! Il est un des êtres les plus mal pourvus, en ce que ses organes, s’ils devaient agir sur ce qui l’entoure, seuls et directement, sans l’assistance des outils et des machines, le laisseraient dans une impuissance humiliante en comparaison des animaux dont chacun porte avec
- lui, dans ses organes, quelque appareil parfaite-
- •
- ment adapté à ses besoins. Mais l’homme a plus que la compensation de cette infériorité, au premier abord surprenante, dans son intelligence pénétrante, insatiable de savoir, toujours en quête du mieux, toujours pressée de s’élever. Gage de l’immortalité dans une autre vie, cette intelligence est, dans la vie présente, l’instrument de la domination de l’espèce humaine sur le monde ; elle fait de l’homme le roi de la création.
- ]lPar son intelligence, l’homme s’approprie les secrets de la nature, découvre les forces qu’elle recèle, et puis les assouplit à ses desseins et les transforme en serviteurs^ et c’est parce que ces collaborateurs, pris en dehors de nous-mêmes, se sont multipliés et ont été rendus de plus en plus soumis et dociles par des conquêtes nouvelles de l’esprit humain, qu’il a été possible à l’homme de se soustraire à-la triste nécessité oùil s’étaittrouvé
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- PREMIERE PARTIE.
- xx\ir
- dans les temps primitifs, d’asservir ses semblables.
- Si la navette et le ciseau marchaient tout seuls, disait Aristote, il n’y aurait'plus d’esclaves. Ce que le grand philosophe de Stagyre supposait, sans oser l’espérer, est de nos jours une pleine • réalité. A force d’observer la nature, nous avons trouvé dans son sein des forces immenses qui font marcher la navette—voyez les innombrables mécaniques qui opèrent sans que la main de l’homme s’en mêle, — qui font agir le ciseau, — voyez les merveilles, des machines-outils, qui font, fonctionner des instruments de toutes les formes, qui liment, rabotent, tranchent, percent les métaux les plus durs comme les substances les plus tendres. Aussi aujourd’hui l’esclavage est-il univei-sellement regardé comme une insulte à la civilisation, comme un attentat contre le genre humain.
- Parmi les auxiliaires que l’homme, par la puissance de soii esprit, s’est procurés dans le-mondé dont il est environné, qui lui obéissent de plus en plus servilement, les uns sont animés : ce sont les animaux qu’il ploya dès l’origine à son usage et dont la variété est.assez restreinte; les
- autres sont inanimés, et ceux-là croissent à la fois
- par leur diversité et par l’énergie qu’on les force a déployer. Dans cette seconde catégorie se rangent : le cours et la pente.des ruisseaux, des rivières et des fleuves ; les vents dont le choc fait tourner les ailes d’un moulin ou gonfle, les voilés d’un navire; la force élastique de la vapeur d’eau
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- XXVIII
- introduction!
- emprisonnée; celle de 1:air tantôt comprimé/tantôt
- dilaté par.-'la chaleur; celle de'diverses autres' substances doubla liste tend-à s’allonger/on: le -verra plus loin. :
- ; Les appareils par lesquels sont mises en œuvre toutes les forces animées ou . inanimées, que l’homme • fait travailler à sa place et qui produisent le mouvement; sont les machinesv)Elles diffèrent des outils en; ce, que ceux-ci,1 à proprement parler, sont des organes supplémentaires par les- » quels l’homme, lorsqu’il1 *veut utiliser, sa force, per-> sonnelle, . sadorceimusculaireyi est obligé» ide:sup-pléer -à ce que;,les »siens «ont td’imparfait; même*)
- pour les. actes' les j plus simples,; imperfection -in-'" contestable ;et que; chacun dé nous peut à l’-ins tant -même constater en essayant d’effectuer, sansUe? secours < d’aucun • instrument, quelques opération d’une., grande simplicité; nomme ‘d’enfoncer a oup d’arracher un. clou,; ou de pratiquer un trou dan si
- les bois, la pierre ou-même ïaderreiM fiv n» ,enp lioq • Une-. autre -série, des collaborateurs. nuxquelss l’homme a recours,; sur deotnès-grandes ,propor-J tions aujourd’hui, que son esprit a découverts, dont?
- il dirigOjil’action,ietf quLsont-dans deur genre tôut aussi sénergiquesnt aussijütiles quelles forces'm'é-h caniqu.es animées oucinanimées/rest; celle «dés at— I tractions s chimiques. *<3esnf©ircesrsont.« variées ’et i irrésistibles^surtout;quandÿonoles iactive par une-' chaleur intense? que, .de, plus en > plus y - on- nxcelle -à produire.. Rar leur forme et leurs dispositions, les'
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- PREMIERE PARTIE.
- IXXIX
- appareils, où elles sont- mises iem jeu différente des machines proprement dites ; mais -peuimporta que l’aspect soit autre, c’est tpar-le résultat qu’on dôit les juger. „uioi -ho aus-v
- . Le froid lui-même est devenu pour l’homme un moyen d’agir, un serviteur.. • -wm; «an ai De même-.que la-force invisible; qui-produit la’ foudre et qui jadis, effrayait les mortels , èu'Ce point qu’ils ia, ; confondirent ; longtemps 'avec le roi du
- ciel,! a, depuisAïunopptit nombre d’hiinées,! -étër
- domptée à m&r point k|u’eller'travaille pour; nous et • fqu’éHeiïjest > devenue! une "messagère, rapide comme la spensée ;fdé,même;desplus; terribles poisons,. i .ceux • ?quij. eus s é nt .épouvanté l-’affreusé Lo-i ouste* j deviennent, des forces * pour la guérison'des" maladies. . il a hu - ver. uni on knèo:-
- i ! Toutes, ces i formes de-la puissance^ dont quel-o ques-unes'jsemblent;des prodiges; c’eèt àisouin-i
- telligence ;que i’hommejeri est redevableOn•eofî-b çoit que, devant, de• «tels? gages* de son pouvoir,* il ait- des."accès; d’orgueill-et que, odans son ravissement,. il pousse-queiquefôisujusqu’à dû démenceda i
- satisfaction de; soirmêma) ma oui ; Jm
- î • i
- UOf-î-TK
- OU
- ^De Gajque^danslëssœuvres par lesquelles Tin-’ dustrie>ueyrévèle ^Intelligence de l’homme d une." part infiniment plusegrande fque sa force mu s eu--' laire Tih suit jnécossairemént . que,’ » pour le ' succès ’ de J!industriavid’intelligence ;des hommes;! qui-se" consacrent, aux diverse s ; braiiche s-, de la production*,o doit être placéeidans dès conditions les plus favo-':
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- XXX
- INTRODUCTION.
- râbles à sa fécondité. Ces conditions se résument le plus souvent dans un mot unique, la liberté) /C’est pourquoi la liberté du travail est d’absolue nécessité pour que les agrandissements de la puissance productive de l’individu et de la société suivent leur cours^j On peut même, sans être téméraire, avancer d’une manière générale que, là où les institutions sociales, dans leurs différents genres, sont frappées au coin de la liberté, et où les moeurs et les opinions sont à la hauteur d’un tel régime, il y a toute raison de croire que la puissance productive de l’individu et de la société prendra un rapide essor, si elle ne l’a déjà fait.
- § 3. — L’industrie avec le concours de la science, du capital et de la liberté, et l’industrie sans ce concours.
- fNous considérerons donc comme établi que la puissance productive est l'a résultante de trois ' forces : l’intelligence humaine, le capital successivement accumulé et la liberté J [La différence entre une industrie qui, grâce à l’intelligence de l’homme, a le concours de la science, et l’industrie qui en est dépourvue, est la même qu’entre l’homme qui voit clair et l’aveugle qui marche à tâtons". )
- On peut se faire une idée assez juste de la différence entre une industrie qui est privée du capital et une autre'qui en estpourvue, en com-
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- PREMIÈRE PARTIE. XXXI
- parant la manière dont se fit le canal Mahmoudié, entrepris par le vice-roi d’Égypte Méhémet-Ali, entre Alexandrie et le Nil, et l’exécution, tout auprès, du canal de l’isthme de Suez par la Compagnie Universelle de M. de Lesseps. Dans le premier cas, le travail était commandé à de malheureux fellahs ramassés de force dans les villages voisins et amenés à coups de hâtons sur les lieux, où ils ne trouvaient ni outils pour leur labeur, ni approvisionnements pour subsister, et qui étaient obligés de creuser la terre presque avec leurs ongles et de se nourrir avec une poignée de haricots qu’on leur distribuait à peine comme à des animaux ; un grand nombre périrent de fatigue et de faim : voilà l’industrie sans capital. -Dans le second cas, des ouvriers, venus principalement du continent euro* ropéen, sont réunis sur le tracé du canal, y ont de bons gîtes préparés d’avance, des vivres en abondance, la protection d’une excellente organisation médicale, avec un immense matériel de machines construites à grands frais, qui les dispensent de la partie la plus pénible de la tâche. Ils touchent de beaux salaires ; leur santé se main-tient, et, s’ils sont économes, ils rapporteront dans leurs foyers une grosse épargne qu’ils auront pu ramasser sans grand effort : voilà l’industrie avec le capital. \
- La différence entre F industrie qui est placée sous le drapeamde la liberté du travail et pelle,qui n’a pas le bonheur de vivre sous; cet étendard, .est
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- XXXII
- INTRODUCTION.
- la même qu’entre l’individu qui a la disposition de ses membres et celui qui est chargé de chaînes: -
- Après ces observations préliminaires, j’espère que le lecteur n’attendra pas de moi que je lui présente la liste raisonnée des inventions et des perfectionnements que, l’Exposition a constatés, ou que je fasse connaître en détail de quelle façon les progrès antérieurement acquis se sont répandus dans les, diverses industries. Sur .chacun dp ces points, ,les Rapports,. spéciaux, et d’un si grand intérêt y;- qui remplissent douze des - vo- ' lûmes de cette collection, —ceux qui sont consacrés à l’industrie manufacturière, agricole ou extractive, et à celle des transports, — ont pour but de donner satisfaction au public, et la tâche a été parfaitement remplie (1). Je ne saurais donc me
- (1) Le tome Ier a pour objet les beaux-arts, Yhistoire du travail, et l’exposé des motifs d’uu nouvel ordre de récompenses, institué pour des faits de l’ordre moral, qui se sont accomplis dans le sein du personnel des manufactures ou de ragriculture. Les beaux-arts et les faits de l’ordre moral ont été appréciés par deux jurys, distincts l’un de l’autre et différents du jury nombreux qui s’est occupé de l’agriculture, des manufactures, des industries extractives, de celle des transports, et généralement de tout ce qui était compris dans les groupes II à X de l’Exposition et fait l’objet des douze tomes de II à XIII, l’un et l’autre inclus. Celui qui écrit ces lignes a eu l’honneur d’être chargé par la Commission Impériale, sur
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- PREMIÈRE. PARTIE.
- XXXÏII
- liyrei; j à .une tentative qui, serait un- empiétement sur. les. ^attributions de collègues; que rj’honore'et qui ont montré tant de savoir et de dévouement. Tout ce qui m’est permis, c’est de rappeler les faits qui ont été généralement ^considérés comme ,les plus dignes de remarque,. et je- vais y procéder, non* sans, demander;pardon de-ce rjue l’ér numération aura de tropuncomplefrio: üjioü
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- la proposition du-Conseil supérieur,, conformement a 1 article 25‘du* décrétd’églèntètitaire^du'9' juin J1866,'‘ du isoin de diriger et survëillër la^ùblicàtïon 'du rapporti'éii (ce qui’concerne
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- DEUXIÈME PARTIE
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- DES PERFECTIONNEMENTS APPORTÉS
- SECTION I
- Matières -premières.
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- CHAPITRE I.
- LE FER.
- § 1. — importance dé ce métal; nécessité de l’avoir à bon marché et à bas prix. — Nouvel acier à bon marché; il se substitue au fer.
- Occupons-nous d’abord du fer. Ce métal est incomparablement le plus utile de tous. L’or pourrait disparaître de ce monde sans que la civilisation en fût beaucoup troublée. Si demain, par l’effet d’un prodige subit, le fer nous était ravi, ce serait une indescriptible calamité. Tout rétrograderait : la civilisation serait du même coup frappée 'd’impuissance. Le fer est la substance
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- XXXVI
- . INTRODUCTION.
- principale, unique dans beaucoup de cas, de-cet outillage si varié de forme et d’objet, dont nous nous armons pour triompher des éléments et les convertir en serviteurs, pour dompter et exploiter la nature. Non-seulement les machines, mais les outils, et beaucoup d’ustensiles sont surtout en fer. On fait en fer des navires, des ponts, des phares, de vastes édifices tels que des marchés, des églises même. On en fait des meubles (1). Le fer est d’usage universel et incessant. Tout ce qui
- abaisse le prix du fer, tout ce qui en améliore la
- «
- qualité, est une acquisition précieuse pour la Société, l’origine de progrès nouveaux pour l’industrie envisagée soit en bloc, soit en détail.
- En d’autres termes, la diminution du, prix jdu fer ou l’élévation de sa qualité pour le môjne prix sont des circonstances essentiellement propres à déterminer l’accroissement de la puissance productive de l’homme et le développement de la 'richesse dans, la Société] De là on‘peut' conclure, en passant, que toute' combinaison ’ lé*gis-
- V . * - * ~ £ . \.4 Y l , - a ‘ * ? î
- lative ou administrative, qui enchérit le ferT est antiéconomique, pour nopsas dire antisociale.,
- Un des progrès quiy. déjàren;1862, était plus que prévu, est la fabricatiorï1 de l’acier Bessemer/ due à l’ingénieur anglais dont ‘elhLporte le nôm. C’est,
- : ‘.t - 7
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- (1) Nous ne distinguons pas en . ce moment entre les trois
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- états sous lesquels le fer se présente. Noir ci-contre, page xxxvii, la note placée au bas de la page.
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- ÜXIEME PARTIE.
- XXXVII
- à proprement parler, une rénovation de l’industrie du fer. Ce métal, à l’origine des temps' 'historiques, était d’un prix élevé. Un morceau:' de fer était une récompense qu’on s’estimait heureux^de gagner dans les joutes auxquelles se livraient les héros de la Grèce primitive. Depuis l’ouverture du xixe siècle, le prix du fer a été fortement réduit par l’amélioration'des procédés, et spécialement par la substitution du! combustible minéral au charbon de bois.- Depuis un certain nombre d’années,' la fonte (1), ' eu particulier, se vend fréquemment, en'-Augleterr'e, sur * le pied' de 2 livres sterling (50ir.) ia donne'demille kilogrammes, et, dans la même contrée,'' o:ri a du fer ‘ forgé, sous
- i
- ia forai e: 1 de rails de chemins' de fer par exemple, pour lé triple environ (2). Mais le fer forgé laisse
- -(1) On 'sâit que le fer se présente et s’emploie dans l'industrie sous:, trois états : la fonte, matière bien plus fusible que les deux autres, facile.à >couler sous toutes les formes, mais cassante ; le,/^proprement, dit, ou fer forgé, qui est difficile à fondre, ductile, nerveux et résistant à la fracture, se marte-
- làntf très-bien et se sbuclanfde même; Y acier, qui se distingue du fer en ce qu’il a plüs dè'grain^ et surtout en ce que l’opéra-tipn très-simple de' la trempè le modifie profondément ; elle lui fait acquérir une; grande dureté;pàr laquelle iLagit très-éner-
- giquement sur les .autres-substances, et sur le fer lui-même, pour les applanir, les limer, les percer ou ies trancher. L’acier non trempé est un métal très-nerveux, résistant à la cassure plus que le fér.
- * ' ï * " _ f
- (2) En France, les rails se vendent ordinairement de 25 à 30 francs plus cher.
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- XXXVIII
- INTRODUCTION.
- à désirer pour plusieurs usages, et, par exemple, sur les chemins: de fer, il est de. peu de, durée. La troisième forme du fer, c’est-à-dire l’acier, jusques à ces derniers temps, s!obtenait beaucoup plus dispendieusement dans la plupart des cas. L’acier fondu, qui est le plus recherché des couteliers, se vendait, sur le marché de Sheffield, la première ville du monde pour cette fabrication, de, 1,000 à 2,000 francs la tonne, selon, les qualités.. Si les autres sortes d’acier étaient moins chères, elles étaient encore à de très-hauts prix, en comparaison du fer. Déjà, plusieurs années avant 1862, la fabrication, par lepuddlage (1) de certaines fontes, avait fourni un acier à bon marché ; mais le procédé Bessemer, qui date de 1860, a fait mieux encore. En un mot, aujourd’hui l’on fabrique couramment et sur la plus grande échelle, à des
- /
- (1) Élaboration dans des fourneaux dits fours à puddler d’un mot anglais qui signifie pétrir..
- Le rapport si complet de M. Goldenberg, tome. V, fait connaître en détail les différents procédés qui servent à fabriquer de l’acier. Acier puddlé,, page 295. Acier Bessemer, page 296. Acier Martin, acier Bérard, etc., page 300-.
- Au sujet de cette industrie, .on doit consulter aussi les travaux de M. Le Play (Annales..des Mines, de 1345 et 1846). On peut lire aussi un mémoire récent. devM. L. Grüner, inspec-leur général des mines,, de l’Acier et de sa fabrication, qui a paru dans les Annales des Mines, eh. 186,7.;
- Je recommande, sur le même sujet, un travail de M. de Cizancourt, ingénieur-des mines, qui a . étés publié dans, les Annales des Mines, en 1863.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- XXXIX
- prix très-modérés, un acier qui satisfait à un grand nombre d’usages ; c’est ainsi qu’en France, à la fin de 1867, on vendait le Bessemer et l’acier puddlé de 310 à 330 francs, pendant que le fer courant était à 200 ou à 190 francs (1).
- A ces deux procédés, il semble qu’il faille en joindre au moins un troisième,, le procédé Martin, qui donne de très-belles espérances.
- Si, au lieu du fer le plus commun, on en prend un d’une qualité passablement relevée, le nouvel acier, au lieu d’être plus cher, est, au contraire, à meilleur marché. Ainsi, en Westphalie, d’après des renseignements de la fin de 1867, tandis, que le fer de bonne qualité était coté 36 thalers les 1,000 livres, soit environ 270 francs les 1,000 kilogrammes, l’acier puddlé brut, en fortes barres (de 45 millimètres sur 20 ou de 900 millimètres carrés de section), ne valait que 33 thalers, soit environ 247 francs les 1,000 kilogrammes. Ce même acier s’importe chez nous,, en languettes; trempées. ( de 60 à 80 millimètres de large sur 5 à 7 millimètres d’épaisseur), qui, aumoment.dont je parle, valaient 37 thalers les 1,000 livres, soit environ 28 francs les 100 kilogrammes:. :
- Une réduction aussi marquée, dans le prix, de l’acier aura pour conséquence naturelle, d’ici à peu d’années, la substitution de l’acier au fer, dans
- (1) Présentement (juin 1868);, diverses circonstances ont fait baisser, en France comme partout, le prix du fer;.
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- XL..
- INTRODUCTION.
- tous les cas où il est avantageux d’employer un métal de grande résistance.
- Les navires en fer remplacent avantageusement les navires en bois. Entre autres supériorités, ils ont celle de peser moins pour le même volume, et, par conséquent, d’offrir un plus grand tonnage utile. L’acier possède, par rapport au fer, le même avantage (1).
- Une chaudière en acier offre la même résistance, avec un poids notablement moindre, qu’une chaudière en fer et , aura pour, le moins autant de durée. Il s’en fabrique beaucoup aujourd’hui.
- Pour les ponts en fer, l’acier. Bessemer et les autres aciers à bon marché fournissent des res-7‘ sources précieuses; on obtient la même solidité avec un poids beaucoup moindre.
- La rouille ronge l’acier moins vite que le fer. En général, les pièces des machines diverses, si elles sont faites en acier, auront plus de légèreté et en même temps plus de durée que si elles étaient en fer. . ^ : •
- Pour les rails des voies ferrées, la substitution
- . , . . y. r ' f-j A.
- du nouveau métal au fer promet une amélioration importante, non-seulement pard'économie tqui en , résultera pour l’entretien de la voie, mais aussi au point de vue de la sécurité du voyageur. On
- x y-v ~ - 5' y i\., ? • - 1 ‘ b
- se ferait difficilément une' idée de la rapidité
- ;(1) Les canots de tôle d’acier rendent de grands services pour les sauvetages (Voir t. X, page 458). . i
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- deuxième' partie.
- XLI
- avec laquelle s’usent les railè des lignes très-fre-quentées. On estime que la durée d’un rail ne va pas au delà de quatre années, ' au voisinage des grandes gares comme celles de Paris, et au delà de huit ou dix ans sur l’ensemble d’une ligne fréquentée comme celle de Paris à Lille ou de Paris à Marseille. Avec l’acier on pourrait compter sur une durée de trente ou quarante ans. Le général Morin; en discutant les expériences qui ont été faites en Angleterre , est arrivé à la conclusion que les rails en acier Bessemer dureraient vingt-quatre fois autant que les rails en fer (1). Il suit de là qu’avec des’' rails en acier on ne sera plus sans cesse à remanier la voie, ce qui est une cause d’accidents. Les rails en acier étant plus difficiles à déformer, par exfoliation ou autrement, la chance des déraillements qui, depuis quelque temps, sont si multipliés et causent tant de dégâts et de malheurs, sera fort amoindrie. ; '
- ' Aussi, les Compagnies de chemins de fer àe sont- elles déterminées à cette substitution , au moins pour la partie-là plus fatiguée dé leur parcours. En Angleterre,- il‘ÿ a dëjàs quelque temps qu’elles procèdent au changèment. EnFrance, elles
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- (1) Une mesure plus, exacte du service qu’on peut tirer des rails est fournie par le nombre des trains' au passage des-
- quels ils résistent. On estime que, sur les 200 kilomètres de Paris à Tonnerre (ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranéè), les rails en fer sont hors dë service après $5,000 trains.
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- XUI
- INTRODUCTION.
- ont été lentes à se décider, mais en ce moment la Compagnie de Paris, à Lyon et à la Méditerranée établit des rails en acier tout le long de l'artère de Paris- à Marseille, longue de 8.63 kilomètres (1).
- Une telle transformation de l’industrie du fer sera.profitable aux forgea qui pourront commodément se procurer des- minerais propres à donner un fer aciéreux, car elle leur assure un grand avantage sur les autres. L’expérience, répétée dans des circonstances variées, a montré que les minerais manganésifères satisfont, d’une.manière exceptionnelle, à cette condition. Les pays qui recèlent en abondance de tels minerais, sont donc; appelés-à en approvisionner les autres qui ne peuvent se dispenser d’en vouloir. Sous ce rapport, le commerce de la Suède en minerai de fer semble' destiné à prendre un grand développement. tout, le monde connaît l’abondance des.minerais, de fer donnant des produits aciéreux (2), qui est propre à ce royaume. L’Espagne est appelée aussi à exporter des minerais, de, fer, à cause des mines, particulières, que cette contrée présente, par exemple sur les bords de. la Bidassoa et. aux environs de Bilbao. De même, dans les Pyrénées françaises,, on peut, citer plusieurs localités bien
- (1) Il y entrera 137,000* tonnes d’acier Bessemer.
- (2) Voir ci-après le-rapport où*M*. Daubrée a présenté: l’exposé des richesses minérales du*globe terrestre, tome Vj p; 5.
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- DEU.XlÈMEvP&RTIE.
- XLIII
- dotées eiï ce . genre. Tels, sont les. environs de Prades (Pyrénées-Orientales); ceux de Vicdessos, dans le département de l’Ariége, où la célèbre mine de Rancié, qui n’est pourtant pas la’ seule de son genre dans la même vallée, offre des. res-sources inépuisables (i). On pourrait en dire autant des minerais; de fer des. Alpes françaises (Dauphiné). La Sardaigne fournit aussi des minerais qui se recommandent au même titre.
- Une proportion assez médiocre de tels minerais suffit pour conférer au fer la propriété aeiéreuse. Ainsi une seule mine de/fer peut suffire à relever la qualité des, produits d’un grand nombre de forges. En mélangeant des fontes ordinaires avec une assez modique proportion, 7 à 8 pour 100* de fonte lamelleuse ou miroitante (Spiegeleisen des Allemands), extraite des. minerais manganési-fères, on arrive au même* résultat.
- L’exemple le plus frappant qu’on puisse citer de ces minerais, qui possèdent la vertu d’élever- la qualité du fer où on les a fait entrer pour une fraction médiocre, est celui de la mine de Mokta-el-Hadid, près de Bone, en Afrique.
- Les produits de cette- exploitation; transportés par un chemin de fer jusqu’au bord de la mer , ont ensuite à traverser la -Méditerranée pour se rendre à Marseille, ou à Cette. De là, ils* franchis-
- ' V _ À " ^
- (1) Il ne manqueà ces mines-des Pyrénées que des chemins de: fer qui aillent prendre le. minerai; à<la portede* la galerie..
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- XLIV
- INTRODUCTION.
- sent des distances de plusieurs centaines de kilomètres pour atteindre les forges françaises qui, malgré tant de frais, s’en servent encore avec profit. L’établissement du Creuzot est un de ceux ' qui emploient le plus le minerai de Boue ; il est pourtant à 540 kilomètres de Cette. Un pareil fait dit assez à quel point ce minerai est avantageux. C’est que non-seulement il est manganésifère, mais aussi qu’il se distingue par une grande pureté et une grande richesse ; sa teneur en fer est de 66 pour 100. ' : 1 is; ‘ -
- On voit encore , par là:,! à quel p oint il serait convenable de facilitèr, par l’amélioration des moyens dé transport, F exploitation sur ’ lè sol français^ dès mines de fer qui présenteraient des avantages du même 'genre, alors même qu’elles ne fourniraient pas un minerai aussi riche ni tout à fait aussi pur que celui de Mokta-el-Hadid. :ry Uii
- § 2. — Nouvel el puissant outillage des forges. — Progrès de ;iJ' 1 1 la production! 1 ; t w
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- Un aspect intéressant; sous lequel se-présente l’industrie des fers,1 et qui' explique les progrès qu’y a’faits la puissance productive; c’est la grandeur des .moyens mécaniquesrqu’èlle;;:;s’,est mise à ’ em-
- ployer, depuis peu de temps, et, comme consër quenceV la dimension et la perfection-des*’pro-
- duits qu’elle livre au commerce1. Pour les navires à J vapeur des marines ’ militaires,1 il a fallu des
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- DEUXIÈME. PARTIE. XLY
- • !'•' *._r - •' i * v , V V - A -
- pièces bien plus fortes que celles qu’on ^employait autrefois, surtout depuis qu’on .les a cuirassés et qu’on a dû les munir de machines proportionnées à leur poids. De même pour les paquebots ayant de longs trajets à parcourir : l’exemple des chemins de fer ayant rendu général le désir d’une plus grande vitesse dans les autres moyens dé locomotion, on s’est décidé à les pourvoir de machines beaucoup plus puissantes, et les organes de ces machines ont. dû être en proportion de leur force et de la rapidité de leurs mouvements. On y voi t des arbres de couche d’une dimension énorme ; des bielles et des .manivelles analogues ; enfin on munit ces paquebots de grands gouvernails d’une seule pièce de fer. v . . ru r i,o
- ..La fabrication des plaques épaisses et parfaitement soudées, que nécessitent le blindage des navires et la protection des fortifications sur dérivé, n’a pas peu contribué à obliger les forges à se procurer des moyens d’action plus puissants .et un outillage en état d’exercer ou de transmettre" les plus grands efforts.
- • On a éprouvé, aussi de besoin de feuilles de tôles d’une très-grande* longueur,; dont, la fabrication exigeait plus de force? et: diverses, dispositions plus amples que celles qui,,suffisaient, à des plaques plus, courtes.- 1 ,-yyoiq
- On s’est, posé et on a résolu l,e problème de fa-briquer, pour ainsi dire d’un seul coup; a la-mécanique, des pièces ,qui auparavant résultaient dé
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- XLVI
- INTRODUCTION.
- l’ajustage de plusieurs parties établies séparément;. On peut citer en ce genre les bandages sans soudure, pour les roues destinées aux wagons de chemins de fer, et des fers en T de 25 à 30 mètres de long, ayant jusqu’à 1 mètre de hauteur d’âme. L’échelle sur laquelle ces diverses fabrications sont montées est si grande que MM. Petin et Gaudet ont pu livrer aux Compagnies de chemins de fer plus de six cent mille de ces bandages. ^En résumé, l’industrie des forges a transformé sa-production, en se pourvoyant d’un matériel tout nouveau et d’une puissance .extrême^ On retrouve ce fait à des degrés divers dans tous les grands établissements de ferronnerie de l’Angleterre et du continent; à cet égard, il convient de citer, en Angleterre,[les ateliers de .sir John Brown et de M, Gamme 11 ; en France, ceux du Creuzot; ceux •de la circonscription de Rive-de-Gier, qui com-prent les établissements -de MM. Petin et Gaudet, de MM. Marrel frères et de MM. Russery et Lacombe; en Prusse, ceux de M. Bôrsig, de Berlin; en Autriche, ceux de M. de Fridau, en Styrie et en Carinthie]
- Le curieux qui est admis à visiter les forges de cet ordre se croit transporté au milieu des Titans, car les .engins qu’il observe lui semblent proportionnés à la taille et à la vigueur d’Ence-lade et de Briarée, et non pas à la stature et aux muscles de simples mortels./pn y voit, par exemple, des marteaux-pilons de 20,000 kilogr
- amines. |
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- DEUXIÈME. iEARTIE.
- XLVII
- Les moyens de laminage sont incomparablement plus énergiques qu’autrefois, au grand avantage de la qualité des produits qui, par là, sont mieux soudés, ^La mécanique s’est de plus en plus substituée à l’homme, dont les membres sont trop exigus et trop débiles quand on les rapproche *du volume et de la pesanteur des objets à fabriquer (l)] Qu’on se rende 'compte, ‘si l’on peut, de la puissance qu’il faut déployer pour obtenir des plaques de blindage, bien soudées, de 46 centimètres d’épaisseur, comme celles qu’on fabrique chez sir John Brown (2) !
- Telle est la perfectionù laquelle a été porté l’outillage que, dans la môme industrie,, à côté de ces plaques massives, on produit des feuilles de tôle, minces à ce point que 4,000, l’une sur l’autre, ne font qu’une épaisseur de deux centimètres et demi. l Par l’intensité et l’abondance du calorique., on a réalisé les mêmes prodiges que par la mécanique. A l’Exposition de 1851, M. Krupp, qui occupe dans l’industrie de l’acier une si grande si-.
- (1) Un des établissements de Rive-de-Gier a exposé une pièce de forge, un arbre, qui pesait 30,180 kilogrammes.
- (2) Les rapports de M. Goldenberg, et ceux de MM. Fuchs
- , ' ’ i i J
- et Worms de Romilly, tome V, pages 292 et 483, et de M. Martelet, tome V, p. 546, indiquent les développements qu’a pris l’outillage des forges et les noms des établissements qui se font le plus remarquer à cet égard. Ceux que je* viens de citer n’en forment qu’une faible partie.
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- y XL VIII
- v,i;
- INTRODUCTION,
- duation; exposa- , une •_* < masse' < d’acier, fondu t de ,2,000.kilogrammes!; pela parut fort beau. En 1855, 41en apporta^ une: de 5,000 -kilogrammes ; on ad-,mira= davantage,;, ern 1862, il. monta à 20,000 ‘kilogrammes p.ondiUqu^^ cdtait. la limite du possible.- En ,18(37;» jil p- montré , au. Champ-rde-Mars, un bloc sde 40,Q00 kilogrammes (!).] , - •, u 1
- ..i; Une ;branche^spèciale -de. lündustriedu fer, la fabrication cl’.obje;ts d’ar,t en fonte,, poursuit le cours, de ses progrès. On ajustement admiré les expositions. de( MMj. Barbozat,-{Ducel pDurenne... ! pn y remarquait des pièces,deppremier jet,..où, ledini des ‘sprfaçes n,e laissait (riep à. désirer.yfEers ^grandes fontaines ruiss elantes^que deuxde ce s h abile s. manufacturiers avaient érigées, près de la porte, d’honneur, frappaient tous les regards.-
- Indépendamment des changeiiients^ survenus dans les!-procédés -qui servent-à^prodùire le fer, il est - bon de noter, comme r.un symptôme qui
- révèle'lâ' gràndeur des développements de l’industrie en gériéral, l’exténsion 'que cetté fabrication a reçue. Elle est remarquable dans tous dps États civiliséspmais en Angleterre, elle s’pcçusefplus
- fortement pue partout., ailleurs».,:i La,:r,production de la donte brute, dont, toutes les autres sortes
- de fer ' sont des dérivés.,, et
- qui par elle-même
- v tr, 1 >
- 'ri'/*
- '!* . ,r>£-
- - ^ .u. .» a . d - -4. ' ~ ^ >l
- (1) Voir le Rapport de M. Barbedienne, tome III, p. 289, et celui de M. Oudry, tome VIII, p. 171. ' -,
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- DEUXIÈME PARTIE.
- XLIX
- ëst un."produit utile, à atteint, dans le Royaurhe-Uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, pendant l’année 1866, le chiffre de 4,600,000'tonnes (de
- t * A
- 1,000 kilogrammes), dont l’Ecosse seule a fourni un million. Il y a dix ou douze années elle n’était que de 3 millions de tonnes (1). La production du Royaume-Uni en fonte fait la moitié environ de celle de tout ce que nous appelons ici la civilisa-
- __ a
- tion occidentale, comprenant l’Europe et l’Amérique. f 0îJ
- La quantité exportée par l’Angleterre, en fers de toute espèce, a été- pendant'la même'année, de 1,.687,000 tonnes ; A-1 lui seul , le transport
- d?une masse pareille-suffirait àf occuper toute une marine‘(2). - r'-vf.-./.i'.r'ç.-rnî-J-.H.duii
- . (I) En voici le détail : , ; l ui
- > Fer exporté par l’Angleterre en 1866. b
- Fonte brute et massiaux . 508,508 tonnes,
- Fer en barres, en tiges et cornières.. 273,689 ~
- Fer à l’usage des chemins de fer. 505,989 -r ' / t ,
- Fils de ter ... 22,893 —
- Fonte moulée... ... '........... ,V 77,623 ; —
- . ’ £ Fer ouvré,...../...v...r;v...;.. 238,490 — '
- Acier brut et ouvré. Vv. L Æ ;; î . 43,758- - - •
- Riblons. . • •... ._•*.. »*•'. . ....... 16,098
- mp ÎTotâiiYLP1;. f? 1,687,048 tonnés
- Pour la production des divers pays et les accroissements qu’elle a éprouvés, voir le tableau consigné au Rapport de
- J
- y
- MM. Fuchs et Wornis de Romilly sur lés fontes et fers, tome Y,
- ’ - .•?:* .-...T-r-’ •''•T* vC '
- page 515.
- t. i. d
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-
- L
- INTRODUCTION.
- En 1740, l’Angleterre produisait 17,500 tonnes de fonte brute ; en 1806, 250,000 (1).
- Au commencement du siècle, un relevé fait avec soin par un habile ingénieur M. Héron de Ville-fosse f2), portait la production de l’Europe entière et de l’Amérique, en fer forgé et fonte moulée à 772,000 tonnes, ce qui correspond à 1,100,000 tonnes de fonte brute, au maximum.
- Pour donner une idée de la masse des matières sur lesquelles s’exerce aujourd’hui l’industrie du fer, et qui subissent, sur une étendue plus ou moins grande, l’opération du transport, il suffit de rappeler que le total des minerais de fer extraits du sol de l’Angleterre pendant l’année 1866, sans compter l’importation des minerais étrangers, a été d’au moins 10 millions de tonnes (de 1,000 kilogrammes) (3). Le North riding du Yorkshire,
- r
- l’Ecosse et le Cumberland en ont fourni .plus de la moitié. La production semblable de la France, en 1864, a été de 3,136,710 tonnes ; elle a dû croître de 1864 à 1866.
- La quantité de combustible, employée- dans la même fabrication (la fonte proprement dite), a dû en Angleterre dépasser, et en France égaler au moins celles des minerais.
- (4) Porter, Progress of the Nation.
- (2) Richesse minérale ; tome I, p. 240.
- (3) Un relevé incomplet, qui a été publié, porte 9,809,000 tonnes ( de 1,000 kilogrammes. )
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- DEUXIÈME PARTIE.
- LI
- Il y a quarante1 ans-, en France, lorsque la fabrication du fer se faisait presque toute au charbon de bois, un haut fourneau rendait par jour de 3,000 à 5,000-kilogrammes de fonte. Aujourd’hui il y a des hauts fourneaux au combustible minéral qui vont à 50,000 kilogrammes.
- En examinant le relevé de la production comparée des différents pays, auquel nous avons renvoyé, on est d’abord porté à penser que la quan-tité de fer que produisent les Etats-Unis n’est pas en rapport avec, leur degré de civilisation et leur richesse. Le fait est qu’ils ont le bois en quantité immense et à bas prix, et qu’ils excellent à le travailler Us en font ainsi des constructions qu’ail-leurs on établit en fer. Une particularité de leur industrie sidérurgique est qu’une bonne partie de leur fonte brute est fabriquée sans autre combustible que l’anthracite.
- CHAPITRE II.
- LA HOUILLE.
- § 1. — Nécessité de l’économiser. — Générateur et four de M., G..-W. Siemens.. — Four annulaire de M. Frédéric Hoffmann. — De répuisement possible des houillères.
- Après le fer, qui est de tous lés corps le plus nécessaire à l’homme industrieux, parlons de la
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- LU
- INTRODUCTION. ,
- houille ; ic’est î ellenquipa^ oçdre. d’utilité, .vvient après'ce,métah-üi jj ,;i, My;;;n ;.;j ; f ; : fi-: i ; » A toptesjes indnstries.à peu près, ce combustible esti nécessaire,;;parce; qu’il ,se manifeste par deux effets; considérables, quoique fort distincts : la chaleur proprement * r difei, : ,agissant , directement sur les corps, et ladprce ^mptriç.equ’pn^ obtient en employant laihouille;à chaufferjUne.chaudière remplie ,d’eau i-jqui,tj,sous: c,ette<influence^. tse, change en,(vapeur.#Qurv plus,; dejpr.fpision,, rpn ;ipppr;rait dédoubler - le premier, de, ces| de3ux f effets,, pour, en . distinguer un) troisième i; l’actipnchimique $es gaz produits dans^uleSijfourneauXrparnla; houille; crue ;oucarbonisée .(coke), action?«quifest,fortement,'fa-jvorisée, par la; chaleur développéepdans^ces, .ap,r
- pareils:/; a ueeu'canneo!<A OUoj) n qjbd ü •v.Ov- ••4 )111 Augmenter, sensiblement de* résultat d’un, com--bustible donné,c’est rendre à l’industrie un ,service d’une; grande ; étendue, à ; ce point- de vue ,, il. y, a liëut de, signaler ,1e-' système,, ,cle. ; Siemens .(b),
- qui consiste à produire,dans un g,énérateui\des gaz combustibles, et à-lqs conduire dans des, fours, où il vïsont; consumés poui;,les,; dryers usages, auxquels
- -oc a-.si . eu unolU 'inoi; ub Je., idcujo/V
- " ' (1) Voir;jie'Vappbrtf 'sur 1l*Ëxp'ositibn: t\rë^Londres » 1862,
- - omb Viypàge^ 5Ô9 ; Jlèdome /Illv pâgegl49,|:du; présent Re-
- - cueil,ioh--la descri ptionrde ,çet appareil in.génieux a été donnée , par MM. Peligot e( Bontemps dans ieiir rernarqüablè travail
- sur la verrerie ; le tomé Y,1 ci-aprésvpage 352,rappbrt'de M. Gol-denberg sur l’acier, et le rapport de M. Lan sur le matériel de’ta métallurgie, t. $111,^92.. 7 y/r/Oi t2?«x‘£-b ;i=.7 .
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- DEÙixiÈliii ‘ PARTIE.
- LUI
- bn Veut pourvoir? Tl! se Teeommàrîde- d’âboré par 1’éconornie, ensuite parce qu’il permet1 de tirer de grands effets de combustibles qüiy Jusqu’ici,* étaient
- ' * i f ' r 1
- hors d’état de rendre des résultats.'aussi prononcés ‘que la houille. Ainsi,‘dans le' systèmé Siemens-, oirse sert très-convenablement du bois;; pareillement ori peut1 y utiliserla tourbe.'ute
- f « ? i, » K
- ~ Aux industries'' qui’ exigent’ un? grand'déploiement* de ' cKàléür 1 intense les' ' appareils’! ^Siemens pr6curent5 ’une ' économie1 trèsLcôiisidérablejcDans T établi s sëméht 7dé • Md :JVerdié! (Rive-be-djièr )/ où Fbn îaibdé'radier fonduj il‘suffit/'avecrce 'système, de ’ ' lvdoD ’ !kilbgt,ammés'-i!del fouillé 'pbur' fondée 1 ;000 Mlogranïmés -d'acier? Auparavant,1 qüand^ on ~âvàit- 'dès'ïoùîrs'd-'üiiè autre forme/où Ton employait le coke, il fallait 6,000 kilogrammes de houille pour
- * r • ^ j- ? -
- prbduiré Îe' mêinè'résultat, et ’c’était de du: houille : plüs'èhëre/ dù'grôd1 au lieu dé menu; de plus, lés ^creusets, qui né supportaient que'quatre'opérations 'd'ans'les’fours,fàu;icoké'• '^servent sixdois dans -les 'fours Siëmëns^dê M( Yéfdië (4').: *vf k •d'tnmo'i njp • ' ‘ Les Anglais/0 qm( f but ’l'cependant la1 bouille ;à 'meïlTeur marché qüé nous,dont1 déjà uUgrand usage du générateur et du four Siemens : les vastes afer ,liers de/jGrewei (chemin-desfendu^ord-Quest), peux de M; Armstrëngp.ài New^Castle,«des-,forges del(la 'Mérsëÿ, à Livèfpbblhet'd’àütfes'grand&'établisse-ments de la. Grande-Bretagne donnent, a ce'pomt
- briuîwiü «jï iïiü .k yi> .hoijqfî't cii la .mio-;1»' •<?!« j/mèfin-
- (1) Voir ci-après, tome V, 4k’3I>8, rapport de MuGoldenberg.
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- LIV
- INTRODUCTION.
- de vue, un exemple que nos forges, qui payent la houille plus cher, ne sauraient trop s’empresser d’imiter.
- Le four annulaire de M. Frédéric Hoffmann, de Berlin, pour la fabrication des terres cuites et poteries, y compris les briques, mérite d’être noté parmi les appareils qui économisent le combustible. Plus de deux cents de ces fours fonctionnent en Allemagne, et on en compte une trentaine en Angleterre. M. Drasche, de Vienne (Autriche), en a dans son établissement dix-neuf. Sa fabrication s’élève à 200 millions de briques environ. L’économie du combustible paraît être des deux tiers (1).
- Ce serait une exagération que de dire que le genre humain est au moment de manquer de combustible. Il faut pourtant reconnaître que, dans les pays même où le bois était le plus abondant et où naguère on considérait les forêts comme un obstacle, tout au moins comme une superfluité embarrassante, les déboisements ont marché si vite qu’on a lieu désormais d’y moins prodiguer le combustible végétal et le bois sous toutes les formes. Une partie des États-Unis est dans .ce nas, et dans l’empire de Russie, même parmi les provinces du .Nord (2), on cite des villes de première
- (1) Voir la description du four de M. Frédéric Hoffmann dans le rapport de M. Baude, tome X, page 96.
- (2) Il résulte des renseignements consignés ail rapport de M. Émile Fournier, tome VI, p. 26, que, à Moscou, le bois de
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- DEUXIÈME PARTIE.
- LV
- importance où le bois à brûler est devenu fort cher(l). Ce ne sont pas seulement le défrichement et la dévastation qui font disparaître les forêts, quoiqu’ils y contribuent pour une grande part. Dans les localités qui sont à une médiocre distance des fleuves navigables, et à plus forte raison de la mer, on les exploite, si la vente est facile, jusqu’à épuisement, pour avoir des bois de charpente et de menuiserie. C’est ce qui se présente, par exemple, en Amérique, dans le pays
- r
- desservi par le canal Erié, avec ses ramifications nombreuses, et le fleuve Hudson; de même, dans la vallée du fleuve Saint-Laurent, au Canada'. L’industrie se répand partout aujourd’hui, et, lorsqu’elle trouve des mines métalliques à portée des forêts, elle dévore les bois avec une telle avidité, qu’il devient indispensable, même dans les territoires surabondamment pourvus, de donner des soins attentifs aux forêts pour lesquelles jusqu’ici l’on n’avait aucun souci.
- s
- Dans beaucoup d’Etats, on devra, avant qu’il soit longtemps, adopter un système d’aménagement analogue à celui dont l’Allemagne, an
- ' chauffage serait aussi cher qu’à Paris. Le même fait a été mentionné par d’autres auteurs, et, entre autres, par M. Clavé, -qui dit môme que le bois coûte 30 pour 100 plus cher à Moscou. (JÉtudes sur l’économie forestière, page 262.)
- (1 ) Dans les steppes qui occupent un si grand espace du midi de l’Empire de Russie, le bois est très-rare. Le nord, au contraire, n’était, originairement qu’une forêt.
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- LVI
- -INTRODUCTION.
- cela exceptionnellement .avancée, offre, de si. bons modèles.. Déjà lai Suède, où des forêts forment une importante-partie.de. la richesse.nationale, en a donné d’exemple,., Dans d’autres contrées, parles mêmes motifs,., le. reboisement d’espaces autrefois couverts de forêts .magnifiques, et aujourd’hui en grande partie: dénudés,, appelle la . sollicitude des pouvoirs publics . et - L’industriet intelligente., .des particuliers.,Da France, suit, pour le .reboisement de( ses. montagnes, un; plan bien conçu qui honore son administration, L’Espagne ?se montre, disposée à entrer dans.la même.voie^ S’ils, sont bien inspirés, les* autres. États .du midi.de|t’.EurQpe| répéteront les mêmes efforts,;; afin de répareivles.ravagescausés par l’incurie ;de: l’exploitation j et] par, le laissert-:aller;avec-lequel ou a- abandonné des;, forêts à , la funeste, idépaissance des chèvres; f 1 l,i,>rn? ^dq •• qUnibéu système* de culture; .peut régénérer des forêts et;envfaire,i;pour l’espèce, humaine,, rLn>rr,ér servoic inépuisable .de. calorique et ;de;, force, motrice.-Il m’en est ,pas de j même de.da-houille: les dépôtsude cer, combustible Mpuissani, s’épuisent et ne ;se renouvellent; q>as .sDansnl'état actuel des appareils,u il, esLd’mn; usage; ptellememt commode que ,1’industrieç leqoréfère à {tout aqtqe,, autant qu’il
- * ïi
- lui.est possible,; et,, dans.ses développements ra-
- A. .< |
- pides., elle en consomme,des quantitésicroissantes, tellement qu’on en-est,venu,.àj-se, demander,, dans plus d’une contrée, si l’on en avait encore pour longtemps, :iLa(i.questipn;{nappent;,ail) s’en, faut,
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- DEUXIÈME ' PARTIE.
- LVII
- ? V v < , (i
- recevoir ‘ partout une'1 réponse» funiforme ;puisque les'différents gisements'de* houillei sonti extrême^ ment inégaux1 en étendue et'èn'richesse; et que l’énergie avec laquelle'ori lés a%aquer'ne‘varie1 pas moins d’un pays' à Un ‘autre: Dans beaucoup de cas, pourtant; il est fdrt-opportun* qü’elter soit posée; examinée et* discutée»; rcân lë' -plus' grand nombre1 des1 bassins’ houilfërs; -tels’ du» moins* qu’ils s ont reconnus aujoüid’ hui',' ne renferment que ides ressources -assez! limitées; par,rapportoài ce que leur demande d’industrie'humaine;avec ses ’con-? sommations’ de-pins" en plus larges'.rLes gisements de la France; par exdrnplë,’ qui sont peu nombreux en Comparaison !de ceux de l’Angleterrej de da B ergique e t des État s-Umis j ’ ne ;'semblentf pas devoir aller très-loin.1* Celui detousqui est aujourd’hui le plus productif, le-bassin de Saint-Étienne; etdè Rivë-de-Gier; paraît devoir, d’ici; à dre siècle* approcher desontermerPour la génératiomprésenté; un tel espace de temps répond à toutes lès'préoc^ cupations; si» elle ne' songe qu’à ses besoins •personnels' p- mais*‘pour uni peuple1 qui véut'-n avoir Un avenir iiidéfmipib enpest!autrement; d'autant que1 les 'forêtsp auxquelles1’ iMàudra s’adresser un joür 'pdür 'remplaeërdle combustible ' minéral;1 ne sont1 pâ,s:!cho1së0quiî s’improvisev C’est en; matière paréilléiqudl'ÿ'Iadiëu dédire !quei le temps est»un élément ihdispensablëj au^succès des [entreprises de l'homme.1»67-6 uo I m t s-oiüxôo Oiiu'b a/dq Parmi "tous lès'Jgîtèsrhouillers de d’Europe et du
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- LVIU
- INTRODUCTION.
- monde, ceux de l’Angleterre jouent, incomparablement aujourd’hui, le plus grand rôle, en ce qu’ils ne se bornent pas à alimenter l’industrie britannique, si variée, si active, si grande par ses proportions, en lui fournissant à la fois la chaleur et le mouvement; non-seulement ils ont, en outre, à répondre dans les Iles Britanniques aux besoins si étendus du chauffage domestique et des cuisines, et à ceux de l’éclairage au gaz qui y est d’usage universel, ils subviennent aussi à ceux d’une partie de l’industrie du genre humain ; ils envoient leur extraction jusques aux antipodes. L’exportation de houille de l’Angleterre est de 10 millions de tonnes et elle augmente journellement. Elle n’était pas du tiers en 1850.
- Depuis un petit nombre d’années, les Anglais se sont inquiétés de savoir jusques à quelle époque ces gisements, vastes et épais, où la houille est à la fois abondante et de bonne qualité, pouvaient satisfaire à la demande, de plus en plus grande qui leur est adressée. Plusieurs hommes éminents ont examiné le sujet avec une patriotique sollicitude. Le parlement lui-même s’en est ému, parce que quelques-uns des savants et des praticiens, qui avaient dirigé leur attention de ce côté, avaient poussé des cris de détresse : M. Edouard Hull, du Geological Survey, sir William Armstrong et M. Taylor (1) étaient arrivés
- (1) Statistics of Coal.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- LIX
- à peu près au même résultat, qu’on n’en avait guère que pour 200 ans. Une enquête a été ordonnée, et elle suit son cours. Elle est dirigée par une des illustrations de la science géologique, sir Roderick Murchison. On procède; sous la direction du comité d’enquête, à une exploration des différents bassins. Dans l’état actuel des choses, et avec les matériaux qu’on possède, la question ne saurait être résolue qu’impar-faitement. Mais déjà, il est hors de doute que l’industrie anglaise est, en fait de houille, beaucoup mieux assurée de son avenir que la partie de l’industrie française qui vit sur l’extraction indigène.
- § 2. — Fabrication des agglomérés avec la houille menue.
- \
- La nécessité, qui se fait sentir, d’aménager mieux la dot que l’industrie a reçue une fois pour toutes de la nature, en combustible minéral, et le besoin qu’ont éprouvé beaucoup d’exploitations houillères de tirer parti de la houille menue qui, dans. beaucoup de cas, ne trouvait aucun débouché, ont donné naissance à une industrie qui a été très-bien décrite par M. Fuchs (1), celle des agglomérés.
- Tout le monde sait que la houille se vend d’autant plus cher qu’elle est en plus gros mor-
- (1) Voir ci-après tome V, page 259. Voir aussi le Mémoire de M. Grimer dans les Annales des Mines.de 1865.
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- LX
- INTRODUCTION. *
- ceaux.-En poussier ou menu, elle n’a qùe peu dé; valeur,;par-diverses-raisons : le menu est d’un
- emploi incommode, étant sujet à passer à travers les barreaux de * la grille ; toutes choses égales dmilleurs , il a une moindre puissance calorique; il est beaucoup' plus impur par le mélange-de. schiste,-à moins qu’on ne lui fasse subir l’opération du.lavage,' qui est coûteuse. Quand il provient.d’un charbon maigre,, et! à.plus forte -raison de l’anthrâ-,
- cite,; il est à ..peu prèsusans emploii;. -même ,quand
- il est d’un charbono^ras;i sidl’nn » n’a'.ipas,.iro.c'Ga^ sion de le convertir-en coke à* L’usagede la métal-
- lurgie; il ne rencontrenpreneurl qu’àude mauvaises conditions 'On *a eitëi\ des. minésg anglaises> /où l’exploitant brûlait de menu pouri éviter d’avoir (à payer - au propriétaire: du gisement! la- ' redevance proportionnelle convenue sur l’extraction utile.;
- vu b
- Il y a.déjà longtemps qu’on avait,en lliée;de convertir la houille menue un briquettes ,-en la mêlant avec un peu d’argile qui luidonnaitdu liant?; mais c?était gâter le iCombustible, etlafiaison était fort ; imparfaite.: En dernier lien on .>a ; pensé qu’en substituant., à .l’argile le. goudron des usines à gaz,
- ou mieux encore une certaine] propoiition du _brai
- ' *
- sec provenant]de-cefgoudron, îet.en*soumettant le mélange,!dans;des moulesnàunei Itrèsrforte,pres-
- sion,, avec l’assistancebde la? chaleur,, ,on .obtienr
- drait *dea*résjultatsi bien; plus avantageux! - v t ijLes! essais* successifs, ; auxquels- on s-est livré ontîréussi -au-delàde; l’espérance desinventeurs.
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- DEUXIÈME îPARTIE.
- LXIï
- On obtient ainsi un combustible d’une grande puise s'anee,» très-compacte, quirne.--se^brise. ;pas •;«> il est - -vrai ; qu’on a fait subir, aux. briquettes y dans le cours même de la confection,, une pression de: 100 à 150 atmosphères. ;On en. fabrique aujourd'hui’> àd’usage des locomotives,.de rondesy dont; chacun a- pu observer des-,! tas .dans, des; égarés prih-. eipales des chemins dé fer ,française '.Oni-en ; fait d’autres ; ' de i forme. ; quadrangulairre-,i;qui ,i sur t lés navires y ; s’arriment parfaitement)qen 5 occupant moinsfde:placej quelles rondinSixi -rdo rujh Po il • ) ‘lies; briquettes.! rendént) desii services^ (attestés par de prix auquel leo consommateur nonsènt ù;les payera prix'; égal non supérieur à celui cdu ,grosv Oni s’ efforce: maintenant ;de les ^produire {sans} .recourir * là >• l’addition • du brai} s • parce, • que i celui-ci doviedt be'plus.en pluscher, et, pour les [charbons gras,: ’on paraît; être au moment, d’arriver, s y J fil Les . ingénieuses ^machines qui-servent'à l’industrie-des : agglomérés-îsoriP i variée s , p'cell e; >he Md Evrard est! encore* celle) qui adé ;.plus;; de sue* cès. iLa-proiiuction! dès ;aggl6mérésoést vdéjàifpar-l venue à un million'dè tonnes vpbqr ’ la France* et la ©èïgique'seulementvùud'ioo mur o'ioouo xx/oim no l On ' peut nommer derbne'yautreliindustrie inté* re'ssante1,' mais beaucoup moins étendue;-quia pour objet1 de! remplacer le cbarbon-tlerbôis'p dansvles usages domestiques ,-à iParis I prinéipâiemént y;au moyen dé l’agglutinationdèt^ de» la calcination^ du poussier he^diouilluèt! de* cdkéiaGette 'industrie;
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- LXII
- INTRODUCTION.
- qui emploie certains déchets des usines à gaz (poussier de coke, huiles lourdes), a été: décrite dans ce Recueil. Elle n’est pas sans se développer, mais elle n’a de chances de succès qu’auprès des.villes très-peuplées où, par la force des choses , le charbon de bois nécessaire à la cuisine est d’un prix exceptionnellement élevé (1).
- § 3. — L’Anthracite. — Parti qu’on pourrait en tirer
- en Europe.
- L’anthracite est une variété de combustible minéral qui se distingue de la houille proprement dite et des lignites, en ce que, ne contenant pas de bitume, il ne donne pas de fumée. Quand il est à peu près exempt de pyrite de fer, il brûle sans odeur. C’est pour le chauffage domestique un combustible d’une grande commodité. Il se consume avec lenteur, quoiqu’il dégage un degré de chaleur parfaitement suffisant pour le chauffage des appartements, même dans les pays froids. On brûle l’anthracite dans un foyer à grille qui a de la ressemblance avec les appareils employés ordinairement pour se chauffer à la houille (2).'A la condition qu’on ait soin de charger la grille
- (1) Voir tome Y, page 264, le rapport de M. Fuchs sur les combustibles artificiels.
- (2) Il en diffère en ce que le tirage est beaucoup plus fort.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- LX1II
- trois ou quatre fois par vingt-quatre heures, le feu ne s’éteint pas, clans les chambres, de tout l’hiver, et, dans les cuisines, de toute l’année.
- Les Américains du Nord qui, en 1812, alors que la houille leur manquait (1), avaient cru pouvoir conclure de quelques essais tentés, sur l’anthracite, à Philadelphie, que cette substance noire et brillante ne brûlait pas, sont parvenus depuis, par des dispositions très - simples, à l’embraser facilement, et. ils s’en servent pour tous les usages domestiques, de préférence à tout autre combustible. Ils ont non-seulement des foyers disposés dans des cheminées, mais des poêles et des calorifères où l’anthracite se comporte fort
- r
- bien. C’est ainsi que, aux Etats-Unis, on trouve l’usage de l’anthracite dans les salons, les chambres à coucher, les bureaux, les cuisines, partout où il est possible d’en faire venir de la Pen-
- r
- sylvanie, car c’est le seul des Etats de l’Union où on le rencontre, mais il s’y présente avec une remarquable abondance. L’industrie, dans ses opérations diverses, ne l’emploie pas moins que l’économie domestique.. Il résulte de la grande statistique des États-Unis, de 1860, que l’extraction de l’anthracite était alors de près de 10 millions de tonnes (de 1,000 kilog.), celle de toutes
- (1) Le charbon de Virginie et celui de la Nouvelle-Écosse, qui venaient à Philadelphie par mer, étaient interceptés par les croisières de l’Angleterre, avec laquelle on était en guerre.
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- LXIV
- INTRODUCTION.
- les houilles proprement dites étant au-dessous de 6 millions (1). On sait pourtant que les gisements de houille proprement dite abondent aux États-Unis et que les exploitations en sont multipliées.
- La France possède un certain nombre de mines d’anthracite dont les plus remarquables sont situées dans les départements subalpins, et entre autres dans l’Isère. Il est à regretter que, dans cette région, l’on n’ait pas cherché à imiter les Américains de toutes les classes, qui se servent si heureusement de l’anthracite pour tous les usages domestiques et qui l’emploient avec non moins de succès dans la métallurgie et dans l’industrie en général. À l’égard de la métallurgie, une tentative a eu lieu, il y a une quarantaine d’années, sur l’anthracite, à Vizille. Elle échoua. Mais l’expérience tentée en 1812 par les usiniers de Philadelphie, pour alimenter leurs fourneaux avec l’anthracite, avait échoué aussi. Ils ne se sont pas découragés ; ils ont recommencé les essais; ils ont recueilli le fruit de leur* persévérance, et le pays en jouit.
- (1) Les chiffres respectifs fournis par la Statistique des
- r
- Etats-Unis donnent, quand on les convertit en tonnes de 1,000 kilogrammes, 9,549,000 et 5,867,000. Depuis 1860 l’extraction s’est beaucoup développée.
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- de Washington, de son côté,«bloquait de .son mieux
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- (1) C’est ce qui résulte des renseignements fournis par M. Engel-Dollfus, dans le travail si complet dont on lui est redevable. Voyez tome VI, page 186.
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- LXVI
- INTRODUCTION.
- les ports clu Sud. Dans ces circonstances, la quan-tité de coton des Etats-Unis, qui vint au pouvoir de l’Europe, ne fut plus, la première année, que de •408 millions de kilogrammes, et, la seconde, que de 25. Les autres contrées, fort nombreuses, dans lesquelles le coton était cultivé ou pouvait l’être, furent, par l’appel énergique qui leur fut adressé et par le sentiment de leur propre intérêt, mises
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- en demeure de suppléer les Etats-Unis. Parmi ces contrées, la première, par ordre d’importance,
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- était l’Inde ; ensuite, venaient l’Egypte et le Brésil. Le Levant, les Antilles et, en dehors du Brésil, plusieurs parties du continent américain, dans les régions équinoxales, pouvaient exporter quelque chose; l’Algérie, l’Italie même donnaient des parcelles qui pouvaient se développer. L’Inde monta successivement de 92 millions de kilogrammes, son exportation de 1861, à 253 millions en 1864. La somme payée à l’Inde pour prix de son coton était de moins de 88 millions de francs en 1860; elle s’éleva, en 1864, à plus de 705; dans cette augmentation, la hausse des prix cumulait ses effets avec l’accroissement même de là quantité. L’Égypte accrut sa production, de manière à envoyer à l’Europe, non plus 25 ou 30 millions de kilogrammes, mais au delà de 80. Le Brésil s’appliqua avec intelligence à développer .la sienne, et exporta plus de 27 millions, en partant de 7. La Cochinchine expédia quelques millions de kilogrammes. L’Australie, dans la pro-
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- DEUXIÈME PARTIE.
- LXVII
- vince qui porte le nom de Queensland, et qui est à peine peuplée, se comporta de manière à donner beaucoup d’espérances pour l’avenir; les manufacturiers français qui ont employé le coton de cette provenance disent qu’ils ont été frappés de sa qualité. La Turquie, particulièrement dans l’Asie mineure, la Grèce, l’île de Malte, l’Algérie, dans la limite de ses pouvoirs et avec le peu d’irrigation quelle a pu se donner jusqu’à ce jour, l’Italie, dont les provinces méridionales sont propres à cette culture, notamment la riche plaine qui s’étend de Gapoue à Naples, augmentèrent leur culture cotonnière. Quelques autres contrées plus éloignées, le Pérou, par exemple, et les Indes-Occidentales,. s’ingénièrent de leur mieux, en utilisant, à cet effet, le matériel que pouvait leur expédier l’Europe mécanicienne. ' • _
- Dans quelques-uns de cès pays la culture du coton a rencontré des obstacles. Dans l’Asie-Mi-neure, à Tarsous par exemple, les capsules de la plante, parvenues à maturité, ne se comportent pas^comme dans la plupart des autres contrées, faute probablement d’une chaleur suffisant’e. Ailleurs elles s’ouvrent de manière qu’il n’y ait plus qu’à cueillir à la main les houppes de duvet ; à Tarsous, elles restent fermées indéfiniment; il fallait inventer une machine qui brisât l’enveloppe dure de la capsule, sans en mêler les débris à la fibre textile. Le problème est résolu par un mécanisme rustique qui a figuré à l’Exposition. Il prend
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- INTRODUCTION.
- la moitié d’un cheval de force, mais permet à une ouvrière de faire l’ouvrage de plus de vingt (1).
- En France même, sur les bords de la Méditerranée, on a fait, sur une fort petite échelle, il est vrai, des tentatives qui ont été couronnées de succès, entre autres sur la plage de Pérols, près de Montpellier (2), dans les sables des dunes. Le coton non-seulement y est venu à parfaite maturité, mais encore il a pu être récolté, en partie, dès la fin- du mois d’août, et le reste dans le courant de septembre, alors que, sur des terrains plus riches du voisinage, le coton n’a été- mûr qu’un mois plus tard.
- En proie à l’anarchie et à la guerre, le Mexique, qui a cultivé le coton avec succès de tout temps , même avant l’arrivée des Européens, parce que son climat s’y prête fort bien, ne prit aucune part à ce mouvement. En revanche, la Perse, à laquelle on ne pensait guère, a apporté quelque chose.
- Depuis la cessation de la guerre civile des Etats-Unis, les pays, jusque-là non producteurs, du moins pour le marché général, ou peu adonnés à ce commerce, n’ont pas discontinué leurs efforts, quoique les prix fussent moins encourageants.
- (1) Voir tome IV, page 169.
- (2) Ces essais, dus à M. Hortolès fils, habile pépiniériste de Montpellier, ont fait l’objet d’un rapport spécial de M. Focil-lon. Voir tome VI, page 222.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- Ainsi, le Brésil a livré à l’Europe, dans la campagne de 1866-67, comme dans les années de la grande cherté, le quadruple de ce qu’il lui four-
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- nissait avant la crise. L’Egypte persiste aussi dans son accroissement de production.
- Il est vrai que les prix, quoique Lien moindres qu’en 1864-, ne sont pas retombés à leur ancien niveau, et la masse livrée au marché général de l’Europe est loin d’être remontée au point où elle était avant la guerre civile des État-Unis. De 850 millions de kilogrammes, elle était déchue jusqu’à 340 ou 350; elle n’est encore revenue qu’à 700 millions environ. En particulier, les Etats-Unis n’ont pas atteint la moitié de leur exportation antérieure. Au lieu des 716 millions de 1860, ils n’ont exporté, en 1866-67, que 310 millions de kilogrammes. C’est que le Sud est désorganisé encore dans son agriculture comme dans ses institutions politiques et sociales. Lorsqu’il sera reconstitué sur des bases solides, il est vraisemblable que la culture du coton y reprendra un
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- grand essor; de toutes les branches de la race
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- européenne, la nation qui peuple les Etats-Unis est celle qui a le plus de sève industrielle, celle qui fait le plus dans un temps donné.
- Si les autres pays producteurs, l’Inde, le Brésil, l’Égypte, au lieu de subir simplement par reflet l’influence du génie européen, le portaient en eux-mêmes, les résultats que nous venons d’indiquer, quelque remarquables qu’ils soient, auraient été
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- INTRODUCTION.
- largement dépassés. L’esprit de l’Europe, qui s’introduit de plus en plus dans l’Inde, y révèle son ascendant par les travaux publics qui s’organisent spécialement en vue de la production et du commerce du coton. Ce sont des chemins de fer, des canaux de transport et d’irrigation (1), et enfin des barrages sur les rivières et les fleuves, afin de se ménager de grands moyens d’arrosage.
- Il est très-vraisemblable que, avant qu’il soit longtemps, l’Europe pourra trouver des approvisionnements indéfinis de coton dans l’Inde, où de temps immémorial le coton est cultivé pour les besoins de la population indigène, qui en fait la matière principale de son vêtement, la base des tissus dont elle se sert pour les usages les plus divers. Ce qui s’y est passé depuis 1861 autorise à prédire que la qualité, qui laisse à désirer, ne gagnera pas moins que la quantité.
- CHAPITRE IV.
- LA LAINE.
- Pour la fabrication des vêtements et pour les tissus qui servent à l’ameublement, la laine ne le cède pas en importance au coton; dans les
- (1) Le rapport de M. Engel-Dollfus, tome VI, page 203, contient des renseignements curieux au sujet des travaux de canalisation et d’irrigation entrepris, exécutés ou en cours d’exécution dans l’Inde, pour favoriser la culture du coton.
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- régions tempérées, et à plus forte raison dans les pays froids, l’usage des tissus de laine est indispensable à la santé. L’industrie est parvenue à fabriquer, avec la laine, les articles les plus divers, depuis le tissu épais des draps forts dont s’enveloppent, dans la saison rigoureuse, les hommes soucieux de leur conservation, jusqu’à la mousseline de laine qui rivalise en légèreté avec celle de coton. La laine longue ou peignée, et la laine cardée ou à brins courts, dont les étoffes s’emploient le plus souvent après avoir subi le feutrage au foulon, donnent deux catégories, nombreuses l’une et l’autre, de produits d’aspect très-différent. La laine s’emploie beaucoup aussi à l’état de mélange avec la soie et avec le coton. Elle se prête à recevoir les teintures les plus solides et de toutes les nuances, ce qui ne contribue pas peu à en étendre l’usage. On en fait des articles du plus grand luxe, comme les châles de l’Inde, et d’autres qui se vendent à vil prix, comme les draps bruns, dits burel ou couleur de la bête, ou les tissus obtenus avecla renaissance, c’est-à-dire provenant de l’effilochage d’anciennes étoffes hors d’usage(l).
- Les machines des fabriques de tissus de laine sont aujourd’hui très-multipliées, de manière à
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- (1) Voir, au sujet de la laine et de ses usages, le rapport de M. Moll, tome VI, p. 516, et celui de M. Darroux, tome XIII, p. 817.
- La renaissance porte aussi le nom de shoddy.
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- INTRODUCTION.
- varier ces tissus et à les perfectionner par la division du travail, et elles présentent des caractères qui leur sont exclusifs.
- On ne saurait dire que, depuis sept ou huit ans, l’industrie ait précisément imaginé de nouveaux tissus de laine ; mais l’usage des tissus légers de cette substance s’est beaucoup répandu, parce que c’est un genre dans lequel on s’est rendu plus habile, et parce que, dans ces derniers temps, le coton ayant énormément enchéri (il était monté au quadruple et au sextuple), il a été possible de demander avec avantage à la laine des tissus qu’on avait l’habitude de faire avec le coton. De nos jours la mécanique est devenue tellement ingénieuse qu’elle se joue de problèmes pareils.
- A l’égard de la laine brute, un résultat important a été acquis : la production de cette matière première s’est agrandie, non-seulement dans les pays anciennement civilisés, où la race ovine sert à la double fin de fournir aux populations une nourriture substantielle, et d’être une des bases principales de leur vestiaire, mais aussi dans certaines contrées où une population clair-semée se livre à l’industrie pastorale et se consacre à produire de la laine pour les manufactures de
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- l’Europe et des Etats-Unis.
- Parmi ces contrées, il y a lieu d’en distinguer trois : l’Australie, le Gap de Bonne-Espérance, ou plutôt la vaste colonie qui s’étend sur ses derrières, et le bassin de la Plata.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- L’Australie, où le mouton.est un animal importé, possède aujourd’hui un nombre de. bêtes à laine au moins égal à celui de la France. Il n’y a pourtant que soixante-dix ans que le premier troupeau y arriva, et il se composait de huit bêtes seulement, huit mérinos, dont trois béliers et cinq brebis. Le climat leur a été parfaitement propice ; la laine de l’Australie est fine, forte, ductile, d’une torsion facile; elle sert en grande partie comme laine à peigne.
- Les laines du Gap sont d’une qualité moins relevée, mais elles s’améliorent, et, de même que pour l’Australie, la quantité s’en développe; elle reste cependant à une grande distance de la production australienne.
- Les laines de la Plata n’ont commencé à se produire qu’après que ces beaux pays eurent rompu les liens de dépendance ou plutôt d’asservissement qui les attachaient à leur métropole. Ce ne fut qu’en 1826 que des moutons à laine fine commencèrent à s’y propager. En 1850, l’exportation1 en étaitbienmodique encore, et dans la Bande Orientale, c’est-à-dire sur la rive gauche du fleuve, derrière Montevideo, où le climat était particuliè-ment favorable, la production était absolument im-signifiante. Dans ces dernières années, elle a acquis, sur les deux rives et à l’intérieur, une grande activité. La progression est actuellement très-prononcée, plus même qu’en Australie.
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- INTRODUCTION.
- Tandis que celle-ci, de 1859 à 1866, était passée de 15 millions de kilogrammes à 80,500,000 kilogrammes, la Plata s’était portée de 7,500,000 à 27 millions. C’est268 pour 100 contre 108. Il semble qu’un esprit nouveau ait pénétré enfin dans ces contrées, si bien faites pour être le siège d’une nation populeuse, prospère et grande. Sans nous abandonner aux illusions d’un vain amour-propre national, nous ferons remarquer que la présence de colons français, presque tous venus du pays basque, a contribué à ce changement heureux. Pourquoi dois-je ajouter que l’administration française, qui aurait dû s’applaudir de cette émigration féconde, propre à faire parvenir à la richesse un certain nombre des enfants de la France, et à augmenter notre influence au dehors par un procédé qui vaut bien celui des armes, s’en est, au contraire, montrée inquiète et mécontente, et, par ses recommandations, a cherché à arrêter le courant des émigrants (1) !
- Les laines de la Plata sont fines, mais d’un degré médiocre de force. Des croisements intelligents et une sélection persévérante réussiront vraisemblablement à leur faire acquérir les qualités
- (1) Les propriétaires des Basses-Pyrénées se plaignent de ce que l’émigration' enchérit la main-d’œuvre. Mais les paysans basques ont bien le droit d’aller chercher au dehors des salaires élevés.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- qui leur manquent. Le principal obstacle à leur adoption, dans un grandnombre de manufactures, provient de ce que les. toisons sont infestées d’une graine plate, hérissée de petits crochets, difficile à détacher, qui provient d’une plante très-abondante dans les immenses plaines ou pampas, où vivent les troupeaux de moutons sous la garde de leurs pâtres à cheval, les Gauchos. Pour retirer ces graterons ou carrétilles, on a inventé en Europe des machines successivement perfectionnées qui, malgré les améliorations dont elles ont été l’objet, brisent les brins de laine, et même ne remplissent pas parfaitement leur objet d’enlever ces corps étrangers. Les manufacturiers, ou plutôt les savants qui les conseillent, se sont tournés alors d’un autre côté. Ils ont frappé à une autre des portes de la science. Ils se sont adressés à la chimie, puisque la mécanique ne leur donnait pas pleine satisfaction. On a constaté que l’action de l’acide sulfurique désagrégeait les graterons, et les réduisait en une poussière facile à expulser, et il est possible de procéder de telle sorte que l’acide laisse intacte la laine ou le tissu qui en a été fabriqué. Dès lors, l’emploi des laines de la Plata ne peut manquer de s’accroître dans une forte proportion.
- Cette découverte, toute récente, d’un procédé extrêmement simple pour débarrasser de leurs graterons les laines de la Plata, et toutes les autres qui pourraient être dans un cas analogue, est
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- INTRODUCTION.
- un des faits les plus importants qui se soient produits en faveur des industries textiles (1).
- La laine brute, après le lavage qui la sépare du suint, est depuis quelques années l’objet d’une opération avantageuse, conséquence de la supériorité de la machine appelée la peigneuse, dont il existe plusieurs modèles (2). Les pei-gneuses diverses usitées aujourd’hui sont des dérivés d’un premier type, dû à Heilmann, homme d’une grande habileté, qui mourut pauvre et malheureux. Sa peigneuse a produit aux acquéreurs de son brevet des sommes énormes (3). La peigneuse servit d’abord aux fabriques de tissus, tels que.les mérinos, pour lesquels on a besoin de séparer le brin long, le seul qu’on puisse employer dans les fabrications de ce genre, de celui qui était plus ou moins court. Ensuite, on y a eu recours pour retirer de la laine courte ou à carder la proportion de laine longue qui s’y rencontre. On fait passer ainsi par le peigne beaucoup de laine ordinaire, ce qui augmente l’approvisionnement de laine peignée à l’usage de l’industrie, fort en progrès, des tissus qui exigent
- (t) Voir ce qui en est dit tome VI, page 282.
- (2) Voir au sujet des peigneuses, le rapport de M. Alcan, tome IX, page 182.
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- (3) Il est bon de dire que, sans y être obligés autrement que par leur conscience, ces acquéreurs font une pension à la famille de Heilmann.
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- DEUXIEME PARTIE.
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- cette matière première. Ce qui reste est très-bon pour faire des étoffes feutrées par le foulage, comme les draps. C’est à peu près comme l’opération chimique de l’affinage, au moyen de laquelle on retire d’un lingot d’argent des parcelles d’or qui étaient disséminées dans la masse, sans y être d’aucune utilité.
- CHAPITRE V.
- LA SOIE.
- La production de la soie soulève une question palpitante, celle des moyens propres à guérir le ver à soie du mûrier du mal qui l’a atteint depuis plusieurs années.
- On sait que successivement le fléau a gagné les différents pays où on se livrait à la production de la soie. Les graines du Japon sont, en ce moment, les seules qui restent exemptes de la contagion. C’est pour cela qu’on les fait venir à grands frais, quoiqu’elles ne produisent qu’une soie de qualité inférieure et qu’elles soient fort chères. Il ne reste plus que cette ressource, et si le mal envahit le Japon, comme il a désolé les autres contrées séricicoles, il semble que l’industrie des soieries doive être fort compromise, à moins qu’on , ne trouve enfin un procédé efficace pour écarter le mal..
- D’après M. Pasteur, deux maladies différentes
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- INTRODUCTION.
- sévissent actuellement sur le bombyx du mûrier. L’une se manifeste par le développement, dans les organes du ver, d’un nombre infini de corpuscules noirâtres, auxquels on la reconnaît facilement.
- Si le ver provient d’une graine saine, la contagion, dans le cas où elle se déclarerait, ne pourra l’atteindre qu’après la transformation en chrysalide, et n’empêchera pas la formation du cocon. Au contraire, la graine provenant de papillons malades est elle-même infectée et ne donne que des vers languissants, incapables de filer leurs cocons, si même ils ne meurent bien avant cette période du travail.
- Par conséquent, pour obtenir des cocons, il faut avant tout se procurer une graine d’origine non-suspecte. A cet effet, avant de décider que telle chambrée servira à la reproduction, on y fera une prise d’essai, et on examinera au microscope les organes des chrysalides; s’ils sont dépourvus de corpuscules noirs, la graine, provenant de la chambrée en expérience, donnera presque à coup sûr des vers qui tous feront des cocons. Est-ce à dire que les nouvelles chambrées seront toutes aptes à la reproduction d’une bonne graine? Non, il pourra en être autrement, si elles ont été élevées dans des locaux encore infectés ou au voisinage de graines a tteintes. Un nouvel examen microscopique, semblable au précédent, sera donc nécessaire pour faire le choix ; c’est une opération facile et rapide. -
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- DEUXIEME PARTIE.
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- Lorsqu’on a déjoué cette première maladie on n’est pas sauvé encore.
- Une seconde maladie, celle des morts-flats, qui semble aussi héréditaire, atteint les vers au moment où ils vont fder. Elle détermine une grande mortalité. M. Pasteur pense être, pareillement, à cet égard sur la voie de la guérison.
- M. Pasteur a déjà pu, cette année (1) vérifier par l’observation les idées qu’il avait émises l’année dernière; si elles se confirment définitivement, elles procureront à la sériciculture des procédés rationnels pour régénérer nos races indigènes (2). Il en est grand besoin : en 1865, l’importation des soies étrangères en France a été de 73 pour 100 de ce qu’employait l’industrie des soieries, tandis que, en 1855, Lyon et Saint-
- r
- Etienne consommaient 80 pour 100 de soies indigènes (3).
- Des essais poursuivis avec une remarquable persévérance ont eu lieu et se continuent dans le but d’obtenir de la soie avec un bombyx autre que celui du mûrier. Depuis un certain nombre d’années, M. Guérin de Menneville consacre des efforts intelligents, à élever celui de l’ai-iante ou vernis du Japon. D’autres personnes don-
- (1) Compte rendu de l’Académie des sciences d’avril 1868.
- (2) Voir le rapport de M. de Quatrefages, tome XII, p. 439.
- (3) Voir le rapport de M. Raimbert, t. IV, page 163.
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- LXXX
- INTRODUCTION
- nent leurs .soins à celui du ricin ; plusieurs* croient qu’il y a= quelque Chose à attendre de ’célui du chêne. . ji.-.û’-afl b: : ! : 1 " o-x.
- Dans l’Orient ,î çlesuvers d’une autre sorte donnent une certaine production de soie. Les observations recueillies par Humboldt établissent qu’au Mexique les Aztèques1 cultivaient des vers autres
- que celui du mûrier, et qu’on y récoltait encore, au commencement du siècle, de la soie qui provenait de divers insectes,différents,du nôtre (1). .
- Il est assez >yraisemblable que- l’industrie, -en s’appliquant,A, perfectionner ces différentes, sortes de soie, finirait par, atteindre.- des , résultats satisfaisants. On est fondé à le supposer par la. grande amélioration qu’avaient reçue les soies françaises: produites par le bombyx du mûrier,, dans-le délai de moins , d’un siècle. A l’origine,1 elles étaient à peine médiocres; elles ont fini par être,les plus-belles. Sans, décourager ces tentatives,--le-plus
- (1) « La Nouvelle-Espagne' offre plusieurs espèces’ de che-
- nilles indigènes qui filent de la soie semblable à celle du Bombyx
- mori de,la Chine,.mais qui n’ont pas encore été suffisamment examinées par les entomologistes. C’est de ces insectes que vient la soie de la.Misteca-,ifqui déjà/ du temps de Montézuma, était un objet .de commercer .On fabrique encore-aujourd’hui,
- dans l’intendance dlOaxacaj des mouchoirs? de- cette soie mexi- • caine. L’étoffe est rude au toucher * comme certaines soieries-de l’Inde qui sont également le produit d’insectes très-différents du ver à soie de nos mûriers; » (Essai sur la Nouvelle-Espagne, tome III, p. 67,édition de 1827 ).
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- DEUXIÈME PARTIE*
- LXXXI
- sage cependant est de redoubler d’efforts pour arriver à la guérison du bombyx du mûrier. On a lieu de croire que, grâce à M. Pasteur, on va trouver la solution du problème (1).
- CHAPITRE VI.
- LE SOUFRE.
- Dans cette revue des matières premières, à l’égard desquelles des faits nouveaux se sont produits, il y a lieu de faire une place au soufre. Par lui-même, le soufre a peu d’usages, ou, pour mieux dire, il en avait peu, avant qu’on eût reconnu en lui un spécifique contre la fatale maladie dont la -vigne fut attaquée, il y a vingt-cinq ans, l’oïdium; mais, il y a longtemps déjà qu’il figure comme un article des plus utiles dans l’arsenal de l’industrie, pour l’acide sulfurique dont il est le radical, et qui, lui-même, est un agent si énergique et tant employé, depuis qu’on est parvenu à le fabriquer à bon marché (2).
- Il y a peu d’années, le soufre se tirait principale-
- (1) Quand la soie sera redevenue abondante, on verra disparaître les « charges » et tous les genres de falsification dont se plaignent les industriels honorables, et dont il est question plus d’une fois dans-les Rapports (tome IV, page 179, et tome VII, page-332.)
- (2) On peut calculer que, depuis un siècle, le prix de Y acide sulfurique a baissé dans le rapport de 12 à 1. •
- T. I.
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- LXXXII V . T introduction.
- ment de la Sicile;’ où les flancs der l’Etna en recèlent des quantités indéfinies que l’exploitation n’épuise pas, .puisque les émanations du volcan le régénèrent, du moins en partie, dans le ,sein des couches superficielles, après qu’on l’en a retiré. Mais, quoiqu’il abonde dans cet endroit, et que l’extraction en soit facile, il revenait cher, par diverses raisons , aux manufactures d’acide sulfurique et aux autres consommateurs, qui, des diverses parties de l’Europe, s’adressaient là.
- Les Siciliens s’obstinaient, et , s’obstinent encore (1) à se servir des méthodes les plus barbares pour retirer le soufre des terres auxquelles il est mêlé; Le gouvernement des Deux-Siciles, abusant, du besoin qu’on en avait partout, le frappait d’un droit considérable à l’exportation. On s’est donc mis, sur le continent et en Angleterre, en quête d’un soufre autre que celui des solfatares siciliennes, comme on l’avait fait dans l’Empire français, du temps des grandes guerres de Napoléon Ier, alors que la mer nous était fermée. On s’est, adressé avec succès au sulfure de fer appelé pyrite, corps, bien connu pour la ressemblance qu’il offre avec le roi des métaux. La pyrite, sous l’action d’une chaleur peu élevée, livre une forte proportion de son soufre,
- (i) Voir ci-après, tome VII, le beau Rapport de M. Ba-lard sur les industries chimiques : Extraction du soufre en Sicile, page 9.
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- DEUXIEME PARTIE.
- LXXXIII
- , qui se volatilise,- et on a pu très-bien remplacer le
- soufré tiré ; 'des Solfatares de la Sicile, par de la pyrite employée directement-, qu’on introduit dans les vàstés appareils 'clos, appelés chambres
- ' e '. • j , . -
- de plomb, ou' se fabrique l’acide sulfurique II y
- ü _ ' , ;
- a donc en Europe une grande exploitation des filons et aniàs' de pyrite de fer. La France en offre ün groupe intéressant dans lé département du Gard, et, avant qu’on s’occupât de mettre à
- t r . r •
- profit ces gisements1,'' d’habiles manufacturiers,
- -MM. Perret, avaient établi la fabrication de l’acide sulfurique' au' moyen dés pyrites de 'Chessy et Sainbel, et lui avaient donné de très-grandes proportions. Les pyrites de ces deux localités contiennent un peu de cuivre qu’on ne manque pas d’en retirer.
- La pyrite, qui est un des minéraux les plus répandus dans la nature, est exploitée maintenant
- * r
- dans tous les Etats où les arts chimiques ont pris du développement. Les Iles Britanniques, la Prusse, la Suède, la Belgique, rendent ainsi des masses de pyrite de fer, souvent associée à la pyrite de cuivre, circonstance avantageuse, puisqu’on recueille alors deux produits au lieu d’un, et que le bénéfice obténu sur le cuivre réduit d’autant le prix de revient !du soufre. Le four de M. Gerstenhoffer, qui donne de très-bons résultats pour l’emploi des pyrites dans la fabrication de l’acide sulfurique, et qui s’applique avantageuse-
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- LXXXIV
- .] INTRODUCTION^ f.
- ment, r aux. minerais f, d’une médiocre teneur,; a : été décri t par M, ; Bal ard (!•)> i iio'i
- Quelques contrées,, où les industries chimiques n’ont encore- que. de; faibles .proportions, utilisent leurs gîtes de pyrite en la vendant aux autres. Le plus beau gisement de pyrite qui soit en exploitation est çceluh qui,, - après s’être montré en Espagne sur plusieurs points, apparaît avec une richesse exceptionnelle ; dans la province contiguë d’Alemtejo, en Portugal, et qu’on y travaille à San Domingos. Il était représenté à l’Exposition par un magnifique s.bloc de pyrite- toute pure, dont d’éclat^- nom moinsnqueliles> .dimensions j attirait les regards. 1 Cette mine - avait été;l’objet: de travaux .importants', du temps ; des o.Romains ,r. : à cause du cuivre* qui- -y est associé au fer.; -mais elle-était-tombée dans l’oubli{ Il y a peu d’en-néesv qu’on s’-est remis à l’attaquer avec -un grand déploiement de i forces,. :Le- voisinage - d’un fleuve, la iGuadiana,. que les bâtiments:de mer remontent; facilement, et. qu’on;.a rejoint par. un chemin de-fer, rend aisé,-le débouché de-la ; pyrite de cet endroitr On l’envoie principalementfen Angleterre, ou les» Industries)üchimiques ; ont y;tant s de, déve-r loppement.iiEn jhuif ioumeuLansv:-une ville! s.’est élevéeoà „ San.-iDomingos, (.et; le port -qui des,sert la mine,, celui.de'Pommerao„,-ereusé: par; l’homme
- no .nôfiv’ü ms ohmi o 11 go tumrp'xcmoi .ahnmiiioj
- (1) Voir ci-après, tome VII, page 23.
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- DEUXIÈME PARTIE. LXXXV
- entreprenant et habile (Mi James>Masoïij fait baron de Pommerao par le rdi du- Portugal)' auquel est due toute cette créationest* fréquenté par de nombreux navires que la pyrite-seule y* attirer - *.
- CHAPITRÉ VII
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- J' i J l‘>r-é'iCpï .1 i ; ï tli H ,Hi iliütUloQ Ü(>8 H e i i '
- ^Une des plus réhiarquables;;uouveautés! indus^-trielles- qui nient signalé les * dernières iannées, est l’exploitâtion dupétrole dans l’Amérique du Nord. On- en -trouvera l’histoire plus-donu dans l’excellent TapporPde M.- DaUbrée (h). On a'ici la mesure des 'résultats qu’un peuple peut tirer- d’une décou-1 verte , même - dans - Un court intervalle* de temps, lorsqu’il posséde ra un'haut degré de‘génie de l’industrie, qu’il cultive -les‘- sciences, non-seulement' à'Causé des*-grandes* vérités > qu’elles -révèlent à l’esprit, mais, aussi* eni^vueude oleurs- applications aux arts utiles, que -lé capital ne* lui fait pas défaut, et qu’il s-’est’assuré lâ<jouissânce de-da.-liberté du travail.- Le-pétrole était une' curiosité.plutôfc qu’une richesse, emAmérique conlmé! ailleurs, lorsque, dans l’État de Pensylvaniey quelques hommes intelligents, remarquant cette huile qui coulait en
- (1) Tome V, page 68.
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- I.XXXVI . . INTRODUCTION.
- A - r ; s; s M; . !. .h rA
- petité quantité à. larsurface du sol,, y constatèrent la présence d’éléments assez divers, ef.s.e deman-.: dèrent si, par une exploitation rationnelle, , on ne pourrait pas en tirer du sein de la terre de grandes quantités.
- Une industrie tout entière s’est édifiée sur cette pensée, dans la Pensylvanie, où lë pétrole est de qualité supérieure, et-dans .diverses localités de l’Amérique du Nord, en dehors de cet État. Le pétrole est aujourd’hui la hase d’un vaste commerce, qui, de l’autre côté .de l’Atlantique, a déterminé la fondation de plusieurs yilles, et qui occupe une grande quantité de navires pour, porter le pétrole brut en Europe et. dans quelques autres contrées, où il est raffiné. Ce raffinage est plus qu’une simple épuration; il fractionne le pétrole brut en plusieurs produits distincts, ayant chacun son emploi spécial. /
- On calcule que, depuis 1861 jusqu’en 1867, il a été extrait ainsi du sein de la terre, dans l’Union américaine 1,300 millions de litres de pétrole, faisant au delà de 1,040,000 tonnes,., et dont les trois quarts ont été exportés en Europe. La progression est continue : en 1861, F exportation fut d’un peu plus de 5 millions de litres ; en 1866 et 1867, elle a dépassé 300 millions. Le litre brut a varié de prix entre 20 et 30 centimes, de sorte qu’au prix moyen de 25 centimes , 400 millions de litres feraient 100 millions, de francs. Le pétrole est devenu, après un si petit nombre d’an-
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- DEUXIÈME, PARTIE.;' LXXXVII
- nées, le troisième article, /par. ordre d’importance, de l’exportation.des États-Unis. ; d
- Le raffinage de.la substance brute a donné naissance, en Europe, à des établissements dont on peut voir, le' modèle'à Nanterre,, près;Paris (.1). Ces... usines fournissent plusieurs produits oléa-> gineux, • depuis une huile légère, qui remplace l’essence de térébenthine,; ; Jusqu aux huiles les plus épaisses qui servent au ; graissage des machines, et une petite proportion de paraffine, corps d’un beau blanc, dont on -fait des bougies. Le plus intéressant de ces produits, brûlé dans des lampes d’une forme particulière et à bon marché, fournit l-’éclairage domestique à bien plus bas prix que. les. autres huiles ; grand avantage dans une ville comme Paris où tant de personnes industrieuses travaillent chez,elles, après le coucher du soleil et où, dans l’intérieur des familles, tant de luminaires sont en-activité chaque soir. On estime que l’huile de pétrole et l’huile de. schistej autre éclairage de nature minérale, auquel; le pér trole se substitue à cause de son boii marché, font ensemble le ..quart au moins de ;la consommation de Paris. Avec Le : pétrole, d’éclairage ne, revient qu’à la moitié/de. ce qu’il coûte avec l’huile de colza. Dès .qu’on jsera parvenu à le dégager complètement d’une odeur qui lui.est propre, et à en rendre l’emploi plus généralement inoffensif, il se
- (1) Établissement Maréchal et Cogniet.
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- Lxxxvm
- introduction;:-':
- répandra beaucoup plus. Dans l’état actuel des choses, il ne paraît pas qu’en France le pétrole soit d’un usage aussi étendu que dans d’autres pays.
- * :
- A l’imitation des Etats-Unis, on s’est mis à exploiter le pétrole, et en général les huiles minérales naturelles, dans plusieurs pays où l’existence de sources oléagineuses avait été constatée depuis longtemps. C’est en Russie que ces tentatives ont été le plus remarquables, et-;paraissent reposer sur les bases 'les plus,larges; La région qui entoure le Caucase forme la-principale,zone pétrolifère de; l’Europe. Le pétrole, s’y .trouve dans les terrains, tertiaires - qui' bordent; lies deux extrémités;, de la. chaîne; en ce moment les ^principales exploita?*; tions sont sur le littoral, occidental de là mer Cas-, pienne, aux. environs de Bakou et dans la presqu’île d’Apschéron.. ; liMiA
- Des personnes dont l’opinion .a, du . poids peiir : sent que le pétrole est, appelé à;des usages; nour; veaux ; que, par exemple,.on* pouïra, en retirer un . beau gaz d’éclairage.à bas,:prix, etr qu’ilsera pos-4 sible de ,s’en servir * comme, d’un combustible pour des macbines à vapeury,particulièrement pour les, machines motrices des;paquebots pu .des., navires de guerre.r Mais *ce*'sont des questions).dont l’é-tude est à peine< pommencée.i, f et un Rapport sur . l’Exposition n’est pas le lieu où l’on- ait à les -discuter.
- '•> H)
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- DEUXIÈME PARTIE.
- ' LXXXIXi
- iïl'.i XXOB'XBBil RVï':îV%\i;.\ '*
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- CHAPITRE ‘ VIII. '
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- LES BOIS.
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- '§• 1. — Bois de-charpente, <îe'menuiserie j et d’ébénisterie. •
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- Les bois; considères comme [ matière -première ' de lajcharpente[; de"la menuiserie et-de l' ébéniste- , riè,! ! se ^soriL présentés;* ënntrès-grande. variété à l’Exposition. Le^Brésilpen particulier, avait fournil mi •contingent des-5 plus digne ' d’attention p on pourra «en voird’énumératioii -dans le travail détaillé * de ,;M. * Émile Fournier (l)i II est hors de - doutes qu’umjdùr les forêts saris bmitesdéda Vallée-des. Amazones fourniront à notre ébénistérie. des matières fort avantageuses et en quantité inépuisable ; il est même possible qu’on en: tire,:à l'usage des chemins de fer,i des traverses- qui se recom--marideraient pab leur grande durée; à ce point quey,. niâlgré lés fraisodedransport; il y ait intérêt à s’en servir; de pr éf ér en ce à ' toute s le s essences de nos forêts:*Laoquestidn bst‘maintenant-à'd’essai sur. notre i * -propre *: terri to ire' ; au moyen d’un ? certain * nombre* d’échantillons" envoyés 'par ; le gouverneJ ment.-[brésilien, oo mm M. m>q ioo u ü.Mrieop Mil
- i :M'j J’.rr j O
- (1) Voir ci-après, tome VI, page 3. Brésil, page 54,
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- XC INTRODUCTION. '
- L’Amérique déjà nous fournit en quantité des bois d’ébénisterie, qui sont préférés à ceux de nos propres climats, à cause de la richesse de leurs teintes. La mode, qui aime tant à varier, a pu déjà et pourra indéfiniment puiser, dans les vastes forêts des régions équinoxales du Nouveau-Monde, de quoi satisfaire ses idées changeantes. A une époque, c’est facajou' qui a la vogue;’ dans un autre moment ou dans un autre pays, c’est le palissandre, ou le côurbarif ou F ébène (1). Que là mode ne s’arrête pas, qu’elle’ soit plus capricieuse que jamais : lés forêts de cette partie de l’Amérique ont de quoi lasser sa mobilité. -
- .L’Amérique ‘offre aussi, dans lav même zone d’entre les tropiques, des approvisionnements indéfinis en bois de teinture. En fait de-- bois de construction, elle n’est pas moins abondamment pourvue, et à cet égard la zone tempérée, si spacieuse dans F Amérique Septentrionale , ne le cède pas aux climats ardènts des régions* plus voisines de l’Équateur i Le chêne vert des États-Unis concourt depuis .longtemps aux approvisionnements
- ' ' s*
- de nôtre marine impériale. Le Canada et les Etats-Unis livrent à. l’Europe beaucoup de bois pour-la charpente et laànenüiserie, et même desnavires tout construits. Par son bois de teck, l’Inde,contribue
- t , i
- non-seulement à procurer aux armateurs de nos
- (J) L’ébène vient pourtant de l’Inde en plus grande quantité que de l’Amérique. - . .. , r
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- DEUXIEME PARTIE,
- XCI
- contrées européennes des navires de la plus grande L durée, mais même a fournir a nos/chemins de ' fer des voitures réputées impérissables.' , ’A ///
- Le double royaume de Scandinavie", place au nord de notre continent, a reçu de la nature, pour, son , patrimoine, de grands espaces qui consistent en forêts sauvages assises sur un sol escarpé plus qu’en terres fertiles. Mais la race intelligente, ‘sobre èt vaillante qui le peuple/ tire un excellent parti _*J de cette richesse, qui, au premier abord, semble
- *•- l 1 <!t. • ' . ' s. 1 { ' ' ' , ,j y . r-‘1 . î-
- si peu maniable. La Suède, et encore plus la Nof- -wége, font un prodigieux commerce de bois. Leurs, navires, qui voyagent avécuneéconomie extrême, ' apportent à toutes les nations dë! l’Europe' des bois de charpenté et’ de construction que leur qqa- ' lité supérieure fait préférer à ceux des autres provenances, notamment à leurs similaires .de l’Ame-rique du Nord. D’après les fenseigneriient recueil-lis par M. Émile Fournier et consignés dans son Rapport, la Suède exporterait 3 millions de stères et la Norwége 26 (1). Vainement lè fer, dont le ‘ prix diminue sans cesse, et que de plus èii plus on . excelle à travailler à peu de frais,'fait au bois une rude concurrence pour une multitude d’usages ;
- (1) Voir le Rapport de M. Émile Fournier, tome VI, page 28, pour ce qui concerne la Suède et la Norwége. Ce chiffre de 26 millions de stères est emprunté à un document statistique, publié, à l’occasion de l’Exposition, par l’administration norvégienne. . ' "" : •
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- XCII
- INTRODUCTION.
- le commerce des bois grandit toujours, parce que' les peuples,' de plus' en plus industrieux, de plus en plus dans l’aisance, ont en tout genre des' besoins toujours croissants. ! '
- i,\ i 1 ;• ='- ' • ' :
- §2.— La vannerie.—Les ouvrages en bambou.—Le tanin:
- , t
- L’industrie de la vannerie, qui utilise certains arbustes llexibles, dont l’osier est le principal, est aussi fort en progrès clans 4 certains États, parmi lesquels on doit’ citer là" France et la Belgique. Il y a des provinces que cette petite indus-trie contribué à enrichir. Ainsi l’arrondissement de Yervins fait pour pour plus de 2 millions et demi d’articles de ce genre’ (1). On' exporte1 ces
- produits au loin. ' î ; /':.... : ;: ^
- ‘Les pays dé l’extrême Orient ont une famille'
- l i i ; J „ !
- de!plantés, les bambous, dont ils retirent’, clans un
- , , i . / j • • • • , :» : f ,
- genrë voisin de notre vannerie , 'toute sorte d’articles domestiqués. Ils!montrent ainsi un mélangé*
- ' ; ; .•{ \ . , * a j < I |
- remarquable dé patience* et' d’une*1 autre" qualité' dd l’esprit qui est voisiné du génie: ïrdië'Aérait ' pias1 impossible que 'cette’ branche''de l’industrie' àsiâ-tiqué ’S'’éfàblît' dans1 ‘ nos1 ! contrées’.’ Ôn1 pourrait y' avoir, coîri^iei''^ma!tière, 'drémlèré, dès bambous r'é-> coïtés plus près que dans l’Inde oü‘ la Chine1.l!l! / Ùir autre ’ produit des "forêts est’ lé’'tanin ,' ou' pôùr ’ mieux dire lès" écorces et1 autres parties'
- (1) Voir'le Rapport de M: Émile Fournier, tome VI? page 82.
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- DEUXIEME PARTIE.
- XCIH
- des, végétaux qui recèlent ce, corps, principe-actif, ’ de l’opération du. tannage. La variété - en est* beaucoup plus grande qu’on ne,,1’ayait.supposé, et-on commence, dans les pays,lointains,- à, retirer, de certains bois et de certaines écorces, par la macération dans l’eau bouillante, des extraits de; tan liquide, dont les tanneurs européens font leur
- profit (!)• , V
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- CHAITTUK IX.
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- uni! ri'j’iiH'AU'n'
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- , FABRICATION DE LA GLACE
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- L > V i F i -.i
- .,., La glace peut, dans les usages domestiques,' rendre des services fort divers. Pendant l’été,ries
- i.
- baissons fraîches - ne -sont pas seulement (agréables, elles sont recommandées par l’hygiène. Dans une foule de maladies, la glace serait: d’une assise
- ; i ; > ) . . i7 j ! ? * . v t ’ • » i J il k / v /
- tance-décisive,. et, par exemple, quand il s’qgit. dee-blessés et des amputés. Dans les maisons .isolées-*-loin des marchés, elle sert à. conserver, des appro-visionnements, de viande. , et .d’autres denrées que la chaleur, corrompt,.rapijdement,,, Enfin, j dans l’in-.; dustrie, il est une muftitude..d’opérations, qu’elle peut faciliter. f Les-Américains ,s’en , servent -pour des opérations commerciales qui ont bien leur im-portance. Ainsi,, en toute saison,MO-n,rtransporte-
- b^pirïtome^I j. page ,95, le.Rappprt de(M.;Gayaré*fils.l y
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- XCIV
- INTRODUCTION.-
- des viandes de la vallée,de l’Ohio à Baltimore, à
- i'J' r. ‘ ” ! . 1 ; 1 '• ~ 7 ^
- Philadelphie, à New-York, en les entourant de gïace. Les Norwëgiens ëmployent le même expé-dient, 'pour apporter frais,aux contrées de l’Eûrope moyenne ou, méridionale le poisson de mer qu’ils viennent de pêcher, '
- 'Il n’est pas possible toujours, à, beaucoup près, de s’adresser aüx glaciérs que la nature a placés
- ^ • i i
- parmi les hautes chaînes de montagnes'. Dans les villes situées au bord de la mer, on peut tirer la glace d’une très-grande dis lance par la navigation; mais ce moyen n’est pas à l’adresse des villes de l’intérieur.. Dans les établissements isolés, à moins
- d’avoir une glacière, expédient qui ne réussit pas toujours, il est fort difficile de se procurer de la glace, et il n’y faut pas songer à en faire des provisions à bord des navires. C’était donc un problème utile à résoudre que celui de faire la glace sur place, en quelque lieu à peu près qu’on se trouvât, autrement que par ces mélangés réfrigé-rants qui, depuis longtemps, permettaient d’en faire de fort petites quantités, mais ne la produisaient que très-chèrement.
- . Deux frères, MM, Ferdinand et Edmond Carré, ont donné, chacun par moitié, la solution du problème. ;
- On avait déjà remarqué, à l’Exposition de 1862,. la machine à faire la glace de M. Ferdinand Carré. Cet habile inventeur met à profit la propriété qu’ont les liquides volatils d’absorber une grande quan-
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- DEUXIÈME- PARTIE. XCV
- tité, de,chaleur,?en-;passant.,à Tétât gazeux. Il est aujourd’hui parvenu à produire, la glace artifi-
- > - ' 1 ‘ ' J ’ j ?
- ciellement., .à peu de frai s,et sur une grande échelle. Pour le succès de T opération, pour qu’elle fût commode et économique,, xil fallait que cette absorption de chaleur se .fit . à basse . température ; il a .donc choisi, un liquide très- volatil, l’ammoniaque liquéfié. sous ^pression. Ce choix est heureux à -un autre point de vue, le gaz ammoniac .est très-soluble. dans l’eau froide : un volume d’eau en dissout quatre cènts de cè .gaz,
- qu’il rend quand on provoque l’ébullition.
- * 1 * . ^ 1
- Voici en qqoi consiste l’opération de M.. Ferdinand Carré :..on enferme,dans une,des branches
- : t' * ’ ) • .
- d’un siphon métallique, une dissolution de gaz ammoniac dans l’eau ; on chauffe cette première branche jusqu’au degré de l’ébullition ; l’ammoniaque se distille et va, sous la forte pression qui existe dans l’apparéil, se condenser, dans la seconde branche qui est plongée dans l’eau froide,
- Si on laisse.ensuite, refroidir la branche du siphon qu’on avait chauffée, etdans laquelle.il ne reste plus que l’éau où Tammoniaque était dissoute, un vide relatif se fait par l’absorption dans l’eau refroidie du gaz ammoniac demeuré épars dans'' l’appareil, et Tammoniaque liquéfiée, qui était transportée dans l’autre' branche du siphon, se distille à son tour. Par là il se produit", autour de cette seconde branche du siphon, un froid ,in7 tense, qu’on utilise pour faire passer à l’état , de
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- XCVI
- INTRODUCTION.^
- glace une certaine-quantité d’eau 'mise en contact avec cette partie dé= l’appareiL - : • '-omf
- Le travail est continu; (1), et, à la-condition d’opérer sur une; certaine échelle, on produit ainsi la glace .tout à fait économiquement. Avec un appareil de4,800francs, on obtient 25kilogrammes de glace par heure, à l’état de cylindresdongs et commodes à:manier; elle,revient à 5 centimes environ le kilo-
- gramme. Un appareil de 24,000 francs rend 200kilo gramme su par heurey eti lei-prix de revient n’est plus’que; defLcentime. oc of a Bu , -.no» -n'.mb .» ' On conçoit-dès lors la-portée -industrielle -de d’invention Gâréé ,oetHes oapplicationsdiversës qu’oir en pourrait faire igDisons num méU seulement dés* emplois hygiéniques ehmédieaux. 'Que de blessés seraient.arrachés à la mort après unë'bataille,-'dans* les pays chauds et, partout dans l’été, si les années-portaient dans leurs bagages• quelques machines à faire s. de -, Jâ glace ! . Pour - opérer,% on n’auraib besoin" der rien> de ; plus * que d’un peu de ;com-;> bustible. qu’on trouve partout,;'cari la même, quan-< tité : d’ammoniaque v^bieüu.emprisonnée dans dé: siphon s hermétiquement'clos 4 sert indéfiniment;-Qu’on- suppose :que?. làomàchinebGarrêieuf existé:-en -1859, . et cpieides ambulances .‘française * et au-1 trichienne en eussent été.ôppùrvues le- soir1 de la journée^de)-Solfërino‘b Combien aussi-on : •• ? : ui-i ommfnjrohd mrsi-
- (1) Voir le* Rapport: de M. le baroa Thénard, tonie VIII, |
- page 370. .. - .. n-. , ,
- 4 , «S ' */.
- 'vv. -* *>;
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- DEUXIÈME PARTIE.
- XCVII
- pourrait améliorer le régime -et-T existence de nos matelots, lorsqu’ils sont exposés aux ardeurs de la zone torride, et combien qui-meurent seraient s'au-vés; si chaque navire de la marine impériale était muni d’umappareil dont le fonctionnement n’exigerait qu’un peu de vapeur empruntée à la chaudière de la machine motrice:] ^ h i • i , n ; ;i % ; r
- -r Si l’appareil de ; M. Ferdinand Gakré convient parfaitement à- une -production * industrielle-i de -la glace,, il devient incommode dorsqu’on en; réduit les dimensions , afin de ne produire iqu’une, faible quantité. ; ! Il ? faut « ’alërs<" dépenser^ trois ' heures, de
- travail et-1 kilogramme! deecharhon de; bois* • pour obtenir,# ou. 3 kilogrammes dei fflacer 1 i a
- t
- a: M^EdmondeCarré- > a - heureusement obvié à cet
- inconvénients Son principe est le même que celubqui a -guidé, sonîfrère ; mais c’est à la volatilisation dé l’eau. 'elle-même, dans, le vide, eh eri» présence de L’acide sulfurique concentré,, absorbant la vapeur à mesure qu’elle se produit, qu’il demande la production du froid r nécessaire à la formations d"e la
- glace.-Inexpérience était.classiqueseulement, et c’est, en 'cela que consiste eleuperfectionnement* auquel M. Edmond Garréidoit son succès; il activé
- l’absorption de la vapeur par l’agitation icontinue
- de,l’acide sulfurique. Lee ne erm u-on!
- -, On us,e ou-plutôt on fait passer ù jl’état -d’acide >• étendu d’eau un kilogramme d’acide sulfurique, pour 3.kilogrammes de glace, ettle moindre appa-
- Tr£\
- reil peut produire 400 grammes à l’heure. Dans"
- T. I.
- 9
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- XCVIII
- INTRODUCTION.
- certains cas, le prix de retient sera presque nul, car clans les distilleries de betteraves on pourrait se procurer, par 1,000 tonnes de betteraves à distiller, 30 tonnes de glace qui ne leur coûteraient qu’une force motrice insignifiante, puisqu’elles ont l’emploi de l’acide sulfurique étendu d’eau.
- «
- Dans le cas où l’on n’aurait pas le moyen d’utiliser l’acide dilué, il en faudrait pour cinq ou six centimes par kilogramme de glace (1).
- Les inventions des deux frères Carré se complètent heureusement : à l’industrie, aux grands établissements tels que les hôpitaux et les navires de la flotte, les appareils de M-. Ferdinand Carré; aux familles, celui de M. Edmond Carré.
- CHAPITRE X.
- LES MINES MÉTALLIQUES.
- § 1. —Des données générales de cette industrie.
- Dans l’état actuel de l’industrie des mines métalliques; on peut utilement, entre autres points, considérer les trois suivants : l’instruction profes-
- (1) Voir le Rapport de M. le baron Thénard, tome VIII, page 376.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- XCIX
- sionnelle qui prépare les ingénieurs ; là formation et le renouvellement continu d’une population ouvrière spéciale à ce genre de travaux, qui ne s’improvise pas; l’exploitation proprement dite, c’est-à-dire l’ensemble des méthodes raisonnées et expérimentales, d’après lesquelles on s’efforce •de faire tourner au mieux les chances souvent aléatoires de ces sortes d’entreprises.
- U instruction professionnelle des ingénieurs est complètement livrée à l’initiative privée en Angleterre, malgré les essais, jusqu’à présent infructueux , tentés au P radical Muséum de Londres. En Allemagne, elle est instituée dans plusieurs écoles célèbres (Freyberg, Przibram, etc.), situées au centre de districts miniers importants. En France, ces études sont centralisées principa-lement à l’Ecole des mines de Paris, où l’enseignement est essentiellement théorique (1), sauf à être complété par des voyages.
- . Ces trois systèmes différents ont les conséquences que voici :
- L’Angleterre manque d’ingénieurs suffisamment au courant des études théoriques ; ses mines sont, pour la plupart, dirigées par des capitaines de mines (captains of mines), anciens maîtres mineurs-, excellents praticiens, mais enclins à suivre la routine,
- (1) Voir à ce sujet les observations de M. Petitgand, tome Y, pages 694 et suivantes.
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- INTRODUCTION.
- -/Les écoles d’Allemagne donnent de très-bons résultats, mais le principe de la spécialité y est peut-être p.oussé, à .l’extrême; chacune ne fournit guère d’ingénieurs qu’aux centres miniers qui l’entourent.;
- On peut reprocher au système français de donner'trop d’ingénieurs à.un pays qui. n’a pas assez de mineurs;'et des;ingénieurs trop théoriciens à une population1 qui,-par elle-même : déjà,, manque de pratique. •'•••: ////:: iü/';
- ‘ Quant à 1 â'popalàtion'oiivPièreispéciale, l’Angleterre, par le ressort de l’énergie individuelle; et l’Allemagne, pàr la création' de mines1 Royales ou Impériales, Ont sul en1 susciter' une : qui 'réponde à leurs besoins: 1 o-rm Aiaie-M
- Depuis 1789, la France, aü milieu1 de1 ses'créa1-
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- tions diverses, n’est parvenue à former rien "qui ressemble à ces grandes pépinière^' de mineurs' qu’on trouvé dans les mines' du Hartz;' de ’Cor1-
- ' • -i' ! •• T ï , . t/ ;; r , j ‘ .
- nouailles, de la Bohême ou delà Saxe, étc’est'en
- < : m • / 'ii.* . ! I i • «* j • 1 ? x ’ . 'j; r. r — - r / . > ,• ( i ~ {
- partie à l’absénce d’une population de mineurs de' profession qu’on doit1 attribuerJ!rio!tre infériorité dans cette branche d’inctüstrié;r i ; -
- !!• ru ] ’ji j., . I o! * ' ' : ;
- à • 1 r * ^ ' » ’• '
- La Suède et. la Norwége ont une industrie miné-
- 'u r-}'- ‘ | .un -n^Lioat^ ,. a ;
- raie fort digne d’attention. Dans ces pays, il y a des traditions qui se rapprochent de l’Allemagne. On y remarqué, dèpufs 'blusiëurs'siècles; une"populà-
- *1 y. ' ** ; / \K>- • c; 1 i v iT> t- :.vr.r, -« î
- tion très-intéressante de mineurs. Le mineur de la Dalécarlie est un type, appoint de vue du techno-
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- D KUX1ÈM E ‘ 1 »'ART1È.
- CI.
- logiste ef de l’économiste icômmè/à: celui 'du moraliste et même du romancier- (1-) J • c : ! 1 ' ^ i; - •. n
- 'H * . 7
- Aux Etats-Unis, on suit uiié voie qui rappelle;
- celle de l’Angleterre. Mais là , l’esprit d’entre^
- prise a plus d’audace encore que dans les Iles Bri- ‘
- tanniques. On y craint encore*)moins* de risquer
- des capitaux et-on se les procure1plus-facilement,,
- quand on1 lie les a pas soi-même.1 ; -Par : rasceii-,
- daiit quhnt pris dans cette grande républiquel’es-,
- prit d’égalité et l’initiative individuelle.,, de -finême,
- >
- liomme;,\ dans»vlaMCal‘ilornie; et les, jeunes /Etats (qui
- se forment'autouiydlelle,; §stjtoiar .à t0jurf ingénieur,,
- simple mineur i et* entrepreneur d’industrie. j< / * *
- e A îi’égardqdQ^xplpitation, proprement dite
- c’est probablement en France que se sont produits, ,
- dans ces dernières années, les travaux scientifiques
- les plus, intéressants, ceux qui, dans un avenir peu
- éloigné,, donneront à l’exploitation des filons nié-
- tallifères un degré, de sûreté inconnu iusqu’à ce . "Ap- ° - ';iVis uVuvh. -o
- mur. Parmi les œuvres, de ce. genre, on a lieu de
- citer. ,un beau mémoire sur les filons de Viàlas,
- ,ji f Oflui hülr hijj < . , :\iu U ; » vU j (; m r_ * > q
- dans lequel fauteur, M. Rivot, ingénieur en chef
- des mines et directeur du laboratoire d’essai à
- >.! O non f; lu ;:;)] v ; .
- l’Ecole des mines de Paris, a, le premier, procédé à
- l’étudehes giseméiit^métalliqüës, Wsépàrànf net-
- 1 a y b ?aycq zoo aruîü. mob mm g b or:ni o
- j .oirgcmolJA'l on hîsdoj'iqqni ,o ?/•.> ...y
- (l),La monographie de l’ouvrier suédois a été faite par M. Le
- ‘ M : •-•‘..J „,.v> .l AU U :j.iu } 0"rUjs^f' v*
- Play .dans son ouvrage des.Ouvriers européens, pages 92 et suivantes, pour Vouvrier de Dahemôra. Elle èst suivie de celle’ de l’ouvrier rioi'wégieh’, pa^e4 98. n,
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- Cil
- INTRODUCTION.
- tement l’étude de la formation des fentes, c’est-à-dire des cassures opérées par les cataclysmes terrestres dans la croûte de la planète, de celle des modes suivant lesquels ces fentes ont été ultérieurement remplies de substances minérales, qui sont les filons memes sur lesquels s’exerce l’industrie minière (1). Ce mémoire trace des règles positives, et en suivant les principes qu’il avait posés, M. Rivot est parvenu, en quelques années, à assurer la prospérité de l’exploitation des mines de galène argentifère de Vialas (Lozère), dont les propriétaires ont le bon esprit de suivre ses conseils.
- En se guidant par des considérations semblables , M. Moissenet a tout récemment découvert, dans la Creuse, des gisements étendus d’étain, dont l’analogie avec ceux de Cornouailles semble prouvée dès aujourd’hui. Il reste à savoir quel avenir leur est réservé ; cet avenir est subordonné à leur richesse intrinsèque.
- Des plaintes ont été exprimées en France au sujet des entraves que notre régime administratif apporterait à l’exploitation des gisements nombreux, et dont vraisemblablement plusieurs sont riches, que recèle notre sol. Cependant, la loi de 1810 est libérale. Il est vrai qu’on peut distinguer entre la loi même et les règlements ou usages
- (1) Ce Mémoire important est inséré dans les Annales des mines de 1863, tome IV, page 309.
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- DEUXIÈME PARTIE. CIII
- administratifs qui servent à l’appliquer. Il est à désirer que toute réglementation excessive dispa-raisse dans un bref délai, en ce genre de travail comme en tout autre.
- Une des principales causes de la nullité presque absolue de notre industrie minière, à l’exception des mines de charbon et de fer, qui jouissent d’une certaine popularité, réside dans la défiance des capitaux qui n’aiment pas à s’engager dans des opérations où il faut rester longtemps sans recevoir des bénéfices. L’intervention de l’État a levé cette objection en Allemagne; mais c’est un expédient qui s’accorde peu avec les idées modernes. Il ne pourrait être appliqué chez nous qu’à titre transitoire. On lira avec intérêt sur ce sujet les observations contenues dans un Rapport spécial de M. Petitgand (1).
- - Le succès d’un petit nombre de compagnies de mines métalliques, s’il était éclatant, déterminerait probablement chez nous les capitaux à tenter l’expérience sur d’autres "points du territoire.
- § 2. — Des faits principaux qui ont marqué les dernières
- années.
- Les mines d’or de la Californie et de l’Australie présentent ce changement que, de plus en plus,
- (1) Tome Y, page 687. .
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- ctv
- INTRODUCTION.
- l’exploitation 1 se dirige vers les fiions de 'quartz aurifère, au lieu des alluvions. La masse qu’on en' extrait est ensuite pulvérisée dans des bocards qui sont devëïius de plus en plus forts, et le mine-: rai bocardé est soumis à un traitement métallur- • gique qui est en rapport avec sa nature. Pour faire marcher les bocards on a les cours d’eau et des machines à vapeur chauffées soit avec le boisv qui abonde en-. Galïfomié, soit avec da' houille ou un combustible’«minéral cjur y ressemble (1). On. fait ainsi intervenir la 'mécanique ’autanLqu’on le1 peut; cette intervention est commandée, éncore plus^ qu’ailleurs, dans des contrées où la main-d’œuvre5 est h des prixœxorbitantsy quintuple' ou même décuple de ce qu’elle se paye dans les mines métalliques du continent européen. • 7 : 'ncu - ‘d;
- ^ «Dans les deux pays, la Californie et l’Australie,d la production du précieux métal n’est pas en crois- j sancë; au contraire, elle diminue^ : 'üc-
- ‘•Si dans l’Australie et la Californie la main-:
- d’œuvre devient moins exceptionnellement ' chère
- et que les méthodes de traitementdes minerais se1 perfectionnent encore; la 'production' des l’or devra augmentée. Les'filons exploitables-sont/dans»l'es 5 deux pays , An nombre 'indéfini. - ; xn.Ç" >»»;;;/ aniq
- A
- Les nouveaux Etats et Territoires qui; se sont
- constitués dans la «partie de d’Union américaine
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- (1) - Rapport de M. Daubrée; tome ¥, ;pâge 53. 3 £0,î
- ) -/.O-l
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- DEUXIÈME' PARTIE.
- cy
- voisine de l’océan Pacifique;,.et dansdintérieur,, à ;la droite du Missouri, tels.que le-Nevada, le Golor rado, l’Idaho, le Montana, F Arizona, .le Washington, le Dakotah, l’Utah, le Nouveau-Mexique, présentent des gisements d’or en ;alluvions: et .en roches, dont une partie déjà est> livrée: à l'exploitation. Il en est de même dans ^Amérique anglaise,-du côté du Pacifique.: Sur l’autre versant1 du-nouveau continent,-dans la,NiOuvelerÉcosse,; qui ap-partient aussi à: Il Angle terreè des!.!:mines ^ d’or intéressantes viennent i d’êtremises? -en s exploitation-,. et on les travaille^ ; avec ; une, ; assez.] grande ac^
- -Les, mines d’or de Pempire i de (Russie; n’ont rér • vêle,à l’Exposition aucune nouveauté importante,^
- dans leur mode d’exploitation> ou la; grandeur de, leur production : .mais il a été mieux .constaté }que l’espace, occupé,^ar les alluvions;.:aurifères. est; sans limites dans les possessions asiatiques, de cette puissance:. Ainsi continue, à se .vérifier-cei.qu’é-crivait rillustre > Humholdt, if ;y,\a ; une trentaine > d’années, .-que du .présence de l’or^sur l’étendue
- .f
- où«il ,est, reconnu en jgisements exploitables, dans:: l’empire dej Russie,!;est;: un des; phénomènes,des.] plus généraux qu’on;puisse signaler,à la surface de notre globe.od Je aejd xofi-j/uoe
- :: A* 1’,égard de d’argent, des •minesiréconnues ,et
- les résultats obtenus, dans les six ou sept dert nières années, ont plus d’importance que pour l’or. Les citoyens :de s: É tat s-U ni s ,-i par une exploration
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- CVI
- INTRODUCTION.
- sommaire, la seule qu’ils pussent faire en si peu de temps sur des espaces aussi vastes, ont re-connu que les nouveaux Etats ou Territoires, que nous venons de nommer, offraient de nombreux filons de ce métal, et que, dans le nombre, il s’en trouvait d’une très-grande richesse. Le filon de Gomstock, au district de Waslioë, dans l’Etat de Nevada,- a déjà fourni des sommes très-considérables (plus de 80 millions par an dans les dernières années), malgré les circonstances désavantageuses qui, provisoirement, en caractérisent l’exploitation(1). Un autre filon, celui du Pauvre Homme (Poor Man’s locle) dans l’Idaho, donne de grandes espérances. Beaucoup d’autres ont été l’objet de tentatives qui promettent. Les connaisseurs admiraient, à l’Exposition, les échantillons riches en argent rouge et en argent sulfuré qui provenaient de cette partie de l’Union ; ceux de
- (1) Le filon déjà célèbre de Gomstock est, dans l’opinion de plusieurs ingénieurs, appelé à renouveler les merveilles du Potosi, ou de la Veto, Madré de Guanaxuato, ou de la Veta Grande de Zacatecas. Un projet grandiose de canal d’écoulement et d’assèchement pour ce beau gisement a été formé par un ingénieur établi dans le pays, M. Sutro, et la législature locale.s’est empressée de l’encourager. S’il est mis à exécution^ les conditions d’exploitation en seront fort améliorées, et la proportion du métal argent, annuellement versée sur le marché général, s’en ressentira.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CVII
- l’Idaho étaient les plus remarqués à cause de leur volume (1).
- Les dernières années ont démontré la grandeur et la variété dés richesses métalliques de la Sardaigne qui, du reste, dès le temps des Romains , était réputée sous ce rapport. On y exploite avec succès, sur de grandes proportions, des mines de fer aciéreux et des mines de plomb argentifère. Tout nouvellement, on y a découvert et mis en exploitation des mines de zinc d’une grande richesse. I] faut signaler surtout, à Iglesias, près de la mer, un magnifique gisement de calamine sur lequel des travaux importants ont été organisés et dont on transporte les produits dans diverses contrées où sont établies des usines à zinc. A Iglesias comme à peu près partout, dans la profondeur, la calamine tourne à la blende (sulfure de zinc).
- Les mines de zinc qui fournissent le plus de métal aujourd’hui sont celles de Prusse, dans les provinces du Rhin et de la Silésie. A côté des mines sont des usines qui extraient du minerai le métal. Le zinc produit par ces provinces s’élève aujourd’hui à plus de 60,000 tonnes. Le célèbre établissement de la Vieille-Montagne, en Belgique, qui puise des minerais dans toute l’Europe, n’en fait qu’un peu plus de la moitié.
- La Suède et l’Espagne offrent des mines de zinc dont l’exploitation s’est fort activée. La mine
- (1) Voir le travail de M. Daubrée, tome V, page 168.
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- cvm
- INTRODUCTION. '
- de blende située près d’Askersund est remarqua-! blement riche. Elle fournit du minerai à la Vieille1! Montagne qui, non-seulement continue de pro-l duire des masses de zinc brut, mais qui ne se relâche pas dans ses efforts pour élaborer ce métal et lui trouver des usages nouveaux. C’est la Vieille-Montagne'qui approvisionne une partie du monde en toute sorte! d’ustensiles de ménage em zinc et en articles de zinc pour les constructions,: particulièrëment' p’oùr les toitures et le revêtement’ dés fenêtres et œils-de-bœuf. Depuis peu d’années! on exploite, avec succès aussi, le zinc en Pologne pour traiter énsuite le minerai sur les lieux (1).
- A l’égard1 du Cuivre, métal des plus, utiles ,; lés ’ faits qui ont signalé ces derniers temps consistent' surtout dans une plus grande activité imprimée à1 des mines déjà connues.- Les mines du Chili sont1 celles qui ont le plus développé leur extraction'/ Le Chili est le pays qui aujourd’hui'donne'le plus® dé:'cuivré.' Lés 'mines de Coquimbo surtout-y sôrit® remarquables parl’intelligënte activité qui y règne® âüjo'ürd’hüi/Au Chili,1 dn ne sè'cottténte plus d’ex-
- ,1 , 1 • l • ( r i _ t ~
- traire'le rriinefài dhsein'uëda terré ' ën èn traité1 une’b'oimé partie'pour eh' retirer le métal. Lë’pays1 possède assez d’ha'bilës métallurgistes1 pbui' pfo-! céder ainsi. ‘SousJ ce1 rapport hrie nieriti'oiï‘toute* particuîièrë doit être faité; ëè M.'Domeikd, qui^dë-'
- rL.j jM üV-nî\:iMUii
- i U "!
- y* *'
- J i : ï * 1 ] è ‘ 'I • { ! - - ) I M ! 1 ; ’ , j ‘ ’ 1 j * { » ?
- (t) Voir, au sujet dè la. métallurgie du zinc, lé travail complet de M.Fuchs, tomé'1M* i‘>
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- DEUXIÈME PARTIE.
- ' . i :
- eix
- puis plus.de trente ans, étudie scientifiquement et pratiquement les ressources du pays et y. répand les connaissances spéciales. Minéralogiste, chimiste et géologue, M. Domeiko, ancien élève ded’Ecole des mines de Paris, fait honneur à cette école, par les services signalés qu’il ne cesse de rendre à sa patrie d’adoption.- L’.exporta-tion dé cuivre ,du Chili, tant en minerais qu’en .barres .et lingots,.-est. d’une valeur ,bien supérieure à celle de. 1.’argent qu’il, fournit, ,six,o,u sept .fois-,plus grande; Elle s’.est; élevée, .en.(1.865, à plus ..de 70
- millions'de francs* . . ; .-r m - - >
- L’Australie * par ses mines. ,d.et ;Burra r Burra,, rend une? .quantité., considérable. dp; cuivre. Les exploitations des bords* du lac Supérieur, aux États-Unis .et au .Canada, ont pris, du développer ment aussi. .11 s’v est improvisé une ville nou-vellej Copperopolis ; elle a plus de 2,000( habitants. Celle d’Alto, ap Chili, qui,doit, pareille-*
- i.
- ment ,,spn origine pu, cuivre.,, est parvenue,,dans, l’intervalle de peu d’années-, à, 9,000. , i
- L’Espagne-. .est. ,.plus avancée dans l’industrie minérale que dans la. plupart des industries manufacturières.^, Sa ..législation-, spéciale,, >tcependant,. laisse à désirer pluss que,.celle deda France,.-mais les ( mœpijs., de ;la,profession,,se„ sont perpétuées, dans ;,1e pays., Malheureusement les, capitaux, y
- '.J . : vid L >ji. v‘ jJ . ->J •> A -i.il f : l |
- manquent et les transports y sont difficiles.
- La race espagnoles fait ses preuves au Mexique
- -n pim :y ê, . - '-mu- ui: A
- et au Pérou, dans les seizième,.dix-septieme,et
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-
- ex
- INTRODUCTION.
- dix-huitième siècles. Aujourd’hui, dans les contrées hispano-américaines, l’absence de voies de transport, ainsi que de moyens d’éducation appropriés et, pour le Mexique au moins, le défaut absolu de sécurité, suscitent à l’exploitation des mines d’argent et d’or des difficultés qu’on ne rencontre pas ailleurs. Seul, le Chili fait une brillante exception à cette situation déplorable.
- L’empire du Brésil a cessé de compter pour la production de l’or où il se distinguait naguère. Il trouve plus d’avantage à produire, pour l’Europe, du coton, du sucre et du café, et il s’y consacre.
- Indépendamment des mines d’or de ses provinces asiatiques, la richesse minérale de l’empire de Russie mérite d’être mentionnée. L’exploitation des mines métalliques y est déjà importante, et le réseau des chemins de fer, à l’extension duquel le gouvernement russe s’applique avec une sollicitude éclairée, provoquera à cet égard une amélioration marquée.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXI
- SECTION II
- Les machines. — Progrès et extension «le la mécanique en général.
- CHAPITRE I.
- INTRODUCTION CONTINUE DE LA MECANIQUE DANS
- l’industrie.
- § 1. — L’invasion de la mécanique clans l’industrie
- s’étend chaque jour.
- C’est un des caractères dominants de l’industrie moderne, le plus saillant de tous peut-être, cpie la mécanicpie la pénètre de toute part. Toutes les branches de l’industrie éprouvent les unes après les autres cette sorte d’invasion, qui est pour le bien général, malgré l’effroi qu’elle a inspiré à un écrivain généreux et d’ailleurs fort éclairé, Sis-mondi, et malgré la défaveur avec laquelle elle est envisagée parmi les populations ouvrières. CElle a toujours pour effet l’augmentation de la puissance productive de la société,. la multiplication des produits pour une même quantité de
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- CXII INTRODUCTION.
- I < ' 1. '* "»
- travail humain) et les cas ne sont pas rares, où l’accroissement soit dans des proportions colossales (1).
- ' * t / *
- Certes, la mise en œuvre d’idées empruntées
- ?. ' > 1 i i
- au domaine des sciences autres que la mécanique peut aussi donner lieu à des progrès considérables de l’industrie. La chimie réalise souvent des changements qui tiennent du prodige. On a pu lui appliquer avec justesse le vers classique :
- Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.
- 1 1 ‘ m t . > '
- fil serait possible de citer des cas où une simple opération physique a suffi pour métamorphoser une industrie, ou même pour lui donner naissance^] [Ainsi, la filature du lin à la mécanique a été rendue possible par l’idée qu’on a eue de faire passer les étoupes et les fils à demi formés par un bain d’eau chaude^
- Mais quelles que soient les merveilles que l'industrie doit à la chimie, quelque secours qu’elle tire de la physique, les perfectionnements dont la mécanique est l’origine l’emportent en ce sens que la mécanique est d’une application plus générale; elle est d’utilité universelle.
- IJPar la vertu de la mécanique, des fabrications qui, naguère, formaient le lot de quelques artisans peu et mal outillés, établis dans une petite boutique
- (1) Nous en avons cité des exemples, pages xxn et xxw de cette Introduction.
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-
- DEUXIEME PARTIE.
- CXIII
- 5ou ïine; chambre, pàssérït successivement à l’état de grande industrie) Presquetout s y faisait à la main on avec un petit nombre d’inirumëhts d’une grande simplicité. Aujourd’hui, elles ont un nombreux outillage mis en mouvement par la vapeur ou par des chutes d’eau, et! on y peut observer d’une manière très-aCcentuëë‘ la ‘division' du travail marchant de front, ainsi qüë'é’est la. règle, avec l’introduction des màchiiVës èt'tlés Outils' per-
- fectionné§.J(î,,j7.,j( y.î7i0.:, «q s-oeoivinofl «ne auo?.
- Il n’y a pas bien longtemps que des industries,
- ' qui! auj61urd’,hüi -sôht' entièr’emér/t ^sous1 * la4’loi' de lamëcariiqüef1 etJqu/on1 ’s’iniagirièraît ' volbiitiers*' y avoir" et:ë louj oürsyj bilt'ëté'cbnquises 'par1 ëllë. lies 'persohnesèquï ' aiment cégèhrè d’étùdë's1 îi’bnf qu’à TëihWhter'''jusqu’à l’origine du xixe si'eclë!'û‘elles 'seront1 'étërinëés' dé Id’grandeur" el de ïaf multiplicité des changements, dus à l’introdu'ctibn ]dë là
- mëcàiiiquë^qui* s’offriront à éllés;({)'.ub HliK^
- • dH’up froro-oos onpioup yumnio nt j> hoh ont euh
- ,. | (1 )4 Voici quelques. ligoesj qup. j extrais dn. Qop.cs d’économie politique fait à Reims en .18.66-67,, sous, les auspices,éclairés
- de ^la Société" industrielle de cette importante ville' manufac-
- g;,U(17,v,\i!ëëii(îes —U ••''v-.uur.îvni *»i
- turïère, par M. Félix Cadet s professeur de philosophie au
- jyC^e .oiiyaiovmu oliUnj .0 ]>’..> oilo
- ', 0 « sNel vdus; 'sduvient^ilppas' ‘"en- quel état i %e" trouvaient - les
- choses] ( à Reims^r# yA trente! oudrentercinq ansf Gelai *se
- faisait en,famille, avec une, bonhomie .qui' fait sourire .la géné-
- ration actuelle, d’un sourire exempt, bien entendu, de toute
- amertume et de toute raillerie. Le. fabricant triait sa laine,
- souvent la peignait lui-meme, la dégraissait; .il etendait ses * ° . , . ’ , , .n’uFnfbmtm $sm
- échées ; il encollait lui-meme ses chaînes ; sa femme ou
- h
- T. I.
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- CXIV
- INTRODUCTION.
- Au milieu de ces fabrications nombreuses' qui composent les articles dits de Paris, j’en prends une à peu près au hasard, celle des lorgnettes de spectacle. Elle est devenue récemment, grâce à la mécanique, une grande industrie, très-bien outillée, avec une extrême division du travail. Les machines ingénieuses qu’elle emploie, non contentes de faire beaucoup de travail en peu de temps , économisent les matières de valeur, comme l’ivoire, dont est fait le corps des lorgnettes (1).
- La même observation s’applique aux porte-plumes , aux encriers en tôle mince vernissée, et à mille articles analogues (2).
- L’industrie delà chapellerie a été renouvelée par
- ses enfants bobinaient; en un mot, il était à la fois ouvrier et fabricant.
- « On trouve encore des spécimens de cette industrie rudimentaire à Mouy (Oise), peut-être même pas loin d’ici, parmi les fabricants de mérinos grande largeur, sur les bords de la Suippe. Les choses ont changé depuis, vous le savez. » (Cours d'économie politique, par M. Félix Cadet, page 105. )
- (1) C’est ce qu’on peut voir, à Paris, dans l’établissement de M. Lemaire, rue Oberkampf. M. Lemaire est l’inventeur des mécanismes qu’il emploie. Il a, de plus, organisé dans sa fabrique urôsystème d’apprentissage d’un grand intérêt.
- (5) M. Bac, à Paris, a, pour la fabrication des porte-plumes, des encriers de poche en tôle mince et de plusieurs articles semblables, un établissement remarquable,, dont il a lui-même imaginé tes mécanismes.
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- DEUXIEME PARTIE.
- CXY
- la mécanique. L’homme auquel elle est le plus redevable est un chapelier de Paris, M. Laville. Il a perfectionné les machines des autres et en a conçu de nouvelles qu’il a mises en usage dans son établissement, et qui de là se sont répandues au dehors (1). C’est par l’initiative de cet intelligent et infatigable manufacturier que la chapellerie est devenue si prospère en France. La chapellerie française ainsi outillée a rapidement décuplé sa production. Elle a su aussi utiliser de nouvelles matières. Il y peu d’années, le chapeau de soie était presque le seul qu’on fabriquât. A présent, il ne représente pas plus du vingtième de la production totale. C’est le feutre qui est devenu le tissu en vogue, et il s’est prêté à tous les usages et à toutes les formes. Le succès général de cette fabrication a donné naissance à des industries toutes nouvelles , telles que les « couperies de poils » sur lesquelles le Rapport de M. d’Aligny, sur la Classe 57 (2), contient des observations intéressantes. Il a déterminé aussi un commerce étendu de matières premières. Une quantité de poils à l’usage de la chapellerie vient du nouveau monde.
- A vrai dire, il faut s’attendre à ce que toutes les industries passent par là l’une après l’autre. Les
- (1) Tome IV, page 105.
- (2) Tome IX, page 228. Voir aussi tome VI, page 127, le Rapport de M. Servant.
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-
- CXVI
- INTRODUCTION
- u 1 . -y.. y . s. ' •. "1rj
- industries du batiment semblaient plus que d’au-;' très vouées au travail manuel, à l’exclusion delà*
- m . . . f
- mécanique. En réalité, la mécanique aujourd’hui s’en est emparée. ;>-
- La menuiserie se fait à la mécanique (1). Il eil' est de même de la serrurerie, jusques et y compris les clous de tout échantillon. On façonne mécaniquement les charpentes (2), et on taille me-/ caniquement les pierres. Une machine pétrit-léj
- « • I . ^ < • . Si* , ' / '
- mortier, une autre élève les pierres oulés briques/-
- . t • ' . . . _ . ...... f
- en remplaçant, pour les maçons, l’appreilti qu’ils" appelaient l’oiseau. " M ; f i!;! 1
- On fabriqué a la medaiiique des cliâlets tout en-
- . •» î , •* i * f » î - 1, ^ .
- tiers en pièces numérotées, pour être expédiés/ pfôr1 2 les' chemins de fer, aux départements 'ctau delà’1 des mers,, à F étranger, sur le modèle tle'ceüxxlé jaJ Suisse, non sans y joindre des enjolivements'èn découpures, que les chefs de famille des'Vallées-helvétiennes auraient considérés comme un' liixeT
- inquiétant, mais qu’aujourd’hui le pètit bourgeois-'
- ^ ï '*'?* - T- ' L ' 1 '
- peut, se permettre parce que la machine les exé-
- eji U , .. . ; i {{) 5: /' ' -. ' \
- cute a vil prix.
- Dans l’industrie si variée et souvent si clélicatè‘; des tissus,la mécanique, qui y-a déjà bien établi sa souveraineté, étend sans cesse son empire pelle n’y laissera pas-/ un coin qui ne soit directement sous sa loi. Ainsi, en ce moment, nous la voyons]
- (1) Tome X, page. 135, Rapport de M. Viollet-Le-Duc. '
- (2) Tome X, pages 106,1131 ’ : ^ ^ ..
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-
- DEUXIÈME PARTIE. CXVII
- . V 't’ï UJiTAmT/'. ry y-k
- s’attaquer avec succès au tissage, des velours.
- JJ : : J * • : a • • i • : - • ,. - 1 ;, - / » : ; ; . ,,
- fins (1). '
- . La mécanique pénètre jusque sur le terrain de la chimie, son émule, pour y faire des innovations dont celle-ci se trouve parfaitement : depuis quelque temps déjà on remarquait dans les ateliers de teinture d’ingénieuses dispositions mécaniques; l’impression au rouleau des toiles de coton et des papiers de tenture en est un remarquable exemple. Maintenant apparaissent dans l’art du teinturier de nouveaux procédés où la mécanique joue un rôle important (2).
- Parmi les machines nouvelles qui aspirent à remplacer les doigts de l’homme, même dans les détails de la vie privée, on a vu au Champ-de-Mars une machine à faire des cigarettes (3).
- Dans le dernier demi-siècle, la mécanique a complètement transformé l’art de la meunerie, si essentiel dans la société. A cet égard, le contraste est frappant entre les pays civilisés, tels que l’Europe et les États-Unis, et les régions arriérées du nord de l’Afrique, qui sont peuplées de tribus arabes. Chez ces dernières, le blé, de nos jours encore, est écrasé entre deux pierres, à main
- (1) Tome IX, page 304, Rapport de MM. Ch. Callon et F. Kohn.
- (2) Le système Gouchon. Voir tome IX, page 183, Rapport de MM. Alcan et Simon.
- (3) Rapport de M. Cavaré fils, tome VIII, page 426.
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- CXVI1I
- INTRODUCTION.
- d’homme, ou plus exactement par le travail des femmes qui en gémissent comme les servantes de Pénélope astreintes à ce même labeur, et une -multitude de pauvres créatures y subissent cette pénible corvée. Au contraire, dans 'les moulins perfectionnés, qui fournissent aux peuples civilisés la magnifique farine dont ils se nourrissent, le labeur humain a presque disparu. Le curieux, qui s’y promène, n’y rencontre aucun ouvrier. 11 semble que ce soient des fées qui fassent la besogne. 11 y a une fée, en effet : c’est la mécanique.
- La boulangerie est à son tour envahie par les procédés perfectionnés, empruntés à l’arsenal de la mécanique./L’Exposition montrait en concurrence, et constamment en activité, les appareils Lebaudy, et ceux que mettent en usage, pour leur clientèle, deux boulangers de Paris, MM. Plouin et VauryJ Chaque jour, le public s’arrachait le pain, à la sortie du four. Dans les deux boutiques, le pétrin mécanique était seul en usage. Ainsi va être supprimé le travail du geindre, si peu attrayant pour le consommateur et si dur pour l’ouvrier, au corps nu et à la sueur ruisselante (1).
- La maréchalerie tend à devenir un art essentiellement mécanique : MM. Mausoy, de Clichy, fabriquent, à la machine, des fers de tous modèles, au moyen d’un outillage perfectionné. Leur
- S . ! /
- (1) Voir ci-après tome VIII, page 351.
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- DEUXIÈME PARTIE*
- CXIX
- usine, n’est déjà, plus la seule qui marche sur cette donnée.
- La France produit actuellement, par an, pour 25 à 30 millions de francs de cols-cravates (1). » C’est la machine à découper et la machine à coudre qui ont donné à la lingerie dite de confection le moyen de s’étendre à ce point, par la modicité de plus en plus marquée des prix de vente. A Paris, plus de dix mille ouvrières vivent de cette industrie de la lingerie en grand, et leur salaire est loin d’avoir baissé par l’introduction des machines; elles gagnent en moyenne 2 francs par. jour,, et les plus laborieuses vont jusqu’à 4 francs. ^Appliquée à l’agriculture, la mécanique lui rend les mêmes services qu’aux autres industries : elle la dispense de chercher un personnel qu’elle ne trouverait pas.^Dans des pays où la population nia que peu de densité, elle permet de porter la pro-. duction des .denrées de première nécessité, des céréales par exemple, à ce point qu’il y en ait non-seulement pour les indigènes, mais aussi pour l’exportation sur une grande échelle. La moissonneuse, machine dont il existe plusieurs modèles, parmi lesquels le meilleur est celui de M. Mc Cor-mick, de Chicago, donne à l’Amérique du Nord le moyen de fournir du blé à l’Europe, après avoir nourri ces populeuses cités qui font l’orgueil et la
- (1) Voir ci-après le Rapport de M. Hayem aîné, tome IV, page 304. ' v . . 0 ;1 x . . • ' . .
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- GXX INTRODUCTION. . :
- puissance des États- du littoral, Boston, New-York, Philadelphie j Baltimore. Sans elle, comment l’Ohio, l’Illinois, le Michigan et tous les. autres Etats grands producteurs de blé, auraient-ils assez de bras pour ramasser leurs récoltes sur la vaste étendue qu’ils ensemencent ? Les Etats-Unis comptent en activité environ 175,000 de ces machines dont la majeure partie est du système Mc Cormick (l).jUn homme distingué, fort,compétent - en ces. matières, M.-, Gould, président dev la Société, d’Agriculture de d’Etat de New-York, estime que l’ensemble de ces-machines remplace, au moment de la moisson, ..jusqu’à quinze cent mille hommes qu’on ne. trouverait à .aucun prix (2), Avec , la moissonneuse, la récolte est faite sur une propriété ;en très-peu de jours ; -de.sorte: qu’il suffit d’une veine de beau temps pour la. couper et la mettre- à l’abri. De plus, elle empêche la - perte d’une,:quantité notable de-grains; on estime.que le blé, ainsi, sauvé peut aller à près d’un hectolitre par hectare. . ,vq -;qV:oOÔ
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- 1 L .= i > • d . U U ' . s. 5 i -ur O- ' - '' ’ ' , ' ; • - vt J
- (1) Voir,' sur la moissonneuse Mc Cormick^ le Rapport de M., Tisserand, tome , XII, <pagp.;45; celup de M. Auréliano, page 125, et,celui dp M. Bpiteb.tpme.yïll,, page 182. , ; ;I
- A lui seul, dans ses ateliers, M. Mc Cormick en a fabriqué 80,000. D’autres constructeurs se sont servis de son modèle, son brevet étant expiré. ; ' dîi • • t * r:t |o. [*'
- (2) D’autres calculs indiqueraient un nombre'moins considérable. Mais, dans tous les cas, l'avantage-est immense, et la face de la culture en est changée.
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- DEUXIEME PARTIE.
- GXXT'
- -Une simple opération, la compression,* qui se fait par une machine, permet de1 transporter laü loin les fourrages. Pour la* guerre, c’est d’une grande utilité ; pour 1’approvisiohnement descapi-; taies où il y a un très-grand nombre dé chevaux1,: c’est une ressource en l’absence de laquelle les
- V
- prix seraient excessifs (1). 1 h (i'!’ j ; J
- Qu’était l’art dentaire il y a'un 'siècle?» un métier'
- . v # y t i*. ï
- borné et immobile.' Et qu’était le dentiste? un praticien ; vulgaire. Âuj ourd’hui ' le! dentiste f pour réussir- âoit* être* uib chirurgien1 savant; * ‘et il • a a son service des1 industries’ montées en grand: la fabrication des instruments mêmes,' celle’des dents; celle ' des pièces en! caoutchouc,! celle d’un or particulier.';1On'’eh trouvera le détail, qui est fort curieux;' dans-le Rapport dè M. Th.-W. Evans (2),. La mécanique et la chimie prêtent’ ici l’une èt l’autre leur concours. L’établissement dë M. Sa^-muel White, à Philadelphie, pour les instruments, spéciaux^ les dents artificielles et l’or spongieux; occupe 300 ouvriers. C’est aux Etats-Unisjqué! la chirurgie dentaire a reçu le plus de développements et a acquis sa supérioritévparce'que c’bsblà que les arts quiusry rattachent'ont'été le plus perfectionnés phf’la^mëcahiqüéb.t ïâ chimie.
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- C R .ujb >x fi'ot JiîOt; l;, j ÿR é;'v‘k>
- (1) Voir le Rapport de M. Aureliano* tome XII, page 129, et celui de ,M. Barrai, tome VI, page,404. -u m
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- (2) Tome,11, page,389., <• »! aeo* -.Miii- ,^ïn
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- CXXII
- INTRODUCTION.
- §2. — Des résultats généraux de l’introduction ries machines.
- | Le progrès des industries, c’est-à-dire leur extension, la quantité de produits qu’elles livrent au commerce et à la consommation, et rabaissement du prix des objets fabriqués suivent partout l’invasion de la mécanique^ Le nombre des ouvriers occupés semblerait devoir être diminué par l’usage des machines : au contraire, il augmente, tant la demande et, à la suite, la fabrication deviennent grandes par la réduction des prix.
- De tous les textiles, le coton et la laine sont ceux au travail desquels la mécanique s’est le plus grandement adaptée. C’est eux de même qui emploient le plus de bras. Mais aussi quelles proportions les industries textiles en général, celles du coton et de la laine en particulier, n’ont-elles pas acquises avec l’assistance des machines ! Dans les relevés statistiques qu’il a dressés, M. Alcan estime que, sur une valeur de plus de 11 milliards, produite dans toute l’Europe en tissus de toute sorte (coton, laine, lin, chanvre, jute, soie), le coton fait 3,648 millions ; la laine, 3,631 ; ensemble : 7,279 millions, ou les deux tiers de la totalité (1).
- Le coton est un textile exotique, et, il y a cent
- (t) Études sur les arts textiles à l'Exposition de 1867,, page 346. — Ibid., page 357.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- ans, la production des articles de coton était insignifiante en Europe. A cette époque, la soie primait les autres textiles par la valeur de la production qui en provenait. Elle est aujourd’hui au dernier rang, quoique la fabrication des soieries ne soit pas restée stationnaire, et quelle monte présentement, en Europe, à 1,628 millions (1).
- L’Angleterre est le pays où l’application de la mécanique à l’industrie en général s’est étendue le plus. Les industries textiles, et l’industrie du coton entre toutes, sont celles qui en offrent les plus frappants exemples. La conséquence est que c’est l’Angleterre qui travaille le plus et surtout qui produit le plus, et où spécialement les industries textiles se sont le plus développées. Elle fait, avec les textiles, des articles divers pour 4,536 millions, juste les deux cinquièmes de ce qu’en produit toute l’Europe. Elle fabrique des articles en coton pour deux milliards de francs, sur une valeur d’un peu plus de trois et demi fournie par l’Europe entière, soit 57 pour 100 (2).
- Veut-on mesurer l’influence que le développement des arts mécaniques peut exercer sur les salaires? De tous les ouvriers de l’Europe, le mieux payé est celui de l’Angleterre. En Russie, il y a des filatures de coton à la mécanique, mais en même temps on file beaucoup au rouet, M . Alcan
- (1) Études sur les arts textiles, déjà citées, page 338.
- (2) Ibid., pige 346.
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- INTRODUCTION.
- » j i/
- nous apprend que, dans ,cet çmpire, les fileuses à la mécanique gagnent 1 fr. 25, et les fileuses,au rouet 24 centimes seulement (1). , .
- Désire-t-on savoir à quel point, par suite du progrès des arts mécaniques, la population des pays industrieux est elle-même pourvue d’objets produits dans les industries textiles? Déduction faite de l’exportation, ce qui reste à la population britannique en articles de toute sorte provenant de ces industries, pour le vêtement, les usages domestiques et l’ameublement, représente une somme de 94 francs par tête. En France, c’est 57 francs; en Belgique, 52, et en Russie, 16.
- L’Italie, d’après M. Alcan, ne serait pas plus avancée que la Russie, elle le serait même moins; on y compterait encore 300,000 fileuses au rouet, gagnant 15 centimes par jour.
- Ce n’est pas à dire que, dans quelques cas, l’introduction d’une machine nouvelle, qui est un progrès marqué pour la Société en général, ne soumette les ouvriers, en particulier, à une dure épreuve. Quand elle se fait subitement et à la fois dans tous les ateliers d’une même ville et d’une même province, une partie notable des ouvriers est immédiatement privée de travail, et des centaines, des milliers de personnes restent ainsi sans gagne-pain. Le cas est rare, mais il est possible d’en citer des exemples. Il n’en faut rien
- (1) Études sur les arts textilesr page 357.
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- 1 î v '? -‘i-
- cxxv
- DEUXIEME PARTIE.
- Conclure' centre lés ' machinés':1 Là seule’ ‘ Jc'onclu-siôiï a tirer, c’est qu’une société'bien1 organïsée: doit prévoir les circonstances de ce'genre*, et que tout le monde doit s’y prêter, les chefs d’industrie, les administrations locales et même l’ad'mi-I nistration de l’Etat. Mais le concours des ouvriers: eux-mêmes est indispensable: Ils doivent, par la pratiqué ' de l’épargne, se préparer le moyen de! pârer! é'uX-mêmes à ces Cruellesl'extrémités' ‘dans1
- j ^ » fi. M. } '* ;
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- là inësurc du possible. üi Les: 'populations'' ouvrières:ont lieu dé:compter,Ji
- dâns cës 'coiij bncturës *j sur d’active sympathie?’1 des3 autres ’classèsdë la 'Société:'Mài'sle propre d’une civilisation avancée, d’üiië -nàtiolh mûre pour1 une conàtMtîdn*''libérale','"c’èst ’qüél'chacun coiiipfë' avant dëut sur là puissance; dè: ses’ propres "ef-° forts, sur la vertu dé sa propre prévoyance';1 :c?ësL qüë Tinitiative personnelle soit assez développée chW chacun pour qu’il y trouve des ressources1 véritables.1 ' "V’XL‘°'K1
- 'On a l’exemple dcrce qui' doit se passer'ëri'pa^3 reil cas, dans cef qui s’est fait en Angleterre/ lors-3 que le coton'y à'manqué'tout 'à“coup ‘par l’effet1 dé la guerre’ civile’ dès 'États-Unis: Il 's'ensuivit’ presque àu'ssitô t une"graridê 'perturbation élans1 lés/ moyens'd’éxisténcè'dcs' Oüvnéfs1: Le travail leürJ fit'" defaut.1 Gelj-fi’était pas-là mécàniquehqüi en3 était la causé,'-màisl’effët était le même, et il!;ÿ avait bien plus de bras inoccupés qu’il n’y en avait jamais eu ëbqutil n’y :en,aura-jamais’ydu fiait
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- CXXVI
- INTRODUCTION.
- d’une machine nouvelle ou d’un nouveau procédé manufacturier. La nation anglaise a offert alors un grand spectacle : tout le monde y a fait son devoir, les chefs d’industrie et les chefs de l’aristocratie ont rivalisé de zèle et de générosité; les autorités communales et le Parlement ont déployé une sollicitude aussi intelligente que secourable. Les ouvriers ont été admirables de patience, de résignation et de dignité. Si un grand nombre d’entre eux n’avaient eu des épargnes, la crise eût été bien plus douloureuse.
- En se plaçant à. un tout autre point de vue, n’a-t-on pas lieu d’admirer les ressources que la mécanique fournit à la guerre même? Sans leurs machines à fabriquer les fusils, les Américains du Nord auraient-ils pu armer à temps leurs millions de soldats et en finir avec l’effroyable guerre civile qui, après avoir causé tant de dépenses en hommes et en argent, occasionné tant de dévastations et de désastres, devait pourtant aboutir à l’abolition de l’esclavage des noirs dans les États du Sud (1)?
- Le perfectionnement des armes à feu, fusils et canons, relève entièrement de la mécanique. Il s’agit, en effet, de lancer dans une direction donnée, en s’en écartant aussi peu que possible, un projectile, balle ou boulet; de le faire parvenir à la
- (1) Voir tome IV, pages 464 et 472, le Rapport de M. Treuille de Beaulieu et celui de M. Challeton de Brughat.
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- DEUXIEME PARTIE.
- plus grande distance possible et de multiplier le plus possible le nombre des coups daim un même espace de temps. Ces trois aspects du problème ont été envisagés successivement par les constructeurs, qui en ont trouvé des solutions bien plus satisfaisantes que les anciennes, autant qu’on peut qualifier de satisfaisantes des inventions dont l’objet est de répandre davantage la dévastation, et la mort. Sur ce dernier point, cependant, on peut remarquer que le caractère destructeur et exterminateur des nouvelles armes peut bien avoir l’effet de rendre les guerres plus rares et d’empêcher qu’on ne se batte sans les plus graves motifs. A la première collision, l’on verra, pour peu que les belligérants y apportent de l’obstination, des malheurs si grands des deux côtés, qu’il devra en résulter un sentiment général d’épouvante et un cri universel d’horreur contre la guerre.
- § 3. — Exemple particulier de l’impuimerie.
- Aucune industrie n’a, depuis quinze ans, été, plus que l’imprimerie, transformée par la mécanique, non sans le concours des autres sciences cependant. Avec la presse mécanique, rien de plus facile que de tirer 6,000 feuilles à l’heure ; on est allé jusqu’au double, on peut même atteindre le quadruple (1). Pour les besoins des journaux popu-
- (1) Les presses Marinoni le font avec 7 ouvriers seulement
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- ' OCXVIII INTRODUCTION.
- laires, qui ont un débit de 100,000 et 200,000 exemplaires, le tirage de 6,000 à l’heure, qu’à Paris on regarde comme le plus commode, ne permettrait pas d’atteindre le résultat nécessaire, si l’on n’y ajoutait rien; mais on a la ressource des clichés. Même avec la presse mécanique, si l’on n’avait aucun expédient pour lui venir en aide, on devrait, pour obtenir les grands tirages en un petit nombre d’heures, faire plusieurs compositions, et autrefois c’est ce qui se pratiquait pour les journaux qui avaient le plus d’abonnés, quoiqu’ils fussent loin d’atteindre les nombres que nous venons de dire. Aujourd’hui, quelque grand que le tirage puisse être, on ne fait qu’une composition, mais on la multiplie par le clichage (1). L’art de clicher s’est lui-même extrêmement simplifié. Il s’est réduit à prendre une empreinte avec du blanc d’Espagne et du papier étendus sur la composition. Une pareille empreinte, qui a le mérite de ne coûter presque rien, y joint l’avantage de sécher très-vite. On peut donc presque aussitôt y verser un métal très-fusible, qui ne détériore pas le moule, se durcit immédiatement et donne un
- pour chacune.' Voir tome II, page 18, Rapport de M. Paul Boiteau.
- (1) Une découverte vraiment originale est la prise d’empreintes au moyen de la gélatine, qui amplifie les types si on la fait gonfler dans l’eau, et les diminue ' si on la resserre par l’alcool. Ce procédé est dû à M. ArMartiri. Voir tome II, page 85, Rapport de M. Paul; Boiteau; > ~ . *
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- DEUXIEME, PARTIE.
- St’-
- GXXIX
- (.bon'Tirage. Si une empreinte ou un cliché ne suffit - pas, on en prend deux, trois, le nombre qu’on oveut On cite des journaux populaires qui emploient vingt-quatre clichés. /Avec vingt-quatre .machines, et seulement 6,000 feuilles à l’heure par machine, on tire, en une heure, 144,000 exemplair es.J?
- ^ De compte fait, il y a trente ou quarante ans, pour tirer un journal à 1250,000 seulement, on aurait eu besoin de cent soixante presses et de quinze cents ouvriers ; matériel et personnel impossibles à réunir. Aujourd’hui, on y suffit avec quatre-vingt-dix ouvriers et neuf machines. Et même avec quatre machines Marinoni et vingt-huit ouvriers, en une seule heure Q i A l’Exposition même, on voyait fonctionner une presse mécanique de M. Jules Derriey, à petits cylindres, qui imprimait 10,000 feuilles à l’heure^/ C’est juste le chiffre que, dans la petite mécanique typographique, la presse Lecoq permet d’obtenir couramment pour le numérotage des billets de chemin de fer (1).
- La multiplication des reliefs, sinon des empreintes, s’emploie pour la lithographie comme pour la typographie. On transporte un dessin, une fois tiré, sur une nouvelle pierre, comme on fait un cliché en métal, par un procédé approprié..
- (1) Voir tome IX, pages 280 et 285, le Rapport de MM. La-boulaye, Doumerc et Normand.
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- cxxx
- INTRODUCTION.
- 11 se tire ainsi d’une seule gravure un nombre illimité d’exemplaires. C’est par ce procédé qu’il est possible d’obtenir à vil prix des cartes de géographie et de la musique. Aussi vend-on maintenant 50 centimes de jolis petits atlas de géographie, de dix ou douze cartes avec texte. De meme il y a de petits solfèges à 15 centimes et des partitions complètes d’opéra à 2 francs (1).
- Ce qu’on appelle « l’aciérage » des types, c’est-à-dire l’opération électro-chimique par laquelle on dépose du fer sur des clichés d’imprimerie, ou sur des caractères mobiles, ou même sur des planches de gravure en creux ou en relief, est encore une cause d’économie et de bon marché dans la production des livres et des estampes, par la durée qui en résulte pour les types.
- Il ne manque donc plus rien pour que les populations, qui veulent s’instruire, aient sous la main, en abondance, 'les livres et les cartes qui leur sont nécessaires. Si même, pour se cultiver l’esprit et le sentiment, elles jugent à propos de se livrer au charmant plaisir de la musique, au lieu des jeux grossiers qui ont été en honneur parmi leurs pères, ou du cabaret .qui est encore pire, rien ne sera plus aisé. C’est, du moins, ce qui semble.
- (I) Le Rapport de M. Paul Boileau, sur l’imprimerie, offre sur ce sujet et sur tout ce qui concerne cette industrie des renseignements pleins .d’intérêt, ''Voir ci-après, tome 'II, pages H, 14 et 72.
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- Malheureusement dans quelques pays, parmi lesquels j’ai le regret d’avoir à nommer la France, le système réglementaire s’interpose et paralyse les meilleures dispositions du public. Une réglementation arriérée sur l’industrie de la librairie oppose un insurmontable obstacle, dans les trois quarts du pays, au désir que les populations ne peuvent manquer d’éprouver de plus en plus, de profiter du bon marché des imprimés en tout genre, livres, dessins, cartes et musique. Les petites villes et les villages ne peuvent avoir aucun dépôt de livres. Ce commerce n’est permis qu’à des libraires de profession, le pratiquant à l’exclusion de tout autre ; or, le débit des livres dans une petite localité ne suffirait pas, s’il restait isolé, à faire vivre une famille. Ainsi, quand bien même le gouvernement voudrait multiplier indéfiniment les brevets de librairie, dont seul il est le dispensateur, il ne trouverait pas à les placer dans les endroits que nous venons d’indiquer. Tant que le commerce des livres ne sera pas une industrie libre, la France sera un pays où la grande majorité de la population lira très-peu. La liberté de la librairie est une des mesures par lesquelles un gouvernement peut le mieux manifester sa volonté de répandre les lumières (1).
- 1/(1) Le gouvernement avait proposé, à l’occasion de la loi sur la presse, qui a été votée cette année (1868), de réformer la législation de la librairie et celle de l’imprimerie qui ne
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- CXXXJJ
- INTRODUCTION.
- CHAPITRE IL
- LES NOUVELLES FORCES MOTRICES.
- § 1. — L’air comprimé.
- L’Exposition n’est pas sans présenter un certain contingent, en fait de nouvelles forces motrices à l’usage de l’industrie, jusques à présent bornée à l’action du vent, aux appareils hydrauliques et à la machine à vapeur.
- Il convient de signaler, à ce sujet, une tentative aujourd’hui complètement victorieuse, celle de transmettre, par le moyen de l’air comprimé, même à une distance de plusieurs kilomètres, la force et le mouvement fournis par une chute d’eau. La force élastique de l’air comprimé devient ainsi un moteur.
- < _ i.
- Toutefois, elle ne l’est réellement que de seconde main; il faut d’abord une force qui comprime l’air, et celle-ci, jusqu’à présent, a été une chute d’eâu ; mais on pourrait l’emprunter au vent, et, à la ri7
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- gueur, à toute autre moteur.
- Il y a déjà longtemps qu’un ingénieur modeste et laborieux, homme de bien en même temps, feu
- vaut pas mieux. L’une et l’autre industrie seraient devenues
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- libres. La majorité du Corps législatif a jugé à propos d’ajourner cet affranchissement.
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- DEUXIEME PARTIE. CXXXIIt
- M. Andraud, avait conçu et travaillé l’idée d’emmagasiner et d’envoyer au loin, au moyen de l’air comprimé, les forces motrices naturelles et particulièrement celle qui est disponible sur les cours d’eau, et qui peut s’élever, dans un grand pays comme la France, à des millions de chevaux. Le mérite d’avoir résolu, d’une manière parfaitement pratique, ce difficile problème sur de grandes proportions, appartient à M. Sommeiller, ingénieur en chef du percement du mont Genis (1). •
- D’autres avaient essayé avant lui, au mont Genis 'même ; mais, en y apportant le contingent de son propre génie, il a transformé les essais antérieurs, et, grâce à lui, le mécanisme a pu acquérir toutes les qualités réclamées par l’industrie, surtout la continuité dans l’usage. Le percement du moni Cenis sera un des monuments de notre siècle.
- A
- Creuser une spacieuse galerie de plus de 12,000 mètres, non-seulement à travers des terrains d’une très-grande dureté, au moins sur une partie du parcours, mais encore sans le secours de puits intermédiaires; avancer avec une rapidité bien supérieure à celle qu’obtient le mineur, lorsqu’il fore les trous, le fleuret à la main ; surmonter, par une aération puissante, au fond, de ce couloir de plus en plus prolongé, l’inconvénient des exhalaisons humaines qui vicient l’atmosphère, et celui de la fumée de la poudre qui ne contribue
- (1) Il a été assisté de‘MM. Grattoni et Grandis.
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- CXXXIY
- INTRODUCTION.
- pas moins, à rendre l’air irrespirable, telle est la série des résultats, tous nouveaux, tous intéressants, dont le souterrain du mont Cenis offre le spectacle. Le succès du système est complet, et on se considère aujourd’hui comme assuré d’acher ver le percement dans le délai de trois années environ (1).
- Le principe nouveau, maintenant qu’il a réussi, dans un travail considérable, ne peut manquer de recevoir de nouvelles applications. Un brevet d’invention a été pris pour utiliser, dans les villes comme Paris, la force motrice de l’air comprimé, au moyen de réservoirs d’où partirait une canalisation semblable- à celle du gaz, qui lui- « même est devenu une force motrice, et en cela l’air comprimé ferait concurrence au gaz.. Quant à présent,, cette idée peut être taxée de chimère'; mais combien de projets, qui étaient pleins d’avenir, ont commencé par se présenter sous. une. forme irréalisable !
- § 2, — Eau sous pression.
- Nous n’avons pas. à décrire ici les beaux appareils dont M. Armstrong a vulgarisé, l’emploi; la grande difficulté était d’y éviter les coups de bélier auxquels les organes des machines, et en particulier les, tuyaux, ne sauraient résister ; il y
- (1) Voir le Rapport de, M. Huet, tome X,, page 245.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- est parvenu en faisant communiquer les parties, qui y sont exposées, avec les conduits amenant l’eau sous pression, au moyen de soupapes s’ouvrant vers celle-ci. Ce sont donc de vraies som-pa-pes de sûreté, qui se soulèvent au delà d!un certain effort (1).
- L’eau sous pression joue actuellement deux rôles distincts dans la mécanique. : elle sert tantôt de moteur proprement, dit (machines Armstrong, Coque, Samain) (2), tantôt d’accumulateur de force vive. Dans ce dernier cas, elle est destinée à exercer, par intervalles, de très-puissants efforts, et il serait difficile de remplacer la docilité et la précision, aussi bien que la force des machines fou- . dées sur; cette donnée, (outillage Bessemer, moote-charges, machines des docks, etc.)'. C’est au moyen de pistons plongeurs à, simple effet qu’on utilise l’eau sous pression. La distribution par tiroir- a été-généralement, substituée au. système compliqué des anciennes machines à colonne d’eau.
- Un: troisième emploi de. l’eau sous pression tend à prendre une certaine importance ; il consiste dans: s.es; propriétés, quasi-lubréfiantes, que M. Girard avait mises en évidence. Les paliers hydrauliques de M. Jouffrav en. sont une heureuse application (3).
- (t) Rapport de M. Worms de Romilly, tome IX, page 65.
- (2) Ibid. , page. 7.0;.
- (3) Ibid., page 5.
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- CXXXVI
- INTRODUCTION.
- § 3. — Air chaud.
- M. Laubereau a exposé une machine à air chauol dont le principe est nouveau. C’est la même quantité d’air qui, successivement échauffée et refroidie, actionne une machine à cylindre et tiroir ordinaires. Le déplacement de la masse gazeuse est produit par un piston spécial, qui l’amène tantôt; au-dessus d’un foyer, tantôt dans un réservoir refroidi par des injections d’eau. Il reste à savoir ce qu’en dira l’expérience (1).
- § 4. — Gaz d’éclairage.
- C’est à MM. Otto et Langen (2), de Cologne, que revient l’honneur d’avoir exposé la machine à gaz la plus économique. Tandis qu’une machine Lenoir consomme, par heure et par force de cheval, environ 2,500 litres de gaz, la nouvelle machine, selon M. Le Bleu, n’en exigerait que 1,200. Le principe consiste à mélanger le gaz dé beaucoup d’air. Le résultat est obtenu plutôt par > la dilatation de cet air échauffé, du fait de la détonation, que par l’expansion due à la détona-' tionmême. De cette manière,' un piston lourd, à longue course verticale, est brusquement soulevé; et agit par son poids dans la* descente. * -
- (1) Voir le. Rapport de .M. Le Bleu; tome IX, page 98. ï-
- (2) Ibid., page 99. , JV-oa ...m
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXXXVII
- Notons aussi une ingénieuse idée de M. Hugon, celle de faire absorber par l’eau, sous la forme de chaleur latente de vaporisation, l’excédant de calorique dégagé par l’inflammation du mélange détonant; il évite ainsi la combustion des graisses dont on enduit les organes des machines et le grippement des surfaces frottantes. L’inflammation du gaz, qui, dans la machine Lenoir, est due à l’étincelle électrique, se produit dans la nouvelle machine au moyen d’un petit jet de gaz constamment allumé devant un tiroir, qui s’ouvre et se referme rapidement au moment de la détonation. Celle-ci s’opère ainsi plus régulièrement.
- *
- S. — Gaz ammoniac.
- Ce gaz peut être employé de deux manières, ' comme source de force motrice : à l’état de-dissolution, ou préalablement liquéfié par une forte pression. A l’état de dissolution, M. Frot l’ao appliqué aux chaudières des machines ordinaires.’u Après avoir agi, le gaz passe dans un condenseur, muni d’un dissoluteur et d’un serpentin d1 extraction, dont les fonctions consistent à reconstituer une dissolution saturée du gaz, en évitant, autant que possible, les pertes. Mais cet emploi du gaz ammoniac, comme moteur, n’eèt pas encore sorti delà période des essais. Selon1
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- INTRODUCTION-.
- des juges éclaires, on- doit s'attendre à ce' qu’il donne des résultats- importants (î).
- A l’état liquéfié, le- gaz ammoniac et quelques autres sont probablement appelés, à un bel av.enir industriel, à cause du travail mécanique disponible qu’ils représentent sous un petit volume : un litre d’ammoniaque* liquéfiée- à la pression de 10 atmosphères donne, à la température de 25 degrés, un mètre cube de gaz, soit mille fois le volume primitif.
- Les chaudières' Imbert, faites avec des plaques de tôle soudées sans’ rivures, conviennent spécialement à toutes les applications de ce genre-, car elles préviennent les pertes de gaz, qui sont inévitables avec les chaudières ordinaires (2).
- §6. — Moteurs électriques.
- On ne remarque rien de neuf dans l’emploi de l’électricité comme force motrice. La tendance ac-
- tuelle est bien plutôt de transformer le travail mécanique en électricité que cette dernière en force
- motrice.
- (1) Voir ci-après, tome IX, page 99. M. ,Ch.. Tellier, ingénieur civil, a publié récemment un volume intéressant sur cette matière. Il est intitulé : Y Ammoniaque dans Vindustrie. — 1 vol. in-8°, Rotschild-, à Paris;
- (2) Voir tome IX, page 87,, le Rapport de M.. Luuyt..
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CHAPITRE III.
- M A C II IN E'S: A VA PEU B,
- § 1. — Machines fixes.
- La machine à vapeur rend tellement de services qu’en ne saurait attacher trop de prix, à ce qui la perfectionne. En fait de- machines à vapeur,, les machines fixes,, celles qui sont à demeure dans un atelier, et. attachées au sol, sont les plus, nombreuses. On en a beaucoup de modèles.
- Pour ces machines, le système Woolf se répand chaque jour davantage ; la théorie l’avait indiqué, il y a longtemps, comme préférable ; la pratique aujourd'hui sanctionne manifestement cette indication.. On sait qu’il concilie l’emploi des plus grandes détentes, avec un écart modéré des efforts maximum et minimum : il économise ainsi le combustible, et permet de réduire-,, pour une même force, le poids de la machine, parce que les organes de celle-ci n’ont, pas-à passer par les laborieuses alternatives d’une tension excessive et d’une tension presque nulle.
- La double enveloppe de vapeur autour des cylindres se combine très-bien avec les grandes détentes, adoptées généralement aujourd’hui.,M. Hirn a montré, par une expérience, devenue classique,
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- CXL
- INTRODUCTION.
- la détente produisant, de son seul fait, une condensation d’eau. On ne peut éviter ce phénomène fâcheux qu’en restituant à la vapeur, qui menace de se convertir en eau, une partie de la chaleur latente qu’elle a transformée en travail mécanique.
- Citons, comme nouveautés, deux machines américaines, celle de M. Corliss et celle de M. Hicks. La première (1) est remarquable par un nouveau mode de distribution de la vapeur. Quatre tiroirs, ou plutôt quatre robinets cylindriques y sont mûs par des leviers à ressort, tantôt entraînés dans un mouvement connexe à celui de la machine, tantôt déclanchés et livrés à l’action des ressorts. On y règle très-facilement la détente. La machine Hicks se compose de quatre pistons plongeurs à simple effet, par groupes de deux, dont chacun sert de tiroir à son voisin. La détente est réglée une fois pour toutes. Cette machine, recommandable d’ailleurs par la simplicité de ses organes* n’a pas encore été mise à l’épreuve en Europe (2).
- Les organes et accessoires des machines à vapeur fixes méritent aussi une mention. Il faut signaler les nouveaux régulateurs isochrones dè MM. Rolland, directeur général des tabacs, Léon Foucault, Farcot (3).
- (1) Rapport de M. Luuyt, page 77.
- (2) Ibid., page 78.
- (3) Voir ci-après le Rapport de M. Worms de Romilly,
- tome IX, page 12. ;
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- Une invention intéressante est celle des générateurs tubulaires à circulation, de M. Field. La flamme y lèche extérieurement une série de tubes fixés, par une de leurs extrémités, à un réservoir commun, libres et fermés à l’autre, de sorte que leur dilatation n’éprouve aucun obstacle; pour assurer une circulation facile à l’eau dans ces tubes, d’autres tubes, ouverts aux deux bouts, et évasés à la partie supérieure, y sont plongés intérieurement. L’eau relativement froide du réservoir descend par ces seconds tubes ; l’eau chaude et la vapeur produite s’échappent par l’espace annulaire. Il suffit de dix à onze minutes pour mettre en pression un générateur de ce système, d’une dizaine de chevaux (1).
- On peut citer aussi le régulateur d’alimentation des chaudières Belleville, dont le principe, bien apprécié aujourd’hui, consiste à débarrasser les générateurs des grandes masses d’eau, qui en font le poids et le danger. Le régulateur fonctionne automatiquement et supprime l’injection d’eau, quand la pression dépasse une certaine limite (2). i-
- . Les appareils, destinés à prévenir les incrustations, offrent un grand intérêt pratique; aucun d’eux n’a, jusqu’à présent, parfaitement résolu lë problème ; mais plusieurs ont .approché de la
- , * (1) Rapport de M. Luuyt, tome IX, page 84. (2) Ibid., page 89. - •
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- INTRODUCTION.
- solution. Le système Schmitz présente des dispositions très-rationnelles : il empêche le dépôt de se produire sur les parois directement chauffées, en entretenant, tout le long, un courant d’eau constant (1).
- Signalons enfin les recherches entreprises par M. Henry Sainte-Claire Deville, sur l’emploi des huiles minérales di tes lourdes, comme combustible, pour chaufferies générateurs de vapeur. On essaye même le pétrole, quoique l'inflammabilité qui le caractérise le rende fort dangereux pour une telle destination.
- 2. — Mécanique des chemins de fer.
- Le chemin de fer est un appareil essentiellement mécanique; on lui a consacré déjà en Europe une somme d’environ vingt-huit milliards; c’est une raison pour qu’on s’occupe incessamment d’en tirer de plus grands effets, en le perfectionnant.
- Outre les travaux de terrassement, tranchées profondes et remblais épais, qui lui sont communs avec les canaux et les routes, il y a lieu de distinguer, dans le chemin de fer, deux éléments qui lui sont propres, la voie proprement dite et.le matériel, dont la pièce principale est.la machine locomotive.
- (1) Rapport de M. Luuyt, page 88.
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- 'deuxième partie.
- GXLIII
- La voie se compose de deux parties, le rail et les traverses, sans compter le ballast, dont il n’y a pas grand’chose à dire. Pour le rail, l’idée nouvelle, aujourd’hui bien acquise, est de le faire en acier Bessemer, au lieu de fer. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet dont il a été suffisamment parlé ailleurs (1).
- Les traverses, jusqu’à présent, étaient presque uniquement en bois. On cherche aujourd’hui à y substituer le fer, qui est plus durable même que les meilleures essences qu’il soit possible de faire venir d’outre-mer, et on en espère une notable économie. On verra ci-après, dans le rapport de MM. Eugène Flachat et de Goldschmidt (2), où en est la question. Elle s’expérimente en France et en Prusse par deux procédés différents (traverse de Fraisans, système Vautherin, et rail Hartwich).
- La locomotive est l’objet de beaucoup d’efforts, dont on trouve l’exposé lucide dans le Rapport de M. Couche (3). La plus utile de toutes ces nouveautés consiste -dans femploi prolongé de la contre-vapeur. Par ce procédé, lorsqu’un train-est lancé à grande vitesse, et plus particulièrement lorsqu’il descend une .rampe rapide, la vapeur, au lieu de pousser en avant ,1a machine et le train, est employée : à des .retenir.
- (1) Voir ci-dessus, page'Xli, et ei-après, tome IX,1 2 3 p. 397.
- (2) Tome IX, page 417.
- (3) Tome IX, page 423..
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- INTRODUCTION.
- Par là, on évite un danger sérieux que présentent les chemins de fer, lorsque des trains notablement chargés ont à descendre des rampes rapides. Par économie, on a dû introduire des rampes de 20, 25, 30 millimètres par mètre et plus, dans les pays de montagnes, au lieu des 5 et même des 3 millimètres qu’à l’origine on considérait comme le maximum le plus rationnel. Ces des-centes raides présentaient un péril qu’il importait de conjurer.
- Pour construire avec économie des chemins de fer dans des pays très-accidentés, il fallait aller au delà des fortes inclinaisons que nous venons de citer. A cet effet, M. le baron Séguier a inventé un mode de traction par locomotive, qui porte aujourd’hui le nom de M. Fell; c’est le con-structeur, qui a mis la dernière main aux locomotives appropriées à cet usage (1). On vient d’en faire l’application au mont Cenis même, juste au-dessus du souterrain. Ce passage offrira ainsi la comparaison de deux systèmes très-différents qui seront en concurrence.
- Les appareils fumivores, qui évitent aux voyageurs le désagrément de la fumée, sont depuis longtemps en usage, et, dans ces dernières années, ils ont été l’objet de quelques-améliorations.
- Il y a peu à dire sur les voitures el les wagons. Pour l’ensemble des chemins de fer distribués sur
- (1) Voir tome IX, page 472, Rapport de M. Couche.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXLV
- la surface de la planète, ils forment un nombre dont on est surpris. On estime que ce n’est pas moins d’un million (1). En France la valeur du matériel roulant, locomotives, voitures et wagons, est de 800 millions de francs aujourd’hui. Les Compagnies de chemins de fer ont un grand intérêt à ce qu’un matériel aussi coûteux soit établi et entretenu de manière à avoir une grande durée. Il n’y a pourtant aucune innovation remarquable à signaler dans la construction des voitures et des wagons. Pour le service des voyageurs particulièrement, chaque nation garde certaines formes qu’elle trouve plus commodes (2).
- Avec les voyages à long parcours, les voitures à lit doivent se multiplier et se perfectionner. lien faudra de bien disposées sur la ligne de
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- 5,400 kilomètres, entre New-York et San-Fran-cisco, où le voyage se fera vraisemblablement,
- dans la plupart des cas, d’une seule traite. Les
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- Américains se sont livrés déjà à des essais qu’ils continueront sans doute avec la persévérance qui leur est propre. On peut s’en remettre à eux pour trouver une solution satisfaisante.
- (1) Rapport de M. Henry Mathieu, tome IX, page 479.
- (2) Ibid., pages 479 et 480.
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- INTRODUCTION.
- CHAPITRE IV.
- MACHINES-OUTILS.
- § 1. — Observations générales sur ces appareils.
- Le but des appareils appelés machines-outils (1) est de transformer un bloc de matière, bois ou métal, de manière à lui donner en tout sens des dimensions bien arrêtées. Après avoir rempli la condition première de fixer la pièce en travail, de sorte, qu’elle se présente dans des conditions convenables de stabilité et d’orientation, on la soumet à l’outil proprement dit, organe actif de l’appareil, et il faut <que cet outil, très-solidement emmanché, surtout lorsque la matière sur laquelle on opère est un mêlai, suive une marche géométriquement définie, selon l’objet qu’on se propose. Cette marche résulte de l’agencement des-organes qui constituent la machine-outil. Telle est la formule générale de ce genre d’instruments. Le génie des constructeurs consiste à la bien réaliser-.
- Les machines-outils sont une des plus belles acquisitions de l’industrie moderne. Elles lui ont procuré un nouveau degré d’énergie intelligente.
- (1) Voir le Rapport de M. Tresca, tome IX, page 111.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXLV1I
- Elles ajoutent sans cesse à la puissance productive du genre humain. Elles «ont fourni le moyen d’atteindre deux objets : l’un, de fabriquer, particulièrement en fer, acier ou fonte, des pièces dont auparavant les dimensions étaient inabordables ; l’autre, non moins important, de donner à la fabrication des pièces de toute sorte une précision mathématique, ce qui a déterminé le progrès de la mécanique tout entière, et, avec elle, celui de l’industrie en général. Avec le matériel d’il y a cinquante ans, lorsqu’on avait à fabriquer de très-fortes pièces, on procédait de la même manière que s’il se fût agi d’articles de petites dimensions et de l’exécution-la plus simple. C’était la main de l’ouvrier qui menait l’outil. Assez souvent cependant elle s’aidait alorscle quelques instruments accessoires peu variés, d’une médiocre consistance. Ces instruments ont été l’embryon grossier des machines-outils ; ils se manoeuvraient à bras par l’-ouvrier 'opérateur lui-même, en certains cas avec l’aide rie quelques autres. Aujourd’hui l’embryon est parvenu à la plénitude de l’existence, au complet développement de ses forces. L’outil, c’est-à-dire la pièce qui agit sur le bloc de fer, d’acier, de cuivre <ou de bois à élaborer, est mu et guidé absolument par la mécanique. Il suit la direction qu’on veut, parce que c’est un jeu aujourd’hui de transformer le mouvement fourni par une machine en un autre mouvement quelconque ; il a la force qu’on veut, puisqu’on est le maître de
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- C XL VIII
- INTRODUCTION.
- rendre aussi puissante qu’on le désire la machine motrice qui met en fonctions la machine-outil.
- C’est avec les machines-outils surtout qu’on est fondé à dire que l’homme regarde faire, et que les forces naturelles agissent pour lui. Avec leur concours, on tourne sans aucune difficulté les pièces de métal les plus fortes, telles que les énormes arbres de couche, des machines à 'vapeur de navigation ; par elles, on rabote le fer comme si c’était des planches de sapin ; on mortaise \ on alèse, on perce, on scie, on taraude, avec une parfaite aisance et sans bruit, tous les métaux dont sont faits les engins employés dans les arts. De même on taille les engrenages, de même on martèle. La machine-outil qu’on nomme le marteau-pilon est une des plus curieuses inventions de notre temps. La machine à fraiser (1) n’est pas la moins remarquable des combinaisons qui forment les machines-outils. Je pourrais citer vingt autres opérations qu’on leur confie avec le même succès.
- Nos locomotives modernes, si puissantes et si bien ajustées qu’elles peuvent se mouvoir avec la vitesse de cent kilomètres à l’heure et plus, sans que le mouvement précipité de leurs organes les détraque ; nos machines de navigation à vapeur, si énergiques et si rapides , n’existeraient pas sans les machines-outils ; les pièces dont elles
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- < (1) Je renvoie, pour l’explication de ces termes et des dénominations ci-dessus, au Rapport de M. Tresca, t. IX, p. 111.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXLIX
- sont faites ne seraient pas exécutables avec le degré indispensable de précision. Sans les machines-outils , toutes nos machines sans exception seraient défectueuses, parce que la forme de leurs organes serait incorrecte. Aussi, dans tous les ateliers de construction, se sert-on aujourd’hui des machines-outils. L’atelier qui tenterait de s’en passer n’aurait plus qu’à fermer; personne ne voudrait de sa fabrication parce que ce serait du rebut.
- Le nom de l’inventeur des machines-outils, M. Whitworth, de Manchester, mérite d’aller à la postérité (1).
- Le caractère principal des machines-outils en 1867, par comparaison avec 1862 et les années précédentes, consiste en ce que: 1° elles sont plus puissantes et font la besogne plus en grand ; 2° elles sont plus automatiques, c’est-à-dire se passent plus complètement de la main de l’homme.
- On a remarqué en 1867 quelques particularités. La fraise, dont le domaine était très-restreint, à l’origine des machines-outils, a pris beaucoup de
- (1) M. Whitworth a, en outre, le mérité d’avoir consacré une somme très-considérable, fruit de son travail, à une fondation en faveur de jeunes mécaniciens intelligents, mais sans fortune, pour qu’ils reçoivent l’éducation qui en fera des ingénieurs. Il ne s’agit de rien moins que de trente bourses de cent livres sterling (2,500 francs) chacune. Il a dû, à cet effet, donner un capital de 100,000 livres sterling ( 2,500,000 francs).
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- INTRODUCTION..
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- faveur et entre maintenant dans F organisme d’un grand nombre de ces appareils (1)..
- On a constaté, à l’Exposition de 1867, cette particularité que les constructeurs, de pays placés à une grande distance les uns des autres apportent un génie différent à l’établissement des machines-outils. .Les Américains du Nord , par exemple, procèdent d’après des données qui. leur sont propres et qui diffèrent de celles des constructeurs européens. C’est ainsi que le domaine de l’industrie s’agrandit par le concours des peuples rivaux. On a remarqué des dispositions ignorées de l’ouest de l’Europe, dans les macbines-outils de M. W. Sellers, de Philadelphie, et meme dans celles d’un plus proche voisin, M. Zimmermann, de Chemnitz en Saxe; tout en faisant fort bien, ces deux maisons travaillent dans un ordre d’idées autre que celui des grands constructeurs de France et d’Angleterre,
- §2. — Indication de quelques machines-outils.
- Parmi les nouveautés de détail qu’on rencontre en grand nombre dans les machines-outils, on peut citer les applications nouvelles de la scie à lame sans fin. Il y a du temps déjà qu’on s’en servait avec avantage pour le découpage du bois,, de manière à tailler une multitude de pièces et à don-
- (1) Voir tome IX, page 144.
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- DEUXIÈME. PARTIE.
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- 11er à peu- de frais-tous les ornements, dont on enjolive les chalets. Voici qu’on en fait usage pour confectionner des objets en fer-, en découpant un bloc ou une plaque, de ce métal'. Une plaque- de fer de vingt-cinq millimètres d’épaisseur peut être débitée suivant une courbe quelconque-, à- raison de quarante millimètres environ de développement par minute, ou près, de deux- mètres et demi par heure.. On remarquait à l’Exposition un bloc de fer de vingt centimètres d’épaisseur, taillé par la scie à lame sans fin en une double spirale-, et le trait n’avait qu’une épaisseur de deux millimètres (1).
- La taille des: engrenages a donné, naissance à d’heureuses combinaisons- mécaniques. Pour les engrenages cylindriques, M..W. Sellers,:e.t, pour les engrenages coniques,. M. Zimmermann, ce. dernier s’inspirant d’ailleurs des idées de M-.. Petits, ont produit des machines où le tracé complet des, dents s’effectue automatiquement (2),.
- Le frappeur mécanique- de- M. Davies,; destiné à remplacer le travail du forgeron,, semble appelé à un grand succès (3). Il se compose d’une-machine à vapeur placée dans un grand anneau horizontal, et agissant sur* la queue d’un lourd marteau dont l’ouvrier peut régler l’action au moyen d’une pé-
- (1) T'orne IX, page Ilia.
- (2) Ibid., page 126.
- (3) Ibid., page 131.
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- INTRODUCTION.
- dale. L’anneau portant le mécanisme peut pren-!' dre diverses inclinaisons, en obéissant à un appareil hydraulique. Le frappeur mécanique ferait le travail de six ou sept enclumes.
- M. Bouquié, dont l’idée première a été interprétée par. M. Deny, a inventé une remarquable machine à faire les chaînes. On n’a qu’à lui confier des tiges de fer, elle les courbe et les sertit, et il. en sort une chaîne prête à servir.
- MM. Evrard et Boyer ont exposé une machine à fabriquer les charnières, se faisant à elle-même les pièces de fer et de cuivre qui lui sont nécessaires ; les plaques découpées, pliées, percées, passent si rapidement par les diverses phases de leur transformation que l’œil a de la peine à les suivre. Les machines à faire les clous, tant remarquées lors de leur apparition, sont bien dépassées.
- Parmi les machines-outils qui travaillent le bois, on a remarqué la rabotteuse à lames hélicoïdales de M. Maréchal, de Paris, et surtout l’outil appelé à juste titre le menuisier universel, qui est composé ‘d’une table, d’une lame de scie circulaire montée sur un axe horizontal, et d’un double système rectangulaire de guides à inclinaison variable, permettant ainsi presque toutes les opérations de la menuiserie (1). ;
- Outre les machinesroutils qui servent à travailler les métaux et les bois, il en est d’autres
- (1) Rapport de M. Tresca, tome IX, page 148. ; ( H
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLIII
- qui façonnent les matières argileuses (1). Elles' sont aujourd’hui fort bien entendues. Dans cette industrie, il convient de citer M. Borie. Le premier, il a établi une grande fabrication de briques creuses dont l’emploi s’est répandu beaucoup. A Paris, on s’en sert avec profusion. A ses premiers produits il a ajouté les poteries creuses pour la construction des cheminées dans l’intérieur des murs. M. Borie fabrique aussi des tubes qua-drangulaires qui ont jusqu’à soixante centimètres de côté sur quatre-vingts de hauteur. Placés; les uns au-dessus des autres, ces cylindres forment une cheminée d’usine très-convenable, au moins dans une installation provisoire.
- § 3. — De l’armature des outils. — Emploi du diamant
- pour les forages.
- Telle est l’harmonieuse unité de la nature que -tout ce qu’elle présente peut être tourné à l’avan-, tage de l’homme. Un tel objet, de l’apparence la plus vulgaire et même la plus rebutante, est quelquefois la matière première d’un article de grand,luxe;, réciproquement, tel objet, ordinairement à l’usage du luxe le plus éclatant, peut se prêter à une destination modeste et se mettre à rendre avec avantage des services qu’on était habitué à demander à des matières fort ordinaires. Le, gpu-?
- (1) Rapport de M. Tresca, tome IX, page 139. : "1 (t)
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- GLI*V
- IN.TRODUGTLQrt.
- dron cle gaz, ce liquide noir et infect d’où l’on extrait randime, point de départ de tant de brillantes couleurs, est un exemple du premier cas ; le
- diamant en offre un du second. Ce; corps, qui ne semblait bon qu’à satisfaire la vanité de' la
- plus belle moitié du genre humain, peut servir autrement que comme une coûteuse superfluité. On
- est parvenu à en faire,, malgré son prix- élevé, incomparable, l’instrument d’un travail assez humble. Il y a longtemps, que les vitriers- emploient, pour découper le verre, des pointes de diamant,
- débris des ateliers où l’on taille les pierres pré-
- cieuses. Aujourd’hui se révèle pour- le diamant un usage nouveau, où seul il peut parfaitement réussir; c’est d’armer l’extrémité des outils avec
- lesquels on fore les roches dures , et nommément le quartz, que le mineur, à son grand regret, rencontre souvent sur son chemin : les in-
- génieurs du percement du mont C'enis en savent quelque' chose
- C’est le diamant noir qui a été-appliqué à cette destination avec un plein succès ; il coûte beaucoup moins cher, mais il a autant de dureté que la plus belle eau.
- Outre les forages que le- mineur est obligé d’ef-
- fectuer dans des roches dont le quartz forme au moins un des éléments, l’industrie a lieu d’opérer sur les pierres dures dans un but tout différent et sur des proportions beaucoup plus exiguës. Tel est le cas où l’on travaille des pierres d’une grande
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- DEUXIÈME PARTIE.
- QLV
- dureté pour en. faire des objets d’art. Le diamant, noir reproduit ici ses services ; par son moyen, il devient assez facile, de, buriner le granit., le porphyre et les substances analogues..
- CHAPITRE V.
- MÉCANISMES DIVERS.
- § 1. — Machines à coudre.
- Les promesses que faisait la machine à coudre, aux Expositions précédentes, se sont amplement réalisées. Cet. ingénieux mécanisme se répand avec une grande rapidité. Il est devenu d’un maniement très-facile, et il ne s.e dérange pas ; il est ainsi à l’usage des familles. C’est une précieuse ressource, à la campagne, et, pour l’ouvrière qui a pu se la procurer, une. fortune. La machine en elle-même a été rendue à la fois et plus parfaite et plus utile. Elle fait aujourd’hui toutes les sortes de points. Dans les grands, établissements de confection, tels que celui de M. Hayem, de Paris, où l’on exécute en toile tous les articles, les plus délicats comme les plus ordinaires, on n’a plus, lieu de faire usage de l’aiguille.. En même temps que l’utilité de la machine à coudre, augmentait, le prix a diminué.
- On peut s’expliquer d’un mot le succès de cette
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- CLVI
- INTRODUCTION.
- machine, ou plutôt de ces machines, car il en existe plusieurs modèles : d’après MM. Wheeler et Wilson, de New-York, il faudrait, pour confectionner une chemise d’homme, quatorze heures vingt-six minutes de travail d’une couturière ; il suffit d’une heure seize minutes avec la machine. Celle-ci faisant 640 points à la minute dans la toile fine, une ouvrière n’en fait que 23, vingt-huit fois moins (1).
- Pour la machine à coudre, quoiqu’il y en ait en Europe, et notamment en France, d’habiles con-structeurs (2), la palme appartient aux Etats-Unis, où la production en est immense. La seule maison Wheeler et Wilson fabrique et vend 50,000 machines par an; les fabricants européens n’atteignent pas 15,000. L’invention du mécanisme adopté par la maison Wheeler et Willon est due à MM. James et Henry House. Une autre maison américaine, MM. Willcox et Gibbs, mérite aussi d’être signalée. Les services rendus à l’industrie des machines à coudre par M. Elias Howe junior ne sauraient être passés sous silence. Il en fut le premier promoteur.
- Les effets économiques et sociaux de cette machine se développeraient bien davantage si les
- (1) Voir ci-après le Rapport de M. Henry F.-Q. d’Aligny, tome IX, page 246.
- (2) Entre autres M. Callebaut, de Paris, et J. Coignard, de Nantes. Voir tome IX, page 245.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLVII
- prix de vente continuaient de s’abaisser et si l’on imaginait quelque combinaison de crédit qui permît à l’humble ouvrière d’acquérir, sauf à le payer sur ses bénéfices, l’instrument qu’il lui est impossible de se procurer dans les conditions actuelles.
- §2. —Le sondage. — Forage des puits de mines dans les
- terrains aquifères.
- Les opérations de l’art du sondeur ont pris une grande extension. Les sondages proprement dits, ou puits artésiens, ont atteint des profondeurs énormes avec des diamètres proportionnés , et on en a trouvé dans les mines, pour le foncement des puits d’exploitation à travers les terrains aquifères , une application du plus grand intérêt.
- Deux maisons en France ont acquis dans l’art du sondage une grande supériorité sur leurs émules du dedans et du dehors, celles de MM. De-go.usée et Laurent et de MM. Dru frères, les uns et les autres établis à Paris. MM. Degousée et Laurent ont achevé, en 1866, un forage de 858 mètres,-pour le service de l’hôpital de la marine à Roche-fort. L’eau qui- eiï jaillit a une température de 40 à 44 degrés. La même-,maison exécute à La Chapelle, pour la ville de Paris, - un puits d’un diamètre plus grand encore (1). La quantité de
- (1) lm43, restreint à* lm35; seulement- par - le tubage, ^oir tome VIII, page 6. - ’• /-} 3-cl %-.-a^
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- cuviii
- INTRODUCTION.
- sondages exécutes par la meme maison, -en France, en Algérie et ailleurs, est extrêmement considérable.
- La maison Dru frères est fa continuation de la maison Mulot, dont le chef, M. Mulot père, a rendu tant de services. Cette maison a exécuté cinq mille sondages; MM. Dru exécutent, -sur la Butte^aux-Cailles, pour la ville de Paris, un grand sondage qui sera le pendant de celui de La Chapelle.
- Dans des opérations de cette importance, on emploie des outils d’une force ^colossale ; on en trouvera le détail dans les rapports ci-après, de M. Gernaert (1) et de M. Laurent-Degousée (2).
- Le progrès le plus saillant, dans l’art'qui nous occupe, consiste en un moyen de foncer les puits de mines à travers des terrains présentant de très-grandes affluences d’eaux. M. Kind, ingénieur de la Saxe-royale, connu pour son habileté dans cette industrie, avait déjà creusé des puits de grand diamètre, à niveau plein, c’est-à-dire -au milieu de l’eau; mais on-avait'échoué quand on avait voulu les garnir d’un cuvelage imperméable qui garantît la mine de l’invasion des eaux traversées. M. Kind et M. Chaudron, ingénieurs des mines de Belgique, ayant été appelés à essayer le foncement d’un puits au lieudit l'Hôpital, dans la concession cle la Compagnie de Saint-Avold,
- (1) Tome VIH, page -5.
- (2) Ibid.y page 13.
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- DEUXIEME PARTIE.
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- située sur -le prolongement, en France, du bassin houiller de Sarrebruck, ont accepté ta tâche, quoiqu’il s’agît de traverser des bancs aquifères à l’extrême. Dans cette localité, diverses tentatives entreprises précédemment avaient occasionné une dépense de plus de vingt et un millions sans résultat. On avait besoin de deux puits, l’un 'de 2.m 50 de diamètre pour l’aérage, l’autre de 4m 10 pour l'extraction. On a procédé comme pour les forages ordinaires, mais -avec un outillage beaucoup plus fort, en travaillant à niveau plein , -et après trente mois, moyennant une dépense- de 700/000 francs, y compris tout l’outillage acheté pour la circonstance, on avait complètement réussi-. L’innovation principale a été de garnir le puits avec des tronçons de cylindres en fonte de lm 50 de hauteur, et de 3m40 de ‘diamètre, dont chacun était coulé d’une seule pièce et qu’on assemblait exactement.
- En Algérie, les oasis naissent avec l’eau jaillissante. Ce sont nos soldats qui, -sur les 'bords du ‘Sahara, sont aujourd’hui chargés d’étendre ainsi le domaine de la verdure et de la.fertilité. En dix ans, ils ont creusé 75 puits (1).
- Les légions romaines n’auraient pas mieux
- (1) Ces 75 puits ne donnent pourtant, tous ensemble, que 45,000 litres par minute; c’est à peine deux tiers de mètre cube par seconde. On est donc, en Afrique, loin du rendement 'des fpuitsidu bassin parisien. / y;
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- CLX
- INTRODUCTION.
- fait. Voilà des travaux militaires auxquels les amis de la civilisation applaudissent !
- § 3. — Câble télo-dynamique de M. Hirn.
- M. Hirn, du Logelbach (Haut-Rhin), a trouvé un moyenjde tirer parti des chutes d’eau mieux que par le passé. Le progrès qui lui est dû ne consiste pas dans une nouvelle forme de roue hydraulique rendant plus d’effet que les anciennes, ni dans l’amélioration d’une autre machine quelconque , comme. serait le bélier hydraulique ou la turbine.
- HL’invention de M. Hirn consiste à transmettre, sans une grande déperdition, la force motrice d’une machine hydraulique ( et même d’une machine quelconque ) à une assez grande distance, par un moyen très-peu dispendieux, puisqu’il se réduit à un très-petit nombre de poulies. Si les chutes d’eau offrent l’avantage de fournir de la force à bon marché, elles ont eu jusqu’ici l’inconvénient d’assujettir l’usinier à un emplacement déterminé, qui exposait son établissement à des périls quelquefois extrêmes de la part du cours d’eau fournissant la force motrice. Les fleuves et rivières et même les ruisseaux sont parfois de dangereux voisins. Un autre effet de cet assujettissement, c’était sou-
- (1) Voirie Rapport de M. Dubocq, tome VIII, page 43.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- vent de n’offrir aux manufactures qu’un espace fort étroit, encaissé entre le bord du fleuve et les rochers bordant le vallon. La nécessité de placer les usines sur le bord des rivières entraînait enfin cette autre conséquence regrettable, d’enlever à l’agriculture des terrains qui communément sont ceux du rendement le plus élevé. Avec le système de M. Hirn, le moteur seul sera sur le bord de la rivière; la manufacture sera sur un plateau, à quelque distance de là, à l’abri du courroux des eaux, et elle aura ainsi, sans une excessive dépense , la faculté de se déployer à l’aise sur un terrain nivelé. Le système de M. Hirn a déjà reçu des applications qui ne laissent pas de doute sur son efficacité. -
- CHAPITRE VI.
- MÉCANIQUE DES INDUSTRIES DES TISSUS.
- § 1. — Filâture,de la laine et de la soie.
- La filature des laines cardées présente, comme les autres industries textiles', des progrès de détail. On a ici à signaler de nouvelles extensions de la mécanique. Le graissage et le chargement de la matière première s’effectuent automatiquement. Les métiers sçlf-acting, longtemps réservés
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- INTRODUCTION.
- an coton, deviennent d’usage général pour là laine. Le métier continu Vimont, dont on parle depuis longtemps, n’est pas encore parvenu au degré de perfection qu’il lui faudrait pour se répandre, mais on espère y arriver (1).
- L’industrie de la soie emploie, pour dévider les cocons, des appareils à mouliner qui présentent des bobines spéciales pour chaque grosseur de fd dévidé ; mais cette opération est difficile avec les cocons étrangers que l’Europe est forcée d’employer en grande quantité, depuis que la maladie du ver à soie a tant diminué la production des soies de France et d’Italie, parce que ces cocons sont fort irréguliers. M. A. Honegger, delà Suisse, a imaginé un appareil automatique, espèce de doigté des plus impressionnables, qui transporte chaque grosseur de fil à la bobine convenable, et réalise ainsi toutes les conditions d’un bon échantillonnage.
- § 2. — Machines à tisser.
- Les machines du tissage, qui sont si variées, puisqu’il faut qu’elles se modifient d’après la nature des textiles et d’après le genre du tissu lui-même, occupent toujours une grande place dans les expositions. Elles ont donné lieu cette fois à un excellent rapport, dû à un des hommes les plus
- (1) Tome IX, page 187; Rapport de MM. Alcan et Simon.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- compétents, M. Michel Alcan (1) . Là, comme clans
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- toute l'industrie, la mécanique étend de plus en plus son domaine. De plus en plus, les métiers sont automatiques, de sorte que l'ouvrier, au lieu de mettre la navette en mouvement, n’est là que pour parer aux accidents.
- Rien de plus facile, à ce qu’il semble au premier abord, pour les cas les plus habituels et les genres les plus communs, que d’organiser un bon tissage mécanique. L’opération du tissage, en uni du moins, étant d’une extrême simplicité, rien, par conséquent, de plus facile à produire, par un moteur quelconque, que le mouvement de la navette portant le fil de la trame : elle ne fait qu’aller et venir, toujours suivant une même direction rectiligne, toujours traçant le même sillon. Le fait est pourtant que, pour le tissu de coton le plus élémentaire, le calicot, on a été longtemps à accomplir la substitution du tissage mécanique au tissage à la main. Beaucoup d’entre nous, se rappellent avoir vu la lutte entre les deux systèmes. Même dans les villes de l’Angleterre, où l’industrie cotonnière existe sur les plus grandes proportions, avec la concurrence la plus activeles tisserands à la main (hand-loorn weavers), victimes* de ce progrès, n’ont disparu qu’il y a peu de temps. Pour le drap, qui est une étoffe de laine d’un tissage fort simple, à l’heure qu’il est, on peuf aftir-
- (1) M. Alcan a été assisté de M. Édouard Simon, ingénieur.
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- cr.xiv
- • INTRODUCTION.
- mer qu’en France la' substitution n’est point g&-
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- nérale encore. .
- La difficulté de tisser mécaniquement est bien plus grande, elle semble presque insurmontable, lorsqu’il s’agit des toiles damassées, qui présentent des dessins quelquefois très-riches, mais, qui sont d’une seule nuance, et à plus forte raison pour des1 étoffes telles que les châles, à l’instar de l’Inde, ou les soieries façonnées de Lyon, deux cas où à la complication du dessin se joint- la grande variété des couleurs. Pour les articles de ce genre, il est curieux que le problème ,ardu qu’ils soulevaient, par la variété même de leur contexture,, ait été résolu très-pratiquement/, et que la solution ait été appliquée en tous, lieux, avant que, pour une portion au moins des calicots et la majeure partie des simples toiles de laine cardée que le foulage convertit en drap, les manufacturiers employassent,, sur une grande échelle, le tissage mécanique. .. :
- , Pour les tissus tels que les toiles unies, de quelque textile que ce soit, ou pour ceux qui ne mettent en oeuvre qu’un, très-petit nombre de navettes, la mécanique a procuré; l’avantage dé battre, dans le môme temps, un nombre de coups bien supérieur à celui que pouvait donner la main du tisserand,/et c’est en. cela que consiste.la supériorité même du tissage mécanique. A l’Exposition, l’on était assourdi du bruit de ces navettes qui précipitaient leur course et s’arrêtaient brusquement, en
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- choquant le rebord du sillon où elles slagitaient, pour revenir avec la même rapidité frapper le rebord opposé. Le danger est que, dans ce mouvement si vif, le fil ne se rompe fréquemment, >;e,t c’est là qu.’a longtemps résidé l’obstacle à la pror pagation du tissage mécanique. Par des disposL tions ingénieuses, on est parvenu successivement à diminuer ce péril, et, comme nous le dirons tout à l’heure, on espère être au .moment de le faire disparaître. '• ^
- Pour les tissus d’une seule nuance; à dessins compliqués, et pour ceux qui sont composés d’un grand nombre de fils de diverses couleurs,- Tin-dervention de la mécanique s’est faite au moyen du métier Jacquard, qui remonte déjà à plus d’un *demi-siècle. Depuis, on a perfectionné la Jacquard des premiers temps; on la perfectionne même,tous lés jours. Le battant-broclieur de M. Meynier .avait été une amélioration considérable ; il donnait de grandes facilités pour le cas,* qui se présentait fréquemment, où un objet isolé,; comme une fleur, revenait périodiquement de- distance , en distance dans le tissu. Un des défauts de la Jacquard pri--mitive consiste dans l’énorme, dépense-qu’il fallait faire en pièces de carton percées, de trous, qui se succédaient l’une à l’autre, en suivant le mouvement de la fabrication, de manière à régler le •mouvement des fils d’après le nombre et la posi--tion des trous eux-mêmes. Les grandes maisons avaient des cartons pour des centaines de mille
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- CLXVI
- INTRODUCTION.
- francs. On s’est appliqué à réduire le nombre des cartons, et enfin on a remplacé le carton par du papier; d’après les calculs de M. Alcan, cette substitution produirait une économie de 80 pour 100.
- On verra, dans le Rapport de MM. Alcan et Simon, l’exposé des modifications heureuses que te métier Jacquard a éprouvées dans ces derniers, temps et de celles qui se préparent et semblent près de réussir (1).
- Pour les tissages plus simples, on a remarqué le métier de MM. Howard et Bullough, invention à laquelle les juges éclairés attribuent une grande importance, mais qui n’a pu encore être beaucoup expérimentée, parce qu’elle ne fait que de se produire. Ce métier offre une heureuse disposition par laquelle, dès que le fil de la trame se casse ou se trouve épuisé dans la navette, celle-ci est remplacée par une autre qui était en. attente. On assure, et cela se comprend bien, qu’il en devra résulter une économie notable (2).
- On remarque aussi des métiers mécaniques à plusieurs navettes.
- § 3. — Métier mécanique à faire le velours.
- Il s’est produit à l’Exposition une machine à tisser le velours, due à M. Joyot (3). Jusqu’ici,
- (1) Tome IX, pages 208 et 211.
- • (2) Tome IX, page 201.
- (3) Tome IX, page 204.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- on ne faisait mécaniquement que les velours à grosses boucles et les. tapis veloutés. Au dire de M. Alcan, le succès du métier Joyot serait assuré. Ce serait un secours précieux pour les manufacturiers qui, comme ceux de la France et de l’Angleterre, payent un prix élevé de la main-d’œuvre et ont cependant à supporter, pour cet article, la concurrence de pays où la main-d’œuvre est encore à bas prix.
- § 4. — Métiers mécaniques à faire le tricot.
- Les métiers mécaniques à faire le tricot, ou métiers à maille, ont été l’objet de grands perfectionnements depuis 1862. Il y en a deux catégories, les rectilignes et les circulaires.
- Par les changements survenus dans les dernières années, la production du métier rectiligne est centuplée. Un fabricant français, M. Tail-bouis a, sous ce rapport, rendu de très-grands services. Le métier circulaire n’est pas resté en arrière ; il était admirablement représenté à l’Exposition, grâce à M. Buxtorf. Certains modèles de ce métier font jusqu’à cinq cent mille mailles à la minute, dépassant fort en cela le métier rectiligne.
- Le progrès de ces dernières années consiste en ce que le métier circulaire s’applique aux ouvrages les plus variés, et donne des effets comparables à ceux du métier Jacquard.
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- • INTRODUCTION.
- Enfin on est arrivé à un métier simple, très-peu coûteux, et d’une manœuvre si facile que, sans apprentissage, le premier venu peut tricoter un bas avec talon renforcé et pointe. On n’a qu’à tourner une manivelle. Il tient le milieu entre le système rectiligne et le système circulaire ; on l’appelle justement le tricoteur omnibus fl).
- Nous renvoyons, pour les autres parties du matériel servant à faire les tissus divers, au Rapport de MM. Alcan et Simon. Il résulte de l’ensemble des faits que l’amélioration des dernières années est très-marquée. La puissance productive de l’homme est, dans ces industries, en croissance continue.
- (1) Tome IX, page 214.
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- SECTION IV.
- ' - i . . \ . i .. , ^ '
- ARTS RELEVANT DE LA PHYSIQUE ET DE LA CHIMIE..
- CHAPITRE I.
- . ' ;•
- TÉLÉGRAPHIE ET PHOTOGRAPHIE. ... •
- § 1.—Télégraphie.
- Le service télégraphique s’étend tous les jours. En France, il se développe sur 33,648 kilomètres. Ce mode de communication a pénétré dans tous les pays du monde, et se montre de plus en plus utile. Les nouveautés de l’industrie télégraphique sont des appareils de transmission qui se recommandent soit par la célérité, soit par un caractère spécial d’exactitude (1).
- Le télégraphe imprimeur de M. Hughes joint, à une grande rapidité de manipulation, l’avantage d’imprimer les dépêches en caractères typographiques. Il envoie environ dix mots par minute,
- (i) Voir ci-après le Rapport de M. Edmond Becquerel, qui traite de la télégraphie électrique en général, tome X, page 5.
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- INTRODUCTION.
- deux fois plus que les appareils de M. Morse, qui ont d’abord rendu tant de services, et dont l’invention première date de 1832 ; aussi, est-il adopté sur toutes les grandes lignes françaises (1). M. Caselli et M.. Lenoir ont résolu le problème des télégraphes autographiques. Par leurs procédés, on peut reproduire les dessins et môme les signatures. Il est vrai que la rapidité de la transmission laisse encore à désirer (°2).
- M. Guyot d’Arlincourt est l’inventeur d’un appareil qui présente des avantages et que l’administration française a été heureuse de s’approprier (3).
- L’événement le plus considérable de la télégraphie a été la pose définitive du câble transatlantique qui, la première fois, s’était brisé presque aussitôt. Cette entreprise a donné lieu à un beau déploiement de volonté et de courage de la part de M. Cyrus Field, de New-York. Les ingénieurs chargés de la pose même y ont montré un esprit de ressources et une habileté dans les détails dont on doit les féliciter. Il appartenait à M. de Vougy plus qu’à personne de traiter ce sujet dans ce Recueil. Nous renvoyons le lecteur à son exposé (4).
- (1) Voir ci-après le Rapport de M. Edmond Becquerel, tome X, page 8.
- (2) Ibid., page 12.
- (3) Ibid., page 10.
- (4) Ibid., page 29. .
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- § 2. — Photographie.
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- La photographie comptait 650 exposants en 1867. C’est assez dire l’immense développement qu’a pris, dans ce derniers temps, cet art ou cette industrie, car la photographie tient de Lun et de l’autre.
- M. Davanne (1) en a résumé, dans un excellent travail, les progrès et les procédés les plus récents. On y remarquera les efforts de MM. Niepce-Saint-Victor et Poitevin, pour fixer photographiquement, non-seulement le dessin, mais aussi les couleurs et fonder ainsi l’héliochromie (2). Les impressions par le bichromate de potasse et la gélatine, les applications de la photographie à la céramique, sont autant de nouveautés intéressantes qui témoignent des efforts souvent heureux des inventeurs et de leur persévérance aussi infatigable qu’ingénieuse.
- La gravure héliographique se perfectionne et tend à prendre de l’extension; plusieurs inventeurs s’en occupent avec beaucoup d’intelligence et un zèle que les obstacles ne rebutent pas (3). Les demi-teintes laissent encore à désirer; mais ce qu’on a obtenu déjà est considérable. Citons
- (1) Tome II, page 193.
- (2) Ibid., page 195.
- (3) Ibid., page 206.
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- INTRODUCTION.
- ici les noms de MM. Garnier, Salmon, Placet et Nègre.
- Les applications de la photographie aux recherches microscopiques, à la topographie, à l’astronomie, ont déjà rendu de grands services à la science ; M. Laussedat a montré le parti qu’on en peut tirer pour l’art militaire (1).
- Notons encore les appareils dits panoramiques, dont l’idée première est due, soit à feu M. Garella, ingénieur en chef des mines, soit à M. Martens, et qui permettent d’embrasser dans une vue d’ensemble le cercle tout entier de l’horizon (2). ' • c
- i
- CHAPITRE II. s
- . » > * t
- INSTRUMENTS ET APPAREILS DE CHIRURGIE.
- La constructiomdes instruments et appareils de chirurgie a fait en Europe de grands progrès: Elle en a surtout fait en France. Lés plus illustres-chirurgiens ont fourni leur concours actif et em-< pressé aux constructeurs ; ceux-ci, se mettant à la hauteur de ces opérateurs éminents, ont fait beaucoup d’efforts et de sacrifices pour perfectionner et pour innover avec succès. Par le travail de M. Nélaton (3), qui, plus que personne, a le droit
- (1) Tome II, page 217.
- (2) Ibid., page 231.
- (3) Ibid., page 332.
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- DEUXIÈME PARTIE.
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- de parler dé ces outils si divers qu’il manie en maître, on verra où en est cette industrie, si im^ portante pour le soulagement des maux de l’humanité.
- Entre autres instruments, on remarquera le cautère à gaz, qui applique une chaleur de 1,000 degrés.
- Parmi les nouveautés, on doit signaler pareillement l’emploi, qui devient usuel, du protoxyde d’azote, comme anesthésique, à la place du chloroforme, qui est plus redoutable (1). Dans un aùtre genre, on a remarqué un appareil de M. Emile Javal, Yoptomètre, qui redresse certains yeux dont on ne savait jusqu’ici comment corriger les défauts (2).
- , On sera plus frappé encore des ingénieux moyens qu’un amateur, mu par de nobles sentiments et aussi modeste que dévoué, M., de. Beaufort, a imaginés pour rendre aux amputés; l’usage des membres qu’ils ont perdus. Ces mécanismes: joignent à, l’avantagé de l’efficacité celui d’un très-bas prix. On lira avec une satisfaction peu commune ce qu’en dit, dans son intéressant travail, M. le docteur Tillaux (3). On y remarquera le soldat revenu de la Grimée, amputé des deux,bras, qui a pu, avec les appareils Beaufort, faire quatre
- (1) Tome II, page 407.
- (2) Ibid., page 329.
- (3) Ibid., page 370.
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- CLXXIV
- INTRODUCTION.
- parties d’échecs, sans que son adversaire se doutât de sa mutilation.
- L’exposition de la grande commission sanitaire des États-Unis qui, pendant la guerre civile de 1861 à 1865, a montré tant de sollicitude et su dépenser utilement de si fortes sommes pour le soulagement des militaires blessés, offrait un grand intérêt (1). L’Europe y a trouvé des modèles à imiter.
- La gymnastique, qui se rattache par un lien direct à la médecine et à la chirurgie, a donné lieu à un rapport lumineux de M. le docteur De-marquay. On y trouve l’indication des tentatives qui se font pour la répandre et en introduire la pratique dans l’éducation de la jeunesse; c’est peu en comparaison de ce qui devrait se faire. Le savant rapporteur se demande avec raison (2) comment chaque ville n’a pas quelque établissement où, par une gymnastique bien combinée, tout enfant et, au besoin, toute personne de l’âge mûr, puisse maintenir l’indispensable équilibre entre les forces du corps et l’activité de l’intelligence. Il est persuadé que des exercices de ce genre, si l’on savait en contracter l’habitude, mettraient fin à la plupart des infirmités physiques dont restent atteintes, toute la vie, tant de
- (1) Rapport de M. le docteur Th.-W. Evans, tome II, page 378.
- (2) Tome II, page 3o8.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLXXV
- personnes bien douées du côté de l’esprit. Malheureusement, pour que les excellents avis de M. le docteur Demarquay portassent leur fruit, il faudrait que ceux qui sont destinés à en recueillir le bienfait y prêtassent leur concours en montrant le désir de les suivre, et en général on y est fort peu disposé.
- CHAPITRE III.
- INSTRUMENTS DE. PRÉCISION ET HORLOGERIE.
- L’astronomie, la géodésie, l’électricité surtout, ont donné naissance à des appareils vraiment nouveaux (1). Le télescope de Foucault (2), la machine électrique sans frottement de M. Holtze, la machine d’induction, sans pile ni aimant, de M. Ladd, sont des inventions remarquables. Quant aux perfectionnements, ils défient toute nomenclature abrégée, et nous renvoyons pour le détail au travail de M. Lissajous, inventeur lui-même de divers instruments d’optique et d’acoustique précieux pour les démonstrations.
- (1) Voir le Rapport de M. Lissajous, tome II, page 146.
- (2) Pour le prix de 550 francs on établit un télescope à miroir argenté qui, avec 60 centimètres seulement de foyer et il centimètres de diamètre, amplifie jusqu’à 220 fois les. images et peut servir à décomposer les nébuleuses. Une lunette du même pouvoir coûterait 1,200 francs.
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- CLXXVI
- INTRODUCTION.
- Parmi les constructeurs d’appareils de précision, M. Rhumkorff a conservé, en ce qui touche les appareils électriques, la supériorité qui lui a valu déjà le grand prix fondé par l’Empereur (1).
- M. Eicliens est l’inventeur d’un dispositif spécial pour la mobilité de l’oculaire dans les télescopes Foucault, dont il a fait la construction (2).
- La Suisse se distingue toujours par le bon marché et la perfection relative de ses produits d’horlogerie. Malgré cette redoutable rivalité, la France exporte annuellement pour 5 millions d’articles de ce genre ; Besançon, qui en cela grandit toujours, a la plus forte part de cette exportation.
- Le balancier, qui constitue la pièce la plus délicate des chronomètres, a été l’objet de travaux mathématiques remarquables, qui se traduisent par des résultats pratiques ; ils sont dus à MM. Phi-lipps et Résal, l’un et l’autre du corps des mines de France (3).
- Comme un curieux exemple de ce qu’une intelligente division du travail permet à l’industrie, en fait de bon marché, nous mentionnerons ici les mouvements de montre que la maison Monnin-
- (1) Voir ci-après le Rapport de M. Privat-Deschanel, tome II, page 423. Peut-être un instrument présenté par un physicien danois, M. Soren Hjorth, a-t-il beaucoup d’avenir. Les expériences de MM. Granier et Jules Feuquières portent à le penser.
- (2) Voir ci-après le Rapport de M. Lissajous, tome II, p. 449.
- (3) Annales des mines, années 1866 et 1867.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLXXYII
- Japy livre au prix de 4 fr. 50, et qui sont fabriqués à l’aide d’une très - nombreuse série de machines (1).
- CHAPITRE IV.
- CARTES ET PLANS; CARTES DU LIEUTENANT MAURY.
- On trouvera plus loin (2) une notice très-intéressante de M. Ferri Pisani, sur les cartes topographiques, hydrographiques et géographiques. Tous les États civilisés ont entrepris l’exécution
- d’une carte de grande dimension qui offrît l’image fidèle’ et détaillée de leur superficie. Il s’agissait
- de représenter exactement, par l'e dessin topographique, les montagnes, les vallées, et en lui mot tous les accidents physiques, naturels et même artificiels, qui caractérisent et définissent le terri-
- x r ,
- toire. Seuls les petits Etats ont déjà vu la‘fm de cette œuvre minutieuse, à laquelle on a lieu de regretter qu’aucune convention ne soit venue donner le caractère, qui eût été fort désirable, de l’uniformité. La polychromie, qui n’est devenue pratique que tout récemment,' fournira peut-être une formule plus élégante et plus commode aux
- (1) Voir le Rapport du Jury spécial du Nouvel ordre de ré-; compenses,' ci-après, page 465.
- (2) Tome III, page 557.
- T. I.
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- CLXXVIII
- INTRODUCTION.
- données des immenses travaux déjà exécutés sur le terrain, pour qu’on en ait une représentation bien intelligible.
- Nous ne devons pas quitter ce sujet sans mentionner, en matière de cartes géographiques, les heureux efforts d’un simple particulier, M. Justus Perthes, de Gotha. Le Jury a honoré en lui l’alliance, toujours profitable, de l’industrie et de la science.
- Le Dépôt de la Marine impériale de France continue à se recommander par ses travaux d’une exactitude supérieure. Le ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics a eu l’excellente idée de faire dresser des cartes agronomiques , qui manquaient et qui seront fort utiles (1).
- Dans ces derniers temps, la navigation, qui relie les continents l’un à l’autre et qui est un moyen de transport si économique, a été favorisée bien heureusement, pour les grands trajets, par les cartes dues à un homme éminent qu’avec le monde savant nous appellerons le lieutenant Maury, nom qu’il a illustré, parce que c’est dans ce grade modeste qu’il a commencé ses beaux travaux. Ces cartes indiquent les directions que les navires à voiles doivent adopter pour profiter le mieux possible des courants de l’atmosphère et des vents, et raccourcir ainsi le voyage. On lira dans leRap-
- (1) Voir tome II, page 651.
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- DEUXIÈME I’AHTIE.
- GLXXIX
- port de M. Darondeau, le savant ingénieur hydrographe en chef de la Marine impériale de France, jusqu’où peut être portée par ce moyen l’économie de temps (1).
- CHAPITRE Y.
- GALVANOPLASTIE, ÉLECTRO-METALLURGIE (2).
- La galvanoplastie, qui remonte déjà à une trentaine d’années, est devenue récemment, par les perfectionnements successifs qu’elle a reçus , une grande industrie, qui ne concourt pas seulement à orner l’intérieur de nos maisons, en y répandant de jolis objets d’art, d’un fini remarquable, mais qui peut contribuer aussi à l’ornementation la plus apparente de nos cités, puisque l’exécution des articles les plus volumineux a complètement cessé de l’effrayer (3). On a pu voir, à l’Exposition, la reproduction en cuivre de grands reliefs tirés de l’Arc de Constantin à Rome. Un de nos musées, auquel l’Exposition aurait pu remprunter, au moins en partie, offre, en panneaux détachés, un objet d’art d’un format plus grand encore : c’est
- (1) Voir ci-après, tome Iï, page 597.
- (2) Voir ci-après, tome VIII, pages 123 et 154, les Pmpports de M. de Jacobi et de M. Oudrv.
- (3) Voir tome VIII, page 148.
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- CLXXX
- INTRODUCTION.
- la copie en cuivre, grandeur naturelle, par la galvanoplastie, de la colonne Trajane. Une pièce de cette dimension mériterait qu’on l’érigeât au milieu d’une place publique, où elle deviendrait un des embellissements de la capitale. Dans la cour du Louvre, par exemple, encadrée entre les beaux corps de bâtiments de ce Palais, comme la colonne de la campagne d’Austerlitz dans le majestueux carré de la place Vendôme, elle serait d’un très-grand effet. D’ailleurs elle se trouverait ainsi dans
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- le milieu qui lui conviendrait le mieux, au- centre d’un édifice consacré à notre plus importante collection nationale d’archéologie et d’œuvres d’art. Voilà où en est venue, petit à petit, cette invention qui avait commencé par des imitations de médailles et de camées, et qui sembla présomptueuse quand, en 184-9, elle exposa un Christ d’un mètre de longueur.
- En se modifiant, dans le but d’obtenir des produits du même aspect, mais moins coûteux, la galvanoplastie est arrivée à faire d’autres objets qui déjà servent effectivement à embellir nos places publiques et nos rues. L’industrie qui se livre à ce nouveau genre est souvent désignée sous le nom d’électro-métallurgie (1). En dé-
- fi) C’est ainsi qu’elle est qualifiée dans le Rapport deM. Ou-dry, tome VIII, page 154. La galvanoplastie proprement dite serait ainsi l’art de produire, par l’électricité, des pièces massives, c’est-à-dire entièrement du même métal, tandis que
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLXXXI
- posant une couche de cuivre , métal inattaquable à l’air, dont on règle l’épaisseur à son gré, sur la fonte de fer, métal à vil prix, fort aisé à modeler, mais fort oxydable; elle fournit le moyen d’exécuter à bon marché des pièces monumentales, du même effet que si elles étaient coulées en bronze de Corinthe. On en a la mesure par un grand nombre de fontaines éparses dans Paris, telles que celle de la place Louvois, qui est un bijou, quoiqu’elle ne dispose que d’un filet d’eau, les deux de la place de la Concorde qui, en répandant chacune un torrent, animent si heureusement cet espace si vaste. On sait aussi que les candélabres à pied, qui, au nombre de 20,000, distribuent, ou vont distribuer, dans tout Paris, la lumière du gaz, et dont le modèle est élégant, sont obtenus par le même procédé. Ils ne coûtent que le quart de semblables candélabres en bronze, et ceux-ci n’auraient ni plus d’apparence ni plus de solidité (1).
- L’inventeur de la galvanoplastie est M. H. de Jacobi, de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, et le Jury a eu à cœur de lui en rendre hommage. C’est lui qui, s’attachant à éla-
- l’électro-métallurgie se bornerait à déposer une couche mince d’un métal sur une pièce faite d’un autre par un procédé différent, c’est-à-dire par la fusion, ou par le marteau et la lime.
- 4 5 (1) 200 francs au lieu de 800.,
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- CLXXXII
- INTRODUCTION.
- borer son idée, l’a fait passer successivement par les phases qu’elle a traversées jusqu’à ce jour. M. Oudry est un des hommes qui ont le plus contribué à faire jouir le public de ces conquêtes de la science. Il a établi à Auteuil de grands ateliers, où il a exécuté la copie des reliefs de l’arc de Constantin, et celle, que nous venons de mentionner, de la colonne Trajane, grâce aux encouragements que l’Empereur lui a accordés avec sa munificence accoutumée. C’est aussi lui qui, reprenant les fontaines antérieurement coulées en fonte de fer, pour les recouvrir de cuivre, les a sauvées d’un prochain désastre et les a entièrement renouvelées. Sans l’électro-métallurgie, ce ne serait plus aujourd’hui que de la ferraille rongée de rouille ; grâce à cet art et à l’habileté avec laquelle M. Oudry le pratique, ce sont des bronzes du même air que les statues antiques. Enfin les ateliers d’Auteuil ont produit et continuent de produire les innombrables candélabres des rues de Paris.
- La maison Christofie, non moins renommée par le soin qu’elle apporte à sa fabrication que par l’étendue de ses affaires et la diversité de ses productions, avait exposé une quantité d’objets exécutés par la galvanoplastie et d’une grande perfection.
- Nous ne pouvons passer sous silence les heureux résultats obtenus par M. Van- Kempen, de Vorschooten (Pays-Bas), qui produit industriel-
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLXXXIII
- lement de l’orfèvrerie massive d’argent, composée seulement de deux pièces soudées, sans anode intérieur (1). La galvanoplastie est ainsi parvenue à remplacer la fonte, dans la belle industrie de l’orfèvrerie, avec une grande'économie de métal. Déjà, en 1843, M. de Jacobi avait obtenu de sem blables ouvrages massifs, mais il le déclare lui-même, il était loin de supposer alors que ses méthodes délicates deviendraient bientôt un procédé manufacturier, appliqué sur de telles proportions.
- CHAPITRE VL
- ARTS DIVERS.
- § 1. — Nouvelles couleurs tirées du goudron de gaz.
- Parmi les progrès dus à la chimie, il n’en est pas de plus intéressant que la continuation des découvertes de matières colorantes puisées dans le goudron de houille. Dès 1862, on énumérait treize couleurs ayant cette origine, et que la teinture utilisait. Elles formaient presque toute la gamme du spectre solaire. L’Exposition de 1867 ne révèle pas moins de dix produits nouveaux, avec des subdivisions. C’est ainsi qu’on a la série des mar-
- (1) Voir le Rapport de M. H. de Jacobi, tome VIII, page 149.
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- CLXXXIV
- INTRODUCTION.
- rons, clés gris et des noirs, un jaune, des violets et des verts fort estimés.
- De plus, les opérations se sont simplifiées, ce qui a déterminé la baisse des prix. Ces substances colorantes, dont la plupart sont aujourd’hui des corps bien définis chimiquement, s’obtiennent plus pures, plus faciles à fixer, et moins fugaces. C’est sous ce dernier aspect qu’elles laissaient le plus à désirer. Si elles n’ont pas encore acquis un degré de solidité qui permette de les employer pour la teinture des étoffes destinées à un long usage, telles que celles qui servent dans l’ameublement ou que les draps, elles ont du moins acquis la durée qu’il faut pour les articles de modes.
- Parmi les personnes qui ont contribué le plus, dans ces derniers temps, à multiplier ces substances colorantes et à en perfectionner la préparation, il convient de faire une mention toute particulière de M. A.-W. Hofmann, de Berlin (1).
- . , !
- § 2. — L’Aluminium et son bronze.
- Des différents métaux qui ont été obtenus, dans ces dernières années, en grand nombre, l’aluminium est, jusqu’à présent, le seul qui ait trouvé un emploi d’une certaine importance. A cause de
- (I) Voir ci-après le Rapport de M. Balard, tome VII, page 212, > et celui de M. A.-W. Hofmann, tome VII, page 223. r;.,
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- DEUXIEME PARTIE.
- CLXXXY
- la grande légèreté qui le distingue, on en fait les corps ou cylindres des lorgnettes de spectacle ; mais c’est principalement à l’état de bronze qu’il obtient de la faveur. Le bronze d’aluminium est un alliage qui a beaucoup d’éclat ; on en fond des couverts qui ressemblent au vermeil ; il est peu altérable, d’une grande ténacité et résiste fort au frottement. On l’a essayé pour diverses destinations avec succès. Il est vraisemblable que, avant qu’il soit longtemps, il sera beaucoup plus employé. Ce n’est plus qu’une question de prix, et, à cet égard, la baisse est fort probable ; elle se manifestera du moment qu’on en aura adopté quelque usage nouveau d’une certaine étendue.
- § 3. — Platine.
- l‘ *
- Depuis quelques années, on a perfectionné les moyens d’obtenir une très-grande chaleur de la combustion de l’hydrogène carboné, au moyen de l’oxygène pur ou à peu près. Le calorique fourni par ce moyen rend de grands effets. De cette manière, par exemple, on fond aisément le platine qui, il y a vingt ans, passait pour infusible, et l’Exposition en montrait de gros lingots, qui, au surplus, avaient apparu à Londres en 1862, du fait de MM. Mathey et Johnson. Le platine fondu est plus blanc et plus beau que le platine spongieux, auquel on était réduit naguère, et auquel on donnait du corps en le battant. Il n’est pas impossible7
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- GLXXXVI
- INTRODUCTION.
- qu’on arrive à lui procurer ainsi, pour la fabrication des objets d’art, une vogue que jusqu’à ce jour son aspect terne lui avait interdite.
- § 4. — Acides liydrofliiorique et fluo-silicique.
- L’acide fluorhydrique, par l’action énergique qu’il exerce sur les silicates, devait trouver un emploi dans les arts. Il y a, en effet, assez longtemps qu’on s’en sert pour dépolir le verre. En ménageant des réserves, on a trouvé le moyen d’obtenir ainsi des dessins sur verre qui ont de l’agrément. Deux hommes industrieux, MM. Jardin et Blancoud, habiles graveurs sur métaux, s’étant appliqués aussi à la gravure sur pierre dure, ont eu l’idée d’employer pour leurs opérations l’acide fluorhydrique, et ils sont parvenus à opérer dans des conditions remarquables de bon marché. En poussant la gravure à une certaine profondeur et en lui donnant un contre-évasement, de sorte que la rainure fût un peu plus large au fond qu’à la surface, ils ont pu faire des incrustations très-adhérentes d’or ou d’un autré métal. On remarquait, dans la magnifique exposition de la maison Christofle, une toilette en pierre dure qui offrait ce genre d’incrustation parfaitement exécuté par MM. Jardin et Blancoud (1).
- (1) Voir le Rapport de M. Barre, tome II, page 188.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- GLXXXVII
- Quelques autres personnes se sont servies du même procédé pour la gravure peu profonde sur l’émail de la porcelaine (1).
- Grâce à M. Tessié du Motay, qui a déjà beaucoup contribué par ses découvertes aux progrès de la gravure sur verre, l’extraction de l’acide fluo-si-licique est devenue industrielle (1). Transformé en fluo-silicate, cet acide a trouvé déjà plusieurs emplois dans la verrerie et l’industrie des faïences (2).
- Le fluo-silicate de potasse remplace le borax, qui coûte beaucoup plus cher.
- § 5. — La nitro-glycérine.
- Une invention chimique, sur laquelle l’attention a été justement appelée, est la nitro - glycérine, substance explosive, qui remplacerait la poudre de mine. La poudre fit une révolution dans l’exploitation des mines et des carrières. Il est surprenant que la découverte de Pvoger Bacon, déjà vieille de plusieurs siècles, et datant de l’enfance de la chimie, n’ait pas été détrônée encore, quand la chimie a livré à l’industrie tant de corps nouveaux, possédant des qualités puissantes en tout genre. Pour les travaux publics, qui ont pris de si grandes proportions depuis quelque temps, un agent plus actif que la poudre, est fort désirable. Les ful-
- (1) Voir le Rapport de M. Dommartin, tome III, page 475.
- (2) Voir le Rapport de M. Balard, tome Vil, page 135.
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- CLXXXVIII
- INTRODUCTION.
- minâtes semblent, an premier abord, donner la solution du problème ; mais ils sont d’un maniement si dangereux qu’on a dû s’abstenir même de les essayer. Tout ce qu’on a pu faire jusqu’ici a été d’en fabriquer des capsules pour les armes à feu, ou d’en charger des torpilles sous-marines pour la défense des côtes ou des fleuves.
- La nitro-glycérine se présente mieux. Non que le transport en soit exempt de périls ; quelques accidents très-graves ont montré le contraire. Mais on a un expédient bien simple, pour empêcher qu’il n’y en ait des explosions à bord des wagons de chemins de fer ou des paquebots : c’est de la faire sur place, au moment même de s’en servir, de façon à n’avoir jamais à la confier à un chemin de fer ou à un paquebot. Rien de plus facile que cette préparation ; elle peut s’improviser dans le désert. Il est à ma connaissance que la nitroglycérine a été employée pendant neuf mois consécutifs , en remplacement et à l’exclusion de la poudre de mine, pour faire une tranchée large, profonde , dans un calcaire très-dur (1). On a enlevé ainsi plus de 10,000 mètres cubes de rocher, sans avoir à déplorer le plus léger accident. Le travail a été fait avec moins de la moitié du temps qu’il y eût fallu avec la poudre, et la dépense a été réduite à moitié. La nitrorglycérine. se préparait
- (1) Rectification de la route impériale n° 9, au Pas de l’Escalette, département de l’Hérault. ;
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CLXXXIX
- dans un endroit écarté, à une petite distance des travaux.
- Jusqu’ici, la nitro-glycérine a été utilisée de préférence dans les travaux à ciel ouvert. On en a fait un grand usage dans les carrières de grès des Vosges de Saverne. Pour s’en servir dans les puits et les galeries, il faut recourir à une ventilation énergique, parce que quelques-uns des gaz produits par l’explosion de la nitro - glycérine exercent une action délétère sur l’économie animale (1). Cependant elle est d’un usage couvrant dans les mines rovales de la Iiaute-Silésie, pour les travaux où l’eau se présente en abondance sous le fleuret du mineur; on sait, en effet, que la nitro-glycérine éclate sous l’eau, sans aucune difficulté, et c’est une de ses supériorités.
- Dans ces mêmes mines de Silésie, on essaie, en ce moment, une autre substance explosive, la dynamite, due à M. Nobel, l’inventeur de la nitroglycérine. Ce nouveau produit, dont la puissance est égale à celle de la nitro-glycérine, c’est-à-dire quatorze fois plus grande que celle de la poudre, ne coûte, dit-on, que deux fois celle-ci, tandis que le prix de la nitro-glycérine est sept fois celui de la poudre. La préparation de la dynamite est restée
- (1) Un habile chimiste, M. Kopp, qui avait observé l’usage de la nitro-glycérine dans les carrières de Saverne, a publié une note détaillée sur la manière de la préparer, de la conserver et de s’en servir.
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- CXG
- INTRODUCTION.
- secrète. On assure qu’elle est d’un maniement moins dangereux que la nitro-glycérine.
- § 6. — Verrerie.
- Dans la verrerie, indépendamment de l’emploi du four Siemens, dont nous avons déjà signalé les avantages, on peut citer, en fait d’innovations intéressantes, la gravure mate sur cristal, obtenue par MM. Kessler, Tessié du Motay et Maréchal, au moyen de dérivés de l’acide fluosilicique, au lieu de la roue du tailleur (1). L’emploi des déri-‘ vés de l’acide fluorhydrique ne donnait que la gravure brillante.
- Le montage des grandes pièces de cristal est arrivé à des proportions colossales (2). Dans les pièces fines, les connaisseurs remarquent avec étonnement les dispositions de couleur sur couleur (3), nouveauté qui est d’un effet fort riche.
- Le spath fluor, introduit dans la masse même du verre, remplace maintenant, dans les globes d’éclairage, l’usage du dépoli ou du verre opalisé ; M. Paris, de Bercy, a montré avec quelle perfection on peut par ces nouveaux globes tamiser la lumière et la disperser.
- (1) Rapport de MM. Eugène Péligot et Bontemps, tome lit, page 68, et Rapport de M. Balard, tome VU, page 139.
- (2) Tome III, page 72.
- (3) Ibid., page 68.
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- DEUXIEME PARTIE.
- GXCI
- La production annuelle des glaces, en Europe, atteint actuellement environ un million de mètres carrés, soit un carré d’un kilomètre de côté. Le prix a baissé, depuis vingt ans, de 60 pour 100. Ces deux faits, la baisse des prix et la grande production, se montrent ainsi corrélatifs l’un de l’autre pour cette industrie, comme pour toutes les autres.
- Dans le Rapport sur l’Exposition de 1862 (1), on a mentionné le nouveau procédé d’étamage des glaces, qui consiste à remplacer l’étain et le mercure par l’argent, au moyen d’un procédé chimique des plus simples et des plus rapides. L’étamage au mercure était une opération fort insalubre. L’argenture, en outre, présente de l’économie. Donne-t-elle un étamage d’un blanc aussi permanent? c’est ce qui ne se saura qu’après un certain laps de temps (2).
- Un nouveau métal, le thallium, découvert par M. Crookes et étudié par M. Lamy, qui en a fait la monographie, a été introduit, à l’état d’oxyde, dans les verres d’optique. Il leur donne un degré particulier de densité et de pouvoir dispersif.
- (1) Tome VI, page 521, et Introduction, page xxxix.
- (2) Voir à ce sujet, dans les Annales des Mines de 1866, un mémoire de M. de Freycinet. Le procédé d’argenture qui est appliqué industriellement par la maison Brossette, et qui porte le nom de procédé Petitjean, a été indiqué, il y a trente-cinq ans déjà, par M. J. de Liebig, lorsqu’il fit la découverte de l’aldéhyde.
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- cxcii
- INTRODUCTION.
- Le thallium se trouve en quantité notable dans certaines pyrites de fer, où l’analyse spectrale l’a fait découvrir (1).
- §7. — Conserves Liebig. — Levure pressée.
- Les nouvelles conserves alimentaires, dont M. le baron Jus tus de Liebig a doté l’économie domestique, représentent trente fois leur poids de viande fraîche; elles ne contiennent que des substances solubles et sapides; on a eu soin d’en éliminer la graisse qui rancirait et la gélatine qui moisirait. Grâce à [cette précaution, l’extrait de viande se conserve aisément dans des boîtes, même imparfaitement closes. C’est une précieuse ressource pour les voyageurs ; c’en est une pour les maisons isolées dans les campagnes, où l’on n’a pas le moyen de mettre à volonté le pot au feu. On conçoit l’avantage que certaines parties de l’Amérique du Sud, où le bétail abonde, sont appelées à tirer de cette découverte. Les débris de la fabrication peuvent servir d’engrais et, sous cette forme, se transporter au loin (2).
- La conservation du lait a été améliorée (3) et
- (1) Voir ci-après le Rapport de M. H. Sainte-Claire Deville, tome V, page 669.
- (2) Rapport de M. Payen, de l’Institut, et de M. Martin de Moussy, tome XI, page 169.
- (3) Voir tome XI, page 126, Rapport de M. Poggiale.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CXGIII
- rend maintenant service aux malades qui sont
- forcés de passer les mers, ou qui traversent des
- pays dont les auberges sont mal pourvues, ce qui
- /
- se rencontre môme dans les Etats les plus civilisés.
- Un produit nouvellement obtenu, la levûre pressée allemande (1), facilite partout la fabrication de la bonne bière et fournit en outre, à l’industrie de l’alcool, et à l’agriculture des déchets de céréales d’un très-bon usage pour engraisser le bétail.
- §8. — Succédanés du chiffon dans la fabrication du papier.
- La consommation du papier a pris de telles proportions que les débris de chiffons dont on le fait sont devenus fort insuffisants. Si Ton n’avait eu le moyen de les remplacer, au moins en partie, en introduisant dans la fabrication des beaux papiers une certaine proportion d’autres substances, et en fabriquant les papiers les plus communs avec ces autres matières toutes seules, il n’y aurait pas eu de limite à la hausse des chiffons. L’industrie a donc dû se préoccuper d’extraire directement, de certains végétaux, la cellulose fibreuse qui constitue le papier.
- On a eu recours à des procédés mécaniques (2). et à des procédés chimiques (3).
- (1) Voir le Rapport de M. Payen, tome XI, page 71.
- (2) Procédé Wœlter. Voir ci-après le Rapport de M. Payen, de l’Institut, tome II, page 118.
- (3) Ibid., page 121.
- T. I.
- m
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- GXCIV
- INTRODUCTION.
- La paille et le sparte sont les principaux de ces succédanés.
- Le sparte donne de beau papier blanc ; cette plante, que l’Espagne et l’Algérie peuvent offrir en abondance, forme déjà la matière d’un certain commerce qui ne peut manquer de s’accroître. Les papeteries anglaises tirent de l’Espagne une grande quantité de sparte (1). Le tour de l’Algérie pourra et devra venir. Pour la plupart des papeteries françaises, il est moins avantageux, dans l’état actuel des choses, d’employer le sparte, à cause des frais de transport. La paille est une matière première moins distinguée, mais elle rend des services remarquables, parce qu’elle est sur place partout.
- Enfin, on se sert du bois lui-même, matière à vil prix, relativement; on commence à en obtenir des résultats. On a même essayé des procédés qui en retireraient à la fois de la pâte à papier et de l’alcool. Ce serait magnifique.
- (1) Le tableau du commerce de l’Angleterre montre qu’elle tire d’Espagne, sous la rubrique chiffons et autres matières pour faire le papier, c'est-à-dire fibres végétales, des quantités
- qui vont toujours croissant :
- En 1862, c’était, en tonnes de 1,000 kilog. 759 tonnes.
- En 1865, on monta à........................ 18,074 —
- En 1866, on atteignit....................... . 66,913 —
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- DEUXIÈME PARTIE.
- GXCV
- § 9. — Sucrerie.
- La grande industrie du sucre de betterave, dont les intérêts sont si étroitement liés à ceux de l’agriculture, est une de celles qui font le plus de progrès; on peut dire qu’elle les accumule l’un sur l’autre. On en jugera par ce qu’en a si bien dit M. le baron Thénard, dans le Rapport instructif qui lui est dû (1). Amélioration de la main d’œuvre, économie du combustible, sûreté plus grande dans les moyens, augmentation du rendement, rapidité du travail, meilleure qualité des produits, voilà des résultats dont il faut se féliciter, d’autant plus que le rôle du sucre dans l’alimentation publique devient chaque jour plus étendu. Le savant rapporteur exprime des vœux qui auront de l’écho, à savoir : que la culture de la racine s’élève à son tour à un niveau supérieur, et que l’impôt cesse bientôt de peser d’un poids aussi lourd sur une production si essentiellement utile.
- Nous devons faire ici une mention toute particulière du procédé de l’osmose. Ce procédé, conçu par M. Dubrunfaut, sur une indication de M. Dumas, sert à extraire une partie des 40 ou 45 pour 100 de sucre cristallisable que retient la mélasse. C’est l’application d’une propriété physique des corps, étudiée d’abord par M. Dutrochet,
- (1) Tome VIII, page 349.
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- CXCVI
- INTRODUCTION.
- et dont la découverte ouvre à l’industrie de nouveaux horizons et prépare des résultats heureux dans bien des genres. Il consiste à enlever à la mélasse les sels (de potasse principalement) dont elle est mêlée, et qui rendent incristallisable le sucre qu’elle contient. L’osmogène, appareil imaginé à cet effet par M. Dubrunfaut, est fondé sur la vertu qu’ont les corps poreux, d’être perméables à une partie des substances en dissolution dans un liquide, tandis qu’ils restent imperméables pour les autres. De là une sorte de filtration qui opère très-simplement des séparations jusqu’ici réputées impossibles. Il suffit de placer de l’eau claire d’un des côtés d’un papier dit parchemin, pour que la mélasse placée de l’autre côté se dépouille des sels qui y enchaînent la puissance de cristallisation du sucre. Pour comprendre la portée de ce procédé, on n’a qu’à se rappeler que, dans la France seule, pendant la campagne 1866-67, cent millions de kilogrammes de sucre sont demeurés immobilisés dans la mélasse (1).
- § 10. — Fabrication des tabacs.
- Dans des conditions de monopole qui, en général, sont très--peu favorables au progrès, l’ad-
- (1) Rapport de M. le baron Thénard, tome VII, page 332, et Rapport de M. Dureau, tome IX, page 297.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- GXGVII
- ministration des tabacs de France, par une exception qui l'honore, a déployé un remarquable esprit de perfectionnement, et son exposition a frappé le Jury.
- Placée, par sa nature même, à un point de vue exclusivement fiscal, l’administration des contributions indirectes, qui avait absorbé celle des tabacs, ne favorisait ni les recherches scientifiques, ni les tentatives manufacturières. Depuis que l’administration des tabacs a une existence séparée, l’industrie qu’elle exerce a pris un grand essor.
- Les matières ont été mieux utilisées ; de nouveaux procédés chimiques ont été introduits ; la mécanique a apporté un concours efficace; les prix de revient se sont abaissés, quoiqu’on ait augmenté le salaire des ouvriers. En même temps on a amélioré les conditions hygiéniques et morales dans lesquelles, est placé ce nombreux personnel (1).
- L’administration des tabacs a tiré un précieux concours de l’initiative individuelle de ses ingé-nieurs, qui sortent de l’Ecole polytechnique et portent en eux le sentiment de l’intérêt public, qu’on respire au sein de cette grande institution.
- La plupart des machines exposées par l’administration des tabacs peuvent être avantageusement employées dans d’autres industries.
- (1) Voir le Rapport de M. Cavaré fils, tome VIII, page 412.
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- cxcvm
- INTRODUCTION.
- Parmi ces machines, il convient de citer d’abord les puissants appareils servant à la torréfaction, à la dessiccation ou à la mouillade. Ils sont dus à M. E. Rolland, aujourd’hui directeur général. Ce haut fonctionnaire est aussi l’inventeur des divers régulateurs, ayant la précision des instruments de laboratoire, par lesquels on fixe au point qu’on veut la température des fourneaux ou des gaz, la pression de la vapeur, la vitesse des machines. On a remarqué également les instruments d’expérimentation de MM. De-mondésir et Kretz, pour les essais des moteurs, et divers appareils spéciaux dus à MM. Richaud, Goupil, Rey, Mérijot, Dargnies, etc.
- La production du tabac en feuilles est une branche de l’agriculture qui réclame des soins particuliers. Elle a donné lieu à un Rapport fort intéressant de M. J.-A. Barrai (1).
- CHAPITRE VII.
- TRAVAUX PUBLICS.
- 4
- Les travaux publics sont au nombre des plus grands témoignages de la puissance du siècle. Ce n’est pas que, en fait de monuments, les peuples qui sont à la tête de la civilisation moderne aient
- (1) Tome VI, page 376.
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- DEUXIEME PARTIE.
- GXCIX
- érigé rien qui, par la magnificence, la solidité ou la grandeur, soit plus extraordinaire que les oeuvres du même genre des Egyptiens, des Assyriens, des Chaldéens et de quelques peuples de l’Asie plus orientale. Sous ces divers rapports, nos édifices les plus ambitieux ne surpassent pas les pyramides d’Égypte, les palais et les temples de Thèbes, avec leurs colonnades colossales, leurs pylônes et leurs rangées de sphinx, ou les monuments récemment découverts parmi les ruines de Babylone et de Ninive. Plusieurs des constructions dont on voit les ruines clans l’Inde ou dans l’ile de Geylan, et dont quelques-unes sont encore presque intactes, pourraient rivaliser avec nos ouvrages les plus spacieux, les plus élégants ou les plus splendides. La muraille de la Chine offre un cube de maçonnerie qui peut soutenir, pour le moins, la comparaison avec ce qui s’est fait de plus considérable parmi les entreprises des trente
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- ou quarante dernières années.
- Mais les constructions faites, de nos jours, par les grands peuples de la civilisation occidentale, celles qu’on appelle spécialement les travaux publics, ont des caractères qui leur sont propres : l’utilité en est le but, et une science toute moderne éclate dans leurs combinaisons. Ce qui en a été accompli, depuis un tiers de siècle, dépasse assurément de beaucoup, par sa masse, tout ce qui a jamais pu être fait, ailleurs ou autrefois, dans le même laps de temps. Les chemins de fer, ira-
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- menses par les ouvrages qu’ils ont nécessités, sont achnirables par le savoir qu’ils révèlent en eux-mêmes, et encore plus par le matériel tout particulier qu’ils ont à leur service.
- L’amélioration des rivières et des fleuves domie lieu de même à des travaux extrêmement ingénieux et fort étendus. Les ponts ou viaducs qu’on jette aujourd’hui, en si grand nombre, sur les rivières ou au travers des vallées, par la manière dont ils défient l’impétuosité des cours d’eau, et dont leurs fondations franchissent les graviers, sables et vases amoncelés au fond du lit des grands fleuves, attestent un art nouveau et incontestablement supérieur. Les bassins et les jetées des ports témoignent d’une grande hardiesse et d’une extrême habileté; les anciens peuples n’auraient pu rien entreprendre de semblable à ce que les modernes exécutent en ce genre sans peine, depuis qu’ils ont la ressource des blocs artificiels de M. Poirel. Les phares épars sur le littoral, qui font la sécurité du navigateur, démontrent aussi le progrès des sciences et des arts, en même temps qu’ils prouvent le goût et l’aptitude du siècle pour les choses utiles.
- L’emploi du fer, dans des cas où les anciens se servaient de la pierre ou de la brique, est un des traits propres aux travaux publics modernes. Il y a très-longtemps que les hommes connaissent le fer; mais c’est dans le xixe siècle seulement qu’on est parvenu à'le fabriquer à bas prix et en grandes
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- pièces offrant l’homogénéité de substance et la régularité de forme que réclame la construction des grands édifices.
- Le fer fournit à l’architecture deux éléments qui, bien utilisés, permettraient de la renouveler. L’un est la colonne de fonte qui peut supporter une charge indéfinie (1), l’autre est la poutre creuse, en feuilles de tôle fortement rivées, qui franchit aisément des portées interdites au bois ou à la pierre (2).
- Revenons rapidement sur chacun de ces points.
- § 1. — Matériaux artificiels.
- En fait de pierres artificielles, on peut noter la pierre de Ransome, qui se fabrique en malaxant du sable ou de la craie, et au besoin d’autres substances minérales, avec un peu d’hydrosilicate de soude. On trempe ensuite le moule, qui contient le mélange, dans une dissolution de chlorure de calcium; il se forme ainsi un hydrosilicate de chaux qui cimente les matières. Cette pierre artificielle est d’une remarquable dureté. En Angleterre, où elle a été imaginée, elle revient, une fois
- (1) De sou camp de Finkenstein, en 1807, Napoléon Ier proposa de s’en servir pour soutenir la coupole du Panthéon. On n’en fit rien. On devrait le faire aujourd’hui, remplaçant par des colonnes en fonte les quatre massifs disgracieux bâtis sous la voûte.
- (2) Voir plus bas, page ccv de cette Introduction.
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- en place, à un prix moins élevé que la pierre naturelle, parce qu’elle n’a pas à supporter les frais de taille et de modelage, et aussi parce que la bonne pierre naturelle est rare dans ce pays.
- Divers ciments, dont quelques-uns remontent à un certain nombre d’années déjà, se répandent de plus en plus. Il faut citer le ciment dit de Portland, fort employé aujourd’hui, et dont des fabriques se sont élevées partout. Le procédé de fabrication consiste à peu près uniformément à mélanger intimement un carbonate de chaux très-divisé, tel que la craie avec de l’argile. D’autres fois, c’est une marne argileuse qu’on associe à un calcaire marneux, et quelquefois tout simplement un calcaire marneux d’une nature particulière, sans aucune addition. On fait la cuisson du mélange, ou de la matière unique dans le dernier cas qui vient d’être indiqué, à une température très-élevée. Le ciment Vicat diffère du ciment de Portland en ce que l’argile s’y mêle à la chaux éteinte, c’est-à-dire à du calcaire déjà cuit. Il est estimé à l’égal du ciment de Portland, et même plusieurs ingénieurs le préfèrent (1).
- Le béton Coignet, qui acquiert moins de dureté que ces deux ciments, n’en est pas moins une excellente ressource dans beaucoup de cas. Il résulte d’un mélange, fortement battu au moment où on
- (1) Voir pour ces divers objets le Rapport de M. Delesse, tome X, pages 66, 71, 90.
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- l’emploie, de sable et de chaux hydraulique, avec une médiocre proportion de ciment. Il donne le moyen de faire des murs de quai et de grandes maisons entières d’un seul bloc-(1). A Paris, on en a construit des égouts; au Vésinet, près de Saint-Germain-en-Laye, une église. Pour réussir, il exige des ouvriers exercés et attentifs ; dans plusieurs circonstances, il a procuré une économie importante.
- Nous ne parlons pas de quelques compositions au moins ingénieuses, comme le ciment ferrugineux et le ciment à la magnésie (u2). C’est encore du domaine du laboratoire plus que de l’industrie.
- Les compositions dites similipierre ou simi-limarhre, paraissent être entrées, à un degré déjà remarquable, dans l’usage courant.
- § 2. — Chemins de fer.
- Pour les chemins de fer, comme pour les canaux et les routes, il faut des terrassements sur de grandes proportions, des tranchées quelquefois profondes, et des souterrains que, dans l’ancien français, on appelait tonnelles, mot qui nous est revenu d’Angleterre sous une autre orthographe. Le travail le plus remarquable des derniers temps est le souterrain du Mont-Cenis, d’une longueur
- (1) On peut en voir une, à Paris, rue Miroménil.
- (2) Voir tome VII, pages 113, 116, et tome X, page 84.
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- inusitée, que la hauteur de la masse supérieure oblige de creuser en procédant par deux points seulement, les deux extrémités, sans recourir à des puits intermédiaires; ceux-ci seraient impossibles. Le succès, aujourd’hui assuré, de cette belle œuvre est un événement dans l’histoire des travaux publics. Nous en avons dit un mot plus haut, à l’occasion de l’air comprimé qu’on y emploie (1). On trouvera, dans le Recueil des rapports qui suivent, une excellente note qui le concerne (2).
- § 3. Barrages des fleuves et rivières.
- Au sujet des canaux, des rivières et des fleuves, une nouveauté intéressante et déjà éprouvée consiste dans la chaîne, noyée au fond du lit, à laquelle se cramponne, pour avancer, un navire remorqueur qui traîne après lui une flottille. Mentionnons aussi les barrages qu’on sait établir maintenant, avec économie et sûreté, dans le lit même des grands fleuves, et qui rendent à la navigation de très-grands services.
- L’expérience a montré que le meilleur système de barrage était celui auquel on a donné le nom de mobile, parce qu’il est possible de le rabattre sur un radier fixe, dans les moments de crue, où la puissance des eaux pourrait l’endommager. Le
- (1) Page cxxxii de la présente Introduction.
- (2) Rapport de M. Huet, tome X, page 215.
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- premier barrage mobile, imaginé par M. Poirée, fut construit par lui-même en 1833. Il a reçu de l’inventeur, infatigable à perfectionner sa propre pensée, diverses modifications utiles, et il a été appliqué avec succès dans un grand nombre de cas. Deux autres ingénieurs des ponts et chaussées, M. Chanoine et M. Louiche-Desfontaines, ont successivement, chacun de son côté, conçu d’autres plans dérivés de l’idée-mère de M. Poirée, et leurs barrages ont parfaitement réussi (1).
- § 4.—Ponts et Viaducs.
- Une amélioration qu’ont reçue les ponts et les viaducs, comme au surplus beaucoup de travaux de maçonnerie, consiste dans l’usage des petits matériaux, hourdés en mortier de ciment (2). Il en résulte une économie très-notable, sans que la solidité des ouvrages ait à en souffrir.
- Les ponts en fer se multiplient. Le système qui a le plus de faveur est celui qui consiste à les construire au moyen de poutres droites, placées horizontalement et composées de feuilles de tôle fortement rivées les unes aux autres. Des poutres horizontales n’exerçant sur les piles et culées que des efforts verticaux ou à peu près, il en résulte une économie, puisque les appuis peuvent
- (1) Rapport de M. Baude, tome X, page 185.
- (2) Ibich, page 156.
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- être d’une moindre masse. Avec elles on peut se permettre des ouvertures extraordinaires. Quand les fondations sont difficiles ou les piles très-hautes, l’avantage des poutres droites est considérable. L’idéal de ces ponts, au point de vue de la difficulté vaincue, est celui que Robert Stephenson a jeté sur le détroit de Menai : la poutre y a reçu des dimensions telles que les trains de chemins de fer passent dans l’intérieur, entre ses parois. Ce grand ouvrage offre des portées de 150 mètres. On a fait aussi des ponts où les piles mêmes étaient en métal, système applicable surtout dans les cas où l’élévation est très-grande. La préférence donnée aux ponts métalliques à poutres droites n’a pas empêché d’en faire qui fussent arqués. O11 a construit aussi, dans ces derniers temps, des ponts en fonte dont la construction elle-même est fort bien entendue. Le beau pont de Tarascon, sur le chemin de fer de Paris à la Méditerranée, est en fonte; de même celui de Constantine en Algérie ; ce dernier est d’une seule arche de 56 mètres (1).
- L’art de construire les ponts n’offre aucune innovation plus intéressante que la fondation des piles au moyen de l’air comprimé. La compression de l’air refoule l’eau de l’intérieur d’un grand caisson en tôle, placé à l’endroit où il s’agit de
- (1) Voir pour les ponts en métal le Rapport de M. Baude, tome X, page 159.
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- faire la pile, et subdivisé en plusieurs parties formant des caissons séparés. On occupe ainsi toute Faire de la pile. Chacun des caissons partiels s’enfonce à mesure qu’on en retire les sables et graviers. Les ouvriers travaillent à sec dans le caisson, grâce à l’air comprimé qui fait refluer les eaux. Quand on est parvenu à la profondeur voulue, on emplit le caisson de béton ou de maçonnerie, toujours au milieu de l’air comprimé. Les
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- piles du pont de Kehl ont ainsi été descendues à 20 mètres au-dessous du niveau de Fétiage (1).
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- Travaux à la mer.
- Pour les travaux maritimes, on a recours à des blocs artiliciels en béton, exactement moulés, que nous avons déjà nommés (2). On les prépare tout à côté de F emplacement qu’ils doivent occuper, et, une fois durcis, on les coule dans l’eau par des procédés fort simples. Leur composition est celle du béton, c’est-à-dire qu’ils consistent en un ciment qui empâte des cailloux et du moellon. On en fait de 10 mètres cubes, de 20, de 50 et de plus ; ce sont donc des pierres d’une forme régulière qui pèsent 25, 50, 100 et 200 tonnes. Il faut des blocs de ce poids pour résister aux fureurs
- (1) Voir le Rapport de M. Bande, tome X, page 201.
- (2) Page ce de la présente Introduction.
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- de l’Océan. Sur la Méditerranée elle-même, il ne les faut pas moindres, parce que, avec cette mer exempte de marée, la lame, frappant toujours au même ' point, peut occasionner les plus grands dégâts, si elle est violemment soulevée. Tous les travaux à la mer, aujourd’hui, se font avec des blocs artificiels ou du moins en sont revêtus. L’ingénieur en chef du port de Cette, M. Régy, en a employé, dans la jetée qui protège le port, qui pesaient jusqu’à 240,000 kilogrammes. On se sert aussi de ces blocs, dans les bassins de l’intérieur des ports, pour avoir des fondations immuables et des parois verticales qu’il n’y ait plus à renouveler. C’est une des plus précieuses conquêtes de l’art moderne. Elle fut essayée pour la première fois au port d’Alger (1).
- L’emploi du scaphandre , pour travailler d’une manière continue sous l’eau, est maintenant un fait acquis ; les ouvriers, moyennant une prime, n’y font plus aucune objection (2).
- § 6. — Phares.
- Les phares ne sont pas restés stationnaires dans ces dernières années ; ils se sont perfectionnés en même temps qu’ils se multipliaient. L’An-
- (1) Voir le Rapport de M. Marin, tome X, page 314.
- (2) Ibid., tome X, page 320.
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- gleterre est le pays qui en est le mieux pourvu. On compte, .sur les côtes clés Iles Britanniques, 556 phares de divers ordres. La France n’en a qu’un peu plus de la moitié, 291 ; en 1830 elle n’en avait que 53. L’Espagne mérite d’être citée pour les efforts heureux qu’elle a faits, dans le but d’améliorer l’éclairage de ses côtes.
- L’innovation dans les phares a été double : 1° on fait aujourd’hui des phares en fer, au heu de maçonnerie ; 2° on s’est mis à y produire la lumière au moyen de l’électricité, au lieu de l’huile. On obtient de la sorte des effets extraordinaires; au lieu d’une lumière de la force de 600 becs Car-cel, on arrive à 5,000, à 10,000 et au delà. On trouvera ces questions traitées avec autorité dans le Rapport de M. Léonce Reynaud, inspecteur général du service des phares (1).
- § 7. — Distribution d’eau dans les villes.
- L’alimentation des villes en eau potable a donné lieu à beaucoup de travaux intéressants. Une des villes où c’est le mieux entendu est celle de Dijon (2).
- On vient de terminer, dans l’intérêt de Paris, une œuvre très-distinguée en ce genre, l’aquéduc
- (1) Tome X, page 336.
- (2) Les travaux d’alimentation de Dijon sont dus à feu M. Darcy, qui les a fait connaître en détail par une excellente publication.
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- de dérivation des sources de la Dhuis, avec un * magnifique réservoir à Ménilmontant. Ce réservoir, à deux étages, est un ouvrage dont il n’existe pas le pareil. Il laisse loin derrière lui les plus célèbres citernes de l’antiquité. On doit la construc-toute entière, aqueduc et réservoir, à M. Bel grand.
- Le travail le plus original qui ait été entrepris,' en fait de conduite d’eau, est celui qui existe à Chicago (Etats-Unis), sur les bords du lac Michigan. Il a consisté à aller chercher l’eau, dans le lac même qui baigne la ville, à plus de trois kilomètres de la rive, par un aqueduc noyé dans le lac.
- Un des embarras de l’alimentation des villes en eau potable est l’obligation de les filtrer, quand la prise a lieu en lit de rivière. Les difficultés de l’opération sont-grandes, lorsqu’il s’agit d’approvisionner une ville populeuse, et que l’eau sur laquelle on opère est fort trouble, comme celle de la Durance, dont Marseille se fournit. A cet égard, on n’en est encore qu’aux essais. C’est une des raisons pour lesquelles, quand on le peut, on fait bien d’aller saisir une source à son point d’émergence, ainsi qu’on vient de le pratiquer à Paris pour l’eau de la Dhuis, et qu’on le commence pour celle de la Vanne.
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- § 8. — Égouts.
- Les idées d’hygiène s’étant répandues, les grandes villes ont voulu avoir un système d’égouts qui délivrât, autant que possible, de toutes les matières fétides le sol sur lequel elles sont assises. De là des travaux étendus et difficiles. Le système adopté à Paris, qui paraît le plus scientifique et le meilleur de tous, a été très-bien décrit par M. Mille, dans le Rapport sur l’Exposition de 1862 (1). Nous n’avons pas à y revenir.
- Il restait à savoir, pour Paris et pour bien d’autres cités, ce qu’on ferait des eaux qui s’échappent par les égouts. Les verser dans les rivières, ce serait infecter celles-ci. On a pu agir ainsi à Londres, parce que, en aval de cette immense capitale, la Tamise n’est plus à proprement parler un fleuve ; c’est une baie dont le flux et le reflux renouvellent les flots, et aucune population n’y puise pour ses usages domestiques. On a dû seulement transporter à une certaine distance au-dessous
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- de la ville les eaux débitées par les égouts.
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- On cherche maintenant, dans différentes grandes villes, à utiliser ces eaux comme engrais pour l’agriculture. C’est ce qui a été accompli, il y a bien longtemps, en Espagne, à Valence, au grand avantage des célèbres jardins (la Huerta) qui
- (1 ) Tome III, page 480.
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- bordent cette ville. À Paris, où la question est complexe, elle s’étudie très-attentivement.
- Un moyen de diminuer au moins l’infection consisterait à emporter au loin les liquides des vidanges, dans des barques ou en chemin de fer. On commence à le faire, en employant des wagons spéciaux qui circulent sur les voies ferrées et on transporte ainsi une partie des vidanges de Paris à 200 kilomètres, en Champagne.
- MM. Blanchard et Chateau ont cherché à résoudre le même problème autrement : par le moyen du phosphate acide de magnésie et de fer, ils précipitent le soufre, à l’état de sulfure, et l’azote à l’état de phosphate ammoniaco-magné-sien. La pâte phosphatée, qu’on obtient ainsi, est ensuite convertie en poudre séchée, qui peut s’expédier en barils sans aucun inconvénient (1).
- § 9. — Dessèchement des lacs. — Le lac Fucino (2).
- Situé à 110 kilomètres au sud-est de Rome, sur le territoire actuel du royaume d’Italie, le lac Fucino présentait, jusqu’à notre époque, la vaste superficie de 65,000 hectares, dont 50,000 de marais et 15 à 16,000 de lac proprement dit. Il se déployait sur un plateau, à l’altitude de 650 mètres, et était cerné de tous côtés par
- (1) Voir une note de M. Dumas , tome VIII, page 234.
- (2) Rapport de M. Ed. Grateau, tome XII, page 188.
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- les cimes des Apennins méridionaux. Son régime hydraulique ne dépendait que des phénomènes météorologiques ; car on ne lui connaît aucun écoulement naturel. Dès le règne de Claude, l’an 42 de notre ère , un canal fut creusé par les soins du fameux affranchi Narcisse, sous le mont Sal-viano, et conduisit au fleuve Liri les eaux du lac par un tunnel de 5,640 mètres ; mais la réussite du percement ne fut qu’éphémère. (Le canal souterrain s’éboula sur quelques points et s’encombra. C’est au prince Alexandre Torlonia que revient l’honneur du succès définitif. Il a confié la direction des travaux successivement à M. de Montricher, et, après la mort prématurée de cet ingénieur éminent, à M. Bermont, qui s’est montré le digne continuateur de son ancien chef. Le plan qu’on a suivi consiste à ouvrir un nouveau souterrain, dans la même direction que Vernis^ sair.e de Claude, mais atteignant le fond du lac, de manière à rendre le dessèchement complet. D’après le plan de Narcisse, il devait rester une cuvette assez étendue, pleine d’eau en permanence. Le canal souterrain doit avoir 7 kilomètres. Dès 1854 on a commencé cet émissaire sur de belles proportions, 12 mètres carrés de section. Il est soigneusement muraillé. Il touche à son terme. Déjà, et depuis quelque temps, en tirant parti du tronçon, le plus voisin du lac, du canal de Narcisse, on a pu faire écouler une bonne partie des eaux. Dans un an environ, l’on espère
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- que le lac entier aura disparu. Le pays sera désormais assaini, et une population nombreuse trouvera des moyens d’existence dans la fructueuse exploitation agricole qui occupera le terrain naguère désolé par des fièvres pestilentielles, nées des exhalaisons du marécage.
- CHAPITRE VIII.
- EXEMPLES DE LA PROPAGATION DES MEILLEURS PROCÉDÉS ET DES MEILLEURS APPAREILS. — INFLUENCE QU’A EXERCÉE, A CET ÉGARD, L’ABANDON PARTIEL, PAR LA FRANCE, DE L’ANCIENNE POLITIQUE COMMERCIALE OU SYSTÈME PROTECTIONISTE.
- Dans plusieurs États des plus haut placés sur l’échelle de la civilisation et, par exemple, dans notre propre patrie, on comptait naguère une multitude d’établissements manufacturiers qui suivaient les errements du passé, sans se préoccuper sérieusement de la nécessité d’en sortir, afin de mieux payer leur dette à la société. En l’absence d’une concurrence suffisamment active, ils gardaient un vieux matériel, et, par cela même, des procédés relativement antiques. Assurément, en remplaçant leur outillage suranné par un autre,, dont les modèles étaient sous leurs yeux ou de leur connaissance, il leur eut été possible d’accroître,' souvent dans une forte proportion, la somme, de
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- leurs bénéfices; mais ils jugeaient plus avantageux de ne pas engager le gros capital qui, dans la plupart des cas, eût été nécessaire' à la transformation. Il n’est pas superflu de.dire que souvent ils eussent été dans l’embarras pour se procurer ce capital, s’ils l’avaient cherché. ' •
- L’histoire économique de notre époque enregistrera, comme caractérisant cette situation si peu conforme à l’intérêt public, l’incident qui fut révélé, il y a quelques années, par M. Jean Dollfus, au sujet des vieux métiers à filer le coton, qu’il avait rebutés pour les remplacer par de modernes, et que d’autres manufacturiers vinrent lui demander de leur vendre, après qu’il les eût fait mettre hors de ses ateliers comme de la ferraille.
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- Cet honorable chef d’industrie, éminent de tant de manières, fut étonné de la proposition. Dans sa loyauté, il crut devoir faire remarquer à ces clients inattendus que ce n’était pas sans de bonnes rai-, sons, et sans s’être bien rendu compte, qu’il avait réformé son antique matériel, mais qu’il n’avait qu’à s’en applaudir par les profits que le changement lui procurait. Au lieu d’être ébranlés: par ces judicieuses observations, les autres insistèrent Leur bénéfice serait moindre sans doute, mais il leur en resterait un satisfaisant encore,, même; avec ce matériel vieilli, grâce à la législation pro-hibitioniste qui obligeait le consommateur à. leur acheter leurs produits-à un prix, élevé. Et le vieux,, matériel trouva ainsi.preneurs.!/, ri /;
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- INTRODUCTION.
- Le traité de commerce du 23 janvier 1860, entré la France et l’Angleterre, ayant introduit chez nous, fort incomplètement cependant, la liberté commerciale, ou en d’autres termes la concurrence universelle substituée à la concurrence nationale, il n’en a pas fallu davantage pour faire disparaître de la France, et ensuite d’autres contrées, cette cause de retardement. C’est un grand avantage qui a été conféré ainsi au consommateur, représentant de la société en cette circonstance.
- Un des exemples les plus intéressants à citer, de l’impulsion qu’a reçue dans ces dernières années la propagation des bonnes méthodes et des bons appareils, est fourni par l’industrie des fers en France.
- Pour soutenir la concurrence des Anglais et des Belges, les maîtres de forges français ont dû faire de grands efforts, quoique les négociateurs du traité de commerce, par un sage esprit de ménagement, eussent jugé à propos de leur accorder provisoirement un privilège, en laissant un droit élevé (1) sur le fer étranger. Dans cette industrie, de même que dans plusieurs autres, il a fallu absolument que tous les chefs d’établissement, imitant en cela ce que quelques-uns avaient fait
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- (1) 70 francs d’abord et ensuite 60 francs par 1,000 kilo-' grammes de fer dont certaines qualités ne valent aujourd’hui, à la frontière, que 160 à 170 francs. , i
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- spontanément avant 1860, se plaçassent dans des conditions meilleures de production, qu’ils s’emparassent de tous les moyens révélés par l’exemple des autres peuples. On a dû s’appliquera économiser le combustible et à remplacer de plus en plus la force humaine, qui est la plus chère de toutes, par celle des chutes d’eau ou de la vapeur. Quelquefois ces moyens, d’une grande efficacité cependant, sont restés insuffisants, et on a été forcé de recourir à un autre, bien plus onéreux, le déplacement du siège même de l’industrie.
- C’est ainsi qu’un certain nombre de maîtres de forges ont eu à se transporter là où le combustible et le minerai revenaient à de plus bas prix, et que des départements dans lesquels l’industrie sidérurgique avait fleuri, du temps qu’on faisait le fer au charbon de bois, ont vu s’éteindre la plupart de leurs hauts fourneaux. On ne peut nier . que pour ces départements ce ne soit une perte ; mais c’est un de ces malheurs qu’impose la force des choses, et qui accompagnent, sans qu’on puisse l’empêcher, une amélioration générale qui s’accomplit pour le pays. Il était aussi impossible, une fois qu’on était parvenu à un certain point, de perpétuer l’existence des forges placées dans des conditions irrémédiablement mauvaises, qu’il l’eût été naguère de maintenir l’industrie des femmes qui filaient le coton au rouet, et le travail de ces pauvres femmes était du travail national tout
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- aussi bien que celui des forges qui ont dû cesser.
- Dans ces circonstances nouvelles, il a été indispensable de s’efforcer de faire comprendre aux compagnies de chemins de fer ce qu’en France toutes ne reconnaissent pas également, qu’elles ont intérêt à adopter des tarifs très-doux pour les matières premières de l’industrie du fer. L’Etat a dû intervenir pour obtenir d’elles, en payant lui-même, qu’elles acceptassent des tarifs réduits en faveur de ces articles. A plus forte raison, il a été de son devoir étroit d’établir de nouvelles lignes ferrées ou .de nouvelles voies navigables, pour faciliter aux grands centres de production leur approvisionnement et leur débouché..
- L’industrie métallurgique a beaucoup diminué dans la Franche-Comté, la Bourgogne et le Nivernais. Mais ce qu’elle perdait d’un côté, elle faisait plus que le gagner de l’autre, au même moment. Ainsi, sur le bassin houiller de Commentry, la production du fer s’est agrandie. .L’accroissement s’est manifesté davantage sur le vaste gisement de minerai qui existe dans les départements de la Meurthe et de la Moselle. Des forges nouvelles se sont, établies' pour utiliser ce minerai, soit dans ces deux départements, soit dans les départements voisins du Nord, de la Meuse et des Ardennes. Elles défient la concurrence de la Belgique et de'l’Allemagne', et .senp? blent ne pas devoir tarder à être de-pair avec; la métallurgie britannique, quoique- celle-ci ne, soit
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- pas' stationnaire et qu’elle fasse des efforts pour -conserver son rang. Il faut seulement que les compagnies de chemins de fer aient le bon esprit de voir qu’elles ont un grand intérêt à les ménager par leurs tarifs.
- . La quantité de minerai de fer extraite de ce beau gisement de nos départements du Nord-Est s’est élevée, en 1866, à plus de 800,000 tonnes, le quart environ des minerais de fer tirés du sol français. Une fraction' de cette extraction a été livrée à des forges étrangères (1).
- L’industrie céramique, autre que celle de la porcelaine (2), a, dans les mêmes circonstances, été soumise en France à une épreuve d’où elle est sortie avec un succès plus éclatant que celui de la métallurgie. Dans nos grands établissements de faïence fine, le premier sentiment, après la conclusion du traité de commerce avec F Angle terré, fut qu’il serait impossible dé lutter contre l’industrie similaire de cette nation, qui en effet est très-avancée et livre ses produits à très-bas prix. Mais, par des efforts éclairés et persévérants, ces fa-
- (4) Savoir, 50,690 tonnes en Belgique et 27,722 tonnes dans la Prusse et la Bavière rhénanes.
- (2) Nous disons autre que celle la porcelaine, parce que l’industrie de la porcelaine en France, depuis longtemps, est très-perfectionnée et produit dans des conditions économiques qui lui permettent d’aller défier l’industrie étrangère sur son propre terrain. — Voir le Rapport de M. F'. Dommartih, tomeIII, page 169.
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- INTRODUCTION.
- briques se sont placées au-dessus de toute atteinte. A Sarreguemines, à Montereau, à Creil, à Clioisy-le-Roy, à Bordeaux, à Gien, on a cessé de redouter la concurrence des Minton, des Copeland, des Wedgwood, des Ridgway, des Pinder, Bourne et Ge, et autres fabricants anglais si renommés. On est parvenu à égaler à peu près de tout point, même pour le bon marché, ces formidables compétiteurs.
- A l’égard de l’industrie céramique et des progrès qu’elle a accomplis en France depuis 1860, je renvoie aux remarquables Rapports de M. Aimé Girard (1) et de M. Chandelon (2). On y trouvera aussi des détails curieux sur les perfectionnements que cette industrie a reçus chez divers autres peuples, et par exemple en Suède où elle est parvenue à une grande distinction, à Rorstrand et à Gustafberg.
- Est-il nécessaire de dire ici que l’industrie française de la porcelaine est toujours digne de sa réputation? Elle a acquis encore de nouveaux titres. Le Rapport, plein d’intérêt dans sa brièveté, de M. Dommartin, les fait très-bien connaître (3). On peut citer, par exemple, le procédé qui est employé depuis quelques années, pour le coulage
- (1) Rapport sur les faïences fines, tome III, page 115.
- (2) Rapport sur les terres cuites et grès, ibicl., page 103.
- (3) Tome III, page 171.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- CGXXI
- des grandes pièces (1). Cette amélioration, qui ne s’applique qu’à des articles exceptionnels, est pourtant moins utile que d’autres, qui ont exigé moins d’effort d’esprit, mais qui font sentir leur influence sur les articles courants. Telles sont l’introduction de la mécanique, qui a consisté à mettre en mouvement les tours par le moyen de la vapeur, et le succès définitif de la houille substituée au bois pour la cuisson. L’art de peindre la porcelaine a aussi fait des progrès, et présente des innovations curieuses et utiles. La baisse des prix des articles céramiques des autres genres n’a pas porté atteinte à la porcelaine, parce que celle-ci a pareillement diminué les siens. Elle conserve d’ailleurs ses qualités propres, que les autres poteries n’égaleront jamais. Le rapporteur a eu raison de rappeler que la porcelaine est la poterie par excellence.
- (1) Rapport de M. Dommartin, tome III, p. 171.
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- TROISIÈME PARTIE
- DE L’AGRICULTURE EN PARTICULIER.
- SECTION I
- Observations sur la situation générale
- «le l’ageieultiwe*
- CHAPITRE I.
- I)E L’ABAISSEMENT DE L’AGRICULTURE EN COMPARAISON DES AUTRES BRANCHES DE L’iNDUSTRIE.
- Depuis Henri IV et Sully, on ne manque jamais de dire que l’agriculture est le premier des arts ,• toutes les fois qu’on en parle dans les discours officiels, et elle l’est certainement par le nombre des bras qu’elle occupe et la quantité des produits qu’elle fournit. Chez nos voisins d’Angleterre, par honneur pour l’agriculture, le chancelier qui préside la Chambre des Lords, est assis sur un sac de laine. Presque partout, en Europe, l’agriculture est. l’objet, en principe et officiellementf d’hommages du même genre. Elle est loin-cependant d’être l’art qui, de nos jours, et auparavant,
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- CGXXIV
- INTRODUCTION*
- ait, chez la plupart des peuples, reçu le plus d’encouragements et réalisé le plus de progrès. Il existe en Europe des contrées, étendues même, où ses procédés diffèrent peu de ceux qui étaient en usage, il y a deux mille ans, au temps où écrivait Columelle. A l’exception d’une très-petite superficie, où se pratique le mode de culture connu sous le nom d’intensif, on peut dire que c’est une industrie arriérée. Le souffle nouveau ne vient sur elle que comme par hasard. Il suit de là que, dans nos pays d’Europe, où la population est nombreuse, on est loin d’avoir en abondance les denrées alimentaires de première nécessité. Dès lors, plusieurs au moins de ces denrées sont chères et enchérissent encore chaque jour. Qui n’a eu l’occasion d’en faire l’observation pour la viande?-
- • (
- C’est certainement une situation fâcheuse, et même contraire au bon ordre, que celle où la société semble impuissante à donner une nourriture, passablement conforme à ce que recommande l’hygiène, à tous ceux de ses membres qui sont laborieux et de bonne conduite, en retour de là peine qu’ils prennent pour la servir. Il y a un immense intérêt à ce qu’il en soit autrement, et l’augmentation de la puissance productive de l’homme en agriculture est le seul moyen qu’il y ait de résoudre cet important problème. ‘
- La même cause qui affecte les substances alimentaires, fait subir son action à la plupart
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- TROISIEME PARTIE.
- CGXXV
- des matières premières de l’ordre végétal ou de l’ordre animal, et il n’est pas moins utile de remédier au mal, à l’égard de ces matières, qu’à l’égard des aliments.
- A quelles causes attribuer un tel. état des choses? Il faut bien qu’il y ait un peu de la faute de tout le monde, même des agriculteurs ; mais il n’est pas possible de nier qu’il y ait de celle.des classes dirigeantes, des pouvoirs établis, et enfin peut-être de la science, contre laquelle j’éprouve de l’hésitation à exprimer un reproche.
- La regrettable situation qu’on observe aujourd’hui est l’effet de causes très-complexes, qu’il est utile de rechercher.
- Il y a eu d’abord l’habitude, datant d’une longue suite de siècles, de considérer les gens de la campagne comme une caste inférieure ou subordonnée. Sous l’empire romain, ils étaient plus maltraités que la population des villes. Dans le moyen âge, ils furent serfs, sans pouvoir s’organiser pour la résistance aux oppresseurs, comme le firent les gens des arts et métiers au moyen des communes. Sous la monarchie absolue, qui succéda au moyen âge, les paysans furent plus foulés que la population urbaine. La taille, la gabelle et la dîme d’un côté, les exactions illégales de l’autre, laissaient à peine à la population agricole de quoi subsister. A cette oppression matérielle se joignait, envers cette classe infortunée, un dédain qui les plaçait en dehors de la civi-
- T. I.
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- CCXXVI
- INTRODUCTION.
- lieation et de la société. Le monde de la cour -et de la ville regardait le paysan à peu près du même œil que, dans les colonies avant l’émancipation,
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- ou dans les Etats du sud de l’Union américaine avant 1865, le blanc envisageait le nègre. Ce sentiment perce dans les lettres de Mme de Sévigné, personne fort humaine cependant , et La Bruyère s’en est rendu l’interprète ou pour mieux dire en a fait la critique amère dans une page admirable qui traduit, mais avec une sanglante ironie, l’injuste et insultante pensée de ses contemporains (1).
- 'C’est la gloire des physiocrates d’avoir, vingt ou trente ans avant la Révolution française, avec beaucoup d’intelligence et de courage, donné le signal de la réaction contre tant de tyrannie et d’outrages, et pris en main la cause de l’agriculture et des paysans..
- On sait la phrase que leur chef Quesnay remit, pour qu’il la composât, au roi Louis XV, un jour que ce prince eut la fantaisie d’essayer de ses
- (1) « L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible : ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et en effet ils sont des hommes. Us se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir , d’eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre , et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé. »
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCXXVII
- royales mains le métier d’imprimeur : * Pauvres paysans, pauvre royaume ; pauvre royaume, pauvre roi. »
- CHAPITRE IL
- DES CHARGES EXCEPTIONNELLES QUI PESENT SUR L’AGRICULTURE EN FRANCE.
- En France, la Révolution de 1789 se proposa, avec beaucoup de bonne volonté, d’affranchir les paysans des servitudes qu’ils supportaient, et 'de* leur faire une existence meilleure; mais la guerre vint bientôt ajourner ces desseins d’humanité et d’équitable réparation. Les paysans furent décimés par la loi du recrutement militaire, bien plus lourde pour eux, depuis les levées en masses et la conscription, que le système en vigueur so.us l’ancien régime. Ensuite la loi de frimaire an VII, sur l’enregistrement et le timbre, leur fut un pesant fardeau. Arrivant dans un moment d’ex trême pénurie pour le trésor, cette loi demanda à l’agriculture et à la propriété foncière des ressources qu’on aurait vainement réclamées des autres industries, qui étaient disparues, et des autres propriétés réduites presque à rien ou très-difficiles à saisir. Ce fut une dure gêne pour la propriété territoriale, et non-seulement pour celui qui la possède, mais aussi bien pour celui qui la cultive.
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- CCXXVIII
- INTRODUCTION.
- Tant que l’acte d’acquérir cet instrument de travail, ou de l’échanger, ou de le donner en gage, ou de l’exonérer des créances dont il aurait été grevé, sera soumis à des droits aussi élevés, il ne faut pas espérer en France une amélioration générale de la production agricole. Aussi longtemps que subsisteront les rigueurs et entraves de cette loi, il faut, pour cette branche de l’industrie, renoncer à voir, en France, des progrès égaux à ceux qu’on a la satisfaction de signaler dans la plupart des autres pays. Il est pourtant des pays où l’agriculture n’a pas à traîner ’ cette chaîne ; en Angleterre, par exemple, la propriété s’achète sans être soumise à des droits de mutation qui soient exorbitants. Il est vrai qu’en Angleterre on rencontre un autre inconvénient, qui a bien sa gravité: les frais de justice y sont énormes ; mais les Anglais sauront bien faire la réforme dont ils ont besoin. Nous, accomplissons celle qu’il nous faut.
- Aux inconvénients de la législation sur l’enregistrement et le timbre, instituée en frimaire an VII, — inconvénients dont le plus manifeste, entre plusieurs autres, consiste en ce que l’acquéreur d’une terre supporte des frais montant, tout compris, à huit ou dix pour cent de la valeur, — d’autres s’ajoutent, plus malfaisants encore, pour la petite propriété ; jeveux parler des effets du Gode de procédure de 1806 et du tarif des frais de justice réglé, pour l’exécution de ce Code, par le décret du
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCXXIX
- 16 février 1807, en ce qui concerne soit l’expropriation par les créanciers, soit l’héritage, dans le cas, trop fréquent, où il y a des enfants mineurs. Dans ce dernier cas, il faut recourir à une licitation, qui est la ruine pour les petites propriétés. Tout y passe, dans le cas où il s’agit de moins de 500 francs. Même jusqu’à 1,000 francs, si la situation offre certaines complications qui ne sont pas rares, tout, à peu près, est dévoré. Ce Code de 1806 et le tarif annexé pourraient être pris pour des signes révélateurs d’un. plan arrêté d’avance, dans le but d’écraser la petite propriété et d’empêcher la constitution, bien désirable pourtant, d’une démocratie rurale. Il n’en est rien. Ce fut seulement l’effet déplorable de l’inattention du gouvernement, et des soucis qui préoccupaient le chef de l’État à cette époque. L’Empereur avait sur les bras l’Allemagne et la Russie, et, comme il est dit dans un document fortement, raisonné, ce fut sur la neige sanglante d’Eylau que fut signé le décret autorisant le funeste tarif de 1807 (1). On comprend que, dans de telles conjonctures, la main de Napoléon Ier n’en ait pas pesé les conséquences , et qu’il ne se soit pas aperçu, en un pareil moment, qu’il portait ainsi un coup fatal à
- (1) Exposé des motifs du projet de loi sur les ventes judiciaires d'immeubles, les partages et les purges d'hypothèques. (19 novembre 1867. — Rapporteur, M. Riché, page 5.) Le tarif est du 16 février; la bataille d’Eylau était du 8.
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- GGXXX
- INTRODUCTION.
- la démocratie agricole, que son intention était pourtant d’organiser.
- Dans ces-temps où la publicité n existait pas et où le Corps législatif, renfermé dans un rôle passif auquel il se résignait trop, ne suppléait pas à l’absence du puissant contrôle de l’opinion, le con-
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- seil d’Etat, en proie à je ne sais quelle distraction, laissa aveuglément passer le projet de deux praticiens, auxquels le travail du Code de procédure et du tarif avait été confié par mégarde. C’est ainsi qu’à été. imposé' à la France, qui le subit encore, un ensemble de dispositions qui, par rapport à la petite propriété, mérite le nom de calamité légale, dont il a été qualifié dans le document cité plus haut (1).
- Le gouvernement du second Empire vient de prendre la détermination de mettre fin à un abus, si profondément nuisible, si contraire à.f esprit de 1789 et aux tendances nécessaires de la politique actuelle dont la visée doit être d’élever la condition du grand nombre,, et si opposé aux intérêts du gouvernement, qui a son point d’appui principal dans la population des' campagnes. La refonte du Code de procédure et du tarif annexé est donc résolue. Le projet nouveau est'prêt, et un fragment considérable, qui a trait au tarif des frais de justice par rapport à la petite propriété, a été ap-
- (1) Exposé des motifs du projet de loi sur les ventes judiciaires d’immeubles, les*partages et les purges d’hypothèques.
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- TROISIÈME PARTIE.
- CGXXXT
- porté au Corps législatif pour devenir une' loi cle l’É'tat (!•).
- (li), Pour donner la mesure de1 tout ce qu’a de. vicieux la législation qu’il s’agit de réformer, nous, donnons ici un extrait du document que nous avons, déjà cité avec éloge.:
- « Dans l’hypothèse où il n’y a ni. surenchère, ni remise, « ni incidents, ni publicité extraordinaire, ni plusieurs lots-, « et en admettant que les frais de transport d’huissiers et « d’avoués ne dépassent pas la réduction que subissent , dans « les petites villes, certains droits alloués aux huissiers et « avoués dans les grandes, on reconnaît que :
- « L’adjudicataire- sur saisie immobilière paye à peu près « (sans compter les droits d’enregistrement à la mutation) :
- Pour un immeuble de 270 fr............. 445 fi”, de frais.
- — 500 447 —
- — 1,000 462 —
- — 2,000 487' —
- — 5,000 540 —
- « Sans les frais de l’ordre, nécessaires pour la réalisation « du gage, et pris également sur le bien.
- « L’adjudicataire, en cas de vente à l’audience d’un bien « de mineur, de femme dotaie, de faillite, de succession bé-« néficiaire, etc., paye approximativement:
- Immeuble de 270 fr 387 fr. de1 frais.
- — 500 389 —
- — 4,000 392 —
- — 2’,000 367 —
- — 5)000 467 —
- a Un peu moins si l’adjudication a été faite devant notaire.
- « Mais cette adjudication de biens de mineurs, etc.,, ne purge « pas les hypothèques : il faudrait donc ajouter ie prix, de « cette formalité'.
- « L’adjudication d’un- petit immeuble sur licitation,, avec « trois eolicitants, la procédure étant considérée comme or-« dinaire et non comme sommaire, excès qui existe encore1
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- CGXXXII
- INTRODUCTION.
- Voilà donc la pénible situation dans laquelle se trouve l’agriculture française : elle est accablée
- « dans la plus grande partie de la France, cette adjudication « coulerait à peu près, sans purger les hypothèques, 700 francs « de frais sur l’immeuble de 500 francs et au-dessus ; 750 à « 800 francs de frais sur celui de 5,000, le tout si la licita-« tion était isolée. Mais, si elle forme un épisode d’une de-« mande en liquidation et partage, une portion des frais rela-« tifs à la licitation est commune avec cette demande en « partage qui, en elle-même, sans contestations, sans exper-« tise, inventaire non compris, et pour une petite succession « dévolue à trois cohéritiers, coûte au moins 500 francs de « dépens, dont un contingent, il est vrai, est afférent aux va-« leurs mobilières de la succession.
- « Or, le nombre des ventes judiciaires qui ne défasse pas « 5,000 francs, excède la moitié (54 p. 100) du nombre « total; il y a plus de 1,000 ventes au-dessous de 500 francs « à la moyenne de 270 francs; plus de 1,300 ventes au-des-« sous du prix de 1,000 francs.
- « Les 84,G37 ventes de 1861 à 1865 se divisent ainsi qu’il « suit, au point de vue du montant du prix d’adjudication. « (Compte rendu du Garde des Sceaux.)
- 500 fr. et moins..... 5,088 ou 6 \
- 501 à 1.000 ........ 6,635 ou 8 1
- 1,001 à 2.000 12,059 ou 14 f
- 2,001 à 5.000 22,591 ou 27 f sur 100'
- 5,001 à 10.000 15,824 ou 19 \
- plus fie 10.000 ..... 22,440 ou 26 J
- « Il ne peut en être autrement d’après l’état de la propriété « en France.
- « Le nombre des propriétaires est de 8,900,000; c’est une « chose tutélaire au point de vue social et moral.
- (Exposé des motifs du projet de loi sur les ventes judiciaires, les partages, et les purges d'hypothèques.)
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCXXXIII^
- par l’impôt, et pratiquée par une population qui, matériellement, est fort mal pourvue, et fort négligée sous le rapport intellectuel ; elle est dénuée de capitaux, puisqu’elle n’a pas une production brute assez forte pour qu’il lui reste un produit net de quelque importance. Spectacle affligeant pour, les hommes bienveillants qui voudraient voir la prospérité publique se développer au profit de toutes les parties de la nation; source d’inquiétude pour les esprits politiques qui sentent bien que l’harmonie sociale et le bon ordre de la société sont à ce prix !
- Ici l’intervention du législateur est indispensable. Non que le progrès d’une partie quelconque de là population ne réclame d’elle-même un concours sérieux; mais ce point est acquis ; la bonne volonté des membres des classes rurales/pour changer de condition en payant chacun de sa personne, est' de toute évidence ; il leur manque seulement des lumières qu’elles ne sauraient puiser dans leur propre sein, et des moyens d’action qu’il ne dépend pas d’elles seules de se procurer. Il leur faut enfin le renversement d’obstacles que leur oppose une législation arriérée et imprévoyante.
- Le droit d’enregistrement, dans le cas des mutations à titre onéreux, c’est-à-dire dans les transactions ayant pour objet la vente des propriétés territoriales, ne devrait guère excéder 1 pour 100. En Angleterre , il est de 1/2 pour 100, plus, d’un droit proportionnel à la longueur de,,
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- CCXXXIV
- INTRODUCTION.
- l’acte de vente (1)'. Les droits de mutation sur les héritages sont beaucoup plus élevés.
- Il n’est pas moins nécessaire qu’on adopte le projet de loi, actuellement soumis au Corps législatif, d’après lequel des dispositions particulièrement économiques seraient établies, pour les expropriations et les licitations après décès,, à l’égard des propriétés territoriales d’une valeur de moins de 1,500 ou 2,000 francs.
- L’organisation du crédit agricole est également une mesure qui se recommande par un caractère particulier d’urgence, soit que l’on considère le cultivateur comme exploitant, cas auquel il convient qu’il lui soit possible d’obtenir,, à peu près comme le commerçant et le manufacturier, et. sous les mêmes conditions et obligations qu’eux, des avances à courte échéance dans l’intérêt de: ses. opérations annuelles, soit qu’il s’agisse de faciliter les prêts à long terme, dont la propriété même serait le gage, moyennant hypothèque.
- Quant au premier objet, il ne pourra être atteint que peu à peu. Des banques du genre de
- A
- celles de l’Ecosse y aideraient avantageusement. Les moeurs et les usages des agriculteurs y seraient, dès à présent, moins rebelles que quelques personnes ne se plaisent à le dire. Ils sauraient,, avec le temps,, prendre,, aussi bien que d’autres,
- (1) C’est-à-dire selon le nombre de: mots contenus dans l’acte de vente; l’unité de longueur est dé 1080 mots.
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- TROISIÈME PARTIE.
- G G XXX V
- l’habitude de payer ponctuellement à une échéance déterminée, ainsi que le pratiquent les manufacturiers et les commerçants', s’ils voyaient que leur avenir est à ce prix. Les actes législatifs- et administratifs qui, dans cette pensée, faciliteraient la multiplication des banques sont commandés, par la politique non moins que par l’équité.
- Sur le second point, celui des prêts- sur hypothèque à longue échéance, lu solution du problème est plus facile; il y a trop longtemps déjà que; nos cultivateurs l’espèrent. L’établissement du Crédit foncier de France, dont c’était l’objet,, et qui est parvenu aujourd’hui à une éclatante prospérité, n’a cependant été jusqu’ici que d’une médiocre assistance pour l’agriculture. Il a fait des prêts bien moins à la propriété territoriale qu’à la propriété urbaine, c’est-à-dire sur les maisons: bâties ou à bâtir. Il a consenti, en ce genre, des avances énormes dans Paris. Il a, de plus, fait de fortes avances aux villes.
- S’il s’est livré de-préférence à ces opérations, ce: n’est point avec le parti pris de déserter la mission en vue. de laquelle il avait été* créé.. La principale cause de son abstention,, vis-à-vis. de l’agriculture, • consiste en ce que- la propriétés, surtout la petite, n’est pas en état de produire des titres bien en règle et, par conséquent, offrant au créancier toute garantie1. La régularisation des titres de propriété- est un acte devenu nécessaire dans une foule de cas:. A cet égard, on pourrait
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- CCXXXVI
- INTRODUCTION.
- avantageusement imiter ce qui, depuis une vingtaine d’années a été organisé pour l’Irlande et y a rendu de grands services. A l’époque où Robert Peel était premier ministre du Royaume-Uni, un tribunal spécial fut établi, pour l’usage exclusif de l’Irlande et à titre temporaire, dans le but de liquider la situation d’un assez grand nombre de propriétaires qui étaient obérés et devenus insolvables, ou qui se trouvaient grevés d’obligations compliquées, paralysant la propriété entre leurs mains. On l’appelait la cour des propriétés encombrées (.Encumhered estâtes court). Postérieurement, on en a fait une juridiction permanente chargée de délivrer à tout propriétaire, dans l’embarras ou non, qui le désire , des titres tenant lieu désormais de tous les autres, et moyennant lesquels, ainsi, la propriété est complètement dégagée ; c’est ce qu’on appelle des titres parlementaires Le nom même du tribunal a été changé; il porte le nom de cour de la propriété territoriale (Landed estâtes court). C’est un modèle qui pourrait être suivi dans plus d’un État, à commencer par la France.
- On ne voit pas non plus de bonnes raisons pour ne pas généraliser les dispositions spéciales en vertu desquelles le Crédit foncier, par un privilège unique, peut avoir facilement raison des hypothèques dites légales, ou triompher, sans trop de lenteur, du mauvais vouloir de ses débiteurs, pour payer les annuités à l’échéance. Pareille-
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCXXXVII
- ment, il est à désirer que la durée des prêts hypothécaires en général puisse, de même que dans le cas où le Crédit foncier est le prêteur, s’étendre sans renouvellement et, par suite, sans taxe nouvelle, à cinquante ans, de manière à comprendre le principal avec les intérêts dans les annuités. De cette façon, les capitalistes, agissant individuellement ou collectivement, pourraient se partager la besogne qu’une seule institution comme le Crédit foncier, quelque puissante qu’elle soit, ne saurait accomplir parfaitement sur la surface entière d’un territoire aussi grand que la France.
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- .INTRODUCTION.
- SECTION II
- lies engrais.
- CHAPITRE I.
- QUESTION GÉNÉRALE.
- La pénurie des capitaux dans l’agriculture se manifeste, entre autres effets, par l’insuffisance des engrais qu’elle peut employer. La surface de notre globe, ce détritus des roches, qui forme ce qu’on appelle la terre végétale, est, dans sa majeure partie, une masse presque inerte. Le sol, siège de la culture, ressource du genre humain pour le premier de ses besoins, la subsistance de chaque jour, se présente sous une assez grande variété d’aspects, et il ne varie pas moins dans sa composition intime. Mais il offre presque uniformément ce caractère, qu’il ne donne des produits abondants qu’autant que l’homme emploie une mécanique énergique, soit pour le manipuler, soit pour en recueillir rapidement et économiquement les fruits, et qu’il lui a, au préalable, associé, pour chaque culture, les éléments qui sont indispensables pour former la substance de la plante. Un champ est un appareil'duquel on peut dire, presque
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCXXXIX
- .avec autant de vérité que de ceux qui figurent dans le laboratoire du chimiste, qu’on n’en retire rien de plus que la transformation des matières premières et des ingrédients qu’on lui avait confiés. En un mot, pour que la .terre rende beaucoup, il faut que l’homme commence par beaucoup lui donner.
- Dans ses opérations agricoles, l’homme a pour auxiliaires la chaleur du soleil et l’eau qui est versée par les nuages, sous la forme de pluie, ou fournie par l’atmosphère qui en est plus ou moins imprégnée. Ce sont deux aides d’une grande puissance. En outre, l’air, dont la surface de la planète est entourée, et qui haigne incessamment toute la végétation, livre aux plantes quelques-uns de leurs matériaux : de l’oxygène qui forme plus du cinquième de son poids ; dans un petit nombre de cas, de l’azote, dont il contient une si grande quantité, et, très-régulièrement, du carbone, par l’acide carbonique qu’il présente aux feuilles des végétaux pour qu’elles le décomposent. Certains éléments fixes des fruits parvenus à maturité ou de la charpente des plantes, tels que la chaux, l’acide phosphorique, le soufre, la potasse, la soude, la Milice, et même l’azote, quelque forte proportion que l’atmosphère renferme de celui-ci, ne sont, pour la plupart et dans le plus grand nombre des cas, à la disposition des végétaux, qui les réclament, qu’autant que la main de l’homme les a d’avance apportés au sol,
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- CCXL
- INTRODUCTION.
- dans des quantités qui varient selon les plantes à cultiver, et sous une forme qui en rende l’assimilation praticable.
- Assurément, c’est le sol qui cède aux plantes, le plus fréquemment, sans aucun effort ni dépense du cultivateur, certains de ces corps, tels que la silice et môme la chaux, car les terrains calcaires sont très-abondants, et les terrains contenant de la silice ne le sont pas moins. Par la décomposition lente des roches ou de leurs débris, le sol est en mesure de fournir des parcelles de quelques autres. Mais il est extrêmement rare qu’un terrain à l’état naturel contienne tout ce qu’il faut à une culture quelconque, et dans de telles proportions qu’après quelques récoltes ceux de ces éléments indispensables à la culture, qui y étaient renfermés primitivement, n’y soient pas, pour la plupart, épuisés. Ce qui revient à dire que les terres, qui peuvent être régulièrement cultivées avec avantage, sans être fumées et même sans l’être fortement, ne forment qu’une rare exception.
- Jusqu’à nos jours, la science agricole était restée, en ce qui concerne les amendements et les engrais, dans un vague dont on aurait peut-être lieu de se montrer surpris. Quelques faits étaient cependant acquis et avaient frappé l’attention des chimistes et des agronomes dignes de ce nom, à savoir.: 1° que chaque plante, on tout au moins chaque groupe de plantes, a besoin, pour se développer et prospérer, de rencontrer dans le sol
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- TROISIEME PARTIE.
- CCXLt
- un-certain nombre de corps déterminés par sa nature même ; 2° que, lorsqu’on envisage l’ensemble des cultures, la liste de ces éléments ne laisse pas que d’être assez nombreuse, et que, dans chaque cas particulier, la composition, fort variable d’ailleurs, de -la terre végétale, ne présente qu’un certain nombre de ces éléments, sur-- tout, si elle a déjà nourri quelques récoltes. D’où suit l’obligation absolue d’améliorerle solparl’ad-
- * dition de substances en rapport avec la plante . qu’on se propose de cultiver. Un autre fait, qui
- n’était pas. moins démontré et accrédité, c’est que les produits du sol, .grains, fruits et bétail
- • consommés hors de la propriété qui les a produits, et, par conséquent, sans qu’il soit possible que .cette propriété en retire aucun fumier, dépouillent . nécessairement la terre d’une certaine masse de
- divers ingrédients, azote, phosphate de chaux, soufre, potasse, etc., qu’il est indispensable de lui ; restituer, si l’on veut qu’elle continue de produire.
- ' Jusqu’ici, ce qu’on ajoutait au sol consistait presque uniquement dans le fumier de ferme, résultat de la stabulation des animaux. Cet engrais renferme, en effet, une bonne partie des matières qui sont le plus nécessaires au succès de la culture en général. On y trouve, en particulier, de /l’azote, sous diverses formes et surtout sous celle -de sels d’ammoniaque, un peu de phosphore à l’état de phosphate de chaux et des traces de plusieurs autres corps. ; 1 . 1 d 1'
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- INTRODUCTION.
- Mais, il est clair jusqu’à l’évidence, que l’emploi 'd’un ingrédient uniforme, pour une multitude de besoins fort différents les uns des autres, tels que sont ceux des diverses plantes qu’on cultive tour à tour, est contraire à la nature des choses. D’ailleurs, la quantité de fumier de ferme dont peut disposer la France ou tout autre pays est bien insuffisante pour l’étendue des terrains qu’on cultive. Enfin, il s’en faut que, même dans le cas qui ne se présente guère, où aucune partie des récoltes ne serait consommée au dehors, le fumier de ferme obtenu sur une propriété représente en quantité égale les éléments qui ont été ravis au sol de cette même propriété par ces récoltes. O11 a donc, il y a déjà longtemps, conçu vaguement, et mis en pratique jusqu’à un certain point, l’idée de remettre la terre en état, en l’enrichissant avec d’autres substances, sans cesser cependant de faire usage du fumier de ferme, qui possède diverses vertus et dont tout cultivateur qui entretient un peu de bétail a une certaine provision sous la main.
- Ainsi, il y a des siècles que les marnes, répandues sur les terres comme des amendements, rendent de grands services. La vertu du plâtre pour la production de certains fourrages, tels que la luzerne et le trèfle, est connue et utilisée en grand depuis plus d’un siècle. Franklin l’a mise en lu-
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- mière, aux Etats-Unis, par une expérience origi- ' nale, dont tout le monde a connaissance. C’est
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- TROISIÈME PARTIE.
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- d’une pratique courante aujourd’hui, et fort aisée en France, où le plâtre abonde. Depuis une cinquantaine d’années environ, les agriculteurs ont eu recours à la chaux, en la répandant sur la terre à l’état d’hydrate, c’est-à-dire après avoir laissé éteindre spontanément, au milieu des champs, la chaux vive, et le cbaulage a procuré à plusieurs provinces les résultats les plus satisfaisants. Par ce moyen, telle qui ne donnait guère que du seigle, rend du froment en abondance. Le cbaulage fait la fortune de la Bretagne en particulier. On sait que, dans cette province, le granit abonde, et, généralement, le terrain granitique n’offre, en fait de chaux, aucune ressource (1). On s’est aussi servi de la tangue et des maërls, mélange de limon et de coquilles broyées par la
- (1) Par exception, on rencontre de la chaux dans quelques variétés de granit ou de gneiss, roche qui a avec le granit les plus grands rapports de composition, et la culture s’en ressent. Ainsi, près de Limoges, dans la commune de Solignac, sur des propriétés à base de gneiss, on remarquait avec étonnement que les eaux étaient calcaires. Plus elles avaient ce caractère, et plus la culture des céréales réussissait. L’analyse chimique a montré qu’une des variétés du feldspath qui entre dans la composition de ces gneiss, sur les points où les terres étaient les meilleures, était le feldspath anorthose, à silicates alumineux et alcalins magnésiens et calcaires, qui, différant en cela du feldspath orthose, est lentement décomposé par l’action de l’atmosphère, sous •l’influence alternative des chaleurs et des gelées. Du silicate de chaux naît du carbonate. Ensuite l’eau des pluies ou des sources entraîne le carbonate de chaux
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- CCXLIV
- INTRODUCTION.
- mer. Dans quelques-uns des départements du littoral de la France, on en retire d’excellents effets.
- Les agriculteurs anglais tiraient parti, depuis un certain temps, des os qui recèlent une forte proportion de phosphate de chaux. Ils avaient exploité non-seulement les abattoirs, les résidus des cuisines des auberges, mais même les champs de bataille où tant de victimes humaines avaient été sacrifiées, et où des fosses immenses recelaient les ossements de milliers de héros. Plus récemment, on est allé demander des phosphates de chaux à des couches calcaires qui se trouvent imprégnées ou mêlées de cette substance, et qu’on exploite par des travaux semblables à ceux des carrières ou même des mines.
- En Angleterre aussi, avant que l’on se livrât en France à des tentatives du même genre, les propriétaires, qui sont pourvus de capitaux beaucoup mieux que ceux de la France, avaient été frappés de ce que la science révèle au sujet de la nécessité de présenter aux racines des végétaux des substances azotées d’une certaine nature, d’où la puissance vitale des plantes parvient à extraire l’azote. Ils avaient donc mêlé au sol les sels am-
- ou le dissout par le moyen de l’acide carbonique qu’elle contient. (Mémoire de M. Albert Le Play, lu à l’Académie des sciences, en 1862, et inséré dans le Recueil des savants étrangers).
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- TROISIÈME PARTIE.
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- moniacaux qu’ils pouvaient se procurer au meilleur marche, ainsi que des azotates, particulièrement celui de soude, dont on a découvert des gisements abondants sur les bords de l’océan Pacifique, dans l’Amérique du Sud.
- Enfin, le guano, fiente d’oiseaux ramassée en quantité considérable sur quelques points du globe, généralement dans des îles où rien ne troublait la gent ailée, a présenté à l’intelligente activité de,s agriculteurs britanniques un puissant moyen d’améliorer le rendement de leurs terres. Surtout le guano des îles Ghinchas, situées sur la côte du Pérou, près de Lima, a été recherché par eux avec une prédilection marquée, parce que, grâce au privilège que présentent ces parages, d’être absolument exempts de pluie, ce guano, qui, d’ailleurs, est en couches d’une épaisseur exceptionnelle, n’a jamais été délavé par les eaux du ciel, et a pu ainsi conserver dans leur totalité les sels solubles, d’une grande vertu pour la culture,' qui sont contenus dans la fiente des oiseaux (1).
- La masse de guano que l’Angleterre emploie annuellement, pour son propre compte, ne s’élève
- (1) Le guano contient des matières organiques azotées, telles que l’acide urique; de l’ammoniaque à l’état de carbonate et d’urate ; des sels alcalins, sulfates, phosphates, chlorures, des phosphates de chaux et de magnésie. (Voir le Traité de Chimie générale de Pelouze et Frémy, tome VI, page 595, édition de 1857.)
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- INTRODUCTION,
- pas à moins de 175,000 tonnes (de 1,000 kilog.) (1). La France, disons-leen passant, est bien loin d’utiliser cette précieuse substance dans des proportions comparables. A cet égard pourtant, elle est en progrès. La moyenne des dernières années est de 50,000 tonnes.
- On a cherché aussi à utiliser les débris des pêcheries qui offrent une proportion satisfaisante de matières azotées. C’est ainsi que l’agriculture française profite des résidus des pêcheries de la Norwége.
- Mais il fallait bien finir par un système, je veux dire une manière de voir et d’agir qui soit conforme à la science. L’idée très-juste de composer artificiellement le sol pour chaque culture, afin qu’il soit en rapport complet avec celle-ci, devait se frayer un chemin dans les esprits et devenir la base d’une théorie et d’une pratique dont les faits qui viennent d’être rappelés seraient les prolégomènes. Il y a, d’unepart, à reconnaître, pour chaque plante, les éléments qui lui sont essentiels; d’autre part, à faire en sorte qu’elle les rencontre, en dose convenable, dans le sein de la terre, par le mélange au fumier de ferme, ou par l’emploi séparé de quelques sels ou autres com-
- (t) La moyenne de f importation des quinze années de 1851 à 1865 est de 201,503 tonnes; mais ii y a eu une réexportation moyenne de 27,745 tonnes. (Statistical abstract de 1866.)
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- TROISIEME PARTIE.
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- posés, et à la condition que le prix de ces ingrédients soit modéré, assez pour que le supplément de produits, dû à l’intervention de ces substances, ait une valeur supérieure à ce qu’il en aura coûté.
- Aujourd’hui, cette opinion se répand et elle s’éclaire d’expériences multipliées. On a fait des essais et des observations qui jettent beaucoup de clarté sur ce que l’on peut appeler Yappétit de chacune des cultures, la nature des ingrédients que lui offrent les différentes espèces de sol et ceux qu’il est indispensable d’y mêler, puisqu’ils ne s’y trouvent pas. On a employé, ensemble et séparément, diverses substances chimiques contenant les corps réclamés par ,les diverses plantes, et on a mesuré les effets de chacune de ces combinaisons : on a fait plus, on les a évaluées en argent. Cette pierre de touche a fait connaître quelles tentatives avaient été heureuses, quelles autres malheureuses, alors même qu’elles augmentaient la production. C’est un art agricole tout nouveau qui se fonde. Nous n’en sommes encore qu’au début, car les expériences qu’il réclame sont fort délicates, compliquées de l’intluence incertaine des saisons, et infiniment plus longues que celles qu’on peut faire dans un laboratoire de chimie.
- Déjà les résultats qu’on a obtenus ont paru assez décisifs pour former le point de départ d’une nouvelle doctrine agricole qu’on a appelée, celle des engrais chimiques. Sans renoncer à l’usage, du fumier de ferme, ressource précieuse dont on
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- INTRODUCTION.
- a la disposition tout naturellement, les partisans' de cette doctrine vont jusqu’à assurer qu’à la rigueur on pourrait s’en passer. Ils ajoutent que l’agriculture qui serait réduite au fumier, sans aucune addition ni mélange de sels, ne saurait, si ce n’est par exception, obtenir les grands rendements. Or, disent-ils, on doit tendre de toutes ses forces à généraliser les rendements élevés, par le motif qu’aujourd’hui déjà ils sont les seuls qui donnent au cultivateur une rémunération bien satisfaisante, et par cette autre raison, qui prime la première, que seuls, ils sont propres à déterminer l’abondance, si vivement réclamée par la société.
- Après tout, la pratique qui a été introduite- en Angleterre et qui n’y a pas cessé, parce qu’on s’en est bien trouvé, prouve que des substances chimiques convenablement choisies, convenablement préparées, et employées même séparément du fumier de ferme, procurent des résultats considérables.
- Il ne faut pas pousser les systèmes à l’extrême. Ce serait une exagération de prétendre que le fumier de ferme agisse uniquement par les ingrédients chimiques qu’il contient. Indépendamment de ces ingrédients, il exerce une action utile sur la culture, ne fût-ce qu’en divisant le sol et en le rendant plus perméable à l’humidité et à l’air atmosphérique. L’humus, qui fait partie des sols fertiles, a aussi son action qui ne paraît point
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- TROISIÈME PARTIE.
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- due exclusivement aux sels chimiques entrant dans sa composition. Les partisans de la doctrine des engrais chimiques nuiraient donc à leur cause s’ils étaient absolus dans leurs affirmations, s’ils affectaient de dédaigner le fumier de ferme et s’ils prétendaient qu’on peut obtenir en abondance quelque récolte que ce soit, en prenant pour sol le sable de la mer, c’est-à-dire de la poussière de quartz, ou du verre pilé, et en y • mêlant des sels chimiques, sulfates, phosphates, carbonates, azotates.
- Il est difficile à l’homme qui raisonne et observe de nier que le fumier doive une bonne partie, vraisemblablement la plus grande, de sa puissance à un certain nombre de corps qu’il recèle et qui ne font qu’une petite proportion de son poids. C’est jusqu’à un certain point comme le quinquina, qui doit son efficacité à la quinine. De même qu’on a heureusement simplifié le traitement des maladies en remplaçant le quinquina par la quinine ou par un de ses sels, il semble qu’en livrant à la terre, directement et sans mélange, les substances d’où le fumier tire sa vertu de fécondation, on doive réaliser en totalité ce qui résulte de l’action de celui - ci. La comparaison n’est cependant pas d’une parfaite justesse. Les substances auxquelles est juxtaposée la quinine, dans l’écorce du cinchona, sont des corps inertes, plus nuisibles qu’utiles aux malades. Il n’en est pas de même des matières auxquelles les sels chimiques sont
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- INTRODUCTION.
- mêlés dans le fumier de ferme. Elles ont leur utilité distincte. Tout porte donc à penser que le moyen d’assurer le maximum de succès des engrais chimiques consiste à les employer en les associant à ce qu’on a de fumier, de manière à réunir les effets particuliers, physiques ou chimiques de celui-ci, à la puissance qui leur est
- propre.
- Jusqu’ici il semble .que les agents chimiques qui portent en eux les sources de la fertilité et qui suffisent à l’ensemble des cultures des terres, se réduisent à un petit nombre, à savoir : le phosphate de chaux, la potasse à l’état salin, la chaux sous la forme d’hydrate ou de plâtre ou de carbonate, l’azote à l’état de sulfate d’ammoniaque ou d’azotate de soude, le chlore engagé en combinaison avec quelqu’un des alcalis. En faisant usage de ces corps, sans préjudice du fumier de ferme, on doit parvenir à donner à la terre une puissance productive considérable, à la condition de les associer d’après certaines règles que la pratique, révélerait successivement pour les diverses cultures et les différents sols, et de les présenter à chaque plante dans des conditions qui rendent l’assimilation facile. Une suite d’expériences, faites avec beaucoup de soins et d’intelligence, et sans y ménager le temps, est indispensable pour la solution de cet important et difficile problème. Mais on en sera amplement récompensé par la grandeur des résultats. Il s’en suivra une révolution
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- TROISIÈME PARTIE.
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- dans la production des aliments et dans celle de diverses matières premières des manufactures (1).
- Un travail du baron Justus de Liebig, qui figure dans ce recueil (2), renferme, au sujet des engrais, un bel ensemble d’idées lumineuses et pratiques. On sait que ce savant illustre, auquel la science chimique doit tant, consacre ses efforts, par une prédilection dont on ne saurait trop le remercier, à l’avancement de l’agriculture, et qu’il a particulièrement élaboré et éclairé la question des engrais.
- CHAPITRE II.
- SUBSTANCES FERTILISANTES FOURNIES PAR
- LES MINES.
- Deux substances, entre autres, ont été recherchées, dans ces derniers temps, comme propres
- (1) Un des professeurs du Muséum d’histoire naturelle, qui s’est consacré à ce genre d’études, M. Georges Ville, fait sur ce sujet, depuis huit ans, des expériences du plus grand intérêt, à Vincennes. Les résultats qui ont été ainsi observés ont frappé de bons esprits, qui y voient le présage d’une régénération agricole. Nous manquerions à une haute convenance si nous ne disions que, à une époque où ces tentatives étaient accueillies froidement dans le monde savant et même parmi les agriculteurs, l'Empereur les a prises sous sa haute protection. Le champ d’expériences de Vincennes a été fondé et il est entretenu, depuis huit ans, aux frais de la cassette impériale.
- (2) Voir tome VIII, page 211.
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- CCLII
- INTRODUCTION.
- à restituer à la terre deux des principaux éléments de sa fécondité, que la culture lui ravit par l’appropriation que s’en font les plantes, l’acide phosphorique, généralement sous la forme de phosphate de chaux, et la potasse à l’état de quelqu’un des sels dont elle est la base.
- § 1. — Gisements de phosphate de chaux — apatite
- et phospliorite.
- Le phosphate de chaux est indispensable pour la production de certaines récoltes, et, avant tout, des céréales. Une terre dépourvue de phosphate est inhabile à rendre du blé, quand même elle resterait bien munie des autres substances réclamées par cette culture, et par exemple de l’azote qui est doué d’une grande vertu de fécondation. Quelques personnes pensent que, si la Sicile, autrefois si fertile, est devenue un pays pauvre, c’est que, à force de lui demander des moissons, on a dépouillé son sol de tout le phosphate qu’il contenait. Jusqu’à ces derniers temps,' la restitution du phosphate de chaux se faisait au moven des ossements des animaux, même de ceux des hommes, qui, après avoir été pulvérisés ou broyés, étaient enfouis dans le sol où ils se décomposaient lentement. Cette pratique a été mise en honneur pendant le premier quart environ de ce siècle. Bientôt les chimistes et les minéralogistes signalèrent l’existence du phosphate de chaux dans
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- TROISIEME PARTIE.
- CCLIII
- le règne minéral, sur des proportions importantes, au sein de plusieurs formations géologiques (1). Il se présente sous trois formes : 1° à l’état cristallisé: c’est alors Yapatite ; 2° à l’état de pierre d’un aspect terreux, assez souvent cependant aggloméré en rognons ou nodules : on le nomme alors la phosphorite; 3° quelquefois enfin, à l’état d’ossements anciens concassés et disséminés dans des couches épaisses de terrain.
- Des gîtes de chaux phosphatée, à l’état de phosphorite, sont aujourd’hui reconnus en assez grand nombre et sur une vaste étendue. C’est là surtout qu’on puise en ce moment pour fournir du phosphate de chaux à l’agriculture. En France, M. de Molon s’appliqua, il y a environ dix ans, à développer cette industrie, après avoir reconnu lui-même la phosphorite sur beaucoup de points, presque toujours dans le terrain que les géologues désignent par le nom de crétacé inférieur. Grâce à cet intelligent explorateur et à quelques autres, il y a aujourd’hui une quarantaine de nos départe-' ments où l’existence de la phosphorite estconsta- tée ; on ne l’exploite encore que dans trois.
- La phosphorite , d’une richesse variable, ne contient en général que 25 à 35 pour 100 de phos-
- (I) C’est surtout à feu M. Berthier que cette découverte est due. M. Elie de Beaumont a publié ensuite un travail ' du plus grand intérêt et complet sur les gisements de phosphate de chaux.
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- CGLIV
- INTRODUCTION.
- phate de chaux pur. L’apatite, ou chaux phosphatée cristallisée, en renferme une proportion beaucoup plus forte et se trouve même à l’état de pureté. Elle forme des filons très-caractérisés et puissants, dans un petit nombre de localités. Les gîtes de ce genre les plus remarquables sont en Espagne, dans l’Estramadure, à Logrosarret à Trujillo, et en Portugal dans l’Alemtejo (1). L’absence ou l’imperfection des communications est la seule cause qui ait jusqu’ici empêché l’exploitation en grand de ces remarquables gîtes. Mais il est impossible qu’il ne s’établisse pas bientôt des voies perfectionnées à leur usage. Dès que cette condition aura été remplie, il devra s’y former une grande exploitation-pour satisfaire aux demandes, aisées à prévoir, de l’agriculture européenne.
- § 2. — Sels de potasse.
- La potasse, indispensable à plusieurs cultures, est assez souvent fournie aux plantes, dans les pays granitiques, par la décomposition lente de certains feldspaths, qui en rend libre une petite quantité. Les marnes avec lesquelles on amende
- (t) Voir tome V, page 206 et suivantes du Rapport de M. Daubrée. On y trouvera l’énumération détaillée des divers terrains où l’on rencontre la phosphorite et des gisements connus de cette substance, ainsi que de l’apatite, avec l’indication des terrains contenant du phosphate de chaux sous une autre forme.
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCLV
- les terres, principalement pour leur fournir l’élément calcaire, quand celui-ci leur manque, peuvent aussi céder une certaine proportion de potasse (1). Mais, indépendamment de ce qu’en donne ainsi, dans un nombre de cas restreint, le sol naturel ou amendé, on a besoin de puiser à d’autres sources pour procurer à la terre la dose de potasse qui est exigée par certaines plantes. On l’administre donc à l’état de sulfate, ou par le moyen du chlorure de potassium, qui, au surplus, est facile à transformer en sulfate. On l’emploie aussi sous la forme d’azotate de potasse. Mais ce dernier sel, quand l’agriculture s’en sert, n’est employé qu’à cause de la dose d’azote qu’il présente; il est d’un prix trop élevé en général, pour que ce soit à lui qu’on demande la potasse (2).
- Pour accroître la quantité de potasse qui était déjà à la disposition de l’industrie, des arts chimiques comme de l’agriculture, et qui provenait surtout de l’incendie des forêts dans les régions écar-
- (1) Voir les analyses de marnes rapportées dans le Traité de Chimie générale de MM. Pelouze et Frémy, tome VI, page 579, édition de 18o7.
- (2) L’azotate de potasse ou nitre est même trop cher pour qu’on lui demande ordinairement l’azote, substance nécessaire à la plupart des cultures. A cet égard, en fait d’azotate, on se sert de celui de soude qui est à bien plus bas prix, et dont il existe des gisements dans l’Amérique du Sud, sur les bords de l’océan Pacifique. Divers engrais contiennent une petite proportion de nitre.
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- CCLVI INTRODUCTION.
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- tées des Etats-Unis et de la Russie, on s’occupait, depuis plusieurs années, avec beaucoup de science, d’art et de persévérance, d’extraire les sels de potasse des eaux de la mer, qui en renferment des atomes, mais qui, se présentant elles-mêmes en quantité inépuisable, pourraient subvenir à une grande production. Pendant qu’en France on se livrait à ces intéressantes tentatives, des ingénieurs découvrirent un gisement considérable de sels de potasse dans une importante mine de sel gemme, celle de Stassfurt, en Prusse. Dans la série épaisse d’environ 200 mètres des couches cristallines explorées jusqu’à ce jour, les bancs supérieurs sont formés, en grande partie, de chlorure de potassium. Les évaluations auxquelles on s’est livré portent ;à 6 millions de tonnes (de 1,000 kilog.) la quantité de ce sel que recèlent les mines de Stassfurt, et, par la manière dont le gisement est constitué, il est évident qu’on peut l’extraire et le vendre à un prix modéré auprès de la valeur qu’avait jusqu’ici l’article. Il a été reconnu, depuis, que quelques autres mines de sel gemme offraient aussi le chlorure de potassium, en quantité considérable. Un grand approvisionnement de potasse vient donc, de ce chef, s’ajouter, dans de bonnes conditions pour l’acheteur, à ce qu’on en avait déjà. Ainsi, sous ce rapport, la culture, de même que l’industrie en général, peuvent être considérées comme suffisamment pourvues pour un certain laps de temps.
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- TROISIÈME PARTIE.
- SECTION III
- Industries agricoles et forestières.
- CHAPITRE I.
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- ACCLIMATATION D’ARBRES ET D’ARBUSTES.
- Un des soins auxquels l’homme s’est le plus adonné, dès l’origine, poussé qu’il était par le désir d’amélioration qui est inhérent à sa nature, a été de s’approprier les animaux et les plantes dont il avait reconnu l’utilité. Il s’en fallait que la nature eût placé les uns et les autres dans tous les climats où ils auraient pu vivre. Ni le blé, ni le maïs, ni la vigne, ni le bœuf, ni le cheval, ni le mouton, ni l’âne, ni le chien, ni l’olivier, ni le pommier, ni la pomme de terre, ni le ver à soie ne sont indigènes dans la plupart des contrées où'ils prospèrent. Au retour des expéditions, on rapportait chez soi, en fait d’animaux et de plantes, ce qu’on avait remarqué comme d’un bon usage. De même dans les émigrations, on se faisait suivre,
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- CCLVXII
- INTRODUCTION.
- autant qu’on le pouvait, des bêtes et des végétaux auxquels on était accoutumé. Il est à croire aujourd’hui que, à l’égard des animaux, il reste médio-
- crement à acquérir; le plus important est fait.
- Il n’en est pas de même, à beaucoup près, dans le règne végétal dont la diversité est infinie. Les terres nouvelles qui, dans ces derniers temps, ont été découvertes et peuplées par des races civilisées, et qui forment de très-vastes étendues, présentent en ce genre de grandes ressources. On
- y a déjà trouvé et on continue d’y rencontrer des arbres et des plantes dans tous les genres, qui peuvent de là être répandus sur une partie plus
- ou moins considérable de la surface de la terre, où
- c’étaient des objets inconnus.
- Ainsi, dans ces derniers temps, la,.Californie et l’Australie nous ont fourni un admirable contingent
- d’arbres forestiers ou d’ornement, tels que YEucalyptus, le Séquoia giganlea, et un grand nom-
- bre d’autres arbres verts.
- 1Y Eucalyptus n’est pas seulement un arbre remarquable au plus haut degré, par l’extrême rapidité de sa croissance, les proportions gigantesques qu’il peut atteindre et la dimension des pièces de bois qu’il fournit; c’est encore un arbre de produit, en ce que sa gomme est un intéressant article de commerce.
- Mieux explorées, des contrées plus voisines de nous ont de même enrichi la flore des régions
- tempérées ; le Pinsapo, qui est d’une grande élé-
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- TROISIÈME PARTIE.
- CGEIX
- gance et dont le bois a de l’utilité, est sorti-, il y a peu d’années, de l’Espagne.
- Le Brésil et les pays environnants, qui sont depuis longtemps découverts et occupés, sur une partie de leur grande superficie, par une population d’origine européenne, réservent à la civilisation plus d’une surprise, en fait de richesses de l’ordre végétal. On y remarque, par exemple, le Palmier carnauba, appelé communément arbre à cire, qui, en effet, donne une cire végétale d’un excellent usage. Elle commence à entrer dans le commerce général (1).
- L’industrie des pépiniéristes est aujourd’hui montée tout à fait en grand; elle suffit à la propagation des plantes nouvelles dans tous les pays habités ou dominés par la race européenne. Dans ce commerce, la France a une part importante ; ses pépiniéristes exportent dans presque toutes les parties du monde ; ceux de la Grande-Bretagne et de la Belgique ne font pas moins.
- Il y a pourtant des cas où les administrations publiques ont dû intervenir directement pour l’acclimatation des plantes étrangères, et l’ont fait avec succès sur de grandes proportions. Gomme entreprises de ce genre, on a lieu de signaler l’introduction à Java, et, dans diverses
- parties de l’Inde anglaise, de deux grandes cul-
- • \
- (4)'Voir le Rapport de M. Coutinho, tome VI, page 169, . et celui de M. Émile Fournier, page 67 et suivantes.
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- CCLX
- INTRODUCTION.
- tures, l’une empruntée à la Chine, celle du thé, l’autre, d’un arbre de l’Amérique méridionale, celui dont l’écorce est un des plus utiles médicaments, le quinquina. Il importait, il était même urgent de répandre cet arbre, parce qu’il était menacé de destruction dans les Andes péruviennes d’où il est originaire, et d’où il n’était pas sorti
- encore.
- Les essais de l’île de Java, dans les deux genres, sont antérieurs à ceux de l’Inde. Ils ont eu un plein succès pour le thé, car la culture, aujourd’hui, en est parfaitement établie; elle donne du thé marchand pour G ou 7 millions de francs, et l’administration de la colonie a pu se dessaisir de ses plantations, en les vendant à des particuliers qui continuent l’exploitation.
- Pour le quinquina, le succès a été plus marqué dans l’Inde qu’à Java. On y a expérimenté plusieurs espèces de cinchona, et aujourd’hui on a la preuve, non-seulement qu’elles ont réussi, mais même qu’elles donnent une écorce plus riche, en quinine et en alcaloïdes analogues, que celle des forêts primitives de la Bolivie et du Pérou. On a trouvé et mis en pratique, dans l’Inde, un expédient ingénieux pour augmenter la richesse de l’écorce : c’est de l’envelopper de mousse.
- Le mérite de ces acclimatations de l’arbre à quinquina revient principalement, pour l’Inde, à M. Cléments R. Markham, et pour l’île de Java, à M. le docteur Hasskarl. Un homme d’État hollan-
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- TROISIÈME PARTIE.
- CCLXI
- dais, bien connu en Europe, M. de Rochussen, alors gouverneur de Java, n’a pas peu contribué au succès de cette dernière œuvre.- Ces efforts heureux avaient été précédés et préparés par les travaux de Weddell, qui avait fait partie, avec une mission du Muséum d’histoire naturelle de Paris, de l’expédition scientifique dirigée par M. de Castelnau, dans l’Amérique méridionale, et qui publia, à la suite, une Histoire naturelle des quinquinas.
- On trouvera, dans les Rapports de M. E. Fournier (1), de M. Chatin (2) et de M. E. Morren (3), des renseignements utiles et curieux sur ces deux difficiles entreprises, avec les noms des collaborateurs qui y ont pris une part efficace ; ils sont aussi nombreux que méritants.
- La rapidité avec laquelle la culture peut propager des espèces reconnues utiles et changer l’aspect d’un pays est un des phénomènes les plus remarquables, en ce qu’elle démontre jusque où peut aller la puissance de l’homme sur la nature. Dans sa Géographie générale comparée, Charles Ritter en a judicieusement fait la remarque. «. Forskal, Browne, Girard, etc., dit-il, « ne nous ont-ils pas montré, dans la vallée du Nil, « comment une flore étrangère, apportée par la
- (1) Tome VI, page 87.
- (2) Ibid., pages 306 et 307.
- (3) Tome XII, pages 656 et 663.
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- INTRODUCTION.
- «' culture, pouvait faire disparaître presque entière-« ment les plantes indigènes (1)? » La prospérité des Antilles est due à la canne à sucre: et', au
- caféier, l’un et l’autre tirés du dehors. Le coton qui, aux États-Unis, occupait, en 1861, un espace
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- plus grand que la surface cultivée de l’Egypte, y est une plante étrangère. Le professeur Vriese, de Leyde, en a fait l’observation, les cultures, auxquelles la belle colonie de Java doit sa richesse, lui viennent d’autres contrées. En effet, c’est le caféier de l’Arabie, l’indigotier de l’Afrique méridionale, la canne à sucre de l’Inde, le canelier de Geylan, la vanille et le nopal du Mexique, le tabac de l’Amérique,, le riz de la Chine. Venue des Andes du Pérou, la culture de la pomme de terre
- couvre l’Europe et l’Amérique du nord. La vigne à vin est exotique en France, où elle est cultivée sur une superficie égale à celle qu’elle occupe dans le reste de l’univers. L’agriculture presque tout entière résulte de l’échange des plantes entre les différents pays et de leur amélioration dans les mains de l’homme.
- . La rapidité avec laquelle les arbres forestiers, une fois- bien acclimatés, se répandent dans une contrée, est un sujet d’admiration pour le naturaliste; c’est aussi une indication des heureux effets qu’on est en droit d’attendre d’efforts intelligents,
- (1) Géographie générale comparée, page 66 de' Y-Introduction. Traduction de MM. E. Buret et Édouard Desor; ;
- ; , /
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- TROISIEME PARTIE.
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- là où les forêts primitives ont été détruites: et-où les montagnes, ont été dénudées, , ainsi qu’on a trop lieu de le . remarquer, dans une partie „d.e l’Europe, et particulièrement dans les Pyrénées et les Alpes (1).
- CHAPITRE II.
- OPÉRATIONS DIVERSES.
- § I. — Production et conservation des vins.
- Naguère, on ne connaissait, dans le commerce général, qu’un petit nombre de crus; c’étaient, au premier rang, les vins de France; parmi ceux de la péninsule Ibérique, le Xérès et le Porto, l’un et l’autre chers aux Anglais ; le vin du Rhin, plus célèbre sur la rive droite du fleuve qu’ailleurs, et celui de Madère, île perdue au milieu de l’Océan. Par le perfectionnement des moyens de transport et par l’adoption de procédés plus intelligents pour la culture et pour la manutention des récoltes, d’autres vins entrent dans la lice successivement. Les vins de Hongrie, très-abondants, très-agréables, et dont plusieurs sont exempts de. ce
- (1) On consultera avec profit, sur ce sujet et sur l’arboriculture en général, le Rapport de MM. Frédéric Moreau et de Gayffier, tome XII, page 621.
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- INTRODUCTION.
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- feu qui délecte les Anglais, mais dont les autres peuples font moins de cas, paraissent avoir le plus grand avenir.
- Quand l’Espagne aura des chemins et que ses viticulteurs seront venus apprendre, en France, comment se traitent les vendanges et se soignent les récoltes, elle fera un grand commerce de vins. La même observation s’applique à l’Italie, dont le Falerne, tant célébré par Horace, est fort peu prisé des gourmets modernes, parce qu’il s’obtient par les mêmes procédés grossiers qu’il y a deux mille ans.
- Des concurrents entreprenants s’élèvent dont le producteur européen a lieu de se préoccuper, quoi qu’ils soient encore à grande distance du but. Les Etats-Unis s’efforcent, sur plusieurs points de leur immense territoire, de produire des vins , le Pérou en exporte une certaine quantité, l’Australie s’y essaye et a beaucoup d’espérances. Au Mexique, la terre froide (Tierra fria), et la zone moyenne (Tierra templacla) se rappelleront peut-être que la guerre de l’indépendance y commença en 1810, à propos de la culture de la vigne (1). Ces perspectives de concurrence contre les vins qui sont aujourd’hui en possession de la renommée et l’objet de la prédilection des amateurs,
- (1) Le curé Hidalgo leva, en 1810, l’étendard de l’indépendance, à l’occasion d’un ordre, venu de Madrid, d’arracher les vignobles de la ville dont il était le pasteur.
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- TROISIEME PARTIE.
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- sont opportunément signalées dans un travail spécial de M. Emile Ghédieu (1) et dans celui de M, Teissonnière (2). M. Jules Guyot, dans son Rapport sur la viticulture et ses produits, présente à ce sujet des aperçus généraux d’un grand intérêt (3). La vigne occupe en Europe quatre millions d’hectares, dit-il, dont deux et demi pour la France, et, en dehors de l’Europe, la vigne à vin, vitis vinifera, ne se déploie guère que sur un million.
- Le vin, même le plus naturel, est un produit fabriqué. Convertir des grappes de raisin en cette boisson saine et tonique, qui flatte le palais, et qui possède beaucoup plus de vertu nutritive qu’on ne le pense communément (4), est une opération à la fois mécanique et chimique. Elle comprend plusieurs phases : le foulage, l’extraction sous le pressoir, la fermentation. On excite celle-ci par une addition de sucre. Quelquefois on fortifie le vin par l’alcool, pour en assurer la conservation. Enfin, on fait des mélanges, dont le public est enclin à médire, mais que la loyauté ne désapprouve pas. Le plus populaire de tous les vins, celui qui a le plus de vogue dans le monde entier, le champagne, est un vin très-travaillé. Je laisse
- (1) Tome XI, page 337. ,
- (2) Ibid., page 372.
- (3) Tome XII, page 399.
- (4) Les vignerons français ont ce dicton : une pièce de vin vaut un sac de farine, et ils ont raison.
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- INTRODUCTION.
- de côté les fabrications de liquides qu’on décore du nom de vin et où il y a de tout, excepté du jus de raisin, industrie mystérieuse et anti-hygiénique, dont M\ Gladstone fit le portrait, à la fois comique et sévère, dans le célèbre discours qu’il prononça, en présentant au Parlement le traité de commerce avec la France, en 1860.
- Les vins imités, tels que ceux qui se font à Cette, sont des transformations et des mélanges de vins naturels, irréprochables au point de vue de la santé, publique. Par la ressemblance qu’ils ont avec les grands vins, ils satisfont la catégorie des consommateurs auxquels leur bourse ne permet pas de se procurer de ceux-ci. Cette industrie vaut mieux que sa renommée et ne peut que s’accroître.
- M. Pasteur, dont les études ingénieuses ont tant contribué à faire connaître les ferments, a pensé que, si l’on parvenait à détruire ces corps dans les vins, sans en altérer le bouquet, le danger de toute maladie ultérieure serait conjuré, sans que le breuvage perdît rien de son mérite. Le procédé qu’il conseille, et qu’il a mis à l’épreuve, consiste simplement à porter le vin à une température d’environ 70 degrés, au moment de la mise en bouteilles. Si ce procédé reçoit de. la pratique la sanction qu’on espère, il en résultera,
- pour le commerce des vins, de nouvelles facilités.
- / ' *
- Certains vins de France, très-sujets à se gâter à l’étranger, où ils ne trouvent plus les mêmes
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- TROISIÈME PARTIE.
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- soins que chez noüô;, -auraient un grand débouché au dehors : tels les vinside Bourgogne ,(b). • i
- § 2. — Pisciculture.
- I I • • : <
- La pisciculture à peine classée en 1855, absente de l’exposition de Londres, en 1862, a montré, en 1867, qu’elle commençait à occuper une place parmi les industries alimentaires, principalement dans la Grande-Bretagne, en France, et dans les royaumes de Suède et Norwége. Il existe même déjà des fermes piscicoles, montées sur une grande échelle, par exemple l’exploitation de M. de.Selve, qui dispose de 12 kilomètres de canaux, d’où les marchés de Paris tirent régulièrement des écrevisses et des truites. Le laboratoire du Collège de France, à Paris, et l’établissement modèle d’Huningue continuent leurs études (2), point de départ de ces utiles créations. Mais d’après ce qu’on .nous raconte des Chinois, ils sont, dans cette industrie, des maîtres dont nous n’approchons pas. . ",
- , Au sujet de l’agriculture et de l’horticulture, le
- (1) U est vraisemblable quune des causes pour lesquelles le vin de Bourgogne se gâte si facilement cliez les Anglais, c’est, que leurs maisons n’ont pas de caves profondes' et voûtées comme les nôtres; mais il est probable aussi que les ferments, que combat M. Pasteur, ;ysont: pour quelquediliose.
- (2) Voir le Rapport de M. Couines, tome IX, page 277. Voir aussi celui de M. Champeaux, tome XII, page 153.
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- INTRODUCTION.
- lecteur trouvera, dans le tome XII, une suite de Rapports remplis d’attraits. Il [y constatera que l’agriculture est riche de découvertes qu’il n’y a plus qu’à appliquer pour que le rendement du sol de l’Europe et de la planète soit incomparablement plus grand qu’aujourd’hui. Les Rapports de MM. Eugène Tisserand, Grandvoinnet, Aureliano, Lesage, Grateau, en offrent l’exposé fidèle pour les aménagements généraux et le matériel; ceux
- de MM. Basile de Kopteff, Magne, de Quatrefages,
- / _______________
- Emile Blanchard, Rouy, André Sanson, Prillieux, Reynal, Laveyrièrc, Pierre Pichot, de Champeaux, pour les richesses du règne animal. La série des Rapports sur l’horticulture est fort curieuse. Cette branche de l’industrie qui a pour objet, selon l’observation de M. Lindley, la domestication des plantes, a fait de grands progrès depuis un siècle. C’est toute une création. On en a la preuve claire dans les Rapports de MM. Bouchard-Huzard, Darcel, Yerlot, Courtois-Gérard, de Galbert, Jules Guyot, Frédéric Moreau et de Gayffier, et Edouard Morren. On remarquera ce qui est dit de l’igname de la Chine et du degré auquel un habile praticien, M. Rémond, est arrivé dans l’acclimatation de cette plante (1).
- (I) Rapport de M. Courtois-Gérard, tome XII, page 557.
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- QUATRIÈME PARTIE
- OBSERVATIONS SUR LES PRINCIPAUX RESSORTS
- DE LA PRODUCTION.
- SECTION I
- lia liberté du travail.
- CHAPITRE I.
- URGENCE D’ABANDONNER UE SYSTEME REGLEMENTAIRE. OBSERVATIONS AU SUJET DES IMPOTS.
- / La puissance productive des peuples, ayant ses appuis les plus solides dans le capital et dans la science, et recevant son impulsion de.la liberté du travail, il n’est pas hors de propos ici d’envisa-ger successivement chacun de ces trois sujets, en s’inspirant de l’Exposition elle-même et en se référant à elle .3
- Parlons d’abord de la liberté du travail. Au gré de beaucoup de bons juges, elle est tout à la fois le point de départ et la sanction des progrès économiques de la société.
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- INTRODUCTION
- I 1 ' '
- Quand Montesquieu a dit que les pays sont cultivés en raison, non de leur fertilité, mais de leur liberté(1), il a tracé, pour l’usage de la postérité un enseignement qui est de Futilité la plus grande, et d’une éternelle vérité, et que cependant les gouvernements et les gouvernés eux-mêmes sont sujets à oublier.
- Dans la lettre célèbre du 5 janvier 1860, qui annonça l’adoption, par le Gouvernement impérial, du principe de la liberté commerciale, le Chef
- r
- de l’Etat signalait bien opportunément la manie réglementaire et l’excès des règlements comme une des causes d’inertie ou de retardement dont il importait le plus de déblayer la carrière de l’industrie. C’était la proclamation nouvelle de la liberté du travail, car le système réglementaire est l’ennemi systématique de la liberté du travail, comme de toutes les autres libertés.
- Chez la plupart des peuples, l’esprit ultra-réglementaire est trop le maître; chez nous, particulièrement, il s’est livré aux plus grands empiétements, et, malgré la déclaration impériale du 5 janvier 1860, il est peu disposé à se dessaisir de ses usurpations. Le moment est venu de réagir, avec un redoublement de force, contre cette influence illibérale, qui tient en échec les forces
- vives du pays.
- \ • . N
- Il faut dégager la nation des entraves que sus-
- (1) Esprit des lois, livre XVIII, chapitre ni.
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- citent des lois, soit générales, soit spéciales, dictées par l’esprit de restriction, et des règlements sortis de la même source. Il faut que les institutions politiques et administratives, les lois, les décrets, les arrêtés.soient favorables à la liberté du travail, et que l’usage et les moeurs lui servent d’appuis tutélaires.
- La règle de l’autorisation préalable par les agents du Gouvernement, étendue au point où elle avait été portée chez nous sous la Convention et sous le premier Empire, et où elle s’est maintenue depuis, sauf pourtant quelques reprises que le bon sens public a pu faire, est une des plus malencontreuses combinaisons qu’on puisse in-troduire dans un Etat civilisé; c’est une méthode
- assurée pour asservir les peuples et les tenir courbés sous le joug.
- Un système d’impôts qui atteint spécialement et lourdement l’industrie dans ses opérations, paralyse la liberté du travail, quand bien même celle-ci serait hautement affirmée en principe par la législation générale du pays. On entrave le producteur, lorsque, par les taxes dont on les frappe, on enchérit soit les matières premières dont il se sert, soit les combustibles auxquels il emprunte ses moyens journaliers d’action, la chaleur et la force motrice. On le place dans des conditions difficiles qui équivalent à la négation partielle de sa liberté, lorsqu’on soumet le produit fabriqué à un droit considérable qui le rend moins
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- GGLXXII
- INTRODUCTION.
- accessible au consommateur, car empêcher de vendre c’est défendre de produire.
- On le met dans l’impossibilité de soutenir, soit au dedans, soit au dehors, la concurrence étrangère, quand ces taxes sont nationales, c’est-à-dire exigées dans le pays tout entier. On lui rend impossible de lutter à armes égales, même contre ses concitoyens, contre ses proches voisins, quand elles sont simplement locales, c’est-à-dire perçues aux portes d’une ville ou de plusieurs. Dans ce dernier cas, on rétablit les douanes intérieures dont l’abolition en France fut un des plus grands bienfaits de la Révolution (1).
- CHAPITRE IL
- d’une manifestation dangereuse de l’esprit réglementaire. — RÉSURRECTION DES LOIS DE l’ANCIEN RÉGIME.
- L’administration, depuis quelque temps, cède
- (1) J’ai le regret d’ajouter, comme commentaire de ces observations générales, que les taxes locales de ce genre tendent maintenant à s’établir en France, et qu’à Paris, particulièrement, l’administration municipale non-seulement a annoncé à cet égard les prétentions les plus surprenantes, mais encore a commencé de les mettre à exécution. Il faut espérer que le Gouvernement mettra fin à cette tentative inconsidérée, qui, si elle prévalait définitivement, aurait des conséquences funestes.
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- QUATRIEME PARTIE.
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- volontiers au penchant de ressusciter des lois et des règlements de l’ancien régime, dans la conviction qu’il en est un grand nombre qui restent applicables à notre temps, et qui, d’ailleurs, n’auraient point été abrogés. On se flatte de trouver, dans cet antique arsenal, des armes efficaces contre ce qu’on appelle le génie révolutionnaire. On ne voit pas que, par cette tendance, on excite la méfiance des amis des libertés publiques et des partisans du progrès qu’il est téméraire d’affronter. La date de 1789 marque en France une'solution de continuité dans la législation. C’est une ère nouvelle qui s’est ouverte alors, et de ce moment un esprit nouveau a inspiré le législateur. On l’avait parfaitement compris dès le commencement, et c’est ainsi que la glorieuse Assemblée Constituante de 1789 a été amenée à refaire un si grand nombre de-lois et de règlements, et que le premier Empire, suivant en cela la même voie, a remis dans le creuset, pour les refondre complètement, les lois-civiles et commerciales, les lois pénales, les Codes de procédure civile et criminelle, sans parler d’une multitude de lois spéciales. Ce n’a point été par une manie de novateur qu’on a opéré tous ces changements; c’est que la législation ancienne était impraticable dans la société renouvelée par la Révolution. En politique, l’ancienne législation avait pour base le droit divin ; la moderne repose sur un principe opposé, celui de la souveraineté nationale. La société était partagée en castes,
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- INTRODUCTION.
- parmi lesquelles il y en avait de privilégiées, les-autres étant taillables et corvéables à merci; l’industrie manufacturière ou commerciale était répartie en corporations exclusives, et le paysan était traité comme une bête de somme. Depuis 1789, cet échafaudage a disparu, cette complication a été écartée, cette oppression a été abolie, ces inégalités ont été balayées ; tout se coordonne par rapport aux principes de liberté et d’égalité. La législation d’avant 1789, non-seulement niait absolument la liberté politique, maisi encore tenait fort peu de compte de la liberté individuelle et de la liberté du travail et des transactions; les peuples aujourd’hui veulent, au contraire, qu’on respecte l’une et l’autre. La législation de l’ancien régime admettait la confiscation, et, par conséquent, elle 11e reculait pas devant des amendes énormes; la législation moderne a aboli la confiscation, et elle a eu le soin de 11’inscrire dans le Gode pénal que des amendes dont, en général, là modération est le caractère. Enfin, la législation ancienne portait profondément l’empreinte de l’ignorance ou de préjugés grossiers ; depuis 1789, le législateur s’est appliqué à répudier. ce triste héritage.
- Qu’011 admire tant qu’on le voudra les objets d’art que le moyen âge ou la renaissance, ou les xvin ou xviue siècles nous ont légués; qu’011 en fasse des musées, qu’on les reproduise pour la décoration des appartements : très-bien; mais si de
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- QUATRIEME PARTIE.
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- là on passait à l’admiration des lois de la même époque, par rapport à notre propre temps, et qu’on supposât opportun et sage de nous les imposer de nouveau, après que nous en avions secoué le fardeau, l’on se tromperait étrangement, et les bons esprits doivent se mettre en travers pour arrêter de pareils desseins.
- Rappelons quelques exemples, d’assez fraîche date, de cette disposition à considérer comme étant encore en vigueur les lois de l’ancien régime, et montrons à quel point c’était, dans chaque cas, une inspiration regrettable.
- 11 y a dix ou douze ans, quelques fonctionnaires, appartenant à l’école rétrospective, s’éprirent des lois de l’ancien régime, au sujet du commerce des métaux précieux et des monnaies. Ils soutinrent que ces lois étaient applicables encore. Des notes rédigées dans cet esprit furent insérées au Moniteur. Les changeurs et les marchands de métaux précieux tremblèrent d’effroi; mais la discussion publique s’empara de la question, et il fut bientôt établi que les lois de l’ancien régime sur le commerce des matières d’or et d’argent et des monnaies, qu’il s’était agi de remettre en activité, étaient des monuments de vexation et de tyrannie. Une des conséquences étranges qui serait résultée,' par exemple, de l’édit du 24 octobre 4711, qu’on avait représenté comme ayant encore force de loi, eût été que la Banque de France, dont les novateurs à rebours n’avaient
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- INTRODUCTION.
- aucunement songé à entraver les actes et qu’en-core moins ils croyaient frapper, payât une amende d’au moins 2 milliards 750 millions de francs pour le fait de s’être permis d’acheter, avec prime, des espèces monnayées ; elle s’était livrée à cette opération en conscience, croyant en avoir absolument besoin pour assurer le remboursement de ses billets. Aux termes d’un édit postérieur (février 1726), qu’en 1857 on prétendait n’etre pas tombé en désuétude, la peine, en cas de récidive, devait être les galères à perpétuité. Dans certains cas même, ce fait d’acheter des monnaies avec prime entraînait la peine de mort. La fonte des monnaies, opération que de nos jours le sens commun déclare être parfaitement licite, et contre laquelle on chercherait en vain une disposition dans les lois modernes, était, aux termes de ces anciennes lois, un crime puni des galères à perpétuité; la même peine était de rigueur contre tous orfèvres, joailliers et autres ouvriers travaillant en or et en argent, alors même qu’ils n’auraient fondu des espèces que pour les employer à leurs ouvrages. A ce compte, la plupart des orfèvres, joailliers et bijoutiers, actuellement exerçant dans Paris, auraient, avec leurs ouvriers, encouru et mérité la peine du bagne. De même les cochers, postillons ou.conducteurs de voilures publiques, qui auraient porté sciemment des espèces hors cours, ou qui auraient omis d’eh faire mention sur leurs registres, étaient dans le
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- cas d’aller aux galères. Gela peut se lire dans l’article 15 de l’édit de février 1726.
- Une fois donc que, en 1857, les journaux eurent mis sous les yeux du public le texte et l’esprit des lois qu’il s’agissait d’exhumer, l’opinion pn> nonça que c’étaient les élucubrations de quelque commis du temps jadis, atteint de monomanie furieuse, et il n’en fut plus question.
- Plus récemment, en 1865, alors que l’administration poursuivait un but louable, qu’elle a eu, en effet, le bonheur d’atteindre, celui d’écarter du sol français l’épizootie qui désolait la Russie, une partie de l’Allemagne et la Grande-Bretagne, on a jugé à propos de ressusciter de même des lois et règlements de l’ancien régime. On a représenté comme étant encore sur pied les édits, ordonnances ou arrêts du Conseil, rendus à l’occasion des épizooties, en 1714, 1739, 1745, 1746, etc. On a prétendu que ces différents actes constituaient une législation complète sur la matière, et que tout y était prévu, précisé et prescrit (ce sont les termes d’un rapport adressé à l’Empereur). Ces assertions étaient fort exagérées, et la preuve qu’il n’était ni convenable ni légal d’user de ces lois ou règlements, c’est qu’ils offrent, à côté de dispositions sages, des prescriptions choquantes, impossibles à justifier, absolument contraires aux principes de la législation moderne (1). Pour ap-
- (1) Voici quelques-unes des dispositions des édits, ordon-
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- INTRODUCTION.
- pliquer clés actes pareils à notre temps, il faudrait en faire une édition expurgée. Or, c’est un droit qui n’appartient à personne, excepté au législa-
- nances ou arrêts en Conseil rendus au sujet des épizooties, en 1714, 1739, etc. :
- « Défense est faite aux habitants des villes et paroisses rurales où la maladie se sera manifestée, de vendre des bêtes, même saines, aux particuliers des autres villes ou paroisses, et a ceux-ci d’en acheter, sous peine de 100 livres d’amende. Défense de conduire des bêtes, même saines, de ces mêmes villes et paroisses aux foires et. marchés, sous peine de oOO livres d’amende pour chaque contravention. L’arrêt du Conseil de 1746 permet pourtant que ces bêtes saines soient vendues à un boucher; mais c’est à la condition que celui-ci les abatte dans les vingt-quatre heures, sous peine de 200 livres d’amende pour chaque contravention. S’il les revendait à qui que ce fût, la peine serait de 300 livres. Le boucher qui s’approvisionnerait même dans des lieux où la maladie n’aurait pas encore pénétré, est tenu de se munir d’un certificat de l’officier de police, si c’est une ville ; du syndic de la paroisse (maire),' si c’est une commune rurale, à peine de 200 livres d’amende par bête. Peine de confiscation et de 200 livres d’amende par tête d’animal contre les particuliers et habitants des villes ou des paroisses où la maladie n’aura point pénétré, qui enverront des bêtes aux foires et marchés, s’ils ne se sont munis d’un certificat de l’officier de police ou du syndic de la paroisse, visé par le curé ou par un officier de justice. Les principaux officiers de police dans les villes, et les syndics dans les campagnes, profitent du tiers des amendes provenant du fait de non-déclaration des bêtes malades ou soupçonnées de l’être. Les syndics des paroisses où se tiennent les foires et marchés seront punis de 100 livres d’amende s’ils permettent l’exposition des animaux sans s’être assurés, par la représentation des certificats, que la maladie n’a point pénétré dans le lieu d’origine. L’arrêt de 1714 promet au dénonciateur la moitié de l’amende prévue dans le cas où un pro-
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- QUATRIEME PARTIE.
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- teur procédant à nouveau. Un ministre, quelque éclairé qu’il soit, n’a pas le droit de refondre, dans son cabinet, avec ses chefs de divisions, d’anciens actes administratifs, d’en prendre ce qui lui plaît, de rejeter ce qui ne lui plaît pas, alors même que ce qu’il garderait serait bon, que ce qu’il écarterait serait mauvais. Ce pouvoir éclectique n’est pas et ne peut être du domaine des ministres.
- Les lois de l’ancien régime sont minutieuses et détaillées dans leurs prescriptions; c’est un motif pour que, par rapport à l’époque actuelle, elles soient plus offensives, car les détails, le plus souvent, portent l’empreinte des préjugés du temps et des vices inhérents à l’organisation sociale et politique.
- Entre le régime qui à précédé 1789 et celui qui a suivi, il y a un abîme. Gomment les lois d’autrefois pourraient-elles convenir présentement? Il ne reste plus rien de l’ancien régime que le souvenir d’un nombre restreint de bienfaits, épars au
- priétaire, ayant (les animaux malades ou soupçonnés de l’être, n’aurait pas fait sa déclaration dans le jour. »
- Ce luxe de formalités, même pour les bêtes des communes où la maladie n’aura point pénétré, ces lourdes amendes, ces peines portées contre les maires, ces parts sur les amendesfau profit des commissaires de police et des maires, ces primes à la dénonciation, tout cela compose un échafaudage qui n’est plus en rapport avec les idées et les usages de notre .époque, ni avec les règles que le législateur s’est prescrites depuis 1789.
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- CCLXXX
- INTRODUCTION.
- milieu d’un grand nombre de fautes et de calamités.
- C’est pour cela que la force des choses a déterminé le législateur, depuis 1789, à refaire, des fondements au faîte, l’édifice de la législation française L’œuvre est à peu près achevée. Les points qui restent à renouveler sont infiniment peu nombreux. La législation moderne répond à tous les besoins à très-peu près. C’est d’elle qu’on est fondé à dire qu’elle a prévu, précisé et prescrit tout ce qui avait besoin de l’être.
- Il est donc indispensable d’élever une barrière infranchissable devant toute tentative d’exhumation d’anciens édits et d’anciens règlements.
- Ce serait donner des gages au progrès, dans l’intérêt de l’industrie, comme pour la bonne gestion des affaires publiques en général, que de prononcer l’abrogation en bloc des lois de l’ancien régime, sauf à rajeunir, par une loi, qui se réduirait à un très-petit nombre de dispositions, celles des mesures vraiment utiles, contenues dans les anciens édits, arrêts du Conseil ou ordonnances, qui n’auraient pas été reprises et remodelées déjà par le législateur depuis 1789.
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCLXXXI
- CHAPITRE III.
- LA LIBERTÉ DU COMMERCE OU LA CONCURRENCE UNIVERSELLE OU LA SOLIDARITÉ DES PEUPLES.
- Une des formes les plus intéressantes de la liberté du travail .est la liberté des échanges internationaux, appelée ordinairement la liberté du commerce. Un des titres de gloire de la. seconde moitié du xixe siècle sera de l’avoir fait triompher.
- Il y a un quart de siècle à peine, le système qui dominait à peu près partout, même dans les Etats où l’on se croyait le plus libre, consistait à s’enfermer par une sorte de muraille de la Chine, pour barrer l’entrée du pays aux marchandises étrangères. Aujourd’hui, il y a un penchant général pour l’entière liberté des échanges. Cette grande amélioration, inutilement recommandée par les fondateurs de l’économie politique en France et en Angleterre, les physiocrates d’un côté, et Adam Smith de l’autre, conseillée bien auparavant, mais sans aucun succès, par divers orateurs, dans les rares réunions des étafs généraux de l’ancienne France, a commencé enfin à devenir une réalité.
- Envisagé comme l’introduction de la concurrence universelle, le principe de la liberté commerciale s’explique et se justifie, pour un bon
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- INTRODUCTION.
- nombre cl’esprits, plus complètement peut-être que lorsqu’il se présente sous le nom qu’on lui donne communément. Par là, en effet, on saisit mieux l’influence qu’il exerce sur la production et l’énergie du stimulant qu’il lui applique. De ce point de vue, on voit très-bien comment depuis 1860, où il a reçu un commencement d’application, il a exercé en Europe, et spécialement en France, une •influence salutaire, comment aussi il a éprouvé vivement dans chaque pays un certain nombre, non d’industries, mais d’établissements arriérés ou mal situés.
- Cependant il y a une troisième dénomination, qui serait la plus compréhensive et la meilleure, pour désigner ce qu’on appelle communément la liberté du commerce; c’est celle-ci : la solidarité industrielle et commerciale de tous les peuples, pour la meilleure satisfaction des besoins de tous et de chacun.
- La liberté du commerce restait, dans le monde civilisé tout entier, l’objet du dédain des hauts personnages qui, parce qu’ils étaient les dépositaires du pouvoir, prétendaient être les seuls esprits pratiques de leur temps, lorsque, en Angleterre, quelques hommes généreux, éclairés et pleins de résolution, se réunirent en une association qui restera à jamais célèbre, la LAgue pour F abolition des lois sur les céréales. C’était en 1888. Peu d’années après, les orateurs de la Ligue, à la tête desquels il faut nommer Richard Cobden
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- et John Bright (1), avaient acquis à leur cause l’opinion publique de l’Angleterre, si bien que Robert Peel, jusqu’alors partisan et défenseur chaleureux du système restrictif, dut reconnaître la puissance irrésistible du mouvement et, comme soudainement illuminé, s’en faire l’auxiliaire déclaré. Pvompant courageusement avec des traditions et même des amitiés consacrées par le temps, qui lui étaient chères, il adopta pleinement les idées des réformateurs. D’accord avec un des hommes qui possédaient le plus la confiance de la couronne et du pays, le duc de Wellington, son collègue dans le cabinet, qui, de même que lui, avait jusqu’alors fortement résisté à l’innovation, il vint , au commencement de 1846, proposer au Parlement la révolution douanière qui a immortalisé son nom.
- Quoique les réformes de RobertPeel fussent considérables, elles n’avaient cependant pas renversé tout l’édifice du système protectionniste. Elles avaient laissé debout l’acte de navigation de Cromwell, qui constituait ou avait eu pour objet de constituer, au profit des armateurs anglais, un privilège exclusif. Elles avaient maintenu même, non cependant sans les atténuer, un assez grand nombre
- (1) On consultera utilement, à ce sujet, l’ouvrage de Frédéric Bastiat, intitulé Cobden et la Ligue, 1 vol. Guillaumin, éditeur. On y trouvera les noms et les actes des autres orateurs et écrivains qui s’étaient dévoués à l’œuvre et qui contribuèrent à la, faire réussir.
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- INTRODUCTION.
- de droits qui gardaient le caractère protectionniste, puisqu’ils affectaient des articles dont les identiques et les similaires étaient produits dans le Royaume-Uni etn’y supportaient aucune taxe. Peu à peu, depuis la retraite de Robert Peel, la plupart de ,ces droits ont disparu et ont été remplacés par l’entière franchise des produits étrangers qu’ils atteignaient. Les droits perçus par la douane anglaise aujourd’hui sont tous, à très-peu près, exclusivement fiscaux : on va voir à quoi les exceptions se réduisent. En même temps, la liste des articles taxés par la douane a été réduite tellement que le tarif entier de l’Angleterre peut s’inscrire sur un petit carré de papier. Partout ailleurs, c’est un volume.
- Le tarif douanier de l’Angleterre, tel qu’il se présente aujourd’hui, est un sujet d’études qui se
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- recommande aux hommes d’Etat et aux partisans du progrès économique et social de tous les pays.
- Les articles qu’il embrasse sont : le sucre et ses accessoires, tels que la mélasse et le sirop, le thé, le café, le cacao, le vin, le tabac, tous objets exotiques, car jusqu’ici les Iles Britanniques n’ont pas fait de sucre de betterave, et la culture du tabac y est interdite; les esprits, dont il se fabrique, à l’intérieur du Royaume-Uni, une grande quantité, sous un gros droit d’accise (droit à la fabrication), et le droit de douane sur les esprits étrangers n’est que l’équivalent de cet impôt; les liqueurs alcooliques, qui subissent le sort de
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- l’alcool ou esprit; la bière ainsi que la drèche, l’orfèvrerie, les dés et cartes à jouer, qui sont dans le même cas que les esprits, c’est-à-dire grevés intérieurement de droits d’accise auxquels ont dû correspondre des droits de douanes; la chicorée, par assimilation au café; le chloroforme, le collo-dion, l’eau de Cologne, les vernis à esprit, tous dérivés de l’alcool; le vinaigre, considéré comme une transformation du vin; une liste d’articles sucrés, regardés comme les dérivés ou les similaires du sucre, entre autres quelques fruits secs, plus riches en matière sucrée que les autres ; le chocolat, les confiseries ; un petit nombre d’épices dont le poivre a cessé de faire partie ; le sagou et le tapioca, le blé et les autres céréales et les grains analogues, ainsi que les pois et haricots secs, la farine et les fécules, les pâtes façon d’Italie, et enfin la pâtisserie parce quelle provient de la farine.
- A proprement parler, le caractère protectionniste ne se rencontre que sur deux points : 1° les droits sur les grains et farines et leurs dérivés, droits qui sont très-modérés (I) et qui d’ailleurs semblent à la veille d’être abolis, car les hommes influents de l’Angleterre reconnaissent qu’ils sont impossibles à justifier, et le droit sur le tabac manufacturé. Ce dernier, dont la quotité ne peut être que l’effet d’une inattention du législateur, est hors
- h (4) 62 centimes par 100 kilogrammes.
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- de proportion avec celui que supportent les fabricants cle cigares et de tabac à priser et à fumer, pour le tabac en feuilles qui est leur matière première.
- Le côté merveilleux de. la réforme douanière de l’Angleterre, ainsi accomplie successivement sur la proposition de trois ministres, hommes considérables et renommés, Robert Peel, lord Russell et M. Gladstone, consiste en ce qu’une énorme réduction de droits et l'affranchissement total de la grande majorité des articles naguère portés au tarif n’ont aucunement diminué le revenu des douanes. Elles rendent aujourd’hui plus qu’en 1841, année qui précéda celle où Robert Peel sembla préluder au grand changement de 1846, par l’adoucissement ou la suppression des droits de douane sur les matières premières de l’industrie (1).
- (1) Il faut observer pourtant que quelques-uns des droits ont été élevés, notamment le droit sur les esprits. Mais ce n’est qu’un nombre restreint d’exceptions. Non-seulement des centaines de droits ont été supprimés totalement, mais la plupart de ceux qui sont restés ont été fortement diminués. Tels les droits sur les sucres et le thé. On trouvera dans le Slatistical abstract le résumé de tous les changements apportés aux droits de douane depuis le commencement de la réforme.
- De 1841 à 1866, les réductions ou suppressions de droits montent à 640,252,104 francs; les augmentations ou créations, à 95,927,542. Il y a donc eu pour près de 550 millions de suppressions de taxes.
- En citant ici le Statistical abstract, nous présenterons une
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- Quel qu’eût été le résultat de la réforme, due" ainsi à l’énergique et éloquente initiative de la Ligue et à la résolution patriotique de Robert Peel converti, les gouvernements du continent restèrent longtemps sans y prendre garde. Si quelques-uns firent des tentatives, ce fut en demeurant infiniment
- en arrière du modèle. La France, où, sous le gouvernement des Bourbons, le souverain ne pouvait agir, en matière de douanes, que sous l’agrément de la Chambre des députés, fut un des États stationnaires : de 1814 à 1848 cette Chambre fut imperturbablement dominée par l’égoïste préjugé du protectionnisme. En 1847, au bruit de la réforme accomplie en Angleterre, le gouvernement crut qu’il ne pouvait se dispenser d’une démonstration. Il la fit timide jusqu’à l’insignifiance, et cependant elle ne trouva pas grâce devant la chambre élective. Sous le second Empire, le gouvernement se plaça dans une situation meilleure pour changer le tarif des douanes. Un article addi-tionnel introduit dans la Constitution, au moment du rétablissement de l’Empire, investit l’Empereur du droit de négocier des traités de commerce, sans avoir à en soumettre, comme aupara-
- obscrvation. Ce document, qui est annuel, publie tous les faits principaux du commerce, de la production et de l’administration, pour les quinze dernières années. Le gouvernement français s’est mis à l’imiter, mais en lui donnant moins d’étendue. Les renseignements relatifs aux finances manquent dans le document français, on ne sait pourquoi.
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- vant, les clauses fiscales au Corps législatif. Indépendamment de cette disposition, qui était destinée à produire, à un moment donné, un grand résultat, les droits sur les subsistances, particulièrement sur les bestiaux et les vins, éprouvèrent, en vertu de décrets impériaux, des diminutions qui équivalaient à la suppression. Quelques matières premières, et spécialement la laine, furent dégrevées dans une forte mesure. Il y eut aussi une réduction sur le fer et l’acier ; cependant ces deux articles restèrent encore grevés de droits fort lourds.
- Mis en demeure de s’expliquer après l’Exposition Universelle de 1855, qui avait prouvé l’avancement de l’industrie nationale, le Corps législatif fit un mauvais accueil au projet de loi. Il fut clair dès lors que les abus, conséquences nécessaires du système protectionniste, ne pourraient être écartés qu’au moyen des pouvoirs réservés
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- au chef de l’Etat parla Constitution, en matière de traités de commerce. L’Empereur ayant été saisi, à la fin de 1859, d’une proposition à cet effet, y donna son assentiment; de là sortit le traité du 23 janvier 1860, acte considérable qui avait exigé de la part du souverain une volonté peu commune. Le traité fut complété par les deux conventions-des 12 octobre et 16 novembre de la même année, qui portent le détail du tarif par lequel devait désormais être réglée l’entrée en France des marchandises anglaises.
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- Comparativement au régime antérieur, le nouveau tarif était véritablement une hardiesse ; mais l’événement l’a pleinement justifié. L’industrie nationale en a reçu une impulsion que personne aujourd’hui ne saurait contester. Le traité de commerce avec l’Angleterre a été suivi d’actes semblables entre la France et la plupart des autres nations du continent. De cette manière le tarif relatif à l’Angleterre est devenu, à peu de chose près, le tarif général de la France. Les traités avec les
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- autres Etats ont même contenu quelques dispositions nouvelles plus libérales, qui ont été aussitôt communes à l’Angleterre, en vertu de la clause dite « de la nation la plus favorisée », qui a été introduite dans tous ces actes successifs. Les divers peuples se sont, en outre, appliqué les uns aux autres les dispositions dont ils étaient convenus avec la France. C’est ainsi que le commerce international des diverses parties de l’Europe repose présentement sur des bases plus libérales, et par conséquent plus avantageuses au public, qu’il y a dix ans. Les échanges internationaux ont acquis ainsi un immense développement.
- Au milieu du mouvement général de l’Europe, un seul Etat est demeuré à peu près immobile, C’est l’Espagne. Elle conserve intact, ou peu s’en faut, le même tarif qu’il y a trente ou quarante ans, tarif hérissé de prohibitions, et d’une complication extrême. C’est une des raisons pour lesquelles le commerce de l’Espagne languit non-
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- seulement à l’extérieur, mais même à l’intérieur. La circulation des marchandises sur les chemins de fer ne se développe point en Espagne, tandis que, dans tout le reste de l’Europe, elle suit une progression continue et rapide. Cette persistance dans un système vieilli ne contribue pas peu à éterniser les difficultés financières et la détresse du Trésor, contre lesquelles l’Espagne se débat vainement depuis tant d’années. La protection prétendue a l’effet bien constaté aujourd’hui de paralyser la production. La puissance productive des peuples en est enchaînée : com-
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- ment les ressources de l’Etat n’en seraient-elles pas affectées? Après ses révolutions faites au nom de la liberté-et du progrès, qui semblaient devoir la faire entrer dans le concert universel, l’Espagne abusée reste en proie à l’esprit d’isolement. Elle s’isole par son tarif des douanes. Elle a trouvé le moyen de s’isoler même par les chemins de fer, qui sont pour les autres une incessante occasion de se rapprocher et de confondre leurs intérêts (1). Le mot attribué à Louis XIV, il n’y a plus de Pyrénées, n’était qu’une espérance. C’est encore une fiction à l’heure actuelle. Eux-mêmes pourtant, l’empire du Japon et celui de la Chine ont renoncé à se clore. On se demande
- (1) On sait que les chemins de fer espagnols n’ont pas la même largeur de voie que ceux des autres peuples; de sorte que, à la frontière franco-espagnole, il faut rompre charge, changer de voitures et de wagons,
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- ce que l’Espagne attend pour prendre son parti.
- Cette nation qui était, il y a trois siècles, la première puissance de l’Europe et du inonde, se résignera-t-elle, maintenant qu’elle s’est affranchie des influences qui l’avaient fait déchoir, à supporter un régime commercial si contraire au progrès?
- Une autre nation, qui étonne le monde par les résultats qu’elle a obtenus dans la culture de son territoire, dans les arts mécaniques et chimiques, dans toutes les directions enfin où elle a porté
- son infatigable et intelligente activité, a aussi le tort de conserver un svstème de douanes exa-géré; je veux parler de l’Union américaine. Elle a même fait pis que l’Espagne, elle a fortement aggravé son tarif, depuis un très-petit nombre d’années, sous le prétexte trompeur de procurer au Trésor des recettes nouvelles. Le système ultra-protectioniste fleurit donc dans la grande répu-
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- blique du nouveau monde, en présence des Etats du Sud réduits à la misère, et pour lesquels tout allégement dans le prix des mécanismes destinés à féconder le travail, et en général de toutes les produc tions manufacturières, serait une bonne for-
- tune ; en présence des Etats de l’Ouest, pour lesquels le système prétendu protecteur ne peut être qu’une déception et un jeu de dupes, puisqu’ils sont essentiellement agriculteurs et que, sur un théâtre tel que les États-Unis, les dispositions du .tarif sont impuissantes à élever les prix des produits agricoles. De la part de cette grand'e nation,
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- INTRODUCTION.
- ce débordement de zèle en faveur du système protectioniste est une faute étonnante. Mais, du moins, jusqu’à un certain point, le ressort de la concurrence intérieure en tempère les fâcheux effets, parce qu’il conserve une grande force. Enfin on est fondé à dire que ce système est, en Amérique, une exception, une anomalie contre laquelle tout réagit et dont le terme ne peut être
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- éloigné. Les Etats-Unis sont, par excellence, une terre de liberté. Sous toutes les formes, excepté dans les échanges internationaux, la liberté y luit, y est resplendissante. La pensée y est pleinement libre ; elle s’y révèle et s’y déploie sans entraves, dans quelque sphère que ce soit, elle y a toute sa hardiesse et y prend toute son envergure. Une éducation populaire très-bien entendue y excite et y guide en même temps l’esprit de la population. Le travail y jouit de toute la latitude possible, dans les cas autres que ceux qui sont affectés par les échanges avec l’étranger.
- Il est vrai que l’industrie manufacturière et le commerce, depuis la grande guerre civile de 1861-65 subissent le fardeau de taxes intérieures de fabrication, analogues à l’accise qui naguère grevait, en Angleterre, la production des verreries, des briques et d’un certain nombre d’autres articles, mais qui ne s’y applique plus, en fait de grande industrie, qu’à celle des esprits. Ce genre d’impôt, lorsqu’on veut le rendre efficace pour la trésorerie et égal pour tous les contribuables, en-
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- traîne nécessairement avec lui des gênes telles, qu’en peu de temps elles suffiraient à paralyser l’initiative des hommes les plus industrieux. Mais
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- parmi les énergiques citoyens des Etats-Unis, des mesures fiscales de.ce genre ne peuvent être que provisoires. Leur génie indépendant n’a pu les accepter qu’à titre passager. Il faut donc s’attendre à la voir abolir. Gomment se perpétuerait, dans cet intelligent pays, un démenti aussi flagrant aux principes libéraux sur lesquels repose l’organisation même de la société?
- En dehors de l’Espagne et de l’Union américaine, il reste encore beaucoup à faire pour que la concurrence universelle rende le plein de ses effets. En France même, le tarif reste bien rigoureux pour un certain nombre de marchandises; ensuite, il est d’une complication beaucoup trop grande. Au sujet des fers, il y a beaucoup de tarifications différentes ; il conviendrait de les réduire à un très-petit nombre, en attendant une modification définitive, qui serait la suppression entière des droits de douane sur le fer et ses dérivés. Le bon marché du fer sous toutes les formes est une des conditions du progrès et de l’extension de l’industrie, de la prospérité des peuples par conséquent. Un droit sur les fers n’est 'admissible
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- que par exception et provisoirement. S’il est une matière qui doive être exempte de droits, presque au même titre que le blé, c’est celle-là. La tarification des différens tissus appelle aussi une
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- • INTRODUCTION.
- réforme complète. Elle exige, clans beaucoup de cas, l’emploi d’un instrument délicat, le microscope, ce qui a l’inconvénient de rendre la perception des droits longue et incertaine. Il n’y a plus de raison aujourd’hui pour que la plupart des tissus ne soient pas désormais, de même que les soieries l’ont été, sur la demande de l’industrie de Lyon elle-même (i), totalement affranchis de droits d’entrée. On doit en dire autant des machines et outils; ce sont les organes de l’industrie : gêner l’industrie par des droits plus ou moins élevés, quand elle veut se munir de machines et d’outils, c’est à peu près aussi judicieux que si l’on rendait une loi pour obliger les ouvriers à travailler d’une seule main au lieu des deux. De même le moment est arrivé du supprimer les droits sur les produits chimiques, sur les articles de plus en plus variés qui se font en caoutchouc, sur l’orfèvrerie et la bijouterie.
- On trouve la critique irrésistible du tarif actuel de la douane française, et la preuve péremptoire qu’il faut le reviser, dans les paroles suivantes qu’a prononcées rccemment le ministre du commerce au sein Corps Législatif :
- (1) À l’époque où sc négociait le traité de commerce avec l’Angleterre, la Chambre de commerce de Lyon, alors que d’autres s’agitaient, dans le but d’empêcher la signature du traité ou du moins d’y introduire des droits élevés, fit publiquement des démarches pour que les étoffes de soie étrangère-entrassent en France sans payer de droits.
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- « En France, la protection assurée à la filature de coton est de 15 à 415 francs les 100 kilog., suivant les numéros; les numéros les plus bas sont protégés par un droit de 15 fr. les 100 kilog. ; les numéros les plus élevés par des droits qui atteignent jusqu’à 300 fr. et au delà.
- . « En Belgique, le droit est seulement de 10 à 30 fr. pour 100 kilog.
- « Dans l’association allemande, le droit est de
- 15 à 45 fr.. ; on ne protège pas les numéros élevés.
- « En Italie, le droit est de 11 à 34 fr.
- « En Suisse, il est de 4 à 7 fr.
- « En Autriche, de 20 à 65 fr. (1). »
- Des modifications sont indispensables dans la partie du tarif qui concerne les denrées alimentaires. Pendant qu’on affranchissait à peu près complètement de droits la viande sur pied, on a maintenu, sur certaines sortes de poisson de mer, des droits considérables. C’est ainsi que la mo-
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- rue, que les Etats Scandinaves nous offrent en grande quantité et à bas prix, est repoussée durement. Le droit n’est pas de moins de 40 francs par 100 kilogrammes, poids brut, et même de 44 francs par navire étranger, sans compter les décimes additionnels; c’est une véritable prohibition'. ' La morue est pourtant une consommation à l’usage des classes peu aisées.. Un tel droit prive donc ces
- (1) Discours de M. de Forcade La Roquette au Corps légis-< latif, séance du 14 mai 1868; ’ .
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- INTRODUCTION.
- classes cl’une ressource qui tempérerait pour elles la cherté croissante des autres subsistances tirées du règne animal. Les autres sortes de poisson salé ou frais payent un droit de 10 francs. La viande de bœuf sur pied n’est taxée qu’à moins de 1 franc, quoique, en puissance nutritive, elle vaille trois fois la morue ou le hareng. En somme, le poisson le plus ménagé pave trente fois, et la morue cent cinquante fois autant que la viande de bœuf, pour une même puissance nutritive. Au nom de quel principe politique ou économique persévère-t-on dans des pratiques pareilles, après qu’il a été si positivement convenu que, la France est . une démocratie, et que le législateur doit soigneusement s’abstenir de constituer, au profit de qui que ce soit, des privilèges ou des redevances qui grèvent le grand nombre? Pourquoi les armateurs de navires de pêche sont-ils érigés ainsi en privilégiés, au détriment de la masse de la population?
- Enfin pour la navigation, le moment est venu d’adopter le système complètement libéral, qui d’abord excita beaucoup d’appréhensions en Angleterre, mais qui n’y a eu que des effets satisfaisants, c’est-à-dire l’abolition des surtaxes de pavillon dans tous les cas et la liberté du cabotage.
- Les droits de douane sont, en outre, souvent aggravés par les impôts intérieurs. Les tarifs de l’octroi, par la manière abusive dont ils sont établis ou perçus, viennent s’ajouter aux droits de
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- douanes, ou les rétablissent à l’égard d’articles que le législateur avait expressément voulu en affranchir. Les impôts indirects perçus au profit de
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- l’Etat deviennent aussi des entraves pour l’industrie. Le droit élevé qui grève l’alcool est un obstacle pour beaucoup de branches du travail national. Les savonniers, par exemple, fabriqueraient en grande quantité ces beaux savons transparents qu’on a récemment inventés ; mais, au prix où il leur faut, du fait de l’impôt, payer l’alcool, ils sont forcés d’y renoncer (1).
- Ayons le moins de douanes possible, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du pays, et laissons l’homme laborieux exercer librement ses facultés !
- Le lecteur trouvera à la fin du tome XII de ce Piecueil des tableaux montrant ce qu’est devenu le commerce extérieur de l’Angleterre et de la France avec une application presque absolue chez la première de ces nations, et fort incomplète chez l’autre, du principe de la liberté commerciale. Ils sont dus à M. Chemin-Dupontès, écrivain justement renommé pour ses travaux de statistique. L’auteur de ces tableaux a eu soin de les disposer par groupes, tels que ceux-ci étaient organisés dans le sein de l’Exposition (2).
- (1) Voir le Rapport de M. Barreswil, tome IV, page 413.
- (2) Tome XII, page 719 ; c’est par une erreur typographique que le nom de Fauteur ne figure pas en tête de ces tableaux.
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- INTRODUCTION.
- SECTION II
- ILa science. — l/instruction générale dans ses rapports avec la production «le la richesse et avec la puissance productive «le la Société. — I/exploration scienttfiicfiie «lui glohe.
- CHAPITRE I.
- L INSTRUCTION PRIMAIRE.
- Dans la production de la richesse, l’espèce humaine vaut infiniment plus par son intelligence que par la puissance de ses muscles, d’où suit que l’homme commet la plus grossière des erreurs, si, alors qu’il ambitionne de réussir dans l’industrie, il néglige de développer ses forces
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- intellectuelles.
- Il s’ensuit pareillement que les gouvernements manquent à leur devoir, relativement au progrès de l’industrie et, au surplus, à tous autres progrès, lorsqu’ils refusent aux peuples les ressources d’un bon enseignement,, autant qu’il dépend d’eux de le leur distribuer, ou lorsqu’ils leur dénient le droit de se le donner eux-mêmes. C’est
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- préparai' l’abaissement de la nation par rapport au reste de la famille humaine, qui s’élève incessamment en cultivant son esprit et en soignant ses facultés.
- Et pourtant, jusqu’à l’ouverture du siècle ac-
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- tuel, dans la plupart des Etats on ne faisait presque rien pour cultiver l’intelligence du grand nombre. En France, la classe bourgeoise trouvait facilement le moyen de donner, à peu de frais et même gratuitement, l’éducation dite classique à s.es garçons. Il y avait même à cet égard beaucoup plus de ressources, sous l’ancien régime, qu’aujourd’hui. Mais la population ouvrière des villes était bien moins favorisée, et celle des cam-
- pagnes était, en fait d’instruction, dans l’abandon le plus complet. Que dis-je? sous le premier Empire ce déplorable état de choses se continua, s’il ne s’aggrava point, et, pendant la durée presque entière du gouvernement de la Restauration, l’instruction primaire fut inscrite au budget de l’Etat pour la somme de 50,000 francs. Le rouge me monte au front quand je trace un pareil chiffre..
- En 1828, cependant, l’esprit, libéral ayant repris le dessus, on commença à s’émouvoir d’une telle incurie, et on témoigna de la sollicitude dont on était animé, en votant, une somme beaucoup plus forte pour ce chapitre du budget. En 1833, après qu’une révolution, où périt'une dynastie, eut passé par là, les fondements solides d’un système nouveau'furent posés. Depuis quelques an-
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- CCG
- INTRODUCTION.
- nées une activité intelligente se déploie pour perfectionner et agrandir le. réseau de l’instruction primaire et de l’instruction publique en général. On se propose de rendre l’enseignement plus directement favorable à l’avancement de l’industrie, en faisant pénétrer le bienfait de connaissances appropriées dans tous les rangs de la société, jusqu’aux plus humbles. On a fait à cet égard, avec la plus louable persévérance, des efforts bien inspirés. La création de l’école normale de Cluny, due à M. Duruy, en est le plus bel exemple. De son côté le ministère du commerce ne reste pas inactif ; il s’apprête à ouvrir un ensemble d’écoles, dites techniques, où la population des villes manufacturières pourra puiser une instruction adaptée à l’avancement qu’elle désire. Ne nous dissimulons cependant pas que nous sommes bien loin encore du but à atteindre. Il s’en faut de beaucoup que la dotation de l’instruction publique en général, et surtout celle de l’instruction primaire, soit en rapport avec les besoins de la nation. Quoique le montant en ait été accru, il garde l’empreinte d’une parcimonie qui contraste fâcheusement avec les sommes qu’on prodigue à d’autres chapitres moins intéressants du budget de l’État ou des villes. Le cadre même de cette instruction est beaucoup trop étroit.
- Jusqu’à ce que les gouvernements européens aient porté leurs regards sur l’autre rivage de l’Atlantique, afin de s’assimiler ce qui se pratique,
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- en fait d’instruction primaire, clans les États du Nord de l’Union américaine, ils resteront exposés au reproche de ne pas payer à la civilisation une dette sacrée. Les événements ne montrent-ils pas que ceux qui se sont rapprochés de ce modèle n’ont qu’à s’en féliciter? La Prusse* serait-elle parvenue au degré de puissance qui lui appartient aujourd’hui, si elle n’avait donné autant de soins intelligents à l’instruction primaire? Et la Suisse, au milieu de ses montagnes escarpées, et sur son sol si souvent ingrat, aurait-elle atteint la prospérité dont elle jouit, si les gouvernements des cantons et le gouvernement fédéral n’avaient, dans leurs actes tout autant que dans leurs discours, considéré l’instruction comme le premier besoin clés peuples?
- L’instruction est un bien dont la nécessité est sentie aujourd’hui par les populations. En France, le nombre des enfants qui fréquentent les écoles s’est considérablement accru, du moins pour le sexe masculin, et des mesures viennent d’être prises pour que l’autre sexe soit enfin mieux traité (1).
- Il reste cependant à s’entendre sur la qualité et l’étenclue de l’enseignement qu’il faut distribuer aux populations peu aisées, aux ouvriers des villes et des campagnes. Il semble que, dans certains États de l’Europe, et il faut bien le dire, en France,
- r(l) Loi du 10 avril 1867.
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- CCCII
- INTRODUCTION*
- on ait craint de leur imprimer trop d'activité d’esprit; comme si, de nos jours, le bien-être des fa-milles et la puissance des Etats n’exigeaient pas que les intelligences soient en éveil! Gomme si, pour l’ordre social, le véritable danger n’était pas de laisser les- peuples plongés dans les ténèbres ! De notre temps l’ignorance mérite qu’on dise d’elle ce qu’a dit de la faim le poète, qu’elle est une mauvaise conseillère (l). Il est devenu, au contraire', indispensable que les populations reçoivent une instruction générale qui soit en harmonie avec la constitution de la société moderne. Pour l’avancement de l’industrie nationale, pour le développement des ressources du pays, il ne l’est pas moins que les ouvriers des villes et des campagnes soient initiés aux éléments des sciences qui sont d’une application directe à leurs professions.
- Arrêtons-nous un instant sur ce dernier point qui est plus particulièrement dans notre sujet. Si les paysans, qu’il faut citer plus que les autres, parce qu’ils sont les plus négligés, ne savent rien de la mécanique , comment se rendront-ils compte de l’agencement des machines, sans lesquelles l’agriculture désormais est impuissante à satisfaire le besoin public et à procurer un peu de bien-être à ceux qui la pratiquent? Si le cultivateur est absolument étranger à la
- (1) Et rnetus et malesuada famés ac turpis egcstas.
- (Virgile, Enéide, liv. VI, y. 276.)
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCCIII
- chimie, comment comprendra-t-il l’emploi des engrais, et comment verra-t-il clair dans les prospectus des marchands de ces substances, où le charlatanisme se donne un trop libre cours ? Des notions de botanique, de physique, de météorologie, de minéralogie, d’histoire naturelle sont de môme nécessaires à celui qui exploite la terre ; c’est le seul moyen de lui éviter des bévues sans fin, et de l’éclairer au milieu des difficultés qui l’entourent. Et il ne faudrait pas dire que ce sont des sciences relevées, accessibles seulement à des intelligences distinguées. Il n’est pas difficile d’en condenser la substance immédiatement utile dans un enseignement qui soit à la portée des esprits les plus ordinaires. Il convient aussi de répandre la pratique du dessin, en sorte que chacun sache représenter sommairement ses idées. C’est un point sur lequel l’éducation de toutes les classes laisse à désirer. Le cultivateur américain, qui, nativement, n’est pas plus intelligent que le nôtre, reçoit, dans les Etats du Nord, l’éducation que nous demandons ici pour le paysan français, et il n’en reste pas moins attaché à sa profession. Il l’aime d’autant plus qu’ainsi elle lui est plus profitable.
- ' L’homme des champs est plus dans la nécessité de se suffire à lui-même que l’habitant des villes, par la raison qu’il est plus isolé ; on devrait donner à la classe agricole une instruction plus étendue et plus variée qu’à la population urbaine. C’est
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- CGCIV
- INTRODUCTION.
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- le contraire gui se. fait. L’instruction qu’on puise dans nos écoles primaires des campagnes se réduit presque à rien, en dehors de la lecture, de l’écriture, des quatre règles et du catéchisme ; elle est donc d’une insuffisance flagrante. Bien plus, les méthodes d’enseignement y sont telles que.fréquemment les enfants y contractent l’horreur ou le dégoût de l’instruction. Il leur tarde de quitter cet
- , ! • i
- ennuyeux séjour où, régulièrement, on les.retient captifs pendant de longues heures (1), et. beaucoup d’entre eux renoncent complètement. à; la pratique de la,lecture et de l’écriture, dès que l’âge, de l’école est passé. Ils entrent ainsi dans la vie, traînant le fardeau d’une indélébile ignorance,, au grand dommage.de la société et à leur .propre détriment. . . .
- La situation qui est faite aux instituteurs eux-mêmes laisse beaucoup à désirer et réagit fâ-chèusement sur l’instruction qu’ils donnent. Sous prétexte qu’en 1848 quelques-uns d’entre eux conçurent des espérances chimériques, à la suite
- (1) Une enquête complète, qui s’est faite en Angleterre sur l’instruction primaire, en 1861, a montré que les enfants profitaient autant et plus dans les écoles où l’on avait diminué de moitié le nombre d’heures de classe que dans les autres. On lira utilement à ce sujet un petit volume où un économiste éminent, qui avait fait partie delà Commission d’enquête, feu M. W.-N. Senior, avait résumé les indications de cette très-volumineuse opération. (Suggestions on popular éducation. — Londres, 1861.)
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CGCV
- d’une circulaire ministérielle dont l’esprit de parti a dénaturé le but et fort exagéré la portée, on les a considérés comme une armée de conspirateurs. On les a mis sous le joug. On a fait pis, on leur a contesté l’instruction^ à eux-mêmes qui devaient la fournir aux autres. En fait d’avantages matériels, on les a mis à une ration si exiguë, qu’ils ont eu à envier le sort de l’ouvrier. L’instituteur primaire de nos campagnes est le plus mal rétribué des fonctionnaires et il est le plus dépourvu d’indépendance. Il est tiraillé entre le maire et le curé, obligé de contenter l’un et l’autre, alors même qu’ils ne s’accordent pas. Il est forcé, pour augmenter sa pitance, d’accepter des fonctions subalternes, qui le détournent de son honorable mission. La carrière est tellement ingrate que, n’était l’avantage, considérable pour certains tempéraments, de l’exemption du service militaire, il est vraisemblable qu’elle serait délaissée par une grande partie de ceux qui se résignent à y entrer. La répugnance pour la vie de caserne ne constitue pourtant pas une vocation ni une aptitude pour la profession d’instituteur.
- Les écoles normales, où l’instituteur est préparé à ses devoirs, sont en général très-peu pourvues de ce qui élève l’esprit de l’homme et de ce qui meuble sa tête. Il faudrait que chacune de ces écoles eût une bonne bibliothèque, un cabinet.de physique, des collections de minéralogie et de géologie, de botanique et de zoologie, des modèles
- t .
- T. I.
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- INTRODUCTION.
- des machines les pins usuelles, et surtout des variétés les plus, caractérisées de la machine à vapeur, la machine fixe, la locomotive et la loco-mobile, un assortiment cf instruments de météorologie pour observer le temps, et enfin un laboratoire de chimie, où chaque maître futur apprendrait à faire un certain nombre d’opérations simples, l’analyse d’une pierre calcaire ou d’une marne, l’essai d’un minerai de fer. Tout cela n’existe encore qu’à l’état le plus rudimentaire. Il y a eu des instructions ministérielles ayant pour objet d’abaisser l’enseignement des écoles normales et d’entraver, chez les élèves-maîtres, l’essor de l’esprit. Comme si, en pétrifiant l’intelligence de l’instituteur, on ne condamnait pas d’avance à la stérilité celle dés écoliers !
- O11 trouvera, dans le tome XIII de ce Recueil (1), l’exposé développé et méthodique de tout ce qui a été fait, eil France et à l’étranger, pour organiser l’instruction primaire et lui faire produire enfin d’heureux fruits, et pour mettre enharmonie avec la vie réelle l’enseignement secondaire sous cette forme particulière qui intéresse l’indusirie et qui porte le nom d’enseignement spécial.
- (1) Ce travail considérable est dû à M. Pompée, qui s’est fait un nom comme instituteur, et qui dirige aujourd’hui, à lvry (Seine), un important établissement libre d’instruction qu’il a fondé, après avoir été l’organisateur de l’école Turgot, à Paris.
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- CHAPITRE IL
- l’instruction, moyenne et supérieure. —
- LA SCIENCE.
- La propagation des éléments des sciences parmi les populations ouvrières proprement dites ne suffit pas pour l’avancement de l’industrie et pour le développement delà puissance productive de la société. Les sciences doivent être répandues dans toutes les classes sans exception.
- -L’administration est tenue de s’y appliquer, dans la limite où il lui appartient d’agir. Il importe plus encore qu’une grande liberté soit laissée aux citoyens pour que leur initiative s’exerce dans le même sens. Il est nécessaire.que la loi. laisse la plus grande latitude pour l’enseignement des sciences.. Il n’y a pas grand inconvénient à ce que dés hommes d’une instruction insuffisante aient la faculté d’ouvrir des cours. Le bon sens public en aura bientôt, fait justice et la libre concurrence assurera la vogue aux bons professeurs,
- . Les sciences, soit dans ce qu’elles, ont de direc-
- •v *
- tement applicable, aux arts industriels,, soit sous la forme théorique et abstraite, n’ont, pas encore obtenu., dans.F éducation des classes moyennes ou des’ classes .dirigeantes, 'c’est-à-dire. dans l’enseignement qui, en France, est qualifié.de, secondaire,
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- GCGVIII
- INTRODUCTION
- t f » • > . i t » t * a
- une place qui soit proportionnée à leur utilité et au respect qu’elles méri tent. En fait, le nombre des personnes de ces; classes qui sont familières avec les notions fondamentales et les faits principaux
- ' . * 3 i
- des sciences mathématiques, mécaniques, physiques, chimiques, zoologiques, ne forme qu’une petite minorité. Il n’est pas rare de rencontrer des hommes, même distingués-et ayant fait, de bonnes études littéraires, qui tirent vanité de leur ignorance en matière de sciences d’application. • Les choses en sont à ce point que le vaste Empire français, avec ses trente-huit millions de population, ne suffit pas annuellement à fournir, avec un degré d’instruction qui soit satisfaisant, les cent cinquante sujets environ que réclame ,1’École polytechnique, quoique cette institution jouisse d’une grande renommée et, que par l’auréole de légitime popularité qui l’entoure, elle exerce une,puissante attraction sur la jeunesse. . Notre système d’instruction secondaire appelle donc, sur ce point, des, modifications profondes.
- ^ ' 1 4 t ^ b j. T V
- li a, du reste, presque sous tous les rapports, -cessé d’être enharmonie avec les données delà société moderne. Il oblige, pendant sept ou huit ans, la jeunesse à pâlir sur le latin et le grec qu’en réalité elle n’apprend pas. * r
- Parmi les jeunes gens qui sortent de nos lycées
- * < ' % , ; , i > • \
- ou collèges, il est très-rare d’en rencontrer qui sachent passablement quelqu’une des langues vi-
- ' \ 7 * * ' ' \ . r ï . . y ' - ^ **'*' ; ^ ^ ^ J' 1, > ^ J
- vantes, dont cependant on leur fait des cours. '
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- QUATRIEME PARTIE,
- CCGIX
- Dans les lycées et les collèges, il y a des cours de mathématiques ; mais, hormis les élèves qui sè destinent aux écoles spéciales, très-peu cherchent à en profiter. Le moins qu’il semble que les
- 'T/ '{J
- jeunes gens dussent en tirer serait d’être initiés aux règles de la comptabilité, afin de tenir'régulièrement de compte de leurs revenus et de leurs dé-penses : on trouve superflu de la leur enseigner.
- Lè termè de leur instruction arrive sans qu’on leur ait dit rien des lois dé lèur pays ; niais on
- les‘ a entretenus de celles' dés Assyriens et des
- - , "4 .
- Pèrsès. Il semble qu’on se propose de former non pas'iës citoyens d’un État industrieux et éclairé,
- ' j :'i |i d , ; ; - . . . ,
- mais des érudits discutant agréablement sur' l’an-tiquï'té!, bu des candidats à l’académie dès belles-lettres !de leur chef-hem
- /! Combien est différente, combien est' plus tournée “Vërk la vie réelle l’éducation que reçoit la jeunesse des classes bourgeoises! en‘'Allemagne, en Hollande, en Belgique, en Süissè, en Angleterre ! La :jville de Léipéig, la Yillé dé Hambourg, la ville de * Zuricli fournissënf, en faif de'sujets propres à réus-' sir clans les arts industriels et dans le commerce, hun contingent qui, par rapport a leur population,
- ' est centuple peut-être dé celui que donné la France
- OO ' 111 - 1 1 • - •• v • S i *
- aujourd hui. .
- . Par l’effet de l’instruction qui lui est adininis-"treé clans lès lycées ou lés collèges, la jeunesse 'française est jetée en 'dehors (lu courant dès idées-modernes' sur là société’, sur l’ôlijet'assigné''dé-
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- GCGX
- INTRODUCTION. ’
- sormais à l’activité des peuples, qui est le travail créateur, et sur les intérêts publics en général. Le fils d’un manufacturier ou d’un commerçant enrichi croit qu’il se doit à lui-même de déserter la profession de son père, ou toute autre carrière analogue, pour se lancer dans la carrière des fonctions publiques. Il n’y a cependant pas moins d’honneur à diriger une maison ' de commerce ou une fabrique, èt à être préposé, comme on l’est dans ce dernier cas, au bien-être et même à l’avancement moral de plusieurs centaines de ses semblables, qu’à porter la robe du magistrat, l’habit brodé du fonctionnaire de l’ordre administratif ou l’épaulette de l’officier'. Il y en a plus peut-être qu’à figurer, avec un nom aristocratique d’emprunt, dans les grades inférieurs d’une ambassade. :
- Beaucoup de jeunes gens, ayant peu ou point de fortune, qui ont reçu la même éducation des lycées et des collèges, et ont été de bons élèves, parce que, dans leurs études, ils étaient stimulés par le besoin d’une position, dédaignent de même rindustrie, où ils auraient réussi, pour devenir fonctionnaires publics à tout prix et végéter au service de l’Etat. On s’étonne quelque fois du nombre immense et toujours croissant des fonctionnaires en France. On aurait plutôt lieu d’être surpris de ce qu’il n’y en a pas davantage. Après tout ce que j’ai eu personnellement occasion «d’observer, 'éprouve une véritable admi-
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- QUATRIÈME PARTIE.
- ration pour la résistance ingénieuse que font les ministres et pour leur habileté ,à se dérober devant le torrent de solliciteurs influents qui demandent avec acharnement des places pour leurs fils, leurs neveux, leurs clients et les protégés de leurs protégés.' Il est merveilleux que, sous des assauts pareils, incessamment renouvelés, les ministres aient Fart de ne pas multiplier davantage les créations d’emplois.
- Dans plusieurs branches de l’enseignement supérieur, la France aujourd’hui est loin du but à atteindre. Les jeunes gens qui suivent cet enseignement sont, dans la plupart des cas, dépourvus des moyens qu’il faudrait pour se livrer à des expériences propres à graver dans l’esprit les connaissances qu’ils désirent. Nous n’avons qu’un nombre fort insuffisant de grands laboratoires de ' chimie et de physique, et ceux que nous avons
- sont actuellement inférieurs à ceux de l’Allema-
- ?
- gne, de l’Angleterre, des Etats-Unis et de diverses autres contrées! Chacune de nos facultés de médecine et des sciences devrait avoir un laboratoire de chimie et de physique, pourvu de tous les moyens d’expérimentation et facilement accessible aux étudiants.
- • Des jeunes gens qui n’ont appris la physique et la chimie que dans les livres, ou en regardant un professeur faire de rares opérations, n’acquièrent que des notions fugitives qui s’échappent bientôt de leur esprit. On ne sait la physique et
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- :GCCxn
- /INTRODUCTION..
- la chimie.que lorsqu’on s’est livré soi-même à des manipulations.réitérées.
- Si l’on veut.savoir la place que présentement occupent, dans l’organisation administrative de la France et dans les dépenses publiques, renseignement supérieur et l’enseignement distingué e qui porte officiellement, le nom de secondaire, surtout .dans le. cas où il se présente sous la forme que la loi qualifie de spéciale, et si l’on veut connaître quelles facilités sont réellement données aux : familles pour qu’elles puissent en faire suivre les cours à leurs fils, il n’y a rien,dè mieux à faire que, d’examiner le tableau qu’à cet égard présente la capitale de l’Empire français, cettè cité de Paris qui a de si immenses* ressources,1'et à laquelle il semble'que tout soit possible, pourvu qu elle daigne de vouloir. . ’ * ‘!,p
- Paris peut être, considéré comme l’agglomérai tion de vingt grandes villes, répondant aux vingt arrondissements ‘ administratifs entre lesquels il est partagé, et chacune de. ces* villes peut être1 estimée à cent mille âmes, = ce qui suppose une forte population scolaire, à cause* du prix que les habitants de Paris, en général; attachent à l’instrucf tion. Chaque arrondissement devrait avoir un lycée. Je laisse,de côté en ce moment la'question du plan d’études qui conviendrait le mieux dans'cès établissements ; j’ai assez dit plus haut combien celui qu’on, suit laisse à désirer. .. : :
- Cette multiplication des lycées, ‘suffisamment
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- QUATRIÈME «PARTIE.
- CCCXIH
- justifiée d’ailleurs, est le seul .moyen, -pourries familles, de pratiquer le système économique de l’externat. De même, chaque arrondissement aurait besoin d’une école distincte où se donnerait l’enseignement spécial, dans le genre du collège Turgot, et il n’aurait pas de peine à le peupler (1).: Combien on est loin de cet état de choses ! Paris possède sept ou huit lycées, ou établissements analogues maintenus par l’Etat ou la'Ville, presque » tous dans le même quartier,' circonstance qui les .rend. inaccessibles à la majeure, partie de la population, par la voie de l’externat. Quant aux grands::- établissements d’enseignement spécial , Paris. en, a deux, le collège Turgot, qui répond mieux'ique l’autre aux désirs et aux- besoins du grand .nombre des familles-, et lcicollége Chaptal, qui a été créé dans le but de préparer les jeunes gens pour les écoles du: Gouvernement (polytechnique, militaire et de marine).-:me-»-*
- Si l’on passe, à l’enseignement supérieur, on le trouve dans les conditions suivantes ,. L’Ecole polytechnique est dans un local exigu et indigne .d’elle, où l’on ne peut loger les collections nomr br.euses qui seraient indispensables dans une si importante institution, et où l’on cherche en vain les-laboratoires spacieux et bien outillés qu’il faudrait .pour les .expériences et les études. L?édifice
- :• . - - « ’ . . .
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- (1) La ville de Paris annonce qu’elle* va ouvrir deux1 nouveaux, collèges, de cegenre. . o ...i, ..... . : üj 4.
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- CCCXJ.V
- INTRODUCTION,
- qu’habitent les élèves, et qui contient les dortoirs, les salles d’études et les amphithéâtres, est le modeste bâtiment d’un des nombreux collèges de Paris d’avant la Révolution. Il laisse, à désirer même pour la salubrité, car les élèves y sont entassés dans des pièces trop resserrées. L’Ecole centrale des arts et manufacture n’est pas chez elle; elle occupe, comme locataire,, un vieil hôtel où elle étouffe. La Sorbonne, où sont les facultés des sciences et des lettres, et d’autres encore, est une ruine. Il y a plus de vingt ans qu’il est, admis qu’il faut la démolir pour la reconstruire. Les bâtiments du Collège de France sont fort insuffisants ; il n’y a pas une seule grande salle pour les cours, et on y manque de place pour les collections. Le Muséum d’histoire naturelle, ou Jardin des Plantes, réclame des dispositions nouvelles, dans toutes ses parties à peu près; il est convenu, depuis bien des années, qu’on le changera complètement. Le plan nouveau est tout prêt, mais on ne met pas la main à l’œuvre.
- Il n’existe absolument rien à Paris, ni. dans aucune ville de France, qui ressemble, même de loin, à ce magnifique^/îaboratoire de recherches de Berlin, destiné à recevoir des jeunes gens distingués, à former des savants, et à faire avancer la science, que le gouvernement prussien vient d’ériger avec une dépense de deux millions, ou à celui qu’avait ouvert à Londres le prince Albert, et qui
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- QUATRIEME.' PARTIE.
- CCCXV
- portait son nom (1 )J- Dix villes secondaires d’Allemagne, sièges d’universités il est. vrai, sont bien •mieux dotées, en ce genre,, que la,capitale' de
- l’Empire français.
- Pendant qu’on ajourne’«indéfiniment, sous prétexte de manque de fonds, toutes ces dépenses indispensables à l’avancement et .à la diffusion des sciences, au progrès de l’industrie parisienne et même de l’industrie nationale,; à l’honneur et à la considération du nom français, on trouve sans peine les millions qui sont.demandés, non-seulement pour maintenir et perfectionner notre état militaire, mais encore pour des dépenses de luxe, qui trop souvent, d’ailleurs, sont d’un goût douteux. On en a les mains pleines pour ménager à la nouvelle salle de l’Opéra des abords fastueux, et pour détruire, au, prix d’énormes indemnités de toute sorte, sous prétexte d’embellissement, la plus belle rue .de Paris, la rue de la Paix. Avec la moitié, avec le quart de la somme qui s’est dépensée, se. dépense ou va se .dépenser pour ouvrir au nouvel Opéra de grandes avenues d’accès, on eût doté Paris d’uii. ensemble. d’établissements
- d’instruction primaire, moyenne et supérieure, so-
- , (1) Le laboratoire du prince Albert, d’où sont sortis de très-beaux travaux chimiques et des découvertes importantes, était dirigé par M. A.-W. Hoffmann, membre du Jury de l’Exposition de 1867, dont nous avons eu occasion de prononcer déjà le nom. C’est lui qui vient d’être appelé à la direction du laboratoire de Berlin.
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- . GCCXVI , INTRODUCTION.
- lidement bâtis,. bien disposés ,et munis de toutes les collections que comporte un excellent. enseignement. On eût donné à la civilisation française un admirable essor ; on eût fait de Paris Ja vraie capitale du monde ; car ce n’est pas .par;les facilités du luxe et du plaisir qu’on assurera,à,Paris la prééminence sur les autres capitales. Il.n’est pas(superflu que Paris offre à 1’étranger des.distractions et des agréments particuliers;.mais pour lui conquérir le premier rang, il faut plus que des restaurateurs et des danseuses. Paris déchoira si l’on n’y. ;veille pas au maintien et au déyelpppe-ment des institutions par lesquelles se révèle ; la supériorité intellectuelle. Gomme aussi, . dans le cas où, par des procédés arbitraires que .condamnent les principes de liberté dont, s’honore la ciyi-lisation moderne, on empêcherait Paris d’être .une ville d’industrie et de,.commerce, on en arriverait à ce résultat que l’herbe croîtrait dans ses .splendides. avenues. . , , ;i. . . ;;
- Dans quelques États, la science court d’autres dangers ou est exposée à. d’autres affronts.:,Nous voulons parler de ceux où la science n’est; pas libre,,où l’on prétend lui,(imposer, des.méthodes ou même des opinions. Tel est le cas qui se présente dans les pays où la législation a placé, les établissements d’instruction publique sous le contrôle de l’autorité religieuse, et où celle-ci ;se croit fondée, à,tracer aux savants à priori les conclussions de leurs travaux et de leurs recherches,
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- QUATRIEME PARTIE.
- CCCXVII
- sous -le prétexte que" la Bible,' ‘étant: lé livre par excellence et ayant une origine sacrée, contiendrait nécessairement des théories dont il ne serait pas'pôssible de's’écarter sans impiété.
- ; Cette prétention, qu’on élève dans l’intérêt supposé' de la religion, est la négation de' la vraie dhc-’trine‘scientifique. Depuis Descartes, c’est une “règle fondamentale pour la science de ne Croire rien rqui! n’ait été préalablement démontré et de croire tout ce qui a été l’objet d’une démoiistfatioh
- >.
- rigoureuse.
- La religion et la science ont des patrimoines distincts. La religion n’a rien à gagnér à sortir de soif beau domaine pour tenter dé soumettre à sa "lof là-séiérice, à ce point qu’il'y eût un ensemble dé1 solutions tracées d’avance , auxquelles devraient toujours se trouver "conformes les ré-
- * sultats des observations faites -par les savants.
- K ;
- ïb serait signifié * à ceux-ci qu’il's* ne doivent pas voir ce qu’ils voient, ni ouïr ce qu’ils entendent, 'et que leurs découvertes né sont qu’illusions, 'moins que ce né soit calqué sur une théorie irrévocablement fixée pour l’éternité. A ce compte, il 'n’ÿ Ûuraitplus de science: existant par elle-même. If faudrait brûler les bibliothèques, à l’exception ^dë cëllës qui se composeraient de livres de thëolo-
- * gie' d’une orthodoxie irréprochable, dont il serait ‘ entendu que l’homme y rencontre tout ce qu’ifa "bésoin dé savoir.. Le calife Omar serait réhabilité,
- * ety pour 'que les savants ii’oubliàssënt plus la mo-
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- CGCXVIII
- INTRODUCTION.
- destie et la discipline qui conviennent à l’esprit humain, on en placerait l’image au sein de chacune de nos facultés.
- Il ne semble pourtant pas que de nos jours un pareil système fût de nature à augmenter l’autorité de la religion sur les hommes et à développer le respect des peuples pour elle. Il est permis de croire que par là on ne pourrait que la compromettre dans la vénération et l’amour du genre humain.
- L’intérêt de la religion est que ses interprètes s’abstiennent de contester à la science ses droits et ses libertés. Le sentiment religieux, qui concorde avec la vérité, et qui a besoin qu’elle soit de plus en plus affermie et éclatante, pour elle-même et pour les rapports qu’elle a avec la justice et avec la vertu, ne peut que s’accommoder des efforts des hommes qui se dévouent à rechercher les vérités particulières et spéciales dont le faisceau compose et confirme *la vérité générale. Le sentiment religieux plane du plus haut : il lui appartient de rester étranger aux débats qui agitent le monde savant, parce qu’il est au-dessus, ex-celsior. Les discordances que quelques personnes croiraient apercevoir entre la science et le sentiment religieux ne sont que des apparences, et l’accord, s’il semblait un moment qu’il a cessé d’exister, se rétablirait d’autant plus vite que la .science aurait été plus libre dans ses investigations, dans ses allures et dans, ses affirmations.
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- QUATRIEME PARTIE.
- CCCXIX
- Les hommes religieux, soucieux de la dignité de leur foi, doivent donc se refuser a reconnaître des contradictions ou des oppositions fondamentales entre le sentiment religieux et les découvertes des sciences. Rien n’était plus mal inspiré et moins conforme au sentiment religieux que les objections qui furent soulevées par les ecclésiastiques, professeurs de l’Université de Salamanque , lorsque Christophe Colomb proposait d’aller chercher par la route de l’Occident des pays qu’on savait être en Orient, mais qu’il devait rencontrer en marchant vers l’Ouest, puisque la terre est ronde. Elles n’avaient aucune valeur positive, l’expérience l’a prouvé surabondamment. C’étaient les arguments d’intelligences bornées et peut-être de cœurs jaloux.
- La réprobation universelle a flétri les mauvais traitements qui furent prodigués à Galilée et la violence qu’on fit à cet illustre vieillard, lorsqu’on le força à venir faire, à genoux, une rétractation entre les mains de l’Inquisition, pour avoir dit que c’était la terre qui tournait autour du soleil et non pas le soleil autour de la terre, ainsi que l’Inquisition voulait que cela fût, parce qu’elle croyait le lire dans la Bible. Ces déplorables écarts émanaient de préjugés funestes à la religion elle-même ; car les découvertes auxquelles on est arrivé depuis, en suivant la voie ouverte par Galilée, sont éminemment propres à exalter le sentiment religieux. Elles remplissent notre esprit d’une ad-
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- ccpxx
- aPÎTRODUCTION.-
- miration. profonde pour la sublime puissance i du créateur et pour d’ordre merveilleux qui préside aux arrangements de ce vaste univers. De sorte que, en condamnant Galilée, on.se mettait en révolte contre les intérêts et les droits de la religion elle-même. ’
- . Une' branche - particulière de l’enseignement, celui .de l’arti appliqué à l’industrie, mérite, dans tous les pays, des encouragements distincts.1 2 3 ‘En France, il doit plus qu’ailleurs' être l’objet1 d’üne vive sollicitude de la part des personnes influentes comme de la part des pouvoirs publics, car notre nation est redevable d’une partie de ses succès' en industries goût qui lui est propre, et ce goût *est ainsi un. trésor, à la conservation duquel:-il faut veiller. On lira avec fruit les observations1 que plusieurs, des * collaborateurs de- ce Recueil!*ont présentées à-ce sujet.. Je signale, entre autres, celles de M. Baltard (1), de M. Edmond Tai-gny (2), et celles de M.. Guichard (3). Ce dernier. rapporteur1 a exprimé franchement, loyalement,' les craintes que, lui inspirent certaines tendance^ déjà trop visibles.
- Un des meilleurs moyens de compléter l’éducation des jeunes gens, et de lui imprimer un caractère pratique, consiste dans les voyages.
- (1) Voir tome II, page 145.
- (2) Ibid,, page 157.
- (3) Tome III, page 5.
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCCXXI
- f • *
- ? s, Les Anglais, les Américains > des! «Etats-Unis, les Hollandais, les habitants d’une partie de l’Allemagne, les Suisses, considèrent le voyage comme un des actes les plus ordinaires de la vie'; ils1 ne-font aucune-difficulté d’aller dans un autre continent et aux antipodes, s’il doit en résulter pour eux quelque avantage. Ils envisagent la terre comme, le patrimoine commun du «genre humain, et «chez1 eux cette opinion n’altère aucunement le patriotisme. Les Français, sous ce -rapport, sont beaucoup plus timides; il leur faut un effort pour, se* déplacer.. Nos relations commerciales • sont profondément affectées de cet état des choses. Au contraire, le commerce de l’Angleterre,- des Etats-
- a
- Unis,1 ide ,1a Hollande, de -divers Etats allemands et* de la Suisse, tire une partie* de- ses développe^ ments du penchant opposé des • habitants de ces pays*.* : L’habitude qui aurait* ?.été prise, dans la jeunesse* de. fréquenter les' étrangers' chez eux,-aurait* donc des 'conséquences utiles de bien des manières. Les:intérêts Industriels de la France/ de-même que ses- intérêts politiques,- s’en trouveraient admirablement. -
- V
- T. I*
- II
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- GGGXXII
- INTRODUCTION. .
- CHAPITRE III.
- DE L’iNFLUENGE QUE PEUT EXERCER l’ÉTUDE DE LA NATURE DANS LES PAYS OU LA CIVILISATION n’a PÉNÉTRÉ QUE RÉCEMMENT. , ...
- L’homme est encore loin d’avoir exploré à fond la surface de la -planète qui lui a été donnée pour sa demeure et son domaine. .
- . La plupart des races qui sont éparses sur la terre, même de celles qui ont fondé de grands empires, n’ont connu qu’imparfaitement le territoire sur lequel elles étaient assises, faute ,de bonnes méthodes scientifiques et d’un esprit suffisamment observateur ; mais il existe un groupe de nations qui ont apporté, dans tous les lieux où elles ont pu pénétrer, un esprit d’investigation approfondie. Incontestablement supérieures aux autres, soit par l’industrie et les sciences, les lettres et les beaux-arts, soit par la morale et la politique, celles-là peuplent et fécondent l’Europe., et sont représentées en Amérique par de vigoureux essaims. Il reste cependant encore de bien vastes contrées que jusqu’ici la race européenne n’a pu étudier à fond. Telle est la majeure partie
- i
- des terres situées entre les tropiques. Ces contrées, si longtemps fermées, les unes par une politique ombrageuse, les autres par la barbarie de leurs habitants, sont pour la plupart ouvertes mainte-
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- QUATRIEME PARTIE.
- CCCXXIIt
- liant, celles surtout qui font partie de l’Amérique. L’esprit d’éntreprisè individuelle, aidé du concours empressé des gouvernements de ces pays eux-
- ( ' * . ' t t • i if
- mêmfes, a la faculté aujourd’hui d’en faire l’explo-
- \ ' ? ; ' ’ t , : . : , • ' ‘ ‘ , ' l î . f
- ration. ‘ .
- Dans l’Inde, la population indigène emploie, de temps immémorial, des matières qui jusqu’ici sont restées inconnues au dehors, par l’imperfection extrême des moyens de communication dans l’intérieur de ce grand empire. C’était à ce point que lé commerce était impraticable même entre deux provinces limitrophes. Une investigation attentive de Undé, par l’œil exercé des savants de la race européenne, aurait vraisemblablement’ pour résultat, aujourd’hui qu’elle se sillonne de voies de
- v
- transport perfectionnées, de provoquer de nouveaux échanges entre cette importante partie de l’Asie et les régions occupées par la civilisation occidentale. ,• ' -
- Une vive impulsion existe de nos jours en faveur des voyages d’exploration. Dans un Pmpport qui
- / r
- traite du monde végétal, M. Edouard Morren a eu l’heureuse idée de tracer, en ce qui concerne ce règne de la nature, une énumération des entreprises de ce genre qui ont marqué l’époque contemporaine et des résultats qui'leur sont dus. C’est un tableau ' qui fait honneur à notre temps (1). On lira avec plaisir les noms de tant d’hommes intrépides et
- (1) Tome XII, page 645.
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- CCCXXIV INTRODUCTION.
- / ? ’. . n ,.j v :
- dévoués q,ui, par leurs recherches, ont été, à des degrés divers, les bienfaiteurs du genre humain.
- ' X s' i
- On remarquera aussi ceux des pépiniéristes, pleins
- de savoir et de zèle pour le bien public, qui ont propagé les découvertes des voyageurs. ,
- i
- § i. — Exemple du jute. ; 1
- i Voici un exemple d’une substance fort anciennement connue des habitants, de certaines provin-^ ces de l’Inde,, mais absolument ignorée hors de, là, qui a brusquement fait son entrée, dans l’industrie de la civilisation occidentale: c’est le
- * ‘ ' ' 1 { ' ' O K, •
- jute , sorte de chanvre à très-bas prix, dont d’Angleterre actuellement .emploie déjà de 75 a.jBCfniii-lions de kilogrammes , auxquels .chaque :..annép ajoutera infailliblement. ,IÎ y a une trentaine^ d’années, un .Anglais/établi dans l’intérieur, ayanteà( envoyer à Calcutta, d’une assez grande distance.,
- ' ' ' ' ‘ 3. tX ir A ’
- divers échantillons, enfermés dans des flacons dè
- ' i'.'‘ Vi •. v:. * , . t-fc. ./-L
- verre, garnit les interstices avec une filasse de
- très-peu de valeur, qu’il, avait sous la main. A
- Calcutta, la netteté et le brillant de cette fibre
- attirèrent l’attention d’un cordier, qui la vit. pag
- hasard. Il en fit venir pour d’essayer. Ce fut .ïe
- commencement de la fortune du jute. De Calcutta,
- la renommée de ce textile franchit bientôt les mers,
- et maintenant c’est une des matières premières de
- l’industrie de tous les pays. L’Inde en a jusqu’à
- présent le monopole, parce qu’elle la produit et
- lai vend à très-bas prix.* Rendue en France;, les *
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-
-
- "•*' O* TO 'J ü O V T*" a
- QUATRIEME PARTIE.
- -/r' '
- CCCXXV
- • t "• \ ’> : • v t • • i • • ‘ t ... Y i r.-- { ~ ...
- relèves' officiels' l’évaluent à ! 55 francs 'seulement
- f J ' O ? f|i ’ . . . ; . . i .•} , . . ; !.I ' :
- les T00 kilogrammes. 'i!'; " 1 : -
- Dans le règne végétât dés contrées équinoxiales
- i ç. . *, . »•
- l’Homme rencontre ùné nature puissante, donnant des produits qui excèdent les forces de la végétai tion de nos pays, .et qui sont.propres à rendre dés services que les productions de nos climats tempérés‘rie sauraient remplacer.’ ILéU!soi'y produit sp'oritariémènt des denréés' toufès 1 particulières priürTàlimentation humaine, et par exèmplé là và^ rieté dés articles à forte savèmq1 qui sent désignés sous le nom générique d’épicés ; et que lés hommes
- _ ' , r \ , t . . ,. . i r. . 1 '
- ont * toujours recherchés àvidëmerit. ! Lorsque Christophe Colomb est en quété des’ moyens d?'ac-complir le voyage qui, selon lui, doit lé conduire aux ^ndés, et qui, én réalité',1 luif féra découvrir l’Amériquè; iin des motifs iqüi le poussent, c’est qu’il se1 flatte d’attéindre' directementj la côntréë ou naissent les épices (dônae''nâcën' las ëspë-cèriâs). Èntré autres plantes qui aujourd'hui fournissent l’objet d’un très-grand commerce, l’Inde-nous a donné la crinhe à sucre. 'Transporté par les Sarrasins en Sicile, ce Savoureux roseau passa soiis les mêmes auspices en Andalousie, et c’est de la qu’il est allé se faire cultiver dans les Antilles et Sur le Gontinént américain.
- §2. — Exempté du caoutchouc.
- •rj siûi
- . < . * s
- b: Les régions équinoxiales de l’Amérique ne le
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-
-
- GGCXXVI
- INTRODUCTION
- cèdent pas en éléments de richesses végétales à
- celles de l’Asie. En fait, de, plantes médicinales, on a déjà fait beaucoup de découvertes dans ces
- i ' 1 1
- chaudes régions, mais il n’est pas douteux qu’on
- , » . î
- ne doive y en trouver bien davantage. M. Cha'tin
- ' 1
- dit avec raison (1) que le Brésil en est la « terre promise. »
- Pour l’industrie manufacturière , l’Amérique équinoxiale offre un champ jusqu’ici très-incomplètement exploré, où se fera une ample moisson de matières premières pour diverses industries.
- Dans Y Introduction au Rapport sur l’Exposition de Londres en 4862(2), on a montré comment un article sans valeur dans l’Amérique du Sud, le coroso, était devenu depuis peu d’années, pour l’industrie des boutons, une précieuse ressource.
- Cette fois, je ferai remarquer l’usage qué l’industrie de la race européenne a su faire du suc d’un petit groupe d’arbres, parmi les espèces innombrables qui forment F admirable flore de ces immenses contrées. Je veux parler du caoutchouc.
- Le caoutchouc, quoiqu’il soit employé depuis peu de temps, joue déjà un grand rôle et on eh retire sans cesse des effets nouveaux. On sait que c’est un suc gommeux qui s’extrait de certains arbres, simplement par des incisions dans l’écorce, comme la résine du pin maritime, et qui
- .(1) Voir cô-après, tome VI, page 295. (2) Page xm.
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCCXXVI1
- durcit-promptement à l’air (1). Transporté en Europe à l’état d’extrême impureté, le caoutchouc y est l’objet d’une élaboration fort soignée, qui en tire un très-grand parti. Le suc est recueilli en général par des procédés fort grossiers. Quand une culture intelligente exploitera les forêts offrant les diverses essences d’où on le retire, il y a lieu de croire qu’il baissera de prix dans une forte proportion, et que, étant moins impur, il réclamera, une fois en Europe, des manipulations moins coûteuses i pour être amené à l’état de matière première parfaite. Ces diverses causes réagiront sur le prix des articles manufacturés, de manière à rabaisser notablement.
- Quels étaient, il y a un petit nombre d’années, les usages du caoutchouc? Il servait aux collégiens à faire des balles qui rebondissaient vivement, et' les employés des bureaux en avaient -une plaque carrée, avec laquelle ils enlevaient les souillures de leur papier. Il ne fut guère applicable à d’autres destinations tant qu’on ne l’eut pas combiné avec le soufre, qui lui communique des qualités précieuses, sans cependant en changer beaucoup l’apparence extérieure, lorsqu’il ne dépasse pas une certaine dose. On fait ainsi du •caoutchouc un corps plus maniable, plus unir
- (1) Voir, au sujet de la facilité de l’extraction et'de l’àbais-' sement probable du prix de revient, le Rapport de M. Cou-tinlio, tome VI, page 139.
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- CCCXXVIII
- INTRODUCTION. '
- forme , et. d’une; élasticité beaucoup.,-plus. stable.,
- Si, au point de. vue de l’aspect, il y a peUde ,dis-? tance du caoutchouc pur.au caoutchouc vulcanisé c’est-à-dire, combiné avec, une certaine proportion de soufre,il y en a beaucoup du caoutchouc vulcar nisé au caoutchouc durci, qui résulte d’une nouvelle addition*de soufre. Celui-ci se prête à des, usages tout-autres. C’est dans ces deux» états* de vulcanisé et-de durci'que le caoutchouc rendîtes services. Jusqu’à, présent, il est bien plus-usité sous la première forme que sous la seconde;..
- Nous n’avons pas à énumérer ici les divers em--plois du caoutchouc. On en trouvera Vindication^ incomplète par la force des choses, dans les -Rapr?t ports dont il est l’objet (1). Il sert à faire une muRiri tude d’articles commodes pour le .vêtement et pour, l’économie domestique. L’industrie l’emploie - de. même de cent façons. La médecine et la; chirurgie-ne s’en servent*pas moins. Une fabrication -d’ap-, pareils en caoutchouc, à L’usage de l’art de guérir,] a été montée avec beaucoup -d’habileté par : un? Français, M .< Henri Galante (2).; Le caoutchouc durci a pris une place intéressante dans l’art dentaire^ pour former la base des râteliers, et dans les opéri
- (1). Voir le Rapport de M. Gérard, tome VII,. page 82. Pror. duits de l'industrie du caoutchouc et de la gutta-per'cHà. M. Gérard est une des personnes de l’Europe qui 'connaissent le mieux tous les secrets de l’industrie dont il a traité.
- (2) Voir-le Rapport de Mi. Tardieu1 et de,sir; John. Oliffe, tome II, page 330. < jj.
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- QUATRIÈME' PARTIE.
- : CCCXXIX.
- rations chlrurgicàlés où-il s’agiUde.r remplacer les
- os ^brisés par une,substance:permanente: qui m'altère "pas les . tissus (1). Il; n’est aucun de nous qui 'n’ait,'dans son costume quotidien,:;du caoutchouc sous ; cinq ou six formes. v ;ffin ' Les régions équinoxiales ont, à l’égard .du;caoutchouc, une )très-,grande puissance! dmprpductiom/ Afrique, V Asie : et l’Amérique, s’y ( prêtent,également, et, en-particulier; l’immense vallée du fleuve des- Amazones y semble merveilleusement propre.; Que des hommes industrieux s’én mêlent dans ces
- régions, et il se passera^ pou^ lei-caoutchouc, quelque chose, qui rappellera ce ; qu’on a > vu. du faiUdes États-Unis, pour le coton; j une production toujours, croissante en ‘ quantité, êtj eniqualité,, un prixlde vente ;se. réduisant sans fQesse;,! un .agran^ dîssement rapideet indéfini de ràpprovisipnnement dés s manufactures. européennes,, la multiplication des! usagesle :perfectionnement ; de la qualité des produits manufacturés suivant d’un • pas au moins égabi celui de la ; matière' première,: e,t; ces mêmes, articles baissant dei prix* dans lune plus forte pro-
- portion que la substance brute, grâce aux inventions de < la mécaniques On sait: .qu’en: soixante ans environ la production des Etats-Unis en coton,4 partie dé rien, était montée à’5 ,*200,000'balles de 192 kilogrammes, soit à très-peu près unniil-
- îijiinf i". il G-, '
- (1)‘Voirie Rapport de M. le docteur Thomas‘Wï.rEvans; tome II, page 403. taüù Jl
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- cccxxx
- INTRODUCTION. ‘ "
- liard de kilogrammes ou un million de tonnes (4).
- Ges observations s’appliquent aussi, dans une
- * ' j
- certaine mesure, à la gutta-percha, substance précieuse,'qui a des analogies avec le caoutchouc,; mais qui en diffère aussi à plusieurs égards: La facilité'avec laquelle la gütta-percha reçoit une
- • ; * • ' i , ' d _ / - £ r t :
- ëmpreinte, et la fidélité avec laquelle elle la conserve, ont éfé: utilisées dans la galvanoplastie. Dé tous les progrès qu’a accomplis cet art intéressant, le plus remarquable peut-être a consisté dans l’emploi delà gutta-përcha pour faire les moules. C’est aussi la gutta-pe'rcba qui a permis -de fabriquer d’une manière supérieure le câble transatlantique, dons la composition duquel'rien ne la remplacerait comme corps parfaitement isolant (2). ' '
- Le Rapport de M. Coütihho (3) énumère un certain nombre de' substances du même genre que le Caoutchouc et la 'gutta-percha, qu’il serait facile aussi 'd’extraire en'grande quantité des forêts des régions équinoxiales de f Amérique. C’est probablement la base future de grandes exploitations forestières. ' ‘ ;
- (1) Rapport préliminaire sur le huitième recensement des États-Unis, etc., parM. Kennedy, page 8-4.
- . (2) Voir le Rapport de M. le vicomte de Vougy, tome X, page . . .. . , , . ... .
- i . . f . fc ;
- (3) Voir ci-après, tome VI, page 167.
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- QUATRIEME PARTIE.
- CCCXXXI
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- lie capital* — Des notions qui ont sûccessi-
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- ventent prévalu au sujet île la richesse. —*
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- Opinion dés modernes. —* Conclusions pra- ' tiques. •: ci/K; blh Jhq'h:Ci
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- DES OPINIONS INCORRECTES QUI SONT ENCORE-REPAN-
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- DUES, A TOUS LES RANGS'de LA' SOCIETE,' ET EN
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- HONNEUR, AU SUJET DU CAPITAL. ........................>'
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- '< t' , * * ( i
- . Disons-lè franchement, il .n’y a pas lieu aujourd’hui d’adresser aux peuples civilisés, au süjehdè la sollicitude dont le capital 'serait' F objet, les mêmes félicitations qui leur reviennent si justement lorsqu’il s’agit de la science, pour laquelle le public est animé d’un profond respect et dont la puissance vivifiante est reconnue dans'les diverses régions de la société. Mal aisé à former, puisque sa formation suppose l’épargne qui ' est une privation, le capital est encore plus difficile à conserver, parce qu’il est le point de mire d’une multitude d’atteintes, dé nature à le Compromettre où à le détruire. Ef l’opinion de la plus grande
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-
- CCCXXXIÏ
- INTRODUCTION.
- partie des populations, même des classes .qui ont reçu de l’éducation, est loin de le protéger avec la' fermeté intelligente qu’en pareil cas elle devrait déployer, dans l’intérêt de tous et de chacun.
- ’ Aux yeux d’une partie des populations ouvrières ,' te capital est un ennemi; il est plus, il est F ennemi. Au gré d’une foule de personnes dont l’esprit a été plus cultivé, l’homme qui dépense; alors même qu’il excède manifestement sesmoyens,; est plus recommandable que celui qui économise et, à force d’économiser, forme du capital. Le. premier est populaire, l’autre est l’objectif»desisaiv casmes, quand il n’est pas signalé à l’animadn; version'publique,. v ?•<
- - Des opinions, que, l’homme impartial ne peut qualifier autrement que du nom de sophismes, .ont cours presque partout et se retrouvent fréquemment dans la bouche d’hommes d’ailleurs éclairés, ,au sujet de la conservation du capital, d’elle, est celle qui consiste à ,dire, en présence des dépenses, pu-
- ï
- bliques ou privées, imê,me les plus inconsidérées,,; qu’après tout la Société n’y perd rien, puisque, l’argent dépensé ne sort pas du pays ; , comme si c’étaient les pièces de monnaie en circulation dans un État qui en fissent la richesse (1) !. ; ...,.,4V, C’est ainsi que tant de ressources sont impunément gaspillées ,, que le . fruit ,des épargnes des
- (4) Voir ce qui est dit de la nature de la richesse, plus haut, page xi de cette-Introduction.' - < . -1 : .5, ;
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- QUATRIÈME! PARTIE.
- CCGXXXIII
- générations est dissipé ou dévoré-.par. des successeurs qui, au milieu de leurs écarts, rencontrent l’indulgence ou la-faveur publique. C’est ainsi que des capitaux considérables, parce qu’ils ne se présentent pas sous la forme de pièces- d’;oriOu d’àrgent,' sont; considérés comme : n’étant.,pas; du! capital (1) et, en conséquence, détruits sans pitié: ni Vergogne, pour l’accomplissement d’améliora-! bons souvent peu dignes de- ce- nom / par des-adr ministratioris" publiques, qui -cependant les ; ont * acquis - clièfement avec les deniers des contribuables! C’est ainsi: que des gouvernements et des
- part considérable des sommes qu’ils prélèvent, pai^de^rudés iinpôts, sur lë’produit-du travail des peuples ; " sommes qui,’’ partiellement > au moins,-dévieiidràient ducapital;'-C-ést' uinsi’ même que» souvent on anticipe témérairement sur l’avenir-' et
- qir’on mange ie capital1 èn herbe, en contractant; des' emprunts pour -des entreprises'd’une ‘vaine: apparence, pour iâ poursuite d’une'gloire chimé-
- rique;
- / n
- *‘M’essayerai'de signaler ici les différents aspects sbus lesquels- la richesse a-été envisagée’jusqu’à
- notre temps. De cette revue’rétrospective ilressor— tira"une conclusion pratique,* adaptée aux besoins
- dé la Société; actuelle,
- au sujet dü capital
- •'•'(1) Je prie le lecteur de;voir plus haut, page xv, les commentaires donnés au sujet du mot .capital.>v
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-
-
- .CCCXXXIV
- INTRODUCTION.
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- ‘‘iUO ^:-)i> TCO ?;nO/ OP U G j:*n "y,-*
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- • « ^ * . m » 1 | i : 1. /•* • ,._1 ! > _1. i i' x : -, •.
- \ , CHAPITRE II.
- — T • 5 •’]<u^j -nî-' /hl ai Uv -.v,j;;p;• ; y
- 'v" U;ii nP ''.y.!-, ’yi</! i;., ;•,7..-. PES., OPINIONS ,ACCREDITEES,, AU SUJET DE LA Rî-
- y { ' ' ' * L * ^ •’ ' * - -1 * ’ ' ••”*-• c* i! v yc ». ' < y^1 r < «*
- CHESSE, PARMI LES ESPRITS SUPERIEURS RE L ANTI-
- -- c.M-i a omno:, ï'''yti>:r,uxx> Or »< ji.,,-, i;
- ' < QUITE.-----EXISTENCE DEREGLEE DES RICHES. ALORS.
- V'.!u r-n;- i : j'f'Ê-iL:-.; ; .J : V (' )[ I > P ! ; PC i i'-* G ;• ;i.-¥î,,
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- r La poursuite de la richesse était peu' en lion-neur .parmi» les grands esprits et lés âmes gêné-
- ’ • ' ’ r •> ' 1 i l f ' ) ' ‘ J ï ; ! j I ‘ J ( ’ i •• ! U ='» • •• t /• J ” * ^ •*'
- reuses et hères , qui ont le plus honoré rahtiqüité.
- ,Les Fabricius, les Scipions, les Cincinnatus, les, •Marqellus, ces, patriciens entourés de tant
- .e>, 1 î • ‘ h.* , tl <,!_ ./ . i >r 1 - , ; ! / r«0 . Ç »'. ‘ " f • ' t ‘ '. * : • >• . • p' >
- de respect, .ne possédaient ni de vastes’ domài-
- ,1 l .x -- .. w 1 •. m u ? t ;<:>; .-.c-.--.- pèrq ?i - -r - > , -
- nés, ni de. magnifiques habitations enrichies de marbres et de, bronzes, et resplendissantes de l’éclat
- v ‘ ' }l' i i •3 Î * •' . A l U • 1 ' j 1 ' ' * ' , ; r* [ {\ ? i : • , . . ’ 1. .
- , de l’or. Çes: grands hommes étaient de pétits propriétaires, qui habitaient des, chaumières, et dont les- domaines n’excédaient pas le patrimoine d’un maraîcher de la plaine Saint-Denis; ils étaient limités à quelque chose de moins que'deux hecta-
- J V é ; , . j.. ï 1 - ' j . i \ : • ; *! ’ : j i ' ' . r '
- res. Leurs femmes ne se paraient pas de tissus tirés à. grands frais des extrémités du monde ; elles portaient des robes qu’elles-mêmes avaient hlées et tissées ; leurs joyaux n’étaient pas des diamants
- • A ' f > - . 1 • . ' ' i ' ' ,
- sortis des mines de Golconde ou des émeraudes de l’Ethiopie; c’étaient, comme le disait Gornélie, la
- ; ' ' •; ; 'L: - i ' -• * -1 ' : .4- . V ' ' , , . . 4 ‘
- mère des Gracques, des enfants élevés à respecter les dieux et à aimer la patrie.
- -7 ; i y ' - ' fp ; w , : ’ i y< ; ; ; • 1, 1 *> .»• ., ’ . t. - . • '•
- Get état primitif des choses changea, presque à
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-
-
-
- QUATRIEME PARTIE,
- .'r'9VTO'St!OKT/.X '
- cccxxxv
- > -
- ,,vue d’œil,, lorsque Rome , eût détruit la commerçante Carthage èt conquis la Macédoine et la Grèce. Il y avait de grandes richesses chez ,les Carthagi-,nois, et le roi de Macédoine, Persée, possédait dés trésors, qui -furent de même la. proie des1 vain-queurs. A.cesdépo^uilles opimes se joignirent bien-
- ^ J 'i . ; 1 • * ’ " • 1 i ... . / y j:
- ,,tôt celles des royaumes d’Asie, dont les princes.et
- ' ' ' ' • • •> * 1 U' ? ' ci - ' i :, ' ' i
- les grands ayait amassé.beaucoup d’or et d’objets .précieux. Les principaux t des Romains, passant subitement de la pauvreté, à l’opulence, furent
- ; J ' v- " *.' /..* • i i ' i • i , * i ? . } s , / :• ; /-1 J
- étourdis et pervertis. Ils cherchèrent de. fortes sén-
- 1 ’ ' ', .i - 's -, Ï ï : , : , ' : A '/( ' ; ; Jj ^
- sations dans les excès. Une détestable émulation de luxe s’établit parmi les hommes les plus considérables de la République, j Les préteurs et les proconsuls, envoyés dans les provinces conquises, se livrèrent, à l’envi les uns .des autres, aux ra-
- 1 » * ; • ' I t . , t . i - -• I . $ L/ • . ?/ ’ / • i.
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- pines.ptaux exactions,, pqur venir ensuite à Rome éblouir la multitude de l’éclat de leurs fêtes et acheter.. ses suffrages .par,des distributions fastueuses.
- . Ces enrichis. .avaient,.des. .fantaisies .épouvantables qu’ils .trouvaient naturel .de rassasier. On vit; un d’eux,, le préteur Flaminius, .offrir ;à sa . maîtresse, dans un .festin, le upectacle^de l’exé-r
- • 1 ^ • 5 - - ‘ ' -1 '' h" ; r.* .ï L L Ü
- cution. d’un .criminel, pomme ..un amusement.
- Quand la richesse, dérivait d’une telle source,.et servait .d’instrument à de tels .plaisirs, .elle.ne pouvait inspirer que le.dégoût aux,esprits honnêtes ,et élevés. C’est ce. qui... explique le, succès qu’eut bientôt, parmi les hommes d’élite, la doctrine des stoïciens. L’influence,de cette école philosophique,
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- INTRODUCTION.
- remarquable par le peu de cas qu’elle faisait des jouissances matérielles et des biens de ce monde'; procura au genre humain le meilleur et presque l’unique répit qu’il ait eu pendant la durée de l’Empire, la période qui commence à Nerva pour finir à Marc-Aurèle. Cependant, c’était une philosophie froide, à l’usage exclusif d’une petite minorité distinguée par les lumières et la force d’âme. Le stoïcisme était inhabile à échauffer les coeurs ; il n’y prétendait même pas. Il ne pouvait lui être donné de réformer le monde.
- CHAPITRE III.
- . DES OPINIONS QUE LE CHRISTIANISME REPANDIT -:
- a l’égard de la ^richesse. —l’aumône.
- . Quand le dogme chrétien se fut constitué en affirmant le spiritualisme et qu’il eut maîtrisé les âmes, les biens de ce monde furent pour les fidèles moins qu’une'ombre passagère et vaine,
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- ce fut un.sujet de perdition...Etre riche fut une infirmité ou un vice, dont on devait. se racheter en se dépouillant de ses biens, pour, de bonnes œuvres ou : au profit de la communauté. Cet esprit de détachement, qui faisait répudier à l’homme les avantages terrestres, .afin qu’il reportât au ciel le cours entier 'de ~ses pensées. et tous les élans de son cœur, ‘fit naître la vie ascétique,
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCCXXXVlt
- existence singùlière où l’individu se plaçait em dehors de la Société même. Tels furent les soli-
- taires de la Thëbaïde, qui eurent de fervents et nombreux imitateurs dans la Judée, la Syrie et ailleurs, et dont le type le plus original est saint' Siméori- Stylite, * qui s’était établi au sommet d’une colonne, afin de mieux marquer son isolement du monde et son abandon à Dieu. Ces:
- hommes pieux tourmentaient leur corps, dans la pensée de faire le salut de leur âme. Leur existence matérielle .était une suite dé privations et de mortifications^ Pour leur habitation, ils prenaient Une caverne, üiie fente au milieu des rochers, un tombeau. Pour lit, ils avaient un peu de paille ou la terre dure. La pièce essentielle de leur mobilier était uné tête rie mort.
- A cette époque, les prédicateurs chrétiens étaient
- à la tête de la civilisation ; ils dirigeaient le mouvement social; ils étaient en possession des:idées-les plus avancées que l’on connut en fait d’amélioration publique! Leur doctrine/ a l’égard de. la richesse, après avoir commencé par le renoncement absolu, qui était celle des solitaires, sè traris-* forma heureusèment et aboutit à l’obligation de l’aumône, dont ils firent la plus grande des vèr*
- tus. Leurs sermons, dont les plus éloquents nous ont été conservés , et notamment ceux d’un des phis grands d’entre eux, saint Jean Chrysos-tôme, attribuent à: l’aumône tous les mérites, la représentent comme ce qui rapproche le plus
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- cccxxxvm
- INTRODUCTION.
- l’.homme de Dieu. C’était un progrès, par rapport à la pratique habituelle des temps antérieurs au christianisme, où le secours donné par le riche au pauvre n’avait jamais atteint que de faibles proportions, et où il n’était pas distribué avec amour, comme par un frère à des frères. Mais cette manière de se servir de la richesse n’était pas le secret de l’avenir.
- Aux yeux des hommes qui se distinguaient le plus dans l’organisation de la société chrétienne, cette exaltation de l’aumône le prouve, la "vertu d’amélioration publique qui réside dans le travail était chose fort subordonnée. Et pourtant, dans leur manière de juger le travail, ils étaient en progrès sur les plus grands philosophes et les plus beaux génies de l’antiquité. Cicéron, Platon, Aristote considéraient le travail matériel comme une pratique avilissante. Dès l’origine, au contraire, on vit les apôtres chrétiens et leurs disciples répudier cette opinion par leur enseignement et par leurs actes. Saint Paul recommandait le travail en termes énergiques; c’est lui quia dit : « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. » Joignant l’exemple au précepte, il vivait comme un artisan, il faisait de ses mains des tentes pour les voyageurs.
- Lui-même, le grand apôtre de la bienfaisance par l’aumône, saint Jean Chrysostôme, regardait le travail matériel, non-seulement comme une expiation du péché, ou comme un pré-
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- QUATRIÈME PARTIE.
- CCCXXXIX
- servatif contre ses atteintes, mais encore comme nne source pure de bonnes œuvres et de vertus. Par là, il se rapprochait fort de la doctrine moderne sur le travail, mais c’était sans avoir conscience de la portée de sa propre pensée. Il ne tirait pas de ces prémisses la conclusion que l’amélioration du sort du pauvre doit résulter du travail. Il n’apercevait pas que le travail était le talisman qui changerait un jour F existence des peuples. Personne ne l’entrevoyait alors (1).
- CHAPITRE IV.
- OPINION MODERNE SUR LA RICHESSE, ET LE MEILLEUR EMPLOI QU’ELLE PEUT RECEVOIR, EN AGISSANT,
- COMME CAPITAL, POUR FÉCONDER LE TRAVAIL. --------'
- COUP D’ŒIL HISTORIQUE SUR LA RENAISSANCE ET LES TEMPS POSTÉRIEURS.
- C’est dans les temps relàtivement très-modernes que le travail a été compris et signalé aux hommes, dans toute l’étendue de ses grandes destinées, avec toute la force de génération qu’il
- (I) Saint Jean Chrysostôme est un des hommes qui ont le plus marqué dans le christianisme. Sa vie a été écrite plusieurs fois. Elle est le sujet d’un livre d’un grand mérite, dû à un
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- pieux et savant ecclésiastique du Midi, qui vient de mourir curé à Montpellier, M. l’abbé Martin.
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- CCCXL
- INTRODUCTION*
- possède par rapport à la richesse, avec toute son efficacité pour le bien-être des hommes. C’est, de même dans les temps modernes seulement que la richesse. a pu être appréciée comme ayant, quand, elle se montre à l’état de capital, la vertu de se reproduire et, pour ainsi dire, de, renouveler indéfiniment le miracle de la multiplication des pains. . C’est depuis une date médiocrement éloignée de’nous qu’elle est apparue aux hommes éclairés pour ce qu’elle. est réellement, sous la figure • du capital, une puissance civilisatrice qui favorise l’émancipation des populations,, alors !même que le capitaliste est étranger à toute pensée de ce genre et que, dans son égoïsme,.il s’absorbe. absolument : dans ses intérêts personnels, sans aucune préoccupation généreuse.ou., charir-table en faveur. de ses semblables. . ., ; < ».
- ; Plusieurs siècles après le triomphe définitif du christianisme, les communes, s’établirent:, en Europe par le courage de personnes vivant ;de leur travail, artisans ou marchands. A la faveur dé cette organisation, il se forma'de grandes; fortunes, dont presque toujours T esprit d’entreprise commerciale était l’origine. C’étaient des capitaux , dans le sens que nous donnons à cette expression aujourd’hui. Dans les grands États, commeda• France et l’Angleterre, où cependant le commerce extérieur n’était qu’un accessoire, on vit des hommes de cette classe industrieuse,
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- rendus opulents par le négoce , devenir la res-source des souverains, moins encore par leurs trésors que par leur habileté à administrer la fortune publique. Tel fut chez nous Jacques Cœur'. Sur d’autres théâtres , le commerce et les: métiers enrichirent des villes qui s’étaient rendues indépendantes, et leur procurèrent une puissance telle que les rois recherchèrent leur alliance ét redoutèrent de les rencontrer sur le champ de bataille. Les plus beaux exemples se rencontrèrent dans la Péninsule italiennes dans le nord de l’Allemagne et dans les Pays-Bas. Gênes', Venise surtout, furent des républiques d’un grand poids dans la balance politique . du monde. Florence fut de même à la tête d’un État puissant. Dans Ta-Germanie, les villes hanséatiques s’élevèrent pareillement à de grandes destinées. Et que d’éloges ils méritent aussi ces artisans dé la Flandre, ces braves gens laborieux et intrépides, que, cédant à de folles passions, les rois de France, suivis de leur noblesse bardée^ de, fer, attaquèrent si injustement' et si impolitiquement,. et qui. donnèrent des leçons aux gentilshommes de ce temps-là, dans plus d’une bataille rangée! Ces villes industrieuses OU’ commerçantes de Ta.,fin du moyen âge étaient des foyers de richesse, favorisant et provoquant le développement des sciences >et des arts.- Elles offraient Te. spectacle de laurichesse honorablement acquisehonorablement : et utile-
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- INTRODUCTION.
- ment employée, érigée en puissance politique, et servant d’instrument actif au progrès de la liberté et de la civilisation.
- Il y eut un moment, je veux parler de l’époque désignée sous le nom de renaissance, où l’on put croire qu’on allait voir se réaliser pour l’Europe, ce qui ne s’accomplit qu’aujourd’hui, après plusieurs siècles d’attente et d’épreuves. Il sembla
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- que, dans les Etats qui composent cette glorieuse partie du monde, on allait, d’un accord unanime, comprendre l’importance de l’industrie et se rendre compte des grands résultats auxquels on peut atteindre, non pas seulement dans l’ordre matériel, mais aussi dans l’ordre moral et dans l’ordre politique, avec l’aide d’une richesse bien acquise par le travail, confiée de nouveau au travail pour qu’il s’en alimente et s’en active. On eût dit que, secouant la domination de la féodalité, l’Europe allait passer de plain-pied à un régime analogue à celui dont jouissent aujourd’hui les
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- Etats les plus civilisés, régime caractérisé par l’ascendant des institutions libérales, le progrès et la diffusion des lumières et l’abondance du capital, et offrant, pour la grandeur comme pour le bien-être des peuples, des ressources toujours croissantes.
- Il n’en a point été ainsi cependant. Le chemin par lequel les peuples s’avançaient, et qui était la grande route de la civilisation, a été barré, rendu presque impraticable pour la plupart des peuples.
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- Le genre humain a été arrêté dans sa marche par une suite d’intermèdes violents et ensanglantés. Il y a eu les querelles acharnées et toujours renaissantes des souverains qui, de gré ou de force, entraînaient les nations sur les champs de bataille. Il y a eu les guerres de religion, les dissensions intestines. Il y a eu la turbulence des grands et, de temps en temps, un incroyable aveuglement des classes moyennes et des classes populaires, qui les empêchait de reconnaître leurs propres intérêts et de distinguer leurs véritables amis. Il y a eu, pendant plus de trois siècles consécutifs, le xvie, le xvne et le xvme, un plan arrêté dans' presque toutes les cours, et imperturbablement suivi par les souverains ou par leurs ministres, de dépouiller les sujets des libertés les plus naturelles, et de leur soutirer, par l’impôt ou par des exactions, tout ce que rapportait leur travail. Telles sont, en raccourci, les causes par lesquelles, dans toute l’Europe, beaucoup plus cependant sur le continent qu’en Angleterre, la marche du progrès et l’accomplissement des destinées meilleures, espérées par les peuples, ont été retardés pendant trois ou quatre cents ans. . •
- Presque tout ce qui se créait de capital était consommé par les gouvernements à mesure qu’il se produisait, de sorte que les peuples, qui redoublaient d’efforts, en profitaient à peine. La solidarité entre les libertés publiques et la prospérité matérielle de la Société, prospérité qui se
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- INTRODUCTION.
- manifeste principalement par le développement du capital, est de toute évidence pour l’esprit attentif qui embrasse cet âge de l’histoire.
- Enfin, quand le xvme siècle était au moment de se clore, éclata parmi les peuples de l’Europe un événement prodigieux et à jamais mémorable pour notre patrie, qui brisa les chaînesdes nations et renversa ou ébranla fortement, là ou il ne les-fit pas disparaître, les obstacles qui s’opposaient au progrès. C’est la Révolution française de 1789, qui,'après une effroyable tourmente, laissa1 sur*-nager des principes impérissables.
- 'A la faveur de ces principes, imparfaitement .appliqués cependant en France et plus imparfaitement encore sur le reste du continent européen, des résultats considérables ont été obtenus dans tous les genres, et spécialement pour la formation de ce qui nous occupe en ce moment, le capital. ‘ ' 'ii - ; ' '*'>’' T
- Le caractère dominant de la richesse aujourd’hui, ce qui la rend éminemment Utile, c’est quelle se présente, sur* des proportions jusqiies alors inconnues, dans la carrière de l’activité, à titre de capital. Sous cette forme nouvelle^ elle possède la puissance de génération ; elle fait mentir le vieil adage de l’école: « Nummus nummum non pwriP;d’argent n’engendre pas de l’argent. » C’est parce qu’on l’a* employée à titre de capital; que la richesse acquise a pu procurer aux: sociétés
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- QUATRIÈME PARTIE,
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- modernes les grandes améliorations qui leur sont propres. C’est le capital qui a suscité les manufactures, sidargement outillées, qui.font vivre des populations nombreuses, en répandant, dans toutes les parties du monde des torrents de produits ; c’est, lui qui a ouvert .les chemins de fer, qui ont coûté des milliards, mais qui les rendent*.
- ;Dans ce. nouvel ordre de choses, la supériorité, relativement à l’aumône, de l’emploi que reçoit la richesse est facile , à constater. L?aumône est un secours, qui se motive par un sentiment de, bien-veillance, de commisération, de charité chrétienne. A:ceditre elle est respectable, mais , elle offre plus d’un inconvénient. Et d’abord, la richesse, qui rpr çoit. cette destination ne sert qu’une fois;pour toutes. Elle est détruite par l’usage même qui en est,fait, car,elle est donnée pour être,consommée,1 et. elle l’est en effet. En. outre, et ceci est plus grave, l’aumône, dans la plupart des cas au moins,; n’exerce pas une influence salutaire: sur celui qui la reçoit. • Elle ne le porte pas à > chercher en lui-même les ; ressources dont il a besoin. Elle ne l’habitue, pas à . s’efforcer d’écarter lui-même les obstacles qu’il rencontre sur son chemin ; elle lui donne' l’habitude, opposée,. celle- de compter avant tout, sur autrui, d’abdiquer pour!ainsi dirë sa personnalité, Le progrès de la Société recommande une discipline plus sévère. Il exige que/l’hommë s’applique.à se suffire à lui-même, et aux siens,..et
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- GCCXLVI
- INTRODUCTION.
- c’est ainsi que chacun se met en mesure de produire le plus d’effet pour le bien-être et la prospérité de tous.
- De nos jours, les hommes veulent être libres. Or, qui dit liberté dit aussi responsabilité. Les hommes ne sont libres que là où chacun sait porter la responsabilité de son existence et de celle de sa famille. L’habitude de l’aumône est la négation de la responsabilité. Et ce que je dis ici de l’aumône est très-bien senti de la population ouvrière aujourd’hui, de celle de Paris, par exemple.
- Dans les idées modernes, l’aumône, comme moyen de parer à la détresse des populations, est rejetée au second plan. C’est une ressource pénible, pour les cas exceptionnels. Le travail, au contraire, a pris la première place, à l’avantage général, parce que, sous le régime du travail, chacun donne en retour de ce qu’il reçoit; il en donne l’équivalent. Sous les auspices du travail libre, avec l’assistance de la science, avec le concours du capital successivement accru, la Société peut et doit, si elle le veut fortement, arriver à ce point que le bien-être devienne accessible à tous les membres de la famille humaine, sous la condition que chacun y contribue par son labeur.
- En résumé, sous les Romains , la richesse sert aux jouissances individuelles ou à l’ostentation des grands ; elle est essentiellement, égoïste. Sous l’inspiration chrétienne-, . le caractère d’égoïsme fait place à la bienveillance et à la cha-
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- rité; l’idéal de l’emploi de la richesse c’est l’aumône, l’aumône qui soulage la souffrance, mais qui abaisse, plutôt qu’elle ne l’élève, le moral de celui qui en est le bénéficiaire. De nos jours la grande manifestation de la richesse, c’est d’agir à titre de capital. Elle acquiert ainsi une fécondité toujours plus grande ; elle provoque l’amélioration du présent et de l’avenir; si les hommes sont bien inspirés, elle développe les forces morales de la Société et de l’individu et sert de piédestal à la liberté et à l’égalité.
- CHAPITRE Y.
- DES INFLUENCES QUI SONT HOSTILES A LA FORMATION ET
- A LA CONSERVATION DES CAPITAUX. - LA GUERRE,
- LES DÉPENSES DE LUXE DES ÉTATS ET DES VILLES.
- Le capital étant ainsi la matière première des améliorations publiques et du progrès populaire, la conclusion devrait être que les gouvernements ne sauraient avoir de plus grand souci que de ménager le capital des peuples, de veiller à ce qu’il grandisse par le bon emploi qui en serait fait, et on serait assuré d’obtenir ce résultat en le laissant entre les mains des peuples qui sauraient bien l’utiliser. Le retirer aux peuples par la pompe aspirante de l’impôt, en faisant jouer celle-ci au delà;de l’indispensable, c’est.'méconnaître un de
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- INTRODUCTION.
- leurs droits les plus sacrés, le droit de propriété. L’épuiser, par l’expédient commode et décevant de l’emprunt, est d’une suprême imprévoyance ; c’est appauvrir lé présent et compromettre l’avenir: Le prodiguer dans des entreprises inspirées par l’orgueil ou par la vanité, est de l’égarement. Le consumer par le luxe, sous quelque forme que ce soit, est contraire à la raison et subversif de la bonne politique. ;
- Le luxe des États, des souverains et des administrations publiques est un Protée ; non qu’il soit insaisissable, car les représentants des populations, s’ils sont vigilants et fermes, peuvent le dompter et le soumettre; mais il prend vingt formes diverses, toutes pernicieuses, et il est rare que ceux dont le devoir serait de le contenir et de l’enchaîner, mettent autant d’habileté et de constance à. le poursuivre qu’il en emploie pour leur échapper et se satisfaire.
- De toutes les formes du luxe des États et1 des souverains, la guerre est la plus ruineuse, la plus dévorante , en même, temps que c’est celle qui laisse le plus de regrets et sème le plus de deuil. : Justement affligé du débordement des forces militaires que les princes de son temps,* en :cela fidèles aux errements de leurs prédécesseurs, tenaient à honneur de déployer, Montesquieu écrivit dans Y Esprit des Lois des lignes que je repro* duirai ici, parce qu’elles semblent avoir été inspirées par le spectacle, qu’offre notre époque :
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- ÜUATRIÈME PARTIE.
- CCCXLIX
- « Une maladie nouvelle s’est, répandue en • Europe ; elle a saisi nos princes et leur fait entretenir un nombre désordonné de troupes. Elle a ses redoublements, et devient nécessairement conta-gieuse ; car, sitôt qu’un Etat augmenté ce qu’il appelle ses,troupes, les autres soudain augmentent des leurs, de façon qu’on ne. gagne rien par; là que: la ruine commune. Chaque monarque tient sur pied toutes les armées qu’il pourrait avoir, , si ses peuples étaient en danger d’être exterminés ; et. on nomme paix cet état d’effort de tous contre tous. Aussi l’Europe est-elle si ruinée que' les particuliers qui seraient ;dans la situation où sont les trois puissances de cette , partie du monde des plus opulentes, n’auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses ‘de tout l’univers; et bientôt, à force- d’avoir des soldats-, nous n’aurons plus; que des soldats - et .> nous: serons comme des Tartares (t). » . s - v< cio’Même en dehors de la guerre; il est facile*.de dévorer le .capital : des nations industrieuses. Les guerres de Louis XIV;: ces guerres dont il s’accusait quand il était trop tard, à son lit de mort, ont; plus que toute autre-cause,1 contribué à mettre la France dans la détresse qui. caractérisa les dernières années ; de son- règne. Mais sce. Versailles, qu’il construisit à grands frais et par manière' de défr, dans un lieu où il semblait’-que la
- v- . . i ^
- (1) Esprit des>Lois, livre-XIII,-chapitre»XVli.'Ù>M r:'"7VJi j
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- CCCL
- INTRODUCTION.
- nature eût interdit de' placer une ville, les autres demeures royales qu’il fit sortir de terre, çà et là, comme si ce n’eût pas été assez de cette fastueuse résidence, le faste olympien dont il entoura chacun des instants de son orgueilleuse existence, ne laissèrent pas que de faire une large brèche dans les ressources des contribuables, et furent pour une part dans l’appauvrissement extrême et l’épuisement profond où son règne précipita la France.
- Si, dans une grande ville, l’incendie ou un tremblement de terre détruit un millier de maisons de 300,000 francs l’une, c’est pour la ville une perte, égale à celle quelle eût éprouvée si elle eût embarqué 300 millions en espèces ou en lingots d’or et d’argent, en donnant l’ordre au capitaine de faire sombrer le navire une fois en pleine mer. C’est la même perte aussi que cette ville éprouvera si son administration, poussée par un désir déréglé d’embellissement, démolit les mêmes mille maisons, reconnues encore fort habitables, pour le plaisir de tracer des rues mieux alignées ou plus larges. Il se peut bien que de tels travaux produisent un surcroît d’agrément ; il reste à savoir jusqu’à quel point ce qu’on acquiert vaut la grosse somme qu’il en a coûté.
- Tout le monde se rappelle la naïveté que Saint-Simon, en ses Mémoires, met dans la bouche d’une comtesse de Fiesque, qui faisait admirer à tout le monde une glace qu’elle avait achetée à
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- QUATRIÈME PARTIE.
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- chers deniers : « J’avais, disait-elle dans sa vanité puérile, une méchante terre, et qui ne rapportait que du blé, je l’ai vendue, et j’en ai eu-ce miroir. Est-ce que je n’ai pas fait merveille ? Du blé ou ce beau miroir (1) ! »
- Les États ou les villes imitent, sur de gigantesques proportions, la comtesse de Fiesque et déploient la même aberration, lorsqu’ils enfouissent des millions, péniblement fournis par les contribuables ou inconsidérément demandés à l’emprunt, dans des œuvres stériles et des entreprises d’ostentation. Ils ravissent aux peuples du nécessaire pour leur donner des superfluités, ainsi que la noble dame le faisait pour elle-même; mais du moins c’était elle-même, elle seule, qu’elle ruinait.
- (1) Mémoires du duc de Saint-Simon, tome II, page 37, édition Hachette, in-12.
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- CINQUIÈME PARTIE
- DE QUELQUES AUXILIAIRES DU PROGRÈS ÉCONOMIQUE
- DE LA SOCIÉTÉ.
- ENUMERATION DES PRINCIPAUX DE CES AUXILIAIRES
- La liberté cln travail dont jouit un peuple donne, jusqu’à un certain point, la mesure de la fécondité de son industrie,-toutes les fois qu’il s’agit de populations qui, comme celles de l’Europe ou des Etats-Unis, éprouvent vivement le désir d’améliorer leur condition en travaillant.
- Mais la liberté du travail, pour qu’elle rende les fruits quelle promet et qui sont virtuellement en elle, ne doit pas seulement être nominale, ç’est-à-dire simplement inscrite, à l’état de principe; dans les lois. 11 ne suffit même pas qu’en outre les lois spéciales et les règlements évitent de lui porter atteinte, et que le système financier du pays s’abstienne de la paralyser par ses dérèglements et ses intempérances. Il lui faut, de plus, l’entourage de divers mécanismes auxiliaires doués d’une particulière énergie.
- Nous allons énumérer quelques-uns de ces mécanismes.
- Il est nécessaire que le pays présente un sys-
- T. 1.
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- cnouv
- INTRODUCTION.
- tème de voies de communication rendant aisé 1 approvisionnement de l’industrie en combustible et en matières premières, rattachant les grands gisements de minerais de fer aux puissants gîtes de charbon, unissant les foyers de production aux centres de consommation, et l’intérieur aux ports de mer. Ce sont des chemins de fer, des canaux, des routes de toute sorte, sans compter les fleuves et rivières améliorés dans leur cours, de manière à rester navigables, tant que la gelée ne vient pas les fermer. Ce sont encore des services maritimes établissant des relations régulières, promptes et économiques avec les autres nations. Le tout compose une sorte de grand outillage, qui facilite extrêmement aux hommes l’exercice de leurs facultés et l’entrée en possession effective de la liberté du travail.
- Il n’est pas moins obligatoire que le pays offre une organisation du crédit, par laquelle l’homme industrieux et honnête se procure, autant que possible, le capital en l’absence duquel l’industrie enchaînée ne pourrait prendre un grand essor, et la puissance productive de l’individu et de la Société se développer.^Pour le progrès de l’industrie, l’assistance du capital a une vertu particulière que rien ne pourrait remplace^.
- ^Une division du travail judicieusement établie peut être considérée aussi comme une des bases essentielles de la prospérité de l’industrie et du développement de sa puissance productive^
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- CCCLV
- CINQUIÈME PARTIE.
- t
- SECTION I
- lies voies «le communication perfectionnées*
- CHAPITRE I.
- LES CHEMINS DE FER ET LA NAVIGATION A VAPEUR.
- La facilité des transports est un des aspects sous lesquels l’industrie a le plus gagné dans les derniers temps. Sur terre, ce sont les chemins de fer qui de plus en plus se multiplient et qui, dans les direct lions les plus importantes, accélèrent leur service; Les canaux, quoiqu’ils aient subi la concurrence redoutable des chemins de fer, continuent d’être fort fréquentés. On n’a pas cessé de les entretenir et de les perfectionner, et même quelques canaux nouveaux se construisent. Les fleuves ont reçu et reçoivent quotidiennement des améliorations d’un grand effet. A Paris même, juste pendant l’Expor sition, un nouveau barrage établi dans le lit de la Seine, celui de Suresnes, a fait sentir son influence heureuse en permettant l’inauguration, au travers de la capitale, d’un service d’omnibus à vapeur qui a survécu. ^ , h .. .
- Sur nier, les paquebots, à vapeur deviennent
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- CCCLVI
- INTRODUCTION.
- sans cesse plus nombreux et se perfectionnent indéfiniment, au point de vue de la célérité et du confort. C’est ainsi gue d’Europe en Amérique, de Brest ou de Liverpool à New-York, la traversée est maintenant réduite à neuf jours ; neuf journées passées avec un remarquable degré de bien-être.
- Le changement produit par les chemins de fer est plus sensible que celui qui résulte des paquebots à vapeur, parce qu’il est d’un usage plus universel. On peut y faire participer toutes les parties d’un vaste territoire, tandis que les paquebots ne sont possibles, quand il s’agit des grandes distances, qu’entre des ports qui soient le siège d’un grand commerce.
- Mais le bateau à vapeur maritime 11e doit pas être considéré seulement à l’état de paquebot, c’est-à-dire de navire destiné à transporter principalement des voyageurs et des dépêches. Il sert aussi au transport des marchandises, indépendamment de celles que portent les paquebots proprement dits, et qui forment le complément très-productif de leurs affaires. La mer est un moyen de communication qui a une immense étendue, s’ouvre dans des milliers de directions et pénètre dans toutes les parties du globe. Les véhicules qui y servent, de plus en plus perfectionnés dans la série des âges, éprouvent de nos jours une rénovation. C’est le fer et puis l’acier qui se substituent au bois pour la coque, c’est la vapeur qui tend à devenir le moteur habituel. On trouvera, sur ce point,
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- CINQUIEME PARTIE.
- CCCLVII
- un exposé substantiel clans le Rapport de M. de Fréminville (1).
- La navigation à vapeur pour les marchandises, qui d’abord coûtait très-cher, gagne du terrain aujourd’hui sur la navigation à voiles, au moyen de combinaisons fort heureuses. L’Inde même et
- b Australie sont desservies par des navires à vapeur, et l’on prévoit, dit M. de Fréminville, le moment où ces navires seront les seuls employés à des opérations mercantiles de quelque importance.
- Par l’habileté et l’énergie avec lesquelles lés armateurs anglais se sont appliqués à Utiliser le navire à vapeur^ et par le concours habile qu’ils ont
- trouvé dans les grands établissements de construc-* tion établis sur la Tamise, sur la Clycle, ou sür là Mersey et même à Newcastle, à Sunderland et Dumbarfcon, ils ont fait des pas immenses et ils ont reconquis pour leur patrie, au point de vue commercial, l’empire des mers que les armateurs des États-Unis semblaient au moment de lui ravir,-lorsque le Parlement vo ta la loi qui étendait à l’industrie de la navigation la liberté du commerce.-C’est ainsi que l’Angleterre n’a qu’à se féliciter d’avoir eu foi dans le génie de la liberté commerciale.
- Le Statistica! abstract montre que, dans le commerce étranger proprement dit, l’Angleterre, en 1850, n’avait que 86 navires à vapeur du port de 45,186 tonneaux avec 3,813 hommes d’équi-
- r (1) Tome X, page 372.
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- CGCLV1II
- INTRODUCTION.
- page, contre 7,149 navires à voiles, du port de -2,143,234 tonneaux, montés par 93,912 hommes. C’est, quant au tonnage, une proportion de
- 2 pour 100, et, pour le personnel des matelots, de 4. ' En 1867, le nombre des navires à vapeur était monté à 834, leur tonnage à 608,232 tonneaux et leurs équipages à 31,411 hommes, contre 17,567 bâtiments à voiles, d’un tonnage de 3,511,827 ton-
- neaux, montés par 106,364 hommes. A cette der-
- nière date, la proportion entre la vapeur et la voile est, pour le tonnage, de 17 pour 100, pour le personnel, de 30.
- Le nombre total des navires à vapeur, en Angleterre, déduction faite des bâtiments de rivière,
- était, en 1867, de 1,616, avec un tonnage de 812,677 tonneaux et un personnel de 43,111 hommes, contre 20,161 navires à voiles jaugeant 4,681,031 tonneaux etmoutés parl53,229 matelots.'
- Au. 31 décembre 1866, la France possédait 15,230 navires à voiles, ne jaugeant que 915,034 tonneaux et 407 navires à vapeur du port de 127,777 tonneaux.
- CHAPITRE 11.
- SERVICES RENDUS PAR LES CHEMINS UE FER DANS LES CIRCONSTANCES EXTRAORDINAIRES.
- Les relations que les chemins de fer établissent entre les parties d’un même continent, et, a'plus
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- CINQUIEME PARTIE.
- COCUX
- forte raison, entre les provinces d’un même empire, sont avantageuses de plus d’une façon. La différence entre le roulage et le chemin de fer ne consiste pas . seulement dans une réduction des frais de transport, réduction qui, étant souvent de moitié, quelquefois des deux tiers ou des trois quarts,
- »
- ou même plus fortement accusée encore, est déjà par elle-même un grand bien. Un autre avantage, fort précieux, c’est que la puissance de traction des chemins de fer est presque illimitée, avec des Compagnies puissamment organisées, comme elles le sont aujourd’hui pour la plupart. Une grande Compagnie peut transporter, dans un bref délai, à peu près tout ce qu’elle veut, tout ce que peut demander le public. Le matériel des entrepreneurs de roulage est limité et ne peut guère s’accroître ; il en est de même de celui de la batellerie , et la même observation s’applique, dans une certaine mesure, à la navigation des paquebots. Au contraire, une Compagnie de chemin de fer, avec les locomotives et les wagons qu’elle a communément pour son service régulier, peut, eu égard à ce que les plus longs trajets qu’elle ait à accomplir n’exigent jamais qu’un tout petit nombre de jours, déplacer, dans un laps de temps de quelques semaines, des masses de marchandises telles que le besoin public, même le plus imprévu, s’en trouve satisfait.
- Il est des cas où un gouvernement est dans l’obligation de transporter subitement le matériel
- . ; . f • ' ' ->. . 1 ; .
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- CCCLX
- INTRODUCTION.
- de guerre nécessaire à toute une armée, ou d’expédier de grands approvisionnements de munitions
- ou de vivres. C’est ce qui s’est vu en France pendant la guerre de Crimée de 1854 et 1855, et pendant la guerre d’Italie en 1859. Sans les chemins
- de fer, le gouvernement français aurait,eu à subir
- 7 xD »*
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- alors des frais de transport exorbitants, ou même il eut dû renoncer absolument à opérer, dans le même délai, les transports qu’il s’était proposés. Le roulage et la navigation à vapeur de la Saône
- et du Rhône eussent infailliblement élevé leurs prix dans une très-forte proportion, pour effectuer à peine la moitié ou le tiers du service qu’on aurait eu lieu de réclamer d’eux. Avec la Compagnie des
- chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, tout se fit dans le temps voulu, au prix ordinaire du tarif fixé par la loi, et même sans que le service du commerce eût notablement à en souffrir.
- Au sujet de cette guerre dé Crimée on peut dire plus et soutenir que si la France et l’Angleterre n’aVaient pas eu l’assistance de la vapeur sur terre et sur mer, leur situation sur le théâtre de la guerre- eût- été bien différente, et que la privation de cet élément de puissance a été pour la Russie un irrémédiable désavantage. Sur dix soldats qui-partaieiit du Nord, il en arrivait un ou deux à Sébastopol; les autres restaient en route, écloppés, malades ou morts. Sur un troupeau de mille bœufs, il n’en parvenait'pas cent aux assiégés.
- -Un autre cas vm les. chemins de fer interviennent
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- CINQUIÈME PARTIE.
- CCCLXt
- pour satisfaire à un besoin public de première nécessité, qui, sans eux, resterait profondément en souffrance, est celui où un grand pays a été affligé d’une mauvaise récolte. On tire alors de l’étranger des blés qui affluent de diverses directions dans quelques-uns des principaux ports. C’est ainsi que Marseille a reçu, toutes les fois que la récolte avait été faible en France, des quantités de blés de Taganrog, d’Odessa, de " Gala'tz et autres ports du Danube, d’Alexandrie, quelquefois d’Alger et d’autres contrées encore. Maïs, une fois le blé au port, il restait à le faire pénétrer dans l’intérieur. L’insuffisance du roulage et de la batellerie à vapeur se traduisait, toutes les fois que se présentait pareille conjoncture, par une élévation énorme des prix de transport, qui enchérissait d’autant la denrée. Malgré ces circonstances encourageantes pour les entrepreneurs dè transport, la consommation était mal pourvue. Avec le chemin de fer, les deux inconvénients disparaissent. Il arrive même, du moins en France, que le public jouit alors d’un tarif de faveur, qui a été stipulé par lë cahier des charges, en prévision des disettes. Enfin} l'économie que le chemin de fer introduit dans les frais de transport a cet, autre résultat que, par lui, les contrées où le blé manque ont la faculté d’en puiser dans des pays ' dont; avant les voies ferrées, l’accès leur était fermé. Nous avons cette année .même un exemple : notre récolte de 1867 ayant été mauvaise, nos ,dé^
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- INTRODUCTION.
- parlements de l’Est ont pu, grâce aux chemins de fer, se pourvoir en Hongrie où la moisson avait été abondante. Il est même venu des blés de Hongrie jusqu’à Paris. La distance de Pesth à Strasbourg étant de 1,140 kilomètres et celle de Pesth à Paris de 1,687, le transport de 1,000 kilogrammes de blé coûtait, à la fin de 1867, pour la destination de Strasbourg, 91 fr. 90 c.; pour celle de Paris, 108 fr. 60. Sur le parcours austro-allemand, le tarif perçu est à peu près de 8 centimes par tonne et par kilomètre ; sur la ligne française de l’Est, il n’est que de 3 centimes et demi.
- Si l’on se reporte à l’époque où le transport des blés s’effectuait par le roulage ou les bateaux à vapeur, on constate premièrement qu’il était plus cher, secondement qu’il subissait des variations extrêmes : ainsi, en 1853, il y a eu sur le Rhône, entre Lyon et Marseille, vingt-quatre prix différents. Les oscillations ont été, dans le courant de la même année, de 17 à 90 francs par tonne; en 1854, de 18 à 70 francs. Le trajet est de 352 kilomètres, soit environ le cinquième de celui de Pesth à Paris. Entre ces deux points, le chemin de fer perçoit uniformément 19 fr. 50 c. sur les céréales, à moins d’une cherté extraordinaire des grains -, et dans ce cas il est tenu de faire un rabais, au lieu d’élever ses prix (1).
- (1) L'es renseignements numériques consignés dans cet exposé’ sur' le transport des blés sont extraits d’un travail de M„ Alfred Goldenberg.
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- CINQUIEME PARTIE.
- CCCLXIII
- L’influence clés chemins de fer sur le prix des blés, pendant les années de disette, pour Tempêr
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- cher de s’aggraver, peut être estimée par la comparaison entre l’élévation que le cours des blés a atteinte cette année même (1867-68), où l’in-’ sufli'sance est grande, et celle des époques antè-rièùres, fortement marquées aussi par un déficit, mais où l’on n’avait pas de chemins de fer. Eii 1867-68, nous voyons le blé à 34, 35 et 36 francs l’hectolitre. En 1846-47, il fut à 44,45 et 46 francs. Les prix de 1861-62, époque où les lignes ferrées magistrales étaient achevées, ont été sensiblement les ' mêmes que ceux de 1867-68. On peut donc dire approximativement que, en France, dans les très-mauvaises années, les chemins de fer rèstrei-gnént de 10 francs la hausse des céréales.
- On tire de là naturellement la conclusionJ qu’il
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- faut viser à ce que les chemins de fer pénètrent partout. Le moyen d’y parvenir consiste’ à les
- construire économiquement.
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- A cet effet, sur les chemins de fer secondaires, qui rencontreront des montagnes ou des terrains très-escarpés, on devra admettre et on admet en effet de plus fortes pentes, sauf à ne marcher, sur ces parties, qu’avec une vitesse médiocre. Pour répondre à tous les cas de ce genre, il fallait, outre l’admission, dans le système ordinaire, des pentes plus prononcées, créer quelque nouyeau type qui s’appliquât à des pentes inabordables avec le, mode actuel d’établissement des voies ferrées Jf M indei baL“
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- INTRODUCTION.
- ron Séguier y a pourvu par un système fort ingénieux que, en Angleterre, M. Fell a amélioré encore, et qui, en ce moment, on l’a vu plus haut, est en usage au mont Cenis.
- Afin de pouvoir multiplier les chemins de fer d’intérêt local , on a adopté quelquefois l’idée d’une voie plus étroite. Il en résulte une grande économie (1). C’est une raison pour qu’on s’y rallie, car, dans beaucoup de cas, il faut s’attendre a né retirer de cette catégorie de chemins qu’un revenu bien médiocre. Un certain nombre de chemins qui sont établis ou sont sur le point de l’être en France, à titre d’éléments du réseau des grandes compagnies, sont ou semblent devoir être dans le cas de rendre à peine les frais d’exploitation (°2).
- CHAPITRE III.
- LE BON MARCHÉ DES TRANSPORTS PROVOQUE t)E • NOUVEAUX USAGES QUI SONT DES PROGRES.
- A l’égard des marchandises qui, par leur nature, peuvent être transportées en vrac, c’ést-à-
- (1) Voir tome VI, page 369, Rapport de MM. Eugène Fla-
- ehat et de Goldsehmidt.
- (2) Voir a ce sujet un travail de M. Michel, dans les Annales des ponts *et :chàiissées\ torne XV,T868i ; ' v :
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- CINQUIÈME. PARTIE. , CÇCLXY
- dire à découvert, et qui, d-ailleurs, se présentent en grande quantité, les chemins de fer offrent au commerce des conditions exceptionnellement favorables : ils transportent alors pour, le sixième, le huitième et même le dixième du prix du roulage. Ainsi, pour le plâtre, sur certaines lignes, Je tarif est de 2 centimes par tonne et par kilomètre (1).
- Pour toute marchandise qui peut se présenter en grande quantité et qui, par sa.nature, est complètement ou à peu près exempte de chances d?al-tération, il serait possible d’obtenir des’chemins de fer des conditions fort douces. •
- Citons, par exemple, les marbres qui pourraient, qui devraient être utilisés sur une .grande échelle dans une capitale fastueuse, telle que la ville de Paris, où l’on a le goût des constructions monumentales, et où, dès lors, il semble que cette belle matière devrait occuper la place qu?elle avait dans la Rome des Césars: A Paris, cependant, le marbre ne sert que très-exceptionnellement dans les constructions particulières, même les plus soignées. On le réserve pour des destinations spéciales, telles que les cheminées et les consoles. Hors delà, on le remplace, dans les habitations les plus splendides, par le stuc. Les hôtels qui ont été érigés dans Paris en si grand nombre depuis une quinzaine d’années, offrent très-souvent des cages d’escalier en stuc jouant les plus beaux marbres,
- ’ i ' ' •' ‘ i * !» '-' -s'
- (1) Ce tarif sur le plâtre est exceptionnel.^ v .V‘ v{î ^x
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- CCCLXVI
- INTRODUCTION.
- et le stuc y forme fréquemment le revêtement, des salles à manger. Certes, le stuc ne manque pas d’éclat et on peut lui donner les nuances les plus riches. Lorsqu’il est neuf et qu’il est l’objet.d’un entretien intelligent et constant, il est d’un grand effet ; mais il a le grave inconvénient d’être très-périssable. ... -r •
- Dans les monuments publics auxquels' on a voulu imprimer le cachet d’une grande magnificence, comme l’église de la Madeleine, il semble qu’on se soit à peine souvenu que le marbre existât. On en a placé çà et là, dans l’intérieur de ce temple grandiose, de petites plaques, les unes rondes, les autres carrées, qui y font une figure étrange. Au lieu des superbes colonnes de marbre et de porphyre qui embellissent les églises de Rome, on y voit des colonnes en pierre commune, qu’on a cru relever avec un filet d’or sur le bord des cannelures. A l’arc de triomphe de l’Etoile', le marbre est totalement absent. Les sculptures multipliées de cette imposante construction sont toutes en pierre des environs de Paris.
- Il serait possible de citer des édifices récemment érigés à Paris, avec des. prétentions à la splendeur, où le stuc a pris la placé du marbre, même à l’extérieur.
- Le marbre, pourtant, serait infiniment préfé^ rable à la pierre toutes les fois qu’il s’agit de décorer, soit au dehors, soit au dedans, les édifices publics qui sont des monuments, et même les fas-
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- CINQUIÈME PARTIE. CCCLXVÏÏ
- tueuses demeures que se font bâtir les particuliers opulents. A l’intérieur on peut le considérer comme permanent et indestructible, et à l’extérieur, sous notre ciel humide, il est très-durable encore. Notre climat, beaucoup moins conservateur cependant que celui de l’Italie et surtout que celui de l’Egypte, ménage le marbre de bonne qualité. On en a la preuve par les jardins de Versailles, où les marbres, posés sous Louis XIV , sont encore en fort bon état, et par les belles colonnes'de l’arc de triomphe du Carrousel, qui n’ont pas souffert, depuis soixante ans qu’elles sont là exposées à toutes les intempéries, et qui auparavant , dit-on, avaient subi la même épreuve, un siècle durant, au château de Marly.
- La France offre de nombreuses carrières de marbre dans différentes parties de son territoire, principalement de marbre d’ornement, et l’on peut y citer aussi des carrières de marbre statuaire. D?ailleurs ce dernier ne manque pas à l’étranger, d’où, avec une bonne organisation, on le ferait venir sans frais excessifs. Les Pyrénées, plus peut-être qu’aucune autre chaîne de montagnes dans le monde entier, sont remplies de marbre. On y en trouve de toutes les variétés, de toutes les nuances. Il est vraisemblable que les facilités de transport que fournissent les chemins de fer détermineront à Paris, d’ici à un prochain avenir, le retour du 'marbre dans l’architecture d’où il a- été si mal à propos banni. ':: w mP
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- INTRODUCTION.
- CCCLXVIII
- -! • ........................................
- Si l’on était encore à construire l’arc de triomphe
- /
- de l’Etoile, il est probable que les quatre groupes de figures colossales, placés deux à deux sur les pieds-droits, le long des deux grandes ouvertures, seraient en marbre statuaire, de même que les bas-reliefs qui s’étalent sur lés quatre faces, les sculptures de la frise et les renommées ' placées au-dessus de chacune des portes, dans les tympans (1).
- L’emploi de la pierre au lieu du marbre, pour les grandes figures, enlève à celles-ci tout aspect monumental, et en fait des objets qui choquent le regard. Il est impossible à un homme de’ goût de prendre pour des monuments et de regarder comme
- (1) Voici un aperçu de la dépense qu’eut occasionnée la substitution du marbre à la pierre pour les quatre groupes ; j’en suis redevable à M. Ch. Garnier, f habile architecte du nouvel Opéra.
- En pierre, tels qu’ils sont, les quatre groupes
- ont coûté...........................400,000 fr.
- En marbre de Saint-Béat, ils eussent coûté.. : 620,000
- — Serravczza, 2e choix, — ... 800,000
- _ — je.• — — .... 960,000
- Suivant qu’on eût adopté l’un ou l’autre de ces trois marbres, l’excédant de dépense eût donc été de 220,000, 400,000 ou 560,000 francs.
- En faisant en marbre toute la sculpture du monument, et én employant du marbre de première qualité,.la dépense supplémentaire eût été de 1,500,000 francs. Le monument tel qu’il est a coûté 9 millions. C’eût été une augmentation de dépense d’un sixième.
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- CINQUIÈME PARTIE.
- CCCLXIX.
- des embellissements de Paris des objets tels que la grande fontaine de la place Saint-Sulpice, les quatre groupes placés au débouché du pont d’Iéna, et beaucoup d’autres du même genre où la pierre a malheureusement été substituée au marbre.
- Le transport des marbres des Pyrénées à Paris pourrait se faire au prix de 3 centimes par tonne et par kilomètre, même en supposant des marbres polis. Le mètre carré de plaques de deux centimètres d’épaisseur, polissage compris, pourrait se livrer, sur place, au prix de 10 francs. Le prix du mètre carré rendu à Paris serait donc il fr. 75 c.
- Or, le stuc coûte de 12 à 14 francs le mètre (1).
- Le Rapport deM. Delesse (2) présente, au sujet de l’emploi des marbres dans l'architecture , des observations d’un grand intérêt.
- Une des questions les plus intéressantes qui puissent être soulevées à l’occasion des chemins de fer, est celle de leur introduction dans l’intérieur des grandes villes et surtout des populeuses
- (1) Dans cette comparaison entre le marbre et le stuc, il s'agit de surfaces unies. Avec des panneaux qui offriraient des bordures en Relief, le prix du marbre serait notablement augmenté; celui du stuc le serait beaucoup moins. Mais si l’on avait de grandes surfaces à couvrir, on pourrait, pour le travail du marbre, recourir à des moyens mécaniques, surtout dans les Pyrénées, où les chutes d’eau abondent, et la dépense, même dans le cas où il aurait des bordures en relief, en serait fort atténuée.
- (2) Voir ci-après, tome X, page 61.
- T. I.
- y
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- INTRODUCTION.
- capitales1, telles que Paris. A l’origine, effrayé qu’on était par la dépense, on avait relégué les gares à l’extrémité des quartiers bâtis. C’est ce qui se fit à Paris et à Londres. De grands intervalles ont été laissés ainsi à parcourir aux voitures ou aux piétons, pour atteindre les chemins de fer. Depuis lors, ces puissantes métropoles, douées d’une si forte vitalité, se sont étendues jusqu’à la plupart des gares et les ont même enveloppées. Mais pour les anciens quartiers, qui sont les plus populeux et les plus affairés, l’inconvénient primitif a subsisté encore. A Londres, où les capitaux abondent plus et où l’esprit d’entreprise est plus hardi, on a lutté héroïquement contre l’obstacle. On a poussé, à grands frais, les chemins de fer plus avant dans la ville, en les suspendant au-dessus des. maisons, transformées à cet effet en solides viaducs. On a eu ainsi des gares au coeur de la ville. Celle de Charing-Cross, avec les magnifiques ponts en fer qui l’accompagnent, en est le plus bel exemple (1). Finalement, on s’est mis en souterrain pour traverser de part en part cette immense capitale. On se rend ainsi, pour quelques sous et en un quart d’heure, de la gare de Paddington, située à l’ouest, à celle du pont de Londres, et aux abords de la Banque, au centre de la Cité. A Paris, on s’est borné jusqu’ici au chemin de fer de Ceinture, qui est loin des
- (1) On assure que la dépense, toute à la charge d’une Compagnie, a été de cent millions de francs.
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- CINQUIEME PARTIE.
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- quartiers1 peuplés et qui est employé sur tout-pour le transport des marchandises, excepté entre la gare Saint-Lazare et Auteuil.
- Au milieu des travaux gigantesques qui ont fait de Paris la plus belle ville du monde, il y a-là une lacune fort regrettable.
- La célérité est un des premiers besoins1 des hommes aujourd’hui, et le chemin de fer est un instrument dont les populations ne tolèrent pas l’absence là où d est possible de lui ménager sa place. Un réseau de chemins de fer métropolitains est indispensable à Paris. Cette grande capitale pourra être plus belle encore, mais elle sera fort incommode tant qu’elle n’aura pas ses chemins de fer intérieurs. Paris devrait avoir, avec d’autres dispositions peut-être, tout ce que Londres possède en. ce genre. Par là, on diminuerait l’encombrement, déjà quelquefois intolérable et qui ne peut que s’accroître, sur les voies magistrales de cette immense ville. Par là aussi on en rapprocherait lès extrémités aujourd’hui' trop séparées. C’est dans ces grandes cités, théâtre d’une activité dévorante,. où la production de la richesse est immense-,. qu’est plus particulièrement vraie la maxime anglaise : « Time is money, le temps est de l’argent.» Tout ce qui y économise le temps est d’un grand rapport.
- On a laissé1 échapper une occasion favorable, unique, alors qu’on traçait à travers Paris tant' de percements nouveaux. La dépense de la cons truc-
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- CCCLXXII
- INTRODUCTION.
- tion des chemins de fer-eût été fort amoindrie, si on l’eût faite en même temps.
- Aujourd’hui il y a lieu de croire que les chemins de fer métropolitains de Paris ne peuvent être que souterrains. Les grands revenus de la ville de Paris lui fourniraient les sommes nécessaires pour accomplir cette œuvre. Il est vraisemblable qu’avec une subvention qui n’aurait rien d’excessif, on trouverait une Compagnie'disposée à s’en charger.
- A Londres, tout s’est fait sans subvention, et on assure que les chemins de fer métropolitains de cette capitale sont rémunérateurs pour les actionnaires (1). Il y aurait là un emploi des deniers parisiens bien autrement utile que telle autre destination qu’on leur donne.
- On me permettra de citer, en terminant ce chapitre, un exemple, d’un tout autre genre, des services que peuvent rendre les voies de communication économiques. Naguères les fabriques de Londres, qui font des meubles en rotin, en jetaient les débris ou les brûlaient. Aujourd’hui, un manufacturier de Melun, M. Débonnaire, les fait venir ; il les emploie à faire pour l’agriculture des liens, qu’il vend à raison de 14 francs le mille. Le département de Seine-et-Marne en a employé 3,072,000 en 1866 (2).
- (1) Nous voulous parler du chemin en souterrain de.Pad-dington à la Cité.
- (2) Rapport de M. Émile Fournier, tome VI, page 82. >.'/•
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- CINQUIÈME PARTIE.
- ccclxxim
- SECTION II
- lies Institutions de crédit.
- CHAPITRE I.
- QUESTION POSÉE AU SUJET DES BANQUES D’ÉMISSION :
- LUNITÉ OU LA MULTIPLICITÉ. ---LE MONOPOLE OU
- LA LIBERTÉ.
- L’industrie est, dans la plupart des États les plus civilisés, beaucoup moins pourvue d’institutions de crédit que de voies de communication perfectionnées ; lacune très-fâcheuse qu’il importerai de combler dans le moindre délai possible.
- Une bonne constitution du crédit n’est pas moins indispensable à un peuple industrieux que l’établissement d’un réseau de chemins de fer.
- En dehors des pays peuplés par les Anglo-
- \
- Saxons dans les deux hémisphères, on est loin d’apprécier à leur juste valeur les institutions de crédit et l’utilité que retire l’industrie de leur organisation sur une grande échelle.
- Des communautés relativement petites, telles que la Belgique, la. Suisse et la Hollande, sont à
- * *
- eet égard en progrès sur les grands Etats du
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- CGGLXXIV
- .INTRODUCTION
- continent. Elles-mêmes restent pourtant en arrière des exemples fournis par la race anglo-saxonne, et particulièrement par la -branche de cette race qui forme la population écossaise, et qui a porté à un si haut degré d’activité, de puissance et de prospérité l’ancien patrimoine des barbares calédoniens.
- Dans ces dernières années, des événements considérables, concernant ta constitution du cré-
- r
- dit dans les Etats, se sont présentés comme des -sujets d’étude du plus grand intérêt. ‘Les doctrines antérieurement établies, qui étaient plus empiriques que conformes à une Ibéorie‘régulière, et qui supportaient mal le rapprochement des faits etda-discussion; sont tombées dans une légitime suspicion.
- fGe que les Anglais appellent le scurrency prin-cipïc, ç’cst-à-dire la 'conception ù la fois peu scientifique et peu fondée sur l'observation‘attentive des faits, d’après laquelle l’illustre Robert Pc cl,, - en 1844, crut devoir réédifier les 'banques d’émission (1) du Royaume-Uni, a reçu dans 1 a‘pratique.uméchecfait pour un décontenancer à jamais les. auteurs «ou fauteurs. En avril 1866, la loi de 4844-aunis le commerce cle la Grande-Bretagne à deux-doigts de sa ruine ; sous peine de subir tous
- J *
- (If C’est-à-dire ayant la faculté d’émettre de ces titres au porteur et à vue, bien connus de tout lé monde sous le nom
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- CINQUIÈME PARTIE. , CCÜLXXV
- les dommages d’un cataclysme commercial, il.a fallu-; suspendre la loi, par un acte de dictature. Gomme le système avait déjà éprouvé une pareille infortune en 1847 et 1857, il est profondément atteint dans l’opinion, et il est douteux qu’il ait encore longtemps à vivre.
- Aux États-Unis, une expérience qui n’était pas sans quelque analogie avec le plan de sir Robert Peel, mais dont cependant la pensée fondamentale est plus soutenable, parce qu’elle est moins rigoureusement restrictive, a été tentée, au milieu des angoisses d’une longue et terrible guerre civile. Elle a été compliquée et viciée par le désir de procurer au Trésor fédéral quelque assistance, pour les dépenses exorbitantes auxquelles il avait à subvenir. On a imaginé une nouvelle catégorie de banques, unies par des liens étroits avec le Trésor public, et recevant de lui les seuls billets qu’elles puissent émettre. Par un acte sommaire et excessif, et moyennant un détour peu digne d’un législateur consciencieux, on leur a attribué le monopole de l’émission des billets de banque, en ravissant cette faculté aux établissements qui la possédaient déjà : on a frappé brusquement de •taxes, tellement lourdes que mort instantanée devait s’ensuivre, les anciennes banques d’ornis-sion, quoique le législateur leur eût garanti;une durée déterminée. Il n’est pas certain .que le succès, de ce nouveau système des banques américaines -réponde à l’attente de .ses promoteurs.. On n’en
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- CCCLXXVI
- INTRODUCTION.
- pourra bien juger que lorsque le pays aura été affranchi du régime d’un papier-monnaie à cours forcé et déprécié.
- En France, une enquête, organisée sur une grande échelle, a eu pour objet de répandre des lumières sur la meilleure constitution à donner aux banques, particulièrement en ce qui concerne l’émission des billets. De nombreux témoignages d’hommes considérables ont été recueillis ; aucune conclusion n’en a été tirée encore officiellement. En attendant, l’état ancien des choses est maintenu. La France, avec sa grande activité, ses manufactures, son commerce, son agriculture qui a tant de besoins, reste sans autre ressource, en fait de banques d’émission, que la Banque de France, entourée de ses succursales au nombre de soixante-dix , avec la perspective d’un de ces établissements subordonnés pour chaque département, et encore pourvu que le gouvernement l’exige; car la loi de 1857, sur la Banque de France, n’a rien stipulé de plus, en faveur de l’industrie française; et nous sommes en présence d’une école, investie d’une grande influence, qui assure qu’ainsi tout est réglé pour le mieux. De sorte que, pour la nation française, l’idéal serait d’avoir en tout 89 succursales ; disons 100, parce qu’il y a bien quelques départements où, d’elle-même, la Banque doublerait; c’est déjà fait dans le Nord et la Seine-Inférieure.
- Nous serions, il faut en convenir, bien loin de
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- l’Ecosse, par exemple. Celle-ci compte environ sept cents succursales, groupées autour de douze banques, toutes banques d’émission comme la Banque de France. En d’autres termes, pour une même population (1), l’Écosse a présentement un nombre d’établissements de crédit — banques-mères ou succursales—cent vingt fois plus grand que le nôtre, et, quand la Banque de France aurait fait le maximum de ce qü’on peut lui imposer, c’est-à-dire quand elle aurait cent succursales, la proportion de 1 à 120 se changerait en celle de 1 à 83.
- Selon les partisans du monopole, il faudrait, quelle que soit l’extension réservée à l’industrie française, se contenter de cette modeste ration jusques en 1897, époque à laquelle la loi de 1857 cessera d’être en vigueur. Telle est la thèse que quelques personnes ne craignent pas de soutenir, dans ce siècle où le mot de progrès est à la mode et où le progrès reçoit d’éclatants hommages, autrement qu’en paroles.
- Il est bien difficile d’admettre ce que prétendent les défenseurs du monopole, que le principe général de la liberté du travail, fondement de toute bonne économie politique, n’a rien à voir dans l’organisation des banques douées de la faculté d’émission, tout aussi bien que dans la constituai L’Écosse a une population de 3,200,000 âmes, soit le douzième de celle de la Franee, qui est de 38 millions.
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- GGGLX-XVIU.
- INTRODUCTION.
- tioiiL -.de celles qui en seraient dépourvues.. Les motifs qu’on a donnés à l’appui de cette thèse ne sont aucunement convaincants. Ils ne résistent , pas à -la discussion. Ce sont des arguments pris à la meme source de banalités où puisent d’ordinaire les avocats des monopoles industriels.
- Aux -termes de nos lois cependant, le régime du monopole n’est pas aussi absolu que le soutiennent ses partisans. La loi de 1857, qui a fixé les droits de la Banque de France ainsi que ses obligations, n’a pas dit et le texte d’aucune loi antérieure ne porte que cette institution, au surplus fort utile et infiniment respectable, soit investie du privilège de l’émission , à l’exclusion de , toute autre ; au contraire, nos lois sur la matière, permettent positivement, sous certaines condi-tions, à la vérité peu accommodantes, de créer d’autres banques d’émission dans le pays (1).
- • (1) L’article 9 du décret (ayant force de loi) du 18 mai 1808, qui agrandit la situation de la Banque de France, autorise la création d’une banque d’émission indépendante dans toute ville où la Banque de France n’a pas de succursale. -La restriction est assez rigoureuse.; mais elle laisse encore de la .marge, et sans faire violence à la lettre et à l’esprit de la loi, -il -serait possible de faire sortir de cette disposition des effets considérables. Aucune loi ultérieure n’a, directement ou indirectement, abrogé cet article qui est ainsi conçu : a'La Banque de France aura le privilège exclusif d’émettre des •billets de banque 4ans les villes où .elle aura établi, des comptoirs. » , >
- ,. i.
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- CINQUIÈME iPARTIE. GCCL?CXIX.
- II. est facile devoir qu’en France, avec le. système du monopole de l’émission, on irait, .se heur- .
- ter.contre des impossibilités matérielles, si, on ,
- i i
- voulait multiplier les, succursales .au point que re-,
- ti « ; :
- vendique l’intérêt public. Pour que la Franceoût, non .pas un nombre d’établissements égal à celui de, l’E cosse, par rapport à sa population, • mais seulement le quart, il faudrait porter les succursales 'de la Banque de France à plus de *2,000. -Peut-on en faire sérieusement la proposition? La Banque de France pourrait-elle accepter-un pareil fardeau, une pareille responsabilité.? Et, si celle-ci est impuissante, de son propre aveu, à se charger de la tâche d’organiser le crédit dans le pays, sur les proportions . que réclamera de plus en .plus le développement continu de l’industrie nationale, il faut bien qu’elle se résigne à la partager avec d’autres.
- L’agriculture souffre et surtout souffrira bientôt plus encore que les manufactures, 4u régime <du monopole. Si l’on pouvait librement fonder des banques, il s’en établirait dans les districts purement agricoles, où le crédit fait défaut si malheureusement. Par le profit qu’elle donne, la faculté d’émission agirait comme <une subvention pour ces établissements; elle en déterminerait .donc la création.
- Il y;a des pays où, soit par l’effet de la .pression exercée -par le législateur, soit plus, encore par fe perfectionnement des usages commerciaux., leîbillèt
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- CCOLXXX
- INTRODUCTION.
- de banque est moins employé qu’autrefois. L’An-
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- gleterre et les Etats-Unis sont dans ce cas. Dans les Iles Britanniques, avec une émission de 900 millions de francs, le service commercial est satisfait à peu près. La Banque d’Angleterre n’a guère en billets de banque qu’une fois et demi le montant de son capital accru des réserves. Les
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- banques les plus considérables des Etats-Unis «
- n’ont plus qu’une émission du tiers ou du quart de leur capital. En France, au contraire, nous sommes encore à l’âge où le billet de banque est en croissance. Depuis vingt ans, la somme des billets en circulation a plus que triplé. Nous avons franchi •1,200 millions, ce qui fait six fois le capital de la Banque de France; c’est une raison de plus pour multiplier, en France, les banques d’émission.
- Une des combinaisons qui ont été proposées pour mettre en pratique en France un système de banques plus large que celui qui existe aujourd’hui, consisterait à établir des banques d’émission régionales, embrassant chacune un certain nombre de départements, avec le droit d’établir, sans aucune autorisation préalable, dans toute l’étendue de sa circonscription, autant de succursales qu’elle le jugerait convenable. Les banques régionales seraient investies de la faculté, vainement sollicitée, avant 1848, par les banques départementales, qui existaient alors, d’établir entre elles tels rapports qu’elles voudraient. Ce serait, vis-à-vis de chacune d’elles, un excellent moyen de contrôle.
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- La Banque de France n’en aurait pas moins le droit d’ouvrir des succursales dans les villes où elle l’estimerait utilè à ses intérêts et à ceux du public; mais il est vraisemblable qu’elle n’en conserverait qu’un nombre restreint, comme la Banque d’Angleterre qui se borne à douze ou treize ; il est vrai que celle-ci ne peut sortir de l’Angleterre proprement. Une telle organisation ne serait pas la liberté, elle en serait même loin ; mais ce serait un grand progrès sur l’état actuel des choses (1).
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- Aux Etats-Unis, il n’est pas rare de rencontrer des banques dans de simples villages, quand ils sont le siège d’un certain commerce. En 1834, je visitai, dans la Pennsylvanie, un endroit appelé Port-Carbon, situé aux sources de la rivière du Schuylkill, au milieu d’exploitations d’anthracite, déjà intéressantes, qui, depuis, le sont devenues beaucoup plus. C’était un village tout neuf, composé d’un très-petit nombre de maisons éparses. Non-seulement les rues n’étaient pas pavées, mais
- (1) La Liberté des Banques, par M. Horn, est la revendication de la liberté en cette matière. De même l’ouvrage de •M. H.-D. Mac Leod : Theory and pratice of Banking. De même l’ouvrage de M. G. Du Reynode : de la Monnaie, du Crédit et de l’Impôt. De même les chapitres spéciaux du Traité d’Éco-nomie politique, de M. Joseph Garnier.
- On lira avec profit, au sujet des banques régionales, une brochure de M. L. de Lavergne intitulée : La Banque de France et les banques départementales, suivie d’une Notice historique sur la caisse d’escompte avant 1789.
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- INTRODUCTION*
- on y circulait à travers des troncs d’arbres encore debout, qui se dressaient tout noircis sur la voie publique. C’étaient les débris de la forêt primitive que,au lieu de la déraciner, on avait brûlée sur pied. Parmi les maisons les plus apparentes on en distinguait une qui portait cette enseigne :
- Office of deposit à discount ScJiuylkill Bank.
- C’était une banque d’émission, dûment autorisée par la législature de l’Etat, et fonctionnant régulièrement, la Banque du Schuylkill.
- En France, beaucoup de villes manufacturières ou commerçantes, de 15 à 25,000 âmes et plus, sont moins bien loties que l’était, en 1834, le village improvisé de Port-Carbon.
- Les banques d’Ecosse, les plus intéressantes qu’il y ait au monde, par les services qu’elles rendent, fournissent la preuve irrécusable que la multiplicité, môme très-caractérisée, des banques dans le même État et dans la môme localité, au lieu d’être, ainsi qu’on l’a prétendu, la cause certaine de désastres, peut et doit, si les banques sont astreintes par la loi ou s’astreignent d’elles-mêmes à certaines conditions peu difficiles à tracer, contribuer puissamment à la prospérité publique. Au contraire, les exemples abondent pour
- y
- démontrer que,, dans un grand Etat, une banque unique;, avec plus- ou moins de succursales', mise en possession du monopole' absolu de rémission;
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- peut mal servir le commerce et devenir T origine de dérangements' profonds dans les; finances. Qu’on s’informe à Vienne, à Saint-Pétersbourg,- à Florence, à Rio-Janeiro !
- CHAPITRE II.
- RAISONS DU SUCCÈS DES BANQUES d’ÉCOSSE.
- En cette matière des banques, comme en beaucoup d’autres, la liberté pourra quelquefois donner des résultats regrettables; mais, d’une manière générale, elle sera, un bienfait lorsqu’elle marchera de pair avec la responsabilité, qui lui sert de sauve-garde. Le succès des banques d’Ecosse est l’effet de la. responsabilité dont elles offrent un remarquable modèle. En m’exprimant ainsi, je n’entends pas seulement cette responsabilité spéciale, appli-
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- cable en Ecosse, d’après les anciennes lois, à tous les actionnaires, responsabilité en vertu de laquelle ils supporteraient les conséquences, quelque étendues qu’elles fussent, d’une mauvaise gestion qui serait l’ouvrage des directeurs(1). Je fais allusion surtout à ce contrôle que les douze banques-
- (1) Les conditions de l’existence des associations commerciales et.financières ayant été rendues beaucoup plus libérales, dans le Royaume-Uni, cette responsabilité disparaîtra-, si les banques* d’Écosse jugent à propos- de le demander.
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- INTRODUCTION.
- mères exercent les unes sur les autres, et qui, à des époques périodiques et très - rapprochées, les oblige toutes à régler et solder leurs comptes réciproques, de telle sorte que chacune d’elles ne peut maintenir son existence qu’autant qu’elle marche droit et donne toute sécurité à ses émules. J’ai en vue aussi la publicité qui astreint les ban-
- A
- ques d’Ecosse, comme celles de l’Angleterre aujourd’hui, à placer sans cesse leur situation sous les yeux d’un public intelligent et justement ombrageux.
- On ne sait pas tout le parti que, dans la Société moderne, il est possible de tirer de la publicité. Elle mérite d’être considérée comme le contrepoids ou la sanction de la liberté. Elle est plus qu’un hommage rendu à l’opinion publique, elle est une des formes de la souveraineté nationale, en ce qu’elle soumet la gestion des grandes administrations commerciales ou politiques, à l’examen de ce souverain qui se nomme le public.
- Vis-à-vis des grandes compagnies, comme celles qui ont pour objet les chemins de fer, les autres travaux publics [et les banques, la publicité est appelée à devenir un très-efficace instrument de contrôle. Imposée suivant des formules tracées d’avance, qué le législateur aurait toujours le droit de modifier pour le mieux, rendue effective et sincère par les moyens qui seraient nécessaires, dans le cas où l’on chercherait à l’éluder, la publicité, impérativement appliquée à la gestion des
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- affaires des Compagnies, empêcherait beaucoup d’abus du genre de ceux dont nous sommes trop souvent les témoins, de la part d’hommes qui suppléent par l’audace au talent, à l’esprit d’ordre et à l’amour du travail, qui leur manquent. Une publicité intelligente et résolument maintenue tiendrait lieu de bien des règlements, dont d’ailleurs les hommes peu scrupuleux savent tourner les prescriptions, et qui ont le malheur de ressembler à des tracasseries. Il n’y a guère d’institutions qui puissent, aussi facilement et aussi utilement que les banques, être soumises à ce genre de contrôla
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- T. I.
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- INTJÎODUCTJON.
- SECTION III
- La division du travail.
- CHAPITRE I.
- MELES DIVERS. — EXEMPLES. FRAPPANTS EN ANGLETERRE,
- La division du travail a rendu les plus grands
- services à l’industrie et a contribué à accroître la
- puissance productive du genre humain. On peut la considérer comme d’un avantage absolu, lorsqu’il s’agit, un établissement étant donné, d’y fractionner avec intelligence une opération quelque peu complexe. On améliore la fabrication, on la
- rend plus uniforme et on diminue les frais, dans
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- une forte proportion, en faisant passer le même objet successivement par la main de différents ouvriers, armés chacun d’un mécanisme spécial, et accomplissant chacun une tâche déterminée, au lieu de demander à la même main de faire la besogne entière. Adam Smith, dans la Richesse des Nations, a démontré l’utilité de la division du travail, ainsi comprise, pour l’industrie des épingles, au commencement même de cet immortel
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- ouvrage (1), et J.-B. Say a fait de même pour celle des cartes à jouer, dans son Cours d'économie politique (2).
- La division du travail reçoit fréquemment aussi, et avec non moins de succès, une application d’un autre genre : lorsqu’une industrie est, devenue très - considérable dans une localité, on trouve de l’avantage à la fractionner en parties successives, dont chacune forme le lot d’un groupe, de manufactures. C’est ce. qui s’observe en Angleterre pour l’industrie cotonnière, qui y a pris un si large développement. D’abord la filature est réservée à une catégorie d’établissements distincts, qui ne vont pas au delà, et encore chaque fila-teur, en particulier, ne produit qu’un petit nombre de sortes- de fils ou de iilés, pour nous servir de l’expression consacrée par l’usage. Il se renferme dans une série restreinte de numéros. Une seconde catégorie de manufacturiers se livre au tissage, et là aussi chacun, se fixant dans une sphère limitée,, travaille exclusivement un certain nombre de variétés,, c’est-à-dire certains numéros de filés, ou. ne produit que des tissus d’une certaine sorte. Une troisième se livreà l’impression, ou, en d’au tres termes, se, charge de disposer les couleurs sur
- (ï) Livre I, cliap. i.
- (2) On a pu voir plus haut l’exemple de la fabrication actuelle des mouvements de' montre qui1 passent par' un nombre: très-grand de machines et ne coûtent que. 4 fr. 50 e.
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- CCCLXXXVIII
- INTRODUCTION.
- les toiles blanches fournies par le tisserand, sans faire d’autre travail. Bien plus, parmi les imprimeurs, chacun a son cercle dont il ne s’écarte pas. Celui-ci se tient dans le commun, celui-là dans un genre moins vulgaire, un troisième se réserve absolument pour le raffiné. Tel ne fait que les toiles peintes d’un petit nombre de couleurs, tel autre s’occupe de tissus de beaucoup de teintes. On pourrait en citer qui se consacrent exclusivement aux étoffes dans lesquelles domine la couleur éclatante appelée rouge d’Andrinople. Ce que nous disons ici s’observe, par exemple, très-distinctement à Manchester et à Glasgow, qui sont les villes de la Grande-Bretagne où l’industrie cotonnière a les proportions les plus colossales. On y. signale des établissements d’impression d’où il sort tous les ans assez de toiles peintes pour faire jusqu’aux trois quarts du tour de la terre (1).
- Il ne serait pas difficile de citer des cas où la division serait plus fortement accusée encore. Ainsi, dans la fabrication d’un objet manufacturé, telle ville, telle province ou telle nation accomplit une partie de la besogne ; le reste va s’exécuter plus loin, quelquefois à des distances énormes. C’est ainsi que l’Angleterre livre jusqu’au bout du monde des filés de coton, pour être convertis en tissus. Ce n’est pas chez elle un commerce accidentel
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- (4) La maison Edmond Potter et Cie, de Manchester, atteint et( même-dépasse'cette'production ;de 30 millions' de-mètres.
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- ou secondaire, c’est une industrie à grandes proportions. Son exportation en cotons filés a été, en 1860, de 197,343,000 livres anglaises (environ 90,000,000 kilogrammes) d’une valeur de 9,871,000 liv. st. (249 millions de fr.) Elle a décru depuis, parle manque de coton brut, pendant la guerre civile des Etats-Unis et à la suite de cette guerre. En 1865, par l’élévation du prix de la matière première, et quoique la quantité des filés exportés fût moindre, la valeur a été supérieure à celle de 1860, et de 10,343,000 liv. st. (261 millions de francs).
- Dans le même genre, quoique sur de moindres proportions, on peut citer l’industrieuse ville de Reims, qui file des laines transportées d’abord d’Australie à Londres, d’où elle les reçoit, pour les renvoyer en Ecosse à d’autres manufacturiers, qui en font des tissus. Pareillement la Suisse se livre depuis un certain nombre d’années à la filature de la bourre de soie, qui va ensuite se tisser dans diverses contrées de l’Europe. Dans ces deux cas, cependant, la division du travail ne peut s’expliquer que par des aptitudes particulières et pour ainsi dire individuelles. On n’aperçoit dans la nature des choses aucune raison pour que les Écossais, race si intelligente, qui montre tant d’habileté à filer le coton, ne parviennent pas à filer la laine, pour les fabriques d’étoffes de leur contrée, aussi bien que les gens de Reims, qu’il faut aller chercher dans un autre Etat, à une as-
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- INTRODUCTION.
- sez grande distance, en payant des commissions, outre les frais d’un double transport. Le fait tient nécessairement à ce que, présentement et d’une manière accidentelle, il y a, dans les ateliers de Reims, des hommes, chefs et ouvriers, qui donnent à cette opération des soins exceptionnels.
- CHAPITRE II.
- CONVENANCE POUR CERTAINS ÉTATS DE SE BORNER A PEU PRÈS A PRODUIRE DES MATIERES PREMIERES.
- Il est beaucoup d’autres cas, au contraire, où la division du travail est absolument commandée par les circonstances propres aux différents pays. Les
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- Etats du Sud de l’Union américaine qui, jusqu’en 1861, avaient presque le monopole de la production du coton brut employé dans les manufactures de l’Europe, étaient incapables d’ouvrer avec succès cette matière première, de manière à soutenir la concurrence des filatures et des tissages de l’Angleterre. Us étaient dans cette période de la civilisation où l’industrie manufacturière ne peut encore être que faiblement développée. Parla même raison, l’Australie et les provinces de la Plata sont hors d’état aujourd’hui, et le seront longtemps encore, d’élaborer la laine que rendent
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- leurs immenses troupeaux. En agriculture, l’Australie en est encore à l’époque pastorale et elle ne semble pas à la veille d’entrer clans la carrière manufacturière, si ce n’est par voie d’exception pour quelques articles spéciaux. Il en est ainsi, à plus forte raison, des admirables pays qui forment le bassin de la Plata (1).
- En général, les pays où la population relative est faible ont plus d’avantage à se cantonner à peu près dans la production de quelques matières premières et à n’y joindre, en faits d’articles manufacturés, que des objets peu ouvragés, tels que les métaux en barres ou en saumons qui s’exportent commodément, ou les ustensiles les plus simples et les plus usuels. On se procure alors, par la voie des échanges, les marchandises fabriquées qu’011 a renoncé à faire.
- En parcourant l’Exposition, il était facile de constater que cette réglé, calquée sur la nature même des choses, est une de celles que les peuples tendent le plus à observer.
- En Europe, l’empire de Russie, considéré dans son ensemble, est, à cause du peu de densité de sa population moyenne, dans là situation à laquelle convient la règle de s’attacher, de préférence, à la production des matières premières. Par la même
- (4) Voir le Rapport de M. Martin de Moussy sur la situation générale de l’industrie dans l’Amérique espagnole, tome VI, page 482.
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- INTRODUCTION.
- raison, sinon même a fortiori, ce système est celui que doivent suivre les Etats du nouveau monde.
- Lorsque dans les pays, où la densité moyenne de la population est faible, il se rencontre des parties de territoire de quelque étendue où cette. densité se rapproche de celle de l’Europe occidentale, il devient indispensable que, dans ces divisions du territoire, l’industrie manufacturière s’organise pour en occuper et nourrir les habitants. Le grand soin du législateur, alors, doit être de ne pas sacrifier aux convenances, réelles ou supposées, de cette fraction, les intérêts et les droits de la masse de la nation, qui est fondée à s’approvisionner d’articles manufacturés aux meilleures conditions, et qui tient à échanger, aussi avantageusement que possible, les matières premières qu’elle produit contre les objets fabriqués qu’elle ne sait pas faire et qui lui sont nécessaires. .
- Cette observation s’applique à quelques-uns
- des États de l’Union Américaine qui occupent le
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- littoral, et qui sont situés au nord du Potomac. Dans le Massachusetts, par exemple, la densité de la population est à peu près la même qu’en France (1). Beaucoup de manufactures se sont établies dans le Massachusetts.
- (1) Elle a dû être de 68 personnes par1 kilomètre carré, en 1866 ; je prends cette année, parce que c’est celle d’un recen-
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- . La Russie, de même, offre, d’un gouvernement à un autre, de très-grandes différences dans la densité de sa population, et ceux qui sont le plus peuplés se sont faits manufacturiers. Les manufactures qui y ont été érigées sont fortement protégées, au détriment des nombreuses provinces qui sont demeurées presque exclusivement agricoles (1).
- Le Chili, le Pérou, Pile de Cuba et l’Australie, toutes contrées qui ont de riches mines de cuivre, offrent cette particularité que, jusqu’à ces derniers temps, elles adressaient la totalité à peu près de
- sement officiel en France. La densité moyenne de la population française constatée en 1866 est de 70, et 51 départements sont au-dessous de 68. Il faut dire qu’aucun autre des États de l’Union Américaine n’offre la même densité de population que le Massachusetts. L’État de New-York n’en est* qu’à 35, et la Pensylvanie qu’à 29. La population moyenne des six États à esclaves, qualifiés du Centre (Virginie, Caroline du-nord, Tennessee, Kentucky, Missouri et Arkansas), n’était en 1860 que de 8 individus par kilomètre carré, et il n’est pas vraisemblable qu’elle ait grandi depuis, car ces États ont été le théâtre de la guerre civile.
- (1) La partie la plus peuplée de la Russie se resserre autour des deux centres historiques de l’Empire, Kieff et Moscou, et de Varsovie. Dans ces parties du pays, on rencontre les. densités de 47, 43, 40, par kilomètre carré. D’autres parties sont entre 25 et 30. La Pologne, dans son ensemble, est à 38, la Finlande est au-dessous de 9. La moyenne de la Russie d’Europe est de 12 1/3; en dehors de l’Europe, le Caucase est au-dessous de 10, et la Sibérie n’a que 1 habitant par 3 kilomètres carrés. v
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- INTRODUCTION.
- leurs minerais à un petit nombre de centres métallurgiques de l’Europe, spécialement aux vastes usines de Swansea, dans le pays de Galles. C’est d’Europe ensuite qu’est expédié à ccs contrées tout objet en cuivre, un peu soigné, dont elles ont besoin. On verra, dans le tableau tracé à grands traits par M. Daubrée, de la richesse minérale du globe (1), que l’établissement de Swansea reçoit des minerais de cuivre de seize contrées au moins. Toutes les parties du monde contribuent à l’alimenter, l’Europe du Nord comme celle du Midi et du Centre, les extrémités opposées de l’Amérique, l’Archipel des Antilles, l’Afrique, l’Australie. Il y a là un double exemple de la division dû
- travail et de sa concentration : d’une part, divers >
- Etats se limitant à la production de la matière
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- brute et n’allant guère au delà; puis un autre Etat,
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- un seul point dans cet Etat, un seul 'établissement en ce point, attirant à lui tous ces produits primitifs, séparés de si loin par l’espace. Par la puissance de ses moyens, il accapare l’élaboration complète de la majeure partie de la matière première du monde entier (2).
- (1) Tome V, page 139.
- (2) Le Chili cl le Pérou commencent à expédier à l'Europe entière du cuivre à l’état métallique. Pour certains minerais, l’extraction du métal est une opération facile, et la métallurgie a fait des progrès dans ces pays, dans le premier principalement. Swansea, en conséquence, voit diminuer sa production. Voir le Rapport de M. Martelet, tome VII-, page 598.
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- CHAPITRE III.
- LUTTE ENTRE L’iNDUSTRIE RIEN OUTILLEE ET l’industrie MAL OUTILLÉE.
- C’est de l’Inde que venaient, il y a un siècle, les jolis tissus de coton, les toiles peintes ou impressions qui ont conservé de cette époque la dénomination d'indiennes. Aujourd’hui, l’Inde n’est plus pour l’Europe qu’un grand producteur de coton brut. Cette matière première, travaillée dans les manufactures européennes, retourne ensuite, toute fabriquée, sur les rives du Gange, du Bramapoutra etdel’Indus, où elle avait pu être récoltée l’année d’avant, et où elle affronte la concurrence des tissus faits dans le pays ; tant la supériorité des procédés et des appareils, ou, pour dire la même chose autrement, le concours fourni par la science et le capital, augmentent la puissance productive de l’homme et lui donnent de force contre les peuples chez lesquels ce concours n’existe que faiblement !
- Il ne faut pourtant pas croire que l’industrie de l’Inde se soit déjà rendue à discrétion ou même qu’elle doive nécessairement être détruite un jour. Elle résiste et résistera longtemps, par diverses causes. A défaut de machines, l’Indou a dressé ses doigts et leur a fait acquérir une souplesse et
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- CCCXCVI
- INTRODUCTION.
- une dextérité que nous ne connaissons pas en Europe. Par là il remédie un peu à l’extrême imperfection de son outillage. Ce qui le sert plus, c’est l’avantage d’avoir la matière première sous la main, au lieu que les produits de l’industrie anglaise, lorsqu’ils se présentent dans l’Inde, sont grevés de frais de transport pour deux trajets, l’un et l’autre de 18 à 20,000 kilomètres, quand l’article est en coton de l’Inde. Enfin la main-d’œuvre du tisserand indou est à vil prix en comparaison de celle de l’européen.
- Mais ce n’est pas tout.
- Une innombrable quantité d’articles en coton sert à vêtir les 180 millions de créatures humaines qui peuplent l’Inde et ses annexes. De toute antiquité, le coton occupe la plus grande place dans leur habillement et dans leur service domestique. Le docteur J. Forbes Watson, qui est l’administrateur du musée de l’Inde à Londres , a réuni 700 espèces caractérisées de tissus en coton, que met au jour couramment l’industrie des peuples de l’Inde, et dont l’Exposition offrait le résumé. C’est une diversité très-curieuse dans la finesse du fil, dans le mode de tissage, dans la forme même de l’objet, tel qu’il tombe du métier, et dans les couleurs. Les extrêmes s’y touchent. En même temps que les tissus les plus grossiers et à vil prix, on y trouve des mousselines filées et tissées à la main, qui font la stupéfaction des connaisseurs. Quoique provenant
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- d’une matière moins belle que le coton longue-soie de la Géorgie, qui s’emploie en pareil cas dans les fabriques européennes, ces mousselines sont à la fois plus légères et plus solides que tout ce qu’il y a de mieux réussi dans les produits du Lancashire, de la Suisse et de Tarare. On remarque, entre autres, un échantillon d’une longueur de 16 yards (14 mètres 60 centimètres) sur 48 pouces (1 mètre 22 centimètres), pesant seulement 13 onces avoir du poids (368 grammes); le prix est de 12 livres sterling, 5 shillings (308 francs), ce qui représente, en argent pur, un poids plus que triple de celui de la marchandise (1). Une industrie qui sait faire des objets de cette délicatesse, et qui, pour les articles les plus usuels, a le secret des formes, des dispositions et des nuances répondant au goût de son public, qui est protégée par la coutume et même par la religion (2), n’est pas une rivale aisée à détruire sur son propre terrain, surtout lorsque le consommateur est, par tempérament, aussi complètement asservi à la routine.
- C’est donc une lutte très-intéressante qui s’en-
- (1) 3Q8 francs contiennent 1,386 grammes d’argent fin.
- (2) Il y a des prescriptions religieuses qui interdisent au peu-
- ple indou de porter certains articles de vêtement, qui auraient été coupés avec des ciseaux et cousus, de sorte que ces articles sont tissés tels qu’ils doivent servir. L’industrie ‘ britannique ii’a pu se mettre au courant de ces conditions si minutieuses.'»' ! ’ : ÿ . . . ' . -• • t J H*
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- INTRODUCTION.
- gage, en ce moment, sur le terrain de l’Inde, entre l’industrie indigène et l’industrie européenne. La première, réduite aux expédients que lui a révélés une longue expérience, a, pour se tirer d’affaire, la triste ressource de rétribuer fort petitement l’ouvrier, qui, à la vérité, est habitué à se contenter d’une maigre pitance; l!a seconde paye cher la main-d’œuvre, mais elle est munie d’une multitude de procédés mécaniques, qui restreignent extrêmement le rôle du travail humain pour chaque objet. L’une dispose à peine de quelques embryons de capital ; l’autre tient sous ses ordres un capital immense, qui lui permet de ne reculer devant aucune dépense de premier établissement, devant l’acquisition d’aucun mécanisme perfectionné. L’abondance et l’accroissement d’activité et de richesse que provoque une administration plus équitable et plus intelligente, depuis que le Parlement a substitué son autorité à celle de la Compagnie des Indes, pour le gouvernement du pays, élèveront certainement le taux des salaires des ouvriers indous le fait commence même à se produire. Mais- il ne faut pas croire que l’élévation générale de la main-d’œuvre doive nécessairement déterminer l’anéantissement, de l’industrie cotonnière dans l’Inde., Sous la même influence qui aura donné aux salaires un mouvement, ascendant, cette industrie pourra bien se procurer,, elle aussi, la ressource des machines. Le capital qui se sera
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- amassé dans le pays, par le double fait de la hausse-des salaires et d’un meilleur gouvernement, en fournira les, moyens, quand bien même l’Europe n’y subviendrait pas. L’Inde a déjà fait les premiers pas dans, cette voie ; il existe à Madras des filatures de coton dans le- système européen (1).
- CHAPITRE IV.
- DOUBLE MOUVEMENT, L*UN POUR LA DIVISION DES INDUSTRIES ENTRE LES PEUPLES, L’AUTRE POUR LA CONCENTRATION I)’üN GRAND NOM-BILE I)’lNDUSTRIES CHEZ CHACUN D’EUX.
- L’ordre naturel des choses, c’est qu’il s’établisse-
- une division du travail entre
- les différentes par-
- ties du globe-, pour que le genre humain soit.ap-
- provisionné de toute chose aux meilleures conditions; ou, en d’autres termes, pour que, dans les entrepôts où puisent les différents peuples, il soit, possible de se procurer, avec une même quantité de travail, la plus grande quantité d’objets divers,
- propres aux divers besoins de l’homme-. Une telle division du travail doit être l’effet non pas d’un règlement, mais de la liberté ; elle- doit s’établir spontanément par- l'introduction générale- du principe de la liberté du commerce-dans le droit public
- 41), Il en existe aussi dans.la colonie française de Pondichéry.
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- - INTRODUCTION.
- du monde civilisé. Un des meilleurs arguments en faveur de la liberté du commerce, c’est précisément qu’elle doit nécessairement déterminer cette division du travail.
- Pour la question de savoir qui doit produire'telle ou telle matière première, le climat donne dans quelques cas, des indications précieuses.'Il révèle aisément les cultures qui sont permises et Celles qui sont défendues. A l’égard des articles manufacturés, il fournit moins de lumières, alors même qu’il s’agit de substances dont il est nécessaire d’avoir sous la main la matière première fraîchement récoltée. La nature a tant de ressources et, quand la science l’interroge, elle fournit des réponses si inattendues ! Pour bien des produits, on peut, à défaut d’une plante, s’adresser à une autre. Ainsi, pour le sucre. La culture de la canne ne pourrait se tenter chez nous ; mais on extrait un sucre, exactement le même que celui de la canne, d’une assez grande variété de plantes, parmi lesquelles la betterave s’est fait justement remarquer, et a été choisie avec-un grand avantage. Ensuite, outre les identiques, il y a les similaires et les équivalents qui se suppléent les uns les autres. ' : ’ • '• 1
- Quant aux industries manufacturières qui élaborent des matières premières d’une conservation facile et aisées à transporter, telles que la pupart des textiles ou les métaux, les motifs qui en déterminent le partage entre les différents pays sont
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- nombreux et complexes. La grande recommandation à faire sur ce point, c’est de laisser la répartition se faire naturellement et d’elle-même. Il ne faut pas avoir d’industrie en serre chaude. L’industrie qui ne vit que par des moyens artificiels n’enrichit pas le pays, elle lui impose un tribut.
- De cette manière, il y a dans la civilisation deux courants opposés, l’un qui porte les peuples à se répartir entre eux la production des divers articles nécessaires à leurs besoins, en sorte que chacun produise pour tous ce qu’il peut faire le mieux ; l’autre, qui pousse chacun d’eux à s’approprier la production de toute chose, par la voie des similaires, quand celle de l’identique est impossible. Cette dernière tendance est irréprochable, toutes les fois qu’elle renonce absolument à s’assister de privilèges qui soient des charges pour le pu-blic, telles qu’étaient les faveurs du régime protectionniste. Bienplusrdans ces conditions, où elle est d’accord avec la liberté et l’égalité, elle'est un symptôme révélateur de la puissance et de l’intel-' ligence de la Société ; elle atteste la vitalité de. l’esprit d’entreprise,.les ressources de l’initiative privée des citoyens.
- Le législateur doit ménager et respecter égale-: ment ces deux tendances, et leurdaisser le champ libre, pour qu’elles se manifestent dans toute leur énergie et toute leur spontanéité.
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- INTRODUCTION.
- CHAPITRE Y.
- CONCENTRATION DES INDUSTRIES DANS UN MÊME
- ÉTABLISSEMENT.'
- En observant l’industrie, on a lieu de constater cependant des dérogations très-accusées à ce genre de division du travail qui a pour effet de partager la confection d’un même article entre plusieurs établissements complètement distincts. II. existe un certain nombre de manufactures en grande prospérité et généralement regardées comme ayant beaucoup d’avenir, qui embrassent, au contraire, la totalité d’une fabrication complexe. Il en est qui réunissent dans leur sein plusieurs séries d’opérations, dont chacune habituellement forme un corps d’industrie séparé. Ainsi, 'il existe, en Alsace, et dans d’autres parties de la France, des établissements très-considérables où l’on fabrique les toiles de coton imprimées, en partant de la balle de coton
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- brut, arrivée des Etats-Unis, de l’Egypte ou de l’Inde, jusques à l’opération finale de Y apprêt du tissu. En France, la célèbre maison Dollfus, Mieg et Cie, de Dornach (Haut-Rhin)], présente le plus beau modèle du genre, mais elle n’est point la seule qui travaille ainsi et qui, par ce moyen, re-cueille de beaux bénéfices.
- Dans l’industrie du drap, de pareils exemples
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- CINQUIÈME PARTIE.
- CD III
- sont plus nombreux. En Angleterre même, il serait facile cle citer beaucoup de fabriques qui achètent la laine brute et effectuent successivement toutes les opérations, c’est-à-dire la filature, le tissage, le foulage, le tondage et l’apprêt. Il existe depuis longtemps, en France, de grands établissements dans ce système. On peut citer les fabriques de Lodève ; celle qui est si vaste, du baron Seil-lière, à Pierrepont (Moselle), et celle de la maison Balsan, à Châteauroux, qui se signale entre toutes par l’excellence de ses dispositions et par la perfection de son matériel.
- En Angleterre, la colossale fabrique de Saltaire, édifiée d’un seul bloc, avec toutes les annexes désirables, jusques et y compris une élégante église, par un manufacturier éminent, M. Titus Sait, et consacrée au travail de la laine peignée, est organisée sur la base de la réunion de toutes les opérations. C’est une des applications les plus satisfaisantes du système.
- En fait d’établissements ainsi constitués, un exemple très-remarquable est offert par le Creusot. On y trouve réunies l’exploitation des mines de charbon, l’extraction des minerais de fer, la fabrication de la fonte et du fer en barres et en feuilles et la construction des machines les plus compliquées, de celles qui réclament le plus de perfection, telles que la locomotive et la grande machine de navigation. C’est depuis qu’il est entre les mains de MM. Schneider (1837), que le Creuzot a reçu,
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- INTRODUCTION.
- par degrés, l’organisation qui le distingue. On y coule annuellement 130,000 tonnes de*fonte qui se convertissent en 110,000 tonnes de fers et tôles de toute sorte. Le mouvement de la gare centrale du chemin de fer du Creusot atteint 1,400,000 tonnes environ. Le nombre des ouvriers est de dix mille et la somme, répartie entre eux en salaires, monte à dix millions.
- En présence du succès qui a récompensé les diverses tentatives de concentration que nous venons d’énumérer, la critique est désarmée, et il n’est pas possible d’ouvrir la bouche, si ce n’est pour louer. Il y a seulement lieu de faire remarquer qu’à de tels établissements il faut un chef d’une capacité fort au-dessus de la moyenne et un état-major d’élite. Le système de la division s’accommode beaucoup mieux d’hommes d’une capacité ordinaire ; par cela même il répond mieux à la généralité des cas. C’est aux chefs; d’industrie à choisir entre les deux systèmes, clans la plénitude de leur liberté et sous leur responsabilité.
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- SECTION IV
- les idées générales qui itrécèdent'justifiées
- par 1’expérieiice.
- CHAPITRE I.
- UN EXEMPLE DE LA PROSPERITE PUBLIQUE ET PRIVEE A LAQUELLE PEUT S’ÉLEVER UN PEUPLE QUI A LE GÉNIE DE LA LIBERTÉ , LE GOUT ET L’ESPRIT DU TRAVAIL, L’AMOUR DU SAVOIR, ET QUI EST ACTIF A FORMER DU CAPITAL.
- Les Américains des Etats-Unis ont doté leur pays : d’abord de la liberté du travail, qui chez eux marche inséparable des autres libertés (1) ; ensuite d’une éducation générale qui est étendue à tous, obligatoire même, et qui dépose dans chaque intelligence ce quelle peut porter de connaissances en tout genre. Le courant des idées dominantes donne à chacun le goût d’appliquer aux arts utiles ses facultés et son savoir. A mesure que la population se répand sur la superficie de ce pays immense— il contiendrait la France quinze ou seize fois—et que se forment ainsi de nouveaux Etats,
- chacune de ces communautés s’empresse de sil-
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- (1) Voir, au sujet de la liberté du travail, page ceux.
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- INTRODUCTION.
- lonner l’espace qui lui est échu cle voies de communication perfectionnées et particulièrement de chemins de fer, exécutés avec une économie qu’on ne saurait trop louer, car on ne l’a pas assez imitée ailleurs, et les institutions de crédit s’vmulti-plient sous la forme de banques d’émission (1).
- Un des traits les plus dignes de remarque dans la manière dont cette nation a conçu et réglé ses destinées, c’est qu’elle a dirigé le principal effort de son activité, de sa volonté et de son intelligence, non pas vers la guerre, où l’Europe se laisse trop facilement entraîner, mais vers les arts de la paix, vers F exploitation des richesses offertes par la nature.
- Dès le lendemain de leur indépendance, les Américains adoptèrent, en même temps que cette politique pacifique vis-à-vis des autres peuples, un excellent programme intérieur pour maintenir leurs bons rapports réciproques, de sorte qu’en conservant, chacun chez soi, leur souveraineté propre et leur qualité d’Etat, ils ne se portassent pas ombrage les uns aux autres et n’eussent pas à se protéger contre leurs confédérés par une force armée. Ce qui était plus difficile que de consigner ce programme sur le papier et de le voter, ils ont su
- (i) Sur ce point des banques, il convient d’ajouter que les Américains ne se sont pas toujours montrés soucieux des meilleurs modèles à suivre et des garanties qu’il est indispensable d’exiger des fondateurs et directeurs.
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- s’y conformer jusques en 1861. Dans leur politique inoffensive envers les autres puissances, ils n’ont pas perdu cle vue ce qu’ils devaient à leur propre dignité. Ainsi, tout en faisant respecter leur honneur national, ils ont gardé, sans solution de continuité au dedans, et à peu près sans interruption au dehors, la paix, ce premier des biens pour les peuples civilisés, et ils ont accru leur capital des sommes énormes qui, chez les autres, étaient consumées parla guerre ou par l’entretien, en temps de paix, d’un immense appareil militaire.
- Dès le début, ils avaient eu soin de se placer, dans leur administration intérieure, sous le drapeau des principes politiques et sociaux les plus chers à la civilisation moderne, les mêmes que nous honorons sous le nom de principes de 1789.
- Enfin, du propre mouvement des individus, sans aucune intervention de l’autorité, sans qu’aucune atteinte fût portée aux droits de la conscience individuelle, ils ont maintenu parmi eux le sentiment religieux, qui, lorsqu’il s’assiste des lumières qu’on est assuré de trouver au contact de la liberté, est une des premières forces de la civilisation pour le bon ordre, la stabilité et l’harmonieuse régularité de la Société, la meilleure garantie pour les bonnes moeurs, publiques et privées.
- C’est par l’ensemble de ces moyens qu’ils ont fondé une nation dont les développements rapides font f étonnement du monde. • . :.
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- INTRODUCTION.
- Dans l’Union américaine, il y a un groupe, de six Etats qu’on désigne souvent sous le nom collectif de la Nouvelle-Angleterre, et qui montre par son exemple jusqu’à quel point une société d’hommes industrieux, intelligents, économes, énergiques dans le maintien de leurs droits, mais non moins empressés à reconnaître et à remplir, leurs devoirs, peut porter sa puissance productive, et comment une telle population peut parvenir à un degré d’aisance qui ne soit surpassé sur aucun point du globe, lors même quelle aurait été placée primitivement dans des circonstances très-défavorables.
- C’est qu’une société qui est animée d’un tel esprit et qui s’est façonnée comme nous venons de le dire, sait, par son travail, par son génie, par. le judicieux emploi de ses ressources, faire tourner à son avantage toute chose, même ce que d’autres considéreraient comme des obstacles. ,
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- Parmi ces six Etats, fixons nos regards sur l’un d’eux particulièrement,, celui de. Massachusetts, qui est le principal. Il fut'fondé par une poignée d’hommes éminemment dignes d’estime et, de respect, caractères fortement trempés, non moins distingués par leur aptitude aux affaires positives que par leurs sentiments et leur vertu, à la fois calculateurs et enthousiastes, et dont l’implacable persécution d’une église intolérante avait élevé le cœur, comme le feu purifie l’or. C’étaient les puritains de la Grande-Bretagne, les Pèlerins, comme
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- on les nomme en Amérique, à cause des pérégrinations qu’ils furent obligés de faire pour sauver le dépôt de leur foi; âmes et intelligences d’élite, dont la descendance conserve les traditions de ses pères.
- Les Pèlerins, débarqués dans le Massachusetts, rencontrèrent un terrain peu fertile, ayant souvent pour base un granit, qui non-seulement comporte peu la culture, mais qui, de plus, hérisse le lit des fleuves d’écueils et de cataractes: La région qui borde la mer, celle par conséquent qui était le mieux à leur portée et qu’il leur eût été le plus commode de mettre en culture, est semée d’étangs et de marécages. Le climat, d’ailleurs, est sujet à des variations extrêmes qui à l’été de Naples font succéder l’hiver de Moscou. Ces difficultés, devant lesquelles une race moins entreprenante eût senti s’évanouir son courage y n’effrayèrent' point les Puritains et n’ont pas arrêté davantage leur vaillante postérité. Elles ont' été abordées avec un mélange extraordinaire d’habilèté et de vigueur et ont été converties-en éléments de richesse et de prospérité, ainsi que nous allons succinctement le dire.
- ; Les cataractes par lesquelles, à la suite de quelque ébranlement de la croûte terrestre,-la constitution'granitique du sol avait, d’une manière uniforme,1 interrompu le cours* des fleuves , à une certaine distance de la mer, ont’été transformées 'en chiites d’eau motrices- pour des- manufacturés :
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- INTRODUCTION.
- témoin, entre autres, celles de la célèbre ville de Lowell, à 40 kilomètres de Boston. Ces manufactures sont les plus remarquables du monde, par le soin qui y est pris de la moralité et du bien-être des populations ouvrières, et par la sollicitude infatigable avec laquellè ces populations elles-mêmes veillent à la fois sur leurs propres mœurs et sur leurs propres intérêts. S’acharnant sur ces rochers de granit rebelles à la charrue, dont le détritus même donne un sol ingrat, les habitants du Massachusetts en ont fait de vastes carrières de matériaux à bâtir et la matière d’un commerce lucratif. Le granit de Boston, extrait par des procédés avantageux et ensuite taillé à la mécanique, se répand au dehors par la voie de mer et va se dresser en monuments qui ornent les villes proches ou éloignées. Il a un aspect bleu, particulier, qui en révèle l’origine, et il raconte ainsi, dans tous les lieux où il est apporté, les tours de force que sait accomplir le génie de Y Yankee; c’est le nom sous lequel, en Amérique même, sont connus les gens de la Nouvelle-Angleterre. Me promenant sur le port, à la Nouvelle-Orléans, qui par mer est à un millier de lieues de là, je voyais débarquer des pierres toutes taillées, d’un beau granit bleu. Je m’arrêtai comme devant de vieilles connaissances, et on me dit en effet : « C’est la façade de l’hôtel d’une banque, qui arrive toute faite des carrières de Boston; les ouvriers d’ici n’auront plus qu’à poser l’une sur
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- CINQUIÈME PARTIE.
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- l’autre les pierres, qui sont numérotées à cette fin. »
- Ils ont fait mieux avec les grands étangs d’eau douce que leur territoire présente, le long du littoral : ils en retirent, grâce à la rudesse même de leurs hivers, la matière d’un commerce important et d’un mouvement maritime fort considérable. L’épaisse couche de glace qui, par l’intensité du froid, se forme à la surface de ces nappes d’eau, est découpée en blocs quadrangulaires et réguliers, d’un arrimage facile, par des moyens simples, analogues à ceux qui servent au vitrier pour couper le verre ou le cristal à son gré. On en remplit de nombreux vaisseaux, dans la cale desquels la glace se conserve facilement, sous une couche de sciure de bois, et qui vont la distribuer dans les ports, non-seulement de toute l’Amérique, mais aussi de la vieille Asie ; car la glace du Massachusetts ne se borne pas à alimenter les
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- cités répandues sur le littoral des Etats-Unis, qui en consomment beaucoup, et où la glace est entrée, comme chose vulgaire, dans la consommation quotidienne de tout le monde. Traversant toute la largeur de la zone torride, elle se débite dans les ports de l’Amérique méridionale, que baigne l’Atlantique, jusqu’au Brésil, jusqu’au delà de la Plata. Elle double le cap Horn pour aller rafraîchir les habitants des ports de l’autre versant du nouveau monde, et arrive enfin à Canton, à. Calcutta * à Madras, à Bombay, après
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- INTRODUCTION.
- avoir franchi cle nouveau la majeure partie de la zone torride. Ce trafic de la glace occupe à lui seul autant de navires que le commerce de toutes les colonies françaises.
- Les habitants du Massachusetts se sont dit aussi que si le sol qui les entoure ne rendait pas à l’homme une rémunération suffisante, ils avaient la mer devant eux. Ils sont devenus les premiers pêcheurs du monde, et ce n’est pas seulement le menu fretin de l’Océan qu’ils poursuivent; la pêche de la baleine est devenue l’objet favori de leurs armements. Façonnés par la rude mer qui baigne leurs rivages, et toujours au courant des découvertes de la science, ils pratiquent admirablement cette pénible industrie, dans les parages les plus redoutés, jusque dans les régions polaires. Ils en possèdent presque le monopole aujourd’hui, monopole légitime, puisqu’il résulte de l’intelligence et du savoir de l’homme, développés par la libre concurrence. Une des causes, de la supériorité des Américains dans la grande pêche consiste dans une heureuse application du principe d’association, en vertu de laquelle, dans la répartition des bénéfices, tous les hommes attachés à l’entreprise, jusqu’au dernier des matelots, sont rendus solidaires. . ,, ,
- Encore un trait de mœurs qui montre sous un nouveau jour le génie industrieux de cette population: il .y, a un .certain nombre.d’années.,; quelques-parties! de lçur,. côtes furent .infestées,.de
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- requins.' D’autres, regardant ce vorace animal purement et simplement comme un fléau, se seraient proposé de l’exterminer, et n’auraient pensé à rien de plus. Pour les gens du Massachusetts, dont l’esprit, ouvert et ingénieux, est imperturbablement tourné vers l’exploitation de la nature, la destruction des requins aventurés dans leurs parages ne pouvait être que la moitié de l’œuvre. Ils virent dans ces monstres marins, que le hasard plaçait à leur portée, un but pour leur activité productive ; au lieu de se borner à tuer le requin, ils le pêchèrent; de la partie charnue, ils tirèrent de l’huile, et la partie osseuse fut vendue à' des cultivateurs, qui la broyèrent pour la répandre dans leurs champs.
- On apprécie mieux ce que peut faire l’homme, tout ce qu’il lui est possible d’obtenir de son travail, quand il le veut, si, à côté de cette esquisse de l’habitant du Massachusetts, on contemple une autre race, qui vit au milieu de circonstances naturelles beaucoup plus favorables, et qui-cependant n’est encore qu’au seuil de la civilisation, alors que l’habitant du Massachusetts a pénétré si' avant dans .la carrière, et présente un des types supérieurs de l’homme cultivé. De la Nouvelle-Angleterre , transportons-nous dans le bassin de la Plâta. Là, le terroir est fertile, le climat délicieux et * parfaitement salubre. Le nom’ de la. ville principale; Buenos-Ayres {bon air); n’est'point une vàntene1 : c’est l’expression de la pures' vérité,, et
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- INTRODUCTION.
- l’avantage qu’il révèle s’étend au pays tout entier. On y rencontre des fleuves majestueux, d’une navigation facile, dont les branches se ramifient au loin dans tous les sens, invitant ainsi l’homme à aller du littoral dans l’intérieur, pour y faire une florissante agriculture , qui écoulerait aisément ses produits par les mêmes voies navigables. Ce n’est point un terrain entrecoupé de montagnes qui en rendent le parcours difficile ou dangereux ; ce sont de vas tes plaines au sol modérément ondulé, bien connues sous le nom des Pampas, où il serait aisé de tracer des chemins de fer. A une population qui serait industrieuse, les plaines du bassin de la Plata, grandes comme des empires, fourniraient un champ d’exploitation indéfini. C’est à peine si la main indolente d’une race sans industrie a, jusques à ces derniers temps, cherché à tirer un parti avantageux de quelques-unes des ressources naturelles qui s’v offraient à elle avec profusion.
- En ce moment pourtant, les hommes éclairés des pays de la Plata paraissent réussir enfin à donner une heureuse impulsion autour d’eux (1). Mais leurs efforts surmonteront-ils l’ignorance et l’inertie d’une partie de la population, l’indisci-
- (1) Voii* ce qui a été dit plus haut, à l’occasion des laines de la Plata, de l’espcit de progrès qui paraît se révéler par l’extension de l’exploitation pastorale dans les Pampas, page lxxiii.
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- CINQUIÈME PARTIE.
- CD XV
- pline d’une autre, l’ambition turbulente de quelques chefs militaires sans scrupules ? Parviendront-ils à susciter une opinion politique fortement constituée qui fasse respecter les lois, en couvrant d’ignominie, et au besoin en frappant d’un juste châtiment ceux qui les violent et qui cherchent la satisfaction de leurs passions jusque dans l’assassinat (1).
- CHAPITRE IL
- COMMENT , DE NOS JOURS , l’ACCROISSEMENT DE' LA PUISSANCE PRODUCTIVE DE L’HOMME A PERMIS DE RÉSOUDRE DES PROBLEMES SOCIAUX ET POLITIQUES QUI, AUTREFOIS, AURAIENT ÉTÉ INSOLUBLES.
- § I. — Secours apporté par le capital et la science aux colonies, compromises par l’abolition de l’esclavage des noirs.
- Le degré de puissance productive auquel est parvenue l’industrie moderne, par l’intervention conjointe et de plus en plus active de la science et du capital, a permis de franchir des obstacles que tout le monde aurait, autrefois, jugés insurmontables.
- (1) Au moment où nous écrivons ces lignes (avril 1868),
- les journaux annoncent l’assassinat du général Flores , à
- *
- Montevideo, le lendemain du jour où il s’était démis du pouvoir, en se félicitant de ce qu’il l’avait exercé sans verser une goutte de sang. , , .
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- INTRODUCTION.
- C’est ainsi qu’ont été résolus des problèmes qui intéressaient la politique générale et le bon ordre du genre humain. Parmi les nombreux exemples tirés de l’histoire contemporaine, qu’il serait facile de citer, j’en mentionnerai deux seulement, et d’abord le maintien de la production du sucre dans les Antilles, après l’abolition de l’esclavage des noirs, qui semblait devoir y déterminer la cessation absolue de cette industrie, et plonger ainsi dans le dénûment et la misère toutes ces îles, naguères si florissantes.
- La cessation de l’esclavage dans les colonies, par l’Angleterre en 1833 et par la France en 1848, mit les blancs, propriétaires du sol dans les Antilles, à la discrétion de la population noire affranchie. Les nègres ne consentaient plus à travailler dans les sucreries, où ils avaient été traités en esclaves et dont l’habitation leur rappelait une abjection séculaire. Ils aimaient mieux s’établir à part, sur quelques lopins de terre auxquels ils faisaient rendre sans peine, sous ce riche climat, le peu qu’il fallait pour leur subsistance. Pour déterminer même les meilleurs des affranchis à continuer leur collaboration, il fallut leur donner des salaires très-élevés relativement, et, pour remplacer les autres, on dut recourir aux Coulis, appelés à grands frais de l’Inde et de la Chine. A ces embarras, s’en j oignait un autre dont la gravité n’était pas moindre : la concurrence de la betterave de l’Europe, qui, Sans cesse aidée de la science pour perfection-
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- CINQUIÈME PARTIE.
- CDXVII
- ner ses .procédés, produisait à des prix de plus en plus bas, et déprimait les cours de la denrée. Mais ce sont précisément les progrès accomplis par l’industrie sucrière de l’Europe qui ont tiré de peine les producteurs des colonies, et dans beaucoup de cas, ce sont des capitaux européens qui leur ont donné le moyen de s’approprier ces progrès. Voici comment :
- Dans nos trois îles à sucre, des capitalistes français sont intervenus; ils ont érigé des usines, dites centrales, munies des excellents appareils
- qui servent en Europe à l’industrie de la betterave ; les colons n’ont qu’à livrer la canne à ces établissements, aussitôt qu’ils l’ont coupée dans les champs, sans avoir à s’occuper de la traiter eux-mêmes. On leur donne en payement la somme qui représente un rendement de 5 pour 100 de sucre. Cette proportion est tout ce qu’ils obtenaient quand ils travaillaient la canne eux-mêmes et chez eux. L’usinier se paye avec le surplus que ses procédés plus avancés lui permettent de retirer, et qui est. de 5 pour 100 aussi. De cette-manière, la situation du colon est fort améliorée; l’usinier recueille un bénéfice très-satisfaisant, le consommateur est mieux et plus abondamment servi. La maison Cail„ si connue par ses succès dans l’art des constructions mécaniques, s’est consacrée à rétablissement, .de ce système d’exploitation, qui ylonne les. meilleurs résultats. :;..,i ti| <1, o-monueiKn V . , Je.ne fais ici. qu’effleurer -cet intéressant,.sujet,,
- bh
- T. I.
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- INTRODUCTION.
- mais on le trouvera fort bien traité, dans le Rapport de M. Dureau sur l’état comparé de l’industrie, sucrière dans les diverses contrées (1).
- On voit par là comment l’assistance combinée du .savoir et du capital assure ce résultat si désirable, que l’émancipation des noirs ne soit pas un désastre pour les pays où cette race infortunée avait été sous le joug de l’esclavage. Si cette aide n’était venue, toutes ces belles colonies auraient été réduites à la triste condition dont Haïti est l’affligeant modèle. Haïti, c’est l’émancipation des noirs, exécutée sous les auspices les plus hostiles au savoir et au capital, par l’exil de la race blanche., qui représentait la science et l’art d’administrer, et par la dévastation, l’incendie et le meurtre, qui détruisirent le capital antérieurement acquis.
- §2. — Les difficultés suscitées par la diplomatie à la Compagnie du canal maritime de Suez, levées par la puissance acquise à l’industrie dans les temps modernes.
- I
- Un second exemple, parfaitement représenté à l’Exposition, témoigne, plus hautement encore que le précédent, en faveur du concours que l’industrie, perfectionnée par l’assistance du savoir et du capital, peut apporter à l’accomplissement des œu-
- (I)' Voir ci-après, tome XI, page 281.
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- CINQUIÈME PARTIE,
- CDXIX
- vres les plus hardies, et en même temps les plus utiles. C’est le triomphe obtenu par la Compagnie de l'isthme de Suez sur les obstacles que lui avait suscités un des grands gouvernements de l’Europe, en lui faisant interdire le concours des ouvriers du pays. Tout le monde connaît les services que promet le canal maritime de Suez et sait avec quelle intelligente activité la Compagnie, organisée par M. Ferdinand de Lesseps, en poursuivit l’exécution, aussitôt que la concession lui en eut été accordée par le vice-roi d’Égypte. Un fait, non moins notoire, c’est l’acharnement avec lequel
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- un homme d’Etat anglais, lord Palpierston, s’est appliqué à entraver l’entreprise, dont pourtant,, plus que personne, l’Angleterre doit profiter. Dans la dernière période de sa vie, lord Palmerston semblait avoir une idée fixe : barrer le chemin à l’influence française. Sous cette inspiration jalouse, il parvint à obtenir du Sultan, suzerain du vice-roi, une décision qui rendait impossible, à la Compagnie du canal, de se procurer les bras égyptiens dont elle avait besoin, dont il semblait qu’elle ne pût se passer.
- Le creusement' du canal nécessitait l’enlèvement, en plein désert, d’une masse énorme, inouïe de terres, de sables ou même de pierres. Il ne s’agissait de rien moins que de 74 millions de mètres cubes. C’est, par kilomètre, le décuple environ de ce qu’exige la construction d’un chemin de fer à deux voies dans un pays au moins moyennement
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- INTRODUCTION.
- difficile (1). Ce gigantesque travail se faisait à bras, parles procédés en usage en Europe. Les ouvriers indigènes, bien traités par la Compagnie, se relayaient successivement sur les chantiers, en formant un effectif, toujours présent, de 20,000 hommes, et, par ce moyen, l’œuvre avançait à la satisfaction générale. Ce fut dans ces circonstances que lord Palmerston obtint le firman sous lequel il se flattait d’écraser la Compagnie, dont ensuite il aurait recueilli l’héritage forcé. Se parant des couleurs de la philanthropie, il représenta que c’était la corvée des fellahs, un esclavage déguisé, et que, par conséquent, en fournissant ainsi des hommes à la Compagnie, le vice-roi opprimait son peuple et violait la loi de l’empire ottoman.
- Mais, en présence de cette implacable animosité/ les hommes courageux et énergiques qui dirigeaient les affaires de la Compagnie ne désespérèrent pas. Ils pensèrent qu’en appelant à leur aide
- (1) Le canal de Suez a 160 kilomètres ; il y a donc eu à déplacer, par kilomètre, 462,500 mètres cubes. Comme termes de comparaison, mentionnons que, pour un ensemble de 763 kilomètres du chemin de fer français du Nord, celte moyenne est de 40,000 mètres cubes, et que, pour 363 kilomètres de la ligne de Paris à Mulhouse, elle est de 47,000. Les chemins de fer dont il s’agit sont à deux voies. On est donc fondé à dire que le canal de Suez comporte des mouvements de terres décuples de ceux d’un chemin de fer à deux voies dans des circonstances au delà de l’ordinaire.
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- CINQUIEME PARTIE.
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- les machines, ils échapperaient, non il est vrai sans engager un gros capital, à la ruine que leur préparait la diplomatie du premier ministre britannique. D’habiles constructeurs leur apportèrent leur concours et c’est ainsi qu’ont été inventés des appareils ingénieux et puissants, avec lesquels il a été possible de se passer des bras, fournis jusqu’alors par les fellahs, et de suffire à la tâche avec un nombre restreint d’ouvriers européens. Les machines nouvelles, qui ont été imaginées pour le creusement du canal, avec l’assistance de la vapeur, sont d’un très-grand effet. C’est surtout une drague d’un modèle nouveau, dite à long couloir, qui, non-seulement enlève les terres dans ses godets, mais ensuite les dépose sur les côtés du canal, où des wagons les reçoivent pour les transporter, par un chemin de fer, dans les dépressions du sol (1). Cette drague se manœuvre à la vapeur. La Compagnie du canal a fait construire un grand nombre de machines de ce genre.
- Une fois ces appareils établis, le travail a marché au delà des espérances de la Compagnie et dn public européen, qui suit avec une vive sollicitude cette belle entreprise d’intérêt universel. On estime que, avec le secours de ces engins, on peut extraire 2 millions de mètres cubes par mois. A ce compte, les 40 millions qui restaient
- (1) On trouvera plus de détails au sujet de ces mécanismes dans le Rapport de M. E. Baude, tome X, page 227.
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- INTRODUCTION.
- à retirer au 1er janvier 1868, quantité extraordinaire pourtant, n’ont plus rien dont on puisse s’inquiéter. Ce serait l’affaire de vingt mois; en septembre 1869, le canal, à moins d’accidents imprévus, serait achevé et ouvert au commerce du monde. Qu’on y mette six mois, un an de plus, personne n’en saura mauvais gré à la Compagnie.
- La conception, la construction et l’installation, au milieu du désert, de tous ces mécanismes si efficaces, fait le plus grand honneur à MM. Borel et Lavalley. Ils ont, donné à l’industrie les appareils les plus puissants et les plus ingénieux qu’on ait, jamais appliqués aux terrassements ; voilà un progrès considérable qui, grâce à eux, est acquis à l’art des travaux publics, et il faut s’attendre à ce qu’il en soit fait des applications importantes (1).
- Mais une transformation aussi complète de l’entreprise n’a pu s’effectuer sans une énorme mise de fonds : on calcule que le matériel en dragues, bateaux-porteurs allant à la mer, gabares à clapet, appareils élévateurs, excavateurs, grues à vapeur, chalands, caisses à déblais, locomotives et locomobiles, canots à vapeur, toueurs, etc., a exigé 60 millions de francs. Ainsi, c’est bien le concours du capital et du savoir-qui a sauvé la Compagnie de l’isthme de Suez.
- (1) Il est très-possible qu’on ait à s’en servir, par exemple, pour le creusement du canal interocéanique dans le grand isthme américain.
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- SIXIÈME PARTIE
- CTvCx'tT'sS^O
- SECTION I
- Dt*s «»ncoui*ag'cmciits qn’a reçus la iiftcrtc du travail et des acquisitions que la puissance productive de l*ltomme et de la société est en voie de réaliser par le moyen «les améliorations sociales et politiques accomplies «tans les «lernières années.
- CHAPITRE I.
- ABOLITION DE L’ESCLAVAGE. -ABOLITION DU SERVAGE.
- -- ADOPTION DU SYSTÈME REPRÉSENTATIF AU LIEU
- DU GOUVERNEMENT ABSOLU.
- A côté des perfectionnements industriels, proprement dits, il convient de porter au compte des dernières années un certain ordre de faits de l’ordre moral et de l’ordre politique qui ont exercé déjà et doivent de plus en plus exercer une grande influence sur l’avancement de l’industrie et sur la dose de bien-être qu’elle répand parmi les hommes, à la condition qu’ils travaillent.
- Les institutions sociales et politiques ont,
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- INTRODUCTION.
- dans un grand nombre d’États, éprouvé des modifications très-caractérisées, qui ont changé les rapports des populations ouvrières des villes et des champs avec les autres classes de la société et avec l’autorité elle-même. Un esprit de noble et intelligente bienveillance s’est propagé parmi les chefs d’industrie et leur a inspiré le ferme propos d’entretenir de bonnes relations avec les populations placées sous leur direction. Le niveau de la philanthropie s’est élevé, parce qu’elle s’est placée sur une hase solide, celle d’un patronage intelligent autant que généreux, qui respecte la dignité et la liberté du patroné.
- Elles-mêmes, les populations ouvrières tendent à se mettre à la hauteur de la situation nouvelle, qui leur est faite par la loi politique dans la
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- plupart des Etats ; elles se livrent à des efforts plus ou moins persévérants, plus ou moins éclairés, dans le louable dessein de se préparer un meilleur avenir, qui soit leur propre ouvrage.
- De là divers ordres de faits fort distincts, -quoique convergeant vers le même but, qui est non-seulement le progrès industriel, mais encore le progrès social, par l’amélioration morale, intellectuelle et matérielle du sort des populations ouvrières.
- Parmi les changements apportés aux institutions politiques et sociales, dans le cours des dernières années, l’événement le plus considérable est la révolution, heureusement termi-
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- SIXIEME PARTIE.
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- née aujourd’hui, dont les États-Unis ont été le théâtre ensanglanté. Cette grande nation, qui prise tant la liberté sous toutes les formes, la liberté politique, la liberté religieuse, la liberté industrielle, offrait, sur une partie considérable de sa vaste étendue, le tableau dont on avait lieu d’être surpris autant qu’attristé, de l’esclavage d’une des races humaines, pratiqué avec une rigueur qui rarement a été égalée. On en était venu à contester le nom ou la qualité d’homme à cette race infortunée, et des tribunaux, éclairés en d’autres matières, avaient sanctionné cette révoltante doctrine. L’affranchissement des noirs des Etats-Unis a été consommé par une crise qui a duré cinq années consécutives ; cinq années de guerre et de destruction, de 1861 à 1865; cinq années d’efforts gigantesques, suivies d’un ébranle-
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- ment qui dure'encore.
- L’abolition de l’esclavage sur le territoire de la grande République américaine ne peut manquer de déterminer le même événement dans le reste du nouveau monde. La florissante île de Cuba, ainsi que Porto-Rico, appartenant l’une et l’autre à l’Espagne, s’apprêtent, trop lentement peut-être, à modifier et à supprimer le régime de la servitude. Le vaste empire du Brésil prépare, plus visiblement, la même transformation sociale.
- En Europe, une politique nouvelle, favorable au grand nombre, manifeste avec régularité ses
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- effets dans presque tous les Etats. Le régime
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- INTRODUCTION.
- représentatif est devenu le système commun dans toute cette importante partie du monde. Seule en ce moment, parmi les nations chrétiennes de l’Europe, la Russie fait exception à cette nouvelle règle; mais ce vaste empire, depuis l’avènement d’Alexandre II, a fait un grand pas dans la voie du progrès par l’émancipation des serfs, et, avant de se résoudre à une nouvelle étape, on a cru convenable de se recueillir et de se préparer.
- Le droit d’élire des mandataires qui composent de grandes assemblées politiques votant le budget et participant au gouvernement, a été étendu là où il existait antérieurement, et appliqué de même d’une façon très large, là où il a été une innovation. De toutes parts donc, le droit du suffrage politique est à l’usage, non plus seulement de quelques classes restreintes, mais aussi bien des artisans et même d’hommes placés à un moindre rang dans l’industrie.
- Les populations ouvrières exercent ainsi, à des degrés divers, la haute attribution de concourir à la nomination de députés formant eux-mêmes une des deux chambres d’un parlement, et non pas la moins influente. Sans doute, ce n’est pas partout comme en France, où le droit de suffrage est reconnu à tous, sans aucune condition de propriété, d’impôt ou même d’instruction. Mais partout on est au delà de ce qui avait été essayé, chez nous, sous la forme des électeurs à 300 et 200 francs d’impositions directes, dans la pé-
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- SIXIÈME PARTIE.
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- riode comprise entre 1814 et 1848. L’Angleterre, qui avait résisté pendant un certain nombre d’années, a, dans le courant même de 1867, élargi le mécanisme qui lui était propre.
- La généralisation du système représentatif et la reconnaissance du droit de suffrage au profit d’une partie au moins des artisans et des ouvriers, devaient entraîner, comme une conséquence directe et comme une obligation étroite, l’adoption par les gouvernements de mesures plus avantageuses à l’avancement moral, intellectuel et matériel des populations, ce qui implique, pour le moins, un ensemble de mesures favorables à la liberté du travail. L’instruction publique en général, l’instruction primaire en particulier est aussi l’objet d’une plus grande sollicitude.
- Mais il s’en faut qu’on ait lieu de s’endormir dans la quiétude. La société n’est pas une tente dressée pour le sommeil. Il faut qu’on reste debout et qu’on fasse des efforts toujours nouveaux, d’autant plus qu’on s’est proposé de faire partici-/ per un plus grand nombre d’hommes aux bienfaits de la civilisation, d’autant plus qu’on s’est jeté plus en plein dans le courant démocratique.
- La voie nouvelle où l’on est engagé excite les appréhensions de personnes parfaitement intentionnées, dont le regard ne peut se détacher du passé, et qui sont promptes à s’alarmer des innovations.^ Il est en effet souvent dangereux d’innover, mais nous sommes dans un temps où il y
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- INTRODUCTION.
- aurait bien plus de danger à rester stationnaire, et où la prudence portée à l’excès est une imprudence souveraine. Le passé, certes, a eu ses moments de gloire et de grandeur, mais le plus souvent il avait infligé aux peuples de cruelles souffrances, et les peuples, se redressant enfin, ont de propos délibéré rompu avec lui. Il serait chimérique de supposer qu’on pourrait les y ramener, et il ne le serait pas moins de croire qu’ils n’ont pas la ferme volonté de placer entre ce régime détesté et eux une profonde séparation, un abîme. En France, du moins, cette détermination des esprits ne saurait être mise en doute.
- Pourtant il n’est pas contestable que le chemin qu’on a devant soi est âpre et raboteux, et que le passage de l’ancien ordre social et politique au nouveau serait marqué par de nouveaux faux pas et de nouveaux désastres, si, pour la suite des manœuvres qu’il faut accomplir, toutes les classes, sans exception, ne s’inspiraient de beaucoup de bonne volonté les unes pour les autres, et ne faisaient provision de patience autant que de résolution. Profitons des leçons que nous avons reçues dans les périodes antérieures de ce difficile pèlerinage.
- La direction nouvelle qu’ont prise les peuples est caractérisée par deux signes qui lui sont propres.
- L’un est la suppression des privilèges, ou, pour parler autrement, l’égalité qui, dans sa formule la plus élevée, ne reconnaît d’autre différence entre
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- SIXIÈME PARTIE.
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- les hommes que celle qui est fondée sur les vertus personnelles et sur la capacité attestée par les services.
- L’autre est la liberté, c’est-à-dire le droit reconnu à tous de développer leurs facultés personnelles et d’en faire l’usage qu’ils croient le meilleur, pour l’avantage de la société et pour leur bien propre. La personnalité humaine doit désormais être dé-
- gagée des langes dont elle était entourée dans les étals primitifs de la société. C’était pour l’avantage de chacun, disait-on, qu’on la tenait ainsi emmaillotée et comprimée ; et, en effet, il a pu y avoir de bonnes raisons, alors, pour agir de la sorte, môme pendant de longues périodes. Mais outre qu’on a extrêmement abusé, sous l’ancien régime, du besoin qu’ont pu avoir les peuples d’être dirigés, outre que la tutelle s’est souvent changée en une affreuse tyrannie, la preuve est faite que de nos jours les peuples doivent rentrer en possession de la liberté.
- La liberté reconnaît autant de formes qu’il y a de modes distincts dans l’aptitude humaine, autant que nous avons d’ordres de facultés.
- Il y a la liberté religieuse, la première de toutes, parce que c’est la consécration suprême de l’affranchissement de la pensée, c’est-à-dire de la force qui mène l’individu et le monde.
- Il y a la liberté politique, qui se révèle, soit par l’intervention des peuples dans leur propre •gouvernement, au moyen demandatair.es compo-
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- INTRODUCTION.
- sant des assemblées délibérantes qui votent l’impôt, fixent les dépenses publiques et font les lois,’ soit par la faculté d’exprimer et de publier ses opinions, soit par celle de se réunir pour traiter
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- des affaires de l’Etat ou des localités.
- Il y a enfin la liberté du travail, liberté de droit naturel, inoffensive pour les prérogatives des gouvernements, et que ceux-ci pourtant ont mis peu d’empressement à reconnaître ; ils l’ont souvent contrecarrée par des règlements, paralysée par des monopoles, ou étouffée sous le poids des taxes.
- La liberté du travail implique nécessairement la liberté d’association industrielle, car l’association est un des usages que l’homme est le plus porté à faire de sa liberté.
- Au point où sont parvenus les peuples de la race européenne, on peut tenir pour certain que la puissance productive de chacun d’eux est en proportion de ce qu’il possède, et de ce qu’il sait pratiquer, de l’égalité et de la liberté, telles que nous venons de les définir. Sous cette double égide, disons mieux,, sous l’action de ce double aiguillon,; chacun, individu ou peuple, perfectionne son individualité chacun atteint, dans la carrière de l'industrie, de même que dans les autres modes de l’activité humaine, une valeur et une puissance qu’aucun autre ordre social et politique ne saurait procurer, au meme degré, à l’ensemble des citoyens.
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- SIXIÈME PARTIE.
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- C’est ainsi que le progrès de l’industrie a une liaison intime, indissoluble avec les formes politiques avancées que l’esprit humain a conçues et que, de nos jours enfin, il peut mettre en pratique.
- CHAPITRE II.
- LES POPULATIONS OUVRIÈRES SE PROPOSANT , PAR
- l’association, d’améliorer leur sort de leurs
- PROPRES MAINS.
- § 1. — L’association, —Sociétés coopératives pour la production et pour la consommation
- La nouvelle dignité dont sont investies les populations laborieuses, dans le domaine de la politique, a agi sur ces classes comme un stimulant, pour qu’elles s’efforçassent d’améliorer leur situation par leurs propres efforts.
- Animées d’espérances nouvelles et désireuses de les réaliser, les populations ouvrières des villes, ont recouru particulièrement à l’esprit d’association. Il s’est constitué des sociétés ouvrières exemptes, je devrais dire privées, dans leurs élé-.ments, du mélange des autres classes; tel est le caractère des sociétés coopératives, qui sont fort, en vogue en ce moment, et qui s’appliquent à. une. assez grande variété d’objets,
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- INTRODUCTION.
- Les unes ont pour but la production même, c’est-à-dire l’exercice d’une industrie, manufacturière le plus souvent; les autres s’occupent de la consommation; elles fournissent leurs membres
- de denrées alimentaires principalement, à des conditions meilleures que si chacun les achetait dans un magasin de détail.
- O
- Une troisième variété, qui n’est pas la moins intéressante, et à laquelle nous consacrerons une mention spéciale, est celle dont on trouve le type dans les banques du peuple, déjà multipliées en Allemagne, par les soins incessants, aussi éclairés que patriotiques, de M. Sclmlze-Delitzsch.
- L’association permet à une collection d’individus, faibles isolément, de s’investir d’une grande puissance. L’idée de s’associer est une idée saine, qui s’appuie sur un des sentiments les plus profondément gravés dans le cœur de l’homme, car il est le plus sociable des êtres, et le besoin qu’il éprouve d’exercer sa sociabilité ne le cède en rien à aucun autre, môme à celui de la liberté. Encore faut-il, pourtant, que l’association repose sur des
- fondements solides, et non pas sur des bases in-
- • *
- certaines ou imaginaires II ne suffit pas de s’associer pour réussir; il faut que l’association ait. une organisation en rapport avec les données de la nature humaine et avec les principes fondamentaux sur lesquels repose la grande société que forme la nation.
- La pensée de s’associer pour se procurer des
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- SIXIEME PARTIE.
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- articles de consommation a eu des succès qu’il était facile de prévoir. Il n’y fallait pas un capital disproportionné aux ressources réelles des associés. Il n’était pas non plus nécessaire d’avoir, pour la direction, des hommes d’une grande capacité, versés dans les détails de la pratique d’une industrie, et particulièrement doués du don d’administrer. Il était possible, avec de l’esprit d’ordre et de la probité, de faire fonctionner des associations de ce genre, à la satisfaction de tous leurs membres. C’est, en effet, ce qui a eu lieu. On en cite beaucoup qui prospèrent.
- Pour les associations destinées à la production, le problème était plus ardu. Là, un capital im-. portant était indispensable ; ou, pour parer à l’in-sufUsance du capital qu’on pouvait réunir, un crédit qui ne s’obtient pas aisément dans certains pays parmi lesquels la vérité m’oblige à ranger la France. Il fallait que les associés trouvassent, pour les diriger, des hommes d’une certaine supériorité et qu’à ces chefs, choisis parmi eux, leurs égaux confiassent des pouvoirs très-étendus.
- Un des moyens les plus efficaces, pour garantir le succès d’une association quelconque, consiste en ce que ses membres s’engagent, les uns envers les autres, par les liens de la solidarité; c’est une nécessité dans le cas où les associés n’ont pas fait l’apport d’un capital individuel, de quelque importance, qui devienne un cautionnement de fait. Dans une société de consommation,
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- cc
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- GDXXXIV
- INTRODUCTION.
- les conséquences de la solidarité n’ont rien d’effrayant. L’opération est simple, pour ainsi dire élémentaire, les chances d’insuccès sont à peu près nulles. A moins que le chef ou agent de la société ne soit un mandataire infidèle et ne se livre à des fraudes, on ne voit pas comment les sociétaires pourraient être compromis par lui. Dans une association de production, le péril est plus grand, même en supposant que le chef du pouvoir exécutif n’enfreigne en rien les règles de la probité. On peut être un honnête homme et conduire mal une lubrique, en entraînant ainsi l’association à de grosses pertes, même à sa ruine.
- Dans les diverses sociétés coopératives qui se sont fondées en France, l’idée de la solidarité a rencontré des répugnances très-vives, qui ne sont pas surmontées encore. C’est un grand, obstacle à la marche régulière de ces sociétés, et à leur propagation, car elles n’inspireront de confiance que si elles offrent une garantie de ce genre. Il faut même le dire, la résistance à la solidarité porterait à croire que les membres des associations éprouvent, les uns vis-à-vis des autres, le sentiment de la méfiance, et un pareil état des esprits n’est pas un témoignage à citer en faveur de l’avancement des mœurs publiques.
- § 2. — Les banques du peuple de l’Allemagne.
- Les banques du peuple doivent être citées parmi
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- SIXIÈME PARTIE.
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- les formes les plus intéressantes, les plus dignes d’éloges de la société coopérative, et méritent une mention particulière. #
- Les banques du peuple représentent le plus remarquable effort qui ait été fait par les populations ouvrières pour l’amélioration de leur propre sort. En toute justice, on doit remarquer, cependant, qu’elles n’ont pas été seules à y concourir et à leur livrer leurs économies. Des artisans placés à un niveau plus satisfaisant de bien-être, et même des personnes appartenant à des classes aisées ont apporté leur pierre à l’édifice , leurs versements à la société. Les capitaux réunis dans les banques du peuple proviennent donc non-seulement des ouvriers, mais aussi d’autres catégories de personnes. Il n’en est pas moins vrai que les ouvriers en ont fourni une bonne part, et ils ont été bien inspirés de ne pas se montrer exclusifs et de confondre, au contraire , très-volontiers leurs épargnes avec les contributions des autres classes. Celles-ci n’ont pas été moins louables de se prêter à l’arrangement. D’ailleurs, la part qu’y prennent les ouvriers est de plus en plus grande, et ils tendent à en devenir l’élément principal.
- Les banques du peuple présentent visiblement un progrès sur les caisses d’épargne qui les ont précédées. La caisse d’épargne n’avait d’autre attribution que de recevoir' les économies du pauvre : elle les faisait valoir et servait aux déposants un intérêt qui ne pouvait être que très-modéré, parce
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- INTRODUCTION.
- qu’on s’était imposé fort judicieusement la condition que les sommes déposées reçussent un placement *sûr, sans sinistres possibles. On avait été amené, en outre, à restreindre à une somme modique le total des dépôts permis à chacun. La limite, en France du moins, n’était pas assez élevée pour que la somme accumulée par un déposant formât un pécule qui pût lui garantir le pain de la vieillesse. C’est ainsi que dans les pays où l’on est le plus soucieux des intérêts des classes peu aisées, et particulièrement, en France, on avait été conduit à créer, à côté des caisses d’épargne, une autre institution financière d’intérêt populaire, sous le nom de caisse des retraites.
- La différence essentielle entre la banque du peuple et la caisse d’épargne, même quand celle-ci est accouplée à une caisse des retraites, c’est que, avec celle-ci, l'ouvrier ne retire des sommes qu’il a déposées aucun secours pour la fécondation de son travail. La banque du peuple, au contraire, est une banque d’escompte, dans l’acceptation ordinaire du mot; elle est un établissement de crédit qui, moyennant la garantie d’engagement valables, avance des capitaux à l’homme industrieux et, de cette manière, lui facilite grandement le travail et l’élévation de sa condition.
- Les banques du peuple ont trouvé un promoteur éclairé et* courageux, dans la personne de M. Schulze-Delitzsch, ancien juge de paix, depuis, membre du parlement prussien. .Cet homme de
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- SIXIEME PARTIE.
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- dévouement a été, en Allemagne, pour la seconde moitié du xixe siècle, ce qu’avait été en France, pour la première moitié, un philanthrope qui a laissé les meilleurs souvenirs, M. Benjamin Delessert, dont les efforts incessants ont popularisé parmi nous les caisses d’épargne. M. Schulze-Delitzsch a combiné le meilleur règlement pour ce genre d’institution. Il a rapproché et réuni toutes les banques du peuple éparses sur la vaste surface de l’Allemagne, en laissant à chacune sa liberté, dans le sein d’un organisation qui augmente leur force et qui donne au public et à chacun de leurs membres la garantie d’un contrôle.
- Le système des banques du peuple est organisé sur le principe que les Anglais nomment le self government et les Allemands selhst hülfe. Il est entièrement en dehors de la tutelle et de l’action du gouvernement. Il procède de l’initiative indi-
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- viduelle et ne réclame de l’Etat rien de plus que l’application de la célèbre formule des physio-crates : Laissez faire.
- Ce sont des sociétés qui reconnaissent le principe de la solidarité, principe qui convient si bien aux nations éclairées et viriles, chez lesquelles l’esprit d’association ne cherche pas à se voiler, mais au contraire appelle le contrôle et aime à se fortifier sous l’aiguillon de la responsabilité.
- Pour se faire une idée des modiques contributions qu’exigent les banques du peuple, et par conséquent de leur caractère démocratique, il sui-
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- INTRODUCTION.
- fit de rappeler que le droit d’admission y varie de 10 à 15 silbergros (1 fr. 25 à 1 fr. 85), et que la cotisation mensuelle est de 2 silbergros (25 centimes). C’est avec ces faibles moyens, accumulés et grossis par leur nombre, qu’on forme un capital social, un fonds de roulement et un fonds de réserve. Les versements et les bénéfices de l’entreprise se capitalisent jusqu’à parfait achèvement de la somme fixée pour l’apport social.
- Le mouvement qui a donné naissance aux banques du peuple, date de 1852, époque où M. Schul-ze-Delitzsch, qu’on avait jugé à propos de transférer de la justice de paix de la petite ville de Dc-litzsch à celle d’une autre localité, donna sa démission, pour se consacrer au succès de l’œuvre qui est devenue, pour l’Allemagne un élément de prospérité, pour le monde civilisé un exemple à suivre, pour lui-même un titre de gloire. En 1855, on ne comptait encore que sept banques du peuple. Il y en avait, en 1861, 340, dont 151 dans la seule Prusse, et 53 en Saxe. En 1863, il en existait 662, et la somme des avances qui furent accordées cette année par 339 de ces institutions, les seules dont on ait eu les comptes, était de 34 millions de thalers (128 millions de francs). Aujourd’hui, il y en a près de 1,200 et la somme des escomptes ou avances faits, en 1866, par 532 d’entre elles, a été de 320 millions de francs (1).
- (1) Almanach de la coopération pour 1868, page 99.
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- Suivant les conseils de M. Schulze-Delitzsch, les banques du peuple se sont groupées en unions provinciales, qui ont leurs séances collectives ou l’on s’éclaire réciproquement, et où l’on s’accorde mutuellement des secours en cas de besoin. Toutefois, la majorité n’impose aucune décision, chaque banque est libre d’en suivre les avis. Cependant on se communique ses comptes réciproquement, surtout dans le cas d’un secours.
- Une banque centrale a été, par les conseils de M. Schulze-Delilzsch, fondée avec des capitaux distincts avec la mission de servir de point d’appui aux banques du peuple dans les temps difficiles, qu’il faut toujours prévoir.
- Enfin, une agence centrale à la tête de laquelle est M. Schulze-Delitzsch, en qualité de directeur salarié (1), dirige le mouvement coopératif qui embrasse non-seulement les banques du peuple, mais aussi les sociétés de production et de consommation. Elle 'assiste de ses conseils les associations déjà existantes et celles qui sont en voies de se former. Elle négocie, dans leur intérêt, des emprunts chez des banquiers, ou même chez quelques-unes des banques du peuple. Son rôle est celui d’un conseil judiciaire, d’un aide, d’un médiateur.
- (1) Il reçoit un traitement de 1,000 thalers (3,760 francs).
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- INTRODUCTION.
- § 3. — Des Trade’s Unions de l’Angleterre.
- Lorsque l’association se forme entre des ouvriers, à l’exclusion systématique et absolue des autres classes de la société, elle est sujette à présenter des inconvénients de divers genres; elle soulève même une objection de principe, en ce qu’elle est contraire à l’idée fondamentale sur la-
- quelle repose la société moderne, l’imité de la nation. Il est à craindre que des associations, formées exclusivement d’ouvriers, au lieu de préparer la concorde ou la conciliation des intérêts,
- n’en favorisent que l’antagonisme. Des exemples récents ont montré à quels écarts les associations ainsi constituées pouvaient se laisser entraîner par des meneurs sans scrupule et trop complaisamment écoutés.
- Nous voulons parler des faits qui, récemment, ont reçu une constatation officielle et éclatante en Angleterre, et qui concernent les associations ouvrières. Ces associations,, très-répandues de l’autre côté du détroit, sous le nom de Trade’s Unions ( Unions de Métiers ), sont formées dans chaque localité entre les ouvriers de la même profession, à l’exclusion absolue des chefs d’industrie et de leurs employés de bureau et agents supérieurs. Non contents de se concerter entre, eux pour obtenir une augmentation de salaire par le procédé de la coalition, les membres
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- d’un grand nombre de ces associations ont donné leur adhésion à un plan qui consistait à forcer tous les ouvriers de leur profession à se conformer aux décisions d’un comité directeur, en employant les moyens de la contrainte personnelle, poussée jusqu’aux dernières violences contre les personnes et contre la propriété. Les ouvriers qui usaient de leur liberté pour aller travailler dans des ateliers que le comité avait mis en interdit, ou qui acceptaient des prix autres que ceux qu’il avait plu au comité de prescrire, étaient poursuivis de vexations, insultés, battus, et, finalement, devenaient l’objet des tentatives les plus criminelles. Un des procédés les plus en usage, pour punir les ouvriers qui résistaient aux injonctions du comité et pour intimider les autres, était de jeter de l’acide sulfurique concentré à la figure des opposants, pour les défigurer et leur crever les yeux. Une autre pratique familière aux comités était de rendre le travail périlleux aux ouvriers qui ne se soumettaient pas. Ainsi, pour les bri-quetiers, on mêlait des aiguilles à l’argile qu’ils manient. Pour les remouleurs, on plaçait de la poudre à canon dans les meules, afin de les faire éclater. Le moins qu’on se permît envers les récalcitrants, qui prétendaient garder leur liberté, était de tuer leur vache ou leur chèvre, ou de briser leurs outils.
- Mais on allait bien au delà de ces’ dommages et de ces méfaits : Il y a eu des ouvriers assas- ^
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- INTRODUCTION.
- sinés à coups de fusil, pour n’avoir pas voulu obéir aux ordres du comité; il y en a eu dont on a fait sauter la maison avec un baril de poudre ou une bombe, pendant qu’ils y étaient avec leur famille. Les chefs d’industrie, qui se montraient rebelles aux décisions de ces nouveaux francs-juges, ont été l’objet de crimes du même genre, et, pour comble d’infamie, le chef d’un comité qui avait ordonné des meurtres et les avait fait exécuter à prix d’argent, le comité des remouleurs de scie (saw-grinders) de Sheffield, a eu l’audace de faire, publier, dans les journaux, la promesse d’une forte récompense à qui en découvrirait les auteurs. Diverses personnes, et entre autres William Broadhead, des remouleurs de scie de Sheflield, ont été reconnues par leurs propres aveux coupables de ces attentats; et, ce qui est plus affligeant, parmi les unionistes, l’opinion semble établie que de tels actes sont de droit naturel et que rien n’est plus régulier que d’agir ainsi pour fair monter les salaires. Il ne paraît pas que le plus affiché de tous les scélérats qui ont ourdi ces trames coupables , William Broadhead ait perdu la confiance de l’union dont il était l’àme. Il semble, au contraire, qu’il en jouisse tout comme avant qu’il se fût dévoilé lui-même. En ce moment, l’Angleterre est comme frappée de stupeur par la révélation qui vient de lui être faite de la formidable organisation qu’elle porte ainsi dans.ses flancs. Mais c’est patiemment,
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- froidement, et par les moyens de la légalité ordinaire, qu’elle cherche le remède au mal.
- On peut penser et, pour ma part, j’en suis convaincu, qu’aucune des associations ouvrières qui peuvent exister présentement en France, ne se serait portée à des actes aussi criminels. Mais est-ce a dire que, sur le continent européen, et en France comme ailleurs, les associations exclusivement composées d’ouvriers soient sans danger?
- Les rapports faits par les délégués des ouvriers de Paris sur l’Exposition de 1862 à Londres, et d’autres publications plus récentes démontrent trop que, même en France, les lumières manquent à cette partie de la population, au sujet des questions sociales et de l’organisation du travail, plus qu’à la classe des chefs d’industrie, quoique celle-ci, certainement, ait aussi à apprendre.
- Les programmes qui sont tracés dans ces rapports, les moyens qui y sont indiqués pour l’amélioration de la condition des populations, sont entachés de beaucoup d’idées fausses et dangereuses. Ils révèlent, pour la plupart, une tendance très-forte à constituer en France, sous le nom de corporations dirigées par des syndicats, des sociétés composées exclusivement d’ouvriers, comme les Tracte’s Unions, animées d’un esprit exclusif; peu sympathiques pour la liberté du travail, peu respectueuses de la liberté individuelle et de l’égalité.
- C’est ainsi qu’on y recommande la limitation du nombre des apprentis, l’exclusion des femmes des
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- INTRODUCTION.
- ateliers, l’égalité des salaires pour tous, dans chaque profession, quelle que soit l’inégalité de leur aptitude, de leur adresse et de leur zèle.
- Des associations dans lesquelles domineraient les idées qui étaient le plus en faveur parmi les délégués de 1862, et qui paraissent ne pas moins plaire à une partie de ceux de 1867, profiteraient peu à la paix sociale et serviraient très-mal la cause des populations ouvrières. Dans le temps où nous vivons, on nuit à la cause qu’on croit servir lorsque, dans l’intention de lui être utile, on porte atteinte à la liberté et à l’égalité du prochain. Il est prouvé que le terrorisme, qui a été mis en usage dans plusieurs industries ' de Sheflield, par exemple, et qui semblait y avoir courbé toutes les volontés, a eu ce résultat que le bien-être des ouvriers des professions, où ces coupables moyens étaient employés, s’est développé moins que celui des autres (1).
- L’examen de la question que nous venons d’effleurer provoque une réflexion qu’il m’est impossible de ne pas soumettre au lecteur. Les aberra-
- (4) Sur ce point et sur les divers autres aspects du sujet des Trade's Unions, M. EdwinChadwick a lu à l’Institut (Académie des sciences morales et politiques) un mémoire rempli d’indications précieuses. Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, cinquième série, t. XIV, p. 161. M. Courcelle-Seneuil a aussi présenté à ce sujet des observations très-judicieuses dans son ouvrage Liberté et Socialisme (ch. v, p. 123 et suivantes).
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- tions de divers degrés que nous venons de signaler, procèdent principalement d’une ignorance profonde dans les matières d’économie sociale et politique. Si les ouvriers étaient plus éclairés sur ces questions, la pente de leur esprit serait toute différente, et ce serait dans d’autres directions et par d’autres moyens qu’ils chercheraient l’amélioration de leur sort. Donc, il est utile, il est urgent de répandre parmi eux les saines notions de Véconomie politique et sociale. Le législateur devrait y encourager les bons citoyens (1). Gomment donc notre législation, de la plus fraîche date, persiste-t-elle à frapper d’un impôt spécial les publications d’économie politique et sociale, qui ne |ont pas des volumes et qui, par leur brièveté, seraient plus accessibles aux ouvriers?
- Pour que l’association soit utile aux classes ouvrières, il est nécessaire qu’elle procède de sympathies beaucoup plus larges que les sentiments sur lesquels sont édifiées les Trade’s Unions, ou que les tendances accusées par les programmes des ouvriers français. Les associations qu’il faut appeler de ses vœux sont celles qui réuniraient les chefs d’industrie et les simples ouvriers, leurs collaborateurs. C’est un sujet sur lequel il reste
- à présenter quelques observations.
- «
- (1) Il y a quelques années, le 16 février 1857, dans son discours d’ouverture de la session législative, l’Empereur avait prononcé ces paroles : « Le devoir des bons citoyens est de répandre partout les saines notions de l’économie politique ».
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- § 4. — De l’association sous la forme de la participation de
- l’ouvrier aux bénéfices.
- Il y a déjà plus de trente ans que quelques personnes, en très-petit nombre, placées à la tête d’établissements divers, ont eu l’idée d’associer les ouvriers ou les employés aux bénéfices de l’industrie, en leur répartissant à la fin de l’année une part déterminée de ces bénéfices, qui venait en addition des salaires habituels de la profession. Ces chefs d’industrie étaient persuadés que, par là, non-seulement ils donnaient une satisfaction morale et matérielle à la population ouvrière, mais même que la charge, qu’ils s’imposaient ainsi, serait compensée par un redoublement d’application des collaborateurs de tous les rangs, par une production plus grande ou meilleure, et par la suppression du gaspillage des matières qui, quelquefois, occasionne des pertes fort sensibles (1).
- Cette manière de procéder a été successivement introduite dans un certain nombre d’ateliers importants, où l’on s’en est très-bien trouvé. Voici quels en seraient les traits principaux :
- L’ouvrier recevrait chaque quinzaine, comme
- (1) h y a des industries où ce gaspillage peut atteindre ‘des proportions très-fortes. Telle est celle de peintre-vitrier que pratique M. Leelaire, un des hommes qui ont les premiers adopté la participation.
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- aujourd’hui, un salaire fixe ; mais, en outre, à la fin de l’année, après que l’intérêt du capital aurait été payé aux bailleurs de fonds, avec un prélèvement pour l’amortissement et un autre pour former un fonds de réserve, le reste se partagerait, dans des proportions convenues, entre le capital et le travail; tous les collaborateurs, jusqueset y compris le chef lui-même, mais à l’exception de ceux qui n’auraient été employés que passagèrement, auraient leur part dans la rémunération ainsi assignée au travail. L’ouvrier qui s’en irait volontairement, ou qui se serait fait renvoyer, n’aurait aucun droit à la participation de l’année courante, non plus que sur le fonds de réserve ou d’amortissement, ni sur les retenues qui pourraient avoir été faites dans l’intérêt d’une caisse de secours aux malades. Ainsi entendu, le système de la participation n’a rien que de conforme aux principes, et on avait lieu de prévoir qu’il donnerait des résultats satisfaisants. Avec la participation, la situation morale de l’ouvrier serait changée, autant, pour le moins, que sa situation matérielle. L’harmonie de la société tendrait à se substituer à un antagonisme dont souvent les effets sont regrettables et menacent de devenir désastreux. Avec un pareil régime, les grèves, qui sont fort préjudiciables à tout le monde, deviendraient beaucoup plus rares. :
- En organisant ce mode de rétribution, il conviendrait de favoriser la fidélité des ouvriers aux
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- établissements, en rendant la participation proportionnelle, jusqu’à un certain point, à la durée des services, et en ne la faisant courir qu’à partir d’un certain noviciat.
- Il ne faudrait cependant pas que les populations se fissent illusion sur les conséquences nécessaires de la participation. Il ne s’ensuivrait pas toujours, qu’en somme, leur rémunération serait plus élevée. Les bénéfices nets de la plupart des établissements dépendent de circonstances commerciales sur lesquelles personne en particulier n’a d’action. Une variation marquée dans le prix des matières premières peut être la cause qu’un établissement, bien administré d’ailleur&, n’obtienne que des profits insignifiants. Les années de crise ont des effets fâcheux qu’un chef d’industrie isolé ne saurait conjurer.
- De leur côté, les établissements ne sauraient retirer de la participation des effets de quelque importance, si l’on ne faisait en sorte que la îxL numération découlant de la participation fût, autant que possible, en rapport avec le concours que chacun aurait apporté à l’œuvre commune. •
- Dans les établissements où cette méthode de rémunération est appliquée, on a trouvé avantageux d’affecter une partie du complément, ainsi acquis à chacun des ouvriers ou employés secondaires, à la formation d’un capital qui, plus tard, devienne pour lui une ressource , et garantisse le bien-être de sa vieillesse. Cette combi-
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- liaison paraît exercer une très-heureuse influence. Elle est en vigueur dans la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, un des premiers établissements où la participation des collaborateurs aux bénéfices ait été organisée. ‘
- On a essayé avec succès une variante de ce système, qui se présente comme fort avantageuse pour l’ouvrier, en ce qu’elle l’affranchit des chances aléatoires du commerce qui viennent affecter, sans qu’il y puisse rien, les bénéfices de l’établissement, quelquefois même les anéantir, et qui lui procure une rémunération supplémentaire dépendant uniquement de lui-même, ou tout au plus d’un petit nombre de camarades avec lesquels il est en collaboration incessante. Supposons un établissement dans lequel le produit définitif serait le résultat de cinq ou six opérations distinctes: Pour chacune des opérations, les employés et ouvriers, par lesquels l’opération doit s’accomplir, formeraient une association temporaire, qui entreprendrait la besogne à forfait, dans des conditions parfaitement déterminées. L’administration de l’établissement, agissant comme un commanditaire bailleur de fonds, fournirait ses ateliers, son matériel de machines et d’outils à la charge de les entretenir, à plus forte raison toutes les matières. Des salaires, préalablement fixés à un taux modique, seraient distribués pendant le cours .de l’opération, à titre de prélèvement sur le prix convenu. Lorsque le travail aurait été achevé, l’excé-
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- dant serait distribué aux collaborateurs, sauf les retenues qui auraient été réglées d’avance, dans le but de former pour chacun d’eux individuellement une réserve, et déduction faite de quelques sommes mises à part, pour être affectées à des œuvres de solidarité ou de prévoyance.
- Conformément à ce plan, il serait facile d’établir des associations temporaires entre un nombre restreint d’ouvriers, de manière à faire dépendre la part de chacun de ses efforts individuels ou de ceux d’un petit groupe.
- C’est ainsi que, dans quelques maisons qui se livrent sur de grandes proportions à la construction des machines, des marchés sont passés entre rétablissement et des groupes peu nombreux d’ouvriers, pour des travaux déterminés, comme serait, par exemple, un certain nombre de locomotives. Les ouvriers en retirent une rémunération plus élevée et les maisons n’ont qu’à s’en applaudir (1).
- (1) Voici comment les choses se passent dans deux grandes maisons de construction mécaniqué, la Société J.-F. Cail et O et la Compagnie de Fives-Lille :
- Les ouvriers de chaque spécialité sont groupés par équipes, composées d’un chef ouvrier et d’auxiliaires plus ou moins nombreux, suivant la nature du travail. La valeur de l’heure de travail est déterminée contradictoirement entre eux et les contre-maîtres, ce qui d’abord sert à coter la valeur personnelle de chacun d’eux. Un travail étant à faire, le contremaître en offre un prix à forfait, sur lequel il se met d’accord avec un chef d’équipe; pendant l’exécution du travail, le chef
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- Le système cle la participation est très-séduisant, et les effets qu’il a rendus jusqu’ici semblent en rapport avec les espérances qu'il a fait naître. Il est aujourd’hui en activité dans un certain nombre d’établissements. En Angleterre, où, depuis quelque temps, les relations entre les maîtres et les ouvriers sont plus tendues et plus difficiles que partout ailleurs en Europe, on assure •qu’il a révélé une grande puissance pour l’appla-nissement des obstacles. On cite des mines de charbon où, auparavant, la discorde était perpétuelle entre les patrons et les ouvriers, et où tout a été pacifié par la participation.
- Un des avantages de la participation serait de fixer peu à peu ces ouvriers nomades qui promènent leur humeur inquiète d’atelier en atelier,
- d’équipe et les autres ouvriers reçoivent, le jour'de la paye, la valeur du nombre d’heures pendant lesquelles ils ont travaillé, d’après le taux afférent à chacun d’eux. Les avances ainsi faites n’atteignant pas le prix à forfait convenu avec l’équipe, le solde est partagé entre tous, au prorata de ce qu’ils ont reçu chacun d’après leurs heures de travail. Les prix à forfait sont établis de manière que les ouvriers gagnent, par ce moyen, environ 25 pour 400 de plus qu’à la journée.
- Tous les travaux de détail et d’ensemble qui se font dans les divers ateliers pour aboutir à l’exécution des machines, sont l’objet de marchés semblables autant que possible.
- Ce mécanisme fut adopté en 1848, par la maison Cail, sur la proposition de M. Houel, qui en était alors l’ingénieur en chef, et plus tard par la Société de Fives-Lille, dont M. Houel est un des membres.
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- sans souci du lendemain, sans règle et sans ordre dans leur conduite. Elle tendrait à augmenter de plus en plus la classe des ouvriers rangés qui comprennent ce qu’on gagne à tenir une vie régulière et à se montrer prévoyant.
- C’est surtout au point de vue moral qu’elle mérite d’être recommandée. Elle métamorphose la condition de l’ouvrier; elle fait de lui un associé, au lieu d’un salarié; elle lui fournit un marchepied pour s’élever, s’il s’en rend digne. Indirectement, elle a une grande vertu pour accroître la puissance productive de la Société. En un mot, le système de la participation mérite d’être compté parmi les améliorations sociales qu’il importe le plus de mettre en honneur.
- Il y a plus de quarante ans, un homme qui, par ses succès en industrie et par la manière dont il les avait obtenus, a laissé un nom des plus honorés, M. Paturle, avait adopté, dans sa manufacture du Cateau, le système de la participation, sans le faire descendre cependant jusqu’aux ouvriers. Il le réservait aux agents supérieurs et aux contre-maîtres. A l’égard des simples ouvriers, il employait d’autres moyens poùr exciter leur zèle. J’avais l’honneur d’être de ses amis, et je lui ai souvent entendu dire que ce mode d’organisation, qu’il avait pratiqué cependant avec une grande largeur, par l’importance des parts qu’il distribuait, était une des causes de sa fortune. Les continuateurs de M. Paturle, au Cateau, qui avaient
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- été ses collaborateurs, se sont fait un devoir d’être fidèles à ses traditions, et ils n’ont qu’à s’en applaudir.
- La participation des ouvriers aux bénéfices est donc un but à atteindre, un objet à poursuivre; elle n’a rien de contraire à la nature des choses, rien d’incompatible avec les droits des chefs d’industrie. Il y a de grands effets à en attendre, pour le succès même de la production et le progrès de l’industrie. Mais, pour en arriver là, des conditions sont à remplir dans plus d’un genre, et d’abord, des conditions morales.
- CHAPITRE III.
- DE LA SITUATION MORALE DES POPULATIONS OUVRIERES.
- La situation d’esprit des populations ouvrières, dans tous les pays où l’esprit de liberté s’est propagé et a jeté des racines, est digne, en ce moment, de la plus grande attention. Il convient de s’en préoccuper dans l’intérêt de l’industrie ; mais ce n’est pas tout, car il ne s’agit pas seulement d’assurer la production et de la rendre de plus en plus efficace pour la prospérité publique, par l’accroissement de la puissance productive; il faut aussi prévenir des déchirements intérieurs qui
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- compromettraient la sûreté même des Etats. En un mot, à l’égard des ouvriers, on à à résoudre
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- des problèmes politiques et sociaux autant que des;'. questions économiques.
- Il est manifeste que les populations ouvrières ne sont pas satisfaites de- leur sort. Elles élèvent des plaintes; de plus en plus vives, des réclamations de plus en plus énergiques et hardies, et comme actuellement elles disposent dans l’Etat d’une influence étendue, comme elles ont la force, du nombre, il serait d’une souveraine imprudence de n’en pas tenir compte, quand bien même l’équité ne commanderait pas d’examiner leurs demandes avec impartialité et d’y faire droit dans tout ce qu’elles peuvent avoir de légitime.
- Un sentiment mal défini leur révèle que l’association peut être d’un grand effet pour le soulagement de leurs souffrances. Mais, avec l’instruction si évidemment insuffisante qu’elles ont-reçue, elles sont sujettes à se créer, en fait de projets d’association, des fantômes pour lesquels elles.se prennent d’une passion peu justifiée. C’est ainsi qu’elles ont supposé qu’elles résoudraient la plupart des questions qui les intéressent par des associations coopératives de production, formées d’ouvriers seulement, à l’exclusion des bourgeois; ainsi encore elles- se sont persuadé que le capital était pour elles' un ennemi implacable, une sorte de vampire qui absorbe et dévore leur substance et qu’il n’y aurait que justice à lui supprimer sa. participation aux produits: du travail, c’est-à-dire à abolir l’intérêt ducapital. Comme.si cette parti-
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- cipation du capital n’était pas le légitime retour d’un service rendu, et comme, si, du moment qu’on aurait aboli l’intérêt du capital, en admettant qu’on y pût effectivement parvenir, on n’aurait pas détruit, par cela même, la force inces-; sauraient vigilante qui pourvoit à sa formation et en favorise la conservation !
- Il y a', dans l’esprit des populations ouvrières, un certain nombre d’utopies que le développement de l'instruction publique ferait évanouir. Ce n’est pas une des moindres raisons qui doivent convertir les personnes soucieuses de fortifier, dans la société, les éléments conservateurs, à l’adoption d’un système d’éducation primaire qui soit général, qui ait assez d’ampleur pour que les lumières remplacent les funestes préjugés dont l’influence est notoire, et qui atteigne tout le monde, même- les familles où des pères, démoralisés par l’ignorance, refuseraient d’envoyer leurs enfants à l’école.
- Ce serait une raison notamment pour que le programme élargi de l’instruction primaire comprît les notions principales de l’économie politique;: Si les populations restent étrangères aux véritables^ notions de la science économique, qui est libérale et conservatrice en même temps, il est fort à craindre qu’elles ne fassent bon accueil aux propositions décevantes d’une économie politique fausse, tyrannique et subversive. • :
- Chez une fraction des populations ouvrières, eb
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- particulièrement dans les grandes villes, auss bien en France qu’en dehors, des idées fâcheuses sont accréditées. A côté d’opinions erronnées, dont nous venons de rappeler quelques-unes, on y rencontre des penchants plus regrettables encore, et, par exemple, de considérer les règles communes de la morale et les croyances religieuses comme superflues pour le bonheur et le succès des individus, la grandeur et la durée de la société ; et l’on s’en affranchit comme on ferait d’une tyrannie ou d’un vain préjugé.
- Bien au contraire cependant, une société où l’idée du devoir et le sentiment de la famille sont éteints ou affaiblis, et où le sentiment religieux a disparu, n’a qu’une vie précaire et subordonnée. Elle peut tramer longtemps une existence effacée, mais le souffle du progrès n’est plus en elle.
- C’est un fait constaté par l’histoire que, jusqu’ici, les nations qui ont formé un corps compacte, doué d’une grande vitalité, et ont rempli longtemps un grand rôle sur la terre, professaient une religion à laquelle elles étaient fermement attachées, et que celles chez lesquelles le sentiment religieux s’était évanoui n’ont rien fondé qui ne fût éphémère, ont manqué de cohésion et ont fini par tomber à la merci des autres.
- La société ne peut être riche et procurer le bien-être à chacun de ses membres qu’autant que le travail s’y déploie dans son activité et sa fécondité ; mais pour que le travail atteigne son dévelop-
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- pement normal, et qü’il montre la puissance qui lui est propre, il faut qu’il soit entré dans les habitudes de tout le monde, que chacun le regarde comme un devoir impérieux, un devoir de tous les jours, envers les autres et envers soi-même; or, c’est dans la religion que l’homme rencontre la notion la plus élevée et la plus sympathique de ses devoirs envers autrui et envers sa propre personne. Une société ne forme de capitaux, — et sans capitaux l’impuissance de l’industrie et le dénûment de l’ouvrier sont des plaies incurables, — qu’autant qu’elle a le goût et la pratique permanente de l’épargne. Or, comment pratiquerait-on l’épargne régulièrement et d’une manière continue, si l’on n’avait la coutume de l’économie et celle des bonnes moeurs? Et il est impossible que celles-ci subsistent, pour la généralité d’un peuple, si pour se maintenir elles n’ont, par delà la sanction du raisonnement, la consécration supérieure qui vient du sentiment religieux.
- Ainsi, même en se plaçant au point de vue restreint des intérêts industriels, on a lieu de proclamer que le séntiment religieux et l’observation des règles de la morale forment la pierre angulaire de l’édifice.
- Si les classes ouvrières avaient le malheur d’adopter l’idée que leur désir d’une meilleure existence matérielle pourrait se réaliser alors qu’elles auraient elles-mêmes répudié les principes de la morale et le sentiment religieux, elles
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- INTRODUCTION.
- seraient dupes d’une funeste illusion et se prépareraient un amer désappointement. Sur ce sujet, l’expérience a prononcé et la raison est d’accord avec l’expérience.
- A côté de cette observation, il est opportun, il est indispensable d’en placer une autre : les populations ouvrières attendent l’exemple des classes plus cultivées, de celles qui possèdent les richesses, le savoir, les honneurs. Nous ne sommes pas dans un temps où l’on puisse dire que les mœurs et la religion sont faites pour le peuple. Il n’en peut plus subsister dans les régions populaires qu’au tant qu’on en aura au-dessus.
- Les classes les mieux pourvues ne doivent pas se dissimuler que, plus que jamais, les populations peu aisées ou pauvres prennent modèle sur elles et se croient permis les penchants qui sont de mise dans l’étage social où brille la richesse. S’il est de bon ton parmi les riches de dissiper sa fortune dans la prodigalité et le scandale, l’ouvrier est provoqué à faire de même de son salaire, et s’il arrivait que le sentiment religieux fût bafoué dans les beaux hôtels qu’haîbite l’opulence, il cesserait très-rapidement de recevoir des hommages dans la modeste demeure de l’ouvrier.
- Les dépenses folles auxquelles se livrent quelques personnes parmi les classes riches, l’ostentation de luxe dont elles affectent d’offrir le spectacle ont un inconvénient particulier dans les sociétés démocratiques où l’égalité devant la loi
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- SIXIÈME PARTIE.
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- est fondamentale. Elles sèment, parmi les populations peu aisées ou pauvres, une irritation qui germe, grossit et finit par des haines violantes, d’où sortent des orages publics.
- L’inégalité des conditions est un fait indestructible, là même où la loi a établi ou reconnu l’égalité des droits, parce qu’elle est inhérente à la nature humaine. Bien plus, ce n’est pas au législateur qu’il appartient de réprimer ou de contenir les écarts d’un luxe insolent, pas plus qu’il n’est de son domaine d’obliger les hommes à se montrer animés du sentiment religieux. Les lois somptuaires qui, dans aucun temps n’ont eu, à beaucoup près, la puissance qu’on avait voulu leur donner, seraient, de nos jours, plus qu’impuissantes, elles seraient ridicules. De même les lois qui tendraient à forcer les hommes à faire: démonstration de piété et de foi,. ne serviraient, qu’à propager l’irréligion. C’est dans sa liberté, (pie chacun doit s’imposer à lui-même, un frein salutaire et de bonnes règles de conduite, et pratiquer la croyance qui aura persuadé son esprit et captivé son cœur.. Chez une nation qui a des lumières, la liberté, lorsqu’elle rencontre une opinion publique qui a du ressort, tourne à l’avantage
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- du vrai et du bien. Elle profite aux vertus de famille, elle encourage et honore la vie rangée, elle favorise’ le sentiment religieux. L’Angleterre en fournit un remarquable exemple.. Il y a un siècle,, les mœurs, y étaient, fort irrégulières; elles n’avaient pas’
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- INTRODUCTION*
- cessé de l’être depuis Charles II. La foi religieuse de même y était chancelante. La pratique des libertés publiques, sous le contrôle d’une opinion qui savait se faire écouter, a fini par rétablir l’autorité des bonnes mœurs et par relever le sentiment religieux dé son abaissement.
- Si, aujourd’hui, en Angleterre, il ne manque pas d’exemples de dépenses insensées, on peut dire que non-seulement l’opinion les condamne, mais qu’elles sont faites avec moins d’éclat qu’ailleurs. Le faste des Anglais opulents, surtout dans l’intérieur des villes, est moins apparent et moins provoquant pour le pauvre, que celui qu’on rencontre chez d’autres nations.
- - Les observations que nous présentons ici relativement à l’Angleterre, sont également vraies de l’Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, on est plus attentif encore à payer son tribut aux idées d’égalité, même dans le cercle de l’existence privée. Quelque fortune qu’on ait, on regarderait comme üne grande faute d’attirer sur soi l’attention par une existence fastueuse et prodigue. Dans cette grande république, où l’égalité politique règne au même degré qu’en France, sous les mêmes auspices du suffrage universel, le riche, qui veut faire apercevoir les millions qu’il possède en trouve l’occasion éclatante ailleurs que dans l’exagération de ses dépenses personnelles et le caractère à la fois stérile et ruineux des plaisirs qu’il se permet. Il consacre des sommes importantes à des objets
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- d’utilité publique. Il souscrit largement à la fondation d’une école ou d’une université. Il fournit la dotation d’une chaire bien rétribuée pour y faire enseigner quelque branche de la science par un savant éminent. Ou bien il aide abondamment de ses deniers la création de quelque autre établissement, dont le besoin se faisait sentir : une église, une bibliothèque, un hôpital. M. Peabody, dont les largesses, en faveur de l’instruction publique- et des établissements de bienfaisance, surpassent ce que pourrait faire une tête couronnée, est un exemple frappant du procédé moral et patriotique qui, dans un pays libre, où domine l’esprit démocratique, se présente à l’homme opulent, s’il juge à propos de manifester sa richesse aux yeux de ses concitoyens, autrement que par une disposition testamentaire, afin de jouir, de son vivant, du tableau du bien qu’il aura fait.
- La religion est une des forces les plus efficaces pour le maintien de l’harmonie sociale. Ainsi que l’a fait observer un philosophe, dont des esprits étroits se sont plu à dire qu’il était athée, le célèbre Hegel, la religion est par excellence une puissance de paix. Elle tend à fi^er la paix au
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- sein de chaque Etat. Elle tend même, avec moins de succès cependant, jusqu’ici, à la faire prévaloir entre les nations. Elle est pour l’individu le moyen de tenir dans l’apaisement les passions qui voudraient bouillonner dans son âme.
- Dans des sociétés telles que la nôtre, où 1’iné-
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- INTRODUCTION.
- galité des. conditions est flagrante à côté de l’égalité politique, inscrite et pratiquée, à titre de principe constitutionnel, le sentiment religieux est le meilleur agent qu’il y ait pour rapprocher les extrêmes. A celui qui est favorisé de la fortune, il conseille et commande l’estime et l’affection pour son semblable déshérité, et le ferme propos de l’aider à s’élever. Au pauvre, il inspire la patience, l’honnêteté au milieu des tentations, la confiance en un meilleur avenir ici-bas et la résolution qu’il faut, pour y parvenir, des efforts intelligents, la reconnaissance pour la sympathie effective dont il est l’objet, et enfin l’espoir de la compensation dans une autre vie, si le succès lui échappe dans la vie présente. Il est fort douteux que les sociétés modernes qui essayent de se constituer sur la base de l’égalité, puissent y parvenir si le sentiment religieux ne leur sert pas de ciment.
- Dans les temps modernes, le sentiment de la liberté a accompli des merveilles. Mais l’expérience n’est pas encore terminée d’une grande transformation sociale et politique qui se soit consolidée et ait acquis une consistance défiant les siècles, par la puissance du ’seul génie de la liberté, sans l’assistance et le concours du sentiment religieux. Il est d’ailleurs fort douteux que, sans l’appui du sentiment religieux, la liberté puisse jeter chez un peuple* des racines profondes et s’affermir dans le sol.
- En un mot, jusqu’à présent, le plus puissant levier que jusqu’ici les peuples aient eu pour élever
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- leurs destinées, l’histoire le montre, c’est la religion, en ce sens que, plus que toute autre force vive, elle a excité^ chez les nations les facultés des individus, les a dirigées vers un but commun et les a fait concourir à l’entreprise d’une meilleure organisation sociale.
- Mais alors se présente une difficulté bien grave pour certains peuples, et, entre tous, pour ceux chez lesquels le sentiment religieux n’est guère connu que sous la forme du culte catholique. Ces peuples sont livrés, à un tiraillement continu entre les principes politiques qu’ils ont adoptés, à l’ombre desquels ils sont résolus de vivre, et les enseignements qui sont donnés au monde du haut de la chaire vénérée de saint Pierre, au sujet de la direction qu’il convient d’imprimer à la politique
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- des Etats. Impossible d’imaginer une contradiction plus flagrante.
- D’un côté, les peuples qroyent et professent ouver tement que la liberté et l’égalité politiques sont de grands biens, que le gouvernement représentatif est celui sous lequel on rencontre les conditions les meilleures et les plus honorables pour l’existence collective des nations et pour celle des individus. Ils se sont prononcés pour la souveraineté nationale, le système électif, la liberté de la presse; ils veulent affermir et développer les institutions libérales et égalitaires dont ils sont déjà en possession.
- Pendant ne temps le saint Père .proclame, avec la plus grande solennité, que ce que les peuples
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- INTRODUCTION.
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- considèrent comme des biens suprêmes est un débordement de fléaux, et que toutes ces institutions chères à la civilisation moderne sont d’amères déceptions, émanées de l’enfer et répandues parmi les hommes comme les feux follets qui, la nuit, attirent le voyageur vers l’abîme.
- Les constitutions politiques posent en principe non-seulement la tolérance religieuse, mais encore la pleine liberté de conscience et l’égalité de tous les cultes. Des avertissements promulgués avec éclat, à Rome, à l’usage de toute la catholicité, vont droit à l’encontre et condamnent, dans les termes les plus véhéments, le principe de la liberté de conscience et celui de l’égalité des cultes.
- Devant une telle discordance entre les opinions qui sont dominantes- dans l’Etat et reconnues par la politique, et l’enseignement qui est donné par l’autorité religieuse, la foi catholique est mise, chez chaque individu, à la plus dure des épreuves. Dans cet état de choses, il est impossible que le sentiment religieux ne soit pas ébranlé. L’âme des fidèles reste suspendue entre le doute et la croyance. L’indifférence, le scepticisme et même l’irréligion conquièrent des positions où ils se rendent inexpugnables. Le secours que d’autres nations peuvent recevoir de la religion pour la marche régulière .de la Société, l’harmonie des intérêts divers, l’affermissement de la paix sociale, et par suite pour leur grandeur extérieure, est par cela’ même extrêmement amoindri.
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- SEPTIÈME PARTIE
- OU CONCOURS DES DIFFÉRENTES PARTIES DU GENRE HUMAIN POUR LA MEILLEURE SATISFACTION DES BESOINS COMMUNS
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- SECTION I
- Nouveaux rapjiortg entre les peuples
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- et les raees.
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- CHAPITRE I.
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- COMMENT L’HORIZON S’EST ÉLARGI DEPUIS LE COMMEN-
- CEMENT, DU SIECLE.
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- A l’origine des temps, lorsque la civilisation
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- commença parmi les hommes, la terre leur parut une surface immense, dans le sons littéral du mot, c’est-à-dire impossible à mesurer, tant elle était grande. Jusque vers la fin. du xve siècle, l’Europe ne connaissait qu’une très-petite partie de la planète. Le nouveau continent n’était, pas découvert. De l’Afrique, on ne savait rien,,si ce n’est pour la partie la plus septentrionale-formée d’une zone étroite le long de la Méditerranée.
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- INTRODUCTION.
- Quant à l’Asie, à*part ce qui touche cette mer , on était clans la même ignorance. Un des hommes les plus entreprenants qui aient jamais existé, Alexandre-le-Grand, avait, il est vrai, jadis étendu ses conquêtes jusque sur les bords de l’inclus ; il avait conversé avec les sages du pays; il avait vaincu le plus vaillant des rois de la contrée, le célèbre Porus; mais Alexandre avait passé comme un météore. Plus tard, pendant le moyen âge et à la renaissance, un tout petit nombre d’individus solitaires avaient parcouru quelques parties de l’Empire chinois, de la Tartarie et des régions avoisinantes, poussés, ceux-ci par le génie du commerce ou l’esprit d’aventure, comme le célèbre Marco Polo et son père, ceux-là par le désir de connaître le monde et les peuples divers, plusieurs enfin par le prosélytisme religieux ou par le besoin, .qu’éprouvaient le Saint-Siège et les principaux monarques de la chrétienté, d’être édifiés sur la puissance et les desseins des princes tartares dont les conquêtes, extraordinaires d’étendue et de rapidité, répandaient au loin une vive anxiéfcé(l).
- (1) « Les expéditions courageuses que de simples moines, Piano Carpini, Simon de Saint-Quentin, Rubruquis, Bartho-lomée de Crémone et Àscelin firent dans les parties les plus éloignées de l’Asie, avaient mis en circulation, du temps de Bacon, une masse d’idées nouvelles. Le funeste débordement des Mongols à travers la Pologne, jusqu’au delà de l’Oder, où la bataille de Wablstadt (9 avril 1241) les arrêta, en affaiblissant leurs forces, donna lieu à ces courses extraordinaires dans
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- Mais ces courageux voyageurs ont été, en somme, très-peu nombreux, et leurs véridiques récits furent le plus souvent traités comme des fables. Tel fut le sort de la relation si curieuse de Marco Polo.
- Depuis lors, la race européenne a acquis par degrés, mais lentement d’abord, une force d’expansion que les circonstances les plus opposées ont contribué à servir. L’ambition des princes de se créer des domaines lointains, celle des commerçants de faire une grande fortune, la vague inquiétude dont sont agités un grand nombre d’esprits et qui est inhérente à notre nature meme, le désir, qui est une des plus fortes passions de l’homme, de propager sa religion, les persécutions: politiques et religieuses qui forçaient des hommes fortement doués, et d’une âme bien trempée, à quitter une patrie inhospitalière, toutes ces causes, et d’autres encore, ont porté une multitude d’individus de la race européenne à se répandre au loin
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- et à porter partout le génie, tour à tour explorateur et dominateur, qui est propre à cette branche du genre humain. Dans cette œuvre d’investigation et d’assimilation, si l’on dresse le bilan de chaque époque successive, on a lieu d’être frappé de la grande part qui revient au xixe siècle.
- lesquelles la diplomatie monacale se cachait sous le voilé du prosélytisme et de la piété. » (Alexandre de Humboldt, Histoire de la Géographie du nouveau continent, tome I, page 74). ' "c
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- INTRODUCTION.
- Lorsque ce siècle s’ouvrit, le. nouveau monde îie comptait pas dans la balance de la politique! A l’exception d’une lisière qui bordait l’océan Atlantique, et formait toute la partie habitée des Etats-Unis, il se composait de colonies possédées par les rois d’Espagne et de Portugal, maîtres jaloux, les premiers surtout, qui n’y laissaient pénétrer que leurs propres sujets. Aujourd’hui, l’Amérique est indépendante ; elle s'appartient à elle-même, presque tout entière, et tend visiblement à achever de se soustraire à l’autorité de l’Europe, là où elle en subit encore la domination. Par les
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- Etats-Unis, elle a acquis une grande influence
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- dans l’aréopage des peuples. Chacun des Etats qui y sont épars attire lés étrangers, tant qu’il le peut, afin-d’avoir une population façonnée au travail et des capitaux ; chacun d’eux fait un accueil empressé aux savants de l’Europe qui viennent en étudier les ressources. C’est ainsi que le Chili et les provinces de la Plata ont pourvu, à leurs frais, à la publication d’ouvrages importants qui les fissent connaître (1). C’est ainsi encore que, tout dernièrement, le célèbre professeur Agassiz, étant venu au Brésil dans un intérêt tout scientifique, l’empereur du Brésil l’a reçu comme si c’eût été une tête couronnée.
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- ? A l’aurore du siècle, l’Australie n’était qu’un
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- (1) L’ouvrage de M. Claude Gay, membre de l’Institut, sur le Chili, celui'de M. Martin de Moüssy sur le bassin de la
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- désert,où l’on trouvait, de loin en loin, de chétives tribus d’une des races humaines les plus inférieures; c’est aujourd’hui un continent civilisé, où fleurissent les institutions politiques et sociales les plus avancées de l’Europe et où la population ainsi que la richesse suivent une marche ascendante dont la rapidité n’a été surpassée nulle part.
- L’Asie lointaine, nous entendons par là l’Inde, la Chine et le Japon, est ouverte à la race européenne et, sous cette influence qu’elle accepte, commence visiblement à changer de condition. ,
- L’Inde est passée tout entière à l’état de possession britannique, administrée directement a:u nom du souverain du Royaume-Uni, et sous ces auspices intelligents et humains, la face du pays se transforme de toute part, au grand avantage
- de la population.
- La Chine et le Japon, qui s’étaient tenus fermés avec les précautions les plus despotiques, ont été forcés d’abaisser leurs barrières. Les peuples de ces deux empires reconnaissent la force supérieure de la civilisation occidentale ou chrétienne. Us s’approprient ses arts utiles, préparant ainsi, pour un avenir qui peut-être n’est pas fort éloigné, des combinaisons politiques et humanitaires dont il est impossible de rien prévoir, si ce n’est que ce seront de très-grands événements commerciaux, politiques, peut-être religieux. A elle seule, la Chine,. d’après un recensement qui déjà remonte
- à bien des années, n’aurait pas moins de 535 mil-
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- INTRODUCTION.
- lions d'habitants. L’Europe entière, avec ses nom-breux Etats, tous plus ou moins florissants, Détendue de son territoire et les encouragements que sa richesse croissante donne au peuplement, n’en est guère qu’à 270 millions. Le contact, tel qu’il semble devoir se faire aujourd’hui, entre les deux grandes masses de la civilisation orientale et de la civilisation occidentale, môme en réduisant la première aux deux empires de la Chine et du Japon, est peut-être la nouveauté la plus considérable de ce siècle si fertile en innovations. A moins que la population de la Chine ne soit une race tombée dans une irréparable décrépitude, il doit en résulter, pour elle, des conséquences incalculables qui se traduiraient par de très-grands résultats pour les occidentaux eux-mêmes.
- L’Asie septentrionale, dépendant tout entière de l’Empire de Russie, dés monts (Durais à l’embouchure du fleuve Amour et aux rivages extrêmes du Kamtchatka, s’ouvre à la civilisation, autant que le permet son rude climat. Il y a été trouvé, pendant le dix-neuvième siècle, des mines nombreuses du métal précieux qui a tant d’attrait pour les hommes, et ces-mines y appellent une population laborieuse et des capitaux. Cette découverte a précédé le phénomène semblable qui s’est produit dans la Californie et l’Australie et a tant aidé à en déterminer le peuplement accéléré.
- Pendant le même laps de temps de deux tiers de siècle, les Etats-Unis ont accompli des pro-
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- grès qui tiennent du prodige. Ils ont franchi l’intervalle qui sépare les deux océans Atlantique et Pacifique, là où le continent a sa plus grande ampleur, et ils se préparent à exercer sur l’Amérique entière un patronage rendu nécessaire, à l’égard de l’Amérique espagnole proprement dite, par les désordres auxquels se livrent la plupart des États Hispano-Américains; patronage qui sera complètement légitime si le protecteur se comporte envers les protégés avec le respect de leur dignité et de leurs droits.
- Ainsi se prépare dans le monde, sinon l’unité de la civilisation, qui, si elle doit jamais venir, n’est, pas près de faire son apparition, mais du moins, entre les différentes parties du monde et les différentes races, une intimité de rapports qui déjà, par elle-même, serait la réalisation d’un des plus beaux rêves formés par les philanthropes et d’une des plus nobles espérances conçues par les grands esprits.
- Les moyens de communication ont fait des progrès qui facilitent d’une façon singulière l’accomplissement du nouveau programme que la civilisation s’est assigné. Le chemin de fer, qui n’existait pas à l’origine du siècle, est venu surprendre les peuples par la commodité, la rapidité et le bon marché qu’il leur a offerts. Le navire à vapeur, qiii n’était guère plus avancé, malgré les essais faits sur la Seine un peu avant la Révolution française, a joûté dignement avec les har-
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- INTRODUCTION
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- diesses de la vapeur sur la terre. Des paquebots d’une vitesse admirable sillonnent aujourd’hui toutes les mers. On va au Japon en un mois environ. Un service est organisé pour faire régulièrement le tour du monde. En partant dé Marseille, ou de Brest, ou de Liverpool pour l’Amérique, on est revenu, par l’Asie et l’isthme de Suez, moins de trois mois après. Sous peu d’années, de New-York à San-Francisco, un chemin de fer sans solution de continuité, presque en droite ligne, transportera les voyageurs d’un océan à l’autre, en une semaine, par un parcours de 5,400 kilomètres et abrégera le temps nécessaire pour faire le tour de la planète.
- Le télégraphe électrique fait mieux encore ; il‘ne réduit pas les distances, il les supprime.
- Le besoin des échanges porte tous les peuples à se rapprocher. Le sentiment de l’unité de la famille humaine les y excite, comme un instinct naturel qui jamais ne sommeille. Leurs relations réciproques sont activées par la politique , qui, malgré elle, sous la pression de l’opinion publique, prend fréquemment le'caractère humanitaire, par l’ascendant qu’a acquis sur le monde entier la race de Japhet. Les nouveaux moyens de locomotion resserrent de plus en plus ces relations. On peut, dès aujourd’hui, considérer', comme étant au moment de triompher, le principe,1 également cher à la philosophie et à la religion,! de la solidarité des peuples et des races.
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- SEPTIÈME PARTIE. CnUXXIIII
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- CHAPITRE IL
- DES FAITS RÉCENTS QUI REVELENT LA SOLIDARITE
- DES PEUPLES.
- La solidarité entre les différentes parties du monde et l’utilité dont peuvent être pour le genre humain celles qui, il y a peu d’années encore, semblaient les plus inabordables ou qui étaient les plus déshéritées, ne sont plus des faits à démontrer; chaque jour en fournit dés preuves nouvelles. •
- Une des plus belles industries de l’Europe, celle des soieries, est menacée, depuis un certain nombre d’années, par une maladie qui sévit sur le bombyx du mûrier. On a commencé par faire venir des soies de la Chine et’du Japon, et c’est un commerce dont les proportions sont devenues très-grandes. La soie d’éducation européenne et particulièrement la soie française, qu’à force de soins intelligents nos sériciculteurs avaient rendue la. plus belle de toutes, manque à l’industrie. Pour en régénérer la production, l’on tire maintenant une grande quantité de graine
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- l’éclosion dans le midi de la France. Le Japon est le seul pays au monde qui la fournisse encore exempte de maladie. eou o;-v-i,!!oa ci oh
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- CDLXXIV
- INTRODUCTION.
- La famine clu coton, qui a sévi pendant cinq ans, de 1861 à 1865, a amené l’Europe manufacturière à rechercher en tous lieux cette matière première, et meme à en provoquer la culture et le commerce, dans des pays qui s’y livraient à peine ou même ne s’y livraient pas du tout. A cette occasion des relations d’échanges toutes nouvelles se sont nouées, vraisemblablement pour ne plus s’interrompre, parce que les populations, lorsqu’elles ont commencé à prendre, par les échanges, le goût du bien-être, sont peu sujettes à y re-
- noncer.
- Les relations commerciales sont déjà devenues fort importantes entre les régions de la vieille Asie, naguère entourées de barrières infranchissables, et les diverses contrées où fleurit la civilisation occidentale. D’après un relevé, dont je suis redevable à l’obligeance d’un de nos plus habiles statisticiens, M. Chemin-Dupontès, le commerce des peuples occidentaux, à savoir les nations
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- européennes et les Etats-Unis, avec l’Inde, la Chine, le Japon et les colonies éparses dans les îles du Grand-Océan, a éprouvé la progression suivante : exportation et importation réunies, il était, au commencement du siècle,de 410 millions de francs. En 1860, il était monté à plus de 2 milliards 600 millions, et même de 2 milliards 800 millions, en comptant l’importation que l’Angleterre fait aujourd’hui en Chine, de l’opium de l’Inde, qui représente une valeur de 180 mil-
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- lions environ (1) ; et en 1866, il était parvenu à 4 milliards 24 millions au moins. 1866 offre, par rapport à 1860, un accroissement de 1,267 millions, presque tout entier au compte de l’Angleterre, grand facteur du commerce d’Europe avec le monde oriental. Par comparaison avec le commencement du siècle, le progrès est exactement de 1 à 10 (2).
- Ces échanges déterminent un mouvement maritime de 2,914,000 tonneaux.
- (1) Le relevé de M. Chemin-Dupontès montre que, pendant cet intervalle de soixante ans, le commerce des États-Unis avec le bassin du Grand-Océan, défini comme il vient d’être dit, a quadruplé (239 millions contre 59). Celui de l’Angleterre a décuplé, si l’on compte les 180 millions de francs d’opium importé en Chine (1,960 millions contre 193), tandis que celui de la France n’a même pas doublé (92 millions contre 59). 11 est vrai que, de plus, en 1860, la France, par l’intermédiaire de l’Angleterre, tirait de la Chine des soies pour une centaine de millions.
- (2) En 1866, l’Angleterre a vu ses échanges avec ces contrées s’élever à plus de 3 milliards 100 millions, y compris 200 millions d’opium introduits de l’Inde en Chine.
- La France, de son côté, a vu passer son commerce direct avec les mêmes contrées à 185 millions; mais en comptant un apport de 100 millions de soies, par l’entremise des vapeurs anglais, le total est de 294 millions.
- Au contraire, par suite de la guerre civile, le commerce des États-Unis avec les pays de l’extrême orient a momentanément diminué.
- Celui des États européens autres que la France et l’Angleterre, a été, en 1866 comme en 1860, de 370 à 380 millions.
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- INTRODUCTION.
- Au fonds, il n’y a rien de surprenant à ce que deux foyers de production, aussi puissants que là civilisation occidentale et la civilisation orientale, établissent enfin entre eux des rapports d’échange, d’où naît la solidarité. Il l’est davantage que des contrées désolées, qui semblaient sans espoir, fassent leur entrée dans le concert général, et prennent un rôle dans la solidarité universelle. Le Groënland et le Spitzberg, quelles tristes idées ces deux noms ne réveillent-ils pas? Un froid épouvantable règne à peu près les douze mois de l’année sur ces malheureuses terres. L’œil du minéralogiste a cependant percé à travers le manteau de glace et de neige qui les recouvre.
- C’est du Groënland qu’on tire la cryolithe, un des meilleurs minerais pour préparer l’aluminium. Cette substance se recommande davantage en ce qu’on en retire aisément du carbonate de
- soude et de l’alumine pure. Il est curieux que le
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- Groënland soit jusqu’ici le seul point du globe où on la rencontre en masses puissantes. On en. extrait annuellement 20,000 tonnes qu’on exporte aux Etats-Unis fl).
- Le Spitzberg semble à la veille de rendre des services aux navigateurs et à l’industrie en général. Les rivages glacés du Spitzberg et des contrées voisines, offrent du terrain houiller sur
- (1) Voirie rapport de M. Daubrée, tome V, page22. * A
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- SEPTIÈME PARTIE.
- CDLXXVII,
- une grande.étendue; on y a distingué des couches de houille (1). Le génie industrieux de l’Europe et des États-Unis, qu’aucun obstacle ne rebute, saura bien exploiter ce gisement, malgré la rigueur du climat, si la quantité et la qualité du combustible en justifient l’effort. Le besoin que les peuples civilisés éprouvent de la houille est si intense, et il est si avantageux d’en trouver à portée de la mer, que, vraisemblablement, si elles en valent la peine, les couches de bouille du Spitzberg serviront bientôt de base à une grande extraction.
- CHAPITRE III.
- de l’émigration. — mouvement des européens
- VERS L’AMÉRIQUE. ’
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- Dans les pays les plus civilisés, les hommes de toutes les classes, à peu près, ayant acquis la notion juste et éminemment favorable au progrès des sociétés, que la terre entière est le patrimoine commun du genre humain, à la condition que chacun, dans le pays où il arrive, se montre observateur des lois, un fait nouveau s’est organisé spontanément : un nombre considérable de
- (4) Rapport de M. Daubrée, tome A, page 53.; ; | y
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- INTRODUCTION.
- CDI.XXViri
- personnes quittent la contrée qui les a vus naître et émigrent dans quelque autre, où elles espèrent se faire, par leur travail, un meilleur avenir.
- De la plupart des pays de l’Europe, le courant de l’émigration se dirige de préférence vers les Etats-Unis, contrée aux dimensions infinies, où l’industrieux enfant de l’ancien monde est assuré
- de rencontrer, sous un climat qui diffère peu du sien, un ordre public solidement établi sur l’assentiment et le concours de tous, des lois équitables, des impôts modérés (1), des terres à très-bon marché pour se faire un domaine, et, ce qui attire surtout les hommes du xixc siècle, le faisceau magnifiquement épanoui de toutes les libertés enviables : la liberté religieuse, la liberté politique, la liberté industrielle.
- L’émigration européenne, à destination des États-Unis, s’est accrue successivement sous l’influence de plusieurs causes, parmi lesquelles il faut ranger le perfectionnement des moyens de communication, soit entre l’Europe et l’Amérique, soit du littoral américain à l’intérieur. Pendant les dix années qui suivirent l’adoption de la constitution actuelle, de 1790 à 1800, l’Union américaine avait reçu un total de 20,000 personnes ;
- (1) Cette modération des impôts a cessé depuis la guerre civile. L’exercice môme de l’industrie est frappé, aux États-Unis, de lourdes taxes, ainsi que nous l’avons exposé plus haut (page ccxcn de cette Introduction); mais on a lieu de penser que cet état de choses est provisoire.
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- les dix années d’après, ce fut 70,000; de 1810 à 1820, on atteignit 114,000, et on resta au même point à peu près, dans la période décennale qui succéda. Pour avoir le nombre des véritables immigrants, il faut retrancher de là les simples voyageurs qui retournent chez eux. Ce serait, selon M. Kennedy(1), une défalcation de 14 pour cent. A partir de 1838, le mouvement d’émigration de l’Europe vers les Etats-Unis devient plus animé : le nombre, non plus décennal, mais annuel des émigrants débarqués dans les ports de l’Union, sans compter les arrivages par la voie du Canada, atteint 100,000 en 1842, dépasse 200,000 en 1847, et monte exceptionnellement à 427,000 en 1854. Il décroît les années suivantes et tombe au dessous de 200,000 ; il se rapproche même de 150,000. Mais 150,000 personnes par an constituent encore une acquisition bien avantageuse. Que ne donnerions - nous pas pour en avoir le dixième en Algérie ?
- Ce sont principalement des Irlandais et des Allemands qui émigrent aux Etats-Unis. Les Scandinaves comméncent. Les Français ne s’y mêlent qu’en très-petite proportion.
- Au sujet de la capacité d’émigration qui, de
- (1) Les observations de M. Kennedy sur l’émigration sont consignées dans la préface, que nous avons déjà citée, du compte rendu du grand recensement exécuté en 1860, sous sa direction.
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- INTRODUCTION.
- nos jours, est propre à l’Europe, le Statistical abstract fournit des données précises, du moins en ce qui concerne F Angleterre. Il en résulte que le nombre des émigrants partis des rivages britanniques a atteint 299,000 en 1849, et-368,000 en 1852. De 1851 à 1854, il a été notablement supérieur à 300,000. Pendant les trois années suivantes, il a été au dessus de 176,000 et même de 213,000; puis il s’est fort abaissé, et en 1861, il est tombé à 92,000, sous l’influence de la guerre civile dont les Etats-Unis étaient le théâtre. Mais, même avant que l’Amérique du Nord eut recouvré le bienfait de la paix intérieure, il s’était relevé. Dès 1863, il était remonté à 224,000. Depuis, il a été moindre, mais il est resté supérieur à 200,000, excepté en 1867, où il s’est arrêté à 196,000.
- Au Mexique, l’émigration espagnole, la seule qui fut permise, montait à 800 personnes par an. Rapproché de ce qui précède, ce fait juge les époques et les régimes.
- Un des caractères de notre temps, c’est donc la grandeur des proportions que l’émigration a successivement prises. On va voir s’il n’est pas possible que ces proportions augmentent encore par l’introduction d’un nouvel élément. ’ Ù
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- CHAPITRE IV.
- de l’émigration des chinois. — du parti qu’on
- POURRAIT EN TIRER DANS L’INTERET DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE.
- On peut croire qu’avec le temps les régions populeuses de la vieille Asie ne se borneront pas, d’une part, à offrir à l’Europe un débouché fort large pour ses articles manufacturés et pour quelques-uns des produits de son agriculture, les. vins par exemple, et, d’autre part, à contribuer à son approvisionnement en denrées propres à son alimentation, telles que le thé et le sucre, ou en matières premières pour son industrie, le coton, la soie, le jute et l’indigo. L’Asie est pour l’Europe et ses dépendances le réservoir d’un autre article de commerce plus précieux encore : elle peut lui fournir de la main-d’œuvre en abondance et relativement à bon marché. La Chine surtout offre une agglomération d’hommes dont la pareille par le nombre ne s’est jamais rencontrée, et le Chinois n’a pas de répugnance à quitter, moyennant salaire, les lieux qui l’ont vu naître. Il est aisé à entraîner là où il trouve à gagner de l’argent et où il y a de la sécurité.
- Déjà le courant de l’émigration a porté des
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- INTRODUCTION.
- Chinois en grand nombre dans les colonies européennes voisines de leur continent et dans celles des Antilles.
- La population de la Chine était fort nombreuse, •il y a quelques siècles déjà, et elle augmente avec une rapidité surprenante. Les additions qu’elle reçoit, par sa virtualité propre, trouveraient, en partie, un débouché naturel dans une émigration régulière et constante.
- Ce serait une richesse pour les contrées dans lesquelles les hommes manquent ou dont l’esprit industrieux est banni. Le travailleur chinois, entre autres qualités estimables, présente celle d’une application au travail qu’aucune race ne surpasse, lia l’amour du lucre à un haut degré, mais il ne recule jamais devant le labeur qu’il sait en être la condition. Chez lui l’aptitude commerciale est de même fort développée. Le Chinois trouve à gagner sa vie là où d’autres y renoncent. On a la mesure de. ce qu’il y a de ressources en lui,
- par ce qui se passe en Californie. Cette race amie ^ * 1 du travail y est accourue en assez grande quantité, et, pour avoir la paix et éviter de mauvais procédés, elle s’est concentrée sur les alluvions aurifères que les autres mineurs croyaient avoir épuisées. Elle fait des épargnes en vivant sur lés miettes tombées du festin des autres. . .
- li en est de même dans,!1’Australie. Il est triste
- d’avojr à ajoutèr'que, là, Tes qualités'qui la dis-
- r m • v ;• ,
- tinguent ont été 'tournées contre elle en sujet'de
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- haine et en motif de proscription. Les législatures de quelques-unes des provinces, entre lesquelles se partage la partie peuplée de l’Australie, ont eu la tris le inspiration de porter des lois spéciales Contre les Chinois, en se fondant sur ce que leur concurrence faisait baisser la main-d’œuvre ;• comme si cette baisse était un malheur lorsque la main-d’œuvre est montée à un prix exorbitant, sans aucun rapport avec ce qu’elle se paye chez les peuples les plus civilisés.
- Il est d’autres pays où les Chinois ne rencontreraient pas de mauvais traitements,: et il est très-vraisemblable que la race anglaise, elle-même,' livrée à ses propres réflexions, adoptera à leur égard une autre politique en Australie et leur fera bon accueil dans toutes les parties du monde où elle domine. Exclusif dans les relations sociales, l’Anglais sait, par esprit politique, et sous l'influence de la libre-discussion publique, se plier à ce que réclament les principes de la morale, alors même que son intérêt en serait contrarié.
- Le Chinois semble appelé à rendre les plus grands services dans les régions intertropicales où, à moins que le; pays ne soit caractérisé :par une grande altitude qui le rafraîchisse, le climat, par son ardeur, est profondémenfhostile à la Tace blanche, de sorte que celle-ci n’y vit qu’artificielle-*-ment, pour ainsi Ùire, et ne réussit à; s’y conserver qu’en , s’abstenant de. tout: iracvail: extérieur. : Le Chinois, au contraire, peut s’y livrera tons >les
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- INTRODUCTION.
- genres de labeur, sans risquer son existence. Bien plus laborieux que le nègre par le bénéfice de l’éducation ou de la nature, il est aussi incomparablement plus intelligent. Certes, il serait présomptueux de vouloir juger absolument de l’intelligence comparée des diverses races humaines. De tels jugements sont sujets à être renversés par le temps, puisque toutes les races humaines sont perfectibles et que celles qui semblent inférieures pourraient n’être que retardées, et plus tard regagner le temps perdu. On en a vu plus d’un exemple : qu’étaient les ancêtres des peuples actuels de l’Europe, les Germains et les Celtes, alors que l’Egypte et l’Assyrie, et la Chine elle-même, et la Perse et la Grèce, florissaient et se distinguaient dans les sciences et les arts? Toutefois, la carrière parcourue, depuis l’origine des temps, par les diverses races, peut sans beaucoup d’exagération, être considérée, aujourd’hui, dans les différences qu’elle offre, comme attestant des inégalités d’aptitude. Sans donc manquer aux égards dus à une race qui, en dehors des Etats-Unis, forme une partie importante de la population du nouveau monde et y participe à la vie civilisée, je crois pouvoir avancer que le Chinois est supérieur au Peau-Rouge et que, placé dans les mêmes conditions, il s’acquitterait mieux de la mission de l’homme sur la terre, d’exploiter le domaine donné, sous cette condition même, par le créateur.
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- Je le fais remarquer ici, à cause de l’application que cette observation pourrait recevoir dans une partie de l’Amérique.
- Dans les environs d’Acapulco, où arrivait et d’où partait le galion des Philippines et de la Chine, il y avait, du temps de la domination espagnole, quelques sangs-mêlés provenant du croisement des races asiatiques avec la population indigène. Ils s’y comportaient fort bien et supportaient parfaitement le travail en plein air.
- Comme le voyage est très-facile à travers l’océan Pacifique, cette catégorie d’habitants se multipliera indéfiniment, quand on le voudra, par l’immigration des Chinois, car ceux-ci, de nos jours, s’échappent volontiers, quand une issue leur est ouverte, poussés qu’ils sont par le désir d’échapper au régime arbitraire des mandarins, et attirés qu’ils se sentent vers les contrées où domine la civilisation chrétienne, par la douceur relative des lois, qu’ils entendent vanter, et parla protection dont l’homme / industrieux y jouit, en général, dans sa personne et sa propriété,
- ; Un gouvernement; civilisateur, qui voudrait sé-• rieusement faire affluer sur le versant occidental de l’Amérique, aujourd’hui si faiblement peuplé, des essaims nombreux de cette race laborieuse, ne pourrait manquer d’y réussir. A cet effet, il n’aurait qu’à se-montrer équitable envers elle et à la ga-rantir des avanies et des-sévices qui. lui. ont été prodigués en Australie et aussi en Californie.
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- . INTRODUCTION
- Il fui un temps où les historiens se plaisaient à désigner du titre pompeux à!officine des nations les rudes contrées de la Scandinavie, où l’existence de l’homme est si laborieuse, et qui ne purent jamais être que faiblement peuplées. Il faut l’esprit d’ordre et d’économie, la fermeté, le courage des peuples qui y vivent, pour qu’ils y subsistent avec cette dignité qui leur vaut le respect du
- monde. Le jour pourrait bien luire où cette déno-
- imination, serait donnée avec plus de justesse à la Chine, en ce sens que le cours des événements pourrait en faire sortir, d’ici à bientôt, des flots de population qui se porteraient vers des contrées même éloignées. Les grandes migrations, pacifiques sont aisées depuis que la civilisation a organisé des moyens de communication si prompts et si économiques. Tous les ans, des centaines de mille personnes partent des bords du Rhin, de l’Elbe ou de l’Oder, ou de l’intérieur de la Suisse, ou du Palatinat, ou des rives de l’Adour, et plus aisément encore des rivages de l’Irlande, pour aller se fixer dans le bassin supérieur du Saint-Laurent, ou bien dans les régions où prennent leur source le Mississipi et ses affluents les plus septentrionaux, ou enfin dans diverses parties de l’Amérique méridionale, telles que le bassin de là Plata,' ou le Brésil. Ce serait un moindre tour de force que de transporter des Chinois au Mexique, dans l’Amérique centrale et au Pérou. Et, une fois le canal maritime de Suez terminé, il ne serait
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- peut-être pas impossible de les faire arriver jusque dans l’Algérie.
- CHAPITRE IV.
- GOMMENT ON PEUT ESPERER DE VOIR PRODUCTIFS, DANS L’INTÉRÊT GENERAL, DES PAYS QUI NE l’ONT JAMAIS ÉTÉ OU QUI ONT CESSÉ DE L’ÊTRE.
- Le géographe Charles Ritter a montré (1) à quel point les peuples sont sous l’influence de la nature; c’est une dépendance qu’ils subissent d’autant plus que la civilisation est moins.avancée et qu’ils se sont moins éloignés de l’état primitif ou sauvage. Mais ce savant illustre fait en même, temps cette remarque consolante, qu’à mesure que l’homme s’initie à la civilisation, qu’il développe ses facultés par la culture des sciences et qu’il étend son pouvoir par l’industrie, il prend sa revanche sur la nature et la soumet à sa loi. La civilisation, quand elle est de bon aloi, quand elle n’est pas viciée par .un mélange impur, communiqué à l’homme une énergie particulière, qui est de l’ordre moral, et par laquelle, après avoir pris connaissance des obstacles qu’il rencontre, il découvre le moyen de les surmonter et trouve en lui ce qu’il faut pour faire l’application de ces moyens.
- (1) Géographie générale comparée ou Étude de la terre dans ses rapports avec la nature et l’histoire de l’homme.
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- INTRODUCTION.
- C’est la supériorité de la race européenne qu’elle possède plus que les autres cette qualité morale, et les divers peuples qui la composent ont différé tour à tour en puissance et en autorité dans le monde, selon le degré qu’ils en ont eu. C’est par là qu’ils se classent entre eux, à chaque moment. C’est ainsi pareillement que l’empire du monde est mobile et que le flot des événements tend sans cesse à le faire parvenir au plus digne.
- Toutes les races humaines participent au don sacré de la perfectibilité. Toutes ont le germe de cette vertu par laquelle on peut triompher des obstacles naturels, quelque formidables qu’ils soient. Toutes l’ont exercée dans une certaine mesure.
- Une seule race entre toutes, celle des noirs de l’Afrique, paraît cependant en avoir été privée par une rigueur solitaire. Mais ce n’est qu’une apparence. Les observateurs impartiaux constatent quelle a fourni des preuves contraires. Elle pourra, elle devra en donner de plus éclatantes, à la faveur des connaissances et des instruments perfectionnés qui lui sont offerts, comme un don fraternel, par les autres races aujourd’hui. Si j’étais sommé d’indiquer comment un aussi grand phénomène pourra s’accomplir, je répondrais que je n’en sais rien, mais que le moment semble venu où ces peuplades barbares sortiront de leur immobilité et secoueront leurs langes d’enfance.
- Ce n’est pas d’un mouvement libéral comme celui, qui, depuis un siècle environ, a éclaté .parmi
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- SEPTIEME PARTIE.
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- les peuples européens, qu’il y a lieu d’attendre le réveil de la race noire. Il n’y a rien de dérai-sonnable à supposer au contraire qu’une forte impulsion, due au sentiment religieux, vienne quelque jour, aidée de nos sciences et de nos arts, donner à la race qui peuple l’Afrique et semble devoir y faire a jamais le fonds de la population, l’énergie qu’il faut pour secouer le joug de la nature sous laquelle elle plie servilement.
- Après avoir risqué ces observations sur l’Afrique, revenons aux autres races plus civilisées et essayons à leur sujet quelques prévisions mieux fondées sur l’histoire.
- La civilisation d’abord fit son apparition dans les pays chauds, où l’homme éprouvait moins de besoins et trouvait à les satisfaire et à subsister,: par la prodigalité, qui est propre à la nature vierge, dans une partie de ces régions ardentes. Car, dans-ces contrées, cette même nature, contre laquelle, quand elle est en courroux ou qu’il lui plaît d’être agressive l’homme a tant de désavantages, offre une végétation luxuriante et une abondance de fruits venus sans travail, sur lesquels il n’y a; qu’à abaisser la main.
- Mais quand l’homme a voulu d’autres satisfactions que celle d’une subsistance facile, il a été' poussé, par l’instinct, par l’observation, et par de; mystérieuses destinées dont son âme avait le pressentiment, à se porter vers les zones tempérées, au lieu des pays chauds de la-zone torride
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- INTRODUCTION.
- et du voisinage. C’est ainsi que la civilisation, déplaçant son principal foyer, a obéi à un mouvement qui la faisait émigrer dans des pays de plus en plus éloignés de l’Équateur, en même temps qu’une autre loi générale la faisait marcher de l’est
- r
- à l’ouest. Après l’Inde et l’Egypte, la Chaldée et la Grèce; après la Grèce, Rome. Après Rome, la grande triade de l’Europe moderne, la France, l’Angleterre, l’Allemagne.
- C’est dans ces dernières régions que les forces de l’esprit humain ont acquis leur plus grand développement, et que la morale, la science et l’industrie ont revêtu une formule supérieure à tout ce qui s’était vu auparavant.
- L’arsenal de connaissances scientifiques et de' moyens d’actions matériels que s’est formé la civilisation, dans les régions tempérées, peut être retourné avec succès aujourd’hui contre les obstacles naturels qui naguère arrêtaient ou opprimaient l’homme dans les régions brûlantes, voisines de l’équateur. La nature, à la fois féconde et meurtrière, des climats intertropicaux, peut être désarmée d’une grande partie de ses pouvoirs destructeurs en même temps qu’augmentée ou, pour mieux dire, réglée dans sa fécondité, par le moyen des découvertes scientifiques qu’ont accomplies les peuples européens depuis un siècle ou deux, et des procédés énergiques et ingénieux par lesquels ils font usage de ces découvertes.
- Nous voyons déjà les arts puissants de. l’Eu-
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- SEPTIEME PARTIE.
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- rope s établir dans les régions intertropicales qui avaient été le berceau de la civilisation et qui avaient répandu de l’éclat alors que l’Europe était barbare et inculte. Dans ces contrées, qui depuis avaient été réléguées à un rang inférieur, le génie de l’Europe ouvre les territoires par des communications perfectionnées, et assouplit le cours des fleuves aux volontés et aux desseins du navigateur
- et du cultivateur. Le bateau à vapeur sillonne les eaux du Gange et des autres fleuves dont le cours sillonne l’Empire indien, et l’on se rappelle que, lorsqu’il y parut pour la première fois, les brah-mines se dirent que c’était une nouvelle transformation de Whisnou. Il va parcourir avec plus de succès encore les fleuves de la Chine, qui baignent encore plus de provinces et de cités. Les Anglais ont transporté le chemin de fer dans leur empire asiatique. On y compte aujourd’hui plusieurs lignes ferrées, ayant chacune deux mille kilomètres au moins (i). Dans les mêmes régions, les ingénieurs européens retiennent, par des barrages, des fleuves puissants,, pour les obliger à déverser leurs eaux sur les terres et à les arroser.
- La mull-jenny a émigré du Lancashire pour la côte de Coromandel. La machine à vapeur s’est multipliée sur les rives du Nil. Nous verrons bientôt la civilisation européenne, avec le secours des nou-
- (1) Rapport de MM. Eugène. Flacliat et de Goldschmidt, tome IX, page 348. -
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- CDXCII
- INTRODUCTION.
- velles armes qu’elle s’est données, exterminer, dans l’Asie méridionale, les bêtes féroces qui y sont si terribles. Par l’Inde, enfin, nous pouvons constater que les biens de la vie civilisée, tels que le respect de la propriété et un gouvernement juste, peuvent se transmettre, sous les auspices et par les soins de l’Europe, des régions tempérées aux populations des terres brûlantes.
- Des pays immenses doués d’une grande fertilité virtuelle, mais jusqu’à notre siècle étrangers aux notions qui composent la civilisation occidentale, pourront, par l’intermédiaire de celle-ci et à l’aide de ses moyens, être appelés à contribuer, par un apport considérable, au bien-être du genre humain en général, et développer le leur propre, en étendant indéfiniment leurs industries et en agrandissant leur puissance productive.
- Quelques lambeaux de ces pays, tels que les îles de l’archipel des Antilles, étaient parvenus, antérieurement au dix-neuvième siècle, à verser sur le marché général un approvisionnement de denrées très-utiles, le sucre, le café, le cacao. Mais c’était au moyen d’une institution économique et sociale contre laquelle la conscience du genre humain est soulevée aujourd’hui et qui s’écroule de toute part, l’esclavage. Sur une telle base, il était difficile d’édifier une industrie perfectionnée, impossible de constituer une société qui fût d’accord avec les lois de la morale, et dont tous les membres fussent admis aux avantages de la vie civilisée.
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- SEPTIEME PARTIE.
- CDXCIII
- Toutes les tentatives qui se font et se feront désormais offrent et continueront d’offrir, si elles veulent réussir, des bases plus satisfaisantes, au triple point de vue de la morale publique et privée, de la diffusion des connaissances et de l’avancement industriel. Elles s’inspireront, autant que possible, des données de la société européenne, telle qu’elle est aujourd’hui, et c’est pour cette raison qu’elles procureront un accroissement à la puissance productive des hommes.
- Un exemple en est offert par les Antilles, où l’on voit simultanément la race noire passant de l’esclavage à la liberté, les lois civiles de l’Europe sur la famille se substituer à la promiscuité, des écoles s’ouvrir, et le matériel de la fabrication du sucre de-betterave, transmis par la France, rendre possible de nouveau la fabrication dü sucre de canne qui menaçait de s’éteindre.
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- ODXCIV
- - INTRODUCTION.
- SECTION II
- Des moyens «le faciliter les relations entre les «liverses parties «lu glolse terrestre.
- CHAPITRE I.
- GRANDES VOIES DE COMMUNICATIONS A ETABLIR.
- L’Exposition Universelle de 1867, par la tendance et le caractère qui l’ont distinguée, a soulevé tout naturellement la question suivante : Quelles sont les mesures, les entreprises et les créations les plus propres à développer la production générale sur la surface de la planète, à y préparer la . distribution la plus avantageuse des matières premières et des produits, et à y provoquer la meilleure division du travail ?
- Parmi les articles de ce programme, les plus tangibles, assurément, sont les voies de communication, destinées à amoindrir les distances et à franchir les obstacles qui s’opposent aux relations des peuples. A ce titre, on peut indiquer, avec l’espoir d’obtenir l’assentiment universel, quelques travaux dont une partie déjà est en cours d’exécution. j
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- SEPTIEME PARTIE.
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- Je signalerai ainsi :
- 1° Le canal qui couperait l’isthme ou étroite chaussée de 2,400 kilomètres de long, qui joint les deux Amériques, de façon à permettre aux navires qui, de l’un des deux océans, l’Atlantique et le Pacifique, veulent passer dans l’autre, de continuer leur chemin. Un canal de ce genre devrait être à grande section, afin de recevoir les pius beaux navires du commerce et les plus forts paquebots. Il a été considéré comme une nécessité dès le temps de la conquête espagnole dans le nouveau monde, projeté à nouveau après l’indépendance des colonies hispano-américaines (1), et recom-
- (f) On trouvera l’iiistorique des desseins qui ont été formés à cet égard, depuis le renversement de la domination espagnole, dans un récent ouvrage de M. Félix Bélly. Cet ouvrage, intitulé : A travers VAmérique centrale. — Le Nicaragua et le Canal interocéanique (Paris, librairie de la Suisse romande, 2.volumes in-8°), est,fort intéressant. «J’ai consacré, dit l’auteur dans sa préface, dix ans de ma vie et vingt mille lieues de voyages et d’explorations à la solution du problème de l’isthme américain posé depuis Fernand Cortez. J’ai signé des traités applaudis. J’ai ouvert à la véritable influence française, au rayonnement pacifique de nos idées et de nos intérêts, des régions aussi belles que l’Inde, qui devraient être les portes d’or de la civilisation. J’avais préparé ainsi, pour la génération présente, une gloire plus pure, plus légitime et plus féconde que toutes les conquêtes de la force; et fai cru un moment, tant les manifestations de l’opinion s’étaient montrées unanimes, que cette gloire sans égale nous était acquise et .que l’heure de la fjjsion des deux mondes allait sonner. »
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- CDXCVI
- INTRODUCTION.
- mandé, il y a plus de vingt ans, par l’empereur des Français, alors que, par l’étude des grandes questions d’intérêt européen ou universel, il se préparait aux plus hautes destinées. Ce canal, dont l’étude a été commencée vingt fois sans être jamais menée à bonne fin, est un des ouvrages urgents à accomplir pour le facile parcours de la planète, pour le bon agencement agricole, manufacturier et commercial du monde. Par la perception d’un péage modéré, il est à
- croire qu’il rendrait de grands bénéfices. Il sem-
- *
- ble difficile que les citoyens des Etats-Unis ne se résolvent, d’ici à peu, à ouvrir cette communication et qu’ils ne constituent pas une puissante compagnie à cet effet. On a remarqué que, dans l’audience solennelle donnée il y a peu de semaines (juin 1868), par le président des Etats-Unis, à l’ambassadeur extraordinaire envoyé, pour la première fois, par l’empereur de la Chine aux peuples de l’occident, le premier magistrat de la grande république américaine, exprimant l’opinion réfléchie de son cabinet, a signalé le canal de jonction des deux océans comme une œuvre essentielle à entreprendre, et l’a recommandé aux efforts de l’ambassadeur du Céleste-Empire abri qu’il la signalât à tous les gouvernements auxquels il va successivement se présenter (1).
- (1) Voici en quels termes le président a terminé sa réponse au discours de l’ambassadeur :
- « Mais il restera encore une autre œuvré, de toutes la plus
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- A caus.e.du caractère d’intérêt universel, gu’aur-rait, au.plus haut degré, cette entreprise, il serait naturel que l’Europe s’y associât de ses capitaux et de ses ingénieurs, et que les grands gouvernements, dans le monde entier, concourussent, à garantir la neutralité du passage (1).
- . 2° Le canal maritime de l’Isthme de Suez. ,Ce grand ouvrage s’exécute aujourd’hui avec une ferme résolution, nous avons déjà eu occasion de le dire, et l’achèvement en est annoncé, pour une époque très-prochaine, les derniers mois de l’année 1869 (2). . • .-u', c ;
- 3° Un chemin de fer traversant, de part en part,
- r
- l’Amérique du Nord sur le territoire ' des Etats-Unis, entre les deux plus grands ports dè-1’Union sur l’un et l’autre océan, New-York et San-Fran-ciscoé points obligés de départ et d’arrivée: ; Gè
- importante à accomplir : la grande tâclie de réunir les deux
- serait faire preuve’d’ignorânce de • la science et des ressources de l’époque où nous vivons. Votre importante mission vous mettra à même de. contribueie.largement. à l'achèvement de
- C * « > •' r ~ f * ’
- cette grande entreprise. Je vous prie, en conséquence, de la
- européens auprès desquels vous êtes accrédités. » -
- l’Angleterre, ia France
- ( ;
- T. I.
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- CDXGVIII
- INTRODUCTION.
- chemin aura 5,400 kilomètres. Il desservira un pays fertile, offrant d’abondantes ressources, présentes et futures, en tout genre : agriculture , manufactures,.mines, d’or et d’argent notamment. Il est en pleine exécution, d’un côté avec des ouvriers européens ou anglo-américains, de l’autre avec des. Chinois. Il est poussé avec cette surpre-nante activité dont l’Américain des Etats-Unis a le secret plus que personne. On assure qu’il sera terminé dans trois ou quatre ans.
- 4° Un chemin de fer dirigé des rives de la Plata vers l’ouest, à travers les Pampas, et allant franchir la crête centrale des Andes, pour atteindre l’océan Pacifique sur quelque point de la côte du Pérou ou du Chili. Il est à peine projeté. Toutefois, il faut s’attendre à le voir s’ouvrir prochainement, à moins que les populations du bassin de la Plata ne s’inféodent à l’anarchie, qui les a longtemps désolées.
- Un homme qui a été un des collaborateurs les plus zélés et les plus- éclairés du Rapport sur l’Exposition, M. le docteur Martin de Moussy, auteur d’un ouvrage considérable sur la Confédération argentine (1), a traité, avec tous les développements possibles à l’époque où il écrivait (1860), la question du chemin de fer de Buenos-Ayres à
- (1) Description géographique et statistique de la Confédération argentine. — 3 volumes grand in-8°. C’est un des livres rares qui tiennent plus que leur titre ne promet.
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- septième partie.
- CDXCIX
- l’océan Pacifique. Parmi les renseignements qu’il donne:, on remarquera ce qu’il expose du chemin de-fer de -Rosario à Cordova, qui ferait partie de la grande ligne. Ce chemin aurait 398 kilomètres. lia été voté le 2 avril 1855, au milieu d’un enthousiasme général, par le congrès de la Confédération Argentine, et, en 1860, la garantie d’un minimum de 9 pour 100 d’intérêt a été accordée aux capitalistes qui l’entreprendraient (1).
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- Si les Etats du bassin de la Plata avaient en le bon esprit de consacrer à l’exécution de quelque tronçon du grand chemin de fer entre les deux océans l’argent et les efforts qu’ils gaspillent en
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- guerroyant contre le Paraguay, petit Etat qui n’est pas* menaçant pour eux, et dont rabaissement ou la conquête ne profitera à personne, ils auraient à s’en féliciter,, et le monde les en eût remerciés.
- . Il serait très-possible qu’on préférât au chemin de fer à travers les Pampas une autre ligne ferrée, beaucoup plus économique, celle qui se bornerait à relier au Pacifique la tête de la navigation à vapeur du fleuve des Amazones ; on sait que tles steamers peuvent'remonter celui-ci jusqu’à 41000 kilomètres de l’embouchure; mais l’un et l’autre de ces- chemins a sa destination propre, et f un ne 'tiendrait pas lieu de l’autre.
- 5° Le complément dans l’ancien monde, ou le pendant du chemin de fer de New-York à San-
- (1) ¥oïi* tome tl:, page 575 de l'ouvrage ci-dessus »
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- INTRODUCTION.
- 1)
- Francisco, serait le chemin cle fer qui, partant de l’extrémité orientale des possessions asiatiques de la Russie, traverserait la Sibérie dans toute son étendue, à peu près parallèlement aux cercles de latitude, de manière à rejoindre le réseau des chemins de fer de la Russie d’Europe. L’entreprise serait coûteuse; toutefois, on peut penser que sur la majeure partie du parcours, le terrain n’opposerait que des difficultés médiocres. La longueur de la ligne serait encore plus grande que celle du chemin de fer entre l’Atlantique et le Pacifique,
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- par le nord des Etats-Unis, dont il vient d’être fait mention. Elle serait d’au moins 6,000 kilomètres. Après tout, ce ne serait pas 1,000 kilomètres de plus que le grand chemin de fer interocéanique de l’Union américaine (1).
- . 6° Une entreprise qui serait un tour de force, mais qui paraît n’offrir rien d’impossible, est celle d’un chemin de fer souterrain sous la Manche, entre
- (1) L’arc de grand cercle qui joint le port de Petropaulowsk à Nijnii Novgorod mesure environ 58 degrés, soit près de 6,500 kilomètres, et encore faudrait-il contourner la presqu’île du Kamtchatka.— Entre Nijnii Novgorod et Okhotsk, on compte environ 47 degrés, soit 5,200 kilomètres. Il y aurait, dans ce cas, à traverser les contreforts septentrionaux de l’Altaï-Oriental et la chaîne de l’Oural. De l’embouchure du fleuve Amour à Nijnii Novgorod , c’est à peu près même distance; mais on aurait à franchir les deux chaînes de l’Altaï. En tenant compte des détours et contours , il est clair que la plus courte de ces lignes atteindrait au moins 6,000 kilométrés. ; ,
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- Calais et Douvres. La distance est presque triple du souterrain du mont Cenis (32. kilomètres contre 12). La profondeur de la mer, dans ces parages, est, d’un bout à l’autre de la ligne projetée, exceptionnellement réduite : le souterrain pourrait n’être qu’à soixante mètres au-dessous de la haute mer, et c’est par des motifs de sécurité qu’on propose, avec raison, de l’établir à plus de cent mètres au-dessous de ce niveau. Les indications que fournit l’élude géologique des deux rivages du détroit «sont rassurantes, en ce que, bien différent de ces roches extraordinairement dures, qui ont tant ralenti le travail au mont Cenis, le terrain serait facile à percer. On a lieu de supposer qu’entre Calais et Douvres ce serait de la craie, partout ou à peu près. En môme temps qu’elle présente peu de résistance au mineur, la craie est imperméable. Mais la craie, ou certaines argiles qui pourraient bien s’y substituer, et qui retiendraient les eaux de la mer plus sûrement encore, ne sont-elles interrompues nulle part, et, à leur place, ne trouverait-on pas, sur quelques points, des lambeaux de- terrain diluvien, essentiellement meubles, par lesquels la mer se frayerait un large passage? C’est une question sur laquelle on ne pourra s’édifier que par une exploration préalable, au moyen d’une galerie de rivage à rivage. Quelques failles peuvent se rencontrer da*ns la craie ou les autres terrains imperméables; mais la galerie qui ,a été proposée, dont la dépense ne
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- I)U
- INTRODUCTION.
- sérail pas énorme, éclaircirait parfaitement la question de savoir s’il en existe et si elles sont de' nature à empêcher le souterrain.
- L’exécution de ce chemin de fer sous-marin serait un événement européen. Il modifierait sensiblement, dans l’intérêt général, les relations entre l’Angleterre et le continent. Le projet préoccupe un bon nombre d’esprits en ce moment, et il n’y aurait rien de surprenant à ce que la tentative de la galerie fût laite prochainement.
- Au sujet des communications dans f’intérieur de l’Afrique, je hasarderai ici une observation qu’on pourra trouver fort téméraire. Il n’est pas impossible que quelque jour les déserts immenses qui, sur ce continent, séparent les populations bien plus que ne fait ailleurs la mer, et les empêchent d’avoir entre elles des rapports commodes et profitables , changent d’aspect, en ce sens qu’ils cesseraient d’être des barrières devant lesquelles s’arrête l’espèce humaine. Puisque, sur la frontière de nos possessions algériennes, on est-parvenu à y multiplier, au moyen des puits, les oasis,.refuges et points d’appui de la vie civilisée, il n’est pas interdit d’espérer que la même œuvre pourra être poursuivie sur une plus grande échelle, de manière à marquer,'au travers des déserts, dans des directions privilégiées, des routes praticables. Qui sait-même si, sur une partie de ces espaces désolés, on ne réussira pas à propager quelque plante particulière, qui fixerait les sables, comme
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- SEPTIÈME PARTIE. DIII
- nous, le faisons, avec le pin maritime, sur les dunes de la Gascogne?
- CHAPITRE IL
- DES AUTRES MOYENS DE MULTIPLIER LES RAPPORTS ET LES ÉCHANGES SUR LA SURFACE DU MONDE ENTIER.
- L’organisation générale du réseau télégraphique est un des desiderata des temps modernes. Au
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- sein de chacun des Etats de la civilisation occi-
- dentale, la télégraphie a été l’objet de beaucoup de soins ; mais les relations à grandes distances, comme celles de continent à continent, ou entre l’Europe et l’Asie, par terre, laissent encore beaucoup à désirer. Les communications de l’Europe avec l’Amérique se font exclusivement aujouir d’hui par la -voie de l’Angleterre, ce qui n’est pas sans de graves inconvénients, car si l’on n’a qu’un câble unique, et qu’il vienne à se rompre, ce sera la fin de relations dont on sent le prix chaque jour davantage.
- On a. beaucoup parlé d’un câble transatlantique qui partirait de Brest pour atteindre les Etats-Unis, et d’un autre dont le point de départ serait aussi en France, et qui toucherait à Lisbonne, pour desservir la péninsule Ibérique, et de là se diri-
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- DIV
- INTRODUCTION.
- ger vers l’Amérique du Sud, en communiquant avec l’Afrique. Ce dernier avait fait l’objet de négociations internationales, à la suite desquelles il semblait devoir être entrepris. Il serait fort avantageux que ces projets fussent mis à exécution. Il est vraisemblable qu’il faudrait peu d’efforts de la part du gouvernement français pour déterminer une solution positive.
- On réclame vivement l’amélioration du service des postes; non qu’il n’ait reçu beaucoup d’extension et de perfectionnements au dedans de chacun des Etats. La France est un de ceux où le progrès a été le plus grand. Mais, particulièrement dans les relations internationales, le moment est venu,
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- pour les différents Etats, de faire un nouveau pas. Dans les grands trajets, il y a lieu d’abaisser les tarifs qui, pour les échantillons et les imprimés, plus encore que pour les lettres, sont souvent exorbitants. Entre la France et les Etats-Unis, il reste beaucoup à faire pour le bon arrangement du service en général.
- Pour les courts trajets, comme entre la France et l’Angleterre, on ne voit pas pourquoi le port de lettre est plus élevé que la somme des deux
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- ports partiels. Entre ces deux mêmes Etats, la remarque en a été faite depuis longtemps, le poids accordé pour la lettre simple est trop faible (1).
- (1) Il est de 7 grammes 1/2 seulement, tandis que, entre la France et les autres États, il est de 10 grammes. Des deux
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- SEPTIÈME PARTIE.
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- On contribuerait à multiplier les relations commerciales et les échanges entre les différents pays, en autorisant la transmission internationale, par la poste, des petites sommes d’argent. Il faudrait, par exemple, que la poste se chargeât, entre la France et l’Angleterre, de payer toute somme au-dessous de 200 ou 250 francs (8 ou 10 liv. st.). Cette faculté existe en France, par rapport à la Belgique, la Suisse ou l’Italie. Il n’y a pas de raison pour qu’elle ne se généralise point, et il est étrange que la France et l’Angleterre n’en jouissent pas dans leurs rapports réciproques.
- Y aura-1-il jamais une langue universelle, unique sur la surface entière du globe? On peut en douter; même on rencontre des hommes éclairés qui soutiennent que, de plus d’une façon, le développement du génie humain en souffrirait. Mais tout le monde s’accorde à penser qu’on ne saurait trop se presser de rendre uniforme cette sorte de langage commercial, manufacturier et scientifique, qui consiste dans les poids et mesures et l’écriture courante, ou imprimée. De même il est nécessaire d’établir l’unité du calendrier et celle du méridien à partir duquel se comptent les longitudes. C’est un besoin universellement senti,
- côtés, on est d’avis de l’augmenter; mais on ne parvient pas à se mettre d’accord. L’Angleterre propose sa demi-once, environ 14 grammes 1/2, la France tient à ses 10 grammes. En attendant, le commerce est gêné et se plaint.
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- I) VI
- INTRODUCTION.
- et c’est,l’affaire des gouvernements d’y pourvoir. Ils n’ont qu’à le vouloir pour qu’il soit immédiatement donné satisfaction, dans ces différentes
- matières, aux désirs de l’industrie, appuyés par tous les hommes de progrès.
- A l’égard des poids et mesures, on n’exagère pas en disant que tout est mur aujourd’hui pour l’adoption universelle du système métrique décimal qui fut déterminé par la France, de concert
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- avec plusieurs autres Etats, au commencement du xixe siècle (i). Il est en vigueur maintenant, à l’exclusion de tout autre, chez un. grand nombre de peuples dans les deux hémisphères. Le parlement anglais lui a donné le baptême légal, à-côté de l’ancien système, et récemment, un comité chargé- de proposer un système métrique uniforme, pour le vaste Empire britannique de .l’Inde, s’est rallié au mètre et à ses dérivés. La
- Confédération du Nord de l’Allemagne vient d’en voter l’adoption, ce qui ne peut manquer d’exercer une grande influence dans le inonde, à cause du rang élevé quelle'occupe sur l’échelle de la civilisation.
- Cette réforme devrait comprendre les monnaies qui, dans beaucoup de cas, en ont été séparées. Une tentative est faite maintenant pour cet ob-
- t -î
- jet. Une conférence internationale vient d’être tenue à Paris à cet effet. Il est curieux et bizarre
- (4) Voir le Rapport de M. de Lapparent, tome II, page 485.
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- SEPTIEME: PARTIE.
- DVII
- que la plupart des personnes qui- y ont siégé aient cru devoir procéder comme si le système métrique n’existait pas, ou comme si c’était, en fait de poids et mesures., un détail devant lequel des hommes sérieux n’eussent pas à s’arrêter.
- Ne pourrait-on pas aussi mettre d’accord les appareils densimétriques des divers peuples, ainsi que l’a recommandé, dans ce Recueil, M. Van Baumhauer (1), et les divers modes de dosage employés dans la-pharmacie, ainsi que le demandent MM. Barreswil et Fumouze (2)? A plus forte raison, pour la mesure de la chaleur, il serait bon que le thermomètre centigrade se substituât à celui Farenheit que conservent les Anglais et les Américains du Nord, et à celui de Réaumur qui a encore des fidèles.
- L’uniformité du calendrier et celle-du méridien fournissant le point de départ des longitudes ne semblent pas devoir rencontrer beaucoup d’obstacles , du moment qu’un des grands gouvernements de l’un ou l’autre hémisphère ferait la proposition de s’en remettre à un congrès. Quel intérêt bempire de Russie a-t-il à ne pas reconnaître la réforme grégorienne du calendrier ? En quoi sa haute position dans le monde en serait-elle ébranlée? Et en quoi l’amour-propre des diverses
- puissances maritimes aurait-il
- à souffrir si Ton
- (1) Tome II, page. 301.
- (2) Tome VII, page 309.
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- DVIII
- INTRODUCTION.
- s’accordait sur le choix d’un méridien qui ne serait celui d’aucune de leurs capitales?
- L’adoption d’un mode uniforme d’écriture serait probablement plus laborieuse. Mais pourquoi l’empire de Russie ne ferait-il pas de bonne grâce le sacrifice de ses caractères qui l’isolent des autres peuples civilisés? Les Allemands, à plus forte raison, ne peuvent attacher un grand prix à conserver, dans leur correspondance, le système d’écriture qui leur est particulier. Viendrait-il des objections de la Turquie? Dans cet empire, il semble qu’on soit décidé à faire un effort suprême pour entrer dans le giron de la civilisation occidentale ; on sent que la question est d’être ou de n’être pas. La mesure indiquée ici ne pourrait qu’aider le gouvernement ottoman à atteindre le but qu’il poursuit.
- Lorsqu’on parle de grandes mesures d’intérêt général pour le genre humain, il est impossible désormais d’omettre les Chinois. C’est la plus nombreuse agglomération d’hommes civilisés qu’il y ait sur la terre, et ils ont cessé d’être séparés de nous; ils ont aujourd’hui avec nous des rapports qui ne peuvent que se resserrer beaucoup.
- A l’égard cfes Chinois, le changement d’écriture serait radical. Mais aussi quelle féconde révolution ! Le système d’écriture de la Chine est, par son effroyable complication, une des causes qui contribuent le plus à retarder ce pays. L’écriture des peuples occidentaux, si simple, si aisée à com-
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- SEPTIEME PARTIE.
- DIX
- prendre et à pratiquer, abrégerait de plusieurs années l’éducation des individus dans ce populeux empire, et leur faciliterait l’accès des trésors de la science européenne. C’est une des plus grandes transformations à introduire chez les peuples de l’extrême Orient; l’effet serait le même que si l’on enlevait un voile épais cachant à leurs yeux de magnifiques horizons ou dé's trésors.
- L’essai que fait l’administration française en Cochinchine pour introduire l’usage de notre alphabet parmi les Orientaux de l’Asie lointaine, est éminemment recommandable. Il devrait être imité par tous les peuples qui ont des possessions dans ces contrées, et on doit croire que le succès couronnerait de tels efforts, s’ils étaient suivis avec ensemble et surtout avec persévérance. Avec les Orientaux, il est indispensable, plus qu’avec d’autres, de persévérer, parce que chez eux la force d’inertie est excessive.
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- CONCLUSION
- Adnsi le cours naturel des idées et des faits nous ramène, comme une force invincible, à la pensée par laquelle débute cette Introduction, l’harmonie des nations et l’établissement entre elles de bons rapports, reposant sur .la solidarité des intérêts,..aussi bien que sur l’identité des idées et des sentiments.
- Mais la pensée de l’harmonie n’est pas encore celle qui prévaut en Europe. Le moment actuel révèle.clairement l’antagonisme entre deux forces : l’une qui travaille au bon accord des peuples, au respect mutuel de leurs droits réciproques, par le (triomphe des. grands principes chers à la civilisation, et qui cherche la satisfaction de chacun dans le bien de tous ; Lautre,. qui provoque des collisions dans lesquelles les forts, ou-ceux qui se croient tels, se. flattent de trouver leur agrandissement, en dehors des principes, par le .droit du sabre et du canon.
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- dxii
- CONCLUSION.
- L’Europe, qui se considère comme la représentation la plus élevée du genre humain, l’Europe qui, à l’heure actuelle, possède encore le premier rang dans les sciences, les arts utiles et les beaux-arts, attributs distinctifs et signes caractéristiques de la civilisation, l’Europe dont les enfants, réunis dans l’enceinte de l’Exposition, semblaient prêts à se serrer dans les bras les uns des autres, offre bien’plus l’aspect d’un camp que celui d’un groupe de communautés d’hommes industrieux et éclairés, honorant Dieu, aimant leurs semblables, jaloux de faciliter le progrès universel et individuel par le développement de la liberté générale et des libertés particulières.
- Si loin qu’on remonte dans l’histoire, on ne retrouvera jamais une pareille collection d’hommes armés,'un pareil amoncellement d’instruments de guerre.
- Pendant ce débordement de préparatifs belliqueux , l’industrie, au contraire, amie de la paix, se manifeste par le déploiement de moyens qui, demême, surpassent tout cequ’elle avait jamais pu étaler de1 puissance. Mais elle est arrêtée dans l’essor de ses entreprises par les appréhensions nées du débordem-mt de l’organisation militaire. Elle en est frappée de stupeur.
- L’antagonisme de ces deux tendances, ou, pour mieux'dire, de ces deux forces, l’une et l’autre si énergiques et si actives, est un fait flagrant.' Il est facile de dire à laquelle on souhaite la victoire,
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- .CONCLUSION.
- DXIII
- mais il est .difficile de prévoir laquelle, quant à présent, fera pencher la balance.
- Les âmes à la fois honnêtes, éclairées, et généreuses, qui se passionnent pour la véritable grandeur et la gloire de bon aloi, ont fait leur choix ; elles sont unanimes en faveur de la paix. Mais les passions violentes occupent une si grande place dans le cœur humain, elles ont si souvent dominé dans le monde, qu’il serait bien imprudent de tenir pour infaillible que les partisans du bon ordre européen et de l'harmonie des peuples, de la paix en un mot, auront le dessus dans la controverse qui s’agite présentement au sein des cabinets des grandes puissances.
- Il se peut bien que l’Exposition, .admirable gage de paix, n’ait été que comme un météore, lumineux mais passager, sur un horizon destiné à s’obscurcir et à être déchiré par les orages.
- A la fin et à la longue, la cause du progrès triomphe; mais ce n’est qu’après des épreuves, car le sort de l’homme et sa loi c’est d’être éprouvé. Elle triomphe, mais le génie de la violence ne s’en est pas moins donné carrière et ne s’en est pas moins repu de dévastation et de sang. Le démon de la destruction, toujours attaché aux flancs des sociétés humaines, comme s’il avait sur notre planète un imprescriptible droit de suzeraineté, ne s’en est.pas moins fait chèrement payer l’avancement dont les générations suivantes auront le bénéfice et savoureront les fruits.
- T. I,
- hli
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- DXIV
- INTRODUCTION»
- Ainsi, ne nous faisons, pas illusion, attendons que les destins prononcent. Mais n’attendons pas à la façon des Orientaux fatalistes, résignés à tout subir, et recevant le clioc des événements quels qu’ils soient, sans chercher à les prévoir et à en modifier le cours. Dans les conjonctures où ils se rencontrent, les Européens doivent se souvenir et se servir de la vertu qui est propre à l’initiative des peuples libres ou dignes de l’être.
- Le malheur des nations actuelles de l’Europe, malheur déjà douze ou quinze fois séculaire, c’est l’implacable rivalité des souverains et des gouvernements, rivalité épousée par les nations elles-mêmes.
- . Mais le. temps est passé où cette jalousie invétérée, cet. orgueil inextinguible, pouvaient se concilier avec la suprématie de l’Europe dans le monde.
- L’histoire montre que la civilisation dont nous relevons est soumise à une loi générale qui la fait cheminer par étapes , à la manière des armées, dans la direction de l’Occident, en faisant successivement passer le sceptre aux mains de nations plus dignes de le tenir, plus fortes et plus habiles pour s’en servir dans l’intérêt général. .
- C’est ainsi qu’il semble que la suprême autorité soit au moment d’échapper à l’Europe occidentale et centrale , pour passer au nouveau monde. Dans la partie septentrionale de cet autre hémisphère, des rejetons de la race européenne
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- CONCLUSION.
- DXV
- ont fondé une société vigoureuse et pleine de sève, dont l’influence grandit avec une rapidité qui ne s’était encore vue nulle part. En franchissant l’Océan, elle a laissé sur le sol de la vieille Europe des traditions, des préjugés et des usages qui, comme des impedimenta lourds à mouvoir, auraient gêné ses allures et retardé sa marche progressive.
- Dans trente années environ, les Etats-Unis auront, selon toute prohabilité, cent millions de population, en possession des plus puissants moyens, répartis sur un territoire qui ferait quinze ou seize fois la France, et de la plus admirable disposition. Ils se préparent, dès à présent, une alliance, rendue facile par le pressentiment commun de grandes destinées, avec un autre empire tout aussi vaste, quoique moins favorisé de la nature, qui se dresse à l’orient de l’Europe et qui, lui aussi, aura, à la fin du siècle, mie population de cent millions d’hommes, animés d’une même pensée.
- La concorde est indispensable à l’Europe occidentale et centrale si elle ne veut pas être dominée par ces deux colosses qui apparaissent, en dessinant chaque jour davantage leurs gigantesques proportions et leurs espérances, et en rés-serrant chacun son unité, comme pour frapper plus sûrement un grand coup, destiné à retentir d’un pôle à l’autre. Vainement les nations de l’Europe occidentale et centrale s’attribuent une primauté que, dans leur vanité, elles croient à l’abri
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- DXVI
- INTRODUCTION.
- des événements et éternelle; comme s’il y avait rien d’éternel dans la grandeur et la prospérité des sociétés, ouvrages des hommes ! La société romaine était, elle aussi, infatuée de sa supériorité, quand les Germains passèrent le Rhin ou franchirent les Alpes pour la fouler aux pieds.
- Les nations de l’Europe occidentale et centrale seront vraisemblablement réduites, quelque jour, -à un rang subalterne et peut-être abreuvées d’humiliations, si les deux nouveaux venus les trouvent épuisées par les guerres qu’elles auraient soutenues les unes contre les autres. Gomment •résisteraient-elles si elles avaient consumé, dans leurs-- querelles, les ressources qui auraient dû être pour elles des éléments de progrès et de puissance?
- Leur intérêt, leur besoin, leur devoir est de se rapprocher, de cimenter entre elles une forte alliance et de se constituer en une confédération, «
- qui serait le salut commun, ainsi que le leur conseillait, il y a vingt-cinq ans, un des penseurs du siècle, qui vient d’être ravi aux-lettres et à la philosophie, Victor Cousin. “ ' :
- ; Jamais l’on n’eût lieu davantage de répéter cette •parole d’un grand homme, qui parlait admirablement de la paix, quoiqu’il aimât passionnément la guerre, Napoléon Ier Désormais toute guerre européenne est une guerre civile. »
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- TABLE
- DES
- MATIÈRES DE L’INTRODUCTION
- PREMIÈRE PARTIE.
- OBSERVATION S PRELIMINAIRES.
- SECTION UNIQUE.
- ÉTAT DES ESPRITS DEVANT L’EXPOSITION. — DEFINITIONS.
- CHAPITRE I.
- Pages.
- Succès de l’exposition. — Dispositions qu’elle a permis de
- CONSTATER DANS LES ESPRITS. . ; . ............ I
- Nombres comparés des visiteurs en 1851, 1855, 1862
- et 1867....................................... H
- Nombres comparés des exposants............. ..... ni
- Le Champ-de^Mars considéré en 1867 comme lieu de
- rendez-vous par tous les peuples de l’univers. Ibid.
- Visite des souverains........................... iv
- Influence pacifique de l'Exposition de 1867 .... v
- La solidarité de toutes les nations rendue manifeste
- par les. expositions universelles............. vi
- Origine française des expositions universelles, M. Boucher de Perthes...............i............. Ibid.
- Sentiments qui dominaient en 1798, lors de la première exposition nationale de Paris.............vu
- CHAPITRE II.
- La Puissance productive de l’individu f.t de la société.
- — La Richesse. — Le . Capital ... ................ vin
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- DXVIII
- TABLE DES MATIERES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- g 1. — La Puissance productive. — Définitions................ x
- Moyen de l’évaluer avec exactitude.......................... Ibid.
- Sens du mot industrie dans cette Introduction. {Note.) Ibid.
- g 2. — La Richesse. — Définitions............................ xi
- Genres divers de richesse..................................... xii
- Rôle de l’or et de l’argent... — Ce n’est pas la richesse de la société; ce n’est qu’un gage donnant droit à disposer d'une fraction de cette richesse, et qu’un dénominateur commun de tous les genres de
- richesse.................................................... xiv
- La production de l’industrie générale des tissus comparée à la production des métaux précieux....................... xv
- §3. — Le Capital. — Définitions, différence avec la
- richesse............................................... Ibid.
- Le capital fixe et le capital circulant............... xvi
- Ce que c’est que le revenu brut de la société......... xvm
- CHAPITRE III.
- La puissance productive se révèle par le bon marché des produits
- ET DÉRIVE ELLE-MÊME DU SAVOIR ET DU CAPITAL, SOUS L’IMPULSION DE LA LIBERTÉ HUMAINE APPLIQUÉE A L’INDUSTRIE.
- g 1. — Des progrès qu’a faits la puissance productive .. xix
- Le bon marché est la manifestation de ces progrès. . Ibid.
- Le progrès de la puissance productive rend le travail
- individuel moins pénible...................................... xx
- Il détermine toujours un progrès parallèle dans la
- condition morale des masses................................ xxi
- Le progrès de la puissance productive est rapide depuis cent ans............................................... Ibid.
- Exemple de l’industrie des filés de coton et de celle
- du tricot................................................... xxm
- g 2. — Concours de la science, du capital et de la liberté.
- — Observations particulières au sujet du Rôle
- de l’esprit humain dans l'industrie...................... xxiv
- Définition de la civilisation occidentale (Note.)...... xxv
- Comment l’esclavage a pu être aboli.......................... xxvii
- Coup d’œil sur les divers auxiliaires, animés et inanimés, que s’est procurés, dans l’industrie, l’esprit de
- l’homme................................................... Ibid.
- Raison générale en faveur de la liberté de l’industrie. xxix
- g 3. — L’industrie avec le concours de la science, du capital et de la liberté, et l’industrie sans ce concours.............................................................. xxx
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- TABLE DES MATIERES DE : L'INTRODUCTION. DXIX.
- Pages.
- Comparaison des travaux du canal Mahmoudié et de ceux du canal de l’isthme de Suez.................. xxxi
- Observation sur la composition des treize volumes des Rapports du Jury international.................. xxxn
- DEUXIÈME PARTIE.
- DES PERFECTIONNEMENTS APPORTÉS A L’INDUSTRIE.
- SECTION I.
- MATIÈRES PREMIÈRES.
- CHAPITRE I.
- LE FER.
- 1. — Importance de ce métal, nécessité de Vavoir à bon
- marché et à bas prix. — Nouvel acier à bon
- marché; il se substitue au fer............... xxxv
- Le prix et la qualité du fer peuvent servir à déterminer la puissance productive d’un peuple ou d’une
- époque.........................................’. xxxvi
- Transformations successives de la fabrication de la fonte et du fer. Abaissement des prix............ xxxvii
- Acier puddlé, acier Ressemer...................... xxxvm
- Conséquences prochaines de ces inventions : navires, chaudières, ponts, rails, des chemins de fer......... xl
- Avenir des usines fabriquant le fer et l’acier... xlii
- Les minerais aciéreux. — Bone. — Les Pyrénées, etc.. xliii
- 2. — Nouvel et puissant outillage des forges. — Progrès
- de la production................................... xliv
- Machines, arbres de couche, plaques de blindage, tôles
- longues................................................. xly
- Bandages de roues sans soudure.............................. xlvi
- Marteaux-pilons énormes, délicatesse et force en même
- temps................................................ xlvii
- Blocs d’acier fondu, passés de 2,000 à 40,000 kilogrammes........................................... XLVI II
- Fontes d’art moulées . — MM. Barbezat, Ducel, Durenne. Ibid.
- Production en fers de l’Angleterre ; production de la France production des États-Unis........................ xlix
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- DXX
- TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUCTION.
- CHAPITRE II.
- Pages.
- La houille....................................................... li
- § 1. — Nécessité de l'économiser. — Générateur et four de M. C.-IF. Siemens. — Four annulaire de M. Frédéric Hoffmann. — De l'épuisement possible des houillères.............................. Ibid.
- Diminution déjà sensible du combustible fourni par
- les forêts............................................. liv
- Aménagements raisonnés à adopter dans les forêts.... lvi
- Enquête faite en Angleterre sur ce qu’il peut rester de
- houille................................................ lix
- g 2. — Fabrication des agglomérés avec de la houille
- menue............................................ Ibid.
- Charbon dit de Paris, pour les usages domestiques.. lxi
- g 3. — L’anthracite.— Parti qu’on pourrait en tirer en
- Europe............................................. lxu
- Consommation de l’anthracite aux États-Unis. Foyers spéciaux pour ce combustible............................ lxiii
- CHAPITRE III.
- Le Coton. Crise de 1861 a 1863. — Comment on en
- EST SORTI.................................................. LXV
- État de l’industrie du coton en Europe en 1861. Effets
- de la guerre civile des États-Unis................... Ibid.
- Cultures nouvelles, Inde, Égypte, Brésil, le Levant,
- les Antilles, l’Italie, l’Australie, etc.............. lxvi
- Machine spéciale pour ouvrir les capsules du coton
- de Tarsous.......................................... lxviii
- Grands travaux d’irrigatiort dans l'Inde, pour le coton. lxx
- CHAPITRE IY.
- La Laine.................................................... Ibid.
- Genres extrêmement variés des tissus de laine fabriqués de nos jours........................................ exxi
- Effilochage des vieux tissus ; laine dite renaissance.. Ibid. Extension-de lq production des laines brutes : l’Australie, le Cap, la Plala............................... LXXII
- Moyen simple de débarrasser les laines de la Plata et autres de leurs graterons............................. lxxv
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- TABLE DES MATIERES DE l’INTRODUCTION. DXXI
- Pages.
- Usage de plus en plus répandu des poigneuses mécaniques. — Heilmann................................ lxxvi
- CHAPITRE Y.
- La Soie....................................................... lxxvii
- Fléau de la pébrine................................. lxxviii
- Les morts-flats. Espérance de guérir les deux maladies. lxxix Espèces nouvelles de vers à soie dont T acclimatation
- est possible........................................... lxxx
- CHAPITRE VI.
- Le Soufre...................................................... lxxxi
- L’imperfection des méthodes d’extraction de la Sicile elle monopole ont fait recourir à la pyrite (four de
- M. Gerstenhoffer).................................... lxxxii
- Gisements de pyrites. Richesse exceptionnelle des mines de San-Domingos (Portugal). Exploitation de M. James Mason.................................................. lxxxiv
- CHAPITRE VII.
- Le Pétrole.............................................. lxxxv
- Découverte des mines de Pennsylvanie. Quantité d’huile minérale extraite dans l’Union américaine depuis
- 1861; produits qu’on en retire....................... lxxxvi
- Pétrole de Russie...................................... Ibid.
- CHAPITRE VIII.
- LES BOIS.
- § 1. — Bois de charpente, de menuiserie et d’ébénisterie. lxxxix
- Richesse forestière de l’Amérique......................... xc
- De la Suède et de’la Norwège............................. xci
- § 2. — La vannerie. — Les ouvrages en bambou. — Le
- tanin.............................................. xcu
- CHAPITRE IX.
- Fabrication de la Glace........................................ xcm
- Usages variés de la glace; l’hygiène domestique, les
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- DXXII
- TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- blessés, les hôpitaux, les marins entre les tropiques. xcm
- Procédé Ferdinand Carré, pour la production artificielle
- de la glace en grandes quantités................. xciv
- Procédé Edmond Carré, exposé en 1867, pour la fabrication domestique......................................... xcvii
- CHAPITRE X.
- LES MINES MÉTALLIQUES.
- | 1. — Des données générales de cette industrie......... xcvm
- L’instruction professionnelle en Angleterre et en France. xcix
- En Allemagne et en Suède...................................... c
- Aux États-Unis............................................ ci
- Beaux travaux d’exploitation proprement dite, en
- France. — M. Rivot..................................... Ibid.
- Faible développement de l’industrie minière en France. cm
- g 2. — Des faits principaux qui ont marqué dans les
- dernières années.................................... Ibid.
- Diminution du produit des mines d’or de la Californie et de l’Australie.....................».......... civ
- Les gisements d’or de la Russie d’Asie mieux connus. cv
- Richesse en minerai d’argent des nouveaux États ou territoires de l’Union américaine. — Le filon de Comstock; souterrain projeté. — Les filons de
- YIdaho.................................................... cvi
- Mines de fer aciéreux, de plomb argentifère, de zinc,
- de calamine, en Sardaigne................................ cvii
- Mines de zinc en Europe.................................. Ibid.
- Au Chili, l’extraction du minerai de cuivre se développe, et des usines bien organisées commencent à
- le traiter sur place...................................... cvm
- Les mines d’Espagne......................................... cix
- Mines de cuivre en Australie................................ cxi
- SECTION II.
- DES MACHINES. — PROGRÈS ET EXTENSION DE LA MÉCANIQUE
- EN GÉNÉRAL.
- CHAPITRE I.
- INTRODUCTION DE LA MÉCANIQUE DANS L’INDUSTRIE. CXI
- g 1. — L’invasion de la mécanique dans l’industrie
- s’étend chaque jour............................... Ibid.
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- TABLE DES MATIERES DE L’iNTRODUCTION DXXIII
- Fabrication des articles dits de Paris.............. cxiv
- Chapellerie. — Grands progrès réalisés dans cette industrie, grâce à M. Lavile. — Lorgnettes de [spectacle, M. Lemaire......................................... Idid.
- Menuiserie, serrurerie et autres industries du bâtiment....................................................... cxvi
- Industries des tissus.................................... cxvii
- Impression des toiles et des papiers. — Teinturerie... Ibid. Transformation complète de la meunerie depuis un demi-siècle........................................... Ibid.
- Boulangerie. — Maréchalerie............................... cxvm
- Lingerie............................................ cxix
- Machines agricoles. — Services rendus par la moissonneuse Mc Cormick.......................................... cxx
- Presse à comprimer les fourrages.......................... cxxi
- Objets servant à l’art dentaire.......................... Ibid.
- 2. — Des résultats généraux de l’introduction des ma-
- chines............................................ CXXII
- Effets de l’application de la mécanique à la filature
- et au tissage........................................... Ibid.
- Développement gigantesque de l’industrie du coton... cxxm
- Influence heureuse exercée sur les salaires.............. Ibid.
- Comparaison entre les salaires de l’ouvrière anglaise et de l’ouvrière russe ou italienne, filant à la main. cxxiv
- Précautions à prendre lors de l’introduction de machines nouvelles.......................................... Ibid.
- Belle conduite des ouvriers et de toutes les classes de la société anglaise, dans la crise cotonnière, de 1861
- à 1865.................................................. cxxvi
- Fabrication mécanique des armes à feu.................... Ibid.
- 3. — Exemple particulier de l’imprimerie................... cxxvn
- Les journaux à bon marché et à grand débit devenus
- possibles. — Les machines et le clichage........... • cxxvm
- La lithographie mécanique.............................. cxxix
- Livres, caries, musique, à un bas prix inespéré. —
- Conséquences pour l’instruction publique................. cxxx
- Malheureusement, en France, le commerce des livres n’est pas libre.......................................... cxxxi
- CHAPITRE II.
- LES NOUVELLES FORCES MOTRICES.
- 1. — L’air comprimé.......................................... cxxxn
- Procédés indiqués par feu M. Andraud................ cxxxni
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- DXXIV
- TABLE DES MATIERES DE L'iNTRODUCTION.
- Pages.
- Succès décisif de M. Sommeiller au mont Cenis...... cxxxiv
- g 2. — Eau sous pression.............................. Ibid.
- Machines Armstrong, Coque, Samain; outillage Bes-semer ; monte-charges, machines des docks. — Paliers hydrauliques de M. Jouffray....................... cxxxv
- g 3. — Air chaud; 31. Laubereau....................... cxxxvi
- g 4. — Gaz d’éclairage. — Machine Lenoir; machine de
- Cologne........................................... Ibid.
- g 3. — Gaz ammoniac, M.Frot.— Chaudière Imbert.. cxxxvii
- g 6. — Moteurs électriques............................... cxxxvm
- CHAPITRE III.
- MACHINES A VAPEUR.
- g 1. — Machines fixes.................................. cxxxix
- Emploi plus grand du système Woolf, depuis longtemps indiqué comme préférable, par la théorie. —
- Grandes détentes...................................... Ibid.
- Nouveautés : machines américaines de M. Corliss et
- de M. Hicks............................................. cxl
- Régulateurs isochromes. — Générateurs tubulaires à circulation, de M. Field. — Régulateur d’alimentation des chaudières Belleville. Système Schmitz
- pour combattre les incrustations...................... cxli
- Essais de M. H. Sainte-Claire-Deville sur l’emploi des huiles minérales lourdes comme combustible...... Ibid.
- g 2. — Mécanique des chemins de fer................... cxlh
- Traverses en fer...................................... cxliii
- Emploi de la contre-vapeur comme'frein.................. Ibid.
- Système de traction Séguier (Fell) avec adhérence facultative pour les très-forles rampes................... cxliv
- Appareils fumivores.......................... ..... Ibid.
- Voilures et wagons. — Le chemin de fer de New-York à San-Francisco........................................ cxlv
- CHAPITRE IV.
- MACHINES-OUTILS.
- g 1. — Observations générales sur ces appareils.......... cxlvi
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- TABLE DES MATIERES DE L’INTRODUCTION.
- DXXV
- Pages.
- Services rendus à l’industrie par M. Whitvorth, de
- Manchester............................................. cxux
- g 2. — Indication de quelques machines-outils........... cl
- Applications nouvelles de la scie à lame sans fin. —
- Emploi de la fraise..................................... Ibid.
- Taille des engrenages....................................... cli
- Frappeur mécanique de M. Davies........................... Ibid.
- Machine à faire les chaînes. — Machine à fabriquer
- les charnières............................... cm
- Pour le bois, rabotteuse à lame hélicoïdale et Menuisier Universel............................... Ibid.
- Machines-outils pour façonner les matières argileuses. cuti
- g 3. — De l’armature des outils. — Emploi du diamant
- pour les forages....................... Ibid.
- CHAPITRE Y.
- MÉCANISMES DIVERS.
- g 1. — Machines à coudre................................ clv
- Elles sont mieux faites et plus utiles............. Ibid
- Exemple de ce qu’elles produisent d’ouvrage........ clvi
- Les machines américaines........................... Ibid.
- Avantage qu’il y aurait à trouver un bon moyen de vendre à crédit les machines à coudre aux ouvrières. clvii
- g 2. — Le Sondage. — Forage des puits de mines dans
- les terrains aquifères,............................. Ibid.
- " Sondages de MM. Degousée et Laurent, et de MM. Drû
- frères. ................. ........ ....... •.... Ibid.
- Progrès accomplis par MM. Kind et Chaudron........ clviii
- Puits artésiens dans le Sahara algérien.................... eux
- g 3. — Câble télo-dynamique de M. Hirn.................. clx
- CHAPITRE YI.
- MÉCANIQUE. — INDUSTRIES DES TISSUS.
- g 1. — Filature de la laine et de la soie.................... clxi
- g 2. — Machines à tisser.................................... clxii
- Modifications heureuses du métier Jacquard........... clxv
- Métier nouveau de MM. Howard et Bullough.—Métiers
- à plusieurs navettes................................... clxvi
- g 3. — Métier mécanique à faire le velours........... Ibid.
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- DXXVI
- TABLE DES MATIÈRES DE L’INTRODUCTION.
- Pages.
- g 4. — Métiers mécaniques à faire le tricot. — M. Tail-
- bouis......................................... clxvii
- Métiers rectilignes et circulaires................. clxviii
- Métier intermédiaire, dit le Tricoteur-Omnibus.... Ibid.
- SECTION III.
- ARTS RELEVANT DE LA PHYSIQUE ET DE LA CHIMIE.
- CHAPITRE I.
- TÉLÉGRAPHIE ET PHOTOGRAPHIE.
- g 1. — Télégraphie......................................... clxix
- Télégraphie autographique ; appareils Caselli et Lenoir..
- Appareil Guyot d’Arlincourt.—Succès du grand câble transatlantique, par les soins de M. Cyrus Field.... clxx
- g 2. — Photographie...................................... CLXXI
- Essais d’héliochromie. MM. Niepce de Saint-Victor et
- Poitevin. Gravure héliographique................... Ibid.
- Applications diverses de la photographie. — Appareils panoramiques........................................ clxxii
- CHAPITRE II.
- Instruments et appareils de chirurgie..................... Ibid.
- Le cautère à gaz. L’optomètre de M. E. Javal. Excellents appareils de prothèse des membres, de M. de
- Beaufort......................................... clxxiii
- Utilité de la gymnastique. Elle est trop négligée. clxxiv
- CHAPITRE III.
- Instruments de précision et Horlogerie..................... clxxv
- Télescope Foucault, à miroir de verre argenté, M. Eichens Ibid. Batteries de Rhumkorff et de Soren Hjorth. — Travaux mathématiques de MM. Philipps et Résal, sur le
- balancier......................................... clxxvi
- Bon marché des montres communes...................... Ibid.
- CHAPITRE IV.
- Cartes et Plans. — Cartes du lieutenant Maury. Dépôt
- de la Marine................................... clxxvh
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- TABLE DES MATIÈRES DE 1,’lNTRODUCTION. DXXVII
- CHAPITRE V.
- Pages.
- Galvanoplastie, électro-métallürgie........................ clxxix
- Reproduction des monuments de l’art antique......... clxxx
- Bronzage des statues et ornements en fonte moulée... clxxxi M. H. Jacobi, inventeur de la galvanoplastie.— Progrès accomplis par M. Oudry dans l’électro-métallurgie. —
- Ouvrages de M. Christofle. — Orfèvrerie galvano-plastique massive de M. Yan Kempen................ ïbid.
- CHAPITRE VI.
- ARTS DIVERS.
- g 1. — Nouvelles couleurs tirées du goudron de gaz...... clxxxiii
- Découvertes de M. A. W. Hofmann..................... clxxxiv
- § 2. — L’aluminium et son bronze..................... Ibid.
- gig 3. — Platine................................................ clxxxv
- g 4. — A cides hydrofluorique et fluosiliciqîie......... clxxxv i
- Application à la gravure sur pierre dure. MM. Blancoud
- et, Jardin........................................ Ibid.
- Applications à la décoration de la verrerie, de la porcelaine, etc............................................. clxxxvii
- g 5. — La nitro-glycérine............................... Ibid.
- Utilité de cette substance explosible..................... Ibid.
- Comment on peut éviter le danger qu’en présente le .
- transport........................................... clxxxviii
- La dynamite, annoncée comme plus puissante et plus
- économique............................................ clxxxix
- g 6. — Verrerie................................................. cxc
- Emploi des fours Siemens. — Gravure mate sur cristal.
- — Nouveaux globes opalisés par l’introduction du
- spath-fluor dans la pâte................................ Ibid.
- Abaissement considérable du prix des glaces. — Procédé d’étamage par argenture............................... cxci
- Introduction du thallium dans les verres d’optique... Ibid.
- g 7. — Conserves (de viande) Liebig. —- Levure pressée. cxcii
- g 8. — Succédanés du chiffon dans la fabrication du
- papier....................................... • • • cxcm
- Paille, sparte............................................ cxciv
- Pâte,de bois, procédé Wœlter...».-.................. Ibid.
- g 9. — Sucrerie. —IIosmose.— M. Dubrunfaut......... cxcv
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-
-
- DXXVIII
- TAULE DES MATIERES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- g 10. — Fabrication des Tabacs.......................... cxcvi
- Améliorations obtenues par l’administration française
- des tabacs........................................ cxcvii
- Machines de M. E. Rolland et autres................. cxcvm
- CHAPITRE VII.
- Travaux publics.................................................. Ibid.
- Caractères propres aux grandes constructions des peuples
- de notre civilisation............................. cxcix
- •Emploi du fer. — Lettre de Napoléon Ier au sujet du
- Panthéon.......................................... cci
- g 1. — Matériaux artificiels................................ Ibid.
- Pierre de Ransome................................... Ibid.
- Ciment de Portland; ciment Yicat; béton Coignet.... ccu
- Ciment à la magnésie................................ ccm
- g 2. — Chemins de fer..................................... Ibid.
- ' Souterrain du mont Cenis........................... . Ibid.
- g 3. — Barrages des fleuves et rivières. — M. Poirée... cciv
- Barrages de MM. Chanoine et Louiche-Desfontaines... ccv
- g 4. — Ponts et viaducs..............•.................. Ibid.
- Ponts métalliques droits et arqués......................... ccvi
- Fondation des piles à i’aide de l’air comprimé...... ccvu
- g 5. — Travaux à la mer................................. Ibid.
- Emploi des blocs artificiels, de M. Poirel ; grands résultats. — Emploi usuel du scaphandre........... ccviii
- g 6. — Phares.............................................. Ibid.
- Phares métalliques. — Éclairage électrique................. ccix
- g 7. — Distribution d'eau dans les villes..................... Ibid.
- Aqueducs de Paris et de Chicago. M. Belgrand........ ccx
- Filtrage des eaux dérivées................................ Ibid.
- g 8. — Égouts.................................................. ccxi
- Question d’hygiène. — Question des engrais agricoles.
- Procédés de désinfection............................ - ccxn
- g 9. — Dessèchement des lacs. — Le lac Fucino........... Ibid,
- CHAPITRE VIII.
- Exemples de la propagation des meilleurs procédés et des meilleurs appareils. — Influence qu’a exercées, a
- CET ÉGARD, L’ABANDON PARTIEL DE L'ANCIENNE-POLITIQUE
- COMMERCIALE du système protectionniste..................... ccxiv
- - Le vieil outillage préféré naguère par certains manu-
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-
-
- TABLE DES MATIERES DE L’INTRODUCTION. DXXIX
- Pages.
- facturiers sans énergie et protégés par des droits de
- douane..................................................... ccxv
- Avantages procurés au public par le traité de commerce
- de 1860 .................................................. ccxvi
- Efforts et progrès de l’industrie des fers en France. ccxva
- Progrès analogues de l’industrie céramique.................. ccxix
- Supériorité soutenue de l’industrie des porcelaines en
- France.................................................... ccxx
- TROISIÈME PARTIE.
- DE L’AGRICULTURE EN PARTICULIER.
- SECTION I.
- OBSERVATIONS SUR LA SITUATION GÉNÉRALE DE l’AGRICULTURE.
- CHAPITRE I.
- De l’abaissement de l’agriculture en comparaison des autres BRANCHES DE L’INDUSTRIE................................ CCXXIII
- L’agriculture est, en général, une industrie arriérée... ccxxiV Causes de cette situation : La première est le peu de
- cas qu’on a fait des paysans jusqu’en 1789.......... ccxxv
- Initiative de la régénération des campagnes due aux physiocrates.......................................... ccxxvi
- CHAPITRE II.
- DES CHARGES EXCEPTIONNELLES QUI PÈSENT SUR L’AGRICULTURE
- en France...................................................... ccxxvii
- Loi du recrutement.................................. Ibid.
- Loi de frimaire, an vit, sur l’enregistrement et le
- timbre................................................. Ibid.
- Code de procédure de 1806 et Tarif de frais de 1807 qui
- a opprimé soixante ans la petite propriété........ ccxxviii
- Excellente résolution prise par le gouvernement actuel
- de refondre ce Code et ce Tarif........................ ccxxx
- Nécessité de diminuer dans une forte proportion les
- droits de mutation à titre onéreux................. ccxxxii
- D’une organisation efficace du Crédit agricole. —
- Banques à créer dans le genre de celles del’Écosse. ccxxxiv t. i. ii
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-
-
- PXXX TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- Utilité qu’il y aurait à procéder à la régularisation de
- tous Les litres de propriété. ................. ccxxxv
- Exemple de l’Angleterre.......................... • ccxxxvi
- Mesures à prendre pour faciliter les prêts hypothécaires et les rendre plus efficaces............. ccxxxvn
- SECTION II.
- *' LES ENGRAIS.
- CHAPITRE I.
- Question générale...................................... ccxxxvm
- Action réparatrice des engrais.......................... ccxl
- Rôle du fumier de ferme............................ ccxu
- Autres engrais et amendements......................... ccxui
- Le chaulage en Bretagne............................. ccxliii
- Le phosphate de chaux................................ ccxliv
- Le guano............................................... Ibid.
- Théorie et application des engrais chimiques.... ccxlvi
- CHAPITRE II.
- Substances fertilisantes fournies par les mines........ CCLt
- § 1. — Gisements de phosphate de chaux, — apatite et
- phosphorite...................................... cclii
- Recherches de M. P. Berthier, de M. Ëlie de Beaumont,
- de M. de Molon...................................... ccliii
- §2. — Sels de potasse.............................. ccuv
- Extraction des sels de potasse de la mer. — Exploitation des couches de chlorure de potassium des mines de sel gemme de Stassfürt.............................. cclvi
- SECTION III.
- INDUSTRIES AGRICOLES ET FORESTIÈRES.
- CHAPITRE I.
- Acclimatation d’arbres et d’arbustes........................ t'cLvft
- Contingent de la Californie et do l’Australie : Y Eucalyptus, le Séquoia gigantea.....«.............. cClviii
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES DE REINTRODUCTION.
- DXXXI
- Pages.
- Richesse forestière du Brésil : l’arbre à cire........ ceux
- Développements de l’industrie des pépiniéristes.... Ibid.
- Nouvelles grandes cultures du thé dans l’Inde et à Java. -— Succès de la culture du cïnchona. —
- M. Markham, M. Hasskarl, M. Weddell.............. . cclx
- Moyens dont l’homme dispose pour changer rapidement l’aspect des divers pays.............................. cclx '
- CHAPITRE II.
- OPÉRATIONS DIVERSES.
- g 1. — Production des vins........................... cclxii
- Avenir des vins de Hongrie, d’Espagne et d’Italie.... cclxiii
- Yins d’Amérique, vins d’Australie.................. cclxiv
- Industrie des vins imités, de Celte................ cclxv
- g 2. — Conservation des vins...........Ibid.
- Procédé de M. Pasteur.............................. cclxvi
- g 3. — Maréchalerie. — Ferrure perfectionnée........... cclxvii
- g 4. — Pisciculture...................................... cclxyhi
- QUATRIÈME PARTIE.
- SUR LES PRINCIPAUX RESSORTS DE LA PRODUCTION,
- SECTION I.
- LA LIBERTÉ DU TRAVAIL.
- CHAPITRE I.
- Urgence d’abandonner le système réglementaire. Observations AU SUJET DES IMPOTS........ .................. CCLXIX
- Les abus du système réglementaire signalés par l’Empereur dans sa lettre du. 5 janvier 1860............. cclxx
- L’autorisation préalable; c’est la destruction de la liberté............................ ...................
- CCLXXi
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-
-
- DXXXII
- TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- Taxes sur les matières premières et sur le combustible, etc. — Trop lourdes taxes de consommation. — Tentatives pour écraser l’industrie de quelques grandes villes sous les taxes locales : retour des douanes intérieures'd’avant 1789......... cclxxj
- CHAPITRE II.
- D’une manifestation dangereuse de l’esprit réglementaire. — Résurrection des lois de l’ancien régime.. cclxxii Caractère antilibéral [et antiéconomique de la législation de l’ancien régime.................................... cclxxiv
- Tentative faite pour la remettre en vigueur à l’égard du commerce des métaux précieux et des monnaies. cclxxv Conséquences incroyables qu’aurait eues cette tentative. cclxxvi Nouvel essai, lors des menaces d’invasion de l’épizootie, en 1865 ....................................... cclxxvii
- Luxe des formalités d’autrefois, en pareil cas...... cclxxviii
- Nécessité d’abroger en bloc toute la législation ancienne, sauf à condenser en une loi ce qu’on en peut tirer encore de prescriptions utiles..................... cclxxx
- CHAPITRE III.
- La liberté du commerce ou la concurrence universelle
- OU LA SOLIDARITÉ DES PEUPLES. ........................... CCLXXXI
- Système suivi généralement il y a un quart de siècle
- à peine................................................. Ibid.
- Commencement d’application du système contraire de
- la liberté des échanges.............................. cclxxxii
- Origine du mouvement libéral en ces matières : la Ligue pour l’abolition des lois sur les céréales en Angleterre.................................................. Ibid.
- Réformes de Robert Peel............................... cclxxxiii
- Modifications successives du tarif douanier de la Grande-Bretagne. — Lord Russell et M. Gladstone. — Exposé
- du tarif actuel...................................... cclxxxiv
- Résultats heureux de la diminution et de la suppres- -
- sion des taxes...................................... cclxxxvi
- Premiers essais de réforme en France.................. cclxxxvii
- L’acte de 1860..................................... cclxxxviii
- Toute l’Europe a suivi le mouvement, sauf l’Espagne. cclxxxix
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-
-
- TABLE DES MATIERES DE L’iNTRODUCTION. DXXXIII
- Pages.
- Faute des États-Unis qui, pendant leur guerre civile, ont institué des droits de douane monstrueux et de
- lourdes taxes intérieures sur l’industrie.............. ccxci
- Cette faute sera sans doute promptement réparée.... ccxcn Nécessité, en France, d’abaisser les droits, et d’arriver à la liberté réelle du commerce. — Droits sur les
- machines et sur d’autres articles...................... ccxcm
- Droits sur les denrées alimentaires. — Le poisson de mer....................................................... ccxcv
- SECTION IL
- LA SCIENCE. — L’INSTRUCTION GÉNÉRALE DANS SES RAPPORTS AVEC LA PRODUCTION DE LA RICHESSE ET AVEC LA PUISSANCE PRODUCTIVE DE LA SOCIÉTÉ. — L’EXPLORATION SCIENTIFIQUE DU GLOBE.
- CHAPITRE I.
- L’Instruction primaire........................................... ccxcvm
- Abandon dans lequel elle a été laissée jusque vers 1830. ccxcix
- Loi de 1833. — Efforts de M. Duruy................... ^ ccc
- Exemple des États-Unis, de la Prusse, de la-Suisse.. ccci
- Instruction grossièrement insuffisante dans nos campagnes............................................ CCCII
- État d’abaissement où, depuis 1848, on a mis les instituteurs primaires....................................... ccciv
- Les écoles normales primaires très-mal pourvues en fait des collections et autres moyens matériels.... cccv
- CHAPITRE IL
- L’Instruction moyenne et supérieure. — La Science.... cccvii Insuffisance de l’éducation scientifique en France.... cccviii
- Résultats médiocres obtenus dans les lycées et les collèges......................................................... Ibid.
- L'éducation mieux entendue en Angleterre et en Allemagne ...................................................... cccix
- Honneur à attacher aux carrières industrielles.............. cccx
- A Paris môme, trop peu d’établissements d’instruction secondaire, soit classique, soit spéciale..............* cccxu
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-
-
- DXXXIV TABLE DES MATIÈRES DE l’iNTRQDUCTION^
- Pages,
- Les grandes écoles et les grands établissements de l’État traités trop parcimonieusement pour le matériel de l’instruction.................................. cccxm
- Magnifiques laboratoires à l’étranger; rien de pareil
- en France. ...... .•................... ,,..........cccxiv
- Énormité des dépenses faites pour l’embellissement et l’amélioration de Paris, — La science y est oubliée ^ cccxv
- Ce qu’il faut assurer ou conserver à Paris, e’est la
- supériorité intellectuelle................................ cccxvi
- La science doit Être libre. — Distinction du domaine
- de la science et de celui de la religion............ Ibid.
- Culture spéciale de l’ari industriel.................. cccxix
- Utilité des voyages, comme moyen d’instruction... Ibid.
- CHAPITRÉ ïïf.
- De l'influence que peut exercer l’étude des ressources
- DE LA TERRE DANS LES PAYS OÙ L’EUROPE N’a PÉNÉTRÉ
- que récemment................................... cccxxi
- g 1. — Exemple du jute............................ cccxxm
- g 2.- — Exemple du caoutchouc;;... .• .•.-..- ;. ,........... (MMif
- SECTION III,
- LE CAPITAL. — DES NOTIONS QUI ONT SUCCESSIVEMENT PREVALU AU SUJET DE LA RICHESSE* — OPINION DES MODERNËS. — CONCLUSIONS PRATIQUES.-
- CHAPITRÉ I.
- Des OPINIONS INCORRECTES qui sont encore répandues et en
- GRAND HONNEUR, AU SUJET DU CAPITAL................. CCCXXXI
- Erreur, entre autres, qui consiste à croire qu’une cité, un État, ne perd rien aux dépenses publiques, quelles qtü'éîlés soién’é........................ Ctcxxxn
- CHAPITRE IL
- Des opinions accréditées au sujet de la richesse, parmi les esprits supérieurs de l’antiquité. — Existence
- DÉRÉGLÉE DES RICHES, ALORS........................ . CCCXXXIY
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-
- TABLE DES MATIÈRES DE L’INTRODUCTION.
- DXXXV
- Pages.
- Les grands hommes de la Rome- antique. Naissance du luxe après les conquêtes de la République.—
- Prodigalités inouies............................. ccclxxxv
- Le stoïcisme sous l’empire. — Ce qu’il â fait, ce qu’il ne pouvait faire.,................................. cccxxxvi
- CHAPITRE III.
- Des opinions que le christianisme répandit, a l’égard
- DE LA RICHESSE. — L’AuMÔNE.......................... Ibid.
- Le détachement des biens terrestres. Les solitaires de
- la Thébaïde..................................... cccxxxvii
- Le renoncement peu â peu changé en amour de ses
- semblables ; l’assistance par l’aumône................ Ibid.
- Saint Jean Chrysostôme............................. cccxxxviii
- La vertu du travail ignorée de toute l’antiquité et méconnue alors en fait, quoique doctrinalement on commençât à la voir.................................. cccxxxix
- CHAPITRE IV.
- Opinion moderne sur la richesse et le meilleur emploi qu’elle peut recevoir, en agissant, comme capital,
- POUR FÉCONDER LE TRAVAIL. — COUP-D’OEIL HISTORIQUE
- SUR LA RENAISSANCE ET LES TEMPS POSTÉRIEURS......... Ibid.
- De l’établissement des communes au moyen âge date le commencement de la puissance du travail et de
- sa fécondation par le capital...................... cccxl
- Les bourgeois et les manants plus d’ttne fois redoutables aux gentilshommes.......................... cccxli
- Espérances conçues au moment de' la Renaissance.... cccxlii Le progrès refoulé. — Le capital dévoré' à mesure qu’iï se forme. — Despotisme organisé par de mauvais
- gouvernements... ............................... cccxliii
- Grand mouvement d’affranchissement communiqué au
- monde par la Révolution française...............' cccxnv
- L’aumône comparée au travail...................... occxlv
- Le nature du capital connue, et le travail enfin près d’accomplir ses destinées ....................... cccxlvi
- CHAPITRE V.
- Des influences qui sont hostiles a la formation et a la conservation des Capitaux. — La GuèrRe, les Dépenses
- DE LUXE DES ÉTATS ET DES VILLES ... ................ CCCXLVII
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- DXXXVI TABLE BES MATIÈRES BE L’iNTROBUCTION.
- Pages.
- Opinion de Montesquieu sur la paix armée.......... cccxlviii
- Luxe des souverains absolus et des gouvernements en général. Louis XIV. Destruction des capitaux par le luxe mal entendu des États et des villes. Le Miroir de la comtesse de Fiesque et les entreprises désordonnées des administrations centrales ou municipales......................................... CCCL
- CINQUIÈME PARTIE.
- DE QUELQUES AUXILIAIRES DU PROGRÈS ÉCONOMIQUE DE LA SOCIÉTÉ.
- Énumération des principaux de ces auxiliaires.. cccliii
- SECTION I.
- LES VOIES BE COMMUNICATION PERFECTIONNÉES.
- CHAPITRE I.
- Les Chemins de fer et la navigation a vapeur ........... ccclv
- Les canaux; les fleuves et rivières améliorés.... Ibid.
- Les paquebots ; rapidité des grandes traversées.. ccclvi
- La navigation à vapeur et le commerce. L’Angleterre a reconquis, par le génie de ses constructeurs et de ses armateurs de navires à vapeur, la supériorité maritime et commerciale qui était passée à l’Amérique du Nord. C’est la liberté du commerce qui l’y
- a stimulée........................................ ccclvii
- La marine anglaise en 1830 (année où fut établie l’égalité des Pavillons) et en 1867. Effectif de la marine marchande française....................... Ibid.
- CHAPITRE IL
- Services rendus par les chemins de fer dans les circonstances EXTRAORDINAIRES . . ............................... CCCLVIII
- Economie sur le prix des transports. Puissance de traction illimitée.................................. ccclix
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- TABLE DES MATIÈRES DE l'INTRODUCTION, DXXXVIt
- Pages.
- Exemple des transports faits, en France, pour les
- guerres de Crimée et d’Italie...................... ccclx
- Avantages que l’assistance de la vapeur sur terre et sur mer a donnés aux puissances alliées sur les
- Russes, lors de la guerre de Crimée................
- Services rendus par les chemins de fer dans les années de mauvaises récoltes........................... ccclxi
- Ils ont restreint alors, d’environ 10 francs par hectolitre, la hausse des blés............................ ccclxiii
- Avantages à attendre des chemins de fer d’intérêt local; nécessité de les établir à bon marché......... ccclxiv
- CHAPITRE III.
- Le bon marché des transports provoque de nouveaux
- USAGES QUI SONT DES PROGRÈS............................ Ibid.
- Emploi que les chemins de fer permettraient de faire
- en France des marbres des Pyrénées................. ccclxv
- Supériorité du marbre sur le stuc et la pierre....... ccclxvi
- Richesse de nos carrières du Midi.................... ccclxvii
- Prix de revient, à Paris, des marbres des Pyrénées... ccclxviii
- Applications à l’architecture publique et privée..... ccclxix
- Les têtes de ligne des grands chemins de fer doivent être ramenées à l’intérieur des capitales. Exemple de
- Londres, indispensable à suivre dans Paris......... ccclxx
- Emploi, grâce aux chemins de fer, de matières jusqu’à lors perdues. Les débris de rotin............ ccclxxii
- SECTION IL
- DES INSTITUTIONS DE CREDIT,
- CHAPITRE 1.
- Question posée au sujet des banques d’émission : l’unité
- OU LA MULTIPLICITÉ, LE MONOPOLE OU LA LIBERTÉ.......... CCCLXX1II
- Infériorité de la France, en matière de banques, non seulement vis à vis de l’Angleterre et des États-Unis,
- mais de plusieurs petits États du continent........ ccclxxiv
- Le principe de la liberté des banques n’est pas contredit par l’expérience................................. ccclxxv
- Enquête faite en France. Impossibilité de maintenir le régime actuel, si l’on veut une organisation du Crédit en rapport avec le développement de l’industrie.... ccclxxv
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-
-
- dxxxviii table des matières de d’introduction*
- Pages.
- Le monopole de la Banque de France n’est pas garanti
- par la loi pour la totalité des pays..... cgclxxviii
- Nécessité de la liberté des banques dans l’intérêt de
- l’agriculture. ........................... ccclxxix
- Des banques régionales, avec pouvoir de multiplier, à
- volonté, leurs succursales .ccclxxx
- Aux États-Unis, les banques sont le premier besoin d’un centre de travail qui entre en fonction-...*.. ccClxxxi Prospérité des banques d’Ecosse.Ggclxxxii
- CHAPITRE II.
- Raisons du succès des banques d'Ecosse ................. ccclxxxui
- Il est l’effet de la responsabilité dont elles offrent le modèle, responsabilité résultant du contrôle réciproque et incessant....................... Ibid.
- Parti à tirer, en tout pays, d’une complète publicité, particulièrement- pouf les affaires des grandes compagnies de travaux publics et de finances. ccctxxxiv
- SECTION ÏÏI.
- LA DIVISION DÜ TRÀVAÎU.
- chapitre I.
- Modes divers. — Exemples frappants en Angleterre .... ccclxxxvi
- La fabrication des épingles et des cartes à jouer. ccclxxxvii
- Industrie cotonnière anglaise................ Ibid.
- Filature de la laine peignée à Reims et de la bourre de soie en Suisse........................ ccclxxxix
- CHAPITRE II.
- Convenance, pour certains pays* de se borner a peu près
- a produire des matières premières.............. cccxc
- Divers groupes des- Etats de l’Union-Américaine....Ibid.
- L’Australie, les régions de La Plate................ Ibid.
- La Russie .-»...... «. cccxci
- Devoirs du législateur dans les Etats où l’industrie est
- naissante. cccxcii
- . Rapports entre la densité de la population manufacturière et- l’industrie, .j*..-.cccxcm
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-
-
- TABLE LES MATIERES- DE L’INTRODUCTION.
- DXXXIX
- Les usines de Swansea et les mines de cuivre de presque tout l’univers...........................*
- CHAPITRE III.
- Lutte entre l’industrie bien outillée et l’industrie mal
- OUTILLÉE ..........................................
- Le tisserand indou. Merveilles de son travail....
- Comment les mœurs et la religion le protègent....
- Là filature mécanique envahit l’Indé même ..
- CHAPITRE IV*
- Double mouvement,- l’un pour la division dés industries
- ENTRE LÉS PEUPLÉS; L’AUTRE POUR LA CONCENTRATION D’UN GRAND NOMBRE D’INDUSTRIES GRE % CHACUN D’EUX. . .
- La seule réglé êt suivie, c’ést dé laisser agii là liberfê
- CHAPITRE V.
- Concentration des- industries dans un même établissement..........................................
- Fabrication^ à Dornach, des toiles de coton imprimées* Fabrication semblable des étoffes de laine en Angleterre et en France.
- Etablissement dé M. Titus Salty en Angleterre......<
- Le Creusot, eiï France, a,
- SECTION IV.
- LES IDÉES GÉNÉRALES QUI PRÉCÉDENT JUSTIFIEE PAR l’expérience.
- CHAPITRE I.
- Un éxemple de la prospérité publique et privée a laquelle PEUT S’ÉLEVER UN PEUPLE QUI A LE GÉNIE DE LA LIBERTÉ, LE GOÛT ET L’ESPRIT DÛ TRAVAIL, t’ÂMOUR DU SAVOIR ET QUI EST ACTIF A FORMER DU CAPITAL.........
- Les Américains des États-Unis. — Politique pacifique adoptée dés lé's premiers temps de leur' existence nationale. t ii. i.-1 i.. i. t
- Liberté intérieure. — Sentiment religieux.• >.*......*
- Pages,
- CCCXC1V
- cecxcv
- Ibid.
- CCCXCVII
- CCCXCVHi
- CCCXCIX
- CDI
- cdii
- Ibid.
- CDIÎI
- Ibid.
- Ibid.
- CD VI
- ibid.
- CD VII
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-
-
- DXL
- TABLE DES MATIÈRES DE l'iNTRODUCTION.
- Tagcs.
- Supériorité des six États de la Nouvelle-Angleterre, et,
- particulièrement, du Massachusetts..................... cdviii
- Entreprises de tout genre exécutées dans cet État.
- Commerce du granit, commerce de glace; les requins. cinx
- Comparaison avec les républiques du bassin de la Plata...................................................... cdxii
- CHAPITRE II.
- Comment, de nos jours, l’accroissement de la puissance productive de l’homme a permis de résoudre des problèmes sociaux et politiques qui, autrefois, auraient été insolubles.
- g 1. — Secours apporté par le capital et la science aux colonies compromises par l’abolition de l’es-
- clavage des Noirs................................ cdv
- Régénération des sucreries par les usines centrales,.., cdxvii Malheureuse situation, au contraire, de Pile d’Haïti... cdxviii
- g 2. — Les difficultés suscitées par la diplomatie a la
- Compagnie du Canal maritime de Suez, levées par la puissance acquise à l’industrie dans les
- temps modernes.................................. Ibid.
- Énormité de la tâche matérielle qu’il y avait à accomplir ................................................. CDXIX
- Les bras des fellahs, retirés à la Compagnie, remplacés par une immense force mécanique; les dragues mécaniques à long couloir; grand capital engagé;
- MM. Rorel et Lavalley; importante acquisition pour
- les travaux publics.............................. cdxx
- SIXIÈME PARTIE.
- DES ENCOURAGEMENTS QU’A REÇUS LA LIBERTÉ DU TRAVAIL ET DES ACQUISITIONS QUE LA PUISSANCE PRODUCTIVE DE L’HOMME ET DE LA SOCIÉTÉ EST EN VOIE DE RÉALISER PAR LE MOYEN DES AMÉLIORATIONS SOCIALES ET POLITIQUES ACCOMPLIES DANS L’ESPACE DES DERNIÈRES ANNÉES.
- CHAPITRE I.
- Abolition de l’esclavage. — Abolition du servage. —
- Adoption du système représentatif au lieu du gouvernement absolu,
- cdxxiii
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES DE REINTRODUCTION. DXLI
- Pages.
- L’affranchissement des noirs aux États-Unis préparant leur émancipation dans les colonies espagnoles et le
- Brésil................................................ cdxxv
- Grand pas fait par la Russie, où le servage a été aboli.
- La conséquence sera, dans quelque temps, l’adoption du gouvernement représentatif......................... cdxxvi
- Le suffrage universel en France. Les appréhensions que fait naître le nouvel état social s’expliquent ; mais avec une politique intelligente, l’avenir les verra
- s’évanouir............................................... cdxxviii
- Les signes de la civilisation nouvelle sont l’égalité ou l’abolition des privilèges et l’exercice de la liberté collective et individuelle sous toutes les formes. .. Ibid.
- Liberté religieuse, liberté politique........................ Ibid.
- Liberté du travail.......................................... cdxxix
- CHAPITRE II.
- Les populations ouvrières se proposant, par l’association, d’améliorer
- LEUR SORT DE LEURS PROPRES MAINS.
- g 1. — L’Association. — Sociétés dites coopératives de
- divers genres................................... cdxxxi
- Sociétés de production. — Sociétés de consommation.
- — Sociétés de crédit.................................. cdxxxii
- L’idée de la solidarité trop incomplètement comprise
- et acceptée en France............................ cdxxxi il
- g 2. — Les Banques du peuple de l’Allemagne............. cdxxxiv
- Elles sont un progrès visible sur les Caisses d’épargne. cdxxxv Services rendus par leur organisateur, M. Schulze-De-
- litzsch.................................'........ cdxxxvii
- Résultats obtenus depuis 1852....................... cdxxxviii
- § 3. — Les Unions de métier ou les Trade’s Unions de
- l’Angleterre........................................ cdxl
- Inconvénient des associations formées exclusivement
- d’ouvriers........................................... Ibid.
- Plan de contrainte adopté et suivi en Angleterre.... cdxli
- Attentats commis par le comité des Saw-Grinders (remouleurs de scie) de Sheffield. — Wm Broadhead... cdxlii Erreurs encore accréditées parmi les associations d’ouvriers français....................................... cdxliii
- La diffusion des vérités économiques aidera à triompher de ces obstacles. — Cette diffusion est empêchée en France.................................................. cdxlv
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-
-
- DXLÏt
- TABLE DES MATIERES DE L'INTRODUCTION.
- Pages.
- Les violences de Sheffield ont tourné contre les intérêts des ouvriers qui les commettaient...................... cuxliv
- g 4. — De l’Association sous la forme de la participation
- de l’ouvrier aux bénéfices. .................... cdxlvi
- Essais déjà commencés avec succès........................ Ibid.
- Traits principaux d’un système général à recommander.
- — La Compagnie d’Orléans ; M, Leclaire.............. cdxlvii
- Associations particulières et temporaires d’ouvriers pour l’exécution d’ouvrages déterminés. Exemples : système de M. Houel, dans la maison Cail, et à Fives-Lille., cdl
- Avantages moraux et matériels de l’association par
- la participation aux bénéfices..................... cdlii
- Système suivi par M. Paturle, au Cateau, il y a plus de quarante ans........,......................,...#. Ibid.
- CHAPITRE III.
- Situation morale des populations ouvrières.»*..#............ cdliii
- Plaintes et réclamations des populations ouvrières, depuis qu’elles ont une influence dans l’État........ cdliv
- Aspirations vers l’association ..................... Ibid.
- Utopies que soutient l’ignorance............,........ cdlv
- Le sentiment du devoir trop peu développé ; l’idéal religieux dédaigné; conséquences déplorables........ cdlvi
- Les classes supérieures doivent donner aux populations l’exemple des bonnes mœurs et de l’économie, des vertus de l’homme et du citoyen; hors de là, pas
- d’ordre social........................................ cdlviii
- Impuissance des lois à cet égard. — Le succès dépend de la libre initiative de la société et des individus.., cdlix Puissance des idées religieuses et morales en Angleterre et aux États-Unis............................... cdlx
- Alliance nécessaire du sentiment religieux et de la
- liberté. — Opinion de Hegel........................ cdlxi
- Le sentiment religieux malheureusement ébranlé dans les pays catholiques par le langage du Saint-Siège au sujet des institutions politiques et civiles. — Situation difficile de ces États................................... cdlxiv
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- TABLE DBS MATIÈRES PE l’INTRQDUCTIQN.
- DXLHI
- SEPTIÈME PARTIE,
- DU CONCOURS DU GENRE HUMAIN TOUT ENTIER POUR LA MEILLEURE SATISFACTION DES BESOINS COMMUNS.
- SECTION I.
- NOUVEAUX RAPPORTS ENTRE LES PEUPLES ET LES RACES.
- CHAPITRE I.
- Pages.
- Comment l'horizon s’est élargi depuis le commencement
- DE CE SIÈCLE. ...................................., CDLXV
- De la découverte graduelle des diverses parties du globe terrestre dans l’antiquité et au moyen âge.... cdlxvi Force d’expansion acquise par la race européenne.,,, cdlxvii Grands progrès dus au xixc siècle. — L’Amérique..., cdlxviii Ouverture de l’extrême Orient tout entier. — L’Inde, la
- Chine, le Japon, l’Australie, l’Asie boréale.... cdlxix
- Rapports établis entre tous les peuples. — Le tour du
- monde devenu un voyage facile et court........ cdlxxi
- La vapeur, le télégraphe, le mouvement des échanges.
- — Grand mouvement vers la solidarité,......... cdlxxii
- CHAPITRE II.
- Des faits récents qui révèlent la solidarité des peuples, cdlxxiii L’industrie des soies en Europe trouvant une ressource
- dans le Japon................................. Ibid.
- Relations actives que la crise du colon a fait établir entre l’Europe et l’Orient, ainsi que le Brésil..,,,, cdlxxiv Importance actuelle du commerce entre l’Europe et
- l’Asie........................................ cdlxxv
- Les régions mêmes de l’extrême nord mises à contribution par l’industrie de notre époque : la cryolilhe du Groiiland ; la houille du Spitzberg.......... cdlxxvi
- CHAPITRE III.
- L’émigration. — Mouvement des Européens vers l’Amérique... .............................................. CDLXXVII
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- DXLXV
- TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUCTION.
- Pages.
- Émigration aux États-Unis, par périodes, depuis 1790.
- Ce qui y attire les Européens de toutes les contrées.
- Emigration anglaise................................ cdlxxviii
- Comparaison avec l’émigration espagnole au Mexique. cdlxxx
- CHAPITRE IV.
- De l’émigration des Chinois. — Du parti qu’on pourrait
- EN TIRER DANS L’INTÉRÊT DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE .................................................. CDLXXXI
- Aptitude commerciale, amour du travail des Chinois.—
- Ce qu’ils ont fait en Californie.................. cdlxxxii
- Us ont été, bien à tort, écartés de l’Australie et maltraités ailleurs...................................... cdlxxxiii
- Ils pourraient, avec grand profit pour la civilisation générale, être reçus et se multiplier sur les côtes occidentales du nouveau monde.......................... cdlxxxiv
- CHAPITRE V.
- Comment on peut espérer de voir productifs, dans l’intérêt
- GÉNÉRAL, DES PAYS QUI NE L’ONT JAMAIS ÉTÉ OU QUI
- ONT CESSÉ DE L’ÊTRE.................................. CDLXXXVII
- Perfectibilité des races humaines, elle se manifeste par
- ce qu’on fait produire à la nature................ cdlxxxviii
- Progrès possible de la race noire, jusqu’ici tant en
- retard............................................ CDéxxxix
- Puissance dont la science et le capital ont armé l’humanité. La civilisation retournant aux pays
- où elle avait été jadis et y domptant la nature... cdxc
- Les machines et les procédés perfectionnés dans l’Inde, en Egypte et aux Antilles. — Des institutions sociales
- plus avancées y faisant leur apparition........... cdxci
- Pourquoi les premières sociétés civilisées furent dans des pays chauds. Pourquoi la civilisation a eu ensuite son principal empire dans les régions tempérées. Ibid.
- SECTION II.
- DES MOYENS DE FACILITER LES RELATIONS ENTRE LES DIVERSES PARTIES DU GLOBE TERRESTRE.
- CHAPITRE I.
- Grandes voies de communication a établir............... cdxciv
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- TABLE DES MATIERES DE L’INTRODUCTION. DXLV
- Pages.
- Canal maritime dans l’isthme de Panama.............. cdxcv
- Canal maritime de Suez................................. CDxevir
- Chemin de fer de New-York à San-Francisco........... Ibid.
- Chemins de fer des rives de la Plata à la côte du Chili ou du Pérou, et du haut de la vallée des Amazones
- à l’Océan Pacifique .............................. CDXCvm
- Chemin de fer traversant la Sibérie de l’est à l’ouest. d
- Chemin de fer souterrain de la Manche entre Calais et
- Douvres............................................... di
- Routes praticables à chercher dans les grands déserts de l’Afrique, au moyen de sondages................ dii
- CHAPITRE II.
- Des autres moyens de multiplier les rapports et les
- ÉCHANGES SUR LA SURFACE DE LA TERRE................... DII1
- Organisation complète de la télégraphie internationale.
- Nouveaux cables entre l’Europe et l’Amérique. Amélioration du service des postes. Changements indispensables entre la France et les Etats-Unis. Tran-mission des articles d’argent entre la France et
- l’Angleterre et entre tous les États..................... div
- Adoption d’un système unique des poids, mesures et
- monnaies................................................. DV
- Unité du calendrier, du méridien servant de point de
- départ aux longitudes.................................. Ibid.
- Thermomètre unique. — Densimétrie, etc.................... dvii
- Unité du mode d’écriture.—De l’écriture des Chinois; importance de la réformer................................ dyiii
- Conclusion................................................... dxi
- Retour à lapensée de l’harmonie des nations et de leur solidarité, qui s’est manifestée par l’Exposition. —
- Deux forces se combattent en Europe : le génie de
- la paix et le génie de la guerre................... Ibid.
- Situation équivoque en ce moment; puissance de l’esprit de violence et de destruction, de tout temps visibles
- dans le monde...................................... dxiii
- L’éternelle jalousie des cabinets est le fléau de l’Europe. dxiv
- Le gouvernement du monde semble devoir échapper à l’Europe occidentale et centrale, qui possède encore la prééminence ; mouvement de la civilisation de
- l’orient à l’occident.............................. Ibid.
- t. i. jj
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-
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- DXEVI TABLE DES MATIÈRES DE L’iNTRODUGTION.
- Pages.
- Prépondérance qu’auront vraisemblablement les États-Unis, à la fin du siècle. — Leur alliance déjà établie avec la Russie, qui se développe rapidement, placera l’Europe occidentale et centrale entre deux colosses amoureux de domination, si elle s’est épuisée par la guerre entre les États qui la composent, elle sera
- à leur merci....................................... dxv
- Nécessité, pour les États de l’Europe occidentale et centrale, de vivre en bons rappots et de former une confédération ....................................... dxvi
- FIN DE
- TABIE DES MATIÈRES DE L’iNTRODDCTIOff
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- LISTE
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- DES
- NOMS DE MM. LES RAPPORTEURS
- ALCAN, professeur au Conservatoire ûes arts et métiers, membre de Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- ALDROPHE, architecte de la Commission Impériale, membre du Jury international de 1862.
- ALIGNY (Henry-F.-Q. d’), ingénieur des mines, membre de la Commission scientifique des États-Unis.
- ARCICOLLAR (lé marquis d’), membre du Jury pour l’Espagne.
- AUBÉE, président de la Société industrielle d’Elbeuf.
- AUBRY (Félix), ancien juge au tribunal de commerce de la Seine, membre des Jurys internationaux de 1851,1855 et 1862.
- AUCOC, fabricant de nécessaires et d’orfèvrerie.
- AURELIANO, directeur de l’École d’agriculture de Roumanie, à Bucha-rest, membre du Jury pour les Principautés Danubiennes.
- BADIN, directeur des manufactures impériales des Gobelins et de Beauvais, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- BAKER (Eric), membre du Jury pour la Grande-Bretagne.
- BALARD, membre de l’Institut, inspecteur général de l’enseignement supérieur, professeur au Collège de France, membre des Jurys internationaux de 1851, 1853 et 1862.
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-
-
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- DXLVIir
- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- BALSAN, manufacturier, à Châteauroux.
- BALTÀRD (Victor), membre de l’Institut.
- BARBEDIENNE, fabricant de bronzes d’açt, président de la réunion des fabricants de bronzes et des industries de l’art plastique.
- BARBIER (Charles), instituteur municipal, à Paris
- BARRAL (J.-A.), rédacteur en chef du journal l’Agriculture, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture de France.
- BARRE, graveur général de la Monnaie.
- BARRESWIL, membre du Comité consultatif des arts et manufactures, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- BAUMHAUER (van), membre de l’Académie des sciences des Pays-Bas, membre du Jury international de 1862.
- BAUDE (baron Elphége) ingénieur des ponts et chaussées, professeur à l’École des ponts et chaussées et à l’École des beaux-arts.
- BAUGRAND, joaillier-bijoutier, juge au tribunal de commerce de la la Seine.
- BECQUEREL (Edmond), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- BERTHELOT, membre de l’Académie de médecine, professeur au Collège de France et à l’École de pharmacie.
- BERTHOUD (Henry), homme de lettres.
- BIGNON, agriculteur.
- B1NDER (Louis), ancien juge au tribunal de commerce de la Seine.
- BLANCHARD (Émile), membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- BOESWILLWALD, architecte, inspecteur général des monuments historiques.
- BOITEAU (Paul), ancien élève de l’École normale, publiciste, membre de la Société d’économie politique.
- BOITEL, inspecteur général de l’agriculture, chargé de l’inspection des établissements agricoles pénitentiaires.
- BONTEMPS (Georges), ancien manufacturier, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- BORIE (Victor), rédacteur en chef de l’Écho agricole, secrétaire général du Comptoir d’escompte.
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-
-
-
- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- DXLIX
- BOUCHÀRD-HUZARD (L.), secrétaire général de la Société impériale et •centrale d’horticulture de France, membre de la Commission consultative de l’exposition d’horticulture.
- BOUFFARD, négociant, ancien juge au tribunal de commerce delà Seine.
- BOULEY (Henry), membre de l’Institut, membre de l’Académie de médecine, inspecteur général des Écoles impériales vétérinaires.
- BOUTAREL (Aimé), teinturier, membre du Jury international de 1862.
- BRÉGUET, membre du Bureau des longitudes.
- BRONGNIART (Édouard), inspecteur du service de l’enseignement du dessin dans les écoles municipales de Paris.
- CALLON, ingénieur en chef du corps des mines,'-professeur à l’École des mines, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- GALLON (Charles), ingénieur civil, professeur à l’École centrale des arts
- - et manufactures.
- CARCENAC, ancien négociant, ancien juge au tribunal de la Seine, membre du Jury international do 1862.
- CARLHIAN, négociant.
- CASSE, manufacturier.
- CAYARÉ fils, ingénieur.
- CHALLETON DE BRUGHAT, ingénieur civil.
- CHAMPEAUX (Palasne de), capitaine de vaisseau, sous-directeur au Ministère de la marine.
- CHAMPOISEAU, attaché à la Commission Impériale.
- CHANDELON, professeur à l’Université dé Liège, membre de l’Académie royale de médecine, membre du Jury international de 1862.
- CHATIN, professeur à l’École de pharmacie, pharmacien en chef de l’Hô-tel-Dieu.
- CHÉDIEU (Émile), avocat à la Cour impériale de Paris.
- CHESNEAU (Ernest), rédacteur du Constitutionnel.
- CHEYSSON, ingénieur des ponts et chaussées, chef de service près la Commission Impériale.
- CHOCQUEEL (W.), manufacturier à Tourcoing et à Aubusson, membre de la Commission des valeurs.
- CHRISTOFLE (Paul), orfèvre.
- CLAUDON (Gustave), négociant.
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-
-
-
- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- DL
- COGHIN (A.), membre de l’Institut.
- COUCHE (E.), ingénieur en chef des mines, professeur à l’École des mines.
- COUMES, inspecteur général des ponts et chaussées.
- COURTOIS-GÉRARD, grainier-fleuriste.
- COUTINHO (I.-M. da Silva), membre du Jury pour le Brésil.
- DARCEL, ingénieur des ponts et chaussées.
- DARONDEAU, ingénieur-hydrographe en chef de la marine impériale, membre du Bureau des longitudes.
- DARROUX (Y.), officier principal d’administration du service de l’habillement et du campement.
- DAUBRÉE, membre de l’Institut, inspecteur général des mines, professeur au Muséum d’histoire naturelle et à l’École impériale des mines, membre du Jury international de 1862.
- DAVANNE, chimiste, vice-président de la Société de photographie.
- DELAROCHE (Philippe), attaché au Ministère des affaires étrangères.
- DEGRAND, ingénieur des ponts et chaussées.
- DE LAIRE, chimiste.
- DE LAUNAY, attaché au Conseil des travaux publics.
- DELBRUCK (Jules), auteur d’ouvrages spéciaux.
- DELESSE, ingénieur en chef des mines, maître de conférences à l’École normale supérieure et professeur à l’École des mines, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- DELHAYE, ancien manufacturier, membre du Jury international de 1855.
- DEMARQUAY (le docteur), chirurgien en chef de la Maison municipale de santé et du Conseil d’État, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- DESCHAMPS (E.), ingénieur des arts et manufactures.
- DIÉTERLE, artiste-peintre-décorateur, membre du Jury international de 1855, membre du conseil de perfectionnement du Conservatoire des arts et métiers.
- DIGBY-WYATT, membre de la Société des arts de Londres.
- DOMMARTIN (F.), manufacturier, juge au Tribunal de commerce de la Seine.
- DOUMERC (Auguste), directeur des papeteries du Marais et de Sainte-Marie.
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- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS. DLI
- DUBOCQ, ingénieur en chef des mines, membre du Jury international de 1862.
- DUCUING, économiste.
- DUFAU, ancien directeur de l’Institut des aveugles de Paris, membre du Jury international de 1862.
- DUMARESCQ (Armand), artiste-peintre.
- DUMAS, sénateur, membre de l’Institut, président du Conseil municipal de Paris.
- DUMOUSTIER, chef de division au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics.
- DUREAU (B.), rédacteur en chef duJournal des Fabricants de sucre.
- DUSAUTOY (Auguste), fabricant d’habillements militaires.
- DU SOMMERARD (E.), directeur du Musée de Cluny et des Thermes.
- DUVELLEROY, fabricant d’éventails.
- ENGEL-DOLLFUS (de la maison Dollfüs, Mieg etCie, à Dornach, Haut-Rhin) manufacturier.
- EVANS (le docteur Thomas-W.), médecin-dentiste de S. M. l’Empereur .
- FAUCHER (le docteur Julius), de Berlin.
- FAULER, ancien manufacturier, ancien juge au Tribunal de commerce de la Seine, membre des Jurys internationaux de 1851, 1855 et 1862.
- FERRI-PISANI, colonel d’état-major.
- FÉTIS, membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts ; directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles ; membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- FLACHAT (Eugène), ingénieur-conseil des Chemins de fer de l’Ouest et du Midi, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- FOCILLON (A.), professeur au lycée Louis-le-Grand, membre du Jury international de 1855, chef de service de la section française en 1867.
- FOSSIN, ancien juge au Tribunal de commerce de la Seine, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- FOUBERT, chef de division au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics.
- FOURCADE (Alphonse), fabricant de produits chimiques.
- FOURNIER (Émile), membre du Conseil général de l’Hérault, commissaire du Pérou à l’Exposition Universelle de 1855.
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- DLII
- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- FRANÇOIS (Jules), inspecteur général des mines.
- FRÉMINV1LLE (A. de), sous-directeur de l’École du génie maritime.
- FRÉMY, membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique et au Muséum d’histoire naturelle, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- FUCHS (Edmond), ingénieur des mines.
- FUMOUZE, docteur en médecine.
- GALBERT (vicomte de), membre de la Société d’horticulture de l’Isère.
- GAIJSSEN (Maxime), ancien manufacturier, ancien membre de la Chambre de commerce de Paris, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- GAYFFIER (de), inspecteur des forêts.
- GÉRARD (G.), manufacturier.
- GERNAERT, inspecteur général des mines de Belgique.
- GERSON (David), négociant.
- GILLET DE GRAMMONT, docteur en médecine.
- GIRARD (Charles), chimiste.
- GIRARD (Aimé), répétiteur de chimie à l’École polytechnique.
- G1RODON, ancien membre de la Chambre de commerce de Lyon, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- GOLDENBERG, manufacturier, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- GOLDSMITH (Théodore de), ingénieur de la Compagnie des chemins de fer du sud de l’Autriche.
- GRANDYOINNET (J.-A.), professeur de génie rural à l’École de Grignon. GRATEAU, ingénieur civil des mines.
- GUÉRARD, ingénieur des ponts et chaussées.
- GUICHARD (E.), président de l’Union centrale des arts appliqués à l’industrie.
- GUYOT (Jules), docteur en médecine.
- HANGARD (E.), ingénieur des arts et manufactures.
- HAYEM aîné, négociant.
- HEUZÉ (Gustave), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, inspecteur général adjoint de l’agriculture, professeur à l’École de Grignon, membre du Jury international de 1862.
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- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- DLIII
- HOFMANN (le docteur A.-W.), membre de l’Académie royale des sciences et professeur de l’Université de Berlin.
- HUET, ingénieur des ponts et chaussées.
- HUSSON, membre de l’Institut, directeur général de l’Assistance publique.
- JACOBI (H. de), membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
- JACQMIN, ingénieur des ponts et chaussées, professeur à l’École des ponts et chaussées, directeur de l’exploitation du chemin de fer de l’Est.
- JACQUIN fils, fabricant de dragées à la mécanique.
- JOURDAIN (Frédéric), ancien manufacturier.
- KŒCHLIN (Jules), manufacturier.
- KOHN (Ferdinand), ingénieur civil à Londres.
- KOPTEFF (Basile de), conseiller d’État actuel, attaché à l’administration des haras impériaux de Russie et délégué de la Commission russe.
- LABOULAYE (Ch.), ancien fondeur, membre du Jury international de 1862.
- LAN (Charles), ingénieur des mines, membre du Jury de 1862.
- LANSEIGNE, négociant, ancien juge au Tribunal de commerce de la Seine.
- LAPPARENT (de), ingénieur des mines.
- LARSONNIER, manufacturier, membre de la Chambre de commerce de Paris, membre du jury international de 1862.
- LAURENT-DEGOUSÉE, ingénieur-sondeur.
- LAURENT DE RILLÉ, président honoraire de l’Association des Orphéons de la Seine.
- LAVERRIÈRE, bibliothécaire de la Société impériale et centrale d’agriculture de France.
- LA VILLE, manufacturier.
- LAVOLLÉE (Charles), administrateur de la Compagnie générale des Omnibus.
- LEBAUDY, constructeur-mécanicien.
- LEBLEU, ingénieur des mines.
- LECQEUVRE, ingénieur civil, professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
- LEGENTIL (A.-F.), membre du Comité consultatif des arts et manufactures.
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- DLIV LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- LE PLAY (Albert), docteur en médecine, secrétaire de la Commission consultative de l’exposition d’agriculture.
- LE ROUX (Alfred), vice-président du Corps législatif, membre de la Commission Impériale.
- LESAGE, membre de la Commission consultative de l’exposition d’agriculture.
- LESTIBOUDOIS (Thémistocle), conseiller d’État.
- LESTIBOUDOIS (Jules), auditeur au Conseil d’État.
- LIEBIG (baron Justus de), président de l’Académie des sciences de Bavière.
- LTSSAJOUS, professeur au lycée Saint-Louis, membre du Jury international de 1862.
- LOUVET, ancien manufacturier, président du Tribunal de commerce de la Seine.
- LUUYT, ingénieur des mines, membre du Jury international de 1862.
- MAGNE, directeur de l’École impériale vétérinaire d’Aifort.
- MARIN, ingénieur des ponts et chaussées.
- MARTELET, ingénieur des mines.
- MARTIN (William), consul du royaume hawaïen.
- MARTIN DE MOUSSY, docteur en médecine.
- MATHIEU (Henri), ingénieur au chemin de fer du Midi.
- MÉNIER (Émile), manufacturier, membre du Jury international de 1862.
- MILLE, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- MIMEREL fils, manufacturier à Roubaix.
- MOFRAS (de), secrétaire d’ambassade.
- MOLL, professeur au Conservatoire des arts et métiers, membre des Jurys internationaux de 1851, 1855 et 1862.
- MORANDIÊRE (Jules), ingénieur civil, attaché à la Compagnie du chemin de fer du Nord.
- MOREAU (Frédéric), juge au Tribunal de commerce de la Seine.
- MORENO-HENRIQUEZ, directeur de la manutention de la Chambre de commerce de Paris, à la douane et à l’Exposition universelle de 1867.
- MORREN, professeur de botanique à l’Université de Liège.
- MOTARD, fabricant d’acide stéarique.
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- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS. DLV
- MULLER, ingénieur-constructeur.
- NÉLATON (le docteur), membre de l’Institut, chirurgien ordinaire de S. M. l’Empereur, professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie impériale de médecine.
- NOISETTE, ingénieur, directeur des ateliers de la Compagnie générale des Omnibus.
- NORMAND, ancien constructeur mécanicien.
- OLLIFFE (sir Joseph) M. D.
- OUDRY, directeur de l’usine électro-métallurgique d’Auteuil.
- PASQUIER-VAUVILLERS, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- PAYEN (Anselme), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l’École centrale des arts et manufactures, membre des Jurys internationaux de 1851, 1855 et 1862.
- PAYEN (Alphonse), négociant, membre de la Chambre de commerce de Paris, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- PÉLIGOT (E.), meipbre de l’Institut, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers et à l’École centrale des arts et manufactures, membre des Jurys internationaux de 1851, 1855 et 1862.
- PÉLIGOT (Henri), ingénieur civil.
- PELOUZE (Eugène), administrateur de la Compagnie parisienne pour l’éclairage et le chauffage par le gaz.
- PÉPIN, chef des cultures au Muséum d’histoire naturelle, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture de France.
- PERRAULT (A.), tanneur.
- PERSOZ (J.) fils, chef des travaux.du laboratoire de teinture au Conservatoire des arts et métiers.
- PETIT (Charles), manufacturier.
- PETITGAND, ingénieur civil.
- PICHOT (Pierre), rédacteur de la Revue britannique.
- POGGIALE, membre de l’Académie de médecine et du Conseil de santé des armées, inspecteur général de la pharmacie militaire.
- POLLEN (J.-H.), secrétaire de la classe 14.
- POMPÉE (Philibert), ancien directeur de l’école Turgot, fondateur et directeur de l’école professionnelle d’Ivry, membre du Conseil supérieur de perfectionnement de l’enseignement secondaire spécial, vice-président de l’Association polytechnique.
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- DLVI
- LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- PRÉVOST (FlorenI), aide naturaliste au muséum d’histoire naturelle, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture de France, membre du Jury international de 1862.
- PRILL1EUX (Ed.) membre de la Commission consultative de l’exposition d’agriculture.
- PRIVAT-DESCIIÀNEL, professeur au lycée Louis-le-Grand.
- QUATREFAGES DE BRËAU (de), membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- RAIMBERT (Jules), négociant.
- REYNAL, professeur à l’École impériale vétérinaire d’Alfort, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture de France.
- REYNAUD (Léonce), inspecteur général des ponts cl chaussées, professeur d’architecture à l’École polytechnique et à l’École des ponts et chaussées.
- RIVOT, ingénieur en chef des mines, professeur et directeur des laboratoires et du bureau des essais à l’École des mines, membre du Jury international de 1855.
- ROBERT (Charles), conseiller d’État, secrétaire général du ministère de l’instruction publique, membre du Jury international de 1862.
- ROBINET, membre de l’Académie impériale de médecine.
- RONDELET, manufacturier.
- ROULHAC, négociant, ancien juge au Tribunal de commerce de la Seine, membre de la Chambre de commerce de Paris.
- ROUY, chef de division à l’administration des haras.
- ROY (Gustave), membre du comité consultatif des arts et manufactures.
- SAINTE-CLAIRE-DEVILLE (Henri), membre de l’Institut, maître de conférences à l’École normale, professeur à la Faculté des sciences de Paris, membre des Jurys internationaux de 1855 et 1862.
- SAINT-YVES (Armand), ingénieur des ponts et chaussées.
- SANSON (André), rédacteur en chef du journal la Culture.
- SAUVESTRE (Charles), publiciste.
- SEILLIÈRE (Aimé), manufacturier.
- SER (Louis), ingénieur de l’administration de l’Assistance publique.
- SÉRURIER (comte), ancien préfet, président de la Commission du colportage.
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- LISTE LE MM. LES RAPPORTEURS. DLVIE
- SERVAL, chef de bureau au ministère des finances (administration des forêts de l’État).
- SERVANT, négociant.
- SEYDOUX (J.-E.-Charles), manufacturier.
- SIMON (Édouard), ingénieur.
- SMITH (J.-Lawrence), professeur de chimie aux États-Unis.
- TAIGNY (Edmond), maître des requêtes au Conseil d’État.
- TAILBOUIS, manufacturier, membre du Jury international de 1862.
- TARDIEU (Ambroise), docteur en médecine, président de l’Académie de médecine, membre de la Faculté de médecine, médecin consultant de S. M. l’Empereur, membre du Jury international de 1855.
- TEISSONNIÈRE, membre de la Commission des vins, membre du Conseil municipal de Paris.
- TESTON, chef de bureau au ministère de la guerre, directeur de l’exposition permanente de l’Algérie.
- THÉNARD (baron), membre de l’Institut.
- THÉNARD (Arnold), attaché à la Commission Impériale de 1862.
- THOMAS, pharmacien militaire à l’hôpital de Perpignan (Pyrénées-Orientales).
- TILLAUX (le docteur), chirurgien en chef de l’hospice de Bicêtre.
- TISSERYND (Eugène), directeur des établissements agricoles de la Liste civile.
- TRÉLON, manufacturier.
- TRESCA, sous-directeur et professeur au Conservatoire des arts et métiers.
- TREUILLE DE BEAULIEU ( baron), général d’artillerie, membre du Jury de 1862.
- TUYSSUZ1AN (Ohannès-Effendi), membre de la Commission ottomane.
- USSEL (vicomte d’), ingénieur des ponts et chaussées.
- VAN BLARENBERGIIE, ingénieur des ponts et chaussées.
- VAUQUELIN, manufacturier.
- VÉE (Amédée), vice-président de la Société d’économie politique, ancien pharmacien, ancien maire à Paris, chef de divison à l’Assistance publique.
- VERLOT (B.), jardinier-chef de l’École de botanique du Muséum d’histoire naturelle, secrétaire général adjoint de la Société impériale et centrale de France.
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- DLVm LISTE DE MM. LES RAPPORTEURS.
- VIOLLET-LE-DUC, architecte.
- VITU (Auguste), publiciste.
- VOUGY (vicomte de), directeur général des lignes télégraphiques. WATTEVILLE (baron Oscar de), chef du bureau des souscriptions et du dépôt légal au ministère de l’instruction publique.
- WITTMACQ (le docteur L.), membre du Jury pour la Prusse et les États de l’Allemagne du Nord.
- WORMS DE ROMILLY, ingénieur des mines.
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- INDEX DES MATIÈRES
- TOME PREMIER.
- GROUPE I
- ŒUVRES D’ART.
- CLASSES 1, 2, 3, 4 et 5. — peinture,, dessins,
- SCULPTURE, ARCHITECTURE, GRAVURE ET LITHOGRAPHIE.
- Peinture ; Dessins ; Sculpture ; Architecture,; Gravure et Lithographie. — Influence des expositions: internationales' sur l’avenir de l’art.
- HISTOIRE DU TRAVAIL.
- ORGANISATION. DE ^EXPOSITION DE L’HISTOIRE DU TRAVAIL.
- Section française : La Gaule avant l’emploi des métaux, la Gaule indépendante, la Gaule sous la domination romaine; les Francs jusqu’au sacre de Charlemagne; les Carlovingiens; le moyen âge, la renaissance, les dix-septième et dix-huitième siècles.. — Collection des Monuments historiques de France.,
- . Section étrangère t Royaume-Uni de la Grande-Bretagne, et d’Irlande, Empire d’Autriche, Royaume d’Espagne, Royaume
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- DLX
- INDEX DES MATIÈRES.
- de Wurtemberg, Confédération Suisse, Royaume de Danemark, Royaume-Uni de Suède et de Norwége, Empire Russe, Royaume des Pays-Ras, Royaume d’Italie, États-Pontificaux, Principautés Roumaines, Royaume de Portugal, Républiques de l’Amérique Centrale et Méridionale , Colonies Françaises , Pays divers, Vice-Royauté d’Egypte.
- MONUMENTS ET SPÉCIMENS D’ARCHITECTURE ÉLEVÉS DANS LE PARC DU CHAMP-DE-MARS.
- JURY SPÉCIAL. - NOUVEL ORDRE DE RÉCOMPENSES 0).
- Institué en faveur des établissements et des localités qui ont développé la bonne harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux, et qui ont assuré aux ouvriers le bien-être matériel, intellectuel et moral.
- Mode d'instruction des demandes.
- Prix : Allemagne du Nord, Allemagne du Sud, Autriche, Belgique, Brésil, États-Unis d’Amérique, Autriche, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Italie, Suède.
- Mentions honorables : Allemagne. -
- Citations proclamées clans la séance solennelle de la distribution des récompenses : Confédération Suisse, Espagne, Pays-Bas, Portugal, Russie.
- Candidatures jugées dignes d'être mentionnées au Rapport. Allemagne du Nord, Allemagne du Sud, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Hollande, Italie, Norwége, Suède.
- Appendice : Rapport à l’Empereur annexé au décret concernant les récompenses du nouvel ordre et le Jury spécial (extrait). -
- (i) Le Nouvel Ordre de récompenses ne concerne que les classes industrielles de l’Exposition de 1867. C’est pourquoi l’on a placé immédiatement après les classes du Groupe Ier, consacrées aux Beaux-Arts, le Rapport qui lui est relatif.
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXI
- TOME DEUXIÈME.
- GROUPE II
- MATÉRIEL ET APPLICATIONS DES ARTS LIBÉRAUX.
- CLASSE 6. — produits d’imprimerie et de librairie.
- Fonte, Glichage et Matériel de l’impression — Imprimerie et Librairie—Impressions lithographiques—Gravure sur bois — Procédés divers de gravure et d’impression; Impression en taille douce—Observations sur la situation de l’imprimerie en France.
- CLASSE 7. — papeterie et matériel du dessin.
- Objets de Papeterie; Papiers, succédanés des chiffons — Matériel des Arts, de la Peinture et du Dessin.
- CLASSE 8. — application du dessin et de la plastique
- AUX ARTS INDUSTRIELS.
- Procédés généraux; Enseignement du dessin; Branches diverses de l’art industriel; Gravure sur pierres dures.
- CLASSE 9. — ÉPREUVES ET APPAREILS DE PHOTOGRAPHIE.
- Considérations générales — Épreuves directes et épreuves négatives; Divers modes d’impression des épreuves obtenues à la Chambre noire ; Applications diverses de la photographie ; Matériel, appareils et produits destinés à la photographie.
- kk
- T. I.
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- DLXII
- INDEX DES MATIÈRES.
- CLASSE 10. — INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
- Orgues et Pianos; Instruments à archet; Instruments à cordes pincées; Instruments à vent; Instruments de percussion; Instruments mixtes et mécaniques; Fabrication de parties diverses et d’accessoires de divers instruments; Publications musicales.
- CLASSE 11. — APPAREILS ET INSTRUMENTS DE L’ART MÉDICAL, AMBULANCES CIVILES ET MILITAIRES.
- Hygiène et Médecine; Instruments de chirurgie; Appareils et ouvrages de gymnastique; Appareils orthopédiques, prothèse chirurgicale, bandages, secours aux blessés, voitures et tentes d’ambulance; Chirurgie dentaire, prothèse buccale.
- CLASSE 12. — INSTRUMENTS DE PRÉCISION ET MATÉRIEL DE L’ENSEIGNEMENT DES SCIENCES.
- Observations générales — Appareils d’électricité , de magnétisme , de chaleur, et instruments divers; Appareils de physique mécanique; Machines propres à la mesure des longueurs et des poids ; Instruments de météorologie ; Instruments d’astronomie, de géodésie, de topographie, de marine, d’optique et d’acoustique; Poids et Mesures, Monnaies; Appareils densimétriques; Instruments de Mathématiques et mesures diverses; Modèles pour l’enseignement de la géométrie et de la cristallographie ; Modèles pour l’enseignement de la technologie générale; Modèles d’anatomie.
- CLASSE 13. — CARTES ET APPAREILS DE GÉOGRAPHIE,
- DE GÉOLOGIE ET DE COSMOGRAPHIE.
- Topographie, Hydrographie, Géographie; Nouveaux procédés de reproduction applicables aux cartes : Galvanoplastie, photographie, héliographie; Plans en l'elief,Cartes marines—
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXIII
- Travaux du dépôt des Cartes et Plans de la Marine de France— Exposé des travaux du lieutenant Maury — Cartes géologiques; Généralités sur les principes fondamentaux et les tendances qui ont présidé à l’exécution des Cartes géologiques ; Etude des principales Cartes exposées.
- TOME TROISIÈME.
- GROUPE III
- MEUBLES ET AUTRES OBJETS DESTINÉS A L’HABITATION.
- CLASSE 14. — MEUBLES DE LUXE.
- Meubles de luxe — Considérations sur l’art dans ses applications à l’industrie — Meubles.
- CLASSE 15. — OUVRAGES DE tapissier et de décorateur.
- Ouvrages de Tapissier, Peinture décorative, Marbrerie, Ornementations diverses — Considérations générales.
- CLASSE 16. — cristaux, verrerie de luxe et vitraux.
- Verrerie; Considérations générales—Four de Siemens, Cristaux et verres de luxe, glaces, verres à vitre , bouteilles; Vitraux.
- CLASSE 17. — porcelaines, faïences et autres poteries de luxe.
- Terres cuites—Faïences fines; Considérations préliminaires,
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- DLXIV
- INDEX DES MATIERES.
- Organisation industrielle des Manufactures de faïences fines en Europe—Examen des produits exposés; Perfectionnements apportés à la fabrication de la faïence ; Faïences décoratives— Porcelaines dures; Progrès accomplis, Produits exposés.
- CLASSE 18. — TAPIS, TAPISSERIES ET AUTRES TISSUS D’AMEUBLEMENT.
- Tapis et Tapisseries; Tapis d’un usage ordinaire; Situation de l’industrie avant 1860; Situation actuelle de l’industrie des. Tapis; Tissus d’ameublement; Toiles cirées.
- CLASSE 19. — PAPIERS PEINTS.
- Observations générales—Production française ; Tableau des exportations de 1857 à 1866 et des importations — Fabrication étrangère.
- CLASSE 20. — COUTELLERIE.
- France : Fabriques de Thiers, Châtellerault, Nogent, Paris— Pays étrangers : Angleterre , Belgique , Prusse , Russie, Suède,
- CLASSE 21. — ORFÈVRERIE.
- Observations préliminaires — France : Orfèvrerie ordinaire, Orfèvrerie d’église — Pays étrangers : Hollande et Belgique; Prusse, Wurtemberg et Autriche; Espagne, Danemark,' Suède, et Norwége; Italie, Turquie, États-Unis, Angleterre—Émaux et Damasquine.
- CLASSE 22. — BRONZES d’art, fontes d’art diverses
- ET OBJETS EN MÉTAUX REPOUSSÉS.
- Considérations générales — Fonderie, ciselure, monture et ciselure, enseignement; Bronze; Spécialités; Fonte de fer; le
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- INDEX DES MATIÈRES^
- DLXV
- Zinc; Métaux repoussés et martelés; Rôle des collaborateurs dans les industries du métal artistique — Observations sur la-liberté des transactions internationales.
- CLASSE 23. — HORLOGERIE.
- Observations préliminaires; Montres de poche, Pendules civiles et Chronomètres.
- CLASSE 24. — appareils et procédés de chauffage
- ET D’ÉCLAIRAGE.
- Appareils d’économie domestique; Chauffage et ventilation; Lampes servant à l’éclairage au moyen des Huiles animales , végétales ou minérales; Accessoires de l’éclairage; Allumettes.
- CLASSE 2o. — PARFUMERIE.
- Considérations préliminaires — Des Matières premières, Parfumerie proprement dite; Savons, pommades, extraits, parfums divers, fards; Marques de fabrique.
- CLASSE 26. — objets de maroquinerie,
- DE TABLETTERIE ET DE VANNERIE.
- Reliure. Genres divers de fabrication, produits exposés.
- Ébénisterie, petits meubles de fantaisie marquetés et sculptés ; Bureaux, tables, jardinières, caves à liqueur,- boîtes à gants, objets de Spa; Bois durci, laques, coffrets, émaux, cristaux et faïences montées en bois et en bronze doré, Maroquinerie, nécessaires de toilette, sacs, trousses, albums, buvards, portefeuilles, porte-monnaie, porte-cigares, gaîne-rie; Tabletterie, bijouterie, coffrets, carnets; Bonbonnières, écaille et ivoire; Ivoire sculpté, guilloché et tourné; Peignes en écaille, ivoire, buffle, caoutchouc; Brosserie en ivoire, os,
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- DLXVI
- INDEX DES MATIÈRES.
- buffle et bois ; Pipes, porte-cigares, tabatières ; Vannerie, sparterie ; Tôles vernies.
- TOME QUATRIÈME.
- GROUPE IV
- VÊTEMENTS (TISSUS COMPRIS) ET AUTRES OBJETS PORTÉS PAR LA PERSONNE.
- CLASSE 27. — fils et tissus de coton.
- Filature : Effet de la guerre des États-Unis sur la production du coton; Importance de la Filature dans les divers pays; Tableau des quantités importées, de 1860 à 1866.—Des progrès mécaniques; Situation de l’ouvrier. —Tissage : Produits étrangers, industrie cotonnière française; Conclusion. Tissus de coton imprimés ; Progrès accomplis — Situation de l’industrie en France et dans les pays étrangers.
- CLASSE 28. — fils et tissus de lin, de chanvre, etc.
- Lins et Chanvres : Filature; Fils à coudre; Tissage; Toiles à voiles, toiles fines et mi-fines,batistes et mouchoirs; Coutils, linge de table ouvré et damassé. Tableau des importations et exportations, en France, des matières premières et des fils de lin, etc.—Tissus de fibres végétales, équivalents du lin et du chanvre, jute, china-grass et textiles divers (hibiscus, raphia, aloes, agave, pita, phormium tenax).
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXVIt
- CLASSE 29. — fils et tissus de laine peignée.
- Laines peignées et fils de laine peignée; Tissus de pure laine peignée; Tissus de laine mélangée d’autres matières et étoffes deTantaisie en laine cardée, légèrement foulée. État de la consommation; Produits exposés.
- CLASSE 30. — fils et tissus de laine cardée.
- Filature de laine : Laine cardée en général; Couvertures: Industrie drapière.
- CLASSE 31. — soies et tissus de soie.
- Soies : Matières premières; Filature et moulinage; Tissus de soie—Considérations générales—France, Zollverein, Suisse, Angleterre, autres pays. — Rubans.
- CLASSE 32. — châles.
- CLASSE 33. — dentelles, tulles, brodbries et passementeries.
- Dentelles ; Fabrication générale des dentelles ; Fabrication étrangère ; Espagne et Portugal, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Valenciennes, Malines, Grammont et Bruxelles; Guipure des Frandres; Fabrication de la France ; Alençon, Lille et Arras, Bailleul, Chantilly, Bayeux et Caen, Mirecour, Le Puy. Résumé — Tissus de soie et de coton unis et brochés — Broderies; Importance sociale de l’industrie de la Broderie; Division industrielle; Production de la France; Pays étrangers— Passementerie; Passementerie militaire, Nouveautés, Ameublement, Vêtement, Voitures, Livrées — Broderies et Passementeries orientales.
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- DLXVIII
- INDEX DES MATIÈRES.
- CLASSE 34. — ARTICLES DE. BONNETERIE ET DE LINGERIE, OBJETS ACCESSOIRES DU VETEMENT.
- Bonneterie; Considérations générales; Produits exposés par la France; Produits étrangers; Conclusion — Lingerie confectionnée pour hommes, Chemises, Flanelles, Cols-Cravates et Faux-Cols — Industrie des Corsets—Parapluies et Ombrelles; Cannes, Fouets et Cravaches— Eventails — Ganterie — Tissus élastiques en Caoutchouc pour Bretelles, Ceintures, Jarretières et Bracelets; Articles Parisiens de fantaisie — Boutons.
- CLASSE 35. — HABILLEMENTS DES DEUX SEXES.
- Vêtements d’homme et de femme; Aperçu historique sur l’industrie du Tailleur antérieurement à 1789; L’industrie du Tailleur depuis 1789—Des Salaires—Situation actuelle de l’industrie des Tailleurs; Produits exposés; De l’Ouvrier et des Salaires; Statistique des Tailleurs et des Confectionneurs; Vêtements de femmes; Confections pour femme; Remarques particulières sur quelques Expositions—Fleurs et Plumes—Chapeaux de paille, Modes et Coiffures de femme — Ouvrages en cheveux — Chaussure; Chaussure cousue, mécanique, clouée; Chaussure d’exportation — Chapellerie; Notions historiques; Situation actuelle.
- CLASSE 36. — JOAILLERIE ET BIJOUTERIE.
- Observations générales; Tendances de l’industrie artistique; Produits exposés; Bijoux d’art, Bijoux do second ordre; Doublé , Application, Imitation, Cuivre doré, Acier, Filigrane. Comparaison des produits producteurs ; Vœux et Observations.
- CLASSE 37. —- armes portatives.
- Arquebuserie de luxe—Vulgarisation de l’arme rayée; Progrès successifs ; Adoption d’un petit calibre et du chargement
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXIX
- par la culasse ; Fabrication mécanique américaine—Les Armes exposées — Armes de tous les temps.
- CLASSE 38. — ARTICLES DE voyage et de campement.
- Articles de voyage; Objets de campement; Ustensiles de campement et Meubles portatifs.
- CLASSE 39. — bimbeloterie.
- Considérations générales sur les Jouets; Exposition française; Pays étrangers; Conclusion.
- TOME CINQUIÈME.
- GROUPE V
- PRODUITS BRUTS ET OUVRÉS DES INDUSTRIES EXTRACTIVES.
- CLASSE 40. — produits de l’exploitation des mines
- ET DE LA MÉTALLURGIE.
- Substances Minérales—Introduction générale—Combustibles ; Bitumes et Huiles minérales; Minerais de Fer; Minerais de Métaux autres que le Fer ; Minéraux servant aux industries chi-. iniques; Minéraux d’ornement; Minéraux divers complétant la série des Minéraux utiles ; Collections et échantillons de Roches; Minéraux et Minerais — Combustibles artificiels; Choix des matériaux; Fabrication des Briquettes; Prix de revient; Consommation et qualité des combustibles artificiels—Acier;
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- DLXX
- INDEX DES MATIÈRES.
- Considérations générales ; Fabrication de l’acier en France ; Fabrication de la Prusse ; Fabrication de l’Autriche -, Fabrication de l’Angleterre ; Fabrication de la Belgique; Fabrication de la Suède; Fabrication de la Russie; Fabrication de l’Italie; Fabrication des États-Unis d’Amérique — L’Acier en 1867 — Fontes et Fers; Considérations générales; Résumé historique; Produits— Fers et Aciers ouvrés; Pièces de forge; Tubes et Fers creux; Tréfilerie, Clouterie, Tissus métalliques et Toiles perforées; Aiguilles, Ferronnerie, Boulonnerie, etc., Quincaillerie, Taillanderie—Cuivres bruts et affinés—Exploitation et traitement des Minerais de Plomb; France, Belgique, États du Nord de l’Allemagne, Portugal, Angleterre—Zinc; Résumé historique; Origine, métallurgie, production et consommation du Zinc; Usage du Zinc—Platine, Oxygène, Silicium et Bore, Gly-cinium—Métaux rares; Aluminium, Magnésium, Sodium, Rubidium, Iridium, Thallium—Métaux divers: Étain, Mercure, Manganèse, Antimoine, Nickel et Cobalt, Bismuth et Cadmium, Arsenic—Métaux divers—Observations générales sur l’état du travail des Mines.
- TOME SIXIÈME.
- CLASSE 41.— PRODUITS DES exploitations et des industries FORESTIÈRES.
- Considérations générales — Ouvrages scientifiques ; Collection d’essences forestières, Bois de constructions navales et civiles. Bois de chauffage ; Liège; Écorces textiles — Crins artificiels — Résines, Essences,Charbons—Tonnellerie; Vannerie; Boissellerie — Cultures forestières — Matières tannantes.
- CLASSE 42. — produits de la chasse , de la pêche et des cueillettes.
- Spécimens et collections d’animaux de toute sorte; Produits
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXXI
- de la chasse ; Fourrures et Pelleteries, Poils, Crins, Plumes, Duvets, Cornes, Dents, Ivoire, Os, Ecaille — Musc et Castoreum— F’anons de baleine, Colle de poisson — Gommes élastiques exposées; Caoutchouc; Extraction, culture, production et commerce, propriétés, applications; Gutta-Percha; Gommes, Résines et Gommes résineuses — Blanc de baleine; Stéarinerie.
- CLASSE 43. — produits agricoles (non alimentaires)
- DE FACILE CONSERVATION.
- Production du Coton ; Production et Consommation avant et après la guerre des Etats-Unis ; Statistique des pays producteurs ; Essais de culture du Coton en France — Lins et Chanvres —Laines ; Observations préliminaires ; Laines exposées; Notes spéciales sur les Laines d’Australie et du Cap, et sur les Laines de la Plata—Cocons—L’histoire naturelle à l’Exposition Universelle; Aperçus généraux; Plantes médicinales groupées par région ; Produits d’histoire naturelle médicale rapprochés par groupes thérapeutiques; Résumé, Acclimatation — Houblons—Tabacs—Fourrages— Les Expositions agricoles collectives, France; Expositions des pays étrangers; Exposition collective de l’Algérie; Richesses naturelles de l’Algérie, Plantes textiles, Cultures diverses—Règne animal—État de l’Agriculture et de l’Industrie dans le Levant—Produits agricoles, non alimentaires, de l’Amérique Méridionale; Coton, Laine, Soie, Cire, Tabac, Indigo—L’Amérique Centrale et l’Amérique Méridionale à l’Exposition Universelle de 1867; Goup-d’œil d’ensemble ; Œuvres d’art ; Matériel et application des arts libéraux; Meubles et autres objets destinés à l’habitation; Vêtements et autres objets portés par la personne; Produits bruts et ouvrés des industries extractives ; Instruments et Procédés des arts usuels ; Aliments frais ou conservés à divers degrés de préparation; Statistique générale — Notice sur les îles Hawaï.
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- DI.XX1I
- IINDEX DES MATIÈRES.
- TOME SEPTIÈME.
- CLASSE 44. — produits chimiques et pharmaceutiques.
- Produits Chimiques -pour la grande industrie : Acide sulfurique , Soude , Acide chlorhydrique , Potasse , Brome et Iode : Alumine et scs composés-, Composés fluorés-, Composés du Manganèse, Acide carbonique— La Méthode des Vases clos et ses applications —Savons et industrie savonniôrc — Industrie stéarique ; Paraffine et Bougies de Paraffine — Produits de l’Industrie du Caoutchouc et de la Gutta-Percha; Matières premières, Outils et Machines; Fabrications spéciales; Produits divers exposés — Matériel et procédés de fabrication des Essences—Découverte des nouvelles Couleurs dérivées de la Houille ; Matières premières ; Rosaniline et ses dérivés ; Dérivés de l’Aniline à sécher; Dérivés du Phénol; Dérivés de la Naphtaline; Différents usages des matières colorantes dérivées de la Houille; Considérations générales — Produits pharmaceutiques. Des améliorations apportées dans la préparation du Médicament.
- CLASSE 45. — spécimens des procédés chimiques
- DE BLANCHIMENT, DE TEINTURE, D’IMPRESSION ET ü’APPRÊT.
- Considérations générales sur l’industrie du Blanchiment, de la Teinture, de l’Impression et de l’Apprêt sur les matières textiles (Laines, Soie, Coton, Lin et Chanvre) ; Teintures et Impressions; Produits employés.
- CLASSE 46. — cuirs et peaux.
- Matières premières employées dans la fabrication des Cuirs et Peaux; Corroirie.
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DI.XXIII
- TOME HUITIÈME.
- GROUPE VI
- INSTRUMENTS ET PROCÉDÉS DES ARTS USUELS.
- CLASSE 47. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE L’EXPLOITATION DES MINES ET DE LA MÉTALLURGIE ET PUITS ARTÉSIENS.
- Sondages et Puits Artésiens—Détail des travaux récents; Perfectionnements obtenus depuis 1862 ; Systèmes exposés en 1867—Sondages du Sahara oriental de la province de Constantin e—Travaux de Captage des Eaux Minérales, Etablissements thermaux—Matériel et Procédés de l’exploitation des Mines ; Aérage, Modèles et Plans de Travaux ; Accessoires de l’Exploitation; Dispositions extérieures; Procédés métallurgiques; Procédés de la métallurgie générale ; Procédés de la Métallurgie du Fer; Procédés métallurgiques applicables aux métaux autres que le Fer—Foyers—Fumivores—Galvanoplastie; Électro-Métallurgie du Cuivre; Gravure et Imprimerie; Électro-Métallurgie de l’Or, de l’Argent, du Fer, etc.—Applications en grand de la Galvanoplastie et de l’Électro-Métallurgie.
- CLASSE 48. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DES EXPLOITATIONS RURALES ET FORESTIÈRES.
- Matériel et Procédés des exploitations rurales—Machines et outils, Engrais—Machines locomobiles et Machines routièreê— Matériel et Procédés des exploitations forestières : Charrues, élagage, écorçage, résines, reboisements et regazonnements— Matières fertilisantes cTorigine organique ou minérale; Théorie
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- DLXXIV
- INDEX DES MATIÈRES.
- générale; Système rationnel de culture; Exploitation épuisante; Les Engrais : Importance et rôle des engrais; Rôle des divers genres d’engrais—Assainissement des fosses et conversion des vidanges en engrais — Etat de l’industrie des engrais; Motifs et dispositions de la loi de 1867; Engrais employés en France; Production et consommation des pays étrangers.
- CLASSE 49. — ENGINS ET instruments de la chasse,
- DE LA PÊCHE ET DES CUEILLETTES.
- Articles de Pêche : Cannes, lignes, moulinets, hameçons, appâts, filets de mer et d’eau douce, machines à fabriquer les filets—Matériel et Procédés de pisciculture fluviale; Plans et Modèles—Aquariums; Échelles à poisson—Appareils plongeurs et scaphandres.
- CLASSE 50. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DES USINES AGRICOLES ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES.
- Outillage pour la fabrication du sucre de betterave; Rà-perie; De l’Élimination préalable de la plus grande masse possible des matières accompagnant le sucre; De la concentration du jus ; Cristallisation du sucre ; Séparation du sucre cristallisé des eaux mères où il a pris naissance; Du noir animal ; De la fabrication de l’acide carbonique et de la chaux ; De la qualité des betteraves employées en sucrerie ; Résumé—Pétrisseurs mécaniques pour la boulangerie—Matériel de la chocolaterie — Fabrication de glace.
- CLASSE 51. — MATÉRIEL DES ARTS CHIMIQUES DE LA PHARMACIE ET DE LA TANNERIE.
- Matériel de l’industrie stéarique — Usines à gaz; Matières employées ; Cornues en terre, fours, gazomètres, régulateurs, canalisation, tuyaux divers, compteurs, becs d’éclairage, bouts de bec, gaz portatif; Partie chimique de la fabrication du
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXXV
- gaz—Matériel de la pharmacie; Chauffage à la vapeur, etc.— Préparation des tabacs—Matériel, et outillage mécanique de la tannerie et de la mégisserie—Produits réfractaires; Questions générales; Produits exposés.
- CLASSE 52. — MOTEURS, GÉNÉRATEURS et appareils MÉCANIQUES SPÉCIALEMENT ADAPTÉS AUX BESOINS DE L'EXPOSITION.
- Service mécanique et service hydraulique, ses précédents; Etudes préalables; Données servant de base à l'organisation du service; Organisation du service; Objets exposés—Manutention et appareils de levage employés au déchargement et au chargement des colis—Distribution du gaz au Palais et dans le Parc du Ghamp-de-Mars—Ventilation du Palais de 1867 et des Expositions précédentes.
- TOME NEUVIÈME.
- CLASSE 53. — MACHINES ET APPAREILS DE MÉCANIQUE GÉNÉRALE.
- Pièces détachées de machines, paliers, embrayages, déclics, appareils de graissage, compteurs, dynamomètres, modèles et dessins de modèles—Appareils fumivores—Gompteui^s; Appareils de jaugeage, pompes, presses, etc. — Machines servant à élever les fardeaux: Grues, monte-charges, crics—Courroies— Moteurs hydrauliques : Turbines, roues, beliers, accumula^ teurs, etc.— Machines à vapeur, chaudières, générateurs, manomètres, machines soufflantes, ventilateurs—Machines à gaz, à air chaud, à ammoniaque—Moteurs électriques —Moulins à vent.
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- DLXXVI
- INDEX DES MATIÈRES.
- CLASSE 54 (et 58). — machines-outils et procédés
- DE LA CONFECTION DES OBJETS DE MOBILIER ET D’HABITATION.
- Machines-outils servant au travail des métaux; Machines-outils d’un emploi général; Machines spéciales—Machines-outils servant spécialement au travail des bois—Machines servant au travail des matières argileuses.
- CLASSE 55. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA FILATURE.
- Observations préliminaires—Filature du coton—Travail du chanvre, du lin, du jute et du china-grass—Filature des laines— Matériel des magnaneries; Machines à dévider et à mouliner la soie—Matériel et produits de la corderic.
- CLASSE 56. — MATÉRIEL DU TISSAGE ET DES APPRÊTS.
- Tissage des étoffes unies, des velours, des façonnés, des façonnés brochés; Métiers à mailles, métiers circulaires , métiers à fabriquer les filets ; Apprêts, épurage , dégraissage , lavage, flambage, feutrage, foulage, ondulage, frisage, ramage, séchage, etc.
- CLASSE 57. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA COUTURE ET DE LA CONFECTION DES VÊTEMENTS.
- Chapellerie—Couperies de poils—Fabrication de la chaussure— Machines à coudre.
- CLASSE 58. - (Voir U).
- CLASSE 59. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA PAPETERIE, DES TEINTURES ET DES IMPRESSIONS.
- Impression des étoffes et des papiers peints — Matériel et
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXXVII
- procédés de la papeterie — Machines et matériel de la typographie et de la lithographie; Machines à composer.
- CLASSE 60. — MACHINES, INSTRUMENTS ET PROCEDES USITES DANS DIVERS TRAVAUX.
- Impressions—Presses monétaires—Horlogerie , bijouterie— Allumettes, Cigarettes, Enveloppes, Bouchons, Petites sculptures— Machines diverses.
- CLASSE 61. — CARROSSERIE ET CHARRONNAGE.
- Voitures de luxe; Voitures de service; Pièces détachées de carrosserie.
- CLASSE 62. — BOURRELERIE ET SELLERIE.
- Selles, Harnais, Fouets, Cravaches, Sticks, Éperonnerie.
- CLASSE 63. — MATÉRIEL DES CHEMINS DE FER.
- Part des chemins de fer dans la viabilité générale des contrées représentées à l’Exposition Universelle ; Avantages que les chemins de fer apportent à l’industrie—Voie et matériel fixe de la voie; Éléments et composition de la voie; Voies métalliques; Changements et croisements de voie — Locomotives: Appareils de combustion et de vaporisation; Mécanisme et distribution; supports et véhicules—Matériel roulant; Voitures et wagons; Considérations générales; Importance du matériel roulant; Examen des divers types de voitures à voyageurs; Wagons à marchandises; Pièces et appareils accessoires; Voitures spéciales—Signaux optiques et acoustiques—Modèles, plans et dessins de gares, de stations, de remises et de dépendances de l’exploitation des chemins de fer.
- T. I.
- U
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- DLXXVIII
- INDEX DES 'MATIÈRES.
- TOME DIXIÈME.
- CLASSE 64. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA TÉLÉGRAPHIE.
- Application cle l’électricité à la télégraphie : Appareils télégraphiques; Sources d’électricité, conducteurs, cables; Matériel des lignes télégraphiques; Système économique; supports, dispositions diverses et accessoires—Pose du câble transatlantique — Application de l’électricité considérée au point de vue dynamique.
- CLASSE 65. — MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DU GÉNIE CIVIL,
- DES TRAVAUX PUBLICS ET DE L’AGRICULTURE.
- Matériaux de construction: Propriétés générales; Matériaux naturels ; Matériaux artificiels; Terres cuites et poteries—Matériel de travaux du génie civil et de l’architecture; Matériel des chantiers : Charpenterie , menuiserie, serrurerie appliquée aux bâtiments, couverture et plomberie, vitrerie des bâtiments, Serfurebie fine, coffres-forts, serrures, quincaillerie, carrelages, revêtements, peinture et gypserie—Routes et Ponts, Navigation intérieure : Fondation et opérations diverses ; Routes, ponts et viaducs en maçonnerie; Ponts et viaducs métalliques; Fondations/opérations diverses—Percement du mont Cenis—Percement de l’Isthme de Suez; Tracé du canal, matériel d’exploitation, situation financière—Alimentation en eau et assainissement des villes; Travaux relatifs à l’alimentation en eau; Travaux, matériel et appareils relatifs à la distribution des eaiix—travaux d’égout et de drainage; Chaussées et matériel servant à leur entretien; Emploi agricole des eaiix d’égout— Travaux maritimes; Disposition d’ensemble des ports; Diguès et môles à la mer ; Divers procédés d’exécution des travaux sous-marins; Emploi des scaphandres; Grandes écluses et
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- DLXXIX
- INDEX DES MATIÈRES.
- formes de radoub; Désengorgeaient des ports; Engins mécaniques appliqués dans les ports ; Conservation des matériaux de construction dans l’eau de mer; Phares; —Observations générales; Appareils d’éclairage; Modes de production de la lumière; Construction des édifices.
- CLASSE 66. — MATÉRIEL DE LA NAVIGATION ET DU SAUVETAGE.
- Cales et Bassins de radoub, docks flottants : Observations générales; Principaux ouvrages exposés; Comparaison des divers systèmes des ouvrages exposés — Marine commerciales; Types et modèles de navires employés dans la marine commerciale pour la navigation maritime ou .fleuviale; Machines à vapeur appropriées à ce service; Embarcations à vapeur; Matériel de gréement, apparaux de manœuvre, protection et entretien des carènes, docks flottants, scaphandres— Marine militaire; Types et Modèles de navires employés dans la marine militaire pour la navigation maritime; Machines marines, affectées au service de la marine militaire—Arsenaux et Établissements de la marine militaire ; Travaux hydrauliques des' arsenaux, bâtiments civils des arsenaux, usines de la marine ; Travaux hydrauliques et bâtiments civils des colonies — Balisage — Sauvetage.
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- DLXXX
- INDEX DES MATIÈRES.
- TOME ONZIEME.
- GROUPE VII
- ALIMENTS (FRAIS OU CONSERVÉS) A DIVERS DEGRÉS DE PRÉPARATION-
- CLASSE 67. — CÉRÉALES ET AUTRES PRODUITS FARINEUX.
- COMESTIBLES AVEC LEURS DÉRIVÉS.
- Les céréales alimentaires : Culture du blé; Commerce de la France en blé et farine; Blés des pays étrangers, autres céréales alimentaires—Meunerie—Céréales, farines et pâtes alimentaires de l’Orient—Principales productions du Mexique—Levure pressée allemande—Pâtes d’Italie—Gluten granulé et couscous des Arabes.
- CLASSE 68. — produits de la boulangerie
- ET DE LA PATISSERIE.
- Boulangerie : Biscuit pour la marine; Pâtisserie; Pains d’épice.
- CLASSE 69. — corps gras alimentaires,
- LAITAGE ET ŒUFS.
- Huiles, Lard, Beurre, Fromages.
- CLASSE 70. — viandes et poissons.
- Considérations générales sur les substances alimentaires :
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXXXI
- Viandes fraîches; Viandes conservées; Extraits de viande; Poissons, Crustacés et Mollusques; Statistique du commerce de la France en viandes et poissons.
- CLASSE 71. — LÉGUMES ET FRUITS.
- Fruits et Légumes à l’état frais : France, Algérie, Pays étrangers—Conserves de fruits; Légumes et fruits secs; Légumes farineux secs : Haricots, Pois, Lentilles, Fèves, etc. ; Fruits secs, Amandes, Noix, Châtaignes; Fruits séchés, Pruneaux, etc.—Oranges, Citrons, Raisins.
- CLASSE 72. — CONDIMENTS ET STIMULANTS.
- . SUCRES ET PRODUITS DE LA CONFISERIE.
- Moutarde—Thé—Café, succédanés du Café—Cacaos et Chocolats— Coca et Maté — État de l’industrie du sucre; Développements de l’industrie sucrière en France; le sucre de betterave dans le Zollverein, en Autriche, en Russie, en Belgique et en Hollande; Le sucre de canne dans les colonies du Nouveau-Monde; Le sucre de palmier et d’érable; Production générale du sucre—Confiserie.
- CLASSE 73. — boissons fermentées.
- Vins : France; Production des pays étrangers; Production des vins en Amérique et dans les colonies anglaises—Bière-Eaux-de-vie et alcools, Boissons spiritueuses : Genièvre, Rhum, Tafia, Kirsch, etc.; Liqueurs aromatisées—alcooliques.
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- DLXXXII
- INDEX DES MATIÈRES.
- TOME DOUZIÈME.
- GROUPE VIII
- PRODUITS VIVANTS ET SPÉCIMENS D'ÉTABLISSEMENTS DE L’AGRICULTURE.
- CLASSE 74. — spécialité d’exploitations rurales
- ET D’USINES AGRICOLES.
- Considérations générales sur l’agriculture, sur ses progrès et ses besoins : Situation économique; Hausse générale des salaires, dépopulation des campagnes, intérêts communs de l’agriculture et de l’industrie; Nécessité des machines et d’un outillage perfectionné; Variations du prix des terres et denrées agricoles; Théorie nouvelle de l’agriculture; Loi de la restitution intégrale; Les grands prix de l’agriculture; Silviculture et améliorations forestières ; Travaux sur la physiologie végétale; Découverte et fabrication des engrais; Conservation des grains—Charrues, semoirs, distributeurs d’engrais,moteurs à vapeur, manèges , moulins à bras, à eau , à vapeur, hache-paille , presses et pressoirs, machines à élever l’eau — Principaux instruments et travaux divers de l’agriculture ; Moissonneuses, faucheuses, faneuses et rateaux; Machines à battre et appareils de nettoyage pour les grains; Instruments pour la préparation de la nourriture des animaux; Appareils pour la préparation des produils agricoles; Machines et appareils pour diverses préparations du bois; Appareils de vinification et de distillation; Types de bâtiments ruraux; Industries agricoles; Conservation des produits agricoles; Spécimens de culture et d’assolements ; Appareils d’évaporation ; Appareils pour la tonte
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- INDEX DES MATIÈRES. DLXXXIII.
- clés animaux—Constructions rustiques—Travaux divers de l’agriculture—Dessèchement du lac Fucino et mise en culture des terrains conquis.
- CLASSE 75. — chevaux, ânes, mulets, etc.
- MARÈCHALERIE.
- Exposition chevaline: Les haras de la France; Les chevaux étrangers—Anes et Mulets; Chameaux.—La maréchalerie.
- CLASSE 76. — bœufs büfles.
- Aperçu général — Animaux gras; Animaux producteurs de lait; Animaux travailleurs.
- CLASSE 77. rr- moutons et chèvres.
- Espèce ovine : Races de boucherie; Races à laine, Espèce caprine.
- CLASSE 78. — porcs et lapins. CLASSE 79. — oiseaux de basse-cour.
- Considérations générales : Aiiimaux exposés.
- CLASSE 80. — races canines.
- Chiens divers : État statistique des Meutes de la France et de l’Angleterre.
- CLASSE 84. — insectes utiles.
- Insectes utiles divers : Abeilles; Sériciculture.
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- DLXXXIV
- INDEX DES MATIÈRES.
- CLASSE 82. — poissons, crustacés et mollusques.
- Aquariums et Pisciculture maritime; État des pêches en France et à l’étranger.
- GROUPE IX
- PRODUITS VIVANTS ET SPÉCIMENS D'ÉTABLISSEMENTS DE L'HORTICULTURE.
- CLASSE 83. — serres et matériel
- DE L’HORTICULTURE.
- Expositions d’horticulture antérieures et organisation de l’Exposition de 1867 — Parcs et matériel; de l’horticulture : Parcs et jardins; serres, chauffage; rochers, mobiliers de jardin; instruments et outils.
- CLASSE 84. — fleurs et plantes d’ornement
- DE PLEINE TERRE.
- Arbres et Arbustes à feuillage persistant; Arbres fleurissants; Végétaux herbacés, plantes bulbeuses; Plantes vivaces variées; Plantes annuelles variées; Bouquets de fleurs naturelles.
- CLASSE 83. — PLANTES POTAGÈRES.
- Ananas, Artichauts, Asperges, Carottes, Champignons, Choux, Choux-fleurs, Cresson de fontaine, Fraises, Haricots, Ignames de la Chine, Melons, Navets, Pois, Pommes de terre, Tomates, Truffes.
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- INDEX DES MATIÈRES.
- DLXXXV
- CLASSE 86. — ARBRES FRUITIERS et fruits.
- Arbres fruitiers ordinaires; La viticulture et ses produits.
- CLASSE 87. — GRAINES et plantes forestières.
- PROCÉDÉS DIVERS DE REPEUPLEMENT DES FORÊTS.
- Taillis sous futaie ; Futaies ; Dunes ; Plantations ; Reboisement des montagnes.
- CLASSE 88. — plantes de serre.
- Importance de l’horticulture; Progrès et découvertes de l’horticulture.
- Tableaux du commerce de la France et de l’Angleterre, par groupes, depuis 1862. (Ces tableaux sont dûs à M. Ghemin-Dupontès.)
- TOME TREIZIÈME.
- GROUPE X
- OBJETS SPÉCIALEMENT EXPOSÉS EN VUE D'AMÉLIORER LA CONDITION PHYSIQUE ET MORALE DE LA POPULATION.
- CLASSES 89 et 90. — matériel et méthodes de l’enseignement DES ENFANTS. BIBLIOTHÈQUES ET MATÉRIEL DE L’ENSEIGNEMENT DONNÉ AUX ADULTES DANS LA FAMILLE, L’ATELIER, LA COMMUNE OU LA CORPORATION.
- Observations générales sur les objets exposés dans les classes 89 et 90; Introduction à la classe 89—Crèches et Asiles—
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- DLXXXVI
- INDEX DES MATIÈRES.
- Écoles primaires—Enseignement des aveugles et des sourds-muets—Résultats de l’instruction primaire—Écoles d’adultes : primaires, régimentaires, pénitentiaires—Enseignement secondaire spécial—Cours polytechniques secondaires—Enseignement de la géographie—Enseignement du chant—^Enseignement du dessin—Cours techniques : Agriculture, commerce, industrie— Colportage—Bibliothèques; Collections diverses.
- CLASSE 91. — MEUBLES, VÊTEMENTS ET ALIMENTS DE TOUTE ORIGINE DISTINGUÉS PAR LES QUALITÉS UTILES, UNIES AU BON MARCHÉ.
- Introduction—Mobilier; Papiers peints; Tissus de coton; Tissus de lin, chanvre, jute et coton; Tissus de laine peignée non foulée; Tissus mélangés de coton; Tissus de fil et de coton; Châles; Draps; Bonneterie, tricots à la main, tissus à mailles, confections en tissus à mailles, ganterie de tricots, articles de filets, etc. ; Effilochages de laine ; Confection de vêtements pour hommes, femmes et enfants; Chaussures à bon marché; Industries accessoires.
- CLASSE 92. — SPÉCIMENS d’habitations caractérisées
- PAR LE BON MARCHÉ UNI AUX CONDITIONS D’HYGIÈNE ET DE BIEN-ÊTRE.
- CLASSE 93. — produits de toute sorte fabriqués par
- DES OUVRIERS CHEFS DE MÉTIERS.
- CLASSE 94. — INSTRUMENTS ET PROCÉDÉS DE TRAVAIL SPÉCIAUX AUX OUVRIERS CHEFS DE MÉTIER.
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- ERRATUM
- Il s’est glissé, à l’impression des divers volumes du Recueil des rapports du Jury international un certain nombre de fautes qu’il n’a pas été possible de corriger sur toutes les feuilles. La plupart sont sans importance et se relèvent d’elles-mêmes. Nous indiquerons ici quelques-unes de celles qu’il est à propos de signaler; ce sont principalement des rectifications de noms propres.
- TOME I.
- Page clii. Au lieu de heliçoïdales, lisez : hélicoïdales.
- Page clxix. Au lieu de section IV, lire section III.
- Page cccLxxxi, note. Au lieu de Du Reynode, lisez Du Puynode.
- Page 435. Immédiatement avant l’article Lothaire de Faber (Bavière), il eût fallu le titre Allemagne du Sud, les États qui suivent, jusqu’à Autriche, ne faisant pas partie de F Allemagne du Nord.
- Page 508. Au deuxième titre d’article, au lieu de Ailes des jeunes ouvriers, lisez : asile.
- TOME II.
- Page 74, ligne 25. Au lieu de qui édite lui-même, lisez : qui imprime en ce moment.
- Page 967, ligne 3. Une note devrait indiquer là que, malgré l’adoption de l’article par la Commission, le Corps législatif n’a pas été d’avis de rendre libre la profession de libraire ; mais ce tome II était tiré dès le mois de novembre 1867.
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-
-
-
- DLXXXVIII
- ERRATUM.
- Pages. lignes.
- 112 26 Au lieu de Icssap, lire : Jcssup.
- 114 7 Au lieu de Thos, Harry, lire : Th os (Thomas)
- Harry.
- 147 Note. Au lieu de classe 8, lire : classe 6.
- 177 23 Au lieu de Znlnaga, lire : Zuolaga.
- 179 18 Au lieu de Geoffroy, lire : Gcffroy (Auguste).
- 217 32 Au lieu de Grignan, lire : Grignon.
- 340 35 Au lieu de Bonrlatel Viau, lire : Burlot et Viau.
- 378. Au titre de la section, au lieu de Voiture et
- tente d’ambulance au singulier, il faut lire le pluriel.
- TOME III.
- 23 12 Au lieu de Mazaroz et Bihaillcr, lisez : Mazaroz-
- Bibaillier.
- 23 16 Au lieu de Gallail, lire,: Gallais.
- 24 12 Au lieu de Mansfcld, lire : Mansficld.
- 24 19 Au lieu de Gycr, lire : Dyer.
- 26 22 Au lieu de Annony, lire : Antoni (Louis).
- 27 4 Au lieu de Yolossotikof, lire : Volossalikoff.
- 27 24 Au lieu de Kitschel, lire : Kischclt.
- 28 II Au lieu de Fiirpc et Frédéric, lire : Tiirpe et
- Friedrich.
- 43 9 Au lieu de Bondillon, lire : Boudillon.
- 43 9 Au lieu de Mazaros, Bihallicr, lire : Mazaroz-
- Bibaillicr.
- 43 34 Au lieu de Kittscliel, lire : Kitschelt.
- 46 26 Au lieu de Wcdgood, lire : Wcdwood.
- 49 9 Au lieu de Polhmann, lire : Pohlmann.
- 69 29 Au lieu de Krajich, lire : Kralik (Guillaume).
- 70 5 Au lieu de Schrecber, lire : Schreiber.
- 73 28 Au lieu de Vcnderborght, de Gand, lire : Van der
- Borgt-Dcgand.
- 74 19 Au lieu de Plaine de Valcli, lire : Plaine de
- Valsch.
- 74 24 Au lieu de Burguii Scbycrcr, lire : Bnrgim,
- Schwerer et Cc.
- 74 24 Au lieu de Mcysthal, lire : Meysenthal.
- 75 25 Au lieu de Balim, lire : Baclnn.
- 75 28 Au lieu de chapitre ii, lire : chapitre nr.
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-
-
- ERRATUM.
- DLXXXIX
- 79 32
- 81 18
- 82 31
- 96 11
- 97 3
- 121 31
- 124 24
- 176 16 <
- 190 4
- 218 32
- 233 11
- 243 31
- 248 18 i
- 253 7
- 257 7
- 267 .8
- 290 6
- 300 15
- 320 . 17
- 326 2
- 327 20
- 342 29
- 359 20
- 331 13
- 382 7
- Au lieu de Krailscliimer, lire : Krailsheimcr.
- Au lieu de chapitre iii, lire : chapitre iv.
- Au lieu de de Dorlodot et de Mermiané, lire : de Dorlodot de Moriamé.
- Au lieu de Vandesporten, lire : Vandcvpoorten.
- Au lieu de Ward et Haghes, lire : Ward et Hughes.
- et p. 138, 1. 13; p. 139, 1. 16 Au lieu de Pinder-Bourne, lire : Pinder, Bourne et Cc.
- Au lieu de Geoffroy Guérin et Ce, lire : Geoffroy, Guérin et Ce.
- ît 18 Au lieu de Fisher, lire : Fischer.
- Au lieu de Bcsnard-Laurcnt, lire : Bernaud-Lau-rens.
- Au lieu de Graferoni, lire : Cianferoni.
- Au lieu de Ballcstcros de Santiago (Espagne), lire: Ballestcros (Santiago), de Madrid (Espagne).
- Au lieu de Girodias-Chahrol-Astier-Prodon, lire : Girodias-Chahrol, A stier-Prodon.
- et 19 Supprimer les mots en même temps, et, au lieu de ou lame, lire : ou à lame.
- Au lieu de Mappin Wceb, lire : Mappin, Wehb.
- Au lieu de où l'on en remarque parmi d'excellents, lire : où l’on remarque parmi d’excellents produits.
- Au lieu de Bourdon, de Bruynes, lire : Bourdon de Bruyne, de Gand.
- Au lieu de § 3, monture et ciselure, lire : Monture et tournure.
- Au lieu de Stolberg-Vcrigerode, lire : Stolberg-Vernigerode.
- Au lieu de 1856, lire : 1866.
- Au lieu de présents, lire : présentes.
- Au lieu de Prescol, lire : Prescott.
- Au lieu de le premier, lire : les premiers.
- Au lieu de Woolich, lire : Woolwich.
- et 27 Au lieu de Wcrbel, lire : Weibel.
- Au lieu de et l'on ne peut établir, lire : et l'on ne peut l'établir.
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-
-
- DXG
- ERRATUM.
- Pages.
- 440
- Lignes.
- 447 8
- 450 1
- 460 21
- 463 30
- 470 34
- 480 10
- 483 4
- 490 1
- 490 5
- 495 16
- 499 9
- 499 27
- 500 10
- Au lieu de les œuvres de M. Rivière, etc. jusqu’à Brown du Canada, lire : les œuvres de M. Rivière (vitrine collective), Zachnendorf, Bain, RI acide, (vitrine collective), Ramage, Bei-Iridge, etc., Brown de Londres et Brown du Canada.
- Au lieu de Chatcnond, lire : Ghalenoud.
- Au lieu de § 4, lire : § 3.
- vellc-Dclcbarrc.
- Au lieu de Bondier, Donninger et Ulrich, lire : Bohdicr, Donninger et Ulhricb.
- Au lieu de grand-duché de Rade, lire : grand-duché de Hesse.
- Au lieu de l’écaille brute entre en franchise lorsqu’elle est façonnée, lire : entre en franchise; lorsqu’elle est façonnée, l’entrée, etc.
- Au lieu do Fuehs, lire : Fuchs.
- A lieu de Golmann, lire : Goldmann.
- TOME IV.
- 31 13 Au lieu de Hor rocks te t-Miller, lire : Horrockses-
- MHier.
- 14 et 15 Au lieu de Jolinson-Jahcz et Filder, lire : Johnson, Jahez et Fildes.
- 16 Au lieu de Kessilmayer et Millodew, lire : ICes-selmeyer et Mcllodew.
- 32 8 Au lieu de Staty, Bridge, lire : Staly-Bridge.
- 32 9 Au lieu de Asthon, lire : Ashton.
- 32 21 Effacez Company.
- 34 1 Au lieu de 80,000lire : 800,000.
- 34 22 Au lieu de Spierman et Moelau, lire : Siepermann
- et Molilau, et Linden au lieu de Zinden.
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-
- ERRATUM.
- DXGI
- Pages. Lignes.
- 31 27. Note. Après Eltlingcn, mettez (Bâclé).
- Au lieu de n° 20, lisez : n° 51.
- 35 20 .Au lieu de Lichig, lire : Licbieg (Jean).
- 26 Au lieu de Richlcr, lire : Richter.
- 41 6 Au lieu de 130,000 broches, lire : 1,300,000.
- 41 21 Au lieu de 3,500 ouvriers, lire : 25,000.
- 41 25 Au lieu de 3,000 métiers, lire : 14,000.
- 43 4 Au lieu de rideaux brochés, lire : brodés.
- 113 21 Au lieu de 125 millions, lire : 62,500,000.
- 113 22 Au lieu de 171,350,000, lire : 108,150,000.
- 113 24 Au lieu de 126 millions, lire : 63.
- 113 25 Au lieu de 194,900,000, lire : 131,900,000.
- 113 26 Au lieu de 23,350,000, lire : 23,050,000.
- 113 27 Au lieu de 15 pourcent, lire : 21.
- 188 14 Au lieu de 190, lire : 90.
- 265 10 Au lieu de § 5, lire : § 6.
- 313 17 Au lieu de Lasserre, lire : Lagucrre.
- 332 II manque un fdet de séparation avant l’alinéa,
- Jusqu’à présent, etc.
- 342 19 Au lieu de d’uniformes, de chasse, lire : d’unifor-
- mes de chasse.
- 368 29 Au lieu de un article, lire : cl’un article.
- 391 9 II manque un filet de séparation devant l’alinéa,
- la France, etc.
- 463 22 Au lieu de chapitre iv, lire : chapitre ni.
- 480 5 Au-dessus de la ligne : passons maintenant, etc.
- ajouter :
- g 3. Fusils se chargeant par la culasse.
- 544 Au lieu de tissus et soie (section II), lire : tissus
- de soie.
- 548 4 Après Hayen, ajouter : page 304.
- 549 12 Après Trélon, ajouter : page 340.
- TOME Y.
- 19 16 Au lieu de après avoir procuré, lire : qui,
- après avoir procuré.
- 47 20 Au lieu de moyennant, lire : moyennement.
- 58 8 Au lieu de du Japon,'lire au Japon.
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-
- dxcii
- ERRATUM.
- Pages. Lignes.
- 96 8
- 121 20
- 238 25
- 277 23
- 296 9
- -170 1
- 587 597 6 et 7
- 709 20
- 13 5
- . 13 6
- 13 7
- 19 30 2
- 20 28
- 20 26
- 57 11
- 135 16
- 160 185 21
- 188 26
- 193 191 11
- 198 3
- Au lieu de on supplée en France a l'absence du minerai magnétique d’Algérie par des importations, lire : on supplée en France à l'absence du minerai magnétique par des importations d’Algérie.
- Au lieu de des deux espèces, lire : de deux espèces.
- Au lieu de Lwarence, lire : Lawrence.
- Au lieu de il ne résulte, lire : il en résulte.
- Au lieu de couvcrtisscurs, lire : convertisseurs.
- Au lieu de soulèverait, lire : soulevait.
- Au lieu de apposée, lire : opposée.
- Au lieu de Outonogan dans le Michigan, lire : Onlonogan dans le Wisconsin.
- (table) Au lieu de Goldembcrg, lire : Golden-berg.
- TOME VI.
- Au lieu de Kovacie, lire : Kovacic.
- Au lieu de Dunscr, lire : Diinscr.
- Au lieu de Miilner, lire : Müllncr.
- Au lieu de Clavès, lire : Clavé.
- Dernière ligne, après 57 millions il faudrait (rendement brut).
- Après les chiffres 21,307,000, etc. il faut lire : Fr. (francs).
- Après les chiffres 55,061,265, il faut lire : Fr. (francs).
- Au lieu de utile, lire : nécessaire.
- Au lieu de Chapitre III, lire : Chapitre IV.
- Au lieu de Paul Penang, lire : Poulo Pcnang. Note, au lieu de sterlings, lire : livres ster-lings.
- Au lieu de 7 den. 87, lire : S don. 87.
- Au lieu de 3,601,000, lire : 2,601,000. Avant-dernicre ligne du tableau, lire : (et non pas consommation).
- Au lias de la 11e colonne lire 1493, au lieu de 1473.
- Ouvrir la parenthèse avant qui.
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-
-
- ERRATUM.
- DXGItt
- Pages. Lignes.
- 199 Au tableau, à la 2e colonne, en bas, lire 792,521,
- au lieu de 762,521.
- 200 Dernière ligne, au lieu de 8,873,000 lire :
- 3,863,000.
- 201 9 Au lieu de Dhollerha, lire : Dhollera.
- 201 10 Au lieu de pour le kilogr., lire : pour la livre
- anglaise.
- 203 3 Au lieu de propos à effrayant, lire : à propos
- effrayant.
- 203 31 Au lieu de 14,600, lire : 13,600.
- 204 1 Au lieu de 900 à 1,200, lire : 2,300 à 3,400.
- 212 5 Au lieu de millions, lire : milliers.
- 214 A la 17e ligne (dernière colonne du tableau) au
- lieu de 130, lire : 2,130.
- 265 22 Au lieu de Rasimir, lire : Kasimir.
- 265 23 Au lieu de Ollendorf, lire : Ottendorf.
- 293 2 Au lieu de prétexté, lire : présenté.
- 398 31 Au lieu de 1200 kilog., lire : 1200 grammes.
- 403 1 Au lieu de section VIII, lire : section IX.
- 407 1 Au lieu de section IX, lire : section X.
- 426 19 Au lieu de Tamus Smilax, lire : les Tamus, les
- Smilax.
- 431 27 Au lieu de arliculé, lire : articulé.
- 434 2 et 3 Au lieu de la valeur des fruits exposés s’est
- élevée a 14,285fiOO francs, lire : le nombre etc.
- 437 20 Au lieu de elles ne se séparent pas, lire : les
- filaments ne se séparent pas.
- 437 21 Au lieu de elles, lire : ils.
- 448 18 Au lieu de douée, lire : dotée.
- 489 3 Au lieu de Cundinamarca de l’Équateur, lire :
- Condinamarca, de l’Équateur.
- 503 5 Au lieu de coutures, lire : couvertures.
- 573 21 Au lieu de Angel Dollfns (table), lire : Engel-
- Dollfué.
- TOME VII.
- 46 14 Au lieu de pouvaient, lire : pourraient.
- 73 13 Au lieu de manquent, lire : manquant.
- 14 Au lieu de consommant, lire : consomment.
- T. i.
- mm
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-
-
- DXCIV
- ERRATUM.
- Pages. Lignes.
- 163 2 Au lieu de Faulquier Cadet, lire: Faulquier, Cadet
- et Cie.
- 14 Au lieu de Honzon-Muiron et fils, à Rouen, lire : Houzeau-Muiron et fils, à Reims.
- 180 13 Au lieu de Ioung, lire: Joung.
- 16 Au lieu de MM. I-C. et I. Field, lire : J-C. et J. Field.
- 183 A la note, au lieu de Volume XI, lire: volume 11.
- 201 13 Au lieu de les industriels, lire : ces industriels.
- 331 1 Vase, clos avec le bain, lire : vase clos, avec le
- bain.
- TOME VIII.
- 25 5 Au lieu de Vcllcpiguc, lire : Villcpigue.
- 46 24 Au lieu de Bourhonne-Lancy, lire : Bourbon-Lancy
- 62 21 Echelles mécaniques Bennes, lire : Échelles méca-
- niques, Bennes, etc.
- 215 31 Au lieu de Jouanni, lire : Jouannin.
- 460 15 Au lieu de Bosquet et Cic, lire : Bousquet et &<•.
- 414 25 § 15. Ce paragraphe doit commencer par les mots
- Les progrès, etc.,ce qui précède étant nul.
- 489 11 Au lieu de Commission de 1865, lire : de 1855.
- 504 23 Au lieu de objets cxp,osés de la classe 52, lire :
- | 4. Appréciation des objets exposés dans la classe 52.
- 21 Au lieu de classe 58, lire: 58.
- 505 1 Au lieu de de l'Exposition, lire : du service.
- 527 3 Au lieu de p. 488, lire : p. 510.
- 540 26 Au lieu de 0 fr. 4, lire: quatre centimes.,
- 551 15 Au lieu de Birkenkead, lire: Birkenhcad.
- 554 1 Au lieu de contfeinte, dans ses applications n'a
- pas laissé que, lire: restreinte dans ses applications, n’a pas laissé de.
- 560 14 Au lieu de Dannemarie, lire: Dammarie.
- 568 32 et 33 Au lieu de maison Fauconnier, Parent et
- Schaken, lire : les maisons Fauconnier, et Parent et Schaken.
- 511 19 Au lieu dè: à ou, lire : ou à.
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-
- ERRATUM*
- DXUV
- Pages. Lignes.
- 574 24 Au lieu de les conditions les plus favorables, lire :
- des conditions plus favorables.
- 576 8 Au lieu de triangulaire, lire : rectangulaire.
- 604 15 (Table) au lieu de le baron Justin deLiebig, lire :
- Justus de Liehig.
- TOME IX.
- 21 et 30 Au lieu de El y as, lire : Elias.
- Au lieu de Great Peder, lire: Gréai Pedee.
- Note, dernière ligne, au lieu de 8,000, lire: 78,000.
- Au lieu de 00,0, lire: 0,6.
- Au lieu de 0,82, lire : 0,032.
- (Table), au lieu de Elyas Howe, lire : Elias Howe.
- TOME X.
- 81 Remplacer le tableau des cinq premières lignes
- par le suivant :
- Magnésie 4 kil. à 30 fr. les 100 k. 1.20
- Calcaire en poudre fine 24 0.26 0.06
- Sable de rivière 92 0.25 0.23
- Chlorure de magnésium à 25° 14.50 7 1.02
- Total 134.50
- TOME XL
- 246 Au titre, au lieu de d’Ai'dcolar, lire : d’Arcicoî-
- lar, (et de même à la table).
- 427 Section III, au lieu de Witlmark, lire : Witt-
- mack.
- 2.51
- 249 17,
- 346 25
- 374
- 381 34
- 385 13
- 540 28
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-
- DXCVI
- ERRATUM.
- TOME XII.
- Page». Lignes
- 651 8 Au lieu de Hitorp, lire : Hittorf, et Varé au lieu
- de Vavé.
- 791 Dernière ligne, avant Tableaux du Commerce, il
- manque un filet de séparation, et au lieu de Tableaux du Commerce (en caractères ordinaires), il faudrait (en capitales) : Tableaux nu Commerce.
- TOME XIII.
- 843 23 Au lieu de Robillier èt C'e, lire : Bobillier et Cie.
- nN de l’erratcm.
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- GROUPE I
- PEINTURE - DESSINS - SCULPTURE - ARCHITECTURE GRAVURE ET LITHOGRAPHIE
- Par M. Ernest CHESNEAU.
- /,
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- •lC.
- T. I.
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- CLASSES 1 & 2
- PEINTURE ET DESSINS
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- CLASSES 1 & 2
- PEINTURE ET DESSINS.
- CHAPITRE I.
- LES ÉCOLES ÉTRANGÈRES.
- Il suffit de parcourir une fois le cercle des galeries étrangères au Champ-de-Mars, pour constater une tendance générale à l’affaiblissement de l’individualité nationale dans toutes les
- f
- Ecoles. Toutes, avec mille nuances de talent, se rapprochent
- T
- plus ou moins de l’Ecole française et se confondent avec elle. Notre rôle ne saurait être ici de maintenir, pour les apprécier, les artistes étrangers sur ce terrain où ils se trouvent placés par suite d’un état de choses qui domine leur propre volonté. Nous aurons à analyser les causes et les résultats de ce cosmopolitisme, et cette analyse nous servira de conclusion, car c’est là le fait dominant. Mais pour le moment il nous paraît plus équitable et aussi plus intéressant de considérer chaque École en elle-même, sans arrière-pensée de comparaison systématique avec l’École française ; il doit y avoir quelque profit à chercher, dans cette apparente confusion, les traces d’originalités locales qui subsistent encore. Arrêtons-nous donc tout d’a-bordà l’École originale et locale entre toutes, à l’École anglaise.
- g 1. — Angleterre.
- La première apparition des peintres anglais sur le continent
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-
- 6
- GROUPE I. — CLASSES 1 ET 2.
- se fit au palais de l’avenue Montaigne, en 1855. Il y eut là pour le public européen une révélation d’un art, d’une École, dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Fut-ce un effet de la nouveauté, de l’imprévu, ou simplement l’évidence d’une supériorité, tout au moins d’une grande force ? Toujours est-il que nos voisins d’outre-Manche, si peu prisés jusque-là, obtinrent chez nous un très-grand succès, que nous aurons à expliquer, une sorte de vogue qui a laissé dans toutes les mémoires un vif souvenir. Douze ans se sont écoulés depuis 4855, nous avons eu le temps de revenir de notre première surprise ; les conditions sont donc favorables à une appréciation équitable des peintres du Royaume-Uni ; nous leur sommes, d’autre part, trop reconnaissants de la première émotion qu’ils nous ont causée pour ne pas les étudier avec sympathie.
- Il faut bien l’avouer, pour des yeux habitués à la sobriété
- r
- croissante de la couleur dans notre Ecole de peinture, habitués aussi à l’harmonie des maîtres dont les chefs-d’œuvre peuplent nos musées, le regard, en pénétrant dans la galerie britannique, nous communique plutôt une impression inattendue, saisissante, qu’une impression agréable.
- Autant l’installation matérielle de cette galerie est faite pour le calme, pour le facile isolement des bruits de la foule, autant, singulier contraste, les peintures qui la décorent sont, en général, violentes et montées de ton. Nous avons, nous, quelque peine à supporter un diapason de couleurs si élevé.
- Lentement aguerris ou bravant le choc, nous décidons-nous à étudier ces tableaux de plus près : de nouveau nous sommes heurtés, dans notre façon de concevoir l’œuvre d’art, par l’absence de composition. Ici, pas de centre, une action principale noyée dans l’accessoire et le détail,, des figures coupées à la hauteur des épaules par la feuillure du cadre, mille hardiesses qui nous font l’effet d’énormes contre-sens. Bien évidemment nous sommes en présence d’un art étranger : on ne peut s’y méprendre, comme dans la plupart des autres galeries étrangères, dont on ne saurait distinguer la nationalité sans
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-
-
- PEINTURE ET DESSINS.
- 7
- indication préalable. Non-seulement il saute aux yeux dès l’abord que ces tableaux ne sont point des tableaux français , mais, bien plus, ils affichent leur origine britannique. Les motifs de toutes ces peintures sont anglais, les types des personnages exclusivement anglais, le drap qui les habille, le verre dans lequel ils boivent, le couteau dont ils se servent, le meuble près duquel ils sont posés, tout cela est de fabrique anglaise, tout cela est local, particulier au sol et au génie insulaire de la Grande-Bretagne. Rien n’entame nos voisins à cet égard : leurs galeries publiques de création récente, leurs galeries particulières, les plus riches du monde, s’enrichissent encore chaque jour des œuvres les plus admirables des an-
- „ t
- ciennes Ecoles continentales, mais en vain, et sans porter la moindre atteinte à ce particularisme à l’emporte-pièce de leurs peintures. 11 semble que leurs ateliers soient fermés par un pan du grand mur de la Chine. Ils refont à rebours le blocus continental. Ils ont mis en interdit l’art européen. Ils sont et veulent demeurer Anglais.
- Voilà qui donne à songer. — En parcourant nos musées d’œuvres modernes, en effet, nos salons annuels, on se fait cette réflexion, que le dix-neuvième siècle avance insensiblement vers son terme et l’aura bientôt atteint sans que l’art français, si nous ne changeons point, ait rien laissé qui permette aux générations futures de retrouver la France où nous avons vécu. Sans doute il se fondera une tradition authentique sur les mœurs de notre temps; mais ce n’est certes pas dans les tableaux modernes que nos descendants trouveront les éléments de cette tradition (ils auront à les chercher dans nos caricaturistes, Ga-varni, Daumier, nos vrais peintres de mœurs, et dans les publications périodiques illustrées). Que la civilisation d’autre part, ce qu’à Dieu ne plaise ! accomplisse au cours des siècles un de ces tours de roue formidables dont l’histoire de l’humanité cite bien des exemples; qu’elle laisse tomber notre Occident dans le néant, comme y sont tombés les peuples si raffines, si cultivés qui furent les Perses, les Assyriens, les.
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- égyptiens, les Grecs eux-mêmes; quel témoignage sur nous aurons-nous légué à ces races inconnues qui tiendront alors le sceptre du monde? A part notre gloire guerrière, à part notre vie du champ de bataille, ils ne sauront rien ou à peu près rien de nous, parce que nous n’en aurons rien voulu dire. D’après les monuments de notre art, ils nous prendront pour un peuple fantasque, vivant tantôt à la grecque, tantôt à la façon de la renaissance italienne ou des boudoirs du dix-huitième siècle, mais n’ayant jamais eu de vie propre, originale. Les futurs archéologues, les futurs écrivains qui voudront refaire l’histoire parles monuments seront-ils donc forcés, pour le dix-neuvième siècle, de laisser un feuillet blanc au mot France ?
- L’Angleterre ne l’admet point ainsi. Nous ne nous exagérons nullement l’action que peut exercer sur le développement de l’art la perspective de l’avenir; en général , on ne fait pas sa vie pour sa mort, et la constante pensée de ce néant, dont nous avons tout à l’heure entrevu la possibilité lointaine, suffirait à immobiliser le mouvement d’un peuple : l’exemple de l’Inde, les souvenirs de l’an 1000 en Europe, sont formels à cet égard. Cependant on ne voit pas que notre art ait rien à perdre à entrer dans la voie d’observation immédiate et de sincérité dont il s’est tenu systématiquement éloigné depuis Louis David, c’est-à-dire depuis la fin du siècle dernier. A ce point de vue, en dépit de tout ce qui nous choque chez les peintres anglais, nous pouvons leur envier ce privilège d’avoir fait un art national et véritablement moderne, privilège qu’ils possèdent à peu près seuls dans l’Europe contemporaine.
- Le génie du Nord le voulait ainsi, surtout le génie saxon, que les Anglais ont conservé au fond dans toute son intégrité, bien-qu’émoussé à la surface par l’adoucissement général des mœurs. Pour nous, nous étions trop latins, trop portés à généraliser, pour affirmer dans nos arts la vie actuelle avec la même énergie étroite, avec la même ténacité.
- Est-ce grandeur, est-ce faiblesse de notre race? —Nous allons toujours, et de prime saut, à l’abstrait; le détail précis
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- nous importune, nous ne savons ni l’accueillir ni même le tolérer; peut-être est-ce que nous ne pourrions le porter avec son luxe sans cesse renaissant de profusions que nous qualifions volontiers de « barbares ». Nous supprimons l’accident d’une façon absolue, radicale, en vue d’une harmonieuse unité ; nous ramenons d’instinct et aussi de parti pris les formes particulières aux formes générales, les formes réelles aux formes idéales, les formes individuelles aux formes types de ce que nous appelons le grand art.
- ' Mais à ce noble jeu, à ces délicates spéculations, ne risquons-nous pas d’amoindrir sensiblement l’initiative personnelle, de faire la part trop large aux intelligences d’exception, de nous asservir à leur suite, de répéter à satiété les formules d’art par lesquelles les hommes supérieurs se sont le plus approchés de notre rêve ambitieux : ainsi d’un Phidias, ainsi d’un Raphaël, maîtres incomparables et divins générateurs pourtant de longues et fatales routines, fiers sommets rayonnants de pure lumière, mais à l’ombre desquels s’abritent les vaniteuses ostentations du savoir-faire et de la médiocrité?
- L’art anglais, par son principe, est donc aux antipodes de
- notre art. Il se dérobe aux lois qui gouvernent celui-ci. L’un
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- est-il supérieur à l’autre, le latin au saxon? Je le crois, je l’atteste; mais la question ne doit pas se poser ainsi. Nous avons pu les comparer pour nous rendre un compte exact de leur antagonisme; il faut mettre quelque circonspection à les rapprocher du même étalon. Ils ne se mesurent point au même compas, par cette raison qu’ils appartiennent à des ordres de manifestation qui n’ont de commun que l’outil : toiles, couleurs et brosses. C’est donc notre curiosité que nous allons satisfaire en étudiant les tableaux de cette École, et non un jugement que nous avons la prétention de porter. Nous tâcherons de nous abstraire de nos goûts, qui tiennent aux transmissions de la race et à l’éducation, pour expliquer, sinon admirer, cet art qui les contredit si brutalement. Il est essentiel, pour un moment, d’abdiquer nos vieilles et chères préférences et
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- d’apporter à cette étude le désintéressement du chimiste , qui analyse méthodiquement et sans répugnance, au laboratoire, les matières dont le contact est le moins agréable à ses sens, la patience du savant qui observe en ses fonctions, qui dissèque en son organisation quelque monstre inconnu.
- Phénomène étrange que cet art, et qui par son étrangeté nous séduisit, en 1855, quand nous le vîmes pour la première fois, mais qu’il faut analyser aujourd’hui! 11 ne se rattache par aucun lien de tradition à la famille des grands peintres anglais du commencement du siècle : les Gainsborough, lés Reynolds, les Constable, les Lawrence. C’est môme en vain qu’il se réclame de Turner. Peut-être Hogarth, peut-être Wyl-kie ont-ils quelque parenté lointaine... Mais non, il n’y a là qu’une apparence d’origine. Ces derniers se peuvent apprécier à la mesure commune, ils ont leur individualité bien tranchée, mais ils sont peintres comme nous, ils entendent leur art à notre façon. Les peintres anglais modernes, au contraire, ne datent et ne relèvent que d’eux-mêmes, à quelques exceptions près. Leur peinture a germé sur le sol britannique, comme ces grandes végétations qui se succédaient sur la surface de la terre aux premiers âges du monde, toutes variées comme les essais d’une grande force qui ne se possède pas encore, qui ne mesure ni sa puissance, ni son équilibre, essais tour à tour remplacés par des essais absolument opposés. A. première vue on a prononcé le mot « décadence ». Nullement; il n’y a pas décadence, mais seulement différence.
- Un groupe d’artistes arrêtera tout d’abord notre attention.
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- Ils forment une école dans l’Ecole, ou plutôt ils ont formé; car il est arrivé à cette réunion de peintres ce qui arrive à tous les cénacles. Unis un moment par une pensée commune, par une foi ardente et jeune partagée entre tous, ils s’étaient constitués en une petite église intolérante et vaillante, agissant sous la direction d’un homme éminent, plein de fougue, de passion, de violence même, qui poursuivait de sa personne, de sa fortune, de sa plume étrangement éloquente la rénova-
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- tion de l’art autour de lui. Tout ce beau feu est tombé, les membres de cette communion d’une espèce particulière se sont dispersés. Quels événements ont amené cette dissolution ? Le mouvement des choses humaines, sans doute, y a suffi avec son cortège de déceptions de toute sorte, et il y en eut pour quelques-uns de cruelles.
- Leur chef était l’illustre critique Ruskin. Animés, soutenus par son incessante prédication, ils s’avançaient dans leur voie nouvelle, hautains, résolus, convaincus. Que voulaient-ils ? Il faudrait un volume pour le dire, le commenter, le discuter. Mais en quelques pages nous essayerons d’indiquer l’élévation et en même temps l’erreur de leur conception. Ils assignaient expressément à l’art un but de moralisation active. Ils prétendaient atteindre ce but : les uns, dans l’art historique, par la représentation de motifs ayant un caractère de précision et d’exactitude aussi minutieuses que possible; les autres, dans le paysage, par la reproduction scrupuleusement fidèle des plus menus détails, des moindres particularités spéciales au site choisi par l’artiste et fournies par la nature. C’était dans l’un et l’autre cas, dans le paysage et dans l’histoire, un système d’analyse microscopique poussé jusqu’au vertige. Par l’analyse ainsi entendue, ils espéraient réaliser, épouser étroitement le vrai, principe et fin de toute morale.
- Noble erreur en somme, et qui mérite quelque respect ! Elle était issue d’une intelligence profondément philosophique, armée d’un sens très-ardent de l’art. Dès sa jeunesse, dominé, d’un côté, par cette pénétration rapide des beautés de la statuaire et de la peinture, M. Ruskin fut comme entraîné, en dépit de lui-même, à l’étude exclusive des œuvres d’art ; mais il subissait, d’autre part, la domination non moins impérieuse de sa nature philosophique, qui le poussait à systématiser, à ordonner méthodiquement et en vue de ses propres conceptions tout objet de ses études. Sous l’empire de cette doublé obsession, moins passionné, il eût satisfait ses penchants en écrivant une philosophie de l’art; avec ses ardeurs, il devait
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- aboutir à une création quasi-monstrueuse : à l’art philosophique.
- Un esprit de cette trempe, doué de cette force, de cette activité, de cette foi, devait faire des prosélytes : il fit école. Avec une logique impitoyable on poursuivit, on proscrivit à outrance les divins éléments de l’art, l’invention, l’imagination ; on condamna de même le savoir-faire, les habiletés de main qui substituaient la convention au vrai. En ce dernier point, le système n’était faux que par la rigueur excessive de l’application. Logicien à la façon de Jean-Jacques Rousseau, M. Ruskin allait intrépidement de déduction en déduction jusqu’aux dernières conséquences du principe une fois posé. Il fut donc amené par cette logique puérilement audacieuse à considérer Raphaël comme le premier apostat de l’art religieux, que les prédécesseurs du maître avaient compris et manifesté dans toute sa majesté,et aussi comme le premier apôtre du savoir-faire, apôtre trop écouté, trop fidèlement suivi par ses successeurs de toutes les Écoles dans cette voie où M. Ruskin ne rencontre que a l’art des poses et du beau mensonge ». De là ce nom de préraphaélites donné aux jeunes réformateurs et par eux accepté comme un titre de gloire. — Une fraction de notre École romantique eut aussi des velléités de même sorte. En peinture, en sculpture, en architecture, nous avons eu, nous aussi, nos préraphaélites. On pourrait citer des noms éminents qui ont fait dans le dernier de ces trois arts de magnifiques applications de systèmes analogues. La tentative en ce qui concerne la peinture et la statuaire ne fut pas sérieuse ; elle ne reposait pas d’ailleurs sur une série de principes si arrêtés ni si élevés. On ne saisit de l’art du moyen âge que le décor extérieur, et nullement l’esprit. Ce fut une tentative d’un jour promptement avortée, abandonnée.
- Nos voisins mirent, au contraire, à développer etàappliquer leur conviction une âpreté presque fanatique. Ici, en France, on sourirait à de semblables professions de foi, on songerait à « M. Prudhomme » proclamant que « l’art est un sacerdoce ».
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- Mais là-bas ils ne riaient point. Ils prenaient leur mission gravement et fondaient quelque chose comme un ordre de propagande et de combat, un temple au petit pied, poursuivant la régénération de l’art au milieu des infidèles. Le caractère religieux, mystique même, de l’Ecole préraphaélite s’accusait non-seulement dans ses œuvres, mais aussi dans la vie de ses adeptes. Ils s’éloignaient du monde, travaillaient dans la retraite, songeaient même à se cloîtrer, et, au temps de leur plus grande ferveur d’austérité, aux premiers temps de leur union, ils ajoutaient à leur nom, au bas de leurs tableaux, un signe de reconnaissance, un aveu de leur foi en ces trois lettres P. R. B., préraphaélite brother, frère préraphaélite.
- Aujourd’hui les trois lettres ont disparu ; l’Église est dissoute, le troupeau dispersé. Quelques-uns, bien qu’isolés, ont persisté dans leur foi, exploitant tour à tour les genres les plus différents, appliquant la doctrine commune avec un sentiment tout personnel, la renouvelant parfois, et parfois aussi l’altérant. Le visiteur attentif aura suivi la trace de ces applications et de ces transformations dans les ouvrages de MM. Hunt, Fisk, Hughes, Paton, Millais, Hook, Linnell, Vicat, Cole, etc. Ne pouvant ici analyser chaque tableau en détail,nous étudierons les caractères généraux du talent de ces artistes.
- Leurs œuvres s’offrent au public comme autant de rébus. L’imagination aidant, chaque spectateur trouve une explication personnelle à ces problèmes pittoresques. Et voilà où éclate l’erreur manifeste de cette peinture symbolique, idéologique; elle a le tort grave d’être indéchiffrable, ou alors, ce qui revient au même, de se prêter à autant d’interprétations contradictoires qu’il se présente d’interprètes.
- Mais on est émerveillé, en étudiant les œuvres, de la prodigieuse minutie apportée à l’exécution. C’est, nous l’avons déjà dit, l’analyse poussée jusqu’au vertige.
- Cette poursuite du détail, qui nous paraît insensée, on n’ira pas croire quelle ne s’appuie que sur la fantaisie d’un chef d’École ou sur l’habileté singulière des préraphaélites. Il y a
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- là plus qu’une question de caprice et de métier : une conception philosophique très-ferme chez ces peintres. — Leur esthétique est dominée par deux sentiments : la haine des conventions, des apparences, des faux-semblants, et d’amour passionné, exalté du vrai. L’artiste, à leurs yeux, n’est pas, ne doit pas être un charmeur (idée latine), mais un homme mieux doué que les autres, un voyant qui leur montre sa -propre vision des forces naturelles, vision supérieure dont il a le privilège avec mission d’en faire profiter l’humanité.
- Ne discutons pas le principe qui les a inspirés ; admettons pour un moment qu’il soit juste et (ce que je ne crois point) que les moyens de l’art permettent de l’appliquer sans contredire à ces moyens mêmes ; supposons qu’il n’excède pas les limites de la peinture; reconnaissons, s’il le faut, que l’artiste est libre de nous émouvoir aussi bien par l'image exacte et minutieuse que par les grands aspects de la réalité; l’important, j’y souscris volontiers, est que l’œuvre d’art éveille en nous cette émotion du vrai. Mais le malheur, et nous formulons ici l’objection capitale contre les prétentions réformatrices des préraphaélites, c’est qu’ils ont beau faire, ils demeurent, en sens inverse, aussi impuissants, aussi insuffisants que nos peintres à rendre la réalité tout entière.
- Il se peut que, par d’infinité du détail, ils réunissent tous les éléments du réel, disjecti membra poetœ ; mais il manque toujours à leur reproduction, pour être vraiment fidèle, l’aspect même du réel : ils n’atteignent jamais à la réalité d’ensemble. Nous sacrifions le détail à l’ensemble, nous ; seux, l’ensemble au détail. Quel parti vaut le mieux ? Et qui décidera? Ainsi, dans cette figure de l’Egypte exposée par M. Hol-mann Hunt, il est impossible de pousser plus loin -la patience de l’exécution : tout y est reproduit jusqu’à l’illusion ; mais la chose essentielle y fait absolument défaut, je veux dire la vie. On passerait par dessus les associations de couleurs froides, aigres, désagréables1; mais tout cela est plat <et dur. Est-ce la réalité qu’un paysage sans air, qu’un corps sans
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- modelé ? Qu’importe qu’on puisse compter toutes les molécules dont ce corps est formé, s’il ne nous révèle pas de lui-même sa nature, et dès le premier abord, par l’ensemble.
- Le botaniste qui étale dans son herbier les parties desséchées d’une fleur, étamines, pistil, corolle, a beau nous faire toucher du doigt la structure de cette fleur, il ne nous eu donne qu’une idée bien incomplète, bien imparfaite. Il faut donc décider si le rôle de l’artiste consiste à nous montrer l’anatomie de la vie, c’est-à-dire la mort, ou bien l’aspect de la vie.. La question ainsi posée, il n’y a plus d’hésitation possible : on doit se prononcer contre les préraphaélites.
- Et c’est bien ainsi que la question se pose, sinon à l’examen des théories, assurément à l’examen des œuvres. En effet, en voulant déterminer et préciser le caractère spécifique de chaque objet, on lui accorde nécessairement une place trop importante relativement à la figure humaine; cette place n’est donc plus proportionnée à l’ensemble : ceci pour l’effet d’optique intellectuelle. Quant à l’optique pittoresque, il est démontré par les œuvres que l’assimilation et la précision du détail, loin de rehausser la grande impression du tableau, lui enlèvent, au contraire, toute grandeur d’aspect. Il ne reste, à vrai dire, et par une lente pénétration dans l’âme du spectateur, qu’une intensité d’impression très-réelle; ces peintures, une fois vues, étudiées et comprises, se gravent à jamais dans la mémoire. M. Ruskin attribue donc des vertus pittoresques qu’elle n’a pas à la vérité de détail étudiée avec une exactitude rigoureusement scientifique (car c’est ainsi qu’il l’eD-tend); il paraît être en contradiction formelle avec l’évidence révélée parles faits, lorsqu’il affirme que cette vérité de détail est suffisante et nécessaire pour obtenir « ce caractère simple, sérieux et harmonieux qui distingue l’effet d’ensemble des sites naturels ». J’y insiste à mon grand regret; mais c’est précisément le contraire qui se produit dans les peintures des préraphaélites.
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- L’École préraphaélite ne s’est pas tout entière asservie à la minutie des procédés dont les peintures de MM. Holmann, Hunt, Fisk et Hughes nous ont montré au Champ-de-Mars de si curieux témoignages. Il s’est formé plusieurs camps dans le cénacle, ou plutôt il s’y est révélé bien légitimement des intelligences et des personnalités fort distinctes.
- Tous les tenants du préraphaélisme étaient d’accord sur un point essentiel, fondamental, centre et pivot de la réaction qu’ils voulaient accomplir. Considérant comme des plus funestes la direction que l’art avait subie depuis le seizième siècle, ils supprimaient trois siècles—et plus— d’acquisitions esthétiques. Ils reprenaient le courant à l’endroit où l’avaient amené et laissé les prédécesseurs de Raphaël, juste au-dessus du coude, où, à leur sens, on l’avait faussé; à la minute précise où, sous la pression d’un homme de génie, mais au génie corrupteur, l’art avait commencé de s’égarer dans l’artifice et « le beau mensonge ». Revenus à ce point de départ adopté en commun, ils poursuivirent l’accomplissement effectif de la réforme, le retour au vrai, chacun pour son propre compte, et par des moyens souvent très-opposés en raison de l’opposition des tempéraments.
- Les uns s’attachèrent systématiquement à la glorification du vrai, soit dans l’histoire, soit dans la nature, par l’affirmation' méritante, vaillante, mais étroite des infiniment petits, dont l’agglomération compose toute réalité matérielle. Nous avons vu les qualités et les défauts de ce système. Étudions maintenant, en d’autres manifestations, le développement du principe de réforme posé et accepté par le groupe entier des préra-
- phaélites.
- Le lecteur voudra-t-il en celte étude s’aider des souvenirs que lui aura laissés la galerie anglaise au palais de l’avenue Montaigne, en 1855. Nos voisins, en effet, n’ont pas pris l’habitude d’envoyer leurs peintures à nos Salons annuels comme le font en grand nombre les autres artistes étrangers ; les éléments, les documents d’après lesquels nous pouvons les
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- suivre, sur lesquels notre opinion peut se former, sont donc précieux pour nous autant que rares, et nous aurions tort d’en négliger un seul. Il est, à ce titre, intéressant de nous reporter à l’Exposition de 1855; il le faut de toute nécessité pour apprécier les efforts d’un de ces préraphaélites, de M. Paton, qui, à cette époque, se partagea le succès avec M. Hunt et un troisième, M. Millais dont nous parlerons bientôt. Sans doute, on aura gardé mémoire du nom et du tableau de M. Paton. U avait emprunté son motif au Songe d’une nuit d’été de Shakspearc ; il avait tenté de reproduire le cadre féerique de la Dispute d'Obéron et de Titania. Cet amour infini du détail et de l'accident que ses frères préraphaélites apportent à l’interprétation de la réalité matérielle, M. Paton l’avait apporté, en cette œuvre, à l’interprétation de l’admirable fantaisie du poète. Il avait appliqué aux formes surnaturelles conçues par l’imagination de Shakspeare la subtilité de pratique, l’ardente volonté ftde traduction que les premiers appliquent au monde des formes naturelles. Le peintre avait lutté de caprice et de malice, d’invention et de variété, de grâce et d’esprit avec son modèle. Ne disons rien des côtés faibles de l’exécution' (des aigreurs de ton, des altérations de types), ne gardons que la fleur de l’impression, de la séduction que nous causait alors cette page ravissante. Mais nous devons constater qu’elle se rattachait aux inclinations de l’École vers la littérature et la poésie bien plutôt qu’à ses préceptes d’austère réalité. M. Paton qui, en ce sens, s’était un instant égaré, parait revenir aujourd’hui à la doctrine fondamentale du préraphaélisme, au principe de l’observation directe et de la réalité absolue.
- Non qu’il ait adopté dans toute sa rigueur la formule des préraphaélites : « Il faut être vrai ou succomber à la peine », car cette formule ne peut s’entendre que de la vérité d’analyse touchant les réalités et les phénomènes extérieurs. Mais il est sorti des fantaisies de pure imagination et il emprunte désormais les motifs de ses compositions au monde et à la vie mo-
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- dernes. Tels sont ses deux tableaux du Champ-de-Mars intitulés : In memoriam et De retour de Crimée. Dans le premier surtout (qui est exécuté en mémoire d’un de ces épisodes sanglants que la révolte des cipaycs a si cruellement multipliés dans riude anglaise), le drame est réel, profond, poignant. Mais en changeant le caractère de ses motifs, M. Paton a aussi changé de facture. Il s’est rapproché de la simplicité des primitifs ; il leur a môme emprunté quelque chose de leur coloration, des accents aussi, des mouvements de lignes, certains contours, en un mot les formes de leur art. Selon le goût et l’éducation esthétiques des amateurs français, le tableau In memoriam aura donc paru une œuvre moins contestable que celles des autres préraphaélites, et pourtant, oserons-nous le dire?— moins étrange, moins choquante, on peut aussi la trouver moins méritante. En abandonnant l’esprit des peintures primitives pour adopter la formule de ces peintures, M. Paton a pu faire un tableau qui laisse moins de prise à la discussion, mais il a abdiqué son originalité et par là sa tentative me semble inférieure, moins digne d’intérêt.
- Poursuivons cette étude du préraphaélisme. Malheureusement son représentant—le plus illustre, dit-on,—M.Rossetti n’a jamais rien envoyé aux expositions françaises; il n’a même que rarement et à de longs intervalles exposé en Angleterre. Après M. Rossetlise tenaient au même rang deux peintres déjà connus en France : M Hunt, resté rigoureusement fidèle aux doctrines de la petite église ; nous avons dit quelques mots de sa]curieuse figure de VÉgypte ; le second était M. Millais, qui avait mis au palais de l’avenue Montaigne, en 1855, trois tableaux importants et remarqués à juste titre : l’Ordre d'élargissement, le Retour de la colombe à l'arche, et la Mort d'O-phélie. Personne, parmi ceux qui les ont vus, n’a pu oublier le singulier mélange d’irritation et de fascination que nous causaient alors l’étrangeté de sentiments et l’excentricité de facture de ces trois toiles.
- Douze aimées ont passé depuis, et M. Millais nous revient
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- bien changé. 11 semble qu’il ait perdu la foi au préraphaélisme ; on est tenté de croire qu’il traverse une crise douloureuse, que le doute, après l’avoir éloigné de ses premières convictions, le mène aujourd’hui à l’aveugle et lui impose les tentatives les plus contradictoires.
- Il expose trois nouveaux tableaux cette année : la Veille de Sainte-Agnès, Satan semant l'ivraie et les Romains quittant la Grande-Bretagne. A moins d’être averti, on ne peut s’imaginer qu’ils soient tous trois de la même main. Ils n’ont de commun qu’une égale recherche poétique dont le but est fort inégalement atteint. L’œuvre supérieure, celle où se retrouvent quelques-unes des qualités originales qui nous avaient attaché jadis à M. Millais, est tirée d’un poëme de John Keats, la Veille de Sainte-Agnès et porte le même titre. Le peintre s’est attaché à traduire mot à mot les stances où le poète avait mis en action un bien ancienne légende.
- La condamnation de l’œuvre de M. Millais résulte de la nécessité où nous serions, pour la faire comprendre, d’analyser les fragments du poëme dont l’artiste s’est inspiré. En effet, la plupart des visiteurs, ignorant le sujet de ce tableau, sourient comme d’une chose vulgaire de cette femme qui se déshabille au clair de lune. Il ne suffit même pas de connaître la légende, il faut connaître aussi les termes précis dont s’est servi le poète, pour apprécier l'effort minutieux du peintre; on ne s’explique point sans cela tel ou tel détail patiemment cherché par l’artiste, et, à ses yeux, sans aucun doute, fort important: cette nuance de rose, par exemple, qui glisse sur les mains de Madeleine (1).
- L’effet pittoresque est juste et piquant, l’impression vrai-ment poétique; mais le sujet évidemment anecdotique et spécial à l’excès. M. Millais est un artiste trop bien doué pour
- (1) « Le clair de lune d’hiver, écrit J. Keats, brillait par une haute fenêtre, il éclairait les blasons des aïeux et quelques images de saints; il jetait des lames de lumière sur le beau sein de Madeleine, une teinte rosée sur ses mains jointes et comme, une auréole de sainte sur sa longue chevelure..»
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- flotter longtemps comme il le fait en ce moment entre ses convictions d’autrefois et la voie nouvelle qu’il cherche sans l’avoir encore trouvée. Il semble avoir perdu cet amour de la nature qui fait la force des préraphaélites, et l’on ne voit point que ses préoccupations de drame et de poésie l’aient, jusqu’à ce jour, aussi bien inspiré qu’il le fut autrefois. Cet artiste dont la personnalité était si intéressante, court risque, s’il ne prend vite un parti, de tomber dans les faiblesses de l’ancienne Ecole historique qui a laissé de si pauvres peintures dans les galeries anglaises. Le sentiment poétique, les aspirations élevées sont loin de suffire en effet dans les manifestations de cet ordre. Négliger à ce point les qualités d’exécution, la vérité d’observation, c’est faire descendre l’œuvre d’art au niveau bien humble d’un coloriage tout à fait insuffisant.
- Voyons maintenant ce qu’a produit la doctrine de l’École appliquée à l’interprétation de la nature. Le principe du paysage préraphaélite consiste à substituer à toute convention la représentation minutieuse de la réalité. La fonction des paysagistes est, à ce prix, pour le moins scientifique autant que pittoresque. A la vue de leurs tableaux les savants spéciaux doivent être suffisamment renseignés pour retrouve)* la constitution géologique du sol, le caractère des terrains, les phénomènes particuliers de la végétation propre au coin de nature mis sous leurs yeux. J’ai déjà dit qu’il y avait là une méprise capitale sur le rôle de l’œuvre d’art; mais une méprise touchante et vraiment digne d’estime. Nous voilà bien éloignés des pompes de Claude Lorrain, des nobles allures de Nicolas Poussin, des simplicités savantes de Ruysdaël; bien loin aussi des pittoresques emportements de notre Diaz, des solidités de notre Rousseau, des élégances de Paul Huet, des pâles élégies de Corot, des larges rusticités de Daubigny. Tous ces chers maîtres étaient peintres avant d’être observateurs; ils portaient en eux un idéal préalable, ils s’expriment, eux, en face de la nature et par la nature, plutôt qu’ils n’expriment la nature en soi. Le paysagiste préraphaélite, au contraire, et
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- c’est là une piquante originalité, se soumet humblement à son admirable modèle; il abdique son individualité au profit d’une vérité qui, par elle-même, lui paraît suffisante à nous émouvoir ; point de drame, point de passion, point de sentiment en ses œuvres; une impersonnalité absolue, une soumission respectueuse au réel, une fidélité de reproduction patiente, sincère, naïve, qui nous montre en ces tableaux, comme par une fenêtre ouverte sur la campagne, les spectacles de la nature.
- Les sujets maritimes de M. Hook, le Champ de blé de M. Linnell et un paysage de M. Vicat Cole, poétiquement nommé la Couronne d'or de l'été sont de curieux exemples du soin jaloux qu’apportent les peintres de l’Ecole à la reproduction de la réalité. Mais l’œuvre type en ce sens, et en même temps la plus remarquable comme sûreté de main, est exposée par M. Charles Lewis ; elle représente une Pièce d'orge dans le comté de Berkshire.
- Tous les peintres anglais, à de rares exceptions près, s’attachent à fixer le mouvement expressif de la physionomie humaine. Peu soucieux, en général, des lois de la composition, du dessin et de la couleur qui préoccupent encore les Écoles du continent ; en leurs tableaux de genre, ils poursuivent le succès par l’intérêt du sujet et par l’expression. Nommons ceux quiont poussé le plus loin cette tendance commune, et qui, faisant de l’expression l’objet capital, à peu près exclusif de leur observation, ont exigé de leur art en ce sens tout ce qu’il pouvait rendre et au delà même de ce qu’il pouvait rendre. Les uns reproduisent de préférence les scènes de la vie contemporaine, les autres empruntent leurs motifs à l’histoire et au roman. M. Nicol est des premiers, et parmi eux au premier rang. Il apporte une étrange âpreté, une verve singulière à peindre les mœurs de la misérable Irlande dans les deux tableaux qu’il a exposés : le Payement du loyer et Tous deux embarrassés. A ce mérite d’avoir pleinement réalisé sa pensée, l’artiste, en dépit de certaines duretés de ton, ajoute cet autre mérite plus rare chez les Anglais d’être véritablement peintre
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- et coloriste. La personnalité de M. Nicol, naguère inconnue en France, a pris, dès ce moment, une place sérieuse dans l’estime des amateurs français, qu’il ne choque point trop, d’ailleurs, par ces bizarreries de composition si familières à l’Ecole anglaise. C’est au contraire ce dédain absolu de l’équilibre, de la pondération des masses qui attire tout d’abord l’attention sur un tableau, fort remarquable d’ailleurs,' de M. O’Neil, intitulé Partant pour la Crimée.
- Mais le maître en ce domaine de l’expression, celui qui domine tout le groupe des physionomistes par la mesure, par le jeu des nuances, et aussi par l’habileté de *la main, c’est M. Orchardson. Scs tableaux cependant — est-ce un éloge ? — sont peu ou même point du tout anglais. Ils figureraient indifféremment dans les galeries française, belge, ou dans l’Ecole de Düsseldorf sans que personne en fût étonné. Est-ce donc que le talent n’a point de nationalité ou plutôt, ce que nous inclinons à croire, que M. Orchardson a soigneusement étudié de ce côté de la Manche les Ecoles contemporaines et qu’il s’est composé ainsi, en y ajoutant sa propre originalité, un talent très-personnel, plus voisin des principes d’art du continent cependant que de ceux de ses compatriotes. En tout cas, le résultat est des plus séduisants, et les tableaux de M. Orchardson, le Défi et Christophe Sly, ont obtenu chez nous un succès aussi rapide que légitime. M. Orchardson a disposé tous ses groupes, animé toutes ses physionomies avec une entente profonde de la scène. L’interprétation de l’amusante parade qui sert de prologue à la Mégère domptée de Shakspeare était pleinement dans son talent souple et enjoué. Les attitudes sont justes, d’un dessin facile et correct, l’expression des têtes est fine et spirituelle, comique sans charge, grotesque sans grossièreté. En outre, malgré certaines maigreurs de touche, et bien que l’exécution soit un peu mince, un peu épinglée, l’ensemble est cependant d’une coloration ravissante, harmonieuse comme l’envers d’une vieille tapisserie. Dans cet ordre, M. Orchardson s’est révélé tout à fait en petit maître
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- très-digne de marcher de pair avec nos petits maîtres du continent si habiles et si séduisants.
- Le groupe des peintres de genre en Angleterre n’a pas de tendances communes ni d’originalité bien marquée. Ce sont, à quelques exceptions près, des peintres de sujets anecdotiques; ils n’affirment point expressément leur origine britannique et se pourraient classer indifféremment dans l’École française aux différents degrés que leur talent leur assignerait. Nous n’insisterons pas ; il nous suffira de nommer MM. Laideron, Hayllar, Frith, Pettie, les aquarellistes Walker, H. Corbould, Catermole, Lamont. Mais nous ne laisserons point passer sans la mettre à profit l’occasion que nous offrent la plupart des tableaux de genre anglais de protester une fois de plus contre ces compositions, rébus qui exigent un commentaire et le secours de livret pour être intelligibles. C’est le tort des peintres de genre britanniques de se tenir dans les données étroites et très-spéciales de l’anecdote historique, du drame poétique et du roman (1).
- Constatons en effet que les maîtres des anciennes Écoles, même les petits maîtres du nord, initiateurs du genre, ont toujours observé cette loi de généralisation de l’œuvre d’art. A part les sujets empruntés aux livres saints, qui étaient familiers à chacun, jamais chez eux le sujet n’est étroitement spécial ou local.
- Que voyons-nous, en effet, chez Rembrandt, chez Terburg, chez Metzu? Ici un concert, là une conversation, ou l’intérieur d’un philosophe ! Mais c’est le concert d’une manière absolue et non tel concert ; c’est le charme, la douce et galante intimité de la conversation eu général, non telle conversation
- (i) Il faut dire pour atténuer ce reproche que le publie anglais lit beaucoup plus que le nôtre et se tient très-généralement au courant de toutes- les -publications. Les personnages de l’histoire et du roman lui sont donc bien plus familiers qu’ils ne le sont en France. Or, les artistes de la Grande-Bretagne n’ont souci que du public de la Grande-Bretagne. Leurs œuvres quittent rarement leur île. Ils sont donc sûrs d’étre toujours compris. C’est là leur excuse, c’est au moins ce qui explique leur tendance à spécialiser le sujet.
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- précisée ; c’est enfin l’image de la méditation du philosophe et non ce philosophe plutôt que tel autre méditant. Sans doute, par le détail, chez ces maîtres, les milieux et les temps se précisent ; ils se tiennent assurément fort loin des généralités excessives que recommandent quelques esthéticiens. Et pourtant le général et le particulier se prêtent en ces œuvres excellentes un mutuel et nécessaire secours. L’interprétation de la pensée du peintre n’échappe à personne. En dehors de l’émotion esthétique, sensible pour les connaisseurs, l’œuvre prend ainsi pour tout le monde un sens déterminé. Disons-le une fois pour toutes, il est rare que les peintres anglais ne manquent pas à cette loi que l’on peut considérer comme la loi fondamentale de la peinture de genre. Si nos voisins s’écartent ainsi des conditions essentielles dans les compositions de cette nature, ils ont aussi un autre tort grave, celui de ne révéler aucune originalité de conception ou de facture qui leur soit propre. A peine peut-on signaler les ouvrages de M. Grant, de M. Wells, de M. Landseer et de M. J. Lewis qui aient quelque tendance à faire exception.
- Déjà en étudiant les préraphaélites, nous avons parlé du paysage anglais. Nous y revenons cependant pour marquer la séparation qui s’est faite entre les préraphaélites et les autres paysagistes. Ils ont toutefois quelque chose de commun, c’est un profond amour de la nature; mais cette communauté de sentiment se traduit par des moyens d’interprétation radicalement contraires. Les uns, nous l’avons dit et répété sous toutes les formes, s’attachent à exprimer la puissance admirable de la nature par la représentation respectueuse, quasi religieuse des infiniment petits. Les magnificences de la création se manifestent à leurs yeux dans la délicatesse de construction et d’attache d’une herbe folle aux ramifications légères et ténues, épanouies en aigrettes minuscules, autant et plus que dans les amoncellements sublimes des monts superposés, perdant leur cime au delà des dernières nuées. Ceux-là, les préraphaélites , épousent la nature de plus près. Les autres
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- aiment leur art plus encore qu’ils n’aiinenl la nature. Ils l’observent dans ses ensembles imposants, dans ses accumulations de forces, comme un spectacle féerique, comme un prétexte à peindre de riches effets de lumière, de couleurs et de formes, plutôt que pour elle-même et comme un thème à méditations. Les deux Écoles ont des droits égaux. Si nos habitudes esthétiques nous portent de préférence vers la seconde, le préraphaélisme cependant agit plus profondément encore sur les hommes qui se sont fait des beautés intimes de la campagne une douce et chère familiarité.
- M. Mac Callum a essayé de résoudre un problème difficile : il a voulu concilier les deux termes de l’antithèse; il a cherché la précision du détail et la largeur de l’effet ; il a touché de bien près le but qu’il se proposait d’atteindre. Au point de vue spécial de l’effet, on doit signaler aussi la grande impression que laisse au spectateur un paysage de M. George Harvay. Mais c’est surtout parmi les aquarellistes que se rencontrent les maîtres du paysage d’impression. II suffira de rappeler les belles pages de feu David Cox, celles de MM. J. Brett, A. Se-veru et Whittaker. Elles inspirent au spectateur une grande idée de cet art qui, avec de si faibles moyens, réussit à donner l’image et l’émotion des magnifiques spectacles de la nature. . La peinture d’histoire, ou ce que nous nommons ainsi dans nos classifications de genres, n’a jamais eu que d’assez pauvres représentants dans l’Ecole anglaise. Les illustres maîtres de l’art anglais, les Gainsborough, les Reynolds n’ont jamais été des peintres d’académie. Leurs admirables portraits, leurs composi-lionsmême n’étaient point empruntés à la friperie mythologique, héroïque, pseudo-grecque et romaine qui a envahi nos ateliers pendant un demi-siècle. Les tentatives de ce genre accomplies en Angleterre sont restées tout à fait médiocres; elles n’avaient même point les qualités de science et de dessin que les élèves de David avaient acquises, au moins, à défaut du véritable sens de l’histoire et de l’antique. Aussi les efforts dans cette direction sont-ils très-rares chez les peintres de la jeûné École
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- anglaise; et le résultat de ces rares essais est bien fait pour décourager ceux qui songeraient à se produire à nouveau.
- Les uns imaginent une sorte de pot pourri de tous les styles, de tous les maîtres, amalgamant en mosaïque Poussin, Le Sueur, Le Guide, Titien, Raphaël... N’insistons pas. M. Leighton au moins a le mérite de faire, à défaut de grande peinture, de la décoration d’une recherche sévère. Un peintre encore qui, dans la galerie britannique, révélerait de sérieuses qualités dans lésons qui nous occupe est M. Prinscp; il n’a pourtant exposé qu’une étude. Cela suffit pour témoigner de la fermeté, de rharmonic et de la robuste simplicité de son talent.
- Nous nous sommes arrêtés longuement aux tableaux de l’École anglaise. En dépit d’une certaine infériorité de pratique,
- elle méritait d’être analysée patiemment, précisément à cause du violent contraste qu’elle oppose aux habitudes esthétiques des Écoles du continent.
- Franchissons maintenant ce bras de mer qui a suffi pour isoler si complètement l’art anglais des influences continentales. Arrêtons-nous à l’École belge.
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- Le peintre le plus illustre de cette École est M. Henri Leys. Pour se rendre compte de la direction choisie par cet artiste, il est nécessaire de jeter un coup d’œil rétrospectif sur le mouvement de l’art en Belgique depuis cinquante ans. En ce siècle, en 4815, un exilé, un peintre français, Louis David* s’était arrêté à Bruxelles. Là, il avait ouvert une école. Il y continuait l’enseignement de son atelier de Paris d’où était sortie une génération d’artistes savants. Dans l’atelier belge se marquè-• rent et s’exagérèrent, plus encore qu’à Paris aux dernières années de séjour, les excès d’une méthode devenue routine, d’un principe amoindri jusqu’au système, d’une volonté dont l’énergie première avait tourné à l’entêtement. Depuis quinze années, l’École belge était immobilisée-dans les étroites lisières que lui
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- avait passées et infligées le peintre des Horaces, des Sabines, du Léonidas, du Marat, du Pie VII, qui pourtant n’était plus alors que l’auteur bien diminué du tableau d'Hélène et Pâris. Pour ceux qui avaient approché autrefois cette dure et envahissante personnalité, pour ceux qui l’approchaient encore, David restait toujours un maître dans le sens étroit du mot : un maître et presque une idole, un Jupiter tonnant (1).
- La révolution de 1830, double date, politique et romantique, jeta par terre le colosse aux pieds d’argile. La Flandre faite Belgique se souvint de scs glorieux ancêtres et se détourna de la récente tradition française; elle évoqua la mémoire de Rubens, de Van Dyc-k, de Jordaëns, de Snyders, des trois Teniers, et ne se réclama plus que de ses peintres nationaux. Deux ordres de faits aidèrent puissamment à cette émancipation.
- 4° Le voisinage du romantisme français qui n’avait point de ces illustres origines, lui, mais qui se ruait à corps perdu dans l’étude des peintres antérieurs à David, chacun cherchant et réhabilitant l’École avec laquelle son tempérament avait le plus d’analogie et lui demandant des secours, des moyens, des procédés que la tribu classique avait volontairement désappris, systématiquement laissés se perdre.
- 2° Le concours d’un gouvernement et d’un peuple rivalisant d’efforts, communes et citoyens, pour restaurer dans la vieille patrie flamande l’enseignement de l’art, ouvrant dans chaque ville des ateliers , des écoles, des académies avec l’ardeur qu’on apporte à un grand intérêt national.
- C’était désormais un fait acquis : par Wappers, par Gallait, la Belgique avait renoué avec la tradition flamande de Rubens et de son École latinisée, adultérée, par un .mélange d’éléments espagnols et italiens. Mais, à tout prendre, on n’avait substitué à la convention de l’atelier de David qu’une autre convention plus légitime et de meilleur aioi. Satisfaite de cette
- (l) On se souvient des lettres impérieuses que David écrivait à Gros qui lui avait succédé dans la direction de son atelier de Paris; lettres de doctrine, violentes, injustes, qui ont certes contribué â la décadence du talent de Gros.
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- première acquisition, l’École belge parut un instant vouloir s’immobiliser à cette date comme à un point d’arrêt définitif. Elle s’oubliait dans cette formule — non trouvée, mais retrouvée — comme si, dans l’ordre des manifestations esthétiques, le règne des formules n’était point la léthargie même.
- Un homme, un peintre, M. Lcys, d’Anvers, avait vu le péril que courait la jeune Ecole flamande à s’attarder dans les routines de ce qui avait été la tradition de Rubens. Il avait réfléchi, en outre, que Rubens, tout admirable qu’il fût, avait composé son immense talent d’éléments divers, souvent étrangers aux origines locales; il avait vu dans l’œuvre du maître un résultat et non un point de départ ; vue très-juste et aussi très-étroite, puisqu’elle ne portait que sur la formule de Rubens, et nuller ment sur son génie. Le danger mesuré, il résolut d’y échapper; il se dit que les origines de l’art flamand étaient purement germaniques, et, dès lors, il crut avoir trouvé le moyen de salut. Évidemment, selon lui, chez Wappers, chez Gallait, dès qu’ils remontaient le cours des siècles, l’erreur avait été de s’arrêter à l’Ecole de Rubens ; il fallait reprendre la tradition directe des Van Eyck, des Memling, des Albert Durer et des Holbein. C’est ce que tenta de faire M. Leys. Nous allons voir comment il conduisit cette tentative et ce qu’elle a produit.
- Rappelons-nous, au préalable — car il le faut pour juger l’effort de M. Lcys en toute connaissance de cause — rappelons-nous ce qu’était l’art des anciens peintres allemands. Avec une touchante naïveté, ils observent et prennent pour modèle absolu, unique, la réalité des formes au milieu desquelles leur vie s’écoule. Leur idéal n’est point comme l’idéal grec et latin un idéal plastique. Ils ne visent pas à la beauté corporelle composée, construite de réalités choisies, épurées, rectifiées, ramenées à la correction, au type qu’un Phidias, un Raphaël réalisent d’après leur conception intérieure. Pour eux, la réalité telle qu’elle, avec ses minuties dans le paysage, avec ses altérations, avec ses difformités causées chez l’homme par l’usage de la vie dans l’exercice des professions spéciales,
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- avec ses beautés aussi quand elles se trouvent là, par hasard, sous leurs yeux : voilà les signes de l’art. C’est un alphabet dont ils combineront les caractères à l’infini pour leur faire exprimer leur idéal. Or, cet idéal — non plastique — est tout d’expression et de sentiment. Comme moyen d’expression, ils trouvent la physionomie ; comme moyen de sentiment, ils trouvent la couleur.
- On reconnaît dans les tableaux de M. Leys ces moyens pittoresques des vieux maîtres allemands : minutie d’exécution, nulle recherche de beauté plastique, physionomie des têtes, beauté de la couleur. En concluerons-nous que M. Leys continue les traditions germaniques ? Ne nous hâtons pas trop et examinons encore s’il a rempli, en effet, toutes les conditions du programme qui s’imposait naturellement à un continuateur, c’est-à-dire à l’homme qui prolonge le chemin frayé par ses devanciers et ne se contente pas, comme l’imitateur, de parcourir ce chemin à nouveau. Y regardc-t-on de près, on s’aperçoit que, dans ces tableaux de M. Leys, les fohds, les costumes, les têtes, les expressions, tout, jusqu’au sentiment, est directement inspiré de l’œuvre de ces anciens maîtres. Sans doute tout cela est repris avec une réelle puissance d’originalité individuelle, la main est plus sûre, sinon plus savante, la composition plus régulièrement équilibrée, l’invention des motifs est bien personnelle au peintre et l’on est à mille lieues de voir là une série de pastiches. Mais qu’est devenue l’opiniâtre observation de la réalité? Où est la preuve — sinon de la naïveté — du moins de la sincérité de l’artiste ? Tout nous met en garde contre cette sincérité (non d’action, mais de conviction).
- On sait trop que Van Eyck, que Memling, que Durer et Holbein ouvraient leurs yeux sur le monde vivant et point ou peu sur le monde figuré des peintres, leurs devanciers. Oui, ils avaient vu, étudié les peintures primitives, mais à titre d’exercice graphique seulement.
- Et une fois maîtres de leur pratique, de leur métier, maîtres
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- de leur instrument (pouremployer un mot plus noble), est-ce qu’ils ont jamais songé à traduire leurs propres émotions autrement qu’en empruntant à Fimmense nature, et uniquement ii elle, les éléments caractéristiques dont ils avaient besoin pour former leur symbole?
- M. Leys, chef d’école, a donc reculé la borne qu’avaient posée Wappers et G allait ; mais, pour avoir été déplacée, la borne n’en reste pas moins en travers du chemin barrant le champ de l’observation directe.
- Peintre de genre historique, au contraire, M. Leys a pénétré
- avec une perspicacité, exquise bien souvent, le sens intime de l’histoire. Il nous transporte à l’aide de conventions habiles dans ce monde des anciennes chroniques flamandes, monde de douce intimité au dedans, de pompe et de vaillance au
- dehors ; il fait et refait à sa façon ce que font pour d’autres civilisations quelques-uns de nos propres poêles, nos Leconte de Lisle et nos Flaubert, un archaïsme savant et cependant animé, presque vivant, une restitution de milieux et de personnages oubliés qu’une grande souplesse de main peut seule mener à bon terme.
- A ce point de vue on ne saurait trop louer, parmi les tableaux exposés par M. Leys celui qui représente Y Archiduc Charles, âgé de quinze ans (plus tard Charles-Quint) prêtant serment entre les mains des bourgmestres et échevins d’Anvers; deux autres toiles encore : l’Institution de Tordre de la Toison-d’Or et le Conciliabule au temps de la Réforme. En cette dernière œuvre se manifeste la supériorité avec laquelle M. Leys comprend et rend l’intimité épisodique des anciennes époques.
- Ce que nous admirons également chez M. Leys, c’est, sa conscience d’artiste, son amour de la perfection, le respect scrupuleux de son œuvre, sa haine des négligences qu’on dit affectées et qui le plus souvent servent trop bien à dissimuler l’ignorance. Le peintre d’Anvers pousse même le scrupule si loin que, dans son application à finir chaque détail avec un soin jaloux, il imprime parfois quelque dureté à sa peinture.
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- Légère faiblesse, en somme: elle 11e porte pas atteinte à l’harmonie générale des ensembles chez M. Levs qui, là, triomphe avec une adresse remarquable des difficultés que semblerait lui imposer la minutie de son procédé.
- A la suite de M. Levs un groupe d’artistes belges s’est précipité dans le néo-germanisme.
- L’un des plus célèbres après le maître, M. Lies, est mort. 11 avait plus de fougue, plus de mouvement, quelque lourdeur aussi, et il s’était montré un émule dans la même direction plutôt qu’un imitateur. Je ne le nomme que pour mémoire, car il n’y a aucun ouvrage de cet artiste au Champ-de-Mars. Après M. Lies figurent à un rang honorable M. J. de Vriendt, auteur d’un Cantique de Noël, pénétré de grâce mystique, et M. A. de Vriendt qui a composé avec ingéniosité son tableau de Saint Luc peignant la Madone.
- Le néo-germanisme de M. Leys devait nécessairement amener une réaction. Cette réaction devait, de toute nécessité aussi, prendre le drapeau du réalisme. Le chef du mouvement réaliste en Belgique, M. Charles de Groux, a su affirmer un droit nouveau, sans rien proscrire des acquisitions du passé. Il 11e repousse aucune tradition, mais il fortifie singulièrement ce qu’il peut devoir à la tradition en le contrôlant attentivement à l’aide de la nature. 11 a recueilli avec joie la somme de procédés que le passé lui avait légués, pour y choisir un instrument éprouvé et obéissant. Cet instrument formé, quel parti M. de Groux en a-t-il tiré ? Nous le voyons tour à tour traiter des ‘sujets d’histoire et des sujets empruntés à la vie de tous les jours, ceux-ci reproduits d’après nature, sans grand artifice de composition apparent ; tels sont les trois tableaux exposés au Champ-de-Mars : l'Hospitalité, l’Aumône, la Visite du médecin. Mais auprès de ces productions, nous voyons aussi M. de Groux composer de grands tableaux du genre historique comme : les Bourgeois de Calais devant Édouard III, et comme la Mort de Charles-Quint. En quoi consiste donc le réalisme deM. de Groux? Par ce dernier choix
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- (le motifs, il se rapproche (le Gallait: un peu par le caractère môme des motifs, un peu aussi par l’exécution; et cependant il est également très-personnel. Son effort a surtout porté sur la valeur expressive de la couleur, et à ce point de vue il a été utile et de bon exemple. Les artistes arrivent assez aisément à se créer un dessin qui leur appartienne et dégagé' d’une convention trop choquante ; leur coloration au contraire est généralement factice. Le réalisme de M. de Groux est donc principalement le réalisme de la couleur, mais très-largement entendu; et là encore il fait la part belle à l’idéal. 11 lui accorde une importance capitale dans la conception de l’œuvre. Il n’associe point les tons entre eux pour le plaisir des yeux, il leur donne un rôle dans l’action ; il tient à ce que, par l’ensemble, la couleur contribue à l’émotion, et, dès le premier coup d’œil, à ce qu’elle indique au spectateur le sentiment général de gravité, de deuil ou de joie que comporte le sujet adopté par lui. On sait quelle puissance d’action le. génie d’Eugène Delacroix a trouvée dans la couleur ; c’est à cette puissance que vise M. de Groux, mais avec des procédés plus voisins de la réalité que le maître français et aussi d’une moindre magie.
- Maintenant, il faut bien le dire, l’expression obtenue par la couleur laisse les choses dans le vague et sacrifie singulièrement l’expression purement plastique, si précise. Le dessin écrirait la pensée plus clairement et d’une façon bien plus durable. Le réalisme belge incline vers les séductions faciles qui firent le charme, et aussi la faiblesse de quelques-uns de nos peintres romantiques, Louis Boulanger notamment. Sans doute, par son étude de la réalité, l’auteur des Bourgeois de Calais échappe à l’excessive fantaisie ; mais par son amour des ensembles harmonieux et par son culte de la couleur, il arrive souvent aussi qu’il se contente trop aisément de la première impression, et que, au lieu d’une œuvre achevée, il se considère comme quitte et se tient pour satisfait quand il a jeté sui' la toile une belle ébauche. C’était une faiblesse. Un jeune
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- artiste, M. Pauwels, reprenant l’œuvre de M. de Groux, a voulu et su s’en défendre.
- M. Ferdinand Pauwels paraît appelé à prendre rang dans l’école belge auprès des plus illustres. Il a vu les lacunes du réalisme, mesuré l’esprit rétrograde du néo-germanisme, et il a su très-habilement éviter le double écueil. Il réunit la précision et la justesse expressives du dessin à la sincérité et à la richesse d’effet que l’école de M. de Groux poursuit par l’étude de la nature et par l’emploi des heureux dons de coloriste qui se perpétuent chez les Flamands. Il consacre son jeune et ferme talent aux grands faits de l’histoire nationale.
- Nous nous méfions en général des sujets compliqués qui nécessitent un commentaire et ne s’expliquent pas d’eux-mêmes.. Cependant il faut bien reconnaître à un peuple le droit de fixer par les moyens de l’art le souvenir des événements glorieux de son histoire. L’inconvénient, sensible surtout pour les étrangers, ne l’est pas ou l’est beaucoup moins pour les nationaux. Cependant l’énigme est parfois trop compliquée dans les compositions du jeune artiste. Cette réserve, fort légère d’ailleurs, étant faite, signalons dans l’École réaliste en Belgique une tolérance, mieux que cela, une largeur d’esprit qui lui fait honneur. C’est ainsi que M. Verlat, dont le nom est connu en France depuis 1857, un des champions les plus actifs du mouvement réaliste, expose simultanément deux tableaux religieux, un Christ, une Vierge, et un tableau popularisé par la gravure : Au Loup ! trois œuvres qui témoignent d’une rare variété d’efforts et d’une grande énergie de talent.
- Au total, quelle aura été l’action du réalisme en Belgique ? il est venu sans violence réagir contre deux conventions différentes : l’une qui datait de Gallait,et qui avait introduit dans l’école-un procédé de coloration traditionnel; l’autre qui date de-M. Leys et qui substitue le type pittoresque des anciens maîtres au type individuel que chaque peintre doit former à nouveau d’après les éléments fournis par la nature. Dans cette double lutte, toute pacifique d’ailleurs, et trop pacifique peut-être, les
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- réalistes belges ont réussi à mettre en évidence un principe important, celui de l’expression par la couleur. 'C’est une acquisition de plus dont l’école leur est redevable, ils ont posé une affirmation dont les jeunes peintres de Bruxelles et d’Anvers seront désormais forcés détenir compte. De cette façon et par l’effort de chacun, s’accroît de jour en jour la somme de vérités esthétiques qui maintient, qui élève incessamment le niveau de l’art moderne en cette Flandre que le passé fit déjà si riche en grands noms d’artistes.
- Si le réalisme belge n’a pas encore justifié jusqu’à ce jour toutes ses prétentions dans l’ordre de manifestations où nous l’avons suivi, dans le genre ^historique si cher à nos voisins,; — on peut affirmer, par contre, qu’il a dans la peinture de paysage et d’animaux tenu et au delà tout ce qu’il promettait. En Belgique comme en France, c’est assurément le paysage qui,aie plus largement tiré bénéfice des théories réalistes. Là, nulle déception ; par la mise en œuvre de l’esthétique nouvelle, si juste et si féconde en ce point, le succès était infaillible.
- L’amour de la nature et de la vérité, qui est l’alpha et l’oméga du réalisme, se traduira différemment chez les artistes originaux on raison de la variété des aptitudes et des tempéraments. Cependant, dès l’abord, on distingue, dominant l’afflux des tendances individuelles, deux courants d’opinion qui se partagent l’école belge. Dans un groupe on proscrit le choix du site, dans l’autre on le prescrit. Les deux causes sont vaillamment soutenues et par des artistes de grand talent. Au premier rangées partisans résolus de riinportance du choix, il suffit de nommer MM. de Knyffct J. Kindermans; à la tête du groupe opposé, M. Lamorinière; et voltigeant de l’un à l’autre camp, MM. Fournois, César de Coek et Clays, le peintre de la mer du Nord et de l’Escaut.
- On aurait une idée tout h fait incomplète de l’École belge si l’on n’étudiait le groupe peu nombreux, mais très-renommé, très-actif, très-habile de ses peintres d’élégances. Eux aussi, ils ont repris, les uns pour s’y maintenir, les autres pour
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- l’étendre, un coin du domaine de leurs maîtres nationaux. Les petits Flamands, Terburg, Metzu, Pierre de Hoog, voilà leurs sources et leurs autorités. Aimez-vous les satins lustrés, aux plis cassants et luisants, les velours épais absorbant la lumière, les draps souples et fins, les longues robes et les pourpoints collants, les éventails frôles et les fortes épées, les moustaches finement relevées et les boucles blondes, de jeunes visages souriants, l'image delà vie opulente, facile, peu chargée de méditation : voyez et admirez les tableaux de M. Florent Willems. Son tort, il est grave à mes yeux, c’est de dépenser une somme de talent pratique si exceptionnelle à refaire ce que les maîtres avaient déjà fait. Les motifs auxquels il s’arrête ont tous été traités par ses devanciers, qui avaient au moins le mérite de laisser des témoignages sur leur temps. M. Willems se méconnaît lui-même en se résignant ainsi à un rôle secondaire. Son sentiment très-délicat de la grâce chez la femme, de la distinction aristocratique chez F homme, trouverait aisément à s’exercer dans l’observation de la société moderne, et il ne ferait point pour cela double emploi avec M. Alfred Stevens, qui a eu ce courage de peindre une face de la vie contemporaine et qui s’en est bien trouvé. M. Willems, en effet, a un goût de composition très-personnel, il s’entend merveilleusement à mettre en scène et à faire agir plusieurs personnages dans le même cadre. M. Stevens, au contraire, de plus en plus semble décidé à n’admettre qu’une seule figure dans ses tableaux : il est vrai que cette figure unique suffit à l’intérêt de chacun de ses ouvrages, puisque c’est une figure de femme et la femme de notre temps. On a reproché à M. Alfred Stevens de n’avoir point d’invention et de trouver prétexte à peinture dans l’action la plus futile. Le reproche n’est-il pas profondément injuste? Qu’entend-on par invention ? Il 11e peut y avoir d’invention que dans les œuvres d’imagination pure; ici M. Stevens fait acte d’observation et de la plus précise. Que veut-on qu’il invente ? Quant à la seconde partie du blâme qu’on lui inflige, je la trouve, s’il est possible, moins
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- fondée encore que la première. L’artiste s’est arreté à ce thème inépuisable, la femme moderne, mais inépuisable dans les nuances. Il l’étudie successivement dans ses gestes, dans ses attitudes familières qui sont le plus souvent toute une révélation de caractère, qui la trahissent dans ses émotions les plus intimes. Sans doute le Martyre de saint Symph'orien, de Ingres, et l'Entrée des croisés à Constantinople, d’Eugène Delacroix, attestent plus d’invention et nous montrent des actions plus dramatiques. Mais est-il légitime de demander à un sonnet la grandeur tragique d’un drame shakspcarien? Et combien de sonnets dans notre littérature, depuis un demi-siècle seulement, qui contiennent en leurs quatorze vers plus d’émotion, plus de vie que maints poèmes et maintes tragédies auxpro-portions, aux prétentions monumentales! C’est ce qui nous arrive avec les pages exquises qui composent l’œuvre de M. Stevens.
- D’autres artistes belges exécutent avec une habileté réelle de jolies variations sur le même thème. Ce sont MM. Baugniet, de Jonghc, Kathelin. Par le procédé ils sont plus voisins de M. Willems que de M. Alfred Stevens.Ils se sont en cela trompés de route. Ils avaient tout à gagner à s’inspirer, et comme direction et comme facture, du jeune maître qui laissera dans l’histoire de l’École belge contemporaine une trace plus originale et conséquemment plus profonde et plus durable.
- 3 3. — Hollande.
- École hollandaise : ces deux mots, qui avaient autrefois un sens précis et déterminé dans la langue de l’art, ont désormais perdu leur ancienne et chère signification. — Leur valeur en esthétique est à peu près nulle aujourd’hui. La peinture dans les Pays-Bas a pris une direction si étrangère à scs origines elle est dans son esprit si profondément altérée, si modifiée de ce qu’elle fut jadis; après avoir été absolument originale, individuelle, locale, elle est en ce siècle si voisine de toutes les Écoles européennes, que la désignation d'École hollandaise n’a plus d’autre usage que d’indiquer la prove-
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- nance géographique d’un certain groupe d’artistes. Ce phénomène n’est point particulier à l’art des Pays-Bas, il se représente dans toutes les écoles, sauf l’École anglaise. Il faut s’y habituer. Cependant il résulte d’un état de choses assez grave pour mériter qu’on l’étudie dans ses sources et dans ses résultats. C’est ce que nous ferons. Ce qui doit frapper à première vue l’observateur dans la galerie des Pays-Bas, c’est que son peintre le plus remarqué etaussi le plus remarquable, M. Alma Tadéma, a pris absolument le contre-pied de ses illustres ancêtres. Les vieux maîtres hollandais, qui avaient si résolûment banni de leur art l’image du héros pour y donner la première place à l’homme qu’ils coudoyaient chaque jour, avec lequel ils vivaient dans l’intimité de la place publique, du temple, du cabaret, seraient bien surpris de voir leurs descendants renier avec ce parti pris la réalité contemporaine, et s’enfermer obstinément dans la reconstruction archéologique des civilisations éteintes, des époques disparues, des hommes et des mœurs dont il nous reste de si rares témoignages et de si peu incontestables.
- Le talent, pourtant, justifie bien des fantaisies. En présence des tableaux de M. Alma Tadéma, on ne se sent pas le courage de lui chercher querelle sur les motifs qu’il développe avec une rare habileté et une conscience de peintre au moins égale chez lui à la conscience de l’archéologue. On se souvient du succès que cet artiste obtint à Paris au Salon de 1864 avec son tableau intitulé : Comment on s'amusait il y a trois mille ans en Égypte. M. Alma Tadéma aime l’Égypte. Le Jeu Égyptien, la Momie, témoignent de nouveau de sa prédilection pour cette antique civilisation qui fut si grande et à sa façon si complète. Dans l’œuvre du peintre hollandais, les sujets empruntés au monde romain touchent moins. Cela tient-il à ce que ce monde nous est un peu plus connu, et que le détail ne suffit plus à nous intéresser? ou bien, est-ce que l’Ecole française a tellement usé en la première moitié de ce siècle des personnages tragiques tirés de l’histoire grecque et de l’histoire
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- romaine, qu’après nous avoir amusés un instant, dans les tableaux de notre petite école néo-grecque et néo-romaine, l’antiquité, classique bien que rajeunie, nous a bientôt rendu notre lassitude première? On peut croire que cette dernière hypothèse est conforme à la vérité. Et en effet, c’est là le châtiment des peintres d’écorce, s’il est permis de s’exprimer ainsi, c’est-à-dire des peintres qui ne prétendent nous retenir que par la curiosité du costume, du mobilier, du type même si l’on veut, mais du type à l’état inerte, sans passion, sans émotion, sans âme ni flamme intérieure. Au premier aspect on est séduit par l’imprévu, par la piquante originalité de l’accessoire; mais on conçoit aussi que cette séduction soit peu durable puisque, reposant uniquement sur l’imprévu, dès qu’elle n’offre plus cet attrait, elle perd sa plus grande force.
- La supériorité deM. AlmaTadé'ma se manifeste d’une façon bien plus évidente dans celui de ses tableaux qui a pour titre : Éducation des petits-fils de Glotilde. D’abord l’œuvre est de beaucoup la plus considérable par les dimensions, et par cela seul elle nous apporte la confirmation de ce que les précédentes expositions de l’artiste nous avaient appris déjà : c’est que son talent acquiert une ampleur, une solidité d’autant plus magistrales qu’il se déploie sur de plus larges surfaces. En outre, il semble que M. Alma Tadéma fasse en lui-même appel à une pénétration plus vive et en quelque sorte à une intelligence plus profonde lorsqu’il s’agit d’interpréter les types et les mœurs delà vieille race gauloise.
- Évidemment le système du peintre ne varie pas ; il s’attache surtout, comme dans les sujets égyptiens et romains, à la fidélité historique, à l’exactitude du costume et du mobilier. Néanmoins, il y met plus de vie, plus de chaleur, un intérêt plus réel, et ses tableaux en ce sens ont ce genre de charme qu’eut à l’époque de son apparition une œuvre d’histoire chère à la jeunesse, les Récits de l'histoire romaine, d’Augustin Thierry. Le genre historique a d’ailleurs peu de représentants dans l’École hollandaise ; on ne voit guère que M. Rochusscn à.
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- nommer après M. Alma Tadéma:. Cependant luttons-nous de le constater,, les deux peintres n’ont rien.de commun ni dans les tendances pittoresques, ni dans le choix:des- sujets. M. Ro-chussen.ne se préoccupe nullement du fini de l’exécution d’une part, d’autre part il semble qu’il se soit beaucoup plus-inspiré du musée de Versailles que de l’École d’Anvers.
- Les peintres de genre sont plus nombreux ; aux premiers rangs M. BischolT est dans la tradition locale en consacrant
- son talent à exprimer la grâce intime et la beauté particulière des jeunes filles de la Frise. A ces dons très-heureux d’élégance et de sentiment, M'. Bischoff ajoute les dons plus spéciaux d’une coloration puissante et harmonieuse. Le maître le plus charmant et vraiment le plus fort, et aussi le plus sympathique parmi les peintres de genre de l’Ecole des Pays-Bas
- est M. Josef Israëls, d’Amsterdam. Qn n’a pu oublier l’intérieur de la maison des orphelines (à Katwyk en Hollande), exposé au Salon de 1866. La lumière froide qui éclarait cet humble atelier de jeunes filles modestement vêtues, travaillant patiemment; cette image du labeur honnête,, si vive en sa simplicité, est certainement restée dans toutes les mémoires. On a retrouvé
- avec un-véritable plaisir cette œuvre excellente'dans l’exposition des Pays-Bas, et d’autres encore : les Enfants de la mer, le Rabbin David, le' Vrai Soutien, le Dernier Souffle enfin, toutes scènes où les sentiments de la famille, de l’intimité domestique, où toutes les douceurs et toutes les douleurs du foyer, où toutes les joies bruyantes de l’enfance et les joies discrètes de la- maternité apparaissent tour à tour interprétées par un talent très-ferme, très-consciencieux, très-honnête. Au-dessous de MM1. Israëls et Bischoff, l’École hollandaise
- compte un certain- nombre de petits peintres de-genre-qui ne manquent ni de sentiment ni d'habileté' : ainsi M. D. Blés, un peu- trop- porté au comique-, et M. Bakkerkorff, peintre soigneux, froid,.mais observateur délicat et fin.
- Le paysage est bien déchu en Hollande de sa grandeur passée;-dans le paysMe-Backuysen, d’Albert Cuyp, d’Hobbémaet
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- de Ruysdaël, c’est à peine si l’on peut citer à lTieure qu’il est trois ou quatre paysagistes qui aient un sentiment personnel de la nature : M. Haas qui use et abuse de ses dons de facilité extrême, M. Pioclofs qui peint les ciels avec talent, M. Vogel, auteur d’études très-belles, très-larges, prises dans le Brabant septentrional, et M. Weissenbruch qui excelle à rendre la chaude lumière du soir dans les pays humides.
- g 5. — Allemagne.
- S’il suffisait de la volonté d’un homme pour créer une génération de grands maîtres, l’école de Munich actuelle n’aurait rien à envier aux époques les plus illustres du passé. Une volonté énergique à cet égard, en effet, a voulu agir en ce sens. A Munich l’art est sorti de terre tout d’un coup. Le roi Louis Ier de Bavière a cru qu’il lui suffirait de frapper la terre pour en faire jaillir une école d’art puissante et forte. Le principe même de cette tentative de renaissance était-il fécond? Au lieu de créer une vie nouvelle dans l’art avec des éléments complètement nouveaux, le roi Louis, emporté par son culte pour le génie hellénique, a prétendu ressusciter le passé.
- Munich est devenue, sous cette inspiration, une contrefaçon (1e la Grèce antique. Tout y est inspiré de l’antiquité. Cornélius de sa main rapide, facile, correcte, a chargé les monuments aux noms grecs et romains de scènes mythologiques et d’épisodes empruntés aux poèmes épiques de l’antiquité classique. Au même moment, un paysagiste, Charles Reutmann, déroulait dans les mêmes enceintes les ruines et les lignes immobiles du sol de l’Hellade. Dans le même temps, Sclrvvanthaler représentait les combats des héros d’Homère et les travaux d’Herculc ; Kaulbach, la bataille de Salamine; Andréas Müller, les noces d’Alexandre le Grand ; Génelli célébrait Ésope; Philippe Foltz illustrait la biographie de Périclès. Mais arrêtons cette énumération qui occuperait trop de place ici.
- Parmi les artistes que nous venons de nommer, quelques-uns sont représentés à l’Exposition universelle. Le plus illustre,
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- M. Kaulbach, a envoyé au Champ-de-Marsun immense carton où il a voulu figurer l’époque de la Réformation. Le centre de la composition est occupé par la personne de Luther. Autour de lui sont groupés ses disciples et tous ceux qui, dans la pensée de M. Kaulbach, ont contribué comme Luther à l’avé-nernent du libre examen en matière religieuse. Philosophes, artistes, savants, lettrés, se pressent dans l’enceinte du temple où s’est réunie cette assemblée idéale.
- L’œuvre est conçue avec une certaine grandeur. Le Jury a
- vu là un effort généreux et rare, digne d’être signalé au public
- par une des médailles d’honneur.
- Dans un autre ordre d’idées .on a remarqué un tableau représentant la Route entre Solferino et Valeggio, le 24 juin 1859, un des très-rares tableaux de sujets militaires, qui, en France même, occuperait par son originalité une place à part au milieu des œuvres du même genre. L’originalité de l’artiste, M. Adam, consiste en ceci, que pour la première fois ou à peu près le paysage a dans le tableau une importance pittoresque égale à celle que les peintres de batailles accordent habituellement aux personnages. Il a bien rendu cependant l’image de la guerre, il n’a pas sacrifié son sujet au dilettantisme du paysagiste. L’œuvre d’ailleurs a l’impersonnalité sévère d’un rapport écrit par un témoin désintéressé.
- En Bavière il y a peu ou point de peintres de genre. Cependant le visiteur aura vu dans l’Exposition huit tableaux de M. Maurice de Schwind, professeur à l’Académie des beaux-arts de Munich ; tableaux d’un mysticisme étrange.
- Le dirons-nous? l’École de Munich, extrêmement intelligente, remue beaucoup d’idées, mais au total peu ou point d’idées pittoresques. Aussi, en ce pays où le sublime est l’état normal en fait d’art, où tout le monde vise à l’épopée, le paysage n’abonde point. Le petit nombre de ceux qui figurent dans la galerie bavaroise se traîne encore à la remorque du paysage français.de la Restauration, ou alors s’émiette dans la minutie des tableaux primitifs allemands, exagérée encore dans leur
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- dureté de coloration et dans leur sécheresse de contours. En résumé, beaucoup d’efforts curieux plus grands que le résultat.
- La capitale artistique du royaume de Prusse est à Düsseldorf. Là est la vie et le mouvement de l’art, là le centre le plus actif de production. Düsseldorf est d’ailleurs bien connu de nos amateurs; sa petite colonie de peintres aimables nous est devenue familière, pas un.Salon ne s’ouvre au palais des Champs-Elysées sans quelle y soit très-largement représentée. Le prince de l’Ecole (bien que professeur à Wiesbaden) est M. Louis Knaus. M. Knaus n’a point les grandes ambitions. La Grèce antique, l’Italie de la Renaissance, ne l’ont point touché. D est et veut rester Allemand ; on doit lui en savoir gré. Son Lendemain de fête, exposé il y a quelque douze ans à Paris, fonda du coup sa réputation. Depuis, nous avons vu d’année en année défiler toute la suite de ses compositions souriantes.
- Qui ne se souvient de la Cinquantaine, du Saltimbanque, que nous voyons en France pour la seconde fois? En ces œuvres comme dans Y Invalide, dans les Garçons cordonniers jouant aux cartes, dans les Paysans de la vallée du Passager, etc., etc., quelle intelligence d’expression, quelle justesse d’attitudes, que le geste est naturel ! ]\L Knaus rehausse encore ses dons d’observateur par une délicatesse toute particulière d’invention ; tour à tour il sait émouvoir et faire sourire. Il a l’humeur spirituelle avec une pointe d’attendrissement ; l’ironie qui se fait jour parfois dans ses tableaux n’est jamais cruelle; il l’arrête juste au moment où elle pourrait devenir dure et choquante. Son dessin a d’autre part une grande finesse, qualité inséparable de cette justesse de mimique particulière à ses ouvrages. Si l’on ajoute à cela une coloration d’une distinction exquise, on conçoit que la réputation de M. Knaus ait été ratifiée parles artistes, après avoir été affirmée par le grand public.. Ge qui arrête la foule et la séduit dans l’œuvre d’art, c’est le sujet bien plus que la valeur esthétique qui, elle,, arrête et charme surtout les connaisseurs ;
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- MC Khaiis< a- été assez-heureux pourse concilier les sympathies-de l’un et de l’autre parti.
- C’est à l’École de Düsseldorf, qu’appartiennent également M. Lasch, M. Scliloesser, M. Meyerheim. C’est ici et là une meme grâce abondante et facile, la même ingéniosité de niolifs-populaires, simples, de- petite intimité- bourgeoise-, la même habileté servie tantôt par un- talent énergique, tantôt par un talent moins terme, toujours- allègre cependant. Mais que la petite École y songe : après avoir eu son heure d’originalité, on commence à s’apercevoir qu’elle tourne dans un cercle bien étroit et sans-rien faire pour l’agrandir.
- M. Heilbuth est donc Prussien? Vraiment on est surpris de rencontrer ses Cardinaux hors des galeries françaises où nous sommes accoutumés à les--voir; le peintre est tellement français d’habitude et de talent, que tout le monde avait oublié sa nationalité. Mais il importe peu : vues ici ou là, dans telle ou telle galerie, ses œuvres sont toujours charmantes, son crayon toujours spirituel, sa moquerie très-fine, ses types romains très-piquants.
- Un peintre qu’on n’accusera point de dissimuler ses origines, c’est M. Rodolphe dcHenneberg, de Brunswich.il ne quitte point Berlin, et c’est de Si'gismund Strase qu’il nous envoie son interprétation- de la ballade de Biirger, le Féroce chasseur;. nous avons déjà-vu cette toile en 1857-, à Paris. Elle n’a rien perdu de sa sauvage brutalité, de sa violence et de son terrible élan. Que de motifs de préférer ces œuvres d’impression franche et dure aux petites sentimentalités fluides et molles ! Il suffit de citer le plus-important : M. Henueberg est seul à conserver le caractère-germanique. Il ne se laisse pas entraîner par l’esprit d’anecdote, et, loin d’v rien- perdre, son talent y gagne en énergique personnalité.
- Cette galerie prussienne- est tout entière-occupée par-des tableaux qui- nous: sont familiers. On y aura- revu ceux de Mf. Brendel, de Berlin, qui est, en-réalité, de Barbisou. Au moins, s’il! a quitté Berlin pour Fontainebleau; M. Brendel
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- u’a-t-il point traversé nos boulevards; il ne s’est point civilisé : peintre d’animaux, et fort remarquable, il vit en intimité constante avec ses modèles. Son intérieur de Bergerie, ses Moutons quittant l’étable, sont vraiment des chefs-d’œuvre de réalité, de variété et d’expression. Nous rencontrons également dans les mômes galeries MM. André et Oswald Achenbach. Celui-ci expose un de ces beaux paysages aux masures pittoresques, qu’il nous apporte annuellement d’Italie; l’autre, M. André Achenbach, une vue d’Amsterdam d’une puissance et d’une vigueur de coloration exceptionnelles. M. Schenck est aussi de nos familiers, ainsi que M. Georges Saal, du grand-duché de Bade. On sait que le premier excelle à peindre ces forts moutons aux longues laines qui paissent sur les hauts plateaux des
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- montagnes d’Auvergne, et que l’autre excelle à rendre la magie des grandes nuits éclairées par la lune dans les carrefours humides de notre majestueuse forêt de Fontainebleau.
- M. Émile Ilauten est un peintre de genre militaire. Les Attaques des retranchements de Duppell par les régiments prussiens sont enlevées avec une verve qui se souvient des leçons ou plutôt des exemples d’Horace Vernet.
- En Prusse et dans les États de l’Allemagne du Nord, nous n’avons à constater que bien peu d’efforts dans le sens de la peinture historique ; faut-il le regretter, après avoir vu le résultat auquel ils arrivent ? M. Magnus, par exemple, auteur d’un Orphée ramenant Eurydice à la lumière, n’a réussi qu’à démontrer clairement combien le génie grec se dérobe à l’interprétation du génie germanique.
- La tentative de M. Menzel est bien mieux légitimée; il a peint Frédéric le Grand dans la nuit de Hochkirch, le 14 octobre 1758. L’œuvre manque peut-être de variété dans la coloration, mais elle a des qualités vraiment remarquables d’exécution, et surtout, point essentiel pour un tableau d’histoire, une grande vraisemblance historique. Toutes les figures qui entourent Frédéric ont une valeur de portrait. Quant au héros, son type bien connu est étudié et rendu avec une précision qui prouve
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- combien l’artiste s’est familiarisé avec son modèle. On sait en effet que M. Menzel a illustré avec beaucoup d’animation et de caractère une histoire de Frédéric.
- En Autriche, il n’y a qu’un seul grand tableau de genre historique qui soit hors de pair. Il est de M. Jean Matejko, qui, en 1865, aux Champs-Elysées, obtenait un légitime succès avec le tableau représentant le Prêtre Skarga, prêchant devant la diète de Cracovie, M. Matejko s’est fait le peintre historiographe de la Pologne. Cette fois il nous donne un épisode des luttes violentes qui agitèrent la diète de Varsovie en 1773. La scène est dramatiquement composée, mais la coloration de l’œuvre est formée de toutes les nuances du violet. Ce parti pris vineux une fois accepté, on 11e peut que louer sans réserve l’énergie de cette facture puissante, le sentiment de la vie, ranimation des groupes, la vivacité du relief, qui font de la Diète de Varsovie un des bons tableaux de l’École allemande.
- M. Othon de T li or en, bien connu en France, expose deux tableaux : l’un est un portrait élégant de l’empereur d’Autriche ; l’autre, une scène de la vie hongroise du même caractère que celles qu’il montre chaque année au public français. Parmi les tableaux de genre nous citerons aussi une toile charmante, un Campement de bohémiens, par M. Raffalt.
- Dans toute l’École allemande, si j’en excepte M. Saal, on voit peu de paysagistes, on n’en voit point qu’il soit possible do comparer à ceux des écoles rivales.
- g 5. — Suisse.
- En Suisse, au contraire, le paysage prend le pas sur les autres genres. Les successeurs de Diday et de Calante ayant gardé quelque chose de la froideur de leurs glaciers, tout, l’honneur de l’École revient à MM. Baudit, Gastan et Bodmer. M. Amédée Baudit est un peintre que les visiteurs du Salon annuel estiment depuis longtemps, le peintre des ombres profondes, de la nuit, des grands nuages courant dans le ciel, voilant tour à tour et découvrant le disque argenté >de la lune.
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- Aucun de ceux qui ont vu l’Exposition de 1859 n’a pu oublier son admirable tableau, d’un effet si dramatique et si poignant, représentant le Viatique en Bretagne. Les paysages de M. ‘Gustave Castan sont d’un tout autre sentiment ; il aime, lui, les grands arbres, les futaies transparentes, les ombres vertes,, les flèches de lumière que lance le soleil à travers les intérieurs de forêt ou qu’il plonge dans les eaux paisibles des rivières et dans les eaux vives des .torrents. M. Karl Bodmer expose de nouveau son excellent tableau de sangliers qu’il nous avait déjà montré à Paris. C’est que M. Bodmer est aussi un déserteur à la façon des nombreux Allemands que nous avons précédemment nommés'. Son beau et ferme talent a reculé devant le paysage suisse si ingrat, et dont aucun artiste n’a encore pu tirer une œuvre véritablement complète. Il a fui les immenses horizons, les hauteurs inaccessibles couronnées de neiges éternelles, la perspective des grands lacs d’azur. Il s’enferme sous la futaie sévère au pied des chênes géants; il en étudie la formidable structure; il les entoure de cette végétation puissante, qui croît sous leur ombre, et, parmi les broussailles, à travers les feuilles desséchées, tantôt il fait bondir les chevreuils élégants, tantôt il ramasse sur eux-mêmes tous les membres d’une famille de sangliers aux poils rudes, à la dent menaçante.
- La Suisse, qui a enfanté Léopold (Robert, n’a guère aujourd’hui qu’un peintre de genre, M. Benjamin Vautier, qui se j’attache d’ailleurs à la petite école du sentiment que la Prusse lance chaque année sur Paris. Bien que né à Lausanne, M. Vautier est un des maîtres de l’école de Düsseldorf. Il nous a renvoyé un tableau déjà connu, Courtiers et Paysans dans le Wurtemberg, intéressant surtout par le jeu des physionomies. Son nouveau tableau intitulé la Traversée sur le lac de Brienz rappelle les mêmes mérites.
- | 6. — Autres pays.
- Parmi les quelques tableaux et dessins exposés par le Danemark, on peut, on doit même citer avec éloge le Naufrage sur la côte du Jutland, par madame Jérichau. Le pinceau de cette
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- artiste a une fermeté rare sous la brosse d’une femme. Le bois de Frederiksberg, de M. Rump, mérite aussi d’être mentionné, ainsi que les dessins de M. Lorenz Froelich, l’auteur des illustrations de Héro et Léandre, de l’Oraison dominicale, murées par lui sur ses propres dessins, d’un trait libre et d’une originalité mystique qui trahit ses origines septentrionales.
- Le royaume de Suède est gouverné par un souverain artiste, qui lui-même s’entend parfaitement à fixer les grands horizons, les ciels majestueux, les colorations singulières que la nature accumule dans ces pays si pittoresques. Le mérite est rare, car, en général, les artistes suédois réussissent infiniment mieux le tableau de genre que le paysage ; la sublimité des spectacles naturels, des effets de lumière imprévus, dans ce voisinage du pôle, semble les écraser.
- Par contre rien de plus touchant, sinon comme mérite d’art, au moins comme détail de mœurs locales, que les tableaux de genre, formés de petites scènes d’intimité où se déploient à l’aise les grâces candides, les physionomies charmantes et naïves de ces jeunes femmes, de ces jeunes filles aux cheveux pâles, aux yeux d’un bleu clair, surprises dans l’intimité de la vie quotidienne. M. Fagerlin a réuni deux beaux jeunes gens délicatement groupés dans une déclaration d’amour; M. Jernbcrg nous a fait assister à une demande en mariage. M. Nordenberg nous a montré les cadeaux de noce d’une jeune fiancée de la province Blékingé, en Suède:. Mais le maître entre tous, et malheureusement il vient de mourir, était M. Hœckcrt. On connaissait déjà son Intérieur de tente lapone. Son Retour de la noce en Laponie est un paysage excellent où les figures jouent cependant un rôle important, moins par leur dimension que par le caractère et l’expression.
- La Nonvége compte aussi deux ou trois peintres de talent: M. Hansen, dont la Visite .au châlet et le tableau intitulé Dans la cabane nous révèlent quelques nouveaux détails sur les mœurs de ce peuple naïf et bon; M. Hans Gudc, paysagiste distingué, etM. Tidemant, qui s’est fait une réputation à Paris
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- dès 1855. Ce dernier aime à retracer les épisodes de la vie féodale, les mœurs violentes du moyen âge.
- Au total, à part les quelques exceptions que nous avons nommées, de beaux paysages du Roi et de M. Hans Gude, l’intérêt réel de l’Ecole deNorwége et de Suède est tout entier dans les tableaux de genre qui nous retracent les mœurs d’une population fine, douce, bienveillante, amie des plaisirs de l’intimité et des joies discrètes de la famille.
- C’est le même intérêt purement ethnographique qui arrêtait le public devant les tableaux de MM. Peroff, Popoff et Pierre Sokoloff, études spirituelles, touchantes, navrantes parfois de la vie du petit peuple en Russie. Deux paysages méri taient aussi de fixer l’attention : l’un de M. Mestchersky représente xuie, Soirée d'hiver en Finlande, où le soleil couchant empourpre la cime des immenses banquises de glace dont la base plonge dans les profondeurs violettes qui s’étendeut jusqu’à l’horizon mystérieux ; l’autre est de M. Ayvasowkv, ce peintre étrange dont l’Exposition de 1855 consacra à Paris la réputation qu’il s’est faite en Russie par l’audace avec laquelle il éclaire des feux rampants du soleil couchant, les plaines immenses et plates de la Crimée. C’est aussi une Vue de Crimée qu’expose M. Ayvasowky cette année, mais une vue des côtes. R fait descendre du ciel transparent et d’un bleu sombre la lumière argentée de la lune brisée et réfléchie en mille paillettes mouvantes par les flots courts et pressés de la mer Noire. Ce tableau est digne des œuvres précédentes que l’artiste laisse nous avait montrées autrefois.
- M. Alexandre Kolzebue fait un effort pour s’élever jusqu’à la peinture de genre historique; sa bataille de Pultawa ressemble à s’y méprendre aux peintures françaises du siècle dernier. Le portrait d’une vieille Lithuanienne, par M. Horawsky, est aussi une imitation, mais cette fois du patient Donner. Les œuvres de M. Swertchkoff témoignent d’une individualité plus prononcée. Cet artiste a p.usieurs fois exposé en France. Son effet de soleil sur la neige, dans e Retour de la chasse à l'ours v
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- avait frappé notre public par la nouveauté et en même temps par la justesse de l’impression. L’artiste a, cette année, élargi le champ de son ambition. Son tableau représente le tzar Alexis Mikhaelowicth passant ses^troupes en revue, le 17 février 1664. Le sujet est plus important, mais le résultat définitif moins pittoresque peut-être. On s’arrête volontiers cependant, en face de cette peinture réellement, habile ; elle intéresse en outre par le déploiement de pompe, par la richesse des costumes militaires, par le caractère de faste qui donne une si fière et si somptueuse allure au cortège impérial. Toutefois, l’artiste supérieur en M. Swertchkoff est le paysagiste. Mais, au total, dans les écoles du Nord, comme en Belgique et en Angleterre, c’est la peinture de genre qui triomphe.
- Il n’y a pas d’homme.qui ait eu plus d’influence sur la peinture contemporaine que Paul Delaroche. Il a substitué dans l’art l’anecdote historique à l’histoire.. Il allait ainsi au-devant des prédilections de la majorité pour l’intérêt du sujet. L’accueil fait à cette tentative par le grand public1 fut tel que partout en Europe le même principe devait triompher. C’est ce qui est arrivé. Et, chose curieuse, nous voyons l’École espagnole renaissante se rattacher à ce moyen de succès facile. Le tableau le plus important de cette école est conçu , dans cet esprit, qui se relève surtout par l’habileté de:l'exécution matérielle. M. Eduardo Rosalès a su, en effet, ajouter le mérite tout pittoresque d’une ferme pratique au mérite d’une belle ordonnance de composition qui recommande son tableau : Isabelle la Catholique dictant son testament. Cependant, bien que s’exerçant sur de moindres surfaces, le talent de M. Vin-cenle Palmaroli éveillera peut-être de plus vives sympathies. L’artiste a représenté avec une grande finesse de coloration un Sermon à la chapelle Sixtine. Ce motif d’un caractère si grave et d’une richesse d’effet si séduisante par les harmonies de rouge et de gris.a tenté bien des peintres. On se souvient qu’il a inspiré un des chefs-d’œuvre de M. Ingres. Le Débarquement des Puritains en Amériques déjà valu à l’au-
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- teur, M. Antonio Gisbert, une médaille au Salon de 1865. Le jeune artiste est de ceux qui ont contribué le plus activement au mouvement tout récent de l’art en Espagne. Nous trouvons dans la môme galerie bien des études, bien des tableaux de genre et d’intérieurs peints d’une touche vigoureuse et d’une belle couleur, notamment des esquisses de M. Manzano, mort récemment, de M. Gessa, de M. Domingo y Marques, enfin une petite toile de M. Luiz Ruiperez qui a porté dans l’École espagnole la tradition de M. Meissonier.
- Nous aurions voulu parler de l’exposition portugaise. Ce pays, en effet, après avoir subi une longue décadence, semble, sous l’active et généreuse impulsion d’un souverain, artiste lui-même, résolu à sortir de l'engourdissement dans lequel
- il était tombé. Une réorganisation complète des écoles et des musées se prépare en Portugal, grâce à l’initiative du Roi. On doit fonder le meilleur espoir pour l’avenir sur un peuple qui a la clairvoyance de son état et le désir bien vif d’en sortir.
- L’Italie, elle aussi, depuis quelques années fait de sérieux efforts pour s’affranchir des entraves académiques qui si longtemps paralysèrent son libre développement. Le Jury sans doute a voulu encourager cette louable ambition en accordant une des médailles d’honneur à M. Ussi pour son tableau de grandes dimensions représentant V Expulsion du duc d'Athènes. On regrette cependant de ne point trouver dans cette œuvre importante une originalité plus marquée, soit dans la conception, soit dans l’exécution. Aussi, malgré l’infériorité des genres, estime-t-on davantage les tendances plus personnelles de MM. Palizzi et Pasini, deux artistes qui sont des familiers de nos expositions annuelles. M. Pasini s’est voué à la tâche courageuse de nous révéler les mœurs et les paysages de la Perse. On ne saurait trop louer dans ses œuvres, conquises au prix de tant de fatigues, la grandeur des lignes, la richesse des colorations, la limpidité de la lumière. Les paysages de M. Palizzi viennent de moins loin. La forêt de Fontainebleau suffit à l’artiste qui apporte à l’élude de la na-
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- ture une extrême sincérité d’observation et une fermeté de main remarquable. Nommons encore quelques peintres de genre : MM. Moïse Bianclii, Pagliano et un peintre de genre historique, M. Faruffmi, que son Entrevue de Machiavel et de César Borgia, tableau exposé au Salon de 1865, a déjà signalé à l’attention des amateurs français.
- L’Empire Ottoman, l’Égypte, la Roumanie, la Grèce, l’Orient ne serâient pas jugés équitablement au point de vue de l’art si l’on s’arrêtait uniquement aux peintures exposées. C’est dans leurs magnifiques applications de l’art à l’industrie que se révèle le goût somptueux et charmant de ces peuples. Or la parole sur ce chapitre ne nous appartient pas.
- Le nouveau monde n’est pas beaucoup plus riche dans l’ordre qui nous occupe. La République américaine seule a pu réunir quelques peintures dignes d’intérêt des paysages de MM. Church et Bierstad, des tableaux de genre de MM. Horner, Johnson, Lambdin, et une singulière étude de couleur qui a fait quelque bruit à Paris, il y a quelques années, la Femme en blanc de M. Whistler.
- Nous avons fait le tour des galeries étrangères ; notre moisson dans les Ecoles du Midi et en Amérique a été bien pauvre, plus pauvre que dans les Écoles du Nord. Il faut conclure cependant. Là comme ici, c’est le genre qui domine. En des contrées où l’art fut si grand, il semble qu’on ait un peu perdu l’amour et l’intelligence de la nature ; comme conséquence on y rencontre peu de peinture vraiment forte et de haute inspiration. Le nombre des imitateurs l’emporte évidemment sur celui des artistes qui ont un sentiment individuel, mais en tout temps il en a été de même. De ce que dans nos expositions les œuvres originales sont comme noyées dans un déluge d’œuvres médiocres, il ne faut point désespérer de l’avenir. En chaque pays il y a au.moins un ou deux artistes, quelquefois un groupe de peintres qui ont entrevu la vérité et qui marchent fermement dans la voie qu’ils se sont péniblement ouverte. À mesure que nous les
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- rencontrions, nous avons pris à tâche de les recommander au souvenir des visiteurs. De Londres à Anvers, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Florence et à Madrid, ce qui domine partout, c’est l’ingéniosité, l’esprit.
- On est vivement frappé aussi dans les Ecoles étrangères
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- du défaut d’accent local. Nulle part, à fort peu d’exceptions près, on ne reconnaît l’énergie d’une race. Belges, Allemands, Russes, Italiens, tous plus ou moins, avec plus ou moins de faiblesse ou de force, se rattachent à l’École française.
- La leçon nous servira à nous-mêmes, l’étude des Ecoles européennes aura été certainement utile à ceux de nos artistes français qui auront voulu s’y appliquer. Souvent, il est vrai, ils y auront reconnu leurs défauts accusés, amplifiés à l’excès, mais il suffit qu’ils aient pu constater aussi quelques rares efforts, notamment en Angleterre, pour arriver au développement d’une originalité nationale. Je n’insisterai pas sur ce point ; certainement nos peintres n’auront point manqué d’analyser à leur usage ces tendances qui s’offraient à eux dans des manifestations si contradictoires, si diverses et si multipliées. Dans ce déploiement d’efforts, depuis l’observation scrupuleuse et quasi religieuse de la nature en ses infiniment petits, jusqu’aux conceptions qui sont les plus voisines des
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- ouvrages de 4’Ecole française, ils auront su s’assimiler tout ce qui pouvait contribuer à les éclairer sur leur propre faiblesse et à affermir encore leurs énergies individuelles.
- CHAPITRE II. l’école française.
- Les décisions du Jury international des récompenses ont constaté officiellement l’état de délaissement où la grande peinture est tenue aujourd’hui en Europe. Parmi les huit médailles d’honneur dont il avait la libre disposition, une seule a pu être accordée à un peintre d’histoire. Je prends le mot
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- peintre d'histoire dans le sens consacré depuis de longues années et non point dans celui qu’il paraît désormais destiné à recevoir et à garder d’une manière définitive.
- Peintre d’histoire ici ne désigne point un peintre qui met en scène d’une manière plus ou moins habile, en des proportions plus ou moins vastes, une scène historique quelconque, empruntée indifféremment à l’âge moderne, au moyen âge ou à l’antiquité. Dans l’ancienne acception du mot, un peintre d’histoire était un homme qui se préoccupait avant tout de posséder à fond la science du corps de l’homme, qui résumait l’idée de beauté dans la beauté plastique des formes humaines mises en mouvement par une action permettant de les conserver dans leur nudité majestueuse. Le choix de l’action -venait en second lieu. On la voulait grande, héroïque autant que possible, se prêtant à l’introduction d’un certain nombre de personnages qui fussent de types, d’âges et de sexes variés. Le motif étant ainsi déterminé, le peintre prenait souci de faire véritablement un tableau, et non point une série d’études ou d'académies. Il cherchait tout d’abord un mouvement général des lignes qui conduisît nécessairement le regard du spectateur sur la figure essentielle, celle qui révélait le sens principal de l’action. Chaque figure ensuite était isolément étudiée pour sa beauté propre ; on voulait une grande variété d’attitudes, on voulait que tour à tour le corps de l’homme apparût sous ses divers aspects : sous l’un et l’autre profil, de face, de dos, de trois quarts, assis, debout, accroupi, couché, dans l’immobilité du repos et aussi dans la violence d’un geste passionné. Chacune des figures concourait, d’une part, à expliquer le motif adopté par le peintre, et d’autre part, à faire valoir la science réelle de l’artiste. L’équilibre de la composition et des divers personnages ainsi arrêté, les peintres complets (et ils furent toujours rares) calculaient avec un soin noii moins attentif la valeur et le sens de leur coloration. Il y a en peinture des colorations tristes, sereines, joyeuses, graves. Préméditée ou non, la couleur, 'diez les maîtres, donne dès
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- l’abord une indication qui ne trompe point sur le sens de leur peinture. La distribution des lumières ne joue pas un moindre rôle dans leurs œuvres ; ils savent la répartir inégalement sur les figures en raison de leur importance dans l’action. Du plus loin qu’on aperçoive un tableau, il faut que le regard soit appelé tout d’abord sur le centre moral de l’œuvre, c’est-à-dire sur le personnage ou sur le groupe principal. Comme la partie la plus lumineuse d’une peinture est celle qui attire le regard de prime saut, c’est donc sur le point que nous venons de désigner qu’elle doit être concentrée pour rayonner de là, en s’affaiblissant graduellement, sur les parties secondaires. Théories d’école, soit ! mais que l’on néglige de plus en plus et à tort. Elles ne suffisent point à constituer, tant s’en faut, des œuvres d’art parfaites. Bien souvent, trop souvent, au temps même où elles étaient le plus patiemment observées, elles n’ont produit que des œuvres médiocres, parce que ce n’est pas assez que de mettre d’excellents outils entre les mains d’un apprenti pour le transformer en maître. Mais au moins ces ouvrages, alors même qu’ils étaient médiocres par l’inspiration, avaient ce mérite de pouvoir rester à titre d’étude et de charmer encore, dans une certaine mesure, par l’intérêt qui s’attache à toute œuvre bien faite, à toute peinture révélant une expérience profonde des parties de J’art qui se peuvent apprendre. Qu’une grande inspiration vînt s’ajouter à cette science première et elle nous donnait l'Ecole d’Athènes
- de Raphaël, le Jugement dernier de Michel-Ange, la Chute
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- des Titans de Véronèse, et plus près de nous, dans l’Ecole française, le Radeau de la Méduse de Géricault, le Martyre de saint Symphorien de M. Ingres ou. VAttila d’Eugène Delacroix.
- Le Jury, sur huit grandes médailles, nous le disions tout à l’heure, en a décerné une à un paysagiste, trois à des peintres de genre, trois autres à des peintres de genre historique, une seule à un peintre d’histoire. C’est la France qui a eu l’honneur de recevoir cette récompense exceptionnelle. Si nous consultons les listes des premiers, seconds et troisièmes
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- prix, nous ne trouvons pas plus de deux ou trois noms de peintres d’histoire parmi les soixante artistes qui ont obtenu des récompenses. Ces deux ou trois noms sont des noms français.
- Il semble donc que la France seule ait conservé quelques restes de l’amour des anciennes écoles pour ce qu’on appelait le grand art. On ne songe pas à faire ici le procès aux écoles
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- étrangères, ni à l’Ecole française ; on constate purement et simplement un état de choses. Et en effet, il ne serait pas juste d’accuser les artistes de cet abandon croissant des conceptions grandes.
- Les mœurs se transforment de jour en jour. En même temps que le nombre des peintres s’est augmenté dans une proportion considérable depuis deux siècles, le nombre des amateurs a crû dans une égale proportion. L’amour des œuvres d’art, qui était autrefois le privilège de princes et de grands seigneurs puissamment riches, a pénétré peu à peu dans des classes de la population où les fortunes sont limitées. Beaucoup de collectionneurs sont logés aujourd’hui au troisième étage, dans les petits appartements que chacun connaît.
- Les palais qui offrent de vastes surfaces à la peinture ne suffisent point, il s’en faut de beaucoup, à exercer le talent de l’immense quantité d’artistes habiles qui se manifeste chaque année à nos expositions. On n’en est point encore venuà décorer de peintures certains grands monuments publics, comme les gares de chemins de fer, dont les murailles présentent un développement de superficie considérable. Il faut donc travailler nécessairement en vue de l’amateur, c’est-à-dire faire de petits tableaux d’abord, puisqu’il est petitement logé ; puis, dans la même prévision, il a fallu renoncer au nu dès qu’il ne pouvait plus se formuler à la façon des grandes tentures et peintures décoratives, dans d’immenses galeries de réception où il ne s’imposait point forcément aux regards des visiteurs. L’œuvre peinte n’étant plus partie intégrante de l’architecture, le tableau étant un meuble avec lequel on
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- est en contact de tous les instants, le nu, dans les conditions où il se présenterait aujourd’hui, choquerait souvent certaines délicatesses, exagérées peut-être, mais très-réelles, de la vie de famille. Encore une fois, nous ne justifions rien, nous ne blâmons point, nous n’approuvons pas davantage : nous constatons un état de choses qui pèse plus impérieusement qu’on ne le croit généralement sur la direction de l’art contemporain.
- On reproche volontiers aux artistes de se conformer aux goûts aventureux du public, de subir les entraînements de la mode : le reproche est souvent juste, mais pas toujours. Dès qu’un peintre a obtenu un succès par une fantaisie sur un motif quelconque où il avait mis quelque originalité, le vulgum pecus des imitateurs, il est vrai, reproduit sous mille formes différentes et démonétise bientôt comme un vieux sou l’effigie que le créateur avait frappée d’une empreinte vigoureuse. Il n’en est pas moins vrai cependant que les peintres sont forcés d’obéir à certaines nécessités générales, et de subir les transformations que le mouvement des mœurs exige d’eux et d’une façon très-impérieuse. Ce n’est point pour se soumettre à la mode, ce n’est point surtout pour le plaisir de s’y soumettre que les peintres ont peu à peu renoncé à la grande peinture.
- Ils font du tableau de genre, ils font du paysage, ils font des natures mortes, parce que les conditions de l’habitation moderne ne leur permettent point de s’étendre beaucoup plus, ni de s’élever beaucoup plus haut. Il résulte nécessairement de cette obligation de faire petit, prévue par l’artiste dès ses débuts, que le nombre de ceux qui entreprennent et poursuivent jusqu’au terme les études sérieuses est de plus en plus restreint. L’exposé de cette situation singulière conduit à deux autres conséquences : 4° Si l’on n’y prenait garde, les peintres d’histoire et de sujets religieux, dont le concours est indispensable à la décoration des palais et des églises, n’auraient bientôt plus une éducation suffisante et ils feraient défaut à leur tâche. 2° La seule éducation solide même pour la peinture de genre,
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- même pour le paysage, étant l’étude du corps humain et de la composition, il arriverait bientôt (ce qui arrive déjà) que le genre ne serait plus qu’une ébauche spirituelle, une œuvre d’impression, le paysage une esquisse rapide, et que le tableau proprement dit deviendrait plus rare de jour en jour. La.con-clusion de ce qui précède n’est-elle pas évidente? Il faut bien que l’État, à défaut des particuliers, intervienne dans l’éducation et entretienne un foyer d’études élevées : c’est là ce qui justifie, ce qui nécessite l’existence de l’École des beaux-arts. L’Étal n’a pas la prétention d’y faire de grands artistes, mais à ceux qui auraient en eux la puissance de devenir tels, on prétend, à juste raison, fournir les éléments nécessaires à l’exercice, au développement et à l’emploi de leurs facultés.
- M. Cabanel est précisément sorti de cette école, il y obtenait le prix de Rome en 1845 ; il a successivement et rapidement parcouru toutes les étapes qui séparent le début du terme le plus élevé de la carrière des arts. Après avoir obtenu médailles sur médailles aux expositions, il est entré à l’Institut. Le vote de ses confrères lui accordait en 1865 une grande médaille d’honneur. Cette année encore il est l’un des quatre élus du jury international parmi les peintres français. C’est que M. Cabanel est vraiment à cette heure un des très-rares peintres qui ne reculent point devant une grande composition où le nu joue un rôle important ; il a, en outre, dans le talent, une élégance et une distinction qui lui sont bien personnelles.
- Il expose cette année six tableaux qui donnent sa mesure complète comme artiste. Le plus important par les dimensions et le plus récent est le Paradis perdu, peinture commandée par S. M. le roi de Bavière. Cet ouvrage met en lumière de belles qualités de modelé, de coloration, un sentiment délicat de la composition, d’excellentes figures, notamment celles d’Adam et Ève. Quant à la figure de Dieu le Père, n’est-elle pas tout à fait inaccessible aux peintres dans les moyens bornés et très-précis de leur art ? Remontons en arrière, dans l’œuvre de M. Cabanel. Nous y rencontrons un tableau qui est tout à
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- fait à la hauteur de sa réputation, la Naissance de Vénus, exposé au Salon de 1863. On se rappelle sans doute la lutte intéressante qui s’engagea, cette année-là, entre la Vénus de M. Cabanel et la Vague de M. Baudry. Le motif était le même. Il fut traité par chacun des deux peintres avec un talent remarquable, mais aussi avec une différence, une opposition de génies nettement tranchée. Les deux peintres eurent alors leurs partisans déclarés. Cette année la lutte n’a pu s’établir.
- M. Baudry, en effet, n’a point pris part à l’Exposition universelle. Tout le monde aura regretté que M. Baudry se soit ainsi tenu à l’écart. Nous y avons perdu l’occasion de revoir des peintures excellentes, et d’un homme qui a le droit d’am-
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- bitionner aujourd’hui une des premières places dans l’Ecole française.
- Nous revenons donc à M. Cabanel. Son tableau de la Naissance de Vénus est le plus parfait qui soit sorti de sa main. Il y a mis toutes ses qualités d’élégance, de pureté, une grande beauté de lignes et de modelé, de plus, la délicatesse de coloration un peu sobre qui est particulière à son talent.
- Ce qui prouve la science de M. Cabanel, c’est qu’il s’entend à merveille à poser grandement un portrait d’apparat.
- Il suffira de dire que son portrait de S. M. l’Empereur, que les portraits de M. Rouheretde Mme la comtesse de Clermont-Tonnerre, n’ont rien perdu du double charme d’exécution et de sentiment par lequel ils avaient conquis le public aux expositions antérieures.
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- La pénurie de peintres d’histoire où se trouve l’Ecole française assure aux élèves de l’École des beaux-arts un rang supérieur dans cet ordre. M. Delaunay et M. Lévy ont mérité à ce titre d’être distingués par le Jury.
- Dans des ordres différents deux autres artistes ont très-légitimement aussi éveillé l’attention du public en ces dernières années : M. Ribot et M. Gustave Moreau. Le premier a exposé, avec un tableau de genre, une de ces fortes études comme peu de peintres aujourd’hui en Europe seraient capables d’en exécu-
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- ter. C’est une sorte de pendant au Saint Sébastien qui obtint un si grand succès au Salon de 1864. Son tableau de cette année est un Saint Vincent. Le saint, dépouillé de ses vêtements, est étendu sur le sol. La légende rapporte qu’un corbeau défendit son corps de l’approche des animaux carnassiers. Le motif était dramatique, le peintre en a tiré tout le parti possible, et surtout il a trouvé un excellent prétexte à une étude du corps humain tout à fait digne des vieux maîtres espagnols.
- M. Gustave Moreau a exposé son tableau d’Orphée et le Jeune Homme et la Mort, du Salon de 1865. Cette rareté exquise, ce goût si étrange, d’une délicatesse si personnelle, qui préside à toutes les conceptions de M. Gustave Moreau, lui
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- créent une situation tout à fait exceptionnelle dans l’Ecole française. En assistant à cet effort constant, en voyant cette variété d’imagination, cette hauteur de conception, ce sentiment si profond du drame, et aussi cette intelligence si forte et si délicate à la fois des grandes beautés de la forme plastique, ce sens de la couleur, si rare lorsqu’il s’allie au sens de la ligne, on ne peut douter que M. Gustave Moreau ne s’impose définitivement au public. Le jour où il aura vaincu la dernière méfiance qui l’empêche de s’abandonner complètement à toutes les ardeurs de son inspiration, M. Gustave Moreau poursuivra en maître la tradition de la grande poésie, du grand art, à peu près abandonnée depuis la mort d’Ingres et d’Eugène Delacroix •
- La peinture religieuse, par l’élévation de ses tendances, par la noblesse des scènes auxquelles elle est consacrée, par les sentiments qu’elle prétend éveiller dans le cœur de l’homme, mérite de n’être point confondue avec la peinture d'histoire. Leur but en effet n’est pas le même. La beauté plastique, le nu, tout à l’heure nous y insistions, fut de tout temps l’objet essentiel de la peinture d’histoire; si les artistes contemporains paraissent s’en éloigner, ce n’est point de parti pris, mais par une sorte de nécessité que leur impose la transformation des
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- mœurs ; encore leur reste-t-il la ressource des palais et des musées, pour déployer leur science et manifester leur amour de la beauté sous cette forme. Au contraire ils n’ont que de rares occasions de s’affirmer en ce sens dans les sujets religieux ; lorsque le nu y est admis, la part qui lui est faite est bien restreinte et ne souffre point la mise en œuvre des formes qui nous ont valu toutes les Vénus de l’ancien paganisme grec et du paganisme romain de la renaissance.
- Les mômes lois qui président à la composition linéaire, à la distribution des clairs et des ombres, comme à l’expression de la couleur, président aussi cependant, et d’une façon non moins impérieuse, aux créations de l’art religieux. Mais ici la science de l’artiste, sauf de rares exceptions, ne pourra se manifester librement que dans l’exécution des têtes, des mains, des pieds, d’un bout d’épaule. Il n’en faut pas davantage à un grand artiste, il est vrai, pour manifester sa supériorité. Il lui reste encore la ressource de représenter certains martyres et le plus sublime de tous, les magnifiques scènes si dramatiques, si poignantes qui terminent la passion de Jésus-Christ.
- Le Nouveau Testament a suffi néanmoins et pendant bien des siècles à alimenter l’imagination des plus grands maîtres. Ils reprenaient tous ces motifs avec leur inspiration personnelle et savaient sur les mêmes sujets se montrer aussi variés, aussi féconds, aussi originaux que dans le domaine beaucoup plus vaste de l’histoire proprement dite. De Raphaël à Murillo, de Véronèse à Rembrandt, voyez quelles variations inépuisables sur un thème unique ! Aujourd’hui il semble que cette fécondité soit près de tarir. Le dernier qui ait abordé avec une hautaine originalité les sujets religieux est Eugène Delacroix. Aussi arrive-t-il que sa peinture étonne singulièrement au milieu des œuvres modernes placées dans les chapelles de nos églises (la chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice), alors qu’elles tiennent parfaitement leur rang dans nos musées. Est-ce Delacroix, est-ce l’école contraire qui se trompe? Y a-t-il même erreur, de part ou d’autre? Répondons seulement à
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- cette dernière question ; s’il y a erreur, elle n’est point du fait de nos artistes ; n’en rendons pas non plus responsables les personnes qui leur confient des travaux en se réservant de les diriger. Les mœurs du clergé, en ce siècle, ont pris, notamment en France, un caractère de gravité, de sévérité, de tenue qui n’a pas été sans influer sensiblement sur les manifestations de l’art religieux. Nos prêtres, en cela, se conformant à leur mission, se préoccupent beaucoup plus de l’idée religieuse que de l’idée esthétique. Ce ne sont plus de grands seigneurs revêtus de la pourpre romaine, familiers avec toutes les délicatesses et toutes les sensualités de l’homme de goût qui président à la décoration de nos églises. L’œuvre d’art cède le pas désormais à la représentation simple, modeste, réservée, peu voyante en un mot, des sujets que les livres saints offrent à la méditation des fidèles. Aussi, dès que cette formule de l’art religieux tel qu’il convient aux exigences modernes fut trouvée, elle fut en quelque sorte rigoureusement imposée à tous les artistes. Le peintre à qui l’on doit cette formule est M. Ingres. Combinant la froideur savante de son premier maître David, la noblesse d’expression de Raphaël, son second maître, avec la patience d’analyse qui lui était propre, il créa le type pour longtemps adopté du tableau religieux. L’œuvre modèle est au musée du Luxembourg, c’est le Jésus-Christ remettant les clefs du Paradis à saint Pierre en présence des apôtres. Après Ingres, Hippolyte Flandrin a repris ce type et lui a imprimé le caractère délicat et mystique de son talent, mais sans le modifier sensiblement et en le consacrant au contraire, en lui donnant une sorte d’autorité définitive. C’est pourquoi il paraît aujourd’hui impossible qu’un artiste puisse, dans la peinture des sujets sacrés, affirmer sa personnalité, pour peu qu’elle soit originale, sans manquer à des convenances aussi rigoureuses par le fait que l’étaient les lois hiératiques de l’art égyptien de la seconde période.
- Le Salvator mundi, de M. Michel Dumas ; la Conversion intérieure, le Jésus source de vie, la Sainte Communion, de
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- M. Michel; la Communion des apôtres, de M. Delaunay; toutes œuvres d’une exécution sérieuse, et dans cet ordre dignes d’éloges, sont la confirmation de ce qui précède. On y voit un mélange de formules de Flandrin, de Ingres, arrangées certainement avec un grand goût personnel, mais dénuées au total d’une haute invention et d’accent original. C’est exactement la peinture qui convient aux nécessités du culte catholique en ce moment et, à tout prendre, d’excellente peinture, répondant pleinement à son objet.
- Les tentatives intéressantes de MM. Jalabert et Brion n’auront, par exemple, aucun résultat. Il n’est même pas probable que ces deux artistes y aient attaché une idée de rénovation. Le Christ marchant sur la mer de M. Jalabert, le Jésus et Pierre sur les eaux de M. Brion, malgré l’intérêt qui s’attache à ces compositions, resteront toujours cependant et uniquement des tableaux de genre. L’effet cherché y est trop pittoresque pour la majorité des fidèles. Et pourtant le caractère religieux d’une peinture n’est en rien diminué par la richesse de l’effet : il suffit de se rappeler le Repas d’Emmaïis ou la Femme adultère de Rembrandt, et, plus près de nous, le Jésus endormi pendant la tempête d’Eugène Delacroix, pour s’assurer que la beauté esthétique de l’œuvre d’art, loin de rien enlever, ajoute encore à la beauté de l’expression religieuse. Mais tout le monde ne pense pas de même ; et c’est le système de sobriété, de sagesse excessive dans l’exécution qui a prévalu. On peut douter par conséquent qu’il y ait d’ici longtemps quelque possibilité de renaissance pour l’art religieux. Dès qu’il exige des artistes une soumission étroite à certaines formules de convention, il fera plutôt appel aux hommes de talent qu’aux hommes de génie. Les hommes de
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- talent ne manquent point dans l’Ecole, et ils pourront se mouvoir à l’aise dans le réseau de cette convention. Il se trouvera toujours, de génération en génération, un groupe de peintres n’ayant point de grandes ambitions d’artistes, ayant fait de sérieuses études et appliquant à coup sûr les règles apprises.
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- Mais les maîtres, dans cet ordre, se font et de plus en plus se feront rares. L’état des choses étant donné, étant donné cet amour du convenable si voisin du convenu qui préside (pour d’excellentes raisons, on n’en disconvient pas) à la décoration des églises, on ne peut espérer qu’un maître réussisse, le voulût-il, à assouplir sa personnalité jusqu’à la faire entrer dans les cadres qui lui seraient ainsi tracés d’avance.
- N’aYons-nous donc en fait de peinture religieuse aucune oeuvre vraiment originale à signaler? Si, nous en avons une. Un effort très-remarquable a été fait en ce sens ; il est vrai que ce n’est pas un peintre qui a eu cette audace , mais un jeune architecte, M. Lameire. Depuis bien des aimées il ne nous a rien été montré qui eût plus de grandeur, de style, de noblesse, d’élévation, qui témoignât d’un sentiment reli gieux plus profond, formulé avec plus d’éloquence, que l’esquisse des peintures entrant dans le projet de décoration intérieure d’une église exposé par M. Lameire. L’artiste a puisé le motif de ces peintures dans l’Apocalypse de saint Jean. Dans l’abside , au milieu de la conque, domine le Christ vainqueur. Au centre de la voûte, représentant la mer de verre, figure l’agneau aux sept cornes accompagné des quatre animaux symboliques. Sur les arêtiers, quatre anges retiennent les vents captifs aux cimes du monde. Sur les murs de l’arc triomphal, apparaissent les vingt-quatre vieillards, l’autel de Dieu, la femme vainqueur du dragon, la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel. Sur les pieds-droits, les douze apôtres. Sur les tympans, les quatre cavaliers. Tous ces détails, toutes ces figures ont une beauté, une majesté véritablement importante. Quant à la composition de la frise qui surmonte la galerie du triforium, nous la considérons comme un chef-d’œuvre d’inspiration. Cette frise représente les invasions des barbares et l’empire de Byzance. M. Lameire, dans l’exécution de ces divers motifs, qui n’est d’ailleurs qu’indiquée, a beaucoup emprunté aux monuments assyriens. Il leur a demandé la somptuosité barbare du détail, la sévérité et la simplicité du trait
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- caractéristique, la majestueuse allure et la noblesse d’attitude qui s’est maintenue dans les mœurs des souverains de l'antique Orient. M. Lameire a donné dans cette œuvre le témoignage d’une des facultés les plus rares dans l’art moderne, l’audace et la grandeur de la conception. Il est vrai que ce projet emprunte une bonne partie de sa puissance au développement total de l’ensemble. Aujourd’hui que l’on a pour habitude de morceler le travail, de partager l’exécution d’une façade entre plusieurs statuaires, la décoration d’une église entre plusieurs peintres, il est bien impossible de se rendre compte de l’originalité de chacun d’eux. Ne faut-il pas en effet qu’ils se soumettent tous à une loi uniforme, qu’ils éteignent de leur propre mouvement les saillies de leur personnalité, afin que l’ensemble du monument décoré par tant de mains différentes conserve une certaine apparence d’unité? Le moyen est infaillible pour engendrer la médiocrité. Confiez à M. Lameire une chapelle à Saint-Augustin ou ailleurs, et sans aucun doute nous n’y rencontrerons plus toutes ces qualités imprévues qu’il a déployées dans le projet exposé ; ou bien son œuvre, comme celle de Delacroix àSaint-Sulpice, feradis-sonnance dans le groupe des peintures environnantes. Mais je parle de M. Lameire comme d’un peintre; c’est qu’en effet ses aptitudes comme peintre nous touchent plus que ses aptitudes comme architecte. Et puis, peu importe, en somme, la provenance de l’œuvre ; l’important à nos yeux était de signaler cette tentative très-remarquable d’une innovation dans le style religieux, alors que nous n’avions rien trouvé qui eût une pareille valeur d’intention dans les galeries de peinture.
- Ingres et après lui Flandrin, en fondant le type accepté de l’art religieux, ont arrêté pour longtemps toute espèce de manifestation originale en ce sens. Cela tient assurément aux
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- conditions morales où vit l’Eglise catholique aujourd’hui ; mais cela tient aussi, n’essayons point de le dissimuler, à ce que le talent très-réel, très-grand de ces deux hommes éminents n’avait rien de suscitateur. L’art chez Ingres et chez Flandrin
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- n’a plus rien de jeune, il n’a rien des œuvres qui sont un commencement. Il est absolument et uniquement un résultat. 11 résume la forme des acquisitions antérieures fondues dans un moule définitif par des esprits intelligents mais limités. En eux, jamais de faiblesse. Tout est prévu, tout est arrêté; mais non plus, jamais d’élans, jamais d’échappées vers des formes imprévues, jamais d’ouvertures sur un monde nouveau à la conquête duquel de jeunes générations après eux puissent s’élancer. Le dernier qui ait eu de ces grands coups d’aile estEugène Delacroix, et encore, pour être absolument juste, faut-il dire que Delacroix lui-même n’a repris dans le grand art religieux que d’anciennes formules remaniées par lui et appropriées à l’individualité propre de son génie. Il ne créa, en ce sens que dans scs œuvres de petites dimensions, considérées comme tableaux de genre.
- Osera-t-on conclure? On ne le fait ici qu’en tremblant; comment dire, en effet, que l’avenir immédiat de l’art religieux paraît appartenir uniquement aux praticiens. Il faudrait une révolution dans les mœurs, un développement imprévu du goût dans la majorité, pour que cet art désormais offrît* quelques ressources à un maître. Il est bien entendu qu’il n’est ici question que des tableaux religieux destinés à la décoration des églises. Pour les musées, les salons, le point de vue serait tout différent. La légende catholique restera toujours mie source d’inspiration des plus fécondes pour les grands artistes.
- En France, la peinture de batailles, de batailles modernes, est, entre tous les genres, celui qui donne à ceux qui l'exploitent la plus rapide popularité. Gros, le premier, osa l’aborder et peindre cette manifestation spéciale de la vie contemporaine ; il le fit en grand artiste et y trouva trois chefs-d’œuvre : il peignit Aboukir, Jaffa, Eylau. Charlet, Raffet, Horace Ver-net, Hippolyte Bellangé, avec toutes les nuances de leur talent individuel, sont de la descendance directe du maître. Après eux sont venus, poursuivant la même tradition, Yvon, Pils, Armand Dumaresq, Beaucé, etc., etc. Mais en passant de t. i. 5
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- mains en mains, cette tradition s’est profondément altérée, elle a perdu de sa grandeur héroïque affirmée si hautement par Gros, si manifeste encore chez Charlet, chez Raffet, encore apparente chez Vernet parfois, chez Bellangé en ses œuvres dernières. Aujourd’hui nos peintres de batailles sont moins des artistes, c’est-à-dire des peintres doués de passion et de sensibilité, que des chroniqueurs, des rédacteurs de bulletins militaires. Ils rapportent le fait, et rien que le fait. De là ces longs commentaires, ces interminables analyses qui accompagnent le titre de leurs œuvres au livret. On y suit, et il faut suivre, sur leurs toiles, les récits officiels du Moniteur. Telle division était ici; là, tel général a été frappé; plus loin, était ce pan de mur ; à droite, cet escarpement ; à gauche, ce rideau de peupliers. Tant de précision intéresse la majorité des visiteurs, intéresse les hommes spéciaux, mais d’une tout autre manière que de l’intérêt purement esthétique.
- C’est la pente qui entraîne toutes les écoles en ce temps-ci. La réalité, le fait, le sujet, grand ou petit, l’anecdote et non l’art lui-même, voilà ce qui arrête. Le sentiment, lui aussi (et «à bien pins forte raison la passion), est banni de ces vastes machines exécutées pourtant (pourquoi le contester ? ) avec un véritable talent de pratique. Mais qu’il y a loin de ces récits
- trop exacts, à la puissance, à l’énergie dramatique qui anime deux petites lithographies de Raffet, en réalité deux grandes pages : la Revue nocturne, le Bataillon sacré. Ici, l’héroïque emportement de l’homme vers les œuvres d’action furieuse, les éblouissements rouges qui lancent le soldat en aveugle à travers les mêlées les plus effroyables, et aussi l’ennoblissement du sacrifice par le dévouement à la patrie ! Chez Raffet, la guerre est interprétée dans sa sauvage et. sublime poésie. Or, il est juste que l’art ajoute son interprétation, sa poésie à ces fureurs. S’il se borne à les traduire d’une façon mathématique, ne risquent-elles pas, en effet, l’heure du péril et de l’enivrement passée, de nous devenir odieuses comme œuvres de barbarie ! Nos peintres de batailles, plus peintres
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- qu’artistes, voient-ils leur faiblesse? Comprendront-ils que se tenir strictement au niveau de son sujet, c’est se condamner d’avance, et à coup sûr à lui rester inférieur. On reviendra, nous l’espérons, de ces tendances vers la réalité étroite.
- Et le public lui-même, d’instinct, appelle l’œuvre poétique en de tels sujets. Quelle meilleure preuve de ce retour d’opinion, que l’accueil sympathique fait aux tentatives dirigées en ce sens par M. Protais. L’inspiration en M. Protais n’est pas tournée à l’héroïsme ; il a pénétré de préférence chez le soldat les secrètes mélancolies qui couvent au fond des jeunes cœurs, même des plus braves, au moment qui précède ou qui suit l’action. Au front de tous ces jeunes hommes qui, dans un instant, iront au-devant de l’ennemi sans sourciller, il met la pensée rapide, mais intense, de la patrie absente, la mémoire du foyer, des amitiés de famille, des amours rompues à l’appel du clairon. Ailleurs, il nous dira l’agonie douloureuse, l’éveil rapide des plus lointains souvenirs au moment de la mort, au fond de quelque fossé perdu sur la terre ennemie, toute une vie embrassée d’un coup d’œil, résumée dans une suprême angoisse. Encore une fois, la note n’est point précisément grande, mais elle est juste, délicatement comprise et exprimée.
- L’indication, pour n’être point d’unïyrtée, est poétique cependant, et il n’en faut pas davantage pour attacher le public aux conceptions élégantes et touchantes de ce peintre. M. Protais, le poète des petites faiblesses, j’allais dire des petites lâchetés, qui trouvent place au cœur des héros eux-mêmes, est dans la vérité humaine ; et par cela seul il est dans la vérité de son rôle d’artiste; il dépasse le fait brutal, lettre morte, pour arriver au fait moral, intime, humain, à l’expression des mouvements secrets qui remuent l’âme des personnages mis en scène. Il substitue à l’agitation la vie. Or, dans l’art, l’agitation ne saurait compter ; le mouvement extérieur n’est que matière à expression : par lui-même il est nul, sans valeur, sans droits;, la vie seule a droit, c’est-à-dire, chez
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- l’homme, l’action morale traduite par une action physique et encore mieux pittoresque ou plastique.
- Nous devons ajouter cependant, pour être équitable envers les peintres de sujets militaires, que le souvenir trop voisin, trop immédiat, des faits de guerre qu’ils représentent ne contribue pas médiocrement à paralyser leur verve. Trop de témoins intéressés sont là tout prêts à les rappeler à la réalité sèche. Il leur faut, à ces témoins, une exactitude minutieuse, et jusqu’au compte de boutons de chaque uniforme. Aussi, aura-t-on certainement remarqué que nos artistes se donnent plus librement carrière, et satisfont ainsi de beaucoup plus près aux exigences de leur art dès qu’ils abordent des scènes militaires moins rapprochées de nous. On peut contrôler cette assertion dans le Waterloo de M. Armand Dumaresq, dans le Waterloo d’Hippolyte Bellangé. Et, en effet, en de telles œuvres, il y a eu choix ; l’initiative personnelle du peintre s’est déclarée : il y a eu un motif déterminant pour s’arrêter à tel épisode plutôt qu’à tel autre : émotion morale ou émotion pittoresque, la première inséparable de la seconde chez l’artiste complet. Qu’importe alors la stratégie, qu’importe la couleur du passe-poil ! l’artiste palpite et voilà qui est bien, qui est beau, qui est vrai même, et d’une vérité plus profonde et plus haute que la vérité minutieuse du détail. Vérité de détail et vérité poétique n’ont rien de commun. L’effigie d’un grand ensemble ne se .composera jamais de l’effigie exacte de tous les éléments dont cet ensemble est formé. En conséquence, c’est peut-être à des générations moins immédiatement affectées par les faits qu’il appartiendra de peindre la guerre contemporaine.
- Le musée de Versailles a tué le genre historique. Nous avons vu, au contraire, à quel point il s’était imposé aux Écoles étrangères. A l’heure qu’il est, il n’y a guère parmi nos artistes que M. Tony Robert Fleury qui maintienne cette tradition. On se souvient du succès qu’obtint au Salon de 1866, son tableau intitulé : Varsovie, le 8 avril 1861. L’inspiration de
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- cet ouvrage avait précisément ce degré d’actualité qui arrête nécessairement le grand public devant certaines œuvres. Le Moniteur du 12 avril 1861 a dicté le programme du jeune artiste. « Une foule d’environ quatre mille personnes, dans laquelle se trouvaient beaucoup de femmes et d’enfants prosternés à genoux, entourait la colonne Sigismond, sur la place du Château. Les troupes cernaient de tous côtés... L’infanterie fit feu...» Lejeune peintre, qui porte un nom déjà célèbre dans l’Ecole moderne, a jugé, non sans raison, que la vie contemporaine ne contenait pas moins d’émotions tragiques que le passé ; ce motif si dramatique a été traité par lui avec passion ; il en a compris toutes les douleurs, et, ce qui n’est pas un moindre mérite, il a apporté dans l’exécution de cette page, qui prêtait volontiers à certaine emphase mélodramatique, une sobriété, une simplicité d’ordonnance qui prouve sa finesse de goût. Bien que M. Tony Robert Fleury, ait cherché visiblement l’accent de vérité par la justesse des types, on retrouve dans cette œuvre des réminiscences de la peinture de M. Gal-lait et l’influence des leçons de Paul Delaroche. Néanmoins, l’effort est vraiment méritant ; la vie moderne dans ses grandeurs est demeurée jusqu’ici à peu près sans interprète ; le Varsovie a prouvé qu’elle pouvait définitivement entrer, et de plain-pied, dans l’art. L’importance des dimensions de ce tableau ajoute encore un intérêt de plus à celte tentative.
- Nous signalons ce dernier fait, parce que nous avons dû constater une tendance croissante dans l’Ecole à s’éloigner des grandes toiles pour « faire petit ». Nous avons donné les raisons qui expliquent cette tendance ; cependant, il faut féliciter hautement l’artiste qui, sans calculer les probabilités du placement de son œuvre, a la possibilité, le loisir et aussi le courage d’entreprendre un ouvrage si considérable.
- Un des maîtres du genre historique, M. Bida, n’expose point à la peinture. On aura revu ait Champ-de-Mars, avec un extrême plaisir, son Massacre des Mamelucks, déjà exposé au Salon de 1861. C’est là aussi de l’histoire moderne. Et pour
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- n’employer que le crayon, M. Bida ne la traite pas avec moins de grandeur, d’ampleur et de passion que s’il brossait des toiles de plusieurs mètres. Ce beau dessin a toutes les qualités d’invention, de mouvement, de vérité historique et de science qui constituent les œuvres supérieures.
- Nous rattacherons au genre historique quelques ouvrages qui, à vrai dire, et bien qu’ils soient consacrés à des sujets d’histoire ancienne, sont plutôt des tableaux de genre, et par les dimensions, et par l’exécution.
- Comment ne pas admirer, par exemple, la prodigieuse patience, l’extrême habileté avec laquelle M. Gérôrne a interprété les scènes de l’antiquité qu’il lui a plu de choisir : les Gladiateurs, la Mort de César, Phryné devant le Tribunal, les Deux Augures!
- M. Gérôrne a un très-grand mérite ; en ce temps où beaucoup se contentent facilement d’une ébauche rapide et de première impression, il est un des rares peintres qui apportent une conscience extrême à leur travail et n’abandonnent leur œuvre qu’après y avoir mis toute la somme de talent qu’ils pouvaient y mettre. Peut-être y aurait-il quelque réserve à faire sur la manière dont M. Gérôrne entend et interprète la vie antique. La Phryné, les Deux Augures, notamment, révèlent un penchant vers la caricature qui amuse un moment, mais qui ne laisse point de satisfaction réelle ni durable. Si nous étions encore sous la domination de l’école de David, si les grandes toiles héroïques de cette école, les Ajax, les Agamemnon, les Ulysse, les Romulus s’imposaient avec autorité dans nos Salons à la vénération du public, on comprendrait cette tentative de réaction contre les prétentions classiques, contre les glaciales tragédies. Mais il y a longtemps que tout cela est démodé, a disparu des expositions. Le romantisme en a fait bonne justice.
- Nous retrouverons M. Gérôrne parmi les peintres de genre. Puisque nous sommes en ce moment arrêtés plus particulièrement au genre historique, rappelons les noms de MM. Léon
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- Glaize, Hamon, Jourdan, Lefebvre, Sellier, Ulmann, Henner, qui, à des degrés différents, ont traité des sujets antiques avec talent, mais plutôt dans le caractère d’une œuvre de genre ou d’une œuvre d’étude, qu’avec la grande inspiration qui convient à l’histoire.
- A plusieurs reprises, dans le cours de ce travail sur l’art européen à l’Exposition universelle, nous avons signalé l’importance que les écoles étrangères accordent à la peinture de genre. L’Ecole française témoigne des mêmes prédilections. Chez elle aussi, le genre proprement dit gagne du terrain, et d’une façon chaque jour plus considérable sur les autres genres. Il n’est pas admissible que cet envahissement progressif d’un art dont l’inspiration est secondaire, soit le résultat d’un parti pris et comme d’un mot d’ordre universellement accepté. De toute nécessité il y a là une cause supérieure. Cette cause, nous l’avons indiquée déjà, au moment où nous avons parlé de la peinture d’histoire.
- Evidemment on ne peut attribuer ce nouvel état de choses qu’à l’accroissement continu du groupe d’amateurs qui compose le public d’art. En effet, le nombre des personnes qui aujourd’hui ont le désir et sont en état d’acheter des tableaux, s’est augmenté singulièrement depuis un siècle. Or, la majorité a le droit ou, tout au moins, le pouvoir de demander aux artistes qu’ils se conforment, dans une certaine mesure, à ses goûts et à ses exigences. La conséquence de cette situation nouvelle est rigoureuse. Le lecteur déjà l’aura aperçue; les peintres ont été réduits à ne faire que des tableaux de chevalet. Le tableau de chevalet destiné, en raison de scs petites dimensions, à être vu de très-près, impose rigoureusement au peintre qui l’exécute une
- facture très-soignée, très-précise, une fidélité d’interprétation
- qui conduit à l’habileté de main, à la dextérité plutôt qu’à la grandeur. Cette préoccupation dominante du procédé*, en maintenant l’artiste dans un cercle assez étroit,'en somme, l’a peu à peu détourné des motifs d’inspiration élevés* D’autre part, ce public nouveau, habitué, de son côté, à considérer la pein-
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- ture comme « un art d’agrément » ne cherche nullement dans un tableau la grande émotion ; il ne demande à l’art qu’une satisfaction, qu’une récréation de l’esprit. En outre, fort peu préparé par son éducation première, n’ayant, sur les bancs universitaires, reçu aucune notion précise et juste, fût-elle même élémentaire, sur le rôle, sur le but et sur la pratique de l’art, il demeure (nous parlons toujours du plus grand nombre) tout à fait insensible aux beautés spéciales de l’art de peindre. La mélodie des contours, l'harmonie de la couleur lui échappent d’une façon absolue et sont pour lui lettre close. Etant donné ce défaut de préparation chez le public, étant connu le caractère de futilité qu’il apporte au jugement des œuvres d’art, il n’est pas étonnant que ses prédilections s’adressent presque exclusivement à la peinture de genre.
- Qu’est-ce, en effet, que le tableau de genre? Toute œuvre de cette sorte se définit si peu par elle-même que l’on est forcé de la classer sous cette dénomination absolument vague : le genre, sans épithète qui qualifie le mot. Dans les autres directions, les tableaux viennent se ranger sous des désignations parfaitement claires et qui ne laissent aucun doute sur le but qu’elles offrent à l’artiste: peinture d’histoire, peinture religieuse, peinture de sujets militaires, peinture d’animaux, de paysage, de marine, de nature morte, etc.... Mais « peintre de genre » cela ne présente à l’esprit qu’un sens de convention. Si Ton essaye de préciser l’objet du tableau de genre, il faut se tenir également dans des généralités très-vagues. Nous répéterons tout d’abord que le tableau de genre est un tableau de chevalet, il n’est pas superflu, comme on pourrait le croire, de rappeler ce premier principe. Quelques peintres, en effet, dévoyés par l’habitude'de voir ou d’exécuter des tableaux de genre, transportent dans des ouvrages de grandes dimensions les habitudes.de cette sorte de peinture : erreur capitale qu’il ne faut point laisser passer sans protester, lorsque l’occasion se présente de le faire. Ce premier point établi, il nous reste à déterminer l’objet du tableau de genre. Son principal intérêt,
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- je dirai même son unique intérêt aux yeux du public, réside dans le choix du sujet. N’avons-nous pas vu que la plupart des visiteurs, au Salon, n’étaient nullement disposés à demander à l’œuvre d’art, la grandeur, l’émotion tragique, passionnée, qui comporterait d’ailleurs des cadres plus vastes? A défaut du sens héroïque, d’une part, et d’autre part, à défaut du sens pittoresque qui ne leur sont point du tout familiers, ils ne s’arrêtent guère qu’à l’ingéniosité du sujet. Ce qui leur plaît, ce qui a le don de les charmer, c’est uniquement l’anecdote gracieuse, aimable, quelquefois l’anecdote historique, parfois aussi, une scène de mœurs anecdotique empruntée à la vie élégante de notre temps, ou à la vie cavalière' et à la vie de cour des derniers siècles : mais toujours l’anecdote. L’esprit dans le motif, l’adresse dans l’exécution : à ces deux termes se bornent les désirs de la majorité, et, conséquemment, l’ambition d’une foule d’artistes. En résumé : petits cadres, petits sujets, petite peinture.
- On peut objecter à cette vue générale sur tout un ensemble de tableaux que les Écoles du Nord ont légué à l’admiration des générations modernes une quantité considérable de tableaux qui ne sont que des tableaux de genre.'. Mais l’on répondrait que les petits maîtres flamands et hollandais ont rendu leur action légitime aux yeux delà postérité par leur sincérité, par leur naïveté. Ils avaient au moins (je laisse ici de côté les qualités de leur peinture), ils avaient le mérite de reproduire avec fidélité et bonhomie les scènes de mœurs qui s’accomplissaient chaque jour sous leurs yeux. L’art n’était pas organisé comme il l’est aujourd’hui; les artistes ne croyaient point avoir reçu de mission spéciale; ils peignaient tout bonnement la vie de tous les jours, celle qui les entourait, parce qu’ils avaient pris de bonne heure l’habitude d’observer la nature. La réalité posait devant eux, et, sans se mettre en quête d’autres modèles, sans autre souci que de faire de bons ouvrages, ils la rendaient avec la fidélité, la simplicité, avec la puissance de coloration, avec la précision du caractère pittoresque, qu’ils
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- s’étaient, dès l’atelier du maître, habitués à poursuivre.
- A ce titre, combien même ne leur sommes-nous pas reconnaissants d’avoir laissé sur leur temps des témoignages d’une exactitude si précieuse ! A quelques exceptions près, nos peintres de genre ne sont nullement engagés dans la même voie ; il s’en faut de beaucoup qu’ils aient la même sincérité. En ce qui est de la naïveté, qui songerait à leur en demander? Notre temps n’est pas naïf. Et puis, l'érudition, la critique ont étendu singulièrement le champ de l’art. On ne songe donc point du tout à blâmer, ni à condamner d’une manière absolue la peinture de genre telle qu’on l’exerce aujourd’hui. On comprend très-bien que nos artistes profilent des découvertes de l’archéologie moderne, des facilités d’information historique répandues par la publication de mémoires spéciaux, par les travaux de nos historiens, par l’ouverture des bibliothèques publiques, des cabinets d’estampes, des musées, qui nous donnent non-seulement le récit des faits qui se sont accomplis dans le passé, mais le cadre dans lequel les faits se sont produits. On admet parfaitement que le public qui lit nos historiens, qui lit ces mémoires intimes, qui s’intéresse aux personnages de la petite histoire, et à l’anecdote, et à la mode, et au costume, aime à retrouver dans l’œuvre de nos peintres, la trace des mêineslec-turcs, des mêmes goûts et à voir mis en action, représentés dans leur centre réel, dans leur intimité, les héros (héros de roman en quelque sorte) qui lui sont devenus familiers. Mais, sans condamner le genre en lui-même, il y a lieu de se préoccuper de l’extension qui lui est accordée ; il est permis de trouver que nos artistes, en se réduisant ainsi au rôle d’amuseurs, ont perdu et perdront de plus en plus de leur autorité sur le public. 11 n’y a pas de raison pour qu’un jour ou l’autre nos expositions ne fassent concurrence aux publications illustrées, et n’en arrivent à nous montrer les scènes principales du roman en vogue. Cela s’est déjà fait. En présence de ces tendances, il était ici nécessaire de signaler, en poussant les choses à l’extrême, vers quelles perspectives nous nous avan-
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- çous. Dans tontes ces réflexions sur la peinture de genre, il faut réserver absolument la question de talent qui fait excuser bien des choses, et qui nous force bien souvent à capituler avec les principes.
- C’est ce qui arrive pour M. Mcissonier. M. Meissonier est de cette génération qui a suivi le romantisme, et les prédilections romantiques dans une certaine mesure ont pesé sur lui etdéter-miné la direction et l’emploi de son remarquable talent. Le romantisme qui, sur tant de points, était dans le vrai, s’est trompé sur quelques autres. Il avait horreur de ce qui lui paraissait appartenir aux goûts simples, trahir le bourgeois, « le philistin. » Le simple et le sincère étaient rudement malmenés alors, au profit de la couleur, du clinquant, du haillon, des paillettes. M. Mcissonier a conservé de ce parti pris, affirmé par ses aînés, le dédain de la vie moderne. Il s’est systématiquement renfermé dans les siècles antérieurs; le xvie et plus encore le xvnr siècle ont obtenu et gardé ses prédilections. Depuis quelque temps, le très-habile artiste s’est rapproché du temps présent, et sa Campagne de France, son Solferino, son portrait de M. de Delabante prouvent que, s’il l’eût voulu, s’il ne s’était pas, dès le début, arrêté à reproduire des types disparus, il eût atteint dans la peinture des mœurs contemporaines une supériorité au moins égale à celle que personne ne lui conteste dans la peinture des mœurs du temps passé. En effet, M. Meissonier n’est point seulement un peintre d’une habileté sans rivale dans l’imitation scrupuleusement fidèle des objets inanimés qui créent un milieu à ses personnages ; nul plus que lui n’a souci de l’expression morale qui se traduit, non-seulement par le jeu de la physionomie, mais encore dans l’attitude du corps, dans les froissements que l’habitude journalière donne au mobilier, aux vêtements, aux moindres objets qui sont au service de l’homme. Nous ne reviendrons pas sur les tableaux déjà connus de M. Meissonier ; on n’a pas oublié Y Attente, la Lecture chez Diderot, un chef-d’œuvre, le Capitaine, le Corps de garde. Parmi les œuvres les plus récentes,
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- Y Ordonnance aura tout particulièrement séduit par l’entente de la mise en scène, par la justesse d’expression des physionomies et par la fermeté d’une exécution véritablement magistrale.
- M. Meissonicr a ce don que personne ne possède au même degré, de pénétrer à fond les types qu’il met en scène. Il a acquis, par un phénomène de vision d’une perspicacité extrême, la faculté de mettre en relief tous les menus détails qui caractérisent une profession, et, bien plus, l’accent, le caractère individuel dans une même profession. Et ne croyez point qu’aucun de ces détails soit inventé; on n’atteint pas à cette justesse prodigieuse sans l’exercice constant des facultés d’observation. M. Meissonier, par son rare talent, réconcilie presque absolument les délicats avec la peinture de genre ; mais, en dépit de la séduction qu’il exerce sur eux, on ne peut s’empêcher de regretter qu’il n’ait pas appliqué plus tôt des dons si remarquables à peindre les hommes et les mœurs de notre temps.
- M. Gérôme, à cet égard, laissera des regrets moins vifs ; ses représentations du passé ont une certaine froideur qui ne s’est point échauffée au contact de la vie moderne. A plusieurs reprises, le très-habile artiste a tenté, en effet, de fixer quelques sujets d’actualité; il y a mis, chaque fois, pour le moins, autant de talent qu’à l’exécution de ses œuvres archéologiques ; mais l’immobilité, qui est une des faiblesses de ce talent si précieux d’ailleurs, frappe davantage encore lorsqu’elle atteint les hommes et les choses que nous voyons quotidiennement. On fait moins facilement alors la part de convention qui est nécessaire pour juger équitablement les ouvrages de M. Gérôme, que lorsqu’il nous retrace quelque épisode de la vie antique. De môme on admet volontiers la rigidité du bas-relief pour les héros de l’antiquité ; nous ne la supporterions pas s’il s’agissait du temps présent. Lorsque les sculpteurs ont eu à traiter des sujets modernes, inconsciemment ou non, ils ont toujours donné ou cherché à donner plus de mouvement, plus
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- de vie à leurs œuvres. Mais n’insistons pas sur nos regrets, et, nos réserves étant faites, acceptons pleinement les conceptions ingénieuses des hommes de talent qui se sont consacrés à la peinture de genre dans ses rapports avec l’histoire ou plutôt avec l’anecdote historique.
- Dans cet ordre, au premier rang, est M. Robert Fleury. M. Robert Fleury n’est-il pas d’ailleurs un des précurseurs de ce genre qui depuis a trouvé tant d’adeptes ? Dès le début, l’artiste a déployé dans ses œuvres une qualité exceptionnelle, que ceux qui l’ont suivi ont rarement retrouvée, je veux dire la force. Depuis le Colloque de Poissy, un de ses plus anciens ouvrages et de ses meilleurs, qui est au musée du Luxembourg, jusqu’au Charles-Quint exposé cette année au Champ-de-Mars, M. Robert Fleury a successivement fixé dans ses œuvres des épisodes sévères de l’histoire. Cette première qualité dans le choix du motif révélait une fermeté d’esprit, un tempérament robuste qui donne à son talent une valeur particulière. Par là il a pris et gardé une place à part dans l’estime des amateurs sérieux. Au fond, le public est bon juge; il est aussi, et souvent, perfide dans ses préférences ; il entoure, il acclame, il fête sans réserve l’artiste qui flatte ses goûts frivoles ; mais de telles sympathies sont en général de courte durée, et il fait payer cher ses triomphes faciles à ses favoris d’un jour ; il garde son estime durable à ceux qui savent s’imposer à lui : et c’est ce qu’a fait M. Robert Fleury. Il a su faire accepter une vigueur de conception et d’exécution qui lui sent bien personnelles et le mettent à cet égard hors de pair.
- Pour se rendre compte de la différence de direction qui sépare nos jeunes peintres de leurs aînés, il suffit, après avoir vu le Charles-Quint au monastère de Saint-Just, de se transporter devant le tableau de M. Laugée, Sainte Elisabeth de France, sœur de saint Louis, lavant les pieds des pauvres à l'abbaye de Longchamp dont elle était 'fondatrice. On sera frappé de la limpidité de la coloration, de la justesse des valeurs attentivement poursuivies d’après la réalité. Ce qui
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- n’empêche nullement l’artiste d’avoir témoigné d’une sévérité d’inspiration tout à fait remarquable.
- Auprès de ces représentants de l’anecdote historique dans la peinture de genre, vient se placer M. Charles Comte, qui apporte une recherche de précision archéologique intéressante dans ses sujets tour à tour sérieux et bouffons. Son Éléonore (VEst, et le tableau intitulé Seigni Joan témoignent du même penchant à ressusciter le côté anecdotique de l’histoire, des chroniques et des fables.
- Les peintres de genre qui empruntent leurs motifs à la vie moderne s’attachent simplement aux émotions douces, aux sentiments aimables, aux petites scènes d’intérieur, comme M. Édouard Frère, exposant le Bénédicité, la Prière, la Bibliothèque, etc., ou comme MIne Henriette Browne, exposant les Sœurs de Chanté, la Pharmacie, la Toilette, la Consolation. Chez l’un comme chez l’autre artiste, ce sont des motifs d’intimité domestique, de la vie de famille, intelligibles pour tout le monde, où le sujet a une certaine importance, mais une importance assez secondaire en somme pour laisser à l’artiste tout le souci de l’œuvre d’art purement pittoresque, je veux dire la préoccupation du tableau en lui-même, composition, couleur,.dessin.
- Dans le même sens nous devons mentionner les Rétameurs, de M. Ribot qui, avant d’aborder des sujets plus ambitieux, excellait et excelle toujours dans ces petites scènes familières. D’autres peintres, M. Tissot, M. Toulmouche, se consacrent plus exclusivement à la vie élégante. M. Toulmouche est arrivé à une habileté excessive et qui confond la foule. M. Tissot, en ses divers essais très-variés, fait preuve d’un esprit inquiet, chercheur,.hardi, et, s’il lui arrive de se tromper (à qui cela n’arrive-t-il pas?), il se trompe du moins en homme de talent et en homme bien doué. Nommons encore quelques peintres qui sont allés chercher le pittoresque dans celles de nos anciennes provinces où la mode parisienne n’a pas encore pénétré : M. Marchai, par exemple, l’aimable peintre des mœurs
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- alsaciennes ; M. Leleux, M. Charles Giraud, les peintres des derniers Bretons. Quelques autres vont hors de France à la recherche du caractère et de la couleur : M. Patrois, notamment, qui a rapporté d’un voyage en Russie des scènes intimes, des danses nationales, des intérieurs traités avec un sentiment très-fin et un talent facile. Nous avons aussi un groupe d’Italiens à la tête duquel il faut nommer M. Hébert et M. Bonnat. La Pasqua Maria, le Mezzo Bajocco, Excellenza, de M. Bonnat, représentent la vie heureuse et forte, le sourire et le bien-être, la beauté et la puissance de la riche nature italienne. Les Pèlerins au pied de la statue de saint Pierre et les Paysans napolitains devant le palais Farnèse, à Rome, sont des types de cette même beauté classique, de cette force et de cette élégance de formes qui se sont perpétuées sur le sol latin à travers les âges et les révolutions, identiques à ce que nous les montrent déjà les témoignages qui nous restent de l’antiquité romaine et les témoignages plus récents que nous ont laissés les grands maîtres de la renaissance italienne.
- L’œuvre de M. Bonnat est toujours robuste et saine. Son jeune talent, formé à l’école de la peinture d’histoire, se ressent de cette mâle préparation. L’auteur de Y Adam et Eve, du Martyre de saint André, de l’Œdipe, devait traiter avec cette vigueur et cette sûreté de main les sujets purement pittoresques et de moindre importance qu’il aborde aujourd'hui. M. Hébert, lui aussi, a reçu cette forte éducation indispensable à l’artiste qui veut arriver à la supériorité absolue dans quelque ordre que son talent se développe.
- Ses beaux portraits de femme, d’un sentiment exquis, affirment avec éclat ce premier fond d’études sérieuses. Mais l’artiste se révèle d’une façon plus complète encore dans ses tableaux d’une grâce si touchante : les Cervarolles,Rosa Nera à la fontaine, la Perle Noire. Le peintre de la Malaria restée célèbre ne s’est point démenti, il s’est fait et est demeuré l’interprète profond de ces longues mélancolies qui assiègent l’âme dans les corps débilités par les fièvres des terres insa-
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- lubrcs. On a souvent reproché à M. Hébert de s’immobiliser dans ces sujets d’une si profonde tristesse. C’est le genre de reproche qui se comprend le moins. N’est-il pas tout à fait comique de vouloir imposer à l’artiste un mode de sentiments étrangers à son tempérament !
- Nous aurons complété cette revue rapide des diverses applications de la peinture de genre en mentionnant enfin les fantaisistes, les petits-fils du romantisme. Leur maître, M. Diaz, nous le constatons avec regret, n’a pas exposé ; le peintre charmant de toutes les rêveries, de toutes les visions, de tous les enchantements, de tous les caprices d’imagination, s’est abstenu. A défaut de cette féerie, de cette magie, on s’est arrêté aux œuvres aimables de M. Henry Baron : Le Tir à l'arc en Toscane, et la Fête de saint Luc à Venise, la fête des maîtres peintres qui se réunissaient ce jour-là pour célébrer leur patron. C’est dans le même groupe que je nommerai aussi M. Eugène Lami qui, depuis plus de trente ans, a semé dans les portefeuilles d’amateurs une quantité prodigieuse d’aquarelles pleines de verve, de jeunesse, d’entrain, de vie facile, joyeuse et somptueuse, le premier qui ait su fixer pour l’avenir les élégances de la vie moderne.
- L’École française, en ce siècle, n’a pas été déshéritée. Une école qui peut citer les noms de Gros, de Géricault, d’Ingres et d’Eugène Delacroix, est assurée d’occuper le premier rang dans l’histoire des arts en France. Mais, lui manquât-il un tel prestige, n’eût-elle point ces titres précieux, qu’elle pourrait invoquer d’autres mérites, d’autres litres sérieux aussi auprès de la postérité. Elle se réclamerait de son admirable intelligence de la nature. Sans doute, les faits et gestes de l’homme, ses passions, ses sentiments intéressent l’humanité d’une façon plus pressante que le spectacle des phénomènes extérieurs. Si nos paysagistes s’étaient uniquement bornés à la reproduction, à la traduction textuelle des formes spéciales et des colorations qu’a revêtues notre planète, le paysage, quelle que fut l’habileté de nos peintres, n’aurait point pris et gardé le
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- rang si élevé qui lui est acquis désormais dans l’art moderne. Ce qui fait la grandeur de ce genre, c’est que l’artiste, qu’il le voulût ou non, a associé la nature à ses douleurs et à ses joies; qu’il s’y est réfugié comme dans un lieu d’asile, à l’écart de la dévorante activité, de la fièvre permanente des cités; c’est qu’il l’a prise définitivement comme un intime confident de ses regrets, de ses désirs et de ses aspirations. Ce mode d’interprétation, devenu général, devenu familier à tous nos paysagistes, s’est manifesté pour la première fois avec éclat dans les œuvres de l’école de 1830. Le premier qui regarda la nature et la traduisit en petit-fils de Jean-Jacques Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre estM. Paul Huet. Le premier aussi, il a compris et exprimé les tumultueuses émotions de la nature, complice des émotions de l’homme, et a révélé cette complicité à chacun de nous par les moyens de l’art. Il est juste de rappeler aux générations plus jeunes, qui pourraient l’avoir oubliée, cette initiative qui fait tant d’honneur à celui qui eut l’inspiration de la concevoir et l’audace de poursuivre. Il a poursuivi, en effet, et toutes les œuvres qui remplissent la longue carrière de M. Huet ont été tour à tour l’expression toujours grande, toujours poétique des passions et des sentiments qui, tour à tour, traversent le cœur de l’homme, l’image des situations tragiques, sereines, mélancoliques, tendres, allègres ou douloureuses que le développement de la vie impose à chacun de nous successivement. Tantôt en ses pages a passé le souffle terrible des grands drames shakespeariens, et tantôt le soupir ailé de la Flûte enchantée de Mozart. Qu’on se souvienne de la Grande marée d’équinoxe aux environs de H on fleur, des Falaises d’Houlgate, du Gave débordé, du Bois de la Haye ! Quel contraste entre le déchaînement de ces violences irrésistibles, de ces forces aveugles où les eaux, les nuées, les grandes lignes de roches inexpugnables n’éveillent dans l’esprit des spectateurs que des idées de terreur et de désolation : quel contraste avec le Bocage normand si humble et si doux, avec le Bas Meudon si souriant, avec le Parc, où flottent les brises tièdes et les limpides
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- clartés du printemps! Le clavier est complet, toutes les notes ont leur résonnance particulière, leur signification, leur accent. Dès' le début, dans cette voie nouvelle, le paysage français avait trouvé par Huet sa formule la plus élevée et aussi la plus féconde. En effet, ce n’était point là une convention stérile. Le monde infini des formes extérieures était ouvert, et dans ce dictionnaire immense de lignes et de couleurs, chacun n’avait plus qu’à puiser les signes correspondants à son émotion personnelle. Ce paysage romantique fut donc en somme la première révélation et la plus éclatante de ce qu’on a appelé depuis le paysage réaliste. Et, s’il faut le dire, nous sommes allés bien vite, et trop vite peut-être, vers la réalité absolue. Dans le paysage, comme dans les autres genres, nous avons trop complètement sacrifié à la simplicité radicale, au terre-à-terre, au détriment de l’imagination dont les premiers maîtres avaient affirmé les droits à l’égal des droits du réel. Dans le paysage romantique de Paul Huet, comme dans le paysage d’Eugène Delacroix, la réalité est le point d’appui nécessaire, obligé, de l’imagination. La nature est pour eux le symbole commun, universel, par lequel ils manifestent leurs pensées. Là est exactement la très-haute supériorité de ces artistes.
- Après Huet, parut Théodore Rousseau. Déjà dans l'œuvre de cet artiste éminent, le principe posé s’altère ; le réel déjà
- l’emporte sur l’imagination. Mais Théodore Rousseau, dans cette lutte avec la réalité, acquiert une telle puissance, une telle précision de moyens ; il poursuit son admirable modèle avec, une telle ténacité, il s’attache à faire passer sur la toile la magie puissante des effets les plus riches et les plus variés, avec une telle passion et un tel succès, que son œuvre nous pénètre partout d’une égale admiration et agite en nous par des moyens différents une somme d’émotions, sinon aussi larges, au moins aussi intenses. Théodore Rousseau n’ajoute rien en connaissance de cause au motif de paysage qu’il tente de fixer. Tout son effort est dirigé dans le sens de l’interprétation aussi fidèle que possible de l’effet qui l’a frappé. Cet effet, incontes-
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- tablementil l’a choisi, et l’ensemble de son exposition témoigne assez de la variété de ses choix pour expliquer la variété d'émotions qu’il inspire (nous reviendrons tout à l’heure sur cette importante question du choix dans le paysage). Mais le peintre, une fois fixé sur son motif, se borne à appliquer toute sa science et toute son énergie à traduire avec une scrupuleuse fidélité,avec une naïveté souvent bien audacieuse, l’ensemble et le détail de l’effet auquel il s’était arrêté. Par sa merveilleuse puissance, il réussit pleinement. Aussi qu’arrive-t-il? C’est que, si Rousseau ne nous impose point d’émotion qui lui soit personnelle, il nous laisse, en présence de son interprétation, toute la liberté et toute la faculté d’émotion que nous aurions eues en présence du spectacle qu’il nous montre, si nous y eussions assisté. Le peintre n’agit pas directement sur nous, il fait, agir la nature elle-même. L’œuvre de Rousseau, si personnel, au point de vue strict de l’exécution, est par la conception cependant, singulier phénomène, absolument impersonnel. Huet est un poète qui traduit ses émotions propres à l’aide de la nature et dans-une grande forme lyrique. Rousseau est un admirable témoin, qui rapporte exactement ce qu’il a vu, mais qui sait voir, qui ne veut voir que des spectacles dignes d’être fixés, et qui écrit ces fermes rapports avec une mâle éloquence.
- Au principe poétique de Paul Huet, au principe de la réalité choisie, formulé par Théodore Rousseau, s’ajoute un troisième principe, celui du paysage composé. Son plus célèbre représentant est M. Corot. Corot est le dernier interprète vraiment supérieur du paysage historique ; lui seul a pu donner un reste de vie à cet art qu’avaient tué les routines étroites et les pauvres imitations qui s’étaient transmises dans l’école française sous l’empire de l’admiration légitime inspirée par les grandes œuvres de Nicolas Poussin et de Claude Lorrain. Ne prenons pas trop à l’étroit cependant le principe que nous avons attribué à M. Corot. Certainement cet artiste a un penchant instinctif vers le paysage composé, mais oh ne songera pas à demander à ses ouvrages les grandes lignes ' et les
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- fermes assises du paysage français du dix-septième siècle. Il voit la campagne romaine et les nymphes mythologiques à travers les brumes des étangs de Yille-d’Avray. La volonté de composition est évidente. Mais, au fait et au prendre, ce qui domine surtout dans les paysages de M. Corot, c’est l’impression, une impression toujours délicate, mais toujours cherchée par les mêmes conditions de lumière. Dans l’inépuisable variété d’effets que nous offre la spectacle de la nature, au cours des saisons et des heures, M. Corot n’est guère sensible qu’aux clartés voilées des aubes printanières et des crépuscules attiédis. Cette impression du réveil, des fraîcheurs matinales et celle des heures indécises où la lumière entre en lutte contre l’obscurité naissante, il les a traduites avec une grâce et une finesse de sensibilité exquises.
- Nous nous bornons ici à étudier la physionomie générale de l’œuvre de nos paysagistes éminents. Si nous analysions leurs procédés, nous aurions à féliciter les trois maîtres que nous venions de nommer, et surtout les deux premiers, d’avoir, quelle que fût la simplicité ou la grandeur de leur composition, gardé avec un soin extrême le caractère de tableau que doit avoir toute peinture. Il peut sembler excessif de leur faire un mérite d’une préoccupation qui paraîtra fort simple et par trop élémentaire au lecteur. On doit croire que tous les peintres s’attachent à ne présenter au public que des œuvres définitives. Cette loi, qui est élémentaire, en effet, est bien fré-s quemment violée par notre jeune école de paysage. Elle se contente volontiers de reproduire avec une grande sincérité, mais aussi avec une grande rapidité d’exécution, le premier motif venu, le premier coin de nature qui s’offre aux yeux dé l’artiste à la sortie de la ville ; en un mot, elle accorde trop facilement à de simples études l’importance d’un tableau.' Le tableau, c’est-à-dire l’œuvre d’art, exige, à défaut de composition, comme chez Paul' Huet ou chez Corot, le choix, comme, chez Théodore Rousseau.
- La jeune'école a été attirée dans cette voie par le succès de
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- ,son plus jeune chef, qui est un maître également, M. .Daubigny ; seulement ce qui l’a trompée, c’est qu’elle a cru que la simplicité des motifs familiers à M. Daubigny était un pur effet de hasard, alors qu’au contraire elle était le résultat des tendances intimes de l’artiste vers la réalité simple.
- . Les imitateurs de M. Daubigny ne paraissent pas s’être aperçus qu’à sa façon, lui aussi, il choisissait; et, parce qu’ils rencontraient à chaque pas, dans la campagne, des paysages tout faits, du caractère de ceux queftl. Daubigny aime à interpréter, ils en ont conclu qu’il s’agissait purement et simplement d’éliminer toute espèce de choix. Mais on ne saurait trop le répéter, l’œuvre d’art n’existe que là où interviennent les facultés de réflexion et de calcul, et c’est, ce qüi. rendra toujours l’œuvre d’art supérieure aux images photographiques, quelques-uns disent à la nature elle-même.
- , L’originalité de M. Daubigny tient précisément à cette simplicité sous laquelle apparaît toujours la nature dans ses œuvres. Il ne cherche point la grande émotion poétique connue Paul Huet; il ne cherche point non plus la variété d’effets lumineux dont M. Théodore Rousseau a fait la préoccupation de toute sa carrière ; il se rapprocherait plutôt de M. Corot, à cela près cependant, que, dans sa sincérité absolue, il évite la couleur mythologique dont M. Corot charge régulièrement un coin de sa palette. L’odeur de l’herbe mouillée, l’odeur des fermes, l’odeur résineuse des bateaux amarrés sur les bords de l’Oise, lui paraissent concourir davantage à l’harmonie réelle de la campagne. Chez M. Daubigny, le paysage est toujours voisin et ami de Fhoinme. Non qu’il introduise nécessairement la figure|humaine dans ses tableaux, il diffère ainsi, et de toutes façons, de M. Théodore Rousseau, qui lui, au contraire, accorde presque toujours au paysan une place dans la campagne et chez qui pourtant la nature apparaît dure, indifférente et supérieure à l’homme. M. Daubigny la veut au moins égale, sinon soumise et familière. M. Corot, lui, la surprend avant le, réveil du paysan, alors qu’elle appartient encore aux fées mytholo-
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- giques. Dans les paysages de M. Paul Huet, elle sympathise, elle est en accord constant, non avec tous les hommes, mais avec tel homme, à tel moment donné, et plus encore avec la passion qui le domine, avec ses larmes et avec son sourire, avec ses terreurs et avec ses joies.
- On devrait citer encore des noms très-justements estimés. Parmi ceux qui perpétuent la tradition du paysage composé, il faudrait rappeler les belles inspirations de M. Cabat, de M. Français, de M. de Curzon, les combinaisons de lignes que M. Lanoue emprunte à la campagne romaine. Dans une autre voie on s’arrêterait aussi aux fortes conceptions de M. Jules Dupré, traitées d’une main magistrale, aux élégances de M. C. Busson. À la suite de M. Corot se rangeraient les paysagistes d’impression, le doux et timide Chintreuil. Puis derrière M. Daübigny, la légion des peintres de la réalité, fidèlement observée et choisie dans sa simplicité, les Blin, les Hanoteau, les Lapierre, les Lavieille.
- Un second groupe d’artistes a voulu et su associer à la nature l’activité et le mouvement de la vie animale. Troyon est resté le maître regretté et non encore remplacé de cette école. Il aimait également la nature dans sa réalité agreste, mais toujours il l’a subordonnée au voisinage des fermes. L’animal domestique, qui occupe toujours la première place dans
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- son œuvre, exige et> retient tout l’intérêt, et fait trop souvent oublier la supériorité éclatante de ce maître dans le paysage rustique. Chez M. Courbet, point ou peu de ces animaux domestiques si chers à Troyon, à Charles Jacque, mais le fauve, traqué, chassé, poursuivi par l’homme. Quant à madame Rosa Bonheur, si son talent est resté français, elle a depuis longtemps cessé de l’appliquer aux mœurs de la campagne française : la verte Écosse est devenue sa patrie d’adoption.
- La vie rurale, dans une activité plus complète encore, a trouvé d’autres interprètes qui n’ont point voulu séparer le champ deThornme qui le cultive, le paysage du paysan : tels sont MM. Jules Breton et François Millet. Ils sont l’un et
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- l’autre à la tête de deux écoles radicalement et systématiquement contradictoires. M. Breton n’oublie jamais qu’il est artiste, il fait dans toutes ses œuvres une part très-large à sa conception antérieure de la beauté et du style. Il exige de ses modèles une certaine noblesse d’allures, une élégance de contours, une majesté de lignes qui font assurément honneur à son sens de dessinateur, mais que ses modèles ne lui apportent point sans quelque correction de sa part; en un mot, il embellitla nature. 11 arrive ainsi à des résultats plus sympathiques et plus séduisants pour le public des villes, peu épris en somme de la réalité. Aussi ce public est-il fort heureux de rencontrer la paysannerie élégante de M. Breton, qui a un aspect de réalité suffisant pour n’être point taxée de paysannerie à la Boucher.
- M. Millet, tout au contraire, a depuis longtemps le parti pris de la réalité brutale, il poursuit le style parla sincérité.Maintenant est-il vrai que tous les paysans soient aussi voisins de la brute qu’il les fait ? La chose est douteuse. Dans ces yeux, nul éclair, dans ces cerveaux écrasés, nul rayon d’intelligence n’a jamais pénétré. Le peintre les choisit machines à sarcler, à labourer, à garder et à tondre les moutons. En eux nul sentiment; l’instinct seul, et l’instinct de la bête de somme. L’image est fidèle, mais fidèle seulement pour le très-petit nombre parmi les paysans, pour une minorité qui sans cesse et de jour en jour décroît. On ne voit même point sous ces fronts abrutis, le point où pourrait se loger l’amour de la terre, de la propriété, qui .est si profondément enraciné chez nos paysans. Quant aux passions, aux moindres mouvements du cœur, il n’en faut pas chercher trace sur ces faces mornes ; le peintre leur refuse toute initiative, tout désir, toute action personnelle. Chez eux tout est réduit à l’état de fonction animale. Étant donné ce parti pris, M. Millet a rendu sa pensée avec force.
- Somme toute, par cette multiplicité de tendances, la nature est pénétrée dans ses manifestations les plus diverses et révélée dans toutes ses expressions. L’ensemble de ces directions op-
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- posées forme au total une école de paysage sans rivale, même dans le. passé. Dans les autres genres, les écoles étrangères pourront essayer d’entrer en lutte avec nos artistes français ; dans l’intelligence de la nature et dans l’art de l’interpréter, nos paysagistes sont inconstestablement au-dessus de toute comparaison. S’il y avait une exception à faire en faveur d’un groupe d’artistes étrangers, ce serait tout au plus en faveur des préraphaélites anglais, si âprement amoureux de la nature.
- Le paysage a suffisamment prouvé que notre sol offrait une variété de motifs suffisant à alimenter toute une école. Quelques-uns de nos peintres, cependant, et cene sont pas les moins habiles, ont jugé que la campagne française était trop peu colorée, trop peu lumineuse pour satisfaire leurs appétits de lumière et de couleur. On serait tenté de leur reprocher de n’avoir pas su apprécier ce qu’ils avaient sous les yeux, de n’avoir point compris toute la beauté des spectacles qui leur étaient offerts. Cependant la vie moderne a fait une part si large aux voyages qu’il est très-naturel et très-légitime que le voyageur trouve dans l’art un souvenir, un écho, une image du désir qui lui-même l’entraîne au loin. Les voyages ont leur littérature. Pourquoi n’auraient-ils pas leur art? Nous devons donc accepter pleinement cette manifestation qui forme une branche à part dans l’ordre du paysage. La plupart de nos peintres voyageurs ont adopté l’Orient, que Decamps et Marilhat ont les premiers introduit dans l’école française. Leur successeur direct, et le lecteur l’a déjà nommé, est M. Eugène Fromentin. Il a mis dans ses paysages d’Orient l’élégance et la richesse et la finesse de coloration qui sont la marque de son originalité personnelle, de son sens d’artiste très-particulier. M. Gérôme, qui a touché à tous les genres avec son infaillible habileté , qui tour à tour a traité l’histoire et le genre, qui a interprété dans ses œuvres l’antiquité, le dix-septième siècle et le dix-neuvième, lui aussi s’est épris de l’Orient. L’Orient lui a même inspiré deux tableaux que l’on peut considérer comme ses chefs-d’œuvre ; le Hache-Paille égyptien et le Prisonnïei.
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- Jamais M. Gérôme n’a été si voisin de la vie. M. Tournemine également a su marquer sa place parmi nos orientalistes. La sérénité et l’éblouissement de la lumière en Asie-Mineure, cette architecture aux toits bas, aux murs blancs écrasés, au bord des lacs, à l’ombre rare de quelques végétations puissantes; les longs vols de flamants blancs et roses, rayant l’azur de leurs palpitements d’ailes, ont fourni à ce très-habile et charmant artiste des motifs d’une coloration et d’une limpidité pleines de séduction. Auprès de ces petits maîtres, on ne peut oublier de citer les campements arabes de M. Guillaumet, les vues du Bosphore de M. Fabius Brest, les vues du Caire de M. Mouchot, les sévères études de M. Berchère et de M. Belly. M. Belly a exposé une vue de la mer Morte. Ce tableau a déjà figuré au Salon de 1866. Rien ne peut donner une idée plus complète et plus navrante d’une terre maudite et d’où la vie se serait à jamais retirée. Notre satellite, qui passe pour une planète morte, doit être ainsi.
- En résumé, nos orientalistes ont jeté dans la circulation des émotions esthétiques d’un ordre inattendu qui avaient échappé absolument aux anciennes écoles. L’Orient, si complètement déshérité en fait d’artistes, a trouvé dans nos artistes français la formule imprévue de son paysage. C’est une corde de plus ajoutée par eux à celles qui, des plus graves aux plus hautes, composent le clavier si riche et si varié de l’art français contemporain.
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- L’art statuaire est représenté dans les galeries étrangères, au Champ de Mars, d’une façon bien moins complète que la peinturé. La difficulté et l’appréhension des transports ont fait reculer beaucoup d’artistes. Notre étude ne pouvant porter que sur ce qui nous a été montré, ne saurait conséquemment avoir le caractère d’un jugement définitif sur chaque école.
- Ainsi nous avons pu nous arrêter longuement aux tableaux de Pécole anglaise. En dépit d’une certaine infériorité de pratique, elle méritait en effet d’être analysée avec soin, précisément à cause du contraste violent qu’elle oppose aux habitudes esthétiques des écoles du continent. Mais la sculpture du Royaume-Uni est bien loin d’offrir une égale somme d’intérêt. Étant donné le tempérament spécial de l’Angleterre, en fait d’art, on se rendra compte de l’incompatibilité qui existait entre, ce tempérament et un art comme la sculpture, essentiellement classique. L’idéalité abstraite purement plastique, qui s’impose à la statuaire, demeure infailliblement sans action sur des intelligences tout entières tournées à la spéculation pratique, charmées, même en peinturé, par l’intérêt anecdoctique du sujet, plutôt que par labeauté propre de l’œuvre d’art; entraînées vers, l’observation et la reproduction minu-
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- tieuse de la réalité, plutôt que vers l’interprétation et l’épuration de la forme.
- Or, s’il est un art qui doit se dégager de l’étroite réalité, c’est surtout la statuaire. Les laideurs et les infirmités humaines peuvent avoir leur beauté pittoresque ; l’ancienne école espagnole ne s’est pas fait faute de l’exploiter. Mais la sculpture répugne énergiquement au difforme ; le marbre ne convient qu’à la beauté absolue. Cette beauté, en outre, ne trouvant sa plus haute expression que dans le nu, tend par cela même à choquer les habitudes de réserve sévère adoptées par la société anglaise. Toutes ces causes, qu’il suffit d’indiquer, se sont opposées au développement de l’art statuaire chez nos voisins.
- Les rares sculpteurs anglais donnent une application pratique à leur talent. Ils font des portraits, des bustes. Parmi ces artistes, nous nommerons MM. Wyon, Adams etd’Épiuay. La seule statue de quelque importance qui ait été exposée, n’est en somme que de la statuaire de genre, s’il est permis d’accoupler ces deux mots ; elle est signée par M. Marshall Wood, qui a pris pour thème la célèbre Chanson de la chemise de Thomas Hood. Mais l’artiste, avec ses délicatesses de pratique, avec ses grâces d’interprétation, a complètement dénaturé le sombre drame du poète ; des larmes amères qui brûlent les yeux delà pauvre fille, des sanglots qui soulèvent sa poitrine, il a fait une douleur de keepsake.
- La Belgique témoigne d’efforts plus heureux dans cet art difficile. Mais la même préoccupation de l’utile ou de l’anecdote se manifeste en ses envois. On citera comme exception l’essai de' statuaire monumentale tenté par MM. Bouré et Armand Cattier, auteurs des statues d’Ambiorix et de Boduo-gnat, qui doivent décorer une des portes d’Anvers ; la statue équestre de Léopold Ier, par M. Joseph Geefs, œuvre sage, raisonnable, bien faite, bien composée, convenable en tous points pour sa destination officielle. Les Belges auront là une image décente et ressemblante du fondateur de la dynastie.
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- A l’exception d’un buste très-remarquable exécuté par M. de Groot, le portrait de M. Van Wolxen, ancien bourgue-mestre de Bruxelles, on ne voit guère parmi les meilleurs ouvrages des autres scujpteurs belges que des réminiscences traitées d’une main assez habile, mais, au total, dépourvues d’accent, de caractère, d’originalité. D’autre partie succès fait par la foule aux grotesques charmants et spirituels de M. Léopold Harvé n’est vraiment point de nature à encourager l’art sérieux en Belgique.
- En Hollande, pénurie complète de statuaire. A peine ça et là quelques bustes sans intérêt pour le public européen. En Allemagne peu d’envois. Le plus important est la statue équestre du roi de Prusse par M. Frédéric Drake, statue monumentale, d’un fier et ferme caractère, et que le jury a dû placer au premier rang dans l’ordre des récompenses. M. Drake est élève de Christian Rauch, qui exposait en 1855 le beau modèle du monument de Frédéric. Au Salon annuel de 1865, quelques amateurs avaient remarqué une statue d’un autre élève de M. Raucli, M. Reynold Begas, une Vénus consolant l'Amour piqué par une abeille. L’œuvre avait une rare puissance de vie : richesse et vérité de modelé, ampleur de chairs travaillées à la Rubens. Dans son groupe en marbre, Pan instruisant un enfant, M. Begas a exagéré son procédé déjà brutal, et perdu cette fleur de vie, ce velouté de la chair, ce modelé' gras et ferme qui donnaient une rare valeur au plâtre de la Vénus exposée en 1865.
- Nous avons, en France, une idée très-incomplète des réputations le plus solidement établies à l’étranger. Ainsi'nous ne connaissons pas assez le nom deM. Rietschel, dont la mort est fort regrettée au delà du Rhin, et nousne connaissons rien de ses grands travaux de statuaire monumentale. Il ne faudrait donc pas juger l’artiste d’après les deux petits bas-reliefs exposés sous son nom; ils révèlent pourtant une main habile, un artiste soigneux, une heureuse et charmante inspiration.
- Phénomène curieux, et dont chacun aura été frappé, l’art
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- de la statuaire, cet art marmoréen, semble répugner aux climats glacés. En Danemark, en Suède, en Norvège, rien; à peine un graveur en médailles, le Suédois Ericsson. En Russie, quel* ques statues froidement académiques ; un effort pourtant de statuaire moderne : la Veuve, par M. Kainensky, et quelques bronzes de M. Lieberich, qui s’essaie avec une certaine naïveté hésitante, avec une pénétrante recherche de la réalité dans un genre que notre Barye a rendu illustre, la sculpture d’animaux.
- Le Nord étant si pauvre, redescendons vers le Midi.
- La Suisse, — est-ce le voisinage des glaciers? — n’est pas mieux partagée. De ses cantons italiens lui viennent cependant quelques statuaires, au nom et au talent étroitement italiens : M. Somasini etM. Caroni, qui ont acquis toute l’habileté de pratique où excelle la statuaire d’outre-monts.
- Et c’est l’Italie effectivement qui a fait l’envoi de statues le plus considérable (l’Espagne et le Portugal ne sont pas sérieusement entrés dans la lice).
- La foule s’est arrêtée, dès l’ouverture de l’Exposition, devant la statue de 31. Vincenzo Vêla représentant les Derniers jours de Napoléon. Ici le public a été subjugué par l’intérêt du motif, plein d’une si profonde émotion. Il a étudié aussi et avec curiosité les tours de force du praticien, qui a eu la patience de sculpter en trompe-l’œil une couverture de laine jetée sur les genoux de l’empereur mourant et les dentelles qui tombent sur sa poitrine et sur ses mains. Ces mains elles-mêmes, dont le détail d’épiderme a été poursuivi et rendu avec minutie, ont excité l’admiration du passant. L’artiste a hérité d’une partie des couronnes que consacrait à la mémoire du héros le souvenir populaire.
- Pourtant, si nous allons au fond des choses, l’œuvre, comme statuaire, n’a qu’une valeur de second ordre. Ne nous arrêtons même point au défaut de ressemblance, qui a son importance en un tel sujet. Mais, à part cette dextérité de praticien dont M. Vêla fait preuve dans les accessoires, la statue en elle-même a surtout un mérite d’ingéniosité. L’expression de la
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- tête a été cherchée, amenée jusqu’à la convention théâtrale. Les amis (lu talent de M. Yela le retrouvent plus complet et plus à l’aise dans l’aimable figure intitulée le Printemps que dans son Napoléon ou dans son Christophe Colomb. La dextérité de M. Yela ne paraît point s’accommoder des œuvres de force.
- C’est un peu là, d’ailleurs, le caractère général de toute l’école de sculpture italienne, merveilleusement habile et souple, féconde en élégances maniérées, en détails amusants, mais puérils, et travaillant le marbre avec une adresse exceptionnelle. Êtes-vous touché des finesses d’un bas brodé à jour ou d’un travail de guipure ? Arrêtez-vous devant la Charlotte Corday, de M. Miglioretti ; êtes-vous plus sensible à l’imitation de l’écume et des remous du flot? contemplez la scène du Déluge de M. Lu-cardi. Dans ce débordement du pittoresque, distinguons cependant le Rêve à quinze ans, œuvre gracieuse de M. Àrgenti; le groupe élégant d’Aminthe et Sylvie, par M. Strazza, de Milan; le Socrate, plus sévère de M. M’agui. Et enfin un groupe, arrivé trop tard pour prendre part au concours des récompenses : les Amour des Anges, par M. Benganzani, œuvre qui réunissait à toutes les qualités italiennes de la pratique de rares qualités d’inspiration, de dessin et de mouvement.
- Mais une œuvre capitale, qui prend place d’autorité au premier rang figure dans la galerie italienne, c’est la Pietà, de M. Jean Dupré, de l’Académie de Florence. M. Dupré est un statuaire savant et de plus un artiste, c’est-à-dire un poëte, un homme inspiré qui ne se sert du marbre que pour exprimer plastiquement une émotion profonde, qui ne pétrit la forme humaine que pour traduire un grand sentiment. Là est tout le secret de la supériorité de M. Dupré sur ses compatriotes, si habiles, mais si peu soucieux d’inspiration. Dans cette Pietà, la figure de la mère, le mouvement des traits et l’attitude du corps ont une rare puissance d’expression, — éloquence douloureuse — élan de passion ! Le Jury a légitimement accordé une médaille d’honneur à cette œuvre tout à fait remarquable.
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- . Le public a été surpris par cette adresse de main qui fait le principal mérite de la statuaire italienne. Il s’en est fallu de peu sous le coup de cette surprise qu’il ne lui donnât le pas sur la statuaire française. L’erreur eût été grave. Toute cette adresse, ne l’oublions point, n’est que du métier. Or, le métier n’a de valeur que s’il est mis au service d’une science plus haute et d’un sentiment d’art supérieur.
- L’Italie pourtant est la seule nation qui entre sérieusement en ligne avec la France sur ce point. Il est à remarquer que l’art statuaire, qui a trouvé sa plus pure formule sur le sol de la Grèce antique, sa formule la plus sensible, la plus passionnée sur le sol de l’Italie de la renaissance, n’a jamais pu s’acclimater plus au nord que la France. Nos frontières septentrionales paraissent être l’extrême limite de la zone où peut germer, croître et s’épanouir cette fleur de sévère allure.
- Pourquoi cela ? C’est que la statuaire est, en effet, un art de plein air, de plein soleil, de place publique, de palais aux vastes portiques, un art de vie commune, vie de fêtes ou vie politique. Aussi voit-on les quelques tentatives de sculpture qui puissent compter dans le nord se manifester dans la décoration des églises gothiques. Ailleurs? non. Assurément, l’Europe entière, aujourd’hui, est trop pénétrée des mêmes éléments d’éducation, l’élite a trop reçu les mêmes goûts, a trop les mêmes besoins pour que, de la Baltique à la Méditerranée, nous ne voyions, chaque nation orner de statues ses palais, ses places, ses monuments religieux et civils ; mais il saute aux yeux que ce besoin de décoration, spontané au midi, est factice dans le nord; qu’ici l’instruction laborieuse fait des sculpteurs, tandis que là ceux qui luttent avec le marbre le font par choix, par entraînement naturel, avec passion.
- Si, ce qui n’est pas douteux, le climat influe sur les formes instinctives de l’art chez les peuples, c’est dans le dénombrement géographique des grands statuaires que cette influence s’affirme avec le plus d’évidence. Qui nommerez-vous au nord ? Thorwaldsen ? Rauch, Sehwanthaler, si vous le voulez ? excep
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- tions écloses dans la serre chaude de la tradition classique. — La vie, là bas, vers ces brouillards, dans ces neiges, proche du pôle, est tout intime, trop resserrée, tassée près du foyer. L’art de cette intimité, c’est la peinture ; le maître? Rembrandt.
- g 2. — L’École Française.
- L’école de sculpture française est aujourd’hui sans rivale en Europe, c’est-à-dire dans le monde de l’art. Quels que soient nos devoirs de courtoisie envers les artistes étrangers qui ont accepté l’hospitalité de la France, nous ne pouvons dissimuler l’évidente supériorité de nos statuaires. Le Jury qui disposait d’un nombre de prix limité, a dû se trouver fort embarrassé pour les répartir entre tous ces hommes de talent dont la plupart avaient des droits égaux à obtenir des récompenses d’égale valeur.
- Les deux grandes médailles ont été accordées à M. Guillaume et à M. Perraud. M. Guillaume,le très-éminent directeur de notre école des Beaux-Arts, a exposé une série de bustes de Napoléon Ier représenté aux diverses époques de sa vie : élève de Brienne, général en chef de l’armée d’Italie, premier Consul, Empereur (1804 et 1812), à Sainte-Hélène. Cette précieuse collection appartient au prince Napoléon. Toute la délicatesse et toute la science de l’artiste, son habile pénétration de la physionomie humaine se manifestent avec éclat dans cette répétition multipliée du même type, étudié si scrupuleusement dans les modifications imposées par le cours des années et des événements. Cette belle tête, au masque romain, se prêtait merveilleusement, il est vrai, à la sévère interprétation, aux ligne fières et majestueuses de l’art statuaire.
- Portons-nous nos regards vers la belle, héroïque et fière statue de l’Empereur qui domine la suite des bustes de M. Guillaume; nous trouvons là, formulée, l’idée plastique du héros dont le génie r'yonne sur l’histoire du monde aux premières années du dix-neuvième siècle. L’artiste a résumé dans cette
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- œuvre, concentré dans cette synthèse, la série d’observations, la multiplicité d’expressions si patiemment suivies et analysées dans ses bustes.
- M. Perraud a borné son envoi à ce groupe de Y Enfance de Bacchus qui déjà lui valut une médaille d’honneur au Salon de 1863, œuvre tout à fait remarquable par la composition et par l’exécution,combinaison harmonieuse de lignes élégantes et souples, de morceaux savamment traités et groupés dans une heureuse et vivante unité : excellente statue décorative en un mot. Maintenant,faut-il le dire, nous sommes toujours étonné, et de telles surprises ne nous sont point ménagées par les sculpteurs français, de voir tant de science réelle, une maëstria de talent si peu contestable conduire à de semblables résultats. -L’imagination est un don qui paraît être, à quelques exceptions près, rigoureusement refusé à nos statuaires. Est-il donc impossible d’arracher la sculpture moderne au cercle éternclle-mentparcourudes motifs mythologiques? Le monde, depuis deux mille ans, n’a-t-il pas fourni une seule idée plastique? Sommes-nous condamnés aux Faunes à perpétuité? si lelointaindes vieilles théogonies est indispensable pour ajouter quelque idéal aux formes de cet art qui ne vit que de dure matière, l’Olympegrec est-il l’unique source de cet idéal ? Non, et tout le monde le sait aujourd’hui, excepté les sculpteurs, paraîtrait-il.
- La longue et rude éducation de nos statuaires les éloigne, à ce qu’il semble, de toute lecture, de toute étude nouvelles. On leur a indiqué une mine jadis féconde : l’antiquité classique, et ils y retournent sans cesse. Est-elle, n’est-elle pas épuisée? peu leur importe ! Au lieu de chercher dans la poésie mystique des autres races, au lieu de chercher dans la vie réelle des motifs originaux, ils préfèrent reprendre, ressasser à l’infini les vieux thèmes retournés de toutes façons par leurs devanciers.
- La France moderne n’aurait donc pas eu de statuaire si les mondes hellénique et romain ne nous avaient légué les chants de leurs poètes ! Et que d’idées fausses, contradictoires, con-
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- sacrées ainsi ! Dira-t-on que c’est trop s’attacher au sens littéral des mots ; que YEducation de Bacchus, pour prendre un exemple, sous son apparence mythologique, est la formule plastique de l’éducation de l’enfant? Eh bien ! quand même, il y aurait lieu de protester. Car, de toute évidence, personne d’entre nous ne consentirait à confier son enfant à ces paysans lubriques baptisés du nom de faunes. S’agirait-il de Bacchus lui-même, au contraire ? Ce serait pire. Qu’avons-nous de commun avec ce dieu de la tonne ? quelle pensée, quelle sympathie pour ce roi du caveau?
- M. Perraud n’a donné que ce groupe jusqu’à présent, un Adam, et un troisième ouvrage. Ce sont là des œuvres savantes, sincères ; nous l’avons assez dit pour qu’il nous soit permis, aujourd’hui, de demander que M. Perraud faisant un effort de plus agrandisse le cercle de son inspiration.
- L’œuvre de M. Carpeaux, depuis le groupe d’Ugolin jusqu’à la statue du Prince Impérial nous montre plus d’abondance et de souplesse ; le beau bronze qui, dans le jardin des Tuileries, est placé en regard du Laocoon n’a cependant pas quitté son socle de pierre pour aller figurer au Champ-de-Mars. Conçue en prévision du marbre, Timportante composition a enfin reçu sa destination primitive. Lorsque le temps aura adouci les âpretés de ce marbre à peine échappé aux morsures de la râpe, lorsqu’il aura perdu ce premier éclat froid, dur, bleuâtre que lui a laissé le travail de pratique si récent, le groupe d'Ugolin restera comme l’un des fiers ouvrages de l’école française. Les transparences de la blanche matière ont jeté des demi-teintes dans les cavités profondes de l’énorme bloc. L’œuvre, à cette transformation, a gagné par les lumières, par les valeurs. Quant au grand sentiment d’ensemble, il reste le même, et à considérer le détail, rien de plus poignant, de plus touchant, de plus vrai, de plus simple que les corps des trois enfants les plus jeunes, affaissés, morts, ou dans les affres de la mort, aux pieds d’Ugolin.
- Qu’on rapproche de ce groupe dramatique la gracieuse
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- figure du petit Pêcheur à la coquille, la Rieuse si charmante, l’élégante et séduisante image du Prince Impérial, ces bustes d’allure si noble, comme celui de Mmc la princesse Mathilde, ou si vivante, comme celui du peintre Eugène Giraud; qu’on se rappelle le fronton magnifique du pavillon de Flore, et ce chef-d’œuvre dans le même ensemble décoratif, le bas-relief, la Flore ; et l’on admirera la fécondité du jeune maître, cette souplesse , cette puissance et cette science obéissant toujours à l’inspiration dominante qui lui permettent d’aborder tour à tour avec une égale assurance, avec un égal succès les œuvres de force et les œuvres d’élégance, les grandeurs tragiques et les simplicités souriantes, les passions humaines, en un mot, dans leur inépuisable variété.
- L’Exposition universelle met de nouveau sous nos yeux bien des œuvres qui nous sont chères. Enumérons les plus importantes : et, tout d’abord le Narcisse, le Saint-Jean, le Chanteur florentin de M. Paul Dubois et un groupe qui nous était inconnu une Vierge tenant l'enfant Jésus, du même artiste, En ces œuvres, nulle pompe, nul déploiement de force, mais un goût exquis, une fleur de jeunesse et une délicatesse dans l’invention qui révèlent l’artiste supérieur. Il y a dans ces compositions un souvenir des créations de Donatello, souvenir animé par l’esprit moderne ;• il n’est pas jusqu’à ces réminiscences de l’art toscan de la fin du quinzième siècle qui n’ajoutent un attrait imprévu, comme une sorte de parfum vague à ces œuvres bien originales, pourtant, et particulièrement ingénieuses.
- On aura retrouvé au Champ-de-Mars avec un égal plaisir la belle Victoire couronnant le drapeau français, exposée par M. Crauk au Salon de 1864; œuvre rare entre toutes, par l’ha-biletéravec laquelle les souvenirs de- l’antique et ' de la renaissance y sont ramenés au sentiment moderne. Comme conception, cette statue est irréprochable. Comme exécution, prise dans son ensemble, étudiée dans ses détails, examinée sous toutes, ses faces, elle donne la pure joie des œuvres éxcèl-
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- lentes; [les pieds, les mains sont d’une grande élégance; les mouvements sont d’une justesse, d’une souplesse qui révèle la beauté d’un corps jeune et fort ; les draperies voltigeantes sont disposées avec un goût plein d’audace raffinée et de féconde invention. Voilà donc une création originale, en même temps qu’une œuvre d’art achevée, complète, correspondant au temps présent.
- Saluons au passage de charmantes conceptions : la Dévi-deuse de M. Sahnson et la Pileuse de M. Mathurin Moreau, qui sont de jeunes sœurs de la Pénélope de M. Cavelier, le jeune maître à qui nous devons le beau groupe de la mère des Gracques au Luxembourg et l’autre façade du pavillon .de Flore; Y Ariane de M. A. Millet; les sévères et nobles figures de M. Gumery, notamment la Science, du monument du président Favre à Chambéry ; le Vainqueur de M. Falguière et, dans une direction différente du même art, les belles médailles de M. Ponscarme.
- Arrêtons-nous aussi devant la belle statue de Virgile, par M. Thomas. Ce qui séduit tout particulièrement dans cette œuvre, c’est qu’elle n’est pas seulement un portrait de Virgile ; mais, mieux que cela, une image plastique excellente, traduisant à merveille la méditation du poète considérée d’une façon absolue. Sûr de sa main,maître de son talent en de tels sujets, où le nu se revêt de draperies antiques, M. Thomas a d’autant plus de mérite d’avoir tenté une œuvre d’un caractère absolument moderne, un portrait de mademoiselle Mars. L’illustre comédienne pourtant est représentée dans le costume et avec les atours de Célimène ; l’artiste a donc accepté un compromis avec la tradition qui éloigne du domaine de la statuaire le costume contemporain ; il n’est pas allé toutefois, comme l’a fait récemment un autre statuaire, pour madame George Sand^ jusqu’à draper son modèle à l’antique; mais il n’a point osé non plu s'fixer dans le marbre l’image consacrée par le portrait de Gérard. L’hésitation évidente de l’artiste, en présence de ce sujet tout à fait neuf, s’est manifestée; jusque dans l’exé-
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- cution matérielle de l’œuvre qui en a gardé une sorte d’indécision générale. L’effort, néanmoins, est méritoire et il est intéressant de le signaler à sa date.
- Rappelons encore quelques noms d’artistes sympathiques au public des expositions : M. Ottin, l’auteur du groupe des Lutteurs : M. Carrier Relieuse, que le Salon annuel de 1867, a mis définitivement en lumière ; M. Gaston Guitton, l’auteur de la Martyre païenne', M. Frémiet (Chef gaulois, Cavalier romain) et M. Gruyère, auteur d’une statue de Chactas au tombeau d'Atala.
- En résumé, la sculpture, parmi les arts du dessin, est celui où, dans l’école française, on rencontre le plus de talents réels, expérimentés, soigneux, honnêtes. Dans tous nos ateliers, aujourd’hui, on sait convenablement modeler une figure nue, dresser sur son socle une statue présentable, exempte de défauts choquants et suffisamment dotée de qualités moyennes, d’élégance, d’invention ingénieuse et patiente. Nos statuaires ont atteint le ?iec plus ultra du talent qui se peut acquérir. Leurs œuvres sont en général d’une correction irréprochable. Il nous reste cependant quelque chose à souhaiter. La correction chez les maîtres ne se déploie jamais aux dépens de la vie. La vie, en statuaire, emprunte ses éléments au caractère, à la passion, à l’invention originale, à la beauté imprévue des mouvements, à l’accentuation du relief, au jeu mobile et profond des lumières et des ombres. Si c’est là, en effet, ce qui constitue la supériorité des créations magistrales ; il faut bien se décider à reconnaître que la correction n’est, à elle seule, qu’un mérite élémentaire, essentiel, le premier de tous, leplus indispensable, mais élémentaire , un mérite d’écolier.
- Or, (nous nous devons la vérité à nous-mêmes) nos statuaires, si fermes, si sages, si savants, ne tirent point de leur talent tout le parti désirable. Ils possèdent à fond lagrammaire de leur art; mais à part des exceptions, l’inspiration leur fait défaut, ils paraissent n’avoir aucune idée neuve, originale à exprimer. De ce côté nous avons fort à faire. Notre personnel
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- d’artistes est admirablement préparé, leur instrument est parfait ; mais qu’ils osent donc enfin s’en servir pour parler au monde moderne un langage conforme à son propre esprit. Un maître ne peut se féliciter de l’éducation qu’il a donnée à un enfant, considérer sa tâche comme finie que le jour où, devenu jeune homme, l’élève se révolte, s’affranchit délibérément, et, s’il le faut, soutient des théories en contradiction formelle avec celles qui lui ont été enseignées. Les vieux maîtres de la Grèce et de la renaissance, nous voyant si timides,seraient-ils fiers de leur descendance ? Il appartient au public de conclure. Mais l’avenir de l’école exigerait, pensons-nous, plus d’audace, un affranchissement d’imagination définitif.
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- L’architecture est parmi les manifestations de l’art celle dont les intérêts sont le moins bien servis auprès du public par les expositions. La foule passe sans s’y arrêter devant ces plans, ces coupes, ces élévations, ces lavis hérissés de formules : les projets lui échappent absolument. Elle ne s’arrête qu’à l’œuvre terminée, et terminée sur le pavé, non sur le papier. Pour l’architecte, la véritable exposition, c’est la place publique, la rue. Là, et là seulement, l’artiste est jugé ; l’artiste plutôt que le savant, il est vrai. La partie qui, dans une œuvre d’architecture, relève nécessairement des sciences mathématiques, reste lettre close pour le passant, et n’apporte à l’architecte aucun surcroît de popularité. Et c’est justice. L’œuvre d’art seule doit nous toucher et nullement les préparations nécessaires.
- Celles-ci, — tout indispensables qu’elles soient, — disparaissent à nos yeux sous l’enveloppe extérieure qui révèle l’action de l’artiste, comme le squelette humain disparaît sous l’enveloppe de la beauté dans une statue de maître. Les initiés savent que cette beauté a pour point d’appui rigoureux la connaissance profonde de l’anatomie qui donne l’harmonie des proportions, la souplesse du geste, la fermeté et la vérité des attitudes ; ils reconnaissent sous l’épiderne du marbre la saillie de telle ou telle partie de l’ossature, le renflement de tel ou
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- tel muscle. Cela n’intéresse point le public et n’a vraiment aucun droit à l’intéresser.
- Il en est de même pour les œuvres d’architecture. L’algèbre et la géométrie, les innombrables planches d’épure qui ont précédé la construction et l’ornementation définitive d’un monument, toute cette maquette aride du palais ou du temple, ne sont point faits pour la masse des visiteurs, mais uniquement pour les visiteurs spéciaux, pour les juges, pour les hommes de l’art.
- Et cependant sur cette maquette seulement se peut fonder un jugement équitable. Le goût, le sentiment des ensembles, des grandes lignes architecturales, l’invention du détail, l’ingéniosité de l’ornement ne suffisent pas à faire un excellent architecte; il lui faut aussi une somme considérable de connaissances spéciales qui garantissent la stabilité, la durée du monument, qui le rendent habitable dans les meilleures conditions d’hygiène, de circulation, d’appropriation à la fonction qui lui est destinée.
- Or, ces exigences étant données, les plans seuls révèlent, et seulement à ses pairs, l’étendue des connaissances acquises par l’architecte, l’habileté qu’il aura déployée dans leur application, la valeur des ressources que la science lui aura fournies pour tirer le meilleur parti d’un programme imposé ou choisi.
- De ce qui précède il résulte que nous n’aurons pas à entrer dans la discussion des œuvres qui ont été envoyées au concours d’architecture.
- Cette étude n’aurait réellement d’intérêt que si l’Exposition universelle avait réuni tous les éléments d’une appréciation définitive sur les tendances locales, sur le caractère, sur le style de l’architecture nationale depuis douze années chez les divers peuples exposants.
- Or, il est bien certain qu’il n’a figuré au Champ-de-Mars qu’une très-petite partie des monuments importants élevés tant en Europe qu’en Amérique et même à Paris en ces der-
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- niers temps ; ceux-là même qui y figurent y sont, nous insistons, insuffisamment représentés par les dessins. U n’en est point, en effet, de la beauté réelle d’un édifice comme de ses qualités de construction. Il faut en pareille matière distinguer la valeur scientifique et la valeur esthétique de l’œuvre. La première, oui, se peut apprécier sur plan ; la seconde, non pas.
- C’est que cette beauté du monument ne tient point uniquement au monument lui-même : elle dépend [beaucoup du milieu où il se trouve placé, des constructions qui l’entourent, du climat auquel il doit résister, de la lumière qui l’éclaire. Or, les dessins d’architecture invariablement éclairés[à 4o degrés, par la pleine lumière, ne nous disent rien de ces conditions environnantes qui peuvent écraser sur place et diminuer singulièrement l’œuvre qui sur plan nous aura le [plus vivemeni séduits. Et que faut-il pour que pareille déception surproduise? Rien, ou peu de chose, en apparence une misère, en réalité une chose énorme : par exemple un changement d’orientation. Ainsi le dessin nous aura montré une façade éclairée au midi, où s’accusaient conséquemment, par l’ombre projetée, les moindres reliefs de l’ornementation, les profils ingénieux, les saillies délicates, les plus fines moulures.
- Que devient toute cette richesse d’effet si la façade définitive reçoit le jour du nord? Arabesques légères, broderies découpées dans une plaque de marbre, feuillages ciselés dans la pierre d’un linteau de porte ou de fenêtre se perdent, s’estompent, se noient dans le gris nébuleux, dans la platitude uniforme d’une muraille verticale, sans'accent, sans relief ni couleur, percée de trous noirs, d’ouvertures carrées, comme un vieux mur de caserne ou d’hôpital.
- A de telles difficultés d’appréciation il n’y aurait qu’une solution : se transporter dans les différents pays, étudierjet comparer sur place les plus récents édifices. Or ce n’est point là le rôle d’un public d’exposition. Opérant donc sur les travaux qui lui étaient soumis, dans des conditions égales d’ailleurs, d’illusion favorable ou défavorable, le Jury international a éta-
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- bli sur la proposition de son président, M. Duban, une cote comparative, une sorte d’échelle de valeurs, fixant de d à 30 les chiffres ou nombre de points qui seraient librement et individuellement attribués par les membres du Jury à chacun des ouvrages exposés, classés de cette façon selon leur importance relative. La somme totale des points divisée par le nombre des voix, donnait une moyenne précise, une première classification soumise à révision dans une discussion générale.
- Une question assez grave et de nature à compliquer les opérations du Jury a été soulevée à cette exposition par la présence dans le parc d’un certain nombre de constructions, qui pouvaient prétendre à entrer dans le concours d’architecture à titre de restaurations archéologiques.
- Y avait-il, par exemple, opportunité de classer l’édifice égyptien exécuté par MM. Mariette et Ch. Edmond, aux frais du vice-roi d’Egypte, au nombre des travaux appelés à être
- jugés avec l’architecture ? Ce monument, par son importance, semblait devoir être, dans l’estime des jurés, placé au-dessus de tous ceux que les autres nations avaient fait élever dans la même enceinte. L’architecture de l’antique Égypte était soumise à des règles comme le fut plus tard celle des Grecs : par conséquent il y avait lieu équitablement de faire une part égale à l’une et à l’autre de ces deux manifestations d’un même art. En outre, le temple égyptien de M. Mariette n’était pas puremenj et simplement une réduction d’un édifice réel. Le savant archéologue avait dû faire un choix pour établir ce spécimen; il s’était arrêté comme lignes générales au petit temple de l’Ouest dans l’île de Philoe, en supprimant les subdivisions intérieures qui auraient gêné pour y établir le musée d’antiquités égyptiennes demandé par la commission impériale. Le monument tel qu’il était conçu résumait les trois grandes époques de l’art égyptien. Les sculptures avaient été moulées avec du papier dans divers édifices, puis coulées en plâtre, rapportées, rapprochées de manière à offrir tous les caractères d’une étude sérieuse, analogue aux travaux archéologiques
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- qui figuraient sous forme de dessin dans les galeries des beaux-arts au Champ-de-Mars. D’autre part, M. de Rossi avait préparé un travail sur les découvertes faites dans les catacombes de Rome. Ce travail ne pouvait-il, avec celui de M. Mariette, avec des reproductions intéressantes de constructions arabes, concourir aux récompenses spéciales de l’architecture? Devait-on accorder un privilège unique aux reproductions et restaurations d’architecture classique ? La solution à ces diverses questions est venue de la Commission impériale et est la meilleure qu’on pût souhaiter. L’ensemble des expositions placées dans le parc a été réuni, pour former une catégorie, une sorte de groupe spécial ayant son importance, on vient de le voir.
- Les trois médailles d’honneur ont été réparties entre MM. Ancelct, pour la France; M. Ferstel (Autriche), auteur de projets de palais, d’église et d’académie, pour Vienne, Brunn et Pesth ; et M. Waterhouse (Angleterre), qui avait exposé les plans d’un monument destiné à la cour d’assises de Manchester. D’après ce que nous avons dit plus haut, on comprend que nous n’insistions pas sur les envois étrangers. Quant à l’exposition de M. Ancelet, c’était un projet de restauration • de la voie Appienne. On ne s’étonnera pas de voir figurer en tête de la liste des médailles d’honneur un travail de restauration, plutôt qu’une composition de projet. La préférence du Jury est fondée sur ce que le travail très-remarquable de M. Ancelet est une véritable création dans le style antique le mieux étudié ; la voie Appienne, en effet, n’a rien gardé de sa forme primitive ; d’informes tronçons de maçonnerie, voilà tout ce qui reste de cet ouvrage de l’ancienne Rome.
- Au premier rang des premières médailles, a pris place le projet de décoration intérieure d’une église, par M. Lameire. Nous avons déjà parlé ie ce très-beau travail dans le paragraphe relatif à la peinture religieuse. Et, en effet, bien que ce projet d’ornementation peinte soit d’une valeur exceptionnelle, bien qu’il ait été motivé par des formes d’architecture
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- parfaitement appropriées à leur objet et créées par l’éminent artiste, le mérite supérieur de son œuvre était, paraît-il, plus encore dans la beauté des motifs de décoration que dans le projet même d’architecture.
- Dans la même classe de médailles se trouvent rangés, pour la France, les travaux de restauration du temple d’Hercule à Tivoli, par M. Thierry, et des temples d’Héliopolis, par M. Joyau. Cette liste se complète par les noms étrangers que voici : M. Schmitz (Prusse), auteur de projets de temple protestant et de restaurations de monuments du moyen âge ; M. Fowke (Grande-Bretagne), pour son projet du nouveau musée de Kensington ; enfin M. Rosanoff (Russie), pour un projet de cathédrale.
- Nous ne poursuivrons pas plus loin l’analyse de la liste des récompenses. Bornons-nous à indiquer ici la part faite aux divers peuples.
- Le jury disposait de vingt-trois médailles ; les douze médailles accordées à la France étant écartées, restaient onze médailles, qui se sont trouvées réparties de la manière suivante : Grande-Bretagne quatre, dont une médaille d’honneur, une première, une seconde et une troisième médaille ; — Autriche, trois, dont une médaille d’honneuret deux secondes médailles ; — Prusse, une première médaille ; — Belgique et Suisse, chacune une troisième médaille. Le génie pratique de l’Angleterre, en fait d’art, devait effectivement trouver un heureux et fécond aliment dans cette forme particulière du sentiment esthétique.
- Il nous reste une dernière remarque à faire sur l’ensemble des travaux récompensés. Parmi les douze ouvrages français, nous relevons neuf projets de restauration de monuments antiques et seulement quatre projets originaux (l’un des exposants a envoyé simultanément un projet original et un projet de restauration) ; parmi les onze ouvrages étrangers, on compte onze projets originaux.
- Le rapprochement est curieux. Si l’on ne voyait pas s’élever
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- sous nos yeux dans Paris des monuments comme les Halles centrales, comme Y Église de la Trinité, comme le Nouvel Opéra, etc., etc., qui témoignent suffisamment de l’activité et de l’initiative des architectes français, on croirait, à se borner aux seuls envois faits à l’Exposition, que nos artistes vivent beaucoup plus avec les morts et pour les morts qu’avec et pour les contemporains.
- Mais il ne faut pas oublier que les artistes tout à fait hors de pair, ceux qui sont chargés des principaux travaux d’architecture dans nos grandes villes, ont peu de loisir pour préparer des travaux d’exposition. Les jeunes gens, seuls ou à peu près, se mêlent à ces concours spéciaux. Ils sont encore dans l’âge de l’étude, et c’est précisément le résultat de leurs études qu’ils nous montrent. C’est par le relevé analytique, par la comparaison des belles œuvres du passé, qu’ils s’instruisent dans la pratique de leur art. Cependant en présence de la quantité de projets originaux envoyés au Champ-de-Mars par les architectes étrangers, il y a lieu de souhaiter que nos architectes français les plus éminents ne s’abstiennent point, comme ils l’ont fait cette année, si jamais pareille lutte s’ouvrait de nouveau, soit à Paris, soit hors de France. En 1867, chez nous, cette abstention n’avait point de gravité : l’exposition d’architecture débordait singulièment l’enceinte du Champ de-Mars, elle se confondait avec le Paris de Napoléon III.
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- Très-lente en ses procédés minutieux et difficiles, dès qu’elle-est traitée sérieusement, la gravure, après avoir jeté un vif éclat dans l’école française pendant deux siècles, a été, de nos-jours, menacée dans ses développements par l’invention de procédés plus rapides, et par suite beaucoup moins coûteux, appliqués à la reproduction des œuvres d’art. La lithographie,, d’abord, ensuite la photographie, en dépit de leur infériorité,, ont conquis auprès du grand public une vogue telle que l’industrie privée eût été impuissante à empêcher la dispersion de notre école de gravure. Il a fallu le puissant concours de l’État, pour arrêter, tout au moins pour combattre la prompte décadence, je dirai presque l’abandon définitif qui atteignait un art. bien français pourtant.
- Les importantes commandes faites à nos graveurs depuis-1850 par la chalcographie du Louvre ont été le premier signal d’une renaissance vivement souhaitée par tous les gens de goût. Malheureusement, cet établissement siimportantetqui a rendu tant de services n’est bien connu que des marchands, d’estampes. Le public ne sait pas assez qu’au rez-de-chaussée de la cour du Louvre il peut, à des prix accessibles à toutes les fortunes, se procurer des épreuves des plus belles planches gravées d’après les maîtres depuis plusieurs siècles. 11 ne sait pas assez que, de jour en jour, le choix qui lui est offert s'augmente notablement, et que, en l’espace de quinze ans plus
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- de 700 planches nouvelles, entrées dans ses collections et ajoutées à l’ancien fonds, ont porté le catalogue actuel à près de 5,000 numéros.
- Mais le public serait-il mieux informé, qii’on se demande si vraiment il userait des facilités qui lui sont offertes d’acquérir et de posséder de belles estampes. Il semble qu’il se désintéresse un peu plus chaque jour de cet art sévère et qui fut si grand. Si nous parcourons l’Exposition universelle, nous voyons partout des preuves de cette indifférence du public. Cependant là encore c’est la France qui tient la tete dans cette direction de l’art ; c’est parmi nos artistes que se rencontrent encore le plus fréquemment cet amour des longs et sérieux travaux et cette intelligence d’interprétation qu’exige la reproduction de l’œuvre des maîtres par le burin.
- C’est ainsi qu’une des deux médailles d’honneur a été décernée par le Jury à M. Alphonse François, pour la belle planche du Couronnement de la Vierge, exécutée d’après le tableau de Fra Angelico, du musée du Louvre ; deux premiers prix à MM. Bertinot et Martinet, pour les estampes exécutées, comme la précédente, d’après des tableaux du Louvre, pour la chalcographie ; un second prix, enfin, à M. Salmon, dans les mômes conditions. M. Salmon exposait, en outre, un fac-similé très-remarquable d’après un dessin de M. Ingres. Parmi les troisièmes prix, auprès des noms de MM. Blanchard et Rousseaux, graveurs au burin, nous relevons deux autres noms d’artistes des plus habiles qui ont, par leur talent, largement contribué à la tentative de renaissance à laquelle nous assistons en ce moment, la renaissance d’un genre de gravure plus prompt et plus souple, plus libre et plus coloré, la gravure à l’eau-forte. Les belles études de M. Charles Jacque et les merveilleuses reproductions des gemmes et joyaux de la couronne par M. Jacquemart, méritaient cette distinction exceptionnelle accordée à l’eau-forte.
- Dans les galeries étrangères, nous n’avons que de rares efforts à signaler ; mais, au premier rang, les travaux conscien-
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- cieux de M. Joseph Keller, d’après la Dispute du Saint-Sacrement de Raphaël; de M. Mandel, d’après la Vierge à la chaise; et de M. Bartliemen, d’après des ouvrages modernes. Ces trois artistes ont exposé dans la galerie prussienne. Le Jury a désigné dans la galerie belge, pour un second prix, M. Joseph Bal, auteur de deux gravures, Furie d’après Raphaël, l’autre d’après Gallait ; enfin, il a accordé une récompense de même valeur à M. Girardet, de Nenfchâtel (Suisse). Bien que cet artiste soit né en dehors de nos frontières, le talent de M. Girardet est depuis de longues années un talent absolument français.
- Bien qu’il ne figure pas sur la liste des récompenses, nous ne pouvons ne point nommer ici M. Henriquel Dupont, le plus éminent de nos graveurs français contemporains. Auprès de ce nom illustre, il nous est encore permis de citer ceux de MM. LéopoldFlameng et Ferdinand Gaillard, qui ont exécuté, soit pour la chalcographie, soit pour des publications privées, des planches véritablement remarquables.
- Et cependant, il faut bien le reconnaître, l’art de la gravure au burin est sérieusement menacé. La photographie, avec toutes les applications qui en dérivent, tend à substituer de plus en plus le procédé mécanique à l’art direct du graveur dans la reproduction des œuvres d’art. Des genres secondaires, mais qui laissaient encore à l’artiste toute sa puissance d’action, la liberté et l’intelligence de l’interprétation par le cerveau et par la main de l’homme : —l’eau-forte, la lithographie (qui aura si peu duré), la gravure sur bois elle-même, — sont atteints par le maniement expéditif de la photographie. Le goût public s’écarte des estampes sévères; les petits amateurs, dont le nombre va toujours croissant, hésitent à payer une gravure moderne ce qu’elle vaut. En ce temps d’habileté et de productions rapides, ils trouvent aisément le moyen de se procurer une aquarelle, une peinture décorative, un tableau tel quel qui réjouit leurs yeux et orne leur appartement pour le prix qu’ils eussent mis à une belle estampe. C’est pourquoi les éditeurs renoncent à entreprendre la publication de grandes
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- planches fort coûteuses, pour lesquelles ils ne sont point assurés d’avoir un public, et qui, d’autre part, sont contrefaites par la photographie au moment même de leur apparition.
- Dans ces conditions, la gravure ne trouvera bientôt plus de secours que dans les commandes de l’État, qui seul peut faire les avances nécessaires à l’exécution de planches dont le débit est très-lent. Loin de nuire au commerce, l’intervention de l’État ne peut que contribuer à la prospérité des entreprises particulières du même genre. C’est, en effet, parmi les artistes choisis par la chalcographie pour reproduire les chefs-d’œuvre du Louvre que l’industrie privée recrute des graveurs que celle-ci ne suffirait point à entretenir de travaux.
- M. le sénateur, surintendant des Beaux-Arts, pouvait donc récemment écrire ces quelques lignes par lesquelles nofts ne saurions mieux conclure ce rapport sur la gravure ; elles définissent clairement la situation actuelle : « Comme Sèvres, « comme les Gobelins ou l’Imprimerie impériale, le Louvre « ne peut avoir la pensée de faire concurrence à l’industrie « privée. Sa mission est au contraire de fournir au commerce « des moyens d’action, en mettant à la disposition du public, « à des prix modérés, des modèles parfaits de l’art dans cha-« cune de ses divisions. Si, depuis que j’ai l’honneur de diriger « l’administration des musées impériaux, l’art de la gravure a « pu se maintenir malgré la concurrence de nouveaux modes « de reproduction plus rapides, mais beaucoup plus super-« ficiels et bien moins durables, le soutien que lui a prêté la « chalcographie l’a, j’en suis convaincu, puissamment aidé « dans cette lutte (1). » On l’a déjà dit et bien dit, avant peu, en France comme à l’étranger, la gravure sera devenue, par a force des choses, un « art d’État ».
- [\)Rapport de M. le comte de Nieuwerkerque, sénateur, surintendant des Beaux-Arts, membre de l’Institut, sur les travaux de remaniement et d’accroissement réalisés depuis 1849 dans les musées impériaux, suivi d’un relevé sommaire des objets d’art entrés dans les collections de 1849 à 1863. — Paris, librairie académique Didier et Cie, 35, quai des Grands-Augustins. 1863.
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- CONCLUSION
- SUR L’ENSEMBLE DU GROUPE I*'
- DE L’INFLUENCE DES EXPOSITIONS INTERNATIONALES
- sur l’avenir de l’art.
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- CONCLUSION
- Arrivé an terme de cette étude, nous voulons essayer de répondre à une question importante qui n’a cessé d’être présente à notre esprit pendant le cours de nos visites aux galeries d’art de l’Exposition universelle. Cette question s’impose nécessairement à l’observateur dès que, sortant du Champ-de-Mars, il rentre en possession de lui-même et réfléchit sur ce qu’il vient de voir : Quelle influence les expositions internationales exerceront-elles sur l’avenir de l’art?
- Je ne sais s’il m’appartient rigoureusement de démontrer le bénéfice considérable qu’apporteront à l’humanité ces vastes concours fréquemment renouvelés entre toutes les industries et entre toutes les nations du monde civilisé. On me permettra cependant, avant d’aborder directement le sujet qui nous touche de plus près, de rappeler que personne de bonne foi n’a jamais pu contester le bienfait des expositions industrielles au point de vue des progrès de l’industrie. Cette digression est nécessaire pour mettre, relativement aux beaux-arts, la question dans tout son jour. Il est évident pour tout le monde, en effet, que les expositions d’industrie vont directement à leur but, puisqu’elles contribuent puissamment à nous faire parcourir les longues étapes qui nous séparent encore de notre idéal d’affranchissement, idéal enraciné au cœur de l’homme, avec la ténacité de l’instinct, avec une force en quelque sorte providentielle. L’homme, et c’est là sa grandeur,
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- GROUPE I.
- n’a jamais accepté los dures servitudes que lui impose sa condition terrestre. Il a dû les subir, il ne s’y est jamais soumis. Jeté nu, sans armes et sans défense, sur la planète qu’il occupe, il n’a pas un seul instant cessé de protester contre l’infériorité où il se trouvait placé vis-à-vis de la nature. Dès le premier jour, il est entré en lutte contre les obstacles incessants que les climats, que les monts et les fleuves, que les animaux et les végétations d’espèces malfaisantes dressaient devant lui, contre les pernicieuses influences en un mot que les phénomènes astronomiques qui régissent le globe terrestre opposaient non-seulement à son bien-être, mais bien pis encore, à son existence. Il n’avait dans ce rude combat d’autre motif d’espérer que son génie, d’autre foi qu’en son audace (audax Japeti gémis), il n’avait d’autre arme que le travail.
- Avec ces moyens bien humbles en apparence, et tout-puissants en réalité,il a entrepris de discipliner ces forces ennemies, de les enrôler à son service et, sous son active et intelligente direction, de les faire concourir à son bonheur, à ce bien-être qu’elles semblaient lui refuser. Il s’est dit qu’en dépit de sa faiblesse, il saurait conquérir ce monde formidablement armé contre lui. Mais la conquête, au début, fut lente, et lente surtout par l’isolement des efforts individuels. Que de trésors acquis déjà, que de conquêtes partielles déjà accomplies,, furent ainsi perdus sur ce terrain où il fallait disputer le sol pied à pied ! Perdus 1 et pourquoi ? sinon parce que chaque pionnier du grand oeuvre marchait à l’aveugle et seulement pour son .propre compte, ignorant que son voisin peut-être avait déjà défriché l’espace où il s’engageait à son tour, dépensant vainement à ce labeur et son temps, et sa peine, et son génie, alors que ses sueurs eussent été si fécondes, s’il avait repris l’œuvre commune précisément au point où l’avaient amenée ses devanciers. L’information, qui permet l’association et la continuité des efforts, telle est la loi fondamentale des progrès rapides en fait d’industrie, loi dès longtemps prévue et appliquée par les premières sociétés dans la mesure étroite où le
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- leur permettait la difficulté des communications, et conséquemment des échanges d’idées entre les pays les plus rapprochés. Il est donc certain que le retour fréquent des expositions industrielles, en généralisant sur la surface du globe l’information des découvertes isolées, concentre dans une action commune les forces qui jadis s’égaraient au hasard. A l’effort individuel a succédé l’effort collectif. Par là, à n’envisager que le résultat immédiat auquel tendent les convocations périodiques des énergies inventives de tous les peuples, et sans s’arrêter à de plus hautes et plus lointaines espérances, on est largement autorisé à affirmer que les expositions de l’industrie universelle, une des grandes idées de ce siècle, vont tout droit à leur but si avouable, je dirai même si noble: <à l’affranchissement du servage que la nature hostile fait peser lourdement sur l’humanité.
- Est-il aussi évident que les expositions universelles concourent nécessairement aux progrès des beaux-arts ? Est-il incontestable qu’elles exercent une influence également heureuse à ce point de vue chez tous les peuples ? La question est complexe, il faut la traiter avec soin et méthodiquement.
- A priori, quelles que soient les conclusions auxquelles nous arrivions, nous déclarons qu’elles ne sauraient nous déterminer à combattre le principe de l’admission des beaux-arts dans les concours internationaux, et il serait parfaitement inutile, en effet, de les tenir à l’écart ; le mal, si mal il y a , ne vient point du fait même de ses agglomérations, qui sont elles-mêmes un résultat de causes plus hautes et plus générales. On aurait beau ne point mêler les beaux-arts à ces grandes exhibitions, que la facilité des communications, créée par l’industrie moderne, aurait toujours pour effet de vulgariser entre les peuples la connaissance de l’état, des ressources, des tendances et des manifestations de l’art chez chacun d’eu\. Si cette révélation doit avoir des inconvénients, il est donc certain qu’il vaut mieux aller au-devant d’eux par l’immense
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- publicité des Expositions, publicité qui, par contre-coup, aura tout au moins l’avantage de nous révéler ces inconvéniens avec certitude, et, par cela seul, de nous suggérer le désir, sinon le moyen de les combattre.
- Evidemment les peuples encore enfants, en ce qui touche à la culture des beaux-arts, retireront des fruits précieux des révélations que leur apporte l’exposition de toutes les écoles d’art européennes. 11 apprendront nos procédés et, mieux que cela, comment on peut regarder et interpréter les phénomènes extérieurs avec le sens et par les moyens de l’art. Ceux chez qui cette faculté résidait latente et non encore révélée, à l’état seulement de vagues aspirations, recevront en de semblables circonstances la confirmation de leurs instincts, et s’engageront à leur tour dans cette voie de jouissances délicates qui satisfait aux plus nobles appétits de l’homme. Le seul danger pour ces débutants, c’est qu’ils acceptent sans contrôle des formules toutes faites, et qu’au lieu d’interpréter directement leurs sensations personnelles, ils se bornent à reproduire mécaniquement, pour ainsi dire, les manifestations d’art qui appartiennent à des peuples d’un génie différent.
- Et c’est là précisément le péril qui menace non-seulement les peuples qui entreront désormais dans le monde de l’art, mais aussi les anciennes écoles du continent. Si la suprême vertu d’une école en général — et en particulier de chaque artiste — consiste à exprimer avec une absolue sincérité de sensation les émotions que lui font éprouver les spectacles de la nature, à traduire ses pensées, ses sentiments absolument personnels à l’aide des formes et des couleurs dont le monde extérieur lui fournit les éléments et les modèles; si (ce qui doit être un credo rigoureux en fait d’art) la grandeur propre d’une école ou d’un artiste consiste à apporter aux hommes une formule nouvelle, si humble ou si vaste qu’elle soit; en un mot, si l’originalité est véritablement le titre principal d’une école ou d’un artiste aux sympathiques empressements des foules , n’y a-t-il pas lieu de craindre que , par cette fréquente com-
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- munication des écoles entre elles, l’originalité de chacune d’elles ne s’émousse singulièrement et que l’art de l’avenir n’en arrive à se couler dans un moule uniforme, sans distinction de race ni de génie national, au détriment des âpretés natives et au plus grand profit de la médiocrité banale? On le voit, la question méritait d’être posée. Ne pouvant l’éluder, il faut l’aborder franchement et la traiter sans redouter d’envisager froidement toutes ses conséquences.
- Autrefois, les écoles vivaient éloignées F une de l’autre, dans un isolement à peu près complet. Sur un fond primitif transmis par tradition à travers la longue nuit du moyen âge , recueilli dans les manuscrits où s’étaient conservées les formules de Fart byzantin, au nord et au midi, en Italie connue en Allemagne, des hommes d’un génie plus actif surent asseoir les premières bases d’un art nouveau. Ils exprimèrent naïvement alors leurs conceptions particulières de la vie morale et de la vie physique , traduisant au moyen de la forme et de la couleur les spectacles naturels qu’ils avaient sous les yeux et les passions qu’ils partageaient avec les hommes dont ils étaient entourés. Ces premiers maîtres laissaient quelques élèves initiés par eux à leurs procédés. Ceux-ci, à leur tour, rentrés dans leur ville, dans leur village, continuaient, à l’aide de ces procédés, à exprimer leurs émotions propres et non plus celles de leurs initiateurs. Leur réputation se fondait, mais dans un rayon étroit ; on venait à eux , mais de peu de distance, pour apprendre les moyens pratiques de Fart, et, ces moyens acquis, chacun les appliquait d’une façon vraiment originale. Il y avait assurément un lien, le lien qui formait école entre ces diverses générations d’artistes; mais ce caractère d’école ne tenait pas moins à la communauté d’origine , c’est-à-dire à une certaine communauté de moeurs, de- passions, de sentiments, qu’à la communauté des principes recueillis à une même source.
- C’est dans cet isolement relatif que se sont formées les écoles du nord, allemande, flamande, hollandaise, les écoles t/_i. 9
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- du midi, l’école de Sienne, l’école florentine, l’école romaine, l’école bolonaise, l’école vénitienne, vivant côte à côte sur un petit espace de terre, et cependant marquées si franchement au sceau du génie local. C’est d’un tel état de choses que sortirent les Albert Dürer, les Rembrandt, les Ruysdaël, les Rubens, les Raphaël, les Léonard, les Michel-Ange, les Titien, les Yéronèse, tous ces grands noms qui éclairent l’histoire de l’art et brillent d’un éclat personnel si vif. Aujourd’hui les choses ont bien changé. L’enseignement est collectif, non-seulement pour les artistes d’une même nation, mais encore pour les écoles du monde entier. Les établissements publics consacrés à l’éducation spéciale de l’art admettent des élèves de toutes les nationalités ; bien plus, beaucoup d’artistes étrangers viennent solliciter les leçons de nos peintres français, et, au lieu de reporter chez eux les enseignements ainsi recueillis, ils adoptent définitivement la vie française, prennent résidence à Paris, exposent à nos Salons annuels, participent à tous nos concours , à toutes nos récompenses et ne gardent de leur origine étrangère que la forme de leur nom. D’autre part, la majorité des artistes dans les écoles étrangères , sans aller si loin , garde les yeux tournés vers la France , périodiquement vient visiter nos Expositions, y puiser plutôt encore des procédés et des modèles définitifs qu’un guide général et une manière d’observer.
- L’Exposition nous montre ce qui semble, au premier abord, devoir advenir de ce frottement constant des écoles entre elles, je veux dire une sorte d’émoussement inévitable du tempérament national dans l’art et la naissance d’un art cos-
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- mopolite. Evidemment si la multiplicité des communications entre les peuples avait pour résultat inévitable cet effacement absolu de toute originalité dans l’art, il faudrait arrêter ici nos espérances d’avenir et fermer à jamais le livre glorieux de l’histoire des arts. Mais il est impossible qu’il en soit ainsi. Aveuglément et sans autres raisons que des raisons de pur sentiment, nous nierions intrépidement que nous ayons
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- atteint le terme et louché le fond de cette faculté qui est comme le couronnement de la civilisation pour l’humanité.
- L’homme a reçu le sens de l’art comme il a reçu le sens du vrai et du bien. Il ne laissera pas plus périr le premier que les deux autres. Il est impossible, d’autre part, que les phénomènes sociaux qui contribuent au développement de l’industrie, c’est-à-dire à l’affranchissement de la matière, conduisent par une singulière et inacceptable contradiction à l’écrasement de ce qui précisément domine la matière, à l’étouffement de l’idéal. Nous ne pouvons douter de la durée et de l’accélération du mouvement industriel et social qui tend à rapprocher et à confondre les peuples de plus en plus. Nous avons vu ce que ce rapprochement apportait avec lui de bienfaits; on ne saurait admettre que ce qui profite si largement à l’humanité dans cette direction, puisse, sur le terrain de l’art, lui être nuisible. Il n’y a donc pas à se révolter contre cette loi des sociétés modernes, mais à compter avec elle. La période d’émoussement, de cosmopolitisme dans laquelle nous entrons sera plus ou moins longue, mais j’ai la ferme assurance qu’elle ne peut être qu’une période de transition. Peut-être n’y aura-t-il plus de grandes écoles locales, nationales; mais toujours il y aura de grandes individualités qui, pourn’être point spécialisées, enfermées dans les lisières d’une tradition d’école, n’en auront qu’une action plus large et plus énergique sur l’humanité. Au lieu d’être les représentants de la Flandre, de la Hollande, de l’Allemagne, de Rome, de Florence ou de Venise, ils seront les représentants de l’humanité tout entière. De même que sur le terrain commun d’une école, nous nous attendions autrefois à voir surgir des personnalités originales, de même sur le terrain commun de toutes les écoles fondues en une seule, surgiront des individualités non moins originales. Et, d’ailleurs, bien qu’on en ait dit, le génie se produit en dehors des conditions de race, de milieu et de moment. Lorsoy les hommes de génie auront à se manifester dans un "Atîü et' à un moment où les races, confondant leurs lucres person-
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- nelles en un seul foyer, auront affirmé comme loi fondamentale de l’art un retour absolu à l’étude de la nature, considérée comme un moyen d’exprimer l’âme humaine : ils domineront d’un sommet d’autant plus haut. Ici, comme dans l’industrie, l’effort collectif aura grandi d’autant plus les affirmations du génie individuel.
- Ajoutons d’autre part que les artistes prédestinés sont à peu près insensibles à l’influence du milieu esthétique où ils se développent. Ils empruntent à leurs devanciers, à leurs maîtres directs, une première somme de connaissances et de procédés matériels nécessaire pour formuler leurs pensées, mais ils n’acceptent aucune formule toute faite. Le public, les amateurs et les artistes inférieurs seuls étudient le milieu d’art contemporain. et ces derniers sont seuls aussi à emprunter des éléments d’action et de succès aux nombreux ouvrages que les Impositions universelles mettent sous leurs veux. A cela on ne peut, rien faire. Il y a toujours eu, il y aura toujours une plèbe dans l’art comme dans tous les autres ordres d’activité : ne faut-il pas pour satisfaire au nombre croissant des exigences un nombre croissant de ce que j’appellerai des praticiens? L’impulsion leur vient du dehors; l’inspiration, iis la reçoivent des maîtres, des artistes créateurs, et leur action se borne à la propager, à la vulgariser avec plus ou moins d’habileté, avec des modifications et des altérations correspondant à la finesse de goût plus ou moins développée des diverses classes dans le milieu social.
- Quant aux maîtres originaux, ne craignons point de le répéter, il n’v a pas à s’inquiéter de cette transformation des mœurs à laquelle le xix° siècle nous fait assister. Art local ou art cosmopolite, sur quelque terrain que ce soit, leur génie se manifestera spontanément, se développera librement , sans s’arrêter à d’apparentes entraves, parce que le génie est une force irrésistible, une. faculté indépendante des causes secondaires. Il est possible que la moyenne de l’art subisse l’influence de celle transformation, qu’elle gagne en
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- science, en procédés, et qu’elle perde en originalité. Mais, au total, ma conviction profonde et ma plus chère espérance, c’est que le patrimoine de l’humanité n’en sera pas amoindri. Nous en avons pour garant l’histoire qui nous révèle à chacune de ses pages l’action constante, l’action providentielle du génie.
- Maintenant est-il possible de prévoir quelle forme déterminée prendra cette action; comment elle se rattachera aux évolutions des sociétés modernes ? Peut-être. Mais il faudrait un volume pour traiter une question si grave, assez grave pour solliciter la réflexion des esprits les plus sérieux et servir de thème aux méditations du philosophe. D’ailleurs, ce n’est pas ici le lieu. Le champ des conjectures ne saurait être ouvert plus longtemps à cette place qui appartient uniquement aux faits. A une question si complexe, il faut une réponse longuement motivée ; cette réponse fera donc l’objet d’un travail ultérieur où seront étudiés le rôle social de l’art dans le passé et ses destinées dans le monde moderne.
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- RAPPORT
- de M. E. du SOMMERARD
- Commissaire délégué.
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- COMMISSION DE L’HISTOIRE DU TRAVAIL
- A L’EXPOSITION* UNIVERSELLE DE 1867
- MEMBRES DE LA COMMISSION :
- Le comte de Nieuwerkerke, sénateur, surintendant des Beaux-Arts, président de la Commission impériale des Monuments historiques de France. — Président;
- Le marquis de Laborde, directeur général des Archives de l’Empire, membre de la Commission impériale des Monuments historiques de France ;
- De Longpérier, conservateur des Antiques au Musée du Louvre, membre de la Commission impériale des Monuments historiques de France;
- Du Sommerard, directeur du Musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny, membre de la Commission impériale des Monuments historiques de France;
- Lartet, membre honoraire de la Société d’Anthropologie ;
- Baron Alphonse de Rothschild ;
- Secrétaire de la Commission : M. Alfred Darcel, attaché à la conservation des Musées impériaux.
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- Par M. E. du SOMMERARD.
- CHAPITRE I.
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- ORGANISATION DE L’EXPOSITION DE L’HISTOIRE DU TRAVAIL.
- La Commission impériale;, en décidant, par arrêté du ministre dr’État, son vice-président, en date du 8 janvier 1866, qu’une galerie spéciale,serait réservée, au Champ-de-Mars, pour l’installation d’une exposition rétrospective qu’elle désignait d’avance sous le titre d''Histoire du Travail, n?a pas cédé, ainsi, que quelques personnes ont parude supposer dans le principe, à la pensée, bien légitime du reste, de donner une attraction, de plus à l’Exposition universelle de 1867. Le but qu’elle se, proposait était d’un caractère plus élevé, et nous le trouvons défini en quelques mots dans l’exposé sommaire qui précède l’arrêté constituant la Commission de l’Histoire du Travail : « Faciliter, pour la pratique des arts et l’étude de leur histoire, « la comparaison des produits du travail de l’homme aux di-«c verses époques et chez les différents peuples ; fournir aux « producteurs de toute sorte des modèles à imiter, et signaler « à l’attention publique les. personnes qui conservent lesœu-« vres remarquables des temps, passés. » Tel était le pro— gramme.tracédès le premier jour à.la Commission de;l’Histoire, du Travail, chargée, sous la présidence du comte.de Nieuwer-, kerkev surintendant des Beaux-Arts, d’organiser et de mener abonne fin l’exposition nouvelle à laquelle.chacune- des na-.
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- tions représentées au Champ-de-Mars allait être appelée à apporter son concours.
- L’étude des temps anciens est devenue de nos jours, pour ainsi dire, un besoin général, et il est peu de personnes qui ne s’y associent d’une manière plus ou moins directe. L’indifférence dont nos antiquités nationales, celles des premiers temps de la monarchie, du moyen âge et des règnes qui l’ont suivi, étaient l’objet de la part du plus grand nombre, il y a un demi-siècle à peine, a fait place au respect le plus sincère pour les souvenirs du passé et à la recherche passionnée des œuvres d’art produites par les âges qui nous ont précédés. Cette réaction salutaire vers les époques principales de l’art et de l’industrie de nos pères s’est accomplie suc-cessivementde période en période, en commençant par le moyen âge et la renaissance, et en se terminant aujourd’hui par les œuvres primitives des temps les plus reculés, après avoir successivement remis en lumière les beaux ouvrages du xnr, du xive et du xve siècle, ceux des règnes de François Ier et de Henri II, les éclatants produits du siècle de Louis XIV et des deux dernières périodes antérieures à la Révolution ; si bien que, au temps où nous sommes, en dehors de nos collections publiques, de nos musées et de nos bibliothèques, les galeries particulières qui n’étaient qu’une rare exception au commencement de ce siècle, sont nombreuses autant que leurs éléments sont variés, et que les richesses qu’elles renferment forment un puissant appoint pour l’histoire de l’art et de l’industrie de
- nos aïeux.
- L’exposition de l’Histoire du Travail n’était pas sans précédents ; déjà à Londres en 1862, pendant la dernière exposition universelle, l’administration du Kensington Muséum réunissait, dans les bâtiments dont elle a la disposition, une brillante collection de monuments de toute nature et d’objets de toute provenance appartenant aux siècles passés. Ces monuments, confiés par leurs propriétaires, venaient s’ajouter à ceux que renfermaient les galeries du musée et formaient un
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- ensemble fort remarquable, malgré l’absence de méthode dans le classement et la confusion des nationalités. En 1865, à Paris, un premier essai du même genre était tenté par une réunion d’artistes et d’industriels éminents dont les efforts ont été couronnés par un succès justement mérité. L’exposition rétrospective de Y Union des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie, dirigée par M. Guichard, l’actif président de cette association, avec le concourt* de ses collègues qui n’avaient reculé devant aucun sacrifice pour mener à bonne fin l’œuvre entreprise, avait reçu du public l’accueil le plus sympathique. Mais cette fois, au palais des Cbainps-Élysées, comme en 1862, au Kcnsington Muséum, l’exposition rétrospective embrassait les objets d’art de tous les siècles et de toutes les contrées, sans distinction d’origine, d’époque et de provenance; et néanmoins, les richesses qu’elle présentait et dont la plupart, conservées dans les galeries particulières, étaient ignorées du public, ont été, nous le répétons, l’objet d’une faveur toute spéciale. Le résultat obtenu par l’Union centrale, résultat sans précédent chez nous, a été aussi complet que possible, et nous sommes heureux de pouvoiç en rendre, une fois de plus, le sincère témoignage au comité organisateur de cette excellente institution.
- L’exposition de l’Histoire du Travail de 1867, partant d’un point de départ tout autre, avait pour première base le principe absolu des divisions de nationalités adoptées pour les industries modernes; la galerie qui lui était affectée devait bien recevoir les produits de tous les pays et les œuvres appartenant aux différentes contrées depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, mais aux ternies du règlement, les objets se rattachant à l’industrie de chaque nation devaient être placés dans une portion distincte de cette galerie et disposés de manière à caractériser les époques principales de l’histoire de chaque peuple.
- La Commission chargée de la section de l’Histoire du Travail avait dès lors une double tâche à remplir : elle devait d’abord faire appel à toutes les puissances étrangères pour les convier
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- à prendre part à cette exposition dont l’intérêt ne pouvait que s’accroître par la comparaison des produits exposés, en raison directe du nombre des contrées qui y seraient représentées ; elle avait en outre à arrêter les bases d’une classification générale qui pût s’appliquer à chaque pays, tout en laissant aux Commissions étrangères le soin d’organiser leur participation à l’œuvre commune. Quant à la section française, le but que.la Commission se proposait d’atteindre, et qui se trouve exactement défini dans une de ses circulaires, était d’organiser cette exposition de manière à faire connaître par la vue des monuments qu’elles nous ont laissés, les époques principales de l’art et de l’industrie de nos pères, de donner l’idée exacte de l’importance de nos arts industriels à toutes les périodes de notre histoire ; elle voulait faire saisir en outre par un classement méthodique la succession chronologique des progrès, des transformations et même des défaillances du travail national.
- Ce classement, adopté pour la section française en même temps qu’il était indiqué comme pouvant servir de base à toutes les contrées étrangères , divisait la galerie de l’Histoire du Travail en dix époques bien tranchées. Ces divisions sont les suivantes :
- 1° La Gaule avant l'emploi des métaux;— Comprenant les ustensiles d’os et de pierre, avec les ossements des animaux aujourd’hui disparus du sol de la France, mais trouvés avec ces objets et pouvant indiquer la période à laquelle ceux-ci appartiennent ; — 2° La Gaule indépendante ; — Armes et ustensiles de bronze, de pierre; objets de terre cuite; — 3° La Gaule pendant la domination romaine ; — Bronzes, armes, monnaies gauloises,, orfèvrerie, bijoux, poteries rouges et noires, émaux incrustés, etc.; —4° Les Francs jusqu'au sacre de Charlemagne (800); — Bronzes, monnaies, orfèvrerie, bijoux, armes, poteries, manuscrits, chartes, etc. ; — 5° Les Car-lovingiens, du commencement du ixe à la fin du xie siècle; — Sculpture, ivoires, bronzes, monnaies, sceaux, orfèvrerie, bijoux, armes, manuscrits, chartes, etc.; — 6° Le Moyen Age,
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- du commencement du xne siècle au règne de Louis XI, inclusivement (1483) ; —1 Statuaire, sculpture en ivoire, bois, meubles, bronzes, monnaies, sceaux, orfèvrerie, bijoux, armes et armures, manuscrits, miniatures, émaux incrustés et chainplevés, poteries, tapisseries, tissus, broderies, vêtements, etc. ;—7° La Renaissance, depuis Charles VIII jusqu’à Henri IV (1610); — Comprenant, comme la période précédente, les produits de la sculpture, ceux de l’orfèvrerie, de l’armurerie et de la coutellerie ; puis les émaux peints, les faïences vernissées, celles dites de Henri II, les ouvrages de Bernard Palissy et de ses continuateurs, les verreries, les tapisseries, les tissus, les broderies, les reliures, etc. ; — 8° Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, de 1610 à 1716, dans lesquels se trouvent, outre les produits des siècles précédents ci-dessus désignés, les ameublements en bois sculpté et doré, les marqueteries rehaussées de bronzes, les faïences de Nevers et de Rouen, ainsi que les porcelaines de Rouen et de Saint-Cloud ; — 9° Le règne de Louis XV, de 1715 à 1775, présentant, outre tous les objets énumérés ci-dessus, les vernis Martin, les porcelaines de Chantilly, deMennecy,de Vincennes et de Sèvres; les faïences de Moustiers, de Marseille, de l’Alsace, de la Lorraine, de la Picardie, etc.; — 10° Le règne de Louis XVI et la Révolution française, de l’année 1775 à 1800.
- L’appel adressé par la Commission à toutes les contrées étrangères a reçu l’accueil le plus sympathique, et, sauf de rares exceptions, déterminées par des causes toutes spéciales, la plupart des pays de l’Europe ont pris place à l’exposition de l’Histoire du Travail ; l’Angleterre, l’Autriche, les Principautés Roumaines, le Portugal, les Pays-Bas, la Russie, la Suède et la Norwége ont envoyé de nombreuses et intéressantes collections classées avec méthode; d’autres pays de l’Europe, tels que l’Italie, la Bavière, le Wurtemberg,'la Suisse, le Danemark, les États-Pontificaux, ont exposé, les uns des séries entières, les autres quelques ouvrages détachés ; les Républiques américaines ont fait elles-mêmes acte de présence,
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- et enfin l’Égypte a envoyé ses trésors du musée de Boul'aq , déjà exposés en partie à Londres en 1862, et qui se retrouvent aujourd’hui dans le petit temple de Philœ, copie réduite de l’original et que le gouvernement égyptien a fait construire à leur intention dans le parc du Champ-de-Mars.
- Lors de l’exposition rétrospective ouverte à Londres en 1862, la grande cour du Kcnsington Muséum renfermait non-seulement les objets confiés par les principaux collectionneurs du Royaume-Uni et par les trésors des corporations et des compagnies, mais elle comprenait en outre un nombre considérable d’œuvres d’art de toute nature empruntées aux musées de l’État, aux bibliothèques publiques, aux palais de la Reine. Il ne pouvait en être ainsi en France, en vertu de la loi qui régit nos établissements publics et assure la conservation de nos collections nationales en interdisant la sortie des ri-
- chesses qu’elles renferment.
- Le concours des musées du Louvre, de ceux de l’Hôtel de Cluny, de Saint-Thomas d’Aquin, du cabinet des Médailles et Antiques, des Bibliothèques impériales et nationales eût considérablement simplifié les opérations de la Commission de l’Histoire du Travail, comme nous le disions dans une récente notice sur le même sujet ; mais en dehors des règlements qu’elle avait pour première mission de faire respecter, il y avait un puissant intérêt à conserver leur physionomie complète et intégrale à nos collections publiques, à nos musées, à nos bibliothèques, au moment où Paris devenait le centre sur lequel l’Europe entière allait se trouver appelée par l’Exposition universelle de 1867. La galerie de l’Histoire du Travail français devait donc, tout en ne comprenant que des objets d’origine nationale, se composer uniquement d’œuvres extraites des'collections particulières de Paris, des départements, quelquefois même de l’étranger, des musées municipaux et des trésors des églises, à l’exclusion absolue des produits appartenant à l’État aussi bien qu’à la Couronne.
- L’appel adressé par la Commission et par les correspondants
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- qu’elle s’était constitués dans les départements, à nos plus célèbres collectionneurs, au haut clergé de France, aux administrations municipales, a rencontré de toute part l’accueil le plus bienveillant et le plus actif. Et cependant, il ne s’agissait plus d’obtenir, comme antérieurement, des collections entières, dont l’exhibition fait toujours honneur à l’amateur érudit qui a mis tous ses soins à en opérer la laborieuse réunion; il fallait faire choix de certains objets désignés comme étant d’origine française, les détacher des collections auxquelles ils appartiennent, des œuvres de provenance étrangère qui les entourent, et les faire rentrer, suivant la date qui leur était assignée, dans les exigences du classement général. Ainsi, comme l’annonçait la Commission, non-seul-e-ment elle ne pouvait admettre dans la section française que les ouvrages se rattachant à l’art et à l’industrie des populations qui ont vécu sur le sol de la France, mais aucune collection de nature, de nationalité et d’âges différents ne pouvait motiver une exposition particulière ; chaque pièce devait être classée à son rang, suivant le système adopté, tout en portant le nom de son propriétaire, français ou étranger.
- Malgré ces conditions imposées par la nature même de l’exposition, l’empressement des principaux amateurs des œuvres d’art des temps anciens à répondre à l’appel qui leur était adressé a dépassé toute attente; le concours du clergé de France, celui des. administrations municipales, a été pour ainsi dire unanime, et l’espoir qu’exprimait la Commission dans sa première circulaire, que tous tiendraient à honneur de concourir à cette manifestation nouvelle de la gloire tradi^ tionnelle de notre pays dans les arts, s’est promptement réalisé.
- En présence des envois considérables faits de tous les points du pays, un sérieux contrôle et un choix sévère devenaient indispensables, et un Jury spécial fut constitué afin de procéder à l’examen de toutes les œuvres destinées à la section française. Ce Jury composé des collectionneurs les plus
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- éminents de Paris et des départements, dont les noms vont se retrouver fréquemment dans ce rapport, ainsi que des savants chargés de la direction de nos musées et de la conservation de nos bibliothèques et de nos.collections publiques, était divisé en cinq sections présidées chacune par un des membres de la Commission de l’Histoire du Travail, et avait pour mission de renvoyer aux contrées auxquelles elles revenaient les pièces reconnues comme étant d’origine étrangère, en mettant de côté toute œuvre indigne de figurer dans une collection destinée à
- retracer à l’aide des monuments les mieux choisis l’histoire
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- de nos arts industriels à ses diverses époques.
- La Commission impériale avait d’ailleurs pris à sa charge les (rais de transport, aller et retour, dans les départements, ainsi que toutes les dépenses d’installation, d’arrangement et de réexpédition, en acceptant d’avance la responsabilité de chacun des objets confiés à la Commission de l’Histoire du Travail pour la valeur dont cette dernière aurait agréé la déclaration préa-
- lable.
- Nous avons dit que, en dehors des collections particulières dont les propriétaires ont gracieusement consenti à se dessaisir en partie pendant près de neuf mois, les cathédrales et les églises de France avaient bien voulu ouvrir leurs trésors, en meme temps que les principales villes de l’empire mettaient à la disposition de la Commission tous les objets précieux, d’origine nationale, renfermés dans leurs musées et dans leurs bibliothèques. Ajoutons que bien des collectionneurs étrangers, en tête desquels nous citerons un des princes les plus éclairés de l’Allemagne, n’ont pas hésité, sans même y avoir été conviés, à envoyer à la Commission de l’Histoire du Travail des suites complètes de précieux ouvrages français réunis par leurs soins, montrant ainsi leur sympathie pour l’œuvre entreprise et l’intérêt qu’ils attachaient à son heureuse réussite.Le .nombre des collections dont les envois figurent dans la section française atteint le chiffre de cinq cent trente-deux, tant galeries particulières que musées
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- municipaux, trésors d’églises, sociétés archéologiques, bibliothèques ; et le catalogue ne comprend pas moins de sept mille numéros dont la plupart se rattachent à des séries tout entières d’objets réunis sous le même chiffre. Les précautions les plus minutieuses devaient présider à la réception de toutes ces richesses ainsi qu’à leur installation et à la rédaction des inventaires. Tous ces travaux ont été exécutés en temps utile, et dès le 1er avril, jour de l’inauguration de l’Exposition universelle, la Commission de l’Histoire du Travail ouvrait au public les galeries de la section française, complètement installées pour la plupart, constituant dans leur ensemble la collection nationale par excellence, collection dont l’étude ne saurait être sans effet pour le développement des arts industriels de notre temps.
- Nous voudrions pouvoir examiner un à un chacun des objets confiés à nos soins ; mais un pareil travail dépasserait de beaucoup les limites imposées à ce rapport; nous nous bornerons donc à présenter d’une manière aussi succincte que possible les œuvres les plus importantes qui représentent l’art de chacune des grandes époques, en suivant l’ordre^ du classement général et en insistant sur les ouvrages qui les caractérisent d’une manière plus spéciale ; ce sera signaler en même temps, en les mettant de nouveau sous les yeux du public, les noms des collectionneurs à la bienveillance desquels sont dus les résultats obtenus, ceux des membres du haut clergé français qui nous ont prêté un si efficace et^si précieux concours, ceux, enfin, de nos zélés correspondants et des savants chargés de la conservation des collections municipales dans nos départements, dont l’empressement à seconder l’œuvre entreprise par la Commission n’a pas peu contribué à en déterminer le succès.
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- CHAPITRE II.
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- I. — LA GAULE AVANT L’EMPLOI DES METAUX.
- La Gaule avant l’emploi des métaux, point de départ de l’exposition française de l’Histoire du Travail, occupe la première salle, celle qui s’ouvre sur le grand vestibule du palais ; c’est là que sont placés, comme le titre l’indique, les ouvrages produits par l’homme à une époque à laquelle l’usage du fer, du bronze, de l’or et de l’argent était encore inconnu dans nos contrées ; c’est là que se trouvent les curieux instruments en silex taillé, les ustensiles en bois de cerf et en bois de renne découverts dans plusieurs régions de la France et appartenant aux premiers âges de la pierre, aux époques des cavernes, à celles des constructions lacustres et jusqu’aux temps de transition dans lesquels les travaux en métal commencent à apparaître.
- Les collections de MM. Lartct et Cbristy, de M. le marquis de Vibrave, de l’abbé Bourgeois, de M. Pcecadeau de l’Isle, celles de MM. Reboux, Bailleau et Feningre, Brun, Filliol de Toulouse, de M. Louis Leguay et du comte de Galbert, ont été largement mises à contribution; de nombreux envois ont été faits parM. le docteur Garrigou, M. Hébert, le comte de Beau-laincourt, le docteur Eugène Robert, l’abbé Delaunay, MM. de Rocliebrune, de Lavauld, Martin, Cartailhac, Gréau de Troyes, par MM. Ancessy, l’abbé Cocliet et par M. le comte Josselin Costa de Beauregard, à qui cette section est également redevable des vases provenant des stations lacustres du lac du Bourget et du lac de Genève, en Haute-Savoie.
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- Les musées départementaux ont adressé un important contingent à cette première série, et les collections publiques de Poitiers, de Saint-Lô, de Narbonne, d’Auxerre, ainsi que le collège de Ver vins, ont envoyé à la Commission de notables échantillons de ces époques primitives, parmi lesquels se trouve la précieuse découverte du dolmen de Manné-er-H’roeck, de la commune de Locmariaquer, dans le Morbihan, collection unique de haches en pierre polie, d’anneaux en jadéite, de colliers et de perles trouvés dans la môme fouille, recueillie par le musée de Vannes et mise par cet établissement à la disposition de la Commission de l’Histoire du Travail,
- En présence de ces produits de toutes formes, sur l’origine et l’emploi desquels le public n’a pas jusqu’à ce jour de données bien précises, dont la recherche et l’étude constituent une science encore nouvelle, à laquelle de nombreux érudits se sont livrés avec une ardeur digne de l’intérêt qu’inspirent ces monuments, une classification parfaitement méthodique était nécessaire pour faire bien saisir l’enchaînement des travaux de l’homme dans ces premiers temps. Le classement adopté par la Commission répondait à ce besoin, et l’ordre chronologique observé dans la disposition des vitrines ne pouvait laisser aucune indécision pour l’appréciation des produits exposés. Cette première partie de l’exposition rétrospective a été, du reste, parfaitement accueillie ; car les objets qu’elle renferme présentent an intérêt tout spécial, au moment où la science se tourne vers ces époques primitives et cherche à percer complètement le voile qui les couvrait encore naguère.
- En dehors des silex taillés, des haches et des ustensiles de même nature, il était une série dans laquelle l’art, s’il est permis d’appliquer ce mot à des essais aussi peu avancés, commence à jouer un rôle ; c’est celle des pièces gravées et sculptées qui se rapportent au premier âge de la pierre, et que la Commission avait eu soin de réunir dans une même vitrine placée au milieu de la salle. L’éléphant, le grand ours des cavernes, le cerf, le renne et l’auroch se retrouvent là
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- gravés au trait ou sculptés en ronde bosse sur des os ou des bois de renne, sur des défenses d’éléphant , sur des pierres informes. L’homme y est lui-même représenté, et dans la plupart de ces reproductions, le caractère dominant est toujours celui de la vérité dans l’attitude et dans le mouvement des figures. La plupart de ces précieux souvenirs ont été recueillis dans la Dordogne, le Tarn-et-Garonne, l’Ariége, par les soins de MM. Lartet et Chrisly, du marquis deVibraye, de MM. Peccadeau de l’Isle, Brun, de l’abbé Bourgeois et le docteur Garrigou. Ils forment un ensemble important pour l’étude de ces époques dites antéhistoriques, et la Commission, en les mettant sous les yeux du public, est heureuse de rendre hommage aux recherches de ces savants distingués et à l’excellent concours qu’ils ont bien voulu lui prêter; de même que c’est aux soins de M. Lartet, de MM. Mortillet et Jules Desnoyers, du marquis'de Vibraye, de MM. Bertran et Colomb qu’elle doit l’excellente classification qui a permis d’apprécier à leur juste valeur ces monuments qui peuvent être considérés comme les essais élémentaires de l’homme, et qui constituent le premier échelon de l’Histoire du Travail.
- II, III. — LA GAULE INDÉPENDANTE. — LA GAULE SOUS LA DOMINATION ROMAINE.
- Les époques celtique ët gallo-romaine se présentent ioinié-diatement après, et leur réunion forme une nombreuse collection, grâce au concours de la plupart de nos musées départementaux et des principales galeries particulières de Paris et de la province. Cette double période, qui comprend la Gaule indépendante et la Gaule sous la domination romaine, et à laquelle commence, à vrai dire, l’exainen des produits du travail national, embrasse un nombre infini d’œuvres de toute sorte dont le classement, confié aux soins de notre savant
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- collègue M. Adrien de Longpérier, fait ressortir toute l’importance pour l’étude de notre histoire.
- La série des ouvrages en marbre et en pierre ne comprend qu’un nombre assez restreint de numéros, la Commission de l’Histoire du Travail ayant dû renoncer à l’envoi de monuments d’un poids considérable et d’une nature encombrante pour se borner h ceux dont le transport et le déplacement ne présentaient pas les mêmes difficultés. Quelques cippes trouvés à Reims et à Melun, des stèles en pierre du musée d’Autun, des bustes et des statuettes en marbre blanc, des urnes funéraires conservées dans le musée d’Aix, quelques bas-reliefs et de nombreux fragments envoyés par les mêmes collections suffisent, du reste, à constituer un ensemble d’un sérieux intérêt.
- La collection des bronzes est d’un éclat exceptionnel, et il a été permis à la Commission de pouvoir réunir en un seul groupe bien des richesses disséminées dans un grand nombre de nos galeries départementales. Les statues, statuettes et figurines gauloises et gallo-romaines sont au nombre de cent vingt-cinq et comprennent des œuvres capitales, telles que le grand Jupiter, de Lyon, les belles figures trouvées au Nieil-Evreux, celles des musées d’Aix dans les Bouches-du-Rhpne, de Beaune dans la Côte-d’Or, de Rennes, de Nîmes, de Saint-Omer, de Moulins et du Mans ; les statuettes envoyées par M. Ed. Barry, de Toulouse, qui a bien voulu mettre à la disposition de la Commission tous les précieux objets renfermés dans sa belle et nombreuse collection ; celles de M. Julien Gréau, de Troyes, du commandant Oppermann, de M. Sutter-lin, de Strasbourg; du baron de Girardot, de M. Duquenelle, de Reims ; de MM. Charvct, Auguste Gommez, de Toulouse, et Jules Chevrier, de Chalon-sur-Saône.
- Les ouvrages en métaux précieux, en or ou en argent, offrent un intérêt tout spécial, et les vitrines de la salle gallo-romaine présentent les plus beaux spécimens en ce genre ; ce sont d’abord, pour n’en citer que quelques-uns, les deux
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- colliers d’or trouvés à Plouharnel, dans le Morbihan, composés tous deux d’une large lame de métal, et appartenant l’un à M. le comte Costa de Beauregard, l’autre à Mme Lebail de Plouharnel; les bracelets d’or découverts au même lieu et qu’il a été possible d’exposer auprès des fragments des vases en terre dans lesquels les deux colliers ont été retrouvés , avec toute une série de haches en pierre et quelques pièces en bronze extraites des mêmes fouilles ; et surtout les six magnifiques colliers d’or massif découverts à Fenouillet, dans la Haute-Garonne, et conservés aujourd’hui dans les collections du musée de Toulouse, monuments aussi remarquables par la perfection du travail que par l’élégance de l’ornementation, qui rappellent les plus beaux trésors des temps antiques, et dans lesquels on ne sait qu’apprécier le plus, le précieux de la matière, la conservation sans égale ou l’habileté des moyens d’exécution employés par les orfèvres du temps.
- D’autres bracelets en or, des torques en bronze, des colliers de toutes dimensions remplissent les vitrines de cette salle et proviennent des collections que nous avons déjà citées, ainsi que les fibules, agrafes et ornements divers, attributs du costume et de l’équipement de ces époques.
- Parmi les armes défensives nous devons signaler le beau casque de forme conique trouvé à Falaise èt appartenant à M. de Glanville de Rouen, celui de provenance analogue conservé par le musée de Falaise, le casque à bombe trouvé dans la Saône, prèsde Lyon, etqui fait aujourd’hui partie de la collection de M. de Billy. Les armes offensives sont nombreuses : les épées, les poignards, les couteaux de diverses formes, les lances, les traits, les haches en bronze ont été envoyés par toutes les collections publiques et particulières et forment une partie essentielle des ouvrages de cette période avec de précieux fragments des chars conservés au musée de Toulouse et trouvés à Fa dans le département de l’Aube, et à Besançon dans celui du Doubs.
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- Il faudrait citer également les vases en métal, les poteries de toutes fabriques, les coupes, les plats d’argent de Sois-sons et de Lillebonne, les casserolles de bronze poinçonnées au nom du fabricant, les gourdes et les amphores, les bassins, les cassolettes et les urnes funéraires, avant d’arriver au monnaies d’or, d’argent et de bronze, aux sceaux et aux estampilles réunis par M. Barry de Toulouse, et enfin aux ustensiles de tout genre qui constituent une des séries importantes de celte collection.
- C’est dans cette dernière partie que sont classés' le beau foyer en bronze du musée de Lyon, trouvé à Vienne en 1839, le trépied de Giberville, découvert en 1812 et conservé au musée de Caen, les miroirs de bronze découverts à Arles et à Reims, les strigiles, les lampes, les poids, les agrafes, les clochettes, les pièces de serrurerie, les clefs en bronze et les objets usuels qui se retrouvent dans toutes les provinces de la France avec la même variété et la même élégance de formes.
- Les fouilles deToulon-sur-Allicr ont amené la mise au jour d’ateliers de mouleurs en terre blanche et d’une collection considérable de figurines, de vases et d’ustensiles usuels ainsi que des moules servant à leur fabrication.
- Ces objets sont aujourd’hui la propriété de MM. Esmonnot et Bertrand, de Moulins, ainsi que du musée de cette ville qui ont bien voulu adresser à la Commission de nombreux et intéressants spécimens de cette industrie. M. le commandant Oppermann y a joint plusieurs bustes trouvés à Vichy, à Arpajon dans le Cantal et quelques figurines découvertes sur d’autres points du pays.
- Les vases de terre provenant de la collection de M. Charvet, des musées d’Aix, d’Auxerre, d’Arles et d’Avignon, des cabinets de M. Duquenelle de Reims et de quelques autres collectionneurs, sont au nombre de deux cent cinquante et représentent la plupart d’es fabriques dont on a retrouvé la trace sur le sol de la France ; ce n’est pas là une des séries les
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- moins intéressantes des époques gauloise et gallo-romaine, et c’est, en même temps le point de départ de cette belle industrie céramique dont nous rencontrons les brillants produits au moyen âge et à la renaissance.
- Le concours des musées départementaux a été unanime, nous l’avons dit plus haut, pour assurer la réussite de cette partie de l’exposition de l’Histoire du Travail ; qu’il nous soit permis, indépendamment des collections publiques que nous avons déjà citées, de mentionner les musées d’Annecy, d’Ar-
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- les, d’Aûtun, de Caen, de Chartres, d’Evreux, du Mans, de Narbonne, de Nîmes, de Poitiers, de Provins, celui de Rouen, ceux de Saint-Lô, de Saint-Omer, de Savcrnè’ et de Soissons ; le comité archéologique de Senlis, la Société pour la conservation des monuments historiques de l’Alsace et le collège de Vervins; nous voudrions donner ici les noms de toutes les collections particulières qui ont contribué à compléter cette période de notre exposition; on en trouvera au catalogue la liste in extenso ; signalons seulement, en dehors de celles que nous avons déjà mentionnées, les galeries de M. Peigné Delacourt, du baron de Girardot, de MM. Cotteau d’Auxerre, Bouillet de Clermont, Danjou de Fougères, de Glanville de Rouen, ainsi que celles de MM. de Soland, Rollin et Feuardent, Félix Bourquelot, Louis Revon d’Annecy, Edouard Fould, celles de l’abbé Tourneux, du colonel de Morlet, de.l’abbé Cochet, de M. Bulliot d’Autun et de madame Hortense de Cazaux.
- IV. — LES FRANCS JUSQU’AU SACRE DE CHARLEMAGNE.
- La quatrième époque, comprenant les Francs jusqu’au sacre de Charlemagne, nous présente en grande partie les mêmes noms ; les ivoires des musées de Boulogne et de Rouen, un grand nombre d’ustensiles en bronze, des armes en fer, des scramasaxes, des couteaux de toutes formes, des épées et des
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- francisques ouvrent cette section dans laquelle les armes montées en or, trouvées à Pouan dans le département de l’Aube et données par l’Empereur au musée de Troyes, tiennent une place considérable. Il faudrait également citer ici les mille objets de forme et d’usage multiples retrouvés, dans les cimetières du Boulonnais, les collections de monnaies des rois mérovingiens, de M. le vicomte de Ponton d’Amé-court, les fibules, bagues, pendants d’oreilles d’or, d’argent et de bronze, envoyés par nos musées de province et recueillis de tous côtés en France, la collection des poteries et des pièces de verrerie des mêmes époques dont le musée de Boulogne conserve tant de remarquables spécimens, et enfin quelques manuscrits précieux confiés par M. Firmin Didot, la bibliothèque de Troyes et celle du séminaire d’Autun.
- V. — LES CARLO VIN GIENS.
- Les monuments en ivoire occupent un des premiers rangs dans les industries d’art de l’ère carlovingienne, et il était réservé à la Commission de l’Histoire du Travail de pouvoir mettre pour la première fois sous les yeux du public quelques-uns des plus beaux ouvrages de ce genre, religieusement conservés depuis longues années dans des collections particulières d’un accès difficile, et dont on ne pouvait juger que par des reproductions graphiques plus ou moins exactes.
- Le flabellum de l’abbaye deTournus peut, ajuste titre, être considéré comme une des pièces les plus rares et les plus précieuses en ce genre ; conservé jadis à l’abbaye de Saint-Philibert à Tournus, cet objet qui remonte au ix° siècle se compose d’une boîte en ivoire, ou plutôt en os de narval, supportée par un long manche de même matière richement orné de rinceaux et d’ornements en relief et portant l’inscription : Jolie! me scœ fecit in honore Mariœ. La boîte, en s’ou-
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- vrant, développe le flabellum ou écran, de forme circulaire, orné sur ses deux faces de sujets à figures, de rinceaux et d’inscriptions en vers latins tracées en lettres d’or sur fond de pourpre, sorte de dédicace indiquant l’usage du flabellum, destiné à être porté près de l’officiant au service divin, à écarter les mouches et à mitiger les ardeurs du soleil : Infestas abigit muscas et mitûjat estas.
- La boîte elle-même est chargée de sculptures, et le chapiteau qui la retient au manche porte sur chacun de ses angles la figure d’un apôtre. Le parchemin qui constitue plus spécialement le flabellum est plissé de manière à pouvoir sortir de la boîte et y rentrer à volonté, rappelant ainsi par sa forme et sa disposition ces écrans rapportés de l’Inde et de la Chine et que l’industrie parisienne imite de nos jours.
- Le flabellum de l’abbave de Saint-Philibert est dans un état
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- de conservation extraordinaire et appartient au savant M. Car-rand, de Lyon ; les peintures sur vélin ont encore toute leur fraîcheur primitive, et le temps n’a fait que leur donner une plus complète harmonie. Les sculptures exécutées pour la plupart en haut relief, tant sur la boîte que sur le manche dont les diverses parties sont reliées entre elles par des nœuds en ivoire ou en os de narval teints en vert, témoignent d’une grande habileté et donnent à ce précieux objet, unique en son genre, un caractère d’élégance et de richesse tout à fait remarquable et justement approprié à l’emploi pour lequel il était destiné.
- Trois grands oliphants, de la même époque, occupent la vitrine centrale : ce sont, celui du musée de Toulouse couvert de figures et d’animaux fantastiques sculptés ou gravés, l’oliphant du trésor de Saint-Trophime d’Arles, relevé de fleurons et de figures, et enfin celui de l’église de Saint-Orens à Audi, dans lequel les divisions géométriques alternent avec des entrelacs et des animaux chimériques. Il convient de citer également le peigne de saint Loup portant son inscription en lettres onciales, monté au xnc siècle en argent doré, décoré de ca-
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- bochons et appartenant au trésor de la cathédrale de Sens ; celui du xic siècle de la collection de M. l’abbé Caneto, vicaire général à Auch ; la boîte à hosties de l’histoire de Joseph, conservée dans la collection du baron de Théis; le cylindre de l’église de la Major à Arles; le tau à double volute envoyé par le musée départemental des antiquités de Rouen ; les crosses à figures de l’église Saint-Trophime d’Arles et du musée de Narbonne ; le coffre à couvercle dont les bas-reliefs représentent des cavaliers vêtus de mailles et des hommes de guerre, extrait de la galerie de M. de Basilewski ; celui du musée de Reims, décoré des figures d’Adam et d’Ève, d’hommes armés et de guerriers en costumes du xc siècle; une statuette de même époque provenant du musée de Lille, quelques bas-reliefs, des plaques d’évangéliaires et divers objets appartenant à MM. Quenson de Lille, Arondel, Ed.Barryde Toulouse, et remontant aux xe et xi° siècles.
- La figurine équestre de Charlemagne, que conservait jadis le trésor de la cathédrale de Metz, avait sa place toute indiquée au centre de la salle consacrée aux monuments de l’ère carlovingienne. Recueilli par les soins du chevalier Alexandre Lenoir, ce bronze, qui a conservé en partie, malgré de sérieuses restaurations, la patine d’or qui le recouvrait,
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- est devenu la propriété de Mmc Ewans Loinbe. L’empereur est à cheval, la tête ceinte de la couronne, les épaules couvertes d’un manteau court et drapé, et porte en mains le globe et l’épée. Ce petit monument est remarquable par le caractère de gravité qui distingue la figure, la simplicité de la pose et les détails du costume. Quelques pièces d’orfèvrerie, quelques bijoux, des bronzes, des monnaies et des armes envoyés par M. B. Fillon de Fontenay, MM. de Marguerie, Charvet et le comte de Kergariou, par l’église de Saint-Benoist-sur-Loire, les musées de Chartres et du Mans, M. le vicomte P. d’Amécourt et l’église de Sainte-Paule des Côtes-du-Nord, complètent cette cinquième série, avec des chartes et diplômes, extraits des archives du Bas-
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- Rhin et de la Vienne, des évangéliaires et des manuscrits, empruntés à la cathédrale et à la bibliothèque de Troyes, au séminaire d’Autun, à l’église Saint-Andoche de Saulieu dans la Côte-d’Or, au comte de Kergariou et à M. A. Firmin Didot.
- VI. — LE MOYEN AGE.
- La galerie du Moyen Age comprend, nous l’avons dit, tous les produits des xu°, xinc, xive et xvc siècles, depuis l’année 1100 jusqu’à 1483, fin du règne de Louis Ni; les objets destinés au culte religieux y abondent, et c’est pour l’installation de cette partie de l’exposition rétrospective que la Commission de l’Histoire du Travail a été secondée avec le zèle le
- .plus louable parle haut clergé français et les administrations municipales. Le contingent fourni par les trésors des églises et par les musées des départements est considérable, et, grâce au bienveillant concours prêté à la Commission par les églises et les établissements publics qui se trouvent aujourd’hui en possession de ces précieux souvenirs, il lui a été possible de rassembler une collection d’objets du moyen âge tout à fait hors ligne et du plus haut intérêt pour l’étude de l’histoire nationale. La Commission est heureuse d’exprimer ici publiquement sa gratitude au clergé français qui a bien voulu lui confier pendant plusieurs mois ces monuments, objets de: la
- vénération des populations, ainsi qu’à MM. les directeurs des musées de province qui n’ont pas hésité à dépouiller les collections qui leur sont confiées de plusieurs de leurs plus beaux fleurons, assurant ainsi le succès d’une œuvre toute nationale dont le moindre résultat n’a pas été de montrer la prééminence de nos arts et de l’industrie française aux diverses époques de notre histoire.
- Nous voudrions pouvoir rendre à chacun le témoignage qui lui est dû ; malheureusement, les limites imposées à ce rapport sont bien restreintes ; qu’il nous soit permis cepen-
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- dant de citer ici les cathédrales de Chartres, de Reims, de Limoges, de Troyes, d’Angers, de Sens, l’église Notre-Dame de Strasbourg, celles de Neuviller, de Brioude, Saint-Àndo-che de Saulieu, Saint-Nicolas d’Arras, Saint-Taurin d’Évreux, Saint-Marcel, puis celles de Germiny-les-Prés, de Billanger, de Château-Ponsat, de Noyon, de Bousbecque, de Mauzac ; les Dames Ursulines d’Arras et les Bénédictines de Vcrneuil; les Hôtels-Dieu d’Auxerre, de Reims, l’hôpital général de Limoges, celui de Tonnerre et l’hospice de Villeneuve-lez-Avi-gnon; le séminaire de Nîmes, ceux de Reims, d’Yvetot; le collège de Biliom; NN. SS. les évêques de Bourges, de Cou-tances et de Saint-Brieuc, ainsi que M. le curé d’Arles.
- Parmi les collections publiques des départements nous ne saurions omettre de signaler le concours empressé des musées d’Angers, d’Auxerre, de Beauvais, de Bordeaux, de Chartres, de Lille, de Limoges, de Lyon ; de ceux du Mans, de Narbonne, de Nîmes, d’Orléans, de Rouen, de Rennes, de Reims, de Senlis, de Saint-Omer, de Saint-Lô, de Soissons, de Toulouse et de Troyes; de la bibliothèque de Laon, de la Société archéologique de Seine-et-Marnc, ainsi que de celle des Antiquaires de Normandie.
- Quant aux collections particulières, il faudrait pouvoir les mentionner toutes; indiquons au moins les noms de MM. Barry de Toulouse, Basilewski, Dutuit de Rouen, baron de Théis, que nous retrouvons à chacune des périodes de l’Histoire du Travail, ceux de l’abbé Jouen, du vicomte d’Amécourt, de la comtesse Dialynska, du baron de Girardot ainsi que ceux de MM. Delaherche de Beauvais, Carrand de Lyon, de Glanville de Rouen, Gielen de Maeseyck, Hucher du Mans , B. Fillon, Ramé de Rennes, Le Brun d’Àlbanne et Julien Gréau de Troyes,, Benvignat de Lille, du Puis Vaillant de Poitiers.
- La statuaire en marbre du moyen âge est représentée par la Vierge du xivl! siècle de M. Barry de Toulouse, par les figures du tombeau de Jehan duc de Berry, mort en 1416, appartenant au musée de Bourges, et par les bas-reliefs du
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- xve siècle de MM. Lecointre Dupont de Poitiers et Cliquot de Reims.
- La sculpture en ivoire, en grand honneur au moyen âge, devait occuper une place importante parmi les ouvrages de cette époque. La grande Vierge formant triptyque, du musée de Lyon, de la fin du xiic siècle ; celle aux carnations peintes avec rehauts d’or, du xn° siècle, conservée à Villeneuve-lez-Avignon, peuvent être considérées comme des œuvres exceptionnelles justement appréciées des archéologues; nous en dirons autant des beaux diptyques extraits des collections de MM. de Basilewski et Bellaigue'de Bughas, du baron .de Théis, de M. Dutuit de Rouen, et qui datent tous du xni° au xivc siècle.
- Les meubles sont peu nombreux en raison des exigences de la distribution des galeries; nous citerons cependant le bahut de M. Alf. Gerentc, couvert de chevaliers vêtus dé
- mailles et remontant à la belle époque du xive siècle; la crë-
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- douce à l’écu de France et la chaire à dosseret envoyés par M. Barry de Toulouse, [celle de M. du Puis Vaillant de Poitiers, et lé bahut duxvc siècle appartenant au musée d’Orléans. ......... " " ' '
- Dans la série des' bronzes' du moyen âge, l’attention se porte, de primé âborcl, sur la statuette équestre de Jelianne d’Arc en armes, précieux souvenir du xve siècle, conservé par les soins de M. Carrând de Lyon; viennent ensuite la clochette du petit séminaire de Reims, les fragments du grand candélabre de saint Remy, les anneaux de porte du xie siècle de l’église de Brioude, les pièces d’équipement appartenant à M. V ictor Gay, les crosses des musées d’Angers et de Senlis, les chandeliers du baron de Girardot et du musée de Rouen, la grosse cloche du musée de Melun, avec son inscription en relief, et une foulé d’objets de nature analogue appartenant aux mêmes temps'.
- Les sceaux sont nombreux, et la plus grande partie revient aux musées d’Auxerre, d’Angers, de Rennes, de Saint-Omer,
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- «le Troycs et de Lyon, à MM. J. Gréau de Troyes, Cinot de la Société de Seine-et-Marne, E. Hucher du Mans, et B. Fillon. Citons aussi la collection des poids en bronze des villes du midi de la France et des mesures de capacité, réunis par M. Barry de Toulouse, collection qui occupe trois vitrines tout entières; les jetons des corporations et les enseignes de
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- pèlerinage de MM. Arthur Forgeais et delaHerchc de Beauvais, ainsi que les moules qui servaient à la fabrication de ces bijoux en plomb ou en étain.
- L’orfèvrerie religieuse tient un rang considérable dans cette galerie du moyen âge; quel que soit l’intérêt qui s’attache à la réunion momentanée de ces monuments précieux appartenant pour la plupart aux trésors des églises de France, il nous est impossible de les désigner tous, et nous nous bornerons à indiquer les plus saillants et les plus dignes de l’intérêt des archéologues : tels sont l’autel portatif en porphyre rouge avec monture en argent ; l’A de Charlemagne ; l’autel portatif' en albâtre et les reliquaires du trésor de l’église de Conques ; la statuette d’ange et le reliquaire de Saint-Etienne de Muret, du trésor de Grandmont ; le calice de saint Remy, précieux ouvrage du xil° siècle, appartenant aujourd’hui à la cathédrale de Reims ; les deux belles crosses en cristal de roche conservées à la bibliothèque de Versailles et provenant des anciennes abbayes du Lys et de Maubuisson ; la châsse de saint Romain, du trésor de la cathédrale de Rouen ; le charmant reliquaire de la sainte épine, de l’abbaye d’Oisy-le-Vergcr, aux Dames Augustines d’Arras ; la grande châsse de Saint-Taurin d’Evreux, véritable monument de l'orfèvrerie française de la fin du xnic siècle, couvert de figures etd’orne-ments en argent repoussé et doré ; le reliquaire de Chàteau-Ponsat ; le beau vase en cristal de roche monté en argent doré et relevé de pierres fines, ouvrage du xne siècle, appartenant à la Société des Antiquaires de Normandie ; le chef de saint Féréol, à l’église de Nexon ; le ciboire de la cathédrale de Sens ; la grande croix reliquaire en filigrane d’or
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- du musée de Rouen ; la châsse de saint Romain, empruntée au trésor de la cathédrale de Rouen ; le reliquaire de saint Pierre et de saint Paul à la cathédrale de Reims, ainsi que des collections entières de croix, crosses, monstrances, bagues, anneaux et fibules en orfèvrerie des mêmes siècles.
- Parmi les émaux champlevés, et en première ligne, se placent le beau tabernacle de la cathédrale de Chartres, œuvre capitale des éinailleurs limousins au xn° siècle ; la grande châsse de saint Culmine de l’église de Mauzac, dans le Puy-de-Dôme ; celle du collège de Billom ; la grande plaque de Geoffroy Plantagenct, magnifique émail du XIIe siècle, conservé au musée du Mans ; la châsse de Saint-Marcel (Indre). Puis viennent les reliquaires conservés par les musées du Mans, de Toulouse, la cathédrale de Troyes, par l’église de Bous-becque; le pied de la croix de saint Bertin, ouvrage du xiie siècle, appartenant au musée de Saint-Omer ; les crosses de Poitiers, de Limoges et de Troyes; les bassins à laver, les croix, les pvxides et tous les intéressants travaux des émail-
- leurs français des xni°, xiv° et xve siècles.
- Le musée de Chartres a envoyé l’armure attribuée à Philippe le Bel et le pourpoint de Charles le Bel qui, suivant la tradition, auraient été donnés à la cathédrale de Chartres après la bataille de Mons-en-Puelle en 1304; le musée du Mans expose le couteau aux armes de Bourgogne de Charles le Téméraire et une précieuse épée du xn° siècle avec incrustations d’or et d’argent. D’autres armes, dont quelques-unes ne sont pas moins remarquables, ont été confiées à la Commission par la Société de statistique des Deux-Sèvres, par MM. Carrand de Lyon, Rochebrune de Fontenay, Benjamin Fillon et de Basilewski.
- Les archives de l’Yonne, celles de la Vienne, celles du séminaire protestant de Strasbourg exposent des chartes et diplômes, et la collection sans rivale des manuscrits de M. A. Finnin Didot complète cette importante série, dans laquelle nous retrouvons le beau livre d’heures in-4° de Charles de.
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- Bourgueville, au xvc siècle; la consolation, de Boëce, manuscrit grand in-8o exécuté vers 1410 ; le livre des Trois-
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- Ages, composé sous le règne de Louis XI, par Etienne Porchyer ; les heures de Marguerite de Rohan, aux armes d’Orléans et de Rohan, sans oublier quelques beaux ouvrages sur vélin de la bibliothèque de Laon, de M. Dutuit de Rouen et de M. Ramé de Rennes.
- Les tapisseries qui couvrent les murs dans toute leur longueur appartiennent à la cathédrale d’Angers et font partie de l’importante tenture de l’Apocalypse, léguée par Réné d’Anjou et marquée aux chiffres de Louis Ier et de Marie de Bretagne, ainsi qu’à ceux d’Yolande d’Aragon, mère de Réné, morte en 1442. Signalons également, avant de quitter la galerie consacrée aux œuvres du moyen âge, la figure d’ange debout tenant la croix, retrouvée dans la chapelle du château du Lude, par M. le marquis de TaJhouet, et portant sur ses ailes l’inscription en caractères gothiques indiquant la date du 27 mars 1475, et le nom de Jehan Barbet, dit de Lion « qui fist cest angelot. »
- YII. — LA RENAISSANCE.
- Si nous quittons la galerie du moyen âge pour entrer .dans celle de la renaissance qui lui fait suite, nous nous trouvons en présence de tous les élégants produits de l’art français en honneur au xvic siècle , au premier rang desquels se placent les émaux de Limoges et les faïences de Bernard Palissy.
- La collection des émaux de Limoges réunis par la Commission de l’Histoire du Travail est, sans contredit, la plus complète et la plus intéressante qui ait jamais été placée sous les yeux du public. Les galeries particulières, ont tenu.à.honneur d’exposer les ouvrages les plus recherchés de nos éinailleurs limousins, et l’appel adressé par la Commission à-l’élite de nos collectionneurs a- été. accueilli avec, un em-
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- presseinent auquel nous ne saurions trop rendre hommage. Les grands et beaux émaux des collections de MM. les barons James, Alphonse et Gustave de Rothschild, de Mme la baronne Salomon de Rothschild, de MM. Dutuit de Rouen, de Basilewski, du baron de Théis, du vicomte de Tusseau, occupent aujourd’hui les vitrines de la galerie de la renaissance et un grand nombre de pièces d’un choix irréprochable ont été envoyées par MM. le capitaine Leyland de Londres, le comte de Reiset, d’Yvon, Davillier, le comte d’Étampes, MnlC la princesse Czartoriska, MM. Auvray, Beurdeley , Edmond Petit, Hunt et Roskell de Londres, Gatteaux, Clément Le Saut de Nantes, Spitzer, Lecointre Dupont de Poitiers, l’abbé
- Caneto d’Aueh, le comte de Saint-Pierre , Dura d’Auxerre, B. Fillon, Ch. Stein, Roger Desgenettes, E. Leroux, Ed. Fould et le comte d’Annaillé.
- Les musées départementaux possèdent de nombreuses collections d’érnaux de la renaissance ; les envois de Limoges, d’Angers, de Saint-Omer, de Melun, de Lyon, de Lille, de Rennes, de Poitiers et de Toulouse se font remarquer dans
- cette belle série avec ceux de l’église Saint-Rémy de Reims, de la cathédrale de Troyes, de l’église de Noroy et de Notre-
- Dame de Vitré.
- L’École de Limoges tout entière de la fin du xvo au commencement du xvne siècle est représentée dans cette par lie de l'Exposition, depuis les premiers Pénicaud jusqu’aux Jehan Limousin, en y comprenant les Colin Nouailher, le célèbre Léonard Limousin, né à Limoges en 1505, et mort en 1577, Pierre Reymond, son contemporain; les deux artistes les. plus féconds de la fabrication limousine, Pierre Courtovs, l’auteur des grands émaux du château de Madrid, conservés au musée
- de Cluny, Jean Court dit Vigier, Jean Courtey, Suzanne Court et Jean Reymond. Au milieu d’une réunion aussi complète d’ouvrages hors ligne, choisis parmi les plus beaux spécimens d’un art qui a brillé du plus vif éclat au xvf -siècle, il serait difficile d’énumérer les pièces les plus dignes de
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- l’attention publique ; indiquons sommairement les triptyques de Nardon Pénicaud; la suite des trente-deux plaques du même auteur composant la châsse de saint Loup, de la cathédrale de Troyes; les coffrets du musée de Saint-Omer; ceux des barons Alphonse et Gustave de Rothschild, attribués à Colin Nouailher, premier du nom ; les belles plaques du baron de Théis , les salières de M. Dutuit; la coupe et son couvercle appartenant à la princesse Czartoriska, ouvrages signés pour la plupart des initiales de Colin Nouailher, deuxième du nom; les grandes plaques et les portraits au poinçon des Pénicaud, attribués à Jean II et à Jean III, et' appartenant à ' M. Le Saut de Nantes, au baron de Théis, à M. Gatteaux et aux barons James, Alphonse et Gustave de Rothschild; la nombreuse suite des œuvres signées par Léonard Limousin, ses plaques de l’histoire de Psyché, son portrait de François ICr, envoyé par M. le baron de Théis ; celui de Catherine de Médicis jeune, au baron Alphonse de Rothschild; la belle plaque ovale du même maître représentant Henri II, roi de France, à cheval et tenant en croupe Diane de Poitiers ; le portrait d’Anne d’Este, duchessse de Nemours; ceux de Calvin, de Théodore dé Bèze, d’Henri III en Jupiter, d’Erasme ; la grande figure ovale de Catherine de Médicis, au baron James de Rothschild ; le Charles IX, roi de France et l’Ëlisabéth, appartenant à M. Béurdeley, puis une suite de plaques signées en toutes lettres du nom de leur auteur et portant presque toujours la date de leur exécution depuis l’année 4533 jusqu’en 1575.
- Les œuvres de M. Di. Pape sont moins nombreuses, mais elles sont capitales ; son grand triptyque représentant la vie de saint Jean se compose de dix plaques et porte la signature du maître; il a été envoyé par M. le capitaine Leyland de Londres; trois autres triptyques également signés ont été confiés par M. le baron de Théis, la princesse Czartoriska et M. Dutuit de Rouen.
- L’œuvre dé Pierre Reymond est représentée par quatre-
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- vingt-dix pièces, dont plusieurs sont des ouvrages de premier ordre; tels sont le triptyque de Bourbon, avec la légende : Notre espoir est en vous, et la date de 1538; celui aux armes de Philippe de Bourbon et de Louise Borgia, appartenant, le premier au baron Alphonse de Rothschild, le deuxième à M. de Basilewski ; la belle coupe à la date de 1544, de M. Dutuit de Rouen; celle du banquet d’Enéc et de Didon et du Triomphe de Diane à M. le baron Gustave de Rothschild ; les coupes de Loth et ses filles, signée de 1546, et de Bac-chus, à la date de 1554, àM. le baron James de Rothschild; les grands plats du triomphe d’Amphitritc et du jugement de Paris; la coupe de la Vertu, au baron Gustave de Rothschild; les belles salières du baron de Théis, de la baronne Salomon, du baron Gustave de Rothschild ; la coupe du festin d’Enéc et de Didon à M. Spitzcr, puis des plats, des aiguières et des bassins, provenant des mêmes galeries et portant les initiales de Pierre Reymond avec la date de leur fabrication.
- Les travaux de Pierre Courtoys ne sont pas moins nombreux, et la série des coffrets, des coupes, des salières et des aiguières, que nous retrouvons dans les vitrines de la salle de la renaissance et qui portent les chiffres ou l’attache de cet éinailleur, suffirait à donner une haute idée de la valeur de ses œuvres. Tels sont : l’aiguière du musée de Lyon, le plat de Diane et d’Apollon, àM. le baron Gustave de Rothschild; celui du festin des dieux, daté de 1567, à M. Charles Stein ; celui de « Suzanne et les Vieillards », à M. E. Leroux ; les salières de M. de Basilewski, celles de M. Dutuit et les coffrets du vicomte de Tusseau.
- Deux pièces importantes portent en toutes lettres la signature de Jehan Court, dit Vigier, à Limoges, en 1556 et. 1557 : ce sont, un coffret formé de cinq plaques qui représentent la vie de Joseph, et un couvercle de coupe reproduisant le triomphe de Neptune, propriété de Mm° la baronne Salomon de Rothschild et de la princesse Czartoriska.
- Les ouvrages attribués à Jean Courtey sont au nombre de
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- quarante-deux ; ce sont des plaques à figures, le Parnasse, Bcthsabée à la fontaine, Jason et Médée, des bassins et des aiguières, des salières, des coffrets, des flambeaux, provenant des collections de MM. de Rothschild, Édouard Fould, baron de Théis, et enfin une belle horloge représentant les sujets du Nouveau Testament, qui appartient à M. le baron James de Rothschild et qui passe, à bon droit, pour un des chefs-d’œuvre de cet émailleur de la fin du xvie siècle.
- Suzanne Court et Jean Reymond sont représentés, l’un par la coupe du triomphe de Diane, signée par l’auteur et appartenant à M. de Razilewski, l’autre par la grande plaque de saint Elisée, aux initiales de rérnailleur, et à la date de 1589. Viennent enfin les ouvrages de Jean Limousin : plats, aiguières, assiettes et salières, empruntés aux mêmes, collections, et surtout une belle horloge de table, de forme ovale, représentant les mois de l’année et les signes du zodiaque, extraite de la galerie du baron Alphonse de Rothschild.
- L’œuvre de Bernard Palissv et les travaux de ses continua-
- teurs devaient occuper une place toute spéciale dans la galerie de la renaissance française; aussi les vitrines qui leur sont consacrées présentent-elles la collection la plus complète et la plus choisie en ce genre ; le nombre des plats seuls dépasse le chiffre de cinquante : plats semés de plantes et de coquilles - en relief, de couleuvres, de lézards et d’écrevisses; plats à fonds jaspés, plats à palmettes et rinceaux en relief; plats à . salières, décorés de sirènes et de mascarons; bassins repercés à jour avec fleurons en relief, ornés de guirlandes aux chiffres, du roi Henri II; plats à arabesques, à entrelacs; grands plats à figures, de forme ronde ou ovale, à émaux- de couleurs, remontant presque tous aux premières années de la seconde nioitié du xvie siècle. Les co.upes de toutes formes, les biiircs, les hanaps, les salières, les flambeaux, les saucières décorées de figures, de groupes, de mascarons, de feuillages en. relief, complètent cette série, avec les grands niédail-
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- Ions des empereurs romains, les charmantes figurines de la Nourrice, celles du Vielleur, aux chiffres de Marie de Médicis, le groupe de l’Enfant aux chiens, et toute la collection des statuettes attribuées à Palissy et à ses continuateurs.
- Ici, comme pour les émaux, la Commission a reçu le concours le plus dévoué de la part de tous nos grands collectionneurs : les barons James, Alphonse et Gustave de Rothschild, madame la baronne Salomon, M. Dutuit de Rouen, le vicomte de Tusseau, le comte de la Béraudière, le comte de Saint-Pierre, M. de Bazilcwski, ont envoyé les plus beaux fleurons de l’œuvre de Palissy renfermés dans leurs collections, ainsi que la Société de l’histoire du protestantisme français, le docteur Coqucrel, MM. Spitzcr, B. Fillon, Arondcl, Leroux, C. Davillier, la princesse Czartoriska, mademoiselle Grandjean, M. Arthur Robert, madame Clapisson, mademoiselle Ozy et M. Grasset de Varzy.
- Espérons que cette exposition d’œuvres originales, dont le mérite consiste dans l’invention plus encore peut-être que dans la composition et le choix des sujets, portera scs. fruits, et que les nombreux imitateurs de l’œuvre de Palissy sauront enfin reconnaître l’abîme qui sépare des œuvres du maître et de ses élèves des imitations incomplètes fabriquées de nos jours. Imiter, ou plutôt copier aveuglément des ouvrages dont l’originalité constitue la valeur essentielle, ne sera jamais un progrès dans la voie de l’art industriel, et, pour nous, la reproduction des figurines et des beaux plats attribués à Palissy ou à son école ne constituera jamais qu’une fabrication inutile, à laquelle l'élément principal d’intérêt, l’invention, fait absolument défaut, et qui ne se rachète même pas par le mérite de l’exécution, le plus souvent défectueuse, lourde et empâtée.
- Si les industriels intelligents qui se livrent à ce genre de reproductions déployaient la même somme de temps, de patience et peut-être même de talent à produire des œuvres originales en s’inspirant du maître, sans chercher cette imi-
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- talion servile qui n’a ni intérêt pour l’art ni avantage pour l’industrie, peut-être leurs études et leurs recherches seraient-elles couronnées de succès; mais tant qu’il en sera autrement, non-seulement il n’y aura pas de progrès, mais l’œuvre accomplie, cùt-elle dans le principe un certain succès de curiosité, n’aura ni valeur d’art, ni intérêt industriel, et subira bientôt le sort qu’éprouvent toutes les productions analogues, marquées à un chiffre élevé dans les magasins de leurs fabricants et adjugées à vil prix, comme contrefaçons, le jour où elles franchissent les degrés de l’Hôtel des ventes. Le principal mérite, on ne doit jamais l’oublier, dans l’industrie comme dans l’art, consiste dans Vinvtntion; aussi notre savant collègue, M. Albert Jacquemart, le disait-il récemment en excellents termes, dans une notice où il traitait des produits céramiques : « L’exposition de l’Histoire du Travail n’est pas un défi jeté aux galeries voisines ; l’idée toute paternelle qui a présidé à cette exposition a été de mettre en relief des types peu connus; de vulgariser les œuvres d’hommes dont les noms sont devenus célèbres; de montrer les essais des siècles passés, afin d’éviter au temps présent des tentatives pénibles et stériles, et, à côté de quelques ouvrages qui seront éternellement admirés, de placer les tâtonnements primitifs ; en un mot, de faire apprécier les labeurs d’un enfantement poursuivi de génération en génération, et de glorifier le présent en montrant la route parcourue, le progrès accompli (1).»
- A côté des œuvres de l’école de Palissy se placent naturellement les célèbres faïences d’Oiron, vulgairement appelées faïences de Henri II. Tout le monde connaît ces poteries, dont les prix de vente ont atteint, dans ces dernières années, dés chiffres incroyables; remarquables par une grande finesse d’exécution, par la recherche de la forme et le plus souvent par une ornementation d’un goût exquis, les faïences d’Oiron ont un caractère particulier inhérent au procédé de fabrica-
- (I) Gazelle des Beaux-Arls, Ier septembre 1887.
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- lion, qui consiste en décors de pâtes coloriées placées par incrustation sur une couche d’argile blanche. On a longtemps cherché quel pouvait être l’auteur de ces pièces originales, dont le nombre est fort restreint, et qui, pour la plupart, sont ornées des armoiries royales et de celles de plusieurs grandes familles de France. Un renseignement précieux, retrouvé parM. Benjamin Fillon, établit l’origine de ces faïences d’une manière à peu près irrécusable.
- « Les armoiries princières, les emblèmes royaux qui se rencontrent si habituellement sur ces pièces, dit M. Albert Jacquemarl, portèrent à croire à l’intervention souveraine dans cette fabrication exceptionnelle.
- « Il n’en était rien pourtant; une femme de goût avait, seule, pris l’initiative de cette création; il était réservé à M. B. Fillon d’en faire la découverte, et le lecteur nous saura gré de lui montrer par quels moyens ingénieux la science archéologique procède aujourd’hui à ses enquêtes. On savait que la plupart de ces faïences fines provenaient des environs deThouars; c’était un premier indice. Un jour, M. Fillon rencontra deux miniatures arrachées du calendrier d’un livre d’heures ayant appartenu à Claude Gouffier, grand écuyer de France et l’un des plus riches seigneurs poitevins; la feuille du mois de juillet représentait, entourée de tous les insignes nobiliaires des Gouffier, une scène champêtre faisant allusion à la moisson: assis sur des gerbes, les paysans prennent leur repas ; le verre à la main, une femme arrête le bras d’un voisin sans gêne qui vide une bouteille armoriée. A cette bouteille le savant reconnut la teinte ivoirée, les dessins bruns de la faïence fine et l’écu des Gouffier. La lumière était faite ; diverses tournées, terminées par la visite du château û’Oiron, prouvèrent qu’il y avait eu là, en 1529, une usine, protégée par Hélène de Hangest, mère du grand écuyer et ancienne gouvernante de Henri IL Un potier, François Chcrpentier, y avait établi son four, et Jehan Bernart, gardien de la librairie d’Oiron, avait, sous la haute direction de la maîtresse du ehâ-
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- ni
- teau, dessiné la plupart des ornements répétés sur toutes les pièces. » • .
- Ajoutons que la précieuse feuille du calendrier de Claude Gôuffier, retrouvée par M'. Benjamin Fillon, a été gracieusement offerte par lui, pendant le. cours de l’Exposition universelle, aux collections du musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny, où elle se trouve aujourd’hui à la disposition de toutes les personnes qui se livrent à l’étude des origines de nos industries nationales.
- Nous avons pu, grâce au bienveillant concours reçu de toutes parts, réunir treize pièces de cette intéressante fabrication. Les unes sont de la première époque, telle que la belle
- aiguière, portant sur son couvercle l’écusson aux armes de Gilles.de Laval, retrouvée dans les greniers du château du Lude par M. le marquis de Talhouet, et devenue la propriété de M. le baron Alphonse de Rothschild. Ce sont ensuite les trois salières de M. le vicomte de Tusseau , l’une de forme hexagonale, à cuvette circulaire, flanquée sur les angles de colonnettes cannelées que supportent des bustes en haut relief; la deuxième, décorée de pilastres aux armes de France, et la troisième couverte d’arabesques blanches sur fond brun. Ces pièces sont d’une richesse d’ornementation qui témoigne d’une grande recherche, ainsi que la belle salière triangulaire du baron Alphonse de Rothschild, dont lès pieds supportent des colonnettes, et dont les faces sont décorées de portiques, sous lesquels s’abritent des figures en ronde bosse.
- ' Une autre de ces faïences,' non'moins remarquable par son ornementation, provient de la collection de M. d’Yvon : c’est une salièrè de' forme également triangulaire, présentant sur chacune de ses faces un portique surmonté d’un fronton ; les Termes, emblème de la famille des Gôuffier, flanquent chacun des angles et sont supportés par des mascarons à ailettes,en ronde bosse ; les arabesques les plus riches et les plus variées couvrent les fonds et accompagnent tous les détails de l’archi-
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- teeture. Ces dernières pièces sont d’une date moins ancienne
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- que l’aiguière du château du Lude, et semblent appartenir à l’époque de la plus grande prospérité de la fabrique d’Qiron. Il en est de même de la coupe aux armes de France, montée sur pied à balustrc et richement décorée d’arabesques qu’animent des lézards exécutés en haut relief; objet capital, confié par M. le baron James de Rothschild.
- Une œuvre non moins importante, et dans laquelle le précieux de l’exécution ne le cède en rien à l’élégance de la forme, appartient encore à la même période et se fait remarquer par l’extrême richesse de sa décoration : c’est un flambeau, dont le nœud repose sur une base triangulaire rehaussée de mas-carons et de modillons qui supportent trois figurines d’enfant en ronde bosse; les feuilles en relief, les coquilles, les fleurons et les têtes de lion qui décorent cette pièce, dont l'ornementation est en réserve sur fond orangé, lui donnent un aspect de richesse insolite. Ce beau flambeau provient de la collection de M. le baron Gustave de Rothschild.
- Les cinq autres ouvrages de la fabrique d’Oiron, qui sont placés dans la même vitrine, appartiennent à une époque moins ancienne, et qui peut être regardée comme la troisième période de cette fabrication. Le plus important est un hanap sur pied , dont l’anse est formée par une figure d’homme aux bras étendus ; cette faïence, qui appartient également à M. le baron Gustave de Rothschild, • se distingue par la variété des motifs de son ornementation, dans lesquels les têtes de chérubins, les lézards et les grenouilles se détachent sur les arabesques des fonds. Ce sont ensuite deux carreaux de dallage, provenant de la chapelle du château d’Oiron, et dont l’un porte, sur un fond d’arabesques bleues, le monogramme'du roi Henri II, et l’autre est à l’écu mi-parti de Gouffier et de Hangest. Ils sont conservés par M. Benjamin Fillon, ainsi qu’un médaillon chargé d’un monogramme sur fond vert, et une buire à quatre oreillettes, qui peuvent être regardés comme les derniers produits d’une fa-
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- brication tombée dè5 lors dans une complète décadence, après avoir brillé d'un éclat sans égal.
- L’intérêt qui s’attache à ces faïences dites de Henri II, la laveur dont elles jouissent depuis bien des années auprès du public d’élite qui s’occupe des œuvres d’art des temps passés, les lumières nouvelles apportées récemment sur l’origine de cette fabrication exceptionnelle, nous ont amené à sortir un peu des bornes de la concision qui nous est imposée ; qu’il nous soit permis de dire encore à ce sujet un mot des imitations qui commencent à se produire, et qui sont tellement en dehors de la saine direction et de la voie intelligente, qu’il importe de les signaler. Quelques essais ont été faits par l’Angleterre, et ce sont ceux qui ont le mieux l’aspect des originaux; d’autres pays en ont également produit, mais en oubliant complètement que le principal mérite des faïences d’Oiron consistait dans cette application, par le système de l’incrustation, de dessins en pâtes de couleurs sur un fond donné. Reproduire en porcelaine, comme nous l’avons vu dans la section suédoise, la grande aiguière du château du Lude, est certes une bonne pensée ; c’est prouver une excellente propension à retrouver dans les œuvres de tous les pays et de toutes les époques des modèles d’un goût consacré, pour les adapter aux usages modernes ; mais il y a malheureusement mauvais emploi de la matière et imitation péchant par un vice capital. Le principal charme, le mérite exceptionnel de ccs œuvres consistent, nous l’avons dit, dans l’incrustation des dessins, mode d’exécution qui donnait à la pièce le caractère tout particulier qui la distingue ; les tons étaient en outre choisis de manière à produire un ensemble harmonieux, jamais criard, et présentant à l’œil un aspect de douceur et de délicatesse qu’on rencontre rarement dans les produits analogues.
- Si le fabricant moderne se borne à donner à son vase la forme exacte de l’original du xvi° siècle, s’il copie ces délicates arabesques qui en font la richesse et la décoration, rien
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- (le mieux ; mais du moment où il les applique au pinceau sur fond de porcelaine blanche, il sort de la voie et produit une œuvre d’un ton cru, d’un aspect désagréable, qui eût fait bondir de désespoir François Cherpentier, et surtout maître Jehan Bernart, gardien de la librairie d’Oiron et l’inventeur de ces charmantes fantaisies, s’ils eussent pu prévoir de pareilles imitations.
- Le choix de la matière est une des premières conditions d’une œuvre d’art, nous l’avons répété cent fois dans nos rapports sur les produits mobiliers des expositions précédentes, et quand nous voyons, comme aujourd’hui dans la section prussienne, exactement reproduits en fine porcelaine aux reflets luisants et glacés, ces beaux vases en grès de Flandre et d’Allemagne du xvr siècle, avec leurs médaillons, leurs écussons contournés et leur fière tournure si bien rehaussée par le grain rugueux et grossier de la matière originale, nous ne pouvons nous empêcher de regretter le temps employé à ces travaux et de déclarer que là, plus que partout ailleurs, il y a mauvais emploi de la matière.
- Quelques faïences d’origine française occupent également les vitrines de la galerie de la renaissance ; bornons-nous à citer les gourdes, aux armes de France, trouvées à Chaourcel, département de l’Aube, et appartenant au docteur Coquerel ; un plat, aux armes de Piot, seigneur de Courcelles, de la fabrique de Savignies, de la collection de M. de la Herche de Beauvais ; un autre de la même provenance, aux écuS de France, de Bretagne et de Dauphiné, provenant du musée de Beaùvais ; divers ouvrages de la fabrique de Poitiers, au musée de cette ville, et enfin les carreaux de pavage du château d’Écouen, aux armes d’Anne de Montmorency, connétable de France, appartenant à la grande chancellerie de la Légion d’honneur et portant l’inscription de fabrique : Rouen, 1542.
- Les verreries françaises du xvie siècle sont rares; mais quelques pièces d’un sérieux intérêt ont été envoyées par MM. Benjamin Fillon et Gab. de Fontaine, de Fontenay-le-
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- Comte; ce sont: une coupe gravée, fabriquée en 1578 pour Marthe Mansion de la Pommeraye, femme de Gédéon Picard, médecin protestant de Foussay, en bas Poitou; un verre de même fabrique, orné de trois figures de liallcbardicrs émaillées
- sur le fond, et un verre bleu, émaillé de blanc et doré, aux armes de la famille Taveau de Mortemer, en Poitou. M. Davil-lier a également exposé un beau verre à pied, portant un buste
- de femme, émaillé, avec un écu d’azur au chevron d’or; enfin,
- d’autres pièces d’origine et d’époque analogues proviennent des musées de Poitiers et de Rennes. •
- La disposition des galeries consacrées à l’Histoire du Travail, et la nécessité de donner un vaste développement aux vitrines
- destinées à renfermer les objets précieux et à les soustraire au contact d’un nombreux public, ont dû obliger la Commission à resserrer dans d’étroites limites l’exposition des meubles de la renaissance. Le musée d’Orléans, M. Nourry, de cette ville, M. Barry, de Toulouse, ont envoyé des bahuts en bois sculpté, de la fin du xve siècle et du commencement du xvi° ; la crédence, qui occupe le milieu de la galerie et qui est d’un caractère charmant, dans le style d’Androuet du Cerceau, avec incrustations de bois et de marbres, appartient à la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild ; MM. Lucy, G. Gouellain de Rouen, Robillard, Léopold Double, Héber Marini, le baron E. de la Villestreux, ont bien voulu confier à-la Commission des meubles à vantaux, des buffets en chêne et en noyer sculptés qui forment le mobilier de cette galerie, avec lin grand cabinet en ébène du commencement du xvne siècle, appartenant à M. Beurdeley ; signalons en outre une chaise en noyer, envoyée par M. Barry, de Toulouse ; un prie-dieu, à madame la comtesse de Cambis-Alais, et les châsses en bois sculpté, peint et doré, de Saint-Bohaire et de Saint-Victor, provenant de l’église de Saint-Bohaire, dans le département de Loir-et-Cher, et de celle de la Chaussée, dans l’Indre-et-
- Loire.
- Le couvercle des fonts baptismaux de l’église Saint-Romain,
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- de Rouen, peut être classé parmi les meubles. Sa construction est d’une rare élégance, la* forme est celle d’un dôme à huit faces, couvertes de sculptures en haut relief, représentant les diverses scènes de la Passion ; une lanterne, supportée par quatre colonnes et surmontée d’un pélican, couronne le dôme, et donne à ce petit monument un caractère exceptionnel de légèreté et de richesse.
- De nombreuses sculptures sur bois seraient à citer ; bornons-nous à indiquer un buste d’homme, en costume du commencement du xvie siècle, appartenant à M. le baron Alphonse de Rothschild ; les grands écussons, dans le style de Germain Pilon, provenant du palais de justice de Paris et envoyés par la ville; plusieurs séries de panneaux, remarquablement sculptés, provenant des collections de MM. Maillet du Boullav et Louis Carrand; les panneaux du couronnement de Henri III, roi de Pologne, et de la duchesse de Nemours, propriété de M. Achille Jubinal ; la charmante figure de la Nourrice, du musée de Reims, reproduite tant de fois en faïence par les successeurs de Palissy, et nombre d’objets mobiliers en bois sculpté, extraits des musées de Saint-Lô, des collections de 1a Société archéologique de Melun, des cabinets de mademoiselle Grandjean, de M. Noury, d’Orléans, du musée de Moulins, et du cabinet de M. Barry, de Toulouse. Deux bas-reliefs en marbre méritent un mention spéciale ; tous deux sont la propriété de M. d’Yvon : ce sont la Diane étendue et appuyée sur le cerf, bas-relief attribué à Jean Goujon, et dont le similaire existe dans les collections de l’Hôtel de Clunÿ, et le Satyre enlevant les enfants, ouvrage de la seconde moitié du xvr siècle.
- Parmi les bronzes, il faut signaler le grand buste de François I01', appartenant à M. le baron Pichon; celui de Jean de Morvilliers, évêque d’Orléans, attribué à Germain Pilon, et confié à la Commission par Mgr l’évêque d’Orléans ; les bustes de Henri IV et de Marie de Médicis, à M. le comte de la Bé-raudière; de beaux marteaux de portes, plusieurs bas-reliefs
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- à figures et les mesures d’Arques, à l’écu de France, conservées au musée de Saint-Lô.
- L’exposition des monnaies et des médailles de la renaissance comprend la série des monnaies d’or de Louis XII, François Henri II, Charles IX, Henri III, exposées par M. le vicomte -Ponton d’Amécourt ; elle présente en outre un choix de médaillons, de médailles et de sceaux en bronze et en argent doré, à MM. Labouchère et B. Fillon, au musée de Rennes, à MM.Dutuit etdcla Béraudière, Hucher, du Mans, et au musée archéologique de cette ville.
- ‘ Les églises de Saint-Jean-du-Doigt, dans le départeriient du Finistère, et de Plourach, dans celui des Côtes-du-Nord, possèdent deux pièces d’orfèvrerie delà renaissance, qui semblent exécutées par la même main et qui sont marquées'en partie du riiême poinçon : ce sont deux1 grands calices richement ornés et portant en haut relief les figures des apôtres, le tout:en argent repoussé, ciselé et doré. Les patènes sont d’un travail analogue, et l’une d’elles est rehaussée d’un émail et de‘Chimères supportant un médaillon de François' Ier.’ Ces deux beaux ouvrages portent le- caractère de la grahdè orfèvrerie religieuse du xvie siècle, qui se trouve’èn même temps représentée par plusieurs châsses et par de belles croix’en argent et en cuivre repoussé et doré, envoyées par les mêmes églises, par M. le curé de Saint-Taurin d’Évreux, l’hôpital général de Limoges et par l’église de Plouvez, des Côtes-du-Nord, sans omettre un ostensoir en agate et en cristal de roche, monté en or émaillé, et qui provient des collections du musée de Bordeaux.
- Mais deux monuments de premier ordre, aussi précieux par leur exécution que par les souvenirs qui s’y rattachent/figurent en première ligne dans cette importante série, èt la Commis-sion de l’Histoire du Travail a été heureuse de les mettre sous les yeux du public, grâce à l’excellent concours du haut clergé de Reims : ce sont les deux pièces des sacres des rois Henri II et Henri III, données par ces souverains à la cathédrale de
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- Reims, et qui ont été conservées dans son trésor. La première représente la scène de la Résurrection, avec toutes.les.figures -de ronde bosse en argent repoussé, émaillé et doré. Le 'tombeau est en agate, et le soubassement, orné de pierreries et d’émaux, porte les chiffres et insignes du roi avec la légende : Henricas seciindus consecranclus hue me asportavit, 1547. La seconde est une nef en agate montée en argent doré ; c’est le reliquaire de sainte Ursule, une des 11,000 vierges. Les figures, également en ronde bosse, sont en or émaillé ; la nef repose sur un pied qui l’isole du fleuve aux flots d’argent, et la légende, placée sur le soubassement aux armes de France, rappelle que ce reliquaire est un souvenir d’Henri III, roi de France et de Pologne, en.l’année 1572.
- A côté de ces précieux objets se trouvent un grand nombre d’ouvrages moins importants,mais d’une charmante exécution: des colliers, des croix, des pendeloques, des chapelets, appartenant à la princesse Czartoriska, au baron de Théis, à MM. Hunt et Roskell, de Londres ; toute une suite de bagues du xvic siècle, àM. Louis Carrand et à madame Delange ; plusieurs pièces d’argenterie à l’usage de la table, provenant de la collection de M. le baron Pichon ; la belle ceinture garnie de rosaces en argent doré conservée à la bibliothèque de Versailles, et enfin la grande aiguière avec son bassin, exécutée en argent ciselé et doré sur les dessins d’Etienne Delaulne, ouvrage aussi remarquable par la beauté du travail que par la richesse de l’ornementation et par le style des figures, envoyé de Londres par M. le capitaine Leyland, et devenu, pendant le cours de l’Exposition, la propriété de M. le baron Adolphe de Rothschild.Le somptueux coffre en cristal déroché taillé et monté, consei'vé par M. le duc de Mouehy, est un chef-d’œuvre d’exécution, aussi précieux par le choix des matières que par l’habileté de la main-d’œuvre; mais il ne saurait être classé parmi les produits du travail français, en raison de son origine italienne. Les souvenirs et la tradition qui s’y rattachent lui ont donné une consécration presque nationale,
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- et c’est à ce titre ^seulement qu’il a pu être l’objet d’une exception toute spéciale et trouver place dans les galeries dedasec-tion française.
- Des métaux précieux, si nous passons aux objets en fer, aux armes, à!la serrurerie et à la coutellerie, nous.trouvons le clianfrein et la selle en fer repoussé, ciselé et damasquiné d’or, provenant des collections du musée de tLyon ; l’armure aux chiffres des Montmorency, du musée de- Draguignan ; les belles épées de M. Carrand, de Lyon ; celles de M. L. Double ; les poignards de MM. de Basilcwski et Claude d’Auxerre ; la cara-
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- bine gravée et ciselée dans le goût d’Etienne ‘Delaulne aux armes de France et de Navarre, extraite de la collection du baron Alphonse de Rothschild ; les pistolets, cartouchières et pulvérins du musée de Rennes, de M. Double et du comte d’Armaillé ; les mors de brides de M. Dupuis-Vaillant, de Poitiers, et le précieux éperon appartenant aujourd’hui à Mme veuve Failly, bel ouvrage de ciselure et de repercé à jour. La collection des couteaux, fourchettes et pièces de table réunie par M. Foule, de Nîmes, est intéressante et nombreuse ; il convient de la signaler ici, en même temps que la gaîne contenant un poignard et deux couteaux, conservée par le duc de la Force, et qui aurait été saisie sur Ravaillac par le maréchal de la Force, son aïeul.
- Le château d’Écouen est justement célèbre pour les beaux ouvrages de serrurerie qui y ont été exécutés au xvr siècle, aussi a-t-il fourni une part importante parmi les produits de cette industrie placés dans la salle de la renaissance ; les heurtoirs, verroux et serrures sont aux armes du connétable de Montmorency et témoignent par l’originalité de leurs formes, l’élégance des dessins et l’excellente exécution, de toute l’habileté des serruriers de cette époque; des clés d’un beau travail, des serrures, des plaques de portes historiées ont été exposées par M. Moreau, l’habile industriel qui a exécuté les portes à jour en fer forgé du pavillon impérial ; des pièces analogues de toutes provenances complètent cet ensémble, et
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- -ont été confiées à la Commission par MM. le comte de Pulligny , Voisin, Menou de Périgueux , l’abbé Cochet de Dieppe, et Julien Gréau de Troyes.
- Il nous serait impossible d’énumérer ici les peintures, les miniatures, les manuscrits et les imprimés qui remplissent plusieurs vitrines dans la galerie de la renaissance ; nous ne pouvons cependant passer sous silence une œuvre unique signée par Leonard Limosin, esmaïlleur peintre valet de chambre du Roy ; c’est une grande peinture sur bois représentant l’incrédulité de saint Thomas, à la date de 1551. Ce tableau, qui formait sans doute le centre d’un triptyque aux grandes dimensions, provient de l’église du Queyroix et est conservé aujourd’hui dans la collection du musée de Limoges ; c’est à peu près la seule peinture connue du célèbre émailleur du xvie siècle.
- M. A. Firmin Didot, MM. Lanneau, Maurice Ardant de Limoges, et Benjamin Fillon, de Fontenay, ont exposé un choix remarquable de miniatures du xvie siècle ; le musée de Toulouse a envoyé une série de grandes initiales historiées à la date de 1534 à 1535, et le baron Gustave de Rothschild a complété cet ensemble par les deux grands portraits équestres de François II et de Henri IV, peints sur vélin. La collection des manuscrits et des imprimés appartenant à M. A.-Firmin Didot ferait l’objet d’un catalogue tout entier; nous regrettons de ne pouvoir que les citer ici en rendant un juste hommage à leur propriétaire pour l’empressement qu’il a bien voulu mettre à confier à la Commission des trésors sans prix qui sont un des fleurons de l’exposition de l’Histoire du Travail, et au nombre desquels figurent le Trespas de VHermine regrettée, Relation des funérailles d'Anne de Bretagne, des premières années du xvie siècle ; YEvangéliaire, aux armes du cardinal de Meudon, et des livres d’Heures d’une richesse etd’une conservation extraordinaires. Nous devons mentionner également le beau livre manuscrit des Heures de la comtesse du Lude, du commencement du xvie siècle, retrouvé au châ-
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- teau du Lude par M. le marquis de Talhouet; la grande mappemonde sur vélin, rehaussée de personnages et d’animaux, œuvre de la fin du xvie siècle, appartenant à M. Wilfrid Chauvin, et les envois considérables de manuscrits et d’imprimés, précieux à bien des titres, faits par M. Le Brun d’Al-banne, de Troyes, le comte de Kergariou , la bibliothèque de Poitiers, MM. Amédée Gayot, Suremin de Missery, le docteur Aumerle, M. de Gaumecourt, par la bibliothèque de Troyes et la Société de l’histoire du protestantisme français. Les reliures forment à elles seules une collection complète, dans laquelle les bibliothèques des rois François Ier et Henri II tiennent une large place, et c’est encore à MM. Firmin Didot et Dutuit de Rouen que nous sommes redevables de la plupart de ces chefs-d’œuvre, ainsi qu’aux bibliothèques de Reims, d’Auxerre et de Poitiers.
- Les grandes tapisseries qui garnissent les parois de la galerie et complètent sa décoration proviennent en partie de la cathédrale d’Angers, en partie de celle de Reims. La tenture des instruments de la Passion, placée dans la salle précédente, et qui est postérieure à l’année 1513, porte les armes de Pierre de Rohan, seigneur de Gié et du Verger; celle de la Passion se compose de quatre grands panneaux, et provient de l’église Saint-Maurice de Chinon ; les tapisseries de Saint-Martin, qui étaient destinées à l’église Saint-Maur et à celle de Saint-Saturnin, étaient conservées à Toulouse ; toutes appartiennent aujourd’hui au trésor de la cathédrale d’Angers. La tapisserie du roi Clovis , donnée par Charles de Lorraine , archevêque de Reims, le 2 novembre 1573, et restaurée en 1650 par Gadret de Lanoy, tapissier à Paris, est la propriété de la cathédrale de Reims, qui a bien voulu y joindre une des dix pièces de la tenture de Saint-Remi, données à son église en 1531 par Robert de Lenoncourt, et l’une des douze pièces de la tapisserie de la Vierge, don du même archevêque en 1530 ; magnifiques ouvrages qui, avec les tapisseries moins, importantes du musée de Saint-Lo et celles de M. d’Yvon,
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- exécutées sur des cartons italiens, forment une suite des plus intéressants’ spécimens d’une industrie en grand honneur dans lé nord de la France aux. xve et xvie siècles.
- VIH, IX, X. -^ DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIEME SIECLES.
- La galerie française de l’Histoire du Travail, qui pouvait, en raison de son développement, en raison surtout des conditions de son architecture et de la disposition uniforme de ses salles* présenter un aspect général de monotonie toujours' fâcheux dans une exposition de cette nature, a le grand avantage d’offrir, au1 contraire, une variété d’effets qui se modifient' a tout instant et reposent les yeux des visiteurs; chacune des salles affectées à l’une des grandes époques du classement général se distingue par un caractère spécial et diffère ainsi essentiellement de celles qui précèdent' et de celles' qui vont suivre. Cet état de choses fi’est point le fait d’une combinaison plus ou moins heureuse, et il ne saurait entrer dans l’esprit de celui des membres: de là Commission qui a été plus spécialement chargé dé dirigër l’instàllation de ces galeries dé s’adresser ici un éloge indirect ; il provient tout simplement de là- nature des objets qui représentent chacun des siècles de notre* histoire,- et qui-, par'leur caractère, leur forme, leur couleur même , diffèrent d’une manière absolue selon' la période à laquelle-ils appartiennent;’
- Ainsi la galerie-de la* renaissance, qui renferme de véritables trésors d’ârt dont' nous n’avortS' pu donner qu’une faible idée; offre de prime abord un aspect de gravité bien tranché qu’elle' doit aux meubles en bois sculpté, dans' lesquels la dorure et les couleurs brillantes font complètement défaut; les ériiaux de Limoges, les* faïences de Palissy même; malgré la richesse'de leur coloration, sont d’un effet calme et doux, et cetté vaste réunion d’objets produit un ensemble d’une rare harmonie. En passant de cette1, galerie dans les salles1 consacrées aux œuvres des xvne et xviii® siècles, l’effet général
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- change’ entièrement; les meubles en bois noir et en' marqueterie, relevés de dorures et de bronzes, remplacent les• buffets en noyer ; les faïences de Rouen, de Nevers, de Marseille, dont les couleurs brillantes s’enlèvent sur des fonds d’un blanc vif ; les objets d’orfèvrerie richement ouvragés, tout1 contribue à donner à cette section un éclat et un air de richesse qui caractérisent exactement les siècles qu’elle repré1» sente.
- La Commission avait divisé cette deuxième partie de l’exposition de l’Histoire du Travail en trois époques distinctes les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, de 1610 à 1715 ; celui de Louis XV, de 1715 à 1775, et enfin celui de Louis XVT et la Révolution jusqu’à l’an 1800. Il était difficile, en raison de l’espace restreint, en raison surtout des exigences des dispositions matérielles, d’observer strictement et d’une manière absolue les divisions adoptées, en ce qui concerne ces dernières périodes dont les produits présentent souvent entre eux, du reste, une certaine analogie et de nombreux points de rapprochement, sinon de similitude; Nous avons dû, en>. conséquence, pour l’installation des meubles et des objets,d’art de toute nature qui constituent cette seconde* partie de la section française, adopter une distribution plus simple et qui consiste à placer les produits de ces dernières époques sous uu seul et même titre : xvne et xviii0 siècles, tout en conservant pour le catalogue les divisions arrêtées en principe; Cette modification, commandée, ainsi que nous venons de le dire, par des nécessités d’aménagement, avait en outre l’avantage de nous permettre de donner satisfaction à de nombreux collecti'onneursj en exposant- aux yeux du publie par grands ensembles les objets précieux qu’ils ont bien» voulu confier à la Commission, et dont les exigences d’une classification trop détaillée aurait amené l’inévitable éparpille^ ment.
- Si nous devions suivre pas à pas et’ pendant ces deux siècles les: transformations qu’ont subies' les diverses industries qui
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- relèvent de l’art et dont l’exposition de la section française , nous offre tant de beaux et précieux spécimens ; si nous devions faire ici l’historique de toutes ces fabrications nationales qui ont été l’une des gloires de notre pays, de ces beaux meubles en marqueterie qui ont dès le principe placé notre ébénisterie à un niveau que les fabricants étrangers ont toujours eu l’ambition d’atteindre sans y être encore arrivés, de toutes les fabriques de faïences nées en France, à Nevers, à Rouen, puis à Moustiers et autres lieux, fabriques éteintes de nos jours, mais dont les produits ont trouvé dans ces dernières années de nombreux et fervents admirateurs ; s’il fallait joindre à cela l’histoire et la description de ces belles pièces d’orfèvrerie religieuse et civile, de ces mille bijoux inventés par une époque de luxe et d’opulence , ce serait un traité complet des arts et des industries de la France qu’il s’agirait de produire. Telle n’est pas notre mission ; et quel que soit l’intérêt qui s’attache à ces questions qui sont aujourd’hui l’objet des études et des recherches de bien des érudits, nous devons rester dans les limites qui nous sont tracées.
- Ici, comme dans chacune des sections précédentes, le concours des collectionneurs et leur empressement à seconder les efforts de la Commission a été unanime ; aussi les résultats obtenus ont-ils dépassé toutes les prévisions. Les grands meubles du musée de Poitiers en ébène inscrusté de cuivre ; le bureau du duc de Mouchy, rehaussé de bronzes dorés ; les médaillères, lesr bureaux, les tables, les commodes et encoignures aux panneaux de laque, envoyés par M. le baron Lepic; les meubles en vernis, de M. d’Yvon, ceux de MM. Double et du baron A. de Rothschild, de M. Spitzer, sont des ouvrages d’ébénisterie de premier ordre et dont l’étude a d’autant plus d’intérêt pour nos fabricants que, à raison de leur forme et de leur disposition, ces beaux meubles des xvir et xvme siècles rentrent dans le cadre et dans les proportions de certaines habitations modernes..
- Les monuments de la sculpture de ces deux derniers siècles sont tous les jours sous les yeux du public, dans nos musées,;
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- nos collections nationales et dans les palais impériaux; mais les galeries particulières renferment un grand nombre d’œuvres de nos sculpteurs français qu’il y avait un véritable intérêt à faire connaître, et dont les dimensions plus.restreintes rendaient le déplacement moins difficile. Telles sont la figure de Neptune, marbre signé de Pajou, et celles des quatre Saisons, appartenant àM. Beurdelcy;le Louis XIV debout et terrassant l’Envie, groupe signé par Gobert en 1692 et conservé dans la collection de M. d’Yvon; telles sont encore les charmantes figures de la Baigneuse, de Falconnet, et son groupe de Pygmalion daté de 1761, qui proviennent de la même collection ; le buste de jeune fille attribué à Pigalle et confié à la Commission par Mn° Grandjean ; les statuettes exposées par M. Spitzer, parmi lesquelles une belle figure d’enfant portant l’inscription : . Galland fecit, 1785; un buste signé Houdon 1786, provenant du musée d’Aix, et toute une collection de groupes en marbre, de pendules et de vases, appartenant à M. Léopold Double, à MM. Dutuit de Rouen, Bourgeois, Spitzer, ainsi qu’à M. d’Yvon.
- M. le baron Roger, MM. de Lafaulotte, Dutuit, Strauss et Beurdeley, le baron Lepic, ont envoyé de grands et beaux bronzes du temps de Louis XIYT, les figures équestres du roi, le groupe de Laocoon et des statuettes de la même époque; MM. Dreyfus et le comte de la Béraudière exposent divers ouvrages analogues exécutés sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI.
- Les objets mobiliers, bronzes d’ameublement, pendules, garnitures de cheminées, vases montés, appliques, occupent plusieurs grandes vitrines dans les quatre dernières salles et présentent un ensemble fertile en enseignements pour l’industrie moderne. Les collections de MM. Léopold Double, de La Faulotte, du comte de la Béraudière et du vicomte Clerc ont une réputation européenne et se distinguent par le choix irréprochable des objets des xvne et xvme siècles qu elles renferment aussi bien que par leur parfaite conservation.
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- Grâce à l’obligeance de ces. amateurs' distingués qui ont; bien voulu mettre, à la disposition de la' Commission de' l’His- toire du. Travail les nombreuses richesses réunies par leurs-' soins, grâce1 aux envois faits par d’autres collectionneurs; la’série des objets d’ameublement de ces dernières époques1 brille d’un éclat exceptionnel ; les grandes vitrines' consacrées’aux. collections de M. Double renferment’ une variété’' d’objets de toutes formes, de tout usage, des temps de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI ; celles de MM. de-la Béraudière et'de La Faulotte se rattachent plus particulièrement à la dernière .période <et se recommandent par la1 finesse’et l’élégance du dessin autant que par la précision de la main-d’œuvre. Les bronzes dorés de M. le vicomte Clerc ne sont" pas moins remarquables et témoignent du goût parfait qui aj présidé à leur réunion. Mentionnons aussi la collection de M. Spitzer à laquelle une vitrine tout entière a été réservée dans la dernière salle de la section française et qui présente un choix d’ouvrages de premier ordre, la plupart du temps dé’ Louis XVI, marbres, bronzes, statuettes, figurines, dans lesquels nous retrouvons toutes les recherches d’exécution- qui distinguent, d’une façon si caractéristique les ouvrages, du dernier siècle.
- Quelques beaux instruments de musique, des harpes* des guitares, musettes et lyres ont été envoyés par MM. d’Yvon, ’ Max Steiner de Munich, Baur, Nollet et Sevenier ; il convient'-de signaler également le clavecin d’Hans Ruc.kers d’Anvers^ en 1655, retrouvé au château de Perceau prèsCosne et appartenant à M. Lavignée, ainsi que celui deM. JacquesHerz, signé; par le; même facteur-à Anvers en- 1636, restauré par Pascal? Taskin- à Paris en 1787, puis remis au diapason normal! en 1866. Citons aussi, pour compléter la1 série des objets uno--biliers; les horloges, pendules-et cartels de M. le baron dé1 l'a-Villestreux, de M. Roger Desgenettes, du baron- Lepic, dm baron Jérôme Plchon, de M. AvPottier de Rouen, du-baron; Laurenceau, de Mmc de Sampayo; la magnifique horloge â>
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- gaîne' de M: le1 comte de Chauveau; celles'dë M. le baronA. de Rothschild, du duc de Mouchy; celles de M. Double, des M. Hersent, de Mme là comtesse de Cambis-Alàis-; l’horloge astronomique à mouvement apparent de M. Lemire
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- d’Evreux'; les cartels, en bronze doré, du vicomte Clerc; lés horloges à musique de M. Double- et du comte de Beaussier, et enfin le buffet-horloge de Lepaute, appartenant au duc1 de Mouchy.
- L’orfèvrerie française des xvn« et xvnr siècles est en' grande faveur de nos jours, et les pièces importantes qui ont1 pu échapper'aux hasards des révolutions et à la dispersion' des fortunes sont très-recherchées par les amateurs. La Commission a pu en réunir un grand nombre, et elle a été puis-samment secondée par M. le baron Jérôme Pichon, qui1 non-seulement a bien voulu lui prêter le concours de ses1 études toutes spéciales, mais qui s’est dessaisi d!une partie de sa collection qui passe à bon droit pour une' des plus'notables en ce genre; ce sont des croix, des calices1, des ostensoirs , appartenant aux règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ; des pièces d’argenterie de toutes-formes pour le service de table, une magnifique soupière, des sucriers, dès coupes, des cafetières, des flambeaux des mêmes époques, des écuelles, des plateaux, des sa--liëres, la plupart portant la date de leur fabrication et les poinçons des orfèvres du temps, parmi lesquels nous retrouvons les noms d’Étienne Balagny et d’Outrebon en 1709 ; de* Crochet, à Versailles, 1720;* de Viardot, en 1712 et 1719 ; dé' Linguet, en 1720 et 1728", d’Antoine' Bertin et de Croze, en* 1724; de Rigal, en 1729'; de Rémy Chatria, en 1737;' dë1 Thomas Germain et de Lenhendrit, son élève, en 1747!; dé Chéret, en 1762 et 1766; de Charvet, orfèvre1 du duc d’Orléans; ceux d’Allain, en 1758; de Villeclair; en 1762; puis" ceux de Denis Franckson, orfèvre de la Trinité, aux datés dé 1770 et 1782; de R.-J. Auguste, à la même époque-; d’Har-chier fils, en 1771 ; de Nicolas Delannoy, en 1772;. de Jac-
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- ques Favre, en 1797; de Roetliers, en 1770; de François Go-guely, en 1783, et enfin les marques d’Antoine Dutry, orfèvre des Gobelins, en 1781, et de Bouilli, en 1787.
- Dans l’orfèvrerie religieuse, il faut mentionner la chapelle complète, en argent fondu, ciselé et doré, du temps de Louis XIV, composée de neuf pièces aux armes de France; une garniture analogue, comprenant une croix et six chandeliers, appartenant au vicomte d’Aigneaux ; celle de la cathédrale de Troyes, aux armes de Colbert; puis, dans la série des objets de table, la belle soupière et son plateau, les flambeaux et les salières de M. le comte de Pontgibault; les grandes soupières de M. de La Faulotte, de M,ne la comtesse deCambis-Alais; celle en plaqué de M. A. Darcel, les écuelles, nécessaires de toilette, réchauds, en argent gravé et ciselé, du comte de la Béraudière, de M. Maillet du Boullay, de M. Delamarre, du comte de Saint-Pierre, de M. Séchan, du comte de Gourgues, du comte de Maleisye, de M. Spitzer, de Mme Achille Ju-binal; les argenteries de MM. d’Yvon, Patrice Salin, du vicomte de Pulligny, du comte d’Armaillé, de MM. Fouquet de Sinceny, Charles Davillier, Léopold Double et de Saint-Albin.
- La collection des coffrets et des boîtes montés en or et en vermeil est une des plus complètes qu’il soit possible de réunir, et il nous serait difficile d’énumérer les bijoux de toute espèce, les boîtes en cristal de roche, en émail, en vernis Martin, les boîtes ornées de miniatures et de pierres précieuses, les colliers, les pendants d’oreilles, les croix, les broches, les montres que renferment les vitrines de ces dernières salles. Le duc Georges de Mecklembourg, le duc de Mouchy, le comte de La Rochefoucauld, duc de Bisaccia, M. Double et M. Édouard Fould, en nous confiant les trésors qu’ils possèdent en ce genre, ont fait de leur réunion une des séries les plus précieuses de l’exposition de l’Histoire du Travail ; de nombreuses richesses de même nature ont été envoyées par la plupart des collectionneurs dont nous avons déjà cité les noms, par MM. Hunt et Roskell', de Londres, par Mme la
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- marquise de Fénelon, le baron de Girardot, la princesse
- Czartoriska, MM. Édouard André, le vicomte de Saint-Pierre,
- MM. Dutuit, Singer, Voisin, Ferai Cussac, Maze, de la Herche,
- Robillard et Nadault de Buffon. Une collection de montres, %
- des mêmes époques, remplit à elle seule toute la face d’une des vitrines centrales, c’est celle de Mme d’Hargeville, qui a exposé cent cinquante des plus beaux échantillons de ces précieux bijoux. Toutes ces montres, dont plusieurs sont conservées avec leurs châtelaines, garnies des breloques et des cachets du temps, sont rehaussées d’émaux, de pierres Unes, de rubis et d’émeraudes, et beaucoup sont signées des noms des plus célèbres horlogers du xvme siècle ; charmante réunion que complètent un grand nombre de bijoux analogues, appartenant à M. le comte d’Estampes, au baron Jérôme Pichon, au vicomte de Saint-Pierre, à MM. Hunt et Roskell, au comte de Laubespin, au comte de Gourgues, à MM. Fernand Girau-deau, Voisin et Le Brun d’Albanne, de Troyes.
- De beaux ouvrages en cuivre repoussé, du temps de Louis XIII et de Louis XIV ; des vases en étain ; des travaux en fer damasquiné, ciselé, gravé ; des pièces de serrurerie, envoyées par le musée de Bordeaux, l’hôpital de Limoges.. MM. Lucy, Gaudelet et de la Grange, par MM. Moreau, Fichet, Cinot, Ernest Sevenier, Mmc Achille Jubinal ; des armes de la collection de M. E. Pelouze, de celles de M. L. Double, de M. Baudry, de Rouen, de M. Juste, du comte d’Estampes ; et enfin des pièces de coutellerie conservées par le comte de la Béraudière, Mmc Hippeau, le comte de Gourgues, par MM. Thiac et Voisin, complètent la série des ouvrages en. métal produits sous ces derniers règnes, et dont la plupart témoignent de la. haute habileté pratique qui caractérisait toutes les industries dans lesquelles l’art devait intervenir.
- L’École de Limoges, qui nous a fourni cette collection si remarquable des émaux de la renaissance, sd retrouve encore au xvne siècle, mais bien pâlie et bien décolorée, dans les ouvrages de Léonard II Limosin, dont le musée de Limoges et
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- ,M. Ch. .Davillier ont envoyé plusieurs échantillons, et dans ceux de H. Eoncet, de Jacques Ier Laudin, .appartenant au comte de Reiset et à la princesse Czartoriska ; signalonsrencore les plaques de Jean II Laudin, à M. J. Gréau de Troyes, à Labbé Caneto, vicaire général' d’Auch, au docteur Goquerel et ,au curé de Saint-Taurin d’Evreux; les coupes de Nouailher à MM. Hunt et Roskell et divers émaux de la même époque, propriété du musée de Rennes, des collections du baron de Théis et de M. Léopold Double; puis, enfin, les travaux de Nicolas Laudin, ceux de Pierre et de Baptiste Nouailher, les
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- derniers représentants de l’Ecole limousine et d’un art qui avait été si brillant pendant deux siècles et dont les produits sont recherchés aujourd’hui par le monde entier.
- Les faïences françaises des xvue et xvme siècles sont, depuis quelques années, l’objet de la convoitise de nombreux collée-honneurs, et ces beaux produits , longtemps délaissés, ont atteint aujourd’hui et dépassent souvent la valeur des, plus belles pièces de la renaissance.
- Les anciennes fabriques de Rouen, celles de Nevers fondées par les Conrade au xvne siècle, celles de Moustiers, de Marseille, de Rennes et de Strasbourg, sont activement recherchées; des collections importantes se sont formées et les ouvrages de nos anciens faïenciers, conservés dans nos musées, imités par l’industrie moderne, reproduits sous toutes les formes pour les usages de la table et pour la décoration des appartements, ont été pour la fabrication une mine inépuisable d’enseignements pendant ces dernières années. Parmi les collections départementales, le musée céramique de Rouen et celui de Nevers tiennent le premier rang en ce qui concerne les produits de ces deux fabriques ; le musée de Rouen dirigé par le regrettable M. André Pottier, qui a été enlevé si promptement aux arts et à l’étude des temps passés pour lesquels il professait un culte profond, renferme un choix complet des pièces de la fabrication rouennaise à ses diverses époques et présente, à ce titre surtout, un intérêt incontestable pour F histoire du pays.
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- La ' Commission de l’Histoire du Travail ne pouvait entreprendre la tâche de donner l’aperçu historique de toutes les fabriques françaises ; elle devait se borner à rechercher quelques-uns des plus beaux produits de ces diverses fabrications et les mettre sous les yeux du publie comme points de comparaison avec les industries étrangères. Le musée de Rouen et plusieurs amateurs de cette ville, parmi lesquels nous citerons MM. Gouellain, Hurtrel d’Arboval, de Bellegarde, de Glan-ville, l’abbé Colas, Alfred Baudry, Delaunay et Dutuit, ont exposé les produits des diverses époques de la fabrication rouennaise , parmi lesquels nous trouvons deux coupes à la date de 1647, la grande sphère et le globe terrestre peints par Pierre Chapelle en 1725, les bustes des Saisons, des aiguières, des vases, des plats, des flacons, des bouteilles décorées, soit en couleurs, soit en dessins bleus sur fond blanc, et dont plusieurs portent les noms d’auteurs avec la date de l’exécution. La fabrique de Nevers est représentée par les envois du musée de cette ville et de celui de Moulins, par ceux de M. du Broc de Scganges, secrétaire général de la Nièvre, de Mme Frasey, de MM. Benjamin Fillon, de Fontenay, et Martin, de Nevers ; des collections tout entières, réunies avec un goût sûr et une parfaite connaissance de l’art et des industries céramiques, ont été gracieusement mises à la disposition de la Commission par leurs propriétaires, telles que celles de M. Maillet du Boullay et de M. Aigoin, qui embrassent les produits de toutes les fabriques françaises auxxvii0 et xvme siècles; celle de M. Ch. Davillier, plus spéciale pour ies faïences du midi de la France, de'Marseille et de Moustiers, celles du docteur Aussant, à Rennes, de'MM. Perilleux-Michclez, Leroux, Édouard
- André et d’ Yvon. Nous voudrions citer également les noms de tous les collectionneurs qui ont bien voulu prêter un concours efficace en se dessaisissant des pièces importantes de nos fabriques françaises ; mais le nombre en est grand ; signalons cependant le beau vase de Rouen, appartenant à M. Bigle ; les faïences de même origine, exposées par MM. Morel, Letellier
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- de La Fosse, Maze, Courtois et le docteur Coquerel ; celles de Nevers, conservées par MM. Achille Jubinal, de Liesville, le comte G. de Soultrait, Beurdeley; celles de Paris, à MM. Patrice Salin et Paul Gasnault, et enfin celles de Strasbourg, de Bordeaux, de Clermont, de Sinceny, de Vaucouleurs, de Sceaux, d’Apt, provenant des collections de MM. Alexandre Léon, Grange, Fouquier, Lucy et de Mme la marquise de Fénelon.
- Les premiers essais de la porcelaine tendre française sont représentés par quelques pièces recueillies parM. A. Jacquemart, l’érudit et consciencieux historien des industries céramiques, qui a bien voulu apporter à la Commission le précieux concours de ses recherches, ainsi que par MM. Edouard Pascal, Paul Gasnault, Ch. Davillier et la marquise de Fénelon. Les porcelaines de Yincennes, celles de Sèvres, forment un ensemble considérable, grâce aux collections de M. Double, du comte de la Béraudiôre, de M. Ch. Davillier, de Mmc la comtesse de Cambis-Alais, et aux nombreux envois faits par le comte de Saint-Pierre, Mlle Grandjean, le duc de Mouchy, M. Ainédée Thayer, la marquise de Grimaldi, MM. Corbyn, d’Yvop, Gustave Boulard, de La Marre et Beurdeley.
- De beaux groupes en biscuit, confiés par M. le comte de Saint-Pierre, Mue Alice Ozy, M. Benjamin Fillon, les docteurs Coquerel et Lanjevin ; et de notables échantillons des fabriques de Chantilly, de Mennecy-Villeroy, de Lille, de Sceaux, de Limoges, de Paris, de Bordeaux, de Marseille et d’Orléans, complètent l’importante suite des porcelaines françaises, qui s’arrête à la fin du xvme siècle avec la fabrique de Valenciennes dont d’intéressants et nombreux spécimens ont été empruntés à la collection du docteur Lejeal.
- La verrerie française, dont nous avons retrouvé de rares et précieux produits de l’époque de la renaissance, ne présente plus aux xviie et xvme siècles que quelques pièces
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- d’un travail plus commun ; nous mentionnerons cependant une aiguière de verre opale agatisé et un verre à boire rehaussé d’or, fabriqués en Poitou et appartenant à M. B. Fillon , qui conservent encore les traditions d’une meilleure époque, ainsi que des hanaps et des verres de forme élancée, envoyés par M. Delaunay de Rouen.
- Les miniatures sont en nombre ; nous devons nous borner à n’en citer que quelques-unes, telles que le portrait de Marie de Médicis, à la princesse Czartorvska, et l’Adoration des mages, à M. Le Brun d’Albanne, de Troyes; le portrait de Turenne, ceux, de Mlle de Fontanges , du cardinal de Clermont-Tonnerre, appartenant à MM. Mazc et Gréau de Troyes; signalons encore les manuscrits et les imprimés des mêmes époques, extraits des collections Firmin Didot et Duluit, de celles du vicomte Ponton d’Amécourt, de M. Gielen de Maeseyck; de belles reliures du commencement du xvine siècle , à la bibliothèque d’Auxerre, à l’abbé Delaunay, à MM. Firmin Didot, Dutuit et Double; des pièces de gaînerie, des dentelles et guipures, des broderies, conservées par Mmo la marquise de Grimaldi, M. de la Sicotière d’Alençon, Mme Achille Jubinal, l’abbé Gordière, curé de Marchcmont, Mmes Borsetti, Leguay et Mllc Grandjean; puis un très-curieux triptyque en broderie, signé Pierre Vigier en 1621 et envoyé par M. Laforge de Lyon ; de grands panneaux exécutés au point, appartenant à M. Beurdeley, et enfin les chasubles de la cathédrale de Reims, celles du sacre des rois Louis XIII et Louis XIV, et les ornements sacres de la chartreuse de Villeneuvc-lez-Avignon, conservés aujourd’hui dans l’hôpital de cette ville. Il convient également de mentionner une collection importante d’étoffes apportées par le musée d’art et d’industrie de Lyon, des tissus de satin broché, des latnpas, des gros de Tours, des draps d’or brodés en chenille, des velours tissés à ligures, et, pour terminer, une suite non moins intéressante d’échantillons des premières toiles peintes de la manufacture de Jouy, fondée par Ober-
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- kampf en 1760, datés de 1770 à 1789 et conservés par Mme Labouchère, petite-fille du grand industriel.
- Les costumes de l’homme, aux différentes époques, formeraient une collection aussi curieuse qu'utile à consulter ; malheureusement, la nature meme du vêtement, le long usage qui en est fait le plus souvent, les mille transformations qu’il subit, du plus riche au plus pauvre, avant d’être mis au rebut, les insectes qui s’emparent des étoffes de laine abandonnées par nous, sont autant de causes de destruction ; aussi les habillements, si nombreux, si riches quelquefois, si variés de coupe et dont il serait intéressant d’avoir pu conserver les formes exactes, sont-ils d’une extrême rareté, et devons-nous recourir aux manuscrits et aux peintures du temps, toutes les fois que nous voulons des renseignements précis à ce sujet. Il n’en est pas tout à fait de même pour les chaussures, d’une nature plus durable, en raison des peaux et des tissus qui ont servi à leur fabrication à toutes les époques, en raison peut-être aussi de leur volume plus restreint et moins encombrant; aussi, un jeune artiste, d’un goût sûr et d’un talent éprouvé, s’est-il appliqué à rechercher tous les éléments pouvant servir à reconstituer, sur des documents précis cl originaux, cette partie essentielle de la mode. La collection de M. Jules Jacquemart présente d’excellents échantillons en ce genre, des souliers d’homme et de femme, à hauts talons, ornés de piqûres et de broderies, aux bouts carrés du temps de Louis XIII, des mules en cuir fauve, des souliers aux talons rouges, des chaussures à patins, des sabots découpés à jour, d’autres à double enveloppe, garnis de patins en bois ; ce sont ensuite les chaussures en cuir noir, bouclées sur le coté, du règne de Louis XIV ; les souliers de satin chargés de fleurs brodées et de rubans, des souliers de femme en daim gris brodé en noir ; puis les petits souliers plats à hauts talons et à brides, aux bouts pointus et relevés du temps de Louis XV, les uns en gros de Tours, les autres en taffetas de couleurs diverses, d’autres en satin brodé, couverts de lacets
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- et de galons d’argent ; des mules avec des patins à quartiers de cuir noir et de maroquin rouge ; tous les caprices de la' mode sont là, dans leurs formes les plus élégantes et les plus originales; collection vraiment précieuse à bien des points de vue, justement appréciée par les artistes, en raison des renseignements qu’ils peuvent y puiser, et qui a amené bien des sourires sur les lèvres des élégantes visiteuses du Champ-de-Mars.
- Les éventails sont, de tous les attributs de la toilette des femmes, ceux qui relèvent le plus directement du domaine de l’art ; nés d’un caprice de la mode et merveilleusement appropriés à la parure des dames de la cour et de la ville, ainsi qu’aux exagérations du luxe de ces deux derniers siècles, ces charmants objets, qui sont heureusement encore en grand honneur de nos jours, dont nous pourrions, du reste, retrouver l’origine dans l’antiquité, et pour lesquels le flabellum de Tournus nous offre un modèle parfait dans les premiers siècles du moyen âge, ont joui sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI d’une faveur toute spéciale, grâce sans doute au concours apporté à leur fabrication par des artistes de talent qui n’ont pas cru déroger en se livrant à l’exécution de ces élégantes fantaisies.
- Leurs œuvres sont très-recherchées aujourd’hui et les éventails de ces deux derniers siècles font l’objet d’un con> merce important à Paris, en môme temps qu’ils servent de types et de modèles pour la plupart de ceux que produit l’industrie moderne.
- La vitrine qui leur a été réservée à l’exposition de l’Histoire du Travail ne pouvait en contenir qu’un nombre restreint en raison des exigences de l’espace disponible. Nous en avons exposé trente-six, et tous d’une conservation irréprochable. Il nous suffira de citer celui du mariage symbolique de Louis XV et de Marie Leczinska, aux armes de France et de Pologne; celui de l’histoire de Psyché, provenant de la collection de M. Voisin ; ceux de MM. Vannier et Duvauchel ; la collection
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- de M. Duvelleroy ; les beaux éventails de M. le baron Jérome Pichon et du docteur Piogey ; ceux du comte d’Estampes, du comte de Beaussier, de Mmc Furtado, de Mmc Dubois et de M. Thiac.
- Ici, comme dans les salles réservées aux époques antérieures, de grandes tapisseries à figures, d’origine française, couvrent les murs et les cloisons de séparation ; bornons-nous, en terminant cette revue de la section française, à signaler les grands panneaux de la collection de M. d’Yvon, du règne de Louis XIII ; ceux du château de Bernières, dans l’Orne, à M.liidcl de Vimoutiers; la grande tenture de six pièces, d’après les cartons de l’école de Lebrun, appartenant à M. Garànger; le panneau aux armes de Colbert, à M. le comte de Chauveau ; celui du château de Saint-Germain, à M. Minot, de Saint-Jean-d’Angély; la tapisserie à l’écu de France sur fond d’azur semé de lis d’or, de M.’Bretonneau ; citons également les cinq grandes pièces des tables de La Fontaine,’signées parOudryen 1730, exécutées à Beauvais et envoyées par M. de la lierche; les tentures d’Audran, de la manufacture des Gobelins; celles de Desp.ortes, reproduites par Leblond en 1753, appartenant à MM. Bellenot et Léopold Double ; la tapisserie de l’histoire’ de Psyché, d’après Boucher, au capitaine Leyland, en môme temps que toute une suite de panneaux, de portières, de rideaux et de cantonnières des memes fabriques d après les compositions de Coypel, de Boucher et autres maîtres du xvine siècle, propriété de MM. Maillet du Boullay et Léopold Double.
- En terminant ce rapide examen de l’exposition française, et avant d’aborder la collection "des monuments historiques, qui en est le complément, et de jeter un coup d’œil Sur les’ séchons ' étrangères,' 'îPnous 'sera'permis de remercier une fois de plus, au nom :dé la Commission de ITlistoirc ' du Travail, tous les collectidnneurs ‘dont la confiance, le zèle et la bienveillance l’ont ’si‘ puissamment secondée dans là tâche qu’cll’e ' s’était' imposée de'' fendre grâce au clergé français qui/inù’par un'noble sentiment de patriotisme, n’a
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- pas hésité à répondre au premier appel qui lui a été adressé et à dégarnir au profit de tous, pendant plusieurs mois, les trésors de nos églises des richesses qui leur appartiennent ; d’être en même temps son organe auprès des administrations municipales et des directeurs des collections et des bibliothèques publiques des départements, dont le concours a été aussi empressé qu'il était unanime, sauf de bien rares exceptions depuis longtemps oubliées, pour assurer le succès d’une œuvre toute nationale et aussi intéressante au point de vue des souvenirs du temps passé que fertile en enseignements pour l’industrie contemporaine.
- L’Exposition de 1867 portera ses fruits, on ne saurait le nier ; et si elle a eu pour effet incontestable de montrer une fois de plus la supériorité de notre pays, au passé comme au présent, dans toutes les industries qui relèvent de l’art et dans lesquelles le bon goût, l’élégance de la forme, le choix de la matière et la perfection de la main-d’œuvre sont les conditions essentielles du succès, elle sera en même temps, n’en doutons pas, un puissant stimulant aussi bien qu’un gage certain de succès pour l’avenir:
- CHAPITRE III.
- COLLECTION DES MONUMENTS HISTORIQUES DE FRANCE.
- Les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la peinture, des arts secondaires qui en relèvent et des industries qui s’y rattachent, sont, pour la plupart et sauf de rares exceptions, d’un déplacement et d’un transport facile ou tout au moins praticable. Les monuments de. l’architecture seuls se trouvent exactement rivés au sol ; et cependant, s’il est un, art dont la. place soit marquée dans une exposition qui a pour but de résumer l’histoire du travail de. l’homme pendant les siècles passés, c’est certainement celui dont il n’est possible de juger les efforts,
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- les progrès successifs et les brillants résultats que par des reproductions graphiques.
- L’exactitude la plus minutieuse, la précision des détails, l’habileté de l’exécution, sont aujourd’hui les qualités dominantes dans les dessins de nos architectes ; et cependant, quelle qu’eu soit la perfection, l’on ne saurait nier que les plus belles reproductions ne donnent jamais qu’une idée plus ou moins incomplète de l’aspect d’un édifice, du moment où, pour isoler l’œuvre originale et l’abandonner à ses qualités propres, il y a eu obligation de la détacher du centre au milieu duquel elle s’élève, de lui enlever le côté pittoresque qui la caractérise le plus souvent, de la dépouiller enfin de ce glacis du temps auquel elle doit presque toujours cette harmonie qui lui donne tant de charmes à nos yeux. Telles sont les conditions imposées par la force des choses à toute publication d'architecture, à tout recueil du meme genre, à toute monographie monumentale.
- La collection des monuments historiques de F rance est une éclatante exception à cette règle générale, et les conditions dans lesquelles elle a été formée et se complète tous les jours, le talent éprouvé des architectes dont la Commission impériale des monuments historiques s’est assuré le concours dès le principe, en ont fait une œuvre à part qui nous est enviée par toutes les nations de l’Europe et qu’il y avait un véritable intérêt à mettre sous les yeux du public.
- La conservation des monuments historiques, déclarée d’utilité publique depuis l’année 1840, est placée sous l’égide de l’État et dans les attributions du Ministère de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts. Une Commission spéciale, dont les membres sont nommés par décret de l’Empereur, est appelée à donner son avis sur toutes les questions qui touchent à la conservation et à la restauration de nos monuments, à leur classement et à la répartition des fonds nécessaires pour préserver ou réparer ceux qui appartiennent à l’État, ou pour venir en aide aux départements, aux communes ainsi qu’aux
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- particuliers lorsqu’il s’agit d’édifices classés comme intéressant l’histoire de l’art en France. Toutes les fois que ce classement est demandé, le monument dont il s’agit est l’objet d’une sérieuse étude de la part des architectes choisis par la Commission, et aucun édifice ne peut être inscrit sur la liste des monuments historiques sans que des notices descriptives, plans, coupes, élévations et détails de son architecture, aient permis d’en apprécier la valeur. C’est la réunion de ces précieux documents, conservés à la surintendance des Beaux-Arts, qui forme la vaste histoire monumentale de la France, connue sous le nom de Collection des monuments historiques, et qui a été mise par S. Exc. le Ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts à la disposition de la Commission de l’Histoire du Travail pour l’Exposition universelle de 1867.
- Cette collection embrasse, nous l’avons dit, tous les monuments anciens qui existent sur le sol de la France, et qui, en raison de leur architecture ou des souvenirs historiques qui s’y rattachent, ont été jugés dignes d’être classés et placés dès lors sous l’autorité immédiate et sous la sauvegarde de l’Etat ; elle est immense par conséquent, et si elle avait dû être exposée dans son ensemble, le local tout entier réservé à l’Histoire du Travail eût été plus qu’insuffisant. Un choix sévère a dû être fait dès lors dans les cartons des monuments historiques, parmi les édifices qui caractérisent plus spécialement les diverses époques de l’architecture française, surtout parmi ceux qui sont les moins rapprochés de Paris, et, par conséquent, moins connus de la plus grande partie des étrangers que cette exposition pouvait intéresser plus particulièrement. Les dessins extraits des cartons affectés à la monographie de chaque édifice ont été mis sous verre et placés, suivant les siècles auxquels appartiennent les monuments qu’ils représentent, dans le promenoir couvert du jardin central, contigu à la galerie de l’Histoire du Travail, et dont ils couvrent les murs dans toute la longueur de la section française.
- Les monuments exposés sont au nombre de cent cinquante-
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- sept, formant ensemble une collection de plus de trois cents grands dessins à F aquarelle, qui présentent pour la plupart avec les plans, coupes et élévations, de nombreux détails d’exécution et des vues perspectives. L’architecture de l’antiquité, époque impériale, en comprend neuf : l'amphithéâtre et le théâtre d’Arles, par M. Questel ; le pont Flavien de Saint-Chamas, par M. Révoil ; la porte Saint-Marcel, de M. Man-guin ; le pont du Gard et le château d’Eau de l’aqueduc de l’Eure, par MM. Questel et Laisné ; la porte d’Auguste* à Nîmes, les temples d’Auguste et de Livie, à Vienne* ‘dans l’Isère, par M. Questel ; l’aiguille de Vienne, par M.- Constant Dufeux, et la porte Saint-André d’Autun, par M.1 Viollet-Le-Duc.
- L’architecture religieuse de l’époque romane1 et des temps de transition ne présente pas moins de soixante-dix monuments, parmi lesquels nous remarquons, après1 l’église de Châtel-Montagne, celles de Cognât et de Saint-Désiréi dans
- l’Ailier, appartenant toutes trois au xne siècle1; l’abbaye de Montmajour, dans les Bouches-dù-Rhône; l’abhaye aux Dames de Caen; l’église de la‘ Souterraine, ' dans' la Creuse; Saint-Saturnin de Toulouse; l’àbbaye de Saint-Germer, dans l’Oise; Saint-Martin d’Ainaÿ, à Lyon; Saint-Philibert de ïournus; Saint-Salvi d’Alby, et toute une' série' d’édifices non moins intéressants, dont les études ont été exécutées par MM. Abadie, Aymar Verdier, Boeswillwalld, Darcy, Garrez,1 Laval, Lisch, Manguin, de Mérindol,' Millet, Questel, Viollet-Le-Duc, ainsi que les peintures du temple de Saint-Jean, à Poitiers, et celles des cryptes dé la cathédrale d’Auxerre, reproduites par M. Denuelle. 1 ' 1(1 :,:U'i',i • F >
- Trente-huit monuments ont été choisis pour représenter l’époque ogivale dans' l’architecture religieuse : ce sont; pour n’en citer que quelqiiesiuns',‘ ' la Sainte-Chapelle de Paris, dont Ià; restauration,’commencée par M. Duban, et continuée
- par M. Lassus, se poursuit et's’achève aujourd’hui sous l’habile direction deM. Boeswillwalld,' inspecteur général’ des mo-
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- numents historiques; l’église abbatiale de Saint-Denis, confiée aux soins de l’éminent architecte M. Viollet-Le-Duc ; l’église d’Eu, dans la Seine-Inférieure; celles de Vernouillet, dans le département de Seine-et-Oise, de Notre-Dame de Laon, de Saint-Nazaire de Carcassonne; l’abbaye d’Ourscamps, dans l’Oise ; les églises de Montier-en-Der, dans la Haute-Marne, celles de Bagneux, de la Fer té-Bernard ; la chapelle de Saint-Germer de Beauvais; la salle synodale de Sens; ce sont encore les vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris, dont les dessins de M. Steinheil donnent les plus étonnants fac-similé.
- Un seul édifice de la renaissance représente l’architecture religieuse’au xvi° siècle : c’est l’église de Tillières, dans le département de l’Eure, dont les plans, coupes et détails ont été relevés par M. Lambert.
- La cité de Carcassonne a droit à la première place dans la section de l’architecture militaire, et l’ensemble des études de son, état actuel et de sa restauration ne comporte pas moins de vingt-six grands dessins. Ce beau travail, exécuté par M. Viollet-Le-Duc, et dans lequel] nous retrouvons les plus précieux souvenirs de l’architecture militaire depuis le vu0 jusqu’à la fin du xiue siècle, ,est- depuis plusieurs années en voie d’exécution et deviendra bientôt l’une des restaurations les plus complètes et les plus intéressantes qui aient été entreprises -jusqu’à-ce jour, sous la direction de la Commission des monu-. ments historiques. » ;
- Nous devons mentionner également dans l’architecture militaire les dessins du château de Falaise au xnc siècle, exécutés par M. Danjoy; ceux de la grande cheminée de Pierrefonds, de M. Ouradou ; la monographie du mont Saint-Michel, du xne au xv° siècle, par M. Devrez celle de la tour Bichat, détruite aujourd’hui, et, dont les fragments sont conservés’ au musée des Thermes.et.de l’Hôtel, de .Cluny ; les belles études du Palais des papes au xive siècle, et. celles des remparts d’Avignon, dont la restauration, poursuivie par M. Viollet-Le-Duc,.
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- constituera bientôt une sérieuse garantie contre les invasions
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- du Rhône, en môme temps qu’elle restitue à cette ville importante le caractère d’originalité qui la distinguait, et que consacrent tant de souvenirs historiques.
- Dans la dernière série, celle de l’architecture civile, nous avons à signaler la maison romane de Saint-Gilles, dans le département du Gard ; l’hôtel de ville de Saint-Antonin, construit au xiic siècle, dans le Tarn-et-Garonne ; le palais des comtes de Troycs au xmc siècle ; celui des ducs de Lorraine, à Nancy, et l’hôtel de ville de Compiègne, au xvc siècle ; l’hôtel de ville et les anciennes maisons d’Orléans, bâties au xvr siècle, et dont les dessins de M. L. Yauvoyer interprètent si bien l’élégante architecture ; la belle monographie du château de Blois, magnifique résidence qui porte encore toutes les traces de son illustre passé, et dont la restauration, accomplie et menée à bonne fin en quelques années par M. Duban, avec le concours de la Commission des monuments historiques, restera comme l’une des œuvres les plus justement appréciées du savant architecte. Viennent ensuite, et toujours au xvi° siècle, l’hôtel de ville de Beaugency, dans le département du Loiret; le château de Nantouillet, dans Seine-et-Marne, objet des études de M. Davioud ; les maisons de Rouen, celles de Viviers, dans l’Ardèche, de Troyes, dans l’Aube, et enfin, pour clore cette dernière section, qui ne doit pas s’étendre au delà des limites du xvne siècle, signalons en terminant les grandes peintures de Piomanelli, exécutées à la Bibliothèque impériale de Paris, ainsi que le plafond du cabinet de Sully à celle de l’Arsenal, dont les dessins de MM. Jules Frappaz et Gode-bœuf offrent d’excellentes reproductions.
- Avant de fermer l’album des monuments historiques dont nous n’avons pu exposer, comme nous le regrettions plus haut, que des fragments épars, mais qui, pour répondre aux besoins de l’étude, ont pu être classés suivant le caractère architectural des édifices en meme temps que d’après l’époque assignée à leur construction, nous devons jeter un dernier
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- coup d’œil sur un travail important que, en raison de l’exiguïté de l’espace disponible, nous avons dû placer dans le vestibule de la grande artère qui sépare les salles de la renaissance de celles réservées aux xvne et xvme siècles.
- C’est un vaste plan en relief de la restauration des tombeaux de l’église abbatiale de Saint-Denis, exécuté parM. Yil-leminot, sous la direction de Al. Viollet-Le-Duc, architecte de ce monument.
- Tout le monde sait les profanations dont les tombeaux de Saint-Denis ont été l’objet à la fin du siècle dernier, les déplacements qu’ont eu à subir ces précieux monuments, dont la plupart sont l’œuvre de nos sculpteurs les plus éminents, les voyages qu’ils ont dû faire de Saint-Denis à Paris, où le couvent des Petits-Augustins, heureusement transformé en musée de l’Etat, leur offrait un asile en assurant leur conservation, puis enfin leur retour à Saint-Denis par suite de la suppression du nouveau musée et de la dispersion des monuments qu’il renfermait. — Des dispositions prises à ce moment et se rattachant aux projets d’une restauration inintelligente, dont la conception ne peut trouver un semblant de justification que dans le peu d’estime que certains esprits semblaient affecter de professer alors pour les monuments de l’ère gothique et les souvenirs de l’architecture nationale, avaient amené de graves modifications dans la réalisation des plans primitifs.
- Il appartenait à notre époque de faire justice de ces erreurs et d’entreprendre à nouveau la restauration de cet important édifice, de remettre en lumière les grands et beaux monuments funéraires de François Ier et de Henri II, qui sont la gloire de la sculpture française, et de restituer à chacun des mausolées enlevés à l’église abbatiale, dans des jours néfastes, la place qui lui appartenait. Le plan de AI. Viollet-Le-Duc, interprété par AI. Villeminot, et qui n’a pas moins de quatre mètres de côté, donne une idée exacte des travaux en cours d’exécution et déjà presque terminés. Il témoigne en même temps du soin qui préside à la restauration de nos monuments
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- et des études dont chaque partie d’un édifice est l’objet de la part de l'architecte chargé d’en assurer la conservation.
- L’exposition rétrospective n’était pas complète, comme nous le disions en commençant, si l’architecture des siècles qui nous ont précédés ne s’v trouvait pas représentée. Cette lacune n’existe plus pour la section française, et la collection des monuments historiques nous a permis de mettre sous les yeux du public et des érudits de. tous les pays les édifices appartenant à chacune des époques de notre histoire qui sont disséminés sur tous les points de nos anciennes provinces et qui font l’admiration' des étrangers. Si l’architecture d’un pays, ainsi qu’on l’a dit souvent, est étroitement liée à son histoire, elle a une connexion bien plus intime encore avec les arts qui en relèvent, et qui, presque toujours, en sont les auxiliaires indispensables. Le rapprochement des produits de ces arts et des monuments de notre architecture nationale présentait donc un intérêt- incontestable pour leur étude collective, en même temps qu’il réalisait une des conditions essentielles du programme que s’était imposé la Commission de l’Histoire du Travail.
- CHAPITRE IV.
- SECTIONS ÉTRANGÈRES.
- Nous avons dit que la plupart des contrées d’Europe avaient répondu à l’appel de la Commission de l’Histoire du Travail, et que les collections envoyées par le royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, par l’Autriche, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède et la Norwége, ainsi que celles des Principautés Rou-
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- maines, de l’Espagne, de l’Egypte et de l’Italie, étaient dignes de fixer l’attention publique.
- Le peu d’espace réservé aux produits de chaque pays, les risques des transports, les difficultés de toute sorte que rencontrait le déplacement d’objets précieux, ont, dans bien des
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- cas, paralysé les efforts des Commissions établies à l’étranger; les résultats obtenus ont néanmoins été considérables, et parmi les objets exposés, il en est qui sont du plus haut intérêt pour l’histoire de l’art pendant les siècles qui nous ont précédés.
- ROYAUME-UNI DE LA GRANDE-BRETAGNE ET D’iRLANDE.
- La Commission anglaise s’est trouvée .en présence de grandes difficultés, nous le répétons, par suite des risques que pouvaient courir certains objets précieux, et surtout du refus de concours qu’elle a éprouvé de la part des Compagnies d’assurances.
- Elle est parvenue, malgré tout, à compléter une exposition remarquable dans son ensemble autant que recherchée dans ses moindres détails. Tous les objets exposés ont été classés avec un'soin judicieux, et les meilleures dispositions ont été prises pour les mettre, de la manière la plus convenable et la plus
- ; ». , , l
- cônimode pour1 l’étude, soiis lés ’ veux du public. Elle nous
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- permettra de rendre ici un hommage bien sincère aux efforts qu’elle a du faire pour arriver à un aussi brillant résultat et
- pour l’excellent concours qu’elle a apporté à cette œuvre inter-
- ‘v /.
- nationale.
- Le royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande a suivi dans le classement de sést envois dîne méthode absolument analogue aux divisions adoptées pour la section française, en commençant par les instruments -en silex des terrains d’allu-vion et l’âge de la pierre. La deuxième époque comprend les objets antérieurs à l’invasion!des Romains dans les îles Britanniques : c’est l’âge du -bronze* représenté* par une série de • haches, de marteaux, de cognées,"de fers de lances trouvés dans les .fouilles faites sur divers joints *dü1 -royaume ,* par des-an^ ; neaux-et des pièces de harnachement; (portant encore les traces d’émaux appliqués sur le bronze. La troisième, celle!de la domination romaine, se produit avec sesj .ustensiles( en* 1er et ses-• poteries fabriquées en Angleterre?; viennent* ensuite les deux périodes suivantes,- depuis lé départ : des 'Romains-jusqu’à l’in-' *
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- vasion des Normands en 1066, dans lesquelles figurent des ouvrages en métal précieux, des torques et des fibules en or, appartenant à l’Académie royale irlandaise, des bijoux envoyés par le collège de la Trinité .de Dublin, la cloche de Saint-Patrick, garnie de plaques en filigrane d’or, au révérend docteur Todd; des bagues et brassards d’or, ainsi que des casques d’origine anglo-saxone, exposés par lord Fitzhardinge, MM. Smith Forster et Robert Curzon.
- L’invasion des Normands est le point de départ de la sixième période, qui expire avec la dynastie des Plantagenets en 1485 ; Ce sont le Kensington Muséum, le collège d’Oxford et le British Muséum qui ont fait en partie les frais de cette série avec le chandelier en bronze doré de Gloucester, fabriqué par ordre de l’abbé Peter vers 4104, le coffret attribué à Aymcr de Valence,
- et les médaillons en cuivre émaillé aux armes de l’abbaye cister
- ciennc de Sainte-Mary-as-Warden, du xiv" siècle; c’est également dans cette section que se trouvent les trois belles crosses d’origine irlandaise, dont l’une, en bois relevé d’ornements en bronze, est regardée comme le bâton pastoral de saint Carthage, premier évêque de Lismore, de 1112 à 1113; la deuxième, d’un travail analogue, appartient également au xne siècle, et la troisième, en argent doré et émaillé, est ornée de figures et porte la date de 1418. Ces précieux monuments sont la propriété du duc de Devonshire, de l’Académie royale irlandaise et de Sa Grandeur l’évêque Butler.
- La masse en argent de l’université de Glascow, datée de 1463: une salière en argent doré de la fin du xve siècle, donnée au collège d’Oxford par Walter Hill, en 1493; des vases et des coupes montés en même métal, du xvc siècle, complètent cette partie de l’exposition anglaise, avec quelques figures d’échecs en dents de morse, qui datent de la fin du XIIe siècle et des bijoux en or du xne au xve. Mentionnons aussi une collection de seize casques, dont quelques-uns paraissent provenir de monuments funéraires, et de pièces d’armures des xin, xme, xiv! et xv3 siècles, envoyés par le Musée royal d’artillerie de la
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- Tour de Londres, le comte de Warwick et l’honorable Robert Curzon.
- La vaisselle d’or et d’argent, les ouvrages en métal précieux, les objets de joaillerie représentent la période de la dynastie des Tudors, de 1485 à 1603. Cette collection se compose de trente et quelques pièces, aiguières, coupes, vases, salières, calices, bagues et médaillons, prêtés par S. M. la Reine, le musée de Kensington, le Pembroke College de Cambridge, celui du Corpus Christi à Oxford, le chapitre de Winchester, la corporation de Norwick, la Compagnie des merciers, celle des marchands tailleurs, et quelques collectionneurs, parmi lesquels nous retrouvons les noms du .baron Lionel de Rothschild et de M. Philip Howard de Corbv.
- Ce sont encore la vaisselle de table et les objets en métal précieux qui dominent sous la dynastie des Stuarts, pendant la huitième période qui commence à 4603 pour se terminer en 4714. Une table en argent repoussé, au monogramme de Charles H, d’énormes chenets en argent doré, de même provenance, d’autres au chiffre de Guillaume III, appartiennent à la couronne et ont été exposés, avec divers objets précieux d’origine analogue, par S. M. la Reine ; quelques grandes pièces d’orfèvrerie, des bassins à rafraîchir, des aiguières, des flacons, des chandeliers ont été envoyés par le musée de Kensington, le duc de Manchester, le comte de Warwick, le comte Spencer, le comte de Chesterfield, le comte Cowley, ainsi que par les corporations d’York, de Nor-wich, de Rath, de Morpeth, les Compagnies des drapiers, des poissonniers, des charpentiers et plusieurs notables amateurs anglais.
- Nous devons citer encore dans cette série les belles miniatures de Peter Oliver, de Samuel Cooper, d’Hosckins, de Thomas Fletmann, de Bernard Lens, puis quelques armes extraites, comme pour les périodes précédentes, de la collection de la .Tour de Londres, bien connue de toutes les personnes qui visitent l’Angleterre, ainsi qu’un certain nombre d’imprimés qui
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- sont tirés des casiers de la bibliothèque publique du British Muséum. ,
- La maison de Hanovre jusqu’à Georges III (1714 à 1760) et les années écoulées depuis le règne de ce prince jusqu’en 1800, forment les deux dernières sections de l'exposition anglaise, et, comme dans les séries précédentes, ce ne sont que pièces d’orfèvrerie et de vaisselle de table, ouvrages en métaux précieux, dans lesquels la valeur de la matière, il faut bien le reconnaître, ne remplace pas toujours l’excellence de la forme et le goût du dessin. Les surtouts de table en argent, les bouteilles et les bouilloires en vermeil, les. aiguières, les coupes, les soupières, les plateaux, les pièces de table, qui, pour la plupart, appartiennent à S. M. la Reine, les imprimés qui sont empruntés au British Muséum, de charmantes miniatures, des montres apportées par le musée de Kensington et par quelques collections particulières, garnissent les dernières vitrines et forment le complément de, cette importante collection, dans laquelle nous avons à signaler, en outre, une suite de quarante pièces de porcelaine de la fabrique de Chelsea, quelques échantillons de celles de Derby, de Liverpool, de Pinxton, de Plymouth, de Wedgwood et de Woycester, ainsi qu’une suite de gravures du xvinc siècle prêtée par le British Muséum, et destinée à faire connaître les progrès de l’art en Angleterre pendant cette dernière période.
- L’exposition anglaise de l’Histoire du Travail forme donc un ensemble important dans lequel les métaux précieux et les pièces d’argenterie des basses époques occupent le premier rang; mais la Commission anglaise, on le voit par le court exposé qui précède, a largement puisé dans les musées de l’État, dans les collections royales et dans les bibliothèques publiques de Londres. Bien loin de nous la pensée de lui adresser le reproche indirect d’avoir ainsi simplifié sa tâche et d’avoir apporté en France ces remarquables monuments du passé; cependant, c’est un fait que nous devions constater, en présence de la résolution prise par la Commission française, et rigoureusement
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- poursuivie jusqu’au dernier moment, de conserver intactes ses collections publiques, et de ne rien emprunter aux musées de la Couronne et de l’État, non plus qu’aux Palais impériaux et aux Bibliothèques publiques de Paris.
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- EMPIRE D’AUTRICHE.
- L’espace réservé à l’empire d’Autriche dans la section dé l’Histoire du Travail est bien restreint, puisqu’il se réduit à une seule et unique salle, de proportions fort exiguës ; et cependant la Commission de-cet empire a trouvé moyen d’en faire une des collections les plus brillantes sur lesquelles nous ayons à appeler l’attention publique.
- En raison du peu d’espace dont elle disposait, la Commission autrichienne ne pouvait songer à rentrer dans les exigences d’un classement méthodique, difficile du reste à tous égards en raison des éléments divers des nationalités qu’elle représente. Elle a dû se borner, comme elle a pris soin de l’annoncer elle-même, à exposer quelques-unes des pièces les plus saillantes de ses collections publiques, de celles surtout qui pouvaient montrer le développement des arts dans les provinces allemandes et hongroises de l’empire, en se recommandant par les souvenirs historiques autant que par la beauté de l’exécution.
- La vitrine consacrée aux cristaux dé roche, et qui occupe le milieu de la salle, ne renferme pas moins de vingt-trois vases, d’un travail merveilleux et la plupart d’une taille colossale, avec leurs montures en or émaillé, exécutées aux xvic et xviie siècles par des artistes d’origine allemande ou italienne. Ces beaux ouvrages, dont la matière première est originaire de la Bohême et de la Saxe, sont presque tous d’une grande élégance de formes ; mais les dimensions insolites de ces pièces et l’habilité avec laquelle les artistes du temps ont tiré parti dés morceaux de cristal de roche qu’ils mettaient en œuvre font l’objet de l’admiration de tous. Il faudrait citer chacun de ces
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- HISTOIRE DU TRAVAIL.
- beaux vases ; mentionnons du moins ceux qui se recommandent entre tous par la beauté des formes et le précieux de l’exécution : tels sont, la grande fontaine à trois biberons ornée de gravures, avec sa monture en or émaillé ; l’aiguière, avec son couvercle monté en argent doré, portant la date de 1652 et le monogramme de l’empereur Ferdinand III; le beau vase aux Sirènes, avec ses gravures et sa monture en or émaillé et repercé à jour; la tasse à deux anses, en cristal gravé ; le broc garni en argent doré, et dont la panse est couverte de fruits gravés ; le vase du triomphe de Bacchus, avec ses anses figurées par des Sirènes et sa garniture en or émaillé ; une charmante corbeille de forme allongée, ornée de gravures; et enfin le surtout de table, dont les diverses parties sont reliées entre elles par une monture émaillée à fleurs découpées à jour. Tous ces magnifiques produits sont la propriété du trésor impérial d’Autriche, auquel nous devons rendre grâce pour le lustre que leur réunion a donné, à cette partie de l’Exposition.
- La vitrine consacrée aux armes appartenant à la grande collection impériale et à celle de l’Arsenal n’est pas moins digne de fixer l’attention, en raison de la beauté exceptionnelle des pièces qui la composent et de l’esprit judicieux qui a présidé à leur choix
- Ici, comme pour les cristaux de roche, nous regrettons de ne pouvoir citer que quelques-unes de ces pièces parmi les plus remarquables : l’arquebuse à rouet, portant sur sa crosse l’aigle impériale incrustée de nacre, ouvrage précieux à la date de 1733, décoré sur le canon ét sur la platine des figures de Diane et de ses attributs, gravés et dorés ; celle inscrite sous le numéro 25, à canon rayé et plaqué d’argent avec trophées, figures et ornements rehaussés d’émaux, œuvre de David Altenstatter d’Ausbourg, dans les premières années du xvne siècle ; une autre couverte d’Ornements ciselés sur fond doré, avec les figures de la mythologie, et rehaussée de plaques d’ivoire gravé, exécutée au commencement du xvne siècle et
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- SECTIONS .ÉTRANGÈRES. 211
- portant le monogramme li B. Dans la; série des arquebuses, mentionnons encore celle aux armes de Pologne et de Suède, et au monogramme de Hans Lenker, du commencement du xvne siècle, arme d’une richesse exceptionnelle, décorée d’incrustations en ivoire, et qui provient de la collection d’Ambras. L’arbalète de l’empereur Ferdinand Ier, ornée des figures de Mars et de Mercure, de scènes de chasse et d’incrustations d’ivoire, porte les blasons de la maison de Habsbourg ; il faut signaler aussi les belles armures de la collection d’Ambras, les langues de bœuf, le cimeterre à la lame ehamplevée et au fond doré, qui rappelle celui de la collection du vieomte de Courval ; des boucliers et des chanfreins repoussés et; damasquinés d’or de la fin du xvr- siècle; des targes en fer gravé et doré; le.glaive à poignée d’ivoire ou d’os de narval, arme delà fin du xve siècle, d’une formé exceptionnelle connue élégance et comme force ; des épées, des sabres, des couteaux de chasse des xvie, xvir et xviip siècles; des pistolets à rouet, dont plusieurs aux monogrammes de leurs fabricants; des haches d’armes et des pièces d’armement et d’équipement.
- Une troisième vitrine est consacrée aux porcelaines delà fabrique de Vienne, dont la collection appartient à la princesse de Dietrichstein, et dont les produits les plus anciens fie remontent pas au delà des premières années du xvme siècle. Ceux que la Commission autrichienne doit à la bienveillance de la princesse, et qui font partie d’un service exécuté pour sa famille, sont d’une époque plus récente encore, et leur ,fabrication date du commencement de ce siècle; nous devons nous borner à les mentionner, en passant, à la grande vitrine consacrée à la collection des bijoux et des objets précieux de toute sorte exposés par le Musée hongrois de Pesth, et dont la plupart appartiennent aux x.v°, xvie et xviie siècles.
- Ces beaux-ouvrages d’art, d’origine hongroise, se compo-sent principalement de pièces de bijouterie, de parures, de colliers et de bracelets ; les époques antérieures y sont, en
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- 212 HISTOIRE DU TRAVAIL.
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- outre, représentées par une série d’objets de haute antiquité, tels que lé grand'collier de bronze, des plaques de même métal dont l’exécution est inachevée, uiie épée dont la lame est en fer avec unè poignée de bronze, puis une collection de’bagues en or, de colliers, dé bracelets recueillis en partie àviOsztro“ pataka dans ces dernières années, et‘en partie'à Kaloesa;'sué les bords clu Danube, les premiers remontant au milieu du; troisième siècle, si l’on en jugé par une* médaillé dë Heren'nia Efruscilla, femme de l’empereur Dé'ciiis‘Trajanus; trouvéë’àu même lieu'et en même temps, les1 autres à l'époque byzantine et aux siècles qui l’ont suivie. ' ' ‘ : : J j *
- Il est très-curieux, comme le dit le- savant M. Hêhszlrnàhn dans une excellente notice’ publiée dans la. Galette des‘Beàüx-Art's sur l’art hongrois à l'Exposition universelle, de* rapprocher lés objets de ces deux trouvailles dé ceux qui’ont’été exhumés dans d’autres contrées" et: qui appartiennent' ‘ àhx mêmes époques. (<"A côté''du'itbinbeâü d’Osztrbpafa'kây'déèdu-vèrt'én 1865, ori âvaif^sur'ln' finJ‘du siècle1 précédent', fouillé une autre 'tombé, dont lèJ contenu; faisant aujourd’hui'partie du Musée impérial be Vienne, ^était'"encore beaucoup plus riche. Dans l’uii etclàhs rauffé'dé’ces'tombeaux, on à mis au jour, avec'des pièces d’iih travàirpluS'Wmoins barbare, de véritables objets'd’art grec ètirdhikin,.i^Paririi cés derniers,'il faut compter lés plaquesJénl argent'’estampé'*et doré'" qui ornaient les cliaussurês d’hhëf jèunëvfillér ensevelie! Toutes ces choses précieuses témoignent de rapports commerciaux' entre les Romains et les peuples barbares habitant la Hongrie du nord, et ce commerce-ne?peut s’expliquer que par le désir qu’avaient les premiers de posséder l’opale, qui, d’après un passage dé’Plinë; ëtàit'Hiréé'd’iin1 payss‘dont; elle' tait encore aujourd’hui là Vichessè‘(4;)V n
- Lés'fragmèhts de la1'coiiroiiné byzantine trouvés à Nyitra-Ivàrika^ ehîHbn^rië;’’réhàussés’d’émàux'et attribués àdxééiècle;
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- S ECTIONS ETRANGERES.
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- lesceptre orné ; de, lames, d’argent, ;,et les antiquités du xn°> siècle. découvertes près, de, Casso,yie; les bijoux en filigrane du xve et du xw, siècle, trouvés sur les bords du Danube et à Bude;.des vases appartenant au xviesiècle; toute une suite de
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- gobelets,, de coupes. montées sur pieds, figurant les unes des animaux chimériques, .les autres .des oiseaux ; des salières, eri
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- argent doré, formant le complément de cette preniière série, à, laquelle,vient s’ajouter la collection des bijoux (Je la même époqjue^t des. siècles suivants, des bandeaux et des chaînes rehaussés d’émaux, des ceintures et des pièces de parure de toute .sorte', aussi, originales de for.me que précieuses pour l’histoire du costume,national, et. qui donnent une haute idée de Thabileté des. orfèvres, hongrqis des xvie et xviiç siècles, en même temps qu’elles se. distinguent par un caractère toutspé-cial d’élégance, et. de .richesse. , ,
- „..La.collection du. Musée .national de Pesth, comme celle du Trésor et?d,es collections,(impériales de, Vienne,.«.est remplie dienseignements pour, l’étude,,de l’art et pour, celle de l’histoire, et,l’on, ne saurait , trop rendre hommage à la pensée élevée, qui a présidé à, l’organisation- d’une exposition aussi complète, quand on,,pen.se..surtout que la plus gi-ande partie des objets.qui,composent. fchaquinevd,e ceS|Séçies. sont , d’une valeur inappréciable, de nature .à donner des craintes sérieuses sur les incertitudes .d’un, déplacement ehsur. les. chances d’un aussi long, voyage.., ,r,vt
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- '• ' ROYAUME 'D’ESPAGNE. m v vj K: ,
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- Nous espérions rencontrer, -en,,Espagne quelques précieux échantillons de ces belles industries \de, Tolède,; si .prospères aux .temps du moyen , âge, ^et.^de,. la . renaissance , mais notre attente a été trompée,-; un seul monunient rappelle la splendeur du passé : c’est l’épée exposée avec une cotte de mailles, et que l’on regarde comme l’épée du,Gid : « Espada Yalenciana del Cid Gampeador, — dit l’inscription, — fui encontrada con
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- HISTOIRE BU TRAVAIL.
- -21'i
- esté -Camfëon de mallas !en: un sepulcro de un convento de la Ciiidad de Burgos el ano'de T838. » ‘ :
- 1 Des haches en 'silex', des fragments de vases en terre, découverts dans la caverne de la Cueva Lobrega, en Vieille-Casl-
- 'tille ;* des ossements travaillés, trouvés au même lieu--par M. Eouis Lartety à la' collection duquel ils appartiennent;; dfes?:pics:, des hachettes, des ustensiles et outils en fer et- en bronze,'des chaînes en fer, dés* lampes-en terre, un grand vase en plomb, des urnes et*'des-amphores en terre représenr tent‘ les premières: époques: Nous-'n-avons* rien , à' dire-;, au point de vue’de l’Histoire du Travail, des autographes, titres, chartes; qui sontexposésdans les vitrines -du milieu de la salle
- espagnole ; rappelons seulement les- charmantes réductions du palais de- TAlhambra et de ses" détails- d’architecture,
- si merveilleux de variété et d’élégance dans leurs1 disposi-
- tions. ; J : -iv " 1
- Mais il importe' de signaler un trophée du xive siècle, précieux par les'souvenirs Historiques''qui s’y rattachent, et- dont les diverses pièces sont d’ un*'art'exquis*: c’est le harnachement dir cheval que mentait Mahomad,' emi33T, au siège, de la ville dè Castro el Rio. G’èst'lù, dit la légende, « que le noble don Martin A’lônso dé Gordova; seigneur de Montemayor et-de Fernand Nunéz, entra'avec soixante-dix hommes à cheval et
- peu â pied, se battant* avec um*tel! courage que; quoiqu’il; en soit sorti avec de grandes blessures, les Maures, effrayés de sa bravoure, levèrent le siège. Pour ce singulier exploit, les descendants de don Martin portent sur les armes de C-ordova celles du roi maure. » Ce beau trophée, propriété du duc actuel-de Fernande Nunez, et pieusement conservé dans! sa famille comme le souvenir.1 dè'la gloire:et de l’illustration .d’un
- de ses ancêtres,’, se. compose1.de la têtièreydu.cheval, avec le frontomet les jugulaires,^deilaibande^.de poitrail, des.étriers,
- des- boucles1 de harnachement et descendants* de courroies. Toutes' ces -garnitures sont:- -couvertes**de* plaques -enchronze doré-avee-des dessinst arabes, en relief-ainsi queides applica-
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- SECTIONS ÉTRANGÈRES. '215
- lions d’émaux de couleurs, et, forment un ensemble d’une grande élégance et d’une, curieuse exécution.
- Nous pouvons citer également, avant de quitter. cette section, un astrolabe, d’origine arabe, fabriqué à Tolède en 1067 et appartenant à la bibliothèque nationale de Madrid, quelques meubles', des coffrets avec applications en cuivre estampé, d?autres en. ivoire avec figures sculptées en relief, un meuble décoré, de plaques d’ivoire gravées,.,tout en ajoutant que plusieurs de ces objets pourraient être revendiqués par l’Italie, -et ne.peuvent figurer qu’à titre d’emprunt dans la galerie de l’Histoire du Travail espagnol. .
- ROYAUME DE WURTEMBERG'.'
- La.Prusse et les États de l’Allemagne du Nord ne se sont fait représenter, dans l’espace qui leur était réservé à l’exposition de l’Histoire du Travail, que par quelques modèles, en plâtre relevant de la classe des beaux-arts, par la collection des photographies du comte Minutoli, par des cartons de Cornélius, dont la place était également dans une autre galerie, et par un plan en relief non moins déclassé. Nous regrettons vivement- cette, abstention; la Prusse est riche en souvenirs des siècles passés, qui eussent .dignement complété la. brillante exposition de ses industries modernes.
- Unlustre en cristal de roche, appartenant à M. Spingel,.de Munich $ est le, seul objet exposé par la Bavière. 11 provient des princes, évêques de Salzbourg, et,ne remonte pas. au delà du XVIIe siècle. , •; , • •
- La collection des charrues et des instruments, aratoires en
- • voyés.par M. Louis Rau, de Carlsruhe, se .compose detmo-•dèles d’une exécution moderne, il est vrai, . mais, forme un ensemble fort intéressant. Ces petits spécimens, habilement travaillés, sont au nombreide cent quatre-vingtrsix, et,occupent une, grande vitrine dans la section- réservée, au royaume de Wurtemberg. : •.- ..
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- HISTOIRE. DU TRAVAIL.
- Une autre vitrine lui fait face, et renferme um certain nombre d’objets anciens, parmi lesquels on peut citer quelques ustensiles en silex taillé ; des bois de renne portant les-traces du travail de l’homme, retrouvés à la source dite Selïnus-senguelle, et appartenant à la première période ; plusieurs fragments.de l’époque lacustre provenant des stations dulaede Constance; des bracelets et des anneaux en bronze trouvés dans un tombeau, près Unterittingen, dans l’arrondissement de Freudenstadt; des armes, des agrafes et des anneaux en bronze, provenant des fouilles de Grostissen, dans le district de Saulgau, et enfin des empreintes de sceaux- du moyen' âge ét de la renaissance. .
- Une chapelle portative à trois volets, sorte de grand triptyque de,la fin du xve siècle, surmonte cette dernière vitrine. On l’attribué, pour les sculptures, à Jorg Surlin aîné, et pour les peintures, à Bartoloméo Zeillilom, d’Ulm ; mais-l’œuvre»d!e ces artistes a subi de nombreuses restaurations qui dénaturent complètement son caractère. • e -o -u-.?
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- •O. - • CONFÉDÉRATION SUISSE.
- La Suisse.s’est bornée aux premières époques, et son exposition comprend, outre les objets originaux recueillis par quelques savants collectionneurs, plusieurs tableaux modernes destinés à donner au-public une idée de ce que pouvaient êlre les villages, lacustres et, les‘habitations- sur pilotis, ainsi que dés trophées présentant-la .restauration- des-armes et ustensiles dont on retrouve les nombreux fragments dans les fouilles •opérées-depuis quelques années sur les bords de ses lacs. Les
- collections originales,• des seules 'qui aient un intérêt incontestable, ont été divisées par la Commission suisse en trois séries
- distinctes, désignées sous lesditres de l’âge de la pierre polie,
- celui dir bronze et l’époque-’helvétienne. M. le docteur-Clément *de Saint-Aubin > dansde «canton de Neuchâtel,'Mj le colonel Schwab de Bienne, MM. J. Meissikommer' de ‘Wetzikon
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- SECTIONS ÉTRANGÈRES.
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- dans le canton de Zurich, le-professeur Desor de Neuchâtel, le .docteur Uhhnann de Müncbenbuchser, M. G. Ritter, ingénieur, à Neuchâtel, ont envoyé un grand choix d’objets appartenant à ces .trois séries et parmi lesquels on remarque un nombre considérable > de curieux spécimens des premières périodes du travail humain. Les haches emmanchées en bois de1 cerf, les,.pointes.de lances et de javelots, les outils, les ustensiles divers,,les vases en bois de cerf et en os, les polissoirs, les meules pour les instruments en silex, se retrouvent dans la première de ces divisions; les lames d’épée, les anneaux, les bracelets, les boucles de ceinture, les haches, les hameçons, les épingles, les fers de lance en bronze constituent la seconde ; Fépoque dite lielvéticnne est représentée par une'collection de pièces,analogues, presque toujours en fer, et dont la plupart ont été reretrouvées dans la station lacustre * de La Tène, du lac de Neuchâtel.- . molt.i.-,' ; -
- nmNul ne songerait à mettre en doute l’intérêt tout spécial qui s’attache aux souvenirs de ces premiers temps; mais les monuments des âges primitifs, il faut bien le reconnaître, ne sauraient constituer à eux seuls l’histoire d’un pays, de ses arts, de scs industries,' et, tout en applaudissant à la bonne pensée qu’ont eue la Commission suisse et plusieurs autres Commissions étrangères de mettre sous les yeux du public des collections précieuses et ! classées, d’une., manière parfaitement méthodique, nous ne. pouvons nous,empêcher de nous rendre l’organe du sentiment général en. exprimant le regret que des -contrées, dans lesquelles les arts du moyen âge,-de la renaissance, et des deux siècles qui nous-ont précédés ont occupé mne. place importante, se soient .tenuesnpour satisfaites'de se faire représenter à l’exposition de l’Histoire du Travail parues essais d’un premier âge.-mum... * ; mq -v -, < t . ,
- ..L’étude des périodes dites jantéhistoriquess conduit > chaque jour la science à de précieuses découvertes, nous sommes tous unanimes à le reconnaître,*et nous devons remercier les nombreux'collectionneurs qui nous :ont mis à même de comparer
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- HISTOIRE DU TRAVAIL.
- les premiers produits du travail humain dans l’ancien comme .dans le nouveau monde; mais les*ouvrages des siècles qui les ont suivies ont un intérêt non moins incontestable, et si,' a.u point de vue scientifique, leur mérite peut être moindre, ils •ont du moins celui d’être fertiles en enseignements pour les arts et les industries de nos jours, et c’était là un litre1 plus que suffisant pour que leur place fût également marquée dans l’exposition de l’Histoire du Travail.
- ROYAUME I)E DANEMARK.
- Les musées et les collections1 publiques du Danemark sont riches en œuvres d’art, en bijoux, en objets de toute nature du moyen âge et des temps plus rapprochés de nous; mais la Commission' danoise, ainsi que nous l’apprend une note de M. Valdemar Schmidt, commissaire spécial de ce pays pour l’Histoire du Travail, effrayée par les conditions 'onéreuses du transport,.et se:souvenant que c’était sur son sol qu’avait pris naissance l’essor des périodes antéhistonques, a cru devoir abandonner l’idée d’exposer la série complète des produits'de ses arts et de ses'industries'nationales, en s’attachant principalement aux monuments des premières époques qu’elle a désignées sous les titres d’âge de la pierre éclatée, ou'âge'des Kioekkemnoeddings,.âge dé la pierre polie et âge du bronze, représentés par les objets extraits' du musée royal de Copenhague, de la collection de M. Woorsaae, de la même ville, par ceux trouvés dans l’île d’Anholl et: appartenant à M. Wichfeld d’Engestofte, ainsi -que par des épées en-bronze, des poignards, des haches, des anneaux et- des colliers en même métal,' des bracelets et- des. bagues d’or en forme de spirales, un vase d’or trouvé en Fionie, une trompe colossale en, bronze, des aiguières-, fibules,, agrafes et. boutons provenant des mêmes .collections.. . » , - .
- . Les. périodes: indiquées sous le titre d’âge du fer s’étendent jusqu’au moyen âge'et embrassent'les1 produits du ni? au
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- • sections! étrangères.
- 219 •
- Xe siècle'. Ce sont; aux mc et iv° siècles, des, épées en fer, des bouterolles, des garnitures! de boucliers, des pointes de piques montées! en bois: de hêtre; des arcs en'bois, des umbos de boucliers en fer et, en-bronze; aux, Ve et vie siècles, .des colliers et anneaux d’or,;, aux yuc, : vin® *ets I3f° siècles, des épées à double tranchant, dont, l’une avec inscription: runique, des bracelets d’argent, des fibules de'bronze,et d.’argent.
- La période du moyen,âgé.se distingue par des canons, .dont .Lira avec son affût amté trouvé'sur la côte de l’île d’AnhoIt, et
- un métier àr tisser, en. usage alors en Danemark et dont le modèle1 existe encore de nos -jours, dans les îles Fèroë. Les fusils à'mè’ch'es et a voues,.les pistorets:appartiennent aux xvf et xvii® siècles-, et; parmi lès piècesr exposées qui sont empruntées au musée royal d’artillerie: de Copenhague, nous- trouvons un eanoirrayéû la date de 1750;et deux,autres se,chargeant par la culasse et portant les inarques.de 1761 et de 1769. Citons encore queiques bellés épées dont'plusieurs:sont-'-d’origine italienne-et des. livres imprimés en-,Danemark., dans les années qui ont précédé et celles qui ont suivi la Réforme, livres qui proviennent de;la collection du R. P. de.Ry an,,à,Paris.
- Le musée.royal.d’ethnographie,de Copenhague a eu. la-bonne pensée d’envoyer emménie temps quelqùes ustensiles, groën-landais; antérieurs à l’arrivée des Européens, en 1721,. et, une collection d-objets-usuelsqui ont conservé.de- nos jours leur forme1 traditionnelle* et‘ primitive; des traîneaux' avec leurs harnais pour septehiens, des harpons, des,lances et.des flèches pour la pêche du phoque, du saùmon et de,là baleine,..des filets et' désalignés, des costumes nationaux,, des vêtementsrde pêchemt toute-la*sér-ie des outils,et,des modèles en usage: au Groenland, qui forment' un intéressant, appendice 'admette exposition et ontt vivement excité la curiosité du public.. . '
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- ROYAUME-UNI DE SUEDE ET. DE NORWEGE.
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- L’armure équestre dé--Guillaume. Ier s’élève-au centre1 de là salle occupée par les*- produits de la Suède et de la" N or-
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- HISTOIRE DU TRAVAIL..
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- wége, et autour d’elle viennent se grouper des moniiinents
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- divers et des meubles parmi lesquels se fait remarquer* le berceau de Charles XII, en bois sculpté et'doré. Des trophées, des mousquets de toutes formes et de tous systèmes, des pièces d’artillerie, dont une à triple projectile, complètent cet ensemble qui présente un air de grandeur et un aspect pittoresque qui font honneur à la Commission suédoise ; les' vitrines placées d’un côté de la salle sont consacrées aux objets de provenance suédoise, celles de l’autre côté sont occùpéès en. partie par les produits norvégiens. Parmi les premiers,1
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- les époques désignées sous les titres d'âges de la pierre'et
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- du fer se trouvent représentées, par une suite de pièces analogues à celles que nous avons déjà citées' dans les autres contrées. On y remarque en outre de belles boucles en argent, des ouvrages d’orfévreric, des plats et des vases en cuivre repoussé des xvr et xvii* siècles; une . suite dé; livres
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- imprimés à Stockholm de l’année 1540 à 1750; (les ornements
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- d’église et des vêtements sacerdotaux des xntc, xivc et xv° sie-
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- clés; des broderies, des sandales du xmc siècle attribuées a l’évêque Conrad Rogge, des-chaussures de mariée du xvu° siècle, en cuir ouvragé et en soie brodée ; une suite de cadenas et de serrures en bois et en fer des mêmes époques; de curieuses piècés d’orfèvrerie parmi lesquelles figurent les grands gobelets de là corporation des tonneliers, appartenant au musée de Goth'enbufg et dès vases conservés dans les trésors de plu1 sieurs églises de la Suède; puis enfin toute une collection d’anciennes faïences des'dernières époques, dé la fabrique de Marienberg, plats, écuèïlès, tasses, vases et figurines! 1 ' Un bahut de formé originale, et dont les faces et lé couvercle Sont ornés de 'ferrures découpées à jour et représentant des figures en' costumé' du temps,' appartient à l’église dé Waxtooppè et s’ajoute à'cet ensemble, avec une réunion d’outils, de vàséë et 'd’écùéllès fen bois décoré de-peintures et servant à tous les usages domestiqués. f ’ 1 '
- Quelques1 spécimens de l’âge de la pierre et de celui que
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- SECTIONS ETRANGERES.
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- dans le nord on nomme l’âge de fei* occupent les vitrines de la Norwége. Ce sont des ustensiles en silex,.les coins, haches, pointes de lance qui se retrouvent partout sous les mêmes formes et dont nous avons déjà donné tant de fois l’énuméra-lion ; des épées, des haches en fer, des umbos de bouclier,
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- des faucilles, des fibules en bronze et des boucles de harnais. '
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- Le moyen âge est pauvre et n’est représenté que par quelques cornes à boire qui paraissent remonter au xvc siècle, par des boucliers en bois garnis en fer, et par deux chambranles de portes en bois sculpté provenant, l’un, de l’église de Flaa, dans le Hallingdal, département de Buskerund, qui a été démolie
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- en 1854, l’autre, de celle de Sauland, dans le Thelemarken,
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- déparlement de Bratsberg, détruite en 1860.
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- Des .parures en argent, quelques armes, des harnais de che-
- ' * ‘ ‘ , ri !'H( !>! : '"l., ; i\. •, -t l.f |} * t. )' / <•:' > . ' ' v ; f ’il : J)
- val, des vases et des gobelets en argent, des calendriers en bois, appartiennent aux xvi°, xvii® et xvnr siècles et complètent la section norwégienne, avec le 'fac-similé d’un ancien métier
- ^ ,.T(ï ’ ? > 1 v. ‘ 1 t . «• di i; ji * .. • k • = » • .'i ' M : ‘ ^
- à tisser en usage encore au siècle dernier dans toute la contrée, et dont l’emploi paraît remonter à une époque très-reculée.
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- Les fouilles faites dans le gouvernement'de Minsk, celles
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- de la Sibérie et du gouvernement de Vladimir,, ont amené la
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- découverte de nombreux instruments. travaillés de. main
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- d’homme et appartenant aux premières époques. Quelques-uns. de ces objets ont été exposés par-Ja Commission russe
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- et empruntés à la galerie deriVI. A.-D. Oziersky.de Saint-Pétersbourg, et à la collection Filimonov, du musée de Moscou.
- Mais les œuvres du moyen âge russe et des siècles suivants, les armes, les ouvrages d’orfèvrerie et de bijouterie forment une suite imposante et. tout à fait digne d’un attentif .examen.
- v- • .A . :ri-/ t; s.° <r ri u i ;,r> :;j riri* / •
- Le palais des armures de Moscou, l’arsenal de Tzarskoe-Seloy ont envoyé près de cinquante armes choisies dans, leurs colT lections, des pièces de vaisselle,précieuses, de beaux,objets en orfèvrerie et en bijouterie émaillée ;{,l’Ermitage .impérial
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- .HISTOIRE rDU TRAVAIL.
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- de Saint-Pétersbourg y .a ajouté ; une (suite .dïanciennes monnaies en -or' et en .argent ; S. A. I. ,1a .grande, -.ducliesse Alexandrine Petrovna a prêté une collection de croix pastorales en argent des xvi° >et -xviie siècles ; le musée public de Moscou, le comte Moussine Pouchkine, MM. .Kotschoubey de Saint-Pétersbourg, André Sowkine de Moscou, ont en outre exposé d’intéressants objets-appartenant aux diverses,époques et d’origine nationale. .
- .Parmi les armes, envoyées par Je palais - des armures de Moscou, se présente au premier;..rang 1/épieu du xv? siècle, «du grand prince'Boris Alexandrovitch de Tver », comme l’indique la légende gravée sur la douille ; puis-viennent le poignard du prince André Je Staritza, fils du grand duc Jean III, des haches d’armes, des pertuisanes, des sabres portant la date de .leur fabrication au xvii° siècle .et le nom de l’armurier ;de carquois enrichi .de pierreries et d’.émaux sur or .provenant Mu czar MiclieliFedorovitch.; des fusils rayés, des carabines, et.des revolvers fabriqués à Moscou en 1626 et dans les années suivantes ; une >belle cotte ;de mailles, également'fabriquée à Moscou, de beaux brassards et des jambières de même provenance. ’
- Dans les objets détachés de la collection de Tzarskoe-Sefo, figurent une cotte de ,mailles avec ,sa calotte en fer damasquinée d’argent, du xvir siècle,, ,de .fabrique moscovite ; .dès épées du même temps montées en argent,doré, enrichies de pierreries et de perles-fines; un fusil -revolver à six coups, du xvme siècle, de la fabrique, de To.ula; plusieurs belles - armes de chasse de la même provenance, puis des sabres damasquinés d’or de la .manufacture, de Zlatouste, offerts à l’empèreiir Alexandre Ier et.montés avec un grand luxe. ,
- De nombreuses et riches .pièces de vaisselle.de'table (proviennent également, ainsi que .nous l’avons dit, dujpalais-des armures de Moscou:: .telles .sont la grande coupe du prince Vladimir Davidovitch -de Tchernigor,.portanttson inscriptionien. lettres slaves:et antérieures à 11.5.1 ; ccelle. du-grand, duc Si-
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- SECTIONS ÉTRANGÈRES.
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- méon J Vci no vitcli, du xivc siècle; des vases-en or et en vermeil des xv» et xvie siècles, la plupart de provenance impériale ; des .tasses, des aiguières, des-coupes, en métal précieux, du XVIIe siècle. • • :
- Nous voudrions pouvoir citer les ouvrages d'orfèvrerie* les bijoux, les bagues, les pendants.d’oreille, les images pastorales, les croix de procession, les images de suspension détachées delà collectionFilimonov du musée de Moscou, les peintures iconographiques tirées des collections de M. Soro-kine ; mais le nombre en est grand, etnous devons nous borner à un bref résumé d’ensemble. Il convient en outre de mentionner une collection de reproductions, démoulages et de copies en plâtre des monuments de l’art byzantin et russe ainsi que les copies des miniatures et manuscrits grecs et slavons qui appartiennent au musée public de Moscou et à celui de l’école technique Stroganof de la même ville et se rapportent à l’His-toire du Travail en Russie, depuis le xe jusqu’il la fin du xvm<: siècle.
- Ajoutons que la Commission russe a gracieusement offert ces moulages et ces reproductions en plâtre au musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny.
- ROYAUME DES PAYS-BAS.
- ' La salle affectée à l’exposition des Pays-Bas, quoique doublée par suite de la .regrettable abstention de la Belgique, est encore trop petite pour contenir et présenter d’une manière convenable les objets et les œuvres d’art et d’industrie de toute nature envoyés par la Commission hollandaise. Peut-être un choix plus rigoureux aurait-il simplifié le travail deJa Commissionehaiirait-il eu l’avantage Remettre en valeur un certain nombre d’ouvrages remarquables en laissant de côté bien des objets dont la présence n’était pas indispensable. Le classement méthodique, par époques, fait complètement défaut dans cette section, et la nature des œuvres, leur matière, est le seul mode de classification observée.
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- HISTOIRE DU TRAVAIL.
- L’ensemble est du reste d’un effet pittoresque par suite de la diversité des objets aussi bien que du semblant de confusion qui a présidé à leur installation, et dans lequel on retrouve, après quelques instants d’examen, des ouvrages d’un sérieux intérêt.
- Ici, les premières époques font complètement défaut, et, en dehors de quelques pièces des xme et xiv° siècles, ivoires, encensoirs en bronze et aiguières à figures, la collection exposée ne remonte pas au delà du xve siècle et se compose principa-' lcinent d’ouvrages de la renaissance et des deux siècles qui l’ont suivie. Une série de dix figures en bronze appartenant à la ville d’Amsterdam et attribuées aux dernières années du xve siècle se fait tout spécialement remarquer par l’élégance des formes et l’originalité des costumes ; ce sont celles des comtes et des comtesses de Hollande qui étaient placées sur les grilles du tribunal de l’ancien hôtel de ville d’Amsterdam, avant l’incendie de 1652. Un beau lustre en bronze, trouvé dans les fouilles faites en 1857, près de l’église Saint-Jacques de la Haye, porte à son centre une figure de la Vierge ; il date des derniers temps du moyen âge et appartient à M. Six d’Amsterdam. La dalle tumulaire de Gisbert, fils de Guillaume de Raet, et prêtre de l’église Saint-Jean, à Gouda, date du commencement du xvie siècle et est la propriété de M. van der Kellen. La sculpture est en outre représentée par quelques albâtres des xve et xvi° siècles, des figures et des groupes en buis, parmi lesquels on distingue un combat de cavalerie, œuvre de la fin du xvuR siècle envoyée par M. Coster. La plupart des autres ouvrages analogues, des ivoires, des bronzes, sont’exposés par MM. Joseph Jitta, Six, Enschedé de Haarlem, Schaspkens de Maestricht, Cuypers, van der Bogaerden, Hermans, Belfort, van der Kellen, ainsi que par le musée royal de la Haye, la ville d’Amsterdam, celles de Frarieker et de Zwolle. • ;:
- De nombreuses et intéressantes pièces d’orfèvrerie ont été empruntées à la ville d’Amsterdam, à celles de Haarlem', de
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- RotterdamCd’Arnhem,- de Groningue,' de NimègueSy de A’eere, de Hoorn et'de'laJHaye. Lamorne a-boire, le sceptre et le collier de la confrérie de Saint-Sébastien pour le tir de Tare, aux armoiries de Ta-ville d’Amsterdam et des confrères du tir, et dont van der Helst a donné la reproduction dans son célèbre tableau, des. chefs du conseil ; la corne de la confrérie-de* Saint-Georges aux armes des arbalétriers, reproduite dans-le-« repas.de la garde civique d’Amsterdam » ; les colliers de la même;corporation; la corne et le collier du Tir de l'arquebuse,-au. xyi® siècle ; ..la corne de Saint-Hubert, du xvne siècle-;Ae gobelet des . brasseurs de Haarlèm, sont autant de monuments de l’histoire ; des Pays-Bas, et ils étaient bien de nature à exciter la curiosité publique. Mais la Commission hollandaise y a ajouté , bon nombre de pièces d’une origine à peu près analogue , et. qui sont des souvenirs non moins précieux pour les,traditions et les-mœurs du3royaume; tels sont! les gobelets dqs corporations ouvrières en bâtiments, ceux des marchands de vin de ,1a ville d’ Arhnem, des forgerons de la même ville ; les cornes à boire et les écussons des bateliers, et .des arquebusiers de Nimègues ; les gobelets,et écussons des pêcheurs, de S’cheve? ningue, aux armes, de la ville de la Haye ; les-chaînes des cor-' pprations, les bâtons des huissiers-des xvne et .xviii® siècles ;-.le gobelet en vermeil offert à la ville deV.eere par Maximilien; de , Bourgogne en 1551 ; ce sont, en outre, des plats, des aiguières, des vases en argent doré, des-pièces montées en forme de navires, de. moulins ; des coupes et des pots appartenant aux mêmes , époques et qui .ont été extraits des collections de S. A. I. le prince Frédéric .des Pays-Bas,-«.de la société royale d’archéologie d’Amsterdam, de MM. van West, Willet et de quelques-uns des collectionneurs dont nous avons déjà signalé--les noms, ainsi que de M.o le baron de la Yillestreux1 et de madame la marquise'de Grimaldi,, de Paris. > * ..
- Des horloges de bureau et des montres du xvie et du xvue siècle, ces. dernières? signées., par, .Salomon-iCoster de Haarlem en 1634 et par J:. Bramer d’Amsterdam* 4àv la même épbque;
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- une collection de jouets d’enfant en argent, composée de , soixante pièces; des reliures de livres et d’almanaclis, montées en même métal, ont pris place dans les vitrines auprès des ouvrages de grande orfèvrerie ; dans le milieu de la salle sont disposés quelques meubles parmi lesquels une armoire du xvr siècle provenant du cloître de Saint-Agathe près Bois-le-Duc, appartenant à M. van der Bogaerden, une autre de la fin du xve, au musée de la Société royale d’archéologie d’Amsterdam, des chaises, des fauteuils, des tables, des bois, sculptés empruntés aux mêmes collections.
- Les travaux en cuivre repoussé et estampé, les plats, les
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- chandeliers, les lampes, lanternes et réchauds, datent presque tous du xviie siècle ; il en est de même des objets en fer, à l’exception de plusieurs coffrets exécutés au xvc et au xvi® siècle et de nombreuses pièces de serrurerie, serrures, heurtoirs, cadenas et clés, originaires des mêmes temps.
- La faïence de Delft devait avoir sa place marquée d’avance dans une exposition rétrospective de la Hollande. Cependant^ sauf deux ou trois petits vases apportés d’Amsterdam par MM. Willet. et van der Kellen, les Pays-Bas n’ont rien envoyé en ce genre au palais du Champ-de-Mars, et c’est à une collection de Paris, celle de M. Demmin, que la Commission hollandaise est redevable des échantillons qu’elle a pu mettre sous les yeux du public; ce sont des plats, des potiches, des assiettes, des plaques, des tasses, un violon et, des figurines, à décors polychromes ou à camaïeux bleus des derniers siècles. Quant aux porcelaines, six spécimens seulement ont été envoyés par le musée de la Haye et représentent la manufacture de cette ville dans les dernières années du xvme siècle.
- Ce court exposé serait incomplet si nous n’indiquions pas, en le terminant, plusieurs beaux livres d’heures manuscrits de la fin du xve et du commencement du xvie siècle en langùe hollandaise et en latin, et parmi les premiers imprimés, le spéculum Jnimanum de L; Coster, appartenant à la ville de
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- Haarlem, quelques livres d’armoiries et de costumes, des minia-
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- tures, et enfin les tapisseries de Jean de Maegt, exécutées à Mid-delbourg èn 1593, appartenant au ministère'de l’intérieur et représentant la victoire de Lille en 1574, l’attaque deZierikzee en 1576 et la défaite des Espagnols devant Middelbourg le 10 octobre 1574; puis un plan de la ville de Rotterdam, gravé par Romeyn de Hooghe, d’après les dessins de Jean de Von en 1694, et un modèle de navire construit en Hollande sur, l’ordre du czar Pierre le Grand, à la fin du xvie siècle, et conservé aujourd’hui dans les collections du ministère de la marine des Pays-Bas.
- ROYAUME 1) ITALIE.
- Nous parlions, en commençant, des difficultés qu’ont, dû surmonter plusieurs des commissions étrangères pour répondre à l’appel, qui leur était adressé. S’il est un pays qui ait. eu de nombreuses oppositions à vaincre, et qui, malgré les embarras de toute sorte, soit arrivé à un résultat parfaitement honorable, c’est assurément l’Italie. Ce résultat est dû à l’intelligente activité, à la persistance du commissaire ordonnateur, M. Alessandro Castellani, artiste habile autant que collectionneur ardent, et au puissant et actif concours du chevalier Nigra, ministre d’Italie et amateur passionné des œuvres du passé. , Né pouvant parvenir à réunir au delà des Alpes les éléments nécessaires pour constituer l’exposition du travail national, le commissaire ordonnateur a pris le parti de s’adresser aux propriétaires des galeries françaises les plus riches en ouvrages de provenance italienne. Cet appel a été favorablement accueilli, et plusieurs de nos collectionneurs ont consenti à confier île nombreuses et belles pièces dont la réunion à quelques
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- envois d’amateurs italiens, soucieux delà gloire de leur passé, a fini par former un ensemble excellent, et vraiment digne du pays qu’il représente. .. , p.
- La Commission de l’Histoire"du Travail comprenant du-reste par avance les difficultés que pourrait susciter lé déplacement
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- HISTOIRE DU TRAVAIL.
- désœuvrés d’art conservées-en Italie, avait, dès le principe»' proposé tout, son concours à la Commission italienne .en lui demandant. seulement l’envoi de quatre ou cinq des principaux monuments d’orfèvrerie et de sculpture qu’elle désignait comme,, pouvant caractériser les diverses époques du travail ; le reste devait être emprunté aux collections particulières de Paris. L’Italie avait répondu par son abstention, et nous devons, l.e, regretter, en présence des trésors envoyés par la Roumanie, des collections splendides de l’Angleterre, de l’Autriche et du Portugal. On ne doit tenir que plus de compte à, M. le chevalier Nigra des efforts qu’il a faits et des résultats qu’il a obtenus avec l’assistance de son actif auxiliaire, M. Castellani.
- . L’exposition de l’Histoire du Travail italien a été divisée en deux grandes séries : les temps antiques, puis le moyen âge, la renaissance et les siècles suivants. . .
- Dans la première de ces sections, dont le Catalogue a été rédigé par un jeune archéologue bien digne de porter un nom célèbre dans la science, M. Henri de Longpérier fils, figurent naturellement les produits des époques primitives, les haches en silex, les poteries dont MM. Zucchi, Gentili, Gamurrini et Lapino-Lapini ont exposé plusieurs spécimens, ainsi que le R. P. Igliina, le musée de Naples et celui d’Imola ; nous y trouvons, aussi les casques et les glaives en bronze de MM. Castellani et Pompeo Aria ; les pointes de lance et les haches de bronze; le ceinturon étrusque en même métal envoyé par M. .J. Gréau de Troyes ; les figurines, statuettes, bustes et masques, de travail . étrusque ou d’origine romaine, en bronze ou en argent, empruntées aux collections de M. Gréau de Troyes, de la princesse Czartoriska, de MM. Charvet, Baur, Rollin et Feuar-dant, dé Paris, de MM. Albiteset Castellani; les miroirs étrusques des.mêmes collections : les coupes, les bassins, les lampes en bronze et en argent, et les monnaies d’or et d’argent réunies par M. de Ponton d’Amécourt. . .
- - , Des, bagues, en or, des ,pendants d’oreilles, une couronne
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- ÉTRANGÈRES,
- funéraire en même métal trouvés à Chiusi, ont été exposes par M. Giov. Paolozzi de cette ville ; une collection de bijoux des mêmes époques et dont chaque pièce mériterait une description spéciale a été apportée par M. Castellani. Les vases peints de provenance italo - grecque sont au nombre' de soixante; les uns trouvés à Capoue, les autres à Chiusi, àNola,
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- à Nocera, àCanusium, à Yulci et à Cumes,.sont empruntés aux collections de MM. Dutuit de Rouen, Albert Barre, G. Dreyfus, Charvet, Rollin et Feuardent de Paris, à la princesse Czarto-riska, à MM. Paolozzi et Castellani ; des terres cuites, dès poteries romaines et des pièces de verrerie ont été réunies par les soins de M. Cli. Davillicr, Cari Delange, Beurdeley et Schmidt.
- Dans la seconde section, celle du moyen âge et des siècles qui l’ont suivi, nous trouvons, dans l’ordre de classement indiqué pour l’exposition italienne, des ouvrages en marbre, parmi lesquels un beau buste de Flora Diana Tend erini attribué au xviic siècle, et qui a été exposé par M. Castellani ; quelques peintures et des miniatures sur vélin ; des monnaiès d’or et “des médaillons de bronze ou de plomb, œuvres du Pisan et de Matteo de’ Pasti au xve siècle. Citons aussi les ouvrages analogues exécutés par les habiles artistes du siècle suivant et tirés, ainsi qu’une suite de groupes, de figures et. de vases de bronze des xvie et xvne siècles,des collections de MM.Labou-chère, de Longpérier, Charvet, Albites,' Àlb. Barre, Dutuit, Dàvillier, Spitzer et de Liesville, et une paire de grands canr délabres en même métal, appartenant à cette dernière époque, provenant de l’église Saint-Marc et rapportés par M. Beurdeley.
- L’industrie céramique du xve et surtout celle du xvie siècle devaient être largement représentées dans ï*exposition italienne, et les collections de MM. d’Yvon, Spitzer et Beurdeley , ainsi que celles de plusieurs amateurs parisiens y ont pourvu.
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- Nous n’avons pas mission d’énumérer un à un tous ces beaux
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- produits des faïenceries de Pesaro, d’Urbino, de Gubbio, de
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- Faénza, Castel Durante, Deruta, Caffagiolo, La Fratta, Castelli,
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- Ü30 HISTOIRE DI.: TRAVAIL.
- et tant d’autres qui ont été la gloire de l’art italien et qui font aujourd’hui l’admiration de tous, dans nos musées du Louvre et de Gluny, ainsi que dans nos collections particulières . les plus importantes ; mais, parmi ceux qui sont exposés dans, la section de l’Italie, nous ne pouvons omettre de mentionner un grand plat d’Apollon et des Muses, appartenant à la.comtesse de Cambis et portant l’inscription : Fatto inUrbino, in Bottega de M° Guido de Castel Durante, X. ; un autre du v commence-
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- ment du xvR siècle, représentant un personnage couronné et assis sur un trône, propriété de M. Beurdeley ; un troisième enfin de même époque et à reflets métalliques de la fabrique de Deruta et qui représente un combat de cavaliers, à madame la comtesse de Cambis, sans parler des beaux plats dit hispano-arabes, à reflets cuivrés, chargés d’animaux héraldiques, qui sont originaires du même temps et sortent de la collection de M. d’Yvon. ,, x
- Dans les ouvrages du xvie siècle, nous pouvons signaler également les plats de Gubbio à reflets métalliques, dont l’un est signé : M° Georgio et représente le.dévouement deCurtius; ceux de Faenza et d’Urbino ; la grande buire de la même fabrique à la devise Amiciziale médaillon de Lessandra jGra-ciosa, de la fabrique de Pesaro, détaché de la collection de M. d’Yvon ; le beau plat à sujet mythologique, signé : Franr cesco d’Urbino, Deruta, 1537, prêté par Mme. la comtesse.de Cambis; celui de M. Beurdeley, signé: Antonio Maria Artco-nelli, de la fabrique de la Fratta; les aiguières d’Urbino, à M. Spitzer, et les plats de Castelli, deM. Rivet.
- MM. Spitzer et Beurdeley ont réuni, en outre,, une suite, d’ouvrages en cristal de roche et en matières dures, tels que, vases, coupes, plateaux, lampes, reliquaires en cristal de roche, cuillères en jaspe et en sardonix, bustes en pierre dure, coffrets et camées, qui rappellent une des plus brillantes in-, dustries italiennes des xvic et xvir siècles, et forment une charmante exposition avec quelques pièces d’orfèvrerie, des, aiguières et des flambeaux en argent conservés par M. d’Yvon,
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- '•des'bijoux'(l’or émaillé, des camées de toutes les époques, exposés par M. Sclimidt, un collier de médaillons en ivoire à M. Alloati, et des parures en bois de cèdre sculpté, travaillées à jour et montées, envoyées par M. de Saint-Albin et appartenant aux dernières années du xvme siècle.
- Quelques belles verreries, des coupes de Venise avec bas-reliefs,' d’autres à filets de couleurs, des ampoules, des calices, des aiguières, proviennent également de la collection de M/Spitzer et donnent une idée suffisante de la fabrication des îles de Venise aux xvr et.xvne siècles. Parmi les porcelaines, les1 fabriques de Venise, celles de Turin, de Vinovo en Piémont, sont représentées par des gourdes, des tasses, des soupières et plateaux, ainsi que par quelques vases et des figurines envoyés par le Musée civique de Turin.
- ‘ Citons en outre, dans les objets mobiliers, un coffre d’ivoire du xnr siècle, appartenant à M. Fau, de Paris, des coffrets de mariage en pâte sur fonds dorés, des cabinets en fer da-riiasquiné du xvie siècle, des coffrets, des écritoires, des cadres empruntés aux collections de M. Spitzer, de madame Jubinal, de: M. Devers, et surtout la belle épinette en bois sculpté, couverte d’incrustations et d’applications de pierres durés et de. lapis, cédée récemment par madame veuve Clapisson au Kensingtom Muséum et portant l’inscription : Annïbalis de Roxis Mediolanensis, 1577.
- Les armes, qui sont la propriété de M. Spitzer, sont au nombre de vingt à peu près, mais toutes sont parfaitement choisies, et si elles ne suffisent pas à tenir la place d’une industrie aussi importante et aussi illustre en Italie dans les siècles du moyen âge et de la renaissance, elles peuvent du moins en donner une idée sommaire. Deux beaux casques en fer repoussé et damasquiné, deux autres, dont lè premier figure une tête chimérique et le second est orné d’arabesques d’or, un de- ' vant et un dos de cuirasse en fer repoussé et doré, un bbü- ' clier rond exécuté par-les mêmes procédés et représentant l’épisode d’Horatius Codés, des masses d’armes, une langu J
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- . HISTOIRE DU TRAVAIL
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- ,âè bœuf rehaussée d’or, se font remarquer comme les pièces, les plus importantes de cette série, avec des épées à coquilles •repercées à jour, et des carabines à. canon ciselé et: damasquiné d’or et à crosse incrustée d’ivoire. • ; a..-;..
- Quelques tapisseries décorent les murs; mais la plupart ont été exécutées dans les Flandres. Il n’en est pas de même ides -dentelles des xvu et xv[ic siècles, confiées par madame .Tubinal, par MM. Spitzer et Peters, des échantillons de soieries de la • manufacture de Lucques au xvm° siècle, envoyés .-par Mf.' San-dini, et d’une tenture italienne que possède M. Oulmann,.et qui est décorée de broderies de soies de couleurs et d’or en hauts . reliefs sur fond de soie blanche, ouvrage de la lin du'xviie siècle, qui se compose d’un nombre considérable de pièces, rideaux, garnitures de lits, canapés et chaises, d’une étonnante conservation et dont quelques fragments seulement ont ’ pu trouver place dans. une salle trop exiguë pour les richesses qu’elle devait renfermer. ;
- • ' ETATS-PONTIFICAUX. ' ' - ;i '•
- - Nous n’avons que bien peu de chose à dire dé l’exposition des Etats-Pontificaux dans laquelle nous trouvons des peintures dont la :place n’est pas dans la section de l’Histoire du Travail, quelques débris des premiers âges du Latium,-des monnaies d’or, d’argent et de bronze des empereurs romains, empruntés aux collections de M. Lemaître et du vicomte de Ponton d’Amécourt.
- Dans la même salle, dont de vide est d’autant plus regrettable que les pays voisins se trouvent à court d’espace, sont disposées des colonnes de marbre blanc incrusté de mosaïques, un beau christ en bronze de la fin- du xve siècle, et enfin -un meuble de l’époque maniérée, rehaussé de sculptures, de pein-
- tures et de dorures et appartenant à madame la duchesse Go-lorina,‘comtesse de Càstiglione, Fauteur des beaux bustes1 en marbre qui ont leur place dans la-galerie dés Beaux-Arts;'
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- PRINCIPAUTÉS ROUMAINES.
- Le trésor de Petrossa, l’un des plus beaux fleurons del’ex-position.de l’Histoire du Travail, apporté par le gouvernement de Roumanie, est une des découvertes les plus précieuses faites1 par l’archéologie dans ces derniers-temps, et nous ne saurions ici nous rendre trop hautement l’interprète de la reconnaissance de là Commission de l’Histoire du Travail , des représentants de la science et du public lui-même, pour remercier le Comité des Principautés Roumaines, qui n’a -pas craint de transporter un trésor aussi précieux par sa valeur intrinsèque que par l’époque à laquelle il se rattache, et qui a bien voulu, en prenant lui-même la généreuse initiative, l’exposer dans le palais du- Champ-de-Mars. : .
- Ce trésor, qui rappelle à tant de titres celui de Guarrazar que possède le musée de Cluny, a été découvert en 4837 sur la montagne d’Istritza, dans la commune de Petrossa, du district de Ruzeo, en Roumanie. Comme celui de Guarrazar, sa découverte est due à un simple caprice du hasard, et ce sont
- des paysans qui l’ont mis au jour. R était, paraît-il, à cette *
- époque, composé de vingt - deux pièces en or massif, <4ont .plusieurs rehaussées de grenats, de pierres fines et de.. verreries ; malheureusement, comme il arrive presque toujours eh .pareil cas, plusieurs de ces pièces-ont été détournées, brisées et fondues; douze seulement restent aujourd’hui et toutes sont en or massif; quelques-unes sont repercées à jour avec dès cloisons en or réservées dans la masse pour maintenir les pierreries et les grenats qui les décorent. Le travail, dit la Commission roumaine dans la note qu’elle a jointe à- son •exposition, peut en être attribué aux Goths priinïitifs, dé la Dacie, vers le vie siècle, et se ressent de l’influence - byzantine. 11 y aurait beaucoup à dire à ce sujet, bien des: comparaisons.à établir avec Tes monuments analogues conservés dans ; nos-musées et nos trésors, et parmi.desquels Tes épu*
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- HISTOIRE I)U WitVAIL.
- ronnes des rois goths, retrouvées à lafuentede Guarrazar, près de Tolède, et acquises par le musée des Thermes et de l’Hotel de Cluny, sont les ouvrages qui offrent peut-être le plus de similitude dans l’exécution avec le trésor de Pétrossa; mais ce n’est pas ici la place de ces études et de ces comparaisons, et nous devons nous borner à signaler l’intérêt qui s’attache à de pareils monuments, qui parlent d’eux-mêmes, du reste, comme on dit vulgairement, et pour lesquels le public, aussi bien que les érudits, ne manquent pas de témoigner une admiration justement méritée.
- Ce trésor, nous venons de le dire, se compose aujourd’hui de douze pièces. La Commission roumaine a fait faire pour les exposer une vitrine mécanique, fort bien agencée sans doute, dont le principal avantage est de rentrer en elle-même la nuit et de ravir aux indiscrets la possibilité de faire main basse sur ces ouvrages d’or; massif dont le poids dépasse 17 kilogrammes, mais dont l’inconvénient est de les exposèr trop haut pour un examen sérieux, inconvénient grave, qui nous fait regretter le meuble à hauteur d’appui qüi les renfermait dans le principe, mais qui n’avait peut-être pas l’avantage tout
- spécial qui distingue la vitrine actuelle. .
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- Nous y trouvons d’abord, en suivant l’ordre dans lequel ces objets précieux sont présentés, un grand plat ou disque à bords relevés en or massif, qui a été coupé et divisé en quatre pièces à l’aide de cisailles. Ce plat, de dimensions importantes, tenait trop de place pour être facilement dissimulé et de là sans doute la mutilation dont il a été l’objet, mutilation faite' assez habilement, du reste, pour que les fragments brisés' aient pu se rapprocher de manière à - rendre au disque sa forme primitive, interrompue seulement par de légères sutures.
- La grande patère qui accompagne ce plat est, comme lui, en
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- or; massif; les figures qui en décorent le fond sont en or repoussé dans la masse et ciselées après coup ; l’umbo est formé par une statuette de'femme assise, en même métal. Viennent après; toujours dans l’ordre do classement1, une aiguière
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- en or plein, une corbeille à deux, anses qui sont figurées.par des ,léopards en même métal, et que décorent des verreries et des grenats disposés à jour entre les cloisons réservées dans
- la, masse ; une autre corbeille à douze faces et sans anses ; un grand anneau à fermoir, dit armilla, portant une inscription; un autre de forme analogue ; une fibule de taille colossale, en forme d’aigle, décorée de pierres disposées à jour par un cloisonnage réservé dans la masse ; deux autres fibules dans les mêmes conditions, et qui paraissent affecter la forme de l’ibis ;
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- une autre de dimensions moins importantes, toujours en or massif; puis enfin un collier d’or, dont les cloisons donnent asile à des verreries et à des pierres analogues aux précédentes, et des
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- fragments en or, rehaussés de verreries et de grenats, et dépendant des pièces qui n’ont pu être conservées. Tel est. le trésor de Pétrossa, tel qu’il est exposé dans le section rou-mairie, avec des débris de poteries, d’ossements, d’instruments en os et en métal, retrouvés en 1866 dans les fouilles faites au niême lieu ; mais l’exposition des Principautés ne se borne pas à ces précieux monuments, et les couvents de Bistritza, de Chaldarachani, d’Ardgèche, de Cotrotcheni, de Horez, le, musée d’antiquités de Bucharest, ont envoyé des pièces; d’orfèvrerie des xvie et xvir siècles, des croix en bois montées; en or émaillé, des crosses d’évêque ; le major. Pappazoglu, M, Odobesco, madame la baronne de Ruckmann ont exposé des, objets antiques provenant des tombeaux, romains fouillés dans la petite Yalachie, des bijoux trouvés dans les sépul-tures anciennes des couvents . roumains ,. un vase grec en . terre cuite, découvert dans les mines d.e Tziglina, près Galatzi,,. et enfin des camées et pierres, gravées antiques.
- Un magnifique panneau de broderie, représentant uneYierge ;
- au tombeau, relevé d’or et de soie,,, et attribué aux dernières années du xive siècle, ainsi qu’une belle chasuble de la môme ,
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- époque, appartiennent au couvent de Coziaj celui'de Gpvora et -ceux, que .nous venons de citer plus, haut,( ont .égalemcnt^ex- î
- posé quelques fragments de vêtements sacprdotauxbrodés d’qr!j;
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- HISTOIRE DU THAVAIE.
- et de soie, dont la fabrication remonte aux xvr et xvir siècles',
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- en même temps que des Psautiers, des Evangiles' slavons, et des Bibles imprimées à Bucharest.
- ROYAUME UE PORTÜOAU.
- De toutes les nations qui ont pris part à l’exposition internationale de l’Histoire du Travail, il en est peu dont le succès ait dépassé celui qu’a obtenu la section portugaise ; ce su'ccès, dû à la magnificence de quelques-unes des œuvres exposées ét à leur bon classement, peut être aussi, à juste titre, attribué pour une bonne part aux efforts poursuivis par la Commission royale, encouragée et soutenue par l’initiative personnelle d’un souverain ami des arts, grand collectionneur lui-même, et qui n’a pas hésité, pour les envoyer aux galeries du Champ-de-Mars, à déplacer les monuments précieux’ qu’il possédé et qui rappellent la splendeur des arts dans son pays pendant
- les siècles qui nous ont précédés.
- Là salle réservée au Portugal était malheureusement de proportions bien exiguës; la Commission en a tiré un parti excellent, et ses vitrines ont été disposées de manière à faire apprécier par le public comme ils le méritent les beaux pro-
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- duits qu’elles renferment.
- C’est à l’industrie des orfèvres portugais des xvie et xvir siècles' qu’appartiennent les monuments les plus justement estimés de cette exposition ; et, en première ligne, nous n’hésitons pas à placer le célèbre ostensoir exécuté à Lisbonne
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- par ordre du roi dom Manuel Ier avec l’or rapporté par Vasco de Gama, somptueux monument d’orfèvrerie en or Tin, 'et dont la partie principale est entourée des figures des douze apôtres en ronde bosse, émaillées en couleurs. '
- Ce précieux ouvrage d’art, exécuté par Gil Vicente pour Te monastère de Belem, dans le courant du xvic siècle, èt'dont Ta provenance est indiquée par l’inscription portugaise émaillée eti
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- blanc sur la frise qui contourne sa base, est un chef-d’œuvre
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- SECTIONS ÉTRANGÈRES, 237"
- de richesse de matière, d’habileté d’exécution, de délicatesse de travail, et ne mesure pas moins.de quatre-vingt-quatre centL mètres de hauteur. C’est par ordre du roi dom Luiz Ier qu’il a été apporté à Paris pour être exposé avec les produits du xvie siècle originaires du Portugal.
- Parmi les œuvres en métal précieux remontant aux époques qui précèdent, se trouvent un collier et des bagues en or de style romain, découverts dans les fouilles de Troia, près de Sétubal, et appartenant à la Société archéologique portugaise ; une belle anse de vase en argent, de même époque, envoyée pai* M. le marquis de Souza ; une grande croix latine en or, relevée de rubis,, de saphirs et de perles fines, et portant une inscription qui en fixe l’origine à l’année 1212 , exposée également par ordre du roi dom Luiz ; deux calices en argent doré, du XIIIe et du xivc siècle, conservés aujourd’hui dans la galerie de l’Académie des Beaux-Arts de Lisbonne, et dont le premier a été fait par ordre de la reine dona Dulce, femme de dom Sanche Ier, comme l’indique la légende gravée sur la face intérieure. Il faut citer aussi une paix de la fin duxve siècle, couverte de figures, et un coffre en argent doré de la même époque, également exposés par l’Académie royale, ainsi que deux coupes d’une grande richesse en même métal, appartenant, l’une au xve, l’autre au xvr siècle, et faisant partie de la vaisselle de S. M. le roi dom Luiz; la première est aux armes de Portugal, chargée de bas-reliefs à figures, de sujets de chasse ; la seconde représente , en figures de haut relief, le triomphe d’Alexandre, et porte l’écusson de la famille Alcoforado.
- D’autres coupes en argent doré, décorées de figures, des plateaux, des aiguières exécutées au xvne siècle, font également partie des envois de S. M. le Roi ; l’Académie des Beaux-Arts s’est dessaisie de plusieurs pièces non moins précieuses du même temps,, et la cathédrale de Lisbonne n’a pas hésité à prêter ses croix, ses calices, ses vases sacrés des xyiie et xviiie siècles.
- ... Nqus.voudrions pouvoir décrire ici tous les objets intéres-
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- sants pour l’histoire de l’art qui sont exposés dans la section
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- portugaise, énumérer tous les ouvrages en bronze dont' les: premiers remontent à l’ère romaine , les pièces d’artiileriè:ou d^arquebuserie des xvt, xvne et xvme siècles, appartenant à l’arsenal de l’armée et à S. M. le Roi, les poids de ' la municipalité de Lisbonne, les bustes antiques en pierre conservés à la bibliothèque d’Evora, les bas-reliefs en pierre et marbre des mômes époques, les meubles des deux derniers siècles, envoyés par M. Palha de Lacerda et par madame'de Gérando, les selles et les équipements de chevaux du mênlë! temps, exposés par la maison du roi ; mais la Commission portugaise, présidée par riionorable comte d’Avila, vient de publier un excellent catalogue détaillé, rédigé avec grand soin par M. Teixeira de Aragao, et nous ne pouvons mieux faire
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- que de renvoyer le lecteur à ce consciencieux travail. Nous ne pouvons omettre cependant, avant de terminer cette courte revue de la section portugaise, de signaler les lampes sépulcrales et le verre antique de la Société archéologique de Lisbonne et du marquis de Souza, les carreaux de faïence du xvic siècle, aux armes de la maison de Bragance, qui proviennent du palais de Villa Viçosa, les faïences des fabriques de Porto, ' de Rato et de Calvas, des dernières périodes, empruntées aux collections du comte de Pènafiel, du baron d’Alcochete, de l’Académie des Beaux-Arts et du marquis de Souza.
- Indiquons encore les beaux ornements d’église de Sainte-Marie-de-Bélem, avec leurs broderies en relief relevées d’or; du xvr siècle; ceux de Notre-Dame-de-Luz; les chasubles du' xvme siècle delà cathédrale de Lisbonne, et les spécimens des soieries et des velours tissés dans la fabrique de Rato, fondée par le marquis de Pombal dans le courant du dernier siècle.
- Les livres manuscrits envoyés par l’Administration des archives du royaume et par la Bibliothèque nationale de Lisbonne, les imprimés des xve, xvie, xvn® et xvme siècles, empruntés aux collections dù même établissement, forment'une
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- importante série qui ne comprend pas moins de deux cent quatre-vingts ouvrages de choix ; nous devons renvoyer, pour ce qui les concerne, à la nomenclature établie par la Commission portugaise, comme nous le faisons pour la description de la série des pièces de monnaie, au nombre de quinze cent quarante-six, ayant eu cours dans le Portugal et dans ses possessions étrangères depuis les temps les plus reculés jusqu'à l’époque actuelle, et qui font partie de la collection numismatique du roi dom Luiz Ior, gracieusement mise, avec toutes les autres richesses de sa couronne, à la disposition de la Commis- ' sion portugaise.
- RÉPUBLIQUES DE I.’AMERIQUE CENTRALE ET MÉRIDIONALE.
- Nous n’avons que peu de mots à dire des objets envoyés par ces républiques^ et qui ont été classés hors de la section réservée à l’Histoire du Travail.
- La Bolivie présente des poteries indiennes retrouvées dans des sépultures, des outils en bois de palmier, des hachettes en cuivre, le.s instruments de musique et les ustensiles, de toilette des Indiens chiriguanos.
- La république de l’Equateur expose des haches en pierre, des idoles, des sifflets en terre cuite et des têtes de même matière, découverts sur les bords de la rivière de Porto Yiejo ; des boucliers en cuivre trouvés dans les mêmes contrées ; des vases en terre cuite et des grains de colliers recueillis près du village Naranjal ; puis quelques objets d’origine et de fabrication indiennes : carquois, calebasses, colliers et ceintures, le tout appartenant à M. J. Bourcier, de Paris.
- Les envois du Nicaragua et ceux du Paraguay sont insignifiants.
- La république de San-Salvador a exposé un vase de terre cuite d’origine très-ancienne, et dans lequel. se trouvaient-des objets en or, une tête en terre cuite et des nucléus en obsidienne, sur lesquels se détachent des lames de couteaux et des
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- pointes de flèches ; ces objets appartiennent à MM. Ojeda, Boiiineaiï.et; au gouvernement de la république.
- Les envois du Venezuela, qui sont la propriété deM. Charles Thirion, de Paris, consistent en une urne cinéraire en terre cuite avec couvercle surmonté d’un animal chimérique, enlevée dans une caverne sur les bords du l’Orénoque, et en une collection d’instruments et d’ustensiles à l’usage des Indiens du Rio Negro. D’autres objets proviennent de la Nouvelle-Grenade, et ont été recueillis par M. Triana, de Paris ; ce sont des bijoux en or, des idoles entourées de fils du même métal, et quelques souvenirs des tribus indiennes.
- COLONIES FRANÇAISES.
- La place des colonies françaises dans l’exposition de l’Histoire du Travail était toute indiquée à la suite de la mère-patrie ; mais, les quelques antiquités exposées par la Guadeloupe, la Guyane et l’Inde françaises, la Nouvelle-Calédonie et le gouvernement de Taïti, sont si peu nombreuses, qu’elles ont été classées par les Commissions coloniales parmi les produits des industries modernes, en dehors des espaces réservés à l’Histoire du Travail. Il importe cependant de citer les envois d’idoles,, d’armes, d’ustensiles et de vases de pierre faits pour la Guadeloupe par MM. Schramm et Rollin, ainsi que par M. Grellet-Balguerie; la collection des statues en bronze provenant des ruines des pagodes, exposées avec les produits de l’Inde par M. Lamairesse ; les armes en pierre de la Nouvelle-Calédonie, et celles de Taïti, conservées par MM. Tauïr-na, Deplanche, Vieillard et Pannetrat.
- PAYS DIVERS.
- - ''Quelques' contrées, parmi lesquelles nous citerons la régence de Tunis; la Turquie, la Chine et le Japon, ainsi que plusieurs coloriiés étrangères, auraient pu également trouver place, dans les' portions des galeries de l’Histoire du Travail .qui leuf.étaieiit
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- réservées, pour les ouvrages des temps anciens, fort peu nombreux du reste, envoyés par elles à l’Exposition du Champ-de-Mars ; mais les commissaires chargés de leur, installation ont cru devoir mélanger les monuments du passé avec les produits des industries modernes ; de là une confusion regrettable à tous les points de vue, et surtout en ce que ce mélange de produits, appartenant à diverses époques, fausse nécessairement l’appréciation du public sur l’état actuel des industries dans le pays. Il était en outre difficile pour les visiteurs d’aller retrouver ces quelques souvenirs d’un autre temps dans toutes les parties du palais et des jardins du Champ-de-Mars ; la similitude que la plupart d’entre eux présentent avec les travaux des industries modernes dans les mêmes lieux enlevait, du reste, tout l’intérêt d’une pareille recherche.
- Nous ne saurions cependant passer sous silence les quelques inscriptions et les fragments de bas-reliefs exposés au nom de l’empire ottoman, ainsi que les briques émaillées, de l’Asie-Mineure, rapportées par M. Parvillée. Il faut signaler aussi les vases de bronze, les miroirs métalliques, les armes, les pièces de porcelaine appartenant aux diverses dynasties, recueillis par M. le marquis d’Hervey de Saint-Denys, èt placés soit dans la section de l’empire chinois, soit dans les kiosques du parc, avec quelques émaux appartenant au baron de Boissieux, à M. E. Taigny, d’anciennes éditions empruntées à M. Pauthier, et des bijoux provenant des collections du Palais d’été, à MM. d’Hen-decourt et Constant Bocquet.
- Indépendamment de plusieurs fragments de bas-reliefs provenant des temples indous qui figurent dans la section du Royaume-Uni, les colonies anglaises ont exposé des collections d’ustensiles et d’objets anciens à l’usage des tribus indiennes, et qui présentent une grande analogie avec ceux que nous trouvons dans la Nouvelle-Calédonie, dans la Guyane et l’Inde françaises. L’Australie, Victoria, Queensland, Lagos, la Nouvelle-Galles du Sud, l’Afrique et la Guyane anglaisés, les Missions évangéliques protestantes, présentent des séries
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- de haches en pierre, d’armes indigènes, de fragments de cost-tumes et d’ustensiles de toute sorte, appartenant à des époques indéterminées, mais indiquant des mœurs et des usages étrangers à toute civilisation européenne.
- Quant à la régence de Tunis, c’est également en dehors de, la galerie de l’Histoire du Travail qu’il faut rechercher ses envois, qui, hâtons-nous de le dire, forment un ensemble tout à fait intéressant en raison de leur provenance et de l’époque à laquelle ils se rattachent. La plupart des monuments exposés proviennent des fouilles exécutées à Carthage par les soins de Sidi-Mohammed, fils du premier ministre du bey. La collection comprend un grand nombre d’objets précieux, parmi lesquels des inscriptions phéniciennes carthaginoises, classées et mises en ordre par notre savant collègue M. de Longpérier; elle présente en outre des statuettes, des cuves baptismales, des stèles, des fragments de sculpture en marbre blanc et en pierre calcaire, des inscriptions latines, des mosaïques trouvées à Hadrumète et à Carthage, ainsi que des monnaies d’or, d’argent et de bronze, des bijoux, bracelets et colliers, des amphores, des coupes, et enfin des lampes à figures, dont quelques-unes appartiennent à l’ère chrétienne.
- VICE-ROYAUTÉ D’ÉGYPTE.
- • Les collections du musée de Boulaq, dont une partie a été apportée au Champ-de-Mars ,et occupe, dans la section égyptienne du parc une construction imitée du temple de
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- Philœ dans la haute Egypte, constituent, grâce aux soins de M. Mariette, leur savant ordonnateur, un ensemble d’un grave intérêt et dont l’appréciation détaillée ne saurait trouver sa place dans un aperçu aussi sommaire que celui qui nous est imposé ; les ouvrages de ces époques, quand ils atteignent le degré de perfection que l’on reconnaît dans les bijoux retrouvés parmi les ruines de Thèbes, exigent une sérieuse analyse ; -la plupart ont déjà fait l’objet de l’admiration publique à
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- sections étrangères.
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- Londres, en 1862; bornons-nous, en conséquence, à signaler quelques-unes de ces œuvres qui nous ont paru faire la plus vive impression sur le public admis à les visiter, en renvoyant le lecteur aux excellents travaux de M. Mariette, dont le goût parfait a présidé à l’installation de ces collections et à l’édification d’un monument qui réunissait les grands styles qui caractérisent l’art égyptien depuis la fondation de la monarchie jusqu’à sa chute, monument dont l’existence aura été malheureusement, bien éphémère, et qui restera dans la mémoire de tous ceux qui l’ont visité comme un des souvenirs les plus regrettés de l’Exposition Universelle de 1867.
- Quelque temps encore, et le temple de Philœ, la porte d’entrée triomphale qui lui donne accès, la grande allée de sphinx qui, de cette dernière, conduit à l’entrée du temple, seront livrés aux démolisseurs comme les caravansérails, les palais du vice-roi et du sultan bâtis au Champ-de-Mars ; et de toute cette splendeur passagère, il ne restera que le souvenir, qui, lui-même, est un précieux enseignement. Les collections seules survivent aux ruines et sont là pour témoigner de la gloire du passé, pour servir à l’éducation du présent.
- Celles du musée de Boulaq sont représentées par quelques statues en basalte et en pierre calcaire des premières dynasties , des monuments en ' albâtre et en serpentine des xve et xvie dynasties, des caisses de momies des périodes suivantes, là collection des bijoux trouvés à Thèbes, à San, à Abydos, des statuettes en porcelaine et en bronze du Sérapéum de Memphis, des stèles et des monuments votifs en bronze, en granit noir, en albâtre, et enfin par des vases en matières diverses, ornés de légendes et d’attributs, et des figurines de bronze et de porcelaine. •
- Parmi les statues, il en est une d’une matière bien commune , mais qui, par son style, la simplicité de la forme, le naturel de la pose, a été l’objet de l’attention générale : c’est celle d’un personnage debout, à laquelle la notice de M. Mariette attribue une origine de 6,000 ans antériéure
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- à notre ère. La tête est d’une expression remarquable, et le geste affecte une simplicité de mouvement peu commune. Il paraît que, dans son état primitif, cette ligure aurait été revêtue d’une sorte de stuc en couleur; nous ne savons ce qu’elle pouvait gagner ou perdre à ce travestissement, qui avait pour cause, sans doute, le besoin de dissimuler les veines et les fibres du bois; mais nous pouvons constater que dans son état actuel, c’est un vrai chef-d’œuvre de l’art, dont l’étude ne doit pas être perdue pour la sculpture moderne.
- Les autres statues, en dehors de l’intérêt qui s’attache à leur antiquité et à la comparaison des produits pendant la succession des diverses dynasties, se distinguent toutes,par une grandeur et une élévation de style qu’on ne peut se lasser d’admirer ; il est des groupes dans lesquels l’artiste a développé une grâce et un charme indéfinissables, tels que ceux des femmes accroupies qui sont placés près de la porte.
- La collection des bijoux est, de tous les trésors d’art renfermés dans la réduction du temple de Philœ, celle qui touche de plus près aux besoins de l’industrie moderne, et nous ne saurions trop engager nos orfèvres et nos bijoutiers à profiter des nombreux enseignements qu’ils y trouvent, des exemples précieux qu’elle leur donne. Les bracelets d’or, avec leurs gravures sur fond de verre ; ceux rehaussés de lapis, de perles d’or et de pierres de couleur, ou figurés par des oiseaux ; les colliers d’or avec inscrustations de pâtes ; ceux en or repoussé, décorés de fleurs et d’animaux ; les anneaux et les chaînettes en fil d’or tressé; le magnifique pectoral d’or enrichi de pierres dures, de figures et d’oiseaux découpés à jour, sont autant de merveilles d’un prix inestimable, mis pendant sept mois à la portée de tous, et dont il serait vraiment regrettable que nos habiles fabricants, qui ont su si bien mettre à profit les précieux bijoux de la collection Campana, négligeassent de tirer parti dans leur application à la parure modeéne. Renoncer, à ces œuvres banales et sans caractère, dont la mode proscrit !usage presque aussitôt qu’elle les crée, les remplacer par des
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- ouvrages d’un ordre élevé, dans lesquels le style, la forme, l’art en un mot se révèlent jusque dans les moindres détails d’exécution, telle doit être, à notre sens, la constante préoccupation de l’orfèvrerie et de la bijouterie françaises de nos jours. Ces industries, les seules peut-être qui aient le précieux privilège de ne s’adresser qu’au luxe, et pour lesquelles les frais de main-d’œuvre ne sont pas, par ce fait même, restreints dans les limites imposées partout ailleurs, ont le devoir, au temps où nous sommes, de s’assurer la première place qu’elles ont déjà conquise; d’immenses progrès ont été faits, nous faisons des vœux sincères pour qu’ils se poursuivent sans relâche , et nous croyons que personne ne nous contredira, quand nous affirmons que l’étude des œuvres du passé sera pour elles, et pour bien d’autres, un utile et puissant auxiliaire pour les diriger d’une manière sûre dans la voie qui leur est assignée d’avance.
- Mais notre tâche s’arrête ici, et avant de terminer ce rapport, dans lequel nous n’avons pu donner qu’une idée bien imparfaite des richesses amoncelées au Champ-de-Mars, dans les galeries de l’Histoire du Travail en France comme à l’étranger, et où nous n’avons fait qu’effleurer du doigt les enseignements que les industriels de nos jours pouvaient tirer de leur examen et de leur étude, rendons un nouvel et sincère hommage aux efforts faits par les Commissions étrangères pour représenter dignement les arts et les industries de leurs pays pendant les siècles qui nous ont précédés, et au zèle avec lequel elles ont bien voulu concourir à l’œuvre commune.
- Ces efforts n’ont pas été vains, et le succès obtenu a dépassé, nous devons l’avouer, les espérances de la Commission française. Nous pensons donc que les gourvernements et les collectionneurs de tous pays ne regretteront pas de s’y être associés et d’avoir contribué, chacun pour sa part, à assurer la réussite de Y exposition de l’Histoire du Travail, de cette exposition que, dans une de ses récentes études sur. le palais du Champ-de-Mars, le journal anglais le Times, qu’on ne peut,
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- en pareil cas surtout, accuser de partialité, déclarait être the triumph of the Universal Exhibition, éloge bien pompeux, sans doute, mais que nous ne saurions répudier, puisqu’il revient de droit et pour une large part à la Commission Impériale, à laquelle en appartient l’idée première, et qui alargementpourvu à tous les moyens d’action nécessaires pour nous permettre d’en assurer la complète exécution.
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- ET
- SPÉCIMENS D’ARCHITECTURE
- ÉLEVÉS DANS LE PARC DU CHAMP-DE-MARS
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- MONUMENTS
- SPÉCIMENS D’ARCHITECTURE
- ÉLEVÉS
- DANS LE PARC DU CHAMP-DE-MARS
- Par M. Armand SAINT-YVES.
- Ingénieur des Ponts et Chaussées.
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- Si l’Exposition Universelle de 1867 s’est élevée à un si haut point de grandeur et d’éclat, il n’en faut pas chercher seulement la cause dans les immenses progrès qui ont été réalisés par l’industrie depuis l’Exposition de Londres, en 1862. Sans doute, le concours empressé de presque toutes les nations du globe à ces grandes assises du progrès, où un retentissant appel les a conviées à présenter les œuvres qui sont pour chacune d’elles J a plus haute expression de leur intelligence appliquée aux arts et à l’industrie, peut constituer l’intérêt et l’utilité de l’Exposition ; mais il ne saurait en assurer la grandeur. Elle se relève au-dessus du niveau vulgaire de l’application des forces mécaniques surtout par son côté moral, dont le développement est assuré. On peut constater de grandes améliorations déjà réalisées et apercevoir des horizons largement éclairés, et bien faits pour entraîner à l’œuvre du perfectionnement social tous les hommes de bonne volonté.
- Le produit industriel arrivé à son état parfait ne résume
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- 250 MONUMENTS ET SPECIMENS D’ARCHITECTURE
- pas seulement la. série des transformations subies par la matière première ; il résume également tout le travail de l’ouvrier : travail de la main et travail de l’intelligence. Aussi, voulant présenter une œuvre complète, la Commission Impériale n’a pas seulement consacré des galeries à l’exposition des matières premières; elle a encore abrité sous les voûtes de son palais les outils et procédés de travail des ouvriers. Si, d’une part, on peut constater tous les soins pris pour l’extraction, la conservation, les transformations, ce qu’on pourrait presque appeler Véducation de la matière, on peut également suivre avec un intérêt plus grand encore toutes les phases de l’éducation morale et professionnelle de l’ouvrier, qui le conduit du berceau à l’atelier, à l’usine ; de la pauvreté à l’aisance, quelquefois même à la fortune. La crèche, l’école primaire, l’école professionnelle, l’atelier, les procédés du travail, tout est là sous nos yeux. Les objets nécessaires à la satisfaction des besoins matériels, les meubles, les vêtements à bon marché, l’habitation, y sont aussi. C’est cet ensemble qui a donné naissance au dixième groupe, la gloire et l’honneur de notre Exposition.
- Mais ce n’était pas assez ; aucune lacune ne devait rester sans être comblée. Le progrès de l’humanité ne résulte pas seulement du labeur d’une génération et des inventions du siècle ; il résume le labeur de toutes les générations précédentes, et ce grand temple du progrès serait resté incomplet s’il n’avait compris la galerie de l’Histoire du Travail. L’histoire du travail est bien réellement l’histoire du monde; elle ne finira qu’avec lui ; on peut dire aussi qu’elle a commencé avec lui.
- Les plus anciens spécimens du travail de l’homme, offerts à notre curiosité, sont des armes offensives et défensives ; puis des instruments destinés à la satisfaction des besoins les plus impérieux : la chasse, c’est-à-dire la nourriture, et la confection des vêtements. Mais la nécessité de se soustraire aux intempéries des saisons, de mettre son sommeil à l’abri des
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- ÉLEVÉS DANS LE PARC.
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- attaques des animaux nuisibles à dû promptement conduire l’homme à se construire des habitations. Cette industrie doit donc être aussi considérée comme une des plus anciennes. C’est cette: partie de l’Histoire du Travail que nous abordons ici.
- Sans doute, les spécimens qu’il était possible d’exposer ne peuvent remonter à des époques aussi reculées que les armes offensives et défensives. Le parc et le palais n’offrent aux investigations des visiteurs, au moins comme antiquités, que des monuments; or* bien des siècles ont dû s’écouler entre l’habitation des premières cavernes et les premières constructions des pharaons ; mais cette étude n’en est pas moins intéressante, et la science du monument est encore assez ancienne pour qu’on ne puisse assigner une date précise à sa création.
- Nous ne pouvons avoir la prétention de faire ici l’histoire de l’architecture. Dans un rapport rapidement écrit sur des constructions éphémères, qui demain auront disparu, nous devons seulement esquisser à grands traits la marche de cet art, ses progrès successifs et ses défaillances.
- Comme le dit M. L. Reynaud, dans son remarquable ouvrage : « Chaque système d’architecture peut être considéré « comme le costume de la société à laquelle il appartient ; il « se moule sur elle ; il en laisse apparaître les traits les plus « essentiels ; il en est l’expression la plus complète et la plus « harmonieuse, le produit le plus caractéristique ên fait « d’œuvre d’art. »
- L’histoire de l’architecture serait donc l’histoire du génie de chaque peuple. L’écrire serait une tâche au-dessus de nos forces. Nous ne pouvons qu’appeler de nos vœux le jour où ce travail sortira des mains de l’un des maîtres de cette science, et nous devons nous borner au modeste rôle de rapporteur.
- Quelles furent les habitations des hommes des premiers âges? On ne saurait répondre à cette question d’une manière' générale. Il est de toute évidence qtie les conditions de‘climat,
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- 252 MONUMENTS ET SPECIMENS D’ARCHITECTURE
- de pays et de site exercèrent une influence très-considérable ; et si les premiers botes de la Thébaïde, les Troglodytes, commencèrent par habiter des cavernes, on ne saurait en dire autant des premiers hommes qui peuplèrent les contrées boisées.
- Dans l’Inde, les plus anciens monuments furent creusés en plein rocher. Dans le nord de l’Afrique, en Égypte, les premiers temples construits par les pharaons furent évidemment conçus et exécutés à l’imitation des cavernes, et les pyramides sont des toits gigantesques qui recouvrent des hypogées, c’est-à-dire des galeries souterraines.
- En Chine, ce pays de la civilisation la plus ancienne peut-être, mais aussi la plus stationnaire, il ne reste aucune trace des monuments antiques. D’abord, toutes les constructions étaient en bois et portaient en elles une cause de destruction rapide. En outre, Tsin-chi-Hoang-Ji (246 avant J.-C.) fit, par jalousie, détruire tous les anciens temples et palais pour ne laisser subsister que ceux qu’il avait fait édifier. Mais s’il est permis de juger, dans ce pays plus intelligent que progressif, des anciens monuments par ceux qui existent encore, on peut dire que le type primordial fut la tente.
- En Perse et en Assyrie, les constructions, bien qu’élevées à ciel ouvert, présentent des analogies frappantes avec celles de l’Indoustan et de l’Égypte.
- Au Mexique, au pays des Toltèques et des Aztèques, les temples sont presque tous élevés sur des cavernes ou des hypogées, et la partie supérieure, de forme pyramidale, offre de grandes analogies avec le style égyptien.
- En Grèce, les monuments de la période héroïque, ceux qui sont caractérisés par l’appareil cyclopéen, les tombeaux et les trésors, sont aussi des hypogées qui révèlent une influence égyptienne, et plus tard seulement, les monuments de l’architecture grecque proprement dite se façonnent, s’ornementent et s’élèvent sur le type des constructions en bois.
- Et si nous jettons nos regards sur les constructions beau-
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- coup plus modernes, mais infiniment curieuses de la Suède, de la Norwége et de la Russie, il ne peut être douteux que, dans ces contrées, les habitations et vraisemblablement les temples et les palais, s’il en existait, devaient être édifiés en bois, mais suivant une ordonnance toute particulière. Là, les arbres qui soutiennent l’édifice ne sont pas dressés comme des colonnes, mais entassés horizontalement les uns sur les autres.
- Sans parler des habitations lacustres, dont nous ne trouvons que des débris, ce qui semble donner une grande vraisemblance à la co-existence de ces différents types, suivant les différents pays, c’est le monument funéraire deMyra en Lycie, qui, tout entier creusé dans la masse de la montagne, est orné d’un portique taillé dans le rocher, et présentant une imitation évidente des constructions en bois les plus primitives.
- Laissons donc de côté cette question qui ne peut être résolue d’une manière absolue, et abordons, par ordre chronologique, l’examen des constructions historiques que renferme le parc, le seul endroit où elles pouvaient être placées.
- Le type le plus ancien est le temple égyptien qui rappelle dans l’une de ses parties l’ère des Ptolémées, dans l’autre les règnes des pharaons.
- L’ensemble de la construction consiste en un propylée incomplet, une allée de sphynx, et le temple proprement dit, composé d’une galerie qui entoure le secos ou sanctuaire.
- La disposition générale des temples égyptiens n’est pas exactement reproduite ici ; car on doit trouver d’abord le drôme ou cour, avec une allée de sphinx ; et c’est à la suite de cette cour que se présentent les propylées, ou grandes portes, en nombre plus ou moins considérable, suivant l’importance du monument, lesquelles sont quelquefois remplacées par des pylônes précédés d’obélisques. A la suite des propylées s’élève, derrière un grand portique, le temple ren-
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- fermant le secos ou sanctuaire. Mais il a fallu satisfaire, pour la disposition de ces différentes parties, aux exigences des lieux, et l’interversion du portique et de l’allée des sphinx paraît suffisamment motivée.
- Nous-n’avons pas besoin de faire remarquer que les dimén-sions de cette construction sont une réduction très-notable des dimensions ordinaires des temples égyptiens. D’après M. Mariette-Bey, le temple de Karnak (Thèbes) aurait 370 mètres; celui d’Àbydos, 462; celui de Denderdb, 490; enfin, celui d’Edfou, 444.
- La construction du parc rappelle surtout les mammisi ou petits temples dont on trouve des spécimens à Denderah, Edfou, Esnch, Oinbos et Philœ; c’est surtout le temple de l’ouest de l^hilœ qu’on s’est attaché à reproduire comme ensemble ; car les détails de l’édifice se rapportent à deux époques différentes qui ont été partiellement étudiées d’après des modèles distincts.
- Jj’intérieur du secos est tout entier du style de l’ancien empire, s’étendant du fondateur supposé de l’empire égyptien Ménès à la onzième dynastie (23e siècle avant J.-C.'). Son agencement reproduit, sauf deux points importants que nous allons signaler, le tombeau de Kaa, prêtre vivant à Memphis sous la cinquième dynastie. Seulement, au lieu de jours pris dans le plafond et distribuant abondamment la lumière, ce qui était indispensable puisque le temple devait abriter une exposition des plus intéressantes et des plus précieuses, le tombeau de Eaa n’a que des ouvertures longues et très-peu hautes, en forme de soupiraux à peine visibles, et placées à la jonction des parois verticales et du plafond. En outre, on n’y trouve pas de colonnes. Celles-ci n’ont été placées dans le temple de l’Exposition que pour supporter un plafond divisé nécessairement en deux parties distinctes, pour les besoins de l’éclairage, et l’architecte a très-heureusement profité de cette disposition pour donner un type exact des plus anciennes colonnes égyptiennes.
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- L’époque pharaonique du premier empire est caractérisée dans.ces colonnes par les parties suivantes : le chapiteau est formé, non de la fleur, mais du bouton du lotus. En outre, la hase du fût, à l’endroit où il repose sur le socle, est de même arrondie et décorée en forme de bouton de lotus. Les .chapiteaux sont surmontés d’un simple tailloir de forme carrée, qui supporte les plates-bandes du plafond. Nous retrouvons cette même antiquité du style dans la disposition du plafond (sauf la lanterne) et dans la décoration, empruntée tout entière au règne végétal, aussi bien que dans la distribution des stèles sur les parois.
- Il convient de faire remarquer parmi les sept stèles du sécos ceux qui décorent le fond du temple et la paroi de la porte d’entrée, figurant, par un agencement de lignes droites, des poutres ou madriers placés verticalement, et traversés horizontalement par d’autres planches ou madriers. Ainsi, à l’époque la plus reculée de l'histoire monumentale des pharaons, au milieu de ces temples, dont l’appareil gigantesque s’attachait à reproduire les masses imposantes des cavernes, et qu’un poète a si énergiquement caractérisé par ce vers :
- Leur masse indestructible a fatigué le temps.
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- nous retrouvons l’imitation en pierre de constructions ou de parties4e constructions en bois.
- Ajoutons enfin que la tête de la déesse Hathor, avec.ses oreilles de vache rappelant la représentation animale de cette déesse, placée en second tailloir sur les colonnes de la galerie extérieure, est aussi de l’époque de l’ancien empire.
- Les caractères architectoniques du second empire, époque de Rhamsès et de Moïse, sont reproduits sur les murs extérieurs du sécos, où tous les hiéroglyphes sculptés en creux ont reçu une coloration polychrome; pour l’allée des sphinx et les deux-statues qui la terminent, l’architecte a pris modèle sur des sculptures remontant à la treizième dynastie.
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- L’intervalle à laisser entre chaque sujet, n’est pas soumis à une règle générale. Ainsi, au Sérapæum, l’espacement des sphinx est de 6 mètres; àKarnak, de 3 mètres, 2ra40etmême 2 mètres. Au temple de l’Exposition, il est de 2m60. Quant à la longueur de l’avenue ou du Drôme, elle n’est pas non plus réglée par des lois de proportion. Si au Sérapæum elle présente un développement de 150 mètres, àKarnak, on ne trouve que 30 mètres.
- Les caractères du second empire ne sont pas très-tranchés, car il n’y a pas une modification profonde du style architectonique. Ce sont les mêmes lignes, les mêmes dispositions que pendant le premier empire, avec quelques modifications d’ornementation, principalement dans la décoration hiéroglyphique des stèles et des panneaux. La distinction la plus frappante consiste dans les allées de sphinx, conduisant de la première porte extérieure aux propylées. Et encore faut-il ajouter que cette construction, considérée comme caractéristique du second empire, remonte à la treizième dynastie, et quelques historiens ne font commencer le second empire qu’à la dix-huitième, au xxe siècle, pour le terminer au IVe siècle, à la conquête de l’Egypte par Alexandre.
- L’ère des Ptolémées est caractérisée dans la colonnade extérieure qui entoure le sécos. Dans cette colonnade, les chapiteaux ne sont plus formés d’un bouton de lotus, mais de la fleur épanouie. La partie inférieure du fût repose d’aplomb sur la base sans arrondissement. L’entablement qui surmonte le second talloir, où sont placés les masques de la déesse Hator, est très-sobre et rappelle à la fois l’ornementation pharaonique et ptolémaïque. Les colonnes sont engagées sur la plus grande partie de leur hauteur dans un mur de clôture sur lequel sont, à l’intérieur, gravés en blanc et non plus en couleur, des hiéroglyphes dont le caractère est bien tranché. Le plafond de la galerie qui entoure le sécos présente des caissons de style grec, portant un semis d’étoiles d’or sur fond bleu.
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- En résumé, le temple égyptien est remarquable, non-seulement par l’intérêt qui s’attache à une exacte représentation des plus anciens spécimens de l’art monumental, mais encore par la manière consciencieuse avec laquelle toutes les parties en ont été étudiées et rendues. Quand on entre dans le parc de l’Exposition, c’est une des constructions qui attire particulièrement la vue par ses formes, son ornementation, son caractère essentiellement étranger à nos habitudes, et par son style puissant, austère, sévèrement ordonné, et vigoureusement constitué en vue de la durée. La porte monumentale ou propylée, avec ses énormes assises d’attente qui accusent une construction inachevée et indiquent une vaste enceinte destinée à limiter les dépendances du temple ; l’avenue des sphinx, ces hôtes silencieux des déserts de l’Égypte auxquels l’imagination des poètes attachait une signification terrible et qui caractérisent d’une manière tout exceptionnelle ce pays, berceau de la plus ancienne civilisation, attirent et émeuvent. Alors se découvre le temple reposant sur un socle général qui l’élève au-dessus du sol, à l’extrémité d’une allée dont la pente rapide aide à la perspective. Aux angles de la galerie, quatre gros piliers, présentant à l’extérieur un fruit prononcé, rappellent les constructions pyramidales. Sur la façade, entre les deux piliers d’angle, sont quatre colonnes, et, sur les grands côtés, sept colonnes, engagées dans un mur de clôture qui ne ménage qu’une entrée au haut de laquelle deux pierres en saillie figurent une plate-bande interrompue. Ces colonnes, du style des constructions ptolémaïques le plus pur, ont pour chapiteaux des fleurs de lotus épanouies, supportant un second chapiteau, ou premier tailloir de forme cubique, orné, sur chacune de ses faces, de la tête de la déesse à laquelle est principalement consacré ce temple. Il est surmonté d’un second tailloir cubique supportant l’architrave. C’est sur ces décorations des colonnes et sur l’architrave que se trouve placé ce qu’on pourrait appeler la dédicace; caries temples égyptiens sont
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- toujours consacrés à une triade ou trinité, représentant le symbole de l’éternité dans son essence : Dieu s’engendrant lui-même ou engendrant un fils qui se confond avec lui et avec sa mère dans l’unité divine. Ici, la déesse principale est Hator, le père Horus, et le fils Hor-sam-to. La dédicace est plus explicitement développée sur le soffite placé sous l’entablement, entre chaque colonne, par des inscriptions spéciales.
- Le mur du sécos présente, comme les piliers d’angle, un fruit très-prononcé à l’extérieur, et ne reprend la verticalité qu’à l’intérieur. C’est encore le type de la pyramide. Les grands tympans de ce.mur, qui n’est percé d’aucune ouverture, sont divisés en panneaux couverts d’hiéroglyphes polychromes empruntés au second empire.
- A l’entrée du sécos, l’imagination du visiteur se trouve reportée avec entraînement vers les premiers âges de la *. ivi-lisation. Ce n’est plus seulement le monument, si curieux cependant à étudier, qui attire les yeux et charme l’esprit avide de remonter le courant des âges, c’est une exposition des plus précieuses de statues, de bijoux, d’instruments ayant appartenu à des rois, à des princes, dont des documents, considérés comme authentiques, font remonter l’existence à vingt siècles avant notre ère, et dont peut-être on peut voir et toucher les dépouilles mortelles dans la salle d’anthropologie.
- Que faut-il de plus pour constater l’antiquité de l’homme, et pour caractériser à la fois sa faiblesse et sa grandeur? — Sa faiblesse, puisqu’il ne reste plus rien de personnel, pas même le nom et le souvenir de la plupart de ces superbes pharaons. — Sa grandeur, puisqu’il est permis à l’homme de transmettre toutes ses richesses, toute sa science aux générations successives les plus éloignées ; puisqu’il est accordé à cet être chétif qui naît, passe et meurt, de plonger, armé de sa seule intelligence, dans cette mer du passé, d’en rapporter assez de matériaux potir reconstituer tout l’édifice écroulé et combattre ainsi victorieusement l’action destructive du temps.
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- L’architecture égyptienne qui, sous les Ptolémées, subit l’influence de l’architecture grecque, nous conduit naturellement à aborder l’étude de celle-ci, dont le caractère est cependant essentiellement différent, et révèle au plus haut point la liberté, la lucidité, la grâce, la distinction et l’harmonie des formes.
- Dans les temps les plus anciens, à l’époque héroïque, toutes les ouvertures sont terminées par des architraves. Cependant, dans les tombeaux et les réduits souterrains appelés trésors, on trouve quelques arcs de forme ogivale ; mais ils sont taillés dans des assises horizontales. On rencontre aussi de grands linteaux, surmontés d’une voûte triangulaire (en mitre), formés de deux dalles et servant de décharge. —Enfin, mais très-exceptionnellement , quelques voûtes ou arcs, formés de voussoirs.
- Ces caractères, peu constants, ne déterminent pas une architecture, mais il est intéressant de les signaler, parce qu’on y trouve une indication de bien des transformations ultérieures.
- Nous n’avons pas à nous arrêter à l’architecture grecque, trop bien connue pour qu’il y ait lieu d’en faire une exposition didactique, et dont d’ailleurs aucun spécimen n’a été construit dans le parc de l’Exposition. Voici comment M. L. Reynaud carectérise la transition de l’art égyptien à l’art grec :
- « Les Grecs, parmi les emprunts qu’ils font à l’Égypte ou « à l’Orient, y puisent les éléments de leur architecture ; mais « ils les modifient par l’introduction d’un nouvel agent. L’em-« ploi du bois dans les constructions leur permet de couvrir « de grandes salles sans points d’appui intermédiaires, et il « en résulte beaucoup plus de hardiesse et de légèreté, même « daus les édifices entièrement exécutés en pierre ; car ils se « plaisent à y reproduire quelques-unes des formes, et même « des proportions que le nouvel élément de construction a « fait adopter. Plus désireux d’ailleurs de plaire par l’élé-« gance des contours que de frapper par la solidité du monu-« ment, ils s’appliquent sans cesse à augmenter la légèreté « des colonnes et des autres parties de leurs constructions, et
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- « sous le double rapport de l’art et de la science, ils portent « le système qui leur avait été transmis à toute la perfec-« tion dont il paraît susceptible. »
- L’architecture grecque est souvent considérée comme une architecture réglée par des lois fixes, parfaitement définies, en quelque sorte numériques. Ceci n’est exact que pour les colonnes et les entablements qu’elles supportent, dont toutes les parties principales, la hauteur et l’espacement des colonnes, ainsi que les dimensions des architraves, frises, corniches et frontons, sont une fonction définie du module ou rayon de base de la colonne. Tels sont les deux ordres dorique et ionique, qui, seuls, d’après l’opinion de l’auteur que nous venons de citer, doivent être considérés comme entièrement constitués par les Grecs.
- Dans les modifications que subit l’architecture chez les Latins, les règles fixes sont d’abord modifiées ; puis les tentatives •isolées des Grecs sont reprises, étudiées, développées, et quelquefois érigées en principes. C’est ainsi que de la modification apportée au chapiteau de la colonne ionique par Ictinus, dans le temple d’Apollon à Bassæ, et du chapiteau du monument de Lysicrates de Cycine, vulgairement appelé la Lanterne de Démosthènes, ils ont déduit un nouvel ordre, le corinthien, qui semble devoir leur être attribué. On le trouve constitué dans les plus anciens monuments : à Tivoli, par exemple, au temple de Vesta, construit en l’an 682 de Rome.
- Les Étrusques font faire un grand pas à l’art en introduisant les voûtes dans leurs édifices. Probablement ils ont emprunté cette nouvelle disposition à quelques timides essais de l’Égypte et de la Grèce; mais, les premiers, ils en apprécièrent l’importance, et admirent franchement en architecture les formes que réclamait ce nouveau procédé, qui fut une véritable révolution dans l’art.
- Les Romains s’emparent de cette innovation/la développent largement, et arrivent à couvrir, sans autres points d’appui que les murs d’enceinte,des plus vastes salles; mais ils ne
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- l’admettent pas dans leurs temples, et c?est le christianisme qui apporte au nouveau système de construction la consécration religieuse nécessaire à son développement.
- Les. Romains, pour donner plus d’élégance à leurs eonstrujo' tions, exhaussent toutes les. proportions, et Modifient. aussi très-notablement l'ornementation.
- Les Grecs avaient timidement employé les refends sur les joints des appareils, notamment dans, le monument choragi-que de Lysicrates. Les Romains, moins sobres d’ornements, en font un grand emploi et y ajoutent les bossages. Ils modifient également l’emplacement des triglyphes, et souvent, les suppriment. Cette légère modification de l’ordre dorique leur a fait attribuer l’invention d’un nouvel ordre,, auquel on a donné le nom d’ordre toscan ; de même que- l’introduction des volutes ioniques dans le chapiteau corinthien, à l’arc de Titus, à Rome, a donné aux architectes de la renaissance l’idée de faire de cette ornementation un nouvel ordre, le composite.
- Ils emploient aussi, pour les chapiteaux ioniques, des volutes à 45 degrés; on en trouve des exemples dans lès ruines de Pompéi ; mais il faut constater que ce chapiteau avait été; employé déjà en Grèce, pour les colonnes d’angle des portiques, et qu’Ictinus en avait couronné toutes les colonnes intérieures du temple d’Apollon,, à. Bassæ.
- Les Romains construisirent un grand nombre de monuments à arcades portées sur des pieds-droits. Mais ce style, précurseur des basiliques et des palais de la renaissance, pur et sévère dans le principe, ne tarde pas à dégénérer-. Dans les: constructions de la décadence, les arcades ne portent, plus sur des pieds-droits, munis de bases, et couronnés par une pierre saillante, marquant la naissance de la voûte, et appelée imposte ; ils retombent directement sur des colonnes, modification qui devient un style,, fournit un des caractères les plus marqués des basiliques romanes latines, et régné encore dans les deux premières époques de l’architecture ogivale. Le plus
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- ancien monument de ce genre est, suivant toute apparence, le palais de Dioclétien, à Spalatro.
- La transition du pilier à la colonne est la colonne engagée dans les pieds-droits, système inauguré par les Romains.
- La plupart ‘des temples romains sont des imitations des temples grecs. Cependant, tandis qu’en Grèce les monuments circulaires étaient tous surmontés de toits coniques, à Rome, on troüve des édifices recouverts par des voûtes sphériques, tels que le temple deVesta, le Panthéon d’Agrippa et plusieurs salles de thermes. La plupart des grands mausolées, ceux d’Auguste, d’Adrien, de Cecilia Metella, revêtent cette forme. Enfin, on trouve également des voûtes sphériques sur plan carré, c’est-à-dire avec pendentifs, comme au thermes de Dioclétien, et dans les monuments funéraires de Galla Placi-dia, à Ravenne, au ve siècle.
- Rude et sévère au début, l’art romain est encore mâle, ambitieux et imposant jusqu’à l’empire; à partir de cette époque, il tombe dans l’affectation, l’incohérence et l’abus de la richesse.
- L’architecture romaine n’est représentée dans le parc du Champ de Mars que par une construction d’ordre dorique de peu d’importance et désignée sous le nom .le palais pompéien. La disposition de cet édifice, avec son portique placé au milieu du grand côté de la Gella, et auquel correspond sur l’autre face une rotonde en hémicycle, ne permet pas de supposer qu’ori ait voulu reproduire un temple. Est-ce davantage un palais ? Nous pensons que c’est simplement une salle d’exposition , construite dans un style gréco-latin, comme spécimen d’architecture ancienne ; mais que son auteur n’a pas eu la prétention de reproduire un monument déterminé.
- Quoi qu’il en soit, voici quelles en sont les dispositions et les parties principales.
- Au milieu de l’édifice s’avance un péristyle posé sur quatre colonnes isolées, également espacées. Ces colonnes, d’ordre, dorique, sont cannelées sur les deux tiers de leur hauteur, et'
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- supportent un fronton. Le stylobate du monument, est élevé de quatre marches ; le plafond du péristyle est orné de caissons simples, et de chaque côté de la porte d’entrée se ,trouve un pilastre faisant légèrement saillie sur le nu du mur, et recevant une colonne engagée à moitié. Les faces latérales oniune porte et deux, ouvertures carrées, placées entre des pilastres surmontés d’un fronton. Sur la façade postérieure on trouve un hémicycle dont le diamètre est égal à la largeur du péristyle, dont le tambour est percé de cinq ouvertures carrées, et couvert d’un toit en demi-cône. De chaque côté de l’hémicycle , Je mur de la façade postérieure est percé de deux ouvertures.
- Les trois frontons, celui du péristyle et ceux des façades latérales, ont les mêmes dimensions. La frise du- monument est ornée de triglyphes et de métopes.,Une décoration polychrome rouge et bleue est appliquée sur les tores des chapiteaux, les triglyphes, les médaillons des métopes, les encadrements des panneaux placés au-dessous des fenêtres, ainsi que sur le premier tiers non cannelé des colonnes et des pilastres.,,
- En résumé, ce bâtiment[est construit avec goût, et c’est une reproduction simple, facile à étudier et bien rendue de l’architecture grecque chez les Latins. Mais il ne comporte rien dans sa disposition et sa décoration, qui révèle le style.particulier qu’on a appelé pompéien. Pour prendre une idée juste de ce style, qui consiste bien plus dans la décoration que, dans les lignes générales et le mode de la construction extérieure, il faut examiner la façade et la décoration intérieure .*du café-restaurant italien, qui, à ce point de vue, ont été traitées avec un succès complet.
- Avant de quitter le domaine de l’histoire ancienne, nous devons porter nos investigations en Amérique, et étudier l’architecture mexicaine dont un spécimen, inexact et-incomplet peut-être, mais curieux à bien des points de vue, a été construit dans le parc. >,
- A quelle époque convient-il de faire remonter les monu-
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- ments anciens retrouvés au Mexique et élevés par une race d’hommes qui semble éteinte aujourd’hui? Cette importante question paraît insoluble : les traditions sont insuffisantes pour préciser les époques. Mais, si nous procédons par induction, nous concluerons à une haute antiquité.
- Nous rencontrons au Mexique des constructions eyclopéen-nes qu’on peut rattacher à trois périodes distinctes.
- lre période. — Pierres d’énorines dimensions.
- 2® période. — Petits matériaux, briques en terre séchée.
- 3e période. — Terre et gravier.
- A considérer la physionomie générale des monuments, il est peu douteux que les anciens peuples du Mexique , les Toltè-ques d’aljord, puis les Aztèques, ont eu des relations au moins indirectes avec l’Egypte. C’est ce que porte à croire la forme pyramidale des monuments et leur décoration hiéroglyphique à l’intérieur.
- Qu’était donc ce peuple ? N’était-ce pas une tribu égarée des Phéniciens, ces intrépides explorateurs de la mer, jetée par la tempête par delà de l’Atlantique ? Ne serait-on pas tenté de croire que dans ce pays, dont la nature semble avoir fait un paradis terrestre, et où les Européens n’ont jamais rencontré que des écueils pour toute pensée morale et civilisatrice, ne serait-on pas tenté de croire que les premières générations, après avoir transporté dans leur nouvelle patrie la civilisation, les arts et les connaissances du vieux monde , ont dû céder la place à des générations déjà déchues, qui aux imposants monuments' de pierre ont fait succéder les constructions en briques. Ces générations, à leur tour, auraient fait place à des populations qui, pour leurs édifices, se sont contentées d’amoncellements de terre et de cailloux!!! Races en décadence et dont l’histoire monumentale peut servir pour reconstituer l’histoire de leur abâtardissement.
- Les plus anciens monuments des Toltèques et des Aztèques sont de forme pyramidale et renfermés dans une enceinte sem-
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- blable au péribole grec. Ils sont ordinairement précédés d’un grand escalier avec ou sans rampants, conduisant au sommet de la pyramide sur laquelle s’élève le temple ou téocalli. Ces pyramides tronquées, qui forment la base du monument,, ne sont pas en talus régulier, mais présentent des retraites nettement prononcées. L’intérieur est décoré d’hiéroglyphes sculptés en relief, et non en creux comme ceux des Égyptiens. Quelquefois le téocalli recouvre un hypogée.
- Le plus célèbre téocalli est celui de Cholula. Celui de Xo-chicalco, qu’on £f tenté de reproduire dans le parc de l’Exposition, est aussi très-curieux. Sur un immense rocher conique, divisé en cinq assises revêtues de maçonnerie, règne un mur de 2 mètres de hauteur. Au centre est un téocalli formé de cinq assises, dont les murs extérieurs sont couverts de sculptures représentant des hommes et des animaux de grandeur naturelle. La province de Yucatan possède aussi des monuments remarquables.
- Les portes sont de forme rectangulaire ou trapézoïdale , comme celles des temples d’Égypte. Les salles sont à plafonds plats et sans autre ouverture que la porte. Il y a quelquefois des colonnes, mais elles sont engagées dans les murailles et ne servent qu’à l’ornementation. Quand, par exception, elles sont isolées, et servent de support, elles sont cylindriques, n’ont pas de chapiteaux, mais seulement un tailloir qui reçoit les poutres du plafond.
- Dans la construction du Champ de Mars, la base de l’édifice, au lieu d’être un massif plein, soit de maçonnerie, soit de rocher, est une salle d’exposition de diverses collections scientifiques , qui n’a aucun caractère architectural, et dont nous n’avons pas à nous occuper. Ce massif, à faces inclinées et d’apparence pyramidale, est décoré de bas-reliefs simulés par la peinture, représentant, de grandeur naturelle, des dragons et des figures humaines offrant le type aztèque très-nettement accusé. Au sommet du talus se trouve une partie verticale , formant muraille, également décorée de figures de
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- grandeur naturelle placées dans des compartiments reetangu- laires. Cette muraille est couronnée d’une corniche crénelée au moyen d’une sorte de nierions à profil arrondi. Cette partie verticale est le mur qui entoure le téocalli placé au milieu de la terrasse.
- On accède au téocalli par un grand escalier à pente assez douce, encadré par deux larges rampants ornés de sculptures en relief, représentant une imbrication à recouvrements. Ces rampants sont terminés par des dés cubiques supportant des dragons monstrueux.
- Dans le téocalli de Xochicalco, comme dans toutes les constructions semblables, le grand escalier présente une pente un peu roide. Le téocalli était, en effet, un sanctuaire terrible, où les prêtres seuls étaient admis. Le peuple se tenait autour du monument, au bas de l’escalier, et il devait être assez rapproché pour suivre toutes les péripéties du drame qui s’accomplissait au sommet, en dehors du sanctuaire, sur la pierre du sacrifice où le couteau sacré en obsidienne servait à l’immolation des victimes humaines.
- L’entrée du temple a trois ouvertures formées par des piliers carrés sans base et sans chapiteaux, et que ferment des rideaux de plumes. Les murs extérieurs sont, comme la base, de forme pyramidale, avec sculptures en relief représentant des personnages debout ou assis. — Pour satisfaire aux besoins d’une exposition, l’intérieur du temple est éclairé par une lanterne placée au milieu du plafond, et malencontreusement décoré de verres de couleur, tandis que les téocallis ne recevaient de jour que par la porte. Enfin , les parois intérieures sont couvertes, non d’hiéroglyphes aztèques, mais bien d’hiéroglyphes égyptiens, moulés dans ses voyages par M. Méhédin.
- A l’intérieur, on doit remarquer les moulures authentiques d’une statue du Soleil, et d’une divinité de la mort, Téoyao-miqui; la cuve en pierre destinée à recueillir le sang et le cœur des victimes; et enfin les crânes garnis de chevelures
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- qui servent de chapiteaux aux piliers soutenant le plafond.
- Malgré les inexactitudes que nous venons de signaler, bien que l’Exposition que renferme ce monument soit cosmopolite et entraîne la pensée à la suite du savant voyageur dans des contrées très-différentes, il est encore possible à un esprit qui sait s’isoler et se concentrer sur un point déterminé, de trouver dans la reproduction imparfaite du temple de Xochi-calco matière à de sérieuses réflexions et à une étude intéressante.
- A partir de la décadence romaine, nous assistons à la transformation.de l’art monumental. Au temple payen, aux basiliques, vont succéder l’église romane latine, l’église byzantine, l’église gothique , la mosquée ou le temple évangélique. Mais si les génies différents des peuples ont contribué à ces modifications, il est un principe, un principe unique, sinon nouveau, au moins régénéré, qui les dirige toutes : c’est la foi religieuse. Aussi croyons-nous devoir commencer l’étude de. cette transformation par les catacombes romaines ; c’est le berceau d’où sont également sortis l’église, le temple et la mosquée. Du reste, l’ordre chronologique nous y conduit naturellement.
- L’antiquité nous avait montré des héros, des martyrs de l’amitié, de l’amour, de la gloire, de l’ambition, de l’orgueil, en un mot de tous les sentiments humains ; mais c’est des catacombes seules que devaient sortir les héros et les martyrs de l’humilité., de la charité chrétienne et de la foi religieuse. Et quelque modeste et sombre que soit l’ordonnance générale ou l’ornementation de ces hypogées, il ne faut pas les dédaigner ; ce sont de véritables monuments. La tour de Babel ne fut qu’une folle construction ; c’était une expression matérielle de, l’orgueil et de la révolte. Mais les moindres églises de village, tout aussi bien que les cathédrales et les arcs-de-triomphe, sont des monuments, parce qu’une pensée civilisatrice morale ou religieuse leur a donné naissance. C’est cette raison qui
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- nous conduit à considérer les catacombes romaines comme une expression très-caractérisée de l’art monumental.
- Les catacombes, creusées généralement dans des carrières de pouzzolane, sont des labyrinthes à deux, trois et quelquefois quatre étages, comme dans les Cryptæ novœ. Les principaux carrefours sont éclairés par des soupiraux ou lucernaires; et on y rencontre aussi des puits ou des citernes destinés aux cérémonies du baptême. Les salles, ou cubicula, sont parfois soutenues par des piliers isolés, ménagés dans le tuf ; quelquefois garnies de gradins ou de sièges taillés aussi dans le terrain naturel ; et, quand elles ont de grandes dimensions, elles sont éclairées par un soupirail appelé foramen.
- Les cryptes des églises latines ont presque toutes été copiées sur les catacombes : la plus ancienne est celle de Saint-Sébastien , dont la décoration remonte à Alexandre Sévère. L’entrée des catacombes romaines présente quelquefois l’imitation d’un tumulus de Macédoine. Quelques entrées sont, en effet, situées sous des tertres ou tamuli, qui précèdent les galeries plongeantes. Les couloirs et galeries servaient à la sépulture des chrétiens. La paroi était creusée en forme de cercueil, s’ouvrant par une face verticale ; après l’ensevelissement, l’ouverture était fermée soit avec des dalles de pierre, soit avec des tuiles ou poteries, décorées d’inscriptions et de peintures, et sur lesquelles étaient scellées des lampes et des ornements en verre peint. Les tombeaux des saints et des martyrs étaient placés dans les cubicula, et c’est sur ces dépouilles vénérées que se célébraient les saints mystères. Ces tombeaux consistaient en un sarcophage ou caisse quadran-gulaire nommée area, Recouverte d’une tablette en marbre {mensa) : c’est l’origine des autels catholiques. Plus tard, au me et au ive siècle, ces tombeaux ont été placés dans des sortes de niches surmontées d’une voûte curviligne,-appelée arcoso-lium, qui était décorée de peintures.
- Les peintures et les sculptures les plus anciennes sont empruntées au paganisme ; on y voit fréquemment l’image de
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- Psyché. Ce n’est qu’au ive siècle que la décoration se dégage de ces traditions payennes pour devenir tout à fait chrétienne. Elle est d’ailleurs toujours symbolique, et toutes les scènes représentées, même celles empruntées à l’Ancien Testament, n’ont pour objet que le Christ et l’Église.
- On a quelquefois agité la question de savoir si ce sont les chrétiens qui ont creusé toutes les catacombes de Rome. On a pensé qu’ils n’auraient pu cacher tous les déblais qu’ils auraient dû enlever, et qu’ils s’étaient simplement réfugiés dans d’anciennes carrières abandonnées. Mais cette opinion n’a pas résisté à une étude sérieuse. Il n’est pas douteux que les premiers chrétiens se sont réfugiés dans d’anciennes carrières de pouzzolane, mais elles sont bientôt devenues insuffisantes. On a parfaitement constaté que les anciennes galeries, entièrement garnies de sépultures, recevant le dépôt des déblais provenant de l’ouverture de nouvelles galeries, étaient ainsi comblées. On peut donc conclure que la majeure partie des catacombes ont été ouvertes par les chrétiens, et les désignations de Cryptæ antiquœ, et Gryptœ novœ viennent corroborer cette opinion.
- Malgré quelques critiques qui ont été faites du spécimen des catacombes exposé au Champ de Mars, nous n’hésitons pas à en signaler le mérite. Sans doute, si les mandataires du Souverain Pontife avaient pu faire édifier une construction de l’importance des aquariums du jardin réservé ; ou même, si, tout en se resserrant dans des limites plus restreintes, ils n’avaient pas cru devoir sacrifier à une haute pensée de convenance toute mise en scène et tout effet produit par de simples apparences, et avaient placé souterrainement la construction, le succès eût été plus général. Le travail de reproduction, exécuté, non-seulement avec le goût et le sentiment d’un artiste, mais ericore avec la conscience d’un antiquaire, n’appelle pas l’attention de la foule, mais il intéresse et impressionne vive-menit les savants et les penseurs.
- La construction du Champ de Mars offre aux visiteurs uh
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- cubiculum orné de trois arcosolia, et muni d’un lucernaire ou foramen. On accède au cubiculum par trois couloirs ou galeries, deux parallèles et une transversale, sans compter la petite galerie qui relie le couloir du fond au cubiculum. L’extérieur présente, avec un succès complet, une imitation en liège du tuf pouzzolanique. L’entrée a bien la configuration et l’aspect d’un arenarium, au milieu duquel est placé l’accès caché de la catacombe. La galerie qui suit est droite, à parois verticales, formant des angles droits avec le plafond et avec les galeries transversales, ce qui est le caractère distinctif des couloirs destinés aux inhumations.
- A la rencontre de la galerie transversale du fond avec les deux couloirs d’accès et de sortie on peut reconnaître l’amorce de corridors comblés par les déblais des fouilles nécessaires à l’ouverture de nouvelles catacombes. Cette galerie transversale du fond est presque entièrement garnie, sur plusieurs étages, de tombeaux ou loculi. Ce sont des niches oblongues destinées à recevoir des corps entiers. Toutes les briques employées à leur fermeture sont anciennes et proviennent des catacombes de Rome, de même que les lampes en terre cuite et différents ornements en verre. Toutes les inscriptions sont des fac-similé relevés sur place. Il faut particulièrement remarquer une Vierge tenant l’enfant Jésus, au-dessus de la tête duquel est placée une étoile ; auprès de ce groupe est un prophète. Cette peinture est de la moitié du 11e siècle.
- La partie la plus importante est le cubiculum ou chapelle, entièrement décoré de peintures, et éclairé par un lucernaire. C’est l’exacte reproduction d’un cubiculum du cimetière de Saint-Calixte. Les fresques de la paroi et de la voûte sont du IIe siècle. Il faut remarquer comme reproductions parfaitement exactes et définies :
- Sur la paroi du fond : — un bon Pasteur, — un Moïse frâppant le rocher ; — du cimetière de Priscille ; — le Sauveur tenant les corbeilles de la multiplication des pains ; — du cimetière de Domitilla; — le Pêcheur évangélique qui
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- prend un poisson ; — des cimetières de Saint-Calixte et de Domitilla.
- Sur les parois de la porte d’entrée et les parois latérales : — un fossoyeur creusant une tombe ; — des colombes portant une branche d’olivier; — des images de Psyché; — du cimetière de Domitilla.
- Sur la voûte : un bon Pasteur et une Orante ; — Daniel et les lions ; — des cimetières de Saint-Calixte et de Domitilla.
- Ces peintures et les lignes décoratives, qui remontent au 11e siècle, sont, comme dans l’original, mutilées et coupées par les ouvertures du foramen et des arcosolia qui sont d’une date postérieure et doivent être attribuées, le lucernaire au IIIe siècle, et les arcosolia au ive ; car les trois arcosolia de cette crypte sont de même style et de même époque, et tous trois ornés de peintures qui ne se relient en rien à celles de la crypte. La voûte et le lucernaire portent des lignes décoratives qui rappellent l’ornementation pompéienne. C’est une réminiscence païenne qui, comme nous l’avons dit, ne disparaît qu’au IVe siècle.
- Quelque modeste que soit cette construction, on ne peut méconnaître son intérêt et son importance au point de vue de l’histoire de l’art. L’antiquaire et le savant en sortent vivement intéressés ; le chrétien en sort profondément ému et recueilli.
- Au ve siècle, l’architecture religieuse abandonne les hypogées et prend sa place au soleil. Elle édifie peu d’églises, s’empare d’abord et consacre au culte les temples de la religion païenne, les basiliques et même les thermes ; l’église de Sainte-Marie-des-Anges a été établie dans les thermes de Dioclétien; mais le type de la basilique, avec charpentes apparentes, obtient ;la préférence sur les salles voûtées des thermes.
- C’est de Constantin que datent les monuments religieux .cir-
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- culaires ou polygonaux, et c’est à cette époque qu’il faut faire
- remonter la naissance de l’architecture byzantine.
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- Sous l’impulsion d’une foi vive et ardente, l’architecture religieuse se transforme. Ce ne sont plus les lignes horizonr taies qui prédominaient dans l’art grec qui vont caractériser les édifices ; les lignes verticales qui élèvent la vue, les coupoles qui représentent la voûte céleste, surgissent et tracent la voie vers le style ogival ou gothique, où toutes les lignes horizontales sont supprimées et où l’œil ne rencontre que des arêtes verticales qui le guident vers le ciel.
- Où le style byzantin a-t-il pris naissance? Quels en sont les créateurs ? Cette question, longtemps débattue, n’a pas encore reçu de solution définitive. Bien que nous pensions qu’il n’y a pas lieu d’admettre, à cet égard, d’opinion absolue, nous devons reconnaître que certains éléments de l’architecture persane ont pu contribuer au développement de ce style nouveau. Il est incontestable que les architectures anciennes avaient pour caractère des masses superposées à des masses, d’où naît la prédominance des lignes horizontales. Il n’est pas douteux que le style byzantin fut une révolution dans les idées architectoniques jusque-là admises et consacrées. Mais ce système, dont le point de départ, la base générale, est la coupole demi-sphérique superposée à un carré formé par des arcatures, est-il une imitation des constructions madréporiques ; et l’ornementation est-elle une imitation des formes cristallines révélées par les grottes à stalactites ? Ce n’est là qu’un paradoxe. Il ne faut pas perdre de vue que dans l'architecture gréco-latine de la décadence, nous avons vu apparaître les dômes du temple de Yesta, du Panthéon d’Agrippa, des mausolées, et même le dôme à pendentifs des thermes de Dioclétien, qui ont certainement servi de type.
- Sans doute, chez les Grecs du bas empire, à Stamboul,.le point central où convergeaient toutes les civilisations du globe, tous les principes d’architecture ont pu se concentrer et se féconder mutuellement pour produire cette transformation si
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- remarquable qu’on appelle la création du style byzantin. Grecs,. Persans et Latins, chacun a apporté son élément, particulier, emprunté soit à la science acquise, soit à la poésie, soit aux inspirations de la nature. Mais que le style byzantin soit le produit d’une civilisation particulière et l’expression du génie d’un seul peuple, c’est ce qui nous paraît impossible à accepter, et ce qui n’est pas suffisamment justifié. « L’histoire de l’archi-« tecture, dit avec une grande autorité M. L. Reynaud, suit pas « à pas celle de l’humanité; on n’y voit pas de révolution si « profonde qu’il y ait rupture complète avec le passé, et ce « qui existe aujourd’hui était en germe hier. »
- Quoi qu’il en soit, cette architecture a une importance considérable, et en elle-même, et eu égard aux différents styles auxquels elle doit donner naissance. Aussi, bien qu’aucun spécimen de style byzantin n’ait été construit dans le parc, nbus nous croyons dans l’obligation d’en examiner sommairement les développements successifs, parce qu’il est le générateur des différents styles arabes, dont nous aurons beaucoup à nous occuper.
- La forme générale de l’édifice byzantin est une partie carrée supportée par quatre colonnes ou piliers réunis par des archivoltes en arcs de cercle, sur lesquels repose une coupolè. Sur chacun des côtés du carré, des demi-coupoles terminent les nets qui représentent une croix grecque, ou latine. Les parties accessoires de l’édifice complètent un carré dans lequel la croix est inscrite. L’une des nefs est terminée par le narthex ; la nef opposée, par le sanctuaire. Les frontons disparaissent des façades ; les toits sont remplacés par des terrasses là où ne s’élèvent pas de dômes.
- Au vic siècle, l’architecture byzantine est constituée et atteint son apogée. Les types les plus purs sont Sainte-Sophie et Saints - Serge-et-Bacchus, construits par Justinien, à Constanlinqple. , . : .
- Le .type primitif se modifie rapidement: du ivc au vmc
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- siècle, les chapitaux des colonnes, de cylindriques, deviennent cubiques. La forme sphérique de la coupole change aussi promptement, car la basilique de Saint-Vital, de Ravenne, qui est fort ancienne, présente déjà une coupole de forme octogonale.
- Les principales modifications du style byzantin proprement dit touchent aux coupoles, dont le nombre est plus ou moins multiplié ; aux ouvertures qui percent les tambours des dômes, et à la forme des arcs. Le génie particulier des différents peuples a plus ou moins favorisé ces modifications et ces développements. Dans le principe, on ne trouve qu’une seule coupole demi-sphérique , placée au centre de la croix, portée sur un tambour cylindrique percé de fenêtres. Puis, le nombre des coupoles augmente, les corniches horizontales de la façade disparaissent, et les lignes sont brisées ou ondulées suivant les saillies des dômes et des voûtes. Souvent, les nefs voûtées viennent accuser leurs formes derrière le porche. Enfin, les absides deviennent polygonales, et portent des fenêtres divisées en deux ou trois parties par des colonnettes. La conséquence de la substitution des faces planes aux surfaces cylindriques est le remplacement des colonnes par des piliers dans les nefs. Enfin, les coupoles elles-mêmes se modifient non seulement en admettant une forme polygonale, mais encore en ce que la partie supérieure des fenêtres placées dans les ‘ tambours pénètrent dans la partie sphérique du dôme.
- Quant aux arcatures, les transformations sont les suivantes:
- Pour obtenir des effets de lumière, le plein-cintre se surhausse et arrive graduellement à l’ogive ; ou bien il s’outrepasse et arrive au fer à cheval ou arc cissoïde. On trouve également l’arc persan, composé de lignes droites, l’arc dentelé, et enfin, mais seulement sous l’influence du goût arabe, l’arc en accolade.
- Quant à la forme extérieure des coupoles, elle change également. Les dômes s’allongent ou deviennent renflés ou bulbeux, comme les dômes de -Venise et de Padoue, et surtout
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- ceux (le l’Égypte, de la Perse, de l’Inde et de la Russie.
- Le style byzantin a des caractères assez tranchés à Venise, en Italie, en Sicile et en Russie. '
- A Saint-Marc de Venise,Y édiRce représente une croix grecque surmontée d’un dôme central. Sur chaque bras de la croix, se trouvent des coupoles plus petites et oblongues. A Saint-Cyriaque d’Ancône, construction du x° siècle, les arcs de la coupole se rapprochent de l’ogive. A la Chapelle royale de Païenne, construite en Sicile, en 1129, on trouve des arcades franchement ogivales, avec des plafonds divisés en caissons. C’est une église latine par le plan, byzantine par la décoration. Sur les bords du Rhin, il faut citer Sainte-Marie du Capitole, et aussi Saint-Martin de Cologne, qui présentent cette particularité d’un clocher très-élevé placé sur la croisée d’une croix latine. Sur les bords de la mer Noire, on trouve des églises byzantines ornées de coupoles étroites et élancées, avec des bas-côtés très-resserrés et où la lumière paraît aussi soigneusement évitée qu’elle est recherchée dans l’Orient. L’église de Kerson, construite en 988, est d’un style byzantin très-pur ; mais celle de Sainte-Sophie de Novogorod, construite par Jarowslaf, en diffère notablement. Carrée en plan, elle présente cinq dômes, l’un au-dessus du sanctuaire, et les autres au-dessus de quatre chapelles. Ils sont de forme bulbeuse, sur des tambours élevés et percés de fenêtres. On retrouve, dans cet édifice, le caractère byzantin des Persans et des Arabes.
- Le style byzantin en Franèe est représenté par l’église de Saint-Front de Périgueux, semblable à Saint-Marc de Venise, et la cathédrale d’Angoulême.
- Ce rapide exposé suffît pour indiquer la transition de l’architecture gréco-latine dégénérée, introduisant les arcatures sur les colonnes, les voûtes, et même les coupoles et les dômes, à l’architecture byzantine qui nous conduit, en Orient, à l’architecture arabe, à l’ouest et dans le nord à l’architec-turé romane et gothique. ’
- Suivons d’abord* la première'modification. ... -.7
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- La transformation de l’architecture byzantine qui a pris le nom d’architecture arabe a des caractères bien ' différents suivant les pays où elle s’est développée. Plus sévère de lignes,
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- mais plus ornée de couleurs dans l’Egypte et la Perse,' dans le Maroc et l’Espagne, elle. est couverte d’ornements et de sculptures, et ouvre l’accès le plus large à la fantaisie. Aussi distingue-t-on l’architecture ottomane proprement dite et l’ar-chilecturc mauresque, ou liispano-arabe.
- Indiquons sommairement, les caractères principaux de ces dérivations de l’école byzantine dans les différents pays où elles se développent. . ; .
- En Orient, au commencement de leur domination , les conquérants arabes consacrèrent à l’islamisme les monuments déjà construits, ou appelèrent des architectes étrangers. Ils ne possédèrent un style qu’après leurs conquêtes en Perse et en Égypte. C’est là qu’ils puisèrent des éléments de civilisation, à laquelle aida puissamment la traduction en arabe des ouvrages helléniques.
- Le système général d’architecture des Arabes est emprunté à l’école byzantine et aux constructions persannes des Arsa-cides et des Sassanides. On peut appuyer cette opinion de ce
- fait remarquable que le palais de Cosroës (vi° siècle), présen-
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- tait une coupole byzantine et- des arcades de forme ovoïde d’où l’on pouvait facilement déduire l’ogive.
- Les mosquées de l’Orient présentent, suivant leur antiquité, ou une voûte en cul de four de niche, ou une coupole à pendentifs. Les ornements les plus caractéristiques. consistent dans une association de figures, géométriques aux fleurs et fleurons, ornementation imitée des tapis de l’Inde et de la Perse. Elles sont, dans le principe, décorées de mosaïques de
- marbre, qui bientôt font place.aux briques émaillées poly-
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- chromes, d’origine incontestablement persane, puisqu’on’ en retrouve des spécimens • dans les ruines de Ninive. Enfin, c’est aussi à cette époque que l’on voit apparaître un nouvel élément décoratif, consistant em un ensemble d’alvéoles ou
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- niches superposées en encorbellement, couvrant soit les pendentifs-, soit les coupoles elles-mêmes, soit même l’entablement supérieur des édifices', et auxquels on a donné le nom d’ornements en stalactites. Ils sont employés à profusion à partir du xui! siècle. > ;
- Toutes les mosquées ne sont pas construites sur le plan des basiliques byzantines. On en trouve qui ont de grandes analogies avec les temples égyptiens. Tel est la mosquée d’Amrou,
- au viie siècle. Mais les édifices sacrés de la Syrie, de la Perse
- et,de l’Inde sont presque semblables aux basiliques grecques. Ils comprennent une grande coupole, accompagnée souvent de plusieurs1 autres de dimensions moindres, et rappelant la Sainte-Sopliie de Constantin ; mais elles en diffèrent par la décoration. Celte décoration particulière consiste en inscriptions en lettres d’or; — en entrelacs sculptés sur pierre; — en revêtements de faïences de couleur souvent agencées en mosaïques;—en aggrégationsde petites niches, en encorbellement ou stalactites. La corniche est épaisse et saillante, et surmontée d’une galerie crénelée formée de nierions à redans, réminiscence égyptienne de la fleur du lotus.
- La coupole, généralement grande, est surbaissée, ou bulbeuse , ou elliptique. Elle est élevée sur une base rectangulaire, et les angles sont rachetés par des pendentifs.
- Enfin, un accessoire très-caractéristique, ce sont les minarets, sortes de tours rondes ou polygonales, très-élancées, à plusieurs étages en retrait les uns sur lesautres, décorés de balcons posés sur des encorbellements, et terminés par une petite coupole. Les plus anciens, bâtis par des architectes grecs, ont de grandes ressemblances avec la tour Saint-Marc
- à Venise et la Giralda de Séville. On fait remonter la construc-
- tion du premier minaret à l’année 705, par Walid, au Djami de Damas, qui fut achevé par Souléiman,<
- • A côté des mosquées, se trouvent leSyturbès^Ce sont les chapelles sépulcrales des fondateurs, des-, mosquées qu’elles reproduisent ordinairement sur une moindre échelle.
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- Les palais et les maisons , sous l’influence de l’islamisme, prennent également un caractère particulier. A l’extérieur les murailles sont entièrement pleines : à l’intérieur, tous les appartements du rez-de-chaussée ouvrent sur une cour ou patio. Aux étages, les appartements ouvrent quelquefois sur la rue ; mais les fenêtres sont alors masquées par des constructions toutes particulières, les moacharabiehs, ou moucha-rabys , sortes de vérendas entièrement fermées et suspendues
- en encorbellement.
- Les bains méritent aussi d’être classés parmi les édifices, à cause de leur importance. Ils se composent d’une suite de salles dont la plupart sont voûtées et éclairées par des verres en lentilles placés dans la maçonnerie, et chauffées par des tuyaux en terre cuite noyés dans l’épaisseur des murailles.
- Enfin les okels sont des cours à portiques dont le rez-de-chaussée est consacré aux boutiques et les étages aux logements. Les karavanserais ou khans sont des hôtelleries différant peu des okels.
- Les Ottomans seldjoucides ont une architecture basée sur les mêmes principes, présentant les mêmes dispositions , mais caractérisée par un style plus sévère et plus uniforme. Leurs premiers monuments se trouvent à lspahan, à Michabour, à Herat, à Mossoul, à Bagdad. Ils ont évidemment été construits par des architectes arabes, persans ou grecs.
- Un des monuments les plus importants est Y Oulou-Djami, ou mosquée de Souleïman, à laquelle ont travaillé Souleïman, Ourkan, Alaeddin, et qui a été terminée par Mohammed Ier au xive siècle. C’est un vaste carré recouvert de vingt-cinq coupoles, et dont les minarets sont séparés de l’édifice. On retrouve le plan des basiliques grecques, mais les arcades sont en ogive. C’est l’art byzantin modifié par le style arabe. Un autre type bien caractérisé est la mosquée verte de . Broysa (Brousse), dans l’ornementation de laquelle le goût persan prédomine. A côté, se trouve le Turbé de Mohammed I01', édifice octogonal, situé au milieu .d’un, jardin, couvert intérieurement et exté-
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- rieurement de faïences vertes, et présentent des inscriptions d’argent sur fond d’azur.
- Le caractère particulier de cette architecture est l’emploi de l’ogive et l’ornementation en faïences et inscriptions.; le plan est byzantin.
- Les Persans avaient des édifices à peu près semblables antérieurement à l’invasion des Arabes et contemporains des créations byzantines. Ces monuments, d’origine grecque ou persane, offrent déjà l’ornementation en stalactites, et les Arabes ont peut-être puisé à cette source. Il est à remarquer que le tombeau d’Esther et Mardochée, monument du.viii0 siècle, renferme un dôme à pendentifs. L’architecture ottomane en Perse se compose de l’élément byzantin et d’un système de décoration qui a été très-vraisemblablement emprunté plutôt qu’importé par les Arabes. Les peintures et les placages de faïences de couleur sont très-multipliés ; les grandes inscriptions et les arcs outre-passés ou cissoïdes s’v font remarquer. On trouve même l’arc en accolade qui a reçu quelquefois le nom d’arc persan, également donné à l’arcature formée de lignes brisées , et que nous devons retrouver dans le gothique de la décadence, le style ogival flamboyant. C’est également en Perse que l’on trouve les premiers vitraux de couleur.
- Dans l’Indoustan, les constructions.sont semblables à celles des Ottomans et des Persans , mais avec l’adjonction de. quelques décorations indoues.
- L’architecture arabe en Espagne peut être divisée en trois époques bien caractérisées.
- Dans la première période, le style byzantin apparaît surtout dans les ornements des portes, fenêtres et corniches. Le fer à cheval on cintre outre-passé est employé avec, prédilection, ainsi que les arcs découpés à trois ou cinq lobes, tandis qu’en Égypte et dans l’Orient l’ogive prédomine. Les coussinets ou
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- tailloirs sur lesquels reposent les arcatures sont toujours en porte-à-faux sur les colonnes.
- Aux xie et xne siècles, se produit une modification coïncidant avec l’arrivée des Maures d’Afrique, sous la domination des Almoravides. Elle est très-probablement due à des architectes de l’Andalousie qui pénétrèrent au Maroc et à Tunis. Cette modification consiste dans l’introduction des mosaïques en briques émaillées et des inscriptions kufiques. On trouve aussi à cette époque des ogives, mais elles sont outre-passées. Les archivoltes sont découpées en dessins divers qui .viennent
- denteler l’intrados. Les coussinets ou retombées des arcades
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- sont toujours en porte-à-faux sur les colonnettes ou piliers, et déjà l’on constate l’introduction des niches et alvéoles en encorbellement ou ornementation en stalactites. C’est une architecture de transition dont la Giralda de Séville est le plus beau monument.
- A partir du xiu° siècle, l’architecture mauresque ou hispano-arabe est constituée dans son originalité. Elle a pour type le plus complet l’Alhembra, se distingue par des proportions élancées et délicates, et est surchargée d’ornements et de couleurs. Les colonnes sont sveltes, souvent annelées, quelquefois réunies par groupe, mais non engagées. Les chapiteaux- sont très-variés ou simplement à stalactites, ce qui comporte toujours une ornementation compliquée. L’épais tailloir carré qui les recouvre, formant la retombée de l’arcature, est quelquefois remplacé par un vase cubique dont le bord inférieur est arrondi. On trouve également, pour base des colonnes, des chapiteaux cylindriques ou cubiques, lisses et renversés. Les arcatures des portes, fenêtres ou portiques sont cintrées ou ogivales. Les cintres sont presque toujours surélevés, et les ogives outre-passées. Les archivoltes sont.couvertes de broderies en stuc qui découpent l’intrados. Enfin, très-souvent, elles reposent sur des consoles et non sur le chapiteau. C’est une modification des retombées posées en porte-à-faux. ,
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- Lorsqu’il y a deux étages de colonnes, la colonne supérieure est souvent placée en encorbellement et repose sur une console posée sur le tailloir de la première. Les plafonds sont en charpente moulurée, peinte et dorée. Enfin, un caractère qui différencie complètement les coupoles byzantines des coupoles hispano-arabes, c’est que ces dernières, hémisphériques, quelquefois en pommes de pin, sont posées sur des charpentes faisant plate-forme dans les angles. L'ornementation en stalactites part de ces plates-formes et garnit toute la coupole. Les tympans sont décorés de losanges ou réseaux remplis d’arabesques et sont renfermés dans un encadrement rectangulaire orné d’inscriptions.
- Le plus beau type est l’Alhanibra de Grenade.
- En Afrique, à Tunis et au Maroc, l’architecture est tout à fait analogue à celle de l’Espagne.
- Nous trouvons dans le parc une construction représentant, avec une exactitude très-étudiée, l’architecture des Ottomans seldjoucides : c’est la mosquée.
- La mosquée de Brousse, ou plutôt le Turbé cle Mohammed Ier, a donné l’inspiration générale du bâtiment du Champ de Mars et'fourni tous les détails de la décoration. En outre, ce monument représente, comme dimensions, une mosquée de village, et peut être prise comme type.
- L’édifice se compose d’une partie carrée, qui est la mosquée proprement dite, renfermant le mirab ou sanctuaire, et lemm-bar, et que couronne le dôme ; et d’une partie antérieure, ou avant-corps, moins profond, mais plus large que la mosquée qu’il déborde de chaque côté. C’est sur cet avant-corps qu’est placé le minaret, et c’est lui qiii renferme toutes les parties accessoires : salle des ablutions, salle des horloges, vestibule pour le dépôt des chaussures.
- M. de Parvillé, l’auteur de la mosquée du Champ-de-Mars, s’étant passionné pour le style arabe après la lecture du remarquable ouvrage de M. Viollet-Le-Duc, Entretien sur
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- Varchitecture, a suivi des règles fixes, géométriques, et de tous points définies, qu’il considère comme le caractère propre d’une architecture particulière, et qu’il tend à ériger en doctrine.
- D’après lui, la base de toute la décoration doit dépendre d’un système géométrique. Les projections horizontales doh vent être un agencement fixe, régulier et déterminé de figures polygonales. En élévation seulement, les plans se découpent, s’étagent, et les faces sont refouillées soit en angles dièdres, soit en niches cylindriques avec couronnement déformé sphérique ou ogivale. L’ornementation des panneaux, des encadrements ou des grandes surfaces planes ou courbes est toujours composée de trois rinceaux différents. L’or est employé pour les encadrements ou la désignation des points cardinaux ; le bleu pour les tympans et les parties pleines ; le blanc pour les encadrements des portes et fenêtres. L’or est cerné en rouge ; le bleu est troué d’or ; le blanc, cerné et troué de noir. Les rinceaux se suivent parallèlement ou se [retournent symétriquement.
- En sculpture,, il n’y a qu’un seul rinceau ou deux par attache. En céramique, il y a deux rinceaux parallèles et trois par attache. En peinture, deux rinceaux parallèles et trois par attache et quelquefois trois rinceaux parallèles.
- Ce premier point peut être généralement admis. C’est un caractère qui préside à toutes les combinaisons ornementales de l’architecture arabe.
- Mais M. de Parvillé va plus loin. Suivant lui, toutes les dimensions d’un édifice, la disposition, la hauteur, la grandeur des' ouvertures, seraient le résultat fatal d’une construction géométrique. La base, le point de départ de toute construction, serait le triangle égyptien, c’est-à-dire un triangle dont la base et la hauteur seraient dans le rapport de 8 à 5. La base représentant la largeur de l’édifice,, si on divise cette base en huit parties égales et la. hauteur en cinq, en menant des lignes par des' points choisis d’une manière définie sur la
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- base et sue la hauteur, l’intersection de ces lignes avec les verticales extrêmes donne les appuis du premier et du deuxième rang de fenêtres, la naissance de la corniche,. sa saillie, la naissance du dôme. L’épaisseur de murs, proportionnée à l’importance de l’édifice, détermine la hauteur des fenêtres qui, par suite, sont toujours très-peu élevées. La flèche du dôme est donnée par la construction d’un triangle équilatéral dont la base serait égale au diamètre de la coupole. La hauteur du minaret, de la hase au halcon du couronnement, serait égale à la plus grande dimension de l’édifice, soit longueur, soit largeur.
- Mais comme, suivant les recherches patientes et les études consciencieuses de M. de Parvillé, ces règles étroites et précises n’ont été appliquées que pendant une période de soixante-quinze années, nous admettrons volontiers qu’il y eut un architecte qui tenta de fonder ce système, et non un style d’architecture défini et consacré. L’architecture- participe trop de l’art pour admettre des formules absolues. D’ailleurs, il faut toujours reconnaître deux genres de style, celui de l’époque et celui de l’artiste. Le premier réside dans les formes élémentaires; le second, dans les dispositions et l’harmonie des proportions.
- Quoi qu’il en soit de la généralité qu’on peut accorder à ces principes, ils sont déduits de l’étude de la mosquée verte de Brousse (le Yechil-Djami), et du Turbé de Mohammed Ier, et ont été appliqués à la petite mosquée du Champ de Mars dont les dispositions sont les suivantes. L’avant-corps de la mosquée forme la façade dans laquelle se découpe le porche, et est accompagnée, à chaque angle, de deux vérendas circulaires. Le porche est renfermé dans un encadrement rectangulaire. Deux colonnes engagées, en marbre vert, portées sur un piédestal et une base formée d’un chapiteau renversé, sont couronnées chacune par un chapiteau élancé, à deux étages distincts, surmonté d’un petit tailloir. Sur les tailloirs s’appuie un couronnement en mître, découpé par redans, et
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- présentant dans sa profondeur refouillée en demi-cône des niches en stalactites dont les facettes sont terminées à leur partie inférieure par des petites moulures en culs-de-lampe. Les deux angles de cette niche en mitre sont raccordés avec les faces prismatiques rectangulaires de la porte, par deux pendentifs décorés également de culs-de-lampe. L'a partie supérieure de la porte est terminée par un arc de cercle surbaissé, reposant sur jambages, sans interposition de chapiteaux ni tailloirs. L’archivolte est formée de voussoirs alternativement blancs et rouges.
- De chaque côté se trouvent deux rangs de fenêtres. Au rez-de-chaussée, ce sont des ouvertures carrées, de dimensions restreintes et dont l’encadrement est relevé en ogive. Les ' fe-
- nêtres de l’étage sont carrées, et sans style défini.
- La partie principale de la corniche de l’avant-corps se compose de modillons arrondis qui supportent une crête décorée d’ornements blancs sur fond vert.
- Le tympan de chaque face latérale est nu, percé de deux petites fenêtres carrées, superposées, placées près des veren-das, et dont une seule, celle du rez de chaussée, est décorée d’un encadrement sculpté à facettes. Le minaret, qui n’a pas la dimension prescrite par les règles établies par M. de Parvillé, est placé sur l’angle'ouest de l’avant-corps.
- Sur les faces latérales de la mosquée proprement dite, nous trouvons, en bas, trois fenêtres carrées, semblables, comme disposition, à celles de la façade, et renfermées dans un encadrement qui les réunit toutes. Au-dessus se trouvent des fenêtres ogivales, renfermées chacune dans un encadrement rectangulaire, et garnies de verres lenticulaires.
- - La façade postériêure présente, en bas, deux fenêtres carrées de chaqüe côté du mihrab. Les fenêtres ogivales qui sont au-dessus sont fermées par des verres de couleur.
- Les tourelles en vérandas placées à l’angle de la façade représentent Luné,-l'a salle des ablutions , l’autre, la salle des horloges. Elles se composent d’un socle général à hauteur d’ap-
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- pui supportant des colonettes qui divisent chaque tambour en cinq baies. Dans le socle général, les bases de.ces colonnettes, de forme cylindrique, se détachent en saillie. La base et le fût des colonnettes sont en marbre. Les chapiteaux, très-allongés, supportent deux tailloirs sur lesquels repose un entablement composé de trois parties distinctes et superposées. Les toits de ces tourelles forment auvent et ont une saillie prononcée. Le grillage, imitant le bronze, qui ferme les baies, se compose de rinqeaux développés d’une manière parfaitement symétrique et régulière sur un canevas géométrique.
- A l’intérieur, le milirab est une reproduction plus petite, mais plus ornée, de la porte d’entrée. Tout l’encadrement est fait en faïences de couleur. Nous retrouvons cette même décoration aux fenêtres du milieu des murs latéraux. Le dôme est raccordé avec les murs de la mosquée au moyen de quatre pendentifs triangulaires, détaillés par une combinaison de losanges. La coupole porte une décoration, peinte en or sur fond bleu, dans laquelle toutes les arabesques sont. combinées de manière à se grouper par grandes masses symétriquement reproduites. La tribune qui s’élève au-dessus du vestibule représente soit la loge du sultan, soit la loge réservée aux femmes.
- L'architecture mauresque et hispano-arabe est celle qui a fourni le plus grand nombre de monuments au parc de l'Exposition. L’empire ottoman, par les soins de M. de Parvillé, nous donne comme spécimen le pavillon du. Bosphore. L’Egypte a. construit un Selamlik; Tunis, une reproduction du Bardo; la Prusse, un pavillon de plaisance par les soins et l’initiative de M. de Diebistch. Nous commencerons par le pavillon du Bosphore, pour ne pas quitter l’empire ottoman, dont nous venons d’étudier la mosquée.
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- Si la mosquée représente l'ornementation sobre et sévère qui caractérise les premiers monuments.des Ottomans seldjou-
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- cides, le pavillon du Bosphore s’écarte de ce premier type et fournit une transition naturelle et facile pour passer de ce genre à l’architecture très-ornemeirtée des Maures et des Hispano-Arabes. A l’extérieur, cette construction conserve encore le caractère de sévérité, de sobriété que nous venons de signaler ; mais l’intérieur révèle tout le luxe de couleurs et les jeux de lumière affectionnés des Persans. Nous y trouvons aussi ce genre d’ouvertures mauresques où la lumière, après avoir traversé des vitraux de couleur, arrive adoucie et fondue par les pénombres que produisent les rinceaux découpés dans le panneau de plâtre ou de pierre derrière lequel ces vitraux sont placés.
- L’examen attentif de cette construction achève de caractériser d’une manière précise les études auxquelles s’est livré M. de Parvillé et les pays qu’il a parcourus. Il devient manifeste que ses investigations se sont principalement portées dans la Turquie d’Asie, se prolongeant en Perse, vers l’orient; et que, soit que son goût naturel ne l’y ait pas entraîné, soit que les circonstances favorables lui aient fait défaut, il ne s’est pas pénétré au même degré du sentiment de l’architecture dont on trouve les plus brillants spécimens à Tunis, au Maroc, à Grenade.
- Le pavillon du Bosphore se compose de deux parties. Un avant-corps, contenant le vestibule et quelques pièces de dégagement, précède une partie carrée qui constitue le pavillon ou lieu de repos. Cet avant-corps est plus large, mais moins profond que la partie principale.
- On accède à la porte d’entrée par une galerie couverte, abritant un perron formé par un double escalier, et muni d’une balustrade découpée à jour qui sert de socle aux colon-nettes en bois qui supportent la toiture.Ces colonnettes découpent les ouvertures suivantes : au centre, une ouverture en arc de cercle surbaissé, et de chaque côté, deux arcs en ogive relevée en pointe ; à la suite, un arc de cercle surbaissé au-dessus de chacun des rampants de l’escalier. Les ouver-
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- tures latérales, donnant accès à l’escalier, sont également en arc de cercle surbaissé reposant, d’une part sur la colonnette, de l’autre sur une console. Les colonnettes sont de simples poteaux en bois, de section octogonale, à base carrée, et portés sur un piédestal semblable. La forme carrée de la base et la forme octogonale du fût sont raccordées par les échancrures des angles de la base. Les cbapileaux sont octogonaux. Ils sont surmontés d’un premier tailloir, passant par l’abattage des angles de la forme supérieure qui est carrée, à la section inférieure qui est octogonale, comme celle du chapiteau et du fût. Il est surmonté d’un second tailloir entièrement carré. L’entablement est nu, mais saillant sur les archivoltes formées fie voussoirs alternativement rouges et blancs. La corniche porte une décoration consistant en une rangée de petites niches en plein cintre. Au-dessus, est une crête ou petite balustrade qui borde le toit. La corniche et la crête se prolongent tout autour de la construction.
- De la galerie, on pénètre dans l’avant-corps par une porte carrée, surmontée d’une imposte pleine, de forme ogivale, à décoration polychrome, consistant en arabesques blanches et rouges sur fond bleu. Le socle du bâtiment est en pierres de taille. Au dessus du socle, la muraille est formée d’assises de pierres séparées par deux rangée? de briques. De chaque côté de la porte sont, à la partie inférieure, cinq fenêtres rectangulaires, sans style défini, au-dessus desquelles sont cinq ouvertures ogivales dont les panneaux pleins sont simplement percés de trous ronds garnis de verres lenticulaires, réminiscence de l’architecture primitive des Ottomans seldjoucides, et premier acheminement vers les panneaux découpés du style mauresque. Au-dessus de l’appareil alternatif de pierres et briques, les tympans sont décorés de losanges portant de petites rosaces à chaque angle.
- Les faces latérales ont une disposition et une décoration analogues. Elles ne sont percées que de trois ouvertures ; mais celles du bas, dont les vitres sont blanches, sont proté-
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- gées contre une lumière trop vive par de petits auvents en bois découpé.
- Quant au pavillon carré, la décoration extérieure est semblable à celle de l’avant-corps ; mais la distribution des ouvertures est toute différente. Ce qu’il faut remarquer, c’est une saillie très-prononcée du toit, dont la partie inférieure a reçu une décoration polychrome.
- Ces auvents au-dessus des fenêtres, ces toits en saillie au-dessus de tympans largement percés d’ouvertures ne sont-ils pas les préludes des terrasses couvertes et des moucliarabys que nous allons bientôt trouver suspendus aux constructions mauresques, d’abord destinées à abriter du soleil, puis se compliquant de manière à dérober les femmes à la vue du public ?
- Tout cet appareil extérieur ne s’écarte que très-peu du système décoratif que nous avons déjà décrit. Mais, quand on pénètre dans l’intérieur du pavillon, les yeux sont surpris et charmés par un luxe de décoration d’une splendeur et d’une richesse tout exceptionnelles et spécialement empruntées à la peinture. C’est, à vraiment parler, de la décoration plutôt que de l’architecture; c’est le goût persan développé avec tout son éclat.
- La lumière pénètre dans la salle de repos de ce pavillon par deux rangées d’ouvertures ou fenêtres, les unes placées à la partie inférieure, au-dessus du lambris, les autres à la partie supérieure. Sur les petits côtés, on remarque, au centre ' du panneau, une fenêtre géminée, et, de chaque côté, une fenêtre simple, toutes trois rectangulaires- Au-dessus, les ouvertures sont semblablement distribuées, mais la forme n’est plus la même. Les fenêtres latérales sont ogivales; les fenêtres géminées ont, à la partie supérieure, une sorte d’ogive relevée en pointe, comme les ogives du gothique flamboyant, soutenue sur deux arcs à double courbure, dessinés comme le profil .d’une console. C’est une modification un peu recherchée de l’arc en accolade.
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- Sur le grand côté qui fait face à la porte d’entrée, la distribution est identiquement la même ; seulement, les panneaux qui séparent les ouvertures géminées des fenêtres latérales sont plus larges.
- Le plafond rappelle la division grecque et le style persan.
- Il est divisé en caissons inégaux. En outre, le caisson central est relevé de manière à présenter l’apparence d’une sorte de dôme quadrangulaire très-écrasé. Autour de ce caisson plus profond, se trouvent huit autres caissons, quatre carrés aux angles, et quatre autres de forme oblongue, sur les faces.
- Voici quelle est la décoration murale :
- Les panneaux sont déterminés par des colonnettes dorées, posant sur une console saillante au-dessus du lambris inle7 rieur, et supportant à la partie supérieure des consoles sur. lesquelles reposent les traverses ou poutres qui forment les caissons du plafond. Les ouvertures sont renfermées dans un double.encadrement. Le premier est formé de rinceaux blancs, verts et or, figurant des fleurs et des feuilles sur un fond bleu. Le, second est un rinceau de feuilles et fleurs, vert, rouge et o.r, sur fond d’or. Ces encadrements sont séparés par des filets rouges. Sur les panneaux sont,figurés de grands vases de fleurs sur fond d’or. A la partie supérieure, les panneaux sont encadrés de . filets rougefs, et, sur un fond,blanc, ressort une décoration or, vert, ,et rouge entourée d’une bordure bleue., , ... ^
- Au plafond, les caissons allongés sont ornés de rinceaux de fleurs sur fond d’or, terminés à chaque extrémité par des arabesques blanches sur fond;bleu, dans un encadrement' formé , d’enroulements'verts sur fond blanc. Les caissons carrés des angles présentent des .rosaces offrant des rayons en forme de balustres rouges sur fond d’or. Au .caisson central se trouve une bande d’encadrement formée'de .deux rangées de rosaces vertes sur fond rouge. La partie courbe est ornée de médail- . Ions verts avec arabesques blanches, se détachant sur .un champ blanc avec arabesques d’or. Enfin, dàns,la partie.centrale se
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- trouvent quatre rosaces semblables à celles des caissons d’angle. - .
- Les fenêtres, supérieures sont à vitraux de, couleur, placés derrière un panneau en plâtre découpé d’arabesques saillantes d’une épaisseur qui ne dépasse pas S centimètres. La lumière arrive plus vive et plus intense que .dans les jours des constructions mauresques, où les vitraux sont placés entre deux panneaux d’égale épaisseur, dont les arabesques saillantes développent de plus larges pénombres, et tamisent plus également la lumière.
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- En résumé, ce pavillon est .remarquable. Les .styles de la construction et de l’ornementation .sont très,-tranchés et très-nettement accusés. C’est le résultat d’une.étude sérieuse, faite avec amour et discernement, et consciencieusement rendue. Il est parfaitement digne de sa destinée ;Sa Haut esse le sultan en a fait ; hommage à S. M. l’Impératrice, qui, doit. le. Jfaire transporter à,Fontainebleau.
- Le monument d’architecture mauresque ponstruit par le vice-roi d’Égypte présente un caractère déjà différent de celui du pavillon du Bosphore, mais sans .^atteindre ,au style, hispano-arabe.
- Les selamliks sont des pavillons d’été, .séparés.du logis, ordinaire, et destinés, à recevoir les .visiteurs. Celui qui a été construit au Champ-de-Mars comprend deux parties bien distinctes : une grande salle d’exposition qui.est tout à fait indépendante, du selamlik et. n’y^a été rattachée que par la décoration extérieure, et le pavillon du ;vice-roi.
- La salle d’exposition est, desservie ,par deux pprtes placées vis-à-vis l’une de. l’autre..Ces portes.sont en saillie sur le nu des murs et (forment .porche. Elles tcomportent une ogiye avec arcature à trois.lobes, décorée de niches et alvéoles en stalactites ogivales. La décoration de l’ogive du lobe supé-rieur .consiste ,en .une coquille. La morte est entourée d’un encadrement-.rectangulaire dont les pleins sont chargés d’ara-
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- besques. De chaque .côté de la porte, les jambages sont renforcés de deux colonnettes engagées dont le fût, est divisé par un anneau en deux parties bien distinctes. La partie inférieure est décorée de cannelures verticales, et la partie supérieure de cannelures torses. Elles reposent sur une base et sur.un dé. Les chapiteaux, couverts d’arabesques, portent un renflement figurant un premier tailloir. Le linteau de. la porte est couvert de niches en stalactites, les unes en plein, cintre, les autres.en ogives, les aqtres en mitre. Les portes sont en bronze.
- De, chaque côté, de la porte, dans un encadrement parallé-logrammique, se trouve une fenêtre dont l’arcature est portée sur colonnettes isolées, munies ,d’un socle et d’une base. Ces colonnettes sont en,marbre. Les chapiteaux, de forme grecque, ont deux rangées de feuilles et sont surmontés d’un .double tailloir ; celui du haut est décoré d’ornements en roue. Il jre-coit un arc en plein cintre surhaussé,dont l’intrados est décoré d’arcatures au nombre desix,1 ce qui place un angle au, sommet. L’encadrement de la fenêtre est rectangulaire et formé de pi-lastres soutenant une .architrave avec décoration,en niçhesegi-vales et circulaires.
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- Sur une corniche de profil grec se trouve une crénelure composée de merlons à quatre redans, et ornés de palmettes.
- L’appareil des porches est composé d’assises allernajtive-menl bleues et blanches, et celui des murs de l’édifice présente des assises alternativement rouges et blanches.
- La face latérale est divisée en quatre panneaux semblables, contenant chacun une fenêtre de même,dimension,, de même disposition et ayant mçme , ornementation que les .fenêtres placées de. chaque côté du.porche.
- Cette décoration montre bien, mêlé au style mauresque, l’ancien style égyptien d^s Ptolémées, ^caractérisé par ^les chapiteaux renflés, les doubles tailloirs,,!’ornementation.,ogi— vale et eii;mitre, quelques pr<)fils de çoraiçhe grecs tettles merlons à quatre redans, souvenir de la fleur ;,épanouie du lotus.
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- Le selamlik proprement dit accuse d’une manière bien frappante l’influence byzantine par sa disposition en plan, et l’influence arabe par sa décoration. C’est une croix grecque inscrite dans un carré. Au centre, un grand carré surmonté d’une coupole ; — sur chaque face du carré central, quatre parties formant les bras de la croix; — enfin, quatre petits corps de bâtiment moins élevés que les bras de la croix, placés dans les quatre angles, achèvent l’ensemble du grand carré. Cette disposition générale est complétée par un porche ou narthex, faisant avant-corps, et d’une élévation moindre que les bras de la croix.
- Le narthex contient une porte d’entrée et deux fenêtres latérales décorées de colonnettes en marbre, à diamètre variable, supportant un arc en plein cintre surhaussé. On franchit cinq marches pour arriver à la porte d’entrée, dont la baie principale est placée entre deux grandes colonnes en marbre rouge cannelées. Elles sont divisées en deux parties par un anneau . Les cannelures de la partie inférieure sont verticales; celles de la partie supérieure sont torses. Le profil des bases et des chapiteaux est grec, et ceux-ci portent une ornementation en réseaux. Un fort tailloir couvert de fleurons ciselés, placés sur trois rangs, reçoit la retombée d’un arc en plein cintre. Cette baie est renfermée dans un encadrement rectangulaire dont les pleins, sont couverts d’arabesques limitées intérieurement par un rinceau de torons entrelacés.
- En second plan, se trouve la porte placée entre deux colonnettes de marbre vert, reposant sur une base de même matière. Les chapiteaux ont une ornementation en stalactites et passent du cylindre au cube. L’arcature est une ogive outrepassée.
- Toutes les fenêtres extérieures des différents corps du bâtiment, sauf les moucharabys, sont semblables à celles qui sont placées dé chaque côté de la porte d’entrée. L’appareil des murs extérieurs consiste en assises alternativement bleues et blanches. Les tympans sont couverts d’arabesques, et sur
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- l’architrave qui domine la porte d’entrée est une inscription arabe : c’est la formule de la bienvenue :
- « O vons qui ouvrez la porte, ouvrez-nous la porte du bien. »
- La porte a deux ventaux, dont chacun est décoré d’une fausse arcature appuyée sur des consoles terminées en cul-de-lampe. Ces panneaux sont refouillés ; les champs sont en ivoire incrusté, les arabesques saillantes sont noires ou de couleur bois. En outre, ils sont ornés de rosaces et de boutons en bronze apportés d’Egypte et provenant d’anciens monuments.
- Cette décoration extérieure, déjà très-riche, est une préparation au luxe décoratif de l’intérieur. Nous trouvons d’abord un vestibule dont le plafond en bois est décoré de rinceaux saillants, avec quelques filets rouges et noirs. La tenture murale représente des écailles imbriquées polychromes.
- De là nous passons dans la salle de réception, qui figure une croix grecque, augmentée, à l’extrémité de chacun de ses bras, de moucharabys demi-circulaires saillants au dehors et garnis de sofas. Les plafonds des moucharabys sont en rosaces à rayons d’or, et couverts d’arabesques blanches sur fond d’or. L’entrée en est dessinée par deux colonnettes engagées, avec chapiteaux à ornements en stalactites, couronnés par un épais tailloir qui supporte deux consoles accolées, et un fort corbeau décoré de niches en stalactites, sur lequel repose une poutre. La décoration générale de cet encadrement est or et blanc; le fond des niches et alvéoles en stalactites est bleu clair. Les ouvertures vitrées des moucharabys sont en plein cintre outrepassé; elles sont groupées deux par deux, entre des colonnette s dorées. Il y a sept ouvertures géminées entre colonnettes, soit en tout quatorze petites fenêtres en bois doré ; au-dessus de chaque ouverture géminée se trouve une rosace en verre de couleur. Au-dessus des fenêtres règne un tympan formé de panneaux en plâtres découpés en arabesques et fermés par des vitraux blancs.
- Les trois parties rectangulaires disposées autour du carré
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- central ont des plafonds à caissons formés par des poutres sculptées. L’encadrement des murs est également en bois sculpté, ainsi que les1 différentes portes, dont les panneaux sont décorés de fausses arcalures en plein cintre outre-passé.
- Aux quatre angles du carré central, au milieu duquel se trouve une fontaine, sont des pilastres ornés de colonnes engagées, terminées par un chapiteau avec niches en stalactites, supportant un tailloir qui forme le socle commun de deux colonuettes accouplées, mais libres. Sur ces deux colon-nettes s’appuie une console qui reçoit un fort tailloir, sur lequel repose un corbeau ou grande console en forme de demi-plein cintre surhaussé, servant de sous-poutre aux poutres du plafond et orné de rinceaux de couleur bois sur fond d’or. Ces poutres sont taillées en prismes octogonaux, couverts de sculptures qui se détachent en noir sur un fond d’argent.
- Sur chaque côté du carré, au-dessus d’une corniche, se profile un arc de cercle surbaissé, encadrant des ouvertures au nombre de cinq, formées de pleins cintres sur colonnettes, découpant une verrière polychrome. Aux quatre angles sont des pendentifs couverts d’arabesques or et argent sur fond bleu, terminés à leur partie supérieure par des arêtes droites qui transforment le carré en octogone. C’est là que commence la coupole. Elle a pour base une partie concave représentant une portion £e tore octogonal, qui est partagé en fausses ogives dont les retombées ont pour point d’appui des consoles terminées en cul-de-lampe, placées au milieu des côtés de l’octogone. La décoration est composée de niches en stalactites or et argent sur fond rose ; les pointes des fausses ogives sont remplies par des coquilles. Cette partie concave supporte un petit tympan or et argent sur fond rouge, qui sert de base, à la coupole proprement dite, également octogonale. La partie pleine du tambour est recouverte d’une ornementation polychrome composée d’arcatures sur colonnettes, avec arabesques d’or sur fond rose. Les huit ouvertures, fermées par des ver-
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- EJÆVKS DANS LE DAIiO,
- l'ièfes polychromes, sont en*plein cintre'. Enfin le dôme est a fond bleu avec étoileè d’or.
- Si nous'abordons maintenant le pavillon du bey de Tunis* nous aurons à examiner fa reproduction'la plus’complète et la plus pure du style hispanô-arabè.
- Ce monument représènte assez exactement le‘ Bardo,-pavillon d’été élevé près de Tunis; seulement, les dimensions'du patio ayant été diminuées, on a dû réduire notablement les salles distribuées sur les quatre côtés. Cèllës qui sont situées aux angles ont sêiiles conservé leurs dimensions.
- Lé palais est construit sur un socle très-élevé, et onsy accède par un grand escalier d’honneur dont lès rampants sont ornés de six lions, trois de chaque' côté, qiii laissent un pieu à désirer comme perfection’de forme, et rappellent d’une façon trop précise' peut-être l'exécution’ des lions du bassin’ dé marbre de l’Alhambra. Cet' escalier n’a pas toute la; largeur du portique et dépassé cependant rentrè^colonnement du rni-lieu. Il y a là une disposition qui choque et qui tient saris doute à'ce qu’on a conservé là largeur de l’escalier du Bardo, tout en réduisant le portique dans le même rapport que le patio.
- Ce portique se compose de cinq ouvertures formées'par dë’s colorines surmontées d’arcatures cissoïdés, ou en plein cintre outre-passé. Celle du milieu ëst plus’ large et plus1 êléVéè'. À’ l’intrados, ces arcatures sorit ornées' dé festons en dents* de scié! Sur les arcades disposées'dé chaque côté de là baie cèri-trale lès tympans ont reçu une décoration à jour.- Dans les arïglès de l’arcade centrale là décoration est égalerriént à jour ; mais les rinceaux qui la composent sont d’un dessin différènt. Les àrchitràVes qui couronnent chacune'5d'e§lbaiéé;sorit ornées d’inscriiptioris: en or siii* fond’ bleu ; là corniche du portique est décéréè de’refouilleinents'en stalactites. Quant aiuédeûx retours,' ils préséhtëh't'cbacuri une àrcaturë' et ùné^èboràtïori sembïàbïës* à! céllesdeh petites baies de là1 façade.
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- Sur le mur qui fait le fond du portique, se trouve une seule ouverture, eorrespondant à la baie centrale. Le profil de l’ar-eature qui couronne cette porte est très-tourmenté : il est composé, de chaque côté, d’un petit corbeau à courbe concave, supportant une console à courbure également concave à la partie inférieure, mais se relevant en crosse à courbure convexe à son extrémité, et servant de point d’appui à une arca-ture en accolade. Nous retrouvons ici le couronnement des fenêtres centrales du pavillon du Bosphore et la reproduction un peu maniérée de l’arc persan.
- Le palier du portique est entouré d’une balustrade en bois découpée en rosaces; le mur.du fond porte, sur un soubassement en marbre rouge, deux grands panneaux en faïences polychromes. L’ornementation supérieure consiste en’ panneaux en plâtre, découpés à jour et garnis de verres de couleur intercalés entre les rinceaux de plâtre, comme dans les tympans qui entourent les arcatures de la colonnade.
- De chaque côté, s’élève un grand pavillon carré. Cette disposition est reproduite sur la face postérieure. Seulement, les pavillons de la façade sont surmontés de dômes, tandis que les autres supportent seulement des .terrasses.
- Dans le soubassement de ces pavillons, dont la hauteur correspond à la hauteur de l’escalier, se trouvent deux ouvertures rectangulaires surmontées d’une arcade en plein cintre outre-passé. Ces baies sont grillées ; ce sont les corps de garde et les loges des animaux féroces; à la partie.postérieure, le soubassement renferme les écuries. Au point de vue monumental, nous exprimerons le regret que les pièces du soubassement aient été étrangement distraites de leur destination réelle.
- Au niveau du palier du palais, on trouve, au milieu de la façade de chaque pavillon, un moucharaby en bois découpé, renfermé entre deux écoinçons pleins. Au-dessus, le mur de; face.est divisé en trois.compartiments.dont les largeurs correspondent exactement aux deux écoinçons et au moucharaby,
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- et qui sont décorés de panneaux en plâtre découpés et garnis de verres de couleur. Au-dessus de ces panneaux règne une frise, placée au niveau de la corniche du péristyle, qui porte une inscription or sur fond bleu.
- La partie du pavillon qui s’élève au-dessus de la construction générale et présente l’aspect d’un étage est percée de quatre ouvertures égales terminées par des arcades en plein cintre outre-passé et dont les intrados sont, comme au péristyle, décorés de festons en dents de scie. La corniche qui règne au-dessus est ornée de moulures denticulées en scie et porte une crête crénelée formée par des merlons a quatre redans. Enfin, les pavillons de la façade sont terminés par des coupoles dont le toit est relevé en pointe et affecte une forme semi-bulbeuse.
- Du vestibule, auquel on accède par le portique, on voit, à droite, la salle de justice, précédée du prétoire. Le prétoire n’est séparé de la salle de justice que par une simple balustrade en bois découpé qui remplit la base des intervalles laissés entre deux colonnes isolées et deux pilastres d’angle, remplaçant le mur de refond qui se trouve sous le pavillon de gauche. Cette salle de justice est décorée de grands panneaux en marbre polychrome, et, au fond, d’un vaste moucharaby. Au-dessus se trouve une suite de petits panneaux carrés, ornés de rinceaux et arabesques qui sont, sur les côtés qui peuvent recevoir la lumière, découpés à jour et garnis de verres de couleur. Au-dessous de la corniche, se trouve une frise couverte d’inscriptions reproduisant les quatre-vingt-dix-neuf noms de
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- Dieu, et celui du bey, Sidi-Sadeck (le Gouverneur juste). La corniche supporte un tambour quadrangulaire percé de quatre ouvertures sur chaque face, terminées par des arcs en plein cintre outre-passé, décorées de vitraux de couleur, qui est couronné par une corniche recevant le plafond plat sur lequel repose la coupole, sans pendentifs, suivant le style mauresque. La coupole se compose d’un tambour cylindrique décoré de panneaux en plâtre découpés à jour,' avec verres de couleur,
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- surmonté d’une partie d’anneau concave qui sert de corniche et reçoit une calotte hémisphérique ornée d’arabesques eh or
- sur fond rouge.
- Vis-à-vis la salle de justice, se trouve, à gauche, une salle d’arrhes où est exposé le trophée des armes de tous lès be'ys de Tunis depuis les croisades. A côté est une cage d’escalier,. et derrière, le salon du Kasnadar.
- Le vestibule est séparé des salles situées à droite et à gauche par deux ouvertures en ogive outre-passée, supportées, au milieu, par une colonne isolée, et latéralement, par des consoles.
- Du vestibule, on accède au patio; c’est une cour carrée, entourée d’une galerie couverte dont, le toit est supporté sur chaque côté par quatre colonnes formant trois ouvertures, une grande au milieu et une plus petite de chaque côté, eh tbut, douze colonnes. Le sol de la galerie est couvert d’un'dallage polychrome ; le soubassement est en marbre rouge et les murs sont couverts de faïences de couleur. Les colonnes et leurs chapiteaux sont en marbre et ont été apportés de la régence de Tunis; les arcades auxquelles ces colonnes servent d’appui sont en plein cintre outre-passé et reposent, comme dans la colonnade du péristyle, sur un large et épais tailloir placé en porte-à-faux sur le chapiteau, et formant console de chaque
- côté sous les retombées des arcs, suivant le style arabe de f Alhahibra. La couverture de la galerie est une petite terrasse* garnie d’une balustrade crénelée, dominant un' petit toit en tuiles vertes vernissées, spécimen curieux des tuiles employées' à Tunis.
- Lemilieu du patio est décoré d’une fontaine.
- Sur les côtés de la galerie, dans l’àxè transversal de l’édifice, se trouvent; sans intermédiaire de nïurs, de colonnade ou de clôture quelconque, deux enfoncements formant1 salons d’été, garnis de sofas au pourtour, et dont lés murs sont entièrement couverts de. faïences polychromes.
- 1 Au centre de l’aile gauche, derrière le salon d’été' se trouve
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- la chambre à coucher du béy, décorée et meublée comme si elle était habitée ; sur l’aile droite, l’espace symétriquement placé est disposé en appartements pour les fonctionriairès ou pour les femmes. Au fond, dans le corps de bâtiment parallèle a la façade se trouve, au milieu, le grand salon du bey; à" droite, la salle des festins; à gauche, le salon d’honneur.
- Toutes lés salles sont tapissées de tentures en mosaïques dé drap jusqu’à la hauteur où régnent les panneaux en plâtre découpé qui tamisent le jour à travers les* verres dé couleur.
- Il nous faut mentionner d’une façon spéciale les fenêtres de la: salle des festins, composées de châssis en bois découpé qui tiennent à la fenêtre même et s’ouvrent avec elle. Il y a là un rapprochement à faire avec les moucharabys égyptiens des constructions modernes, qui ne sont plus, comme dans le stylé mauresque, de véritables vérandas suspendues en encorbellement aux flancs des murailles des édifices, et derrière lesquelles les femmes sont protégées contre les regards indiscrets de la foule par des verres de couleur, mais de simples clôtures des fenêtres, faites en bois découpé ou en treillages,-composés d’une foule de pièces tournées et assemblées à espacements très-petits, comme on en voit de si curieux échantillons à l’okel égyptien.
- Le grand salon du bey a reçu une décoration particulière et beaucoup plus riche. Au fond, se trouve'un grand mou-charaby carré, très-saillant sur le nu du mur, et pouvant être isolé du reste du salon au moyen dé rideaux : c’est le mou-charaby des femmes. La décoration des murs est semblable à celle dés autres salles, mais le plafond est composé de caissons accusant la disposition de la charpente qui supporte une coupole centrale. Il y a deux grands caissons à chaque’ extrémité ; deux caissons plus petits, placés perpendiculairement aux premiers, circonscrivent un carré dans lequel est inscrit la1 base circulaire de la coupole. Cette base est une partie d’anneau' concave servant de corniche, orné dé nichés en stalactites polychromes et surmonté’d’ün tambour pércé d’ouvertures
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- terminées par des arcs en plein cintre, et garnies de verres de couleur. Au-dessus d’une seconde corniche, profilée et décorée comme la première, se trouve la calotte hémisphérique ornée d’une clef pendante. La décoration de la première corniche est or sur fond rouge ; celle de la seconde, or sur fond bleu ; le ddme, or sur fond bleu.
- En général, les couleurs employées en décoration sont le bleu, le jaune, le vert et le rouge. Ces deux dernières sont les couleurs nationales.
- Nous nous sommes longuement arrêté à ces quatre constructions, la mosquée, le pavillon du Bosphore, le sélamlik égyptien, et le pavillon du bey de Tunis, parce que ce sont des types bien définis et bien caractérisés des divers systèmes d’architecture musulmane, savoir : celle des Ottomans seld-joucides, celle des Persans, celle des Maures, celle des Hispano-Arabes. Les autres constructions que nous avons à examiner n’en diffèrent que par quelques points, et s’y rattachent généralement d’une manière assez intime. Il nous reste cependant encore à décrire un type assez malheureusement représenté au Champ-de-Mars, mais qu’il est bon de distinguer : c’est, l’architecture ottomane chez les Indous.
- Ce style est incomplètement et imparfaitement représenté par la toiture qui recouvre les machines anglaises, construction empruntée à la mosquée d’Alimed-Abad.
- Cet abri de style ottoman indou de l’époque des Afghans-Lodis ( 1458 ) est supporté par des colonnettes d’une tout autre époque. Les coupoles sont un spécimen des anciens bâtiments spécialement employés aux Indes pour recouvrir les tombeaux. Ils étaient presque entièrement construits en pierre, et quelquefois blanchis à la chaux, mais sans aucune peinture. La forme extérieure en est très-exactement reproduite.
- L’ensemble du bâtiment a un caractère byzantin bien prononcé. Il est composé d’un carré,, couvert d’une coupole cen-
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- traie, mais sans pendentifs et surgissant d’un plafond plat, suivant le style mauresque. Un prisme de section carrée relie la partie sphérique de la coupole au plafond. Sur les quatre côtés du carré central sont des péristyles figurant la croix grecque, et surmontés chacun d’une coupole de dimensions moindres que celles de la coupole centrale, mais de forme identique. Un petit toit en auvent règne tout autour de l’édifice, et au-dessus, à l’aplomb des supports, se dresse une crête découpée à jour. Les photographies des Indes, exposées dans la galerie de l’Histoire du Travail, reproduisent des tombeaux d’un style et d’une disposition tout à fait semblables.
- Cette construction est la reproduction de la mosquée de Synd-Oosman, à Ahmédabad. Mais, par une promiscuité d’un goût plus que douteux, cet abri de style ottoman indou a été placé sur des colonnes en céramique de style pompadour, où se jouent des amours Boucher.
- Revenons à des constructions plus sérieusement étudiées dans leur ensemble.
- La régence de Tunis a établi, dans la grande galerie des Machines et dans le palais, des constructions dans lesquelles l’architecte s’est laissé quelquefois entraîner par une imagination créatrice qui l’a emporté loin du style qu’il prétendait suivre.
- Ainsi, dans le kiosque de la galerie des Machines, les arcades du soubassement sont des arcs en accolade. Ce genre d’arca-ture est bien quelquefois employé dans le style mauresque, ' mais c’est toujours par exception, et il est plus rare et d’un goût moins pur que le plein cintre ou l’ogive surhaussés ou outre-passés. A la partie supérieure, les angles du kiosque sont formés par quatre colonnes groupées, mais libres ; sur chaque face, deux colonnes isolées forment, avec les groupes des angles, trois ouvertures ; les arcatures sont en ogives outrepassées dont les intrados sont décorés de festons en dents de scie. L’entablement qui surmonte les arcades est orné d’in-
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- scriptions blanches sur* fond vert : telle est aussi la décoration des dés qui surmontent les colonnes groupées des angles. La corniche est décorée d’alvéoles en stalactites.
- Ceci est bien de style hispano-arabe, quoique les colonnes groupées, ne se trouvent guère usitées que dans l'intérieur dés salles. Mais, ce qui nous paraît moins admissible, c’est une toiture qui déborde la corniche, et soit soutenue par des consoles. Les consoles ne sont employées que dans les intérieurs, et pour supporter des colonnettes, des retombées d’arcs, ou des linteaux et architraves.
- Au-dessus de la corniche, s’élève une crête crénelée, formée de nierions inégaux, ayant alternativement trois et cinq redans, ce qui se rencontre rarement.
- La façade dans le palais fait encore une part plus large à la fantaisie.
- Les dispositions et la décoration de la façade de l’empire du Maroc sont semblables à celles de la régence de Tunis.
- M. de Diebistcli, de Prusse, a aussi, dans le quartier allemand du parc, élevé un pavillon mauresque très-élégamment décoré et très-habilement construit. S’il s’écarte un peu, dans certains détails, des modèles hispano-arabes, il faut se rappeler que M. de Diebistch n’a pas prétendu présenter un monument d’une architecture rigoureusement définie, mais bien terité d’introduire dans les moeurs, les habitudes et le goût de ses contemporains, pour les luxueuses habitations de plaisance, le style orné de l’architecture orientale.
- Le plan de l’édifice est byzantin. C’est un carré central, surmonté d’un dôme, avec quatre ailes formant la croix grecque. Mais ces ailes sont peu saillantes ; elles n’ont pas plus d’importance que les macharabys des constructions mauresques.
- A l’intérieur, le plafond du carré central est soutenu, aux angles des parties en saillie, par des groupes de quatre côlon-nettes réunies sur un même socle, découpant trois ouverturès, et supportant des arcs en plein cintre surhaussé dont l’intrà-
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- dos est festonné en dents de scie. Dans le système de construc-t.ion de M!,de Diebistch, les colonnes groupées ne servent qu’à l'ornementation. Le véritable support est une tige de fer, ou cinquième, colonnqüe, placée au milieu des autres, mais sans ornements, et produisant le fâcheux effet de masquer le jour qui doit passer entre elles et de dissimuler .leur isolement.
- Au dessus des arcatures, règne une frise décorée de colon-nettes géminées, mais non accouplées, supportant un tailloir commun sur lequel repose une fausse arcature à trois lobes. Le plafond, horizontal, suivant le style mauresque, est divisé en caissons ; sur chacun des quatre côtés, entre les caissons d’angle, l’espace est divisé en trois parties.
- Le tambour de la coupole est octogonal. Il se trouve raccordé avec la forme carrée du plafond au moyen de quatre petits caissons triangulaires. Chaque panneau du tambour est percé de trois ouvertures en plein cintre garnies de verres de couleur. La coupole est hémisphérique. Elle est raccordée au tambour par une fraction d’anneau concave et huit petits pendentifs triangulaires. Le tambour cylindrique qui surmonte l’anneau concave est décoré de colonnettes simples, très-nombreuses, sur lesquelles .viennent s’appuyer et s’étager . une suite de petites niches en stalactites dont l’ornementation est or et bleu.
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- Aux façades principales, les ouvertures correspondent à lu colonnade intérieure et présentent une baie principale avec arcature en plein cintre surhaussé, et deux baies latérales dont les arcs reposent sur des colonnettes.
- Toute cette construction est établie en fer, bois et plâtre. L’ossature, colonne,s, bassements,, corniches, membrures ver-tiçales et, horizontal es, est en fer; les panneaux et les archivoltes, ainsi.que le plafond sont. en bois et plâtre; la voûte du dôme est en zinc.
- L’emploi, du fer dans la construction des monuments a déjà été tenté et n’a pas donné de résultats satisfaisants, si ce n’est pour, les planchers et les dômes, c’est-à-dire pour la substitu-
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- tion des charpentes en fer aux charpentes en bois. Il est bien entendu que nous ne comprenons pas sous cette désignation de monuments ce qu’on désigne sous le nom général de halles. M. de Diebistch fait en ce genre une nouvelle tentative, qu’on doit encourager, mais sans en dissimuler les écueils. — Il a déjà construit plusieurs maisons de ce style à Berlin. Il en édifie d’autres pour le vice-roi d’Égypte. Il y a, ce nous semble, un danger d’autant plus difficile à éviter, • que le climat des pays dans lesquels ces constructions seront placées comportera de plus grandes variations de température : c’est la grande différence de dilatation du fer, du bois et du plâtre»
- En outre, pour apprécier à sa juste valeur l’innovation tentée par M. de Diebistch, il faudrait savoir si la dépense est diminuée, et si l’attrait du bon marché pourra contribuer à répandre le goût de cette architecture luxueuse, élégante et gracieuse dans ses proportions, éclatante par sa décoration. — Nous en doutons.
- A ce point de vue, l’architecte paraît avoir mieux réussi, pour le mobilier de ce pavillon, dans lequel il a conservé, non-seulement les formes, mais encore les étoffes et les décorations du style hispano-arabe.
- Les appareils de luminaire sont exécutés en fonte de fer et en bronze, et ornés de croissants dorés et d’étoiles en cristal. Il y a trois photophores ainsi établis et un grand lustre, de style mauresque, garni de cristaux polychromes ; au centre du pavillon est placé un buffet en bois et cristal. Les panneaux du soubassement intérieur, ainsi qu’un guéridon, sont formés de plaques de cristal imitant les mosaïques de faiences colorées. La face inférieure du cristal est gravée à l’acide fluorhydrique, et ensuite colorée et dorée. Les buttacas et les différents vases sont en fonte ou en zinc, sauf les parties délicates, telles que des anses très-découpées, qui sont en bronze. La fontaine centrale est en verre de deux couleurs, travaillé comme le verre de Bohême. Enfin, au devant du pavillon, sont des
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- meubles de jardin de même style.— Ce sont des buttaccas en bois et des bancs en fonte de fer.
- On comprend que ces procédés de fabrication permettent d’obtenir, à des prix relativement restreints, des meubles d’une ornementation très-riclie et très-brillante.
- Pour traiter tout ce qui se rattache à l’architecture byzantine, avec ses modifications et ses transformations successives, il nous reste encore à examiner une production architectonique tout-à-fait particulière, représentée dans le Parc et dans la galerie de l’Histoire du Travail, et dont l’originalité est trop saisissante pour que nous ne lui accordions pas une mention particulière : nous voulons parler du pavillon Roumain, construit sur les données de l’église du monastère d’Ardgèche en Valachie.
- Ce qu’il importe le plus d’étudier, c’est la Kurtea d’Arcl-gèche dont le modèle est exposé, comme nous l’avons dit, dans la galerie de l’Histoire du Travail, et dont le bâtiment du Parc ne reproduit que la décoration et non les dispositions. Nous le ferons aussi sommairement que possible, la brochure publiée, par les soins de M. Reissenberger contenant tous les détails nécessaires à une étude plus approfondie.
- L’intérieur de l’église est distribué suivant le plan des basiliques byzantines : c’est une croix latine, mais les proportions des différentes parties de la croix sont modifiées par des constructions interposées. En outre, le monument se compose de -deux parties distinctes, facilement séparables, mal coordonnées t entre elles, et dont la juxtaposition ne devient explicable que par cette circonstance, qu’il s’agit de l’église d’un monastère dans lequel l’avant-corps restait seul affecté au public, tandis que la nef et le sanctuaire étaient réservés aux religieux, qui conservaient jusque dans l’église leurs habitudes de claustration.
- Le caractère distinctif de la décoration intérieure est une sobriété remarquable de sculptures, un grand déploiement de
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- peintures à fresque, assombrissant les murs, et, en outre, une extrême parcimonie dans la distribution de la lumière. Les fenêtres, en effet, sont excessivement étroites, et les ouvertures en œil-de-bœuf qui surmontent les fenêtres allongées du bas sont fermées par des panneaux, et le jour ne pénètre que par les découpures des arabesques ; ce sont les panneaux de L'architecture mauresque. Il semble que les religieux du monastère d’Àrdgèehe aient voulu imprimer à leur église le caractère claustral, humble, sombre et réfléchi.
- L’Eglise présente en plan, au croisement des bras de la croix, un carré surmonté d’une grande coupole principale. Les deux nefs formant le transept sont terminées par deux demi-coupoles; il en est de même du coté de l’abside, mais de ce côté, la tête de la croix est surhaussée par l’interposition d’un corps de bâtiment auxiliaire.
- L’abside, la nef et les bras de la croix sont éclairés par deux étages d’ouvertures ; les fenêtres inférieures sont très étroites et rectangulaires ; les fenêtres supérieures consistent en ouvertures rondes fermées à l’extérieur par des dalles ornées d’arabesques découpées à jour, et ayant à l’intérieur un ébrasement semblable à celui des fenêtres du bas.
- Le vaisseau destiné au public est divisé en trois parties par deux rangées de colonnes qui forment la base d’une seconde grande coupole. Il y a donc une nef centrale et deux bas côtés. La nef principale et les deux bas côtés sont précédés d’une sorte de vestibule qui occupe toute la largeur de la ^construction, et' au-dessus duquel s’élève, à droite et à gauche, dans le prolongement des nefs latérales, deux petites coupoles secondaires. Des voûtes en berceau contrebutent les colonnes et les arceaux qui supportent la grande coupole.
- Ces colonnes ont une forme et une décoration assez bizarre, variable, mais se reproduisant de deux en deux., Toutes reposent sur un support bas et carré, passant à l’octogone par des échancrures en gradins. Nous avons déjà rencontré cette décoration dans l'ornementationarabe du pavillon du Bosphore ;
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- on trouve aussi- des dispositions semblables à l’Alliambra. La section cylindrique se raccorde avec la section octogonale de différentes façons ; mais, ce qu’il faut remarquer, c’est la direction spirale que prennent les moulures en forme de torons qui ornent ces colonnes. Nous avons déjà rencontré dans l’ornementation mauresque et bispano-arabe des cannelures en spirale; mais la décoration saillante ainsi contournée est nouvelle et semble prédisposer l’esprit à l’appareil torse des petites coupoles secondaires. Les chapitaux de ces colonnes sont généralement octogones. On y constate trois formes différentes : 1° le passage du tailloir carré à l’octogone par des échancrures en gradins renversés, disposition symétrique de celle que nous avons indiquée tout-à-l’heure pour les
- bases; — passage du tailloir carré à la forme cylindrique par des encorbellements successifs d’alvéoles eu stalactites ; — 3° une ornementation en fleurs de lys également employée pour les bases.
- La seconde grande coupole repose sur un tambour cylindrique intérieurement, et octogonal à l’extérieur, percé de huit fenêtres très-étroites et très-élevées et raccordé avec la partie carrée par quatre pendentifs. Les petites coupoles secondaires reposent sur un tambour carré passant, au moyen de pendentifs, à la forme cylindrique. Elles sont 'percées de huit fenêtres étroites, non verticales, mais obliques, formant un angle de 70° avec l’horizon, et ayant une apparence liéli-
- çoïdale.
- Nous voyons que presque toute L’ordonnance extérieure est prise au style byzantin, môme le genre de construction des dômes qui reposent sur pendentifs et non sur un plafond plat, comme dans le style mauresque. L’emprunt au style mauresque ou hispano-arabe se revèle seulement dans les fenêtres rondes qui, en réalité doivent être rattachées, à la décoration extérieure, et dans les bases et chapiteaux des colonnes de la partie du monument abandonné au public.
- Examinons maintenant l’extérieur. La décoration y est
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- aussi abondante qu’elle est sobre, rare même, à l’intérieur;
- et c’est là que le style mauresque prédomine, bien qu’il ne
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- soit pas pur et exempt d’innovations.
- L’élévation générale de l’édifice est divisée en deux parties distinctes, séparées par un énorme bourrelet ou toron, tordu en cable et qui a dû recevoir une décoration de couleur. Toute la partie intérieure est divisée en encadrements rectilignes, par de doubles moulures rapprochées. Au milieu de ces encadrements qui correspondent aux divers plans verticaux de l'édifice ou partagent les grandes surfaces en panneaux égaux, se trouvent soit des fenêtres très-hautes et très-étroites, soit des tableaux très-ornés de sculptures. Sur la façade particulièrement, où les pleins ont plus de largeur que de hauteur, ces pleins sont divisés en trois panneaux. Celui du milieu a reçu une fenêtre double ou géminée ; les deux autres, des tableaux plats et sculptés.
- Sur les faces latérales où les panneaux sont à peu près carrés, les fenêtres géminées, de même dimension que sur la façade, ne remplissant pas tout le panneau, ont été accompagnées de chaque côté par des colonnes en marbre gris, tronquées en haut et en bas. Ne retrouvons-nous pas ici trace de l’orncinen-tation mauresque dans laquelle les fenêtres, placées en retraite du nu des inurs, sont encadrées par des eolonnettes recevant les retombées de l’arcature? Ici, l’encadrement de la fenêtre étant à fleur du mur, les eolonnettes sont en saillie, et la base et le chapiteau dont le raccordement était impossible, semblent avoir été supprimés.
- Autour de toutes les fenêtres de forme rectangulaire sont des rinceaux très-riches, très-découpés et très-variés , car ils sont tous différents les uns des autres. Il en est de même des tableaux qui remplacent les fenêtres.
- Dans la partie supérieure, les formes rondes et circulaires prédominent. De fausses areatures encadrent les fenêtres rondes ou les panneaux ronds. Toutes les découpures des dalles formant les fenêtres circulaires sont également riches et
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- variées; c’est une application évidente du système d’éclairage des constructions mauresques. La corniche du couronnement est formée de quatre assises, superposées en encorbellement, de petites niches en stalactites, décorées de culs-de-lampe. Cette corniche est reproduite sur le tambour carré qui reçoit la coupole principale.
- Les trois demi-coupoles qui s’appuient sur le tambour carré de la coupole principale ut recouvrant le transept et l’abside sont épanouies à la base et comme campanulées. Un caractère qui différencie cette construction des constructions byzantines, c’est que la partie carrée qui forme un premier tambour s’élève très notablement au dessus de la toiture, et que les dômes ont ainsi deux tambours de sections différentes, l’un carré, l’autre octogonal. Nous avons trouvé déjà cette disposition, mais moins accentuée, dans l’architecture ottomane hindoue. Le tambour carré de la grande coupole a reçu un ruban d’arabesques sculptées qui encadre et contourne les demi-coupoles en détachant un triangle curviligne.'Le tambour octogonal est percé, comme nous l’avons dit, de fenêtres très-étroites et cintrées dans le haut. L’encadrement des fenêtres pénètre la partie sphérique du dôme, et la moulure supérieure porte un ornement découpé en crête, mais n’a pas l’apparence de nierions à redans. La toiture de la coupole se relève en pointe et affecte une forme demi-bulbeuse.
- Le second dôme principal est un peu moins élevé et porte
- une ornementation différente. Le tambour carré est décoré de
- fausses arcatures. — Dans le tambour octogonal, la ligne «
- droite domine. Les fenêtres sont rectangulaires ainsi que leurs encadrements, et la crête qui surmonte la corniche est beaucoup plus développée et plus riche. La toiture du dôme affecte aussi la forme semi-bulbeuse, quoiqu’elle soit un peu moins aplatie.
- Les petits dômes sont surtout remarquables par leur appareil en spirale, disposé symétriquement sur chacun d’eux, et s’inclinant de dehors en dedans. Comme à la grande coupole,
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- les ouvertures sont cintrées en haut, et leurs encadrements, formés de tores juxtaposés, sont redressés verticalement à la partie supérieure, pour éviter la pénétration biaise dans la sphère. Ici, le toit déborde le tambour octogonal ; il est cam-panulé comme les demi-dômes du transept et de l’abside, et relevé en pointe comme ceux des autres dômes.
- Cette ornementation n’est pas seulement remarquable par sa richesse; elle l’est encore par sa-- variété. Il semble qu’un seul monument n’ait pu suffire à l’ardente imagination de l’artiste, à sa fécondité créatrice, et qu’il ait voulu introduire toute la variété compatible avec l’ordonnance générale de l’édifice, et n’ait conservé que la part de régularité la plus indispensable.
- Los constructions de la Roumanie consistent dans un pavillon élevé dans le parc, et un portique placé dans la galerie des machines. Elles rappellent, toutes deux la décoration de la Kurtea d’Ardgèche, mais non ses dispositions générales.
- Le pavillon du Parc consiste en un bâtiment carré, sur lequel repose un dôme de grande dimension, et un avant-corps rectangulaire, plus long, mais moins profond que le bâtiment principal et supportant deux petits dômes à appareil héliçoï-dal; cet avant-corps est précédé d’un petit portique.
- Le portique est supporté sur quatre colonnes décorées de rinceaux alternativement peints en or et bleu sur fond jaune, et rouge sur fond vert. Les chapiteaux ont une ornementation en stalactites, et supportent des arcades lobées, composées de quatre arcs de cercles, dont les deux du milieu sont relevés en ogive lancéolée, et représentent une arcature en accolade, reposant sur deux arcatures formant consoles; les arcades latérales du portique sont en plein cintre. L’église d’Ardgèche ne présente cet arc persan que comme décoration intérieure des fenêtres rondes placées sur les faces latérales du grand vaisseau rectangulaire.
- Les murs pleins qui forment le fond du porche de chaque
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- côté de la porte d’entrée, ont reçu une ornementation grecque. La porte a un encadrement de rinceaux, or, vert, bleu et rouge.
- Le corps principal a sur ses faces latérales des fenêtres géminées hautes et très-étroites, et, au-dessus, des ouvertures circulaires, comme dans le type qu’on a pris pour modèle, avec cette seule différence que les œils-de-bœuf sont entièrement ouverts et non fermés de dalles découpées à jour. Le tympan du mur est encadré par des moulures qui contournent les ouvertures circulaires, et rappellent les fausses arcatures qui entourent les rosaces ou fenêtres supérieures de l’église valaque.
- La façade postérieure se raccorde avec les faces latérales par des pans coupés qui reproduisent la disposition polygonale de l’abside et des bras de la croix. Elle est percée d’une porte encadrée d’arabesques, couronnée d’une imposte en arc de cercle surbaissé, et couverte d’un auvent en menuiserie peinte, rappelant l’auvent de l’église d’Ardgôche.
- Les deux petites coupoles qui sont placées sur l’avant-corps ont des tambours torses, symétriquement appareillés, et dans lesquels la direction de l’hélice est de dedans en dehors, disposition inverse de celle de la construction typique. Ces tambours octogonaux sont portés sur un tambour carré, dont la hauteur est environ le tiers de la partie supérieure. Les fenêtres, au nombre de huit, sont arrondies au sommet, campanulées et frangées au-dessus de la corniche.
- Sur le dôme du bâtiment principal, l’appareil est vertical. Le tambour octogonal repose également sur un premier tambour carré ; le dôme est aussi campanulé.
- À l’intérieur, le bâtiment principal nous offre une disposition octogonale irrégulière. Les panneaux de décoration sont rectangulaires ; la coupole est supportée par quatre colonnes reliées chacune aux murailles extérieures par deux arcatures en plein cintre surhaussé, et les colonnes sont reliées entre elles, sur les quatre côtés du carré, par des arcs de cercle
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- surhaussés. Des pendentifs triangulaires raccordent le tambour carré au tambour octogonal. Le fond de la coupole est décoré d’étoiles d’or sur fond bleu.
- Les colonnes portent une ornementation torse. Elles sont couronnées de chapiteaux à alvéoles en stalactites et de prismes à arrêtes saillantes, sans parties arrondies. Des arabesques couvrent les intrados des arcades, les pendentifs et la frise du tambour octogonal, les encadrements des fenêtres du dôme qui sontébrasées à l’intérieur, et les encadrements des fenêtres et des portes du pavillon.
- Le soubassement intérieur est également divisé en panneaux, sur lesquels une décoration polychrome simule des arabesques sculptées et peintes; les portes qui donnent accès de la salle principale à l’avant-corps ont une apparence métallique.
- Le portique de la galerie des machines reproduit deux coupoles à décoration torse, symétriquement appareillées, et dans lesquelles l’inclinaison de la spirale est dirigée de dedans en dehors, comme à la construction du parc. Ces coupoles sont supportées par un soubass«ment de style mauresque composé de piliers carrés avec quatre colonnettes, sur lesquels reposent des arcatures à trois lobes, dont le lobe central a des dimensions supérieures aux lobes latéraux.
- Quoique ces reproductions de l’ornementation de l’église du monastère valaque soient incomplètes, elles offrent encore un grand intérêt, capable de fixer l’attention des visiteurs.
- Tandis qu’en Orient, en Afrique, en Espagne, l’architecture bvzantine se modifiait en donnant naissance aux différents styles arabes, en Europe, l’ancienne architecture latine subissait aussi des transformations qui s’adaptaient de mieux en mieux au sentiment chrétien, et finissaient par conduire à la plus sérieuse et à la plus sublime des expressions monumentales de l’art chrétien , l’architecture gothique ou ogivale du xive siècle.
- Ces modifications successives peuvent être classées,' et rap-
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- portées à trois époques différentes bien distinctes. L’architecture à cintre, ou style latin, lombard et roman, qui dura jusqu’au xie siècle inclusivément, savoir : le style latin, du ive au Xe siècle ; le style lombard et le style roman, au xic siècle, et pendant la première moitié du xnc ;
- 2° L’architecture de transition, à cintres et à ogives, qui remplit la seconde moitié du xne siècle ;
- 3° L’architecture gothique ou ogivale, du xme siècle à la moitié du xvie.
- L’architecture ogivale a son enfance, son épanouissement et sa décadence. Son enfance, au xme siècle, est le style ogival primaire ou lancéolé ; son épanouissement, le style ogival secondaire ou rayonnant, au xivc siècle. Ce qui la conduit à sa décadence, c’est le style ogival tertiaire ou flamboyant, au xve siècle, et pendant la première moitié du xvie.
- L’architecture latine,* dérivée de l’architecture romaine, en conserve les caractères dans son appareil et dans la forme des colonnes et des ouvertures.
- h’appareil est reconnaissable à l’emploi de petits matériaux mélangés de briques. Les fenêtres sont toujours en plein cintre, avec voussoirs cunéiformes, quelquefois alternant avec la brique, et quelquefois avec des arcades entièrement en briques. Les cintres reposent sur piédroits ou sur des colonnettes placées dans une feuillure ; lesportes sont carrées, couronnées par un linteau, et surmontées d’une cintre de décharge. Quant aux colonnes, elles sont cylindriques, avec des chapiteaux rappelant l’ordre corinthien. Les corniches sont très-simples, et reposent sur des consoles ou des modillons.
- L’architrave et la frise sont supprimées. Quelques églises ont des absides voûtées en cul-de-four de niche. |
- Les sculptures décoratives sont les. zig-zags, les frettes, les fleurons et quelques palmettes grossières ; les inscriptions sont faites en grandes capitales romaines.
- Les églises étaient construites sur le plan des basiliques
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- romaines. C’était généralement un rectangle, terminé par une abside. Les plus grandes comportaient trois nefs; les petites étaient simplement carrées ou rectangulaires, comme la cella antique. Cependant, sous l’influence des constructions byzantines, la croix, latine s’introduisit dans ces édifices, avec les nefs collatérales également munies d’absides.
- Il reste peu d’églises antérieures au xe siècle. Avant cette époque, elles étaient, pour la plupart, construites en bois et plafonnées en charpente, et ne pouvaient durer de longues années. On'peut cependant citer comme exception Saint-Ger-vais de Rouen.
- Le style lombard, parfaitement défini à l’église Saint-Michel de Pavie, est caractérisé par l’introduction des pilastres cantonnés de colonnes, et par ses colonnes très-allongées montant de fond.
- Le style roman dérive des Lombards et semble avoir été, par eux, importé en France. Nous voyons, en effet, que le moine Guillaume et Lanfranc, Lombards tous deux, viennent en Normandie, où ce dernier fait édifier Saint-Etienne de Caen, qui rappelle Saint-Michel de Pavie.
- Dans le style roman, l’appareil se modifie; il augmente de dimensions, devient irrégulier, quelquefois réticulé, taillé ou disposé obliquement, de manière à figurer des dessins géométriques oudes marqueteries par l’emploi de matériaux de différentes couleurs. Les arcatures sont aussi des pleins cintres, mais ils sont souvent surhaussés, et quelquefois, mais rarement, surbaissés. On trouve dans les bas-côtés des églises, des demi-arcs surhaussés, ou arcs rampants, qui sont l’origine des arcs-boutants. Enfin, il faut signaler l’apparition de l’œil-de-bœuf, ou ouverture circulaire.
- Les fenêtres sont des arcs géminés, appuyés sur une colonne centrale et compris dans une grande arcade. Quand elles sont divisées en trois parties (triforium), l’arc central est plus grand et plus élevé. Le tympan placé entre les fenêtres géminées et l’arc qui les enveloppe est percé d’un œil-de-
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- bœuf ou (l’un trèfle, premier essai d’où sortiront bientôt les fenêtres ogivales ornées de meneaux et couronnées par des rosaces. Les portes. sont rectangulaires, surmontées par un linteau qui repose sur deux consoles ; les voussoirs, d’abord simples, deviennent doubles, et comme renforcés par un arc doubleau ; les arcades employées en ornementation, ou fausses arcatures, sont souvent entrelacées et donnent, par leur intersection, des ogives parfaitement définies.
- Le support de l’arcature n’est plus simplement une colonne isolée, comme dans le style latin ; on passe au pilier, tantôt carré, tantôt prismatique à six pans, par les intermédiaires suivants : pilier avec quatre colonnes engagées, une sur chaque face; — pilier avec deux colonnes seulement et deux faces nues du côté des nefs ; — pilier cruciforme avec co-lonnettes engagées dans les angles rentrants, — ou huit co-lonnettes, quatre dans les angles rentrants et quatre sur les faces extrêmes de bras de la croix. On trouve même, comme transition, des colonnes cylindriques, avec colonnettes engagées sur quatre faces,., et même douze colonnettes groupées autour, mais non adhérentes. Ne doit-on pas voir, dans ces transformations successives des supports, l’acheminement aux faisceaux de colonnes, puis de prismes qui doivent former les piliers du style ogival ?
- Les bases des piliers, colonnes et colonnettes, sont encore de style attique dégénéré, composées d’un filet, d’un tore et d’une scotie. Les fûts sont plus ornés, et on peut dire plus tourmentés; mais c’est surtout dans les chapitaux que cette variété se manifeste et se développe à l’infini. Iis sont ordinairement composés d’une corbeille, et d’un fort tailloir plus large que le chapiteau, qui est toujours placé au-dessus d’une astragale, et cesse d’être rond pour prendre la forme d’un tronc de pyramide renversé, arrondi .seulement à sa partie inférieure. Les rares chapitèaux cylindriques qu’on rencontre, rappellent les chapiteaux corinthiens, avec des volutes très-l’estreintes, et sont historiés et chargés de sujets animés. •
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- L’ornementation des archivoltes, tailloirs, bandeaux et tympans, se multiplie et se modifie, mais cependant rappelle toujours l’origine romaine, et paraît copiée sur les encadrements des mosaïques. On trouve aussi des rinceaux, des feuillages, des entrelacs et des palmeltes, influence manifeste du style byzantin.
- Les corniches s’accentuent, s’amplifient. Elles reposent sur des modillons, sur des corbeaux, sur des consoles quelquefois simples, quelquefois superposées, et même sur de petites arcades retombant sur des consoles. Le premier exemple de corniches sur modillons est dû aux Romains ; on le trouve au temple de Minerve d’Assise.
- Les édifices sont presque toujours armés de contreforts qui affectent trois formes différentes : soit de petits pilastres peu saillants, montant jusque sous la corniche, et môme, réunis par de fausses arcatures en plein cintre, comme les bandes lombardes ; — soit des contre-forts plus épais, faisant ressaut à diverses hauteurs, et terminés à la partie supérieure par une retraite en larmier, ou par un pignon; — soit enfin des colonnes plus ou moins engagées, ou placées dans une sorte de feuillure, aux angles des édifices.
- Au milieu du xne siècle, l’ogive se mêle au plein cintre et prend faveur. Les œils-de-bœuf cessent d’être nus et s’ornent de trèfles ou de quatre feuilles. Les contre-forts, les parements des murs, les archivoltes des portiques se décorent de dais ou couvre-chefs. Les feuillages des chapitaux deviennent plus touffus, les corniches plus riches. Les voûtes en berceau disparaissent et les voûtes d’arêtes ont des nervures plus saillantes.
- L’arc d’ogive est de tous les temps et de tous les pays ; il existait en Égypte, en Lydie, dans les lombeanx, dans les constructions héroïques de la Grèce ; le style byzantin en donne aussi des exemples, témoin la cathédrale de Périgueux. Le peuple arabe-est le premier qui l’introduit dans le style
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- (le son architecture, à la mosquée d’Ebn-Touloun, au ixe siècle. Il le transporte d’Egypte en Sicile, où les Normands l’ont pris et appliqué à la chapelle de Païenne (1129). Mais, nous vient-il des Normands ? — On peut dire qu’il avait déjà fait son apparition en France par l’enlre-croisement des arcs en plein cintre de l’architecture romane.
- Du reste, l’ogive a donné son nom, mais la courbe n’est qu’un des moindres caractères de cette architecture. Nous devons ajouter que la première constitution de l’architecture ogivale doit être attribuée à l’Ile de‘France ; nous constatons en effet que les beaux types des cathédrales d’Amiens et de Beauvais datent, le premier, de 1220, l’autre de 1225 ; tandis que la cathédrale de Cologne, encore inachevée, n’a été commencée qu’en 1248.
- On a caractérisé plusieurs genres d’ogives : le plein cintre brisé, qui est presque un plein cintre, et dont le rayon est beaucoup moindre que l’ouverture; — l’ogive en lancette, dont le rayon est plus grand que l’ouverture ; — l’ogive équilatérale, dont le rayon est égal à l’ouverture, — et l’ogive surbaissée, dont le rayon est moindre que l’ouverture, mais qui est cependant moins ouverte que le plein cintre brisé.
- Au xui° siècle, époque du style ogival primaire, l’ogive aiguë ou en lancette prédomine. Cette arcature est,ou simple ou trilobée, quelquefois à cinq lobes dont l’ensemble est ogival. Dans les décorations murales, les fausses arcatures sont quelquefois en pendentifs, c’est-à-dire, prenant leur point d’appui sur une console en forme de culot. Dans les voûtes, les arcs doubleaux et les nervures n’ont plus d’arêtes rectangu--laires ou ehanfreinées, ou arrondies en torons; ces torons se rapprochent, ils se multiplient, ils deviennent cordi-forines.
- Les piliers et supports conservent encore des colonnettes libres ou engagées ; mais les socles s’écrasent par l’aplatissement du tore et par le développement de la scotie qui se creuse en gorge. Les chapitaux s’évasent, les volutes se réduisent à de
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- simples crochets ; le tailloir carré ou à. pans coupés est décoré de moulures vigoureuses.
- Les ogives décoratives des murs extérieurs s’encadrent'de gables, et les crochets des chapitaux sont reproduits sur les rampants des pignons et des gables, et sur l’extrados des ar-catures. Les balustrades intérieures ou extérieures se découpent à jour et sont formées, soit de colonnettes, soit d’une série d’arcades ogivales ou d’une suite de trèfles. Les dais et couvre-chefs sont plus sculptés et commencent à reproduire en miniature des monuments importants.
- Les fenêtres, qui ne sont d’abord qu’une simple ogive géminée, surmontée d’une rose simple ou d’une rose contrclo-bée, ont, vers la moitié du xme siècle, leurs divisions intérieures plus multipliées ; les séparations verticales sont des colonnettes très-tenues, avec chapitaux et bases, posées sur socles prismatiques à cinq pans. Celles de l’extérieur sont alors couronnées d’un gable dont les rampants portent des crosses étagées, et dont le centre est percé d’un trèfle ou d’une rose.
- Quant aux rosaces, elles prennent un grand développement. Elles reçoivent, vers le centre, de petites colonnettes- disposées comme les rayons d’une roue, et sur lesquelles reposent des arcades cintrées, ogivales ou tréfilées ; il, y a quelquefois plusieurs séries concentriques de colonnettes.
- Dans le commencement du xme siècle, les contre-forts sont encore sévères et massifs. Mais, vers la seconde moitié du siècle, ils- deviennent plus élégants, sont surmontés d’obélisques ou clochetons dont les arêtes sont ornées de crochets, et les bases décorées de fausses arcatures ou d’édicules à jour. Les arcs-boutants s’élancent des contre-forts à la nef centrale ; l’architecture des églises marche à grands pas vers le développement qui constitue le style ogival rayonnant.
- Il commence au xive siècle. L’ogive devient équilatérale. Les arcades et lés moulures sont à peu'près semblables à celles
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- de l’époque précédente, mais les arêtes et les nervures prennent un aspect particulier. Le toron central n’est plus cordi-lorine ; il présente, en son milieu, une arête saillante, mousse, qui dessine un filet. Les autres moulures deviennent plus maigres, moins arrondies, et le filet central va toujours s’élargissant à mesure qu’on approche du xv° siècle.
- Les colonnes, plus ténues, perdent en importance ce que gagnent les- piliers. Les bases sont plus aplaties : la scotie, devenue gorge creuse, tend à disparaître. Les- socles-sont très-élevés, ornés de-moulures-vigoureuses, placés à. diverses hauteurs et avec-des saillies différentes. Les angles saillants des piliers cruciformes- s’effacent- sous de nombreux chanfreins-; ces supports deviennent fascicules et correspondent à la complication des archivoltes, des arcs doubleaux et des arêtes.
- Les chapitaux des colonnettes redeviennent, cylindriques, sont ornés de deux rangs de feuilles vivement découpées, mais les crochets en ont disparu ; on les retrouve sur les rampants, plus nombreux, mais moins saillants les tailloirs sont a six ou huit pans, vigoureusement décorés. Les fausses arcatures se multiplient' sur les tympans, mais les trèfles et les quatre- feuilles ont des lobes en ogive, ou bien ces trèfles sont inscrits dans un triangle curtiligne concave, et les-pointes en sont ornées de-feuilles en bouquet.
- L’ornementation se développe partout, sur les balustrades,, dans les roses et rosaces, sur les dais et couvre-chefs, sur les' contre-forts et arcs-boutants, dont les piliers butant atteignent des hauteurs considérables, et portent à; leur sommet des- pignons et des clochetons très-élégants. Enfin, les divisions des-fenêtres se multiplient ; mais-les séparations verticales ne sont plus de simples colonnettes isolées ; ce sont des colonnettes s’appuyant sur des meneaux prismatiques.
- Au xve siècle, la décoration-n’a-plus d’autre, limite que l’impossible. Lev style ogival- marche vers :sa; décadence. Il
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- succombe sous le poids des ornements. L’ogive s’affaisse : l’arc en accolade se dessine, ainsi que l’arc en anse de panier très-surbaissé, surmonté d’un gable à contre-courbure. La décoration murale consiste en festons ou contre-arcatures tréflées et découpées à jour.
- Les moulures sont très-caractéristiques ; on ne trouve plus de tores, ni ronds, ni cordiformes. Ils deviennent piriformes, et le filet central augmente de largeur. Les tores ainsi déformés deviennent même incomplets et constituent des moulures prismatiques. Les faces planes des piliers se creusent en surfaces curvilignes concaves. Les chapitaux présentent des arcatures très-découpées au-dessus d’un rinceau de feuillages, ou deux rangées de bouquets, ou des branches de vigne, surtout des choux frisés. Les moulures des arcatures semblent pénétrer dans le tailloir des chapiteaux; mais, le plus souvent, les piliers sont sans chapiteaux ; toutes les nervures s’élancent du socle et semblent s’épanouir sur les voûtes, en arcatures et en arêtes.
- Lescolonneltes cylindriques ont disparu des fenêtres; il n’y a plus que des meneaux à arêtes très-allongées. Les ornements les plus délicats, choux frisés, chardons, vignes, se développent de toutes parts, même sur les moulures concaves des archivoltes, des cordons et corniches; les crosses sont remplacées par des choux frisés ou des chardons, et se retournent peu ; au xvic siècle, cependant, ces mêmes sculptures reprennent la forme de crosses.
- Les murs sont couverts de fausses arcatures, les panneaux sont remplis de nervures flamboyantes ; les portiques eux-mêmes reçoivent des contre-forts surmontés de pinacles très-ornés, et les meneaux des fenêtres se ramifient en directions ascendantes en formant des dessins ondulés. L’archivolte extérieure est décorée de rinceaux de feuilles ; les rampants du gable ont une courbure concave, sont ornés de choux frisés ou de chardons, et le panneau est découpé à jour.
- Les roses sont très-larges et très-compliquées. On n’y voit
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- plus de colonnettes en rayons. Elles échappent à toute description. Enfin les voûtes se compliquent d’arcs et d’arêtes accessoires très-multipliés, appelés liernes et tiercerons, ornés aux points de rencontre de clefs pendantes très-ouvragées.
- L’architecture latine et romane a persévéré au midi. L’architecture ogivale s’est principalement développée au nord et à l’ouest de l’Europe. On voit en France les spécimens les plus remarquables de l’un et de l’autre style.
- Le parc du Champ de Mars n’offre qu’une seule-construction établie dans le style ogival du xmc siècle.
- Malheureusement, ce monument appelé église ou chapelle catholique , construite par un particulier, a reçu dans son ornementation tant extérieur qu’intérieure, un certain nombre d’objets d’exposition appartenant, par leur style , à des époques très-différentes et qui détruisent l’unité du monument. L’architecte lui-même s’est laissé entraîner à exécuter diverses parties de son église dans des styles différents, et leur distinction n’est pas assez précise pour empêcher toute confusion , et manifester, sans recherches et sans travail, les intentions du constructeur.
- Cette église comprend une nef principale et 'deux collaté-
- raux du style ogival des xm et xive siècles. Les voûtes en arête retombent sur des colonnes cylindriques, décorées de chapiteaux plus romans que gothiques. Le plan du sanctuaire n’est pas circulaire, mais polygonal. Dans la nef principale, une corniche polychrome règne horizontalement au-dessus des arcades. Cette décoration n’est pas dans le style de l’époque, qui eût exigé, pour un édifice de modeste importance, soit une charpente apparente, soit une voûte en arête, avec, des arcs doubleaux. Un cordon ou une corniche ne nous paraît admissible que dans le cas d’une galerie supérieure.
- Les colonnes reposent sur deux socles superposés. Le tore de la hase déborde le socle supérieur, disposition qui se présente très-fréquemment.
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- L’église a deux transepts, mais celui du portique, construit pour satisfaire à des exigences locales, doit être considéré comme ne faisant pas partie de l’édifice principal. Ce transept accessoire nous présente les charpentes saillantes des petites églises du xmm° siècle.
- Au mur de fond, qui fait face au sanctuaire, est une grande fenêtre, avec meneaux à colonnettes accolées à des pilastres, arcs trilobés et rose à quatre feuilles, et couronnée, dans le sommet de l’ogive , par une rose à six lobes. Cette ouverture est du style du xve siècle. Au-dessus de la petite porte d’entrée se trouve une fenêtre de fantaisie, de style renaissance.
- Aux chapelles absidiales, au-devant des murs de réfends, sont des colonnes isolées, placées pour l’allègement des contre-forts. Elles sont raccordées avec les autres supports au moyen d’ogives surhaussées.
- Le plus grand mérite de cet édifice consiste plus dans le mode de construction que dans la régularité du style. Les arêtes des voûtes sont en briques , couvertes de moulures en plâtre. Toutes les colonnes consistent en une pièce de bois debout, enveloppée de briques, couvertes d’un enduit en plâtre. Les chapiteaux sont en plâtre. Il en est de même des meneaux des fenêtres. Ce système de construction a conduit forcément à une décoration polychrome, exécutée, du reste, avec goût et sobriété.
- Dans le bas de l’église , le système de construction est un peu différent. Les voûtes et les arcs d’arêtes sont en briques. Pour les arêtes, les briques ont été moulées sur panneaux.
- Cet essai de construction d’église à des prix relativement modérés, est des plus recommandables, et il faut louer M. Brien des efforts qu’il a fait dans cette voie d’une sage économie indispensable à tant de communes pauvres.
- Nous avons fait remarquer que le Midi de l'Europe, imbu des traditions artistiques de la Grèce et de Rome, avait persévéré dans l’architecture romane, et que l’architecture ogi-
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- vale avait été en plus faveur dans l’Ouest et dans le Nord. Aussi, quand l’art pur eût succombé sous les assauts de la fantaisie, quand l’architecte eût disparu derrière l’ornemaniste; quand du style rayonnant, l’architecture ogivale eût passé au style flamboyant le plus déréglé, la réaction ne se fit pas attendre, et, comme il était facile de le prévoir, elle prît naissance en Italie. Ce sont les artistes italiens, ramenés en France à la suite des guerres de la Péninsule, qui l’implantèrent. Cette réaction s'appelle la Renaissance.
- Dès lors, le plein cintre reconquiert la prédominence. Les ordres antiques sont de nouveaux adoptés, mais avec quelques modifications. Non-seulement les voûtes et les arcades sur colonnes, mais aussi l'ornementation byzantine et même celle des arabes, qui, d’ailleurs, se rapprochait de ce qu’on appelle le style pompeïen , est acceptée. On reprend les feuillages en enroulements; on adopte même les animaux de l’art gothique.
- En France, il ne se fait pas une révolution instantanée. On conserve l’ossature gothique ; les moulures seules sont immédiatement modifiées, et ce n’est que plus tard qu’on introduit les ordres romains. L’église de Saint-Eustache est un remarquable exemple de cette transition : elle a la forme d’une église gothique et l’ornementation de la Renaissance.
- L’architecture de la Renaissance, dont le plus beau monument est Saint-Pierre de Rome, est, suivant M. L. Reynaud, l’expression la plus exacte du génie moderne. Tout en persistant à mettre en œuvre les éléments de l’architecture ancienne sur une base constante, elle a su diversifier ses expressions. Elle n’a pas le mysticisme de l’architecture du moyen-âge, même dans les monuments religieux ; vive, légère, gracieuse, sans austérité, elle cherche à plaire. Riche cl pompeuse sous Louis XIV, maniérée sous Louis XV, de nos jours elle est troublée, incertaine ; tombant dans tous les excès, accueillant toutes les tentatives, elle caractérise bien notre époque de transition.
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- Le Champ de Mars nous offre deux constructions qui sont dites appartenir à l’époque de la Renaissance. C’est le pavillon du Portugal et celui de l’Espagne.
- Le royaume de Portugal a reproduit un système d'architecture tout à fait spécial, l’architecture manoëlesque. Le bâtiment, dit pavillon Renaissance, tient plus du style arabe que de la Renaissance ; c’est un mélange de ces deux styles, caractérisé par une ornementation toute particulière , qui consiste à rappeler les parties principales des manœuvres des navires, mâts, vergues et cordages, et destiné, en accornplissanl le vœu du roi Dom Emmanuel, à immortaliser la cause de ce vœu, les importantes découvertes maritimes de Yasco de Gama.
- Ce style tout particulier d’architecture n’est pas seulement représenté par le pavillon du parc et le portique de la galerie des machines, mais encore par un très-intéressant modèle de la cathédrale de Bclem, exposé dans la galerie de l’Histoire du Travail, et des photographies de diverses parties du monastère de Coïmbrc.
- Le pavillon Portugais reproduit l’ornementation de la cathédrale de Belem, près Lisbonne , construite vers la fin du xve siècle (de 1495 à 1551). Quand Yasco de Gama partit à la recherche d’un passage vers les Indes, Dom Emmanuel, roi de Portugal, fit le vœu d’ériger une basilique en cas de succès. La réalisation de ce vœu fut la cathédrale de Bclem; C’est pour cette raison que l’ornementation représente autant que possible tous les accessoires d’un vaisseau. C’est à proprement' parler un style nautique. . •
- Cette construction participe à la fois de l’architecture mauresque et de la Renaissance. Le plan général rappelle la mosquée : le bâtiment principal, carré, surmonté d’une coupole, est muni de deux latéraux. L’entrée est placée sous un péristyle détaché, comme au pavillon du Bosphore et au palais du bey de Tunis ; les latéraux sont surmontés de deux dômes , comme l’avant-corps du pavillon Roumain ; mais les-pleins-
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- cintres portés sur colonnes, les colonnes engagées, et les bases et chapitaux cylindriques sont des traces de l’architecture de la renaissance.
- A tous les angles de l’édifice sont des colonnettes engagées,
- avec cannelures torses, très-amincies du haut, et représentant *
- des mâts ou des vergues de navire avec des enroulements de cordages. La frise est la reproduction exacte de celle de la cathédrale de Belem, où cette ornementation de cordes sculptées est répandue à profusion.
- Le portique présente une grande ouverture, avec arcade en anse de panier très-surbaissée, de style renaissance, et orné à l’intrados de petites arcalures portant à leurs pointes des feuilles découpées en trèfles. De chaque côté de l’ouverture centrale est une autre baie plus petite , terminée par une arcade en plein cintre, sous laquelle une sorte de meneau forme une ogive à courbure renversée. Sur les retours en pans coupés du péristyle, les arcatures, d’ouverture plus petite, sont moins surbaissées que l’arcature centrale.
- Le centre de l’édifice est formé par un pavillon carré, dont les angles sont coupés de" manière à dessiner en plan un octogone semi-régulier, plus élevé que les parties accessoires, percé sur chacun des grands côtés de trois ouvertures rondes, et, sur les petits côtés, d’une seule, rappelant celles de la cathédrale d’Ardgèche, en Roumanie. Ces ouvertures sont séparées par des colonnettes engagées, fuselées, et ornées au milieu du fût demœuds de cordes. La coupole qui surmonte cette partie centrale a, comme le tambour, les angles abattus en pans coupés. Le; ouvertures du tambour sont, sur les petites faces, en plein cintre simple; sur les grandes faces, en plein cintre trèfle ; .a coupole est bulbeuse.
- Les latéraux, faisant saillie sur le corps principal, sont un peu moins élevés et sont également surmontés de petits dômes polygonaux de forme campanulée, un peu écrasée et bulbeuse. Cette forme n’est pas empruntée à l’église de Belem, mais à un château voisin, le château®de Bataglia.
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- Sous le périst le se trouve, au centre de la façade, une ouverture en plein cintre. La porte se compose de deux ven-taux surmontés d’une imposte qui est découpée de manière à former deux ogives, une au-dessus de chaque ventail. Cette porte est encadrée par un rinceau de torons entrelacés, et ornée de deux colonnettes engagées. Tous les angles et tous les encadrements extérieurs des fenêtres sont formés de colon-nettes semblables ; elles sont annelées et chacune des divisions formées par les anneaux est diversement ornée. Au péristyle et aux latéraux, les colonnettes ont trois divisions ; le haut et le bas portent des cannelures torses perlées ; la division centrale , des cannelures verticales. Celles des encadrements sont très-amincies du haut, en forme de mâts de vaisseaux ; elles reposent sur une base cylindrique, posée sur un socle carré, et sont partagées en huit parties. Ces divisions sont ornées de cannelures torses qui, de deux en deux, sont garnies de perles ; mais la direction hélicoïdale de ces cannelures est alternativement inversée. Les colonnes du péristyle sont cylindriques, et ont des chapiteaux ornés de deux rangs de feuilles ; les bases sont cylindriques et posées sur un socle octogonal.
- Les fenêtres des pans coupés sont en plein cintre, avec des meneaux appuyés sur des colonnettes engagées et formant, dans un plein-cintre sculpté en corde, un trèfle également en corde. Les fenêtres des latéraux reproduisent la petite fenêtre du pan coupé, mais géminée. Au lieu de deux colonnettes engagées, il s’en trouve trois, dont une forme la division centrale. Il en est de même des fenêtres des faces latérale:,.
- Au-dessus des frises, se trouve un couronnement en nierions à profil arrondi. Les nierions du portique ont l’aspect d’une fleur de lis; ceux du bâtiment sont plus grands et à cinq feuilles, semblables à une double fleur de lis. Aux quatre angles du portique, àu-dessus des petites arcades munies de meneaux en ogive renversée, s’élève une sorte de clocheton, formé d’une fausse arcature en plein cintre, relevée en ogive flamboyante et surmontée d’une croix composée d’un prisme
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- quadrangulairc et de deux choux frisés formant bras de la croix. Le tympan inférieur est remplacé par des écussons.
- Le portique de la galerie des machines se compose de quatre piliers, supportant une voûte en. arc de cloître, avec arêtes saillantes. Les ouvertures sont en plein cintre ; la décoration est faite en cordes sculptées. Sur les piliers sont de petits fûts cannelés supportant desespèces de petits dômes bulbeux. Au centre, se trouve un toit quadrangulaire tronqué, surmonté d’une coupole à jour octogonale dont chaque ouverture
- est formée d’une arcature trilobée de style mauresque. C’est *
- un style très-mélangé, n’ayant pas l’homogénéité du pavillon du parc.
- Les galeries de l’Histoire du Travail nous offrent desphotographies du monastère deCoïmbre, où les fenêtres ont des meneaux en cordes sculptées. Les fenêtres du monastère de Tho-mar ont, non-seulement des cordes sculptées, mais aussi toute une décoration nautique.
- Le royaume d’Espagne n’a pas voulu donner comme spécimen de son architecture nationale la reproduction d’un des palais dont les Maures ont couvert le pays. C’est là une importation étrangère, et, quelque magnifique qu’elle soit, c’est un produit que les Espagnols ne peuvent revendiquer comme une manifestation de leur génie national. Il n’est pas douteux que les artistes espagnols ont puissamment contribué à l’érection et à l’ornementation de ces édifices ; mais ceux-ci ne constituent pas le style véritablement national.
- L’Espagne l’a compris, et l’édifice qu’elle expose est un bâtiment renaissance, la reproduction de la façade du château des comtes de Castellanos, à Salamanque; à la fois sombre et altier dans ses tourelles ; fleuri, brillant et galamment orné dans la façade principale; c’est bien la demeure d’un noble Hidalgo.
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- La disposition générale consiste en un corps principal placé entre deux tourelles ou pavillons carrés en pierre de taille. Sur la façade principale de chacun d’eux on voit une grande porte en hois, garnie de têtes de clous en pointes de diamant, encadrée par un plein-cintre, dans lequel la clé de l’archivolte porte un écusson armorié. Le premier étage est percé d’une
- fenêtre carrée, avec un encadrement orné de sculptures saillantes ; les jambages sont formés de deux colonnes cannelées, appuyées sur des consoles, coupées au milieu par des guirlandes ; les chapiteaux de ces colonnes sont placés de biais, et en pans coupés. Au-dessus d’une corniche posée sur modil-lons, règne un fronton sculpté. Le premier étage est terminé par un cordon ou bandeau , un entablement nu et une corniche posée sur modillons, qui coupent entièrement la tourelle.
- Au-dessus se trouve un tympan percé d’un œil-de-bœuf, couronné par un bandeau formant corniche.
- La partie supérieure de la tourelle, percée de trois ouvertures égales, en plein cintre, avec de simples moulures pour encadrements et archivoltes, est couronnée par une corniche sur consoles figurant des mâchicoulis, et une attique ou balustrade divisée entrois panneaux par quatre dés saillants. Sur chacun d’eux est un petit clocheton formé d’un lut cannelé, surmonté d’un chou frisé.
- Au bâtiment central, le soubassement est percé de cinq ouvertures en plein cintre. Les moulures décoratives, contournant les archivoltes, forment deux panneaux sur chaque pied-droit, et un seul sur les écoinçons. Un fort cordon forme l’appui de la colonnade du premier étage.
- Quatre colonnes cannelées, divisées chacune en trois parties par deux anneaux, d’une forme très-conique, partagent la façade en cinq parties. Les colonnes sont d’ordre ionique et très-ornées. Derrière chaque colonne est un large pilastre, divisé en trois parties, comme les colonnes, et présentant trois panneaux superposés. Les fenêtres sont en plein cintre, avçc double cours de moulures laissant entre elles un champ où
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- sont des rosaces sculptées en relief. Au-dessus règne une frise coupée par des dés saillants, reposant sur les eolonnes, et ornée de guirlandes de feuilles de lauriers, de rubans et de rosaces. — La corniche est posée sur modillons. Au-dessus de chaque colonne, sur le dé saillant, est posée une aiguille en clocheton, composée d’un fût cannelé couronné d’un chou ou d’un bourgeon. Entre ces aiguilles, au-dessus des fenêtres, sont des dragons ailés, placés dos à dos, et supportant des rosaces, excepté au milieu de la façade, où la rosace est remplacée par un écusson armorié.
- Avant d’aborder l’examen des spécimens de l’architecture contemporaine, nous passerons en revue celle des Japonais, des Chinois et des Siamois, architecture sans doute fort ancienne, mais essentiellement stationnaire, qui est aujourd’hui ce qu’elle fût il y a déjà plusieurs siècles.
- Le parc contient, à proximité du pavillon d’été du bey de Tunis, une petite construction japonaise tout en bois, et très-délicatement travaillée. Elle n’est composée que d’un rez-de-chaussée. Le plancher en bois est couvert de nattes ; les lambris de la chambre principale sont recouverts d’étoffes de soie. Toute la façade est formée de châssis en petits bois laqués, d’une délicatesse d’exécution remarquable, et les intervalles de ces bois sont garnis de papiers de soie tendus en guise de vitres.
- Dans une autre partie du parc, se trouve un kiosque couvert de chaume, de style tôut-à-fait analogue au style chinois. Cette construction est renfermée dans une enceinte palissadée, et sur l’un des côtés règne une galerie où sont installées diverses boutiques qui représentent, avec un travail plus délicat, il est vrai, une suite de boutiques foraines.
- Le kiosque de la galerie des machines est un pastiche des pavillons de repos des Daïmios, dans les jardins des bords de l’Okàva. Il est supporté par quatre angles en bois, formés
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- chacun de trois eolonnettes réunies par deux panneaux. Les eolonnettes n’ont qu’un simple tore pour base, et pas de chapiteaux. Ce tore lui-même est déplacé ; car les constructions en bois du Japon et de la Chine conservent bien les caractères de leur provenance et de leur destination, et les piliers ne représentent que des poteaux équarris. Sur ces piliers, sont appuyées des consoles très-découpées et supportant un linteau isolé du plancher, et ménageant un jour en imposte. Au-dessus de l’imposte, dont les bois d’encadrement font saillie à leurs extrémités, sont retournés et découpés, règne un plancher débordant sous forme d’une première toiture, à
- angles
- relevés en corne,
- réminiscence de la lente. Au-dessus
- s’élève une sorte de dôme quadrilatéral ; la partie inférieure affecte la forme d’un tronc de pyramide quadrangulaire, soutenant une partie prismatique rectangulaire, percée sur chaque face de deux ouvertures elliptiques ogivales, dont le grand ave est horizontal, et terminée par une pyramide quadrangulaire, campanuléc h la base, et épousant le mouvement des quatre tympans qui se relèvent au milieu. La décoration générale du kiosque est polychrome.
- La construction chinoise du parc représente un des kiosques du palais d’été de Pékin. Le portique, qui donne accès au kiosque chinois est l’exécution d’un croquis publié dans le Tour du Monde.
- Le kiosque se compose d’une rangée de poteaux en bois, supportant un plancher élevé au-dessus du sol, et le plus souvent, en Chine, au-dessus de l’eau. Le pavillon est à parois vitrées ; les balustrades des galeries en encorbellement qui entourent le rez-de-chaussée et l’étage, les rampes des escaliers, qui sont tous extérieurs, sont en bois et agencés de manière à représenter les rudiments de la sculpture antique appelée grecque. Tous les toits couverts en chaume sont relevés aux angles, suivant la mode chinoise rappelant la tente, premier asile des populations nomades.
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- Les constructions du palais et de la galerie des machines offrent la plus grande analogie avec celles du Japon. Ce sont des piliers supportant de grandes consoles en bois, découpées suivant des lignes rectangulaires, et sur lesquelles repose un linteau ou plate-bande également très-découpé. Cette plate-bande est couronnée d’une corniche dont le profil est plus mauresque que chinois ou japonais.
- La façade du palais, pour le royaume de Siam, ressemble à celles de la Chine et du Japon. Seulement, les grandes consoles sont plus découpées, et les contours en sont moins carrés. Dans la frise qui surmonte les consoles, nous avons aperçu des arcatures ogivales remplies d’arabesques à jour, ce qui n’est pas d’un style japonais ni siamois. Nous préférons la partie voisine, découpée en losange, dont chaque angle forme le centre d’une petite croix. Sans doute, M. Chapon, en dessinant ces portiques, s’est laissé entraîner à quelques réminiscences des remarquables travaux qu’il a fait exécuter pour le pavillon du bey de Tunis. t
- Dans le parc, nous trouvons une écurie d’éléphants présentant une enceinte et une muraille en troncs d’arbres couverts de leur écorce, qui n’est remarquable que par sa toiture en chaume, à étages superposés, à coins relevés, et ayant une apparence de pagode très-caractérisèe.
- Dans la galerie des machines, le portique siamois consiste en deux pilastres surmontés de clochetons découpés suivant des dessins presque rectangulaires, et recouverts d’une décoration polychrome. Ces clochetons sont réunis par une arca-ture d’un dessin assez tourmenté, et analogue à l’arcature qui couronne la porte d’entrée du pavillon du bey de Tunis. C’est une console en S, à courbure convexe, devenant concave à son extrémité et recevant un arc en accolade.
- Ce style de l’extrême Orient, qui frappe par son originalité, présente cependant des caractères bien distincts qu’il est intéressant d’étudier sérieusement; il est, en outre, excessive-
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- ment remarquable par sa constance. Il est aujourd’hui ce qu’il fût dans les âges les plus éloignés dont nous pouvons retrouver des vestiges.
- Depuis la renaissance, on peut dire qu’aucun nouveau style d’architecture ne s’est révélé, si ce n’est dans le genre de constructions qu’on peut classer sous les dénominations générales de viaducs et de halles. L’introduction du fer et de la fonte dans la construction a permis des dispositions, des distributions toutes particulières, dont on a certainement tiré un parti des plus utiles. Mais ces applications, restreintes à des cas spéciaux et à un genre déterminé d’édifices, sauraient d’autant moins constituer un style d’architecture que les halles surtout, dans leur ensemble, affectent les formes, les dispositions et les ornementations de la renaissance. Ce sont des colonnes superposées, des piliers, supportant des arcatures en plein cintre et des corniches à profils grecs.
- L’architecture moderne et contemporaine, dont il nous reste à nous occuper, procède donc, pour tous les monuments, des systèmes architectoniques que nous venons de passer en revue : quant aux constructions civiles les plus usuelles, si quelques-unes se rattachent aux mêmes traditions, d’autres présentent des types particuliers qu’il est curieux d’étudier, et dont la raison d’être provient et du climat et de la nature des matériaux dont l’emploi se trouve en quelque sorte imposé.
- Si nous examinons les constructions de l’Égypte, nous trouvons un okel ou karavanseraï, et une écurie, maison de Says.
- Les okels servent d’auberges, de magasins, de bazars et d’ateliers. Celui qui a été construit dans le parc du Champ-de-Mars est compliqué de quelques parties accessoires qui n’existent pas ordinairement, telles que le café égyptien, surmonté de la salle d’anthropologie, et le portique du Nord.
- La construction générale, sauf les exceptions ci-dessus in-
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- diquées, représente un okel de la haute Égypte (Assouan). Cependant, quelques détails d’appareil, le mélange de briques et de pierre, de même que quelques dispositions de fenêtre, sont empruntés aux constructions de Girgeh et de Quéneh.
- Sur la façade nord on doit remarquer, au rez-de-chaussée, une porte placée sous un portique formé par quatre piliers, qui est la reproduction d’une porte d’Assouan. Elle est surmontée d’une fausse arcature ogivale ; au-dessus de la porte, qui est carrée, se trouvent trois arcatures en plein cintre sur colonnettes saillantes, qui reposentsur des consoles.
- La porte de l’est., qui ouvre sur le perron, est la reproduction de l’entrée de la maison de Fadil-pacha, àQuénech. Elle est en plein cintre, surmontée d’une fausse arcature trilobé, dans un cadre carré décoré de mosaïques de briques ou de petites pierres alternant avec des assises de pierre de taille.
- La cour intérieure comporte un vestibule ou promenoir, bordé de chaque côté d’un rang de boutiques , au fond duquel se trouve une cuve en marbre avec fontaine fluante pour les ablutions. Le toit qui recouvre cette cour est percé de deux malkafs qui distribuent l’air et la lumière. Les fenêtres grillées qui ferment ces malkafs sont copiées à la maison d’Osman bey, au Caire.
- En général, les moucharabys et les grillages qui ferment toutes les ouvertures, et qui sont très-finement travaillés, sont exécutés sur des modèles du Caire et non de la haute Egypte, où les fermetures sont simplement obtenues par un entre-croisement de baguettes en bois formant des losanges. Le moueharaby de la salle d’anthropologie, qui est très-remarquable comme travail, a été copié à la maison dite Gamalieh, au Caire ; les autres proviennent de la maison dite de Hussein bey.
- Dans la cour, les divisions, des boutiques sont indiquées par des poteaux en bois, surmontés de dés en briques, qui supportent la galerie du premier étage. Cette galerie a été copiée à l’okel du ché'ïk Abd-el-Mansour, à Assouan.
- Du côté du Sud, on a ajouté une construction qui augmente
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- l’importance de l’Okel : c’est le Café égyptien. Celte grande pièce est principalement éclairée par une sorte de moucharaby vitré qui est la copie de la façade d’une boutique de barbier ; et les portes du café sont elles-mêmes la reproduction de celles d’une mosquée existant rue Franque, à Alexandrie.
- A côté de l’Okel se trouve une petite maison de Says dont le rez-de-chaussée renferme, à côté d’une fontaine dont l’accès est public, une écurie de baudets et une écurie de chameaux. Le caractère particulier de cette construction est indiqué par des pleins-cintres pour toutes les portes ; par les fenêtres des chambres toujours grillagées ou fermées par des bois découpés ; enfin par la fontaine, cette partie indispensable de toute habitation orientale.
- Le Maroc a également fait construire une écurie pour chevaux. Toute l’ornementation et tout le.caractère sont à l’extérieur. La disposition intérieure n’a rien de remarquable, bien que parfaitement aménagée. L’écurie contient six stalles et autant de chevaux arabes ; au-dessus des stalles se trouvent un grenier à fourrages et un petit logement de gardien. Le mur de face est plein ; les murs latéraux et celui du fond sont éclairés par des fenêtres en ogive accouplées.
- Au milieu de la façade, sous un portique, on doit remarquer le bassin de l’abreuvoir, surmonté d’une mosaïque de faïences polychromes du plus bel effet, et d’un travail très-finement exécuté. Toutes les ouvertures, portes et fenêtres, sont en ogives simples ou outrepassées, accusant très-nettement le style de cette construction.
- Nous ne quitterons pas le Maroc sans mentionner la grande tente en poils de chameau qui présente des dimensions considérables, et un agencement des mieux entendus et vraiment remarquable pour ces demeures essentiellement mobiles et provisoires.
- A côté de la Mosquée et vis-à-vis le pavillon du Bosphore,
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- l’empire ottoman a fait construire des bains turcs. Cette construction n’est qu’une réduction des édifices consacrés à ces établissements importants. A part le système d’éclairage de l’étuve, obtenu par des verres lenticulaires placés dans la voûte de la coupole, ce bâtiment n’est remarquable que par sa décoration extérieure qui reproduit d’une manière très-complète tous les caractères de l’architecture ottomane.
- La porte d’entrée se trouve placée dans une partie saillante de l’édifice, rehaussée par un encadrement rectangulaire, terminé par un cordon semblable à la corniche du pavillon du Bosphore et surmontée d’une corniche portant une crête découpée.
- Ce porche est dessiné par une ogive retombant sur des consoles. La porte rectangulaire est terminée par un linteau reposant sur deux consoles et le tympan compris entre le linteau delà porte et l’arcature ogivale, est décoré de faïences peintes. De chaque côté se trouve, à la partie inférieure, une petite fenêtre rectangulaire, avec encadrement sculpté ; à la partie supérieure, une fenêtre ogivale comprise dans un encadrement rectangulaire.
- Le mur de face de la seconde salle, le tépidarium, est décoré de fausses arcatures ogivales reposant sur pilastres. Sous chaque ogive est une fenêtre également ogivale, fermée par un panneau dans lequel sont sertis des verres lenticulaires. Le mur de la troisième salle, l’étuve, présente un appareil plus sévère. Ce sont des assises de pierre de taille séparées par trois rangées de briques, caractère plus égyptien que mauresque.
- Les deux salles extrêmes sont surmontées de dômes dont la forme extérieure est octogonale1 et non sphérique.
- En Italie, nous trouvons comme spécimen d’architecture contemporaine, deux petites constructions, le pavillon Toscan et un pavillon de fantaisie.
- Le pavillon Toscan n’est qu’une salle couverte ; il n’offre d’intérêt que par l’appareil de sa construction, formé dé gros
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- blocs taillés à arêtes vives, imitant les bossages très-employés dans le style florentin, qui a eu sa plus belle époque aux débuts de la renaissance, et dont des applications nombreuses ont été faites à Florence, au Palais vieux, aux palais Strozzi, Pitti et Riccardi. C’est une construction rectangulaire, augmentée à chaque extrémité par des appendices moins larges que le bâtiment central, et à cinq pans.
- Le pavillon de fantaisie est un bâtiment carré, comprenant un rcz-de-cliaussée et un étage. Dans le soubassement, les ouvertures sont en plein cintre. A l’étage, la façade tournée vers le Nord est entièrement vitrée ; la surface totale est séparée en trois baies par deux eolonnettes en marbre rose. Sur les deux faces latérales, les fenêtres sont rectangulaires. — La façade postérieure, sans ouverture, est entièrement occupée par une mosaïque de faïence. Le plein du mur est, à la partie inférieure, décoré d’une peinture destinée à donner aux pierres d’appareil l’apparence de pointes de diamant, et à l’étage supérieur orné d’arabesques et de guirlandes en grisailles dans le goût florentin.
- Cette fantaisie n’a pas de style bien tranché. Ce qui lui enlève même le caractère italien, c’est que le toit, au lieu d’être en terrasse, est en encorbellement comme les toits des châlets.
- Avant d’examiner les constructions modernes des contrées du Nord de l’Europe, qui, en Suède, en Norwége, en Autriche même et surtout en Russie, ont des caractères bien tranchés et bien nettement accusés, nous dirons un mot des bâtiments des États-Unis.
- La moins importante des constructions américaines, si on la dépouille d’un luxe qui ne lui a été prodigué que pour montrer la qualité des bois qui en forment l’élément, c’est la maison portative de la Louisiane, édifiée toute entière en bois de cyprès, de pin et de cèdre. De nombreux spécimens, dépouillés de tout luxe et notamment du péristyle grec qui précède la porte d’entrée, ont été expédiés en Californie. Elle se compose d’une
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- seule pièce ayant une porte d’entrée, et, au fond et sur chaque face latérale, une fenêtre à coulisse. Toutes les parties sont assemblées à tenons et mortaises, et fixées par des vis à bois. Les fermes de la toiture, très-légèrement construites, sont emportées tout assemblées. Le toit est formé de planches avec, couvre-joints. Ces maisons ou grandes cabanes mobiles se vendent de deux à trois mille francs.
- La boulangerie américaine du parc représente également un type de maison portative, ou cottage américain. L’entrée, placée dans un avant-corps, ouvre sous un vestibule de chaque côté duquel est ordinairement disposée une vérenda. Simple, rez-de-chaussée à l’Exposition, quelquefois ce genre de maison comporte un étage. Elle est entièrement en bois ; l’ossature est formée de poteaux verticaux réunis par des planches placées horizontalement.
- Les maisons de ce genre sont ordinairement partagées en quatre pièces. Les fenêtres sont toujours composées de panneaux à coulisse. — Quelquefois la maison repose sur un socle en maçonnerie ; mais généralement elle est assise sur des poutres. Le toit, assez plat, est fait en planches recouvertes de planchettes de chêne imbriquées comme des tuiles, et fait très-peu saillie sur le nu des murailles. Ces constructions très-primitives n’ont aucune ornementation.
- La maison des fermiers de l’Ouest dénote déjà plus d’aisance.. Montée également sur des supports en bois ou en pierre, elle est entourée sur tout son pourtour d’une galerie qui forme terrasse pour l’étage supérieur, sauf au-dessus de la cuisine, toujours placée en saillie sur la façade postérieure.
- C’est un bâtiment de forme parallélogrammique, avec avant-corps sur la façade principale. La galerie consiste en une simple terrasse portée sur des piliers carrés en bois. Les murailles se composent de voliges revêtues de clains à recouvrement ; à l’intérieur, elles sont lattées et reçoivent une tenture en papier ou un crépi de chaux. Le rez-de-chaussée comporte un vestibule qui conduit à la cuisine et sert de cage à l’escalier,
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- et trois pièces. L’étage renferme également trois pièces : toutes les fenêtres sont composées de panneaux à coulisse.
- Cette maison qui est une habitation de fermiers de l’Ouest de troisième classe, est complètement séparée des dépendances de la ferme. Elle est quelquefois mobile; mais le plus souvent établie d’une manière fixe. Elle peut coûter environ 12,000 fr. Son caractère est déjà plus accentué que les habitations primitives dont nous avons parlé plus haut; elle se rapproche en bien des points de la forme des chalets. Sa galerie, qui remplace les balcons et perrons couverts par la saillie des toits, est sa principale ornementation et tout son luxe.
- Dans l’exposition anglaise, nous devons distinguer le cottage élevé parles soins de la commission britannique, et les différentes constructions de la Société biblique.
- Le cottage anglais avait été projeté pour représenter une de ces maisons, si nombreuses à proximité des grands centres industriels, où les négociants viennent se reposer, au milieu de la famille, des travaux et des soucis d’une journée laborieuse. Mais le projet n’a pas été exécuté ; le but n’a pas été atteint. Ce n’est pour ainsi dire qu’une carte d’échantillons de tuiles pour couvertures, de briques, de carreaux émaillés, degalan-dagesde diverses espèces, de décorations murales, sans suite, sans ensemble. Ce n’est ni un monument ni un type. Nous n’avons pas à nous y arrêter.
- Les bâtiments construits par la Société biblique d’Angleterre comprennent :
- 1° Une salle d’exposition;
- 2° Une salle des missions;
- 3° Une salle de conférence ou temple ;
- 4° Deux kiosques.
- La salle d’exposition n’a pas de caractère architectonique bien défini. Ce n’est ni une reproduction ni un type. Il en est de même de la salle des missions et des kiosques. Nous signalerons seulement quelques innovations dont il y a lieu de féli-
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- citer l’architecte, et qui peuvent recevoir d’utiles applications. Dans la salle d’exposition, il n’y a pas de jours pris dans la toiture, jours qui sont la source de graves inconvénients et souvent d’avaries ; mais ils sont nombreux, placés haut et tout autour du bâtiment, de manière à laisser toutes les parois libres pour établir des vitrines, tout en fournissant une lumière abondante et très-également répartie. Il est fâcheux que cette même disposition n’ait pas été appliquée à la salle des missions, ou salle des antiquités hébraiques ; la distribution intérieure y mettait peut-être obstacle.
- Le kiosque de l’imprimerie est d’une forme très-heureuse. Le dôme qui le surmonte a été intelligemment utilisé comme magasin et pourrait môme être employé comme logement d’un gardien de nuit. Le kiosque de la société biblique, également couronné par un dôme, et décoré d’un toit très-saillant, soutenu par des colonncltes en fer, formant galerie, est d’un très bon modèle.
- L’ornementation de ces salles et kiosques est étudiée avec goût et exécutée avec une louable sobriété.
- De toutes les religions, le protestantisme seul n’a pas d’ar-cliitecture spéciale, soit par dédain, soit par impuissance. Cependant, le temple ou salle des conférences élevé au Champ de Mars peut être regardé comme est un type de construction à établir dans les localités peu importantes, et il nous paraît assez heureusement combiné et exécuté, sauf quelques détails de décoration polychrome dont l’architecte n’était pas maître à cause de la rapidité de l’exécution qui nécessitait une certaine latitude laissée aux entrepreneurs.
- Le temple est un grand bâtiment rectangulaire, déeoré d’un fronton qui couvre le porche, et terminé à l’autre extrémité par une salle réservée ou sacristie, ayant une porte de dégagement indépendante du temple proprement dit, et deux jours élevés ne permettant pas de vues directes. Sur le fronton se trouve, au centre, une fenêtre géminée et de chaque côté une fenêtre simple. Ce grand fronton est placé sur deux plans
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- différents : le porche est sous une partie avancée qui domine un narthex bien détaché et coupe heureusement le grand mur de façade. Le mur du fond est percé d’une fenêtre circulaire ou œil-de-bœuf ; les faces latérales sont percées de cinq ouvertures, composées chacune d’une fenêtre géminée. Toutes ces fenêtres sont en plein cintre et de style roman, de même que l’œil-de-hœuf et le fronton du narthex.
- Le porche se trouve derrière la porte d’entrée et forme une sorte de tambour intérieur, surmonté d’une tribune.
- Sur les façades extérieures, les fenêtres géminées sont séparées par des colonnettes.
- En résumé, le style est simple et l’ornementation suffisante, quoique sévère, comme il convient aux églises du culte réformé. La seule partie un peu défectueuse est la face postérieure, où le petit bâtiment annexe qui forme sacristie, se rattache médiocrement aux angles saillants et disgracieux du grand tympan du fond. C’est un petit défaut que corrigera M. Lctrône dans les applications qu’il ne saurait manquer de faire de ce type heureusement créé dans toutes ses autres parties.
- Les constructions de la Prusse se composent d’une maison d’école qui est rentrée dans l’appréciation d’un Jury spécial, et d’une maison de garde, ou bâtiment de communs, occupée par le commissariat.
- Les constructions de cette nature sont ordinairement des dépendances des riches villas. Celle qui est au Champ de Mars est très-simple et sans ornementation. En Prusse, elles reçoivent une décoration souvent importante, soit par l’agencement des briques de différentes couleurs, soit par l’addition de bois découpés. Nous ne considérerons le spécimen placé sous nos yeux qu’au point de vue de la distribution qui est presque toujours la même, et que nous devons déclarer très-heureuse, sous cette réserve, d’avoir à sa disposition un espace suffisant.
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- Le plan de ce pavillon est en forme de T dont la barre transversale aurait une importance plus considérable que la queue. La porte, placée dans l’un des angles rentrants, permet de faire aboutir les quatre pièces (trois sur le bâtiment principal, une sur l’accessoire) , sur un seul vestibule de petite dimension.
- Ces constructions sont le plus souvent de simples rez-de-cbaussée. Quelquefois cependant ils reçoivent un étage.
- Si l’Autriche a dû établir pour abriter les nombreux et estimables produits de son exposition, quelques constructions importantes, sans style déterminé, elle a compris qu’elle devait, dans un certain nombre de spécimens particulièrement choisis, étudiés et exécutés , imprimer à son village un cachet national. C’était une obligation à laquelle elle a parfaitement satisfait dans les quatre constructions suivantes : maison de Bohémiens ; — de Hongrois ; — d’habitants de la Haute-Autriche ; — et de Tyroliens.
- La maison de Bohémiens est un bâtiment rectangulaire, toujours flanqué d’une très-petite bâtisse auxiliaire , qui n’a qu’une seule destination, le cabinet d’aisances. Le pignon principal est construit en maçonnerie ; toutes les autres murailles sont en bois, formées de poutres équarries superposées les unes aux autres , et légèrement espacées. En Gallicie , les intervalles sont remplis par des planchettes ; — en Bohême , par de la mousse. Le rez-de-chaussée contient une grande pièce et une cuisine ; la partie supérieure, en forme de grenier, sert pour les chambres. La couverture de la maison est faite en ardoises.
- La czarda ou maison de paysans hongrois est couverte en chaume. On y accède par un petit porche à ouverture cintrée, sous lequel se trouve une porte en bois de forme rectangulaire. Les murailles sont construites en galandage formé de bois et de mortier de terre , le tout entièrement recouvert de plâtre à l’extérieur. Le chaume de la toiture repose sur une
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- couche d’argile. Le logement se compose d’une petite et d’une grande chambre au rez-de-chaussée, couvertes par un grenier. Sous la maison règne une cave dont l’entrée , placée sur la façade postérieure, est abritée sous une galerie composée d’une toiture en chaume supportée par des piliers en bois. Les faces latérales sont terminées en pignons qui sont les parties les plus ornées. Les rampants des pignons et deux traverses horizontales sont en bois légèrement découpé au bord inférieur, et couvert de peintures. Les fenêtres sont rectangulaires, avec un large encadrement en plâtre.
- La maison de paysans de la Haute-Autriche est précédée d’un porche formé de trois arcs en plein cintre portés sur quatre piliers'en maçonnerie ; les murs sont construits en ga-Jandage. A l’étage, règne une galerie supportée par des consoles en bois des plus simples ; la balustrade ou balcon est en bois assez grossièrement découpé à jour. Le tout est couvert par le toit qui fait une saillie prononcée.
- Le rez-de-chaussée sert de cave et de magasin. L’étage est réservé aux logements; il est surmonté d’un grenier. A chaque extrémité, le pignon du toit est coupé en haut par une trompe; les rampants saillants du toit sont soutenus par des poteaux qui font partie du balcon de la galerie, qui se trouve fermée par des planches peu découpées, montant jusqu’aux rampants; mais sous la trompe, le pignon ouvre sur un balcon placé au-dessus de la galerie.
- Ces habitations d’une construction mixte de galandages ornés de bois découpés , ont un caractère très-tranché, très-nettement accusé , et sont uniformément répandues dans la Haute-Autriche.
- La maison de Tyroliens a des murailles entièrement construites en troncs d’arbres superposés horizontalement, système que nous allons retrouver appliqué en Suède, en Norwége et en Russie. Les trois pignons du toit lui donnent une apparence très-élégante. Les cloisons intérieures sont, comme les murailles , faites en troncs d’arbres. Les ouvertures, de forme
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- rectangulaire, sont garnies de petits carreaux en losange , réunis par des attaches de plomb , et prises dans un encadrement en bois très-peu découpé. La toiture est couverte en planchettes de bois imbriquées comme des tuiles.
- Des quatre constructions typiques du village autrichien que nous venons de citer , celle-ci est la plus gracieuse , et celle qui conserve le caractère le plus accentué.
- A quelle époque faut-il faire remonter l’architecture dont la Suède et la Norwége nous offrent les spécimens? Cette question est embarrassante. Car si le pavillon de la Norwége est une reproduction des habitations actuelles des Norwégiens , aussi exacte que le permettait sa destination) si nous trouvons ce même mode d’amoncellement des troncs d’arbres par rangées horizontales, employé encore en Russie et même en Autriche, nous voyons qu’en Dalécarlie, avant la jeunesse de Gustave Wasâ , il était déjà usité, et nous sommes naturellement entraînés à penser que si la nature essentiellement et promptement périssable des matériaux employés n’y avait mis obstacle, nous retrouverions, construites d’une façon analogue,les plus anciennes demeures de ces peuples qui arrachent aux forêts de sapin la place et les matériaux nécessaires à l’établissement de leurs retraites. Aussi, trouvons-nous des auteurs qui font remonter au xne siècle les premiers vestiges de cette architecture.
- La construction de la Norwége est un stabur ou annexe des maisons d’habitation, servant de garde-meubles ou de magasin pour les produits de l’industrie domestique. La construction est isolée du sol et repose sur des billes de bois de quarante à soixante centimètres de hauteur, destinées à la mettre à la fois à l’abri de l’humidité et des animaux rongeurs. Elle est tout entière faite de troncs d’arbres, équarris seulement sur les faces horizontales , superposés , croisés à angle droit aux extrémités, assemblés à mi-bois, et dont les abouts font saillie sur le nu des murailles. Au-dessus du rez-de-chaussée règne
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- une galerie posée sur des encorbellements formés aux angles par la saillie des poutres composant la paroi extérieure, et qui va graduellement en augmentant jusqu’à ce qu’elle ait atteint la largeur de la galerie ; et intermédiairement, par. de simples corbeaux en bois. La décoration de la balustrade consiste en rinceaux découpés, rappelant le style du xne siècle. L’escalier qui conduit à la galerie est extérieur ; il se trouve, de même que cellc-ci, couvert par la saillie du toit.
- Ordinairement, les jours ne sont pas pris, comme à l’Exposition, sur la toiture. C’est là une dérogation nécessitée par la condition de parfaitement éclairer tous les objets exposés, et de sc procurer une plus grande hauteur. Ils sont pris sous la galerie , ou simplement par la porte et par une fenêtre placée en face, et la chambre, intérieurement, doit être plafonnée et supporter un étage.
- Quand les staburs servent de magasins pour les produits alimentaires, la pièce du bas est plus élevée. On accède à l’étage supérieur par un escalier en échelle de meunier qui conduit à l’une des fenêtres.
- La construction de la Suède représente une maison qui a été habitée par G. Wasa , à Ornés , en Dalécarlie , où elle est religieusement conservée depuis 4309. Comme ensemble, elle présente quelques différences avec le stabur de la Norwège, et, moins ornée que lui, elle est plus caractérisée dans ses lignes générales et dans ses détails.
- Elle n’est pas isolée du sol, mais repose sur un socle en maçonnerie. Les troncs d’arbres qui en composent les murailles sont équarris; la galerie, qui règne seulement sur la façade principale est supportée par la saillie des poutres formant les parois extérieures et les murs de refend, étagées comme au stabur, et, dans les intervalles , par des corbeaux en bois. L’escalier qui conduit à cette galerie est tout extérieur , et renfermé dans un tambour saillant, demi-cylindrique, dont la paroi 'courbe est recouverte de plaquettes de
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- bois taillées en écailles et imbriquées. A l’étage, les parements de la galerie sont également revêtus de ces écailles de bois.
- Le rez-de-chaussée est très-bas ; il contient trois pièces , dont l’une, au Champ de Mars, renferme le spécimen d’une maison d’école, et celle du milieu est le passage qui conduit à la halle couverte qui sert d’annexe à l’exposition de Suède. Toutes les fenêtres sont garnies de petites vitres carrées, serties dans du plomb ; la toiture, en planches recouvertes d’écorce de bouleau, reçoit en outre un placage de terre et de gazon.
- Sous la galerie du premier étage est un couloir garni d’une balustrade en balcon , qui sert à la communication entre les diverses pièces. On ne trouve pas d’autre ornementation que l’imbrication des planchettes arrondies ; le style est simple et sévère; plus primitif que le style norwégien , il est aussi plus caractérisé.
- On rencontre en Russie des architectures bien différentes. Les anciens édifices, avec leurs coupoles et leurs dômes bulbeux ont un caractère byzantin ottoman auquel on ne peut se tromper ; c’est le style des édifices religieux. Les bâtiments civils, les palais, datent de la renaissance. Mais pour trouver une architecture vraiment nationale , il faut étudier les constructions en bois. Dans aucun autre pays le bois ne se présente ouvragé, fouillé, découpé d’une manière plus compliquée, et, il faut le dire, la richesse de l’ornementation l’emporte souvent sur son élégance.
- Toutes les constructions du parc sont en bois. Ce; sont d’ailleurs celles qui nous intéressent le plus au point de vue où nous nous sommes placés.
- L’isba est un spécimen très-exact, mais relativement sobre d’ornementation, des isbas de Russie, à Moska , Jeroslaff et Toulaw. Ordinairement tous les bois découpés sont peints ; les encadrements des fenêtres et les contrevents qui les garnissent le sont également. Les murailles sont entièrement construites en troncs d’arbres dégagés de leur écorce, assem-
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- iilés carrément à mi-bois aux extrémités , comme en Suède , en Norwège et dans quelques parties de l'Autriche; mais ces constructions ne sont pas élevées au-dessus du sol, le terrain étant beaucoup plus sec et les maisons moins exposées à l’invasion des animaux.
- Au rez-de-chaussée, qui est très-bas et n’est éclairé que par de très-petites fenêtres auxquelles la dénomination de lucarnes pourrait suffire, est placé le bétail, gros et petit; l’étage supérieur sert d’habitation. L’escalier est placé en dehors, sous un hangar qui couvre la grande porte d’entrée de la cour. L’habitation est composée de deux pièces, une grande et une petite ; l’intérieur est revêtu de planches dressées et rainées, très-fréquemment lavées et poncées au grès. Dans la pièce principale se trouve l’énorme poêle de faïence qui joue un si grand rôle dans la vie des Mougiks, et dans un angle , près de la fenêtre, se trouve le Coin ronge. C’est le sanctuaire où est )»lacée l’image de la Panaggia (la sainte Vierge); c’est la place de l’aîné de la famille. Il est ainsi désigné, parce que la Vierge et les images qui l’entourent sont ordinairement voilées d’un rideau rouge et blanc.
- Parallèlement à l’isba proprement dite, et séparé par le hangar qui couvre la porte d’entrée, se trouve le letnile, ou habitation d’été qui sert de magasin quand il n’est pas habité; c’est ordinairement le logement des nouveaux mariés. Il contient une seule pièce, un peu élevée au-dessus du sol et ornée d’une galerie extérieure, couverte par une marquise que supportent des colonnettes en bois, en forme de balustres , et posées sur des socles qui divisent la balustrade du balcon en plusieurs panneaux.
- L’ornementation en bois découpé des isbas est ordinairement exécutée par le propriétaire qui y déploie le plus grand luxe possible. Les crêtes des toits sont toutes fort ouvragées ; les rampants qui encadrent les pignons se retournent à la partie supérieure et sont découpés en têtes de cheval tournées l’une vers l’autre: c’est une tradition soigneusement conservée
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- et constamment appliquée , un cachet d’origine, un hommage aux anciens Scythes, les ancêtres des Russes. A leur extrémité inférieure, ces rampants sont prolongés au delà du toit, et cette partie est la plus découpée. Du faîtage, descend en outre verticalement une autre planche formant comme une clef pen-dante, également très-ouvragée. Les bords horizontaux de la toiture sont ornés de lambrequins ; enfin , tous les encadrements des fenêtres et tous les balcons qui sont distribués à profusion, sont ou sculptés ou découpés à jour de la manière la plus légère et la plus délicate.
- Outre le modèle d’isba du parc, la Russie, dans de précieux albums, a réuni des modèles d’architecture moderne qui subissent, suivant chaque climat, des variations très-bien définies.
- Dans les provinces du Nord, les isbas ont leurs soubassements en briques, et l’étage en troncs d’arbres ; le letnik n’est qu’un simple magasin ; les toitures sont en planches dressées. Autour de la cour se trouvent des hangars ou de petits pavillons couverts en planches non dressées, ou en chaume.
- Dans le centre, les constructions sont entièrement.faites en troncs d’arbres et couvertes en planches dressées. Le letnik reparaît, l’ornementation est plus abondante et plus riche. Sous les rampants de la toiture, les clefs pendantes sont plus nombreuses; on en voit, non-seulement à l’aplomb du faîtage, mais encore de toutes les pannes ; les hangars et dépendances sont couverts en chaume.
- Enfin, dans le Midi, les isbas sonten maçonnerie et reçoivent peu ou point de bois découpés. La couverture est en chaume sur tous les bâtiments. Quelquefois le rez-de-chaussée est entouré d’une vérenda, couverte par la saillie du toit qui est soutenue par des bois rustiques faisant office de poteaux.
- Les écuries russes représentent une architecture qui remonte au xyhr siècle, et est antérieure à Pierre Ier. La partie extérieure seule en caractérise le style.
- La crête du toit est très haute et formée d’un assemblage de
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- losanges découpés à jour et dentelés ; la toiture est faite de planches assemblées, garnies de couvre-joints et fait une saillie très-prononcée dont le bord inférieur est orné dè lambrequins.
- Les écuries se composent d’un pavillon central et de deux ailes. Le pavillon central est précédé d’un porche surmonté d’un étage, supporté par trois piliers en bois, dont aucun n’est placé aux angles ; ces angles se trouvent ainsi en porte-à-faux, et sont décorés de pendants en cul de lampe. Les portes et les fenêtres sont rectangulaires et presque carrées. Le fronton qui surmonte la saillie de la partie centrale est en bois, non revêtu de peinture, très-découpé et chargé de clefs pendantes ; les rampants de ce fronton sont prolongés au-dessus du faîtage, retournés et sculptés en tête de cheval, et prolongés également à la partie inférieur au-dessous du toit, également retournés et découpés sans forme déterminée. Sur les ailes, les fenêtres sont divisées en deux parties par un montant en bois sculpté, et simulent une fenêtre géminée dont la partie inférieure, presque carrée, est surmontée d’une imposte.Au-dessus, règne une rangée de fenêtres en mansardes, plus ornées encore que celles du rez-de-chaussée, et munies de rampants découpés, débordant et retournés comme ceux qui accompa-gnent la toiture des pignons.
- Les pignons qui terminent les ailes, sont surchargés d’ornementations. Les rampants sont non-seulement très-découpés, mais encore appuyés sur des espèces de consoles profilées d’une façon tourmentée. Les rampants, les consoles, les traverses, les clefs pendantes, forment, avec les balcons, un enchevêtrement difficile à décrire.
- La façade de l’entrée du palais est aussi un spécimen caractéristique des constructions en bois, et mérite d’être étudiée e Elle représente le type de l’ornementation intérieure des palais moscovites ; c’est une colonnade couronnée par des plates-bandes très-ouvragées et ornées d’une décoration polychrome.
- Les colonnettes ont la forme de vases ou de balustres posés
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- sur des piédestaux à trois étages. Elles supportent un tailloir carré, peint, et portant des ornements pendants en forme de sonnettes aux. quatre angles. Au-déssus est un chapiteau cubique à quatre faces découpées en consoles en S, à jour, dentelées, supportant chacune une sorte de tailloir double. Ce chapiteau reçoit une plate-bande surmontée d’une corniche en bois découpé, peinte à fond rouge, et d’une haute-frise à fond rouge, ornée d’un cordon découpé à la partie supérieure, et que couronne une petite crête très-légère et peu élevée.
- Les portes de cette colonnade ont des rampants très-découpés et sont garnies de clefs pendantes. La plate-bande est interrompue et relevée, laissant de chaque côté deux triangles dont la partie verticale supporte des consoles qui soutiennent un linteau en saillie servant de base à un fronton triangulaire. L’ornementation du bois ne saurait recevoir plus de développement, ni accorder davantage à la fantaisie.
- Comme le Maroc, la Russie a exposé des tentes. Nous avons remarqué parmi ces habitations des populations nomades, le ourassa ou habitation d’été des Iakouts. C’est une simple tenté de forme conique, composée de plaques d’écorce de bouleau cousues ensemble, et soutenues par de longues baguettes.
- À côté, est une yourta, habitation des Ivirchez nomades. C’est une tente en drap feutré, ornée de mosaïques de drap, garnie à la partie inférieure d’un treillage en bois. Tous les bâtons qui soutiennent la tente sont réunis par une couronne métallique. Au-dessus du treillage, jusqu’à hauteur d’homme, sont placées des étoffes de laine brodées. Le plafond est en feutre orné de mosaïques de drap ; le sol est couvert de tapis de feutre; près du sol, le grillage en bois est doublé de nattes de sparterie. L’ouverture de la tente est très-petite et très-basse. C’est la demeure rudimentaire de tribus nomades, dé-, corée d’une façon qui révèle une civilisation voisine développée jusqu’au luxe.
- Peut-être, à propos des constructions en bois, aurions-nous
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- dù parler des chalets suisses, dont les chalets de plaisance, luxueusement décorés de bois découpés, et si nombreux dans le parc du Champ de Mars, ne sont qu’un heureux développement; mais ce sujet particulier, rentrant dans les attributions de la classe 65, a dû être traité particulièrement par une plume plus autorisée et plus compétente que la nôtre.
- Quant aux halles couvertes et aux viaducs, c’est également aux rapporteurs de la classe 65 qu’il appartient d’apprécier les magnifiques spécimens exposés au Champ de Mars, le palais même de l’Exposition et le pont en tôle de fer et d’acier qui donne un accès direct du parc sur le bord de la Seine. Mais, nous ne devons pas résister à notre désir de payer un juste tribut d’éloges aux auteurs de ces deux constructions importantes, et tout particulièrement à M. l’ingénieur en chef Krantz, qui, dans le palais de l’Exposition, à su faire le sacrifice, toujours difficile à un architecte, de l’apparence monumentale , pour donner la plus heureuse et la plus complète solution à toutes les nécessités de convenance, d’ordre et de régularité indispensables à une exposition universelle. Le plus bel éloge qu’on puisse faire, c’est de constater que ce difficile résultat a été atteint pour la première fois.
- Si, franchissant l’enceinte de l’Exposition, et étendant le cercle de nos investigations, nous recherchons, parmi les différents styles d’architecture, quels sont ceux qui ont persévéré et sont adoptés pour les constructions modernes, nous n’en trouvons que deux, le style arabe et celui de la renaissance.
- Dans les contrées de l’Orient, une sorte de fusion s’est faite entre les genres de l’architecture arabe. Elle est encore appliquée, dans ses dispositions principales, pour les palais et les temples, en Afrique, à Tunis, au Maroc et en Egypte, dans la Turquie d’Asie et en Perse, Ce n’est que dans les constructions moins monumentales et réservées aux usages vulgaires, les caravansérails, les okels, qu’elle s’est ressentie de l’influence des systèmes de construction de l’Europe, mais sans
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- que cette influence ait réussi à en détruire le caractère.
- Dans les constructions usuelles, ou pour nous exprimer d’une manière plus précise, dans les constructions agricoles, les contrées du Nord et de l’Est, depuis leTyrol, la Bohême, et les différentes régions de la Russie, jusqu’à la Suède et la Norwége, ont conservé un style propre, très-pur et très-nettement défini. Le style des chalets particuliers à la Suisse et aux régions alpestres, a donné lieu à une élégante imitation qui est devenue bien plus une mode et une large issue ouverte à la fantaisie qu’une ordonnance de construction nettement réglée et déterminée. Mais partout ailleurs, en Europe, dans la Russie, et dans le nouveau monde, l’architecture la plus généralement adoptée est l’architecture de la renaissance.
- Éclectique dans son essence sinon dans son principe, fusionnant, suivant la fantaisie de l’artiste, les principes généraux de de l’architecture grecque avec les ornementations du st\le arabe et du style gothique, c’est bien celle qui nous paraît le mieux adaptée à la construction des maisons, des palais et des édifices publics. Partout où la division en étages est réelle et justement motivée, il est naturel qu’elle soit nettement accusée, et le développement des lignes horizontales est non-seulement admissible, mais encore imposé dans la décoration extérieure. Mais, s’il nous est permis d’exprimer une opinion personnelle, nous ne pensons pas que ce soit là le style le mieux approprié aux monuments religieux. Les grandes lignes verticales de l’architecture ogivale répondent bien mieux aux exigences architectoniques d’une église. Si l’église de Saint-Eustache, décorée dans le style de la renaissance, a conservé à l’intérieur un caractère éminemment religieux, c’est, comme nous l’avons déjà fait observer, que les seuls détails de l’ornementation sont grecs, et que l’ordonnance générale de l’édifice, sa distribution, sa disposition, la prédominence des lignes verticales, le rattachent au style gothique. Aussi, nous permettons-nous d’exprimer le regret que parmi les nombreuses églises que l’édilité parisienne a fait construire dans ces dernières
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- années, une seule peut-être ait été conçue et exécutée dans le style pur et sévère des xme et xive siècles, qui semble l’émanation, la traduction monumentale de la foi ardente de nos ancêtres.
- A notre époque, aucune création, aucune idée nouvelle ne s’est fait jour; mais on ne peut nier qu’un travail sérieux se prépare. Nous voyons les règles les plus strictes ouvertement violées. Dans un monument important, encore inachevé, mais qui a cependant soulevé d’aussi nombreuses critiques que de chaudes admirations, le nouveau théâtre de l’Opéra, un architecte rempli de talent et de hardiesse n’a pas craint de superposer un fronton à des dômes, et de couronner par les lignes imposantes de l’architecture grecque la plus accentuée une base de style renaissance décorée dans le goût florentin le plus recherché. Ainsi, les entraves de la règle sont brisées, les prescriptions rigoureuses de la subordination des ordres et des styles sont rejetées. Que va-t-il sortir de tous ces efforts? Devons-nous y voir le présage de l’enfantement d’un style nouveau? C’est ce que le temps nous révélera. De plus, il faut tenir compte de l’introduction d’un nouvel élément, le fer, parmi nos matériaux de construction ; il y a dans ce seul fait une cause suffisante non-seulement de modifications profondes, mais encore de révélation d’une école d’architecture entièrement nouvelle.
- Quoi qu’il en soit, félicitons-nous de l’occasion qui nous a été offerte d’arrêter nos regards charmés sur les spécimens d’architecture de tous les temps et de tous les pays, que l’Exposition universelle a réunis au Champ de Mars et livrés à la curiosité des visiteurs et à l’étude des artistes. La comparaison de ces différents types, de styles divers, a dû donner lieu à des investigations et à un travail sérieux qui porteront leurs fruits.
- Ce rapport serait incomplet s’il n’exprimait les éloges très-légitimement dus aux commissaires et architectes dont le zèle et le talent ont créé les édifices qui font l’objet de cette étude
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- et qui ont été l’un des charmes les plus attrayants du parc du Champ de Mars.
- L’Égypte doit son succès aux études approfondies de M. Mariette-Bey, à la direction laborieuse et persévérante de M. Charles-Edmond Clioieçky, au talent de M. Brevet, architecte. Ajoutons que M. Abdallah-Sadik, adjudant-major du vice-roi, mérite des éloges pour l’habile installation des travailleurs de l’okel, et le service si bien dirigé et si hospitalier du café égyptien.
- La régence de Tunis, le Maroc, le Japon, la Chine et le royaume de Siam, ont confié la construction de leurs édifices à la direction de M. le baron Jules de Lesseps, et à l’habilité de M. Chapon, architecte, dont les efforts ont été couronnés d’un succès généralement proclamé.
- La Piussie n’a pas fait un choix moins judicieux ni moins heureux dans la personne de M. de Grogorovvitch et de M. Paul Bénard, architecte.
- Nous avons dit déjà quels ont été les travaux de M. dePar-villé, architecte de l’empire ottoman, et les éloges que lui a valus la construction du pavillon du Bosphore.
- Nous citerons encore pour le spécimen des catacombes ro-
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- maines construit par les Etats Pontificaux, M. le vicomte de Chousy et M. Daumet, architecte.
- Pour le pavillon du Portugal, M. RumpeJmayer, architecte. ,
- Pour la Roumanie, M. Baudry, architecte.
- Pour l’Espagne, M. de Echeverria.
- Pour la Suède et la Norwége, MM. deFahnehjelm et Chris-tiensen, et M. Cedergren, architecte.
- Pour l’Autriche, MM. Weber et Gruska.
- Nous ne devons pas oublier le pavillon de M. Diébitch, qui dénote des études sérieuses et un mérite réel.
- Nous rappellerons aussi les noms de MM. Brien et Letrône, qui ont mis leur talent, l’un à la disposition des constructeurs
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- de la chapelle catholique française, l’autre de la Société évangélique du culte réformé.
- Enfin, nous devons mentionner le palais même de l’Exposition, qui est bien réellement le plus grand succès obtenu, succès d’invention, de création moderne, et succès d’exécution.
- Ces efforts individuels concentrés au Champ de Mars pour y représenter, par des constructions remarquables à bien des points de vue, l’histoire de l’art monumental, sont à la fois une preuve irréfutable de l’intérêt qui s’attache à cette science et du mérite des architectes de notre époque, et une promesse pour l’avenir. Toute étude sérieuse, tout travail courageusement entrepris, doivent enfanter un progrès.
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- INSTITUÉ EN FAVEUR DES ÉTABLISSEMENTS ET DES LOCALITÉS QUI ONT DÉVELOPPÉ LA BONNE HARMONIE ENTRE LES PERSONNES COOPÉRANT AUX MÊMES TRAVAUX, 1
- ET QUI ONT ASSURÉ AUX OUVRIERS LE BIEN - ÊTRE MATÉRIEL, INTELLECTUEL ET MORAL.
- RAPPORT
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- M. Ai-ïke» LE ROUX
- VICE-PRÉSIDENT DD COUPS LÉGISLATIF, MEMBRE DE LA COMMISSION IMPÉRIALE
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- PRÉSIDENTS.
- S. Exc. M. Rouher, ministre d’État, vice-président de la Commission impériale. — France.
- S. Exc. M. de Forcade Fa Roquette, ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, vice-présideut de la Commission impériale. — France.
- S. Exc. M. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts, vice-président de la Commission impériale. — France.
- MEMBRES.
- S. Exc. BI. Magne, ministre des finances, sénateur. — France.
- S. Exc. Mgr Darboy, archevêque de Paris, grand aumônier de l’Empereur, sénateur. — France.
- S. Exc. M. Selmcider, président du Corps législatif. — France.
- MM. Alfred Le Roux, vice-président du Corps législatif. — France.
- Paulin Talabot, député au Corps législatif. — France.
- F. Fc Play, sénateur, commissaire général de l’Exposition universelle de 1867. — France.
- Ch. Faider, membre de l’Académie royale des sciences, lettres et beaux-arts de Belgique, ancien ministre de la Justice, premier avocat général à la Cour de cassation de Bruxelles. — Pays-Bas et Belgique.
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- MM. Herzog, conseiller intime au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Travaux publics à Berlin, commissaire général de la Confédération du Nord de l’Allemagne. — Prusse et États du nord de l’Allemagne.
- De Steinbeis, président du Conseil royal du commerce et de l’industrie à Stultgard, commissaire général du Wurttemberg. — Hesse, Bade, WüRTTEMBERG ET BAVIÈRE.
- Le chevalier de Schaeffer, conseiller aulique, commissaire général de l’empire d’Autriche. — Autriche.
- J.-J. Dubochet, vice-président de la Société helvétique de bienfaisance, président du Comité exécutif de l’Asile suisse des Vieillards, à Paris. — Confédération suisse.
- Le comte d’Avila, pair du royaume de Portugal, ministre de S. M. le roi de Portugal, à Madrid, commissaire général du Portugal. — Portugal et Grèce.
- Le comte de Moriana, marquis de Cilleruelo, vice-commissaire royal d’Espagne. — Espagne.
- Le docteur Charles Dickson, membre du Stortliing de Norvège. — Danemark, Suède et Norvège.
- Suppléant : De Fahnehjelm, chambellan au service de S. M. le roi de Suède et de Norvège, commissaire de la Suède.
- V. de Porochinc, professeur d’économie politique. — Russie.
- Le chevalier Marco Miiaghetti, député au Parlement italien, ancien président du Conseil des ministres d’Italie, membre correspondant de l’Institut de France. — Italie.
- S. Exc. Djemil Pacha, ambassadeur de Turquie à Paris. — Principautés roumaines, Turquie, Égypte, Perse, Tunis et Maroc.
- Moukafouyama Hayatochau, plénipotentiaire du Taïcoun du Japon. — Japon, Chine et Siam.
- Charles Perkins. — États-Unis d’Amérique.
- Le baron du Penedo, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. l’Empereur du Brésil à Londres, président de la Commission brésilienne. — Amérique centrale et méridionale.
- SECRÉTAIRES.
- JIM. De Chancourtols, ingénieur en chef et professeur à l’École impériale des mines, secrétaire de la Commission impériale.
- E. Cumeage, ingénieur au Corps impérial des mines, secrétaire adjoint de la Commission impériale.
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- SECRÉTAIRES DES ENQUÊTES.
- MM. Léon Donnât, ingénieur des mines, secrétaire de la Société internationale d’économie sociale, chef de service près la Commission impériale.
- Frédéric Monnier, maître des requêtes au Conseil d’État, chef de service près la Commission impériale.
- L. Leféburc, auditeur au Conseil d’État, membre du Conseil général du Haut-Rhin.
- Adjoint : Albert Mathieu.
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- Si l’Exposition Universelle de 1867 dépasse par ses splendeurs toutes celles qui l’ont précédée, elle ne se distingue pas moins par la création du nouvel ordre de récompenses, dont l’initiative est due à la Commission Impériale. Elle n’a fait du reste que suivre le sillon déjà tracé par le gouvernement de l’Empereur et se conformer aux principes qui ont dicté tant d’actes émanés de lui. Il est donc juste de lui en faire partager l’honneur.
- C’est la première fois que, après avoir mis en lumière les mérites de la production et couronné les merveilles de l’agriculture et de l’industrie, une commission d’exposition a voulu rechercher si le bien-être moral, intellectuel et matériel de tous les coopérateurs avait marché du même pas, et si le
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- magnifique développement des progrès pratiques de notre temps avait pour base solide l’amélioration des conditions d’existence, l’élévation des intelligences et l’harmonie entre les patrons et les ouvriers.
- Tel est, en effet, le programme proposé par la Commission et adopté par le décret du 9 juin 1866. Son énonciation seule en révèle l’importance et la difficulté.
- Le titre IV du règlement sur les récompenses porte :
- Art. 30. — Un ordre distinct de récompenses est créé en faveur des personnes, des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, ont développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et ont assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel.
- C’est là, il ne faut pas s’y tromper, se placer résolûment en face d’un des plus sérieux et des plus redoutables problèmes des sociétés modernes. Le moment, d’ailleurs, est bien choisi. La grande expansion de l’industrie date du commencement de ce siècle. Tl est sage de faire halte, pour ainsi dire, à son milieu, et de préparer, par un coup d’œil jeté sur le présent, la prévoyance de l’avenir.
- L’esprit d’association est assurément un des caractères distinctifs de notre époque. Il prend naturel-
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- lement sa source dans l’extension des besoins de populations nombreuses, prospères et civilisées. De là les accumulations de capitaux, les agglomérations de personnes, les grands centres industriels, une transformation véritable de certaines localités, l’augmentation de l’élément urbain, et souvent aussi son transport dans les campagnes. Une profonde modification des mœurs et des conditions sociales devait en résulter, et beaucoup d’esprits s’en sont préoccupés comme d’une perturbation dangereuse, menaçante pour les vertus domestiques, la morale et l’ordre de la société.
- Pour eux, à côté du progrès, se placent, en en corrompant les bases, tous les inconvénients qui résultent de cette vie en commun dans les manufactures où les âges et les sexes sont mêlés, où les vices et les misères qu’ils traînent après eux se développent si facilement, où les influences mauvaises ont plus aisément prise que les bonnes inspirations.
- Comment, disent-ils, en serait-il autrement, lorsque les hommes quittent, pour vivre dans ces grands foyers, leur pays natal, leurs traditions, leurs habitudes ; quand le lien de la famille est rompu par cette vie dévorante de l’usine qui prend la jeune fille, la mère de famille, et n’épargne même pas l’enfant? Le travail absorbe les forces et les intelligences; l’instruction n’ouvre pas les esprits; les faibles lueurs de la religion vacillent et s’éteignent, et en même temps s’allument les passions, s’encouragent les vices et se propagent les misères. Viennent alors la haine
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- et la division ; elles trouveront un terrain tout prêt à recevoir leurs fatales semences: le désordre et l’anarchie n’auront qu’un mot à dire. Que sera-ce si, à ces germes funestes, s’ajoutent la réduction des salaires, les souffrances du chômage, le contre-coup des crises politiques ou industrielles, les récoltes mauvaises?
- Tel est le langage de ceux qui, portés à voir de préférence le mauvais côté des choses et à en déduire les tristes conséquences, ferment les yeux aux nécessités de leur époque, aux bienfaits de rabaissement des prix et au développement de richesse, de bien-être et d’influence que ces utiles évolutions sociales assurent à leur pays. Et ils ajoutent :
- Point de devoirs réciproques, point de liens entre les patrons et les ouvriers, excepté l’intérêt des uns et le besoin des autres; tout au moins l’indifférence, souvent l’envie d’un côté et le dédain de l’autre. Tels sont les fruits amers et inévitables du progrès ; c’est à cette dure condition qu’il s’acquiert et se maintient, et comme on ne peut en méconnaître les avantages, il faut en accepter le côté fatal et s’efforcer seulement d’atténuer le mal, sans espérer le guérir, car il résulte de l’essence même des choses.
- Si ces ombres étaient le tableau tout entier, il faudrait détourner les regards et tirer le rideau d’une main impuissante et désespérée.
- Mais il n’en est rien, heureusement ; et si la condition humaine entraîne la présence du mal à côté du
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- bien, le libre arbitre peut en modifier virilement les proportions.
- Sans doute, la grande et féconde révolution économique qui s’est accomplie a apporté à la fois ses bienfaits et ses misères ; mais la somme des uns est tellement supérieure à celle des autres qu’il n’est même pas nécessaire d’en justifier l’assertion. D’ailleurs, les conséquences des agglomérations nombreuses ont beaucoup varié suivant les centres où elles se sont produites, le but de l’entreprise, sa direction et la sagesse de son développement. Partout en effet, où, au lieu de créer des centres artificiels et de provoquer le brusque rassemblement d’hommes de mœurs différentes, on a cherché à adapter le travail aux habitudes de la population, à la nature des hommes, à l’indication des lieux, on a évité ou singulièrement diminué les maux signalés
- tout à l’heure. Les centres ruraux échappent aussi à beaucoup des inconvénients qu’engendre naturellement le milieu des villes. Mais ce ne serait pas être dans le vrai que de se contenter de ces atténuations partielles. Le difficile problème de concilier le progrès industriel, commercial, agricole , avec celui de la morale, de l’instruction et du bien-être, demeure entier et se pose devant la réflexion humaine.
- Il faut donc, après avoir décrit le mal, rechercher
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- ce qui a été tenté pour le bien, et quel succès, a couronné l’effort.
- Ici commence l’œuvre du Jury spécial, œuvre
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- délicate, car pour la rendre utile, il devait éviter les illusions, les chimères et les utopies. La suite de ce Rapport démontrera par quels chemins certains on est arrivé à la constatation des vérités les.plus consolantes et à la conviction qu’il n’y a pas un des maux dont le régime manufacturier peut être la source qui ne trouve sa prévention, son palliatif ou sa suppression dans les mesures que conseille autant l’intérêt privé que le désir du bien.
- C’est ainsi que, à travers des mœurs et des nationalités différentes, se sont produites ou conservées des institutions de toutes sortes destinées à combattre l’ennemi commun : le vice et la misère ! À l’imprévoyance, au dénùment s’opposent les caisses d’épargne, de retraites, les subventions de toutes sortes, les primes, tendant à rehausser le salaire et la condition de l’ouvrier ; au besoin d’instruction répondent des créations d’écoles, de cours, de bibliothèques, de cercles même, où le repos du soir s’utilise en se distrayant. La religion conserve et étend son empire bienfaisant, le niveau de la moralité s’élève, les naissances illégitimes diminuent, et même parfois disparaissent tout à fait. Le travail agricole se mêle au travail manufacturier, et répond à ce besoin de propriété qui est inhérent au cœur de l’homme et l’attache au plus humble foyer.
- Grâce aux encouragements et aux sacrifices des patrons, l’habitation temporaire fait place à l’habitation permanente ; la famille s’y constitue plus étroitement. Des ateliers séparés, des surveillances tuté-
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- laires attestent le respect dû au caractère cle la jeune fille, en même temps que des travaux donnés à domicile ou des occupations compatibles avec les soins du ménage témoignent de la sollicitude pour la mère de famille.
- Enfin, du milieu de cet ensemble d’activité, de prévoyance et de moralisation, s’élève, comme sa récompense légitime, le bien-être de tous. Des liens étroits unissent les patrons et les ouvriers, et ce n’est pas un des traits les moins touchants de ce tableau que la présence des femmes ou des filles du chef industriel, soit dans les classes destinées aux jeunes filles, soit au foyer domestique, où elles enseignent à la ménagère l’ordre et l’économie. Les crises de l’industrie, les troubles du dehors peuvent venir : — l’union résiste aux mauvais conseils et les désordres du temps ne font que rendre plus éclatants les témoignages d’affection réciproques qui s’échangent entre les coopérateurs de tout rang.
- Si ce tableau paraît flatté, l’examen des mérites énumérés dans les dossiers des 12 prix décernés, des 24 mentions honorables et des citations qui vont suivre, prouvera qu’il est au contraire trop rapidement et trop incomplètement tracé. Mais il fallait résumer les traits principaux, épars dans plus de 600 dossiers, soumis à l’appréciation du Jury International ; il fallait, à notre époque si pressée et si occupée, présenter le faisceau de tant d’efforts louables et d’améliorations obtenues. Quel que soit le centre, agricole ou industriel, quelle que soit la contrée,
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- quel que soit le moyen, emprunté à la conservation d’usages traditionnels ou à la création généreuse de nouvelles institutions, le but et le résultat sont les mêmes; c’est la tendance au bien, récompensée par le succès.
- Assurément, il reste beaucoup à faire, et, dans cette grande enquête ouverte au monde entier, il ne s’est pas trouvé place pour ce prix suprême, qui eût représenté un de ces ensembles qui touchent à la perfection. Mais partout des éléments excellents se sont révélés : partout, le Jury a pu relever des mérites éminents et les proposer pour modèles. Partout, enfin, il a pu, laissant de côté les théories, la discussion des méthodes, et en s’appuyant seulement sur les faits, constater que le progrès moral, intellectuel et matériel a marché de pair avec le progrès agricole et industriel. Il est donc permis de tirer du présent la consolante pensée que le bien commencé ne s’arrêtera pas, et que, s’il a plusieurs formes, il n’a que trois bases immuables : la religion, la morale et l’instruction.
- Mettre en évidence ces vérités que les faits rendent incontestables, les faire passer de plus en plus dans le domaine de la réalité, c’est concourir à asseoir le monde industriel et les sociétés modernes sur des fondations indestructibles ; c’est aussi contribuer à leur prospérité ; car, par une coïncidence admirable et féconde en encouragements, cette prospérité est la conséquence immédiate de la moralisation. Telle est l’œuvre poursuivie par le Jury. Là s’arrête sa tâche
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- en ce moment, mais il peut souhaiter son agrandissement et prévoir, dès à présent, le jour où l’harmonie entre patrons et ouvriers, gagnant de proche en proche, ne sera plus partielle, mais générale, et deviendra la base la plus sure de ce grand bienfait qui s’appelle la paix publique.
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- Les termes du Rapport qui accompagne le décret instituant le nouvel ordre de récompenses traçaient une marche précise aux travaux du Jury. U devait, « écartant de ses appréciations tout système préconçu, baser uniquement ses décisions sur des faits avérés ». Il n’avait donc pas à discuter les causes de l'harmonie et du bien-être, à en rechercher et à en débattre les principes ; sa mission se bornait à en constater la présence et à en signaler les traits principaux dans les candidatures dont il serait saisi.
- Fidèle à ces indications, le Jury s’est fait un devoir d’éloigner absolument de ses délibérations les questions de doctrine pour ramener constamment ses recherches au simple examen des faits; il a ainsi trouvé une base solide qui a rendu son travail relativement facile. Grâce à cette règle il a pu, bien que composé de membres appartenant à toutes les nationalités et à toutes les opinions, terminer en six mois l’examen minutieux -de plus de six cents dossiers, en faire le classement méthodique, sans qu’il s’élevât dans son sein aucune divergence importante ni d’autres débats que ceux dont les évaluations de faits sont en toute matière susceptibles.
- Dès sa première session, ouverte le 1er décembre 1866, le Jury fut conduit à reconnaître par un examen d’ensemble que les candidatures les plus importantes offraient entre elles de nombreuses analogies. Une grande partie des faits allégués
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- dans les unes comme gages d’harmonie et de bien-être se retrouvaient dans les autres à des degrés divers, sans doute, mais avec des caractères semblables, quelle que fût d’ailleurs la nationalité ou la région.
- En étudiant de plus près ces traits communs, le Jury reconnut qu’ils se trouvaient en général dans un rapport direct avec l’état d’harmonie et de bien-être; que les uns en dérivaient toujours nécessairement; que les autres en étaient les effets naturels dans certaines circonstances données ; que, dès lors, ils pouvaient, avec une autorité légitime, servir de points de repère dans le classement que le Jury avait à établir et de termes précis de comparaison. C’est ainsi que la longue durée du séjour des ouvriers chez le même patron, durée facilement appréciable et comparable au moyen* de tableaux nominatifs produits par les chefs d’établissements, parut un indice manifeste de l’existence des bons rapports. Partout, en effet, où l’harmonie se trouble, des renvois ou des départs se produisent; leur proportion s’élève en même temps que se •manifestent l’antagonisme et l’instabilité.
- De même on estima que la présence d’un chiffre d’épargnes relativement considérables et propres aux ouvriers marquait avec certitude un état de bien-être. La constitution d’une réserve implique en effet que les besoins de ceux qui la forment ont été satisfaits dans la mesure de leurs convenances, en même temps qu’elle atteste le développement moral nécessaire à la modération des désirs.
- Une commission chargée de recueillir dans les dossiers les caractères propres à constituer les éléments d’un classement méthodique de toutes les candidatures proposa de répartir les différents mérites qui s’imposèrent à son attention en douze classes distinctes, réservant une treizième catégorie aux mérites spéciaux et exceptionnels.
- Un cadre adopté, conformément à ces indications, pour servir à l’instruction uniforme des demandes, et divisé en 13 titres, fut communiqué aux candidats, invités à produire sur
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- MODE n’iXSTUVGTION DES DEMANDES. SIS
- chaque point les informations complémentaires et les pièces justificatives qu’ils jugeraient utiles.
- Une rapide analyse de chacun des titres fera connaître les détails du programme précisés par le Jury. ;
- Sous la dénomination, commune d'Institutions remédiant à l'imprévoyance et au dénûment, une place a été d’abord attribuée aux caisses et aux sociétés de secours. Dues tantôt à la sollicitude du patron, tantôt aux efforts d’associés s’imposant une épargne collective, ces institutions viennent en aide h l’ouvrier dans les cas d’accident ou de maladie ; elles lui constituent quelquefois une retraite dans les cas d’infirmités ou dans sa vieillesse; elles réservent une pension à sa veuve et à ses orphelins. Leur intervention protectrice assure ainsi au travailleur un bien-être relatif, en le mettant à l’abri de circonstances contre lesquelles il ne sait ou ne peut assez se prémunir par lui-même.
- A côté des institutions dirigées contre l’imprévoyance et le dénûment se placent les efforts poursuivis en vue de remédier au vice. La répression de l’ivrognerie au moyen dérèglements ou par l’organision de sociétés spéciales, l’éloignement et la surveillance des cabarets, la suppression des chômages du lundi et des occasions de désordre, les mesures tendant à conjiw rer le concubinage, le choix vigilant des contre-maîtres, le? bons exemples et l’action personnelle des patrons, les primes destinées à encourager la bonne tenue des habitations-, viennent prendre naturellement place dans cette catégorie: Indépendamment de leur valeur morale, ces pratiques concourent directement au bien-être de l’ouvrier en arrêtant les dépenses stériles, en réagissant contre les excès dans lesquels se consument si souvent ses meilleures ressources ; elles favorisent en même temps l’harmonie des rapports en écartant les occasions de débats et de violences qui, de la vie privée, s’étendent fréquemment à celle de l’atelier. Un second chai-, pitre leur a donc été ouvert, sous le titre général d'institutions remédiant au vice. ,
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- A un rang non moins élevé, mais dans une classe distincte, le Jury a marqué la place des Institutions améliorant Y état intellectuel et moral de l’ouvrier, telles que : soins donnés à l’instruction religieuse et au culte, aux écoles, aux cours d’adultes, au patronage des apprentis ; organisation de bibliothèques, de salles de lecture; divertissements honnêtes fournis aux ouvriers; sociétés de musique et de gymnastique. Ces institutions exercent, sous une forme préventive, une influence qui n’est pas moins bienfaisante ; elles fortifient les bons rapports en créant des relations entre le patron et l’ouvrier en dehors de l’atelier et èn les rapprochant autour des intérêts les plus élevés.
- Abordant la question vitale du travail et des salaires, le chapitre IV distingua les organisations qui mettent en jeu la personnalité de l’ouvrier, stimulent son initiative et sa perspicacité, provoquent son énergie et sa persévérance. Telles sont les rétributions à la tâche, accompagnées souvent de gratifications et de primes. Tel est surtout le système de l’entreprise, développé, dans certains cas, jusqu’à assimiler presque la Situation de l’ouvrier à celle du maître. Les combinaisons qiii accroissent les salaires avec la durée des services, qui font participer l’ouvrier aux produits de son atelier spécial, ou même aux bénéfices généraux de l’usine, ont été classées dans le même chapitre* sous la dénomination d'Organisations de travaux et de salaires tendant à élever la condition de l’ouvrier.
- Le système dès subventions est spécialement approprié à l’ouvrier aüquel manquent encore la perspicacité et l’énergie nécessaires pour se constituer par lui-même une situation meilleure. Elles élèvent son bien-être, en lui apportant en dehors de son salaire des recettes permanentes, et développent les habitudes de stabilité; l’harmonie locale se fortifie sous leur influence par la tradition des bons offices. Avances dfàrgerit faites aux ouvriers pour leur faciliter l’achat ou la construction de leur habitation, l’acquisition de terres et de
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- bestiaux, ou leur permettre de s’exonérer du service militaire; logements avec dépendances rurales, lou$s. à des conditions avantageuses ou fournis gratuitement, ainsi que le chauffage; fourneaux économiques; denrées alimentaires en blé, pommes de terre, riz, etc.; objets d’habillement, vendus.à prix réduits; assurances contre l’incendie du mobilier des ouvriers, tels ont été les faits principaux indiqués dans le cinquième chapitre.
- Les ressources que l’ouvrier se réserve à lui-même constituent toutefois un élément non moins solide et une preuve plus concluante encore de l’existence du bien-être. Une place distincte a donc été réservée aux habitudes d’épargne attestées, soit par le chiffre des dépôts dans les caisses de l’usine ou de la localité, soit par le chiffre des, acquisitions foncières faites par les ouvriers, ou par celui des achats de. valeurs mobilières.
- D’autres traits ont pris place ensuite comme gages d’un état social d’harmonie.
- C’est d’abord l’absence de grèves et de,débats, la conserva.-tion d’une complète entente, la continuation du travail au milieu même des agitations locales et des troubles politiques, l’institution de comités destinés à prévenir et à trancher les difficultés intérieures. Ces divers mérites ont été réunis en un septième chapitre, sous la rubrique : Harmonie epitre les personnes coopérant aux mêmes travaux. -, ,
- Vient ensuite la permanence des rapports, indice non moins frappant de bien-être et d’entente, et qui se manifeste .tantôt par rattachement traditionnel des ouvriers envers rétablissement, par la succession dans la même usine de, plusieurs générations de patrons ou d’ouvriers, tantôt par,l’existence de relations individuelles et prolongées entre le maître, et,.l’ouvrier, ou entre les ouvriers associés, lorsqu'il.s’agit de sociétés coopératives; /<{,. f.
- L’alliance des travaux agricoles^ et n^anufactigrie^s est, à son tour, apparue comme le trait le .plus habituelrd’une^sitqa
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- tion saine. Cette alliance, qui commence lorsque les ouvrier» des manufactures cultivent des jardins ou exploitent des terres, trouve une occasion favorable de développement dans l’iinion d’un vaste établissement industriel et d’un domaine agricole exploité par le patron et les ouvriers, et prend enfin sa forme complète dans le cas assez rare où des ouvriers agriculteurs exploitent en môme temps les industries manufacturières.
- Trois dernières circonstances ont semblé constituer les
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- signes distinctifs d’un état supérieur et véritablement modèle. L’une, signalée dans le chapitre X, est celle où l’ouvrier est propriétaire de son habitation. Une jouissance permanente au moyen d’un .système de location traditionnelle a paru tenir plus ou moins lieu de possession dans certains régimes donnés. Les faits relatifs à la construction d’habitations pour les ouvriers, les systèmes de libération par annuités ont pris naturellement rang dans ce chapitre.
- La seconde circonstance est le respect accordé au caractère de la jeune fille. Rien n’atteste un développement plus complet des sentiments d’ordre et de moralité que la conservation de ce respect au sein môme de la manufacture et lorsque la jeune fille prend part aux travaux de l’industrie. L’absence de naissances illégitimes, la création d’ateliers et de réfectoires spéciaux, une surveillance sévère et bien exercée, constituent autant de faits qu’il était important de mentionner.
- Enfin le respect accordé au caractère.de la mère de famille parut le signe le plus élevé d’une situation normale. Dans cet ordre de mérites on indiqua notamment les circonstances où le travail est donné ù domicile, où des conditions particulières sont faites aux mères de famille dans les ateliers, où la possibilité de vaquer à leur ménage leur est assurée, et enfin, comme trait d’une situation accomplie, le cas où leur activité est concentrée tout entière au foyer domestique.
- Quant à la place réservée aux mérites particuliers, le programme énuméra comme exemples les .caractères et les. faits suivants, signalés dans certains dossiers : esprit, religieux ré-
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- pandu et enraciné ; influence pratique et journalière de cet esprit sur la conduite de chacun; conditions traditionnelles d’harmonie, de bien-être et de moralité, maintenues intactes dans une localité, et associées à une prospérité soutenue et progressive ; sollicitude témoignée par le patron pour la santé de l’ouvrier dans la construction et l’installation des ateliers; vastes établissements industriels créés dans les centres ruraux, y apportant l’aisance sans compromettre les bonnes mœurs; avantages marqués dérivant de la grande propriété rurale unie à l’industrie; localité transformée au point de vue du bien-être et de l'harmonie par les efforts d’un grand propriétaire ou d’un chef d’industrie; grande fécondité des familles et aptitudes particulières pour la colonisation riche.
- Le tableau des questions à instruire étant ainsi arrêté, on convint que chaque rapporteur serait invité à exprimer son appréciation par un chiffre qui varierait entre zéro et vingt, le chiffre zéro représentant une absence complète de mérite, et le chiffre vingt, un état de perfection qui n’a pu être atteint que dans des cas exceptionnels.
- En additionnant dans les cadres d’instruction les notes correspondant aux différentes classes, on devait arriver ainsi, pour chaque dossier, à un nombre total qui ferait ressortir-avec la plus grande précision la somme des mérites reconnus par le rapporteur, et qui permettrait, après toutes les vérifications jugées utiles, d’effectuer aisément le classement des candidatures, chacune prenant d’elle-même son rang, dans la listé générale, suivant l’ordre numérique (1).
- On reconnut toutefois que ce système d’évaluation ne donnerait des résultats justes que si l’on assignait à chaque classe de faits une valeur respective. En effet, la situation qu’indique un système complet de caisses de secours est loin d’offrir un mérite égal à celle où l’épargne individuelle est assez élevée pour que l’ouvrier trouve dans ses ressources personnelles.une
- (i) Voir le spécimen de cadre d’instruction annexé au Rapport.
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- sécurité suffisante contre les accidents et les infirmités. Aucune pension ne vaudra pour lui celle qu’il sera parvenu, par sa prévoyance et son énergie, à réserver lui-même à sa vieillesse.
- De même , si excellentes que puissent être les institutions dirigées contre le vice, elles dénotent un état social inférieur à celui où, sans mesures spéciales de répression et grâce à la seule force des mœurs, la jeune fille peut, avec une sécurité complète pour sa vertu, prendre part aux travaux de la manufacture- et s’amasser ainsi un pécule qui plus tard constitue sa dot.
- On fut donc conduit à fixer pour les différentes catégories de mérites des valeurs différentes.
- Les faits consignés au premier titre ( Caisses de secours et de retraite), qui se rattachent d’ailleurs à des institutions dont aujourd’hui l’existence est presque générale, furent pris comme point de départ, et l’on convint d’attribuer une valeur double aux faits compris dans la 2e et la 3e classe (Institutions remédiant au vice; — Institutions améliorant Vétat intellectuel et moral) ; une valeur triple à ceux compris dans les 4e, 5e et 6e classes ( Organisation de travaux et de salaires tendant à élever la condition de l'ouvrier; — Subventions tendant à rendre stable la condition de l’ouvrier ;— Habitudes d'épargne) ; une valeur quadruple à ceux compris dans les 7e, 8e et 9e classes (Harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux ; — Permanence des bons rapports enti e les personnes coopérant aux mêmes travaux; — Alliance des travaux agricoles et manufacturiers); enfin une valeur quintuple à ceux compris dans les 10e, 11e et 12e classes (Propriété de Vhabitation ou permanence des locations; — Respect accordé au cacactère de la jeune fille; — Respect accordé au caractère de la mère de famille ).
- Quant à ?la catégorie des mérites particuliers on laissa au rapporteur le soin de proposer pour chaque cas le chiffre
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- relatif de valeur qu’il conviendrait de lui attribuer.
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- MODE D’INSTRUCTION DES DEMANDES. 379
- Un coefficient inscrit dans une colonne spéciale du cadre d’instruction indique, en face de chaque classe de mérite, le chiffre par lequel la note correspondante doit être multipliée. L’addition des produits a donné à chaque dossier sa note définitive.
- Pour assurer, autant que possible, l’uniformilé dans l’évaluation des mérites, un système de révision successive a été organisé.
- Un premier rapporteur, choisi parmi les jurés de la nationalité des candidats, a été chargé d’arrêter les premiers chiffres, après avoir pourvu, avec le concours des secrétaires, au complément des informations utiles.
- Si la candidature était prise en considération par le Jury, un second rapporteur, désigné par le président en dehors de la nationalité intéressée, était chargé de procéder à une nouvelle évaluation.
- Une Commission permanente, formée de tous les membres du Jury présents à Paris, dans l’intervalle des deux sessions (du 15 décembre 1866 au 15 avril 1867), jugeait chacun des chiffres, statuant directement sur les divergences.
- Cette évaluation était à son tour contrôlée par un comité de sept membres chargé, à partir du 15 mars, de résumer les travaux de la Commission et d’établir une liste de classement comprenant, aux termes du règlement, soixante candidatures
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- rangées par ordre de mérite.
- Enfin le Jury, dans sa dernière session ouverte le 15 avril, révisa directement ies propositions qui lui furent présentées
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- au nom du Comité par un dernier rapporteur, et arrêta poiir • chaque dossier les chiffres définitifs.
- Le nombre des prix fut, sur sa demande, porté à 12; celui des mentions honorables, à 24.
- L’empire britannique ne figure point parmi les nations qui’ ont obtenu des distinctions dans le nouvel ordre de récompenses. L’absence de nos voisins, dont l’importance industrielle est si considérable, ne saurait passer inaperçue ; il est nécessaire
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- JL’IIY SPECIAL.
- d’en expliquer brièvement la cause. De nombreux dossiers anglais avaient été adressés, soit à la Commission Impériale, soit à la Commission britannique, qui, après avoir ouvert une enquête, a fait connaître qu’elle ne pouvait désigner les trois membres chargés de représenter l’Angleterre au sein du Jury International. Après cette détermination, dont le regret a été exprimé à la Commission britannique, le Jury spécial a dû s’abstenir de juger des dossiers dont l’examen aurait eu lieu en dehors des règles qu’il s’était tracées.
- Il semblera peut-être, en parcourant la liste des récompenses accordées, que le Jury a principalement envisagé, en arrêtant scs choix, les rapports de l’ouvrier et du patron.
- Si le Jury a été amené, en effet, par la nature même des candidatures qui lui ont été soumises, à porter principalement son attention sur cet ordre de faits, il importe de le dire, il n’a nullement entendu méconnaître la puissance de l’association et la fécondité de ses résultats; mais, parmi les exemples qui lui ont été présentés, il ne s’est pas rencontré de faits assez frappants et assez concluants à ses yeux pour pouvoir être dès aujourd’hui l’objet d’une récompense.
- Il y a lieu de remarquer du reste que, si le Jury n’a pas cru pouvoir signaler telle ou telle association spéciale, il en a mis en lumière plusieurs qui offrent un caractère général et embrassent tout un ensemble de faits. Ces associations appartiennent à des pays dont les représentants n’avaient pas jugé devoir proposer de candidatures, individuelles ou n’en avaient pu soumettre, faute de temps suffisant pour réunir tous les documents nécessaires.
- Les présentations de cette nature ont donné lieu aux citations proclamées dans la séance solennelle du 1er juillet dernier.
- Les citations d’un autre ordre qui terminent le Rapport offrent à l’attention et à la sympathie publiques des établissements et des mérites dignes encore d’être recommandés. ;,
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- ALLEMAGNE DU NORD
- SI. le Baron de DIERGABJDT. Fabrique de soie et de velours à Yiersen (Prusse Rhénane).
- Créé en 1816 et incessamment développé par celui qui en est encore le patron, rétablissement de Yiersen occupe aujourd’hui 800 ouvriers à la fabrication des étoffes de soie et de velours.
- On y rencontre un ensemble complet de mesures et d’institutions utiles : caisse de secours fondée en même temps que l’usine ; caisse de retraite instituée pour fêter la cinquantième année de son existence ; éducation gratuite assurée dans l’école industrielle de la localité à vingt-quatre enfants de familles indigentes ; bonne discipline prévenant tout désordre dans les ateliers, interdisant à l’ouvrier le débit d’aucune boisson fermentée , même à domicile ; primes stimulant le travail à l’entreprise.
- Mais ce qui surtout distingue l’établissement, ce sont plusieurs caractères éminents, conservés et développés dans une large mesure, sous l’influence personnelle du patron.
- Le premier est une entente complète, qui s’est soutenue à travers toutes les crises. Au milieu des agitations de 1848, tandis que le trouble était dans toute la contrée, les ouvriers de M. de Diergardt faisaient des manifestations en sa faveur et lui votaient de chaleureuses adresses. Le conseil des prud’hommes du district, saisi de plaintes trop fréquentes par les ouvriers des établissements du voisinage, n’en a jamais reçu une seule provenant de la fabrique de Yiersen.
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- La stabilité des coopérateurs est un autre gage de leur attachement. En même temps que M. de Diergardt célébrait le cinquantième anniversaire de la fondation de sa fabrique, plusieurs de ses ouvriers célébraient celui de leur cinquantième année de service. Cette permanence de séjour est fortifiée par les soins que met M. de Diergardt à conserver à son personnel un travail constant, à travers toutes les vicissitudes commerciales.
- L’alliance des travaux agricoles et manufacturiers est un élément non moins efficace du bien-être qui règne dans l’usine. Les ouvriers de M. de Diergardt appartiennent à des familles rurales; au lieu d’être, comme ceux des localités industrielles du voisinage, concentrés dans les villes, ils habitent la campagne et emploient la plus grande partie de leurs économies à construire une maison ou à acheter des champs. Le patron leur vient, dans ce but, largement en aide par ses avances. Les habitudes de propriété et de travail agricole non-seulement ajoutent à l’aisance des ouvriers, mais agissent encore comme un stimulant énergique pour développer chez eux l’esprit d’épargne.
- Enfin la condition des femmes est organisée à Yiersen d’une manière particulièrement favorable. Du jour de leur mariage, et en vertu même du règlement de l’usine, elles cessent d’être employées dans les ateliers ; mais des travaux leur sont procurés au foyer domestique, aussi longtemps que la charge de leur ménage leur permet de s’y livrer. Des ouvrages faciles sont également réservés à leurs enfants. Quant aux jeunes filles, elles ont, dans la fabrique, une large part d’activité ; mais la surveillance vigilante de contre-maîtres choisis avec soin ne laisse aucune occasion au désordre, et la moralité y est exemplaire.
- Artisan de sa prospérité, M. le baron de Diergardt a vu récemment s’ajouter un haut témoignage d’estime à l’attachement que ses ouvriers lui ont conservé pendant cinquante années de coopération laborieuse, et à la considération qui en-
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- toure sa longue sollicitude pour leur bien-être matériel et moral : une décision de son souverain l’a appelé à faire partie de la chambre des seigneurs.
- ALLEMAGNE DU SUD
- M. STAUB. Filature et tissage de coton à Kuclten
- (Wurtemberg).
- Un trait particulier signale la candidature de M. Staub.
- Bien que d’origine très-récente, ses établissements réunissent presque toutes les institutions créées ailleurs en faveur des ouvriers et que le temps seul a multipliées et développées. Il semble qu’elles soient nées avec l’usine, et que ses fondateurs les aient considérées comme inséparables de son organisation complète.
- Est-ce un des signes de la réforme qui s’accomplit? Cette pratique fera-t-elle règle dans l’avenir? Quoi qu’il en soit, M. Staub a donné un exemple qui mérite hautement d’attirer l’attention.
- Fondé en 4858, rétablissement comprend une filature de coton de 28,000 broches et un tissage mécanique de 550 métiers. Le nombre des ouvriers employés y est d’environ 4,000, appartenant aux deux sexes dans une proportion à peu près égale.
- Située en pleine campagne, à proximité toutefois de la ligne ferrée de Stuttgar à Ulm, cette usine ne pouvait, en général, recruter ses ouvriers que dans les centres agricoles qui l’entourent. C’était sans doute un avantage pour M. Staub de trouver à côté de son établissement une population stable et laborieuse ; malheureusement, il fallait l’initier à un genre de travail tout nouveau, et, l’industrie cotonnière n’ayant pas encore, à cette époque, pris en Wurtemberg tout le développement qu’elle a reçu aujourd’hui, il devenait indispensable
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- d’appeler du dehors des ouvriers déjà exercés, ouvriers nomades, généralement difficiles à conduire et pouvant apporter avec eux la démoralisation.
- La tâche à remplir était donc double. Le chef d’industrie avait à asseoir autour de lui une population ouvrière étrangère, à la rattacher, par des liens permanents, à l’iisine ; d’un autre côté, il devait préserver ses ouvriers indigènes de toutes les influences fâcheuses que le contact avec l’élément étranger pouvait déterminer; il devait conserver leurs habitudes, sédentaires et maintenir les bonnes mœurs.
- M. Staub eut recours, dans ce but, à tous les moyens que la recherche patiente du bien peut suggérer à un esprit ingénieux ; toutefois, il faut le reconnaître sans hésiter, s’il est arrivé à son but, il le doit, avant tout, à son action personnelle sur les ouvriers, et au concours dévoué que lui a prêté Mme Staub.
- La construction d’une cité ouvrière a été l’une de ses premières entreprises.
- Il sentait qu’il importait, avant tout, d’inspirer l’amour du foyer aux ouvriers qu’il attirait du dehors, et il prévoyait qu’il lui serait plus facile de grouper ainsi toutes les institutions qu’il méditait de réaliser.
- On rencontrerait difficilement des habitations dont l’aspect soit plus agréable et l’installation intérieure, plus confortable que celles dont les plans ont été soumis au Jury : des jardins devant chaque maison, un grand square pourvu de sièges, partout une propreté extrême.
- Sur divers points de la cité, d’élégants édifices renferment, ici des écoles, une bibliothèque, une salle de lecture ; là, une infirmerie ; plus loin, des bains et lavoirs ; ailleurs, un restau-’ rant avec de grandes salles à manger, destinées aux ouvriers des villages auxquels leurs familles apportent le repas.
- A côté des habitations louées par le patron, un certain nombre d’ouvriers en ont construit d’autres pour eux-mêmes. M. Staub les a encouragés dans cette voie, de tout son pouvoir, en leur fournissant gratuitement le terrain nécessaire à la
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- construction et en leur faisant l’avance des fonds. Toutefois, ces avances ne sont consenties qu’aux ouvriers qui ont contracté de sérieuses habitudes d’économie et qui en justifient par la présentation de livres de comptes bien tenus. Une condition encore est mise à ces libéralités : c’est que les maisons soient bâties selon les prescriptions du chef de l’établissement, et que les propriétaires et locataires se conforment aux usages établis dans la cité.
- C’est cette cité que Mmo Staub parcourt plusieurs fois par semaine, visitant chaque ménage, prenant note de tous les besoins, faisant pénétrer partout, par ses encouragements, par ses conseils, par de bienveillantes réprimandes, l’esprit d’ordre et le sentiment chrétien du devoir. Chaque année des primes, consistant en objets mobiliers, récompensent les ménages qui présentent la meilleure tenue.
- Mme Staub s’est préoccupée en particulier d’accoutumer les mères de famille à tenir compte de leurs dépenses. Ses visites fréquentes maintiennent cette pratique, qui d’ailleurs est enseignée dès l’école aux enfants.
- L’instruction est l’objet, en effet, de soins particuliers,, et toutes les dépenses qu’elle entraîne demeurent à la charge du patron.
- Une salle d’asile prépare les enfants à recevoir renseignement..
- L’école,, annexée à la cité, comprend environ cent enfants divisés en quatre classes. Outre la lecture, l’écriture, .l’arithmétique, le chant, les élèves les plus avancés reçoivent des leçons d’histoire naturelle, de physique et d’histoire universelle. L’instruction religieuse est donnée par le ministre de chaque culte.
- Cette école est devenue bien vite, ainsi que l’attestent des témoignages compétents, l’une des meilleures du pays ; elle est complétée par une association formée entre les ouvriers, et destinée à leur.procurer un .degré d’instruction supérieure.
- L’instituteur fait, dans ce but, trois cours supplémentaires par
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- semaine sur les branches d’enseignement qui peuvent avoir le plus d’utilité au point de vue professionnel, telles que la mécanique, les mathématiques, la physique, le dessin. Ces cours devront être un jour rétribués par l’association elle-même.
- En même temps que tout est ainsi ménagé pour hâter le développement intellectuel de la population ouvrière, d’excellents moyens de se récréer honnêtement lui ont été préparés.
- Des réunions pour la musique, pour le chant, pour la lecture et la gymnastique, éloignent l’ouvrier des amusements dangereux, tout en développant ses forces et en élevant ses sentiments.
- M. Staub a compris qu’un dernier effort lui restait à faire pour placer ses ouvriers dans des conditions telles, qu’ils ne quittassent jamais ses ateliers; c’était de les mettre à l'abri des éventualités fatales que la maladie, une perte inattendue, la mort, pouvaient amener pour eux et pour leurs familles. Une caisse de secours et une caisse d’épargne répondent à cette
- préoccupation et parent à ces éventualités.
- Le goût de l’épargne, constamment encouragé, se développe de jour en jour parmi les ouvriers. Les versements faits à la caisse d’épargne, qui, à la fin de l’année, présentent un chiffre supérieur à 100 francs, donnent droit, outre les intérêts à 5 pour 100, à une prime de 1/2 pour 100.
- Tout concourt donc à assurer le bien-être de l’ouvrier, comme à éloigner de lui les causes qui pourraient altérer ses bonnes relations avec le patron. Aussi la manufacture de M. Staub n’a-t-elle jamais connu le moindre débat et l’harmonie y est-elle complète.
- AUTRICHE
- H. LIEBIG. Filature de laine à Reichenberg' (Bohême).
- La petite ville de Reichenberg en Bohême a été le berceau de la fortune industrielle de M. Jean Liebig.
- En 1828, M. Liebig, qui, tout jeune, s’était senti une vocation
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- commerciale décidée, faisait l’acquisition, dans un lieu nommé Josephinentlial à Reichenberg, d’une maison toute modeste, située au milieu de prairies qu’entourent des collines boisées. J1 la transformait en une filature de coton et introduisait ainsi en Bohême une industrie toute nouvelle alors, la fabrication des mérinos, lastings, thibets. Bientôt les débouchés se multiplient, l’usine ne peut plus suffire à la demande, et l’on voit la modeste maison de M. Liebig, avec sa petite cour, où un simple manège venait, pendant le manque d’eau, au secours d’une machine à molettes, grandir et se métamorphoser à tel point qu’elle devient une véritable ville dont l’importance croît encore.
- A l’établissement primitif, d’autres viennent s’ajouter, et M. Liebig constituait ce vaste ensemble de manufactures qui le place à un rang si élevé dans l’industrie européenne.
- Mais cette grande situation, M. Liebig ne la doit pas à ses seuls efforts, à son seul mérite ; il eut des collaborateurs laborieux et dévoués, ses ouvriers, et il ne l’a pas oublié.
- En dehors des vues philanthropiques, dont il s’est inspiré constamment, M. Liebig se pénétra, dès le début de sa carrière industrielle, comme il le dit lui-même, de cette idée : que le succès de toute industrie dépend avant tout du développement intellectuel des ouvriers qu’elle emploie, du bien-être plus ou moins grand dont ils jouissent. Telle fut sa maxime.
- Aussi, dès l’origine de ses établissements, il s’empressait de multiplier pour l’ouvrier les moyens de s’instruire, il s’efforçait de prévoir tous ses besoins et d’y répondre par des institutions efficaces.
- En 1842, il créait à Reichenberg une caisse de secours alimentée exclusivement par ses dons, et constituant une dépense de près de 25 à 30,000 francs par an. Cette caisse assurait la gratuité des soins médicaux, une indemnité pour le temps que durait l’incapacité de travail, et elle pourvoyait aux frais de sépulture.
- A Reichenberg même, à mesure que la ville s’est développée, les écoles publiques ont pris une plus grande extension et les
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- ouvriers des établissements y ont trouvé toutes facilités pour s’instruire.
- M. Liebig s’est donc borné à instituer une école du dimanche et une salle d’asile.
- Cette salle d’asile n’est pas seulement remarquable par l’édifice qui lui est destiné et par sa bonne organisation, elle se signale encore par un trait touchant qui marque bien jusqu’où s’étend la sollicitude de M, Liebig et de sa famille pour la population ouvrière.
- L’asile, en effet, a pour directrice une des filles de M. Liebig, qui s’est entièrement consacrée à cette mission généreuse.
- Dans d’autres établissements, qui ne rencontrent pas les mêmes .ressources que Rcichenberg, à Swarrow, à Schwarz-wald, des écoles ont été fondées, partout dotées de magnifiques bâtiments, d’une installation très-complète, la libéralité du patron faisant face à toutes ces dépenses. On ne saurait s’étonner que, dans de telles conditions, la manufacture de M. Liebig ne compte pas de travailleurs illettrés.
- L’habitation et l’alimentation de l’ouvrier ont été également, pour M. Liebig, de constants sujets de préoccupation.
- Il profita de l’expérience qu’il avait pu acquérir dans ses voyages en Angleterre et en France pour établir des habitations dans les conditions les plus avantageuses. Il construisit ainsi un certain nombre de maisons à Reichenberg, à Harattz, à Eisenbrood, à Schwarzwald. Ces habitations sont louées à des prix extrêmement modiques, et toujours une pièce de terre y est jointe.
- En même temps M. Liebig établissait à Reichenberg un fourneau et une boulangerie économiques, destinés à améliorer l’alimentation de l’ouvrier et à la lui fournir à meilleur marché.
- Le dévouement de M. Liebig et de sa famille pour ses ouvriers a, créé entre eux des rapports qui ont conservé un caractère vraiment patriarcal, et qui semblent devoir défier toutes les épreuves. -
- Dans les troubles politiques de 1848, non-seulement ses ou-
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- vriers restèrent sourds à toutes les provocations dont ils furent l’objet ; mais ils s’entendirent poiir protéger leur patron et ses propriétés. La plupart séjournent fort longtemps dans les établissements, et l’on en rencontre un grand nombre qui y sont attachés depuis sa fondation.
- Le goût de l’épargne développé, des acquisitions foncières déplus en plus nombreuses, contribuent chaque jour à les fixer davantage auprès des usines où ils travaillent. Leur patron lui-niême est d’ailleurs pour eux un grand exemple. Sorti de leurs rangs, il est le fils de ses oeuvres, et, comme on l’a vu, il a su allier, au secret de s’élever au-dessus de la condition où il était né, un secret non moins digne d’être admiré, celui de faire participer à sa fortune ceux qui en ont été les instruments.
- BELGIQUE
- Société des Mines et Fonderies de Zinc de la V1EILLE-
- MONTAGttE.
- L’extraction et le traitement des minerais de zinc, lès fabrications diverses auxquelles ce métal a donné lieu éonstituent une industrie relativement récente. Reprenant l’œuvre chancelante que M. Douy avait, en 1866, fondée à Liège, la Société de la Vieille-Montagne parvint à lui donner des résultats inespérés.
- 6,500 ouvriers,’ représentant une population de plus de 20,000 âmes, sont actuellement répartis entre dix-huit établissements. Concentrées d’abord dans là province de Liège et sur le territoire neutre de Moresnet, continuant à s’étendre aujourd’hui sur la partie contiguë de la Priisse rhénane, ces exploitations comptent comme annexes trois ateliers placés èn France, aux environs de Paris, et unè importante mine de blende à Ammeberg, en Suède. Le siégé de la Compagnie est eii Belgique, dans la ville de Liège.
- Des institutions de prévoyance largement constituées'* pros-
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- pères et en voie de développement rapide, un système de pri-
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- JIJUY SIM'iC.IÀIj.
- mes habilement organisé, pratiqué dans des proportions importantes, une discipline à la fois libérale et ferme, ont également contribué à fonder les bons rapports dans tous les établissements, notamment dans ceux de Belgique, et ont ainsi conservé, au milieu d’une contrée où les grèves sont relativement fréquentes, un état solide et permanent d’harmonie.
- Il convient de préciser ces traits généraux.
- Bien qu’on ait évité d’agglomérer les établissements, l’importance prise par quelques exploitations minières et ateliers a entraîné des concentrations d’ouvriers encore trop récentes pour ne pas rendre particulièrement nécessaires les institutions dirigées contre l’imprévoyance et la misère. Elles ont été fondées sur le système de la mutualité la plus étendue. Les ouvriers, représentés par des délégués élus tous les ans dans chaque atelier, se sont successivement imposé une retenue de 1, puis de 2, puis de 3 pour 100 sur le montant de leurs salaires.
- En même temps la Compagnie stimulait ces efforts en apportant à la caisse un contingent égal à la moitié du chiffre des cotisations et s’associait à l’administration en y réservant une place à ses chefs d’ateliers. Dans chaque commission locale c’est au directeur de l’établissement que revient la présidence ; dans le comité central c’est au directeur général de l’établissement. Diverses sous-commissions, spécialement composées des membres ouvriers, font, en général, sous la présidence d’un contre-maître, les enquêtes nécessaires au contrôle des demandes de secours. La caisse, grâce à ce concours de ressources, a pu, depuis vingt ans, étendre graduellement ses opérations, donner gratuitement les soins médicaux et pharmaceutiques tant aux ouvriers qu’à toutes les personnes vivant de leur salaire , allouer des indemnités aux, malades, des pensions viagères aux ouvriers infirmes, accorder des secours plus ou moins prolongés aux veuves, aux enfants, aux parents des ouvriers décédés au service de la Société, enfin, attribuer des subventions temporaires aux familles sur lesquelles pèsent des charges exceptionnelles.
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- Ces allocations diverses sont appuyées sur un fonds de réserve qui s’accroît avec une progression rapide et a déjà atteint la somme de 600,000 francs.
- A côté de la caisse de secours se trouve, au siège de chaque établissement, une caisse d’épargne, qui reçoit les dépôts des ouvriers, moyennant un intérêt de 5 pour 100.
- Pour assurer aux ouvriers une participation directe aux résultats spéciaux dus à leur activité et à leur intelligence, la Compagnie a organisé, en dehors du salaire, une rémunération complémentaire et éventuelle sous le titre de primes. Le montant de ces attributions s’élève aujourd’hui à 13 pour 100 du chiffre des salaires. C’est lui qui constitue, pour la très-grande partie, l’augmentation de 45 pour 100 qui, depuis 12 ans, s’est produite dans la rétribution moyenne de l’ouvrier.
- La moitié des primes est payable avec le salaire par quinzaine ou par mois. L’autre moitié est portée au crédit d’un compte personnel ouvert à chaque ouvrier, et ne lui est pavée que deux mois après la clôture de la campagne annuelle.
- Par l’accumulation de la quotité des primes retenues, l’ouvrier se trouve ainsi en possession d’une certaine somme, qu’il consacre habituellement, soit à l’acquisition de ses provisions d’hiver, soit à l’achat de meubles ou de vêtements, soit même, * lorsque ce chiffre est suffisamment élevé, à des acquisitions foncières. D’autres versent une somme plus ou moins importante à la caisse d’épargne de la Société.
- Le calcul des primes s’établit différemment, suivant la nature du travail ; les bases varient suivant le degré de perfection, la qualité et la quantité des produits. Ces bases sont d’ailleurs affichées dans chaque atelier ; l’ouvrier peut calculer la part faite à son travail personnel et les réserves qui lui seront acquises à la fin de l’année. Stimulé par cette perspective, il s’acquitte avec plus de plaisir de sa tâche, et, généralement, l’accomplit avec zèle jusqu’au bout.
- Des règlements spéciaux établissent, pour chaque branche de service, avec une grande précision, les devoirs des ouvriers;
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- un exemplaire en est remis à chacun d’eux lors de son admission dans rétablissement. Tous les faits qui le concernent sont portés sur un registre tenu avec vigilance.
- Des services religieux ont été organisés pour chaque culte, des églises et des chapelles construites par la Société; des écoles ont été créées ainsi que des bibliothèques pourvues de feuilles populaires ; une distribution de bons almanachs est faite aux ouvriers moins instruits. On a également organisé des sociétés d’agrément ; tels sont, par exemple, l’orchestre d’An-gleur, la société des montagnards de Tilff, celle des carabiniers de Sainte-Barbe, celle des archers de Saint-Sébastien et l’harmonie de Moresnet, qui, avec son costume spécial, fidèle aux traditions des mineurs allemands, et sa bannière chargée de nombreux prix et médailles, figure d’une manière brillante dans les fêtes d’ouvriers.
- Ces fêtes sont à leur tour présidées et réglées par la Compagnie. A la suite d’offices religieux, des jeux populaires, des concours de diverses sortes, préparés par un comité de chefs de service et d’ouvriers, réunissent aux frais de la Compagnie, le personnel des usines, sous l’œil des chefs, et, en prévenant les abus, consacrent les bons rapports.
- D’une autre part, des maisons ouvrières ont été construites et louées, à prix réduits, avec jardin; des terres, achetées en gros, ont été revendues en détail aux ouvriers, à des prix modérés.
- A côté de ces efforts, un esprit général d’ordre et de moralité, le maintien des femmes mariées au foyer domestique, des relations entre directeurs et ouvriers caractérisées par la longue durée des services et la bonne entente, tels sont les mérites qui placent la Société de la Vieille-Montagne àFun des premiers rangs parmi ces Compagnies industrielles pour lesquelles c’est un titre d’honneur que d’accoître sans cesse le bien-être de ceux qu’elles emploient, et de maintenir, entre les ouvriers et leurs chefs, une intime et constante union.
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- BRÉSIL
- Colonie agricole de BLUIEMAU (province de Sainte-
- Catherine ).
- Au milieu des immenses territoires de l’Amérique méridionale, on rencontre dans le Brésil, groupées au sud de l’empire, des colonies agricoles d’origine relativement récente, peuplées en grande partie d’Allemands et de Suisses, et qui, pour la plupart, se signalent par leur état prospère et par la bonne harmonie qui préside aux rapports locaux.
- Parmi ces établissements, on doit en particulier distinguer celui qu’a fondé, en 1852, le docteur Blumenau, qui en est encore le directeur. Cette colonie, située sur les bords de l’Itahy, sous le 27° degré de latitude sud, dans l’une des parties les plus fertiles de la province de Sainte-Catherine, jouit d’un climat tempéré, qui rappelle celui de l’Espagne et de l’Italie.
- Le développement de la colonie a été rapide. En 1861, neuf années après sa fondation, elle comprenait plus de 1,500 habitants ; quatre ans plus tard, en 1865, ce nombre s’élevait à 2,625, et le chiffre de son importation à environ 100,000 francs de produits.
- Un ensemble de subventions judicieusement organisé, joint à une vive sollicitude pour les intérêts, moraux de la colonie, sont les deux causes qui ont assuré son remarquable succès.
- Les subventions commencent pour l’émigrant avec son départ, l’avance des frais de voyage étant faite en certains cas par la colonie. Au lieu du débarquement et au siège de l’établissement, se trouvent des maisons destinées à recevoir les nouveaux arrivés. Après qu’ils ont choisi le lot de terre qui leur convient, le directeur leur avance des semences pour la plantation et des instruments aratoires. Quand le premier défrichement est terminé il faut attendre qu’il sèche. Les colons peuvent alors s’employer, soit aux travaux d’intérêt général, routes, ponts, etc., que fait exécuter la direction et qui leur sont spécialement réservés, soit travailler chez quelques habitants,
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- pendant les heures ou les journées qui ne sont pas nécessaires à la culture de leur nouvelle exploitation. On a évité, par ces combinaisons, le danger des avances en argent qui ne sont pas la rémunération d’un travail, et risquent d’encourager à la paresse.
- L’émigrant, pendant les six premiers mois de son arrivée, a droit aux soins gratuits d’un médecin que la direction a choisi de nationalité allemande afin qu’il parlât la même langue que les nouveaux colons. Ce médecin est tenu, en outre, de visiter tous les jours l’infirmerie et les malades alités chez eux, et d’indiquer au directeur les mesures propres à garantir et à améliorer l’hygiène publique.
- La terre ne se donne pas, elle s’achète, mais le prix en est minime (moins de 50 francs par hectare), et l’acquéreur a pour se libérer un délai de cinq années. En passant le contrat, il reçoit un titre de propriété provisoire, qui se convertit, après payement, en titre définitif ; peu nombreux sont d’ailleurs ceux qui manquent à leurs obligations envers la colonie et qui ne se libèrent pas aux époques fixées.
- La direction ne néglige rien pour favoriser le progrès de l’agriculture. Des semences achetées en Europe ont été, à plusieurs reprises, distribuées entre les habitants de la colonie ; ils ont reçu, en outre, des graines de moka pour améliorer les plantations de café, des semences d’olivier, de châtaigner, de mûrier, etc.
- Les cultures du manioc, du maïs, des haricots, des pommes de terre et des patates, sont aujourd’hui en pleine prospérité. 11 en est de même de celle de la canne à sucre, de l’arrowroot. L’élève du bétail occupe aussi beaucoup d’habitants. Enfin la culture du tabac, du café, des plantes textiles et oléagineuses, prend chaque jour plus de développement, et l’on commence à récolter des houblons et des vins.
- L’industrie a augmenté avec une rapidité frappante. La colonie comptait, en 1865, des huileries, des fabriques de bière, de vinaigre, 43 moulins à farine, 53 fabriques de sucre et 64 alambics.
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- C’est la terre qui est, pour ainsi dire, la caisse d’épargne des habitants de Bluraenauils accumulent le capital sur le terrain dont ils sont propriétaires, augmentent l’outillage de leur exploitation, achètent des machines qui activent la production ; d’autres emploient une partie de leurs économies à faire venir de leur pays leurs parents peu fortunés ; ils leur facilitent le moyen d’obtenir, à leur tour, le bien-être qu’ils ont eux-mêmes conquis, en leur avançant une partie de l’argent du passage ; affranchis de la misère, ils tiennent à contribuer à l’affranchissement des autres. La direction de la colonie, quand pareil cas se présente, n’hésite pas à encourager ce bon exemple et à prêter le reste du prix du transport des colons ; la créance se trouve d’ailleurs doublement garantie par l’ancien colon et par le nouvel arrivé.
- Le bien moral de la colonie n’est pas l’objet de moins de soins que sa prospérité matérielle.
- Cette sollicitude se porte tout d’abord sur le choix des colons recrutés exclusivement en Allemagne. Des agents spéciaux, à Brême et à Hambourg, en fournissant aux diverses personnes qui se présentent toutes les informations utiles sur la colonie, ont la mission expresse de ne passer de. contrat, pour la vente provisoire de terres et pour les transports, qu’après avoir reçu des renseignements précis et satisfaisants, sur la moralité de l’émigrant et sur son aptitude au travail.
- Un article du règlement de la colonie stipule d’ailleurs que , le colon qui cesse de s’occuper assidûment de sa culture et de son industrie doit être réprimandé par le directeur ou privé des droits de travailler aux travaux publics de la colonie. S’il est reconnu incorrigible, par décision du conseil, il doit cesser d’appartenir à la colonie. Ce conseil, investi,, comme le directeur, d’un pouvoir disciplinaire, est d’ailleurs; une autorité essentiellement de famille. Composé dejsix membres , sous la présidence du directeur, auquel est adjoint le médecin, il est élu tous les trois ans par les habitants de la colonie, quelle que soit leur nationalité. C’est lui qui
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- prend toutes les résolutions relatives aux intérêts communs : construction et réparation des édifices destinés au culte et à l'instruction publique, ouverture de chemins, secours ou avances d’argent aux colons nécessiteux, momentanément incapables de travailler ; acquisitions d’animaux reproducteurs, de plantes et de semences.
- Les habitants nomment également un juge. Le nçmbre dés délits est d’ailleurs peu important. En 1863 il s’est élevé à trois, tous délits de simple police.
- Le service du culte et celui des écoles sont assurés avec soin. La colonie possède une église et un desservant catholique, en même temps qu’un temple et un ministre protestant ; pasteurs et troupeaux vivent en bonne harmonie.
- Une école publique reçoit les enfants. L’instruction secondaire est donnée par le pasteur évangélique, qui enseigne le latin, le français, la géographie, l’histoire, les mathématiques élémentaires, la géométrie appliquée. Depuis deux ans on a établi pour les jeunes filles une école primaire spéciale.
- On le voit, la colonie est pour ainsi dire une grande famille qui s’administre elle-même ; les bonnes mœurs y régnent et s’affermissent par le travail ; les statistiques, qui constatent la progression rapide des mariages, ne mentionnent pas de naissances illégitimes ; de nombreuses familles s’y élèvent chaque année à la dignité de propriétaires ; une épargne, transformée • aussitôt en acquisitions nouvelles de terres, en constructions d’habitations, en exploitations industrielles, s’y produit rapidement.
- Enfin la colonie Blumenau possède un avantage spécial d’une haute importance : en proscrivant absolument, comme toutes les colonies brésiliennes, le travail, servile, elle prépare et hâte l’abolition de l’esclavage.
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- M. W. Filature et fabrique de tissus à Lawrence
- (État de Massaclmsets).
- L’établissement des Pacific Mills, dirigé par M. William Chapin, est un vaste tissage de laine et de coton, auquel est jointe une fabrique d’impressions sur étoffes. Créé en 1853, au capital de 12,500,000 francs, sa production en pleine activité s’élève à 3,500,000 mètres d’étoffe par année, et représente, comme chiffre d’affaires, 37,500,000 francs. 3,600 ouvriers y.sont employés, parmi lesquels 1,900 hommes et 1,700 femmes ou jeunes filles.
- On rencontre dans cette usine la plupart des caractères éminents qui ont appelé depuis vingt ans sur les filatures du Massachusets l’attention des économistes de l’Europe. Rarement la condition du travailleur s’élève plus haut. Coopérateur intelligent d’un patron aussi scrupuleux à reconnaître ses droits qu’à maintenir intactes les prescriptions des règlements, l’ouvrier pourvoit directement, par ses propres économies, aux besoins de sa vieillesse ; tandis que ses filles trouvent dans la manufacture, avec une sécurité parfaite pour leur moralité, les ressources au moyen desquelles s’amasse leur dot.
- Ce ne sont pas, dans l’établissement de M. Chapin, les institutions de patronage qui abondent. On n’y trouve ni soins médicaux, ni pensions de retraite, ni secours pour les veuves. La participation aux Sociétés d’assurances sur la vie étant fort répandue, c’est en général l’ouvrier qui traite directement avec ces associations, soit pour réserver le bénéfice d’une retraite à sa vieillesse, soit pour assurer une subvention à sa famille en cas de décès.
- De même aucune institution n’a pour objet spécial de provoquer les épargnes de l’ouvrier, épargnes qui atteignent spontanément des chiffres élevés. La Compagnie, pour en faciliter le placement, acceptait d’abord dans sa caisse les dépôts
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- un argent des ouvriers et leur accordait un intérêt de 5 pour 100 ; mais elle a voulu ensuite que chacun pourvût par lui-même à l’emploi de ses fonds. Le montant des sommes ver-sées s’élevait à 500,000 francs ; il a été rendu aux dépositaires et placé directement par eux, soit en valeurs publiques, soit dans les caisses d’épargnes de la ville de Lawrence.
- La Compagnie a toutefois favorisé par un système d’avances l’acquisition de l’habitation par les ouvriers. De nombreuses maisons leur appartiennent aujourd’hui, représentant un capital qui s’élève à 250,000 francs.
- Mais avec l’épargne, la situation des ouvriers s’est élevée plus haut encore, grâce aux vues libérales de M. Chapin ; il a voulu que ses coopérateurs puissent tous devenir actionnaires dans sa société et participer aux éventualités heureuses de l’entreprise, proportionnellement au montant des fonds qu’il leur conviendrait d’y engager. Un grand nombre d’actions a été successivement souscrit par eux, et la part qu’ils possèdent dans le capital social représente aujourd’hui une somme de 300,000 francs. Aucune réserve n’est apportée à l’exercice de leurs droits d’actionnaires ; c’est ainsi qu’ils participent chaque année à l’élection des neuf membres qui composent le conseil d’administration.
- L’intervention de la Compagnie ne s’est directement produite que dans l’organisation de trois institutions qui, une fois constituées, ont été complètement abandonnées à l’administration directe des ouvriers. Ces institutions consistent en une Société de secours mutuels, une Société de lecture, et en une organisation particulière de pensions où sont logées et nourries les jeunes filles employées dans l’établissement.
- „ La Société de secours mutuels a été créée en vue de dëve-lopper entre les personnes employées dans la fabrique un sentiment plus vif de la solidarité qui les unit et qui doit les porter à s’entr’aider.
- La participation à cette société est obligatoire. Fort appréciée des ouvriers, elle est administrée par leurs délégués sous
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- la présidence du directeur, présidence plus honoraire qu’effective, car M. Chapin n’intervient qu’exceptionnelleinent dans sa gestion, comme conseil ou comme arbitre.
- Les cotisations hebdomadaires varient, au choix de l’ouvrier, entre 10, 20 et 30 centimes par semaine, suivant la catégorie dans laquelle il lui convient de s’inscrire. S’il tombe malade, l’indemnité qu’il reçoit est, après un chômage de plus de huit jours, de 6 fr. 50 c. dans le premier cas ; dans le second, de 13 francs; dans le troisième, de 19 fr. 50 c. par semaine. Cette indemnité n’est payée que si la cotisation aété acquittée pendant au moins trois mois, et elle ne se prolonge que pendant 26 semaines consécutives. Chaque fois que l’actif de la caisse atteint 5,000 francs, circonstance très-fréquente, les cotisations sont suspendues, et la caisse ne continue plus à recevoir que les allocations de la Compagnie et celles des nouveaux associés qui ont moins de trois mois de séjour.
- La Société de secours fournit en outre, à tous ses membres alités, le linge, et les soins d’une garde-malade lorsqu’ils sont nécessaires.
- Elle se charge des frais de voyage lorsque les malades ou les convalescents veulent retourner dans leur famille. Un membre du comité ouïe chef d’atelier les y accompagne personnellement.
- Une concession spéciale dans le cimetière appartient à la Société, qui pourvoit aux frais d’ensevelissement ou au transport du corps dans la localité natale du défunt, si sa famille ou ses amis en expriment Je désir.
- En 1866, après 12 ans d’existence, les sommes distribuées par cette association s’élevaient au chiffre de 127,653 francs.
- La Société de lecture, institution non moins goûtée par les ouvriers, a été dotée généreusement par la Compagnie, Une vaste salle attenant à la fabrique a été construite pour servir de bibliothèque ; 5,000 francs ont été dépensés à la pourvoir d’un ensemble d’ouvrages très-complet et judicieusement choisi (4,000 volumes). Deux pièces annexes ont été disposées
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- en vue de recevoir, l’une, les hommes, l’autre, les femmes -, fournies chacune de journaux, de revues, elles sont éclairées et chauffées tous les jours de six heures du matin à dix heures du soir.
- Le comité d’administration est élu par les ouvriers; c’est lui qui décide des acquisitions nouvelles , qui organise des conférences. Le directeur de l’établissement en a toujours été nommé président.
- La Société de lecture est en voie de grande prospérité. Grâce à cette institution, les ouvriers ont à leur disposition un moyen de délassement et d’instruction qui suffit généralement à leurs désirs.
- Mais l’institution la plus remarquable, celle qui distingue surtout l’établissement de M. Chapin de la plupart des usines de l’Europe, ce sont les pensions organisées pour les jeunes ouvrières de sa manufacture.
- Les garanties de moralité offertes par l’établissement sont assez sûres pour que les familles du voisinage, celles même qui habitent des localités très-distantes, ne craignent pas d’envoyer leurs filles passer à 1a. fabrique les années qui précèdent leur mariage afin de. s’y faire un pécule.
- Le nombre des ouvrières réunies dans ces conditions aux Pacific Mills s’élève à 825. Elles sont réparties dans dix-sept bâtiments où elles forment, sous la direction affectueuse et vigilante d’une femme choisie pour sa bonne renommée et son autorité morale, autant de grandes familles.
- Chaque bâtiment comprend de nombreuses chambres à coucher, toutes bien aérées et éclairées, meublées confortablement et disposées de manière à loger deux ouvrières. Les repas se prennent dans un réfectoire commun.
- La pension comprend, outre la nourriture et le logement, le blanchissage et le chauffage.
- La manufacture, pour en récupérer le prix, opère à forfait sur le salaire des ouvrières, quelle que soit la nature de leur travail, un prélèvement égal au tiers de son montant.
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- Le second tiers, compté à l’ouvrière, représente en général sa dépense en vêtements, chauffage et menus objets.
- Le troisième tiers est habituellement mis en réserve pour lui constituer sa dot ; d’autres l’envoient directement à leurs parents. Telle ouvrière a défrayé, avec cette somme, les études en médecine de son fiancé.
- Les pensionnaires jouissent de toute leur liberté. S’il arrive toutefois que l’une d’elle en abuse, elle est mandée, sérieusement exhortée, et, alors même qu’on n’aurait à lui reprocher que de simples habitudes de légèreté, elle est, en cas de persistance, inflexiblement renvoyée. Ces circonstances ne se produisent d’ailleurs que fort rarement, la moralité étant excellente, grâce à l’esprit qui règne dans les ateliers.
- A côté de la situation d’indépendance faite à l’ouvrier dans les institutions diverses organisées à son profit, les règlements sont, en effet, d’une extrême sévérité pour tout ce qui concerne même la décence du langage, les égards partout dus à la femme, à l’enfant.
- Le patron peut, du reste, rendre à ses ouvriers ce témoignage qu’ils exercent entre eux-mêmes la surveillance la plus efficace et se gardent les uns les autres.
- Si M. Chapin a dégagé le plus possible son intervention directe dans les institutions dont il vient d’être question; il ne ménage pas pour cela son action personnelle sur les ouvriers.
- C’est lui-même qui se fait chaque dimanche le directeur de l’instruction de leurs enfants, présidant l’école qui les réunit; par. d’intéressants récits , mêlés à des exhortations religieuses, la parole du patron grave ainsi de bonne heure, dans le cœur de ceux qui l’écoutent, le sentiment des devoirs chrétiens, et, en gagnant la confiance des enfants, s’attache par ce concours apporté à leur éducation, l’affection et l’estime des parents.
- M. Chapin s’est d’ailleurs fait une loi d’être, en toute circonstance, le conseiller et l’ami de ses ouvriers, de leur témoigner sa sympathie dans leurs afflictions, d’écouter leurs
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- longues doléances, pour s’efforcer de les consoler, de les encourager et de les remettre dans la bonne voie.
- On ne saurait donc s’étonner que les rapports qui existent au Pacific Mills entre chefs et ouvriers, non-seulement n’aient été troublés par aucun débat, mais que cette manufacture, soit devenue en quelque sorte une école d’ordre, de prévoyance et de fraternité.
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- MM. SCHXEIDER et Cie, établissement du Crcuzot.
- L’établissement du Creuzot se trouvait être un de ceux qui, en France, pouvaient justement prétendre à un prix. Il ne le cède à aucun autre en institutions utiles et bien conçues. Mais, par un sentiment de délicatesse qui l’honore, son directeur, M. Schneider, faisant partie du Jury chargé de décerner les récompenses, a demandé lui-même à être mis hors concours. Le Jury appréciant ses motifs a déféré à ce désir..
- MM. de DIETRICH? forges de, Kiederliroim (Bas»Rkiit).
- A l’extrémité de la région des gîtes ferrifères qui occupent le nord-est de la France, dispersés au milieu des vastes forêts qui couvrent le dernier chaînon des Vosges, s’étend, sur une longueur d’environ 40 kilomètres, entre Haguenau et Bitche, un groupe d’établissements métallurgiques d’origine ancienne, depuis longtemps .possédés et exploités par une famille qu’entoure une considération traditionnelle, celle des barons de Dietrich.
- C’est vers l’année 1600 que les ducs de Lorraine, en vue de créer des ressources nouvelles à kt population de cette contrée, qu’un sol généralement, sablonneux et stérile suffisait mal à nourrir, y appelèrent l’industrie, du fer, en concédant
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- aux premières forges des droits, d’usage, importants dans les forets domaniales. . , • •
- Établies sur la Schwartzbach, dans le.Jægerthal, ces usines furent, en 168 i, au moment de la réunion de Strasbourg à la France, acquises par Dominique Dietrich , l’ancien Ammeister régent, premier magistrat de la Ville libre. Considérablement agrandies par son petit-fils Jean de Dietrich, Stettmeister de. Strasbourg et comte du Ban de la Roche, elles continuèrent à prospérer sous l’exploitation de Frédéric de Dietrich,. premier, maire de la ville de Strasbourg.
- Les chefs actuels de’ la maison, MM. Albert et Eugène de Dietrich, représentant la sixième génération des propriétaires de la môme famille , ont encore accru l’importance des établissements.
- Leur nombre est aujourd’hui de six ; à ces nombreuses usines il y a lieu d’ajouter l’exploitation de cinq minières principales, de vastes forets d’une contenance de 3,000 hectares, et deux grandes scieries.
- Le nombre des ouvriers s’élèye à 3,500 ; sur ce chiffre l ,100 sont attachés aux usines à titre permanent, 200 à titre temporaire; 1,500 sont employés comme bûcherons, charbonniers, voituriers.
- Le chiffre moyen des affaires atteint environ 5,500,000 francs, par an.
- L’union de vastes propriétés rurales’ à des établissements industriels d’une importance égale et la conservation traditionnelle de ces exploitations dans la môme famille caractérisent, d’une manière toute spéciale, la situation des patrons, et sont deux traits auxquels correspondent, dans la situation des ou-*-vriers, une alliance générale des travaux agricoles aux travaux manufacturiers et des habitudes remarquables de permanence..’
- La dispersion des établissements, conservée par la famille de Dietrich, malgré les gênes et les assujettissements qui en résultent au point de vue de la direction,: a grandement favorisé ces. circonstances» . ............ ... ....
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- En évitant de constituer de vastes agglomérations d’ouvriers, on n’a nulle part détaché la population rurale de scs petites propriétés domestiques et de l’habitude du travail des champs. Les salaires delà manufacture sont venus s’ajouter en suppléments bienfaisants aux revenus de l’agriculture ; ils ont répandu l’aisance dans la population agricole, sans y apporter l’instabilité et la désorganisation qui accompagnent trop fréquemment les brusques développements d’un travail exclusivement manufacturier.
- C’est ainsi que, sur 1,074 ouvriers attachés à titre permanent aux usines, on en compte 637 qui*sont, soit possesseurs d’une maison, de terres et d’une ou plusieurs vaches, soit fils de propriétaires agriculteurs établis dans la localité; 188, logés par le patron, exploitent des terres qu’ils lui ont louées. Les autres ouvriers, au nombre de 249, cultivent, presque sans exception, un jardin et quelques parcelles de terre qu’ils louent directement aux propriétaires de la localité.
- Les dispositions prises en vue de maintenir cet état de choses varient suivant les convenances de chaque usine. Ainsi, au Jægcrthal, les patrons se voyant obligés de réunir des ouvriers spéciaux,' ont fait construire pour eux des habitations dont ils leur concèdent la jouissance gratuite ; mais, à chaque maison, ils ont joint un jardin et une étable qui peut contenir au moins une vache et un ou deux porcs.
- A Reichshoffen, où les ouvriers habitent des maisons dispersées à quelque distance de l’établissement, MM. de Dietrich ont
- établrdes réfectoires chauffés, dans lesquels les femmes vien-
- nent, à l’heure du dîner, attendre leurs maris pour partager, avec eux le repas qu’elles leur apportent.
- Si l’habitation est trop éloignée, ou si les enfants ne permettent pas à la mère de famille de s’absenter, l’ouvrier trouve, à des prix réduits, dans des fourneaux économiques, une nourriture fortifiante.
- A Mouterhouse, la distance de quelques habitations étant encore plus grande, des dortoirs ont été créés pour recevoir,
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- du lundi au samedi, les ouvriers appartenant à ces familles.
- C’est ainsi queMM.de Dietrich ont pourvu avec une égale • sollicitude aux Convenances de l’ouvrier marié comme à celles du célibataire.
- Quant aux ouvriers employés à titre provisoire, ils sont pour la plupart empruntés temporairement à des familles spécialement agricoles ; lorsque les besoins de la manufacture cessent de réclamer leur concours, ils retrouvent dans les travaux des champs l’occupation qui leur est habituelle.
- Attachée au sol, la population ne l’est pas moins aux chefs qui, depuis de longues générations, subviennent à son travail. La stabilité dans les ateliers est remarquable : 249 ouvriers ont trente ans de séjour; 228 sont fils ou gendres d’ouvriers; autant, pères et grands-pères d’ouvriers actuellement employés, ont une moyenne de plus de trente ans de services. On arrive ainsi à constater la présence actuelle de 696 ouvriers comptant en moyenne, par famille, de soixante-cinq à soixante-dix ans de service et formant, sans remonter à des temps plus reculés, une succession de trois générations.
- Aussi les grèves sont-elles absolument inconnues dans les établissements de MM. de Dietrich; il n’est môme pas dans les souvenirs de la maison qu’une seule contestation ait exigé l’intervention du magistrat.
- Ces sentiments d’affectueuse coopération se sont manifestés d’une manière touchante en 1848. A cette époque, funeste pourtant d’établissements industriels, les forges de Nieder-bronn eurent à traverser des. moments difficiles. Avertis de cette situation, ouvriers et employés décidèrent spontanément qu’ils s’abstiendraient temporairement de réclamer leurs appointements et leurs salaires. Par des sacrifices de toute espèce, des privations et des luttes dignes des plus grands éloges, et en s’appuyant, autant que possible, sur les ressources du travail agricole, les ouvriers firent face à la crise.
- Ce dévouement porta ses fruits pour ceux mêmes qui se l’étaient imposé; car, lorsque les patrons eurent reriiboursé avec
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- intérêt les sommes que les ouvriers avaient laissées s’accumuler à leur crédit, ceux-ci se trouvèrent à la tête d’un pécule qui fût ultérieurement employé par la plupart, suit à la construction d’une habitation, soit à l’acquisition de nouveaux champs.
- Ces rapports d’attachement dévoué ne résultent pas seulement d’une saine organisation de l’industrie et d’une coopération prolongée, ils sont fondés aussi sur la sollicitude éclairée et traditionnelle des chefs de ,1a maison pour tout ce qui concerne le bien moral des ouvriers.
- Si la famille de Dietrieh s’est fait , dans la contrée où elle réside, une réputation aussi honorable, si elle a fait naître parmi les populations ouvrières des sentiments où se mêle autant d’affection que de respect, c’est que chacun a senti que son plus haut principe était cette règle posée par ses chefs : la prospérité industrielle n’a pas de meilleure garantie que celle qui, chez les coopérateurs comme chez les directeurs, s’appuie sur l’instruction-, la morale et la religion..
- Dans l’intérêt de l’instruction , on a vu MM. de Dietrieh , depuis longues années, créer et entretenir des écoles, des salles d’asile, des cours spéciaux d’adultes, une classe de dessin, des bibliothèques, des salles de lecture, des sociétés de musique, et obtenir ce résultat que les neuf dixièmes de leurs ouvriers, c’est-à-dire la totalité de ceux qui ont été élevés dans les localités sur lesquelles s’étend leur action directe, savent couramment lire et écrire.
- Dans l’intérêt de la moralité, on les a vu favoriser le développement de la vie de famille, en dehors des agglomérations ouvrières ; écarter des travaux manufacturiers les femmes et les enfants ; stimuler l’esprit d’épargne assez répandu aujourd’hui pour que l’on puisse évaluer à 60 pour 400 le nombre des 'ouvriers qui font des économiescombattre les désordres par une bonne discipline et par l’action personnelle, de telle sorte que les naissances illégitimes ne sont, dans la population qu’ils occupent, que de 1 4/2 pour 400.
- Dans l’intérêt de la religion, MM. Dietrieh ont doté leurs
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- usines de chapelles, d’églises protestante et catholique ; ils ont assuré , par de nombreuses subventions, la présence d’ecclésiastiques ou de pasteurs, suivant le culte professé par les ouvriers, plaçant en toute circonstance ce que les deux, communions ont de commun, plus haut que ce qui les sépare.
- Mentionnons encore des caisses de secours librement administrées par les ouvriers, sous la présidence des directeurs ; des caisses de retraite dont les allocations s’élèvent à 15,000 francs par année ; un système de salaires reposant sur celui du travail à l’entreprise largement développé, et à l’entreprise faite par association ; des achats en gros de denrées alimentaires ; des vêtements vendus aux ouvriers au prix de revient ; des avances faites sur une large échelle pour l’acquisition de maisons, de vaches, de terres.
- A tous ces traits, connhent ne pas reconnaître que les forges de Niederbronn offrent, au point de vue de l’harmonie et du bien-être, un des exemples les plus éminents dont l’industrie française puisse s’honorer.
- M. GOLBE^iBERG, forges «le Zorultoff, près Saverne
- (Bas-Rhin).
- Ce n’est point la conservation et. l’affermissement d’un état d’harmonie et de bien-être d’origine ancienne qu’il faut chercher dans la manufacture du Zornhoff.
- M. Goldenb.erg a eu tout à créer.sous ce rapport, et il présente par là même un type tout différent de celui que le Jury a cru devoir récompenser dans l’établissement qui précède.
- Là, le -principal effort a "été de soustraire la population ouvrière aux causes de désorganisation qui menacent l’industrie ; ici, au contraire, il fallait remédier aux maux existants, en prévenir le retour.
- Les forges du Zornhoff, situées à peu de distance de Sa-
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- verne, au pied des Vosges, font partie de ce groupe important d’usines qui se développe chaque jour, et soutient de plus en plus heureusement la concurrence des grandes fabriques d’acier et de quincaillerie de Sheffield.
- Empruntant ses matières premières aux fontes aciérées du Rhin qu’il convertit en acier, cet établissement est destiné à fabriquer des outils de toute sorte et voit sa production s’accroître d’année en année.
- Lorsque M. Goldenberg en fit l’acquisition en 1837, il était en pleine liquidation. Des pertes considérables avaient été subies par les propriétaires précédents et la désorganisation régnait dans l’usine.
- A cette époque, la manufacture se composait de trois usines hydrauliques.
- M. Goldenberg a eu tout d’abord à relever l’établissement et à le faire entrer dans une voie prospère; mais, dès ses premiers efforts, il ne lui est pas venu un moment à l’esprit de séparer les combinaisons qui devaient procurer des bénéfices à son entreprise, de celles dont le but était de placer dans de bonnes conditions physiques et morales la population de l’usine. Il s’est reconnu des devoirs envers elle, et on peut dire que cet honorable chef d’industrie a subordonné à ce principe tous les détails de son administration.
- Aujourd’hui la manufacture du Zornhoff compte seize usines hydrauliques et deux machines à vapeur de la force de 100 chevaux, et elle emploie 1,000 ouvriers qui représentent une population de 4,000 âmes.
- La plupart des efforts que M. Goldenberg a tentés pendant sa carrière peuvent, à dire le vrai, se résumer dans un seul : donner à la famille, au sein de la population dont il utilise les services, une organisation aussi forte que possible; y faire régner le respect, la stabilité, la dignité; y introduire peu à peu l’esprit de prévoyance et, avec cet esprit, le bien-être et la sécurité ; mais, pour réaliser ce but, il fallait atteindre avant tout deux grands résultats : amener l’ouvrier à acquérir au
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- moyen de l’épargne la propriété de l’habitation, retenir la mère de famille au foyer domestique.
- Rendre l’ouvrier propriétaire a été une des premières et une des plus constantes pensées de M. Goldenberg. C’est dans cette vue qu’il a entrepris la construction de toute une série d’habitations isolées qui sont échelonnées sur une étendue d’environ deux kilomètres entre Zornhoff et la ville de Sa-verne. Tl avait soin de pourvoir chaque maison d’une étable assez grande pour contenir deux vaches et pour engraisser deux porcs, et de laisser à la disposition des ouvriers qui le demandaient des terres arables situées à peu de distance.
- Du reste, la situation des usines de Zornhoff, disséminées dans les campagnes, se prêtait parfaitement à la réalisation de ce plan : elle rendait possible une alliance infiniment féconde en avantages pour l’ouvrier, l’alliance des travaux agricoles et des travaux industriels.
- Aujourd’hui, et c’est un trait caractéristique de cet établissement, la plupart des ouvriers de l’usine s’adonnent à ces deux sortes de travaux et un grand nombre d’entre eux entretiennent jusqu’à deux vaches. Les dépendances rurales qui at-tiennent à leurs habitations fournissent une occupation lucrative à leurs femmes et à leurs vieux parents, et elles pérmettent d’ajouter aux ressources provenant du salaire le revenu de ces petites propriétés.
- Dans de telles conditions, et M. Goldenberg s’étant fait un principe de ne point employer de femmes dans son usine, la mère de famille s’est trouvée tout naturellement retenue au foyer domestique et à même d’y exercer toute sa bienfaisante influence. Bien que ce fût au détriment de son industrie et qu’il renonçât ainsi à un bénéfice, dont le chiffre n’est pas éloigné de 12,000 francs par an, M. Goldenberg n’a pas voulu que la jeune fille se séparât de sa mère pour venir travailler dans ses ateliers; il a tenu, au contraire, à ce qu’elle s’initiât aux soins du ménage et à ce qu’elle se préparât à devenir, elle aussi, une véritable mère de famille. Tous les
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- moyens de s’instruire lui sont offerts, soit dans les écoles, soit dans un ouvroir qui lui est spécialement destiné ; du reste, l’instruction est largement distribuée dans l’usine du Zornlioff aux garçons comme aux jeunes filles.
- Les résultats ont complètement répondu aux espérances et aux efforts de M. Goldenberg. Il a groupé autour de ses usines des familles qui se sont attachées au sol et dont le bien-être va croissant, une population pleine du séntiment de l’ordre et du respect de la religion..
- On se fera quelque idée de la moralité qui la distingue par ce seul fait qu’il ne s’y rencontre pour ainsi dire jamais de naissances illégitimes, bien que le voisinage de la ville, les fréquents rapports qui y conduisent tendent constamment à favoriser la démoralisation.
- Parvenu, grâce aux conditions dans lesquelles son industrie est organisée, à offrir à ses ouvriers toutes les garanties de sécurité et d’indépendance dans le travail, ayant su réaliser pour eux toutes les institutions qui ont pour objet de les assister dans leurs besoins et d’assurer leur avenir, M. Golden-
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- berg a vu se fortifier, de jour en jour, les liens d’intérêt et d’affection qui les unissent à lui. Scs ouvriers savent qu’ils n’ont à craindre aucune éventualité fâcheuse, que le travail ne leur manquera en aucun temps, et, de même qu’ils croient pouvoir compter absolument sur lui, le patron peut, à son tour, s’appuyer sur leur respect et sur leur attachement. M. Goldenberg a montré ainsi, par sa propre expérience, ce que peut un chef d’industrie qui unit au sentiment des devoirs de sa situation un généreux amour du bien et une volonté persévérante de le réaliser.
- Le groupe industriel de GDEBV1LLER (Haut-Rhin).
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- Situés au pied des Vosges, dans une vallée des plus pittoresques, les établissements appartenant au groupe industriel
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- de Guebwiller voient se déployer autour d’eux comme une ceinture de centres agricoles populeux et prospères. C’est à ces centres qu’ils ont dû en grande partie demander des travailleurs, travailleurs qui ne quittent point les localités où on les a cherchés, mais qui en partent et y retournent chaque jour. Cette particularité a constitué pour tout le groupe un caractère mixte, à la fois urbain et rural, qui le fait participer de deux régimes industriels fort différents.
- Guebwiller a vu, grâce à cette circonstance, s’atténuer pour lui les inconvénients qu’entraînent -ailleurs les brusques agglomérations de population ouvrière;; c’est ainsi qu’on y rencontre un si grand nombre d’ouvriers propriétaires attachés au sol, et qu’on voit, régner parmi eux cet esprit d’ordre et de tranquillité qui n’est pas commun à tous les centres d’industrie.
- Il est juste 'de le dire, le groupe industriel de Guebwiller présente comme un abrégé de tout ce que l’esprit de prévoyance, joint à l’intérêt bien entendu, a su imaginer pour remédier aux maux occasionnés trop souvent par la brusque extension du nouveau régime manufacturier.
- Plusieurs institutions du plus haut intérêt ont eu.pour berceau cette petite cité, seule ville d’ailleurs qui, dans une province où abondent les exemples d’harmonie et de bien-être parmi les classes ouvrières., ait soumis sa candidature au Jury spécial. . .
- Si ces institutions n’ont point le caractère imposant que l’on peut rencontrer ailleurs, elles ont du moins,' ce semble, une physionomie plus homogène, plus une; placées dans un cadre restreint, on;en apprécie mieux l’origine, le développement et les effets. Tout se tient à Guebwiller; les œuvres philanthropiques s’èngendrent les unes les autres:; on peut les suivre dans leur épanouissement. Ce n’est point le résultat de l’intervention exclusive de telle ou telle individualité ou de l’action collective d’associations considérables : l’élan est général, le même esprit dirige les réformes, la même communauté d’efforts réunit les chefs d’industrie. On rencontrerait malaisément, même
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- dans les centres industriels d’outre-Manche, si renommés à ce point de vue, une localité où l’initiative individuelle se soit affirmée d’une façon plus éclatante. Les essais, les expériences n’ont point rebuté. Tout ce qui pouvait être tenté pour améliorer la condition des classes ouvrières a été tenté.
- Il serait inutile, et beaucoup trop long, d’énumérer les institutions de toute nature créées à Guebwiller, soit par les industriels eux-mêmes, soit sous leur bienfaisante inspiration.
- La sollicitude des patrons y a multiplié les secours sous toutes les formes. A toutes les périodes de sa vie, dans toutes les situations difficiles où il peut se trouver, l’ouvrier est certain de rencontrer une œuvre qui l’assiste.
- Secours assurés aux femmes en couches, crèches pour prodiguer-des soins aux nouveau-nés; caisses de secours dans chaque usine et souvent pour chaque corps de métier ; systèmes variés de pensions viagères, hôpitaux, sociétés funéraires, rien n’a été négligé, et, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, l’ouvrier est l’objet de soins et de secours assidus. .
- Le mouvement qui a mis en faveur les sociétés coopératives s’étendait : Guebwiller s’y est aussitôt associée, et bientôt cette ville avait créé des sociétés de consommation, de crédit et une banque populaire. Mais, il faut le dire, deux traits caractéristiques distinguent surtout ce groupe d’industrie : ses établissements d’instruction et ses habitations ouvrières.
- On ne saurait oublier que Guebwiller a vu fonder dans son sein le premier établissement d’instruction populaire créé sur le type des Mechanics Instituts, qui se sont si fort répandus en Angleterre et qui y ont rendu de si importants services.
- C’est à un industriel de Guebwiller que revient l’honneur d’avoir pris l’initiative de cette entreprise, qui est aujourd’hui en pleine prospérité.
- L’institution comprend à la fois un enseignement supérieur, une bibliothèque et un cercle ; des dons nombreux et importants en ont assuré l’avenir. L’association compte
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- 1,250 membres ; plus de 500 élèves fréquentent les cours. Que tous les autres établissements d’instruction fondés à Guebwiller se soient ressentis de cette énergique impulsion, cela ne saurait surprendre.
- La ville et les manufacturiers se sont également montrés jaloux de multiplier les écoles. Les cours publics et gratuits fondés en 1858 sont suivis par 800 élèves.
- Désormais, parmi les ouvriers élevés à Guebwiller, on ne rencontre plus d’illettrés.
- Après le développement de l’instruction, le principal souci des chefs d’industrie de Guebwiller a été d’élever les ouvriers indigents, ou ne possédant rien, à la propriété et de leur donner ainsi une stabilité complète. Les efforts les plus suivis ont été dirigés vers ce but, considéré comme, inséparable de la moralisation de l’ouvrier. Dans l’intervalle de quelques années, deux cités, composées de 230 maisons environ, ont été construites. Les conditions d’installation sont excellentes, et un système d’annuités bien combiné permet à l’ouvrier de devenir insensiblement propriétaire. Les maisons se vendent rapidement et on peut juger ainsi des habitudes d’épargne qui se sont développées au sein de cette population. Aussi bien, n’est-ce pas la seule preuve que l’on en ait, car la caisse d’épargne de Guebviller reçoit annuellement des dépôts dont le chiffre ne reste pas au-dessous de 200,000 francs.
- lin tel ensemble de conditions ne pouvait assurément se rencontrer que dans un centre industriel où régnent l’ordre le plus complet et les meilleurs rapports entre ouvriers et patrons.
- C’est un fait remarquable, en vérité, que dans des établissements aussi nombreux et aussi considérables, il ne se soit jamais produit un trouble ou un débat quelconque.
- Les contestations y sont si peu connues que l’on n’a jamais senti le besoin d’instituer dans cette ville un conseil de prud’hommes.
- Dans la plupart des usines, l’attachement des ouvriers, qui
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- se succèdent de père en fils, est traditionnel;. Aussi, les patrons n’hésitenl-ils pas à se considérer comme tenus envers leurs ouvriers aux obligations les plus étroites, et ce sentiment n’est assurément pas étranger aux sacrifices que se sont maintes fois imposés les chefs d’industrie pour préserver leurs établissements de tout chômage.
- La crise industrielle provoquée par la guerre d’Amérique a fourni, tout récemment, un admirable exemple de cet esprit de solidarité qui unit les patrons aux ouvriers et qui est un des caractères distinctifs de l’industrie alsacienne.
- Les ouvriers de Guebwiller sont trop intelligents pour ne-pas répondre à de tels sacrifices et pour ne point s’attacher de plus en plus intimement à des patrons dont la préoccupation constante est de développer leur bien-être et d’assurer leur avenir.
- MM. MAME. Imprimerie à Tours (Indre-et-Loire).
- L’imprimerie de MM. Marne offre-le type d’un établissement urbain.,
- Ce n’est point ici le lieu de parler du développement considérable qu’a pris, au point de vue matériel, cette importante maison, qui arrive aujourd’hui aun tirage de 20,000 volumes par jour, soit 6 millions par an; qui embrasse dans ses publications depuis l’humble essai de morale ou d’industrie élémentaire jusqu’aux plus vastes monuments de bibliothèques, et unit aux travaux de l’imprimeur et du relieur les entreprises du libraire et de l’éditeur.
- Ce qui frappe, dans l’ordre de choses qui a appelé l’attention du Jury, c’est que cette, maison n’a pour ainsi dire réalisé aucun progrès, au point de. vue- de l’extension de ses affaires, sans apporter aussitôt quelques améliorations à la condition des ouvriers qu’elle occupe, , en, sorte que -l’histoire de ses, développements est liée de la façon la plus étroite avec les faits qui témoignent de sa bienfaisante influence.: . .
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- Amenés par les circonstances, vers 1798, à établir dans une ville le siège de leur industrie, MM. Marne ont eu à lutter avec tous les inconvénients qu’entraînent d’ordinaire avec eux les centres urbains. Ils se trouvaient en présence de difficultés particulières, et pour installer leurs ateliers dans des conditions hygiéniques, et pour maintenir les bonnes mœurs parmi la population ouvrière, et enfin pour créer entre eux et cette population des liens intimes et durables. Ces difficultés, non-seulement ils ont su les vaincre, mais ils ont en quelque sorte trouvé dans cette lutte même une énergie qui a décuplé l’efficacité de leurs efforts..
- Il est difficile, en visitant les établissements de MM. Marne, de n’être pas vivement impressionné de la sollicitude toute particulière dont la santé et le bien-être de l’ouvrier dans l’atelier y sont l’objet. En parcourant ces vastes ateliers, bien aérés, d’une propreté si grande qu’ils sont presque élégants, entourés de jardins au dehors, on ne se souvient plus que cet établissement est emprisonné dans une ville. Tout a été ménagé avec un soin minutieux dans les salles, dans les escaliers, dans les cours pour éviter à la fois tous les inconvénients, assurer la salubrité et la propreté, et rendre la surveillance efficace. Les ouvriers se pénètrent tout naturellement de cet air de décence imprimé aux lieux ou ils travaillent, et le respect d’eux-mêmes est la première leçon qu’ils reçoivent lorsqu’ils sont admis dans la manufacture de MM. Marne.
- Les soins particuliers donnés à la bonne tenue des ateliers pourront peut-être paraître secondaires auprès d’autres améliorations. Ils ont certainement joué leur rôle et un rôle qui n’est pas sans importance dans les efforts tentés par MM. Marne pour moraliser leurs ouvriers. Gette tâche n’était point aisée. La maison Marne est obligée, par' la nature même de son industrie, d’employer un grand nombre de femmes, de jeunes filles ; d’un autre côté, le séjour de l'a ville abondé en occasions de désordre. Tout a été mis en oeuvre pour remédier à ces conditions défavorables; une surveillance vigilante, le bon choix
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- (les contre-maîtres, les prédications de l’exemple, l’influence de l’esprit religieux, les conseils, la sévérité de la répression.
- Les résultats ont répondu à tant d’efforts ; car, sur 530 ouvrières employées dans l’établissement, il s’en rencontre une ou deux tout au plus dont la conduite, dans le cours d’une année, laisse à désirer, et qui provoque quelques mesures disciplinaires : trait digne de remarque et qui prouve que les femmes peuvent être employées dans les usines, sans courir toujours les dangers que l’on déplore. Du reste, en ce qui concerne l’ouvrière mère de famille, MM. Marne se sont toujours efforcés de la retenir autant que possible au foyer domestique, bien persuadés que tel est le moyen le plus important de moralisation auquel on puisse avoir recours. Les travaux de pliage, de couture des livres sont réservés aux femmes mariées et donnés à domicile.
- On sait combien les établissements qui se fondent dans des centres urbains éprouvent de peine à s’attacher leurs ouvriers ; combien les liens qui unissent ces derniers à leurs patrons sont peu solides ; le plus souvent, ils ne se connaissent pas. L’ouvrier passe d’une manufacture à une autre avec une facilité qui éloigne toute permanence dans les rapports.
- Cette observation rendra plus frappante encore les sentiments que les chefs de la maison Marne ont su inspirer à leurs ouvriers. Ce n’est guère qu’en cas de renvoi qu’un ouvrier se décide à quitter ces établissements, et ces cas eux-mêmes sont fort rares. On voit cette population saisir avec un réel empressement toutes les circonstances qui permettent de témoigner à ses chefs son respect et son dévouement.
- Une si complète harmonie s’explique quand on pénètre dans l’intimité des faits, et il suffira d’un exemple pour en donner le secret : le chômage est chose inconnue dans, la maison Marne. Dans les époques les plus difficiles, le travail n’a point été suspendu ni ralenti par elle; les salaires sont restés les mêmes. Mais il faut savoir aux . prix .de'quels sacrifices MM. Marne ont obtenu quelquefois, ce résultat.
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- La crise de 1848 surprit MM. Marne au milieu de grands travaux de transformation et d’agrandissement; elle leur suscita des embarras qui semblaient ne pouvoir être surmontés que par la fermeture immédiate de leurs ateliers. Aucun expédient ne paraissait de nature à conjurer cette triste éventualité. MM. Maine en trouvèrent un. Ils possédaient, à peu de distance de Tours, dans une des plus charmantes situations du pays, une belle et vaste propriété, bien de famille auquel ils étaient profondément attachés. MM. Maine vendirent leur terre au prix auquel on la vendait alors, et leurs ateliers ne connurent pas le chômage.
- Si l’on ajoute à l’absence complète de chômage les institutions créées par MM. Marne directement, ou encouragées pâteux, institutions qui ont pour objet de supprimer, non-seulement pour l’ouvrier lui-même, mais pour toute sa famille, les frais de maladie, ou qui lui assurent une pension pour ses vieux jours, pension atteignant jusqu’à 600 francs, en certains cas ; si l’on tient compte des subventions et secours de toute sorte, qui lui sont donnés pour pourvoir à des besoins accidentels, on trouvera toute naturelle l’explication des rapports qui unissent à MM. Marne la population de leur usine, et l’on comprendra la valeur de l’exemple que le Jury a cru devoir récompenser.
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- M. le comte de LARDEKEL. Fabrique d’acide borique. àJLarderello (Toscane).
- La production de l’acide borique en Toscane est l’une des industries les plus remarquables et les plus importantes de l’Europe.
- Elle a transformé une région qui, dans cette magnifique Toscane, était restée, jusque-là, stérile et déserte, et on a pu T; i. 27
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- voir, grâce à des travaux sagement ordonnés, toute une série d’émanations volcaniques, qui, pendant longtemps, n’avaient causé que l’étonnement, se changer en véritables sources de prospérité et de richesse.
- En 1818, l’acide borique fut découvert dans les émanations de Monte-Rotundo. Bien que l’on ait, dès lors, apprécié la valeur d’une pareille découverte, on n’eut pas immédiatement l’idée d’en tirer parti. Plus tard quelques tentatives furent faites, mais elles demeurèrent infructueuses.
- C’était à l’initiative prévoyante et aux intelligents efforts de M. François de Lardercl qu’il était réservé de créer en Toscane l’industrie de l’acide borique.
- Les premiers essais datent de 1818 et eurent lieu à Monte-Rotondo dans la circonscription de Volterra. Là est le point de départ de l’établissement qui, du nom de son fondateur, s’est appelé Larderello.
- L’entreprise, heureusement conduite, alla de succès en succès. Elle compte aujourd’hui sept fabriques, autour desquelles se groupe une population ouvrière d’environ un millier d’individus. Cinq de ces établissements sont situés dans la circonscription de Volterra, et les deux autres, dans celle de Massa-Maritima. Ils se relient d’ailleurs tous à Larderello, qui est comme le chef-lieu de ce département industriel.
- La production de l’acide borique se développa ainsi d’année en année. Elle ne s’élevait de 4818 à 1828 qu’à 50,000 kilo-
- grammes, et on estime que, cette année, elle atteindra près de 2 millions de kilogrammes.
- M. le comte de Larderel a eu ainsi un double privilège : en même temps qu’il jetait les fondements d’une fortune considérable, il dotait son pays d’une industrie nouvelle et répandait le bien-être autour de lui.
- C’est à peine si, vers 1818, on pouvait habiter dans la région où se trouvent les établissements qu’il a fondés. Aucune voie de communication bien établie ; de vastes espaces incultes ; un pays d’un aspect désolé, à a fois insalubre et sauvage.
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- Aujourd’hui, l’œil y rencontre des centres importants de population reliés par des routes magnifiques aux villes voisines. Des ponts sont jetés sur les torrents ; de belles habitations, des églises et des écoles donnent à tout le pays une physionomie prospère. Il semble que la baguette d’une fée ait touché cette terre maudite pour en faire sortir la richesse.
- On peut d’autant plus féliciter M. de Larderel de cette transformation que les agglomérations ouvrières auxquelles on la doit n’ont pas amené en même temps la démoralisation. Il est vrai que telle avait été la première préoccupation de M. de Larderel. Il s’était appliqué avant tout à assurer une éducation religieuse et une instruction solide à tous ses ouvriers. Il avait pourvu aux besoins du culte, créé des écoles dont la fréquentation est obligatoire, et éloigné, par tous les moyens possibles, les divertissements dangereux.
- Ayant pour principe de n’employer dans ses usines ni femmes ni jeunes filles, M. de Larderel évitait par là la cause la plus ordinaire du désordre et maintenait en même temps l’esprit et les habitudes de famille. Craignant toutefois, pour les femmes, le désœuvrement, il a tenu à leur procurer du travail. Des ateliers de tissage ont été créés spécialement pour elles. Des métiers fournis à domicile permettent aux femmes mariées de ne point quitter le foyer domestique tout en se créant quelques ressources de plus.
- La moralité qui règne dans les populations ouvrières attachées aux établissements de M. de Larderel, leur développement intellectuel qui n’y laisse pas un seul illettré, l’absence presque complète des naissances illégitimes doivent en grande partie être attribuées à ces constants efforts et en sont aussi la récompense.
- La condition matérielle des ouvriers n’a pas appelé moins vivement l’attention de M. de Larderel. Dans toutes les questions qui touchent à leur bien-être, il a apporté ce même esprit d’initiative, cette même largeur de vue, cette même énergie persévérante, qui ont assuré, en dépit- de toutes les
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- difficultés, le succès de ses entreprises industrielles. Les qualités de M. François de Larderel lui ont survécu. Elles se rencontrent dans celui qui continue son œuvre, dans M. Frédéric de Larderel. Le même esprit dirige encore aujourd’hui ce groupe manufacturier.
- La pensée constante de MM. de Larderel a été d’amener le plus possible les ouvriers à prévoir eux-mêmes leurs besoins et à se mettre en mesure d’y faire face.
- Sous cette inspiration, les ouvriers des divers établissements se sont associés pour former un fonds de réserve alimenté par le salaire d’une journée de travail versé chaque mois à la caisse. Cette caisse est appelée le fonds sacré. Elle doit assurer des pensions aux vieillards, aux invalides et aux veuves d’ouvriers, fournir des dots aux jeunes filles, procurer des secours en nature aux ouvriers les plus pauvres.
- Comme on le pense, les ressources de cette institution sont bien inférieures à tant de besoins, et il est nécessaire que de larges subventions, dues à la libéralité des patrons, viennent suppléer à cette insuffisance.
- Rien d’ailleurs n’a été négligé dans les établissements de M. de Larderel pour assurer à l’ouvriëf de bonnes conditions hygiéniques dans l’atelier, ménager sa santé et garantir, autant que possible, son existence contre les éventualités qui peuvent la menacer. Des habitations construites par les patrons lui fournissent, d’une façon permanente, des logements parfaitement sains et très-agréables.
- Doit-on s’étonner que de tels efforts aient valu à MM. de Larderel une population ouvrière attachée de cœur à ses chefs, étrangère à tout esprit d’antagonisme depuis la fondation de l’usine, c’est-à-dire depuis50 ans? Doit-on S'étonner que cette population, à la fois morale et instruite, que ces familles prospères et heureuses se soient identifiées en quelque sorte à la manufacture ?
- Ce sont là les justes conséquences d’une sollicitude qui est
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- contemporaine de la création des établissements de MM. de Larderel, et qui est devenue un héritage de famille.
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- Société des mines et usines tle HOfiASAS (Scanie).
- Parmi les exemples de réaction énergique contre la démoralisation et la misère qui ont été signalés au Jury, aucun n’a égalé, par l’importance et la rapidité des résultats, celui qu’offrent les mines et usines de Hoganàs.
- Créée à la fin du dernier siècle pour exploiter une riche houillère en Scanie, la Société de Hoganàs a successivement annexé aux mines, en vue d’utiliser ses charbons menus, quelques établissements secondaires affectés à la fabrication du verre et des poteries; 665 ouvriers sont aujourd’hui attachés à l’ensemble de ces exploitations.
- Cette agglomération, qui ne représente pas moins de 2,500 personnes, rapidement constituée dans une contrée peu peuplée, à l’extrémité d’une vaste paroisse rurale, manquait encore, il y a vingt-cinq ans, d’église et d’école. Pour développer promptement les exploitations, on avait appelé de toutes les parties de la province une population nomade et déclassée, livrée à l’ivresse, habituée aux querelles et aux rixes, qui vivait entassée dans des logements mal disposés, rapidement construits autour de l’iisine.
- La Compagnie, obligée de discipliner ses ouvriers, au moins pendant les heures de travail, ne ménageait pas dans ce but les corrections. Chaque matin avait lieu sur les délits de la veille une enquête habituellement suivie de punitions corporelles.
- En dépit de ces moyens, la situation' morale allait s’aggravant chaque année, et, par une connexité digne de remarque, les résultats matériels de l’entreprise, malgré la va-
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- leur technique de la direction, malgré les sacrifices faits par la Compagnie pour ses installations, ne donnaient aux actionnaires que des espérances dont la réalisation était toujours ajournée.
- Justement émue d’une situation qui se prolongeait et semblait n’avoir point d’issue, la Société résolut en 1843 d’y chercher un remède, en portant ses efforts vers son personnel d’ouvriers, jusque-là si négligé. Sous l’inspiration de son nouveau directeur, M. Sjôkrona, elle s’imposa en leur faveur d’importants sacrifices.
- Grâce à ces efforts, grâce surtout à l’action personnelle de M. Sjôkrona, énergique à la fois et bienveillante, une œuvre de rénovation profonde se produisit graduellement, et la localité fut, ainsi qu’on va le voir, radicalement transformée. Autant son niveau moral était inférieur à-celui des populations environnantes, autant il le dépasse aujourd’hui.
- Il convient d’examiner de plus près les moyens qui ont conduit à ce résultat admirable.
- Le premier soin de M. Sjôkrona fut de donner à la vie de famille le moyen de se développer, en faisant sortir les ouvriers des chambres étroites et des pensions où ils vivaient entassés; il voulut que chacun eut son haoitation distincte et son jardin.
- Dé nombreuses maisons furent à cet effet construites par la Compagnie, et la jouissance en fut successivement concédée à titre de subvention gratuite. Puis, dès que les ouvriers commencèrent à posséder des économies, on les encouragea à en placer le montant en acquisitions, en construction de maisons, et l’on alloua, dans ce but, à tout ouvrier propriétaire de son habitation, une indemnité de logement, qui lui constitue ainsi un supplément de salaire.
- Mais, pour achever la réforme, il y avait à livrer une lutte plus difficile et dans laquelle plus d’un industriel hésite à s’engager. L’ivrognerie régnait à Hôganâs, et, à sa suite, les habitudes vicieuses les plus invétérées. Pour combattre le hial, M. Sjôkrona s’assura le concours d’un pasteur dévoué;
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- il prit à sa charge les frais de son traitement, fit construire une vaste église ainsi qu’un presbytère, et obtint plus tard que la localité fut érigée en paroisse.
- C’est au zèle du digne ecclésiastique, le Dr Wieselgen , que M. Sjôkrona attribue la plus grande partie du succès. On vit, par ses soins, l’esprit religieux se réveiller graduellement dans les familles, et, sous l’empire de ces sentiments, les habitudes de sobriété, d’honnêteté reparaître comme d'elles-mêmes dans les mœurs.
- Poursuivi par ce chemin indirect, le but n’en fut pas atteint moins sûrement.
- L’ivrognerie est aujourd’hui un fait assez rare pour que la constitution d’une Société de tempérance ait été reconnue comme actuellement sans objet.
- Les querelles et les procès ont également à peu près dis-
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- paru. Le règlement fait par M. Sjolirona exige d’ailleurs, de chacun de ses coopérateurs, qu’avant de déposer une plainte devant le juge il informe de son intention le directeur. L’arbitrage amiable de ce dernier détermine presque toujours la conciliation.
- La Compagnie étend son patronage sur les délassements du dimanche. Un vaste jardin a été disposé pour son personnel. Tandis que les uns vont en famille s’asseoir sous les vieux arbres autour d’un panier de comestibles, d’autres se rencontrent aux environs d’un chalet où sont vendus des rafraîchissements. Les boissons spiritueuses, toutefois* n’y sont pas admises, et le débit en est prohibé dans toute l’enceinte des établissements. Une vaste salle est affectée dans le chalet-aux exercices gymnastiques. •
- Souvent aussi les jeunes gens se réunissent en chœur de musique vocale ou en orchestre sous la direction d’un maître payé par la Compagnie. - . ;
- A côté des soins religieux et moraux, la^Société s’est appliquée, avec une grande sollicitude, aux soins de l’instruction. Les enfants des ouvriers avaient, dans le principe, pour tout
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- enseignement, celui que leur donnait un ancien caporal qui, moyennant une faible indemnité ajoutée à sa retraite, remplissait dans l’établissement les fonctions d’instituteur. Ils reçoivent aujourd’hui, sous des formes variées, les connaissances appropriées à l’âge, au sexe et aux aptitudes de chacun. Huit institutions ont été organisées à leur profit.
- Deux écoles supérieures reçoivent, l’une les garçons, l’autre les filles dont l’instruction est la plus avancée et leur donnent un enseignement moyen fort complet et qui comprend même la connaissance de plusieurs langues étrangères.
- La généralité des enfants se partage entre deux écoles primaires ; leur enseignement est gratuit et la Compagnie fournit môme aux élèves les livres d’enseignement.
- Trois salles d’asile sont destinées aux enfants les plus jeunes.
- Des cours d’instruction- complémentaire réunissent, le dimanche, les jeunes ouvriers, le mercredi, les jeunes filles.
- Enfin on a organisé pour ces dernières un enseignement professionnel qui leur permet plus tard de travailler fructueusement au foyer domestique. Cet enseignement se donne dans un ouvroir où l’on apprend aux élèves les travaux d’aiguille et le tissage. Une maîtresse spéciale, que la Compagnie a fait venir de Stockholm, leur enseigne le filage double ; une seconde maîtresse, venue de Nassau, leur enseigne le tressage de la paille ; sous sa direction, plusieurs jeunes filles arrivent à faire, avec une grande perfection, des chapeaux, des nattes, des pantoufles, etc.
- M. Sjôkrona a également organisé diverses institutions de prévoyance, les unes alimentées par une cotisation obligatoire, telles que la caisse pour les veuves, les autres libres, telles que la Caisse d’épargne, et une caisse spéciale créée pour venir en aide aux familles d’ouvriers décédés à la suite d’accidents dans les mines. Cette caisse ne reçoit que des offrandes volontaires; les ouvriers tiennent à honneur d’y souscrire.
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- 11 faut mentionner une dernière institution destinée à honorer la vieillesse de l’ouvrier qui s’est distingué par son zèle et sa probité ; c’est une médaille d’argent que la Compagnie a été autorisée par le Roi à conférer et qui est portée actuellement par jhuit ouvriers.
- Tels sont les efforts qui ont amené la transformation profonde signalée à Hôganiis. Les résultats financiers obtenus en même temps par M. Sjokrona n’ont pas été moins satisfaisants et il a pu justifier ainsi le principe qu’il avait posé comme point de départ à ses réformes : « Jamais on riarrive aussi bien à rendre une entreprise prospère qrien la fondant sur la moralité et sur l’esprit chrétien. » •
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- ALLEMAGNE DU NORD
- M. B0LT2E , h Salzmünde (province de Saxe). Fabrication de briques.
- La localité de Salzmündc, située à quelques lieues de ILille-sur-Sale, est le centre de l’exploitation agricole et des importantes usines possédées par M. Boltze.
- L’exploitation agricole s’étend sur une superficie de 3,500 hectares et comprend onze fermes.
- Les établissements industriels embrassent un moulin à farine, une sucrerie, une distillerie, une briqueterie et enfin une usine destinée à laver et à préparer la terre à porcelaine.
- M. Boltze occupe ainsi en ce moment 2,000 ouvriers.
- Créées en 1847, ces industries se développèrent rapidement et demandèrent bientôt plus de bras que la contrée n’en pouvait fournir. Il fallut faire appel à l’élément étranger. La première préoccupation de M. Boltze fut d’installer convenablement les ouvriers du dehors, de les amener à se fixer, et enfin de maintenir par là, autant que possible, les liens et l’esprit de famille. Il tenta dans ce but divers essais. Les ouvriers furent d’abord engagés à construire eux-mêmes leurs habitations. Le terrain et les matériaux étaient mis gratuitement à leur disposition et des terres leur étaient louées pour la culture, à des prix presque insignifiants. Plus tard, les circonstances conduisirent M. Boltze à construire lui-même,pour répondre à ses vues, de vastes batiments ; 316 ouvriers y sont logés par lui
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- dans les meilleures conditions, et des pensions, établies par ses soins, fournissent des aliments à des prix très-réduits ; un jardin potager attient à chaque logement.
- Diverses institutions garantissent l’ouvrier contre les éventualités qu’entraîne la maladie. L’organisation de la caisse de secours qui est administrée par M. Boltze a été de sa part l’objet de soins particuliers. Au reste, il est facile de constater que l’ouvrier de Salzmünde cherche, par scs propres efforts, à pourvoir à ses besoins et à se créer des ressources.
- La caisse d’épargne créée par M. Boltze en 1857 reçoit de nombreux dépôts dont le chiffre témoigne de l’aisance croissante. On doit ajouter que ce bien-être n’est point circonscrit à la seule classe ouvrière.
- Le village de Salzmünde s’est transformé. Il n’avait que 30 habitants au commencement du siècle ; il en compte 800 aujourd’hui.
- M. Boltze y a fondé une église, une école élémentaire, et a pourvu à l’entretien de ces créations en les dotant d’un capital important. Près de ces édifices a été construit, avec ïa même générosité, un établissement destiné à recevoir les ouvriers malades et invalides, et à servir de salle d’asile.
- Voulant s’assurer un personnel habile et instruit, M. Boltze fondait encore, dans une de ses fermes, une institution dont le but est de donner aux' jeunes gens renseignement technique. Cette institution est fréquentée gratuitement par 100 élèves de quatorze à vingt ans.
- Le sort des ouvriers ruraux n’a pas été l’objet de soins moins assidus.
- ' De petites maisons, avec potager, leur sont fournies. La plupart cultivent pour leur compte des pommes de terre, du blé ; des terres leur sont concédées dans ce but et un certain nombre d’entre eux possèdent du bétail, preuve manifeste des économies qu’ils réalisent.
- Il était difficile de grouper autour des établissements de Salzmünde un plus grand nombre d’institutions utiles. Les té-
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- moignages les plus considérables s’accorilent avec les faits pour constater les résultats importants qui en sont sortis et pour montrer dans M. Boltze un des types que le Jury spécial a pour mission de signaler et de récompenser.
- M. Frédéric KRïJPP, à Essen (Prusse rhénane).'
- Fonderie d’acier.
- Fondé il y a quarante ans, cet établissement s’est développé avec une progression remarquable.
- 8,000 ouvriers y sont actuellement occupés à la production de l’acier fondu; 1,500 à l’exploitation de mines de houille, de fer et de hauts fourneaux situés aux environs d’Essen.
- Les ateliers de l’aciérie s’étendent sur une superficie de 204 hectares, dont 51 sont couverts; ils comprennent400 fourneaux, 280 tours, 110 forges, 100 machines à raboter, 40 marteaux-pilons, etc.
- La production d’acier s’y est élevée, en 1866, à 60 millions de kilogrammes, représentant 37,500,000 francs.
- Dans ce vaste ensemble, au milieu d’une agglomération d’ouvriers aussi considérable, et qui, avec l’extension des usines, s’augmente chaque année d’éléments nouveaux, maintenir une ferme discipline, réprimer l’ivrognerie, développer l’instruction, organiser un système de primes habilement conçu, favoriser l’épargne, conserver au foyer domestique la présence et l’activité des femmes, sont des mérites qui tirent de ces difficultés mêmes un prix nouveau.
- Une institution des plus prospères est celle de la Caisse de secours. Outre les allocations habituelles en cas de maladie, elle assure à chaque ouvrier, après vingt ans de service actif,
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- une pension égale à la moitié de son salaire et qui atteint l’intégralité après trente-cinq aps., L’administration de la Caisse est
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- confiée à un Comité élu par les membres, sous la présidence perpétuelle de M. Krupp.
- Cent vingt habitations ont été construites par le patron et sont louées à bas pris. Des ménages ont été organisés pour 650 ouvrie rs célibataires ; ils y trouvent à la fois le logement et la nourri; :.e. Une boulangerie livre le pain à la pour 100 au-dessous du cours. Un établissement spécial débite une bière légère, mais saine et à bas prix.
- Il convient de mentionner aussi les titres de bénéfices conférés à un assez grand nombre d’ouvriers et qui leur assurent une certaine participation dans les résultats de l’établissement.
- Un autre système de récompenses consiste dans des primes délivrées pour des services éprouvés, et qui sont appelées bons de cadeaux ; le montant en est payable à l’ouvrier dans les cas de maladie et de détresse accidentelle ; si l’ouvrier meurt, ce montant est versé à sa famille ; 200 bons de cette nature ont été donnés par M. Krupp; ils représentent une somme de 512,500 francs.
- Grâce à ces mesures, la stabilité s’est développée dans l’établissement, et aucun débat irritant n’est venu, depuis sa création, y troubler la bonne entente.
- Le consul QLISTORP. Fabrique de ciment de Portland, à Lebbin, près Stettin (Poméranie).
- Située dans l’île Wollin, à 1*embouchure de l’Oder, la fabrique de Lebbin est exploitée depuis dix ans par M. le consul ’Quistorp ; elle a pris rapidement,- sous sa direction, un rang-éminent parmi lès établissements où régnent, avec le bien-être, des liens d’affectueuse union.
- Appliquant à ses 500 ouvriers lës règles qu’il avait déjà mises en pratique lorsqu’il possédait la briqueterie à vapeur
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- de Glienken, M. Quistorp résolut de prouver, par le témoignage des faits, que l’usine, source trop fréquente de désordres, peut, conduite chrétiennement, devenir, au contraire, pour les populations qu’elle occupe, un instrument d’ordre, de discipline salutaire et d’amélioration morale.
- « Le principe qui a guidé dès l’origine mes efforts et qui est « resté leur but constant, dit-il dans son mémoire, est celui « de concourir à relever, pour ma part, la bonne renommée « du travail manufacturier passablement atteinte, dans l’esprit « des hommes religieux surtout, en montrant par des faits, que « l’ordre, la moralité et la stricte observation de tous les de-« voirs chrétiens, peuvent non-seulement se concilier avec « les exigences de l’industrie, mais sont au contraire essence tiels à sa prospérité. Ma fabrique a pour devise : Tout fonce der sur la bénédiction de Dieu (auf Gottes Segen ist ailes e< gelegen); et les résultats que j’ai obtenus en m’attachant à « cette règle, m’ont démontré avec évidence tout ce qu’elle « renfermait de force. »
- Ces pensées inspirèrent l’action personnelle du patron dans les rapports quotidiens que crée le travail manufacturier. A l’autorité de l’exemple s’allièrent d’affectueux conseils ; à une fermeté juste, cette sollicitude persévérante que ne lassent pas les plaintes de l’ouvrier et qui sait étendre, jusque sur sa vie privée, de bons offices.
- M. Quistorp ne négligea pas non plus les moyens indirects et généraux de réforme. Pour éviter que ses ouvriers ne fréquentassent les cabarets qui s’étaient multipliés aux abords de la fabrique, il établit, à la sortie des ateliers, un magasin dans lequel une bière de bonne qualité fut vendue à bas prix pour être consommée à domicile. Cette concurrence amena la disparition graduelle des débits de boissons fortes, mieux, au dire du patron, « que ne l’eût fait un règlement même de police. »
- Un jeu de boules fermé fut construit au milieu d’un jardin planté d’arbres; chauffé en hiver, et ouvert à tous les
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- membres des familles d’ouvriers , il devint le rendez-vous habituel du dimanche.
- Mais il importait surtout d’attacher l’ouvrier à son habitation ; un soin particulier fut apporté dans ce but à la question des logements. M. Quistorp fit construire un bon nombre de maisons sur des modèles variés, ayant de trois à cinq pièces, isolées chacune dans un jardin. Les louant à bas prix, il mit à leur entretien des conditions particulières d’ordre et de propreté.
- M. Quistorp fit mieux encore ; il fournit gratuitement aux ouvriers qui se firent bâtir leur habitation, le terrain, une partie des matériaux de construction et des avances en argent ; cinquante et une maisons se sont élevées dans ces conditions.
- Une Société de secours mutuels fut organisée avec le concours des ouvriers : elle assure des pensions de retraite aux ouvriers invalides ou âgés et des pensions à leurs veuves.
- Une Société de consommation, dont la prospérité se développe rapidement, maintient à des prix modérés le taux général des denrées.
- Cependant les deux forces auxquelles M. Quistorp a eu recours, avant tout, sont encore l’instruction et la religion.
- Deux écoles annexées à l’usine y reçoivent quatre-vingt-dix enfants. La régularité de la fréquentation est complète, bien que le régime de pénalités, instituées par les règlements scolaires, n’y soit pas mis en vigueur. Le succès de l’enseignement y a été reconnu assez remarquable pour que l’administration ait attribué à l’une de ces institutions le rang d’école-modèle, propre à recevoir les candidats qui se destinent aux établissements pédagogiques.
- Un orphelinat est annexé aux écoles.
- Une bibliothèque et une salle de lecture sont toujours ouvertes aux ouvriers, qui les fréquentent assidûment.
- M. Quistorp a fait établir un oratoire dans son établissement . Là, tous les matins et tous les soirs, ont lieu des exercices religieux, auxquels assiste tout le personnel de l’usine et que
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- préside le patron en personne ou l’un des instituteurs. Les enfants des écoles y sont conduits. Les ouvriers s’y rendent librement, aucune pression n’étant exercée sur eux à cet égard.
- Grâce à ces efforts, un esprit remarquable d’ordre et de moralité règne parmi les ouvriers. Ils n’ont pas de meilleure fête que celle où, le dimanche, M. Quistorp se rend au milieu d’eux sur l’im des points pittoresques de la plage. De beaux chants, exécutés par un chœur de musique vocale, qui se fait également entendre dans les cultes quotidiens, accompagnent et égaient la promenade.
- Sous l'influence des sentiments répandus dans les ateliers, plusieurs détenus libérés, placés dans la fabrique par l’administration des prisons, se sont moralement assez réformés pour persister dans leur bonne conduite, bien que placés ensuite dans d’autres établissements.
- En même temps, les sentiments d’attachement pour le patron se sont développés de plus en plus. A deux reprises, les ouvriers en ont donné des preuves touchantes. Pendant la. crise de 1858, alors que le crédit de M. Quistorp était tombé à rien, ::ls venaient eux-mêmes lui offrir leurs épargnes sous des formes détournées et délicates ; en 1866, lors de la guerre en Allemagne, ils acceptaient sans plainte une réduction de 33 pour 100 sur les salaires, et la fabrique de Lebbin continuait à marcher, tandis que, autour d’elle, la plupart des établissements suspendaient leurs travaùx.
- De ces faits, M. Quistorp conclut que si les institutions qu’il a créées en faveur de ses ouvriers lui ont imposé d’importants sacrifices pécuniaires , « c’est aussi l’un des placements qui lui ont rapporté les meilleurs intérêts. »
- M1H. STUMM frères. Fonderie et forge de Reunkirchcn, près Saarforuck (Prusse rhénane).
- Les forges de Neunkirchen sont un établissement d’origine
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- ancienne, exploité depuis le commencement du siècle par la maison Stumm frères. Trois générations de propriétaires, appartenant à cette famille, s’y sont succédé, apportant tour à tour à l’usine d’importants accroissements. C’est à eux que revient l’initiative de perfectionnements notables qui se sont propagés dans les centres environnants : l’introduction de la fabrication de la fonte au coke, celle de la fonte et du fer à la houille.
- L’établissement réunit aujourd’hui cinq hauts fourneaux, trente fours à puddler, et une vaste fonderie. Il occupe 1,200 ouvriers.
- On y trouve d’autre part une longue tradition de bons rapports, de saines conditions d’existence, chez les ouvriers; chez les patrons, une sollicitude éclairée et bienveillante.
- Une Société de secours mutuels pourvoit non-seulement aux besoins des malades, mais assure une pension aux ouvriers invalides, à leurs veuves et à leurs enfants ; son actif est d’environ 100,000 francs.
- Des fourneaux économiques fournissent aux ouvriers éloignés de leur domicile une nourriture substantielle.
- Quatre-vingt-onze habitations, construites par MM. Stumm, logent à prix réduits cent dix familles ; des dortoirs soumis à une discipline vigilante reçoivent pendant la semaine les ouvriers appartenant aux localités les plus éloignées de l’usine.
- MM. Stumm considèrent qu’aucune mesure n’est mieux faite pour assurer le bien-être de leurs ouvriers que la jouissance
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- d’un petit terrain à mettre en culture, et ils ont fait de grands efforts pour leur assurer cet avantage. Plus de 100 hectares
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- ont été divisés en lots de 50 à 75 ares, et sont loués à moitié prix aux ouvriers les plus dignes de cette faveur. La première
- condition du bail c’est que l’ouvrier ait du bétail, et qu’il cultive
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- lui-même ou par les membres de sa famille. Le contrat expire par le seul fait d’une sous-location.
- MM. Stumm Jouent aussi à l’ench.ère une vaste surface de
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- prairie. Les lots sont d'an demi-hectare, et les ouvriers sont seuls admis à concourir. Grâce à ces parcelles de prés, la plupart des familles peuvent nourrir une vache, qui leur fournit ainsi, outre une alimentation avantageuse, l’engrais nécessaire à la culture.
- Les travaux agricoles sont en général laissés aux soins de la femme et des enfants ; ils suffisent à la consommation de la famille en pommes de terre et légumes. Les lots de terre sont fort recherchés par les ouvriers ; aussitôt que l’un d’entre eux est vacant, la concurrence qui se produit pour en obtenir la jouissance est des plus empressée.
- Les patrons se sont appliqués à faciliter aux ouvriers l’acquisition de l’habitation. Tout ouvrier qui a économisé mille francs a le droit de faire à l’établissement un emprunt hypothécaire de 2,000 francs, à 4 pour 100 d’intérêt, pour construire une maison. Le montant du prêt est graduellement retenu sur le salaire. Ce système donne, dès le principe, à l’ouvrier la qualité de propriétaire, et on le préfère, sous ce rapport, à un système de retenue prolongée, qui fait pendant trop longtemps de l’ouvrier un simple locataire.
- 288 maisons ont été construites dans ces conditions ; elles représentent un capital de 675,000 francs. Cette somme est aujourd’hui remboursée, à l’exception de 150,000 francs seulement.
- MM. Stumm ne se sont pas arrêtés là.
- Quelque bonne que fût l’école de la commune, ils ont créé dans l’enceinte de l’établissement une institution spéciale suivie par 140 enfants et divisée en deux classes Ils y ont ajouté une salle d’asile suivie par 100 enfants ; un ouvroir où 80 jeunes filles sont instruites dans les travaux à l’aiguille ; deux cours supérieurs, destinés, l’un aux fils, l’autre, aux filles des employés.
- Une vaste église a été édifiée, et le traitement d’un ecclésiastique spécial payé par l’établissement.
- A côté de ces mesures spéciales, il convient de signaler
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- l’action individuelle à laquelle MM. Stumm attachent la plus haute importance. Ils sont aidés dans cette œuvre par les dames de leurs familles qui s’occupent avec sollicitude des femmes des ouvriers, et se sont assuré le concours de plusieurs diaconesses ; l’une de celles-ci est chargée de visiter et de soigner les malades à domicile ; une autre dirige un asile ouvert pour les veuves ; d’autres sont à la tête des institutions destinées aux jeunes filles.
- Grâce à ces influences, les bonnes mœurs s’affermissent et consolident de plus en plus un état déjà fort remarquable de bien-être et d’harmonie.
- M. Lothaire DE FABER. — Fabrique de crayons à Stein,
- près Kupemîîerg (Bavière')*
- La fabrique de M. Lothaire de Faber s’élève dans le village de Stein, sur les bords de la Rednitz, à une lieue de Nuremberg. Créée il y a plus d’un siècle, ses débuts ont été des plus modestes et ses développements lents et difficiles. Lorsqu’en 1839 son propriétaire actuel en prit la direction, elle ne comptait que 30 ouvriers, et son chiffre d'affaires ne dépassait pas 30,000 francs par an. Actuellement, 500 ouvriers sont occupés à Stein et 275 à Geroldsgrun, fabrique d’ardoise voisine, annexe de la fabrique de crayons. L’humble hameau de Stein s’est transformé en village opulent, et la vieille maison qui servait d’habitation et d’atelier au bisaïeul de M. Lothaire de Faber, disparaît comme un simple bureau, au milieu des bâtiments spacieux qui composent la fabrique.
- Ce remarquable essor est dû surtout aux efforts du propriétaire actuel. Nourri de fortes études, formé par un séjour à Londres et à Paris aux habitudes d’un large commerce, il s’appliqua à perfectionner les produits de son usine, à leur frayer des débouchés à l’étranger; il créa successivement des agences à New-York, à Londres, à Paris ; cette dernière sur-
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- tout, en vue de se tenir au courant des exigences de l’élégance et du goût. Enfin, il s’assura d’importants moyens de succès en traitant avec M. Alibert, qui avait découvert, en Sibérie, dans les monts Saians, non loin d’Irkoutsk, un graphite d’une qualité assez pure pour rivaliser avec celui des mines épuisées du Cumberland. Exploités au milieu de difficultés innombrables, transportés des bords de la Chine à travers la Sibérie et la plus grande partie de l’Europe, les produits bruts de la mine de Bagoutol, arrivent aujourd’hui à l’usine de Stein où ils reçoivent les préparations nécessaires à la fabrication des crayons dans leurs formes et leurs qualités diverses.
- Tout en poursuivant avec succès l’extension de son industrie, M. de Fabcr ne travaillait pas avec moins de zèle à assurer le bien-être de ses ouvriers, à favoriser leur amélioration morale, à fortifier ainsi l’harmonie des rapports qui distingue son établissement.
- En 1839, il créa une caisse de retraite qui, par ses dispositions bien conçues, a servi de type en Bavière à diverses institutions de même nature ; plus tard, il y ajoutait un fonds de retraite pour les ouvriers invalides et une caisse d’épargne.
- En même temps, il donnait à l’instruction des enfants et des adultes les plus grands soins, créait de ses deniers une salle d’asile, faisait reconstruire l’école et y entretenait un second maître.
- Il organisait aussi pour les adultes une société dite d’émulation. Les membres de cette association se réunissent un soir par semaine, discutent quelque sujet scientifique, puis cherchent la solution de questions diverses, posées par écrit ; la soirée se termine par des lectures et par une conversation générale. Une bibliothèque appartient à la société, qui s’est également abonnée à un choix de feuilles et de publications périodiques. Les dépenses sont couvertes par les cotisations des membres et par le large complément qu’v ajoute au besoin M. de Faber.
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- A côté de ces délassements utiles, les ouvriers en trouvent de moins sérieux dans les exercices d’une société d’arbalétriers et de deux sociétés de chant; celles-ci exécutent, le dimanche, dans la forêt voisine, de beaux chœurs, étudiés, les jours de la semaine, pendant les heures du soir.
- La discipline morale des ateliers n’a pas été l’objet, de moins de sollicitude. M. de Faber a pris depuis longtemps pour lui-même et donné à sa fabrique cette triple devise : vérité, moralité, activité, et il a voulu que des préceptes, inspirés du même esprit, présidassent à l’activité commune. Des règlements, rédigés avec détails, tracent à chacun ses devoirs, sauvegardent ses droits.
- Désireux de favoriser le développement de la vie de famille, M. de Faber s’est préoccupé vivement d’améliorer les habitations ouvrières ; tantôt il a acheté des logements pour en modifier les dispositions, tantôt il a construit des maisons modèles ; il a fini, de la sorte, par assurer à ses ouvriers cent habitations spacieuses et saines dont les avantages sont vivement appréciés par ceux qui en obtiennent la jouissance.
- Il a institué des primes destinées, les unes à encourager ceux qui se sont distingués par leur travail et leur conduite, les autres à augmenter les salaires des plus anciens ouvriers.
- Les femmes mariées sont maintenues au foyer domestique, et les jeunes filles seules occupées dans les ateliers, au milieu de soins qui mettent leur moralité à l’abri de toute atteinte.
- Enfin, on peut mentionner encore, comme l’un des traits les plus caractéristiques de l’établissement, le développement de l’esprit religieux. Heureux et reconnaissant du succès de son industrie, M. Faber ne crut pouvoir donner à ses coopérateurs un gage plus utile de gratitude et d’intérêt qu’en dotant la localité, jusque-là simple succursale d’une paroisse voisine, d’une église qui lui appartint en propre. 118,000 francs furent affectés à cette construction, terminée en 1861, et ce fut au son joyeux de ses cloches, ébranlées pour la première fois, qu’ouvriers et patrons célébrèrent dans une fête pleine
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- (le cordialité et de témoignages mutuels d’affection, l’anniversaire de la centième année d’existence de la fabrique de crayons.
- MM. HAUEÏSEM et fils. — Fabrique de faux et faucilles à Neuenburg (Wurtemberg).
- La fabrique de faux et faucilles de MM. Haueisen et fils, fondée à Ncuenburg-sur-Enz, en 1803, agrandie en 1851, par l’acquisition de nouvelles forces hydrauliques, ne produit aujourd’hui pas moins de 6 à 700,000 faux, faucilles et hâches-pailles. La confection de ces instruments, qui varient de formes suivant les nombreux types en usage dans les différentes contrées, occupe 176 ouvriers et apprentis.
- Un ensemble complet de traits recommandables signale l’établissement. Au point de vue des institutions de prévoyance, il possède depuis 180$. sous le nom de Bourse fraternelle, une caisse de secours dont l’actif s’élève à 90,000 francs. Cette association ne garantit pas seulement à ses membres une indemnité en cas de maladie, elle assure une retraite aux ouvriers âgés ou infirmes, une pension à leurs veuves, et des secours hebdomadaires aux enfants orphelins jusqu’à l’âge de quinze ans. Ces privilèges cessent du moment où l’ouvrier quitte la fabrique ; d’une autre part, celui qui n’a pas fait son apprentissage dans l’établissement ou qui n’est pas fils d’un sociétaire n’y est admis qu’à la condition d’acquitter des droits d’entrée assez élevés : 210 francs pour lui, autant pour sa femme, 4 fr. 20 pour chacun des enfants. Si l’enfant est illégitime, le droit d’entrée s’élève à 21 francs.
- Une société de consommation et de crédit complète cette institution.
- Les ouvriers sont en majorité propriétaires, et possèdent en général, outre leur habitation, des champs, et une petite culture. Les patrons, pour favoriser ces travaux, louent à
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- plusieurs d'entre eux des terres et des jardins, à des conditions exceptionnellement avantageuses.
- Les habitudes de stabilité sont très-grandes. La plupart des ouvriers ont été élevés dans l’établissement et ne l’ont jamais quitté.
- Une discipline à la fois ferme et paternelle, un système.de primes bien organisé, des cours de perfectionnement donnés le soir aux apprentis, un système d’avances destiné à faciliter aux ouvriers les acquisitions foncières, sont autant de faits signalés à l’honneur de MM. Haueisen..
- Les femmes mariées ne sont jamais employées dans leur usine.
- Enfin, et ces caractères ont une importance essentielle, depuis soixante-quatre ans la bonne entente entre ouvriers et patrons est restée complète et l’industrie introduite dans une localité jusque-là purement agricole y a créé de nouvelles ressources, et en a accru le bien-être, sans y troubler les bonnes traditions.
- 91. Charles MEZ. — Filature de soie à Fribourg-en-Brisgau
- (Grand-duché de Baden).
- Un des aïeux de M. Mez introduisait, vers 1760, l’industrie de la soie dans les environs de Fribourg-en-Brisgau.
- En 1834, M. Mez lui-même fondait, dans cette ville l’importante manufacture qui a attiré l’attention du Jury.
- , M. Mez s’est donné pour tâche de résoudre un des plus difficiles problèmes que présente le régime manufacturier, acluèl.
- Amené par la nature de son industrie à employer un grand nombre de jeunes filles, il s’est efforcé non-seulement de préserver leurs mœurs de tout péril, mais encore d’employer r.usine à compléter leur éducation et à les préparer, à l’accomplissement des devoirs de la vie domestique.
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- Tel est l’idéal qu’a poursuivi M. Mez. Pour l’atteindre il a eu recours à deux moyens :
- 1° Créer dans les campagnes un certain nombre de succursales de la fabrique centrale, et n’employer que des ouvriersde la localité ;
- 2° Instituer auprès de l’usine urbaine, qui reçoit forcément des ouvriers du dehors dont les familles sont plus ou moins éloignées, des établissements spéciaux destinés à recueillir, à loger et à nourrir les jeunes ouvrières et où leur éducation est l’objet de soins assidus.
- Cette combinaison a obtenu un plein succès. Il y a environ trente ans, M. Mez fondait, dans les environs de Fribourg, cinq fabriques succursales, choisissant de préférence les localités où il trouvait des bras sans occupation. Ces succursales devaient, selon sa propre expression, constituer autant de paratonnerres contre l’oisiveté.
- Ainsi M. Mez, dans le choix de ces localités, ne se préoccupait pas seulement des facilités plus ou moins grandes qu’y rencontrerait son industrie, au point de vue des forces motrices, de l’économie du combustible et de l’abondance des débouchés; il songeait surtout à la population ouvrière qu’il devait employer, il subordonnait, en quelque sorte, ses intérêts à ceux de cette population, ou plutôt il les considérait comme inséparables.
- Quel a été le fruit de ces vues généreuses? C’est que M. Mez, loin d’apporter aux localités où il établissait des usines, ces inconvénients qui en sont trop souvent la conséquence, y introduisait l’aisance, apportant au travail agricole le complément de ressources nécessaire pour en faire sortir le bien-être. Au point de vue moral, il améliorait la condition des habitants de ces campagnes, et, pour lui-même, il s’assurait le concours d’ouvriers excellents et parfaitement stables.
- AFribourg, M. Mez n’obtenait pas des résultats moins importants. L’établissement créé par lui, il y a trente ans, pour
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- recevoir les jeunes ouvrières, et qui consiste en deux maisons, situées dans la cour de l’usine, renferment actuellement 102 lits. Les dortoirs sont installés dans les meilleures conditions hygiéniques.
- Une femme, digne de toute confiance et assistée de deux aides, dirige la maison. Après le travail de l’atelier, les jeunes ouvrières sont exercées aux soins du ménage; elles reçoivent des leçons de couture. Les exercices gymnastiques, le chant, la lecture à haute voix les occupent également.
- Le prix de leur nourriture, préparée à tour de rôle par quelques-unes d’entre elles pour les former aux occupations domestiques, est fixé par elles-mêmes; il est fort modique, mais une subvention du patron le complète. 202 jeunes filles prennent leurs repas dans l’établissement. Grâce à la bonne alimentation, grâce au système qui fait alterner avec les travaux de l’atelier, ceux du ménage, l’état sanitaire y est des plus favorables.
- Pendant leurs maladies les ouvrières sont soignées dans l’hôpital même de la ville, en vertu d’un arrangement spécial conclu par M. Mez.
- Sous les incitations de cet esprit d’ordre, la plupart des ouvrières réalisent des économies : une caisse d’épargne créée par le patron reçoit leurs dépôts ; certaines d’entre elles ont fait des versements qui dépassent S00 francs.
- Le but poursuivi par M. Mez s’est trouvé ainsi pleinement atteint. Une moralité exceptionnelle caractérise sa manufacture. Depuis trente années qu’il la dirige, aucun fait d’immoralité n’a été' signalé et l’on a constaté qu’il ne s’est produit parmi ses ouvrières aucune naissance illégitime.
- Non-seulement le patron est parvenu à éviter, pour les jeunes filles qu’il emploie, le mauvais renom qui, dans certaines localités, s’attache aux ouvrières de fabrique, mais il a fait en sorte que leur séjour dans son établissement devînt une recommandation et un titre qui leur permissent de se marier plus facilement et dans des conditions plus avantageuses.
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- L’harmonie qui règne dans la manufacture n’est pas moins frappante. Aussi bien l’esprit de justice qui préside à la fixation des salaires devait-il prévenir à jamais toute contestation.
- Dans de telles conditions il n’est pas surprenant que l’admission dans cet établissement soit recherchée par un nombre d’ouvriers qui excède de beaucoup les besoins.
- On ne peut se défendre, en présence de pareils faits, de reconnaître combien l’influence fatale ou bienfaisante de l’industrie dépend de la pensée qui préside à la direction des usines. C’est une force immense qui peut être mise au service du bien comme au service du mal. Qu’un patron sente le poids de sa responsabilité, qu’il soit animé du profond sentiment religieux qui caractérise si bien les efforts de M. Mez, et ces mêmes établissements, sources de discorde et de corruption parfois, se transforment en foyer de bien-être et d’harmonie. M. Mez a compris cette responsabilité. Toute sa carrière industrielle a été la réalisation d’une inspiration généreuse et chrétienne. Il n’en a rien coûté à sa prospérité, et il est devenu le bienfaiteur de la population attachée à ses usines.
- AUTRICHE
- M. Henri DRASCHÉ. —Houillères et fabrications de briques (Hongrie et Basse-Autriche).
- Les établissements possédés par M. Drasché, ne forment pas un tout homogène. Composés d’un vaste ensemble d’exploitations houillères et de briqueteries, ils sont situés sur divers points de l’Empire, dans la haute et basse Autriche, en Bohême, en Pologne et en Hongrie.
- Une population ouvrière, d’environ 7,520 âmes est attachée aux quinze houillères et aux deux briqueteries qui constituent ce groupe dont l’importance est attestée encore par le chiffre énorme de la production.
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- On n’évalue pas ce chiffre, en effet, à moins de 6 millions de quintaux de houille et de 120 millions de briques, représentant un mouvement d’affaires annuel de 12 millions de francs.
- M. Drasché débutait, il y à trente-huit ans, comme directeur d’un des établissements qu’il possède aujourd’hui et qui appartenait à un de ses parents. Bientôt il prenait dans la maison le titre d’associé et finissait par rester seul propriétaire.
- Ses entreprises reçurent dès lors, d’année en année, une extension plus considérable et elles lui donnèrent enfin la grande situation qu’il occupe aujourd’hui.
- M. Drasché n’a point voulu que sa générosité envers ses ouvriers demeurât au-dessous de sa haute prospérité. Énumérer les institutions qui ont été créées dans ses établissements pour venir en aide à l’ouvrier, dans toute les phases de sa vie, pour lui donner une instruction solide, et assurer son bien-être jusque dans ses vieux jours, ce n’est faire autre chose qu’énumérer les largesses de ce chef d’industrie. Il dotait les caisses de secours -établies dans ses usines d’un capital de 400,000 francs, destiné àen assurer le fonctionnement. Il créait un fonds également considérable dont le revenu s’élève à près de 30,000 francs par an, pour assurer des pensions à ses employés et contre-maîtres, pour pourvoir à l’existence de leurs veuves et élever leurs orphelins.
- De petits hôpitaux étaient construits à ses frais, près de la plupart de ses usines.
- Enfin, et c’est là un fait qui est de nature à frapper l’attention, tous ses ouvriers et employés reçoivent le logement et le chauffage gratuitement, M. Drasché ayant fait construire dans ce but près de quatre cents maisons.
- Dans un ordre de choses plus élevé, M. Drasché s’est imposé des sacrifices qui ne sont pas d’une moindre importance ; la création d’écoles, de salles d’asile, la construction ou l’agrandissement des édifices religieux ont également sollicité sa générosité. Désireux de mettre les. enfants d’un certain nombre
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- de ses employés en état d’acquérir une instruction supérieure, il instituait à leur profit, dans un établissement public voisin, douze bourses de 500 francs chacune.
- Les circonstances ont permis à M. Drasché d’apprécier les résultats que de tels efforts sont appelés à produire, au point de vue des rapports qui unissent les ouvriers à leur patron. Non-seulement il est parvenu, depuis trente-huit ans, à conserver d’une façon permanente la plupart de ses ouvriers, mais de plus il a expérimenté, au milieu des crises politiques, le dévouement qu’ils professent pour lui.
- Plusieurs de ses établissements sont situés aux portes de Vienne et, dans le moment où la révolution de 1848 amenait la démolition, dans les faubourgs mêmes de la capitale, de plusieurs usines considérables, les ouvriers de M. Drasché étaient réunis pour protéger sa personne et ses biens.
- MM. Philippe HAAS et fils. — Fabriques de tapis et tissus
- pour meubles.
- Fondée par le fils d’un tisserand de Passau, établi à Vienne, en 1790, la maison Haas s’éleva graduellement, grâce à l’activité industrieuse de ses chefs. Tandis que Philippe Haas se partageait avec ses fils la direction technique des diverses fabrications, la mère de famille ' prenait elle-même celle des ateliers de blanchissage, occupés par des femmes, et plus tard la surveillance des écritures.
- C’est grâce à cette intervention personnelle et directe des chefs dans le travail des ouvriers, continuée jusqu’à ce jour, malgré le développement des établissements, que de nouveaux procédés industriels et d’importants perfectionnements purent être introduits avec un remarquable succès dans des localités habituées jusque-là aux fabrications les plus élémentaires. Les tisserands de grosse toile des campagnes de l’Autriche et
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- de la Bohême devinrent d’habiles tisseurs de velours, de reps et de damas.
- Mais, à côté de ce résultat matériel, un fruit moral plus précieux était également obtenu. Resserrés par un contact quotidien, les liens entre les patrons et les ouvriers devenaient ceux d’une coopération intime et cordiale. Guidés et contrôlés dans leur travail journalier par les chefs mêmes de la maison, les ouvriers apprenaient à respecter leur autorité en même temps qu’à s’attacher à eux. Aussi les débats sont-ils tout à fait absents dans les ateliers et les plaintes même contre les patrons paraissent-elles à peu près inconnues.
- Les établissements de Philippe Haas et de ses fils se déploient sur une large échelle. A Gunpendorf, l’un des faubourgs de Vienne, se trouvent les ateliers de dessin et les fabrications de tapis d’art, châle et étoffes brochées de soie qui sont faites à domicile par environ 250 ouvriers en chambre. A quelques heures de Vienne se trouve la filature de Mittern-dorf annexée à un vaste domaine agricole. Cette importante fabrique a été récemment détruite par un incendie et sa reconstruction n’est pas encore terminée. L’établissement d’Ebergassing (tissage mécanique et filature de laine non pei-- gnée), situé à peu de lieues plus loin, est au contraire en pleine activité et occupe 800 ouvriers.
- A la tête de chacun des établissements se trouve l’un des patrons.
- De petites fabriques, spéciales à certains produits, ont été créées dans les lieux particulièrement appropriés à ces industries : à Illinsko, en Bohême, pour les reps ; à Lissone, près Milan, pour les tissus de soie pour meubles; à Bradfort, en Angleterre, pour les damas de laine. Ces produits sont centralisés dans une vaste maison de vente établie au Graben, à Vienne, et qui compte des succursales à Prague, Brunen, Gratz, Trieste, Milan et Londres.
- Des institutions diverses de prévoyance sont organisées dans ces établissements ; des logements gratuits y sont fournis
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- avec un jardin à un nombre élevé d'ouvriers; des denrées alimentaires y sont procurées au prix de revient.
- L’hvgiène des ateliers a été l’objet de soins particuliers.
- Par une sollicitude non moins digne d’éloges, les mères de famille sont autorisées à quitter l’usine une heure avant le temps réglementaire, de manière à pouvoir préparer les repas domestiques.
- Une autre mesure permet, aux époques de moissons, d’arrêter le travail de la fabrique afin que les ouvriers prennent part aux travaux de la récolte.
- MM. Haas, pour empêcher que leurs ouvriers n’aient recours aux cabarets, ont cru utile de leur fournir à bas prix une bière de bonne qualité. Les fêtes des tisserands se passent dans l’établissement sous les yeux des patrons qui fournissent la musique.
- Mais la mesure à laquelle MM. Haas attachent, à juste titre, le plus d’importance consiste dans l’établissement de primes s’élevant en moyenne à 12 pour 100 du salaire. Ces primes sont réglées proportionnellement à la qualité du travail, à l’aide d’un contrôle auquel s’astreint en général l’un des patrons en personne. Les fautes constatées dans les diverses pièces sont, après un examen scrupuleux, notées au moyen d’un système de signes portés sur une feuille spéciale. La lecture en est faite publiquement chaque mois en même temps qu’est proclamé le montant correspondant des primes remises aux ouvriers.
- L’émulation ainsi excitée est des plus grandes. Les mauvais ouvriers, humiliés par l’insuccès, s’éloignent d’eux-mêmes de l’établissement; les bons, au contraire, encouragés et excités à de nouveaux efforts, s’y attachent et deviennent de fermes soutiens de sa prospérité.
- L’influence de cette mesure est dans la part directe qu’y prennent MM. Philippe Haas et fils. La prospérité n’a pas relâché en effet les rapports qu’ils entretiennent avec leurs ouvriers. C’est dans cette intervention constante et dans les sacrifices de temps et de peine qu’elle leur impose qu’il faut chercher à
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- la fois l’origine de leur succès et celle des sentiments de confiance et d’attachement dont ils sont entourés.
- M. le chevalier de VERTHEIM. — Fabrique d’outils et de coffres-forts à Vieime.
- Parmi les candidatures d’origine autrichienne, le Jury a cru devoir distinguer encore les usines appartenant à 31. le chevalier de Vertheim.
- L’état de bien-être des ouvriers employés dans ces usines et le caractère des relations qu’ils entretiennent avec leur patron, ont paru de nature à être spécialement signalés.
- M. de Vertheim a commencé par fonder, en 1840, deux fabriques d’outils, l’une à Vienne, l’autre à Scheibbs (Stvrie); mais c’est seulement en 1853, qu’il créait, à Vienne, la vaste fabrique de coffres-forts qui a le plus servi sa réputation et sa fortune. Cet établissement, qui emploie environ 800 ouvriers des deux sexes, envoie dans le monde entier ses produits, dont la bonne exécution a été plus d’une fois attestée par des témoignages compétents.
- Obéissant à un sentiment généreux, M. de Vertheim n’a pas restreint à son seul personnel'ses efforts pour améliorer la condition de la classe laborieuse. Il a fondé, en Autriche, la première Société d’assurances pour les ouvriers, société destinée â pourvoir aux circonstances accidentelles qui peuvent menacer leur existence.
- Tout le personnel des usines de M. de Vertheim est assuré-. Des logements sont, en- outre, fournis gratuitement à un grand nombre d’ouvriers. Il est juste- de constater que beaucoup d’entre eux, dans l’établissement de Scheibbs, possèdent leur habitation, ainsi que quelques dépendances rurales.
- Leur nombre s’accroît encore' avec les progrès de l’aisance. Les: acquisitions foncières se multiplient et attestent ainsi des habitudes d’épargne bien établies-.'
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- Des écoles spéciales, créées et entretenues aux frais du patron, contribuent, d’un autre côté, à élever le niveau intellectuel de la population ouvrière. Des écoles de dessin technique forment des travailleurs habiles.
- Enfin, grâce à la bonne discipline des ateliers, aux mesures qui sont prises pour assurer le respect du caractère de la jeune fille et de la mère de famille, la population ouvrière tout entière témoigne d’un véritable esprit d’ordre et de moralité et d’un attachement à son chef que les circonstances ont plus d’une fois mis en lumière.
- M„ de Vertheim n’a point ménagé les sacrifices pour éviter les chômages et pour assurer la permanence du travail ; il en a été récompensé en voyant, au milieu des époques les plus tourmentées, son personnel lui demeurer fidèle, et en pouvant compter d’une façon permanente sur le concours d’ouvriers zélés, qui ne séparent point leurs intérêts de ceux de leur patron.
- BELGIQUE
- Société des mines de BLE¥BEB6t (province de Liège).
- Les établissements de la Société anonyme de Bleyberg, qui consistent en fonderies de zinc, de plomb et d’argent, sont situés dans' la province de Liège, à peu de distance des frontières de Hollande et de Prusse.
- Ces exploitations, dont l’origine est ancienne, ont vu leur prospérité s’accroître sensiblement depuis une dizaine d’années.
- Lorsqu’on étudie les conditions qui caractérisent la population ouvrière attachée aux établissements du Bleyberg, un fait frappe aussitôt l’attention: c’est le mélange d’ouvriers de différentes nations qui s’y rencontre. Dans ses efforts pour établir
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- l’harmonie, pour vulgariser l’instruction, la Société devait trouver là une source de difficultés réelles. Ces difficultés, on doit le constater à son honneur, non-seulement elle a su les vaincre, non-seulement elle a su faire régner la concorde parmi les ouvriers, prévenir les rixes, établir entre eux et le directeur des rapports excellents, mais elle est parvenue, grâce à sa sollicitude persévérante, à supprimer presque complètement au sein de cette population l’ivrognerie et la débauche, et à y répandre de plus en plus l’instruction. Enfin, elle a pu retenir cet élément flottant, l’attacher au sol, et, en ce moment, plus d’un tiers des ouvriers est propriétaire.
- Pour en venir là, il était naturel que la Société ne négligeât aucune des institutions, aucun des moyens qui peuvent assurer le bien-être du travailleur et remédier à son imprévoyance.
- Une caisse de secours très-bien organisée et alimentée par des ressources abondantes est attachée aux usines.
- Un petit hôpital, desservi par des Sœurs de charité, reçoit les malades et les blessés, si les familles sont éloignées du centre des travaux. Ces Sœurs soignent aussi à domicile les malades.
- D’un autre côté, les ouvriers mineurs, et ceux qui appartiennent aux ateliers de préparation de minerais, au nombre de 567, sont affiliés à la caisse de prévoyance des ouvriers mineurs de Liège, qui accorde des pensions aux ouvriers mutilés ou à leurs veuves et à leurs enfants.
- Désireuse de fournir des logements convenables à des prix très-bas à son personnel, la Société a fait construire un certain nombre de maisons ; jusqu’à présent ces maisons sont louées. Toutefois, quelques ouvriers, aidés par la Société, ont acheté des habitations dans la localité.
- Enfin, un magasin d’approvisionnement fournit, à prix réduits, les denrées alimentaires.
- Le développement de l’instruction a été, ainsi qu’on l’indique plus haut, l’objet d’efforts particuliers. Aussi ren-
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- contre-t-on à Bleyberg une salle d’asile, une école primaire, une école de couture et une bibliothèque.
- Pour assurer le service du culte et l'accomplissement des devoirs religieux, une église, à laquelle est attaché un aumônier, a été construite au milieu des établissements.
- Ces institutions devaient puissamment contribuer à maintenir la moralité au sein de cette population. Diverses mesures sont venues en assurer l’efficacité.
- Ainsi, les jeunes filles sont absolument exclues des travaux intérieurs des mines et môme des fonderies. Elles ne sont guère* admises que dans les ateliers de préparation. La mère de famille ne quitte pas le foyer domestique.
- •Enfin, la Société interdit les cabarets près des usines et se réserve le droit de limiter le nombre d’habitants de chaque maison.
- On peut juger par là de l’esprit qui anime la direction des mines et fonderies de Bleyberg. Elle a dû assurément vaincre de grandes difficultés, pour réaliser l’état de bien-être et d’harmonie qui se rencontre aujourd’hui dans les établissements de la Compagnie ; mais aussi a-t-elle conscience d’avoir accompli, à son honneur, une mission généreuse et féconde en résultats-
- ESPAGNE
- AI. Vincent LASSALA, agriculteur à la Masia de la Mar, près Chiva (province de Valence).
- M. Vincent Lassala peut être considéré comme le fondateur de nouvelles mœurs agricoles dans la contrée qu’il habite. Il achetait en 1852 la Masia de la Mar, près Chiva, vaste propriété qui se trouvait dans un état complet d’abandon.
- L’intelligence et l’habileté avec lesquels il sut la relever appelèrent promptement l’attention sur lui. Mais ce qui devait surtout frapper les esprits et servir d’exemple, ce sont les
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- moyens auxquels eut recours M. Lassala pour former son personnel, l’instruire, le moraliser, l’attacher à l’exploitation et créer son bien-être.
- M. Lassala n’avait point à profiter des expériences tentées autour de lui. Les exploitations rurales qui l’avoisinent n’avaient à lui offrir aucune institution créée en faveur des ouvriers. Il dut tout à son initiative.
- Ses premiers soins furent pour l’éducation religieuse et pour l’instruction. Il s’empressa de créer une école primaire gratuite pour les domestiques cultivateurs et ouvriers, une école d’agriculture pour les adultes ; en même temps, il fondait une chapelle et veillait avec sollicitude à l’enseignement réligieux.
- Bientôt M. Lassala voyait les ouvriers rechercher, et les pères de famille aisés solliciter pour leurs enfants une place dans la ferme, à cause de l’instruction que l’on y trouvait ; la localité tout entière se transformait peu à peu au point de vue de la condition matérielle des ouvriers.
- De grandes réformes, il est vrai, étaient à opérer. Dans la plupart des exploitations rurales du pays, le domestique, l’ouvrier étaient fort négligés. L’alimentation de l’ouvrier surtout laissait beaucoup à désirer; il couchait sur la dure, le plus souvent en plein air.
- M. Lassala construisit des dortoirs bien installés et veilla lui-même aux repas pris par ses ouvriers.
- Non moins désireux de leur créer des ressources pour leur vieillesse et de les mettre à l’abri des chances fatales qui peuvent les atteindre, il établissait un système de pension ; il les excitait à l’épargne, instituant dans ce but une caisse gérée par lui, où les ouvriers peuvent venir déposer le fruit de leurs économies. Ces encouragements ne demeurèrent pas stériles. De nombreux dépôts produisant intérêt à 6 pour 100 eurent lieu; fait d’autant plus digne de remarque, qu’il s’agit d’ouvriers qui ne gagnent, par an, que des sommes fort modiques dépassant rarement 125 francs en argent.
- Des ateliers de forge, de charpente, annexés à la ferme, per-
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- mettent d’employer d’une façon constante les ouvriers et d’utiliser tous leurs moments.
- Enfin M. Lassala, grâce à une discipline sévère et en laissant au foyer domestique la mère de famille et la jeune fille, a pu conserver parmi ses ouvriers une haute moralité.
- La plupart lui sont profondément attachés et donnent un frappant exemple de stabilité dans un pays où les domestiques ruraux ont coutume de changer de maître presque tous les ans. Il en est un certain nombre qui séjournent dans l’exploitation depuis dix ou quinze ans.
- Ces résultats ne peuvent être attribués qu’aux efforts incessants de M. Lassala, dont l’influence, après s’être exercée autour de lui, se manifeste déjà dans le pays qui l’entoure, et est appelée sans doute à y servir de point de départ aux plus utiles réformes.
- ÉTATS-UNIS.
- Colome agricole de (ftTew-Jersey).
- En 1861, M. Landis achetait dans la partie méridionale du New-Jersey un territoire inculte de 28,000 acres. Sur ce vaste espace, couvert d’une végétation bâtarde, on ne rencontrait alors, pendant des journées entières de marche, que solitude et silence. Cinq à six familles au plus étaient établies dans ses limites.
- Aujourd’hui le même emplacement compte 1,760 fermes, vergers, vignobles ou jardins, avec maisons d’habitation; 49 avenues ou routes plantées, mesurant ensemble 130 milles et établies les unes à la place d’anciens marécages, les autres à travers d’épais fourrés ; plusieurs parcs d’agrément ; 8 églises ;
- 13 écoles.
- Ce rapide développement, dû tout entier à l’initiative privée, s’est produit en dehors de la contrée où se porte le flot
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- des émigrants, sur un sol argilo-siliceux d’une fertilité ordinaire, durant une guerre civile qui occupait toutes les forces de la nation.
- L’énergie du fondateur, sa constance à poursuivre à la fois le bien-être matériel et moral des colons, expliquent seules ce succès.
- Dès le principe, M. Lundis exclut strictement de son entreprise les spéculateurs, en n’autorisant par ses contrats la revente des terrains qu’après la construction d’une habitation et le défrichement d’une partie déterminée du sol. Il favorisait les acquéreurs sérieux en leur accordant les délais nécessaires aux payements ; il s’occupait surtout d’assurer des débouchés à leurs produits.
- Les villes de New-York et de Philadelphie, avec lesquelles Vineland communique par un chemin de fer, offrant un large marché pour la vente des fruits, M. Landis en favorisa spécialement la culture ; il introduisit des espèces perfectionnées, organisa à ses frais des expositions et des concours, entretint un agent de vente mis gratuitement à la disposition de tous les colons.
- En meme temps, il songeait à assurer à la localité certains embellissements. Prenant à sa charge la création des chemins, il voulut que les propriétaires riverains s’obligeassent à en planter les bords, à n’établir de constructions qu’à des distances déterminées de la route, de manière à réserver une place aux fleurs et aux arbrisseaux.
- Sérieusement préoccupé des intérêts moraux, il posait comme règle à l’admission dans la colonie l’engagement de ne pouvoir vendre dans son enceinte ni vins, ni bières, ni boissons fermentées d’aucune espèce. Ainsi était écarté l’établissement de ces débits de boissons où les nouveaux colons consument trop souvent la meilleure partie de leurs ressources.
- En même temps, il provoquait par un large système de primes le perfectionnement de l’agriculture, de l’horticulture, et la création de nombreuses et utiles institutions.
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- Les colons répondirent avec un remarquable élan à cette impulsion, et l’on vit se former tour à tour, à côté des églises et des écoles, des associations de tout genre : société historique, bibliothèque, société de chant, société de musique instrumentale, société florale, société d’agriculture et d’horticulture, club des cultivateurs de fruits, société de crédit, société de prêt, société de secours mutuels, association funéraire qui pourvoit à l’administration du cimetière.
- Une association de jeunes gens, dite Union chrétienne, se réunit chaque semaine pour s’occuper des intérêts moraux et intellectuels de la colonie. Ses membres, au nombre de 80, se sont partagé la direction de six écoles du dimanche, organisées sur les points les plus écartés de la colonie; et c’est en donnant à de plus jeunes qu’eux l’instruction religieuse et variée à laquelle ces institutions sont spécialement affectée, c’est en les excitant à l’émulation du bien qu’ils se plaisent, après les travaux de la semaine, à occuper leurs loisirs.
- Telle est la métamorphose que présente aujourd’hui Vineland, métamorphose aussi frappante par le bien-être moral qui règne dans cette colonie, que par la prospérité matérielle qui y a pris si rapidement essor.
- FRANCE-
- Compagnie des verreries et cristalleries de BACCARAT (Meurthe).
- L’origine de la verrerie de Baccarat remonte à l’année 1766. Créée par M. de Montmorency-Laval, évêque de Metz, dans le but d’assurer un écoulement aux produits des forêts considérables que l’évêché possédait dans la contrée, cet établissement a été, après diverses exploitations successives, acquis en 4822 par M. Godard.
- Peu d’années plus tard, M. Godard a organisé la Compagnie
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- sous sa forme actuelle, en conservant personnellement une large part dans sa direction. Le nombre des ouvriers, qui était, en 1823, d’environ 300, s’élève aujourd’hui à 1,743, sur lesquels on compte 226 femmes et 359 apprentis. Le chiffre de la production en cristaux est monté, pendant la même période, de 800,000 fr. 4 5,000,000 de fr.
- Un ensemble d’institutions de prévoyance des plus complets, de remarquables habitudes d’économie et de stabilité, un état satisfaisant d’harmonie et de moralité caractérisent cette importante usine.
- Les tailleurs sur cristaux et les verriers, associés en compagnies spéciales, sè sont successivement constitué, de même que les ouvriers à la journée, des caisses de secours et des caisses de retraite, alimentées suivant des règles variables, soit par des cotisations libres, soit par des prélèvements directs faits sur les salaires. Ces caisses sont au nombre de six, non compris une caisse des orphelins verriers, fondée en 1861, et une caisse des sépultures.
- Mais les ouvriers de l’établissement ne bornent pas leur prévoyance à ces garanties collectives. L’esprit d’économie est parmi eux général, et la Compagnie, qui a consenti à recevoir dans sa caisse le montant de leurs épargnes, ne possède, de ce ehef, pas moins de 840,000 francs, bien qu’elle ait successivement réduit pour chaque ouvrier le maximum du dépôt à 10, puis à 6, et enfin à 4,000 francs.
- Le chiffre total des épargnes faites par les ouvriers, depuis l’origine de la Compagnie, et placées pour la grande partie en fonds publics, peut être évalué à 3 millions.
- Au bien-être est toujours unie la stabilité. Il résulte d’états nominatifs des ouvriers, que la moyenne du séjour dans l’établissement, y compris les apprentis, est de 15 ans-; que 216 ouvriers sont nés de parents au service de l’usine ; que 132 y ont passé plus de 30 ans et 363 plus de 20 ans. La moitié des ouvriers qui étaient occupés il y à vingt ans dans la cristallerie s’y trouvent encore aujourd’hui; sauf des cas exceptionnels,
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- les ouvriers restent ainsi dans l’établissement jusqu’à leur décès ou jusqu’à l’époque de leur retraite, avec une permanence à peu près complète.
- Les bons rapports se sont, depuis plus de 25 ans, continués sans troubles et manifestés notamment en 1848, par l’empressement des ouvriers à résister à toute tentative de désordre.
- Des dispositions de cette nature devaient naître en retour des mesures de sollicitude que la Compagnie a toujours prises dans l’intérêt de ses ouvriers : avances pour l’exonération du service militaire ; logements gratuits dans l’usine fournis, ainsi qu’un jardin, à 165 ménages; soins donnés à l’instruction.
- Deux écoles de garçons ont été créées dans l’établissement: l’une tenue le jour, pour les élèves les plus jeunes, l’autre tenue le soir, pour les apprentis. Ceux-ci sont obligés d’en suivre les classes aussi longtemps qu’ils n’ont pas été reconnus, dans un examen régulier, suffisamment pourvus des connaissances élémentaires. Des cours de dessin et un ouvroir forment d’utiles annexes à ces institutions.
- Une chapelle a été construite dans l’enceinte même de l’usine ; des services religieux y sont régulièrement célébrés aux frais de la Compagnie.
- Grâce à ces soins, grâce à la bonne discipline qui règne dans les ateliers et que fortifient, au besoin, de paternelles exhortations, la moralité est générale. Le nombre des .naissances illégitimes ne dépasse pas dans la localité 3.50 pour 100. Il est absolument nul dans les familles logées dans F usine et qui se trouvent placées ainsi plus directement sous le patronage vigilant et affectueux du directeur.
- MM. BOUILLON. — Forges de Larivière, près Limoges (Haute-Vienne).
- Cette candidature a appelé l’attention du Jury par une physionomie particulière.
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- Créée en 1837, par M. Bouillon père, l’iisine de Larivière était destinée, dans l’origine, à transformer des fers forgés, achetés dans le pays, en fil de fer et en clous d’épingles; industrie toute nouvelle pour la contrée.
- Son personnel, fort modeste alors, puisqu’il se composait à peine d’une cinquantaine d’ouvriers ou employés, fut recruté en Franche-Comté, en Suisse et en Bourgogne.
- Cette petite colonie se trouvait transplantée dans un pays peu habité, sans routes, et pour ainsi dire sans communications, au milieu d’une population peu sympathique et où l’instruction n’était pas répandue.
- L’action personnelle du chef de l’établissement pouvait seule vaincre toutes les difficultés que faisait naître cette situation. MM. Bouillon se dévouèrent à cette tâche.
- Le château, attenant à l’usine nouvellement construite, et qui devait servir d’habitation au propriétaire, fut partagé avec les nouveaux venus. Un jardin, pris sur les terres de la propriété rurale, fut attribué à chaque ménage; le chauffage, concédé gratuitement.
- Dans ces conditions, les ouvriers de M. Bouillon parvinrent promptement à un état de véritable bien-être, rendu plus sensible encore par la sollicitude du patron. Cet exemple fut décisif pour la population indigène. B avait semblé tout d’abord qu’elle ne consentirait jamais à donner des ouvriers à rétablissement ; elle n’avait répondu que par des procédés malveillants aux premières avances.
- Bientôt l’on vit arriver quelques habitants des localités voisines, d’autres les suivirent.
- M. Bouillon eut alors la pensée de tenter une expérience hardie.
- La contrée avait été infestée par des brigands dont une bande de 38 hommes avait passé aux assises à Limoges en 1836. Un certain nombre d’entre eux, sortant des prisons ou du bagne, demandèrent à entrer dans l’usine, La répugnance qu’inspiraient de tels solliciteurs était grande, on le conçoit aisément.
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- M. Bouillon ne s’y arrêta pas. Ces hommes reçurent du travail; leurs camarades, sur les instances pressantes du patron, parurent, autant que possible, ignorer leur situation, et les faits donnèrent bientôt raison à M. Bouillon. Une transformation morale complète s’opéra dans ces hommes arrachés ainsi à l’infamie et devenus de fidèles et laborieux ouvriers.
- Depuis cette époque l’usine de Larivière reçut des développements de jour en jour plus importants. Aujourd’hui elle emploie un personnel de 300 ouvriers et livre de 1,500 à 2,000 tonnes de produits manufacturés.
- Avec la situation matérielle de rétablissement, a grandi aussi la sollicitude du patron pour ses ouvriers. Aujourd’hui les traditions de M. Bouillon père sont continuées par ses fils avec un soin jaloux, Toutes les combinaisons de nature à vulgariser l’instruction, à remédier à la situation de l’ouvrier atteint de maladie, à assurer le sort de sa veuve et de ses enfants, en cas de décès, se trouvent réalisées dans l’usine de Larivière.
- Ses chefs n’ont jamais reculé devant les sacrifices pour assurer le maintien du travail dans leur manufacture, même dans les temps les plus difficiles, et ils se sont vivement préoccupés, d’un autre côté, d’exciter l’ouvrier à l’épargne.
- Une bonne organisation du travail rend plus facile la réalisation d’économies de quelque importance.
- • La plupart des ouvriers qui appartiennent à la localité sont d’ailleurs propriétaires de terres, et ils joignent ainsi au travail agricole le travail industriel, qui constitue pour eux une nouvelle source de revenus.
- Au point de vue moral, MM. Bouillon ont également atteint des résultats précieux. Nous en fournissions à l’instant un frappant exemple.
- Les mères de famille, comme les jeunes filles, ne sont point employées à l’usine, restent au foyer domestique et se signalent par les mœurs les plus recommandables.
- . On ne. saurait trop remarquer, à ce propos, l’influence qu’a
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- exercée Faction personnelle de M. Bouillon et de sa famille. Peu d’établissements ont débuté dans des conditions plus difficiles que l’usine de Larivière ; bien peu offrent un plus bel exemple d’harmonie et de bien-être.
- ILc ba-i'ora de HîHSSIFUlE. — Falbeiquie de maeliimes à Gi*affeaistadeai (Bas-RMn).
- L’usine de Graffenstaden, à peu de distance de Strasbourg, fut fondée en 4838. A cette époque déjà cet établissement jouissait, tant en France qu’à l’étranger, d’une réputation véritable pour plusieurs de ses produits.
- Cependant, lorsque M. le baron de Bussière en fit l’acquisition, elle demandait à être complètement transformée. • L’ancienne fabrication n’était plus suffisante ; il fallait y ajouter d’autres branches et créer de nouveaux débouchés.
- Cette tâche offrait des difficultés réelles et de plus d’une sorte. Elle se trouva de beaucoup simplifiée par le concours précieux du directeur, qui fut maintenu à la tête de l’usine, M. Mesmer, ancien élève de l’école polytechnique de Carlsruhe.
- L’établissement de Graffenstaden compte aujourd’hui 4,400 ouvriers ; son outillage est considérable, et son importance comme atelier de construction grandit tous les jours. Il livre des machines à vapeur à la Russie, à l’Espagne, à l’Italie.
- La plupart des ouvriers de l’usine lui sont fournis par les localités agricoles qui l’entourent; or, il fallait trouver là tous les éléments d’un personnel de contre-maîtres, de dessinateurs, de comptables : première difficulté.- Ce n’était pas assez, dans ce but, on le comprend,, de créer de bonnes écoles primaires. Une école professionnelle fut fondée; habilement organisée et dirigée, cette école rendit les plus grands services, et sa réputation s’étendit bientôt au delà du Rhin. Plus de 300 élèves en sont déjà sortis, parmi lesquels un certain nombre occupent des positions distinguées.
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- La durée de l’apprentissage est de 4 à 6 années. Après la première année, les apprentis qui se signalent par leur assiduité et par leurs aptitudes peuvent obtenir, à titre d’encouragement, un gain dont le chiffre varie ; une bibliothèque est annexée à l’école. Visitée par M. le général Morin, rapporteur de la commission de l’enseignement technique, le plan d’organisation de cette école mérita d’être cité comme pouvant servir de type à des créations analogues.
- L’école professionnelle de Graffenstadcn est sans contredit un des traits caractéristiques de cet établissement, qui possède d’ailleurs la plupart des institutions de prévoyance et de secours établies en faveur des ouvriers: une caisse des malades; une caisse de retraite ; une caisse d’épargne, qui se compose de 101 déposants et possède en ce moment, en dépôt, une somme de 413,000 francs. Il y a lieu de constater aussi que la plupart des ouvriers sont propriétaires et réalisent des acquisitions foncières. Des habitations ont été construites pour loger tous ceux qui ne seraient point propriétaires d’habitations ; enfin, une société chorale et un casino pour les employés complètent cet ensemble.
- Il importe de le faire remarquer, les généreux et constants efforts des propriétaires de Graffenstadcn ne se sont pas bornés à élever et à améliorer le sort de la population attachée à l’usine. La localité tout entière s’en est ressentie, de même que les centres agricoles du rayon.
- Depuis vingt-cinq ans la commune d’Illkirch-Graffenstaden a subi une véritable transformation : la population a doublé ; 223 maisons y ont été construites ; une belle église a pu y être édifiée grâce au concours de M. de Bussière et de ses ouvriers. Chaque jour enfin se resserrent les liens déjà anciens et éprouvés qui unissent cette population ouvrière à l’importante usine à laquelle ils doivent leur instruction et leur bien-être.
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- Société des forges de CIIVTIIXOX et COJIMEXTRÏ.
- Les établissements miniers et métallurgiques de la Compagnie anonyme des forges de Châtillon et Commentry sont répartis dans six départements et constituent deux groupes principaux, situés l’un en Bourgogne, l’autre dans le Berry et le Bourbonnais.
- La production générale de la Compagnie a été, en année moyenne, depuis quatre ans, de 300 à 350 tonnes de houille et coke, et de 63 à 72,000 tonnes de produits métallurgiques, dont un cinquième environ en fer, en bois ou en produits dénaturés, et le surplus en fers marchands.
- Environ 9,000 ouvriers sont attachés à ces usines et forment , avec le personnel des contre - maîtres et de leur famille et celui des employés, une population de 22 à 23,000 âmes.
- Il est facile de s’en convaincre, tout ce qui se rattache à l’assistance morale, intellectuelle, matérielle de l’ouvrier a été, de la part de la Compagnie de Châtillon et Commentry, l’objet d’études attentives et d’efforts intelligents autant que généreux.
- L’ignorance et la maladie ont été les deux fléaux qu’elle s’est d’abord préoccupée de conjurer dans l’intérêt des ouvriers. Dans ce but, sur tous les points où le personnel ouvrier présentait une certaine agglomération, une fixité suffisante, elle s’empressait d’organiser des caisses de secours et un service médical complet qu’elle dotait largement.
- Elle assurait, en même temps, l’instruction des enfants, soit en subventionnant, pour les garçons, les instituteurs établis à portée de ses exploitations, soit en appelant, pour les filles, des sœurs institutrices, qui devenaient aussitôt de précieux auxiliaires pour les caisses de secours, et veillaient à l’organisation des pharmacies, infirmeries et hôpitaux.
- L’instruction des enfants occupe, dans dix-neuf écoles, un
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- personnel de 44 instituteurs ou institutrices et, pour un nombre total de 2,625 enfants, coûte annuellement 35,220 francs. Des ouvroirs ont été créés pour les jeunes filles et, sur quelques points, des orphelinats, où demeurent jusqu’au moment de leur mariage ou de leur entrée en condition les jeunes filles orphelines de père ou de mère. Une partie du produit de leur travail couvre les frais de l’orphelinat , et l’autre sert à leur constituer une dot.
- On voit, d’un autre côté, la Compagnie dépenser annuellement pour le service médical près de 40,000 francs par an, et une somme également considérable pour des secours accidentels de diverse nature.
- A ces avantages sont venus s’ajouter des logements fournis en grand nombre, à des conditions exceptionnellement avantageuses et le chauffage gratuit.
- Sur 924 logements construits par la compagnie, 387 sont donnés gratuitement et 537 loués à prix réduits. En même temps, la Compagnie cède, chaque fois que l’occasion s’en présente, des maisons et des jardins à ses ouvriers et contremaîtres.
- L’influence de ces efforts s’est révélée par des traits frappants. Le chiffre croissant des économies réalisées par les ouvriers, les nombreux dépôts faits par eux dans les caisses d’épargne établies auprès des diverses usines, ont été un premier signe du progrès de l’aisance.
- Dans un autre ordre de faits, on a pu voir le développement intellectuel suivre de près la multiplication des écoles et la bonne organisation de l’enseignement; Dans un des établissements de la Compagnie, à Sainte-Golombe, tous les conscrits, cette année pour la première fois, signaient au registre d’inscription ; les années précédentes,on en trouvait à peine les deux tiers, et antérieurement, pas plus de la moitié sachant écrire.
- La Compagnie a pu faire, au sujet de l’influence exercée par les écoles de filles, une observation frappante : c’est qu’à mesure que s’étend le nombre de ménagères sorties de ses
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- asiles et de ses ouvroirs, le progrès moral des populations ouvrières s’accentue davantage, l’esprit de conduite et de prévoyance se répand.
- Ces effets ont été particulièrement sensibles dans les établissements du Châtillonnais, dotés les premiers de ces institutions, il y a bientôt quinze ans; là, plus d’unions illégitimes, peu ou point de désordre dans les familles ; une population plus saine, plus intelligente, plus attachée au pays.
- A Tronçais, établissement situé au milieu d’une forêt considérée pendant longtemps comme un véritable repaire de malfaiteurs, et dans un pays presque désert, l’institution d’une école de filles et d’un orphelinat ont transformé la population.
- Bien pénétrée de cette idée que les institutions d’assistance, si efficaces qu’elles soient, sont en définitive impuissantes à remédier à toutes les chances de misère et de ruine qui peuvent atteindre l’ouvrier, la Compagnie de Châtillon-Commentry a cherché ailleurs encore la solution du problème : elle l’a cherchée dans l’éducation et dans la moralisation de l’ouvrier. C’est là qu’elle a vu le véritable moyen de combattre les deux plus redoutables fléaux qui atteignent l’ouvrier : le chômage et le dénûment des vieux jours. Elle n’a négligé aucun effort, aucun sacrifice dans ce but.
- Mais aussi les résultats obtenus sont-ils de nature à l’encourager dans cette voie, comme ils ont été faits pour attirer l’attention du Jury et pour mériter à cette Compagnie des droits à l’une des récompenses décernées le 1er juillet.
- MM. GROS, ROMAN, MAROZEAU et O. — Filature et fabrique de tapis, à Wesserling (Haut-Rhin).
- L’établissement de Wesserling compte un siècle d’existence. Simple fabrique d’indienne en 1750, on y ajouta en 1807 une
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- filature de coton, un tissage, une blanchisserie. Il occupe aujourd’hui 4,400 ouvriers.
- Situé dans une vallée des Vosges, à peu de distance de Mulhouse, Wesserling se trouve au centre d’un groupe de localités qui lui fournissent la plupart de ses ouvriers ; population agricole, essentiellement stable et pénétrée au plus haut degré de cet amour de la propriété qui est un des traits distinctifs de la province.
- Doyen de l’industrie alsacienne, d’une importance considérable et qui n’a pas cessé de grandir, cet établissement a joué à plusieurs égards, dans ce pays, le rôle d’initiateur.
- Ses fondateurs, dont le nom est entouré d’un véritable et universel respect, ont été, en effet, des premiers à rechercher les moyens les plus propres à améliorer la condition de la population ouvrière, et cet esprit anime encore aujourd’hui Wesserling.
- Toutes les institutions qui sont appelées à remédier à l’imprévoyance de l’ouvrier y ont été créées, et développées avec une sollicitude particulière, et sont l’objet de larges subventions de la part des patrons : caisse de secours, caisse de retraites, caisse d’épargne, servant en même temps d’institution de crédit; denrées alimentaires fournies à prix réduits.
- On y a trouvé moyen d’assister l’ouvrier sous toutes les formes, et de pourvoir à toutes les circonstances accidentelles qui peuvent l’atteindre, cas fort rare d’ailleurs, car l’ouvrier de Wesserling n’a jamais connu le chômage. ‘
- Mais il y a lieu peut-être de donner plus d’attention encore aux efforts qui ont été tentés pour vulgariser l’instruction au sein de la population ouvrière et pour la moraliser.
- La création d’une école primaire dans l’usine remonte à l’année 1810. Dès 1830 on y joignait une école supérieure, où se recrutent la plupart des employés de l’établissement, et une école du soir pour les adultes.
- Plus tard enfin, les chefs de la maison y organisaient une école spéciale de dessin, deux écoles de jour, un cours de
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- (‘outure pour les jeunes filles. Des soins scrupuleux étaient en même temps donnés à l’instruction religieuse et au culte.
- Attachés à l’établissement par cet ensemble d’institutions, appartenant pour la plupart, ainsi que nous l’avons dit, à des familles agricoles fixées dans le pays, propriétaires de leur habitation et de quelques dépendances, les ouvriers de Wesser-ling se succèdent de père en fils.
- Le bien-être qui règne parmi eux est encore augmenté sans cesse par une organisation du travail et par un système de prirhes qui stimulent l’énergie de l’ouvrier et ont pour résultat d’accroître son salaire ; en un mot, des conditions traditionnelles d’harmonie et de bien-être associés au développement continu de l’industrie, tels, sont les traits caractéristiques de l’établissement de Wesserling.
- MM. JAPÏ frères. — Fabrique d’horlogerie, à Beaucot*
- (Haut-Rhin).
- Les établissements de MM. Japy ont été fondés en 1767, et se composent aujourd’hui de neuf usines ; situées dans l’ancien comté de Montbéliard, elles se groupent pour la plupart aux environs de Beaucourt, siège de la principale fabrique.
- 6,500 ouvriers y sont occupés à la confection des mouvements de'montres et de pendules, des vis d’horlogerie, des cadenas, serrures, pompes, pièces de quincaillerie, ustensiles de fer battu.
- La superficie couverte par les ateliers et les magasins est de 42,000 mètres carrés. Les nombreuses variétés de formes demandées par le consommateur sont l’une des complications de cette industrie. C’est ainsi que les échantillons différents de mouvements d’horlogerie produits à Beaucourt s’élèvent à 43,000. Néanmoins, grâce au concours de 370 machines em-
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- ployées à la confection d’un de ces mouvements, l’établissement est arrivé à produire un bon mécanisme de montre avec son échappement pour le prix de 4 fr. 50 c.
- MM. Japy ont organisé pour leurs ouvriers la plupart des institutions habituelles de prévoyance. Des écoles, des salles d’asile, des édifices religieux ont été établis à leurs frais ; on y a joint, notamment à Beaucourt, des bibliothèques et des cours du soir ; mentionnons aussi une œuvre de patronage qui vient en aide aux orphelins, les place dans la famille d’un bon ouvrier, leur ouvre l’atelier dès que leur âge permet de les y recevoir, et leur assure ainsi une profession en même temps que les soins nécessaires à leur isolement.
- La réduction pour l’ouvrier du prix des objets de consommation a été une préoccupation ancienne de MM. Japy. Ils l’ont résolue avec un remarquable succès.
- Dès l’année 1845, une boulangerie et une meunerie économiques étaient organisées ; 15,500,000 kilogrammes de pain et 5,400,000 kilogrammes de farines, depuis ce temps, ont été livrés par elles aux ouvriers, avec une réduction de prix importante. En 1854, on y annexa un vaste magasin d’épicerie et de comestibles, qiii fournit, avec une économie de 25 à 50 pour 100, l’huile, les légumes, le savon, le sucre, le café, le beurre, des denrées de toutes sortes et jusqu’aux vêtements, la houille et le bois de chauffage.
- Les ventes se font à crédit sur le carnet de l’ouvrier, et le payement s’effectue par voie de retenue sur son gain, à la fin de chaque mois. Il est aisé de comprendre les avantages qui résultent pour lui de cette combinaison.
- La question des habitations économiques n’a pas été l’objet de moins de soins : 538 logements ont été construits par les patrons, les uns agglomérés, les autres quadruples, d’autres enfin complètement isolés dans des maisons indépendantes les unes des autres ; chacune est au milieu d’un jardin.
- Ce dernier type a été réalisé surtout par une société locale qui, en \ 864, s’est formée à l’instigation et sous la
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- garantie de MM. Japy; 46 maisons à Beaueourt, 39 dans les succursales ont déjà été construites par elle au prix de 2,000 francs par habitation. La propriété en revient aux locataires au moyen de combinaisons diverses, telles que le versement immédiat d’une certaine somme, et un prix de location plus élevé pendant une durée déterminée.
- L’ouvrier, par exemple, qui en entrant a donné 500 francs devient propriétaire de la maison après li ans, à la condition de payer pendant ce temps une somme de 16 fr. 55 c. par mois.
- Celui qui ne peut disposer d’aucun capital doit, pour acquérir dans le même délai la propriété de l’habitation, acquitter un prix mensuel de 21 fr. 55 c.
- Ce système produit d’heureux résultats. Les ouvriers, qui déjà se distinguaient par leurs habitudes sédentaires, contractent de plus en plus, avec le goût de la propriété, celui de l’épargne, élément efficace de bien-être et d’harmonie.
- HH. LEGRAND et FALLOI'.— Fabrique de rubans de coton, au Ban-de-la-Rochc (Vosges et Bas-Rhin).
- Au milieu des montagnes des Vosges, descendant de la cime du Champ-du-Feu et s’ouvrant en face de celle du Donon, deux des plus élevées de la chaîne, s’étend la vallée étroite du Ban-de-la-Roche, qui compte parmi les plus froides et les moins fertiles de la région.
- Mais, dans l’ordre moral, de mémorables souvenirs s’y rattachent, pieusement conservés par les contrées environnantes : ceux du pasteur Oberlin et de l’œuvre de civilisation et de réforme opérée sous son influence.
- Hardiment commencée il y a eu cette année un siècle, paisiblement continuée au milieu même des troubles de la Révolution, cette œuvre embrassait toutes lds sphères : religion, mœurs, écoles, agriculture, travaux d’utilité publique
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- Oberlin, qui exerçait sur les consciences une si forte action
- morale, savait, en effet, avec un succès égal animer les Ban-
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- de-la-Rochois au travail, disposer sur les pentes arides des canaux d’irrigation, réunir ses ouailles une pioche à la main pour creuser avec elles une route ou construire un pont.
- C’est également à lui que remonte l’introduction de l’industrie dans la vallée. Oberlin avait compris ce qu’elle pouvait y apporter de prospérité ; mais non moins soucieux de prémunir la contrée qui lui était chère contre les désordres que les manufactures ont parfois occasionnés, il chercha dans le caractère du patron les garanties nécessaires pour échapper à ce danger.
- Jean-Luc Legrand, auquel il s’adressa, était bien l’homme propre à répondre à ses projets. Ami de Pestalozzi et ancien directeur de la République helvétique, il était revenu à l’industrie sans autre ambition que celle d’y occuper son âge mûr en faisant du bien.
- R répondit joyeusement à l’invitation qui lui était adressée, et, en 1811, transporta au Ban-de-la-Rocbe ses métiers à rubans. Oberlin trouva en lui jusqu’à la fin un collaborateur dévoué.
- Lorsque l’un après l’autre les deux vieillards se furent éteints, les fils Legrand continuèrent à imiter leurs exemples pendant de longues années, empressés à se joindre à tout ce que l’Alsace eut alors d’inspirations généreuses.
- Ce fut notamment l’un d’eux qui, avec Jean-Jacques Bourcart, prit l’initiative du mouvement en faveur des enfants prématurément employés dans les manufactures; le gouvernement y répondit en présentant aux chambres la loi qui règle les conditions de leur travail. Dans l’exposé dû projet, publié aii Moniteur, le rapporteur n’hésitait pas à désigner le nom de Daniel Legrand à la reconnaissance publique (1).
- Représentants de la troisième génération, MM. Legrand et
- (l) Moniteur du 5 juin 1840, supplément.
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- Fallot sont restés fidèlement attachés à ces traditions ; les relations qui se sont conservées entre eux et leurs ouvriers se distinguent par une remarquable harmonie, ainsi que par un bien-être général, fondé notamment sur l’alliance des travaux agricoles et manufacturiers et sur le caractère de fabrication domestique fermement conservé à l’industrie locale.
- L’établissement centrai, placé à Fouday, dans le bas de la vallée, ne comprend guère que les bureaux et les ateliers de dévidage et de préparation des rubans où sont spécialement occupées les jeunes filles. Quant aux métiers, au nombre de six cents, ils sont répartis dans les chaumières de la montagne, d’une extrémité à l’autre de la vallée.
- On a évité ainsi toute agglomération et tout déplacement de la famille ; c’est la manufacture se développant dans des conditions prospères, sans l’usine.
- Dans cette organisation, tous les ouvriers" sont cultivateurs, possèdent ou louent quelques arpents de terre, ont une ou deux vaches laitières. ' > .
- Une assurance mutuelle des bêtes à cornes, organisée sous l’inspiration d’Oberlin, et qui s’applique environ à 400 têtes de bétail, leur garantit la conservation de cette précieuse ressource.
- : Etablis au foyer domestique, les métiers, instruments du reste assez compliqués, y introduisent un élément d’incessante activité. La mère de famille peut, sans quitter ses jeunes •enfants, y prendre temporairement la place du père, quand les travaux des champs appellent celui-ci au dehors. Les filles s’y succèdent aussitôt que l’âge leur permet ce travail. . De l’aube à la nuit, le métier alors ne cesse plus de battre, apportant à la famille, à mesure que le nombre des membres s’accroît, de nouveaux produits.
- Passionnément attachés au coin.de terre paternel, , ces montagnards offrent l’exemple de la plus complète stabilité. Il n’est pas dans la vallée un seul ouvrier nomade. La,plus haute ambition de chaque jeune ménage, s’il doit s’établir dans une
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- nouvelle habitation, est d’en acquérir la propriété. C'est vers ce but que tendent toutes ses économies, et le patron lui vient largement en aide en avançant les sommes nécessaires pour l’acquisition désirée.
- On conçoit que cette saine constitution de la famille rende sans objet la création d’institutions spéciales de prévoyance. Il n’y a pas au Ban-de-la-Roche de pension de retraite, ni d’indemnité de maladie, car lorsque le chef est alité ou fatigué par l’âge, il se trouve toujours quelque autre membre de la famille pour faire marcher le métier domestique et conserver les ressources qu’il apporte au ménage.
- MM. Legrand et Fallot n’ont pas cherché toutefois à tirer
- un avantage personnel de cette situation. Une règle ancienne
- de leur société veut que le dixième des bénéfices aille au
- crédit d’un compte spécial, dont le montant est affecté, suivant
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- les besoins du moment et sous des formes diverses, au bien de leurs coopérateurs.
- C’est avec ce produit que les soins gratuits d’un médecin sont assurés aux ouvriers et à tous les membres de leur famille; que, dans les époques difficiles, des denrées alimentaires sont acquises en gros et revendues à prix réduits; que des écoles ont été créées et dotées.
- Le Ban-de-la-Roche, sous le rapport de l’instruction, s’est fait une renommée déjà ancienne ; c’est là que, par les soins d’Oberlin, les premières écoles maternelles ont été créées sous le. nom de poêles. Une fondation, faite cette année par le gouvernement, rend hommage à cette origine ; mais si le patriarche • du Ban-de-la-Roche en fut l’inspirateur, si l’honneur de leur •première direction revient à Louise Scheppler, sa servante, la charge dé leur entretien matériel fut principalement supportée par la famille Legrand.
- • Huit écoles maternelles, répandues dans les hameaux, ont été dotées par cette famille du capital nécessaire à leur entretien.
- .Une autre institution, également due à ses sacrifices, répand chez les jeunes filles la connaissances des travaux à l’aiguille et
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- du chant; une autre réunit les plus âgées d’une manière instructive et sous une influence religieuse.
- En même temps, les écoles primaires ont été de la part des patrons l’objet de soins particuliers. Jean-Luc Legrand se taisait rendre compte chaque jour des résultats obtenus ; chaque année, à la fête des écoles, la table du chef de la manufacture réunit les instituteurs des diverses écoles de la vallée; d’affectueux conseils cimentent ces relations si importantes à l’harmonie locale.
- Avec un zèle non moins digne d’éloges, MM. Legrand et Fallût s’appliquent à combattre la fréquentation des cabarets et les habitudes funestes qui pourraient s’introduire à leur suite dans la vallée. Ils ont obtenu, à diverses reprises, la suppression de pareils établissements en achetant le matériel et en payant une indemnité pour la fermeture.
- Grâce à ces soins, grâce à l’esprit religieux conservé dans la vallée, grâce à l’impression profonde laissée par la personnalité d’Oberlin, et soutenue par la famille Legrand avec un soin fidèle et un zèle chrétien, l’industrie se développe, répandant
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- l’aisance dans la localité en y conservant les bonnes mœurs.
- Parmi les ouvrières du seul atelier où élles soient agglo-méréès, il ne s’est pas produit un seul cas de naissance illégitime. Les jeunes filles s’y amassent une dot qui s’élève* après huit ans, à 600 francs; après onze ans, à 4>200 francs. Elles obtiennent plus facilement du patron, en raison de
- l’habileté qu’elles ont acquise, ün métier à tisser danè leur
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- nouvelle demeure et sont recherchées en mariage par les meilleurs partis.
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- Ainsi, d’affectueux rapports se sont continués depuis
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- cinquante ans, sans que les fortes réductions opérées sur les salaires dans les époques de crise, et notamment en 1848, en aient un seul instant troublé l’harmonie.
- C’est l’une des récompenses de ceux qui se dévouent aux
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- causes généreuses ; en échange des sacrifices que leur zèle leur impose, il naît autour d’eux des liens d’estime et de
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- confiance qui deviennent l’appui le plus solide de leur prospérité.
- Compagnie des glaces de Saint-Gobain, Chauny et Cirey
- (Aisne et DIeurthe).
- La réputation de la manufacture de Saint-Gobain est européenne. Son origine, sa durée, son organisation, l’importance et le nombre de ses succursales, la diffusion de ses produits lui assignent une place à part.
- La Société des glaces de Saint-Gobain a été établie, en octobre 1765, par lettres patentes du roi Louis XIY, et sur le rapport de Colbert.
- En 1858 elle se réunissait à la Société des glaces de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé, qui comptait elle-même plus d’un siècle d’existence.
- Aujourd’hui la Société possède sept usines occupant un personnel de 4,800 employés et ouvriers.
- Considérés dans leur ensemble, ces établissements réunissent à peu près toutes les institutions qui ont été créées pour améliorer la condition de la population ouvrière; il est digne de remarque que la plupart de ces institutions, telles que les pensions accordées aux ouvriers, l’organisation du service sanitaire, les subventions données aux écoles et aux chapelains, les logements gratuits des ouvriers et des principaux employés, sont contemporaines de la fondation même des Compagnies de Saint-Gobain et de Cirey.
- En entrant dans le détail, on est promptement frappé des. efforts qui ont été faits dans tous les établissements de la Compagnie pour élever le niveau intellectuel de l’ouvrier d’une part, et, de l’autre, pour lui procurer une habitation convenable et assurer son bien-être pendant sa vieillesse.
- La Compagnie a multiplié les écoles ; tantôt elle en fondait, tantôt, par des subventions faites aux écoles communales, elle
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- assurait l'instruction gratuite à ses ouvriers ; des bibliothèques sont jointes à ces écoles; des cours d’adultes ont lieu, et dans les écoles de Chauny et de Mannheim la Compagnie instruit gratuitement et reçoit dans ses asiles 832 enfants.
- Au point de vue de l’habitation, la Compagnie a construit plusieurs cités, aussi bien que des maisons isolées ; ici elle loge gratuitement des centaines de familles ; là elle loue à un prix très-minime.
- Les logements qu’elle possède et leurs dépendances représentent, sans le terrain, un capital de 1,477,000 francs. A cette somme il faut ajouter la valeur des logements en cours de construction, pour lesquels la Compagnie n’a pas dépensé moins de 176,000 francs dans le courant de l’année 1866. La Compagnie loue, en outre, à ses ouvriers des terres à des prix très-réduits, et elle se charge de les fumer et de les labourer.
- Plus généreuse encore quand il s’agit de pourvoir au sort des ouvriers qui se sont dévoués à son service et que l’âge a frappés d’incapacité, la Compagnie de Saint-Gobain a établi pour les retraites deux institutions qui fonctionnent parallèlement; elle compte 511 retraités qui ont reçu, en 1866, une somme de 134,000 francs, et elle a versé plus de 31,000 francs de primes à la caisse des retraites au nom de ses ouvriers.
- Cette caisse est alimentée à la fois au moyen de retenues opérées sur les salaires, et au moyen de primes accordées par la Société à chaque porteur de livret comptant trois ans de service dans les établissements ; la quotité des primes varie selon que l’ouvrier est marié ou célibataire, et aussi selon son âge. L’assistance, en cas de maladie, un service sanitaire organisé avec un soin minutieux, la création de magasins destinés à vendre à prix réduits les denrées alimentaires, l’organisation de sociétés coopératives de consommation, plusieurs sociétés de chant et de tir, complètent cet ensemble d’institutions.
- LeS acquisitions foncières, les achats d’obligations de chemins de fer ou de valeurs industrielles réalisés par les ouvriers, permettent de juger du progrès des habitudes d’épargne et de
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- l'état de bien-être que tant de conditions favorables ont déterminé.
- On peut de même se rendre compte aisément de rattachement de la population ouvrière pour les établissements de la Compagnie. C’est à juste titre qu’elle se félicite de retrouver dans les familles de ses ouvriers presque toutes celles qui existaient au moment de la fondation des établissements de Saint-Gobain.
- Par un privilège particulier, mais qui s’explique, elle n’a jamais eu ni grève, ni coalition à déplorer, ni émeute à réprimer, même dans les époques si troublées de 1789 et de 1848.
- C’est l’honneur de cette Compagnie d’avoir su inspirer un si bon esprit à la population ouvrière qu’elle emploie ; elle le doit sans aucun doute à son administration toute paternelle, en même temps qu’aux sacrifices considérables qu’elle n’a, en aucun temps, hésité à s’imposer pour assurer le bien-être matériel et le développement moral et intellectuel des travailleurs qui concourent à sa prospérité.
- M. SARDA. — Fabrique de rubans de velours aux Mazeaux
- (Haute-Loire).
- Au mois de septembre 1830, M. Sarda créait à Saint-Etienne une fabrique de velours. Ses débuts furent modestes. Sorti de l’atelier, c’est avec le fruit de ses économies qu’il commençait son industrie. Il n’eut d’abord qu’un seul métier qu’il occupait lui-même.
- Homme d’initiative, infatigable dans son activité, prompt à saisir les conditions qui assurent le succès, ingénieux dans ses combinaisons, M. Sarda ne devait pas tarder à voir grandir son. entreprise.
- En 1840, il possédait 45 métiers; en 1847, il en avait 80.
- Une transformation complète s’était donc opérée dans l’établissement primitif. M. Sarda jugea qu’il devait la rendre plus
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- radicale encore, en transportant dans un centre r.ural sa fabrication et en laissant ses magasins seulement à Saint-Étienne.
- Il fit l’acquisition d’une propriété située dans un lieu fort, pittoresque, les Mazeaux, à 30 kilomètres de Saint-Étienne, et à peu de distance d’un chef-lieu de canton important, Saint-Didier-la-Sauvre.
- M. Sarda est le premier industriel qui ait appliqué le moteur mécanique à la fabrication du ruban-velours. L’établissement dès Mazeaux, construit de 1850 à 1853, acquit bientôt une véritable importance. M. Sarda parvint, en dépit de la concurrence, à trouver dans le développement de la fabrication du ruban-velours et dans la création de nouveaux genres de
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- rubans les' éléments d’une prospérité qui ne s’est pas démentie.
- Mais, comme le font remarquer les auteurs de la candidature de M. Sarda, cet honorable industriel vit autre chose encore dans son établissement qu’une source de richesse; car à peine l’avait-il créé, qu’il se préoccupait d’y accomplir une réforme complète dans la condition morale du travailleur.
- « Avant de s’offrir à lui comme un profit, cette tâche semble donc, selon tine juste réflexion, s’être imposée à lui comme un devoir. »
- Parvenu à attirer les ouvriers par la bonne réputation de la manufacture, M. Sarda voulut les retenir par le bien-être qu’elle leur procurait.
- Il est facile de constater que cet établissement est un modèle de parfaite installation hygiénique. Les bâtiments, dissé-. minés sur les deux rives de la Sémene, offrent un aménagement des plus heureux : de vastes salles, où l’air et la lumière circulent librement, sont si propremeht tenues qu’elles en paraissent élégantes. >
- M. Sarda considéra comme la première et la meilleure des réforrries la restauration de la vie de famille’ à l’ombre de la manufacture, et il travailla à l’accomplir en ramenant l’épouse et la mère au foyer domestique. C’est dans cette intention
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- qu’il fit construire des logements destinés à recevoir les familles de ses ouvriers.
- Bien organisées, de physionomie riante, ayant toutes leur jardin, ces habitations sont louées d’une façon permanente et au prix le plus modique.
- La femme mariée n’est point enlevée au foyer domestique. L’ouvrage ne lui manque jamais, et, après s’être acquittée des travaux du ménage, elle peut même gagner de bonnes journées. Elle contribue ainsi aux charges communes ; sa santé, sa moralité, son bonheur domestique ne sont pas menacés.
- Quant aux jeunes filles, elles sont employées dans des conditions qui écartent d’elles toutes les occasions de désordre. Chaque sexe a son quartier; les ateliers du moulinage, du dévidage, de l’ourdissage sont isolés des salles où travaillent les hommes.
- : Les plus jeunes parmi les ouvrières ont généralement 16 ans ; elles sont placées sous la surveillance de maîtresses , ourdisseüses d’une moralité éprouvée. Une jeune fdle qui s’écarterait du droit chemin, dit le mémoire déjà cité, serait montrée au doigt et obligée de quitter l’établissement. Ces jeunes filles trouvent à se marier, soit pendant leur séjour à la manufacture, soit quand elles en sortent.
- L’ouvrier (les Mazeaux est généralement instruit. M. Sarda veille avec un zèle scrupuleux aux progrès de l’instruction et de l’éducation religieuse ; écoles et chapelle ont été fondées dans l’usine. Lès institutions habituelles, qui ont pour but de remédier à l’imprévoyance et au dénûment de l’ouvrier, n’ont pas été oubliées non plus dans cette organisation ; mais il semble, et on doit constater ce fait avec joie, qu’elles sont ici moins necessaires qu’aillcurs et que l’on y a rarement recours. L’ordre, le travail, les habitudes de simplicité des jeunes ouvrières, là bonne organisation de la famille mettent les ouvriers des Mazeaux à l’abri de la plupart des éventualités qui menacent le foyer.
- Beaucoup d’entre eux ont réalisé des épargnes importantes.
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- On cite un simple ouvrier veloutier qui, de 1850 à 1857, a pu mettre de côté et possède un capital de 18,000 francs. Parmi, les jeunes ouvrières, on en voit plus d’une amasser sa dot ou employer ses économies à améliorer le sort de ses vieux parents.
- Mais c’est la terre qui est la véritable caisse d’épargne de ces ouvriers. Leur plus cbère ambition est de devenir propriétaires. Assurément ce n’est pas dans un tel milieu qu’il faut chercher une population instable. Depuis 13 ou 14 ans, c’est à peine si la manufacture des Mazeaux a vu s’éloigner d’elle trois ou quatre ouvriers, et il n’y a point de marques de dévouement et de respect que M. Sarda n’ait reçues d’eux.
- Ce dernier fait ne suffirait-il pas lui seul à justifier la récompense dont cet homme de bien est l’objet?
- 1IM. STEIME1L, DIETERLEN et Cie. — Filature et fabrique de tissus à Rothan (Vosges).
- A l’entrée du département des Vosges et de l’arrondissement de Saint-Dié, sur le cours industrieux de la Bruche, s’élève le village de Rothau, concentré autour des établissements de MM. Steinheil, Dieterlen et CiR. Créée il y a 60 ans, cette fabrique se compose d’une filature de 23,000 broches, d’un tissage et d’ateliers de blanchiment, de teinture et d’apprêts; 600 ouvriers environ y sont occupés.*
- L’intelligente initiative avec laquelle les chefs de l’établissement l’ont doté de toutes les institutions utiles, et' l’active impulsion qu’ils ont su imprimer à leur marche, offrent un trait moins caractéristique encore que le soin qu’ils ont mis à multiplier entre eux et leurs ouvriers, en dehors de l’atelier, les relations personnelles.
- Cours du soir tenus par les patrons, fréquentes visites à domicile, réunions familières du dimanche, sont pour eux
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- l’occasion d’entretenir avec les familles qu’ils occupent un échange constant de rapports affectueux.
- Ces liens, dégagés de toute espèce de pression, expliquent l’influence dont ils jouissent et dont le préfet des Vosges, auteur de leur candidature, résumait les heureux effets en disant qu’ils avaient changé l’aspect et l’esprit de la localité. ,
- C’est ainsi que l’usine possède une société de secours mutuels, dont le fonctionnement modèle a, depuis longtemps, appelé l’attention de l’administration; une caisse de retraite; une caisse des veuves; une caisse de prêt; une société de coopération pour l’achat de denrées alimentaires à bas prix ; de petits asiles pour les vieillards et les orphelins.
- Ces institutions, qui reposent en partie sur les cotisations des ouvriers, sont alimentées, pour l’autre part, au moyen d’un compte spécial crédité chaque année par le patron du dixième des bénéfices , généreux prélèvement auquel MM. Steinheil et Dieterlen ne bornent pas leurs libéralités.
- Le montant de ce compte sert encore à l’entretien de bains gratuits, à la constitution d’avances faites en vue de faciliter aux ouvriers l’acquisition ou la construction d’une habitation.
- C’est en prêts hypothécaires affectés à la même destination qu’est également employé l’actif de la caisse de secours. La municipalité, de son côté, vient, en aide aux ouvriers qui font construire, en leur cédant, sur les biens communaux, le terrain qui leur est nécessaire, moyennant une rente modique qui, multipliée par 20, constitue le prix auquel l’usufruitier peut, à toute époque, se- libérer.
- Grâce aux bons rapports qui régnent dans la localité, lès voisins apportent souvent le concours bénévole de quelques journées de travail ou de quelques charrois; aussi le plus grand nombre des ouvriers sont-ils propriétaires et possèdent-ils à côté de l’habitation quelques terres et une vache laitière.
- Ce précieux capital est sauvegardé par une société d’assurances mutuelles des bêtes à cornes, organisée à l’instar de celle du Ban-de-la-Roche.
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- Dans toutes ces entreprises, MM. Steinheil et Dieterlen ont surtout porté leurs efforts vers les conséquences morales qu’ils en pouvaient recueillir. « Quelque utiles que soient par elles-« mêmes les institutions économiques destinées à améliorer la « position de la classe ouvrière, disent-ils dans leur mémoire,
- « ces institutions n’acquièrent toute leur valeur qu’en devenant « un lien fécond entre patrons et ouvriers. Ni l’association « coopérative, ni celle des secours mutuels, et encore moins « l’aumône donnée de loin ne peuvent remplacer les rapports « directs d’homme à homme. »
- C’est dans cette pensée qu’üs ont pris la direction d’une partie des cours du soir organisés dans l’établissement avec succès, que chaque dimanche ils se font les instituteurs des enfants de leurs ouvriers, ou vont tenir des conférences familières chez les tisserands de la montagne ; que dans des réunions spéciales, destinées aux jeunes filles de la fabrique, leur fille aînée prend habituellement sa place.
- Il y a dans ces relations affectueuses, du côté des ouvriers, une réciprocité qui se manifeste d’une manière touchante, quand la famille du patron passe par un deuil ou par une fête.
- De même dans leurs difficultés, dans leurs maladies, ce sont MM. Steinheil et Dieterlen que les ouvriers appellent auprès d’eux, sans que la différence de situation et de rang y mette aucun obstacle.
- Sous l’empire de ces sentiments, on a vu les mœurs de la vallée s’améliorer, le repos du dimanche entrer dans les habitudes du pays, et la concorde la plus complète s’y répandre, malgré les divergences de culte et de langage.
- Le village est en effet divisé à peu près également entre catholiques et protestants; mais grâce à la bonne direction imprimée aux esprits, il ne semble naître de cette diversité qu’une plus grande émulation pour le bien. La même nef, il y a peu de temps encore, servait alternativement aux deux cultes, et l’on ne saurait mieux dépeindre les rapports fraternels
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- qui unissent toutes les parties de la population qu’en citant le mot affectueux par lequel le curé de Rothau se plaisait à désigner MM. Steinheil et Dieterlen, appartenant à la communion protestante : « Ce sont les branches latérales de l’arbre « du bon Dieu. »
- SUÈDE
- ÜIM. JAMES DICKSON et Cie. — Forges et exploitations forestières du golfe de Bothnie.
- Depuis 1819, la maison James Dickson et Cie, de Gothem-bourg, a entrepris sur une large échelle l’exploitation des vastes forêts et des gîtes de fer répandus dans les régions septentrionales de la Suède. Postes avancés de la civilisation, au milieu de territoires immenses que la rigueur du climat a laissés presque déserts, ces établissements, qui occupent environ 4,500 ouvriers, ont eu à vaincre les plus grandes difficultés.
- Il a fallu rendre des torrents navigables, creuser des ports, amener et entretenir une population ouvrière dans des contrées sans habitants et sans ressources.
- Au milieu de tant d’efforts, MM. Dickson ont veillé avec la plus louable sollicitude aux intérêts de leurs ouvriers , et ces exploitations lointaines , isolées dans les contrées les plus septentrionales de l’Europe habitée, possèdent, à côté d’institutions essentielles largement dotées, telles qu’églises et écoles, des caisses de secours prospères, des bibliothèques, des sociétés chorales et jusqu’à des associations coopératives de consommation.
- Les principaux établissements de MM. Dickson sont au nombre de quatre.
- C’est d’abord le port de Sandarne et la scierie d’Askesta , dans le gouvernement de Gefteborg. Situé au fond de la baie de Sodernahum, qu’un archipel d’îlots et de rochers sépare du
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- golfe de; Bothnie , le port de Sandarne a été construit "par MM. Dickson en 1852, sur une grève inculte et couverte de forêts. Un chemin de fer de 1 mille suédois le relie' àüx eaux profondes du lac d’Askesta, où une importante scierie â vapeur a été construite. La Sjume, rivière au cours inégal, qui, dans son trajet de 40 milles,' des glaciers à la mer, tantôt se précipite en torrent furieux, tantôt s’arrête dans des bassins paisibles , sert aujourd’hui, ainsi que ses affluents, après des travaux considérables, au flottage des bois, 'transportés en hivèr sur ses bords au moyen de traîneaux. De la scierie , les bois sont conduits au port, et réunis en quatre-vingts ou quatre-vingt-dix grands chargements par année, qui se répandent sur tous les points de l’Europe, et jusqu’en Egypte et en Australie.
- Au port comme' à la scierie , il a fallu pourvoir au logement des ouvriers. Des habitations spacieuses et commodes ont été construites et la jouissance en a été gratuitement accordée à cent soixante-quatre familles occupées à titre permanent. 1
- Une étendue considérable de terre défrichée aux frais de MM. Dickson a été répartie entre chaque ménage. Cultivée en général par les femmes et les enfants, elle suffit à la consommation des familles en pommes de terre et légumes, et quelquefois à la nourriture d’une ou deux vaches laitières. " '
- • r*
- Les ouvriers peuvent économiser une partie de leur salaire. Une caisse d’épargne a été créée pour recevoir' ces dépôts. f 1
- Lors de la fondation des établissements, les patrons s’étaient astreints à fournir les principaux objets de consommation au prix de revient. Plus tard, ils ont pu laisser ce soin à l’initiative de leurs ouvriers ; une association de consommation, gérée par ceux-ci, y pourvoit avec succès.
- Dès le principe, un comité de bienfaisance a été organisé ; puis une caisse de secours, alimentée par les allocations1 de la société et par le produit des amendes ; cette institution assure en outre des pensions aux veuves.
- T. I.
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- Une bibliothèque a été créée, et les ouvriers la mettent à profit avec empressement. -
- Des exercices militaires, ceux d’une société choral é de quatre-vingts membres, occupent les loisirs des jeunes gens.
- Trois écoles, tenues par des institutrices, sous la direction du pasteur, sont suivies par tous les enfants de la localité de six à seize ans.
- MM. Dickson ont construit à Sandarne une église et y entretiennent un ecclésiastique. Le chemin de fer y conduit gratuitement les ouvriers de la scierie d’Askesta pendant la belle saison. Durant les cinq mois d’hiver, la neige arrête les trains ; les ouvriers se rendent alors en traîneau à l’église de la paroisse plus rapprochée de Sôderhala.
- Les scieries de Baggbôle, placées sur les chutes de l’Uma et le port de Holmsund, dans le gouvernement de Westerbotten, ont offert les mêmes difficultés d’établissement. Elles sont pourvues d’institutions semblables, ainsi que le port de Husum et la forge de Gidea, située dans la partie la plus septentrionale du Westernorrlard , près d’Ornskôlds. Il en est de même pour les établissements du port de Swartwik, et pour la scierie et la forge de Matfôrss, situés dans le voisinage de Sunds-wall. Partout des terres, des cultures souvent étendues sont assurées aux familles d’ouvriers. Des caisses de secours et des caisses d’épargne leur offrent des facilités précieuses. MM. Dickson y ajoutent gratuitement les médicaments nécessaires aux malades, les soins du médecin, ceux de la sage-femme.
- Partout aussi l’usage des boissons spiritueuses est sévèrement interdit.
- Partout l’instruction prospère à côté de la religion , féconde alliance qui élève la moralité..
- Partout enfin règne l’harmonie la plus complète, les habi -
- t \
- tudes de long séjour, de confiance mutuelle et d’entente.
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- Proclamées dans la Séance solennelle de la distribution
- des Récompenses.
- CONFÉDÉRATION SUISSE
- Institutions de bien publie. \
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- Tout en répondant à l’appel adressé au inonde entier par le décret impérial du 1er juin 1866, qui instituait un nouvel,ordre de récompenses, la Suisse n’a pas entendu proposer de candidatures individuelles au Jury. Il lui a semblé que les in-stitutions créées dans son sein, en faveur de ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, se trouvaient trop intimement liées les unes aux autres pour qu’on en pût signaler aucune en particulier; elle y a vu la même origine, le même caractère , et elle, s’est plu à en reporter l’honneur, bien plus à l’esprit qui anime le pays tout entier et à son organisation générale qu’à l’action de telle ou telle individualité saillante.
- Dès lors, la Suisse ne pouvait plus présenter ses titres qu’à un point de vue collectif ; elle déclinait toute participation aux prix et aux mentions honorables, en se réservant uniquement d’appeler l’attention publique sur l’ensemble de ses institutions.
- Le tableau qui a servi de base aux appréciations du Jury a été préparé par un homme que ses études, sa compétence
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- avérée et son honorabilité rendaient parfaitement propre à cette tâche (4).
- Quels que soient les efforts et les sacrifices considérables faits par un grand nombre de manufacturiers de la Suisse, pour améliorer et relever la condition de leurs ouvriers, il est constant qu’ils n’exercent pas dans ce but une action exceptionnelle et prépondérante. Ils y concourent, mais avec l’État, les cortimunes, avec des associations formées sous l’impulsion des sentiments de solidarité qui animent leurs membres, composées d’hommes appartenant à tous les rangs de la société, de telle sorte que de tous côtés, l’ouvrier, en dehors de la manufacture, à laquelle il n’est attaché que par le travail, peut trouver de précieuses ressources pour son instruction, sa moralisation et son bien-être.
- Le nombre est incalculable des associations qui se sont librement formées en Suisse dans le but de développer le bien-être des classes les moins aisées et de les assister dans leurs épreuves. Il n’est pas d’objet utile qu’elles ne poursuivent, chacune dans une spécialité déterminée.
- Partout on rencontre des sociétés de secours ou d’assurances mutuelles pour les cas de maladie, d’accidents ou d’infirmités, de vieillesse ou de mort, sociétés auxquelles souscrivent les citoyens de toutes les conditions, qu’ils aient ou non l’intention d’en profiter.
- Il y a en outre un grand nombre de sociétés spéciales pour secourir les malades à domicile ou dans des maisons fondées à cet effet, autres que les hôpitaux publics ; des caisses de pensions viagères et de secours pour les ouvriers invalides ou âgés, pour les veuves, les orphelins; des sociétés pour préserver les enfants du vice, les recueillir et les instruire, pour placer les jeunes garçons en apprentissage ; des sociétés pour fonder et entretenir des écoles professionnelles, des colonies
- (i) Les Institutions ouvrières de la Suisse, par M. Gustave Movnieu; mémoire rédigé à la demande de la commission centrale de la Confédération suisse pour l’Exposition Universelle.
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- agricoles, afin d’y recevoir les enfants pauvres où vicieux; des écoles de tissage ; des sociétés d’instruction mutuelle, de crédit ; des expositions et ventes d'objets fabriqués par des ouvriers ; des sociétés coopératives pour l’acquisition et la vente au meilleur marché possible de denrées alimentaires; de vêtements, d’outils, de machines industrielles et agricoles, et pour l’établissement de boulangeries, de boucheries, de cuisines où l’on distribue des aliments préparés. Il est de ces sociétés qui font des opérations considérables ; celle de la ville de Zurich (il en existe beaucoup d’autres dans le canton), a eu, en 1865, un mouvement de caisse, recette et dépense, de 5 millions 310,255 francs.
- Après ces associations de secours, viennent celles qui ont pour objet l’entretien de la santé, le développement des forces physiques, les distractions morales et intellectuelles. La gymnastique est en Suisse un exercice national ; elle fait partie du programme des écoles primaires et scolaires ; dans de grands cantons, elle constitue une branche d’enseignement obligatoire pour les filles comme pour les garçons. Des sociétés libres de gymnastique existent dans toutes les parties de la Suisse. Il en est de même des sociétés de tir à la carabine et aux armes de guerre; pas de villages qui n’ait son tir en permanence.
- Enfin, des sociétés ayant un caractère plus général, embrassant chacune un bien plus grand nombre d’objets que celles qui viennent d’être citées, exercent aussi, dans toute la Suisse, une influence et une action fécondes. Ce sont les sociétés de bien public diversement dénommées et agissant, soit directement et pratiquement, soit par voie de propagande et d’impulsion pour déterminer la création d’entreprises diverses dans le domaine de l’éducation, de l’économie publique et domestique, de l’industrie et de la bienfaisance. U en existe dans presque tous les cantons et souvent plusieurs dans le même canton. Telles sont celles de Zurieh, de Genève, de Bâle, deSainfcGall, d’Appenzèll, d’Argovie, de Glaris, deSoleure, de Coire; toutes, à des degrés divers, rendent d’éminents services ; la société
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- <le Bâle, fondée en 1777, est celle qui déploie le plus d’activité directe et pratique. Son bureau central s’occupe de questions générales et de finances, mais le travail réel est exécuté par plus .de trente commissions spéciales, chacune administrant l’une des branches de l’œuvre, chacune possédant des ressources qui lui sont propres, provenant d’intérêts de capitaux en réserve, de souscriptions, de dons, de legs, et, au besoin, de subventions de la société générale ; chacune ayant son budget à part et rendant un compte public de sa gestion.
- Elles s’occupent entre autres objets d’écoles de fabriques , de dessin, de modelage, d’écoles du dimanche, d’écoles enfantines, de cours publics pour les ouvriers, de banques populaires, de bibliothèques, d’institutions pour les malades, etc. La caisse d’épargne, fondée par la Société bâloise , avait, à la fin de 1865, plus de cinq millions en dépôt, mais il en existe d’autres à Bâle qui ne sont pas moins prospères.
- Toutes ces commissions fonctionnent dans une sorte d’indépendance les unes des autres.
- Quant à l’organisation de l'instruction publique en Suisse et au concours si puissant et si décisif que lui ont fourni les associations, ces faits sont si connus qu’il n’est pas besoin d’insister.
- Il est à remarquer que la plupart des industries importantes de la Suisse ne sont pas concentrées dans des usines ; les horlogers, les tisserands, les brodeuses, les tresseuses de paille et bien d’autres travaillent chez eux. Les familles d’ouvriers étant généralement propriétaires de portions du sol ,. l’alliance des travaux industriels et agricoles se trouve ainsi réalisée. L’aspect des cantons où fleurit l’industrie dans la famille est digne d’intérêt ; les habitations , les jardins, la tenue des ouvriers, leur régime alimentaire décèlent un bien-être, qui n’apparaît pas au même degré dans d’autres pays.
- Grâce à cette heureuse organisation, la Suisse peut être donnée en .exemple pour le bon accord et l’harmonie qui existent entre les patrons et les ouvriers; les débats irritants pour les
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- salaires y sont inconnus: l’action du chef d’industrie sur ses collaborateurs ouvriers n’est pas et ne pourrait pas être celle du maître vis-à-vis d’un inférieur. On peut même dire qu’il n’existe pas en Suisse de classes ouvrières proprement dites. Les ouvriers n’y forment pas une catégorie distincte du reste de la nation ; la vie publique y confond sans cesse les divers rangs de la société et fait ainsi disparaître ces lignes de démarcation qui constituent des barrières regrettables entre les citoyens. Ce pays a pu donner parfois le speetacle de débats, de luttes politiques ardentes, mais on aurait été bien en peine d’y découvrir un symptôme d’antagonisme d’une classe contre une autre classe, un élément de guerre sociale.
- Les occasions habituelles de contact entre tous les citoyens sont incessantes. Elles s’offrent à eux dès le premier âge. L’enfant de l’homme aisé et l’enfant de l’ouvrier reçoivent la même instruction dans les mêmes écoles, se retrouvent dans les nombreuses fêtes publiques de l’enfance et de la jeunesse, et plus tard dans les sociétés de chant, de gymnastique, de tir, dans les services organisés contre l’incendie. Hors de l’atelier, le patron et l’ouvrier se rencontrent, d’égal à égal, dans les mêmes aspirations d’utilité ou d’agrément, dans les conseils communaux , surtout dans l’armée fédérale , où il n’est pas rare de voir l’ouvrier officier et le patron soldat. On conçoit, dès lors, comment les causes qui, dans d’autres pays, détruisent l’harmonie entre les patrons et les ouvriers , sont annulées dans le milieu social de la Suisse. Aussi, lorsqu’un différend s’élève à l’occasion du salaire, il n’a d’autre caractère que celui d’un simple désaccord, désaccord qui cessera sans coalition, sans1 grève, sans troubles.
- Toutes les grandes crises de l’industrie ont trouvé la Suisse prête à faire face aux dangers, en conciliant l’intérêt des ouvriers et celui des patrons. Les patrons suisses, de même que leurs voisins et émules de l’Alsace, ont fait les plus honorar blés efforts pour conserver leurs ouvriers et pour leur assurer le maintien du travail. -
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- Ce n’est là qu’un aperçu des conditions sociales que présente la Suisse ; ce qui la caractérise surtout, comme on l’a déjà dit, c’est que les institutions humanitaires y sont l’œuvre de la généralité des citoyens. Le Jury spécial ne pouvait manquer d’être frappé de ce trait particulier aussi bien que de l’ensemble remarquable de faits qui le mettent en lumière, et il a cru devoir manifester son appréciation en décernant à la Suisse une citation spéciale, lors de la cérémonie solennelle des récompenses.
- ESPAGNE
- Coutumes spéciales de la CATALOGNE» et du
- PAYS BASQUE.
- La Catalogne et le pays Basque offrent, au milieu des provinces espagnoles, le spectacle d’un état social digne de la plus haute attention.
- La forte organisation conservée au foyer domestique est la base des coutumes qui les distinguent et en fait la plus solide assise.
- En signalant ces mérites au Jury, l’auteur de la candidature, Don Joaquin Cadafalch y Buguna, s’appuie de nombreux témoignages. Il suffira, en ce qui concerne la Catalogne, d’emprunter à cet écrivain un fragment de la description qu’il a donnée lui-même de ces mœurs, dans un ouvrage couronné par un corps particulièrement compétent, l’Académie des sciences morales de Madrid.
- « La famille catalane se présente pure et simple dans ses éléments, ferme et robuste dans son organisation, noble et sainte dans ses aspirations ; elle offre à la fois la confiance, l’harmonie et l’unité.
- « Il y a un père qui, pénétré de son pouvoir, dirige sa petite
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- société et en développe les sentiments les yeux fixés sur l’avenir. S’il n’a eu pour tout héritage que l’amour du travail, il s’efforce, avec une impertubable persévérance, d’acquérir un patrimoine. Si, au contraire, il a reçu des biens de ses parents, il se croit obligé de les améliorer et de les. conserver. On regarde avec défaveur et même avec mépris celui qui, livré au vice, néglige ou perd, avec les moyens de subsistance de la famille, le fruit et le souvenir d’un passé laborieux.
- « Le bon exemple est le meilleur enseignement. Aussi la bonne conduite d’un père de famille laborieux influe-t-elle ,d’une façon irrésistible sur l’esprit de la mère lorsque celle-ci voit, d’ailleurs, sa dignité respectée. On a dit, avec raison, que la femme catalane, loin de montrer l’indolence, trop commune en d’autres pays, est active, diligente et économe. Elle montre ces qualités dès qu’elle entre en ménage, et elle en est récompensée par celui qui est à la fois son compagnon et son époux.
- « En Catalogne, l’institution d’un héritier se lie à l’idée d’un travail qui ne doit pas cesser. L’héritier est une autorité qui doit se conserver à tout prix ; un auxiliaire qui permet au père de se reposer ; un élu qui s’engage à remplir ses devoirs ; un appui pour la famille entière; un dépositaire de vénérables traditions, sans lesquelles il n’est point de solides progrès ; enfin, un gardien du foyer domestique, asile protecteur des générations futures.
- « L’héritier est le bras qui seconde le père pendant l’âge mûr et le bâton qui le soutient dans sa vieillesse. Il apprend, sous la direction paternelle, à gouverner la famille dans quelque position qu’elle se trouve : il ne demande jamais qui profitera de ses sueurs, et il arrive jusqu’à employer ses propres capitaux, par exemple la dot de sa femme, pour la dignité et la prospérité communes.
- a Le père une fois mort, il y a dans la famille deux pouvoirs : l’héritier propriétaire, et la mère usufruitière. Mais ces deux pouvoirs également forts, malgré les facultés, de toute sorte
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- attribuées à la mère, savent vivre ensemble et fonctionner en bonne harmonie Alors, en effet : ou la mère dirige, et le fils doit se borner à exécuter ses ordres; ou elle désire le repos, et, gardant seulement une direction nominale, elle délègue de son vivant tous ses pouvoirs à l’héritier.
- « Les familles constituées sur des bases aussi solides font face à tout événement, et chacune, selon son rang, accomplit sa mission. Sous la direction du père, de la mère usufruitière ou de l’héritier, les autres fils et filles se placent peu à peu , les premiers, en embrassant des professions ; les secondes, en contractant, grâce au patronage de la famille, des mariages avantageux. •
- « Le père est maître de choisir comme héritier celui de ses enfants qui, par son intelligence et sa conduite, se montre le plus digne. Il ne le désigne pas toujours de son vivant; mais l’aîné (fils ou fille), qui connaît la coutume séculaire, se dévoue tout d’abord à la maison en traitant ses cadets comme ses propres enfants.
- « Les frères et les sœurs de l’héritier ne s.e marient pas toujours. Ceux qui gardent le célibat vivent et vieillissent dans la maison paternelle, qu’ils considèrent comme la leur. En cas de décès prématuré du premier héritier ou de ses enfants, ils se trouvent naturellement appelés à protéger et à diriger la1 famille. Les cadets célibataires vivent d’abord près du père; et, après sa mort, ils gardent la même situation près de l’héritier et de ses enfants, le but de tous étant d’accroître le patrimoine créé par les aïeux. L’héritier voit toujours avec plaisir un frère ou un oncle habiter la maison ; il s’attache aux vieux parents célibataires par l’esprit de famille , par un sentiment de gratitude pour les soins qu’il a reçus d’eux dans son enfance. Les célibataires, de leur côté, ont coutume de léguer à l’héritier les biens personnels qu’ils ont acquis, et ils trouvent le bonheur dans la maison paternelle. »
- -L’institution domestique n’est pas organisée moins fortement
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- dans le Pays Basque ; elle y est le ferme point d’appui de toutes les relations civiles.
- Les lois spéciales de cette province reposent elles-mêmes sur les coutumes, décisions vénérables de la sagesse des aïeux, consacrées par une obéissance séculaire, et qui ont été plus tard consignées dans les Fueros.
- Ces coutumes consacrent les droits du père, sa qualité de législateur domestique, et lui laissent la disposition absolue de la fortune patrimoniale ainsi que le choix de l’héritier ; elles veulent, toutefois, que les biens ne puissent jamais être distraits de la famille, ni donnés à, une personne qui ne serait parente au quatrième degré au moins du chef de maison.
- Elles assurent la dignité de l’épouse et lui attribuent, comme à l’époux, la propriété de la moitié de tous les biens et leur libre disposition dans le veuvage, sauf en cas de secondes noces.
- Elles investissent, en cas d’homicide, les parents de la victime du droit de faire grâce au coupable, si, dans les limites du quatrième degré, ils sont unanimes pour cette décision.
- Elles garantissent au citoyen l’inviolabilité de son foyer; aucune force publique ne peut, aux termes dés Fueros, s’approcher du domicile d’un Basque à plus de neuf pas de distance.
- Elles imposent à tout citoyen valide l’obligation de servir sous les drapeaux, dans les limites de la province, sans solde et à toute époque, pour la défense de l’ordre et du territoire.
- Elles assurent à chaque chef de famille, depuis un temps immémorial, le droit d’intervenir dans le vote des taxes. Arrêtés jadis par une junte à laquelle tous les citoyens pouvaient prendre part, les impôts sont actuellement délibérés par des mandataires élus dans chaque village. Le son des cloches de l’église convie au vote tous les chefs de maison; La junte, formée de députés qui viennent, pour les trois quarts, de , quitter la charrue, ouvre encore ses séances sous l’arbre de Guernica, délibère en assemblée publique et décide des
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- intérêts de la province avec une souveraine indépendance!
- Les mêmes coutumes maintiennent une liberté de commerce absolue, prohibent les monopoles, quelle que soit leur nature; ne permettent en aucune circonstance la confiscation, et, en vertu de dispositions anciennes, limitent dans l’ordre civil l’action des pouvoirs ecclésiastiques.
- Ce n’est pas ici le lieu d’apprécier la valeur intrinsèque de ces principes ; mais ce qui doit être constaté, ce sont les liens intimes et solides qui se sont établis sur leur base entre toutes les parties de la population; c’est l’attachement enthousiaste qui y règne pour le pays; c’est un heureux mélange de stabilité dans le travail agricole et d’initiative commerciale et colonisatrice.
- Les fermes éparses qui couvrent le sol montagneux du pays ont été, en effet, pour la plupart, constituées depuis des siècles. Composées de terres diverses dans des proportions fixes, de manière à répondre aux exigences complexes d’une bonne agriculture, elles assurent l’aisance du cultivateur, et se perpétuent intégralement dans la même famille de propriétaires ou de colons.
- Dans ces exploitations traditionnelles prospèrent des familles nombreuses ; les enfants qui ne se fixent pas au foyer paternel, se livrent avec ardeur, dès que l’âge le leur permet, aux travaux du commerce, à la navigation lointaine.
- Ces habitudes ont fait de la petite ville de Bilbao le second port marchand de l’Espagne. De même les États du centre et du sud de l’Amérique ont trouvé leurs colons les plus entreprenants, leurs commerçants les plus actifs et les plus nombreux dans les enfants du Pays Basque.
- Le bien-être qui règne dans la contrée, témoigne du mérite de ses habitants.
- Cultivateur infatigable d’un sol difficile et qui, parfois, ne possède de terre fertile que celle montée par la forcé des bras sur les rochers de la montagne, le Basque doit sa modeste aisance à son seul travail et à sa sobriété. Ses filles, fidèles
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- au foyer domestique, y travaillent assidûment le lin qu’elles ont semé, et c’est parfois l’aînée d’entre elles, lorsque son mariage la conserve au foyer domestique, que le père choisit pour son héritière, comme la gardienne la plus vigilante des traditions de la famille.
- Hospitalier envers l’étranger, le Basque se plaît à rendre service à ses concitoyens, et quand, au terme de la messe, le curé du village a informé ses ouailles qu’un paroissien malade n’a pu cultiver son champ ou faire sa récolte, et que, par une infraction permise aux règles du dimanche, il invite les hommes de bonne volonté à se réunir pour venir en aide à leur voisin, c’est avec un empressement joyeux que chacun se met au travail.
- La religion a pris une place profonde dans les moeurs ; il est rarement un repas que le maître de maison ne fasse précéder et suivre d’une prière dite en langue basque.
- Son respect pour l’autorité est sincère. Au milieu de la réunion la plus bruyante, il suffit d’une parole de celui qui est chargé de maintenir l’ordre pour que chacun s’y soumette, et d’une lance plantée en terre, ancien symbole de l’autorité dans ce pays, pour obtenir l’obéissance qu’on ne donne ailleurs qu’à la personne du magistrat.
- La probité des moeurs est aussi un élément efficace de prospérité. Ainsi qu’en témoigne la statistique, les délits sont fort rares dans le pays basque, et, suivant l’expression d’un écrivain espagnol « les fruits peuvent rester dans les champs et le « bétail y passer la nuit, sans autre protection que le sep-« tième commandement du Décalogue. »
- Le chiffre des impôts est d’une grande modicité. Ils n’atteignent la propriété foncière que dans des cas extraordinaires. Néanmoins les habitants de la seule Biscaye ont pu, avec leurs propres ressources, construire, au milieu de leurs montagnes, 270 kilomètres de chemins de fer, 500 kilomètres de routes, établir et entretenir 300 écoles primaires, distribuées dans to.ute l’étendue du .territoire. De nombrëuses
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- institutions de charité ont été richement dotées par de généreux bienfaiteurs, des sociétés d’assistance mutuelle fondées, des sociétés de secours pour les marins multipliées.
- A la tête des provinces espagnoles, par l’instruction et la moralité de ses habitants, par leur application énergique aux meilleurs procédés de l’agriculture et du commerce, par le bien-être et l’harmonie, le Pays Basque cherche noblement, ainsi que la Catalogne, à allier, selon l’expression d’un des illustres généraux de cette province « aux meilleures institutions « du passé les plus excellentes qualités de l’esprit moderne. »
- PAYS-BAS
- Société du Bien public.
- La création de la Société du Bien public des Pays-Bas remonte à l’année 1784; elle doit son origine à Jean Nieuwenhuy-zen, modeste pasteur dissident de Monnikam. Son fondateur n’avait d’autre ambition dans le principe que celle de publier et de répandre en Hollande des traités populaires de morale et de religion.
- Le concours actif de ses associés développa l’œuvre rapidement. Dévoués aux idées généreuses dont le courant entraînait, à cette époque, un grand nombre d’esprits, ils s’appliquaient à concilier ces aspirations avec les enseignements du christianisme. L’union de la religion avec la tolérance, de la foi avec la science, de la morale avec tous les progrès utiles : telle était leur cause la plus chère.
- Sous l’influence de ces pensées, une réforme de l’instruction primaire fut entreprise; de nombreuses écoles furent créées; la discipline y fut adoucie; des notions usuelles, les travaux à l’aiguille, le chant, le dessin, la gymnastique, les éléments d’histoire naturelle, furent introduits dans les programmes, en
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- même temps que de nouvelles méthodes, qui tendaient à former le caractère plutôt qu’à meubler l’esprit. -
- Quarante-cinq volumes publiés de 4786 à 1834 et contenant plus de cent quatre-vingts traités à l’usage des écoles primaires, indiquent la place occupée par ces efforts dans l’histoire delà société. Depuis celte époque, les mesures prises successive-
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- nient par l’Etat laissèrent sans objet cette branche, et la société put reporter spécialement son activité sur d’autres travaux.
- Pour en expliquer la variété, il convient d’indiquer comment est organisée la Société du Bien public.
- „ Composée aujourd’hui de 14,000 membres, elle se divise en 300 groupes répartis dans les diverses parties du royaume et qui forment, sous le nom de départements, autant de sociétés locales fonctionnant, dans la limite de statuts fort larges, avec une complète indépendance. Le but poursuivi par chacune d’elles est la création et le développement de toutes les institutions utiles appropriées aux besoins de l’endroit et à ses convenances. On comprend dès lors que chaque société soit le centre des activités les plus diverses.
- Une assemblée générale, composée de délégués élus par les sociétés locales et représentée par un comité permanent, avise dans une session annuelle aux mesures qui offrent un intérêt collectif. Une caisse centrale, placée sous son contrôle, reçoit les cotisations, dont le maximum est fixé à 5 francs. Chaque département a le droit d’y ajouter une contribution spéciale perçue à son profit et qui, dans quelques villes, s’élève jusqu’à 20 francs. A côté des membres souscripteurs, on compte des membres honoraires affranchis de toute cotisation. Ainsi a été facilitée l’adjonction de membres peu fortunés, mais dont le concours est précieux, tels que les instituteurs.
- Dans les campagnes, une soirée par semaine est en général consacrée à une conférence, confiée quelquefois à des professeurs que le comité central engage pour faire des tournées de cours; elle est, dans les autres cas, remplie par une
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- allocution de circonstance, par des conversations sur quelque sujet d’utilité usuelle.
- Dans les villes, ces réunions sont devenues fréquemment des séances littéraires, et il est peu d’écrivains ou de poètes hollandais qui ne s’v soient fait ëntendre.
- Parmi les branches principales aùxquelïes le comité supérieur donne ses soins, il faut placer, comme la plus ancienne, celle des publications. < , • • •
- Les unes sont de simples feuillets distribués gratuitement; les autres sont des almanachs populaires '‘destinés au colportage; d’autres, des ouvrages suivis sur dès questions de morale ou de science exposées à un point de vue pratique et ‘populaire. D’autres encore, publiées par des éditeurs particuliers, sont portées simplement au. Catalogue de là société à titré d’ouvrages recommandés. Le plus souvent toutefois la société achète'ces
- publications en nombre suffisant pour en doter au moins les bibliothèques fondées par ses soins.
- En vertu d’une disposition même du règlement, chaque département, en effet, doit avoir sa bibliothèque populaire.
- Comme annexes des bibliothèques, se placent les salles de lecture. Ces salles sont un point de Teuhion où. les ouvriers
- viennent finir leur journée, les uns en lisant, les autres en jouant aux dames ou aux dominos. Les jeux dé cartes n’y sont pas permis, non plus que la vente des boissons sp'iritùeusés!
- Les salles d’asile fondées par la Société du Bien public sont au nombre de 3(K‘Des écoles de répétition, âu nombre de 48, destinées à continuer les leçons de'1 l’école primaire pour 'lès' apprentis et les jeunes gens, sont fréquentées par 2,'200 élèves environ. Des écoles de chant au nombre de 40, sont suivies par2,700''élèves. Des écoles de gymiiàstiqué,' au:nombre de 17, suivies'par 2,600 élèves; dés écoles de dessin, au
- nombre de 30; des ouvroirs, surveillés en général‘par les femmes des ' membres du département, complètent! cet en-
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- La Société à pris- activement en main la cause des-caisses
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- d’épargne. Centt quarante ont été fondées par elle, quelques-unes avec un remarquable succès. C’est ainsi que le montant des dépôts dans celle de Rotterdam atteint 4 millions.
- On compte dans quarante départements des associations de secours mutuels et des associations funéraires.
- . Ailleurs les départements ont fondé des banques de secours, des caisses d’épargne. Dans les époques de crise, la Société du Bien public s’est mise en rapport avec les bureaux de bienfaisance pour organiser des travaux de viabilité, de défrichement , destinés à apporter un salaire aux ouvriers indigents.
- C’est ainsi que, sous des formes diverses, les membres de. celte puissante association, associés sans autre système que celui de faire le bien, s’appliquent à doter les localités, qu’ils habitent d’institutions propres à favoriser le bien-être des populations et à en élever le niveau moral.
- PORTUGAL
- Associations professionnelles.
- . Bien que les classes laborieuses ne présentent nulle part, en Portugal, le spectacle de ces extrêmes misères que l’on rencontre dans certains centres industriels de l’Europe et que la douceur du climat y rende la vie plus facile, les associations professionnelles ont pris, depuis quelques années, dans ce royaume, un développement qui mérite de fixer d’une manière spéciale l’attention publique.
- Tous ou presque tous les métiers ont aujourd’hui en Portugal des associations fraternelles. Ces associations ont un double but : -
- ' ,f * * r - a "
- 1° Venir en aide aux ouvriers dans les circonstances malheureuses, comme la vieillesse, le manque de travail ; donner, des
- secours aux veuves et enfants des ouvriers décédés. ^
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- 2Ü Assurer et hâter le développement intellectuel de leurs membres, en établissant des écoles du soir, des bibliothèques, des salles de lecture, des expositions, etc.
- Comme on le voit, ce ne sont pas de simples associations de secours mutuels. On peut plutôt les comparer aux mecha-nics instituts de l’Angleterre ou aux sociétés d’utilité publique de la Suisse.
- Ces institutions ont pris des formes très-diverses; cependant elles ont toutes pour principe la mutualité, et la plupart sont dues à l’initiative privée. Depuis 1863, le Gouvernement a approuvé les statuts de plus de cent nouvelles associations et il s’en est formé un très-grand nombre qui n’ont pas sollicité cette approbation..
- Les sociétés de secours mutuels sont répandues dans toutes les provinces du Portugal. On en rencontre également dans tous les établissements industriels de quelque importance.
- Un très-grand nombre entretiennent des écoles du soir; plusieurs ont organisé un enseignement technique, et l’on peut dès aujourd’hui constater l’impulsion que ces efforts ont imprimé au développement intellectuel des classes ouvrières, et l’élévation morale qui èn est résulté.
- Toutes ces associations ne sont pas restreintes aux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture. Il en existe pour des professions très-différentes : les employés de 1’ taten ont formé, les notaires, les commis de magasin.
- A Lisbonne, les ouvriers de chaque métier sont réunis en associations fraternelles, où l’on discute toutes les questions qui peuvent intéresser leur -industrie, et ce qu’il y a de remarquable, c’est que patrons et ouvriers se rencontrent et fraternisent sur ce terrain neutre.
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- Des députés, des hommes d’Etat éminents ne dédaignent pas d’accepter la présidence de ces associations. Ils en représentent les intérêts et peuvent ainsi, avec compétence, défendre jusqu’au sein des corps publics les questions spéciales qui concernent chaque métier.
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- Une association centrale, connue sous le nom d’Association (Vencouragement pour les classes laborieuses, dont font partie de droit tous les membres des associations fraternelles, réunit en quelque sorte ces branches éparses.
- Enfin, on rencontre encore dans là capitale une autre société également considérable, la Société d’encouragement de l’industrie manufacturière, qui compte parmi ses sociétaires, non-seulement des industriels, mais toutes les personnes qui, à un titre quelconque, veulent concourir au développement de l’industrie dans le royaume. Cette société publie un journal pour répandre de saines notions économiques et tenir le public ail courant de tous les perfectionnements nouveaux qui se produisent dans le monde industriel. Elle a fondé un cabinet de lecture ouvert tous les jours à ses membres, et entretient des écoles du soir.
- Le nombre des adhérents à ces sociétés de prévoyance s’élevait, dès 1862, à Lisbonne seulement, à plus de 12,000. A cette même époque, une société qui s’établissait, le Monte Pio gérai, comptait en peu de temps 1,109 associés, et distribuait, dans cette même année 1862, une somme de 60,000 francs en pensions servies à des veuves, fils ou mères d’associés décédés. Quelques-unes de ces pensions dépassaient le chiffre de 2,000 francs.
- Bien d’autres exemples pourraient être ajoutés à celui-ci. Évidemment, des institutions comme celles dont nous venons de parler devaient puissamment contribuer à introduire dans les classes ouvrières l’esprit d’ordre et de prévoyance , et donner de la stabilité à l’existence de l’ouvrier. Par les efforts qu’elles ont fait pour l’instruire, elles sont également arrivées à lui donner une vue plus claire de ses intérêts, et à l’attacher davantage à ses devoirs.
- On a pu constater l’influence exercée par ces institutions, sur les rapports qui existent entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux. Ces rapports sont presque partout faciles
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- et l’on aurait peine à découvrir les traces d’un antagonisme quelconque.
- C’est ce grand mouvement, remarquable à la fois par son origine toute spontanée, par les traits qui le caractérisent et par les importants résultats déjà obtenus, que le Jury a cru devoir ipettre en lumière par une citation spéciale.
- RUSSIE
- Les Artèles ou associations d’ouvriers pour les travaux des villes.
- En Russie, chaque individu appartenant à la classe ouvrière est entouré, pendant toute sa vie, d’une nombreuse famille, avec laquelle il vit dans un régime de communauté absolu, à l’abri de toutes les éventualités fâcheuses qui résulteraient du régime de l’isolement. Les ouvriers émigrants, qui vont au loin dans les grandes villes exécuter divers genres de travaux, se trouvant, pour la première fois, privés de cette protection, s’empressent d’v suppléer en s’affiliant à des associations volontaires, connues sous le nom générique d'Artèles.
- Ces émigrants appartiennent toujours à des districts agricoles, où la culture assure l’existence de la population sédentaire et vers lesquels ils se trouvent constamment rappelés par l’intermittence même de leurs travaux, par le désir de revoir leurs parents, leurs femmes et leurs enfants, et par l’amour instinctif du lieu natal.
- Dans un village du bassin de l’Oka, où ces renseignements ont été recueillis, l’artèle se compose ordinairement de quinze voyageurs ; elle se constitue dans une réunion où la prière est faite en commun et où l’on arrête l’époque du départ.
- Le premier acte de la société est de se procurer la somme nécessaire pour les frais du voyage. Cette somme est ordinai-
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- rement prêtée sans intérêt par quelque paysan aisé du village.
- Arrivée dans la ville où doivent s’exécuter les travaux, la société se réunit et fixe la somme qui devra être versée par les associés qui pourraient s’affilier ultérieurement. On nomme ensuite, par un véritable scrutin, les quatre fonctionnaires qui devront diriger les affaires communes. L’un d’eux sera chargé de chercher l’ouvrage et d’en discuter le prix, pour le compte de la communauté ; de répartir les ouvriers entre les divers travaux, de remplir, en un mot, toutes les fonctions de l’entrepreneur. Un autre tiendra la caisse de la communauté et lui servira d’économe. Les deux autres, hommes d’expérience, seront chargés de contrôler les actes des deux premiers administrateurs. En peu de temps, l’artèle ainsi constituée, voit se multiplier le nombre de ses adhérents.
- La campagne terminée, intervient le partage des bénéfices, qui se fait également entre tous les associés, quel que soit le degré différent de leurs forces et de leurs aptitudes pour le travail. Les ouvriers les plus vigoureux sont généralement réservés pour les travaux à l’entreprise, les plus faibles pour les travaux à la journée. Afin d’établir une compensation entre ces deux catégories, on laisse reposer, quand on ne peut donner de l’ouvrage à tous, les ouvriers chargés, en cas de presse, des plus durs travaux; l’un des administrateurs de’la société est chargé de veiller à ce que cette compensation s’établisse d’une manière équitable.
- Enfin, l’artèle dissoute après le partage du dividende, on fait la prière en commun, et les associés se séparent avec des témoignages mutuels d’amitié et des vœux pour l’heureux retour au pays.
- Cet exemple met en lumière tout un côté de l’organisation industrielle de la Russie.
- La constitution de la propriété agricole ramène forcément à la vie des champs les ouvriers qui montreraient de l’inclination à rester d’une manière permanente dans les grands centres. A Saint-Pétersbourg même, on renia
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- germe de ces multitudes à existence précaire, qui s’agglomèrent de plus en plus dans les villes des états occidentaux de l’Europe.
- Le Jury a vu dans les artèles un des traits de mœurs les plus frappants offert par la Russie et une manifestation très-intéressante de l’esprit d’association qui caractérise cet état de civilisation.
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- CANDIDATURES
- JUGÉES DIGNES D’ÊTRE MENTIONNÉES AU RAPPORT
- Dans l’examen étendu et scrupuleux auquel a dû se livrer le Jury, des mérites spéciaux de plus d’un genre ont arrêté à différentes reprises son attention. Obligé de restreindre ses récompenses au nombre fixé par le règlement, il n’a pas écarté sans regrets plusieurs des candidatures qui lui ont été sou-mises'et^dont il appréciait ajuste titre la valeur. Cette nécessité, condition de tout concours, ne lui a point paru toutefois s’opposer à l’indication dans le Rapport de quelques-uns de ces établissements. La liste suivante est le résultat des délibérations, prises à cet égard par le Jury.
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- ALLEMAGNE DU NORD Société des ouvriers de BERLIN.
- Fondée en 1859, la Société des ouvriers de Berlin compte plus de 60,000 membres et a pu leur assurer, par sa propre énergie et sans l’intervention d’aucun secours étranger, un ensemble complet de moyens d’instruction, de perfectionnements techniques et de délassements honnêtes.
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- JURY SPÉCIAL.
- Société «l'agriculture de BITBVRG, près Trêves.
- Par son intelligente initiative, la Société de Bitburg a non-seulement imprimé dans les montagnes de l’Eifel une remarquable impulsion pratique à la culture, en organisant des irrigations, des drainages et en créant des chemins, mais encore elle a multiplié les écoles spéciales, les banques rurales, les associations pour la construction d’habitations destinées aux ouvriers des campagnes.
- Mines d’ESCHYYEILER, près Aix-la-Chapelle.
- L’administration des mines d’Eschweiler se distingue par un ensemble complet d’institutions philanthropiques qui fonctionnent avec succès, notamment en ce qui concerne la fourniture de denrées alimentaires à des conditions avantageuses. La boulangerie de la Compagnie livre du pain à 2,500 ouvriers, à des prix qui ne dépassent jamais 34 centimes par kilogramme.
- Compagnie des mines de GEORG MA RIEN HUTTE,
- près Osnabrück.
- L’excellente discipline et l’attachement traditionnel des ouvriers à l’établissement reposent entre autres sur un système d’engagements fixes passés avec une partie des ouvriers qui sont choisis, après un certain temps de séjour, dans la classe des auxiliaires.
- MM. GEYERS et SCHMIDT, à Lesclmitz, près Gœrlitz.
- MM. Gèvers et Schmidt ont développé chez leurs ouvriers, dans une mesure remarquable, l’esprit d’épargne et les habitudes d’ordre. .
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- CANDIDATURES OUGÉES DIGNES D’ÊTRE MENTIONNÉES. 505
- Société de GRUNEBERG (Silésie) pour l'encouragement de l'industrie et de l’horticulture.
- On doit à la Société, assistée du concours de quelques fabricants, la fondation de nombreuses institutions de prévoyance et d’instruction, grâce auxquelles la plus frappante harmonie s’est développée entre les ouvriers et les patrons.
- Caisse de secours et de pensions des mariniers de HAMBOURG et d’ALTONA.
- Créée par l’initiative des marins eux-mêmes et développée avec leurs seules ressources, la caisse de Hambourg et d’Àl-tona est parvenue à protéger de la façon la plus efficace contre la misère les veuves et orphelins des membres défunts.
- Société de HANOVRE pour l'encouragement de l’industrie.
- Cette Société, qui compte dix-neuf succursales, a réussi à encourager sous des formes diverses et notamment par des publications, le développement de l’industrie et l’amélioration du sort des ouvriers.
- M. LEHMAM, à Rohringen, près Roswein (Saxe).
- M. Lehmann s’est appliqué, avec un soin touchant, à employer à différents travaux des infirmes boiteux, manchots, etc., qui, trouvant dans son usine un salaire convenable, sont éloignés ainsi de la mendicité.
- Caisses d’épargne et d'avances du grand-duché d’OLDENBOURG.
- Les caisses et les associations de crédit, fondées d’après le système Schultze-Delitsch, dans le grand-duché d’Oldenbourg, y fonctionnent avec un succès peu commun.
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- JURY SPÉCIAL.
- Compagnie des mines de charbon de PIESBERG, près Osnabrück.
- Des institutions variées, tendant à développer l’aisance et la moralité des ouvriers associés, offrent dans les mines de Piesberg un bel exemple des résultats obtenus par les corporations de mineurs allemands, associations qui, créées au moyen âge, se Sont sans cesse soutenues et développées par leur propre énergie, au sein d’une complète indépendance.
- Filature de RAVEKSBERG.
- Par une série d’institutions de prévoyance et de mesures dues à la plus louable sollicitude, la société qui possède cet établissement concourt à développer le bien-être de ses ouvriers.
- MM. REICHEMIEIM et fils , à Wustegiesdorf (Silésie).
- MM. Reichenheim et fils, qui emploient un grand nombre d’ouvriers dans un district fort pauvre, ont réussi à améliorer considérablement l’état physique et moral des habitants, en dotant la localité d’un remarquable ensemble d’institutions d’assistance et de moyens d’instruction.
- Fabrique d’aiguilles de M. Cari SCHEEICHER.
- Cet établissement se distingue par le soin avec lequel le patron s’esl préoccupé d’assurer à ses ouvriers des habitations saines et de les protéger contre les effets nuisibles que la nature de leur travail pouvait exercer sur leur santé.
- Filature de lin de MM. SCHŒLEER, ME VISSES et BCCKLER, à Duren (Province Rhénane).
- Les chefs de cet établissement se signalent par la solli-
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- eitude toute paternelle dont ils entourent les jeunes filles, au nombre de 150, qui sont logées dans les dépendances de l’usine.
- Ces ouvrières reçoivent chaque soir une instruction complémentaire, des leçons de couture, et vont passer le dimanche au sein de leurs familles dispersées dans les localités voisines.
- M. SCHULTZE-DELITSCH.
- Les banques populaires, associations de crédit destinées aux petits artisans et organisées par M. Schultze-Delitsch avec un succès notoire en Allemagne et en Autriche, s’élevaient, en 1865, à environ 1,500, disposant ensemble d’un capital de 100 à 110 millions. Cette indication est le meilleur témoignage du service éminent rendu par leur fondateur au bien-être des classes laborieuses.
- Filature de lia de MM. TETZNER ET Cie, à Scliweitzerthal, près Burgstadt (Saxe).
- Des institutions variées ont été créées par MM. Tetzner en vue d’offrir à ceux qu’ils emploient des moyens d’instruction et d’assistance matérielle.
- Les soins personnels qu’ils savent y joindre et l’intérêt affectueux qui préside à leurs relations avec leurs ouvriers, méritent le plus grand éloge.
- Fabrique de machines-outils de M. ZIMMERMANN , à Ckemnitz (Saxe).
- M. Zimmermann, sorti lui-même de la condition d’ouvrier, et secondé par l’expérience qu’il y avait acquise, a su prendre dans son établissement des dispositions particulièrement favorables à l’hygiène, au maintien de l’ordre et de la moralité. Diverses mesures fort bien conçues facilitent à ses ouvriers les moyens d’existence et favorisent leur bien-être.
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- ALLEMAGNE DU SUD
- Filature de BAIREUTH (Bavière), dirigée par M. KOEB.
- De nombreuses institutions, fort bien conçues, d’importants sacrifices faits pour doter les ouvriers d’babitations saines annexées à des jardins, une sollicitude élevée pour tous leurs intérêts, ont déterminé, chez les coopérateurs de M. Kolb, un développement remarquable d’instruction, de moralité et d’esprit religieux, fruits précieux qui font le plus grand honneur à l’homme de bien placé à leur tête.
- Ailes des jeunes ouvriers de DARMSTADT.
- Fondé en 1848, développé par la persévérante initiative d’hommes dévoués appartenant aux classes supérieures de la ville, cet établissement réunit de 160 à 200 enfants provenant de familles indigentes dont les parents sont éloignés de leur domicile par les travaux de l’atelier. Les élèves reçoivent une bonne instruction primaire et sont en outre formés à des travaux d’horticulture, au tressage de la paille et de l’osier. La petite rémunération qu’ils acquièrent ainsi contribue à leur assurer un pécule. Une influence morale des plus efficaces a été exercée par cette institution qui, tout en respectant la vie de famille, rapproche, par les liens d’un affectueux patronage, les classes de la population les1 plus éloignées.
- Société de FERTH (Bavière), pour l’encouragement de l’industrie.
- Grâce à ses louables efforts, des institutions de crédit, des caisses de secours, d’épargne, des bibliothèques, des salles de
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- candidatures jugées dignes d’être mentionnées. 509
- lecture, ont été multipliées au profit des ouvriers et les progrès de l’industrie locale stimulés et dirigés avec succès.
- Fabrique de tresses de paille de M. HAAS, à Scliamberg (Wurtemberg).
- La manufacture de M. Haas a répandu l’activité et l’aisance au milieu d’une contrée pauvre et se développe dans les conditions les plus favorables pour l’ouvrier et sous une direction paternelle et vigilante.
- Hajle de l’Industrie, à lIAYEACIi (Hesse).
- Cet établissement a su annexer, à une exposition perma -nente créée pour les petits chefs d’ateliers, d’utiles institutions en leur faveur.
- Communes de KORATHAL et de WILHEL.IHSDORF (Wurtemberg).
- Sous l’influence d’un esprit religieux très-développé, les habitants de ces localités se sont, avec l’autorisation du roi, imposé, il y a cinquante ans, un règlement disciplinaire fort rigoureux. C’est ainsi que le conseil local a le droit d’exclure de la commune tout membre dont les mœurs donnent lieu à un désordre. Le fait qu'il n’a jamais été prononcé jusqu’ici d’exclusion de cette nature, est le meilleur témoignage de l’esprit qui y règne. Une seule naissance illégitime et un seul cas d’ivrognerie y ont été constatés depuis un demi-siècle. Ces localités ont atteint une prospérité remarquable et sont devenues le centre de nombreux établissements d’instruction fort appréciés dans les contrées environnantes.
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- S10
- AUTRICHE
- Exploitations agricoles et industrielles du chevalier DOMBROWSKI en Bohême.
- M. le chevalier Dombrowski s’applique, avec la plus louable sollicitude, à élever le niveau moral des populations qu’il occupe; ses persévérants efforts ont déjà obtenu de remarquables résultats.
- Fabrique mécanique de papier de MM. EICHMANN et CIe, à Arnau-sur-EIbe (Bohême).
- À côté d’institutions de secours et d’épargne très-prospères, on doit signaler les bons résultats obtenus dans cette usine par une caisse de la vieillesse combinée à un système d’habitations dont la jouissance devient gratuite après un certain nombre d’années. Des primes et des allocations en nature sont faites suivant les salaires, quand le prix des grains dépasse des limites données. Une remarquable harmonie s’allie dans l’établissement aux habitudes de long séjour et de fixité des ouvriers.
- Comité central pour l’encouragement de l’activité industrielle des habitants de l’ERZGEBIRGE et du RIESEN-
- GEBIRGE.
- Cette association a pris l’initiative de secours importants distribués dans les temps de crise, de travaux publics, organisés aux mêmes époques. Elle a créé des caisses de prêts, prospères aujourd’hui, et des caisses d’épargne qui se sont multipliées rapidement.
- Comité des EXPOSITIONS OUVRIÈRES de Vienne.
- Cette société concourt à perfectionner le travail des chefs d’atelier au moyen d’expositions annuelles et exerce sur les classes laborieuses un bienfaisant patronage.
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- Fabrique de broderies de M. Charles GIAM, à Vienne.
- A côté d’efforts heureux pour la moralisation des ouvriers, une association mutelle de secours, fondée sur un système particulier, fonctionne avec un remarquable succès dans l’établissement de M. Giani.
- MM. LOEW et SCHMAL, fabricants de draps, à Brunn (Moravie).
- Caisses de secours et de retraite, écoles, chapelles, habitations ouvrières avec jardins, fournitures de vivres à prix réduits se rencontrent dans cet établissement et témoignent des sentiments d’affectueuse prévoyance qui animent MM. Loew et Schmal à l’égard des nombreux ouvriers qu’ils emploient.
- Mines de charbon et de fer de ROITZ, près Brunn.
- Ces exploitations ont été dotées avec une grande sollicitude d’institutions de secours et d’enseignement.
- Mines de charbon et fonderies de M. André TtEPPER en Basse-Autriche et en Styrie.
- Des associations fraternellesde prévoyance, des chapelles, des écoles, des classes du soir, assidûment fréquentées, ont été fondées et généreusement dotées par M. André Tœpper.
- MM. THOIVET frères, fabricants de meubles torses.
- MM. Thonet emploient dans les campagnes de l’Autriche plusieurs milliers d’ouvriers qui consacrent aux travaux indus-
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- JURY SPKCIAU.
- iriels la saison d’hiver et continuent à s’adonner à l'agriculture pendant l’été. Des dispositions fort intelligentes prises par les patrons assurent à leurs coopérateurs des vivres à des prix très-réduits.
- BELGIQUE
- ATELIERS D'APPRENTISSAGE des Flandres.
- L’opinion, publique s’est plus d’une fois émue de la détresse à laquelle a été réduite la population ouvrière dans les Flandres, par la transformation radicale que les progrès de.la mécanique ont fait subir à l’industrie linière, source.de. prospérité jadis pour cette contrée. De généreux efforts ont cherché à conjurer le mal. On s’est préoccupé tout à la fois de vivifier l’ancienne industrie et de doter la contrée de nouvelles branches de fabrication. Des comités s’organisèrent, et la création d’ateliers d’apprentissage, répandus sur divers points du pays, apparut bientôt comme le remède le plus efficace auquel on pût avoir recours.
- Par les soins des commissaires-directeurs, des instruments perfectionnés furent mis à la disposition des ouvriers tisserands qu’un séjour de quelques semaines à l’atelier familiarisait avec l’usage de cet outillage nouveau.
- Un homme d’Etat éminent, M. Rogier, actuellement ministre des affaires étrangères de Belgique, avec le concours de quelques collaborateurs généreux et pleins d’une intelligente initiative : MM. de Vrière etVrambout, gouverneurs des deux Flandres, Romberg, ancien .directeur de l’industrie, de Grave et Renier, inspecteurs, se dévouèrent à cette grande œuvre. Les résultats, on doit le dire, dépassèrent leurs espé-
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- rances et leur ont permis de revendiquer l’honneur d’avoir assuré la régénération des Flandres.
- Sociétés du BOIS-DU-LUC et du COUILLET (province du Hainaut).
- Il y a lieu de citer, comme réunissant de nombreuses conditions d’harmonie et de bien-être, les établissements de la société du Bois-du-Luc et du douillet.
- M. VISSCHERS, conservateur des Caisses de prévoyance pour les ouvriers mineurs.
- M. Visschers s’est consacré tout entier à une pensée généreuse, et il s’y est consacré avec un sentiment désintéressé et un dévouement qui méritent d’être signalés à l’attention et à la reconnaissance publiques. Après bien des efforts il est parvenu, en effet, à appliquer le principe de la mutualité aux associations de secours formées dans les établissements métallurgiques de Belgique.
- Isolées, ces institutions étaient presque toujours impuissantes à remédier aüx sinistres qui venaient frapper leurs associés. Reliées entre elles, formant un fonds commun, elles se trouvent à la hauteur de toutes les calamités.
- Créées, il y a trente ans, les caisses de prévoyance dues à l’initiative de M. Visschers ont fait de rapides progrès. Enl86o, le nombre de leurs associés s’élevait à 86,000; le revenu des caisses et l’avoir commun atteignaient un chiffre de 4,400,000 francs.
- Aux secours donnés à ses membres, la Société joint les soins de l’instruction et se préoccupe de l’amélioration morale de l’ouvrier.
- T. I.
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- DANEMARK
- Banque de l’Industrie à COPENHAGUE.
- Créé avec le concours des plus riches citoyens de la ville, en faveur des petits chefs de métier, cet établissement a rapidement atteint un degré exceptionnel de prospérité. Le chiffre annuel des prêts s’élève à environ 6 millions de francs.
- Société ouvrière de COPENHAGUE.
- Cette association se développe avec grand succès sous la direction deM. Rimestad, et concourt efficacement à élever le niveau intellectuel et moral des ouvriers qui en font partie.
- Fabrique d’armes de KRONEBERG (lie Seeland).
- De nombreuses et importantes institutions de prévoyance, des habitudes sédentaires, une bonne harmonie traditionnelle, font honneur à la direction du propriétaire de la fabrique, M. le comte de Schimmelmann, autant qu’à l’esprit des ouvriers.
- ESPAGNE
- Fabrique de mosaïques de UDI. NOEEA et SAGRERA, à Meliana, près Valence.
- La fabrique de MM. Nolla et Sagrera se distingue par sa bonne discipline autant que par ses traditions de stabilité et d’harmonie. Une chapelle placée dans l’usine réunit matin et soir les ouvriers pour la prière.
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- FRANCE
- Société Industrielle «PAMIEXS {Somme).
- Grâce, à l’initiative et aux encouragements persévérants de cette Société, de nombreuses institutions ont pù être créées à Amiens, dans le but d’élever le niveau moral et intellectuel de la population ouvrière et d’améliorer sa condition matérielle ; (cours publics, prix distribués, œuvre des apprentis, société pour la constru ction d’habitations ouvrières,magasins généraux, etc., etc.).
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- Compagnie des Forges d’ACDINCOURT (Doubs).
- Les forges d’Âudincourt réunissent la plupart des institutions qui ont été créées en faveur des ouvriers. Ses chefs se sont constamment appliqués à développer le bien-être au sein de la population qui est attachée à leurs usines.
- Société Philomatique de BORDEAUX (Gironde).
- Cette Société a cherché à améliorer la condition des classes populaires en prenant l’initiative d’une série d’entreprises utiles ;. elle s?est surtout préoccupée de la diffusion de l’instruction. La plupart des Expositions qui ont eu lieu depuis 1826 à Bordeaux ont été organisées par ses soins.
- CERCLE DES JEUNES OUVRIERS, boulevard du Mont- Parnasse,, fl 02, h Paris.
- Se rapprochant par plusieurs côtés des Meçhanics instituts si répandus eh Angleterre, ce cercle constitue en France une.innovation, heureuse. Il réunit plus de. 380 jeunes gens appartenant à divers corps d’état. Son organisation est- très-
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- JURY SPÉCIAL.
- complète. Il comprend une bibliothèque, des conférences; en outre, diverses institutions telles que, caisse d’épargne, société coopérative de consommation, société de prêts d’honneur, viennent encore se rattacher à cette création.
- M. CKAGOT et Cie, mines de houille de Blanzy.
- Un ensemble fort complet d’institutions de secours et d’instruction distingue cet établissement. On doit signaler notamment la création, en faveur des ouvriers mineurs, de pensions de retraite réversibles à leurs veuves. Cent maisons ouvrières ont été construites par la Compagnie et vendues au moyen d’un système d’annuités qui mérite d’être remarqué.
- M. l’abbé CHICOYNE.
- M. l’abbé Chicoyne a pris l’initiative, dès 1848, de la formation d’une société coopérative de production, entre les ouvriers vanniers de la commune de Vilaine (Indre-et-Loire) et a rendu ainsi un important service à cette industrie locale.
- 91. F. de CONINCK. Hôtel du Bon-9Iousse, au Havre.
- Créé au Havre par les soins de M. Frédéric de Coninck, cet établissement est destiné à recevoir les jeunes mousses pendant leur séjour au Havre et à leur assurer, en même temps qu’une existence matérielle convenable et appropriée à leurs ressources, des soins moraux et intellectuels.
- Les établissements analogues créés en Angleterre pour les mousses et les matelots démontrent toute l’utilité de telles entreprises. Aussi l’initiative prise par M. de Coninck mérite-t-elle d’être signalée à l’attention publique, comme le point de départ d’une œuvre susceptible des plus importants développements.
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- 91. le comte DU COUEDIC, au Lézardeau (Finistère).
- Le domaine du Lézardeau est à signaler pour les rapports excellents qui unissent les ouvriers au chef de l’exploitation. D’autre part, M. le comte du Couedic a pris l’initiative de la création . d’une école d’irrigation qui est unique en France et qui peut être appelée à rendre de réels services aux intérêts agricoles.
- MM, DUJONCQUOY et Fils,— Fabrique de bonneterie, à Yilleforun (Seine-et-Oisc).
- L’un des établissements de MM. Dujoncquoy et fils est dirigé depuis plus de cent ans par sa famille ; les liens les plus étroits attachent à ses chefs la population ouvrière, et la manufacture offre un frappant exemple d’harmonie et de bien-être.
- M. Paul DUPONT et Cie.— Imprimerie à. Paris.
- L’établissement de M. Paul Dupont, qui compte 1,200 ouvriers, se distingue par ses institutions éminemment philanthropiques. Une part de 10 pour 100 est accordée dans les bénéfices à tous les ouvriers. Ils ont, en outre, des caissès de secours et de retraite; un prêt d’honneur ; une société coopérative pour l’acquisition des objets de consommation; une bibliothèque ; une salle de lecture ; des conférences ; un ‘ cours de chant. Enfin, dés logements à bon marché et à prix décroissants, avec jouissance de jardins, ont pour but d’y constituer et d’y perpétuer, en quelque sorte, les familles ouvrières. Les jeunes apprenties y sont l’objet de soins particuliers. Elles ont une .école gratuite, des leçons de morale religieuse, un ou-vroir, où elles confectionnent, le dimanche, des vêtements pour les pauvres.
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- M. le baron de FOUR1IENT. — Filature à Cercamps
- (Pas-de-Calais).
- On rencontre dans le chef de cet établissement une sollici- , tude frappante pour le sort de ses ouvriers, unie à la plus haute générosité. M. le baron de Fourment a su créer dans l’intérêt de la population de ses usines tout un ensemble d’institutions éminemment utiles, d’institutions dont la bienfaisante influence se manifeste de plus en plus, et qui constituent pour la contrée un noble et grand exemple.
- M. le comte de GOUVELLO. — Colonies agricoles à Mour-
- ray (Loir-et-Cber).
- M. de Gouvéllo a créé dans un domaine qu’il possède dans le département de Loir-et-Cher deux orphelinats agricoles destinés à recevoir des enfants pauvres. Ces colonies ont pour but. de former des ouvriers agricoles et de constituer un centre, un lien, une famille pour les enfants assistés et les orphelins pauvres. M. de Gouvéllo apporte par cette création le remède à un mal existant et rend un véritable service à la classe ouvrière.
- La Compagnie de la GRAND’COMBE (Gard).
- Cette Compagnie s’est vivement préoccupée d’améliorer la condition , des .ouvriers qu’elle emploie; elle a tenté dans ce but des efforts généreux. Les édifices qu’elle a fait construire soit pour servir d’église, soit pour les écoles de garçons et de filles sont,particulièrement dignes d’être remarqués.
- MM. HUTCHINSOiX POISNEL et C‘*. — Usine à Langlée
- (Loiret).
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- La Commune de LAIMOAT (Meuse).
- Cette commune a pris, l’initiative d’un remarquable ensemble . d’améliorations foncières j elle a su faire admettre et pratiquer un système d’abornement qui a mis fin à des contestations sans nombre et assure le maintien des bons rapports entre les propriétaires riverains.
- M. V™ LAPORTE. — Filature à Limoges (Haute-Vienne).
- L’établissement de M. Vvc Laporte mérite d’être signalé pour les efforts faits par son chef dans le but de moraliser la population ouvrière.
- HI. LAT.UNE, et Cie*>—Papeterie de Plaçons (Drôme)*
- Fondée en 1818 par la famille Latune et dirigée par elle depuis cette époque, cette manufacture se distingue en particulier par la longue durée du séjour de ses ouvriers. Cette durée s’élève en moyenne à 18 ans. La population qu’elle occupe a fait preuve en toute occasion et notamment en décembre 1851 d’un esprit d’ordre exemplaire.
- M. LECLAIRE et Cie. — Entrepreneur de peinture, à Paris.-
- M. Lèclaire est un des premiers industriels qui ait organisé pour ses ouvriers le système de la participation aux bénéfices. Le personnel de cette maison s’est également distingué, dans des époques troublées, par l’esprit excellent qui l’anime.
- M., MAISTRE.,t- Fabrique,do drap,, à. Villeneuvette. (Hérault)..
- L’établissement de Villeneuvette’, créé il y a 200 ans, mérite d’être mis en‘lumière à cause de l’attachement traditionnél qui lie les ouvriers à l’nsine. Il présente, en outré, le: spectacle
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- d’une alliance féconde des travaux industriels et des travaux agricoles.
- mjIENIER.—Fabrique deNoisiel-sur-Marne(Seine-et-Marne).
- Une administration paternelle et dont la sollicitude généreuse se manifeste sous des formes diverses a développé d’une manière remarquable, dans la population ouvrière, le bien-être ainsi que les habitudes de régularité et de stabilité.
- mH. MimEREL et Fils.— Filature de coton à Roubaix (Nord)
- Cette manufacture, où le sort de l’ouvrier a été l’objet de soins multipliés, offre surtout une très-bonne organisation des institutions de secours.
- ML PERRET.— mines de Saint-Bel et Chessy (Rhône).
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- Il y a lieu de remarquer dans l’usine de Saint-Bel et Chessy une organisation toute particulière du travail. En effet, le travail d’abatage dans les mines est mis aux enchères par lots, et l’ouvrier est appelé à participer aux produits.
- M. SAVART.— Fabriques de chaussures, a Paris*
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- M. Savart a su imprimer à son industrie un véritable caractère d’utilité sociale, en la faisant servir au développement du travail en famille, et notamment en y trouvant un aliment précieux pour le travail des femmes au foyer domestique. Cet établissement est digne de remarque par l’union exceptionnelle qui règne entre le patron et ses ouvriers, union que des laits touchants ont plusieurs fois manifestée.
- m. le marquis de VOGUÉ.—Hauts fourneaux èt fonderies
- de Manières (Cher).
- Patrons et ouvriers, dans cet établissement, ont rivalisé de dévouement dans leurs rapports mutuels. Les fonderies de
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- Mazières et d’Yvoy-le-.Pré se distinguent -également pour leur bonne organisation et pour la moralité de leur population.
- DI. MERCIER-MEYER. — Filature et fabrique de velours, de
- coton, à Ourscamp (Oise).'
- De nombreuses institutions attestent la sollicitude des patrons : Caisses de secours et d’épargne, écoles, chapelle, logements gratuits ou à prix réduits fournis aux ouvriers, soins vigilants donnés à la discipline des ateliers.
- MESSAGERIES IMPÉRIALES. — Ateliers des services maritimes à la Ciotat (Bouches-du-Rhône).
- Les ateliers de la Ciotat emploient de 2,000 à 2,500 ouvriers. Les efforts les plus persévérants ont été tentés pour améliorer la condition physique et morale de cette population. La Ciotat offre aujourd’hui un remarquable ensemble d’institutions humanitaires, dont il est facile de constater la salutaire action.
- HOLLANDE
- ASSOCIATION pour l’abolition des boissons fortes.
- Fondée en 1842, cette Société a pris bientôt une importance considérable. Elle compte 50 comités répartis dans tout le royaume et 1,400 membres.
- Son action, qui s’est manifestée par l’exemple et par la propagande, a puissamment contribué à diminuer, sinon à supprimer, l’usage des boissons distillées, dans un pays où la population ouvrière surtout en fait un si fréquent et si désastreux abus.
- M. Martin COSTER.' — Taillerie de diamants (Amsterdam).
- L’établissement de M. Coster se distingue tout à la fois par sa bonne organisation, par l’esprit d’ordre et la remarquable
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- JURY SPECIAL.
- probité qui caractérisent ses ouvriers ainsi que par les institutions bienfaisantes que le chef d’industrie a su créer en leur faveur.
- ITALIE,
- Académie des GEORGOILI (Toscane).
- L’acâdémie des Georgoili, dont l’origine remonte à 1753, est la première institution de ce genre, en Europe, qui se soit consacrée aux études agronomiques ; elle se fait remarquer par les encouragements qu’elle a su donner à la bonne organisation du métayage en Toscane, et par ses efforts pour mettre en lumière et propager cette organisation et ses résultats.
- Il convient de signaler, à cette occasion, l’un des grands propriétaires de Toscane, M. le sénateur comte Gori, membre de cette académie, qui a le plus perfectionné le métayage dans ses domaines, et qui offre le plus frappant exemple de bonne harmonie entre les ouvriers et le chef de l’exploitation.
- Associations ouvrières de CRÉHOAE, PÉROUSE et TURIN.
- Ces associations, dues à l’initiative individuelle, ont exercé sur le bien-être des classes laborieuses, en Italie, une influence qui parait incontestable aujourd’hui, et qui mérite de frapper l’attention. Elles ont surtout efficacement travaillé.à maintenir la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux. Le nom d’un homme généreux vient également se rattacher d’une façon toute naturelle à ces institutions : c’est celui de M. Cantu, le fondateur de l’Association des Instituteurs de Milan.
- Caisse d’épargne de MILAN.
- Cette caisse, créée en 4816, est à la fois une institution d’épargne et une société de crédit foncier.
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- Elle a exercé, en faveur des Sociétés de secours mutuels* en Italie, le patronage le plus utile: Ses encouragements, ses primes annuelles ont beaucoup contribué au progrès de ces Sociétés, qu’elle a su rendre fidèles a leurs statuts.
- La Caisse de Milan est parvenue, dans l’espace de quarante-trois ans, sur un territoire peuplé d’environ 3 millions d’habitants, à recueillir un capital représentant 140 millions de francs.
- Les administrateurs de cette Caisse ont rencontré dans leurs efforts un auxiliaire dont on ne saurait taire le nom, M. le professeur Luzzati.
- M. Luzzati a fondé de nombreuses banques populaires, et il a surexcité énergiquement, à Milan et ailleurs, l’esprit d’initiative et d’association.
- Commune de CAMOGLI.
- Cette commune offre un remarquable exemple d’association d’assurances maritimes. Ellq a servi de type à des créations analogues,, parmi, lesquelles l’assoeiation, que la ville de Gênes a vu établir dans son sein, est la plus frappante.
- NORWÉGE
- Association de CHRISTIANIA pour la construction des habitations ouvrières.
- Les services les plus utiles ont été rendus par cette association qui chaque année arrive à rendre un grand nombre d’ouvriers propriétaires de leur maison.
- Scierie et chantier de HAFSLAND, près Sarfsberg.
- La condition des ouvriers dans cet établissement fournit des exemples qui méritent d’être signalés tant au point de vue de
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- la persévérance des rapports et de la, bonne entente qu’au point de vue du bien-être matériel.
- SUÈDE
- Raffinerie de sucre et la brasserie de porter de MM. CAR" NÉG1E et Cie, à Gotbembourg.
- A côté d’un ensemble d’institutions de prévoyance et destruction fort complet, des habitudes remarquables de stabilité et de moralité distinguent la fabrique de MM. Carnégie. Une chapelle a été construite au milieu des ateliers, et un desservant spécial y fait, chaque matin, avant le commencement du travail, la prière avec tous les ouvriers.
- Société ouvrière de NORKŒPIIXG.
- J
- Cette association a multiplié les institutions utiles dans la petite ville de Norkceping avec autant d’activité que de succès.
- Fabrique de drap de M. STOLLSMOLLAIJ, à Halmstad.
- Cette manufacture attire l’attention par des institutions de prévoyance très-heureusement organisées et très-prospères.
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- RAPPORT à L’EMPEREUR
- ANNEXÉ , '
- AU DÉCRET CONCERNANT LES RÉCOMPENSES DU NOUVEL ORDRE
- ET LE JURY SPÉCIAL
- (EXTRAIT.)
- « Sire,
- « Les Expositions précédentes n’ont pas mis en lumière tous les mérites qui contribuent à la prospérité de l’agriculture et de l’industrie. Cette prospérité n’est pas établie seulement par la bonne qualité des produits et par la perfection des méthodes de travail, elle dépend aussi de l’heureuse condition de tous les producteurs et d.es bons rapports qui les unissent. Sans doute, en accordant des distinctions honorifiques, lors des précédentes Expositions, on a tenu compte, jusqu’à un certain point, de ces circonstances; mais la Commission impériale a pensé qu’elle ferait une œuvre utile et se conformerait aux principes qui ont inspiré tant d’actes du Gouvernement de l’Empereur, en créant, à ce point de vue, un nouvel ordre de récompenses. '
- « Ces récornpenses seraient décernées aux personnes, aux établissements ou aux localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, ont développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et ont assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel.
- a Le bien-être et l’harmonie dont nous proposons à Yotre Majesté de faire rechercher les meilleurs exemples se produisent sous des formes très-variées. Dans certaines contrées, des coutumes locales et des traditions séculairesmaintiennent l’union parmi les diverses catégories de producteurs; dans d’autres, des efforts intelligents portent remède à l’esprit d’antagonisme qui s’y est propagé. Ici, élevés à la condition de chefs de métier, les ouvriers trouvent en eux-.
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- JURY SPÉCIAL.
- mêmes tous les moyens de succès ; là, au corilraire, attachés à de grandes usines, ils attendent en partie leur sécurité de la sollicitude des patrons. Tantôt les producteurs s’appliquent exclusivement soit au travail agricole, soit au travail manufacturier;, tantôt'ils allient utilement ces deux genres dp travaux.
- « Mais, au milieu de cette diversité de conditions, le bien-être et l’harmonie offrent partout le même résultat : ils assurent aux producteurs de tout rang et à la localité que leur travail enrichit le bienfait de la paix publique.
- « Partout aussi des caractères fort apparents permettent de constater sans difficulté l’existence des deux mérites que nous proposons de récompenser. Ainsi, une enquête de ce genre, faite, il y a quelques années, par ordre de Votre Majesté, auprès des Préfets de l’Empire, a révélé en quelques jours beaucoup d’exemples qui, à l’occasion du concours institué par le titre IV, pourraient être utilement remis en lumière.
- Les mérites des concurrents seraient appréciés par un Jury composé de personnages éminents appartenant aux pays qui figureront à l’Exposition. Ce Jury, dans la pensée de la Commission impériale, écarterait de ses appréciations tout système préconçu et baserait uniquement ses décisions sur des faits avérés.
- « La valeur des récompenses doit être en rapport avec la haute portée sociale du concours.
- « La Commission proposeront à Votre Majesté d’affecter à cette destination dix prix, d’une valeur totale de cent mille francs, auxquels viendraient s’ajouter vingt mentions honorables.
- « Un grand prix indivisible de cent mille francs pourrait, en outre, être décerné à. la personne ou à la localité qui se distinguerait par
- -""V -.v-v - * ••‘•-y r
- une.supérioritd fiers ligne. .......
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- « Ce concours offre, aux Expositions universelles une nouvelle voie : il ne contribuera pas seulement à créer.Rentre les diverses nations.une émulation .salutaire ; il aidera, à mieux, poser d’importants problèmes,dont la solution est restée jusqu’à présent insuffisante ou incertaine. »... . ,
- Le Ministre d'Etat, vice-président-de lai - • ^ : Commission impériale j; '•;,v-
- Rouiier.
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- RÈGLEMENT DES RÉCOMPENSES
- (EXTRAIT.)
- TITRE IY.
- DISPOSITIONS SPÉCIALES CONCERNANT UN NOUVEL ORDRE DE RÉCOMPENSES.
- Art. 30. — Un ordre distinct de récompenses est créé en faveur des personnes, des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, ont développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et ont assuré aux ouvirers le bien-être matériel, moral et intellectuel.
- Ces récompenses comprennent : dix prix d’une valeur totale de cent mille francs (100,000 francs), et vingt mentions honorables.
- Un grand prix indivisible de cent mille francs (100,000 francs) pourra être en outre décerné à la personne, à l’établissement ou à la localité qui se distinguerait, sous ce rapport, par une supériorité hors ligne.
- Art. 31. — Un Jury spécial apprécie les mérites qui sont signalés pour cet ordre de récompenses et détermine la quotité des prix et la forme sous laquelle ils sont décernés.
- La présidence de ce Jury appartient à l’un des vice-présidents de la Commission impériale.
- Le nombre total des membres est fixé à vingt-cinq, y compris le président.
- La répartition entre les diverses nations est fixée dans le tableau B (colonne e). .
- Les fonctions de secrétaire sont remplies par le secrétaire de la Commission Impériale.
- t. i.
- 34
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- 530
- JURY SPÉCIAL.
- jRépartition des membres du Jury international entre les différents Etats, basée sur les espaces que ces Etats occupent dans l’Exposition.
- DÉSIGNATION DES ÉTATS ( Rangés suivant l’ordre des emplacements occupés dans le palais du Champ-de-Mars.) JURY SPÉCIAL du nouyel ordre des récompenses instituées au titre IY (1). e
- Empire Français 9
- Royaume des Pays-Bas T.... *
- Royaume de Belgique i
- Royaume de Prusse : i
- États secondaires de l’Allemagne I
- Empire d'Autriche •i
- Confédération Suisse • I
- Royaume d’Espagne I
- Royaume de Portugal *
- Royaume de Grèce *
- Royaume de Danemark *
- Royaumes-Unis de Suède et de Norvège 1
- Empire de Russie I
- Royaume d’Italie I
- États-Pontificaux *
- Principautés Roumaines *
- Empire Ottoman
- Vice-Royauté d’Égypte *
- États divers de l’Asie \
- Royaume de Perse *
- États divers de l’Afrique et de l’Océanie *
- États-Unis d’Amérique \
- États divers de l’Amérique \
- Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande 3
- Total 25
- (i) Les astérisques indiquent les groupements de pays que l’on a dû faire
- pour ne pas dépasser le nombre 2b dans la désignation des Jurés pour la
- nouvel ordre de récompenses. L’attribution du Juré au pays le plus lar-
- gement représenté n’est faite ici que pour ordre.
- Art. 32. — A défaut de nomination notifiée avant le 1er décem-
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- APPENDICE.
- 531
- bre 1866, conformément à l’article 3, la Commission Impériale choisit les Jurés étrangers parmi les personnes accréditées auprès d’elle par les divers gouvernements.
- Art. 33. — Le nombre des membres présents, nécessaire pour rendre valables les décisions du Jury, est fixé à dix-huit. Les prix et les mentions honorables sont attribués à la majorité des voix. Le grand prix ne peut être décerné qu’à la majorité des deux tiers.
- Art. 34. — Les demandes et documents destinés à signaler, pour le nouvel ordre de récompenses, une personne, un établissement ou une localité, doivent être adressées, avant le 1er décembre 1866, au Conseiller d’État, commissaire général.
- Art. 35. — Le Jury tient une première session le 1er décembre 1866, afin d’arrêter les règles à suivre pour l’instruction des demandes et commencer leur examen.
- Art. 36. — Dans une seconde et dernière session, du 15 avril au 14 mai 1867, le Jury arrête définitivement la répartition et la destination des prix. Ces prix sont distribués en même temps que les autres récompenses, le 1er juillet 1867.
- Le Ministre d’État,
- Vice-président de la Commission impériale„ F. Rouher.
- Le Secrétaire de la Commission impériale,
- B. de Chancourtois.
- Pour ampliation :
- Le, Conseiller d’Etat, commissaire général,
- F. Le Play.
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- SPÉCIMEN DU CADRE DESTRUCTION.
- Exposition universelle de ISOïfII Parisr" T
- } JURY SPÉCIAL DU NOUVEL ORDRE DE RÉCOMPENSES.
- \ Demande N° . M. _______. Localité :_ Pays :
- MÉRITES SIGNALÉS POUR LA DEMANDE N° COEFFICIENT indiquant LA T A L E U R relative . des mérites. («) NOTE (de 0 à 20)*1 indiquant LE DEGRÉ ATTEINT dans chaque mérite. m EVALUATION 1 <le CHAQUE MÉRITE. (aX!>) -
- I. -r Institutions remédiant a l’imprévoyance et au dénu-ment. 1 - — - •
- II.—Institutions remédiant AU VICE. 2 -
- IIL — Institutions améliorant l’état intellectuel et moral. 2 ’
- IV. —• Organisation de travaux et de salaires tendant a élever LA CONDITION DE L’OUVRIER. 3
- V. — Subventions tendant a RENDRE STABLE LA CONDITION DE L’OUVRIER. 3
- VI. — Habitudes d’épargne. 3 t 9 • T~
- VIL -— Harmonie entre les personnes coopérant aux memes TRAVAUX. 4 r
- VIII. Permanence des bons rapports entre les personnes COOPÉRANT AUX MEMES TRAVAUX. 4 • .
- IX. — Alliance des travaux agricoles ET MANUFACTURIERS. 4 . 1 .. , ......
- X. — Propriété de l’habitation OU PERMANENCE DES LOCATIONS. 5
- XI. — Respect accordé au caractère DE LA JEUNE FILLE. , 5 • :
- XII. —Respect accordé au caractère DE LA MÈRE DE FAMILLE. 5 . .• * ' * • ‘
- XIII. — Mérites particuliers. ' ' - - - -
- Évaluation totale des mérites ..
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- APPENDICE.
- 533
- ÉNUMÉRATION DES MÉRITES A RÉCOMPENSER.
- 1. Institutions remédiant a l’imprévoyance et au dénument.
- Caisses de secours, pour les cas de maladie et de blessure, subventionnées par les ouvriers ou par les patrons.— Hôpitaux. — Secours aux femmes en couche. — Soins aux nouveau-nés. — Participation aux assurances sur la vie.— Pensions de retraite. — Pensions aux veuves et aux orphelins. — Sociétés funéraires. — Bains et lavoirs. — Sociétés coopératives de consommation et de crédit. — Installation hygiénique des ateliers, etc,..
- II. — Institutions remédiant au vice.
- Répression de l’ivrognerie. — Sociétés spéciales. — Éloignement et surveillance des cabarets. — Mesures tendant à conjurer le concubinage. — Association créée parmi les ouvriers pour réprimer les habitudes vicieuses. — Suppression des chômages du lundi. — Bons exemples des patrons. — Action personnelle.— Bonne discipline des ateliers (choix des contre-maîtres, sévérité pour l’inconduite,, suppression des occasions de désordre). — Transformation morale de certaines individualités particulièrement corrompues. — Primes pour la bonne tenue des habitations.
- III. — Institutions améliorant l’état intellectuel et môral.
- Soins donnés à l’instruction religieuse et au culte. — Construction de chapelles. — Aumônier attaché à l’établissement. — Création de salles d’asile. — Subventions aux écoles locales. — Cours d’adultes.— Enseignement professionnel. — Ouvroirs pour les filles. — Ateliers d’apprentissage. — Patronage des apprentis. — Bibliothèques. — Salles de lecture. — Cercles. — Divertissements honnêtes fournis aux ouvriers. — Sociétés de musique et de gymnastique.
- IV. — Organisation de travaux et de salaires tendant a élever la condition de l’ouvriér.
- Travail à la tâche. —Primes, gratifications. — Bonne organisation du travail. — Systèmes d’entreprise des travaux, élevant, en quelque sorte, l’ouvrier à la condition de maître. — Accroissement du salaire avec la durée des services. — Ouvriers admis à participer aux produits ou aux bénéfices. — Conditions de propreté et de décence introduites dans la construction et dans la tenue des ateliers, réagissant sur la condition morale des ouvriers.
- V. — Subventions tendant a rendre stable la condition de l’ouvrier.
- Avances d’argent faites aux ouvriers pour leur faciliter l’achat ou la construction d’une habitation, l’acquisition de terres et de bestiaux ou leur permettre de s’exonérer du service militaire. — Logements avec dépendances rurales loués à des conditions avantageuses ou fournis gratuitement ainsi que le chauffage. — Fourneaux économiques. — Denrées alimentaires, telles que blé, pommes de terre, etc., et objets d’habillement vendus à prix réduits. — Assurances contre l’incendie du mobilier des ouvriers aux frais du patron. — Dots aux jeunes ouvrières qui se marient. — Sacrifices faits en vue d’éviter le chômage. — Vêtements spéciaux pour le travail fournis à l’ouvrier.
- VI. — Habitudes d’épargne.
- Caisse d’épargne établie dans l’usine ou dans la localité. — Chiffre élevé des dépôts. — Systèmes divers d’encouragement. — Habitudes d’épargne attestées par des acquisitions foncières ou par des achats de valeurs mobilières.
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- JURY SPÉCIAL.
- ÉNUMÉRATION DES MÉRITES A RÉCOMPENSER.
- VII. — Harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux. Absence de grèves et de débats. — Entente complète. — Travail non interrompu même au milieu des troubles politiques. — Comités institués pour prévenir et trancher toutes les difficultés.
- VIII. — Permanence des bons rapports entre les personnes coopérant
- AUX MÊMES TRAVAUX.
- Attachement traditionnel des ouvriers à l’établissement où ils sont employés. — Générations se succédant de père en fils dans le même établissement.—Rapports personnels des ouvriers et du patron.— Faits particuliers de reconnaissance et d’union.
- IX. — Alliance des travaux agricoles et manufacturiers.
- Ouvriers employés dans les manufactures, cultivant les jardins qui leur sont loués ou vendus avec l’habitation, possédant des terres et les exploitant. — Vaste domaine agricole uni à l’établissement industriel et exploité par le patron ou les ouvriers. — Ouvriers agriculteurs exploitant diverses industries manufacturières.
- X. — Propriété de l’habitation ou permanence des locations. Construction d’habitations pour les ouvriers. — Système de libération par annuités. — Ouvriers propriétaires de maisons et de terres. — Familles d’ouvriers se perpétuant au même foyer.
- XI. — Respect accordé au caractère de la jeune fille.
- Établissements n’employant pas de jeunes filles, même au détriment de l’industrie. — Ateliers spéciaux pour celles qui travaillent à l’usine. — Surveillance sévère et bien exercée.— Orphelinat pour recevoir les jeunes filles qui sont sans famille. — Réfectoires particuliers. — Direction exercée par une personne respectable. — Bonnes mœurs conservées. — Absence de naissances illégitimes.
- XII. — Respect accordé au caractère de la mère de famille.
- Activité de la mère de famille concentrée au foyer domestique. — Travail à domicile donné par le patron. — Conditions particulières faites aux mères de famille qui travaillent dans les ateliers. — Possibilité pour elles de vaquer aux soins du ménage.
- XIII. — Mérites particuliers.
- Esprit religieux répandu et enraciné. — Influence pratique et journalière de cet esprit sur la conduite de chacun. — Conditions traditionnelles d’harmonie, de bien-être et de moralité maintenues intactes dans une localité et associées à une prospérité soutenue et progressive. — Sollicitude témoignée par le patron pour la santé de l’ouvrier dans la construction et l’installation des ateliers. — Vastes établissements industriels créés dans des centres ruraux, y apportant l’aisance, sans compromettre les bonnes mœurs. — Avantages marqués dérivant de la grande propriété rurale unie à l’industrie. — Avantages marqués dérivant de la petite propriété rurale unie à l’industrie. — Localité transformée, au point de vue du bien-être et de l’harmonie, par les efforts d’un grand propriétaire ou d’un chef d’industrie. — Grande fécondité des familles et aptitudes particulières pour la colonisation riche.
- L....................... ........— .................—:
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- TABLE DES MATIERES
- DU
- TOME PREMIER.
- INTRODUCTION AU RECUEIL DES RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL,
- Pages.
- PAR M. MICHEL CHEVALIER............... I
- Table de l'introduction.................... ...........dxvii
- Liste par ordre alphabétique des noms des Rapporteurs du Jury
- international............................................dxlv
- Index des matières traitées dans les treize volumes du Recueil des
- Rapports................................................dlvii
- Erratum................................................dlxxxv
- GROUPE I.
- PEINTURE, DESSINS, SCULPTURE, ARCHITECTURE, GRAVURE ET LITHOGRAPHIE, PAR M. ERNEST CHESNEAU............... 1
- CLASSES 1 ET 2.
- PEINTURE ET DESSINS............... 3
- CHAPITRE I.
- Les écoles étrangères ..................................... 5
- g 1. Angleterre........................................... 5
- §2. Belgique........................................... 26
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- 536
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- g 3. Hollande........................................... 36
- g 4. Allemagne.......................................... 40
- g 5. Suisse............................................. 45
- g 6. Autres pays.........................................- • 47
- CHAPITRE II.
- L’école française........................................ 32
- CLASSE 3
- SCULPTURE....................... 91
- g 1. Les Écoles étrangères.......................... 93
- g 2. L’École française.................................... 99
- CLASSE 4.
- ARCHITECTURE.'..................... 107
- CLASSE S.
- GRAVURE ET LITHOGRAPHIE............... 117
- Conclusion sur l’ensemble du groupe I...................... 123
- De l’influence des Expositions internationales sur l’avenir de l’art. .123
- HISTOIRE DU TRAVAIL
- RAPPORT DE M. E. DU SOMMERARD, COMMISSAIRE DÉLÉGUÉ.
- Commission de l’Histoire du Travail à l’Exposition universelle de 1867.................................................. 137
- CHAPITRE I. ,
- Organisation de l’exposition de l’histoire du trayait.... 139
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- TABLE DES MATIERES.
- 537
- CHAPITRE If.
- SECTION FRANÇAISE.
- Pages.
- g 1. La Gaule avant l’emploi des métaux........................ 148
- g 2et3. La Gaule indépendante. — La Gaule sous la domination
- romaine............................................. 150
- g 4. Les Francs jusqu’au sacre de Charlemagne.................. 154
- g 5. Les Carlovingiens............. ........................... 155
- g 6. Le moyen âge.........;.................................... 158
- g 7. La renaissance........................................... 163
- g 8, 9 et 10. Dix-septième et dix-huitième siècles............. 182
- CHAPITRE III.
- Collection des monuments historiques de France................. 197
- CHAPITRE IV.
- Sections étrangères........................................... -04
- g 1. Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande......... 205
- g 2. Empire d’Autriche.......................................... 209
- g 3. Royaume d’Espagne.......................................... 213
- g 4. Royaume de Wurtemberg.................................... 215
- g 5. Confédération Suisse....................................... 216
- g 6. Royaume de Danemark........................................ 218
- g 7. Royaume-Uni de Suède et de Norwége......................... 219
- g 8. Empire Russe............................................... 221
- g 9. Royaume des Pays-Bas...................................... 223
- g 10. Royaume d’Italie.......................................... 227
- g 11. États-Ponlifîeaux......................................... 232
- g 12. Principautés Roumaines................................. 233
- g 13. Royaume de Portugal....................................... 236
- g 14. Républiques de l’Amérique centrale et méridionale......... 239
- g 15. Colonies françaises..................................... 240
- g 16. Pays divers............................................... 240
- g 17. Vice-Royauté d’Égypte................................... 242
- Monuments et spécimens d’architecture élevés dans le
- PARC DU ChaMP-DE-MaRS............................... 247
- Rapport spécial de m. a. de saint-yves................. 249
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- 538
- TABLE DES MATIERES.
- JURY SPÉCIAL.
- NOUVEL ORDRE DE RÉCOMPENSES
- INSTITUÉ EN FAVEUR DES ÉTABLISSEMENTS ET DES LOCALITÉS QUI ONT DÉVELOPPÉ LA BONNE HARMONIE ENTRE LES PERSONNES COOPÉRANT AUX MÊMES TRAVAUX ET QUI ONT ASSURÉ AUX • OUVRIERS LE BIEN-ÊTRE MATÉRIEL, INTELLECTUEL ET MORAL.
- Pages.
- Rapport par m. Alfred leroux, vice-président du corps législatif,
- MEMBRE DE LA COMMISSION IMPÉRIALE.......................... 355
- Composition du Jury spécial................................... 357
- Rapport sur le nouvel ordre de récompenses................... 361
- Mode d’instruction des demandes............................... 371
- PRIX.
- Allemagne du Nord.
- M. le baron de Diergardt, fabrique de soie et de velours à Yiersen (Prusse rhénane)............................................. 381
- Allemagne du Sud.
- M. Staub, filature et tissage de coton à Kuchen (Wurtemberg)... 383 Autriche.
- M. Liebig, filature de laine à Reichenberg (Bohême).......... 386
- Belgique.
- Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne..... 389 Brésil.
- Colonie agricole de Blumenau (province de Sainte-Catherine)..„ 393
- États-Unis d’Amérique.
- M. W. Chapin, filature et fabrique de tissus à Lawrence (État de Massachusetts)................................................ 397
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-
- TABLE DES MATIÈRES. 539
- France.
- Pages.
- MM. Schneider et Cie, établissement du Greuzot................... 402
- MM. de Dietrich, forges de Niederbronn (Bas-Rhin) ............... 402
- M. Goldenberg, forges du Zornlioff, près Saverne (Bas-Rhin)...... 407
- Le Groupe industriel de Guebviller (Haut-Rhin)................... 416
- MM. Marne, imprimerie à Tours (Indre-et-Loire)................... 414
- Italie.
- M. le comte de Larderel, fabrique d’acide borique à Larderello (Toscane)...................................................... 417
- Suède.
- Société des mines et usines de Hoganas (Scanie).................. 421
- MENTIONS HONORABLES.
- Allemagne du Nord.
- M. Boltze, à Salzmunde (province de Saxe), fabrication de briques. 426 M. Frédéric Krupp, à Essen (Prusse rhénane), fonderie d’acier.... 428 Le consul Quistorp, fabrique de ciment de Portland, à Lebbin,
- près Stettin (Poméranie)........................................ 429
- MM. Stumm frères, fonderie et forge de Neukirchen, près Saarbruck (Prusse rhénane)................................................. 432
- Allemagne du Sud.
- M. Lothaire de Faber, fabrique de crayons à Stein, près Nuremberg
- (Bavière)........................................................ 435
- MM. Haueisen et fils, fabrique de faux et faueilles à Neuenburg
- (Wurtemberg)..................................................... 438
- M. Charles Mez, filature de soie à Fribourg, en Brisgau (grand-duché de Baden)................................................. 439
- Autriche.
- M. Henri Drasche, houillères et fabrications de briques (Hongrieet
- Basse-Autriche).................................................. 442
- MM. Philippe Haas et fils, fabrique de tapis et tissus pour
- meubles.......................................................... 444
- M. le chevalier de Vertheim, fabrique d’outils et de coffres-forts, à Vienne..................................................... 447
- Belgique.
- Société des mines de Bleyberg (province de Liège)............... 448
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-
- 540
- TABLE DES MATIERES.
- Espagne.
- Pages.
- M. Vincent Lassala, agriculteur à la Masia de la Mar, près Chiva (province de Valence).............................................. 450
- Etats-Unis.
- Colonie agricole de Vineland (New-Jersey)......................... 452
- France.
- Compagnie des verreries et cristalleries de Baccarat (Meurthe).... 454
- MM. Bouillon, forges de Larivière, près Limoges (Haute-Vienne)..- 456 Le baron de Bussière, fabrique de machines, à Graffenstaden (Bas-
- Rhin)..........................................................* 459
- Société des forges de Châtillon et Commentry...................... 461
- MM. Gros, Roman, Marozeau et C^, filature et fabrique de tapis
- à Wesserling (Haut-Rhin)........................................ 463
- MM. Japy frères, fabrique d’horlogerie à Beaucourt (Haut-Rhin).. 465 SIM. Legrand et Fallot, fabrique de rubans de colon, au Ban de la
- Roche (Vosges et Bas-Rhin).................................... 467
- Compagnie des glaces de Saint-Gobain, Chauny et Cirey (Aisne et
- Meurthe).........................’............................. 472
- SI. Sarda, fabrique de rubans de velours, auz Mazeaux (Haute-Loire). 474 MSI. Sleinheil, Dieterlin et C'e, filature et fabrique de tissus, à Rothan (Vosges)...............;.................................... 477
- Suède.
- SIM. James Dickson et Cie, forges et exploitations forestières du golfe de Bothnie..............:.................................... 480
- CITATIONS PftOCLAMÉES DANS LA SÉANCE SOLENNELLE DE LA DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES.
- Confédération Suisse.
- Institutions de bien public......................................... 483
- Espagne.
- Coutumes spéciales de la Catalogne et du pays basque............. 188
- Pays-Bas.
- Société du bien public............................................ 494
- Portugal.
- Associations professionnelles..................................... 497
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-
-
- TABLE DES MATIERES.
- 541
- Russie.
- Pages.
- Les Artèles; ou associations d’ouvriers pour les travaux des villes. 500 CANDIDATURES JUGÉES DIGNES D’ÊTUE MENTIONNÉES AU RAPPORT. Allemagne du Nord.
- Société des ouvriers de Berlin.................................... 503
- Société d’agriculture de Bitburg, près Trêves....................... 504
- Mines d’Esclrweiler, près Aix-la-Chapelle................. ....... 504
- Compagnie des mines de Georg-3Iarien Hütte, près Osnabrück........ 504
- MM. Gevers et Schmidt, à Lesclrwitz, près Gœrlitz................. 504
- Société de Gruneberg (Silésie), pour l’encouragement de l’industrie
- et de l’horticulture............................................. 505
- Caisse de secours et de pensions des mariniers de Hambourg et
- d’Al ton a..................................................... 505
- Société de Hanovre, pour l'encouragement de l’industrie........... 505
- M. Lehmann, à Bohringen, près Ros-wein (Saxe)..................... 505
- Caisses d’épargne et d’avances du grand-duché d’Oldenbourg........ 505
- Compagnie des mines de charbon de Piesberg, près d’Osnabruck.. 506
- Filature de Ravensberg............................................. 506
- MM. Reichenheim et fils, à Wuslegiesdorf (Silésie)................ 506
- Fabrique d’aiguilles de M. Cari Schleicher........................ 506
- Filature de lin de MM. Schœller, Mevissem et Buckler, à Duren
- (province rhénane)............................................... 506
- M. Schultze-Delilsch................................................. 507
- Filature de lin de MM. Tetzner et C” à Schweitzerthal, près Burg-
- stadt (Saxe)................................................. 507
- Fabrique de machines-outils de M. Zimmermann, à Chemnitz(Saxe). 507
- Allemagne du Sud.
- Filature de Baireutb (Bavière), dirigée par 31. Kolb.............. 508
- Asile des jeunes ouvriers de Darmstadt..’......................... 508
- Société de Furth (Bavière), pour l’encouragement de l’industrie.... 508 Fabrique de tresses de paille de 31. Haas, à Schomberg (Wurtemberg)............................................................... 509
- Halle de l’industrie, à Mayence (Hesse).............................. 509
- Communes de Kornthal et de Wilhemsdorf (Wurtemberg)............ 509
- Autriche.
- Exploitations agricoles et industrielles du chevalier Dombrowski en
- Bohême...................*.................................... 510
- Fabrique mécanique de papier de 3131. Eichmann et C»v à Arnau-sur-Elbe (Bohême).................................... ï .......... 510
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-
-
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- Comité central pour l’encouragement de l’activité industrielle des
- habitants de l’Erzgebirge et du Riesengebirge................... 510
- Comité des expositions ouvrières de Vienne........................ 510
- Fabrique de broderies de M. Charles Gianni, à Vienne.............. 511
- MM. Loew et Schmal, fabricants de draps à Brünn (Moravie)......... 511
- Mines de charbon et de fer de Roitz, près Brunn................... 511
- Mines de charbon et fonderies de M. André Tœpper en Basse-Autriche et en Styrie............................................... 511
- MM. Tbonet frères, fabricants de meubles torses................... 511
- Belgique.
- Ateliers d’apprentissage des Flandres............................. 512
- Sociétés de Bois-le-Duc et du Couillet (province du Hainaut) .... 513
- M. Visschers, conservateur des caisses de prévoyance pour les ouvriers mineurs.................................................... 513
- Danemark.
- Banque de l’industrie à Copenhague................................ 514
- Société ouvrière de Copenhague.................................... 514
- Fabrique d’armes de Kroneberg (île Seeland)....................... 514
- Espagne.
- Fabrique de mosaïques de MM. Nolla et Sagrera, à Meliana, près Valence........................................................... 514
- France.
- Société industrielle d’Amiens (Somme)............................. 515
- Compagnie des forges d’Audincourt (Doubs)......................... 515
- Société philomatique de Bordeaux (Gironde!........................ 515
- Cercle des jeunes ouvriers, à Paris.......................... ... 515
- M. Chagot et Cie, mines de houille de Blanzy...................... 516
- M. l’abbé Chicoyne, à Vilaine (Indre-et-Loire)................... 516
- M. F. de Coninck, au Havre (àeine-Inférieure)..................... 516
- M. le comte du Couédic, au Lezardeau (Finistère).................. 517
- M. Dujuncquoy et fils, fabrique de bonneterie, à Villebrun (Seine-
- et-Oise).......................................................... 517
- M. Paul Dupont et C'e, à Paris.................................... 517
- M. le baron de Fourment, filature à Cercamps (Pas-de-Calais)...... 518
- M. le comte de Gouvello, colonies agricoles à Mourray (Loir-et-
- Cher)............................................................. 518
- La Compagnie de la Grand’Combe (Gard)_________:................... 518
- MM. Hutchinson Poisnel et Cie, usine à Langlée (Loiret)........... 518
- La commune de Laimont (Meuse)..................................... 519
- Mme Yve Laporte, filature à Limoges (Haute-Vienne)................ 519
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- TABLE DES MATIÈRES.
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- Pages.
- M. Latune et Cie, papeterie de Blacons (Drôme).................... 519-
- M. Leclaire et C^, entrepreneur de peintures, à Paris.............. 519
- M. Maistre, fabrique de drap à Villeneuvette (Hérault)............. 519
- M. Ménier, fabrique de Noisiel (Seine-et-Marne).................... 520
- M. Mimerel et fils, filature de coton à Roubaix (Nord)............. 520
- M. Perret, mines de Saint-Bel et Ghessy (Rhône).................... 520
- M. Savart, fabrique de chaussures, à Paris......................... 520
- M. le marquis de Yogué, hauts fourneaux et fonderies de Mazières
- (Cher)......................................................... 520
- M. Mercier-Meyer, filature et fabrique de velours de coton à Ours-
- camp (Oise)...................................................... 521
- Messageries Impériales. Ateliers de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) .. 5-21
- Hollande.
- Association pour l'abolition des boissons fortes................. 521
- M. Martin Coster, taillerie de diamants (Amsterdam).............. 521
- Italie.
- Atelier de Georgoili (Toscane).................................... 522
- Associations ouvrières de Crémone, Pérouse et Turin.................. 522
- Caisse d’épargne de Milan....................................... 522
- Commune de Camogli................................................ 523
- Nonoége.
- Association de Christiania pour la construction des habitations
- ouvrières............................................* *......... 523
- Scierie et chantier de Hafsland, près Sarfsberg.................. 523
- Suède.
- Raffinerie de sucre, et brasserie de porter de MM. Cafnégie et C*e, à
- Gothembourg...................................*.................. 524
- Société ouvrière de Norkœping........................*........... 524
- Fabrique de drap de M. Stollsmollau, à Halmstad.................. 524
- Appendice .
- Rapport à l’Empereur, annexé au décret concernant les récompenses
- du nouvel ordre et le Jury spécial (Extrait)................... 527
- Réglement des récompenses........................................ 529
- Spécimen du cadre d’instruction.................................. 532
- FIN DE LA TABLE DU TOME Ier.
- Paris. — Imprimerie Paul Dupont, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 45.
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