La Hollande à l'Exposition
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- LA HOLLANDE A L’EXPOSITION
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- PARIS
- IMPRIMERIE BALITOUT, QUESTROY ET C°,
- 7, rue Biillif, et rue de Valois, 18.
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- LA HOLLANDE
- A L’EXPOSITION \ PAR M. ALEXANDRE B. DE MANVILLE
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- PARIS
- E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS.
- 1867
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- HOLLANDE
- L’EXPOSITION
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- La Hollande est un petit pays qui fait partout bonne figure. Tantôt il conquiert la mer elle-même sur la terre ferme, tantôt il porte au loin le drapeau national et va chercher à toutes les extrémités du monde des débouchés nouveaux à son commerce. Aujourd’hui encore, il vient rivaliser à l’Exposition de Paris avec toutes les industries de l’univers.
- En effet, dans ce concours de nations organisé
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- pour constater l’état de civilisation et de progrès de chacune d’elles, les Pays-Bas occupent un des premiers rangs. Cette vérité incontestable ressort de l’examen attentif des divers produits envoyés à à l’Exposition universelle par la Hollande.
- Tout d'abord se présentent les beaux-arts,
- Sous ce rapport, la Hollande maintient sa vieille et légitime réputation. Ses peintres contemporains prouvent qu’ils sont les dignes descendants de Rembrandt et des hommes qui portèrent si haut la renommée de l’école hollandaise.
- A l’Exposition du Champ-de-Mars, plaçons en première ligne la Visite des Bergers à la naissance du Christ de P. Van Schendel.
- La Vierge, agenouillée devant le berceau de son enfant, éclaire sa tête charmante d’une torche qu’elle tient à la main; la lueur rougeâtre fait ressortir en même temps, mais d’une teinte diffé-
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- rente, le visage de Marie et de saint Joseph, tous deux inclinés près de la crèche. Un groupe de bergers, qui se tient sur le premier plan, exprime une adoration naïve. D’autres pâtres accourent dans le lointain; l’un de ces pâtres tient une tor-che qui contraste singulièrement avec les reflets de la première et donne une grande profondeur au tableau, dont le coloris est peut-être irréprochable.
- Deux autres tableaux attirent l’attention. Ils sont signés de Martinus Kuytenbrouwer ; l’un représente deux cerfs se livrant un combat acharné, L’autre tableau représente encore ces deux cerfs dont l’un gît mort aux pieds de l’autre. La première de ces toiles est belle, sans doute, mais comme coloris et comme mouvement, la seconde nous a paru préférable. Dans l’une, on voit les cerfs aux prises, les bois enchevêtrés et roidissant leurs muscles dans de suprêmes efforts ; tout cela est dans l’ordre naturel des choses, et chacun a pu voir des combats de ce genre. Le cerf vain-
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- queur, les narines dilatées et la bouche entr’ou-verte semble à bout de respiration. Il a tué son ennemi, mais lui aussi a dû souffrir dans la lutte, car l’une de ses oreilles, ensanglantée par le combat, est fendue dans toute sa longueur. Cet ennemi, qu’il vient de terrasser, a l’un de ses bois brisé; le vaincu est tout en sang et il est mort la poitrine traversée; en vain des biches frémissantes semblent chercher dans ce corps inanimé un dernier signe de vie.
- Le tableau qui a obtenu le deuxième prix est de M. Alma Tadenia, et représente l'Éducation des petits-fils de Clotilde. Cette toile, moins grande que les autres, mais d’un pinceau aussi sûr, bien que le coloris soit d’un genre différent, se recommande surtout par la hardiesse de poses et l’attitude naturelle des personnages. Au fond, Clotilde assise sur un trône regarde l’aîné de ses fils, qui tient à la main une hachette, tout prêt à la lancer contre la cible de bois qui est déjà sillonnée en tous sens. Le plus jeune des enfants regarde son
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- frère et cherche à prévoir la portée du coup. Des gardes qui les entourent, mais plutôt au second qu’au premier plan ne font pas mauvais effet près de ce groupe énergique. On admire surtout le bois de la cible d’un fini et d’une vérité incontestable.
- Passons maintenant au troisième prix, car on n’en pas donné de premier. Il comprend trois charmants tableaux de M. J. Israëls, qui représentent: le premier, le Dernier souffle; le deuxième, le Vrai soutien; et le troisième, l’Intérieur de la maison des orphelins à Katwyk. Le Dernier souffle montre une vieille femme expirant au fond d’une sombre alcôve; sa tête livide se dessine vaguement dans l’ombre; la consternation et la douleur sont peintes sur les visages des assistants. Le père et ses enfants présentent le spectacle le plus triste et le plus navrant. Ces tableaux sont largement touchés.
- Le Vrai soutien est symbolisé par les traits
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- d’une mère malade qui regarde son enfant avec une tendresse infinie, comme pour chercher en lui un lien qui la rattache à la vie.
- La Maison des orphelins offre un caractère plus touchant que la scène que nous venons de décrire, Là, trois jeunes filles assises autour d’une modeste table et travaillant la tête penchée sans chercher à se distraire, inspirent, sans qu’on s’en doute, un respect mêlé d’admiration. La lumière, qui vient d’une haute fenêtre, jette une teinte lugubre dans l’appartement, où l’on croirait entendre le glas funèbre des morts.
- Passons à un tableau de David Bles, la Place vide au foyer. C’est l’heure du repas; la famille est réunie autour de la table; mais la mère n’occupe plus la place accoutumée : son fauteuil est vide ! La figure du père exprime l’angoisse la plus poignante; il ne trouve plus de larmes dans ses yeux pour pleurer celle qu’il a perdue; sa fille l’embrasse tendrement en l’entourant de ses bras. Le
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- fils, la tête appuyée sur la table, témoigne la pros-tration la plus douloureuse. Tout est charmant de noble tristesse dans ce petit tableau; jusqu’à la vieille servante, qui emporte une assiette en regardant son vieux maître d’un air désolé.
- M. Christoph Bisschop a peint une toile aussi touchante sans être aussi triste.
- La Prière interrompue est d’une adorable simplicité : c’est une jeune fille assise devant son livre d’Heures. Elle ne le regarde plus et semble méditer quelque grave question. Son visage offre une grande pureté de lignes, et ses manches rouges lui donnent un petit air moyen-âge qui tranche fort bien sur ses cheveux noirs et sa robe de velours de même couleur.
- L’Ave Maria à la campagne de Rome, de G. Postma, représente aussi une scène assez touchante. Un char traîné par des boeufs est arrêté devant des moines que le signal de la prière du
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- soir a livré à un pieux recueillement. Le conducteur regarde devant lui tout pensif, et un groupe de femmes à la tête du chariot ajoute à la naïveté du paysage. L’une d’elles tient un enfant sur sa tête dans un léger berceau et donne la main à un autre enfant plus âgé.
- Cette toile est bien peinte : on ne lui reprochera que le peu de naturel de son ciel italien.
- Il serait injuste de parler de la Hollande sans mentionner ses vaches. Elle vient d’en envoyer qui ne le cèdent en rien en beauté à celles que nous admirons dans ses grands pâturages. Le Paysage en Gueldre, de Bakhuyzen, est d’un effet des plus heureux. Une mare dont l’eau est d’une transparence remarquable, où l’on entrevoit vaguement de grandes herbes grasses, s’étend avec mollesse le long d’un bois touffu dans lequel paissent tout au fond de vigoureux ruminants. Grâce à sa perspective, ce tableau atteint une grande profondeur.
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- Puisque nous sommes dans l’eau, examinons la aussi à l’état solide dans la splendeur de l’un de ses beaux hivers.
- Des patineurs s’élancent sur la glace; les cassures que l’on aperçoit çà et là sont admirablement imitées et se fondent avec art dans les flocons de neige; l’on sent presque une impression de froid à la vue de ce tableau, et c’est une justice à rendre à M. A. Schelfout, qui en est l’auteur.
- L’Été en Grœnland, de M. Hilverdink, ne nous semble pas, à beaucoup près, aussi réussi que les œuvres dont nous venons de parler. La plage manque de ton et le ciel manque de vérité.
- Les skifs seuls, dans cette étude, sont à leur place et bien rendus.
- Plus heureux que l’auteur de l’Été en Grœnland, M. Gruyter nous a envoyé une marine mieux faite. La mer agitée balance sur ses flots une élégante
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- goélette qui lutte, toutes voiles dehors, contre la houle. Le mouvement imprimé à l’embarcation est exactement rendu. La phosphorescence des vagues, annonçant un orage prochain, donne un cachet plus original encore à cette marine.
- Un Convoi mortuaire dans les blés attache et attriste la pensée du spectateur. L’artiste, M. Maa-ten, y a mis toute son âme, car ce n’est pas seulement avec le pinceau que l’on parvient à rendre ainsi une des scènes les plus touchantes de la vie agreste.
- La mort à la campagne a quelque chose de moins effrayant et de plus poétique qu’à la ville; c’est aux champs seulement, quand la moisson dorée s’étale en épis féconds, quand la nature entière semble pleine de promesses, que la mort est vraiment pour le juste, comme l’a dit le poète, le soir d’un beau jour. L’artiste hollandais l’a compris ainsi, puisqu’il a si bien rendu le touchant spectacle de ce convoi à travers les champs.
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- Qui sait? Sous ce cercueil noir qui tranche sur les reflets jaunis des blés repose peut-être celui qui les ensemença! Un de ces travailleurs anonymes qui vivent et meurent à la peine, ignorés de tous, mais soutenus et reconnus par Dieu.
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- Dans un autre ordre de travaux, la Hollande nous donne encore une haute idée de ses progrès scientifiques et industriels.
- La marine hollandaise, bien appréciée dans tous nos ports, est, on le sait, une des meilleures pour la navigation marchande. A la facilité de chargement elle joint une grande rapidité. Nous n’en donnerons pour exemple qu’un aperçu des récents voyages du trois-mâts clipper néerlandais, Noach, qui jauge 892 tonneaux. Ce clipper a été construit au Kinderdyk, en 1857, par M. Fop Smit. Dans son premier voyage de sortie, il parcourut en vingt-quatre heures 76 milles géographiques et en dix-huit jours successifs la route accomplie a été de 1140 milles- géographiques. Comme on peut le voir, cette vitesse est remarquable; elle est due
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- aux combinaisons parfaites que le constructeur a données à ce clipper. Dans sa traversée la plus rapide il passa l’équateur le dix-neuvième jour; doubla le cap de Bonne-Espérance le quarante et unième. Mis en panne la soixante-huitième nuit par le travers du détroit de la Sonde, il passa An-jer le soixante-neuvième jour.
- Ces quelques renseignements nautiques sur la Hollande ont une importance commerciale reconnue, importance qui ressort de la comparaison toute à son avantage que l’on en peut faire avec la marine des autres nations.
- D’autres bâtiments, d’un modèle réduit, figurent aussi à l’Exposition universelle, mais ils sont d’une moindre importance. Citons cependant le modèle du vaisseau à hélice Djambi, si remarquable par sa forme légère et gracieuse. Dans le même groupe se trouve une canonnière cuirassée par un nou-veau et ingénieux système. De doubles plaques de métal renforcées de cylindres, également de métal,
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- et un peu espacés, donnent à ce genre de cuirassement un aspect tout particulier et dont la science attend des résultats favorables. On a remarqué encore au milieu de ces spécimens des bateaux de formes curieuses appartenant aux colonies. Ils présentent les découpures les plus bizarres et les plus variées. Les voiles triangulaires ou carrées ne sont pas en toile mais en paille tressée. Nous ne devons pas attacher d’ailleurs une grande importance à ces produits microscopiques qui n’ont d’autre mérite que celui de venir de loin et de donner une idée exacte des canots indigènes des colonies.
- Les cordages occupent une place assez importante dans l’exposition de la marine hollandaise. Parmi ces produits l’on remarque des doubles lanières de cuir rivées de distance en distance par de petites plaques de zinc durci. Ces cordages présentent les meilleures conditions de solidité et de durée. L’usage des moufles (poulies marines) est facilité par un système de doubles crochets d’une invention très-heureuse.
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- Nous avons remarqué dans le parc de l’Exposition une métairie avec étable pour quarante vaches laitières. Cette métairie est la reproduction exacte de celle que possède M. G. Van Geer à Lerjerdorp. Au milieu de l'étable, dans la longueur du bâtiment, court une allée de briques fort commode pour le remplissage des mangeoires qui longent, sous la forme de rigoles cintrées en zinc, l’allée de briques à sa droite et à sa gauche.
- Il s’ensuit que les vaches du côté droit re-gardent celles du côté gauche puisqu’elles ont toutes la tête dirigée vers l’allée en briques. Chaque vache a le cou entouré d’un espèce de carcan de bois fort léger et qui ne la gêne aucunement. Ce carcan auquel pendent deux petites chaînes qui glissent le long de deux piquets, suivant tous les mouvements de la bête, empêche la vache de nuire à ses voisines ou même de causer un dégât quelconque. Ces piquets, qui sont très-solides et de la hauteur d’un homme, courent ainsi comme une palissade dont les solives seraient très-espacées.
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- La place qu’occupent les vaches est juste de la longueur de leur corps, de sorte que leur fumier tombe dans une large rigole qui s’étend derrière elles et qui permet de tenir à peu de frais la litière toujours propre, car cette rigole est à un niveau plus bas que celui où se trouvent les vaches. Les pieds de derrière de chacune d’elles reposent sur une planche. Tout cela, en somme, est organisé pour combiner le plus grand confortable avec la plus minutieuse propreté. A côté de l’étable se trouvent plusieurs salles soigneusement plan-chéiées et dans lesquelles couchent les valets de ferme. Plus bas il y a une cave pour conserver les fromages. Les chambres sont assez élevées au-dessus du sol pour prévenir l’humidité, et leur plancher est au niveau des croisées.
- Le Boter-Karn, comme disent les Hollandais, ou baratte en français (appareil pour faire le beurre), se compose d’un tonneau cerclé de cuivre et dans lequel se meut un piston par l’effet d’un manége qui se trouve dans la pièce à côté; ce
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- manége lui imprime son mouvement de va-et-vient. L’appareil à faire les fromages est également d’une construction bien entendue, et il n’est pas nécessaire d’insister sur ces derniers, car leurs qualités sont assez connues et appréciées. On le voit, l’intelligence des Hollandais se révèle dans les moindres détails de leur exposition. C’est toujours et partout ce peuple fort et persévérant qui, selon l’heureuse expression d’un grand écrivain mort récemment, M. Cousin, accomplit modestement les plus grandes choses. N’a-t-il pas déjà métamorphosé en terres fécondes cette mer intérieure qui s’appelait naguère le lac de Harlem? Dessécher une mer, n’est-ce point une de ces œuvres gigantesques qui rappellent l'admirable travail de la jonction de la mer Méditerranée avec la mer Rouge? Aussi, avons-nous été frappé de la ressemblance qui existe entre l’œuvre des Hollandais, à Harlem, et celle qui doit immortaliser un jour les Français, qui, sous l’énergique direction de Ferdinand de
- Lesseps, vont bientôt achever aux applaudisse-
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- ments du monde entier, le Percement de l’Isthme de Suez.
- Nul ne s’étonnera donc qu’en voyant les travaux des Hollandais, nous ayons songé à ceux que nous avons suivis et décrits dans un travail fait au Caire au mois de mars dernier (1) et récemment publié à Paris.
- La Hollande à l’Exposition donne une idée exacte de la Hollande chez elle : ici comme là-bas elle ne recule devant aucun obstacle dès qu’il s’agit d’un progrès à accomplir. C’est donc avec raison qu’un éminent écrivain, M. Edmond Texier, a dit:
- (( Voici la Hollande qui se décide à faire du Zuyderzée une terre ferme, — la mer à boire, —-et elle le fera comme elle l’a annoncé. Elle n’en est pas à son coup d’essai, et je n’oublierai jamais l’émotion extraordinaire que je ressentis à la vue du
- (1) Rapport sur élalac'uel des travaux du canal maritime de Sues, par M. Alexandre B. de Manville. E. Dentu, éditeur.
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- gigantesque spectacle de ces pompes fonctionnant pendant quatre ans. L’aspect extérieur des édifices qui contenaient les puissantes machines d’épuisement avait quelque chose d’imposant. C’étaient de grosses tours crénelées, sortes d’éléphants ou de mastodontes dont les trompes sortaient par les fenêtres ogives de l’étage supérieur. Ces trompes se levaient et se baissaient avec une majestueuse lenteur. Symbole du peuple hollandais, elles faisaient encore plus de besogne que de bruit : à chacune de leurs profondes aspirations, un fleuve se précipitait dans le canal qui lui était ouvert et s’en allait, ralentissant graduellement son cours, se déverser dans la mer.
- » Ce que la Hollande a fait de la mer de Harlem, elle va le faire du Zuyderzée. Des jardins s’épanouiront, des maisons dresseront leurs étages où passent les vaisseaux. Amsterdam, aujourd’hui resserrée par les flots, enjambera le golfe et ira rejoindre Zaandam.»
- Cette citation prouve jusqu’à quel point l’opi-
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- nion publique est unanime en Europe à reconnaître la puissance industrieuse de la patrie de Ruyter. C’est par ses constants efforts, sa patience infatigable, sa foi dans le travail, qu’elle a conquis, son sol d’abord, et sa renommée ensuite. Que cet exemple profite aux nations, qui au lieu de mar-cher dans les voies de la civilisation et de la liberté, appliquent toutes leurs forces à s'entre-tuer et à retarder par conséquent l’avénement des idées nouvelles. Ces idées nouvelles dont on dit tant de mal n’ont cependant d’autre but que d’améliorer les conditions de la société humaine en lui montrant sans cesse, comme l'idéal qu’elle doit atteindre, l’affranchissement de l’esprit par le travail.
- Quant à nous, qui n’avons à étudier que les progrès de la Hollande à l’Exposition, nous devons la suivre dans le perfectionnement de ses armes comme nous l’avons suivie dans celui de ses autres produits. La Hollande n’a point de canons nouveaux, mais elle en expose qui ont subi une nota-
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- ble modification. Cette modification consiste dans le doublage d’un nouveau bronze coulé dans l’ancien, et c’est dans l’épaisseur de ce nouveau bronze qu’on a placé la rayure du canon. L’expérience faite a permis de tirer jusqu’à deux cents coups sans la moindre détérioration du métal.
- La Hollande n’a pas été aussi heureuse dans son exposition de meubles, et elle n’a rien, affirme un juge compétent, dont on puisse lui savoir gré. Sous ce rapport, notre impartialité nous oblige à le dire, les meubles de la Hollande ont dû leur vieille réputation aux Belges qui travaillaient pour elle avant la séparation des deux États. Ceci prouve en passant qu’il est toujours bon de dissoudre ces unions forcées où un peuple a toute la peine et l’autre toute la gloire. La Belgique et la Hollande produisent assez, chacune de leur côté, pour n’avoir plus qu’à rivaliser désormais dans toutes les luttes du commerce et de l’industrie.
- La classe 65, n° 2, renferme un kiosque de zinc
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- d’une forme simple et élégante. Il sort de chez MM. Wurbfain, Gerritzen et Rodenhuis, à Arn-hem. D un travail fin et délicat, il mérite d’être placé dans les plus beaux jardins, et son dôme à reflets de plomb ne ferait pas mal adossé à un bosquet et enlacé par des chèvrefeuilles. Les petits anges qui montrent leur tête en sortant des colonnes rappellent ces figurines du moyen-âge dune naïve et touchante simplicité. Ce pavillon est du reste en zinc fondu, tiré, estampé et repoussé. Il vaut 5,500 francs.
- Ce serait presque dire une vérité de M. de la Palisse que de venir vanter la supériorité des fameuses toiles de Hollande. Nous laisserons aux • mères de famille et aux bonnes ménagères qui se pressaient devant les tissus exposés par le royaume des Pays-Bas, le soin d’apprécier en toute .connaissance de cause ses remarquables et utiles produits.
- Si la Hollande est encore utile au commerce européen par les productions de son sol même,
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- elle ne l’est pas moins par ses importations coloniales. Celles qui ont été envoyées à l’Exposition universelle ne peuvent que lui faire honneur et confirmer sur ce point le jugement de l’opinion publique.
- Dans l’industrie de luxe, sa carrosserie mérite d’être mentionnée, plus à cause de son confortable et de sa solidité qu’à cause de son élégance.
- Nous avons remarqué un coupé dont la glace de devant est d’un seul morceau. Ce coupé, qui semble d’abord n’être qu’à deux places, en dissimule deux autres cachées sous la garniture intérieure. Cette voiture, outre les conditions de légèreté, réunit donc un confortable tout particulier.
- La coureuse qui se trouve à côté est toute en fer, haute sur roues, et n’a rien à craindre des cahots. Un landau placé auprès de cette coureuse n’est pas moins remarquable; en ouvrant la por-tière, on fait abaisser la glace, ce qui est un avantage sur nos landaus français. Citons encore un
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- huit-ressorts de la plus grande élégance et qui ne le cède èn rien à notre carrosserie.
- En fait de matériel de voitures de chemin de fer, un seul wagon est exposé. Il contient deux compartiments de première classe et deux de seconde classe qui sont également confortables. Les secondes n’ont point de séparations comme les premières. A part cette petite différence, l’on peut se trouver aussi bien dans l’une que dans l’autre classe.
- Comme se rattachant à ce groupe de l’Exposition universelle, nous signalerons à l’attention des hommes spéciaux, une ingénieuse machine, destinée, en cas d’accident, à arrêter un train en marche. On ne saurait trop se féliciter de voir que la science, qui a découvert et utilisé la vapeur, se préoccupe des moyens de garantir de tous dangers la vie humaine. Chaque année les annales des chemins de fer enregistrent de si terribles accidents, que nous ne pouvons qu’applaudir aux efforts des ingénieurs habiles qui font entrer un
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- peu de philanthropie dans leurs études. A ce titre, cette invention hollandaise a une véritable importance.
- Nous terminerons ce rapide exposé de la Hollande à l’Exposition par l’examen de la taillerie de diamants. Cette industrie brillante, soit dit sans jeu de mots, un peu dédaignée par la moins belle partie de l’humanité, attire en revanche l’attention et excite l’enthousiasme de l’autre. Il n’est pas un de nous qui, en se promenant dans les galeries du Palais de l’Industrie, n’ait été frappé de l’empressement apporté par les femmes à visiter le coquet bâtiment construit en briques dans la partie du jardin réservé aux Pays-Bas: bâtiment qui représente le modèle réduit de la célèbre usine que M. Coster possède à Amsterdam. On sait que cet établissement est le plus important de tous ceux qui existent en Europe. On ne s’étonnera donc pas de l’attraction qu’exerce ce nouveau pôle de la coquetterie féminine sur l'es-prit de toutes les filles d’Ève. Il en est bien peu
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- parmi elles qui soient assez détachées de Satan,de ses pompes et de ses oeuvres pour ne pas jeter un regard d’envie sur ces petites pierres taillées en facettes qui font si bel effet sur les blanches épaules et les teints pâles. C’est à M. Coster que l’on doit la taille du Kohinoor et de l’Etoile du Sud, diamants qui valent à eux deux trente millions, Voilà le Régent bien dépassé!
- Nous n’avons pas la prétention d’expliquer les différents procédés de la taille du diamant; seulement nous rendrons justice à M. Coster, à ses efforts intelligents, car c’est à lui que l’on doit les progrès de cette riche industrie. Grâce à M. Coster, la taille du diamant est devenue parfaite. Ses ateliers contiennent les ouvriers les plus capables et les mieux rompus aux difficultés du métier. Le tableau suivant donnera une idée exacte de l'im-portance acquise par le commerce des diamants depuis l’année 1859 jusqu’à présent :
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- ANNEES. QUANTITÉS PAR KARATS
- importés en Europe. •
- 1859 208,033
- 1860 182,263
- 1861. . 161,149
- 1862. . . - . . 164,875
- 1863 201,359
- 1864 153,732
- 1865. .. 177,899
- 1866 182,014
- Totaux 1,431,326
- Moyenne par année. . 178,946 (1)
- (!) Extrait du Journal des Débats. Juillet 1867.
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- Il est juste de remarquer que la plupart des dia-mants mentionnés dans ce tableau sortent des ateliers de M. Coster.
- Mais, à notre avis, les plus beaux diamants-de la Hollande ne sont pas ceux que M. Coster expose à l’admiration parisienne. Il est des œuvres qui font encore plus d’honneur à une nation, ce sont celles de l’esprit, et sous ce rapport les Pays-Bas n’ont rien à envier à l’Europe. Outre les merveilleux résultats de son commerce et de son indus-
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- trie, la Hollande tient encore la tête parmi les pays les plus instruits. Nous en voyons un témoignage éclatant dans les nombreuses écoles créées, pour l’instruction des masses, par la sollicitude d'un gouvernement éclairé et l’aptitude naturelle d’un peuple qui sait mettre à profit les découvertes et les progrès de la science.
- Alexandre B. de Manville.
- Paris. Imp. Balitout, Questroy et G°, 7, rue Baillif.
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