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Rapports du jury international. L'Amérique centrale et l'Amérique méridionale à l'Exposition universelle
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1S67
- A PARIS
- RAPPORTS DU JURY INTERNATIONA!
- PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION
- DE M. MICHEL CHEVALIER
- L’AMÉRIQUE CENTRALE
- ET
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- M. V. Martin de MOUSSY
- PARIS
- IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE ADMINISTRATIVES DE PAUL DUPONT 45, RUE DE GRENELLE-SAINT-HONORÉ, 45
- 1867
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- L’AMÉRIQUE CENTRALE
- ET
- L’AMERIQUE MERIDIONALE
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- CHAPITRE I.
- COUP d’œil d’ensemble.
- L’histoire ancienne de l’Amérique est inconnue. Révélée à l’Europe à la fin du xve siècle par la hardiesse de Colomb, elle apparaît d’abord comme une terre nouvelle, récemment peuplée et qui n’a d’autre histoire que des traditions bizarres, des fables obscures et inintelligibles. Cependant on y rencontre plus tard des Etats organisés, jouissant d’une civilisation relative ; et bientôt des monuments en ruine, des légendes étranges démontrent que ce continent nouveau a eu, comme l’ancien, ses révolutions physiques et politiques, et que l’origine de sa population remonte à des époques qui se perdent dans la nuit des temps ; que les familles humaines s’y sont superposées par des invasions multipliées, et qu’enfin le peuplement s’en est fait de proche en proche, ainsi que paraît s’être réalisé celui du vieux monde.
- Les travaux modernes et les découvertes archéologiques récentes établissent qu’une sorte de civilisation très-ancienne a existé sur les plateaux du Mexique et dans l’Amérique centrale ; que, plusieurs siècles avant notre ère, il y avait là des
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- Etats dont il sera peut-être possible un jour de rétablir, jusqu’à un certain point, l’histoire et la chronologie, et que c’est de ce point que les plateaux des Andes, de Cundinamarca de l’Equateur, du Pérou et de la Bolivie, ont très-probablement reçu leur population avec ses traditions religieuses et politiques. Plusieurs peuples avaient joué un rôle prépondérant dans ces migrations : les Astèques, les Toltèques, les Chichi-mèques, les Nahoas, tous de même race, s’étaient succédé et avaient fondé des principautés diverses, qui, au xvie siècle, s’étaient agglomérées en deux empires occupant, l’un le plateau mexicain, et l’autre celui des Andes, de l’Équateur au tropique.
- Les conquérants espagnols du xvie siècle se substituèrent violemment aux princes indigènes. Ils profitèrent habilement des rivalités qui les agitaient, des querelles qui les armaient les uns contre les autres et les amenaient à s’entre-détruire. La supériorité de leurs armes et de leur politique en imposait irrésistiblement : ici, à tous les partis au milieu des populations organisées ; là, à des hordes sans cohésion et sans lien politique. Ce ne fut pas toutefois sans des luttes violentes, qui durèrent un siècle, que l’imité de la colonisation espagnole fut établie, de la Californie, par 40 degrés nord, jusqu’à l’Araucanie, par 40 degrés sud, c’est-à-dire sur 80 degrés de latitude en longueur, et sur la moitié des deux Amériques de l’est à l’ouest.
- Les conquérants, en renversant ces empires, ou féodaux, ou absolus, imposèrent aux populations soumises leur religion, leur régime politique, leur langue, quelque chose de leurs mœurs, de leurs habitudes et de leur industrie; puis, se fondant graduellement avec eux, formèrent cette nombreuse population métisse qui constitue aujourd’hui la majorité des habitants de l’Amérique espagnole et portugaise.
- En se mêlant ainsi, la population indigène et la population nouvelle, européenne d’origine, empruntèrent involontairement l’une à l’autre des habitudes et, à la longue, des instincts
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- qui, dans le cours de trois siècles et demi, les ont façonnées en groupes de plus en plus homogènes, et que, depuis l’émancipation de 1810, et le développement immense du commerce avec le reste du monde, l’affluence de l’émigration européenne modifie chaque jour dans le sens de la civilisation générale.
- Ce travail de fusion fut lent dans les trois premiers siècles de l’occupation ; les traditions de la conquête étaient encore trop vivaces, et les luttes trop acharnées; mais il est devenu rapide depuis le commencement de ce siècle, depuis surtout que la facilité des communications avec l’Europe et l’extension des échanges commerciaux, qui en a été la suite, ont amené un vaste mouvement d’affaires, une immigration nouvelle et conséquemment un grand accroissement dans la population générale.
- Il est cependant quelques fractions de la population primitive qui sont restées, en grande partie, étrangères à ce mouvement : ce sont les hordes nomades des plaines et des tribus isolées dans leurs forêts, qui y vivent encore comme à l’époque de la découverte ; celles-là ne comptent pour ainsi dire pas dans le mouvement qui emporte l’Amérique du Sud vers de nouvelles conquêtes agricoles, industrielles et commerciales , pareilles à celles qui se sont réalisées depuis des siècles dans le vieux monde, et depuis soixante années, avec tant d’éclat, dans l’Amérique du Nord.
- Dans l'Amérique centrale et l’Amérique méridionale, c’est la race blanche, fille directe de la conquête, et la race métisse chaque jour mieux mêlée à elle, qui jouent un rôle véritablement actif dans le mouvement social qui sè prononce; l’Indien, resté indépendant et nomade, s’y soustrait le plus qu’il peut, mais non pas d’une manière absolue ; ses besoins le rapprochent forcément des blancs que la découverte de nouvelles communications fluviales, le percement de nouvelles routes amènent dans les solitudes qu’il habite, et qui viennent échanger contre les produits bruts récoltés par lui, des étoffes et
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- des ustensiles, véritables trésors, comparés aux résultats qu’il obtenait avec son indigent outillage.
- Il ne faudrait pas, en effet, considérer la race indienne, abandonnée à elle-même, comme complètement dépourvue d’industrie et incapable de s’initier aux procédés de la race blanche. Dans les Etats incomplètement civilisés du Mexique, du Centre-Amérique, du Cundinamarca et du Pérou, on connaissait l’usage de quelques métaux, l’art de bâtir, de sculpter la pierre, de tisser des étoffes; des gouvernements réguliers y étaient établis, il y avait un culte national. Ces populations s’initièrent très-vite aux principales industries que leur apportèrent les Européens ; et on les vit même, comme au Pérou, fournir de véritables artistes.
- Parmi les populations restées barbares, c’est-à-dire réduites à la chasse ou à une agriculture rudimentaire, la famille et la tribu savaient parfaitement pourvoir à leurs besoins par la fabrication d’outils primitifs qui leur permettaient la pêche, la confection de quelques vêtements, la chasse, la navigation sur les fleuves, la guerre et même la fortification des villages. Et lorsque l’industrie y fut importée par des missionnaires, comme chez le Guaranis, par exemple, il ne tarda pas à s’y former d’excellents ouvriers pour les métiers indispensables à une société commençante, et même des artistes pareils à ceux qu’avaient fournis des sociétés indiennes civilisées des plateaux des Andes. On sait les prodigieux résultats obtenus dans les missions organisées par la Compagnie de Jésus sur les bords du Parana, du Paraguay et de.l’Uruguay, dans les plaines boisées de Chiquitos, sur les bords noyés du Rio-Beni.
- Plusieurs des industries, très-anciennement créées ou bien adoptées par la race indienne, ont survécu à l’anéantissement des tribus par la guerre ou les maladies, à leur transformation par le voisinage des colons européens, à leur fusion dans la masse commune de la population sud-américaine. Si la fabrication en général a peu progressé, si même depuis un demi-siècle elle a diminué ou a disparu dans cer-
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- taines localités, c’est que le développement du commerce avec l’Europe a fait préférer avec raison la recherche et la production des matières premières à des fabrications inférieures en qualité et beaucoup plus chères, comparativement à ce que le commerce maritime importait par quantités immenses, en échange de ces matières premières si facilement et si abondamment recueillies.
- L’Amérique du Sud actuelle n’est donc point manufacturière et n’a pas encore raison de l’être, malgré l’aptitude de ses habitants à le devenir à l’occasion et lorsqu’un véritable besoin s’en fera sentir. La rareté et l’aspérité des routes dans le continent, le haut prix des machines, la difficulté ou, pour mieux dire, l’impossibilité de les réparer, l’énormité des frais de transport, le manque de directeurs et de contre-maîtres, la nécessité d’un capital très-considérable pour fonder quelque chose, toutes ces conditions font que l’établissement en grand de fabriques industrielles ne peut se réaliser encore, et que l’industrie proprement dite se borne et doit naturellement se borner à faciliter et perfectionner la production etla recherche des matières premières en tout genre, dont le vieux monde a tant besoin et qu’il accueille à des prix si rémunérateurs.
- Dans le coup d’œil rapide que nous allons jeter sur chaque république sud-américaine, nous examinerons donc l’état actuel de sa production, de son commerce, de ses relations avec l’Europe, de son industrie, au point de vue de *la fabrication; car il existe certains ateliers, même sur une grande échelle, pour l’exploitation de quelques industries locales, fournissant des produits divers en quantité et à bas prix, parce que les matières dont on les obtient se trouvent littéralement sous la main. D’un autre côté, tfans les arts libéraux, dans leurs applications et le matériel qui leur est nécessaire, les États sud-américains ont fait des progrès qu’il serait injuste de ne pas examiner, quoiqu’ils ne puissent être mis encore sur la même ligne que ce que l’on a réalisé en Europe;
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- mais nous devons considérer qu’avant d’arriver aux. arts qui couronnent si noblement l’édifice de la civilisation humaine et en sont la dernière et brillante expression, il a fallu d’abord s’occuper exclusivement du nécessaire.
- La classification par groupe adoptée par la Commission impériale pour l’examen des produits exposés dans toutes les branches de l’industrie humaine est celle qui nous semble la plus logique pour rendre compte de la production hispano-américaine : c’est donc celle que nous allons suivre dans notre revue.
- CHAPITRE IL
- OEUVRES D’ART.
- La peinture et la sculpture n’étaient point, ainsi que nous l’avons déjà dit, ignorées des anciens Américains. Leurs monuments offrent encore des statues,, des ornements, des hiéroglyphes sculptés ; quelques-uns de leurs manuscrits, avec des peintures spéciales, sont parvenus jusqu’à nous, et les historiens de la découverte racontent que des dessins en broderies et en plumes étaient appliqués sur des étoffes ou tissés avec elles, et formaient aussi une sorte d’écriture figurative destinée à retracer des événements historiques. Quelque chose de tout cela a figuré à l’Exposition universelle, tant dans la reproduction du temple mexicain de Xoxichalco, due à M. Mehedin, que dans les collections de la France et de l’Espagne. Trois manuscrits mexicains ont déjà été reproduits par les procédés modernes. L’un d’eux, le manuscrit de Dresde, se trouve contenu depuis longtemps dans le grand ouvrage de lord Kingbourough. — Les deux autres ont été reproduits par les soins et aux frais du ministre de l’instruction publique de France, et ont figuré au palais du Champ-de-Mars. Le premier est le Codex mexicanus n° 2 de la bibliothèque impériale , copié à l’aide de la photographie et placé dans l’ex-
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- position si intéressante du ministère de l’instruction publique ; le second est le Codex américain, d’une antiquité extraordinaire, qui a figuré dans l’histoire du travail espagnol et qui appartient à M. Tro y Ortolano de Madrid. Le gouvernement français, d’accord avec le propriétaire, en a fait faire une belle reproduction chromolitbographique, par les soins de la Commission scientifique du Mexique, dont un membre, M. Brasseur de Bourbourg, a dirigé les travaux, qui ont été exécutés par M. Henri Bourgeois.
- Parmi les œuvres d’art modernes exposées, on a vu des sculptures chiliennes et péruviennes, des peintures à l’huile exécutées à Santiago, à Lima, à Quito, à Caracas; des dessins provenant de Buenos-Ayres et de Montevideo. Ces travaux étaient généralement dus à des artistes qui sont venus étudier en Europe, car il n’existe pas encore de véritable école sud-américaine. Mais, à l’inspection de ces œuvres, il est facile de voir que le sentiment artistique existe chez les Hispano-Américains et n’a besoin que du temps et de l’étude des bons modèles pour se développer et porter ses fruits. Ce sentiment se rencontre jusque chez les Indiens barbares de la Pampa. Une racine sculptée au couteau par l’un d’eux et représentant un groupe de grands lézards (teyus) poursuivis par des chiens, est vraiment remarquable par le dessin, le mouvement et la vérité des attitudes ; ce groupe remarquable est exposé par une personne qui le tient de l’Indien lui-même (1).
- Des gravures de médailles et de monnaies ont été présentées par toutes les républiques ; le Chili a de très-beaux spécimens de sa monnaie décimale, gravée en Europe et frappée à Santiago avec des appareils venus de Paris et identiques à ceux de cette capitale, car ils ont été fournis par le même
- 0) Le Chili et l’Équateur offrent de grandes toiles peintes à l’huile qui ne sont point du tout sans mérite. Il en est de même des sculptures; elles ont été remarquées comme le début heureux d’une ère artistique nouvelle pour l’Amérique du Sud.
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- constructeur ; les autres monnaies ont été gravées et frappées dans le pays, ainsi que des médailles commémoratives de batailles et d’événements politiques. Parmi elles on remarque surtout une grande médaille frappée à Buenos-Ayres en l’honneur de la réunion de toutes les provinces argentines en 1860; elle est d’un artiste italien, Cataldi, établi depuis longtemps dans cette ville.
- L’art du dessin lithographique est assez avancé sans avoir atteint, toutefois, la finesse des travaux'exécutés en Europe. Il est exercé principalement par des ouvriers européens, mais les nationaux s’y mettent également et reproduisent assez heureusement les paysages, les costumes, les scènes de mœurs de leur pays. L’Equateur, la Bolivie, le Chili surtout et la République Argentine ont offert des lithographies très-curieuses, au point de vue ethnographique; l’album de ce dernier pays, faible comme exécution matérielle sur la pierre, est extrêmement curieux par la vérité du dessin et la composition originale des sujets; il est vraiment remarquable comme expression de paysages, de costumes et de mœurs.
- CHAPITRE III.
- MATÉRIEL ET APPLICATION DES ARTS LIBERAUX.
- Partout on imprime dans l’Amérique du Sud. Ce sont des brochures politiques et d’économie sociale, quelques livres classiques, des romans traduits du français, qui sont le principal objet de ces impressions ; mais c’est surtout la presse périodique qui alimente les plus belles imprimeries. A ce point de vue, l’industrie est réellement avancée. Les principaux journaux de Buenos-Ayres, de Montevideo, de Santiago, de Lima, ont des presses à vapeur, et les plus grands formats trouvent des machines assez bien organisées pour se prêter à leur rapide impression. Il est même à noter que, dans les
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- grandes villes, on a adopté de préférence ce format gigantesque qui offre si commodément sa quatrième page à un système d’annonces habilement exploité et qui change peu par suite des abonnements des industriels et des marchands qui en font usage. On imprime fort bien à Buenos-Ayres, à Santiago et à Caracas.
- De beaux spécimens de livres imprimés dans le pays, des statistiques, avec des tableaux nombreux, publiées par les gouvernements, ont figuré dans les vitrines du groupe II et prouvent un progrès considérable. A ce point de vue, Buenos-Ayres a exposé un beau livre : la Galerie clés Célébrités Argentines, qui est un magnifique spécimen de l’art. La reliure de plusieurs volumes était très-soignée et prouve que l’industrie n’était pas moins avancée sous ce rapport que sous celui de l’impression.
- L’art de la photographie n’est pas moins en progrès : de nombreux spécimens ont mis sous les yeux les principaux édifices des villes nouvelles, leurs rades, leurs ports, les navires qui les remplissent, la population qui s’agite sur leurs quais et dans leurs rues, les paysages que présentent leurs environs.
- Quant au matériel pour l’enseignement des sciences, et pour celui qui est relatif à l’art de guérir, il vient d’Europe tout entier, sauf les curieuses collectionsd’objets d’histoire naturelle tirées de l’Amérique même, qui sont sous les yeux. Aucune n’égale la magnifique série de fossiles appartenant à la faune mégathérienne, rapportée de la Plata par M. Seguin et exposée dans les vitrines de la Confédération Argentine, avec sa classification faite par un savant français, M. Paul Gervais. Généralement, toutes les républiques américaines présentent quelques objets remarquables de collection : fossiles, échantillons d’industrie indienne antérieure à la découverte, poteries antiques, idoles ; le Venezuela a des crânes trouvés dans des cavernes sépulcrales des bords de l’Orénoque; la Bolivie et l’Equateur ont des statuettes tirées des huacas ou tombeaux anciens.
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- La plupart des républiques ont exposé les travaux géographiques exécutés aux frais de leurs gouvernements, travaux si nécessaires pour faire connaître le pays à l’Europe et aux Sud-Américains eux-mêmes. Depuis dix ans, ces travaux ont pris un développement remarquable, surtout dans la Confédération Argentine et le Chili.
- Le gouvernement argentin a exposé le grand ouvrage que le docteur Martin de Moussy a publié, sous ses auspices et à ses frais, et qui renferme, en trois volumes grand in-8° et un atlas in-folio, la description statistique et géographique de la république; ce travail est le résultat d’une exploration du bassin de la Plata, laquelle n’a pas duré moins de vingt années. L’atlas exposé par l’auteur compte trente cartes et complète très-pratiquement le tableau aussi exact qu’instructif de cette importante partie de l’Amérique du Sud, laquelle, grâce à ce travail, devient la mieux connue de ce continent.
- Les quatorze provinces qui composent la Confédération Argentine s’occupent de seconder les intentions du gouvernement national, et publient aussi des travaux géographiques et statistiques sur diverses parties de leur sol. Le bureau topographique de la province de Buenos-Ayres expose une très-grande carte cadastrale de son territoire, carte dessinée, gravée et tirée sur pierre à Buenos-Ayres même, et qui résume les travaux d’arpentage faits depuis un demi-siècle dans les fermes à bétail de cette florissante province. Il est curieux d’y remarquer le fractionnement de la propriété, fractionnement relatif bien entendu, puisqu’il ne peut figurer sur la carte de terrains qui n’aient au moins un quart de lieue espagnole, c’est-à-dire 664 hectares de superficie (la lieue espagnole , sur la mesure de laquelle furent basées les premières concessions de terrain au xvr siècle, était de 2,655 hectares 50). Ce travail, évidemment fort curieux, a été remarqué et apprécié comme il méritait de l’être, car il comprend une étendue de 96,000 kilomètres carrés , dans un espace gravé de lm95 sur 11,145.
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- Avec la République Argentine, le Chili est le pays qui a exposé les travaux les plus remarquables au point de vue géographique. En 1843, encouragé par eet État, M. le docteur Claude Gay, depuis membre de l’Institut, avait commencé son magnifique ouvrage historique et descriptif dont la publication n’est pas encore achevée, et qui est à son vingt-huitième volume; mais en outre, le Gouvernement, depuis 1850, fait exécuter un travail trigonométrique et géologique complet pour la géographie chilienne, confié à un savant français bien connu, M. Alfred Pissis. Les spécimens de ce grand ouvrage sont exposés. Un artiste français résidant au Chili, M. Desmadrils, en grave les cartes. Près de cet atlas, d’une fort belle exécution,figurent les plans des divers chemins de fer en construction dans la république, travaux d’autant plus remarquables que les chaînes secondaires des Andes, qui sillonnent le Chili du nord au sud, présentent de grandes difficultés à surmonter. Les travaux d’art du chemin de Valparaiso à Santiago, dont les dessins sont exposés, en font foi, et témoignent en même temps de la résolution avec laquelle le Chili a abordé ces grandes entreprises, qui ont eu pour résultat de mettre déjà en activité 600 kilomètres de voies ferrées, et de donner l’exemple à sa voisine, la République Argentine, qui, plus favorisée sous le rapport du terrain et de la facilité des travaux, n’a commencé que plus tard, mais compte déjà 500 kilomètres en exploitation.
- Le Pérou a une grande carte, faite sous la direction des collaborateurs de M. Paz Soldan, auteur d’iine géographie justement estimée de ce pays. Cette carte a été gravée à Paris, tandis que celles de la Bolivie et de l’Équateur, également dues à des nationaux, MM. Ondarza, Mujica et Villaviceneio, ont été exécutées à New-York. Le Venezuela possède un magnifique atlas et une géographie complète, œuvre de feu M. le général Codazzi, lesquels, publiés déjà en 1840, ont une très-grande valeur pour la géographie sud-américaine. C’est à ce géographe que l’on doit aussi les meilleures données sur une
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- partie de la Nouvelle-Grenade, pays qui renferme tant de richesses naturelles, et n’a été représenté que par un seul de ses citoyens, le savant M. Triana, qui a exposé une magnifique collection de plantes médicinales et industrielles, collection savamment classée et que l’on a cru devoir récompenser d’une manière spéciale. Dans la classe 13, l’État oriental de l’Uruguay n’offre, au point de vue géographique, qu’une grande carte qu’il doit au général Rayés, mort il y a quelques années. La meilleure carte du Paraguay est due à M. le capitaine de frégate Mouchez, qui a profité de son séjour dans ce pays, en 1860 , alors qu’il commandait l’aviso à vapeur français le Bisson, pour rassembler le plus de documents possibles sur la géographie de ces régions, déjà ébauchée par les missionnaires jésuites au commencement du siècle dernier, et continuée par le naturaliste Azara, de 1780 à 1796. Il est à regretter que l’Amérique centrale n’ait rien présenté sous le rapport statistique et géographique, quoiqu’il existe quelques bonnes cartes récemment faites de Honduras, de Nicaragua et de Costa-Rica. Mais dans la galerie des machines se trouve exposé un magnifique plan, sur une très-grande échelle, du projet de canal inter-océanique de Nicaragua par le lac de ce nom, plan exécuté par M. Thomé de Gamond, ingénieur civil, qui en a préparé les travaux.
- CHAPITRE IV.
- MEUBLES ÉT AUTRES OBJETS DESTINES A l’HABITATION.
- Il ne se fait point de meubles de luxe dans l’Amérique du Sud ; l’industrie française, allemande et anglaise se charge de lui envoyer les meubles dont elle a besoin, à meilleur marché qu’on ne pourrait les fabriquer sur les lieux mêmes, quoique les belles qualités de bois y abondent ; mais la main-d’œuvre habile est à des prix trop élevés. Il en est de même
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- des ouvrages qui tiennent à la tapisserie et à l’art du décorateur, à la cristallerie et à la verrerie, aux porcelaines, aux faïences et à la poterie de luxe. Il y a pourtant un commencement d’industrie céramique au Chili ; ce pays expose des faïences aux couleurs très-brillantes, et les poteries communes y sont partout fabriquées ; les Indiens même de l’époque ancienne s’en occupaient. Le Paraguay a des terres à poterie, dont l’exploitation est particulière aux femmes ; quelques Indiens sont habiles à modeler des statuettes de saints, qui dénotent une aptitude véritable pour la sculpture. C’est chez les Guaranis que les missionnaires de la Compagnie de Jésus trouvèrent ces ouvriers habiles qui, sous leur direction, construisirent et ornèrent les églises si remarquables de la province des Missions.
- En général, l’industrie céramique en tout genre est à créer. L’argile pour poteries, comme les matières pour la cristallerie, sels, vernis, couleurs végétales et minérales, abondent, aussi bien que le kaolin, dans les Andes et le massif central ; mais il n’y a pas de bras pour les mettre en œuvre. Il faut que les étrangers viennent créer des fabriques, à la fondation desquelles les gens du pays sont très-disposés à concourir avec leurs capitaux et leurs matières premières, car la spéculation serait utile et lucrative, le transport des faïences, porcelaines et verreries venues d’Europe grevant ces objets d’une plus value considérable, dès qu’ils doivent être introduits dans l’intérieur du pavs.
- L’art de l’orfèvrerie est exercé avec quelque succès pour ces mille objets en argent qui servent dans la vie usuelle. Il existe encore au Pérou, en Bolivie, dans le Tucuman argentin, des restes de cette vaisselle plate, massive, travaillée dans le pays, et que l’abondance de l’argent avait fait fabriquer, surtout à Potosi, d’où elle était exportée dans le reste de l’Amérique espagnole. La forme était lourde et mal dessinée, mais parfois originale. Cette masse d’argent, consacrée jadis aux usages domestiques, a été employée, en Bolivie, à solder l’excès du prix des importations sur celui des exporta-
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- tions; mais aujourd’hui la diminution des travaux, et surtout des produits des mines , a réduit à rien cette industrie, qui ne s’exerce plus guère que sur de petits objets : gaines de couteaux , caparaçons de chevaux, maté, bombilles ou chalumeaux pour aspirer l’infusion de l’herbe du Paraguay, manches de fouet, etc., etc. Cette grosse bijouterie est partout fabriquée dans le pays, et nous devons dire que les objets qu’elle expose sont plus remarquables par la richesse et le volume de la matière que par l’habileté de la mise en œuvre. Nous en exceptons toutefois une fabrication spéciale à Lima , où une petite bijouterie en filigrane lutte pour la finesse avec celle que produit l’industrie de Gênes.
- En général, tout ce qui tient à la bijouterie est importé d’Europe ; il en vient une assez grande quantité d’Allemagne, mais c’est surtout la France qui alimente sous ce rapport la consommation de tous les Etats hispano-américains.
- CHAPITRE Y.
- VÊTEMENTS (TISSUS COMPRIS) ET AUTRES OBJETS PORTÉS PAR LA PERSONNE.
- Ni le lin ni le chanvre ne se cultivent en vue du tissage, dans l’Amérique du Sud. Seul le coton, originaire de l’Amérique intertropicale et des contrées les plus chaudes du vieux continent, y a été de tout temps employé comme textile, et en conséquence cultivé depuis des époques inconnues. Il servait à la confection des vêtements du peuple agricole et civilisé des plateaux des Andes. Quelques tribus guaranies de la plaine et de la région des fleuves savaient aussi le filer et en faire des tissus. Cet art, qui s’est continué jusqu’à l’époque actuelle, a été adopté et perfectionné par la population métisse des campa gnes, et, dans toute l’Amérique méridionale, en tous les temps, les femmes se sont fait remarquer par leur habileté à con-
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- fectionner les tissus les plus élégants et les plus fins, les broderies les plus délicates, avec le coton cultivé, récolté et filé par elles. Ces étoffes, dont l’usage est remplacé économique-ment par les tissus importés d’outre-mer, étaient un peu chères, mais d’une grande durée. Aujourd’hui, nappes, draps, serviettes, caleçons brodés, jupons, ne se font plus guère que comme échantillons et spécimens d’un art ancien, et sont généralement destinés à faire des cadeaux. De nombreux échantillons de ces curieuses étoffes ont figuré à l’Exposition, dans les vitrines du groupe IV, et ont révélé l’extrême habileté des Hispano-Américaines, pour lesquelles la broderie et la couture la plus fine n’ont point de secrets. Les dentelles de coton faites à la main du Chili, de la République Argentine, du Paraguay, du Venezuela, de l’Équateur, ont été particulièrement remarquées ; on irait jusqu’à l’admiration , si l’on savait avec quel simple métier les travaux les plus délicats sont obtenus. Les provinces argentines de Tucuman et de Santiago del Estero sont à juste titre renommées pour l’excellence de leurs broderies et de leurs dentelles. Le Pérou produit d’excellent coton, et quelques filatures y ont même été établies; mais, malgré la belle qualité du textile, elles ne peuvent produire aussi bien et aussi bon marché que celles d’outremer. Il n’a donc rien envoyé dans ce genre, alors que l’industrie ancienne a pu exposer de nombreux produits. On a dû se borner à de magnifiques échantillons de coton longue soie, provenant de la province de Lima, et récoltés dans les cultures du colonel Juan-Antonio Torrico, à l’hacienda de Barba-collo.
- Il en a été de même des tissus de laine. On en fabrique en beaucoup d’endroits, mais surtout dans les provinces intérieures et sur le versant oriental des Andes, où la facilité de recueillir la laine de vigogne permet de tisser ces admirables manteaux dits ponchos, qui se vendent au poids de l’or, et dont les cavaliers sud-américains tiennent à honneur de se couvrir. Dans les provinces du nord de la Confédération Argentine, dans le
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- sud du Chili, on fabrique à la main des draps grossiers qui servent aux échanges avec les Indiens du Chaco et de l’A-raucanie. Ces derniers, comme leurs frères des Pampas, sont habiles à confectionner des tissus de laine : des ponchos, des coutures de cheval aux couleurs éclatantes et très-solides. La fabrication de ces objets donne lieu avec les blancs à un commerce qui est assez important.
- Quoique l’on ne fabrique ordinairement pas d’étoffes de soie, il est une province argentine, celle de Mendoza, qui s’est adonnée avec ardeur, il y a quinze ans, à la sériciculture, et qui a repris dernièrement cette fabrication. On a vu un beau poncho, ou manteau de voyage, exposé par elle, avec divers 1 échantillons de soie grège et moulinée, obtenus dans les nouvelles tentatives faites pour relever cette industrie, qu’une épidémie sur les vers, en 1852, avait tuée. Presque toute l’Amérique du Sud est très-propre à l’éducation des vers à soie, et la population commence à s’en préoccuper.
- L’industrie des tissus que nous venons de nommer n’est pas la seule qui s’exerce avec succès, sinon au point de vue commercial, au moins au point de vue du goût et de l’habileté dans la fabrication. Les couvertures de laine et de coton, ornées de dessins originaux et teintes de couleurs éclatantes, sont l’objet d’un petit commerce intérieur qui n’est pas sans importance.
- D’ailleurs, l’Exposition, dans toutes les parties qui appartiennent au groupe IV, a prouvé que les éléments de l’industrie textile existent partout, et que l’habileté de main est chose commune chez les Sud-Américains de toutes les classes; aussi toutes les petites fabrications s’y exécutent-elles facilement, suivant les besoins, même dans les cantons profondément enfoncés dans les terres.
- Une industrie nouvelle, spéciale à la République de l’Équateur, y donne lieu à un commerce important avec l’Europe et même avec les autres États sud-américains: c’est la fabrication des chapeaux de paille de Panama. Le port de Guayaquil a presque le monopole de cette industrie, qui produit de véri-
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- tables merveilles, atteignant des prix extrêmement élevés. On y joint la fabrication des étuis à cigares dits cigarreras, d’une finesse plus grande encore, et fort recherchés, malgré leur haut prix. La plante qui fournit la paille nécessaire à cette fabrication est la carluclovica palmata, de la famille des cy-clantées ; on la nomme vulgairement feuille de Panama.
- Le Venezuela a tenté d’égaler sous ce rapport la production de l’Equateur, mais il n’a pu encore y arriver.
- Citons maintenant les objets en cuir, en laine et en coton, confectionnés pour les voyages si longs et si fatigants dans la partie andine de l’Amérique du Sud, partie qui est aussi la plus peuplée et la plus productive. Les petacas, ou malles en cuir écru, fabriquées sur tous les plateaux des Andes, sont parfaitement adaptées au mode et aux nécessités du voyage ; de même 1 ’almofrej, ou matelas en cuir, qui se charge facilement sur un mulet, de même les alforjas, ou sacs d’un très-fort tissu de laine, qui se posent sur l’avant de la selle, et où l’on peut mettre des provisions et des ustensiles d’usage quotidien. Rien de plus pratique que les chiffles, ou cornes de bœuf, ornées et peintes, qui se placent également sur la monture et servent à contenir le vin où l’eau-de-vie à l’usage du voyageur ; les cuirs et tapis de selle ; enfin le hamac en coton ou en cuir, qu’on attache aux arbres dans les excursions sur le versant oriental des Andes, à travers les épaisses forêts qui les couvrent ou qui bordent les fleuves de cette région. La fabrication des hamacs est une industrie complètement sud-américaine, due essentiellement à la race guaranie. L’Exposition en a présenté une grande variété en coton, en fibres textiles, en cuir découpé. Ceux de coton, fabriqués au Paraguay, sont vraiment remarquables par leur travail. Muni de ces objets, et, s’il doit parcourir une région pluvieuse, d’une petite tente, le voyageur traverse sans trop de peine de vastes espaces déserts, où il sait d’avance ne pouvoir rencontrer aucune ressource.
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- CHAPITRE VI.
- PRODUITS BRUTS et OUVRES DES INDUSTRIES EXTRACTIVES.
- C’est dans ce groupe que se rencontrent les principaux et les plus nombreux éléments de l’exposition hispano-américaine, puisqu’il renferme toutes les matières premières que l’Amérique centrale et l’Amérique méridionale fournissent’ avec tant d’abondance.
- Au point de vue de l’exploitation des mines et de la métallurgie, la république la plus avancée est certainement celle du Chili, qui a fourni de nombreux et superbes échantillons des minéraux qui sont exploités dans ses mines : or, argent, cuivre, fer, nickel, cobalt, lapis-lazuli, marbres divers, houille, etc. Ce pays offre en exploitation plus ou moins développée : 1,668 mines de cuivre, 268 d’argent, 668 de houille, employant 23,743 ouvriêrs. En 1863, on y comptait 347 hauts fourneaux pour la fusion du minerai de cuivre. Ces établissements, parfaitement montés, se trouvent surtout dans les provinces d’Atacama, de Serena, d’Aconcagua et de Colcbagua, dans les villes de la Caldera et de Coquimbo, où des chemins de fer conduisent les minerais. La production du cuivre a donné au Chili, en 1865, une valeur de 71 millions de francs à l’exportation. Dès 1863, la production houillère s’élevait à 128,382 tonnes, qui furent employées, concurremment avec le charbon anglais, à la fonte du minerai dans les usines à cuivre. Les mines d’argent existent principalement dans les cantons de Copiapo, Chanarcillo et Très Puntas, dans la province d’Atacama. La production moyenne des cinq dernières années, de 1862 à 1866, a été d’une valeur annuelle de 9,500,000 fr., outre ce qui a été exporté et ce que l’on a frappé à la monnaie de Santiago. L’or produit monte également chaque année à 3 millions, de sorte que la production totale des métaux de
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- quelque prix atteint une valeur annuelle de 100 millions de francs.
- L’industrie minière est très-avancée au Chili. Le grand avantage de cette industrie, c’est que la majeure partie des mines de cuivre se trouvent placées dans les chaînons secondaires des Andes, peu éloignés de la côte, et qu’on peut amener facilement et à peu de frais le minerai aux usines du littoral. Des chemins de fer facilitent ces transports, tels que : celui de Chanarcillo et deCopiapo à la Caldera, sur le Pacifique; celui de Cardas à Coquimbo ; du Carrisal à Carrisal Alto, villes nou- . velles près de Huasco. On reconnaît tous les jours des gisements nouveaux dans les terrains dioritiques qui longent la mer, dans la province d’Atacama : ce sont des oxydes, des oxysulfures, des carbonates, des oxychlorures, des arseniures. Ces derniers sont mêlés à une certaine quantité d’argent.
- Dans le sud, les provinces d’Aconcagua, de Santiago et de Colchagua produisent encore beaucoup de cuivre; mais les mines y sont plus éloignées de la mer. On trouve des travaux établis presque dans la Cordillère. En résumé, le cuivre se rencontre au Chili depuis Méjillonès jusqu’à Talca, sur une étendue de douze degrés de latitude.
- L’or natif des rivières a déjà été exploité par le lavage, et l’on n'en trouve plus que mêlé au cuivre et à d’autres métaux, ou dans les quartz des terrains de cristallisation granitoïde, si communs sur les deux versants des Andes. Le mercure est également très-répandu; mais il n’est pas exploité, aucun gisement n’ayant paru assez abondant pour donner lieu à une exploitation utile. On trouve le nickel et le cobalt dans la vallée de Copiapo. Le plomb est extrêmement commun; la Mina Grande y olfre le plomb vanadaté en abondance. Le tungstène, le molybdène et le titane s’y trouvent également. Enfin, le désert d’Atacama présente çà et là des amas de fer météorique,
- dont un morceau pesant 95 kilogrammes a été exposé.
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- Le charbon de terre se rencontre au Chili en deux gisements non loin de la mer : l’un dans le sud, au milieu des terrains
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- tertiaires des provinces de la Conception et de Yaldivia; ce sont généralement des lignites bitumineux d’excellente qualité ; l’autre dans le nord, près de Copiapo : c’est une houille sèche de qualité ordinaire. Des marbres de diverses espèces et des quartz s’offrent également en abondance, mais ils ne sont pas encore entrés dans l’exploitation courante.
- La République Argentine possède tous les minéraux du Chili, ils y sont même plus variés ; mais l’éloignement de la mer fait qu’on ne peut exploiter avec bénéfice que les gisements les plus riches , les métaux obtenus devant être emportés à dos de mulet, soit qu’on les porte aux ports de la Caldera, de Huasco, de Coquimbo ou de Yalparaiso, par la barrière des Andes et en leur faisant franchir la Cordillère, soit qu’on les conduise au littoral. Aussi l’or, l’argent et une certaine quantité de cuivre sont-ils les seuls métaux qui passent la Cordillère; le reste est dirigé vers le littoral, par une route de 1,200 kilomètres. On comprend l’énormité des frais de transport, et comment, dans certaines localités, aux mines de l’Atajo, par exemple, dans la province de Catamarca, on ne peut pas exploiter utilement un minerai qui renferme moins de 20 pour 100 de métal. Le revers oriental des Andes est riche en gisements métalliques de toute espèce, depuis la Puna, ou plateau de Jujuy, où l’on trouve de l’or, jusqu’au chaînon de Pallen, dans le territoire indien du sud. Malgré cet éloignement de la mer, beaucoup de mines sont exploitées : Jujuy a les lavages d’or de Cocliinoca et de Santa Catalina, sur un plateau de 3,600 mètres d’altitude ; — Salta, les mines de cuivre de Chicoana ; —Catamarca, le district minéral de Capillitas, dans la Sierra de l’Atajo, où existent de nombreux travaux établis. Les principaux sont ceux de la mine Restoradora, qui a envoyé des échantillons de sulfure de cuivre renfermant 60 pour 100 de métal. Ce minerai est porté à dos de mulet à 108 kilomètres de là, dans la vallée de Santa Maria, où on le grille pour le fondre ensuite ; puis on l’envoie en grandes briques, dont deux font la charge d’une mule, à Tucuman , d’où on l’expédie en charrettes
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- au littoral. 11 doit ainsi faire 1,400 kilomètres par terre, pour arriver au Rosario et de là à Buenos-Àyres. Malgré toutes ces énormes difficultés, l’exportation en cuivre de ce dernier port a atteint 10,986 quintaux métriques en 186o. Dans la province de la Rioja, on exploite des mines d’or et d’argent, près de la région des neiges, au Cerro de Famatina, où l’on a ouvert une galerie horizontale, dite Socabon, qui a déjà 400 mètres, et qui sert à l’exploitation des minerais aurifères et argentifères qui forment ce gisement. L’or et l’argent se présentent également dans la province de San Juan, qui a envoyé beaucoup d’échantillons de minerais des cantons de laHuerta et du Tontal, où sont établis de nombreux travaux. On y exploite le plomb argentifère, l’argent sulfuré et chloruré, l’argent natif ; la galène est surtout abondante. C’est aussi ce que produisent principalement les mines d’Uspallata, exploitées dès le siècle dernier; l’argent y est toujours uni au plomb. ,
- La chaîne des Paramillos, dans la province de Mendoza, fournit également du cuivre qui est réduit dans l’usine d’Uspallala et exporté au Chili. La province de San Juan a des gisements de houille, qui ne peuvent être exploités à cause des frais de transport; il en est de même, dans la province de Mendoza, pour le pétrole, l’anthracite, les marbres, etc. La sierra de San Luis a les gisements aurifères de la Carolina et de la Canada Honda, exploités utilement ; le cuivre aurifère de San Francisco, sur les collines de ce nom. Dans la sierra de Cordova, sur le plateau de Pocho, on exploite un assez grand nombre de mines de galène argentifère, dont plusieurs appartiennent à un Français, M. Roques, qui a fait figurer de beaux échantillons de minerais à l’Exposition. Le cuivre du versant oriental de la sierra est exploité dans les usines de Molinos et de Calamuchita. Tout ce versant renferme des marbres de toutes couleurs, d’un grain extrêmement fin, mais surtout des marbres blancs, pareils à ceux de Carrare, et dont plusieurs échantillons ont été envoyés. Les terrains tertiaires de
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- l’Entre Rios renferment des ocres diverses, des argiles, des marnes variées, d’une qualité précieuse pour la poterie; le kaolin existe en abondance dans la province de Salta. Sur les bords du Haut-Uruguay abondent les agathes, les calcédoines, les sardoines,les améthystes et de magnifiques quartz cristallisés. On n’exploite pas les immenses gisements de fer de la Rioja, à cause du manque de bois et de bras.
- L’État oriental de l’Uruguay n’a point de mines en exploitation, quoiqu’on y ait trouvé du cuivre, du plomb argentifère, de l’antimoine et de l’or, sur les collines de Tacuarembo. Il en a été exposé divers échantillons. Son exportation de quartz et d’agates est bien pins considérable que celle de l’Entre Rios : elle s’élève à 65,000 kilogrammes par an. La variété des formes et des couleurs de tous ces cristaux est fort remarquable. L’exportation en est faite principalement pour l’Allemagne.
- Le Paraguay exploite fructueusement les mines de fer d’Ibicuy; c’est avec ce produit qu’il a pourvu à ses besoins dans la guerre actuelle, alors que toute communication avec l’Europe lui était fermée. C’est, du reste, le seul métal qui ait été utilisé jusqu’à présent dans ce pays.
- La Bolivie n’exploite guère que les minerais d’argent; c’est la partie la plus riche de son exportation. Le fameux Cerro de Potosi, dont l’exploitation depuis 1545, époque de la découverte, jusqu’au commencement de ce siècle, avait donné 6 milliards d’argent, et qui avait été percé de 5,000 puits de mine, continue à être exploité; mais les minerais actuels ne donnent pas plus de 8 marcs au caisson , c’est-à-dire 400 francs par 3,000 kilogrammes de minerai, et les frais d’exploitation sont considérables. On recueille dans la Bolivie même le mercure nécessaire à l’exploitation, alors que, au Chili et dans la République Argentine, il faut le tirer de l’étranger. L’or, le cuivre, le nickel, le cobalt, etc., et tous les autres minerais exploitables existent en Bolivie; mais on ne recherche avec ardeur que l’argent, qui sert à payer une large part des importations d’outre-mer en ce pays.
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- Au point de vue minéralogique, le Pérou se trouve dans les mêmes conditions que la Bolivie; les anciens lavages d’or, qui avaient rendu son nom si fameux, sont épuisés depuis longtemps; mais il en est de nouveaux qui sont découverts de temps à autre sur les deux versants des Andes et que l’on exploite utilement. Les mines de Huancavelica produisent une quantité de mercure qu’on peut évaluer à 2,000 quintaux, ce qui dénote une grande diminution dans les produits.Les Péruviens négligent maintenant les opérations minières pour d’autres travaux plus fructueux et moins fatigants. Cependant on extrait encore des quantités d’argent considérables du Cerro de Parso; cette extraction, de 1828 à 1846, s’est élevée à 233,350,000 francs. Le département de Puno, près du lac de Titicaca, produit également beaucoup d’argent et de cuivre.
- L’Equateur a délaissé les travaux des mines, quoique beaucoup de gîtes précieux existent dans ses montagnes. On y exploite cependant plusieurs placers aurifères et des gisements d’émeraude ; on y a trouvé également, il y a peu de temps, des gisements d’anthracite et de pétrole, qui ne sont pas encore exploités.
- La Nouvelle-Grenade a peu figuré à l’Exposition. Ses richesses minérales sont considérables, surtout au point de vue de l’exploitation aurifère, qui est en activité dans la province d’Antioquia et dans le Clioco. Elle possède une très-riche mine d’émeraudes, celle de Muzo, qui donne des produits de plus en plus abondants.
- Le Venezuela renferme tous les minerais des Andes, et surtout l’or; on l’y a exploité de tout temps, mais il vient de se montrer en quantités considérables dans le canton de Upatta, dans le sud-est de la province de Guyane, sur les bords de la rivière Yuruari, qui se jette dans l’Essequebo, lequel limite lui-même les Guyanes anglaise et vénézuélienne. De nombreux mineurs se sont portés vers ces cantons dans ces derniers temps, surtout vers Caratal, et en ont fait le siège d’une exploitation très-fructueuse. Aussi le Venezuela a-t-il présenté
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- de beaux échantillons de cet or qui se rencontre aussi bien au lavage que dans les quartz des collines de ces régions.
- L’Amérique centrale, dans les deux républiques de Cosia-Rica et de Nicaragua, présente également des minerais d’or, contenus dans une gangue argileuse qui sé délite facilement au lavage. On y extrait aussi un peu d’argent et de cuivre, mais l’exploitation minière est encore peu développée.
- En somme, c’est au Chili, où les mines d’or, d’argent, de cuivre et de houille sont l’objet des travaux les plus étendus et les mieux dirigés, que la métallurgie est véritablement développée, et que les établissements, créés en vue d’une exploitation rationnelle, se rapprochent le plus de ceux d’Europe. Il est vrai que la disposition du sol et la proximité de la mer facilitent les travaux et surtout l’exportation des produits, alors que, dans la Confédération Argentine, en Bolivie, au Pérou, les gisements métalliques se trouvent généralement sur le versant oriental des Andes, à une grande distance de la mer, et, en outre, à des altitudes considérables, qui en rendent l’exploitation plus pénible, par les difficultés que la population trouve à s’y nourrir et à en supporter le climat. Dans les régions voisines du golfe du Mexique, au contraire, c’est la chaleur, l’humidité, l’insalubrité de certaines localités qui gênent l’exploitation des plus riches dépôts métalliques. Malgré l’immense quantité de métaux précieux produits par l’Amérique espagnole depuis la découverte, on peut dire que la richesse de cette production n’est pour ainsi dire qu’effleurée, car partout, dans le système des Andes et de leurs dépendances, on trouve des indices des mêmes gisements, parmi lesquels figurent en première ligne : l’or, répandu partout, mais en petite quantité; l’argent, abondant également partout sur les deux versants et dans quelques cordons longitudinaux; le cuivre, excessivement répandu, plus encore sur le versant oriental que sur le versant occidental ; le fer, qui dans certaines localités constitue des montagnes entières, comme à Famatina, par exemple; le nickel, le cobalt, l’antimoine, le plomb, etc. Nulle chaîne
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- au monde ne renferme autant de richesses métalliques que celle des Andes, dans toute son immense étendue.
- Quant à la houille et au pétrole, on en trouve dans une foule de localités, mais souvent trop loin pour les exploiter utilement, du moins jusqu’à ce que le versant oriental et les plaines qui s’étendent à ses pieds possèdent des chemins de fer.
- Les grandes villes du Chili, de la Confédération Argentine, du Pérou, ont des ateliers où l’on travaille les métaux; mais le fer y est généralement importé d’Europe. Ces ateliers construisent peu à nouveau, mais ils savent parfaitement réparer et mettre en œuvre. On a fondu des canons au Chili, à Montevideo et au Paraguay ; on coule des arbres de couche pour bateaux à vapeur ; mais il n’y a pas de grande industrie proprement dite.
- Les produits des exploitations et industries forestières abondaient à l’Exposition universelle. Presque toutes les républiques ont offert des échantillons de leurs bois de charpente, d’ébénisterie et de teinture. On a surtout remarqué ceux de la Confédération Argentine, du Paraguay, du Venezuela, de Costa-Rica et de Nicaragua. Il est à noter que les meilleures essences sud-américaines croissent dans les régions équinoxiales et subtropicales. Ainsi, dans la République Argentine, la province de Tucuman, sur le versant oriental de l’Aconquija, possède des bois magnifiques, tels que le cèdre, le noyer sylvestre, le pacara, l’urundey ; la vallée de San Francisco, appartenant aux provinces de Salta et de Jujuy, présente des bois superbes de quina-quina, arbre qui donne le baume du Pérou, d’urundey, de lapaeho, d’amaranthe, de jacaranda ou palissandre, toutes essences qui ne peuvent venir en Europe qu’en descendant le Vermejo et le Parana; elles trouveraient même à être employées avantageusement dans les grandes villes du littoral, comme le sont celles du Paraguay, qui arrivent si facilement par eau. Le Venezuela exporte aisément des bois par le fleuve Orénoque ; ils sont employés en Europe
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- sous le nom de bois de la Guyane ou des Iles. Quant au Chili, tout est consommé chez lui ; on a pu voir d’ailleurs que, pour l’ébénisterie, ils sont bien inférieurs à ceux des contrées tropicales relativement à la finesse du grain et à l’éclat des couleurs. L’exportation du bois d’ébénisterie ne peut être une industrie sérieuse que pour les Etats qui ont des ports sur l’Atlantique et des rivières débouchant près de cês ports. Ainsi, la république de Haïti a pu exposer de magnifiques échantillons de bois d’acajou, l’un des principaux objets de son commerce. Cette république a montré aussi de jolis spécimens de ses ouvrages en sparterie et en vannerie. L’Amérique centrale avait des échantillons de ses écorces textiles, employées pour les chapeaux de paille, les étuis à cigares, les nattes, les hamacs, etc. Presque toutes ces républiques ont exposé des plantes textiles très-variées dont les fibres sont employées utilement dans la papeterie et peuvent être d’une grande ressource pour l’Europe.
- Tous les Etats hispano-américains ont présenté des collections d’histoire naturelle. On sait, en effet, l’extrême richesse de la faune de toutes ces régions. On a exposé en assez grand nombre les peaux de diverses espèces de chats, jaguars, couguars, ocelots, comme aussi les dépouilles de loups rouges ou aguaras, de renards, de fourmiliers, de capibaras, deguanacos, de vigognes, des peaux de lézard, de caïman, de boa et une foule d’oiseaux empaillés. La République Argentine, le Chili, le Paraguay et le Venezuela ont envoyé les plus belles pelleteries. Il faut joindre à ces échantillons curieux de la faune américaine les nids d’oiseaux de formes très-variées, des oiseaux en peau et empaillés, des reptiles conservés dans l’alcool, etc. Il y avait là réunis tous les éléments d’une belle collection zoologique.
- La Plata fait un commerce spécial des plumes de l’autruche américaine ou nandu. Ces plumes sont principalement fournies par les Indiens de la Pampa, fort habiles à la chasse de
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- cet oiseau ; l’autruche américaine est moins grande de taille que l’autruche d’Afrique et moins belle de plumes, mais les pennes des ailes sont excellentes pour plumeaux, et il s’en fait une exportation assez considérable, dont Buenos-Avres et Montevideo ont offert des échantillons.
- Quant aux objets d’exportation, la Bolivie a présenté une collection complète de quinquinas, objet de son principal commerce, après celui des métaux précieux. Les quinquinas sont le produit spontané de la végétation du versant oriental des Andes. Quoique l’exploitation en ait été abandonnée à l’industrie privée, on a fait un tel gaspillage de cette richesse que le gouvernement s’est vu obligé de prendre des mesures pour que l’on ne détruisît pas les jeunes arbres par un écor-cement prématuré. Il est venu également du quinquina du Pérou et de l’Équateur. Il en croîtmêmeau Brésil et au Venezuela, maison n’a point encore bien étudié ces écorcès.Le quinquina le plus répandu dans le commerce est celui de la Bolivie.
- Le Pérou a présenté quelques échantillons de son guano, cet engrais précieux que les oiseaux de mer déposent sur les îles qui bordent les cotes, et dont l’exploitation, depuis 1842, monopolisée par l’État, est arrivée à donner, en moyenne, 80 millions de francs par an, depuis 4860, et a enrichi beaucoup plus le Pérou que ses mines d’or jadis si vantées. Le guano du Pérou est préférable à tous les autres, parce que, comme il ne pleut jamais sur les côtes, l’ammoniaque qui fait la force de cet engrais n’est point enlevé par l’eau des pluies, comme sur les côtes de Patagonie, par exemple. Depuis 1842 jusqu’en 4860, il avait été extrait des îles Chinchas 3,221,000 tonnes de guano, qui ont produit au gouvernement péruvien 1 milliard de francs; la quantité qui reste à exploiter était évaluée, en 1853, à 12,376,000 tonnes; comme l’exploitation a été très-active depuis cette époque, il est probable qu’il reste encore 6 millions de tonnes à enlever. Ces dépôts épuisés, le Pérou aura perdu les trois quarts de son revenu. L’Angleterre est la puissance européenne qui consomme le plus de guano ;
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- après l’Angleterre viennent les États-Unis de l’Amérique du Nord, puis la France.
- La Bolivie exporte également du guano de la baie de Mejil-lones dont la possession lui est commune avec le Chili. Ce guano n’est pas égal en qualité à celui des îles Chinchas, mais c’est encore un fort bon engrais. L’exploitation de ces îles commence seulement à présent, et l’on ne peut fournir aucun chiffre.
- Le salpêtre est encore un produit naturel qui se développe sous l’influence de certaines causes météorologiques au Pérou. L’exportation de ce produit a lieu surtout par le port d’Iquique, qui en a embarqué jusqu’à 1,600,000 quintaux en 1859 ; les azotates de potasse et de soude sont aussi un produit naturel et un objet d’exportation, dont l’importance approche de celle du guano. La Bolivie produit également une quantité notable de salpêtre, mais l’exportation en est très-réduite. Il s’en trouve aussi dans les provinces argentines de la Rioja et de Santiago del Estero.
- Le Pérou commence à exporter, par l’Amazone et ses affluents, lesproduits naturels de la province de Maynas, désignée aujourd’hui sous le nom de province littorale de Loreto, et dont l’importance est devenue considérable, depuis que le grand fleuve est sillonné par de nombreux bateaux à vapeur brésiliens, péruviens et équatoriens. Le caoutchouc, la vanille, les chapeaux de paille de Moyabamba sont les principaux objets de cette exportation.
- La Bolivie exporte des produits analogues par le Béni et le Madeira, mais en petite quantité. Le Paraguay a également envoyé à l’Exposition du caoutchouc et diverses gommes recueillies dans ses forêts.
- Les produits agricoles non alimentaires de facile conservation sont offerts en quantités énormes par les divers États de l’Amériquedu Sud: lin,fibres végétales, coton, laine, cire, tabac, matières tannantes, indigo, etc.
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- Fibres textiles.— Le lin est cultivé partout pour sa graine, employée dans la thérapeutique comme émollient ; mais il est au Chili l’objet d’une industrie particulière, ainsi que le chanvre. Cette république a présenté de beaux échantillons de leurs filaments ; le Pérou en produit également. Le Paraguay a exposé des fils de caraguata, plante textile de la famille des broméliacées très-résistante, très-tenace et qui ne pourrit pas dans l’eau. Haïti a présenté également plusieurs plantes textiles très-utiles pour la vannerie, et de très-jolis ouvrages confectionnés avec leurs fibres : corbeilles, paniers, nattes, cordes, etc., etc.
- Coton.— Le coton croît dans toutes les Républiques; mais on ne le cultive au point de vue de l’exportation qu’au Paraguay, au Pérou et dans les Etats voisins du golfe du Mexique. Le Paraguay, étant bloqué, a dû suspendre ses envois ; le Pérou en exporte par l’Amazone. Le Venezuela et les républiques de l’Amérique centrale le cultivent en grand et l’envoient par leurs ports sur le golfe mexicain. En général, toutes les Républiques en ont présenté des échantillons qui prouvent que ce textile peut être cultivé dans toute l’étendue de Jeur territoire; d’une part le manque de bras, de l’autre la cherté des transports par terre empêchent que cette culture si rémunératrice ne soit partout pratiquée.
- Laine. — La laine est surtout produite par le bassin de la Plata, dont l’exportation atteint aujourd’hui la quantité prodigieuse de 100 millions de kilogrammes, dont les trois quarts sont tirés de la République Argentine et l’autre quart de l’État oriental de l’Uruguay. Depuis un demi-siècle, on a commencé à s’occuper de la régénération des bêtes à laine dans ce pays, par l’introduction de bons reproducteurs de Saxe et de Rambouillet. Presque tous les troupeaux de la Plata ont été ainsi métissés,surtout ceux qui sont élevés dans la région pampéenne. Quant à ceux de l’intérieur, c’est-à-dire
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- des sierras de Cordova, de San Luis et des Andes, ils n’ont pas subi de métissage, car ils n’avaient pas dégénéré comme ceux de la plaine, et ils sont restés tels que les premiers qui avaient été introduits par les conquérants espagnols au xvie siècle, sauf les modifications amenées par les colons et le climat. Ces moutons sont remarquables par une laine longue et fine, dont néanmoins le brin est très-fort, ce qui la rend précieuse pour certaines fabrications. Des toisons des hautes vallées et des plateaux de Catamarca et de Jujuy ont été très-appréciées pour leur épaisseur et leur finesse. La France, la Belgique et les Etats-Unis consomment presque toutes les laines de la Plata ; il en va peu en Angleterre, ce pays étant abondamment approvisionné par ses colonies de l’Australie, de la Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande, de Natal et du cap de Bonne-Espérance.
- Le Pérou et la Bolivie exportent aussi une certaine quantité de laines ; mais surtout de la laine d’Alpaca, qui est fort acceptée en Angleterre. Il en est également expédié de l’Équateur et de la Nouvelle-Grenade. La laine de vigogne est plus rare et beaucoup plus chère. La Confédération Argentine et le Chili ont présenté de belles peaux de cet animal etdes échantillons variés de laine d’Alpaca. Le Chili a exposé de curieuses toisons provenant du métis du bouc et de la brebis, et qui servent à faire des pelions ou tapis de selle fort recherchés. L’Etat oriental de l’Uruguay a montré des peaux de chèvre d’angora, acclimatées dans le pays depuis quelques années seulement, et qui sont le résultat d’une industrie nouvelle. On a commencé également à en élever dans la sierra de Cordova au centre de la République Argentine.
- Soie. — La production de la soie fait de grands progrès dans toute l’Amérique du Sud. La Plata est certainement à la tête de ce mouvement, car on élève les vers du ricin, de l’ai— lanthe, du mûrier, à Montevideo,àBuenos-Ayres, àCorrjentes. La colonie franco-suisse de San-José, sur l’Uruguay, dans
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- l’Entre-Rios, s’en occupe spécialement. Les provinces de Mendoza et de San-Juan ont repris cette industrie qu’elles avaient déjà créée en 1830 et qu’une épidémie sur les vers avait arrêtée. Le Chili s’adonne également à la production de la soie ; le Pérou et surtout l’Equateur commencent à en produire. Ce dernier pays a présenté de très-beaux cocons et de remarquables échantillons de soie grége. L’Amérique centrale et le Venezuela s’en préoccupent et ont un commencement d’industrie séricicole, sans toutefois que l’on soit encore arrivé à en faire l’objet d’un commerce sérieux. Mais l’industrie est créée et nous avons lieu de croire, par ce que l’on a fait à l’Exposition, qu’elle se développera.
- Tabac. — Le tabac peut se cultiver dans toute l’Amérique du Sud ; il n’est pourtant que peu de pays qui s’en occupent sérieusement. Le Chili, où le gouvernement a le monopole de celte denrée, reçoit le tabac qu’il consomme de la province argentine de Tucuman. La province de Corrientes en cultive également, et ce produit y est même supérieur au précédent, mais il est consommé dans le pays. Celui du Paraguay a une réputation méritée ; il commençait à s’exporter sur une grande échelle. La Bolivie et le Pérou le produisent de qualité supérieure, mais n’en exportent qu’un peu sur les rives de l’Amazone et dans les provinces du Nord de la République Argentine; le tabac de Santa-Cruz de la Sierra est fort bon. Toutes les autres républiques voisines du golfe du Mexique en produisent beaucoup, de qualité égale aux précédentes sortes ; le Venezuela est le seul qui en expédie 20,000 quintaux, dont une partie pour l’Europe. La République Dominicaine en exporte un peu, et l’Amérique centrale en envoie partout. Mais ce qui fait que cette riche culture est négligée, c’est que le séchage de la plante exige des soins minutieux que, faute de bras, on ne peut guère lui donner.
- Tan. — On a peu exposé de matières tannantes, non pas
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- qu’elles fassent défaut, mais par suite de leur peu de valeur locale et de leur poids. Partout on tanne les cuirs avec les écorces de divers arbres de la famille des mimosées ; un exposant argentin a présenté une nouvelle substance pour le tannage, le Quebracho, de la famille des apocynées, dont nous parlerons plus bas.
- Indigo. — Comme matière tinctoriale, l’indigo est cultivé dans les provinces argentines de Mendoza et de Tucuman, qui en ont présenté de beaux échantillons ; il l’est également au Paraguay, dans les Yungas, ou vallées chaudes des versants orientaux des Andes, dans la Bolivie, le Pérou et dans tout le reste de l’Amérique équatoriale; toutefois , il n’est l’objet d’un commerce sérieux qu’au Guatemala, pour lequel c’est une industrie spéciale, et au Venezuela, qui en exporte annuellement 1,000 quintaux métriques. La production du Guatemala, qui en fournissait une quantité considérable sous le régime colonial s’est considérablement réduite.
- Huiles animales.— L’huile de pied de bœuf est fabriquée en grand dans les abattoirs de Buenos-Ayres et de Montevideo. Un exposant argentin en a présenté de beaux échantillons qui ont été avantageusement remarqués, comme aussi des graisses et des suifs que la Plata fournit en quantités très-considérables. — On commence à y fabriquer de l’huile d’arachide, plante qui porte le nom de Mani (Araehis-bypogœa) dans le pays.
- Cire. — La cire sauvage, ou plutôt tirée des abeilles sylvestres qui habitent les forêts ; est recherchée partout ; les Indiens l’apportent généralement aux blancs dans leurs échanges; mais, depuis quelques années aussi, on a acclimaté presque partout les abeilles de l’Europe, qui ont prospéré d’une manière extraordinaire et produisent six fois plus que dans leur pays d’origine. Ce phénomène s’est montré dans la Plata, au
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- Chili, ail Pérou, dans l’Équateur, au Venezuela, contrées qui toutes en ont envoyé des spécimens. On la blanchit dans le pays, où elle est généralement employée pour le culte catholique; mais on en exporte aussi un peu pour l’Europe.—Buenos-Ayres a une fabrique de bougie stéarique ; il en existe également une au Chili.
- Savon.—Quant aux produits chimiques et pharmaceutiques, ceux qui sont fournis par les divers États sud-américains sont généralement exportés à l’état brut. Toutefois, une fabrication universellement répandue est celle du savon. La Confédération Argentine exporte au Chili, depuis un temps immémorial, malgré la barrière des Andes, d’excellent savon, fabriqué à Mendoza, avec de la graisse et les cendres d’une plante nommée Jume (Lycium Salsum, Solanées), qui remplit tous les bas fonds salins de la plaine intérieure. A Buenos-Ayres, on en fabrique avec de la soude artificielle ; ce produit est de qualité excellente et surtout du prix le plus modique. Le Pérou a exposé des savons fabriqués avec les sels naturels du pays, qui ont été remarqués, comme ceux de la Confédération, pour leur bonne qualité et leur bas prix. — Les gommes-résines, et les vernis de toute sorte abondent. L’Amérique équinoxiale en a divers spécimens, ainsi que diverses teintures obtenues avec des bois que nourrissent ses forêts ; toutefois, aucune de ces substances ne fait l’objet d’un grand commerce. Elle ne s’occupe pas non plus de la fabrication des médicaments, dont elle a cependant les éléments sous la main; toutes les matières sont généralement expédiées en Europe d’où elles reviennent préparées pour les officines.
- Cuirs tannés. — La Plata et le Chili ont seuls offert des peaux tannées, des cuirs préparés de diverses sortes. La Confédération Argentine a des tanneries très-importantes dans les provinces du nord où abonde un acacia nommé Cébil, dont l’écorce, très-riche en tanin, donne des cuirs d’une très-
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- grande solidité. Un industriel de Buenos-Ayrcs a appliqué à cette opération la poudre d’un grand arbre de la famille des apocynées, le quebracbo rouge, qui sert de bois de construction dans le pays. Un procédé pareil est d’ailleurs employé depuis quelques années en Europe avec le bois de châtaignier. Avec le quebracho, le résultat est magnifique, et l’on a fort admiré les cuirs de cette provenance. Voici donc une industrie nouvelle créée à l’entrée de ce grand bassin, industrie qui permettra de livrer tout tannés à l’Europe une partie des cuirs qu’on lui envoie en quantités si énormes. On n’a point expédié à l’Exposition de cuirs à l’état brut, c’est-à-dire secs ou salés; du reste, on sait que l’Europe entière est approvisionnée de cuirs de cette provenance, car le littoral de la Plata et les plaines de l’Orénoque, dans le Venezuela, envoient annuellement 3 millions de cuirs de bœuf à l’Europe et 4 millions de cuirs de cheval. Le Pérou et l’Amérique centrale en envoient aussi quelques milliers. Ce commerce, avec celui de toutes les autres dépouilles animales , cuirs, cornes, sabots, os pour la tabletterie, cendre d’os pour engrais, est d’une immense importance pour la Plata; il constitue la moitié de la valeur de son exportation, ainsi qu’on le verra au tableau du commerce de la Confédération Argentine et de l’État oriental de l’Uruguay.
- CHAPITRE VIL
- INSTRUMENTS ET PROCÉDÉS DES ARTS USUELS.
- Ce groupe est la partie faible de l’exposition de l’Amérique centrale et de l’Amérique méridionale, puisque le pays n’est pas manufacturier, et nous avons dit pourquoi il ne Tétait pas.
- Ainsi , quoique l’art d’exploiter les mines soit fort avancé au Chili, par exemple, ce pays n’a exposé à ce point de vue que les cartes géologiques dues à l’ingénieur français Plessis, chargé de faire la géologie entière de la République ;
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- partout on ne fait qu’employer et appliquer les procédés et appareils inventés en Europe. — Les forêts sont complètement abandonnées à la nature ; on n’exploite que celles qui sont riveraines des fleuves, et où il est facile d’y pousser les troncs d’arbres abattus. — Quant aux matières fertilisantes, on a exposé le Guano du Pérou, mais ceux de la Bolivie et de la Patagonie n’ont pas été présentés, non plus que le guano artificiel, fabriqué à Buenos-Ayres, avec le sang et les débris d’animaux de toute sorte des Saladeros.
- Dans une seule classe appartenant au groupe VI, la bourre-lerie et la sellerie, ont trouvé place une foule d’objets fabriqués dans le pays et qui dénotent une habile main-d’œuvre: selles et tapis de cheval, pièces de cuir ingénieusement frappées et ornées de dessins très-délicats, brides et fouets admirablement tressés, d’une finesse extrême. Le Chili, l’Équateur et San-Salvador en ont présenté des échantillons assez remarquables ; mais les plus curieux ont été exposés par les Républiques de la Plata, qui les ont placés sur des chevaux empaillés, montés par des mannequins revêtus des costumes du pays. Ainsi l’on a pu juger du système de rvcado ou selle indigène, qui fournit au cavalier le lit pour dormir en voyage, sans fatiguer le cheval de son poids ; on a vu les caparaçons de luxe tout ornés d’argent, les brides taillées dans l’épaisseur de la peau du tapir, comme aussi les rênes si fines et si délicates fabriquées avec du cuir de cheval, découpé de manière a devenir presque aussi fin que du crin. Puis les lazos, ou lacets qui servent à saisir les bœufs et les chevaux dans la campagne, aussi bien qu’à opérer la traction d’un corps pesant, d’un chariot; les boules avec lesquelles on chasse l’autruche, le cerf et même des animaux plus redoutables ; tous objets judicieusement appropriés aux occupations de l’homme errant dans les Pampas, ces plaines si vastes des régions platéennes ou sur les bords de l’Orénoque, dont les llanos rappellent, sous le ciel en feu de l’Équateur, les pampas plus tempérées de Buenos-Ayres et du territoire indien du Sud. Sous le rapport
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- de l’équipement des chevaux, l’exposition des Républiques de la Plata a été très-intelligente et très-complète,
- CHAPITRE VIII,
- ALIMENTS FRAIS OU CONSERVES A DIVERS DEGRÉS DE PRÉPARATION.
- | 1. — Céréales, farineux, huiles, graisses.
- Les céréales sont cultivées dans presque toute l’Amérique centrale et l’Amérique méridionale, les différences d’altitudes que présente le terrain le rendant propre à toutes les cultures. Le Chili possède engrand l’agriculture des pays tempérés ; aussi a-t-il pu présenter de beaux échantillons de blés et de farines. L’Equateur a montré des produits similaires obtenus sur les plateaux des Andes àl’altitude de 2,200 et même 3,000 mètres. En effet, dans les hautes vallées des régions intertropicales, on peut cultiver et obtenir toutes les céréales, ainsi que toutes les espèces fruitières de l’Europe. Quant au maïs, il se rencontre partout et dans toutes les localités; c’est la céréale la plus répandue, la plus consommée dans toute l’Amérique ; elle y nourrit et la population et tous les animaux domestiques. Les régions tempérées de la Plata sont également très-propres à l’agriculture ; la Société rurale de Buenos-Ayres a envoyé une collection assez belle de tous les produits de ses cultures en blé, orge, seigle, avoine, maïs, qui prouve les progrès très-réels faits depuis dix années, sous le rapport agricole, dans ce pays. Toutes les Républiques exposantes ont envoyé des échantillons de leurs farineux.
- Dans les régions rapprochées des tropiques, le manioc est cultivé en grand et fournit des produits alimentaires également comestibles, la farine proprement dite, en poudre un peu
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- grossière, et la cassave ou amidon, qui est extrêmement fine. En beaucoup d’endroits, le manioc est connu sous le nom de yucca. Au Paraguay, on fait avec l’un et l’autre du pain désigné sous la dénomination de chipa. Le biscuit de mer fait avec les farines recueillies dans le pays se fabrique dans beaucoup d’endroits non-seulement pour la mer, mais pour les voyages et pour le séjour de la campagne où il est d’un usage très-répandu. Les femmes savent faire, sous le nom de biscocho fino, un pain léger, qui se sèche en conservant la plus grande partie de son goût et qui est agréable en voyage. Quant à la pâtisserie proprement dite, elle se fait partout, mais pèche généralement par l’excès de sucre qu’on y mêle.
- Les graisses et les huiles comestibles se rencontrent en beaucoup de localités; le Chili prépare de fort bon saindoux; presque partout on élève le porc avec le maïs et le manioc ; cette nourriture donne à sa chair un très-bon goût et l’engraisse considérablement. On commence à cultiver le inani ou arachide (arachis hypogœa) pour son huile, qui remplace, en quelques localités, l’huile d’olive importée d’Europe. — Au Chili, dans les provinces andines de la Confédération et en Bolivie, on cultive l’olivier, qui atteint dans ce pays une taille exceptionnelle et donne beaucoup de fruit.— Certaines localités sont renommées pour leur fromage; Tafi, vallée haute de la province de Tucuman, en fabrique une sorte qui se rapproche beaucoup du Roquefort, et est justement appréciée; on en fait également de fort bon dans les vallées de Salta. Partout on prépare une conserve de lait; on fait réduire le lait sur le feu avec une grande quantité de sucre; il reste une sorte d’extrait qui se conserve très-longtemps et que l’on rend à l’état liquide en y ajoutant de l’eau et en le chauffant; toutefois, cette préparation est inférieure aux laits concentrés d’Europe, surtout à ceux que l’on prépare suivant la formule recommandée par M. de Lignac et adoptée en France pour la marine de l’Etat et les hôpitaux.
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- g 2. — Viande et poisson.
- Les conserves de viande et de poisson que les deux Amériques peuvent donner en quantités immenses, deviendraient, par ce temps de disette générale, d’une grande importance pour le monde entier, si leur mode de préparation pouvait les rendre inaltérables pendant une certaine époque, et susceptibles de traverser sans avarie et à peu de frais la zone torride, voyage qui ne dure généralement pas moins de deux mois.
- Le Chili prépare des viandes sèches et des salaisons qui sont exportées sur la côte du Pacifique. Le Venezuela, dans les llanos ou plaines de l’Orénoque, élève d’immenses troupeaux de bœufs, dont la chair, grâce à l’ardent soleil de ces plaines, est séchée et transportée dans les régions voisines; toutefois, ces préparations assez grossières, et qui toujours ont un goût de graisse rance, auquel il est difficile de s’habituer, ne peuvent être comparées à celles dont on s’occupe dans la Plata et qui tiennent une si grande place dans l’exportation de cette région. En effet, pour une population de 1,200,000 habitants au plus, cantonnés dans la partie riveraine des fleuves Parana et Uruguay, la Confédération Argentine et la Bande orientale élèvent près de 15 millions de bestiaux, dont elles exportent chaque année les cuirs secs et salés, au nombre de 3 millions. Quoique la nourriture du pays soit essentielle-mentbaséesur l’usage de la viande de bœuf, on tueles deux tiers de ces bestiaux dans de grands établissements nommé saladeros où l’on exploite fort habilement et très-économiquement les troupeaux que nourrissent les pâturages de la Pampa, et on prépare leur viande pour l’expédier au Brésil et à l’ile de Cuba, sous le nom de carne seca, tasajo, charque. Le salage et ensuite la dessiccation sont les méthodes généralement employées ; mais cette viande, qui se consomme accommodée avec du lard et des haricots noirs, ne pourrait être acceptée en Europe. On a donc fait une foule d’expériences pour améliorer la méthode de
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- conservation ; nous en avons donné les détails dans notre rapport sur la classe 70, et nous ne ferons que les résumer ici : séchage à l’air chaud; — fumage; — conservation à l’état cru, à l’aide d’un liquide spécial, dans des boîtes de fer-blanc hermétiquement soudées; — condensation de la viande salée et séchée à la presse hydraulique ; —injection de l’animal entier. Tous ces procédés ont été expérimentés dans les saladeros de Buenos-Ayres, de Montevideo et de la province brésilienne de Rio-Grande, qui élève également beaucoup de bétail. De nombreux échantillons de ces préparations ont été exposés. On pourrait exporter en Europe les viandes ainsi préparées, et les vendre dans les grands ports au prix de 0,75 à 1 franc le kilogramme : quelques producteurs de la Plata sont bien décidés à en tenter l’expérience. Il est très-probable que ces conserves entreront dans l’alimentation publique européenne, comme y sont entrés les extraits de viande que l’on prépare partout aujourd’hui dans les pays riches en bétail : Australie, Cap, Natal, et surtout dans la Plata où rétablissement de Fray-Bentos, sur l’Uruguay, a réuni les meilleurs et les plus ingénieux appareils pour produire économiquement cet extrait. Des usines analogues viennent d’être créées à Buenos-Ayres et dans l’Entre-Rios, à Montevideo, et sont en pleine activité. Leurs produits sont exposés par la Confédération Argentine, et l’on a particulièrement apprécié les efforts tentés pour concourir d’une façon aussi active et aussi utile à l’alimentation générale. La Plata peut devenir quelque jour un dépôt inépuisable de viande pour l’Europe.
- Quant aux conserves de poisson, on n’en prépare que pour la consommation locale. Les grands fleuves de l’Amérique du Sud sont très-riches en grandes espèces comestibles, que l’on sale et sèche pour les manger au fur et à mesure des besoins. Le soleil des tropiques les sèche avec une telle rapidité que, dans l’intérieur du pays, c’est une réserve précieuse pour l’alimentation des riverains des fleuves, de leurs navigateurs et des populations voisines. Ainsi la vallée du Vermejo en
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- exporte avantageusement sur les plateaux de la Bolivie.
- Les Républiques hispano-américaines ont en général exposé de nombreux échantillons de leurs légumes secs, pour la plupart originaires de notre continent: haricots, pois, lentilles, etc. Les haricots surtout sont souvent remarquables par leur abondance et leur belle végétation ; devenus indigène, ils se sont divisés en variétés innombrables,toutes se distinguant par leurs bonnes qualités alimentaires. D’ailleurs tous les légumes d’Europe se cultivent dans ces régions ; les différences d’altitudes que présente le terrain le rendent propre aux cultures les plus variées. La Bolivie a présenté un légume particulier, la quinoa, petite graine alimentaire, de l’apparence du millet pour le grain, mais qui appartient à la famille des chénopodées, et qui est très-nutritive; c’était presque le seul légume qui fût consommé par les cuisines péruviennes du temps des Incas.
- Quant aux fruits frais, une seule république en a exposé, et elle a prouvé ce que peut l’acclimatation bien conduite. Un exposant français de Montevideo, M. Margat, a envoyé des poires d’arbres d’origine française, greffés et acclimatés par lui; ces fruits, cueillis au mois de mars, l’automne de la Plata, sont arrivés à Paris en parfait état de conservation et ont pu figurer dans les vitrines de l’Exposition et s’y conserver un mois entier; c’était du Doyenné d’hiver et du Bon-Chrétien. Tous les voyageurs des paquebots des Messageries impériales de laPlata et du Brésil en France, connaissent d’ailleurs ces fruits, qui sont consommés à bord pendant les trente et un jours que dure maintenant la traversée de Buenos-Ayres à Bordeaux. Tous les fruits d’Europe ont été acclimatés au Chili et dans la Plata, où l’arboriculture a fait depuis quinze ans d’immenses progrès.
- Les condiments stimulants, sucres, matériaux et produits de la confiserie compris dans la classe 72, sont produits en quantités considérables par l’Amérique espagnole.
- § 3. — Café, cacao.
- Café.— Pour plusieurs des Républiques, le café est le prin-
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- cipal objet de l’exportation qui permet leurs échanges avec l’Europe. Toutes les contrées intertropicales au-dessous de 500 mètres d’altitude le produisent. Haïti, la république Dominicaine, le Venezuela, toute l’Amérique centrale, le donnent surtout en quantités considérables. Il en est de même dans la Nouvelle-Grenade et dans l’Équateur: Le Pérou et la Bolivie le produisent abondamment dans les chaudes vallées du revers oriental des Andes, connues sous le nom de Yungas. Ce café est de qualité tout à fait supérieure et comparable au meilleur moka. Des échantillons variés de toutes ces provenances ont figuré à l’Exposition. Haïti n’en exporte pas moins de 25,000 tonnes; Costa-Rica, 6,000 ; le Venezuela, 2,000. Au Brésil, la production est devenue énorme.
- Cacao.—Destproduiten quantités immenses, par l’Amérique centrale et les côtes du golfe du Mexique. Il constitue la principale denrée d’exportation de l’Équateur, qui en produit annuellement pour 18 millions de francs. Un honorable industriel français, M. Menier, a fait établir d’immenses plantations de cacaoyers dans la République de Nicaragua ; la nouvelle plantation qui porte son nom à Tortuga couvre plus d’une lieue de territoire et exporte la quantité de cacao suffisante à Paris pour alimenter une production de chocolat qui atteint maintenant 2 millions de kilogrammes. Le cacaoyer exige beaucoup de chaleur, d’humidité, et on ne peut guère le cultiver en dehors du 20e degré de latitude.
- g 4. — Coca, maté.
- Coca. — Le Pérou et la Bolivie ont le monopole de la culture de la Coca (Erythroxylon coca) plante qui croît dans les Yungas de ces deux Républiques, et est devenue indispensable aux travailleurs des Andes. Cette plante, dont les feuilles seulement sont en usage, a les vertus réunies du thé et du café; son goût ressemble beaucoup à celui du meilleur
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- thé vert, et, pour notre compte, nous la préférons. Elle est employée et pour les infusions théiformes et comme masticatoire; l’arjt pharmaceutique s’en est emparé pour en faire des vins, des teintures, des extraits, etc. C’est une plante très-hygrométrique, et qui doit être apportée en Europe dans des boîtes métalliques ou des flacons hermétiquement fermés ; autrement elle prend de l’humidité et perd presque tout son arôme. On a beaucoup exagéré ses vertus pour faire supporter la faim et la soif; les Indiens sont naturellement sobres et peuvent jeûner longtemps; mais ils se dédommagent lorsqu’ils se trouvent devant des vivres abondants, et l’œil alors est effrayé de la quantité d’aliments qu’on leur voit engloutir. Des estomacs européens ne pourraient supporter un pareil régime, et l’usage de la coca ne les dispenserait certainement pas du besoin d’une nourriture régulière. Il serait à désirer que l’on exportât ce produit en Europe, où il rendrait des services à l’art de guérir et serait aussi apprécié que le thé et le café.
- Maté.— Il en est de même du maté, qui n’est qu’un trompe-la-faim, et qui, pris en quantité considérable et souvent répétée, tue l’appétit et produit un effet débilitant, comme on le voit si souvent parmi les populations platéennes, surtout chez les femmes. Cette plante, nommée généralement thé du Paraguay, est la feuille d’un arbuste de la famille des ilicinées (Ilex para-guaiensis). Il atteint la taille d’un oranger de 6 mètres ; la feuille et les petites brandies, légèrement torréfiées et moulues, sont employées pour une infusion tliéiforme qui s’aspire avec un chalumeau. Cette infusion n’est agréable que très-chaude; elle perd beaucoup de. son arôme en refroidissant. Le maté se prend à toute heure ; son usage est universel dans le sud du Brésil, dans la Plata et le Chili. Aussi ce commerce est-il d’une extrême importance pour le Paraguay, dont il constitue, comme monopole du gouvernement, le principal revenu; pour le Brésil, qui en tire des quantités considérables des provinces de Pa-
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- rana, Sainte-Catherine et Rio-Grande du Sud; pour la Confédération Argentine, qui possède le territoire des Missions entre le Parana, l’Y Guazu et l’Uruguay. Les Yerbales, ou forêts à yerba maté de ces régions, fournissent naturellement des quantités considérables de ce produit, dont il s’exporte plus de 4,000 tonneaux à Montevideo, alors que Buenos-Ayres préfère la yerba du Paraguay, qui se paye le double de celle des Missions, mais qui est beaucoup plus aromatique. Ce monopole rendait 8 millions nets au gouvernement du Paraguay; le commerce total de cette denrée, dans laPlata, dépasse aujourd’hui 15 millions de francs, car c’est de cette région qu’on l’exporte au Chili, en Bolivie et au Pérou.
- § 5. — Sucre.
- Le sucre est encore une des denrées que produit toute l’Amérique espagnole. Il se consomme généralement dans le pays, car c’est un produit encombrant et lourd. On ne le raffine pas, et le peu qui est exporté l’est à l’état brut, pour être raffiné en Europe. Les méthodes pour l’obtenir de la canne se sont améliorées partout ; les moulins-broyeurs en fer ont été introduits, meme dans le cœur du continent. La famille Ovejero de Ledesma, dans la province de Jujuy, a fait porter chez elle, sur des charrettes et par une roule de terre de 2,000 kilomètres, des appareils (trapiches) achetés à Li-verpool. Les provinces du nord de la République Argentine ont fait de grands progrès dans cette industrie; elles ont exposé des sucres de qualité excellente, et qui ont d’autant plus de mérite que les ouvriers qui les ont produits sont des Indiens Matacos et Chiriguanos du Gliaco, encore à l’état barbare, que les sollicitations et les bons traitements des planteurs ont ainsi amenés au travail, et qui, à chaque printemps, retournent à leurs boispour revenir à chaque automne travailler à la plantation qu’ils ont adoptée. Les produits obtenus par des mains sauvages ainsi formées au travail, ont figuré à l’Exposition, et on a pu constater leur qualité excellente.
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- Quant aux usages multipliés du sucre pour les confitures et conserves des fruits variés des régions tropicales, ils sont fréquemment pratiqués chez les ménagères hispano-américaines, mais ne constituent pas une industrie commerciale. On n’en exporte rien, et d’ailleurs les Européens trouvent aux préparations de ce genre un certain goût de brûlé qui blesse leur palais, et un excès de sucre qui dénature presque complètement la saveur des fruits soumis à ces sortes de préparations.
- g 6. — Vins et spiritueux.
- On réussit mieux dans les efforts tentés pour la culture en grand de la vigne et la fabrication du vin. Le Chili et la Confédération Argentine sont certainement les plus avancés dans cette industrie. La vigne était déjà, antérieurement, cultivée au Chili, mais sur une petite échelle; depuis des années cette culture a considérablement grandi, et l’on a fait venir des centaines de mille pieds des meilleurs crus du Bordelais et de la Bourgogne; aussi la récolte s’est-elle élevée, en 4863, à 460,000 hectolitres, qui ont été consommés dans le pays. Les échantillons présentés à l’Exposition avaient des qualités estimables, mais il ne valaient pas toutefois ceux qu’avaient exposés la Confédération Argentine et le Pérou. Dans la première de ces deux républiques, on cultive la vigne depuis le temps de la colonisation, dans les provinces situées sur le versant oriental des Andes, à Mendoza, à San Juan, à la Roja, à Salta, dans la vallée de Calchaqui; en Bolivie, dans celle de Cinti. La plus fameuse par ses vins est celle de la Roja, qui n’a pas exposé ; mais il y a eu de nombreux échantillons de vins de Mendoza. Tous ces vins sont très-riches en alcool et ressemblent les uns aux vins d’Espagne, les autres aux vins de Porto ; les qualités d’ailleurs sont très-variées; elles dépendent du plant et de la culture, qui se fait toujours par irrigation, le versant oriental des Andes ne recevant que très-peu de pluie. La vigne est cultivée par une altitude qui varie de 500 à
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- \ ,800 mètres, du 3oe degré au 20e ; de là les qualités si diverses du produit. Cette culture s’étend et s’améliore considérablement chaque année. La cherté du fret par terre fait que ces vins ne peuvent être transportés au littoral, où ils feraient une concurrence très-sérieuse à ceux d’Italie, d’Espagne et de Portugal. Au Pérou, la vallée de Moquegua, qui produit debonsvins, quoique sous le 15e degré de latitude, est déjà à une altitude de 1,000 mètres au moins; Pisco donne une eau-de-vie de vin justement renommée. La culture de la vigne, aussi bien que celle des céréales, est donc très-possible dans la région intertropicale, si l’on choisit les altitudes.
- Nul échantillon n’a été présenté de ces nombreuses boissons fermentées qui se font dans toute l’Amérique, et qui sont connues sous le nom de chichas ou bières : chichas, de maïs, de caroube, de piquillin, enfin d’une foule de baies et de fruits du pays. Les Indiens du Sud savent même faire du cidre avec les fruits des pommiers sylvestres des bords du Rio Negro, sous le 40e degré de latitude sud. Toutes les tribus d’ailleurs connaissent la fermentation alcoolique, savent la faire subir aux fruits de leurs forêts, et se procurent ainsi des boissons spiritueuses, avec lesquelles les hommes s’enivrent.
- La boisson alcoolique la plus usitée, la plus répandue dans l’Amérique espagnole, est l’eau-de-vie de sucre, dite canna, qu’on nomme taffia aux Antilles françaises, caxaça au Brésil et rhum en France. Des échantillons assez nombreux ont été présentés ; les meilleurs étaient ceux des provinces de Tucu-man et de Jujuy. Il y a eu également de bons spécimens offerts par le Pérou et l’Équateur. Ce produit s’exporte peu en Europe, et tout est consommé sur les lieux. La production des îles du golfe mexicain en approvisionne depuis longtemps l’ancien continent, sous le nom de rhum de la Jamaïque, de la Martinique, etc. Les eaux-de-vie de vin fabriquées au Chili et dans la Confédération Argentine, et qui sont fort bonnes, sont également consommées dans le pays. Tout le littoral des deux Amériques ne consomme guère que des vins importés d’Europe.
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- 7. — Produits divers de l’industrie.
- Rien n’a été exposé de ce qui correspond aux derniers groupes de la classification de l’Exposition, sauf des modèles de matériel d’école présentés par un instituteur argentin, exposition qui prouve les sérieuses préoccupations du pays concernant l’éducation de l’enfance ; on peut citer aussi les costumes nationaux des habitants des campagnes de la Confédération Argentine et de l’État oriental de l’Uruguay. Ces costumes, commodes et bien appropriés au climat du pays et aux occupations de ses habitants, ont prouvé une fois de plus que l’homme de travail suit naturellement le bon sens dans le choix de son costume, lorsqu’une cède pas aux entraînements déraisonnables delà mode des villes. Le caleçon, le chiripa, la veste courte, le chapeau grand et léger, le poncho surtout, suffisent aux champs de la Plata; en meme temps que le lazo attaché à la selle, les boules pendues à la ceinture, le couteau passé dans le tiraclor, la forme de la selle, avec ses tapis de cuir et d’étoffe, procurent au cavalier et les armes indispensables et son lit pour bivouaquer au besoin dans la campagne. Quant à l’éducation en général, on s’en occupe de la manière la plus active. Au Chili et dans les provinces littorales de la Confédération Argentine, l’immense majorité de la population, de quelque couleur qu’elle soit, sait lire et écrire, et partout les gouvernements, secondés par les législatures, font les plus grands efforts pour que nul citoyen ne soit privé des bienfaits de l’instruction primaire. L’instruction secondaire et supérieure n’est pas moins favorisée. C’est au Chili et à Buenos-Ayres que l’État a fait le plus de sacrifices dans ce sens.
- L’exposition de l’Amérique centrale et méridionale donne une idée de la production et de l’industrie des colons issus de l’Espagne, mêlés à la population indigène et modifiés depuis un demi-siècle par une nombreuse émigration européenne et
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- par des relations chaque jour plus fréquentes avec l’ancien continent.
- Quoique le Guatémala, le Honduras et la République Dominicaine n’aient point exposé ; que la Nouvelle-Grenade, le Pérou et la Bolivie n’aient contribué que faiblement à l’Exposition, la Confédération Argentine, l’Etat oriental de l’Uruguay, le Chili, le Venezuela, l’Équateur et tout le reste des États hispano-américains ont présenté assez de produits pour affirmer leur existence agricole et industrielle, le développement de leur commerce avec le reste du monde, et les progrès réels accomplis par eux depuis leur émancipation.
- CHAPITRE IX.
- STATISTIQUE GENERALE.
- Nous compléterons ce tableau par la statistique de tous ces États, statistique basée sur les documents hispano-américains eux-mêmes et sur les rapports français, anglais, nord-américains, espagnols, c’est-à-dire émanés des nations qui font avec eux le plus de commerce. Ces documents statistiques achèveront de donner une idée nette de la production sud-américaine, de ses relations avec les autres pays, de la place qu’elle occupait dans la balance commerciale des pays civilisés à l’époque de l’Exposition universelle.
- Statistique générale des républiques de l’Amérique centrale et méridionale qui ont figuré à l’£xposition universelle de 1867, à Paris (1),
- § 1. — Confédération Argentine.
- Superficie en kilomètres carrés............. 2,311,815 kil. carr.
- Population (un huitième est étranger).. .. 1,500,000 âmes.
- 0) La série de ces États est disposée géographiquement, à commencer par ceux de la Plata, à cause de la ressemblance des produits et pour la facilité de la classification.
- 4c
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- — 50 —
- Capitale: Buenos Ayres (en 1867)......... 150,000 habitants.
- Armée de ligne. Sur pied de pais......... 9,000 hommes.
- Garde nationale mobilisable.................... 60,000 —•
- Marine. 2 vapeurs de guerre et 8 petits
- vapeurs armés.................................... 10 navires.
- Revenus. En 1865........................... 45,000,000 francs.
- Dépenses. Budget de 1865................. 36,000,000 —
- Dette extérieure. Emprunt anglais de 1825,
- 3 p. %.................................. 56,125,000 —
- Dette intérieure, 6 p. °/0................ 104,000,000 —
- Dette par suite de la guerre du Paraguay.
- Papier-monnaie de Buenos-Ayres, à 20 centimes la piastre........................... 60,000,000 —
- Mouvement commercial extérieur, y compris celui par les Andes, avec le Chili
- et la Bolivie........................... 400,000,000 —
- Importation maritime...................... 200,000,000 —
- Exportation — 190,000,000 —
- Navigation d’outre-mer. Entrée et sortie... 2,158 navires
- jaugeant.................................... 663,805 tonnes.
- Cabotage dans les fleuves Parana et l’Uruguay........................................... 11,545 navires
- jaugeant................................... 730,260 tonnes.
- Moyenne de l’immigration actuelle dans la dernière période quinquennale de 1862 à
- 1866.......................................... 9,500 colons.
- Chemins de fer en exploitation.................... 600 kilom.
- — en construction.......................... 500 —
- Bétail argentin (évaluation de 1865) dans les provinces littorales seulement :
- Bœufs, taureaux et vaches................... 7,500,000 tôles.
- Moutons et brebis.......................... 60,000,000 —
- Chevaux et juments......................... 3,000,000 — •
- Buenos-Ayres fait les huit dixièmes de ce commerce; le reste a lieu par le port de Rosario sur le Parana, à 320 kilomètres en remontant le fleuve, de Santa Fé, de Parana, de Corrientes, et les ports de Gualeguaychu, de la Conception et de Concordia, dans le Rio Uruguay.
- La part de la France a été, dans le commerce avec la Confédération Argentine, de 32 millions en 1852, de 36,100,000 francs en 1858, de 93 millions en 1864, et de 120 millions nn 1865. La progression est incroyablement rapide.
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- Principaux objets d’exportation.
- Laine mérinos, métisse et indigène, 70 millions de kilogr. en 1866; — toisons de moutons. 2,600,000 ; — peaux de loutre ; peaux de chinchilla;
- — peaux de cerf, chevreuil, capibari; — peaux de jaguar et de couguar;
- — peaux de guanaque, de loup rouge (aguara), de renard ; — plumes d’autruche; — peaux de chèvre et de chevreau; — peaux de veau; — peaux de veau mort-né; — cuirs de bœuf secs, en 1865, 1,300,000; — cuirs de bœuf salés, en 1865, 488,000; — cuirs de chevreau secs, en 1865, 30,000 ; — cuirs de cheval salés, en 1865, 100,000 ; — huile de jument; — huile de pieds de bœuf; — suif et graisse, en 1865, 35,000 pipes de 500 litres; — crin et bourre de crin; —cendre d’os;— os longs pour la tabletterie ; — os courts pour la tabletterie ; — moutons et béliers en pied, béliers fins reproducteurs; — chevaux et mules pour le Chili, la Bolivie et les Indes ; — cuivre en barres ; — argent, en marcs ; — pierres d’agate; — vieux fers; — chiffons; — verre cassé; — savon pour le Chili; — fourrage sec, mis en balles à la presse hydraulique ;
- — viandes salées et séchées; — langues salées en barils; — cornes et onglons; — guano artificiel; — bétail en pied pour le Chili.
- ÉTAT ORIENTAL DE L’üRüGUAY.
- Superficie, en kilomètres carrés........
- Population en 1866 ( 55 pour 100 sont étrangers)...................................
- Capitale; Montevideo....................
- Armée de ligne..........................
- Garde nationale mobilisable.............
- Revenus généraux........................
- Dépenses................................
- Dette en 1866...........................
- Commerce général en 1866................
- Importations............................
- Exportations............................
- Mouvement de navigation : entrée et sortie
- en 1866...............................
- jaugeant..............................
- 112,000 kilomètres.
- 346,000 âmes. 70,000 habitants. 3,000 hommes. 10,000 — 22,000,000 francs. 21,000,000 — 170,000,000 —
- 154,000,000 —
- 79,000,000 —
- 75,000,000 —
- 2,865 navires. 535,000 tonnes.
- Le commerce extérieur presque tout entier se fait par Je port de Montevideo. Le fleuve Uruguay est ouvert à tous les pavillons. Les ports fluviaux de Paysandu et deSalto reçoivent et expédient des navires.
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- Statistique du bétail de l'Etat Oriental en 1863.
- Bœufs et vaches........................... 3,220,000 têtes.
- Chevaux et juments.......................... 742,000 —
- Anes et mules................................. 8,300 —
- Bêtes à laine............................. 2,600,000 —
- Chèvres et porcs........................... 11,300 —
- Evalués à la somme de................... 200,000,000 francs.
- Objets d’exportation en 1862.
- Huile de pieds de bœuf; — huile de jument; — cornes, 950,000; — cendre d’os, 3,800 tonnes;—os longs, 2,500,000, en nombre; — os courts, 2,350 tonnes; — cuirs de bœuf secs, 460,000, en nombre; — cuirs de bœuf salés, 470,000, en nombre; — cuirs de cheval secs, 21,000; — cuirs de cheval salés, 92,000 ; — cuirs de veau, 28,000 ; — cuirs de veau mort-né, 6,000; — cuirs de loup marin, 15,000; — rognures de cuirs; — graisses et suifs; — crin de cheval, 4,500 kilogrammes; — peaux de mouton, 45,000 douzaines; — onglons; — laines diverses, 3,500,000 kilogrammes; — viandes salées et séchées (carne seca, tasajo), 200,000 quintaux; — langues sèches, 60,000 douzaines; — blé, 42,000 hectolitres; — farines, 25,000 sacs; — maïs, 6,000 hectolitres; — orge, 997 hectolitres; — mules en pied, 1,500; — fourrage pressé, 1,800 balles; — pierres d’agate, quartz, améthyste, cornalines, etc., 200 barils, avec 65,000 kilogrammes de pierres.
- En 1862, le commerce général avec la France dépassait 20 millions de francs pour l’importation et l’exportation. Il était en 1858 de 17 millions; en 1852, de 12,800,000. Enfin, en 1865, il avait atteint le chiffre énorme de 54 millions.
- Il en résulte que la France fait aujourd’hui avec la Plata pour 174 millions d’affaires en importation et exportation. Lorsque la guerre du Paraguay sera finie, il est probable que sun commerce total avec le bassin de la Plata atteindra 200 millions de francs.
- § 2. — République du Paraguay.
- Superficie, en kilomètres carrés............ 120,000 kih carr.
- Population.................................. 600,000 habitants.
- Capitale : Assomption........................ 30,000 âmes.
- Armée permanente............................. 15,000 hommes.
- Réserve................................. 16,000 —
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- Garde nationale mobilisable..............
- Marine. Bâtiments à vapeur...............
- Revenus..................................
- Dépenses...................................
- Dette extérieure en 1864.................
- Dette intérieure (couverte par des dépôts en
- métallique)............................
- Le commerce se fait presque entièrement par le port de l’Assomption, sur le Rio-
- Paraguay. En 1865......................
- Ceux de Neembucu, sur le Paraguay, et d’Itapua, sur le Parana, sont également ouverts au commerce.
- Importation.........•....................
- Exportation...............................
- Navigation. Navires d'outre-mer et de cabotage : entrée et sortie................
- jaugeant...............................
- 45,000 hommes. 15 navires. 13,000,000 francs. 12,000,000 —
- 5,000,000 —
- 30,000,000 —
- 14,000.000 —
- 16,000,000 —
- 450 navires 25,000 tonnes.
- Objets d’exportation.
- Yerba-maté (monopole du gouvernement); — tabac brut; — cigares; — cotons; — bois de construction (pour la Plata); — bois d’ébénisterie (pour l’Europe); — cuirs bruts; — cuirs tannés; — oranges; — mélasse; — farine de manioc; — eau-de-vie de sucre (taffia).
- Le principal objet d’exportation est la yerba-maté, dont la vente est monopolisée par le gouvernement, qui fait exploiter lui-même les forêts qui renferment cet arbre précieux; on l’achète à des particuliers auxquels il donne des licences d’exploitation. L’exportation de cette denrée pour Buenos-Ayres, en temps ordinaire, esl énorme. Avant la guerre actuelle, l’agriculture paraguayenne avait fait de grands progrès ; l’exportation du tabac et du coton avait considérablement augmenté ; il y avait également des demandes de bois pour l’Europe.
- g 3. — Chili.
- Superficie (non compris les terres du Sud). 298,824 kit. carr.
- Population (Araucans non compris)......... 2,000,000 habitants,
- dont 25,000 étrangers. Les Araucans sont
- évalués à............................... 80,000 —
- Capitale : Santiago. Population........... 130,000 —
- Année de ligne en temps de paix......... 5,000 hommes.
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- Marine; elle a été dernièrement portée sur pied de guerre (grands bâtiments à vapeur)................................................. 7 navires.
- Garde nationale. Enregistrée; mais une petite fraction seulement fait le service de
- la milice...................................... 65,000 hommes.
- Revenus totaux................................ 45,000,000 francs.
- Dépenses égajes, plus le déficit causé par la guerre avec l’Espagne.
- Dette extérieure au 1er janvier 1867.......... 71,000,000 —
- — intérieure — ..... 80,000,000 —
- Mouvement général du commerce ; intérieur
- et extérieur.............................. 450,000,000 —
- Dont : Exportations à l’étranger............. 133,000,000 —
- Importations d’outre-mer............... 95,000,000 —
- Navigation. Ensemble du mouvement maritime :
- Entrée.................... 2,830 navires avec 1,011,703 tonneaux.
- Sortie.................... 2,811 — 0,994,184 —
- En tout................... 5,641 — _ 2,005,887 —
- Il y avait en 1866 257 navires chiliens, jaugeant 67,000 tonneaux, montés par 2,700 matelots.
- Production chilienne et principaux objets d’exportation.
- Cuivre en barres............................... 42,000,000 francs.
- Minerais de cuivre, exportés en Angleterre pour
- y être traités............................... 10,000,000 —
- Argent en lingots............................... 11,000,000 —
- Minerais d’argent exportés................. .. 5,400,000 —
- Minerais de cuivre argentifère.................... 2,750,000 —
- Froment.......................................... 6,300,000 —
- Farine de froment................................. 3,250,000 —
- Orge.............................................. 1,850,000 —
- Laine commune..................................... 1,765,000 —
- Cuirs bruts...................................... 1,525,000 —
- CJiarbon de terre................................. 1,495,000 —
- 85,335,000 francs.
- Ports principaux: Caldera de Copiaco, Huasco, Coquimbo,Valparaiso, Concepcion, Valdivia, Ancud.
- g 4. — Bolivie.
- Superficie, en kilomètres carrés......... 801,540 kil. carr.
- Population : espagnole, métisse et indienne. 2,000,000 habitants.
- Capitale : Sucre, ou Chuquisaca.......... 20,000 —
- Armée de ligne.............................. 2,500 hommes.
- Garde nationale.......................... 32,000 —
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- 12,500,000 francs. 13,000,000 —
- Revenus de l’Etat..........................
- Dépenses...................................
- Dette intérieure, aucun emprunt n’ayant pu
- être encore contracté à l’extérieur......
- Dette intérieure consolidée.............. 500,000 —
- Dette flottante............................
- Commerce extérieur : importation et exportation..................................... 17,000,000 —
- Port unique : Cobija, sur l’océan Pacifique..
- Objets d'exportation.
- Guano de Mexillores ; — quinquina de diverses sortes; — métaux précieux, or et argent; — cuivre, mercure, nickel; — laines d’alpaca et de vigogne ; — coca; — café des Yungas ; — sels divers ; nitrates de soude et de potasse; — alun, couperose, carbonates de potasse et de soude, borates, etc.
- La Bolivie n’a qu’un seul port sur le Pacifique; il faut y arriver du plateau en traversant le désert d’Atacama, qui a 240 kilomètres; aussi ses débouchés futurs sont-ils par les rivières de la Plata et de l’Amazone. Malheureusement sa navigation fluviale est encore très-restreinte, la population se bornant à l’exploitation des mines et à la recherche du quinquina, qui donnent les objets d’importation les plus avantageux, à cause de l’énormité du prix de transport par les plateaux des Andes et le désert d’Atacama. Si l’on exporte par Taena et Arica, sur le territoire péruvien, on a des droits de transit à payer qui augmentent encore les frais.
- g 5. — République du Pérou.
- Superficie, en kilomètres carrés............... 1,311,864 kil. carr.
- Population (1866); blancs, métis, noirs, indiens.......................................... 2,865,000 habitants.
- Capitale : Lima.................................. 100,000 —
- Armée de ligne : la garde nationale se mobilise au besoin................................... 5,000 hommes.
- Marine (vapeurs de guerre, dont 4 cuirassés). 10 navires.
- Revenus (dont 80 millions produits par la
- vente du guano)............................ 110,000,000 francs.
- Dépenses.................................... 110,000,000 —
- Dette intérieure.............................. 28,000,000 —
- — étrangère............................... 175,000,000 —
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- Commerce général, importation )et expor-
- tation ................................ 400,000,000 francs*
- Exportations de 1865,. suivant les documents anglais.................................. 202,156,000
- Objets de Y exportation péruvienne.
- Guano (il en reste encore à exporter pour
- 1 milliard)............................... 80,000,000 francs.
- Salpêtre.................................... 13,000,000 —
- Or et argent en lingots...................... 15,000,000 —
- Laine d’alpaca ............................... 6,500,000 —
- Laine de mouton lavée et non lavée........ 7,700,000 —
- Coton...................................... 20,750,000 —
- Sucre brut.................................... 2,850,000 —
- Riz......................................... 1,640,000 —
- Minerais de cuivre, d’argent, de cobalt et
- d’étain en barres........................ 6,000,000 —
- Ecorce de quinquina........................... 7,500,000 —
- Tabac....................................... 1,025,000 —
- Chapeaux de paille et paille pour chapeaux ....................................... 455,000 —
- Vins et spiritueux............................. 160,000 —
- Borax.......................................... 150,000 —
- Cochenille.................................. 110,000 —
- Orseille....................................... 100,000 —
- Cuirs bruts...................,........... 100,000 —
- Articles divers...........................
- Le commerce maritime emploie, à l’entrée et à la sortie, 1,600 navires étrangers et 110 navires nationaux, transportant annuellement près de 1 million de tonnes. Le guano forme la plus grande partie des chargements d’exportation. Le Callao, port de Lima, concentre presque tout le commerce d’importation. Ensuite, par rang d’importance, viennent Arica et Iquique.
- 6. — République de l’Équateur.
- Superficie, en kilomètres carrés........... 644,000 kil. carr.
- Population : d’origine espagnole, métis et
- Indiens...................................... 1,100,000 habitants.
- Capitale : Quito.................................. 70,000 —
- Revenus de l’Etat............................. 8,000,000 francs.
- Dépenses................................... 8,000,000 —
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- — 57
- Dette publique extérieure (en 1865)......... 47,000,000 francs.
- — intérieure — ....... 18,500,000
- Revenu municipal............................ 775,000 —
- Mouvement général du commerce............... 47,000,000 —
- dont 25 millions pour l’importation et 22 pour l’exportation.
- Port principal : Guayaquil, qui monopolise les neuf dixièmes du commerce, puisManta. En 1589, Guayaquil a compté 97 navires, jaugeant 12,604 tonneaux, à l’entrée, et 75 navires, avec 9,106 tonneaux, à la sortie. En 1857, le chiffre avait été, pour l’entrée et la sortie, 318 navires, jaugeant 47,198 tonnes. En 1866, le mouvement d’entrée et de sortie a été de 368 navires, jaugeant 111,000 tonneaux.
- Articles d’exportation.
- Cacao (laprincipale denrée du pays en 1866). 18,300,000 francs.
- Café (en 1866, 1607 quintaux métriques)... 232,000 —
- Caoutchouc (en 1866)........................... 525,000 —
- Quinquina...................................... 530,000 —
- Riz............................................ 125,000 —
- Salsepareille.................................. 115,000 —
- Tabac.......................................... 380,000 —
- Tamarin......................................... 40,000 —
- Fil d’aloès ou pita............................. 34,000 —
- Cuirs tannés................................... 275,000 —
- Feuilles de Panama pour faire des chapeaux.
- Chapeaux de paille (on en vend en moyenne 15,000 douzaines par an, d’une valeur de
- 1 à 600 francs; en 1866).................. 1,750.000 —
- Or et argent................................... 130,000 —
- Rayette, ou étoffe de laine fabriquée dans le
- pays......................................... 12,000 —
- Bambous......................................... 50,000 —
- Bois de charpente, d’ébénisterie et de menuiserie....................................... 155,000 —
- Bois à brûler, pour les ports du Pacifique. 38,000 —
- Hamacs........................................... 4,500 —
- Graisse de porc................................. 42,000 —
- Articles divers................................ 325,000 —
- ürseille.....................................
- Coton (en 1866).............................. 1,140,000 —
- Laines d’alpaca et de vigogne.............
- Corozo, ou ivoire végétal, provenant d’un holmia, 23,500 quintaux...................
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- — 58 —
- §7. — Etats-Unis de Venezuela.
- Superficie, en kilomètres carrés......... 1,100,000 kil. carr.
- Population, y compris les Indiens nomades
- et pêcheurs................................. 1,600,000 âmes.
- Capitale : Caracas............................... 60,000 habitants.
- Armée de ligne................................... 10,000 hommes.
- Milice.................................... , 60,000 —
- Marine de l’Etat (très-variable).......... 8 vapeurs.
- Revenus...................................... 25,000,000 francs.
- Dépenses.................................. 24,500,000 —
- Dette intérieure.......................... 10,000,000 —
- — extérieure (emprunts divers)............. 124,000,000 —
- Commerce général............................. 70,000,000 —
- — extérieur ; exportation........• 37,000,000
- — — importation.............. 33,000,000 —
- Mouvement de la navigation : navires entrés et sortis.................................... 1,200 navires.
- jaugeant...................................... 200,000 tonneaux.
- Ports principaux : La Guayra, Curnana, Barcelona, Coro, Maracaïbo, Puerto Caballo, Carapano, Puerto Santo, enfin Angostura ou Ciudad Bolivar, sur l’Orénoque.
- Principaux objets d’exportation.
- Tabac, 10,000 quintaux métriques.
- Indigo, 1,000 quintaux.
- Coton, 60,000 quintaux.
- Sucre, mélasse, tafia.
- Café, 190,000 quintaux (exportation principale).
- Cacao, 105,000 hectolitres.
- Or et perles fines.
- Émeraudes.
- Minerais d’argent et de cuivre.
- Cuirs bruts, peaux diverses (700,000, en nombre).
- Viandes sèches (tasajo).
- Bétail en pied : boeufs, chevaux, mulets pour les îles du golfe mexicain (10,000 animaux en pied).
- Baumes et drogues diverses : salsepareille, simarouba, etc., etc.
- Bois de teinture et d’ébénisterie.
- Fève-tonka, quinquina, etc., etc.
- Caoutchouc.
- Fibres textiles de chique-chique.
- Chapeaux façon panama.
- Paille pour les chapeaux.
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- g 8. — Nouvelle-Grenade ou États-Unis de Colombie.
- Superficie, en kilomètres carrés............ 1,010,160 kil. carr.
- Population : métis et Indiens compris....... 2,850,000 âmes.
- Capitale : Santa-Fé de Bogota............... 40,000 habitants.
- Revenus (1866)................................ 11,750,000 francs.
- Dépenses...................................... 11,750,000 —
- Intérêts de la dette extérieure................ 1,010,000 —
- — intérieure................ 1,090,000 —
- — flottante................... 340,000 —
- Armée sur pied de guerre.................... 18,000 hommes.
- Garde nationale sur pied de paix............ 20,000 —
- Mouvement commercial à l’importation et à
- l’exportation............................. 100,000,000 francs.
- Chemin de fer: De Chagrès à Panama, 76,630 mètres; il a coûté 40 millions de francs; transporte annuellement 30,000 passagers et pour 130 millions de marchandises.
- Navigation: L’exportation et l’importation par le port de Panama est de 230,000 tonneaux, répartis sur 280 navires, vapeurs compris.
- Objets d’exportation.
- Plantes médicinales; — drogues diverses; — bois de construction, de menuiserie et d’ébénisterie; — cacao; — café; — vanille; — tabac; — quinquina; — nacre; — écaille; — minerais d’or, d’argent et de platine; — galène argentifère; — perles de Rio-Hacha; — émeraudes de Muzo; — agates et quartz variés; — coton; — indigo; — cuirs ouvrés; — laines de lama, d’alpaca et de vigogne, etc., etc.
- § 9. — Costa-Rica.
- Petite république provenant du démembrement des États-Unis de l’Amérique centrale, comprise entre celle du Nicaragua et les provinces de Veragua et de Panama, dans l'isthme de ce nom.
- Superficie, en kilomètres carrés........... 58,743 kil. carr.
- Population : blancs, métis et Indiens...... 200,000 habitants.
- Capitale : San-José........................ 18,000 —
- Port principal : Punta-Arenas, sur l’océan Pacifique.
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- Importation.......
- Exportation.......
- Revenus de l’État
- — 60 —
- 5,000,000 francs. 8,000,000 — 5,000,000 —
- Articles d’exportation.
- Café, 6 millions de kilogrammes; principalement pour l’Angleterre et la France (c’est la principale exportation); — Cuirs bruts; — Bois de construction et d’ébénisterie; — Sucre; — Drogues médicinales : salsepareille; — Maïs; — Cacao; — Tabac excellent; — Perles, écailles de tortue, pourpre de Nicoya; — Minerais d’or et d’argent; — Vanille; — Huile de coco et copra; huile de ricin; — Pita ou filasse d’agave; — Indigo; — Cochenille.
- Presque tout le commerce de Costa-Rica se fait par le port de Punta-Arenas, situé sur la baie de Nicoya, laquelle s’ouvre dans le Pacifique.
- 10. — République de Nicaragua.
- Superficie, en kilomètres carrés...........
- Population : blancs, noirs, métis, Indiens.. Capitale : Managua, siège du gouvernement,
- avec............... ....................
- Ancienne capitale et ville principale : Léon,
- avec....................................
- Revenus....................................
- Dépenses; somme égale.
- Dette publique...................... ......
- Commerce général, en 1865..................
- Dont 5,400,000 à l’importation et 4,000,000 à l’exportation...........................
- 119,462 kil. carr. 300,000 habitants.
- 12,000 —
- 30,000 âmes. 5,520,000 francs.
- 4,000,000 —
- 9,400,000 —
- Ports principaux : sur le golfe du Mexique : San-Juan-de-Nicaragua ou Greytown ; sur le Pacifique : San-Juan-del-Sur et Realejo. Projet de canal inter-océanique par le lac de Nicaragua.
- Objets d’exportation.
- Cacao; — Café; — Indigo; — Coton; — Tabac; — Minerais d’or et d'argent; — Fibres d’agave et autres plantes textiles; — Bois de construction, d’ébénisterie et de teinture; — Écaille de tortue; — Nacre; — Sucre.
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- g 11. — République de San-Salvador.
- Superficie, en kilomètres carrés........... 18,900 kilom.carr.
- Population : blancs, métis, Indiens.,...... 600,000 hommes.
- Capitale: San-Salvador ou Cuscatlan........ 30,000 habitants.
- Revenus de l’État............................ 3,000,000 francs.
- Dépenses..................................... 2,700,000 —
- Dette publique.............................. 3,500,000 —
- Armée de ligne permanente.................. 1,000 hommes.
- Milice ou garde nationale mobile................. 5,000 —
- Commerce : importation en 1865........... 8,500,000 francs.
- — exportation —• 12,500,000 —
- Navigation : Entrées et sorties par le port d’Àcajutla ou Sonsonate.................... 48,000 tonnes.
- Navigation : Sonsonate, sur le Pacifique, concentre presque tout le commerce extérieur du pays. Il y a encore les ports d’Union et de Libertad, également sur le Pacifique ; mais ils sont moins importants.
- Objets principaux d’exportation.
- Indigo, le principal article d’exportation; — Tabac et cigares; — Cacao; — Café; — Sucre; — Cochenille; — Coton;— Rois de teinture; — Bois de construction et d’ébénisterie ; — Baumes et résines, drogues médicinales; — Plantes textiles; — Minerais d’argent et de cuivre.
- La république de San-Salvador est la plus petite des cinq États entre lesquels est partagée l’ancienne république de l’Amérique centrale. Elle est la plus peuplée, relativement à sa surface, et est exclusivement agricole.
- 12. — République de Honduras.
- Superficie, en kilomètres carrés............ 60,390 kilom. carr.
- Population : blancs, métis et Indiens....... 350,000 âmes.
- Capitale : Comayagua........................ 18,000 habitants.
- Revenus de l’État (Douanes, vente du tabac
- et de l’acajou)............................. 4,000,000 francs.
- Dépenses...................................... 3,000,000 —
- Dette intérieure.............................. 1,800,000 —
- — extérieure.............................. 4,000.000 —
- Commerce général (se fait presque exclusi-
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- — m
- vement avec l’Angleterre)................. 9,000,000 francs.
- Commerce général : Importations........... 4,000,000 —
- — Exportations............ 5,000,000 —
- Armée de ligne................................... 1,200 hommes.
- Garde nationale mobile ou milice........... 6,000 —
- Objets de l’exportation.
- Tabac; — Bois de construction, d’ébénisterie et de teinture; — Minerais d’or et d’argent; — Coton; — Cuirs bruts; — Indigo; — Cacao; — Salsepareille; — Écaille de tortue; — Nacre; — Pierres précieuses.
- Un chemin de fer inter-océanien a été projeté et sa neutralité reconnue par un traité avec l’Angleterre et la France. La capitale, Comayagua, est placée sur ce tracé. La république a trois ports sur l’Atlantique : Omoa et Truxillo, peu fréquentés ; Puerto-Caballo, par lequel se fait le principal commerce. Il serait la tête orientale du chemin de fer.
- L’Angleterre a, dans le Honduras et le Yucatan mexicain, la colonie de Balize, qui donne des produits similaires et exploite surtout l’acajou.
- La république de Honduras n’a pas exposé.
- § 13. — République de Guatemala.
- Superficie en kilomètres carrés............ 72,000 kilom. carr.
- Population : blancs, colons d’origine espagnole, métis, Indiens...................... 1,200,000 habitants.
- Capitale : Guatemala la Nueva.................. 40,000 âmes.
- Revenus, en tout............................. 6,000,000 francs.
- Dépenses..................................... 6,000,000 —
- Dette publique : flottante, en 1863.......... 8,200,000 —
- — consolidée............... 1,700,000 —
- — anglaise................. 2,300,000 —
- Commerce général............................ 19,000,000 —
- Navigation, en 1863, pour les ports d’Izabal,
- (t) Le projet du canal inter-océanique de Nicaragua par le lac de ce nom et la rivière de San-Juan, débouchant près du golfe du Mexique, étudié dans les plus grands détails et présenté par M. Carré de Gamond, ingénieur civil, figure à l’exposition sud-américaine, galerie des machines. M. Félix Belli a également présenté depuis dix ans un projet qui diffère beaucoup de celui de M. de Gamond et qui est basé sur la canalisation du Rio-San-Juan.
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- sur l'Atlantique, et de San José, sur le
- Pacifique.............................. 127 navires,
- jaugeant............................. 31,971 tonnes.
- Principaux objets d’exportation.
- Cochenille; — Café; — Sucre brut; — Indigo; — Miel; — Drap du pays; — Coton; — Argent en barres; — Salsepareille et diverses drogues médicinales; — Bois de charpente, d’ébénisterie et de teinture; —Cuirs bruts.
- I
- La république de Guatemala est assise sur les deux mers ; Je port principal est celui de San-José, sur l’océan Pacifique, où touchent régulièrement tous les vapeurs de la côte occidentale du continent.
- 14. — République Dominicaine.
- Superficie, en kilomètres carrés.......... 97,600 kil. carr.
- Population : mulâtres et noirs, quelques
- blancs.................................. 200,000 habitants.
- Capitale : Santo-Domingo.................. 25,000 âmes.
- Revenus de l’État. — Peu connus, environ. 3,000,000 francs. Dépenses ; somme égale.
- Dette publique ; intérieure...............
- — extérieure................
- Mouvement commercial général................ 10,000,000 —
- Importation en 1856 ......................... 4,000,000 —
- Exportation en 1856........................ 6,000,000 —
- Navigation en 1856. Entrée......................... 246 navires
- — jaugeant...:................ 21,836 tonnes.
- — Sortie......................... 157 navires
- — jaugeant.................... 19,230 tonnes.
- Principaux objets d’exportation.
- Café; — Tabac (exportation de 50,000 surons de 50 kilogrammes chacun, soit 2,500 tonnes); — Miel; — Cire jaune; — Acajou; — Cuirs bruts; — Viandes sèches; — Bétail en pied pour les îles voisines; — Minerais d’or et d’argent; — Pétrole de la baie de Samana; — Farine de manioc.
- On a fort peu de renseignements statistiques sur la République Dominicaine, souvent confondue avec la république noire de Haïti, qui forme la partie occidentale de l’ancienne
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- île de Saint-Domingue, laquelle comprend les deux républiques.
- 15. — République de Haïti.
- Superficie, en kilomètres carrés........... 86,000 kil. carr.
- Population : noirs et mulâtres (évaluation
- officielle).............................. 800,000 habitants.
- Capitale : Port-au-Prince.................. 30,000 —
- Revenus de l’État ......................... 17,000,000 francs. (
- Dépenses (budget de 1864)................... 13,000,000 —
- Dette intérieure, pour papier monnaie...... 18,500,000 —
- Dette française (indemnité aux colons)..... 21,100,000 —
- Emprunt français de 1825.................... 12,000,000
- Armée, garde nationale mobile comprise.. 50,000 hommes.
- Commerce d’exportation et d’importation (moyenne annuelle de 1860-1864), cinq
- ans....................................... 90,000,000 francs.
- Mouvement, de la navigation dans les six ports ouvertsau commerce.Entrés et sortis. 1,330 navires.
- (Moyenne de 1863-1865), avec................... 214,000 tonneaux.
- Principaux objets d’exportation.
- Café (principal objet d’exportation)............ 25,000 tonnes.
- Cacao.............................................. 730 —
- Coton............................................ 225 —
- Rois d’acajou; — Rois de Campêche;— Rois jaune; — Cuirs bruts;
- — Cire jaune;—Miel; —Vieux cuivre ; — Chiffons; — Écorce d’oranges;
- — Écaille de tortue.
- Le montant des exportations, suivant les documents anglais, s’est élevé en 1863 à la somme de 61,450,000 francs, par les ports de Port-au-Prince, les Caves, Jacmel, les Gonaïves, Cap Haïtien, Jérémie.
- Paris.-ïmp, PAUL DUPONT, 45, rue de Grenelle-Saint-Honcuû
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