Rapports du jury international
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- RAPPORTS
- DU
- JURY INTERNATIONAL
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867
- A. PARIS
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- RAPPORTS
- JURY INTERNATIONAL
- PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE
- M. MICHEL CHEVALIER
- Membre de la Commission Impériale
- TOME DOUZIÈME
- GROUPES VIII ET IX. — CLASSES 14 A 88.
- PARIS
- IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT
- 43, HUE DE GltENELLE-SAIMT-HONORÉ , 45 1868
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- GROUPE VIII
- PRODUITS VIVANTS ET SPÉCIMENS D’ÉTABLISSEMENTS
- DE L’AGRICULTURE
- T. XII.
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- CLASSE 74
- SPÉCIMENS D’EXPLOITATIONS RURALES ET D’USINES AGRICOLES'
- SOMMAIRE:
- Section I. — Considérations générales sur l’agriculture, sur ses progrès et ses besoins, par M. Eugène Tisserand, chef de la division des établissements agricoles de la Liste Civile.
- Section II. — Charrues, semoirs, distributeurs d’engrais, moteurs à vapeur, manèges, moulins, hache-paille, pressoirs, presses; machines à élever l’eau, etc., par M. J.-A. Grandvoinnet , professeur de génie rural à l’École de Grignon.
- Section III. — Principaux instruments et travaux divers de l’agriculture, par M. Aureliano, membre du Jury pour les Principautés Danubiennes.
- Section IV. — Constructions rustiques, par M. Albert Le Play, docteur en médecine, secrétaire de la Commission Consultative de l’exposition d’Agriculture.
- Section V. — Travaux de drainage, tuyaux en terre, outils, par M. Lesage, membre de la Commission Consultative de l’exposition d’Agriculture.
- Section VI. — Dessèchement du lac Fucino et mise en culture des terrains conquis, par M. Ed. Grateau, ingénieur des Mines.
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- CLASSE 74
- SPÉCIMENS D’EXPLOITATIONS RURALES ET D’ÙSINES AGRICOLES
- SECTION I
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’AGRICULTURE, SUR SES PROGRÈS ET SES BESOINS
- Par M. Eugène TISSERAND.
- CHAPITRE I.
- SITUATION ÉCONOMIQUE I HAUSSE GÉNÉRALE DES SALAIRES, DÉPOPU-LATION DES CAMPAGNES, INTÉRÊTS COMMUNS DE L’AGRICULTURE ET DE L’INDUSTRIE.
- A aucune époque, les conditions de la production agricole n’ont subi de changements aussi brusques et aussi profonds que dans les vingt dernières années. Les chemins de fer ont été construits et leur réseau, semblable à un tissu aux, mailles serrées, couvre la surface de l’Europe , conviant les peuples à la grande vie de relation. Les routes, les chemins et les canaux ont été améliorés et se sont multipliés au point de rendre les centres de consommation accessibles aux régions les plus reculées. Les progrès accomplis dans la navigation ap-
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- 0 GROUP K Via. — CLASSE 74. — SECTION I.
- pellent sur chaque marché les denrées de pays qui, il y a quelques années, nous étaient encore presque inconnus. Enfin, les traités de commerce, en supprimant les barrières élevées aux limites de chaque État, ont mis en présence les producteurs et les consommateurs de tous les points du globe.
- A la faveur de ces immenses changements, l’industrie a pris le développement qu’attestent la puissance des machines et la splendeur des produits accumulés dans les galeries de l’Exposition Universelle.
- Sollicitée non moins vivement, l’agriculture a pris un essor inespéré. Le spectacle que nous avons >sous les yeux montre la carrière qu’elle a parcourue déjà, et surtout les efforts qu’elle s’impose pour suffire à la tâche qui lui reste à accomplir. Dans cette évolution, elle se trouve en face de deux grands
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- faits qui la dominent de toute leur influence: d’une part, la hausse des salaires, suite de la rareté de la main-d’œuvre ; de l’autre, la dépréciation du prix de quelques-uns de ses produits et le renchérissement de certains autres.
- La hausse des salaires est un des effets inévitables du progrès social, car, lorsque la richesse publique augmente, la part qui revient au capital s’accroît dans une proportion moins grande que celle qui est attribuée au travail. Des capitaux abondants en quête d’un emploi rémunérateur provoquent l’activité industrielle et partant la demande de bras, dont l’offre limitée fait constamment monter la valeur.
- De plus, comme le développement de l’industrie et du commerce est surtout considérable dans les villes où aboutissent les chemins de fer, grâce aux avantages multipliés qu’on y rencontre et qui sont dus à l’arrivage facile et économique des matières premières et au prompt écoulement des marchandises, il s’y produit, non-seulement une hausse des salaires, mais encore un appel d’ouvriers des campagnes, ce qui crée momentanément pour la culture une gêne réelle, considérable, pesant d’autant plus lourdement que les méthodes agricoles ont jusqu’ici été basées sur l’emploi d’une quantité
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- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR
- l'agriculture.
- do main-d’œuvre en quelque sorte illimitée et à très-bas prix.
- Faut-il s’en plaindre? Mais ce serait accuser ce même progrès, aux bienfaits duquel tout le monde participe. De quel droit entraver ou simplement blâmer la tendance des populations qui, en se déplaçant, ne font qu’obéir au désir légitime d’améliorer leur sort ? Ce n’est pas qu’il n’y ait parfois une grande part d’illusion dans la perspective qui détermine ce mouvement vers les villes. Combien échangent inconsidérément une aurea mediocritas contre des chances de fortune que le premier souffle fait évanouir! Mais, eu somme, le niveau s’élève saris cesse, et les déceptions particulières ne.sont pas assez importantes pour faire tache au milieu du bien-être général et croissant.
- Des apparences qui accompagnaient ce double effet du progrès social a surgi une erreur dont bien des cultivateurs et des publicistes ont été imbus longtemps. On a vu dans l’agriculture et l’industrie deux ennemies irréconciliables, dont l’une ne pouvait prospérer sans que cela fût aux dépens de l’autre. Bien des circonstances s’v prêtaient. Ici l’industrie s’emparait, pour s’en servir comme force motrice, des eaux que demandaient vainement les riverains pour leurs champs altérés; là, les usines faisaient dévier de leur direction présumée des voies de communication qui eussent fécondé les campagnes en leur offrant des débouchés; partout c’était l’accaparement des bras. Hâtons-nous de dire cependant que la lumière s’est faite aussitôt que les faits ont été mieux connus. Les preuves abondent pour établir cette vérité : que le développement de l’agriculture est intimement lié à celui de l’industrie, et que sans la seconde il n’est pas de grands progrès réalisables pour la première.
- Si l’on recherche, en effet, quelles sont les contrées où l’agriculture est le plus florissante, on reconnaît que ce sont celles où l’industrie a pris le plus grand essor, non pas comme on pourrait le croire, là où la terre est de première qualité, le climat favorable , mais là où règne la plus grande
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- GROUPE VIII,
- CLASSE
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- SECTION î,
- activité, soit commerciale, soit industrielle, dans les Elandres,
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- la Belgique , l’Ecosse, la'Saxe, sur les rives du Rhin.
- On»le comprendra sans peine. Pour que 1-agrieultu-re prospère , ü faut, cela va de soi, qu’elle trouve un écoulement facile et avantageux à ses produits, qu’elle ait l’assurance d’un marché constant-. S'ous ce rapport rien n’est comparable aux districts manufacturiers. Les consommateurs sont nombreux, les salaires élevés, le capital abonde-ainsi'que les institutions de crédit, c’est-à-dire, les plus puissants stimulants du travail. Et que l’on ne s’y trompe pas, c’est parce que les bras se sont appliqués là où le besoin était le plus urgent ; parce que la force s’est trouvée dépensée d’une façon, plus judicieuse, que la richesse s’est accrue et s’est manifestée par dés besoins nouveaux. Tous ces travailleurs auxquels la fabrique ou la mine verse de bonnes journées, se permettent la viande et le vin, alors qu’aux champs ils eussent dû boire de l’eau et, partagée un pain grossier et peu abondant, parce qu’on aurait été trop nombreux à le produire.
- Ce serait Un sujet bien digne des recherches des agronomes et des économistes que de déterminer la quantité de travail strictement nécessaire pour produire une tonne de blé, une tonne de viande-, de chanvre, de lin, etc. Comme tout travail est représenté par line certaine quantité de carbone, on arriverait ainsi à fixer la dépense absolue de force -animée nécessaire pour la production agricole d’une contrée dans des conditions définies. On pourrait de la sorte formuler pour chaque pays le rapport qui doit exister entre la population rurale, ou mieux, la population consacrée à produire les denrées agricoles et la population qui les consomme. Sans chercher des chiffres absolus, il est manifeste que, malgré les plaintes qu’élèvent les cultivateurs sur la rareté des ouvriers, il existe une disproportion considérable entre le -nombre de ceux qui restent attachés aux travaux des champs et celui des agents des autres branches d’activité ; il est manifeste qu’on emploie plus de travail manuel ou, en d’autres termes, que l’on consomme plus
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- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR I,’AGRICULTURE.
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- ule charbon qu’il n’est convenable .pour notre production agricole actuelle. I! n’est.pas besoin d’entrer dans une analyse minutieuse des divers facteurs de celte production ; il suffit, pour s’en convaincre* de jeter les veux sur ce qui se passe journellement dans nos champs et dans nos fermes. Combien de travaux, que les machines peuvent faire, restent encore le partage de l’ouvrier! S’agit-il de défoncer, de labourer, d’ameublir le sol, de nettoyer les cultures, de recueillir les moissons, c’est: encore la main-d’œuvre qui domine. Dans les bâtiments ruraux, que de pertes, et de temps et de denrées, faute de dispositions convenables! Sans doute de grands progrès ont été réalisés; le matériel agricole se perfectionne chaque jour, grâce aux concours régionaux qui en font ressortir le mérite ; mais routillage qui convient à nos besoins actuels, les semoirs, les houes, les scarificateurs, les rouleaux, les faneuses mécaniques, etc., etc., soute ncore à l’état d’exception dans nos campagnes. Par suite d’une éducation incomplète, la classe ouvrière se montre hostile, de son côté, à leur propagation, comme si le progrès n’avait pas pour conséquence immédiate une demande plus grande de travailleurs pour suffire aux étendues plus grandes soumises à la charrue, aux soins multiples donnés aux cultures, aux développements des plantes industrielles, aux améliorations foncières qu’entraîne avec elle la prospérité d’un pays.-
- On s’étonne à bon droit que, en France, la moitié au moins de la population soit occupée aux travaux des champs. En Angleterre, la classe rurale n’est que de 20 pour 100 dans le chiffre de la population totale; en Belgique, elle s’élève, -il est vrai, à 40 ou 45 pour 100, parce que la terre y est excessivement morcelée, mais, en Saxe, elle descend à 28 pour 100.
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- Aux Etats-Unis le nombre des cultivateurs ne. paraît pas dépasser, si même il l’atteint, la proportion de 10 <pour 100 dans la population totale.
- Toutes les statistiques s’accordent, d’autre part, à montrer •que, aussitôt que, dans un pays, on voit s’accroître la population et le bien-être de cette population, la proportion des cultivateurs
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- GROUPE VJU.
- CLASSE 74. — SECTION I.
- décroît, tandis que celle des commerçants et des industriels augmente. Or, si nous analysons la production de chaque contrée, nous ne trouvons pas que la valeur des produits agricoles soit la plus élevée, là où le nombre des cultivateurs est le plus grand : ainsi avec un nombre d’ouvriers ruraux relativement inférieur, l’Angleterre, la Belgique et la Saxe produisent beaucoup plus que la France, et la France à son tour produit beaucoup plus que l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.
- CHAPITRE II.
- NÉCESSITÉ DES MACHINES ET l)’üN OUTILLAGE PERFECTIONNÉ.
- Pour obvier au manque croissant de bras et faire face à la hausse des salaires en même temps qu’aux exigences d’une culture de plus en plus intensive, il ne faut pas se plaindre, il faut imiter les prodigieux efforts de l’industrie. Il faut que l’agriculture, s’adressant à la mécanique, lui demande de multiplier le nombre de ses agents et qu’elle n’exige plus de l’homme, à l’exemple de l’industrie, que le règlement et la conduite des forces fournies par les animaux de travail ou par ia vapeur appliquée aux machines; que, en un mot, elle aussi rende à l’intelligence son rôle suprême : la direction.
- Déjà l’Angleterre est entrée dans cette voie, poussée, il est vrai, par la nécessité. Elle a généralisé chez elle l’emploi du semoir, de la herse, du scarificateur, de la moissonneuse, et ia voilà défonçant ses terres les plus compactes et les plus difficiles à l’aide des ingénieux et puissants appareils inventés par le regrettable John Fowler. De grandes usines, comparables à celles de l’industrie manufacturière, se sont mises à fabriquer, à l’aide de milliers d’ouvriers, un matériel perfectionné qui s’est rapidement répandu.
- Les États-Unis nous offrent un exemple non moins remarquable à imiter. Les bras disponibles sont encore plus rares.
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- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’AGRICULTURE. 1 1
- Cette pénurie se faisant sentir, surtout au moment de la moisson, le génie inventif et persévérant de ce peuple a doté l’agriculture d’un instrument admirable et rendu un immense service à l’humanité par la suppression du travail si pénible et si dangereux du moissonneur. 175,000 machines à moissonner travaillent régulièrement aux États-Unis et l’on estime qu’il s’en construit maintenant 100,000 chaque année. Elles coupent et mettent en gerbes, chaque jour, la récolte de 7 à 800,000 hectares de céréales, c’est-à-dire une surface grande comme l’Alsace entière, et telle est la facilité de leur maniement que, pendant la dernière guerre, alors que toute la population rurale était appelée à prendre part à la lutte, les femmes, les sœurs, les filles des soldats ont pu les remplacer aux champs et sauver la récolte.
- N’eût-elle que ces avantages d’un caractère supérieur, la moissonneuse mériterait les plus grands éloges, mais elle se recommande encore à l’intérêt général par le compte que trouve à l’employer l’intérêt privé du cultivateur. Sans elle, il faudrait aux États-Unis une population sextuple, soit un million et demi d’hommes pour enlever les récoltes pendantes au moment opportun; elle laisse donc 1,300,000 hommes à la disposition de l’industrie. Pour l’agriculture, c’est une épargne de 250 millions de francs de travail manuel et une économie réelle de plus de 100 millions par ail sur le prix de revient du travail de la moisson.
- Enfin une autre considération vient s’ajouter aux motifs ' d’humanité et d’économie pure invoqués ci-dessus, celle de la liberté qu’accorde au cultivateur un pareil auxiliaire. Maître désormais de ses mouvements, l’agriculteur peut ne moissonner que lorsque le temps est suffisamment beau, et comme la machine fait rapidement beaucoup de besogne, il lui est permis de tirer parti des instants favorables, qui ne manquent jamais, même dans les plus mauvaises saisons. Le ciel vient-il à se rasséréner, vite et sans plus tarder il se met à l’œuvre et rentre encore ses richesses dans de bonnes conditions. Quand, par avance, on a
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- 12 GROUPE VIII. — CLASSE 74. — SECTION I.
- engagé une troupe de moissonneurs, il faut, bon gré mal gré, procéder au travail sous la pluie et la tempête. On peut bien différer le travail de quelques heures, d’un jour, de deux jours même, mais, après, le chômage devient ruineux et l’ouvrage n’avançant qu’avec lenteur, les risques redoublent. On conçoit ce qu’il s’ensuit de temps, de grain et d’argent perdu. Aux Ftats-Unis, on estime à 90 litres par hectare le grain qui, sans la machine, resterait perdu sur le terrain ou qui serait avarié. Or, cette épargne on la réalise surtout dans les années mauvaises. En France, sur une étendue de six millions et demi d’hectares consacrés à la culture du froment, on sauverait, d’àprès cette proportion, 8 millions et demi d’hectolitres valant 110 millions de francs, c’est-à-dire ce qu’il faudrait pour combler, le plus souvent, des déficits qui jettent les populations dans l’inquiétude et compromettent la tranquillité de l’État. Elle irait au delà si l’on y joignait l’économie de semence résultant de l’emploi du semoir. Les mêmes raisons s’appliquent avec presque autant de force aux faucheuses mécaniques. D’après les évaluations les plus modérées, chacune d’elles dure assez pour faucher 4 à 500 hectares de prairie, c’est 40 à 50 millions d’hectares pour 100,000 machines, travail pour lequel il ne faudrait pas moins de 560 millions payés aux faucheurs à raison de 14 francs par hectare. Faisons le compte pour 100,000 faucheuses mécaniques :
- 40 millions d’hectares fauchés à 4h par jour, avec 1 homme et
- 2 chevaux coûteront :
- 10 millions journées d’homme à 6 francs........... 60,000,000 fr.
- 20 millions — de cheval à 3 francs........ 60,000,000
- Prix d’achat de 100,000 machines.................. 60,000,000
- Intérêts, réparations, entretiens................. 40,000,000
- Total................... 220,000,000
- ce qui laisse une économie de 340 millions de francs, c’est-à-dire plus de 50 pour 100 sur le prix du travail manuel.
- La possibilité d’accomplir la fenaison et la moisson par des moyens mécaniques est donc un fait avéré, et les expériences
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- CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR L’AGRICULTURE.
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- faites à l’Exposition ne laissent aucun doute, à cet égard;. Ce qu’il faut maintenant, c’est former le personnel, appelé à s© servir de ees machines ; car, il ne faut pas l’oublier, toute machine nouvelle demande un apprentissage. Avec un peu d’étude, l’habileté vient vite, et ce n’est pas,trop exiger que de demander un léger effort d’inlelligence en, place des rudes fatigues du corps qu’il s’agit de supprimer.
- Il nous, semble inutile de répéter les arguments qui militent en faveur de l’emploi général d’instruments aussi connus et aussi appréciés que les faneuses, les râteaux et les. houes à cheval.
- La propagation d’un outillage perfectionné dans nos fermes ne restreindra pas, moins le nombre des animaux de travail qu’elle ne réduira le besoin de main-d’œuvre pour une- production déterminée. Il ne faut jamais oublier qu’il en est de l’agriculture comme de l’industrie ; si cette dernière. a intérêt à se procurer des machines remplaçant de nombreux ouvriers, elle ne recherche pas avec moins, d’ardeur des moteurs, qui dépensent le moins de charbon possible pour un effet utile donné. Le. fabricant, se garde bien de brûler deux tonnes de houille, quand il suffit d’une seule, d’avoir trois ou quatre machines à vapeur en activité, quand deux lui donnent toute la force dont il a besoin. De même, en agriculture, il faut se borner au nombre d’animaux de travail strictement nécessaire à la ferme et c’est prodigalité que de créer des forces inutiles au moyen, de paille et de fourrages facilement tranformés en produits vendables tels,que la laine, la viande, le lait, etc., etc.
- • En France, c’est là le travers commun : les- Anglais et les Saxons .dépensënt beaucoup, moins de travail; de cheval; ou de bœuf pourproduire 1,000: francs de denrées agricoles. La faute en est à nos chemins vicinaux, à notre matériel agricole et à l’organisation du travail . Que n’y, a-t-ril pas à faire pour rendre plus praticable le réseau de fondrières qui entretient seul, la vie dans nos campagnes? Puis, au lieu,des lourdes et grossières charrues que l’on ne rencontre encore que trop souvent dans certains
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- départements, il nous faudrait ces araires perfectionnées dont l’Exposition nous a offert de si excellents modèles. Au lieu de retourner lentement le sol avec la charrue pour les deuxième et troisième labours, ne saurait-on le préparer tout aussi bien et dans un temps beaucoup plus court au moyen d’instruments autrement expéditifs? Les scarificateurs, les boues, les rouleaux, les herses, les charrues vigneronnes ont atteint un degré de perfection qui laisse peu à désirer ; les concours deBillancourt les ont signalés et classés par ordre de mérite. Ce n’est donc pas l’outillage qui manque à notre agriculture; elle a ce que' n’a jamais possédé l’agriculture antique, à en juger par la remarquable collection historique du docteur Rau.
- La machine à vapeur gronde déjà dans nos fermes ; elle y fait mouvoir nos machines fixes et la voilà qui prend possession de nos champs pour y faire les travaux de labour et de défoncement qu’exige une culture intensive. Le labourage à vapeur tend effectivement, depuis quelques années, à se propager dans la Grande-Bretagne. Sans préjuger la question, nous croyons, à cette belle invention, un avenir bien moindre en France, où les terres sont généralement plus faciles à cultiver, où le climat n’entrave pas autant qu’en Angleterre les travaux des champs, où enfin le charbon coûte davantage. Elle sera certainement d’un emploi profitable pour les défoncements et toutes les opérations qui soumettent soit les bœufs, soit les chevaux, à de pénibles efforts; mais elle conviendrait peu aux labours ordinaires. En revanche, on l’appréciera sans doute à sa pleine valeur dans les contrées méridionales, où la culture profonde présente beaucoup d’avantages, quand elle est combinée» avec une irrigation abondante et de copieuses fumures.
- La Grande-Bretagne est le premier pays qui ait fait progresser l’outillage agricole et où ce progrès soit général. Dès la fin du siècle dernier un Écossais, André Meikle, inventait la machine à battre. Un autre Ecossais, Small, faisait à l’antique . charrue saxonne des perfectionnements considérables, et on voyait déjà se fonder quelques-unes de ces grandes fabriques
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- CONSIDERATIONS GENERALES SUR L AGRICULTURE.
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- d’instruments aratoires qui ont exercé une influence réelle sur le développement de l’agriculture; Ransomes trouvait, dès 1820, les procédés d’aciération du soc des charrues, qui devenait un'e source d’économie importante pour les cultivateurs. En 1826, Patrick Bell construisait une machine à moissonner, imparfaite, comme le sont toujours des essais, et destinée à disparaître devant celle de l’américain Mac Cormick.
- Aujourd’hui, les grandes fabriques de matériel agricole se comptent par centaines dans les Iles Britanniques, occupant une population considérable et fournissant, non - seulement l’agriculture du Royaume-Uni, mais celle du monde entier ; puisque leur exportation, sans comprendre les locomobiles et les machines à vapeur, monte à 12 ou 14 millions de francs par an. Les États-Unis ont suivi ce mouvement; depuis quelques années, 170 manufactures s’y sont fondées, rien que pour fabriquer des faucheuses et des moissonneuses.
- Il n’y a pas lieu d’en être surpris : le progrès est, le plus souvent, le résultat de la nécessité. Sous l’influence de son immense développement industriel, la Grande-Bretagne a été la première à connaître la hausse des salaires, la rareté des bras à la campagne, en même temps que croissaient les exigences d’une culture plus intensive. Au lieu de se plaindre, ses cultivateurs ont demandé aux machines d’abord le supplément de travail qu’il leur fallait, puis, une puissance décuple de celle dont ils disposaient auparavant.
- En France, nous commençons à ressentir les mêmes besoins, aussi les progrès prennent-ils une allure précipitée. Les fabriques d’instruments agricoles se sont multipliées en prenant aussi plus d’importance. Il ne faut pas s’en tenir là. Que serait devenue l’industrie, si elle avait attendu de l’accroissement de la population les forces qui lui faisaient défaut ? Elle eût végété misérablement. La mécanique lui à livré ces admirables machines qu’un enfant suffit à conduire et qui font, sans repos ni trêve, l’ouvrage que 10,15,20 et 100 ouvriers robustes auraient peine à accomplir ! Aussi a-t-elle centuplé sa puissance
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- productive et sa force d’expansion. Que l’agriculture fasse de même ; elle a plus d’ouvriers qu’il ne lui en faut pour cela, et elle arrivera à la même prospérité.
- Les concours de Billancourt ont eu pour but de l’éclairer, autant qu’il a été possible, en faisant fonctionner les machines, en classant chaque nature d’instruments suivant son mérite, sans préoccupation du passé et sans tenir compte des récompenses déjà obtenues. Les opérations ont été conduites avec une patiente persévérance dans cet ordre d’idées, en vue d’un but éminemment utile à atteindre et non pour donner un vain spectacle plus propre à satisfaire les yeux et à éblouir la foule qu’à éclairer la conscience des hommes spéciaux appelés à les juger ou à s’en servir (1).
- CHAPITRE III.
- VARIATIONS DU PRIX DES TERRES ET DES DENRÉES AGRICOLES.
- Si la hausse des salaires et la rareté de la main-d’œuvre forcent l’agriculture à réformer son outillage, l’élévation du prix de la terre, d’une part, la baisse de certaines denrées et la hausse de certains produits, de l’autre, conséquence du progrès social, la conduisent à faire des améliorations non moins importantes, quoique d’un ordre différent.
- Depuis vingt-cinq à trente ans, la valeur des terres labourables et des prairies a augmenté d’un tiers environ ; le fait a été constaté partout,. Au contraire, le prix du blé a plutôt diminué, tandis que la valeur de la viande, du tabac, du houblon, du beurre, du vin haussait considérablement. La valeur du lait en nature
- (4). Les concours de, machines et d’instruments agricoles, à Billancourt , ont été une heureuse innovation et une addition importante aux Expositions Universelles tenues jusqu’alors'; faits pendant toute la durée de l’Exposition, ils ont p.ermi? de: mpltiplier les essais et les examens, et de classer, d’après leur mérite et leur destination spéciale, chaque espèce de machines et d’instruments agricoles.
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- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’AGRICULTURE.
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- est restée à peu près stationnaire dans les villes. Le tableau ci-dessous, dû à l’un des publicistes les plus distingués de la Grande-Bretagne, M. James Caird, met ce fait dans toute son évidence.
- En 1770 En 1850
- Par hectare. Par hectare.
- Loyer des terres arables 41* 60e 82* 00*
- Moyenne du salaire des ouvriers par
- semaine 8 75 12
- Prix du pain par livre anglaise 0 15 0 12 %
- — de la viande par livre anglaise.. 0 32 % , 0 50
- — du beurre par livre anglaise.... 0 60 1 25
- 11 n’est pas difficile d’expliquer comment la consommation du pain ne suit pas exactement l’accroissement de la population, celui de la richesse publique et la hausse des salaires. L’ouvrier largement rétribué ne fait plus du pain et des légumes la base de son alimentation, il les remplace en partie par de la viande et des boissons généreuses, comme le vin et la bière ; c’est autant de diminution sur cet article. D’un autre côté, les grains sont d’un transport facile, ils sont peu susceptibles d’avaries ; les lignes de fer, les navires les peuvent aller chercher au loin et compenser, pour certains pays, les déficits d’une année défavorable. Il n’en est pas de même pour la viande qui se dété^ riore très-vite et ne saurait gagner un marché très-distant; ni des bestiaux engraissés, auxquels un transport considérable fait assez perdre en qualité et en quantité pour que les premiers essais d’expédition n’aient pas été renouvelés. Il n’est pas jusqu’au commerce des animaux maigres qui ne présente, quand on les fait venir de pays lointains comme la Hongrie et la Russie, des difficultés presque insurmontables. Leur plus facile déplacement est contrebalancé par les effets du changement de climat, de nourriture et d’eau qui causent une grande mortalité ou contrarient l’engraissement de façon à en annuler le bénéfice ; du reste ce n’est là qu’un mince désavantage, puisque l’importation d’animaux des steppes orientales nous tiendrait sans cesse sous le coup de l’invasion d’épizooties redoutables.
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- Le houblon, la vigne, le tabac et autres végétaux de cette catégorie ne peuvent être cultivés que là où il existe une population nombreuse et civilisée ; ils sont donc exclus des pays peu habités, où la terre est sans grande valeur, et nulle concurrence ne vient en avilir le prix qu’élève constamment l’augmentation du nombre et de la prospérité des consommateurs.
- Le mouvement ascensionnel du prix des laines s’est ralenti depuis quelques années; un mouvement inverse tend même à se produire; en voici la raison. La production de la laine exige de grands parcours ; elle est le propre de la culture pastorale primitive. Tant que certaines parties de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Russie en ont eu le privilège, comme le besoin devenait chaque jour plus grand, elles s’attribuaient une rémunération de plus en plus large. Mais les choses ont changé de face lorsqu’on s’est mis à exploiter les vastes prairies naturelles de l’Australie, de l’Amérique du Sud, du Cap de Bonne-Espérance. Dans ces régions lointaines, dans ces immenses et magnifiques prairies où la population est extrêmement rare, la viande n’a nulle valeur. On s’est gardé d’imiter les boucaniers de la Plata ; au lieu d’élever du gros bétail pour n’en tirer d’autre produit que la peau, on a visé à une spéculation plus profitable et à laquelle la nature des herbes se prêtait admirablement. On s’est servi du mouton et surtout du mouton à laine fine. Les mérinos français, les Rambouillet y ont été introduits par milliers et à des prix souvent énormes (1). On s’est appliqué à produire les types de laines les plus variés de façon à répondre aux exigences des manufactures européennes, depuis les toisons les plus fines jusqu’aux plus longues et aux plus soyeuses.Tel a été le succès de l’entreprise que, soixante-six ans après l’introduction des mérinos en Australie, le nombre des moutons s’est élevé à
- (1) A Rambouillet on a acheté les béliers au prix de4, 5, 6, 8,' 10 et 12,000 francs; les brebis ont atteint 5 et 600 francs pièce. C’est par centaine de mille francs qu’il se vend/chaque année, des reproducteurs du troupeau impérial à destination de ^Amérique du Sud et des colonies anglaises.
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- 30 millions de têtes, permettant de fournir annuellement à l’Europe 50 millions de kilogrammes de laine d’une valeur de 200 millions de francs (1).
- C’est que, en effet, aucune denrée ne supporte si bien les chances d’une expédition lointaine. Pressée et mise en balles, la laine a, sous un petit volume, une assez grande valeur pour se déplacer de l’un des bouts du monde à l’autre. Nos ports, nos marchés sont encombrés des envois de l’Australie et du Cap ; aussi, devant cette concurrence, la toison de nos troupeaux n’est-elle plus qu’un produit accessoire.
- CHAPITRE IV.
- THÉORIE NOUVELLE DE L’AGRICULTURE. — LOI DE Là RESTITUTION INTÉGRALE.
- Il suit évidemment de là que, pour répondre aux conditions nouvelles, l’agriculteur français doit viser : 1° à faire le plus de viande et de lait possible ; 2° à développer les cultures industrielles et à supprimer les jachères au profit des plantes fourragères ; 3° à restreindre au besoin ses cultures de céréales plutôt qu’à les augmenter, et 4° en raison de la hausse des salaires et du prix élevé des terres, à produire beaucoup plus de blé sur une surface égale ou même moindre, de façon à pouvoir obtenir son grain à meilleur marché.
- Ces besoins ont heureusement conduit l’agriculture dans une
- (i) C’est au capitaine John Mac Arthur, l’un des premiers émigrants, que l’Australie est redevable de cette source précieuse de richesse. En 1797, il fit venir du cap de Bonne-Espérance 3 béliers et 3 jeunes brebis mérinos; en 1803, il fit une nouvelle importation de mérinos d’Angleterre. Telle fut l’origine de ces troupeaux à laine fine qui, par millions aujourd’hui, blanchissent les pâturages verdoyants de l’Australie. Un fait intéressant à ce sujet : l'une des provinces de cette colonie, la Nouvelle-Galles, possédait 29 moutons en 1788; elle exportait 245 livres de laines en 1809; au i«r janvier 1806, le nombre de bêtes ovines y était de 11,100,245, et l’exportation était en 1866 de 13,617,800 kilog. de laines, d’une valeur moyenne de 414 francs le quinta-métrique; ce qui fait pour ce seul produit plus de 56 millions de francs.
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- voie aboutissant à une ère de prospérité en quelque sorte illimitée.
- Sans doute, c’était déjà un point important que de pouvoir remuer et diviser les couches du sol, que jamais autrefois n’avaient touchées les instruments informes figurés sur les monuments antiques les. plus parfaits. Mais ce progrès n’était-il point un leurre? De ce que la terre, plus vivement sollicitée, livrait de plus riches récoltes, n’allait-on pas la réduire plus vite à l’épuisement ? Un moment on crut voir se dissiper le doute qui planait vaguement dans les intelligences les plus avancées. Certaines plantes, le trèfle, le sainfoin, la luzerne, etc. paraissent tirer de l’atmosphère beaucoup plus que du sol ; elles devaient donc enrichir celui-ci, en lui laissant une partie de leur substance. Certes, leur introduction dans la culture fut un grand bienfait ; grâce à elle la zone des prairies, restreinte aux vallées, aux bas-fonds et aux plateaux humides, put s’étendre sur le flanc des collines et dans les plaines sèches ; la jachère leur céda peu à peu la place. A un énorme accroissement dans les ressources fourragères répondit un accroissement pareil dans la production, animale. Seulement on s’exagérait leur puissance et on se trompait sur leur mode de nutrition ; on s’en aperçut, lorsqu’on vit le trèfle refuser de venir dans les endroits où il avait si vigoureusement végété auparavant. Le redoutable problème se posa donc de nouveau, et, cette fois, avec un aspect mieux défini et par suite plus menaçant encore ; ce n’était plus le sol seulement qui était menacé d’épuisement, c’était encore le sous-sol, grâce à la culture de la betterave et des prairies artificielles.
- C’est alors queragriculture, s’élevant dans les régions éclairées par la science, a vu s’ouvrir pour elle un horizon tout nouveau. La chimie multipliant ses recherches, lui découvrait les véritables éléments qui entrent dans la composition des plantes usuelles, et les sources de ces éléments, elle lui faisait voir que, pour .assurer à tout jamais à une terre sa puissance productrice, il fallait lui rendre, sous une forme assimilable, la
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- totalité des principes exportés de la ferme, qu’ils eussent servi à faire des grains et des fourrages ou bien de la laine, de la viande et du lait.
- La restitution intégrale est le pivot sur lequel roulent toutes les opérations de la culture ; ce principe fondamental établit une différence radicale entre la civilisation antique et la civilisation moderne. En effet, les Grecs et les Romains, à l’épbque là plus brillante de leur histoire, ne voyaient dans l’agriculture qu’une profession manuelle et ne cherchaient le progrès qu’au moyen d’une succession ingénieuse de plantes , d’assolements, de soins minutieux pour le fumier d’étable, qu’ils divinisaient sous le nom de Sterculus, tandis qu’ils laissaient perdre gratuitement toutes les autres matières fertilisantes. Les agriculteurs modernes, tout au contraire, se soucient moins de l’alternât et ne se préoccupent que des moyens d’enrichir leurs terres en y apportant autant d’engrais divers qu’ils peuvent s’en procurer. L’antiquité, par ses pratiques vicieuses, par les leçons des Caton et des Columelle, a créé les déserts de la Grèce, de l’Asie; elle a causé la dépopulation des contrées les plus riches et les plus prospères (1). De nos jours, guidée par les conseils des Dumas, des Boussingault, des Payen, des Liebig, des Stœckhardt, des Isidore Pierre, des Malaguti, des Ville, etc., etc., l’agriculture enrichit continuellement le sol de la patrie, en lui permettant ainsi de suffire aux besoins d’une population double et triple. N’est-il pas remarquable que la Chine nous ait précédés encore sur ce point? Là, rien n’est perdu de ce qui peut rendre au sol sa fertilité ou l’accroître ; il en résulte que le sol, bien loin de s’appauvrir, n’a cessé de gagner en fécondité, et que, à surface égale, il nourrit cinq et six fois plus d’habitants que les contrées les plus favorisées de l’Europe. Par l’emploi des mêmes moyens, l’empire insulaire du Japon, avec un territoire montagneux, dont la moitié à peine est susceptible de culture, compte une population supérieure en nombre à celle des îles
- (l) L’Égypte n’a échappé à cette désolation que grâce au renouvellement de son sol par le limon du Nil. La nature donne là l’exemple de la restitution.
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- Britanniques, produit non-seulement de quoi la soutenir amplement, mais encore de quoi provoquer une exportation considérable de denrées alimentaires, et cela, sans prairies, sans cultures fourragères, sans importation de guano, de salpêtre, d’os, etc.
- Nous n’en sommes pas encore là, parce que nous débutons dans la carrière où l’extrême Orient nous a précédés depuis des siècles. C’est à peine si nos terres cultivées reçoivent la moitié de la fumure qu’il leur faudrait, et il nous reste encore 8 millions d’hectares incultes. Combien de ressources négligées ou dédaignées ; combien de cours d’eau arrivent encore à la mer sans avoir rendu service à l’agriculture ou à l’industrie ; combien sont infectés par les engrais, que les villes y déversent follement ! A-d-on bien réfléchi que c’est la partie active, vivante, pour ainsi dire, de notre sol que nous rejetons ainsi avec dégoût dans nos rivières et à la mer ?
- Il est temps de se débarrasser de ces répugnances mal justifiées ; il est temps que les villes les plus grandes, montrant l’exemple, s’appliquent à rendre aux campagnes, sous une forme immédiatement utilisable, toutes les jrichesses qu’elles en tirent.
- Si tout n’est pas fait, tout non plus n’est pas à faire. La recherche des principes de fertilisation a été conduite avec une ardeur sans seconde. Vers le commencement du siècle, Humboldt signalait les îles Chinchas comme couvertes, de temps immémorial, par d’épaisses couches de fiente d’oiseaux de mer pouvant servir de succédané au fumier de ferme. Il y a vingt ou vingt-cinq ans, on mettait l’indication à profit, et l’Angleterre importait 2,880 tonnes de guano péruvien. A cette heure, l’importation européenne monte à plus de 350,000 tonnes, valant au delà de 100 millions de francs ; et les nàviga-
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- teurs fouillent les parages les plus reculés des océans, en quête de nouveaux gisements qui satisfassent à la consommation quand elle aura épuisé les anciens. Dans la répartition qui s’en fait, la Grande-Bretagne occupe le premier rang, elle en prend de
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- 180,000 à 200,000 tonnes par an; ensuite, vient la Saxe; la France ne s’approprie que 50,000 tonnes.
- Dans le guano, c’est l’azote et l’acide phosphorique surtout que l’on recherche; malheureusement c’est une ressource dont on prévoit la fin. Il convient d’y suppléer, en vue principalement du phosphate de chaux, base de toute structure animale. On l’a demandé aux rives du Danube, à la Russie méridionale, à l’Amérique du sud. L’Angleterre achète 50 nu 60,000 tonnes d’os, la Saxe en achète proportionnellement davantage : toutes deux les appliquent sous la forme de superphosphate en sus du fumier de ferme. Une pratique si judicieuse, qui a permis à deux pays éminemment agricoles, de restaurer leurs terres fatiguées dans leur vigueur première, et de conquérir à la culture de vastes étendues de sol ingrat, n’a pas trouvé autant d’application en France. Cependant, les autorités les plus compétentes, MM. Dumas et Malaguti, n’estiment pas à moins de 2 millions de tonnes la quantité de phosphate de chaux nécessaire aux terres cultivées de France qui en sont dépourvues, privation qui se manifeste par des récoltes de céréales tout en herbe et donnant de moins en moins de grains.
- Au reste, quand ce fait était proclamé, l’agriculture française pouvait se récrier; le guano, les ossements ne se trouvent pas en quantité illimitée ; force était de surenchérir pour en avoir, et encore ! Au train dont vont les choses, les gisements de gua.no auront disparu dans quinze ou vingt ans ; la demande pour les phosphates n’en sera que redoublée. La découverte du phosphate de chaux fossile est venue providentiellement mettre à sa disposition une ressource en quelque sorte inépuisable. Des expériences concluantes, et adoptées par la pratique, avaient été faites dès 1850, en Angleterre. En 1856, M. de Molon signala, en France, de vastes gisements de coprolithes dans les couches du grès vert, à leur point de contact avec l’argile du Gault, c’est-à-dire à la base de la formation crétacée. L’exploitation industrielle commença immédiatement, soutenue par des encouragements directs de l’Empereur. La consom-
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- mation ne se fit pas attendre non plus, et la Bretagne, la Sologne, comme le Berri, remplacèrent le noir animal par cette substance qui leur était livrée à 4 ou 5 francs les 100 kilogrammes, et qui, appliquée à la dose de 6 ou 700 kilogrammes par hectare, donne de belles récoltes de seigle et d’avoine sur les landes les plus arides. On exploite avec une activité toujours croissante les gisements des départements de la Meuse et des Ardennes. La surface des bancs connus jusqu’ici occupe environ 4,000 kilomètres carrés, et soixante-dix usines importantes broient ses nodules sans relâche ; les gisements actuels offrent à l’agriculture une ressource immense déjà, plus d’un milliard de mètres cubes de nodules, et cependant tous les dépôts ne sont pas connus. Au dehors, l’Espagne et la Nor-wége tiennent en réserve des couches non moins puissantes de phosphate de chaux cristallisé (1).
- En Angleterre, en Allemagne, c’est par les acides puissants que l’on attaque les nodules de cette substance pour les convertir en ce que l’on appelle superphosphates. En France, on est porté à considérer l’emploi des acides comme une dépense inutile, dans la persuasion que ceux qui se trouvent dans le sol ou dans le fumier, suffisent à cet effet, pourvu que le phosphate soit très-finement pulvérisé. Une expérience de dix ans avec l’emploi annuel de plus de 100,000 kilogrammes de poudre, dans les défrichements et les terres acides des domaines impériaux de la Sologne et de Gascogne, a donné raison à cette manière de voir. Mais les résultats n’ont pas été à beaucoup près aussi concluants, lorsqu’il s’est agi de terres marnées, chaulées et fumées abondamment. Dans les sols de vieille culture, les résultats n’ont pas non plus été les mêmes : pour que les phosphates naturels agissent promptement dans des cas semblables, il faut que ce minéral soit très-finement divisé, qu’il soit une poudre impalpable ; dès que la poudre est un tant soit peu grosse, l’action devient presqüe nulle, ou du moins elle
- (J) Voir les Rapports de la classe 48.
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- n’est plus qu’excessivement lente ; l’emploi des acides a évidemment alors des avantages certains, en permettant de fournir aux plantes le phosphate de chaux à l’état d’extrême division, de molécules sortant d’une combinaison chimique et par conséquent autrement assimilables qu’une poudre provenant d’un broyage, et par suite composée de débris cristallins plus ou moins petits, et par suite d’une dissolution plus ou moins difficile.
- On a encore tenté de supprimer l’emploi des acides en transformant le phosphate de chaux des nodules en phosphure de fer, puis en phosphate de potasse ou de soude, mais l’opération est plus coûteuse , et le phosphate dans cet état de très-grande solubilité semble produire de moindres résultats.
- Après l’azote et le phosphate de chaux, la potasse est ce qui importe le plus aux végétaux cultivés. Pendant longtemps, on l’a demandée aux cendres de bois , même au granit en décomposition , ainsi que nous l’avons signalé, en 1853, dans un Rapport sur l’amélioration des terres tourbeuses du comté d’Aberdeen. On aurait eu largement recours au salpêtre , si le prix n’était pas aussi élevé. M. Balard avait bien montré la possibilité d’extraire des sels de potasse moins coûteux des eaux mères de marais salants, mais on reculait devant une exploitation industrielle. La découverte de bancs épais de chlorures doubles de potassium et de magnésium à la surface des couches de sel gemme dans les mines de Stassfürt, a livré enfin aux cultivateurs l’élément de fécondité qu’ils recherchaient. Ils en ont amplement usé, principalement dans les districts consacrés à la betterave. Malheureusement nos salines ne sont pas accompagnées de ce dépôt. Toutefois, il est probable que le dépôt de Stassfürt n’est pas unique ; d’ailleurs il existe encore d’autres roches dans la nature renfermant la potasse dans un autre état. Déjà le Danemark a découvert dans le Groënland un minéral excessivement abondant et riche en potasse et commence à l’exploiter. De beaux échantillons de ce minéral figuraient dans les vitrines de l’exposition de ce pays.
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- Parmi les autres substances que la culture met à contribution pour compléter l’action de ses fumiers, on peut citer : le nitrate de soude, que l’on importe des côtes du Chili ; le sulfate d’ammoniaque, provenant de l’évaporation des eaux vannes des dépotoirs et des établissements de gaz ; les fucus, les varechs rejetés par la mer, les résidus de pêcheries avec lesquels on fait en Norwége et en Danemarck de véritables guanos. Les fabriques d’engrais se multiplient de toute part, recueillant tous les éléments de fertilité pour en faire l’objet d’un commerce loyal.
- Que ces efforts se continuent, que, par de sages et ingénieuses dispositions, les municipalités secondent le zèle de l’industrie privée et notre sol s’enrichissant toujours, assurera à nos arrières-neveux une puissance et une prospérité auxquelles nous ne saurions croire, tant elles dépasseront ce que nous connaissons.
- On peut estimer à 50 francs environ par hectare la dépense en engrais commerciaux faite par les agriculteurs de la Grande-Bretagne. En Saxe, ce chiffre va au-delà; aussi l’agriculture y est-elle plus productive. Ne perdons pas de vue cette conséquence ; tâchons d’en faire notre règle de conduite.
- Les théories nouvelles ont favorisé le progrès d’une autre manière, en provoquant le développement des industries annexes. La sucrerie de betteraves a pris, dans le Nord et en Allemagne, un essor considérable. A cette belle et puissante industrie est venue se joindre la distillerie. C’est un des grands progrès de notre époque, car c’est par milliers qu’il faut compter les fermes qui ont introduit chez elles des distilleries de betteraves, au grand profit de la production et de l’amélioration des terres. Les fabrications de sucre et d’alcool n’en-, lèvent, en effet, de la ferme que des éléments puisés aux sources intarissables de l’atmosphère. Elles laissent à la.disposition du cultivateur dés résidus qui lui permettent d’avoir, à côté de la sucrerie et de la distillerie, une véritable fabrique de viande, d’augmenter dans une énorme proportion et ses
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- fumiers et le rendement de ses récoltes, tout en enrichissant le sol, de telle sorte que la couche arable devienne le double par l’accroissement de son épaisseur de ce quelle était au temps de nos pères.
- D’après ces mêmes idées, la vigne aussi s’est vue mieux cultivée, mieux fumée ; le vin a été mieux fait et est devenu plus abondant; enfin, le vignoble a puisé aussi largement aux sources vivifiantes de la science et a participé aux progrès que faisait le reste de la culture. Des praticiens et des savants de premier ordre, cherchent à codifier et à perfectionner les procédés de la viticulture; déjà on est parvenu à faire dans le Midi des vins naturels de Madère, de Porto et de Xérès et le génie de la science vient de fournir aux vignerons le moyen de vieillir rapidement leurs vins.
- En résumé, un accroissement considérable dans le bien-être de la classe rurale, l’invention et la diffusion d’un outillage perfectionné, la mise en usage du semoir, de la faucheuse, de la faneuse, de la moissonneuse, de la locomobile, l’application de la vapeur au labourage, l’emploi de nouveaux procédés pour la fabrication du sucre et de l’alcool, l’adoption générale du principe de la restitution intégrale, la découverte de ressources naturelles facilitant la pratique de ce principe, l’extension donnée à l’instruction agricole : tels sont les grands progrès accomplis pendant les 15 ou 20 dernières années, progrès qui se sont traduits partout par des avantages matériels énormes.
- L’agriculture a subi une transformation radicale, ou plutôt, elle a pris une marche décidée vers le but nouveau que la science lui a dévoilé comme le seul véritable. Quand cette transformation sera achevée, que le but sera atteint, la France pourra doubler aisément sa population.
- Que faut-il pour cela? Une diffusion plus grande de renseignement supérieur, des institutions de crédit plus larges et plus . libérales, enfin, et peut-être par dessus tout, une première édu->
- cation économiqne qui habitue à l’usage régulier et sensé de ces grands instruments de production : le capital ét le crédit.
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- SECTION I.
- CHAPITRE Y.
- LES GRANDS PRIX DE L’AGRICULTURE A L'EXPOSITION
- UNIVERSELLE.
- Accomplissons maintenant notre lâche en examinant les mérites qui se sont produits aux divers points de vue que nous venons d’envisager, et signalons à la reconnaissance publique les hommes qui se sont distingués dans la carrière agricole ; qui se sont montrés zélés initiateurs des progrès , et ont par là mérité les plus hautes récompenses.
- ? 1. — Création et amélioration des domaines ruraux de la couronne
- (France).
- A ne juger que l’importance des améliorations et des créations, la grandeur des services rendus à l’agriculture , le Jury de la classe 74 n’a pas hésité à mettre en tête de sa liste S. M. l’Empereur Napoléon III, et on reconnaîtra bientôt que, en cela, il n’a obéi qu’à une conviction intime, au sentiment le plus strict de simple équité.
- Embrassant dans une même pensée la conquête des terres pauvres et incultes, et le bien-être des populations laborieuses, S. M. a voulu, donnant elle-même l’exemple, planter le drapeau victorieux de l’agriculture dans des régions où il n’avait pas encore pénétré. Plus de 15,000 hectares de terres incultes mises en valeur, trente-neuf fermes fondées au milieu de contrées naguère presque désertes ; un nombre presque égal d’anciennes exploitations restaurées et améliorées ; un village agricole créé de toute pièce, quarante-deux maisons d’ouvriers bâties; un troupeau de Durham importé d’Angleterre et mis au centre d’un pays d’élevage ; un troupeau de Southdown et des spécimens des meilleures races porcines anglaises, surtout de
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- la race d’York, placés, à Vincennes, sous les yeux et à la disposition des agriculteurs ; la race mérinos de Rambouillet maintenue , progressant toujours pour ne pas déchoir, et propagée jusqu’aux extrémités du globe; la diffusion du matériel le plus parfait, en relation avec la situation économique des pays ; tels sont les traits saillants des améliorations dues à l’initiative du souverain et exécutées d’après ses ordres directs.
- Sologne. — C’est par la Sologne que S. M. a débuté dans la carrière si heureusement parcourue. Ce pays était couvert de landes et d’étangs; la fièvre en décimait les habitants ; les communications y étaient difficiles. Il y a quinze ans, l’Empereur, séduit par la pensée de relever cette contrée déshéritée de l’état d’abandon dans lequel elle était tombée depuis nos guerres de religion, y constitua un domaine de 3,336 hectares. Les étangs furent desséchés, on draina les parties humides, on boisa les terres pauvres; les bonnes terres marnées, chaulées ou fertilisées, dès 1839, par l’emploi généreux de phosphate fossile, se couvrirent de belles récoltes, et ne connurent plus, dès lors, ni la bruyère, ni l’ajonc qui s’en étaient emparés. Aujourd’hui, il ne s’y rencontre plus de landes ; de magnifiques prairies ont pris la place des marécages ; de vigoureux semis forestiers occupent ce qui ne valait pas la peine d’être cultivé. Trois grandes exploitations ont été ou créées ou organisées à nouveau, vingt-sept petites fermes ont été restaurées ; à ceux qui les tiennent, on a facilité l’imitation du bon exemple,, en mettant libéralement à leur disposition la marne et la, chaux nécessaires pour amender leur sol, et. les tuyaux de drainage d’une fabrique établie tout exprès sur le domaine, pour l’assécher. Un aménagement bien entendu des bois existants et négligés jusque là, a montré le vrai parti à tirer de cette précieuse ressource. La jolie race d’Ayr, les races les plus profitables de porcs et le bélier southdown étaient introduits, tandis qu’à la ferme de Mizabran. on appliquait à la race solognote pure les méthodes de reproduction et d’entretien qui ont
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- porté les animaux domestiques de l’Angleterre à un si liaut degré de perfection.
- La présence et l’exemple de l’Empereur ont porté leurs fruits ; des agriculteurs d’un grand mérite ont voulu, sur leurs terres, s’associer à une œuvre si féconde en bienfaits. La vigueur et l’activité ont succédé à la maladie et à l’abandon. La contrée s’est assainie; des chemins et des canaux offrent un écoulement assuré aux produits obtenus par une population plus nombreuse et plus forte. La Sologne a conquis assurément un aspect plus florissant qu’au temps où la cour des Valois en animait les forêts de ses cavalcades bruyantes.
- Ce n’était là qu’un prélude ; Sa Majesté se préparait à dompter une nature qui n’avait jamais reconnu jusqu’ici la suprématie de l’homme. En 1857, une surface de 7,400 hectares fut acquise pour constituer un vaste domaine productif au milieu du désert de 600,000 hectares de landes qui dépare les fertiles régions comprises entre la Garonne et les Pyrénées. Dès 1858, les travaux de mise en valeur commencèrent ; cinq ans après ils étaient achevés.
- Une simple énumération en fera apprécier l’importance : 89 kilomètres de clôtures, 95 kilomètres de routes et de chemins d’exploitation, 218 kilomètres de fossés d’assainissement; 3 vastes pépinières destinées à l’essai et à la production de toutes les essences forestières et de toutes les plantes horticoles à propager dans le pays ; plusieurs millions d’arbres, — chênes-lièges, chênes rouvres, érables, arbres feuillus, et arbres résineux de toute espèce,— plantés, soit en massif, soit en bordure; 7,000 hectares de landes ensemencées en pin maritime, par les procédés les plus divers, de façon à fournir les indications les plus concluantes à la pratique locale; 466 hectares de landes défrichées, chaulées, cultivées cl améliorées par l’emploi exclusif de la poudrette, des fumiers de ville, des phosphates et des sels minéraux, donnant lieu à l’établissement de 9 fermes éparses dans cette solitude qu’elles animent de leur activité bienfaisante ; enfin, création d’un village
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- agricole complet, comprenant une église avec son presbytère, une mairie avec sa maison d’école et 36 maisons d’ouvriers.
- Pendant que s’accomplissait cette merveilleuse transformation, et toujours depuis lors, le domaine impérial multipliait les expériences propres à éclairer le pays sur les plantes, les instruments, les méthodes, les procédés auxquels le sol, le climat et les circonstances assurent le plus grand, comme le plus prompt succès. Par d’intelligentes concessions, il attirait au centre de la commune naissante l’industrie, sans laquelle, nous pensons l’avoir solidement démontré, il n’est pas de prospérité complète. Un vaste établissement pour la distillation des résines, une scierie à vapeur, des fours à carboniser le bois se fondaient à Solférino.
- Il y avait assez d’éléments pour que des familles vinssent apporter leur travail et participer aux sources de richesses récemment ouvertes. Néanmoins, afin de s’assurer toutes les chances de succès, sans toutefois intervenir en rien dans l’exercice des facultés et de l’industrie privée, de nouveaux avantages furent offerts aux colons, qui, dès lors, durent donner de solides garanties morales.
- Us eurent la jouissance d’une pièce de terre de lh 80 à 2 hectares, complètement défrichés, chaulés et fumés; plus des
- semences, une vache et un porc afin d’en faciliter l’exploi-
- £
- tation dès l’entrée ; et cela moyennant un loyer représentant seulement 3 pour 100 de la valeur des bâtiments; les colons recevaient en outre la promesse de devenir propriétaires de la maison, du jardin et du champ, après dix ans d’une bonne conduite non interrompue. On s’imagine aisément la promptitude avec laquelle la population accourut ; la sollicitude qui lui faisait appel voulut aller encore plus loin. Afin d’encourager le travail intelligent, les bonnes habitudes, la propreté, le goût dans la tenue de la maison et de ses alentours, deux concours ont eu lieu jusqu’à cette année, et des primes en argent, accompagnées de médailles, ont été décernées à ceux qui ont le mieux cultivé leur terre, qui ont
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- arrangé leur jardin de la manière la mieux entendue, à ceux dont la demeure et le ménage offrent le témoignage du bonheur qu’ils trouvent autour de leur foyer.
- Comme nul vrai bien-être ne saurait durer, s’il n’est accompagné d’un développement moral correspondant, l’Empereur voulut veiller à des intérêts d’un ordre supérieur. Une église fut fondée, qui, par son élégance et l’économie de sa construction, servit de modèle à plusieurs communes environnantes. Un presbytère, une mairie et une école complétèrent le village; enfin la vie civile de la colonie fut consacrée par son érection en commune, en vertu d’une loi récente.
- Non loin du domaine de Solférino, un des vastes marais que les dunes ont formé tout le long du littoral de la Gascogne, en s’opposant à l’écoulement des eaux, le marais d’Orx, attira l’attention de l’Empereur. Couvrant une superficie de près de 1,200 hectares, il recevait les eaux de plus de 42,000 hectares et, depuis Henri IV, c’était en vain que plusieurs fois on avait tenté de le désséclier. Plus d’un industriel y avait compromis sa fortune. S. M. en fit l’achat en 1858; 27 kilomètres de canaux de ceinture, d’une largeur variant entre 6 et 18 mètres, furent ouverts pour recueillir les eaux extérieures, tandis que celles du marais étaient enlevées au moyen de trois turbines faisant mouvoir six pompes (chacune d’un débit de un mètre cube par coup de piston) qui les jetaient dans un magnifique canal navigable auquel on a frayé un passage à travers les dunes pour aboutir au port de Cap-Breton. Le dessèchement assuré, de belles routes empierrées facilitèrent l’exploitation du nouveau domaine et le relièrent aux communes voisines; enfin dix-sept fermes furent construites, pour l’exploitation des terrains desséchés, dans les situations les plus favorables. Les travaux de culture qui restent à achever se poursuivent ; avant peu d’années, ce marais, qui n’était pour les populations d’alentour qu’un foyer constant de fièvres pernicieuses, ne sera plus qu’un immense tapis de verdure où s’engraisseront de nombreux troupeaux.
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- Champagne Pouilleuse. — Une autre partie de la France, que l’on a baptisée d’un nom rappelant sa pauvreté, a été l’objet de la sollicitude de Sa Majesté. On venait de fonder un vaste établissement militaire dans les plaines où l’armée d’Attila avait été anéantie. Aussi jaloux de la fécondité du sol de la France que de son intégrité, l’Empereur voulut que ces savarts arides, où rien ne rappelait que la guerre, connussent enfin les plus doux trésors de la paix. Par ses ordres, le camp de Châlons, qui ne couvre pas moins de 120 kilomètres carrés, se vit entouré de huit grandes fermes; leurs cultures le bordent maintenant de la verdure de leurs 500 hectares de prairies artificielles et de leurs 1,500 hectares d’épis ondoyants. Là où vivaient pauvrement quelques troupeaux mérinos, on produit aujourd’hui, en quantités considérables, des grains, des fourrages, de la laine, du lait et de la viande. On y est arrivé à livrer par an à la consommation publique 210,000 kilogrammes de grains (seigle et froment) ; 20,000 kilogrammes de pommes de terre; 60,000 litres de lait; 50 à 60,000 kilogrammes de viande, plus une douzaine de poulains et de 18 à 20,000 kilogrammes de laine fine ; le tout ne formant pas une valeur moyenne inférieure à 200,000 francs ; et cette recette ne représente pas tout le prix des améliorations effectuées jusqu’à ce jour, puisque, chaque année, les terres s’engraissent, les troupeaux se perfectionnent en suivant les progrès de la production fourragère. Celle-ci est montée à plus d’un million de kilogrammes de foin, autant de paille, sans compter les fourrages verts et les racines; à 275,000 kilogrammes d’avoine et 40,000 kilogrammes d’orge. Ces denrées permettent d’entretenir 66 juments poulinières, 254 taureaux, vaches et élèves, et environ 8,000 moutons, et on compte arriver en peu de temps à doubler l’effectif des troupeaux.
- Le grand levier mis en œuvre pour tirer ce parti de terres crayeuses, dont la composition ingrate était empirée par une épaisseur de quelques centimètres à peine, a été le fumier de cavalerie. Depuis longtemps, Lavoisier avait démontré que le
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- fumier et les matières fécales en contact avec la craie produisaient du salpêtre, sel éminemment favorable à la végétation. A ce compte, la présence d’un camp était une ressource précieuse mise sous la main et dont il fallait profiter comme le doit faire tout cultivateur désireux d’opérer le plus économiquement possible. On y eut largement recours et avec d’autant plus de facilité que les cultivateurs des environs ne mettaient aucun empressement à acheter ces engrais et semblaient les dédaigner; mais tout changea au bout de deux ans ; les agriculteurs, en voyant les magnifiques résultats obtenus dans les fermes impériales, se ravisèrent ; l’exemple avait de quoi les tenter et, par suite de leur concurrence, on vit tripler la valeur des fumiers de cavalerie.
- Les fermes impériales n’en continuèrent pas moins régulièrement leur œuvre. Malgré une production annuelle de 13 à 14,000 mètres cubes d’engrais, elles achètent encore pour 35 à 40,000 francs de fumier de cavalerie par an, afin d’accroître sans cesse l’étendue de leurs cultures et l’importance de leurs produits. Tout en multipliant les expériences de nature à éclairer l’agriculture locale, elles n’ont jamais perdu de vue le hut à atteindre. Elles ont évité les tours de force, les changements à vue pour s’en tenir à ce qui est essentiellement pratique et facile à imiter pour tout le monde.
- Ferme de Vincennes. — Une création faite aux portes de Paris, quoique sur des proportions plus réduites, n’a pas fourni de moindres enseignements. Le bois de Vincennes changé en parc, il restait à tirer parti de la plaine inculte qui s’étend du fort aux redoutes de Joinville et de la Faisanderie. Sa Majesté voulut qu’elle lût animée par une ferme. En six mois à peine, de novembre 1858 à mai 1859, 120 hectares étaient défrichés, 100 hectares nivelés et engazonnés, pendant que s’élevaient des bâtiments d’exploitation couvrant une superficie de 2,000 mètres carrés et abritant un nombreux bétail. Et elle est la simplicité, l’harmonie des lignes, la commodité
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- (le service, l’économie d’établissement de ces constructions, que de nombreux cultivateurs, aussi bien étrangers que français, ne tardèrent pas à les imiter en tout ou en partie.
- Le sol, gravier ferrugineux mélangé d’argile, se durcissant comme de la pierre à la moindre sécheresse, ou sable léger présentant aussi peu de consistance que la cendre, exigeait l’apport de masses énormes d’engrais. Au lieu de les disputer à force d’argent aux agriculteurs et aux maraîchers des environs qui en savent le prix, au lieu de recourir aux engrais commerciaux encore plus chers, quand il s’agit de les appliquer à des terres pauvres, on mit en œuvre une ressource repoussée jusque là avec dégoût. L’administration de la guerre avait toujours été obligée de faire enlever, pour le jeter ensuite à la rivière, le contenu des fosses d’aisances des forts ; elle dépensait annuellement 15 ou 20,000 francs pour détruire 15 ou 20,000 francs d’engrais. Il y avait là un préjugé qu’il fallait vaincre. La ferme obtint sans peine la concession gratuite de ce service. Depuis bientôt dix ans, elle a ainsi tiré chaque année 2 à 3,000 mètres cubes de matières solides et liquides qu’elle a employées à la fertilisation de ses terres, élevant celles-ci à la première qualité, tandis qu’elle a épargné à l’État une dépense de 150 à 200,000 francs et qu’elle a livré au marché environ 500,000 francs de denrées de consommation. Là où rien ne pouvait venir, où il n’y avait que des ronces et des bruyères, elle est arrivée à obtenir des luzernières magnifiques, de plantureux champs de choux et de betteraves et de riches moissons de céréales; elle entretient 7 chevaux de travail, 100 vaches laitières, 600 moutons soutlidown, 15 à 20 porcs de race d’York pure, et elle a fourni des centaines de représentants de ces races perfectionnées à la France et aux colonies. Elle donne surtout un exemple frappant de ce que les villes pourraient répandre de richesses, au moyen des sources de fertilité dont elles ne s’occupent qu’avec répugnance.
- Autres domaines. — Sur un terrain tout différent, dans les
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- montagnes granitiques du Limousin, la même sollicitude pour les intérêts actuels du pays ont fait changer en 1861, l’ancienne jumenterie de Pompadour en un domaine consacré à une exploitation agricole ayant le bétail pour objet. Des drainages ont assaini le sol que l’extension des irrigations a fertilisé ; enfin un troupeau de race Durham pure a été importé en vue de favoriser la productioji de viande dans cette région d’herbages. Toutefois, la belle race du pays, loin d’être négligée, reçoit tous les soins destinés à l’améliorer encore, mais par elle-même. Au contraire le bélier southdown est mêlé à un troupeau de brebis indigènes et, de ce croisement, il résulte des produits qui donnent le double de la laine obtenue d’ordinaire et le double de viande à l’âge de quinze mois.
- Les créations ne faisaient pas oublier à l’Empereur les établissements utiles déjà bien connus. Il a continué, à Rambouillet, l’œuvre de Louis XVI et de Napoléon Ier. La bergerie a été reconstruite, considérablement agrandie, la ferme a été restaurée, et le troupeau a vu encore croître sa renommée. Jamais amélioration ne fut plus féconde en résultats, et persévérance mieux récompensée. Notre agriculture nationale doit à Rambouillet une impulsion des plus vives, comme beaucoup*de cultivateurs du pays lui doivent leur fortune; mais là ne s’arrête pas cette action bienfaisante. La Suède, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie, en Europe ; la colonie du cap de Bonne-Espérance, en Afrique ; toute l’Amérique du Sud, Haïti, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande viennent à l’envi chercher là des reproducteurs, en bénissant le nom de la France qui leur a préparé un si puissant élément de prospérité.
- Enfin, près de la résidence de Saint-Cloud, la ferme impériale de Fouilleuse, qui comprend 76 hectares, reste, ainsi que tous les autres établissements agricoles de la Couronne, ouverte aux inventions et aux essais de toute nature. A différentes reprises, cette ferme, de même que celle de Vincennes, a été mise à la disposition des grands concours agricoles, et derniè-
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- renient encore le Jury de la classe 74 y faisait l’épreuve des faucheuses et des moissonneuses, et y ouvrait un concours de labourage à la vapeur.
- Non-seulement, en effet, les établissements créés par l'Empereur ont eu pour but la mise en valeur de vastes, terrains incultes, mais ils ont encore reçu la mission de faire connaître et de propager les meilleurs instruments, d'expérimenter les procédés de culture signalés comme susceptibles d’accroître la prospérité générale. Les semoirs en ligne, les herses, les houes perfectionnées, les meilleurs brise-mottes, les scarificateurs, les faneuses, les râteaux à cheval fonctionnent dans ces fermes depuis plusieurs années et certaines d’entre elles ont déjà commencé à moissonner et à faucher avec la machine de Mac-Corinick et celle de Wood. Il n’est pas d’engrais, de méthode, d’invention qui soit repoussée, sans toutefois compromettre l’objet principal, qqi est de donner le bon exemple d’une exploitation économique fournissant des résultats avantageux. Mais aussi, les fermes ont résisté à ces entraînements, qui, pour flatter les yeux ou l’imagination, compromettent les résultats assurés par une conduite sage et montrent au pays ce qu’il doit bien se garder de prendre pour modèle. Dans les champs, on n’a pas visé non plus à l’extraordinaire, on n’a pas demandé du blé à une terre qui ne pouvait donner que du seigle. Grâce à cette marche modeste, mais prudente, on a atteint des résultats que de simples particuliers ne dédaigneraient pas. Le domaine des Landes vaut le double de ce qu’il a coûté, la ferme de Vincennes rapporte plus de 5 pour 400 du capital engagé en constructions, défrichements et valeur de la terre. Les fermes du Camp de Châlons ont donné l’an dernier 42,000 francs d’excédant de recettes, toutes dépenses payées; le domaine de Pompadour produit en sus de son loyer un excédant de recettes en rapport avec le capital engagé dans son exploitation.
- Pour suffire à cette double tâche de donner à la fois, des enseignements et un modèle à imiter, les fermes ne se sont
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- écartées d’aucune des règles de l’agriculture rationnelle. L’économie la plus sévère préside à l’organisation du personnel, l’ordre règne au dedans comme au dehors. Grâce à un système de comptabilité très-simple, toutes les opérations sont l’objet d’un contrôle incessant; rien n’échappe à la direction centrale. D’un autre côté, la plus grande émulation stimule les agents. Tous sont intéressés à la prospérité des établissements dont ils font partie, car tous participent aux bénéfices. Chacun d’eux dans sa petite sphère, outre la récompense due à son travail habituel, est appelé à en recevoir d’autres d’un caractère honorifique. Des concours fréquents ont lieu entre les fermes d’un même domaine, des jurys sont nommés, afin d’avoir plus de garanties d’impartialité, parmi les personnes étrangères à l’administration, et des récompenses sont décernées au nom de l’Empereur, avec des livrets de caisse d’épargne, aux chefs de culture dont la ferme est la mieux régie, à ceux qui se sont distingués par la confection de leur fumier, la propreté de leurs bâtiments, aux vachers qui ont le mieux soigné leur troupeau, aux meilleurs bergers, aux laboureurs les plus habiles, à ceux qui ont montré le plus d’adresse dans l’emploi des nouveaux instruments.
- Tels sont, esquissés rapidement, les services multiples rendus directement à l’agriculture par l’Empereur ; jamais, on peut le dire, souverain ne fit autant pour elle. C’est dans les pays les plus pauvres, sur les terres les plus ingrates, au milieu des difficultés amoncelées que Sa Majesté a voulu donner des exemples pratiques pour hâter le progrès et la mise en valeur de ces vastes surfaces improductives qui font tache dans notre pays, et relever par le travail de la terre des populations étiolées ou délaissées jusque-là. Dans une solennité, à laquelle ont été conviés tous les peuples, on a cru juste d’en rendre un éclatant témoignage en accordant, à l’unanimité, à l’Empereur Napoléon 1H un grand prix pour ses créations agricoles, et un certain nombre de récompenses aux personnes qui ont concouru à l’exécution de ces magnifiques travaux.
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- CONSIDERATIONS GENERALES SUR L AGRICULTURE.
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- \ 2. — Haras impériaux d'Autriche.
- S. M. l’empereur d’Autriclie a rendu, à la cause du progrès agricole, des services de premier ordre. Les perfectionnements notables apportés à l’enseignement agricole, corroborés par l’exemple d’améliorations pratiques, une vive et féconde impulsion donnée à l’élevage du cheval, appelaient une distinction de même ordre. On a pu admirer les spécimens exposés parles haras impériaux, et nous laissons au Rapporteur de la classe 75 le soin de signaler plus longuement l’étendue des obligations de l’agriculture envers l’empereur François Joseph.
- £ 3. — Exploitations particulières (France).
- Parmi les notabilités agricoles qui ont pris part à l’Exposition, il n’en est pas qui ait rallié des suffrages aussi unanimes que M. Deerombecque , cultivateur à Lens (Pas-de-Calais)..
- M. Deerombecque est l’un des plus anciens pionniers de l'agriculture progressive. Depuis quarante ans, il poursuit son œuvre, et, à l’heure présente, loin de se croire arrivé, il accueille avec ardeur toutes les idées neuves qu’il croit susceptibles de donner de bons résultats. Doué d’un grand sens pratique et de la persévérance indispensable aux entreprises de longue durée, comme celles de l’agriculture, M. Decrom-becque a pénétré, dès le début, le parti à tirer de la terre qu’il cultivait et qui embrassait 400 hectares de sol pauvre, léger, peu épais ; heureusement on y retrouvait, l’élément calcaire, ou bien, s’il venait à faire défaut, des couches de marne peu profondes, permettaient d’y suppléer aisément. Ce qu’il fallait donc à ce terrain pour devenir fertile, c’était du fumier en abondance. Si marner était facile, il n’en était pas de même pour fumer. M. Deerombecque rechercha tous les éléments fécondateurs placés à sa portée, entre autres les pulpes
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- de betteraves vendues alors à bas prix par les sucreries des environs de Lille. L’examen des betteraves qu’il produisait lui-même le conduisit à fonder à son tour une sucrerie à laquelle il annexa bientôt une raffinerie. Résidus de fabrication, marne, terre sèche, paille,, etc., etc., étaient recueillis par lui avec soin, et il arriva ainsi à produire annuellement 7 millions et demi de kilogrammes de fumier et de compost terreux, correspondant à une fumure de 21,000 kilogrammes par hectare et par an, c’est-à-dire le quadruple de la dose moyenne affectée en France aux terres cultivées. A cela, viennent s’ajouter régulièrement 20 à 30,000 kilogrammes de guano, de tourteau et de noir animal, de telle sorte, que le terrain, recevant deux ou trois fois ce qui lui est enlevé par les récoltes, on s’imagine la transformation éprouvée par la plaine de Lens sous un traitement aussi libéral combiné avec des travaux de labour et de défoncement habilement conduits. 100 hectares, cultivés en betteraves, rendent en moyenne 50,000 kilogrammes par hectare, les blés donnent de 35 à 45 hectolitres aussi par hectare; les avoines, 100 hectolitres. En outre, les pulpes livrées par la fabrique suffisent à l’engraissement de 4 à 500 têtes de gros bétail chaque année.
- Mais autant M. Decrombecque s’est montré large pour les dépenses en engrais qui accumulent dans le sol une provision croissante de fertilité, autant il a porté d’économie dans celles qui disparaissent avec le produit porté au marché et celles qui s’appliquent aux constructions et à la main-d’œuvre; les bâtiments sont simples, présentant, du reste, tout le confortable nécessaire aux animaux pour une parfaite santé et un prompt engraissement. En faisant des édifices une partie accessoire, M. Decrombecque a donné un utile enseignement. Que l’on juge de ce qu’il serait advenu de la plaine de Lens, si, séduit par le désir de frapper par des apparences trompeuses, il avait engagé à construire une ferme grandiose les capitaux qu’il a consacrés à l’acquisition d’une masse énorme d’engrais ? Le fastueux monument s’élèverait encore au milieu du désert, car
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- il aurait absorbé ce qui devait convertir en une vaste oasis cette plaine inculte.
- Quant au travail, il s-’accomplit par les moyens les plus économiques que la science des constructeurs puisse mettre aux mains de la pratique. Les céréales sont semées en ligne. Toute la terre est mise en. billons, ce système qui, appliqué, en Écosse, aux turneps y a produit une si grande transformation. L’alimentation des animaux,, tous les services accessoires de la ferme, se font de manière à en réduire le prix de revient au taux le plus bas possible.
- Les travaux, les succès agricoles de M. Decrombecque sont connus et appréciés du monde agricole tout entier. Us lui ont valu une grande fortune, puis les plus flatteuses distinctions : la décoration de la Légion d’honneur, il y a vingt-cinq ans, plus récemment la prime d’honneur agricole d’un département où il avait pour concurrents des hommes comme M. le marquis d’Ha-vrincourt, le regrettable M. Hary, M. Pilât, l’engraisseur bien connu ; dont chacun pourrait se mesurer avec les cultivateurs les plus renommés de l’Angleterre. Une carrière si longue et si bien remplie devait aussi trouver sa récompense à l’Exposition Universelle.
- A une autre extrémité de la France, dans une région qui a toujours joui d’une grande réputation au point de vue agricole, nous trouvons un homme dont le nom signifie honneur et dévouement, et dont la belle existence a été consacrée sans trêve à l’industrie, à l’agriculture et à la science tout ensemble. On a reconnu à ces traits M. Sehattenmann, directeur des mines de Bouxwiller, président du comice agricole de Saverne.
- M. Sehattenmann a mis vivement en lumière ce que peuvent le véritable savoir et l’esprit industriel, mis au service de l’exploitation d’un domaine rural. Il a opéré sur une centaine d’hectares de pauvre sol appartenant, pour la plus grande partie, au grès bigarré, d’un travail pénible, ingrat et sensible aux moindres intempéries. Pas de chemins ; une culture
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- récoltant avec peine un peu. de seigle, des pommes de terre, un foin acide, suffisant au plus à maintenir un bétail rare et maigre, voilà ce qu’il a trouvé à Thiergarten. Comme M. De-crombecque, c’est en s’attachant à se procurer le plus d’engrais possible que M. Schattenmann est parvenu à produire des récoltes luxuriantes, à créer de plantureuses luzernières , à avoir des colzas, du tabac et des houblons magnifiques. Tout cela, il le doit au fumier de ferme mieux soigné, aux matières de la fosse d’aisance des écoles de Bouxwiller, aux résidus de sa fabrique de prussiate de potasse. Il n’est pas une ressource de ce genre que M. Schattenmann ait volontairement laissé se perdre, et il en est arrivé à douer sa terre de Thiergarten d’une fertilité qui ne diffère pas beaucoup de celle que nous avons reconnue à la plaine de Cens. Ses bâtiments, élevés d’après un plan bien conçu, ont peine aujourd’hui à contenir le bétail qu’il peut nourrir et les récoltes qu’il tire de ses champs.
- Les résultats les plus flatteurs n’ont pas manqué non plus aux efforts persévérants de M. Schattenmann, et, en 1865, la prime d’honneur du département lui était décernée aux applaudissements unanimes de la population.
- Viticulteur aussi distingué qu’agriculteur judicieux et habile, il a, en outre delà vigne, porté sa science sur le houblon, et les deux plantes se sont étendues et ont prospéré grâce à ses inventions et à ses méthodes.
- Enfin, M. Schattenmann réunit à tant de titres celui de savant ; l’un des premiers, il a fait connaître l’action des sels ammoniacaux dans la végétation ; il a publié de nombreux mémoires sur l’agronomie, sur les fosses à fumier, sur la vigne, le houblon et sur le tabac. Quatre-vingt-cinq ans ne lui ont rien enlevé de son activité prodigieuse, et, dès qu’il s’agit du bien public, on le trouve toujours au premier rang. Il n’a pas manqué de se présenter à Billancourt, où il a vu ses services appréciés comme ils le méritent.
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- Nous trouvons ensuite d’autres représentants de cette magnifique agriculture du Nord, qui, par ses procédés, comme par ses produits, se place au-dessus de l’agriculture des pays les plus avancés. Ce sont M. Fiévet, à Masny (Nord), lauréat de la prime d’honneur de son département, et M. Hary, à Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais) ; leurs fermes montrent les merveilleux résultats de la culture industrielle de la betterave, de cette culture qui, limitée à l’exploitation du sucre et de l’alcool, d’une part, de la viande grasse, de l’autre, rend à la terre, par ses composts, ses fumiers, ses irrigations au moyen d’eaux de lavage et de défécation, ses apports de phosphate et d’autres engrais commerciaux, tous ses principes de fertilité, et qui, loin de l’épuiser, lui assure la vigueur nécessaire pour répondre à des exigences croissantes. Les travaux agricoles de M. Fiévet ont été déjà décrits dans un ouvrage publié par M. BarraL Quant à l’application des eaux, provenant du lavage et de la distillation de la betterave, à la culture arable, due àM. Hary, il en sera parlé plus loin par un de nos collègues.
- Il est impossible de parler de la distillation sans qu’aussitôt le nom de celui qui l’a rendue praticable pour les exploitations agricoles ne se présente à l’esprit. M. Champonnois a rendu, par ses procédés, un des services les plus signalés à l’agriculture.
- g 4. — Perfectionnement du matériel agricole (Grande-Bretagne).
- Parmi les personnes qui ont le plus contribué à munir l’agriculture des moyens les plus puissants d’action, on doit signaler MM. Allen, Ransomes et Cie, d’Orwell-Works , à Ipswich (Angleterre), et MM. James Howard, à Bedford.
- Ces deux maisons n’ont pas seulement fourni à l’Angleterre, à la France, à l’Allemagne les types des meilleurs instruments aratoires, des machines les plus perfectionnées, elles les ont propagées dans toutes les parties du monde.
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- La maison Ransomes est la plus ancienne comme la plus méritante; fondée en 1785 par Robert Ransomes, ce ne fut d’abord qu’une modeste forge ; aujourd’hui elle est devenue une usine couvrant de ses toits noircis un espace de5 hectares, et employant plus d’un millier d’ouvriers. Il a été déjà parlé des obligations de la culture envers l’usine d’Orwell pour son soc aciéré ; en dehors de ses beaux instruments aratoires,, ses machines à battre, ses locomobiles, ses coupe-racines, ses hache-paille, ses moulins et ses concasseurs, lui ont mérité tous les suffrages du Jury. Disons que c’est à Orwell que John Fowler a fait exécuter les diverses modifications de son appareil de culture à vapeur ; c’est là qu’a eu lieu ce long et coûteux enfantement, grâce au désintéressement de Ransomes, qui a mis, à la disposition de l’inventeur, et ses ateliers, et, plus encore, son expérience éprouvée de constructeur. La fabrication atteint, à Orwell-Works, un chiffre énorme, premier indice d’une confiance inspirée universellement.
- Ajoutons enfin qu’Orwell-Works offre un véritable modèle de ce que le génie inventif du mécanicien peut faire pour amoindrir la fatigue de l’ouvrier et mettre enjeules ressources de son intelligence. Grâce à la généreuse philanthropie du maître, les ouvriers ne forment eux-mêmes qu’une famille qui possède des écoles, une bibliothèque, un corps de musique, des salles de conférence, etc., etc. On peut avancer sans exagération, que, plus que personne, MM. Ransomes ont contribué au progrès agricole dans l’univers entier.
- MM. Howard frères viennent ensuite. Leurs services sont moins anciens ; ils ne laissent pas, toutefois, d’être considérables. C’est surtout aux instruments de labourage, charrues, herses, etc., que leurs efforts se sont appliqués avec succès ; ils ont, de leur côté, découvert et mis dans la pratique un système de labourage à vapeur. On n’a pu que regretter leur absence au concours, où MM. Jarry et Kientzy se sont empressés de venir avec une piocheuse à vapeur au perfection-
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- nement de laquelle ils ont travaillé et travaillent encore avec une ardeur et une persévérance dignes d’éloges.
- Ainsi que nous l’avons dit, l’une des machines les plus utiles et les plus profitables à l’humanité, en ce qu’elle supprime un travail pénible et dangereux, est certainement la moissonneuse. Lente à se propager à cause de son maniement difficile et de réparations fréquentes, elle s’est présentée cette fois dans des conditions qui enlèvent toute hésitation.
- § 5. — Moissonneuses. M. Mac Cormick (États-Unis).
- L’homme qui a le plus travaillé à la généralisation, au perfectionnement, à la découverte de la première machine pratique est assurément M. Mac Cormick, de Chicago (Illinois). C’est en 1831 que cet ingénieux et persévérant inventeur construisit les premières machines de ce genre, ébauches informes livrées à l’essai; en 1840, il obtint des commandes commerciales, mais ces années étaient encore assez laborieuses, pour que, en 1850, les ventes n’arrivassent qu’au chiffre total de 4,451. A partir de là, en revanche, le progrès s’accéléra ; de i 850 à
- 1860, les ventes montèrent à............... 33,700
- et de 1860 à 1867, à....................... 48,200
- Soit un nombre total de.................. 81,900 (1)
- représentant une valeur de 55 millions de francs. Dans toutes les Expositions Universelles, le premier prix a été décerné à cet admirable instrument, et cette fois, à Vincennes comme à Fouilleuse, dans les conditions les plus difficiles, son triomphe a été complet. C’est autant comme bienfaiteur de l’huma-nité que comme mécanicien habile, que M. Mac Cormick a été jugé digne de la plus haute distinction de l’Exposition.
- M. Walter A. Wood, àHoosick Falls (État de New-York), a
- (l) 81,900 machines pour l'Amérique seulement, et, de plus, 10,000 machines fabriquées et vendues en Europe.
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- suivi de près les traces de M. Mac Cormick, pour la construction et le perfectionnement de la faucheuse mécanique. La première date de 1848, mais les ventes ne commencèrent qu’en 1852, où on n’en compte que 28, tandis qu’en 1867, leur nombre a atteint 12,050 ; le total des machines vendues s’élève actuellement à 72,172. Le succès de M. Wood dans les concours a suivi de près celui de M. Mac Cormick, montrant ainsi combien leur invention répondait aux besoins actuels. Plus de 1,000 faucheuses Wood travaillent déjà en France.
- En dehors de ces magnifiques applications de la science à la mécanique agricole, nous avons remarqué avec un vif intérêt la belle collection d’instruments aratoires de M. Rau de Carls-ruhe, collection qui permet de suivre, depuis leur origine, la lente transformation des outils à bras en instruments de traction, de ia bêche en charrue, évolution marquée du sceau caractéristique des races latines, germaniques et slaves. Cette étude consciencieuse et bien raisonnée de la marche de l’industrie humaine a été . récompensée pour la lumière qu’elle jette sur le chemin des inventeurs et le guide sûr qu’elle leur offre.
- g 6. — Acclimatation de végétaux, introduction de grandes cul ures (Indes Orientales).
- C’est un service de tout autre nature qui a fixé l’attention sur M. Cléments R. Markham. Le gouvernement des Indes britanniques, ému de la crainte de voir, par suite de la dévastation des forêts de Quinquina de l’Amérique du Sud, disparaître le précieux fébrifuge, a chargé M. Markham d’en tenter la naturalisation dans la Péninsule du Gange. Cette généreuse pensée a été couronnée du succès qu’elle méritait, grâce au dévouement éclairé de celui qui avait pour mission de la réaliser. Aujourd’hui on compte, tant dans la Péninsule que dans l’île de Ceylan, plus de deux millions d’arbres dont l’écorce ne le cède en rien, et comme qualité et comme teneur en quinine, à celle de l’Amérique du Sud. La recon-
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- naissance publique associera justement, au nom île M. Mark-ham, ses habiles et dévoués coopérateurs : M. William G. Mac Ivor pour les Indes Méridionales; M. B. Anderson pour les Indes septentrionales ; M. G.-H.-K. Thwaite pour l’île de Ceylan.
- Une grande amélioration du même ordre, mais d’une importance moindre, a été effectuée dans les Indes néerlandaises : M. Hasskarl a introduit avec succès le quinquina à Java, et, grâce aux efforts de M. de Serrière, à Batavia, la culture du thé se propage rapidement dans la même colonie. Ces utiles et fructueuses productions de plantes nouvelles ont valu à chacun d’eux une distinction.
- § 7. — Travaux de dessèchement (lac Fucino, Italie).
- Plus près de nous, en Italie, une vaste opération de dessèchement qui, par l’importance des terrains conquis et par les difficultés à vaincre, rappelle la belle entreprise de la mer de Haarlein, attire l’attention publique et a mérité les palmes de l’Exposition Universelle à ceux qui l’ont conçue et exécutée (1). Le lac de Fucino couvrait de ses eaux profondes une surface de terre fertile de plus de 16,000 hectares.il servait aux grandes fêtes nautiques de Rome ; mais il répandait la fièvre au sein des populations riveraines : déjà, sous le règne des Césars, les Romains, qui s’y connaissaient, dans l’exécution des travaux les plus gigantesques, avaient tenté d’en opérer le dessèchement; les restes de leurs ouvrages existent encore; le prince delorlonia, aidé par d’habiles ingénieurs, conçut le projet de reprendre les opérations qui avaient été abandonnées. Il voit le succès couronner ses efforts, grâce à d’ingénieux travaux, et surtout au percement d’une montagne qui s’opposait à l’écoulement des eaux ; le lac de Fucino se vide ; son lit, fertilisé par les alluvions qui s’y sont déposées, va pouvoir se couvrir d’abondantes moissons et de luxuriantes
- (i) Voir plus loin un Rapport spécial sur le dessèchement du lac Fucino.
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- prairies. Gette belle et pacifique conquête a fait le plus grand honneur au prince Torlonia et à ses habiles coopérateurs, MM. Henry Bermont, ingénieur en chef, directeur des travaux de dessèchement, et Alexandre Brisse, sous-directeur de l’entreprise.
- g 8. — Améliorations générales.
- Dans la Roumanie, le prince Stirbey a donné une grande impulsion à l’éducation du ver à soie ; il a introduit la graine milanaise, fondé une pépinière de 60 hectares de mûriers, et-livré au pays plus de 400,000 plants : fondateur de la première école d’agriculture de son pays, ce grand propriétaire a introduit l’outillage perfectionné de l’agriculturç. Ses services ont paru dignes d’être mis au grand jour, surtout dans un pays où l’esprit d’initiative individuelle a besoin d’être développé.
- Le prince Morouzy, à Zworechtea (Roumanie), a introduit le mérinos Negretti dans son pays ; éleveur distingué en même tempsqu’agriculteur zélé, la production chevaline doit beaucoup à ses efforts, et le matériel agricole perfectionné a été répandu par lui, grâce à son bon exemple. — La distillation de la pomme de terre et du maïs a reçu ’ de lui une vive impulsion.
- En Espagne, nous avons à signaler M. le marquis del Duero pour le zèle qu’il a apporté à assurer, par ses exemples pratiques, le progrès agricole. Par ses soins, on connaît à l’œuvre les instruments nouveaux, on suit le succès des croisements des races indigènes avec des races perfectionnées tirées de l’étranger. C’est surtout dans la province de Maiaga que s’exerce son action bienfaisante ; il y introduit la culture des meilleures variétés de canne à sucre ; il a bâti sur un domaine plus de trente maisons de colons; sur un autre, il a fondé’une ferme-école destinée à éclairer ces populations laborieuses et intelligentes.
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- Citons encore les travaux du docteur Arenstein (Autriche), et les efforts qu’il a faits, l’exemple qu’il a donné, les utiles publications qu’il a produites pour exciter les progrès de l’agriculture de son pays.
- CHAPITRE VI.
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- SYLVICULTURE ET AMÉLIORATIONS FORESTIÈRES.
- Il existe en France plus de 8 millions d’hectares de forêts, et on peut estimer au tiers de la surface de l’Europe l’étendue qui est occupée par les bois. La production ligneuse constitue donc une branche importante de l’agriculture. Si la forêt, dans l’état sauvage et dans une société encore mal organisée, est abandonnée aux seules forces de la nature, parce que l’homme trouve amplement dans l’abondance des produits la satisfaction de ses besoins, il n’en est plus de même dans les contrées très-peuplées et arrivées à un certain état de civilisation. Le besoin de cultiver la terre pour nourrir les populations et leur fournir le vêtement oblige l’homme à embrasser dans sa culture des surfaces de plus en plus grandes, et à livrer à ses troupeaux croissants des parcours de plus en plus étendus. Il défriche d’abord les bonnes terres occupées par les bois, qui tombent sous la coignée ; peu à peu les bois se trouvent refoulés sur les terrains d’une culture difficile, sur les pentes raides, sur les sommets glacés et dans les terrains les plus pauvres. Afin d’en tirer un utile parti, l’homme est obligé d’exercer son industrie, de créer la svlviculture. Les hommes qui consacrent leur existence à l’amélioration des méthodes d’exploitation du sol forestier, qui découvrent les meilleurs procédés pour l’ensemencement des terres pauvres ou incultes, qui trouvent les moyens d’accroître le produit net et le produit brut de nos bois, qui, par leurs recherches, élèvent les procédés de la culture des bois au rang d’une industrie, qui enfin, au lieu de formules empiriques, donnent à l’art d’amé-
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- nager les forêts des principes, ces hommes méritent assurément la reconnaissance publique. A ces titres, M. Chevandier de Valdrôme, de Cirey (Meurthe), se recommandait naturellement à l’attention. Depuis longtemps, en effet, M. Chevandier de Valdrôme a traité de main de maître les questions les plus importantes de la sylviculture ; il a eu le mérite de chercher les moyens d’introduire la précision et les données scientifiques dans les questions de cette branche importante de production, et il est parvenu à fixer les premières bases de la statique chimique des forêts. .
- Ses premiers travaux ont eu pour objet de substituer aux mesures toujours incertaines des bois en. volume leur évaluation en poids à l’état de dessiccation absolue; puis il a déter-miné la quantité de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote contenue dans un stère des divers bois indigènes, et il a établi quelle était la puissance , calorifique de ces mêmes bois. Il a fait voir enfin ce qu’un hectare de forêt, dans les conditions ordinaires, produit en France, chaque année, en bois vert, en bois sec, en principes élémentaires et en puissance calorifique ; ses expériences, longues et coûteuses, lui ont ainsi permis de discuter les diverses méthodes d’exploitation en usage. Enfin, il a mis en évidence deux ordres de faits nouveaux ; il a constaté que les amendements et les engrais peuvent intervenir avec profit dans la culture des jeunes forêts, et que les irrigations ou les retenues d’eau dans les terrains en pente favorisent à un haut degré la croissance des arbres de tout âge. M. Chevandier ne s’est pas d’ailleurs borné à de simples recherches : pendant trente ans, il a mis en pratique les résultats de ses observations et de ses expériences dans des forêts considérables. Ses travaux ont fait école non-seulement chez les propriétaires, mais encore dans l’administration forestière.
- M. Chevandier de Yaldrôme a joint à ses beaux travaux de sylviculture le mérite d’avoir créé, sur des terrains de défrichement, dans l’arrondissement de Sarrebourg, une belle
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- ferme où il a donné l’exemple de l’assainissement des terres humides par le drainage, et de l’utilisation des eaux disponibles par la création de 24 hectares de prairies arrosées.
- De 1860 à 1863, d’importants travaux d’endiguement et d’assainissement ont été exécutés dans le gouvernement de Yoronéje (Russie), sous l’habile impulsion du général de cavalerie Grünwald, auquel l’administration des Haras de la Russie est redevable de nombreux perfectionnements. La rivière de Khrenovaya avait un cours irrégulier; ses rives étaient marécageuses ; ses inondations, alternant avec des sécheresses excessives, compromettaient l’existence du célèbre Haras, fondé sur ses bords, par le comte Alexis Orloff. Des travaux d’endiguement, de rectification et d’approfondissement de la Khrenovaya furent exécutés avec un plein succès sur une étendue de plus de 5 kilomètres ; les prairies marécageuses qui bordaient son lit ont été assainies ; les herbes malsaines ont fait place aux bonnes graminées; la rivière roule régulièrement et sans plus causer de désastres, et la santé est revenue aux habitants. M. Vibranowskv s’est distingué par ces utiles travaux qui ont coûté plus de 100,000 francs.
- Les opérations de ce genre rappellent à la pensée les belles conquêtes faites sur nos côtes dans les départements du Nord, et qui ont accru la fertile Flandre de ses plus riches districts, les Watteringues et les Moëres.
- Des commissions, dont les membres sont élus par les» intéressés, sont chargées de veiller-à la conservation de tous les ouvrages qui assurent le dessèchement et l’assainissement de ce vaste territoire. Elles fonctionnent parfaitement, et la plus grande harmonie ne cesse d’exister entre les associés. Elles ont non-seulement amélioré le dessèchement, mais elles ont fait de nombreuses routes empierrées pour rendre le transport des denrées plus facile et plus expéditif. Les membres de ces commissions ne sont pas rémunérés ; il est des présidents qui ont consacré vingt et trente ans à l’exercice de leurs fonctions. Dans un pays où, comme en France, les associations
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- libres d’agriculteurs pourraient rendre de si grands services pour l'assainissement aussi bien que pour l’arrosage, le reboisement, etc., il a paru bon d’encourager de semblables institutions et de signaler les services de ceux qui se vouent à leur succès.
- Dans la même contrée, une mention est aussi due aux belles opérations qui avaient pour but la fixation de sables mouvants et qui ont eu pour résultat le reboisement des dunes près de Boulogne par M. Adam; de même les belles cultures de fourrages et autres végétaux créées par M. Malo dans les dunes des environs de Dunkerque ne doivent pas non plus être omises.
- Arrivés à ce point de notre tâche, il nous reste à signaler les services rendus à l’agriculture parla découverte et la fabrication des substances propres à augmenter les engrais de nos fermes.
- CHAPITRE VII.
- TRAVAUX SUR LA PHYSIOLOGIE VEGETALE, DECOUVERTE ET FABRICATION DES ENGRAIS.
- Si nous avions à parler des savants' qui ont contribué à l’avancement de l’agriculture dans cette voie, la liste en serait grande, et nous aurions à citer les noms de tous les maîtres de la science, car tous ont voulu contribuer au progrès de cette industrie nourricière de toutes les industries. Nous nous bornerons à indiquer les faits que l’Exposition elle-même nous a montrés, et qui rentrent dans l’examen de la classe 74 : or, parmi les travaux de cet ordre, il n’en est pas qui aient mérité autant de suffrages que les belles recherches dont les résultats ont été présentés par le docteur Hellriegel, directeur de la station chimique de Dahme, province de Magdebourg (Prusse) ; M. Hellriegel a suivi les traditions de son maître, M. Stoeckhard, l’habile professeur de chimie agri-
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- CONSIDERATIONS GENERALES SUR L AGRICULTURE , ETC. Oü
- cole à l’académie de Tharand (Saxe). Ce jeune chimiste s’est demandé s’il ne serait pas possible de déterminer exactement la quantité de chacune des substances qui entrent dans la composition des plantes, et qui est nécessaire, dans chaque sol de composition déterminée, pour avoir une récolte connue à l’avance; il a cherché à savoir, en un mot, ce qu’il faudrait donner à chaque sol pour avoir telle récolte de blé, telle récolte d’orge ou telle récolte de fourrage. Avec son sage esprit d’investigation, sa grande habileté d’expérimentateur et une patience éprouvée, M. Hellriegel s’est mis à d’œuvre; pendant huit ans il a travaillé sans relâche; des centaines d’analyses de plantes ont été faites; il est arrivé à produire des plantes d’orge de la grosseur et du développement qu’il a voulu, en variant les doses et les proportions relatives des sels minéraux employés. Les résultats consignés dans les cadres qu’il a exposés avec des échantillons de plantes d’orge, obtenus dans des conditions bien déterminées de sol et de fumure, ouvrent un horizon nouveau à la chimie agricole, et montrent l’importance du service rendu et de ceux que pourra rendre encore M. Hellriegel, en poursuivant ses recherches.
- L’impulsion donnée par la chimie à l’agriculture a amené une très-grande activité dans la fabrication des engrais et l’exploitation des,, ressources minéralogiques du sol. Nous avons déjà dit /tout çe que l’agriculture doit à M. Demolon pour la découverte en,;France des gisements de phosphate de chaux naturel ; à M. Frank, en Prusse, pour l’exploitation de la potasse des, bancs de sel de Stassfurth. Nous avons à signaler encore, les. travaux de M. Jules Gindre, à Iatxou (Basses-Pyrénées), pour son exploitation de feldspath-engrais. Des recherches sur des vieux mortiers faits avec des sables feld-spathiques et sur l’état du feldspath. des, parois des fours à chaux ;d’Iatxou, creusés dans la pegmatite, amenèrent M. Gindre. à reconnaître que ces mortiers et ces roches ,étaient riches en sels solubles de potasse et favorisaient énergiquement la végétation, employés à la dose de 2,500 à 3,000 kilo-
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- grammes par hectare. Cette découverte conduisit son auteur à en chercher l’application pratique et à fabriquer un engrais riche en potasse. Pour faire son engrais, M. Gindrc soumet le feldspath à une espèce de cémentation par la chaux, la cémentation s’arrêtant au point où commencerait une perte de potasse; par suite de cette cémentation, sous rinfïuence des agents atmosphériques, il y a désunion des éléments du feldspath et formation de nitrate et de carbonate de potasse, sels qui sont éminemment favorables à la végétation : le feldspath-engrais de M. Oindre étant en poussière, cette décomposition définitive se continue progressivement jusqu’à destruction complète du silicate alcalin. Chaque grain de feldspath se kaolinise peu à peu en donnant naissance à de l’argile, à des sels solubles de potasse et à de la silice gélatineuse : cet engrais opère pendant sept à huit années, par suite de son mode de décomposition; il est surtout convenable pour la vigne.
- Nous devons encore mentionner l’exploitation du banc de calcaire salpêtré de la Belgique comme une découverte heureuse et une indication susceptible, pour l’agriculture, de quelque application.
- La fabrication des engrais a pris une très-grande extension; grâce à l’expérience du passé, elle s’est considérablement améliorée et le commerce surtout est devenu plus loyal. Parmi les fabriques d’engrais qui ont rendu le plus de services à l’agriculture, on ne peut s’empêcher de mentionner la maison de l’honorable M. Kuhlmann, de Lille, qui, à une grande habileté commerciale, joint les qualités d’un savant éminent. Il convient de signaler aussi les efforts de M. Rohart pour transformer en engrais d’un transport facile les résidus des grandes pêcheries de la Norwége. De nombreux et très-1 ouables efforts ont été faits aussi pour désinfecter les matières des fosses d’aisances, les rendre d’un transport économique, de façon à empêcher les grandes cités de les détruire u préjudice de l’agriculture. M. Gargan a imaginé un mode facile de transport, un wagon spécial pour les expéditions des.
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- matières par chemin de fer. Des citernes bien conditionnées reçoivent les engrais dans les gares de distribution. Les cultivateurs viennent les prendre au tonneau. Un service de cette nature est établi sur la ligne de l’Est et a déjà bien mérité de l’agriculture. M. Renard, qui transforme l’engrais des fosses en briquettes solides, d’un transport facile, a droit aussi à des encouragements. MM. Blanchard et Château, à Paris, ont également été distingués pour leur procédé d’utilisation et de concentration des matières utiles des vidanges. MM. Blanchard et Château, en faisant intervenir dans les fosses l’acide phosphorique , la magnésie et l’oxyde de fer , fixent l’ammoniaque au fur et à mesure qu’il se produit; après la dessiccation à l’air libre, il reste pour résidu un engrais pulvérulent qui renferme toute la richesse agricole de la vidange et une quantité assez considérable d’acide phosphorique à l’état de phosphate ammoniaeo-magnésien, lequel, d’après les expériences de M. Boussingault, serait le plus efficace de tous les engrais connus. L’hygiène des villes, comme le constate avec sa grande autorité M. Dumas, et la prospérité des campagnes trouveraient donc un profit égal à l’adoptian d’un procédé de ce genre.
- Ajoutons qu’il y a là, ainsi que dans l’emploi agricole des eaux d’égout et des eaux courantes, un vaste programme d’améliorations qui reste à remplir.
- CHAPITRE VIII.
- CONSERVATION DES GRAINS.
- La période de crise alimentaire que l’Europe traverse en ce moment est une nouvelle leçon donnée à l’imprévoyance humaine. Elle nous montre qu’il ne suffit pas de savoir produire ; il faut encore savoir aménager convenablement les denrées quand les conditions climatériques sont favorables et nous
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- permettent d’avoir une grande abondance : or, un simple coup d’œil jeté sur le mouvement du prix des denrées pendant une période de soixante-dix ans, nous fait voir que les bonnes et les mauvaises années se succèdent à peu près périodiquement. Les périodes sont de quatre ou cinq ans, quelquefois de trois ans; très-rarement il y a seulement deux années bonnes qui se suivent et sont suivies de deux mauvaises. Sans doute les progrès de la culture, l’amélioration des terres, les fumures intensives peuvent diminuer les chances de mauvaise année, faire perdre aux éventualités climatériques la toute-puissante influence qu’elles exercent sur les cultures mal soignées, ou faites dans des terres pauvres ou mal fumées, mais jamais on n’en supprimera totalement les effets. La prudence commande donc de conserver les denrées dans les années de grande abondance pour les mettre sur le marché dans les périodes de déficit de récoltes; tous les efforts faits pour fournir à l’agriculture ou au commerce des moyens propres à conserver les grains économiquement, sans beaucoup de manutention contre les ravages des insectes et sans leur faire perdre de leur valeur, sont dignes d’encouragements. Nous devons à la mémoire de M. Doyère, professeur de l’ancien Institut Agronomique de Versailles, de rappeler ici à la reconnaissance publique les longues recherches qu’il a faites pour atteindre ce but. Citons également les efforts de M. le Dr Louvel.
- M. Haussmann père a exposé à Billancourt un spécimen complet de greniers conservateurs : en offrant aux agriculteurs et surtout au commerce des appareils qui permettent de garder des céréales dans une atmosphère d’azote, en quelque sorte indéfiniment, sans manutention, sans crainte d’incendie ou de vol, et sans que les grains puissent perdre de leur qualité ou de leur poids, comme nous avons pu nous en convaincre à la boulangerie centrale de Paris, sur des froments emmagasinés depuis 1863, M. Haussmann père a rendu un service dont on a reconnu toute l’importance.
- Ici s’arrête notre tâche ; nous aurions voulu entrer dans de
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- plus grands développements, en signalant les résultats matériels qui ont suivi, dans chaque contrée, les progrès de l’agriculture, mais le temps comme les documents complets nous ont manqué. Si nous avons fait comprendre les traits principaux, qui caractérisent le mouvement agricole de notre époqüe, la grandeur de la réforme introduite par la science et corroborée par la pratique dans l’art agricole, et la’prospérité qu’elle nous prépare, notre but aura été suffisamment atteint.
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- SECTION I
- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS; MOTEURS A VAPEUR, MANÈGES, MOULINS A BRAS, A EAU,
- A VAPEUR; HACHE-PAILLE,
- PRESSES ET PRESSOIRS, MACHINES A ÉLEVER L’EAU
- Par M. J.-A. GRANDVOINNET.
- CHAPITRE I.
- CHARRUES.
- La charrue est l’instrument le plus difficile à juger dans une Exposition Internationale, par cela môme qu’elle représente essentiellement les habitudes locales, le degré d’avancement de la culture, le climat et même la nature des terres des divers pays. Aussi, en présence du très-grand nombre de charrues exposées., a-t-on dû faire un premier classement pour ne mettre en présence que des instruments destinés à des usages semblables. Les essais, limités à une époque assez peu favorable, n’ont pu être faits dans de bonnes conditions, par suite surtout de l’absence ou de la négligence de la plupart des exposants. Le premier essai, fait dans un sol neuf, fut favorable aux charrues de M. Howard et de MM. Ransomes et Sims qui firent un très-bon travail.
- Dans l’intérêt des exposants, on a fait un second essai, non-seulement pour apprécier le travail en terre déjà labourée
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- dans le premier essai (cinq mois auparavant), mais encore pour déterminer, à l’aide du dynamomètre, les charrues qui, dans les mêmes circonstances, exigent le moins de traction. Malgré quelques abstentions très-regrettables, ces essais ont pu être faits de manière à montrer les qualités particulières à chaque charrue, et ils ont servi en partie de base au jugement porté sur les charrues.
- On a, en effet, tenu compte, non-seulement de l’exécution du labour dans les deux essais et de la traction enregistrée par le dynamomètre, mais encore de la forme des pièces travaillantes, du mode de construction, de la facilité du règlement, à tous les points de vue, de la facilité et de l’économie de l’entretien des pièces sujettes à l’usure.
- § 1. — Essais dynamométriques.
- Voici d’abord (V. le Tableau de la page 60) les principaux chiffres des essais faits à l’aide d’un dynamomètre Clair, enregistrant la traction sur une bande de papier.
- Résultats.
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- Résultat* des expériences «lynamométririues laites sur les principales charrues.
- NOM F. T ADRESSE de l’Exposant. NATIONALITÉ de l’Exposant. ESPÈCE do Charrue. NATURE et État de la Terre. DIMENSION DU LADOUR SECTION de la bande retourn. (ilécim. qn.) TRACTION moyenne enregis- trée. TRAVAIL moteur par mètre cube remué. ÉCARTS de la traction p. 0/0 au-dessus et au dessous de la moyenne.
- Largeur. Profondeur
- Gde Bretagne En fer à 2 roues Vieux gazon sol ferme. 30 4 7.5 5.23 k 244 kil m 4390 38 p. 0/0
- Ransomes, Ipswich id. id. id. 30 47.3 5.23 250 4762 35.34
- Parquin, Villo-Parisis France Araire versoir en ho.s. Même sol labouré 33.3 21 7.035 248.9 3533 40 0/0
- id. id. Cinq mois auparavant. 33.3 22.3 7.3123 230.57 3837 id.
- id. id. id. id. 23 23 5.73 201.25 3500 id.
- id id. id. id. 30 23 6.90 260.41 3774 id.
- id. id. id. id. 34 23 7.82 284.42 4209 id.
- id id. id. id. 32 24 7.68 295-96 3053 id.
- id. id. id. id. 33 24 7.92 283.80 3647 id.
- id id. id. id. 33.S 24 8.04 326.74 4064 id.
- id. id. id. id. 34 24 8.46 298.33 3636 id.
- id'. id. id. id. 32 23 8.00 295.96 3699 id.
- id. id. id. id. 34 23 8.50 295.96 4384 id.
- Meixmoron-Dombasle, Nancv. France Araire versoir en fonte. id. 30 49.3 5.85 495.55 3343 22.8
- id. id. id. id. 26 20 5.20 234.26 4447 id.
- id. id. id. id. 23 20.3 5.74 204.40 3509 id.
- id. id. id. id. 31 23 7 75 359.48 4638 id.
- id. id. id. id. 32.7 23 8.473 228.33 2793 id.
- id. i id. id. id. 47.0 23 44.75 333.00 3089 id.
- id. id. id. id. 40.0 26 40.40 469.01 4413 id.
- id. id. id. id. 30.0 27 8.40 337.32 4163 id.
- flprrnAr /P.Arirvn^ Frnnc.p. . Araire id. 38 23 8.74 327.22 3744 id.
- Didelot (Marre) France Araires à roues Sol dur près d’un chemin 23 20 5 20 229.50 4413 41.10
- id. id. id. id. 26 24 5.46 248.03 4553 25.2
- id. id. id. id. 26.3 5.565 300.00 5390 id.
- id. id. id. id. 29 21 6.09 320.84 5268 id.
- id. id. id. id. 27.3 21.5 5.912 298.59 5050 id.
- id. id. id. id. 24 22 5.28 266.98 3056 id.
- id. id. id. id. 26.6 24 6.36 345.43 5430 id.
- Delahaye (Billancourt) id. Charrue double brabant Même sol, labouré... . 33.0 25 8.73 349.12 3990 25.65
- id. id. id. Quatre ou cinq mois au-
- paravant 34 26 8.34 312.83 3539 id.
- Peltier, Paris id. id. id. 33 23 7.59 288.42 3300 31.0
- p.60 - vue 64/763
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- En ayant égard aux diverses considérations énoncées précédemment, on a cru devoir mettre au premier rang les charrues de MM. J. et F. Howard, de Bedford, et de MM. Ran-somes et Sims, d’Ipswich. Au point de vue de la forme des pièces travaillantes, de la construction, de la facilité et de l’économie de l’entretien des pièces sujettes à l’usure, ces deux charrues sont très-sensiblement de la même valeur : ne pouvant les mettre ex œquo, on a dû demander un essai dynamométrique en sol gazonné assez tenace ; essai qui a constaté une petite économie de traction en faveur de la charrue Howard qui n’a exigé, comme le montre le tableau précédent, que 241 kilogrammes, tandis que la charrue Ransomes, tout à côté, en exigeait 250. L’essai, malheureusement, ne put se faire le même jour pour les deux charrues : la terre, toutefois, semble avoir été dans le même état. La charrue Ransomes a paru un peu plus stable en raie que la charrue Howard.
- Parmi les charrues françaises, l’araire Dombasle, exposé par M. Meixmoron-Dombasle, de Nancy, s’est montré ce qu’il est depuis une trentaine d’années, un excellent instrument dans les mains d’un habile charretier ; mais cette charrue est restée ce qu’elle était du temps du grand agronome qui l’a inventée : la meilleure, alors; elle laisse aujourd’hui quelque peu à désirer dans certaines parties ; le coutre n’est pas réglable comme dans les charrues Howard et Ransomes ; le vcrsoir, fait pour servir à peu près en toutes terres à des profondeurs assez différentes, est d’un modèle uniforme, tandis qu’il serait désirable d’avoir quelques modèles spéciaux.
- La môme observation s’applique à la charrue de M. Sambuy (Italie), très-bonne d’ailleurs.
- La charrue exposée par M. Parquin est aussi un bon instrument, bien qu’on puisse faire quelques reproches à son versoir, d’un modèle trop uniforme ; il paraît toutefois conve-
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- nir aux terres collantes.
- Il est peu de charrues étrangères ou françaises qui soient
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- aussi rationnellement étudiées et construites que celles de M. l’abbé Didelot; le versoir hélicoïdal, agressif h l’avant, et atténué à l’arrière, est d’une excellente forme et de dimensions bien choisies pour les labours usuels. Le coutre n’est pas réglable, mais il est fixé d’une manière très-simple par un étrier américain. Dans l’essai, cette charrue, conduite par un laboureur non intéressé à son succès, eut à labourer une raie placée contre un chemin très-durci, ce qui peut expliquer la traction un peu forte qu’elle a exigée ; un excès de stabilité donné aussi à cette charrue par le règlement des roues a pu avoir le même effet.
- La principale qualité de la charrue Garnier est son bas prix, dû sans doute à des conditions favorables de la localité où elle est construite : elle rappelle la charrue Dombasle dans ses dispositions principales.
- § 2. — Charrues tourne-oreilles.
- Les charrues tourne-oreilles exposées étaient fort nombreuses. Dans beaucoup de ces instruments, les inventeurs paraissent s’être plutôt ingéniés à faire des mécanismes nouveaux de changements de versoirs que de bonnes charrues au point de vue de l’exécution du labour et de l’économie de traction. Les charrues françaises à bascules, à deux corps, symétriques par rapport à un plan horizontal passant par l’axe de l’âge, et connues sous le nom de brabants doubles, étaient très-bien représentées. La charrue de ce genre de M. Dela-haye-Tailleur, de Liancourt (Oise), a paru la plus remarquable au point de vue surtout de la construction et de la forme des pièces travaillantes.
- Au second rang vient la nouvelle charrue tourne-oreilles de Ransomes, d’un mécanisme nouveau, qui, dans les terres ternies en bon état par un bon système de culture, peut remplacer sans désavantage les charrues double brabant.
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- Immédiatement après, vient la charrue tourne-oreille double bradant exposée par M. Peltier.
- § 3. — Charrues pour labours profonds.
- Ces charrues sont pour ainsi dire de forts modèles de charrues pour labours ordinaires ; il n’est donc pas étonnant que les constructeurs ou exposants primés dans la première catégorie se retrouvent ici à peu près dans le même rang. Toutefois, on a reconnu quelque supériorité à la charrue Ransomes sur celle, de même force, de ses concurrents, MM. Howard.
- § 4. — Charrues défonceuses ramenant le sous-sol à la surface.
- Ce genre de charrue se répand de plus en plus, en suivant presque pas à pas le progrès de la culture. En France, elles sont déjà nombreuses dans l’Aisne, l’Oise, Seine-et-Marne, etc. Les quatre premières charrues primées sont des charrues tourne-oreilles à bascule dites- doubles brabants, assez coûteuses, mais d’un bon emploi en plaine. M. Vallerand doit à l’ancienneté de sa charrue d’avoir été placée au premier rang, car les charrues de M. Minelle et de M. Delahaye-Tailleur ne le cèdent en rien à la sienne.
- Les charrues Gardini et Certani (Italie) sont des défonceuses simples, dont le versoir rappelle un peu le versoir de la charrue Bonnet, si appréciée par les cultivateurs de garance, dans le midi de la France ; mais les génératrices transversales de ces versoirs sont très-concaves.
- § S. — Charmes fouilleuses et sous-sols.
- Ce genre de charrue ne présentait rien de nouveau ni de remarquable ; les meilleurs modèles n’étaient pas exposés.
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- §6. — Charrues de défrichement.
- M. Delahaye-Tailleur présentait une charme déboiseuse d’une excellente construction. Pour les terres nouvellement déboisées, on se sert ordinairement de très-forts araires Dombasle ; mais ces charrues sont exposées à de fréquentes ruptures, par suite de l’encastrement du coutre dans de fortes souches ou des racines. M. Delahaye a eu l’heureuse idée de faire précéder le corps de charrue d’une succession de coutres à tranchant vertical, pénétrant de plus en plus en terre, de sorte que chaque souche ou racine est successivement attaquée et, pour ainsi dire, sciée par ces coutres, le deuxième venant continuer l’entaille faite , par le premier et le troisième, celle faite par les deux premiers et ainsi de suite. En outre, une disposition particulière a été imaginée pour aider à tourner cette charrue, forte comme elle doit être, et lui faire franchir les obstacles qu’on rencontre dans un bois défriché. L’expérience a été favorable à cette disposition nouvelle de déboiseuse.
- g 7. — RigoleuseS et niveleuses.
- L’appareil à deux roues, présenté par M. Carayon-Latour sous le nom de niveleuse ou ravale économique et perfectionnée, est d’apparence compliquée, mais très-bien appropriée à ses deux buts : niveler le sol en enlevant la terre des points où elle est en excès pour la porter aux points où elle fait défaut. Le chargement, le renversement progressif sont bien exécutés.
- g 8. — Bisocs.
- Les polvsocs, ou charrues capables de retourner d’une seule fois deux ou plusieurs bandes contiguës, ont des avantages si considérables qu’ils devraient être employés d’une manière générale parla moyenne et la grande culture. Ils économisent,
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- en effet, de 50 à 66 pour 100 de la main-d’œuvre et de 20 à 25 pour 100 des attelages employés actuellement pour les labours et du temps qu’ils nécessitent.
- MM. Ransomes et Sims sont au premier rang pour ce genre d’instruments. MM. J. et F. Howard viennent ensuite avec de
- bons bisocs en fer. Parmi les bisocs français, on a remarque en première ligne celui exposé parM. Cliauvet-Pillèmaht, d’une construction simple et très-propre à la petite et a la'moyenne
- » . s 3 f
- culture en sols faciles à labourer; M. Dèpoix présente ‘ aussi un bisoc en bois d’un plus fort modèle et d’un bon emploi.
- ... § 9. — Polysocs, ....... ____
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- M,,,Breduilliard,, de. Neuchâtel (Aisne), construit depuis longtemps des quadrisocs. Celui qu’il exposait à Billancourt est disposé, de ,tell,e, façon, que les quatre corps de charrue peuvent être facilement soulevés à l’aide d’un levier. On faci-lite ainsibeauçoup les tournées,à chaque bout du champ. .. , Le trisoc de M. Casanova ne présente rien de nouveau et son exécution laisse à désirer ; toutefois, cet exposant à le mérite d’aider à la propagation d’un bon principe, reconnu depuis longtemps :œelui des charrues à plusieurs socs. ..
- g ÎO’.'*—1 Appareils1 pouvant s’approprier aux.' diverses cultures du sol‘.u
- v.<? ^v;Vm s'
- Dans'un ordre d’idées semblable a celui qui a fait adopter les pblyso'cs, M. Christoforoff, dé Nik’opol (Russie), a présenté, trop tard pour que l’on puisse suffisamment multiplier lés essais, une machine combinée propre à faire, à l’aide de chevaux et de bœufs, tous les travaux de préparation et d’ensemencement du sol. Cet appareil, d’une exécution remarquable, est surtout propre à la grande culture dans les grandes plaines où manquent l’eau et le combustible pour les charrues à vapeur. . • : *, "... , ->
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- § 11. — Appareils propres à remplacer la charrue ou la bêche.
- Les premiers essais de labourage à vapeur ont été faits par des appareils rotatifs, armés de corps de charrue ou de bêches, qui n’ont pas réussi : l’entretien d’une machine de traction à vapeur, employant la plus grande partie de sa force à se traîner elle-même, est trop coûteux; mais des appareils de ce genre, mus par des chevaux ou des bœufs, peuvent être d’un bon emploi. Ils remplacent surtout avantageusement les scarificateurs et extirpateurs pour effectuer des façons d’ameublissement.
- La bêcheuse ou piocheuse rotative, exposée par M. Bidwell, de Pittsburg (États-Unis), a, comme caractère principal, la mobilité de ses pioches ou dents articulées et un système de déterrage très-bien imaginé. Peut-être présente-t-elle trop d’articulations à graisser, en présence de la poussière qui s’échappera du sol pendant le travail; elle a bien fonctionné dans les essais auxquels elle a été soumise.
- 2 lü. — Instruments pour la culture de la vigne par les bêtes de trait.
- Les instruments attelés de chevaux ou de bœufs et destinés à la culture de la vigne sont très-complexes, par cela même qu’ils doivent effectuer non-seulement des labours entre les lignes de ceps, mais aussi des façons de nettoyage, de sarclage et d’ameublissement. On trouve donc des charrues, des scarificateurs, des extirpateurs, des bineurs, etc., à vignes. Parmi les instruments exposés, la collection de M. Moreau-Chaumier, composée de charrues, houes, herses, etc., a paru la plus recommandable.
- M. Renault-Gouin présentait aussi une très-belle collection d’un méri'.e à peu près égal.
- Enfin, M. Armand Paris exposait une charrue déchausseuse, un butteur à vignes et une charrue munie d’un décavaillonneur
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- très-bien établi, consistant en un petit soc qui s’efface (levant les ceps dès qu’une charnière placée en avant est frôlée par le pied de vigne, et qui, poussé par un ressort, revient travailler sur la ligne des ceps, aussitôt après et enlever le cavaillon laissé par la charrue déchausseuse, aidé dans ce travail par une espèce de petit versoir placé à l’arrière et à ressort comme le soc. Cet appareil, destiné à économiser la main-d’œuvre, a été sanctionné par la pratique, et les récompenses n’ont pas manqué jusqu’ici à M. Armand Paris, l’inventeur.
- CHAPITRE IL
- SEMOIRS ET DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS.
- '$ 1. — Semoirs pour toutes graines à plat
- L’emploi de bons semoirs mécaniques exige et suit nécessairement celui des bons instruments de préparation du sol ; aussi les semoirs anglais sont-ils, comme les charrues du même pays, au premier rang. Le semoir Smith, pour toutes graines, sur terrain labouré à plat ou en planches, a paru le plus recommandable, aussi bien pour les grandes que pour les moyennes exploitations. Ce semoir, comme la généralité des semoirs anglais, est à cuillers pour la distribution des graines, à coutres indépendants, placés chacun sur un levier mobile, pour le rayonnage. Le tube conducteur de la graine esta fourreau, ce qui laisse toute liberté au coutre de s’élever ou de s’abaisser dans les limites convenables, tout en supprimant les nombreux entonnoirs ordinairement employés, ou les tubes en caoutchouc, trop peu durables. La transmission du mouvement des roues aux cuillers se fait par des roues d’engrenage, faciles à changer pour régler la quantité de graines à semer
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- par hectare ou pour changer de graines en changeant aussi de barillets, portant des cuillers de différentes grandeurs.
- Les semoirs de MM. Garrett et fils sont aussi très-recommandables ; les modèles, très-variés de grandeurs, donnent toute liberté de choix aux cultivateurs, quelle que soit la grandeur de leur exploitation.
- La plupart des semoirs français sont inférieurs aux précédents ; bien qu’ils soient la preuve d’une grande fertilité d’imagination chez nos constructeurs ; ils sont faits, la plupart, pour satisfaire à des conditions particulières où la plus grande économie dans le prix de la machine est, malheureusement, considérée comme une nécessité par le cultivateur. Telle es l’explication du succès du semoir à toutes graines de M. Jac-quet-Robillard. Ce semoir a pour distributeur des palerons, ou agitateurs à palettes, qui, en tournant rapidement, poussent les graines contre des orifices percés en minces parois et pouvant être plus ou moins fermées par un registre, suivant l’espèce de graines à semer, et suivant la quantité qui doit être répandue par hectare. Chaque orifice a son registre particulier de règlement, mû par une petite vis. Les coutres sont solidaires, inconvénient relativement faible dans la petite culture, puisqu’il est d’autant moindre que le semoir est moins large.
- Quelques constructeurs français construisent des semoirs à coutres mobiles indépendants, imitations plus ou moins fidèles des semoirs anglais. En première ligne, nous citerons M. Leclère, de Rouen, qui fabrique, depuis plusieurs années déjà, d’excellents semoirs fort répandus dans quelques départements.
- M. Gautreau, tout en adoptant, comme les constructeurs anglais, des coutres mobiles indépendants, a remplacé les cuillers par des agitateurs à palettes ou palerons, avec un mode de règlement commun à tous les orifices et un règlement delà position du paleron suivant la nature des graines à semer.
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- | 2. — Semoirs à céréales.
- Les meilleurs constructeurs de semoirs à toutes graines sont aussi en première ligne pour les semoirs à céréales ; seulement, dans cette spécialité, MM. Garrett et fils paraissent dépasser quelque peu leurs concurrents.
- M. le comte de Montenol, à Barquet (Eure), présente un semoir à cuillers, à coutres mobiles et indépendants, muni d’un bon mécanisme de soulèvement des coutres et d’un gouvernail mû de l’arrière. Les cuillers mobiles, comme dans les semoirs Hugues, Dombasle, Grignon, etc., peuvent être facilement remplacées, suivant la graine à semer et la quantité à répandre par hectare. Quelques légers perfectionnements feraient de ce semoir un très-bon instrument.
- § 3. — Semoirs pour les cultures en bidons.
- Les semoirs de ce genre étaient peu nombreux; celui présenté par MM. Garrett et fils est le plus recommandable. Le petit semoir à deux lignes, exposé par M. Estabe, de Tours, est une imitation heureuse d’un bon modèle anglais.
- g 4. — Semoirs pour racines.
- MM. Garrett et fils, puis M. Smith se trouvent encore en première ligne pour ce genre de semoirs qui peuvent semer les racines avec ou sans engrais et dans les meilleures conditions pour la réussite des semis.
- M. Villard, de Dijon (Côte-d’Or), exposait un semoir différant très-sensiblement des précédents. Les rayons sont faits non plus avec des coutres déchirant le sol, mais avec des disques lourds et tranchants, comprimant la terre, ce qui est préférable, dans certaines natures de terre. Le distributeur est formé de clapets ouvrant et fermant alternativement des trous percés au fond des boîtes, faciles à changer. Ces clapets sont
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- surmontés de tiges agitatrices forçant les graines à tomber par les orifices dès qu’ils s’ouvrent.
- 5. — Semoirs à poquets pour graines spéciales.
- Ce genre de semoirs paraît abandonné par les grands constructeurs. Nous avons cru pourtant pouvoir signaler pour la culture du chanvre, si importante dans le Piémont, un petit semoir traîné par un homme et qui peut répandre assez régulièrement la graine en poquets. 11 se compose d’une boîte à graines portée par deux petites roues et précédée d’une ligne (le couteaux pour fendre le sol et d’une ligne de petits butteurs pour tracer les rayons dans lesquels tombent les graines. Une roue à cames, fixée sur une des roues porteuses, donne un mouvement de va-et-vient à une planche percée de trous formant faux fond et poussée par un ressort à l’autre bout. Cette planche vient alternativement ouvrir et fermer les trous du fond de la boîte, à des intervalles réguliers, ce qui donne sur le sol, dans les rayons, de petits tas de graines également distants sur les lignes.
- Ce genre de semoirs, fait pour la force d’un cheval, est connu, en France, sous le nom de semoir de Calbiac, semoir de l’abbé Poûteau; mais ces deux derniers n’étaient pas exposés, pas plus que d’autres ingénieux semoirs à poquets.
- g 6. — Semoirs mixtes poür graines et engrais.
- Ce genre de semoirs provient, pour la plupart, des constructeurs anglais, faisant des semoirs leur spécialité unique ou au moins une partie importante de leur production. Ainsi MM. Smith, MM. Garrett exposent de très-hons semoirs de ce genre. Un modèle exposé par M. Coultas a paru digne d’être recommandé.
- § 7. —' Distributeurs d’engrais pulvérulents.
- Les distributeurs d’engrais pulvérulents du système Chain-
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- bers, exposés par MM. Garrett et fils, conservent leur supériorité, constatée par une longue pratique et peuvent être conseillés pour la généralité des engrais pulvérulents.
- M. Villard, de Dijon, exposait un nouveau système dans lequel le distributeur d’engrais se compose de deux poulies à gorge, placées tangentiellement et tournant en sens inverse : l’une extrait l’engrais du fond de la boîte , l’autre la projette dans les lignes ou sur un épandeur qui l’éparpille en nappe continue, s’il doit être semé à la volée ; un racloir fixe nettoie constamment les gorges de ces poulies distributrices.
- g 8. — Distributeurs d’engrais liquides.
- Le tonneau pneumatique, inventé par M. Lefebvre et présenté par M. Carbonnier-Pauchet, est muni d’une pompe à air, capable de faire le vide dans ce tonneau, ce qui permet de le remplir rapidement de purin ou de tout autre engrais liquide ou même liquéfié. Le tuyau de vidange peut projeter le liquide sur un cône fixe, placé un peu au-dessous de l’axe central. On obtient alors une nappe ou plutôt une cloche d’eau d’un grand diamètre qui donne un arrosage assez régulier. Ce système est simple et peu sujet à dérangement.
- Le distributeur d’engrais de Coleman et celui de MM. îsaae James sont dignes aussi d’être signalés.
- CHAPITRE III.
- MOTEURS A VAPEUR.
- g 1. — Moteurs à vapeur de plus de 6 chevaux.
- L’emploi de la vapeur dans les fermes a conduit peu à peu au perfectionnement des machines de' préparation des récoltes. On ne se contente plus de battre ou d’égrener le blé;
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- on le nettoie complètement; les machines à battre dites combinées, adoptées presque généralement par la grande culture en Angleterre, sont munies de tarares débourreur et finisseur, parfois d’un ébarbeur d’orge et môme d’un concasseur. Ces machines complexes, dites à grand travail, exigeant beaucoup de force ont entraîné l’adoption, pour les fermes, de grandes machines à vapeur de 8 à 12 chevaux. En France, la plupart des machines à vapeur rurales ne dépassent pas 6 chevaux de force nominale ; mais il est à croire qu’avànt peu l’agriculture demandera, comme en Angleterre, de plus fortes machines.
- Parmi les machines anglaises exposées à Billancourt, trois seulement ont pu être essayées au frein. Deux rentrent dans cette première catégorie : la machine à vapeur à détente de MM. Ransomes et Sims et la machine de M. Marshall. Dans l’essai dont nous donnons les chiffres ci-dessous, la première machine a montré une supériorité due non-seulement à une excellente construction, mais à l’emploi d’une détente pouvant commencer au cinquième de la course, et varier, à la main, suivant les exigences des diverses machines à faire mouvoir ainsi qu’à l’adoption d’un foyer capable de brûler toute espèce de combustible, d’une chaudière à grande surface de chauffe et d’un très-bon réchauffeur d’eau.
- La machine Marshall est une bonne machine ordinaire.
- g 2. — Moteurs à vapeur de 6 chevaux et au-dessous.
- Les exploitations agricoles françaises sont de grandeurs très-diverses : aussi nos constructeurs continuent-ils à faire des machines de toute force depuis 2 chevaux jusqu’à 6 environ. Il convient, par suite, pour les apprécier avec justice, de tenir compte de leurs forces. La machine que l’examen du Jury et les essais au frein ont mise au premier rang est la machine de 6 chevaux de M. Gérard, de Vierzon. Grâce à l’adoption par le constructeur d’une chaudière à grande sur-
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- face de chauffe, d’une détente à moitié de la course et d’un double réchauffeur d’eau alimentaire, cette machine n’a consommé que 2k174 de houille par force de cheval et par heure. Les autres machines de 6 chevaux, exposées par MM. Del et Brisson, consomment un peu plus de houille, bien que leur construction soit très-satisfaisante. On peut attribuer cette infériorité à l’emploi d’une moindre pression et d’une moindre surface de chauffe. Ce sont des machines de vente courante, dignès d’être recommandées.
- Parmi les machines de moins de 6 chevanx, nous croyons devoir signaler la machine de 4 chevaux de M. Damey, de Dole, qui n’a consommé que 2k68. 11 est regrettable que ce constructeur n’ait pu concourir avec sa machine de 10 chevaux, à détente variable sur tous les points de la course du piston, dans les deux sens, avec changement de marche, par un seul excentrique. Le foyer de cette machine est rendu fumi-vore par la projection d’un courant d’air neuf, un peu chauffé, au bout de la grille. La flamme revient sur les côtés de la chaudière extérieurement dans des carnaux métalliques.
- La machine Protte, de o chevaux, est une assez bonne machine, simple et peu coûteuse : sa consommation n’a rien d’exagéré.
- Tableau
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- 74 GROUPE 'Vin. — CLASSE 74. — SECTION II.
- Tableau «les résultait «les essai* au frein.
- à Billancourt, les
- MOMS dos EXPOSANTS. (0 l'fi H 'r. o r" (2) W < * » P S °3 r5 > o » m tû U C3 eS « o fa (3) TIMBRE de la chaudière en kilogr, par centimètre carré. Z, O) KJ r* <p c « o-gS* “ÏS* 7 c tc£ lls-B O) CI 0/ rJi c ^ fiS c3 fa p. (5) NOMBRE de tours de la poulie. (6) a t- P r.-. <X> Z’> ° 7t « t- W — «M » p r- (7) POIDS dont est chargé le levier en kilogr. (8) POIDS o équilibrant le levier en kilogrammes.
- MACHINE S DE PLU
- P.ansomes et Suis. kilog. kilos. kilog. kilog.
- (Ipswich) Angleterre. 10 6.00 5.681 156.75 0.758 152.00 —38.615
- Marsiial (Gainsbo-
- rough) Id. ... 8 !» 4.568 157.00 0.700 51.35 7)
- MACHINES DE
- C. Gérard. (Vierzon) France G 7.2275 8.260 132.00 2.000 11.400 -P 2.875
- F. Del. (Vierzon).. Id. ... G 6.1950 6.773 132.00 1 .600 20.700 4- 2.950
- Buisson (Orléans).. Id. ... G 7.227 7.248 123.36 1 .600 20.700 + 2.950
- Allen (mach. Tux-
- ford) Angleterre.. G » 4.765 138.23 0.690 51.350 «
- MACHINES DE MOINS
- Dam en. (Dole) France.. . 4 6.969 5.864 119.77 1 .500 17.000 »
- Protte. (Toury)... Id. ... 5 6.000 5.466 139.00 2.000 8.000 + 3.10
- Gautreau. ( Dour-
- dans) Id. ... 5 5.162 5.162 110.00 2.000 19.000 + 3.50
- MACHINES DE DEUX
- Mays. fParis) France.... 2 7.000 7.000 122.00 1 .520 7.000 5)
- N. B. — Les machines à essayer furent placées sous la surveillance de plusieurs agents : dès que la pression indiquée par le timbre de la chaudière eut été atteinte, les feux furent abattus, et les foyers soigneusement vidés. Chaque concurrent reçut une quantité de houille en rapport avec la force nomi-
- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS, ETC. 75
- faits sur les machines à vapeur, 3« et » 9 août
- ^ POIDS TOTAL ^ tenu soulevé ^ en kilogrammes. FORCE réelle pendant l’essai en chevaux. (11) HEU de la mise en marche. (12) RES de l’arrét. (13) D URÉE totale de l'essai. (14) HOUILLE fournie réellement en kilogr. (15) VALEUR en houille du bois et de la paille de rallumage. (16) 1 j _ POIDS DE HOUILLE tü réellement. j consommée. POIDS de hou Llle brûlée par cheval et par h e ur e. (18)
- I )E SIX Cil EVAUX.
- kilog. kilog. kilog. kilog.
- 113.385 18.707 lh.28'.10" 4h.4l'.0" 3h.12'.50" 100 4.00—2.3 101.70 1.6915
- 51.350 7.880 lh.48'.S0" Sh.15'.0" 3h.16'.10" 80 4.00—2.3 81.70 3.1712
- SIX CHEVAUX.
- 17.275 6.368 1 h.43'.30" 5h.05'.12" 3b.2p.32" 60—15.1 2.75—1.15 46.50 2.174
- 23.650 6.974 1 h.45'.00" Sb^'.ST" 3h.l7'.37" 60 2.25—1.10 61 .10 2.G30
- 23.650 6:503 lh.5a'.05" SViO'.OO" 3b.44'.5S" 60+3.217 2.75—1.13 64.817 2.663
- 81.350 6.838 2h.2l'.45" 5h.0l'.00" 2h.39'.lb" 60 2.15—I . 15 61.000 3.360
- DE SIX CHEVAUX.
- 17.00 4.264 lh.42;.00"' 5h.59'.00" 4h.17'.00" 60—11.95 2.25—1 .15 49.130 2 680
- 13.10 5/'085 lh.34'.l0" 4h.26'.00" 2h.5l'.50" -40 2.15—1.13 41.000 2.815
- 22.50 6.908 2h.02'.12" 4h.12' 00" 2h.09'.48" 50 2.25—1 .25 31.000 3.503
- CHEVAUX ET AU-DESSOUS.
- 7,00 1 .808 GhoO'.OO" 5h.39'.00" 3'’.49'.00" 50 2.25—\.i5 51.100 7.406
- nale de sa machine; il reçut, en outre, du bois et de la paille en quantité suffisante et pesée pour rallumer les feux. Les nombres négatifs de la quinzième colonne représentent le charbon rendu par deux constructeurs après l'essai. Le nombre positif de la même colonne représente une addition de char-
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- GROUPE VIII. — CLASSE 74. — SECTION II.
- j)on faite, au tas pesé, par le chauffeur. Dans la seizième colonne, les nombres négatifs représentent le poids des sacs contenant la houille.
- Le frein employé par M. Ransomes est retenu à l’opposé de la charge par un ressort à boudin gradué : la traction moyenne indiquée par ce dynamomètre a été de 38 kilogrammes 615, et assez régulière. Un même frein fut employé par MM. Marshall
- «h
- et Allen : c’est un frein exactement équilibré. Les autres freins, sauf ceux de MM. Damey et Mays, ont un bras agissant comme charge du même côté que le poids. La tare fut soigneusement faite, et les longueurs des bras de levier rigoureusement mesurées.
- La machine Ransomes et celle de M. Marshall étaient munies chacune d’un compteur enregistrant le nombre de tours de l’arbre du volant, auquel ils étaient liés par une petite bielle.
- Pour les autres machines, le nombre de tours était déterminé par trois personnes; deux par comptage direct, la troisième par le gyrornètre Goumey.
- La pression initiale fut conservée presque intact e par presque toutes les machines ; le niveau d’eau initial dût être rendu à la fin.
- La machine Gérard a marché à une pression un peu supérieure à celle qu’indique le timbre; mais, même en tenant compte de cet excès de pression, la machine conserve son rang.
- CHAPITRE IV.
- MANEGES.
- § 1. —Manèges à terre.
- La division en manèges à terre, dans lesquels la force des chevaux est transmise par un arbre de couche posé à terre, et
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- en manèges en l’air, dans lesquels la transmission se fait au-dessus de la tête des chevaux, a paru nécessaire au Jury pour tenir compte des diverses circonstances qui peuvent se présenter dans les fermes.
- Le manège de M. Barrett (Reading United C°.) est très-anciennement connu; sa construction ne laisse rien à désirer ; la couronne motrice est à denture intérieure et transmet, par trois roues folles, son mouvement à un pignon central horizontal ; celte disposition a pour bon effet de permettre de recouvrir les roues et d’égaliser la pression du tirage des chevaux sur l’axe vertical central. Ce manège a été vendu à 4,500 exemplaires; il peut servir directement pour commander, à 80 ou 100 tours, les hache-paille, etc., et les batteuses avec une simple transmission intermédiaire. Faits depuis la force d’un cheval jusqu’à celle de six chevaux, ils coûtent de 242 à 612 francs, sans les fondations et les flèches d’attelage.
- M. Gautreau présentait cinq manèges établis pour satisfaire aux divers besoins de la culture en France, pour petites et moyennes exploitations. Le petit manège à cloche de ce constructeur est digne d’être recommandé pour sa bonne construction et son bas prix.
- 11 § 2. — Manèges en l’air à colonne.
- La facilité d’orientation de.ces espèces de manèges pouvant commander, la plupart du moins, une machine à battre posée en un point quelconque du pourtour de la piste, a contribué beaucoup à les répandre en France. Le constructeur qui, le premier, a donné l’impulsion, est M. Pinet, d’Abilly, et son manège est resté encore le meilleur de sa classe par sa simplicité d’exécution, la facilité de le placer et de le démonter. Toutefois, parmi les manèges que l’on a pu faire fonctionner, il est juste de citer comme recommandable celui présenté par M. Maréchaux et inventé par M. Creuzé des Roches. La première roue ou couronne est, il est vrai, forcément
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- conique et d’un diamètre assez restreint, ce qui rend ce manège assez difficile de traction ; mais il est solide et multiplie beaucoup la vitesse.
- Enfin, un jeune constructeur, M. Gautreau, présentait plusieurs manèges en l’air d’une bonne construction ; le petit manège à colonne et à arbre de couche en l’air peut être très-utile à la petite culture ; le grand manège à colonne, à poulie verticale, convient mieux à la moyenne culture.
- CHAPITRE V.
- MOTEURS A VEÏNT.
- § 1. — Moulins à vent.
- La classe 74 n’a pu juger que les moteurs à vent fonctionnant d’une manière à peu près permanente. Le plus remarquable, surtout au point de vue du règlement de la surface des ailes par le vent lui-même , est celui de M. Marot, qui a fonctionné sans accident à Billancourt, pendant toute la durée de l’Exposition. L’ensemble des ailes et de leur moyeu peut. glisser le long de l’arbre lorsque la vitesse du vent dépasse un chiffre tel qu’un contre-poids puisse être soulevé. Ce glissement du moulin sur l’arbre est utilisé pour faire fermer les ailes d’une quantité d’autant plus grande que l’excès de vitesse est plus considérable. Bien que ce moulin paraisse un peu compliqué, tout son mécanisme est tellement bien étudié que la marche est régulière et la résistance suffisante. Ce moulin s’oriente de lui-mêrne.
- Le moulin à vent, pour exploitations agricoles, inventé par l’abbé Thirion et exposé par la Société des Hauts-Fourneaux de Cathelineau (Belgique), s’oriente et règle la surface de ses ailes de lui-même. Chaque ailette est articulée par un de ses.
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- bords à un cercle fixe et par le bord opposé à un cercle mobile qui s’écarte d’autant plus du premier que la vitesse est plus grande, comme les boules d’un pendule régulateur. Ce moulin a fonctionné presque constamment sur l’annexe belge du parc, sans avaries.
- Le moulin Aubry n’était pas assez solidement construit pour résister aux vents énergiques ; il a cependant fonctionné assez convenablement. Il est muni d’un régulateur en forme de disque, qui, pressé plus ou moins par le vent, pousse un mécanisme augmentant plus ou moins la course de la pompe à faire mouvoir. Le vent augmentant de vitesse, le travail que doit effectuer le moulin est accru et réciproquement suivant le principe déjà appliqué par M. Bernard ; on peut ainsi utiliser les plus petites vitesses de vent pour élever de l’eau, et, en outre, les ailes s’effacent lorsque, la force du vent dépasse le maximum du travail résistant de la pompe. On évite ainsi les ruptures ; enfin, ce moulin s’oriente seul.
- CHAPITRE VL
- MOULINS.
- § 1. — Moulins à bras.
- 1 Un grand nombre de fermes sont tellement situées que, pendant une grande partie de l’année, elles ne peuvent qu’avec peine communiquer avec les moulins et obtenir de la farine fraîche. D’autre part, la plupart des grandes fermes disposant aujourd’hui d’une force motrice suffisante, par l’adoption, presque générale, des manèges et celle assez fréquente des machines à vapeur, il est d’une excellente économie, pour le cultivateur, d’avoir chez lui un moulin à farine. Il peut ainsi préparer, à l’époque la plus favorable, celle dont il a
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- besoin pour la consommation dans sa ferme, sans perte d’aucune sorte ; et il se débarrasse ainsi de transports toujours très-onéreux et parfois même d’une impossibilité absolue en hiver ou ail printemps.
- Aussi n’est-ce pas d’aujourd’hui que l’utilité des moulins de ferme a été reconnue ; mais si le problème est actuellement résolu, il importe toujours de rechercher parmi les modèles existants celui qui présente le plus d’avantages au cultivateur ; c’est dans ce but que la classe 74 a fait essayer les moulins exposés à Billancourt, non-seulement pour constater leur bon fonctionnement, comme produits de la mouture, mais encore au point de vue de la force motrice qu’ils nécessitent.
- Les conditions auxquelles doit satisfaire un bon moulin de ferme sont au nombre de quatre :
- 1° Produire en un temps limité une suffisante quantité de farine panifiable ;
- 2U Dépenser le moins possible de force motrice ;
- 3° Etre d’une conduite facile, au point de vue de la surveillance et des réparations ;
- 4° Être d’un prix peu élevé.
- Le premier moulin essayé est celui de M. Théophile Mercier (breveté en 1857). 11 se compose de deux petites meules en pierre delà Ferté-sous-Jouarre, de 0m50 de diamètre, placées horizontalement l’une au-dessus de l’autre. La supérieure est dormante ou fixe, l’inférieure seule tourne; elle est calée sur un arbre vertical qui porte en dessous un pignon com • mandé par une roue conique placée sur l’arbre de la manivelle motrice : cet arbre est naturellement muni d’un volant pour régulariser le mouvement autant que possible. A l’opposé du volant, le même arbre porte une poulie à gorge qui commande la bluterie.
- Le blé arrive par un distributeur bien disposé dans l’œillard de la meule supérieure, et de là tombe entre les meules où une petite roue étoilée, fixée après l’arbre et près de la meule tournante, l’éparpille de tous côtés ; la boulange sort naturel-
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- lement par le contour des meules et se rend par une manche ordinaire dans une bluterie.
- L’inconvénient le plus à craindre dans les petits moulins mus à bras ou par manège, c’est réchauffement de la farine, parce qu’ils doivent marcher avec une vitesse d’autant plus grande que les meules ont moins de diamètre et parce que la chaleur, dégagée par le frottement sur une surface restreinte, échauffe d’autant plus facilement la farine qui s’y fait à chaque instant.
- Pour éviter cet inconvénient, si préjudiciable aux intérêts des cultivateurs, M. Mercier a percé dans sa meule gisante, ou supérieure, quatre évents ou ventilateurs qui prennent l’air dans l’œillard, vers l’arête supérieure, de façon à ne jamais être engorgés par le grain. Ces évents amènent des courants continus d’air frais entre les meules et sur la farine qui ne peut ainsi s’échauffer, ce que l’essai nous a prouvé.
- Le blé arrive sur la meule d’une façon parfaitement régulière : il est d’abord nettoyé et ventilé sur des grilles placées sous les meules, entre les montants du bâtis et dans une trémie où puise un élévateur ou chaîne à godets se fournissant constamment à la trémie alimentaire supérieure, qui reçoit un mouvement latéral de va-et-vient très-favorable à la descente régulière du grain dans l’œillard des meules.
- Ce qu’il y a de remarquable dans les dispositions du moulin Mercier, c’est le moyen employé pour que les meules soient toujours parfaitement parallèles l’une à l’autre sans quelles se touchent, même en tournant vide.
- On obtient ce parallélisme à l’aide : 1° de huit vis horizontales qui agissent sur les flancs d’une boîte dans laquelle est scellée la meule gisante ou supérieure. En vissant l’une et en dévissant l’autre, on amène cette meule où l’on veut dans le plan-horizontal ; 2° quatre vis verticales ayant la tête en bas et leur écrou dans le cadre supérieur, permettent de soulever cette meule plus ou moins, de chaque côté ; avec ces douze vis on peut donc amener très-près l’une de l’autre les
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- T. XII.
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- deux meules sans les faire toucher et (le façon que l’espacé qui reste entre leurs bords externes soit uniforme sur tout le pourtour, ce qu’on vérifie facilement en y passant, comme témoin ou jaugeur, une lame mince de laiton qui doit entrer également sur tout le pourtour de Ventre-meules.
- Le tableau ci-après, résumant nos essais dynamométriques sur les moulins, prouve que le moulin Mercier a satisfait aux conditions reconnues ci-dessus nécessaires.
- 1° Il donne par une seule mouture près de 75 pour 100 de farine panifiable, non échauffée et aussi belle que celle qu’on obtiendrait d’un grand moulin. Avec un effort moteur moyen, équivalant à ce que peut donner un homme fort pendant une ou deux heures, il donne 11 kii. 674 de mouture par heure, et avec la force d’un cheval vapeur, 44 kil. 735 ; chiffre supérieur aux chiffres moyens.
- 2° Il n’emploie, pour la mouture et le jeu de la bluterie à vide, que 6,139 kilogramtnètres, chiffre inférieur à celui que dépensent les grands moulins les mieux faits.
- 3° La conduite du moulin est facile par cela même que pouvant régler facilement le parallélisme sans que les meules se touchent, les repiquages sont moins fréquents, l’usure moindre ; d’ailleurs, trois ouvertures ménagées dans les parois permettent de surveiller le travail des meules et de parer à toute cause d’arrêt ou de dérangement.
- 4° Enfin avec ses appareils de nettoyage et sa bluterie il reste par son prix à la portée de la plupart des cultivateurs.
- Le premier modèle à meules de 0m25 de diamètre n’emploie que la force d’un homme et môme d’une femme et peut faire de 6 à 12 kilogrammes de mouture à l’heure: il coûte complet, nettoyage, bluterie et accessoires, 400 francs.
- Le second modèle, pour les fermes moyennes, a des meules de 0m35 de diamètre ; il peut être mû par un homme fort et donne alors de 12 à 16 kilogrammes de mouture à l’heure ; ou,
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- mû par un cheval ou par la vapeur, de 18 à 30 kilogrammes.: il coûte, complet, 550 francs.
- Le troisième modèle, pour les grandes fermes, est de la force de deux chevaux vivants ou de un et demi-cheval-vapeur; il peut faire de 40 à 50 kilogrammes de mouture à l’heure et coûte 825 francs.
- 1 2. Moulins à eau ou à vapeur.
- Le moulin Brisson, exposé à Billancourt et essayé au dynamomètre de rotation, est avantageusement connu depuis plusieurs années en France : les résultats des essais, quoique assez favorables, eussent pu l’être davantage, si le moulin eût été mieux réglé et mieux conduit. La disposition des meules du moulin Brisson est caractéristique : la meule gisante, complètement immobile ordinairement, est, ici, oscillante autour de son centre dé gravité, grâce à deux axes perpendiculaires l’un à l’autre, dans le genre du genou de Cardan. Cette meule peut donc osciller sans tourner autour de son axe vertical ; la meule tournante, placée au-dessus de la première, oscille de même, mais en même temps elle tourne autour de son axe vertical ; dans ce mouvement, elle presse sur le grain à moudre comme dans les systèmes ordinaires, mais la meule gîte pouvant osciller, il n’y a jamais sur un côté de la meule plus de pression que sur l’autre, par suite d’une imperfection de l’équilibre delà meule tournante. Les deux meules se tiennent donc toujours également serrées l’une contre l’autre, tout en oscillant. On évite ainsi les chocs de pierre sur pierre, ce qui peut économiser de la force motrice.
- Les meules Dubois-Girard ont été appliquées, à Billancourt, à un moulin exposé par MM. Ransomes et Sims : ces meules à rayons sont munies de conduits aérateurs au nombre de vingt ; l’air frais est forcé de s’introduire entre les meules et de circuler dans le fond des talons des rayons; l’archure ferme hermétiquement la meule, de sorte que l’air sortant des meules
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- CLASSE 74. — SECTION II.
- et les produits de l’évaporation ne peuvent se rengager dans la prise d’air. Toutefois, l’air n’est pas comprimé dans l’ar-chure ; il peut s’échapper par un conduit supérieur, à cascades, forçant les produits de la vaporation à se déposer.
- L’essai de ce moulin a été satisfaisant : la boulange n'était nullement échauffée, bien que le moulin, mû par une très-forte machine à vapeur, marchât à une très-grande vitesse.
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- Essais dynamométriques des moulins à farine, faits à Billancourt les 94 et 96 septembre ISO?, par Ilf. J.-A. Grandvoinnet.
- NOM
- et
- demeure
- de
- l’exposant.
- NATURE
- du
- grain
- moulu.
- Mercier (Théophile), à la j Ferté - sous -^Froment (i). Jouarre (Seine-' et-Marne)....
- Brisson , FAU ciion et Ç Orléans ( ret)......
- F AU-
- tâ
- Froment (2) 18.723 litres
- POIDS DU GRAIN
- .SJ O
- •é-i
- O
- kilos.
- 1.9295
- 14.660
- kilog.
- 78.00
- 78.30
- POIDS des diverses parties de la mouture. ' RENDEMENT par 100 kilogrammes
- kilog.
- Farine ire., h,270 66.14
- Farine 2e.. 0.165 8.59$
- Gruaux et i
- petit son. 0.135 7.03)
- Sons (petits
- et gros).. 0.350 18.23,j
- Total.. 0.920 99.99
- Déchet... 1.0095 0.50
- Farine ire.. 8.960 61.119]
- Farine 2e et
- Gruaux
- blancs... 1.800 12.278)
- Petit son... i.ioo 7.503)
- Son 2.600 17.735'
- Total.. 14.460 98.635
- Déchet... 0.200 1.364
- RENDEMENT POUR CENT
- en farine.
- 74.73
- 73.397
- en
- son.
- 25.26
- 26.288
- TEMPERATURE
- du
- lieu.
- 16°.
- 16°. 0
- de la farine.
- 25°. 0
- 24°.
- O
- O
- G
- LS a> 'O
- -> * a
- SJ
- 9'.55'
- y g
- 2 S
- S o
- kilog.
- 11.674
- 84.441
- o ^ +*
- H 3 fi
- a g fi o £ •-
- a j= c S o h
- SS'* c O P-S5
- 268
- CS.8
- EFFORT MOYEN au dynamomètre. TRAVAIL moteur par seconde. TRAVAIL UTILE en blc moulu par chevni-vnpeur et par heure.
- kilog. kilog. m. kilog.
- 8.553 19.907 44,735
- 122.2405 220.130 28.767
- -
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- s3^ &
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- — tn 5D < fi O > O — < P-^
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- r- 3
- kil. m. 6.139
- 9.386
- (1) Il n'y eut pas de seconde mouture : la bluterie marchait à vide.
- (2) Sans blutage.
- 00
- üï
- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS, ETC
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- CHAPITRE VII.
- IIACIIE-PAILLE.
- I 1. — Haclie-paille à moteur.
- La division des fourrages en petits fragments permet au cultivateur de faire des mélanges rationnels et parfaits des diverses qualités de fourrages, soit entre eux seulement, pour faire consommer les plus mauvais, soit avec des aliments plus nutritifs ou plus aqueux. L’usage des haclie-paille se répand de plus en plus. Pour présenter toute l’utilité désirable, ils doivent :
- 1° Couper en fragments de longueur plus ou moins grande, suivant l’emploi que l’an doit faire de la paille ;
- 2° Exiger par kilogramme de paille coupée à un centimètre de longueur, comme type, le moins possible de travail moteur;
- 3° Être d’une conduite facile, d’un entretien peu coûteux et d’une grande durée;
- 4° Enfin le prix ne doit pas être exagéré.
- L’examen des hache-paille et leur essai dynamométrique ont été faits par le Jury dans cet ordre d’idées : le tableau des résultats des essais dynamométriques donné1 ci-après est suffisamment explicite ; toutefois, nous ferons remarquer que les colonnes 8, II, 16, 21 et 26, renferment les chiffres premiers caractéristiques des essais.
- MM. Picksley et Sims fabriquent des hache-paille de toute grandeur, depuis le modèle simple à bras ne coupant la paille qu’à, une longueur (9 millimètres) et seulement 20 grammes par tour, ou un kilogramme par minute au plus, jusqu’au grand modèle à trois couteaux, capable de couper de 150 à
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- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS, ETC. 87
- 200 grammes par tour, où de douze à seize kilogrammes par minute, avec un moteur égal à deux ou trois chevaux-vapeur.
- Le modèle primé et essayé à Billancourt est celui désigné par les constructeurs sous le n° 6. N’ayant pu être essayé qu’avec une manivelle dynamométrique, il n’a pu faire tout le travail pour lequel il est construit; cependant, il a donné d’excellents résultats comme coupage et facilité de conduite.
- Les couteaux sont à tranchant convexe bien étudié, pour que la coupe se fasse suivant un angle convenable et à peu près constant.
- Comme la plupart des hache-paille anglais, l’alimentation ou la conduite de la paille se fait même pendant la coupe, de sorte que la paille est poussée et pressée contre l’arrière des lames; il résulte de cette disposition un frottement inutile et nuisible, qui augmente beaucoup la dépense de force motrice, ce que l’essai dynamométrique a fait ressortir: la plupart des constructeurs persistent cependant dans l’adoption de ce système à alimentation continue ; cela tient sans doute aux inconvénients que présentent les hache-paille à mouvement alternatif, lorsqu’ils doivent être mus à grande vitesse par des moteurs autres que la main de l’homme.
- Ce hache-paille peut couper à deux longueurs différentes, sans changement de roues; il suffit d’agir sur un levier de débrayage : en outre, on peut faire marcher la paille en arrière en cas de mauvaise alimentation ou d’accident; enfin, le même levier permet d’arrêter entièrement le hache-paille.
- La construction de cet instrument ne laisse rien à désirer.
- Les hache-paille de MM. Ransomes et Sims méritent aussi d’être placés au premier rang. Le modèle n° 24 est fait pour être mû par un manège ou par la vapeur; la bouche a 0m£C0 de large et peut s’ouvrir de 51 à 102 millimètres en hauteur; il coupe la paille à deux longueurs ( 10 et 20 millimètres ) sans changement de roues; il a comme le précédent, un bon débrayage à manchon denté; comme pour le précédent, l’essai
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- GROUPE VIII. — CLASSE ”4. — SECTION II.
- dynamométrique lui eût été plus favorable s’il avait pu être fait avec nn moteur à vapeur.
- § 2. — Hache-paille à moteur et à main.
- Ce genre de hache-paille ne diffère guère des précédents qu’en ce qu’ils peuvent, à la rigueur, être mus par un ou deux hommes ; ils sont donc plus petits et l’économie de force motrice a plus d’importance. Le Jury a cru devoir placer en première ligne le hache-paille Walck-Virey, dans lequel la paille n’avance que dans l’intervalle des coupes. On obtient cette alternance si avantageuse des travaux, par des mécanismes un peu délicats, surtout pour le fonctionnement rapide à la vapeur.
- L’essai a été assez favorable à ce genre de liache-paille : le coupage d’un kilogramme de paille à un centimètre de longueur a exigé 819 kilogrammètres seulement.
- Le hache-paille Walck-Virey peut couper la paille à plusieurs longueurs : il faut arrêter l’appareil pour opérer ce changement.
- Le hache-paille Ashby et Jeffery, placé au second rang, est à alimentation continue. Il est très-bien construit et présente les perfectionnements récents : changement instantané des longueurs de coupe, et recul de la paille ; il peut couper trois longueurs ; il a exigé, pour chaque kilogramme de paille coupé à un centimètre de longueur, 869 kilogrammètres de travail moteur. Il est un peu fort pour être facilement mu par un homme.
- § 3. — Hache-paille à main.
- Si l’économie de force motrice n’a qu’une importance secondaire dans les hache-paille destinés à être mus par la vapeur, en revanche elle forme la condition principale des hache-paille à main. A ce point de vue, les systèmes à alimentation
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- TABLEAU DES RESULTATS DES ESSAIS DYNAMOMETRIQUES SUR LES HACHE-PAILLE FAITS A BILLANCOURT EN JUIN 1867,
- Par M. J.-A. GRAND Y O INNE T.
- POIDS TRAVAIL MOTEUR 1
- NOM NOMBRE LON- POIDS POIDS FORCES MOYENNES TRAVAIL MOTEUR TRAVAIL MOTEUR de par kilogramme RENDEMENT mécanique
- de de enregistrées par le dynamomètre pour chaque tour de manivelle par kilogramme de paille coupée paille coupée de paille
- et NATIONALITÉ. DATE tours de GUEUR moyenne par litre de paille coupée et pour et pour et pour par heure pratiquement coupée à un cent, de longueur ou rapport du travail employé
- DEMEURE mani- de le le le pour l’instra- OBSERVATIONS.
- de de Fessai. velle dans la paille la paille dar.s l’essai par le volant le volant et les hache- paille le volant et la coupe le volant le volant et les hache- paille le volant et la coupe le volant le volant et les hache- paille le volant et les la coupe par cheval par pour la coupe à la coupe au travail
- l’eïposant. l’essai. coupée. coupée. tour. seul. tout la coupe. seule. seul. tout seule. seul. tout seule. homme. ment seule- dépensé
- entier. * cylindres entier. cylindres entier. la coupe. cylindres entier. couteaux vapeur. entier. ment. en moyenne.
- (1) (2) (3) G) ($) (6) (7) (8) (9) Oo) (H) (12) (l3ï (14) (15) (IC) (R) (18) ( 1 9) (20) (21) (22) (2.'i) (24; (2-0 (26) (27) (28) (29)
- 18G7. millim. grammes grammes gram mes kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. K. G. M. K. G. AI. K. G. M. K. G. AI. K. G. Al. K. G. AI. K. G. M. K. G. AI. K. G. AI. K. G. AI. K. G. Al. K. G. AI. K. G. M. K. G. AI. pour cent. Hache-paille à 'alimentation con-
- Ashby et Jeffery, Stamford.... Angleterre. 17 juin.... 17 20 50 1855 109.12 4.39 9.81 20.40 14.98 10.59 10.21)7 22.808 47.430 31.828 24.G22 93.54 209,01 434.G6 319.17 225.G4 621 62 869 431 51.91
- iinue et coupe intermittente.
- Paulvé-Millot, à Troyes France.... 25 juin.... 23 15 55 1.145 49.78 3.00 6.92 10.00 12.09 9.09 6.975 16.090 23.250 28.109 21.134 140.00 321.80 /, C*. fl A nao «in ,o 698 634 90-83 Hache-paille à alimentation et .coupe alternes. >
- ooü .,8 843 634 73.20
- Id. -id Id. Id. 11 38 36 1.068 97.14 3.00 7.00 10.00 12.15 9.15 6.975 16.275 23.2C2 28.219 21.273 71.80 107.54 239.47 290.S0 219.00 1.127 113 910 832 91.45 Idem.
- Hache-paille à
- Peltier, Paris Id. 17 juin..,. 10 20 52 0.407 40.70 1 .400 3.50 9.64 7.54 6. 14 3.255 8.137 22.425 17.542 14.287 80.00 200.00 550.97 431.00 351.03 1. Q fl 49 1.102 702 63.70 ^alimentation con-
- /tinue et coupe in-Jermiltente.
- Id. id Id. 18 juin. ... 15 13 57 0.500 33.65 2.287 4.30 8.546 6.546 4.259 5.317 7.672 19.869 13.219 9.902 158.01 228.01 590.47 452.26 294.26 457 46 7C7 3S2 49.87 Idem.
- Id. id Id. 17 juin.... 7.5 20 53 0.446 59.47 1.315 3.40 11 .634 9.519 8.204 3.057 7.905 27.049 22.132 19.074 51-41 132.93 454.86 372.17 320.75 593 59 910 641 70.30 Idem.
- Pilter, id Id. 18 juin..,. 11.0 12 60 0.350 31 .81 2.485 4.50 1 1 .43 6.93 4.445 5.778 10.462 26.575 IG.112 10.335 181.65 328.91 S35.42 506.51 324.90 323 32 1 .002 390 38.89 Idem.
- Id. id Id. Id. 15.5 12 60 0.550 35.48 3.611 4.50 9.895 9.006 5.395 8.395 10.462 23.005 20.939 12.543 236.59 294.84 658.33 590.11 353.50 4 16 42 8 53 42 4 50.32 Idem.
- Picksley et Sims, à I.eigh Angleterre. 17 juin. ... 15.0 20 50 1.510 100.67 4.000 9.00 18.142 13.142 9.142 9.300 20.925 42.180 30.555 21.255 115.47 230.95 419.00 303.52 21 1 . 14 644 6 5 838 422 30-39 Idem,
- Id. id Id. Id. Id. , 15.0 15.0 8 8 68 68 0.500 0.550 33.33 36.667 3.766 3.750 8.77 16.414 17.750 I l .410 13.750 7.644 8,756 20.390 38.162 26.528 3-1.968 17.772 23.250 202.70 237.76 611.76 491.39 I154.97 1125.47 795.91 871.84 533.21 635.08 236 240 916 406 46.37 Idem, I} Idem. Hache-paille h
- Id. id Id. 7.750 10.000 8.718 18.018 41.268 25 900 [ 764 507 830 33.36
- 108.69
- Uansomes et Sims, à Ipswich. Id. 17 juin.... 100.0 10 65 3.500 35.000 2.000 8.89 11 .500 14.500 12.500 4.650 20.659 26.737 33.712 29.002 132.86 590.55 763.93 963.21 830.35 353 35 963 830 ! alimentation in-
- 86.18 .termittente.
- Id. id Id. | . 709 997 1 50.62 ï Idem.
- Id. 50 20 53 3.000 60.000 1.946 6.158 9.130 14.809 12.863 4.525 14.317 21.274 3 5. 431 29.906 75.42 238.62 35 4.57 573.85 498.43 761 76
- r 1.147 997 86.92 ( Hache-pail'e à
- Id. id Id. n° 24* 18 juin.... 15 15 65 0.600 40.00 2.000 7.000 12.269 7.269 5.269 4.650 16.275 28.525 16.900 12.250 116.25 406.87 713.13 422.50 306.25 379 38 1 .069 459 42.93
- (alimentation con-
- id. id Id. id. * Id. 15 10 65 0.400 26.667 2.00 7.000 10.850 5.850 3.850 4.650 16.275 25.226 13.601 8.951 174.82 616.23 945.95 510.00 335.6 285 23 946 336 33-32 f tinue.
- Walck-Virey, à Saint-Dié 17.537 788 573 72.71 i . Hache-paille à (alimentation in-
- France .... 18 juin.... 38 10 65 0.845 22.237 3.000 6.225 7.543 8.485 5.48 5 6.975 1 i.473 19.728 12.753 313.66 650.85 788.64 887.17 573.50 352 35
- ( 887 | 573 64.60 .termittente. i
- 33.620 822 690 83.94 1 1 Idem.
- 25 juin.... 7 40 . 35 1.145 163.6 3.000 13.777 14.460 15.147 12.147 6.975 32.031 35.217 23.242 42.63 195.78 205.50 215.2G 172.62 1.313 131 80.13
- l 86! | 690 )
- 18 juin.... 17 40 35 1.595 93.82 3.000 10.000 17.095 19.000 1G.000 6.975 23.25 39.746 4M 75 37.200 7 5.34 247.81 423.64 470.84 396.50 637 64 ; 847 793 93.62 I } Idem.
- ( 941 I 793 84 .27 S i
- EBSE
- (t. xii, page 89 bis.)
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- intermittente paraissent tout d’abord préférables, mais en revanche ils sont un peu coûteux pour les petites exploitations.
- Le petit hache-paille, système Biddell, présenté par MM. Ransomes et Sims a bien fonctionné ; le mécanisme de changement de longueur de coupe est simple et efficace. La construction est très-soignée et bien entendue.
- Grâce à l’alternance du travail de la conduite de la paille et de celui du coupage, la résistance à vaincre est presque uniforme et il ne faut, par kilogramme de paille coupé à un centimètre de longueur, que 736 kilogrammètres, chiffre le plus petit donné par nos essais.
- Le hache-paille Peltier est à alimentation continue par une transmission à vis sans fin perfectionnée (engrenages moulés sur le chemin décrit par la vis). Il se recommande par sa simplicité et son bas prix.
- M. Paulvé-Millot présentait plusieurs modèles de hache-paille parmi lesquels nous croyons pouvoir recommander le système à alimentation intermittente alternant avec le coupage. Quelques perfectionnements dans la forme des lames et dans l’ensemble de la construction, feraient de ce hache-paille un instrument de premier mérite. (Voir le tableau ci-joint.)
- CHAPITRE VIII.
- PRESSES ET PRESSOIRS.
- L’essai des pressoirs n’a pu être fait faute de vendange ou de marc à presser ; mais ils ont pu être appréciés par un examen suivi des moyens de compression eu égard à la pression totale qu’ils peuvent exercer, à la rapidité de la manœuvre des organes, à leur mode de construction, à leur durée, à leur entretien et au prix relatif.
- Trois grandes classes de presses étaient soumises à l’examen.
- Presses à huile. — Dans cette catégorie les presses hydrau-
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- liques ont certainement l’avantage pour les grandes huileries : jugeant au point de vue de la classe 74 (matériel des usines agricoles)', le Jury a cru devoir laisser de côté les presses industrielles, appréciées par une autre classe, et il s’est horné à recommander les meilleures presses pour les petites huileries si nombreuses encore dans le midi de la France, en Italie et en Espagne.
- La presse de M. Pinaquy et Sarvy est à levier et à vis et de la plus grande simplicité : la construction est très-remarquable; la vis à filets amincis du corps à l’extérieur, peut à égalité de résistance présenter un pas plus petit, ayant pour bon effet une plus grande multiplication de la force.
- La presse de M. Bénini (Italie) est à vis et engrenage : plus forte que la précédente elle peut lutter sans désavantage.
- La presse de M. Fosscy et Cic (Espagne) est du même système que celle de M. Pinaquy et Sarvy, sauf que les filets ont une section rectangulaire et non trapézoïdale.
- Pressoirs à vin et à cidre. — Ces pressoirs étaient assez bien représentés dans l’exposition du Champ-de-Mars et de Billancourt, bien que quelques fabricants renommés de la Champagne et de la Bourgogne aient cru devofr s’abstenir, ce qui est regrettable dans un pays où la vigne a tant d’importance.
- M. Samain exposait non-seulement son ancienne presse à genou si.digne d’éloges, mais encore une nouvelle presse, dite sans frottement, que, malheureusement, on n’a pu voir fonctionner qu’à l’état de modèle, réduit à peu près au dixième.-Cette presse se compose d’une vis, à filets très-inclinés sur l’axe, qui forme la lige ou le support d’une table sur laquelle sont les matières à presser, et qui peut se lever entre quatre colonnes reliées en haut par un très-fort sommier en fonte. Deux écrous peuvent être alternativement soulevés à l’aide d’un levier, moteur oscillant qui agit sur eux par l’intermédiaire de bielles ou de pieds de biche. Quand l’un des écrous
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- est soulevé il appuie ses filets contre ceux de la vis et forcé celle-ci à s’élever, pendant que l’autre écrou descend par son propre poids en tournant autour de la vis ; ce dernier écrou étant à son tour soulevé lorsque le levier revient en sens contraire, le premier retombé; à chaque oscillation du levier moteur, le même jeu se renouvelle; il en résulte que ces deux écrous font sur la vis, considérée comme crémaillère, l’effet d’un double encliquetage muet. La force ainsi obtenue peut être plus limitée que dans d’autres pressoirs; il est regrettable que le grand modèle de cette presse exposée dans l’annexe du parc n’ait pu fonctionner à l’aide de la vapeur devant le Jury, forcé ainsi de réserver son opinion sur cette invention.
- La presse à genou de M. Samain date déjà d’une dixaine d’années ; un levier agit pour faire tourner une vis horizontale, à double filetage symétrique, tournant dans deux écrous : ceux-ci forment les deux sommets d’un losange composé de quatre, doubles bielles articulées du haut à un sommier fixe et du bas à un sommier mobile qui descend lorsque la vis en tournant ferme le losange ou les deux genoux. Avec une force motrice/ constante, la pression opérée va en croissant très-rapidement, avantage considérable puisque la matière à presser réagit aussi de plus en plus. Le rendement mécanique ou l’effet utile de' ce genre de presse est supérieur a celui des meilleurs pressoirs à engrenages, soit environ 45 pour \00.
- Les seules observations à faire consistent dans la limitation de la course du genou ce qui force, pour le vin, à. faire des marcs peu épais mais larges.
- M. Samain a eu l’heureuse idée de courber légèrement en dehors les tiges guides du sommier compresseur. Ces tiges: que la pression fait allonger, tendent par suite à se1 redresser dans leurs parties courbes; ce redressement, quelque petit qu’il soit, est rendu apparent sur un cadran, où court l’extrémité d’une aiguille multiplieatrice. On a ainsi un dynamomètre semblable à, celui.de Regnier et qui, bien taré, permet
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- au vigneron de proportionner sa pression suivant la qualité du vin.
- En outre, dès que la pression dépasse celle que peuvent supporter avec la plus grande sécurité les organes de l’appareil, le levier du dynamomètre arrête le levier moteur. Ce pressoir est ainsi préservé de toute rupture.
- MM. E. Mabille frères, d’Amboise, exposaient plusieurs pressoirs à engrenages et un pressoir hydraulique. Le Jury de la classe 74 signale tout particulièrement le modèle à trois paires d’engrenage et à débrayage spontané.
- La pression s’opère successivement avec quatre vitesses décroissantes, de manière à accélérer le travail à l’origine
- lorsque la résistance du marc est très-faible. La multiplication s’élève autant que cela peut-être nécessaire pour extraire tout le vin.
- L’exécution des diverses parties de ce pressoir est bonne, et les prix des divers modèles rendent abordables ces appareils à la petite comme à la grande propriété.
- La maison Chollet-Champion présentait aussi un grand nombre de pressoirs d’une exécution tout à fait remarquable. Nous signalons particulièrement le pressoir à boisseau, à trois paires d’engrenages, qui ne le cède à aucun en puissance et en rapidité de manœuvre ; la pressée se fait en quatre vitesses décroissantes.
- Signalons ensuite chez les mêmes exposants :
- 1° Le treuil vertical ; addition facile à faire, pour en augmenter la puissance, à tous les pressoirs ordinaires à lanterne, ou à simple levier à embarrage.
- 2° Le pressoir hydraulique, très-bien disposé, d’une manœuvre rapide et facile, bien qu’en apparence il paraisse un peu compliqué : la presse hydraulique proprement dite peut s’appliquer à toute maie en bois, ou en pierre.
- Parmi les divers pressoirs hydrauliques exposés, celui de M. E. Mannequin peut plus spécialement être recommandé en raison de sa simplicité, de son bon fonctionnement et de son
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- énergie. Le modèle actuel à deux pistons est bien préférable à l’ancien.
- Le pressoir de l’école de Panteleimon, bien que d’un bon emploi, ne présente rien de particulier à signaler.
- M. Maurice Rateau exposait un énorme pressoir à deux vis et plusieurs paires d’engrenages : sa force est considérable ; le cuvelage carré s’ouvre et se ferme promptement et facilement; mais l’ensemble paraît un peu compliqué et d’exécution coûteuse.
- Presses à foin. — On n’a pu essayer convenablement que la presse de M. Leduc, qui peut être recommandée à tout grand cultivateur devant exporter des fourrages par chemin de fer ; c’est une presse à engrenages et à vis, montée sur un plancher de bascule, de sorte que la charge peut être pesée, puis pressée.
- Il n’est pas inutile de faire ici quelques observations sur les raisons qui peuvent engager à comprimer le foin.
- Au point de vue exclusivement agricole, on pourrait par ce moyen conserver une partie du foin des années exceptionnellement fécondes, pour les années pauvres, ce qui permettrait de régulariser l’élevage et l’engraissement des animaux, soumis aujourd’hui à d'énormes fluctuations.
- Au point de vue commercial, le mode actuel de transport des fourrages secs réduit beaucoup le rayon d’approvisionnement des grandes villes.
- Le transport direct par voitures est très-coûteux, dès que la distance dépasse quelques lieues, et, en outre, le chargement d’une matière si encombrante est très-difficile; le moindre heurt dérangeant l’harmonie du chargement produit souvent des pertes de temps fâcheuses.
- Le transport par chemin de fer n'est économique qu’autant que le mètre cube de la matière à transporter est d’un poids considérable : il faut donc comprimer le foin pour en faire
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- entrer le plus grand poids possible et réglementaire dans un wagon.
- Le principe des presses à foin est le même que celui des pressoirs, avec l’addition de dispositions propres à faciliter la ligature des bottes de foin, ces opérations devant être simultanées.
- La presse Leduc a paru la mieux étudiée, et les deux essais qui en ont été faits ont prouvé que la manœuvre est prompte et facile. On peut, au maximum, réduire le fourrage au quart de son volume, ce qui donnerait un poids de 400 kilogrammes par mètre cube de foin comprimé. Les balles sont de50kilogrammes, et un ouvrier liabiLué et suffisamment fort peut mettre en bottes 2,000 kilogrammes dans sa journée, ce qui réduit le prix de la compression à environ 3francs par 1,000 kilogrammes pour l’exploitation d’une quarantaine d’hectares de prairie.
- M. Samain exposait une presse à foin à l’état de modèle réduit au 1/10 environ, et du même système que sa presse sans frottement.
- CHAPITRE IX.
- MACHINES A ÉLEVER L’EAU.
- lo Norias et autres machines élévatrices pour l’irrigation.
- L’arrosage des prairies ne peut avantageusement se faire avec de l’eau élevée mécaniquement qu’au tant que les machines élévatoires employées donnent un effet utile considérable, puisque le prix de revient de l’arrosage dépend essentiellement du prix de chaque mètre cube d’eau.
- La première condition à exiger d’une machine élévatrice est donc l’économie du travail moteur. En second lieu, il faut
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- que cetle machine puisse donner beaucoup d’eau par minute, sans être d’une installation trop coûteuse ni d’un prix trop élevé ; enfin, la conduite doit être facile et l’entretien peu onéreux.
- Seule, la noria de M. de Saint-Piomas était installée assez convenablement pour être essayée au dynamomètre de rotation, et elle a donné d’excellents résultats, comme le montre le tableau ci-après.
- Cette noria se distingue de toutes les autres : 1° par la disposition particulière de ses godets , munis d’un siphon à air permettant à ce gaz de s’échapper avec une telle facilité, lorsque les godets entrent dans l’eau, qu’ils n’éprouvent pas alors de résistance appréciable; 2° par la forme triangulaire prismatique du seul tambour sur lequel s’enroulent les godets; 5" dans une bonne construction de la chaîne et un mode convenable d’attache des godets.
- Le siphon à air est préférable aux soupapes, sujettes à se déranger ou à s’obstruer : il permet de supprimer le rouet inférieur que l’on employait autrefois à la partie inférieure de la chaîne pour la tenir tendue et contrebalancer la réaction de l’eau sur les godets y entrant.
- Cette disposition permet d’allonger la chaîne du haut sans difficulté et rapidement.
- La chaîne passe sur un treuil d’une forme triangulaire dont les branches sont armées de couteaux en acier sur lesquels reposent les maillons; la chaîne ne peut glisser en arrière.
- On peut faire des norias de ce modèle capables de donner quinze mètres cubes d’eau par minute.
- Elle peuvent évidemment enlever les eaux les plus sales et les plus vaseuses sans dérangement.
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- Tableau des expériences dynamométriques faites sur la noria de M. de Saint-Uomas, a Billancourt, les 29 et 30 août 1867,
- PAR M. J.-A. GRANDVOINNET.
- (La hauteur d'élévation est restée, dans tous les essai*, de 10™18.)
- NUMÉROS des expériences. N 0 M G h la machine à vapeur. RE DE T PAU MINUTE à la poulie dynamo-métrique OURS au tambour de la noria. NOMBRE de godets élevés par minute. VOLUME d’un godet en litres. QUANTITÉ d’eau élevée par minute en litres. TRAVAIL utile en eau élevée. ORDONNÉE moyenne de la courbe dynamo- métrique, EFFORT moyen corres- pondant. TRAVAIL par minute en kilogram- metres. MOTEUR en chevaux- vapeur. RENDEMENT ou effet utile. OBSERVATIONS.
- 1 I50.60 146.19 10.417 31.230 21.00 656*25 en litres. 6,680.6 en millim. 12.289 en kilog. 31.536 7,311.3 1.625 0.914 Le ressort dyna-
- 2 148.33 143.92 10.256 30.767 20.04 616.567 6,380.4 12.361 31.718 7,240.1 1.609 0.S82 mométrique fléchit de 38 millimètres 97
- 3 147.00 142.63 10.164 30.491 20.04 611.042 6.220.4 11.912 30.567 6,914.8 1.337 0.899 pour 100 kilog. Le
- 4 141 .66 137.45 9.794 29-383 21.00 017.047 G,2SI.5 13.370 34.308 7,479.3 1.662 0.840 diamitre delà poulie dynamométrique est
- S 174.66 109.47 12.070 36.228 21.00 760.78S 7,744.8 11.994 30.777 8,272.3 1.838 0.936 de 0"‘30L
- 6 84.00 S I .50 5. 808 17.423 21.00 365.891 3,724.8 13.156 33.739 4,364.0 0.970 0.833
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- La noria à manège de M. Pfeiffer est bien disposée pour un puits : elle peut rendre de grands services pour l’arrosage de surfaces restreintes, pour les jardins, etc.; son installation n’a pas permis de l’essayer au dynamomètre.
- Une petite noria à manivelle, de M. Santerre-Taeonnet, peut être recommandée au même titre pour une quantité d’eau plus restreinte : elle peut aussi remplacer les pompes de p'nits.
- § 1. — Machine élévatoire à tube oscillant.
- M. de Caligny exposait, à Billancourt, une machine motrice élévatoire à tube oscillant dont il est l’inventeur; elle a fonctionné plusieurs jours, à divers intervalles, à l’aide de l’eau élevée par des pompes Peltier, mues par une locomobile.
- Cette machine élévatoire diffère essentiellement, même dans son principe, de tout autre appareil élévatoire connu. Elle se compose d’un tuyau fixe, destiné à débiter l’eau d’une chute motrice, relevé verticalement à son extrémité d’aval, où il est .surmonté d’un tuyau ascensionnel, qui reçoit et élève à son sommet, où elle la déverse, une partie de Veau amenée par le tuyau fixe : l’eau en excédant, la véritable eau motrice, s’écoule par intermittence, dans un canal de décharge, entre l’extrémité d’aval du tuyau fixe et le bas du tube mobile oscillant. Celui-ci est suspendu à l’une des extrémités d’un balancier et équilibré par un contre-poids convenable placé à l’autre bout. L’oscillation du tube ascensionnel, qui constitue tout le jeu de l’appareil, résulte : '1° de la succion opérée dans l’étranglement annulaire que l’eau motrice doit traverser pour s’échapper dans le canal de décharge, succion qui fait retomber le tube oscillant; 2° du retour de la colonne d’eau oscillante après la descente de ce tube, retour qui se prolonge assez pour que le contre-poids puisse relever le tube. Ainsi, sans soupapes, ni d'arrêt, ni d’ascension, c’est-à-dire sans arrêt brusque ni. choc de la colonne d’eau, comme dans les béliers hydrauliques, on obtient une machine élévatoire d’un
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- rendement assez considérable. (Voir ci-après, pages 100 et 101, le tableau des expériences.)
- Cette machine élévatoire, comme on le voit, a forcément pour moteur l’eau d’une chute; la hauteur à laquelle l’eau peut être élevée dépend de la hauteur de chute et ne doit guère dépasser quatre ou cinq fois la chute, pour conserver un bon rendement.
- Les expériences faites par nous, sur cette machine, laissent un peu à désirer par suite : 1° de l’insuffisance du volume d’eau dont nous pouvions disposer; 2° de la difficulté de jauger l’eau motrice ; 3° du peu de surface du bassin d’amont et d’aval, forçant à faire des corrections un peu arbitraires. En multipliant les essais, nous avons cherché à annuler les erreurs.
- Si l’on ne prend que l’expérience la plus longue, le rendement serait de près de 53 pour 100, chiffre assez élevé, si on considère que la machine hydraulique est motrice et élévatoire : si une roue hydraulique motrice fait mouvoir une pompe, le rendement de la roue est d’environ 60 pour 100, et le rendement en eau élève une fraction de cette fraction, soit environ les 75 centièmes, ce qui donne un rendement total de 45 pour 100 seulement, tandis que, ici, nous avons 53.
- \ 2. — Pompes à force centrifuge.
- L’installation faite à Billancourt, par M. Coignard, a montré pendant plusieurs' mois une pompe dite à vitesse ordinaire donnant une énorme quantité d’eau puisée dans la Seine, et une pompe dite' à vitesse réduite, aspirant l’eau à huit mètres de profondeur et la refoulant à seize, soit une élévation totale de 21 mètres. Ces deux pompes ont constamment bien fonctionné.
- La première se compose d’une enveloppe ou carapace fixe en fonte contenant deux tambours coniques adossés par leur pointe et calés sur un même arbre qui les entraîne dans son
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- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS d’e.NGRAIS, ETC. 99
- mouvement de rotation. Chaque cône est ouvert à son sommet, pour l’entrée de l’eau aspirée, et des aubes intérieures forment deux canaux en spirales coniques, que l’eau suit en sens inverse de la rotation. La courbure transversale de ces aubes est calculée pour recevoir l’eau sans choc au centre de la carapace et la conduire à la circonférence. L’eau prise ainsi au centre de la tubulure d’aspiration s’échappe par un étroit orifice formant tout le tour de la base, fermée, de chaque cône, et passe dans le canal de refoulement à section constante où elle s’élève à une hauteur en rapport avec la vitesse donnée aux cônes.
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- 100
- GROUPE VIII.
- CLASSE 74
- SECTION It.
- Tableau des résultats des expériences faites sur le
- EN SEPTEMBRE ET
- - NOMBRE VOLUME D’ E A U II A U T K l R
- DE BAISSE FOURNI DE C H'TE
- NUMÉROS DURÉE COUPS DE PISTON de
- PAR. MINUTE niveau dans — '
- des des - par par par la
- Kxré- expé- Pompe Pompe le la la baisse en 3 o* 5 G
- RIF.NCES. riences. à deux à trois bassin pompe à p o mpe à de niveau totalité. e ë 0) -- <2 g x C- c/i C ü rTZ ZZ C Cl 1—1 »*“» 'Cl c
- d’amont. deux trois du o “ C 3
- corps. corps. co rp s. corps. bassin. («;
- ! \ re 2' 39" 32 28.8 0.04 362.77 403.80 121.92 888.49 0.461 0.424 0.02 0.424
- 2 e » 0.10 « » 304.80 304.80 0.G95 0.595 0.02 0.625
- 3e et 4° » » » 0.07 » 213.30 213.36 0.695 0.625 0.02 0.640
- 5e •1 5' 00" 34.44 31.0 0.055 1963.08 2185.5 167 64 4316.22 0.695 0.610 0.02 0.6475
- 6e 2' 00" 42.22 38.0 0.09 320.88 357.20 274.32 952.40 0.695 o.go;; 0.02 0.630
- 7e 1' 00" 57.3 51.6 0.085 217.74 242.52 259.OS 719.34 0.695 0.010 0.02 0.6325
- 8e •1 ' 00 ' 40.G 41 . 4 » 174.80 194.58 » 369.38 0.695 0.G95 0.02 0.675
- 9e 1' 00" 50.0 45.0 » 198.00 21 |.50 » 409.50 0-695 0.695 0.02 0- 675
- 1 0° 2' 30" 44.0 39.6 0.048 418.00 405.30 146.301 1029.60 0.695 0.647 0.02 0.651
- Moyennes a non
- (rt) De la chute moyenne brute, il faut retrancher la dépression qui se fait dans le bassin d’amont (trop (b) Les goulottes ne fournissaient pas Peau également. Voici le rapport entre leurs débits : les deux ensemble 3.39 fois le volume de la première.
- (d) Différence entre 1 eau sortant du bassin d’amont et celle élevée, augmentée du volume de la colonne (d) A chaque oscillation du tube, le nivi au baisse dans le bassin d’amont, trop petit, et le tube sur lequel
- La pompe centrifuge de 3131. Neut et Dumont n’était pas installée à Billancourt ; elle fonctionnait seulement au Cliamp-dc-Mars. Cette pompe paraît être une très heureuse amélioration des pompes centrifuges faites sur le principe du ventilateur à air. Les ailettes de la partie mobile ont une courbure
- CHAR HUES , SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS , ETC. 101
- PENDULE HYDRAULIQUE DE M. DE CALIGNY, A BILLANCOURT OCTOBRE 1867.
- par la pre- mière goulotte EAU ÉLEVÉE par les deux pre- mières goulottes par les quatre goulotles w EAU réelle- ment motrice. (<) II A U T E U brute. R D’ÉLÉ DE L’F.AU addition pour baisse de niveau a l’amont et à la levée. (d) Y A T I O N réelle. TRAVAIL moteur réel. TRAVAIL utile en eau élevée. EFFET utile ou rende- ment de l’appa- reil. NOM d’oscil DU " ASCENS en totalité BRE LATIONS rUBE IONNEL par minute
- litres. litres. litres. mètre. mètre. k.g.m. k.g.m.
- 22.90 79.93 785.56 1.181 0.065 1.236 333.077 98.793 29.67 16.0 3.36
- » 46.190 87.195 194.605 0.905 0.070 0.975 121.62S 85.015 69.89 4.0 5)
- » 32.334 61.039 129.321 0.905 0.055 0.960 82.765 58.597 70.80 4.0 »
- 325.47 3) \ 135.25 3157.97 0.905 0 0475 0.9325 2044.783 1081.33 52.88 » 3)
- » 5) 239.80 689.60 0.905 0.065 0.970 434.44S 232.606 53.54 H .0 5.50
- 54.248 )) 189.21 507.13 0.905 0.0625 0.9675 320.760 183.06 57.07 »
- 35.38 ?) 123.40 222.98 0.925 » 0.925 150.525 114.f 4 5 75.83 » 5.33
- 27.36 » 95.43 291.07 0.905 0.02 0.923 196.472 88.273 44.9-2 » »
- - 80.194 279.717 726.88 0.949 0.02 0.969 473.20 271.05 57.27 :» V
- 0.984 58.267 5.40
- petit) à chaque oscillation, et le gonflement dans le bassin daval.
- premières goulottes sont aux deux dernières dans le rapport de 24.5 à 21.75. Les quatre goulottes donnent Testant dans le tube après chaque expérience et qui est de 23 litres.
- l'élévation a été mesurée au repos s’élève de 4 à 5 centimètres pour le jeu même de l’appareil.
- convenable pour recevoir l’eau sans choc, bien qu’elle arrive parallèlement à Taxe de rotation, et pour la conduire, sans agitation nuisible, jusqu’à la circonférence d’où elle s’échappe comme dans les turbines motrices centrifuges, et s’élève dans
- le canaCde refoulement
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- '102
- GROUPE VIH. — CRASSE 74. — SECTION If.
- §3. — Pompe à purin.
- La pompe exposée par M. Ganncron satisfait bien à ces dernières conditions; elle est à deux corps entre lesquels se trouve un réservoir d’air ; elle est extrêmement facile à démonter et à remonter et les essais faits lui ont été favorables.
- La pompe Pelticr est aussi une bonne pompe dont le rendement est presque aussi élevé.
- La pompe à purin de M. Eldin est seulement aspirante et élévaloire et ne présente rien de remarquable que sa simplicité de construction et son bas prix.
- La pompe de MM. Jeannin frères, de Pontarlier, présente une disposition analogue; si elle est un peu plus coûteuse, en revanche elle est plus solide et bien établie pour élever le purin.
- M. Durosoy présentait toute une série de pompes à tiges extérieures au corps de pompe, qui rendent la visite et l’entretien de ces pompes assez faciles.
- La petite pompe à deux corps de M. Brossernant est bien établit et a donné un bon rendement.
- § l. — Pompes ii usages domestiques.
- Parmi ces appareils, la pompe exposée par M. Thiébault (Victor), et inventée par M. Aubry, doit être particulièrement recommandée. Non-seulement elle donne, comme le montre le tableau des essais, un fort rendement mécanique (57 pour 100), mais encore elle est disposée dans toutes ses parties de façon à supprimer la plupart des causes de dérangement. Cette pompe est à double effet. L’exposition de M. Thiébault à Billancourt présentait une grande variété de pompes du même principe.
- . La'.pompe de MM. Jeannin frères, de Pontarlier, esta piston rotatif, auquel un balancier, monté directement sur l’arbre, donne un mouvement alternatif; une simple cloison diamé-
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- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS, ETC. 103
- traie dans le piston aspire et comprime à chaque demi-oscillation, grâce à une disposition particulière des orifices qui font communiquer le corps de pompe avec les chambres des clapets d’aspiration et de refoulement. Cette pompe est simple, peu sujette à usure et d’un prix relativement peu élevé; elle n’a eu qu’un rendement mécanique moyen dans les essais dynanométriques.
- L’appareil exposé par M. Samain, sous le nom de balance hydraulique, peut rendre de grands services dans les jardins, les parcs et même les fermes. Il permet en effet d’utiliser une chute d’eau même à petit débit, pour élever l’eau nécessaire à une ferme ou un château. Une large caisse suspendue et convenablement équilibrée reçoit l’eau delà chute. Dès qu’elle est remplie, elle agit comme un poids qui presse sur le piston de la pompe, pour refouler l’eau. Arrivée au bas de la chute la caisse se vide, les clapets du fond s’ouvrent; elle remonte grâce au contre poids, ouvre la soupape d’alimentation et recommence le même jeu en se remplissant de nouveau.
- (Voy., pages 104 et 105, les résultats des essais sur les pompes.)
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- J04 GROUPE VIII. — CRASSE 74. — SECTION II.
- DATE des ESSAIS. NOMS des EXPOSANTS. | NOMBRE ' de coups de piston. DIMENS D'amètrc du pi sIon. ONS DES Course du piston. POMPES. Surface du piston. VOL théo Par tour ou coup (le piston. U ME rique TOTAL. von mi pat* toutou coup de piston. G RÉEL TOTAL.
- 9 juill. Jeannin, de Pon-tarlier (Doubs)... 193 dëcimètr. décimètr, » décimètr. carrés. » litres. » litres. yy litres. 0.9163 litres. 176.852
- 6 — Id. 200 y> y> yy » yy 1.0150 209.000
- 6 — id. 400 yy yy yy yy yy 1.0634 100.34
- 9 — Laburthe 100 y,> 7) yy yy yy 4.1600 446.00
- 17 *— Brossemant, de Paris 60 0.93 1.210 0.7083 0.83767 51 .4602 0.8333 30.00
- 12 — id. 73 0.95 1.060 0.7088 0.73133 56.3497 0.8800 66.00
- Id. Id. 103 0.93 0.975 0.7088 0.G9108 72.5635 0.8095 85.00
- Ici. Id. 1 00 0-93 1 .320 0.7088 0.9356 93.5600 0.8763 87.65
- 17 juill. Id. 125 1.00 0.75 0.7834 4.1781 1.47.2625 1.1560 445.50
- 23 — Dudon-Mahon, de Soissons (Aisne). 30 1.22 1.34 1.1690 1.5665 78.3230 1.4900 74.30
- Id. Id. 90 1.22 4.34 1.1690 1.5665 140.9850 1 .4555 131.00
- 18 juill. PeLier, de Paris... 120 1.25 l .23 1.2272 1.534 92.04 1.4034 84.20
- 17 — Noël, de Paris 28 1.33 1.00 1.3893 2.G78 155.568 2.792 136.50
- Id. Id. 14 1 .33 1 .00 1.3893 2.678 57.680 2.070 38.00
- 23 juill. Perreaux, de Paris. 200 0.80 2.29 0.303 1.151 230.2 1.165 233.00
- Id. Id. 100 0.80 2.08 0.503 1.046 104.6 1.150 105.00
- Ganneron, de Paris. 95 1.35 0.73 1 .045 yy yy 0.697 66.25
- Victor Thiébaut, de Paris 50 1.2 0.67 1.130 1.314 75.7 1.31 65.00
- Nota. — La mesure du diamètre et de la course du piston de chaque pompe n’a pas toujours pu de piston puisse être supérieur au volume théorique ou décrit par le piston* La plupart des pompes toujours facile d’éviter dans des expériences faites en public.
- Le rendement mécanique des pompes à double effet a toujours dépassé celui des pompes à simple chiffre le plus haut, 72, devrait être quelque peu diminué, car le ressort dynamométrique, dans cet
- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS, ETC
- 105
- R EN- ÉLÉVATION DE i/eau ORDON- FORCE TRAVAIL TRAVAIL EFFET utile
- NÉE moyenne moteur méca-
- moyenne utile nique
- DEMENT en- déduite à ia ou
- par par en eau rapport OBSERVATIONS.
- en en registréc de cette manivelle du
- aspira- refoule- par le dynamo- or- élevée par travail utile
- EAU. tion. ment. TOTALITÉ. par tour. au travail
- mètre. donnée. Jour. moteur.
- Pour 400
- du vol. mètres. mètres. mètres. millim. kilogr. kilogr. kilogr. Pour 100.
- ihéor. à I111, à 1 m.
- yy 2.81 7.58 10.39 6.4215 7.812 9.520 18.163 52.416
- » 2.81 7.58 10.39 7.7483 9.4261 10.859 21 .916 49.549 1 Pompe à piston rotatif.
- » 2.81 7.58 i 0.39 9.3072 11.3226 11.049 26.268 42.060
- yy 0.50 2. 58 2.98 3•3575 4.0846 3.535 9.497 37.22 Pompe ù air.
- 97.16 2.80 7.30 10.30 7.7770 9.4520 8.583 21 .976 39.05 '
- .83.38 2.80 7.30 10.80 7.9981 9.7300 9.064 22.622 40.06 j ' % . Pompe à un
- 85.37 2.80 7.50 10.30 7.5536 9.1890 8.338 21.364 30.03 ! 'corps (fuites).
- 93.68 2,80 7.50 10.30 7.6000 9.2450 9.0279 21.495 42.00
- 98.13 2.80 7.30 10.30 7.4900 9.1110 12.1344 21.1831 57.28 ' Pompe h deux corps.
- 95.12 2.95 8* 13 11.10 11.2631 13.702 16.539 31.8570 51.91
- 92.91 2.95 8.15 11.10 10.9655 13.340 16.156 31.0155 52.09
- 91.48 3.00 8.00 11.40 9.1764 11.163 14.595 25.95 i0 56.23 Pompe à double effet.
- 100.60 17.05 28.757 72.54 1 Pompe à double .effet, résultat un
- 3.00 7.54 10.30 14.0(5! 39.6ïl (peu trop fort, le
- 100.50 3.00 7.54 10.30 12.2560 14.91 21.321 34.675 61.49 f [ressort ayant atteint la limite de
- sa flexion.
- 101.20 3.6.3 6.S3 10.46 10.244 12.462 12.04 28.975 41.55
- 100.30 3.63 6.83 10.46 9.120 11.100 11.613 25.807 43.00
- » 3.00 7.40 10.40 3.971 4.831 7.253 11.232 64.58
- 85.86 3.53 8.00 11.53 9.361 11.388 15.098- 26.476 57.02
- se faire, et surtout avec assez de précision ; cela seul peut expliquer que le volume réel par coup ont rendu plus de 90 pour 100. Les rendements inférieurs étaient le résultat de fuites qu’il n’est pas
- effet qui est resté compris entre 37 et 52 pour 100, tandis que les premières rendent de 57 à 64. Le essai, avait atteint la limite de sa flexion.
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- SECTION III
- PRINCIPAUX INSTRUMENTS ET TRAVAUX DIVERS DE L’AGRICULTURE
- Pau M. A.URELIA.NO.
- CHAPITRE I.
- MOISSONNEUSES, EAICUEUSES, EANEUSES ET RATEAUX.
- 2 1. — Moissonneuses.
- Parmi les grandes inventions agricoles de notre siècle, les machines à moissonner occupent une des places les plus importantes, par les services considérables qu’elles sont appelées à rendre à l’agriculture.
- C’est à l’Amérique que l’on doit la moissonneuse. Dans un pays de grande culture, de terres fertiles, mais où les bras sont insuffisants, il était naturel que l’on songeât à un outil qui permît de récolter les céréales avec célérité et économie. C’est M. Mac Cormick qui inventa la première. Il s’occupait de cette question dès 1831, et, en 1851, on a vu, pour la première fois, figurer à l’Exposition de Londres un modèle de moissonneuse. La machine se composait d’une paire de cisailles qui coupaient le blé, et d’un volant qui ramenait les épis. Cil homme debout sur la machine faisait la javelle à l’aide d’u n râteau.
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- PRINCIPAUX INSTRUMENTS ET TRAVAUX DE L* AGRICULTURE. 107
- En 1855,à l’Exposition Universelle de Paris, M. Mac Cor-mick exposait sa machine considérablement améliorée ; les cisailles avaient été remplacées par une scie à grandes dents triangulaires, dont le mouvement rectiligne et alternatif se faisait dans l’épaisseur d’une sorte de râteau à dentures en forme de lance. Ce râteau servait de point d’appui aux épis et en facilitait la section.
- Le javelage se faisait toujours à maki d’homme. Plus tard M. Mac Cormick est arrivé à construire sa machine dans des conditions tout à fait pratiques.
- La lourde charpente en bois sur laquelle la roue motrice était montée a complètement disparu; elle a été remplacée par une charpente en fer beaucoup plus légère. Celle-ci a l’avan-lage de dégager toutes les pièces de la machine et d’en rendre, par conséquent, l’accès facile.
- La charpente qui soutenait l’extrémité de l’arbre du volant, fort incommode dans les diverses manœuvres de la moissonneuse, a également disparu. Toutes ces modifications ont rendu la machine moins lourde, sans lui retirer cependant une adhérence suffisante avec le sol. Le râteau automatique a été aussi modifié dans sa marche ; il était, jusqu’ici, conduit par une grande courbe excentrique, dans laquelle se mouvait un galet qui communiquait avec les leviers reliant le râteau à l’arbre du volant, et lui transmettait leur impulsion. Ce mécanisme laissait à désirer par les frottements considérables dont il était la cause et par l’obligation d’un contre-poids pour le râteau.
- Dans la nouvelle machine exposée, ce mécanisme défectueux a été supprimé ; il est remplacé par un arbre intermédiaire qui transmet, au moyen d’un engrenage, le mouvement circulaire continu à l’arbre du volant sur lequel est fixé un engrenage pareil.
- Le mouvement circulaire horizontal du râteau est obtenu à l’aide de deux engrenages, ayant des interruptions de denture qui se correspondent, au moment où le râteau va opérer son mouvement horizontal circulaire pour faire la javelle. Telle
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- 108 GROUPE VIII. — CLASSE 74. — SECTION III.
- qu’elle est construite aujourd’hui, la moissonneuse de M. Mac Cormick réunit toutes les qualités désirables, au point de vue de la stabilité, de la bonne qualité et de la célérité du travail. C’est elle qui, au concours de Yincennes, a le mieux fonctionné : elle a mis vingt-sept minutes pour couper 27 ares d’avoine; elle fait par conséquent un are par minute, soit 6 hectares par journée de dix heures de travail. Nous avons cru nécessaire de donner quelques détails sur l’origine des moissonneuses et, en particulier, sur celles de M. Mac Cor-mick ; elle est, on peut le dire, le type d’après lequel toutes les autres ont été construites.
- 11 a été constaté, au concours de Vincennes, que presque toutes les machines essayées faisaient la javelle, les unes par des bras automateurs, les autres par des râteaux. Ceci est un grand progrès qui contribuera à faire adopter rapidement la machine dont nous parlons, à cause de l’économie considérable qu’elle procure. Toutes les machines se sont aussi fait remarquer par la réduction de leur poids et de leur volume.
- ' En dehors de la moissonneuse Mac Cormick, nous croyons nécessaire de parler succinctement des principales moissonneuses qui ont fonctionné aux essais de Yincennes.
- La machine Durand est munie d’un râteau javeleur, qui fait la javelle égale et la dispose régulièrement. Le conducteur peut, avec cette machine, donner aux javelles la grosseur qu’il désire : si la céréale est trop forte, il fait les javelles plus petites, et vice versa, sans avoir besoin d’arrêter les chevaux. Lamaehine a fait un travail très-régulier, la paille était coupée assez courte, et la javelle était bien faite; sans arrêter la machine, le conducteur pouvait faire couper plus bas ou plus haut. Cette machine a mis trente-deux minutes pour couper 27 ares d’avoine, et ne s’est pas arrêtée un seul instant.
- La moissonneuse Samuelson, d’une construction assez simple, fait la javelle par l’intermédiaire de râteaux, qui font une javelle pour chaque progression de la machine, d’environ 3moO;
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- PRINCIPAUX INSTRUMENTS ET TRAVAUX DE L’AGRICULTURE. 109
- si la récolte était trop épaisse, les râteaux pourraient être réglés de façon à faire une javelle pour une progression d’environ 1M80. Le travail qu’elle a effectué à Vineennes était bon ; la javelle avait assez de régularité, mais les épis étaient jetés d’une manière trop brusque, ce qui peut occasionner un égrenage considérable, quand la récolte est à un degré de maturité avancé. La moissonneuse Samuelson n'a mis que vingt-quatre minutes pour couper 27 ares, et, pendant ce laps de temps, elle s’est arrêtée une minute pour changer la scie.
- Il existe des circonstances tout à fait locales, qui exigent une construction particulière de la machine à moissonner. Dans certains pays, l’instruction agricole est presque nulle, et les hommes capables de réparer cette machine manquent complètement. Le terrain est préparé d’une manière incomplète, les animaux de travail sont faibles; c’est là surtout que les moissonneuses peuvent difficilement se répandre. Tel est le cas de l’Espagne ; l’instruction agricole y est assez rare, la terre est couverte de mottes volumineuses, le sol est mal nettoyé, les raies d’écoulement sont mal dirigées, les animaux de travail faibles. Un ensemble de circonstances si défavorables n’était pas de nature à déterminer la propagation des moissonneuses; il a donc fallu penser à construire une machine qui pût surmonter les difficultés que nous venons d’énumérer; tel est le but que se sont proposé MM. Pinaqui et Sarvy, constructeurs à Pampelune (Espagne), et qu’ils ont atteint jusqu’à un certain point. Leur machine à moissonner est très-légère; elle pèse 4^0 kilogrammes et peut par conséquent être tirée par un cheval ou un mulet. L’ensemble est bien compris et les tuyaux de fer creux employés à la construction du bâtis, de la limonière et des bras des palettes du volant assurent sa solidité. Cette machine coupe sur une longueur de 0m80 ou 0“‘8o et à une hauteur de 0U142 à 0m15. La faible largeur de la machine lui permet de pivoter très-facilement sur place et de pouvoir pénétrer dans les chemins les plus étroits. Pour 11e pas allourdir la machine, il 11’existe pas
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- GROUPE VIII.
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- CLASSE 74. — SECTION III.
- de siège pour le conducteur, qui conduit le cheval à pied. Aux expériences de Vincennes, cette moissonneuse a mis une heure pour couper 27 ares d’avoine, et elle ne s’est arrêtée qu’une minute pendant la marche, pour graisser. Un seul cheval d’une taille et d’une force moyenne la conduisait facile^-ment; elle fait la javelle par l’intermédiaire d?un râteau et la paille était coupée très-haut. Ceci a peu d’importance en Espagne, où la paille n’a pas la même valeur que dans d’autres pays.
- La seconde machine à un cheval qui ait fonctionné est celle de M. Peltier. Elle est très-légère ; son poids' est de o70 kilogrammes; la suspension du tablier lui permet de suivre toutes les inégalités du sol. Le travail qu’elle, a fait était régulier; les chaumes étaient coupés plus bas que par la moissonneuse précédente, sur une largeur de 0m95. Si le constructeur arrive à faire faire la javelle par la machine, et à économiser de1 cette manière l’emploi d’un homme, cette moissonneuse deviendra une des meilleures pour les exploitations moyennes.
- § 2. — Faucheuses.
- L’importance.toujours croissante de la culture, des plantes fourragères a forcé un grand nombre d’agriculteurs h adopter les machines à faucher.
- L’économie que ces machines peuvent apporter dans les prix de revient a été fort discutée; les expériences des concours et des essais en grand ont suffisamment démontré que la récolte du foin, par la machine, est plus économique que par la faux; mais la principale raison de l’adoption des fam-cheuses est la manière, expéditive dont l’opération du fauchage' s’effectue. Dans un grand nombre de localités, quelques heures de beau temps, au moment de la fenaison, sont très-précieuses, et une économie de temps peut sauver une récolte tout entière.
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- Le manque de bras a été, comme pour la moissonneuse, la cause de l’invention des machines à faucher; c’est en Amérique aussi que le perfectionnement de cette machine a fait les progrès les plus rapides. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ailleurs; en Roumanie, les agriculteurs commencent à introduire, depuis quelques années, un grand nombre de faucheuses et, n’étaient les réparations quelles réclament, à l’instar de la plupart des autres machines perfectionnées, tous les fermiers en auraient certainement aujourd’hui.
- Parmi les faucheuses qui ont fonctionné devant le Jury, à la ferme impériale de Fouilleuse, celle de M. Wood est la première qui ait terminé son lot sans arrêt; celte machine a mis une heure trente-six minutes pour faucher 66 ares de luzerne ; elle occupe très-peu de place et sa scie se démonte avec la plus grande facilité ; cette circonstance lui permet de passer dans les chemins les plus étroits. J^a machine est montée sur deux roues motrices cannelées extérieurement, afin de mordre la terre; mais, quand elle pivote, une seule roue reste motrice ; ceci s’obtient par des dispositions des plus ingénieuses.
- Un petit versoir couche l’herbe, afin que la scie la coupe plus aisément ; enfin, les dents sont larges et ne touchent le sol que par un seul point, ce qui réduit beaucoup le frottement.
- Le conducteur est assis sur un siège établi sur la machine, et, à l’aide d’un levier qu’il peut manœuvrer de la main droite, il élève ou il abaisse la scie pour couper l’herbe à différentes hauteurs.
- Les succès obtenus par cette faucheuse dans trois essais faits devant le Jury, les services notoires qu’elle a rendus depuis longtemps à l’agriculture, tant en Amérique qu’en Europe, la font classer en première ligne parmi les machines de ce genre.
- La faucheuse deM. Perry s’est placée comme mérite immédiatement après celle de Wood; elle a terminé son travail sans s’arrêter, quoique la luzerne ne fût pas dans les meilleures conditions pour être facilement coupée.
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- Parmi les autres faucheuses qui ont concouru, nous devons signaler encore celles de M. Mac Cormick, en Amérique, qui ont été placées au troisième rang , et celles de MM. Samuelson et Cie, en Angleterre.
- g 3. — Faneuses et râteaux.
- Les premières machines à faner remontent à 1814; elles furent construites par Robert Salmon, de Woburn. Leur utilité est surtout incontestable dans les pays humides, où les cultivateurs doivent profiter de quelques heures de soleil pour mettre leurs foins en état d’être rentrés. Les essais faits par le Jury ont constaté que les meilleures faneuses sont, par ordre de mérite : celles de Nicliolson, d’Howard, et d’Hev-landt (Colmar). Elles sont trop connues pour qu’il soit utile d’en donner ici la description.
- M. Nicholson occupe aussi le premier rang comme constructeur de râteaux à cheval ; viennent ensuite MM. Howard, Ransomes, Alisley et Pellier. Toutes ces machines sont d’un très-bon usage, et il serait à désirer que leur emploi devînt plus commun dans les campagnes.
- Nous croyons pouvoir encore nous dispenser ici de toute description. Ces instruments sont connus, et ne présentent aucune innovation importante.
- •CHAPITRE II.
- MACHINES A BATTRE ET APPAREILS DE NETTOYAGE POUR LES GRAINS.
- g 1. — Machines à battre à vapeur et à manège.
- Les machines destinées à séparer les grains des épis et de la paille ont rendu depuis quelque temps des services irn-
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- menses. Il y a, même clans les pays les plus avancés, un grand nombre de localités où la machine à battre n’a pas encore pénétré. Il faut cependant rendre cette justice aux constructeurs français qu’ils sont arrivés à établir des machines pour les plus petites exploitations.
- Dans les pays dont l’agriculture est encore arriérée, relativement à l’agriculture anglaise, française et allemande, les machines à battre ont été introduites ayant toutes les autres machines perfectionnées, vu l’excellence de leur travail et la grande économie qu’elles procurent incontestablement. Ainsi, en Roumanie, où la charrue primitive est encore d’un usage presque général, un grand nombre de machines à battre à vapeur ont été importées depuis quelques années; l’expérience a été tellement favorable qu’il n’y a pas aujourd’hui de cultivateur exploitant une certaine étendue de terrain qui ne songe à s’en procurer une. Il y a même des entrepreneurs de battage qui parcourent les campagnes avec leurs locomobiles. Ceci nous prouve l’excellence de la batteuse, puisqu’elle est adoptée la première parmi les machines agricoles dans les pays qui entrent à peine dans la voie du progrès.
- L’invention des batteuses ne date que de 1788 ; c’est l’écossais André Meikle qui établit, sur une base toute nouvelle, la machine à battre. Avant lui, on avait fait un grand nombre d’essais : un fermier écossais avait même fait construire une machine à battre qui ne fut pas adoptée, parce qu’elle présentait, entre autres inconvénients, celui de briser presque tous les épis avant qu’ils fussent égrenés. Ce fut Meikle qui imagina les cylindres alimentaires, employés encore de nos jours, le batteur et le contre-batteur, et le nettoyage du blé par la machine même.
- Une fois connue, la batteuse de Meikle se répandit en Écosse, en Angleterre et dans certains pays du continent. La Suède fut une des premières à adopter ces utiles machines, et on essaya de leur appliquer, comme moteur, la force du vent. U paraît que cet essai fut infructueux, et on se contenta
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- du manège. Depuis son invention, la machine à battre a été tellement perfectionnée et si bien adaptée aux différentes natures de céréales, en même temps qu’à l’importance des exploitations rurales, qu’elle est, on peut dire, presque arrivée à la perfection. Ï1 y a un grand nombre de machines qui rendent le grain dans un état de propreté tel, qu’il peut être immédiatement livré au moulin.
- Les machines à battre ont été avantageusement représentées à l’exposition de Billancourt. Le Jury s’est livré à des expériences sur lesquelles il a fondé son jugement dans la répartition des prix. Les batteuses récompensées sont connues du public agricole; nous n’en donnerons pas la description détaillée, mais nous résumerons leurs caractères spéciaux, en faisant ressortir les perfectionnements apportés dernièrement dans leur construction.
- g 2. — Machines à battre exigeant plus de G chevaux de force.
- Ce sont ici les batteuses anglaises qui occupent la première place. Presque toutes les machines exposées se distinguent par une construction très-soignée et par leur tendance à rendre le blé aussi propre que possible.
- La machine à battre de MM. Bansomes et Sirns est la première dans cette catégorie. Cette batteuse fut exposée pour la première fois en 1841; mais elle a été complètement transformée depuis cette époque. La charpente est massive, mais arrangée de manière à ce que le mécanicien puisse voir tous les organes intérieurs et, par conséquent, se rendre compte immédiatement du moindre obstacle qui entraverait la régularité du travail. Pour éviter les dangers auxquels sont exposés les ouvriers qui alimentent la machine, on a installé tout autour de l’ouverture d’alimentation un appareil spécial dont les dispositions rendent presque impossible tout accident. Les batteurs du tambour ont une forme circulaire et sont cou-
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- struits en fer forgé ; quand ils sont usés, on peut, à deux reprises, en retournant la même pièce, avoir une nouvelle surface intacte. Cette disposition, en dispensant d’avoir à changer aussi souvent les batteurs, est un avantage à considérer dans les pays où les ateliers de construction ou de réparation sont rares. Le secoueur, fort simple, se compose de crochets en fil de fer courbés et attachés à de fortes pièces de bois mues par un mouvement rotatif qui nous paraît supérieur au mouvement de va-et-vient qu’on remarque dans d’autres machines.
- Dernièrement, on a ajouté à cette batteuse un organe d’une grande importance pour les pays méridionaux; il s’agit de l’appareil à broyer et à hacher la paille pour le bétail. L’appareil consiste en deux cylindres superposés, mis en mouvement par une courroie en rapport avec l’axe du tambour. Le cylindre supérieur est garni de lames longues et tranchantes correspondant à un contre-batteur concave qui est également muni de lames; le cylindre inférieur est garni de dents carrées et émoussées. Le premier coupe la paille de la longueur voulue et le second la triture et l’attendrit.
- La paille broyée sort avec une rapidité telle de la machine qu’il faudrait cinq ou six ouvriers pour la transporter à la meule; pour obvier à cette difficulté, on a muni la machine d’un élévateur de paille, consistant en un tuyau, au travers duquel est dirigé un courant d’air rapide, la paille est chassée par ce moyen à une distance d’environ 14 mètres et à une hauteur équivalente à celle d’une meule.ordinaire. Ce tuyau étant mobile permet de changer à volonté sa direction.
- Cet appareil broyeur est d’un grand avantage pour les pays chauds. La paille y est beaucoup plus coriace et serait difficilement mâchée par les animaux à l’état où elle sort des machines à battre ordinaires, ce qui n’arrivait pas avec la paille obtenue par le dépiquage. On était donc forcé de faire hacher la paille, dès qu’on voulait l’employer, et dans cet état même elle blessait toujours la bouche des animaux. Cet inconvénient empêchait un grand nombre de personnes d’adopte
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- les batteuses, et c’est pour y remédier que M. Rausomes a inventé l’appareil broyeur dont l’efficacité est aujourd’hui reconnue par tous les agriculteurs du Midi qui ont eu occasion de l’apprécier. C’est cette batteuse qui a donné le résultat le plus parfait; le grain en sortait entier et bien nettoyé; il n’en restait aucun dans les balles ainsi que cela est arrivé pour d’autres machines. Enfin sa supériorité est encore incontestable au point de vue de la division du grain en différentes qualités.
- La machine à battre exposée par la maison Clayton doit être aussi classée à bon droit parmi les meilleures, tant au point de vue de la construction qu’à celui du travail ; elle mérite une mention toute spéciale. Le tambour batteur de cette machine est construit avec une grande perfection et peut être réglé pour battre sans difficulté toute espèce de grains, tels que orge, avoine, etc. Son secoucur est un des mieux combinés pour bien séparer la paille d’avec les grains qui peuvent y rester engagés.
- La batteuse Marshall se distingue par cette particularité que tous ses organes sont renfermés dans le bâti ; cette disposition évite les accidents qui peuvent survenir dans les machines dont les organes sont extérieurs. L’ébarbeur d’orge est une pièce qu’on désirerait voir plus généralement employée ; il écarte les barbes d’orge avec une grande perfection et se compose simplement d’une caisse en fer perforée à l’intérieur et dans laquelle tournent des battes en fer. Le crible de cette batteuse sépare les grains en trois qualités différentes et se compose de fils en acier ; la distance entre les fils, qui est petite à l’origine, s’agrandit graduellement jusqu’à l’extrémité par où sort le grain. Ce crible peut être ajusté sans arrêter la machine.
- Les batteuses que nous devons encore signaler sont exposées par MM. Robey et C!B, Ruston Proetor et Cie, et Barrovs. Elles sont toutes bien construites et se rapprochent plus ou moins des types que nous venons de décrire.
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- | 3. — Machines exigeant 6 chevaux de force et au-dessous.
- Dans cette seconde catégorie, les constructeurs français occupent la première place ; cela lient surtout aux besoins de l'agriculture française qui comprend peu d’exploitations ayant besoin, pour le battage des grains, de machines d’une force considérable. ’ .
- Parmi les machines essayées à Billancourt, la batteuse Gérard a été classée la première ; elle est trop connue pour avoir besoin d’être décrite, et, d’ailleurs, depuis les dernières Expositions, le constructeur n’y a pas apporté de modifications sensibles. Il est cependant utile de mentionner son système de batteur en fer perforé, dont la disposition est des plus avantageuses ; le travail effectué devant le Jury l’a prouvé, car les épis étaient très-bien battus et le grain restait intact.
- Une batteuse sur laquelle nous appelons l’attention des agriculteurs est celle de M. Del Ferdinand ; son travail est excellent. Le batteur se compose de cinq croisillons en fonte, sur lesquels sont fixées seize battes horizontales en charme garni de cornières. Afin de diminuer le frottement, le bat-teur tourne sur des fusées à longues portées et d’un petit diamètre. Le contre-batteur, à lames hélicoïdales, est d’une seule pièce en fonte ; il enveloppe le batteur sur la moitié de sa circonférence et peut se régler à volonté. Les secoueurs, au nombre de six, sont grillés en lame de persiennes avec du fer feuillard ; ils sont mus-par un arbre .à vilebrequin. Le ventilateur donne un nettoyage suffisant ; il n’a qu’une seule grille pour éviter l’engorgement. Le battage se fait en dessus, et les épis sont battus obliquement. En somme, cette machine a donné d’excellents résultats.
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- g 4. — Machines à battre à manège pour grandes exploitations, et ne brisant pas la paille.
- Les machines à battre à manège qui ont été les premières inventées, ont rendu et sont destinées à rendre d’importants services à l'agriculture en France. Le nombre des fermes qui peuvent utiliser une locomobilc est relativement restreint, et dans un grand nombre de localités on n’a pas d’ouvriers capables de diriger une machine à vapeur ; pour en avoir, il faudrait faire des dépenses qui augmenteraient, dans une proportion trop considérable, le prix de revient des récoltes. Quant aux petites exploitations, il n’y a pas à douter qu’elles n’aient toujours intérêt à se servir des petites machines à manège dans le genre de celle de M. Pinet.
- La machine à battre a manège, exposée à Billancourt, par M. Gautreau, est excellente pour les grandes exploitations. Elle est facilement transportable, car la machine et le manège sont réunis ; cette circonstance facilite encore son installation dans un emplacement quelconque. Les principaux organes de cette machine tournent sur des pivots et des bagues en acier, qui diminuent les frottements d’une manière assez sensible. Le batteur de la machine est commandé directement par un engrenage à dentures en bois qui nous paraît réunir plusieurs avantages ; il est si léger qu’il fonctionne sans opérer de tension sur les axes ; il transmet exactement toute la vitesse fournie parles chevaux, au lieu d’en laisser perdre une partie comme le fait la courroie, surtout par les temps humides, car alors, la courroie glisse souvent et tombe en fonctionnant ; ces inconvénients disparaissent avec les engrenages. Ce point est important, surtout si l’on remarque que cette machine est destinée à fonctionner souvent en plein air.
- La machine de M. Gautreau bat la paille en travers et la conserve presque intacte, ce qui fait qu’elle est adoptée dans
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- les départements de la Seine, de Seine-et-Oise et dans ceux où les fermiers ont intérêt à vendre la paille.
- Comme construction, cette machine est légère et solidement établie ; comme travail elle bat bien, elle vanne et met en sac; le grain n’est pas brisé et les épis sont bien battus.
- g 5. — Machine à battre à manège brisant la paille.
- Dans cette catégorie, la machine de M. J. Pinet est la meilleure; simple, solide et économique, elle présente un ensemble de qualités qu’on 11e rencontre pas communément dans toutes les machines agricoles. Son batteur est à battes plates, le contre-batteur se compose de deux arcs en fer cor-nier fixée contre les joues de la machine ; il supporte en travers d’autres fers corniers dont les faces verticales percées de trous reçoivent de gros fils de fer formant une grille solide. Cette machine a soutenu son ancienne réputation; elle ne brisait pas le grain et vidait complètement les épis. Le même constructeur a exposé différents modèles de cette batteuse ; les plus petits sont peut-être les meilleurs qu’on puisse trouver pour les petites exploitations.
- La batteuse exposée par M. Maréchaux peut être démontée avec la plus grande facilité; toutes les pièces qui la composent sont indépendantes les unes des autres et assemblées par des boulons. Son contre-batteur est composé de barres mobiles et indépendantes à surfaces variées ; cette disposition permet d’en augmenter ou d’en diminuer le nombre suivant la difficulté du dépiquage.
- En remplaçant le batteur à blé par un batteur spécial, on peut égrener avec celte machine des graines fourragères; c’est une opération qui n’a pas été faite devant le Jury, mais dont l’auteur de la machine a démontré la possibilité.
- La batteuse Barett a fonctionné avec assez de succès ;
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- c’est aussi une excellente machine pour les petites exploitations.
- g 5. — Tarares, trieurs et cribleurs.
- L’opération (lu nettoyage (les graines est une des plus importantes pour l’agriculture et l’alimentation publique; aussi les appareils au moyen desquels on l’effectue sont-ils arrivés déjà à un degré voisin de la perfection. L’Exposition Universelle offrait une collection très-complète de tarares, trieurs et cribleurs.
- Quoique les constructeurs aient introduit peu de modifications dans l’ensemble des machines à nettoyer le grain, ils ont fait beaucoup de progrès dans la construction des pièces de détail. Ces machines sont connues généralement. Nous consacrerons cependant quelques lignes au trieur-cribleur inventé par M. Josse. Cet appareil, qui se distingue autant par l’excellence de son travail que par sa construction ingénieuse, se compose d’une table sur laquelle sont disposés parallèlement une série de triangles laissant entre eux des passages de 0ra30. Ces triangles à angles rentrants et saillants sont disposés de telle sorte que les angles des triangles du côté droit, par exemple, font face à l’un des côtés des triangles du côté gauche. Cette disposition est le principe essentiel de l’appareil, car c’est dans ces passages, disposés en zig-zag, que les graines et les autres matières sont soumises à un déplacement continuel. La table repose sur quatre galets, et son mouvement alternatif lui est donné par deux bielles, qui elles-mêmes reçoivent leur mouvement d’une transmission quelconque. Les galets sur lesquels repose la table sont fixés sur des barres mobiles qui se lèvent ou s’abaissent à volonté au moyen de vis, afin de donner à la table . inc.i-naison nécessaire. Les barres mobiles sur lesquelles se trouvent les galets, et par conséquent la table, reposent sur
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- un bâti qui supporte tout l’appareil et qui est fixé au sol.
- Au-dessus et à l'extrémité supérieure de la table et faisant corps avec elle, se trouve un auget pour recevoir le grain. Cet auget est percé d’orifices servant à la distribution du grain dans chacune des cases de la table dans laquelle s’opère le criblage. Une grille placée au-dessus de cet auget sert d’émot-teur pour arrêter au passage les grosses pierres ou autres corps étrangers.
- Le système de trieur-cribleur de M. Josse est basé sur cette loi, que plus un corps est lourd, relativement à un autre, plus il a de tendance naturelle à gagner les régions inférieures dans un appareil soumis à une agitation quelconque. Les différentes matières mélangées se superposent alors les unes aux autres, en raison de leur poids spécifique.
- Quand l’appareil commence à fonctionner, les grains tombés dans les premières cases reçoivent un mouvement de va-et-vient qui les projettent sans cesse d’un côté à l’autre. Ce mouvement alternatif produit un premier travail qui, sans séparer complètement les pierres du blé, fait que le grain occupe la partie supérieure de la masse, tandis que les pierres tendent toujours à en occuper le fond.
- En vertu de l’inclinaison donnée à la table, les grains qui se trouvent dans les cases supérieures et déjà en mouvement, descendent dans les cases suivantes tout en se divisant de plus en plus de deux couches distinctes, l’une supérieure formée par le blé, l’autre inférieure composée de pierres.
- Quand les matières, grains ou pierres, arrivent dans les cases où commence l’inclinaison de la table, elles continuent à recevoir la secousse due au mouvement alternatif de la table; elles viennent se heurter sur des plans inclinés qui les rejettent en sens contraire de la pente donnée à la table, et cela en vertu du principe, en vertu duquel, lorsqu’un corps remonte une surface inclinée, par rapport à la direction de son mouvement, il est renvoyé suivant une autre direction qui fait avec la surface un angle d’incidence égal à l’angle de ré-
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- flexion. Ainsi chaque corps soumis à l’action de l’appareil subit l’influence de deux forces : l’une tendant à leur faire remonter le plan incliné est due à la réflexion, l’autre au contraire tendant à les faire descendre est due à l’action de la pesanteur. Or, pour les graines qui occupent la couche supérieure, l’effet de la réflexion sur les plans inclinés, très-sensible en raison de la liberté qu’ils ont de se mouvoir, l’emporte sur l’action de la pesanteur, tandis que pour les. couches inférieures, qui ne possèdent pas cette meme liberté de se mouvoir, à cause de la charge qu’elles ont à supporter, c’est l’action de la pesanteur qui l’emporte sur l’action de la réflexion : de là, la séparation des deux corps, l’un plus lourd, les pierres, sortant par une ouverture ménagée à la partie inférieure de la table, et l’autre plus léger, le grain, sortant par une autre ouverture ménagée à la partie supérieure de l’appareil.
- Les expériences opérées devant le Jury avec du blé mêlé d’une grande quantité de pierres ont complètement réussi : toutes les pierres ont été séparées, et le blé est sorti épierré par la partie supérieure de l’appareil. Le Jury a vu le même appareil fonctionnant à la boulangerie centrale avec beaucoup de succès.
- C’est là un service notable rendu surtout à la meunerie. Tous les blés contiennent plus ou moins de petites pierres, qui usent rapidement les meules, nuisent à la qualité de la farine et forcent les meuniers à employer une foule de précautions pour les séparer.
- M. Jasse a construit aussi un trieur-cribleur à main, destiné aux fermes, et qui remplace avantageusement le crible; il est construit d’après le même principe que le précédent. Le blé qu’on passe à travers cet instrument est rendu complètement marchand.
- Nous avons cru nécessaire d’insister sur l’appareil de M. Josse, parce que nous sommes convaincus qu’il rendra de
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- grands services, et parce qu’il présente un principe nouveau parfaitement appliqué.
- Qu’il nous soit permis d’attirer un instant l’attention sur un trieur qui mériterait d’être plus connu ; nous voulons parler du trieur de M. Marot. L’instrument existe depuis 1858, mais il a subi des modifications importantes depuis cette époque. Ce trieur, qui estime combinaison excellente du cylindre Pernolet et du trieur Vachon, nettoie parfaitement les grains et les divise en quatre qualités : graines rondes pures, blé de semence, blé marchand, et enfin mélange d’orge, d’avoine, de gousses, etc., qui peuvent se rencontrer dans les blés. Des alvéoles disposées à l’intérieur des cylindres font ces différents triages.
- Le trieur de M. Yachon, qui a rendu et rend encore des services à l’agriculture, a soutenu avantageusement la réputation dont il jouit à juste titre. Dans les machines qui ont pour but le nettoyage des grains, nous devons mentionner particulièrement les appareils installés par M. Frère et qui sont destinés à épurer l’avoine et la graine de foin.
- g 7. — Égréneuses de trèfle, luzerne, maïs et décorliqueurs.
- L’importance qu’ont aujourd’hui les prairies artificielles fait que les égréneuses de trèfle et de luzerne sont des machines de la plus grande utilité.
- Grâce surtout à l’esprit ingénieux des constructeurs français, on est arrivé à établir des machines pratiques. Il reste sans doute encore à faire pour les perfectionner ; il faudrait simplifier leur mécanisme et les rendre ainsi accessibles aux petits cultivateurs eux-mêmes. Les meilleures machines sont encore trop chères et demandent trop de force motrice.
- Parmi les égréneuses exposées, il y en a qui battent la graine sans la nettoyer, d’autres qui la rendent propre à être vendue aux cultivateurs. Parmi ces dernières, il faut citer l'égréneuse de M. Fusellier, constructeur à Saumur. Le vo-
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- lurne de cetle machine et son poids ne sont pas considérables; le batteur se compose de lames de fer vissées sur un cylindre en bois et à demi superposées; ces lames sont inclinées de 0m15 sur l’axe du batteur , et ont 0m013 d’épaisseur. Le contre-batteur demi-cylindrique est composé de lames cannelées ; ces cannelures sont dirigées suivant les génératrices du cylindre. A l’aide de vis de rappel, le contre-batteur peut être rapproché ou éloigné du batteur suivant la nature des graines.
- Le trèfle ou la luzerne jetée dans la trémie de la machine est saisie par un arbre armé de petites dents rondes qui obligent la masse à passer sous le batteur et de là sur un crible. La graine soumise à l’action d’un ventilateur tombe sur un crible émotteur, et est ressaisie par une chaîne à godets qui la déverse à son tour dans un nettoyeur-diviseur, d’où elle sort partagée en trois qualités différentes.
- Avec une force motrice de 2 ou 3 chevaux, cette machine produit de 75 à 100 kilogrammes de graine à l’heure.
- Le même constructeur fabrique une petite égréneuse plus simple, qui ne nettoie pas la graine, et une autre à bras qui peut rendre 6 kilogrammes de graine à l’heure.
- Une autre égréneuse a été exposée par M. Chencl, constructeur à Nantes; elle égrène, mais ne vanne pas. Elle nécessite une force de 2 ou 3 chevaux et peut battre 30 hectolitres de têtes de trèfle à l’heure, soit un hectolitre de graine non nettoyée.
- M. Vinet a exposé une égréneuse dont le principal mérite est le bon marché. On peut acheter le batteur et le contre-batteur de cette égréneuse, et les adapter à la machine à battre du même constructeur. Cette machine exige 2 chevaux do force, et produit de 150 à 400 kilogrammes de graine par jour.
- L’égréncuse de Hunt, présentée par M. Pilter, s’est distinguée par la perfection de son travail. Elle égrène 75 litres de
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- trèfle et 150 à 190 litres de luzerne à l’heure. Ses organes principaux consistent en un tambour de forme conique qui tourne avec une grande vitesse dans l’intérieur d’un contre-batteur. La graine traverse le batteur conique en pénétrant par l’orifice le plus large, et elle se trouve décortiquée quand elle ressort par l’orifice le plus étroit. Le tambour se règle par une vis de rappel, ajustée à un palier à coulisses selon la grosseur de la graine. La machine peut être mue à bras d’homme, par un manège et même par la vapeur.
- Parmi les égréneurs de maïs, nous citerons d’abord celui de M. Giaccomclli, d’Italie, qu’on fait fonctionner à l’aide d’un moteur : c’est l’égréneur de la grande culture et le mieux construit de ceux qui ont été exposés. Vient ensuite celui de M. Carolis,de Toulouse : c’est une des machines les plus utiles qu’on puisse introduire dans les petites cultures de maïs.
- Il faut enfin citer les égréneurs construits par M. Peltier, et ceux exposés par l’École d’arts d’Iany et l’École d’agriculture de Panteleimon (Roumanie). Il est regrettable que les constructeurs américains, qui sont les premiers inventeurs de ces appareils, n’aient pas exposé une série de ces utiles machines.
- La culture du riz est, sur la moitié de la terre, la base de l’alimentation. Une fois récoltée, cette plante est soumise à plusieurs opérations avant d’être livrée à la consommation. Les grains, après le battage, sont enveloppés de glumelles, et, dans cet état, le riz doit être décortiqué.
- Les appareils employés jusqu’à ce jour pour effectuer l’opération si importante du décortiquage étaient très-imparfaits. C’est pour suppléer à cette lacune que M. E. Ganneron a combiné, depuis des années, une série d’appareils très-simples, qui ont déjà rendu des services signalés. En dernier lieu il est arrivé à remplacer tous ces appareils par une machine unique qu’il a fait fonctionner à Billancourt. Le riz a été très-bien décortiqué sans qu’aucun grain fût brisé.
- Cet appareil, d’autant plus intéressant qu’il est très-simple,
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- 1 c26 GROUPE YUI. — CRASSE 71. — SECTION III.
- se compose d’une trémie supérieure qui renferme le riz ; d’un bâti supportant deux paires de cylindres superposés, entre lesquels passe le grain, et, enfin, d’un ventilateur qui fait disparaître les balles au moment où elles sont détachées du riz, immédiatement après leur passage entre chaque paire de cylindres. Une disposition spéciale permet d’éloigner les cylindres en agissant sur leurs axes, dans le cas où on s’apercevrait que le grain sortant de la machine est brisé ; on rapproche les cylindres dans le cas contraire, c’est-à-dire quand le grain sort non décortiqué. C’est une machine qui a un grand avenir au point de vue de l’agriculture coloniale.
- g (S. — Petits moulins.
- Il est souvent avantageux aux modestes exploitations agricoles et à diverses communautés de posséder de petits moulins à bras qu’il est facile de mettre en mouvement par un système de manège. II y en avait à l’Exposition quelques modèles. L’un des plus ingénieux et des plus utiles est le petit moulin de M. Mercier (Théophile), qui, outre qu’il donne un rendement convenable, fournit de la farine fraîche, c’est-à-dire moins échauffée que d’habitude, et économise toute celle qui se convertit en pâte dans les archures des meules ordinaires. L’inventeur, qui n’a eu d’autre ambition que de perfectionner un moulin assez connu dans le Nord-Est, le moulin Bouchon, a aéré le jeu de ses meules et ingénieusement assuré leur parallélisme, ce qui les fait durer plus longtemps sans rhabillage. Il vise à appliquer son système aux grandes meules.
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- CHAPITRE III.
- INSTRUMENTS POUR LA PRÉPARATION DE LA NOURRITURE DES ANIMAUX.
- g 1. — Coupe-racines.
- Ces appareils sont aujourd’hui indispensables, tant pour les industries agricoles que pour la préparation de la nourriture du bétail.
- Naguère ces instruments n’étaient pas abordables pour les petits cultivateurs, à cause de leur prix trop élevé; des constructeurs intelligents sont arrivés à en livrer aujourd’hui depuis 40 francs.
- Le nombre des exposants qui ont pris part au concours de coupe-racines qui a eu lieu, à plusieurs reprises, à Billancourt, a été considérable. Nous croyons utile de consigner ici les appareils qui se sont le plus distingués.
- Suivant la force qu’ils demandent, les coupe-racines peuvent être classés en trois catégories : 1° Les coupe-racines à moteur ; 2° les coupe-racines à moteur et à bras, ou mixtes; et 3° les coupe-racines à bras.
- Parmi les appareils compris dans la première catégorie, on doit citer, en premier lieu, la râpe et le coupe-racines si connus de M. Champennois.
- La râpe à féculerie de M. Champennois se compose, comme les autres, d’un tambour cylindrique garni de lames d’acier dentées en scie ; mais elle en diffère par la disposition des lames ; ici la denture fait saillie à l’intérieur dans la cavité de la surface. En outre, le tambour, aulieud’ôtre mobile, est fixé sur un fond immobile qui fait partie du bâti. Une palette fourchue, en tournant, entraîne dans sa rotation les racines
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- qui sont appliquées contre la surface râpante par la force centrifuge. On voit que le système de M. Champennois est l’inverse des autres systèmes. Ces modifications radicales introduites par M. Champennois dans la construction des râpes, donnent pour résultat une pulpe parfaitement régulière, ce qui n’arrive pas dans les râpes ordinaires.
- Le coupe-racines de M. Champennois est construit sur le meme principe ; les rubans de betteraves ont, au sortir de cet instrument, une épaisseur toujours égale, et c’est une qualité à laquelle les distillateurs tiennent avec beaucoup de raison, parce que la macération est plus complète et, par suite, le rendement plus considérable.
- Le coupe-racines Picksley à triple effet est bien combiné ; il est disposé en trois compartiments qui permettent de couper les racines en grosses et en petites tranches et en cossettes. La partie coupante est un disque ou plateau conique; les racines y arrivent par des plans inclinés bien disposés pour que les racines glissent facilement.
- Le dépulpeur Benthal est peut-être le meilleur de tous ; ses dents, en forme de crochets, peuvent être remplacées facilement; des coins en bois les fixent sur le tambour. Une vis nettoie les dents et les empêche de se charger.
- Parmi les coupe-racines de la seconde catégorie, celui exposé par M. Benthal, système Gartner, paraît le meilleur. Les coupe-racines Peltier et Pinet sont aussi fort bons.
- Les coupe-racines à bras, si importants pour les petites et les moyennes cultures, ont été avantageusement représentés au concours de Billancourt. Celui de M. Pernollet se distingue des autres par la disposition de ses lames ; chaque dent est entièrement séparée ; elle est fixée isolément par des vis dans une rainure qui a juste sa largeur ; il résulte de cette disposition que, si un accident quelconque casse line des dents, on peut la remplacer immédiatement, ce qu’on ne saurait faire avec autant de facilité dans les coupe-racines à lames entières ou
- unies.
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- M. Paulvé-Millot a exposé une collection de coupe-racines lort remarquable par sa variété et par la modicité des prix. Les plus petits modèles peuvent être livrés au prix de 40 francs. Parmi ces coupe-racines, il y en a un à double effet qui a deux séries de lames, les unes à dents et les autres unies. On tourne la manivelle dans un sens ou dans un autre, suivant la forme des tranches qu’on veut obtenir : les lames à dents coupent les racines pour le petit bétail, les lames unies pour le gros bétail.
- Les coupe-racines Bental, Valck-Virey et Peltier ont fonctionné d’une manière satisfaisante. Leur construction n’a rien de particulier.
- Un instrument qui mérite d’attirer l’attention des cultivateurs est le dépulpeur Biddel, construit par M. Ransomes. La disposition des dents est la même que dans le dépulpeur Bental, mais il a l’avantage d’être muni, à sa partie inférieure, d’une brosse qui débarrasse les dents des morceaux de racines qui s’y arrêtent.
- g 2. — Machines à presser le foin.
- Les presse-fourrage ont une utilité incontestable; elles sont appelées à rendre de grands services, surtout avec l’amélioration des voies de communication. Elles faciliteront le commerce des fourrages en permettant de diminuer considérablement le volume du foin, ce qui rend le chargement facile, soit en wagon, soit en bateau. La pression des fourrages est encore utile au point de vue de leur conservation, car il est certain que le foin sec bien pressé se conserve mieux.
- On n’a eu à examiner qu’une seule machine de cette espèce, celle imaginée par M. Leduc. Cette presse-fourrage est disposée pour obtenir des bottes de 25 à 30 kilogrammes ; chaque botte est divisée elle- même par partie de 5 kilogrammes environ. Les bottes sont liées avec de la ficelle ou du fil de fer. Les liens peuvent servir plusieurs fois. Les expériences
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- faites devant le Jury ont démontré que cette machine est susceptible de réduire le foin au quart de son volume ordinaire.
- CHAPITRE III.
- APPAREILS POUR LA PRÉPARATION DES PRODUITS AGRICOLES.
- g 1. — Tilleiises de chanvre et de lin.
- L’opération du tillage en dehors de son importance industrielle en a une autre comme travail d’intérieur de ferme. Dans le plus grand nombre des pays où l’on cultive les plantes textiles, on exécute sur les lieux mêmes le tillage. Les petits cultivateurs qui s’occupent le plus de ces cultures emploient pour tiller l’appareil primitif usité dans presque tous les pays de l’Europe; les machines perfectionnées ne sont introduites que dans les manufactures et chez un certain nombre d’agriculteurs qui ont les moyens de les acheter; il est donc à désirer que les machines perfectionnées puissent par leur simplification arriver à être livrées à des prix plus réduits. • .
- Parmi les tilleuses de chanvre exposées à Billancourt et essayées devant le Jury, celle qui a été inventée et construite par M. Sitger, constructeur au Mans, a obtenu une récompense méritée ; c’est une des moins chères, et sa construction est bien combinée. Elle se compose de trois bâtis en fonte reliés par des entretoises ; ces bâtis supportent cinq arbres horizontaux, dont deux sont ceux des cylindres cannelés en fonte qui broient le chanvre, deux sont les axes de deux cylindres à lames appelés cylindres tilleurs, et dont le dernier est destiné à transmettre le mouvement à l’un des premiers arbres des cylindres cannelés broyeurs, ce mouvement est transmis au moyen d’un embrayage à vitesse différentielle par l’intermédiaire de deux.
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- poulies folles. Un manche à la portée de l’ouvrier qui introduit le chanvre, lui permet d’embrayer ou de débrayer avec la plus grande facilité et d’une manière instantanée.
- La marche de la machine est très-simple ; à mesure que le chanvre passe dans les cylindres cannelés qui servent à briser la chenevotte, il est saisi par les cylindres tilleurs tournant en sens contraire avec une très-grande vitesse. Ces cylindres sont destinés à enlever la chenevotte ; ils font la même besogne que fait l’ouvrier, lorsque, tenant le chanvre de la main gauche, il le fait glisser rapidement entre les deux parties légèrement inclinées de la braye ordinaire. Le chanvre est passé d’abord jusqu’au trois quarts environ de sa longueur dans un sens, en présentant la tête la première. A ce moment, l’ouvrier,', au moyen du levier qui commande le manchon d’embrayage, change brusquement le sens de rotation des cylindres cannelés, ce qui lui permet de retirer la poignée de chanvre dont les cylindres à lames qui continuent à tourner rapidement dans le même sens, achèvent énergiquement le nettoyage. Ensuite l’ouvrier rend aux cylindres cannelés leur premier mouvement et recommence l’opération en présentant, la racine du chanvre.
- Ce travail a été fait de la manière la plus satisfaisante et la plus expéditive. La force exigée par cette machine est de deux chevaux au plus.'Elle peut broyer par heure au moins 75 kilogrammes de chanvre brut, donnant environ 15 kilogrammes de chanvre broyé, avec deux hommes pour alimenter la machine et un homme pour apporter le chanvre et activer les chevaux.
- Comme travail, cette machine donne le chanvre plus complètement nettoyé et mieux préparé que ne l’est généralement le, chanvre à la main.;, le rendement est d’ailleurs plus élevé. Une seconde tilleuse, moins simple et d’un prix plus élevé que la précédente, est celle de M. Pinet. Ses cylindres sont à dents et ont un mouvement de va-et-vient. Le chanvre broyé par les cylindres sort de l’autre coté de la tilleuse,. ensuite on
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- le passe dans une autre machine pour être nettoyé. Cette lillcusc fait de 20 à 25 kilogrammes de filasse par heure, avec une force de deux chevaux. Si les chanvres sont trop rouis, on règle la machine de manière à ce qu’elle travaille plus lentement. Il est à craindre que le mouvement de va-et-vient des cylindres broyeurs n’ait une tendance à briser les filaments et à détruire leur parallélisme.
- La tilleuse de M. Pareidt, de Bergues, à palettes doubles, exécute bien le travail. Sur le même axe on peut mettre plusieurs roues à palettes et augmenter ainsi la somme du travail effectué. Cette machine a besoin d’un cheval-vapeur de force. Le chanvre, avant de passer dans la tilleuse, doit être broyé par une autre machine. D’après les expériences elle tille de 20 à 40 kilogrammes en dix heures de travail ; elle épargnerait de la sorte six ouvriers ; si l’ouvrier tilleur n’était pas habile, il serait fort à craindre que le fil ne fût endommagé.
- ü i - Barattes.
- ' .Itisqu’ici, les barattes perfectionnées étaient d’une construction très-compliquée et d’un prix trop élevé ; il était donné à l’Exposition Universelle de 1867 de présenter pour cet objet comme pour tant d’autres des perfectionnements considérables. La baratte atmosphérique de M. Clifton est un véritable progrès ; prenant pour modèle la baratte primitive cylindrique et à piston, il n’a lait qu’y adjoindre l’action atmosphérique, et cela de la manière la plus simple. L’instrument se compose d’un cylindre en tôle dans lequel on fait agir, absolument comme dans les barattes primitives, un piston attaché à la partie inférieure d’un manche creux, et dont la partie supérieure est fermée par une soupape en caoutchouc. Lorsque le piston est soulevé, un vide partiel se fait en dessous de la surface de la crème ou du lait dont on désire extraire le beurre, et, naturellement, l’air se précipite à travers
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- l’axe creux avec une force égale à la pression atmosphérique. Lorsqu’on fait redescendre le piston, la valvule supérieure du tube se referme, et l’air contenu en* dessous est rapidement chassé à travers toute la masse liquide. Par cette agitation générale et continue, il s’opère un battage des plus actifs qui force les molécules graisseuses à se dilater et à s’ouvrir de façon à laisser échapper rapidement le beurre qu’elles contiennent. Aux expériences de Billancourt, on a essayé cette baratte avec 5 litres de lait ; après huit minutes le beurre était extrait. Le lait de battage était très-bon. Le beurre fut lavé très-facilement dans la baratte même. La température était de 18° centigrades. Par sa simplicité, la baratte atmosphérique peut être livrée à très-bon marché.
- Une baratte exposée par l’abbé Perdrigeon a extrait le beurre de deux litres de lait en fort peu de temps, trois minutes environ. Elle est facile à nettoyer, et le maniement en est très-aisé. Ce qui la distingue des autres barattes, c’est un réservoir connu sous le nom de compensateur, placé au niveau du liquide à battre. Ce compensateur rempli d’eau chaude en hiver et d’eau froide en été, ramène le liquide à la température nécessaire pour l’extraction rapide du beurre.
- On a encore essayé à Billancourt la baratte polyédrique de M. Fouju. C’est une des plus répandues. Elle est fabriquée en peuplier de Hollande, qui ne donne aucun mauvais goût au beurre. L’essai a été fait avec 3 litres de lait crème ; après sept minutes, le beurre était fait. Le beurre est lavé dans la baratte même.
- Dans la même catégorie d’appareils, le Jury a remarqué la crémoire, de M. Fronteau, destinée au crémage du lait. Cet appareil permet aussi de donner au lait ou à la crème une température variable suivant la saison.
- 8 3. — Fourneaux et appareils propres A la cuisson.
- Les appareils de cette nature sont à la fois utiles dans les
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- fermes, au ménage du fermier et à l’alimentation du bétail ; aussi, nous faisons-nous un devoir d’attirer l’attention sur une des plus complètes collections de ce genre exposées à Billancourt, par M. C. Jusseaume. Ces appareils sont construits de manière à économiser le plus possible le combustible. La collection se composait d’un certain nombre d’appareils de lessivage à une et deux cuves , d’appareils pour la cuisson des racines destinées au bétail, de fourneaux pour fermes et autres habitations.
- L’appareil de lessivage à deux cuves peut contenir de 1,000 à 3,000 litres par cuve ; il comprend un bouilleur tubulaire en cuivre, présentant une surface de chauffe considérable ; il est muni de deux bras d’arrosement et de deux tubes destinés à opérer le retour de la lessive des cuves au bouilleur. Le feu ayant été allumé dans le foyer, l’ébullition se produit rapidement. La lessive, après avoir arrosé le linge, revient au bouilleur pour se réchauffer et remonter ensuite. Six heures suffisent pour un lessivage complet.
- L’appareil pour la cuisson des racines comprend, une chaudière avec retour de flammes ; une cuve surmontant la chaudière, le tout est installé sur un bâti en fonte, et bascule facilement afin de vider d’un seul coup le contenu de la cuve. Une grille fait le fond de cette cuve et donne passage à la vapeur qui se dégage de la chaudière pour traverser les couches de légumes. Cet appareil pourrait servir, en cas de nécessité, pour le lessivage à la vapeur.
- Les fourneaux de cuisine pour fermes sonten tôle, et le foyer est en fonte à un seul feu; il comprend tout ce qui est nécessaire pour cuire les aliments et avoir de l’eau chaude. La chaudière d’un de ces fourneaux peut, au moyen de tubes, procurer de l’eau aux étages supérieurs.
- Une baignoire-calorifère nous paraît combinée de la manière la plus avantageuse : elle est en zinc; le calorifère pour le chauffage du bain et du linge est en cuivre étamé, à tubes présentant une grande surface de chauffe. Un bain peut
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- être chauffé en quarante-cinq minutes avec une dépense minime. Cette disposition est préférable aux cylindres qu’on emploie généralement.
- L’appareil à cuire les légumes, de M. Pellin, mérite aussi d’être signalé. C’est un générateur cuiseur, établi suivant les règles de toute chaudière à vapeur; seulement il est à basse pression, parce que la vapeur saturée atteint mieux le but que la vapeur à haute pression. Du reste, dans les fermes ou il y a de la vapeur, on se sert à cet effet de l’échappement de vapeur de la locomobile ou autre générateur.
- Le générateur Peltier est portatif ; il est établi en retour de flamme, et, par conséquent, sa surface de chauffe est très-grande. La chaudière est timbrée à deux atmosphères, elle porte deux soupapes pour éviter tout accident, un manomètre, des tubes pour indiquer le niveau d’eau, un échappement de vapeur qui se fait dans le récipient d’eau alimentaire et un robinet pour puiser de l’eau chaude. On peut utiliser la vapeur quand on ne cuit pas, en l’envoyant par des tubes dans une laiterie pour la chauffer ; dans une serre, où elle se condenserait dans des tuyaux faisant un ou deux tours, etc. Comme cuves, on peut employer les premières venues, et si .on les désire à bascule, le même constructeur possède des tourillons qui permettent le renversement, sans que l’on démonte les tuyaux qui y correspondent. Le foyer est assez grand pour qu’on puisse employer comme combustible les substances les plus encombrantes, les tiges de plantes, mauvaises herbes, etc.
- Le système tubulaire du même constructeur, pour chauffer l’eau par la chaleur qui s’échappe des fumiers en fermentation, mérite une mention spéciale ; c’est un moyen pratique et très-économique d’avoir de l’eau chaude en utilisant la chaleur que produit la fermentation du fumier. L’appareil exposé, d’un diamètre de 1ml0 et d’une longueur de lm20, se compose de six tubes de cuivre rouge, reliés et assemblés au moyen de cinq entretoises espacées de 0m10 ; ils communiquent entre eux. à chaque extrémité, du moyen .de cinq tubes courbes de
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- 25 millimètres de diamètre ; à l’un des bouts se visse un tube vertical avec entonnoir pour l’entrée de l’eau ; à l’autre, se trouve aussi un tube vertical, ayant à l’extrémité un robinet servant de prise d’eau chaude. A l’extrémité du gros tube par où doit sortir l’eau chaude, se trouve une tubulure pour servir d’échappement d’air afin de permettre à l’eau d’entrer. On établit une petite fosse à fumier dépassant en tous sens de 0m 25 à 0m3o l’appareil; sa profondeur est indéterminée, pourvu qu’il y ait une couche première de fumier de 0m40 à 0m60 d’épaisseur sur laquelle on pose l’appareil :*on a soin de l’incliner de la sortie à l’entrée de l’eau de 0m20 pour 100 ; au-dessus, on pose une seconde couche de fumier de 0,n25 à 0m30 au moins D’après les essais qui ont eu lieu, il suffit de huit heures pour obtenir de l’eau chaude qui atteigne 60 degrés ; le tas de fumier peut servir un mois sans renouvellement. Le spécimen exposé à Billancourt avait une capacité de 55 litres. Il y a dans cet appareil une idée utile qui permettra aux cultivateurs d’utiliser la chaleur de leur fumier. Etabli dans les grandes fermes, il procurera à peu de frais de l’eau chaude pour les besoins si nombreux de la laiterie, de la cuisine, etc.
- CHAPITRE IV.
- MACHINES ET APPAREILS POUR DIVERSES PRÉPARATIONS DU BOIS.
- g 1. — Machines à écorcer le bois.
- L’écorcemcnt du bois se fait généralement, soit pour retirer l’écorce que réclame l’industrie en général et notamment la tannerie et la corderie, soit comme moyen d’augmenter la dureté des bois de construction. Dans les deux cas, c’est une
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- opération qui donne, naissance à une industrie assez lucrative dans les pays boisés.
- Pour écorcer les bois, on procède presque partout à la façon primitive, qui consiste à faire des incisions circulaires sur le tronc de l’arbre et à détacher ensuite l’écorce à l’aide d’une spatule. Tantôt on écorce les arbres sur pied, tantôt on les abat préalablement. Quelle que soit la manière de procéder, elle est médiocre, et il serait avantageux, pour les grandes exploitations, d’avoir des appareils mécaniques pour faire cette opération. C’est pour satisfaire à ce besoin de l’industrie forestière que M. Maître a inventé des machines spéciales.
- La vapeur est l’agent employé par M.-Maître pour écorcer le bois. L’appareil primitif se composait d’un cylindre vertical en tôle, divisé en deux compartiments, dont l’inférieur formait le foyer, et le supérieur la chaudière. Le couvercle du cylindre était percé de deux trous auxquels étaient adaptés deux tubes en tôle par lesquels la vapeur arrivait alternativement dans deux tonneaux où l’on plaçait le bois à écorcer. L’écorce ainsi soumise à l’action de la vapeur se détachait très-facilement. L’appareil qui a fonctionné à Billancourt est plus complet et son travail plus énergique. Le foyer est disposé avec retour de flamme ; au-dessus de la chaudière est établie une caisse en bois garnie de tôle et divisée en deux compartiments dont chacun peut contenir un demi-stère de bois. La caisse est séparée du récipient par un châssis avec liteaux.
- Afin de pouvoir faire fonctionner en cas de nécessité un seul compartiment, on a ménagé, à la partie inférieure de la caisse, un registre en tôle galvanisée, avec emmanchement d’une tige en fer, qui permet d’ouvrir ou d’intercepter alternativement toute communication de la vapeur entre la chaudière et l’un ou l’autre compartiment. Un double cylindre emboîtant la cheminée reçoit l’eau destinée à l’alimentation ; cette eau est chauffée par la chaleur de la fumée et des gaz qui sortent par la cheminée ; elle se déverse dans la chaudière par un robinet d’une manière continue, et elle est renouvelée
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- d’heure en heure à l’aide d’une pompe. D’après les expériences faites, la première charge dure de trente à trente-cinq minutes ; les suivantes se font en vingt-cinq à trente minutes. Afin de montrer qu’on peut employer la vapeur de n’importe quel'générateur pour l’écorccment du bois, M. Maître a. fait fonctionner une loeomobile de 8 chevaux. Pour l’approprier à l’écorccment des bois, on a ouvert trois prises de vapeur auxquelles s’adaptent six tuyaux destinés à introduire la vapeur dans des récipients quelconques.
- D’un côté de la loeomobile on a installé une caisse en.bois garnie de tôle, à deux compartiments d’un demi-stère chacun.
- De l’autre côté de la chaudière, on a placé une autre caisse en bois garnie de tôle, ayant 4m20 de longueur, sur 0m50 de hauteur et 0m60 de largeur ; on l’a remplie de perches ayant la même longueur, frêne, tilleul, chêne et châtaignier ; on y a introduit un jet de vapeur par un tuyau de 20 millimètres, et après dix-sept minutes, les perches s’écorçâient avec la plus grande facilité. Le travail de l’écorcement se fait par des hommes et par des femmes ; trois ouvriers peuvent écorcer en quinze minutes le bois renfermé dans une des caisses. Les expériences faites devant le Jury ont été très-satisfaisantes : quoique les perches et les bûches à écorcer fussent coupées depuis longtemps, l’écorcement s’est fait très-rapidement. Il en résulte qu’avec ce système on peut écorcer le bois coupé hors du temps de la sève et longtemps après la coupe, ce qu’on ne pourrait pas faire par les procédés ordinaires. A tous les points de vue, les appareils imaginés par M. Maître méritent l’attention des propriétaires de bois ; l’écorce a une grande valeur non-seulement pour la tannerie, mais en môme temps pour la corderie, les fabriques de papiers, etc. ; il était donc important que l’agriculture possédât des appareils qui lui permissent d’écorcer économiquement les bois.
- I 2. — Appareils pour la carbonisation du bois.
- Depuis la plus haute antiquité, il est reconnu que la carbo-
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- nisation est un des moyens les plus propres à la conservation des bois ; aussi, de tout temps, on a carbonisé les parties du bois destinées à être enfouies dans le sol.
- On a inventé dans ces derniers temps différents systèmes, •depuis le procédé Boucherie jusqu’aux différents procédés de peinture ; mais, jusqu’à présent, la carbonisation paraît être ‘encore le moyen de conservation le plus économique. La carbonisation primitive , qui consiste à exposer la surface du bois :à la flamme du feu, quoique pratiquée dans le plus grand nombre des cas, est loin d’être le moyen le plus expéditif et le plus économique, quand il s’agit d’opérer en grand et rapidement ; il faut alors avoir recours aux appareils à carboniser.
- ' Parmi les différents appareils exposés, ceux de M. Hugon ont fourni d’excellents résultats. Il a exposé et fait fonctionner deux appareils : l’un, d’un petit modèle, est destiné surtout à Tagriculture, et l’autre, d’un grand modèle, aux usines : le 'principe est le même pour tous les deux.
- L’appareil se compose : 1° d’un fourneau contenant le combustible ; 2° d’une colonne mobile portant le fourneau et servant à le faire mouvoir verticalement ou horizontalement, selon les besoins, au moyen d’un chariot mobile placé sur une table ; 3° d’une plate-forme portant le fourneau; 4° d’un soufflet à double vent, relié au fourneau par un tuyau en caoutchouc ; 5° d’un réservoir d’eau ou du liquide à injecter ; 6° de robinets servant à régler la quantité d’eau à injecter dans le fourneau à chaque coup de soufflet ; 7° d’un banc en bois qui supporte le bois à carboniser.
- La mise en marche de l’appareil est facile, même pour les ouvriers les moins intelligents. On commence par remplir d’eau la cavité près de laquelle vient apparaître le tube en caoutchouc amenant l’air des soufflets. Cette eau a pour but de protéger le tuyau en caoutchouc qui pourrait être brûlé par la haute température du fourneau; on allume avec du vieux bois le fourneau, en laissant ouverte la porte inférieure placée sur le devant, et l’orifice supérieur servant au charge-
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- ment du combustible. Quand le bois est enflammé, on ferme
- la porte inférieure ; on lute avec de la terre glaise et on fait
- fonctionner la soufflerie; on charge ensuite par l’orifice supérieur et par petites cpiantités le combustible, jusqu’à ce que le fourneau soit plein. Le combustible étant bien allumé, on ferme la porte de l’orifice supérieur, et la flamme sort par la tubulure recourbée placée sur le devant du fourneau. C’est cette flamme activée constamment et régulièrement par la soufflerie qu’on projette sur le bois et qui en opère d’une manière très-rapide la carbonisation.
- Quand le fourneau est en marche, on règle l’injection de l’eau au moyen des robinets ; cette eau, entraînée par l’air provenant des soufflets, vient se décomposer au contact du combustible incandescent ; les gaz combustibles provenant de cette décomposition viennent, en se combinant avec l’oxygène de l’air au sortir du fourneau, s’ajouter à la flamme produite par le combustible, et augmenter ainsi d’une manière assez marquée son action carbonisatrice. Quand la flamme vient à faiblir, ou remplace par petites quantités le combustible brûlé. L’inventeur a fait fonctionner ses appareils devant le Jury avec de la houille et avec dubois; on peut employer aussi bien la tourbe ou tout autre combustible solide et même liquide. Pour économiser le combustible , l’inventeur recommande, avec beaucoup de raison, de protéger les bois destinés à être carbonisés contre la pluie et le brouillard, car la flamme, avant de carboniser, doit nécessairement vaporiser l’eau dont le bois est imbibé ; il en résulte une perte de combustible et de temps.
- Les appareils de M. Hugon, tels que nous venons de les décrire, sont employés aujourd’hui par l’Administration des lignes télégraphiques pour carboniser les poteaux, parla Compagnie des chemins de fer d’Orléans pour la carbonisation des traverses, et par d’autres Compagnies.
- L’appareil petit modèle peut être employé en agriculture pour la carbonisation des échalas, des perches de houblon-
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- nières, des pieux d’endiguement, etc.; c’est un appareil simple, facile à manipuler et peu coûteux.
- I 3. — Fabrication des charbons.
- La fabrication des charbons est une industrie accessoire fort importante pour l’agriculture ; nous devons donc attirer l’attention des agriculteurs sur un procédé qui tend à rendre cette fabrication aussi économique que possible.
- Les procédés ordinaires de carbonisation sont loin de donner la quantité de charbon qu’on pourrait obtenir par des procédés perfectionnés ; ainsi, dans les forêts, on n’obtient ordinairement en charbon que 2o à 30 pour 100 du volume du bois employé, tandis qu’on pourrait obtenir jusqu’à 60 pour 100 par le procédé inventé et expérimenté par M. E. Dromart.
- L’appareil qu’il a inventé a la forme d’un dôme, ayant 8m25 à la base, et 4in50 en hauteur ; il est couronné par une cheminée de 1 mètre de hauteur sur 011176 de diamètre, qui porte une tubulure dans laquelle on fait du feu dès le commencement de l’opération pour rendre le tirage plus actif. La charpente du dôme est formée d’une couronne en fonte sur laquelle se visse la cheminée ; d’un cercle en fer à cornière servant de base et se plaçant sur le sol, et de seize montants en fer à double cornière qui relie ces deux pièces. Les vides entre les montants se ferment hermétiquement par des panneaux en tôle maintenus sur les ailes des seize membrures, à l’aide de broches coniques transversales qui les serrent fortement. Toutes les applications se font avec de l’argile détrempée et plus ou moins pétrie. On couvre le four avec ces manteaux en tôle fine, pour empêcher la pluie de le refroidir pendant que la carbonisation s’opère. Le manteau porte sur les nervures des montants, et il laisse entre lui et le four une couche d’air de 0m04. On recouvre l’appareil d’une couche de terre et de gazon jusqu’à 2 mètres de hauteur.
- Pour charger et décharger le four, on ménage trois portes
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- également espacées l’une de l’autre ; on les ferme hermétiquement avec un joint d’argile et des barres transversales arrêtées par de fortes pattes.
- Le foyer dans lequel a lieu le chauffage est en fonte, doublée de terre réfractaire ; il est placé en dessous du four. La longueur est de 1IU50, et un grillage allant jusqu’au milieu-facilite la combustion . Il communique avec dix tubes qui s’étendent en éventail, de façon à transmettre le calorique sur toute la surface du four.
- Ces tubes distributeurs sont rectangulaires. Les plus près du foyer sont en terre réfractaire, les plus éloignés sont en fonte. Ils s’emboîtent les uns dans les autres comme des tuyaux de conduite d’eau, et ils portent sur leurs faces verticales des ; orifices ou bouches de chaleur de 0m 04 de diamètre par lesquelles les gaz s’échappent. C’est en ouvrant ou en fermant ces ouvertures qu’on régularise la carbonisation sur toute la surface du four. Ces renseignements sommaires, que nous tenons de l’exposant, suffiront pour donner une idée de l’ingénieuse disposition imaginée par M. Dromart.
- Les échantillons de charbon exposés prouvent suffisamment que ce système de carbonisation est de beaucoup supérieur aux systèmes en usage. D’.après les expériences faites par l’inventeur, on obtient un rendement double en charbon ; on a en outre la faculté de pouvoir carboniser en toute saison.
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- CHAPITRE V.
- APPAREILS DE VINIFICATION ET DE DISTILLATION.
- g 1. — Appareils de vinification.
- Les appareils de vinification, quoique arrivés à une grande perfection, laissent souvent à désirer par des pièces de détail. L’exposition du Champ-de-Mars et celle de Billancourt réunissent un grand nombre de pressoirs et d’appareils perfectionnés pour la cuvaison, une des opérations les plus importantes de la vinification.
- Dans le Beaujolais, la cuvaison se fait dans des vases ouverts, comme dans un grand nombre de localités vinicoles.. Ce procédé favorise l’acétification du chapeau qui s’élève au-dessus de, la cuve pendant la fermentation. M. le .vicomte de Saint-Tfi-vicr du Thil (Rhône) a imaginé, pour obvier à cet inconvénient, de placer dans l’intérieur de la cuve à 0m 25 du bord, un grillage en bois maintenu par une barre transversale, fixée par l’une des extrémités dans un étrier en fer, et. par l’autre à un crochet. Ce simple grillage empêche non-seulement l’acidification du marc, mais permet en même temps de régler le moment où le vin doit être tiré de la cuve. Quand on emploie les vases ouverts, le vigneron est obligé de tirer sa cuve, dès que le moût est transformé en vin après la fermentation alcoolique ; s’il ne le faisait pas, la fermentation alcoolique serait suivie de la fermentation acide, d’abord, et de la fermenta-! tion putride, ensuite , toutes deux très-nuisibles à la bonne qualité des produits. Par l’emploi du grillage, le marc restant toujours baigné dans le vin, et, par suite, abrité du contact de l’air, se conserve plusieurs jours sans que la fermentation
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- acide puisse s’opérer. Cet appareil, si simple et si utile, ne coûte que 12 bancs, et peut être exécuté partout.
- Pendant que M. de Saint-Trivier arrivait à garantir le chapeau contre l’acétification, de son côté M. Michel Perret de Tullin (Isère) trouvait le moyen de rendre la fermentation des cuves plus rapide et aussi complète que possible. Il avait remarqué, comme tous les vignerons, que la température d’une cuve en fermentation n’est pas la même aux différents points de sa hauteur; la partie supérieure occupée par le marc a une température beaucoup plus élevée que la partie inférieure. L’écart entre les températures de ces points extrêmes s’élève jusqu’à 15°; ccci indique une différence considérable dans l’activité de la fermentation, et démontre que la présence de la peau de raisin ou de marc au milieu du moût accélère la fermentation ; ce phénomène a donné à M. Perret l’idée de l’utiliser, il a atteint son but par la cuve à étages. Le modèle exposé ne diffère des cuves ordinaires que par l’addition de six cercles fixés à l’intérieur de la cuve, cercles sous lesquels on engage à mesure du remplissage des liteaux formant claire-voie. De cette manière, la vendange est enfermée dans sa première position pendant toute la durée de l’opération qui s’accomplit sans aucun foulage.
- La fermentation est tellement active que, d’après l’expérience de M. Perret, il faut laisser vide l’espace du sixième étage, afin que le liquide qui s’élève au-dessus de la cinquième claire-voie puisse s’y loger. M. Perret a constaté que la température est constamment égale dans toutes les parties de la cuve. On pourrait objecter que, par le foulage, la température peut aussi se niveler, et que toutes les parties du liquide viendront se mettre en contact avec le marc. Mais il faut remarquer que le foulage n’a qu’une action provisoire, et qu’il ne peut s’opposer à la tendance qu’a le marc de s’élever sans cesse, porté par les bulles d’acide carbonique. Le mélange du marc avec le liquide ne peut durer que le temps que dure le foulage lui-même. La compression du marc à la surface de la
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- cuve, comme l’opère M. de Saint-Trivier, empêche seulement l’acétification du marc, et ne remplit pas non plus l’objet des cuves à étages.
- Cette tendance à précipiter la fermentation pourra donner lieu à des objections très-sérieuses, parce qu’un grand nombre de vignerons prétendent, avec beaucoup de raison, qu’il faut faire macérer longtemps le marc pour donner au vin, avec plus de couleur, toutes les qualités qu’il est susceptible d’acquérir. Ceci est incontestable; mais la cuve à étages n’a pas pour but de précipiter la fermentation, mais plutôt de la rendre uniforme ; elle ne fait qu’éviter les inconvénients d’une trop longue macération, c’est-à-dire l’absorption de quantités assez notables d’alcool par le marc lui-même. M. Perret déclare en avoir fait l’expérience, et il assure que les pertes en alcool s’élèvent jusqu’au cinquième de l’alcool total contenu dans le vin. La fermentation rapide permet d’éviter cette déperdition.
- Tous les constructeurs de pressoirs visent à obtenir économiquement une pression considérable entre la table du pressoir et son couvercle ; mais, comme l’a fait remarquer M. de Saint-Trivier, ils se sont peu préoccupés de trouver les moyens de procurer au vin des issues pendant le pressurage. Les deux principaux moyens employés sont les grilles sur la table du pressoir, et les couvercles percés de trous. Tous ces moyens, cependant, ne sont pas suffisants pour assurer au vin un écoulement complet : malgré tous les soins employés pour étendre uniformément le marc dans le pressoir, il existe toujours des parties moins tassées où le vin reste, pendant la pression, enfermé comme dans des cavités, ce qui oblige à recouper plusieurs fois le marc. En présence de cette imperfection, M. de Saint-Trivier fut amené l’année dernière à employer des cônes en fonte, à ouvertures multiples, qui lui ont donné de bons résultats. Ces cônes peuvent s’appliquer à tous les pressoirs à pression verticale. L’inventeur place un cône central autour de la vis et une vingtaine de petits cônes sur
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- la table pour un pressoir ayant un mètre (le rayon. On place le marc sortant de la cuve, les nombreuses ouvertures des cônes permettent aussitôt au vin de s’écouler en desséchant les parties voisines et en sollicitant ainsi le vin contenu dans les parties supérieures à se précipiter vers les ouvertures, comme cela arrive dans le drainage de la terre. Quand le marc, sous l’effort d’une pression de 40 à 420 kilogrammes, diminue de volume et s’affaisse sur la table, il se trouve sous l’influence de deux pressions, l’une directe et verticale, parle fait du rapprochement du couvercle, et l’autre latérale. Le marc, en effet, rencontrant le sommet des cônes, est obligé de se loger dans un espace de plus en plus restreint, à mesure qu’il arrive près de leur base. Cette seconde force modifie la forme intérieure de la masse, déforme les cavités qui peuvent s’y trouver, et en meme temps les nombreuses ouvertures des cônes permettent au vin de s’échapper en tous sens.
- D’après l’expérience qu’il a faite avec ses anciens pressoirs, M. de Saint-Trivier faisait recouper ou piocher cinq à six fois le marc avant de pouvoir le sécher complètement ; ces diverses opérations demandaient dix heures au moins. Depuis qu’il emploie les cônes, deux piochages peuvent suffire, et il faut à peine six à sept heures. C’est là une économie de temps et de main-d’œuvre qui permettra de diminuer le nombre des pressoirs nécessaire pour une quantité déterminée de cuves.
- I 2. — Appareils à distiller.
- Les appareils destinés à la distillation des racines, des tubercules, des graines, et surtout du vin, jouent un rôle considérable dans l’agriculture par l’importance commerciale des produits auxquels ils donnent naissance. Il y a des pays pour lesquels la production des alcools et des eaux-de-vie est une industrie de première importance : telles sont en France les différentes localités où l’on produit l’eau-de-vie de Cognac et de betterave. La distillation de cette dernière est une industrie
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- des plus profitables à l’agriculture, tant au point de vue de l’amélioration du sol par les travaux qu’elle réclame, et par le fumier qu’elle procure en alimentant le bétail, qu’au point de vue des valeurs qu’elle permet d’encaisser par la vente de l’alcool. Les pays où les distilleries de betteraves se sont établies ont changé complètement d’aspectles agriculteurs produisent plus de céréales et d’autres grains, les ouvriers gagnent un salaire plus élevé et plus constant.
- D’autres contrées comme la Russie, l’Autriche, la Roumanie, etc., transforment en alcool le maïs, le seigle et le blé de mauvaise qualité. C’est là le seul moyen de changer en un produit facilement transportable et dont l’écoulement est assuré, le surplus des céréales qui ne sont pas demandées par le commerce d’exportation ou par la consommation locale. Là aussi la distillerie a augmenté la valeur des produits du sol, en donnant un prix plus élevé aux céréales et en fournissant des résidus pour l’engraissement du bétail. En Roumanie, on a meme établi des plantations considérables de pruniers dont on distille les fruits. Cette industrie est une des plus profitables pour les cultivateurs des coteaux. Il est donc fâcheux que la plupart des exposants d’appareils de distillerie se soient contentés d’exposer leurs appareils sans les faire travailler régulièrement.
- Parmi les appareils présentés à l’appréciation du Jury, et. dont quelques-uns ont fonctionné, on a remarqué, en premier lieu, l’appareil à distiller les vins et autres liquides deM. Veil-lon de Matha; cet appareil a distillé ,du vin devant le Jury dans les meilleures conditions. Il est disposé sur un chariot qui permet de le, transporter partout sans frais d’installation. Les bâtis et les roues sont en fer ; le fourneau est en fonte et à double foyer, ce qui permet de changer l’intérieur sans déranger l’appareil. Il peut être employé pour distiller toute espèce de matières. premières, telles que vins, cidres, poirés, prunes, grains, betteraves, etc. ; mais il est principalement employé, dans les Charentes, pour la distillation des vins. Le
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- même appareil peut être construit à demeure. L’appareil loco-mobile présente l’avantage de pouvoir être transporté d’une maison à l’autre avec la plus grande facilité.
- L’appareil distillateur portatif, présenté par M. Egrot, a le mérite de pouvoir distiller des produits liquides et demi-liquides, comme les lies de vins et les marcs de raisins. Les pièces qui le composent sont en cuivre étamé à l’intérieur. Il économise beaucoup de combustible, car la vapeur passe par le serpentin, qui est établi dans le cliauffe-vin, et chauffe ainsi le liquide contenu dans cette partie.
- L’alambic à bascule de M. Chrétiennot présente l’avantage de pouvoir se renverser instantanément. Le renversement s’opère à l’aide d’un levier et de roues dentées circulant sur des rails. Cet appareil portatif est très-ingénieux.
- M.Fouinet, en introduisant la tubulure dans les chaudières des appareils à distiller, a indiqué un moyen de réduire notablement la quantité de combustible employé.
- CHAPITRE VI.
- TYPES DE BATIMENTS RURAUX.
- L’exposition de différents spécimens de bâtiments ruraux à l’Exposition Universelle de 1867 a été une innovation des plus utiles. Parmi les améliorations les plus urgentes que réclame l’agriculture progressive dans les différents pays de l’Europe, il faut citer la réforme des anciennes constructions rurales. Môme dans les pays les plus avancés on rencontre encore des bâtiments incommodes et insalubres. Les matériaux employés dans les contructions rurales ont une grande importance, mais ils sont déterminés par la nature du sol; aussi, le point important à considérer est une bonne dispo-
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- sition de bâtiments bien appropriés aux besoins du système de culture.
- Parmi les constructions rurales élevées dans le Champ-de-Mars, la métairie hollandaise offrait le type le plus complet. Cette métairie était exposée par la Société hollandaise d’agriculture. Cette ferme si remarquable a été construite en Hollande par M. W. A. Yan Ryn, d’après les plans et sous la direction de M. Van Cyeer, architecte à Leiderdorf et secrétaire de la Société. Cette bâtisse entièrement en bois est un modèle d’une ferme hollandaise des bords du Rhin, dans un pays de pâturages ; le bâtiment se compose de deux corps séparés longitudinalement par un large espace libre, mais réunis au tiers de leur longueur par un passage couvert.
- En entrant, on trouve d’abord un vestibule où se fait la fabrication du beurre et du fromage ; on y voit une collection complète d’ustensiles de laiterie en fer-blanc, en faïence et en cuivre, d’une propreté traditionnelle ; une presse à fromages et un rafraîchissoir alimenté par une pompe qui envoie aussi de l’eau dans l’étable. A droite du vestibule se trouve l’habitation d’hiver du cultivateur, garnie de lits et des autres meubles nécessaires, et un peu plus loin le local demi-souterrain destiné à la conservation des produits de la laiterie. A gauche du vestibule se trouve la vacherie qui communique avec lui par trois portes , une au milieu qui donne entrée au grand couloir de service où se fait la distribution des aliments, et deux autres à droite et à gauche qui correspondent aux petits couloirs existants derrière les vaches. La vacherie est établie dans les meilleures conditions pour la facilité du service et pour l’hygiène. Haute et large, elle est éclairée et aérée par de grandes fenêtres vitrées. Le couloir central destiné au service des fourrages est spacieux, le sol est convexe et dallé en briques. Des deux côtés du couloir, et devant chaque rangée d’animaux, existe une large rigole en ciment faisant office d’abreuvoir. Au moment où l’on doit donner à boire au bétail on n’a qu’à ouvrir les robinets et l’eau arrive du rafraîchissoir. A droite et à
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- gauche existe un emplacement pour quarante vaches, sépare du couloir par une grille faite avec des pieux en bois, à travers laquelle les animaux passent la tête pour manger. Derrière les vaches, et tout le long de la vacherie, il y a une rigole ou collecteur pour la fiente et l’urine. Afin que la queue des animaux ne se salisse pas en traînant dans ce collecteur, on la leur attache par une ficelle à une corde suspendue dans toute la longueur de l’étable. Entre la rigole à fumier et les murs se trouvent l’espace par lequel on enlève les fumiers.
- Telle est dans son ensemble ccttè vacherie modèle qui ressemble en tout à la vacherie de la ferme impériale de Vincen-nes, un des modèles perfectionnés du genre. A Vincennes, en dehors des moyens de transport de la nourriture et du fumier qui sont mieux compris, et où, entre autres améliorations importantes, on a laissé aux animaux plus d’espace dans tous les sens , on a de plus supprimé le canal à fumier établi derrière les vaches. Dans la ferme hollandaise, ces deux défauts existent,, et il serait utile de modifier, dans le sens que nous venons d’indiquer, les constructions de ce pays.
- En passant dans le second corps de bâtiment, on arrive à l’atelier où se trouve à droite un foyer; un four et une chaudière qui fournit de l’eau chaude à tout moment pour les besoins si nombreux de la laiterie ; à gauche la baratte qui est mise en mouvement par un manège. Dans cet atelier donne l’habitation d’été du cultivateur, pièce spacieuse, proprement et modestement meublée. De l’atelier on pénètre, par une porte de-service, dans la plus grande aile du second corps de logis:; on y rencontre d’abord le manège destiné à la mise en mouvement de la baratte ; puis une étable destinée à l’élevage des veaux, la porcherie, l’écurie pour deux chevaux et enfin la remise. Attenant à l’atelier existe un vaste lavoir établi sur les bords d’un canal. En pénétrant dans le passage qui sépare les deux corps du bâtiment, on trouve à l’extrémité la fosse à purin dans laquelle viennent déboucher les rigoles des
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- étables, écuries et lieux d’aisances. Enfin, aux deux extrémités de la métairie et de la vacherie s’élèvent deux meules à toit mobile, dont 1’une est de forme carrée et l’autre de forme
- hexagonale.
- Tous les bâtiments de la ferme sont surmontés de vastes greniers pour loger les servantes, les valets de la ferme, le grain, le foin et la paille pour la nourriture du bétail pendant l’iiiver. Le toit de la métairie est en jonc; c’est une excellente couverture qui maintient en toute saison une température uniforme.
- La description que nous venons de faire de la métairie hollandaise ne pourra en donner qu’une idée assez faible. Tout y est disposé pour la production du lait; c’est le modèle d’une ferme des bords du Rhin, où se trouvent de vastes pâturages et dont la spéculation principale est la fabrication du beurre et du fromage. Cette spéculation va du reste en croissant chaque année. En 4866, la Hollande a exporté 30,339,000 kilogrammes de fromage et 18,373,000 kilogrammes de beurre.
- Passons maintenant au modèle d’habitation d’un fermier de
- l’ouest des États-Unis, exposé par M. Simon Bridges, de Chicago. Cette maison, d’une architecture fort simple et cependant gracieuse, est construite tout en bois de pin et de chêne tirés
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- des forêts de l’Etat de Wisconsin. Elle se démonte et peut se transporter facilement, ce qui rend de grands services aux agriculteurs qui viennent s’établir dans des endroits isolés où ils ne trouveraient aucun moyen de se faire construire un abri.
- On trouve dans cette maison toutes les pièces nécessaires à une vie confortable. Salon, cabinet d’étude, chambre à coucher, salle à manger, chambre de famille, cuisine, buffet,, etc. 11 y a un rez-derchaussée et un premier étage où se trouvent les chambres à coucher. A l’extérieur il existe une galerie à colonnettes qui donne à l’habitation un aspect des plus élé-
- gants.
- Parmi les spécimens de constructions rurales établis dans le
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- parc de l’Exposition Universelle, la cave de Roquefort a beaucoup attiré l’attention. Tout le monde connaît la réputation dont jouissent les fromages fabriqués dans ces caves. Les premières caves dans lesquelles on fabriquait le fromage de Roquefort étaient des grottes naturelles, des couloirs étroits traversés par des courants d’air et imprégnés de l’humidité permanente qui se trouve dans la montagne de Cambalon. Plus tard, on construisit dans le même endroit de véritables caves, vastes, aérées et humides. Les caves contiennent tout ce qui est nécessaire à la fabrication du fromage, et se divisent en plusieurs parties. La première est la cave proprement dite, où débouchent les soupiraux qui amènent les courants d’air; elle est garnie d’étagères sur lesquelles on place les fromages. La seconde pièce sert d’entrepôt aux fromages et la troisième est le saloir dont la fraîcheur est d’une grande importance pour la bonne qualité des produits. C’est une cave voûtée et dallée dans laquelle on dépose par terre les fromages après les avoir salés. Auprès de la cave se trouve établie dans le roc une bergerie où on garde les brebis arrivées du pâturage. Telle qu’elle est construite au Champs-de-Mars, la cave de Roquefort représente l’ancien système amélioré. Les parois du rocher sont presque à nu ; il n’existe que peu de maçonnerie. Les courants d’air qui traversent les fissures de ces caves sont tellement vifs qu’ils éteignent une bougie placée dans leur direction.
- Le sol des caves nouvelles est formé par un plancher, tandis que, dans les anciennes, le sol est laissé naturel, ce qui gêne la circulation et ne permet pas d’entretenir toute la propreté nécessaire dans une fromagerie.
- Dans les caves du pays la température varie entre 4 et 8 degrés centigrades. L’air que charrient les soupiraux est imprégné d’une humidité qui marque, en moyenne, 60 degrés à l’hygromètre. L’expérience a prouvé que la température et l’humidité que nous venons de mentionner sont indispensables pour assurer lar bonne qualité du fromage. Si la température était moins
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- élevée, elle pourrait empêcher les réactions qui doivent se produire dans la pâte ; si elle était plus élevée, elle activerait trop la fermentation. Si l’air était plus sec, les fromages ne seraient pas suffisamment moelleux ; si, au contraire, il était par trop chargé d’humidité, le fromage perdrait de sa consistance et sa conservation en souffrirait.
- Il existe actuellement à Roquefort 400,000 têtes de bêtes à laine, dont 250,000 brebis laitières. En 1866, les caves ont produit 3,250,000 kilogrammes à 120 francs les 100 kilogrammes. Les cultivateurs perçoivent donc par ce produit une somme de 3,900,000 francs. A celte somme il faut ajouter 2 millions de francs pour la laine et 1,200,000 francs pour une valeur de 80,000 vieilles brebis vendues à 15 francs pour la boucherie. Les brebis sont remplacées par les agneaux, et il en reste encore 140,000 pour la vente, lesquels au prix de 4 francs l’un, produisent encore une somme de 560,000 francs.
- Réunissant toutes ces sommes, on arrive au chiffre de 7,660,000 francs que les agriculteurs des environs de Roquefort perçoivent annuellement.
- Le passé et le présent garantissent le développement de cette précieuse industrie. Voici quelques données sur son développement progressif à partir de 1800 :
- En 1800................... 250,000 kilogrammes.
- 1820......................... 300,000 —
- 1840......................... 750,000 —
- 1850....................... 1,400,000 —
- 1860....................... 2,700,000
- 1866....................... 3,250,000 —
- D’après les calculs faits, on a constaté que les caves de Roquefort donnent lieu à un mouvement de fonds qui s’élève à 15 millions de francs et qui profite à 60,000 personnes.
- Ce développement successif et considérable d’une industrie occupant un espace si restreint est un fait des plus in-
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- téressants, et il faut savoir gré à la Société des caves réunies de Roquefort d’avoir mis sous les yeux du public un spécimen si exact de ces caves dont les produits sont connus dans toutes les parties du globe.
- La Normandie a été représentée par la laiterie de M. le comte de Kergorlav. Cette laiterie est disposée de façon à rendre les manipulations économiques et expéditives. Le public agricole étranger, a pu se rendre compte par lui-même de ces laiteries normandes si réputées dans toute l’Europe.
- L’étable de M. Bignon serait, suivant nous, améliorée dans un de ses détails, si, au lieu de trous pratiqués dans les parois de séparation du couloir pour le passage de la tête des animaux, on appliquait le système décrit à propos de la métairie hollandaise.
- M. Giot a eu l’heureuse idée de réunir dans son exposition une étable circulaire, une basse-cour, un parc à béliers, un poulailler roulant, etc., et de créer ainsi une sorte de ferme modèle, dont beaucoup de détails sont intéressants.
- Le hangar de Seinc-et-Marne est économique, c’est un bon modèle à imiter.
- Parmi les installations de Billancourt, tout le monde a remarqué, comme une nouveauté, l’atelier agricole de M. J. Pinet fils. Cet atelier se compose : 1° d’un établi de menuisier et de charpentier, portant une scie circulaire; 2° d’une forge, avec son enclume et les outils accessoires; 3° d’un étau, avec machine à percer; 4° d’un tour, d’une meule à aiguiser; 5° d’un arbre de transmission avec quatre poulies. Le but de M. Pinet est d’initier les ouvriers de ferme aux travaux mécaniques, et de les amener ainsi à exécuter eux-mêmes certaines réparations urgentes. Les ouvriers agricoles savent généralement employer un certain nombre d’outils à bois, comme la hache, la tarière, la scie, etc.; s’ils avaient à leur disposition des outils à travailler le fer, comme la lime, le burin, la machine à percer, ils apprendraient rapidement à s’en
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- servir. L’installation décrite plus haut coûte à peine 1,100 francs. Dans les pays ou les ateliers mécaniques font défaut, il n’y a pas d’établissement plus nécessaire.
- CHAPITRE VII.
- INDUSTRIES AGRICOLES.
- % 1. — Féculeries.
- Avant la fabrication du sucre et de l’eau-de-vie de betterave dans les fermes, laféculerie était la principale industrie accessoire. En nécessitant la culture en grand de la pomme de terre, la féculerie a rendu d’immenses services ; la culture de cette plante est une de celles qui améliorent le plus le sol, tant par les façons préparatoires et d’entretien qu’elle exige, que par la quantité d’eau fertilisante qu’elle produit lors de sa transformation en fécule.
- Il est à regretter que l’Exposition Universelle n’ait pas offert un plus grand nombre de types de cette importante industrie. Les seuls exposants de féculerie agricole sont MM. Joly et Camus, constructeurs à Compiègne ; leurs appareils étaient à Billancourt. Ces appareils fonctionnent, dans différentes fermes, depuis nombre d’années ; nous indiquerons les derniers perfectionnements qu’ils viennent de recevoir.
- La disposition générale des appareils donne une économie considérable de main-d’œuvre , car, presque toutes les opérations se font mécaniquement, ce qui n’existait 'pas dans les anciens systèmes; le lavage, l’épierrage, l’engrenage des pommes de terre, le délayage de la fécule, son transvasement, son tamisage et son lavage s’opèrent sans aucune intervention. Les pommes de terre étant introduites dans la trémie
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- du laveur-épierreur, sans le secours de la main de l’ouvrier, sont réduites en pulpe qu’une pompe porte dans le tamis d’extraction d’où la fécule s’écoule avec l’eau dans le tamis à repasser, placé au-dessous du premier. Une pompe, dont le tuyau vient plonger dans le bol môme de ce dernier tamis, aspire l’eau contenant la fécule et la porte dans la seconde cuve, et de là dans la troisième. La fécule déposée et le surplus d’eau décanté, on met en mouvement l’agitateur de la première cuve, et on délaye la fécule, puis on fait couler le liquide par un robinet placé au bas de chaque cuve, et il est remonté au moyen d’une pompe dans la cuve des blancs. Lorsque toute la fécule contenue dans les cuves de dépôt est passée dans la cuve des blancs, on lait reposer et on délaye de nouveau au moyen de l’agitateur. Cette opération terminée, on fait passer, au tamis fin, toujours au moyen de la pompe, et le liquide s’écoule sur le plan essoreur, où la fécule se dépose.
- L’épierreur imaginé par M. Joly est destiné à éviter les pertes occasionnées parles pierres, dont quelques-unes passent toujours à la râpe : ce sont des bras en fonte qui agitent les tubercules au moment où ils passent à la râpe, et qui permettent aux pierres dont la densité est plus grande de se déposer. La râpe imaginée par MM. Joly et Camus donne une pulpe plus fine et plus régulière et permet d’obtenir un rendement supplémentaire en fécule de 3 pour 100.
- Telle qu’elle est construite, la féeulerie agricole a aussi le mérite d’occuper fort peu de place.
- g 2. — Systèmes d’éducation pour les vers à soie.
- Malgré l’importance de la sériciculture et l’intérêt qui s’attache aux différents systèmes d’éducation des vers à soie, l’Exposition n’a mis devant les yeux du public que l’appareil du Dr Delprino (Italie). Cet unique exposant a réussi à inventer un système complet et tout à fait nouveau qui, d’après les
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- appréciations des personnes les plus compétentes, et d’après les observations du Jury, paraît avoir des avantages considérables sur les anciennes pratiques.
- Des expériences sérieuses tentées à plusieurs reprises en Italie, et entre autres celles qui ont été faites par une Commission nommée à cet effet par le Ministre de l’agriculture, ont suffisamment prouvé que le nouveau système d’éducation de M. Delprino est meilleur que tous les autres. L’appareil, nommé cellulaire-isolateur, se compose de deux parties : 1° la cabane ; 2° la coconnière à cellules. La cabane est formée de montants et de planchers. Les premiers consistent en six petites colonnes réunies par des traverses horizontales destinées à soutenir les planchers. Au niveau de chaque plancher, il y a des traverses destinées à maintenir les coconnières lorsque le moment est venu de les placer. Une cabane a huit étages, et la distance d’un étage ou d’un plancher à l’autre est de 28 centimètres.
- On a besoin, pour l’éducation d’une once de graine, de quarante-huit planchers mobiles; la mobilité des planchers permet de donner la feuille et de changer les vers avec la plus grande facilité sans avoir recours à ces échelles de l’ancien système qui font perdre du temps et rendent le travail très-incommode et très-long pour les ouvrières.
- La seconde partie de l’appareil Delprino est la coconnière à cellules. Elle se compose de petites lattes entre-croisées de façon à former des cellules dans lesquelles les vers à soie viennent former leurs cocons. Les cellules sont disposées de façon à ce que dans chacune d’elles un seul ver puisse faire son cocon.
- Quand l’époque de la mise à bruyère arrive, c’est-à-dire lorsque les vers commencent à monter, il n’v a rien de plus simple que d’adapter les châssis cellulaires aux appareils; un enfant peut les ajuster. C’est là la véritable et la plus intéressante invention de M. Delprino. Les avantages des coconnières peuvent être résumés de la manière suivante : en premier lieu
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- on a toujours la coconnière sous la main, on peut la placer sans déranger aucunement les insectes et, chose essentielle, sans empêcher la circulation de l’air. Les cellules offrent aux vers retardataires un moyen facile de monter au bois en face d’eux sans avoir besoin de courir à droite et à gauche, au détriment de leurs forces. Les cocons fournis par les cellules isolatrices sont mieux faits, donnent plus de soie et se dépouillent plus facilement.
- D’après les expériences, les cocons retirés des cellules Delprino donnent un rendement supérieur de 10 à 20 pour 100 à celui qui est obtenu avec les procédés ordinaires.
- Avec ce système on ne rencontre presque jamais des cocons doubles, même dans les races les plus disposées au communisme du cocon; la proportion des doubles est de 2 à 5 pour 100, tandis que dans les magnaneries ordinaires la proportion des doubles est de 20 à 30 pour 100. Les cocons irréguliers sont aussi réduits à des proportions minimes.
- Au moyen des coconnières on évite aussi les inconvénients qui résultent des déjections qui tombent sur les vers ou sur les cocons toutes les fois qu’il n’y a pas de séparation entre les différents étages. On évite encore les taches produites par les vers morts qui sont cachés dans la bruyère, et qui rendent difficile le dépouillement du cocon en l’imprégnant d’un suc collant. Avec les systèmes ordinaires, les cocons tachés ont atteint 25 à 30 pour 100 à Bergerac ; tandis que, avec le système Delprino, ils sont dans la proportion de 3 pour 100 seulement. On a, de plus, la possibilité de contrôler exactement le nombre des cocons, puisqu’il est complètement impossible d’en enlever un seul de sa cellule sans que cela soit remarqué. Pour enlever les cocons, il suffit de les pousser légèrement, hors des cases. Si on veut gagner du temps on emploie le chevalet à décoconner. C’est un appareil très-simple composé de 16 ou 52 tampons disposés de manière à ce qu’un tampon corresponde à une cellule ; il suffit d’une légère pression et les cocons tombent hors des cellules.
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- L’appareil Delprino présente aussi des avantages pour la fabrication de la graine ; on opère d’une manière plus propre et on peut, au besoin, laisser les cocons dans leurs petites cellules, afin que la chrysalide n’ait rien à souffrir de leur déplacement. On soustrait, en outre, les papillons à trop de lumière sans obscurcir la chambre et on peut constater la qualité de la graine, car l’inspection est rendue facile au moyen de ces appareils qui permettent à chaque papillon de déposer sa graine à part. On peut donc rejeter les mauvaises graines, sans qu’elles aient pu porter le moindre préjudice aux bonnes par leur contact avec elles. Dans le cas de maladie des vers à soie, ce système d’isolement, pour les papillons, peut présenter des avantages considérables en permettant de mettre à part les papillons qui paraissent le plus robustes et d’en récolter la graine séparément. Tous ces avantages, et beaucoup d’autres que nous n’avons pu indiquer, nous permettent d’espérer que l’appareil Delprino attirera toute l’attention des personnes qui s’occupent de sériciculture.
- CHAPITRE VIII.
- CONSERVATION DES PRODUITS AGRICOLES. — APPAREILS PROPRES A LA CONSERVATION DES GRAINS.
- La conservation des grains est une question qui intéresse à la fois l’agriculture et l’économie politique. Les grains et le blé surtout sont la base de l’alimentation politique de nos pays, et toutes les fois qu’il fait défaut, la société tout entière est atteinte. Il est donc naturel que la bonne conservation de cette céréale ait attiré de tout temps l’attention publique.
- Un procédé efficace et économique de conserver le grain permet aux récoltes abondantes de neutraliser les effets désastreux des mauvaises années, de maintenir le prix des grains à un taux uniforme, également rémunérateur pour le produc-
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- leur et convenable pour le consommateur. Les brusques changements de prix, l’abondance et la disette portent parfois atteinte à l’ordre social lui-même. Il est vrai qu’aujour-* d’hui les voies de communication sont si rapides qu’il n’y a plus à craindre les disettes,,les hausses ou les baisses considérables dans les prix. La liberté du commerce des céréales neutralisera aussi jusqu’à un certain point les effets fâcheux des grandes variations dans la production. Mais beaucoup de pays ne sont pas encore sillonnés par des chemins de fer, des canaux ou même de bonnes routes, et on en a vu qui étaient privés du pain nécessaire à l’existence de leurs habitants, tandis que, à des distances relativement faibles, d’autres en avaient en abondance. Il faut de plus remarquer qu’en l’absence d’un bon système de conservation l’agriculture perd annuellement par la fermentation, par le ravage des insectes, des rongeurs, par les dégâts de toutes sortes un huitième à un cinquième de ses grains.
- Dans l’antiquité, comme cela se pratique encore de nos jours dans certaines parties de la Russie, de la Roumanie, de l’Italie et d’autres pays, on conservait les grains dans des fosses creusées dans le rocher ou dans la terre. De notre temps, la conservation des grains a préoccupé plusieurs savants et agriculteurs et a donné naissance aux divers systèmes de MM. de Lasteyrie, Dejean, Ternaux, Doyère, Pavie, Louvet et autres. Tous ces systèmes peuvent être ramené^ à deux modes de conservation : l’ensilage et l’aération. Le premier est généralement applicable dans les contrées où des réservoirs souterrains peuvent être établis avec sécurité ; le second dans les pays septentrionaux où les silos seraient difficilement soustraits à l’action de l’humidité. L’ensilage a des avantages incontestables ; il empêche la fermentation et la germination ; il épargne les dépenses périodiques de manutention ; il diminue beaucoup l’action des insectes parasites. L’aération a l’avantage de rafraîchir les grains échauffés par la fermentation, mais elle ne les garantit pas suffisamment contre les insectes.
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- Une étude sérieuse de tout ce qui a rapport k la conservation a conduit M. Haussmann à imaginer les silos mobiles à atmosphère clésoxygénée. Ce système consiste à renfermer les grain» dans des silos mobiles en tôle de fer, parfaitement clos, et dont l’atmosphère est désoxvgénée par des procédés qui enlèvent en même temps aux grains l’excès d’humidité qui pourrait occasionner leur détérioration et aux parasites l’oxygène indispensable à leur respiration. Le but est de remplacer l’air atmosphérique qui se trouve dans les silos par dè l’azote. M. Haussmann obtient l’azote en désoxygénant l’air par l’oxyde de fer porté k une température élevée. Lorsque les silos hermétiquement fermés sont remplis d'azote ils peu-
- vent rester dans
- cet état des années entières k l’abri de l’atta-
- que des parasites et des causes de destruction.
- Le Jury a examiné le blé ensilé k la Boulangerie centrale, et il a constaté que, après quatre ans, il était aussi frais et conservait rôdeur particulière au blé fraîchement récolté. Comme économie, le procédé de M. Haussmann présente des avantages considérables ; la modification de l’atmosphère des silos coûte k peine cinq centimes par hectolitre, et cette dépense une fois faite n’a pas besoin d’être renouvelée pendant toute la dürée de la conservation, quelle que soit son étendue. Quant à la dépense de construction et d’installation des silos mobiles, elle est assez modique. Les silos de grandes dimensions coûtent de 5 à 6 francs par hectolitre de capacité, en y comprenant le prix du hangar sous lequel on doit les abriter. Comme durée, il est incontestable que, en entretenant convenablement la peinture extérieure des silos, ils peuvent durer des centaines d’années. L’emmagasinage et le démagasinage des récoltes se font très-facilenient k l’aide d’une chaîne à godets. Ce système de conservation mérite toute l’attention qu’exige une question aussi importante.
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- CHAPITRE IX.
- SPÉCIMENS DE CULTURE ET D’ASSOLEMENTS.
- L’établissement des spécimens de culture est une heureuse innovation. Sans nous arrêter aux objections fondées sur l’exiguïté du terrain des expériences qu’il est facile de réfuter, et sans insister sur les avantages réels que ce genre d’exposition entraîne, en aidant à la propagation de bonnes méthodes, e.t en soulevant des discussions fécondes, nous passerons de suite en revue les principaux spécimens de culture établis à. Billancourt. Nous trouvons d’abord M. Decrombecque, un des agriculteurs les plus éminents. Le trait essentiel de ses cultures est le billonnage remplaçant la culture à plat. Il y a à peine quatre ans que M. Decrombecque a introduit le billonnage dans sa ferme de Lens, dans le Pas-de-Calais. Cette ferme, qui a obtenu la prime d’honneur, a une étendue de 400 hectares, dont 140 sont en betteraves. C’est pour cette plante que la culture en billons a été adoptée d’abord ; mais l’expérience a démontré àM. Decrombecque que le billonnage est également bon pour la généralité des autres plantes. Les billons sont espacés de 0,n80 et les plantes sont semées ou plantées sur un seul rang au sommet des billons. Les binages se font aussi facilement; les ouvriers binent à la main le sommet des billons, et les entre-billons sont binés avec des houes tirées par un cheval ou par un bœuf. La distance entre les billons permet aussi aux roues des voitures qui transportent le fumier pour les betteraves en végétation, de passer entre deux billons sans, briser les tiges. M. Decrombecque peut ainsi appliquer, jusqu’au mois d’août, du fumier en couverture sur ses betteraves, suivant l’exemple des maraîchers qui obtiennent ainsi des rendements énormes par ce procédé. Au point de vue des
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- semailles, l’honorable agriculteur dont il est question soutient que la culture en billons est aussi très-avantageuse, vu qu’elle peut être faite par un temps humide. Des femmes ou des enfants déposent sur le sommet des billons la graine qu’ils ont dans la poche d’un tablier; cette opération revient à 10 francs par hectare. Les betteraves cultivées en billons sont espacées de 20 centimètres; on les arrache à la charrue, opération qui prépare admirablement la terre pour recevoir du blé.
- De môme que les betteraves, les céréales sont aussi semées en billons, à la main et en paquets, ce qui les préserve contre la verse mieux que la semée en lignes. La distance qui reste entre les billons permet l’exécution des cultures d’entretien, telles que hersages et binages qui ne sont pas moins utiles aux céréales qu’aux racines.
- Beaucoup de personnes pensent que les céréales ne peuvent donner des rendements élevés que par les semis à plat ; pour elles, la culture de M. Decrombecque ne paraîtra pas rationnelle; cependant les résultats prouvent le contraire, car avec son système, il récolte de 30 à 40 hectolitres de froment par hectare. Le colza, qui rend 35 hectolitres par hectare, à Lens, est semé aussi sur billon, de même que la luzerne dont les lignes sont espacées de 90 centimètres. En dehors des avantages que nous venons de signaler, il faut remarquer que les billons changeant tous les ans de place, une partie assez considérable de la terre représentée par les entrebillons ne produit que de deux années l’une, ce qui équivaut à une jachère bien travaillée. Il est facile de comprendre les conditions excellentes dans lesquelles sont faits les semis sur ces entrebillons si bien préparés.
- M. Decrombecque* assure qu’il a ainsi réduit les dépenses de culture, tout en augmentant le rendement de ses terres. Pour arrivera ces résultats, il emploie toute' une série d’instruments indispensables à la réussite de la culture en billons.
- . La charrue à billonna** est celle de M. Howard, à double ver-soir; elle est munie d’une tige de fer verticale qui trace, pendant
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- que la charrue est eu marche, une raie à une distance de 80 centimètres; de cette façon, le laboureur a la voie préparée pour ouvrir les billons à égale distance. Cette cliarrue est employée pour toutes les façons qui doivent être données à la terre.
- A Lcns, on emploie deux semoirs : l’un pour les bil-ions, qui a des socs larges, pénétrant peu profondément sous le sol. Sa disposition permet de semer toujours au milieu des bidons. Les tubes du semoir s’avançent à la suite de deux rouleaux concaves qui tassent la crête des bidons et le garantissent ainsi contre les érosions des pluies. Le second semoir est à poquet; il est surtout employé pour les céréales; les grains en poquets se défendent mieux, d’après M. Decrom-becquc, contre les intempéries et les insectes, et ils résistent à la verse. Les rouleaux sont de divers systèmes. Le rouleau en fonte à disques mobiles, a l’avantage de conserver la forme des bidons, tout en les tassant convenablement. Il peut être employé par un temps humide, parce que la mobilité des disques leur permet de secouer la terre qui s’v attache et de s’en débarrasser. On l’emploie pour toutes les cultures. On fait usage à Lcns de rouleaux-cylindres d’une grande portée qui permettent de rouler quatre bidons à la fois. On roule les céréales et les betteraves plusieurs fois avec un rouleau cannelé en bois; cette opération, tout en tassant la terre et en la brisant, refoule en même temps la sève dans le collet des plantes en inclinant légèrement leurs tiges. Cet instrument est traîné par un cheval ou par un bœuf. On se sert de la licrsc billonneuse double, composée de deux bâtis armés chacun de onze dents de fer. Huit dents peuvent être redressées ou inclinées suivant l’inclinaison du sol. La liersc-chaînc anglaise de M. Howard, triplée par M. Decrombecque, est aussi d’un usage très-commode. Elle émiette très-bien la terre et détruit les mauvaises herbes. On s’en sert avantageusement pour herser les luzernes après la coupe, ainsi que les défrichements avant de jeter la graine. Pour les binages, on emploie une herse à cheval, à deux ou trois rangs de lames, distancés de 80 cen-
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- timètrcs. Derrière chaque rang on attache un bout de herse-chaîne maintenu par un boulet de 1er hérissé de pointes qui pulvérisent très-bien la terre soulevée par les lames de la roue.
- Tels sont les principaux instruments pour la façon et la culture des billons, comme instruments de récolte. M. Decrom-becque emploie la meme charrue billonneuse en remplaçant les deux versoirs par un appareil en éventail. Les façons données à la terre avant de la mettre en billons sont exécutées avec les instruments ordinaires, tels que la charrue billonneuse', la herse volante, etc.
- D’après M. Decrombccque, la culture en billons est beaucoup plus avantageuse au point de vue du prix de revient et au point de vue de la production ; elle a l’avantage de mettre les plantes dans des meilleures conditions de végétation pendant les temps secs et humides, et, enfin, elle assure aux récoltes suivantes une terre mieux préparée et plus riche ; car, suivant lui, les entre-billons sont une véritable jachère travaillée.
- Les seconds spécimens de culture exposés sont ceux de M. Hary, agriculteur à Oisy-le-Verger. Ici, nous trouvons la culture de la betterave, de la pomme de terre et du blé faite sur billons, tels que M. Hary la pratique dans sa ferme, dont l’étendue est de 315 hectares. Il y a trois ans que les semailles à plat sont abandonnées sur cette ferme; après une expérience de plusieurs années, cultivant comparativement à plat et en billons, M. Hary est arrivé à reconnaître la supériorité du billonnage signalée depuis 1845 par M. Champonnois pour la betterave, ensuite par M. Giot et bientôt pour toutes les cultures, par M. Decrombccque.
- Loin de partager toutes les opinions de M. Decrombecque sur les avantages de la culture en billons, M. Hary croit avoir démontré que ces cultures sont plus épuisantes que celles à plat et que les betteraves récoltées sur billons manquent généralement des qualités qu’on recherche pour la fabrication du sucre et de l’alcool. C’est là une grande question, vu l’importance considérable de la culture de la betterave on
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- France. Il est utile de déterminer la meilleure manière de cultiver cette planle en vue de sa richesse saccharine. M. Hary assure que sa propre expérience lui a démontré la vérité du premier point qu’il avance ; la betterave cultivée sur sillon est très-espacée et les racines prennent un grand développement au détriment de la qualité. Tous les fabricants de sucre et les distillateurs savent que la grosse betterave est loin de donner comparativement un rendement en sucre ou en alcool aussi considérable que la moyenne ou la petite.
- M. llary, partisan de la culture en billon, a donc cherché à corriger les deux vices capitaux que nous venons de signaler. 11 ojbvie à l’épuisement du sol par l’addition aux fumiers de tous les résidus liquides de la distillerie, c’est-à-dire, les vinasses de 12 millions de kilogrammes de betterave et 1,500,000 kilogrammes de mélasse, soit environ 180,000 hectolitres de vinasses. Ces engrais liquides sont distribués par voie d’irrigation ; les billons se prêtent admirablement à ce genre d’épendage , ainsi qu’on a pu le voir plusieurs fois à Billancourt.
- Pour corriger le trop grand développement des racines, M. Hary place sur le haut de chaque billon deux rangs de betteraves à 10 centimètres d’écartement. Les billons sont espacés de 90 centimètres à 1 mètre, de sorte que chaque rang a pour se développer une largeur moyenne de 0m45 à 0n'50. Par ce moyen, on conserve par hectare de 80,000 à 100,000 pieds de betterave, tout en obtenant des racines pesant, en moyenne, de 600 à 700 grammes. Le blé est semé à raison de trois rangs par billon et en lignes distantes de 15 centimètres; les sillons qui séparent les billons ont assez; de largeur pour permettre à la binette à main de fonctionner Jusqu’au mois de mai. Les spécimens établis à Billancourt et la pompe par laquelle on faisait arriver les vinasses entre les billons, ont donné une idée suffisante de cet excellent système. On fait arriver, par des tuyaux placés en terre, toutes les vinasses, les urines et les eaux de lavage des étables et des écuries dans
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- une vaste citerne. Une pompe aspirante et foulante, qui demande quatre chevaux de force pour un débit de 100 hectolitres à l’heure, transporte ces liquides dans un-réservoir'construit au point culminant de l’exploitation, soit à 750 mètres 'de la ferme et à 38 mètres d’élévation. De là, on domine les champs et on déverse les engrais liquides depuis le 15 septembre jusqu'au 15 juillet, sur les récoltes ou sur les guérets. La densité de cet engrais est de 2° et l’on en emploie de 700 à 1,500 hectolitres par hectare, selon la nature du sol et des récoltes. Cette fumure contient, d’après les calculs faits par M. Hary, environ 1,500 kilog rammes de potasse brute. La vinasse est comptée à raison de 0 fr. 15 l’hectolitre.
- Fumant abondamment la terre avec les vinasses et les fumiers de ferme produits par l’entretien d’une tête et demie de gros bétail par hectare, M. Harv suit un des assolements des plus hardis. Comme à Billancourt, il partage les terres par moitié entre la betterave et le froment; un sixième de l’exploitation est semé en fourrages pour les chevaux. Avant d’employer les vinasses et la culture en billons, le propriétaire d’Oisy-lc-Yerger achetait pour 25,000 francs de guano par an; actuellement, les engrais qu’il produit suffisent au besoin de son exploitation, malgré l’assolement suivi qui est très-épui-sant. Les fumures sont si énergiques qu’il y a tout lieu de croire que la fécondité du sol doit s’accroître graduellement.
- En troisième lieu se présentent les spécimens de culture de M. Bignon, agriculteur à Theneuille. Ce qu’il a exposé à Billancourt est pratiqué en grand sur une ferme de 480 hectares qu’il cultive depuis 1849. L’assolement suivi est de icinq ans : !rc année, racines fourragères ; 2e blé ou seigle; 3e trèfle avec ray-grass ; 4° même récolte; 5e avoine sur trèfle rompu.
- Les racines sont cultivées sur les billons de 70 à 75 cenfi mètres ; le blé dans des planches de deux mètres. Ici nous nous trouvons fort loin dé la culture intensive du Nord dont nous venons de parler,-et qui est personnifiée par MM. De-crombecque et >Hary. M. Bignon, qui cultive dans le Centre,
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- dans un pays relativement pauvre, où le métayage est le système d’exploitation en vigueur, a voulu mettre sous les yeux du public un système d’assolement qui, avec de faibles ressources de main-d’œuvre, permette cependant de tirer un bon parti de la terre. C’est un bon spécimen de culture extensive.
- M. Bignon a aussi cultivé un certain nombre de plantes fourragères dont il croit la propagation utile, telle que le topinambour, la betterave globe jaune, le panais long de Jersey, les choux-raves, les féverollcs, un mélange de sarrasin, pois gris et maïs, et un autre composé de vesces, pois gris, et moha de Hongrie; le maïs caragua, le maïs perlé et enfin la luzerne en lignes. Toutes ces cultures ont été faites avec le plus grand soin, ce qui a assuré leur complète réussite.
- Mentionnons enfin les cultures de tabac exécutées par la régie.
- Toutes les opérations si nombreuses qu’exigent la culture de cette plante ont été exeutées avec une perfection vraiment remarquable; le résultat a été magnifique, et l’exemple donné ne sera certainement pas perdu.
- CHAPITRE X.
- \ 1. — Appareils d’évaporation.
- Un grand nombre d’industries donnent lieu à des résidus de nature liquide dont il est souvent difficile de se débarrasser. Il y en a qui, par leur composition chimique, sont de nature à empoisonner les cours d’eau. Si on les déverse dans des puits absorbants, ils s’infiltrent dans le sol sans être épurés par lui et empoisonnent au loin les sources et les nappes d’eau souterraines. Les conseils d’hygiène se sont élevés, à plusieurs .reprises, contre l’écoulement des résidus de fabriques dans les eaux courantes. Il ne restait donc plus qu’à trouver un moyen
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- économique d’évaporer ces liquides malfaisants, qui permît en même temps de tirer un certain profit.de cette opération. M. Porrion, de Wardrecqucs, a trouvé un procédé qui effectue l’opération au moyen de la chaleur perdue par les cheminées d’usines, la fumée et des gaz chauds; lorsque les produits à retirer ont une grande valeur, on peut, à défaut de chaleur perdue, employer un combustible quelconque.
- L’appareil installé à Billancourt par M. Porrion donne une idée exacte de toutes les opérations ; il peut évaporer et incinérer journellement 1,600 hectolitres de vinasses de distilleries. Il se compose d’une cheminée, puis d’une vaste chambre dont le fond est occupé, dans toute sa surface, par le liquide à évaporer. Cette chambre est destinée à donner passage aux produits de la combustion de quatre foyers et de huit fours à incinérer qui la précédent. Elle peut encore recevoir les gaz et les fumées provenant des foyers de générateurs ou de tous autres foyers de l’usine. Elle est traversée par des arbres armés de roues à palettes et animées d’une vitesse suffisante pour que ces palettes projettent jusqu’au sommet de la voûte, en le réduisant en petites gouttelettes très-divisées, le liquide dans lequel elles immergent de quelques millimètres.
- Pendant la marche, l’équilibre de température tend à s’établir promptement entre les liquides et les produits de la combustion ; une évaporation rapide est la conséquence de cet échange et les gaz s’échappent par les cheminées saturés d’humidité. Lorsque la vinasse est suffisamment concentrée, elle est introduite dans les fours à incinérer. Elle ne tarde pas à dégager une abondante quantité de gaz, dont on favorise la combustion en laissant arriver dans les fours de l’air frais en quantité convenable. Cette introduction d’air frais a lieu par des orifices réduits et nombreux, afin de faciliter sa diffusion et son mélangc.En utilisant de cette manière le calorique et en ajoutant celui fourni par la combustion du salin, on arrive à ne consumer, dans les distilleries bien dirigées, que 5 kilogrammes de charbon pour évaporer et incinérer 100 kilogrammes
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- de vinasse. La fabrication de la potasse de betterave et l’industrie du papier de paille ont déjà tiré des profits de l’application de ce procédé.
- Les blanchisseurs des environs de Paris rejettent tous les jours des quantités relativement considérables de lessives insalubres qui vont porter à la Seine de nouveaux éléments d’altération. D’après les essais laits, ces eaux renferment en moyenne, par hectolitre, 6 à 7 kilogrammes de soude valant à Paris 56 francs les 100 kilogrammes. La récolte de ces eaux et leur mise en valeur par le procédé d’évaporation de M. Porrion peuvent donner lieu à une entreprise lucrative.
- Peu de liquides, sans doute, présentent autant d’avantages que ceux-là; cependant on pourrait se débarrasser d’une grande quantité d’eaux insalubres en utilisant les chaleurs perdues par les cheminées des usines à gaz, des fours à plâtre, ou de toutes les industries qui s’agglomèrent autour des grandes villes. 11 nous suffirait de citer les eaux des gôlatineries, les résidus de la distillation du vin, si' riches en sels de tartre, les eaux de rouissage du lin et du chanvre, les résidus des fabriques de couleurs d’aniline, d’outremer, de garance, etc. Il y a dans tout cela les éléments d’une importante industrie dont les résultats seraient lucratifs pour les industriels et utiles à l’hygiène publique.
- § 2. — Appareils pour la tonte des animaux.
- La tonte des animaux domestiques est une opération utile au point de vue hygiénique. Par la transpiration, la robe des animaux se charge d’impuretés qui empêchent les fonctions de la peau de s’effectuer régulièrement et donnent même naissance à un grand nombre de parasites. Les pansages répétés peuvent préserver les animaux de ces inconvénients, mais ils sont rarement exécutés dans les fermes d’une manière convenable. C’est à ce point de vue que les appareils inventés pour la tonte des animaux sont vraiment utiles.
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- Signalons surtout celui de M. de Nabat, qui a déjà la sanction de la pratique. Il a fonctionné sur des chevaux avec succès au concours de Billancourt. La tondeuse Nabat se compose d’un moteur qui comprend une roue, un pignon et un volant. Le pignon fait tourner une chaîne disposée pour résister à la torsion, elle transmet le mouvement de rotation à un second organe qui est l’appareil sécateur. Celui-ci se compose d’un cylindre armé de sept lames en hélice et d’une laine jumelle qui, ensemble, forment les ciseaux; au-dessous de la lame jumelle se trouve un peigne qui relève le poil et protège l’animal contre la coupure. Pour fonctionner, la tondeuse nécessite l’action de deux hommes : l’un met en mouvement le moteur ; l’autre promène le cylindre tondeur sur l’animal ; il suit toutes les parties du corps, à l’exception du dessous de la ganache et des parties creuses des jambes, qu’on achève avec les ciseaux.
- Le travail se fait assez promptement ; il faut de trois à cinq heures pour la tonte d’un cheval. L’opération de la tonte, dont l’utilité pour les chevaux est reconnue, ne serait pas moins utile pour les bœufs de travail et pour les bœufs à l’engrais. Des expériences ont démontré que les bœufs tondus gagnent plus en poids que ceux qui ne le sont pas ; les bœufs non tondus ont, en effet, la peau chargée de poussière et de parasites qui les tourmentent et les forcent à se gratter incessamment, cô qui est pour eux une cause perpétuelle d’agitation.
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- SECTION IV
- CONSTRUCTIONS RUSTIQUES
- Par \I. Albert LE PLAY.
- La variété presque infinie (les constructions qui ont été élevées dans le Parc, la science et l’art qui ont présidé à leur conception, ont donné à cette partie de l’Exposition un intérêt considérable et un aspect pittoresque dont l’effet a dépassé toutes les prévisions. Pour la première fois (et probablement pour la dernière), on aura vu réunis, dans un espace restreint, des bâtiments ayant des destinations aussi diverses en même temps que des styles aussi opposés. Cet ensemble curieux aura permis aux gens compétents de faire les études comparatives les plus utiles, et le public aura pu sans fatigue se faire une idée des architectures grecque, romaine, de la renaissance, égyptienne, arabe, japonnaise, mexicaine, chinoise, etc. ; il aura vu la mosquée à côté du temple protestant et de l’église catholique, et le dôme de l’opéra abritant de simples constructions rustiques.
- Nous nous proposons de dire quelques mots de ces dernières. Outre que, par ses dimensions modestes, ce genre de construction est accessible au plus grand nombre, il présente encore ce caractère d’être comme un reflet d’une des meilleures tendances modernes qui consiste à ne pas exclure des choses devant être économiquement conçues la grâce et le bon goût, qui révèlent l’aisance et la prospérité.
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- C0NSTKUCTI0XS RUSTIQUES.
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- Les constructions rustiques sont nombreuses dans l’enceinte de l’Exposition; il y en a dans les sections russe et suédoise, et dans la section française : nous allons les passer en revue en commençant par les premières, qui sont aussi les plus considérables.
- Les habitations russes et suédoises nous présentent, au point de vue de leurs construction, des types assez semblables. Ceci est facile à comprendre : dans les deux pays, les hommes ont dû d’abord se préserver de leur ennemi commun, le froid, et, pour s’y soustraire, ils ont eu sous la main les bois magnifiques que la nature leur a donnés avec profusion ; aussi, le bois, qui est si mauvais conducteur de la chaleur, est-il prodigué dans ces habitations formées de troncs d’arbres verts empilés les uns sur les autres. Les deux arbres principalement employés sont le sapin épicéa et le pin sylvestre. Le premier existe dans une proportion beaucoup plus grande que le second. Les arbres sont choisis de même dimension, ils sont dépouillés de leur écorce et équarris sur deux faces ; polir que la surface d’adhérence soit plus considérable, et, pour que l’imperméabilité à l’air soit absolue, on place entre chaque pièce de bois une légère couche d’étoupe ou même de mousse.
- Toutes les poutres sont de même longueur et présentent, à une distance d’environ 0m50 de leur extrémité, deux entailles qui ont le tiers de l’épaisseur du bois. L’entaille de la face supérieure reçoit celle de la pièce de bois qu’elle supporte à angle droit et qui est partie constituante de la paroi contiguë de l’habitation. L’entaille de la face inférieure emboîte l’entaille de la pièce de bois qui supporte celle dont nous venons de parler. En continuant de la sorte la construction, on obtient un enchevêtrement parfait de tous les matériaux. On comprend l’utilité qu’il y a à assembler les bois de cette façon et non par leurs extrémités que l’humidité pourrait détruire à la longue, ou du moins disjoindre. Avec le système employé, les entailles des poutres de deux murs parallèles empêchent les
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- (leux autres murs de s’ébouler en dedans ou en dehors et réciproquement ; une paroi ne peut jamais surplomber, car”toute la construction se tient et les poutres sont inflexibles. Les extrémités saillantes de tous ces troncs d’arbres produisent en même temps un singulier efïet, et, en ayant l’air de se traverser mutuellement, elles semblent vouloir faire mentir la grande loi de l’impénétrabilité des corps.
- La Norwégc a bâti une vaste maison où elle a exposé des produits naturels, des bois, des engins de pêche ; cette maison ne présente rien de remarquable en dehors du système de construction que nous venons de décrire. C’est le modèle général des habitations de ce pays ; le paysan y abrite sa famille et ses bestiaux, et, chose assez curieuse, si sa fortune prospère et s’il a besoin d'un espace couvert plus considérable pour abriter ses animaux et ses récoltes, il n’agrandit jamais son habitation première, mais il en bâtit une ou plusieurs autres entièrement semblables à coté. Il n’est pas rare de voir un cultivateur norwégien habiter à la fois cinq à six maisons pareilles.
- La Suède a reproduit la maison ou Gustave Wasa, poursuivi par les Danois, trouva pendant un certain temps l’hospitalité. Elle existe encore aujourd’hui, et on en bâtit souvent de semblables ; mais, généralement, les liabitatious du pays sont beaucoup plus simplement construites. La maison de Gustave Wasa se compose d’un rez-de-chaussée assez bas, éclairé par de petites ouvertures carrées dont les vitres sont mises en plomb, et d’un premier étage auquel on arrive par un escalier extérieur. Tout autour du premier étage règne un balcon couvert par la saillie du toit et supporté par quelques-unes des poutres qui constituent les murs de l’habitation et qui, à ce niveau, se prolongent d’une longueur suffisante.
- . La cage de l’escalier et le balcon sont clos par une paroi écailleuse comme le corps d’un poisson , formée par des imbrications de bardeaux de sapin arrondis par leur extrémité apparente et de. la dimension de nos.grandes ardoises.
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- C0 NSTIl U CTI 0 NS M.'STIQ U ES.
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- Ce système, de parois donne à l’ensemble de l’habitation son principal caractère. Le toit est couvert avec de l’écorce de bouleau sur laquelle on applique une épaisse couche de gazon. L’habitation est ainsi parfaitement préservée du froid, et elle présente un aspect bizarre avec ses écailles et son toit verdoyant.
- Nous arrivons à la Russie ; nous ne nous arrêterons pas à l’écurie où ont été installés un certain nombre d’échantillons des races chevalines de ce pays, pour arriver de suite à l’Isbali qui est le type des habitations des paysans. L’Isbali est un ensemble formé par deux maisons de dimensions variables réunies par un hangar ouvert d’un seul côté. La plus grande des deux maisons, qui se compose d’un rez-de-chaussée, d’un premier étage et d’un grenier,, est habitée par le chef de la famille et ses enfants. L’autre maison, plus petite, qui ne se compose souvent que d’un rez-de-chaussée, est la demeure d’un parent marié, . oncle ou beau-frère. Quant au hangar, c’est l’endroit, où trouvent place les animaux de toutes sortes, les voitures, les outils aratoires et les produits du sol. La construction, qui est toujours uniquement constituée par de gros troncs d’arbres, très-bien joints avec de l’étoupe, se fait remarquer à l’extérieur par un luxe de bois découpés que le visiteur pourrait considérer comme un enjolivement ajouté pour la circonstance'. Il n’en est rien; les bois découpés que nous avons sous les yeux, malgré leur délicatesse, sont de beaucoup inférieurs à ceux qui existent sur les maisons d’un grand nombre de paysans, qui ont un talent remarquable pour ce genre de décoration. On serait peut-être surpris d’apprendre ([ue cette ciselure est faite avec la hache, et que des enfants très-jeunes^excellent souvent dans ce .travail.
- Ainsi disposées, ces habitations doivent complètement préserver leurs habitants- du froid le plus intense1, et elles sont dès lors parfaitement adaptées aux besoins des pays septentrionaux.
- Maintenant,, seront-elles imitées dans nos régions ? Il nous
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- est permis d’en douter. Leurs avantages principaux ne sont pas ici d’une aussi grande importance, et les bois qu’il faudrait mettre en oeuvre pour les établir sont d’une dimension telle, que leur emploi serait chez nous excessivement dispendieux.
- Une ïsbali entourée d’arbres verts offre un grand caractère d’originalité qui pourra être mis à profil par les décorateurs et dessinateurs de pares (ceux-ci pourront se reporter toujours au modèle que nous avons aujourd’hui sous les yeux, puisque la Commission russe en a fait don à S. M. l’Empereur, qui va la faire transporter dans le parc de Saint-Germain) ; mais, en présence de son prix élevé, il est peu probable que ce genre de construction ait chance de pénétrer chez nous, si ce n’est dans quelques-unes de nos chaînes de montagnes où le transport des bois est difficile. Ces constructions seront toujours chez nous un objet de luxe, ce qui est contraire à l’idée qu’entraîne le mot construction rustique, qui signifie bâtisse à bon marché avec les matériaux que l’on a sous la main.
- Il n’en est pas de même d’autres constructions du même genre, très-répandues en France aujourd’hui, et représentées à l’Exposition par de nombreux spécimens. Je citerai notamment le pavillon de l’administration, à Billancourt, l’annexe de la classe 24, dans le Parc, et un grand nombre d’abris dans le Jardin réservé. Tous ces échantillons sont désignés sous le nom de constructions rustiques. Leur principal caractère est de conserver l’aspect naturel des matériaux qui les constituent. Par les différentes combinaisons auxquelles elles se prêtent, suivant les ressources que présente le pays, par la facilité de leur construction, et, enfin, par leur prix de revient peu élevé, elles sont une précieuse ressource dans une multitude de circonstances. Nous allons essayer de les décrire .
- Malgré les préparations qu’on pourrait faire subir au bois, il finirait par se décomposer, s’il était en contact avec l’humidité du sol; pour l’en préserver, on pose l’ensemble de la . construction sur un socle en pierre ou en brique, dans lequel on
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- a soin de ménager (lorsqu’on fait un bâtiment d’habitation) de petites ouvertures pour assurer une circulation d’air sous les planchers et éviter toute trace d’humidité. Ce socle est formé par un petit mur de 0m30 à 0m60, qui dessine la forme du bâtiment, et sur lequel est posé un cours de sablières ancrées et reliées entre elles. Ces pièces de bois longitudinales supportent et fixent tout le reste du bâtiment qui est une véritable construction en pans de bois. Les bois doivent être toujours conservés en grume. Quelquefois, ils peuvent être écorcés, mais jamais équarris.
- Toutes les essences d’arbres peuvent être employées; les meilleures sont évidemment les plus dures, comme celles de chêne et de châtaignier; mais les bois blancs, après avoir été préalablement injectés au sulfate de cuivre, peuvent faire un très-bon usage. Les bois de chêne et de châtaignier doivent être conservés en grume, c’est-à-dire avec leur écorce; les bois blancs doivent, en général, être dépouillés de cette dernière, car, moins adhérente au bois, elle pourrait à la longue s’en détacher et produire ainsi un effet fâcheux. Il est évident que l’épaisseur des bois doit varier suivant l’importance de la construction; mais, comme celle-ci n’atteint jamais des proportions considérables et que, d’un autre côté, des bois trop grêles nuiraient à l’effet de l’ensemble, il faut choisir des arbres de trente à quarante ans d’âge, formant des charpentes d’une épaisseur moyenne de 0m20. Il est indispensable que tous les bois en grume qui doivent être apparents aient une épaisseur égale. Leur assemblage par tenons et mortaises forme une carcasse qui dessine exactement tous les angles du bâtiment, ainsi que toutes les ouvertures. La base des tenons doit être concave et taillée de façon à s’adapter exactement sur la surface convexe de la pièce à laquelle elle doit être unie. En général, les pièces verticales ou colonnes supportent directement la toiture et doivent avoir toute la hauteur du bâtiment; les pièces horizontales ou traverses forment les dessus de portes et les appuis de fenêtres, ou divisent des ravalements qui auraient
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- une surface trop considérable; elles ont donc pour longueur la distance de deux colonnes.
- La carcasse terminée, on procède au remplissage des ravalements ; selon les matériaux dont on peut disposer, ce remplissage se fait avec des briques sur une seule épaisseur, de petits moellons, du torchis, ou même des planches simplement clouées derrière les bois en grume. Quel que soit le procédé employé, le remplissage doit toujours avoir une petite épaisseur, et doit être appliqué de façon à laisser toujours en relief au moins la moitié des bois en grume.
- Les couvertures de bâtiments aussi modestes ne sont jamais compliquées ; souvent le toit n’a qu’une pente; il suffit alors de poser les chevrons sur les deux parois du bâtiment. Quand il y a deux pentes, les formes sont toujours simples, les bois sont en grume ; les chevrons n’ont même pas besoin d’une grande régularité , quand on emploie une couverture en chaume ou en roseau ; quand on emploie la tuile, on équarrit les chevrons sur deux faces seulement , en ayant toujours soin de laisser intacte leur extrémité apparente.
- Il y a cependant pour les toitures des constructions rustiques deux points importants qu’il est bon d’observer ; le premier consiste dans la saillie du toit. Cette saillie est à la fois commode pour circuler à l’abri du soleil et de la pluie autour du bâtiment, et nécessaire pour assurer sa conservation en préservant les murs de l’humidité.
- Le second point, moins utile peut-être, est très-important au point de vue de l’aspect qu’il communique à l’ensemble de la construction. Il consiste dans le retroussis que l’on imprime à l’inclinaison du toit qui acquiert ainsi une certaine analogie avec ceux des maisons chinoises. On obtient ce dernier résultat en établissant à environ 0m60 de la façade une sablière ap-puyée sur l’extrémité des tirants et soutenue par des consoles en bois de grume qui concourent à la décoration ; on cloue de faux chevrons au tiers inférieur des chevrons et on les appuie sur cette sablière extérieure en les laissant dé-
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- passer de 0m40 environ. Pour en finir avec la toiture, nous devons ajouter que l’ardoise doit être généralement proscrite, elle ne s’harmonise pas bien avec le ton et la nature du genre que nous traitons. La tuile peut être employée, quand on veut une couverture très-durable, mais le chaume, et surtout le roseau sont les véritables couronnements de l’œuvre.
- Il nous reste à dire quelques mots sur la partie décorative; elle se réduit à fort peu de chose.
- Lorsque les matériaux employés comme remplissage ne présentent pas des couleurs vives et brillantes, comme certaines pierres meulières qui donnent un rocaillage agréable, on applique sur les panneaux dont les bois en grume peuvent être considérés comme les cadres, des branches aux formes les plus variées ; on les fixe au remplissage par leur partie moyenne, aux bois en grume par leurs extrémités, et on plaque dans leur intervalle un gobetage de plâtre mélangé d’ocre jaune et de ferrugine, ou toute autre matière colorante, pour donner la teinte que l’on juge convenable. À défaut de plâtre, on peut employer un mortier de chaux et de sable. On peut aussi incruster des rocailles, des coquilles et, enfin, tous les matériaux qui peuvent prêter à la décoration, que la fantaisie de chacun sait découvrir, ou que le pays fournit spécialement.
- Tous les bois en grume doivent rester apparents et faire saillie sur les enduits. Comme il arrive souvent qu’ils ont été éclaboussés par le mortier, on les brosse avec soin et on applique à leur surface une ou deux couches d’huile créosotée, qui constitue un excellent vernis pour cet usage.
- Nous n’avons qu’un mot à dire pour les aménagements intérieurs; ils ne présentent rien de particulier et dépendent des convenances de chacun. Cloisons légères en plâtre, planchers en charpente, parquets en sapin, plafonds enduits de plâtre, etc.; excepté les menuiseries qui, soit en chêne, soit en sapin, doivent toujours être à faces apparentes passées à l’huile de créosote et vernies ; les croisées en vitrages mis au plomb et retenus par des tringles en fer, les aménagements intérieurs
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- peuvent être faits suivant les besoins, comme dans les autres constructions.
- Ainsi que l’on peut en juger par ce qui précède, les constructions rustiques offrent de grands avantages. Le goût d’abord en présidant à l’arrangement des matériaux les plus vulgaires, sait en tirer un parti prodigieux. On peut en effet utiliser ici toutes les essences d’arbres pour la charpente ; le moellon, la brique, le béton, les rocailles de toute espèce, le plâtre, la chaux, le ciment, le sable et même la terre en torchis pour le socle, les remplissages et les enduits ; la tuile, le chaume et le roseau pour la couverture. Les prix de revient sont généralement inférieurs à ceux des autres procédés. On ne peut guère préciser la durée de ces constructions; les plus anciennes ne datent que d’une trentaine d’années; celles que nous voyons et qui ont été construites avec les précautions que j’ai indiquées sont encore en parfait état, et rien ne fait prévoir leur fin prochaine. Au point de vue de la destination, elles répondent à toutes les exigences auxquelles peuvent satisfaire les constructions légères; outre des habitations convenables, on peut, suivant ce système, faire les différents bâtiments de dépendance, tels que, écuries, vacheries, bergeries, poulaillers, abris pour les chevaux, hangars, etc., etc.
- L’opposition des couleurs des matériaux mis en œuvre, la forme de la construction, qui doit toujours être mouvementée, avec des belvédères, des toits à inclinaisons diverses, à hauteurs inégales avec des pénétrations nombreuses ; les plantes grimpantes, telles que la vigne vierge, la glycine et autres, qui encadrent les fenêtres et qui leur font des stores naturels avant d’aller se perdre en festons tout le long du toit et jusqu’au faîte ; tout cela s’harmonise admirablement avec la verdure environnante et donne à la construction un aspect gai et coquet qui serait difficilement obtenu d’une autre façon, à moins de dépenses considérables. Aussi la vogue a-t-elle favorisé l’essor de cette nouvelle industrie; et, bien qu’il ne rentre pas dans notre cadre de citer des noms propres, il serait injuste
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- de ne pas nommer M. Tricotel, qui personnifie pour ainsi dire l’industrie dont nous parlons. C’est lui qui l’a presque créée et qui, dans tous les cas, a le plus contribué à son développement. Il y a déjà vingt-cinq ans que M. Tricotel s’est mis à l’œuvre, et il est intéressant de voir la progression du chiffre de ses affaires depuis cette époque. Au début,il faisait par an 2o à 30,000 francs d’affaires ; cinq ans plus tard, 90 à 100,000 francs; au bout de dix ans, il atteignait le chiffre de 150,000 francs, et enfin, aujourd’hui, il dépasse 200,000 francs. Les prix de construction peuvent aussi être utiles à connaître : ils sont de 60 francs par mètre carré pour les bâtiments composés d’un rez-de-chaussée et d’un grenier, et de 80 francs, quand il y a un premier étage. L’escalier placé en dehors est compris dans le prix.
- Bien que le genre de constructions que nous venons de décrire soit connu depuis longtemps, puisqu’il y en a dans Paris des spécimens au jardin d’acclimatation et ailleurs, la grande publicité de l’Exposition tendra à répandre l’usage des constructions rustiques avec profit pour tout le monde, puisque, à une durée suffisante, elles joignent les deux qualités, d’être peu dispendieuses et d’un aspect agréable.
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- TRAVAUX DIVERS DE L’AGRICULTURE
- Par M. LESAGE.
- § 1. — Drainage.
- Le drainage n’est plus maintenant une opération qu’il faille vanter pour pénétrer les cultivateurs de son importance. Bien connue, hautement appréciée, elle semble avoir figuré de tout temps dans la liste des préliminaires indispensables à la prise de possession d’un terrain par la culture. Loin qu’il en ait été toujours ainsi, il fallut au contraire un certain courage pour se consacrer, dès l’abord, à une innovation dont le brillant succès n’était rien moins qu’assuré. M. Aboilard n’a pas hésité un moment ; il a étudié sous toutes ses faces la question qui se présentait, et, après s’en être rendu maître, il n’a pas négligé un seul des éléments qui pouvaient conduire à une solution plus satisfaisante. Son exposition à Billancourt fait foi de l’habileté avec laquelle il dirige les travaux qui lui sont confiés, et du soin avec lequel il examine les circonstances locales si diverses, qui exigent un tact tout particulier pour modifier économiquement les règles générales. Ses tranchées sont bien tracées, bien ouvertes, ses tuyaux solidement posés, ses raccords avec les drains principaux habilement ajustés. Son travail offre cette particularité que , pour • être bien fait, il n’exige pas des ouvriers spéciaux. Frappé du juste désir des propriétaires de ne pas enlever à leurs auxiliaires habituels un travail d’autant mieux venu qu’il s’effectue dans une saison où le chômage n’est que trop à craindre,
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- TRAVAUX DIVERS DE l’AGRICULTURE.
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- M. Aboilard s’est appliqué à former promptement les hommes intelligents à l’usage des outils qui leur étaient inconnus auparavant. En cela il a été fidèlement secondé par MM. Ma-chuelle et Durand, qui, depuis de nombreuses années, l’ont accompagné dans toutes les régions — et elles sont aussi nombreuses que diverses — où il a été appelé.
- Comme appendice à son exposition de procédés et d’outils de drainage, M. Aboilard a joint un travail que nous recommandons aux propriétaires jaloux de bien connaître leur domaine et d’en diriger à bon escient les améliorations. C’est un plan en relief dressé à la suite d’un nivellement fait avec soin. Une galerie sur laquelle se meut une règle en acier, portant une autre règle graduée mobile perpendiculairement, permet d’avoir sur-le-champ la cote exacte d’un point quelconque du terrain que l’on se propose de modifier. Le prix de ce plan, qui appartient à M. Drake del Castillo, de Candé, près Tours, est déjà surprenant de modicité, eu égard aux recherches qu’il suppose, mais il se réduirait bien davan-! tage si un certain ensemble d’ordres motivait la création d’un atelier tout spécial. Une récompense a été décernée àM. Aboilard , pour ses travaux et son amour du progrès tant tech-nique qu’économique, et une moindre à chacun de ses coopérateurs MM. Machuclle et Durand, pour leur zèle dévoué. ' :
- Les tuyaux de drainage ont été fournis à l’agriculture dans de bonnes conditions par une société pour le compte de laquelle opérait M. Prévôt. Ses services longs et intelligents ont été appréciés ainsi que ceux de M. Renaud-Pillard, deTroyes.,
- Quant aux outils servant à cette opération, ils ont reçu de, M. Guérard-Deslauriers, de Caen, un soin tout particulier que, le Jury a distingué.
- § 2. —* Niveleuse.
- M. Calsat, de Virelade, par Podensac, a construit une machine à niveler les terrains raboteux, d’après les instructions: de M. de Carayon-Latour, propriétaire-cultivateur, honoré
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- cette année de la prime d’honneur de son département. Rien n’égale l'efficacité de cet instrument, que la simplicité de sa structure et la facilité de son maniement. Avec un tel auxiliaire, on ne doit plus souffrir que des inégalités du sol mettent plus longtemps obstacle aux procédés les plus délicats d’une culture perfectionnée.
- § 3. — Conduites pour liquides et gaz.
- On a également à féliciter M. Constant Zeller de sa fabrication de tuyaux de conduite en argile comprimée. On peut proposer cette fabrication comme un modèle à suivre, aussi bien sous le rapport de l’esprit inventif qui a conduit à tenter des améliorations dans une industrie pratiquée depuis des siècles avec tant de succès, que sous celui de la perfection des résultats obtenus. L’argile employée par M. Constant Zeller est soumise à tous les moyens d’épuration connus : lavage, tri-turage, malaxage. C’est seulement lorsque la pâte présente une parfaite homogénéité, qu’elle est livrée à l’atelier chargé de lui donner la forme voulue. On peut être sûr alors que les différentes influences que les tuyaux auront à supporter, pourvu qu’elles s’exercent d’une manière quelque peu égale, s’exerceront uniformément, provoquant ainsi une résistance presque insurmontable. Les pièces préparées de la sorte sont soumises à une pression qui ne va pas à moins de quinze atmosphères; certains sédiments géologiques n’ont pas subi d’autre épreuve pour se convertir en roche de la dernière dureté. Ensuite l’intérieur êst revêtu d’un vernis pareillement éprouvé, de façon à ne livrer passage à aucune substance, quelle que soit la force qui la pousse à s’en frayer un.
- Des essais variés, et longuement poursuivis, ont fait voir que ces tuyaux, qui conservent aux liquides leur nature et en assurent la conduite intégrale, même pour la plus faible quantité, sont assez élastiques pour résister à la flexion, ne s’obstruent jamais par des précipités salins et présentent une notable
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- économie tant par les prix que parce qu’il n’est pas besoin de les envelopper d’un bâti en maçonnerie ou en béton.
- Dans un temps où l’agriculture s’approprie les procédés autrefois réservés aux usines, il lui importe beaucoup de pouvoir disposer d’un moyen sûr d’envoyer l’eau, certains liquides de fabrication et les engrais, à une certaine distance, au moyen de forces considérables, sans déperdition comme sans altération. Cela importe encore bien davantage aux usines et aux centres de population. Quand on se préoccupe avec tant d’ardeur de la distribution de l’eau dans les villes, par conduite forcée, et de l’enlèvement des eaux vannes de ces mômes villes, les municipalités ne sauraient trop se rendre bien compte de l’invention de M. Zeller.
- La tâche leur sera facilitée par les recherches pratiques et le personnel expérimenté que l’établissement d’Olleviller met à leur disposition, leur évitant de la sorte tout tâtonnement et toute responsabilité.
- Depuis vingt-cinq ans, cet établissement n’a cessé de faire des progrès ; actuellement il occupe une superficie de près de 17,000 mètres carrés. Le bâtiment principal, long de 80 mètres sur une largeur proportionnée, compte cinq étages que traversent les deux machines à comprimer l’argile en la moulant. Il renferme sept fours de différentes dimensions, alimentés tantôt par le bois, tantôt par la houille; il n’en faut pas moins, chaque cuite exigeant un feu incessant de six fois 24 heures et 16 jours de refroidissement graduel. Six paires de meules, en granit, opérant le broyage, sont placées au rez-de-chaussée, qui contient également de vastes séchoirs et un magasin d’approvisionnement de 400 mètres cubes de matière préparée. En dehors, 1,200 mètres carrés de bassins suffisent au lavage d’une quantité énorme d’argile.
- Les travaux, tant ceux de l’extraction et de la fabrication que ceux du transport des marchandises et de la culture des terres destinées à l’alimentation des attelages, occupent constamment de 80 à 100 ouvriers.
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- §4. — Outils.
- Parmi tant d’ingénieux mécanismes consacrés à tirer l’emploi le plus utile de la force, soit des éléments, soit des animaux, on est porté à croire que l’homme, affranchi désormais de la fatigue corporelle, n’agit plus que comme intelligence directrice. C’est une idée trop flatteuse pour que l’attention ne se porte pas d’abord vers les objets qui y répondent le mieux. D’ailleurs, leur volume serait assez considérable, pour solliciter le regard de préférence aux autres. Mais il s’en faut que nous en soyons là ; et, jusqu’à ce que l’affranchissement complet soit arrivé, reconnaissons le mérite modeste de ceux qui s’étudient à rendre moins pénibles les temps de transition et mettent aux mains de l’homme un outil qui allège sa peine dans la lutte corps à corps avec la nature. M. Partridge, de Leominstcr, a envoyé des fourches d’acier d’une légèreté, d’une élasticité, d’une solidité vraiment surprenantes.
- De belles collections d’outils, présentées par MM. Saynor et Cooke (Angleterre) et M. Gruber (Prusse), ont été récompensées. Citons, pour un mérite analogue, MM. Beyersmann (Prusse) et M. Naslot, de Champs-sur-Yonne (France).
- \ 5. — Harnais.
- Plus l’homme se perfectionne, plus il se préoccupe du bien-être des auxiliaires animés qui le servent si fidèlement. Les soins qui leur sont donnés forment l’un des caractères de la civilisation. La Société protectrice des animaux, qui a pris pour but de montrer que notre empire sur eux est en raison de notre justice et de notre douceur à leur égard, mérite particulièrement les éloges des cultivateurs. Elle les seconde et par ses enseignements, et par ses encouragements, et surtout par les améliorations que ses principes font apporter dans l’attirail du travail des bêtes. Une citation semblable était due à M. Glatard, de Roanne, pour ses harnais à dételage
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- TRAVAUX DIVERS DE l’AGRICI.'LTURE-
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- instantané, à M. Goubé (Paris), pour des colliers adaptés aux animaux souffrant de quelque blessure et aisément ajustés à toutes les dimensions voulues.
- On a remarqué les instruments à tondre les chevaux et mulets de MM. de Nabat.
- 3 6. — Appareils de cuisson et d’économie domestique.
- La cuisson de la nourriture des animaux a été l’objet de la préoccupation de certains constructeurs ; mais, en général, ils ont fait de leur appareil une simple annexe d’un appareil de cuisson et de chauffage, appliqué à tous les besoins du ménage. En première ligne, il faut citer M. Jusseaume, de Nantes, qui a tout compris dans ses efforts pour utiliser et le combustible et le travail dans l’intérieur. MM. Pratt et Wentworth, de Boston (Amérique du Nord), ont exposé l’ingénieux appareil qui suffit à tous les besoins domestiques de ces fermiers du Far-West, dont l’Etat d’Illinois nous a montré la confortable demeure ; il répond bien aux services que l’on en attend. On a récompensé avec eux M. Charles pour son fourneau économique, et donné une mention honorable à M. Chariot, du Mans, pour ses appareils de cuisson.
- Entre les objets destinés à rendre plus commode l’intérieur à la campagne, sujet dont on ne s’est guère occupé jusqu’ici, nous avons remarqué l’appareil appelé prompt rôtisseur, par Mme Daubreville. La machine à boucher les bouteilles, inventée il y a si longtemps, par l’exposant, M. Chalopin, a mérité une médaille d’argent. Le procédé de M. Paul Didier, destiné à rendre ce bouchage efficace, a été remarqué, comme le porte-bouteilles bien connu de M. Barbou.
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- SECTION VI
- DESSÈCHEMENT DU LAC FUCINO, ET MISE EN CULTURE DES TERRAINS CONQUIS
- Par M. Ed. GRATEAU.
- Les grandes entreprises de travaux publics, par leur nombre et leur importance, formeront un des traits les plus caractéristiques du xix° siècle ; elles attesteront l’intelligente préoccupation des gouvernements pour les besoins des masses et les intérêts généraux ; mais elles resteront surtout comme des monuments de ce que peut l’initiative privée,' favorisée par des règlements libéraux et secondée par la science moderne. Le dessèchement du lac Fucino, entrepris et déjà presque mené à bonne fin par le prince Alexandre Torlonia, est une de ces œuvres considérables qu’il convient de signaler à l’attention publique.
- § 1. — Historique.
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- Le lac Fucino est situé à 140 kilomètres environ à l’est de Rome, dans la seconde Abruzze ultérieure ; il occupe la partie inférieure d’un vaste plateau situé à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer, et entouré par les chaînons les plus élevés des Apennins méridionaux. Le bassin dont il reçoit les eaux présente une superficie de 65,000 hectares, dont 15,000 en moyenne sont occupés par le lac proprement dit.
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- DESSECHEMENT DU LAC FUCINO.
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- Le lac ne possède aucune communication apparente avec les vallées voisines pour y déverser son trop plein ; son régime hydraulique n’a donc d’autre cause modératrice que l’évaporation, et il reste soumis à toute l’influence des phénomènes météorologiques, qui lui ont fait subir des variations de niveau souvent très-considérables, puisque, dans la période de dix-neuf ans, comprise entre 1816 et 1835, la différence a pu atteindre 12m431 en moins, et depuis cette époque jusqu’à 1861, la crue s’était élevée à 9m178. Il est facile de comprendre les désastreuses perturbations qu’une semblable instabilité apportait dans la fortune des riverains et le désordre qui en résultait pour l’industrie agricole de la contrée. Aussi, dès l’antiquité, songea-t-on, soit à régler le niveau du lac, soit à le dessécher, pour rendre à la culture les terres occupées par ses eaux capricieuses. Strabon, Suétone, Dion Cassius, Tacite , nous ont conservé le souvenir des tentatives faites dans ce but.
- Jules César paraît être le premier qui songea à arrêter ces désastres, et il rattacha à un grand projet d’exploitation agricole, étudié en vue d’assurer à l’Italie l’abondance des vivres, non pas l’entier dessèchement du lac, mais l’abaissement de son plan d’eau et la réglementation de son régime. Il mourut avant d’avoir pu donner suite à cette idée.
- La disette, en soulevant le peuple, força Claude à reprendre le projet de César pour éviter des troubles plus graves ; et les travaux d’amélioration du lac Fucino commencèrent en l’an 42 de notre ère ; ils furent terminés en l’an 53. Ils se composaient d’un canal souterrain, désigné plus tard sous le nom d'émissaire de Claude, partant des rives du lac, et ouvert sous le mont Salviâno, à 400 mètres au-dessous de son sommet', et sous les champs Palentins à une profondeur variant de 85 à 120 mètres. Deux bassins, creusés sur l’axe même du souterrain et à la distance de 40 mètres l’un de l’autre, servaient à l’introduction de l’eau; ils étaient réunis par une galerie de 12 mètres de section. L’émissaire avait une lori-
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- gueur de 5,640 mètres, et conduisait les eaux du lac au fleuve Liri, dont le lit se trouve à 10 mètres en contre-bas de la sortie du tunnel.
- L’étude de ce projet atteste le talent de l’ingénieur qui en fut chargé, et on devait en attendre, comme résultat, le maintien des eaux du lac à une profondeur de 3 à 4 mètres, et sur une superficie de 4 à 5,000 heclares seulement. Mais ces plans remarquables furent exécutés avec une impéritie qui accuse autant l’ignorance que la mauvaise foi de l’entrepreneur, et dans des circonstances qui méritent d’être mentionnées. Une société de capitalistes romains avait demandé la concession du dessèchement, à la condition de rester propriétaire des terres conquises sur les eaux du lac. L’affranchi Narcisse, entrevoyant dans cette affaire une source de bénéfices énormes, réussit à écarter les compétiteurs, sous prétexte de laisser à l’Empereur la gloire de l’entreprise, et se fit nommer administrateur suprême des travaux du port d’Ostie et du dessèchement du Fucino, dont les frais devaient être payés par le trésor public. Maître de la situation, Narcisse ne songe plus qu’à accroître ses profits illicites par tous les moyens ; les maçonneries sont exécutées avec des matériaux de qualité inférieure, et, afin d’en réduire le cube, la pente et la section du canal sont altérées pour diminuer le déblai à effectuer et les frais de matériaux et de main-d’œuvre. Ainsi, la section qui, aux deux extrémités du canal, présentait la surface normale de 12 mètres carrés, se rétrécissait jusqu’à n’avoir plus que 4m50 dans la région moyenne. Le mortier employé n’avait pas les qualités hydrauliques que les Romains connaissaient et appliquaient si bien. Tout, en un mot, indique une fraude impudente, qui devait amener la destruction de l’ouvrage, et qui faillit devenir fatale à son auteur, dès le jour de l’inauguration. Claude et Agrippine assistaient à cette solennité avec le jeune Néron et une cour brillante; après le spectacle d’une naumachie dont le souvenir a été gardé comme celui de la plus grande fête de ce genre dans l’antiquité,
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- Narcisse donne le signal ; les barrages sont enlevés , et les eaux du lac se précipitent impétueusement dans l’émissaire aux applaudissements de la multitude; mais aussitôt on les voit revenir en arrière et menacer d’engloutir les spectateurs et de détruire l’estrade impériale. Ce singulier phénomène était dû au rétrécissement exagéré de la section du canal ; le volume d’eau introduit dans le souterrain ne trouvant pas à se débiter, il en était résulté un coup de bélier terrible, qui avait déterminé le mouvement de recul de toute la masse liquide, et qui avait en même temps provoqué l’éboulement d’une partie des maçonneries dans la section étranglée du canal. Cet événement ébranla un instant le crédit de Narcisse; mais il se remit à l’œuvre, et, pour obtenir l’écoulement, on contourna l’éboulement, en creusant une petite galerie de l’aval vers la partie supérieure du tunnel qui était inondée. Il obtint ainsi une apparence de réussite, et Claude put présider à une seconde inauguration.
- La mauvaise construction des maçonneries ne tarda pas à produire de nouveaux accidents, et l’émissaire fut obstrué et abandonné jusqu’à Trajan, qui tenta de le restaurer. Adrien essaya aussi de rétablir l’œuvre de Claude; mais toutes ces reprises d’un travail manqué, dès l’origine, ne pouvaient avoir que des résultats imparfaits et de courte durée. Le temps acheva la ruine, et il faut arriver jusqu’à Frédéric II de Souabe (1236) pour retrouver l’indication de tentatives ayant pour but le rétablissement de l’émissaire. Plus tard, Alphonse Ier d’Aragon, et, au commencement du xvr siècle, le connétable Lorenzo Colonna, voulurent aussi reprendre les travaux ; mais ils échouèrent dans leurs projets, et les choses demeurèrent dans le même état d’abandon.
- Pendant la fin du xvne siècle et la majeure partie du xviue, le lac paraît être resté dans des limites à peu près constantes ; mais, vers 1780, les crues se firent sentir de nouveau, et la terreur se répandit bientôt dans la contrée. Les . plaintes réitérées des habitants engagèrent Ferdinand IV à faire étudier
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- lin projet de restauration de l’émissaire de Claude. Les événements politiques en empêchèrent la réalisation. Mais en 1815, ce prince, remis en possession du trône, s’adressa à l’Académie des sciences de Naples pour lui demander un remède au mal qui s’aggravait chaque jour. L’Académie discuta longtemps sans rien arrêter, et ce fut le commandeur Afan de Rivera, directeur général des ponts et chaussées de Naples, qui proposa, en 1826 seulement, de déblayer l’émissaire, et en obtint l’autorisation du roi François Ier. Les travaux durèrent jusqu’en 4835. Le même ingénieur fit ensuite un projet de restauration en vue d’un dessèchement partiel; mais Ferdinand II refusa de l’approuver, voulant avec raison que l’industrie privée, et non l’État, fut chargée de ce grand travail.
- En 1852, une Compagnie obtint la concession du dessèchement complet du Fucino, à la condition de rester propriétaire des terrains mis en valeur par le retrait du lac, mais à la condition aussi de suivre le tracé romain. Malheureusement, quand la Compagnie prit possession de l’émissaire, elle reconnut que les travaux exécutés par Afan de Rivera avaient eu pour résultat d’ébranler des masses insuffisamment consolidées, et que le tunnel était inaccessible par suite des éboule-ments qui s’y étaient produits. C’est dans ces circonstances que le prince Alexandre Torlonia, l’un des membres de la Compagnie, comprenant qu’il fallait renoncer au projet primitif, projeta le dessèchement complet du lac Fucino, et assuma sur lui seul toutes les charges de cette œuvre grandiose.
- §2. — Description des travaux actuels.
- Pour réaliser toute sa pensée, le prince Torlonia s’adressa àM. de Montricher, ingénieur, connu déjà par de remarquables travaux. L’étude des lieux fit renoncer M. de Montricher à
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- toute tentative d’utiliser le canal romain, et il proposa de le remplacer par un nouveau tunnel, présentant une section de vingt mètres carrés, et d’abaisser le radier de 3m255 en tête, et de 0in805 à la sortie, afin d’obtenir une pente uniforme d’un millième.
- Les premiers travaux commencèrent en 1854 par la construction d’une digue en terre, destinée à isoler la tête du canal de toute communication avec le lac. Ce travail, terminé en 1861, nécessita un mouvement de terre de plus de 100,000 mètres cubes et de 21,000 mètres cubes d’enrochements pour le défendre contre l’action des flots. En même temps, on ouvrait des routes, on mettait en exploitation des carrières de pierre et de pouzzolane, on installait des ateliers de toute sorte et on empruntait aux forêts voisines les bois nécessaires. Au moment où tous ces travaux préparatoires s’achevaient, où l’on avait déblayé et consolidé les anciens puits foncés par Narcisse pour le percement du tunnel, et pénétré dans une partie de la galerie souterraine elle-même, la mort prématurée de M. de Montricher (28 mai 1858) vint remettre tout en cause. Cependant le prince Torlonia ne perdit point courage, et remit la direction des travaux à M. Bermont, qui avait rempli jusqu’alors les fonctions de sous-directeur.
- À partir de ce jour, les travaux entrèrent dans une autre phase. Il fallait se débarrasser des eaux qui inondaient la partie supérieure du canal; pour cela, M. Bermont fit ouvrir une petite galerie fortement boisée sous le radier romain, de manière que celui-ci servît de voûte à la nouvelle galerie. On la poursuivit au milieu de grandes difficultés sur 85 mètres de longueur, jusqu’à ce que l’on pensât avoir dépassé la base de l’éboulement qui obstruait l’émissaire. A l’extrémité, on pratiqua dans le radier dix orifices munis de tubes en fonte avec tampons ; un gros tube établissait en outre la communication dé la petite galerie avec l’aval des travaux. Une disposition ingénieuse permettait de se retirer en enlevant les tampons et de donner ainsi un libre écoulement aux eaux
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- d’amont. Lorsque les eaux eurent disparu, on put reconnaître l’état de la partie supérieure de l’émissaire, et on entreprit une galerie d’avancement à travers l’éboulement. Ces travaux firent découvrir la fraude de Narcisse racontée précédemment et la véritable cause de la déviation qu’il avait fait subir au souterrain.
- Un moment abandonnés par suite des événements politiques de 1860, les chantiers du Fucino furent rouverts en janvier 1861 ; mais, en présence de la crue incessante du lac, il fallut se décider à protéger la tête de l’émissaire contre l’envahissement des eaux, en procédant à un écoulement provisoire. Pour obtenir cet écoulement, il était nécessaire de creuser un canal à ciel ouvert et une galerie de raccordement entre ce canal et un puits permettant l’accès des eaux dans l’émissaire. Ces travaux, protégés par un barrage, s’achevèrent heureusement, et l’écoulement put commencer le 9 août 1862, en versant 25 mètres cubes d’eau par seconde dans le Liri.
- Quand le niveau fut abaissé de 5 mètres, on referma la digue, et l’on put s’occuper de restaurer et de consolider la galerie sur une longueur de 780 mètres. Le 28 août 1865, les eaux couraient pour la seconde fois dans l’émissaire à raison de 30 à 35 mètres cubes par seconde. En résumé, quatre ans et demi ont été employés à la construction proprement dite de l’émissaire, sur une longueur de 4,860 mètres, entièrement terminés. Ce résultat a exigé, en déblais et revêtements, les travaux suivants :
- 133,921 mètres cubes de déblais, en terre ou rocher ;
- 18,412 — de maçonnerie en moellons piqués ;
- 6,099 — — en briques ;
- 7,584 — • —ordinaire et en pierres sèches.
- Le canal d’écoulement en tête du souterrain a atteint une longueur de 1,300 mètres et exigé un déblai de 154,000
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- moires cubes, effectué en grande partie au moyen d’une drague. Du mois de mai au mois d’octobre 1867, le niveau du lac s’est abaissé de lm80, ce qui a mis à sec 2,000 hectares de terres, et porté la surface desséchée à 6,700 hectares environ. Les riverains ont ainsi recouvré toutes leurs propriétés, qui occupent une étendue de 2,700 hectares, et représentent une valeur de plus de 8 millions de francs. Le surplus, c’est-à-dire 4,000 hectares, constitue, pour le prince Torlonia, une propriété dont la contenance sera portée à 14,300 hectares par le dessèchement complet du lac.
- L’écoulement actuel sera suspendu au mois d’avril 1868, époque à laquelle l’abaissement total du lac sera de 13m30; on terminera alors l’émissaire sur l’étendue restaurée, qui est de 780 mètres, et il sera prolongé, en outre, de 700 mètres vers le lac, ce qui portera sa longueur totale à 6,340 mètres. La durée de ce travail sera de quinze à dix-huit mois, après lesquels l’écoulement sera repris et continué sans interruption jusqu’à l’entier dessèchement.
- Ainsi se trouvera réalisée une entreprise agricole à laquelle le seul dessèchement de la mer de Haarlem est comparable. Au point de vue technique, cette œuvre fait le plus grand honneur aux ingénieurs qui en ont dirigé l’exécution; au point de vue économique, non-seulement elle a assaini le pays, elle l’a soustrait aux calamités résultant des variations continuelles du lac Fucino, mais elle a créé une exploitation agricole qui, en occupant 20,000 travailleurs, deviendra la richesse de toute la contrée. Déjà, pour en permettre l’accès facile, il a été tracé une route de 6m50 de largeur et de 49 kilomètres de longueur ; on a exécuté environ 250 kilomètres de fossés d’écoulement et d’assainissement, et 5,000 mètres de canaux endigués pour recevoir les eaux des sources et des ruisseaux. Ces résultats importants témoignent suffisamment de l’énergie et de la persévérance qu’il a fallu déployer pour les obtenir, et ils montrent tout ce qu’on peut at-
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- tendre de l’initiative privée, appelant à son aide les capitaux de l’industrie et le savoir des ingénieurs modernes, pour se substituer, en matière de travaux publics, à l’action lente, ruineuse et stérile des administrations officielles.
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- CHEVAUX, ANES, MULETS, ETC.; MARÉCHALERIE.
- SOMMAIRE:
- Section I. — Exposition chevaline, par M. Rouy, chef de division à l’Administration des haras.
- Section II. — Les chevaux étrangers, par M. Basile de Kopteff, conseiller d’État actuel, attaché à l’Administration des haras impériaux de Russie et délégué de la Commission Russe.
- Section III. — Anes et mulets, par M. Ed. Prillieüx, membre de la Commission consultative de l’Exposition d’agriculture.
- Section IV. — Chameaux, par le môme.
- Section V- — La maréchalerie, par M. Henry Bouleï, membre de l’Académie de Médecine, inspecteur général des Écoles impériales vétérinaires.
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- CHEVAUX, ANES, MULETS, ETC.; MARÉCHALERIE
- SECTION I
- EXPOSITION CHEVALINE
- Par M. ROUY.
- g 1. — Considérations générales.
- L’exposition chevaline a réuni, tant au Champ-de-Mars qu’à Billancourt, deux cent soixante sujets, appartenant, partie à l’espèce de trait, partie à celle dite de selle ou de carrosse. Sur ce nombre, quarante-six étaient venus de l’étranger : Russie, Autriche, Prusse, Bavière, Tunis et Maroc, et avaient été envoyés par les gouvernements ou par leurs nationaux ; le reste représentait la production française.
- R est regrettable que l’appel adressé de tous côtés par la Commission impériale n’ait pas été plus généralement entendu, et que l’on ait ainsi perdu l’occasion, peut-être unique, de juger, à côté les uns des autres, les produits remarquables des divers pays de l’Europe. C’eût été là, assurément, un sujet intéressant de comparaisons et d’études, une sorte d’école ouverte à l’instruction de tous, et où chacun des ex-
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- posants fût venu, avec ses produits comme exemple, apporter la démonstration vivante de ses théories en matière d’élevage.
- A cette condition, le concours aurait eu un caractère véritablement international, et il en serait sorti un utile et fécond enseignement. Nous ne savons pas au jitste à quoi attribuer les défaillances ou les lacunes que l’Exposition a présentées à cet égard. Est-ce, comme nous l’avons c.ntcndu dire, à cause de l’incertitude dans laquelle les éleveurs se trouvaient, relativement au nombre et à la nature des récompenses qui leur étaient réservées dans la distribution générale, récompenses qu’ils présumaient ne devoir pas, malgré les bienveillantes dispositions de la Commission, compenser les frais de déplacement et d’installation de leurs chevaux ? Ou bien, est-ce
- parce que, l’époque de l’exposition chevaline coïncidant avec celle de la monte, ils ont préféré conserver les bénéfices assurés de leur industrie plutôt que d’encourir les chances d’un concours ?
- Quoi qu’il en soit, et pour être moins considérable qu’on l’aurait souhaité, l’exposition chevaline n’a pas, tant s’en faut, été dépourvue d’intérêt, et, si l’élément étranger y a fait à peu près défaut, si, à part quelques chevaux russes de la race dite Orloff ou des Trotteurs, et dont il sera parlé plus loin (1), les spécimens de la production exotique laissaient plus ou moins à désirer, la France a fourni de très-beaux lots d’étalons et de poulinières qui font honneur à son élevage. La race anglo-normande (demi-sang) était en grande majorité et offrait plusieurs types magnifiques, chez lesquels la force et la solidité s’alliaient heureusement avec l’élégance des formes et des allures. Ces chevaux ont fait l’admiration du public, et les étrangers ont été les premiers à leur rendre justice et à reconnaître leur supériorité sur leurs concurrents des autres pays. Ce résultat est dû à l’adoption de méthodes d’élevage rationnelles, à une hygiène bien entendue, et, disons-le aussi,
- (I) Voir le rapport de M. Kopteff.
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- EXPOSITION CHEVALINE. 201
- aux sacrifices et aux efforts de l’Administration des Haras pour diriger la production dans la voie la plus favorable à ses intérêts et lui ouvrir, sur le marché français, des débouchés plus nombreux et plus larges.
- Peut-être serait-il intéressant de jeter ici un coup d’œil rétrospectif sur les haras français et de faire connaître leur h istoire.
- g 2. — Les haras français avant 1789.
- Le cheval fut le premier élément de la civilisation chez tous les peuples. Chez les Gaulois, comme chez les Francs, nos pères, le soin des chevaux était l’occupation principale des hauts feudataires et des grands barons. Les rois y donnaient u-ne attention personnelle; on sait que Charlemagne passait lui-même en revue les vastes haras qu’il entretenait, à grands frais, dans plusieurs parties de son empire.
- Pendant la période du moyen âge, la vie politique, guerrière, commerciale, religieuse, scientifique, se passait à cheval; un banneret ne pouvait se dispenser d’entretenir ail moins cent chevaux, bons et puissants; un simple chevalier en avait dix; un clerc et un avocat marchaient à six chevaux, etc.
- La valeur des chevaux était en rapport avec leur importance sociale, et il n’était pas rare devoir le prix d’un destrier s’élever au delà de cent mille francs, valeur actuelle.
- Presque tous les rois de France, entre autres saint Louis, Henri II, Henri IV, promulguèrent des règlements pour encourager l’élevage du cheval, et les plus illustres seigneurs du royaume faisaient état, non-seulement de posséder des haras, mais encore de se livrer au commerce des chevaux. Un trouve, dans les mémoires de Sully, de curieux détails sur les soins qu’il se donnait pour fournir la cour de chevaux navar-rins, qu’il faisait venir de ses domaines ou qu’il achetait aux propriétaires ses voisins.
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- Lorsque la politique de Richelieu eut détruit les grandes existences féodales, le soin des chevaux diminua dans la même proportion que diminuaient l’importance et la richesse des feudataires. Les seigneurs terriers s’habituèrent à passer leur vie à la cour et perdirent l’habitude de diriger eux-mêmes leurs écuries. Le goût du cheval, la science des croisements intelligents, qui avaient donné une si haute renommée aux chevaux français, se perdirent dans un dédale de capricieuses futilités. La mode s’empara de la question chevaline, on rechercha des animaux de tel ou tel poil, de telle ou telle conformation. Ce fut l’époque de la fureur des fronts busqués qu’on appelait fronts distingués, des chevaux à balzanes ou à listes, etc.
- D’un autre côté, les abbayes, livrées aux commendataires, qui dépensaient leurs revenus dans les villes, négligèrent le soin des chevaux et de l’agriculture, une des principales spécialités de ces corporations.
- Ainsi disparurent les haras de l’ancienne France.
- Il résulta de cet état de choses une dégénération si rapide et une telle pénurie, que, à l’époque des guerres de Louis XIV, on fut obligé de s’adresser à l’étranger pour les remontes de la cavalerie.
- Ce fut alors que Colbert conçut le projet d’établir des haras aux frais du gouvernement, ainsi qu’à ceux des Etats des provinces, afin de remplacer l’action des grands propriétaires qui faisait défaut.
- La pensée qui fit créer les haras par Colbert fut donc, à un siècle et demi de distance, la même que celle qui les fit rétablir par Napoléon Ier :
- L'État doit faire par lui-même ce que les particuliers ne peuvent pas faire !...
- Les grands hommes se reconnaissent à leur communauté d’idées.
- L’organisation des haras par Colbert fut complète dès le
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- premier jet. L’institution comprenait trois degrés de perfectionnement :
- d° Des établissements appelés Haras, dont les principaux et les plus fameux furent ceux du Pin et de Pompadour, composés d’étalons et de juments de premier choix, pour la reproduction des types;
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- 2° Des étalons, achetés par l’Etat ou provenant des haras, et placés dans les localités les plus favorables à l’élevage;
- 3° Des primes, des concessions et des privilèges aux éleveurs qui présentaient les plus beaux chevaux consacrés à la reproduction.
- . De plus, on établit, dans les principales villes du royaume, des Ecoles d’équitation appelées Académies, où l’on acquérait la connaissance du cheval, de son élevage, de son éducation et les moyens de le soigner en santé et en maladie. Ces écoles étaient placées sous la direction des hommes spéciaux les plus renommés. On sait que c’est l’École d’équitation de Lyon, dirigée par Bourgelat, qui a donné naissance aux Écoles vétérinaires, dont l’organisation est due à ce célèbre hippologue.
- La direction de l’Administration des Haras, ainsi que celle
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- des Ecoles d’équitation et des Ecoles vétérinaires, furent placées dans les attributions du grand écuyer de France et res-sortissaient immédiatement à la maison du roi.
- La méthode des croisements par le principe du sang régénérateur était connue en France dès les temps les plus anciens.
- L’introduction du sang oriental, commencée avec les coursiers d’Abdéram et continuée par les croisades, fut adoptée comme une loi constante dans les haras français. On faisait venir les étalons de Turquie, de Syrie, des côtes de Barbarie, de l’Espagne et de l’Italie. Les consuls, en général, étaient chargés de ces acquisitions ; quelquefois on s’adressait aux marchands juifs; plusieurs missions furent aussi confiées à des agents de l’Administration des Haras.
- Malheureusement, la mode réclamait sans cesse des che-
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- vaux de haute taille pour les voitures. Ou fit donc venir d’Allemagne d’énormes carrossiers, qui furent distribués dans les haras de la Normandie et du Poitou, et qui introduisirent dans ces contrées leur conformation décousue, leurs têtes busquées et l’affection appelée cornage, maladie inconnue avant cette époque.
- Un peu plus tard, vers la fin du xvmc siècle, le prince de Lambcsc, grand écuyer de France et directeur général des haras, importa également d’Angleterre un certain nombre d’étalons de cette race pure qui s’y était formée, depuis près de deux siècles, par l’introduction du sang oriental, et qui, en se confirmant dans ses qualités par l’épreuve des courses, devait acquérir un si grand renom. Ces étalons furent placés principalement au haras du Pin, où leur descendance survit encore dans quelques familles chevalines du pays.
- Tel fut, jusqu’à la Révolution, avec plus ou moins de modifications, le système des haras français, qui, malgré quelques imperfections de détail, inhérentes à toutes les institutions humaines, avait suffi pour rendre à la France toute son ancienne prospérité hippique. On sait qu’à cette époque, malgré l’anglomanie qui commençait à se faire jour en France, les manèges étaient remplis de jeunes gens d’Allemagne, d’Italie et d’Angleterre, qui venaient y étudier l’équitation française et les principes de l’élevage. Les écuries des princes de l’Europe étaient garnies de nos chevaux. Les équipages de chasse des princes et des grands seigneurs du royaume n’étaient montés qu’en chevaux français, tirés principalement de la Navarre et du Limousin, tandis que la Normandie comptait, parmi ses principales richesses, le commerce considérable qu’elle faisait de ses beaux carrossiers qui n’avaient pas de rivaux au monde.
- g 3. — Les haras français depuis 1789.
- La Révolution supprima les haras. Cette mesure entraîna
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- une décadence d’autant plus prompte que les réquisitions enlevaient, non-seulement les produits, mais encore les pères et les mères : peu d’années suffirent pour anéantir ce qu’il avait fallu des siècles pour édifier. On ne comprit pas que c’était justement au moment où s’anéantissaient les derniers restes de l’aristocratie, qu’il devenait plus utile que jamais d’assurer l’existence des haras de l’État, institution éminemment démocratique qui, comme les musées et les bibliothèques publiques, devient, dans les temps de crises, un des foyers vivifiants des éléments de la richesse nationale.
- Cependant, on s’aperçut bientôt de la faute qui avait été commise, et, dès 1796, on chercha à rétablir cette Administration : mais les temps ne se prêtaient pas à une réorganisation pour laquelle tout manquait : hommes, argent, chevaux ! Quelques étalons seulement furent recueillis çà et là, et placés au Pin et à Pompadour. C’était à l’empereur Napoléon Ier qu’était réservée la gloire de compléter l’institution préparée par Charlemagne et inaugurée par Louis XIV. L’Ad-
- ministration des Haras fut rétablie en 1806 (décret du 4 juillet) sur d’excellentes bases : c’étaient à peu près celles de l’ancienne administration, mais dépouillées de certaines entraves minutieuses, qui lui avaient été reprochées, et appropriées à la nouvelle organisation politique de la France. L’Etat formait des types dans six grands haras, selon les besoins des contrées où ils étaient établis. Trente dépôts réunissaient les meilleures
- espèces d’étalons provenant des haras de l’Etat, d’achats ou d’importations, et les dispersaient dans tout l’Empire au moyen de stations. Enfin, des courses de chevaux étaient établies sur différents points de l’Empire, et des primes aux étalons et aux juments étaient distribuées à l’époque des principales foires.
- Le premier soin de l’Administration fut de recueillir les débris des vieilles races dispersées de tous côtés ; on retrouva même quelques étalons anglais provenant des achats du prince de Lambesc; d’autres, sortis des établissements de quelques grands seigneurs du royaume : les Monaco, les Rohan, les
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- Mortemart, etc. Les écuries de l’Empereur fournirent aussi un grand nombre de chevaux arabes, ramenés de la campagne d’Égypte. Enfin, quelques achats, faits en Allemagne, permirent de réunir un certain nombre de bons types, propres à croiser nos espèces communes. Il faut citer encore la mission, dont fut chargé M. de Solannet, en Espagne, qui procura plusieurs étalons des haras de Cordoue et de Grenade, dont quelques-uns se montrèrent bons reproducteurs.
- Bientôt on commença à ressentir l’influence de l’amélioration, qui, peu à peu, gagnait les grands centres de production, d’autant plus que l’état de guerre continuel et le besoin incessant de chevaux donnaient une grande valeur aux produits les mieux réussis. D’un autre coté, l’effrayante consommation qui s’en faisait ne permettait pas toujours de conserver les précieux éléments de l’avenir. A la paix, le contraire arriva : les éleveurs eurent le loisir de garder leurs belles pouliches, mais le prix des chevaux baissa sensiblement, surtout à l’égard des races de selle, ce qui. porta un coup mortel à l’industrie, jusque-là si prospère, des éleveurs du Limousin et de la plaine de Tarbes.
- Les coutumes anglaises, qui pénétraient en France, firent adopter le croisement des fortes races par le cheval plus près du sang et plus léger; mais cette modification ne se fit sentir que peu à peu; les éleveurs résistèrent longtemps à cette innovation, dont ils ne comprenaient pas les avantages. Il résulta de ce fait un double inconvénient : le commerce prit l’habitude d’aller chercher, en Angleterre et en Allemagne, des chevaux de luxe plus appropriés aux besoins de l’époque ; et, de son côté, l’élevage français, découragé par la baisse qu’il éprouvait dans la valeur de ses produits, se laissa dépasser par les nations voisines.
- Il y avait là un cercle vicieux : moins les chevaux français étaient recherchés, moins les éleveurs faisaient effort pour les mieux élever, et moins les éleveurs se montraient soucieux de produire des chevaux au goût du jour, plus les acheteurs
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- recouraient aux chevaux des autres pays, qui avaient, d’ailleurs, ce parfum d’étrangeté, attraction toujours puissante en France.
- Cependant l’Administration des Haras poursuivait toujours avec zèle la grande mission qui lui était confiée. On vit bientôt dans ses écuries les types les plus élevés et les plus parfaits des races anglaises, en pur sang et en demi-sang, parmi lesquels brillaient : Eastham, ..Captain-Candid, Tigris et le fameux Rattler, dont le nom sera éternel en Normandie.
- La mission de M. de Portes enrichit aussi la France d’une vingtaine d’étalons orientaux du plus haut mérite. Il est hors de doute que, si ces chevaux eussent été bien employés par le public et si leur race eût été conservée, comme les Anglais ont su conserver celle de leurs précieux reproducteurs, la France se fût placée très-vite au niveau des nations chevalines les plus prospères. Des chevaux, tels que Massoud, Aslcm, Bédouin et plusieurs autres, eussent égalé la gloire des Go-dolphin et des Darley ; mais, en France, l’hérédité du sol et des fortunes séculaires n’existe point et n’implique pas, comme chez nos voisins, l’hérédité des habitudes agricoles et celle des races d’animaux domestiques, qui font la gloire de la Grande-Bretagne.
- Les courses de chevaux, qui n’avaient eu jusqu’alors qu’une inflence très-secondaire sur l’amélioration, furent organisées, de 1820 à 1830, sur une échelle plus vaste et d’après de meilleurs principes. C’est de cette époque que date l’extension qu’elles prirent plus tard et qui les place justement aujourd’hui parmi les institutions publiques les plus utiles au progrès de la question équestre.
- Après 1830, les haras prirent une importance plus grande. Un homme d’une intelligence élevée, M. Dittmer, fut chargé de la direction de cette Administration. Comprenant que la grande question était de faire le cheval réclamé par les besoins de l’époque, il augmenta, dans ce but, le nombre des étalons de pur sang, de croisement, d’une forte corpulence, d’une
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- bonne et saine conformation, et des primes furent accordées, comme encouragement, aux éleveurs qui présentaient des produits de demi-sang dans de bonnes conditions. Cette mesure eut un résultat considérable et réussit à ouvrir les yeux des éleveurs, qui, jusque-là, n’avaient consenti qu’à regret à livrer leurs poulinières à l’étalon de pur sang.
- Dès ce moment, les contrées d’élevage, et principalement la Normandie et le Poitou, marchèrent constamment d’un pas progressif dans la production du cheval de demi-sang, propre à tous les services du luxe et de la guerre.
- On peut dire aussi que l’attention soutenue de l’Administration à n’acheter que des chevaux complets, sous tous les rapports, a été cause des prompts et éclatants succès obtenus par les chevaux français dans les courses, tant en France qu’en Angleterre. Il est peu de chevaux, ayant remporté de grandes victoires, qui ne descendent, en effet, des étalons des haras, — Tigris, Eastham, Fan g h-à-B allait, Napoléon, Emilius, Royal Oak, Empereur, Prime Warden, Gladiator, Sting, Baron et autres du même rang.
- L’influence du sang arabe sur l’amélioration du cheval français avait été trop reconnue dans tous les temps, surtout pour la production du cheval de guerre, dans le Midi, pour que l’introduction de cette race ne fût pas renouvelée de temps en temps. Ce fut l’objet de plusieurs missions qui procurèrent à la France d’excellents types.
- Diverses institutions, crées ou favorisées par le service des haras, contribuèrent encore au perfectionnement de l’élevage du cheval. La réglementation, de plus en plus parfaite, des courses de vitesse, leur installation dans les lieux de production les plus avancés, l’établissement des courses au trot, celui des Écoles de dressage, furent autant de jalons qui marquèrent la route de l’Administration, en laissant derrière elle une amélioration de plus en plus satisfaisante et une transformation-progressive des anciennes races, à mesure que les besoins nouveaux se faisaient sentir.
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- Toutefois, il faut le reconnaître, si l’Administration des Haras s’appliquait, dans la mesure de ses moyens, à répondre aux exigences du temps, les difficultés ne lui manquaient pas, et de trop fréquents changements de système, résultant d’un vice de constitution, qui la faisaient passer alternativement d’un ministère à un autre, sous la direction d’hommes plus ou moins compétents, nuisaient singulièrement à l’entier succès de ses efforts et lui attiraient d’incessantes attaques. Le grand nombre de brochures échangées, notamment en 1842, entre les partisans et les adversaires des haras, témoignent des vivacités de la polémique d’alors et de l’intérêt qu’on attachait à cette grande question.
- Un pareil état de choses, que déploraient depuis longtemps les hommes de cheval, devait avoir son terme.
- g 4. — Situation actuelle des haras français.
- L’Empereur, par décret du 19 décembre 1860, érigea les haras en Direction générale et mit à leur tête son premier écuyer. Plus tard, en 1865, le général Fleury ayant été nommé grand écuyer, Napoléon III décida que cette Administration serait placée dans les attributions de ce haut dignitaire. En rapprochant ainsi davantage de sa personne un service im-
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- portant, le chef de l’Etat voulait donner une preuve nouvelle de sa sollicitude particulière pour les haras, en même temps qu’il leur assurait l’unité de vues etdedoctrines qui leur avait manqué.
- Le premier acte du général Fleury fut d’adresser aux inspecteurs généraux des haras une circulaire pour leur faire connaître les tendances et le but de la nouvelle Administration. Nous pensons ne pouvoir mieux faire que d’emprunter quelques passages à ce document officiel :
- « En continuant pendant cinquante ans encore l’ancien système, on n’aurait pas fait avancer d’un pas la question
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- commerciale, on n’aurait pas augmenté le nombre des chevaux de luxe et de cavalerie, on n’aurait pas favorisé davantage l’exportation, qui compte à peine pour 5 millions dans, le crédit français, ni enfin diminué le prix des 15 ou 18,000 chevaux que nous achetions à l’étranger, et l’on n’aurait pas, enfin, diminué la perte supportée par l’éleveur des 15 ou 18 millions qui sortent annuellement du pays.
- « En face d’un état de choses aussi regrettable, qui permet à peine à une population de plus de 3 millions de têtes de fournir aux besoins, de la paix et reste impuissant pour suffire au luxe et aux nécessités de la guerre, qu’y avait-il à faire? Créer un système mixte d’intervention directe et indirecte, conserver les haras pour l'exemple, l’amélioration, et pour être la sauvegarde de notre remonte de cavalerie;
- — ramener le commerce de luxe sur nos marchés par l’abaissement de toutes les barrières ; — établir les encouragements sur une grande échelle : primes et courses de toutes sortes;
- — faire appel au concours de l’industrie privée par de nombreuses et importantes approbations d’étalons ; subventions, dans les grands centres, aux écoles de dressage et d’équitation, pour arriver à produire un grand mouvement que nous appellerons une révolution équestre et commerciale, en donnant, par un meilleur élevage, une valeur plus marchande
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- aux chevaux français. »
- Le programme était complet ; il n’y avait plus qu’à l’appliquer, et tous ceux qui sont au courant de la question chevaline savent que le général Fleury n’a pas cessé d’en poursuivre la réalisation.
- En vertu des principes énoncés dans ce programme, F Administration devant s’occuper exclusivement de la production du cheval de service, c’est-à-dire du cheval répondant aux be soins du luxe, du demi-luxe et de l’armée, le général s’occupa tout d’abord d’éliminer les reproducteurs de trait des dépôts d’étalons. L’effectif des établissements, qui était de 1,320 têtes en 1860, et dans lequel figuraient 240 chevaux de cette caté-
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- gorie,Tut, par l’application de la mesure dont il s’agit, graduellement ramené au chiffre de 1,100 étalons, presque tous de pur sang et de demi-sang ; quelques gros reproducteurs seulement furent conservés comme types hors ligne. La production spéciale du Perche et du'Boulonnais ne perdit rien-pour cela de ses droits à la sollicitude de l’État, et, chaque:année, des primes d’encouragement sont accordées aux sujets d’élite de-ces contrées. .
- Tout en rentrant dans sa mission, qui est'de ne fournir que des étalons véritablement améliorateurs, l’Administration ne s’est pas dissimulé qu’avec les moyens d’action dont elle disposait, elle ne pourrait faire face à tous les besoins de la production. Elle a 'donc adressé un- sérieux appel à l’industrie privée en la sollicitant par l’appât de primes nombreuses et élevées. Grâce à ce stimulant, le nombre des étalons approuvés, qui n’était, en 1860, que de 650, parmi lesquels 341 appartenaient à l’espèce de trait, a été progressivement porté; pour les seules catégories du pur sang et du demi-sang, à 827. D’autre part, le chiffre de la subvention, qui, en 1860, était, pour ces mêmes catégories, de 153,000 francs, s’élève aujourd’hui à 485,000 francs.
- En ajoutant à ce contingent de 827 les étalons autorisés et ceux entretenus par l’Etat, on constate qu’un effectif de 2,000 têtes 'est mis au service de la reproduction, et assure, à raison de 25 produits par tête, suivant la loi générale, un recrutement annuel de 50,000 sujets propres au commerce. Antérieurement, les reproducteurs de l’Etat et de l’industrie privée, réunis, ne donnaient que 34,000 à 35,000 naissances du même ordre.
- Le système des encouragements accordés aux chevaux de service sous forme de prix de courses au trot, de steeple-chases, de primes de dressage et de subventions aux écoles de dressage, a été parallèlement développé. Ainsi, de 1860 à.1866,
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- les dotations de l’Etat se sont'élevées, pour les Ecoles, de 24 à 270,000 francs, et pour les primes,de 25 à 86,000 francs.
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- Quant aux courses au trot, qui avaient autrefois un budget plus que modique, elles reçoivent aujourd’hui 105,000 francs. Il faut ajouter qu’il n’y avait que 3 écoles en 1860 et que l’on en compte 27 actuellement; d’un autre côté, les concours de dressage, qui réunissaient avec peine une centaine de chevaux, en attirent actuellement plus d’un millier, dont la valeur commerciale est plus que doublée.
- La différence entre les deux époques ne ressort pas d’une manière moins saillante, si l’on compare les budgets généraux des courses.
- En 1860, il n’y avait en France que 63 hippodromes avec une dotation de 863,000 francs ; deux ans plus tard, le nombre des terrains de courses était déjà de 80, recevant ensemble 1,180,000francs; en 1866, l’on en comptait 117, entre lesquels une somme de près de 2 millions (1,961,760 francs) a été partagée.
- Nous empruntons au compte rendu de l’Administration des Haras, pour l’année 1866, la décomposition de cette somme :
- 1° Courses plates............................. 1,332,725 francs.
- 2° Courses à obstacles (steeple - chases,
- courses militaires et épreuves d’étalons) 411,800 —
- 3° Courses au trot (courses de chevaux de
- service et épreuves d’étalons):........... 217.233 —
- Total égal................ 1,961,760 francs.
- La part de l’État dans ces divers encouragements a été de.......................... 510,900 francs.
- dont 301,200 francs pour les courses au galop, et le reste pour les deux autres sortes d’épreuves;
- Celle de l’Empereur et de l’Impératrice (non compris les objets d’art, pour une valeur de 10,000 francs) de......................... 112,500 - -
- Celle des Sociétés hippiques, des départements, des villes, des Compagnies de chemins de fer, des particuliers (non compris deux objets, d’une valeur de 20,000 francs) de........................................... 1,338,360 —
- Total,
- 1,961,760 francs.
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- Dans la part de ces Sociétés, il importe de faire ressortir, à côté de la Société d’Encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France, qui, à elle seule, a donné 422,000 francs, les encouragements offerts par la Société des steeple-chases de France et ceux de la Société pour l’amélioration du cheval français de demi-sang.
- La première a donné en prix, à Vincennes.... 29,000 francs,
- sur son propre budget, et distribué sur
- d’autres hippodromes........................ 39,000 —
- provenant de différentes sources.
- Total........................ 68,000 francs.
- La seconde a réparti :
- En steeple-chases............................... 8,100 francs.
- En courses au trot exprimes de dressage..... 36,300 —
- Total....................... 44,400 francs.
- Par l’exposé rapide qui précède, on voit avec quel soin,
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- quelle sollicitude, l’Etat s’attache à augmenter la production et à perfectionner l’élevage du cheval français dans ses différents emplois. La question n’est plus aujourd’hui une simple quëstion théorique et administrative, sujette, comme autrefois, à des controverses continuelles; elle a grandi, elle s’est faite industrielle. Le commerce, dégagé des entraves qui gênaient son essor, se trouve désormais constitué sur des bases solides, et, en développant de précieux éléments de la richesse nationale, les haras auront, du même coup, assuré les ressources nécessaires à la défense du pays.
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- SECTION II
- LES CHEVAUX ÉTRANGERS
- Par M. BASILE DE KOPTEFF.
- CHAPITRE I,
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
- Si les difficultés inhérentes à la réunion et à l'organisation des produits et des instruments susceptibles de donner une -idée générale de la situation actuelle et eomparée de l’industrie, dés arts, de la science et des richesses naturllees dans les différentes contrées du monde, doivent ajouter quelque prix à l’immense intérêt qu’a présenté l’Exposition Universelle française de 1867, on ne méconnaîtra point que c’est surtout en ce qui concerne les spécimens d’animaux vivants que les plus graves ont dû être vaincues. A .ce titre, cette partie de l’Exposition, sans doute moins appréciable comme attrait et comme importance pour le plus grand nombre des visiteurs, n’en a pas moins été, en fait, l'une des plus remarquables à bien des points de vue. Il est évident que la matière inerte, manufacturée ou brute, s’expédie, se classe et s’installe avec une facilité relative; qu’un lointain voyage lui fait subir une détérioration à peu près insensible et presque toujours aisément réparable; mais il n’en est pas de même des êtres doués de vie, soumis par leur organisme à toutes les
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- influences climatériques, à la fatigue, aux nécessités du milieu et de l’alimentation habituels, à l’altération irréparable d’une blessure, et enfin exposés à la perte totale de leur valeur par la suprême conclusion : la mort.
- C’est probablement à ces causes principales qu’ilfaut attribuer l’abstention très-fâcheuse d’un si grand nombre de nations, richement représentées sous d’autres rapports, et dont nous sommes obligé de constater l’abstention à Imposition chevaline étrangère. Nous nous bornerons à mentionner parmi elles, parce qu’elles nous ont inspiré le plus de regret : l’Angleterre, à qui le voisinage de la France, où elle vient cependant, chaque fois, disputer le prix des luttes, non moins que la grande et juste réputation de ses chevaux de course, semblait destiner une large part du succès, et l’Amérique du Nord qui, par la facilité et la commodité des communications, l’importance et la qualité de ses trotteurs-, était non moins digne que l’Angleterre de tenter l’épreuve du 'concours.
- Notre examen pourrait donc se borner aux seuls envois faits, et qui l’ont été par la Russie, l’Autriche, la Prusse, la Bavière, la Régence de Tunis, l’Égypte et le royaume de Siam; mais nous considérerions comme incomplet un pareil exposé, s’il ne donnait, en outre, une idée de la production et dit caractère de la race chevaline dans les principaux pays qui sont intéressants sous ce rapport, quoiqu’ils n’aient pas Cru devoir se faire représenter à l’Exposition. Aussi terminerons-nous ce travail spécial par une mention rapide de la situation chevaline au Mexique, aux États-Unis d’Amérique ët en Angleterre.
- CHAPITRE II
- RUSSIE.
- En première ligne se présente la Russie. C’est le Jury international, composé' de connaisseurs distingués de différente
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- GROUPE VIII. — CLASSE 75. — SECTION II.
- pays, dont le rédacteur du présent rapport ne saurait être que
- l’organe,
- qui lui a désigné cette place en décernant à son
- auguste exposant, S. M. l’empereur Alexandre II, la plus haute des distinctions dont il pouvait disposer.
- Il n’est pas possible de relever exactement le nombre de chevaux que produit la Russie sur la superficie de ses 20 millions de kilomètres carrés. Dans différentes régions de ce vaste empire, l’homme laisse, le plus souvent, agir la nature, de sorte qu’il y existe, surtout dans les immenses steppes du sud, des millions de ces animaux à l’état presque sauvage. Ce que la statistique a pu cependant chiffrer s’élève déjà au delà de 20 millions de têtes. Les types envoyés à l’Exposition appartiennent à deux grandes catégories : celle des races indigènes et celle des races perfectionnées.
- Races indigènes. — Les races indigènes ont été représentées par neuf sujets qui ont pu donner une idée très-précise de la variété des conditions dans lesquelles ils sont nés et élevés. C’est à la diversité de ces conditions que l’on doit la possibilité de donner à un animal les qualités les plus opposées, pour ainsi dire, à sa propre nature, comme il arrive, par . exemple, au coureur anglais, dont le suprême perfectionnement semblerait être seulement de parvenir à égaler la légèreté et la vitesse de la gazelle.
- Quatre poneys remarquables ont été les spécimens des races indigènes du Nord. Le premier était le petit trotteur Finois; ,1e deuxième, l’étalon de la Sibérie; le troisième l’étalon Imoude, et le quatrième le Klepper des provinces de la Baltique, qui, malgré sa petite taille, possède une force si prodigieuse qu’il a remporté un prix en déplaçant un poids d’environ 14,300 livres. Ces trois derniers animaux sont d’origine arabe; ils descendent des chevaux importés par les chevaliers allemands du temps des croisades. Ils ont conservé de leurs ancêtres l’élégance de la tête et la vivacité de l’œil; mais ils ont perdu en taille et en beauté de formes autant qu’ils ont gagné
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- LES CHEVAUX ETRANGERS.
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- en carrure et en développement des muscles. Le joli étalon du Carabagh a représenté les chevaux du sud. Son élégance aurait pu le faire passer pour un arabe pur sang. Il doit la conservation à peu près complète de son type originel au climat et au sol du Caucase, extrêmement favorables à la production de la race chevaline. Le cheval de la Kabarda et celui des steppes du Don se sont fait remarquer par leurs poitrines profondes, leurs croupes larges, leurs jambes sèches, leurs cuisses fortes et leurs articulations bien soudées qui sont l’indice d’une force et d’une résistance énormes. Le cheval Bachkir attira par sa robe truitée l’attention du public en général, mais les connaisseurs admirèrent surtout ses membres musculeux et ses jambes courtes. Enfin, le cheval de trait, étalon bai, du gouvernement de Voronège, a mérité d’être acheté par le gouvernement français pour être reproducteur dans l’un des haras de la Normandie. C’est le plus bel éloge que nous en puissions faire. La Russie possède encore plusieurs . autres races indigènes qui deviennent plus ou moins variées, selon les différences de sol et de climat. A cet aperçu rapide des races indigènes de la Russie, nous devons ajouter une observation : c’est que, non-seulement ces races se reproduisent pures constamment, mais que le gouvernement impérial vient encore en aide à leur maintien et à leur perfectionnement en encourageant les propriétaires à accoupler leurs juments dans les différents dépôts où il entretient 863 étalons de premier ordre. Les produits qui en résultent acquièrent ainsi une augmentation de valeur qui s’élève quelquefois jusqu’au quadruple.
- Races perfectionnées. — Le tzar Alexis, père de Pierre le Grand, fut le premier qui créa des haras en Russie. Avant son règne, on ajoutait chaque année aux chevaux indigènes une importation énorme (plus de 40,000 têtes!) de chevaux achetés dans les steppes des Tartares Noguaï, au sud de la Russie. La cour, après avoir choisi ce dont elle avait besoin,
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- autorisait, à son grand profit, la vente du reste (1). En 1712, Pierre le Grand établit aussi plusieurs haras de races perfectionnées. Il les composa d’étalons et de juments de provenance prussienne et silésienne. Un de ces haras fut donné par lui au maréchal comte Schérémetieff. Mais ce fut de 1730 à 1740, sous!le règne de l’impératrice Anne, par l’influence de Biron, duc de Courlande, son grand écuyer, que les haras du Gouvernement reçurent un notable développement. Dotés de chevaux du Mecklembourg et du Holstein , ils produisirent une race qui prit racine et qui, dans les conditions d’alimentation et de température qu’offre la Russie, se perfectionna rapidement. La noblesse, suivant l’usage et selon son devoir, imita ses souverains; aussi vit-on, vers la fin du xviiic siècle, presque chaque propriétaire considérable avoir son haras particulier, composé de chevaux allemands, danois , persans et turcs , qui fournirent dans les guerres du commencement de ce siècle les solides et magnifiques montures de la cavalerie et de l’artillerie russes. Au comte Alexis Grloff appartient l’honneur d’avoir cherché, il y a quatre-vingt-dix ans, le perfectionnement du cheval par le croisement des races différentes. Les essais continuels de cet •homme de génie, plus ou moins satisfaisants d’abord, sont‘enfin parvenus à créer véritablement deux races distinctes si constamment soutenues depuis lors dans leur reproduction que tout essai nouveau est devenu inutile. Ce sont les admirables races des trotteurs et des chevaux de selle, dites Orloff, aussi estimées dans toute l’Europe que connues en Russie, et qui ont été si dignement appréciées et récompensées à l’Exposition. Voici l’historique de cette œuvre patiente et de son succès. Le comte Orloff avait déjà, de 1772 à 1775, introduit sur ses domaines plusieurs juments et étalons arabes, lorsque la glorieuse paix avec la Turquie lui permit de faire une Utile acquisition.
- '0) L’impôt sur l’achat et la vente des chevaux était alors un des revenus' les plus considérables de la couronne. Il consistait en un droit de perception sür une marque qui était appliquée à l’animal chaque fois qu’il était revendu,
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- LES CHEVAUX ÉTIIANOEKS.
- II avait pendant la guerre, ainsi que le témoigne -l'impératrice Catherine II dans sa correspondance avec Voltaire, tenu une conduite des plus -chevaleresques envers la famille du Pacha, qui commandait la flotte ottomane et qui avait été faite prisonnière ; ce haut dignitaire de la Porte lui en témoigna sa reconnaissance, en lui facilitant da possession du fameux étalon Smétanka. En même temps, c’est-à-dire dès 1772, par l’entremise d’agents anglais appelés 'Roman, Joseph Smith et Banks, le comte Orloff importait 53 juments et 23 étalons de -race anglaise, parmi lesquels se trouvèrent les célèbres : Tartar, par Florisel, qui gagna le Saint-Léger en 1792; Do'èdelus, par Justice, qui gagna le Derby en 1794 ; deux fils d'Eclipse, Hakhoud et Honpouder, etc., etc... Du croisement de Smétanka, arabe, avec une jument de race danoise, fut produit Polkan. Celui-ci, croisé avec une jument hollandaise, engendra Barss, le premier trotteur russe, et qui lui-même,-accouplé tour à tour avec des juments issues de Smétanka ou d’une autre origine également arabe ou avec des juments anglaises, est ainsi l’aïeul de tous les trotteurs actuels, dont la race s’est consolidée pendant quatre-vingt-dix ans par une reproduction continuelle entre des sujets de même source, c’est-à-dire remontant toujours à l’arabe Smétanka. Le même procédé de croisement continu par Smétanka arabe et ses descendants avec des juments anglaises fut employé pour obtenir la race des chevaux de selle.
- Frant, Fakel, Faisan et Scipion, qui ont émerveil lé, les'connaisseurs à l’Exposition, par la réunion des qualités particulières aux deux races arabe et anglaise, si différentes, étaient les triomphants résultats de ce système de reproduction créatrice. Bien 'supérieurs par la beauté, la souplesse des muscles et l’élégance des mouvements, aux chevaux anglais pur sang, généralement affectés d’une raideur, indispensable, du reste, pour effectuer facilement les sauts gigantesques qui leur valent tant de victoires, les chevaux de selle Orloff se prêtent admirablement à être dressés à la haute école; et, comme leur
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- taille est plus élevée que celle de leurs ancêtres arabes, que leur corpulence est plus volumineuse, ils ajoutent aux mérites de ceux-ci, qui sont déjà les prototypes des chevaux de monture, les qualités distinctives des meilleurs chevaux de guerre : c’est-à-dire la force et, ce qui est indispensable pour les manœuvres militaires, une extrême facilité à changer d’allure au gré du cavalier, en obéissant au moindre mouvement du mors. Ajoutons que la rudesse du climat qui les a vus naître et élever, que leur habitude d’être exposés à un froid même de 30 degrés dans des écuries sans plafond, où ils se réfugient la nuit, après s’être librement promenés au dehors toute la journée, les rend insensibles aux plus rudes intempéries et les préserve des maladies qui en sont la conséquence. Les spécimens cités plus haut et qui ont été amenés à l’Exposition, ont été un frappant exemple de ces incontestables et précieuses qualités. Partis de l’intérieur de la Russie au mois de janvier, alors que le thermomètre descendait jusqu’à 38 degrés, ils ont parcouru 1,000 lieues dans des wagons étroits, passant ainsi, avec une grande rapidité, de leur rigoureux climat natal à celui si tempéré de la France, sans que, pendant quatre mois, non-seulement un seul d’entre eux ait été malade, mais même ait éprouvé la moindre altération dans la brillante santé et la vigueur qui les distinguent naturellement.
- Jusqu’en 1845, la race des trotteurs ne se reproduisait que dans la propriété du comte Orloff, la Krenowaya, en vertu d’une disposition testamentaire de cet éminent, mais jaloux créateur, qui prohibait la vente des chevaux entiers de ce haras. A cette époque, le gouvernement l’ayant acheté à la fille du comte, la défense fut levée, et l’Administration livre depuis lors tous les ans des étalons, moyennant un prix véritablement moindre que la valeur réelle, aux propriétaires qui justifient être possesseurs de haras et s’occuper de la reproduction de la race chevaline. lia été vendu environ 1,000 étalons dans l’espace] de vingt-deux ans, et mainte-
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- nant presque tous les haras russes doivent leurs plus beaux produits aux descendants de la Krenowaya.
- Les quarante-sept gouvernements ou provinces de la Russie européenne comptent actuellement seize-cent-neuf haras de races perfectionnées, appartenant à des particuliers qui y pos-. sèdent 5,821 étalons et 52,780 juments productrices. Dix haras sont en outre entretenus par des propriétaires sportsmen à l’usage exclusif de la reproduction des chevaux de course. Dans ces haras, se trouvent les descendants des célèbres Gre-Dayomed, Memnon, Birmingham, General Chassé, Van Trompp, vainqueurs au Saint-Léger, Andover, qui gagna le Derby et Riffleman. A toutes les courses, ces chevaux font preuve d’une vitesse prodigieuse et remportent des prix dont l’importance s’élève annuellement à une somme de 250,000 francs, dont la moitié est donnée par le gouvernement. Aux courses des trotteurs, le chiffre des prix monte à 190,000 francs, sur lesquels 100,000 francs seulement sont fournis par les amateurs et les souscriptions. Pour les chevaux de trait et de travail, 50,000 francs sont attribués et distribués en prix ou primes. Dans cette voie d’encouragement, l’auguste et bienveillante protection de S. M. l’empereur de Russie fournit généreusement à ses peuples tous les moyens de développer une richesse essentiellement naturelle au pays, et, sous l’habile administration d’un éminent connaisseur, le général Grünwald, les effets de la sollicitude impériale sont aujourd’hui de plus en plus appréciés.
- Complétons maintenant cette rapide esquisse historique et statistique de la production chevaline en Russie par quelques indications générales et un aperçu des prix courants des différentes espèces, suivant leur aptitude et leur destination. Le cheval de labour, dans toutes les régions, se paye de 15 à 30 roubles argent, soit de 50 à 100 francs environ. Le cheval de paysan, qui, après avoir été employé à l’agriculture fait le transport des blés, coûte de 30 à 50 roubles argent,
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- soit de 100 à 160 francs ; les provinces de Voronège et de Tambow produisent des chevaux exclusivement de trait, nommés Bitiouques (1), qui sont vendus de 100 à 200 roubles, argent, soit de 350 à 700 francs environ. Les haras de races perfectionnées organisés, ainsi que nous l’avons dit plus haut, appartiennent exclusivement à la noblesse, et sont composés, principalement dans le centre de la Russie, de trotteurs, et dans le sud, de chevaux de selle. La valeur de ces animaux varie de 200 à 1,000 roubles, soit de 700 à 3,500 francs. Les trotteurs qui se distinguent ou remportent des prix aux hippodromes, atteignent le prix de 1,500 à 6,000 roubles argent, soit de 5,000 à 20,000 francs. La remonte de la cavalerie s’établit généralement sur le pied de 125 roubles argent par tête ; celle de la cavalerie légère de la Garde sur celui de 215 roubles, et celle des cuirassiers de la Garde impériale à 225 roubles. Dans les environs de la mer Noire, les chevaux des cosaques du Don, des Kalmouks, des Kirguises et des Bas-chkirs, limitrophes de la mer Caspienne, se multiplient à l’état presque sauvage. On s’en empare avec des lazzos à l’âge de quatre ans; ils sont faits hongres et transportés dans les foires du sud, où ils se vendent de 25 à 50 roubles (80 à 160 francs). Ce sont ces mêmes chevaux, au cou allongé et renversé, à l’allure du cerf, qui fournissent les cavaliers irréguliers dont nous venons de parler, et qui sont employés au service des postes et à l’exercice de la chasse. Ce sont encore ces animaux, mais d’une qualité et d’une valeur moindres, qui traînent les bateaux le long du cours du Volga et qui, arrivés à destination, au lieu d’être ramenés au point de départ, sont vendus 15 roubles (45 francs) à des paysans du gouvernement de Moscou, non habitués à l’élevage, et n’éprouvant qu’un besoin temporaire des services du cheval.
- En résumé, ne résulte-t-il pas de tout ce qui précède la
- (1) Du nom de la rivière Büiouque, sur les rives de laquelle ils sont élevés. A cette race appartient le bel exemplaire acheté par le gouvernement français.
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- justification d’une opinion émise par S. M.. Napoléon III, lors, de sa visite aux. écuries russes, le 2 mai dernier, que la Russie « est riche en spécimens avec lesquels on peut .tout faire;» et n’est-il point conséquemment à désirer que ce vaste, empire devienne, comme il le peut, en raison du. bas prix de la pro-duction résultant de l’abondance et de la.fertilité de ses immenses prairies, la pépinière chevaline de l’Europe, pour les chevaux de luxe, de cavalerie et de travail ?
- CHAPITRE III
- AUTRICHE.
- Nous avons accordé aux six chevaux envoyés par l’Autriche une attention d’autant plus grande, qu’ils provenaient de haras que nous savons être l’objet d’une rare sollicitude et de sacrifices considérables de la part du gouvernement.
- Il se trouve en Autriche cinq haras très-importants, composés de nombreux producteurs, dont plusieurs ont été achetés fort cher en raison de leur célébrité. Nous pourrions citer, par exemple : Tedclington, vainqueur du Derby de 1852 ; Revolver par Melburn, et beaucoup d’autres, ainsique plusieurs étalons d’origine arabe sortis du haras du roi de Wurtemberg, tels que les fils du célèbre Beyraktar.
- Ces cinq haras de la monarchie autrichienne sont : Kisber, Babolna.et Mézoëhegyes, en Hongrie ; Radautz, dans la Buko-vine, et Piber en Styrie. Il y a, en outre, dix dépôts d’étalons répartis dans les différentes provinces de l’empire,, pour servir à la monte des juments appartenant aux propriétaires.
- Kisber a.été créé en 1853. Les chevaux sont tous de race anglaise. L’établissement se compose de 10 étalons pur sang, 60 juments pur sang et. 120 juments demi-sang avec leur descendance.
- Babolna existe depuis 1803 ; il renferme, des chevaux ex-
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- elusivement arabes. On y compte actuellement 9 étalons pur sang, 70 juments pur sang et 100 juments demi-sang, avec leur progéniture. Ces deux haras sont principalement destinés à livrer des mâles reproducteurs aux trois autres haras, contenant des chevaux de demi-sang, et, en second lieu, à fournir, comme les autres haras, des étalons de remonte aux dépôts de province.
- Mézoëhegyes a été établi en 1786. Ce haras se compose de 30 étalons reproducteurs, dont 14 sont anglais pur sang, et de 800 juments poulinières de races anglo-arabe et normande, dont 18 sont pur sang ; 200 de ces juments descendent d’un étalon normand, Nonius, introduit en 1815. Cette race se distingue entre toutes les autres par la pureté et la continuité de sa filiation et par une santé excellente. Ce haras est destiné à livrer, de préférence, des étalons de monte de la grosse espèce aux dépôts des provinces.
- Radautz a été établi en 1792. Il se compose de 24 étalons reproducteurs, dont 6 anglais et 4 arabes pur sang, et de 460 juments poulinières de race anglaise et arabe de l’espèce légère.
- Piber existe depuis l’an 1798. Il y a 4 étalons reproducteurs et 60 juments poulinières. Tous les sujets sont de race espagnole. Les étalons provenant des trois derniers haras, ainsi que les surnuméraires sortant des deux premiers, sont livrés aux dépôts pour la remonte du pays. Les étalons qui ne sont pas jugés propres à la reproduction, ainsi que les jeunes juments surnuméraires, sont classés pour la remonte de l’année.
- On compte actuellement dans les dépôts d’étalons, organisés militairement comme les haras, 2,800 producteurs destinés à entretenir et à perfectionner la race chevaline de l’empire. Un district spécial est assigné à chaque dépôt, qui se compose d’un poste principal et de succursales. C’est delà que Ton fait partir chaque année des détachements d’étalons pour les stations où Ton fait opérer la monte des juments du
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- pays ; après quoi, ces étalons retournent aux postes principaux et aux succursales. De cette statistique (les haras et de la grande quantité des chevaux de différentes races qui les composent, il résulte évidemment que les produits, tels qu’ils sont représentés à l’Exposition, doivent être examinés avec un intérêt particulier.
- Les deux étalons du haras de Kisber sont Teddington et Nordstern. Teddington, alezan clair, est âgé de quatre ans; son père, Teddington, était pur sang; sa mère, Shief, demi-sang. Son père fut acheté en Angleterre, où il a gagné le Derby en 1852. Si Teddington, qui s’est trouvé à l’Exposition, ne se distingue, ni par sa beauté, ni par son élégance, il frappe par ses formes, qui accusent une force remarquable ; ses quartiers sont d’un volume prodigieux, l’attache de ses reins est parfaite, son garrot élevé, ses aplombs antérieurs prouvent la sévérité que l’on doit apporter dans le choix d’un producteur, car les défauts que le père a contractés par suite d’un travail sur les hippodromes se propagent dans les descendants. Tedclington père a, en effet, une courbure de genoux très-accentuée. Malgré ces défauts, Teddington sera toujours à nos yeux un cheval remarquable par la force, que révèlent, ainsi que nous l’avons dit plus haut, sa construction et ses muscles, qui se dessinent si bien sur sa charpente volumineuse. Nordstern est bai brun,'il a cinq ans; son père, Nordstern, trotteur Norfolk, était né de Wüdfire de la jument Terraway. C’est un cheval d’équipage très-élégant, avec des muscles bien développés ; son trot n’est pas aussi gracieux que celui des trotteurs russes, car les pieds de devant rasent la terre et son mouvement n’est pas aussi arrondi ; ses formes représentent tout à fait le type des trotteurs Norfolk anglais, qu’il a parfaitement conservé.
- Le haras Babolna est représenté par deux chevaux, Polkan, alezan, étalon de sept ans, arabe pur sang ; so‘n père était Sche-ria et sa mère Okla, arabes pur sang. C’est un parfait cheval de selle, qui a conservé toute l’élégance de ses parents arabes,
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- mais il leur est supérieur en taille et en volume, ce qui prouve que le climat européen favorise le développement du corps des chevaux et: les rend plus aptes au service.
- El üelemi Ier, étalon âgé de cinq ans, a pour père El Delemi, arabe pur sang et pour mère Aga, également arabe pur sang. C’est le second représentant de la même espèce. Il a mieux conservé le type originel sous le rapport de l’élégance, de la finesse et de la grâce; mais, en même temps, il est resté inférieur à Polkan comme cheval de travail, et ne pourra jamais
- faire un bon cheval de service, capable de porter un cavalier d’un certain poids, avec armes et munitions. L’élégance de sa
- tête est incontestable ainsi que celle de son allure; mais sa taille est si petite et ses formes sont si mignonnes, qu’il est plutôt un joli cheval d’enfant qu’un cheval de guerre. Toutefois, s’il est employé pour la reproduction, on peut espérer qu’il transmettra à sa génération la noblesse de son sang et qu’il améliorera, sous ce rapport, les races indigènes, dont le volume naturel est parfaitement approprié au genre de service que l’on exige du cheval en Europe.
- Le haras Mezoëhegyes est aussi représenté par deux chevaux ; Revolver III et Nonins III. Revolver III est un étalon brun châtain de cinq ans; sa taille est d’environ 1 mètre 7o centimètres, il est anglo-normand; son père, Revolver, par Melbourne et Nonius II, est de race normande. Ce cheval se distingue par sa taille presque gigantesque, qui fait passer sur quelques imperfections; la tête, par exemple, est trop longue et l’œil est trop petit. Le général Fleury, grand écuyer de S. M. l’empereur des Français, chargé de l’administration des haras et des magnifiques écuries impériales, dont nous avons admiré les attelages dans les cortèges formés pour l’arrivée et l’entrée des souverains à Paris, sait combien sont rares, par la difficulté de les créer, les chevaux d’une taille si extraordinaire'; par conséquent, combien il est difficile de s’en procurer pour les équipages splendides de grand gala. En voyant Revolver, le général Fleury s’est empressé
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- d’en demander le prix, car il le considérait comme un carrossier de taille vraiment exceptionnelle. Nonius III, brun châtain foncé, est âgé de huit ans, son père est Nonius Ll, né de Nonius XXXIV et de la jument Nonius XXXII normands. C’est à notre avis le cheval le plus remarquable de toute la collection, car il offre un parfait modèle de la race normande, si célèbre jadis, mais qui a dégénéré depuis en Normandie môme, par le croisement avec les chevaux pur sang. Ce croisement a fait perdre à cette admirable race sa construction si large, ses jambes courtes et correctes, ce qui la rendait ex-
- cellente pour tous les genres de service.
- En voyant Nonius à l’Exposition, nous avons cru revoir les anciennes juments normandes, fort estimées par les connaisseurs d’autrefois et grandement regrettées par ceux d’aujourd’hui. Voilà pourquoi nous témoignons la plus vive satisfaction de ce que cette remarquable race se soit conservée pendant cinquante ans, par les soins si intelligents de l’administration des haras d’Autriche, dans l’état où elle l’a trouvée en Normandie, en 1815. La persévérance dans la manière habile de soutenir cette race pendant tant de générations, est démontrée par les chiffres significatifs attachés aux noms des Nonius. Nonius II!, présenté à l’Exposition du Champ-de-Mars, est, nous l’avons dit plus haut, le fils de Nonius Ll, fils lui-même de Nonius XXXIV et de Nonius XXXII. Or, ces chiffres de filiation sont une preuve de la louable persistance qui a présidé à l’entretien du type pur de cette race, en la développant jusques à aujourd’hui, comme disent les Anglais : in and in.
- La notice publiée par le ministère de la guerre d’Autriche nous fixe sur rimportance de ce développement. Nous y lisons, en effet, que dans le haras Mezoëhegyes, parmi les 800 juments poulinières, il y en a 200 qui descendent de l’étalon normand Nonius, introduit en1 1815. Du reste, les soins particuliers et incessants apportés au maintien du type primitif et à la propagation du nombre des sujets de cette race
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- normande s’expliquent par son aptitude à fournir soit d’excellents chevaux de guerre d’une force et d’une solidité rares, soit des chevaux d’attelage d’une certaine élégance, soit enfin, par le croisement avec des chevaux pur sang d’une taille élevée, des chevaux de luxe comme Revolver.
- La collection des chevaux autrichiens est arrivée le lo juin à l’Exposition, et y a été constamment l’objet d’une attention méritée.
- CHAPITRE IV
- AUTRES PAYS ETRANGERS.
- % 1. — Prusse.
- a
- A la brillante exposition de Billancourt, où les progrès de la race et de la production chevaline de la France ont été si dignement appréciés ailleurs, nous avons vu 6 chevaux noirs présentés par M. Werner de Muhlack.
- Le célèbre haras de Trakclinen, auquel appartenaient les ancêtres de ces chevaux, est la propriété du gouvernement prussien. Il existe depuis plus d’un siècle, et les sujets qu’il renferme ont un type particulier. Ce sont de très-grands chevaux, au corps volumineux, aux jambes assez courtes, aux muscles très-développés. Dans une visite aux écuries royales de Berlin, qui sont composées de chevaux fournis par ce haras, nous avons eu l’occasion de voir près dé trois cents chevaux qui ont conservé presque purs les vieux types du Mecklem-bourg et du Holstein, si connus et si renommés autrefois. Mais la dernière génération des chevaux de l’âge de cinq à sept ans, fournie aux écuries royales, nous a paru avoir subi une certaine modification ; elle a été ennoblie par l’introduction récente des éléments arabe et anglais pur sang. Les chevaux de Trakehnen, comparés à leurs ancêtres, ont perdu en
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- taille et en volume du corps ce qu’ils ont gagné en élégance; ils ont la sortie du cou des épaules plus gracieuse et plus fine ; leurs têtes sont devenues plus élégantes, l’œil plus brillant et plus à fleur de tête.
- Les cinq étalons et la jument de M. Werner sont probablement descendants de cette dernière transformation. Ils sont remarquables par leur robe noire et luisante comme du jais, par leur encolure très-élevée, par leurs têtes élégantes rappelant le type arabe; mais on peut leur reprocher le manque de volume, le peu de profondeur de la poitrine qui est en même temps très-étroite ; les jambes de devant sont très-longues et extrêmement rapprochées Tune de l’autre, ainsi que toute l’arrière-main ; elles sont peu développées et ne possèdent pas les muscles fortement accusés, si remarquables dans la race primitive des chevaux de Trakelinen. En un mot, les chevaux de M. Wèrner sont remarquables comme chevaux élégants. Ils sont bons pour la promenade comme chevaux de luxe, mais ils n’offrent aucune apparence des qualités nécessaires aux chevaux de travail et aux chevaux de guerre, desquels on doit exiger un service sérieux, de. longue durée et souvent accompagné de privations inévitables.
- g 2. — Bavière.
- L’exposition de Billancourt a reçu cinq chevaux de la-Bavière rhénane, près Deux-Ponts d’Ernetweilerhof (Zweibruc-ken), présentés par Jacob Stalter. Ces chevaux étaient intéres-
- . C
- sants, comme descendant en ligne directe des chevaux arabes importés d’Arabie par le roi de Wurtemberg, et, entre autres, du célébré Bayralîter, car ils ont pour père Schamil, né dans le haras du roi. Les formes gracieuses de ces animaux ne démentaient pas leur origine; mais leur peu de fond prouvait, d’un aulre côté, que les conditions de l’élève du cheval, en Bavière, ne sont pas favorables au développement ni au perfectionnement de l’espèce.chevaline.
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- g 3. — Régence de Tunis.
- Jl nous semble que l’on peut faire aux chevaux envoyés à l’Exposition du Champ-dc-Mars par le bey de Tunis, le reproche que nous avons adressé plus haut aux chevaux prussiens de M. Werncr de Muhlack. Les quatre étalons tunisiens ont les poitrines étroites, les jambes fines, les tendons mal séparés et mal détachés des os; mais le pur sang et la noble race de leurs ancêtres perce à travers des formes déshéritées d’élégance et devenues même disgracieuses. On voit bien que l’heureuse influence du désert auquel le cheval doit sa force, sa vitesse et sa beauté, n’existe plus au Maroc ni dans la Tunisie.
- L’émir Abd-el-Kader, dont l’autorité, dans les questions chevalines, est, à juste titre, si respectée dans le monde hippique, prétend que la perfection constante des chevaux arabes est due à l’hygiène si sévèrement observée dans le désert. Cette hygiène consiste à les nourrir de dattes, de sauterelles cuites, de viande séchée au soleil, et, en fait de grains, seulement d’orge ; enfin, à les abreuver habituellement avec le lait des chamelles et des chèvres. La dégénérescence des chevaux en Egypte et ailleurs est attribuée, par Abd-el-Kader, à ce qu’on les nourrit de fèves, ce qui les gâte entièrement. Si nous signalons, toutefois, quelques défauts et quelques imperfections dans ces chevaux du bey de Tunis, nous sommes trop justes pour ne pas avouer que notre sévérité tient surtout à ce que nous attendions mieux des spécimens d’une race si justement célèbre. Malgré cette critique, nous n'hésitons pas à reconnaître que, nonobstant l’altération que nous venons de signaler dans leurs formes extérieures, ils possèdent encore incontestablement le signe de leur noble origine et toutes leurs qualités génériques de force et de résistance.
- g 4. — Égyple.
- L’origine des chevaux de S. A. le vice-roi d’Égypte est la
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- même que celle des chevaux de Tunis, mais ils sont préférables à ces derniers par une conformation plus correcte et par des formes plus gracieuses. À l’inauguration du palais du bey de Tunis, nous avons assisté aux évolutions des Bédouins qui les montaient. Ces évolutions furent remarquables. On a été frappé de l’agilité, de la souplesse de ces intelligents animaux. Les Bédouins les lançaient au grand galop à la distance de dix mètres, les arrêtaient tout court, leur faisaient faire des sauts de mouton, c’est-à-dire se détacher de la terre avec les quatre jambes, les dressaient sur celles de derrière pour les faire pirouetter, et exécutaient différents autres exercices qui ont prouvé leur prodigieuse force des reins et des jarrets.
- g 5. — Siam.
- Le royaume de Siam a aussi adressé à l’Exposition des échantillons de ses produits de la race chevaline. Les spécimens qui n’ont pu arriver que dans les premiers jours de septembre ne présentent aucun intérêt sérieux. L’exiguïté de leur taille, leur grâce mignonne, les feraient justement considérer comme les colibris de la race chevaline. Ils suffisent, du reste, à leur emploi dans ce pays.
- CHAPITRE V
- EXAMEN PARTICULIER DE LA SITUATION CHEVALINE AU MEXIQUE, EN ANGLETERRE ET AUX ÉTATS-UNIS.
- En dehors des spécimens exposés au Champ-de-Mars ou à Billancourt, il existe, nous l’avons dit en commençant, des types de race chevaline que, à des titres divers, et comme point de comparaison et d’étude, il a été regrettable de n’y point voir figurer.
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- , , g 1. — Mexique.
- En opposition avec les magnifiques résultats que nous avons constatés plus haut et que nous signalerons tout à l’heure encore, nous devons noter la situation déplorable de la production des chevaux au Mexique, où, cependant, des pâturages immenses et une végétation splendide offrent des ressources considérables. Pendant la dernière campagne, l’armée française^ fait une triste expérience de l’incurie et de l’inintelligence des populations sous ce rapport; s’étant trouvée dans la nécessité de compléter sa cavalerie par quelques chevaux indigènes, les meilleurs se sont trouvés au-dessous de toute médiocrité, aussi bien par leur extérieur peu gracieux que par leur manque de vigueur. Ces animaux chétifs, faiblissant au moindre effort, ne pouvaient aller de front avec les chevaux barbes de la cavalerie française; on fut obligé d’en former des escadrons à part, et ce sont ceux-là qui, attaqués par l’ennemi, étaient les moins capables de supporter, non-seulement
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- le choc du combat, mais même les fatigues de la marche.
- Les propriétaires mexicains apprécièrent de suite la supériorité des chevaux barbes dont était composée la cavalerie française ; ils s’empressèrent d’acheter plusieurs étalons pour en faire des producteurs et payèrent sur le pied de 5,000 francs des sujets achetés en Algérie 400 francs. Les chevaux du Mexique existent à l’état presque sauvage dans les immenses savanes où on les capture avec des lazzos, quand ils ont atteint l’âge convenable pour les dresser. Leur extérieur n’est point agréable et leurs formes n’indiquent ni la force ni la vigueur ; ils sont de petite taille, ils ont la poitrine étroite et peu profonde, l’attache des reins mauvaise, la croupe descendue, la queue Irès-mal plantée, les côtes courtes, la tête disgracieuse, le cou court et raide. La chaleur du climat jointe à une nourriture mal ordonnée, quoique abondante, ne contribue pas au développement et au perfectionnement de cette
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- race, de mauvaise origine du reste. Voilà pourquoi tout reste à (aire et pourquoi il serait si désirable que la civilisation, une fois établie dans cet immense et riche pays, on comprît la nécessité de perfectionner les races par l’importation des spécimens d’espèces supérieures. Du reste, dans le nord du Mexique, où il a été introduit des chevaux anglais et normands, on voit déjà quelques progrès accomplis, car on y rencontre de grands et beaux chevaux rappelant les chevaux européens.
- g 2. — Angleterre.
- Pendant trois siècles, l’Angleterre a été en Europe le pays du cheval par excellence. Ses chevaux pur sang, recherchés par toutes les nations qui voulurent améliorer leur production indigène, devinrent, comme on l’a vu plus haut, l’une des meilleures sources de perfectionnement.
- La France, de même que les autres nations, a dû lui payer son tribut, et c’est grâce aux sacrifices, disons mieux, à la sollicitude de son gouvernement que depuis dix ans des masses de chevaux anglais pur sang ont été importées. Flying-Dutchman, the Emperor, ainsi qu’un grand nombre d’étalons demi-sang de la race Norfolk sont les ancêtres de ces triomphateurs célèbres, Bois-Roussel, Vermouth, Fille dé l'Air et Gladiateur, qui ont, dans ces dernières années, battu sur les hippodromes des deux côtés de la Manche, les meilleurs chevaux anglais et fait crier au monde hippique que « Rome n’était plus dans
- « Rome. »
- Si donc l’Angleterre, en dehors des motifs d’abstention signalés en tête de ce travail, a été, en outre, trop impressionnée par des défaites dont les causes originelles devraient pourtant être un consolant motif d’orgueil pour elle, et n’a pas cru devoir prendre part au concours universel de Paris, on peut néanmoins dire qu’elle y a été à peu près représentée par les chevaux normands perfectionnés, exposés par la France. Ces spécimens ont parfaitement prouvé que, nonobstant l’indiffé—
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- rcncc à peu près générale des Français pour la production et l’éducation du cheval, leur intelligence suffit, à défaut de la passion qui distingue d’autres peuples, à leur faire obtenir, quand ils le veulent, les plus brillants résultats.
- g 3 — États-Unis d’Amérique.
- Nous n’avons plus maintenant qu’à jeter un coup d’œil rapide sur les États-Unis d’Amérique, qui, de même que l’Angleterre, n’ont point cru devoir envoyer au Champ-de-Mars ou à Billancourt quelques-uns des admirables trotteurs qu’ils ont créés.
- L’étalon pur sang anglais Messenger, né chez master Bulloch, et mort en Amérique en. 1818, était un superbe animal qui descendait deFlying-Childers dans la cinquième génération, et qui était fils de Mambrmo et petit-fils d’Engineer ; il fut importé d’Angleterre, ainsi que Morgan, BeUfounder, Pilot et St-Law-rence; tous servirent à la production de chevaux qui, sous l’influence du croisement et du dressage américains, se distinguèrent particulièrement par les qualités les plus opposées au cheval pur sang. Ils réunissent en effet la docilité, si incompatible à la nature du cheval pur sang, à une aptitude extrême, à un service et à un travail prolongés ; ils possèdent en outre un volume de formes qui répond parfaitement aux conditions du cheval d’attelage et de travail. Cette transformation du cheval de course anglais en cheval de trait a été nécessitée par les distances énormes du pays et par l’état presque constamment incommode des chemins ; il n’est employé, cependant, qu’à l’équipage des voitures légères, et n’en a pas moins conservé., grâce au climat favorable de l’Amérique, sa pureté primitive de race, à laquelle s’est ajoutée seulement plus d’énergie et de force musculaire, en un mot, les qualités d’allure et de force propres au cheval de trot.
- Les trotteurs américains partagent avec justice la gloire des trotteurs russes Orloff, auxquels, d’ailleurs, une similitude
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- LES CHEVAUX. ÉTRANGERS.
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- d’aptitudes et la nécessité du climat, ainsi que les exigences de distances énormes à parcourir, les font nécessairement ressembler comme éducation et emploi.
- De même qu’en Russie et sous l’influence des mêmes causes, le trotteur américain a formé une race qui ne dégénère pas. Il faut dire qu’il n’est pas soumis au traitement du clieval anglais qui doit une partie de sa beauté conventionnelle à un traitement particulier, au mode d’entraînement dès sa seconde année,.à l’emploi de couvertures de flanelle, qui dessèchent ses muscles, enlèvent la graisse et la lymphe, comme le fait en Arabie un soleil brûlant et le ciel d’airain, selon l’expression de l’Écriture sainte.
- Des exemples de l’extrême vitesse des trotteurs américains furent donnés par llétalon General Buttler, qui parcourait un mille anglais en 2 minutes 21 secondes, et la célèbre jument Flora Temple en 2 minutes 20 secondes, ce qui fait à peu près 1 minute 30 secondes par kilomètre. Ces trotteurs surpassent donc les trotteurs anglais les plus rapides, qui ne dépassent pas la vitesse de 2 minutes pour un kilomètre, et ils sont les dignes rivaux des trotteurs russes avec lesquels, sur l’autre extrémité du globe, ils n’ont encore pu lutter que la montre à lamain. Nous avons vu, en effet, Bédouin, exposé au Champ-de-Mars, parcourir, le 29 mai 1867, au bois de Boulogne, en 4 minutes 45 secondes, la distance de 3 kilomètres, dont le dernier en 1 minute 29 secondes. Trotteurs russes et trotteurs américains sont donc vraiment dignes les .uns des autres.
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- SECTION III
- ANES ET MULETS
- Par M. Ed. PRILLIEUX.
- Moins grands de taille, moins élégants de forme, moins rapides d’allures que les chevaux, les ânes n’en rendent pas moins des services très-considérables. Si, le plus souvent, ils ne peuvent égaler le cheval, ils lui sont, d’autre part, supérieurs par la sobriété, la patience, la résistance à la fatigue. Fort peu exigeants, et, par suite, fort mal traités, ils n’en sont pas moins doux et faciles à conduire, ne réclament aucun soin, ne coûtent presque rien à nourrir ; on peut dire que ce sont les chevaux des enfants, des vieillards, des femmes et des pauvres. — L’âne est, eu égard à sa taille, la bête de somme par excellence ; il est adroit, sûr de ses pieds et est peut être, de tous les animaux, celui qui, relativement à son volume, peut porter les plus grands poids. Dans les montagnes et, en général, dans tous les pays où il n’y a pas de chemins carrossables, surtout dans les climats chauds ; dans tout l’Orient, en Égypte, en Syrie, comme en Algérie, ce sont les ânes qui transportent les matériaux de construction, la pierre à bâtir, la chaux, le sable, le bois, les déblais, les remblais, les produits de toute sorte que l’on va vendre au marché : grains, fruits, légumes, fourrages, fagots ; tous les bagages, et jusqu’à l’eau que l’on va chercher dans des outres aux puits et aux fontaines, souvent situés à de grandes distances.
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- ANES ET MULETS.
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- L’âne n’est pas, du reste, employé uniquement comme bête de somme. Comine monture, il est très-recherché dans tout l’Orient ; on s’en sert pour les promenades et même pour les longues courses. Un âne, dont les allures sont parfaitement régulières et douces, est prisé très-haut et atteint un prix considérable. S. A. le vice roi d’Égvpte, a présenté à l’Exposition universelle un âne extrêmement remarquable à ce point de vue, et qui peut être regardé comme le type de l’âne de promenade réclamé par les habitudes des Orientaux. Les ânes ne sont pas organisés pour la rapidité de la course ; leurs mouvements sont petits et pourtant, certains d’entre eux, ceux d’Arabie, notamment, peuvent être considérés, grâce à leur énergie soutenue, comme exellents, même pour une course de longue haleine. Ainsi, M. d’Abbadie rapporte (1) avoir vu à Hodaydah un baudet de l’Oman qui avait amené la veille Ibrabirn Pacha de Moka, en vingt-quatre heures, distançant toute la cavalerie du pacha dont deux chevaux seulement entrèrent avec lui à Hoyada pour y expirer de fatigue.
- Dans les pays chauds, on 11e peut produire ni conserver le cheval de trait, le cheval de l’agriculture et de l’industrie ; 011 a bien le cheval de selle, léger et rapide, le cheval de sang, le cheval noble par excellence ; mais cet animal si noble ne laboure pas, 11e traîne pas de chariot, et on serait encore heureux bien souvent de recourir aux services patients et courageux de l’âne, malgré sa lenteur et sa faiblesse relatives, si l’industrie de l’homme 11’avait su créer, en dehors des voies tracées par la nature, un animal nouveau, aussi sobre que l’âne, et capable autant que lui de supporter avec résignation la faim, la soif et les privations; aimant comme lui les climats chauds ; mais aussi grand et au moins aussi fort que les plus forts chevaux de traits. Cet admirable animal qui réunit les qualités de l’âne à celles du cheval, c’est le mulet, le produit de raccouplement de l’âne et de la jument.
- (1) Bullelimle la société d’acclimatation, tome I, p. 470,
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- Ou peut faire naître des mulets dans tous les pays;, toutefois ce ne sont pas les pays chauds qui produisent les meilleurs, mais Lien ceux qui peuvent fournir les grosses juments de trait qui sont particulièrement convenables pour la production des mulets et que l’on nomme juments mulas-sières. Nul pays ne produit de mulets plus forts, plus parfaits de tout point, que ceux qui naissent dans certaines contrées de la France où l’on se livre, depuis des temps reculés, à l’industrie mulassière avec un succès soutenu. Les mules d’Espagne avaient autrefois une très-grande réputation, mais il paraît constant que, aujourd’hui, la France occupe le premier rang tant pour le nombre que pour la qualité des mulets qu’elle produit.
- Les éleveurs français sont les seuls qui aient envoyé des mulets et des animaux inulassiers à l’Exposition Universelle, mais ils y ont dignement soutenu la vieille réputation du Poitou. Ils ont présenté un excellent choix de mules et de mulets d’âges et de types divers, ainsi que des modèles peu nombreux, il est vrai, mais fort remarquables des deux espèces qui fournissent, l’une, les pères, l’autre les mères des mulets, et, grâce à eux, nous avons vu, représentée à l’Exposition, l’industrie mulassière, industrie agricole de premier ordre, qui n’est pas assez connue et qui pourrait certainement prendre utilement dans bien des pays une extension considérable. On fait naître des mulets en France dans toutes les régions méridionales, mais c’est dans le Poitou que se produisent les meilleurs, ceux dont la renommée rejaillit sur tous les autres et fait rechercher les mulets français par tous les pays qui utilisent les forces de ces animaux. Cette supériorité, le Poitou la doit aux qualités des ânes qui sont employés à la production des mulets et aussi aux aptitudes particulières de la race chevaline qui est entretenue sur le sol de cette province de l’ouest de la France (I j. On aura une idée de l’impor-
- (1) Nous devons les renseignements que nous donnons sur l’industrie mulassière du Poitou à l’obligeance de M. Eug. Ayrault, membre du Jury international de la classe 75.
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- tance de celte industrie, quand on saura qu’elle n’emploie pas moins de cent soixante liaras privés et de 50,000 juments environ, sur une étendue assez restreinte de territoire, qui comprend tout le département des Deux-Sèvres, un arrondissement de la Vendée, une partie du département de la Vienne, un arrondissement de la Charente-Inférieure.
- La race chevaline exclusivement consacrée à la production mulassière appartient aux races de gros trait. Elle est originaire des marais de la Sèvre et de la Vendée, vastes prairies dans lesquelles elle vit en liberté. Les poulains qui naissent dans les plaines du Poitou vont, du reste, eux aussi, dans les marais où iis passent une année et où l’éleveur de la Gatinc, c’est-à-dire de la partie boisée du nord du département des Deux-Sèvres, va les acheter à l’âge de deux ans pour les garder
- un an ou six mois dans scs pacages ou dans ses écuries. Ces différentes migrations sont très-avantageuses au développement des jeunes chevaux, parmi lesquels on choisit les étalons destinés à entretenir la race. Les autres vont en Berri et en
- Beauce où ils servent aux travaux agricoles. Quant aux femelles elles restent presque toutes en Poitou.
- Le Poitou ne produit le cheval qu’en vue du mulet : aussi, dans les haras, tous exploités par l’industrie privée, trouve-t-on un cheval étalon pour quatre baudets, et ne livre-t-on ail cheval que les juments qui ne peuvent être fécondées par le baudet et celles qui sont destinées à l’entretien du cheptel mulassier. La race poitevine a les caractères généraux des races de gros trait, mais elle se distingue spécialement par l’abondance des crins de la queue et de la crinière et par celle des poils qui garnissent la partie inférieure des membres, par la longueur de la tête et des oreilles, et par le développement des sabots. Ces mêmes qualités sont aussi très-recherchées chez l’âne mulassier, car il est toujours de règle que, pour obtenir d’un croisement un résultat satisfaisant, il faut, autant que possible, appareiller les types que l’on veut unir.
- L’âne ou baudet mulassier est élevé dans toutes les contrées
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- du Poitou, mais ce n’est que dans la partie boisée des plaines du département des Deux-Sèvres qu’on se livre spécialement à cette production ; partout ailleurs, c’est seulement dans les haras que l’élevage des baudets se trouve concentré. La production des baudets amène souvent d’arnères déceptions, comme elle est aussi la cause de grandes joies dans la famille du cultivateur. Sous prétexte de conserver cette race dans toute sa pureté, on a, à force d’attentions, considérablement augmenté la fragilité des jeunes baudets appelés féclons dans le Poitou, et les soins assidus et même parfois peut-être exagérés qu’on prodigue à ces précieux animaux, durant les trois ou quatre premiers mois, u’empêclient pas que la mortalité ne soit très-grande parmi eux. L’ânesse, par suite d’une habitude funeste, est constamment entretenue dans un état de maigreur excessif et voisin du marasme, qui compromet l’avenir du produit qu’elle porte soit parce qu’il peut déterminer l’avortement, soit parce que, en épuisant toutes les forces de la mère on la rend incapable, quand elle arrive au terme de la gestation, d’allaiter convenablement le jeune animal.
- Le fédon est soigné avec amour durant les premiers mois .par toute la famille de l’éleveur. Quand il a heureusement traversé cette période pleine de périls, son avenir est assuré, car il est rarement malade. Il commence la monte à trois ans et la continue à raison de six à sept saillies par jour, parfois jusqu’à vingt-cinq ans ; mais, le plus souvent, il est enlevé par des maladies inflammatoires avant d’avoir atteint cet âge. Jamais il ne sort de sou logement, sorte de cellule ou de box qui ouvre dans l’espace où a lieu la monte et qui porte le nom d’atelier.
- La valeur des baudets mulassiers est considérable. Le prix moyen des bons animaux est de 4 à 5,000 francs; celui des très-bons de 5 à 6,000 francs. Leur taille est de lm44 à lm52. Ils ont les membres très-développés, les articulations aussi puissantes que celles des plus forts chevaux de trait, la tête et les oreilles démesurément longues ; celles - ci sont gar-
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- nies de poils longs et soyeux qui portent le nom de caile-nettes. Plus le pelage, qui est généralement noir, est épais et soyeux, plus les animaux sont estimés. Comme ils ne sont jamais étrillés ni brossés, il en est quelques-uns qui eonservent, successivement enchevêtrés et feutrés les uns avec les autres, les poils de plusieurs mues, qui forment comme une pelisse à lanières frangées, sortes de guenilles descendant jusqu’à terre et qu,i ont fait donner le nom de guenilloux ou de bourailloux aux baudets qui les portent. Malgré leur lasciveté naturelle, le métier qu’on leur fait faire est tellement laborieux qu’on est obligé de recourir à des moyens factices pour obtenir le nombre de saillies qu’on exige d’eux.
- Le commerce auquel ils dominent lieu est assez restreint parce que chaque étalonner fait en sorte d’approvisionner son établissement avec ses élèves. Toutefois, depuis quelques années, d’assez nombreuses exportations ont eu lieu en Afrique, dans diverses contrées de l’Amérique, en Portugal, en Angleterre, en Irlande et dans le grand-duché de Posen.
- Les baudets du Midi ont, dans certaines contrées, plus de taille que ceux du Poitou; mais ils sont plus légers de corps, plus grêles de membres, et ont les poils plus rares et plus courts ; en un mot, leur conformation se rapproche de celle des juments fines et distinguées avec lesquelles ils sont destinés à s’accoupler.
- Les mules (1) du Poitou sont élevées dans les plaines et le bocage, où elles servent aux travaux agricoles. Leur sobriété en fait des animaux très-précieux pour les pays de moyenne culture où les ressources fourragères ne sont pas grandes. Chaque fermier possède d’ordinaire de quatre à huit juments poulinières; mais il n’obtient guère de produit que de la moitié de celles qu’il livre au baudet, tant à cause du peu de fécondité d’un accouplement contre nature d’animaux d’espèce
- (1) L’usage est, dans le Poitou, d’employer le mot de mule comme nom générique de préférence à celui de mulet.
- T. XII.
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- différente, que par suite de quelques procédés vicieux qui sont appliqués dans l’élevage. Une fois la période de l'allaitement passée, la mule est sauvée; elle est rarement malade et supporte les intempéries et les privations de toutes sortes, sans en éprouver de malaise.
- La mule est, relativement à son poids, plus forte que le cheval. Jamais elle ne se tare, malgré le travail prématuré qu’on lui fait faire en l’attelant à la charrue, dès l’âge de dix-huit mois. Elle tient de sa mère pour la taille et l’ampleur des formes et de son père pour tout le reste. Quoiqu’elle travaille beaucoup, elle n’est jamais ferrée. Son dressage est facile, et on n’en trouve guère qui refuse de porter le collier, malgré la réputation d’entêtement et de mauvaise volonté qu’on lui a faite injustement. Sa sobriété naturelle, un peu trop exploitée, est la cause de l’état de maigreur qu’elle conserve durant tout le temps de son séjour en Poitou. Elle engraisse facilement; il suffit de la retirer de l’ouvrage après la moisson pour qu’elle soit très-grasse à la fin de novembre. Il est vrai qu’on la soumet à un régime très-favorable à l’engraissement. Elle est plongée dans l’obscurité la plus complète et séparée des autres animaux ; la température de l’écurie est très-élevée et la nourriture de bonne qualité, abondante et variée.
- Les mulets sont castrés à quinze mois.
- Les mules ont plus de valeur que les mulets. La vente en a lieu surtout pendant l’hiver. Les bêtes les plus fortes et les plus chères sont achetées à quatre ans par les Albigeois, les Béarnais, les Languedociens ; les plus distinguées, par l’Espagne, les plus petites, par l’Auvergne, et celles qui sont de taille moyenne et trapues par les armateurs de Nantes.
- 11 est impossible de calculer les sommes énormes que le commerce des mules met en mouvement dans les trois départements du Poitou. Il est plus facile d’apprécier approximativement la quantité de numéraire que l’industrie mulassière fait entrer en France ;. car la plupart des mules qui partent
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- ANES ET MULETS.
- du Poitou pour le Midi finissent par passer en Espagne, de sorte qu’on peut, sans exagération, évaluer à environ dix millions la somme que le commerce des mules du Poitou procure en France. On voit, d’après cela, de quelle importance
- est pour notre pays l’industrie inulassière, quel rang elle doit occuper dans notre agriculture, et on comprend aisément tout l’intérêt qu’a pu exciter dans les esprits éclairés, tant en France
- que hors de France, l’étude de cette industrie nationale, dans laquelle notre pays n’a pas rencontré de rivaux et que nous avons été heureux de voir réclamer à l’Exposition Universelle, au milieu de toutes les industries du inonde entier, la place à laquelle elle a droit.
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- SECTION IV
- CHAMEAUX,
- Par M. PRILLIEUX.
- Les chameaux, répandus dans les vastes plaines du centre de l’Asie et de l’Afrique, rendent à l’homme, au milieu de ces contrées désertes, des services que nul autre animal ne pourrait produire. Capables de parcourir d’immenses espaces sans eau, en se contentant d’une nourriture grossière, ils vivent dans des conditions où le cheval ni le mulet ne sauraient longtemps subsister.
- Créés pour le désert, les chameaux présentent une structure toute particulière et admirablement appropriée aux conditions toutes spéciales au milieu desquelles ils sont destinés à vivre.
- Portant sur leur dos, sous forme de bosse, une ample réserve de nourriture pour les jours d’abstinence, dans un de leurs estomacs, un réservoir où l’eau se garde pure, et où les veines vont en puiser sans cesse la quantité nécessaire pour conserver au sang sa constitution normale, ils ont, grâce à leur organisation, une aptitude vraiment merveilleuse à supporter, sans fatigue, et la faim et la soif.
- Pour le chameau, et pour le chameau seul, le désert n’est pas un obstacle infranchissable ; c’est grâce à son aide que l’homme traverse des espaces immenses et sans eau, et parvient aux oasis qui, sans lui, seraient inhabitées; c’est grâce à lui qu’il s’y établit, qu’il s’y fixe, et qu’il vit au milieu du désert.
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- CHAMEAUX.
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- Denon disait : « la Nature après avoir créé le désert, a réparé « son erreur en créant le chameau » ; et, en effet, l’homme a trouvé dans le chameau le moyen de dominer sur le désert comme sur le reste du monde. Pour traverser les mers, il a créé à force d’industrie, le vaisseau : pour traverser l’océan de sable qu’on appelle le désert, il a reçu de Dieu le chameau, le vaisseau de la terre comme l’appellent les Arabes.
- La sobriété des chameaux est à juste titre proverbiale, et on en pourrait citer un très-grand nombre d’exemples, sur l’authenticité desquels il ne saurait y avoir le moindre doute. Ainsi, le général Carbuccia rapporte qu’il a présenté au général Marey-Monge, dans un de ses voyages à Médéah, trois chameaux qui n’avaient pas mangé depuis trois jours ni bu depuis trois mois, et qui ne paraissaient pas souffrir de cette longue abstinence.
- Les chameaux algériens qui ont été exposés au Champ-de-Mars pourraient, eux-mêmes, fournir un exemple du régime tout exceptionnel qui convient à ces animaux. Le chamelier qui les a amenés de Tougourt à Paris, nous disait qu’ils n’avaient pas bu depuis leur départ de Constantine jusqu’à leur
- arrivée ; s’ils buvaient trop en voyage, ils supporteraient mal la fatigue.
- On distingue deux espèces de chameaux : le chameau à deux bosses, ou de Bactriane, qui occupe le centre de l’Asie, et le chameau à une bosse ou dromadaire, qui est répandu dans la Perse, la Syrie, l’Arabie, l’Égypte, l’Afrique septentrionale et le Sénégal. C’est à cette dernière espèce qu’appartiennent les chameaux qui ont été envoyés d’Égvpte et d’Algérie à l’Exposition universelle.
- Dans toutes les espèces d’animaux que l’homme a depuis longtemps tirés de l’état sauvage et soumis à ses lois, dont il ordonne la vie à son gré et selon ses besoins, on trouve des variétés qui correspondent aux conditions imposées aux animaux, et au service qu’on exige d’eux. Plus les besoins de l’homme sont variés, plus les conditions dans lesquelles il se
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- SECTION IV.
- GROUPE VIII. — CLASSE 73; —
- trouve placé sont différentes, plus les variétés, plus les races-des animaux domestiques se multiplient et se diversifient : le cheval, par exemple, devient, selon le besoin de l’homme et le climat où il vit, ici, cheval de gros trait, là, cheval de selle et de course. Il en est de même pour le dromadaire, bien qu’à un moindre degré, car ce n’est qu’au désert et dans les pays voisins du désert qu’on trouve l’emploi de ses merveilleuses qualités; à côté du chameau vulgaire destiné à porter lentement de lourds fardeaux, on a créé le dromadaire de course,
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- l’animal noble, le Héguin de l’Egypte, le Méhari du désert de P Algérie.
- Depuis l’antiquité, on. connaissait l’existence de chameaux coureurs capables de parcourir rapidement de très-longs espaces^): on savait, parles récits des voyageurs, que, outre les races de chameaux particulièrement propres aux transports, il existe des races légères, sveltes et taillées pour la course. Àl’é-
- r
- poque de l’expédition française en Egypte, le général Bona-
- parte eut même l’idée de créer un régiment de dromadaires et
- d’utiliser, pour la poursuite des Arabes, les qualités extraordi-
- 1
- naires de vitesse des dromadaires d’Egypte, qui se sont rnorir
- très, au rapport .du savant M. -Jomard,- attaché alors à,l’armée d’Orient en qualité d’ingénieur, capables de faire facilement de quinze à trente lieues par jour, et même beaucoup plus au -grand drot, et cela pendant plusieurs jours de suite. 'Mais on m’avait guère gardé souvenir du régiment des dromadaires, et
- -même après la conquête de l’Algérie, si- on : connaissait bien des services que readont aux Arabes les chameaux -de charge,: oa n’avait encore que des renseignements vagues sur ces chameaux du grand désert, capables, disait-on, de faire cinquante •et même soixante lieues dans un jour, lorsqu’en 1844* le gé-méral Marey-Monge ramena de l’expédition de Eaghouat'trois • de ces animaux connus sous le nom de Méharis- : : >
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- C’est à cette race des Méharis, qui ont été si longtemps regardés presque comme fabuleux, à ces animaux perdus au fond du grand désert saharien, qu’appartiennent les dromadaires envoyés au Champ-de-Mars par Ali-Bey, caïd de Tougourt, et qui ont figuré à côté des dromadaires coureurs exposés par S. A. le vice-roi d’Egypte. Le Meliari est au chameau ordinaire ce qu’est le cheval de course au cheval de trait. Il est plus svelte dans ses formes que le chameau vulgaire (1), il a le ventre évidé, (levretté), la tête sèche ; sa bosse est petite, mais sa poitrine est large et saillante. Ses membres, très-secs dans leur partie inférieure, sont bien fournis de muscles à partir du jarret et du genou jusqu’au tronc, et la face plantaire des pieds n’est ni large ni empâtée; ses crins sont rares sur l’encolure, ses poils fins et de couleur fauve. Son allure ordinaire est le trot, et il peut le tenir un jour entier. 11 peut très-facilement parcourir un espace de 420 kilomètres par jour pendant plusieurs jours, avec une vitesse moyenne de 20 à 25 kilomètres à l’heure. On connaît la sobriété proverbiale du chameau ; le Méhari pousse cette qualité aux dernières limites : il supporte impunément les plus rudes fatigues et les plus longues privations ; il est, en outre, très-docile. La réputation des Méharis est très-grande dans toute l’Afrique. Les Chambaas, les Touaregs et généralement tous les habitants des oasis du Sud en font un constant usage.
- Les dromadaires exposés par S. A. le vice-roi d’Egypte paraissent d’une grande finesse, d’une grande élégance de for-
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- mes; mais ils sont d’une taille un peu moins élevée que les
- Méharis algériens. D’après les renseignements qui nous ont été
- fournis, ils appartiendraient à des races différentes : l’un, provenant de Abou-IIamed, dans le Soudan, serait de la race dite des Bicharis ; l’autre, né à Abou-Ris,- en Egypte, se rapporterait à une autre race dite d’Haïdi. Les chameaux coureuïs venus en- Europe sont encore trop peu nombreux, et les ren-
- 0) Voir le Grand Désert, par le général Damnas, p. 183 et suiv.
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- GROUPE VIII. — CLASSE 75.
- SECTION IV.
- seigncrnents qu’on a obtenus sur leur histoire trop vagues et trop incomplets pour qu'on puisse être fixé sur la valeur et l'importance de ces races ou familles que les Égyptiens distin-
- guent parmi eux. D’après les récits que l’on fait de leurs qualités de coureurs, de leur sobriété et de leur docilité, ils ne le céderaient en rien aux Méharis de l’Algérie.
- Le Jury a tenté de se rendre compte, par expérience, de la rapidité de course de tous les dromadaires exposés au Champ-
- de-Mars. Dans ce but, il a organisé une course qui s’est faite au bois de Boulogne, sur une piste mesurée d’un kilomètre que chaque animal devait parcourir quatre fois. Malheureusement, tous les dromadaires, dépaysés, étonnés du spectacle qu’ils voyaient et du monde qui les entourait, déshabitués sans doute aussi des longues courses du désert, se sont montrés rétifs et indociles; ils ont résisté tous plus ou moins à leur conducteur. Les dromadaires égyptiens surtout, qui ont fait d’abord preuve, durant un instant, d’allures très-rapides, après être partis avec une grande vitesse, n’ont pas tardé à se coucher et ont refusé de continuer de courir avec une obstination qu’il n’a pas été possible de vaincre. Les Méharis algériens, un peu moins rapides, mais moins rétifs, ont pu seuls fournir la course entière, mais non sans arrêts toutefois, non sans se défendre, non sans se coucher même plusieurs fois. Ils ont mis, dans ces conditions, environ un quart d’heure pour parcourir 4 kilomètres, ce qui permet de supposer, en tenant compte des pertes de temps, que, dans des conditions normales, leur vitesse serait d’environ 20 à 25 kilomètres à l’heure. Or, si on songe que le Méhari conserve ce trot, qui est son allure habituelle, durant un jour entier, on reconnaît que les Méharis amenés à l’Exposition Universelle de 1867, et que nous avons vus courir sous nos yeux, ne diffèrent en rien de « ces races distinguées de chameaux, » dont parle Diodore de Sicile, « qui, ayant les jambes fines et le corps grêle, sont « plus propres à la course, et qui peuvent parcourir de suite,
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- « à peu de chose près, 1,500 stades (!) », c’est-à-dire plus de soixante lieues. Ils sont encore aujourd’hui tels qu’ils étaient il y a deux mille ans.
- 0) Diodore de Sicile (livre déjà cité, et liv. XIX, ch, 37.)
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- SECTION V
- LA MARÉCHALERIE.
- Pap, M. BOUI.EY.
- g 1. — Résumé historique.
- La maréchalerie ou Y art de ferrer a une importance économique et sociale qu’il est nécessaire de faire ressortir par quelques traits.
- L’art de l'errer consiste dans l’application méthodique d’une semelle métallique sous le sabot des solipèdes et sous les onglons des grands ruminants. C’est par l’invention de cet art ([lie le cheval, notamment, a pu être transformé, si l’on peut ainsi dire, en machine motrice, et qu'il a été possible d’utiliser ses forces si puissantes au transport des fardeaux à longues distances. Sans le fer dont la corne de ses pieds est revêtue, le cheval n’eut pas été capable de remplir cet office, car, lorsque ses sabots sont immédiatement en contact avec le sol, les frottements de la marche, pour peu quelle se prolonge, et surtout les efforts qui aboutissent à scs pieds, points d’appui des leviers locomoteurs, ont pour conséquence d’amincir tellement l’enveloppe cornée par l’usure et d’en faire si vite éclater le contour, que bientôt les parties vives, destituées de l’égide qui les protège, s’endolorissent à l’excès et mettent les animaux dans l’impossibilité de se tenir sur leurs membres et, à plus forte raison, de déployer leurs forces.
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- de qui est vrai du cheval l’est également du bœuf utilisé aux charrois sur les routes.
- L’art de ferrer était ignoré de l’antiquité grecque et romaine; tous les écrits des anciens le témoignent, soit par leur silence absolu, soit par les prescriptions qu’ils renferment, relatives aux moyens d’endurcir et de conserver la corne des ..sabots du cheval, soit, enfin, par la relation des accidents qu’entraîne l’usure des ongles, déterminée par de longues marches.
- Les recherches des archéologues modernes tendent à dér montrer que la ferrure est une invention celtique, et que son usage ne s’est généralisé qu’après la destruction de l’antique civilisation par l’invasion barbare. Quelle que soit la date à laquelle elle remonte, on peut dire que l’influence qu’elle a .exercée sur les progrès du commerce et de l’industrie, comme .sur la mobilité plus grande des armées, n’est pas sans quelque analogie avec celle qui est résultée de L’application delà vapeur à la traction des voitures sur des routes ferrées. A première vue, ce rapprochement peut paraître forcé; mais que l’on y réfléchisse et l’on verra qu’il n’a rien'que de très-légitime. Quelle a été, effectivement, dans l’un et l’autre.cas, ,1a filiation des faits? Invention d’un moteur ; construction de routes appropriées pour lui; permettre de. produire la plus .grande somme d’effets .utiles ;‘multiplication des relations
- , commerciales et sociales ; activité.plus grande de l’industrie.; mobilité plus grande des armées et expéditions militaires'plus .rapidement conduites; en dernier résultat, à quelque point.de •vue que l’on se place, ’ augmentation de .la- puissance de ,1’hgmme dans sa lutte contre la puissance de la nature. :/ :
- . De fait, avant que la ferrure fut inventée,, le; cheval.ne
- l
- pouvait être; employé qu’à l’usage ;du cavalier, .à .Pattel-age^des ..chars de luxe et aux : transports à dos, car la eorne; de., ses - pieds n’a pas assez; de; dureté pour résister: longtemps :, aux . frottements trèsTénergiques que nécessitent les efforts du lourd : tirage., L’invention deda'ierruré.équivaut donc,' èit réalité,là
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- l’invention d’une machine très-puissante, peu coûteuse, mise, par conséquent, à la portée du plus grand nombre, à l’aide de laquelle l’industrie humaine a pu lutter avec plus d’avantages que par le passé contre les forces de la nature.
- Il est facile de pressentir, d’après ce simple exposé, l’importance et l’étendue de la révolution économique que la ferrure a dû opérer graduellement, à mesure que la pratique de cet art s’est généralisée. Une fois le cheval transformé en machine motrice puissante, par l’adaptation de fers cloués sous ses pieds, le premier résultat de l’application des forces de cet animal au tirage des lourds fardeaux a été d’affranchir l’homme d’une partie des travaux les plus pénibles, qui lui incombaient forcément, quand il se trouvait seul en présence des résistances inertes qu’il avait à surmonter.
- Mais voici une autre conséquence de l’invention de la ferrure, qui, tout inattendue qu’elle puisse paraître, n’en est pas moins probable : je veux parler de l’agrandissement de la taille, du volume et du poids du cheval, et, par ce fait, de son appropriation plus parfaite que par le passé à sa fonction de moteur. Autrefois, le cheval n’étant utilisé qu’aux services de la selle et des attelages légers, on peut dire qu’il était coulé dans un moule uniforme et que ses proportions se trouvaient, à peu de choses près, les mômes dans tous les pays. Mais quand le moyen fût donné, par la ferrure, d’appliquer ses forces à la traction des chariots pendant un long parcours, l’idée dut naître d’essayer de le rendre capable d’une plus grande somme d’effets utiles, en agrandissant ses leviers et en grossissant ses muscles, afin de produire avec un seul les résultats que deux et même plusieurs pouvaient donner; en d’autres termes, étant trouvé le moteur, on dut chercher à le construire dans de plus grandes proportions que par le passé, pour pouvoir transporter dans le même temps, sur des chariots de plus grandes dimensions, une plus grande quantité de marchandises et un plus grand nombre de voyageurs. Ainsi a été créé, pour répondre aux' besoins du commerce et
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- de l’industrie, le cheval que l’on appelle limonier, ce moteur aux formes gigantesques et à la puissance décuple, si bien approprié au service de la traction pour les plus lourds charrois. N’est-il pas évident qu’avant l’invention de la ferrure, ce cheval n’avait pas de raison d’être et n’existait pas en effet? A quoi eut-il servi? il est par lui-même si massif et si lourd qu’il ne peut marcher longtemps nu-pieds, sans que ses ongles soient usés jusqu’au vif, sous l’action seule de son poids; et, d’autre part, les efforts dont il est capable nécessitent une si énergique adhérence de son sabot sur le sol, au moment où ils se produisent, que la ténacité de sa corne se trouve immédiatement vaincue, quand une épaisse armature métallique n’est pas interposée entre l’ongle et le terrain sur lequel il doit se cramponner.
- La ferrure n’a pas été seulement la condition de la transformation possible du cheval en gros limonier; c’est encore grâce à elle que cet animal a pu être adapté, au service du transport accéléré des voyageurs et des marchandises, mode d’utilisation qui implique, dans la construction de sa machine,' des conditions différentes de celles que doit réunir le limonier, car il faut, pour que le cheval y soit propre, que, tout en conservant une grande force musculaire, il soit capable de mouvements rapides et longtemps soutenus. L’industrie de l’éleveur a résolu ce problème, en construisant un cheval qui tient le milieu, par son volume, sa taille et sa membrure, entre le cheval léger, exclusivement propre à la selle et aux attelages de luxe et le gros limonier qui ne peut être employé qu’à la traction lente des pesants fardeaux.
- Ces deux transformations du cheval en ont été, on peut le dire, comme une nouvelle conquête, car c’est par elles surtout qu’il est devenu un instrument fécond de la prospérité publique. Pour comprendre combien cette proposition est vraie, il suffit de réfléchir au rôle si considérable que cet animal a rempli dans la civilisation moderne : rôle amoindri sans doute depuis l’invention des chemins de fer, mais qui, dans ses pro-
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- portions plus réduites, ne laisse pas que d’être encore si éssentiel.
- ' Malles-postes, diligences, voitures de toutes sortes destinées «lu transport des voyageurs; charrettes, camions, chasse-marées, fardiers, wagons, machines roulantes de toutes espèces; bateaux sur les canaux et sur les fleuves; machines diverses utilisées par l’industrie etc.; c’est lui qui en était le moteur .principal et, pendant longtemps, presque exclusif. Il est donc demeuré jusqu’à ces derniers temps l’agent le plus efficace des relations commerciales, industrielles et l’on peu dire sociales, dans chaque pays entre les différentes localités, et sur les continents civilisés, entre les différentes divisions territoriales. Eh bien, tous ces beaux résultats n’ont été certainement réalisables qu’après l’invention de la ferrure. Jamais, sans elle, à quelque artifice qu’on eût pu recourir pour augmenter la dureté de leur corne, les sabots du cheval n’auraient pu résister à l’action des frottements et des efforts qu’implique le développement de la force nécessaire pour mettre en mouvement, avec une vitesse de trois à quatre lieues à l’heure, une machine aussi lourde que l’étaient, par exemple, les anciennes diligences; d’autant surtout que la conditon sine quà non du roulage facile et rapide de ces pesantes voitures, c’était que les chaussées des routes fussent rendues aussi résistantes et aussi dures que possible par le pavage ou l’empierrement. Or cette condition d’une plus forte résistance des chaussées n’est-ellc pas, par une conséquence nécessaire, celle de l’usure plus prompte des corps dont elles doivent subir le . choc et le frottement, comme le sabot des chevaux par exemple? Et n’est-il pas évident que, sans l’armature métallique dont ce sabot est protégé, il serait en très-peu de temps usé et réduit à rien, puisqu’il suffit de trois à quatre jours, par les temps de pluie notamment, pour que des fers, qui pèsent de trois à quatre livres, soient usés jusqu’à la corne, quand les Chevaux qui les portent travaillent d’une manière suivie? Si, pour le cheval employé au service du trait lent ou rapide, l’u-
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- 'sure de ses fers est si prompte, que serait donc celle de la corne, dont la ténacité est si inférieure à celle du fer?
- Que si, maintenant, il nous était possible d’envisager la ferrure au point de vue de la mobilité des armées et de la rapidité des expéditions militaires, nous verrions qu’à ce point de vue encore, son influence a été des plus considérables et que, par conséquent, cet art si humble et si modeste, dont l’histoire daigne à peine s’occuper, a joué son rôle dans ces grands conflits à mains armées où se sont si souvent débattues les destinées des empires. Sans entrer ici dans des développements, que les limites nécessairement restreintes de celte notice ne comportent pas, qu’il nous suffise de rappeler qu’aux tristes jours de la trop fameuse- retraite de 1812, parmi tant de causes qui contribuèrent à infliger à nos armées les plus terribles désastres dont l’histoire de l’humanité fasse peut-être mention, la ferrure a sa place ; et son rôle, on peut le dire, n’a pas été secondaire, puisque c’est faute de fers, appropriés à la nature des routes devenues glissantes à l’excès et intenables pour les chevaux, par suite de l’abaissement de la température, que l’armée s’est yuc privée tout à coup de ses munitions, de ses engins de guerre, de ses bagages, de ses approvisionnements, et, chose misérable entre toutes, que les convois des blessés durent être abandonnés sur les chemins, à la merci d’ennemis impitoyables !
- g 2 — Premiers progrès de la maréclialerie.
- Jusqu’à la seconde moitié du dix-huitième siècle, la maréclia-lerie a été, on peut le dire, moins un art qu’un métier, où tout s’apprenait et se transmettait par routine, les maîtres-maréchaux étant toujours demeurés étrangers à toutes notions scientifiques et se trouvant, par ce fait, incapables de faire autrement que leurs devanciers et d’enseigner à leurs apprentis autre chose que ce qu’une tradition immuable leur avait appris à eux-mêmes. En appliquant un fer sous le pied d’un
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- cheval, les ouvriers du temps passé n’avaient en vue, semble-t-il , qu’une seule chose : préserver la corne de l'usure pendant le plus long temps possible. Quant à l’influence que l’application de ce fer pouvait exercer sur la corne, sur la forme du pied, sur la régularité des aplombs, sur la liberté des mouvements de l’animal, ils ne paraissent pas en avoir eu beaucoup de souci. C’est au moins ce qui nous semble ressortir des spécimens de l’art d’autrefois, tels qu’ils nous ont été transmis soit par les gravures des ouvrages techniques, soit par les tableaux et les monuments. Les fers que Lebrun, par exemple, a figurés sous les pieds des chevaux, du temps de Louis X1Y, dans ses tableaux du Louvre, sont remarquables surtout par l’excès de leurs dimensions dans tous les sens, ce qui implique l’excès de poids qu’ils devaient avoir. En-outre, leurs branches se terminent par des crampons très-élevés, sortes de petites éehasses qui faussaient les aplombs des animaux et, de concert avec l’excès du poids, devaient singulièrement mettre obstacle au jeu régulier des jointures et à la liberté des mouvements locomoteurs. Evidemment, cette disposition était radicalement vicieuse et, si elle avait eu sa raison d’être à l’époque de la féodalité, où le cheval, ayant à porter un très-lourd fardeau, devait avoir les pieds garnis d’une armature épaisse, propre à résister longtemps à l’énergie des frottements, elle ne convenait plus pour les époques ultérieures.
- Cependant celte armature s’était conservée par routine jusqu’au milieu du siècle dernier, comme en témoigne la critique si vigoureuse qu’a faite Lafosse, en 1756, de la manière de ferrer usitée de son temps. C’est à ce célèbre maréchal que revient le mérite d’avoir restauré ou, pour mieux dire, constitué l’art de la ferrure, en l’établissant sur des bases véritablement scientifiques, c’est-à-dire en le faisant procéder de l’anatomie et de la physiologie. Sans doute Lafosse dépassa le but et, entraîné par son ardeur réformatrice, il tomba, comme il arrive souvent en pareil cas, dans un excès contraire à ceux
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- qu’il se proposait de faire disparaître. Mais sa réforme, bien qu’elle n’ait pas été intégralement adoptée, n’en a pas moins ouvert à la maréchalerie une ère nouvelle, celle que l’on peut appeler Père scientifique. C’est, en effet, à dater de cette époque que l’art de ferrer, rompant avec la routine et s’inspirant des principes de la science et des données de l’observation, a accompli de véritables progrès. Avant Lafosse, on ne se proposait qu’un but, en garnissant le sabot d’un fer : protéger la corne et l’empêcher de s’user trop vite. Depuis ses travaux, on a compris que le problème de la ferrure n’est pas aussi simple que l’implique cette formule. Sans doute, en définitive, son but est la protection du sabot contre l’usure; mais ce résultat, elle ne doit le réaliser qu’en conservant au pied l’intégrité de sa forme et de ses fonctions , aux aplombs, la régularité de leur direction, aux mouvements, leur complète liberté ; et même, quand le cas l’exige, en réparant autant que possible, tout ce qu’il peut y avoir d’anomal dans la construction, les attitudes et la marche des animaux. Difficile problème, qui ne demande pas moins, pour être résolu, que le concours d’un grande habileté manuelle et d’une parfaite connaissance de la structure et des fonctions de l’appareil locomoteur.
- Une circonstance particulière a singulièrement contribué, à la fin du siècle passé, aux progrès de l’art du maréchal ; nous voulons parler de l’institution des écoles vétérinaires, en 1762 et 1763 (Lyon et Àlfort). Parmi les premiers élèves qui furent admis à en suivre les cours, il y en avait un grand nombre qui sortaient des ateliers de maréchalerie, où ils avaient travaillé comme ouvriers et comme apprentis; conséquemment, c’étaient tous les gens du métier que l'habitude du maniement des instruments et la pratique des choses de l’art avaient heureusement préparés à l’intelligence de ses règles scientifiquement exposées. Aussi, dès que ces jeunes hommes, qui étaient destinés à rester des praticiens routiniers furent initiés, par l’enseignement dogmatique,’ à la partie spéculative de
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- leur art et qu’ainsi ils réunirent en eux les deux conditions nécessaires pour constituer un artiste véritable, ils devinrent tout à fait capables de remplir le rôle de maîtres et, grâce aux ouvriers qu’ils formèrent ensuite, dans leurs ateliers, par leur enseignement et surtout par leur exemple, les bons principes et les saines pratiques se répandirent peu à peu et pénétrèrent partout. C’est de cette manière et par l’intermédiaire certain de la science que la marécha'erie était arrivée, dans les grandes villes notamment, à un degré de perfectionnement très-marqué, surtout quand on la compare à ce qu’elle était avant la venue de Lafosse.
- § 3. — Système de ferrure de M. Chartier.
- Dans ces derniers temps, un nouveau et très-remarquable progrès a été réalisé par l’esprit inventif de M. Charlier, attaché actuellement comme vétérinaire à la compagnie impériale des petites voitures de Paris. Pour donner une idée de ce qui constitue l’invention de M. Charlier, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails techniques. Le manuel de l’application d’un fer sous le pied d’un cheval comprend deux temps opératoires principaux : dans l’un, l’ouvrier s’applique à donner par le martelage, au fer, qui a plus de largeur que d’épaisseur, ce qu’on appelle la tournure et Yajusture, c’est-à-dire à imprimer à son contour et à ses faces la disposition voulue pour qu’il se modèle sur la forme du sabot et puisse lui être exactement adapté. Dans l’autre temps opératoire, l’action de l’ouvrier se porte sur l’ongle lui-même, auquel il est nécessaire d’enlever, à l’aide d’instruments appropriés , l’excédant de corne qu’il a acquis, sous l’influence de son accroissement continu que n’a pu contrebalancer l’usure du frottement, puisque la corne se trouvait soustraite à son action par le fer dont elle était revêtue.
- Dans tous les pays, quels que soient les procédés de ferrure mis en usage, l’ouvrier enlève, avec ses instruments sécateurs
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- l’excédant de la corne du sabot dans tonte rétendue de la surface plantaire, dont toutes les parties indistinctement se trouvent plus ou moins réduites de longueur et d’épaisseur ; et l’appui du pied sur le sol ne s’effectue que par l’intermédiaire de l’armature appliquée sous l’ongle, sans qu’aucune partie de la corne y participe. De quelque habileté que les ouvriers soient doués, cette manière de faire ne laisse pas que d’avoir d’assez graves inconvénients, parmi lesquels nous signalerons : l°le rétrécissement graduel du sabot dans le sens de son diamètre transversal, rétrécissement qui a l’une de ses causes principales dans ce fait que les parties cornées de la région plantaire, amincies périodiquement et souvent à l’excès par les manœuvres de l’ouvrier, à chaque renouvellement de la ferrure, deviennent incapables d’opposer une suffisante résistance au mouvement de retrait du sabot sur lui-même; 2° le défaut d’une suffisante protection des tissus sous-cornés parla corne trop amincie de la région plantaire : d’où la fréquence des blessures dont ces parties sont le siège quand le sabot vient à se poser sur des corps acérés, comme des clous ou des silex tranchants; 3° l’interposition entre le sabot et le sol d’une armature métallique à trop large surface qui, en se polissant par le frottement, empêche les pieds de l’animal d’adhérer sur le sol avec assez de solidité, rend son équilibre instable et s’oppose à ce qu’il applique ses forces à la production de la plus grande somme des effets utiles dont il serait capable.
- Si nous ajoutons à ces inconvénients que, trop souvent on met sous les pieds des chevaux des fers trop lourds, en vue de les faire résister plus longtemps à l’action des frottements et que, trop souvent aussi, ces fers'ajustés d’une manière vicieuse faussent les aplombs de ranimai, fatiguent ses jointures et déterminent sa ruine anticipée, nous aurons signalé les plus considérables des conséquences fâcheuses qu’entraîne ou que peut entraîner à sa suite la ferrure pratiquée suivant les modes actuellement usités. Le système de ferrure proposé par
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- M. Chartier, etdéjà expérimenté à Paris, sur une grande échelle, depuis près de trois ans, résout d’une manière heureuse le problème de t'errer le cheval, en évitant ou atténuant la plupart des inconvénients qui se rattachent à la ferrure ordinaire. L’idée principale d’où ce système dérive et qui le caractérise essentiellement, a été, d’une part, de ne protéger par le fer que la partie de l’ongle qui, étant la plus exposée aux frottements, en supporte presque tout l’effort et se détériore plus vite sous leur influence; et, d’autre part, de ménager intégralement toutes les autres parties de la surface plantaire, de telle sorte que, comme dans les conditions de la nature, ce soit par le fait seul de l’usure due aux frottements que l’excédant de leur corne disparaisse.
- Le sabot ferré d’après ce système est garni, à son bord inférieur, d’une bande métallique, plus épaisse que large, logée dans une entaille ou feuillure que les instruments sécateurs ont creusée exclusivement dans la partie de l'ongle que l’on appelle la muraille. Cette bande s’adapte par sa circonférence interne au contour de la sole qui forme relief au delà du fond de la feuillure, parce que toute son épaisseur a été ménagée, ainsi que celle de la fourchette et des barres. De cette manière, l’appui du pied s’opère tout à la fois et par le fer lui-même et par les parties de la région plantaire qui sont inscrites dans sa circonférence. Si ce résultat ne se produit pas d’emblée, lorsque le pied est ferré à neuf, il tend à se réaliser, au fur et à mesure que les parties excédantes du fer, faisant relief au delà de la corne plantaire, disparaissent par le frottement, et le moment ne tarde pas à arriver où le cheval marche tout à la fois et sur son fer et sur sa corne. Grâce à la participation de l’un et de l’autre aux frottements, leur usure respective se trouve ralentie et ainsi peut être obtenu ce résultat considérable de pouvoir réduire de beaucoup le poids du fer, sans qu’il soit nécessaire de le renouveler plus souvent, l’expérience ayant démontré qu’il durait aussi longtemps, pour les membres antérieurs, qu’un fer ordinaire, d’un poids double
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- du sien, mais qui, d’après la manière dont il est adapté sous le pied, supporte seul les efforts des pressions et des frottements.
- Outre ce premier avantage, ï allégement des fers, le système de ferrure appelée périplantaire par son inventeur, en réunit d’autres d’une importance non moins considérable. L’action des instruments sécateurs se bornant à l’abatage des parties excédantes de la muraille de l’ongle, à son bord inférieur, les parties de la région plantaire, conservées dans toute leur épaisseur, opposent une résistance constante au mouvement de retrait du sabot sur lui-même et mettent ainsi obstacle à son resserrement transversal. Le pied, garni d’un fer dont la largeur est considérablement réduite, s’appuie sur le sol et y adhère avec d’autant plus de solidité que les conditions du glissement se trouvent diminuées par le rétrécissement de la surface polie que le fer présente, quand il commence à s’user, et par la participation à l’appui des parties cornées interposées entre les branches du fer et de niveau avec elles. De là une plus grande solidité de l’équilibre, une plus grande adhérence des pieds sur le sol, et la possibilité que ranimai, plus confiant en lui-même, tire de ses forces un parti plus productif, tout en n’éprouvant qu’une moindre fatigue. Le fer inventé parM. Charlier, étant plus épais que large, jouit, par ce fait d’une élasticité qui n’appartient pas aux fers ordinaires dont la largeur l’emporte sur l’épaisseur. Grâce à cette élasticité, que l’on peut dire adéquate à celle du sabot lui-même, le fer peut se prêter aux mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement de la boîte cornée, dans les étroites limites où ces mouvements se produisent : avantage considérable, qui suffirait à lui seul pour différencier la ferrure périplantaire de tous les autres procédés usités et lui donner une caractéristique propre et exclusive.
- La bande métallique que le fer constitue étant placée à plat dans la profondeur de la feuillure, l’ouvrier n’a plus à lui imprimer à’ajusture ; toute son action doit se borner à lui donner la tournure, qui l’adapte à la circonférence de la sole
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- — CLASSE 75. — qu’elle doit circonscrire ; et ainsi se trouvent évitées, pour l’ouvrier, une besogne très-difficile à bien faire, et, pour le cheval, les conséquences de ses aplombs faussés par une ajusture trop souvent exagérée et vicieuse. Le nouveau système n’exigeant plus, pour l’adaptation du fer, que le creusement, au bord inférieur de la paroi, de l’entaille destinée à le loger, l’ouvrier maréchal se trouve ainsi exonéré des fatigues considérables que lui cause, dans le mode habituel de ferrer, l’emploi des instruments sécateurs, quel que soit le mode qu’il adopte pour les manier, —français ou anglais, — et sa fatigue moindre lui rendant le travail plus attrayant, il s’v adonne avec plus de goût, l’exécute avec plus d’habileté et ne se trouve pas autant sollicité à chercher dans les boissons la réparation de ses forces moins épuisées. En définitive, à quelque point de vue que l’on considère le nouveau système, on est forcé de reconnaître, quand on le juge avec impartialité, qu’il constitue un véritable progrès dont bénéficieront tout à la fois et les ouvriers maréchaux' et les animaux dont il est nécessaire de garnir les ongles d’une ferrure préservatrice. Du reste, le meilleur éloge qui puisse en être fait, c’est que ceux même qui s’en sont constitués les détracteurs l’imitent aujourd’hui le plus qu’ils peuvent, en rétrécissant les fers et en ne faisant porter l’action des instruments sécateurs de l’ongle que sur le bord inférieur de la paroi, presque exclusivement.
- § 4. — Fabrication mécanique des fers à cheval.
- L’Expositiou Universelle de 1867 témoigne d’un autre progrès réalisé dans l’art de lamarécbalerie ; progrès d’une importance également considérable et qui doit exercer une grande influence sur l’amélioration du sort des ouvriers voués à cette industrie : nous voulons parler delà fabrication mécanique des fers à cheval. Jusqu’à, ces dernières armées, le problème de cette fabrication, posé depuis longtemps déjà, n’avait pasreçu
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- de solution satisfaisante, malgré de nombreuses tentatives faites pour en obtenir une. C’est que, en effet, ce problème est hérissé de difficultés nombreuses, résultant de la multiplicité des indications auxquelles il est indispensable de satisfaire pour que sa solution soit complète et réponde à toutes les nécessités de la pratique.
- Les fers à cheval diffèrent les uns des autres, suivant qu’ils sont destinés ou aux membres antérieurs ou aux membres postérieurs ; et, comme les souliers de l’homme, il faut qu’ils soient appropriés aux pieds droits et aux pieds gauches. Les différences qu’ils présentent, les uns par rapport aux autres, résultent de la largeur respective de leurs branches, du mode de dissémination des étampures, de la répartition de l’épaisseur, etc., toutes conditions spéciales d’appropriation que l’on obtient facilement avec la main de l’homme, mais qui, parleur diversité même, semblaient devoir échapper toujours à l’action des machines.
- Toutes les difficultés de ce problème ont été surmontées de la manière la plus satisfaisante par Fusine de Clichy, près Paris, que dirigent MM. Mansoy. Grâce à un outillage très-intelligent, cette usine peut fabriquer aujourd’hui des fers de tous les modèles et de toutes les catégories, appropriés par leurs dispositions, leurs formes et leurs dimensions à tous les pieds et à tous les services; et cela, à des prix qui rendent très-économique l’emploi pratique de ces fers.
- Une autre usine, près Paris, celle que dirigent MM. Coûtant, à Ivrv, a également abordé le problème de la fabrication mécanique des fers à cheval et est arrivée à une solution satisfaisante, mais d’une manière moins compréhensive que l’usine de Clichy. La fabrique d’Ivry, en effet, au lieu de fournir à la consommation des fers usuels que demandent tous les ateliers, s’est astreinte systématiquement à ne produire qu’une variété de fers à rainures, que la pratique générale n’a pas adoptés, et qui sont conséquemment d’un usage très-limité.
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- Ce n’est pas seulement en France que des fabriques de fer à cheval ont été établies. D’après les renseignements que nous avons pu recueillir, des fabriques du même ordre fonctionneraient également en Italie, en Prusse, en Russie et aux États-Unis. On n’a pu juger des produits de ces pays que d’après quelques échantillons mis sous ses yeux; et, faute de documents sur la disposition de l’outillage et le mode de fonctionnement des fabriques d’où ces échantillons sortaient, les éléments nécessaires lui ont manqué pour établir une comparaison.
- Il ressort de l’exposé de ces faits que le problème de la fabrication mécanique des fers à cheval est définitivement résolu et que le moment est proche, où l’ouvrier maréchal pourra être exonéré tout au moins de ceux des travaux de la forge qui constituent pour lui une tâche accablante par les dépenses excessives de forces qu’ils exigent. Grâce à cette libération, qu’il devra à l’intervention des machines, l’ouvrier maréchal pourra s’élever enfin du rôle d’artisan, où le confine trop souvent aujourd’hui l’épuisement de ses forces, à celui d’artiste intelligent de son œuvre et sachant la féconder. Tels sont les deux grands faits qui, au point de vue de l’art de la maréeha-lcrie, signalent l’Exposition Universelle de 1867 et feront de sa darte celle d’une ère nouvelle pour cette industrie.
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- Bœufs , Buffles, etc., par M. André Saison, rédacteur en chef du journal La Culture.
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- BŒUFS, BUFFLES, ETC.
- Par M. André SANSON.
- CHAPITRE I.
- APERÇU GÉNÉRAL.
- Les expositions internationales d’animaux présentent des difficultés de réalisation qui n’ont pu être que bien rarement surmontées. Faire venir de loin et en grand nombre des objets fort encombrants, les soustraire aux habitudes d’une vie sédentaire et calme, ce n’est encore que la plus faible partie des empêchements quelles rencontrent; la nécessité d’alimenter ces sujets et de les maintenir en bon état, loin de leurs étables ou de leurs pâturages, est une occasion de soucis et de frais considérables. Aussi les expositions générales et universelles des
- produits de l’industrie humaine ont-elles jusqu’à présent laissé beaucoup à désirer, en tant que réunion de ces précieux éléments des exploitations agricoles.
- Il faut remonter jusqu’à l’année 1856, pour trouver la première application à peu près complète, du moins quant aux races bovines, de l’idée féconde en vertu de laquelle ces .éléments sont ainsi réunis. Cette année-là eut lieu à Paris un concours universel d’animaux reproducteurs, qui a permis aux hommes d’étude de recueillir une ample moisson de faits, dont
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- la science et la pratique ont pu tirer profit en même temps. Ce sont, en grande partie, les résultats de ce concours, après dix ans d’efforts de la part de nos éleveurs, que nous avons à constater. L’Exposition de 1855 avait été bien insuffisante, en fait de bétail. Elle fit naître l’idée de celle de 1866, toute spéciale, qui réussit à souhait, et dont le succès avait pu donner l’espoir légitime de voir, en 1867, réunis une seconde fois à Paris les types divers des animaux domestiques de l’Europe.
- Malheureusement, l’existence du typhus contagieux du bétail, à l’état épidémique, chez plusieurs nations voisines, particulièrement en Angleterre et en Hollande, les plus riches en bétail, n’a pas permis que l’Exposition de 1867 fût à cet égard internationale. Nos frontières ont dû être fermées surtout aux animaux des races bovines, par lesquelles la maladie eût été importée, on peut le dire, presque infailliblement, dans la situation où se trouvaient les pays qui nou§ entourent au nord et à l’est, au moment de l’ouverture de l’Exposition.
- Toutefois, si les nations voisines ont dû être empêchées, par là, de prendre part au concours, et si nous n’avons pas été mis en mesure de juger des progrès que l’exploitation industrielle du bétail a pu faire chez elles, dans la période écoulée depuis la date marquée plus haut, l’Exposition de 1867 n’a pas été dépourvue pour cela des principaux types spécifiques de races bovines qu’elles exploitent. Les relations internationales et les transactions commerciales ont, dès longtemps, réparti ces divers types sur de grandes surfaces de pays, où des intérêts identiques les ont fait implanter ; et, parmi les notions scientifiques mises en évidence par les rapprochements qu’opèrent les Expositions Universelles, celle qui se rapporte au fait dont il s’agit ici n’est pas la moins féconde. Lorsque l’observation attentive, la discussion et l’enseignement véritablement scientifique l’auront rendue claire pour tous les éleveurs, les incertitudes et les difficultés que rencontre encore l’application des lois naturelles de la reproduction des animaux domestiques seront en grande partie dissipées.
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- Qu’il nous soit permis de faire remarquer, à ce propos, que l’industrie de la production animale a pour base nécessaire la connaissance de ces lois naturelles, et qu’il s’agit seulement, pour l’éleveur, de les faire fonctionner à son profit. Essayer, par ignorance ou parti-pris, de les enfreindre, est se préparer un échec certain. O11 ne commande à la nature qu’à la condition de la diriger dans ses propres voies. Les lois sont les conditions nécessaires des phénomènes. Ce qui importe, avant tout, c’est donc de chercher à les découvrir dans les faits ; et parmi ceux, répétons-le, dont la connaissance est principalement due aux rapprochements que les expositions opèrent entre les divers groupes de populations animales, la comparaison des types, d’où résultent les identités et les distinctions, aura rendu le plus de services à la pratique, en fixant la science sur les points les plus controversés.
- Une question, par exemple, divise les hommes qui s’occupent de la production animale, depuis que Buffon, par on ne sait quelle conception de sa riche imagination, a posé en principe la dégénérescence fatale des espèces animales, parla seule influence du temps, et la nécessité, pour prévenir cette prétendue dégénérescence, de les croiser sans cesse entre elles, particulièrement celles du nord avec celles du midi, comme pour les retremper à leur source. C’est la doctrine de tout le dix-huitième siècle, contre laquelle un seul homme, Huzard, réagit alors. Pour des raisons différentes , elle a dominé encore durant la première moitié du dix-neuvième , et bon nombre de personnes persistent, de notre temps, à présenter le croisement comme le moyen le plus facile et le plus prompt d’améliorer les races. Les faits qu’elles invoquent à l’appuide leur thèse, et qui semblent leur donner raison, sont des faits exacts. Seulement, l’étude des opérations de reproduction auxquelles ils se rapportent, apprend que ces opérations ne sont point effectuées entre individus de types différents, et que ce ne sont point là, par conséquent, des générations croisées.
- La plupart des discussions, entre gens de bonne foi, ont
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- ainsi le plus souvent pour unique motif un défaut d’exactitude dans les interprétations des observations. Le mérite des doctrines véritablement scientifiques est de pouvoir, dans tous les cas, suffire à l’explication de tous les faits bien observés, sans qu’il y ait lieu, pour qu’elles subsistent, d’en récuser aucun. Ainsi en est-il de celle qui consiste à contester la possibilité de créer, dans les races animales, des types intermédiaires stables, par le croisement de deux types naturels distincts. ' Une telle chimère, poursuivie avec persévérance, a causé à l’économie du bétail, en ce que nous pourrions justement nommer déchets de fabrication ou produits manqués, des pertes incalculables. Mais les essais qu’elle a fait tenter en si grand nombre n’ont pas été complètement perdus, cependant : l’expérience profite toujours à qui sait tirer parti de scs résultats, quels qu’ils soient. Ces essais ont permis de déterminer les limites dans lesquelles les opérations de croisement , pour être fructueuses, devaient être maintenues; il ont permis d’en préciser les conditions de succès, bornées à la fabrication, pour ainsi dire, de produits purement industriels, aux aptitudes individuelles perfectionnées, dont les Anglais nous donnent l’exemple depuis longtemps.
- Ces considérations générales, déduites principalement des faits mis en lumière par les expositions antérieures à celle qui doit être l’objet du présent rapport, se présenteront réalisées en grande partie dans les résultats que nous aurons à. constater plus loin. Auparavant, disons comment ces résultats se sont offerts à nos appréciations.
- Nous signalerons, en commençant, parmi les difficultés inhérentes à l’adjonction des produits vivants à une exposition comme celle de 1867, la nécessité de les y maintenir en permanence pendant toute sa durée, qui ne devait pas être moindre de sept mois. Il y avait peu de chance que les éleveurs consentissent à s’imposer les sacrifices nécessaires pour un séjour si prolongé, quelque honorables que pussent être les distinctions à briguer. Ilâtons-nous d’ajouter, toutefois, que quel-
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- qlies-uns n’ont pas reculé devant ces sacrifices, en exhibant, dans le parc du Champ-de-Mars, des étables peuplées de leurs animaux. Ils en ont été, pour la plupart, récompensés d’abord par la faveur du public, à laquelle nous joignons nos félicitations, et par les distinctions qu’ils ont obtenues. Mais on dut comprendre bientôt que, dans de telles conditions, l’art de l’éleveur ne pourrait être représenté par des spécimens suffisamment nombreux, et il fut décidé que les expositions d’animaux seraient fractionnées, de telle sorte qu’elles pussent se renouveler de quinzaine en quinzaine, pendant toute la durée du grand concours international. Ainsi furent établies, à l’annexe de l’île de Billancourt, des séries successives de concours partiels, dans lesquelles les races bovines, en raison même de leur importance agricole et de la multiplicité de leurs fonctions économiques, devaient occuper naturellement la plus grande place.
- Pour remplir un tel programme, le difficile était d'arriver au fractionnement méthodique de ces races, à leur classification en séries à peu près régulières de reproducteurs ou de produits. C’est l’aptitude ou la fonction économique prédominante, qui a fourni la base de classification. Pourn’être pas irréprochable et à l’abri de toute critique, au point de vue de l’absolu, où l’on se place trop volontiers en ces matières, la nécessité tout à l’heure signalée étant donnée, encore faut-il reconnaître que cette base est celle qui s’éloigne le moins de la justice. Au reste, s’il est vrai que, pour l’enseignement du public qui a suivi les concours partiels de Billancourt, elle a laissé quelque peu à désirer ; s’il est vrai qu’elle a pu faire croire à des idées d’une étroite spécialisation des races bovines, qui n’étaient sans doute pas dans l’esprit des organisateurs de ces concours, on a pu voir par les résultats des appréciations du Jury de la classe 76, et l’on verra mieux encore par l’exposé des principes qui les ont guidées, que,[en définitive, des notions plus exactes et plus larges sur les véritables fonctions économiques de ces races, n’ont pas cessé un seul instant de prévaloir. Les
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- exposants n’ont donc eu à subir aucun dommage des dispositions adoptées uniquement en vue des convenances de l’Exposition.
- Aux termes de l’article 14 du règlement général, cinq quinzaines étaient consacrées à des concours partiels d’animaux des races bovines, dans l’ordre suivant : 2e quinzaine d'avril, Animaux gras, lre quinzaine de mai, Races laitières (reproducteurs). lre quinzaine de juillet, Races de travail (reproducteurs)^0 quinzaine d'aout, Eœufs attelés. lre quinzaine d'octobre, Races de boucherie (animaux gras et reproducteurs).
- Il est facile de s’apercevoir, d’après ce programme sommaire, que, dans les exhibitions successives qu’il comportait, le Jury était appelé à juger les races bovines de notre pays sous les divers aspects économiques qu’elles présentent, et auxquels sont étroitement liées leurs facultés reproductrices, aussi bien que leurs facultés productives proprement dites. Si, pour l’économiste pur, elles ne méritent considération qu’en raison des matières animales, alimentaires ou autres, quelles permettent de livrer à la consommation, et c’est pourquoi les animaux gras, les vaches laitières et les bœufs de travail l’intéressent seulement,
- pour l’éleveur qui a charge de la reproduction des agents producteurs de ces matières, et pour le zootechniste qui dégage les lois suivant lesquelles elle s’effectue, c’est l’appréciation difficile du mérite des reproducteurs qui est le principal ; appréciation qui soulève un problème complexe, à la fois physiologique et économique.
- Et ici se présente, avant tout, une question fondamentale, sur laquelle nous devons appeler l’attention, afin de tâcher de prévenir une méprise possible au sujet des mérites relatifs que nous avons été appelés à mettre en relief. A quelque point de vue qu’on les envisage, les animaux produits en agriculture sont par-dessus tout des objets d’industrie. Le premier mérite de leur production est d’avoir pour conséquence un revenu net, un bénéfice. Leur appréciation n’est donc point affaire de goût ou de sentiment artistique : elle se raisonne et se déduit de règles précises, qui ressortissent, en définitive, à la
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- comptabilité ; les plus beaux ou les meilleurs sont ceux qui sont les plus demandés et payés le plus cher par les acheteurs; les meilleurs éleveurs, ceux qui les produisent au plus bas prix de revient, pour une valeur égale.
- C’eût donc été courir le risque de fréquentes erreurs de justice, dans une exposition industrielle, de s’en tenir, pour juger le mérite relatif des exposants, à la seule considération du nombre des animaux exposés, à la somme des distinctions obtenues dans les concours partiels, où ils ne pouvaient être jugés que d’une façon absolue et au seul point de vue de la catégorie, dans laquelle ces animaux avaient été admis à concourir. Rien n’est plus facile que de faire saisir l’écueil que nous voulons ici rendre palpable. Supposez une personne disposant du capital suffisant pour se procurer, à prix d’argent, une collection de sujets de grande valeur, dans chacune des cinq catégories portées au programme. Admis à l’Exposition, ces sujets, bœufs gras, vaches laitières, taureaux, génisses, jugés pour leur valeur propre et absolue, sont nécessairement portés au premier rang ; et si l’on devait s’eu rapporter au résultat brut, leur exposant aurait droit à la plus haute récompense. Pourtant son mérite d’éleveur est tout à fait nul. Il primerait néanmoins celui d’un autre qui, à côté de lui, se conformant aux préceptes les mieux fondés de l’économie rurale, aurait concentré toutes les forces productives dont il dispose, toute son intelligence et toute son activité, vers un seul genre de production porté, par la mise en œuvre des. meilleures méthodes zootechniques, au plus haut degré de rendement net ; qui aurait même, par l’invention de combinaisons personnelles, perfectionné son art et, par là, rendu un service public digne d’être signalé.
- Une telle supposition, qui n’est point gratuite ni arbitraire, montre suffisamment que, pour se placer dans des conditions de justice, le Jury avait à faire pénétrer ses investigations au delà de l’examen direct des animaux, exposés ; il avait à juger les exposants en leur qualité d’industriels, de producteurs de
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- matières animales ; en somme, c’est l’opération économique qui importait surtout, la reproduction du capital avec bénéfice. En économie rurale particulièrement le progrès est à ce prix. Les conditions en sont assez bien connues pour que les investigations ne soient à cet égard ni longues ni minutieuses. La science a posé des règles dont il n’est guère possible de s’écarter que dans des cas tout à fait exceptionnels. Il y a, entre les aptitudes des races et les milieux agricoles et économiques dans lesquels elles sont exploitées, des relations nécessaires que l’on n’enfreint point impunément. La multiplicité, par exemple, des spéculations sur le bétail n’est point, en général, une circonstance qui soit favorable à son plus haut rendement, non plus que l’instabilité de ses modes de reproduction. Un industriel sérieux adopte, après examen, le genre de production qui lui donne les meilleurs résultats, et il s’y tient, sauf à le perfectionner sans cesse. S’il en poursuit plusieurs, c’est que l’un est nécessairement la conséquence de l’autre. Il ne se croit pas obligé, pour mériter la qualification d’agriculteur distingué, de peupler sa ferme de toutes sortes d’animaux appartenant à toutes sortes de races et présentant toutes sortes d’aptitudes. Il entretient seulement ceux dont les produits trouvent, sur le marché, le débouché le plus sûr et le plus avantageux.
- Hâtons-nous d’ajouter que telles sont les conditions offertes actuellement à l’observation par l’économie rurale de la France. Nos éleveurs ont résisté, avec une remarquable unanimité, aux institutions qui, durant trop longtemps, avaient pour objet de les entraîner en dehors des voies économiques, dans le domaine de l’art pour l’art, de la fantaisie ou de l’absolu, ce qui est tout un. Ils ont accepté seulement, des prédications officielles ou privées en faveur des reproducteurs étrangers qu’on leur offrait, ce qui était compatible avec les nécessités d’une industrie bien conduite, révélées à leur bon sens par les enseignements journaliers de la pratique, laissaut aux riches amateurs en veine d’expériences onéreuses les bénéfices d’une notoriété passagère qu’ils n’enviaient point. Ils ont fait
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- leur profit des méthodes auxquelles ces reproducteurs doivent l’amélioration de leurs aptitudes, en les appliquant dans la juste mesure du rapport d’équation entre le développement de ces aptitudes et 1 es circonstances de la situation économique de leur propre exploitation, au lieu de tomber dans la faute qui leur était conseillée, et qui consistait à méconnaître que l’amélioration du bétail ne dépend pas exclusivement des phénomènes de la génération.
- Les concours partiels de Billancourt ont montré une fois de plus, dans les diverses branches de l’exploitation des races bovines, la généralisation de ces données d’un sens pratique parfait parmi les éleveurs français; et c’est en cela que se caractérisent surtout les progrès accomplis depuis quelques aimées. Toutes nos races, en se conservant pures, marchent d’un pas assuré vers le développement de leurs aptitudes économiques. Le mouvement qui les y entraîne s’accentue et se généralise chaque jour davantage, grâce à l’alimentation meilleure, plus abondante et plus régulière qu’une agriculture mieux réglée permet de donner aux jeunes élèves, et au meilleur choix des reproducteurs dans la race même. Les substitutions de race, par voie de croisement continu, ne s’entreprennent plus, du moins sur une certaine échelle, qu’à bon escient et lorsqu’il est bien démontré que les aptitudes de la race locale sont trop en retard sur la situation économique, pour qu’il y ait lieu d’en demander le développement à la seule sélection. Ailleurs, les opérations de croisement sont bornées à la production de métis d’une valeur individuelle actuellement supérieure à celle des sujets de leur, souche maternelle, comme produits échangeables sur les marchés d’approvisionnement, mais dont la puissance héréditaire est reconnue trop incertaine pour qu’ils puissent servir eux-mêmes à la reproduction1 de leurs propres qualités.
- Telle est, en général, la situation de l’industrie du bétail, dans notre pays. En se reportant aune dizaine d’années en arrière, on ne peut disconvenir qu’ellemarque une amélioration
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- considérable. C’est rester dans les limites d’une stricte justice d’en attribuer la plus forte part aux enseignements portés sur tous les points de la France par l’institution des concours régionaux, dont la date correspond précisément à celles des Expositions Universelles de 1855 et 1862, que nous avons prises pour point de départ de nos appréciations. En vain quelques rares voix s’élèvent encore de notre temps, comme de faibles échos de celle de Buffon, en faveur de la puissance en quelque sorte métaphysique du croisement des races; en vain proclament-elles les dogmes d’un autre temps, rajeunis par des dissertations aussi variées que persistantes : leur autorité n’est plus suffisante pour obscurcira la fois les lois si simples et si claires de la physiologie et de l’économie politique ; la masse des éleveurs y reste sourde et poursuit impertubablement sa marche dans la voie sûre que la science, fondée sur les données de l’expérience séculaire des Anglais, nos maîtres en économie du bétail, lui a tracée. La meilleure preuve et la plus concluante qu’on en puisse donner, c’est que, des divers points de notre pays, sont venus aux concours ouverts à Billancourt, des représentants améliorés de toutes les races naturelles qui le peuplent de temps immémorial. La collection des catalogues en fait foi. FA cette diversité même des sujets à juger imposait une première obligation, sur laquelle nous avons maintenant à nous expliquer.
- C’est un principe élémentaire de méthode, qu’on ne doit comparer que des choses comparables. En outre, d’après ce qui était dit tout à l’heure, à propos du rapport entre les aptitudes des races domestiques et la situation économique au milieu de laquelle chacune de ces races est exploitée, elles ne peuvent être convenablement envisagées d’un point de. vue absolu. Leur mérite industriel est nécessairement relatif. De là découlait l’obligation d’établir autant de catégories d’individus qu’il y avait au concours de races distinctes, et de plus, dans chaque race, des subdivisions par sexe et par âge, de manière
- faire concourir entre eux, d’abord les taureaux, puis les
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- vaches, puis les génisses, la préférence étant accordée, à mérite égal, aux plus jeunes taureaux. Indépendamment des conditions offertes ainsi pour une plus exacte appréciation des choses, la façon de procéder adoptée fournissait une bonne occasion de rectifier, dans l’esprit des exposants et des visiteurs, une erreur fort répandue, et que certaines habitudes des programmes de concours tendent à légitimer officiellement. Les éleveurs ont depuis longtemps la coutume de multiplier arbitrairement le nombre des races du bétail. On en voit pour ainsi dire chaque année surgir de nouvelles, du moins par le nom qui leur est donné. Chaque petit district agricole veut avoir la sienne, et même chaque localité. Depuis surtout que s’est accentué le mouvement dont nous parlions plus haut en faveur de l’amélioration des races en elles-mêmes, ii s’est formé des familles plus avancées, dont la souche ou plutôt la branche a reçu un nom, pour se détacher du tronc commun. Sur un espace de quelques kilomètres carrés, on en trouve ainsi souvent plusieurs. Ailleurs, pour de simples variations de taille ou de pelage, quelquefois d’aptitudes, dues à l’influence du nouveau milieu dans lequel les individus ont été transportés à une époque plus ou moins éloignée, et où ils se sont reproduits, on établit de même des distinctions arbitraires de races.
- Ces distinctions ont le grave inconvénient de jeter la confusion dans l’interprétation des lois naturelles qui président à la reproduction méthodique des animaux. Étant admis, par exemple, que la méthode de sélection est celle que l’on veut mettre en pratique de préférence à celle du croisement, elles ont le défaut capital de restreindre en pure perte le champ dans lequel cette méthode peut s’exercer. S’il est vrai, au contraire,— et cela n’est point douteux, — que, sous des noms divers, c’est le même type spécifique de race qui se rencontre, on sent à merveille que la sélection peut être exercée avec avantage entre un plus grand nombre d’individus, parmi lesquels des sujets mieux doués se trouvent plus facile-
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- ment. Au lieu des notions superficielles sur la caractéristique des races, tirées surtout des nuances de coloration du pelage, notions que l’empirisme plus ou moins raisonneur à répandues, si l’on fait intervenir dans l’étude de la question les enseignements de la physiologie et de l’histoire, on arrive à de plus exactes déterminations. On s’aperçoit que les types naturels se sont perpétués dans les générations successives, sans avoir subi aucune déviation sensible, ailleurs que dans leurs caractères secondaires. Ceux-ci ont dû s’accommoder aux milieux nouveaux où le bétail était conduit, lors des migrations des populations humaines qui l’entraînaient à leur suite. Ce fait a été encore observé de nos jours, sous l’influence de causes en rapport avec les conditions de la société moderne; par la concordance parfaite mise en évidence, dans les nouvelles études de zootechnie scientifique, entre les résultats de la comparaison des types naturels d’animaux [domestiques, fondés sur une caractéristique anatomique et physiologique, et les documents historiques plus ou moins complets; l’ethnogénie de la France, soit dit en passant, en a reçu quelques éclaircissements qui n’ont pas été dédaignés par les anthropologistes. Mais c’est au point de vue de la classification méthodique du bétail, base fondamentale de son exploitation raisonnée, que le sujet doit seulement nous arrêter ici.
- L’observation démontre que les types spécifiques des raecs domestiques se sont de tout temps répartis, et s’étendent encore de nos jours, à la surface du pays, d’après un ensemble de lois économiques qui aboutissent toutes, et pour la même raison, à une question de géographie physique. Ce ne serait pas le lieu de développer l’énoncé de cette thèse, pour en fournir la démonstration ; cela nous entraînerait au delà des limites dans lesquelles nous devons nous maintenir; nous voulons dire seulement que, groupés d’après leurs caractères typiques, aux concours de Billancourt, et sans tenir compte des désignations erronées fournies par les exposants, les animaux de ces concours ont pu mettre sous les yeux des ob-
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- servatcurs attentifs et capables d’entreprendre l’étude d’une telle question, la preuve incontestable de ce que nous avançons. Ils ont pu s’assurer, par exemple, que, sous les noms divers de races fémeline, bressane, du Villars-de-Lans, et même-du Mézcnc, les sujets exposés appartenaient à un seul et même type naturel, caractérisé par les formes du crâne et de la face. Les seules différences que présentent ces groupes secondaires des populations bovines, portent sur de simples nuances dans le pelage, qui sont plus claires ou plus foncées, ou diversement réparties à la surface du corps, suivant les préjugés locaux des éleveurs, mais toujours de l’une ou de l’autre des couleifrs inhérentes au groupe typique qui peuple les deux versants de la chaîne du Jura, en Suisse comme en France. C’est pour cela que le nom nouveau de race jurassienne a été donné à l’ensemble de ces populations de même type,.et fp.ar conséquent de même souche. Les bases sur lesquelles leur nouvelle désignation s’appuie défient toute controverse sérieuse; et, en montrant que les agents d’amélioration de l’un quelconque des divers groupes secondaires dont il s’agit peuvent être choisis indifféremment dans l’ensemble, sans en altérer le type, comme le font infailliblement les générations croisées, l’idée scientifique dont elle est l’expression rend à la pratique de l’élevage un service qui ne .pourra manquer d’être apprécié. Déjà, dans les départements de l’Alsace et de la Lorraine, ce service a.été constaté, mais on l’a attribué faussement à l’influence du croisement, parce que les reproducteurs mâles avaient été empruntés à la Suisse, sur les bords du Simmen-Thal. Or, il a été rendu manifeste que le bétail des cantons de Fribourg, de Berne, de Soleure et de Vaud, appartient au type jurassien, absolument comme celui *de ce côté-ci de la chaîne de montagnes, dans les départements de l’Ain, du Jura, du Doubs, de la Haute-Saône et autres voisins.
- C’est l’occasion de remarquer que le système des Alpes a aussi son unique type spécifique de race bovine, de mêmeique celui du Jura. Ce type, connu en Suisse et dans, les .départe-
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- mcnts français récemment annexés, sous des noms très-nombreux de circonscriptions purement administratives ou politiques,s’est montré à Billancourt et au Champ-de-Mars, avec les deux désignations seulement de race de Sehwitz et de race Tarentaise. On a cru pouvoir, à Billancourt, le présenter au public sous le premier nom, plus anciennement connu en France que celui de la localité savoisienne, afin d’appeler l’attention sur l’idée d’une synthèse nécessaire entre les groupes zooteehniques des individus dont il s’agit; mais une expression tirée de la géographie physique eût été plus convenable. La science ne l’a pas encore déterminée et proposée.
- Cette idée de synthèse est arrivée à la maturité, pour les populations bovines qui s’étendent de l’embouchure de la Loire à celle de la Gironde, en pénétrant assez avant, vers le centre de notre pays. Ici, indépendamment de l’identité de type et même de pelage, qui ne peut laisser aucun doute sur la communauté d’origine, l’histoire contemporaine apprend que des échanges continuels de bétail s’opèrent entre les diverses localités considérées. D’un centre principal, qui est situé en Vendée, les jeunes animaux rayonnent au nord, au midi et à l’est, pour alimenter la reproduction des tribus qui s’y sont fixées,’à une époque plus ou moins ancienne, à mesure que les marais du littoral océanien ont été desséchés et les terres granitiques du plateau central défrichées. En admettant que ce'mouvement d’expansion de la race, borné à l’ouest par la mer, ne se produisît plus à notre époque, au lieu de se continuer -comme il le fait, l’identité de type dans les diverses populations»suffirait encore pour déterminer le sens dans lequel-il se serait effectué. Il n’est pas besoin, en effet, de grands efforts pour Comprendre —la‘physiologie du bœuf étant connue — que les prairies humides des bords des deux Sèvres Niortaise et Nantaise, ont- dû être peuplées de bétail avant les- relais de mer du littoral océanien et les plateaux granitiques de la'Marche, couverts de forêts, il y a à peine quelques* siècles, et encore cultivés à bras, de nos jours, par
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- line population clair-semée et émigrante. Aucune objection fondée 11e saurait donc être opposée à la détermination en vertu de laquelle les prétendues races nantaise, cliolctaise, parthe-naise, maraîchine, marclioise, ont été réunies sous l’étiquette unique de race vendéenne: Cette détermination, du reste, a rallié maintenant tous les hommes compétents et désintéressés. Elle ne rencontre de critiques que parmi les éleveurs qui ont intérêt à voir multiplier, dans les concours, les catégories de prix à décerner, ou parmi leurs avocats. Depuis plusieurs an-
- nées, les jurys de. la région se prononcent chaque fois en sa faveur.
- Il en aurait dû être de même pour les sujets des rives de la basse Garonne et ceux du Limousin, qui ne different sous aucun rapport. Ici l’on retrouve, du reste, les raisons historiques signalées tout à l’heure,,et aussi la continuité du mouvement qui fait franchir sans cesse la Dordogne par le bétail garon-nais. Le rapprochement en nombre suffisant des individus de ces deux catégories voisines, aux concours de Billancourt , a mis une fois de plus en évidence l’identité de leur type commun. Pour soumettre à une épreuve décisive la sagacité des zootech-mstes empiriques qui persistent à les distinguer, il eût suffi de les prier de reconnaître un garonnais placé au milieu du groupe des limousins, et réciproquement. Cette épreuve, déjà tentée ailleurs, a toujours eu pour conséquence l’échec de la prétention que nous combattons. C’est que les sujets exposés dans les concours comme représentants de la prétendue race limousine, sont, manifestement de souche garonnaise. Cela
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- n’enlève rien, d’ailleurs, à leur valeur économique propre et au mérite des éleveurs qui les ont implantés dans le pays limousin, où ils forment une remarquable tribu. La contestation, au contraire, est tout à l’avantage de ce mérite, puisque son fondement même atteste les efforts qu’ils ont dû faire pour .mettre leur pays en état de maintenir et même d’améliorer le bétail venu d’un sol antérieurement plus fertile que le leur.
- . Pour finir sur. ces questions de zootechnie théorique, qu’il
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- eut été facile de multiplier davantage, en s’inspirant de tous les faits acquis à la science, nous devons signaler encore la désignation de race auvergnate, donnée à Billancourt au groupe des individus connus sous le nom de salers. Ce nom, adopté officiellement dans ces derniers temps, parce que les plus beaux sujets de la race se rencontrent aux environs de la petite ville qui le porte, a l’inconvénient de justifier d’autres désignations également arbitraires et tirées de considérations de même ordre, pour des populations bovines dont le type ne diffère point. Ce type, d’ailleurs, qui est peut-être le plus pur que nous ayons, se conserve intact dans toute la région des monts d’Auvergne. Il s’y reproduit d’après le système pastoral, pour fournir à des émigrations régulièrement périodiques, du côté de l’ouest, une quantité considérable de jeunes sujets mâles, dont la carrière se termine sur les marchés d’approvisionnement de Paris, après qu’ils ont labouré les terres de la Saintonge et du Poitou et subi l’engraissement dans les étables de la Vendée et les herbages de la Normandie.
- Ajoutons, enfin, qu’il ne pouvait être tenu aucun compte des désignations de race nivernaise, bourbonnaise, etc., attribuées au bétail du type charolais, élevé dans la Nièvre, dans l’Allier et dans le Cher. On sait trop bien que ce bétail envahit, depuis moins d’un siècle, tout le bassin moyen de la Loire, à mesure que la culture des terres y fait des progrès, pour que l’identité de sa souche reste douteuse. Contribuer, dans l’occasion solennelle qui a motivé le présent rapport, à propager l’erreur de ces désignations secondaires, eût été obscurcir l’un des principes les plus certains de la zootechnie. On a pu voir, à l’Exposition de 1867, des sujets provenant des familles améliorées, créées par les plus célèbres éleveurs du Charolais, notamment de celle formée à Martout, dans le Cher, par le regrettable Louis Massé, que nous citons nominativement, parce qu’elle est la première en date et, pour ce fait, la plus estimable. Il faut qu’on sache bien que ces sujets, d’où qu’ils viennent, peuvent, sans faillir au principe de la sélection absolue, servir
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- à l’amélioration de la race, en quelque lieu qu’elle soit considérée. Cette race, dans son ensemble actuel, est remarquable surtout par la prédominance de son aptitude à la production de la viande. Elle nous fournit, par conséquent, une transition naturelle, pour aborder maintenant l’exposé des motifs qui ont servi de base fondamentale pour l’appréciation des animaux exposés.
- CHAPITRE II.
- ANIMAUX GRAS.
- Le premier concours partiel de la classe 76 était ouvert aux animaux gras, c’est-à-dire aux animaux engraissés pour la boucherie. Pour des raisons faciles à comprendre, il était peu nombreux. Les produits de la race charolaise, dont il vient d’être parlé, en formaient le plus fort contingent. La plupart avaient déjà figuré au concours général de Poissv, tenu peu de jours auparavant. Prolonger d’une quinzaine de jours encore l’exibition publique de sujets arrivés aux dernières limites de l’engraissement, entraînait des déperditions de poids dont le sacrifice devait faire reculer beaucoup de compétiteurs. Une exposition dans ecs conditions est vraiment trop onéreuse. La nourriture que consomment des animaux fins-gras, dussent-ils même se maintenir en cet état, est de la nourriture entièrement perdue. On n’ignore point qu’ils se vendent au poids. A défaut donc du concours de Billancourt, celui de Poissy avait mis en évidence de nouveau ce fait bien connu, que tous les individus des races bovines terminent leur carrière à l’abattoir du bouclier, à moins qu’ils ne meurent accidentellement de maladie. Au concours de Poissy, et surtout dans l’ensemble des concours régionaux du même genre, toutes les races françaises ont des représentants. De ce fait il résulte que toutes, sans distinction, ont pour fonction économique ultime la pro-
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- (luction de la viande, et que, par conséquent, leurs aptitudes diverses doivent être jugées en vue de ce résultat dernier, qui est le résultat essentiellement pratique.
- Les notions qui en découlent lie sont pas encore bien claires dans tous les esprits. L’économie du bétail des races bovines est dominée par le fait, et les conséquences de ce fait, contenues dans la nature ou la loi des choses, s’imposent à la masse des éleveurs sans qu’ils en aient bien conscience. Ainsi se développent et s’enchaînent les phénomènes économiques. Comprenant mal, ou ne comprenant pas du tout la loi de ces phénomènes, dans le cas présent, l’empirisme raisonneur, n’abandonnant une exagération que pour tomber dans une autre, présente alternativement les diverses aptitudes de l’espèce comme devant être spécialisées d’une manière exclusive, ou au contraire maintenues dans un état d’équilibre parfaitement imaginaire. La vérité est que les incompatibilités et les conciliations absolues ne sont pas plus les unes que les autres des solutions pratiques, pour un tel problème zootechnique. C’est l’économie rurale et l’économie sociale qui en établissent les conditions; celle-ci, en montrant, d’une part, le rôle avant tout nécessaire que remplit la viande du bœuf; celle-là, en faisant voir, d’autre part, qu’elle peut s’accommoder avantageusement des services de l’animal, bien qu’il soit dans une certaine mesure disposé pour sa fonction ultime.
- L’exactitude de cet énoncé ressortira de l’examen que nous allons faire des attributs à rechercher chez les sujets les plus distingués, dans chacune des catégories qui ont fait l’objet des concours partiels de Billancourt, attributs d’après lesquels nos jugements ont été portés. Considérés comme animaux de boucherie, le bœuf et la vache ne sont pas autre chose que des machines à transformer industriellement en viande, chair et graisse, les aliments qu’ils consomment. A ce titre, la meilleure machine, nous voulons dire le meilleur organisme producteur, a pour mesure exacte la quantité de produit utile, en un temps donné, avec une quantité déterminée de
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- matière première, et dans les mêmes conditions de production. Un premier élément d’appréciation exacte est en ce cas fourni, pour les sujets de même race, par le poids vif et par l’âge. De deux animaux qui, au même âge, ne pèsent pas le même poids, c’est évidemment le plus lourd qui a le mieux profité de sa nourriture, en vertu d’une meilleure aptitude. Si les poids sont égaux et les âges différents, l’avantage est, pour la même raison, au plus jeune. Pour des âges et des poids différents, le raisonnement ne change pas; il n’y a en plus qu’une question de proportion. En un mot, le mérite dépend de la précocité.
- Si toutes les parties de l’animal avaient la même valeur commerciale, on pourrait s’en tenir là; mais il n’en est point ainsi ; il y a de ces parties qui sont plus ou moins l’objet des préférences des consommateurs et qui se vendent plus ou moins cher, à cause de cola; d’autres qui n’ont relativement qu’une valeur minime. Les proportions des unes par' rapport aux autres ont donc une grande importance dans le compte final du débit de l’animal abattu et dépecé. Ce que l’on appelle le rendement ou le poids net, dépend de ces proportions. C’est le rapport du poids vif, ou du poids de l’animal sur pied, à celui de la viande préparée pour le débit à l’étal du boucher. Sur les sujets vivants il s’apprécie assez facilement, quand on en a l’habitude, à l’aide des maniements, qui donnent une idée de l’état d’engraissement extérieur et intérieur, c’est-à-dire du dépôt de la graisse dans les interstices des faisceaux musculaires, dans le tissu cellulaire, et du suif dans la cavité abdominale.
- Il reste à considérer la répartition des diverses catégories de viande et la proportion des os, ainsi que le poids du cuir. Ce dernier se juge par son épaisseur. On saisit sans peine qu’il entre dans la. masse totale pour un poids d’autant moindre, qu’il.est plus mince. Il en est ainsi pour le squelette. La finesse relative de la tête et des membres dans leurs rayons inférieurs, la brièveté de. ceux-ci, donnent la mesure de sa faible proportion.. Enfin la largeur et la longueur des lombes? l’écartement
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- des hanches, la longueur de la croupe, l’épaisseur de la cuisse, l’ampleur de la poitrine, toutes régions où se coupent les morceaux de viande les plus estimés, caractérisent chez l’animal de boucherie une conformation d’autant plus belle qu’elles sont plus grandes. Par contre, le col doit être réduit à sa plus simple expression. Il s’ensuit que, pour un poids vif égal et payé sur pied au même-prix, l’animal ainsi conformé rend au détail de sa viande une somme d’argent de beaucoup supérieure, par la plus forte proportion des morceaux de choix qu’il fournit.
- Telles sont les bases d’appréciation qui ont été adoptées pour les animaux gras. Elles ne pouvaient plus être perdues de vue dans l’examen de tous les autres de même espèce qui les ont suivis, du moment qu’on avait admis commejrai le principe économique posé plus haut, principe qui ne saurait être justement contesté. Seulement, au contact d’aptitudes spéciales et transitoires, il devait subir des tempéramments et perdre son caractère absolu ; il devait fléchir dans la limite des nécessités imposées par l’état actuel de l’économie rurale, dont ne tiennent pas suffisamment compte, en aucun sens, la plupart de ceux qui dissertent en pareille occasion sur ces [sujets.
- CHAPITRE III.
- ANIMAUX PRODUCTEURS DE LAIT.
- C’est aux races dont l’aptitude prédominante est la production du lait, que l’application en a dû être faite d’abord. Remarquons avant tout que l’exhibition des représentants de ces races a été aussi nombreuse que riche en individus distingués. Rarement on avait vu, sans doute, de plus belles collections de vaches normandes, flamandes et surtout hollandaises, non plus que de taureaux des mêmes souches. Ici l’on a visé à réunir, dans les choix, les signes de l’aptitude laitière à ceux de l’ap-
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- titude à la production de la viande, qui ne sont point incompatibles, tant s’en faut. Il se comprend de reste, pour peu qu’on ait quelques connaissances physiologiques, que ces deux aptitudes ne puissent pas s’exercer simultanément chez le meme individu. Du moment que les matériaux de la nutrition passent dans la sécrétion laiteuse, ils ne sauraient s’accumuler dans les masses musculaires; mais, par cela môme que le lait, en sa qualité d’aliment complet, contient tous les principes immédiats azotés et hydrocarbonés qui entrent dans la constitution des tissus organisés animaux, il suffit que la fonction des mamelles soit suspendue, pour que la nutrition générale bénéficie aussitôt de ces principes immédiats fournis par l'alimentation. Il n’y a donc point, ainsi que l’avait fait croire une observation superficielle et purement empirique des races les plus fortement laitières, une conformation particulière du corps pour les femelles de ces races, en dehors des organes directs de leur fonction, c’est-à-dire de leurs glandes mammaires et des
- vaisseaux dans lesquels circule le sang qui leur est envoyé. Ge que les notions théoriques avaient permis d’induire à cet égard, peut être maintenant vérifié chaque jour par l’observation directe des familles laitières améliorées; et c’est là un des plus grands éléments de succès économique pour l’industrie de la production du lait, soit que ce lait trouve en nature un débouché facile dans les grands centres de consommation, soit qu’on l’emploie à la fabrication du beurre ou des fromages. 11 ne sera peut-être pas inutile d’entrer sur ce sujet dans quelques considérations que nous avons lieu de croire nouvelles, du moins pour la plupart des exploitants de vaches
- laitières.
- On croit généralement qu’il y a avantage* à prolonger d’autant plus la carrière de ces vaches, qu’elles se montrent douées au plus haut degré de l’aptitude à la production du lait. Par cela qu’elles donnent durant la plus grande partie de leur vie, un fort revenu, l’on pense que c’est une bonne opération de les épuiser jusqu’à leur fin naturelle. Cependant il faut tenir
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- compte, en ce cas, du dépérissement du capital qu’elles représentent, et stipuler, dans le calcul des produits de leur exploitation, une prime d’amortissement pour ce capital, dont la quotité varie suivant qu’il périt tout entier ou seulement en partie. Or, en laissant de côté, dans le raisonnement, les chances de pertes accidentelles, qui peuvent d’ailleurs être calculées, il est on ne peut plus facile, par le seul mode d’exploitation, non-seulement de réduire jusqu’à zéro cette prime d’amortissement, mais encore de faire servir la vache laitière à une création de capital, tout en tirant de l’exercice de sa fonction économique spéciale le même revenu annuel. Il suffit pour cela d’abréger la durée de sa vie et de la faire cesser au moment où le capital qu’elle représente va entrer dans sa période de dépérissement.
- Supposons, pour préciser davantage, une femelle bovine de l’ace laitière, améliorée dans le sens indiqué plus haut, c’est-à-dire jouissant, en outre de l’attribut spécial de sa race, d’une conformation qui la rende propre, à un moment donné, à subir un engraissement facile et à fournir un fort rendement en viande nette. Elle a été achetée pour un prix quelconque, à son premier ou à son second vêlage, peu importe, pourvu que ce soit alors que sa croissance n’est pas encore achevée. Elle représente une valeur déterminée. On ne contestera pas que cette valeur s’accroît, en même temps que le revenu qu’elle produit, jusqu’à l’âge adulte, où la bête arrive en pleine possession de toutes ses facultés, qu’elle conserve intactes durant un certain temps. Son prix alors sur le marché, même en qualité de vache laitière, est supérieur d’une quantité quelconque au prix qu’elle a coûté. Elle a donc créé du capital, tout en produisant du revenu, représenté à la fois par le lait qu’elle a donné, par les veaux qu’elle a faits et par l’engrais qu’elle a laissé comme résidu de son alimentation. 11 n’y a ‘eu aucune partie de celle-ci perdue pour la production ; en termes techniques, il n’y a pas eu de rations d’entretien. Or, ainsi que nous aurons occasion de le voir encore plus loin, l’idéal de
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- l’économie du bétail est la suppression de ces rations d’entretien ; et il est permis de dire dès maintenant que, pour ce qui concerne les races de consommation alimentaire, cet idéal peut être réalisé à peu près toujours.
- Dans le cas particulier qui nous occupe, il suffit, pour cela, de liquider l’opération au moment que nous venons d’indiquer. Et il y a une manière de la liquider le plus avantageusement possible, dont nous devons aussi dire un mot, parce que l’économie publique y est aussi intéressée que l’économie rurale.
- On sait qu’il existe une opération chirurgicale, grandement perfectionnée par un vétérinaire de mérite, M. P. Charlier, et prônée par lui avec un désintéressement digne des plus grands éloges, en vertu de laquelle la vache qui l’a subie, étant en pleine lactation, engraisse avec une excessive facilité et sans nourriture spéciale, à mesure que sa sécrétion mammaire, par là prolongée et améliorée en qualité aussi, tarit progressivement ; de telle sorte qu’au moment où elle ne donne plus assez de lait pour payer sa nourriture, elle est en état de fournir de la très-bonne viande. Nous voulons parler de la neutralisation sexuelle par l’extirpation des ovaires, généralement connue sous le nom de castration des vaches. Il n’est pas nécessaire d’insister pour faire admettre qu’une bête en cet état représente sur le marché une valeur supérieure à celle de la bête maigre, fût-elle en pleine lactation et aussi forte laitière qu’on le puisse imaginer, surtout en un pays où la demande de la viande va sans cesse croissant. Aussi bien, au point de vue de l’entreprise zootechnique que nous discutons, le fait pur et simple du renouvellement, avec prime ou bénéfice, du capital engagé dans l’industrie de l’exploitation du lait, suffit à notre démonstration. Il se résume à profiter du croît de la bête qui fournit ce lait, au lieu de continuer de l’exploiter alors qu’elle diminue au contraire chaque jour de valeur, ce qui augmente d’autant le prix de revient de son produit.
- Si, maintenant, après avoir envisagé la question par rapport à l’intérêt immédiat de l’agriculteur qui spécule sur la laiterie,
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- nous l’élevons à la hauteur d’un sujet intéressant l’économie rurale tout entière, elle s’impose encore plus à notre attention. Si l’on songe, par exemple, à cette immense industrie dont la betterave est la matière première pour l’extraction du sucre ou de l’alcool, à cette industrie qui a transformé l’agriculture de nos départements de la zone du Nord, sachant que la valeur à laquelle ressortent, dans l’ensemble des opérations, les résidus de cette industrie, l’un des éléments les plus considérables de la liquidation finale, on ne peut manquer d’être frappé du rôle important qui revient aux consommateurs de ces résidus, chargés de les traduire en matières facilement échangeables et en matières fertilisantes nécessaires pour l’entretien de la puissance productive du sol qui fournit la plante exploitée. C’est un objet de préoccupations constantes pour les agriculteurs sucriers ou distillateurs, d’élever sans cesse le taux des rations journalières d’engraissement que leur fabrique vend à leurs étables, ou, si l’on veut, de diminuer le prix de revient de chacun des kilogrammes de viande qui se 'produisent dans celles-ci, avec les résidus empruntés à la première. L’un et l’autre des deux modes de comptabilité, en effet, conduisent au même but final, qui est le prix de revient de la marchandise principale, sucre ou alcool. Ces agriculteurs industriels cherchent à réaliser, en vue du résultat dont il s’agit, toutes sortes de combinaisons, hormis peut-être celle qui les y conduirait sûrement, niais qui, il faut bien le reconnaître, ne dépend pas d’eux tout seuls, bien qu’ils y aient la plus forte part.
- Nous nous trouvons encore ici en face de la question des rations d’entretien, complètement improductives pour les bêtes à l’engrais comme pour les laitières qui ne croissent plus. Le problème est de les réduire à leur plus simple expression possible, en diminuant le nombre des journées d’engraissement. En présence du coefficient par lequel se multiplient les centimes ainsi économisés chaque jour, et du faible écart qu’il y a toujours, poids pour poids, entre le prix de la viande grasse et
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- celai de la viandre maigre, on comprend à merveille qu’il n’y a pas en ce genre de^petites économies. Or, il est clair que la solution du problème dépend de l’aptitude des animaux à l’engrais à profiter des rations qu’ils consomment ; et il est non moins clair que cette aptitude, toutes choses d’ailleurs égales, est d’autant plus grande qu’ils sont moins épuisés. Ceci s’applique particulièrement aux vaches, engraissées en grand nombre déjà dans les étables des distillateurs. Si elles y arrivaient au moment de leur plus grande valeur, c’est-à-dire peu de temps après qu’elles ont dépassé leur âge adulte, et dans cet état d’embonpoint qui rend l’engraissement facile et prompt, au lieu de n’y entrer qu’amaigries par la vieillesse et par une lactation prolongée, les deux modes de spéculation en bénéficieraient également ; il y aurait en même temps augmentation de la richesse publique ; car pour une moindre dépense il y aurait plus de produit, ou, ainsi que nous l’avons déjà dit, création de capital. Ce n’est pas le capital engagé qui importe, en aucune industrie, du moment qu’il n’est pas dépensé et qu’il se renouvelle au contraire par reproduction, c’est le revenu net ; de même que ce n’est point non plus le produit brut qui donne la mesure du bénéfice. Dans l’exploitation des vaches laitières, il s’agit moins de tirer de chacune la plus forte quantité possible de lait, que de l’obtenir à bon compte. La bête qui en a produit en une année pour 300 francs en perdant 50 francs de sa valeur propre, est un moins bon capital que celle qui n’en a fourni que pour 200 francs, eu gagnant 100 francs de valeur et même moins. L’argument subsiste encore, à produit égal, entre deux bêtes dont l’une s’est maintenue tandis que l’autre a dépéri.
- En nous étendant sur les considérations qui précèdent, nous n’avons point pour cela quitté notre sujet. Elles devaient être toujours présentes à notre esprit, dans le jugement des animaux exposés, et surtout pour apprécier la valeur industrielle des exposants, ce qui était le but principal de ce jugement. Sans doute, dans le contrôle auquel les décisions publiques, par-
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- tielles ou générales, provisoires ou définitives, sont nécessairement soumises, et dans lequel contrôle ce ne sont pas toujours les plus compétents qui hésitent le moins à se prononcer, on ne s’en est peut-être guère préoccupé. Le fait brut est ce qui s’impose d’abord. On est, en général, disposé à croire que la plus forte laitière est nécessairement la meilleure laitière. En vertu des motifs économiques dont on vient de lire le rapide exposé, nous devions penser autrement. Il y avait lieu de tenir compte à la fois de l’âge, de la conformation générale, de l’aptitude à la production ultérieure de la viande, et des signes caractéristiques de la faculté laitière.
- Parmi ces derniers signes, il en est un sur la valeur duquel l’expérience s’est suffisamment prononcée pour qu’on ne puisse, en pareil cas,, se dispenser de lui accorder une importance prépondérante : c’est celui fourni par l’étendue de l’écusson découvert dans la région du périnée par François Guenon, au génie observateur de qui nous nous plaisons à rendre hommage. en passant. Cet indice de l’activité des mamelles.n’a pas seulement, une grande signification chez la femelle bovine; lorsque la direction des poils qui le caractérise existe chez le taureau, il indique, aussi sûrement la faculté de procréer des femelles bonnes, laitières. C’est donc par l’ensemble de tous ces éléments, autant que possible réunis, que les individus exposés ont été jugés avec un soin minutieux, le mérite de ces individus devant faire ressortir celui des éleveurs ou de leurs acquéreurs, que nous nous sommes appliqués à ne point confondre. Et il nous est permis de, dire, en terminant sur ce point, que nous avons pu constater de réels progrès, en ce qui concerne les races dites laitières qui appartiennent à la France depuis un temps plus ou moins reculé, et celles qui portent un nom étranger, introduites de longue date ou récemment. Ces progrès sont,considérables, dans le sens surtout de la conciliation des deux aptitudes signalées, et dont l’existence assure une exploitation plus, lucrative. Ils gagnent surtout en surface, si l’on peut ainsi dire ; ils,s’étendent, dans chaque race, à un plus
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- grand nombre d’individus. L’Exposition en a témoigné. Nous y avons vu des ensembles, venus des mêmes étables, qui rendaient extrêmement difficile le choix des meilleurs, parmi les bons.
- CHAPITRE IY.
- ANIMAUX TRAVAILLEURS.
- On en peut dire autant à propos des races où se recrutent les bœufs de travail, et dont la catégorie serait bien difficile à délimiter d’une manière précise et qui fût à l’abri de toute contestation. En France, si l’on excepte une seule race, dont l’élevage est lui-même exceptionnel, on peut dire que toutes les autres fournissent à la culture du sol des travailleurs en plus ou moins grand nombre. Il n’y a pas jusqu’à la petite race bretonne, si remarquablement laitière et surtout beurrière, qui n’apporte son contingent à la charrue. Ceux-là seuls qui n’ont jamais mis le pied dans une closerie, ont pu s’étonner de la voir figurer au concours des races dites de travail Les petits bœufs bretons, avant d’être embarqués pour l’Angleterre, où la plupart sont consommés avec prédilection, on peut le dire, en raison de l’excellente saveur de leur viande, ces bœufs, pour si petits qu’ils soient, n’ont point passé leur vie en fainéants : ils ont labouré, avec un courage que font encore ressortir l’exiguïté de leur taille et la finesse de leurs membres nerveux, le sol où ils sont nés.
- Le concours de la première quinzaine de juillet pouvait donc, à la rigueur, être ouvert à toutes les races, moins une. Nous avons nommé celle dite de Durham, qui avait d’ailleurs son heure spéciale, et dont le mérite propre est précisément d’être réduite, par une précocité poussée à ses dernières limites, à ne pouvoir disposer d’aucun des éléments de la puissance mécanique. C’est un fait sur lequel il ne saurait y avoir aucune contestation.
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- Mais ici se présente une des plus intéressantes questions de zootechnie pratique, qu’il sera bon d’examiner un peu en détail, avant d’aborder l’étude des animaux reproducteurs exposés. Elle a été résolue depuis longtemps par la force des choses, dans quelques régions de notre pays. Pourtant, l’économie rurale ne paraît pas bien fixée sur ce qui s’y rapporte. On en a pu constater une nouvelle preuve à l’occasion précisément du concours qui nous occupe. Sur le travail du bœuf et sur les qualités à rechercher dans le bœuf de travail, il a été dit des choses qu’un économiste ne peut vraiment pas accepter. Il entre tout à fait dans notre sujet, qui est de mettre en lumière les progrès accomplis et manifestés par l’Exposition, de signaler à cet égard les vrais principes d’après lesquels les décisions publiques du concours partiel ont été rendues.
- Le bœuf est le plus économique de tous les agents de traction usités dans les travaux agricoles, mais c’est à une condition qu’il convient de développer. Depuis que l’économie rurale française, substituant aux préceptes de l’empirisme raisonné les données scientifiques qui lui ont été enseignées surtout par M. de Gasparin, s’est aperçue que le progrès véritable n’est pas seulement dans le produit brut, mais bien dans le produit net, l’emploi du bœuf, que l’empirisme commandait de proscrire, n’a pas cessé de s’étendre dans les régions qui s’en étaient jusqu’alors abstenues. Les raisons de ce fait peuvent être expliquées diversement. Il en est une, toutefois, qui les domine toutes, et qui suffit amplement pour démontrer que le mouvement, loin d’être arrêté, doit être au contraire encouragé. On le peut par le plus efficace de tous les arguments.
- L’analogie est complète, au point de vue économique, entre
- la vache laitière, dont nous avons parlé précédemment, et le
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- bœuf de travail. Il s’agit de ne le faire travailler, lui non plus, que durant le temps où le capital qu’il représente s’accroît au lieu de dépérir. Encore ici,.ce n’est pas la somme de travail qu’on en peut obtenir qui importe, mais bien le prix de revient de ce travail, représenté par la nourriture consommée,
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- défalcation faite de l’engrais produit, par l’intérêt du capital engagé, par la prime d’assurance, et par la prime d’amortissement, s’il y a lieu. A ces diversjtitres, on est en droit d’affirmer que le prix de revient est d’autant plus élevé que la vie de travail du bœuf se prolonge davantage et que l’intensité de ce travail est elle-même plus grande. L’expérience démontre, au contraire, que dans les petites exploitations des cultivateurs de certaines parties de notre pays, il se réduit à rien, ou presque rien, tandis qu’il atteint son plus haut chiffre dans d’autres.
- La seule différence que l’on observe entre les premières et les se :ondes, c’est que, dans celles-ci, le cultivateur conserve ses bœufs de travail jusqu’à l’épuisement de leurs forces, jusqu’à ce qu’ils aient perdu une grande partie de leur valeur marchande ; dans les autres, il les livre à l’engraisseur au moment où cette valeur est arrivé à son maximum. Le premier cas se présente généralement dans nos régions méridionales ; le second, dans nos régions de l’Ouest, particulièrement en Saintonge et en Poitou. Nous ne sommes pas sûrs qu’ils aient été, ni l’un, ni l’autre, raisonnés et voulus. Il semble au contraire que l’on doive les attribuer à la seule force des circonstances économiques générales. Dans l’Ouest, les bœufs adultes sont depuis longtemps demandés par les engraisseurs de la Vendée et de la Normandie, et ils le sont de plus en plus pour l’approvisionnement de Paris, ce grouffre toujours ouvert. Chaque année, un plus grand nombre de bœufs y sont enlevés à la charrue, et il suffit d’avoir suivi les marchés de Sceaux et de Poissy pour savoir qu’on n’y rencontre plus guère d’animaux âgés de plus de six ans. Dans le Midi, rien de semblable ne se passe : l’industrie de l’engraissement n’existe pas ; chaque cultivateur y engraisse sa paire de bœufs, lorsque les effets de la fatigue et de l’âge obligent à la réformer.
- Avec le capital' engagé et les fourrages dont il dispose, le cultivateur de l’Ouest obtient donc du travail, de l’engrais et le croît de ses bœufs. La différence du prix de vente au prix
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- d’achat vient en compte, avec l’engrais, pour estimer la valeur du travail produit, représenté par celle du fourrage consommé. Si, comme cela se présente le plus habituellement, le cultivateur a prélevé un bénéfice de 100 à 200 francs sur la paire de bœufs qu’il a nourrie une année, la somme dont le capital d’exploitation s’est accrue par là, vient en déduction du prix de la journée de travail des bœufs, qui est par là réduite à un très-faible taux.
- Ce qui se passe ainsi dans la petite culture est également à la portée de la grande et peut y être réalisé avec des avantages encore plus considérables, parce qu’ils se multiplient par le nombre des animaux employés, et non pas seulement en progression arithmétique. Il ne faut pas hésiter à dire, contrairement à ce qui a été longtemps enseigné par certains agronomes , que l’emploi du cheval comme agent de traction, dans les exploitations agricoles, doit être borné aux travaux qui
- exigent à la fois de la force et de la célérité; encore convient-11,
- dans ce cas même, de les faire exécuter par des chevaux jeunes, qui, en même temps qu’ils travaillent, acquièrent, eux aussi, de la valeur. Tous les autres, ceux de culture particulièrement, sont mieux et d’une façon plus économique exécutés par des bœufs. D’abord, avec ces derniers animaux, les frais d’entretien et les risques sont considérablement diminués. Le bœuf consomme des fourrages dont le cheval ne pourrait s’accommoder et qui sont d’un moindre prix. Il faut au cheval de l’avoine, non au bœuf. Le harnais de celui-ci est incomparablement moins coûteux, comme prix d’achat et comme réparations. Les risques d’accidents qui déprécient l’animal sont bien moindres aussi; et, dans le cas de maladie mettant la vie en péril, le bœuf en bon état de chair, ainsi qu’il doit l’être toujours dans une exploitation bien tenue, est livré au boucher sans perte sensible : la tendance du progrès est de réduire à rien, pour les bœufs, les frais de vétérinaire.
- A tous égards donc, loin de considérer comme l’idéal de 1? exploitation économique des races bovines, ce que l’on ap-
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- pelle leur spécialisation pour la production exclusive de la viande, on est conduit à maintenir l’aptitude au travail, dans une mesure qui varie avec les circonstances, mais qui ne peut être réduite à zéro que dans les conditions exceptionnelles du système de culture de la terre en herbages propres à l'engraissement du bétail; dans le système de la culture alterne, le plus généralement approprié aux influences climatériques de notre pays, à quelque degré de précocité que le bœuf puisse atteindre par l’application des méthodes zootechniques, le perfectionnement de son aptitude augmentera certainement son produit brut, mais non pas son produit net, dans une proportion équivalente de celle que la combinaison pondérée de la production du travail avec celle de la viande peul procurer.
- C’est, en conséquence, cette combinaison pondérée qui est, pour la plupart des races bovines, l’objectif du progrès. Sous ce rapport, il faut le reconnaître, les éleveurs sont en avance sur bon nombre de ceux qui ont la prétention de les enseigner. On leur a reproché souvent, et bien à tort assurément, de
- présenter aux concours des animaux en état d’être livrés au boucher, et qui, en effet, ces concours terminés, prenaient la route de l’abattoir. Nous ne nous arrêterons point à l’idée qui consiste à regretter que les sujets distingués par les Jurys soient ainsi soustraits à la reproduction. C’est là une manière de comprendre l’influence exercée par les expositions qui ne supporte pas l’examen. Il est trop clair que les exposants sont meilleurs juges de leur intérêt, en cette affaire, que les critiques de leurs actes. Ils n’ont pas coutume de tuer la poule aux œufs d’or; et, si l’on voulait prendre la peine de consulter la collection des listes de lauréats, par la répétition des mêmes noms, on s’apercevrait que les errements adoptés ne s’opposent point à la reproduction des bons sujets. Il faut ignorer, en outre, que précisément dans un élevage en voie de progrès, les nécessités de la sélection même commandent de réformer fréquemment les reproducteurs, hormis pour quelques individus exceptionnels, pour s’étonner d’un fait des
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- plus logiques, et surtout pour le blâmer en thèse générale.
- Il n’est pas moins logique, d’après ce que nous venons d’établir, le fait que quelques personnes croient devoir également déplorer, et que nous constatons, nous, avec une vive satisfaction. Dans les races dites de travail, la conformation des animaux se rapproche de plus en plus de celle qui fournit à la boucherie le meilleur rendement, en quantité et en qualité. Leur aptitude mécanique diminue par là d’autant, c’est incontestable; et, par un examen superficiel, on est porté à penser que cela diminue de même le bénéfice de leur exploitation. Nous n’avons plus besoin d’insister pour faire sentir ce que cette manière de voir a d’erroné. Elle se rapporte au moins économique de tous les modes d’exploitation du bœuf, à celui dans lequel l’animal est exclusivement considéré comme producteur de puissance mécanique, comme un capital qui s’use par le service. Dans ce cas, évidemment, le service est d’autant plus grand que la puissance est plus forte. Mais on a compris, sans aucun doute, par les faits précédemment énoncés, que pour une somme de travail à obtenir, le prix de revient de ce travail baisse en raison du nombre de travailleurs auxquels il est demandé, plutôt qu’en raison de la force dépensée par chacun en particulier. Il ne peut manquer d’en être ainsi, du moment que l’accroissement du capital se produit, de son côté, en raison inverse de la dépense individuelle en travail mécanique. Ceci s’appuie sur un théorème de mécanique animale ou de physiologie qu’il serait facile de démontrer, si la démonstration n’en devait être superflue. De plus, personne n’ignore que l’augmentation du nombre des têtes de bétail exploitées dans de bonnes conditions économiques, par hectare de terre cultivé, est un des desiderata de l’agriculture française.
- Multiplier le nombre des bœufs travailleurs dans l’exploitation agricole, afin de n’exiger de chacun d’eux qu’une faible somme de travail, en intensité ou en durée ; renouveler fréquemment les attelages, en combinant chez les animaux la double qualité de bête de travail et de bête de rente,
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- pour nous servir des anciennes expressions : telles sont donc les deux données fondamentales du problème que nous venons d’étudier.
- Cela posé, ajoutons qu’il sera résolu d’une manière d’autant plus complète que ces animaux s’éloigneront moins du type de la belle conformation, déterminé par les principes de la zootechnie. Et il y a une confusion qu’il importe de ne point faire ici : c’est celle qui résulterait de l’assimilation des formes et du tempérament, de la conformation et de l’aptitude prédominante. En présentant trop souvent les attributs propres à la race dite de Durham comme étant ceux de la perfection absolue pour la boucherie, on n’a pas peu contribué à obscurcir la question. Nous avons, en commençant, à propos du premier concours partiel de Billancourt, indiqué les formes les plus propres à augmenter le rendement en viande nette, et aussi en valeur par la prédominance des bons morceaux. Ces formes sont indépendantes de l’aptitude à l’accumulation rapide de la graisse et à la réduction du poids du squelette, qui est une conséquence de la précocité. Pour une conformation donnée, celle-ci est précisément modérée par l’exercice ou la gymnastique des fonctions de relation, c’est-à-dire par le travail. A. conditions d’alimentation égales, la mesure du travail donne donc celle de la précocité ; de telle sorte qu’il y a une corrélation nécessaire, chez le bœuf élevé pour le travail, entre les organes de la puissance mécanique, os et muscles, et la fonction économique qu’il remplit avant d’arriver à sa destination finale, qui est l’abattoir. On ne risque point de se tromper, d’après ces données confirmées par l’observation, en prenant pour critérium de l’amélioration le degré de développement de l’aptitude à la production de la viande, chez les races bovines employées au travail, pourvu qu’il ne s’agisse pas d’individus améliorés sous ce rapport par une opération de croisement, en un mot, de métis. L’usage exclusif de la sélection est, en ce cas, une obligation économique ; sans quoi la corrélation dont nous parlions tout à
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- l’heure, entre le degré de l’aptitude et les nécessités de la fonction, serait rompue ; on ne serait plus dans les conditions de cette combinaison pondérée des deux aptitudes, qui conduit au produit net le plus élevé.
- Nous avons constaté, à Billancourt, des faits on ne peut plus probants, à ce point de vue. D’une part, on y avait exposé quelques rares individus métis de Durham à un degré de croisement si avancé qu’il fallait absolument savoir leur origine, déclarée d’ailleurs par les exposants, pour ne pas les confondre avec les produits purs de leur souche paternelle. Il était manifeste que ces individus n’avaient, en aucune mesure, les qualités indispensables à la bête bovine de travail, pas plus que le père dont ils étaient issus. C’eût été méconnaître tout à fait la vérité zootechnique et la compromettre gravement ; il n’eût pas été bon, en définitive, de signaler au public agricole de tels animaux par un témoignage d’approbation. Leur véritable place, leur présence opportune, était dans le dernier concours de quinzaine ouvert aux races de boucherie, et non pas même, à la rigueur, dans la catégorie des reproducteurs ; car, à ce titre, leur qualité de métis est un caractère de grande infériorité. ïls avaient été admis, cependant, parmi les sujets des races dites de travail, et c’était chose bien naturelle, la commission d’admission ne pouvant être juge, sur de simples déclarations, d’un cas spécial de cette nature ; mais cela ne pouvait constituer pour le jury d’autre obligation que celle de les juger en ayant égard seulement à leur aptitude véritable : il s’y est conformé en prenant note de leur mérite propre, pour en tenir compte en un temps plus opportun.
- D’autre part, nous avons eu la satisfaction de voir une fois de plus combien nos races travailleuses de l’Ouest, du Centre, de l’Est et du Midi, races qui constituent pour la France une si grande richesse, sont restées pures de tout croisement intempestif. Sauf la race charolaise, au milieu de laquelle on rencontre quelques traces passagères de l’influence des repro-
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- dueteurs de Durham, traces beaucoup moins accentuées et moins communes, toutefois, qu’il ne semble aux observateurs superficiels, lesquels confondent le plus souvent les caractères d’amélioration communs à toutes les races soumises aux mêmes méthodes zootechniques, mais laissant subsister ceux du type, avec ceux résultant d’un croisement qui altère ce type ; sauf la race charolaise, disons-nous, toutes les autres ne doivent leur amélioration bien remarquable qu’à la gymnastique fonctionnelle et à la seule sélection. Et comme pour donner la juste idée de ce que peuvent ces méthodes, habilement et judicieusement appliquées, il s’est produit un fait qui a vivement attiré l’attention des visiteurs, après avoir été l’objet de celle toute particulière du Jury, et qui a valu de toutes parts à son auteur les éloges les mieux mérités. Ce fait est d’autant plus frappant, qu’il se rapporte à l’une de nos races travailleuses les plus arriérées sur le chemin du progrès, tel que nous le concevons maintenant pour notre population bovine, à une race condamnée à disparaître en un temps plus ou moins prochain, le terrain qu’elle occupe lui étant victorieusement disputé par la race charolaise, dont nous venons de parler. Celle-ci l’envahit de proche en proche, en vertu de son irrésistible force d’expansion et de rayonnement vers le centre de notre pays. Il s’agit de la race du Morvan, la plus énergique travailleuse, peut-être, et la plus rustique, à coup sûr, que nous ayons de cette race qui habite un « vrai pays de loup, » comme a dit M. Dupin, qui en était. Eh bien ! on a pu voir à Billancourt toute une famille bovine du Morvan, père, mères et filles, remarquablement homogène par les caractères typiques et secondaires, y compris ceux de pelage, et qui, sous le rapport des qualités estimées pour la boucherie, c’est-à-dire par le développement des régions où se prend eu abondance la meilleure viande, ne laissait à peu près rien à désirer. C’était la conformation du plus beau Durham, avec la finesse de la tête et des membres en moins, ainsi que la mollesse du tempérament, due à l’excessive
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- Pour montrer que ce n’est pas là une pure affaire de hasard, mais bien au contraire l’effet d’une œuvre voulue et poursuivie, qu’il nous soit permis d’ajouter, sortant un instant de nos attributions, que l’exposant dont nous essayons de mettre en lumière le mérite distingué, avait antérieurement obtenu, sur des moutons de la race de son pays, un résultat tout à fait identique. Nous avions donc bien là en face de nous un' éleveur en possession pleine et entière des procédés que la science avoue, et qu’il applique avec une rare sagacité. Les observateurs attentifs n’ont pas dû manquer d’y puiser un précieux enseignement. Il fournirait, s’il en était besoin, la réfutation péremptoire de cette assertion aussi banale que peu fondée, consistant à mesurer par de longues années le temps nécessaire pour améliorer les animaux par la seule sélection des reproducteurs et la bonne alimentation. Plus la tâche paraissait difficile et l’était en effet, plus est grand le mérite de l’avoir accomplie. Et il n’est point douteux que si la race du Morvan, pour ce qu’il en reste encore, n’en profite pas, l’enseignement sera certainement recueilli au bénéfice de toutes les autres. Les méthodes sont encore plus fécondes, pour la pratique de l’économie du bétail, que les reproducteurs les plus perfectionnés ; et rien n’est plus efficace que la démonstration expérimentale, pour les faire accepter. Une telle démonstration vaut à nos yeux bien des sacrifices, effectués sous l’inspiration d’une fausse doctrine zootechnique, pour importer des types améliorateurs de l’étranger. Les méthodes qu’elle confirme assurent l’amélioration progressive des aptitudes économiques des races ; l’usage systématique des types étrangers trouble leur harmonie et ne peut s’appliquer utilement que dans des cas très-exceptionnels et d’une façon tout à fait transitoire. La réalisation des unes implique les qualités de l’éleveur distingué; à l’autre, fût-il opportun, il suffit de pouvoir disposer d’une certaine somme d’argent.
- Toutes nos racés travailleuses étaient représentées à l’Exposition, les plus éloignées comme les plus rapprochées du siège
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- du concours. On aurait pu désirer seulement, pour les premières, des députations plus nombreuses ; mais, en songeant aux dépenses qu’il a fallu faire pour transporter de tels produits, les faibles contingents ne sauraient surprendre. On comprend ainsi que les charolais soient surtout venus en force mettre en évidence le haut degré d’amélioration auquel ils sont arrivés ; que les diverses variétés de la race vendéenne, celles de la race jurassienne, qui peuplent la région de l’Est, depuis la Lorraine jusqu’aux Alpes françaises, et même celles d’un même type qui se trouvent en Limousin, dans le Périgord et sur les alluvions fertiles de la Garonne, aient envoyé de bonnes troupes pour soutenir l’honneur de leur nom et faire voir à quel point sont efficaces les méthodes à l’aide desquelles elles se conservent pures, en s’améliorant d’une manière indiscontinue ; la facilité des communications, par les voies ferrées, donne la raison du fait ; mais comment ne pas trouver naturel que, du fond de l’Auvergne, de la Gascogne et du Béarn, les éleveurs aient reculé devant de forts envois? Toutefois, ces envois ont été suffisants pour qu’il fût permis de dire, quand même on ne. l’aurait pas su d’avance, que là comme ailleurs le progrès a marché d’un pas relativement rapide, et par les mêmes moyens, eu égard à la conservation plus accentuée de l’aptitude individuelle au travail.
- Celte aptitude a été l’objet d’expériences spéciales. Un concours partiel, ainsi qu’on l’a vu, avait été ouvert pour cela, dans des conditions qui peuvent être considérées comme entièrement nouvelles. Les races bovines se sont ainsi montrées à l’Exposition sous tous les aspects que soulève la question de leur exploitation industrielle.
- D’après l’exposé que nous avons fait des principes économiques qui régissent la compatibilité du travail des sujets appartenant aux races bovines, il va sans dire que, dans les essais auxquels les concurrents ont été soumis, les preuves de force ne pouvaient avoir qu’une valeur relative et bien secondaire; l’attention du Jury devait surtout se porter sur
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- les modes d’attelage usités, afin de mettre en relief ceux qui permettent à l’animal attelé de produire le plus grand effet utile, par rapport à la force dépensée, en d’autres termes, ceux qui économisent le mieux la force. C’est, en industrie, l’un des principaux problèmes à résoudre. L’illustre Liebig a cru même pouvoir écrire quelque part, en thèse générale, que « le progrès est l’art d’économiser la force. » Ici, il est clair que toute force ayant sa source dans la nourriture consommée, qui est à l’organisme mécanique de l’animal ce que le charbon est à la machine à vapeur, si, une fois dépensée, elle ne se traduit pas tout entière en travail utile, la différence devient une perte sèche que ranimai aurait la faculté d’utiliser à sa réparation ou à son accroissement. C’est donc une consommation improductive de capital, au sujet de laquelle l’économie rurale française attend encore de grands progrès. Il appartenait à l’Exposition Universelle de 1867, si féconde sur tant d’autres points, de lui fournir à cet égard des éléments précis pour leur réalisation. 1
- Il eût donc été désirable que les exposants missent le'Jury en mesure d’exécuter des expériences rigoureuses, d'ans desquelles la force produite par un même attelage pût être évaluée exactement au dynamomètre et d’une façon comparative pour les divers modes d’application de cette force. Les conditions de ces expériences eussent été réalisées, s’il s’était présenté au concours des animaux dressés à la fois pour tirer indifféremment au joug double ou solidaire , au joug simple et indépendant, ou au collier; car il importait, pour qu’elles fussent significatives, qu’il n’y eût de variable dans le problème à poser que le harnais de traction. Malheureusement, les éléments ainsi déterminés lie se sont pas présentés. Nous avons cru devoir nous en assurer, même par une vérification expérimentale ; car il nous en eût coûté de laisser échapper une si belle occasion de recueillir des faits importants, quelque peu probable que parût le succès dé nos tentatives. Il est toujours bon de savoir douter de ses prévisions. On
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- n’est vraiment sûr de leur justesse que quand l’événement les a justifiées. Le doute en pareil cas peut être interprété contre ceux qui le manifestent, et ils tireraient souvent plus de profit personnel d’une assurance qui impose par un semblant d’autorité; mais ce n’est pas là ce qui importe à la vérité : celle-ci mérite bien qu’on lui fasse quelques sacrifices. Nos essais ont donc échoué, faute d’animaux qui aient pu donner la mesure de leur force avec un mode d’attelage autre que celui auquel ils avaient été habitués. Les autres difficultés de l’expérience eussent été vaincues; mais celle-là devenait une impossibilité devant laquelle il a fallu s’incliner, en attendant des circonstances plus favorables,
- • qui devront être préparées de longue main par un expérimentateur judicieux. Nous devons par conséquent nous borner à l’énoncé du problème, tel qu’il nous paraît pouvoir être posé pour conduire à une solution ayant quelque valeur, sur le sujet controversé dont il s’agit.
- Toutefois, dans l’état des choses, il est permis de formuler provisoirement quelques aperçus, qui n’ont point été modifiés par le concours auquel nous avons assisté. Nous dirons d’abord que l’utile application aux animaux de race bovine, pour l’exécution des travaux de culture, d’un collier confectionné dans de bonnes conditions, a été mise une fois de plus en évidence; mais, sans donner à notre opinion plus de portée que n’en peut avoir une appréciation fondée sur des impressions non rigoureuses, il nous semble que le collier convient surtout pour les travaux qui exigent le moins de force et le moins de régularité dans l’allure. Si bien dressées que se montrassent les bêtes qui le portaient à Billancourt, il n’était pas possible de comparer avantageusement leur travail à celui des bêtes attelées au joug, dont l’imperturbable régularité a été souvent célébrée par les poètes de l’antiquité. Nous ne sommes aucunement sûrs que les inconvénients du joug solidaire n’aient point été beaucoup exagérés, sous le rapport de la perte de force qu’il occasionne; et c’est là précisément un des points que
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- nous aurions voulu vérifier; quant à la souffrance qu’on lui reproche d’imposer au bœuf, nous n’hésitons pas à dire que nous la croyons purement imaginaire. Nous ne pouvons pas considérer, avec les zoophiles instinctifs, le joug que portent la plupart de nos bœufs comme un instrument de cruauté. La seule question est de savoir au juste si le bœuf tire mieux par la tête que par l’encolure ; si deux bœufs produisent plus de force par la résultante de leurs efforts, lorsqu’ils sont liés au même joug ou lorsqu’ils portent des jougs indépendants ; lorsqu’ils sont attelés à une tige rigide, à un trait unique, chaîne ou corde, ou bien à ce qu’en termes techniques on appelle une volée. Et, en outre, cette question se complique de considérations économiques, relatives à ces divers modes d’attelage envisagés isolément. Elle est, à ce point de vue complexe, du ressort des traités spéciaux. Nous ne pouvons pas nous y arrêter davantage ici.
- Quant à la comparaison des diverses races pour la production des animaux travailleurs, la science, dans son étal actuel, est bien lixée, et il n’y a pas lieu non plus d’y insister. Les situations économiques ne permettent point à cet égard une solution absolue. Nous l’avons établi précédemment. S’il n’en était pas ainsi, l’on pourrait, sans conteste, placer les bœufs auvergnats-au premier rang. Par leur taille, leur poids, leur énergie et leur agilité, ils sont les plus forts travailleurs dans les terres difficiles et sur les chemins accidentés. Après eux viennent les sujets issus de la race vendéenne, les bœufs gîitinais, nantais, d’Aubrac, etc; puis les infatigables bœufs du Morvan, qui ne leur cèdent que pour le poids et non pour l’énergie; puis les charolais, plus lourds mais moins résistants.
- On a pu voir à Billancourt le parti qu’il est possible de tirer dutravail des vaches. Quelques attelages de ces animaux, provenant des environs de Valenciennes et appartenant à la variété hollando-flamande des provinces belges, ont montré, munies -de - leur collier, ce qu’elles pouvaient faire. D’autre, venues du Morvan, ont labouré sous le joug, devant une paire de
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- bœufs, avec la même aisance et la même adresse que ceux-ci, el de façon à montrer qu’elles n’en étaient point à leur coup d’essai. La plupart étaient en lait, accompagnées même de leurs veaux. Il y a dans ce fait une intéressante question d’économie rurale, sur laquelle nous avons trop insisté, à propos du travail des races bovines en général, pour qu’il puisse être nécessaire d’y revenir en ce moment.
- Nous ne reviendrons pas davantage sur ce qui concerne les races spécialisées pour l’engraissement, par l’exhibition desquelles les opérations de notre classe se trouvent closes. Cette exhibition ne pouvait nous apporter aucun fait qui ne fut déjà bien connu. Les principes auxquels elle se rattache ont été développés dans le présent Rapport, à l’occasion de toutes les autres. Il ne nous reste donc plus qu’à nous résumer en peu de mots.
- En somme, l’Exposition Universelle de 1867 a permis de constater de la manière la moins douteuse que l’art de l’éleveur a fait dans notre pays, depuis dix ans, pour ce qui concerne les races bovines, des progrès considérables. Ces progrès sont surtout manifestes par une constante préoccupation de subordonner l’art aux exigences des lois économiques, ce qui est mis eu évidence par la conservation de nos races indigènes à leur état de pureté et par le développement mesuré de leurs aptitudes, dans un rapport exact avec les autres éléments de la production agricole et avec les conditions de débouché. Il en faut conclure que l’économie du bétail est désormais définitivement entrée chez nous dans la voie scientifique, d’où l’on est en droit d’espérer qu’elle ne sortira plus.
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- Par M. MAGNE.
- D’après le règlement général de l’Exposition Universelle de 1867, et le règlement particulier de l’annexe de Billancourt, le Jurv de la classe 77 a eu à examiner :
- 1° Les animaux de l'espèce ovine exposés au Champ-de-Mars, pendant toute la durée de l’Exposition et renouvelés de quinzaine en quinzaine; 2° les types des races ovines de boucherie, reproducteurs, pendant la première quinzaine d’avril; 3° les animaux gras de ces mêmes races exposés du 16 au 30 du même mois ; 4° les spécimens des races ovines à laine, reproducteurs, dans la deuxième quinzaine de mai ; 5° les races caprines dans la deuxième quinzaine de juin.
- Les animaux de ces quatre dernières catégories ont été exposés à Billancourt.
- Le Jury était, en outre, chargé d’examiner « les types de bergeries, de parcs à moutons et d’établissements analogues, niais il n’a pas eu l’occasion de s’occuper de cette partie de son programme.
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- CHAPITRE I.
- ESPÈCE OVINE.
- 1634 animaux de l’espèce ovine ont été exposés : 1143, dont 443 mâles et 700 femelles, à Billancourt ; et 491, dont 135 mâles et 356 femelles, au Champ-de-Mars.
- Les mesures législatives qui, pour préserver notre bétail de la peste bovine ont défendu l’importation en France des animaux ruminants, n’ont pas permis aux nations renommées pour leurs bêtes à laine, de prendre part à ce grand concours. Le Jury n’a eu à examiner qu’un petit nombre d’animaux étrangers qui avaient été introduits en France avant la publication des mesures que nous rappelons.
- Il ne serait pas juste de considérer l’état de perfection atteint par les animaux qui ont mérité des récompenses aux éleveurs, comme ayant été produit dans les dix ou douze années qui viennent de s’écouler. Il est le résultat d’opérations qui se poursuivent depuis longtemps, quelques-unes depuis la fin du siècle dernier, mais qui n’avaient jamais été poussées avec l’activité qu’on y porte de nos jours. Jamais aussi les progrès n’avaient été si rapides que pendant l’époque dont les rapporteurs de l’Exposition Universelle de 1867 sont chargés de résumer les travaux.
- L’exposition des races ovines comprend une succession de concours partiels dont les deux principaux sont ceux qui ont eu lieu à Billancourt : l’un, la première quinzaine d’avril, et l’autre, la deuxième quinzaine de mai ; le premier, exclusivement consacré aux races les plus appropriées à fournir de la viande, et le second, aux races qui donnent les meilleures toisons. Cette division correspond à celle qui est généralement admise pour l’étude des races ovines. Nous la suivrons dans le résumé qui va faire la base de ce Rapport.
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- § 1. — Races de boucherie.
- Le concours des races de boucherie, ouvert le 1er avril, comprenait des béliers et des brebis des races Dishley, New-Kent et Southdown et des métis provenant de ces races croisées avec des races françaises
- 1° Races pares : Southdown, Dishleij, New-Kent. — Les plus belles races de boucherie connues étaient représentées au concours de Billancourt. Celle qui a pris naissance dans les dunes du sud de l’Angleterre, la race Southdown, y occupait la plus grande place, et la plupart des animaux exposés ressemblaient aux plus beaux types nés en Angleterre, par ce corps cylindrique, ce dos horizontal, ce squelette léger et ces fortes masses musculaires, qui constituent la perfection des races de boucherie. Les races à laine longue, la Dishley, la New-Kent, n’y comptaient qu’un petit nombre de sujets, mais qui se distinguaient également par leur belle conformation.
- Les caractères des races de boucherie sont bien connus, et il serait inutile de les indiquer ici. L’Exposition de 1867 a confirmé ce que nous savions sur la possibilité de produire en France des béliers et des brebis aussi parfaits que les beaux types produits en Angleterre ; mais une question qui n’est pas encore résolue, et sur laquelle l’Exposition nous a fourni quelques données utiles, est celle de la convenance de ces races à notre économie rurale. Malgré les beaux résultats que nous constatons, on peut se demander si les races de boucherie que l’Angleterre a produites trouvent en France des conditions économiques favorables à leur propagation.
- . Les qualités des races domestiques améliorées sont l’indice et le résultat de la perfection des pratiques zootechniques ; le degré d’amélioration auquel ces races sont parvenues est artificiel, et ne peut être conservé que par des soins incessants, capables de neutraliser les dispositions qu’ont les animaux à
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- revenir au type primitif de l’espèce. D’un autre côté, c’est par exception que se trouvent en France le climat tempéré, les terres herbeuses qui dominent dans la Grandc-Bretague et qui sont si favorables à la production de la viande. Aussi, sans mettre en doute la possibilité de l’acclimatement en France des races ovines anglaises, on peut se demander si leur rendement plus considérable compense, dans la plupart des cas, les frais exceptionnels que leur entretien nécessite. Les résultats fournis par l’Exposition donnent à cette question une solution négative plutôt qu’affirmative.
- Les races de boucherie anglaises, quoique connues en France depuis longtemps, se propagent lentement. Le nombre des cultivateurs qui ont exposé des animaux de ces races est restreint; môme les animaux de la race Southdown, quoique nombreux, appartenaient à quatre ou cinq exposants, et rien ne prouve qu’ils rentrent dans la convenance de la masse des cultivateurs. A cet égard, les races de boucherie diffèrent beaucoup de la race mérinos, également d’origine étrangère, et qui, nous le disons par anticipation, a été si rapidement substituée à quelques-unes des anciennes races de nos provinces. — Notons cependant que1 les conditions économiques et agricoles de nos exploitations rurales deviennent de plus en plus favorables à l’entretien des races de boucherie : la suppression des droits qui encourageaient la culture du blé, des graines oléagineuses, du lin, etc.; l’extension que prend la culture des plantes fourragères ; l’établissement d’industries rurales qui fournissent des résidus pour la nourriture des bestiaux ; le meilleur entretien des chemins vicinaux qui facilite l’emploi des chevaux aux travaux agricoles ; l’accroissement général du bien-être qui permet à un plus grand nombre d’habitants de consommer de la viande et de la payer plus cher, sont des circonstances qui rendent plus avantageux l’entretien des races particulièrement aptes à la boucherie, et qui, en expliquant les progrès que l’Exposition de 1867 a mis en évidence, en font prévoir de plus considérables.
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- 2° Métis anglo-français. — Cette exposition, tout en confirmant donc la possibilité déjà reconnue d’acclimater en France les races anglaises de boucherie, tend à prouver que ces races ne trouvent encore qu’exceptionnellement, dans nos exploitations rurales, les conditions qu’elles exigent pour être multipliées avec avantage. Elle démontre même que les cultivateurs français cherchent le progrès dans une autre voie; car ceux qui sont en position d’entretenir les races les-plus perfectionnées pour la boucherie ont généralement d’autres animaux. En croisant les béliers Southdown, Dishley, New-Kent avec des races plus rustiques et meilleures pour la laine, ils ont produit des métis qui réunissent aux qualités des races à viande, de riches toisons, et qui sont plus sobres et plus rustiques que les races étrangères dont ils proviennent. Ces métis, aussi variés que le climat, le sol et les conditions économiques de nos provinces l’exigent, répondent à tous-les points de vue aux besoins des fermes dont l’agriculture est perfectionnée.
- En tenant compte de l’origine de ces métis, nous en ferons deux catégories. Dans l’une, nous plaçons ceux qui descendent de la race Southdown, croisée avec nos anciennes races, celles du centre de la France principalement. Quelques-uns avaient une très-grande ressemblance avec la race anglaise: Il a fallu la déclaration des propriétaires, à tous égards dignes de foi, pour les faire admettre dans la section des animaux croisés. Un cultivateur du département de la Seine-Inférieure a exposé des béliers et des brebis provenant de la race Southdown et de la race mérine. Us différaient sensiblement des croisés produits par le même bélier dans le centre delà France, et se rapprochaient, par leur corps bien laineux et la douceur de leur toison, des métis Dishley-mérinos dont nous allons parler ; mais ils présentaient cette teinte brune de la race paternelle, que craignent avec raison nos habiles producteurs de laine, et qui fait donner la préférence aux croisements avec les béliers Dishley.
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- Les plus nombreux, et les plus intéressants métis anglo-français exposés à Billancourt provenaient, en effet, du croisement de ce dernier bélier ou du bélier New-Kent avec des brebis mérinos ou des métisses mérinos. Ils forment un type bien supérieur.
- . Ces métis, généralement appelés Dishley-mérinos, parce que le plus grand nombre provient de la race Dishley, ressemblent aux races anglaises qui ont contribué à les produire, par la tête petite et désarmée, l’ampleur du tronc et la légèreté du squelette, et aux brebis françaises, par le corps plus laineux et la toison plus tassée et plus douce. Toutefois, au point de vue de la finesse et de la longueur de la laine, il y avait une distinction à faire entre les métis de cette origine. Quelques-uns tenaient plus des races anglaises que du mérinos et se faisaient remarquer par leur taille élevée, leur belle conformation et leur laine longue, sinon d’une grande finesse ; ils provenaient des départements du Pas-de-Calais et de l’Aisne, un petit nombre de celui de la Manche et de celui de Seine-et-Marne.
- D’autres, et c’étaient , les plus nombreux,, avaient plus de ressemblance avec la race mérine qu’avec la race anglaise, ils se rapprochaient de la première par la toison fine, douce, fermée, et couvrant en grande partie la tête et les membres. Si ces précieux animaux, qui sont produits principalement dans les départements de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne, laissent quelque chose à désirer au point de vue de la conformation, ils compensent ce qui peut leur manquer à cet égard par une grande supériorité au point de vue de la toison et par une constitution appropriée à notre climat.
- L’exposition des bêtes ovines produisait, à cause de la diversité des animaux croisés, une certaine confusion dans l’esprit de celui qui voulait l’étudier en détail. Il était assez facile cependant de ramener toutes les variétés à deux types appropriés, l’un aux plaines ou aux vallées, ayant quelque ressemblance avec l’Angleterre et plus favorables à la production de
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- la viande qu’à celle des belles laines, et l’autre aux plateaux médiocrement herbeux, où l’entretien des bêtes à laine a le plus d’importance et qui sont renommés pour leurs riches toisons.
- Les éleveurs français sont fixés sur le but vers lequel ils doivent tendre, mais beaucoup sont incertains quant aux moyens qu’ils doivent employer pour y arriver. De cette incertitude résultent des tâtonnements qui ont produit les variétés que nous signalons. Nous ne croyons pas nécessaire de rappeler ces variétés; nous nous bornerons à noter celle qui constitue ce qu’on appelle race de la charmoise, race connue depuis longtemps comme éminemment propre à la boucherie. Elle était représentée par de beaux produits provenant de plusieurs fermes, et notamment de celle dont elle porte le nom, et où Malingié l’a formée.
- \ 2. — Races à laine.
- Malgré la rare perfection des reproducteurs des races de boucherie et de quelques lots de moutons gras exposés pendant la deuxième quinzaine d’avril, le concours de bêtes à laine le plus intéressant a eu lieu la dernière quinzaine.de mai et comprenait les reproducteurs des races à laine. C’est avec raisonqu’il a été qualifié de « particulièrement remarquable;» il Pétait par les qualités et par le nombre des animaux exposés. Comme pour les races de boucherie, nous distinguerons les animaux de race pure, des métis.
- 1° Race pure. — Une seule race, la mérine, rentre dans cette section. Importée dans le siècle dernier, elle trouve dans plusieurs de nos provinces des conditions favorables à son existence. Aussi a-t-elle par elle même et par ses métis rapidement pris la place de plusieurs races indigènes. Pour cette race, la possibilité et la convenance de l’acclimatation sont depuis longtemps reconnues. C’est avec raison qu’on la consi-
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- (1ère aujourd’hui connue propre au pays. Les cultivateurs l’ont rendue française par les améliorations qu’ils lui ont imprimées, améliorations qui ont donné une si grande importance à l’entretien des hôtes à laine dans les exploitations rurales de nos plus riches provinces. Depuis son introduction à Rambouillet, la race inérine a été progressivement améliorée pour la taille et la toison ; mais c’est seulement de nos jours que l’on s’est occupé sérieusement de la perfectionner au point de vue de l’aptitude à s’engraisser jeune et de la conformation. Comprenant que la France a mieux à faire qu’à soutenir la concurrence pour la production des laines extra-fines avec des contrées peu peuplées, beaucoup d’éleveurs attachent moins d’importance que leurs pères à la finesse des toisons, et cherchent à augmenter le rendement en viande. Ils ont déjà réalisé des progrès à tous égards avantageux au pays.
- Parmi les mérinos exposés, beaucoup se faisaient remarquer par leur tête assez légère, dépourvue de cornes, et présentaient les caractères que nous résumons parles mots : forme cylindrique du tronc et légèreté du squelette, caractères qui rapprochent des races de boucherie, les mérinos que les éleveurs progressistes cherchent à produire Celte amélioration n’est pas générale.
- Il y a chez nos producteurs de mérinos deux tendances : si les uns cherchent, nous venons de le voir, à perfectionner les formes, en diminuant le poids des parties du corps qui ont peu de valeur, les autres tendent encore à accroître l’étendue de la toison, par l’emploi de béliers de haute taille, à peau plissée, à tête et à extrémités fortement laineuses. Ces derniers avaient exposé des béliers de l’ancien type, caractérisés par une tête grosse et pourvue de cornes lourdes, par une encolure forte, un garrot saillant et une peau fortement plissée, ce qui augmente la quantité de la laine, mais en diminue la qualité. Avec ces caractères, les bêtes ovines, quoique laissant à désirer au point de vue de la boucherie, sont recherchées dans quelques pays, et les éleveurs français ont
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- toujours intérêt à produire des béliers de cette sorte, parce qu’ils les vendent avantageusement comme reproducteurs pour des contrées où l’on lient moins qu’en France à la production de la viande.
- Ces deux variétés du mérinos ne se trouvent pas également réparties dans tous les départements producteurs : les culti-teurs de Seine-et-Oise, d’Eure-et-Loir,de Seine-et-Marne, etc., qui ont retiré de si grands bénéfices du mérinos ancien type, y tiennent toujours et en avaient exposé de tort remarquables ; tandis que les producteurs de la variété à peau non plissée, plus .appropriée à la boucherie, sont disséminés dans la Côle-d’Or, la Marne, le Loiret, etc.
- Pour l’amélioration de la laine, il n’y a parmi nos éleveurs qu’une tendance. Sur tous les mérinos exposés, auChamp-de-Mars comme à Billancourt, nous avons constaté que la laine est longue sans cesser d’être souple et tenace ; qu’elle recouvre la totalité du corps, la tête et les membres, ce qui indique dans les animaux une disposition à produire de lourdes toisons. Quant à la finesse, elle n’a pas augmenté , mais le changement qui s’opère est cependant assez généralement considéré comme une amélioration, car nos cultivateurs ont surtout intérêt à accroître le poids delà viande et de la toison : ils se bornent, en général, à produire de belles laines, de finesse moyenne, fort recherchée par l’industrie moderne. Notons cependant que sur quelques mérinos de forte taille la laine était d’une grande finesse. L’Exposition a prouvé qu’un fort rendement en viande n’exclut pas absolument les belles toisons, et que nos cultivateurs peuvent, quand ils y ont intérêt, produire des laines extra-fines.
- 4° Métis-mérinos. — Les produits issus du croisement des béliers mérinos avec les brebis delà Beauce, de la Brie, de la Bourgogne, de la Champagne, de la Provence, du Roussillon, que les cultivateurs appellent métis-mérinos ou simplement métis, constituent, par leur nombre et leurs qualités, les plus
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- précieux troupeaux de l’empire. A l’opposé des races de boucherie et même de la race mériiie, les métis ont beaucoup plus d’importance dans le pays que ne le ferait supposer le nombre de ceux qui ont été exposés.
- Ces précieux animaux — nous parlons de tous les métis qui existent en France — diffèrent beaucoup les uns des autres par la taille, la conformation et les qualités de la laine. Ceux qui ont été exposés à Billancourt et au Champ-de-Mars se rapprochaient du mérinos par la valeur des toisons, et quelques lots égalaient les Dishley-mérinos pour la conformation et l’aptitude à la boucherie. L’Exposition de 1867 a confirmé ce que des concours antérieurs avaient déjà permis de constater, à savoir que des animaux provenant du croisement des races domestiques peuvent se perfectionner graduellement, et qu’ils acquièrent un degré de fixité que l’on a cru pendant longtemps incompatible avec l’hybridité.
- § 3. — Anciennes races françaises.
- Il a toujours été reconnu que le régime constitue un moyen sûr d’améliorer les animaux domestiques. Pendant longtemps, on a même cru que c’est le seul dont l’action soit durable. Et cependant, si nous jugions de ses effets d’après les animaux qui ont été exposés, nous devrions dire que son action est nulle, car, sauf quelques exceptions très-rares qui ne sauraient infirmer la règle, les animaux des anciennes races n’indiquaient aucune amélioration sensible dans ces races, ni quant aux formes ni quant à la laine. Et, nous venons de le voir, tous les animaux qui ont été remarqués, ou pour leur conformation, ou pour leur toison, sont d’origine exotique ou proviennent de croisements.
- Les bêtes ovines sont-elles réfractaires à l'influence du régime , ou bien a-t-on négligé de chercher à les perfectionner par ce moyen, par sélection, c’est-à-dire par elles-mêmes, comme on dit ordinairement ? L’Exposition fournit des données pour résoudre ces questions.
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- L’amélioration des races ovines est subordonnée à la fertilité des terres et au rendement, c’est-à-dire aux produits des animaux, ou plutôt aux bénéfices que les animaux procurent.
- En consultant la liste des récompenses et des départements qui ont fourni le plus grand nombre d’animaux, on voit que les races qui n’ont pas été exposées, ou pour lesquelles il n’a pas été accordé de récompenses, la solognote, la berrichonne, la limousine, la bretonne, la barbarine, etc., sont peu productives et se trouvent dans des pays peu favorisés au point de vue de la culture des bons fourrages ; tandis que celles pour lesquelles le Jury a accordé des prix, les mérinos et les métis divers, payent bien les soins qu’on leur donne et sont produites dans des contrées où la culture des plantes fourragères est prospère. Ces deux conditions — qualité des animaux et possibilité d’améliorer les terres pour bien nourrir le cheptel — réagissent l’une sur l’autre ; un grand rendement du troupeau engage à cultiver de bons fourrages pour l’entretenir, en même temps que les soins qu’on lui donne, le perfectionnent. Il est certain que la culture des prairies artificielles a très-puissamment contribué à améliorer les troupeaux de la Beauce, en facilitant la substitution du mérinos à la race aborigène; mais il est également vrai que le produit considérable obtenu du mérinos et de ses métis a été le premier et le plus puissant instigateur de l’impulsion donnée à cette culture.
- Le cultivateur qui, après avoir amélioré sa culture, peut entretenir des animaux plus appropriés à la boucherie que la race indigène, a plus d’intérêt à changer la race par le croisement qu’à la transformer par elle-même et par le régime. Il arrive plus promptement et plus sûrement au but qu’il veut atteindre. C’est ce qui explique les nombreux croisements que les races Dishlev, New-Kent, Southdown , ont contribué à produire dans nos départements, croisements qui ont fourni de si remarquables produits à l’Exposition.
- Ces considérations s’appliquent également à l’amélioration de la laine. Pour ce produit, moins subordonné à l’influence
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- du climat et du sol que la taille et le poids des animaux, les avantages du croisement sont même plus certains que pour le perfectionnement au point de vue de la boucherie, et quand on voit ses merveilleux résultats, il est difficile de comprendre le nombre encore si considérable de moutons à laine commune et à laine grosse qui existe dans quelques-uns de nos départements. Les petits cultivateurs sont, il est vrai, presque les seuls qui restent complètement stationnaires; mais comme ils sont très-nombreux en France, leur négligence à soigner leurs troupeaux n’en est pas moins fort préjudiciable à la fortune publique. Nous disons leur négligence, car la défectuosité de leurs animaux au point de vue du lainage n’a pas d’autre cause. Comme ils emploient la plus grande partie des toisons de leurs quelques brebis à l’usage de leur famille, ils ne sentent pas assez l’avantage qu’ils auraient à les améliorer. Les animaux à belle laine intermédiaire donnent de plus lourdes toisons, à taille égale, que ceux dont la laine est grossière; et tel petit propriétaire, qui récolte à peine la laine nécessaire pour le besoin de sa maison, pourrait en vendre si, au lieu de moutons poitevins, limousins, berrichons, solognots, morvandeaux, il entretenait le même nombre de métis, qui sont aussi faciles à nourrir; et comme un poids donné de laine de belle qualité fait plus de profit, produit plus d’étoffe, et une étoffe qui préserve mieux du froid et de l’humidité que la même quantité de laine grossière , l’amélioration des laines communes est à la fois une question économique et une question d’hygiène d’un grand intérêt.
- Quant à la persistance des améliorations produites sur la laine par le croisement des races, nous nous bornerons à ajouter à ce que nous avons dit, que l’origine des quelques troupeaux métis mérinos qui ont fourni des brebis et des béliers à l’Exposition remonte au premier quart de ce siècle, et que, loin de dégénérer, les animaux qui composent ces troupeaux se perfectionnent de plus en plus. Plusieurs lots de ces métis se rapprochaient à tous égards des plus beaux types de la race
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- mérinos. Il a suffi de quelques générations pour les produire, et j’ajoute pour accroître considérablement la richesse nationale ; tandis qu’il aurait fallu des siècles de tâtonnements pour donner de semblables résultats par la sélection, par le régime seul.
- Ainsi, l’Exposition a démontré que les trois moyens d’amélioration connus ont contribué au perfectionnement de nos troupeaux; que le régime peut produire de grandes améliorations dans les animaux de l’espèce ovine, ainsi que le prouve le perfectionnement du mérinos et de ses métis; que c’est seulement quand on a pu mieux soigner les troupeaux que les races étrangères perfectionnées ont pu être acclimatées et employées avec avantage à croiser les races indigènes ; enfin que jusqu’à ce jour nos cultivateurs n’ont pas cherché à améliorer nos races aborigènes par elles-mêmes.
- Animaux divers. — Le Jury a eu, en outre, à examiner des ' béliers et des brebis des anciennes races indigènes, des races du centre et du sud, et en particulier de la race venue de l’Algérie et appelée barbarinc. Ces races, nous venons de le voir, n’ont pas été sensiblement améliorées. Un propriétaire du département de Seine-et-Marne a croisé un bélier importé de la Chine avec des brebis mérinos. La race exotique avec laquelle le croisement a été effectué laisse beaucoup à désirer au point de vue des formes et de la toison, mais elle est remarquable par une très-grande fécondité : les brebis font des portées très-rapprochées, et à chaque portée deux ou trois agneaux. Les béliers et les brebis métis soumis à l’examen du Jury étaient mal conformés et portaient de mauvaises toisons; les brebis, encore très-jeunes, avaient déjà eu plusieurs portées ; elles avaient été fécondées à l’âge de six à sept mois, et elles nourrissaient deux ou trois agneaux, mais paraissaient avoir beaucoup souffert de cette excessive fécondité.
- Il existe plusieurs races ovines très-fécondes. On n’a pas, jusqu’à ce jour, cherché à les introduire dans nos exploitations
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- rurales, car il est. admis parmi nos éleveurs que c’est par des animaux bien constitués, bien appropriés à leur destination, et par l'extension de la culture des plantes fourragères, qu’il aut chercher à produire de la viande à bon marché. L’expérience faite dans le département de Seinc-et-Marne ne prouve pas le contraire. Tout en reconnaissant le zèle désintéressé de l’honorable expérimentateur qui a exposé à Billancourt et au Champ-de-Mars, le Jury n’a pas cru devoir, par une mention particulière, conseiller aux éleveurs d’imiter son exemple.
- g 4. — Races à laine extra-fine.
- Deux éleveurs allemands, M. le comte Joseph de Mielzinski et M. Casimir Chlapowski, l’un et l’autre du grand-duché de Posen (Prusse), avaient introduit en France des brebis et des béliers de leurs troupeaux avant la publication de l’arrêté qui interdisait l’importation des animaux ruminants. Cette circonstance nous a valu d’avoir au concours des races ovines (deuxième quinzaine de mai), 4 béliers et 30 brebis mérinos, à laine extrafine , qui présentent toutes les qualités de la célèbre race ne-gretti à laquelle ils appartiennent. Nous ne pouvons pas juger des progrès réalisés à l’étranger d’après le petit nombre d’individus exposés à Billancourt, mais nous savons que les éleveurs allemands cherchent, connue nous le faisons en France, à accroître la taille des animaux. Ces béliers de la race negretti étaient, du reste, plus forts que ceux de même provenance qui avaient été amenés à la précédente Exposition Internationale.
- Les moutons à laine superfine ne conviennent, dit un des exposants de la race negretti, que « dans les pays où les « pâturages sont en général maigres, et où la viande n’atteint « pas un prix suffisamment rémunérateur. Là, la laine est le « plus important, sinon le seul produit des animaux de l’espèce « ovine. » (Bergerie modèle de mérinos negretti, domaine de Kotowo.) Ils sont de plus en plus exclus de nos exploitations agricoles par leur taille petite, leur conformation vicieuse, leur
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- tête énorme, leur tronc mince et leur peau très-fortement plissée. D’ailleurs ils nécessitent des soins très-minutieux pour conserver l’excessive finesse de leur laine. Un seul éleveur, M. Gaspard Tronche, du département des Bouches-du-Rhône, avait exposé des béliers et des brebis dont la toison était d’une très-grande finesse; mais un fait, serait-il avantageux pour l’éleveur en raison des circonstances particulières dans lesquelles il se produit, n’infirmerait pas la loi économique qui s’impose de plus en plus à nos cultivateurs : faire beaucoup de viande et de belles laines intermédiaires.
- Du reste, les résultats obtenus par nos éleveurs sont bien appréciés en Allemagne et en Angleterre. Les Allemands augmentent le poids de leurs moutons et la valeur des toisons, en important des béliers de nos fortes races mérines; et, pendant que des agronomes français conseillaient à nos éleveurs de porter exclusivement leur attention sur la production de la viande, les Anglais amélioraient leurs troupeaux au point de vue de la laine, ici, en croisant leurs races de boucherie avec des races plus laineuses, ailleurs, en achetant des reproducteurs choisis dans nos belles races à laine intermédiaire. Et quand ils arrivent à obtenir une amélioration sensible, ils ne négligent pas de la mettre en évidence, en conservant au moment de la tonte, sur les béliers qu’ils destinent à la vente, des parties de la toison.
- g 5. — Animaux hors concours.
- Le Jury n’a pas eu à noter les animaux exposés hors concours, mais nous devons les rappeler ici pour constater les progrès réalisés et pour déduire de cette partie de l’Exposition l’enseignement qui en résulte.
- Les établissements agricoles de S. M. l’Empereur avaient exposé, la première quinzaine d’avril, des béliers et des brebis southdown et des métis provenant de cette race et de la race solognote. Les animaux de la race anglaise étaient tels que
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- nous les voyons tous les jours à la ferme de Vincennes. Ils n’avaient pas été soumis à cette préparation excessive que les exposants ont l’habitude de faire subir aux animaux qu’ils destinent à des concours, ou même simplement à la vente. Les béliers n’en étaient pas moins remarquables par la finesse et la perfection des formes. C’est un exemple qu’il appartenait aux fermes impériales de donner,, et les jurés des concours devraient encourager les exposants à l’imiter ; car, trop souvent, les éleveurs achètent, pour améliorer leurs races, des béliers impropres à la reproduction à cause de leur embonpoint excessif.
- Nous avons vu que le croisement des races ovines a donné en France des métis qui répondent aux besoins de la culture perfectionnée, et nous aurions pu citer ceux de MM. Pluchet, Malingié, de Béhnguc, de Vogué, d’Havrincourl, Fouqucr d’Hé-rouel,etc., etc. Nous avons ajouté que le même moyen d’amélioration pourrait contribuer aussi à produire des animaux supérieurs aux races des contrées peu fertiles, pouvant cependant être entretenus dans les exploitations dont la culture n’a pas été sensiblement améliorée, et, à l’appui de notre opinion, nous pouvons signaler encore l’exposition hors concours des fermes de la Couronne. Sans être inférieurs à la race du Cher et de Loir-et-Cher pour la rusticité, les métis south-down-solognols élevés à la ferme impériale de la Sologne sont mieux conformés et donnent presque deux fois autant de produit en laine que les animaux de la race indigène.
- Au concours des reproducteurs des races à laine, les exploitations agricoles de Sa Majesté avaient exposé des béliers et des brebis mérinos provenant, les uns de la bergerie impériale de Rambouillet, les autres d’une ferme de laChampagne. La célèbre bergerie qui a si puissamment contribué aux progrès de notre industrie ovine se maintient toujours à la tête des établissements producteurs de mérinos. La précieuse race y est améliorée au point de vue de la taille et des formes, sans rien perdre quant à la qualité de la laine. Notre confrère
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- M. Mathieu, qui a étudié au micromètre les laines des mérinos les plus remarquables exposés à Billancourt, a trouvé celle de quelques béliers, et en particulier d’un bélier provenant d’une ferme impériale, aussi fine que celle de la race negretti.
- M. le comte de Bouillé, président du Jury de la classe 77, avait aussi à Billancourt des animaux hors concours. Il avait exposé dix béliers de la race southdown et un lot d’agnelles. Le succès de notre honorable collègue au concours de Poissy, où il vient d’obtenir pour la septième fois le prix d’honneur accordé pour les moutons, prouve, plus éloquemment que nous 11e saurions le faire, la grande perfection qu’il a su imprimer à son troupeau, et la disposition de la race anglaise à s’acclimater en France , quand elle est soignée convenablement. Un autre membre du Jury, M. Lefebvre, de Saint-Escoville, avait exposé hors concours un lot de brebis mérinos de la plus belle conformation; l’habile éleveur a conservé le rang qui lui a valu la récompense si flatteuse et si méritée qu’il a obtenue pour ses béliers à l’Exposition Internationale de Londres.
- Ces trois exhibitions confirment les conséquences que nous avons déduites de l’exposition des bêtes à laine, à savoir que
- c’est par l’importation de races étrangères, par des croisements judicieux, et par un bon régime que nous devons chercher à accroître le revenu de nos troupeaux.
- § 6. — Résumé.
- Nous résumerons de la manière suivante l’enseignement qui résulte de la grande diversité des animaux de l’espèce ovine exposés, soit à Billancourt, soit au Champ-de-Mars.
- Les races ovines les plus appropriées à la boucherie se reproduisent en France avec toute leur perfection, mais les cultivateurs n’ont généralement pas intérêt à en composer leurs troupeaux ; ils trouvent plus d’avantages à les employer pour créer des métis réunissant aux qualités que l’on recherche dans les races à viande des toisons des bonnes races à laine ;
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- Les cultivateurs français ont créé par ce moyen deux sortes de bêtes à laine, l’une pour les contrées du nord et de l’ouest qui par le sol et le climat ont de la ressemblance avec l’Angleterre, l’autre pour les plateaux renommés pour la production des belles toisons.
- Les mérinos et les métis-mérinos s’améliorent au point de vue des formes; leur toison, quoique perdant de la finesse, si on la compare à ce qu’elle était dans les troupeaux de choix, il y a vingt ou trente ans, possède les qualités que l’industrie réclame et paye le mieux ; les métis bien soignés se conservent et s’améliorent en se reproduisant entre eux.
- Comme questions que l'Exposition aura contribué à éclairer, nous rappellerons encore les suivantes :
- 1° Aptitudes des races ovines. — Nos éleveurs ont démontré, par leur pratique persévérante, qu’il est possible d’avoir une race bien conformée pour la boucherie et propre à donner de riches toisons. Nous devons d’autant mieux les féliciter de leur succès à cet égard, qu’ils ont su résister à l’incitation de quelques agronomes qui, il y a quinze ou vingt ans, les poussaient à faire le sacrifice de la laine pour ne songer qu’à la production de la viande. C’est en suivant cette voie exclusive que l’agriculture d’une nation voisine a obtenu de remarquables succès, mais c’était pour elle un pis-aller. Malgré leur succès dans l’élevage des races de boucherie, les Anglais n’ont renoncé aux bonnes races à laine qu’à regret, et après avoir reconnu les difficultés presque insurmontables que le climat et le sol de leur pays opposent à la production des belles toisons. Nos éleveurs ont eu le bon sens de reconnaître que, en les imitant, ils renonceraient à une partie des avantages que présentent le climat et le sol de la France.
- 2° Précocité. — Les visiteurs descendus à Billancourt ont pu se convaincre de l’aptitude de nos races ovines à une croissance rapide et à un engraissement précoce, qualités que l’on
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- a pendant longtemps considérées comme exclusivement propres aux races anglaises perfectionnées. Les animaux gras composant quelques lots des moutons et même des brebis exposés pendant la deuxième quinzaine d’avril, avaient acquis un très-haut degré d’engraissement, malgré leur extrême jeunesse. Si cette exposition n’a rien appris de nouveau à ce sujet, elle a pleinement confirmé ce que les concours de Poissy démontrent tous les ans depuis un quart de siècle : la grande aptitude de nos races ovines, même de celles qui ont de belles toisons, à prendre, très-jeunes, une forte taille et beaucoup de graisse.
- En faveur de la précocité, ou mieux de la maturité précoce de nos races, nous pouvons invoquer, outre l’état des animaux gras de l’Exposition, le développement hâtif des reproducteurs des races de boucherie et même des races à laine ; le mérinos et le métis-mérinos égalaient le southdown et le dishley par l’embonpoint et par la précocité de la dentition : les animaux de dix-huit mois en marquaient trente, et parmi ceux de trois ans, quelques-uns en marquaient cinq.
- En ceci encore, les éleveurs auront résolu une question qui intéresse la pratique : l’aptitude de nos moutons, non-seulement à prendre jeunes un grand développement et beaucoup de graisse, mais encore à acquérir les caractères que l’on considère comme les signes de la maturité, aptitude longtemps' contestée à nos races ovines et bovines.
- 3° Amélioration des laines. — Pour bien juger ces incontestables progrès, qui se rapportent principalement aux bêtes à laine considérées comme bêtes de boucherie, et auxquels il faut ajouter l’augmentation du poids des toisons et de la longueur de la laine, nous devons tenir compte des causes qui les produisent. C’est autant d’après ces causes que d’après les résultats obtenus que nous pouvons en faire une appréciation exacte. Ces causes tiennent, les unes à des circonstances économiques, les autres à des conditions agricoles. L’usage de
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- plus eu plus répandu des étoffes que nos manufactures fabriquent avec les laines à peigne constitue un encouragement permanent, et très-propre à engager les cultivateurs à persévérer dans la voie où ils sont entrés depuis vingt-cinq ou trente ans; et, d’un autre côté, les progrès de l’agriculture, l’amélioration du sol, l’extension de la culture des plantes fourragères, fournissent des ressources de plus en plus abondantes, de plus en plus assurées pour bien nourrir les troupeaux. C’est sous l’influence de ces deux causes puissantes que la laine des métis-mérinos, et même celle des mérinos, acquiert la longueur que réclame la fabrication de ces étoffes rares, de ces articles nouveautés, qui donnent tant d’importance à l’industrie nationale. Elles ne favorisent pas, nous l’a* vous constaté, la production des laines extra-fines, ni même des laines Unes. Est-ce un mal? Nous ne saurions partager l’opinion de ceux qui le croient et qui le disent. Les laines intermédiaires sont plus faciles à produire que les laines fines, et proportionnellement se vendent beaucoup mieux; d’un autre côté, le régime qui en favorise la production améliore les races au point de vue de la boucherie, de sorte que, soit que l’on considère la laine, soit que l’on considère la viande, on trouve que nos producteurs de bêtes à laine sont dans la voie la plus favorable à toutes les classes de la société.
- La plupart des producteurs exposants sont connus depuis longtemps comme producteurs de béliers et de brebis. Quelques-uns ont une réputation européenne. Les animaux qu’ils ont exposés ne sont pas des produits exceptionnels ; ils représentent l’état d’une industrie pratiquée sur une large échelle ; plusieurs éleveurs nous ont montré des produits de choix par vingtaines, les uns simultanément à Billancourt, les autres successivement au Champ-de-Mars. Et dans ces expositions les connaisseurs ne savaient s’ils devaient donner la préférence à des béliers irréprochables ou à des lots de brebis de la plus grande perfection. Les progrès signalés dans ce rapport comme démontrés par l’Exposition Universelle doiven
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- MOUTONS ET CHÈVRES.
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- donc être considérés comme « caractéristiques de l’art de l’éleveur des bêtes ovines en France», comme indiquant l’état actuel de l’industrie ovine chez les cultivateurs qui savent profiter des ressources qu’offrent en France le sol, le climat et les débouchés.
- CHAPITRE IL
- ESPÈCE CAPRINE.
- Le concours des animaux de l’espèce caprine n’a pas eu une importance proportionnée aux services que les chèvres rendent à la population rurale ; 9 animaux seulement ont été exposés : 7 à Billancourt, 2 mâles et 5 femelles, et 2 au Champ-de-Mars, 1 mâle et 1 femelle. Les agronomes s’accordent généralement pour proscrire les chèvres à cause des dommages qu’elles occasionnent; mais elles s’accommodent très-bien du régime sédentaire et peuvent être entretenues à l’étable avec des aliments de peu de valeur. En les soumettant à la stabulation permanente, on profite de leurs qualités, tout en évitant les dégâts que leur dent meurtrière fait éprouver aux plantes ligneuses qu’elles broutent. Dans l’espace de vingt années, leur nombre s’est élevé en France de 964,300 à 1,385,940.
- Malgré l’utilité de leur lait, employé, quand il n’est pas consommé en nature dans les petits ménages, à faire des fromages qui sont l’objet d’un commerce assez étendu et forment une des principales sources de l’aisance d’un grand nombre de communes; malgré l’utilité de leur viande, de leur peau et de la fourrure qui distingue quelques races exotiques, elles ne donnent lieu qu’à un commerce très-restreint,- cela explique le peu d’empressement que mettent les cultivateurs à les produire dans les Expositions.
- De nombreuses tentatives d’importation de races étran-
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- gères et de croisements ont eu lieu dans le but d’obtenir des métis réunissant aux qualités laitières des chèvres communes l’aptitude à produire le duvet des chèvres de Cachemire et du Thibet. Il est à désirer que ces essais soient continués, et le Jury a regretté de ne pouvoir pas, à cause de l’état des animaux exposés, proposer des récompenses pour l’amélioration de cet intéressant ruminant, justement appelé la vache du pauvre.
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- PORCS ET LAPINS
- SOMMAIRE :
- Section /. — Porcs, par M. Reyiul, professeur à l’École vétérinaire d’Alfort, membre de la Société Impériale et Centrale d’Agriculture de France.
- Section IL — Lapins, par M. Laverrière, bibliothécaire de la Société Impériale et Centrale d'Agriculture de France.
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- PORCS ET LAPINS
- SECTION 1
- PORCS
- Pau M. REYNAL.
- Les considérations qui doivent guider dans l’appréciation de la valeur industrielle des porcs paraissent le plus souvent négligées, pour la plupart, au bénéfice d’une seule. Il semble qu’on n’ait à se préoccuper que de la question de l’aptitude à transformer, en un temps donné, une quantité de nourriture déterminée en poids vif de l’animal qu’il s’agit d’apprécier. Toutes les discussions dans ces derniers temps, tous les juge ments dans les concours ouverts aux animaux des races porcines n’ont pas eu d’autre base ; et, ainsi posée, la question s’est trouvée, en principe, résolue par les familles de métis auxquelles on a donné le nom de races anglaises, qui jouissent de cette aptitude au plus haut degré. On ne discute plus que pour savoir à qui doit revenir l’avantage entre celles qu’on appelle les grandes races et celles qui sont appelées les petites races.
- En constatant que l’expérience a fait pencher la balance en
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- faveur (le ces dernières, beaucoup plus exploitées, du reste, en notre pays que les autres, il importe de faire remarquer, avant toute chose, qu’en ce pays même l’exploitation des races porcines est dominée par une condition préalable , qui est celle des circonstances économiques relatives aux débouchés ouverts aux produits de l’exploitation.
- On sait que les races précoces ou leur métis, qui acquièrent si rapidement un fort poids, et qui, par cela même, paraissent si précieuses, envisagées à un point de vue absolu, doivent une très-forte partie de ce poids à l’énorme quantité de graisse qui s’accumule sous leur peau. Chez les plus remarquables, les muscles ou la chair proprement dite disparaissent, en quelque sorte, au milieu de cette graisse qui les enveloppe. Le lard ainsi surabondant est ferme, ou il est peu consistant, suivant la nature de l’alimentation qui l’a produit ; mais, ferme ou non, il n’est guère propre qu’à fournir du saindoux : ce n’est pas en cet état que la viande du porc est préférée parla plus grande partie des consommateurs de notre pays. Cette viande, dans nos campagnes surtout, est employée aux salaisons, à la préparation des jambons et des tranches fumées, et les unes et les autres se conservent d’autant mieux que la graisse y est moins abondante par rapport à la chair. Il importe donc de tenir grand compte, dans une entreprise d’élevage des porcs, du genre de consommateurs en vue desquels il s’agit de travailler, et de ne pas considérer le choix à faire entre les races et les aptitudes comme une chose absolue ; de ne point admettre en principe incontestable, par exemple, que les sujets les plus précoces, dits améliorés, représentent partout et toujours le progrès ; en d’autres termes, que les porcs anglais doivent être en toute circonstance préférés.
- S’il s’agit de rencontrer dans une grande ville un débouché certain et d’un accès facile, sans que la marchandise soit grevée de frais de transport trop élevés, cela n’est pas douteux ; le porc est alors une machine à créer du poids vif, chair ou graisse, peu importe ! Mais dans le cas où il faut s’adresser
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- PORCS.
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- aux petits ménages ruraux pour trouver le placement des porcelets ou des gorets, alors la question change, car ils ont plusieurs bonnes raisons pour accorder leurs préférences à ceux qui peuvent marcher pour trouver leur nourriture aux champs et qui, sous le couteau, donnent plus de viande que de graisse pour le saloir, d’où se tire leur pot-au-feu du dimanche. Ce qu’ils préfèrent, ils l’achètent et le payent plus cher. Vouloir leur imposer, sous prétexte de progrès, les porcs anglais qui sont présentés en majorité dans les expositions, serait courir au-devant d’un échec, et par conséquent faire une entreprise peu digne d’approbation.
- C’est sous le bénéfice de cet aperçu général des conditions diverses imposées par les notions de la zootechnie positive, que nous devions nous placer pour examiner l’état de l’élevage des races porcines, tel qu’il s’est présenté à l’Exposition Universelle de 1867. Nous aurons à faire ressortir plus en détail ces conditions, à mesure que nous passerons en revue les races et les diverses catégories de métis sur lesquelles nos jugements ont porté.
- La race porcine exposée à Billancourt se divise en deux catégories : la première comprend les animaux gras, et la seconde les animaux reproducteurs des deux sexes. Cette exhibition aurait dû être, dans les circonstances exceptionnelles au milieu desquelles elle se produisait, la plus haute expression de l’état actuel, soit de l’engraissement, soit de la reproduction en Europe, en constatant les progrès accomplis depuis les derniers concours internationaux ; elle n’a présenté, au contraire, qu’une réunion peu nombreuse d’animaux.
- La catégorie des porcs gras se composait de neuf têtes seulement, la seconde catégorie en comptait environ soixante, appartenant les uns et les autres à un petit nombre d’éleveurs français. Les étrangers appelés dans le principe à concourir avec nos produits indigènes, n’ont pu jouir du bénéfice des clauses du règlement de l’annexe agricole de l’Exposition Universelle à Billancourt. La désastreuse épizootie, le typhus, qui
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- sévit depuis deux ans dans la plupart des contrées de l’Europe a commandé des mesures de prohibition pour préserver la France des atteintes du mal contagieux. C’est cette circonstance malheureuse qui a sans doute empêché la compétition des éleveurs étrangers.
- Les animaux exposés ont été répartis en trois classes : du Animaux de races étrangères, 2° animaux métis, 3e animaux de.races françaises.
- Parmi les animaux de race étrangère, nous avons particulièrement remarqué la race Berkshire, grande et belle race, précoce, que l’école d’agriculture de Grignon a pour ainsi dire acclimatée dans notre pays depuis une quarantaine d’années, et la grande race d’Yorkshire qui se distingue entre toutes les races anglaises par sa taille plus grande, par ses membres plus forts, par un corps plus enlevé et par une conformation générale qui la rend plus rustique et plus apte à vivre en dehors de la stabulation permanente. Les petites races anglaises, les Middlesex, les Leicestcr, ont fourni de beaux spécimens de précocité et d’aptitude à produire, dans une période relativement courte, une somme considérable de graisse au détriment de la chair musculaire. Les éleveurs n’ont exposé qu’un petit nombre d’animaux métis, produits de croisement de la race anglaise avec nos races françaises. On a constaté sur des animaux, notamment de la race picarde et de la race berrichonne, ce que l’observation a démontré, à savoir: que l’infusion du sang anglais avait pour résultat d’améliorer les formes extérieures, de donner de la précocité, et d’augmenter l’aptitude à faire économiquement de la graisse.
- Avant de parler des races françaises exposées à Billancourt, j’exprimerai le regret que les éleveurs de notre pays n’aient présenté qu’un très-petit nombre d’animaux. Ce regret est d’autant plus justifié que pas un pays, en Europe, n’offre des races si variées, si belles, donnant aussi bien satisfaction à tous les besoihs dû.commerce et de l’alimentation de toutes les classes de la population. Quelles races étrangères, en effet,
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- PORCS.
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- pourraient lutter avec les races mancelles, normandes, angevines, limousines et telles autres races que nous passons sous silence?
- Les races françaises se distinguent : ..
- Par leur rusticité, rusticité qui permet de les élever dans les pays les plus pauvres; par leur fécondité presque toujours supérieure, dans les conditions où elles se trouvent placéqs, à la fécondité de la race anglaise; particularité importante qui, dans certains pays, devient une source de ricliesse par le débouché que le commerce ouvre à la vente des jeunes cochons ou des cochons de lait; par la quantité de chair musculaire qui est d’un tiers au moins supérieure à celle que fournit la race,anglaise : membre de la commission de rendement, j’aj .pu constater que sur un poids total de 75 kilogrammes, le porç anglais ne donnait, que 2o kilogrammes de viande, 'tandis que le porc français de même poids fournissait juste le double, 50 kilogrammes ; par la qualité-de la viande toujours supé* rieure à celle de la viande anglaise pour subir les diverses transformations de l’art du charcutier. Tout-le commerce pie la charcuterie s’accorde à reconnaître que la chah* du porc français se travaille mieux, fait des produits alimentaires, su;-périeurs à ceux qui se;fabriquent- avec la chair du porc, anglais. La partie grasse, le lard notamment, s’il n’est pas in* férieur en qualité au lard du cochon français, tout au moips ne répond pas au môme degré aux habitudes culinaires et au goût des consommateurs. Le premier, fond pour ainsi dire,,par la cuisson, tandis que. le second reste ferme et résistant ,eÇ perd beaucoup ; moins de son volume par l’ébullition...
- : C’est,eu vain ;que,, dans le porc anglais, on chercherait le petit saïéyjfopçtfte poitrine, si;recherchés par la uiénagèrje,, et pour la préparation des divers mets d’un usage général dans l’alimentation de toutes les classes de la société. Le lard de porc anglais, si beau en apparence, par sa blancheur, par la finesse de son grain, par son épaisseur, est tout à fait impropre à cette préparation si importante dans la cuisine fran-
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- çaise et qu’on désigne sous les dénominations de bardé et de piqué. Le lard de nos races indigènes, toujours ferme, souple et résistant se prête très facilement à toutes les préparations si renommées de la cuisine française. Enfin les races françaises seules, peuvent soutenir la réputation méritée que leur ont acquise les produits de noire charcuterie, ceux, entre autres connus sous le nom de saucissons de Lyon, de jambons de Bayonne, etc. Qu’on substitue les races anglaises aux races indigènes qui les fournissent, et on verra bientôt que ces produits alimentaires perdront de leur qualité et seront moins recherchés par le commerce et le consommateur. Qu’on place le porc anglais dans les conditions d’hygiène et de nourriture où se trouve placé le porc du sud-ouest de la France, des Landes, des Basses et Hautes-Pyrénées, et on acquérera bien vite la preuve que la race indigène a des qualités, des aptitudes qu’on chercherait vainement chez les races étrangères, trop précoces et trop aptes à produire de la graisse au détriment de la chair.
- Ces considérations, en apparence futiles, démontrent d’une manière évidente les avantages des porcs de race française. Sans contester l’utilité des croisements ou de l’importation des races étrangères dans certaines conditions de culture, de débouché, et de besoins spéciaux, je crois que les éleveurs feront sagement, dans leur intérêt propre et dans les intérêts généraux du pays, de conserver pures les porcs de race française. Par la sélection, par l’hygiène, par l’alimentation on obtiendra facilement la conformation, les formes, la précocité relative, les qualités enfin qu’on recherche dans la race anglaise, tout en conservant celles qui distinguent et qui feront toujours rechercher les races françaises.
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- SECTION II
- LAPINS
- Par M. J. LAVERRIERE.
- A en juger par les concours qui ont eu lieu jusqu’à présent, il semblerait que le rôle et l’importance de la basse-cour, en économie domestique, n’ont pas encore été compris comme ils devraient l’être. Au lieu de voir dans cette branche de production l’un des rouages nécessaires du faire-valoir ou du ménage, on la considère presque toujours comme un détail insignifiant, souvent comme un mal plus ou moins nécessaire, et on. la traite en conséquence.
- Dans les fermes d’ancien style, et ce sont encore les plus nombreuses, on abandonne généralement à eux-mêmes les animaux de la basse-cour ; ils se reproduisent au hasard, et s’entretiennent comme ils peuvent. Il en résulte des variétés dépourvues de tout caractère, n’ayant d’autres fonctions que de fournir éventuellement quelques œufs et quelques poulets étiques, ou bien quelques lapins, dont la chair fade et flasque est plutôt un prétexte traditionnel à ragoût épicé qu’elle n’est une nourriture saine et fortifiante. On ne rencontre guère d’exceptions à cette règle que dans quelques districts, tels que la Bresse, le Maine, le Houdan, où, grâce à certaines conditions de culture et de débouché, la basse-cour se relève du rang infime qu’elle occupe ailleurs, et devient une industrie spéciale d’une importance locale, relativement considérable.
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- En dehors de ces produits que l’on pourrait appeler d’élevage régulier, il convient de mentionner les produits de fantaisie, importés ou créés sur place, en vue de l’excentricité de la forme et de la couleur.. C’est ainsi que nous avons vu et que nous voyons encore figurer, dans les exhibitions, ces variétés innombrables de gallinacés qui, le plus souvent, ne se recommandent que par une taille extraordinaire, et dont la mode, qui a fait fureur pendant un certain temps, commence à disparaître.
- Nous en dirons autant de cette variété de lapins connue sous le nom de lapins-béliers, dont toute la valeur consiste à présenter une tête coiffée d’oreilles rabattues aussi longues que possible. Sous ce rapport, l’engouement de certains amateurs est parvenu à un tel degré, qu’ils ne reculent pas devant une dépense de 30 à 40 francs pour se procurer un mâle, dont lés deux oreilles présenteront un développement en longueur de' 46 à 48 centimètres. Envisagée d’une façon trop absolue, les tentatives de ce genre méritent à peine de fixer l’attention deséleveurs rationnels. Mais considérées au point de vue économique, on ne peut les passer sous silence, non-seulement parce qu’elles constituent une industrie correspondant à un besoin qui, pour être capricieux, n’en est pas moins réel et soutenu, et crée des produits qui trouvent achelcurs, mais encore parce qu’elles peuvent faire parfois rencontrer, par les combinaisons si variées du croisement et du régime, des produits doués de propriétés imprévues, dont l’industrie peut tirer avantage. On ose à peine les encourager en les récompensant, mais; on ne peut pas les blâmer non plus ; il faut se borner à laisser; un libre cours aux tâtonnements infatigables des amateurs passionnés.
- : Nous avons avancé plus haut que la basse-cour était ou pourrait être un rouage nécessaire du faire-valoir ou du ménage. En effet, après avoir livré aux animaux domestiques su-,-périeurs les fourrages variés de la culture pour les transfor-: mer en produits de la plus haute valeur possible, il reste des-
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- LAPINS. ' 34ti
- débris ou des déchets en quantité notable qui peuvent recevoir une destination plus profitable que celle qui consiste à aller grossir directement le tas des engrais. C’èst ici qu’intervient la basse-cour ; elle consomme ces déchets, les élabore diversement, et fournit ainsi, outre un engrais excellent, des matériaux précieux à la ferme et à l’industrie.
- Le lapin en particulier, par sa fécondité, par sa croissance rapide et par ses aptitudes multiples, peut dans cette situation secondaire de la basse-cour, devenir la source de profits beaucoup plus abondants qu’on ne le croit généralement. Jusqu’à présent on ne l’a guère élevé que pour sa viande, que son bas prix rend si populaire, quoique de qualité inférieure ; mais outre la viande, le lapin fournit une matière précieuse à la chapellerie. Avec le poil du lapin commun, convenablement sécrété, opération par laquelle ou lui communique la propriété de feutrer, l’étoffe prend une consistance qu’elle n’aurait pas sans lui. Il faut meme que le poil de lapin domine dans les mélanges pour que l’étoffe ait de l’éclat et de la beauté ; moins la proportion en est forte, plus le feutre devient commun. La peau de certaines autres variétés du lapin, à robe blanche, noire et bigarrée, sert aux fourrures, et fournit des matériaux à la fabrication, si importante dans certains pays, des jouets d’enfants. Enfin, d’autres variétés, telles que celles dites d’angora ou de cachemire, produisent un poil de dix à douze centimètres de longueur que l’on est parvenu à filer, et avec lequel on fabrique des étoffes soyeuses, agréables à l’usage, dont on peut voir les échantillons exposés dans la vitrine de M. Moreau, membre du conseil général de l’Aisne. En Amérique, les peaux de celte variété sont tellement recherchées pour la fabrication de certains châles, que l’on ne craint pas de payer jusqu’à 7o francs les belles peaux d’angora âgé de cinq à six mois seulement. Dn utilise encore la peau du lapin dépouillée de sa fourrure pour faire de la colle d’excellente qualité.
- La plupart de ceux qui élèvent le lapin, ignorent la valeur
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- de toutes ces applications industrielles ; ajoutons que les marchands de peaux de lapins qui servent d’intermédiaire entre le producteur et l’industrie, les entretiennent soigneusement dans cette ignorance, en leur faisant croire qu’ils n’achètent que des pièces de rebut, propres tout au plus à des usages restreints, ne comportant qu’un trafic insignifiant. Néanmoins, et en faisant abstraction des applications dont il vient d’être parlé, le lapin représente encore un article de commerce qui a son importance. On en peut juger par les opérations de l’administration de l’assistance publique, qui en achète régulièrement ; elle les paye en moyenne à raison de 1 fr. 20 le kilogramme brut, ce qui, après un déchet moyen de 42 pour 100, met le kilogramme net à près de 2 francs. Or, si l’on songe à la fécondité véritablement prodigieuse de ces rongeurs, qui leur permet d’avoir six à huit portées annuelles, comportant chacune huit, douze et jusqu’à seize petits; si l’on admet leur entretien, tel que nous l’avons supposé plus haut, entretien si facile dans une foule de petits ménages, et même amusant pour les enfants de la famille, dont il peut occuper utilement les loisirs, on concevra que l’élevage du lapin, convenablement dirigé en vue de ces applications multiples et rationnellement adapté aux convenances de chacun, peut devenir une branche de la richesse publique d’une certaine importance.
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- Oiseaux de basse-cour, par M. Florent-Prévost, aide-naturaliste au Muséum d’Histoire Naturelle , membre de la Société Impériale et Centrale d’Agriculture de France, membre du Jury International de 1862.
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- CLASSE 79
- OISEAUX DE BASSE-COUR
- Par M. Florent PRÉVOST.
- § 1. Considérations générales.
- L’élevage des oiseaux de basse-cour est une des industries importantes annexées à la ferme française, dans les régions situées au nord de la Loire. Presque partout, dans ces régions, on élève les volailles avec soin et succès; mais, dans plusieurs localités, telles que le Mans, Strasbourg, la Bresse, cet élevage, pratiqué avec un art particulier, a conquis une renommée étendue et donne lieu à une exportation considérable. La production actuelle de la France, en ce genre, suit une voie dè progrès, et l’on a pu le constater sans peine, depuis une vingtaine d’années, que des expositions périodiques ont fourni l’occasion d’étudier comparativement les produits des meilleurs éleveurs, et de rapprocher à de courts intervalles les échantillons des diverses races qu’ils s’efforcent de créer ou de perfectionner.
- L’Exposition universelle de 1867 est particulièrement remarquable à ce point de vue. On a déjà pu voir des expositions d’oiseaux de basse-cour aussi nombreuses, mais jamais il n’a été donné d’examiner une aussi belle réunion de volailles perfectionnées, et presque toutes dignes de figurer au premier rang. Aussi a-t-on trouvé de grandes difficultés à établir entre les nombreux produits exposés un classement
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- rationnel et équitable. Cette année, chaque éleveur a présenté au concours un choix d’oiseaux de basse-cour fait, on peut le dire, avec une intelligence et un discernement dignes d’éloges. Une comparaison attentive et minutieuse a seule permis de mettre chacun à son rang et d’attribuer aux plus méritants les récompenses auxquelles tous auraient eu des droits, dans des concours moins complets et moins suivis. Au premier rang parmi les oiseaux de basse-cour, il faut citer, dans l’ordre des Gallinacés, les espèces et les races du genre Coq (Gallus L.), si estimées et si importantes, à cause des services immenses qu’elles ne cessent de nous rendre à toutes les époques de l’année, et de la richesse qu’elles procurent à la population agricole.
- Aujourd’hui, ce n’est plus seulement la chair de l'oiseau (jue l’éleveur veut obtenir, il s’attache aussi à tous les autres produits, c’est-à-dire, aux œufs pondus dans presque toutes les saisons, à la plume de commerce, dont le revenu est considérable, mais aussi à la plume de mue et à la fiente, qui forment un engrais très-fécond : il faut tenir compte encore des services rendus sur les cultures par les volailles mises en liberté dans le but de détruire les insectes et autres animaux nuisibles, dont elles font leur principale nourriture.
- C’est à ce point de vue que l’agriculture doit une véritable reconnaissance à M. Giot, cultivateur à Chevry (Seine-et-Marne) pour l’invention de son poulailler roulant. C’est une sorte d’omnibus aménagé pour loger les volailles et muni par derrière d’une échelle donnant aux poules les moyens de rentrer. M. Giot mène ce véhicule sur les terres cultivées et le change de canton selon la nécessité; la volaille ayant la liberté de sortir et de rentrer, purge le sol des insectes les plus nuisibles, particulièrement du ver blanc, ou larve du hanneton.
- En parlant des méthodes de perfectionnement et d’amélioration qui concernent les oiseaux de basse-cour, nous ne devons pas passer sous silence l’acclimatation qui est appelée à rendre les plus grands services, lorsqu’on aura su l’apprécier.
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- Cette acclimatation, que je propose depuis bien des années, est presque l’importation à l’état sauvage, sans qu’il en coûte autre chose que l’acquisition de l’espèce que l’on veut acclimater. Mais il faut savoir choisir avec discernement, afin que l’espèce soit bien en harmonie avec le sol, si l’on veut qu’elle se multiplie et fournisse de nouvelles ressources alimentaires. La chair des oiseaux, élevés ainsi à l’état presque sauvage, a une qualité toute spéciale ; elle est d’un goût beaucoup plus fin et plus délicat ; c’est le résultat d’une nourriture mieux appropriée aux besoins de l’oiseau. Nous pouvons citer le Faisan (Phasianus colchicus Lin.), complètement acclimaté depuis des siècles; mais ce n’est que depuis plusieurs années qu’on a tenté des essais sur diverses espèces analogues. On a bien fait, dans l’intérêt de notre avenir. Combien de précieuses espèces, mises à la disposition de l’homme, pourraient être ainsi multipliées et devenir une véritable richesse pour l’agriculture.
- Parmi les espèces qu’il importerait d’acclimater ainsi, nous pouvons citer : plusieurs espèces de Faisans, le Dindon sauvage, deux espèces de Pintades, deux espèces de Paons, plu-seurs espèces de Colins, trois espèces de Tétras, le Casoar de la Nouvelle-Hollande (ou l’Émeu), ainsi que beaucoup d’autres espèces très-précieuses, dont j’ai publié la liste dans le Bulletin de la Société d’acclimation (année 1855). Un des oiseaux les plus utiles à acclimater, à cause de sa grande taille et de la bonté de sa chair, c’est le Casoar de la Nouvelle-Hollande, que je viens de citer plus haut. Cet oiseau remarquable appartient à la. petite famille des Aptères. Tout le dessus de son corps est recouvert d’un plumage fin, soyeux et très-chaud, qui lui permet de supporter le froid le plus intense. Sa peau est utilisée dans le commerce pour fabriquer des tapis, et ses plumes servent à la parure des dames. J’ai, en 1845, acheté à Londres, deux jeunes casoars, que je n’ai pas eu de peine à acclimater et à faire reproduire aux environs de Paris, et à la ménagerie du Muséum d’histoire
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- naturelle. En 1857, j’ai publié un mémoire sur cet oiseau, et sur les avantages que l’on peut en espérer. Celte belle espèce ne deviendrait pas seulement un bon oiseau de basse-cour ; il pourrait aussi être placé dans de très-grandes propriétés, comme gibier. On aurait la certitude de ne pas le perdre, puisqu’il est aptère et ne peut voler. Le casoar détruit d’ailleurs beaucoup d’insectes nuisibles et de mollusques terrestres.
- Il existe encore un gallinaeé précieux, dont malheureusement on ne s’occupe pas assez, et qui cependant a des qualités incontestables. C’est la Pintade (Numida meleagris), connue depuis des siècles, et parfaitement acclimatée dans notre France, bien qu’elle soit de l’Afrique septentrionale.
- La chair de la pintade est excellente et lorsque l’oiseau peut avoir une bonne nourriture, elle est infiniment supérieure à celle de nos meilleures poules. Son goût se rapproche beaucoup de celui de la chair du faisan, dont elle a la blancheur et la délicatesse. La pintade est un oiseau facile à élever, que l’on doit laisser en liberté autour de l’habitation. Elle y rend des services en détruisant une grande quantité de petits anir maux nuisibles. Ce mode d’alimentation est loin de diminuer ses qualités culinaires. Je suis toujours étonné de ne pas voir nos forêts et plus spécialement celles du midi, peuplées de ces précieux gibiers que. depuis longtemps j’ai proposés à nos sociétés, que l’indifférence des cultivateurs néglige d’utiliser, et qui seraient cependant d’une grande ressource.
- § 2. Produits exposés.
- Après ces considérations, nous résumerons les résultats les plus remarquables que le Jury international a eu à constater en examinant les produits présentés cette année à l’Exposition universelle. : ; > i 1 (
- Les diverses races de poules sont depuis longtemps étudiées et estimées, suivant leur mérite et leur importance pour notre bieu-être ; mais comme leur classement intéresse plus
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- l’économie domestique que la zoologie, je pense qu’il est plus raisonnable de les ranger d’après leurs qualités et les services qu’elles ne cessent de nous rendre. Les races les plus recherchées avec juste raison sont les poules de Crèvecœur, de La Flèche, de Houdan, du Mans, de la Bresse. Elle doivent donc être placées à la tète de nos oiseaux de basse-cour, à cause de leur élevage précoce, de leur rusticité, de la beauté de leurs œufs, de la délicatesse de leur chair, de leur bonne conformation pour l’engraissement. Ce sont les races qui produisent ces belles poulardes, si remarquables pour la finesse et pour le goût et qui nous donnent les meilleurs poulets. :.
- La race de La Flèche est surtout élevée, eu grand nombre, par les cultivateurs du Maine. À l’âge de dix à douze mois, cette volaille atteint le poids de 2 kilogrammes 1/2 et quelquefois plus; le coq pèse un demi-kilogramme de plus. La race de la Bresse mérite d’être mentionnée, pour ses formes fines et délicates; sa chair est aussi très-bonne. Viennent ensuite les belles et grandes poules, plus nouvellement acquises, et appréciées de jour en jour davantage à cause, non-seulement de leur taille et de leur faculté à prendre la graisse, mais aussi de leur délicatesse et de leur bon goût. Ce sont, jusqu’à ce jour, nos plus belles volailles de boucherie. Je veux désigner les races de Bramah-pootra, de Dorking, et comme complément, la précieuse poule d’Alfort^ créée par Mme Rouss'et, avec une persévérance remarquable et dont aujourd’hui chacun reconnaît le mérite. La poule d’Al-r fort, qui tient plus particulièrement de la race Dorking, a conservé beaucoup de ses caractères ; mais elle lui est dp beau^ coup supérieure, par sa rusticité et le développement de sa poitrine* La largeur et la force des muscles pectoraux (e’estr à-dire le blanc de l’aile) atteint un volume considérable^qui lui donne une grande valeur: M,ne Rousset a aussi perfectionné une, boîte d’élevage pour les poulets, qui joint à une grande simplicité les conditions les meilleures pour l’oiseau. •
- , Lep) races dp poules de Gournay, et à courtesi;pattes;, sont
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- encore à citer, pour leurs excellentes qualités. Il y a bien encore quelques poules, qui offrent de l’intérêt, parce qu elles donnent de bons poulets et de bonnes pondeuses, mais elles ne peuvent rivaliser avec les races précédentes qui ont attiré l’attention du Jury. Plusieurs peuvent même être considérées comme des poules de fantaisie, ou oiseaux de luxe, mais non comme des produits sérieux. Ce sont les poules: de combat, Malaises, de Hambourg, Bantam, Coucou, de Java, Andalou-ses, négresses, Bruges, de la Campine, etc.
- On a presque abandonné une grande race, la poule de Cochinchine, dont la structure est massive et grossière. Non-seulement les os sont très-gros, mais le tissu cellulaire est souvent infdtré, la chair est molle et ne peut vraiment supporter la comparaison avec nos races perfectionnées pour le commerce.
- M. James Cooper, a exposé cette année, sous le numéro 167, un dindon, élevé k Norfolk, en Angleterre, provenant de l’espèce sauvage (Meleagris gallopavo) du Canada, mais d’une taille infiniment supérieure, puisque son poids est de lo kilogrammes 42. Il serait bien à désirer que cette belle espèce de dindon fût non-seulement conservée et reproduite à l’état domestique, mais aussi mise en liberté dans nos forêts du nord de la France, pour maintenir le goût de gibier, dont sa chair est parfumée.
- On n’a peut-être pas donné assez d’attention à un bel oiseau, le Colin de la Californie, qui, depuis long-temps est acclimaté chez nous. M. Deschamps a obtenu beaucoup de produits de cette espèce, qu’il a facilement multipliés à l’aide d’un appareil d’incubation de son invention, exposé au Champ-de-Mars, auprès de ses oiseaux, et que chacun a pu apprécier. A Billancourt, on pouvait encore remarquer, comme ayant de l’intérêt, des Pigeons romains d’une forte taille, des Oies de plusieurs races ; mais la plus remarquable est celle de Toulouse, à cause de sa grosseur. Il y avait aussi quelques beaux Canards, mais ils n’ont pas gagné en perfection depuis les expositions précédentes.
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- Pau M. PIERRE PICHOT.
- § 1. — Considérations générales.
- Dans toute nation bien organisée, les plus petites choses peuvent prendre une grande importance, car tout doit concourir à la richesse du pays. Les Expositions ont mis en lumière cette vérité, en attirant l’attention publique sur des détails, en apparence, d’un intérêt médiocre, et dont quelques spécialistes s’étaient seuls, jusqu’à présent, occupés. Jusqu’en 1863, époque où, grâce au patronage de la Société impériale d’acclimatation et du jardin d’acclimatation du bois de Boulogne, nous réussîmes à introduire les expositions de chiens en France, peu de personnes se faisaient chez nous une juste idée de la place que ces utiles animaux occupaient dans l’économie des nations civilisées ; depuis lors, des faits, connus seulement du petit nombre, sont devenus notoires; on a fait des recherches qui ont donné lieu, en F rance, à de nombreux ouvrages sur la matière; on a retrouvé ce qui restait des anciennes races presque éteintes; l’élevage s’est amélioré, et la valeur des produits a plus que doublé pour certaines espèces. La race canine paye à l’Etat un impôt qui monte à plus de cinq millions de francs pour la France seule; ceci dit assez quelle est
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- son importance. Mais n’est-il pas encore d’autres considérations à faire valoir, pour prouver que l’espèce canine mérite autant d’attention que n’importe quelle autre race domestique? C’est chez elle que nous trouvons les plus sûrs gardiens, les meilleurs défenseurs de nos maisons et de nos troupeaux ; non-seulement en Laponie, mais encore plus près de nous, en Belgique, nous lui voyons fournir des animaux de trait, qui rendent de véritables services; c’est à elle enfin que nous demandons des auxiliaires indispensables pour la chasse.
- C’est en Angleterre que les expositions canines ont pris naissance, il n’v a pas fort longtemps ; mais on avait compris de tout temps l’utilité des races canines. On les avait soignées, conservées ou améliorées, comme on avait soigné et amélioré les autres animaux de la ferme, et les expositions ne firent que mettre en évidence des richesses déjà acquises. Chez nous, il n’en pouvait être de même. Depuis longtemps, l’élevage du chien est négligé ou se fait sans méthode ; les Expositions devront le relever en répandant la connaissance des différents types, des diverses espèces, et en permettant de comparer les résultats obtenus dans les provinces si différentes dont se compose la France.
- En dehors de la France et de la Grande-Bretagne, il n’y a pas encore eu d’expositions canines, si ce n’est, il y a quelques années, à Hambourg et à Moscou. Elles ont été peu importantes, mais en se développant à l’étranger elles mettront en évidence des types et des races qui nous sont encore inconnus, et dont nous pourrons peut-être tirer parti.
- Considérant les différents types de chiens qui sont devenus nos serviteurs par la domestication, on peut les diviser en plusieurs grandes sections : les chiens de berger proprement dits; les chiens de montagne et les grands mâtins de pays servant à la défense de l’homme ou à la garde des troupeaux ; les dogues proprement dits; les bulldogs; les terriers; les chiens courants d’ordre; les chiens courants briquets; les bassets; 1 es chiens d’arrêt braques, épagneuls ou griffons ; les lévriers
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- et les espèces de fantaisie pure. Ce sont là les divisions que nous adoptâmes, lors de notre première exposition canine, comme les plus naturelles, et que que nous allons passer rapidement en revue, nous efforçant d’indiquer la manière dont ces races sont répandues sur le globe, le rang qu’elles y occupent, et enfin la façon dont elles ont été représentées dans la section agricole de l’Exposition universelle à Billancourt.
- § 2. — Chiens de berger.
- Les chiens de berger ne servant pas seulement à la garde, mais surtout à la conduite des troupeaux, ont une grande importance chez tous les peuples pasteurs, mais particulièrement chez ceux qui donnent à la culture un assez grand développement; dans ce cas surtout, il faut à l’homme un aide intelligent pour éviter les dégâts et maintenir les bestiaux sur les pâturages ou dans les chemins où ils ne peuvent être nuisibles. Aussi, pouvons-nous placer en première ligne les chiens de berger de la France et de l’Angleterre. Presque partout, les types, se sont conservés purs, et nous ne trouvons pas dans ces anciennes races les mélanges et les dégénérescences que nous remarquons dans certaines autres classes. En Brie, nous possédons une race remarquable de chiens de berger dont le poil, demi-ras sur la tête et les épaules, devient laineux sur le dos et sur les cuisses, et forme d’épaisses mèches tordues comme les ca-denettes des mulets bourailloux. Cette race a toujours été fort bien représentée à nos Expositions françaises, et ceux que M. Leclerc a envoyés à Billancourt étaient particulièrement remarquables. A côté des chiens de la Brie, nous devons citer les chiens de toucheurs de bœufs à poil noir et rude, à la mine féroce, naissant souvent sans queue, autre type caractéristique de notre pays ; puis les fameux colleys d’Écosse, qui rendent de si grands services dans les montagnes de la Grande-Bretagne. La Russie possède une race de chiens de berger très-curieuse, grands barbets à queue très-longue, dont le
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- pelage inculte finit par se feutrer complètement, mais qui sont plutôt des chiens de garde et de défense que des conducteurs de troupeaux. Un sujet de cette espèce a été exposé par M. Bocquet.
- § 3. — Cliiens de montagne et grands mâtins.
- Les chiens de montagne et les grands mâtins de pays présentent déjà des types moins tranchés. Il y a eu des mélanges fréquents entre les différentes variétés, et il est difficile de rencontrer ces types purs. A mesure que la destruction des loups et autres animaux nuisibles devient plus complète, et que la police est mieux faite dans un pays, nous voyons ces races de garde et de défense disparaître peu à peu. En Angleterre, par exemple, il n’existe guère plus qu’un seul grand dogue, le fameux English mastiff, à robe fauve et à museau noir ; en France, plusieurs de nos anciennes races ont disparu ou sont devenues très-rares; dans le Midi, les chiens de la Camargue , les grands chiens de parc ont presque disparu, n’ayant plus de raison d’être ; il es! difficile de trouver des types purs de nos chiens des Alpes, des Pyrénées, de l’Auvergne, et le dogue de Bordeaux est devenu presque légendaire. En Italie, les troupeaux sont surveillés par de grands chiens blancs qui se rapprochent de nos chiens des Alpes et des Pyrénées, et forment la fameuse race des Abruzzes ; en Grèce, nous trouvons de grands chiens pour la garde des troupeaux; ils y sont encore indispensables, ainsi qu’en Orient et en Sibérie. La race des chiens du mont Saint-Bernard, presque entièrement détruite par une épidémie, se reconstitue peu à peu, et nous en avons vu à Billancourt de très-beaux spécimens exposés par M. Schumacher, de Berne. Les chiens de Terre-Neuve, qui rentrent dans cette classe de gros chiens de garde, sont fort répandus en France , mais cependant il est difficile d’en trouver de très-purs, parce qu’ils ont été souvent croisés avec nos chiens de montagne. En
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- Angleterre, il v en a'une variété plus petite que la nôtre, et entièrement noire, qui tient plus du type primitif. Les grands mâtins fournissent au chasseur de puissants auxiliaires pour la destruction des sangliers qu’ils attaquent à la bauge et coiffent jusqu’à ce qu’on vienne à leur aide. La chasse à l’épieu , fort usitée autrefois en France et très-meurtrière pour les bêtes noires, ne se fait plus que dans quelques contrées de montagne, où il serait difficile de rejoindre les sangliers sans des chiens de ce genre, qui ne proviennent souvent que de croisements de chiens de berger ou de garde, et de quelques chiens de chasse.
- § i. — Bulldogs.
- Les bulldogs de grande taille deviennent tous les jours de plus en plus rares, car depuis que le bullbaiting n’existe plus en Angleterre, ces chiens servent surtout à des croisements excellents pour les chasses du renard et du blaireau. Il faut donc des chiens de petite taille pouvant terrer très-facilement. Les bulldogs sont une race pure chez laquelle on retrouve toutes les qualités d’un très-haut sang, et, entre toutes, une audace inouïe et un courage à toute épreuve ; aussi, les •Anglais ont-ils croisé cette race avec presque toutes les autres, même celle du lévrier. Aucun spécimen véritablement beau de cette race, ainsi que de celle des terriers et bullterriers, n’a été présenté à Billancourt ; l’Angleterre et la France sont les pays qui produisent presque exclusivement ces races, qui y ont pris naissance.
- § o. — Chiens courants, chiens de Gascogne, de Vendée, etc.
- La France, cette terre classique de la vénerie, doit, sans doute, à la nature variée de son sol, de ses cultures, de sa végétation un plus grand nombre de races de chiens courants qu’aucun autre pays du monde. Jusqu’au dix-huitième siècle,
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- ses races se conservèrent presque pures dans les provinces ; mais, depuis lors, par suite de croisements peu judicieux, et par suite de la défaveur qui frappa la vénerie pendant la période de nos troubles intérieurs, elles se sont perdues ou mélangées à tel point, qu’il y en a dont on ne retrouve plus de traces. Cependant, l’élevage du chien d’ordre a été et est encore, jusqu’à un certain point, l’objet d’un commerce important dans certaines contrées de la France, surtout dans la Vendée et laSaintonge, où il y a de grands éleveurs de chiens, comme ailleurs il y a des éleveurs de bêtes à cornes et de moutons.
- Cependant la production s’est tellement ralentie par suite delà difficulté de trouver de bons reproducteurs, que les équipages n’élèvent guère que pour eux, et il en résulte que chacun s’est créé, pour ainsi dire, son type et sa race, de sorte que les remontes en chiens français sont très-difficiles, et que les équipages de foxhounds seuls peuvent, grâce à l’Angleterre, s’entretenir facilement. Par des encouragements sérieux donnés à l’élevage du chien français, et encore mieux en vulgarisant la connaissance de nos anciennes races, on finirait par les reconstituer, et l’on aurait pour l’agriculture une source de bénéfices qui ne serait pas la moins profitable. Parmi les maîtres d’équipage qui se sont mis à la tête de d’élevage français, nous citerons M. Joseph de Carayon-Latour, au château de Virelade (Dordogne), qui a reconstitué et amélioré le précieux type de Saintonge-Gascogne d’une façon si remarquable. M. de Carayon-Latour, qui avait, à la première exposition canine de 1863, remporté le prix d’honneur, n’a pas exposé à Billancourt, non plus que M. de Ruble, chez lequel se trouvent les plus beaux types de chiens bleus de Gascogne que l’on puisse voir aujourd’hui. Sur la même ligne que M. de Carayon-Latour , vient M. le vicomte Émile de la Besge, au château de Persac (Vienne), dont la tâche a encore été plus difficile, puisqu’il s’est attaché à reformer la race du Poitou, presque entièrement détruite par les terribles épidémies qui ont sévi
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- pendant de longues années sur cette espèce, et dont les derniers représentants avaient été croisés à l’excès avec les foxhounds d’Angleterre. M. de la Besge a amené une partie de sa meute à Billancourt ; c’est pour la troisième fois que ses chiens étaient exposés; il a été facile de constater le succès immense qu’il a obtenu et qui l’a placé au-dessus de tous les autres concurrents.
- La race qui fournit en France le plus d’équipages est la race de Vendée et les bâtards qui en dérivent ; la plupart de nos meutes en sont composées. Nous avons été étonnés, dans l’enquête que nous avons entreprise sur l’état de la vénerie française, de retrouver encore quelques vieilles et anciennes races que l’on croyait perdues, telles que les griffons rouges de Bretagne. Le bloodliound, ou chien de Saint-Hubert, réintroduit chez nous, depuis quelques années, par S. A. I. le prince Napoléon, forme déjà le fond de l’équipage d’un veneur du Midi, M. Léonce Claverie, qui avait exposé plusieurs beaux spécimens de sa meute, et surtout une lice, née au chenil de Meudon, et fille des fameux chiens Druide etWelcome, qui est un modèle parfait de cette belle race. Notre enquête sur l’étal de la vénerie a fait ressortir un fait curieux : c’est le petit nombre d’équipages composés exclusivement de foxhounds anglais ; c’est surtout dans les vautraits où l’on est exposé à avoir beaucoup de chiens tués et blessés que le foxhound est en usage, car ils sont faciles à remplacer à assez bon compte, tandis que les chiens français ont une grande valeur, et la plupart des équipages ne faisant d’élèves que pour eux-mêmes, il est difficile, sinon presque impossible, de combler les vides par des achats. — Parmi les équipages composés exclusivement de chiens anglais, il faut citer en première ligne ceux de M. le comte d’Osmond, de M. de Boisgelin et du duc de La Rocliefoucauld-Doudeauville.
- Nous avons pu obtenir des renseignements fort intéressants sur environ deux cent cinquante équipages comprenant un effectif de plus de 5,000 chiens et de 800 chevaux ; c’est assez
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- dire l’importance de la vénerie en France, et combien elle serait susceptible de prendre un grand et utile développement si les droits de suite et les indemnités pour les dégâts occasionnés par le fauve étaient mieux réglementés qu’ils ne le sont par la loi de 1844, dont des pétitions nombreuses, que le Sénat a renvoyées l’année dernière au ministère compétent, demandent instamment la révision (1).
- § 6. — Foxhounds el, Harriers.
- En Angleterre, la vénerie se réduit aujourd’hui à la chasse du renard et du lièvre, sauf pour quelques équipages qui chassent encore le cerf, mais alors le cerf d’escape. L’équipage de M. Fenwick Bisset est le seul, crovons-nous, qui détourne encore, dans le Devonshire, des cerfs sauvages et les chasse selon les principes de la vieille vénerie, avec chiens d’attaque, relais, etc. La chasse étant alors par tout le pays uniformisée, et se faisant à peu près dans les mêmes conditions, les anciennes races canines de l’Angleterre, qui pouvaient avoir quelque ressemblance avec les nôtres, si même elles n’avaient pas la même origine (southernhound, staghound, bloodhound, tal-bot, etc.) se sont amalgamées ensemble pour former le foxhound moderne. Le bloodhound existe cependant encore à l’état de pureté, mais on ne l’emploie plus en meute, tandis qu’il y a encore quelques équipages de southernhound qui ont de l’analogie avec nos chiens d’Artois et aussi de chiens à loutre qui se rapprochent beaucoup, pour les formes extérieures et la manière de chasser, de nos griffons français de Vendée et du Nivernais. Les meutes, en Angleterre, chassant régulièrement plusieurs fois par semaine, comptent un nombre considérable de chiens et l’équipage a une écurie non moins nombreuse à son rang. C’est en Angleterre que l’on comprend véritablement l’influence que peut avoir la chasse sur la
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- richesse d’une nation, et si l’on songe aux encouragements qu’elle donne à la production chevaline et canine du pays, à l’argent qu’elle répand dans chaque comté, aux débouchés de fourrages, avoines, etc., qu’elle offre à l’agriculture, qui, en France, l’a trop souvent mise aveuglément à l’index, on ne s’étonnera pas qu’à la fin de chaque campagne les fermiers votent des remercîments aux chefs d’équipages qui, pendant toute la saison, ont chassé sur leurs terres et passé avec chiens et chevaux à travers leurs bois. La Grande Bretagne possède environ 142 meutes de foxhounds bien connues, se répartissant ainsi: 113 pour l’Angleterre; 8 pour l’Écosse et 21 pour l’Irlande; les meutes d’Angleterre comptent 9,283 chiens, celles d’Écosse 553, celles d’Irlande 1,312. Les équipages pour le cerf sont au nombre de 7 pour l’Angleterre et 1 pour l’Irlande, et parmi ceux-ci il faut signaler tout spécialement celui de M. Thomas Nevill, de Chilland-House (Hants), qui possède une ancienne race de staghounds noirs se rapprochant beaucoup du chien de Saint-Hubert et dont les qualités exceptionnelles en ont fait un équipage légendaire.
- Les meutes de harriers ou chiens de lièvre sont au nombre de 88 : 61 pour l’Angleterre comptant 1,678 chiens, une pour l’Écosse de 26 chiens, et enfin 26 pour l’Irlande comptant 948 chiens, ce qui donne un total de 2,652 chiens pour lièvre. Les vrais harriers deviennent de jour en jour plus rares et sont remplacés par des foxhounds de petite taille, des croisements de beagles, dont la race n’a pas été conservée parfaitement pure, et de harriers. On peut évaluer à environ 500 laisser courre par semaine les chasses faites par tous ces équipages.
- L’Angleterre, qui eût pu fournir à l’Exposition de Billancourt un si fort contingent, n’a guère été représentée que par quelques chiens d’arrêt et de races diverses.
- En Allemagne, les meutes sont rares et l’on chasse peu à courre. Le Prince de Prusse a, aux environs de Berlin, un équipage qui prend des animaux d’escape ; nous citerons en-
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- core la meute du prince de Croy. Il y a enfin quelques meutes en Belgique. Dans ces pays, la chasse au fusil est le plus en honneur ; aussi a-t-on d’excellentes races de briquets, de bassets et autres petits courants dont nous avons chez nous les analogues. Les bassets allemands sont particulièrement remarquables, et à Billancourt M. Kleinfelder en avait exposé, comme précédemment, au Cours-la-Reine, une très-belle série.
- § 7. — Chiens d’arrêt.
- La France, l’Angleterre et l’Allemagne possèdent les plus belles races de chiens d’arrêt. Là nous retrouvons encore beaucoup de mélanges de races et les anciens types ne sont guère reconnaissables. En France, cependant, les braques à courte queue, les braques à nez fendu, les braques à yeux porcelaine de la Navarre ont bien conservé leurs caractères. M. N. Dora avait exposé de fort beaux braques blanc et marron provenant du chenil du duc de Hamilton à l’île d’Arran en Écosse, etM. Kleinfelder de grands braques allemands d’un mérite incontestable. Les races d’épagneuls sont un peu tombées en discrédit en France; nous ne trouvons plus guère que deux types caractéristiques : les épagneuls blanc et marron dits de Pont-Audemer et les setters blanc et orange d’origine anglaise. En Angleterre, il existe une belle race d’épagneuls noir et feu dits Gordon et les épagneuls rouges d’Écosse et d’Irlande qui forment deux types différents et qui sont fort estimés. Enfin la Grande-Bretagne possède de petites races d’épagneuls connues sous le nom de field spaniels qui chassent à la manière de nos choupilles et dont M. Howard a présenté une série hors ligne. La France a la spécialité des griffons d’arrêt qui, depuis quelques années, se sont beaucoup multipliés parmi les chasseurs et qui étaient fort bien représentés à Billancourt.
- \ 8. — Lévriers.
- Au moyen âge les lévriers jouaient un rôle important dans
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- toutes les chasses. En France, ils ne sont plus utilisés. Dans les Iles Britanniques on emploie de grands lévriers à poil rude ou à poil ras (deerhounds) pour la chasse du cerf ; on les lance à la poursuite d’un animal blessé que deux de ces puissants animaux suffisent à porter bas. Mais les lévriers anglais à poil ras (greyhuund) ont une bien autre importance, par suite de l’institution du coursing, qui est pour les lévriers ce que les courses sont pour les chevaux. Les membres des coursing-clubs se réunissent à un jour donné pour disputer des prix souvent fort importants, pour lesquels ils ont engagé leurs lévriers d’avance et les ont entraînés avec soin ; on compte dans la saison, qui commence en septembre et s’étend jusqu’aux mois d’avril et de mai, environ deux cents réunions publiques. On découple les lévriers deux par deux’, les uns après les autres ; chaque action des coureurs leur est comptée un certain nombre de points par un juge de la course; ces points servent à décider de la victoire, la prise du lièvre n’étant que d’importance secondaire ; le sort distribue les concurrents par couples et ils s’éliminent les uns les autres jusqu’à ce qu’un seul reste maître du terrain. Ce sport est soumis à des règles compliquées et les chenils de lévriers de l’Angleterre, qui sont nombreux et tenus avec grand soin (on en compte plus de 1,500, et il y a 45 entraîneurs publics en renom), forment de véritables écuries de course autour desquelles gravitent tout autant d’intérêts, des enjeux tout aussi forts, des paris tout aussi hardis, des spéculations tout aussi habiles qu’autour des véritables écuries des entraîneurs de Newmarket. En 1867, les sommes disputées dans ces courses, et qui sont le produit de souscriptions particulières, se sont élevées à plus de 625,000 francs, et 2,500 lévriers ont couru pendant la saison. On comprend aisément qu’avec une institution pareille, ces chiens acquièrent une grande valeur. Cette année, M. W.-H. Clark, du Yorksliire, a payé 5,000 francs une chienne issue de Patent et de Bonnie-Lassie-Marionette, qui remporta par la suite le puppy stakes de Newmarket et le Waterloo cup. Les
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- saillies des étalons célèbres se payent en proportion : celles de Patent, par exemple, ont rapporté 400 francs chacune. M. Howard avait exposé quelques jolis lévriers anglais et n’avait presque pas de concurrents dans cette classe.
- En Orient, en Algérie, le lévrier a encore toute son importance pour la chasse ; la Syrie en possède une race fort élégante, à oreilles et à queue d’épagneuls, mais les plus beaux chiens de cette espèce sont évidemment les lévriers russes. Il serait impossible d’imaginer des chiens plus remarquables que les deux lévriers de la vénerie de Gatchina exposés par l’Empereur de Russie. Ces chiens servent à la chasse du loup, qu’ils attaquent avec un grand courage et que leur vitesse leur permet aisément d’atteindre lorsqu’ils sont découplés à une distance convenable. Des cavaliers les tenant en laisse entourent le bois, que l’on fait battre par des traqueurs ou par des chiens courants, et on les lance à vue au moment où les loups débuchent. Il y a, en Russie, une fort bonne race de chiens courants, dits chiens de Kostroma, dont nous connaissons peu de chose et dont les sujets que j’ai vus dans le pays ne m’ont pas frappé par la beauté de leurs formes.
- g 9. — Chiens de lu\.e.
- Nous terminerons cet aperçu rapide de l’état des races canines en l’année de l’Exposition universelle de 1867, par quelques mots sur les chiens de luxe. Nous retrouvons dans cette catégorie d’animaux, qui sont l’objet d’un grand commerce, surtout en Angleterre, où la « fancy » a souvent payé un petit bichon plus cher qu’un cheval d’armes, tous les types en miniature des races que nous venons de passer en revue, et dont ils ne sont à vrai dire que les diminutifs. A Rillancourt il n’y en a guère eu qu’un seul bien représenté : celui des races de Malte et de la Havane, dont l’élevage constitue la seule ressource de beaucoup de pauvres gens à Paris et à Londres. Inutile de dire si ces petits animaux, qui composent souvent
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- toute la famille de leurs propriétaires, sont entourés de soins ! M. Warmington avait exposé une très-belle série de petits terriers noirs et feu d’un courage à toute épreuve: nous les avons vus attaquer et tuer des rats presque aussi gros qu’eux. Les carlins, qui étaient autrefois à la mode, tendent à disparaître ; en Angleterre, cependant, on en élève encore de fort beaux, et nous connaissons en France plusieurs amateurs qui possèdent le type pur. Nos expéditions dans l’extrême Orient nous ont conquis deux nouveaux chiens de luxe : les levronsàpeau nue, sauf une touffe de poils qui orne le sommet de leur tête et l’extrémité de leur queue, et les petits épagneuls chinois bas sur pattes et à tête de carlin ; il en existe plusieurs variétés. Les levrons à peau nue étaient seuls représentés à Billancourt. Nous rapprocherons des chiens de luxe la classe des caniches, dont il y avait une fort belle série. Ces chiens sont devenus beaucoup plus rares qu’ils ne l’étaient il y a quelques années; aussi ont-ils augmenté de valeur ; c’est une race que l’on trouve surtout en France, en Hollande, dans quelques parties, de l’Allemagne, et dans le Danemark ; en Angleterre, où il faut les importer, ils se vendent souvent à des prix très-élevés.
- \ 10. — Conclusion.
- On voit, par le rapide coup d’œil que nous venons de jeter sur les espèces canines, que le chien était digue d’occuper la place qu’on lui a assignée à l’Exposition à côté de nos autres animaux domestiques. L’élevage du chien, qu’on a souvent abandonné, jusqu’ici, au hasard, peut faire de grands progrès, surtout en France, et devenir l’objet d’une industrie aussi sérieuse que toute autre. Le chien de chasse est l’objet d’un commerce important en Angleterre et dans quelques contrées de la France; dans la Vendée, le Poitou, la Saintonge, où il y a de grands éleveurs de chiens, des foires spéciales pour la race canine, auxquelles se rendent un grand nombre de maîtres d’équipages et de piqueurs, il serait facile de donner une
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- GROUPE VIII. — CLASSE 80.
- plus grande impulsion à cette production. Une sage réglementation de la grande vénerie serait la meilleure manière de développer en France cette industrie, ce commerce; mais pour cela il ne faudrait pas considérer, comme on le fait trop souvent chez nous, la chasse à courre, ce vieux sport national, comme un vain plaisir du riche et de l’oisif ; méditons ce qui se fait en Angleterre ; rappelons-nous qu’en 1844, M. de Morny parla à la Chambre en faveur de la grande vénerie, qu’il considérait avec raison comme un des meilleurs débouchés pour l’élevage du cheval de service et de guerre et qui doit être, en effet, par les raisons que nous n’avons pu qu’indiquer ici, une des bienfaitrices de l’agriculteur.
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- RACES CANINES.
- 369
- ÉTAT STATISTIQUE DES MEUTES DE FRANCE
- DRESSE SUR LES PIÈCES D" L’eXQ :ÈTE DU JURY DE LA CLASSE 80.
- AVIS. — Un travail plus étendu sur les meutes de France, rédigé sur les pièces de cette enquête, est en cours de préparation. Quoique nous ayons contrôlé l'exactitude des renseignements qui nous ont été fournis pour la plupart de ces équipages, il y en a cependant plusieurs pour lesquels jusqu’ici nous avons du nous contenter de la simple désignation des propriétaires. On s’étonnera peut-être de voir figurer comme équipages des meutes qui ne comptent que quelques couples de chiens; mais, cependant, par la façon soigneuse dont ces animaux sont élevés et par l'habitude, qu’ont leurs propriétaires de les réunir pour de grandes chasses, on ne pouvait les passer sous silence dans cet état statistique de la grande vénerie. C’est surtout en Poitou que ce cas se présente, et nul ne contestera la haute valeur des petits lots de chiens des veneurs de ce pays. Pour les équipages de la Grande-Bretagne, nous avons été aidé dans nos recherches par les travaux du même genre que publient chaque année les principaux journaux de sport, et notamment le Fiel», qui occupe une place si importante et si justement méritée dans la presse technique. Mais nous avons eu souvent recours aux maîtres d’équipage et aux veneurs de lu Grande-Bretagne pour contrôler nos propres observations. — P. P.
- VÉNERIE IMPÉRIALE.
- Officiers de vénerie :
- Grand veneur : S, Exc. le Prince de La Moskowa.
- Premier veneur : Le Marquis de Toulongeon.
- Lieutenants de vénerie : Le Baron Lambert;
- Le Marquis de Latour-Maubourg Lieutenant des chasses à tir : Le Baron de Lage.
- Résidences de l’équipage : Fontainebleau, Compiègne et Rambouillet. Meute : -100 foxhounds de grande taille.
- Écurie : 45 chevaux.
- Prises : GO cerfs par an en moyenne.
- ÉQUIPAGE DE S. A. I. MS'* LE PRINCE NAPOLÉON.
- Officier commandant : Le Baron de Pcssin-Amory.
- Résidence de l’équipage : Château de Meudon (Seine-et-Oise). Meute : 40 foxhounds, bloodhounds et bâtards.
- Écurie de chasse : 6 chevaux.
- Prises : 25 daims
- T* XII.
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- 370
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80.
- ETAT STAT
- MAITRES d’ÉQL'IRAGE. RÉSIDENCE.
- Anciiald (Vicomte J. d’) Chût, de Laferrière, par Beaumont-la-Ferrièrc (Nièvre).
- Alcock (le cap. P.-S.) Amrrugeac (Comte d’) Villa Désirée, Pau (Basses-Pyrénées)... Chât. de Nogentel (Marne)
- Auteleet Armaillé (d’) Arciideacon (Ch.) Chût, de laChaboissière, près Poitiers... Au Bourg-d’Iré Chât. de Beaumarchais, Autrèche (Indre-et-Loire).
- Aguado (Vicomte 0. ) Audiguier (Albert) Auguis (Henri) Auticuamp (Comte Anatole d’)...- Chât. de Sivry, p. Melun (Seine-et-Marne). A Bonneuil-Matours, par Châtellerault.. ALaMorcièi e, près Couhé-Vérac (Vienne). Chat, de La Touche, par Saint-Georges-de-Noisné (Deux-Sèvres).
- Andigné (Comte d’) Arenberg (Prince Auguste d’)-.--Auberthis Desmoulins (Louis d’).. Aubeterre (Gustave d’) Bernard (Pauli Chât. de Beteau (Sarthe! Menetou-Saion (Cher) A Montmarault (Allier) A Clermont A Héry, par Seignelay (Yonne)
- Berrier (Alf.) Beurges (Comte de) Botneau (Robert du) A Lalonde, par Elbeuf (Seine-Inférieure). Chat. d'Écot, par Andelot (Haute-Marne). Aux Vaudières, par Marsais-Sainte-Radogonde (Vendée).
- Bailly du Pont BÉCÉ (J.) Baudry d’Assun (Armand) A La Châtaigneraie (Vendée) A La Borde, près Blois (Loir-et-Cher)... Chât. de la Eonteclose, près La Garnache (Vendée).
- Belot (Émile) Besge (Vicomte E. de la) Boisgelin (Comte de) Briançon (Baron de) A Pouancé (Maine-et-Loire! Chât. de Persac, par Lussac (Vienne)... A Beaumont-le-Roger (Eure) Chât. du Pierrail, par Sainte-Foy-la-Grande (Gironde).
- Baussancourt (Comte de) Boynes (Comte de) Bezanson (Charles). Bérold Costa de Beauregard (Cte). Barbier de Eelcourt A Baussancourt, par Jessaint (Aube)... A Mamers (Sarlhe) A Savigny, par Fay-Billot (Haute-Marne).. Chât. de Montaugey (Saône-et-Loire) Cheminon, par Sermaise ['Marne!
- Branicki (Comte X.) Chât. do Montrézor, par Loches (Indre-et-Loire).
- Bouvot de Cuauvirey (du) A Chauvirey-le-Vieil (Haute-Saône)....
- Biluem (Josson de) Broise (E. de la) Béjarry (Armand de) Chât. de Theil (Yonne!.. Chat, de Carantilly, par Marigny (Manche). Château-Itoux, par Ste-Hermine (Vendée).
- RACES CANINES.
- 371
- MEUTES DE FRANCE.
- CHIENS. RACE DES CHIENS. MOYENNE DES PRISES.
- 40 Bâtards de Vendée 35 sangliers.
- 48 Ilarriers. 50-60 renards.
- iso Foxhounds 30 sangliers.
- (20 Beagles chevreuils.
- 36 Bâtards du Poitou (6 de Vendée) 25 cerfs, 8 chevreuils, 3 renards.
- 25 Bâtards do Vendée 30 chevreuils.
- 30 Bâtards du Poitou 20 chevreuils, 10 lièv. ou renards.
- 90 Bâtards 35 sangliers.
- 18 Bâtards du Poitou 25 cerfs et chevreuils.
- 12 Bâtards du Poitou 30 loups, cerfs, chevreuils.
- 25 Bâtards du Poitou 20 chevreuils.
- 40 Foxhounds et bâtards poitevins 14 chevreuils.
- 43 -15 Foxhounds et bâtards Bâtards 27 sangliers.
- 10 Haut-Poitou, Vendée Loups, sangliers, lièvres, renards.
- 30 Ariésiens (élevés par Flour, de Pas en Artois). 40 sangliers pris ou tués.
- 30 Bât. normands et quelques foxhounds.. 30 cerfs, chevr., loups, sangliers.
- 25 Bâtards de Vendée 32 louvards et sangliers.
- 18 Harriers Lièvres, renards, cerfs, chevreuils, sangliers.
- 17 Vendéens à p. r. et d 40 diverses.
- 30 Foxhounds et bât. de Vendée etdu Poitou. Chevreuils et cerfs.
- 50 Vendéens à poil ras 60 renards, cerfs, chevreuils.
- 20 Bât. de Bretagne griffons etquelq. vend.. 15 loups, renards, sangliers.
- 20 Poitevins (race de Persac) 14 cerfs, 9 grands louv., 2 saagl.
- 60 Foxhounds 28 sangliers, loups et cerfs.
- 18 Briquets des Landes cr. Artois 15 â 20 renards, 60 à 70 lièvres.
- 30 Bâtards et harriers purs .... 25 sangliers.
- 20 Normands 4 chevreuils.
- 20 Normands cr. de briq. de Franche-C... 28 sangliers, 10 loups.
- 20 Harriers.... • Lièvres.
- 25 12 Bâtards anglo-vendéens. — Artois croisés des Vosges 7 chevreuils, lièvres, etc.
- 28 Bat. anglo-vendéens, six terriers 20 sangliers, 2 loups.
- 12 Vendéens et chiens du pays..,.., •19 sangliers,1 loup, 5 chevreuils, 30 lièvres (à tir surtout).
- 20 Vendéens des deux poils 38 sangliers, 7 loups (à tir).
- 40 Anglo-norm., très-près du sang français . 15 chevr., 7 cerfs, 4 sang]., loups.
- 34 Bâtards vendéens , anglais, quelques chiens français. 30 lièvres, 11 renards, 15 chevreuils. 12 cerfs.
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- GROUPE VIII. — CLASSE 80.
- 312
- MAITRES D’ÉQUIPAGE.
- RÉSIDENCE.
- CHEVAUX.
- Barré (Léon)...................
- Béthune (Comte Max de).........
- Beffroy (de)..................
- Béru (Ferréol de)..............
- Brouaiid (G.)..................
- Brunier........................
- Bardin (An.)...................
- Bordet frères..................
- Bougueret (Alex.)..............
- Botot de Saint-Sauveur.........
- Bouvet (Baron de)..............
- Beluarre (de)..................
- Bertier (Comte de).............
- Brosse (Gaston de la...........
- Beauroyiie (Comte Marc de .....
- Balay..........................
- Bernède (de)...................
- Billy (Philippe Cousturier de)..
- Babixet (Adrien)...............
- Barbier-Montant................
- Bf.rnéde (de)..................
- Besge (Arthur de la)...........
- Borderie (Hubert de la)........
- Bourdier (Eugène)..............
- Boutiiilliers (Comte L. de)....
- Bréciiard (Marcel)............
- Chassa y (Fernand de).........
- Courtivron (Marquis de).......
- Courcenet (Dominique).........
- Ciiaron (Émile)................
- ClIEVALLEREAU (GuSt.)..........
- ClIOMETTE (A.).................
- COLRAT DE MONTllOZIER (Ed.)....
- Claverie (E.-F.-Léonce)........
- Ciiampigny (Er. de)............
- Cavelier de Cuverville (Louis)..
- Chateaubriant (Vicomte de)....
- Collas (Léon)..................
- Carayon-Latour (Joseph de).....
- A Issoudun (Indre) et à Bourg-d’Oiseau, arrond. de Saint-Amand (Cher).
- La Villetarte, par Chaumont-en-Vexin (Oise).
- Chat. d’Hardoncello, par Benwez (Ardennes).
- Chât.deSenac, p.Pipriac (Ille-et-Vilaine). A Trélazé, près Angers (Maine-et-Loire).
- Chût, de Bourras (Nièvre)..............
- Actuellement démonté par la rage.
- A Froidevant...........................
- Voulaines..............................
- A Darloon, arrond. de ChâtilIon........
- Saint-Bemy-en-Bouzemont (Marne)........
- (Haute-Vienne).........................
- Chût, de Sauvigny-le-Bois (Yonne)......
- A A vallon (Yonne).....................
- Chasse a Traconne, en Champagne....
- A Bochechouart.........................
- A Billy-Source-Seine, près Baigneux-les-Juifs (Côte-d’Or).
- Chat, de Murault, près Lusignan (Vienne).
- Chât. de Marie, par St-Georgcs (Vienne).
- A Bochechouart........................
- Château de Pindray, par Montmorillon (Vienne).
- Château de la Glayotte, par Lesterpt (Charente).
- A Charroux (Vienne)...................
- Ch. de laCharmoye, p. Montmort (Marne).
- Chût, de Béruges (Vienne)..............
- Ch. du Poirier, par Montembuit(Charente).
- Ch. de Bussy-la-Fesle (Côte-d’Or).
- A Authumes, c. de Pierre, par Louhans (Saône-et-Loire).
- Au Chatenay-Saint-Valérien, p. Saint-Ilermenault (Vendée).
- A Boissorin, canton de Mareuil-s.-Lay (Vendée).
- Condat, arrond. de Murot (Cantal).....
- Chat, de Montrosier, p. Bodez (Aveyron)..
- A Saint-Sicaire, c. Saint-Michel-Lépa-ron, par la Boche-Chalais (Dordogne).
- Ch. de Poussigneul, canton de Charry (Nièvre).
- Ch. de Herauter en Sainte-Tréphine, parSaint-Nicolas-du-Pelem (Gôte-du-N.)
- Au Courbât, parGenillé (Indre-et-Loire).
- Saint-Gérand de Vaux (Allier).........
- Ch. de Virelade, par Podensac (Gironde).
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- RACES CANINES.
- 373
- CHIENS.
- 18
- 80
- 28
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- 50
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- 12
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- 24
- 30
- 10
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- 30
- 30
- RACE DES CHIENS.
- Griffons de Vendée.....................
- Bâtards normands.......................
- Croisés vendéens-normands..............
- Bâtards................................
- Harriers...............................
- Bâtards normands.
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- 9
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- ?
- Bât. anglo-franc., vieille race de briquets. Bâtards normands.
- Bâtards vendéens.
- Équipage de lièvre.
- Bâtards, race de Persac.
- Bâtards Poitou, race de Porsac. Artésiens..............................
- Bât. angevins, poitevins et saintongeois.
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois......
- Bât. poitevins, race de Persac.
- Bât. poitevins, race de Persac.........
- Bat. anglo-poitevins-saintongeois......
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois......
- Beagles (vieille race anglaise)........
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois......
- Bât. du Poitou........................,
- Baces diverses du pays.................
- Baces diverses.........................
- Harriers.
- Bat. de Vendée.........................
- Griffons du pays, croisés artois.......
- Vendéens...............................
- Bloodhounds purs, 4 vendéens à poil ras.
- Griffons bleus nivernais...............
- Vendéens (bat. pr. sang, fr.)..........
- Saintongeois, cr. Gascogne.............
- Bât. Vendée, 1/3 foxhounds.............
- Saintong. cr. Gascogne (race de Virelade).
- MOYENNE DES PRISES.
- Sangliers et loups (à tir).
- 40 sangliers; a chassé uniquement le loup autrefois.
- 104 sangliers depuis huit ans, loup, renard.
- 5 loups, 40 renards, 20 lièvres. 20 lièvres, renards et sangliers.
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- 9
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- 9
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- 23 sangliers.
- 12 chevreuils.
- 15 chevreuils.
- Cerfs, loups, chevreuils.
- Chevreuils et loups.
- Chevreuils.
- Lièvres.
- Chevreuils.
- Lièvre et loup.
- 10 sangl. et loups.
- 20 lièv., sang., chev., loup à tir
- Lièv., ren., chev., cerf, sang.
- 25 1. pris, 55 ren. tués.
- 2 loups, 35 renards, 20 lièvres. Lièvres.
- 10 loups, 25 sangliers.
- 20 ren. et quelques loups.
- 18 à 23 chevreuils.
- 30 sangliers.
- 30 chev. (loup, lièv., cerf.
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- 374
- GROUPE VIII.
- CRASSE. 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE. CHEVAUX.
- Ciiasseval (de) Ch. du Muguet, par Auzouer-sur-Trezée 3
- Crozet (Comte du) (Loiret). Ch. de Cumignat, par Brioude (Haute- 4
- Crayeux (F.-L. et Ed.) Ciiambray (Marquis de) Loire). Aux Gouttes, par Jaligny (Allier) Cliât. de Chambray, par Bamville (Eure). 8 2
- Corderoy-Duthiers (Pascal) A Availles, arr. de Civray (Vienne).... 4
- Codet (Louis-Paul-Ém.) A Saint-Junien (Haute-Vienne)
- Courcelee (Sébastien) A Vesoul (Haute-Saône)
- Cressac (Alfred de) Boiscoursier, par Vivonne ('Vienne!...
- Couteau (Aristide) A Usson du Poitou (Vienne)
- Cars (A. des) Ch. de la Roche-de-Bran, par.Vlontamise 6
- Campagne (de) (Vienne). Ch. du Fou, par Vousseuil-sur-Vienne 3
- (Vienne). 2
- Chevrier Ch. de ? , par Charroux (Vienne).
- Chassepot (Comte de) A Avelesçep, p. Airain fSnmmp.]
- Ciiezeli.es (Vicomte de) Chat, de Frières-Faillouël (Aisne) 5
- Clefs (Baron de) A la Flèche.• 1
- Courcival (Marquis de) Ch. de Courcival, près Ronnelnhle .
- Chabot (Vicomte de) Ch. de Villefort, par Maulevrier (Maine- %
- et-Loire).
- Chabot (Comte de) et la Blottais Ch. du Parc, par Mauchamps (Vendée). 9
- (Vicomte de). ClIAMPCIlEVRIER (B°n de) Costa (Comte de) Cléré, par Tours (Indre-et-Loire) Ch. de Montange, par Saint-Léger-sous- y> \
- Chaumont (de) Beureray (Saône-et-Loire) Ch. de Landogne, près Pontaumur (Puy-
- Chaiigères (A. DF.) de-Dome). Gueuftnon (Saône-et-Loire.)
- Chevrollière (Bon DE la) Cournay. arrond, de Saint-Jean-d’Angely
- Duciion (Louis) (Charente-Inférieure). *A Chassey-lez-M.ontbozon, par Iisprels 2
- Beslandes (L.-Jean) (Ilaute-Saorie). Chat, de Saint-Jacquès, près Lisieux 2
- Débuterie (Majou de la) (Calvados). Chât. de la Débuterie, c. de Rochetré- 6
- Danne (M.-M. de) joux (Vendée). A Saint-Martin-du-Bois, près Angers.., 8
- Buchesne de Lamotte (Paul) Chat, de Rouvres, ar. l.angres (Haute- 3
- Bassy (Amédée) Marne). A Monsceau et Dbuisy, près Meaux 3
- Bampierre (Marquis de) (Seine-et-Marne). Ch. de Plassac (Charente-Inférieure).... 4
- Burécu (Guill.) .. Saint-Picrre-Franciueville .
- Bemalliargues i A Ardes (Puy-de-Dôme!. . i ?
- Belarue-Buisson ! A Abbeville (Somme! . .
- Besvignes
- Bollfus (Camille! A I-Ioueillcs (Lot-et-Garonne) 2
- Burivaux (Émile) A Varennes, par Mirebeau (Vienne).... 4
- RACES CANINES.
- 375
- CII1ENS.
- 17
- 18
- 36
- 30
- 14
- 15
- 12
- 15
- 9
- 12
- 10
- 7
- 30
- 60
- 10
- 12
- 25
- 30
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- 40
- 20
- 30
- 30
- 45
- 30
- 18
- 20
- 12
- 25
- r>
- 20
- 10
- RACE DES CHIENS.
- MOYENNE DES PRISES.
- Foxhounds (chiennes) Bât. d’Auvergne.......
- Griffons nivernais...................
- Briquets normands purs...............
- Bât. du Poitou et Saintonge..........
- Bât. poitevins (r. de Persac)........
- Briq. franc-comtois, 2 artois, 4 vendéens, 2 divers.
- Bât. du Poitou et Saintonge..........
- Bât. angl., poil., saint.............
- Bât. angl., poit., saint.............
- Bât. angl., poit., saint.
- Bât. angl., poit., saint......
- Bât. normands...................
- Bât. angl., poit., saint, et norm.
- Bâtards poitevins...............
- Poitevins.......................
- Bât. poitevins-saintongeois.....
- Bât. poit., saint., quelques foxhounds.
- I-Iarriers.......
- Chiens du pays Bâtards...........
- Bât. de Vendée et quelques foxhounds.
- Beagles-harriers......................
- Bât. anglo-saintongeois...............
- Bât. de Vendée.....
- Foxhounds et bâtards ,
- 12 bât. d’Artois, 18 divers.
- Saintongeois, r. de Virelade.......
- Normands...........................
- Ch. du pays........................
- Briquets d’Artois. Très vieille race.
- Beagles............................
- Grands briquets de Saintonge........
- Bât. anglo-poifevins-saintongeois....
- 11 lièvres.
- 23 à 30 lièv.
- 15 sangl., 6 loups.
- 30 cerfs, quelques chev. et daims 30 loups, chev., 1., sangl. cerf. Lièvre habituellement.
- 20 sangliers tués.
- 25 cerfs, chevreuils.
- 30 cerfs, loups, chevr.
- 12 chevreuils.
- 12 chevreuils.
- 10 chevreuils.
- 21 lièvres, 18 sangl. tués (3 pris). 30 cerfs.
- 40-50 ren., bl., lièv.
- 6-8 loups, 15-20 sangl.
- 30-40 chevreuils.
- 30-40 chevr.
- 10 cerfs, 20 chevreuils.
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- Lièvres et chevr.
- Lièvres, renards.
- 9
- 12 loups, 20 sangliers.
- 12 à 15 lièvres.
- 6 loups, 7 sang., 12 cerfs, 20chev,
- 40 chevreuils.
- 23 sangliers.
- Chasse à tir.
- Lièves, chevreuils, renards. Lièvre.
- Lièvre, renard.
- Lièvre, renard, chev.
- Lièvres et chevreuils.
- 60-80 lièvres.
- Cerfs, chevreuils.
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- 376
- GROUPE VIII. — CLASSE 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE.
- Étienne (Gustave)..............
- Égremont (G. d')...............
- Épensivae (Varin d’)...........
- Fourcade (Joseph)..............
- Fenouiuuet (Léonce de).........
- Fitz-James (de) ...............
- Flamen d’Assigny (MM. F. et II.).
- Fretay (Baron Halna du)........
- Falatieu (J.)..................
- Fontenay (Ed. et Henry de).....
- Ficatier-Gillon................
- Frossard.......................
- Fouliier de Relingua (Comte)....
- Felcourt (Julien de)...........
- Fiucon (Marquis de)............
- Guiet (Charles)................
- Giiandpierre...................
- Grente (Vicomte de)............
- Grincouiit (G.)................
- Gouraud de la Prostière........
- Gibert (Gustave)...............
- Grailly (de)...................
- Guichard.......................
- IIenriet (d),..................
- IIermite (Vicomte Gaston de l’)..
- IIoudaille (Abel)..............
- Heiibault (Marquis Dodun d’) ....
- Hérissem (Baron de)............
- IIerce (Vicomte Arthur de).....
- Imécourt (Comte d’)............
- Incourt de Metz (Vicomte d’)....
- Irville (Manoury d’)...........
- Jacquault (Victor).............
- Jallet.........................
- Lemaire (Charles)..............
- Loisy (Albert Carrelet de).....
- Laferrière (Comte Henri de). ...
- RESIDENCE.
- A Nantes..............................
- A Frcnoy, près Montmédy (Meuse).......
- A Épensival , p. Quivry-en-Argonnc (Marne)
- Ch. de Caraman (Hérault)..............
- Ch. de l’Hom, par lePompidon(Lozère).
- A La Chapelle (Oudon).................
- Ch. de Sury, par Saint-Benin-d’Avy (Nièvre).
- Ch. de Vieux-Châtel, par Châteaulin (Finistère).
- Pont-du-Bois (Haute-Saône)............
- Ch. de Fourdevaux, commune de Varen-nes-lez-Nevers (Nièvre).
- A Bar-le-Duc..........................
- Ch. de Guipy, par St-Bevcrien (Nièvre).
- Ch. de Pliiliomel, près Lillers (Pas-de-Calais.
- Maisons-en-Champagne (Marne)..........
- Ch. de Caschetières, par Beaugency...
- A Napolcon-Vendée.....................
- A Bussy-la-Côteprês Bar-le-Duc (Meuse)
- Ch. de Glos-Montfort, sur P.isle (Eure) .
- Ch. de Fontallicr, pr. Saint-Pierre-le-Moustier (Nièvre)
- A Puisieux..........................
- Chat, de Moizeaux, par Usson (Vienne).
- Aux Ages, par Persac (Vienne).......
- Sarrebourg (Meurlhe)................
- Ch. de Beaune, près Eymoutiers (Haute-Vienne).
- A Avallon (Yonne)...................
- Ch. de Cbemilly, près Seignelay (Yonne).
- Chût, du Vieux-Rouen (Eure).........
- Chût. deMonguerré,parErnée (Mayenne).
- A Louppy-s.-Loison (Meuse),.........
- Ch. de Grèges, par Dieppe...........
- Château de Laudonnière, par Gencay (Vienne).
- A Chauvigny (Vienne)................
- A Vermenton (Yonne).................
- Chût. d’Arceau, par Mirebeau-s.-Beze (Côte-d’Or).
- Chat, de Brièrre, par Precy-s.-Thil (Côte-d’Or).
- CHEVAUX.
- 12
- »
- 4
- 4
- 1 n
- 4 3
- 2
- »•
- 3
- 2
- »
- »
- 5
- 33
- G
- 2
- »
- »
- 3
- 3
- 33
- 4
- G
- 4
- 6 6
- ?
- »
- 3 6
- 2
- 2
- 3)
- 4
- RACES CANINES.
- 377
- CHIENS.
- RACE DES CHIENS.
- MOYENNE DES PRISES.
- 27
- 12
- 40
- Bât. du Haut-Poitou...................
- 4 2 normands cr. artois...............
- 42 mâtins pr. coiffer................
- Ardennais croisés Artois et Vosges
- De S à 13 sangl. forcés. Lièvr., chevr. loup. ren.
- 40 s. coiffés, 20 tués au fusil. 33 lièv., 20 sangl., louvards.
- 20
- 10 20 2 o
- Cr. gascons, Sainlonge, avec briquets de l’Ariége.
- Griffons ?... :........................
- Beagles................................
- Bât. normands et saintongeois..........
- 30 lièvres.
- 4 3 à 20 renards, 70 à 80 lièvres. 30 lièvres.
- 63 sangl. tués (4 2 pris).
- 27
- Griffons fauves de Bretagne
- 30 à 40 loups, sang., ren.
- 40
- Bat. normands et vendéens
- 32 sangl. (4 0 pris).
- 20
- 20
- 20
- 44
- Haut-Poitou.............
- Griffons...... I „
- Poils ras..... j Vendée.
- Artésiens-normands......
- 43 à 20 loups.
- 30 sang, tués ou forcés, loups. Lièvres.
- 4-2
- 20
- 23
- 20
- 32
- ?
- Foxhounds..........................
- Bat. de Vendée.....................
- 4 saintong, 4 0 v. griffons, 6 vend. p. ras.
- Bât. anglo-normands .... •..........
- Bât. normands.
- Tout gibier.
- 30 renards forcés.
- Lièvre et chevreuil, loup.
- 4 3 à 4 6 cerfs, 2 loups, 3 chevr. 20 sangliers.
- 4 0 4 4 4 0 42 27 42
- 20
- 38
- 39
- 40
- 42
- 44
- 20
- 6 poitevins et races diverses..........
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois......
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois.
- Mâtins, etc............................
- Bâtards saint, et poit. Remontent aux chiens-cerfs. . .
- Normands-artésiens.....................
- Vendéens des doux poils................
- ?
- Moitié foxhounds et moitié bât. de Vendée et du Poitou.
- 9
- Grands bassets griffons de Vendée......
- Artésiens..............................
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois......
- Sangl. et chev. à tir.
- Chevreuils.
- Chevreuils et loups.
- Sangliers (tués).
- 30 lièv. 4 3 loups, 8 chevr., sang.
- 20 sangliers tués ou forcés.
- 33 sangliers, louvards.
- Chevreuil et sangliers.
- 23-33 chevreuils.
- ?
- Lièvres.
- 4 0 lièvres.
- Cerfs, loups, chevreuils.
- 8
- 20
- 42
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois.......
- Bât. artésiens et picards des deux poils. Artésiens...............................
- Chevreuils.
- 46 sang. tués.
- Lièvres, 3 loups, 2 sangliers tués.
- 40
- 8
- Foxhounds........
- Bâtards et 4 limiers
- Sangliers, 43 à 20. Quelques loups.
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-
-
-
- 378
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE. CHEVAUX.
- Laciiarme (Jules de) A Matour ('Seine-Rt-Lnirfi) 1
- Lerlanc-Larorde.. A Bois-Jardin, près Donzy
- et Brunier A Bourras, près Chât.-Neuf (Nièvre).... j il
- LaciiapelUe (Georges G. de) Chât. de la Brosse, par la Celle-Bruère 4
- Livet (Marquis de Barville de).. (Cher). A Lieurey (Eure) 4
- Longthuis (Lefilleul de) Chât. de Dannemarie, en Puysaye, près Auzouer-s.-Trézée (Loir-et-Cher). A Bennes, chât. du Plessis (Ille-etrVilaine) 4
- Langue (Marquis de) 8
- Lucas (Fernand) Chât. de la Garde, c. de Perroy, p. 4
- Lupeu (Vicomte de).-. Boazy (i\ièvre). 0
- Lf.strange (Baron Gustave de)... Chât. de Chaux (Charente-Inférieure).. 3
- Lamarque (Comte) Saint-Sever (Lande1?)
- Louvencourt (Vicomte Georges Chât. de Morlet, par Epinac (Saône-et- 4
- de). Loire).
- Lentiliiac (Comte de) Chât. de la Ferté, par Condé (Maine-et 6
- Lorge (Durfort-Civrac Comte de) Loire). Chât. de Fonspertuis, par Beaugency 3
- et Durfort (Vicomte de). (Loiret).
- Le Couteulx de Canteleu (Comte). Chât. de St.-Martin, par Etrépagny (Eure). ’ 5
- Lejéas (Comte) Chât. d’Aiserey, (Cflte-d’Gr'i 0
- Legrix (Michel)
- Luard (Comte du) Près Conneré (Sarthe). 3
- La-Porte-aux-Loups (Marquis de). . Près Château-du-Loir (Sarthe) 2
- Landeu ?
- Lespinay (Comte de) Château de la. Mnnp. (vatiHpa^
- Lecomte de Ciiabot-Sauleize. ... Arrond; de Napoléon-Vendée (Vendée).. »
- Lucy (Achille) et Bernier A Meaux
- Layiias (Henri de) A Billom 2
- Lafond Chât. de Puigarreau, près Lenclaitre 3
- Labadie (Adolphe). (Société de (Vienne). (Gironde) 9
- Mios.)
- Maupas (de) Chât. de Vaux (Aube) 5
- Mirabel-Ciiambaud Saint-Germain-s.-Aulne, pr. Neufchâtel- 2
- Môller (Edmond) en-Bray (Seine-Inférieure). Bourneau, cant. de l’Hermenault (Ven- 4
- Montjon (Paul de) dée). A Charassé, cant. de Mignatoux, par 4
- Montiiolon (Fr. Prince de). Poitiers (Vienne). Chât. de Clessy, par Gueugnoa (Saône- 4.
- Montmort (Marquis de) et-Loire). Chât. de la Boulaie, p. Toulon-s.-Arroux 2 „
- Meignan (Arsène) (Saône-et-Loire). A Ségré (Maine-et-Loire)
- Monneraye (Le Vicomte de la) .. Forges de Paimpont, arr. de Montfort 12
- et Moncuit (le Baron de) (Ille-et-Vilaine;.
- Maillet (Eugène) A l’Eminence, par Donzv (Nièvre). .. 4
- Montesquieu (G. et Alb. de) A la Brède, près Bordeaux (Gironde)... 7
- Mandell (Baron de) A Liverdun, près Nancy (Meurthe) 6
- Mandre (Charles de) A Lachaudeau (Haute-Saône) 4
- RACES CANINES..
- 379
- CHIENS.
- 15
- 60
- 30
- 15 30
- 4 b
- 16
- 18
- 20
- 25
- 30
- 45
- 30
- 20
- 25
- 20
- 45
- 30
- 10
- 20
- 20
- 12
- 25
- 15
- 2b
- 25
- 25
- 25
- 15
- 60
- 25
- 12
- 60
- 20
- 30
- 40
- 80
- RACE DES CHIENS.
- Poitevins et vendéens Bâtards et ch. franc.. Bâtards du Poitou......
- Bâtards normands. Bâtards normands.
- Bâtards du Poitou. Bâtards normands.
- Bâtards normands......................
- Saintongeois, race de Virelade........
- Briq. du Béarn cr. saint. (Noir et feu).. Harriers cr. griffons franc., 2 poitevins poil ras et 2 poit. grif. comme limiers. Bâtards saintongeois..................
- Bâtards saintongeois. Quelq. foxhounds purs.
- Vendéens cr. nivernais (grif.).........
- Poitevins cr. artois.................
- Beagles-harriers.......................
- Foxhounds et bâtards...................
- Bâtards poitevins......................
- ?
- Bât. de Vendée et foxhounds............
- ?
- Picards-artois.........................
- Chiens divers........................
- Beagles .........—.....................
- MOYENNE DES PRISES.
- 19 bât. saintongeois, 6 race de Virelade..
- Bâtards ?.....................
- Foxhounds et bâtards normands.
- Bâtards de Vendée______________
- Beagles, race des bibi. Croisement ce-ris et harr-beagles.
- Foxhounds.........................
- Harriers.
- Bâtards de Vendée.............
- Foxhounds et bâtards de Vendée ,
- Vendéens ....................
- Gascogne.....................
- : Foxhounds (3 bâtards du Poitou). ‘ Bâtards de Vendée...........
- Sang., chev., ren., lièv.
- Sangl. et loup (lièv., chev.)
- 13-15 prises. 10 chev.
- 40 lièv., 10 chev.
- 50 loups, sang., chev., ren.
- 15 à 20 loups et sang., 15 lièv.
- 30 chevreuils.
- 16 à 20 sang., et loups.
- 15 sang., 10 chev,
- Lièv., chev., ren., loup. 14.
- 30 lièv., 30 renards.
- 30 sangl.
- 25 cerf.-chevr.
- 20 à 27 cerfs-.
- 10 loups, 8 sangliers, 2 à 8 cerfs.
- 12 sangliers, 10 loups.
- Lièvr. et chevr. quelquefois.
- 15-25 cerfs. ,
- 15-20 chevr. et cerfs
- ?
- ?
- Sang., chevr. à tir.
- Loups, sang., ren., lièvr. à tir. Lièvres.
- Lièvres, chevreuils, renards.
- 25 sang. 12 loups,
- 25 à 30 lièv., chev., loups, ren... sang.
- 15 chevr., 5 cerfs, 2 lièvres 50 lièvres.
- 15 sangliers.
- Lièvres-.
- 80 loups, sangl. ren., lièvres.
- 30 sangl., 10 louv., 14 renards
- 20 sangliers, loups.
- 15 chevreuils, 10 lièvres.
- 14 sangliers par an.
- Sangliers (15 l’année dernière).
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-
-
-
- 380
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. résidence. ^CHEVAUX.
- Morand (M.) A Mareau-au-Bois, ar. de Pithiviers
- (Loiret).
- Millut (m.) A Maulaix, près Fours (Nièvre) 3
- Mor.vncy (Comte E. de) Cliât. de l’Ermitage, à St.-Martin-de-Soi- 3
- gnaux (Landes).
- Montbison (Aymar de) A Chaufaille, près Coussac-Bonneval 5
- (Haute-Vienne).
- Maignol A Concise, com. de Suzeret, près Mont- I
- marault (Allier),
- Marchand (Émile) Les Bobinières, à Ciervaux, arrond. de 4
- Châtellerault.
- Maurice A T.niynn 9
- Montaudoin (de) A Marie-Thérese
- Meunier Près St.-Hermine (Vendée). »
- Maury (Président des chasses de A Mauprevoir, cant. d’Availles (Vienne. 2
- Charroux.
- Montsorrier (de) Arrond- de Napoléon-Vendée (Vendée).. »
- Mestaaer
- Maiciiin (Ch. de) Chat, de Vernon, par la Villedicu-du- 3
- Clain (Vienne).
- Montreuil (Baron de) fl h ni. fTlvny-lfi-Prri (VinrmfVï Q
- Neuville (D. de) Chat, de Combes, par Magnac-Iîourg 4
- (Haute-Vienne)
- Nadaud (Théodore) Charvieux, par Pont-dc-Cheroi (Isère).. 2
- ÎSOGAS Sermaise (Marne) 9
- Nebout (Céleste) Chât. de Saint-Martin-Lars, par Usson
- (Vienne).
- Nétumières (Vicomte René de)... A Bennes. 3
- Onsenbray (Vicomte Henri d’), et Ch.de Grain ville,p.Fleury-s.-And. (Euro).
- Onsenbray (Vicomte Auguste d’). Ch.du Buisson demai, par Pacy-sur-Eure. 4
- Oyron (Vicomte Ernest d’) Château d’Oyron, près Thouars (Deux- 5
- Sèvres).
- Osmond (Comte d’) La Vénerie, par Châteauneuf-Val-de- 1 ü
- Bargis (Nièvre).
- Poncins (Marquis de)
- PUYSÉGUR (MM. DE) Château de Beugny, près Chinon (Indre- »
- et-Loiro).
- Palaminy (Marquis de) Château de Saint-Bernard (Charente)... 1
- Pertiiuis (Comte de) Château de Sorau, par Rioz ( Haute- 4
- Saône).
- Perrot (Louis-Jules) Château de Labellière, à Bourg (Ain).. y>
- Piston d’Eaubonne Château de Fournil, près Mussidan 3
- (Dordogne).
- Porte (Paul de la).. Troyes (Aube) et Armentiôres, par Aix- •1
- en-Othe.
- Pommereau (Léonce de) Château de Beaujeu, par Sancerrc 4
- (Cher).
- Palluat de Besset Château de Vernoil, St-Germain-Laval
- (Loire).
- Prat (Albert) A Sahurs
- Prat (Léon) A Canteleu (Seine-Inférieure)
- RACES CANINES.
- 381
- CHIENS.
- 8
- 20
- •20
- 20
- 13
- I o
- 10
- •13
- 30
- 12
- •18
- 15 10
- -tS
- •Il
- -12
- -15
- 10
- 22
- 50
- 25
- 70
- 18
- 35
- 12
- 20
- 12
- 40
- 16
- 20
- 25
- 30
- 30
- RACE DES CHIENS.
- Mâtins pour coiffer et 2 briquets à renard.
- Griffons de Vendée bât. Bât. Artois et Poitou.
- Grands briquets de Gascogne. Quelques artésiens et cr. arl.-normands. Bâtards du Poitou, race de Persac.....
- Saintongeois..........................
- Bâtards du Poitou.....................
- ?
- Foxhounds.............................
- Bâtards vendéens......................
- Bâtards anglo-poitevins-saintongeois...
- Bâtards poitevins.
- Bâtards poitevins.....................
- Bâtards du Poitou.
- Vendéens griffons.....................
- Bâtards du Poitou.....................
- Bât. du Poitou, r. Persac (3 foxhounds)..
- Briquets d’Artois.....................
- Artois et Vosges.....................
- Bât. anglo-poitevins-saintongeois.....
- Bât. poitevins et bretons-foxhounds.... Foxhounds, bât. de Vendée et Poit.; bât. normands.
- 10 foxhounds, 15 bât. saintongeois et vendéens.
- Foxhounds.............................
- Bâtards...............................
- ?
- Saintongeois, race de Virelade........
- Bât. de Vendée, quelques gros poils ...
- Briquets bl. dor. d’Auvergne..........
- Gascons, saint, purs, bât. de Gascogne, bloodhounds gascons-saintongeois....
- Griffons de Vendée....................
- Bât. Saintonge........................
- Race française........................
- MOYENNE DES PRISES.
- 15 sangliers, 15 renards.
- 58 sangliers, 5 loups, 9 renards.
- 23 à 30 licvr., 13 renards.
- la à 20 chevr., sangl., loups.
- 15 à 20 chevr. et lièvres.
- Sangliers à tir.
- 30-40 chevr., lièvre.
- Lièvres, cerfs, chevreuils.
- 30 chevreuils, cerfs et loups.
- 20-23 sangliers forcés ou tués. Loups, sangliers, chevreuils.
- 15 renards, io lièvres.
- Lièvres.
- 30 lièvres, chevreuils.
- Renards, sangliers.
- 24 cerfs, 9 gros sang.
- 12 cerfs, 15 ren., chev.
- 28-35 sangliers.
- Lièvres.
- Lièvres et renards.
- 20 sang., loups.
- Lièv., ren., sang.
- 5 chev., 2-1 lièv., i sang., loren.
- 18 loups, 40 sang., 1/3 forcés.
- 20 à 25 sang.
- Lièv., loup, sang., ren.
- Cerfs.
- Cerfs.
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-
-
-
- 382
- GROUPE VIII. — CLASSE 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE.
- Pascal-Dutiiiers................
- Piot (l’rères)..................
- POYDllAS (B.)...................
- PlOGEll (de) et Trogoff (de)....
- Pernety (Vicomte Maurice)........
- Prln (Heuri de).................
- Pringeiue (de la)...............
- Quandalle (de)..................
- Ramier (Emile)..................
- Ribolllerie (GodetL.de la).... Ricard (Comte de)...............’
- Ramrolrg (Charles)..............
- Rigny (Alfred Septier de).......
- Rociiefolgault (de la), duc de Doudeauville....................
- Roguet (Xavier).....•...........
- Reiliiac (Roux de)..............
- Raguin (Pierre-Eugène)..........
- Ruederer (Louis)................
- Raynaud (Isidore)...............
- Rochette (Vicomte AlfredDE la)..
- Rigogne.........................
- Servette (de la)..............
- Saint-Seine (Marquis de)........
- Selle (Gaston de la)............
- Servant (Alexandre).............
- Siiiuet (Baron).................
- Saint-Innocent (Comte de).......
- Surin de Fagolar................
- Soulier (du)--------------------
- Simons (E.).....................
- Salverte (Comte de).............
- Thierot (François)..............
- Tuevenin (Dr E.)................
- Taisné (A. de)..................
- Tinguy (Ch. de).................
- RÉSIDENCE.
- A Availles-Limousine (Vienne)..........
- A Châtillon............................
- A la Chapelle-sur-Erdre (Ille-et-Vilaine).
- Près Redon.............................:
- Chat, de Cestas (Gironde)..............
- Chût, de Faljoie, par St-Sauvant(Vienne). A Mont-St-Savin, par St-Savin (Vienne)..'
- A I-Iesdin (Pas-de-Calais)..............
- A Mouzeuil, château de l’Hermenault (Vendée).
- Château de l’Hermenault (Vendée).......
- Château de Vares, par Gaillac-d’Aveyron (Aveyron).
- A Châteauvert, près Clamecy (Nièvre). Château de Rigny, par Premery (Nièvre). A la Gaudinière, p. la Ville-aux-Clerets'.
- (Loir-et Cher). I
- Faubourg de France, à Belfort ( Haut-Rhin).
- Château de Chatelard, canton de Mon-tembœuf (Charente).
- A Chinon (Indre-et-Loire)..............
- Yillersallerand (Marne), et au château de Souvilly, près Breteuil (Eure).
- A Saint-Alban-sous-Sampzen, canton de Joyeuse (Ardèche).
- A Chodun et aux Brés, près Châtillon-sur-Chalaronne.
- A Meulson, arr. de Châtillon............
- Chat, de la Servette, par Leyment, arrond. de Belley (Ain).
- Chat, de Saint-Seine-s.-Vingeaume, par Fontaine-Française.
- Château de la Ferté-Beauharnais, par. Neang-le-Bacviou (Loir-et-Cher).
- A l’Isle-Adam (Seine-et-Oise)...........
- Ch. de Vireux, arr. de Rocroi (Ardennes) Chat, de Bournous, p. Saint-Léger-s.-Beuvray (Saône-et-Loire).
- Saint- Junien (Haute-Vienne)...........
- A Chantilly............................
- Chât. de Mareuil (Marne)..............
- Rue Saint-Pierre, à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
- Chât. de Puy-Guillon, commune de Ver-nusse (Allier).
- Aux Riceys (Aube)......................
- Fontenay-le-Comte (Vendée), la Simo-nière, canton de l’IIermeuault.
- CHEVAUX.
- 3
- 9
- G
- »
- 2
- 2
- 2
- »
- 6
- 3
- »
- 9
- 3
- 20
- »
- G
- 7
- 3
- 2
- 3
- 9
- 1
- 9
- 4
- 4
- 2 2
- »
- 3)
- 6
- 6
- 2
- 4
- 12
- 3
- RACES CANINES.
- 383
- CHIENS. RAGE DES CHIENS. MOYENNE DES PRISES.
- 12 Bât. anglo-poitevins-saintongeois Chevreuils et loups. 58 chevreuils forcés. Lievres, renards, loups.
- 15 50 9 Haut Poitou et Vendée
- i 5 Bâtards
- 25 Bâtards de Vendée à poil ras Lièvres.
- 10 Bât. anglo-poitevins-saintongeois... 4 2 chevreuils.
- 8 Bât. anglo-poitevins-saintongeois Chevreuils.
- 25 Grands briquets d’Artois.
- 40 Bât. saintongeois 49 chev., 3 cerfs, 4 sang.,lièvres.
- 4 4 Arendéens (des deux poils).
- 4 4 Vendéens, croisés chien de l’Aveyron 4 0 ren. fore, 60 r. tués, 50 lièv. f.
- (noir et feu). .
- 50 Bâtards normands 6 loups, 4 5 sangliers.
- 12 Bât. normands
- 4 0 sangliers forcés, 20 tués.
- 90 Foxhounds 35 à 40 cerfs et sangliers.
- 15 Griffons du pays Sanglier, chevreuil, loup.
- 15 Bât. saintongeois et poitevins. 45 à 20 loups, cerf, chev., sang.
- 35 Bât. poitevins 8 cerfs, 20 chev., sang,, loups.
- 45 Bât. vendéens, poil ras 42 cerfs, sangliers. Tout gibier. Renards, lièvres, blaireaux, sangl. 20-30 lièvres, renards, loups, blaireaux, sangliers.
- 10 9
- 10 Vendéens (des deux poils)
- •12 21 ? Vendéens griffons, bât. harriers
- 30 Foxhounds et quelq. bât. saintongeois 20 sangliers.
- et vendéens.
- 18 Foxhounds 40 sangliers forcés ou tués, 42 renards.
- 50 Bâtards vendéens 25 chevreuils. Lièvres, renards, chevr., sangl.
- 42 Bretons croisés Ardennes (griffons)
- 20 Griffons nivernais 20 sangliers, 4 0 loups.
- »
- 25 45 Bât. de Poitou et de Vendée 30 cerfs.
- 30 Bâtards du Poitou 30 daims, chevreuils. Lièvres, loups, blaireaux, fouines putois, etc.
- ( 20 Chiens pour terrer
- il 2 saint., 4 vend, gr., 4 vend, ras, 2poitev. Race bretonne St-Hubert, noir et feu.
- 32 Bâtards divers, poitevins. Loups, sangliers, renards et blaireaux, chevreuils, lièvres.
- \ 40 Foxhounds 40-42 cerfs.
- ( 45 Id. pour sangliers 45-25 sangliers tués ou pris. Lièvres.
- 44 Harriers (élevés en Vendée)
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-
-
-
- 384
- GROUPE VIII. — CLASSE 80.
- MAITRES D’ÉQUIPAGE.
- RÉSIDENCE.
- CHEVAUX
- Taliiouet (Marquis de)........
- Treprel (Ed. de)..............
- Tiiébons (Marquis, Comte et Vicomte de).....................
- Toulongeon (Comte Léonel de) .. Textoris (II.)................
- A Malidor, près le Lude (Sarthe).......
- Chat, de Treprel, par le Pont-d’Ouilly (Calvados).
- Chat, de Bérengeville, par la Comman-derie (Eure).
- Chât. d’Esclan (Jura)..................
- Chat, de Chenay, près Tonnerre (Yonne).
- »
- G
- Treuille (Raoul).................
- Toulouse-Lautrec (Comte de)....
- Vaulciiier (Comte de)............
- Verdun (J.-B.-El.)...............
- Chât. de Chitré, arrond. de Châtellerault (Vienne).
- A Loury-aux-Bois (Loiret).............
- Chât. de Romange (Jura)...............
- A Billy-lez-Mangiennes (Meuse)........
- 8
- 9
- O
- VlLLEBRESME (Comte De)..
- Varin (Raimond de).....
- Vatimesnil (de)........
- Vibraye (Marquis de)....
- Vimont (Eugène)........
- Valanglart (Marquis de)
- Chât. de Rocheux, c. de Fréteval, par Vendôme (Loir-et-Cher).
- Gouneville-s.-Ilonfleur..................
- Chât. de Vatimesnil, par les Thilliers-en-Vexin (Eure).........................
- Chât. de Cheverny (Loir-et-Cher).........
- A Rennes ................................
- (Picardie)...............................
- »
- 10
- i
- 3
- »
- RACES CANINES.
- 383
- CHIENS. UACE DES CHIENS. MOYENNE DES PUISES.
- 43 Bâtards Chevreuils.
- 21 Croisés normands, artois et poitou Lièvres, chevreuils, sangliers, loups. (Lièvres seuls i'orcés.)
- 30 Bat. normands très-près du sang français.
- 30 Harriers et chiens du pays Lièvres, chevr., sangl., loups.
- 38 20 bât. vend, et artois, 2 mâtins, 2 limiers 20 à 50 sangliers tués ou pris,
- à sangl., i o chiens àchevr., i bassets. lo à 12 brocards tués ou pris/
- 30 Bât. du Poitou 23-30 cerfs, chevr., sangl., loups.
- 23 Bât. de Vendée et Saintonge.
- 30 Bâtards Lièvres, chevr., sangl., loups.
- 12) Chiens du pays croisés normands 12 loups, sangliers, chevreuils.
- 10| Mâtins croisés arrêt et berger 83 sangl. tués et quelques loups.
- 30 Bâtards poitevins Chevreuils.
- 16 Normands croisés Saintonge 12 lièvres, renards, blaireaux.
- 40 Bâtards saintongeois 25-30 cerfs ou sangliers.
- 35 Bâtards saintongeois et Vendée 15-25 cerfs et chevreuils.
- 20 Bât. Poitou et Saintonge, Foxhounds... 20 sangliers et loups.
- J» Chevreuils.
- T. XII,
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-
-
-
- GROUPE VUE
- CLASSE 80.
- 886:
- ETAT STATISTIQUE DES MEUTES
- MEITES. CHIENS. Joins DE CHASSE.
- IlEK Ma.IESTy’s 77 MEUTES POUR CERFS Angle 1. V.
- Sir C. Gonstabi.e’s 50 me. sa.
- DEVON ET SüMEl'.SET 30 ma. v.
- Easingvold 30 me. v.
- Heathgote’s (M1') GO 2 par semaine.
- Neviu.’s (M>- Th.) 35 mercredi.
- Petiie’s (F.) 50 3 par quinzaine.
- ROtusgiued's 60 1. j.
- Ward Union ) Alrrigiiton 62 Brian 1. me. sa.
- 00 MEUTES POUR RE Angle ma. j. sa.
- Alnwigk 30 ma. v.
- Atiierstone 120 - 1. m. v. s.
- Badsivorth 100 ma. j. sa.
- Barton-Panton’s . . . 1. m. v.
- Beaufort’s (Duke of) 160 6 j. par semaine.
- Bedale 70 1. me. v.
- Belvoir 130 1. m. m. v.
- Berkeley (Old) 70 ma. j. s.
- Berkshire (Old) 90 , 1. m. v.
- Berks (South) 100 1. m. j. v.
- Bicesteii 108 1. m. j. s.
- Beagkmoor Vale 119 1. m. v. s.
- Blencatiira 10 3 j. par semaine.
- BRAES OF DERIVENT 20 me. sa.
- Bramiiam Moor 10 A 1. m. v. s.
- Brogklesby 100 1. m. v.
- BuiïTON 171 6 j. par semaine.
- Cambridgesiiire 80 1. m. v.
- ClIESHIRE 198 1. m. j. v. s.
- ClIIDDlNGFOLD 40 ma. v.
- Cl.EVELAND 32 i- j.
- COTSWOLD 100 1. me. v.
- COTSWOLD (NOl'tll) 83 ma. sa.
- RACES CANINES.
- 387
- DE I.A GRANDE-BRETAGNE.
- maîtres d’équipage. résidence du ciiénil.
- (Slaghuutttl-1).
- terre.
- Lord Colville Ascot Heath Berks.
- Sir C. Constable Baronnet Burton Constable, near de Hull.
- Mr F. l’enwick Bisset Rhyll, near Dulverton, Somerset.
- BR John Bat-ty The Lund, Easingwold Yorkshire.
- M‘' A. Heathcote Durdans, near Epsom, Surrey.
- M1' Thomas Nevili Chilland Ilouse, near Winchester, liants.
- L’Hon. F. Petre Oakhurst, Brentwood Essex.
- Le Baron Meyer de Rothschild Mentmoor, near Leighton Buzzard.
- rte.
- Un Comité Ashbourne, comté de Meath.
- nards {Fo.ihountk/.
- terre.
- M*' T. F. Boughev Whiston Cross, near Shiffnal, Salop.
- Un Comité Powburn, near Alnwick, Northumberland.
- Le Vicomte Curzon, M. P Witherley, near Atherstone.
- Lord Ilawke Badsworth, near Pontefract, Yorkshire.
- M*' W. Barton-Panton Garreglwyd, near Ilolyhead, Anglesea.
- Sa Grâce le Duc de Beaufort Badminton, near Chippenham, Wilts.
- Un Comité The Leazes, near Bedale, Yorkshire.
- Le Duc de Uutland Belvoir, near Grantham.
- C. A. Barnes Chorley Wood Gommon, Rickmanswort, llerts.
- Un Comité Newhouse, near Abingdon, Herts.
- Mr John llargreaves World’s End, Reading.
- L’Hon. W. IL J. North Stratton Audley, near Bicester, Oxon.
- Sir R. G. Glyn, Bart Charlton Horethorne, Sherborne, Dorset.
- Mr John Crosier Biddings, near Keswick, Cumberland.
- Mr W. Cowen Goal Burns, Blaydon-on-Tyne.
- Mr G. Lane Fox Bramham Park, near Tadcaster, Yorkshire.
- Earl of Varborough Brocklesby Park, near Ulceby, Lincolnshiré.
- M»' II. Chaplin Reepham, near Lincoln.
- Mr S. C. Newton Croxton S1 Neot’s.
- Mr H. R. Corbet l’orest Kennels, near Northwich.
- Mr James Sadler Chiddingfold, near Godalming, Surrey.
- M1- T. Pressick Andrew Saltburn by the Sea, Yorkshire.
- Mr C. F. G. Colmore Waddon Lane, Cheltenham.
- Earl of Coventrÿ Broadway, Worcestershlre.
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-
-
-
- 388
- GROUPE Vlir. — CLASSE 80.
- MEUTES. CHIENS. JOURS DE CHASSE.
- COTTESMOIIE 90 1. in. j. s.
- ClUDOCKS (AD) » »
- Craven 10 K 1. me. s.
- Cravyley and Horsiiam 72 3 j. par semaine.
- Cumberland 40 1. V.
- Devon (South) 40 1- j-
- Doiîset (East) 92 ]. m. v.
- Durham Cocnty 80 1. m. v.
- Essex 100 3 j. par semaine.
- Essex (East) 30 ma. v.
- Essex and Suffolk 72 2 j. par semaine.
- F. B. H Si m. j. s.
- Fitziiardinge's (Lord 130 1. m. j. et v. ou s".
- Fitzwilliam’s, Earl 100 1. m. s.
- Gartu’s (AD) no 1. m. v. s.
- Gogerddan 66 1. j.
- Grafton’s (Duo de) 120 1. m. v.
- Grove -112 4 j. par semaine.
- II. II. (Ilampshire hounds) 116 »
- Hambledon 100 »
- IlARIUES’s (AD) OU PeMHROKESHIRE (II.) 40 »
- Hastings’s (Lord) 80 m. j. s.
- IIaydon 20 ine. s.
- Herefordsiiire 104 ]. j. s.
- IlEYTIIROP 132 1. m. v. s.
- Holderness 108 4 j- par semaine.
- IIURSLEY 84 1. v
- Hurwortii 83 m. j. s.
- Ingram’s (AD Meynell) 100 1. j. s.
- ISLE OF WlGIlT 50 rna. v.
- ITTON 30 ma. v.
- Joiinstone’s (Mr H.) 60 ma. s.
- Kent (East) 66 1. j. s.
- Kent (West) 108 ma. j. s.
- Leamon’s (AD-) 32 j-
- Leconfield’s (Lord) 101 1. me. j. s.
- Ledbury 80 1. me. v.
- Leigh’s (Mr) 104 1. me. v.
- Llangiuby 40 ma. v.
- Lowndes’s (Mr Selby) 92 ma. m. s.
- Ludloav 64 5 j. par semaine.
- Middlf.ton’s (Lord) 116 1. m. m. v. s.
- Milton 117 1. m. j. s.
- Monmoutiisiiire 70 8 j. par semaine.
- Morpetii 80 ma. j. s.
- Musters’s (AD) 86 ma. v.
- N. F. II. (New Forest hounds) 80 ma. j. s.
- Norfolk (West) 80 5 j. par semaine.
- RACES CANINES.
- 389
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- Ut. Hon. Sir J. Trollope, Hart. AI. P. Little Bytham, Stamford, Lincolnshire.
- M'' G. S. Willes AA'alcot, near Hungerford, Berks.
- Alr B. Loder Stapleficld, near Crawley, Sussex.
- M‘- Milham Hartley Roe-hill, Raughton Ilead, Cumberland.
- AI1' Thomas AVestiake Oakford, Kingsteignton, Newton Abbot.
- Hon W. II. B. I’ortman ... Bryanston, near Blandford, Dorsot.
- M‘-.r. Ilenderson, AI. P. et AD J. Ilarvey Hardwick and Eairwell Hall, Durham.
- AD E. W. Arkwright Harlow, Essex.
- AD' R. Marriott Abbot’s Hall, near Braintree.
- AD' T. W. Nunn Little Bromley Hall, near Manningtree, Essex.
- Mr G. Williams Truro, Cornwall.
- Lord Eitzhardinge Berkeley Castle, Gloucesteshire.
- Earl Fitzwilliam AVentworlh Park, near Rotherham, Yorksh.
- AD- T. C. Garth Haines llill, near Twyford Station, Berks.
- Colonel Pryse, AI. P Gogerddan, Aberyslwith.
- Le duc de Grafton Wakefield Lawn, Stony Stratford, Buclcs.
- Viscount Galway Grove, near Retford, Nottinghamshire.
- AD' H. W. Deacon Ropley, near Alresford, liants.
- Earl Poulelt AVaterloo, Cosham, Ilampskire.
- AD’ J. II. Marries Ileatfield, Ilaverfordwest.
- Lord Ilastings Alelton Constable, near Thetford Norfolk.
- AD William Lambert IIaydon Bridge, Northumberland.
- Major Heywood AVhite Cross, one mile from Hereford.
- M1' A. W. Hall Chipping Norton, Oxfordshire.
- M1' Hall Etton, near Beverley, A’orkshire.
- AD' W. C. Standish Hensting, near Winchester, Hampshire.
- Alajor Elwon Ilurworth, near Darlington, Durham.
- AD' Aleynell-Ingram Hoar-cross Hall, Rugeley, Staffordshire.
- M>" John Harvey Alarvel, near Newport, Isle of AVight.
- AD E. AI. Curre Itton Court, Alonmouthshire.
- AD Harcourt Johnstone Snainton, near Heslerton, Yorkshire.
- AD F. Brockman Underhill, near Hythe, Kent.
- Hon. B. Nevill AVrotham Ileath, near Sevenoaks.
- Al*' Wm. Leamon Lamerton.
- Lord Leconfield Petworlh Park, Sussex.
- AD' J. Cam Thackwell Ledbury, Ilerefordshire.
- Mr J. Gérard Leigh Ivinesbourne Green, Harpenden.
- AD' John Lawrence Crick, Chepstow.
- AD" W. Selby Lowndes AVhaddon, near Stony Stratford, Bucks.
- Mr C. N. Wicksted Onibury, near Ludlow, Shropshire.
- Lord Aliddleton Birdsall, near Alalton, Yorkshire.
- Hon G. W. Fitzwilliam Milton, near Peterboro, Northamptonshire.
- AD W. R. Stretton Brynderwen, near Usk.
- M1' John Cookson Newminster, Alorpeth, Northumberland.
- AD J. C. Aiusters Annesley Park, and Wiverton Hall, Notts.
- Capt. Wm. Alorant Lyndhurst, liants.
- Mr A. Hamond Alassingham, Rougham, Norfolk.
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-
-
-
- 390
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80
- DÉSIGNATION DES MEUTES. CHIENS. JOURS de chasse.
- Oakley. •100 1. j. s.
- OXFORDSIIIRE (SOUth) 60 1. Y.
- Pemrkokesiiihe (South) 56 ma. v.
- Poltimore’s- (Lord) 102 1. me. v. s.
- Portsmüuth’s (Earl of) A 20 1. me. j. s.
- Powell’s (Mr) 76 ma. v.
- PUGKERIDGE H 2 1. me. s.
- Pytchley 146 1. me. v. s.
- Quorn •H 2 1. ma. j. v.
- Radclyffe’s (M '*) — i. j.
- Radnorsiiire 52 1. v.
- Rolle’s (M1') •100 3 ou 4 j. par semaine.
- Rufford 80 ma. j. s.
- SCRATTON’S (Mr) •H0 ma. m. v. sa.
- Seale’s (Sir II.) 52 ma. y.
- Siiropsiiire 88 1. me. v.
- SlNNINGTON 34 ma. v.
- Somerset (West) 50 ma. v.
- SOUTIIDO'WN -. 90 1. m. v.
- SOUTIIWOLD 100 5 j. par semaine.
- Staffordsiiire (North) 92 1. me. v.
- SüFFOLK 80 ma. j. s.
- SlJRREY (Old) 80 1. j. s.
- Surrey Union 76 1. me. s.
- Sussex (East) 50 ma. v.
- Tailhy’s (M') •H 4 1. m. j. s.
- Tedworth 106 1. m. j. s.
- Tigkam. . 66 5 j. par semaine.
- Tiverton 50 i. j-
- Tivyside 60 i. j.
- Tredegar »
- Trela\vny!s (M1’) 72 ma. s.
- Tynedale 90 1. me. v.
- United Pack 25 m. v.
- Vale of ayron 60 2 j. par semaine.
- Vale of tue Wiiite Hqrse 93 m. j. s.
- Vine (The) . 88 1. j. s.
- Warwicksiure •104 4 jours par semaine.
- Wauwickshire (North) 100 ma. me. v.
- Western 44 ma. v.
- Wheatland 50 ma. v.
- Wilts (South).- 97 1. me. v.
- Worgestershire 132 1. ma. j. v.
- Wynn (Sir W.) 124 4 jours par semaine
- York et Ainsty -H8 1. ma. j. s.
- RACES CANINES.
- 391
- . MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- M1' R. w. Arkwrighl Mil Ion F.nrnAçf., Redlnn]
- Earl of Macclesüeld Shirburn Gastle, Tetsworth, Oxon.
- Le cap. Leach Lawrenny Parle, near Pembroke.
- Lord Poltimore Cattistock Lodge, near Dorchester.
- Earl. of Portsmouth Eggesford, Nord De von.
- M1' W. R. H. Powell Maesgwynne, St.Clears, Carmarthenshire.
- M1* N. Parry Alhury, near Ware, Ilerts.
- Mr Anstruther Thompson Brixworth, near Norlhampton.
- Marquis of Hastings Quorndon, Loughboro, Leicestershire.
- M1' RadcJyffe llyde, near Blandford, Dorset.
- Capt. Jas. Beavan Silia, Presteign, Radnorshire.
- Hon. Mark Rolle Stevenstone, near Torington, N. Devon.
- M*' T. II. D. Bayly Rufford near Ollerton, Nottinghamshire.
- Mr D. R. Scratton The Priory Prittewell, Essex.
- Sir' Henry P. Seale, Bt Mount Boone, Dartmouth.
- lion. R. C. Ilill Lee Bridge, Preston, Iïrockhurst, Salop.
- Mr T. M. Kendall, jun HowCreen House, Ivirby Moorside, York^liire.
- Mi' G. F. Luttrell Capton, near Williton, Taunlon.
- M1' W. L. Christie Kingmer, near Levves, Sussex.
- Un Comité Foxendale, near Ilorncastle, Lincolnshire:
- M1* W. Davenport Trentham, Stoke-upon-Trent.
- M1' John Josselyn St. Edmund’s Hill, Bury St. Edmunds.
- M1’ W. Mortimer Carston Hall, Coulsdon, near Croydon. ’
- Hon. Francis Scott Burnt Coinmon, Send, Woking station.
- M1' II. M. Curteis Windmill-hill, Haiisham.
- Mr Wm.-Ward Tailby Billesdon, Leicestar.
- Un Comité Tedworth, near Andover. “
- Un Comité Tickham, near Sittingbourne, Kent.
- M1’ W. C. Rayer Hillmoor, Culmstock near Wellington, Somerset.
- M1' Morgan Jones Penylan, near Cardigan.
- Mr Trelawny Woodlands, near Ivybridge, Devon.
- M>- L. .1. 11. Allgood Stagshaw Bank, Iïexham, Northumbefland.
- Mr F. M. Beddoes Cheney Longville, Salop. .. .
- Capt. Herbert Yaughan Brynog, Carmarlhen.
- Mr M. W. Wilson Oakley Parle, Cirencester, Cloucestershire.
- Sir Bruce Chichester Overton, liants.
- H.-S. Lucy Kineton, Warwickshire.
- Oswald Milne, jeune Milverton near Leamington.
- R.-F. Bolilho, jeune Madron Penzance Cornwall.
- R.-H. Colley.. Lye farm Bridgnorth Salop.
- M*' A. W. Windham Dinton, Salisbury.
- H.-F. Vernon M. P l-earn hall heath, near Worcester. .
- Sir W. Wynn Bart Wynstay near Ruabon Denbighshire.
- Sir Ch. Slingsby Bart Acomb, near York. i • » . • i'
- • • - •••'.•''-i < i rI. • i i
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-
- 392
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80.
- DKSJGN'ATION DES MEUTES. CHIENS. JOURS DE CHASSE.
- Écost
- I)UC DE BUCCLEUGH I OS 1. ma. j. s.
- Colonel Buchanan ou Lanakk, II GG 1. V.
- Dumfriessiiike GO m. s. j.
- Eglinton HO 5 jours par semaine.
- FIEE 75 l.me. v.
- Gardyne’s ))
- Linlitiigovv et Stirlingsiiire 60 3 jours par quinzaine.
- Lotiii an 72 ma. j. s.
- Eair, oe Wemyss 138 1. ma. me. v. s.
- Irlan
- Baldwin 'îO 1-j-
- Ca.iu.ow et Island 00 3 jours par semaine.
- C U R R A G II M 0 II E 60 ma. v.
- Dennis 50 ma. v.
- Duiiali.ow 6ü me. s.
- Lord Feii.moy GO ma. y.
- Galway 69 ma. v.
- Kildare 80 m. j. s.
- Kiliucnny 88 1. m. v.
- Limerick 63 2 jours par semaine.
- Longwortu 70 9
- Loutii 63 3 ou 3 jours par semaine.
- Meath 128 1. ma. j. s.
- OlUIOND H ma. v.
- Queen’s County 72 2 et 3 jours par semaine.
- UOSCOMMON 56 ma. v.
- South Union U ma. v.
- Tipperary 56 ma. s.
- The Union , 76 2 et 3 jours par semaine.
- Westmeatii 74 2 et 3 jours par semaine.
- Wexford 80 3 jours par semaine.
- ÉQUIPAGES DE LIÈVRE
- Angle
- DÉSIGNATION DE LA MEUTE. CHIENS. TAILLE ET RACE.
- Meute du Prince de Galles. ... 68 •19 pouces
- M. du Capitaine Adam 20 20 pouces
- Asiiton 28 9
- Aspull 31 22 Douces Southern hounds.
- B. V. H. ^Berkshire Vale Harriers) ? 18 pouces
- Bf.rkiiampstead 40 19 à 20 pouces
- RAGES CANINES.
- 393
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- SC. Duke de Buccleuch S1 Boswell’s Roxburghshire.
- Colonel 'Carrick Buchanan Drumpellier, Coatbridge Lanarkshire.
- Marquis of Queensberry Lealîeld, Dalton, Lockerbie.
- Earl of Eglinton et Winton Eglinton Castle. Irvine Ayrshire.
- John Balfour New Inn, Markinch, Fifeshire. )) Laurieston by Falkirk.
- » Gillon
- Sir David Baird Baronet West Salton, Tranent, Haddingtonshire.
- Earl ofWemyss and March Coldstream, Berwickshire.
- «le.
- Godefrey Baldwin Brookfleld near Bandon Cork.
- Robert Watson Ballydarton near Bagnalstown Carlow.
- H.-W. Briscoë Tinvane, Carrick on Suir Tipperary.
- John Dennis Near Tuam, Galway.
- W. Stawell Donerail. Cork.
- Lord Fermov Kilshannig Rathcormack Cork.
- Burton R.-P. Persse Chat, de Moyode Craughmell near Athenry.
- Baron de Robeck Gowran Grange. Naas.
- H.-W. Meredyth Noreland, Thomastown.
- Sir D.-V. Roche Baronet Carass, near Croom, Kilfînnin.
- Longworth Glynwood. Athlone Westmeath.
- W. de Salis Filgate Lissrenney, Ardee.
- S.-A. Reynell Kilcairn near Navan.
- Un Comité Kyle Parle Borrisokane, Tipperary.
- Major II.-D. Carden Maryborough.
- Mr T.-J. Bodkin. Fort Leicester, Athleague.
- T.-W. Knolles Oatlands Kinsale Cork.
- John Going Fethard Tipperary.
- R.-U.-F.-G. Uniacke Castletown Killeagh Cork.
- le cap. G.-R. Dease Mullingar.
- D.-V. Beatty Borodale. Enniscorthy.
- (Harriers.)
- terre.
- JOURS DE CHASSE. MAITRES D’ÉQUIPAGE. V RÉSIDENCE DU CHENIL.
- m. v. L’Hon. général A.-N. Hood. Cumberland lodge. Windsor, Berks.
- 1. j. S. 2 j. par semaine. Le cap. W.-II. Adams... T.-A. Ilarrison Carno, Montgomeryshire.
- 1. me. sam. Gérard Aspull house near Wigan Lancasliire.
- ma. v. C. Dundas Éverett Besselsleigh near Abingdon Berkshire.
- me. sam. Le cap. Tower Berkhampstead common Ilerts.
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-
-
-
- 394
- GROUPE VIII.
- CLASSE 80.
- DÉSIGNATION DE LA MEUTE. CHIENS.
- Biggleswade 30
- Bisnoe’s Sltton ou Yates, IL. 3(5
- Bracon Asii 20
- Bragg. 21
- Breconsiiire 32
- Brooksend 37
- Brookeside 30
- Bkuèke 34
- Camrridgesiiire 28
- C!r. v YTn\ 30
- Cornwall (East) 'ii
- COWRRIDGE 54
- r.n \vf.x
- Croxtetii 40
- Dean forest 30
- fi A YTfï'rçT 30
- F.VAXR 36
- F A 1R F \ V 46
- Foyvrv -16
- 34
- Fiiï.pnnn •>/(.
- Gaisford 36
- Grkîùvk 30
- Grove 20
- II. II. Rochester 34
- Halifax et Staniland 30
- IIampton-Lewis 30
- Hlftlf P II a K 36
- Holcombe 28
- Idius-side U
- Lowton 24
- Montresor 28
- Nant Eos 43
- Netton
- Newcastle and Gatesiiead 24
- Norfolk (East) 30
- Northmoor 23
- Nortii Walsham 30
- Oldiiam 33
- Old Siioreham 40
- Pesdle Forest 50
- Penistone .... 20
- Price, M1' Lloyd 30
- Pryse’s (Mr) 30
- Renuresham ( Lord) 54
- TAU.LE ET RACE.
- 10 à 19 poucos .........................
- -19-20 p. cr. Huniers el Foxhounds...
- 17 pouces..............................
- 20 pouces ..............................
- 20 pouces...............................
- Ch. 22 p. Chiennes 20 p. l'oxhds cr. Southern. 20 p. Harr cr. Foxotinhd................
- 18 à 21 pouces.........................
- 18 à 21 p. Foxhounds cr. Southern...*....
- 18 à 19 pouces.........................
- 20 pouces...............................
- X»
- 2-1 pouces..............................
- Ch. 23 chiennes 22 pouces (Foxhounds)....
- 20 p. Ilarriers cr. Foxhounds...........
- 20 p. Ilarr. cr. race du p. de Galles et Foxhd.
- 18 pouces...............................
- 13 pouces...............................
- 21 pouces Foxhounds....................
- 18 pouces..............................
- 21 p. race bleue du Lancashirc .........
- 19 à 20 pouces ........................
- 19 pouces Foxhounds....................
- 20 pouces..............................
- 18 à 21 pouces .........................
- 21 pouces..............................
- »
- 20 pouces..............................
- 18 à 20 pouces ........................
- 21 poucos .............................
- 19 pouces............................
- 19 pouces............................
- 19 pouces...............................
- 18 pouces...............................
- y
- 18 1/2 pouces..........................
- 19 pouces..............................
- 18 pouces..............................
- 22 pouces Southernhounds...............
- 21 pouces...............................
- 21 p. Harriers et Foxhounds ...'........
- 23-2 V p. Southernhounds................
- 19 pouces..............................
- 17 p. Beagle Harriers....'..............
- 20 pouces..............................
- RAGES CANINES.
- 395
- jours de chasse. MAITRES D’ÉQUIPAGE.
- ma. j. s. George Race
- 1. me. v. Frédérick Yates
- ma. v. G.-W.-F. Loftus
- i. j. MM. Bragg
- ma. v. Col. II. Gore Lindsay....
- 1. me. sam. E.-Ii.-S. Hudson
- 1. me v. John White..
- !• j- MM. Beard et Saxsby....
- ma. s. W. Sadleir Bruère
- tous les 2 jours. James Flack
- 2 j. par semaine. Un comité
- ma. v. W. G. Marshall
- 1. j. S. T. Mansel Talbot
- 1. me. v. J. Coulthurst
- 2 j. par semaine. A.-R. Gladstone
- 1- j. Le cap. G. H. Dighton....
- me. s. L. Ilarrison
- ? Evans
- ma. s. Le cap. Fairfax
- i. j- Un comité
- 1. me. v. J.-S. Entwisle
- 1. me. v. E.-S. Clarke
- me. s. •Th. Gaisford
- 1. V. E. Walt-Greene
- i-.i- W.-H. Nicholson
- me. v. Jas, Cooper
- ma. v. Le Cap. Hampton Lewis .
- ma. s. B.-W.-M. Nesfield
- me. s. G.-B. Ashworth
- 1. V. E. Walker
- ma. v. Robert Mattock
- ? Le Col. Montresor
- ma. v. Col. W.-T.-B. Powel
- 1. me. v. Sir Walter Flower
- 1. v. Un comité
- 1. j. ou ma. v. J.-H. Norgate
- 9 J.-Ar. Locke
- 1. ou ma. et v. William Smith
- 1. j. s. Samuel Mayall
- ma. v. W.-S. Stonehewer
- S jours sur 13 C. Legendre et M. Starkin
- 2 jours par sera. Ilugh Tomasson
- 1. J- Lloyd Price
- S jours par -13 J. Pugh, V. Pryse
- 1. me. s. Lord Rendlesham
- RESIDENCE DU CHENIL.
- Road form. Biggleswade, Bedfordshire. Bishops sutton Alresfort liants.
- Bracon ash lodge, Norwich.
- Moreton, Hampslead Devon.
- Brecon, South Wales.
- Ilollingdean road, Brighton Susses.. Brooksend near Margate Kent.
- Ilford near Lewes Sussex.
- Middleham Bedale Yorkshire. Chesterton, near Cambridge.
- Hirton Bradford Yorkshire.
- Sand Keast. St-Neots, Cornwali. Llandough near Cowbridge, Glamorgan-shire.
- Ilolme bridge Gargrave Leeds, Yorkshire.
- Rycroft West Derby, near Liverpool. Newland Coleford Gloucestershire. Ilaregill Castle. Penrith Cumberland. Chettle, Rlandford, Dorset.
- Newton Kyme, Tadcaster Yorkshire. Lantyan near Castledoor, station of Par. Foxholes, Rochedale, Lancashire.
- Great Fulford, Dunsford, near Exeter. Offington, Worthing, Sussex.
- Bury St-Edmonds Suffolk.
- The Grove Narberth Pembrokeshire. • Iloo, Rochester, Kent.
- Staniland, near Halifax.
- Henllys. Reaumaris.
- Castle hili Bakewe Derbyshirc. Holcombe Ramsbotham Derbyshirc. Dolgan near Dolgelly. l.owton near Wellington Somerset. Denne hill, Canterbury Kent.
- Nant-Eos Aperystwith.
- Netton, Salisbury, Wilts.-Kenton lodge. Newcastle-On-Tyne.
- S*- Faith’s near Norwich.
- Northmoor, Dulverton Somerset.
- Wilton, near N. Walsham Norfolk. Foxdenton Chaddaton Lancashire. Oldhorsham Sussex.
- Huntroyde Burnley Lancashire. Penistone, Yorkshire.
- Castle Piggin, near Carmarthen. Bwichbychan Llanybythen Carmarthen. Rendlesh. Pàrk. Woodbridge Suffolk.
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- GROUPE VIII. — CLASSE 80
- DÉSIGNATION DE LA MEUTE. CHIENS. TAILLE et race.
- IlOBOROUGlI 36 20 pouces
- ROMNEY MARSH 36 18 pouces Foxhounds
- Russell’s 30 13 pouces
- St Ewe 20 •18-20 pouces
- Seavington 24
- Siiore's 30 is pouces • ..
- Siddington 24 in pouces
- SlLVERTON 14
- Stockton 9
- Sundridge ? —
- Talacre 28 13 ponces ....
- Taunton Vale 24
- t.-c.-b 18 _
- Torquay —
- Trafford 36 la pouces
- Tugwell s 20 p. f.hip.rmos rnvhnnnrla
- V.-C.-II 32 •18-19 ponces .
- WlIITRY 30
- Wiiiteiiaven 32 IS-^O pouces
- WlCKSTED 34 i 6-1 7 pouces ...
- Wood-Norton 38 20 pouces
- Écos
- Ayrsinre *?fî 94 pnnccQ F’nvhnnnrîc
- Craig-end 24. 9/t nmipp« ïllnnrihe or FnvliminHc
- Glasserton
- Irlan
- Biddulph’s 40
- Bootii’s, Sir II. Gore 42 23 p. Foxhounds
- Boynf. 60 A0 pouces .. .. r .
- Carrery 36 H 7 pouces
- Carbeiiy (West) 24 »
- Cavan County 40 2i pouces
- Cork City 36 :»
- Clonmel 30 »
- Corcor’s (M>-) 44 o>
- Dufferin ... 48 22 pouces
- Gwydir’s (M>‘) 36 22 pouces Foxhounds
- Kildare et Queen’s Co 30 20 p. Harriers cr. Foxhounds
- Killultagii 48 »
- King’s County 34 21 p. Harriers cr. Foxhounds
- Lecalf. 50
- Limerick 40 »
- RACES CANINES
- 397
- JOURS DE CHASSE. MAITRES D'ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- 1. V. Thomas King Greenbank, noar Plymouth.
- 1. j. S. A. Denne Lydd, Folkestone Kent.
- me. sa. B. et J. F.ussell Horton Kirby Kent.
- ma. sa. II.-II. Vincent.. Trelisick. Cornwal.
- i. j. Naish Seavington, S1 Michaël, near Ilminster.
- ma. v. J.-H. Shore Whatley house near Frome Somerset.
- 2 j. par sem. Wilfred Bowly Sid. house near Cirencester Gloucester-shire.
- 1. j- s. W. Wonson Silverton Devon.
- 1- J- William Dee Billingham near Sto. on Tees, Durham.
- 2 j. par sem. F. Swift Prospect house Kent.
- 2 j. par sem. Sir Pyers Mostyn Talacre Rhyll Flintshire.
- 1- J- Un comité Taunton-Somerset.
- ma. j. T. Hobson Colquite Cornwall.
- ma. y. W.-H. Kitson Shiphay, Collaton, Devon.
- 2 jours par sem. Sir. II. de Trafford. bart. Trafford Parle, Manchester.
- 5 jours par sem. W.-E. Tugwell Devizes, W'ilts.
- ma. v. P».-F. Birch Llanraiadr near Debigh.
- ina. y. E.-W. Chapman Poplar road Whitby. York.
- ma. y. II. Jefferson Springfield near W'hitehavenCumberl.
- 2 jours par sem. Mr C. Wicksted Shakenhurst Bewdly.
- ma. sa. S. A. R. le duc d’Aumale. Woode-Norton near Evesham Worcester-shire.
- se.
- ma. sa. Robert Ewen Ewenfield. Ayr.
- ma sa. Mr J.-L.-L. M’Kenzie Craigend house Linlithgow.
- 2 jours par sem. Cap. Stewart Glasserton, Wigtonshire.
- «le.
- 1. v. F.-M. Biddulph Rathrobbin. Tullamore
- 1- j- Sir. llob.Gore Booth bart.. Lissadell. Sligo.
- 3 jours par sem. John J. Preston Garlow Cross. Tara.
- ma. y. H.-J. Hungerford Ross Carbery, Cork.
- ma v. J.-H. Becher Skibberèen, Co. Cork.
- 1. V. Le cap. C.-C. Molyneux.. Belturbet. Co. Cavan.
- ma. v. William Bullen Blackpool, Cork.
- i. j. T.-G. Phillips Morton Street Clonmel.
- i- j- J.-R. Corcor Cor Castle Inishannon.
- me. s. J.-B. Houston Comber, co. Down.
- 2 j. par semaine. K. Clarke Gwydir Cartron abbey, Longford.
- ma. v. T.-G. Waters Kilpatrick Monasterevan.
- me. s. T.-R. Stannus Lisburn. Co. Antrim.
- ma. v# Jôhn Bennett Grange, Clareen, Parssonstown.
- i- i- Lieut. Col. Forde Seaford. co. Down.
- i- i- J. Cantillon.. Limerick.
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- 398
- GROUPE VIII. — CLASSE 80
- DÉSIGNATION DE LA. MEUTE. CHIENS. TAILLE ET RACE.
- l.f»\Tm»\i>r,.RRV 38 14 pouces
- NewKy 42 »
- RoCKENIlAM 32 y>
- Strauanë 26 »
- S'tronge’s (Sir Jas.)... 40 »
- Tyro\f; 60 22 pouces Foxhds
- Union 38 »
- Wexford et Killinick 50 »
- Wicklow 36 »
- Wnnn<iTnrK 24 18 pouces
- MEUTES DE
- Armagh County 50 16 pouces
- BltADEOltD ET All',I>AIE 28 »
- ClïAKLEVl LLE 28 18 pouces
- Cil ESTER 24 14 pouces et demi
- Chute Hali 28 22 p Kerry beagles
- Cockermouth 26 14 pouces
- Hartley’s 20 13 pouces
- Kinsai.e 30 16 p. Harr. du pays de Galles
- Royal Rock. 48 14 pouces et demi
- Stanton 21 •14 pouces et demi
- F.-L. Bagnall’s 24 14 pouces vieille race
- EQUIPAGES DE
- DÉSIGNATION DES MEUTES. CHIENS. RACE DES CIIIENS.
- f! a lu i <iï,ir OttertinrnDS 50 Vieille race griffonne
- F. ASTPfiTT’ç O H nVlO *. 9 Harriers de petite taille
- ftAr.ï.nVs O. H fi\Ti*ï 9 9
- I.Omav’si O H . . 9 9
- Aï a ffu iY .i t.d’s O. H fIVfr') 30 Vieille race griffonne
- Newton’s O. H. (Mr) 50 Vieille race griffonne, 21 à 23 pouces
- RACES CANINES.
- 399
- JOURS DE CHASSE MAITRES D’ÉQUIPACE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- i. j. Dickson Scott Glendermott hill.
- i. V. Henry Thomson N’ewry.
- — Noble Johnson Rockenham passage, West.
- I. .i- J.-F. Stewart Killenduragh, Lifford.
- i- j- Sir J. Stronge bart M. P. .. Tynan co. Armagh.
- V) jours sur iii. I.e cap. Parry M’Clintock. Seskinore Omagh, co. Tyrone.
- ma. v. S--R. Fitbgerald Cappagh, Cappoquin.
- i. j. R.-J. Devereux M. P Summer hill Wexford.
- ma. v. George lîoolh Ballymerrigan Rathnew.
- ma. j. s. Col. \Y. Tiglie Woodstock Inistioge.
- USAGEES.
- i- j- Cap. Ilutchinson, Armagh. Irlande
- 2 j. par semaine. William Bentley Bradford.
- i- .i- lïichard Daly Charleville co. Cork.
- ma. v. G. J. Walmsley Brooklane, Chester.
- ma. v. F. R. Chute Trallee, co. Kerry.
- ma. j. sa. Col. Green Thompson.... Cockermouth.
- jours sur 13. Jas. Hartley Moresbyhouse Whitehaven.
- 1. i- Richard Gillmann Sandy Cove, Kinsale, co. Cork.
- j. s. Lieut-colonel V.-A. King. Bebbington near Birkenhead Cheshire.
- — Grimwood Stanton house near Highworth Wilts.
- — F.-L. Ragnall The I-layes, Chester.
- loutre (Ollerhoundu).
- MAITRES D’ÉQUIPAGE. RÉSIDENCE DU CHENIL.
- Carrick (Mr J. C.) William Eistcolt Gallon Lomax Carlisle Cumberland. Norton. Rridje of Ain, Northumberland. The Ribble Co. Cantire. Milleaton House, Bridestowe.
- Macdonald Morcton Newton •••
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- CLASSE 81
- INSECTES UTILES
- SOMMAIRE :
- Section /. — Yers à soie et Abeilles, par M. Émile Blanchard, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’Histoire naturelle.
- Section IL — Sériciculture, par M. de Quatrefages de Bréau, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’Histoire naturelle.
- T. Xtt.
- 20
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- CLASSE 81
- INSECTES UTILES
- SECTION I
- LES INSECTES UTILES
- Par M. Émile BLANCHARD.
- CHAPITRE I.
- LES BOMBYX PRODUCTEURS DE SOIE.
- Depuis une vingtaine d’années, on s’occupe très-sérieusement, en France et dans quelques autres parties de l’Europe, de la naturalisation de divers Bombyx producteurs de soie ; les lins, espérant obtenir des espèces capables de remplacer le ver à soie, ordinaire; les autres, mieux avisés, songeant à introduire: une industrie nouvelle dans les contrées où l'éducation du Bombyx du mûrier a été jugée à peu près impraticable. En effet, nous l’avons dit ailleurs, la soie de ces Bombyx est plus ou moins belle, mais aucune ne possède l’éclat de celle de notre espèce de mûrier. Après les explorations nombreuses qui ont été faites dans toutes les parties, du globe,, on doit croire aujourd’hui que les nations européennes ont eiu le
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- 404 GROUPE VIII. — CLASSE 81. — SECTION I.
- v \ ;
- bonheur de s’approprier du premier coiip la plus belle matière textile qui soit au monde. Cependant, plusieurs Bombyx, particulièrement des espèces appartenant au genre Attacus des naturalistes, fournissent une soie douée de qualités assez remarquables pour procurer de précieux avantages, si l’on parvient à la produire à peu de frais.
- Des personnes mal renseignées ont émis l’opinion que la soie des grands Bombyx ne serait jamais de grande utilité : c’est là une erreur. Pour s’en convaincre, il suffit de- voir le parti que les nations asiatiques savent en tirer. Quant à la possibilité de multiplier ces Insectes sur notre sol, les expériences concluantes sont déjà assez nombreuses pour donner l’assurance d’une réussite complète, si l’on persévère, si l’ori ne se laisse pas décourager par quelques insuccès inévitables au début de toute* entreprise. D’ailleurs, comment viëndrait-on à s’étonner d’échecs subis dans les éducations d’espèces dont on n’a pas encore étudié suffisamment les conditions d’existence, lorsque, de temps à autre, des fléaux >jusqu’ici impossibles à' conjurer viennent frapper nos animaux domestiques de tout genre et causer des. ruines. >
- 1 Chez les peuples de l’Inde, de la Chine, du Japon, de Madagascar meme, on se livre à l’éducation'de plusieurs espèces de Bombyx, et l’on recueille les cocons d’espèces demeurées, à l’état sauvage. De la soie qu’on en obtient, on fabrique d’excellents tissus. Nier la valeur de matières textiles admirablement utilisées par les peuples de l’extrême Orient serait une chose peu concevable dans notre pays, où la prétention, de supériorité sur les autres nations n’est que trop ordinaire. :
- Déjà, 'à une époque ancienne, on savait que beaucoup de tissus importés de l’Asie en Europe, et fort estimés à raison de leur beauté et de leur provenance lointaine, étaient fabriqués avec des soies fournies par d’autres espèces que le Bombyx de mûrier, mais les renseignements précis à. cet égard sont de date assez récente. Au siècle dernier, on sut par des missionnaires, et surtout par' le P. d’Incarville, qu’en Chine, des
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- LES INSECTES UTILES.
- } r
- •105
- vers, source d’un produit considérable, étaient élevés en plein air, sur des plantations d’Ailante, pris alors pour une sorte.de frêne ; que des vers à soie sauvages, communs en certaines provinces sur des chênes, avaient des cocons gros comme des œufs, donnant une soie fort en usage dans le pays. En 1804, on apprit exactement, par un. mémoire du docteur Roxburgh, ce qui se pratique au Bengale pour deux grands Bombyx, le Bughy (Bombyx mylitta) et YArrindy. des Hindous, le Bombyx du ricin (Bombyx arrindia). . • ... ;
- LeBaghy, rapporte l’auteur, est’en telle abondance dans la plus grande partie, du Bengale et dans les provinces voisines, que de temps immémorial il fournit aux indigènes des quanti,^ tés énormes d’une soie désignée sous le nom de Tusseh, et employée à la confectionnes vêtements que portent les braliT mines et les Hindous< dlautres sectes. Le docteur Roxburgh signalait^ ce produit comme pouvant être fort utile dans certaines parties de > hEurope'et de l’Amérique. Cependant, le Bughy ou Bombyx mylitta n’est pas domestiqué dans l’Inde.,.
- La seconde espèce; au contraire, l’Arrindy (Bombyx arrindia), qui se nourrit des feuilles du Palma-Christi, est domestiquée dans les districts de Dinagepore et de Rungepore, comme, le ver à soie ordinaire. On ne fde pas les cocons qui offrent peu des résistance, on les carde à la manière du coton, et cette bourre de soie est convertie en tissus d’une telle solidité qu!il s résistent- à un usage continu pendant une longue suite d’années. . -y'* . .
- Dans la notice du docteur Roxburgh, il est affirmé que, de la soie de YArrindy ayant été envoyée en Angleterre, plusieurs manufacturiers estimèrent que, si l’on recevait ce produite on en fabriquerait aisément des châles analogues à ceux de l’Inde. Malgré l’avertissement, personne alors ne se préoccupa dar vaiitage de Ta soie des Bombyx <de l’Inde.!
- •Plus d’um quart de,siècle s’écoule, et un voyageur, français, 'Mi' Lamare-Picquot, appréciant les .avantages et les profits obtenus dans l’Inde avec la soie Tusseh ou Tussah, apporte en
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- GROUPE VIII.
- CLASSE 81. — SECTION I.
- France, des chrysalides du Bombyx mylitta (1831), ayant conçu l’espérance d’y acclimater le précieux Insecte. La tentative est accueillie avec indifférence par quelques-uns ; la naissance des grands et magnifiques papillons de l’Inde, la naissance de leurs chenilles sont tout au plus des sujets de curiosité, et bientôt on cesse d’y penser.
- En 1810, une éducation d’une belle espèce des États-Unis d’Amérique (Bombyx cercopia) ayant été faite avec succès au Muséum d’histoire naturelle, M. Victor Audouin signale devant l’Académie des sciences ce résultat comme indiquant la possibilité d’ouvrir une voie nouvelle à l’activité industrielle.
- En 1847, M. Guérin-Méneville parle à son tour de « quelques
- « Insectes fileurs ou Bombyx, dont les produits, pour être infé-« rieurs en qualité à la soie du Bombyx du mûrier, n’en « seraient pas moins susceptibles d’un emploi utile ».
- ~ Deux années plus tard, après la réussite complète de plusieurs petites éducations d’espèces diverses, nous signalions aux sériciculteurs, dans un mémoire spécial présenté à l’Académie des sciences et ayant pour titre : De l'acclimatation des vers qui fournissent de la soie, plusieurs Bombyx (de la division des Attacus) de l’Inde, de la Chine, de l’Australie et particulièrer ment de l’Amérique septentrionale, qui peuvent donner des produits industriels. «Les chenilles de ces Lépidoptères, disions-nous, se nourrissent de plantes très-semblables à celles de notre pays et vivent parfaitement sur les espèces qui croissent
- en France.......c’est-à-dire que ces animaux peuvent être
- élevés dans notre pays, sans qu'on soit obligé de leur consacrer aucune culture. Dans le voisinage des bois, on leur trouverait sans frais une nourriture abondante. Les aubépines qui servent de clôture seraient également utilisées pour la nourriture de ces Bombyx. Les gens les plus pauvres de nos campagnes trouveraient autour d’eux la-nourriture de leurs nouveaux yers à soie, et ils obtiendraient ainsi un produit d’une assez grande valeur. Les femmes, les enfants, toutes les personnes incapables de se livrer à un labeur pénible, suffiraient pour
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- . .LES INSECTES .UTILES.. 407‘
- s’occuper un peu chaque jour, et pendant quelques semaines seulement, des soins à donner à ces chenilles. »
- -Nous reproduisons ces lignes écrites à une époque à laquelle
- < #
- bien peu de personnes avaient songé à procurer au pays d’autre soie que la soie ordinaire, parce que, après dix-hùit ans écoulés, et après les nombreuses tentatives de ces dernières années, la question nous semble avoir peu changé.
- -Parlons maintenant des résultats obtenus par' les tenta-: tives de propagation des espèces dont on s’est le plus occupé depuis une douzaine d’années. Lorsque, en 1854,' se constitua la Société zoologique d’acclimatation, son principal organisateur et son président, Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire, le naturaliste qui s’était attaché avec vigueur et conviction à montrer les avantages de l’introduction et de la naturalisation, en Europe, de divers animaux utiles, demanda à tous de concourir au but qu’il se proposait. L’attention se porta alors, avec beaucoup de vivacité sur les firoducteurs de soie,c’est-à-dire les Bombyx du genre Attacus. Les écrits du P. d’Incarville furent remis en mémoire. On apprit que,' en Italie, l’Académie royale d’agriculture cherchaità introduire le Ver à soie arrindia ou Bombyx du Ricin. MM. Baruffi etBergonzi s’étaient passionnés pour cet objet et faisaient des efforts incessants pour arriver à un heureux résultat. Une difficulté inattendue surgissait. Presque tous les Attacus connus ont une seule génération annuelle ; ils passent huit à neuf mois à l’état de chrysalides; au contraire, pour Y Attacus arrindia, les générations se
- f
- succèdent avec rapidité et en toute saison. Envoyait-on des cocons renfermant des chrysalides, les papillons naissaient immanquablement avant la fin du voyage * et,,à .l’arrivée, on les trouvait dans les caisses morts et desséchés. Envoyait-on des œufs,, les chenilles, écloses bientôt après le départ,, étaient mortes faute de, nourriture. Ces.éGhecs répétés ne rebutèrent pas les honimes entreprenants qui . rêvaient de, donner à leur pays, une nouvelle branche d’industrie. On songea à,ne faire
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- GROUPE VIII. — CLASSE 81. — SECTION I.
- accomplir qu’une partie du voyage, soit aux œufs, soit aux chrysalides. L’île de Malte fut choisie comme station intermé-
- O
- diaire, et avec l’assistance du gouverneur, sir William Reid, une éducation ayant eu lieu avec succès dans cette localité^ l’introduction du Bombyx du Ricin, ou Arrindia, s’effectua alors en Italie, presque aussitôt en France, et bientôt dans quelques autres parties de l’Europe. Sous la direction de M. Milne-Edwards, et par les soins intelligents d’un employé de la ménagerie du Muséum, les éducations des nouveaux vers à soie furent heureuses. M. Guérin-Méneville obtint de, son côté les meilleurs résultats, ainsi que M. Hardy, à Alger. Beaucoup de personnes s’intéressèrent à* la question et voulurent, élever des Bombyx du Ricin. Un point important fut acquis : l’insecte était facile à multiplier sous notre climat,- seulement il pourrait être malaisé de,lui procurer sa nourriture de prédilection, le Ricin ou Palma-Christi. A la- vérité, les chenilles mangeaient sans trop de répugnance quelques autres végétaux, notamment le chardon à foulons ; néanmoins, on remarquait avec raison que les gros Bombyx, consommant une grande quantité d’aliments, donnaient un bien chétif cocon. - : .-*;/ ,
- L’introduction d’une espèce voisine de VArrindia, le Bombyx de l’Ailante (Attacus cynthia), originaire de la Chine, ne tarda pas à amener à peu près l’abandon du Bombyx du Ricin. C’est encore en Italie que cet insecte fut apporté en premier lieu par les soins d’un missionnaire, le P. Annibal Fantoni.
- En 1858, M. Guérin-Méneville ayant été mis, par des savants italiens, en possession du Bombyx de l’Ailante, réussit à le propager très-rapidement. Il l’élève depuis plusieurs années au bois de Vincennes, sur, un. terrain dépendant de la ferme impériale qui lui a été concédé pour cet objet. Il s’est attaché, dans une suite de notes et de mémoires, à montrer tout le parti qu’on peut tirer du cocon du Bombyx de l’Ailante, évidemment préférable à celui du Bombyx du Ricin. Une foule de p ersonnes, la plupart ayant reçu de M. Guérin-Ménèvillë dès œufs de Bombyx de l’Ailante, ont fait avec succès de nom-
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- LES INSECTES UTILES.
- 409
- breuses éducations (1). M. Givelet, entre autres, s’est adonné avec un zèle exceptionnel à la propagation de cette espèce, dans un domaine situé à trente ou quarante kilomètres de Paris, au château de Flamboin. En 1865, il avait produit des quantités si considérables de cocons, qu’on pouvait concevoir l’espérance de voir prochainement la soie de l’ailante en assez grande abondance pour déterminer des industriels à employer cette matière textile; mais les années 1866 et 1867 ayant été moins favorables que les précédentes, la situation désirable s’est trouvée nécessairemeht retardée.
- Une considération importante semble de nature à encourager la propagation de l’Ailantc ; l’arbre qui convient à cet insecte croît rapidement et dans d’assez mauvais terrains. Son bois, d’après les témoignages d’hommes compétents, est susceptible de rendre des services très-appréciables, ce qui a permis à M. Guérin-Méneville d'insister, à diverses reprises, pour que l’on plantât des Ailantes partout où il y a des terrains sans emploi. D’après des renseignements que nous avons tout lieu de croire parfaitement exacts, des Ailantes plantés il y a trois ans sur les talus et les bordures du chemin de fer de l’Est, sous la direction de M. Givelet, sont aujourd’hui dans une excellente condition et, cette année même (1867), lé feuillage de ces jeunes arbres a pu être consommé en grande partie par des vers à soie. Aux environs de Nancy, en particulier, sur une étendue de cinq à six ares, il a été recueilli, nous assure-t-on, plus de 20,000 cocons. On est parvenu à faire éclore les chenilles sur les arbres, et ces insectes, bien nourris, dès leur premier âge, ont donné des cocons plus pesants que ceux des vers alimentés dès leur naissance sur des tiges coupées qui se fanent aisément. Nos propres observations
- (1).M. Guérin-Ménevillea cité la plupart des personnes qui se sont occupées de la propagation du Bombyx de l’Ailante.— R apport à S.M. l’Empereur, 1860. — Rapport à S. Esc. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, sur les progrès de.la culture de l’ailante, 1862. — Revue de sériciculture, 1863-1866. — On trouve encore un assez grand nombre d’écrits sur ce sujet : Bulletin de la Société zoologique d’acclimatalion, 1854-1866.
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- GROUPE VIII. — CLASSE 81.
- SECTION I.
- sur des individus qui s’étaient développés eir pleine liberté dans des jardins s’accordent avec cette assertion.
- . Il y a quelques années, des Ailantes avaient été plantés dans. des parties stériles de la Champagne : le résultat fut un insuccès. M. Givelet, attribuant l’échec à l’absence de toute préparation, a renouvelé cette année (1867) l’expérience, en y apportant les soins préliminaires que réclament plus ou moins toutes les cultures. Les arbustes ont nourri des chenilles du Bombyx, et paraissent néanmoins prospérer.
- Les éducations de l’Ailante, dût-on les considérer jusqu’à présent comme de simples expériences, ont eu pour résultat de mettre hors de doute un fait d’une importance incontestable, la facilité avec laquelle l’insecte se multiplie dans notre pays. La possibilité d’élever les Bombyx en plein air sur les arbres est aujourd’hui complètement démontrée. En plusieurs endroits, le Bombyx de l’Ailante s’est propagé-en liberté abso-^ lue. Dans des jardins, même à l’intérieur de Paris, où l’on, avait placé des Ailantes pour ornement, des chenilles ont été trouvées sur ces arbres, où personne n’avait songé à en mettre. Jamais chez nous, en aucun lieu, le Bombyx du mûrier ne s’est montré aussi bien acclimaté. Ainsi, l’insecte et le végétal qui le nourrit vivent parfaitement dans notre pays. Voilà deux points essentiels bien établis et désormais indiscutables. Une autre question, il est vrai, qui n’est pas encore résolue d’une manière complète, ne cesse d’être mise en avant. On se demande si le produit du Bombyx de l’Ailante a une valeur suffisante pour le faire rechercher. Les personnes engagées d’une façon quelconque dans l’industrie de la soie se montrent fort dédaigneuses à l’égard de ce produit, et il ne saurait en. être autrement. La soie du Bombyx de l’Ailante ne peut entrer en comparaison avec la soie du Bombyx du mûrier. Les cocons
- des Attcicus ne se dévident pas avec la même facilité que ceux du ver à soie ordinaire ; l’eau bouillante seule ne suffit pas pour1 ramollir la matière, d’apparence gommeuse ou le. grès. U faut, que le bain soit rendu alcalin, et alors les fils soyeux ne ctm-
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- tractent plus, adhérence entre eux. Ainsi, avec les cocons du Bombyx de l’Ailante, on ne fait point une soie grége comparable à celle que l’on obtient avec les cocons du Bombyx du mûrier, dont on forme par le dévidage un fil avec six ou huit brins. Malgré tout, les étoffes confectionnées avec la soie de l’ailante, comme M. Guérin-Méneville et quelques autres personnes en ont exposé des échantillons, seraient certainement fort bien acceptées par un grand nombre de consommateurs.
- On n’a encore présenté, il est vrai, que des échantillons, bien que la Société d’acclimatation ait depuis longtemps offert un prix à celui qui fabriquerait une pièce .d’étoffe. Ce qui faisait dire à l’un des grands industriels de Lyon, il y a un peu plus d’un an : « Les ailanticulteurs continuent à pratiquer le « mépris des richesses. Un prix de 1,000 francs, institué par
- v . • » i ' \
- « la Société d’acclimatation en faveur de la personne qui pré-ci senterait 100 mètres d’étoffes fabriquées avec le fil continu « de cocon du ricin, de l’ailante où d’un métis des deux « espèces (ce qui nécessite un poids de soie d’environ 4 à 5 «. kilogrammes), continue à être vacant (1) ».
- Nous citons à dessein, ces paroles, qui semblent très-justi-fiées par la situation actuelle, car il importe de .montrer qu’elles n’ont pas toute la portée qu’on pourrait leur attribuer au premier abord. Avant la possession définitive du Bombyx du mûrier, il y eut en France et dans d’autres parties de l’Europe de nombreuses tentatives qui échouèrent. On faisait des éducations sans succès; on ne savait pas travailler ,la soie, et il fallut appeler des ouvriers étrangers. L’histoire des déceptions éprouvées pour l’introduction en France de l’industrie de la soie jusqu’au. temps de Henri IY serait longue. Malgré les échecs, les pertes subies, on persista, et, la France finit par se trouver.en possession d’une grande industrie. -. Quant à la soie du Bombyx de l’Allante,, les filateurs et les fabricants de soieries la dédaignent.; ,nous ne pouvons en être
- 0) Du Seigneur, Annales de la Société d'Agriculture de Lyon, L8GG.
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- surpris, nous ne pouvons même dite qu’ils ont tort (le la dédaigner. A notre avis, la question n’est pas de séduire les fabricants de Lyon avec le nouveau produit ; elle est ailleurs. Il s’agit de créer une industrie particulière dans les régions où n’existe pas l’industrie de la soie. De ce côté se dresse un obstacle qui subsistera jusqu’au jour où un homme d’initiative osera monter une fabrique spéciale.
- Mais encore, pour se jeter dans une pareille entreprise, le manufacturier doit être assuré que la matière première ne fera jamais défaut, qu’il sera toujours facile de se la procurer, en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins' de la fabrication. Tant qu’un produit demeure à l’état d’échantillon, comme on l’a souvent répété, il n’est rien au point de vue industriel. Les personnes qui s’occupent ardemment de la propagation du Bombyx de l’Ailantene sauraient donc espérer le succès de leurs efforts avant le moment où, cette propaga-tion devenant très-considérable , les cocons pourront être livrés à l’industrie en grandes masses toujours faciles à re-1? nouveler et à un prix minime. On n’est pas arrivé jusqu’à présent, dit-on, à tisser 100 mètres d’étoffe avec le fil continu;» mais est-ce bien dans le fil continu qu’il faut chercher remploi de la soie du Bombyx de l’Ailante? Les Chinois, comme les Hindous pour la soie du Bombyx arrindia, se contentent de la carder et d’en former une bourre avec laquelle ils savent fabriquer de très-jolis tissus. Or, en France, n’est-ce pas à la solution de ce problème qu’il faut s’attacher si l’on, veut réussir? Élever les chenilles ou les vers, comme on voudra les appeler, à très peu de frais, de façon à fournir les cocons à bas prix, consacrer peu de main-d’œuvre à la préparation dé la matière première, et ainsi livrer aux consommateurs de belles et bonnes: étoffes peu coûteuses, qui n’entreront pas en concurrence avec les produits de la fabrication lyonnaise1! Nous pensons que là doit 'être le'but, et, après les expériences heureuses dont chacun !a pu être témoin depuis douze ‘ans, <cé but semble presque aisé à atteindre. Nous n’ignorons pas que
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- l’on a pensé à utiliser le produit du Bombyx de PAilanle en le convertissant en soie à coudre, mais de ce côté il serait difficile de préjuger ce que réserve l’avenir.- i
- . Ainsi qu’on a pu s’en convaincre par l’Exposition, le Bombyx de l’Ailante n’est pas le seul producteur, de soie que l’on tente de naturaliser actuellement en France.
- Dès l’époque de la fondation de la Société zoologique d’acclimatation, on se préoccupa des-Bombyx de la Chine. On s’appuyait sur une assertion datant du-siècle dernier, par le P. d’incarvillc, de l’existence de vers à soie sauvages dans, certaines provinces de là Chine, ,ayant des cocons gros comme, des œufs,-et donnant un produit-fort, en usage dans le pays. L’assertion, du P. d’Incarville était renouvelée par M. E. Tastet, un ancien négociant qui avait séjourné en Chine et. y avait,appris que ces Bombyx se trouvaient amSu-Tchuen et se,nourrissaient aux dépens des feuilles de chêne. La Société, d’acclimatation s’empressa de se,mettre en rapport avec quelques-uns, de: nos missionnaires, afin d’obtenir les vers à soie sauvages du chêne. Avec le-concours de ces missionnaires, de Mgr P.erny en particulier, on ne tarda pas à recevoir des cocons contenant des chrysalides vivantes. Les premiers furent apportés à Lyon en 1855, et peu de temps après M. Guérin-Méneville ayant été mis en : possession de cette espèce très-voisine du Bombyx (Attacus 7nylitta) de l’Inde, signalé par le docteur Roxburgh et apporté en.France par M. Lamare-Pic-quot,> la fit connaître exactement [Attacus Pernyi) et réussit à l’élever., ^ v .-wvm
- Le>Bombyx du Ricin a été à peu près délaissé pour le Bombyx de l’Ailante. Le.Bombyx du chêne de la Chine s’est trouvé également presque abandonné pour ,1e Bombyx du chêne , du Japon (.Attacus yama-mai),„iCelui-ci, comme le précédent* était demeuré inconnu, même-. des naturalistes, ce qui s’explique . pour un pays où , les .voyageurs n’avaient pas accès. En 1861, M. Duehêne de, Bellecpurt, consul général au Japon,
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- étant parvenu à se procurer quelques feeufs- de ce bombyx,
- se hâta de les expédier en France»- Mais on n’avait aucun
- * > * . * , * ï renseignement sur le genre de vie de l'insecte ; des chenilles'
- vinrent à éclore au Muséum d’histoire naturelle dès le 15 mars et refusèrent tous les végétaux qu’on put trouver à cette époque de l’année. Mais, dans les premiers jours d’avril, une chenille ayant mangé d’un chêne dont les bourgeons commençaient à se développer, ce fut un indice. Une chenille éclose tardivement fut portée par M. Guérin-Méneville chez M. Année, à Passy, et nourrie avec des feuilles de chêne. On eut un papillon femelle qui servit à M. Guérin-Méneville à tracer la description de l’espèce. . !
- Deux ans plus tard, un médecin de la marine néerlandaise, M. Pompe van Meedervoort, ayant obtenu au Japon des œufs du yama-maï, les partagea à son retour en Hollande. Après en avoir réservé pour son pays, il en fit parvenir un lot à la Société d’acclimatation, et en abandonna à un savant de ses amis, le docteur Bleeker, une autre partie qui fut transmise à M. Guérin-Méneville. Telle a été l’origine de tous les Bombyx yama-maï élevés en France, espèce dont l’acclimatation a-été' jugée particulièrement désirable, même par des industriels lyonnais. ,
- Ce Bombyx, en effet, offre des qualités précieuses : la chenille vit parfaitement sur les chênes de notre pays ; on peut l’élever dans nos départements du nord et. de l’est sans lui consacrer aucune culture spéciale; le cocon, fermé, très-volumineux, pesant de 70 à 80 centigrammes, lorsque le Bombyx du mûrier ne pèse pas plus de 25 à 35 centigrammes, paraît facile à dévider; la soie, verdâtre à l’extérieur, du cocon, blanche dans les couches internes, est non-seulement très-forte, mais d’un brillant qui approche de la soie ordinaire. -Depuis 1863, de nombreuses éducations du Bombyx yama-maï ont été faites en France, en Hollande, en Suisse, en Autriche. MM. Guérin-Méneville, Blain à Angers, Forgemol, de Sauley à Metz, madame la comtesse de Corneillan, beau-
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- :eôup (Tautîre& encore ont prouvé surabondamment que notre climat convenait à l’insecte; pourtant, c’est M. Personnat qui a acquis le résultat le plus considérable. Après avoir élevé le yama-maï avec succès dans le département de l’Ardèche, il a réussi à le multiplier sur une plus grande échelle dans la Mayenne, à Laval, car, dans l’année. 1865, il récoltait 20,000 cocons. Un changement de résidence et quelques autres circonstances ont malheureusement un peu ralenti cet essor. A l’Exposition, on a vu. un certain nombre de ces beaux vers à soie du chêne filer leurs cocons. La soie du yama-maï prendra sa place dans l’industrie, et nous le croyons sans difficulté, dès l’instant que les éducateurs arriveront à la produire en grandes masses. La facilité d’élever des vers sur des chênes et en plein air conduit à faire penser que cette matière première est susceptible de donner des profits sérieux, même sans s’appuyer sur les estimations de M. Personnat (1), que l’on pourrait juger prématurées. Des éducations d’autres Bombyx du genre des Attacus ont été faites sur une petite échelle au Muséum d’histoire naturelle, au Jardin zoologique du bois de Boulogne, à Yincennes, à Lausanne, chez le docteur Chavannes, etc. Néanmoins, deux espèces seules, actuellement, permettent de concevoir l’espérance d’une naturalisation prochaine assez complète pour en tirer un produit industriel : le Bombyx de l’Allante et le yama-maï. Le premier, fort utile peut-être en fournissant le moyen d’utiliser des terrains improductifs ; le second, précieux sans doute par- la qualité de son produit et par la facilité .de l’élever partout où il y a des chênes. . .
- B n’en restera pas moins fort désirable de voir propager en France ‘ les Bombyx polyphénies et Lima de l’Amérique septentrionale, qui fournissent une soie très-brillante, et que
- l’on peut nourrir avec du saule, de l’osier, de l’aubépine,.du
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- (i) Voir un écrit, de M. Personnat : Le Ver à soie du-chêne {Bombyx yama* mai). Paris, i8(>6. . ' ‘
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- prunellier, etc., c’est-à-dire avec des végétaux des plus répandus.
- CHAPITRE IL
- LES ABEILLES.
- L’Exposition a montré combien la culture des Abeilles s’est propagée dans une grande partie du monde, et combien les apiculteurs s’appliquent à se procurer les meilleurs engins et à trouver les procédés les plus capables de rendre leur industrie plus parfaite et ainsi plus lucrative.
- Les amateurs, particulièrement, s’ingénient à construire des ruches sur de nouveaux modèles. Il est difficile à présent d’être bien fixé sur la valeur pratique de tous les appareils proposés, mais beaucoup d’éducateurs d’Abeilles étant entrés dans une voie d’expériences, on ne tardera pas sans doute à arriver à de justes appréciations.
- La France a présenté de nombreux modèles de ruches. L’Angleterre, la Suisse, l’Italie, l’Allemagne, le Danemark, la Russie, ainsi que les États-Unis et le Canada, ont offert un contingent remarquable. Pour classer les différentes ruches sur lesquelles a été appelée l’attention du public, on est amené à les rattacher à trois types : les ruches de cultivateurs, les ruches d’amateurs, les ruches d’observation.
- Les abeilles s’établissant, avec une docilité merveilleuse, dans toutes les cavités qu’on leur présente ; on a pu varier à l’infini leurs habitations sans éprouver jamais de graves mécomptes, en rencontrant parfois certains avantages. Aussi, aux principales formes de ruches imaginées dès le siècle dernier et demeurées plus ou moins en usage, ne cesse-t-on de proposer des modifications que les inventeurs considèrent inévi-table ment comme des améliorations, mais que les apiculteurs n’apprécient pas toujours d’une manière favorable.
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- A l’état de nature, le domicile des Abeilles est un tronc d’arbre suffisamment excavé. Réduites en domesticité, les Abeilles acceptent volontiers une simple cavité dans un morceau de bois; c’est l’apiculture tout à fait primitive, encore en usage, paraît-il, dans quelques parties de la Russie, mais absolument dédaignée partout ailleurs. Un premier pas à été fait le jour où l’on a fabriqué des boîtes en bois et surtout des paniers en osier, en paille tordue, ayant habituellement la forme de cloches. Suivant toute apparence, on n’a pas employé jusqu’au xvme siècle, de ruches beaucoup plus compliquées, et l’on en emploie encore aujourd’hui d’aussi simples, à cause de leur bon marché.
- Les enduits de terre et de bouse de vache, dont on couvre souvent ces ruches, ne suffisent pas toujours à boucher tous les trous qui peuvent donner accès aux Galérites, les Teignes de la,cire, etc.
- La récolte du miel et de la.cire ne peut être effectuée, dans ces ruches dites vulgaires, que par les moyens les plus grossiers, en coupant une partie des rayons, en chassant les abeilles dans une ruche vide, ou en les asphyxiant avec du soufre, c’est-à-dire en recourant à la pratique barbare et stupide de l’étouf-fage, qui n’est pas encore partout abandonnée, malgré des efforts des apiculteurs intelligents qui mettent le plus grand zèle à répandre la connaissance des meilleurs procédés de gouvernement des Abeilles.
- g 1. — Les ruches de cultivateurs.
- U.
- Les ruches en usage parmi les vrais apiculteurs sont les ruches à hausses, les ruches à deux compartiments, dites ruches normandes, les ruches villageoises ou ruches Lombard, avec des variations sans nombre dans les formes, dans les proportions, dans les détails secondaires. Ces diverses sortes de ruches étaient largement représentées au Champ-de-Mars, dans l’élégant rucher de la société d’apiculture, et aussi à Billancourt. Offrant toutes des avantages reconnus, des expériences compa-
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- T. XII.
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- SECTION 1.
- ratives faites dans des conditions absolument identiques et suc une assez grande échelle permettraient seules de décider si, parmi ces ruches, il convient réellement d’accorder aux unes la préférence sur les autres. Tous nos efforts, pour être complètement édifiés à cet égard, par les apiculteurs, dont les exploitations signalent l’habileté et la parfaite entente de leur industrie, sont demeurées sans résultat satisfaisant. Ceux qui emploient la ruche Lombard, plus ou moins modifiée, perfectionnée, dans leur opinion fondée à quelques égards, repoussent énergiquement la ruche à hausses, et ceux qui font usage de
- cette dernière tiennent la précédente en très-médiocre estime.
- On s’explique fort aisément une semblable divergence d’opinions. Tout homme qui, par une longue pratique, est devenu habile à se servir de certains instruments, ne retrouvant plus
- son habileté ordinaire quand il opère avec d’autres instruments, très-parfaits dans la main exercée à leur emploi, n’hésite pas à les condamner.
- Cour que l’exploitation des Abeilles devienne aussi lucrative que possible, plusieurs conditions s’imposent. Les frais d’installation doivent être modiques ; les ruches doivent être construites de façon à fournir aux Abeilles des logements où elles n’ont pas à faire de travaux d’appropriation capables de les empêcher plus ou moins, pendant un temps, de se livrer à la confection des rayons et à la récolte du miel ; les ruches doivent avoir des proportions en rapport avec la richesse florale de la contrée et être d’une construction assez simple pour que les opérations nécessaires au prélèvement d’une partie des provisions des Abeilles puissent s’effectuer avec rapidité et sans briser les rayons.
- Les ruches sont en paille ou en bois, mais les apiculteurs préfèrent, et à juste titre, suivant nous, celles qui sont en paille, de forme cylindrique, avec le sommet en cloche ou en dôme. Les logements en bois ont, en général, i’inconvénient de se détériorer sous l’influence de la chaleur et de l’humidité, s’ils ne sont pas construits avec une perfection qui les rend
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- très-coûteux. Ils ont, en outre, le désavantage d’être moins faciles à abriter que les vaisseaux en paille sous les surtouts dont on se sert pour protéger les ruches contre le froid ou contre les ardeurs du soleil.
- La ruche normande, construite avec des cordons de paille, se compose d’une partie principale ayant son sommet plan percé d’un large trou, et d’une partie supérieure désignée sous le nom de calotte. En résumé, c’est une double ruche : une ruche inférieure et une ruche supérieure. Les Abeilles ayant coutume de placer le miel pur dans les plus hauts rayons, les apiculteurs voulant faire leur récolte, enlèvent la calotte pleine et la remplace par une calotte vide, laissant aux abeilles ce qui est contenu dans la ruche inférieure. Avec cette ruche, la récolte est facile et rapide, surtout si, par quelque artifice assez simple, on a pris soin de rendre aisé l’enlèvement de la calotte sans briser les rayons. Mais un des principaux avantages de la ruche normande, c’est d’être peu coûteuse.
- La ruche Lombard est évidemment préférable à certains égards, seulement son prix de revient doit être un peu plus élevé. Elle se compose également de deux parties : l’une principale, l’autre beaucoup plus petite qui n’est autre chose qu’une calotte ou chapiteau. La ruche proprement dite offre au sommet un plancher formé de bois mince et percé au milieu d’un large trou.
- En comparant la ruche Lombard à la ruche normande, on remarque surtout la différence de dimension de la calotte. Cette dimension est relativement minime dans la ruche Lombard , de sorte que les apiculteurs qui font usage de cette ruche se contentent d’une récolte moindre que les autres. Ils y trouvent des compensations ; ils sont assurés de ne prendre que le plus beau miel et de ne pas enlever aux Abeilles une trop forte partie de leurs provisions. Les tentatives de perfectionnement de la ruche Lombard n’ont pas manqué; elles ont porté sur le plancher en bois dont les uns multiplient les trous et que les autres font consister, d’après l’apiculteur Radouan,
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- en un plancher à claire-voie qui permet aux Abeilles une libre circulation dans toutes les parties de leur habitation. Ici l’amé-lioration est évidente. Les perfectionnements ont porté aussi sur les proportions. Un habile apiculteur, que nous pouvons d’autant mieux citer qu’il n’a pris aucune part au concours de l’Exposition Universelle, M. D’Hubert, à Donzy (Nièvre) , s’est appliqué avec beaucoup d’intelligence à rendre la ruche Lombard aussi parfaite que possible, en donnant à la calotte ou chapiteau une dimension et une forme qui permettent de recueillir uniquement le plus beau miel et de faire la récolte sans déchirer les rayons. Contre l’usage ordinaire, M. D’Hubert donne à ses ruches un certain évasement intérieur, ce qui rend plus aisé la taille des rayons.
- Cette pratique, sans doute assez bonne, ne saurait convenir partout.
- Les apiculteurs qui font voyager leurs Abeilles tiennent, au contraire, à ce que leurs ruches soient un peu rétrécies par le bas, afin que l’ébranlement des rayons causé par le choc dans des voitures, soit rendu le moins dangereux possible
- Les ruches à hausses, imaginées dès le siècle dernier, sont formées de deux et le plus souvent de trois corps et d’un chapiteau que l’on superpose et que l’on réunit au moyen de crochets. Ce sont ainsi des édifices à trois ou quatre étages séparés par des planchers à claire-voie. Suivant l’état de la ruche, on enlève pour la,récolte une ou deux hausses pleines de rayons que l’on remplace par des hausses vides ; cette manière de faire la récolte, est un avantage aux yeux de certains apiculteurs. Un autre avantage est de pouvoir agrandir ou diminuer aisément la capacité de la ruche, suivant que la population est plus ou moins forte. Un autre avantage encore est de pouvoir faire aisément des essaims artificiels. Cette pratique des essaims artificiels, imaginée dans la Lusace, au dernier siècle, consiste à détacher avant l’essaimage naturel, une partie de la population avec des rayons contenant du couvain de mâles, d’ouvrières et de femelles, fécondes. Maintenant, le défaut des ruches
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- à hausses signalé par les apiculteurs qui préfèrent les ruches Lombard se trouve dans le peu de hauteur de chaque corps, ce qui empêche le développement des rayons, et dans la difficulté de prélever toujours exclusivement le miel le plus pur.
- En résumé, les améliorations introduites dans les ruches de cultivateurs depuis trente à quarante ans, ne portent que sur des parties secondaires ; tandis que les améliorations sont très-importantes , si l’on considère la propagation des ruches bien construites remplaçant les anciennes ruches toutes grossières, si l’on considère surtout que la connaissance des soins à donner aux Abeilles s’est considérablement répandue, par exemple en nourrissant en hiver les populations qui manquent d’approvisionnement, en réunissant deux populations trop faibles pour vivre chacune isolément, etc. •
- Les ruches de cultivateurs, employées dans les différents pays, ont entre elles une assez grande ressemblance, surtout pour la dimension. Aussi, des ruches de la Russie, ayant d’énormes proportions, ont été un sujet d’intérêt et de surprise pour nos apiculteurs. Au premier abord, il leur semblait que ces édifices à parois épaisses dénotaient fine origine tout à fait barbare. Les ruches du midi et du centre de l’Europe ont de médiocres dimensions parfaitement appropriées à l’étendue que peuvent acquérir les populations d’Abeilles dans les meilleures conditions possibles, comme au développement quelles arrivent à donner à leurs rayons. Mais, sous d’autres climats, au milieu d’une abondance particulière de fleurs, pendant une période de l’année, les colonies d’Abeilles deviennent d’une puissance extrême et exécutent des travaux dont les proportions sont en rapport avec la multitude des ouvrières.
- Sous le climat de la Russie, la végétation se développe avec une étonnante rapidité pendant la saison chaude ; les champs, les prairies, sont bordés ou entrecoupés de bois et même de forêts où fleurissent les pommiers sauvages, les cerisiers, les prunelliers* les poiriers, les tilleuls, les érables, les aunes, les bouleaux, les aubépines. Les Abeilles butinent activement sur les fleurs de
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- ces arbres ainsi que sur les fleurs des champs, et en particulier sur les borraginées, de plus, encore, sur les sarrazins cultivés, et les grandes ruches s’emplissent. On nous a assuré qu’on en tirait annuellement jusqu’à une soixantaine de kilogrammes de miel.
- L’apiculture a pris une extension prodigieuse en Russie, principalement dans lps districts de la petite Russie et du nord de la Russie méridionale. Les commissaires russes nous ont donné l’explication de la faveur accordée à cette industrie. Nulle part la consommation du miel ri’est aussi considérable. Les jours d’abstinence sont nombreux dans le cours de l’année, chez les peuples attachés à l’église orthodoxe; le thé est partout en usage, et l’on estime que le miel doit être préféré au sucre parce que du sang de bœuf étant employé au raffinage du sucre, on ne serait>pas assuré de faire maigre, si l’on en consommait. Ce n’est pas tout ; comme on brûle dans les églises une quantité considérable de cierges, il y a de ce côté un vaste débouché pour la cire qui contribue beaucoup encore à rendre l’apiculture une industrie lucrative. D’après les renseignements qui nous ont été fournis par les commissaires délégués à l’Exposition Universelle, il existe en Russie 216 établissements, occupant 1,800 ouvriers pour la préparation, le blanchiment de la cire et la fabrication des cierges.
- Il y a un peu plus d’une quarantaine d’années, les éducations d’Abeilles se faisaient d’une manière tout à fait grossière. On employait des troncs d’arbres coupés, des caisses ou des paniers informes, et la récolte de la cire et du miel ne se pratiquait pas autrement que par Vétouffage des Abeilles. Un homme d’initiative, Prokopowitch, eut la pensée d’élever, dans son pays, l’apiculture à la hauteur d’une industrie véritable et il imagina les ruches de grande capacité divisées en compartiments, de manière à permettre de faire la récolte du miel et de la cire, en épargnant la vie des Abeilles. En 1828, un propriétaire de Tchnernigow, M. Velikdan, installa dans une seule exploitation de 1,500 à 2,000 ruches, la plupart construites d’après le système de Prokopowitch, les autres selon diverses idées, de
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- façon à reconnaître les meilleures par l’expérience comparative.
- C’est M. Velikdan qui a exposé les ruches Prokopowitch, aujourd’hui, paraît-il, assez généralement adoptées en Russie. Ces édifices, d’une hauteur d’un mètre, d’une largeur de 35 à 40 centimètres et surmontés d’un toit mobile, ressemblent à de petites tours carrées. Les uns en paille, les autres en bois, ont également des parois d’une épaisseur considérable, environ 4 centimètres, afin de préserver les Abeilles contre le froid d’hivers rigoureux et contre l’insolation ardente des jours d’été. Ces ruches ont à l’intérieur trois étages, avec des planchers percés d’un trou pour la libre circulation des Abeilles. Des portes ou des volets donnent accès dans chacun des compartiments où sont disposés des cadres mobiles. Au temps de la récolte, on détache, avec leurs rayons, tous les cadres du compartiment supérieur, tandis que les Abeilles, repoussées pendant l’opération dans les étages inférieurs, sont toutes épargnées et demeurent avec des provisions suffisantes. De nouveaux cadres remplacent les cadres anciens et, si les renseignements qui nous ont été donnés sont complètement exacts, la ruche est alors renversée, de manière que le compartiment supérieur qui a été vidé devient le compartiment inférieur.
- Les ruches Prokopowitch étaient curieuses à observer comparativement aux ruches des autres pays ; elles offraient un véritable intérêt, en instruisant sur la pratique, encore bien peu connue chez nous, de l’apiculture en Russie ; mais il est à peine besoin de dire qu’on n’en saurait tirer aucun enseignement pour l’éducation des Abeilles, soit en France, soit dans la plupart des autres contrées de l’Europe.
- Dans l’exposition russe, quelques autres ruches ont encore été remarquées, comme une ruche en bois à hausses, ayant des portes opposées, de façon à permettre d’observer les deux côtés d’un grand cadre intérieur, et une ruche horizontale consistant en une caisse d’un mètre de longueur, remplie de cadres verticaux.
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- § 2- — Les ruches d’amateurs ou ruches à cadres.
- Beaucoup de personnes se livrant à l’éducation des Abeilles, comme objet de distraction ou comme objet de nature à occuper leurs loisirs en leur donnant quelques prolits, sont en réalité des amateurs. Les amateurs se plaisent à posséder des ruches élégantes et il en est parmi eux qui, voulant inventer à tout prix, ne s’effrayent pas des complications qui font sourire les vrais apiculteurs. Un système un peu compliqué n’est pas une affaire grave pour le possesseur de quelques ruches, dont le temps n’est pas compté, tandis que la moindre complication est de grande importance pour le propriétaire de plusieurs centaines de ruches.
- Ces amateurs affectionnent presque exclusivement les ruches à cadres ou à feuillets, qui paraissent avoir été imaginées par le célèbre historien des Abeilles , François Huber, afin de se livrer à des observations impossibles à faire avec les ruches vulgaires. %
- En général, les ruches à cadres sont des boîtes en bois, de forme carrée, que l’on peut ouvrir à volonté. Des cadres également en bois, en nombre plus ou moins considérable, espacés d’une manière convenable, se trouvent maintenus dans des rainures ou retenus par quelque autre moyen, de façon à ce qu’il soit toujours facile de les enlever. Au corps de la ruche, divers éducateurs d’abeilles, ajoutent un chapiteau, un ffrenier, selon l’expression de plusieurs d’entre eux, grenier ou l’on est assuré de recueillir le plus beau miel.
- Les apiculteurs qui adoptent les cadres ne cessent d’en louer les avantages. Ce sont : des facilités particulières pour s’assurer à tout moment de l’état de prospérité de la colonie; des facilités pour opérer la récolte du miel en détachant simplement un certain nombre de cadres contenant des rayons, que l’on remplace par des cadres vides; des facilités encore pour faire des essaims artificiels. Ces avantages existent
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- en réalité pour des amateurs qui n’éprouvent pas la nécessité d’épargner le temps et qui ne possèdent qu’ün nombre de ruches assez limité.
- Le principe des ruches à cadres admis, les formes et les proportions des boîtes varient selon le goût et selon l’imagination de l’amateur. Dans le désir d’innover, quelques personnes construisent de longues boîtes, ce qui, dès le premier abord paraît assez étrange, car les Abeilles, établissant leurs rayons de haut en bas, n’aiment point à s’étendre .beaucoup dans le sens de la largeur. Il est aisé de se convaincre de ce fait, lorsqu’on observe les Abeilles dans des vaisseaux où l’espace leur permet de grouper leurs rayons comme il leur convient.
- D’autres différences entre les ruches à cadres portent sur le mode d’ouverture des boîtes, sur la manière dont les cadres s’engagent dans des coulisses, ou s’attachent par des charnières. Une ruche de cette dernière catégorie, remarquablement construite, a été exposée par un apiculteur du Tessin, M. Aug. Mona; tous les cadres s’ouvrent comme des portes, ou si l’on veut, comme les feuillets d’un livre, de telle sorte, que la plus grande facilité est offerte pour l’enlèvement de tel ou tel cadre, à la condition pourtant, que les Abeilles auront disposé leurs rayons bien régulièrement. Une autre ruche à cadres d’un système assez ingénieux, a été présentée par M. Krugde Sarreguemincs. C’est, une boîte haute, à trois étages, pouvant contenir douze cadres mobiles dans chaque compartiment. Une cloison mobile, vitrée et recouverte d’une étoffe noire afin de ne laisser pénétrer aucune lumière à l’intérieur, sert à mesurer l’espace aux Abeilles. Un essaim est-il placé dans la ruche, la cloison est repoussée de façon à ne laisser que six cadres à la disposition des Abeilles; le travail est-il très-avancé, on ramène la cloison plus en avant, et de nouveaux cadres se trouvent livrés aux ouvrières.
- Cette ruche se fait remarquer parla facilité avec laquelle les cadres peuvent être déplacés et replacés, ce qui permet
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- de donner des rayons remplis à des populations trop faibles, comme d’empêcher l’essai mage si les conditions sont défavorables. On nous assure que les ruches de ce système commencent à se répandre en grand nombre en Alsaee.
- Divers apiculteurs surmontent leurs ruches à cadres de petites globes de cristal, en prenant soin de les couvrir comme il est indispensable de le faire, puisque les Abeilles ne travaillent que dans l’obscurité. Les rayons construits dans ces vases, étant remplis de beau miel, font très-bon effet sur les tables des amateurs de miel. Mais ceci n’intéresse pas la grande production.
- A l’Exposition Universelle, on a pu voir combien l’idée de l’emploi des ruches à cadres mobiles tend à se propager presque dans tous les pays. Plusieurs cultivateurs sont arrivés évidemment à rendre ces appareils assez faciles à manœuvrer, tout en conservant et en augmentant même les avantages reconnus anciennement et que nous avons signalés. Malgré tout, les apiculteurs qui ont des exploitations considérables, n’en persistent pas moins à considérer les ruches à cadres comme des engins d’un usage impossible dans la grande culture, et à peu près comme des objets simplement propres à divertir des amateurs. Les reproches que l’on fait à ces sortes de ruches, ne laissent pas que d’être sérieux : elles sont beaucoup plus coûteuses que les ruches ordinaires ; elles exigent un temps plus considérable pour faire la récolte et parfois les opérations pour la récolte deviennent très—difliciles, lorsque les Abeilles, sans égard pour les désirs de leur propriétaire, plaçant leurs rayons obliquement, les attachent à plusieurs cadres à la fois. Cependant ces reproches tendent manifestement à perdre de leur valeur ; car, si les ruches à cadres sont d’un prix un peu élevé, leur durée est plus grande que celles des autres ruches et au bout d’un certain temps, la compensation peut s’établir; si le placement et le déplacement des cadres s’exécutent avec une certaine lenteur relative, il faut reconnaître qu’on est déjà arrivé sons ce rapport, à quelques simplifications, et
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- qu’avec une habileté acquise dans les opérations, on peut sans doute parvenir à faire la récolte avec promptitude. Si l’on éprouve un peu de difficulté à obtenir que les Abeilles établissent exactement un rayon dans chaque cadre, il est aisé de surmonter leur répugnance, au moyen d’un artifice. On fixe au sommet de chaque cadre une petite gaufre de cire plate, avec des compartiments hexagones de la dimension des alvéoles ordinaires. Les Abeilles ne manquent jamais de profiter de cette avance. En résumé, si les ruches à cadres demeurent loin de satisfaire aux exigences de la grande culture , à raison des avantages que nous avons énoncés, elles paraissent chaque jour devoir être plus recherchées par les propriétaires d’exploitations restreintes. C’est un motif pour accorder attention à toutes les améliorations qu’on apporte de ce côté.
- § 3. — Les ruches d’observation.
- L’intérêt des ruches d’observation est pour les investigateurs, et pour les personnes qui veulent suivre de près les travaux des Abeilles. Nous avons peu de chose à en dire. Imaginées par des naturalistes et remarquablement perfectionnées par François Iluber, ces ruches doivent avoir des parois de verre recouvertes par des volets pour que les Abeilles ne les enduisent point de propolis afin de conserver à l’intérieur de leur habitation l’obscurité qui paraît être un de leurs principaux soucis. L’observateur doit alors ouvrir le volet avec précaution pour regarder à l’intérieur, sans trop inquiéter les Abeilles. Souvent on surmonte la ruche d’observation d’un cadre mince à deux vitrages dans lequel un seul gâteau peut être établi. L’Exposition a présenté plusieurs modèles de ruches d’observation. On a remarqué une ruche en paille surmontée d’une cloche en verre présentée par [M. Hamet, où un chapiteau mobile, recouvrant la cloche, s’élève et descend au moyen d’une ficelle et d’une petite poulie. On a remarqué
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- également des ruches de M. Warquin, de Bellevuë (Aisne), consistant en boîtes vitrées contenant un petit nombre de cadres, une fort belle ruche de M. George Ncighbour, de Londres, etc.
- L’apiculture depuis un certain nombre d’années se propage dans nos campagnes, et il y a lieu d’encourager ce mouvement. La possession de quelques ruches réclame peu de temps et devient une source de petits profits pour les familles pauvres. On a estimé que le nombre des ruches qui existent en France après l’essaimage, peut s’élever à 2 millions* Il n’est guère douteux que nos fleurs des champs et de la lisière des bois suffiraient à entretenir des Abeilles en quantité une ou deux fois plus considérable. Le produit actuel est évalué de 15 à 20 millions de francs.
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- SECTION II
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- Par M. de QUATREFAGES.
- Il n’y a pas eu, en réalité, de chambrée de Vers à soie vivants à l’Exposition ; on ne peut en effet donner ce nom à quelques douzaines de Vers qui ont. été soumis à l’examen de la Commission. Sans doute, une éducation développée de manière à intéresser le public aurait été possible, et plusieurs avaient même été annoncées ; mais les frais auraient été très-considérables et sans aucune utilité réelle pour l’exposant. C’est là, sans doute, la principale cause de l’absence de toute exhibition sérieuse de cette nature.
- Les éducateurs ont d’ailleurs dû être retenus par une autre considération. La maladie qui désole depuis tant d’années les régions séricieoles, la pébrine, a envahi le bassin de Paris où ces éducations sont pourtant bien rares. Elle s’est montrée dans Paris même, chez Son Excellence M. le maréchal Vaillant; à Sèvres, chez M. Péligot; au Jardind’Acclimatation du Bois de Boulogne, etc. Les sériciculteurs qui avaient manifesté l’intention d’opérer sous les yeux du public, qui peut-être l’auraient fait en temps normal, ont dm être retenus par la crainte d’un échec analogue à celui qui a frappé l’éducation de Yama-May, tentée- par M. Personat.
- Ainsi, jusqu’au 'milieu des splendeurs de notre grande fête industrielle, le fléau, qui, depuis vingt ans environ pèse sur la.sériciculture, a fait, sentir son contre-coup.
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- Ce fléau, par son mode d’apparition, par sa persistance aux lieux où il a pris naissance, par l’extension qu’il a prise dans l’ancien continent tout entier, par les pertes énormes qu’il a occasionnées et les pertes plus grandes peut-être dont il menace encore l’agriculture et l’industrie, est certainement le trait le plus saillant de l’histoire agricole des vingt dernières années. A ce titre, il est impossible de ne pas s’y arrêter d’une manière spéciale. Mais pour mieux faire comprendre l’étendue du désastre actuel, il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur la prospérité passée.
- $ 1. — Production séricicole antérieurement à l’apparition
- de la pébrine.
- Parti de Chine, 450 ans avant notre ère, le Ver à soie, on le sait, n’est arrivé à Constantinople qu’en 552. Sa marche en Europe a été d’abord plus lente encore. Il semble n’être passé, de la Morée en Sicile et dans les Calabres que danslexii6 siècle. Aux xme et xive siècles, on le trouve dans la Provence et le Comtat-Venaissin qui n’étaient pas encore terres françaises. 11 ne pénètre sur celles-ci que vers le milieu du xvc siècle. Un siècle entier lui est nécessaire pour se répandre quelque peu ; et c’est au commencement du xvn® seulement qu’Olivier de Serres et Lafféinas, surmontant les répugnances de Sully, obtiennent des édits qui favorisent la multiplication du mûrier. Soixante ans après environ, Colbert, marchant sur leurs traces, accorde une prime aux plantations de Yarbre d’or.'
- t
- Diverses assemblées provinciales, entre autres les Etats du Languedoc, secondent les intentions du grand ministre de Louis XIV. Mais peut-être la culture du Ver à soie et l’élevage du mûrier s’étendirent-ils, surtout grâce à l’action locale de quelques simples citoyens qui prêchèrent d’exemple. A ce titre, il n’est que juste de rappeler le nom de François Traucat, jardinier de Nîmes, qui se vantait d’avoir répandu plus de quatre millions de plants; celui de M. de Camprieux, consul
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- du Vigan, qui, le premier, arracha des châtaigniers pour planter des mûriers; enfin celui du capitaine François de Caries, qui agit de même, et aliéna la plus grande partie de ses terres pour populariser la petite industrie séricicole dont il avait compris, en Italie, toute l'influence sur le bien-être des populations (1).
- Malgré cet ensemble d’efforts, la France, jusqu’en 1789, ne produisait guère que 6 millions de kilogrammes de cocons (2). Pendant la République et jusqu’en 1800, la production diminua même de moitié. A partir de 1801, elle tendit à se relever, mais bien lentement d’abord, puisque, pendant une période de huit ans (1813-1820), elle n’était encore que de 5,200,000 kilogrammes. Mais, à partir de cette époque, le mouvement ascensionnel se prononce de plus en plus. La moyenne de 10 années (1821-1830) est de 10,800,000 kilogrammes; la période décennale suivante donne de 11 à 14 millions de kilogrammes. Treize ans après, la moyenne dépassait 24 millions de kilogrammes, et, en 1853, la France produisait 26 millions de kilogrammes, représentant, au prix moyen de 5 francs le kilogramme, une valeur de 130 millions de francs (3).
- L’activité croissante de l’industrie séricicole ne s’accusait pas seulement par les chiffres que je viens de rappeler. Elle se montrait peut-être davantage encore dans la multiplication des pépinières de mûriers. Dans la Drôme, en particulier, des communes entières devaient une prospérité exceptionnelle à la vente des jeunes plants qui s’expédiaient sur tous les points de notre territoire et à l’étranger.
- 0) J’ai résumé la plupart des faits relatifs à cet historique, dans une petite brochure intitulée : Essai sur l'Histoire de la Sériciculture, in-(8, (860.
- (2) Rapport sur un Mémoire de M. André-Jean, fait à l’Académie des sciences au nom d’une Commission composée de MM. Combes, Milne-Edward, Péligot, De Quatrefages, maréchal Vaillant, et Dumas, rapporteur. La plupart des chiffres suivants sont empruntés au même travail.
- (3) M. Dumas ne porte cette valeur qu’à (08,600,000 francs, ce qui suppose un prix moyen d’environ i fr. (7.
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- Et comment ne pas se laisser aller à une culture d’un rendement tel que le produit de la bordure d'un champ entouré de mûriers dépassait celui du champ lui-même (environs d’Avignon, plaines de Lavaur, etc.) ; tel que dans les hautes Cévennes, des terrains, impropres à la culture de la vigne et du froment, se vendaient jusqu’à 40,000 francs l’hectare, tout en rapportant un revenu d’environ 5 pour 100 (1).
- La France me semble être l’Etat européen où le progrès séricicole était le plus accentué et promettait dans un avenir très-prochain les développements relatifs les plus considérables. Mais ce mouvement ne s’arrêtait pas à nos frontières. L’Italie, qui nous avait devancé de trois à quatre siècles dans la culture du mûrier, conservait une supériorité marquée ; l’Espagne, le Portugal ne suivaient nos traces que de très-loin. Mais les. États allemands paraissaient vouloir se mettre à leur tour sur les rangs. Dès 1820, il avait été fait de nombreuses plantations en Bavière; le Wurtemberg avait suivi plus tard cet exemple et, plus récemment, le gouvernement prussien avait donné des encouragements aux efforts tentés par une Société fille de la Société d\4cclimatation de Paris.
- En Amérique, le Chili semble être la contrée où les Vers à soie ont de meilleure heure appelé l’attention d’un assez grand nombre de cultivateurs. La récolte des cocons a, dans ce pays, une certaine importance. Au Brésil, les encouragements donnés par le gouvernement ont, il est vrai, manqué leur but par la faute des hommes qui avaient semblé vouloir seconder ses intentions éclairées ; mais, en dépit de ce que cette expérience a eu d’incomplet, elle n’en a pas moins démontré que l’élève du Ver à soie doit ajouter tôt ou tard une source de richesses à toutes celles que possède déjà cet empire privilégié. La République de l’Equateur, entrée bien plus tard dans la lice, possède déjà 5 à 600,000 mûriers et les éducations
- (4) Ces chiffres, au sujet desquels on m’avait souvent exprimé plus que des doutes, ont été acceptés par M. de Lavergne, après vérification des faits.
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- ont, jusqu’ici, remarquablement réussi. Il en est de même de la Californie. Enfin, l’Océanie elle-même commence à s’adonner à l’industrie lucrative dont il s’agit. Dès 1859, elle envoyait déjà en Europe quelques flottes de soie à côté de ses innombrables balles de laine; et des renseignements récents m’ont appris que, en Australie, quelques colons songeaient à entreprendre sur une grande échelle et à répandre la culture du mûrier et l’élevage du Ver à soie.
- En 1857, M. Dumas, se fondant sur l’ensemble de documents qu’il avait recueillis, estimait à plus d’un milliard la valeur des cocons annuellement produits dans le monde entier. Voici les chiffres de l’éminent rapporteur de la Commission nommée par l’Académie des sciences pour examiner l’importance du procédé de grainage dû à M. André-Jean.
- Tableau I.
- France...................... 108,600,000 francs.
- Étals d’Ilalie.............. 281,500,000 —
- Autres États et surtout Es- ! .
- pagne.. .................. 2-1,600,000 —
- Ensemble de l’Europe. ' 114,700,000 francs.
- Chine.......................-42^,000,000 —
- Indes...................... 120,000,000 —
- Japon........................ 80,000,000 —
- Perse........................ 23,000,000 —
- Pays divers d’Asie......... 51,800,000 — : '•
- Ensemble de l’Asie.... 702,800,000 — .•
- Afrique.............................................. 1,100,000 —
- Océanie................................................ 600,000 —
- Amérique............................................... 500,000 — '<
- Total.............................. 1,119,700,000 francs.
- Dans ce tableau, la production de plusieurs contrées , de l’Asie est certainement évaluée trop bas, comme nous le verrons plus loin. Il en est probablement de même. pour l’Amérique. Les chiffres donnés par M. Dumas eussent-ils été exacts à l’époque où il écrivait,, ils ne le seraient plus aujourd’hui, car, d’année en année, la culture du mûrier, l’élevage* du
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- Ver à soie, font des progrès sur certains points du Nouveau Monde, en Californie en particulier.
- Si nous acceptons, comme approximativement vraies, les données recueillies par M. Dumas, on voit que la production européenne représente un peu plus du tiers de la production totale; que la part de la France est environ de un dixième, taudis qüe celle de l’Italie n’est pas très-éloignée d’être trois fois plus forte.
- Ainsi l’arbre et l’insecte, partis de Chine, il y à vingt siècles, ont aujourd’hui fait le tour du globe. Partout, ils ont apporté avec eux des éléments nouveaux de prospérité, suscité des industries inconnues jusque-là, activé le grand comme le petit commerce; mais, surtout, ils ont apporté, à des populations agricoles entières, l’aisance et même la richesse, là où la pauvreté avait régné de tous temps.
- \ 2. — Apparition et effets généraux, de la pébririe.
- Malheureusement la fortune humaine, Sur quelque fondement qu’elle repose, a ses jours.de revers. La sériciculture a eu les siens, sans doute, à toutes les époques, mais jamais elle n’a traversé de crise aussi terrible que celle qui pèse sur elle depuis vingt ans. On sait quelle en est la cause, et comment une maladie, qu'on a pu croire nouvelle, bien qu’elle ne le soit pas, a ramené la misère et la faim là où la culture du mûrier, l’élevage du Ver à soie, avaient introduit le bien-être .et l’abondance.
- La France fut la première frappée- Depuis quelques années, sur quelques points de notre territoire fl), les œufs mis eu incubation, comme à l’ordinaire, n’éclosaient plus ou éclosaient mal ; les vers, inégaux et chétifs, périssaient en partie -avilit d’avoir filé; les papillons présentaient une langueur
- flJ'V&ffc 1820, à Cavaillon et dans les environs, <5’est-iV-dire dans les aillu-. Y-ions de la Durajice; en 1841, à Poitiers, dans la magoaneriç de M. Robinet; 'êli lt«, a 'SaïnlUlàuzile-le-Putois, au cüeur des Cé Venues.
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- étrange dans l’acte de l'accouplement, dans la ponte de la graine ; et celle-ci donnait naissance à une génération encore plus éprouvée que la précédente. Un commerce, jusque-là inconnu chez nous, commença à s’organiser. Ou demanda aux contrées voisines des graines saines; et, grâce à ce secours étranger, la production française se maintint avec quelques oscillations et même atteignit son maximum en 1853. La France récolta cette année 26 millions de kilogrammes de cocons.
- En revanche, dès 1854, la production commençait à baisser sensiblement. C’est que le mal faisait des progrès sur notre propre territoire, et que les contrées qui alimentaient nos chambrées de leurs graines étaient successivement atteintes à leur tour. En 1856, les graines de la haute Italie qui avaient composé presque tout notre approvisionnement se trouvèrent viciées; et la France ne produisit cette année que 7,500,000 kilogrammes. Plus tard, ce chiffre s’abaissa successivement à 6 millions, à 5 millions de kilogrammes; enfin, en 1865, il est tombé à 4 millions de kilogrammes (1). Le mal gagnant continuellement de proche en proche, il fallut tous les ans aller chercher plus loin les graines qui avaient échappé à l’infection. Le prix s’en éleva d’autant; et le moment vint où le prix de la graine consommée en France s’éleva à la somme énorme de 26 ou 28 millions pour une seule année (2).
- Le tableau suivant présente le résumé de cet ensemble de
- (1) Voir le tableau II. Les chiffres indiqués ici sont au nombre de ceux qui m’ont été fournis par le Ministère de l’Agriculture et du Commerce.
- (2) L’histoire et la description du iléau qui frappe toutes les régions sérici-coles a donné lieu, on le sait, à une multitude de publications, soit isolées, soit disséminées dans une foule de journaux. J’ai résumé au moins les plus importantes de celles qui avaient paru, jusqu’au moment où l’Académie des sciences nous chargea, MM. Decaisne, Péligot et moi, d’étudier le mal (Études sur les maladies actuelles des Vers à soie, 1859, in-4°, avec 6 planches; Nouvelles recherches sur les maladies actuelles des Vers à soie,i 860, in-4°). Depuis cette époque, bien d’autres écrits ont été publiés sur le môme sujet. Je ne crois pas qu’ils aient été résumés nulle part, et je ne saurais le faire ici ; mais je dois mentionner tout spécialement les importantes études de M. Pasteur.
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- désastres et d’efforts faits pour résister au mal. Je l’ai dressé en partie à l’aide des chiffres réunis par M. Dumas dans le rapport déjà cité, et par M. Duseigneur dans un ouvrage encore inédit dont l’auteur a bien voulu me confier les placards (1), en partie avec les documents officiels que M.Monny deMornay a bien voulu me communiquer avec l’empressement libéral qu’on est habitué à trouver chez lui. J'ai ajouté le résultat de quelques données recueillies pendant les missions que j’ai reçues de l’Académie ou depuis cette époque, données qui m’ont surtout permis de choisir, en connaissance de cause, parmi les documents précédents lorsqu’ils ne s’accordaient pas.
- (i) Histoire (les transformations du cocon des Vers à soie, du xvie au xixc siècle. Le texte de cet ouvrage est entièrement imprimé ; mais la publication est retardée par la gravure des nombreuses et magnifiques planches qui doivent l’accompagner et qui reproduiront toutes les races de cocons représentées dans la riche collection de l’auteur.
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- TABLEAU U.
- sériciculture.
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- ANNÉES. POIDS de la graine importée. RACES IMPORTÉES. POIDS DES COCONS.
- 1850 kilog. 4,119 Brianze (3,600 kil.), Sicile, : Tessin, Espagne, Toscane, etc ' kilog. • 24,000,000 (M
- 1851 10 g._ S Brianze (8,000 kil.), Lom- ] ’ ( bardie, Espagne < 24,000,000
- 1852 12,692 Brianze (9,560 kil.), Espa- ' gne(i,800kil.),Turquie, | Grèce, Toscane, Sicile, i Syrie 21,000,000
- 1853 21,193 Brianze (19,700 k.), Espagne (3,800 k.), Italie, ! Sicile, Syrie, etc | 26,000,000
- 1854 44,564 j Brianze (35,000 k.), Espa- ' 1 gne (6,000 k.), Piémont, | 1 Italie méridionale, Si- | . cile, Syrie \ 21,300,000 I
- 1855 30,356 (•') Mêmes provenances.. .. •19,800,000
- 1856 Mômes provenances. ..
- 7yo00,000
- PRIX
- le
- KILOG.
- OBSERVATIONS.
- Sur certains points du ter-B [~)\ ritoire, on commence à re-( noncer aux races du pays.
- „ j Les races de pays commencent à fléchir sérieusement.
- Le mouvement s’accentue.
- Les graines étrangères ont remplacé les races de pays dans les deux tiers des éducations, et c’est à leur Bonne qualité qu’est dû ce maximum \ (le production.
- 7 Les races- de pays sont I abandonnées généralement.
- i Quelques lots épargnés se suffisent encore, mais ne comptent plus dans la production générale. Les races étrangères, entre outres celles d’Espagne , commencent à être atteintes.
- ! L’échec relatif tient à ce que Je mal a gagné les graines lombardes, piémontaises et ( espagnoles.
- !La baisse énorme de la production est due à l’infection des graines de la haute Italie en général, lesquelles avaient fourni la presque totalité de l’approvisionnement.
- (1) Le poids et le prix des cocons, de 1830 à 1852, résultent d’une moyenne embrassant une période de huit années. Lu quantité de cocons indiquée est probablement un peu forte; car la dernière bonne récolte, dans les departements les plus producteurs, a été celle de 1848. Dès 1849, le mal avait frappé tout le Languedoc, la Provence et les vallées du Rhône. Les Cévenues mêmes n’eurent cette année qu’une aemi-récoite en moyenne. ^
- J1 2 3.)®’ Duseigneur ne porte qu’ù 3 fr. 80 le prix moyen des cocons pour les années 1850, 1851, 1852 et 1853. Il a probablement tiré ce chiffre du premier tableau inséré dans le Rapport de M. Dumas. Mais ce dernier avait fait remarquer lui-même que cette moyenne, évidemment trop faib'e, tenait au bas pnx des cocons en 1848. En effet, cette année, sous la double influence des événements politiques et d une récolte exceptionnellement abondante, le prix tomba, dans certaines localités, jusqu’à 2 francs le kilogramme. Les années 1852 et 1853 ont d’ailleurs donné à M. Dumas un prix moyen de 4f 475. Mais, dans un autre passage de ce même Rapport, l’auteur, tenant évidemment compte, avant tout, de tétat général des transactions depuis plusieurs années, porte à 5 francs ce prix moyen, et tout me fait penser qu il doit être bien près de la vérité.
- (3) On voit que, d’après M. Duseigneur lui-même, à qui j’emprunte les chiffres indiquant le prix des cocons pour cette année et les suivantes, ce prix se relève en 1854 et 1855. Mais les nombres adoptés sont probablement encore trop faibles. r
- (?) E" ta quantité de graine importée avait été trop considérable et une partie périt en magasin. De là la diminution de l’importation en 1855. Mais, à partir de cette époque, les éducateurs prirent 1 habitude de faire double provision de graines de provenances diverses, afin de parer aux éventualités Le chiffre de 1 importation s’éleva alors très-rapidement et atteignit au moins les limites extrêmes indiquées plus loin,
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- 438 groupe vin. — classe 81. — section il Suite du Tableau //.
- ANNÉES POIDS de la • graine importée. RACES IMPORTÉES. POIDS DES COCONS. PRIX le KILOG. OBSERVATIONS.
- 1857 kilog. Italie méridionale, races du Levant kilog. 7,300,000 (!) M- | ’ Ce sont surtout les graines ( d’Anutolie qui ont relevé la | production.
- 1858 50,000 (1 2 *) Races d’Orienl en général, Bulgarie, Géorgie. 9,000,000 'S 25 . ( Les graineurs ont étendu leur champ d'opération à la re-| cherche des lieux préservés. ) On renonce définitivement à \ plusieurs races ( Archipel, | Smyrne). En revanche, on s’adresse. avec un certain ^ succès aux races de Portugal.
- 1859 60,000 Roumélie, Balcans, Bulgarie, Valachie 9,000,000 1 Plusieurs races disparais-1 sent de nos magnaneries (Ba-) léares , Dulmatie, Istrie , , Croatie, etc.).
- 1860 i Smyrne, Valachie, Bul-! garie, Macédoine, etc.. 1 | 8,000,000 7 25 | i Les Andrinoples sont aban-; donnés.
- 1861 Anatolie , Macédoine , ) Thessalie, Bulgarie, | ) Valachie , Géorgie , | 1 Perse, Chine, Japon.. 1 > 5,800,000 6 25 • Les graines chinoises, im-l portées en assez grande quan-; titc, ont échoué et paraissent / infectées. Les races d’Anatolie sont atteintes.
- )'
- 1862 j Macédoine , Thessalie , 1 Caucase, Égypte, Japon 1 5,800,000 6 25 ' On a vendu celte année, à \ Milan , quelques centaines ) d’onces soi-disant obtenues v par le procédéd’Aristée (3).
- 1863 i Géorgie, Caucase, Perse, ; 1 Arménie, Japon ' | 6,500,000 4 50 | I Les races d’Orient s’ébranlent. On commence à prévoir . leur fin prochaine.
- 1864 ! . Valachie,Nuka, Portugal, i Caucase, Perse, Japon, ! Chili, etc 6,000,000 1 6 » | | Les races d’Orient parais-1 sent de plus en plus atteintes.
- 1865 j i Caucase, Perse, Macé- 4,000,000 1 8 » ' , L’Orient paraît être sérieu-1 sement épuisé.
- 1 doine, Japon 1
- 1866 Japon 10,000,000 (4) 5 v ! ' Les races européennes et ) orientales ne comptent presque 1 plus, sauf peut-être le Por-. tugal. 1
- ( 1
- (1) Pour cette année et les suivantes, jusqu’en 1855, j’ai adopté les chiffres officie's transmis par le ministère de l’Agriculture, chiffres toujours inférieurs à ceux que M. Duseigneur donne dans son ouvrage.
- (2) Dans le rapport lu à l’Académie au nom de la Commission envoyée par elle pour étudier le mal sur les lieux, ce chiffre n’est porté qu'à 40,000 kilogrammes. Des renseignement plus précis, recueillis plus tard, ont dù faire élever ce chiffre au moins de i 0,000 kilogr. J’ai dit, dans mes Nouvelles Recherches, comment j’ai dû estimer bien plus haut encore le chiffre do la graine employée en France pendant cette période. Mais la quantité a nécessairement baissé plus tard, bien des éducateurs ayant renoncé à élever des Vers à suie dans les contrées qui se prêtent à d’autres industries agricoles.
- (3-) L’Institut de Milan refusa de recevoir le Mémoire dans lequel était décrit, ou mieux, reproduit, d’après un vieil auteur, ce moyen proposé comme devant régénérer nos races de vers à soie. J’emprunte ces détails à l’ouvrage de M. Ltuseigneur. Il est bon de montrer jusqu’où peut aller la crédulité publique.
- (4) Là faiblesse de ce chiffre a incontestablement tenu ;1 la mauvaise qualité des races mises en culture. Le nombre des cocons a été celui d’une bonne moyenne des anciennes récoltes; mais le poids de la plupart de ces cocons n’était que la moitié ou même le tiers de celui des cocons de nos anciennes races; la récolte, dans son ensemble, s'est trouvée réduite d’autant. Quelques chambrées, provenant de graides de bonnes races, ont réussi aussi bien que celles qu’avaient fournies les plus mauvaises races du Japon". De là une inégalité très-grande dans le prix des cocons, qui a varié de 8 francs à 2 francs.
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- g 3. — Pertes occasionnées en Franco par lapébrine,
- Cherchons, à l’aide des données réunies dans ce tableau,; quelle a dû être, pour l’agriculture française, la perte résultant du fléau dont nous esquissons l’histoire.
- Si nous prenons la moyenne de la production pendant la période des treize années qui ont succédé à l’année du maximum (1853), nous trouvons que cette moyenne a été d’un peu moins de 9,300,000 kilogrammes. La différence entre ce chiffre et celui de la période des huit années ayant précédé l’année de la production la plus élevée est de 14,700,000 kilogrammes.
- Au prix moyen de 5 francs, la perte pour nos contrées séricicoles aurait été de 73,500,000 francs.
- Mais la rareté des cocons a produit, au moins dans certaines années, une élévation de prix. La moyenne, pendant les treize années dont il s’agit, peut être évaluée au moins à 6 fr. 15 c. La perte annuelle, moyenne, n’a donc été que d’environ 62,800,000 francs. Cette perte annuelle, multipliée par le nombre des années sur lesquelles portent ces calculs, , donne un total de 816,400,000 francs par année.
- 11 faut ajouter à ce chiffre de pertes résultant de l’insuccès des chambrées, le prix d’achat des graines que chaque édu--caleur produisait autrefois lui-même, ou qui se vendaient à un prix insignifiant. L’évaluation exacte de cette dépense, imposée par la nécessité à nos sériciculteurs, est assez difficile. On peut pourtant, ce me semble, ne pas trop s’écarter de la vérité en tenant compte des données suivantes.
- Selon M. Pumas, la France, dans ses dernières années de prospérité séricicole, consommait en moyenne 33,000 kilogrammes de graine de Vers à soie. Dès 1853, elle en empruntait à rétranger24,493kilogrammesau prix de 4,610,000 francs., A cette époque, on le voit, les graines françaises entraient encore pour une forte part dans l’approvisionnement du pays.
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- Les grandes catastrophes n’étaient pas encore arrivées ; le commerce des graines n’était pas complètement organisé, et le prix de cette précieuse marchandise n’avait encore atteint et surtout dépassé que très-rarement 200 francs le kilogramme.
- Mais on voit le chiffre des importations croître rapidement à mesure que le mal grandit chez nous. Les éducateurs prudents se munissent d’une provision double ou triple de graines de provenances diverses, espérant que, dans le nombre, il s’en trouvera au moins une partie de bonnes. En 1858 et 1859, la quantité de graines,achetées par les sériciculteurs français, ne peut être estimée à moins de 50 à 60,000 kilogrammes.
- Ces chiffres ont pu et dû diminuer depuis cette époque, parce qu’un certain nombre d’éducateurs a renoncé à une industrie devenue incertaine, et parce qu’on a généralement diminué les approvisionnements exagérés, surtout depuis l’importation des graines japonaises. Toutefois, la France continue à emprunter ses graines à l’étranger, et, encore aujourd’hui , bien des éleveurs croient prudent de se prémunir contre un premier échec. Je ne crois donc pas exagérer en portant à 40,000 kilogrammes la quantité moyenne de graines employées annuellement, depuis treize ans, par nos producteurs de cocons.
- Le prix de ces graines a été extrêmement variable. Par moments et par suite de l’encombrement, le prix tombait à 150 ou 200 francs le kilogramme. Mais souvent aussi il était de beaucoup plus élevé. J’ai vu certaines provenance se payer jusqu’à 1,000 francs le kilogramme. Je ne crois pas m’écarter beaucoup de la vérité, et rester plutôt au-dessous, en estimant le prix moyen à 400 francs.
- Le prix moyen de la graine consommée annuellement, en France, depuis treize ans, a donc été d’environ 16 millions de francs, soit environ 208 millions de francs pour la période •entière. Si on ajoute cette somme aux 816,400,000 francs, représentant le déficit résultant des insuccès, on voit que c’est être très-modéré que de ne porter qu’à un milliard la perte
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- totale supportée depuis treize ans par la sériciculture française. '
- Celte perte n’en serait pas moins effrayante, alors même qu’elle serait répartie sur la France entière. Mais personne n’ignore qu’il n’en est pas ainsi. Vingt départements, tous compris dans le bassin du Rhône et le petit bassin de l’Hérault, représentent à eux seuls les 22/23 de la production séricicole française. C’est là que le mal a été le plus terrible, le plus général. C’est donc sur eux que retombe presque en totalité cette effrayante diminution de la fortune publique.
- Mais il y a plus. Ces départements eux-mêmes sont, par le fait, très-inégalement atteints, selon le plus ou le moins d’extension de l’industrie qui nous occupe. En outre, dans plusieurs d’entre eux, considérés isolément, il y a eu à cet égard de grandes différences entre les régions montagneuses et celles de la plaine.
- Dans ces dernières, toute lucrative qu’elle était, la sériciculture était souvent traitée comme un accessoire. On entourait de mûriers les champs réservés d’ailleurs à d’autres cultures. En présence de la persistance du mal qui frappait les vers à soie, on a négligé les mûriers ; trop souvent, on les a arrachés ; mais le champ restait tout entier, et continuait à donner son revenu ordinaire en blé, en vin ou en huile.
- Dans la montagne, et surtout dans les vallées élevées, où ne sauraient prospérer ni le froment ni la vigne, le mûrier était devenu l’élément unique de l’aisance commune. Lui manquant, tout a manqué. Le champ qui donnait presque la richesse à une famille de cultivateurs, ne suffit plus à la nourrir, fût-il planté en pommes de terre. De là, une misère chaque jour croissante et à laquelle les populations ne survivent que par des miracles de courage et d’industrie.
- On a voulu comparer, au point de vue des résultats, la maladie des Vers à soie à la maladie de la vigne. Ce rapprochement est complètement inexact.
- Quand l’oïdium a envahi nos vignobles, il n’a jamais frappé
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- ni si universellement ni si fort. La hausse des vins a bien pins que compensé, non-seulement la perte générale, mais même les plus fortes pertes individuelles; et le résultat final de cette prétendue calamité a été un surenchérissement des terres tellement prononcé, que, sur quelques points, elles ont doublé de valeur. Bien loin que les populations viticoles aient été appauvries par la maladie de la vigne, cette maladie a été pour elles l’occasion de gains tels, que des habitudes de luxe, jusque-là inconnues parmi elles, sont devenues générales.
- Bien différent est le tableau que présentent nos contrées séricicoles. Dès 1859, j’ai montré, par des chiffres officiels, que la propriété foncière avait subi une dépréciation croissante, et que, dans les hautes Cévenncs, le prix des terres, placées d’ailleurs dans les meilleures conditions, était tombé de 64 pour 100 (1). Le mal ayant continué, la dépréciation a fait des progrès tels que, dans bien des cas, des créanciers ont renoncé à l’expropriation, les frais de vente et de justice devant absorber le prix qu’on pouvait espérer.
- g 4. — Pertes occasionnées par la pébrine dans diverses contrées autres que la France.
- Le temps a manqué pour se procurer à l’étranger des documents analogues à ceux qui se trouvaient déjà réunis pour la France. Nous ne pouvons donc nous rendre un compte aussi détaillé du mal qu’ont eu à subir, même les nations voisines, telles que l’Espagne et l’Italie. Toutefois les renseignements généraux ne peuvent laisser de doute, quant au fait essentiel. Envahies successivement par la maladie, ces contrées ont été aussi rigoureusement éprouvées que nous-mêmes. Les documents trop peu nombreux que nous possédons ne confirment que trop cette appréciation générale.
- Je me borne à citer les chiffres suivants, relatifs à la pro-.
- (i) Nouvelles Recherches sur les maladies des Vers à soie, pièces justificatives.
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- daction piémontaise, pendant quatre ans, et que je dois à l’obligeance de M. Monny de Mornay.
- Tableau III.
- 1856 ................................ 11,476,980 kilogrammes.
- 1857 ................................. 6,767,710 —
- 1858 ................................. 5,025,580 —
- 1859 ................................. 3,361,380 —
- On voit que, en Piémont, comme en France, le mal a été en, croissant d’une manière progressive et rapide. Tout autorise à admettre que cette partie de l’Italie, et l’Italie entière, ont été frappées proportionnellement, aussi rudement que notre pays lui-même. Les pertes éprouvées par cette partie de l’Europe sont donc faciles à calculer.
- En effet, du rapport de M. Dumas, que nous avons déjà tant de fois cité, il résulte que, à la veille de l’épidémie, la France produisait annuellement en cocons une valeur de 108,600,000 francs. A la même époque, la production de l’Italie était de 281,300,000 francs. Dans l’hypothèse que j’indiquais plus haut, ces chiffres supposent pour l’Italie une perte annuelle,, d’un peu plus de 200 millions, et une perte totale de deux milliards au moins.
- Dans cette évaluation, j’ai tenu compte du temps employé par le mal à atteindre l’Italie entière, et je ne crois pas que le chiffre indiqué s’écarte beaucoup de la vérité.
- La France et l’Italie sont en réalité les seules contrées sur lesquelles des évaluations de celte nature puissent porter avec quelque certitude. À mesure qu’il s’agit de contrées plus éloignées, les compensations à établir deviennent plus difficiles et les nombres à adopter plus incertains.
- Sans doute, le rapport de M. Dumas fournit aussi des. données sur la production d’autres contrées et embrasse en particulier l’Asie entière. Mais, à l’époque où il a été rédigé, les documents recueillis en Perse, par exemple, .paraissent avoir conduit .à des chiffres trop faibles. La maladie même, qui,nous. frappait; et atteignait successivement chacun des pays auxquels
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- on avait tour à tour demandé des graines saines, a conduit à de véritables découvertes. Nos graincurs, pénétrant dans des contrées à peu près inexplorées jusque-là, ont reconnu que l’élevage du Ver à soie était, en Orient, une industrie bien plus répandue et bien plus importante qu’on ne le pensait en Europe.
- Dans cette dernière partie du monde, selon M. Dumas, la production totale représente une valeur de 414 millions de francs en nombre rond, et il est probable que ce chiffre est bien près d’ètre exact. Mais la production de l’Asie entière n’est évaluée qu’à 702 millions de francs en nombre rond ; et la Chine à elle seule figure sur le tableau pour 42o millions de francs. A ce compte, le reste de l’Asie ne produirait qu’une valeur de 277 millions de francs en cocons, c’est-à-dire presque moitié moins que l’Europe. Cette conclusion ne me semble pas pouvoir être acceptée en présence des renseignements rapportés par les graineurs. Les observations de ces pionniers de la sériciculture manquent sans doute de précision, mais il me paraît cependant impossible de ne pas en tenir compte.
- En supposant que l’Asie, moins la Chine, produise seulement à peu près autant de cocons que la France et l’Italie réunies, je ne crois pas qu’on puisse être taxé d’exagération en appliquant à ces contrées l’hypothèse que je faisais tout à l’héure. En tenant compte des retards de 'l’invasion pour les diverses contrées, et aussi des îlots qui semblent avoir échappé, je crois pouvoir indiquer le chiffre de deux milliards comme approchant de celui des pertes qu’il faut ajouter à celles que nous avons déjà constatées; mais il est évident que je ne saurais garantir l’exactitude, même approximative, de ce résultat.
- ' Les détails sur l’état actuel de la sériciculture en Chine nous font à peu près entièrement défaut. Nous savons bien que le mal a atteint cet immense empire ; mais de quelle étendue et de quelle gravité sont ses ravages? C’est là une question à laquelle nous ne saurions répondre même approximativement.
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- g 5. — Mesures à prendre pour atténuer le mal.
- Au delà de la Chine, nous trouvons le Japon. Il est presque inutile de rappeler que cette contrée a échappé au mal, et que, depuis deux ans surtout, elle a sauvé la sériciculture, en fournissant au monde entier des graines qui, jusqu'à ce jour, ont paru exemptes de l’affection héréditaire dont nous venons de résumer les effets désastreux.
- Mais peut-on espérer que cette immunité persiste? N’est-il pas à craindre que le Japon ne paye à son tour le tribut auquel on été soumises l’Europe et l’Asie? A elle seule l’expérience du passé suffirait pour faire redouter l’invasion future du pays qui, cette année encore, nous a approvisionné de graines. Quelques faits peuvent même faire craindre que cette invasion ne soit prochaine et peut-être déjà accomplie. En tout cas, dès à présent, les sériciculteurs doivent prévoir cette éventualité et se prémunir contre elle.
- Deux moyens se présentent pour arriver à ce but, qu’il faut atteindre sous peine de voir peut-être succomber entièrement la grande industrie déjà compromise. Il faut, premièrement, rechercher avec un grand soin les contrées épargnées ou abandonnées par le fléau, et qui peuvent, en ce moment, fournir des graines saines ; en second lieu, il faut utiliser ces dernières, pour produire de nouveau chez nous, comme par le passé, la quantité de graines nécessaire à notre production séricicole.
- J. Action des gouvernements. — Les gouvernements, grâce aux moyens étendus dont ils disposent, peuvent seuls remplir la première de ces indications.
- Le gouvernement français s’occupe, en ce moment même, d’une enquête universelle destinée à établir la statistique sanitaire détaillée de toutes les contrées où on élève des vers à soie. Que les autres puissances intéressées, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Turquie, la Perse, etc., s’unissent à la France;
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- que leurs ambassadeurs, leurs consuls, leurs agents de tout grade soient spécialement chargés de recueillir les documents dont il s’agit ; que les cabinets échangent et contrôlent les uns par les autres ces documents, et les publient au fur et à mesure. Ils atteindront à la fois un double résultat (1).
- D’une part, si le Japon vient à faire défaut, le commerce des graines, éclairé d’avance, saura où il doit s'adresser en dehors de cet empire. D’autre part, et le Japon dût-il résister longtemps encore au mal qui le menace, on utiliserait des contrées moins éloignées fournissant des races plus rapprochées des nôtres, et dont les produits reviendraient à un prix moins élevé, tout en offrant certaines garanties incompatibles avec l’éloignement et la difficulté des transports.
- En effet, quelque universel qu’ait été le mal, il a comparativement épargné certaines contrées, telles que le Portugal, dont les graines, en ce moment même, font presque concurrence à celles du Japon. A en juger par quelques rapports qui me sont parvenus, il semble s’être retiré au moins de certaines parties de l’Anatolie, qui pourraient, dès aujourd’hui, rentrer avec avantage dans la sphère d’action de nos grai-neurs.
- En s’écartant davantage, on trouve, paraît-il, au centre de l’Asie, dans le Kachemire et sur les versants méridionaux de •l’Himalaya, une vaste contrée qui n’a pas encore été envahie. -Enfin, le Nouveau Monde présenterait encore à nosgraineurs •une réserve à laquelle on n’a jusqu’ici à peu près rien demandé. Le Chili, Buenos-Ayres, FÉquateur, la Californie sont entrés, - depuis quelques années déjà, dans la veie de l’élevage des Vers à soie; mais il nous reste à connaître l’étendue des ressources que ces régions pourraient offrir en cas de besoin.
- Les puissances séricicoles devraient poursuivre cette enquête sûr leur propre sol de la manière la plus minutieuse. En
- 6) Dès I8ü9, la Commission, envoyée dans le midi de la France par l’Aca-'démiè des sciences, réclamait, par l’organe de spn rapporteur, l’adoption de -cet ensemble de mesures.
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- France même, on signale des points isolés, où des éducations se suffisent plus ou moins à elles-mêmes. L’Alsace semble ne pas avoir été encore atteinte, ou du moins très-faiblement. Les Pyrénées-Orientales ont fourni, au moins par places, de la graine qui a réussi; l’Algérie, assure-t-on, est débarrassée du mal qui a longtemps pesé sur elle et pourrait reprendre rang parmi les pays à grainage. Des faits analogues aux précédents m’ont été cités, comme se retrouvant dans les districts montagneux de l’Italie, principalement sur le versant de l’Adriatique. L’Espagne prêterait probablement à des observations semblables, et doit tout au moins attirer l’attention.
- IL Action des populations. — Mais, on ne saurait l’oublier, si le Japon venait brusquement à faire défaut, il serait probablement impossible de trouver, dans l’ensemble de localités analogues à celles que j’indique, de quoi réunir les 33,000 kilogrammes de graines nécesssaires à la France seule, les 80,000 kilogrammes environ que consomme l’Italie, et les milliers de kilogrammes annuellement employés dans les contrées qui n’ont' pas renoncé à notre malheureuse industrie. En prévision de cet événement, je ne puis que répéter ce que j’écrivais dès 18o9 : il faut faire l’impossible pour se remettre
- EN GRAINE.
- Mais ici c’est aux populations elles-mêmes à agir.
- Les conseils, les indications ne leur ont pas manqué, ue leur manquent pas davantage à cette heure. En tout pays, les corps savants et, en tête, l’Académie des sciences de Paris et l’Institut lombard de Milan, ont provoqué, encouragé, récompensé les recherches destinées à faire connaître la nature du mal et les moyens de le combattre. Partout des hommes entièrement dignes de confiance, soit par leur savoir, soit par leur pratique éclairée, se sont mis à l’œuvre, et-leurs travaux sont publiés.
- Or, quelles que puissent être les divergences théoriques existant entre les hommes dont il s’agit, il est un fait à la fois
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- scientifique et pratique qui se dégage clairement de cet.ensemble d’investigations. Ce fait est : que, toutes choses égales d’ailleurs, le mal sévit avec plus de puissance sur les grandes éducations que sur les petites: et que, jusqu’au milieu des contrées le plus violemment infectées, dans tes années les plus désastreuses, de très-petites éducations ont bien marché, et ont fourni de la graine de très-bonne qualité.
- Il faut mettre à profit cette indication, dont l’expérience a si bien démontré la haute valeur pratique; il faut que chaque éducateur suive l’exemple donné par Mme de Lapeyrouse, et fasse au moins une très-petite éducation, exclusivement destinée au grainage. Les règles à suivre ont été tracées, et nous ne saurions les reproduire dans ce Rapport ; mais les principes sur lesquels elles reposent sont; simples et faciles à appliquer : 4° choisir de 5 à 10 grammes au plus de graine saine et de race robuste ; 2° aux soins les plus minutieux d’aérage et de propreté, ajouter l’élevage à la turque avec des rameaux de mûriers non greffés ; 3° rejeter impitoyablement, pendant l’éducation, tout ver, tout cocon, tout papillon entaché d’un vice quelconque; 4° mettre à profit, pour cette sélection épura-tive, tous les signes indiqués par les divers auteurs, depuis ceux que le inagnanier ordinaire reconnaît sans peine, jusqu’à ceux qui exigent l’emploi de la loupe et du microscope.
- Dans l’état actuel des choses, j’oserai dire qu’on réussira neuf fois sur dix, si l’on se conforme strictement aux indications qui précèdent. L’association offre, en outre, un moyen de parer aux insuccès, fussent-ils plus multipliés. Que les sériciculteurs se réunissent en petits groupes de cinq à six propriétaires, se garantissant réciproquement leur provision d’œufs ; que chacun d’eux fasse deux ou trois éducations de grainage.
- Le rendement suffira et au delà à l’approvisionnement des associés.
- Si ces associations se multipliaient suffisamment, j’en ai la . ferme conviction, la France et les autres contrées sériçicoles ..seraient en peu de temps à même de suffire à leur consomma-
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- tion. Tout ou moins le résultat presque immédiat serait de réduire dans une forte proportion l’importation des graines étrangères, par conséquent d’exonérer la sériciculture de l’impôt que lui impose l’usage exclusif de ces graines. '
- De plus, selon toute apparence, cette réduction serait un bien pour les pays d’approvisionnement eux-mêmes. Le grainage industriel et exagéré semble avoir été une des causes qui ont propagé et généralisé le mal. Des demandes plus rares, en ralentissant la production des œufs dans les contrées- non envahies, les laisseraient dans des conditions moins éloignées de l’état normal, et leur permettraient peut-être d’échapper définitivement au fléau. Elles pourraient ainsi continuer à combler notre déficit de graines, jusqu’au moment où un équilibre complet se serait rétabli chez nous-mêmes.
- A tous ces points de vue, le grainage domestique et individuel, procédant par très-petites éducations, doit être encouragé par tous les moyens possibles.
- Conclusion.
- En résumé, le mal actuel, quoique ne frappant qu’une seule des industries agricoles, s’est élevée, par sa durée, son intensité, sa généralité, à la hauteur d’une calamité publique. Il a entraîné des pertes énormes; et, malheureusement, les peuples sériciculteurs, dans tout l’ancien continent, ne sont pas encore au terme de leurs sacrifices.
- Entre toutes les contrées séricicoles, la France, où le mal actuel a pris naissance et où il règne encore, est peut-être le plus cruellement éprouvée. Toutefois l’Italie, et certaines portions de l’Europe orientale, n’ont guère été plus épargnées.
- Cependant les éducateurs de vers à soie auraient tort de s’abandonner au découragement. La violence du mal a certainement diminué depuis l’époque où j’ai visité nos départements méridionaux. Si, pendant quelques années encore, l’Europe parvient à s’approvisionner de graines saines, la
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- sériciculture peut refleurir bientôt chez elle comme par le passé.
- Mais, pour atteindre ce résultat, il faut que les gouvernements viennent en aide aux populations, il faut que les populations ne s’abandonnent pas elles-mêmes. Éclairées par le mal même qui les frappe, il faut qu’elles améliorent leurs pratiques d’élevage et perdent l’habitude trop enracinée de compter toujours sur autrui.
- Surtout, qu’elles résistent aux exemples donnés par quelques hommes qui se sont laissés aveugler par le découragement ! Qu’elles se gardent bien d’arracher leurs mûriers, ces arbres d'or, comme les ont appelés nos pères. En définitive, vingt années de désastres ne doivent pas faire oublier une prospérité séculaire, et les fléaux ne sont pas éternels.
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- Poissons, crustacés et mollusques, par M. de Champeaux.
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- CLASSE 82
- POISSONS, CRUSTACÉS ET MOLLUSQUES
- Par M. de CHAMPEAUX.
- CHAPITRE I.
- AQUARIUMS ET PISCICULTURE MARITIME.
- J 1. — Observations générales.
- Contrairement aux prévisions, divers incidents ont retardé la construction de l’aquarium marin et le transport à Paris de l’eau de mer destinée à assurer le fonctionnement de cet établissement. Il en a été de même en ce qui concerne l’envoi des poissons. L’éloignement de la capitale de la plupart de nos ports, les chaleurs qui régnaient à l’époque où l’aquarium a été prêt à recevoir les produits, la difficulté de faire voyager sur les chemins de fer des sujets dont les mœurs se prêtent mal à un pareil régime, ont été autant de causes défavorables au succès d’une entreprise intéressante, qui a fixé l’attention du public, en même temps qu’elle a fourni un nouveau champ d’étude sur les poissons marins.
- Bien que, au début, l’entreprise n’ait pas été couronnée de succès, elle a donné des résultats qui peuvent avoir une
- l
- grande influence sur l’avenir de la pêche. Il est aujourd’hui
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- GROUPE VIII. — CLASSE 82.
- démontré que l’eau de mer, mise en mouvement, après être restée stagnante, meme pendant plusieurs jours, peut retrouver ses qualités premières. 11 suffit donc de créer des courants alternatifs au milieu des eaux pour assurer l’existence des espèces marines. L’application de cette mesure aux viviers établis sur les rivages, placera ces établissements dans des conditions de prospérité, qui ajouteront désormais un important supplément aux ressources que l’alimentation puise dans les eaux maritimes.
- L’examen des produits exposés a fait ressortir l’amélioration que Je travail manuel pouvait apporter à la plupart d’entre eux, au point de vue de leur élevage et de leur perfectionnement comestible. Mais, si les produits exposés ne peuvent ici faire apprécier qu’imparfaitement les progrès réalisés par l’industrie à l’aide de laquelle ils ont été recueillis, leur seule présence à Paris, dans un aquarium où ils retrouvent les conditions d’existence de leur élément, prouve surabondamment les résultats obtenus de nos jours par les procédés d’élevage et de domestication du poisson.
- L’aquarium marin de l’Exposition universelle contient près de 600 mètres cubes d’eau de mer qu’il a fallu prendre au large de la côte, afin qu’elle eût le degré de pureté nécessaire. Cette eau est mise en mouvement par des pompes qui s’élèvent à la hauteur de réservoirs supérieurs, d’où elle s’écoule dans les bacs. Des tuyaux de trop plein, et un système complet de canalisation souterraine font retomber cette eau dans une citerne placée en contre-bas. Grâce à ce mouvement, l’eau conserve, ainsi qu’il a été dit, ses qualités primitives, et les poissons, même ceux qui appartiennent aux^ espèces les plus délicates, peuvent y vivre.
- Les anciens connaissaient les viviers. Ils y élevaient des quantités considérables de poissons, et l’on trouve dans Colu-melle des détails précis sur les précautions à prendre pour l’installation des piscines. « Le réservoir (dit-il) sera taillé « dans le roc ou construit, sur le, rivage avec du mortier de
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- « Signia. —1 De quelque manière qu’on le fasse, il doit être
- « renouvelé par le flux.....Nous regardons comme excellent
- « tout vivier qui est situé de manière que le flot arrivant de '< la mer y remplace celui qui l’a précédé, et ne le laisse pas « séjourner dans l’intérieur de cette pièce d’eau. » Mais, des détails circonstanciés que contiennent les auteurs latins sur la matière, il résulte que, bien que les anciens aient reconnu la nécessité de renouveler fréquemment l’eau de leurs viviers, ils ignoraient que la même eau, mise en mouvement par des procédés mécaniques, pouvait conserver les propriétés de la mer elle-même.
- Il était réservé à notre époque de découvrir cette loi, que l’Exposition de 1867 aura contribué à faire connaître, et qui peut avoir des conséquences incalculables sur l’approvisionnement du poisson.
- En effet, la construction des viviers sur les plages présente des difficultés à peu près insurmontables. Ces établissements doivent également créer des obstacles à la navigation, s’ils sont placés dans les parties avancées de la mer. Enfin, le barrage des anses peut, à certains égards, modifier le régime des courants, et, par suite, produire des atterrissements. Tous ces inconvénients disparaissent, si le vivier est placé à l’intérieur des terres, dans les parties où il peut être mis facilement en communication avec la mer par un canal. Dans ce cas, il n’est plus nécessaire que le renouvellement de l’eau ait lieu à toutes les marées. Pendant les mortes eaux, on pourra suppléer à l’absence du flot par des machines hydrauliques, faciles à établir, au moyen des nombreux appareils que la. science de la mécanique permet aujourd’hui d’employer.
- Si toutes les espèces marines ne peuvent pas vivre facilement dans les viviers, il en existe, néanmoins, un grand nombre qui s’accommodent parfaitement du régime de la stabulation. Au nombre de ces espèces, on peut citer le mugé ou mulet,: la loubine ou bar, l’anguille, la plie. Déjà le nombre des résérVoirs à poissons, dans lesquels on élève particulièrement
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- ces espèces comestibles, tend à s’accroître. Les propriétaires des marais salants, dont l’industrie est en souffrance, se préoccupent de la transformation de ces marais en réservoirs à poissons. Plusieurs d’entre eux ont donné l’exemple. Ils espèrent,, par ce moyen, retirer de leur propriété des ressources que l’industrie salicole ne leur procure plus. Le département de la marine encourage leurs projets, dont la réalisation ne peut qu’être favorable à l’alimentation publique.
- On sait que le fretin de poissons se rassemble sur les plages dans la saison cbaude. A l’aide d’un système de vannes et d’écluses convenablement disposées, ce fretin entre de lui-même dans les réservoirs où il grandit rapidement. En outre de ces réservoirs d’élevage, il existe sur les rivages, des réservoirs où l’on se propose de conserver le poisson. Ces derniers forment des lieux de dépôt très-favorables au commerce du poisson. Le producteur peut ainsi attendre des chances de vente favorables, et, lorsque l’état du temps ne permet pas de pêcher en mer, les marchés de l’intérieur sont néanmoins assurés d’un approvisionnement régulier.
- § 2. — Parcs et viviers maritimes; élevages.
- En ce qui concerne les mollusques, les établissements de rivage ont réalisé des progrès plus sensibles encore, parce que les procédés peuvent être appliqués sans qu’il en résulte des dépenses élevées. Il n’y a pas longtemps, on ne pratiquait, en France, que l’industrie du parcage des huîtres et celle de leur verdissement; encore, ce dernier mode de culture était-il spécial à une seule localité, celle de Marennes. Aujourd’hui, on>voit sur le littoral : des parcs proprement dits, dans'lesquels on dépose les coquillages au retour de la pêche, en attendant le moment de leur vente ; des viviers pour la fixation du naissain, qui est recueilli dans ces établissements au moyen de collecteurs, tels que tuiles, pierres ou bois ; et des claires dans lesquelles les petites huîtres provenant des viviers
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- sont introduites lorsqu’elles ont atteint une dimension suffisante pour leur permettre de subir sans inconvénient l’opérar lion du détroquage.
- Cette opération délicate consiste à détacher les petites huîtres des collecteurs. Différents procédés, dont l’expérience amène chaque jour l’amélioration, sont employés dans ce but..
- La reproduction des huîtres à l’aide de collecteurs a pris des proportions considérables. Sur certaines plages, notamment à la Rochelle, l’île de Ré, l’île d’Oléron, l’entrée de la Charente, le bassin d’Arcachon, des milliers de parcs sont disposés chaque année en vue de retenir les naissains. Pendant la durée des marées de quinzaine, une activité extraordinaire est imprimée à ces établissements. Suivant la saison, on prépare les collecteurs ou on enlève ceux qui sont déjà recouverts d’huîtres. Des travaux de nettoyage sont en tout temps nécessaires pour empêcher l’envahissement de la vase ou des herbes marines et pour purger le sol des parasites qui vivent aux dépens de l’huître. Des plages, improductives autrefois, ont donc été transformées en véritables champs de coquillages, où le travail de l’homme a su créer des ressources inespérées.
- L’industrie de l’élevage des moules, à l’aide des bouchots, prend aussi un développement remarquable. Circonscrite dans l’origine à la baie de l’Aiguillon, cette industrie est maintenant pratiquée sur différents points du littoral, et le nombre des demandes, présentées en vue de la création de bouchots, est une preuve des bénéfices que leur exploitation procure aux populations riveraines. Les bouchots ont la forme d’un V ou représentent une ligne droite. Ils sont faits à l’aide de pieux garnis de clayonnages, sur lesquels se fixent les jeunes moules, qui acquièrent, dans ces établissements, où elles sont soumises à une véritable culture, une valeur comestible plus grande que sur les moulières.
- Enfin, des essais sont poursuivis pour améliorer les divers
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- coquillages comestibles autres que l’huître et la moule, qui offrent des ressources à l’alimentation. Au nombre de ces espèces, on peut citer la praire (Venus verrucosa), la clovisse (Cytherea chione), la mye des sables (Mya arenaria), le Round clam (Venus mercenaria), coquillage très-renommé aux Etats-Unis d’Amérique; le sourdon (Cardium edule), la pétoncle (Pentunculus pilosus), l’ormier (Haliotis tuber-cula), etc., etc. Tous ces coquillages sont vraisemblablement susceptibles d’être soumis aux procédés du parcage, soit pour les engraisser plus rapidement, soit pour obtenir une plus grande reproduction. Il existe sur le littoral, 55,000 établissements à coquillages et 25 réservoirs à poissons, occupant plus de 600 hectares de superficie.
- § 3. — Richesses h exploiter dans la mer.
- La variété des poissons, des coquillages et des crustacés conservés dans raquarium, a donné une idée de l’immensité des ressources que procure l’exploitation de la mer.
- De même que les industries qui s’y rattachent, la pêche proprement dite prend une importance qui s’accroît à. mesure que les communications sont rendues plus faciles entre le littoral et les villes de l’intérieur de l’empire. En 4817, époque à laquelle on a commencé à établir une statistique de la pêche, la valeur des produits ne s’élevait qu’à 23,245,973 francs. Elle était de 39,066,153 francs en 1847 et s’élevait, en 1866, à 59,234,920 francs. Ces chiffres représentent la valeur des poissons, coquillages ou crustacés pêchés par les Français sur nos côtes, sur celles de Belgique, d’Angleterre et d’Écosse, en Irlande et à Terre-Neuve, c’est-à-dire partout où ils pratiquent leur industrie. Ils comprennent également le prix de vente des amendements marins.
- Les côtes de France, de Belgique et d’Angleterre fournissent principalement les espèces que l’on peut considérer comme sédentaires et qui entrent à l’état frais dans la consommation
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- publique. Sur une partie des côtes d’Angleterre et d’Ecosse, on capture les harengs et les maquereaux, mais surtout les harengs destinés à être salés ou fumés. En Islande et à Terre-Neuve, se pêche la morue que l’on consomme à l’état salé. Nos nationaux se livrent assidûment, sur nos côtes, à la pêche d’un poisson de passage dont la capture procure de grandes ressources aux localités favorisées par sa présence, Nous voulons parler de la sardine, qui, indépendamment de ce que sa vente rapporte à l’état frais, donne lieu à un commerce considérable par suite des transformations diverses qu’elle subit avant d’être livrée à la consommation.
- La pêche de la sardine est malheureusement grevée d’un impôt qui pèse lourdement sur les pêcheurs : c’est celui du prix de la rogue. La rogue est un appât composé d’œufs de morue , qui nous vient de Norwége, et son prix excessif et toujours croissant absorbe une grande partie des bénéfices que la capture de la sardine devrait procurer aux pêcheurs. Diverses tentatives ont été faites pour substituer à cet appât un procédé plus économique. Les efforts tentés dans ce but n’ont pas encore été couronnés d’un succès complet ; mais les préparations nouvelles, mélangées avec de la rogue, permettent déjà de n’employer qu’une quantité réduite de ce dernier appât. Indépendamment de la pêche des poissons, des coquillages et des crustacés, les populations maritimes trouvent une ressource précieuse dans l’exploitation des amendements et produits marins tels que les sables coquilliers et les herbes marines. Ces dernières sont employées pour l’engrais des terres, la fabrication de la soude et de divers produits pharmaceutiques.
- La pêche du corail est peu pratiquée en France. Néanmoins, pendant l’été, quelques bateaux se livrent à cette industrie, sur les côtes de la Méditerranée. Plusieurs d’entre eux font usage du scaphandre pour recueillir les produits. Il est regrettable que nos nationaux ne se livrent pas à une industrielqui procure d’assez beaux bénéfices aux étrangers (Espagnols et
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- Italiens) qui l’exercent sur les côtes de la Corse ainsi qu’en Algérie.
- CHAPITRE IL
- ÉTAT DES PÊCHES EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER.
- § 1. — France.
- Les tableaux qui suivent présentent la situation de nos différentes pêches, pendant la période des dix dernières années.
- Pêche de la morue.
- ( Terre-Neuve et Islande. )
- ANNÉES. NOMBRE de bateaux. NOMBRE d'bommus. PRODUITS de la poche.
- 1857 506 17,251 17,975,635f
- 1858 539 17,897 19,322,342
- 1859 552 18,357 17,643,883
- 1860 481 13,234 16,910,508
- •1861 481 13,019 14,929,441
- 1862 469 14,653 13,398,848
- 1863 464 13,852 12,311,865
- 1864 444 11,518 13,160,700
- 1863 433 11,276 13,421,537
- 1866 446 11,075 14,372,267
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- Pêche du hareng.
- ( Salaison à bord et hareng frais. )
- ANNÉES. NOMBRE de bateaux. NOMBRE d’hommes. PRODUITS de la pêche.
- 1837 339 6,381 4,882,314F
- 1838.. 310 6,070 4,466,396
- 1839 264 6,443 4,789,839
- 1860 258 6,416 5,624,650
- 1861 253 6,782 5,362,157
- 1862 260 6,546 5,294,397
- 1863 284 6,480 3,796.122
- 1864 301 6,187 5,617.004
- 1865 325 6,558 6,302.018
- 1866 346 6,694 7,138,554
- Pêche du maquereau.
- ( Salaison à bord. )
- ANNÉES. NOMBRE de bateaux. NOMBRE d’hommes. PRODUITS de la pêche.
- 1857 54 1,445 605,139f
- 1838 46 1,154 627,211
- 1859 44 1,130 559,451
- 1860 61 1,265 360,626
- 1861 37 946 692,396.
- 1862 49 971 663,984
- 1863 47 1,144 685,865
- 1864 44 1,060 450,061
- 1865 50 1,182 620,419
- 1866 54 1,176 846,845
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- Pêche côtière.
- ANNÉES. NOMBRE de bateaux. NOMBRE d’hommes. PRODUITS de la pêche.
- 1857 13,645 51,607 34,428,913 *'
- 1 858 13,791 . 52,258 33,814,045
- 1859 13,9 38 50,847 34,850,548
- 1860 • 1 4,243 53,314 33,385,219
- 1861 * 14,283 52,914 • • 31,881,765
- 1862 U, 872 54,493 33,808; 559
- 1863 15,275 55,270 37.247; 078
- 1864 * 15*428 56,296 38,6 47; 162
- 1865 15,898 57,961 4:1,909,-500
- 1866. 16,721 66,803 I 45,359,-653
- Ces tableaux démontrent que la pêche maritime tend chaque jour à s’améliorer en France ; mais des progrès notables pourront encore être accomplis, surtout dans le nombre des armements, lorsque beaucoup de localités seront dotées de ports qui leur manquent complètement aujourd’hui. L’absence de lieux d’abri pour les bateaux, constitue, en effet, l’un des obtacles les plus sérieux au développement de la pêche. Aussi le ministre de la marine vient-il en aide, au moyen de subventions, aux pêcheurs qui, dans beaucoup de localités, construisent eux-mêmes des jetées, des digues ou autres ouvrages propres à mettre les embarcations à l’abri des violences de la mer. ...........
- Les marins font preuve, dans la pratique de la pêche, de beaucoup de courage et d’abnégation. Il en périt chaque .année et il n’est pas rare de voir la mer engloutir à la fois le bateau et son équipage, composé ordinairement de membres, d’une . même famille. Peu d’industries offrent, pour ceux qui l’exercent, autant de dàngerajue celle de la pêche ;. mais.les. marins ne se découragent pas et, malgré le salaire relativement médiocre qu’ils retirent de leur pénible profession, bien peu l’a-
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- bandonnent. Leur persévérance a souvent été couronnée de succès, et il existe des pêcheurs qui, sans autre ressource que leur salaire, sont parvenus, à force d’ordre et d’économie, à devenir propriétaires et patrons de leurs bateaux, dont ils sont ainsi les propres armateurs. La Commission impériale a pensé qu’il serait juste de faire participer les pêcheurs aux distinctions décernées à l’occasion de l’Exposition Universelle, de 1867; Le ministre de la marine a, en conséquence, invité les préfets maritimes à signaler ceux des armateurs et des pêcheurs qui pouvaient être considérés comme ayant contribué au développement de la pêche.
- Dix-sept armateurs et trente et un pêcheurs français ont reçu des récompenses. L’heureux effet qu’elles produiront dans nos ports de pêche ne peut manquer d’exercer une influence favorable au développement d’une industrie qui est digne d’une véritable sollicitude et qui contribue d’une façon si directe à la prospérité de l’empire.
- Parmi les pays qui avoisinent la France, ceux du nord présentent seuls, au point de vue de la pêche maritime, une importance de mature à être signalée, soit que l’on considère ces pays en raison de la quantité des produits marins qu’ils fournissent à l’alimentation publique, soit qu’on les envisage au point de vue du nombre des bateaux et des hommes employés à la pêche.
- § 2. — Pays étrangers.
- En première ligne, se place l’Angleterre. A la suite d’un vote du Parlement, une commission a été chargée de fairemne enquête ayant pour principal objet de rechercher si les produits de la pêche augmentaient, diminuaient ou restaient stationnaires. Commencée en 1863, cette enquête s’est terminée en 1865. Elle a eu pour résultat de faire ressortir l’importance de la pêche chez nos voisins et l’extension rapide prise par cette, industrie dans le cours des dernières années. On peut en
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- juger par les faits suivants : Il y a quarante ans, le marché de Londres était approvisionné par 40 ou 50 bateaux de p-che. Aujourd’hui ce nombre de bateaux est de 800 à 900 et chacun prend au moins deux fois autant de poissons que les bateaux de même tonnage qui pêchaient au commencement du siècle. A Ramsgate, on ne comptait que 3 ou 4 chalutiers de 20 à 30 tonneaux, il y a cinquante ans. Cette ville possède aujourd’hui 50 bateaux de 45 à 55 tonneaux. Il y a vingt ans, le port de Hull n’avait que 3 bateaux chalutiers ; on en compte aujourd’hui 300 et le tonnage de chacun d’eux est double de celui des bateaux anciennement employés. En 1835, on ne comptait, à Scarborough, que 2 grands bateaux ; il y en a aujourd’hui 35.
- On pourrait multiplier ces exemples; ceux que nous avons cités suffisent pour faire apprécier la prospérité extraordinaire de la pêche en Angleterre.
- Si nos progrès n’ont pas été aussi rapides, ils sont néanmoins très-sensibles, surtout dans les ports de la Manche. Là, nos pêcheurs n’ont rien à envier à leurs voisins, et le nombre des armements augmente dans une proportion qu’il est facile de constater en se reportant aux tableaux cités ci-dessus. Les procédés en usage sont, à peu de chose près, les mêmes dans les deux pays; mais, en Angleterre, les compagnies puissantes créées en vue de la pêche, impriment à cette industrie un mouvement qu’il nous est difficile d’atteindre. On doit cependant constater que dans nos ports du Nord, notamment, les armements pour la pêche du hareng rivalisent avec les armements anglais. En Angleterre comme en France, le chalut est le principal instrument de capture des poissons de fond, tels que les turbots, les plies, les soles, etc., et, sous ce rapport, nos nationaux peuvent, sans désavantage, subir la comparaison avec les pêcheurs anglais. On peut même dire qu’ils.apportent à la pratique de la pêche une intelligence peut-être supérieure à celle de leurs voisins. Malheureusement ils sont moins entreprenants et font preuve de moins de constance pour des
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- opérations qui exigent surtout une continuité d’efforts sans laquelle le succès ne peut être obtenu.
- Depuis peu de temps, l’industrie huîtrière, en Angleterre, qui n’était pas pratiquée dans les mômes conditions qu’en France, nous a emprunté les procédés employés avec succès dans notre pays. Après l’Angleterre, la Belgique, la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norwége et la Russie peuvent être rangées parmi les nations maritimes chez lesquelles la pêche est l’objet d’opérations importantes. Pour la plupart de ces pays, la pêche dans la mer du Nord, dont les eaux sont si poissonneuses, constitue l’élément principal de la richesse.
- Plus les terres sont avancées vers le pôle, plus la végétation devient pauvre ou nulle et plus les eaux qui baignent ces rivages désolés contiennent de ressources pour l’alimentation de l’homme. Aussi, s’est-il ingénié, depuis les époques les plus éloignées, à perfectionner les moyens de capture. On peut dire que, sous ce rapport, les peuples des régions septentrionales sont arrivés àun degré de perfection tel, qu’il est difficile de le dépasser. Dans le seul golfe du Yesttjord, situé à l’extrémité nord de la Norwége, entre les îles Lofoden et le continent, 5 à 6,000 bateaux, montés par 20,000 hommes, font la pêche de la morue de février en mai. Les pêches du hareng et du maquereau donnent lieu à des armements aussi considérables.
- Les pêches avec salaison à bord sont, de toutes, celles qui présentent le plus d’importance et constituent, pour les peuples septentrionaux, une véritable source de prospérité. Néanmoins, la pêche du poisson frais y est aussi pratiquée sur une large échelle.
- Depuis quelques années, l’opinion publique se préoccupe davantage de la question des pêches maritimes. On commence à comprendre le parti qu’on peut tirer des richesses que l’Océan recèle dans son sein. Aussi, sous l’impression de ce sentiment, des publications nombreuses ont été faites, des sociétés se sont constituées, des expositions, dans les villes maritimes,
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- ont eu lieu. D’un autre côté, une impulsion considérable a été imprimée, en France, par le gouvernement, à une industrie qui peut augmenter le bien-être des populations riveraines et fournir de nouvelles ressources à l’alimentation. Il en est résulté qu’en France la pêche maritime est entrée dans une voie de progrès qui ne peut manquer de s’accroître sous l’influence des mesures libérales prises en sa faveur, pendant ces dernières années.
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- GROUPE IX
- PRODUITS VIVANTS
- ET
- SPÉCIMENS D’ÉTABLISSEMENTS D’HORTICULTURE
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- CLASSE 83
- SERRES ET MATÉRIEL DE L’HORTICULTURE.
- SOMMAIRE:
- Section I, — Considérations générales sur les expositions d’horlicul-. tare, par M. L.Bouchard-Hczard, secrétaire général de la Société impériale et centrale d’Horliculture de France, membre de la Commission consultative de l’exposition d’Horticullure.
- Section II — Parcs et matériel d’horticulture, par M. Darcel , ingénieur au Corps des Ponts et Chaussées.
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- CLASSE 83
- SERRES ET MATÉRIEL DE L’HORTICULTURE
- SECTION I
- EXPOSITIONS D’HORTICULTURE
- Par M. L. BOUCHARD-HUZARD.
- Les plantes qui sont du domaine de l’horticulture, et que l’on cultive, soit pour l’utilité de l’homme, soit pour son agrément, ne peuvent être exposées à la vue et à l’étude du public, comme les produits des autres branches de l’industrie ; lorsqu’on désire les montrer à l’état vivant, il leur faut des dispositions d’emplacement spéciales. Aussi les Expositions industrielles organisées jusqu’à ce jour n’ont-elles point compris dans leur programme l’admission des végétaux : la longue durée des expositions, le défaut d’espace dans les locaux qui leur sont destinés, la difficulté du transport des plantes, les frais qu’il occasionne, les soins continuels que réclame leur entretien, la température élevée dont quelques végétaux ont besoin pour ne pas périr, avaient été des obstacles devant lesquels se sont arrêtés les organisateurs des fêtes de l’industrie. A plus forte raison, lorsqu’il s’agissait d’Expositions Internationales, on n’avait pu songer à convier les étrangers et les engagera présenter des spécimens dé leurs jardins. Mais les anciens
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- GROUPE IX. --- CLASSE 83. — SECTION I.
- obstacles allaient être surmontés les uns après les autres, et l’Exposition Universelle de 1867 devait réunir les œuvres des industries les plus diverses, venant de tous les pays du monde, celles des arts libéraux et celles de la culture intelligente du sol.
- Nous allons d’abord examiner ce qu’ont été les expositions d’horticulture avant l’année 1867, et ensuite nous parlerons de l’Exposition Universelle de cette année.
- CHAPITRE I.
- EXPOSITIONS ANTÉRIEURES A 1867.
- A toutes les époques, l’homme s’est plu à réunir des fleurs, mais ce n’est guère que dans notre siècle que l’on organisa des expositions proprement dites, c’est-à-dire que l’on invita des jardiniers, des amateurs, à envoyer les plus belles plantes produites par leurs cultures pour en former une réunion destinée à être montrée au public; une salle plus ou moins spacieuse, ou une galerie de château, servait d’abri à ces plantes, dont i’éclat devait le plus souvent contribuer à l’ornementation d’une fête, d’une cérémonie publique ou de famille. Plus tard, le désir d’instruction qui s’est manifesté dans toutes les classes laborieuses engagea les horticulteurs à réunir des collections spéciales à certains genres de végétaux j à montrer des variétés des mêmes espèces obtenues par des soins intelligents; puis, aux plantes d’agrément, on joignit les plantes utiles. Il fallut alors réglementer ces expositions : lés académies, les sociétés savantes publièrent des programmes qui eurent pour but, rion-seulement d’empêcher des abus introduits dans les expositions, niais encore, principalement, de proposer (les récompenses, afin d’encourager la production des plantés qu’on jugeait utile de propager. La durée de cés expositions était limitëè au court espace de temps pen-
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- EXPOSITIONS I) ’ H O HT 10 U1 j'I'l ' 15 E.
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- dant lequel on pouvait maintenir en fleurs les végétaux : par ides substitutions d’individus nouvellement fleuris à ceux qui perdaient leur éclat, on arrivait à faire durer les expositions cinq, six et môme huit jours , mais jamais au delà.
- Une tentative faite en 1855 montra qu’il était possible de présenter au public une exposition horticole dont la durée dépassât le temps que la nature a fixé pour la floraison de quelques plantes. Pendant l’Exposition des produits de l’industrie, aux Champs-Élysées dans le palais spécialement bâti à cet effet, la Société impériale et centrale d’horticulture obtint l’autorisation d’organiser une exposition consacrée uniquement aux produits du jardinage. Une portion des Champs-Élysées fut mise à sa disposition ; on fit enclore environ un hectare de terrain dont on forma un petit parc s’étendant depuis la contre-allée de la Grande-Avenue jusqu’au palais de l’Élysée, et renfermant une des belles fontaines que la Ville de Paris a fait élever dans cette magnifique promenade, qui commence aux Tuileries et se prolonge bien au delà de l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile. C’est là que la Société traça un joli jardin dont la grille d’entrée faisait face à la porte principale du Palais de l’Industrie; une disposition heureuse, en dissimulant la clôture établie du côté opposé, permettait qu’on crût à une grande étendue de l’enclos, et l’œil du visiteur, surpris par la perspective qu’offrent les grands peupliers ornant l’Élvsée, pouvait lui laisser supposer entre le pare de ce palais et le jardin de l’Exposition une réunion que les nécessités de la circulation publique n’avait pas permis d’établir. Quelques mouvements opérés dans le sol, des eaux continuellement jaillissantes au milieu d’un bassin, quatre serres, dont chacune fut maintenue à une température différente, un aquarium où put fleurir la plante aquatique venue des tropiques, la Victoria regia, plusieurs hangars pour les instruments qu’emploie le jardinage, des massifs ménagés autour des pelouses et garnis successivement avec les plantes que produit chaque saison, et renouvelées constamment au fur
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- et à mesure de leur épanouissement, tels furent les éléments de la constitution du jardin des Champs-Élysées, en 1855. Pendant cinq mois, la Société Impériale et Centrale d’horticulture entretint ce jardin qu’elle avait organisé avec ses seules ressources, à l’aide du concours désintéressé des membres de son bureau et de ses divers comités. Elle avait fait des appels répétés aux horticulteurs de toutes les parties de la France et des pays étrangers voisins ; elle avait annoncé qu’elle distribuerait de nombreuses médailles aux personnes qui lui apporteraient des végétaux. Elle eut le bonheur de réussir; de tous les côtés, des plantes fleuries, des arbres et des arbustes rares et curieux, des fruits remarquables furent envoyés à Paris et garnirent les corbeilles qui leur étaient destinées; il en vint de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Allemagne, il en arriva même quelques-unes de nos colonies.
- Le souvenir de cette exposition, celui de l’heureuse disposition de son jardin sont restés présents à la mémoire de tous ceux qui aiment les plantes, et nous devons reconnaître à la Société Impériale et Centrale d’horticulture, à nos devanciers, la gloire d’avoir organisé la première exposition internationale d’horticulture à longue durée.
- Depuis cette époque, les expositions ouvertes dans les pays étrangers à la France ont aussi convié les horticulteurs des pays voisins : nous avons pu les visiter aux expositions de Bruxelles, en 1864, d’Amsterdam et d’Erfurt, en 1865, de Londres, en 1866: nous allons en dire quelques mots; mais ces fêtes internationales n’ont vécu que quelques jours; elles ne différaient des expositions organisées depuis longtemps dans tous les pays de l’Europe que par la présentation de végétaux ou de fruits provenant de l’étranger, innovation qu’ont rendue possible les nouveaux et rapides moyens de communication que la création des routes, des canaux, des ports maritimes, et surtout l’emploi de la vapeur sur les voies ferrées ou à bord des navires, ont mis à la disposition du commerce et de l’industrie.
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- En 1864, une exposition universelle d’horticulture s’ouvrit à Bruxelles, du 24 avril au 6 mai (12 jours). C’est aussi une compagnie d’horticulteurs, la Société de Flore, qui en prit l’initiative et qui conduisit à bien l’entreprise, mais, avec le concours du gouvernement belge, qui encourage l’horticulture et la considère comme l’une des branches de commerce les plus
- importantes du pays. Un vaste abri en planches (90ra X 27m, hauteur 10m), couvert en toile, établi précédemment sur la place du Trône, près du Palais ducal, à Bruxelles, pour une exposition des beaux-arts, avait été conservé pour l’exposition horticole; mais on ne s’attendait pas à recevoir une quantité de plantes aussi considérable que celle qui fut envoyée, et, malgré plusieurs annexes, on fut obligé de mettre au dehors les arbres fruitiers, des rhododendrons et arbustes fleuris. Une enceinte, séparée par une cloison et spécialement chauffée, fut destinée aux plantes de serre chaude, production pous laquelle la Belgique occupe avec l’Angleterre le premier rang parmi les nations européennes. Sans compter une grande quantité d’industriels qui avaient présenté beaucoup d’objets d’art et d’industrie se rattachant à la culture des jardins, l’exposition était formée par les apports de 130 exposants, dont 50 amateurs au moins, qui avaient apporté 380 lots de plantes presque toutes de grandes dimensions : 155 concours différents étaient ouverts par' le programme et ils furent presque tous remplis. Un horticulteur de Gand amena 33 wagons contenant plus de 400 fortes plantes ; un amateur d’Anvers, une dame, avait chargé 12 wagons avec 414 plantes provenant de ses serres ; le président de la Société horticole de Lacken exposa 536 espèces ou variétés déplantés; ces chiffres montrent quelles richesses florales on peut rencontrer en Belgique. Les étrangers étaient représentés à Bruxelles par de belles collections de plantes exotiques venues d’Angleterre ; par des rosiers et des arbres fruitiers formés, des légumes, des fruits imités, venant de Versailles:, de Bourg-la-Reine, d’Argenteuil et de Paris pour la France ; par quelques fruits présentés par la Prusse et produits par les
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- bords du Rhin ; les Pays-Bas, l’Autriche, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Suède, la Russie et même l’Égypte avaient quelques représentants parmi les personnes qui ont pris part à cette exposition.
- L’année suivante, en 1865, la ville d’Amsterdam, en Hollande, organisa une exposition internationale d’horticulture ; elle dura six jours, du 7 au 12 avril; on n'y compta pas moins de 840 lots répartis dans 171 concours. C’est dans une construction inaugurée en 1864 pour une exposition industrielle que les plantes furent déposées. Le Palais de l’Industrie d’Amsterdam est bâti d’une manière analogue à celui de Paris aux Champs-Elysées, dont il rappelle la disposition, mais il est moins large et moins élevé, et par conséquent il présente des avantages incontestables sur ce dernier, non-seulement pour le coup d’œil d’ensemble mais encore pour la santé des végétaux. Dans la grande nef centrale, le long d’allées sinueuses, on groupa les plantes les plus belles ou les mieux fleuries; des corbeilles alternaient avec des massifs d’arbustes à feuillage remarquable, de manière à former un ensemble harmonieux à l’œil. Des plantes de grande dimension sortant des serres d’Amsterdam, de Leyde, de Rotterdam, telles que des fougères, des cycadées, des conifères, encadraient la partie centrale du jardin et la séparaient entièrement des bas côtés ; dans ceux-ci on avait disposé des gradins pour le placement des jacinthes, des tulipes, des narcisses et autres plantes bulbeuses « qui ont valu à la Hollande une réputation si ancienne et si universelle. » Deux salles attenantes au palais réunissaient, l’une, les plantes de haute serre chaude, l’autre, des bouquets montés, ceux-ci en quantité si considérable (peut-être plus de 500) qu’au premier abord nous eûmes peine-à croire qu’on n’eût pas placé avec eux des fleurs artificielles ; c’étaient bien des bouquets pour parures de bal ou de mariage, pour ornements de table ou de salon, et qui avaient été envoyés des principales villes du pays, de Belgique, de Prusse et même de Paris. La galerie du premier étage du palais était remplie par les instruments d’art et
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- d’industrie horticole. Enfin, ies arbres fruitiers, les arbres ou -arbrisseaux de pleine terre avaient été rangés dans un terrain situé à l’une de ses extrémités.
- Les plantes auxquelles le climat de la Hollande est si favorable, soit en plein air comme les jacinthes, les crocus, les tulipes, les narcisses, les couronnes impériales, soit dans les .serres où l’humidité constante de l’air provient du peu d’élévation du territoire sillonné par de nombreux cours d’eau, comme les azalées et les camellias, formaient la partie la plus brillante •de l’exposition ; mais on y retrouvait en outre une grande quantité de.plantes envoyées parles Anglais, les Allemands et
- • surtout les Belges. La France y avait porté de magnifiques -rosiers et des arbres fruitiers formés. Il faut noter, pour l’exposition d’Amsterdam, comme le rapporte un de nos collègues qui fut Juré à cette exposition, que le côté « utile » fut médiocrement représenté : quelques fruits conservés seulement, mais fort peu de légumes ; la saison eût cependant permis de montrer les espèces de primeurs dont la consommation devient de
- • plus en plus habituelle dans nos cités.
- Cette même année 1865, au mois de septembre, la Prusse organisa une exposition universelle dans la ville d’Erfurt ; elle ne dura que quelques jours. Dans un vaste jardin on disposa un grand bâtiment pour abriter les produits exposés, et de longues galeries ou baraques vitrées pour les plantes de serre chaude ou de serre tempérée. Cette réunion fut une sorte de rendez-vous de l’horticulture germanique; cependant la Belgique, la Hollande, les départements du Nord et de l’Est de la France, Paris même, y avaient des représentants. Ici, le côté utile de l’horticulture, fruits et légumes, fut admirablement représenté; il faut y joindre de grandes quantités de fleurs coupées ou en pots, par exemple, plus de 400,000 reines-marguerites de nuances différentes; ces fleurs sont fort utilisées dans ce pays pour décorer les découpures plus ou moins régulières que l’on pratique dans les gazons . des parterres. Ajoutons-v des graminées et des guirlandes de fleurs dessé-
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- ehées et teintes dont le commerce est si considérable à Erfurt qu’en une seule année on en a exporté plus de 10,000 kilogrammes.
- La grande quantité de légumes montrée à cette fête horticole s’explique par l’industrie du pays ; autour d’Erfurt, à plusieurs lieues à la ronde, on rencontre la culture maraîchère en plein champ. Citons quelques chiffres : l’une des plaines voisines, entrecoupée de canaux, fournit par an 3 millions de paquets de cresson, 600,000 de céleri, 500,000 choux-fleurs, autant de choux-raves, 100,000 choux-pommes frisés, 12,000 kilogrammes d’asperges. Deux millions de fruits de concombre, 100,000 kilogrammes de choux-fleurs, 700,000 kilogrammes de graines de fleurs ou de légumes, expédiés dans une année (1862) par le chemin de fer, prouvent le développement de l’industrie horticole dans les environs d’une ville où l’on a pu, en 1863, compter 650,000 pots de giroflées quarantaines dans ses divers établissements, à part le nombre de plantes élevées en pleine terre. Quant aux fruits, l’Allemagne avait envoyé beaucoup de pommes de variétés inconnues chez nous, des houblons et des tabacs ; la Hongrie, des raisins de diverses couleurs ; la Belgique, des poires et des plantes de serre ; la France, des fruits et des arbres fruitiers formés, tels que nos habiles arboriculteurs savent si bien les disposer.
- L’année suivante, en 1866, l’Angleterre voulut montrer aux amateurs de jardins les merveilles de ses serres et de ses parterres et les comparer avec ceux du continent ; une exposition universelle fut donc annoncée : elle dura du 22 au 25 mai, c’est-à-dire quatre jours. C’est dans le jardin appartenant à la Société royale d’horticulture, à South-Kensington, que l’exhibition eut lieu. Une tente immense recouvrait un grand espace de terrain dans lequel fut tracé un jardin symétrique ; le sol du vaste parterre ainsi formé fut terrassé de manière que les plantes semblaient disposées sur les pentes d’une longue vallée, où les gazons formaient plusieurs étages ; on y vit de grandes quantités d’azalées érigées en pyramides, des pelar-
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- goniums, dont plusieurs atteignaient un mètre de diamètre, des rhododendrons variés, des fuchsia hauts de plusieurs mètres, des rosiers d’un ample développement. Des galeries chauffées reçurent les orchidées et toutes les plantes exotiques, la plupart nouvellement connues, que les botanistes anglais savent si bien se procurer en mettant à profit les instincts voyageurs de leurs compatriotes et les nombreuses relations qu’entretient leur commerce. Nous ne donnerons pas une énumération, qui serait fort incomplète, des richesses végétales accumulées à South-Kensington ; nous dirons seulement que le nombre des sujets admis à cette grande exposition fut d’environ 5,000 ; la Belgique et la Hollande y contribuèrent : la première, pour de nombreuses plantes de serre; la seconde, pour ses plantes bulbeuses et quelques conifères. La France y envoya, comme aux fêtes florales que nous avons déjà citées, des rosiers et des fruits, malgré la saison avancée. Un des côtés remarquables de cette exposition fut la présentation d’une grande quantité d’objets accessoires à l’horticulture, soit pour la pratique du jardinage, soit pour l’ornementation de ses produits ; tout ce que l’art peut imaginer en vases à bouquets et en pots à fleurs s’y trouva réuni : on avait mis en œuvre le cristal, la faïence, la porcelaine et les métaux divers. Il faut signaler, parmi les éléments de succès de cette exposition, un grand nombre de récompenses distribuées aux exposants, récompenses dont quelques-unes atteignaient la valeur de 25 livres sterling (625 francs), et l’empressement avec lequel la haute société anglaise avait contribué à l’organisation de l’exposition par des dons volontaires: plusieurs familles avaient donné jusqu’à 1,000 guinées (25,000 francs). Le programme ouvrait des prix pour une sommé de 2,453 livres sterling (61,325 francs). Cet argent était destiné à être réparti entre les personnes qui ont contribué à une exposition de quatre jours.
- On voit donc que si ces quatre expositions universelles n’ont eu qu’une très-courte durée, elles n’en ont pas moins eu pour but principal, et nous pouvons dire, pour résultat, d’entretenir
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- entre les horticulteurs des différents pays, comme les expositions industrielles entre les fabricants, cette émulation fructueuse qui les porte à améliorer ce qu’ils possèdent déjà et à chercher à obtenir ce qui leur fait défaut. L’Exposition de 1867 nous en a donné une preuve que confirmeront certainement les expositions à venir.
- CHAPITRE II.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
- Les organisateurs de l’Exposition Universelle de 1867 désirèrent que toutes les branches du travail humain fussent représentées dans le concours où ils appelaient les nations.
- Ils décidèrent qu’une partie du Champ de Mars serait réservée à des spécimens de la culture du sol, que les végétaux vivants y seraient présentés à l’étude ou à la curiosité des visiteurs. Connaissant les résultats qu’avait obtenus, en 1855, une Société dont les éléments constitutifs reposaient sur des hommes plutôt occupés d’intérêts scientifiques que de spéculations industrielles, la Commission Impériale de l’Exposition Universelle voulut consacrer une partie de ses immenses ressources à la représentation de l’horticulture; elle adopta le projet de la création d’un jardin, comme annexe des divisions du Champ de Mars où devaient être déposées les œuvres industrielles de toutes les nations. Elle affecta pour cette destination un terrain de 50,000 mètres de superficie (5 hectares); elle y fit construire des serres, des galeries nécessaires à l’abri des plantes, et des tentes, des kiosques, des grottes, des cascades, deux aquariums, spécimens de l’ornement des parcs et des jardins.
- Nous allons rendre compte des diverses circonstances qui se sont produites lors de l’exécution de ce projet et des difficultés auxquelles il a fallu parer pour conduire à bien l’exposition d’horticulture.
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- Le jardin devait être disposé de manière à répondre à une double intention, c’est-à-dire, à satisfaire la curiosité des visiteurs qui ne cherchent qu’un lieu de distraction, et, en même temps, à faciliter les études nécessaires à l’amateur instruit qui veut augmenter ses connaissances, comme au jeune homme qui veut apprendre pour contribuer plus tard à la production et à la richesse de son pays. La Commission Impériale chargea de l’exécution du jardin les ingénieurs distingués qui ont le plus contribué à l’embellissement de la ville de Paris et à la création de scs parcs publics. Un vaste triangle de terrain situé au sud-est du Champ de Mars et affecté à l’horticulture fut dessiné de la manière la plus gracieuse ; d’un emplacement nu et plat, on fit une sorte de vallée présentant aux regards les aspects les plus différents et les plus naturels ; une vaste pelouse, semée de massifs d’arbres ou d’arbrisseaux couvrit les côtés de cette vallée au fond de laquelle serpenta une rivière coupée de ponts élégants. Au milieu, sur un monticule formé par les terres provenant de l’excavation de la rivière et de ses petits lacs, s’éleva une vaste serre monumentale destinée aux grands végétaux exotiques. De chaque côté de la serre furent établis deux aquariums. L’un, alimenté par l’eau douce, forma une sorte de grotte autour de laquelle on établit des bacs, destinés aux diverses espèces de poissons que nourrissent nos fleuves et nos rivières; rien de joli comme ces bacs où l’art du constructeur avait ménagé, à l’aide de rocailles et de plantes aquatiques, des sortes de paysages sous-marins ; le dessus de la grotte servit de belvédère ; l’on y arrivait par des escaliers taillés dans le roc et le visiteur voyait, sous ses pas, sourdre des filets d’eau qui se précipitaient en cascade dans la grotte située au-dessous.IL’autre aquarium, consacré aux poissons de mer, dut être alimenté par de l’eau salée qu’on amena des côtes de Normandie et qu’une pompe mue par la vapeur faisait constamment remonter des parties inférieures du sol jusqu’au sommet de la construction, d’où elle retombait dans les bacs T. XII. 31
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- des poissons ; l’eau était ainsi constamment aérée -et pouvait être conservée assez pure pour suffire à l’existence des poissons de mer; cet aquarium se composait de deux grottes établies aux deux extrémités d’un monticule de rochers, au milieu desquels étaient plantés des arbres à feuillage toujours vert; entre ces deux grottes, on avait établi une sorte de chambre aquatique, .car toutes les parois latérales et le plafond même étaient garnis de glaces à travers lesquelles on voyait s’ébattre les raies, les squales, les crustacés, au milieu de toutes sortes de paysages formés par des rocs, des coraux, des coquillages, et plantés d’algues et de varechs ; pour accéder à cette pièce, dont la construction était formée de rocailles, de stalactites et de stalagmites, on était obligé de pénétrer d’abord dans l’une des grottes extérieures où l’on apercevait déjà les poissons renfermés entre les doubles glaces des côtés de la chambre centrale, puis descendant un escalier rustique, on arrivait à une sorte de caverne souterraine garnie de pétrifications ; des filets d’eau courante y suintaient à travers les roches ; en remontant un nouvel escalier pratiqué dans le tuf, on se trouvait au milieu de l’aquarium proprement dit : ce n’était pas sans un vif sentiment d’étonnement que l’on s’y voyait entouré d’eau de tous les côtés, comme nous venons de le dire; une disposition analogue, mais dont le dessin était différent, permettait de sortir de cette construction où les observateurs de la nature ont pu passer des heures si instructives.
- Tout autour de l’enclos du jardin furent construits les serres et les abris destinés aux plantes dues à d’autres climats que celui de Paris. Enfin les pelouses garnies de fins gazons furent ornées de quelques kiosques et pavillons d’agrément. Autour de ces pelouses on ménagea des corbeilles où vinrent successivement prendre place les végétaux utiles ou d’agrément formant la partie la plus considérable de l’Exposition ; quelques-uns de ces emplacements furent couverts de tentes élégantes destinées à protéger les plantes fleuries contre les ardeurs du soleil ou contre les pluies. Un vaste parallèle-
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- gramme, près de l’École militaire, fut entouré de murs en planches ou en maçonnerie et reçut une grande quantité d’arbres fruitiers taillés sous des formes diverses; sur les côtés d’une galerie ménagée dans le soubassement de la serre monumentale, on dressa des étagères pour les instruments usuels du jardinage.
- Dans ces divers emplacements furent installés les produits de l’horticulture ; il convient de dire à quelles conditions ils furent reçus et comment le Jury put décerner les récompenses dont il était chargé de faire l’attribution.
- C’est à des hommes habitués aux relations avec les horticulteurs, à des savants connaissant les végétaux et les condi-tions favorables ou nécessaires à leur conservation et à leur bon entretien, que la Commission Impériale confia l’examen des circonstances spéciales pouvant naître de la présentation au public de plantes vivantes; elle nomma une Commission consultative pour les expositions d’horticulture dont les travaux commencèrent quinze mois avant l’ouverture de l’Exposition; la majeure partie des séances hebdomadaires de cette Commission fut employée à la rédaction du programme qui a servi d’abord au classement des lots, à leur examen par le Jury, et à l’attribution des récompenses dans les concours spéciaux à chaque plante.
- Ce programme devait s’appliquer aux plantes que l’on pourrait apporter pendant la durée des sept plus beaux mois de l’année, à peu près pendant le temps de la vie active des végétaux ; presque toutes les plantes cultivées devaient avoir des présentateurs, et on pensa f[ue la majeure partie pourrait séjourner une quinzaine de jours à l’Exposition. Il: y eut donc lieu de déterminer quatorze époques différentes de concours ; chacune de ces périodes dut comprendre une exposition principale destinée à un genre de végétaux caractérisant l’époque choisie, ét des expositions accessoires où l’on recevrait-toutes les autres plantes de la saison ; les unes et les autres furent fixées aux époques où les plantes se présentent sous' leur as-
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- pect le plus favorable à l’examen, l’exposition principale étant indiquée au moment intermédiaire entre les jours où commence ordinairement leur éclat et ceux où il finit ; celle-ci fut d’ailleurs précédée et suivie d’une exposition accessoire comprenant la même espèce de végétaux ; car les jours de floraison d’une plante ne peuvent guère se fixer à l’avance comme les dates d’achèvement d’un objet industriel, les variations des saisons pouvant avancer ou reculer cette époque ; il fut convenu, sans néanmoins que la décision en fût insérée au programme , que les plantes seraient admises à toutes les quinzaines où on les présenterait, mais avec la réserve que l’on attribuerait les récompenses les plus élevées aux apports faits pendant les jours fixés au programme ; car les progrès de l’art des jardins n’exigent pas seulement qu’on produise de beaux végétaux, ils veulent encore qu’on les obtienne pour le moment où on peut en avoir besoin.
- Pour certaines plantes, la période de quinzaine s’est trouvée un peu longue ; au moment de l’apport à l’Exposition, lors de la visite du Jury, quelques-unes d’entre elles étaient à peine fleuries ; quinze jours plus tard, lors d’un nouvel examen, les fleurs étaient passées. Lorsqu’on fera de nouvelles expositions à longue durée, il faudra donc examiner les plantes chaque semaine ; l’expérience, qui seule doit être consultée pour l’organisation de toute entreprise, portera les juges à multiplier leurs visites. Nous inviterons aussi les organisateurs de ces solennités à étudier la question de présentation des fleurs coupées, du renouvellement des plantes, de l’entretien plus ou moins bien réussi des végétaux exposés et des circonstances d’éloignement du lieu de production dont l’effet est parfois trop visible sur l’état des plantes. En 1867, nous devons dire que la bonne volonté des horticulteurs a presque toujours été un palliatif contre les inconvénients qui ont pu se produire à cet égard.
- Il y avait encore à répondre à une question fort grave : celui qui apporterait une belle plante à l’Exposition devait-il être
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- regardé comme l’ayant fait venir à bien, dans ses cultures, ou pour parler le langage usuel en horticulture, le « présentateur » devait-il être assimilé à « l’obtenteur » ? La plante ne peut porter, comme une machine, la marque de fabrique ; dans beaucoup de circonstances ordinaires, il est cependant possible de savoir exactement si la plante exposée est bien le résultat des cultures de celui qui la présente ; une enquête est parfois facile, l’honorabilité connue des horticulteurs est presque toujours une garantie suffisante; mais, dans un concours universel, où des apports viennent de toutes les contrées du monde, pareille recherche était impossible. La Commission d’organisation, laissant d’ailleurs aux juges toute liberté d’appréciation, a décidé qu’on examinerait le produit présenté sans s’inquiéter si l’exposant l’avait obtenu lui-même.
- Les récompenses que l’on doit attribuer aux exposants ont toujours une grande influence sur les expositions horticoles, et de leur nombre et de leur valeur dépend souvent l’éclat de l’ensemble. Il était facile de penser que les jardiniers des environs de Paris seraient excités à envoyer leurs plantes à l’Exposition,par le désir de maintenir et d’accroître leur réputation commerciale. Pour les horticulteurs plus éloignés, l’attrait d’une publicité considérable devait compenser les frais et les chances de détérioration des plantes qu’occasionnait leur transport. Mais il est bon nombre d’hommes instruits, d’amateurs, qui cultivent les végétaux pour leur agrément ; afin d’engager ces amateurs à présenter au Champ de Mars les produits de leurs jardins et à supporter des frais de transport assez élevés, il. fallait non plus seulement l’attrait de quelques médailles honorifiques,mais encore l’excitation que font naître les sollicitations des hommes compétents et justes appréciateurs des mérites relatifs. Les membres de la Commission d’organisation ont dû à leurs efforts, à leurs voyages, à leurs appels individuels, de voir figurer à l’Exposition un nombre trop restreint sans doute, mais cependant encore assez notable, de produits obtenus par de riches amateurs que l’amour sincère et intelli—
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- gent des plantes a pu seul décider à montrer les beaux échantillons de leurs cultures.
- Les récompenses ne pouvaient être attribuées aux exposants, comme dans les expositions ordinaires ; à chaque quinzaine, on n'eût pu distribuer des médailles ; il en eût fallu un nombre bien considérable et il eût été impossible d’établir une sorte d’assimilation relative, ce que désirait la Commission impériale, entre les exposants de l’horticulture et ceux des autres branches de l’industrie. On décida que, à la fin de chaque quinzaine, les produits soumis à l’examen seraient classés, selon leur mérite, en quatre catégories sous les titres : 1er prix, 2e prix, 3e prix et mentions honorables de concours partiels; que ces prix et mentions seraient immédiatement rendus publics et affichés sur les lots qui en auraient été jugés dignes ; mais qu’ils ne seraient pas décernés après chaque concours ; qu’on les porterait au dossier de l’exposant comme des titres pour l’obtention de quelqu’une des grandes récompenses qui seraient distribuées à la fin de l’Exposition, le relevé des distinctions de quinzaine étant fait le 20 octobre 1867.
- Les exposants français étaient au nombre d’environ 400 ; nous disons environ, car nous n’avons pu inscrire les noms de quelques amateurs présentant des plantes dans l’intervalle des époques d’exarnen par le Jury et ne désirant point figurer sur la liste des récompenses. Les pays étrangers étaient représen-
- tés par 120 exposants, savoir :
- Belgique........................................ 48
- Prusse et Allemagne du Nord..................... 20
- Pays-Bas....................................... 12
- Suède........................................... 12
- Grande-Bretagne.................................. O
- Autriche......................................... 4
- Italie........................................... 3
- Danemark........................................ 2
- Portugal (îles Açores). ......................... 1
- Turquie.......................................... 1
- Australie........................................ 1
- Montevideo....................................... 1
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- Le nombre de lots de plantes présentés au Champ de Mars a été de 2,080, dont 312 venus de l’étranger. Beaucoup de ces lots comprenaient une centaine de plantes, d’autres une quantité égale et meme plus grande de légumes divers; quelques apports de fruits réunissaient plus de 500 variétés. En prenant pour moyenne du nombre des plantes contenues dans chaque lot le chiffre 50, chiffre basé sur le compte que nous a vons dressé pour beaucoup de collections, on peut évaluer à plus de 100,000 le nombre de sujets soumis à l’examen du public. La grande quantité d’arbustes qui garnissaient les massifs destinés à l’ornementation du jardin n’est pas comptée dans ce chiffre.
- Le nombre des lots se divise ainsi entre les nations concurrentes :
- France........................................ 1,764
- Belgique........................................ 217
- Grande-Bretagne.................................. 28
- Prusse et Allemagne du Nord...................... 25
- Pays-Bas......................................... 21
- Suède............................................. U
- Italie............................................ 6
- Autriche.......................................... 2
- Pays divers....................................... 7
- 2,080
- Dans ces chiffres ne sont pas compris les présentations d’objets d’arts ou d’industries se rapportant au jardinage; il y en avait presque de toutes les parties du monde , même de la Chine et du Japon, dont quelques spécimens de jardins étaient figurés dans les sections spéciales du parc. La France y comptait 220 exposants, la Grande-Bretagne 13, la Belgique 6, la Prusse 8, les Pays-Bas 8 , etc. ; la plupart de ces produits avaient d’ailleurs des objets similaires rangés dans les autres groupes de l’Exposition.
- Ces lots ont été divisés suivant les prescriptions du programme général : celui-ci ouvrait 1,072 concours différents; les deux tiers de ces concours ont été remplis. Outre les ins-
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- truments et outils servant à l’horticulture (classe 83), pour lesquels il n’y avait point d’indication de concours, les plantes étaient réparties en cinq classes différentes; deux comprenaient les végétaux servant principalement à l’embellissement des jardins: la classe 84, fleurs et plantes d'ornement, qui ne s’est occupée que des plantes venant en pleine terre et à l’air libre, sous le climat de Paris, et la classe 88, plantes deserre, qui a
- examiné les végétaux ne pouvant réussir qu’à l’aide de chauf-
- fage ou d’abri, les produits de la culture hâtée par les mêmes procédés, pour les arbres fruitiers par exemple. Deux autres classes réunissaient les plantes qui contribuent à l’alimentation, la partie la plus utile sans contredit de l’horticulture : c’étaient la classe 83, légumes et plantes potagères, qui s’est occupée en outre des fruits herbacés, fraises, melons, concombres, ainsi que les ananas, que l’on trouve dans les jardins ordinairement cultivés avec les légumes de saison ou de primeur; la classe 86, fruits et arbres fruitiers, qui ne s’est pas limitée à l’examen des fruits et des arbres présentés, mais qui a pu donner lieu à l’étude des progrès de la culture et de la taille des arbres à fruits dans notre siècle, progrès auxquels nous devons une grande augmentation de nos ressources alimentaires. Enfin la classe 87, graines et plantes d'essences forestières, comprenait des intérêts d’une valeur aussi importante que les
- deux classes précédentes : il s’agit des éléments préparés dans un jardin, dans une pépinière, non-seulement des arbres fruitiers, mais aussi des végétaux destinés à fournir des matériaux
- à nos demeures, à notre industrie.
- Les décisions rendues par le Jury du groupe IX ont été entourées de toutes les garanties qu’il était possible de trouver pour la sûreté de ses appréciations. Les progrès du jardinage ont fait produire, dans chaque espèce de plantes, une infinité <le variétés distinctes; des hommes spéciaux se sont livrés souvent à la culture unique d’un seul genre de végétaux et sont devenus très-habiles connaisseurs dans chacun d’eux. Les membres du Jury, n’avant point la prétention de connaître l'in-
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- EXPOSITIONS D'HORTICULTURE.
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- finie variété des plantes soumises à leur examen, ont fait venir des spécialistes, toutes les fois qu’ils l’ont pu, pour les consulter; c’est sur l’avis de ces hommes compétents que les récompenses ont été attribuées. Chaque quinzaine, on a désigné des jurés associés chargés de ces délicates fonctions ; plus de 150 horticulteurs non exposants ont été choisis à cet effet. En outre, par une innovation imprévue dans l’organisation générale de l’Exposition, les jugements de chaque Jury de classe ont été soumis à la révision de tous les membres des autres classes assemblés sous la direction du président du groupe ; ils ne sont devenus définitifs qu’après un vote spécial de cette réunion.
- Voici le répartition des récompenses obtenues :
- PAYS. GRANDS MÉDAILLES MÉDAILLES MÉDAILLES BRONZE. MENTIONS RABLES. TOTAL.
- France 3 38 97 124 115 377
- Belgique 1 3 12 17 12 45
- Prusse » » 3 16 6 23
- Grande-Bretagne -1 » 3 2 4 10
- Suède » •1 2 S 2 40
- Pays-Bas » •1 I 7 33 9
- Autriche 33 » 1 1 1 3
- Australie » „ I ,3 33 •1
- Bavière „ 33 -1 » 33 i
- Italie » » 1 3, » 1
- Turquie » » 33 -| 33 1
- Danemark 33 » 33 33 1 1
- Portugal (Iles Açores). 33 33 33 33 1 1
- Montevideo » » * * 1 1
- TOTAUX S 43 122 173 143 486
- En outre, un objet d’art (statuette dorée) a été joint, comme distinction spéciale, au grand prix obtenu par un exposant belge; d’autres objets d’art ont été remis à des exposants français, savoir : quatorze grandes coupes dorées avec autant de médailles d’or, treize coupes argentées avec des médailles
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- GROUPE IX.
- CRASSE
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- ou argent, et deux coupes en bronze; soit, en totalité, cinq cent seize récompenses. A aucune exposition florale, on n’avait encore distribué autant de récompenses; il n’y a point de commentaires à joindre à ce chiffre qui témoigne de la beauté des lots exposés.
- L’influence de l’exposition horticole de 1867 s’exercera longtemps, nous l'espérons, parmi les horticulteurs; ils y auront puisé d’excellents enseignements et appris à connaître bien des plantes utiles à propager. Qu'il nous soit permis de reproduire ici quelques lignes mises en tête du catalogue de l’Exposition.
- « Le jardinage proprement dit est le berceau de l’agriculture ; la plus grande et la plus utile de toutes les industries; c’est dans son sein que les premiers essais de culture furent faits, c’est encore l’horticulture qui, aujourd’hui, sert d’intermédiaire entre l’agriculture et le laboratoire ; les services qu’elle a rendus la placent au premier rang des arts utiles à l'homme.
- « Elle n’a jamais acclimaté les végétaux, comme beaucoup semblent le croire, mais elle a naturalisé et amélioré considérablement les races qui nous sont toujours arrivées à l’état brut, semblable à la roche de marbre arrivant à l’atelier du sculpteur; le jardinage les a dégrossies et polies, en a amélioré les espèces, de manière à les rendre indispensables aux besoins de l'homme.
- « Qu’étaient, en effet, tous les fruits que nous savourons aujourd’hui, quand l’Asie, l’Amérique et l’Afrique nous les envoyèrent? impropres à la nourriture de l’homme. Maintenant, après avoir été triturés, si on peut s’exprimer ainsi, par la main du jardinier, ils sont devenus sucrés, fondants.
- « Qu’étaient également les premières fleurs, dont nous admirons aujourd’hui les collections nombreuses et irrépro-
- »
- diables, sous le rapport de la forme gracieuse et des coloris innombrables ?
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- expositions d’horticulture. 491
- « Le dalhia, le camellia, la rose, cette reine des Heurs, ne nous sont-ils pas arrivés simples et incolores !
- « L’horticulture est parvenue, à force de soins et de patience, à transformer le type de chacun de ces genres de végétaux en des milliers de variétés aussi parfaites que possible.
- « Un tel art était donc digne d’être représenté à l’Exposition Universelle. »
- L’exposition horticole de 1867 a été très-brillante; peut-être en apparence, eût-elle eu encore plus d’éclat si elle n’avait duré que quelques jours pendant lesquels eussent afflué les productions de tous les pays ; mais sa continuation, pendant sept mois, a permis l’apport successif de plantes qu’il n’eût pas été possible de réunir dans une seule saison, leur examen et leur élude sont devenus faciles pour les amateurs.
- L’exposition horticole a dignement tenu sa place a côté des expositions de l’agriculture et de l’industrie ; désormais, les produits des jardins devront toujours figurer à côté des œuvres des arts libéraux ou des inventions des arts économiques. Puissent les récompenses décernées à la suite de cette solennité exciter l’émulation parmi ceux qui se livrent à la culture des jardins et-contribuer ainsi aux progrès de cet art si agréable et si utile.
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- SECTION II
- PARCS ET "MATÉRIEL DE L’HORTICULTURE
- Par M. J,
- DARCEL.
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- L’immense développement donné à l’Exposition Universelle de 1867 a permis pour la première fois, depuis que l’on fait de
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- telles réunions, d’adjoindre au palais proprement dit un vaste
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- jardin, qui a été divisé, entre les divers Etats, suivant le prolongement des rayons limitant les nations exposantes. Mais on ne
- peut malheureusement pas y reconnaître le cachet que chaque pays imprime à scs œuvres horticoles, attendu que presque tous, à l’exception de la Prusse, ont demandé que ces jardins
- fussent exécutés par les habiles ingénieurs qui ont prêté leur concours à la Commission Impériale et qui avaient arrêté l’ensemble des lignes principales du parc. Pour la majeure partie des États , malgré ses gazons, ses massifs , ses arbres transportés dans la plénitude de leur croissance, le parc qui a remplacé la surface poudreuse du Champ de Mars n’est pas un jardin, mais un village planté, formé de la réunion d’une foule d’édifices très-pittoresques et rappelant les types d’architecture adoptés dans les divers pays.
- La Prusse a disposé les constructions sur le périmètre de son jardin, ce qui lui a permis de former au centre un ensemble assez agréable,, où le .pittoresque se marie bien aux dispositions régulières des plates-bandes de formes géométriques. Le goût français pourrait reprocher peut-être à cette conception
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- un certain manque de relief dans les mouvements du sol et une disposition de massifs qui rompt l’unité et fait deux jardins au lieu d’un. Ces massifs sont d’ailleurs plantés avec un grand soin et se fondent avec le gazon de manière à éviter entre l’herbe et les arbres cette transition brusque que l’on voit trop généralement dans les parcs. La presque totalité des jardiniers ne peuvent que gagner à suivre dans les plantations l’exemple qui leur est offert. ' ' i '
- La France, dans la partie du parc réservée aux expositions horticoles, a relégué, également sur le pourtour, les diverses serres et constructions et fait un véritable jardin traversé par un ruisseau, dont les méandres sont alimentés par des cascades qui s’échappent de trois rochers. Ce jardin aux larges horizons, mouvementé suivant les formes gracieuse d’une vallée , a ses massifs et ses plantations formés des végétaux les plus rares envoyés par les exposants, tandis que sés serres et ses corbeilles voient leurs parures se renouveler chaque quinzaine au moyen des plantes et des fleurs importées de toutes les parties du monde. Mais ce parc, qui est un exemple parfait des mouvements du sol, dont les formes harmonieuses concourent, dans une large part, au charme des jardins que l’on fait actuellement en France, devait être peu planté de grands arbres afin de laisser le soleil arriver librement jusqu’aux nombreuses corbeilles que comportait sa destination spéciale : celle des expositions de fleurs. On ne peut donc pas lui demander de nous représenter le type de plantations plus touffues que l’on exécute généralement dans les promenades et les jardins de la France.
- Il résulte de cette abstention d’un certain nombre de nations et des nécessités auxquelles les architectes paysagers ont dû se plier, qu’il faut sortir du Champ de Mars pour connaître l’architecture des jardins des divers pays et suivre jusqu’à leurs créations les exposants qui n’ont pu envoyer que des plans.
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- § 1. — Parcs et jardins.
- Dans tous les siècles où la sécurité intérieure était assurée , les personnages puissants et éclairés ont créé des jardins qui ont varié de forme suivant les lieux et les habitudes, mais sans cependant sortir de certaines données générales qu’on rencontre presque partout.
- En Europe, ce n’est qu’à partir de la fin de la république romaine qu’on trouve l’indication de véritables jardins de plaisance. Les Grecs, en effet, quoiqu’ils aient connu les jardins des Assyriens, ne semblent avoir produit que des jardins réguliers, plutôt utiles qu’agréables, quelque chose d’analogue à un jardin de ferme et certainement moins important et moins fleuri que le potager d’un de nos châteaux. Quelques quinconces dans les villes, des bois sacrés autour des temples complètent tout ce que les historiens et les romanciers nous apprennent à ce sujet. A Rome, les fortunes immenses acquises par quelques grands personnages avaient permis la construction de jardins très-importants et qui semblent, par les descriptions qui en restent, devoir se rapprocher beaucoup des jardins de la renaissance et du temps de Louis XIV : dessins réguliers, arbres taillés suivant des formes bizarres, terrasses, eaux, portiques. L’architecture semble y avoir joué un rôle important, et l’isola Bella du lac Majeur, quoique de construction relativement récente, doit en donner une idée assez exacte. Florence, au xive siècle, avait déjà, en dehors de ses murs, des jardins rectangulaires, avec bassin au centre et allées recouvertes de berceaux se coupant à angle droit, alors que la société du reste de l’Europe- était encore enfermée dans ses donjons, auprès desquels quelques arbres languissaient dans des préaux resserrés. Seuls, de puissants souverains, comme les rois de France et les ducs de Bourgogne, avaient pu abriter des jardins derrière les murs de Paris et d’IIesdin. Dans ces jardins, de forme régulière et contenant des ménageries, les berceaux jouaient un grand rôle.
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- Au xvic siècle, le pouvoir souverain ayant généralement mis un terme aux guerres privées, les fortifications des châteaux eurent d’autant moins de raison de subsister qu’elles ne pouvaient résister au canon. On vit alors les châteaux se percer de portes et de fenêtres et les parterres s’étendre à l’entour, en conservant des formes régulières et en s’inspirant probablement des jardins italiens que les seigneurs avaient vus dans leurs guerres d’Italie. Ce style se développa pendant le xvf siècle dans les jardins à broderies, et acquit en France, sous Louis XIV, une telle perfection, que le nom de jardin à la française est devenu vulgaire, et que Lenôtre fut envoyé en Angleterre et auprès du Pape pour créer ou refaire les jardins de Rome. Mais ce style pompeux et classique, conservé dans quelques jardins dépendant de palais, est presque complètement abandonné et a fait place à un genre qui se répandit vers le milieu du xvuie siècle. Quoique connu généralement sous le nom de jardins anglais, ce style remonte probablement au xvie siècle, ainsi que le Tasse semble l’indiquer par sa description des jardins d’Armide. Dans tous les cas, les projets présentés à Louis XIV par Dufreny lui assignent une origine ancienne. Il est assez remarquable que cette révolution dans l’art des jardins ait eu pour promoteurs non pas des jardiniers, mais des écrivains, non-seulement en France, mais encore en Angleterre, où l’on doit signaler le poète Pope et le peintre Kent.
- La faveur de ces jardins, que l’on est actuellement convenu d’appeler paysagers, et que quelques personnes prétendent importés de Chine, est due, non-seulement à la mode, mais encore à ce qu’ils se prêtent, bien mieux que le jardin à la française, aux divers reliefs du sol, et n’exigent pas des étendues considérables pour produire une impression agréable. Un jardin à la française ne comporte pas, en effet, la moindre bosse dans les longs alignements de ses allées droites, à moins de se lancer dans des nivellements énormes; il ne peut donc être entrepris que dans des terrains, soit parfaitement plans, soit af-
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- fcctant line certaine concavité , comme la réunion d’un coteau à une plaine. La grande percée du tapis vert de Versailles, avec son horizon presque infini sans le moindre accident de terrain qui vienne masquer la vue, est l’exemple, peut-être le plus grandiose, de ce qu’exige un tel style. Le jardin de Ca-serte, près Naples, qui est également une œuvre bien réussie, montre encore mieux tous les travaux qu’il a fallu exécuter pour obtenir cette régularité indispensable dans les profils. La grande allée, terminée par une belle cascade tombant de la montagne qui limite l’horizon, a dû franchir, par des remblais et des ponts, une foule d’obstacles et de plis de terrain qu’elle trouve sur son passage.
- Le jardin paysager, au contraire, qui cherche à imiter une nature spéciale, formée d’un mélange de prés et de bois , se prête mieux à certains accidents du sol. Il exige souvent aussi de grands terrassements, car, pas plus que dans l’autre style, l’œil n’admet de profils tourmentés. L’harmonie des lignes conduit alors à niveler suivant une courbe concave, et sans jarrets, les diverses percées que l’on ménage entre les plantations. Mais ces terrassements sont plus limités, puisque l’architecte, qui n’est pas enfermé dans un dessin régulier, peut faire varier les courbes des allées suivant ses besoins, ménager les vues et les percées sur les endroits qui s’y prêtent le mieux, et masquer, par des plantations, les accidents de sol qu’il n’est plus forcé de faire disparaître.
- Ce genre, qui, depuis un siècle, est à peu près le seul usité en Europe, avait déjà doté l’Angleterre d’une partie de ses parcs publics, dont la verdure est si appréciée au milieu des villes, et l’Allemagne, des jardins de ses stations thermales, lorsque la France en était encore réduite, comme promenades, à quelques quinconces et anciens jardins royaux que la révolution avait rendus publics. 11 fallut une volonté souveraine, secondée par le goût éclairé d’un éminent magistrat, pour faire sortir la France de cette infériorité, et la transformation du bois de Boulogne fut comme une révélation dont le
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- succès décida la création d’une foule d’autres promenades dans Paris et dans les villes de la province. A l’exemple des municipalités, les riches propriétaires voulurent remettre à neuf leurs parcs; les particuliers entourèrent leurs maisons de jardins gracieux et de fleurs. Il en résulta une telle impulsion que la France a non-seulement fait disparaître rapidement l’arriéré, mais qu’elle a donné un développement jusqu’alors inusité aux constructions de serres, à la culture et à l’importation des plantes et des fleurs. Son goût spécial commence même à réagir sur les créations que nous voyons dans les pays voisins.
- Les parcs anglais empruntent généralement une grande partie de leurs charmes à la situation qu’ils occupent. Ils sont sobres d’ornements, le sol est peu travaillé. Quelques rares allées serpentent dans de grandes pelouses qui sont parsemées d’arbres séculaires, semblant être jetés au hasard, et qui sont surmontées de coteaux couverts de bruyères et de bois taillis au milieu desquels se promènent des daims. On ne voit pas où finit le parc qui se fond insensiblement avec le reste du domaine, et on ne sent la main de l’homme qu’aux abords de l’habitation, qui seuls sont ornés de serres et de fleurs. Les parcs publics sont traités, en général, à peu près dans le même style : ce qui force les promeneurs à se répandre.sur des gazons dont la rusticité, favorisée par un climat propice, ne les préserve pas toujours des dégradations de la foule. D’autres parcs spéciaux à l’horticulture sont, au contraire, de véritables bouquets de fleurs, enfermés dans des formes régulières, adoptées également dans la majeure partie des squares. Les jardins dépendant des maisons sont généralement plats; les allées, dont le tracé semble n’avoir eu d’autre guide que la fantaisie, sont de niveau avec un gazon cultivé avec le plus grand soin et parsemé de corbeilles de formes inusitées en France. Ces corbeilles sont garnies des fleurs les plus belles et les plus rares, tandis que les massife de pourtour sont plantés d’arbres à feuilles persistantes du plus grand prix.
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- Les jardins allemands ressemblent beaucoup à ce qu’étaient ceux des propriétés françaises avant le mouvement horticole auquel nous assistons. On a transformé, sans grands travaux, les vallons où se trouvent les stations thermales. Les parcs présentent surtout des pelouses ombragées de nombreux arbres, sans percées ni parties découvertes autres que d’assez vastes carrefours en face du Casino. Le baigneur y trouve de l’ombre; mais l’artiste désirerait des horizons plus étendus et des vues mieux ménagées. Les allées se heurtent souvent à leurs points de jonction, au lieu de se marier en une seule courbe, comme on le fait généralement en France. Les fleurs sont peu nombreuses.
- Le manque de sécurité s’oppose à ce que l’Espagne ait des maisons de campagne; il en résulte que les jardins y sont très-rares et se bornent à peu près aux parcs royaux créés dans les siècles passés. Ils affectent la forme régulière de la renaissance avec des charmilles très - touffues qui doivent être agréables sous un soleil brûlant, mais qui sont loin du grandiose des créations de Louis XIV.
- L’Italie a également peu d’influence sur le goût actuel ; ses parcs rappellent généralement le style de la renaissance et de Louis XIV. D’autres, modernisés, laissent des allées peu étudiées serpenter sous l’ombrage de magnifiques pins parasols. Quelques jardins, comme ceux de Monza, se rapprochent îles parcs pittoresques de France, d’Angleterre ou d’Allemagne.
- Le jardin paysager français était représenté déjà au siècle dernier par des parcs, tel que celui d’Ermenonville, où l’on avait tiré un neureux parti d’une position favorable ; ou bien tel que le petit Trianou, -où l’architecte avait suppléé par le talent aux inconvénients d’un sol trop plat. Au commencement de ce siècle, Thouin avait formulé des règles dont on s’écarte peu, et avait recommandé de mieux ménager les percées, en mariant le parc avec les pays environnants. Ses jardins étaient peut-être trop surchargés de fabriques et n’avaient pas assez
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- de fleurs. Ceux que l’on exécute actuellement se ressentent de l’impulsion qui leur a donné naissance et qui provient de la création des parcs publics de Paris, parcs qui sont trop connus pour que nous ayons besoin de les décrire longuement. L’Administration municipale de la Ville de Paris a transformé d’abord en parc paysager le bois de Boulogne, qui était encore, il y a quinze ans, une simple forêt dont les allées droites et sablonneuses n’étaient guère accessibles qu’aux cavaliers et à quelques personnes qui ne craignaient pas de braver la poussière et les mauvais chemins pour faire en voiture une promenade champêtre. Aux anciens chemins détournés qui conduisaient de Paris au bois de Boulogne, on a substitué deux larges avenues: l’une, bordée de vastes jardins, s’étend entre l’extrémité des Champs-Elysées et la porte Dauphine, tandis que l’autre part du pont de l’Alma et vient aboutir à la grille de la Muette. La forêt a été attaquée en même temps: en quelques années on y a creusé des lacs, fait des percées, créé des pelouses; on a transformé les routes et distribué l’eau avec une libéralité que rendait nécessaire la nature sablonneuse du sol. On y adjoignit en outre les prairies longeant la Seine, de manière à étendre cette promenade jusqu’au fleuve et à permettre d’y créer un champ de course de chevaux, où la société élégante de Paris se porte en foule lors des réunions du printemps et de l’automne. Peu après, la Ville de Paris exécutait une opération analogue au bois de Vincennes qu’elle décorait de lacs et d’allées, et qu’elle rapprochait de Paris par l’ouverture de nouveaux boulevards et par l’achat et la transformation de toute la plaine comprise entre les fortifications et l’ancienne forêt. Elle dotait ainsi les habitants de Paris de deux vastes promenades: l’une de 800 hectares, située à l’ouest, l’autre de 1,000 hectares, située à l’est de son enceinte fortifiée. Considérant ce résultat comme incomplet, elle poursuivait la création de deux autres parcs au nord et au sud de la capitale, beaucoup plus petits, il est vrai, mais compris dans l’enceinte de la ville. Celui des Buttes-Chaumont,
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- situé dans le quartier nord, présente, par ses reliefs très-accentués et ses roches à pic de 30 mètres d’élévation, un aspect pittoresque unique dans les environs de Paris. Le parc de Montsouris, qui formera la promenade du sud, et dominera la vallée de la Bièvre, est en cours d’exécution ; il présentera également des mouvements de sol très-accusés et une vue étendue. Le centre de Paris n’a pas été oublié : de larges boulevards plantés avec soin y ont répandu la verdure, tandis que la transformation des Champs-Elysées et la création de nombreux jardins ont donné des lieux de repos aux promeneurs et aux enfants qui ne peuvent gagner les promenades plus éloignées. Parmi ces derniers, on peut citer les squares de l’Observatoire, du Temple, Laborde, Montholon, de Montrouge, des Batignoles et surtout le parc de Monceaux, qui, situé au milieu d’un quartier élégant, est, au point de vue de son entretien et du choix des plantes qui en font l’ornement, la perle des jardins de Paris. En même temps que l’Administration municipale développait ses promenades, elle poursuivait une marche parallèle dans la production des fleurs : son vaste établissement horticole qui, annuellement, ne fournit pas moins de 1,900,000 plantes et dont un de nos collègues du Groupe IX parlera plus au long, a donné une impulsion très-remarquable à la culture des fleurs et à la vulgarisation d’une foule de plantes qui n’étaient, il y a quelques armées, que des sujets de collection et qui forment actuellement un des principaux ornements de nos jardins.
- L’immense renommée des parcs de la Ville de Paris a peut-être entraîné les particuliers à une imitation trop servile dans la création de leurs jardins qui doivent répondre, cependant, à des nécessités différentes. Le jardin privé est en effet destiné aux quelques habitants d’un château, tandis qu’un parc public doit suffire à un grand nombre de promeneurs, posséder aussi de nombreuses et larges allées, être décoré avec le même soin dans toutes ses parties. Il résulte de cette imitation qu’au lieu du système des grands parcs anglais et français du dernier
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- siècle, qui, un peu modifié, semble amener une gradation rationnelle entre l’habitation et la campagne, le jardin paysager français se distingue actuellement par son modelé et par les nombreuses corbeilles de fleurs qu’il montre dans toutes ses parties. Les terrassements très-travaillés forment de petits vallons entre les massifs relevés de manière à donner du mouvement à l’ensemble; les arbres isolés, les plantes ornementales, les corbeilles de fleurs couronnent de petits monticules se reliant gracieusement avec les prairies, et sont disposés de manière à laisser les horizons les plus vastes que comporte le pays. Des masses de fleurs souvent renouvelées et d’un vif coloris dessinent les contours des massifs d’arbres d’essences choisies de manière à produire des oppositions de nuances, tandis que des plantes au feuillage ornemental forment des groupes près des allées dans les endroits le plus en vue. Le goût des nations semble ainsi rester le môme dans les appartements et dans les jardins; en France, ce sont les petits détails qui dominent, tout est meublé et fleuri ; aucune place ne reste vide ; l’effet est produit par la multiplicité des ornements, sans avoir recours à ces meubles vastes et solides ou à ces plantes de développement extraordinaire, dont le privilège reste à l’Angleterre et à la Belgique.
- La création de semblables jardins exige avant tout du goût, puis une étude approfondie et des connaissances variées qui ne font que commencer à pénétrer chez les architectes paysagers. Le sol doit être parfaitement étudié ; des plans et des nivellements exacts sont indispensables pour guider l’architecte dans la conception de son œuvre, qui doit s’adapter autant que possible aux mouvements du sol.
- Lorsqu’il s’agit de propriétés particulières, si elles sont petites, les allées doivent être relativement nombreuses et tromper le promeneur par leur étendue; si le parc est plus grand, les allées doivent être proportionnellement moins multipliées et être dissimulées, si on le peut, dans les massifs plantés, en conservant cependant des échappées sur les parties
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- ouvertes; on y gagne (le l’ombrage, un aspect plus naturel, un certain grandiose que donne l’absence de toute allée venant couper les pelouses. Dans les parcs publics étendus, il y a certains mouvements de circulation qu’on est forcé de ménager et qui indiquent la position des allées, commandés d’un autre côté par les ruisseaux qui suivent les vallées et par les pièces d’eau occupant les parties basses. Quelle que soit l’étendue, il faut donc commencer par tracer les principaux points de vue, les pièces d’eau, les ruisseaux, puis manier et remanier les lignes principales et les massifs jusqu’à ce que l’on arrive, sans trop grands mouvements de terrain, à équilibrer les déblais et les remblais, à bien dégager les vues qui doivent former autant de vallons aboutissant, comme dans la nature, aux pièces d’eau ou rivières, vallons traités en pelouses, encadrés entre des massifs qui enveloppent et masquent la bifurcation des allées. En outre de cela, il faut donner un écoule-ment facile aux eaux des chemins, tracer ces derniers suivant des contours agréables, ce qui ne peut être obtenu qu’en leur faisant épouser les grands mouvements du sol, sans que le champ de visée permette d’apercevoir plusieurs sinuosités ou des changements de rampes en contre-pentes.
- Une fois cette étude bien arrêtée sur les plans et profils, l’exécution des terrassements n’est plus qu’un travail régulier dont toutes les parties viennent se souder naturellement, sans laisser de chance aux fausses manœuvres, qui ne sont que trop fréquentes lorsqu’on a négligé toutes ces recherches préparatoires. Après les mouvements de terre, il reste à faire les semis et les plantations; si le sol n’est pas assez garni d’arbres âgés, il faut les apporter (1); on choisit à cet effet des sujets robustes parmi les essences qui offrent quelques chances de reprise, et qui sont : dans les résineux, les diverses variétés de cèdres; dans les arbres à feuilles caduques, les espèces à bois
- (l) Les transplantations d’arbres avec leurs mottes ne sont pas nouvelles, et remontent à une haute antiquité. On en trouve des exemples dans des bas-reliefs égyptiens, exécutés ii y a 3,300 ans. Les engins seuls ont changé.
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- blanc dont la production rapide du chevelu assure la végétation. On fait autour de leur base une fosse circulaire, de manière à former une motte aussi grosse que possible, en ménageant avec soin les racines et le chevelu qui s’étendent en dehors de cette motte, limitée nécessairement par la largeur du chariot à transplanter dont on dispose. On bassine les racines ; on les ramène avec précaution autour de la terre adhérant au pied ; on entoure le tout de brindilles de bois et de planches cerclées avec soin, puis on bisse l’arbre sur le chariot et on le transporte au lieu de plantation. Là, dans la fosse ouverte pour recevoir le pied de l’arbre, on étend avec soin les racines, après les avoir développées et rafraîchies à la serpette, puis on remplit de bonne terre, déposée par couches successives et tassées avec précaution, tout l’espace annulaire compris entre les berges du trou et les parois de la motte. Des bassinages assidus, des abris pour le tronc et les principales branches sont ensuite indispensables, pendant plusieurs années, pour assurer la reprise et la production des nouvelles racines nécessaires au développement de l’arbre. Pour un bon entretien, il faut en outre, dans presque tous les climats de la France,- disposer d’eau à grande pression, la faire circuler sous le sol dans des tuyaux de manière à pouvoir arroser les fleurs, les gazons, les arbres rares, que l’on a disséminés sur les pelouses.
- Les jardins représentés dans l’énorme quantité de photographies, envoyées de toutes les parties du monde à l’Exposition, nous entraînent nécessairement en dehors des limites de l’Europe. Ces photographies permettent, en s’aidant des descriptions publiées et de quelques indications verbales de voyageurs, de suppléer, en partie, à la difficulté d’apprécier des jardins que l’on n’a pas visités.
- Lorsque les Espagnols firent la conquête de l’Amérique, ils trouvèrent une civilisation florissante et des jardins qui excitèrent leur étonnement. Les conquérants, ennemis de la verdure, au nouveau monde comme en Espagne, ont détruit les plantations; en sorte qu’il ne reste pas de vestige des créations
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- des Toltèques, des Astèqucs et des Incas; on est donc réduit à reproduire presque textuellement les impressions des historiens de la conquête espagnole. Au Mexique, les lacs qui entourent la capitale étaient sillonnés dechinampas ou jardins flottants, formés d’un radeau de roseaux recouverts de la vase
- prise au fond du lac. Une brillante végétation se développait
- sur ce terrain riche et humide, et l’on voyait des plantes, des (leurs et jusqu’à des arbres glisser ainsi sur les eaux dont la surface reflétait les parcs des palais de Tezcuco et de Mexico.
- Le palais de Tezcuco communiquait par un labyrinthe d’arbres odoriférants au jardin formé de bosquets de fleurs, de cèdres et de cyprès, et décoré de volières remplies d’oiseaux rares, de bassins poissonneux et de fontaines jaillissantes, tandis que des oiseaux en or semblaient se promener en liberté.
- La résidence voisine de Tezcotzinco occupait une montagne conique disposée en terrasses où l’on montait au moyen de 520 marches taillées en grande partie dans le roc. Le sommet
- était occupé par un réservoir en pierre sculptée, au milieu duquel sortait un rocher ; ce réservoir était alimenté par un aqueduc qui franchissait les vallées sur de hautes murailles; trois autres bassins étagés étaient ornés de statues. L’eau, distribuée par de nombreux canaux, formait des cascades et alimentait desj bains creusés dans des grottes ; des portiques ornaient ce jardin, à la base duquel se développait la villa royale ombragée de magnifiques cèdres.
- Il est très-probable que, malgré l’expression de labyrinthes, ces jardins affectaient des formes régulières; sans cela les historiens n’auraient pas oublié de signaler un fait si contraire aux habitudes de la renaissance. D’ailleurs, les bordures des
- bassins en pierres sculptées, les allées dallées s’accorderaient peu avec les formes d’un jardin paysager, et, enfin, sur les mêmes lacs, à Mexico, les historiens indiquent nettement cette régularité qui semble avoir été commune à presque tous les peuples dans la conception de leurs jardins. Celui d’Iztapatlan
- était divisé en carrés réguliers par des allées bordées de treil-
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- lages dans lesquels s’enlaçaient des plantes grimpantes et des arbustes aromatiques; des arbres à fruits, des fleurs importées de tous les points du royaume meublaient ce jardin orné de portiques et sillonné d’aqueducs et de canaux, dont un portait bateau et était en communication avec le lac de Tez-cuco; on y voyait un bassin en pierre de 1,600 pas de circonférence. Dans son jardin de Mexico, Montezuma avait proscrit les fruits comme indignes d’un jardin d’agrément. Cette promenade était arrosée par des eaux fraîches et jaillissantes venant, au moyen de tuyaux, du mont Chapoltepec, où étaient d’autres jardins ; de nombreux poissons nageaient dans des bassins d’eau douce et d’eau salée, des ménageries, des volières en bambou donnaient asile à une telle quantité d’oiseaux et de bêtes que trois cents personnes étaient occupées à ce service.
- Le manque d’eau et une altitude très-élevée qui rendent la culture difficile sur quelques points du Pérou où les Incas avaient des résidences, ont fait croire que leurs jardins étaient complètement artificiels, qu’arbrcs, fleurs, troupeaux de lamas et leurs bergers, tout était en or. Il est probable qu’il y a exagération de la part des historiens, et que la partie factice n’était que l’exception comme les animaux des jardins de Tezcuco, et comme les statues peintes de jardiniers et bergers de nos jardins du siècle dernier.
- Le Canada a, dans son exposition, des photographies de cottages analogues à ceux d’Angleterre. New-York exécute un vaste parc public. Le Brésil a envoyé la photographie du château de Juiz de Fora. Cette habitation, située sur line croupe boisée, domine une vallée occupée par des cultures ; le jardin descend dans un vallon secondaire qui contient une pièce d’eau rectangulaire entourée d’allées ombragées par des plantes et des arbres des tropiques ; des îles sont plantées de papirus grands comme des arbres ; une allée, partant de la pièce d’eau et bordée de palmiers, se continue en droite ligne au fond du vallon, tandis que des chemins de moindre im-
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- portance se développent à flanc de coteau de manière à réunir l’habitation aux parties basses du parc, qui semble affecter principalement des formes régulières. D’autres photographies montrent des jardins qui affectent également des formes géométriques, mais qui sont situés dans des positions moins pittoresques ; ils rappellent les compartiments des jardins à la française.
- En Asie, les historiens grecs nous apprennent que ces fameuses constructions de Babylone, moitié palais, moitié jardins en terrasse, arrosés artificiellement au moyen de machines, avaient été élevées pour échapper aux lourdes chaleurs de la vallée et atteindre un air plus pur, en imitation des paradis ou jardins de la Médie. Ces derniers étaient probablement analogues à ceux du Mexique et semblent s’être perpétués depuis Sémiramis jusqu’à nos jours. Le jardin royal d’Ispahan est formé de douze terrasses, soutenues par des murs en pierres de 2 à 3 mètres d’élévation, chaque terrasse a son allée, et de quatre en quatre terrasses un large canal s’étend sur toute la longueur de ce jardin qui est d’environ un millier de mètres. Ces canaux sont ornés d’eau jaillissante et forment des cascades en se déversant de l’un dans l’autre. Toutes les terrasses sont réunies par des escaliers et par trois allées droites et à pentes régulières qui franchissent les canaux au moyen de ponts en briques.
- Le Cachemire nous montre, comme le Mexique, ses jardins flottants. Les Indes ont également des jardins réguliers; les allées parfaitement nivelées sont revêtues de dalles et bordées de balustrades à jour entourant des massifs qui sont plantés, soit d’une manière diffuse, soit suivant des dessins accusés par des arabesques en marbre. De toutes parts on voit des pièces d’eau et d’innombrables jets d’eau. Lorsqu’on regarde la belle collection des photographies des Indes exposées par l’Angleterre, si l’architecture ne rappelait pas que l’on est à Delhi, à Shalimar, à Lucknow, Amristur, Secundra, Rajpoo-tana bu Agra, on croirait examiner les jardins de Versailles ou
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- d’une villa de la renaissance, dont le pied baigne dans des pièces d’eau et où une multitude de fdets d’eau forment, en jaillissant, un brouillard qui tempère l’ardeur d’un soleil brûlant. Seules, quelques résidences anglaises, entourées de jardins paysagers, viennent faire diversion aux habitudes du pays. On trouve également à Siam et dans les ruines des immenses cités détruites du Cambodge les mêmes dispositions de compartiments plantés et divisés d’une manière régulière par des allées droites et bordées de balustrades. Les maures avaient importé le même style de jardin en Sicile et en Espagne ; on en voit un reste au Généralif de Grenade. A Cor-doue, les califes, ne se contentant pas des eaux, avaient, dans leurs palais, des cascades de vif-argent.
- L’Égypte, conquise- sur le désert par les alluvions du Nil, n’a pu avoir de jardins naturellement étagers, et aucun document ne semble indiquer que ses habitants en aient construit d’analogues à ceux de Babvlone. Les jardins anciens de ce pays étaient réguliers ; des allées de ceinture étaient ombragées de palmiers, tandis que des allées transversales et recouvertes de treilles se coupaient .à angle droit en formant des compartiments occupés par des arbres, des fleurs et. quatre pièces d’eau. De nos jours le jardin de Choubrah, promenade du Caire, présente encore le système des jardins de l’Orient.
- De tous les peuples existant actuellement, les Chinois forment certainement celui dont la civilisation est la plus ancienne. Leurs documents historiques remontent à plusieurs milliers d’années, et leurs œuvres littéraires doivent être encore beaucoup plus anciennes, puisque la langue chinoise est la seule qui ait été fixée, lorsqu’elle était encore à l’état monosyllabique. On doit donc s’attendre à y trouver l’indication de jardins exécutés dans la plus haute antiquité. Les annales chinoises nous apprennent, en effet, que l’empereur Yu avait planté des vergers, il y a plus de 4,000 ans ; que les jardins ont pris sous ses successeurs une importance considérable et ont atteint souvent des. dimensions qui ont soulevé les plus
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- vives réclamations ; ainsi, le parc de l’empereur Wou-ti avait 50 lieues de circonférence et était cultivé par 30,000 esclaves. Il est permis de supposer que des étendues aussi considérables devaient contenir, en outre des jardins proprement dits, des forêts pour la chasse ; mais, depuis la dynastie des Mings, les empereurs seuls ont des parcs, les particuliers ne peuvent posséder que des jardins. Ce vaste pays est encore trop peu connu, sa littérature a été trop peu étudiée et les descriptions de ses écrivains sont d’ailleurs trop hyperboliques pour que l’on puisse déjà dire quelque chose de bien positif sur le style de ses jardins primitifs. On peut cependant affirmer que la culture des arbres et des fleurs remonte à la plus haute antiquité, et que les jardins irréguliers doivent exister depuis longtemps en Chine, puisque le palais d’été, construit au xvnc siècle, affecte cette ordonnance, et que la description que le mandarin Seema-Kouang donne, au xic siècle, de son jardin, le rattache également à cette forme. Néanmoins, il n’y a pas à douter que les anciennes productions fussent régulières; ainsi les deux parcs qui entourent les très-vieux temples du Ciel et de l’Agriculture, à Pékin, sont réguliers. Voici la description qu’en donne M. Treves : « Ce sont de grandes allées droites, « dallées en pierres, bordées de chaque côté de balcons de « marbre et entourées de futaies magnifiques d’arbres deux « fois séculaires. Ces arbres sont disposés en vastes carrés « coupés régulièrement par des avenues, qui sont toutes de « même largeur et aménagées sur le même modèle, etc. » Le parc impérial, près Pékin, a environ quarante kilomètres de circonférence et contient trente-six palais suivant M. Pous-sielgue, deux cents d’après le P. Attirel. L’un deux est une imitation de Trianon, avec des cascades et des jets d’eau construits par les jésuites français. Au lieu de grandes vues d’ensemble, ce parc présente plutôt la réunion d’une foule de jardins différents et sans liaison entre eux. Des sentiers tortueux et pavés de petits cailloux serpentent au milieu d’une foule de petits monticules artificiels, dont quelques-uns at-
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- teignent 10 à 15 mètres d’élévation. Ces monticules coniques sont surmontés de quelques plantations et de rochers apportés d’une grande distance ; ils semblent avoir été disposés sans autre préoccupation que de masquer les horizons et de former. de chaque vallon, une retraite mystérieuse. Ces vallons sont occupés par des prairies, des pièces d’eau, des rivières et une multitude de pagodes. On trouve dans ce parc toutes sortes de cultures, des hameaux de paysans, des populations marchandes. A heure fixe, ces habitants deviennent des acteurs, les uns sont matelots, commis, marchands; d’autres, laboureurs ou pêcheurs, de manière à mettre sous les yeux de l’empereur l’image de la vie réelle de la Chine. Comme on le voit, c’est en grand la fantaisie du hameau de Marie-Antoinette, dans le petit Trianon. D’après le P. Attiret, si, au lieu de suivre les sentiers où des vues variées se succèdent d’une manière continue, on se rend dans une île occupant le centre d’une pièce d’eau, on peut admirer le panorama entier du parc: les lacs, les rivières, les palais, les pagodes échelonnées sur les montagnes couvertes de rochers et d’arbres à fleurs se présentent à la fois à vos yeux. Cette idée d’ensemble, si contraire aux coutumes chinoises, a disparu si elle existait du temps de Louis XÏV autre part que dans l’imagination du P. Attiret. En effet, d’après ce qui nous a été dit, le plus grand lac n’a à peu près qu’un kilomètre de long; il est donc difficile que ses rives puissent former le panorama d’un parc de 40 kilomètres de circonférence. Les photographies de l’Exposition ne permettent pas de se faire une idée d’ensemble de cette résidence : la vue de la grande tour semble représenter, au second plan, des champs en culture et parsemés de quelques bouquets d’arbres plutôt qu’un parc. Quoi qu’il1 en soit, le jardin d’été, créé dans une plaine autrefois aride, , a exigé, avec ses eaux et ses mamelons, un travail d’autant plus énorme que la transformation ne se borne pas au parc proprement dit, mais qu’elle s’est étendue jusqu’à 40 kilomètres au nord-ouest de Pékin.
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- Les jardins des riches marchands de Canton présentent à leur entrée, d’après MM. Fortune et Lavollée, une longue et étroite allée, pavée avec des dalles et bordée de pots de fleurs et d’arbustes ; derrière chaque rangée de fleurs est une balustrade, en briques, à jour et d’un gracieux travail, au travers de laquelle on voit des arbres nains, des lacs remplis de nénuphars. Ça et là apparaissent d’élégants pavillons, des rochers, des ponts en zigzags. Des portes encadrent les principaux points de vue. Dans ces jardins, entretenus avec le plus grand soin, il n’y a ni larges allées, ni perspective, mais une infinité de petits détails, de petits accidents entassés les uns sur les autres, le tout resserré dans un espace très-limité. En un mot, ces jardins présentent la matière d’un immense pare, réduite aux dimensions les plus simples.
- Au Japon, les quelques jardins que l’on a pu visiter sont très-petits, mais charmants et tenus avec le plus grand soin, au milieu d’un des plus beaux pays du monde. Ces jardins sont de véritables tableaux faits pour les yeux et non pour la promenade. Sur des gazons fins et verdoyants sont jetés des arbres à feuilles persistantes qui font ressortir le coloris des fleurs et des allées sablées en nuances diverses ; çà et là, des pierres de formes étranges permettent au jardinier de poser le pied de manière à soigner son jardin sans en troubler l’harmonie.
- Il est peu probable que les sauvages de l’Océanie aient eu des jardins proprement dits. Les maisons de campagne actuelles des possessions anglaises rappellent la mère patrie, comme constructions et comme jardins.
- Cette longue revue de l’art des jardins, dans les principales parties du monde, tend à prouver que, dans cette branche de créations comme dans d’autres, l’esprit humain suit, quel que soit le pays, une certaine évolution régulière dépendant de l’état de la civilisation. On a reconnu dans la poésie épique que les peuples commençaient tous par les cantilènes avant d’arriver à l’épopée simple, ou chansons de gestes suivant
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- l’expression française ; que de celles-ci ils passent aux poèmes d’aventures et enfin aux contes bleus ou romans, dans lesquels la poésie fait place à la prose. L’Exposition nous montre que, à l’époque où les glaciers recouvraient le nord de l’Europe jusqu’aux plaines de la Prusse, la Suisse, les vallées de la Lombardie et du Jura, les versants des Pyrénées, des Vosges et des montagnes du centre de la France, les armes dont se servaient nos ancêtres pour chasser, sous un climat sibérien, l’ours, le renne et les autres animaux que l’on ne rencontre plus que tout à fait au nord de l’Europe, étaient les mêmes que celles évidemment postérieures de la Suède, de la Nor-wége et des cités lacustes de la Suisse, et que celles dont les sauvages font usage encore actuellement. Dans les jardins, nous trouvons également que les mêmes solutions répondent partout aux mêmes besoins, lorsque les conditions locales le permettent : ainsi les jardins flottants existent en Chine, au Cachemire et en Amérique; et nous avons vu partout les jardins proprement dits débuter par un enclos dans lequel on abritait la culture des fruits et des légumes. Une exposition convenable et la nécessité d’arrosements faciles ont fait choisir de préférence le versant d’un coteau près d’une source ou d’un ruisseau. Puis, le rangement des diverses espèces de plantes et d’arbres a conduit nécessairement à former des compartiments pour lesquels la ligne droite s’est présentée naturellement. Dans les sociétés pauvres ou démocratiques, ces jardins sont restés à peu près les mêmes ; mais, dans les pays despotiques où les souverains disposaient de grandes richesses, ou bien à Rome où des fortunes énormes s’étaient créées, ces simples vergers ne pouvaient suffire; une culture plus soignée, des plantes plus rares, les décorations de l’architecture, l’emploi ornemental de l’eau vinrent embellir ces enclos. On construisit des terrasses, on dalla les allées pour éviter le ravinement des eaux, et l’on créa ainsi les jardins étagers où les eaux jouaient un rôle d’autant plus important que la civilisation s’est développée d’abord dans les pays chauds. Lorsque le
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- commerce donna une grande importance à certaines villes situées dans des plaines, les souverains durent y établir leurs palais dont les jardins continuèrent à être conçus d’après le même système régulier. Seulement, sauf de rares exceptions, on dut subordonner le tracé aux reliefs moins accentués des lieux et élever les eaux ou les amener artificiellement. On obtint ainsi des jardins analogues à ceux dits à la française.
- Mais ces créations monumentales, digne accompagnement des palais, lorsqu’elles ont de grandes proportions, semblent au contraire mesquines lorsqu’elles sont restreintes aux jardins exigus d’une société où les richesses et les fortunes se sont répandues dans les masses. D’un autre côté, les classes aisées finissent par éprouver une certaine fatigue de la vie des villes et de la vue continuelle des styles pompeux, elles sont alors poussées vers la campagne et cherchent à s’entourer sinon d’une nature toute nue, du moins d’une nature moins aride et plus capricieuse que celle des jardins réguliers.
- 11 n’est pas étonnant que les Chinois, qui ont depuis longtemps une constitution assez démocratique, aient précédé les autres peuples dans cette voie, et cherché, ainsi que le dit le poète Lieou-Tchéou, des jardins qui soient une image vivante et animée de tout ce que l’on trouve dans la campagne. En Europe, les mêmes goûts accusés par les peintres et les poètes depuis la seconde moitié du xvie siècle, ne se sont manifestés dans les œuvres horticoles que plus de cent ans après, et le jardin paysager, soit qu’il se soit développé spontanément, soit qu’une semence importée de Chine ait trouvé un sol parfaitement préparé pour sa germination, a transformé complètement, trop complètement peut-être, les dispositions anciennes. Nous voyons ce style régner actuellement en maître et suivre daus tous les pays les colonisateurs européens.
- Quelles que soient les modifications que la marche des idées doive apporter à nos jardins actuels, nous devons reconnaître qu’ils sont de beaucoup supérieurs à ceux des siècles précédents, moins peut-être par le dessin, que par l’immense
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- variété de plantes dont nous disposons, grâce aux cultures forcées et à la facilité des communications entre toutes les parties du monde. Nous voyons dans nos parcs une variété d’essences d’arbres dont les souverains anciens, même les plus puissants, ne pouvaient avoir une idée, et les fleurs de tous les climats s’y épanouir depuis le printemps jusqu’à l’hiver.
- Les accessoires des jardins, en dehors de la culture proprement dite, occupent une large part à l’Exposition Universelle. Ce sont les serres et leurs abris, les appareils de chauffage, les ponts, les sièges, les rochers, et les divers outils employés par les jardiniers.
- $2. — Serres.
- On reconnaît dans la construction des serres un progrès continu, mais trop lent. Personne ne semble encore avoir abordé de front, en partant des lois de la résistance des matériaux, et de celles de la réflexion et de la réfraction de la lumière, la recherche des formes à donner aux serres, pour les mettre en rapport avec les exigences de la culture des diverses familles de plantes qui doivent y être, ou produites, ou élevées. Dans les constructions exposées, et qui sont en fer, on retrouve toujours la même forme d’arc brisé des serres belges, et le même pavillon, formant salon d’hiver, une recherche rarement heureuse dans les ornements qui accusent les portes d’entrée. On reconnaît également des procédés de construction arriérés qui, quoique' très-coûteux, offrent peu de garantie de résistance. Aussi, voit-on lé prix des serres varier de 100 à 120 francs les 100 kilogrammes, lorsque les charpentes et les ponts sont exécutés à raison de 40 à 60 francs. Cette différence de prix ne semble pas justifiée suffisamment par les faibles échantillons des fers mis en œuvre. Mais, par contre, l’attention des constructeurs à été appelée sur les inconvénients graves auxquels donnent lieu,
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- en tombant, les gouttes d’eau, produites»par la:Condensatiop.de la- buée sur les vitres et les fers. Cette.-pluie est /un.obstacle aux importations incessantes de plantes à feuillage* délicat, et'à la coutume de réunir les serres aux habitations, de.manière à concourir à l’ornementation générale, au lieu d’en taire une fabrique de fleurs, oùles jardiniers seuls doivent pénétrer. Plusieurs des exposants sont parvenus à éviter la formation et la chute des gouttes d’eau,, et le but a été atteint en partie par les dispositions des fers de la,serre, en partie par le système de vitrage. Quelle que soit la solution de détail, le (instructeur cherche, en général, à reporter la majeure partie des fers, et surtout les pannes, en dehors de la surface vitrée. Les uns ont un vitrage continu à couvre-joints en feuilles de plomb, et reçoivent les eaux dans des canaux qui les portent à l’extérieur, en évitant toute saillie qui pourrait arrêter la goutte d’eau et la faire tomber; les autres donnent un écoulement à chaque jointure des vitres qui sont, à cet effet, posées en recouvrement, de manière à. former une petite: gouttière, accompagnée d’un trou, dans le point sbas de la garniture en zinc, mastic, plomb, ou caoutchouc interposée dans le. joint. ,
- LIAngleterre est restée, plus que la Belgique et la France, fidèle aux serres en bois ; elle a exposé des modèles qui présentent une disposition particulière : les pannes sont largement ajourées, de manière, à faciliter la ventilation. On remarque aussi dans ses envois des châssis vitrés à double pente, destinés à hâter, sans chauffage artificiel,, la maturité des raisins portés par des cordons horizontaux. Ces châssis sont également en bois, et très-largement aérés par des ouvertures ménagées dans le faîtage.
- » Les appareils servant à ombrer les serres, ont fait depuis quelques années de rapides progrès, et:se composent de deux systèmes principaux : l’un français, formé de petites lattes de bois parallèles et réunies par des chaînes flexibles,; l’autre italien* est composé d’une espèce d’étoffe dont la traîne est for-
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- iriée 4e bois fendu en fils dè la. grosseur d’une plume,' tandis que lacliaîne se réduit à quelques rangs de cordelettes; cétte fabrication rappelle, les stores qui sont expédiés depuis longtemps de la Chine et des Indes.
- ' § 3. — Chauffage. '
- Pour .chauffer une serre, il faut .disposer d’un appareil assez puissant, pour élever rapidement la température,de Pair à un degré déterminé, et pour maintenir cette température, malgré la déperdition qui se produit au travers des. murs,- et surtout, au travers du vitrage. Les lois physiques fondées
- O
- sur des expériences nombreuses permettent de calculer pour ehaque cas donné, et pour chaque écart maximum fixé entre les températures intérieure et extérieure, la quantité de chaleur ,à fournir, par conséquent, le développement et le diamètre des tuyaux nécessaires au chauffage, et la quantité de charbon:qu’on doit dépenser par heure. On en déduit ensuite la surface des grilles ainsi que le diamètre et la hauteur des cheminées. On le voit, le problème est compliqué, et si des exposants de la classe 21 ont su résoudre habilement ce problème dans les grands .chauffages, on a>le regret dans la classe, 83, de se trouver en présence d’un véritable empirisme. Les fabricants d’appareils de chauffage de serres' ne calculent pas, mais agissent par à peu près ; toute leur attehr tion semble se porter sur la forme spéciale du générateur-de la chaleur,., Pour comprendre l’importancé de cette forme, il nous faut entrer dans quelques-détails.
- Le, prix de revient d’un chauffage dépend' de la. valeur de l’appareil, du combustible absorbé et de la main-d’œuvre nécessaire à l’emploi de ce combustible et à la surveillance (le, l’appareil. Dans les grands chauffages, l’élément de :plus important, auquel il faut subordonner tous des autres, .est la quantité du combustible, employé: On .doit -toujours avoir en vue de l’économiser, tout en obtenant une combustion vive,
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- oomplète et sans excès d’air, qui, traversant le foyer, avant d’être brûlé, donnerait lieu à une perte. Il faut donc des grilles de dimensions convenables, laissant passer assez d’air, et pas trop ; puis des soins de tous les instants pour charger le foyer peu à peu et d’une manière presque continue ; nettoyer constamment la grille qui, obstruée par le mâchefer et les cendres, ne laisserait plus une issue suffisante à l’air, et donnerait lieu à une combustion imparfaite et par conséquent à un mauvais effet utile. Dans les petits chauffages au contraire, la main-d’œuvre prend une grande importance par rapport au prix du combustible, et les constructeurs ont dû chercher à éviter la nécessité d’employer un homme pendant la nuit pour suppléer, dans les grands froids, le jardinier qui ne peut rester, plusieurs nuits consécutives, à activer le feu d’une manière continue. Il vaut mieux moins bien utiliser le charbon et économiser un homme, que l’on aurait d’ailleurs peut-être de la peine à se procurer. Mais ici le problème est compliqué par les petites dimensions des appareils et la prédilection des jardiniers pour les thermosiphons, prédilection justifiée d’ailleurs par la chaleur douce et humide produite par ce genre de chauffage. Dans les générateurs les plus anciens, ceux dits à tombeau, ayant la forme d’un U renversé, on recommande aux jardiniers, de faire le soir une charge abondante, et de couvrir le feu, de manière à prolonger sa durée. Celte précaution est généralement rendue illusoire par l’exiguïté du foyer, qui ne peut contenir un volume de combustible assez considérable pour.suffire à la dépense de plusieurs heures et obtenir, par la masse à ignition lente, la même quantité de chaleur que développerait la combustion rapide du fourneau chargé convenablement et souvent. Ces appareils, non-seulement ne produisent pas assez de chaleur, dès que la combustion est ralentie par l’encrassement de la grille ; mais de plus, l’eau refroidie qui revient constamment en contact avec la portion ,de la chaudière directement soumise à l’action du feu, éteint ce.dernier contenu dans le foyer restreint. Les plantes gèlent,
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- si on ne vient pas en temps utile pour rallumer le feu, Pour remédier à ces inconvénients, on eut l’idée d’appliquer le système, de combustion lente déjà utilisé dans les poêles, et de surmonter le foyer, au-dessus de l’orifice, par lequel s’échappent les produits de la combustion, d’un réservoir en forme de tronc de cône plein de charbon, qui vient remplacer de lui-même celui brûlé. Mais la grille s’encrassant de la même manière, la combustion se ralentit, et on n’obtient pas de résultats sensiblement plus satisfaisants qu’avec les anciens systèmes. Il faut toutes les deux ou trois heures aller nettoyer la grille. Tels étaient les appareils, lorsqu’un constructeur de fourneaux est venu apporter un perfectionnement qui fait espérer que la
- solution du problème pourra être obtenue après quelques tâtonnements. Aux foyers à combustion lente, il ajouta un manchon ajouré en terre réfractaire; ce manchon forme une seconde prise d’air qui traverse le combustible au-dessus de la grille, de manière à restituer pour la combustion la partie d’air qui ne peut passer au travers de la grille encrassée. De plus, il utilise mieux les surfaces de chauffage, tout en adoptant des dispositions de foyer qui le rendent fumivore et empêchent l’eau froide de se trouver trop rapidement en contact avec la flamme; il évite ainsi que celle-ci ne soit trop brusquement refroidie, et par suite éteinte, avant que la combustion se soit complétée. Dès à présent, on peut abandonner ces appareils à eux-mêmes pendant cinq à six heures, et on doit espérer, par la suite, des résultats plus satisfaisants.
- On sait que les calorifères à air chaud, au lieu de chauffer par contact l’air de la serre, en insufflent un courant qui, ayant passé sur les parois rougies de l’appareil, ne contient pas assez de vapeur d’eau, mais, par contre, charrie des poussières qui ont été brûlées et qui sont préjudiciables aux plantes. Aussi, ne les emploie-t-on dans l’horticulture que comme aide dans les grandes serres, soit pour développèr rapidement de la chaleur, lorsqu’un abaissement brusque de température ne laisse pas au thermosiphon lé temps de fonctionner convé-
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- nablcment, soit lorsque des dispositions spéciales ne permettent pas dé placer les rangs de tuyaux à éau sur les points qtfil faut cependant chauffer. Un constructeur a cherché a éviter les inconvénients signalés en faisant passer le courant d’air chaud sur une surface d’eau d’une dimension convenable pour donner le degré hygrométrique nécessaire.
- g 4. — Rochers et mobilier des jardins.
- L’Administration de l’Exposition a fait élever deux vastes , aquariums, dont le revêtement a servi de prétexte aux imitations de rochers faites par MM. Combaz et Betencourt. Le premier a exécuté une caverne revêtue de stalactites et de stalagmites dont la construction, aussi ingénieuse que légère, s’approche tellement de la réalité, qu’il faut un examen attentif pour reconnaître les tufs naturels disséminés dans l’imitation. L’inventeur exécute en maçonnerie de moellons la carcasse de sa construction, en ayant soin d’engager dans celte maçonnerie quelques crampons auxquels il suspend des espèces de poches en toile de fil de fer. Il fouette sur la maçonnerie et sur ces poches du ciment gâché à une consistance pâteuse telle qu’il commence à glisser avant d’être arrêté dans sa chute par sa solidification. On obtient ainsi un effet analogue à celui produit en hiver par les cristaux et concrétions dé glace que nous voyons lé long des roches ou appendus aux toits des maisons. On conçoit qu’avec un choix habile de matériaux de couleur convenable, on doit obtenir ainsi rapidement l’aspect des dépôts qui tapissent certaines cavernes. Ces dépôts se Sont formés très-lentement, il est vrai, niais d’une maniéré analogue, puisqu’ils sont produits par des infiltrations d’eaü qui, arrivant au contact de l’air, perdent l’excès d’acide carbonique dont elles sont chargées, et laissent alors déposer sür les parois des rochers une partie du carbonate de chaux qu’elles avaient dissous. L’exposant a prouvé dans le soubassement du beau phare métallique français et dans là décora-
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- tion d’un réservoir à eau, qu’il réussit également dans, l’imir tation des rochers, ce que d’ailleurs savent parfaitement les promeneurs du bois de Boulogne et des parcs des Buttes-Chaumont et de Monceau.
- Les constructions de M. Betencourt présentent un aspect tout différent. Cet artiste semble s’être inspiré d’une sablière aux riches couleurs, et son mode d’opérer procède du but qu’il a atteint. Il forme un mamelon de sable auquel il donne la forme en relief de ce qu’il veut obtenir en creux : un véritable moule de statuaire. Il modèle ce sable au moyen d’un t jet de pompe, et lorsqu’il a obtenu toutes les inégalités qu’il désire, il fouette sur cette masse un enduit de ciment Portland, qu’il marie, ensuite à une voûte en brique creuse destinée a ie supporter. Lorsque ces maçonneries ont fait prise, il enlève le sable, et obtient sa grotte qu’il termine par quelques retouches et une silicatisation aux couleurs rutilantes.
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- Ces constructions, quoique d’aspects très-différents, sont également très-remarquables en ce qu’elles ,simulent très^bien la nature et évitent le transport très-coûteux et souvent impossible de roches naturelles dont les morceaux se soudent très-mal la plupart du temps, et en ce qu’elles permettent ainsi d’obtenir dans tous les pays des rochers à un prix peu élevé.
- Les kiosques et abris en fer ont paru pour la plupart mériter peu d’attention. Ce sont ou des imitations de tonnelles destinées à servir de soutien à des plantes grimpantes, et dont rien ne justifie alors les formes recherchées et la quantité d’ornements qui, forcément, doivent finir par être cachés; ou bien des toits lourds, supportés par de frêles eolo-nefctes, ne pouvant en rien garantir du soleil et de la pluie, les personnes qui seraient tentées de se mettre à l’abri. Les ponts semblent également n’avoir servi que de prétexte à des compositions. de serrurerie, peu en rapport avec les jardins auxquels ils sont destinés. Dans cet ordre de travaux, on ne peut ignaler que les fers laminés imitant le bois, les fers en forme
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- de gouttières, employés pour les sièges et les défenses d’arbres, ainsi que des imitations, en ciment, de bois revêtus de, leur écorce, imitations employées à la construction de chaumières et balustrades de ponts.
- Un grand nombre de bancs et de sièges de jardins ont,été exposés. Un seul système a paru remarquable, c’est celui'dit Carré, du nom de son inventeur qui, en substituant des lames d’acier aux planches de fer découpé ou aux étoffes de fil, de: fer, à fait une véritable révolution et a permis un certain com-fort dans les meubles de jardin. Ses nouveaux sièges, à. lames parallèles, se rapprochent du moëlleux des fauteuils d’appartement. Si on laisse de côté le confortable et qu’on n’envisage que le bas prix et la facilité de transport, on doit signaler les, sièges en bois et les bacs de M. André.
- g 5. — Instruments et outils.
- Cette catégorie comprend les machines à faucher, les rouleaux, les pompes et objets d’hydraulique, les poteries, les palissages, la coutellerie, et un produit assez difficile à classer, les fleurs conservées. Les machines à faucher, d’un emploi général en Angleterre, n’ont pas encore réussi dans les environs de Paris, sans qu’on puisse précisément en accuser la routine des ouvriers. Une constitution différente du sol et de la nature des gazons, des mouvements de terrain plus accentués, un soleil plus brûlant, semblent avoir fait échouer les. essais tentés à plusieurs reprises. Il serait à désirer que l’ha-bilé inventeur de cette machine, imitée par plusieurs concurrents, M. Shanks, fît une étude des modifications qui en rendraient l’emploi possible en France. La coutellerie est bien représentée par quelques fabricants de Paris, spéciaux pour l’horticulture, et par les maisons de Sheffield. La poterie a -quelques spécimens qui, par leur perméabilité, répondent aux exigences de la culture.
- Si l’on jette un coup d’oeil d’ensemble sur le matériel de
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- l’horticulture, on reconnaîtra que sous l’influence de l’accroissement de la fortune publique, il est en voie de prendre un rapide essor. Cerlainement, comme tous les autres arts, il lui a fallu subir la période de l’enfantement, puis de l’empirisme, avant d’arriver à celle où l’expérience pose des règles que développent le raisonnement et l’emploi des sciences exactes. Mais on peut affirmer que nous touchons à ce but, et que nos grands parcs sont faits avec autant de certitude qu’un édifice ou une voie publique, en rejetant les petits moyens et les tâtonnements et en appelant à son aide l’emploi de la vapeur et des chemins de fer. On doit également reconnaître que les jardins publics, qui tendent de plus en plus à se répandre, contribuent puissamment à l’hygiène et à la moralisation des classes populaires; ils leur permettent, en effet, de respirer un air pur, au lieu d’aller s’enfermer dans les cabarets des faubourgs; ils les accoutument au respect de la propriété publique, et développent chez elles par la vue d’une nature élégante, le goût de la propreté et de l’ordre.
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- Fleurs et plantes d’ornement de pleine terre, par M. lî. Verlot.
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- FLEURS ET PLANTES D'ORNEMENT DE PLEINE TERRE
- Par M. B. VERLOT.
- Avant d’entrer dans l'examen et l’appréciation des objets exposés, nous croyons utile de rappeler d’une manière générale la disposition qui avait été prise pour leur mode de groupement. Le jardin réservé est établi suivant la forme adoptée actuellement pour les jardins paysagers ou pittoresques, et pourrait même en être considéré comme un des exemples les plus remarquables. Du reste, il est ce . qu’on devait attendre du talent de MM. Alphand et Barillet-Deschamps, qui doivent être considérés, à juste titre, sinon comme les inventeurs de cette composition jardinique d’origine comparativement récente, du moins comme des maîtres dans cet art. Le jardin réservé de l’Exposition internationale d’horticulture n’est certainement point inférieur aux jardins si justement admirés de Monceau et des bois de Vincennes et de Boulogne. Les ressources que présentent ce mode d’ornementation ont été ingénieusement utilisées pour être appropriées aux besoins très-variés de l’Exposition.
- Pour nous renfermer dans le cercle des objets qui font partie de notre cadre, nous rappellerons que les monticules herbeux qui servent de support à la serre grandiose et monumentale, de même que ceux qui entourent les aquariums marins ou d’eau douce, ont reçu des collections de Conifères
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- forestières ou d’agrément. Les plantations d’arbustes à feuilles persistantes ou caduques, si nombreux et si variés d’aspect, ont été faites en massifs bordant le jardin réservé de manière à l’isoler du restej’dp' paré. 'Les' yfysjtèsj pelouses accidentées1, que coupent des allées sinueuses et gracieusement contournées, ont servi aux concours de graminées pour gazon. Au milieu de cette verdure on a placé isolément de beaux exemplaires d’arbres divers^, les uns curieux .tantôt, pour le,urr port colomnaire ou pyramidal, tantôt pour la disposition pleureuse de leurs rameaux ; d’autres formant des touffes buissonnantes ou arrondies, mais surtout des arbres ou des arbustes appartenant à la famille des Conifères, ou ayant avec celle-ci le trait commun de conserver un feuillage toujours vert. Les corbeilles réservées sur les pelouses, aux abords des allées, ont été utilisées de deux manières différentes r les ,uhes ont
- reçu des collections d’àrbustès qui doivent^ demeurer pendant foute la durée de l’Exposition ; les'autres, des plantes fleuries ou'à feuillage remarquable qui ont été renouvelées tons les qüinze jours, en présentant chaque fois une composition nouvelle. Enfin un vaste hangar, auquel venaient s’ajoùtér au besoin des serres ou des tentes, recevaient les collections de fleurs coupées ou les plàntes qui nè pouvaient sans «danger être exposées eh plein air. ^
- En résumé, par la disposition intelligente des diverses parties du jardin réservé, on peut dire que tous les intérêts ont obtenu satisfaction, et le Jury a été unanime à reconnaître qu’il eût été difficile de mieux réussir cette section si intéressante de l’Expositiort Universelle. Il a été possible; de cette façon, d’avoir un tableau extrêmement complet de toutes les richesses florales que chaque saison en particulier nous offre pour l’ornement de nos jardins ; én sorte que, en revoyant le résultat des concours qui ,se sont: renouvelés tous les quinze jours, l’amateur trouvera une liste précieuse dés espèces oii Variétés sur desquelles son attention devra être plus- Spéciâle-^mënt appelée; M- " ‘
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- FLEURS ET PLANTES ; ©'.ORNEMENT DE ^EINE TERRE. Q$SX
- .-Nous allons successiveinent passer en revue les (différents ordres de plantes de pleine terre qui ont été soumis, à l’appréciation.du Jury de là classe 84; nous parlerons d’abord des végétaux ligneux, en commençant par les Conifères, et les arbustes à feuillage persistant; viendront ensuite les arbustes que recommande la beauté de leurs fleurs, puis les végétaux herbacés, vivaces et annuels, puis enfin les plantes au point de vue d’un des modes particuliers de leur emploi, la confection des bouquets et des garnitures de table.
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- g 1. — Arbres et arbustes à feuillage persistant*
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- Conifères ou arbres résineux. — On sait quel intérêt s’attache aux Conifères, non-seulement comme arbres d’orne-
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- nient pour nos .jardins et nos parcs, mais encore au point de vue économique dans cette question d’un intérêt si actuel, la création, de forêts et le reboisement des montagnes. Ainsi s’expliquent les. efforts faits dans ces, dernières annés pour augmenter les collections de ces arbres et l’importance considérable de celles qui ont été apportées à ce concours.
- Parmi les essences résineuses à port pittoresque ou ornemental (les seules dont nous ayons à nous occuper ici), qui ont plus spécialement attiré l’attention du Jury, nous, citerons en première ligne çelles d’une maison de Londres à qui l’Expo-r sition devait de magnifiques lots composés le. plus souvent d’exemplaires d’une, beauté et d’une force peu communes,, ou d’espèces ou variétés rares et ,nouvelles, dont plusieurs même ne. sont point encore livrées au commerce. Ce qui ajoutait au mérite de ces collections, c’est que l’exposant lui-même, était allé recueillir dans leur patrie un certain nombre .des espèces dont elles se composaient,, et les avait répandues dans, les cultures. Nous devons signaler, dans le même ordre d’intérêt, les. Conifères de, récente introduction, exposées par plusieurs horticulteurs français et qui n’étaient pas moins remarquables
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- par le choix et la beauté des exemplaires, que par lé soin apporté à leur détermination botanique.
- Au total, ce groupe de végétaux, en le réduisant aux espèces purement ornementales et de collection, a été brillamment représenté à l’Exposition, et nous pourrions dire que nous avons eu sous les yeux un tableau aussi complet que possible de l’état des richesses dont nous disposons aujourd’hui. ‘Des collections importantes, particulièrement d’exposants français, renfermaient, à peu de chose près, toutes les espèces intéressantes et les formes curieuses qui existent aujourd’hui dans les cultures. A ce fond commun venaient s’ajouter les espèces remarquables récemment introduites par les botanistes collecteurs, si bien secondés d’ailleurs par les horticulteurs spécialistes, dont l’habileté est rarement en défaut, quand'il s’agit de propager une plante nouvelle et intéressante à quelque' titré.
- Parmi les espèces d’introduction plus ou moins récente nous avons vu, en exemplaires probablement uniques comme vigueur et dimensions, des Sciadopitys verticillata Sieb.' et'Zücc.'; Arthrotaxis selaginoides Don, A. Gunneana Hook. et'A. taxi-folia Hook; Abies bracteata Hook. et Arn., A. numidica Delann.; A. amabilis Forb.; Torreya myristica Hook. f., et T. grandis Fort.; Chamœcyparis obtusa Sieb.1 et Zucc. var.' lycopodioides et autres variétés de cette espèce essentiellement japonaise; Retinospora plumosa Veitch ; Keteleeria Fortunei Carr. ; Biota orienlalis Endl. var. dumosa; Pseudolarix kœmpferi Gord., etc. ' :
- Parmi des espèces d’introduction plus ancienne, nous signalerons de magnifiques Thuia gigantea Nutt ; Abies Cephalonica Lk, A. Nordmanniana Spach, A. Memiesii Loud., A.Pinsapo Boiss. et A. grandis Ldi.; Pinns Sabiniana Dougl.; Séquoia gigantea Endl. et S. sempervirens Endl. etc.; toutes espèces exotiques qui ont fait leurs preuves sous noire climat et qui sont définitivement adoptées pour l’ornement de nos pârcs ; rappelons encore le Cupressus funebrisEndl., considéré' au Japon comme l’arbre funéraire par excellence; Enfin nous he
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- pouvons omettre de signaler un massif entier formé du splendide Araucaria imbricata du Chili, donnant une idée de l’effet grandiose que nos jardins pittoresques peuvent obtenir de son emploi.
- Houx (Ilex). — Les houx, ces arbustes si décoratifs par leur perpétuelle verdure luisante et comme vernissée, dont l’éclat est encore rehaussé, en hiver, par des baies dont la couleur rivalise avec celle du corail, bien que d’origine indigène, étaient autrefois rarement plantés dans nos jardins. Ce n’est, en effet, que depuis l’Exposition Universelle de 1855, à la suite des essais tentés dans le Jardin d’Exposition des Champs-Élysées, que se généralisa l’emploi de ces arbustes pour la formation des massifs dans les jardins paysagers ou d’agrément. Il y avait donc un véritable intérêt à constater le développement qu’avait pris cette culture relativement nouvelle. L’Exposition internationale de 1867 fournira à ce sujet des renseignements précieux sur le nombre des variétés qui ont été successivement obtenues, soit par les semis, soit par la fixation d’accidents de végétation.
- Les collections examinées par le Jury mettaient en présence un exposant anglais et plusieurs exposants français. La collection anglaise se faisait remarquer par la beauté et le développement des individus, témoignage d’une excellente culture, aidée, il faut bien le reconnaître, par un climat particulièrement favorable. Les collections françaises, de leur côté, présentaient au plus haut degré la réunion de toutes les formes, parfois si curieuses, que le houx a produites, et prouvaient que, au point de vue du développement de cette culture, la France n’est en' rien inférieure à ses voisins.
- Yuccas. — Originaires des parties tempérées du nouveau monde, les Yuccas, par leur tige courte, robuste, qu’accom-
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- pagnent d’innombrables feuilles lancéolées-aiguës, et que termine une vaste panicule de Heurs blanches tulipiformes et
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- pendantes, sont, sans contredit, un des ornements les plus pittoresques pour les parties accidentées des jardins paysagers. Ce sont aussi, à cause de leur robusticité et de la disposition régulière de leur feuillage, des plantes précieuses pour les décorations d’appartement. Les collections se sont enrichies, dans ces dernières années, d’un grand nombre de races nouvelles, voisines du Y. gloriosa, et qui ont été étudiées et distinguées par des botanistes éminents. Plusieurs exposants, l’iin belge, les autres français, ont présenté des collections en très-beaux exemplaires et qui offraient, à peu de chose près, tout ce que ce genre renferme de remarquable. Signalons entre autres le rare Y. treculeana, Carr., et le très-élégant Y. angusti folia, Pursh.
- Aucubas. — Tout récemment encore, ces arbustes, si remarquables par la beauté et la persistance de leur feuillage, n’étaient représentés dans nos jardins que par des individus à feuilles panachées, tous infertiles, parce qu’ils ne portaient que des organes femelles. Un seul pied avait été originairement introduit, et de lui étaient sortis, par le bouturage, les innombrables individus cultivés dans nos jardins; mais dans ces dernières années, les recherches des voyageurs s’étant plus spécialement dirigées vers l’Asie orientale, on a vu paraître dans nos cultures des formes nouvelles, et, parmi elles, des individus à fleurs mâles. Aujourd’hui l’Aucuba du Japon n’est plus comme autrefois une plante stérile ; grâce à la/facilité de. sa fécondation, les anciennes plantes de nos jardins se couvrent au printemps de fruits d’un rouge le plus souvent éclatant, qui leur font une nouvelle parure. Le semis permettra d’augmenter encore le nombre des variétés ; déjà nous avons pu en voir réunies vingt-cinq assez distinctes et la plupart fruetifiées, qu’exposait un amateur belge.
- Magnolias. — Ces arbres ou arbustes, d’origine américaine ou asiatique, sont un des plus beaux ornements de-nos jardins
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- paysagers, aussi bien par la beauté de leur feuillage, .persistant; chez les uns, caduc chez les autres, que par la grandeur,', la forme ou l’élégance de leurs fleurs. L’espèce à feuilles persistantes la plus répandue, le Magnolia grandijlora, et ses. variétés, exposées par plusieurs pépiniéristes d’Angers, ont. été surtout remarquées pour leur forme et leur vigueur, et donnaient une juste idée de la beauté que ce végétal acquiert, sous le climat tempéré de l’Anjou, et, d’une manière plus, générale, sous celui de toutes nos provinces maritimes de l’Ouest.
- g 2. — Arbustes fleurissants. .....
- Rhododendrons. — Les Piliododendrons de pleine terre sont devenus une des catégories de plantes sur lesquelles se sont portés d’une manière toute particulière les efforts des horti-. culteurs, par suite de l-’importance que ces arbustes ont acquise avec la mode actuelle d’ornementation des jardins paysagers.
- A un port touffu qu’accompagne un feuillage élégant et tou- . jours vert, se joint, au printemps, le mérite de ces bouquets de fleurs d’une incomparable richesse de coloris, que rehaussent encore une multitude de ponctuations de nuances plus foncées.
- Cette partie de l’Exposition était véritablement représentée, d’une manière grandiose par l’importance des collections, par., leur nombre et par la durée des concours dont elles furent . l’objet. Des massifs nombreux, créés dès les premiers jours de. l’Exposition, se couvrirent pendant plus d’un mois d’une exubérante floraison qui fut un des ornem.euts les plus admirés du jardin réservé. • .....
- Les exposants français ont été surtout remarqués .po.ur. l’importance et la beauté de leurs lots d’ensemble et par plusieurs collections de variétés choisies, parmi lesquelles: il faut., rappeler surtout celles de MM. Thibaut et Keteleer; lu plupart, de ces plantes, en outre des qualités qu’elles présentaient. a.u. :
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- point de vue floral, avaient encore le mérite d’être d’une forme
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- excellente, ramifiées dès la base en touffe arrondie, de constituer en un mot ce que les horticulteurs appellent des plantes marchandes. Ils auraient été sans concurrents sérieux, si la Belgique n’avait fourni quelques spécimens richement fleuris et de grande dimension, ainsi que des variétés de semis qui témoignaient du degré de perfection auquel cette culture est parvenue chez nos voisins.
- Azalées de pleine terre. — Parmi les arbustes de terre de bruyère, ceux-ci tiennent un des premiers rangs par la grandeur de leurs fleurs disposées en bouquet, et sùrtout par la beauté et la variété de leurs coloris qui présentent toutes les nuances depuis le blanc presque pur jusqu’au jaune clair, puis l’orangé et le pourpre, coloris extrêmement curieux et qu’on ne retrouve, pour ainsi dire, dans aucun autre genre de plantes.
- Ces azalées sont largement cultivées dans le département de Seine-et-Oise, et les collections du jardin de Fromont en particulier donnaient une juste idée de la valeur décorative de ce groupe de végétaux. Les formes qui étaient placées sous les yeux du Jury et qui attirèrent tout spécialement son attention, étaient en outre intéressantes en montrant les modifications profondes que la culture a fait éprouver à ces plantes. Non-seulement les fleurs ont été agrandies et régularisées, mais encore le coloris, originairement jaune ou mordoré, a souvent fait place au rose et au blanc.
- llosiers. — Une des parties le plus justement admirées de cette Exposition était sans contredit celle des rosiers. Le grand nombre d’exposants qui prenaient part aux différents concours, l’importance, la beauté et la variété de leurs apports confirment une fois de plus que la culture du rosier, cet ornement indis-' pensable des jardins, quelles que soient leur disposition et leur étendue, est une culture éminemment française. Il suffit, du
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- reste, pour s’en convaincre, de rappeler quelles étendues considérables de terrain, pour ne parler que des environs de la capitale, sont livrées à la culture de ces arbustes, dont il s’exporte, chaque année d’inunenses quantités dans, toutes les parties de l’Europe et jusqu’aux Etats-Unis.
- Si le Jury a pu éprouver quelque hésitation, en présence de tant de richesses, ce n’a été que par suite de la difficulté qu’il y avait pour lui à établir des degrés dans le mérite des collections de toutes sortes qui lui ont été soumises par nos rosiéristes les plus éminents, dès les premiers jours de l’Exposition. U n’y a eu, pour ainsi dire, aucun des concours qui se sont succédé chaque quinzaine qui n’en ait présenté quelques-unes d’un intérêt saillant. D’abord les roses forcées appartenant aux diverses sections du genre, et parmi elles des roses thés en grand nombre ; puis les rosiers sous toutes leurs formes et dans tous leurs modes de culture ; et, comme complément, de véritables tapis de roses coupées. Des roses nouvelles d’un grand mérite venaient compléter ces expositions et prouvaient que nos cultivateurs ne cessent de diriger leurs efforts. vers le perfectionnement de cette belle fleur déjà si admirablement modifiée par les générations qui nous ont précédés. Enfin des variétés créées depuis peu d’années seulement se présentaient pour la première fois en nombreux exemplaires, ce qui ajoutait encore aux difficultés de la tâche, déjà bien compliquée, que le Jury avait à remplir.
- g 3. — Végétaux herbacés. — Plantes bulbeuses.
- Jacinthes. — La production considérable de ces fleurs a été jusqu’ici à peu près exclusivement cantonnée en Hollande, où le climat et le sol paraissent présenter des conditions spécialement favorables à leur culture. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les collections les plus remarquées aient été présentées par des exposants de ce pays, et qu’elles aient été jugées très-supérieures à celles de leurs concurrents français,
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- le rôle de ceux-ci se bornant le plus souvent, comme tout le monde le sait, à faire fleurir des oignons tirés de Hollande. Les autres pays de l’Europe sont, du reste, sous ce rapport, tributaires comme nous des fleuristes hollandais, et lare-marque que nous venons de faire s’applique à leurs exposants comme aux nôtres. Toutefois, bien que ne venant qu’en 'Seconde ligne comme beauté, nous ne croyons pas devoir ...passer sous silence de grands massifs crées .par la commission ..du royaume de Prusse,.qui n’étaient formés, il est vrai, que de trois variétés seulement, bleues, blanches et.roses,'mais . dont l’ensemble nous paraît devoir; appeler l’atteiition sur le développement que cette culture tend à prendre aux environs . de.Berlin, où la jacinthe paraît retrouver les éléments spéciaux qui en ont donné jusqu’à présent le monopole ,à la .Hollande et à la Belgique.
- , Tulipes. — Les collections de tulipes, bien que nombreuses cl .dignes de la réputation de cette plante classique, ont été ...mpins brillantes à l’Exposition internationale d’horticulture ..que celles du groupe précédent; quelques-unes cependant ont montré qu’en France, plus peut-être qu’en Hollande, la ^tulipe a conservé des amateurs passionnés. Il ,faut reconnaître, . toutefois, qU-’on est bien loin aujourd’hui de l’engouement que ces plantes artspiraient il y a deux siècles, et qu’on, n’a pas à craindre le retour des spéculations auxquelles' elles ont-donné lieu.
- Glaïeuls. — M. Souchct, jardinier en chef du palais de ' Fontainebleau, à qui l'horticulture européenne est redevable
- ,* de .nos plus splendides variétés- de glaïeuls , en a .lexp’osé un
- . lot que .rendait surtout remarquable l’époque .précoce,;à la-. quelle il a ;élé présenté, car la saison normale,de là; floraison . ,• des glaïeuls n’était.pas encore arrivée an moment pùmous rédi*
- y gions ce Rapport. Nous ajouterons que les fleurs de;.cè$i plantes offraient toutes les qualités qu’on éq,';bjcUU;/;èe*ire
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- d’iridées,, savoir : un coloris tendre ou vif, mais franc, uniforme ou réunissant des nuances bien tranchées; des fleurs grandes, à divisions étalées, arrondies à leur extrémité, point ou à peine ondulées sur les bords, et disposées de manière à faire disparaître l’irrégularité primitive de la fleur.
- Les Iris xiphium, L., et xiphioidés, Ehr., aSsez répandus autrefois dans nos cultures, pour leurs belles et grandes fleurs, où se montrent presque toutes les nuances du bleu associées au jaune ou au marron, semblent disparaître peu à peu, et l’on est même obligé, pour s’en procurer des bulbes, de s’adresser à la Hollande. Cet abandon est d’autant plus regrettable qu’on y retrouve de remarquables variétés, ce dont on a pu se convaincre à la vue des collections de fleurs coupées présentées par plusieurs horticulteurs parisiens.
- D’autres plantes à racines tuberculeuses, et dont la culture remonte aux époques les plus reculées, les anémones, Anemone coronaria, L., et les renoncules, Rehunculus asiatic-us, L., et africanus, Mill., étaient aussi représentées par des collections nombreuses et assez remarquables.
- g 4. — Plantes vivaces variées.
- Pivoines diverses. — Le groupe des pivoines officinales, Pœonia officinaUs, L., P. tenuifolia, L., P. paradoxa, L.., etc., plantes si généralement et si anciennement répandues dans les jardins, étaient représentées par une collection très-remar-quàble composée de variétés nombreuses et comparativement bien tranchées, mais toutes, il faut bien le reconnaître , déjà assez anciennes. Nous rappellerons, entre autres, dans les pivoines paradoxales, les variétés '.' Etoile de Platon d’un rouge purpurin foncé, la brillante rouge cerise, rubra striata rouge clair strié plus foncé, anemonœflera elegans, rosé tendre'; et, dans les officinales: alba plena, iiicarnata plena, striata elegans, rosea plena et enfin purpurea plend. . ,
- ' A côté d’elles les pivoines de la Chine, P. albi fiord, Pàll.,
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- unouPE ix. — citasse 84:
- P. sinensis, Poit., plantes herbacées comme les précédentes, mais, qui leur sont préférées à cause de leurs fleurs plus nombreuses, de leur odeur qui rappelle celle de la rosé ', et enfin de leurs coloris généralement plus frais et extrêmement variés, montraient, par le nombre des exposants et l’importance des collections, que de leur côté se dirige la prédilection des amateurs. Enfin, les pivoines en arbre, Pceonia-montantSims., cette autre importation chinoise; dont on possède aujourd’hui des variétés nombreuses et fort remarquables, furent dignes' de tout notre intérêt. Plusieurs des lots exposés , surtout en fleurs coupées, donnaient une juste idée de là beauté de cette renonculacée et dur rôle éminemment décoratif qu-elle joue dans les jardins. ï ' ' ! ; ’ ;
- Dahlias. — On considère avec raison le dahlia comme une fleur d’automne, et c’est en effet dans cette saison que sa floraison se présente avec toute sa magnificence. Cependant, pour la grande majorité des variétés de dahlias, la floraison peut' être.avancée d’un à trois mois à l’aide d’une culture spéciale , bien dirigée; c’est ce qui fait que, dès le premier juin, un exposant français put en réunir dans un massif parfaitement fleuri -plus de cent variétés. Un des principaux mérites de ces plantes, et qui témoignait tout particulièrement de l’habileté qui avait présidé à celte culture, était une taille réduite qui n’excédait pas eh général oO centimètres de hauteur, en même temps que des fleurs d’un coloris remarquable, d’une tenue parfaite, et d’une régularité qui aurait satisfait les amateurs les plus difficiles. Un dahlia nain blanc, le J). Princesse-Mathilde, qui était présenté en grand nombre d’échantillons, nous a paru d’un mérite tout spécial. Ultérieurement, à différents concours, des ots de plus en plus intéressants furent exposés, mais par des horticulteurs français seulement, malgré l’importance et
- la réputation bien connues des collections anglaises et aile-
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- mandes.
- Une espèce de dahlia caractérisée par des fleurs très-petites,
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- d’une forme et d’une,tenue irréprochables,, a fait son apparition dans ces dernières années. Cette espèce ; connue sous le nom de Dahlia Lilliput, est particulièrement propre à entrer dans la confection des bouquets; elle se présentait à l’Exposition en collections déjà nombreuses. .
- OEillets divers. — De même que la rose, la tulipe, la jacinthe, etc., l’œillet des fleuristes, Dianthus caryophyllus, L., est une des plantes le plus anciennement cultivées et, aujourd’hui encore* .une,de celles dont la culture est la plus répandue. Dans les mains de M. GauthierrDubos, l’œillet n’a certainement rien, ,perdu de son antique > réputation ; c’est ce qu’ont témoigné ses expositions successives qui, pour le nombre et le choix des variétés présentées, soit en collection, soit comme Fariétés-nouvelles de semis, montraient ces plantes sous les formes les plus variées que l’art horticole soit parvenu à leur faire revêtir. Une seule collection importante pouvait lui être opposée : c’était celle d’un horticulteur d’Avranches, dont le lot,.de 550 variétés, soutenait dignement la réputation qu’a acquise cette ville et qui a fait donner son nom (Œillets avran-chains) à. une espèce d’un coloris particulier.
- „ L’œillet mignardise, Dianthus plumarius, L., bien que moins riche en variétés que le précédent , n’en est pas moins une plante de fond pour nos jardins; Cette espèce était représentée par quelques collections françaises qui donnaient une idée assez exacte de la beauté que la culture lui a fait acquérir, et qu’on regrette'de n’avoir pas eu à comparer avec les mignardises anglaises si renommées.
- Nous devons signaler encore une espèce d’œillets de création contemporaine et d’origine encore bien imparfaitement connue; nous voulons parler de l’œillet Flon, Dianthus semper-florens, Hort., dont l’emploi s’est généralisé pendant ces. dernières années dans îes jardins de la ville de Paris, et s’est répandu de là dans les cultures privées. De nouveaux coloris obtenus récemment permettent de prévoir que cet emploi
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- devra s’étendre encore, par suite de la possibilité d’établir avec une même plante des contrastes de couleur.
- Phlox. — Le plilox, par ses magnifiques inflorescences aux couleurs claires ou foncées, mais toujours vives, comme par son extrême rusticité et sa facile culture, est une des plantes
- le plus fréquemment employées pour orner nos parterres. Son amélioration est une œuvre spécialement parisienne, et il a été donné à l’horticulteur qui a le plus contribué à la création de nos plus belles variétés de nous le montrer sous ses formes les plus remarquables. Ce qu’il a surtout cherché à produire, et cela avec un plein succès, ce sont des variétés de coloris cuivrés et saumonés, ou présentant au centre une tache régulière, ou clair foncé, mais faisant toujours contraste. Il est ainsi parvenu à augmenter le cercle dans lequel étaient forcément renfermés les variétés anciennes.
- Roses trémières, AUhœa rose a, Cav. — La rose Irémièro, entre les mains des horticulteurs, a produit un très-grand nombre de variétés, et, parmi elles, celles qu’on désigne sous le nom de variétés anglaises sont surtout remarquables par la grandeur de leurs fleurs très-doubles, qui arrivent à cacher complètement la tige qui les supporte. Les plantés qui ont
- été- exposées en nombreuses variétés offraient toutes les
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- qualités'qu’on exige dans ce beau genre : grandeur, ,forme excellente, coloris très-francs, tels étaient, entre autres, les
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- caractères qui les distinguaient. Ici encore, nous avons à regretter l’abstention de concurrents étrangers et notamment 'des Anglais, qui ont acquis une réputation incontestée dans la -culture dé ces plantés. -
- -'^Plantés vivaces en collection. — Les collections do plantes yivacés pour’ parterres'ou -massifs qui ont été successivement exposées par des horticulteurs français: séuleriientvse distinguaient eu général par-leur nombre et par leur développement.
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- C’étaient, pour la plupart, les variétés le plus habituellement cultivées; mais, en outre, on y remarquait aussi quelques espèces de taille réduite, appartenant aux flores montagnardes, et que leur mode particulier de végétation rend particulièrement propres à orner les rocailles ou les rochers artificiels. De ce nombre étaient les Sedum, les Sempervivum et les Saxifraga, -dont un exposant avait réuni plus de cent vingt formes tran--chées. Enfin plusieurs lots de plantes à feuillage blanc ou .coloré, ou diversement rubané et panaché,, ont été présentés par plusieurs exposants. Ici la Belgique a fourni son contin-,gent d’exemplaires, et ceux-ci se faisaient remarquer par leur .beauté ou leur rareté.
- Nous ne terminerons pas cette revue des plantes vivaces sans parler des pyrèthres roses nouveaux, Pyrethrum roseum, Lindl., qu’exposait une maison bien connue de Paris. Ces plantes très-remarquables, et beaucoup plus naines que les variétés ordinairement cultivées, n’excédaient pas les dimensions de la variété' M. Barrai, dont elles semblent être là reproduction dans des teintes claires ou même complètement blanches.
- Signalons enfin des collections de pied d’alouettes vivaces, Delphinium elatum, L. , et espèces voisines, présentées en fleurs coupées ; les remarquables potentilles, Poteniilla nepalensis, Hook., et P. atrosanguinèa, Lodd., à fleurs très-variées* doubles <ou.presque-pleines, et de teinte jaune plus ou moins mordoré, -auquel s’associent parfois des nuances purpurines assez in-
- tenses; enfin les iris à rhizomes, Iris germanïca, plïcata, varie-igata, belgica, pallicla et autres, que sont, comme aûtrefois, 'toujours recherchés, et- qu’on regarde à juste titré cônimè du tnombre des bonnes plantes vivaces de floraison précoce,1 figuraient en'grand nombre à cette Exposition * nous r'ëri* signalerons, entré autres, une fort belle collection,' qü’undïoftîculféur
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- parisien'présentait en fleurs coupées. ; é
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- - ' 'Fougères -.de pleine terre. — Depuis 'quelques! années seù-.lëment/da culture des dougères de pleine terres fort ên bon-
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- neur en Angleterre et en Belgique, a pris en France une certaine extension, ce qui s’explique aussi bien par la forme gracieuse, la légèreté et l’élégance de leurs frondes, que rendent souvent extrêmement bizarres des monstruosités ou des déformations diverses, que par leur utilisation dans là décoration de certaines parties ombragées, fraîches ou humides. C’est en effet dans ces conditions que les fougères prospèrent, et qu’on doit les réunir pour créer ces sortes de mon-ticules rocheux et irréguliers qu’on désigne sous le nom de fougeraie et quelquefois sous celui 'de filicetum. Aussi les collections de1 ces plantes présentaient-elles beaucoup d’intérêt,
- surtout une de collés que nous offrait”la Belgique, et qui, composée de très-nombreuses variétés , étalait une végétation véritablement luxuriante. On voyait là, en individus de taille presque exceptionnelle , une série importante de ces déformations si originales qu’a revêtues notre scolopendre, ainsi que de celles qu’ont produites la plupart de nos espèces indigènes.
- Nos plus belles collections françaises, bien que formées d’exemplaires généralement remarquables pour leur développement, et présentant un égal intérêt, au point de vue de la détermination botanique, étaient d’une végétation sensible-ment moins luxuriante, ce qu’il faut d’ailleurs peut-être attribuer simplement à un climat moins favorable. Toutefois, nous y avons remarqué de splendides touffes de Lastrea filix-mas,
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- Presl.,'var. cristata, de Pblystichum angulare, Presl., P. acn-leatum, Roth.; et espèces voisines, des gigantesques frondes d’Osmonde royale, de Strutftiopteris gérrtianica, Willd., et S. pensylvanica, Willd.,' d'Onoclea sensibilis, L., plusieurs variétés intéressantes à frondes normales ou monstrueuses de fougère femelle : toutes plantes enfin propres à être isolées sur les pelouses ou autres stations accidentées des jardins pittoresques. Puis, à côté de ces espèces d’une taille élevée, une foulé d’autres,! empruntées aux pays les plus divers, aux
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- régions les plus lointaines, l’Europe, l’Amérique septentrionale, la Chine,’ le' Japon, avaient là plusieurs représentants.
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- Les régions glacées de nos montagnes, elles-mêmes, en présentaient quelques-unes; qu’il nous suffise de rappeler les Pteris crispa, Ail., qui monte dans les Alpes jusqu’à la région des neiges éternelles, les Polystichum Jonchitis,,Rofh., Lastrea rigida, Presl., Asplenum viride, Huds., -etc. • ,
- g 5. -r Plantes, annuelles variées. - /
- , Plantes , annuelles réunies, en,, collection. —. ;Un certain;
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- nombre d’horticulteurs ont pris .part aux différents concours ouverts poui\. les plantes ,.annuelle^ d’ornement. Ceux que leurs produits, placent au, premier. rang, sont incontestable, ment MM. Vilmorin-Andrieuxet C;e. qui,,dans,des, corb.eilles renouvelées. chaque quinzaine, ont mis successivement en
- vue les/espèces ou les variétés les plus remarquables,de Ja, saison. Ce qui distinguait leurs apports, de. tous les, autres,, c’était moins la culture des plantes, excellente cependant, que. le choix des variétés elles-mêmes, toutes remarquables à quel-
- que titre, soit par quelque perfectionnement d’un type primitif, soit par la fixation de formes accidentelles., chaque plante représentant, pour ainsi dire, une difficulté vaincue. • v,,
- Ces collections, formées de plantes diverses^ étaient complétées par d’autres, composées chacune exclusivement d’un seul genre de plantes dont les formes se reproduisent fidèlement par le semis. Nous citerons celles des célosies crête-de-coq. Celosia cristata, L., au nombre de dix-huit variétés : des capucines grandes et petites, Tropœolum majus, L., et T. minus, et parmi elles quelques pieds de pagarille, Tropœolum aduncum, Sin. ; des giroflées quarantaines, Matthiola annua, R. Br.; des plantes herbacées grimpantes, tels que Maurandia divers, Lophospermum, Thunbergia alata, Boj., plusieurs variétés; deux Loasées à fleurs très-originalement conformées, le ’Cajophorra lateritia, Presl., et le Schy%anthus elegans, Don., ce dernier toujours rare dans les cultures; de nombreux Ipomœa, etc. — Enfin des plantes d’introduction nouvelle ou
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- peu ancienne, telles que le Nierenbergia frutescens, D. R., qui s’éloigne de l’unique espèce cultivée en pleine terre, le N. filicaidis, par sa taille plus élevée, ses rameaux denses, les feuilles plus développées et surtout par ses fleurs une fois plus grandes, et qui sera certainement une précieuse acquisition pour nos parterres; le thlaspi Julienne, ïberis amara, L., var. hesperidi/lora, si curieux par la persistance et la grandeur de ses fleurs disposées en grappes spiciformes et cvlin-
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- driques qui dépassent 25 à 30 centimètres de longueur; quelques variétés de Lobelia Erinus, L., formant des touffes très-denses et tellement floribondes, que les fleurs cachent presque entièrement le feuillage ; plusieurs variétés élégantes d’Agroslemma cœlirosa, L., et de Viscaria oculata Lindl.; le Dianthiis dentosus, Fisch., plante du Caucase, et qui, bien qu’introduite seulement depuis quatre ans, a déjà produit un certain nombre de formes qui ne sont pas sans élégance; quelques jolies variétés de Phlox Drummondi, entre autres, celle de couleur chamois, qui se reproduisent par le semis.
- Plusieurs autres horticulteurs de Paris ont formé également, chaque quinzaine, des massifs de plantes annuelles qui, pour la plupart, présentaient une apparence fleurie des plus agréables. Les espèces et les variétés qui les composaient, et qui étaient admirablement groupées chez quelques-uns, représentaient assez exactement la série des plantes annuelles les plus répandues dans les jardins, celles aussi qui se cultivent le plus habituellement pour l’approvisionnement'dés "marchés.
- Les pensées, qui faisaient l’objet de concours spéciaux, ont eu malheureusement à souffrir du temps froid et humide de ce printemps. Cependant on a remarqué des massifs formés par plusieurs horticulteurs parisiens; qui ont acquis dans cette culture une réputation méritée.
- Une collection en fleurs coupées, envoyée par .un .horticulteur anglais, a été justement appréciée. On y: retrouvait réunies .
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- toutes les qualités de régularité, de forme et de coloris qui caractérisent les pensées anglaises.
- Les résédas n’ont été représentés que par un seul exposant, mais il eût été difficile de montrer des plantes plus irréprochables. La variété grandiflore qu’il cultive sur une grande échelle, est une des plus remarquables modifications apportées à un type sauvage. On reconnaît avec quelque peine le réséda commun des jardins à tiges grêles et traînant sur le sol, dans ces plantes vigoureuses à tiges robustes et dressées, à feuilles larges et cloquées, et à épis de fleurs compactes, dont étaient formés les deux massifs qui en ont été successivement établis.
- g 6. — Bouquets de fleurs naturelles.
- L’art de faire des bouquets, tel qu’il s’exerce aujourd’hui, ne touche que.d’une manière tout à fait secondaire à l’horticulture, et ne s’y rattache même que par les matériaux qu’il emploie et que celle-ci lui fournit. Cependant il mérite toute l’attention du jardinier-fleuriste pour le diriger dans le choix des espèces qu’il devra cultiver de préférence.
- Le Jury a eu spécialement à examiner les produits de trois exposants, un belge et deux français. Il a remarqué, parmi les bouquets à main ou les vases pour table, en dehors de ceux qui étaient composés exclusivement de fleurs de nos jardins ou de nos serres, quelques-uns où les fleurs naturelles, les graminées et autres fleurs des champs étaient intelligemment mélangées à des fleurs de jardin ; d’autres, où des orchidées tropicales, Ærides, Saccolabium, Cypripedium, Vanda, Lycaste, etc., étaient semées à profusion. En résumé, le Jury a reconnu une qualité commune à ces trois exposants, c’est le goût exquis qui avait présidé au choix et au groupement des fleurs ,• et, ce qu’il a eu surtout à constater , c'est l’importance des apports de l’un des deux exposants français.
- Un bouquet d’une nature tout à fait imprévue a été adressé
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- par la Commission autrichienne. Il se composait exclusivement de plantes alpines cueillies dans les hautes montagnes du Tyrol. C’était une énorme gerbe disposée avec beaucoup d’art et d’intelligence, ét qui n’a pas laissé que d’intéresser vivement les amateurs. On y remarquait, entre autres produits des hautes régions, Torchis noir, l’achillée naine, le génépy, la persicaire vivipare, l’azalée naine, le rosage des Alpes, le myosotis alpestre, le léontopode des rochers neigeux, la gentiane printanière, la renoncule des glaciers, enfin quelques graminées particulières aux prairies ou aux stations herbeuses qui avoisinent la région des neiges éternelles.
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- Plantes potagères, par M. Courto;s-Giîrard, grainior-fleurisic.
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- PLANTES POTAGÈRES
- Pau M. COURTOIS-GÉRARR.
- Appelés pour la première fois à prendre part aux grandes luttes de l’industrie, lés maraîchers n’étaient,nullement préparés à montrer ce qu’on pouvait attendre d’eux; il s’agissait, en effet, de sortir complètement de leurs habitudes; car, il faut bien le reconnaître, les maraîchers, particulièrement ceux du rayon
- d’approvisionnement de Paris, n’ont pas, comme les autres industriels, un intérêt direct, un intérêt pécuniaire, à.faille connaître leurs produits. Pour eux, lé vrai Palais de l’Industrie c’est la Halle, où ils apportent chaque jour ce qu’ils ont.ù jeter dans le gouffre toujours ouvert de la consommation pari-
- sienne.
- ; D’après la nature des transactions et la manière dont, s’opèrent les ventes sur les marchés de Paris, les acheteurs ne connaissent pas le producteur, qui'n’a lui-même: aucun'intérêt, immédiat à ce que soh nom soit connu d’eux. ' . ; ; , -
- Il sait que, malgré la réputation qu’il aura pu acquérir,, ses produits ne lui seront jamais payés au-dessus de leur valeur..
- ' Enfin, la portion des produits qu’il expose est, pour lui; une perte sans compensation, puisque jamais il ne se trouvé ni.ne. peut se trouver en 'rapport .direct -avec lé consommateur.'. A;; , Quant à la question d’amour-propre quepo'uïTaient'SÔuleVer, les récompenses à conquérir, l’isolement.relatif dans.-Iequel
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- vivent, en général, les maraîchers les rend peu accessibles à l’attrait des honneurs.
- Malgré ces conditions tout à fait exceptionnelles de leur travail, comparé à celui des autres industries, ces hommes
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- laborieux, chez lesquels pénètrent bien rarement les bienfaits de l’éducation, commencent néanmoins à entrer dans la voie du progrès. ........ , ;i .
- Le matériel de leur profession a été, chez le plus grand nombre, notablement amélioré depuis plusieurs années. L’un d’eux, M. Ponce,.a même, to,ut récemment, fait installer dans
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- son établissement une machine à vapeur de la force de deux chevaux, pour élever l’eau de son puits. Chez cet habile ma-raîcher, les arrosages se donnent à la lance, comme dans les
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- jardins publics de la.Ville de Paris. ,,
- Si l’on se reporte au temps où l’on tirait l’eau à bras dans toutes les cultures maraîchères de Paris, on reconnaîtra sans
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- peine que de .notables améliorations ont été réalisées.
- La marche, du progrès a été lente et successive ; la mani-velle du maraîcher, mise en mouvement par un malheureux
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- cheval, souvent aveugle, a disparu de nos jours, après plus
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- d’un siècle d’existence; elle a été universellement remplacée par la pompe à manège, en même temps que les tonneaux cédaient la. place à des bassins en ciment romain.
- Nous voyons aujourd hui débuter la machine à vapeur et la' lance d’arrosage, se substituer à l’antique arrosoir. Quant à la culture du sol, quant à la somme du produit qu’ils .savent en faire sortir, les maraîchers de Paris, ont atteint, on peut l’affir-
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- mer, les dernières limites du possible;.partout ils obtiennent aisément d’une même surface, six récoltes, dans le courant
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- d’une année. ,
- En dehors de la culture de pleine terre à l’air libre, si l’on considère les procédés de la culture forcée, on voit que la plu-part des maraîchers qui forcent l’asperge, le melon, le fraisier, ont déjà remplacé les couches de fumier par l’emploi du thermosiphon, dont la chaleur peut être réglée à.volonté. À tous
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- PLANTES POTAGERES.
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- ces symptômes de progrès, il convient 'd’ajouter que; depuis 1856, les maraîchers de Paris ont fondé une société de secours mutuels qui ne compte, en ce moment, pas moins de 844 membres ; ce fait démontre à lui seul qu’il était temps de traiter l’industrie maraîchère sur le pied d’égalité à l’égard des autres industries.
- Quelques données, puisées dans la statistique, nous paraissent,devoir trouver ici leur place,‘pour donner une juste idée de l’importance commerciale’dé la culture maraîchère de la capitale. En 1843, on comptait, dans l’intérieur* dè Paris, 1,125 jardins maraîchers ; l’étendue totale des terrains consacrés à la culture maraîchère était alors de 593 hectares 36 ares 25 centiares. Par suite des constructions élevées depuis cette époque, le Paris actuel ne conliént plus que 460 jardins maraîchers, dont l’étendue totale né dépasseras '242 hectares
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- 60 ares 40 centiares. Le plus grand nombre des jardins ma-raîchers, qui existaient encore dans Paris en 1843, ayant été transférés dans la banlieue, on compte maintenant, autour de Paris, 790 jardins maraîchers, ce qui porte, pour Paris et la banlieue, lé nombre des établissements dè maraîchers à 1,250.
- A part la prodigieuse quantité de légumes que produisent ces cultures, Versailles et toute la grande banlieue contribuent pour une large part à l’approvisiorinemènt des marchés de Paris, qui, grâce à l’achèvement de notre réseau de chemins de fer, reçoit, en outre, des légumes dé Cômpiègne, Senlis, Orléans, Roscoff, Niort, Bordeaux, Montauban, Avignon et aussi de divers points de l’Algérie. .... ’
- Bien que les cultures maraîchères de toutes les nations aient été invitées à prendre part aux concours de l’Exposition Universelle, nos nationaux seuls, à quelques exceptions près, ont répondu à l’appel. Livrée ainsi aux seules ressources de la production française, cette branche du jardinage n’a pas pü être représentée aussi complètement qu’on l’aurait désiré àu concours international de 1867. Toutefois, le compte rendu suivant, qui est le résumé des procès-verbaux de* quinzaines,
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- prouve que, pour le plus grand nombre des concours, les. maraîchers français se sont montrés à la hauteur de leur-antique réputation.
- Ananas. — En avril et mai, les cultures de Paris ont été représentées à l’Exposition par de très-beaux ananas Charlotte Rothschild, Princesse de Russie, de Cayenne, de la Providence, Mont-Scrrat, de la Martinique, considérés à juste titre comme les plus avantageux à cultiver pour le commerce. Plus tard, dans le courant de juin, l’Exposition a reçu des ananas provenant directement des Antilles, dont le prix, à la même époque, ne dépassait pas 2 francs, sur les marchés de Paris. Malgré le bas prix auquel ils sont offerts, ces fruits sont peu recherchés, car, récoltés longtemps avant leur maturité-, afin qu’ils puissent mieux supporter le voyage, ils sont complètement dépourvus du parfum et de la saveur qui .font de l’ananas, récolté à son point, l’un des meilleurs fruits de-la .création. De nouveaux ananas, des cultures de Paris, ont été présentés en juillet. Comme ceux précédemment exposés, ces ananas ont fait le plus grand honneur aux jardiniers français,-qui,-on peut le dire, sont, depuis longtemps, passés maîtres dans-l’art de cultiver cette plante. - , . ..
- ...Artichauts.:—Grâce aux chemins de .fer, l’artichaut fait maintenant son apparition, sur les marchés de Paris, dès.le mois (le janvier. .Les premiers viennent d’Alger, de Bordeaux, de Montaubân; plus tard, on en reçoit de la Bretagne. Ceux qui ont figuré à,l’Exposition, en avril et mai,, venaient de Niort ; ils sont.connus, dans leur pays, sous le nom d’artichaut ça-
- ta j J } } », i . - / • v , 'S
- mus. En juin, M. André Leroy a présenté à l’Exposition.unç très-intéressante, collection, composée de vingt variétés. .Én juillet, les cultures de Senlis, Compiègrié, Noyonont .été
- ;ï' J ,!y ... , , •'* - • f . - . * - J ‘ *•;
- réprésentées'par, dé .très-beaiix specimens de.la variété, nom-
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- feuilles, est eellc qui donne la plus forte proportion de substance comestible; c’est aussi celle dont la saveur est la plus relevée1 et dont la consommation est la plus étendue.
- Asperges. — La réputation, bien méritée, des cultures; d’asperges des environs de Paris est, depuis longtemps eta-1, blie. Les plus remarquables à tous égards sont, sans contre-^ dit; celles d’Argenteuil, dont les produits font le plus grand'1 honneur aux cultures françaises. Gand, en Belgique, étTJTni,' en Wurtemberg, les deux localités de l’Europe d’où viennent
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- les asperges les plus renommées, n’ont jamais rien produit de ' comparable aux asperges d’Argenteuil. Bien que, depuis trente ans, l’asperge soit, pour Argenteuil, l’objet d’un commerce fort1 important (on estime que la commune d’Argenteuil a vendu pour 500,000 francs d’asperges, cette année), deux cultivateurs* seulement, MM. Louis Lhérault et Lhérault-Salbœuf, ont pris ’
- part au concours. Trois bottes d’asperges roses, hâtives,' de7 la plus grande beauté,, ont été exposées, le 15 avril,- par’• M4-Louis Lhérault; à partir de cette époque, il n’a cessé, jùs-r: qu’au 1er juin, de présenter des asperges à tous les concours;1 La i variété cultivée par M. Lliérault-Salbœuf étant ^ plus' tardive, inais non moins belle que celle de M. Louis Lhérault,1 n’a été présentée au concours que le 1er mai; ses'envois ont1 été, comme ceux de son concurrent, continués sans interrüp-1 tion ; seulement, ayant commencé quinze jours plus lard, ils‘ne se sont terminés‘que le 15 juin. Il en résulte que,- grâce a tés* deux exposants, on a pu, pendant une période de déuxl'môïs‘,; admirer, à l’Exposition internationale, des: aspergés cômmW' il n’en existé point ailleurs. ' - • ;; ..ç'v.' /
- Les cultures du Loiret et de Seine-et-Marne ont été repré-' sentées par des asperges qui, sans approcher de la perfection dé celles d’Argenteuil, faisaient cependant fort bonne figuré à l’Expositiom :Qui ri’à pas vu les belles asperges d’Argenteuil^' hé petit s7eri faire une idée ; réunies par bottés de 86 èenti^’ mètres- dë’ cîrcôriférehee1, chaque botte d’asperges pèse 'dé^â'5
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- 6 kilogrammes; dans les bottes de premier choix, il n’est pas rare de trouver des asperges de 12 à lo centimètres de tour.
- Des doutes ayant été manifestés par quelques jurés étrangers quant à la valeur gastronomique de ces asperges, on en . a fait cuire une botte; après 17 minutes,de cuisson elles ont été, à l’unanimité, trouvées tout aussi succulentes que les asperges du Loiret, placées dans la même,eau, comme point de comparaison.
- Le marché de Paris reçoit, outre les asperges d’Argenteuil, de grandes quantités de ce légume, provenant des cultures de Sannois, Ermont, Saint-Gratien, Epinay, Saint-Ouen,.Meaux,, Roye, Montdidier, Orléans.
- Les cultures allemandes ont été représentées à l’Exposition par une botte d’asperges, envoyée de Berlin par M. Hoffmann. Comme grosseur, ces asperges n’ont rien que de très-ordi-r naire ; seulement, par suite du procédé de culture suivi en Allemagne, elles sont plus blanches que les nôtres. Si jamais ce qui fait le succès de ces asperges était considéré comme une qualité chez nous, rien ne serait plus facile que de donner satisfaction au nouveau besoin de la consommation ; il, suffirait, pour cela, de butter les asperges plus fortement que de coutume, et de les récolter avant qu’elles ne sortent de terre.
- Grâce aux produits de la culture forcée, Paris n’est jamais plus de trois ou quatre mois, sans asperges; il serait même facile d’en avoir toute l’année, il suffirait pour cela de récolter successivement, en attendant les produits de la culture forcée, toutes les asperges qui sortent de terre; seulement, en procé-, dant ainsi, on escompterait l’avenir.
- Carottes. — Les carottes cultivées à Paris, soit sur couche, soit en pleine terre, sont remarquables par la régularité de leur forme ; parmi celles qui sont vendues par bottes sur les marchés, pas une ne dépasse l’autre. Toutes les racines, pré-
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- sentéés à l’Exposition par les maraîchers de Paris étaient irréprochables. A partir du 1er avril, ce produit a figuré à tous les concours, de manière que l’on a vu successivement apparaître les variétés de carottes, rouge courte, rouge demi-longue et rouge longue. r
- La place que cette plante occupé dans’ l’assolement des jardins maraîchers est assez large pour que Paris soit rarement exposé à manquer de carottes.
- La culture des carottes de Nantes a été également bien représentée à l’Exposition par une belle et bonne variété, rouge demi-longue,qui ne paraît pas inférieure aux variétés du même genre, cultivées dans la*banlieue1 de Paris. 1
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- Champignons. — Le champignon comestible (Agaricus edulis) est cultivé maintenant aux environs de la capitale, par des producteurs spécialement adonnés à cette culture.
- Ils exercent leur industrie partout où ils trouvent à leur dispositiontifanciennes carrières abandonnées. Les spécimens de ces cultures présentés à l’Exposition, en avril1 et mai, étaient tout ausëi beaux que l’on pouvait le désirer. ’
- Les économies que la culture en grand peut seule réaliser ayant fait baisser sensiblement le prix des champignons, ils sont devenus, pour Paris, l’objet d’un commerce important, et la vente au détail qui se faisait autrefois par maniveaux, ou petits paniers de dimension fort restreinte, se fait actuellement par kilogrammes. Pour l’exportation, les champignons sont convertis en conserve, ce qui ne leur fait rien perdre de la valeur culinaire qui les fait rechercher à l’état frais. Après avoir parlé des cultures de champignons de Paris, il convient de mentionner celles de Méry (Seine-et-Oise) ; on estime à 45,000 mètres la longueur des couches consacrées, dans cette localité,à la culturedu champignon; le produit ne serait pas moindre de 1,500 à .2,000 kilogrammes par jour, ce qui dépasse de beaucoup ce que donnent les cultures de Loches, dans Maine-et-Loire, considérées, à juste titre, comme une
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- des choses les plus remarquables' de l'industrie maraîchère1 de ce département. ' •
- Choux. — En suivant l’ordre des concours, on.a eu.l’occasion de passer en revue toutes les -variétés de choux qui-entrent dans l’assolement des jardins maraîchers de Paris et des environs. Avril a fourni à l’Exposition des choux de Milan/
- produits des cultures de Pontoise ; mai a donné les clîoüx .d’York, obtenus parles maraîchers de Paris; juin a vu paraître les choux cœur-de-bœuf, les choux nantais (chou Joanet) et1 les choux de Milan, pied court. En juillet, se sont montrés; le chou plat d’été (chou pommé de Saint-Denis),, le chou:de: Milan des Vertus et le chou quintal, dont quelques spécimens, débarrassés de leurs feuilles extérieures, n’avaient pas moins
- d’un mètre 35 centimètres de circonférence. Les variétés Com-
- merciales cultivées soiis le nom de chou rouge, de chou dé Yaugifard, de choü fraise-de-veau et de chou de Bruxelles, ont été, en raison de l’époque dé leur production, présentés-peu dé temps seulement avant la fin de l’Exposition. 'r > Pour répondre aux bèsoiiis de la consommation, d’immenses" surfaces sont consacrées, aux environs de Paris, à la culture du. chou, dont l’emploi a pris des proportions considérables, depuis que, sous la forme de légume sec, celte plante'est' devenue un produit d’exportation. .
- Choux-fleurs. — Du 1er mai au Ier. juillet, il a été présenté; à l’Exposition, des choux-fleurs à tous les concours. En mai.-la culture forcée a été représentée par dé très-beaux choux^ fleurs tendres ; en juin, les cultures de pleine terre ont fourni-des choux-fleurs demi-durs,;du,plus.grand mérite; en juillet/ bien que, sous le climat de Paris; la température soit moins) favorable que. celle .du-printemps‘-et de l'automne..à.Ia prôdüc-o tion de ce légume, les choux-fleurs .présentés à cette époque;
- ne laissaient néanmoins rien à désirerv , ;
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- - PluSftard, sont, .venus'les choux-fleurs de Chàmbourcÿ, près;
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- Saint-Germain, où cette plante est cultivée en plein champ comme le sont ailleurs les choux de Milan. . '
- Enfin, après ceux-ci viendront encore les choux-fleurs de: la Bretagne, qui, pendant l’hiver, sont apportés en abondance sur les marchés de Paris. ;•
- On voit que, sauf une très-courte interruption, il est possible, à Paris, d’avoir des choux-fleurs à peu près toute; Cannée. • '
- • Cresson cle fontaine. — De beaux spécimens de là culture du cresson de fontaine ont été présentés à l’exposition, le, lo avril, par les maraîchers de Clermont (Oise). A cette occasion, nous rappellerons que la création des premières cressonnières artificielles remontent, en France, à l’année; 4811,-, époque à laquelle M. Cardon entreprit cette culture, dans’ la. vallée de la Nonette,-entre Senlis et Chantilly. Depuis, on a créé, dans le département de l’Oise, plus de 60 hectares de cressonnières. L’impulsion étant donnée et les avantages de cette-culture étant évidents, son extension n’a' pas cessé ;de; s’accroître. Dans plusieurs communes des environs,de Paris, où l’eau courante manquait pour alimenter les cressonnières, artificielles', on a été jusqu’à1 creuser des puits artésiens; pour cette seule destination.-Bien que ces tentatives n’aient pas, été toutes aussi heureuses qu’on pouvait l’espérer, la culture du cresson de -fontaine n’a pas moins continué1 à progresser,, de telle sorte, que les marchés de Paris sont' abondamment approvisionnés de ce produit pendant tous, les mois de l’année.
- Fraises. Le temps n’est pas encore bien éloigné de nous, où la, fraise n’était destinée qu’à figurer sur les tables aristo-? cratiques ; aujourd’hui, grâce à l’intelligence et à la prodigieuse; activité d;e& cultivateurs- de la banlieue de Paris*, il y a des fraises pour tout-le monde: Ce produit est, par son prix modéré, aecessible :à toutes les bourses. : f : 1 -
- L’abondance des fraises sur nos marchés èst telle, que;
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- souvent, elles ne se vendent pas, en détail, plus de 30 à 40 centimes le kilogramme. Il est juste d’ajouter que la cul-
- 1 . ' , ' ’ ) ; ' • •, „ît'<
- turc du fraisier est pratiquée en grand dans toutes les communes environnantes, notamment à Clamart, Seaux, Fontenay-aux-Roses, Chatenay-Verrières ; de plus, Hyères, Bordeaux, Avignon, Angers, Orléans, Brest, contribuent aussi, pour une large part, à approvisionner de fraises le marché de Paris.
- Du 1er avril au 1er juillet, il a été présenté à tous lés con-cours des fraises, devant lesquelles la foule des visiteurs
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- s’arrêtait avec admiration. Pour donner une idée de la beauté ; , t . * ! des produits soumis à l’appréciation du Jury, nous croyons devoir rapporter les propres termes dans lesquels ils ont été jugés par M. Lawson, d’Edimbourg, l’un des membres du Jury i « Jamais, nous disait-il, je n’ai rien vu de plus beau, même en « Angleterre. »
- De la part d’un juge aussi compétent que M. Lawson, une pareille déclaration fait le plus grand honneur au . talent des. jardiniers français; car on sait que les Anglais ont été long-
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- temps nos maîtres dans l’art de cultiver le fraisier. Dans la collection, qui a valu une récompense à M. Berger, le Jury a
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- remarqué des fraises, docteur Nicaise, du poids de'44 grain-mes; des fraises, amiral Dundas, de 34 grammes; dés fraisés, emperess Eugénie, de 29 grammes; des fraises, Éléonore Myatt, souvenir de Kieff et Muscadin, de Liège, de 27 grammes. Bien que les fruits de ce volume et de ce poids ne soient pas tous de premier mérite, comme saveur, ils n’en sont pas moins recherchés avec empressement, pour faire l’ornement des tables bien servies. Les fraises obtenues par la culture-forcée sont, à Pari^, l’objet d’un commerce considérable ; elles ont, en partie, échappé à f appréciation du Jury, en raison de l’époque à laquelle ont été ouverts .les concours; cétté cir-’ constance est, d’autant plus regrettable, que, par le simple exposé des faits, le Jury aurait eu à constater que, à Paris, on peut avoir des fraises parfaitement mûres, pendant tous les mois de l’année. , , ,
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- Haricots. — La culture des haricots, spécialement la culture forcée, pratiquée naguère , avec tant de succès par les maraîchers de Paris, est menacée de disparaître dans un avenir inévitable et prochain, car Paris reçoit actuellement, par les chemins de fer, de Bordeaux, de Perpignan et d’Alger, des Haricots de primeurs, récoltés en.pleine terre, dont.le prix de
- \ : 1 ' • i t ! M ‘ ,. »' 7 j '; . ' ’ ; ’ H; • ' , ’ > 'J > î * /•., ; * .i ’: 1 ' v ; ; !. . : '
- revient permet de faire aux haricots de Paris une concurrence impossible à soutenir.
- Jusqu’à présent, il est vrai, malgré leur prix relativement éleve, les haricots de Paris trouvent encore des acheteurs,
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- parce qu’ils sont, sans, contredit, plus frais et plus tendres que
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- ceux qui proviennent des cultures méridionales, comme il a
- luwr.-vu; ;• <j1 * ! •••»« vin.tmïJ.N
- été facile.de le reconnaître en examinant les produits.pre-
- i'i 1-.-1 i,i . ,->‘t ui iM • • t i .i . i _ -Â,.M , 1 . ; A •' • f
- serités à l’Exposition, en avril et mai.
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- Pour approvisionner Paris de haricots frais ou conservés par le procédé Appert, on consacre tous les ans*, aux environs de la capitale, spécialement dans les communes de Massv, Pontoise, Monthléry et Arpajon, d’immenses espaces à la cul-
- 4 i '-‘J. ' ';{• /'*it ' f h- .!> ‘ )’ i , • ' - M
- ture de ce légume. Bien que les haricots secs aient été réser-
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- vés à la classe 71, de l’Exposition, les maraîchers de Cler-
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- mont (Oise),,en ont présenté à la classe 8S, une collection,
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- comprenant toutes les variétés cultivées dans leur canton.
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- Ignames de la Chine.— La racine tuberculeuse de l’igname
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- de la Chine ,('Dioscorea Japonica), introduite en Europe, en 1850 , par jVL dé Montigiiy, consul général à Sfiang-haï, est celle de toutes les plantes alimentaires d introduction récente qui offre lé plus d’intérêt, 'et qui paraît avoir .le, plus
- V ^ : !'•' î .< !. J --- - •' - ' ' ‘S • f’Xvi - "i-' , { ! > : ï î 1 i
- d’avenir.
- Cultivée pendant plusieurs années, au Muséum, comme
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- plante grimpante, rigname de la Chine ne fut appréciée à sa juste valeur que vers 1852, époque à laquelle M. Rémont, de Versailles, a entrepris, avec une persévérance digne d’éloges, la culture et la propagation de cette plante. Un rapport officiel établit que, dès 1857, M. Rémont possédait
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- GROUPÉ IX. '—' CLASSÉ 85.
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- 9 à -10* millions de .jeunes ignames de la Chine;.',D'après le mémoire remis par lui au Jury, il en aurait .planté pour son propre compte de grandes étendues, dans dés' conditions diverses. Les résultats, constatés avec tout le soin que l’on
- doit apporter à de semblables, opérations, ont prouvé à M. Rémont que l’igname de la Chine peut produire, dans les landes de Bordeaux, sans travaux préalables, 7,000 kilogrammes à l’hectare. Les études sur ce point ont porté sur deux hectares; il en a récolté 16,OüO kilogrammes sur un terrain , bien préparé; enfin, dans un bon terrain largement pourvu d’engrais, il en a obtenu 42,000 kilogrammes. Il résulte de ces observations que le produit de l’igname de la Chine est, comme on le voit, subordonné à la qualité du sol, à la culture et aux engrais exactement comme tous les autres végétaux. . . é .
- -Dans le' but de faire connaître la culture de cette'plante, M. Rémont a planté, en mai dernier, vingt ares d’ignames de la Chine à' Billancourt, partie sur billons, partie sur terrain plat. Appelé à constater les résultats de cette culture, le Jury a fait arracher, le 14 octobre, en sa présence, plusieurs touffes de ces ignames, bien qu’elles r fussent en pleine-végétation, bien qu’elles eussent* encore plus d’un mois à grossir. On aurait pu,-en- cas de besoin, commencer la récolte, qui donnait les plus belles espérances. Transportées le jour même dans le Jardin réservé de l’Exposition du Chainp-de-Mars, les ignames
- de la.Chine, récoltées à Billancourt, furent placées parM. Ré-
- /
- mont à côté des produits de l’année précédente, présentés par
- lui, dans un état parfait de conservation ; deux caisses de fécule de-la-même,plante complétaient l’immense intérêt que présentait cet apport. . ! ,
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- Les nombreux produits de même nature, présentés à l’Ex-
- position' internationale parla Société de Clermont (Oise),-par MMv Vavin,-Vivet,-Leroy* Louvet, la maison'Courtois-Gérürd ëtPavard,-prouvent que l’on peut croire à l’avenir de cette plàntë;à laquelle il neunanque que d-’être connüe et qui paraît appelëë,mon :à'-;détrôner-la pommé-'de terre, miais à prendre
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- .place à côté d’elle dans l’alimentation habituelle des peuples européens. . \ : ' .
- ; Melons.—Au commencement de ce siècle, le melon brodé, rarement bon, connu à cette époque sous le nom de . melon miaraîeher, était presque seul cultivé chez les maraîchers pari-. siens;- les diverses variétés de melon cantaloup ne s?v moudraient que par exception; aujourd’hui, il n’est presque plus question de l’ancien melon brodé, on ne cultive plus que les cantaloups; parmi ceux-ci, la variété connue sous le nom de Prescolt fond blanc est la plus estimée. Ce melon est spécialement recherché des Anglais; ce qu’ils en achètent tous les ans sur les marchés de Paris est à peine croyable.
- Ainsi qu’il était facile de le prévoir, la culture du melon a été représentée à l’Exposition par des fruits d’une- beauté remarquable et d’une régularité de forme à défier toute critique : on sait-que, pour le melon, la régularité des formes h’est pas seulement une affaire de coup-d’œil ; ceux dont les formes sont le plus régulières, sont toujours ceux qui l’emportent sur les.autres, au double point de vue de l’odeur et de la saveur. , .
- • . • • p
- En avril et mai, on a eu à l’Exposition le produit des cultures de haute primeur; en juin, les maraîchers de-Paris ont présenté, des melons.de première saison; en juillet, des melons de seconde saison, les uns et les autres,-d’une beauté remarquable ; plus tard, ils ont envoyé leurs melons de troisième, et de quatrième saison. Quoiqu’il se consomme à Paris une énorme quantité de melons, on n’en reçoit, pas des départements, si ce n’est quelques melons de Çavaillon, qui- coni-mencent à être cotés sur nos marchés. Il est à regretter que lés.beaux, mêlons de Ronfleur,'du poids de 15 à 20 kilogrammes, ne soient pas.connus: à Pariç* car il est probable qu’ils seraient hautement appréciés, ; g : : •
- , Navets— Un progrès-marqué a été réalisé- depuis quelques
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- années dans la culture de cette plante, on en trouve maintenant toute l’année sur les marchés de Paris. Les premiers navets de printemps sont récoltés à Ghatou, sur les bords de la Seine. On en a vu de très-beaux à l’Exposition, dès le 15 mai; depuis cette époque, la même variété a été présentée à tous les concours, sous le nom de navet long hâtif de Croissy. Le navet étant essentiellement un produit d’automne, ce n’est que dans les premiers jours d’octobre qu’ont été présentées les variétés commerciales, cultivées sous le nom de rouge-plat hâtif, jaune d’Écosse, de Preneuse et de Meaux.
- Pois. — Les premiers pois verts récoltés aux environs de Paris, ont été présentés à l’Exposition le 1er mai; ceux qui paraissent avant cette époque, sur nos marchés, viennent d’Alger, de Bayonne ou de Bordeaux.
- A partir du 1er mai, il a été présenté des pois verts à tous les concours. La collection la plus intéressante qui ait figuré à l’Exposition appartenait à la maison Vilmorin-Andrieux; toutes les variétés de cette collection étaient représentées par des spécimens cultivés en pots, ce qui permettait d’apprécier chaque variété à sa juste valeur.
- La vente des pois verts est, à Paris, l’objet d’un commerce important, car, indépendamment de ceux qui sont livrés à la consommation, à l’état frais, des quantités énormes sont converties en conserve par le procédé Appert.
- Pommes de terre. — La pomme de terre, « ce pain tout fait, » selon l’expression très-juste de Parmentier, ne pouvait manquer d’occuper une large place à l’Exposition universelle de 1867.
- Dès les premiers jours de l’ouverture de l’Exposition, à coté des produits nouveaux, présentés par M. Besson, de Marseille, on remarquait douze variétés de pommes de terre de la récolte précédente, dans un état de conservation aussi parfait que possible ; ces pommes de terre, exposées par la maison
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- Courtois-Gérard et Pàvard, avaient' été 'tout'simplement conservées dans une cave’sàinepprivéé d’àir ; ellés sont restées à •l’Exposition jusqu’à la fin dé ni'ai, -sans avoir subi d’altération sensible. Les pommes de terre nouvelles que nous envoie l’Algérie, étant épuisées au moment de l’ouverture de l’Exposition, nous n’en parlerons que pour mémoire: A partir du mois de mai, les poriimcs de terre ont figuré à tous les concours. Les cultures des départements de la'Seinè, de Seine-et-Oise, de l’Oise, d’Eure-et-Loir, de >la Loire-Inférieure, du Doubs, du Nord, de la Vendée,, de la Belgique, de la Suède et de la Prusse, ont été représentées à l’Exposition Universelle par des collections dont quelques-unes ne comptaient pas moins de 200 variétés. Nous avons remarqué que les •Prussiens paraissent préférer les petites pommes de terre aux grosses, probablement pour se conformer au goût des consommateurs, car le poids moyen des tubercules exposés par eux,* ne dépassait pas 35 grammes. !S •
- - Sans nier d’une manière absolue l’utilité des collections de pommes de terre; nous considérons les collections nombreuses comme une cause d’embarras sans compensation; car, dans ce cas, il n’en est pour ainsi dire pas une dans laquelle la même variété ne soit reproduite huit à dix1 fois sous des noms différents. Cette confusion est d’autant plus regrettable qu’elle peut facilement être évitée, il suffit, pour cela, de consulter la collection type de la Société impériale et centrale d’horticulture de France. Composée de 528 variétés, en 1855, cette collection, dont un exemplaire a été présenté à l’Exposition Universelle par la maison Courtois-Gérard et Pavard,' ne compte pas plus de 60 variétés maintenant, par suite des,fsup-pressions opérées par la Commission chargée des études relatives^ ce travail:^ ' m - L;-:? •
- Classée d’après: ses caractères ^physiologiques , chacune des -variétés de cette collection porté lè nontisôus lequel on- la trouve dans le commerce,/plus. l’époqiie dé' sa; maturité, ce qui est appelé à rendre de signalés services à l’agriculture
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- T. XII.
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- comme à l’horticulture, car il est parfaitement exact que les pommes de terre doivent être livrées à la consommation, comme les fruits, dans l’ordre de leur maturité. Ainsi, par exemple, la pomme de terre marjolin, la meilleure de toutes, pour être consommée en été, perd énormément de ses propriétés alimentaires, lorsqu’elle est conservée seulement jusqu’en automne. Au contraire, la pomme de terre pousse-de-bout, n’est réellement aussi bonne qu’elle peut l’être, que quand on la mange en hiver.
- A tous ces titres, la collection de pommes de terre de la Société impériale et centrale d’horticulture de France présente un vif intérêt et une source précieuse d’enseignements.
- Le nombre des envois de pommes de terre adressées à l’Exposition, prouve que la culture de cette plante se maintient à la hauteur des services qu’elle est appelée à rendre à l’humanité.
- En dépit des ravages de la maladie qui n’a cessé de sévir presque sans interruption depuis 1845, la pomme de terre est cultivée en France sur une si grande échelle, que nous exportons, chaque année, des quantités considérables de ce tubercule, sans nuire d’une manière appréciable à l’approvisionnement de nos marchés et sans causer de renchérissement préjudiciable aux consommateurs.
- Tomates.—Depuis le 1er avril, il a été présenté des tomates à tous les concours. Les premières venaient d’Alger, les secondes d’Avignon, les troisièmes représentaient les cultures forcées de Paris; enfin, en juillet, les tomates récoltées en pleine terre ont commencé à se montrer.
- Malgré ce que produit le midi de la France, les maraîchers de Paris cultivent maintenant plus de tomates que jamais; il est vrai que, indépendamment de celles qui sont livrées à l’état frais, la préparation des conserves de tomates en absorbe, chaque année, des masses qui dépassent tout ce que l’on pourrait supposer.
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- Truffes. — L’époque de la récolte n’ayant pas permis de présenter des truffes fraîches à l’Exposition Universelle, plusieurs truffiers en exposèrent de conservées, dans la classe 71 ; l’un d’eux, M. Auguste Rousseau, de Carpentras, qui passe pour créer à volonté des truffières artificielles, avait, afin de justifier probablement ce que l’on dit de lui, fait planter dans le Jardin réservé de l’Exposition des chênes truffiers (chênes verts), relevés en mottes et transportés de Carpentras à Paris dans de grands bacs. Ces chênes, à l’ombrage desquels on trouve des truffes, selon M. Auguste Rousseau, ont donné une belle végétation dans le jardin réservé, niais rien de plus et c’est ce qu’il était facile de prévoir.
- Invités par M. A. Rousseau à vérifier la production des truffes sous ses chênes, nous ayons réellement trouvé des truffes ; seulement il ne nous est pas possible de certifier que ces truffes s’y soient produites naturellement.
- Ce fait, que l’honneur des fonctions dont nous étions investis ne nous a pas permis de passer sous silence, ne peut, si regrettable qu’il soit, nuire en rien à la considération des exposants de la classe 85, attendu qu’il se rapporte à un produit que l’on ne peut à aueuu titre, jusqu’à présent, du moins, considérer comme appartenant à la culture maraîchère.
- Indépendamment des produits mentionnés d’autre part, les maraîchers de Paris, de Nantes et de Clermont (Oise), ont présenté à l’Exposition de très-beaux spécimens de courges, concombres, laitues, chicorées, oignons, poireaux, radis, salsifis, scorsonères, près desquels se faisaient remarquer les patates de M; Leroy, de Kouba, et le cerfeuil bulbeux présenté par MM. Tassin, Vavin, Vivet et Verneuil.
- Les. plantes- potagères nouvelles, dont l’introduction * est toujours lente et difficile,- étaient représentées à l’Exposition par le radis queue de rki- ou mougri de Java, de MM. Deschamps et Lavoisey. Lès siliques de cette plante, comestibles dans leur- jeunesse,-peuventatteindre* jusqu’à' un mètre de longueur; le-chou chang-tony de Mf Guenôt, dont' là pommé
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- allongée était tout aussi ferme que celle des choux de nos marchés; l’aubergine ronde de la Chine, le céleri à feuilles frisées-,, le chou Schweinfurt; le chou pancalier petit hâtif,, l’épinard d’Australie, le haricot à cosse violette de la maison Vilmorin,, la chicorée frisée de la passion, le brocoli sprouting. et la carde poirée du Chili-, de la maison Courtois-Gérard et Pavard-.
- La chicorée frisée de la passion se distingue par sa rusticité; jusqulà ce jour, elle a passé facilement l’hiver sans abri,, sous.le climat de Paris; on la récolte en mars et avril, comme la laitue dont elle porte le nom.
- Le brocoli sprouting diffère essentiellement par son mode de végétation de tous les brocolis cultivés dans nos jardins ; ses rameaux sont garnis de feuilles dont chacune porte,,à son aisselle, un bourgeon arrondi, qu’on peut récolter et livrer à la cuisine ;. ceux qu’on laisse développer deviennent à leur tour des rameaux dont les feuilles abritent chacune un bour-, geon.; iln!yadonc pas d’exagération, à dire que le brocoli sprouting est d’uneprodigieuse fécondité. On récolte les premiers bourgeons dans la seconde quinzaine de mars et les; autres successivement, jusqu’à ce que la plante entre en fleur, c’est-àrdire pendant une période de l’année où les légumes* frais sont rares. A ce titre, le brocoli sprouting nous paraît être une bonne acquisition.
- La carde poirée .du Chili se recommande par un autre genre, de mérite : elle est,à la.fois potagère et ornementale, elle possède même au plus haut,degré cette dernière qualité ; ses.côtes,, d’un admirable coloris rouge vif, rose clair, orangé, font de la.-carde poirée du Chili une véritable plante à feuillage ornemental.
- Sa valeur, comme légume, est égale, sous tous les rapports, à celle, de-la carde poirée ordinaire.
- Si l’onTrésume.les impressions.résultant de Faspect.de cette série-de concours ouverts pour la culture maraîchère à l’Ex* position,Universelle, où l’on a.pu voir présentés,successivement les plus.beaux ;spécimens' de cette branche du; jardinage,.
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- PLANTES POTAGERES.
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- on éprouve d’abord un regret : celui de ne pas avoir trouvé à ces concours un caractère international plus accentué.
- En effet, sur 86 exposants qui ont pris part à ces concours, on comptait 5 Belges, 5 Suédois, 3 Prussiens et 69 Français ; le rapport entre l’élément étranger et l’élément français était donc de 15.81) pour 100 ; ce qui, il faut en convenir, n’est pas tout-à-lait ce que les circonstances solennelles de la lutte permettaient d’espérer.
- Quelles que soient les raisons qui ont pu motiver l’abstention des maraîchers étrangers, elles sont regrettables, car la comparaison eût été, sans aucun doute, profitable, pour eux comme pour nous. Ces regrets s’adressent aussi à une grande partie des maraîchers français qui, soit par insouciance, soit par excès de modestie, ne se sont pas présentés. Malgré ce concours de circonstances fâcheuses, nous dirons que l’exposition de la culture maraîchère aurait pu être plus complète, mais qu’il eût été difficile qu’elle fût plus brillante.
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- Section
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- ARBRES FRUITIERS ET FRUITS
- /.—Arbres fruitiers et fruits, en général, par M. de Galbert membre de la Société d’Horticulture de l’Isère.
- //. — La viticulture et ses produits, par le docteur Jules Guyot
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- ARRHES FRUITIERS ET FRUIT
- SECTION I
- ARBRES FRUITIERS ET FRUITS
- Pau M. Alphonse de G ALBERT.
- CHAPITRE I.
- ARBRES FRUITIERS.
- • Les soins donnés, à. la, culture des arbres fruitiers ont du, chez, toutes les nations civilisées,: préoccuper, les amateurs de jardins. Presque tous ceux qui peuplent les notr.es sont dessap? ports des pays étrangers,, successivement acclimatésparmi nous ouides. conquêtes du, travail , sur la nature. Il suffît, pour s’en convaincre, de; voir ce que.sont, encore aujourd’hui,, a l’état primitif, les poires, pommes*: cerises,, etc;,, qui croissent naturellement dans nos forêts. Remonter à l’priginer de cetteiculr ture, serait un travail difficile. Elle dut naître avec le goîit
- du bon et du beau; c’est-à-dire à là tbrmation dés sociétés.
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- Xénophon,Yirgilé,Çoliunellc,nous apprennentquellesétaient, au sujet des produits de ,leursrjardins, les préoccupations des
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- grands propriétaires, à l’époque où ces historiens vivaient. 11 n’est pas jusqu’à l’idée des expositions et “des concours agricoles, que le philosophe grec n’ait émise, comme un usage de son temps.
- Personne n’ignore également que, pendant l’époque féodale et jusqu’à la fin du xviip siècle, les ordres monastiques conservèrent et perfectionnèrent la plupart des arts et des sciences. La culture des arbres fruitiers fut de ce nombre. Les Chartreux passaient pour posséder les plus beaux jardins connus alors. La renaissance de l’arboriculture semble néanmoins dater pour nous de la fin du xvie et du commencement du xvne siècle, du moins, c’est à cette époque que remontent les premières publications pomologiques. En 1561, Conrad Gesner publia un ouvrage dans lequel il disait que « le figuier, le groseiller « et le jasmin, étaient cultivés, le long des murs, pour hâter, « soit la maturité des fruits, soit la végétation. » Olivier de Serres, dans son immortel ouvrage, Le théâtre d’agriculture, consacre près de deux cents pages à la vigne et aux arbres fruitiers. Son style, brillant et imagé, fera toujours le charme des lecteurs. Puis vinrent de La Barauderie, intendant des jardins de Henri IV et de Louis XIII, qui donna les premières notions précises sur les espaliers; ce travail ne fut publié qu’après sa mort ; Nicolas de Bonnefond, valet de chambre du roi, en 1653 ; Triquet Vautier, médecin du roi ; Roger Schabol, qui prétend que sous Henri IV et Louis XIII, on ne connaissait à Paris que les pêchers en plein vent de Corbeil.
- A la même époque, Pierre Belon faisait paraître un ouvrage intitulé Remontrance sur la culture, dans lequel il s’occupait surtout des jardins de Padoue. Enfin, de La Quintinie, directeur des jardins du Roi, sous Louis XIV, de qui Perrault , de , l’Académie française, disait :
- «Par son heureux travail, par ses soins honorée,
- De raille.nouveaux fruits la terre s’est parée;
- Et devenant féconde au gré.de ses désirs,
- A charmé tous nos sens par mille doux plaisirs.»
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- donna son admirable livre sur les jardins fruitiers et potagers, l’ouvrage le plus complet de l’époque. Dans un cadre nettement tracé, il embrasse toutes les opérations qu’un horticulteur habile doit savoir faire, il expose toutes les notions qu’il doit connaître ; c’est ainsi qu’il traite de la préparation des terres,des amendements, des plantations des meilleurs fruits; qu’il s’occupe de la taille, du pincement, de l’ébourgeonne-ment, du palissage, etc. Il indique que l’on doit découvrir les fruits à propos, en enlevant les branches et les feuilles qui les empêchent d’être chauffés par les rayons du soleil. Il donne des méthodes pour la cueillette des fruits, et les modes de conservation. Envisageant la question des maladies des arbres, il en recherche l’origine et donne les remèdes qui y sont applicables. Il finit son ouvrage par un traité des pépinières, des treillages, etc., il parle aussi des jardins potagers, et de la culture des orangers et des citronniers. Ces travaux le.firent passer, à juste titre, pour le plus grand des cultivateurs d’arbres de son temps ; il en fut récompensé de toutes les manières, par le grand Roi. De nombreuses éditions de ses œuvres ont paru depuis ; son propre fils fut l’auteur de l'une d’elles, dans laquelle il s’occupe de la culture des melons, que le père avait omis; elles ont été, depuis, revues et augmentées par tant de jardiniers-auteurs, qu’il nous est impossible de les suivre. Cependant, La Quintinie recule devant le pêcher, qu’il regarde comme indomptable, ou du moins très-difficile à conduire.
- Le chevalier de Girardot fut plus heureux, en mettant en pratique et en développant les principes enseignés par La. Quintinie ; il connut le pêcher et devint le fondateur de ia célèbre culture de Montreuil. Louis XIV, acceptant une corbeille de pêches, décora le mousquetaire ruiné à son service, et la croix de Saint-Louis brilla sur la poitrine du vieux soldat qui, en refaisant sa propre fortune, venait de doter Montreuil d’une source der richesses, et le monde^ d’iine admirable-méthode de culture. Descombes formula en théorie la
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- pratique de Girardot, dont l’œuvre fut continuée par La Bre-tonnerie et d’autres auteurs.
- La Révolution arrêta momentanément le développement de l’arboriculture fruitière. Les grandes préoccupations qu’elle avait fait naître avaient subitement frappé de mort toutes les préoccupations secondaires du luxe et du bien-être. Mais l’Empire avait à peine amené la prospérité et le calme, à l’intérieur de la France, que le goût des jardins renaissait. Ce mouvement n’a fait que grandir.
- Notre tâche ne doit pas se borner seulement à rappeler le souvenir des pères de l’arboriculture fruitière. Nous devons aussi faire connaître le nom et les travaux des hommes qui ont marché sur leurs traces, à qui nous devons les publications pomologiques qui ont tant aidé à vulgariser, parmi nous, les meilleures méthodes de plantation, de culture et de taille des arbres fruitiers. Vers la fin du siècle dernier, vivait, à Montreuil , un homme dont le nom doit venir le premier sous notre plume. Nous voulons parler du baron de Butret, grand propriétaire de cette industrieuse localité, qui, dans un ouvrage très-remarquable, intitulé Taille raisonnée des arbres fruitiers, fit connaître les procédés usités alors par les habitants de cette commune, depuis longtemps célèbre, par la
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- culture du pêcher, réputation justement acquise, noblement maintenue de nos jours. L’ouvrage du baron de Butret atteignait en 1808 sa 12e édition (1).
- .Dans l'intervalle, l’habile pomologiste avait été obligé, de . quitter Montreuil et s’était réfugié dansjes environs de Strasbourg, où il voulait établir une école d’arboriculture. Déjà il avait créé un magnifique jardin de 10 hectares, dont 4 dis-posés en verger, garni d’espaliers, couvrant 300 mètres de
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- murs , et planté de 2,500 .pieds d’arbres, lorsque les nécessités
- , (t)« IJne partie des- renseignements, bibliographiques - contenus dans, cette notice sont, dus à l’obligeance de notre savant collègue, M. llouchard-Huzard, secrétaire-général de la Société impériale et centrale d’horticulture de France.
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- de-la guerre vinrent bouleverser sa propriété, détruire ses jardins et mettre fin à ses travaux.
- Nous citerons, après lui, Calvel, directeur de la pépinière que le ministre Cliaptal avait organisée dans les anciens et célèbres- jardins des Chartreux réunis au Luxembourg. Clavel contribua au progrès de l’arboriculture par ses ouvrages sur les moyens pratiques d’accélérer la fructification des arbres, •sur la courbure des branches, sur l'incision annulaire et circulaire , sur les arbres fruitiers pyramidaux, sur les pépinières d’arbres fruitiers, sur les plantations et la culture des chasselas. Cadet de Vaulx y joignit ses études sur la culture de la vigne, sur les inconvénients cle la taille des arbres, sur la restauration des arbres mutilés par la taille, sur Xemploi du sécateur, instrument alors nouveau, sur l'emploi des fruits, et, enfin, sur le gouvernement des arbres fruitiers, à l’aide de l'arcure, procédé d’inclinaison des branches fruitières, en forme de cercle, pour faciliter la production des fruits. Ce procédé, aujourd’hui presque entièrement abandonné, quoique présentant des avantages certains, était déjà, suivant Poiteau, pratiqué par les Chartreux ; mais Cadet de Vaulx et Fanon, s’en disputèrent alors l’invention.
- Un mode de taille particulier du pêcher fut, en 1806, mis en avant par Sieulle, jardinier au château de Vaulx-Praslin : son procédé consistait à ne pas tailler l’extrémité des branches mères, de-sorte qu’on obtenait ainsi des pêchers d’une grosseur considérable. Pictet-Malet traduisit, vers la même époque, en. français, un ouvrage de Forsyth, jardinier du roi d’Angleterre, dans, lequel figure une forme d’arbres qu’on appela . longtemps taille à la Forsyth ; mais cette forme avait déjà été indiquée dans la Manière de cultiver les arbres fruitiers due à l’abbô Legendre, curé d’flénouville,,ou à Arnauld d’Andilly, de Por:t-Royal. Conservée depuis, elle est aujourd’hui connue sous le nom de palmette.
- A cette date, doit être signalé le commencement de la publication d’un des ouvrages les plus importants que nous
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- avons en France sur les fruits ; il est du à Poiteau et à Tur-pin, qui l’intitulèrent : Traité des arbres fruitiers de Duhamel du Monceau, nouvelle édition, augmentée d'un grand nombre d'espèces de fruits, obtenus des progrès delà culture. Les auteurs de ce travail le mirent sous l’égide de Duhamel, le savant académicien du xvme siècle, pour couvrir le peu de célébrité qu’avait alors leur nom ; mais ils n’empruntèrent que bien peu de choses à Duhamel, dont le Traité des arbres fruitiers ne contenait que 180 dessins de fruits et avait d’ailleurs été rédigé par lui sur les notes du savant pomologue, l’abbé Le Berryais, ainsi qu’il le reconnaît, du reste, dans sa préface. Ce travail forme 6 volumes grand in-folio et contient -118 planches coloriées.
- L’exemple donné par Poiteau çt Turpin fut bientôt imité par un jardinier de Paris, Noisette,qui s’acquit une assez grande réputation par la publication de son Jardin fruitier, rédigé par le Dr Gautier, où étaient décrites et représentées, en figures coloriées, 220 espèces ou variétés de fruits comestibles. Ce nombre fut porté à 100 dans la deuxième édition de ce travail.
- Vers la fin de l’Empire, la culture de Montreuil était encore la seule qui pût être citée comme modèle. Les procédés s’en trouvaient résumés dans l’œuvre d’un de ses jardi-diniei'S, Morgand, dans les Principes sur l*éducation, la taille et l’ébourgeonnement des arbres fruitiers, et principalement du pêcher, d'après la méthode de Pépin et autres célèbres cultivateurs de Montreuil. Dupetit-Thouars, membre de l’Institut, essaya d’étendre les connaissances propres à faire augmenter les productions fruitières par ses études botaniques sur la culture des arbres fruitiers, sur la formation naturelle et artificielle des fruits, par scs Essais sur la végétation, par son Verger français, qu’il ne put terminer, enfin par sa Notice historique sur les pépinières du Roi au Roule. Mais les événements politiques qui survinrent étouffèrent sa voix.
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- Le comte Lelieur, auteur de la Pomone française, fut plus heureux que lui; il put arriver à d’importants résultats, en donnant des préceptes très-rationnels, exempts des absurdités qui fourmillent dans la plupart des auteurs qui l’avaient précédé. C’est encore à Montreuil qu’il a puisé tous les détails qu’il donne sur la culture du pêcher ; c’est à Thomery qu’il a rencontré les procédés de la taille et de la conduite de la vigne en treille, qu’il rapporte fidèlement ; mais il a cherché à simplifier la taille des arbre0 à fruits à pépins, par une nouvelle méthode très-simple qu’il regarde comme applicable à tous ces arbres. « Il en a basé le principe, dit Poiteau, sur ce « qui së passe dans les arbres non soumis à la taille, où les « yeux qui se trouvent à une certaine distance du sommet des « rameaux se convertissent en boutons à fruits, après une,
- « deux, trois, quatre années d’existence ; mais, ajoute Poi-« teau, la taille elle-même ne dérange-t-elle pas cette prédis-« position naturelle à fructifier dans les arbres? Cette vieille « maxime, qu'un arbre doit être taillé en raison de sa na-« ture et de sa vigueur, serait-elle une erreur, une absurdité ? « Je ne le pense pas. » Quoi qu’il en soit, le comte Lelieur est regardé par les pomologistes comme le chef d’une nouvelle école. Quelle que soit l’influence qu’aient eues les publications relatives aux arbres fruitiers sur la propagation des bonnes méthodes de culture des arbres à fruits, c’est à notre époque, par les cours publics, que se sont répandus les meilleurs enseignements pratiques.
- André Thouin, membre de l’Institut, professeur, au Muséum d’histoire naturelle, chargé des cours de culture, y développe les leçons qu’il avait données déjà en 1801 à l’Ecole normale et y traite longuement les principes relatifs à la taille des arbres fruitiers, dont on retrouve presque tous les exemples dans son Cours de culture publié après sa mort, par son neveu, Oscar Leclerc-Thouin. Les leçons de O. Thouin furent continuées au Jardin-des-Plantes par son chef de culture, Dalbret,
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- qui les résuma dans son Cours théorique et pratique des arbres
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- fruitiers, ouvrage qui atteint aujourd’hui sa dixième édition.
- Mais l’enseignement du Jardin-des-Plantes avait une sorte de cachet scientifique qui éloignait quelque peu les gens du monde ; aussi, lorsque des cours s’ouvrirent au Luxembourg, y vit-on accourir une grande quantité d’amateurs et de jardiniers. Depuis une trentaine d’années, le mouvement a été considérable; il ne paraît pas devoir se ralentir. Ce fut dans la pépinière des Chartreux, organisée vers 1650 par frère Alexis, entré dans la vie monastique après avoir été pépiniériste à Vitrv-sur-Seine, puis par ses successeurs, frère François, (dom Gentil), l’auteur du Jardinier solitaire ou Dialogue entre un curieux et un jardinier ; frère Philippe Hervy, que le professeur Hardy devint le véritable vulgarisateur de l’art de tailler les arbres. Sous l’influence de ses leçons théoriques et pratiques, écoutées par de nombreux auditeurs, cet art se répandit promptement, d’abord aux environs de Paris, puis dans la province.
- Ces cours existent encore ; ils sont continués de la manière la plus brillante par le successeur de M. Hardy, l’un de nos collègues du Jury, M. Rivière. Aujourd’hui, les cours d’arbo • riculture sont tellement répandus qu’il n’y a pas de ville où il n’en ait été créé. Là où lès municipalités et les sociétés d’agriculture et d’horticulture n’ont pas voulu en faire les frais, de simples particuliers se sont dévoués au progrès, ont donné des leçons gratuites et tellement répandu les bonnes méthodes qu’un possesseur de jardin ne doit pas plus ignorer la taille et la conduite des arbres fruitiers qu’un propriétaire rural, les connaissances les plus élémentaires de l’agriculture. En outre, de savants professeurs ont parcouru la France entière; les uns, subventionnés par les villes ou les communes ; d’autres, n’ayant pour mobile que l’amour de la science, et, parmi ces derniers, combien n’ont pas hésité à sacrifier leur temps et leur fortune à'la vulgarisation des meilleurs procédés de plantation, de greffe, de taille et de conduite des arbres à fruits !,
- 11 serait .trop long d’énumérer tous ceux: qui se sont distin-
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- gués dans cette carrière ; qu’il nous suffise de payer un tribut à la mémoire d’un zélé et ingénieux instituteur, M. Brémond, et dé nôirimer MM. de Bengy-Puyvallée, Malot, Alexis Lepère pour“le pécher, Guyot pour la vigne, surtout au point de vue de la eulture éh grand et delà production du vin, et, pour les arbres én général, Dubreuil, Forest, Verlot, de Linage, Cos-sonnetj Georges, Luizet, Groux, et tant d’autres dont nous regrettons' de ne pouvoir citer les noms.
- H y â cinquante ans, à peine, à quelques exceptions près, trouvait-on en province un jardinier chez lequel on pût acheter uff bon arbre fruitier ? il fallait tout faire venir de Paris, et, ettcbré, combien’d’erreurs étaient commises dans les expéditions? Actuellement, il n’est pas une petite ville de France qui1 n’ait ses pépinières, parfaitement tenues, où tout est en ordre, espèce par espèce, avec de bons catalogues, donnant les époques de maturité, les qualités des fruits, leurs dimensions, etc.,: en uiï niôt, toutes les indications qui peuvent aider et guider le plhnteur. Metz, Angers, Lyon, Orléans, etc., se distinguent parmi les villes qui ont le plus aidé à ce mouvement et qui maintiennent leur supériorité comme valeur de produits, sûreté des‘envois, exactitude dans les renseignements et les engagements.
- Dans quelques centres importants, on a créé des bibliothè-’ ques pomologiques, musées, si je puis m’exprimer ainsi, dans lesquelles les modèles en cire et en composition de diverses natures,: particulièrement ceux dus à M. Buchetet, ont représenté toutes les variétés de fruits, de telle façon et si parfaitement-que, souvent, l’on ne saurait reconnaître le fruit naturel du fruit imité, nouvelle richesse artistique que voudront posséder un jour tous les musées d’histoire naturelle et qui peut embrasser toutes les productions de la nature.
- Des jardins d’expérimentation ont été créés* dans la plùpart des écoles d’agriculture ; des fermes écoles et maisons analo-' gués, telles que les colonies de jeunes détenus, dans beaucoup de propriétés particulières, et par un certain nombre de’
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- villes. Là, sont données des leçons publiques; là, se trouvent;;0 des modèles parfaits de direction et de forme, comme peuvent.; en offrir les plus brillants spécimens exposés, soit au Cbauip-de-Mars, soit à Billancourt. Voici de bien remarquables pro-};, grès. Ajoutons qu’il n’est pas de société d’agriculture, d’hor- ,: ticulture, de comice, qui n’ait donné des primes, des médailles, j;: et encouragé de toutes les façons les bonnes méthodes de-plantation, de conduite, de taille,et de culture des meilleures,,, variétés. La presse, par ses journaux d’arboriculture, par les articles agronomiques et horticoles hebdomadaires de la plu- ,, part des feuilles quotidiennes, par une multitude de publications à la fois théoriques et pratiques, ,, a largement contribué, .! au,progrès., , / ;d
- Celte impulsion n’a pas été seulement produite par less * causes que nous venons d’énumérer; nous devons y ajouter;;' d’une manière toute spéciale, l'accroissement de la fortune : publique, ou, pour mieux dire, le bien-être général dont jouis-r. sent'la France et une partie de l’Europe, par suite de , la-création d’œuvres utiles au travailleur, et, surtout, parl’aug-i mentation delà rémunération du travail. L’habitude de mieux:' vivre qui en est résultée s’est tellement répandue que, entre lac plupart des ouvriers habitant les villes et les employés secondaires de nos administrations départementales, il existe peu; de différence. i
- Gardons-nous d’omettre que ce mouvement s’étend aux campagnes; qu’il n’est pas rare de trouver, dans quelques' communes rurales, de beaux arbres et de bons fruits, au milieu ! des jardins du fermier et du petit propriétaire, et cela, surtout, dans les communes où l’instruction primaire a reçu un plus’ complet développement.
- :;!)
- Qui saurait se passer aujourd’hui de légumes, de fruits ? Les, ’ bons sont si nombrêuxque,en automne surtout, c’est presque une économie que d’en acheter, préférablement aux fruits .
- ? A‘ S.-, O,-' c i . v, '-<>>
- communs, acres et graveleux, qui sont proportionnellement
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- ' •' ARBRES FRUITIERS' fJT FRUITS. ' ' ( > ; 51& r
- plus chers. Nous1 pouvons affirriier qu’ils auront bientôt disparu1 de nos marchés. ,
- Parfois, une émulation s’établit entre les divers possesseurs de jardins d’un village ou d’un hameau; chacun veut avoir; 5 à l’exemple de son voisin, souvent plus favorisé des dons dë la fortune, des arbres nouveaux ou rares, des fleurs et des fruits plus réputés. L’enseignement horticole que l’administration supérieure et les administrations locales tendent de plus en plus à favoriser, a eu d:heureux résultats ; il est dans '
- une bonne voie, dont nous ne pouvons désirer que l'extension."'
- La France, avec ses rapides'voies de communication,’'doit: bientôt arriver à approvisionner de ses excellents fruits tout' le nord de l’Europe, au grand avantage du producteur et:du1 ! consommateur. Mais, ,pour cela, il faut continuer à-progresser, en évitant quelques écueils que nous allons tâcher designaler. ,' Le premier esi celui de la trop grande multiplicité des variétés, i multiplicité qui tend à s’accroître de jour en jour par-itesm semis-. Quoique, cependant,' les semis soient -un bon moyen-d’obtenir. des produits doués de qualités nouvelles et reeher^,’ ehées, ce n’est qu’à, la condition qu’il sera, fait, parmi ehx,n une , sélection prudente. ,Ce choix des arbres à conserver etàe répandre, est d’autant plus difficile que, les inventeurs s’exa-1 gèrent souvent la valeur de, leurs conquêtes et que* indépen- i damment du1 prix auquel s’élèvent la plupart de ces fruits1 nouveaux dont le, mérite est habilement.publié, il faut se défier aussi des exagérations engendrées.par l’amour aveugle
- de la paternité.
- * \ K ....ij *
- Cette question n’est pas nouvelle ; au siècle, dernier, Duhamel du Monceau s’en était préoccupé. M.. Sageret qui fut,, pour le dire en passant, propriétaire^ cultivateur, à l’époque, delà Révolution, des terrains de Billancourt où se tient en
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- 1867 la portion agricole et horticole de l’Exposition Univër-selle, s’occupait, dans son jardin de" Cha.ro n ne’, d’études sur lés arbres fruitiers : il « cherchait les moyens de faire naître
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- « des espèces et des variétés nouvelles et d’en diriger la
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- « création ; » il publiait, en 1850, les résultats de sa longue expérience, dans sa Pomologie physiologique ou traité du perfectionnement de la fructification. Cette amélioration s’obtient, sous le rapport économique, par la taille, sous le rapport de la qualité, par le semis. M. Adrien de Jussieu a fait de ce pomologiste un éloge dont nous regrettons de ne pouvoir citer quelques fragments. Ils indiquent, d’une façon très-juste et très-claire, le but auquel doivent tendre toutes les personnes qui s’intéressent à la production et à l’amélioration des fruits.
- Depuis quelques années, un homme, dont le nom est connu de l’Europe entière, • s’est inquiété de la surabondance, du désordre des dénominations pomologiques, et, dans une curieuse, et fort belle publication, a réuni toutes les espèces de fruits connus ; j’ai nommé M. Decaisne. Espérons que l’ouvrage; terminé sera complété par des listes qui donneront satisfaction à tous les goûts : les unes, pour les collectionneurs passionnés, contiendront les espèces et les variétés jusque dans leurs dernières limites; d’autres, moins étendues, pour lesplus modérés; enfin, des listes restreintes, pour la catégorie,- des cultivateurs, la plus nombreuse et la plus intéressante:: je> veux parler de ceux qui veulent obtenir de leurs, travaux un prix rémunérateur.
- Le. congrès pomologique de France est entré dans la même voie, éliminant, dans, chacune de ses réunions, les fruits médiocres ou; mauvais, ne conservant que les meilleurs, suivant les localités, et leur assignant à chacun une dénomination unique : tel est son but d’une utilité incontestable. Il serait difficile; d’énumérer tous ceux de nos contemporains qui ont écrit sur,ce sujet et réuni des matériaux précieux, dans les-quéls chacun pourra puiser suivant ses goûts. Qu’il suffise de citer MM.. Hardy, Dubreuil1, Mas, André Leroy, Paul de Mor-tillet, l’auteur des. quarante poires. Ce dernier, continuant son travail5,sûr lesjmeilleurs fruits,se propose de venir èn aideaux spéculateurs qui ne veulent que le mieux de ce qui est bon.
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- Un certain nombre de pays étrangers peuvent aussi, à bon droit, revendiquer leur bonne part dans ce îiiouvement.. De l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Belgique surtout, nous sont venus une grande quantité de fruits nouveaux ou améliorés. Poires, pommes, cerises, groseilles, etc., leurs horticulteurs ont apporté dans la sélection et l’amélioration des espèces cet esprit pratique et persistant qui distingue les peuples du nord.
- ‘ Un autre écueil est la multiplicité et la complication des: formes. Toutes les personnes qui se sont occupées d’arboriculture savent qu’avec un peu d’adresse et de patience, et surtout beaucoup de temps, on arrive à obtenir les formés les plus compliquées, les plus originales, même des noms écrits en guirlande de verdure, de fleurs et de fruits. C’est' là un plaisir charmant, un passe temps des plus agréables, bon pour les.pro-fesseurs et les possesseurs de petits jardins de plaisance où, dans un espace restreint, le propriétaire a beaucoup de loisirs à dépenser. Qui pourrait les en blâmer? personne assurément, puisque ces passe-temps même servent à l’avancemeUt, au progrès de l’arboriculture. Tout le monde a admiré le pêcher en losange, les pêchers Napoléon et Eugénie de M. Lepère; les photographies exposées au jardin réservé, représentant une série de tours de force obtenus de la végétation des arbres. Au reste, on n’arrive à obtenir ces formes qu’en fatiguant, en tourmentant continuellement les arbres, en les taillant, les courbant, en un mot, en absorbant, au bénéfice des parties que la nécessité ou le caprice veulent modifier dans leur essor naturel, la sève de l’arbre tout entier.
- Nous avons dit qu’au Chainp-de-Mars et à Billancourt s’étalaient de nombreux modèles de formes très-variées, depuis la plus simple jusqu’à la plus originale et la plus compliquée ; mais nous ne saurions trop recommander, pour les grandes formes, la palmette qui porte le nom du si regrettable jardinier de la Saulsaie, où il était chargé des cours d’ârboricul" tare, M. Verrier; les palmettes doubles obliques,- à tiges'
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- ' Simples ou doubles, associées aux palmèttës horizontales, à tiges simples ou doubles. : , , r’-*rvVs
- Il serait injuste de ne pas nommer ici quelques-uns des hommes habiles qui nous ont montré au Champ-de-Mars des spécimens de leurs cultures; notons donc en1 passant les ‘ pal mettes de M. Cochet, de Suisne ; les pyramides de MM. Jamin et Durand, de Bourg-la-Reine, enfui les formes diverses de MM. Croux, Baltety etc. Mais nous ne pouvons nous empêcher de donner une mentiori spéciale1 et de citer comme de, véritables modèles de palmettes à tiges doubles, tant ils ont attiré l’attention des horticulteurs et fait* l’admiration des nombreuses personnes qui ont visité cette partie, un peu'trop retirée,’du jardin réservé, les pêchers' appartenant à Funè des • notabilités horticoles de Montreuil; M. Chevalier. Ils sont en forme de lyre, encore aujourd’hui' d’une belle végétation, 'malgré les conditions défavorables' du déplacement: Que serait-ce si l’arbre avait pu conserver tous ses fruits ! Certes, il n’y a rien de nouveau, ni en principe, ni en fait, dans ' l’exhibition de ces magnifiques sujets; mais c’est ün des'filus splendides spécimens du progrès dans la culture :et la taille ;dles pêchers qu’il soit possible de voir. Vr -
- A ce propos, nous devons faire connaître ici le mode de culture du pêcher employé par un ingénieux propriétaire du midi, M. Sahut. Dans cette partie de la France, deux choses sont à considérer, le soleil',1 qui est ardent, et le mistral, qui est violent; le premier est une force qu’il faut savoir utiliser et un danger qu’il s’agit de combattre; le deuxième est toujours à ' redouter. !
- Prenant le sol pour réflecteur et étendant en sens horizontal les branches des arbres, M. Sahut serait arrivé à-la solution de ce difficile problème. La surface supérieure est large, mais l’arbre,' étant peu élevé, donne peu ou point de prise au fléau dévastateur, qui, habituellement, lorsqu’il n’à-bat ou ne déracine pas, sèche et fait dépérir la plupart des arbres qu’il touche. Dans fcê système, lé terrain sert à la fois
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- 4 (le, réflecteur et d’appui, comme le font les'murailles pour nos pêchers verticaux. On comprend dès lors la; facilité de les ^préserver des gelées par les toiles- et les paillassons. Sous ^châssis, ils peuvent donner des fruits,hâtifs.- On conçoit également la beauté de leurs fruits grossis par, les douces vapeurs ardu soleil, et leur perfection en.sucre>et en couleur, parla :• [chaleur absorbée, le jour, et exhalée, la* nuit. C’est là un heu-K-.reux; point de départ qui peut*doter tout un pays d’une culture .jusqu’alors, réputée impossible»,., Simple, et-facile,mile- est,déjà, Vparaîtr-il, .mise en pratique, .-dans une grande partie du département de l’Hérault et surtout dans les *environs,jde.Mpnt-OiPelIier. . , .-ai-v.-v -ou-a -dj^- i.= <;>p îno^iriq /-nurs'/d
- Connue et employée depuis longtemps au Japon; enf P/jrse, iïjdans plusieurs autres contrées, de*'l’Orient, surtout .pour les ,arbres à noyaux, pêchers, abricotiers**.,etc., /jette, méthode * était-inconnue en France. Elle mérite d’être .signalée auxvhabi-?tants’ de nos régions,méridionales. Elle est digne aussi jd’pbte-: nir des, éloges, car, elle peut éveiller l’idée d’une foule d’applications nouvelles, et d’une grande extension ,donnée,! la ^culture du pêcher. : . • , ; ? > :r-
- A diverses reprises,, des Français établis en.Égypte,,,ont , tenté d’y acclimater les arbres fruitiers ,de nos pays et de les soumettre aux formes habituelles en Europe.r Les. jardins ^Coulomb, près du Caire, possèdent toutes, nos, meilleurs,,va-j. riétés de pommiers, poiriers-, pêchers,-.cerisiers, etc. La végétation des terres qu’arrose ,1e Nil-, vest ;telle, que la sève,me é s’arrête que pour reprendre aussitôt umnouyel essor; elle ,y est si luxuriante, si active, que l’arbre ne peut supporter d’autres travaux que ceux nécessités par -la ,direction; des . branches et pour la formation des * bo liions ;à: fruits. .; ; - -f r II résulte de cette vigueur de là-sève une fougue; impossible o à dompter. Les pincements seuls, la icalment, momentanément.
- Mais.en adaptant à leur conduite.la méthode que Sieulle employait à, rétablissement de ses , pêchers,f en, appliquant, ,un pincement - plus sévère à la . formation, des .boutons à fruits,
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- p.eüt-être arriverait-on à dominer cette vigueur et à la faire tourner au profit de la fructification, d’autant plus abondante, que la floraison est, pour ainsi dire, perpétuelle dans la plupart des espèces, sous ce climat privilégié. L’application de la méthode Sahut pourrait y être tentée avec avantage, surtout dans les parties du Delta où le vent du désert a une action plus spéciale.
- Un spécimen de culture particulière aux contrées du nord a été présenté au Jury du neuvième groupe; il vient de Hollande. Les sujets sont à tige, surmontés de palmettes très-étroites en forme de barbes de plume ou en éventail. Ces arbres sont disposés de façon à recevoir les protections nécessaires sous des climats plus froids que les nôtres.
- Un procédé de greffe, mis en pratique depuis quelques années seulement, mais dont l’application s’est .rapidement vulgarisée, consiste à prendre sur un arbre trop chargé de bourgeons à fruits, quelques-unes de ces productions surabondantes et à les transporter sur des branches qui en sont moins pourvues, et parfois sur d’autres sujets d’espèces différentes et stériles. On obtient ainsi un bouton artificiel qui se développe sur son nouveau porteur, comme il l’aurait fait sur la branche mère. Ces bourgeons, qui auraient été perdus pour la plu^-part, ne donnent pas seulement des produits rémunérateurs, ils tempèrent, en même temps, la vigueur de la sève et peuvent .servir à mettre à fruit un arbre rebelle.
- Parmi les méthodes nouvelles, je citerai encore celle qui consiste à faire développer un oeil qui n’existait qu’à l’état latent, et qui, sans ce travail, sans une cause active, se fût promptement oblitéré. On l’a nommé incision partielle. Il a pour but la création d’une branche à bois quand elle a man-r qué.,naturellement, ou quand une circonstance quelconque a privé,l’arbre d’une de,ses branches indispensables. L’incision partielle se fait en pratiquant, au-dessus du point où l’on voit exister ,un.tembryon d’œil, une fente ou cran en forme de fer a chevai. La première année, l’oeil se développe •; la seconde;
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- quand les apparences l’exigent, on renouvelle la même incision et la branche s’élance pour remplacer le vide qu’elle a été destinée à combler.
- ' Je ne parlerai pas de l’incision annulaire, elle trouver.), beaucoup mieux sa place dans le Rapport sur la viticulture ; c’est à la vigne, en effet, qu’elle est appliquée sur la pins vaste échelle.
- Une autre modification introduite dans la culture des arbres fruitiers, depuis quelques années, consiste à tailler immédiatement à long bois.
- Autrefois, quand on voulait obtenir des palmettes, des pyramides ou des contre-espaliers, on taillait très-court, on mutilait les arbres pendant des temps indéfinis, et on mettait à les former dix, douze et quinze ans. Aujourd’hui, par la taille longue, on arrive plus rapidement à avoir des fruits, et les arbres sont tout aussi vite constitués. On peut également employer ce genre de taille pour fortifier une branche faible. Il suffit de lui conserver tout ou partie de sa poussée de l’année précédente. La taillé à long bois s’applique surtout aux poiriers greffés sur franc, destinés, soit à couvrir de vastes espaliers, soit à faire des arbres à hautes tiges. Il faut, en outre, faire attention aux espèces. Celles qui végètent facilement devront être plutôt taillées, suivant celte méthode, que celles dont la végétation est lente et difficile.
- Les arbres de vergers ou de jardins, plantés en plein vent, présentent de sérieux' avantages sur ceux en espaliers. La forme de ces derniers, étant contraire à la nature, éprouve toujours certaines difficultés à se développer. Ils ne reçoivent qu’imparfaitement, et d’un seul côté, les influences atmosphériques. Les arbres en plein vent, au contraire, jouissant de toute leur liberté, peuvent s’étendre dans toutes .les directions; leurs fruits mûrissent d’une manière plus uniforme et sont généralement plus parfumés, plus jutèux et plus également colorés que les fruits venus en espaliers^ Il est même des espèces qui ne prospèrènt jamais sous cette dernière formé,
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- : surtout parmi les fruits à pépins. Pour tous, l’orientationest une question fort importante. Il est des arbres qui ne viennent bien qu’en plein midi; d’autres, au contraire, ne prospèrent, qu’exposés au nord. L’orientation est aussi fort utile à.con-sulter pour modifier la maturation des fruits, l’avancer ou la retarder, selon les besoins. Du reste, tous les arbres en espaliers vivent peu, sont plus sujets aux coups de soleil, .plus attaqués par les insectes, plus délicats que les arbres;en plein vent. V ; : •. OO-C - - /-'
- L’espalier présente néanmoins cet avantage que ;les»branches attachées,aux murailles,craignent,moins ^ébranlement occasionné par la violence des vents; et queles, fruits sont plus gros ; mais la culture en est beaucoup' plus:,couteuse^plus difficile; la production, moins abondante," ne .dédommage le jardinier queidans'les espèces et sous les' climats où les fruits ne mûri-: ralenti pas en plein vent, comme pour le pêcher etjla vigne, et même certaines variétés de poiriers, le centre et le nord ..de lajFrance. Les soins à donner aux tespaliers sont, incessants. La grande et constante régularité qu’il faut maintenir dans.da circulation de la sève, dans la production des bourgeons, oblige à une surveillance continuelle. Quelques* jours passés loin, du jardin, l’oubli d’un pincement, la présence et les ravages d’un insecte amènent des désordres tellement graves que l’existence du sujet peut être compromise. La taille y est indispensable ; or, si: elle est un moyen d’amener les arbres aux formes et aux' limites restreintes des jardins, si elle fait grossir quelques fruits et en'améliore quelques autres, elle diminue, en tous cas, la production:' On peut affirmer que l’espalier n’est, commercialement rémunérateur qu’aux environs des grands centres de population, des grandes villes. Aux arbres en plein vent, il suffit d’un pied sain, d’une terre plus ou moins profonde*et d’un tuteur. Les frais d’établissement sont donc minimes: • '('!
- La nature* du sol est l’une-des choses le plus à considérer dans la culture des'1 arbres fruitiers; de nombreux' auteurs
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- nont traité cette question, que le cadre restreint de ce Rapport îmemous permet pas d’aborder. ü i ' : ’ i
- irmNous ne terminerons pas ce travail sans parler d’un' arbre dont le fruit est aujourd’hui l’objet d’un commerce important. >Tout le monde connaît et apprécie la figue; fraîche ou sèche, elle est un mets délicat, sucré, d’un goût des plus agréables.
- • Lenmidi seul avait eu pendant longtemps le monopole de icette culture. Le figuier, dont le boisi est très^poreux, tendre, dont la sève est très-abondante, est très-délicat et gèle; dès "que la température, s’abaisse sensiblement. Ib n’est pas rare, dans le • midi»,' de; le^voir surpris par !la gelée‘ pendant'les nuits claires'dh janvier etpde février. ' c; ^,-n b.ven>--
- " ï Dans les. climats, semblables à > ceux des environs >de*Pa-
- !PiSyda difficulté'étaiti de itrouver un moyen d’empêcher lés figuiers d’êtrë saisis)pàmle froid. La commune d’Argenteuil a; été assez heureuses pour arriver à ce résultat. Elle produit ïaqilus grande) quantité des figues qui se vendent sur des‘màr-chésde Parisyïsans compter tout ce qui s’exporte en-Angleterre et dans une partie du nord de l’Europe. Ce commerce est devenû, pour les cultivateurs de ce pays, une source de richesse aussi considérable que les raisins pour ceux de.Tho-merv, les pêches pour Montreuil, les abricots pour l’ Auvergne, les prunes pour Agen, Troyes, Tours et les environs de Paris,
- • les amandes et les olives pour la Provence , les pommes pour •la Bretagne, la Normandie etila vallée de la Loire. :
- )i .’Les figuiers cultivés -à Argenteuil sont couchés sur le sol; tous les ans, leurs branches sont enterrées, dès que, les pre--miers froids se font sentir, aux mois de novembre'ou .dé. décembre, pour n’être découvertes qu’à la fin des gelées, * en février ou mars, selon les saisons. Cette méthode mérite d’être signalée à toutes les régions du centre de l’Europe. i,v ; m '
- :--L’économie rurale, quant a ce, qui regarde ,1a. culture ides arbres fruitiers, a donc fait, depuis : quelques années, /de remarquables progrès ; jardins mieux plantés, inéthodes per-feclionnées, meilleures espèces d’arbres fruitiers, multure
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- généralement mieux soignée. Ce sont là des améliorations incontestables. L’Exposition Universelle a mis en relief toutes les méthodes connues de plantation, de direction, de culture en un mot, des arbres fruitiers. Si la France est le pays qui s’accommode du plus grand nombre d’espèces de fruits, depuis l’oranger des régions orientales jusqu’à la châtaigne et la pomme des contrées septentrionales, elle est aussi celle ou l’arboriculture a fait les progrès les plus marqués. Mais n’oublions pas que la plupart des conquêtes pomologiques sont dues à la Belgique, et que c’est de chez elle que nous viennent une quantité de poires et des plus estimées. !
- Exprimons aussi le regret que la Russie ne nous ait pas envoyé quelques spécimens des arbres si admirables de formes que contiennent les jardins impériaux de Saint-Pétersbourg, véritables modèles, dont la sollicitude éclairée du souverain a doté ses peuples. Quelles difficultés n’a pas dû surmonter le jardinier habile chargé de la direction de ces magnifiques vergers sous un climat aussi ingrat et aussi froid.
- CHAPITRE IL
- FRUITS.
- Les fruits de notre vieille Gaule, avant l’introduction cl l’acclimatation de la plupart des espèces qui décorent aujourd’hui nos jardins et nos tables, se réduisaient à quelques espèces: les poires, les pommes, les noix, les noisettes, les châtaignes ou marrons, les groseilles et les framboises.
- Le raisin peut être considéré comme le produit de l’acclimatation la plus reculée. La bible nous apprend que la vigne croissait au temps de Noé ; on attribue son introduction dans nos pays aux Phéniciëns ; elle était certainement cultivée dans les Gaules à l’époque de l’invasion romaine, puisque Do-
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- , mitien la fit arracher à peu près partout. Ce ne fut que sous , Prpbus, au troisième siècle, que sa culture fut autorisée ; la France est certainement le pays où elle vient le mieux.
- L’oranger est originaire de l’Asie orientale, d’où il aurait été importé en Afrique par l’Arabie, puis en Europe, à l’époque des premières croisades, par la Sicile et l’Italie. C’est en Orient et même dans l’Europe méridionale, un arbre d’assez haute taille, au port élégant, à la cime arrondie, chanté par les poètes de l’antiquité qui ornaient de ses fruits le jardin des Hespérides. Le premier plant, importé d’Espagne en France, fut apporté au jardin de Versailles par le connétable de Bourbon et porta le nom de François Ier.
- La cerise, venue de l’Asie mineure, fut apportée à Rome par Lucullus.
- La prune, l’abricot et la pêche, tous originaires de l’Orient, d’où les premiers pieds importés à diverses époques- se sont non-seulement, acclimatés en France, mais y ont acquis, par la: culture, des dimensions et des qualités que l’on chercherait en vain dans tous les pays d’où on les a tirés : coloration du fruit, forme, grosseur, époque de maturité, tout, jusqu’au parfum et au goût, a été modifié par le temps et surtout par les améliorations introduites, au fur et à mesure des progrès de l’arboriculture.
- Quelques espèces ont disparu, du moins om les reconnaît à peine. Le temps a. passé sur elles comme il passe sur toutes choses.; les.. maladies: les. ont défigurées nos pères mêmes ne reconnaîtraient, pas la plupart des fruits. qu’ils, savouraient, comme, les. plusi parfaits, il ,y a. un siècle; Mais avons-nousv perdu à cette transformation ?. Et les fruits actuels, conquêtes du travail et de l’élude, pour la,plupart, ne sont-ils pasdnfini-ment supérieurs à ceux que.le temps nous.a transmis-?,,Il suffit de, voir, les fruits, apportés, à nos. concou,rstppur être* convaincu de leur su périorité et, des. progrès de l’arboriculture,. , -
- Ces progrès, nous l’ayons dit, datent surtout de quelques an-,
- * % \ i v* » ,
- nées, et nous devons) en rapporter principalement l’impulsionj;
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- à la création de nombreuses voies de communication, à la facF* lité de pouvoir jeter, en quelques heures, dans les grandi centres de population, les fruits les plus'susceptibles de'së1 détériorer promptement ou de se corrompre. ‘<!i
- Ces facilités données au commerce par le développement''
- / *
- des voies ferrées ont amené, dans la culture des arbres fruitiers une révolution aussi complète que dans l’industrie. IF n’est pas, en effet, de stimulant plus énergique pour modifier' les habitudes des hommes que l’intérêt. Du moment où s’oü- • vraient des débouchés nouveaux,! le prix de la production' devait s’élever. Une multitude de propriétaires ont fait, sous' cette influence, des plantations considérables. Tel produit dont on ne tirait aucun bénéfice, faute de pouvoir en opérer le placement, a acquis subitement, par l’ouverture des marchés éloignés, une valeur que l’on n’eût jamais espéré: C’est' ainsi que nous viennent du midi tous ces fruits si soigneuse-^ ment expédiés chaque jour au commerce parisien, les abricots?' les pêches, les raisins, transmis aussi frais, malgré la distancé, que s’ils.étaient cueillis sur l’arbre ou sur la treille. :
- L’industrie des primeurs, malgré cette concurrence réelle;5' a pris également une grande extension. Quelle table élégante ! saurait s’en passer? Les raisins sont en première ligne.' Des hommes considérables, appelés primeuristes, s’adonnent h1 leur culture; à leur tête : MM. Rose et Constant Charmeux,’ dont les serres de Thomery peuvent fournir pendant tout
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- l’hiver, non-seulement au commerce parisien, mais à l’expor-1 tation, leurs magnifiques chasselas dorés, plus connus sous le: nom de chasselas de Fontainebleau. A côté de leurs serres," pourrait-on ne pas citer celles de Ferrières et ;de Ponchartrain !
- La France possédait, au siècle dernier; quelques belles er bonnes poires : les doyennés, les Saint-Germain, les beurrés1 gris, les crassanes, etc., etc. Elles ont survécu aux maladies qui les ont atteintes, comme toutes les autres créations dé1 notre globe... Mais heureusement, ainsi que nous l’avons dit'
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- plus haut, des variétés complètement inconnues à nos pères; * produits d’hybridations naturelles ou' artificielles , sont venues, augmenter le nombre des bonnes poires et jeter daris nos jardins des fruits remarquables par leur grosseur* leur forme, leur parfum et leur goût.
- Ce mouvement ne semble .pas vouloir se ralentir ; il n’est pas d’année ;où les pomologistes -n’aient quelque conquête1 nouvelle. En .présence du spectacle auquel nous assistons, de l’extension incessante des relations commerciales, de l’augmentation de la .fortune publique, de la hausse des salaires, etc., qui peut prédire, les révolutions économiques 'que les chemins de fer produiront ?, Que ne peut-on en attendre 'en ' fait,de relations.et d’échanges! mu-a c r i - > .no mot
- Londres, Paris, SaintrPétersbourg, Berlin sont des centres
- sur lesquels on peut ; diriger toutes les productions" méridio-'1 nales ^toutes y seront bien vendues, parce que le climat -s’tfp-1-pose à la culture de là plupart d’entre elles. ' m'm
- Depuis quelques .années, l’Algérie, qui fait une concurrence' extraordinaire < à ; tous les primeuristes, envoie chaque joué* son contingent de productions arrivées à complète maturité, quand leurs similaires, en Europe, sont à peine fleuries.1 !* ‘ L’étranger, le midi comme le nord, participe au bénéfice'
- de ces expéditions. L’Angleterre vient acheter en France! lki plupart de nos fruits à noyaux-qui ne sont nulle part Comparables à ceux qu’elle produit; l’Italie, l’Espagne, l’Égÿptej l’Orient nous envoient les oranges, les citrons, l’ananas, les dattes, etc.; mais nous leur expédions en échange les pommes;'
- les noix, les châtaignes.. " ’
- Puisque nous avons cité les-noix, qu’il nous soit permis d’en' dire quelques mots : objet d’un commerce presque nul, 'desi * noix de table, dites Mayettes, en Dauphiné; que produisent exceptionnellement de qualité très-supérieure quelques cah-c tons du bas. Graisivaudan, sont tellement recherchées depuis '
- sept ou huit ans, que leur prix est plus que doublé. C'elles!du,P Puy-de-Dôme et de la Dordogne sont également l’objet d’im-iiî
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- portantes expéditions. Nous en dirons autant des châtaignes d-u Dauphiné, du Forez et de l’Ardèche. Elles sont connues sous le nom générique de marrons de Lyon. La haute Italie en fait également une exportation considérable.
- Il n’est pas jusqu’aux fraises si parfumées de nos Alpes, aux framboises de nos forêts, que l’on n’expédie en tous lieux.
- L’impulsion est donnée, elle peut se modifier, elle ne s’arrêtera pas. La vente annuelle des fruits a bien certainement décuplé depuis vingt ans. La création des marchés à la criée, dans toutes les villes d’une certaine importance, développera encore ce mouvement.
- Si'nous examinons maintenant, d’une manière plus spéciale, les concours de fruits exposés dans le jardin réservé, nous voyons que jamais plus brillante, plus abondante réunion: de produits pomologiques ne fut agglomérée dans un même espace. On- les comptait par milliers, surtout dans les derniers concours. C’était vraiment la fête de Pomone à laquelle tout semblait concorder pour donner un éclat inconnu. Le nombre et la qualité des visiteurs* parmi lesquels la plupart des Souverains de: l’Europe, toutes les notabilités scientifiques du monde.
- De toutes parts étaient venus des spécimens incomparables, et.comme' beauté de forme et comme valeur comestible, et, Si la-France et la Belgique étaient les premières, les autres contrées, ne devaient leur infériorité qu’au climat1; ainsi, la Prusse et la Suède nous montraient des espèces appartenant aux pays1 tempérés, introduites et cultivées dans des régions où' la chaleur est toujours très-faible et très-variable. Quelques-uns1 venaient même des 64e ou 65e degré nord1,
- Aux Gouvernements, aux Sociétés de Prusse et de Suède, aux Commissaires délégués reviennent5l’honneur de les avoir réunis et d’avoir, pu les apporter, sains et: saufs, jusqu’à Paris, après plusieurs semaines de navigation1. La science, en général, le. Jury/de l’horticulture en particulier, rie peuvent que. leur en être reconnaissants;
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- Il serait beaucoup trop long d’énumérer toutes les espèces, toutes les variétés de fruits qui se sont succédé pendant cette exhibition quatorze fois renouvelée. ,
- Il le serait non moins de nommer tous ces courageux et savants horticulteurs qui ont voulu donner la preuve et de leur science et de l’excellence de leurs cultures.
- Combien avons-nous vu de ces infatigables exposants renouveler jusqu’à trois fois des collections aussi brillantes et aussi belles que la première.
- La réunion annuelle du congrès pomologique de France, à la fin du mois de septembre, avait rassemblé à Paris les,plus célèbres praticiens de l’Europe. Ils ont pu apprécier, à leur passage, de nombreuses collections toutes renouvelées ou tout au moins considérablement augmentées. .
- Beaucoup d’entre eux s’étaient vu appelés à faire partie du Jury associé. Le Jury de l’Exposition avait été heureux de pouvoir s’adjoindre, pour un concours aussi important, unè grande partie des membres du congrès. , i . - . , h,&-i
- Toutes les serres du jardin réservé avaient peine à contenir les fruits apportés. .. . ' n
- La plus grande d’entre elles, celle que remplissaient les palmiers, les cvcadées et d’autres plantes exotiques appartenant, soit à la ville de Paris, soit à divers exposants, est précédée d’une espèce d’atrium dont l’ornementation extérieure rappelle les constructions chinoises modifiées par le bon goût français. Elle est entourée de massifs composés des conifères les plus nouvelles et les plus rares dont la verdure tranche avec l’or, le velours et les couleurs claires et chatoyantes des étoffes flottantes le long des treilles à jour qui forment la charpente de cette gracieuse galerie qu’un spirituel écrivain a appelée le salon d’honneur du jardin.
- C’est là que sont disposées les belles collections de MM. Baltet frères, Croux, Cochet, Deseine, etc. ? ’ - -
- Elles remplacent les pélargoniums et les*glaïeuls dont les t. xii. 38f: V
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- brillants reflets attiraient tout Paris et les innombrables visiteurs venus de tous les coins du monde.
- Toutes les autres serres étaient remplies par les fruits de MM. Dupuy-Jamain, André Leroy, Oudin, etc. Les collections de diverses Sociétés et particulièrement de celles de la Côte-d’Or, de la Moselle, des pays étrangers.
- La galerie avait vu s’épanouir successivement les jacinthes, les tulipes, les roses, et c’est sous elle que furent abritées tant de variétés de raisins. Je ne parlerai ici que des raisins de table, passant sous silence les sociétés de la Côte-d’Or, de Marseille, MM. Leroy, Phélippot, etc., qui joignaient à leur collection de vin de cave de nombreuses espèces de table.
- Dans deux concours, ceux du 1er et du 15 octobre, une lutte très-vive s’établit entre les exposants de Thomerv et ceux de Conflans-Sainte-lIonorine. Le coloris des raisins de cette dernière provenance, leur bon goût, ont décidé le Jury à les placer au même rang que leurs concurrents, et je dirai même, car c’est à l’occasion des grandes Expositions comme celle de 1867, que l’on doit faire ressortir tous les mérites, que, si la réputation du chasselas de Thomcry n’était si bien établie et si bien défendue par le travail et les succès de MM. Rose et Constant Charmeux, la bonté, la beauté des produits de Confions aurait pu l’ébranler.
- Aujourd’hui, la réputation de MM. Crapotte, Cirjean et Lambert Pacotte est toute faite. Leurs produits ont une supériorité incontestable ; le tout était, pour eux, de recevoir le baptême de la publicité.
- Des récompenses distinguées leur ont été accordées, et nous ne doutons pas que, à partir de ce jour, une lutte, dont tous sortiront victorieux, ne s’établisse entre ces deux pays. Paris est un débouché ouvert à toutes les bonnes choses, ils n’orit qu’à produire beaucoup ; tout s’écoulera. Les efforts des deux producteurs seront amplement récompensés.
- En résumé, près de dix mille lots de fruits ont été exposés ;
- . je ne crois pas exagérer en portant leur nombre à quarante-
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- cinq ou cinquante mille. Les lots de raisins se sont élevés au chiffre de cent à cent vingt, et les variétés à plus de quinze cents.
- A côté des produits dont nous venons de parler, s’étalaien les lots de fruits nouveaux; mais le peu de temps accordé au Jury ne lui a pas permis de les examiner ; on le comprendra facilement, quand on saura qu’au seul concours du 1er octobre leur nombre s’élevait à quatre cent quatre-vingt-deux.
- M. Grégoire-Nélis, de Jodoigne, en avait deux cent cinquante à lui seul. M. Bivort, dont le nom est bien connu en Belgique et en France, en présentait aussi quatre-vingt-neuf variétés ; après eux venaient MM. Jamon et Durand, Baltet frères, Collette, etc.
- Les concours de fruits ont paru, la première quinzaine, d’abord peu suivis, puis, de plus en plus brillants, jusqu’à la dernière série. L’époque, le programme, une bienveillance sans limites de la part des employés de la commission s’y prêtaient à l’envi, au moins autant que ce parc ravissant, au milieu duquel s’étalaient les plus splendides et les plus gracieuses exécutions de l’industrie, de l'art et de la nature.
- Pour compléter le travail de la classe 86, il nous resterait à faire l’étude d’une question devenue, sous l’énergique et savante impulsion de l’un des membres du Jury du groupe IX, l’une des plus importantes de celles que cette époque a vu surgir ; nous voulons parler de la viticulture.
- Ce travail a été fait par M. le docteur Guyot ; ses voyages, ses écrits, ses conférences ont imprimé à la culture de la vigne, à la vinification, un développement dont personne mieux que lui ne pourra rendre compte.
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- SECTION II
- LS VITICULTURE ET SES PRODUITS (T)
- Par M. le docteur Jules GUYOT.
- CHAPITRE I.
- ADMISSION DE LA VITICULTURE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
- En ouvrant largement ses portes aux produits fermentés, distillés et acétifiés de la vigne, l’Exposition Universelle de 1867 n’a fait que consacrer les précédents de toutes les Expositions antérieures ; mais en admettant, pour la première fois, la vigne à vin elle-même, représentée dans ses cultures, dans ses conduites, dans ses tailles, par les ceps vivants et morts envoyés de tous les pays, la Commission Impériale a ouvert une voie nouvelle et féconde qui conduira vers la perfection, par un progrès rapide' et sûr, une des branches les plus importantes et les plus riches de l’agriculture. Malgré l’appel tardif adressé aux viticulteurs , malgré les difficultés presque insurmontables de la transplantation et de la reprise de la vigne, un concours de viticulture des plus instructifs et des plus importants s’est établi dans l’île de Billancourt.
- Certes, si l’on s’arrête au premier aspect, si l’on ne se reporte par la pensée aux vignobles représentés, les spécimens
- (i) M. Charles Baltot, délégué, a organisé l’exposition de la viticulture à Billancourt avec une rare intelligence de la spécialité et avec un ordre et une précision admirables.
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- sans végétation ou à végétation avortée par l’effet des transplantations, des transports et sous l’influence d’un sol, d’un site et d’un climat défavorables, ces spécimens paraîtront faibles et sans signification ; mais, pour peu que les observateurs soient versés dans les notions générales de la viticulture, ils y trouveront des enseignements précieux, que le seul rapprochement des diverses méthodes de viticulture peut donner.
- Les spécimens de viticulture exposés à Billancourt comprennent trente-sept lots en tout : neuf sont exposés par des sociétés viticoles, agricoles et comices de France, représentant environ 2,600 associés ; un lot est exposé par la Société d’horticulture de Trêves, reproduisant les modes de culture traditionnels de la Moselle et de la Sarre, dans la Prusse rhénane ; vingt-six appartiennent à des propriétaires français et un seul à un viticulteur de Perl, en Prusse. Ce dernier spécimen offre une culture originale et nouvelle. Quant aux trente-cinq lots français, ils reproduisent, soit par des ceps en végétation, soit par des souches sèches, l’aspect de cultures traditionnelles importantes de vingt départements et quinze spécimens de cultures nouvelles plus ou riioins progressives. Chaque lot répond à des cultures considérables, bien connues, bien étudiées ; et la plupart sont appuyés de notes et de mémoires qui permettent de les comprendre et de les apprécier à leur juste valeur.
- Le groupe IX a évoqué la question de la viticulture ; et c’est avec raison qu’il a chargé sa classe 86 de la traiter avec celle de la culture des autres arbres fruitiers. Jusqu’ici la viticulture n’avait été adoptée par aucune classe de notre cycle agricole ; elle n’était attachée à aucun enseignement officiel, elle ne figurait dans aucune académie agricole, elle n’avait de place dans aucune exposition, elle ne trouvait de programme ouvert dans aucun concours.
- L’horticulture, se contentant de cultiver les raisins de table, repoussait la vigne à vin comme appartenant essentiellement, par son étendue, sa richesse, ses produits et ses populations
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- propres, aux grandes cultures. En effet, le vin semblait devoir trouver sa place naturelle à côté du pain et de la viande. Mais, d’un autre côté, la production du pain et de la viande, qui, à tort ou à raison, s’appelle la grande culture, rejetait absolument la viticulture, parce que sa science, son art et ses pratiques s’appliquent à une solidarité, à un roulement à établir entre les céréales, les fourrages, les racines et le bétail, roulement où la vigne ne saurait entrer ; tandis que la fabrication de la bière, celle des esprits de grains et de racines, s’v associant assez bien, sont venues, par antagonisme, ajouter quelques degrés de plus à la répulsion inspirée par la vigne à la grande culture.
- Sans s’arrêter à ces discussions, le groupe IX, considérant que la vigne à vin, par ses semis, ses boutures, ses dressages, ses tailles en sec et en vert, ses palissages, ses marcottages ou provignages, ses similitudes de treilles, de contre-espaliers, de cordons, de ceps, avec la vigne à raisins de table, ressor-tissait absolument à la science, à l’art et aux pratiques de toute l’arboriculture fruitière, l’a classée dans cette branche de l’horticulture et lui a ainsi assigné sa véritable place. En acceptant ce classement, la viticulture est loin de déchoir : elle s’élève au contraire ; car l’horliculture, qui n’est pas encore appréciée à sa juste valeur, est l’expression la plus élevée et le résumé de toutes les branches de l’agriculture : elle en est le laboratoire, la chaire d’enseignement supérieur, l’alpha et l’oinéga.
- En effet, la dernière fin de l’agriculture, son but suprême est û’assurer le plus grand nombre d’existences aisées sur le moindre espace de terrain possible; en d’autres termes, de réaliser le plus de produits utiles sur le moindre espace de sol. Posons les chiffres, et nous verrons que ce qu’on appelle la grande culture est placé bien au-dessous de l’horticulture pour la science, l’art, les pratiques et les résultats, aussi bien que pour la densité de sa population.
- D’ailleurs, tous les faits de viticulture, observés et consta-
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- tés dans ccs derniers temps, prouvent, jusqu’à la dernière
- évidence que la vigne a puisé ses plus grandes améliorations
- dans les principes de l’horticulture; et tout semble démontrer,
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- jusqu’ici, qu’elle y trouvera ses derniers perfectionnements.
- Ce n’était point assez de mettre la vigne à sa vraie place, il fallait encore lui donner un programme qui lui permît de préciser ses divers modes de conduite et les faire ainsi participer à l'émulation, aux encouragements et aux récompenses des expositions et des concours. Le groupe IX a donc complété son œuvre en établissant d’abord deux grandes divisions entre les cultures traditionnelles et les cultures nouvelles; puis, en distinguant, sous chacun de ces titres, les vignes en lignes et les vignes sans alignements ; puis, en opposant les cultures en treilles, ou à grande arborescence, aux cultures en ceps, ou à l’état nain ; et, enfin, en considérant chacune de ces subdivisions à part, suivant que la vigne y est traitée à taille courte, à taille longue ou à taille mixte; il a embrassé ainsi, par onze concours, toutes les méthodes possibles de viticulture dans leurs pratiques dominant la production vinaire, toutes conditions égales d’ailleurs de sol, de site, de climat et de cépage. Un douzième concours pour les semis, boutures, marcottes et greffes, et deux concours pour les fruits sur tige et pour les fruits coupés, ont complété le programme, dont la publication a été accueillie avec satisfaction par le monde vinicole. Le texte de ce programme, les prix décernés en conformité, et les noms des lauréats qui les ont obtenus ont paru au Moniteur nous n’avons point à les reproduire ici.
- CHAPITRE IL
- SITUATION ET IlOLE DE LA VITICULTURE. — CONSIDÉRATIONS
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- GÉNÉRALES.
- La vigne occupe, parmi les diverses cultures de l’Europe, environ 4 millions d’hectares ; et si l’on né considère que la
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- vigne cultivée pour faire le vin, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et l’Océanie réunies ne peuvent élever à 5 millions d’hectares la superficie des vignes exploitées dans le monde entier. De ce total, la France possède presque la moitié; après elle, peuvent être rangées l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, les Etats allemands, la Grèce, la Turquie et la Russie, par ordre de décroissance. Les données précises font défaut pour classer les rapports d’étendue dans les autres parties du globe.
- La viticulture et ses produits fermentés ont joué, depuis les temps historiques les plus reculés, un rôle immense dans l’alimentation et dans la civilisation humaines; et tout porte à penser que ce rôle.est destiné à prendre, dans ce double sens, une extension indéfinie. Partout où la vigne à vin fait partie régulière des cultures et participe à l’alimentation locale, elle entretient des populations condensées, intelligentes, actives, expansives et énergiques ; partout elle amène le bien-être, l’aisance et même la richesse.
- L’Asie, l’Europe méridionale, une partie de l’Afrique, ont tiré jadis les plus grands bienfaits de la culture de la vigne et de l’usage des vins. C’est aujourd’hui l’Europe qui sait le plus et le mieux en profiter ; mais l’Amérique et l’Océanie comprennent déjà tous les avantages de la viticulture; et bientôt, peut-être, laissant de côté les tristes proscriptions de l’islamisme, les Asiatiques et les Africains meubleront-ils leurs vastes solitudes de riches vignobles, et, par l’usage de leurs produits fermentés, secoueront-ils leur indolence et feront-ils disparaître leur mortel fatalisme. Mais c’est seulement en étudiant la vigne en France et en Allemagne que l’influence de cette précieuse culture et l’importance de scs progrès actuels et futurs peuvent être bien compris ; il est à regretter que les États allemands, où la viticulture est enseignée et pratiquée avec une intelligence et un succès dignes d’attention, n’aient envoyé à l’Exposition qu’un spécimen de culture nouvelle et un autre spécimen de culture traditionnelle locale ; car les méthodes allemandes sont des plus conformes à la science et
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- des plus favorables au progrès viticole et à la production des bons vins ; mais deux documents ne peuvent suffire à des déductions sérieuses. La viticulture française étant donc à peu près la seule représentée à l’Exposition Universelle de 1867, c’est sur elle seule que nos considérations devront porter.
- La vigne occupe, en France, environ 2,500,000 hectares, la seizième partie de notre sol cultivé. Son produit brut s’élève à 1 milliard 500 millions de francs ; elle entretient 6 millions de cultivateurs et près de 2 millions de fournisseurs, industriels, transporteurs et commerçants, représentant ensemble la production et la consommation de 2 milliards. La vigne est cultivée dans 79 départements. Dans quelques-uns, comme la Gironde, l’Hérault, les Gharentes, elle occupe de 400 à 450,000 hectares; dans la plupart des départements, ses produits sont de beaucoup plus élevés que ceux des autres cultures; partout elle augmente, dans une proportion extraordinaire, le capital et les revenus des propriétés grandes ou petites, exploitées directement, ou bien à métayage, ou bien à fermage.
- La culture de la vigne, devenue compliquée, difficile, onéreuse, impossible même par son abandon à l’ignorance, à la routine et souvent à l’intérêt et au mauvais vouloir de son ouvrier manuel, devient en réalité des plus simples, des plus faciles et des plus rémunératrices, pour peu qu’on l’ait étudiée. La vigne s’accommode de toutes les formations géologiques ; elle prospère dans les terrains les plus arides et les moins propres aux céréales, aux fourrages et aux racines ; elle est donc le complément de toute bonne agriculture, tandis qu’elle en est le commanditaire par l’argent qu’elle produit et la ressource par les bras et les bouches qu’elle entretient.
- En France, le vin est la boisson la plus précieuse et la plus énergique des populations rurales ; son usage épargnera moitié du pain : « Une pièce de vin vaut un sac de farine, » dit le vigneron français : Mais, plus que le pain, le vin stimule le corps, il échauffe le cœur, développe les idées et l’esprit de
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- sociabilité, et donne l’activité, le courage, le contentement dans le travail. Aucune autre boisson ne peut le remplacer : aussi constituera-t-il bientôt la boisson alimentaire des repas de la famille, partout où la civilisation étendra ses bienfaits. La consommation normale du vin alimentaire, pour donner aux sociétés humaines toute leur force et toute leur activité de corps et d’esprit, doit être au moins égale à celle du pain; c’est-à-dire que la France, avec sa population actuelle, devrait consommer plus de 100 millions d’hectolitres de vin et l’Europe plus de 500 millions : aussi la viticulture est-elle loin d’avoir atteint ses limites, puisqu’elle ne produit pas 120 millions d’hectolitres en Europe et pas 150 millions sur la terre entière.
- Malheureusement, la viticulture est en proie à l’anarchie culturale la plus complète : un nombre infini de pratiques, les plus étranges et les plus opposées, qui semblent se contredire et s’exclure, sont appliquées à la vigne, sans aucun principe, sans aucune règle, sans aucune lumière qui permette de les apprécier, de les comparer, de les relier ensemble. Chaque province, chaque département, chaque canton vignoble est convaincu que sa viticulture traditionnelle est la meilleure ; qu’elle constitue le dernier mot de l’art et de la science viticoles, et chaque vigneron ou propriétaire de vignes est persuadé qu’on ne saurait cultiver la vigne et faire le vin autrement et mieux que lui.
- Le moment était donc venu de mettre en présence toutes ces pratiques diverses et de les éclairer l’une par l’autre en les soumettant au grand jour et à l’émulation des expositions et des concours. Cette initiative sera une des gloires de l’Exposition Universelle de 1867.
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- CHAPITRE III.
- AMELIORATIONS ET PROGRÈS-
- Énumérons rapidement les phases principales de la viticulture et de la vinification, et signalons sommairement les solutions progressives quelles comportent et qui semblent le mieux établies par l’observation, l’expérience et la comparaison.
- Préparation du sol. — Autrefois, la vigne était généralement plantée sans défoncement du sol : aujourd’hui la tendance est à défoncer partout, et déjà l’on reconnaît le mauvais effet des défoncements dans certaines conditions de la terre. Il semble en effet démontré qu’on doit s’abstenir de défoncer les sols légers, perméables, caillouteux, sur galets et sur roches fendillées, surtout en terre vierge de viticulture ; tandis qu’on doit défoncer les terres fortes, imperméables, argileuses, granitiques, se désagrégeant à l’air, et surtout les terrains précédemment occupés par les vignes ou les bois. L’assainissement des sols humides et l’abaissement du niveau des eaux, par drainages ou par fossés p’rofonds, est indispensable dans certains lieux comme les Landes, la Sologne, la Double, la Brenne, etc. Dans les pays brumeux, les fossés profonds et évasés assainissent l’atmosphère en même temps que le sol et valent mieux que le drainage. Partout où les charrues fouil-leuses peuvent opérer les défoncements se font et doivent se faire avec les animaux de traits.
- Choix du plant. Plantation. — La recherche de cépages nouveaux par semis pour la vigne à vin n’offre aucun intérêt actuel ; tout l’intérêt, au contraire, se concentre sur le choix de cépages connus et éprouvés. Les sarments de ces
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- cépages, employés comme semis de nœuds, comme boutures de pépinière ou de vigne, comme marcotte ou comme greffe, reproduisent exactement les qualités de leur souche mère : c’est donc parles sarments des ceps les plus fertiles, les plus propres au sol, au site, au climat et au vin qu’on veut obtenir, qu’on doit planter ses vignes.
- Par marcottes ou par plants enracinés d’un an ou de deux ans, la reprise de la vigne est reconnue plus sûre et sa première pousse un peu plus forte que par bouture. Les semis de nœuds seraient bien moins coûteux, mais leur réussite est très-incertaine et leur végétation trop grêle et trop lente. La bouture, bien traitée et plantée en temps opportun, réussit aussi bien, coûte beaucoup moins et donne un meilleur cep que le plant enraciné ; la bouture résultant d’un simple sarment bien constitué semble reprendre d’autant mieux et végéter d’autant plus fort qu’elle est prise plus loin du vieux bois ; elle réussit mieux lorsqu’elle est plantée en pleine sève. L’enlèvement de l’épiderme des entre-nœuds souterrains de la bouture la fait reprendre plus sûrement et pousser plus vigoureusement la première année, mais il n’est pas certain que plus tard elle se comporte aussi bien que la bouture non écorcée.
- Profondeur de la plantation. — Plus la bouture est plantée profondément sous terre, plus le cep qui en résulte est long à se mettre à fruit; à lo ou 20 centimètres de profondeur, la bouture peut donner fruit à la deuxième année ; de 20 à 40, à la troisième; de 40 à 60, à la quatrième, et de 60 à 80, à la cinquième seulement. Les preuves de cette corrélation graduée sont largement données par le Beaujolais, le Languedoc, la Bourgogne, le Jura, la Drôme, etc., mais elles sont aussi établies dans le même pays, dans le même terrain et pour le même cépage. La bouture, comme la graine, ne constitue ses bonnes racines et ses bonnes tiges que près de la surface du sol ; la bouture plantée superficiellement au
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- plantoir, au moment de la végétation du printemps, tel est le sens dn progrès qui se prononce en tout pays.
- Dressement. — Dans un grand, nombre de vignobles, les jeunes pousses sont abandonnées à elles-mêmes et ne sont pas taillées pendant un et deux ans ; puis, à la troisième année, la souche est rasée; dans d’autres vignobles, les premières tailles se font à un seul œil pendant trois et quatre ans, ce qui renvoie la première récolte à cinq ans ; enfin, ailleurs, on ne plante que la moitié ou le tiers des ceps, la vigne ne devant être complétée que par les recouchages et les provignages. Ces trois méthodes embrassent ensemble les trois cinquièmes des vigndbles de France et rejettent la première récolte à la sixième année en moyenne ; tandis que la plantation directe et complète de tous les ceps de la vigne, leur dressement immédiat à la forme qu’on doit leur donner assurent cette même récolte à trois ans. Il y a donc un grand progrès à réaliser, en plantant à la fois tous les ceps d’une vigne et en les dressant par une taille préparatoire immédiate.
- Étendue de la tige. — La force de végétation, la fécondité et la durée de la vigne augmentent-elles ou diminuent-elles en proportion de l’étendue de la tige qu’on lui laisse? En tous pays, sous tous les climats, plus on laisse la vigne s’approcher de son arborescence naturelle, qui dépasse celle des plus grands arbres, c’est-à-dire plus on laisse d’étendue à sa tige, plus elle vit longtemps, mieux elle végète, plus elle porte de fruits ; les vignes sur arbres, les vignes en treilles, en treillons, en cordons, vivant à côté et au milieu des vignes en cepsj dans le midi, au centre et au nord de la France, sont là pour le prouver. Dans les vignes en ceps elles-mêmes, plus les ceps sont étendus, plus ils portent de fruits, plus ils donnent de bois, toutes choses égales d’ailleurs. Dans Maine-et-Loire, les Charentes, la Nièvre, Loir-et-Cher, Tarn-et-Garonne, le Lot,-le Rhône, le Languedoc, un cep à un seul bras est misérable ;
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- à deux, il est plus fort, à trois, il est prospère ; à quatre, à cinq, à six bras, sa vigueur, sa fécondité, sa durée s’augmentent en proportion.
- Dans la Moselle, à Rugy et à Argancy, la preuve est mathématique et séculaire : 40,000 ceps à un bras, dans un hectare, donnant 40 hectolitres, commencent à être provignés à douze ans et sont arrachés à vingt-cinq ou trente ans ; tandis que 5,000 ceps portant huit branches, chacune semblable à chacun des 40,000 petits ceps, donnent 80 hectolitres et vivent cent cinquante ans sans être provignés ni arrachés; ainsi l’association de huit ceps en un seul augmente la fécondité, la force
- et la durée de la vigne. Le progrès est donc dans l’extension
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- des tiges de la vigne, tandis que l’opinion et la pratique des vignerons sont dirigées en sens contraire.
- C’est dans le sens du progrès que M. J. Marcon, de la Mo-the-Montravel, par son application en grand de la méthode de M. Cazenave et par son exposition de sa méthode à Billancourt, a mérité un premier prix que lui auraient disputé les treilles et trcillons de l’Isère, les vignes en chaintres de Chissav, les souches de Rugy et d’Argancy, les hautains de Périguères et de Madiran, si ces procédés avaient été exposés.
- M. leD1' Krantz inaugure aussi en Prusse un mode de viticulture à expansion indéfinie dont les effets seront très-intéressants à observer. L’extension des tiges correspond nécessairement à une extension pareille des racines et suppose une diminution proportionnée du nombre des ceps dans un même espace. La comparaison des différents vignobles de France semble établir que le nombre de bourgeons dont on peut charger la vigne doit varier de douze à vingt-quatre environ, par mètre carré, d’un sol médiocre au sol le plus favorable.
- Longueur de la taille. — La question de l’étendue à donner à la tige n’est point la même que celle de la longueur à laisser à la taille. Un très-petit cep peut porter une longue taille;
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- une très-grande treille peut ne porter que des tailles très-courtes. C’est ainsi que les méthodes de Thomery, de Clerc, de Georges, sont à grandes tiges et à taille courte ; c’est ainsi que les méthodes du Médoc, des côtes du Rhône, du Puy-de-Dôme, de la Vienne, de l’île de Ré, de l’Alsace, de la Bavière, du Jura, de l’Aveyron, de la Lorraine pour ses pineaux, d’Orléans pour ses meuniers, de la Touraine pour ses cots, de Tr èves pour ses rislings, sont à petites tiges et à taille longue.
- Tous les cépages se trouvent bien d’une expansion proportionnée à l’énergie végétative du sol donnée à la tige ; mais tous les cépages ne se comportent pas également bien à l’extension de la taille. Les pineaux, les meuniers, la syra, le carbenet sauvignon, les cots, les rislings exigent la taille longue pour être très-fertiles, excepté dans leur extrême jeunesse, où la taille courte leur permet encore une certaine production, mais à la condition d’un rajeunissement opéré tous les dix à quinze ans par le provignage. C’est ce qui se fait dans la Côte-d’Or, où, malgré les provignages, la moyenne récolte des pineaux ou noiriens n’est que de 15 hectolitres par hectare. Dans cette situation, M. le comte de La Loyère, au château de Savigny, près Beaune, n’a pas hésité, depuis sept ans, à donner de longues tailles à ses pineaux, et il a ainsi élevé les moyennes récoltes au-dessus de 40 hectolitres à l’hectare.
- De temps immémorial, la Lorraine donne à ses pineaux et à ses meuniers les longues tailles et tient ses moyennes récoltes à 40 hectolitres. M. Rollet, maire de Thiancourt (Meurthe), a exposé à Billancourt un spécimen qui représente parfaitement la conduite de ses 30 hectares, en pineaux à longues tailles; son spécimen, et surtout ses cultures, lui ont valu une récompense qui aurait été méritée par M. de La Loyère également, si sa qualité de membre associé du Jury ne l’eût mis hors concours.
- Mais les tailles courtes, sur plusieurs bras, peuvent entretenir une fertilité suffisante et une durée assez longue, sans
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- rajeunissement par le provignage, c’est-à-dire sur les ceps de franc pied dans certains cépages; le Beaujolais, le Languedoc, le Quercy, les Charcutes le démontrent suffisamment. Le spécimen deM. le Vte de Saint-Trivier lui a valu un premier prix dans ce sens ; celui de M. Maistre, et celui de M. Boi-nette, ont élé récompensés pour la taille courte appliquée à plusieurs bras. Le progrès se dessine donc ici nettement ; il consiste dans l’extension de la tige soit par cordons, soit par bras multipliés, dans l’application de la taille courte aux cépages dont les yeux rapprochés de la tige sont très-fertiles, et dans l’application de la taille longue aux cépages dont les yeux ont d’autant plus de fertilité qu’ils sont plus loin de la souche. Cette distinction est parfaitement connue et établie dans certains vignobles.
- Pare-à-gelée. — A côté de la taille, vient se placer un progrès réel ayant pour objet de diminuer les funestes effets des gelées de printemps. Il consiste à laisser à chaque souche, près de terre, en dehors de la taille ordinaire, un long sarment du plus petit diamètre et ayant le plus grand nombre d’veux possible. S’il ne gèle pas, ce sarment doit être coupé, ras la souche au 30 mai ; si la gelée a détruit la récolte sur les bourgeons de la taille, ce sarment sera relevé et attaché sur la souche, en arc ou en couronne, et fournira une bonne récolte. Ce procédé, pratiqué de temps immémorial sur.les bords de l’Hérault, a été vulgarisé depuis 1861 et expérimenté avec succès par un grand nombre de viticulteurs. Lorsque la taille du pays est à très-long bois, ce sarment de précaution est inutile: la longue taille est moins frappée par les gelées que la courte taille.
- Épamprages. — Les opérations sur les pampres de la vigne se sont perfectionnées et étendues dans ces six dernières années ; les ébourgeonnages, les rognages et les accolages et surtout les pincements des bourgeons à fruits, pratiqués avec
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- une grande intelligence et un grand succès, de temps immémorial dans certains vignobles, sont reconnus comme excellents et adoptés, môme dans le Midi, par les hommes les plus autorisés et les plus habiles en viticulture: M. Portai de Moux, dans l’Aude; M. Gaudais, dans les Alpes-Maritimes; M. Fleury-Locoste, dans la Savoie; M de La Loyère, dans la Côte-d’Or ; M. de Chassiron, dans la Charente-Inférieure.
- Incision annulaire. — L’incision annulaire était appliquée aux vignes par M. Lambry dès 1776; elle a été relevée de son oubli ou de son discrédit en 1859 par M. Bourgeois, membre de la Société Impériale et Centrale d’agriculture de France; réappliquée en grand, en 1862, par M. de Tarrieux, à Saint-Bonnet (Puy-de-Dôme); en 1864, par MM. Baltet frères, àTroyes. Elle était déjà considérée comme un progrès acquis; mais, en 1867, M. de Tarrieux, qui en a continué l’application et qui l’a étendue à 5 hectares de son vignoble, vient d’achever, par son exposition à Billancourt et par l’envoi de branches à fruit incisées, de démontrer les bienfaits et. l’importance de cette pratique. L’incision annulaire, pratiquée au moment de la floraison, empêche la coulure, fait grossir le raisin, avance sa maturité et donne dé meilleur vin.
- Palissages. — Le palissage des vignes subit en ce moment une véritable transformation : les échalas et les traverses sont avantageusement remplacés par un, deux et jusqu’à trois fils de fer, tendus sur des pieux" éloignés de 6, .8 et 12 mètres. Ce remplacement, commencé depuis vingtrcinq ans, par M. Colignon, d’Ancy, s’est étendu, surtout depuis quelques années ; outre sa grande économie et sa longue durée,, ce palissage oblige à remettre ou à tenir toujours les vignes en lignes, ce qui est la première condition de la surveillance, de la bonne tenue, de la bonne aération, de ' la bonne insolation et de la bonne culture des vignes. Toutes les vignes sont plantées en lignes; toutes celles de franc pied restent en
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- lignés; mais la plupart des vignes provignées perdent tout alignement; toute la Bourgogne, toute la Champagne et bien d’autres provinces vignobles présentent cette mauvaise disposition, que les palissages feront bientôt disparaître; ce sera là un grand progrès.
- Cultures du sol. — Les cultures à main d’homme tendent à être remplacées par les cultures aux animaux de trait partout où ces dernières cultures sont praticables ; c’est là un immense avantage, moins encore par l’économie que par la rapidité des façons données et par l’opportunité de leur exécution. Un cheval attelé à une houe peut, sans fatigue, biner deux hectares par jour; attelé à une charrue à double soc, il laboure un hectare en un jour et remplace ainsi vingt-quatre hommes. L’observation et l’expérience ont montré, depuis six ans, que les cultures à plat conviennent infiniment mieux à la vigne que les cultures tourmentées, en chaussage, déchaussage, billons, mottes, fossés, etc. U est également démontré que les cultures superficielles et multipliées valent mieux que les cultures profondes.
- Provignages. — La perpétuation des vignes par le provignage exige des dépenses considérables et n’arrive point à leur conserver une fécondité suffisante ; toutes les vignes jeunes et de franc pied, assolées à vingt-cinq, trente et quarante ans, maintiennent une fertilité plus que double avec moins de frais. Le Beaujolais," le Languedoc, la Lorraine, Chablis, prouvent cette vérité qui se répand et fait des prosélytes, parce que le provignage exige beaucoup de main-d’œuvre et que la main-d’œuvre fait de plus en plus défaut. Mais, outre le provignage de perpétuation, il y a le provignage d’entretien : par exemple, la Lorraine assole ses vignes à vingt-cinq ou trente ans, et elle commence les provignages à douze ans; le Languedoc, le Beaujolais provignent.pour remplacer les ceps morts seulement, et leurs, vignes sont assolées
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- à vingt-cinq et trente ans ; aussi la tendance est à remplacer par des plants enracinés, comme le fait le Médoc de temps immémorial ; c’est là un moyen progressif qui rajeunit la vigne et entretient sa fécondité, mieux et à moindres frais que le provignage.
- Fumures. —Autrefois on fumait la vigne à plat ou autour du collet du cep, ou bien en provignant; la tendance progressive est d’ouvrir un sillon profond entre deux lignes et d’y enfouir le fumier.
- Choix des cépages. — Depuis quelques années, le funeste entraînement vers la plantation des cépages d’abondance, à jus grossiers,paraît diminuer; tous les bons viticulteurs, on peut dire tous les viticulteurs intelligents et prévoyants, re-cherchent et plantent les cépages à vins fins, ou à vins de bonne qualité et surtout solides, sachant fort bien que, par une taille généreuse et appropriée, ces bons cépages leur' donneront à la fois quantité et qualité. C’est ainsi que les pineaux, les carbenets-sauvignons,lessavagnins,les petits gainais du Beaujolais, la mondeuse, la petite syra, sont demandés et propagés partout. M. le comte de La Loyère a fourni, à lui seul, 7 à 800,000 boutures de pineau noir depuis cinq ans ; c’est ainsi que M. Massé produit, près de Bourges, des vins de carbenet-sauvignon délicieux , couronnés à cette même Exposition Universelle. M. Bouscasse, dans la Charente-Inférieure, fait de très-bons vins avec le même cépage; M. Frédéric Cazalis vient de planter, dans l’Hérault, plusieurs hectares de pineau, de carbenet et de syra ; M. Gaudais, M. Jaunies, à ,Nice, M. Riondet, à Hyères, M. de Galbert, dans l’Isère, à son domaine de la Buisse, etc.,, plantent également ces fins cépages. Le retour aux vins bons'et solides est assuré : c’est là un immense progrès»
- Maladies de.la vigne..Les gelées. de printemps sont au-
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- jourd’hui conjurées par les longues tailles ou par le sarment de précaution , temporairement laissé aux courtes tailles ; la coulure est en partie conjurée par le pincement et par l’incision annulaire : l’oïdium, la plus grande maladie de la vigne, est vaincu par le soufre. La découverte du mal et l’indication de son remède sont dues aux horticulteurs anglais; leur étude et les premières applications du soufre, en France, appartiennent à la Société Impériale et Centrale d’horticulture ; MM. Duchartre, Hardy ont fixé les faits expérimentalement ; MM. Gonthier, Forest et autres les ont fait rayonner pratiquement. Sur ces premières indications, M. de La Vergne, dans la Gironde, s’est constitué le meilleur applicateur des soufrages, d’abord dans son vignoble; puis l’apôtre actif, intelligent, généreux, écouté et applaudi dans la plupart des départements atteints ou menacés; c’est ce qui lui a bien mérité la haute distinction qui lui a été accordée. Dans un autre sens et à des points de vue différents, M. Marès, dans l’Hérault, s’est occupé avec succès des soufrages.
- Le dernier mot est-il dit sur le mode d’crnploi du soufre ? Non. Les persulfures dissous dans l’eau, projetés par les appareils pulvérisateurs de M. Salles-Girons, ou meme avec les pompes de jardin ; la sublimation directe du soufre dirigé en vapeur contre le mal, préparée par M. Breteau, promettent des résultats encore plus sûrs et plus économiques que la simple projection du soufre en poudre.
- Un fait intéressant vient de se produire à Billancourt : Tous les ceps importés de l’Aude, au mois de mars, et sans végétation, se sont couverts d’oïdium vers le milieu de juin, tandis qu’aucune trace du mal ne s’est montrée sur les autres cépages, tous du Centre et du Nord. Les ceps du Midi ont donc apporté avec eux l’oïdium. . .
- Travailleur intéressé aux fruits. L’emploi des animaux de trait, opposé à la rareté et à la cherté de la main-d’œuvre, serait tout à fait insuffisant pour remédier au mal;
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- car la main-d’œuvre, à la journée et à la tâche, devient paresseuse, négligente , malveillante même ; elle ne livre que son élément mécanique, dans la moindre proportion possible. Quant à l’élément intellectuel et dévoué (le plus productif des deux), elle ne le livre point, faute d’intérêt, au produit; aussi la tendance générale est-elle aujourd’hui d’accorder au vigneron, outre son salaire journalier ou de tâche, une prime en argent ou une part dans le fruit proportionnée au taux de la production brute; c’est là un progrès considérable qui double le travail utile. Mais ce n’est point assez: partout où le métayage de la vigne seule est possible, par trois hectares si les façons sont à la main, par cinq hectares si les labours sont faits à l’aide d’animaux de trait, une famille devrait être attachée à leur culture, au tiers ou à moitié fruits, avec logement et petit jardin; ici un double avantage serait réalisé : l’augmentation des produits par l’intérêt, et l’accroissement de la population, qui donne au sol et aux produits une valeur proportionnée à cet accroissement.
- La tendance est aussi d’ajouter la culture de la vigne là où elle peut prospérer, aux métairies et aux petites propriétés ; car l’observation des faits établit nettement, dans les Landes, la Savoie, la Haute-Saône, le Jura, Saône-et-Loire, l’Ailier, la Provence, le Rhône, la Suisse, etc., que cette adjonction en double l’aisance et le prix de location. La vulgarisation de ces constatations a déjà déterminé le mouvement d’adjonction de la vigne aux cultures fermières.
- Vendanges. — Les vendanges sont de plus en plus chères et de plus en plus difficiles à opérer, toujours par la rareté et la cherté croissantes de la main-d’œuvre ; leur amélioration reste à l’état de problème ; toutefois, la coutume de loger, de nourrir et d’engager les mêmes vendangeurs est bien plus humaine et plus profitable que celle qui domine depuis quelque temps; celle d’aller en engager de nouveaux tous les jours, à trois.ou quatre heures du matin, sur la place publique. Les
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- déprédations et les grèves mettront un terme à cette pratique barbare. Les bans de vendange et de grapillage tendent à disparaître complètement, c’est là le seul progrès à signaler.
- Foulages', pressurages, cuvages. — L’emploi et la construction des cylindres cannelés, destinés à fouler les raisins, s’améliore et se vulgarise ; les pressoirs ont subi de grands perfectionnements , tant dans leur mécanisme de pression que dans l’usage des galeries à maintenir les marcs et dans celui des claies et des drains interposés pour faciliter l’écoulement rapide des jus.
- Mais c’est surtout à l’égard des cuves et des cuvaisons que-les questions se sont nettement posées depuis ces dernières années : — Doit-on cuver les vins rouges à cuve ouverte ou à cuve fermée? —Dans les cuves fermées, les appareils condensateurs ont-ils une valeur réelle?— Doit-on cuver à marc flottant, à marc plongeant ou à marc étagé ? — Doit-on borner la cuvaison au temps de la grosse fermentation tu- -multueuse et tirer lés jus troublés et chauds? — Doit-on la prolonger seulement jusqu’à ce que le vin soit clair et froid, oü bien lui fair subir, avec les marcs, une macération de. plu-” sieurs semaines et même de plusieurs mois? — Doit-on mêler aux vins tirés directement de la cuve les vins obtenus parle pressoir? La comparaison de tous les'procédé de cuvaison' appliqués aux vins fins, ordinaires et communs- semble an-ajourd’hui donner encore, comme la meilleure, la solution suivante :
- Fouler les raisins avant de les mettre en cuve; emplir la cuve en un jour jusqii’à 30 centimètres de son bord supérieur ; égaliser la surface' et rie plus fouler à la cuve ; cuver’ en cuve ouverte, recouverte d’unè simple toile d’emballage ; tirer1 le vin de la cuve aussitôt que la première fermentation tumultueuse commence à s’apaiser, c’est-à-dire trouble et chaud, achevant sa fermentation air tonneau ; presser le marc, sans délai , et répartir les. vins! du pressoir en proportions.;
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- égales dans les vins de la cuve, telle est la, méthode, autrefois la plus générale, à laquelle on semble revenir et qui donne les vins les plus généreux,,les plus parfumés,, les plus brillants et les plus solides ; mais il semble aussi que la euvaison en cuves fermées, à marc plongeant et à marc étagé,, diminue les chances d’acétification du vin.
- L’expérience a démontré que plus la chaleur de la fermentation est élevée dans le marc, plus l’opération se complète promptement, plus le vin a de spiritueux, de couleur et de durée. C’est pour obtenir ce résultat que dans les bons vignobles on ne met en cuve que les raisins chauffés par le soleil ; qu’on emplit la cuve en un jour et qu’on tient les celliers clos et chauds .
- Dans les mauvaises années on active la. fermentation en versant des moûts chauffés dans la cuve, ou bien en faisant passer, dans son intérieur, des thermosiphons à eau ou à vapeur. Un des bons moyens conseillés, dans ces derniers temps, par M, Ladrey consiste à préparer un levain, en choisissant les, meilleurs raisins et en les faisant fermenter dans une, cuve à. part dans un lieu chaud., Une portion de ce le.vain mêlée aux autres cuves en détermine promptement la fermentation. ,
- Conservation des vins. — La conservation des vins, a, été' l’objet de grandes préoccupations.. Le chauffage pratiqué au hasard depuis longtemps, appliqué, sérieusement par Appert, étudié et expérimenté avec soin et au point de vue pratique par M., de.Vergnette-Lamotte, puis enfin approfondi scientifiquement par M. Pasteur,, qui lui,a attribué un rôle rationnel celui de, tuer les micodermes et leurs gemmes,,, n’est pas encore admis comme excellent ni comme bien, précisdansses effets; mais il a au moins, le mérite d’être hygiéniquement,,, parfaitement inoffensif.. , : i f .iP ...;
- Il n’en est pas de même des plâtrages.. Lès, eaux plâtreuses, ou séléniteuses sont repoussées de la consommation comme
- malsaines par les populations les plus, pauvres, aloi^ queja
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- nature les leur donne pour rien ; il est impossible de comprendre comment les vins, rendus plâtreux et séléniteux, acquièrent légitimement la faculté, le droit de leur être vendus! C’est là un secret de commerce.
- La conservation des vins par les alcools rectifiés est beaucoup plus redoutable et plus dangereuse. Les alcools rectifiés sont des produits chimiques fixes qui n’ont plus rien d’alimentaire , mais qui conservent toutes leurs propriétés abrutissantes et vénéneuses, comme l’éther, le chloroforme, l’opium, etc. C’est là une vérité reconnue et couronnée par l’Académie des sciences. Le vin est très-alimentaire; l’eau-de-vie, distillée au degré potable, est encore alimentaire ; les esprits rectifiés ne le sont plus du tout et ne peuvent reproduire ni l’eau-de-vie ni le vin. Si cette vérité, établie par la science et l’observation, est méconnue, c’est encore là un des secrets du commerce.
- Distillation et lavages. —• La distillation des eaux-de-vie au degré potable (50 à 55° centésimaux) a été reconnue, dans ces derniers temps, comme donnant des produits sains et supérieurs en goût et en arôme aux eaux-de-vie distillées à 60 et à 75 degrés. Cette réforme, approuvée et primée par l’Exposition Universelle de 1867, intéresse les deux Charentes, l’Armagnac et presque toute la France vignoble. Mais, pour obtenir ou garder toutes ses qualités à l’eau-de-vie, elle suppose une autre amélioration qui a .fait grand bruit ; c’est : 1° d’extraire les moûts des marcs à vins blancs par leur lavage immédiat ; 2° d’étendre d’eau les moûts des vins à distiller jusqu’à les abaisser à 6 ou 7 degrés du glucomètre pour obtenir la conversion immédiate de tout le sucre en esprit parla fermentation en lieu chauffé au-dessus de 15 degrés. La première fermentation, paraît-il, ne convertit que 6 à 7 degrés de sucre ; le surplus est une perte en eau-de-vie et une cause
- d’altération-de l’eau-de-vie à la distillation.
- •' ' * , .
- Emploi des- marcs >«. la nourriture du bétail. .-— Pour
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- clore cette longue série des améliorations, en voie d’accomplissement dans la viticulture , il reste à signaler l’emploi des marcs de raisin à la nourriture du bétail. Soit qu’il ait été lavé, soit qu’il ait passé à la chaudière, le marc de raisin est un aliment excellent. Il est également bon pour les moutons, pour les cochons, pour l’espèce bovine, pour les ânes, les mulets et même les chevaux. 11 suffit, pour le conserver, de le tasser fortement dans des cm *• s en bois ou en briques, ou simplement dans des fosses ou . ans des silos ; il.se conserve mieux lorsqu’il est disposé par ( ouches de 15 à 20 centimètres, sur chacune desquelles on répand 150 grammes de sel par mètre carré. Nous avons vu les me.!'dures dispositions prises à cet égard, en 1863, chez M. Molines Ducros et chezM. Causse-Nègre, grands propriétaires; dans le Gard, chezM. Bouscasse, et chez M. de Chassiron, sénateur, grand propriétaire, dans la Charente-Inférieure ; mais il est acquis partout, aujourd’hui, que le marc de raisin est une nourriture saine pour toute espèce de bétail. La France produit 25 millions de quintaux métriques de marc qui peuvent engraisser, pour moitié de la nourriture, 3,250,000 têtes de gros bétail ; créer ainsi 162 millions de kilogrammes de bonne viande, la quinzième partie de la consommation, et 8 millions de mètres cubes de fumier, moins la paille, pouvant entretenir 400,000 hectares de terre en bon engrais, la centième partie du sol cultivable.
- Il sera facile de comprendre , par ce dernier aperçu, quelle importance peuvent atteindre l’étude, la description et la vulgarisation des meilleures pratiques adoptées dans la viticulture de chaque pays ; et personne ne sera surpris qu’elles aient fixé l’attention et appelé depuis longtemps l’intérêt du gouvernement. C’est donc ici le lieu et l’occasion de rendre au Ministère de l’agriculture l’éclatant hommage qui lui est dû ; depuis bientôt sept ans, le gouvernement a fait étudier, comparer et vulgariser toutes les méthodes, tous les procédés de viticulture et de vinification des différents vignobles de France; et, avec une prudence qui portera ses fruits, il a ainsi préparé
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- et posé les bases positives de leur enseignement mutuel, , et asr suré, parleurs propres exemples, leur marche progressive et prospère.
- Déjà la vive intelligence des viticulteurs français a mis à profit cette puissante impulsion ; déjà les questions se posent nettement ; déjà leurs solutions se dégagent et la lumière, jaillit des pratiques, traditionnelles ou des pratiques nouvelles, largement et logiquement expérimentées sur tous les points de la France.
- M. Charles Baltet, délégué, a organisé l’exposition de la viticulture, à Billancourt, avec une rare intelligence et avec un ordre et une précision admirables.
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- Graines et plantes d’essences forestières, par ML Frédéric Moreau, juge au Tribunal de commerce de la Seine, et M. de Gayffier, inspecteur des forêts.
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- GRAINES ET PLANTES FORESTIÈRES. — PROCÉDÉS DIVERS DE REPEUPLEMENT DES FORÊTS
- Par MM. Frédéric MOREAU et Eug. de GAYFFIER.
- En provoquant au Concours Universel de 1867 une exposition de graines et de plantes diverses pouvant servir au repeuplement des forêts et au reboisement des montagnes, ainsi que la démonstration des différents procédés d’exécution des travaux de ce genre, la Commission Impériale ne s’était point dissimulé les difficultés pratiques que devait rencontrer l’exécution de ce programme. Il était impossible, en effet, de donner, sur quelques ares de terrain, une idée des spécimens si variés de repeuplements forestiers qui s’exécutent de toutes parts, et des pépinières considérables disséminées dans les diverses régions de la France et de l’Europe, dans lesquelles se préparent, par centaines de millions, les plants de toute essence destinés à ces travaux. Les efforts que quelques exposants français ont fait pour répondre à l’appel de la Commission Impériale ont néanmoins excité l’intérêt du Jury et mérité ses éloges. Quant aux produits étrangers, la difficulté de les transporter et de les installer dans des conditions convenables de réussite ne permettait guère d’espérer qu’ils fussent représentés ; ils n’ont figuré dans aucun des concours de la.classe 87. Pour faire ressortir toute l’importance de , cette<question, il paraît donc nécessaire d’envisager la culture
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- forestière à diverses époques, pour en déduire les progrès qui se sont successivement accomplis dans les moyens et dans les procédés qui lui sont propres.
- Les forêts qui existent encore en Europe, et notamment celles de la France, sont les débris d’immenses massifs qui, autrefois, s’étendaient uniformément sur la majeure partie de son territoire. La Gaule (Gallia des Latins) tire évidemment son nom du mot celtique Gaël qui veut dire forêt. La plus grande partie de la péninsule Ibérique et de l’Italie était également couverte de bois ; et si, dans ce dernier pays, les défrichements ont commencé dès les premiers âges, dans la Gaule au contraire et en Espagne le sol est resté longtemps à l’état de forêts vierges mêlées de clairières au milieu desquelles vivaient des tribus sauvages.
- La tradition druidique a conservé le souvenir de cet état primitif du sol, et raconte comment un incendie, allumé par la foudre, vint changer tout à coup la face de la Celtique :
- « La foudre, dit la légende, tomba au sommet des monts « Pyrénées ; la flamme s’attacha sur un amas de branches « résineuses dont le sol était couvert, en fit un brasier qui, « en un instant, communiqua le feu aux forêts. L’incendie « dirigea ses ravages, d’un côté sur l’Ibérie, de l’autre sur la « Celtique, en suivant les chaînes des Cévennes, duGévaudan, « du Charolais, du Vivarais ; de là, le feu se porta sur le « plateau de Langres, où la fureur des flammes envahit, d’une « part le Jura et les Vosges, de l’autre les Alpes jusqu’à « l’Éridan, là finit l’incendie. » (Les Druides, par Bouché de Cluny.) Les oasis que le feu avait réservées au milieu de la masse compacte des forêts furent alors envahies par les peuplades de la Germanie qui n’était aussi, à cette époque, qu’une vaste contrée entièrement boisée.
- Cet état'de choses dura jusqu’à César; alors, pour la sécurité des conquérants, 'pour l’êtablissementdes villes nouvelles, pour la nourriture des hommes et des troupeaux, commencèrent, de vastes défrichements. Cependant., à la fin de la
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- domination romaine, on pouvait encore traverser la Gaule, de l’est à l’ouest et du nord au sud, en suivant sans interruption de larges bandes de futaies séculaires. Mais, au fur et à mesure que la population s’accrut et que les sociétés se constituèrent, il se produisit ce qui s’est produit en Amérique dans les temps modernes : on attaqua ces grandes zones de forêts de tous les côtés et par tous les motifs, tantôt parce qu’elles étaient un obstacle à la culture des céréales, tantôt parce qu’elles renfermaient; des éléments de travail et de transport. C’est ainsi que ces derniers restes de nos grandes masses boisées, pareils
- • à ces îles que l’Océan ronge sans cesse, se sont successivement amoindris sous les efforts du flot toujours croissant de la population.
- Aujourd’hui ils n’apparaissent plus sur. notre territoire que
- • comme de bien minimes témoins de nos antiques forêts. Il serait curieux et intéressant de suivre pas à pas ce fait historique de la disparition successive des forêts dans jles divers pays ; mais les développements que nécessiterait une pareille étude nous entraîneraient hors du cadre de ce rapport, et sans insister davantage sur les causes de cette disparition, nous en ferons seulement ressortir, en quelques mots, les résultats les plus immédiats et les plus frappants. Les forêts situées en plaine furent naturellement celles que les défrichements durent atteindre d’abord; la disparition des .bois des montagnes est un fait relativement récent qui se continue de nos jours et dont il nous est, en conséquence, plus facile d’apprécier les causes.
- Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici les conclusions de la savante notice dont M. Mathieu, professeur d’histoire naturelle à l’École impériale de Nancy, a accompagné la carte forestière de la France dressée par ses soins et qui a figuré au milieu des collections scientifiques exposées au palais du Champ-de-Mars par l’Administration des forêts. Voici ces conclusions : « Le déboisement s’est très-inégalement étendu « sur les diverses régions naturelles de la France étudiée « dans son ensemble. Contrairement aux prévisions fondées
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- « sur l’état géologique et minéralogique, sur l’aptitude bien « connue des forêts à croître encore, là où l’agriculture n’est « plus possible avec profit, on constate que les bassins y ont « le mieux résisté, eüx et les montagnes qui les bordent im-« médiatement et les alimentent ; que les grands massifs « accidentés, plateaux ou groupes montagneux', sont, au « contraire, presque totalement dénudés, surtout dans les « parties les plus répulsives, les parties centrales. .
- « Les besoins de la consommation, la nature encombrante « de la matière ligneuse, la difficulté et le prix élevé des « transports, ont en grande partie déterminé ce premier résul-« tat.
- « Mais on remarque, d’autre part, que dans chaque bassin « considéré isolément, la répartition de la production agricole « et forestière y est parfaitement logique, parfaitement subor-« donnée à la structure géologique, à la composition minéra-« logique du sol. On y voit qu’à peu d’exceptions près l’agri-« culture est en possession de toutes les terres fertiles, que la « sylviculture n’occupe plus que celles qui, sans son concours, « resteraient vouées à la stérilité : les grès et les sables silice ceux, les calcaires, puis les crêtes des collines et les ver-« sants rapides. » Et le savant professeur arrive à formuler cette vérité saisissante : « contrée boisée, contrée prospère ; « contrée déboisée, contrée' pauvre. »
- Nous ignorons si une étude semblable à celle que M. Mathieu a faite de là répartition des forêts de la France dans ses rapports avec la constitution géologique du sol a été faite dans les divers pays de l’Europe ; mais nous sommes convaincu qu’elle aboutirait à la constatation de faits analogues et à une conclusion identique. '
- Il résulte de, ce qui précède : 4° Que, dans les bassins, toute l’œuvre.utile du déboisement est consommée et qu’on ne pour--- rait aller plus loin dans cette voie déjà si largement suivie sans compromettre les plus sérieux intérêts. Les sols restés boisés ne.pourraient pas, en effet, soit à cause de leur relief;
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- soit à cause de leur composition minéralogique, convenir à la culture agricole, et, si quelques-uns d’entre eux font exception à cet égard, on ne saurait le regretter en voyant les magnifiques chênes qui y trouvent les éléments d’une croissance à la fois rapide et vigoureuse, et qui sont si précieux pour la grande industrie et les constructions maritimes; 2° que le reboisement des contrées élevées, dans une juste mesure et en suivant les indications de la géologie, est un bienfait réel, d’abord pour ces contrées elles-mêmes, et, en second lieu, pour les bassins qu’elles dominent et qu’elles doivent fertiliser de leurs eaux. Loin d’être alors, pour ces bassins, une cause toujours menaçante de dévastation, c’est l’unique moyen d’y développer un peu d’agriculture, d’y affermir l’industrie pastorale; c’est rendre le sol à sa production naturelle et créer, pour l’avenir, d’importantes ressources d’intérêt général ; c’est enfin fixer les populations, qui ne sont jamais tentées d’abandonner les régions forestières, où le travail leur est assuré pendant la mauvaise saison, mais qui émigrent de celles qu’un déboisement exagéré a atteintes et réduites à une chétive exploitation pastorale, les laissant inactives et sans ressources pendant l’hiver.
- Ges deux faits bien établis, à savoir : d’une part, nécessité de conserver, en les améliorant,, les forêts qui nous restent, d’autre part, opportunité de reboiser les contrées élevées et pauvres,,,aussi bien pour elles-mêmes que pour les bassins inférieurs, nous allons examiner les moyens et procédés les plus faciles pour arriver à ce double résultat qui- constitue toute la science sylvicole. Les forêts, comme les autres biens-que la providence a répandus sur notre globe, ont besoin des soins de l’homme pour développer toute leur puissance productive. Là, comme ailleurs, la terre n’est féconde que pour-celui qui la cultive. La sylviculture est donc essentiellement' cette branche de la culture du sol qui enseigne à retirer des forêts les .produits les plus considérables ou les plus utiles,: et à en perpétuer l’existence. Ge programme est. vaste, com-
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- plexe, difficile. Il se divise tout d’abord en deux parties distinctes: l’une, la sylviculture proprement dite, embrasse surtout le côté pratique de la question ; elle comprend toutes les définitions sur les climats, les sols, les essences ; elle fait connaître les exigences de chaque essence forestière, le traitement qui lui convient, les produits qu’on en peut attendre; elle décrit les principes fondamentaux de l’exploitation des bois et des divers modes de traitement qui leur conviennent; enfin, et c’est là une de ses subdivisions principales, elle doit insister tout spécialement sur les soins de culture, sur les procédés de repeuplement et sur tous les travaux d’amélioration et d’entretien. C’est de ceux-ci que nous nous occuperons plus spécialement. L’autre partie comprend l’aménagement ; elle expose les règles qui servent à déterminer l’exploitation d’une forêt donnée, de façon qu’elle fournisse un produit annuel aussi soutenu et aussi avantageux que possible, dans le plus grand intérêt du propriétaire et de la consommation. La première est donc une; science d’observation et la seconde une science de combinaison.
- Culture et aménagement ne, sont cependant que les deux termes d’un même problème que l’on ne saurait résoudre qu’en les rapprochant l’un de l’autre. — Nous examinerons sommairement chaque méthode d’exploitation ; nous en exposerons les avantages et,les inconvénients culturaux; nous indiquerons enfin les procédés les meilleurs de conservation et d’amélioration.
- Les trois principales méthodes d’exploitation des bois, sont: le taillis simple, le taillis sous futaie, la futaie.
- Il ne saurait entrer dans le cadre de ce rapport de faire l’examen comparé de ces méthodes. Nous nous bornerons à rappeler que, si le taillis simple est le mode d’exploitation qui convient le mieux aux particuliers, pour l’Etat, au contraire, et pour tout propriétaire impérissable comme lui, qui, par essence, n’est point apte aux spéculations commerciales, la méthode de la futaie offre les plus grands avantages ; le taillis
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- composé tient le deuxième rang, le taillis simple le dernier.
- L’influence du régime des taillis sur les forêts se manifeste par deux effets également désastreux ; c’est, d’une part, la dégénérescence des essences ; de l’autre, la perle de la qualité végétative des sols et leur appauvrissement. Cette influence, funeste est due, 1° à la fréquence des exploitations, qui est absolument contraire à la conservation de certaines essences, telles que le hêtre, qui ne repousse que difficilement de souches, et, bien qu’à un moindre degré, à celles d’autres essences précieuses comme le chêne, le charme: celles-ci, en effet, rejettent plus facilement' de souches, mais elles sont destinées néanmoins à disparaître,'d’abord, parce qu’il n’y a* de régénération complète et véritable que celle qui se fait naturellement par les semences, et, en second lieu, parce' que ces deux essences rencontrent à chaque exploitation la coiiciirrènce de plus en (plus dangereuse des bois blancs et des mort-bois dont lé développement rapide, dû à leur fécondité précoce en graines légères, étouffe les essences à croissance plus lente et à fertilité plus tardive ; 2° à l’action desséchante du soleil et des vents qui s’opposé à la formation de l’humus,' dont là production ne peut, avoir, lieu que sous l’influence de l’humidité, dé la chaleur et d’un air calme.
- L’envahissement des bois blancs peut être combattu avec succès par des nettoiements, et la perpétuation.des essences précieuses assurée par des exploitations' faites, rez-terre, par des semis et plantations dans les clairières, quelquefois enfin, par des écobuages qui forcent le chênë à drageonner.
- Nous n’entrerons pas dans lé détail de ces opérations qui nous conduirait hors du cadre déjà trop étendu que nous nous sommes tracé ; nous indiquerons seulement les espèces les plus propres au taillis, ce sont : le chêne, pour l’écorce ; le châtaignier et le bouleau, pour les cercles et les échalas ; le robinier acacia, pour les échalas ; les saules, pour la vannerie.
- Nous avons indiqué, pour combattre la disparition des essences précieuses dans les taillis simples, la pratique des
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- écobuages. Dans les taillis de chêne, cette opération a pour effet d’augmenter la qualité de l’écorce, tout en forçant les racines à drageonner. Ces écobuages permettent en outre de cultiver des céréales à chaque coupe, pendant une ou deux années, et de suppléer ainsi, dans les contrées montagneuses, au manque de terres arables dû à la fois à la pauvreté du sol, à sa forme accidentée et à l’âpreté du climat. Ce mode d’exploitation auquel la science forestière a donné le nom de sartage, s’applique depuis fort longtemps déjà dans les pays de Liège et du Luxembourg, sur différents points de l’Allemagne méridionale, dans les Ardennes, dans la partie montagneuse du département de la Haute-Saône, et commence à s’introduire en Auvergne, notamment dans le Puy-de-Dôme.
- Mais si le sartage est utile dans certaines contrées montagneuses dont le climat est frais ou humide et dont le sol offre une certaine compacité, il présenterait les plus graves inconvénients dans les contrées méridionales, sur des fonds secs et légers. Dans les sols de cette nature, les écobuages auraient pour effet de multiplier les mort-bois et d’appauvrir le sol : c’est à cette pratique, appliquée en Afrique par les Arabes, sous le nom de K’seur, et en Provence sous le nom de taillades, dans les montagnes des Maures, que sont dus ces incendies considérables qui, pour ainsi dire chaque année, dévorent des milliers d’hectares. En insistant sur ce point, nous voulons montrer combien il est difficile, en culture surtout, de poser des règles absolues. Tel procédé, tel mode d’exploitation qui, dans certaines conditions déterminées, offre les plus grands avantages, peut présenter de très-sérieux inconvénients, si on l’applique dans des conditions différentes.
- Taillis sous futaie. — Cette méthode d’exploitation consiste à laisser sur pied, au moment de la coupe, un certain ndmbre de réserves choisies parmi les arbres lès plus vigou-reûx, et destinés à parcourir une ou plusieurs révolutions; elle convient'essentiellement aux communes dont les deux tiers
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- environ de la propriété boisée sont encore aujourd’hui, en France, soumis à cette méthode.
- Le taillis composé présente les mêmes inconvénients que le taillis simple, en ce sens qu’il favorise l’envahissement du sol par les bois blancs et tend à l’appauvrir. 11 offre en outre, quelques difficultés relativement au choix, au nombre et à la distribution des arbres à réserver, qui doivent varier selon l’état du peuplement, sans jamais recouvrir, avant la coupe plus du tiers de la contenance totale. Ici, comme dans les taillis simples, il est par conséquent nécessaire de compléter, par des semis ou des plantations, les vides et clairières résultant du fait de l’exploitation ou de toute autre cause. Ces repeuplements se font d’ailleurs en partie naturellement par la chute des semences qui tombent des arbres réservés.
- Futaie. — Nous n’entrerons pas dans la description de ce mode d’exploitation basé sur le réensemencement naturel du sol; cette méthode, empruntée aux Allemands, est aujourd’hui presque exclusivement suivie, en Europe du moins. Elle repose sur des faits naturels, et sa dénomination seule suffit à indiquer le but qu’elle se propose.
- Le réensemencement naturel du sol se prépare à l’aide de trois coupes successives, dites coupes de régénération. Ce sont, dans l’ordre de la méthode, la coupe d’ensemencement qui a pour but d’assurer l’ensemencement du sol comme l’indique sa dénomination; la coupe secondaire, qui a pour but, en enlevant une partie des réserves, de faire participer les jeunes plants aux influences atmosphériques ; la coupe définitive, qui enlève toutes les réserves. La bonne végétation des jeunes plants est ensuite favorisée par une série de nettoiements et d’éclaircies. Mais, quelque soin que l’on apporte dans l’application de ces principes, il est évident que l’ensemencement naturel du sol, abandonné à lui-même, serait souvent incomplet, et que, pour arriver à le compléter, il faut venir en aide à la nature.
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- Nous allons donc essayer de décrire les procédés de repeuplement les plus répandus. Ces procédés sont de deux sortes : rtalurels ou artificiels. Dans les futaies, les règles d’une sage économie prescrivent de mettre à profit le plus souvent possible les ressources de la nature pour assurer la régénération. Les repeuplements artificiels doivent être restreints le plus possible. Souvent, un labour grossier donné au sol, sous le couvert des réserves, permet aux semences d’arriver jusqu’à terre et de germer dans de bonnes conditions. La charrue forestière de M. Dubois, ancien inspecteur des forêts à Blois, rend, sous ce rapport, de précieux services. Cet instrument tient à la fois de la herse, par le nombre et le peu d’écartement des socs, de la charrue sous-sol, et du buttoir par la forme de .ces mêmes socs qui sont arqués en avant et qui se terminent en coin pour faciliter l’entrure, soulever et renverser le terrain. Ces socs sont au nombre de cinq, et traçent simultanément autant de sillons parallèles, distants de 0m08 seulement; un mécanisme à levier permet de soulever le bâti et les socs, de façon à régler l’entrure, et détermine en outre, à volonté, un mouvement de recul qui permet de dégager la charrue des racines et des souches qu’elle ne pourrait franchir ou briser, en sorte qu’elle peut fonctionner aussi bien en forêt qu’en terrain découvert. L’usage de la charrue forestière réalise à peu de frais, et rapidement, les avantages suivants : Ameublement, aération et assainissement du sol au degré de profondeur voulu, puisque l’on peut régler à volonté l’entrure des socs ; destruction des gazons et des plantes parasites qu’elle attaque par les racines, soulève et renverse complètement; entière utilisation et recouvrement des graines répandues naturellement ou artificiellement sur le sol. Elle est du reste d’un usage facile, non-seulement en plaine, mais encore en montagne, sauf dans les parties couvertes de roches ou trop inclinées. Dans les terrains très-compactes, envahis par la.bruyère ou autres plantes parasites, un écobuage suivi d’un labour à la charrue forestière place
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- le sol dans les meilleures conditions pour l’exécution et la réussite des semis.
- Dans les magnifiques, futaies du Blésois, M. Dubois a assuré de la sorte, non-seulement le succès de vastes repeuplements de chêne, mais il a réussi à introduire avec avantage le pin sylvestre dans les parties tout à fait clairiérées, où le sol ga-zonné, piétiné par le bétail, était devenu rebelle à toute végétation. Ces résultats s’obtiennent d’ailleurs à peu de frais ; sur une étendue de 400 hectares, dans des conditions souvent défavorables, la dépense de culture n’a pas dépassé en moyenne le chiffre de 26 fr. 35 par hectare.
- Ainsi que nous l’avons,dit, dans les considérations générales placées en tête de ce.travail, la mission que les circonstances imposent à la sylviculture est tout à la fois de conserver les forêts existantes et d’en créer de nouvelles, sur tous les points où des défrichements imprudents ont amené le sol à un état de stérilité complète ou créé des dangers pour les terrains inférieurs. Les forêts nouvelles à créer peuvent donc se classer tout d’abord, par leur situation, en forêts de plaine, et en forêts de montagne. La création de ces forêts a pour objet, tantôt la fixation et la consolidation des dunes sur le littoral maritime, tantôt la mise en valeur de vastes étendues dans l’intérieur des terres; étendues depuis longtemps improductives ou à peine utilisées, soit pour le pâturage des moutons, soit pour la culture intermittente du seigle et de l’avoine.
- Dunes. — On sait avec quelle effrayante régularité les sables mobiles du littoral compris entre Bordeaux et Bayonne se déplaçaient et cheminaient incessamment sous l’action combinée de la mer et des vents. Des ports, des terrains considérables, des villages, avaient été de la sorte successivement envahis par les sables, lorsque, en 1787, Brémontier, ingénieur des ponts et chaussées, démontra, par des expériences décisives, que, au moyen de semis de pin maritime, on pouvait fixer les dunes du golfe de Gascogne. -
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- Le savant ingénieur avait remarqué que, dans leur progression constante d’environ 20 mètres par an, les dunes roulaient pour ainsi dire sur elles-mêmes, sans .être dispersées par les vents. Elles formaient ainsi ces chaînes irrégulières, ces ondulations de sables, semblables à une mer immobilisée dans la tempête, se croisant dans tous les sens, et laissant entre elles, par 1’interception des eaux, de vastes plaines marécageuses et insalubres. Brémontier observa en outre que l’aridité de ces dunes est beaucoup plus apparente que réelle, et qu’elles conservent toujours, sous leur première couche, une humidité et une adhérence qui les rendent propres à la végétation. La difficulté était donc de fixer les sables les plus rapprochés du rivage, de manière à protéger les reboisements exécutés plus à l’intérieur. Après quelques essais infructueux, l’éminent ingénieur imagina de. recouvrir les semis avec des branchages de pin et de faire filer les sables au moyen de cordons de fascines. Ce procédé, aussi simple qu’ingénieux, fut couronné d’un plein succès, et c’est de là que datent ces immenses travaux de repeuplement des dunes qui ont régénéré tout le pays compris entre la Gironde et l’Adour. Ces procédés sont encore en vigueur aujourd’hui, seulement aux clayonnages on a substitué depuis quelques années l’usage des palissades en madriers qu’on relève au fur et à mesure de l’exhaussement des sables ; pour protéger les semis, on se sert de cordons de défense faits avec des branches de pin, d’ajonc on de genêt.
- Dans les départements de la Gironde et des Landes, le semis en couverture et à la volée sur le sable, sans aucune préparation du sol, suffit pour assurer l’ensemencement. Sur le littoral de la Manche, sans doute à cause de l’inconstance du climat et des tempêtes terribles qui balayent les surfaces à reboiser, il est indispensable, pour fixer les dunes, de faire quelques travaux préliminaires. Cette fixation se fait au moyen de plantations d’oyats (Arundo arenaria) que l’on espace par bandes de 25 à 30 centimètres. Les plants de deux lignes successives
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- sont inclinés en sens inverse et disposés en quinconce de manière à opposer plus de résistance au vent; des clayonnages, que l’on élève au fur et à mesure de l'amoncellement des sables, sont en outre établis parallèlement à la mer, et constituent ainsi une première ligne de défense à l’abri de laquelle se font les semis de pin maritime, à raison de ,30 à 40 -kilogrammes par hectare. Lorsque la plantation des oyats a lieu en même temps que le semis, il est inutile de herser pourvu que l’on ait soin de ne semer que la surface qui pourra être plantée le même jour en oyats. En toute autre circonstance, un hersage croisé est indispensable pour recevoir la graine.
- Ces procédés, modifiés-selon les circonstances, ont suffi pour assurer le repeuplement de surfaces considérables. On peut évaluer à plus de 400,000 hectares l’étendue des semis effec-' tués le long du littoral. Ces travaux, confiés à l’Administration des forêts, se continuent avec une grande activité, et il est permis d’espérer que, avant peu d’années, toutes les dunes et landes stériles que renfermait la France auront disparu pour faire place à une vaste contrée assainie et productive.
- Ce n’est pas seulement en France que ces procédés ont eu le succès que nous signalons. Us ont été appliqués, avec le même bonheur, sur les bords de la nier Baltique, ainsi que dans les steppes qui s’étendent de la mer Noire à la mer Caspienne. Ces steppes ont une grande analogie, surtout dans le voisinage de la mer Noire, avec les dunes de Gascogne ; ce sont également des déserts de sables, sans cesse déplacés par les vents, ,où l’on ne rencontre aucune végétation. Les premiers reboisements essayés dans ces steppes ont été exécutés il y a environ vingt-cinq ans, sous la direction de M. Graff.
- En Russie, comme en France, si le soi est trop mobile, on commence par le fixer au moyen du gourbet (arundo arena-ria), Au lieu de le planter, les forestiers russes le sèment très-épais et perpendiculairement au vent dominant, de,manière à en former un premier écran contre lequel le sable vient
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- s’amonceler. Ils emploient d’ordinaire 45 livres de gourbet par hectare, en terrain nu.
- La suite de l’opération présente quelques différences qu’il semble intéressant et utile de signaler. Ainsi, au lieu de semer à la volée la graine de pin sur le sable ainsi fixé, ils commencent par répandre sur le sol environ 60 livres par hectare de baguettes de saule (Salix angustifolia), delà grosseur du petit doigt, coupé en morceaux de dix centimètres environ de longueur et mêlés, autant que possible, avec de la graine de genêt des teinturiers (Genista tinctoria). Le sable ne tarde pas à recouvrir ces tronçons de saule qui s’enracinent bientôt et donnent • naissance à un peuplement qu’on laisse subsister pendant quelques années. On les coupe alors entre deux terres; les brins les plus gros sont susceptibles d’être vendus ; tous les branchages, ainsi que les remanants, restent sur le sol où on les laisse pourrir pendant deux années. C’est alors seulement qu’on sème le pin Sylvestre à la volée, à raison de 25 à 30 livres par hectare. Ainsi faite, l’opération revient à environ 80 francs par hectare, non compris la valeur de la graine résineuse qui est fournie directement par les sé-cheries de l’État, Le procédé russe diffère donc essentiellement de celui qui est employé avec le plus grand succès dans nos dunes, où le semis résineux réussit immédiatement après la fixation des sables par la plantation du gourbet. Les sables des steppes sont sans doute plus arides encore que les nôtres, puisque, au préalable, il faut constituer à leur surface, par les détritus des saules, une sorte d’humus fécondant. Les branchages répandus sur le sol ne sont, d’ailleurs, autre chose que les semis avec couverture que nous pratiquons.
- Les essences les plus propres à ces travaux spéciaux.de repeuplement sont d’abord le pin maritime , le pin sylvestre et le pin laricio. Les saules, l’aune, le peuplier pourraient sans doute être très-utilement employés en boutures ou plançons. Le plus souvent, le chêne et le bouleau ne tardent pas à se montrer et à croître spontanément sous le couvert
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- du pin. Cette substitution du chêne au pin est une loi générale et providentielle qui, dans un siècle peut-être, aura complètement changé l’essence des forêts du littoral. Enfin, pour la fixation des dunes et pour assurer une première prise de possession du sol, nous conseillerions de tenter l’introduction du chêne de Banister (Quercus Banisterii). Cette variété naine, à enracinement très-puissant, croît en Amérique, dans les sols les plus arides ; elle résiste aux froids les plus vifs et aux ' yents les plus violents; elle fructifie chaque année en abondance dès l’âge de cinq ou six ans, et a bientôt envahi des surfaces considérables.
- Après les dunes, nous parlerons des repeuplements dans les landes et terres improductives en plaine. Les reboisements de cette catégorie ont pris, depuis quelques années, une extension considérable, principalement en Bretagne, en Sologne et en Champagne. Ils sont dus, pour la majeure partie, à l’initiative individuelle. Dans la Sologne seulement, on estime que la surface reboisée s’est accrue de plus de 50,000 hectares depuis moins d’un demi-siècle. Les efforts se continuent, des résultats considérables sont déjà acquis, mais il reste encore bien des terres épuisées à convertir en bois, bien des landes incultes et insalubres à défricher et à assainir par des plantations.
- Le caractère essentiel de cette œuvre de régénération est quelle est due à l’élan spontané des particuliers. Nous insistons sur ce point, car il est l’indice et la preuve d’une véritable révolution dans les idées économiques.
- Les populations de la campagne, plus éclairées sans doute, mieux instruites, observent enfin qu’elles n’ont jamais rien gagné au déboisement. Elles savent aujourd’hui que c’est la destruction des forêts qui a donné naissance aux landes incultes de la Bretagne, aux déserts dé la Champagne et du Poitou, aux terres marécageuses de la Bresse, du Forez, de la Sologne, du Berry, du Gâtinais; elles semblent avoir compris que la sylviculture seule, peut utiliser les sols même les
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- plus mauvais, et préparer ainsi, par le reboisement, le retour à l’agriculture de terres aujourd’hui stériles. Elles voient enfin que la culture forestière, loin d’être l’ennemie de la culture agricole, en est au contraire la compagne obligée et l’auxiliaire le plus utile, puisque, indépendamment de leur action météorologique bienfaisante, les bois leur fournissent encore des produits indispensables et exercent sur la santé publique la plus salutaire influence.
- Le première question qui se pose, avant de boiser un terrain, est de savoir à quel mode de repeuplement on doit donner la préférence, au semis ou à la plantation. A cet égard, il est impossible d’établir aucune règle ; le mieux est de suivre les indications résultant d’une étude attentive du terrain et de bien se garder des préférences exclusives que rien le plus souvent ne justifie. Les deux procédés ont la même valeur absolue; les circonstances locales seules peuvent indiquer une préférence. Nous nous bornerons' donc à esquisser à grands traits les meilleurs procédés d’exécution, et les règles générales qui peuvent guider dans le choix à faire de l’un ou de l’autre mode.
- Un sol meuble est-il ou non favorable à la réussite des semis forestiers? On peut dire que, en principe, l’ameublissement du sol est une excellente condition de succès, puisqu’il facilite l’enracinement des jeunes plants et les met bien mieux en état de lutter contre le danger du soulèvement et du déchaussement. Lors donc que, par sa consistance, le sol à reboiser présente des obstacles au développement rapide des organes souterrains, il semble nécessaire de l’ameublir. Cette opération est surtout utile dans les contrées chaudes, parce qu’elle empêche le dessèchement du sol et favorise l’absorption des eaux pluviales et de la vapeur d’eau que contient l’atmosphère. Mais il ne faut pas perdre de vue cependant qu’un ameublissement trop complet aurait pour effet de détruire les abris naturels qui protègent les semences, au moment de leur germination, et les jeunes plants, pendant les
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- premiers mois, et quelquefois pendant les premières années de Jeur existence* et pourrait compromettre le succès de l’opération.
- Préalablement au choix du mode de repeuplement à employer* il est nécessaire d’être fixé sur celui de l’essence forestière à cultiver. Ici encore, c’est dans l’observation des résultats obtenus dans la même contrée et dans de mêmes conditions de terrain et. d’exposition qu’il faut puiser sa conviction. En plaine, l’influence de l’exposition sur le choix de l’èssence se fait peu sentir; en montagne, au contraire, elle est souvent déterminante. Quant à la nature du sol, « bien « des essences forestières, dit M. Mathieu, sont plutôt in-« fluencées dans leur distribution par l’état physique que par « la. composition chimique du sol qui paraît leur être assez « indifférente. Il en est quelques-unes, néanmoins, qui maie nifestent à cet égard des exigences ou des antipathies pro-« fondes qu’il serait imprudent de méconnaître. »
- Plantations. — Les détails dans lesquels nous sommes entré à l’occasion des semis, sur le choix du mode de repeuplement, nous permettent de traiter en peu de mots la question des plantations. Les deux manières principales de planter sont la .plantation par touffes et la plantation par sujets isolés. Les'plantations par touffes s’exécutent au moyen de plants de un à deux ans, réunis au nombre de trois ou quatre que l’on plante simultanément dans un même potêt. Les plants sont placés en terre jusqu’aux premières feuilles afin d’éviter le déchaussement. Des pierres, un gazon renversé les abritent avantageusement contre l’action du soleil, en conservant.la fraîcheur du sol et en l’empêchant de se dessécher. Ils se protègent d’ailleurs les uns les autres, et les plantations de ce genre réussissent presque à coup sûr, principalement pour les essences résineuses. Il n’en est pas tout à fait de même pour les essences feuillues, notamment pour le chêne et le châtaignier, qui.ont besoin d’un repiquage. . . -
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- Onp peut néanmoins éviter cette opération, soit par un récépage souterrain du pivot, à l’aide d’une bêche bien aciérée, soit par le récépage du pivot avant le semis en pépinière. Ce dernier procédé donne d’excellents résultats et nous paraît devoir être tout particulièrement indiqué. Il a pour effet de donner immédiatemeni aux jeunes plants un épais chevelu ; voici en quoi il consiste : au lieu d’empêcher que la germination de la semence puisse avoir lieu avant le moment de l’employer, on la favorise, au contraire, en mettant les glands ou les châtaignes en stratification dans du sable ou du terreau. Au prin-
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- temps, lorsque ces semences ont germé, on les crible pour rejeter toutes celles qui sont avariées, ce qui est alors bien facile à reconnaître, et l’on coupe le pivot de celles qui ont germé. Les graines ainsi mutilées sont semées en pépinières et ne tardent pas à donner autant de plants qui, au lieu d’un pivot unique, offrent déjà, dès l’automne, trois ou qüâtre racines latérales bien développées et garnies de nombreuses radi-
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- celles qui assurent le succès de la plantation.*
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- g 1. — Reboisement des montagnes.
- La loi du 28 juillet 1860 sur le reboisement et celle du 8 juin 1864 sur le gazonnement des montagnes qui en est le corollaire indispensable, ont donné, à toutes les questions qui se rattachent aux procédés di vers de repeuplements, une impulsion féconde en résultats. Nous ne rappellerons pas comment, à la suite des terribles inondations de 1856, l’opinion publique,
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- vivement émue, indiqua d’une voix unanime le reboisement des montagnes comme le moyen le plus certain, non d’en prévenir le retour qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de prévoir et d’empêcher, mais au moins d’en atténuer les terribles conséquences. Nous ne répéterons pas ici les abus et les causes de toute sorte qui ont amené successivement à l’état de la plus désolante stérilité des contrées entières autrefois boisées et prospères, comme le plateau central, les Alpes et les Pyrë-
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- nées ; nous ne voulons que constater l’étendue du mal à réparer, pour calculer la grandeur du bienfait, et l’importance de la mission que la loi du reboisement a confiée à l’Administration des forêts, chargée de son exécution.
- Dès 1861, on se mit à l’œuvre; les études et les travaux n’ont pas cessé d’être poursuivis. ,ayec la plus grande activité et un véritable succès. Plus de 70,000 hectares sont aujour-
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- d’hui reboisés. Disséminés sur toute l’étendue des terrains
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- formant les bassins des ,cours d’eau torrentiels, ces reboisements constituent, dans leur ensemble, un vaste système de défense qui se complète successivement pour arriver à régulariser peu à peu le régime des cours d.’eau. Mais, pour suffire à de pareils travaux, il faut d’énormes quantités de graines et de plants. Les premières sont en général demandées au commerce ; elles proviennent surtout des maisons Rich, à Hague-nau ; de Vilmorin, à Paris; Relier, à Darmstadt. L’État a cependant établi, depuis la loi sur le reboisement, quelques sécheries où les graines recueillies à proximité de ces établissements sont directement préparées. L’Algérie fournit aussi une quantité importante de graines de pin d’Alep et de
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- cèdre.
- Quant aux plants, ils sortent presqu’en totalité des pépinières spécialement créées par l’Ét.at en-vue des travaux1 de reboisement. Parmi ces .pépinières, les unes, dites volantes, sont établies à.proximité des chantiers ,de .travail ; les autres, plus considérables, sont fixes.,C’est là que se préparent, sur une vaste échelle, les approvisionnements en plants de toute espèce. Aujourd’hui, les pépinières domaniales n’ont pas moins de. 140 hectares de superficie, susceptibles de fournir annuellement plus d.e 100, millions de plants. -
- Nous ne reviendrons pas survies procédés de .repeuplement usités dans les travaux de reboisement des, montagnes. Ils sont les mêmes que ceux qui ont été sommairement indiqués plus haut, modifiés et combinés différemment selon les lieux, les sols, les climats, les altitudes, les essences. Le pin Syl-r
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- vestre, l’épicéa et le mélèze sont les trois essences dont f emploi, dans les régions montagneuses, a été le plus étendu au début de l’application de la loi sur le reboisement. D’autres essences s’introduisent successivement dans les repeuplements, à mesure que des essais nouveaux sont tentés. Le chêne est placé partout où les conditions de sol, de climat, d’exposition et d’altitude paraissent favorables au développement de cette précieuse essence ; le pin noir d’Autriche, particulièrement propre aux terrains calcaires, est employé avec succès sur un grand nombre de points. Le pin à crochets, que sa rusticité permet de placer dans les conditions climatériques les plus rigoureuses, est employé dans les parties élevées des Pyrénées, des Alpes et des montagnes du centre. Le pin d’Alep, l’essence par excellence des montagnes de la Provence, réussit parfaitement dans le midi. Le cèdre, semé sur différents points des Alpes, des monts d’Auvergne, des Cévennes et des Pyrénées, y pousse avec une vigueur remarquable. L’ailante, placé à une altitude modérée, semble devoir donner également de bons résultats, à raison de la propriété drageonnante très-prortoncée de ses racines qui retiennent les terres sur les pentes.
- Enfin nous ne négligerons pas de mentionner quelques essences étrangères dont la naturalisation paraît pouvoir être tentée avec succès. Parmi elles, nous citerons le sapin de Norilmann, les cèdres, les pinsapo, le cyprès chauve, le Wellingtonia, le thuya gigantea, l’eucalyptus, ce dernier essayé avec succès sur les montagnes des environs de Nice, en Corse et surtout en Algérie. Sans rien ôtera l’importance de nos essences forestières indigènes si variées, et se prêtant si merveilleusement à tous nos besoins, il est intéressant de suivre ce mouvement de curiosité bien légitime qui porte depuis quelques années les arboriculteurs européens à l’étude des végétaux exotiques.
- L’Administration des forêts, qu’on nous permettra de citer encore, n’est pas restée étrangère à ces essais d’introduction ;
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- sans négliger, selon l’heureuse expression de M. Mathieu, de bons et vieux amis pour des inconnus qui ne tiendront peut-être pas tout ce qu’on promet en leur nom, elle a pris, pour ainsi dirè, là direction de ces études, en se rendant acquéreur, il y a quelques années, du magnifique domaine forestier des Barres, créé; il y a un demi-siècle, par M. de Vilmorin, ancien doyen de la Société Impériale et Centrale d’agriculture de France.
- Ce domaine, situé près de Nogent-sur-Vernisson (Loiret), a une superficie d’environ 70 hectares. Il renferme réuni, par massifs plus ou moins étendus, suivant leur importance, toutes les variétés de pin indiquées par les naturalistes. Une plantation remarquablè de cèdres du Liban ; la collection complète dès chênes forestiers de l’Amérique septentrionale, cataloguée par le célèbre naturaliste Michaux; des plantations de trente-deux variétés de chêne d’Europe, d’Asie, d’Afrique; dé noyers d’Amérique, de peupliers, de bouleaux à canots, d’aunes, de saules, d’ormes, de hêtre, de frênes, d’érables, complètent l’ë-numération des richesses forestières réunies dans cet établissement depuis cinquante ans.
- Par les richesses botaniques qu’il renferme et par l’organisation qu’il doit recevoir, le domaine forestier des Barres deviendra un centre commun d’expériences et d’observatiôns
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- scientifiques. Essai et discussion de toutes les pratiques de culture et de leur utilité ; action des élagages sur la qualité" des bois ; influence des éclaircies plus ou moins fréquentes sur la production ligneuse ; comparaison des différents procédés de semis et de plantations, en pépinière et sur le terrain ; examen de toutes les questions nouvelles de botanique forestière ; expériences comparatives sur la densité, la résistance, la carbonisation, l’injection des bois ; études des sols ; observations de météorologie forestière, tel doit être le programme de ce nouvel établissement, qui complétera ainsi dignement les éléments d’instruction forestière recueillis par l’Ecole Impériale de Nancy.
- T. XII.
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- G HO U K* K IX.
- -r- CHASSIS 87., .
- . • * f\
- HÉSUMÉ.
- La civilisation, ses besoins, ou plutôt l’exagération 4e ses besoins., avait imprimé :à la destruction des forêts, un caractère d’imprévoyance et d’incurie qui compromettait au plus haut degré les intérêts de l’avenir. Des faits nouveaux, des désastres qu’il était impossible de prévoir ont appelé l’attention publique sur les dangers résultant de la destruction imprudente de nos massifs forestiers, et sur l’urgente nécessité ,de les sauvegarder et de les accroître.
- Une réaction salutaire s’est enfin produite; les propriétaires du sol semblent avoir compris que la culture forestière n’est
- point l’ennemie 4e la culture agricole ; que,loin de s’exclure,
- r\ i r > ] s ' \ r à *
- elles se complètent. De cette notion vraie du rôle commun, assigné par la nature à deux sciences qui doivent rester sœurs, sont nés les nombreux reboisements effectués de nos jours dans les dunes, dans les landes, sur les terres improductives
- déjà Bretagne,,de la Champagne et-.de,la Sologne»
- Les lois des 28 juillet 1860 et 13 juillet 1864 n’ont fait que sanctionner ce courant de l’opinion publique et confirmer, par leurs résultats, la connexité étroite qui existe entre l’agriculture et les forêts, dont le rapprochement définitif serait certainement de nature à contribuer puissamment au développement complet de nos richesses territoriales.
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- CLASSE 88
- Plantes de Serres, par M. Nokren, professeur à l’Université de Liège.
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- SECTION I
- PLANTES DE SERRES
- Par M. Édouard MORREN.
- CHAPITRE I.
- INTRODUCTION.
- C’est un jardinier qui a imaginé le plan de la première Exposition Universelle de l’industrie : le palais qui a été,élevé à Hyde Park, en 1851, est, selon la .notoriété publique, l’œuvre de sir Joseph Paxton, alors jardinier du,duc de Dev.ons-hire, à Chatsworth, et cette œuvre merveilleuse a été, d’une voix unanime, nommée un palais de cristal.
- Paxton, après avoir déjà élevé une vaste serre à Palmiers, venait de construire,une serre pour cultiver à Chatsworth la . Victoria regia, la reine des eaux que Poeppig.et Sir Robert Schomburgk avaient rencontrée dans le roi des fleuves, l’Amazone, et dont Bridges avait récemment apporté des graines à Sir William Hooker, directeur de Kew. Paxton fut admis à l’honneur de, présenter la première,fleur de, cette plante qui s’épanouit en Europe, à la reine Victoria et au prince Albert,r au , chateau.de Windsor, le .14 novembre 1849. La science a con-,servé le souvenir de .cet hommage, par l’organe autorisé de . John Lindley: ce savant a montré que le nom d’Euryale ama-. zonica proposé par Poeppig ne pouvait, être maintenu,; .et il ,l’a,remplacé par celui de Victoria,regia. ( . ,
- .La grande serre chaude du duc de Devonshire a inspiré'à
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- Joseph Paxton le palais de cristal de Hyde Park. Telle est, du moins, la légende.
- Il vit, en 1850, les deux cent quarante projets qui étaient soumis au comité de construction à la suite du concours ouvert pour le premier palais de l’industrie, et dont aucun ne répondait tout à fait au but qu’on se proposait d’atteindre. En profitant peut-être du plan proposé pur M. Horeau, ingénieur à Paris, il conçut de toutes pièces un palais d’une hardiesse extraordinaire, ét que le génie entreprenant des constructeurs anglais accueillit sans hésitation, comme il a accueilli les projets du tunnel de là Tamise, du câble transatlantique et
- du Great-Eastern.
- .. •. s . /
- Le palais de cristal s’est étendu comme un voile de gaze
- légère sur les plus grands ormes de .Hyde Park , et il a émerveillé le monde. Le nom de Paxton devint tout à coup uni-
- versel comme l’teuvre qu’il avait conçue; Là reine lui conféra la chevalerie, et sir Joseph Paxton fut aecitèilii avec honneur dans les rangs de la noblesse anglaise. Il est mort à Sydenham le 8 jahvier 1865. - 1 :
- La vie de cet homme extraordinaire est un exemple à présenter à l’humanité pour fortifier ce grand principe du Self kelp, qui est l’essence et la force de nos démocraties modernes; Fils d’ün fermier duBedfordstiire* il était utt-jour, eii 1826, occupé à treillager des plantes grimpantes contre le vitrage d’une serre à Chiswick, où il était employé, quand il
- fut rencontré par le duc dé Devonshire, un de ces grands seigneurs anglais, dont le patronage, pour les ‘sciences, les let-
- tres, lés arts ou l’industrie, vaut celui d’un gouvernement. Le duc avait besoin d’un jardinier pour Chatsworth. Le jeune Paxton lui avait plu. Il en parla à Sabine, alors secrétaire île
- t , ' t
- la Société d’horticulture de Londres, et, comme tel, à là tête dé l’école de Chiswick. « Paxton est jeune, et n’a pas encore « été essayé,-dit Sabine; mais j’augure bien de lui;à Cette recommandation suffit'au duc de DeVonshire. il faut entëhdre
- *1 * ' ' ,
- Paxton,-raconter le'reste; « Je quittai Londres,' diLïl; avec la
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- PiiAN'rtiS 'DE -SlillMtes1: ‘
- voiturë-de la Comète, pour Chésterfield, et j-àrrivàiàChats^ wortfr, le 9' mai 1826, â quatre heures et demie du mâtin". Personne n’étâit-leVé de si bonne heure. Je me1 dirigeai vers les serrés:'de parcourus lè jardin dd plaisance et j’explôcâi -les abords de l’habitation. Je descendis ensuite vers le jardin potager : j’escaladai le mur extérieur, et j’avais tout vu à six heures du matin, quand je mis les hommes à l’ouvrage. Je demandai à Thomas Weldon défaire jouer les eaux, et j’allai déjeuner avec M. Gregory et sa nièce, Mlle Sarah Brown. Elle s’éprit d’amour pour moij et j’éprouvai les mêmes sentiments pour elle. Ainsi finit, avant 9 heures du matin, ma première journée d’ouvrage à Chatsworth. » Paxton épousa! cétte demoiselle Tannée suivante. Il gagnait, au commencement de sa vie, 18 schellings par semaine. Dix ans plus‘tard, iT dînait souvent à la table du duc de Devonshire. C’était un’lidmme de génie : il avait le sentiment inné du beau dans l’art et dans la ïiâturé. Son palais de cristal a été transporté à Sydenham, dont il a créé les jardins.
- Bien qu’un jardinier ait fourni à l’industrie humaine son
- ^ ’ * # *
- premier temple d’exposition, on n’avait pas même songé, en 1851, a, inviter le jardinage à y occuper une place. En 1855, à Paris, une exposition des produits de l’industrie horticole fut organisée par les soins de la Société Impériale et Centrale d’horticulture de France, aux Châmps-Élysés, à.côté du palais de l’Industrie. En 1861, a Londres, les jardins de la Soci'été royale d'horticulture furent inaugurés à Kensihgton en même temps que là troisième Exposition Universelle. Il était réservé à l’Exposition encyclopédique dle Paris, en 1867, d’àccordër enfin à l’horticulture la place qui lui appartient pariiii toutes les manifestations du travail de Thumànité. C’est un progrès réel, car cette admission est la réalisation d’un droit..
- Nous pouvons expliquer, sans toutefois le justifier, pourquoi Thorticuiture a été pendant longtemps/tenue à TécartV Sans tenir.compté des difficultés matérielles inhérentes à son installation, à cause du grand nombre de produits vivants qui consti-
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- 648 GROUPE IX. — CLASSE 88.
- À : ; • : J : , ; ; -• ? , , •
- tuent son domaine d’exploitation, et sans parler des soins rpi-nutieux dont ces produits délieats et éphémères doivent être entourés, nous trouvons, ce nous semble, la cause de cet isolement dans la nature éminemment complexe de l’horticulture.
- CHAPITRE II.
- IMPORTANCE DE LHOItTICULTlJRE.
- L’horticulture est à là fois un délassement, un commerce, une industrie, un- art et une science. Elle touche un peu à tout; il n’est pas aisé de discerner ce qu’elle est réellement, et la place qui lui appartient en propre. Les fleurs ont de l’attrait pour’l’homme. Bien que les abeilles bourdonnent sur les buissons et que les papillons voltigent sur les fleurs, l’homme seul s’arrête, pour les regarder, songer, se souvenir et admirer la beauté qui repose en elles. Admirer, distingue l’homme de la brute, presque à l’égal de l’invention du feu. Lés plantes spontanées de la flore rurale ne suffisent pas toujours pour satisfaire cet attrait que les fleurs exercent sur nous. Il nous faut ùn jardin, sinon un vaste parc, au moins ’ quelques fleurs à la lucarne de la mansarde. Les poètes ont chanté,la Capucine et la Tubéreuse, tout comme les jardins ont inspiré Delille. On pourrait écrire un joli chapitre sur les fleurs populaires, les fleurs de l’ouvrier, dans les diverses contrées du monde. Le jardin sourit comme l’espérance à la jeune ouvrière, et il conserve les caresses du souvenir au vieillard dans sa retraite. Le jardinage est un élément de moralisation comme la musique.
- Il est, dans tous les pays civilisés, un objet de prédilection pour certaines personnes qui font des plantes des objets de collection, comme d’autres forment des galeries de tableaux, ' des musées d’art ou des bibliothèques. Ce sont des amaléurs ou des dilettanti de l’horticulture. Le bien qu’ils font à notre art est considérable. Ils l’aident de leur fortune et soutien-
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- PLANTES DE SERRES,. ,649
- nent, en réalité, rhprticulture de luxe arrivée de nos jours à un degré inouï de prospérité. Les. souverains entourent leurs palais de vastes serres, ornées des produits les plus .rares-du règne végétal. Nous pouvons citer Versailles, Polsdam, Tazskoj-Selo, Schœnbrunn, Pilnitz, Biberich, et, naguère, la Malmaison, où Joséphine Beaubarnais de la Pagerie a laissé des traces ineffaçables de sa sollicitude pour la botanique et l’horticulture. D’autres imitent ces augustes exemples dans la limite de leur puissance et de leurs ressources. On pourrait, dans chaque pays, citer des collections célèbres de plantes précieuses. Chaque ville, à peu près, possède quelque amateur renommé d’horticulture. Peu de personnes, toutefois, .comme le duc de Dev.onsbire, se passent la fantaisie de faire chercher, dans sa lointaine patrie, la plante qu’ils convoitent. Le noble, duc dépêcha aux Indes, en 1835, son jardinier, M. John Gibson, pour en rapporter YAmherstia nobilis, qu’il
- voulait voir de près. Le duc de Northumberland entretient à
- •’ " < »
- Sy.on House un jardin célèbre pour la culture des arbres fruitiers des tropiques: üy a récolté des mangoustans (Gard-nia mangostana), qui sont le fruit le plus exquis de l’Inde, et c’est chez lui que le cocotier,a fructifié pour la première fois en Europe, en 1863.
- Sans posséder d’aussi grandes raretés, beaucoup de monde aujourd’hui cultive une serre, un jardin d’hiver ou bien .au moins quelques corbeilles dans les appartements Les fleurs contribuent au bien-être et à l’hygiène de,la demeure. L’horticulture de. luxe alimente un commerce considérable. : les marchés aux fleurs en sont la.manifestation. A Paris surtout, le luxe de l’horticulture a pris un grand développement. L’ornementation florale des fenêtres, des balcons, des jardins d’hiver, est la meilleure spécialité des jardiniers de Paris. Le dilletantisme de l’horticulture est plus répandu dans le,Nord, en, Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne.
- L’horticulture est un élément d’hygiène et d’assainissement. Il faut ded’air pur et des promenades salubres au* popula-
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- 650 on‘ôwÉ tx. — classe 88.
- tibiiS agglomérées dans as villes. Par ce côté, elle intéresse lés administrations publiques. Toutes les grandes villes ont; un' parc ou un bois dans leur voisinage immédiat1 : la plupart ont dès'boulevards ombragés. Mais cela tie suffit point. Ilfaut, • des jardins au peuple, à l'ouvrier, pour se reposer de son labeur, à ses enfants, pour y prendre1 les ébats nécessaires à leur développement. Les squares ne sont pas'seulement des objets d’embellissement et de plaisance : ils sont les jardins de ceux qui vivent confinés dans urt atmosphère surchargée ; ils sont Ouverts pour les travailleurs, et, par suite, on ne saurait les rendre trop attrayants:
- -La municipalité de Paris a bien compris ce caractère démocratique des-jardins publics et'elle s’est imposée des sacrifices considérables pour en-doter la capitale. Naguère, les squares -dé Londres étaient cités comme des modèles ; On s’accorde aujourd’hui à préférer les jardins publics de Paris. Aucune ville aü monde ne peut présenter des jardins mieux ornés et entretenus d’une manière plus irréprochable : leur création a été le signal de toute une rénovation.’ Désormais, les jardins français ne sont plus du style classique'de Le Nôtre. Comme les mœurs, ils sont devenus romantiques. C’est un style flou-'1 veau, et c’est une ornementation nouvelle. En présence de ces créations, on ne saurait nier que l’horticulture soit un art, au moins à l’égal de l’architecture. Elle a son esthétique, ses principes; elle s’inspire de la nature,non pour l’imiter servilement; mais pour créer quelque chose de beau et d’harmo--nieux comme la sculpture, la peinture ou la musique. J 1
- Les squares de Paris sont ceux des Arts-et-Métiers, de la 7
- .9 f
- Chapelle expiatoire de LouisXVl,de Belleville,de Montholon, de Montrouge, de Batignolles, de Sainte-Clotilde, Louvois, delà tour Saint-Jacques, des Innocents, du Temple, Vintimille, , t’avenue de l’Impératrice, l’avenue de l’Empereur, le parc. Monceaux, le parc des buttes Chaumont, le bois de Vincennes et le bois dé Boulogne." 0
- Cé puissant mouvement a commencé avec lè règrie actuel.--
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- • ' ' PLANTES = DE SERRES. 651.
- L’Emperéür a présidé lun-Même à la transformation du bois dCtBoulogne et il s’en est occupé/avec une sollicitude toute particulière. Un décret du 13. juillet '4852 a cédé le bois de Boulogne à la ville de Paris, à charge de subvenir aux dépenses nécessaires pour une amélioration complète et de lui conserver sa destination actuelle . Les premiers travaux importants, tels que dé creusement des lacs, commencèrent en 1853. sur les plans-dé MvÆIitorp, avec la concours de M. Yavé. pour l'ornementation florale. Plus tard,' M. Alphand, ingénieur des ponts et. chaussées, fut appelé par M. le préfet Haussmann à continuer ces travaux. Depuis lors, ,M. Alphand a dirigé le service inunici pal des plantations de la vil lé de Paris. Ma Dar-cel et M. Grégoire, ingénieurs des .ponts et chaussées*, ont été âttâèhés^à ce-service* dont M; Barillet-Deschamps personnifié la partie florale. ; v ’ , . . . r,,
- >Mv, Barillet dirigé lé-jardin-municipal de la Muette* près Passy, établi* dans les-terrains du clos Georges, pour fournir à la ville de Paris toutes les plantes qui lui sont hécessairesv Ce. jardin compte plusieurs pépinières et succursales. Il est iin naodèle d’ordre et de culture, et nous le considérons comme l’expression la plus parfaite de l’horticulture moderne. Il . répond aux besoins actuels-et nouveaux de la société* comme-les jardins botaniques ou plutôt les jardins de plantes médicinales où pharmaceutiques aux xvé et xvie siècles, quand on. on ne considérait guère les plantes que dans leurs rapports avec la médecine. On y cultive toutes les plantes dont le feuillage àtnple ou ornemental peut contribuer à l'embellissement des jardins -publics ; beaucoup sont dés végétaux exotiques que l’on ne croyait pas, il . y a quelques années-, pouvoir se développer à l’air libre sous,notre climat, au moins pendant l’été, et dont on fait aujourd’hui l’emploi le plus général (i). « L’introduction des plantes des pays chauds
- (tV éortiptè r6nda -d«-la'Visite du ^conseil* dé la Société d’Éncouragëment pour l’industrie nationale dans les cultures des fleuristesrde lâ vjlle'dePaëis, à la Muette-Passy, par M. A. Brongniart. Paris, 1866. Lu dans la séance du
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- GROUPE .IX, .
- —-ueiAssE 88.
- habituellement'cultivées en serre, dit <M. > BrongniarV dans nos cultures de plein air, a produit une grande variété^ dans l'aspect de nos jardins et largement contribué à leur embellissement.» •
- La preuve que M. Alphand et M. Barillet ont ouvert une .voie nouvelle et réalisé un progrès" sur ce-qui existait avant eux, c’est qu’un jeune homme formé à leur école, M. Edouard André, jardinier principal de la ville de Paris, vient de remporter le prix du concours ouvert par la ville de Liverpool .pour le meilleur plan ,à suivre dans la création d’un parc qü’elle se propose d’étàblir-sur les terrains achetés au comte •deSefton. Ce succès d’un architecte paysagiste français, parmi soixante concurrents, nous paraît'digne d’être mentionné ici .comme un indice de la profonde modification introduite de nos jours dans l’art des jardins. Le parcJréservé pour l’horticulture à l’Exposition Universelle de 1867, créé comme par magie par MM. Alphand et Barillet, avec ses1 ondulations, ses perspectives, ses rochers et ses grottes, ses eaux jaillissantes et ses transplantations gigantesques, nous paraît être l’expression la plus concrète, et malheureusement la plus éphémère, de cette architecture nouvelle.* - < > 1 " v
- Ce mouvement vers le progrès est d’ailleurs général. En Allemagne, ou au moins en Prusse, on montre les^créations de P. Joseph Lenné comme des modèles à imiter. Lenné, mort en 1866, jardinier en chef du roi de Prusse à Potsdam, est hauteur de la plupart des beaux jardins que l’on admire aux environs de Berlin, éntre autres dans une rue qui porte: son nom près du Thiergarten. Son chef-d’œuvre est le jardin de la Société de Flore (Flora), à Cologne. Son successeur, M. Mayer, continue et peut-être élève encore la célébrité de l’école allemande par ses créations et ses ouvrages sur l’art du jardin paysager. A Londres, on cite notamment le Ba.ttersea Park dans lequel son directeur, M. Gibson, accumule!une foule de plantés subtropicales. ! ' ' ' '
- Nous dirons plus loin la causé-tle cette transformation, des
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- ' ; PLANTES DE SERRES.
- jardins et nous citerons les principales plantes qui en ont fourni les-éléments. Si nous en parlons ici, sans croire empié--tersur le terrain réservé à l’architecture des jardins et aux végétaux de pleine terre, c’est que ces plantes viennent desserres, et ont été fournies à l’horticulture: rustique par. des régions jusqu’ici réservées aux cultivateurs en serre,.
- L’horticulteur devient un artiste, quand il cherche à pénétrer, l’harmonie de la beauté des fleurs, quand il élève une. plante, qu’il tient en son pouvoir sous le joug de la domesticité ,et qu’il cherche; à lui donner, ou, si l’on veut,, à lui laisser prendre, par, les artifices de son art, le développement qui lui. est le plus naturel, et, par conséquent, le plus beau. Il, doit faire preuve de goût dans l'arrangement.des plantes et,.le groupement ,de leurs formes , il. doit; posséder, le sentiment ,dé l’harmonie des couleurs.. C’est particulièrement dans les modifications que les plantes subissent sous les influences diverses de là culture que ce. sentiment doit être plus marqué. Les apparences, et* les coloris se diversifient par l’influence de la culture r.i .les plantes s’améliorent ainsi,, au moins au point de vue,de nos exigences ; .les formes des-fleurs se modifient; .leur coloris varie, témoins les . tulipes,, les anémones, le dahlia, l’azalée, la rose.; C’est ainsi.qu’il existe une esthétique florale et qu’il faut distinguer ce qui est vraiment beau de ce qui est-fantaisie, ou même monstrueux. . ) ,
- i II est un autre point par lequel l’horticulture touche encore aux beaux-arts et que nous voulons au , moins indiquer. Sans parler de l’influence générale,que ,1a yégétation a pu exercer dans les diverses régions du. globe sur l’origine ,et les développements des-diverses.architectures ,des peuples, il,est incontestable: que le règne végétal. fournil aux artistes un grand, nombre de motifs d’ornementation., Ce nombre, augmente ;tous. les jours parla possession de végétaux, nouveaux et de formes nouvelles. .Nous.»sommes bien près aujourd’hui, de posséder dans nos jardins d’Europe la plupart des végétaux.iiitéressants qui- couvrent.la.surface du, globe ;.il; est au moins yrai que
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- GR ou rk -t xy rff gçasse -88.
- l'horticulture met sous les yeux des artistes des: modètes;de: la'flore du monde entier; Cette ressource jne devrait; pas être négligée.; Si elle était plus eonnue,ilne nous arriverait pas aussi souvent de voir des, végétaux d’Amériqne représentés sur des tableaux dont le sujet est tiré de l’époque grecque, de la période romaine, de. l’histoire sainte ou d-u temps dés/Ceor-sades.» L’erreur, pour être discernée par peu de mqnüeyn’esl pas moins manifeste, et la vérité de ces détails, est aussi bien à désirer que celle du costume et'des accessoires. ; ‘
- . Les produits de rhorticulture sont l’objet d’un commerce qui prend chaque jour plus d’ëxtension et qui est, en,général* dans une situation prospère!. Sans nous arrêter sur ce. point-et sans, citer des détails,' nous évoquerons là'pensée; de ce qù’onl dû mettre;d’argent en circulation; dans ces. derniers temps,, le Séquoia gigantea dont les premières graines ont été appor-•' téés 5fle Californie en Europe, par Lobby en 1853;: Bégonia rex, que M.; Linden reçut en 1858’ de son correspondant aux - Indes orientales, M. Simons ; le Coleus Versehaffglti^que M. Yerschaffelt, de Gand; rencontra en 1861 dans un jardin de la Hollande où il était venu de Java lànnée précédente.: Ces plantes sont'aujourd’hui partout en Europe, où il en existéïdcs millions d’individus, objets de .transactions continuéllësf'Et puisv la mode s’en inêlé quelquefois et son empire capricieux est absolu en toutes choses. Certaines orchidées se vendent
- littéralement au< poids de l’or et leur prix dépasse.de.beaucoup
- célulque lés tulipes hollandaises aient jamais atteint. Les bégonia,-les caladium, les màranta ont successivement tenu" dans ces derniers tempsle sceptre de la mode. Une nouveauté en horticulture, quand elle répond a un-besoin ou à üh-caprice
- du moment, est un? Objet de grande valeur pour celui .qiir je possèdes- Les établissements S d’horticulture -font un chiffre d’affairés considérable, et certains d’entre eux ont tout , natu-rellëmëht trouvé place dans le recueil consacré aux grandes
- usines de-France
- A—>
- La recherche des plantes-exotiques et nouvelles et leur
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- HX • PLAJSTES 1>E SERRES.. 635,
- culture dispendieuse .passent quelquefois jpouvf !n’éti%qu?ttne .fantaisie agréable ,et inoffensive, sans grande,portée pratique.
- IJ en est tout autrement;, nous navons, .pas emcoreeité les services les plus importants de cette horticulture raffinée* qui s’abrite dans J es serres., . - :v :
- . L’horticulture est. la mère de l'agriculture : elle s’impose tous les, sacrifices pour cet enfant de -prédilection., En effet, les .pratiques de l’agriculture sont d’au tant plus parfaites qu’elles se rapprochent davantage,des résultats qu’on sobtieat dans les jardins. Toutes les plantes actuellement répandues dans les champs cultivés sont sorties des jardins. .C’est,dans les.jardins que,sont accueillies les plantes, nouvelles, qu’elles perdent leurs habitudes sauvages, qu’elles se ^soumettent au joug, de l’homme, qu’elles s’améliorent, et elles ue se répanden t dans la grande culture rurale que du moment oùelles>don-. lient en quelque sorte les, fruits,.de cette pén i b le, éducation'. A l’horticulture tous les sacrifices, les essais, les tâtonnements à l’agriculture les profits et les résultats pratiques. C’est ,1’bis-lpire.de,la pomme .de terre. Et puis* l’horticulture touche de près à.-la science dont elle reçoit, directement les enseigner ments. Les expériences peuvent se faire dans un jardimeomme dans un laboratoire, et Thorticulture devient elle-même une science. La belle carrière de P.-Ph, Yi Imorln mst une
- u * • *
- prouve,.,mémorable de cette .vérité, Get, homme de 'bien .et de haute intelligence a, de la manière la plus judicieuse,,amélioré, les betteraves sacchariléres et plusieurs autres races de 1 végétaux domestiques. Il a découvéïjt des principes,importants qui régissent .les variations du> coloris desifleurs. , o ^r;
- L’agriculture entière : est le résultat „.de l’échange;, des; plantes d’un, pays àd’autre^ et. de leur, amélioration sous i’in-lîuence jde la culture» À de,bien rares exceptions près; pn me cultive dans les champs que des plantes venues de contrées étrangères, et, chose singulière,.bien digne d'être méditée,«ces plantes se modifient et s’améliorent de la manière la {dus pro-. uoncée.à mesure qu’elles se rappro ehent davantage deslimites
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- assignées à cette extension artificielle. Le poirier et le pêcher nous semblent l’établir. La preuve de ce que nous vénons1 de rappeler a souvent été fournie par l’exemple de nos plantes agricoles et de nos* arbres fruitiers. Feu le professeur de Vriese, de Leyde, en énumérant les cultures qui constituent la richesse de Java, nous fournit un argument nouveau. Ces cultures de la colonie hollandaise aux Indes orientales se composent, en effet, du caféier de l’Arabie, de l’indigotier de l’Afrique méridionale, de la canne à sucre de la Chine, du cannellier de Ceylan, de la vanille et du nopal du Mexique, dti tabac de l’Amérique, du riz de la Chine : toutes plantes étrangères à Batavia. Or, c’est l’horticulture qui effectue ces migrations artificielles de végétaux utiles, et c’est encore par son influence que- ces végétaux se modifient pour rendre la plus grande somme de service dont ils sont susceptibles.
- Nous pouvons le montrer par un exemple récent et mémorable.
- Les alcaloïdes renfermés dans l’écorce dé plusieurs espèces de quinquinas sont la seule arme donf la médecine puisse se servir, pour lutter avec certitude de succès contre les atteintes de plusieurs maladies. C’est assez dire combien cette ressourcé est nécessaire. Tandis que la pomme de terre et le tabac, qui nous sont aussi venus du Nouveau Monde, et dont l’utilité est si différente, se sont; propagés avec facilité, grâce à leur développement complet en une seule année, les quinquinas, au contraire j qui sont des arbres, disparaissaient avec une extrême rapidité. La région naturelle des quinquinas n’est pas fort
- V
- étendue: environ 2,000 lieues carrées. Ces arbres sont confinés sur lès versants des Andes, en Bolivie, au Pérou, dans l’Équateur et à la Nouvelle-Grenade. Le prix élevé que nous donnons pour leur écorce excite naturellement l’esprit mer- . cantile et la cupidité, et, avec une imprévoyance que nous n’osons, pas blâmer avec assez d’énergie, parce que nous-mêmes, Européens, nous en faisons preuve relativement à’nos propres forêts, des-bandes d’indiens Cascarilleros dévastent
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- PLANTES DE SERRES.
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- ces^prêt^ss^uJeiiresjiabattant les arbres les plus âgés et les jeunes itaillis'pour les .dépouiller< de leur précieuse écorce.•La ; Cp.ndaiUiinei dou" .Antonio de Ulloa, Joseph'de Jussieu* Ruiz, Pavon,Dombey., Mutis, Humboldty Boopland*! Weddell, Ho-ward^Pei:eira-itudièrent. successivement les diverses espèces * detciueliona 4 et i s’accordent- pour signaler leur- exploitation comrnedivrée ià ,1a plus barbare-dilapidation.
- Il fallaitiSonger,,à pourvoir par la culture à la disétte de quinquina naturel qui menaçait -nos populations. L’initiative véritable ,de cette grande entreprise appartient incontestablement, à.la.France,.. bien *que, dans cette circonstance*- comme danSjsplusieurs 'autres, les premiers "résultats pratiques aient'-étéiobtenus par-les Anglais et les Hollandais. IL est- juste de* reconnaître .que c’est à la suite de la publication de Y Histoire1 natuftelle, des,quinquinas* de Mo Weddesllpque les premiers pas utileSjiOnt été faits,!.dans cette voie. - M!. Weddell* attaché enu qualité; de médecinvetnde botaniste à l’expédition scientifique dansai’Amérique méridionale, sous la direetionMé Mr de Castelnau, 4et qui eut lieu de 1843 -à 1848,*-était revêtu d’une-mission .du .Muséum ud’liisioire naturelle. - S’étant séparé de -l'expédition* jl, concentrai son attention* sur les quinquinas,
- au sujet desquels, on me -possédait encore que des connais-
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- sances-.assez confuses-: il récolta des écorces, des échantillons et^des .graines de einchona-dans les forêts des Andes boli-‘ viennes, et péruviennes,, qui n’avaient pas encore été explorées parles quinologistes précédents.,
- Deiretour^en 1848,-M» Weddell publia1, dès>1849f son -grand •* ouvrage sur les quinquinas,; dont l’apparition fut lé signal' d’un véritable; mouvement officiel -, enw faveur, de-la culture >de ces précieuses plantes. A partir, de cette époque, les gouvernements d’JEurope qui possèdent des colonies .s’occupèrent de cette çulture-et’. se préoccupèrenti des moyens de d’introduire dans fleurs,,colonies,u
- Les,graines recueilli,es,„en 1848,: par M. Weddell, à Bogota,' et rapportées .parRlui. au. Muséum d’histoire .naturelle, furent .*
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- semées dans les serres du Jardin des plantes et donnèrent les premiers cinchona que l’on ait vus vivants en Europe. De là, ils se propagèrent bientôt chez les horticulteurs et dans les' colonies. Une de ces plantes, communiquée au Dr Lindley, fleurit bientôt dans les serres de la Société d’horticulture de . Londres, à Chiswick : c’est la première floraison connue en Europe d’une espèce de cinchona. C’était un C. calisaya.
- Les premiers essais de culture rurale eurent lieu en Algérie, où le muséum transmit, en 1850, avec l’autorisation du gouvernement français, quelques plants à M. Hardy, d’Alger, qui les répartit dans son jardin d’acclimatation du Hamma. Mais ces plants, appartenant au C. calisaya, précisément l’espèce la plus délicate, ne purent résister aux premiers froids. Cet insuccès ne devrait pas empêcher de nouvelles tentatives. Le Cinchona officinalis, Linn., que des voyages récents ont introduit dans la culture, est plus rustique et fournit des variétés capables de résister à un froid de 3 degrés au-dessous de zéro.
- Les premières plantes que le gouvernement des Pays-Bas lit transporter à Batavia, en 1852, provenaient de ce même semis, opéré en 1848 au Jardin des Plantes de Paris, et il en est de même des premiers quinquinas, que le gouvernement anglais ait envoyés, en 1855, dans la grande colonie des Indes orientales. Une médaille de première classe a été décernée, à l’Exposition de 1855, à M. Weddell, pour les services qu’il a rendus dans cette importante question. Un rapport, rédigé à cette occasion par M. Focillon, exprime les plus belles espérances relativement au succès des plantations de quinquinas aux Indes orientales, toutes jeunes alors : nous sommes heu- -reux d’ajouter, en 1867, que ces espérances ont été, comme, on va le voir, pleinement réalisées.
- Les colonies françaises ne se prêtent pas aussi bien à la culture du quinquina que les Indes néerlandaises et anglaises.-Quelques plantations ont été faites aux Antilles, au moyen de jeunes arbres offerts par le gouvernement des Pays-Bas, ou de graines’et de plantes distribuées par la Société: impériale
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- d’acclimatation. Enfin, tout récemment, en 1865, M. lé professeur Dècaisne a remis des graines de quinquina et les instructions pour leur culture, à M. le général Morin, qui les
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- a transmises à son fils, M. Edouard Morin, et à M. le docteur Aug. Vinson, habitant l’un et l’autre l’île de la Réunion. Ces graines paraissent avoir rapidement germé et quelqués plants ont été déjà répartis à Madagascar et à l’île Mayotte.
- En Angleterre, M. John-Eliot Howard s’est, en quelque sorte, identifié avec la question des quinquinas : ses écrits, ses collections, la connaissance qu’il a acquise de ces plantes, et ses remarquables procédés d’analyse pour apprécier la richesse dé ces écorces, ont beaucoup contribué à diriger l’attention sur cette importante question. Des graines qu’il s’étàit procurées des montagnes de TUritusinga, dans la république de l’Équateur, lui ont donné, en 1862, les premières fleurs du véritable Cinchona officinalis de Linné qui se soient ouvertes en Europe. M. Howard a publié la Nueva quinologia dePavon, ouvrage longtemps resté inédit, en y ajoutant des planches et des observations du plus haut intérêt.
- En 1859, et les années suivantes, le gouvernement anglais
- a successivement envoyé plusieurs voyageurs au Pérou, en
- Bolivie, à l’Équateur et à la Nouvelle-Grenade, uniquement pour en rapporter des graines et des plants de quinquina, destinés à l’établissement de grandes cultures dans l’Indous-tàn. MM. Clément-R. Markham, Pritchet, Spruce et Robert Cross accomplirent cette périlleuse mission de la manière la plus heureuse. Le premier voyage, celui de M..G1. R. Markham, ordonné par lord Stanley dès le mois d’avril 1859, eut lieu au commencement de 1860. Les espèces les plus utiles de cinchona sont actuellement naturalisées sur divers points des Indes orientales, dont les botanistes ne négligèrent aucüne étude et aucun soin pour en assurer la réussite. Lé docteur Falconer, mort à Londres le 31 janvier 1865, après avoir passé dix ans de sa vie> en qualité de surintendant du jardin botanique de Saharempore et puis de Calcutta; assista les
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- débuts de cette .culture. Le docteur Anderson, qui lui a.suc-t,
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- cédé " à Calcutta, a obtenu les résultats les plus favorables , dans les plantations dp Darjeeling, dépendant de la présidence du Bengale, et répandu des milliers de plants sur les mon-,.
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- tagnes du voisinage. Le .docteur W.-G. Mac Yvor, directeur, des cultures de cinchona à Ootacamund, dans les Neilgherries, après avoir réussi à propager les quinquinas avec une extrême
- . * ’ * ; •# tï J < * » ls >\ ;f- -1- «V ' '-A. ç* f. • ; =?-? . ; ‘ : tf
- rapidité, au moyen de trés-courtês boutures, distribue des millions de plants aux résidents.^ Le. 1er septembre 1866, il. existait déjà un million et demi de quinquinas dans les Neil-
- -, -...y* i .-n . : v- «• • ,4' r; •<?>'! • ! ' C) s‘
- gherries : ces jeunes arbres ont l’apparence la plus robuste j les’essais chimiques de Ml Howard et d’autres, ont montré,
- ; AJ. .i.s- ^1,. •! -,V...........
- que leur richesse en alcaloïde ne laissait rien à désirer, et qu’elle pourrait même être augmentée par certains procédés de culture. La culture des emehonas a également réussi chez,.,
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- M. Tliwaites, directeur du jardin botanique de Péradenia,. à Ceylan.
- La croissance des quinquinas est fort rapide. Cés arbres ont
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- déjà fructifié aux Indes orientales , et nous avons pu nous-
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- même transmettre des graines d’origine indienne, à un plan-
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- teur de Guaténiala. De- fort beaux échantillons d’écorce, pro-venant des cultures d’Ootacamund, figurent à l’Exposition,
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- Universelle.’Cette année même, les premières écorces de quin-quïiiâ (Cinchona succirubra), ayant la même origine, sont
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- arrivées sur le marché de Londres, et ont été achetées dans
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- le commerce à un prix à peu près égal à celui des écorces de,., même âge, d origine américaine.
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- Le gouverneinerït des Pays-Bas a veillé avec une sollicitude .
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- mtn nnViîimi un cimolic /Inc nlontntinnc rr 11 il Q pffpptllPAC îl
- 1er rècüéillir, dans les Andes du Pérou, des graines et des,
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- plants de quinquina pour,le?s^transporter a Java.^ M . Hasskarl , déBàrqüa à Sànto-Tboinas, le 1er janvier,1863, et accomplit, avec une rare intrépidité, un voyage des plus périlleux dans la
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- i ; v'^r-amuî. :-
- PLANTES DE SERRES.
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- 'jjraiuïicè de Cardbaya, au Pérou. Il réussit1 dans son exploration et s’embarqua a Callao, avec vingt et une" caisses ae plantes,
- ëiir la frégate Prince-Frédéric dès Pays'-Ëàs^ qde lé gouvernement lui avait4'envoyée pour le ramener a Batavia,^où il parvint heureusement le113 décembre 4853. Lés plants furent de suite acheminés vers Büitënzorg, puis, dans les montagnes,
- * “ 1 i . - 1 | / * • • • ^ î * * * * " ^ '*
- Sur là'penté dës moriis Gêdëh, ou deüx plantations furent suc-cëssivèment'ëtàbiiés'à Tijpanrias et à!Tijbodas/'a des hauteurs
- de'3,300 et 3,700 pieds au-dessus du niveau de la'mer! Nous h’avons pas a nous'arrêter ici sur l’anaïdgié des' climats, ni sur les conditions et’ lès procédés suivant lesquels Tes plantations ddivënt être effectuées. Elles réussissaient à merveille, quand
- MT i1
- elles furent à peu 'près ruinées par les ouragans, en 4855. Mais1 une partie’ des” graines rapportées par M. Hàsskàrl, avait été confiée à M. Teijsmàhn, directeur du jardin de Buitertzorg, êta" fourni une réserve; une autre'partie avait été "envoyée en1 Hollande, où elle avait’ été répartie entre lés jardins bota-
- niques' et'même' des particuliers. Ces graines Vêtaient vite dévéloppéès. De jeûnes plantes purent ainsi être directëmènt 'transmisés de Hollande à Java ; elles venaient des serres des jardins botaniques et dé M. Willink, aniateur à Amsterdam. M. J.-J. Rochusen, gouverneur' généraT à Batavia, pour montrer ïeliâÜt intérêt que iè'gouvèrnèment attachait a ces tentatives, voulut planter lui-même un de ces jeunes arbres au jardin de'Büitënzorg.
- Le docteur Junghuhn, de Mansfeld, en Saxe, qui était depuis 4835 au service de la Hollande, èt avantageusement'connu'par ses explorations à travers l’île de Java, fut nommé, en 4858, directeur dés plantatiohs de qüinquinâ, qu’il trouva assez délabrées. Au lieu de les concentrer sur un seul point, il les dissémina dans onze localités différentes, sur un plateau ‘couvert d’une épaisse forêt, et si tué à 4,330 pieds d’élévation, dans la régence dfé Pi’éanger. Quand Junghuhn mourut, le 20 avril 4864, il avait déjà réussi à élever cent mille exemplaires vigoureux de jeunes quinquinas, appartenant à diverses espèces.
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- L’ensemble de ces résultats est éminemment favorable. La culture des quinquinas aux Indes orientales est sans doute encore à sa naissance, et elle demande à être considérablement étendue, pour suffire à tous nos besoins. Mais la période des essais est désormais passée, et il semble qu’on puisse considérer cette question des quinquinas comme résolue (1).
- Cependant, les cultures les mieux établies sont parfois inopinément compromises, et, alors, sous l’empire de la nécessité, on réclame encore l’intervention de la botanique et de l’horticulture. La guerre fatale de la sécession aux Etats-Unis, a jeté une perturbation profonde dans l’importante industrie cotonnière. Le coton, dont les États du Sud alimentaient les manufactures d’Europe, est venu tout à coup à manquer. Mais, presque aussitôt, la culture du cotonnier, qui est facile et dont la production est rapide, s’est répandue aux Antilles, aux Indes orientales, à Madras, à Ceylan, au Cap, à Natal, en Syrie, en Égypte, en Algérie, en Italie et jusque dans le midi de la France, dans le département du Gard. La nécessité semble être la grande loi du progrès général, comme elle est souvent le mobile des inventions et de l’activité individuelle. Le gouvernement italien s’est particulièrement préoccupé de cette question du coton : deux savants de ce royaume, M. Aug. Todaro, directeur du jardin botanique de Palerme, etPh. Par-
- (I) On peut consulter, sur la question des quinquinas, outre les ouvrages des botanistes dont les noms sont cités plus haut, quelques documents moins étendus et forts circonstanciés, notamment :
- Des Quinquinas, par M. Gustave Planchon, in-8° de 150 pages. Paris, 1864, chez Savy;
- On the supply of quinine and the cultivation of Cinchona plants in India, by Cl.-K. Markham, in the Journal of the Society of Arts. Mars 1863, p. 325 (vol.: 21, n» 540) ;
- Relacion de los esultados de los ensayos liechos en las Indias britanicas sobre la cultivacion de los arboles de Cascarilla, por don Cl-.R. Markham. Londres, 1867, chez George E. Eyre;
- Les publications de de Vriese, dans les Annales des jardins du royaume des Pays-Bas,.et de M. J.-E. de Vrij, dans les Annales des sciences naturelles;
- La Note sur la culture des Cinchonas dans les Indes britanniques, par MM. Sou-beiran et Delondre, dans le Bulletin de la Société impériale d’Acclùnatation. Août 1867, p. 425,.etc.
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- làtore,professeur de botanique, à Florence, ont publié, à cette occasion, de savantes monographies concernant cette plante industrielle.
- D’autres végétaux se trouvent encore dans des conditions plus ou moins analogues à celles du quinquina et des cotonniers. Ce sont notamment le thé, la gutta-percba, la vanille, le bois d’acajou, le nopal, etc., dont on peut espérer voir la culture s’étendre en dehors des limites où elle est restreinte aujourd’hui. Combien il serait à désirer, en effet, que l’Europe s’affranchît du tribut considérable qu’elle paye à 'la • Chine, pour se livrer à la consommation des feuilles de thé1!
- La culture du thé, à Java, a commencé en 1826 ; le mérite de son introduction appartient au vicomte du Bus de Ghisi-gnies, alors commissaire général, qui s’adressa, pour obtenir des graines de cet arbuste, au docteur Yan Siebold, attaché à . cette époque à la factorerie néerlandaise de Décima, au Japon. Ces graines, semées au jardin botanique de Buitenzorg, se développèrent si bien que, déjà, en 1828, du thé, récolté' à Java, figurait à une exposition des produits des Indes néerlàn-daises. En 1829,, il en fut envové en Hollande. La culture du thé se répandit successivement les années suivantes dans les résidences de Buitenzorg, de Préanger et de Krawang. En .1833, la Société de commerce des Pays-Bas, ayant fait étudier la question par son expert, M. Jacobson, reconnut que cette culture pouvait être avantageusement entreprise sur une grande échelle. Les produits, bien que récoltés sur des arbustes ori-ginaires du Japon, réunissaient toutes les .qualités des meilleurs thés de la Chine. La variété de ces produits résulte de la diversité des procédés employés pour la cueillette, l’apprêt et l’assorti nient. Par les soins de M. Jacobson, on-ne tarda pas1 à obtenir dès échantillons de thés , vert et noir, voire même du « ;Souchon » . et du « Pecco.. » Il reconnut, en outre, que >la qualité du thé s’améliore par l’emploi, 'dans la culture,'des engrais et des amendements calcaires, et par une manipulation perfectionnée des feuilles. •:'1’:•
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- L’expérience a démontré que, à Java,'le nieilléiiï thé se'cultive, comme le caté, -sur les -hauteurs, dans la deuxièihe:zï)ne, c’est-à-dire, à 3 ou 4,000 pieds au-dessus du niveau^de!% mer. C’est surtout dans les résidences de Préanger,! de-Ba-.gelen et de Banjoemaas que les versants ' des 1 inontagnès , couverts de champs de thé,-offrent un magnifique aspect;
- L’arbuste se -propage par'graines ; on fait la première-cueillette lorsqu’il -a deux à trois ans. -Les-meilleurs1'terrains,9-à Java, aussi bien qu’en,Chine, sont ceux qui "ne sont ni trop fertiles, ni trop-gras, et qui ne conviennent pas pour la culture des-céréales..La plupart des plantations sont établie sür"des terrains naguère-incultes ou récemment déboisés,-ou-bien encore, sur des champs de riz non irrigués. (Fégal). Oir en éta-blit,quelquefois.au milieu de champs de riz irrigués (Sawas).
- Il est incontestable que la culture du thé* épuise* le'sol,f!et qu’il'convient d’y remédier - par-un assolement bien -entendu, ou par une fumure assidue pour laquelle on se sert,-avec bëau-«coup de. succès, i du,guano américain.
- 'Jusqu’en 1842, le thé a été cultivé à Java à peu près exclusivement, par le gouvernement,-sous-la surveillance denses fonctionnaires. A cette époque,- ou, comptait dans - la5-colonie treize-millions.et demi d’arbustes. Malgré l’importance -de"ces «plantations, la.culture du thé ne. s’était-pas répandue comme «celle-du.café "la-difficulté de se procurer des 'ouvriers^ libres en nombre-«suffisant,i les soins de la culture/-et-surtout-ceux -de* la-cueillette et/de la manipulation rendaient, endéfmitive, l’opération-onéreuse, pour le trésor. A partir-de-cette époque, le. gouvernement résolut de* céder: ses plantations" à des îparti-culiers. On ne tarda pas à reconnaître que la <différence"entre la culture gouvernementale et lavculture.particulière,' se ^manifestait de,--plus en plus à* l’avântage decelte "dernière. f-On'a oonstaté ique, dans-le-cours de l’année 1858, une des plus* favorables de cette période/les plantations:particulières dansda résidence de Bergelen-?produisirenUune moyenne d’Un kilogramme de thé sur cinq à sept arbustes*-tandis que, pour les
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- .'plantes de serMes.
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- autres cultures,' cette-mbÿënne n’étaitqùe (l’ün-kilôgranïme siïr trente-trois arbustes. Il est juste d’a jouter* que la cueillette/dans
- les plantations gouvernementales, se faisait plu s minutieusement qu’âilléurs, ce qui rendait les produits de ces plantations plus recherchés en Europe. En 1860, le gouvernement abandonna sa dernière plantation, située dans la résidence de Bergelen.
- Les résultats de la culture du thé, en 1864, peuvent être appréciés par les chiffres suivants :
- Nombre des plantations..................... 9
- Étendue en hectares........................ 614
- Quantité de thé.......... demi-kilogrammes 781,167
- Goût* du thé livré au gouvernement.. florins 574,231 ,
- Produit par demi-kilogramme du Ihé vendu en
- * Hollande, bruto................... florins 0,84
- ;-Idèm. nelto.................... — 0,56^f|0
- En outre, cinq établissements entièrement libres produisirent 1883,766 Semi-kilogrammes, sur 4 ufle* superficie de * l',’062ihectarës.
- >Pendant l’année 4865,ï;il^fut‘exporté’^de4Java,^pdur''le "èompte de1 particuliers,' 1 centièmes dé piculs> 'de * thé
- jàVdnais. tLé'picul-équivàut'a’OL,513 Kilogrammes.
- : .iPëndan^cètté^nnée,'6-le‘ tlié javanais put sé vendre dSns! des Chhditidns favorables, grâce" a! la rareté (lu* thé de > lail€Shine. !!iMais,i ensl,866,=rqüa!ndi,léthé chinoisfMëvint abondant,* et^se ^distingua i6par ndësV!:quàlîtésiaexcèptionrtellës,*la^sitùati6n^des :'thës! javanais futHnoins" favorable.
- . f'Il^est toutefois Ihcdhtèstàb le que les th.és de'3àvaïÿs’àmélio-rent successivementpà mësuéé que'da! culture*-se perfectionne, *êt®(ju?ils! sont 'de -mieux " ën 'mieux appréciés^ par le^co'm-riïërce.
- • 'frite culture^du‘thé aux 'Indes'anglaisés"a$pris1'un>développement plus COîisidérâble. ! Pendant'une récente» péribde^de seize années,**de 850«• à 4865, da’ valeur‘du thé èxporté des lndes‘vers'; l,étranger,t'S’est,'élëvëe!î!de',Vingt-septimiHe1Hvres «Sterling* (*liv. st^27^231 ) bplüS!de trois^Cents^inilie4*livres
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- -CLASSE 88.
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- .(liv. st. 301,022). Les chiffres qui suivent montrent les progrès rapides de cette production: r-
- 1850 .............................................. 27,231 €
- 1851 .............................................. 33,979
- 1852 .............................................. 59,220
- 1853 .............................................. 58,113
- 1854 .............................................. 43,006
- 1855 .............................................. 40,504
- 1856 .............................................. 63,075
- 1857 ............................................. 121,061
- 1858.. .,.......................................... 53,331
- 1859.. ............................................ 60,533
- 1860 ............................................. 127,771
- 1861 ............................................ 151,981
- 1862 ............................................. 192,442
- 1863 ............................................. 223,763
- 1864 ............................................. 271,229
- 1865 ............................................. 301,022
- Les Indes orientales produisent actuellement plus de deux millions de livres de thé par année. Cet admirable résultat provient d’entreprises particulières, et des efforts qui ont. été accomplis, à l’origine, par le gouvernement des Indes. M. le D1 James Jameson, de Saharimpore, s’est particulièrement distingué dans cette importante question. Sous son énergique impulsion, l’arbuste à thé s’est répandu tout le long des contre-forts inférieurs de l’Himalaya, où existent des centaines de millions d’ares de terrains propres à le recevoir. Depuis plus de vingt ans, le Dr Jameson, se consacre, en qualité d’agent du gouvernement des Indes, à la propagation du thé, qu’il a pleinement réussi à implanter dans les Indes.
- Cette culture du thé est, comme il résulte des documents officiels qui précèdent, en voie de progrès et de prospérité. La qualité du produit s’améliore de plus en plus, en raison des perfectionnements apportés dans ;la culture et la manipulation. A Java, comme aux Indes anglaise^, l’importance des récoltes varie en raison de certaines circonstances telles que des accidents'météorologiques, la sécheresse, des ; invasions
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- PLANTÉS DE SERRES. 667
- (le sauterelles, etc.; mais, considérée en général, elle augmente rapidement.
- On trouvait naguère l’arbre à gutta-percha (Isonandra guttà), dans tout l’archipel malais ; il est surtout exploité à Singapour. Mais, recherché avec une avidité égale à celle que l’on apporte à la destruction des quinquinas, exploité de la manière la plus barbare, sans aucun souci de l’avenir, au point que l’on abat les jeunes arbres qui donnent une bien faible quantité de suc, il devient de jour en jour plus rare, et il est temps que l’on songe aussi à pourvoir l’avenir d’une substance, que l’on peut jusqu’à un certain point falsifier au moyen d’autres sucs végétaux, mais que rien ne peut remplacer pour une foule d’usage spéciaux.
- La vanille, dont les fruits aromatisent plusieurs mets de nos tables, est une liane mexicaine ; sa fructification naturelle est assez incertaine, et la récolte des fruits est laissée aux Indiens qui les apportent sur le marché. La culture de l’espèce principale, le Vanilla planifolia, Andr., est des plus faciles, même dans les serres d’Europe, où elle a fructifié pour la première fois en 1836, au jardin botanique de l’Université de Liège. Elle est répandue, depuis quelques années, aux Indes anglaises et néerlandaises, au moyen de vanilliers qui ont été fournis par. l’horticulture européenne.
- Les faits qui précèdent montrent les attaches de l’horticulture avec de grandes questions humanitaires.
- L’horticulture fournit souvent des essences nouvelles à l’arboriculture et à la sylviculture; presque tous les arbres des parcs et des jardins sont d’origine étrangère : plusieurs deviennent des essences forestières. Dans ces dernières années, ce sont surtout les conifères du Japon, de l’Australie et de la Californie qui ont attiré l’attention. On a fait en France des essais.du Séquoia gigantea, comme essence forestière et qui paraissent réussir. Le climat de la Bretagne est particulièrement favorable. L'Araucaria (Colymbea) imbricata et d’autres arbres verts fructifient régulièrement chez M. le marquis de Yibraye ;
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- ’ ie‘ Liboceàïïis doniàndlde ‘ ‘ ia'^Niduv'ellê-ZéiSïîüé^a^Ü^Mé des cônes à Antibes chez M. Thuret; le Pinus sabitiithaf"de la Californie, a! fructifié1 àii muséum de PàrisfLe Cèâre'de f’Àtlas * {Cëdrus atlantïcd) ët mômëîe'cèdre dé rHiniàïâyà’ {Cïdfâi&â'eo-Hlora) rivalisent! avec'-notre ancien cèdre dü^Libàif'bCëdrûs LibdniJ et se rëproduisent-en Francel On" àugîire' biën du'pin noir d’Autriche, du sapin''de1 M. Nôrdinànif à Ôdes’sa {Àbïes vnordmaimiana), de' ŸAbïes DÔüglasifàtfpittîdipo1 tÀMès'pm-,Jsap’o) -de!da1 province fde Ronda en Espagne. Tout récemment, Tàrbre dont on1, s’est'le plus occupé^ est1 le1 Blue! gibri trèe’de l’Australié ou Eucalÿptm globuluspqui paraît''être1 l’arbre du rmônûeîdont,la croissance-est la pliis rapide,5'et ddnt^on'bdut déjà apprécier les avantages pour1 la Bretagne,"'lé'uïidi de la 'France, l’Algérie ’ét1 l’Egypte. U Eucalyptus* & déjà fructifié a ? Hfèr’és.' Chose' plus"extraordinaire encore, ia^plupart des palmiers de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de'la'No’ùveïle-; Calédonie prospèrent dans le dcparteméntdu Var/et même sous le climat de la’*Bretagne. Un ‘palmièr de la Chine, le CHarnbe-1 rops' ëxcëlsalne paraît pas être plus difficile' à! se1 hatüràïiser dans Ces? régions, et vièntde fructifier, pour la'prëmiëreïois/èn ^ Europe,!iau jardin botanique1 de Bordeaux,1 dirigé'pàr M.‘ Dürièu de Maisonneuve. v ‘
- Les développements de: l’iiorticultüre'enriciiissèiit ‘Aussi ‘le jardin maraîcher et Ajoutent à là variété de notid alimentation. Naguère, on a essayé' la'culture de' l'igname de là* Chine (Dios-^coTéa japonica^ThÙYïb.yet ses'5variétés (P.Èatàtas eiDÏDe'cais-“ nétiila) * du1 qiiinoadu Ghi\v(Chè'nbpôdiünv Qûïnùa) ,• du Mayuà 5dês'Péruviens{Tropœolmn tuberdsùm), de la!glycine^tubéreuse Apios 1 tiibëfôsd ), :idü cerféui] 11 tubëreüx " ( ChbeïâphylMm *bülbosum, L.j/e'tc. /'etc. Plùsrécei'nmënt, l’atlCntidn d^été attirée ’ sur-quelques bàinbo'üs^comestïbiès de; la1 Chirie, sur lës' sihgu-liers‘ radisou1 Moügrïde Java5 et de5 Madras ' (Rdphdhus dêàu-datus), ' dont lés:,l!ongiiesMsiliques semblent pouvoir1 êtrrerutili-*ëéësten vcôhdimënts,rèt /'èhfin/ sur plusieurs ’-ëpinarlls d’Aus-
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- <iTetmmia^ mple^mrrm,
- T. expansa, Chenopodium auricomum).,
- On-peut ei;t^aijs4s^,.q«elq.a%/quryagesii.? comme la ^luzerne de la Chine, le sorgho à sacre,et. d’autres.
- . Les arbres ft:,iii|iers de nouvelle^esp^èce, et su^ceptibleSid’êlre;? in|rodiiits .dans .nos jardins, y sont rares.( Le Murtillajdn Chili (Euaenia ugr^i) ^ répandu dans une, grande^partip de J’Amé^,
- rique^du^Sud, porte s;de petites baies dtUh gPÛt-exquis.;Un,;arr^
- bus.te du Japon, le Hoveriia dulcis,, Thqnb., dont les ,pédonculps,^ en se tuméfiant, deviennent charnus et, comestibles, a récemmenti. fructifié à Toulon.çt,paraît s’accommoder du climat ,de la régions méridionale.. C’est,dans le N.ordau contraire, qu’il peut iv avoir5.lie!u de rappelerY attention sur Ja ronce duJPôlq (Rubus arcticus,L.) dont les,habitants déjà Finlande font une boissoni; fermentée^ et , sur. Je ...faux mûrier , {Rubus, chamcemoims):i commun dans.,tous les marais du Nord,.et dont,on fait,d’exçel-lenjes^çonfitures.
- Toutes,les ,tentati^est;;pour,.enrichir nos,cultures agricoles,,,. forestières, maraîc|ières ou ^uitièjreç. 4e nouvelles,.espèces ,ne réussissent pas(;,également, bien^ le tnombre des plantes, direc-. tement utiles à l’homme,est aussi restreint que celui des .ani-_ maux.domestigues, et, depuis le. temps que,d’humanité, existe sqr le globe, iljst permis Je ^ supposer .qu’elle,Haura discerné., la plupart.des..yégétaux qui peuvent,Iqi/ournir des ressources,, alimentaires. En outre, la doinesticalion des plantes est ,aussi.;, lente que, .celledes-animaux ; il faut des efforts persévérants et •. minutieux pour obtenir, de légères, modifications dans les Ion-gue^.. habiUides^sanyagesJes, plantes qui .poussaient librement.; dans, les conditions, naturellesLes. ,poiriers .et jes pêchers ne donnaient pas,aux .Romains , les,fruits savoureux qu’ils* nous, fournissent aujourd’hui. Le froment. ;s’est, modifié par. la culture, au point qu’pn .ne sait sous^ quelle forme, il existe en dehorsdeschamps^ultiyjés.,, Or., c’est à l’horticulture qu*ap--pai^p|;<cet,tglut%^iui^i!i]>% dans le travail, commun, d’amollir^ .
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- en-quelque sorte, par . la domestication, les habitudes sauvages' des plantes spontanées.
- Linné, le législateur de la botanique descriptive et systématique, dont l’influence a dégagé la notion formelle de l’espèce en histoire naturelle des régions vagues et indéterminées dans lesquelles cette notion se trouvait encore enfouie, il y a un siècle, Linné manifestait un certain dédain pour les fleuristes.: Il avait vu en Hollande les sottes exagérations de la tulipomanie,' et puis, à cette époque, la science, qui naissait à peine, accordait toutes ses faveurs aux plantes officinales. Quelques botanistes de l’ancienne école persistent encore, jusqu’à un certain point, dans les traditions linnéennes.Cependant, sans diminuer en rien l’éclat de l’auréole glorieuse de ce prince des naturalistes modernes, il est permis de reconnaître que l’alliance de l’horticulture et de la botanique est devenue fort intime et qu’elles se prêtent une mutuelle assistance. Cette inclination réciproque est particulièrement prononcée en ce qui concerne" les végétaux cultivés dans les serres. La botanique et la physiologie végétale éclairent et apportent la vérité dans le monde" de l’horticulture. Celle-ci, en cultivant les végétaux les plus divers de toutes les régions du globe, et en les mettant à l’état de vie et de fraîcheur sous les yeux des botanistes, rend à la science d’appréciables services. L’importance acquise par la morphologie végétale communique un intérêt réel aux modifications les plus insignifiantes ou les plus bizarres qué les plantes peuvent éprouver par l’influence de leur séjour dans les jardins. L’étude des variétés, leur observation judicieuse sont actuellement d’une importance au moins égale à la connaissance des espèces. Les plantes panachées, les fleurs doubles, les variétés pomologiques, etc., ont pu être étudiées d’une manière intéressante.
- L’utilité de l’horticulture pour la botanique, l’utilité de la botanique pour l’horticulture, et les- effets avantageux du rapprochement de la botanique et de l’horticulture ont fourni, à l’un des savants les plus autorisés de notre époque, M. Alphonse
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- deCandolle, deGenève, le sujet d’un discours qui nous dispense de développer ici ces incontestables vérités, et qui a-été prononcé dans une circonstance que l’on peut considérer comme leur plus manifeste confirmation : c’était à l’ouverture du congrès de botanique, convoqué à Londres, le 22 mai 1866, à l’occasion d’une exposition internationale d’horticulture. Ce congrès de Londres suivait ceux de Bruxelles et d’Amsterdam et sera suivi, par ceux de Paris, de Gand, de Saint-Pétersbourg, et par d’autres sans doute. On peut différer d’opinion sur l’importance scientifique de ces grandes et nombreuses réunions, mais on doit, s’accorder à reconnaître qu’elles établissent des relations cordiales et agréables entre les personnes unies par la communion des pensées et des travaux; elles sont un signe du,temps : elles effacent les frontières; elles montrent que les rangs des,botanistes et des horticulteurs se confondent..
- Grâce aux horticulteurs, les botanistes ne sont plus réduits à étudier toutes les plantes étrangères sur de chétifs échantillons desséchés dans les herbiers ; par les soins des botanistes, les horticulteurs peuvent élever leurs plantes sous l’égide de la plus exacte nomenclature. Les développements de l’horticulture, moderne ne sont certainement pas étrangers aux améliorations de toute espèce qui ont été introduites dans la situation des jardins botaniques. Certains jardins botaniques ont de nos jours une importance inouïe ; il suffit de citer Kew, près de Londres, les jardins des plantes de Paris, Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg, c’est-à-dire des cinq plus grandes puissances de l’Europe.
- Les gouvernements semblent aussi être de plus en. plus pénétrés de la vérité contenue dans ces lignes écrites par Poiret, dans l’Encyclopédie méthodique, et citées récemment par un de nos confrères de la presse horticole, M. Herincq « Un gouvernement sage,-.disait Poiret, dont les regards.prévoyants savent percer l’avenir et se reporter sur le passé, saura calculer combien l’étude de la nature est souvent importante, pour la prospérité des États et quels avantages, précieux
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- peuvenUrésulterdes voyages,.entrepris pour, le,.progrès des»? sciences . » La publication des .travaux dispendieux»:de .botat/-nique-est,!en,.général.; convenablement, favorisée. En Angle-,, terre, .le département des colonies etdes législatures .coloniales,, appréciant l’utilité de faire connaître, les productions végétales ., des. vastes.régions placées,sous leur juridiction, ontpris, depuis., quelques années,, des .mesures pour .faciliter à d’ardents bota-.. nistes » la .publication, des. flores locales. de. ces .régions.-.La• Flora indica de MMvHooker.et Thomson, .est indubitablement,! un .des. plus., beaux ouvrages, qui. aient jamais vu le jour., MrB. Seemann a publié aussi la flore de il es. Fidji; M. G.. Ben-,. tham vient de terminer la flore du territoire de Hong-Kong, situé; : à l’embouchure du fleuve Canton,, etc. En.France, le gouver-,. nement a favorisé, la publication de la .flore..d’Algérie de;; M. Cosson, le grand travail de MM. Tulasne.sur la fructification;, des champignons,, etc., etc. Les ouvrages iconographiquesw.de Blume,.de M. Miquel en Hollande, de M.f-Martius, de Sieboldiet Zuccarini en Bavière, ont été encouragés -par des gouverne-.. inents..
- L'intérêt que prête une partie du public horticole est aussi, on ne. saurait le1 contester, un. encouragement pour la* publi-., cation-de .maints ouvrages .utiles à la botanique.. Nous, pour-:., vons cite».- les .^Rhododendrons dut Sikkim-Himalayapar,f Mv Dalton Hooker ; la monographie.*des. Odontoglossum, pan. M.;Bateinan.; les ouvrages sur les orchidées, de J. Lindley.;* la Pescatorea,Ae.M^Linden, etc. Ce: sont des exemples entre ., beaucoup d’autres.
- C’est ainsi = encore qu’il i existe de;-par d’Europe. une. presse périodique, de botanique horticole,, dirigée, en général,, .par ées botanistes de profession et qui s’adresse à un public.d’a-, inateurs et de jardiniers. En Angleterre ce sont 1 e$otanical-< Magazirij* actuellement rédigé par-.M* J.f Dallon -Hooker,; et qui .paraît imperturbablement «tous les . mois depuis» 1793 le. .. Florah Magazin ,> par Me Dombrain;de GardenersChroniclev fondé par,J. Lindley et rédigé par le Dr Maxwell Masters, etc.;
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- en France, la Revue horticole, de M. Carrière, la Revue de l’horticulture, de M. Barrai, l’Horticulteur français, de M. Herincq, le Bulletin de la Société centrale d’horticulture de France, sous la direction de M. Duchartre, etc.; en Belgique, la Flore des serres , de M. L. Van Houtte, l’Illustration horticole de MM. Ch. Lemaire et Ambroise Verschaffelt, notre Belgique horticole ; en Hollande, le Neerland Plantentuin, de M. Oudemans; en Allemagne, le Wochenschrift fur Gaert-nerei, de M. Ch. Koch, le Hamburger Blumen-Zeitung de M. Ed. Otto, le Deutsches Magazine, de M. Seubert, etc.; en Russie, le Gartenflora, de M. Regel, à Saint-Pétersbourg; en Italie, l’I Giardmi, dirigé par un amateur dévoué, modeste et instruit, etc.
- Cette vaste et incessanle publication atteste l’importance actuelle et la prospérité de l’horticulture. Encore ne mentionnons-nous que les organes généraux les plus répandus, et qui touchent le plus près à la botanique, et avons-nous négligé de citer nominativement une foule de publications locales plus restreintes, et surtout un nombre considérable de bulletins émanant de sociétés spéciales : leur utilité ne saurait être méconnue. De tout temps aussi, et dans chaque pays, des botanistes se. trouvent à la tête de la théorie de l’horticulture et ont. fondé une partie de leur réputation sur des ouvrages de botanique horticole. John Lindley a été à Londres une des personnifications les plus complètes de cette tendance.
- Signalons enfin, avant de sortir de cet ordre d’idées, que l’extrême multiplicité des plantes actuellement réunies dans les cultures, multiplicité si considérable qu’il .ne saurait être donné à un cerveau humain de l’embrasser tout entière, a provoqué forcément une sorte de répartition dans les connaissances approfondies et spéciales. Les botanistes, sans parti pris et sans convention d’aucune sorte, ,ce qui est la meilleure des règles, se sont, en quelque sorte, réparti entre eux l’étude des groupes les plus saillants parmi les plantes cultivées :
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- les palmiers, les orchidées, les broméliacées, les aroïdées, les amarantacées, les fougères, les conifères, les cycadées, etc.
- Il n’est pas jusqu’aux problèmes les plus ardus, les plus obscurs de la science qui ne trouvent leur application directe et immédiate dans la pratique horticole. La connaissance des végétaux inférieurs, le développement mystérieux et les métamorphoses singulières des champignons sont de ce nombre. Les observations récentes d’un savant danois, M. L.-S. OErsted, à Copenhague, en 1865, semblent donner enfin l’explication de cette croyance invétérée chez les cultivateurs, que le voisinage d’un buisson de sabine frappe de maladie tous les poiriers d’un jardin (métamorphose du Rœstelia can-cellata du poirier dans le Podisoma sabinœ).De,s observations analogues, mais encore incomplètes, de M. de Bary tendent aussi à confirmer cette vieille opinion des agriculteurs, qu’une épine-vinette, au bord d’un champ de blé, frappe de stérilité les épis du voisinage; il est possible que le Puccinia graminis soit en connexion spécifique avec YÆcidium berberidis. Il se trouve ordinairement un fond de vérité sous les préjugés invétérés dans le peuple. Et la connaissance des fléaux qui s’attaquent aux céréales, à la vigne, à la pomme de terre, aux vers à soie, etc., tous les travaux des botanistes sur ces questions ardues s’adressent directement aux cultivateurs.
- Il résulte jusqu’à l’évidence, pensons-nous, de cette longue introduction, que l’horticulture intéresse le bien-être des populations, contribue à l’hygiène du peuple, alimente un commerce considérable, augmente la richesse publique, seconde l’industrie, précède l’agriculture et vient en aide à la botanique. Il n’est donc pas étonnant que, recevant à son tour l’appui et l’influence qui résultent de ces bienfaits, elle soit de nos jours dans une situation plus prospère que jamais.
- L’horticulture est organisée d’une manière puissante dans tous les pays civilisés. Ses adeptes sont partout, en Europe, aux États-Unis et en Australie, groupés en sociétés. Le nombre 'des ^sociétés d’horticulture est vraiment prodigieux. Leur
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- origine est la communauté de tendance; leur moyen est l’émulation ; leur but, la diffusion des connaissances et le progrès. Elles organisent des concours et souvent publient des bulletins ; leur importance est en rapport avec le champ de leur activité. A Londres, à Paris, à Vienne, elles occupent des palais ou des hôtels. En Belgique, appliquant la devise nationale, elles se sont unies en fédération, pour accomplir en commun ce qu’elles n’auraient pu entreprendre seules. Quelques-unes ont des jardins d’exposition ou d’expérience, des écoles; les plus renommés de ces jardins sont ceux de Ken-sington à Londres, de Flore à Cologne, d’Acclimatation à Paris, de Botanique à Bruxelles, etc.; de nos jours, il se manifeste en elles une tendance prononcée à se rapprocher des sociétés d’acclimatation.
- La théorie de l’horticulture s’apprend par la botanique et par les sciences qui contribuent à la connaissance de la physiologie végétale. Mais la pratique du jardinage réclame, comme tous les arts, un enseignement technique. Naguère encore, il était livré à la routine, ou si l’on veut à la tradition. Cet enseignement accuse, depuis fort peu de temps, une ten-, dance à s’organiser. C’est, si nous ne nous abusons, à la Belgique qu’appartient cette initiative. Après quelques tâtonnements, la loi du 18 juillet 1860 a institué trois écoles théoriques et pratiques dans le royaume. Chacune à sa spécialité : à Gendbrughe-lez-Gand, la floriculture ; à Vilvorde, l’arboriculture fruitière et la culture maraîchère ; à Gembloux, l’agriculture proprement dite. Les élèves de ces instituts sont soumis à un régime intérieur et sortent, après trois années d’études et d’application, munis d’un diplôme de capacité. Le gouvernement belge a organisé, en vertu de cette même loi, un vaste réseau de conférences publiques et gratuites qui s’est étendu sur toute la surface du pays ; il a accueilli toutes les initiatives et les capacités personnelles, ainsi que toutes les ressources locales qui se sont présentées à lui. Cet enseignement a donné les plus heureux résultats. Le jardinage a gagné en
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- instruction, et par suite en considération ; l’émulation s’est établie; les particuliers et les établissements publics peuvent être secondés par des hommes lettrés et expérimentés; l’arboriculture fruitière a fait des progrès considérables; les plantations dans les vergers comme dans les jardins se sont améliorées, et par suite, la richesse publique s’est augmentée et le bien-être des populations s’est accru. Il en est toujours ainsi quand la routine cède la place à la science, c’est-à-dire à la connaissance raisonnée de la vérité. Le mérite de cette organisation nouvelle et laborieuse revient en grande partie à MM. Rogier, Bellefi’oid et Ronnberg.
- Dans les autres pays, l’enseignement horticole est plus restreint ou plus récent. La question préoccupe les esprits en Angleterre. En Allemagne, nous connaissons l’école de Postdam et l’institut pomologique de Reutlingen en Wurtemberg, fondé et dirigé par M. Lucas ; en Russie, l’institut horticole de Ullimann, dans le gouvernement "de Kiew, dont le jardin est célèbre, et l’école de viticulture de Magharatsch, en Crimée, qui produit les meilleurs vins de cette contrée; puis, dans un niveau un peu inférieur, les écoles d’horticulture de Yoronieje, dans la Russie centrale, de Kicliinieff, en Bessarabie, et de Penza. Il s’est fondé cette année même, en Hollande, sous le titre de Neerlandsche Tuinbouw Maatschappij, une société pour la fondation d’une école théorique et pratique de jardinage à Watergraafsmeer, près d’Amsterdam. En France, outre d’excellents professeurs d’horticulture, tels que M. Forest, nous pouvons citer ici l’école de Clermont, annexée au jardin botanique- Tout récemment, M. Alphand vient d’adresser un appel à tous les jeunes jardiniers qui voudraient apprendre leur art dans les cultures variées et perfectionnées de la ville de Paris. Il est probable que cet’enseignement sera bientôt étendu à la culture maraîchère et à l’arboriculture, quand les transformations qui s’accomplissent au jardin du Luxembourg seront terminées.
- L’horticulture est assez perfectionnée aujourd’hui pour
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- pouvoir, à la rigueur, s’affranchir de la plupart des circonstances locales et cultiver à peu près en tous lieux, mais dans des conditions plus ou moins favorables ou malaisées, presque tous les végétaux dont elle dispose. De grands établissements d’horticulture sont disséminés sur différents points de l’Europe, dans le rapport du besoin des populations. Mais la répartition des spécialités entre les individus s’observe également, à un point de vue général, entre les localités. C’est une loi naturelle. Nous avons déjà dit que. la spécialité de Paris consiste dans les végétaux d’appartements ou dont le feuillage est ornemental. Gand, qui revendique le titre de capitale de l’empire de Flore, produit la plupart des végétaux de serre, notamment les camellias, les azalées et les rhododendrons. Harlem a depuis longtemps une réputation pour ses tulipes, ses jacinthes et autres plantes bulbeuses; Erfurt, en Thuringe, est un autre centre horticole pour la production des graines de fleurs et de légumes; Hyères et le département du Var partagent avec elle le monopole de ce commerce, dont l’importance est également fort grande à Paris ; Londres est à peu près encyclopédique, mais se livre spécialement à l’élève des végétaux du Cap et de la Nouvelle-Hollande. L’introduction des plantes nouvelles dans le commerce, sans être générale, est plus disséminée et varie d’ailleurs suivant les circonstances. Bruxelles, Londres, Kew, Gand, Amsterdam et Pétersbourg sont, en ce moment, les chefs-lieux des importations nouvelles.
- CHAPITRE III.
- PROGRÈS ET DECOGVERTES DE L’HORTICULTURE.
- L’horticulture, comme son nom l’indique, a pour objet la culture des plantes dans les jardins : quand elles se répandent dans les champs, elles appartiennent à l’agriculture ; la nature veille seule sur la flore des prés et des bois. Les soins,
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- artificiels dont les plantes sont entourées dans les jardins et dans les serres qu’on y construit permettent d’y introduire la plupart des éléments de la végétation étrangère et même exotique. Les progrès réalisés dans la conquête des plantes nouvelles sont incessants, rapides, considérables.
- Les végétaux étrangers qui réclament pour se développer sous notre climat l’abri tutélaire d’une serre ou d’une construction vitrée ont été du ressort de la 88e classe du Jury. Ces végétaux sont les spécimens choisis de la flore de toutes les régions tempérées et chaudes du globe. Leur nombre est considérable, et leur variété presque infinie; ils nous ont, en défilant pour ainsi dire pendant sept mois sous les yeux, représenté à peu près la série complète du règne végétal. Ils ont été exposés par des cultivateurs d’élite qui les ont élevés avec les soins les plus minutieux , pour ne les mettre au jour que dans l’éclat le plus parfait de leur beauté particulière. La liste nombreuse des récompenses montre assez combien les mérites de ces horticulteurs ont été appréciés avec faveur. Mais on ignore trop généralement l’origine de ces plantes et ce qu’il a fallu endurer de fatigues et souvent affronter de périls pour aller les conquérir dans leur lointaine patrie, pour servir aux profits ou au plaisir de rhumanité. Il nous a paru que, dans cette circonstance, le nom et les mérites de ces travailleurs, de ces véritables inventeurs, devaient aussi être mis en lumière. Sans pouvoir ici raconter toutes les explorations botaniques et horticoles qui ont sillonné la surface du globe et porté en un siècle le nombre des plantes connues de 12,000 à 120,000, nous nous proposons de citer d’une manière concise et rapide les explorations les plus récentes, la plupart contemporaines, qui ont fourni à l’exposition d’horticulture les végétaux les plus nouveaux et par conséquent les plus intéressants.
- La tâche des naturalistes voyageurs est ardue et périlleuse ; leur sort est pénible, allions-nous dire, si nous ne nous étions souvenu qu’ils doivent éprouver les délicieuses jouissances de l’inconnu, du nouveau, de la liberté dans la nature. Ils af
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- frontent le danger sans défense, ils bravent le péril sans gloire, et, souvent, ils périssent à la peine, martyrs du feu sacré qui les animait et les poussait en avant. Beaucoup ne viennent jamais au jour de la récompense ; d’autres, cependant, arrivent aux honneurs. Trop souvent on jouit de leurs découvertes en ignorant leur nom ; la science, plus soucieuse de la vérité, consacre, en général, ce nom par quelque dédicace qui durera aussi longtemps que la science elle-même.
- Les voyages d’exploration botanique et horticole se sont multipliés à notre époque, en raison des facilités de communication et de l’importance acquise par la connaissance des végétaux. Nous nous efforcerons de les mentionner dans un ordre méthodique, en parcourant successivement avec les explorateurs toute la surface du globe. Nous les avons groupés par régions, qui nous ont paru à la fois géographiques et naturelles.
- L’Europe ;
- L’Asie-Mineure, le bassin de la Méditerranée, les Canaries; Madère et les Açores ;
- Le Cap de Bonne-Espérance ;
- L’Afrique occidentale, Guinée et Sénégambie, ou plus particulièrement : pays des Namaqua et des Dammara, colonies de Benguela et d’Angola, le Gabon, l’île de Fernando-Po, le Ca-labar, le Niger, le Dahomey, etc;
- L’Afrique orientale jusqu’au cap Guardafui : Cafrerie, Natal, le Zambèse, le Zanzibar, etc. ;
- L’Afrique centrale : Abyssinie, sources du Nil, régions des grands lacs Nyanza et autres ;
- Madagascar, îles Maurice, Bourbon, Seychelles, etc ;
- Les Indes orientales, anglaise et néerlandaise ;
- L’Asie centrale, l’Himalaya, le Bootan, le Thibet;
- L’Amour, la Chine, le Japon, le Siam et l’extrême Orient;
- La Nouvelle-Hollande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Polynésie ;
- L’Amérique du Nord ;
- Le Mexique, le Guatémala, Cuba, les Antilles, etc ;
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- La Nouvelle-Grenade et les Guvanes ;
- Le Brésil ;
- Le Paraguay, l’Uruguay, le Chili, le Pérou et le reste de l’Amérique du Sud.
- L’Europe fournit encore de temps en temps quelques découvertes intéressantes aux investigateurs. M,- Edmond Boissier, qui a voyagé, parfois en compagnie de Gaillardot, dans tout l’Orient (Flora orientalis), le Caucase, l’Asie Mineure, la Perse, etc., a aussi mis au jour le pin sapo (Abies pinsapo), de la province de Ronda, en Espagne, et, plus récemment, le Convolvidus mauritaniens, etc.
- M. Théodore Von Heldreich, à Athènes, est le digne continuateur de Sibthorp, dans l’illustration de la flore du Pélo-ponèse. Il en a répandu les conifères en Europe, et il a attiré l’attention sur une espèce nouvelle, Y Abies reginœ Amaliæ Heldr., qu’il a dédiée à la reine épouse du roi Othon, en reconnaissance de son patronage pour l’horticulture. Nous pouvons citer aussi de M. Von Heldreich son gracieux Muscari pulchellum, l’Iris pumila, var. attica, etc.
- Le docteur Th. Kotschv, mort après avoir attaché son nom à une monographie des bégonia, a voyagé en Arménie et dans la région du lac Wann. Il a découvert, en 1852, dans les montagnes du Taurus, un pélargonium singulier, aujourd’hui répandu dans plusieurs jardins, et que M. Fenzl, de Vienne, a dédié à la mémoire d’Endlicher (Pélargonium Endlicherianum Fenzl).
- Le professeur Ch. Koch, de Berlin, a, pendant une exploration de l’Arménie, du Caucase et des régions plus éloignées, recueilli les premiers renseignements sur le Lowizachek, ou herbe aux puces, fournie par les Pyrethrim roseum. et P. carneum de Bieberstein, et dont l’usage s’est actuellement répandu sous le nom de poudre insecticide. Ces mêmes plantes ont été introduites dans les jardins, où elles n’ont pas tardé à donner des variétés de couleur et d’autres à fleurs doubles qui rivalisent de beauté avec les marguerites de la Chine,
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- les chrysanthèmes du Japon et les zinnia du Mexique.
- Ruprecht a fait une exploration mémorable de la Sibérie et du Caucase; nous lui devons, notamment: des cyclamen, le Lilium scowitzchianmn, etc. M. Radde a pu ensuite s’avancer plus profondément dans des régions caucasiennes interdites à Ruprecht et rendues accessibles depuis peu de temps. L’Àsie-Mineure a été étudiée de la manière la plus complète, depuis 1847 jusqu’en 1858, par M. Pierre de Tchihatcheff. M. Balanza en a étudié plus spécialement les productions végétales, et il en a envoyé à M. J. Gay, notamment, une nouvelle amaryllidée, YOparanthiis monanthos.
- Nous effleurons le continent d’Afrique. La flore d’Égypte et d’Arabie a été travaillée par le docteur Forskahl, Delile, Bové, etc., et celle de l’Algérie a été mise au jour, avec un grand talent, par MM. Balanza, Bourgeau et Cosson.
- Nous nous intéressons ici plus directement aux établissements horticoles. Un vaste jardin d’acclimatation a été créé au «
- Caire, sous l’inspiration d’un savant aussi distingué que dévoué à son pays d’adoption, M. Figary-Bey. M. Gastinel, qui dirige cet établissement, porte spécialement son attention sur l’introduction et l’amélioration des végétaux agricoles, industriels, le blé, le pavot somnifère, l’eucalyptus, le ricin, l’indigo, etc. Les arbres fruitiers et les plantes orientales ne sont pas non plus négligés.
- Tout le monde connaît le jardin d’acclimatation du Hamma, près d’Alger, que dirige M. A. Hardy; ce jardin réunit la végétation la plus variée, et l’on y a essayé la culture d’un nombre considérable de végétaux étrangers. Dans ses parties basses, la flore des tropiques, le Musa ensete d’Abyssinie, un grand nombre de palmiers, les Cocos flexuosa, anstralis, schk-ophylla, et surtout le Livislona sinensis y ont fructifié. Des Eucalyptus globulus d’Australie, plantés en 1862, ont aujourd’hui plus de 15 mètres de hauteur et 80 centimètres de circonférence. Sur la colline, des acacias de la Nouvelle-Hollande, les myrtacées, les araucarias, le' dammara, et bien d’autres
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- arbres et arbustes se développent d’une manière remarquable.
- Le chirurgien aide-major Bonduelle a récemment récolté dans le désert de Djebel-Amour, sur les rives du Mzi, entre Tagemont et El-Agharat, une nouvelle espèce de statice qui lui a été dédiée par M. Lestidoubois (Statice Bonduelli Lest.).
- La flore des Canaries, Gomore, Ténériffe, etc., a fait le sujet des explorations de Berthelot (Scilla BerthelotnWébh), de Bourgeau et de Webb.
- L’intérêt que ces explorations nous inspire augmente, en général, avec l’éloignement et la nouveauté des résultats. A ce double titre, le Cap de Bonne-Espérance et l’Afrique méridionale attirent bien vite notre attention. La colonie du Cap, appréciant, comme toutes les colonies anglaises, l’utilité générale de la botanique, pour mettre au jour les ressources végétales dont elle dispose, s’est attaché, il y a quelques années, un botaniste colonial, auquel incombe le devoir de présenter chaque année un rapport au gouvernement local. Cette fonction a été remplie d’abord par le docteur Pappe, mort en 1863, après avoir fait connaître, en Europe, beaucoup de plantes du Cap ; elle a été conférée ensuite au docteur Brown, d’Aberdeen, connu par les voyages qu’il avait entrepris dans la colonie au profit des sciences naturelles. Le docteur Brown, dans un de ses récents rapports, attire l’attention sur le suc de maints euphorbes, abondants au Cap, et'qui pourraient être employés pour remplacer ou pour étendre le caoutchouc. Il se plaint de l’effet déplorable exercé sur le climat par le déboisement et par l’usage de brûler les landes, qiii sont aussitôt envahies par le rhenoster-bush (Clytrupappus rhinocerotis), un véritable fléau pour les cultures de la colonie. Il annonce, d’un autre côté, que cent variétés de vignes sont cultivées au Cap de Bonne-Espérance. Depuis 1866, il est professeur de botanique au collège du Cap.
- La flore du Cap, de la Cafrerie et de Port-Natal a été étudiée par le docteur W.--H. Harvey, de Dublin, et le docteur
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- Sonder, d’Hambourg. Harvey, mort le 15 mai 1866, avait voyagé en botaniste dans une grande partie du monde. Beaucoup de plantes de la flore du Cap ont été envoyées en Europe par M. M. Gibbon, surintendant du jardin botanique du Cap ; par David Arnott, de Colsbery; Mme Barber, de Gra-ham’s-Town et ses deux frères, MM. Bowker; le Rév.Brownlee, de la Cafrerie ; M. A.-S. White, de Bedford ; le docteur Rozer; MeIle Anderson, fille d’un missionnaire résidant à Swel-lendam. Récemment, M. Henry Hutton, résidant à Bedford, a fait parvenir à M. Hooker des plantes vivantes de ces régions, notamment du Katberg. Nous pouvons citer le Cras-sula rosalaris Harv., le Senecio pyramidatus DC.; le Webbia pinifolia DC., qui, sans être nouvelles pour les botanistes, n’étaient pas encore cultivées dans les jardins.
- M. Cooper a été envoyé par un amateùr anglais, M. W. Wilson Saunders, à Reigate, pour explorer l’Afrique méridionale. Cet ardent collecteur a réuni un herbier précieux, et il a réintroduit en Angleterre un grand nombre de plantes bulbeuses, si abondantes et si belles dans cette région, mais perdues dans les cultures depuis Herbert. Nous pouvons citer le Cyrlanthus lutescens Herb. Il a fait aussi de jolies découvertes, telles que le Gladiolus papilio Hook., le Gladiolus sericeo-villosus Hook., YOrnithogalum capitatum Hook., le Cotylédon fascicidaris Hook., etc.
- L’un des voyageurs les plus célèbres dans ces régions néfastes était l’infatigable et malheureux Barter, attaché par le gouvernement anglais à la dernière expédition du Niger, sous le commandement de Baikie. Ce voyage eut lieu de 1854 à 1859. Barter a découvert YAmphiblemma cymosum de M. Naudin, le Palisota Barteri de l’île de Fernando-Po.
- Le Gabon nous rappelle l’aventureuse expédition de Du Chaillu à travers l’Afrique occidentale, ' dont il rapporta notamment au jardin de Kew une orchidée que M. J. Dalton Hookér lui a dédiée, YAngmcum Chàilluanum Hook. Il nous rappelle aussi les intéressantes trouvailles de M. Aubry-le-
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- Comte, envoyées au Muséum de Paris et décrites, en général, par M. Ad. Brongniart. Nous citerons le Dracœna Aubryana Ad. Brong. et le Polystachia carnea Ad. Brong.
- Les voyages du Dr Fréd. Welwitscli dans les possessions portugaises, sur la côte occidentale d’Afrique, ont fourni des résultats merveilleux. Le Dr Welwitsch, de Mariansaal, en Carinthie, reçut en 4850 du gouvernement portugais une mission scientifique pour visiter les colonies d’Angola, de Benguela, etc. Ce voyage s’est prolongé jusqu’en 1860. Il a, sinon découvert, au moins contribué plus que tout autre à faire connaître une des plantes les plus étranges de la création, dont l’organisation a été élucidée avec une rare sagacité par M. le D1' Hooker, qui lui a donné le nom de Welwitschia mirabilis. C’est un arbre, puisqu’il a un tronc, mais au bout, d’un siècle ce tronc dépasse à peine le niveau du sol de quelques pouces; par contre, il mesure quelquefois quatorze pieds de circonférence et s’enfonce dans le sable et le gravier de deux pieds environ de profondeur. C’est comme une table massive, ou mieux comme un pain gigantesque recouvert d’une croûte brune, et divisé à la surface en deux lobes. De ces deux lobes partent deux feuilles divergentes qui rampent et serpentent sur le sol. Ce sont comme deux larges rubans, mesurant parfois 12 à 14 pieds de long, qui s’usent par le bout en même temps qu’ils se renouvellent par la base. La plante n’a jamais que ces deux feuilles, qui vivent aussi longtemps qu’elle, jusqu’à cent ans par conséquent. Enfin, au sommet de cette masse ligneuse, viennent les fruits, qui sont des plus simples et disposés en cônes de couleur rouge ; leur structure se rapproche de la plante des cycadées et des gnétacées. Elle est rare. M. Welwitsch la trouva, en 1860, sur des pl,ateaux sablonneux, où il ne pleut jamais, près du cap Nègre. Les Hottentots la nomment Ghories et les Dammara l’appellent Nyamlia-hy-kamkop. Elle est fort difficile à déraciner, et l’on n’est pas encore parvenu à la cultiver, bien que des spécimens vivants et des graines fraîches aient été, à plusieurs reprises, apportés
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- en Europe. Elle constitue, en attendant, une des curiosités des musées de botanique, et elle a figuré dans l’exposition portugaise. Le Welivitschia mirabilis est la plus colossale expression de cette tendance d’un très-grand nombre de plantes africaines à concentrer leur organisation dans un bulbe ou une épaisse souche souterraine.
- Ce végétal avait été rencontré pour la première fois par M. Thomas Baines, pendant qu’il voyageait avec James Chapman, dans le pays des Damara, entre le 24 et le 25e degré de latitude sud. Le Vitis Bainesü de M. Hooker porte le nom de cet artiste, qui, après avoir été quelque temps le compagnon de route de Livingstone, parcourut aussi, avec Grégory, une grande partie de l’Australie. On a .de lui des dessins d’une admirable exactitude, notamment du Welivitschia. Un résident portugais, M. Joachim Monteiro, accomplit de grands efforts pour procurer aux savants des spécimens du welwitschia et plusieurs plantes du benguela, notamment le Glyphœa Monteiroi Hook., de la famille des. liliacées. .Wolleston, Chapmann, M. Brown ont aussi introduit cette plante en Europe.
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- Nous arrivons à une exploration .horticole célèbre et toute récente, celle de Gustave Mann, botaniste du gouvernement anglais et collecteur pour le jardin de Kew. Depuis 1861, il a fouillé la région du Niger, du Cameron, du Nun-River, l’île San-Thomé, et surtout le pic célèbre de l’île Fernando-Po. Ses découvertes furent heureuses et abondantes. Nous pouvons en citer quelques-unes ici : les Bégonia baccata, prismatocarpa, asplenifolia, le Meyenia Vogeliana Benth., le Gardénia octomera Hook., le Pycnostackys urticœfolia Hook., labiée fort commune dans l’Afrique tropicale , enfin les Helichrysum manni Hook. et Ericinela Manni Hook., qui perpétueront, dans les jardins, le souvenir de cette fructueuse exploration. La même région, spécialement la petite île portugaise de San-Thomé, a été visitée par un ancien élève de l’école d’horticulture de M. Van Houtte, M.W. Ackermann, qui en a envoyé
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- à son patron une plante fort remarquée, la variété panachée du Musa sapientium (Musa viitata Hortul.).
- Un missionnaire anglais, M.W.-C. Thomson, en parcourant les côtes occidentales de l’Afrique du Sud, spécialement la région du Vieux-Calabar, recueillait, chemin faisant, des graines sur les plantes les plus remarquables et les envoyait à M. le professeur Balfour. C’est ainsi que sont venues dans nos cultures (1862) une des plus jolies nouveautés : le Clero-dendron Thomsonce Balf., dédié à madame Thomson, et une plante terrible dans les ordalies sauvages du Calabar, le Physo-stigma venenosum Balf., dont la thérapeutique européenne a bientôt su faire une application précieuse pour les affections qui intéressent la pupille.
- Bowie, un collecteur enthousiaste (Bouriea volubilis Harv.), a recueilli, dans la Cafrerie, pour le Brilish Muséum ; ses collections, que l’on dit fort remarquables, semblent avoir été perdues. Le Dr W. Balfour Baikie a exploré les mêmes parages et est allé mourir à Sierra-Leone, le 30 novembre 1864. Les deux frères Bowker ont aussi beaucoup contribué à étendre nos connaissances concernant la flore de l’Afrique méridionale : ils ont parcouru la Cafrerie, le pays des Kreili, etc. Le Ceropegia Bowlceri Harv. est une des nombreuses découvertes de M. Henry Bowker. Leur sœur, Mme P.-W. Barber, est aussi une femme infatigable, qui a parcouru les mêmes régions, et à laquelle nous devons de la reconnaissance pour ses gracieuses découvertes. Le Ceropegia sororia Harv. et le Dimorphotheca Barberiæ Harv. en consacrent le souvenir dans les annales de la science.
- Le Natal est une région étrange et neuve. C’est là que le Dr Stanger découvrit, en 1835, la Stangeria paradoxa. Le Dr Pappe en a fait connaître certaines productions végétales. MM. Baekhouse, de York, en ont rapporté le Bégonia Gera-nioides Hook. Gerrard fut un collecteur infatigable de plantes, qui a beaucoup enrichi le jardin de Kew, et qui a succombé à
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- la peine quand il a voulu s’aventurer dans le climat pestilenr , tiel de Madagascar. Hooker lui a consacré Vlpomiea Gerrardi, connu sous le nom de coton sauvage de Natal, et dont les graines lui avaient été envoyées par le Dr Sutherland. M. San-derson et sa femme ont aussi fait des envois à ce savant, vers 1862, notamment des bulbes de Hœmanthus natalensisPsippe. Plant a collecté, à Port-Natal, pour MM. W. Saunders. Nous citerons parmi ses découvertes le. Kleinia ftilgensB.ook., le Methonicci Planti et le Streptocarpus Saundersi Hook.
- L’Afrique centrale, avec ses redoutables et séculaires énigmes, a, de tout temps, exercé une attraction fascinatrice sur les esprits aventureux. La science est bien près de réduire ce vieux sphinx. M. Walter Plowden, consul anglais à Masso-wah, en Abyssinie,, a envoyé, en 1853, à M. Hooker des graines du Musa ensete, le bananier d’Abyssinie, qui est deve-r nu un des plus merveilleux ornements de nos grands jardins d’hiver et même de nos massifs d'été. Ce noble végétal avait été signalé pour la première fois, il y a un siècle, par James Bruce, qui, tout en courant après les sources du Nil qu’il ne trouva point, rencontra une foule de choses nouvelles .qu’il observait pour se dédommager.
- Le sort du botaniste bavarois Schimper, que Theodoros d’Abyssinie maria bon gré mal gré à l’une de ses filles et.en? toura d’une garde d’honneur et de surveillance’, n’a pas arrêté l’ardeur d’autres naturalistes. Steudnher et le baron Heuglin ont visité l’Abyssinie en 1861 et 1862. Ce-dernier a fait depuis, en 1863, une romanesque et désastreuse expédition sur le Nil, en compagnie de M1Ie Tinne. Une sombre labiée, le Tinnea ethiopica Kotsehy, en réveillera le souvenir dans nos jardins.
- Les célèbres explorations géographiques qui ont eu lieu récemment en Afrique ont été fructueuses pour la botanique et l’horticulture. ‘ Le malheureux Yogel avait découvert le Meyenia Vogeliana Benth., retrouvé par Mann. Le JL)r Kirk
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- recueillit des découvertes végétales pendant l’expédition de Livingstone au Zambèse et aux lacs Shirva etNyansa. Le capitaine Grant, en accompagnant le malheureux Speke dans la recherche des sources du Nil, a formé un herbier et recueilli des graines qui ont aidé à faire connaître la flore de l’Afrique centrale. L’herbier a été décrit par M. Thomson dans l’appendice du journal de Speke, et les graines ont donné notamment le Mussœnda luteola Delil. et le Syncidenium Grantis Hook., de la famille des euphorbiacées. G’est ainsi que, de nos jours, la végétation africaine s’est augmentée dans nos serres et se trouve mieux représentée qu’elle ne l’était auparavant.
- On s’éloigne doucement de cette terre étrange par ses productions végétales, animales et ethnographiques, quand on se dirige vers les Indes, par Madagascar, Maurice, Bourbon, les Seychelles et tout ce groupe de petites îles qui environnent Madagascar. Elles avaient été visitées pendant le premier quart de ce siècle par Aubert du Pctit-Thouars, qui avait trouvé YAngmcum sesquipedale, l’une de nos plus étranges orchidées; par Bory Saint-Vincent, et, un peu plus tard, par Gaudichaud. Le représentant le plus caractéristique de cette végétation, dans nos cultures, est l’arbre des voyageurs, le Ravenala madagascarensis Adans. La plus récente exploration botanique de la grande île des Madecasses est celle du révérend Ellis, missionnaire politique, qui a enrichi nos cultures d’un assez grand nombre de bonnes plantes, parmi les-
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- quelles nous citerons la plus extraordinaire, YOuvirandra
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- fenestralis, dont les feuilles figurent comme un treillis percé à jour. Il se développe dans des sources dont l’eau atteint une certaine chaleur. M. Mayer, du jardin botanique de Carlsruhe, excelle dans cette culture difficile.
- Plusieurs végétaux utiles de fîle de la Réunion, par exemple, le faham, une. orchidée (Angræcum fragrans), qui sert à aromatiser le thé, ont été importés cette année même par M.. Alfred Grandidier et transmis par lui au jardin d’acclimatation
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- d’Alger. On sait que le jardin des plantes de l’île de la Réunion est dirigé par le vénérable M. Richard.
- Il existe dans deux petites îles du groupe des Seychelles, Praslin et Curieuse, un végétal extraordinaire entre tous, dans lequel la nature semble avoir pris le plaisir d’accumuler les bizarreries d’organisation. C’est un palmier, le Lodoicea Sechellai'iim Bill. Il donne les cocos de mer ou noix des Maldives bien connus de tous les navigateurs. Cet arbre allait disparaître de la création, comme le dodo, l’épiornis, le mammouth; il n’en restait plus que quelques centaines au monde. M.Ward, commissaire du gouvernement anglais aux Seychelles, s’est ému de cette éventualité : il a rédigé un mémoire à ce sujet qu’il a transmis au Dr Hooker. Par les efforts de ces deux savants et de la Société linnéenne de Londres, le gouverneur des Seychelles a pris des mesures pour assurer la conservation et la multiplication du célèbre cocotier des Maldives, comme on le nomme aussi.
- Les Indes hollandaises, Java et les Moluqües ont été l’objet d’investigations nombreuses, encouragées par le gouvernement. Reinwardt, Blume, Junghuhn, Hasskarl, Zollinger, Korthals, de Yriese ont, dans ces derniers temps, marché sur les traces laissées par Sonnerat, Leschenault de la Tour et Th. Horsfield, qui avaient parcouru Java au siècle dernier et au commencement de celui-ci. Les matériaux fournis par ces savants sont mis en œuvre par M. le professeur Miquel pour sa Flora iri-dica. Reinwardt, qui voyageait de 1815 à 1822, a rapporté notamment une de nos belles orchidées, le Vanda suaveolens i
- Blume séjourna à Java de 1823 à. 1826; on lui doit;, par.; exemple, le.Nephalaphyllum pulchrum.Bl. Junghuhn arriva aux Indes en 1835 et Hasskarl en 1836; nous avons déjà .dit qu’ils ont attaché leur nom à l’introduction du quinquina dans les plantations de l’île. Zollinger, qui est Suisse, a visité Java de 1856,à 1859. Le Dr P,-W.,Korthals en a rapporté une belle, fougère en arbre, le Goniophlebium Reinwardti de Vr., le
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- Phalenopsis sumatrana Rchb., etc. Enfin de Yriese, deLeyde, fut en 1857 envoyé en mission aux Indes néerlandaises, où il a séjourné jusqu’au commencement de 1862, et vint expirer dans ses pénates le 23 janvier 1863.
- Le jardin botanique du gouvernement,'à Buitenzorg, est confié à deux hommes qui ne cessent de rendre des services à la science et à la culture : M. J. Teysmann et M. Binnen-dijk, dont les travaux théoriques et pratiques ont donné une grande notoriété au jardin de Buitenzorg. Ils ont introduit en Hollande beaucoup de plantes javanaises ; nous pouvons citer 1 ePogonia discolor Bl. de M. Teysmann et 1 ePteris creticaL., var. albo-lineata de M. Binnendijk. M. Teysmann est parvenu à surmonter une des plus grandes difficultés de l’horticulture, c’est-à-dire à cultiver le Krûbû des Malais, le Rafflesia Ar-noldi des botanistes, plante parasite sur les racines des cissus (C. scariosa), et qui donne la plus grande fleur du monde. Ce végétal avait été découvert à Sumatra, en 1818, par le Dr Arnold, attaché à sir Stamford Raffles, gouverneur général. La fleur a parfois 1 mètre en largeur. ; elle pèse 15 livres et contient jusque 12 pintes de liquide ; elle repose sur le sol. Les boutons mettent un an à se développer.
- Les. Indes anglaises de Ceylan et du continent asiatique ont offert un champ bien autrement vaste à l’ardeur des naturalistes voyageurs. Elles ont illustré les Roxburgh (1766 à 1814), Sonnerat (1782), Wallich (1807 à 1828), Leschenault de la Tour (1816 à 1822), Belanger (1825 à 1829), Royle. (1828), Jacquèmont (1828 à. 1832), Wight (1829 à 1836), Griffith (1835 à 1838), etc. M. John Gibson, actuellement directeur de Bat-
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- tersea Park, à Londres, fut envoyé aux Indes, en 1835, par lë/duc de Devonshire. Son voyage dura deux ans. Il en rapporta. beaucoup d’orchidées, les Dendrobium Devonianum, formosum, Paxtoni, calceolus, eœrulescens, heterocarpum, les Cœrogyne Wallichi, G. maculata, Calanthe massuca, le1 premier Aneckochilus sekaceus, etc. MM. J. Dalton, Hooker
- et Thomson accomplirent une grande et mémorable explorai
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- tion du Nepaul, du Booton et du Sikkim-Himalaya. Ce voyage, qui a commencé en 1848 et a duré quatre ans, a élucidé une foule de points de la géographie physique des Indés, et a rendu d’importants services à la botanique et à l’horticulture. Il nous suffira ici de nommer les rhododendrons du Sikkim et du Bootan, qui ont émerveillé récemment l’horticulture européenne.
- Bôoth, le neveu de Nuttall, pour complaire à la dernière fantaisie de son oncle, s’ëst aventuré dans les mêmes régions, exclusivement occupé à là récherche dé ces mêmes rhodo-• dendrons, et il a su faire encore quelques jolies découvertes* notamment celle du Rhododendron Bdttemanni Hooker. M. G.-H.-K. Twaites, directeur du jardin botanique dé Perâ-denia, à Ceylan depuis 1850, et auteur d’une flore de cette île, a introduit en Europe un grand nombre de plantes nouvelles de Ceylan, de l’Himalaya, des monts Nilgherries, et de tôtite la péninsule indienne. Parmi lés plus nouvelles nous pouvons nommer une foule de balsamines et plusieurs orchidées. Ces envois parviennent, en général, aü grand établissement de Kew.
- Il en est encore ainsi de ceux qu’expédie M. le Dr John Anderson, directeur du jardin royal de botanique à Calcutta. Ce savant venait de publier, en 1864, le catalogue de ce riche jardin, quand ses plantations ont été dévastées par un épouvantable cyclone auquel les plus vieux arbres, par exemple des acajous Swietenia Mahagony, introduits.de la Jamaïque depuis 1795, n’ont pas eu la force de résister. M. C.-H. Williams, de Baliia, a importé le Cattleya Lindleyana Bat., YEpistephium Williamsii Hook. fil-, et le général Walter, a découvert vers 1860, à Ceylan, Y Impatiens Walkeri Hook., le Coleus inflatus Benth., etc.
- D’autres plantes indiennes parviennent à MM. Veitch, comme le Saccolabium giganteum Wall, et le Yanda Benzoni, deux orchidées superbes recueillies à Rangoon par le colonel Benzon, aussi brillant officier que zélé naturaliste- D’atttres én*
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- core arrivent à M. Linden, tels que les célèbres Begoniarex, Bégonia lazuli et Pteris tricolor, qui lui ont été communiqués, en 1858, du royaume d’Assam par M. Simons.
- M. Thomas Lobb a voyagé à Bornéo et dans les régions mon tueuses des Indes pour le compte de MM. Veitch. Parmi ses meilleures découvertes on connaît le Bolbophyllum reticu-latumBaX., YAeschynanthuscordifolius Hook., le Vanda cœru-ea Lirfdl., le Sonerüla margaritea Lindl, le Caladium Veit-chi, etc., etc. Les importations de M. Hugh Low, fils de M. Low, de Clapton-Londres, et trésorier colonial à Labuau, jouissent d’une véritable célébrité. Il nous suffira de citer le Renanthera (Vanda) Lowii Reich., le Dendrobium Lowii Lindl., le Cypripedium Stonei Hook., le Cypripedium hoo-keræ Reich., YAlocasia Lowii Hook., et YAlocasia metallica Sch. Toutes ces plantes sont de Bornéo.
- Un ecclésiastique anglais,le révérendC.-S.-P. Parish, naturaliste, dessinateur, grand amateur d’orchidées et de fougères, explore le Moulmein, qui estime mine inépuisable de plantés ornementales, ' et' communique ses découvertes à MM. Hurgh Low et C°, à Clapton. Il est quelquefois accompagné dans ses excursions par M. le colonel Fytch. Citons pour les rattacher à son nom le Luisia Psyché Reich., le Cymbidium tigrinum Par., et tout un trophée de Dendrobium, tels que les Dixan-thum Rchb., ciliatum Pain, luteolum Bat., infundibulum Lindl., marginatuin Bat., eburneum Reich.,’dont le Moulmein est comme le centre de création.
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- En même temps que la Russie se répand par les armes et par la diplomatie sur l’Asie centrale et vers l’extrême Orient, ses’naturalistes ‘s’empressent de fouiller les richesses végétales de ces nouvelles conquêtes. C’est par l’entremise de Pé-tersbourg que tfoiis est venu ce que nous cultivons.de la Sibérie, de l’Altaï, de l’Oural, de l’Amour et du Khorassan, Les explorations de J.-G. Gmelin, S.-G. Gmelin,.Georgi et Fait, Pallas, Marschall de Bieberstein, au siècle dernier, ont été con-
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- sidérablement dépassées, d’abord par Turczaninoff, A. Leli-mann, Schrenk, Ruprecht, Borczow, et, tout récemment, par M. Maack, M. Maximowicz et M. de Bunge. Turczaninoff, après avoir herborisé sur les bords du Baïkal, en Sibérie, a publié une excellente flore de ces régions (Flora Bàikalense-Dahu-rica). Ruprecht s’est mis en route, en 1841, pour la Sibérie septentrionale, le Caucase, la Perse, etc. Il a envoyé dans nos jardins le Hedera rhomboidea, le Lilium colckicum, et maintes autres plantes, En 1865, il a accompli une nouvelle exploration du Caucase. M. Borczow a parcouru, en'1850, les steppes ouralo-caspiennes, et il a pu notamment étudier sur place le Narthex assa-fœtida, etc.
- M. R. Maack a fait des découvertes plus nombreuses et plus belles dans la vallée de l’Amour et dans les montagnes de l’Ussuri. Ses voyages ont en lieu de 1854 à 1856. Ses plantes ont été décrites par MM. Ruprecht, Maximowicz et Regel. Nous mentionnerons le Phellodendron amurense Rupr.., Maackia amurensis (légumineuse), Sedum selskianum Rgl., Deutzia parviflora, var. amurensis, Galatella Meyendorffi Rgl., Monochoria Korsahoivii Rgl. du lac Kengka, Delphinium Maackianum Rgl. parmi les plus ornementales ; le Vitis vini-fera L, var. amurensis Rupr., et le ginseng des Chinois {Panax quinquefolium h. ,var. Ginseng) parmi les plus intéressantes.
- Le voyage de Maximowicz jouit, par l’importance de ses résultats, d'une notoriété générale. Commencé en 1853, il a duré jusqu’en 1857. En traversant l’Asie et en suivant la région de l’Amour, Maximowicz a gagné le nord de la Chine et le Japon. Il a observé, décrit et envoyé une foule de, belles plantes de ces contrées. Nous citerons parmi celles qui lui sont le plus personnelles : le Daphné iezoensis .Maxim., le Sedum Maximowiczii Rgl., le Spirea amurensis Max. des monts Bureja sur l’Amour, YArdisia hortorum Max., que l’on trouve dans tous les jardins du Japon, YHeteropappus deci-piens Max., YEleutherococcussenticûsus Max.; enfin le Maxi-
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- movicz.ia sinensis Rupr., qui rappellera toujours le souvenir de cette grande exploration. Nous pouvons mentionner en passant les voyages de Karelin et Kirilow dans les steppes des Kirghis; de Bunge, dans le Khorassan (1858-59) ; de Schmidt, sur l’Amour; de M. Semenow; deM. Severtzow en Boukharie, et Tachkinte, dont la relation sera bientôt publiée.
- La Chine et le Japon appartiennent, quant à la géographie botanique, au même groupe que la région de l’x\mour, mais leur vieille civilisation et leur jardinage perfectionné leur donnent une importance horticole, bien différente de celle de ce pays neuf et inexploré de l’Amour. Les Chinois et les Japonais sont passionnés pour l’horticulture, et ils en ont élevé l’art à un degré minutieux de perfectionnement. L’un des traits de ce peuple, dit M. Fortune en pariant du Japon, est son amour pour les fleurs. Toute maison respectable a son jardin, souvent petit, toujours soigné. C’est, au printemps, le plus beau pays du monde : toutes les villas, toutes les collines, sont d’un aspect délicieux ; les amandiers, les pommiers, les cerisiers, les pêchers à fleurs doubles sont comme chargés de petites roses. Les camellias sont communs dans les bois ; les azalées et les coignassiers forment des buissons étincelants aux pieds desquels s’épanouissent de ravissantes primevères {Primula cortusoïdes, etc.).
- La Chine s’est ouverte à nos investigations longtemps avant le Japon. Osbeck et Sparmann sont allés, au siècle dernier, la conquérir à la science de Linné. Clarke Abel et Bungo ont précédé pendant notre siècle MM. R. Fortune et Wichura. Les voyages de M. R. Fortune sont célèbres. Il était curateur du jardin pharmaceutique de Chelsea, quand il partit, en 1843, pour visiter les districts à thé du Céleste-Empire. Il y retourna en 1861, en revenant d’un* second voyage au Japon. Parmi ses meilleures découvertes, on connaît \e Rhododendron Fortwiei Lindl., dont il récolta des graines dans la province chinoise de Chekiang, sur des montagnes à 3,000 pieds de haut, et qu’il envoya à M. Glendining, à Çhiswick ; le Ligiila-
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- riaKœmpferi Sieb. et Zucc., var. aureo-maculata, connu dans tous nos jardins sous le nom de Farfugium grande, et dont la mise au jour en Europe, par l’entremise du même horticulteur, en 1856, produisit une profonde sensation de surprise. M. Fortune avait rencontré cette plante dans le jardin d’un mandarin, au nord de la Chine.
- M. Skatzkow, consul russe en Chine, porte son attention sur les ressources végétales que peut fournir le Céleste-Empire. Il a, notamment, introduit en Russie une luzerne chinoise, nommée Mou-su, dont la culture se répand aux environs de Saint-Pétersbourg, et qui paraît devenir un précieux fourrage. M. Montigny, consul français à Shang-haï, a aussi enrichi nos jardins de plusieurs végétaux utiles de la Chine;
- Le Japon est pour notre horticulture une conquête plus récente et plus fructueuse. Les premières notions que nous en avaient données Kœmpfer, Osbeck, Thunberg, au siècle dernier, avaient vivement excité notre convoitise. Le câmellia, à son introduction en 1739, avait été considéré comme une merveille. Lord Petre, ardent promoteur de l’horticulture à Thorden-Hall, en Angleterre, acheta au missionnaire Kamel les deux premières plantes qui vinrent en Europe à un prix fort élevé ; elles avaient les fleurs simples et rouges. Quelle somme valent aujourd’hui les camellias d’Europe, ’ et combien de personnes cette fleur ne fait-elle pas vivre, sans parler de celles dont elle embellit la toilette! ' ’
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- Les mémorables voyages de Siebold, commencés en 1823, et plusieurs fois renouvelés jusqu’à sa mort, survenue le
- 11 octobre 1866, à Wurzbourg, qui avait aussi été son ber-
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- ceau, vinrent tout à coup aviver, cette convoitise et surexciter l’intérêt. C’est alors qu’apparurent, en général par l’entremise de l’horticulture belge, notamment du jardinier Donkelaar, de Garni : les lis du Japon (Liliurn speciosum, Icmcifolium)) le Cryptomeria japonica, 1 e -Lychnis senno, des chrysanthèmes, de nouvelles variétés de camellias, toutes sortes û’Hortemia, le pommier à fleurs (Malus ftoribùnda), et.üne
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- foule considérable de plantes au feuillage panaché, dont l’abondance au Japon est un fait extraordinaire de jardinage et nous semble résulter des soins méticuleux, et nous pouvons ajouter de l’esprit parcimonieux qui caractérisent le peuple. La carrière de Siebold, commencée en 1822, en qualité de chirurgien-major, a été soutenue tout entière par le gouvernement néerlandais ; il avait fondé deux jardins d’introduction : l’un au Japon, l’autre en Hollande, près de Leyde. Il a publié quelques ouvrages, et il a fourni à des savants, notamment à Zuccarini, les matériaux pour des travaux considérables.
- Ses derniers voyages, ceux de M. Robert Fortune et de M. John - Gould Veitch ont mis l’horticulture européenne en possession à peu près complète de la flore du Japon, au point que nous pourrions sans beaucoup de peine créer à Paris, par exemple, un véritable jardin japonais.
- . M. R. Fortune partit pour le Japon en 1860. Il eut le tact et le bonheur de faire une foule de découvertes précieuses pour nos cultures, et les envoya en Europe à M. Standish, de Bagshot. Citons, parmi celles qui nous reviennent en mémoire, quelques arbres florifères, le CerasusSieboldti, YAmyg-dalopsis.Lindleyii Carr. (Prunus triloba Lindl.), des arbustes, comme Yllex crenata Th., connu sous le nom de Ilex Fortunei, le Daphné Fortunei, le Spirœa Fortunei PL, et surtout YAucuba à fleurs mâles, dont la première apparition en Europe a été un événement dans le monde horticole; d’autres Aucuba au feuillage varié ; le Clematis Fortunei Moore, et une foule de formes de ces gracieuses lianes ; le Lonicera brachypoda, aux feuilles parcourues par un réseau doré,l’Osmanthas ilici-folius,.le Skimmia japonica, le Deutzia crenata à fleurs doubles, le Weigelia rosea, etc.; enfin plusieurs jolies fleurs : le Dielytra spectabilis, le Saxifraga Fortunei Hook. • l’ancien Tricyrtis hirta, de Thunb., etc., etc. Les publications de
- M. Fortune sont écrites avec/mmowr.
- M. J.-Gould Veitch, un intrépide voyageur que nous retrou-
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- verons en Australie et dans l’Amérique du Sud, a voyagé au Japon et aux îles Formose, en 1861. Il arriva à Nagasaki au mois de juillet, après une traversée périlleuse. Les lettres qu’il a écrites pendant cette exploration ont beaucoup ajouté à ce que l’on connaissait sur l’horticulture du Japon. Il en a rapporté notamment le magnifique Lilium auratum Lindl., de jolies variétés du Primula cortusoïdes, YAmaranthus melan-colicus, le Corylopsis spicata Sieb. Mais il a surtout dirigé son attention sur les arbres et les conifères, important les Abies firma Zucc., alcoquiana Veitchi, le Thuyopsis dolabrata, un des plus beaux arbres du Japon, les P inus densiflora Sieb. et massonicma, des Juniperus, Taxus, Podocarpus, Retinos-pora, et surtout le célèbre pin. en ombrelle (Sciadopitys verti-cillata), qui atteint, à Yédo, 100 pieds de hauteur, et donne aux jardins un des traits caractéristiques de leur végétation.
- Gesgrands exemples donnés par Siebold, Fortune et Veitch, sont bien faits pour exciter l’émulation, et il est tout naturel qu’une foule de personnes, ayant trouvé accès dans l’empire ombrageux du Japon, en aient profité pour recueillir quelques végétaux intéressants. M. Schmidt a exploré l’île russo-japonaise de Sachalin ; M. C. Pemberton Hodgson, consul anglais à Hakodaki, a envoyé à Kew le Ligularia Hodysoni Hook., YOphiopogon spicatusGaw. etc. M. H.-Ed. Hoey, résidant à Yokohama, le Heterotropa parviflora Hook. ; Oldham a collectionné dans les environs de Nagasaki pour le jardin de-Kew, .et a recueilli, par exemple, Ylleæ latifolia; Charles Wilford, un autre naturaliste voyageant pour le même établissement, a introduit le Dendrobium japonicmn, qui est commun dans les jardins du Japon, et il a visité les- côtes de Corée.
- M. le docteur Mourier vient de faire parvenir à la Société impériale d’acclimatation des graines de plusieurs variétés recommandables de riz, de blé, et d’autres plantes utiles provenant de Yokohama, au Japon. 1 v V
- Les Japonais sont un peuple lettré et instruit ; ils ont donné, à l’occasion de l’Exposition universelle, une preuve .éclatante
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- de leur désir d’entrer dans le grand mouvement de la civilisation. Dans la Commission japonaise envoyée pour étudier l’encyclopédie du Champ-de-Mars, se trouvaient notamment deux botanistes, MM. Tanaka et Yekoussima. Ces messieurs ont présenté à la Société impériale d’acclimatation une fort intéressante notice sur le daphné papyrifère et sur la fabrication du papier au Japon. Ce fait est d’une importance qui nous paraît autoriser à le mentionner ici.
- A l’extrême Orient, le royaume de Siam nous livre enfin ses végétaux intéressants. Schomburgk s’y est rendu célèbre depuis 1857. Henri Mouhot a voyagé dans l’intérêt de l’histoire naturelle dans le royaume de. Siam, le Cambodge et le Laos. M. Th. Christv a rapporté de Siam au jardin de Kew le Reidia glaücescens Miq.
- L’Australie, la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande ont été conquises au profit de la botanique et de l’horticulture, pour ne parler que du xixc siècle, par Leschenault de la Tour, Robert Brown, sir J. Banks, Allan Cunningham, etc. Sir J. Banks, un grand promoteur en. Europe de la végétation australienne, reçut notamment de Menzies, chirurgien et naturaliste de l’expédition Vancouver, en 1795, les premières plantes de l’Araucaria, imbricata qui soient venues en Europe. Allan Cunningham, longtemps botaniste royal, fut ensuite surintendant des jardins de Sydney. On lui doit, par exemple, le Cordyline australis Hook.
- Le baron Charles de Hugel, actuellement ministre d’Autriche à Bruxelles, a visité ces parages depuis 1831 jusqu’en 1836. Les plantes qu’il a rapportées ont été décrites par End-licher, qui lui a consacré notamment un hibiscus (Hibiscus Hugelii Endl.). Le Gonatanthus sarmentosus Endl., de la famille des aroïdées, les Sterculia, les Acerifolia, Hetero-phylla et Hugeli sont aussi les fruits de ce voyage. M. Hugel a voy agé pendant la même période au Japon, et en a introduit, par exemple, 1 e.Kerria.japonica à fleurs simples.
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- Le plus célèbre explorateur des richesses végétales de l’Australie occidentale et l’introducteur des plus belles plantes que nous en possédions est James Drummond. D’abord curateur du jardin botanique de Cork, en Irlande, il voyagea un peu dans l’Amérique du Nord, et puis il vint s’établir en Australie, sur la rivière des Cygnes, dont il devint le botaniste par excellence. Il y est mort, dans sa résidence, 'le 27 mars 1863, à l’âge de 79 ans, et repose sous un Hibiscus de son jardin. Il laisse un fils, qui continue ses traditions. On doit à Drummond une infinité de plantes. Citons seulement le Phlox Drummondi, l’Acacia Drummondi Benth., etc. Le nom du capitaine James Mangles est également honoré dans les annales de l’horticulture, et figure dans nos jardins avec le Rhoclanthe Manglesi Lindl., VAnigosanthes Manglesi Lindl., le Trichi-nium Manglesiet d’autres fleurs de l’Australie méridionale.
- On doit quelques trouvailles à Oldfield, à G.. Ausfeld, qui rapporta de son voyage au sud de l’Australie à son ami M. de Hugel des graines du Pultenœa Ausfeldi Reg.; à Bidwill, longtemps directeur du jardin botanique de Sydney, quia introduit à Kew le Brachychiton BiclviliiHook., originaire de Queensland ; à M. Burges, qui a herborisé sur la rivière des Cygnes (Calopetalon ringens Dr.); à sir Daniel Cooper, qui, animé d’un zèle extraordinaire, a voyagé dans les Nouvelles-Galles du Sud (Ficus Cooperi) et dans la Nouvelle-Calédonie (Eranthemum Cooperi Hook.) ; à.M. Milne, qui a collectionné pour Kew aux îles Salomon, par exemple, et auquel on doit le Drosera sp.athulata Lab., de l’Australie, le Coccoloba platy-clada. etc. M. J.-G. Veitch a fait, il y a trois ans, une importante exploration.horticole en Australie, à la Nouvelle-Zélande, dans la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie. Il en,a rapporté, par exemple, leCurcuma australasicaHook.,etl,Açros-tichum aureum, découverts au cap York, à l’extrémité N.-E. de l’Australie; le Phormium tenax, à feuilles, panachées de.la Nouyelle-Zélande, le Coleus Veitchi, le Lomaria ciliata> le
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- Panicum variegatum de la Nouvelle-Calédonie, le Dendrobium Gouldi, que lui a dédié M. Reichenbach.
- Un botaniste de premier mérite, M. le docteur Ferdinand Mueller, originaire du Schleswig-Holstein et directeur du jardin botanique de Melbourne, dans l’État de Victoria, enrichit à la fois nos bibliothèques et nos jardins de tout ce qui peut nous intéresser dans ces régions australiennes. L’Europe botanique et horticole doit à M. F. Mueller une vive reconnaissance pour son infatigable ardeur; son jardin de Melbourne jouit d’une grande célébrité. L’amour de la science et de la culture est d’ailleurs fort répandu en Australie. Le jardin que dirige M. Charles Moore, à Sydney, est éminemment remarquable. Nous devons notamment à ce savant botaniste le Dammara Moorei Lindl., le Déparia Moorei Hook., YEu-cryphia Moorei, etc. M. Schombureka la direction du jardin botanique d’Adélaïde.
- M. Walter Hill, botaniste colonial, dirige activement le jardin botanique de Brisbane, dans le Queensland ; il y a fait des plantations de quinquinas, de café, de thé, d’indigo, de canelle, etc., qui semblent avoir parfaitement réussi. Nous lui devons le Bowenia spectabilis Hook., de la famille des cycadées, le Dendrobium Hillii Hook., et d’autres plantes.
- L’usage des concours et des expositions d’horticulture s’est établi à Melbourne, à Sydney, à Brisbane , à Canterbury dans la Nouvelle-Zélande, etc. La végétation de cette dernière contrée, caractérisée par les dammara, les araucaria, podo-carpus, dacrvdium, metrosideros et autres, nous a été divulguée par M. Hooker dans sa flore de la Nouvelle-Zélande, par M. Travers, par M. le Dr Munro et par l’infortuné D* Sinclair, secrétaire de cette colonie, et connu par ses voyages sur les côtes américaines de l’océan Pacifique avec le vaisseau de Sa Majesté Britannique le Sulphur.
- Il nous reste à mentionner le voyage du Dl Berthold See-man, aux îles Fidji ou Viti. M. Pritchard, consul anglais à Fidji, vint, en 1859, en Angleterre, pour annoncer à son gouvernement
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- que Cakoban, roi de Fidji, avait abdiqué en faveur de S, M. la gracieuse reine d’Angleterre. Dès le mois de février 1860, le Dr Seemann recevait la mission d’étudier la flore de cette nouvelle colonie polynésienne. Parmi ses découvertes, nous croyons pouvoir citer ici la tomate des anthropophages (Solarium anthropophagorum Seem.), dont les fruits servent, avec les feuilles de l’Omalanthus pedicellatus Benth. et du Trophis anthropophagorum, à assaisonner la chair assez indigeste, paraît-il, de leurs repas de cannibales. L’Acalypha tricolor est un souvenir plus gracieux de ces mêmes îles Fidji rapporté parM, Seemann.
- Nous n’avons pas encore abordé le continent américain, et déjà nous sommes effrayé de la longueur de notre travail. Cependant nous ne citons guère que les faits mémorables, et c’est à l’abondance des matériaux, au nombre et à l’ardeur des explorateurs sur toute la surface du globe, qu’il faut imputer la fatigue de cette longue énumération.
- Le nouveau monde a fourni un contingent extraordinaire à notre végétation horticole. Les voyages les plus importants sous ce rapport dans l’Amérique du Nord sont ceux de Sco-resby et de Sabine, au Groenland, en 1822 et 1823, d’André Michaux et de son fils Fr.-And. Michaux, aux États-Unis (1785-1796), qui envoyèrent en France un nombre considérable d’arbres et d’arbustes. André Michaux avait débuté par une exploration de l’Asie-Mineure, et il est allé mourir, en 1801, à Madagascar. Nuttall explora l’Amérique du Nord d’un océan à l’autre, les montagnes Rocheuses et la Californie depuis 1811 jusqu’en 1835, avec une ardeur qui ne se ralentit jamais. Sa carrière mérite d’être brièvement racontée. Né à Settle, dans le Yorkshire, en 1784, il partit pour les États-Uni.s comme imprimeur à l’âge de vingt-deux ans. Une circonstance fortuite lui révéla sa vocation pour la botanique, science dans laquelle il ne tarda pas à s’illustrer. 11 a publié des ouvrages importants, et il a introduit beaucoup de végétaux dans les
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- jardins : le Bartonia nuda Nutt., qu’il a dédié à Barton, son premier professeur, le Collinsia, le Madura, 1 eDiplacus puni-ceus, etc. Il est mort à Londres, en 1859,
- David Douglas a exploré les montagnes Rocheuses, la Californie, l’Orégon, etc,, avec une ardeur infatigable, et sans se laisser rebuter par aucun obstacle. lia découvert, par exemple, un assez grand nombre de Ceanothus. Cet infortuné naturaliste a trouvé une mort affreuse, aux îles Sandwich, en tombant dans une fosse creusée pour servir de piège aux taureaux.
- L’expédition scientifique dont les États-Unis confièrent, en 1846, la direction au colonel Fremont, à travers les montagnes Rocheuses, a été utile à la botanique. On lui doit un nouvel arbuste de plein air, leFremontia californica Torr, Le botaniste Torrey a fait connaître les résultats de ces explora-*-tions, et il a beaucoup contribué, avec Asa Gray, à divulguer la flore de l’Amérique septentrionale. Nous ne saurions traverser la Californie sans rappeler ici la découverte des Séquoia gigantea, dans une vallée latérale du Sacramento, ces arbres de 80 et 100 mètres d’élévation, dont les premières graines furent envoyées à M. Th. Lobb, en 1853, par son frère M. William Lobb. La France en recevait, en 1854, de son vice-consul M. Boursier de Larivière.
- L’Amérique tropicale est une ressource inépuisable pour nos explorateurs. La splendide végétation des Indes occidentales est représentée dans nos serres avec une extrême abondance . Cette région est d’une étendue considérable et aussi d’une extrême variété. Il est difficile de classer dans un certain ordre les voyages qui ont eu pour résultat de nous transmettre sa végétation.
- Le Mexique se présente d’abord. Nous remonterons seulement au voyage du Dr. Schiede et de Deppe, en 1828-29. Leurs herbiers ont été décrits par Chamissot et Schlechtendahl. Nous leur devons Centradenia grandiflora EndL,le Stanhopea ocu~
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- lata Lindl., l’Oxalis Deppei, connu aujourd’hui de tout le monde. George Baker a introduit du Mexique le Chysis brac-tescens Lindl. Le Poinsettia pulcherrina de Graham a été introduit vivant en Europe, en 1836, par M. Poinsette, de Mexico. Nous devons à M. Rœpper, vers \ 846, quelques plantes mexicaines. Une cactée extraordinaire a été observée par Georges Turber, pendant qu’il explorait la Sonora, le Cereus gi-gateus Engelm., de la vallée Gila. Yerheyen, un Anversois, a rapporté du Mexique, vers 1843-44, beaucoup de Yucca, de Beaucarnea, de Fourcroya, de broméliacées. MM. Tonel, horticulteurs belges, établis à Mexico, renouvelaient souvent des envois analogues, spécialement des cactées.
- Mais nous pouvons raconter quelques explorations dirigées exclusivement en vue de l’horticulture. Théodore Hartweg, du grand-duché de Baden, a voyagé, de 1836 jusqu’en 1845, pour la Société d’horticulture de Londres, au Mexique et dans une grande partie de l’Amérique tropicale, la Californie, le Guatemala, la Nouvelle-Grenade, la Colombie, le Pérou, etc. Les plantes qu’il a découvertes ont été décrites par Bentham, à Londres, sous le titre de Plantœ Hartwegianæ. Galeotti a aussi attaché son nom à la flore horticole du Mexique, où il a voyagé de 1835 à 1840, et à laquelle il a sacrifié sa vie. On lui doit surtout des agaves, des cactées et des orchidées, par exemple le Cereus senilis, YEchinocactus cornigerus, les Lœlia majalis et anceps, le Galeottia grandiflora, le Sobra-Ua macrantha, le Maxillaria Galeottiana Rgl.
- M. J. Jules Linden, de Luxembourg, a su accomplir avec un rare bonheur trois grands voyages botaniques successivement, au Brésil, au Mexique et dans la Colombie. Ces voyages ont été faits au nom du gouvernement belge. L’exploration du Mexique et des Antilles commença en octobre 1837. M. Linden était accompagné de M. Funck et de M. Ghiesbrecht. Après une halte à la Havane, ils abordèrent à la Yera-Cruz, et gagnèrent bientôt Mexico. Les trois compagnons explorèrent le volcan de Popocatepetl, le pic d’Orizaba, et tout le
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- versant oriental de la Cordillère, le Yueatan et, par les États de Tabasco et de Chiapas, gagnèrent le Guatemala. MM. Funck et Ghiesbrecht revinrent en Europe à la fin de 1840. M. Linden séjourna encore quelque temps à la Havane et aux État-Unis, et fut de retour en 1841. Nous pouvons citer parmi les résultats de ce voyage : les Dioon edule, Ceratozamia mexicana, Pincenectitia tuberculata, les Chamœrops staura-cantha, Lælia superbiens, columnea, lindeniana, maxïllaria, virgimlis Mn. (Lycaste Skinderi Lindl.), le Lindenia rivalis Benth., etc., etc. M. Giesbrecht est retourné au Mexique en 1852, et, depuis cette époque, il n’a cessé de parcourir ce vaste territoire dans tous les sens, en recueillant toujours des végétaux qu’il faisait parvenir à M. Linden, et depuis 1862 à M. Amb. Verschaffelt et à d’autres horticulteurs. Ses premières expéditions provinrent du Michoacan, d’Oxac-a, etc. De 1854 à 1862, il a parcouru les États du sud, Yueatan et Chiapas. Parmi les découvetres de Ghiesbrecht, on peut citer ici les Monochcietum naudinianum, ensiferum et autres, le Gesnera (Naegelia) cinnabarina Lind., le Higginsia Ghiesbrechti Hook., le Campylobotrys argyroneura, Cyano-phyllum magnificum, Boehmeria argentea, Cuphea eminens, Pitcairnia tabulœformis, Bégonia pantherina, Rogiera gra-tissima PL et Lind., Gïbotium princeps, et, dans ces derniers temps, un grand nombre de nouveaux agaves du groupe de VAgave Verschaffelti, Ghiesbrechti, etc.
- Les plus récentes introductions du Mexique, depuis 1861 jusqu’à nos jours, ont été envoyées par M. B. Roezl à M. Ort-gies, directeur du jardin botanique de Zurich : telles sont les Eutoca ortgiesiana Heer, le Dalechampia roezliana, var. rosea, divers Dasylirion et le Dahlia imperialis Roezl. introduit en 1863.
- M. Bourgeau, membre botaniste de la Commission scientifique organisée en France à l’occasion de l’intervention au Mexique, a rapporté un herbier considérable, déposé au Mu-
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- séum, et recueilli en 1865-66, avec la collaboration de
- M. Hahn.
- Notre flore horticole du Guatemala nous vient surtout de MM. William A. Wallace; de Scberzer, auquel Schotta dédié Y Anthurium, Scherzerianum ; de Salwyn, de Warscewicz et de Skinner. Yon Warscewicz, polonais d’origine, a voyagé dans l’Amérique centrale, de 1845 à 1853, et il est mort le 29 décembre 1866 à Cracovie, dont il cultivait le jardin botanique. Il a traversé la Nouvelle-Grenade, depuis Pasto jusqu’à Honta, d’où il a descendu le Rio Magdalena, il a visité l’Équateur et le Pérou; mais le Guatemala a été son centre principal d’exploration. Il consignait ses trouvailles, la plupart fort heureuses, à MM. Yan Houtte, Linden ou Skinner. Citons de lui le Huntleya cerina, Lindl., du volcan de Ghiriqui, le Tricho-pilia coccinea, Lindl., le Masdevallia civilis du Pérou, YAn-guria Warscewiczii, Hort., YEpidendrum prismatocarpum Reich., le Cattleya Dowiana, Rat., du Costa Rica, le Canna Warczewiczii, Hort., le Calathea Warszewiczii, Kl., le Tra-(lescantia Warscewicziana, Kunt, le Zamia Skinneri de l’isthme de Panama, enfin le Ferclinanda eminens du Guaté-mala.
- M. Georges Ure Skinner, négociant anglais, établi à Guatemala, a concentré son attention sur les belles orchidées de cette république, et il en a envoyé un grand nombre à MM. Veitch de Chelsea, par exemple, les Fernandesiarobusta, BaX.,Notylia bicolor, Lindl., Epulendrum myrianthum, Cattleya doiviana, Odontoglossumbictoniense, Lindl., Desmodium Skinneri, Benth(Rhynchosia albonitens, Hort Versch), YUros-kinnera spectabilis, Lindl.
- La flore de Cuba, visitée par Poeppig (1822-1824), et que Ramon de la Sagra (1823-35) a illustrée, a aussi été mise à contribution de notre temps par M. Albert Wagner, fils d’un horticulteur de Leipzig, et par M. Mac Fayden. La Jamaïque, étudiée par Sloane, a été revue par la Dr. Alexandre Prior et possède un jardin botanique dirigé par M. N. Wilson. Une des
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- petites Antilles, l’ile Dominica, a fourni au docteur Imray, quelques découvertes ( Vactinium imrayi, Hook).
- Enfin M. Wend 1 and, actuellement directeur du domaine de Herrenbausen, près de Hanovre, avait reçu naguère du roi de Hanovre, la mission de visiter, au profit de l’horticulture, l’Amérique centrale. Il en a rapporté le Pentagonia wenâhmdi, Hook., le Smtellaria costarieana Wendl., etc., et une connaissance toute particulière des palmiers de ces splendides ldrêts.
- Nous abordons ainsi l’Amérique du Sud, dont la région tropicale, douée de la plus belle végétation du monde, est aussi livrée à une instabilité politique, qui rend assez difficile le récit des explorations. Les républiques de l’Équateur, de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela, constituées jadis en vice-royautés de Quito, Nouvelle-Grenade et Caracas, formaient alors, ce qu’on peut encore nommer la Colombie. Elle représente avec les Guyanes, la plus grande partie de l’Amérique méridionale, comprise sous les tropiques.
- Cette région, favorisée de Flore, a été en quelque sorte ouverte à la botanique horticole par Loefling (1755-56),élève de Linné, et par N. J. Jacquin (1754-59), de Vienne. En 1760, un homme de génie, Mutis, fonda en Colombie un enseignement scientifique qui a fait école et dont les meilleurs disciples sont Caldas, Valenzuela, Lozano et surtout Zea. Ses traditions se sont continuées jusqu’au commencement de ce siècle, quand surgirent les mémorables travaux de Humboldt et Bonpland (1800 à 1823), dont les voyages s’étendirent dans toute l’Amérique centrale depuis le Mexique jusqu’au Pérou, dans les Andes et les Cordillères, etc. Ils furent suivis, au point de vue où nous nous sommes placés, par Jules Goudot (1822 à 1842), Poeppig (1827 à 1832), sur l’Amazone, les Cordillères, etc.
- M. Funck a voyagéide 1840 à 1843 dans les provinces vénézuéliennes de Caracas, Barcelona, Cumana et Curabobo. Nous citerons, parmi les résultats de ce voyage, le Monochaetum
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- sericeum, Kmd., 1 eHowardiacaracasemis, Wedd.,ie Cuspa-ria febrifuga, YAnguloci hohenlohii, le Bejaria coarctala, YOreodoxa Sanchona, etc.
- L’exploration de M. J.-J. Linden eut lieu de 1841 à 1845 dans les régions les plus ignorées de la Colombie. Il la traversa depuis Caracas jusqu’à l’Océan Pacifique, gravissant les Cor-dillières, explorant la Sierra-Nevada de Merida, s’élevant sur le pic de Tolima et pénétrant dans la mystérieuse Sierra-Nevada de Santa-Marta. M. Linden revint en Belgique par Cuba et les États-Unis, au mois de février 1845, chargé de trophées botaniques et horticoles, consistant en plusieurs centaines d’orchidées nouvelles, décrites par Lindley sous le titre de Orchidaceœ lindenianeœ et parmi lesquelles figurent YUro-pedium Lindeni, Lindl., des savanes de Merida, le Lycaste gigantea, Lindl., les Odontoglosmm triumphans, hastilabium, nœvium, etc., le Sobralia Ruclteri; en outre des araliacées, theoplirasta, bejaria, thibautia, le Ceroxylon andicola, etc. Sclilim avait accompagné M. Linden pendant une partie de ce voyage. (
- A son retour, M. Linden a fondé à Luxembourg im établissement exclusivement consacré à l’introduction des plantes nouvelles. Cet établissement a été, depuis plusieurs années, transporté au jardin royal de zoologie à Bruxelles. L’expérience personnelle de M. Linden lui avait révélé les richesses que la Colombie pouvait fournir à nos serres chaudes. Il envoya, au mois d’octobre 1845, MM. Nicolas Funck et Louis Joseph Schlirn dans la Nouvelle-Grenade et le Venezuela. M. Funck est revenu en 4847 et Schlirn en 1852, après un voyage de sept années dans les régions les moins connues de la Colombie. Il a fait d’importantes découvertes» Sclilim a visité à cette époque les provinces de Bio-IIacha, Ocana, Santander et Papaplpna, dans la Nouvelle-Grenade. Mais les riches collections qu’il recueillit pendant quinze mois dans ces parages ont été malheureusement perdues pour la botanique et pour ThoctWul-lure, le navire qui devait les transporter en Europe ayant
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- sombré à sa sortie de l’embouchure du Rio-Magdalena. Parmi les meilleures plantes de Schlim, nous pouvons citer Y Ada aurantiaca, Lindl., le Selenipedium Schlimi Lind.,le Chaeto-gaster,Lindeniana,B\mç\\.,YHeliconia metallica, Planch. et Lindl., le Maranta pardina, le Calyptraria haemantha, le Loasa Schlimi, le Thyrsacanthus rutilans, PL, YArpophyllum cardinalis, YOdontoglossum Pescatorei et Od. Schlimi, le Trianœa nobilis, le Ceroxylon ferrugineum, etc.
- M. José Triana, né à Bogota, dans la Nouvelle-Grenade, et botaniste de la commission chorographique organisée sous l’administration du général J. H. Lopez, utilisait ses nombreuses pérégrinations au profit de l’horticulture en recueillant des graines et des plantes vivantes. Il communiquait ses trouvailles àM. Linden. M. Triana peut être considéré comme le dernier représentant de l’école de Mutis. Il voyagea en 1851 avec Schlim dans la Nouvelle-Grenade, puis, sur la côte de l’Océan Pacifique avec Warcewicz; en 1852, il explore la province d’Antioquia ; en 1853, la Cordilière du Choco ; en 1854, la montagne de Quindiu avec le docteur Karsten ; en 1855, la Cordillère orientale de Bogota. Sans parler ici de ses mérites de savant et de ses découvertes relatives à la matière médicale, nous lui rapporterons quelques plantes dont nous lui sommes redevables : le Thibaudia cordifolia, le Cyrtodeira cupreata, Hook. (Tapina splendens, Hort.), YEucharis candida, le Cattleya Trianœi, les Aristolochia leuconeura et arborea, le Locheria magnifica, le Maranta metallica, le Tydœa ama-bilis, le Scutellaria Trianœi, etc.
- M. Hermann Wagener, après avoir été pendant deux ans chef de culture chez M. Linden, partit pour le Venezuela en 1849, et, plus tard, dans la province d’Ocana (Nouvelle-Grenade). Il s’est fixé comme planteur, dans ces délicieuses régions. On lui doit le Pleurothallis Reymondi, Reich., et le Restrepia Lansbergii, Rchb., de la province de Caracas.
- Braam lui succéda. Le souvenir de ce collecteur est désormais attaché au Godoya splendida, aux Cattleya Bogotensis,
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- Lind. et Ruckeri, Lind., et surtout à Y Anthurium magnificum qu’il a envoyé en Europe.
- Nous arrivons au voyage de Gustave Wallis, l’un des plus complets qui ait jamais été exécuté au nom d’un établissement d’horticulture. Le voyage a commencé en 1860 parles bouches de l’Amazone et il s’est étendu successivement à tous les grands affluents du roi des fleuves ; le Rio-Tupajoz, le Madeira et le Rio des Purus, ce dernier, jusqu’à peu de distance de sa source, furent explorés de 1860 à 1862: le Rio-Negro et le Rio-Rranca, ce dernier, jusqu’à la Sierra de Parima, en 1863 et 1864. A la fin de celte année, Wallis remonta l’Amazone jusqu’au Pérou et le Huallaga jusqu’à Balsa-Puerta, d’où il escalada la Cordilière par Moyobomba et Chachapoyas. Il visita ensuite la vallée du Haut-Maranon, jusqu’à Jaen de Bracamoras, d’où il pénétra dans la république de l’Équateur, qu’il parcourut pendant deux années. En décembre 1866, il s’embarque à Guayaquil pour San Buenaventura, d’où il pénétra dans le Choco et la vallée de Cauca. En mars 1867, il arriva à Panama ; sa dernière lettre porte la date du 10 juin et a été écrite sur le volcan du Chiriqui.
- Les plantes que M. Linden a reçues de Wallis ont été couronnées à l’Exposition Universelle comme les plus remarquables parmi les plus nouvelles. Ce sont, en effet, les spécimens les plus récents d’une longue série d’envois. Nous citerons parmi ses plus heureuses découvertes : le Maranta illustris de l’Equateur,le Calathea pavonina du Brésil, le Maranta Wallisii et le M. Lindenicma du Pérou, le Passiflora fulgens de l’Amazone, YAsterostigma zebrina, Lind., du Brésil; le Cattleya maxima, Lindl., de l’Equateur; le Lælia Wallisii du Rio-Negro ; le Cissus Amazonica ; le Philodendron Lindenianum de l’Équateur; Y Anthurium regale du Haut-Mar aîion, le Dichorisandra musaica du Pérou, etc., etc.
- A côté de ce mémorable [voyage, les autres explorations sont un peu effacées, bien que leurs services ne puissent être amoindris, et nous ne saurions les passer ici sous silence.
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- Moritz, voyagea en Colombie vers 1842 et s’est établi près de Vittoria, dans la province de Caracas; le docteur Hermann Karsten, après avoir étudié la flore colombienne, vers 1844, s’est établi comme médecin à Bogota. Blunt a recueilli des plantes dans ees régions pour MM. Low, à Clapton : on lui doit le Wcirsee-wiczella velataRich., YOdontoglossum Bhmti, Rclib., etc. Un amateur belge, M. Jean Van Volxem, de Bruxelles, a introduit, en 1858, des jardins de Bogota dans nos serres, le Tacsonia Van Volxemi, Funck.
- Le voyage de William Purdie, attaché au jardin de Ivew et ensuite directeur du jardin colonial de Trinidad, figure parmi les plus importants. Il partit, en 1844, pour la Jamaïque et de là pour la Nouvelle-Grenade, dont il gravit la Sierra-Nevada de Santa Marta, en 1848 et en 1817. Outre ses écrits, il a envoyé à Kcw, le Dipladenia Harrissi, Purd., des Antilles, le Clavijaornata, D. Don, de la Nouvelle-Grenade, etc.
- Weir partit plein d’espérance, en 1861, pour herboriser au nom de la Société d’horticulture de Londres. Il a récolté des plantes et des graines dans la Nouvelle-Grenade, les provinces de Rio-Magdalena, de Santa-Marta et le Brésil méridional. Le Dieffembachia Weiri porte son nom : les Peperomia arifolia, Miq. et Marmorata le rappellent. Une attaque de fièvre paludéenne vint l’arrêter dans ses courses et c’est à grand’peine que Weir a pu récemment rentrer dans ses foyers.
- Les introductions transmises en Europe par M. Baraquin et M.. Petit doivent être signalées. Elles proviennent, en général, de la province brésilienne de Para, dans la grande vallée de l’Amazone. En 1857, M. Baraquin a fourni à M. Chantin un grand nombre de variétés nouvelles de Caladium bicolor, le Caladium argyrites Lem. etc. Depuis,, il a fait des envois, ayant la même origine, à M. Ambr. Verschaffelt, notamment VAchyranthes Verschaffelü (Iresine Herbsti, Hook..), le Gymno-stmhium Verschaffelti, Leni. (Eranthemum rubrovenium de Veitch), le Dieffembachia Beraquiniana, Hort. Versek.,. etc.
- Un botaniste allemand, M. Lindige, qui a travaillé la cryp-
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- togamie de la Nouvelle-Grenade, a rapporté en Europe un petit nombre de belles plantes vivantes qui ont été acquises au commerce parM. Lierval, de Paris ; ce sont, par exemple, les Anthurium spectabile et Lindigi, le Mikania Liervali, etc.
- Les Guvanes ont aussi fourni un grand nombre, de belles plantes à nos serres chaudes. Il suffit de citer le Victoria regia, du Berbice,un des affluents de l’Amazone. La Guyane anglaise a été fouillée par Sir Robert Schomburg (1835. à 1844), mort à Berlin le 41 mars 1865 ; la Guyane hollandaise, vers 1850, par Hermann Kegel, qui dëcowvHY Evelyna caravata, Lindl. et qui envoya à M. Van Houtte, son patron, des spécimens extraordinaires de Cycas revoluta; la Guyane française, illustrée par Aublet (1762 à 1765), et par Richard (1781 à 1789), a été revue par M. le Prieur, qui, de 1830 à 1836, fit quelques envois au Muséum, par exemple, le Ludovia lancœfolia, Ad, Brong. et par M. de Melinon, qui transmit au même établissement VAchmea Meïinoni, etc.
- Le Brésil, déjà fouillé par Àug. de Saint-Hilaire (1816-22), par M. Martius et le docteur Spix (1817-21), par Mikan, Sehott et Pohl (1817), par Gaudichaud (1831-33), par Gardner (1836-41), etc., ne cesse de fournir de véritables trésors à nos cultures de luxe, tant sa végétation est riche et abondante. Gardner voyageait pour le compte de Kew; nous lui devons, par exemple, 1 e Ceropegia Gardneri, Thw. John Twcedie, mort le 1er avril 1862, à Buenos-Ayres (à l’âge de quatre-vingt-sept ans), où il était établi, depuis 1825, comme jardinier, est rintro-dueteur dans nos jardins de la verveine, du Gynérium a,rgen-teum ou graminée des Pampas (1841), que l’on appelait d’abord Aira gigantea, du Franciscea latifolia (1840), du Mandevülea suaveolens, dédié à M. Mandeville, consul anglais à Buenos-Ayres ; des Bignonici Tweediana et autres, du Calliandra Tweedii, une belle plante des montagnes de Rio-Grande ; de beaucoup de cactées, du Nierembergia rimlaris, Miers, et d’une foule d’autres plantes nouvelles. Il a créé le parc de Santa-Catalina à Buenos-Ayres. Il a voyagé dans les républiques
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- de la Plata et dans une grande partie de l’empire du Brésil. A ses risques et périls, il a exploré ces régions, depuis Bahia-Blanca, au sud, jusqu’au Tucuman, au nord, embrassant les côtes de la Plata, le Parana, l’Uraguay, le Rio-Negro et les côtes de l’Atlantique jusqu’à Rio-Janeiro.
- Le Brésil a été visité par plusieurs horticulteurs belges, M. Louis Yan Houtte, par le chevalier de Clausen, qui amena Libon, de Verviers, alors apprenti jardinier chez M. Jacob-Makoy, à Liège ; par M. Linden, etc. M. Linden, revêtu d’une mission du gouvernement belge, parti le 2 octobre 1835 avec M. Funck, en qualité de dessinateur, et Ghies-breckh comme zoologiste. Après avoir atteint Rio-Janeiro et exploré les environs, ils pénétrèrent dans les provinces de Spiritu-Santo, de Minas-Geraës et de Saint-Paul. Ils étaient de retour au mois de mars 1837.
- Libon, né à Yerviers le 18 mars 1821, a littéralement sacrifié sa vie à l’exploration de la flore brésilienne. Il est mort âgé de quarante ans, accablé de fatigue, à Rio-Janeiro, le 2 avril 1861. Ses découvertes ont été successivement consignées à M. le chevalier de Clausen, à Jacob-Makoy, à de Jonghe, à M. Linden , etc. On lui doit un nombre considérable de plantes, parmi lesquelles nous mentionnerons seulement le Franciscea Lindeniana, PL; le Pionandra fragrans, Miers; YAphélandra liboniana, le Bégonia radiata,YArthanthea cor-difolia, YEehites argyrea, le Rudgea (Psychotria) nivosa et le Libonia floribunda, C. Kock.
- Marius Porte parcourut une carrière analogue à celle de Libon. Après avoir exploré une grande partie du Brésil, du Pérou et de l’Amazone, les Philippines et Manille; il est mort, l’année dernière, à Luçon. Marius Porte était entouré de vives sympathies. De 1854 à J 859, il visita les provinces de Bahia, de Porta-Seguera, de Saint-Paul et d’Alagoas, et explora ensuite, pendant deux ans, les îles Philippines. Parmi ses plantes les plus estimées, nous nommerons ici YAphélandra ornata du
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- Brésil, le Schyzocasia Portei, Sch., le Pandanus Porteanus, Lierval, le Phalenopsis Schilleriana, le Ficus Porteana, Régi, des Philippines; YEucharis amazonica, les Maranta fasciata et pulchella du Pérou, enfin YAlocasia zebrina, Schott., de Manille.
- Il nous serait impossible de citer ici tous ceux qui ont ajouté quelques fleurs à la corbeille brésilienne abritée sous nos serres. Quelques indications suffiront. En 1859 et 1860, l’archiduc Ferdinand Maximilien d’Autriche, naguère empereur du Mexique, voyagea au Brésil avec quelques savants. Le docteur H. Wawra l’accompagnait en qualité de botaniste, et a décrit les plantes qui furent remarquées en chemin. L’une d’elles, de la province de Porto-Seguro, fut, dans une pensée d’amour, dédiée à l’impératrice Charlotte, le Tapemotes Caro-Unœ, Wawra. Lockliart a envoyé le Catasetum cernuum, Reich, de Rio-Janeiro. Beyrich a rencontré le Chameranthemum Beyrichi, né dans les provinces méridionales. Regnell a introduit des plantes brésiliennes, par exemple le Miltonia Regnelli, Reich, de la province de Minas-Geraes.
- M. W. D. Christie Esq., ministre anglais à Rio, a communiqué des plantes à Th. Hooker, par exemple le Tillandsia recurvifolia, Hook. M. le capitaine Capanema, membre d’une commission scientifique brésilienne a envoyé à M. L. Van Houtte diverses plantes, par exemple YOtacanthus cæruleus Lindl. De Vos a exploré naguère le Brésil pour le compte de feu Alexandre Verschaffelt. Il y a trouvé le Cattleya Leopoldi, Hort. (C. guttata, Lindl. var.), le Dipladenia nobilis et autres bonnes plantes. M. Ch. Pinel, résidant à Morro-Que-mado, dans la province de Rio-Janeiro, est en relations fréquentes avec M. A. Verschaffelt, auquel il a envoyé, par exemple, un grand nombre de variétés d’alstrœmères, M. Glaziou, de Bordeaux, directeur des jardins publics de Rio-Janeiro, est aussi zélé pour les intérêts de l’horticulture; il a envoyé un grand nombre de palmiers et de fougères arbo-
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- rescentes au jardin des plantes de Bordeaux (1) et il a introduit enîre autres de remarquables broméliacées.
- Le Chili nous a communiqué une végétation d’un caractère assez spécial. Sa botanique a été successivement travaillée par Ruiz et Pavon (1777-78), Molina (1782), Mutis, Miers (1819-25), Bertero (1827-29), Claude Gay (1828-42), docteur À. Philippi, botaniste à San-Iago depuis 1849. D’un autre coté Curning a envoyé des plantes chiliennes, et aussi de Manille, à Loddiges de Londres,par exemple, le Nolana lanceo-latci, Choisy. Récemment M. J.-G. Veitch a fait de nouvelles introductions de ce pays.
- Le Pérou, auquel se sont étendus les grands voyages de Ruiz, Pavon, Jos. Dombey (1778-85), de Humboldt et de Bon-pland, de Poeppig, de Claude Gay, de Gaudichaud, etc., a beaucoup enrichi nos collections de plantes vivantes pendant les derniers temps. M. Nation, qui a longtemps résidé dans cette riche région a introduit le Quamoclit nationis cultivé dans les jardins de Lima. Mac Lean a herborisé jadis au Pérou, pour le jardin de Kew; le professeur Jameson, à Quito, a fait des envois à Edimbourg et à Kew : le Pitcairnia pungens, le Mesospinicliiim sanguineum, Rchb, le Gloxinia hypocyrtiflom, Hook, etc.
- En nous rapprochant du Pérou tropical et de l'Amazone, nous rencontrerons les traces de Spruce dont nous avons déjà mentionné les célèbres voyages à propos des quinquinas ; de Thomas Bridges, un infatigable voyageur naturaliste dans l’Amérique centrale, mort le 9 novembre 1865, en revenant d’une exploration scientifique du Nicaragua, et de Richard Pearce, Ri-chardPearce est le digue rival de Wallis : cet énergique et intelligent voyageur fouille le Chili, le Pérou et les régions avoisinantes avec une ardeur infatigable pour enrichir les collections du grand établissement de MM. Veitch. Cette exploration a
- (l) Voyez Nouvelles Annales île la Société (l'Horticulture de la Gironde, 1866, L°S 3 et 4, p. 136.
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- commencé en 1860.On en appréciera l’importance quand, nous aurons nommé le Berbendopsis corallina, Hook. il. ; le Mi-mulus luteus, var. cupreus, le Lapageria alba du Ctiili ; les Maranta (calathœ) Veitchiana, Hook., Cypripedium caricinum, Liadl., YUrceolina pendilla, Herb., 1 ePalicourea discolor, l’O-dontoglossum coronarium, Y Amaryllis ( h ippeastr wn) p ard ina, Hook., du Pérou; les Sanckezia nobilis, Hook., Dieffenbachia Pearcei, Hypocirta brevicalyx de l’Équateur; le Bégonia Pearcei, le Stemonacanthus Pearcei, Hook., ete., etc.
- Avant de quitter ces régions et de terminer ce grand voyage autour du monde, que nous avons accompli avec l’armée paisible et scientifique de F horticulture, nous devons saluer le vénérable Bonpland, le compagnon de Humboldt, qui s’exila volontairement de France en même temps que Napoléon Ier en était éloigné, et qui semble s’être immobilisé au Paraguay.
- L’horticulture et la botanique ont donc étendu comme un réseau sur le globe, et les mailles de ce réseau se resserrent de plus en plus, au point que M. Alphonse de Candolle a pu dire, à l’ouverture du congrès botanique réuni à Paris le 16 août 1867, que nous approchons de l’époque où l’on connaîtra tous les genres des plantes. Des plantes merveilleuses, extraordinaires entre toutes, sont, depuis fort peu d’années, en notre possession : le Victoria regia, le Nepenthes rafflesiana, YOuvirandra fenestralis Poir., le Selenipedium candatum, Rchb., le Ravenala madagascarensis, Sonn., le Musa ensete, les Amorphophallus campanulatus, Bl. et autres : nous pouvons ajouter IsBafflesia Arnoldi et le Welwitschia mirabilis, Hook., bien que leur organisation les exclue de nos cultures.
- D’autres plus humbles, les Mimosa pudica, Dionœa musci-pula, Cephalotus folücularis, Sarracenia, Cereus senilis, Des-modium gyrans peuvent aussi être nommées ici.
- L’humanité est en possession, non-seulement de la presque, totalité des genres qui peuvent exister, et des plantes les plus extraordinaires, mais aussi de la plupart des végétaux utiles,
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- officinaux ou industriels. La végétation exotique est déjà si abondamment importée en Europe que le professeur Goeppert a pu, au jardin botanique de Breslau, disposer les parterres et les bosquets de manière à représenter les paysages de plusieurs régions étrangères, le Canada, l’Amérique du Nord, la Chine, le Japon, la Nouvelle-Zélande, etc.
- Dans nos jardins s’étale désormais une luxuriante végétation tropicale. Il nous suffira de citer beaucoup de nouveaux Canna des Indes orientales et occidentales, les Solanum du Mexique, du Brésil et de toute la région tropicale, YAralia papyrifera du midi de la Chine, les bambous, le Colocasia (caladium), esculenta de l’Amérique méridionale, les datura et brugmansia du Pérou, de Guatemala et d’autres parts, Y Aralia du Japon, le Montagnea elegans, C. K., du Mexique, le ricin de l’Afrique, le Verbesina gigantea, Jacq., de la Jamaïque, les Wigandia du Mexique, le Gynérium, de Buenos-Ayres et une infinité d’autres plantes dont la liste la plus complète que nous connaissons est le catalogue des cultures du fleuriste de la ville de Paris.
- Dire que les jardins de Kew, du muséum de Paris, de Berlin, de Vienne sont, quant à la végétation, quelque chose comme le paradis terrestre de la Genèse, ce n’est pas user d’une métaphore par trop poétique. Si les végétaux de la création ne sont pas absolument tous rassemblés dans ces enclos de quelques hectares, au moins la flore du monde entier s’v trouve-t-elle représentée par les formes qui nous ont le plus intéressé sous l’un ou l’autre rapport. L’horticulture a réalisé ce que la nature n’a pas voulu accomplir, la réunion en quelques points donnés de la flore du monde.
- Les plantes ne restent pas immuables dans les jardins sous l’influence artificielle des conditions de la culture : elles ne conservent pas toutes leurs apparences primitives et tous leurs caractères naturels. Elles se modifient avec plus ou moins de rapidité ; elles s’améliorent, disons-nous ; elles se développent avec de nouvelles apparences, parfois même avec de nou-
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- veaux caractères. Comme les animaux, et mieux que les animaux, elles se soumettent à la domestication; elles semblent comme des organismes plastiques, se prêter au moins dans certaines limites aux exigences de l’humanité. Ce que nous avons fait du choux, du poirier, du froment et de toutes sortes de fleurs comme la rose, le dahlia et d’autres, le montre suffisamment. De nouvelles formes surgissent, même par la volonté de l’homme, soit par la sélection, soit par l’hybridation, soit enfin, et surtout, par l’évolution naturelle.
- De là vient la connexion de l’horticulture avec les plus hautes conceptions de la philosophie des sciences. De là, la popularité dont les opinions de Darwin, par exemple, jouissent dans notre monde horticole. La plupart des esprits qui observent de haut ce qui se passe dans les jardins sont enclins à embrasser des doctrines analogues. Nous pourrions citer des autorités vivantes. Nous nous bornerons à répéter avec Lindley, que, par l’horticulture, l’homme oblige les plantes qu’il désire ou qu’il admire à vivre où cela lui plaît, et à changer de forme, de couleur et d’habitude.
- Nous citerons enfin la définition de l’horticulture que donnait naguère ce grand botaniste horticulteur : « Now horticulture « essentially consist in subjecting living organisms to the « wants, tastes and caprices of man. » En deux mots, l'horticulture est la domestication des végétaux.
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- ANNEXES
- TABLEAUX DU COMMERCE
- FRANCE - ANGLETERRE
- OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
- Quelques explications paraissent nécessaires pour l’intelligence des tableaux comparatifs ci-après, qui embrassent à la fois et le détail des marchandises et le résumé d’ensemble du commerce de la France.
- Ils ont en effet pour objet, en ce qui concerne notre pays, de rendre compte du mouvement, tant en 1859 qu’en 1866, des principaux articles ayant composé nos échanges avec l’étranger. Leur division-par groupes répond à la classification des produits telle que l’avait établie le Règlement général de l’Exposition universelle.
- Des détails correspondants sont fournis, à chacun des groupes, pour les principales marchandises ayant formé le commerce anglais en 1865.
- Les sources auxquelles on a puisé sont officielles. Ce sont, pour notre pays : 1° le Tableau général du commerce publié pour 1859 par l’administration des douanes ; 2° le Relevé fourni par la môme administration en janvier 1867 pour les douze mois réunis de 1866 (1).
- Quant aux données relatives à l’Angleterre, elles ont été em-
- (i) ne tableau général de -1866 ne devant paraître que dans les premiers mois. de 1868, on a dû se contenter de cette source provisoire. Il convient à ce sujet de faire observer que, par suite de rectifications, il se peut que le tableau général définitif présente, pour certaines marchandises, quelques différences avec le document provisoire. Mais ces différences ne sauraient en aucun cas être considérables, ni fausser par conséquent le résultats généraux de la comparaison.
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- pruntées, pour la majeure partie, à une publication due à sir H. Reader Lack (1), laquelle a été elle-même formée sur les documents officiels britanniques.
- On remarquera que, des deux années mises en comparaison dans les tableaux spéciaux à notre pays, la première (1859) est celle qui a immédiatement précédé notre traité avec l’Angleterre (2) ainsi que les réformes douanières qui, chez nous, ont suivi ou accompagné cet acte international. 1859 appartenait donc encore, on peut le dire , à l’époque du régime des prohibitions, des droits d’entrée sur les matières premières, comme aussi des taxes excessives sur les produits fabriqués. Les années ultérieures à 1859 peuvent au contraire être considérées comme ayant inauguré chez nous le régime de la liberté commerciale.
- Il suit de là qu’on pourra, au vu de ces données comparatives, juger de l’influence que les transformations économiques dont il vient d’être parlé ont pu exercer sur la condition générale de nos échanges avec l’étranger. L’avant dernier des tableaux qui suivent met en présence, à cette fin, les résultats d’ensemble, aux deux années comparées, du commerce tant général que spécial de la France.
- Il convient de rappeler ici ce que la statistique douanière entend par ces deux termes.
- Le commerce spécial, par opposition au commerce général, se compose :
- 1° A l’importation, des marchandises étrangères introduites pour a consommation ou le travail intérieur ;
- 2° A Vexportation, des marchandises provenant de notre sol ou de nos ateliers, en un mot des marchandises françaises, et aussi de celles qui, importées du dehors, ont été, avant le renvoi à l’étranger, nationalisées par une main-d’œuvre intérieure.
- Le commerce spécial est ainsi le commerce propre du pays, celui qui touche le plus directement à ses intérêts économiques, celui par conséquent dont le détail importait le plus dans la présente publication. Il ne comprend ni les mouvements du transit ni ceux de l’exportation ou des entrepôts. Réunis à ceux du commerce spécial, ces derniers éléments de l'échange forment ce que, dans la langue des douanes, on appelle le commerce général.
- (\) Slatistical introductions to the Bristish section of lhe Paris Exhibition 1867.
- (2) Traité du 23 janvier 1860.
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- Le tableau final met en comparaison, pour 1859 et 1865, notre Commerce général avec les 'principaux pays.
- Un mol maintenant sur les valeurs des marchandises consignées dans les tableaux qui vont suivre. Elles résultent des prix moyens généraux arbitrés, pour chaque marchandise, par la Commission permanente des valeurs, qui, comme on le sait, fonctionne chaque année au ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et qui, présidée par M. Heurtier, conseiller d’Éiat, compte dans son sein, indépendamment de la section administrative qui dirige ses travaux, de hautes notabilités commerciales et industrielles. On peut donc considérer les valeurs officielles ainsi réglées comme offrant à la statistique des garanties d’exactitude aussi sûres que possible.
- C. I).
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- GROUPE l
- OEUVRES D’ART.
- Nota.— Les objets dont se compose ce groupe, Peinture, Sculp-- lure, Médailles, Camées, Dessins et Modèles d’architecture, etc., sont des applications d’art qui, on le comprend, ne tombent pas, comme la généralité des produits marchands, sous le contrôle officiel des Douanes, ou qui, du moins, ne prennent pas nommément place dans la classification des statistiques douanières (1). On n’a donc ici de tableau de chiffres à leur ouvrir ni pour la France ni pour l’Angleterre. On verra plus loin que cette observation concerne partiellement diverses autres applications appartenant aux autres groupes.
- (i) Sauf pour les Gravures et Lithographies, que nous faisons figurer au groupe II. Certains des objets spécifiés ci-dessus peuvent se trouver compris aux tableaux des Douanes sous les rubriques collectives : Objets de Collection, Articles divers de l’industrie parisienne ; Mercerie fine, etc., dénominations qu’on rencontrera dans les groupes suivants.
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-
-
-
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-
-
-
- GROUPE II
- MATÉRIEL ET APPLICATIONS DIVERSES DES ARTS LIBÉRAUX
- (Classes 6 à 13)
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-
-
-
- 728
- GROUPE II
- MATÉRIEL ET APPLICATIONS ( Classe»
- VAtEtH IMPORTÉE
- (Commerce spécial.) ACCROISSE-
- 1 859 1 866 MENT.
- fr. fr. 0/0
- Livres 2.7 000 3,827,000 33
- Gravures et lithographies 333,000 833,000 135
- Encre, vernis, couleurs (l) et crayons 383,000 597,000 54
- Matières premières du papier (2) 1,110,000 2,517,000 126
- Papier blanc ou ravé 127,000 428,300 237
- Id. de couleur ou d’enveloppe (3) JD » »
- Carton » » y>
- Cartes à jouer » y> y>
- Plumes à écrire (d’oie, etc.) 241,000 » »
- Id. métalliques 106,000 230,000 136
- Caractères d’imprimerie » » 3)
- Musique gravée 5) » »
- Instruments de musique » )> »
- Id. de précision (4) » »
- Objets dits de collection 2,038,000 4,899,000 l3i>
- Nota. Par les raisons données au Groupe I, on ne saurait faire figurer ici nombre d’autres
- typographie, tableaux, dessins, objets sculptés ou moulés, photographies, clichés,
- rubrique générale portée ci-dessus, objets de collection, soit sous celles de : arti-
- 0,359,000 eu 1859 (*) ) et aussi sous celles (*) Valeurs sensiblement abaissées en 1800. de bimbeloterie et mercerie dont on
- (France)
- 729
- DIVERSES DES ARTS LIBÉRAUX.
- O à 43. )
- VALEUR E X PORTÉE
- (Commerce spécial.) ACCROISSE-
- 1 859 1 866 MENT.
- fr. fr. p. 0/0
- 12,143,000 14,119,000 16
- 4,921,000 5,176,000 5
- 3,682,008 3jf 55,000 » (1) Outremer, carmin et orseille.
- 212,000 635,00 200 (2) Drilles (vieux papiers et chiffons et vieux
- 6,797,000 7,700,000 13 chanvres).
- 1,432,000 2,200,000 52 (3) Pour les papiers de tenture, voir au Groupe
- 1,098,000 1,648,000 OÛ suivant.
- 406,000 514,000 27
- 76,000 » »
- 143,000 » »
- 369,000 434,000 18
- 320,000 360,000 12
- 4,794,000 8,515,000 78
- 1,898,000 2,483,000 03 (4) De physique, optique, chimie et chirurgie.
- 2,201,000 4,874,000 122 < !f
- objets que ne h1 dénomment pas les tableaux officiels de douane, tels que : Spécimens de
- maquettes, étuis, abat-jour, etc. La plupart de ces objets se trouvent compris, soit sous la
- clés divers de l'industrie parisienne (exportation, en 1806, 5,663,000 francs, contre
- trouvera les chiffres au groupe IV, 2e partie.
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-
-
-
- 730
- GROUPE II. — (Angleterre) 1865.
- Livres.
- Gravures
- ( importés...
- (exportés....
- ( importées ... (exportées . „.
- Papier étranger importé. Papier exporté..........
- (quantité....
- Drilles (matières à papier) importées J
- (valeur......
- (quantité....
- (valeur......
- (anglais.. 1,437,000 fr.-) (étranger -H,194,000 » )
- Articles de papeterie anglaise (autres que papier), exportés............................................
- Instruments de musique, importés....................
- — — anglais, exportés.............
- ( importés...............
- instruments de chirurgie.
- (exportés.
- Instruments de physique é importés et de mathématique... (exp0rt^s
- 2,987,000 francs. -12,783,000 »
- 914,000 »
- 774,000 »
- 69,649 t. de 1,016 k. (I). •13,783,000 francs.
- 213,170 qx.de 31 kil.(2). 10,919,000 francs.
- 42,63-1,000 »
- -10,-123,00#
- 6,096,000 »
- 3,821,000 »
- 14,000 »
- 163,000 »
- 356,000 »
- 1,777,000 »
- (-1) Soit : 70,763,384 kilogrammes. (2) Soit : 10,973,670 kilogrammes.
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-
-
-
- GROUPE III
- MEUBLES ET AUTRES OBJETS PROPRES A L’HABITATION
- (Classes u à 26)
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-
-
-
- GROUPE 111
- MEUBLES et autres objets
- { Classes
- V ALE Lit I ( Commerça 1 859 «PORTÉE spécial.) i 866 ACCROISSE- MENT.
- fr. fr. p. 0/0
- Meubles 973,000 1,240,000 27
- Vannerie 557,000 439,000 )>
- Ouvrages en bois (autres) (t) 1,408,000 2,098,000 •19
- Verres et cristaux 537,000 2,743,000 410
- Bouteilles (2) Yi » ))
- Glaces )) 233,000 ))
- Poterie, faïence et grès (3! 1)2,000 1,002,000 1,(93
- Poterie d’étain ).. )) 489,000 )>
- Porcelaines 230,000 532,000 1-17
- Tapis (laine) 148,000 857,000 279
- Toiles cirées (coton) )> 349,000 ))
- Papier de tenture )) 070,000 )>
- Plumes à lit 504,000 360,000 /)
- Coutellerie )> 350,000 ))
- Orfèvrerie et plaqués 07,000 595,000 ))
- Objets on cuivre doré et argenté y compris les
- bronzes d’art )) 449,000 »
- Objets en zinc et compositions imitant les bron- *
- zes d’art )) )) »
- Horlogerie (il 5,000,000 2,196,000 )>
- Parfumerie 00,000 1,827,000 2,945
- Tabletterie et bimbeloterie 703,000 1,256,000 79
- Nota. Echappent aussi à ln nomenclature de ce groupe divers objets non s] écialement dénommés Lampes, Nécessaires, l'orte-nionnnie, etc — Il en est de même pour les Appareils raie Machines et Mécaniques (Groupe VI).
- (France)
- fQ c\
- i OO
- PROPRES A L’HABITATION.
- 14 ù 26).
- VALEUR EXPORTÉE
- (Commerce spécial. ) ACCROISSE-
- MENT.
- 1 859 1 866 ï
- fr. fr. p. 0/0 l
- 7,414,000 18,562,000 150
- 1,528,000 4,921,000 221
- 3,388,000 2,852,000 » (l) Boissellerie, fûts, etc.
- 9,429,000 9,095,000 )>
- 6,876,000 9,841,000 43 (2) Tant vides qu’à l’état plein.
- 3,259,000 6,633,000 101
- 144,8,000 1,454,000 » (3) Pour les tuiles, carreaux e! briques, voir au
- )> )) » groupe TI.
- 10,013,000 10,640,000 6
- 656,000 2,046,000 212
- 246,000 478,000 91
- 5,029,000 5,189,000 3
- 43,000 835,000 1,842
- 2,200,000 1,642,000 )>
- 1,856,000 3,293,000 77
- 18,072,000 22,693,000 23 '[
- 1,912,000 1,853,000 )) * - Î
- 4,428,000 9,737,000 119 (4) Pour les montres en particulier, voir au crmine TV
- 13,844,000 17,539,000 27 '2<s partie. 4’
- 8,380,000 8,060,000 )) ..." ï. '
- aux tableaux de la douane, tels que Cuivre îrepoussés, Cuirs de tenture, Articles de décoration,
- de chauffage, partie importante du groupe, qui se trouvent compris dans la division géné-
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-
-
-
- GROUPE III. — (Angleterre) 1865.
- VALEUR.
- fr.
- Meubles et objets mobiliers étrangers importés..,.. 3,224,000
- Id. id. anglais exportés............ 7,248,000
- Verreries (verres à vitres, bouteilles, glaces, etc.), importées.............................................. 15,749,000
- Verreries de production anglaise exportées............ 1,785,000
- Porcelaines et poteries importées..................... 4,153,000 principalement
- de France.
- Id. de production anglaise exportées 36,500,000
- Caoutchouc et gutta-percha, bruts, importés......... 17,273,000
- Tapis en laine importés................................ 981,000
- Id. anglaise exportés....................... 20,472,000
- Papiers de tenture importés.......................... 597,000
- Id. anglais exportés................ 2,758,000
- Coutellerie anglaise exportée....................... 10,058,000
- Orfèvrerie d’argent ou d’or exportée............... 1,564,000
- Bronzes d’art ou d’ornement importés................ 1,533,000 provenant ex-
- clusivement de France-
- Horlogerie (montres et pendules) importée........... 11,844,000
- Id- de; production'anglaise exportée............ 2,347,000
- Articles de parfumerie anglais exportés............ 3,168,000
- Brosserie anglaise exportée....................... 1,300,000
- Poils de porc et de sanglier pour brosserie, importés. 8,208,000
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-
-
-
- GROUPE IV
- VÊTEMENTS (fils et tissus compris)
- ET AUTRES OBJETS PORTÉS PAR LA PERSONNE
- (Classes 27 à 39)
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-
-
-
- GROUPE IV
- VÊTEMENTS (fils et tîSSHS compris) ET AUTRES
- (Classes
- l>e PARTIE F IL S ET TISSUS;
- (de coton.............................
- Fils (i) ] — laine............................
- (— lin et chanvre.....................
- Soie (grége et moulinée)......................
- Bourre de soie en masse cardée et filée.......
- Poils et crins bruts ou préparés .............
- (Percaline et calicot écrus , blancs et
- teints.............................
- Percaline et calicot imprimés (indiennes)
- Châles et mouchoirs..................
- Mousseline...........................
- de < Bazins, piqués, etc....................
- coton, j Tulle, gaze, dentelles et broderies....
- Bonneterie...........................
- Passementerie et rubannerie..........
- Étoffes mélangées....................
- Vvelours et autres....................
- Totaix (tissus)..
- Tissus
- de
- laine.
- /Draps......... ..................
- I Mérinos et casimirs.............
- \ toffes diverses.................
- Châles brochés et façonnés.......
- \ Tapis et couvertures."..........
- ! Bonneterie......................
- f Passementerie pure ou mélangée. ' Étoffes mélangées et autres.....
- Totaux.
- Tissus / Toiles unies écrues, blanchies ou teintes
- de lin et ! Batiste et linon....................
- de j Dentelle................................
- chanvre Autres (coutils, toile cirée, etc.)...
- Totaux.
- (Étoffes unies......................
- — façonnées ou brochées.........
- — mélangées....................
- Gaze, crêpe, tulle et dentelle....
- \ Bonneterie........................
- I Passementerie...................
- [ Rubans............................
- \ Autres, y compris les tissus de bourre
- de
- soie.
- Totaux.
- Tissus de poil et de crin..................
- Total général des tissus.
- VALEUR 1 ( Commerce 1 859 JIPOliTÉ E spécial. ) 1 866 accroisse- ment.
- fr. fr. p. 0/0
- 1,300,000 38,500,000 2,862
- (A) » 12,418,000 »
- 2,200,000 10,087,000 358
- 211,300,000 265,000,000 25
- 19,300,000 48,000,000 146
- 11,335,000 11,836,000 3
- » 12,474,000 »
- » 1,303,000 33
- » » 33
- » >3 33
- (A)-» 272,000 3)
- » 4,716.000 33
- » 243,000 33
- » 544.000 33
- 5) 601,000 »
- » 3,847,000 »
- » 24,002,000 33
- » 6,8 49.000 »
- (A) » 1,000 33
- » 727,000 »
- P) 330,000 3
- 162,000 1,031,000 536
- » 423,000 »)
- 121,006 33
- 2.330,000 32,975,000 33
- 2,198,000 42,460,000 1,600
- 5,293.000 11,547,000 118
- 1.300 1,000 »
- 3.910.000 1,742,000 33
- 563,000 1,448,000 157
- 9,800,000 44,738,000 50
- 346,000 10,089,000 2,816
- 57,000 » 33
- » » 33
- 247,000 1,243,000 403
- 43,000 28,000 3> .
- 155,000 33 33
- 155,600 1,472,000 »
- 5,827,000 1,706,000 3,002
- 6,730,000 14,538,000 116
- 5,086,000 5,321,000 5 77 millions
- 24,114,000 101,067,000 OU 320 0/ü (C)
- (FRANCE).
- 737
- OBJETS PORTÉS PAR LA PERSONNE.
- *** à ;t&).
- VALEUR EXPORTÉ]
- (Coinmert 1 859 ;e spécial) t 866 ACCROISSE- MENT.
- fr. fr. p. 0/0
- 1,910,000 2,419,000 27
- 8,320,000 22,906,000 -175
- 1,000,000 7,353,000 633
- 44,600,000 79,000,000 77
- 3,460,000 6,300,000 82
- 5,694,000 13,167,000 131
- 21,867,000 53,800,000 146
- 18,064,000 20,856,0t;0 io
- 1,691,000 728,090 »
- 6,686,000 1,398.000 »
- 366,000 1,368,000 274
- 3,038,000 3,320,000 9
- 2,497,000 6,213,000 149
- 2,393,000 2,695,000 13
- 10,351,000 2,993,000 « »
- 847,000 2,273,006 169
- 67,200,000 96,649,000 44
- 43,061,000 73,026,000 69
- 26,222,000 45,898,000 71
- 40,172,000 67,773,000 69
- 10,493,000 21,01 4,000 100
- 3,048,000 3,877.000 27
- 2,114,000 6,549,000 209
- 4,011,000 6,287,000 57
- 51,479,009 110,302,000 Hi
- 180,600,000 334,726,000 85
- 9,203,000 26,496,000 188
- 4,493,000 1,488,000 »
- 270,000 440,000 63
- 1,43 4,000 1,874,000 ' 31
- 15,400,000 30,298,000 64
- 208,391,000 312,193,000 49
- 67,807,080 7,442,000(8) »
- 41,719,000 15,379,000 »
- 14,523,000 10,554,000 5,541,000 »
- 5,453,000 2
- 24,495,000 25,168,000 88,.{S7,(i00(B 3
- 136,789,000 y>
- 723,000 6,603,000 822
- 449,900,000 471,427,000(8) 5
- 1,000,000 445,000 >5 i 70 millions
- 764,100,000 933?oî)î>,000 OU 22 0/0
- (I) Pour les matières textiles, colon, luire, lin, soie, etc., voir au groupe Y, 3e partie.
- (A.) Tous ces articles, avant 1860, étaient., sauf quelques spécialités peu importantes, prohibés ù l’entrée.
- La, prohibition n’en a été levée que par le fait des traités de commerce que nous avons successivement conclus avec L’Angleterre,
- La Belgique,
- La Suisse,
- Le Zollverein,
- L’Italie ;
- Mais à l’égard des pays avec lesquels nous n’avons pas de Tarifs conventionnels, la prohibition de ces articles ainsi que de plusieurs autres figurant dans les divers groupes, est encore inscrite dans notre 2 anf général.
- (B.) Ces articles de goût et de mode se sont encore ressentis en 1806 dès effets de la guerre civile américaine, les .Rats-Unis étant d’habitude, pour nos soieries, un très-important débouché.
- L observation s’applique naturellement an total general de 1 exportation des tissus de soie.
- (G.) Ce fort accroissement proportionnel s'explique par la levée des prohibitions qui repoussaient pres-que tous les tissus étrangers de nos marchés. Ce qu’il importe de voir, c'est que le chiffre absolu de nos ventes de tissus à l'étranger représente plus de 9 fois, en 1800, celui de ses envois chez nous.
- T. XII.
- 47
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-
-
-
- 738
- SUITE DU GROUPE
- VÊTEMENTS,
- valeur importée (Commerce spécial.) ACCROISSE-
- 2e PARTIE. I 859 I 866 MENT.
- fr. fr. p. 0/0
- (Habillements neufs 642,000 930,000 45
- Effets a usage..] — vieux 4,694,000 2,227,000 31
- \ Lingerie cousue 39,000 3) 3)
- Modes 33 » 33
- Chaussure (1) P) 33 33
- Tissus de cachemire (2) 4,829,00 5,300,000 10
- Dentelles et blondes 3,998,000 2,703,000 33
- Fleurs artificielles 33 33 33
- Plumes de parure 5,4 33,000 3,153,000 33
- Ganterie x> 33 33
- Peaux préparées (pelleteries ouvrées) 33 33 33
- Bijouterie et perles fines 4,763,000 3, H 7,000 77
- Corail taillé 219,000 2,081,000 33
- Cheveux ouvrés » 33 33
- Peignes d’écaille 3) 33 >3
- Boutons 204,000 1,073,000 33
- Chapeaux (feutre) 2,279,000 H,492,000 484
- — de paille, sparte ou écorce 4)856,008 2,196,000 33
- Montres d’or ou d’argent (4) » 33 33
- Parapluies et parasols 1,022,000 1.097,000 7
- Armes portatives NOTA. Ne figurent pas|dans cette énumération d’autres articles du Groupe non dénommés aux tableaux officiels, tels que : nécessaires, objets de voyage, lits, hamacs, figures de cire, jouets d’enfants, etc. Ces articles peuvent se trouver sous les rubriques : Articles de Paris, objets en acier ou en caoutchouc, et aussi dans les deux grandes catégories ci-après ; » 376,000 426
- Bimbeloterie ; 648,000 1,256,000 83
- Mercerie, tant commune que fine 747,000 1,220,000 63
- 739
- IV (FRANCE).
- ETC.
- VALEUR EXPORTÉE
- ( Commei 1 859 "ce spécial, ) 1866 accroisse ment.
- fr. fr. 0/0
- 66,245,000 52,896,000 33
- 15,803,000 17,481,000 11
- 26,803,000 57,205,000 113
- 6,418,000 20,478,000 24 9
- 40,996,000 50,044,000 22
- 635,000 166,000 33
- 4,667,000 1,202,000 33
- 4,503,000 8,068,000 79
- 6,783,000 8,511,000 25
- 30,997,000 56,005,000 84
- 104,500 2,418,000 (3) 2,223
- 15,171,000 15,844,000 4
- 1,252,000 2,231,005 78
- 373,000 762,000 404
- 927,000 461,000 33
- 6,406.000 9,659,000 54
- 5,318,000 3,448,000 33
- 1,868,000 2,048,000 9
- 437,000 270,000 33
- 1,829,000 2,078,000 44
- 6,301,000 2,708,000 33
- 3,679,000 4,880,000 32
- 71,888,000 89,014,000(5) 463
- (1) C.-â-d. Ouvrages en cuir autres que sellerie. La chaussure y entre pour la plus grosse part.
- (2) Pour les Châles brochés, voir ire partie du groupe (laine).
- (3) Comprend des ouvrages en peau autres que pelleteries ouvrées.
- (4) Pour 1 ensemble de Tborlogerie, voir groupe ni.
- (5) Dont 121 millions à la mercerie fine.
- p.dbl.738 - vue 722/763
-
-
-
- 740
- GROUPE IY (ANGLETERRE).
- 1865.
- VALEUR
- Importée. Exportée.
- fr. fr.
- / de coton » 277,300,000
- 1 delin 33 63,400,000
- \de laine » 135,800,000
- Soie. (V. Groupe V.).... 33 33
- / de coton 14,013,000 1,122,000,000
- m \ de lin, chanvre et I < jute 2,800,000 237,000,800
- H i de laine 70,000,000 495,000,000
- \de soie 209,000,000 35,000,000
- Châles de laine 33 3,650,000
- Id et mouchoirs de soie » 5,900,000
- Dentelles et broderies. 3,643,000 19,708,000
- Bonneterie de laine et de coton 2,223,000 11,850,000
- Chapeaux de toute sorte. 13,726,000 12,000,000
- Joaillerie 3,100,000 4,106,000
- Armes 6,092,000 10,600,000
- Jouets d’enfant 4,076,000 »
- Parapluies, parasols... 118,000 400,300
- fr.
- 476,700,000'
- Total îles fils et tissus exportés :
- fr.
- ' 2,363,700,000
- Compris dans les groupes gé néraux (tissus) ci-dessus.
- p.740 - vue 723/763
-
-
-
- GROUPE y
- PRODUITS (BRUTS ET OUVRÉS) DES INDUSTRIES EXTRACTIVES
- (Classes 40 à 46. )
- p.741 - vue 724/763
-
-
-
- GROUPE V
- PRODUITS (BRUTS ET OUVRÉS)
- ( Classes
- lre PARTIE.
- PRODUITS DES MINES ET DE L.V MÉTALLURGIE.
- Minerais.
- Soufre (1), Sel......
- 'de fer.....
- I de cuivre. de plomb . .de zinc....
- Bitumes (solides et goudrons)................
- Houille et coke..............................
- Huiles de pétrole et de schiste..............
- Marbres et écossines ........................
- Pierres et terres servant aux. arts et métiers (3)
- et meules...................................
- Matériaux (4) et marne........................
- Produits chimiques (Ensemble des).............
- Fonte brute..................
- Fers en barres et en rails... Tôles et autres sortes de fers (6)
- Acier.......................
- Cuivre......................
- Métaux.........{ Plomb.......................
- Étain.......................
- Zinc........................
- Nickel......................
- Platine.....................
- Mercure natif ou vif argent...
- Outils (9)..................
- Ouvrages en fonte.
- — en fer et en tôle...
- — en acier.
- — en cuivre (10)....
- — en plomb, étain et
- zinc......................
- Toiles métalliques...........
- Aiguilles....................
- Coutellerie..................
- i Plumes métalliques......
- \ Armes......................
- Ouvrages en métaux (autres que machines et mécaniques) (Tl).
- valeur importée (Commerce spécial.)
- I 859
- fr.
- 3,035,000
- 5,418,000
- 11,470,000
- »
- 10,352,000
- 77,000
- 1,227,000
- »
- 2,234,000
- 92,756,000
- 10,365,000 4,191,000 9,000,000 (5,734,000 J 393,000 ) 143,000 U,342,000 32,937,000 13,510,000 11,773,000 13,591,000 411,000 2,737,000 727,000 830,000 »
- 489,000
- »
- 2,000
- 195,000
- »
- 1,084,000
- »
- 1,018,000
- 106,000
- I 866
- fr.
- 9,000,000
- 4,190,000
- 4,691,000
- 771,000
- 5,764,000
- »
- 4,357,000
- 20,135,000
- 4,049,000
- 134,943,000(2)
- 4,075,000
- 12,712,000
- 17,000,000
- 6,572,000(5,
- 1,189,000
- 1,312,000
- 1,960,000(7)
- 48,353,000(8)
- '16,118,000
- 10,731,000
- 17,080,000
- 363,000
- 4,104,000
- 1,625,000
- 1,910,000
- 1,510,000
- 3,020,000
- 40,000
- 502,000
- 531,000
- »
- 1,291,000
- 350,000
- 1,097,000
- 250,000
- ACCROISSE-
- MENT.
- p. 0/0
- 92
- »
- »
- »
- »
- n
- 255
- »
- 81
- 44
- »
- 204
- 89
- 16
- 203
- 817
- 46
- 48 16
- »
- 30
- »
- 49 124 130
- »
- 518
- »
- '25,000
- 172
- »
- 19
- »
- 8
- 136
- (A) Il importe de remarquer que les chiffres figurant ici à l’importation des fontes, fers, tôles de l’espèce: ils ne s’appliquent, en effet, qu’aux métaux entrés sous acquittement des droits, ajoutait : en 1859 (fontes, fers et tôles) 47,000 tonnes, et, en 1866, 127,000 tonnes. Une ob-après main-d’œuvre, ne figure pas ici. (Voir la note du groupe V, l»'e partie.)
- 743
- (FRANCE).
- DES INDUSTRIES EXTRACTIVES
- 40 à 40).
- VALEUR EXPORTÉE
- ( Commère e spécial. ) ACCROISSE-
- 1 859 1 866 MENT,
- fr. fr. p. 0/0
- 873,000 4,121,000 384
- 1,030,000 3,229,000 213
- 950,000 403,000 ))
- 128,000 278,000 117
- 394,000 1,422,000 261 (l) Brut à l’importation, épuré el sublimé à l’expor-
- 2,025,000 1,609,000 )) tation.
- 862,000 1,291,000 49
- )) 1,156,000 »
- 661,000 689,000 4
- 2,135,000 4,761,000 123 (2) Quantités : 7,353,000 tonnes en 18G6. (3) Terre à porcelaine, terre à pipes, castine etc.
- 4,159,000 7,958,000 91
- 4,526,000 8,855,000 96 (4) Chaux, briques, ardoises, pierres de taille, pavés
- 32,700,000 65,000,000 99 de grès, etc.
- 510,000 140,000 )) (5) Quantités : 72,530 tonnes.
- 745,000 305,000 »
- 559,000 275,000 » (6) Mnssiaux, feuillards, fer-blanc, etc.
- 436,000 140,000 »
- 3,005,000 7,124,000 13S (7) Dont 997.000 francs en barres.
- 677,000 2,124,000 214 (8) Presque exclusivement, cuivre, de 1™ fusion. A
- 487,000 346,000 » l’exportation, c’est: cuivre laminé, battu,filé,etc.
- 789,000 1,528,000 94 De même pour les plomb, étain et zinc.
- 33,000 6,000 »
- 459,000 690,000 50
- » )) »
- 1,568,000 530,000 » (9) Instruments aratoires, limes, rôpes, scies, etc.
- 1,887,000 1,267,000 »
- 13,867,000 11,081,000 »
- 1,201,000 1,007,000 »
- 21,172,000 22,692,000 7 (10) Y compris les bronzes d’art.
- 3,677,000 2,803,000 ))
- 322,000 371,000 15 (il) Voir, pour ces articles, le groupe VI, et, en par-
- » )) » ticulier, lu note qui les concerne.
- 2,155,000 1,642,000 »
- 6,301,000 3,624,000(12) )) (12) Dont armes blanches et pistolets : 1,029,000 fr.
- 146,000 » »
- et acier, nepr isentent, tantp our 1859 qu< \pour 1866, qu’une faible partie des entrées effectives
- Or, / importation en franchise temporaire à charge de réexportation après main-d'œuvre* servatiou analogue s’applique à la sortie des ouvrages en métaux, dont la réexportation
- p.dbl.742 - vue 725/763
-
-
-
- SUITE DU GROUPE
- INDUSTRIES DES FORÊTS, DE
- VALEUR IMPORTÉE (Commerce spécial.) ACCROISSE-
- 2e PARTIE. MENT.
- INDUSTRIES DES FORETS, DE LA CHASSE ET DE LA PÈCIIE. 1 859 1 S66
- — îr. fr. p. 0/0
- ( de construction ( i : 105,400,000 175,244,000 68
- n„!o ‘ de chauffage 858,000 733,000 »
- ' | de teinture 5,293,000 6,938,000 31
- \d’él>énister,c 5,030,000 5,394,000 7
- Charbon de bois 2,133,000 3,040,000 43
- Potasses 1,390,000 1,862,000 34
- Noix de galle 1,309,000 3,371,000 •i 35
- Teintures et tanins (2) 4,740,000 13,300,000 181
- Écorces à tan 409,000 1,263,000 209
- Écorces de quinquina 1,838,000 4,935,000 168
- Liège (3) 768,000 1,654,000 ))
- Résines, résineux et gommes ;i 4,825,000 11,900,000 149
- Camphre 349,000 548,000 57
- 2,216,000 4,448,000 101
- Pelleteries et fourrures 6,138,000 8,700,000 42
- Poils et crins 11,200,000 11,056,000 6
- Plumes et duvets (6)., 6,005,000 3,513,000 »
- Os, sabots et cornes de bel ail 3,589,000 4,939,000 38
- Ivoire (dents d’éléphant) 2,174,000 3,040,000 39
- 1 d’eau douce 975,000 1,565,000 61
- Poissons frais . < . ( morues ... <de mer 11,241,000 19,961,000 70
- 372,000 2,228,000 499
- TiOgues de morue et maquereau 1,027,000 3,020,000 »
- Huîtres 506,000 1,566,000 209
- Graisses de poisson ( huiles de haleine et de
- morue) 4,343,000 4,951,000 »
- Fanons clc haleine (9l 2,453,000 2,041,000 ))
- Corail (io) 610,000 1,265,000 107
- Perles fines 1,563,000 1,441.000 »
- Éponges 1,586,000 2,519,000 59
- Écailles de tortue et coquillages nacrés 3,036,000 2,607,000 »
- Sangsues 460,000 )> »
- V (fraxce;.
- LA CHASSE ET DE LA PÊCHE.
- VALEUR EXPORTÉE (Commerce spécial.) ACCROISSE-
- MENT.
- I 859 1 866
- fr. fr. p. 0/0
- 16,686,000 32,020,000 92 (1) Y compris les feuillards, merrains, bois de mâ-
- 179,000 )) » ture, elc.
- 780,000 605,000 »
- 822,000 653,000 »
- 228,000 )) »
- 1,144,000 3,508,000 207
- )) )) )) (2) Principalement garance. Yoir aussi ù la 5e partie
- 15,800,000 15,773,000 »
- 235,000 1,478,000 259 du groupe.
- 248,000 306,000 23
- 980,000 1,194,000 22 (3) Brut à l’entrée, ouvré à la sortie.
- 2,666,000 24,130,000 805 (4) Brai gras et goudron, laque, copal, gommes exo-
- ))' )) » tiques et térébenthine, etc.
- 2,249,000 1,803,000 » (5) Brut ù l’importation, ouvré à l’exportation.
- 1,864,000 2,418,000 65
- 5,694,000 12,461,000 119 (6) Tant pour parure que pour literie.
- 7,373,000 9,346,000 ))
- 65,000 191,000 194
- )) CO » (7) Compte, à la sottie, dans la tabletterie (groupe III).
- » 19,000 ))
- 2,633,000 2,111,000 » (8) Marines ou 4 l’huile à l’exportation.
- 8,703,000 20,477,000 (8) »
- » )) ))
- 119,000 55,000 J)
- )) )) ))
- 650,000 500,000 )) (9) Bruts ù l’importation, ouvrés à l’exportation.
- 1,252,000 2,231,000 78 (10) Môme observation.
- 2,014,000 453,000 »
- 849,000 633,000 » (11) Compte, à la sortie dans la labletterie, la bim-
- )) » (11) ))
- 256,000 293,000 14 beloterie, la mercerie line, etc. (groupes 1Uet JLY).
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-
-
-
- 746
- SUITE DU GROUPE
- PRODUITS DIVERS DU
- 3e PARTIE.
- MATIÈRES TEXTILES ET PRODUITS DIVERS DE L’AGRICULTURE ET DES FERMES (t).
- Textiles.
- Coton brut.................
- Lin et chanvre.............
- Jute et phormium...........
- Laine......................
- ÎOEufs de vers à soie. Cocons.............
- Grèges et moulinées, et bourre.........
- Graines
- oléagineuses (6)
- Peaux brutes fraîches et sèches de toutes sortes
- [ de lin.......................
- de sésame.....................
- autres........................
- Graines pour semences..........................
- Huiles oléagineuses (7)........................
- Huiles volatiles ou essences...................
- Suif, saindoux et autres graisses animales.....
- Cire non ouvrée................................
- Garance........................................
- Safran.........................................
- Teintures et tanins autres (9).................
- „ . ( Guano.
- Engrais........{
- autres.
- Joncs et roseaux.............
- Produits et déchets divers (u).
- Indigo.......................
- Tabacs (12)..................
- Houblon......................
- VALEUR IMPORTÉE (Commerce spécial. ) ACCROISSE-
- i 859 1 866 MCNT.
- fr. fr. p- 0/0
- 153,700,000(2) 474,000,000(2) 208
- 33,800,000 67,300,000 99
- 4,228,000 11,400,000 169
- 125,700,000(3) 289,000,000(3) 129
- 9,213,000 13,311,000 44
- 17,649,000 25,519,000 45
- 194,000,000(4) 268,000,000(4) 37
- 69,720,000(8) 109,000,000(5) 56
- 7,022,000 11,232,000 59
- 25,291,000 17,476,000 ))
- 809,000 10,300,000 1,173
- 9,400,000 25,964,000 176
- 5,996,000 4,765,000 »
- 1,026,000 865,000 »
- 2,183,000 28,998,000 1,223
- 4,062,000 3,141,000 ))
- )) 7,408,000 ))
- 187,000 2,422,000 1,206
- 5,700,000 7,400,000 29
- 10,718,000 17,900,000(40) 67
- 1,400,000 2,400,000 62
- 1,422,000 1,705,000 19
- 10,907,000 21,000,000 93
- 15,755,000 21,235,000 35
- 34,945,000 20,547,000 ))
- 3,856,000 5,407,000 40
- (A) Voir, pour les produits manufacturés exportés provenant de cette matière, ainsique des
- 747
- V (FRANCE).
- SOL ET DES FERMES.
- VALEUR EXPORTÉE ( Commerce spécial. ) ACCROISSE-
- ment.
- 1 859 1 866 (l) Autresque les produits alimentaires, le bétail, etc.
- fr. fr. p. 0/0 Voir, pour ces objets, les groupes VII et VIII.
- A A )) (2) Quantités . 1859, 82 millions de kilogrammes ;
- 2,452,000 15,816,000 545 1866, 120 millions.
- 520,000 »
- 8,686,000 39,900,000 359 (3) Quantités : 1859, 40 millions de kilogrammes; 1866, 88 1/2.
- 470,000 8,507,000 1,710
- 212,000 6,032,000 2,745
- 44,000,000 102,000,000 132 (4) Quantités: 1859, 3,730,000 kilogrammes; 1866,
- 4,735,000 kilogrammes.
- 478,000 17,400,000 3,540 (5) Quantités : 1859 , 28 millions de kilogrammes; 1866 , 47 millions.
- 29,000 749,000 2,485
- 2,572,000 2,751,000 7 (6) Tant pour l’industrie que pour l’alimentation.
- 12,929,000 27,811,000 115
- 6,607,000 4,165,000 » (7) Même observation. Voir, pour les huiles cornes-
- 637,000 594,000 » tibles, le groupe VII.
- 2,415,000 8,600,000 256
- 689,000 667,000 »
- 14,139,000(8) 10,762,000(8) )) (8) Plus, en 1859, 14,635,000 francs de garancine ou
- 2,591,000 2,860,000 11 extrait de garance ; en 1866, 15,075,000 îr.
- 900,000 2,300,000 171 (9) Curcuma, sumac, lichens, écorces, etc. Pour les
- écorces spécialement, voir 2e partie ; id. pour noix de galle.
- 406,000 » )) (10) Quantité : 56,897 tonnes.
- 408,000 1,466,000 259
- )) » ))
- 11,228,000 26,900,000 139 (H) Racines, fourrages, tourteaux, plants d’arbres, levures, truffes, etc.
- 737,000 4,384,000 495
- 784,000 1,105,000(12) 41 (12) En feuilles , à l’importation et à l’exportation ,
- 1,164,000 3,881,000 233 * sauf, à celle-ci, 791,000 francs de tabac fabriqué (1866).
- fi utres textiles, le groupe IV (Vêtement, ;tc.)
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-
-
-
- 748
- GROUPE Y
- Principaux
- articles
- IMPORTÉS.
- Cuivre,
- Métaux bruts.
- Minerai.... Métal brut.
- Etain , Plomb
- Huiles de pétrole.
- ( brute .. | épurée.
- Alcalis, nitre et salpêtre. Soufre.....................
- Produits des forêts.
- Produits de la mer.
- (Matières textiles.;
- Produits du- sol
- et des fermes.
- ' Coton.............
- Laine.............
- I Lin, chanvre, jute.
- \Soie...............
- Cuirs bruts et tannés................
- i Peaux de lapin, lièvre, mouton, etc.
- | Poils de porc et de sanglier.......
- Os,, cornes et sabots de bétail.....
- I Graines de lin et de chanvre.......
- Huiles de graines grasses...........
- Huile d’olive.....................
- Huile de palme et de coco.........
- Suif..............................
- tGuano ............................
- 'Pois, écorces, potasse, sumac, etc.
- Cire..............................
- Résines...........................
- Gommes............................
- Caoutchouc et gutta-percha........
- * Liège brut.......................
- I Poissons.........................
- (Huile de baleine et spermaceti....
- Principaux
- articles
- EXPORTÉS.
- I Houille et coke exportés..............
- ! Sel...................................
- / Fontes...............
- Fer en barres et rails.
- Autres fers...........
- Métaux \ Acier.................
- Cuivre...............
- Plomb.................
- Etain et zinc.........
- Ouvrages ( en fer................
- en J en cuivre............
- J en étain............
- i métaux. I
- \ \ en zinc et plomb.....
- (ANGLETERRE).
- Valeur. 2,682,000 liv. St. La livre sterling en nombre rond, 25francs.
- Id. 1,197,000 —
- Id. 333,400 —
- Id. 663,000 —
- Quantité. 5,662 tonnes. La tonne 1016 kilogrammes.
- Id. 2,113,000 gallons. Le gallon = 4 litres Si.
- Id. 1,525,000 CWt. Le quintal =: 50 kilogr. 8.
- Id. 981,106 tonnes.
- Valeur. 47,198,000 liv. St. Quantité : 978 millions de livres-poids, soit
- Id. 9,041,000 — 443 millions de kilogrammes.
- Id. 6,700,000 —
- Id. 6,800,000 —
- Valeur. 2,903,000 —
- Nombre. 9,815,000 pièces.
- Quantité. 2,566,000 liv. poids. La livre-poids : 0 kil. 453-
- id. 12,344 tonnes.
- Id. 1,697,000 CWt.
- Valeur. 595,000 liv. St.
- Id. 461,000 —
- Quantité. 989,000 CWt.
- Id. 1,361,000 —
- Valeur. 2,571,000 liv. St,
- Id. 15,883,000 —
- Quantité. 10,600 CWt.
- Id. ' 459,000 — •
- Id. 182,000 —
- Id. 100,500 —
- Id. 6,103 tonnes.
- Valeur. 463,000 liv. St.
- Quantité. 12,443 tonnes.
- Id. 9,170,000 — Sur une production totale, en 1865, d’environ
- ( Valeur. 98 millions de tonnes.
- 4,427,000 liv. St.
- Quantité. 579,000 tonnes.
- Id. 547,000 — Sur une production totale, en 1865, de 4,819,000 tonnes.
- Id. 688,000 —
- Id. 357,000 —
- Id. b o o 1 Le total général des métaux bruts exportés d’Angleterre, ressort ici à 2,321,560,000 tonnes métriques.
- Id. 44,000 —
- Id. 27,000 —
- Id. 19,300 — *
- Id. 3,924,000 —
- Valeur. 2,434,000 liv. St.
- Id. 1,481,000 —
- Quantité. 1,593,000 tonnes.
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-
-
-
- \i
- t
- i
- i
- %
- i
- \
- i
- t ♦
- j
- . t. >. t
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-
-
-
- GROUPE VI
- INSTRUMENTS ET PROCÉDÉS DES ARTS USUELS
- (Classes 47 à 66
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-
-
-
- GROUPE VI
- INSTRUMENTS ET PROCÉDÉS
- ( Classes
- Appareils à vapeur.
- Pièces
- détachées.
- |VC PARTIE.
- OBJETS IMPORTES
- /fixes.
- | pour navigation.
- I Locomotives____
- \ Chaudières.....
- pour filature,
- I à nettoyer et ouvrer les cotons et autres matières textiles.
- Machines
- et
- mécaniques.
- pour tissage.................
- • Cardes non montées..........
- * Métiers à tulle...............
- à fabriquer le papier..........
- à imprimer................
- pour l’agiiculture.............
- à bouter, etc., les cardes.....
- Gazomètres, poêles, calorifères, etc............................
- Machines-outils................
- \toutes autres................../
- /Plaques et rubans de cardes, t Rots-ferrures et peignes à tisser
- en fonte......
- en fer........
- en acier.....
- en cuivre...
- V tous autres...
- A reporter.
- VALEUR.
- I 859
- fr.
- 317,000
- 24,000
- 1,005,000
- (a)
- 540,000
- 1,445,000
- (a)
- 735,000
- (a)
- 4,066,000
- (a) On n’a pas, dans le tableau de 1859, le détail par espèces.
- I 866
- fr.
- 533,000
- 315,000
- 117,000
- 54,000
- 3,029,000
- 578,000
- 3,063,000
- 1,142,000
- 112,000
- 19,000
- 15,000
- 382,000
- 52,000
- 217,000
- 1,491,000
- 800,000
- 863,000
- 75,000
- 566,000
- 484,000
- 769,000
- 37,000
- 15,313,000
- ACCROISSE-
- MENTS.
- p. 0/0.
- 68
- 1,213
- ))
- »
- 261
- »
- 461
- »
- )>
- »
- »
- 269
- 753
- (FRANCE)
- DES ARTS USUELS.
- 49 à OG).
- SUITE DES OBJETS IMPORTÉS.
- Report....................
- aratoires (faux)...............
- Oiitils . ) Limes et râpes.................
- (en fer...........
- en fer et acier.
- en acier........
- /en fonte et fer.................
- /
- Ouvrages
- en
- métaux (i).
- en fer.
- (Tubes..........
- Ferronnerie .... Serrurerie.....
- (Clous et vis à bois............
- tous autres....
- en tôle..., en acier .. en cuivre,
- VALEUR.
- Aiguilles............................
- Hameçons............................
- Coutellerie.........................
- Toiles métalliques (cuivre ou laiton).
- Totaux pour les articles ci-dessus dénommés..
- I 859
- fr.
- 4,066,000
- 366,000
- 246,000
- 54,000
- 26,000
- 139,000
- »
- 470,000
- »
- »
- »
- »
- 20,000
- 1,084,000
- 45,000
- »
- 3,000
- 6,519,000
- I 866
- fr.
- 15,013,000
- 200,000
- 35,000
- 157,000
- 203,000
- 1,516,000
- 1,510,000
- ,112,000
- 90,000
- 11,000
- 225,000 328,000 253,000 40,000 502,000 1,291,000 . 66,000 350,000 »
- 23,902,000
- ACCROISSE
- MEXTS.
- p. 0/0
- 269
- »
- ))
- 191
- 681
- 991
- ))
- 349
- »
- »
- »
- )>
- )>
- ))
- 19
- 47
- ))
- »
- 121
- (i) Non compris, quant au cuivre, les objets dorés ou argentés, articles et bronzes d’art, et, pour l’étain et le zinc, les poteries d’étain et les ouvrages en zinc, imitations de bronzes. (Voir au Groupe Y, partie, et aussi 2e partie du présent Groupe.)
- T. XII.
- 48
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-
-
-
- 754
- SUITE DU GROUPE
- valeur.
- 20 PARTIE
- I 859
- I 866
- PRODUITS EXPORTÉS.
- Appareils ( à vapeur............
- complets. \ autres
- qu’à vapeur.
- Pièces détachées......................
- Instruments aratoires................
- Outils.........I Outils de pur fer....................
- [outils de fer et acier................
- en fonte.............................
- i en fer...............................
- * en tôle et fer-blanc.................
- en acier.............................
- en cuivre (1)........................
- en plomb.............................
- en étain (autres que poterie d’—)....
- tous autres..........................
- Coutellerie.........—.................................
- Toiles métalliques....................................
- Ouvrages en métaux. ^ , (Voir le Nota à la marge.)
- Machines et mécaniques.
- Totaux
- fr.
- »
- 4,477,000 1,601,000 530,000 361,000 450,000 1,887,000 12,535,000 1,333,000 1,201,000 11,433,000 1,317,000 260,000 117,000 2,155,000 234,000 '
- 39,951,000
- fr.
- 1,140,000
- 5,226,000
- 1,906,000
- 116,000
- 121,000
- 293,000
- 1,267,000
- 10,039,000
- 1,042,000
- 1,007,000
- 17,243,000
- 669,000
- 281,000
- 286,000
- 1,642,000
- 371,000
- 42,649,000
- (l) Non compris les ouvrages en cuivre et bronzes, dorés ou argentés (6,943,000 fr. en 1866);
- VI (frange).
- ACCROISSE-
- MENT.
- p. 0/0 »
- 17 NOTA.
- Les chiffres portés en ce tableau ne sauraient donner une idée complète
- )) de la valeur de notre exportation en métaux ouvrés. Ils ne comprennent
- » pas, ainsi que l’a déjà expliqué la note figurant au groupe V (|ie partie),
- » les réexportations après main-d’œuvre des métaux importés en franchise temporaire en vertu du décret du 15 février 1862. Ces réexportations sont
- » très-considérables : en 1866 , la quantité des fontes, fers et tôles ainsi ré-
- » expédiés à l’étranger après avoir été converti? dans nos ateliers'de con-
- » struction en machines, ponts, matériel de chemin de fer, de navigation, etc., s’est élevée à près de 150,000 tonnes, représentant une valeur de près
- » de 120 millions de francs. En 1859, la valeur correspondante n’excédait
- 31 » 8 guère 30 millions.
- 144 » S9 t
- non compris aussi les ouvrages en zinc imitant les bronzes (1,853,010 fr.).
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-
-
-
- GROUPE YI (ANGLETERRE).
- PRINCIPAUX PRODUITS EXPORTÉS.
- La valeur des machines et mécaniques de toute sorte exportées d’Angleterre (produits anglais) en 1865, s’est élevée à près de 133 millions de francs.
- En 1855, elle n’avait été que do 56 millions.
- Voici comment se composait l’exportation de 1865 :
- liv. st. îr.
- !( locomotives .... 945,451 = 23,636,000
- a vapeur...........]
- (autres.... 1,013,082 = 25,327,000
- l
- autres qu’à vapeur 1 pour l’agriculture. 282,019 = 7,051,000
- et instruments. )
- (autres.... 2,982,081 = 74,552,000
- Outils et instruments autres que machines.... 87,000 = 2,175,000
- 5,309,633 = 132,741.000
- U a été exporté en outre :
- liv. st. fr.
- Wagons voyageurs............. Nombre 1,261. Valeur 177,000 = 4,425,000
- Id. pour marchandises, id. 580 id. 22,000 = 550,000
- /Rails.......................... 2,627,000 — 65,675,000
- Matériel des \ Coussinets et coins............ 393,000 = 9,825,000
- chemins de fer <
- métaux). i Roues et essieux............... 118,000 = 2,950,000
- (Autres objets.................... 412,000 = 10,300,000
- Quincaillerie et coutellerie de toute sorte......... ,326,741 = 108.169,000
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-
-
-
- GROUPE VII
- ALIMENTS (FRAIS OU CONSERVÉS) A DIVERS DEGRÉS DE PRÉPARATION
- (Classes 67 à 73
- p.757 - vue 734/763
-
-
-
- 758
- GROUPE YII
- ALIMENTS (FRAIS OU CONSERVÉS)
- ( Classes
- |rc PARTIE.
- GRAINS. FARINES, LÉGUMES, ETC.
- — ROISSONS (VINS, EAUX-DE-VIE, ETC.).
- Grains, farines, i légumes, etc.
- Froment .. ......................
- Seigle...........................
- Orge.............................
- Maïs.........„...................
- Sarrasin.........................
- Avoine...........................
- Riz..............................
- Farine de froment................
- Pommes de terre..................
- Légumes secs, fécules et marrons Légumes verts, salés ou confits (3)..
- Pâtes d’Italie et semoules........
- Pain et biscuit de mer............
- ordinaires................
- de liqueurs...............
- Vinaigre..........................
- Eaux-de-vie...............
- Vins
- Boissons.
- Liqueurs (ü)....
- Bière..........
- Cidre et poiré.
- VALEUR 1 859 IMPO R TÉ E 1 866 ACCROIS MENT
- fl*. frt 0/C
- 22,929,000(9 12,948,500(9 33
- •145,000 425,000 69
- 2,372,000 ' 3,843,000 62
- -1,677,000 1,261,000 33
- 33 » 33
- •10,199,000 22,474,000 33
- 10,700,000 9,913,050 33
- 323,000 670,000 107
- 143,000 181,000 27
- 4,340,000 4,290,000 »
- 431,000 503,000 17
- 140;000 678,000 384
- 401,000 33 33
- 5,200,000 1,381,000 >3
- 2,659,000 3,379,000 33
- 33 » 33
- 798,000 7,225,000 805
- 33 33 33
- 759,000 l,531,000(7) 104
- 33 33 33
- 759
- (FRANCE).
- A DIVERS DEGRÉS DE PRÉPARATION.
- 69 à 93. )
- VALEUR EXPORTÉE
- ACCROISSE-
- 1 859 ( 866 MENT.
- fr. fr. p. 0/0
- 69,800,000(9 53,248,000(9 » (9 Quantités (froment) :
- 8,930,000 14,266,000 59 ( en 1859 : 1,381,000 hectolitres. Importées < , , j en 1866 : 2,367,000 qx métr (a).
- 7,309,000 14,705,000 101 1 en 1859 : 4,361,000 hectolitres.
- 1,690,000 3,249,000 211 Exportées < ( en 1866 : 4,510,000 qx métr.
- 985,000 4,330,000 340 (a) Le quintal métrique égale 100 kilogrammes, soit environ 133 litres.
- 2,616,000 2,131,000 »
- 2,186,000 618,000 33
- 60,511,000(2) 69,554,000(2) •io (2) Quantités exportées (farine de froment) :
- 3,656,000 2,830,000 33 En 1859 : 2,004,000 qx métr. En 1866 : 2,041,000 — \
- 8,080,000 10,580,000 31 i (3) Salés ou confits, à l’exportation seulement.
- 1,268,000 1,677,000 32
- 807,000 880,000 9 5 i »
- 2,117,000 1,681,000 » il
- 215,000,000(4} 285,000,000(4) 33 (4) Quantités exportées (vin ordinaire) : j
- 16,940,000 25,000,000 47 En 1839 : 2,453,000 hectolitres. j En 1806 : 2,003,000 . — ') t
- 1,030,000 913,000 »
- 91,500,000(5) 89,600,000(3) - 33 (s) Alcool pur. Quantités exportées : ... j
- En 1859 : 314,000 hectolitres. J En 1866 : 1,614,000 (*). !
- 2,962,000 4,271,000 48 (6) Ramenées aussi à l’alcool pur.
- 599,000 705,000 18 (7) Quantité importée en 1866 : 44,313 hectol. .
- 509,000 192,000 3) 4 (*) Baisse considérable du prix des alcools.
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-
-
-
- 760
- SUITE DU GROUPE
- VALEUR IMPORTÉE
- 2e PARTIE : ACCROISSE-
- DENRÉES COLONIALES ET AUTRES PRODUITS ment.
- 1 859 1 866
- ALIMENTAIRES.
- fr. fr. p. 0/0
- f colonial 59,013,000)... 33,807,000) 7)
- ! Sucre brut j étranger 44,700,000( 40,686,000 )^ »
- | V indigène » 3) »
- k Sucre raffiné » 4,474,000 »
- Denrées 1 Mélasse._ 341,000 2,494,000 634
- coloniales ^ Paf^ 44,303,000 (3) 87,327,000(3) 97
- j Thé 1,42-1,000 4,842,000 29
- r Vanille 930,000 4,484,000 56
- 1 Poivre 3,830,000 2,873,000 »
- \ Cacao 6,142,000 4 0,054,000 64
- Chocolat -18,000 59,000 228
- Tabac (feuilles ou côtes) 34,943,000 (4) 20,848,000 (4) )>
- — ouvré (cigares) 2,828,000 4 0,074,000 237
- Sirops, confitures et bonbons 84,000 » )>
- . (de table j ' ^ 6,071,000 9,747,000' 60
- Fruits j j secs (6) 9,304,000 9,433,000 10
- V oléagineux (7) 9,993,000 25,729,000 487
- Huile d’olive 22,361,000 34,780,000 42
- Fromages 9,049,000 4 3,230,000 46
- Beurre 4,387,000 9,373,000 4 44
- CEufs 2,448,000 4,454,000 82
- Truffes 43,000 99,000 4 20
- Chicorée moulue (faux café; » » 5)
- Miel 72,000 389,000 440
- TT. , 1 fraîche Viandes.... 1 ,, , 4,462,000 3,940,000 4 69
- ( salée (porc et autres) 4,067,000 4,494,000 »
- Gibier, volailles et tortues 626,000 933,000 49
- „ . 1 d’eau douce Poissons....! , 978,000 4,368,000 64
- ( de mer (9) 14,689,000 22,4 89,000 »
- Huîtres 80o,000(10) 4,S66,000(10) 240
- Moules et autres coquillages comestibles 4 28,000 ? 5)
- Sel 77 000
- VII (FRANCE).
- VALEUR EXPORTÉE
- ACCROISSE-
- - MENT
- 1 859 I 866
- fr. fr. » p. 0/0. (l) Quantités importées pour la consommation ou le travail intérieur (sucre colonial et étranger):
- » » En 1889 : 189 millions de kilogrammes.
- » » En 1866 : 168 —
- (Il est produit en outre, en moyenne, 200 millions
- 3,836,000 4 4,139,000 142 de kilogrammes de sucre de betterave.)
- 43,722,000 (2) 72,092,000 (-) 37 (2) Quantités de sucre raffiné exportées (de fabrication française) :
- En 1889 ; 52,554,000 kilogrammes.
- 432,000 4,811,000 319 En 1866 : 90,118,000 —
- » 80,000 » (3) Quantités de café importées pour la consom-
- mation :
- » » » En 1859 : 30,337,000 kilogrammes.
- 4 74,00.0 423,000 147 En 1866 : 44,833,000 —
- » » »
- 443,000 303,000 »
- 368,000 1,288,000 250
- 370,000 314,000 (4) Quantités de tabac en feuilles ou côtes im-
- 789,000 791,000 » portées : En 1839 : 24,100,000 kilogrammes.
- 4,395,000 2,741,000 96 En 1866 : 17,103,000 —
- 4,442,000 9/118,000 346 (5) Citrons, oranges, noix de coco, etc.
- 7,404,000 11,031,000 49 (6) Raisins secs, figues confites, etc.
- 4,463,000 8,688,000 95 (7) Amandes, noix, noisettes, etc.
- 4,4 32,000 5,633,005 36
- 2,378,000 6,982,000 194
- 24,877,000 (s) 73,230,000 (8) 233 (8) Quantités de beurre exportées ;
- En 1839 : 8,266,000 kilogrammes.
- 'c 0 0 0 42,334,000 225 En 1866 : 30,300,000 —
- 607,000 3,022,000 398
- 44 6,000 320,000 176
- 209,000 1,218,000 483
- 4,026,000 4,496,000 338
- 8,923,000 7,831,000 49
- 909,000 2,370,000 161
- » )) )>
- 4 2,208,000 21,042,000 72 (9) Spécialement morues et y compris les poissons
- marinés.
- » » » (10) Quantités d’huîtres importées ;
- » » En 1859 : 12,044,000 (en nombre).
- En 1866 : 28,477,000 —
- 2,025,000 4,606,000 5)
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-
-
-
- 762
- GROUPE VII
- PRINCIPAUX PRODUITS IMPORTÉS EN 1865.
- Blé et farine.... |
- Orge..............
- Avoine............
- Maïs..............
- Riz...............
- Pommes do terre..
- Beurre............
- Fromage...........
- Œufs............|
- Huile d’olive.... £ Fruits frais
- i
- Poissons........<
- Sucre
- Café
- Thé.............|
- Cacao............
- Poivre............
- Tabac et cigares..
- Vins
- f
- (
- Spiritueux (&}...
- Quantités.
- Valeur....
- Quantités.,
- Quantités........
- Valeur...........
- Quantités.....
- Valeur...........
- Quantités.......
- frais...........
- secs ou fumés..
- brut.............
- raffiné.........
- Quantité.........
- Valeur..........
- Quantité.........
- Valeur...........
- Quantité.........
- Quantité........
- Valeur..........
- do France........
- d’ailleurs (3)..
- Quantité,
- Valeur.... f Quantité l Valeur..
- . Quantité,
- Quantité
- Total.... Quantité.........
- Valeur totale.....................
- Quantité...........................
- Valeur.............................
- (1) Oranges, citrons, raisins, poires, pommes, etc.
- (2) Soit environ 503 millions de kilogrammes.
- (3) En 1859, c’était seulement 695,000 gallons.
- (A) Principalement de Portugal et d’Espagne.
- (5) Eau-de-vie et rhum.
- Cwts. Liv. sterl. Cwts.
- Milliers. Liv. sterl. Tonnes. Liv. sterl. Bushels. Cwts.
- Liv. sterl.
- Cwts. Liv. sterl.
- Cwts. Liv. poids. Liv. sterl. Liv. poids. Liv. sterl. Liv. poids.
- Liv. sterl. Gallons.
- Gallons. Liv. stefl. Gallons. Liv. sterl.
- 24,818,000 20,692,000 7,818,000 7,711,000 •
- 7,087,000 1,939,000 807,000 1,068,000 842,000 303,300 928,000 30,716 1,617,000 2,927,000 118,500 307,000 463,000 9,876,000 (2) 12,364,000 724,000 30,511,000 1,352,0.00 97,834,000 7,325,000 3,826,000 4,713,000 2,597,000.
- 2,61J,000 n
- 9,383,000
- 11,994,000
- 3,295,000
- 6,732,000
- 1,219,000
- i
- 763
- (ANGLETERRE).
- PRINCIPAUX PRODUITS EXPORTÉS EN 18G5.
- ( Quantités Barils.
- Bière et ale ( Valeur Liv. sterl.
- Bœuf,lard, jambon. Valeur Liv, sterl.
- Fromage . Valeur Liv. sterl.
- Beurre . Valeur
- Poissons . Valeur Liv. sterl.
- Huîtres . Valeur Liv. sterl.
- Condiments (Pickles and sauces). Valeur Liv. sterl.
- Sucre raffiné . Valeur Liv. sterl.
- ( Quantité ’ \ Gallons.
- Spiritueux
- ( Valeur Liv. sterl.
- Sel . Valeur Liv. sterl.
- 562,000
- 2,061,000
- 269,000
- 111,000
- 333,200
- 689,000
- 64,000
- 328,400
- 230,000
- 1,987,000
- 2,061,000
- 275,000
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-
-
-
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-
-
-
- GROUPES VIII ET IX
- PRODUITS VIVANTS, MATÉRIEL AGRICOLE, etc.
- (Classes 74 à 88)
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-
-
-
- 766
- GROUPES VIII
- PRODUITS VIVANTS ET ( Classes
- IMPORTATION
- ACCROIS- SEMENT
- EN 1 859 EN 1866
- GROUPES VIII et IX. Nombre. Valeur. Nombre. Valeur. (nombre)
- Chevaux Têtes. 18,640 francs. 12,363,000 Têtes. 13,980 francs. 10,448,000 33
- Mules, mulets, ânes, ànesses... 1,661 309,000 542 276,000 33
- / Bœufs et taureaux 24,391 10,038,000 33,528 22,122,000 •126
- Bêtes bovinest Vaches 53,312 14,716,000 50,635 13,418,000 33
- Autres 36,864 2,643,000 36,906 2,41 3,000 33
- Bêtes ovines, brebis, moutons, etc. 460,032 15,994,000 771,300 27,874,000 68
- Porcs et cochons de lait........ 166,838 7,175,000 94,400 6,653,000 >3
- Gibier, volaille et tortues 33 626,000 33 933,000 33
- Sangsues » 33 33 33 3)
- Poissons (voir groupe VII) 3) 33 3) 33 33
- Cocons et œufs de vers à soie 33 33 )j 33 33
- (voir groupe V) .
- Graines pour semences (voir » 3) 33 33 33
- groupe V)
- Oranges, citrons, figues (voir 33 >3 )> 33
- groupe VII)
- Outils agricoles (voir groupe-VI). » 33 » » 33
- GROUPE X. — Ce dernier groupe, qui comprend les plans, î nodèles,
- de la population, ne saurait, on le conçoit, être l’objet d’un tableau de chiffres
- 767
- ET IX (FRANCE).
- MATÉRIEL AGRICOLE.
- 94 à 88.)
- EXPORT ATI OS
- ACCROIS-
- EN I S66
- SEMENT
- EN 1859
- observations.
- (nombre)
- Valeur.
- Nombre.
- Valeur.
- Nombre.
- francs.
- têtes.
- francs.
- têtes.
- L’existence générale des chevaux en France était évaluée, en 1850, à 2,984,00 têtes.
- S,648,000
- 23,565
- 20,000
- 61,000
- L’existence, des bêtes bovines en France était, en 1852, de
- 20,433
- 676,000
- L'existence des bûtes ovines était, I
- Les chiffres ci-dessus sont empruntés h la Statistique de la France de M. Maurice Bloclc (tome II, p. 77 à 89).
- collections et types propres à l’amélioration des conditions physiques et morales analogue à ceux des groupes précédents.
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-
-
-
- 768
- ANGLETERRE
- PRINCIPAUX PRODUITS DES GROUPES VIII ET IX.
- NOMliUE. VALEUR.
- 1 importés en 1865.. Chevaux { 1,332 39,658 1. St.
- ( exporter — A,400 185,367
- Anes et mulets exportés 130 1,291
- Bestiaux (race bovine) importés 0) 283,271 4,401,482 (2)
- Moutons et agneaux importés (1 914,170 1,787,866 (2)
- Porcs importés (1) 136,943 3o9,06o
- Volailles et gibier importés... .. » 148,000
- Miel id quantité 4,519 cwt. »
- Cire d’abeilles id id. 40,678 cwt.
- Raisins secs id id. 368,000 cwt. »
- Figues et dattes id id. 94,000 cwt. »
- Oranges et citrons... .id id. 1,576,000 bush.
- (1) Le document auquel ont été empruntés les chifîres ci-dessus fait remarquer que l’exportation du bétail, des moutons et des porcs est à peu près insignifiante. (2) Valeur, en francs, de ces deux spécialités du bétail importé : -151,733,700.
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-
-
-
- TABLEAU COMPARATIF
- DU COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE
- POUR LES PÉRIODES
- 1858-1859
- ET
- 1864-1865
- . 'A
- - - ^ if
- 49
- T XII.
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-
-
-
- 710
- TABLEAU COMPARATIF DU COMMERCE POUR LES PÉRIODES 1858-59
- I 858
- I 859
- MOYENNE.
- 1° COMMERCE GÉNÉRAL (1).
- Valeurs en
- ! Matières nécessaires à l’industrie..
- i naturels..
- Objets de consommation! , . . .
- | fabriques.
- V Totaux.............
- ! Produits naturels.................
- Produits fabriqués...............
- Totaux..............
- Importations et exportations réunies.........
- 2o COMMERCE SPÉCIAL (2).
- Matières nécessaires à l’industrie..
- ( naturels..
- Objets de consommation < , , . ,
- • (fabriqués.
- Totaux..............
- Produits naturels................
- Produits fabriqués...............
- Totaux..............
- Importations et exportations réunies..........
- Importations .
- Exportations. ;
- 1,361 1,429 1,393
- 418 467 442.5
- 383 439 442
- 2,164 2,333 2,239.5
- 1,010 1,190 1,100
- 1,331 1,867 1,704
- 2,361 3,057 2,804
- 4,725 5,412 5,0(38.5
- 1,144 1,205 1,174.5
- 337 374 365.5
- 62 62 62
- 1,363 1,641 1,602
- 726 863 794.3
- 1,161 1,403 1,282
- 1,887 2,266 2,076.5
- 3,450 3,907 3,078.5
- (t) Le Commerce général comprend, outre le commerce spécial dont il est parlé ci-après, extérieur de la France tant avec ses Colonies qu’avec l’Étranger,
- (2) Le Commerce spécial n’est qu’une partie du Commerce général, en ce qu’il ne comprend 1° A l'importation des produits entrés dans notre consommation nationale;
- 2° A Vexportation des produits provenant de notre sol et de nos industries.
- 771
- EXTÉRIEUR DE LA FRANCE et 1864-65 (*).
- ACCROISSEMENT
- de
- I 864 1 865 MOYENNE. la moyenne 1864-65 sur celle de
- 1858-59.
- (*) On n’a pu faire entrer dans ce cadre
- millions de francs.) l’exercice 1866, attendu que, comme il a
- 2,129 2,221 2,175 55 0/0 été expliqué plus haut, le Tableau général du Commerce de cette année n’avait pas
- 622 649 635.5 30 encore paru au moment où se terminait le
- 656 658 937 55 présent travail.
- 3,407 3,528 3,467.5 49
- 1,351 1,788 1,669.5 52
- 2,370 2,299 2,334.5 31
- 3,921 4,087 4,004 78
- 7,321 7,615 7,471.5 49
- 1,867 1,971 1,919 03 0/0
- 506 499 502.5 22
- 155 172 163.5 104
- 2,528 2,642 2,583 61
- 1,219 1,414 1,316.5 66
- i ,7Q5 1,675 1,690 32
- 2,924 3,089 3,006 45
- 5,452 5,731 5,591 (**) 52 (**) Voir, pour le commerce spécial de 1866 et 1867,1e Nota h la page suivante.
- les opérations du Transit, de la Réexportation et des Entrepûts. C’est l’ensemble du Commerce
- ni les opérations du Transit et de la Réexportation, ni celle des Entrepôts. Il se forme ;
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-
-
-
- NOTA
- Au moment où nous sont livrées les épreuves de ce travail, paraît (1er février 1868) le Tableau provisoire du Commerce pour 1887, publié par l’Administration des Douanes, lequel fournit les chiffres du Commerce spécial. Nous les consignons ici, en les rapprochant de ceux de 1859 et 1866.
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. TOTAL.
- (Valeur en millions.)
- 1859................. 2,355 3,057 5,412
- 1866 ............... 2,793 3,181 5,974
- 1867 ............... 3,155 2,972 (1) 6,128
- (l) L’affaiblissement de notre exportation en I8G7, par comparaison avec l’année 186G, tient principalement au fait des récoltes. Nous avons livré à l'étranger, en 1867, beaucoup moins de blés et de vins. (Différence en moins, 166 millions.)
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-
-
-
- VALEUR COMPARÉE DES ÉCHANGES DE LA FRANCE
- AYEC LES PRINCIPAUX PAYS
- en 1859 et 18G5.
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-
-
-
- 774
- Valeur comparée des échanges de la France avec
- ( SsîBpoHatïons et exgîo&'tatiOBig
- K A N G d’importan en 1805. ce I 859 (en millions DE FRANCS).
- Angleterre (Royaume-Uni ci’). 1181
- 2 Suisse.
- l)00 \MJ
- 3 Belgique
- 4 Italie a jo yi) 'îfiQ (a\
- ooo
- 5 Association allemande 396 (8) O.l fi
- 6 Espagne
- 7 Turquie Z 1 D
- 8 Brésil l 1 o i Qft
- 9 Égypte 1 oO ao
- -10 États-Unis 01/
- 11 Russie J A J
- 12 Bio de la Plata 1U1
- 13 Inde anglaise JO
- 14 Amérique espagnole (il) . .. / 1 fiQ
- 15 Pavs-lîas ' OO 77
- IG Mexique .. t t 09
- 1 7 Villes anséatiques fi2) zz 51 a •>
- 18 Uruguay
- 19 Pérou fiQ
- 20 Chili Oo AP
- 21 Chine ‘lO 4 P
- 22 Norwége 1 U 90
- 23 Portugal 26
- 24 Haïti... AS
- 25 Suède o
- 2G Etats barbaresques fl3) Z o 23 •) K ( 4 f, \
- 27 Autriche.
- 28 Afrique anglaise (i g) O J \* *J 34 4 I
- 29 Vénézuéla
- 30 Côte occidentale d’Afrique 12 4 a
- 31 Grèce
- 32 États-Romains... 20
- 33 Nouvelle-Grenade 7
- 34 Japon(i7) y» /4 7^
- 33 Amérique anglaise » \1/J 3
- 36 Amérique danoise Q
- 37 Cochinchine et Siam ))
- Tous autres navs étrangers 16
- Totaux, navs étrangers. 5,019 4 Q4
- Colonies françaises, savoir ; Algérie
- Guadeloupe, Martinique, Bourbon et Guyane 1 ifl 149 an
- Sénégal et Indes françaises
- Pêcheries 90
- MO
- Totaux, Colonies françaises .. aao
- Totaux généraux , 3,412
- 775
- les principaux pays en 1859 et en 1865.
- réunies. Commerce général. )
- 1 865 ACCROISSE-
- (en millions MENT
- DE FRANCS) p. 0/0
- 1,995 (l) 69 (l) Non compris les Iles de la Méditerranée (Gibraltar, Malte, l’Ionie , etc.), qui figuraient dans les comptes de 1859. (Voir la note 18).
- 732 (3) 37 (2 et 3) Transit considérable de ou pour l’Allemagne du Sud et du Centre.
- 7-H (S) 82 (4 et 5) Transit considérable de ou pour l’Allemagne et les autres pays du Nord.
- 700 (7) 90 (6 et 7) Transit considérable pour l’Autriche et les contrées Danubiennes. En 1865, s’ajoute aux Etats Italiens la Lombardie.
- 507 (9) 289 28 3-4 (8 et 9) Pays d’entremise aussi pour le nord Européen,
- 259 49
- 215 58
- 212 444
- 190 (10) 5> (10) Effets de la guerre de sécession, qu’avait précédée la
- 148 47 crise cotonière. Une partie de notre commerce avec le^
- 119 105 Etats-Unis passe incidemment aux entrepôts britanniques.
- 99 39
- 83 22 (11) Cuba et Porto-Rico.
- 83 8
- 76 245
- 76 49 (12) Hambourg, Brême et Lubeck, entrepôts du commerce
- 63 97 du Nord.
- 59 )>
- 55 38
- 49 390
- 48 66
- 47 81
- 39 »
- 37 61
- 35 53 (13) Maroc, Tunis et Tripoli.
- 34 (15) » (14 et 15) Commerce par mer. Les opérations par terre s’effectuent à travers la frontière piémontaise et figurent ainsi au compte de l’Italie.
- 32 » (IG) Le Cap et Port Natal.
- 25 127
- 23 92
- 22 69
- 20 » -
- 10 •43
- 9 » (17) Confondu avec la Chine en 1859.
- 8 107
- 7
- 7 »
- 91 (18) 469 (18) Dont 64 millions au commerce avec les possessions anglaises de la Méditerranée, qui, en 1859, figuraiënt au
- 7,214 44 compte général Angleterre. (Voir note 1.)
- 222 (19) 16 (19) Ainsi notre colonie d’Algérie, en 1865, occupe le hui-
- 115 » tième rang dans l’ordre des pays avec lesquels nous com-
- 37 23 merçons.
- 27 17
- 401 2
- 7,615 41
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-
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- p.776 - vue 747/763
-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- DU
- TOME DOUZIÈME
- GROUPE VIII
- PRODUITS VIVANTS ET SPÉCIMENS D’ÉTABLISSEMENTS DE L’AGRICULTURE.
- CLASSE 74
- SPÉCIMENS D’EXPLOITATIONS RURALES ET D’USINES AGRICOLES.
- SECTION I.
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'AGRICULTURE, SUR SES PROGRÈS
- ET SES BESOINS,
- PAR M. EUGÈNE TISSERAND.
- CHAPITRE I.
- Pages,
- Situation économique : hausse générale des salaires, dépopulation
- DES CAMPAGNES, INTÉRÊTS COMMUNS DE L’AGRICULTURE ET DE L’INDUSTRIE. 5
- CHAPITRE II.
- Nécessité des machines et d'un outillage perfectionné....... 10
- CHAPITRE III,
- Variations du prix des terres et denrées agricoles.......... 16
- CHAPITRE IV.
- Théorie nouvelle de l’agriculture. — Loi de la restitution intégrale .................................................... 19
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- HH
- CHAPITRE V.
- LES GRANDS PRIX DE L’AGRICULTURE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- Pages.
- g 1. Création et amélioration des domaines ruraux de la Couronne (France)...................................................... 28
- Sologne.................................................... 29
- Ferme de Yincennes. ......................................... 34
- Autres domaines.............................................. 35
- g 2. Haras impériaux d’Autriche............... . .................. 39
- g 3. Exploitations particulières (France)...................... 39
- g 4. Perfectionnement du matériel agricole (Grande-Bretagne).... 43
- g 5. Moissonneuses. M. Mac Cormick (États-Unis).................. 45
- g 6. Acclimatation de végétaux, introduction de grandes cultures
- (Indes Orientales)...................................... 46
- g 7. Travaux de dessèchement (Lac Fucino, Italie)................ 47
- g 8. Améliorations générales..................................... 48
- CHAPITRE VI.
- Sylviculture et améliorations forestières........................... 49
- CHAPITRE VII.
- Travaux sur la physiologie végétale. — Découverte et fabrication
- des engrais............................................. 32
- CHAPITRE VIII.
- Conservation des grains,
- 53
- SECTION II.
- CHARRUES, SEMOIRS, DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS; MOTEURS A VAPEUR, MANÈGES, MOULINS A BRAS, A EAU, A VAPEUR; HACHE-PAILLE, PRESSES ET PRESSOIRS, MACHINES A ÉLEVER L’EAU,
- PAR M. J.-A. GRANDVOINNET.
- CHAPITRE I.
- Charrues......................................................... 38
- g 1. Essais dynamomélriques .................................... 59
- Résultats des expériences dynamomélriques faites sur les
- principales charrues (tableau)............................ 60
- g 2. Charrues tourne-oreilles................................... 62
- g 3. Charrues pour labours profonds............................. 63
- g 4. Charrues défonceuses ramenant le sous-sol à la surface .... 63
- g 5. Charrues fouilleuses et sous-sols........................... 63
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- TABLE DES MATIÈRES. 779
- Puges.
- g 6. Charrues de défrichement............................ 64
- g 7. Rigoleuses et niveleuses..................................... 64
- g 8. Bisocs......................................................... 64
- g 9. Polysocs....................................................... 65
- g 10. Appareils pouvant s’approprier aux diverses cultures du sol. 65
- g 11. Appareils propres à remplacer la charrue ou fa bêche..... 66
- g 12. Instruments pour la culture de la vigne par les bêtes de
- trait.................................................... 66
- CHAPITRE il.
- SEMOIRS ET DISTRIBUTEURS D’ENGRAIS.
- g 1. Semoirs pour toutes graines à plat.............................. 67
- g 2. Semoirs à céréales.............................................. 69
- g 3. Semoirs pour les cultures en billons............................ 69
- g 4. Semoirs pour racines............................................ 69
- g 5. Semoirs à poquets pour graines spéciales........................ 70
- g 6. Semoirs mixtes pour graines et engrais.......................... 70
- g 7. Distributeurs d’engrais pulvérulents............................ 70
- g 8. Distributeurs d’engrais liquides................................ 71
- CHAPITRE III.
- MOTEURS A VAPEUR.
- g 1. Moteurs à vapeur de plus de 6 chevaux....................... 71
- g 2. Moteurs à vapeur de 6 chevaux et au-dessous................. 72
- Tableau des résultats des essais au frein faits sur les machines
- à vapeur, à Billancourt, les 26 et 27 août 1867...... 74 et 75
- CHAPITRE IV.
- MANÈGES.
- g 1. Manèges à terre......................................... 76
- g 2. Manèges en l’air à colonne.............................. 77
- CHAPITRE V.
- MOTEURS A VENT.
- 1. Moulins à vent........................................... 78
- CHAPITRE VI.
- MOULINS.
- g 1. Moulins à bras........................................... 79
- g 2. Moulins à eau ou à vapeur................................ 83
- 3. Essais dynamomélriques des moulins à farine, faits à Billancourt les 24 et 26 septembre 1867, par M. Grandvoinnet.. 85
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- TABLE DES MATIERES.
- 780
- CHAPITRE VIL 1IACIIE-PAILLE.
- Pages.
- g 1. Hache-paille à moteur....................................... 86
- g 2. Hache-paille à moteur et à main............................. 88
- g 3. Hache-paille à main......................................... 88
- CHAPITRE VIII.
- PRESSES ET PRESSOIRS.
- Presses à huile.................................................... 89
- Pressoirs à vin et à cidre....................................... 90
- Presses à foin.................................................. 93
- CHAPITRE IX.
- MACHINES A ÉLEVER L’EAU.
- 1° Norias et autres machines élévatrices pour l’irrigation....... 94
- Tableau des expériences dynamométriques faites sur la noria de M. de Saint-Romas, à Billancourt, les 29 et 30 août 1867,
- par M. Grandvoinnet....................................... 96
- g 1. Machine élévatrice à tube oscillant......................... 97
- g 2. Pompe à force centrifuge.................................... 98
- Tableau des résultats des expériences faites sur le pendule
- hydraulique de M. Coligny................................ 100
- g 3. Pompe à purin.............................................. 102
- g 4. Pompes à usage domestique.................................. 102
- Résultats des essais faits sur les pompes................. 104
- SECTION III.
- PRINCIPAUX INSTRUMENTS ET TRAVAUX DIVERS DE L’AGRICULTURE,
- PAR M. AURELIANO.
- CHAPITRE I.
- MOISSONNEUSES, FAUCHEUSES-FANEUSES ET RATEAUX.
- g 1. Moissonneuses............................................. 106
- g 2. Faucheuses................................................. 110
- g 3. Faneuses et râteaux........................................ 112
- CHAPITRE II.
- MACHINES A BATTRE ET APPAREILS DE NETTOYAGE POUR LES GRAINS.
- g 1. Machines à battre à vapeur et à manège................... 112
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-
- TABLE DES-MATIÈRES.
- 781
- Pages.
- g 2. Machines à battre exigeant plus de 6 chevaux de force .... 114
- g 3. Machines exigeant 6 chevaux de force et au-dessous....... HT
- g 4. Machines à battre à manège pour grandes exploitations, et
- ne brisant pas la paille................................. 118
- g 5. Machine à battre à manège brisant la paille................ 119
- g 6- Tarares, trieurs et cnbleurs.................................. 120
- g T. Égréneuses de trèfle, luzerne, maïs et décorliqueurs......... 123
- g 8. Petits moulins................................................ 126
- CHAPITRE III.
- INSTRUMENTS POUR LA PRÉPARATION DE LA NOURRITURE DES ANIMAUX.
- g 1. Coupe-racines............................................. 127
- g 2. Machines à presser le foin................................ 129
- CHAPITRE III bis.
- APPAREILS POUR LA PRÉPARATION P ES PRODUITS AGRICOLES.
- g 1. Tilleuses de chanvre et de lin............................. 130
- g 2. barattes.............................. .................... 132
- g 3. Fourneaux et appareils propres à la cuisson................ 133
- CHAPITRE IV.
- MACHINES ET APPAREILS POUR DIVERSES PRÉPARATIONS DU BOIS.
- g 1. Machines à écorcer les bois................................ 136
- g 2. Appareils pour la carbonisation des bois................... 138
- g 3. Fabrication des charbons................................... 141
- CHAPITRE V.
- APPAREILS DE VINIFICATION ET DE DISTILLATION.
- g 1. Appareils de vinification........................................ 143
- g 2. Appareils à distiller............................................ 146
- CHAPITRE VI.
- Types de batiments ruraux
- 148
- CHAPITRE VII. INDUSTRIES AGRICOLES.
- g 4. Féculeries ................................................... 155
- g 2. Systèmes d’éducation pour les vers à soie. ................... 156
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- 782
- TABLE DES MATIÈRES.
- CHAPITRE VIII.
- Pages.
- Conservation des produits agricoles. — Appareils propres a la conservation des crains.......................................... 159
- CHAPITRE IX.
- Spécimens de cultures et d’assolements........................ 162
- CHAPITRE X.
- g 1. Appareils d’évaporation................................. 168
- § 2. Appareils pour la tonte des animaux.................... 170
- SECTION IY.
- Constructions rustiques....................................... 172
- PAR M. ALBERT LE PLAY.
- SECTION V.
- TRAVAUX DIVERS DE L’AGRICULTURE,
- PAR M. LESAGE.
- g 1. Drainage.............................................. 182
- g 2. Niveleuse............................................. 183
- g 3. Conduites pour liquides et gaz......................... 184
- g 4. Outils.......................... ..................... 186
- g 5. Harnais............................................... 186
- g 6 Appareils de cuisson et d’économie domestique.......... 187
- SECTION YI.
- DESSÈCHEMENT DU LAC FUCINO ET MISE EN CULTURE DU TERRAIN CONQUIS,
- PAR M. ED. GRATEAU.
- g 1. Historique.............................................. 188
- g 2. Description des travaux actuels.................. 192
- CLASSE 75
- CHEVAUX, ANES, MULETS, ETC; MAHÉCHALERIE.
- SECTION .
- EXPOSITION CHETALINE,
- PAR M. ROUY.
- g 1, Considérations générales............................... 19Ç
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-
- TABLE DES MATIERES
- 783
- Pages.
- g 2, Les haras français avant 1789................................... 201
- g 3. Les haras français depuis 1789.................................. 204
- g 4. Situation actuelle des haras français........................... 209
- SECTION IL
- LES CHEVAUX ÉTRANGERS,
- PAR M. BASILE DE KOPTEFF.
- CHAPITRE I.
- Considérations générales........................................... 214
- CHAPITRE IL
- Russie............................................................. 215
- Races indigènes.................................................... 216
- Races perfectionnées............................................... 217
- CHAPITRE III.
- Autriche........................................................... 223
- CHAPITRE IV.
- AUTRES PAYS ÉTRANGERS.
- g 1. Prusse................................................. 228
- g 2. Bavière................................................ 229
- g 3. Régence de Tunis..................................... 230
- g 4. Égypte............................................... 230
- g 5. Siam................................................ 231
- CHAPITRE v.
- EXAMEN PARTICULIER DE LA SITUATION CHEVALINE AU MEXIQUE , EN ANGLETERRE ET AUX ÉTATS-UNIS.
- 1. Mexique.................................................... 232
- ;T2. Angleterre................................................. 233
- ; 3. États-Unis d’Amérique...................................... 234
- SECTION IIL
- Anes et mulets,
- 236
- AR M. ED. PRILLIEUX.
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-
- TABLE BES MATIERES.
- 784
- SECTION IV.
- Pages.
- Chameaux .............................................. 244
- PAR M. ED. PRILLIEUX.
- SECTION V.
- LA MARÉCHALERIE,
- PAR M. BOULEY.
- g 1. Résumé historique................................... 250
- g «. Premiers progrès de la maréchalerie................. 255
- g 3. Système de ferrure de M. Charlier................... 258
- g 4. Fabrication mécanique des fers à cheval............. 262
- CLASSE 76
- B OE U F S , BUFFLES,
- PAR M. ANDRÉ SANSON.
- CHAPITRE I.
- Amu;c général............................................. 267
- CHAPITRE II.
- Animaux gras.............................................. 283
- CHAPITRE III.
- Animaux producteurs de lait............................... 286
- CHAPITRE IV.
- Animaux travailleurs...................................... 293
- CLASSE 77
- MOUTONS ET CHÈVRES,
- PAR M. MAGNE.
- CHAPITRE I.
- Espèce ovine.............................................. 312
- g 1. Races de boucherie................................... 313
- 1° Race pure Soutdhown, Dishley, New-Kent.......... 313
- 2° Métis anglo-français........................... 315
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-
- TABLE DES MATIÈRES. 785
- Pages.
- g 2. Races à laine.......................................
- 1° Race pure....................................... 317
- 2° Métis-mérinos................................... 319
- 3° Ancienne race française......................... 320
- Animaux divers.................................. 323
- 4° Race à laine extra-fine......................... 324
- 5° Animaux hors concours........................... 323
- 6° Résumé........................................ 327
- 1° Aptitudes des races ovines...................... 328
- 2° Précocité....................................... 328
- 3° Amélioration des laines......................... 329
- CHAPITRE II.
- Espèce caprine............................................. 331
- CLASSE 78.
- PORCS ET LAPINS,
- SECTION I.
- Porcs...................................................... 333
- PAR M. REYNAL.
- SECTION II.
- Lapins..................................................... 341
- PAR M. J. LAVERRIÈRE,
- CLASSE 79.
- OISEAUX DE BASSE-COUR,
- PAR M. FLORENT PRÉVOST.
- g 1. Considérations générales............................ 347
- g 2. Produits exposés...................................... 330
- CLASSE 80
- RACES CANINES,
- PAR M. PIERRE P1CHOT.
- g 1. Considérations générales.............................. 333
- 50
- T. XII.
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-
-
- 786
- TABLE DES MATIÈRES.
- Pages,
- g 2. Chiens de berger........................................ 357
- g 3. Chiens de montagne et grands mâtins..................... 358
- g 4. Bulldogs................................................ 359
- g 5. Chiens courants, chiens de Gascogne, de la Vendée....... 359
- g 6. Foxhounds et harriers................................... 362
- g 7. Chiens de luxe.......................................... 366
- g 8. Conclusions............................................ 367
- État statistique des meutes de fraxce, dressé sur les pièces de
- l’enquête du jury de la classe 80......................... 369
- Vénerie impériale........................................... 369
- Équipage de s. a. i. MSr le prince napoléon................. 369
- État statistique des meutes de la grande-bretagne........... 386
- Meutes pour cerfs...........................................-. 386
- Meutes pour renards (Faxhounds)............................. 386
- Équipages de lièvre (Harriers)................................ 392
- Meutes de beagles............................................. 398
- Équipages de loutre (Otterhounds)............................. 398
- CLASSE 81.
- INSECTES UTILES.
- SECTION I.
- LES INSECTES UTILES,
- PAR IV). ÉMILE BLANCHARD.
- CHAPITRE I.
- Les bombyx producteurs de soie................................ 403
- CHAPITRE It.
- LES ABEILLES.
- g 1. Les ruches du cultivateur.............................. 417
- g 2. Les ruches d’amateurs ou ruches à cadres............... 424
- g. 3. Les ruches d’observation................................ 427
- SECTION II.
- SÉRICICULTURE,
- PAR M. DE QUATREFAGES.
- g 1. Production séricicole antérieurement à l’apparition de la
- pébrine............................................. 430
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-
- TABLE DES MATIEBES.
- 787
- Pages.
- g 2. Apparition et effets généraux de la pébrine.............. 43-4
- g 3. Pertes occasionnées en France par la pébrine............. 439
- g 4. Pertes occasionnées par la pébrine dans diverses contrées
- autres ..que la France................................. 442
- g 5. Mesures à prendre pour atténuer le mal................... 445
- I. Action des gouvernements............................ 445
- II. Action des populations............................. 447
- Conclusion.............................................. 449
- CLASSE 82.
- POISSONS, CRUSTACÉS ET MOLLUSQUES ;
- PAR M. DE CHAMPEAUX.
- CHAPITRE I.
- AQUARIUMS ET PISCICULTURE MARITIME.
- g 1. Observations générales.................................. 453
- g 2. Parcs et viviers maritimes; élevages.................... 456
- g 3. Richesses à exploiter dans la mer....................... 458
- CHAPITRE II.
- ÉTAT DES PÊCHES EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER.
- g 1. France.................................................. 460
- Pêche à la morue (Terre-Neuve et Islande).............. 460
- Pêche du hareng (Salaison à bord et hareng frais)...... 461
- Pêche du maquereau (Salaison à bord).................... -461
- Pêche côtière............................................ 462
- g 2. Pays étrangers......................................... 463
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-
- 788
- TABLE DES MATIERES.
- GROUPE IX
- Tages.
- PRODUITS VIVANTS ET SPÉCIMENS D’ÉTABLISSEMENTS D’HORTICULTURE. 467
- CLASSE 83.
- SERRES ET MATÉRIEL DE L’HORTICULTURE.
- SECTION I.
- EXPOSITIONS D’HORTICULTURE ,
- PAR M. L. BOUCHARD-HUZARD,
- g 1. Expositions antérieures à 1867......................... 472
- g 2. Exposition Universelle de 1867......................... 480
- SECTION II.
- PARCS ET MATÉRIEL DE L’HORTICULTURE.
- PAR M. J. DARCEL.
- g 1. Parcs et jardins....................................... 494
- g 2. Serres................................................. 513
- g 3. Chauffage.............................................. 515
- g 4. Rochers et mobiliers des jardins....................... 518
- g 5. Instruments et outils.................................. 520
- CLASSE 84.
- FLEURS ET PLANTES D’ORNEMENT DE PLEINE TERRE,
- PAR M. VERLOT.
- g 1. Arbres et arbustes à feuillage persistant.............. 527
- Conifères ou arbres résineux......................... 527
- Houx (Ilex).......................................... 529
- Yuccas............................................... 529
- Aucubas............................................. 530
- Magnolias.. ......................................... 530
- g 2. Arbustes fleurissants.................................. 531
- t Rhododendrons............................................... 531
- Azalées de pleine terre.............................. 532
- Rosiers.............................................. 532
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-
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- TABLE DES MATIERES. 789
- Pages.
- I 3. Végétaux herbacés. Plantes bulbeuses.................... 533
- Jacinthes.............................................. 533
- Tulipes................................................. 534
- Glaïeuls...............................•............... 534
- 'i 4. Plantes vivaces variées.................................... 535
- Pivoines diverses....................................... 535
- Dahlias................................................. 536
- Œillets divers......................................... 537
- Phlox................................................... 538
- Roses-trémières (althœa rosea)........................... 538
- Plantes vives en collection............................ 538
- Fougères de pleine terre................................. 539
- \ 5. Plantes annuelles variées .............................. 541
- Plantes annuelles réunies en collection.................. 541
- ’ï 6. Bouquets de fleurs naturelles.............................. 543
- CLASSE 85
- PLANTES POTAGÈRES,
- PAR M. COURTOIS-GÉRARD.
- Ananas........................................................... 550
- Artichauts....................................................... 550
- Asperges......................................................... 551
- Carottes......................................................... 552
- Champignons..................................................... 553
- Choux........................................................... 554
- Choux-fleurs................................................... 554
- Cresson de fontaine......................................... 555
- Fraises.......................................................... 555
- Haricots......................................................... 557
- Ignames de la Chine.............................................. 557
- Melons........................................................... 559
- Navets........................................................... 559
- Pois............................................................. 560
- Pommes de terre.................................................. 560
- Tomates.......................................................... 562
- Truffes.......................................................... 563
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-
- 790
- TABLE DES MATIERES.
- CLASSE 86
- ARBRES FRUITIERS ET FRUITS.
- SECTION I.
- ARBRES FRUITIERS ET FRUITS,
- PAR M. ALPHONSE DE GALBERT.
- CHAPITRE I.
- Pages.
- Arbres fruitiers.......;..................................... 569
- CHAPITRE II.
- Fruits......................................................... 588
- SECTION II.
- LA VITICULTURE ET SES PRODUITS,
- PAR M. LE DOCTEUR JULES GUYOT.
- CHAPITRE I.
- Admission de la viticulture a l’exposition universelle de 1867. 596
- CHAPITRE II.
- Situation et rôle de la viticulture. — Considérations générales.
- CHAPITRE III.
- AMÉLIORATIONS ET PROGRÈS.
- Préparation du sol........................................... 603
- Choix du plant. Plantation..................................... 603
- Profondeur de la plantation.................................... 604
- Dressement..................................................... 605
- Étendue de la tige............................................. 605
- Longueur de la taille......................................... 606
- Pare-à-gelée................................................... 608
- Épamprages..................................................... 608
- Incision annulaire............................................. 609
- Palissages..................................................... 609
- Cultures du sol.............................................. 610
- Provignages.................................................. 610
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-
- TABLE DES MATIERES.
- 791
- Pages.
- Fumures...... ........................................... ... 611
- Choix des cépages............................................. 611
- Maladie de la vigne.......................................... 611
- Travailleur intéressé aux fruits............................. 612
- Vendanges...................................................... 613
- Foulages, pressurages, cuvages......................... 614
- Conservation des vins........................................ 615
- Distillation et lavages...................................... 616
- Emploi des marcs à la nourriture du bétail.................... 616
- CLASSE 87
- GRAINES ET PLANTES FORESTIÈRES. — PROCÉDÉS DIVERS DE REPEUPLEMENT DES FORÊTS,
- PAR MM. FRÉDÉRIC MOREAU ET EUGÈNE DE GAYFFIER.
- Taillis sous futaie............................................ 628
- Futaie......................................................... 629
- Dunes.......................................................... 631
- Plantations.................................................... 637
- Reboisement des montagnes...................................... 638
- Résumé......................................................... 642
- CLASSE 88.
- PLANTES DE SERRES,
- PAR M. ÉDOUARD MORREN.
- CHAPITRE I.
- Introduction................................................... 645
- CHAPITRE II.
- Importance de l’horticulture................................... 648
- CHAPITRE III.
- Progrès et découverte de l’horticulture........................ 677
- Tableaux du commerce......................................... 717
- FIN DE LA TABLE DU TOME XII.
- Paris. — Imprimerie Paul Dupont, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 48.
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