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Rapport sur la culture de la vigne aux États-Unis
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- EXPOSITION INTERNATIONALE DE PHILADBfcpHft:
- RAPPORT
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- A M. LE MINISTRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
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- LA CULTURE DE LA VIGNE
- AUX ÉTATS-UNIS,
- PAR M. NARDY,
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCÜ I.XXVIL
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- RAPPORT
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- LA CULTURE DE LA VIGNE
- AUX ÉTATS-UNIS.
- LE PHYLLOXERA. f
- Il était intéressant pour un cultivateur français qui a suivi dans son pays les essais de vignes américaines, qui a lu, autant qu’il a été en lui, les nombreuses pages écrites sur ces vignes, sur le phylloxéra, en France, qui a vu essayer les innombrables moyens annoncés comme devant le détruire; il était intéressant, disons-nous, de chercher en Amérique des renseignements aussi étendus que possible sur ces mêmes vignes, sur ce même phylloxéra, resté toujours le menaçant dévastateur de nos vignobles, malgré l’introduction de quelques cépages américains et les remèdes préconisés contre le fléau. Nous avons poussé de toutes nos forces nos recherches, et nous venons exposer les quelques données sûres que nous avons pu recueillir, soit en voyant par nous-même, soit en questionnant bon nombre de sérieux cultivateurs.
- Sur le sol vierge et riche des Etats-Unis, la végétation de la vigne américaine, et il en est de même incontestablement pour beaucoup de variétés de cépages importées d’Europe, est excessivement vigoureuse, beaucoup plus que, sauf pour de très-rares cas, elle ne l’est chez nous. Nous pouvons donner comme exemple de cette vigueur très-supérieure l’immense développement que nous avons vu pris partout, dans l’Etat de New-York, dans celui de New-Jersey, dans la région de Philadelphie, etc., etc., par la
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- vigne à l’état sauvage. Nous pouvons citer, d’autre part, de colossales dimensions prises en Californie par de vieux ceps de vigne que l’on soupçonne avec beaucoup de raison descendre de variétés introduites d’Espagne, il y a deux siècles, par des missionnaires, disent des traditions très-bien fondées. Un cultivateur de la vallée Sonoma, en Californie, nous parlait de quelques-uns de ces ceps, qui seraient pour nous de vrais phénomènes et qui produisent chacun une quantité de raisins atteignant parfois jusqu’à plusieurs tonnes pour un seul cep.
- Cette vallée Sonoma, en Californie, possède à l’heure qu’il est des plantations de vignes de très-grande importance. La production annuelle de ces vignes atteindrait déjà une moyenne de 12 millions de gallons, ce qui, à à litres par gallon,fait 480,000 hectolitres. Depuis que la recherche de l’or a dû diminuer en Californie avec l’épuisement des premiers gisements ou le moins de richesse des nouveaux, on s’y est heureusement tourné vers l’exploitation du sol par la culture. La vigne appelée de la Mission, en raison de l’origine qui lui est attribuée, a été largement plantée. Le fruit est noir. Nous avons goûté à un vin gris, presque blanc, sec et assez bon, produit par le fruit de ce cépage pressé avant fermentation. Nous avons bu aussi et avantageusement apprécié un produit rouge du même raisin, qui était étiqueté Bordeaux. Cela ne constituait certes pas un vin de haut cru; mais il nous a semblé que les qualités déjà acquises promettaient assurément bien mieux encore. Ce dernier vin venait des vignobles de Buona Vista Vinicultural Society (vallée Sonoma). La compagnie qui porte ce nom a planté des vignes sur une surface de 7,000 acres environ ; elle a planté, outre le raisin de la Mission, plusieurs autres variétés, les unes nées de semis de ce raisin et d’autres introduites d’Europe, avec la pensée d’imiter des vins de crus renommés. Nous avons bu d’une imitation bien réussie d’Alicante : elle avait la couleur et assez bien le bouquet et le goût; c’était très-bon, malgré un peu de manque de qualité liquoreuse.
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- Les produits en vins de Buona Vista figuraient en nombreux échantillons dans les bâtiments d’Agricultural Hall, à l’Exposition de Philadelphie. Nous avons conversé diverses fois, à l’Exposition, avec le représentant de ces vignes, et nous transcrivons ici plusieurs renseignements qu’il a bien voulu nous donner, renseignements contrôlés par les dires d’autres cultivateurs californiens que nous avons pu consulter également.
- Les vignes de Buona Vista sont presque toutes plantées sur des terres en pentes diverses. Le sol a une épaisseur végétale d’un mètre environ; sa qualité est toujours bonne, et il est volcanique sur quelques points. Les ceps, disposés en lignes, sont espacés entre eux à une moyenne qui varie entre 3 et 4 pieds : il faut observer que le pied anglais, usité en Amérique, ne mesure que 3o centimètres à peu près. Les vignes sont basses, en tête; la culture en est faite à la charrue entre les lignes, et le travail sur la ligne est exécuté à la main par des ouvriers chinois. La Californie, plus que d’autres parties des Etats-Unis, a introduit de nombreux cépages européens, et plusieurs donnent des résultats satisfaisants, soit comme vigueur et rusticité, soit comme production.
- Nous avons demandé au même représentant des vignobles de Buona Vista si le phylloxéra y faisait des ravages. La réponse nous a appris que le phylloxéra, connu en Californie et particulièrement dans la vallée Sonoma, n’a pas jusqu’à ce jour tué les ceps atteints. Toutefois, les sujets paraissant les plus fatigués sont rabattus sur le sol à la taille et même plus tard, et toujours, nous assurait notre homme, ils font de vigoureux sarments avec lesquels le cep est très-vite reformé. Ce rabattage produit-il, c’est probable, un certain arrêt dans la circulation de la sève, arrêt qui ferait que momentanément les racines de la vigne ne présenteraient plus au phylloxéra une nourriture convenable et seraient abandonnées de lui? Cela expliquerait le vigoureux élan des nouveaux sarments qui suit le rabattage, élan qui serait assurément
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- moins fort si le phylloxéra avait persisté. Quelles que soient au reste les causes, peut-être multiples, et elles peuvent être cherchées, de l’effet indiqué comme suite du rabattage, nous avons lieu de croire que les vignes ainsi échappées au fléau et rajeunies résisteraient bien mieux au phylloxéra s’il revenait les attaquer. Nous avons, quant à nous, appliqué maintes fois le rabattage rigoureux sur le sol à de gros ceps de vigne de diverses variétés, même à des sujets vieux ou malades; en ce dernier cas, nous donnions du fumier en même temps, et toujours nous avons obtenu de satisfaisants résultats. Nous croyons devoir recommander chaudement aux viticulteurs français d’essayer sur leurs vignes qu’ils verraient atteintes du phylloxéra de ce rabattage, qui produit de si bons résultats dans les vignobles de Buona Vista. Nous pensons qu’il serait très-utile de rabattre plutôt dès le commencement du mal que plus tard, alors que la vigne est déjà trop affaiblie.
- Nous avons posé à beaucoup de cultivateurs, aux Etats-Unis, la question si le phylloxéra tue quelquefois les vignes; tous nous ont répondu que non. Il nous a, au contraire, semblé pouvoir toujours déduire de l’ensemble des diverses réponses que le phylloxéra ne cause en Amérique que des ravages de peu d’importance. C’est ce que nous disait particulièrement M. W. Saunders, directeur du département d’agriculture à Washington.
- Les vignes américaines, jnous parlons de celles dites réellement américaines et qui sont des descendances de types que l’on croit différents des parents de nos cépages européens, ces vignes, disons-nous, doivent-elles leur résistance au phylloxéra ou sa non-atteinte, si toutefois elle existe, à leur nature spéciale? Si cela avait semblé absolument vrai d’abord, au point que beaucoup de personnes ont cru qu’en plantant en France des vignes américaines elles allaient défier le phylloxéra, la confiance est aujourd’hui bien ébranlée par la constatation que maintes plantations de ces vignes sont déjà vivement souffrantes du fléau. D’autre part, plusieurs paraissent se faire mal à un climat et à un sol nouveaüx.
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- Toutefois, il serait vraiment bien prématuré de se lasser déjà des essais. Incontestablement, les cépages des Etats-Unis, qu’ils viennent les uns de la Californie, où une partie sont des importations d’Europe modifiées par le climat ou la richesse du sol, et les autres des descendants de vignes indigènes ou d’hybridations entre les enfants de celles-ci et les variétés européennes, ou bien qu’ils soient nés en d’autres Etats de l’Union, et sous diverses latitudes, de vignes sauvages dont nous ne répéterons pas les dénominations scientifiques, ces cépages, disons-nous, ont généralement une vigueur acquise supérieure à celle de nos cépages domestiques les plus vigoureux. Il est incontestable aussi que cette vigueur est une garantie, sinon absolue, du moins largement relative, contre le phylloxéra. Devant la difficulté, nous craignons de pouvoir dire l’impossibilité, de trouver un remède pratique contre le phylloxéra, nous devons chercher à résistera ses attaques, à les annihiler, sinon à les prévenir, et la vigueur des cépages est une précieuse force de résistance.
- On a fait aux raisins des cépages américains le reproche trop généralisé d’une saveur désagréable communiquée au vin qu’ils donnent. Le défaut disparaît déjà d’une façon très-sensible, grâce assurément à l’âge grandissant chaque année des cultures et à leur perfectionnement, mais grâce plus largement encore peut-être aux améliorations que créent de nombreux et intelligents semeurs répandus dans tous les États de l’Union.
- Nous avons eu l’avantage de voir à l’Exposition de Philadelphie, au Pomological Building, bâtiment consacré exclusivement aux expositions de fruits, un lot très-important de semis de raisins exhibé par M. James H. Ricketts, de Newburg (Etat de New-York). Nous admirions cette riche réunion de gains, nés tous de cépages américains, quand leur propriétaire, arrivant, voulut bien nous donner sur eux de très-intéressants renseignements et nous faire goûter à ses meilleures obtentions. Les Cornucopia,les Concord, les Clinton, les Delaware, dont il est déjà beaucoup de
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- variétés estimées, du dernier surtout ; les Roger’s, dont vingt-cinq à trente variétés sont cultivées, sont les cépages que sème M. J. H. Ricketts. Il opère aussi, en vue de ses semis, des hybridations entre cépages dont les fruits présentent des caractères divers à réunir, et déjà ces hybridations ont donné naissance à des plantes qui paraissent très-méritantes. Nous avons goûté à quelques-uns de ces gains, que nous avons trouvés vraiment bons et n’ayant plus ou presque plus de saveur désagréable. Nous croyons que plusieurs de ces vignes de semis seraient à essayer dans les cultures françaises. Peut-être, par cet emprunt à l’Amérique de cépages qui produisent de bons raisins, tout en conservant la grande vigueur, peut-être aussi avec des gains également vigoureux que nous pourrions obtenir nous-mêmes de nos cépages, créerions-nous, en modifiant aussi nos cultures s’il le fallait, des vignobles défiant le phylloxéra.
- Nous affirmons intentionnellement, en passant, notre ferme croyance à la résistance supérieure que présentent au phylloxéra les vignes vigoureuses, et surtout celles à grand développement. N’a-1-on pas constaté généralement, sinon toujours, que les vignes en treille, surtout les plus grandes, ont résisté au phylloxéra dans les régions où les vignes basses ordinaires disparaissaient? Dans ces dernières vignes, nous avons vu aussi, soit des parties plantées de cépages particulièrement vigoureux, soit d’autres parties maintenues fortes par des fumures, rester résistantes et productives, alors qu’alentour tout avait disparu. Jusqu’à ce jour aussi, les grandes vignes armées du Dauphiné, celles élevées sur les arbres en quelques lieux de la Savoie, ne paraissent pas souffrir du phylloxéra. Peut-être n’est-il pas encore par là, quoiqu’il soit arrivé tout près, dans la Drôme; mais nous croyons que, fût-il présent dans les vignes à grand développement dont nous avons parlé, elles seront assez fortes pour lui résister.
- Nous l’avons exprimé bien des fois de vive voix, et nous l’écrivions plus haut, nous ne croyons pas à la possibilité de trouver
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- contre le phylloxéra un remède pratique dans son application; nous n’espérons guère non plus en des moyens préventifs, et c’est en raison de cela que nous cherchons un moyen de résistance. Nous croyons voir ce moyen dans la vigueur des cépages, et surtout si elle vient d’une force spéciale à la variété en même temps que du sol, de l’engrais et de la culture, et nous terminerons ces lignes par l’exposé de résultats intéressants obtenus par un cultivateur du Var de notre connaissance, qui pense comme nous et qui a, de plus, imaginé que la production de la vigueur pourrait permettre encore de soumettre la vigne, autant surtout que nous serons menacés du phylloxéra, à une culture spéciale très-productive et très-facile, et que nous appellerons intensive.
- Partant de ce principe, trop souvent oublié ou méconnu par les cultivateurs, que le soigneux élevage des jeunes végétaux, l’excellente nourriture qui leur est donnée, sont indispensables pour les préparer à la constitution solide la plus favorable à la meilleure production, ce cultivateur choisit à la treille de bons sarments sur de vigoureux ceps de vigoureuses variétés, et il les plante en pépinière dans d’excellente terre de jardin bien fumée. A la fin de la même année, en novembre-décembre, ces boutures, longuement et fortement développées, sont arrachées et plantées a demeure dans une terre profondément défoncée et bien préparée, et chaque cep reçoit en même temps, une fois ses racines recouvertes de terre, du bon fumier de litière mêlé de tourteau grossièrement concassé. Le fumier, lavé par les pluies hivernales, enrichit la terre autour des racines, et elles trouvent une excellente nourriture dès leur premier essor; le tourteau grossier, qui se décompose lentement ensuite, entretient la richesse fertilisante. Ces jeunes ceps, plantés avec de bonnes racines, si bien soignés, ont presque tous quelques fruits dès l’année de la plantation à demeure ; puis ils donnent une si belle végétation, qu’il y a lieu de les charger assez dès la seconde taille pour qu’ils fournissent une bonne récolte la même année.
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- Ces résultats nous ont très-vivement intéressé, et nous recommandons avec assurance, pour la grande culture, un mode de plantation delà vigne qui, pour n’être pas neuf dans les cultures jardinières, n’y est presque jamais aussi Lien exécuté. Si, comme nous le croyons, les vignes vigoureuses défient le phylloxéra, dans une certaine mesure au moins, la manière que nous décrivons pour choisir et préparer le plant et le mettre en place créerait la vigueur la plus assurée; et quand même cette vigueur ne donnerait pas à la vigne toute la force de résistance que nous disons, elle ferait toujours que cette vigne produirait plus vite et davantage pendant la courte vie que le fléau lui permettrait de parcourir.
- NARDY.
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