Manuel de la section des Indes britanniques
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- SECTION DES INDES BRITANNIQUES.
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- LE DOCTEUR GEORGE C. M. BIRDWOOD, CHEVALIER DE L’ORDRE DE L’ÉTOILE DES INDES.
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- PARIS:
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- 40, AVENUE DE SUFFREN, CHAMP DE MARS.
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- CANADA BUILDINGS, KING-ST., WESTMINSTER.
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- LA SECTION INDIENNE, EXPOSITION UNIVERSELLE, 1878, PARIS.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE
- DE 1878
- A PARIS.
- MANUEL
- DE LA SECTION DES INDES BRITANNIQUES.
- PAR
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- LE DOCTEUR GEORGE C. M. BIRDWOOD CHEVALIER DE L’ORDRE DE L’ÉTOILE DES INDES,
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- BUREAUX
- DE LA COMMISSION ROYALE:
- LONDRES :
- CANADA BUILDINGS, KING-ST., WESTMINSTER.
- PARIS:
- 40, AVENUE DE SUFFREN CHAMP DE MARS.
- Prix: un franc, vingt-cing centimes.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- SECTION DES INDES BRITANNIQUES.
- COMITÉ DES COMMISSAIRES ROYAUX.
- PRÉSIDENT, S.A.R. LE PRINCE DE GALLES, K.G., G.C.S.1.
- LE COMTE DE NORTHBROOK, G.C.S.L., PRÉSIDENKT.
- GEN. SIR A. H. HORSFORD, G.C.B.
- Major-Cen. SIR HENRY RAWLINSON, K.C.B.
- SIR RUTHERFORD ALCOCK, K.C.B.
- SIR LOUIS MALLET, C.B.
- COLONEL ELLIS, O.S.I.
- ADMINISTRATION.
- LE SECRÉTAIRE DE LA COMMISSION ROYALE.
- AGENT OFFICIEL ET COMMERCIAL.
- O. PURDON CLARKE.
- OFFICIER CHARGÉ DE LA COLLECTION DE SON ALTESSE
- • ROYALE.
- J. MANSEL BRETT.
- ARCHITECTE.
- C. PURDON CLARKE.
- COLLECTION SCIENTIFIQUE DE PRODUITS BRUTS COLLIGÉS PAR ORDRE DU GOUVERNEMENT INDIEN ET CLASSÉS PAR P. L. SIMMONDS.
- ÉCHANTILLONS DE BOIS ET AUTRES PRODUITS FORESTIERS.
- COLONEL GEORGE PEARSON, R.E.
- COLLECTION SCIENTIFIQUE DES MATIÈRES TINCTORIALES DES INDES, RECUEILLIE ET CLASSÉE PAR THOMAS WARDLE, LEEK, STAFFORDSHIRE.
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- PRÉFACE,
- DÈS le commencement de l’année 1877, Son Altesse Royale le Président de la Commission britannique fit part au Gouvernement des Indes des mesures projetées pour l’Exposition de Paris, et de son intention d’y contribuer en envoyant la riche collection de présents rapportée par lui et temporairement déposée au Musée de Bethnal Green.
- La participation du gouvernement des Indes à l’Exposition avait été déjà soumise au conseil à la suite de communications faites par l’Ambassadeur français, au Secrétaire d’Etat des Affaires Etrangères. On avait reconnu qu’en présence des lourdes charges qui pesaient sur le budget, le pays ne recueillerait pas de cette Exposition des avantages suffisants pour justifier une dépense égale à celle faite dans les occasions précédentes, et que des envois d’objets indiens dans la même proportion qu’à l’Exposition Internationale de Philadelphie, seraient suffisants. En conséquence le Commissaire représentant le Gouvernement britannique fut chargé de faire un choix de matières premières et d’objets fabriqués.
- Comme la collection prêtée par Son Altesse Royale était plus que suffisante pour représenter les classes diverses de l’art industriel indien, le Gouvernement des Indes résolut d’y joindre une collection complète des produits bruts du pays.
- Ensuite le Comité se décida à solliciter la coopération des négociants importateurs susceptibles de lui venir en aide pour rendre plus brillante la série des principales fabrications artistiques des Indes. Il ne restait plus qu’à y joindre ceux de ces objets de fabrication indigène qui, malgré leur faible valeur intrinsèque, ont néanmoins, comme échantillons de l’industrie artistique du pays, une valeur importante. Plusieurs des classes de ces produits indigènes se trouvaient déjà pleinement représentées dans des collections appartenant à plusieurs personnes qui les mirent à la disposition du Comité (et principalement dans la riche collection de Madame Rivett Carnac, composée de plus de 6,000 objets de joaillerie indigène).
- Il ne restait plus qu’à réunir des collections supplémentaires de poteries communes, d’ouvrages en métaux, de cotons imprimés, etc., pour avoir la représentation à peu près complète des produits principaux de l’Empire des Indes. À cet effet, Son Altesse Royale, par l’intermédiaire du Marquis de Salisbury, écrivit officiellement aux Indes pour demander l’assistance de Lord Lytton,
- G 343. Wt. B 343. A 2
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- Viceroi et Gouverneur-Général des Indes, du Duc de Buckingham et de Chandos, Gouverneur de Madras, de Sir Richard Temple, Gouverneur de Bombay, de Sir George Couper, Gouverneur-Lieutenant des provinces du Nord-Ouest, de M. Egerton, Gouverneur-Lieutenant du Punjab, et de M. Rivers Thompson, Commissaire en chef du Burma britannique, et pour prier ces messieurs de diriger l’emploi de plusieurs sommes d’argent votées par le Comité pour l’acquisition de divers objets déterminés.
- Le choix ainsi fait consistait en :—
- Poteries de Bombay et de Sind.
- Poteries de Madras.
- Poteries et ouvrages en métaux du Punjab.
- Poteries d'Azimghur.
- Ouvrages en métaux de Tanjore et de Madura.
- Cotons de Masulipatam.
- Ouvrages en laiton (bronze) de Bénarès.
- Sculptures en bois, et objets en étain, de Burmah. Mousselines de Lucknow.
- Vers la fin de l’an 1877 ces objets commencèrent à arriver en même temps que des vases de grandeur remarquable provenant de Jeypore, ainsi qu’une porte sculptée de Burma, prise dans l’Hôtel du Gouvernement à Calcutta et prêtée par le Viceroi.
- Le Maharajah de Kashmir fit également part de son désir de participer à l’accroissement des collections, et après lui le Maharajah de Patiala et les Rajahs de Jind et de Nabha.
- Par suite de l’importance nouvelle que prenaient les collections indiennes et qui dépassait les calculs sur lesquels le Comité avait basé ses arrangements, Son Altesse Royale le Président alla demander personnellement aux Autorités françaises l’emplacement comprenant la moitié du grand transept ou vestibule, vers l’ouest. Cette demande ayant été accordée, la section des Indes obtint la place d’honneur, en avant des départements étrangers de l'Exposition de 1878.
- C. PURDON CLARKE,
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- SECTION DES INDES BRITANNIQUES.
- Les objets exposés dans le Grand Vestibule du Palais du Champ de Mars comprennent plus de douze mille échantillons divisés en quatre séries :—
- 1°. Des cadeaux indiens, de son Altesse Royale le Prince de Galles, avec plusieurs collections appartenant aux particuliers qui les ont mises à la disposition du Comité.
- 2°. D’objets de fabrication indienne, exposés dans l’intérieur du Pavillon indien, par les principaux négociants importateurs domiciliés à Londres et à Paris.
- 3°. D’objets d’art de fabrication indigène (collections supplémentaires) exposées par le Comité des Indes, et qui seront vendues à la fin de l’Exposition.
- 4°. De produits bruts; de substances alimentaires; d’échantillons de bois et autres spécimens de la culture forestière; de bois teintures, etc.
- COLLECTIONS D’OBJETS D’ART PRÊTÉES PAR
- SA MAJESTÉ LA REINE.
- LE PRINCE DE GALLES, K.G.
- Le Comte de NORTHBROOK, G.C.S.I.
- Lady Emma BARING.
- Le Colonel EARLE, C.S.I.
- Madame Rivett CARNAC.
- A. HALIBURTON.
- C. C. PRINSEP.
- EXPOSANTS COMMERCIAUX (PAVILLON INDIEN).
- Tissus, Joaillerie, Orfèvrerie et Ouvrages en metaux.
- Le MAHARAJAH DE KASHMIR.
- LE MAHARAJAH DE Patiala.
- Le Rajah de Jind.
- Le Rajah de NABHA.
- MM. Vincent Robinson et CIE, 34, Wigmore Street, Londres.
- MM. FARMER ET ROGERS, 171, 173,175, et 117,119, Regent Street, Londres.
- WATSON et BONTOR, 35, 36, Old Bond Street, Londres.
- MM. J. WATSON et FILs, Moorgate Street Chambers, Londres.
- M. GEORGE Holme, Bradford.
- M. VERDÉ DELISLE, rue Richelieu, 80, Paris.
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- LES FILS OULMAN et CIE, rue Douot, 2, Paris.
- MM. Normand et CHANDON, rue Richelieu, 82, Paris.
- M. DALSEME, rue Saint-Marc, 21, Paris.
- Produits bruts, alimentaires et autres.
- Thomas WARDLE, Leek, Staffordshire.—Soie teinte et tusser.
- A. BURRELL, 2, Jermyn Street.—Thé.
- HENRY BERNERS et R. V. DOYNE, Propriétaires de la Plantation de Thés Amgoorie, Sibsagor, Assam.—Thé.
- MINCHIN FRÈRES, Aska, Province Gamjam, Présidence de Madras.
- —Sucres et Alcools.
- Emile DE FONDCLAIR.— Café de Madura.
- La Société MURREE BEER COMPANY.—Bière en bouteilles.
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- TABLE DES MATIÈRES.
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- Introduction -------1
- Le Littoral des Races indo-germaniques - - - - 1
- Anciennes Colonisations 4
- Dates historiques - ------ 7
- ANTIQUITÉ du Commerce Indien - - - - - 16
- Voies du Commerce indien ----- 32
- Routes des Caravanes ------ 32
- Voie du Golfe persique ------ 35
- Voie de la Mer rouge ------ 37
- Arts et MÉTIERS des Indes - - - - - 48
- Orfèvrerie : Argenterie ------ 52
- Ouvrages en métaux : en laiton, en cuivre et en étain - - 57
- Ouvrages damassés ____-- 58
- Émaux ----- - - -59
- Armes -------- 61
- Joaillerie- - ------- 64
- Ameublement artistique et Décor domestique - - - 72 Ouvrages en bois noir de Bombay - - - - 73
- Incrustations de Bombay - - - - - 74 Ouvrages Vizagapatam - - - - - 75
- Ouvrages Mynpuri 75
- Incrustations d’Agra- - - - - - 75 Sculptures en bois de sandal et autres - - - 76 Ivoire et Corne sculptés - - - - -77 Pierres sculptées ------ 77 Objets en terre-cuite - - - - - -77 Ouvrages en laque ------ 78 Objets divers - ------ 79
- Sellerie et Harnais de chevaux ----- 81
- Instruments de musique ------ 81
- Tissus, Feutres, Broderies, Tapis - - - - - 81 Cotons -86 Soies- - - - - - ~ - 92 Broderies - - - - - - "96 Tapis - - - 99 Poteries ------- - 111
- Le Dessin KNOP et Fleur ----- 114
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- VANITAS EST PRAESENTEM VITAM SOLUM ATTENDERE
- ** * QUIA NON SATIATUR OCULUS VISU,
- NEC AURIS IMPLETUR AUDITU. VANITAS EST
- DILIGERE QUOD CUM OMNI CELERITATE TRANSIT, ET ILLUC NON FESTINARE, UBI SEMPITERNUM GAUDIUM MANET.
- De lmitatione Christi.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE À L’EXPOSITION UNIVERSELLE de 1878.
- INTRODUCTION.
- Côte indo-germanique, ou litus Arianum.
- ON a souvent établi un rapport entre la configuration de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, et la civilisation respective de ces trois parties du monde. L’Afrique, le premier peuplé de ces trois continents, est celui qui présente le plus d’uniformité dans ses contours, le moins de variété dans son aspect. Ses côtes sont presque entièrement dépourvues de golfes et de baies, ou même d’embouchures de rivières considérables, d’estuaires et autres entrées de mer permettant l’accès de l’intérieur; son immense territoire est isolé du reste du monde; ses habitants croupissent encore à l’état sauvage, ou tout au plus se sont élevés jusqu’à l’état de barbarie. Au contraire, l’Europe est échancrée de tout côté par des baies, des golfes, des mers intérieures qui la divisent en régions parfaitement distinctes et caractérisées par une grande variété d’aspects, mais toutes communiquant les unes avec les autres ainsi qu’avec les îles dont chacune des côtes est entourée et qui sont la continuation des chaînes de montagnes dont le soulèvement a déterminé l’aspect compliqué, ou, comme on peut le dire, puissamment développé de ce continent, qui, peuplé plus tardivement que les deux autres, est cependant le plus avancé en civilisation. Les contours des côtes de l’Asie offrent presque la même variété ; mais les presqu’ îles et les golfes de cette partie du monde ont un si vaste développement que par eux-mêmes ils constituent des continents et des mers. En réalité les divers systèmes orographiques de l’Europe se continuent par le prodigieux plateau de l’Asie Centrale, qui en forme la portion culminante, de sorte que l’Europe peut être considérée comme une presqu’île de l’Asie. Burmah, Siam et Anam pris ensemble ont une surface sept fois plus grande que la Turquie d’Europe et la Grèce réunies; l’Inde est quatorze fois plus grande que l’Italie, et l’Arabie a plus de cinq fois la superficie de l’Espagne et du Portugal. L’Inde est aussi vaste que l’Europe
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE J 878.
- diminuée de la Russie, et la surface entière du continent asiatique égale celle de l’Europe et de l’Afrique réunies. À cause de ces proportions colossales, l’Asie, quelle que soit la facilité des communications le long des rives de ses immenses mers, présente à l’intérieur, par ses plaines tristes, monotones et inhospitalières,’par ses hauteurs glacées et impraticables, plus d’obstacles au rapprochement des hommes que l’intérieur de l’Afrique elle-même, et sa civilisation, quoique plus avancée que celle de l’Afrique, n’a jamais dépassé le degré qui vient immédiatement après l’état de barbarie ; dans l’Asie centrale, la population est même restée tout-à-fait barbare, et dans quelques régions elle est presque sauvage. C’est l’inaccessibilité de l’Asie centrale qui a donné naissance aux légendes du moyen âge ayant pour objet les nations isolées du reste du monde. On a comparé l’Afrique au pied d’un cheval, l’Asie à la patte plus flexible du lion, et l’Europe à la main de l’homme, cet organe si parfait. Par une coïncidence remarquable, l’Europe reproduit, sur une plus petite échelle, les principaux traits des côtes de l’Asie. La presqu’île d’Arabie se retrouve dans la péninsule Ibérique; l’Asie Mineure et la Perse dans la France, l’Inde dans l’Italie; Burmah, Siam, Anam et l’archipel oriental, dans la Turquie, la Grèce et l’archipel grec ; l’Empire chinois, dans la Russie; et, enfin, le Japon occupe, à l’est du continent Euro-Asiatique, une position symétrique à celle que les îles britanniques occupent à l’ouest. La ressemblance entre l’Inde et l’Italie est vraiment frappante, les monts Himalayas se retrouvent dans les Alpes ; l’Indus et le Gange, dans le Rhône et le Pô; Kurrachee, c’est Gênes ou Marseille : Calcutta, c’est Venise ; Delhi, c’est Milan; Bombay, c’est Naples ; Ceylan, c’est la Sicile; les Laquedives et les Maldives, ce sont les sommets des montagnes d’une Corse et d’une Sardaigne qui se seraient enfoncées dans la mer. Si pour un moment nous laissons de côté la division arbitraire et commode de l’Asie et de l’Europe en deux continents au lieu d’un seul, nous remarquerons nécessairement la direction générale des côtes, si profondément échancrées, qui, partant des îles Scilly et des îles britanniques, dans la zone tempérée, s’infléchissent graduellement vers le Sud, sur une longueur de 8,000 à 9,000 milles à vol d’oiseau, jusqu’à l’archipel oriental, sous l’Equateur, ce qui entraîne un commerce mutuel entre les nations placées sur cette immense ligne, non-seulement à cause de la facilité offerte par les communications, mais encore à cause de la variété infinie des produits, appartenant à toutes les régions tempérées et à toutes les régions tropicales du globe, que ces nations ont à s’offrir les unes aux autres en les faisant passer d’une contrée à une autre. Il était inévitable qu’un grand commerce, qui avait sa source dans la fertilité de l’archipel oriental, de la région occupée par “ les innocents Éthiopiens qui habitent la verte extrémité du monde,” comme dit Homère, s’établirait tout le long de cette remarquable ligne de côtes. Les légendes de la « terre d’or” répandirent au loin dans l’Asie et l’Europe la renommée d’un vaste échange d’épices et d’aromates entre les îles de l’Archipel oriental, les fables géographiques et les contes populaires ne sont que les traditions vagues et déconsues du
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE. 3 commerce établi, aux époques préhistoriques, sur ces rivages célébrés par les anciennes légendes. Pendant des siècles, cet échange fut continué, non-seulement par les marchands des pays limitrophes, mais encore par une interminable série d’agents intermédiaires, de sorte que les régions éloignées les unes des autres ne se connaissaient point par leur nom, mais par leurs productions, et par les récits des voyageurs, qui devenaient de plus en plus merveilleux en passant de bouche en bouche, de l’Orient à l’Occident. Le nom même de l’Inde était encore inconnu chez les nations de la Méditerranée, pendant des siècles après que les précieux parfums de cette contrée avaient commencé d’être employés journellement pour les besoins du culte juif, dans le temple de Shiloë et dans celui de Jérusalem, et même avant pour l’embaumement des cadavres en Égypte.
- La ligne des côtes méridionales de l’Europe et de l’Asie est interrompue entre la Méditerranée et la Mer Rouge par l’isthme de Suez, et comme, à partir de ce point, la presqu’île d’Arabie s’étend à environ 1,500 milles au sud dans la mer Arabique, l’isthme de Suez en réalité présente toute la longueur et la largeur de l’Arabie en obstacle au commerce direct entre la Méditerranée et l’Océan Indien. Comme la distance de Suez à Aden est deux fois aussi grande que celle de la Méditerranée à l’origine du golfe Persique, les avantages commerciaux de la route de la Mer Rouge, même après la découverte des facilités qu’offrent les moussons pour la marche des navires vers l’Inde, ont toujours été à peu près égalés par les avantages que présente la route plus courte du golfe Persan et de la vallée de l’Euphrate. Depuis un temps immémorial, ces deux voies ont rivalisé, sur le pied d’une égalité presque complète, pour le commerce de l’Inde, et leur concurrence donne la clef de l’histoire des empires et des états qu’elles traversent: états qui s’élevaient et prospéraient en attirant vers eux le commerce des Indes, et qui tombaient en le perdant. L’isthme de Suez fut regardé comme un obstacle si formidable, que le gouvernement égyptien essaya deux ou trois fois d’établir un canal entre le Nil et la Mer Rouge, tandis que dans l’espoir d’éviter la navigation le long des côtes de l’Arabie, on essaya deux fois de faire le tour de l’Afrique par mer, tentatives qui réussirent. Les positions commerciales en rapport avec les routes de la Mer Rouge et du Golfe Persique étaient tellement importantes, que non-seulement il y eut une rivalité constante entre les nations du Golfe Persique et celles de la Mer Rouge, mais encore ce fut pour celles-ci une question vitale de savoir si le commerce de l’Inde se ferait par le Golfe d’Akaba ou par celui de Suez. La rivalité entre l’Assyrie et l’Egypte, entre l’Assyrie et la Phénicie; entre Jérusalem et Tyr d’un côté et Jérusalem et Pétra de l’autre, cette rivalité, disons-nous, qui est exprimée d’une manière si saisissante dans les révélations prophétiques et les lamentations d’Isaïe, de Jérémie et d’Ezéchiel, n’avait pas d’autre origine que la lutte entreprise pour accaparer, ou au moins, pour partager, les richesses du commerce des Indes et de l’Archipel Oriental. L’avantage principal des peuples sémitiques, et particulièrement des Arabes et des Phéniciens—car les Juifs étaient
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- malheureusement placés entre les Yduméens et les Phéniciens— c’était que depuis le commencement des temps historiques, ils étaient en possession de toutes les terres qui séparent la Méditerranée de la Mer Rouge, du Golfe Persique et de l’Océan indien. Cette circonstance assura leurs progrès dans la civilisation. Les Phéniciens, sur la Méditerranée, et les Arabes, sur la Mer Rouge, le Golfe Persique et l’Océan Indien, accaparèrent tout le commerce entre les contrées méditerranéennes et l’Asie méridionale. Les Arabes conservèrent leurs avantages .respectifs, jusqu’à ce que Vasco de Gama eût ouvert la route de l’Inde par le cap de Bonne-Espérance. Les Phéniciens et leurs colonies succombèrent à la fin sous la rivalité de l’Assyrie, de la Grèce et de Rome ; toutefois Tyr ne fut totalement anéantie qu’après avoir été prise par les Croisés, qui furent toujours influencés puissamment par des motifs commerciaux, ou qui du moins étaient poussés par les états italiens du 12e siècle à servir les intérêts de ces derniers. Pendant les 300 ans qui suivirent l’heureuse entreprise de Vasco de Gama, la Mer Rouge et le Golfe Persique tombèrent insensiblement en oubli ; mais maintenant ces deux mers regagnent très-rapidement leur importance primitive, et comme elles sont le futur chemin du commerce, de plus en plus actif, qui s’est établi entre l’Europe et l’Amérique, entre l’Asie et l’Australie, le maintien de leur sécurité est devenu l’un des principaux devoirs de la politique européenne. Le commerce cherche toujours les routes les plus courtes, et sous la pression de la concurrence dont le commerce oriental est l’objet, de la part de l’Europe moderne, la vallée de l’Euphrate, qui est le plus court chemin entre la Méditerranée et la Perse et l’Inde, deviendra, avant l’expiration d’une autre "génération, la principale route commerciale entre ces pays et l’occident. La suprématie commerciale, qui est le plus sûr fondement de la suprématie politique, dépend absolument de la possession de routes et de marchés avantageux, protégés par des lignes et des communications stratégiques, comme disent les écrivains militaires. En réalité la guerre n’est qu’une des formes de la rivalité commerciale, poursuivant par la violence les avantages que souvent le commerce pacifique conquiert plus sûrement par ses sapes plus lentes mais plus efficaces. Il était relativement de peu d’importance que le gouvernement égyptien ou l’empire médo-babylonien fût renversé, ou que l’ancienne Tyr fût deux fois démolie de fond en comble, car, tant que le commerce de l’Inde se faisait par la Mer Rouge et la vallée de l’Euphrate, la population prospéra; mais lorsque les Portugais laissèrent de côté ces deux routes en doublant le cap de Bonne-Espérance, l’Egypte devint un tout petit état, Babylone un refuge pour les bêtes sauvages du désert, et Tyr un endroit propre à étendre les filets. Si " la paix a des victoires non moins célèbres que celles de la guerre,” elle a aussi des défaites, plus terribles et plus douloureuses que celles de la guerre, et bien plus désastreuses par la durée de leurs résultats. La découverte de Vasco de Gama fit de toute l’Asie occidentale un désert, et pendant près de trois siècles fut une cause de désolation pour toutes les régions voisines de la Méditerranée.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- Colonisation du vieux Monde par la Race humaine.
- Ainsi la civilisation primitive du monde se développa avec le mouvement du commerce indien, qui s’accrût par suite des facilités que les côtes méridionales de l’Europe et de l’Asie offrent aux communications internationales, et aussi par suite des encouragements que présentait au commerce la diversité infinie des productions naturelles de ces régions. Les civilisations les plus anciennes eurent leur source en Arabie, en Egypte, en Assyrie, en Phénicie, pays situés aux environs du point où la ligne des côtes est interrompue par l’isthme de Suez. Les habitants de cette dernière région furent naturellement les agents du commerce par terre; les Arabes et les Phéniciens furent ceux du commerce par mer. La science n’a commencé que de nos jours à conjecturer comment et par quelles voies les contrées ont été peuplées. Nous savons seulement que quand la race Aryenne, partant de son premier séjour dans la haute Asie, commença vers l’an 3,000-2,000 avant J.C. son émigration vers l’ouest, elle trouva la race touranienne jaune partout derrière elle et à sa droite et la race touranienne noire partout à sa gauche, et la race sémitique déjà en possession des montagnes du Kurdistan et de l’Arménie et s’établit en Mésopotamie; en Syrie, en Canaan et en Arabie. Personne aujourd’hui ne prétend mettre en doute l’origine commune du genre humain, et l’on a reconnu que la généalogie de la Bible est en parfaite concordance avec les découvertes les plus récentes des sciences éthnologiques. Si donc nous acceptons comme vrai le récit de la création de l’homme, tel que nous le trouvons dans la Genèse; si nous prenons en considération la localisation actuelle des races sur le globe; si nous réfléchissons en outre que la distribution des terres et des eaux à la surface du globe éprouve de continuels changements, et que sur aucun point des continents maintenant connus on ne trouve une race aborigène ou autochtone, nous aurons aussi peu de peine à admettre que la race humaine a pu faire sa première apparition sur un continent, que Sclater appelle Lemuria, immergé depuis dans quelque partie de l’Océan Indien, et qui autrefois unissait l’Afrique à l’Inde méridionale et à la presqu’île Malaise. C’est de ce continent que l’homme serait parti, selon les hypothèses les plus accréditées, pour peupler le monde, savoir: l’Asie Orientale Centrale et Septentrionale, par la voie de Burmah et les gorges du Bramapoutre; l’Arabie Sémitique, l’Asie Occidentale et l’Afrique Septentrionale, par les montagnes de l’Hindoustan et de l’Arménie; enfin, l’Asie aryenne et l’Europe par les vallées de l’Hindou-Cash et des Himalayas occidentales. Ce fut une race unique à l’origine, qui de Lemuria erra jusqu’aux extrémités de la terre, et qui sous l’influence de diverses circonstances physiques, forma des branches distinctes, et atteignit son plus grand développement intellectuel dans les races sémitique et aryenne. Les plus hautes civilisations paraissent toujours avoir eu pour origine le contact ou le mélange de races différentes. Le contact et ensuite le mélange de la race aryenne avec les races touraniennes produisirent la civilisation simple et intellectuelle de l’Inde. D’un autre côté le mélange de la race sémitique avec les Touraniens, sous
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- la domination subséquente des Aryas, produisit la grandiose civilisation matérielle de l’Assyrie ; la civilisation compliquée et élaborée de l'Égypte parait avoir été le résultat du mélange d’un élément sémitique avec la race touranienne de la vallée du Nil et probablement d’une influence aryenne, reçue indirectement par l’Assyrie et l’Inde. Enfin la civilisation perfectionnée de la Grèce fut l’effet du contact de la pure race aryenne avec les civilisations, déjà avancées, de la Phénicie et de l’Egypte. Partout la race aryenne, si intelligente, si brillante, si énergique, sut élever les autres races à un plus haut degré de civilisation et ce furent seulement les civilisations où l’élément aryen était pur ou prédominant, qui se montrèrent progressives. Quand l’élément aryen était dominé par l’élément touranien, la civilisation restait stationnaire comme dans l’Inde, l’Egypte et l’Assyrie. Le développement de la civilisation à son plus haut degré est le résultat de la migration des Aryas. Les émigrants qui de 3,000 à 2,000 ans environ avant J.C. avaient marché vers l’Inde, s’étaient d’abord arrêtés près du haut Indus'(Vedas), où ils paraissent avoir été en lutte les uns avec les autres (Mahabarata). Alors un partie d’entre eux se dirigèrent vers le Gange et enfin descendirent dans le Deccan (Ramayana) ; les autres, marchant vers l’ouest, suivirent la déclivité méridionale de l'Indou-Cash et de l’Elburz, et sans cesse rejoints par de nouveaux émigrants de la haute Asie, s’établirent en Médie, où ils se trouvèrent en contact avec les populations sémitiques qui avaient déjà occupé la Mésopotamie, l’Arabie et la Syrie, jusqu’aux bords de la Méditerranée et ensuite en Perse.
- Comme d’autres tribus, également émigrées, pressaient les Pélasges en marchant derrière eux, ils occupèrent l’Arménie, la Pamphlagonie et la Bithynie, et, après avoir traversé le Bosphore, ils établirent des colonies dans la Thrace, la Macédoine, la Thes-salie, les îles de la mer Egée, le Péloponèse et l’Italie. Une émigration parallèle, composée d’Aryens et de Sémites, et prenant une direction située au sud de la route suivie par les émigrants précédents, marcha, par les déclivités du mont Taurus, vers la Phrygie, aux riches pâturages, la Lycie, la Carie, l'île de Rhodes et la Crête. En dernier lieu, les Hellènes, probablement la tribu prépondérante des Pélasges, se répandit de la Thessalie sur tout le territoire de la Grèce. Les Celtes pénétrèrent les premiers dans l’Europe centrale par les hauteurs du Caucase et l’entrée de la Mer Noire, et suivis par les Teutons ils furent poussés dans la Gaule, la Bretagne, l’Italie Septentrionale et l’Espagne. Les Esclavons, qui d’au-delà de la mer Caspienne et du lac d’Aral s’étaient avancés vers l’Europe centrale, furent chassés vers l’Est par les Teutons, à la race desquels appartenaient les tribus qui à la fin déterminèrent la chute de l’empire romain. Mais c’étaient des Aryas, et par conséquent ils étaient destinés à purifier la civilisation et non à la détruire, comme le firent les derniers Touraniens, vainqueurs de l’empire d’Orient. Quand Rome fut tombée, les nations de l’Europe moderne commencèrent à s’élever, développant, à mesure qu’elles s’accroissaient, une prospérité plus grande et une civilisation à beaucoup d’égards, plus étendue et plus égale, que celles qu’avaient connues Rome et la
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- Grèce dan leurs meilleurs temps, jusqu’à ce que, débordant par-dessus le bornes de l’Europe, au 16me et au 17me siècle, elles commencèrent la conquête des Indes et de l’Archipel oriental et la colonisation de l’Amérique et de l’Australie, où maintenant, sur les bords de l’océan Pacifique, elles se trouvent de nouveau face à face avec cette même race touranienne jaune et conquérante qui autrefois a suivi leurs pas, depuis le jour où descendant des hauts plateaux de l’Asie centrale, elle a commencés à émigrer vers l’ouest, et a occupé Constantinople pendant quatre cents ans malgré les efforts réunis des Esclavons Aryas, et qui, selon les présages lugubres de certains prophètes, peut encore bouleverser la civilisation aryenne dans tout l’univers, comme elle l’a fait dans l’Inde, la Perse et toute l’Asie occidentale. Il y a cinq mille ans, nous avons vu les Aryens commencer leur importante émigration vers l’Occident; nous les avons vus continuer leur marche jusqu’à ce qu’ils atteignissent les bords de l’océan; et après une halte de deux mille ans, nous les voyons entreprendre une nouvelle émigration, mais cette fois à travers la vaste étendue de l’Atlantique à la recherche de ce commerce indien dont la tradition, que probablement ils n’ont jamais perdue, les attire encore plus que les avantages du commerce, monopolisé par les Vénitiens.
- Dates historiques.
- Les Phéniciens sont les premiers qui, dit-on, parurent sur les côtes de la Méditerranée, en venant du Golfe Persique, vers l’an 3000 avant J.C. Quant aux royaumes contemporains d’Egypte et de Babylone, qui constituèrent les premières organisations politiques, la date de la première dynastie indigène égyptienne est fixée vers l’an 2500 avant J.C. ; celle de la dynastie des rois Pasteurs d’origine Sémitique (Hyksos), vers l’an 1750 avant J.C. ; et la restauration de la dynastie indigène (18ème) vers l’an 1500 avant J.C. L’on fixe aussi vers l’an 2300 avant J.C. le commencement du premier royaume Babylonien ou période touranienne ; et pour la période Sémitique, en l’an 2000 avant J.C. ; on calcule que la fondation de Ninive remonte à 2200 avant notre ère. Babylone fut prise par les Assyriens l’an 1300 avant J.C., époque assignée au commencement de l’Empire d’Assyrie. La Médie fut conquise par les Assyriens, l’an 710 environ avant J.C. mais fut en révolte constante, si bien qu’en l’année 625 avant J.C., Cyaxare rasa Ninive et réduisit l’Assyrie en province Mède.
- Babylone s’était révoltée sous Nabopolassar en 610 avant J.C., et fut prise par Cyrus qui avait déjà conquis la Médie, en 538 avant J.C.; et l’Empire des Perses, fondé par Cyrus en 559-539 avant J.C. fut le premier empire universel. Thouthmès III., de la 18ème dynastie égyptienne, ainsi que Ramsès Ier, de la 19e dynastie, dirigèrent tous les deux des expéditions en Mésopotamie. Ramses II. le Grand, petit fils de Ramses Ier,et connu également sous le nom de Sésostris, creusa entre la Mer Rouge et le Nil, ce canal que Pharoah Nechao, et Darius, ainsi que Ptolémée Philadelphe tentèrent l’un après l’autre de rouvrir. Environ l’an 1020 avant J.C., Hadad, “n’étant encore qu’un petit enfant,” échappa au
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- massacre ordonné par le Roi David contre les Idumites, ses compatriotes, et s’enfuit, sous le règne de Pharoah, roi d'Egypte, et l’an 1000 environ avant J.C., Jéréboam " s’enfuit en Égypte sous « Shishak, roi d'Égypte, et y resta jusqu’à la mort de Salo-« mon.,” Salomon entretint des relations pacifiques avec tous ses voisins, la Phénicie, l'Idumée, l'Égypte et l’Assyrie, tout en se tenant à leur égard sur le pied de la plus rigoureuse rivalité commerciale; mais, l’an 971 avant J.C., la cinquième année du règne de Jéréboam, Shishak envahit la Judée et mit Jérusalem au pillage. Environ l’an 730 avant J.C., Sabaco (le So de la Bible) conclut avec Hosea un traité qui, par suite du refus du Roi d’Israël de payer aux Assyriens le tribut qui avait été imposé par Tiglath Pileser et Salmanazar, fut la cause de la prise de Samarie par Sargon, et de la captivité des dix tribus (721 avant J.C.). Sous le règne de Tehrah (le Tirhaka de la Bible), Sen-nachérib essaya d’envahir l’Egypte, pendant que Tehrah s’avançait en Syrie et battait les Assyriens. Pendant le règne de Psammé-tichus, 671-617 avant J.C., il y eut un développement extraordinaire dans le commerce et la prospérité de l’Egypte, dû à la sage politique adoptée par elle de laisser les ports Egyptiens ouverts à la liberté du commerce; sous le règne de son fils Nechao, une flotte phénicienne accomplit le long des côtes d’Afrique un voyage de circumnavigation, 21 siècles avant la glorieuse entreprise de Bartholomeo Diaz et Vasco de Gama. Nechao envahit aussi la Syrie; arrêté dans sa marche par Josiah, Roi de Judée, il le tua à Megiddo, et revenant victorieux de Carchemish, il emmena Jehoa-haz captif en Egypte, et nomma roi à sa place son frère Jehoiakin. Mais quatre ans après, Nabuchodonosor reprit à Nechao toutes ses conquêtes, depuis les bords du Nil jusqu’aux rives de l’Euphrate. Son fils fut le Pharaon Hophra de la Bible, avec lequel Zedekiah, que Nabuchodonosor avait établi Roi de Judée, fit un traité dans l’espoir de secouer le joug de Babylone. Le Pharaon Hophra assiégea et prit Gaza ct Sidon et obligea les Babyloniens, « ces Chaldéens qui assiégeaient Jérusalem,” à battre en retraite ; mais comme il dut immédiatement retirer sa propre armée, Nabuchodonosor revint, et s’emparant de Jérusalem (606 avant J.C.), emmena la Judée captive à Babylone pendant 70 ans, au bout desquels les Juifs furent rétablis par Cyrus, 536 avant J.C. Nabuchodonosor saccagea Tyr, 586 avant J.C. et envahit l’Egypte. Cambyse conquit l’Egypte, 526 avant J.C., et Xerxès dompta l’Egypte révoltée, 414 avant J.C. Cette dernière réussit dans sa révolte contre les Perses, sous Amyntas, 414 avant J.C. ; soumise de nouveau par Ochus, 350 avant J.C., elle tomba finalement au pouvoir d’Alexandre le Grand, 332 avant J.C.
- Parmi les quatre grandes tribus des Hellènes,'les Etoliens s’avançant de la Thessalie, avaient occupé une grande partie de la Grèce Centrale, jusqu’à l’Isthme de Corinthe, et la côte occidentale du Péloponèse; les Achéens s’établirent à Mycènes, Argos, et Sparte; quant aux Ioniens, ils occupèrent spécialement l’Attique et la Dorie. Les Doriens étaient limités primitivement à la ville de Doris; mais, de même que les Hellènes étaient devenus la tribu dominante sur les Lélèges, les Caucones et autres tribus Pélas-
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- giennes, de même les Doriens devinrent la tribu dominante sur le reste des Hellènes; et lorsqu’ils pénétrèrent dans le Péloponèse, vers l’an 1000 environ avant J.C., et qu’ils eurent renversé les anciennes monarchies achéennes chantées dans les épopées d’Homère, la plupart des Ioniens firent voile pour l’Asie Mineure, et fondèrent des colonies ioniennes à Milet et Ephèse, et autres lieux sur la côte de Lydie ; quant aux Achéens fugitifs, ils la fondèrent des colonies éoliennes à Lesbos, et le long de la côte de Mésie. . Smyrne fut à l’origine une colonie éolienne, mais elle devint ensuite une ville ionienne.
- Par la suite, les Doriens établirent des colonies à Rhodes et à Cos, et fondèrent les villes d'Halicarnasse et de Guides, sur la côte opposée de la Carie; plus tard encore, les colonies ioniennes s’étendirent le long de la Méditerranée jusqu’à Marseille et Nîmes, et les Milésiens entourèrent la Mer Noire de leurs établissements commerciaux. Crésus, Roi de Lydie, se rendit maître des villes de l’Ionie, l’an 550 avant J.C. ; il fut lui-même soumis par Cyrus, et la Lydie réduite en province de l’empire des Perses, 546 avant J.C. Les villes ioniennes n’étaient pas disposées à se soumettre; mais elles furent incapables de faire cause commune contre l’ennemi. Quelques-unes furent abandonnées, et les autres se rendirent une par une, sacrifiant, comme leur disait Bias, leur liberté et leur prospérité à leurs jalousies réciproques. Après avoir ainsi subjugué la Phénicie et les colonies ioniennes, la Perse devint de suite une grande puissance maritime, menaçant à son aurore la suprématie commerciale d’Athènes dans la Méditerranée.
- Aussi, lorsque Milet se révolta, en l’an 500 avant J.C., les Athéniens envoyèrent immédiatement 20 navires au secours d’Aristagoras ; les Erétriens en envoyèrent deux, et leurs troupes s’unissant aux Ioniens révoltés, brûlèrent Sardes. À la bataille de Lade, 496 avant J.C., toute la marine des Ioniens (353 navires), fut détruite par la flotte phénicienne; alors, après avoir d’abord reconquis les villes de la côte d'Ionie, les Perses, brûlèrent de se venger sur Athènes et Eretria, de la part prise par ces villes dans l’incendie de Sardes. La première expédition, dirigée par Mar-donius contre la Grèce en l’an 493 avant J.C. échoua honteusement ; la seconde, sous Darius en l’an 490 avant J.C., fut défaite à Marathon. Dans la troisième, l’an 480 avant J.C. Xerxès réunit des forces imposantes, et ce ne fut qu’après la perte des Ther-mopyles, l’incendie d’Athènes, et les victoires de Salamine et de Platée que la Grèce fut sauvée par le courage et l’énergie d’Athènes, et la coutume où étaient les états secondaires du Péloponèse d’agir de concert avec Sparte. Autrement la Grèce eût péri comme les colonies ioniennes.
- Alexandre le Grand détruisit Tyr et se rendit maître de l’Egypte, l’an 332 avant J.C. ; il prit Babylone et finalement, subjugua la Perse, 331 avant J.C. Il envahit les Indes, l’an 327 avant J.C., et c’est à cette expédition que nous sommes redevables de tout ce que nous savons de positif sur l’histoire de l’Inde dans les temps anciens. Avant l’invasion d’Alexandre, nous n’avons que les Vedas, qui datent environ de l’an 1400 avant J.C., le Code de Menu, 900-300 avant J.C., et les légendes sacrées du
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- Ramayana, 350-400 avant J.C., et du Mahabaranta, 240 avant J.C., seuls documents qui puissent nous guider. Les derniers Puranas eux-mêmes, composés pendant la renaissance du Brah-minisme, entre le déclin du Bouddhisme et la conquête Mahomé-tane, et qui nous donnent l’histoire des dynasties indiennes depuis l’époque de Chandragupta jusqu’au Sandrocottus des Grecs, traitent principalement de mythologie et de doctrines. Ni Homère, ni Pin-dare, ou Euripide ne font mention de l’Inde ou de son peuple en le désignant par son nom. Eschyle fait mention “ des Indiens errants ” et Sophocle parle de " l’or indien,” mais ils ne connaissaient pas le pays, et ce ne fut qu’au moment de la guerre persique, que les Grecs eurent connaissance de l’existence de l’énorme péninsule située à l’Est et au Sud de l'Indus. Il est cependant plus que probable qu'Homère et les anciens écrivains Grecs confondirent l’Inde avec l’Afrique sous le nom général d’Ethiopie. Alexandre croyait trouver les sources du Nil dans l’Inde. Le premier Grec qui appelle l’Inde par son nom est
- Hecatœus de Milet, 549-486 avant J.C. Les connaissances d’Hérodote se bornaient aux satrapies de Darius, dont la vingtième comprenait cette partie de l’Inde soumise à la Perse. Ctesius, 400 avant J.C. écrivit 23 livres sur la Perse, et un sur l’Inde; tous ces ouvrages sont perdus, à l’exception des fragments de Photius, auquel, ainsi qu’à Diodore, nous devons les extraits qu’ils ont conservés de l’œuvre d’Agatharcides, (146 avant J.C.) sur la Mer Erythrée. Dans la Bible la première et la seule mention se trouve dans le livre d’Esther, 450 avant J.C. Mais tout ce que nous savons de certain sur les Indes date de l’invasion du Punjab par Alexandre, lorsqu’il traversa l’Indus à Attock au mois d’Avril 327 avant J.C., la première date authentique dans l’histoire de l’Inde. Un certain nombre des officiers d’Alexandre ont tracé des descriptions des différentes parties de la route suivie par lui; c’est ainsi que les anciens devinrent possesseurs des récits séparés de Beton, Diognetus, Néarque, Onesicritus, Aristobulus, et Callis-thènes, récits dont la plupart ont péri depuis. Onesicritus est le premier écrivain de l’Occident qui fasse mention de Ceylan, île qui fut découverte dans les temps modernes pour les Européens par Almeyda, premier vice-roi Portugais des Indes, en l’année 1507 de notre ère. Après Alexandre, au commencement du troisième siècle avant J.C., la côte Occidentale de l’Inde fut explorée par Fatroclus, amiral de Seleucus qui envoya également Megasthènes comme ambassadeur à Sandrocottus, et Daimachus à son successeur Allitrochades dans la ville de Palibothra ou Patali-putra, la moderne Patna. C’est aux informations recueillies par ces officiers d’Alexandre et de Séleucus, puis condensées, sous forme d’extraits et réunies en un récit substantiel par Diodore, Strabon, Pline et Arrien, pendant le premier siècle avant et le premier siècle après Jésus-Christ, que nous devons la plupart de nos connaissances sur l’Inde ancienne. Arrien, l’auteur du " Periplus de la Mer Erythrée,” et qui est presque le contemporain d’Arrien, l’auteur de “l’Indica” et de " l’Expédition d’Alexandre,” nous donne un récit détaillé du commerce des transports maritimes de l’Inde et des côtes de la Mer Erythrée en général. L’expédition
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- d’Alexandre et les ambassades de Séleucus nous faisaient connaître les Indes depuis le Punjab jusqu’aux bouches de l'Indus et à la vallée du Gange ; « le Périple de la mer Erythrée ” étendait le cercle de nos connaissances jusqu’à la côte occidentale tout entière, et une partie de la côte orientale jusqu’à Mazulipatam. Eratosthènes, le géographe d’Alexandrie (276-161 avant J.C.), fait une descrip-tion complète de l’Inde. L’astronome Hipparque (150 avant J.C.) suit Mégasthènes, Daimachus, et Patroclus ; avec Ptolémée (139-170 de notre ère), nos informations s’arrêtent en ce qui concerne les sources classiques de connaissances sur l’Inde. Le marchand égyptien nommé Indicopleustes, devenu par la suite le moine Cosmas, et qui trafiquait dans la Mer Rouge vers l’an 535-550 de notre ère, nous rend un compte très-exact du commerce entre l’Inde, l'Égypte et Ceylan, à son époque; les voyageurs Chinois, Fa-Nian (399-414 de notre ère) et Honng-Tsang (625-645 de notre ère) qui visitèrent l’Inde, et les deux Arabes qui visitèrent l’Inde et la Chine, au 9ème siècle, et dont les voyages furent publiés dans les “ Anciennes Relations” de Renaudot (1718 de notre ère) ajoutèrent beaucoup à la somme de nos connaissances sur l’Inde. Toujours est-il que l’histoire de Strabon est en réalité le meilleur exposé général que nous ayons sur l’Inde, jusqu’aux voyages de Marco-Polo (1254-1324) d’Ibrahim Batuta de Tanger en 1341, de Stevens et Fitch, de Bernier et Tavernier, et autres voyageurs des XVIème et XVIIème siècles. L’ouvrage de Vansleb intitulé « de l’Etat actuel de l’Egypte,” qui est une relation de sès voyages dans ce pays en 1672-73, et dont la traduction anglaise a été publiée en 1678, nous donne un compte-rendu détaillé du commerce de l’Egypte à cette période critique de l’histoire commerciale de l’Inde et de l’orient exposée par Cosmas Indicopleustes pour le sixième siècle, et par Arrien pour le premier et le second siècle après Jésus-Christ. L’Inde de Strabon est l’Inde de la dynastie Maurya de Magadha, ou Bahar, 325-118 avant J.C., la plus glorieuse et la mieux connue des premières dynasties indiennes, à laquelle appartenait Sandrocottus, et dont le petit-fils, Asoka, établit le Bouddhisme comme religion d’état aux Indes (250 avant J.C.). À cette date, les relations les plus étroites existaient entre l’Inde, la Syrie et l’Egypte, et c’est l’époque où les arts, la littérature et les sciences atteignaient dans l’Inde leur plus haut degré de perfection. Après la mort d’Alexandre, les Séleu-cides succédèrent aux monarques de Syrie (306-312 avant J.C.) jusqu’en 79-65 avant J.C.'(Tigranes). Bactriane et la Parthie se révoltèrent contre eux (250 avant J.C.). L’empire Parthe fut renversé par une restauration de la dynastie indigène de Perse, ou dynastie des Sassanides (226 avant J.C.) ; et le royaume Gréco-Bactrien fut détruit par une irruption des Seyths, congénères des Parthes, des Mongols, des Turcs, et des Tartares, environ l’an 90 avant J.C. Depuis la chute de Bactres jusqu’à la conquête Portugaise, et les conquêtes des Hollandais, des Anglais et des Français, aucune puissance Européenne n’a établi de nouveau sa domination dans l’Inde. Mais la conquête d’Alexandre avait eu sur l’Inde une influence profonde: et Cosmas Indicopleustes déclare que, de son temps (535-550 de notre ère) presque toutes
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- les grandes villes de l’Inde avaient leur église chrétienne, placée sous l’autorité de l’archevêché de Séleucie. C’était à peu près à cette époque que le Bouddhisme avait commencé à décliner dans l’Inde. La dynastie Maurya avait été remplacée par celle de Sanga ou Kanwa, et cette dernière par la dynastie Andhra (31 à 429 de notre ère), après quoi l’Inde n’a, pour ainsi dire, plus d’histoire jusqu’ à l’apparition des Mahométans, (639-750 de notre ère), puis, en l’an 1001 de notre ère, sous Mahmoud de Ghazni. Pendant 600 ans, l’Inde fut dévastée tour-à-tour par des invasions successives d’Afghans et de Mongols, et pendant 200 ans encore, elle fut déchirée par les luttes intestines de la Confédération Mahratte, jusqu’au moment où l’apparition de la puissance britannique aux Indes, vint délivrer ce pays à la fois de l’oppression mahométane (1803), de l’anarchie Mahratte (1819), et de la terreur des Afghans (1839-42).
- Même sous les Parthes, le commerce avec l’Inde par la vallée de l’Euphrate ne subit pas d’interruptions. Après la soumission de la Syrie aux Romains (65 avant J.C.), Palmyre fut encore libre pendant 300 ans, jusqu’à ce que Zénobie ait été vaincue par Aurélien (272-273 après J.C.), et que ce grand entrepôt entre Rome et le royaume Parthe, et plus tard avec l’empire des Sassanides et l’Egypte Orientale, soit tombé, à la mort d’Alexandre, au pouvoir des Ptolémées (323, 30 avant J.C.). Sous leur domination, les arts, le commerce, les manufactures, l’agriculture, et la navigation prirent une extension extraordinaire. Les Ptolémées firent revivre et dépassèrent même le glorieux passé des Touthmès, des Sémiramis, des Ramsès-Sésostris, des Psammétichus et des Néchao ; Alexandrie devint le premier marché du monde, et lorsque l’Egypte fut à son tour réduite en province Romaine, elle fut gouvernée directement par les empereurs comme une préfecture et non par le sénat, et jamais elle ne fut province romaine, ni ne devint propriété de Rome, au sens strict du mot. Les Romains furent jaloux de sauvegarder ses priviléges, et d’entretenir le mouvement commercial que lui avait valu la sage politique des Ptolémées : aucun Romain n’eut même la permission d’entrer dans le pays sans l’autorisation expresse de l’empereur.
- C’est à l’époque des Antonins (96-180 après J.C.), que l’empire Romain atteignit son plus grand développement : c’est à ce moment qu’on peut le considérer comme enveloppant dans ses limites toutes les contrées du monde, en-dedans du Rhin, du Danube, du Tigne et de l’Euphrate, et du grand Désert africain. Au-delà du Rhin et du Danube étaient les Francs, les Germains, les Goths, et autres tribus teutonnes, destinées à renverser l’Empire Romain; et au-delà du Tigre et de l’Euphrate, se trouvaient les Parthes et les Perses, les heureux rivaux de Rome en Asie. Deux siècles plus tard, Odoacre avait pris Rome (476 après J.C.), et la chute de l’empire d’Occident était un fait accompli. Mais de Constantinople, Rome, gouvernait encore l’Empire d’Orient, et Rome et la Perse continuaient encore la lutte le long des frontières du Tigre et de l’Euphrate, pour avoir la suprématie en Asie. Ce fut à cette époque (622 après J.C.) que Mahomet commença à prêcher la doctrine révolutionnaire de l'Islam, et
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- dans les 100 années qui suivirent sa mort, toutes les nations et tribus des vieux Empires Romain et Persan, ainsi que de tout le monde connu étaient assaillies presque simultanément par les Arabes ou Sarrasins. L'Égypte et la Syrie furent toutes deux conquises, entre l’an 632 et 639 après J.C., la Perse le fut entre les années 632 et 651 après J.C., lorsque la dynastie des Sassanides eut été renversée. Deux fois, les Sarrasins assiégèrent Constantinople, et deux fois ils furent repoussés, en 673 et 716 après J.C. Ils s’emparèrent de l’Afrique entre les années 647 et 709 après J.C., et cette dernière année, ils traversèrent le détroit de Gibraltar et conquirent l’Espagne. Puis ils envahirent la France et s’avancèrent jusqu’au cœur de ce pays, mais là, ils rencontrèrent Charles Martel qui les écrasa à la grande bataille de Tours (732 après J. C.), et les força de repasser les Pyrénées. Ils occupèrent l’Espagne pendant 700 ans. Ils furent les maîtres absolus dans la Méditerranée, et ce fut leur ambition et leur menace de prêcher l’unité de Dieu dans la ville de Rome elle-même. Déjà cependant ils avaient épuisé leurs forces de conquérants. En 750, la dynastie des Ommiades de Damas fut renversée par les Abbassides, qui s’établirent à Damas (750-1258 après J.C.) et l’un des Ommiades s’étant enfui en Espagne, ils rétablirent dans ce pays la dynastie de Ommiades de Cordoue (755-1051 après J.C.). C’est ainsi que l’Islam fut divisé en deux califats, celui de l’Orient et celui de l’Occident. Mais les Sarrasins étaient une race de progrès, et se trouvant en contact avec les Grecs de Byzance et les Juifs, alors disséminés dans tous les pays de l'Europe et autour de la Méditerranée, on vit rapidement surgir au milieu d’eux des grammairiens et des philosophes, de grands chimistes, des physiciens, des mathématiciens et des astronomes; ils cultivèrent la littérature avec un haut degré de perfection, et donnèrent naissance à une nouvelle architecture et à un nouvel art décoratif. Les manufactures et spécialement la fabrication de la soie, récemment importée de la Perse par l’Empereur Justinien, furent élevées par eux à la dernière perfection, et les villes de Bagdad et Cordoue devinrent célèbres dans le monde, non-seulement comme centres du commerce le plus florissant, mais aussi comme sièges du plus profond savoir et de la civilisation la plus raffinée. Bientôt les Mongols, les Turcs et autres Tartares commencèrent à déborder sur le califat d'Orient. La Perse fut désolée par Togrel Bey et les Turcs Seljoucides (l’an 1038 après J.C.). Ghengiz Khan ravagea toute l’Asie (1206-27 après J.C.) Le caliphat d’Occident avait été déjà renversé, (1051 après J. C.), par les Maures, et lorsque Bagdad tomba au pouvoir de Hulaku Khan, neveu de Ghengiz-Khan (1258 après J. C.), les splendeurs de l’Empire Sarrasin des Arabes touchaient définitivement à leur fin. Tandis que le califat d’Orient était dans le chaos, le commerce de l’Orient par la voie d’Alexandrie était graduellement tombé aux mains des Vénitiens, et Constantinople était également devenu l’entrepôt d’un commerce considérable en Orient, par la voie de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin. Après la prise de Constantinople par les Croisés (1203 après J.C.), les Vénitiens, jaloux de la concurrence com-
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- merciale de Constantinople, et qui avaient toujours secouru les Croisés, à la fois contre les Sarrasins et les Grecs, obtinrent à ce moment la concession d’une partie du Péloponèse, avec quelques unes des plus belles îles de l’Archipel et s’assurèrent bientôt le monopole du commerce par le Pont-Euxin. Mais lorsque les Grecs se soulevèrent et eurent chassé l’Empereur Latin, ils accordèrent aux Génois qui les avaient aidés, le faubourg de Pera en récompense de leurs services, et transférèrent ainsi le monopole du commerce de l'Euxin par la voie de terre aux Génois, ce qui força les Vénitiens à revenir à Alexandrie, pour effectuer leur commerce des produits de l’Inde.
- Mais les Turcs Ottomans avançaient pas à pas, lentement, mais sûrement contre l’Empire d’Orient voué à la ruine. Ils prirent Adrianople, en 1361 après J.C. Toutes les possessions grecques en Asie furent perdues, et l’année 1396 après J.C. Bajazet mit le siège devant Constantinople; mais rappelé par une invasion de Tamerlan, descendant de Ghengiz-Khan, et ancêtre des Empereurs Mogols de Delhi, il se retira. Ce ne fut qu’en 1453 après J.C., que la ville tomba, emportée d’assaut par Mahomet II. Les Turcs conquirent l’Egypte en 1617 après J.C., et prirent Bagdad pour la dernière fois en 1638 après J.C., depuis lors, ils sont toujours restés maîtres de ces trois positions qui donnent l’Empire à celui qui les possède, et qui eussent assuré à toute autre race la domination sur le reste du monde.
- Pendant plus de deux siècles, ils se sont maintenus en possession de toutes les routes de terre conduisant aux Indes, par Alexandrie et la Mer Rouge, par Bagdad et le Golfe Persique, par l’Euxin, Bayazid, et la vallée de l’Euphrate, et ils ont dans Constantinople une position d’une sécurité absolue, mais ils n’ont conservé ces positions que pour les obstruer. La question d’Orient, prise dans sa plus large acception se résume en somme dans la question de savoir si la civilisation Européenne, qui a été si fortement établie par les Grecs en Perse et aux Indes, et qui pendant 10 siècles, a disparu de ces contrées, grâce aux invasions répétées des Scythes, des Parthes, des Mongols et des Turcs, doit voir pour toujours barrer la route à son libre essor vers l’orient, par l’interposition de la domination des Turcs Ottomans établie sur toutes les routes historiques qui relient entr'elles l’Europe et l’Asie.
- Les Croisades (1096-1291 après J.C.) n’ont pas été tout-à-fait des tentatives désintéressées pour délivrer les lieux Saints à Jérusalem du joug de l’Infidèle Musulman. Elles ont encore été largement inspirées, du moins les dernières, par l’esprit des entreprises commerciales. Elles ont été dans ce sens, des tentatives infructueuses pour rétablir des communications directes avec l’Inde. Mais l’énergie de l’Europe ne devait pas être déconcertée. Les richesses de Venise, en ce moment le marché universel du trafic de l’orient, excitèrent les Espagnols et les Portugais à chercher pour eux-mêmes la route de l’Inde à travers l’immensité sans bornes de l’Océan Atlantique; dans cette recherche les Espagnols trouvèrent en route l’Amérique (1492 après
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- J.C.), et les Portugais, en doublant le Cap de Bonne Espérance, découvrirent (1497 après J.C.) l’Inde véritable du commerce Byzantin et Vénitien, et celle des histoires [légendaires et des romans d’Alexandre. A ce moment les Turcs, ayant les Portugais sur leurs talons, et devant eux les Autrichiens et les Hongrois, auraient été de nouveau promptement refoulés jusques sur l’Oxus et l'Yaxarte, si l’émigration populaire de l’Europe ne se fût portée vers l’Amérique, et n’eût retardé de 200 ans la régénération de la Grèce, de la Palestine, de la Syrie, de l’Egypte, en réalisant le mot fameux de Sénèque, " Nec sic Terris ultima, ultima Thule,” si enfin, la race Aryenne, toujours énergique, marchant en avant vers le soleil couchant, ne se fût hâtée d’aller peupler la nouvelle Atlantide, « À l’occident, l’empire poursuit sa " route, déjà les quatre premiers actes sont joués; un cinquième " terminera le drame avec la journée, le plus noble rejeton du " Temps, c’est le dernier.”
- Quoiqu’il en soit, les découvertes de Bartholomeo Diaz et de Vasco de Gama furent le premier coup porté à la puissance des Turcs. Coupée de son commerce avec l’Inde, cette puissance vit sa suprématie maritime sapée dans la Méditerranée, et jamais elle ne put se relever des désastreux résultats de la bataille de Lépante (1571 après J.C.). où les flottes combinées de l’Espagne, de Venise, de Gênes, de Malte, et de Pie V., commandées par Don Juan d’Autriche, détruisirent complètement la puissance maritime de la Turquie. Les découvertes des Portugais eurent encore comme résultat un autre avantage. Taudis qu’elles appauvrirent toutes les contrées de la Méditerranée jusqu’au moment de la fondation de la « Compagnie Péninsulaire et Orientale” et de la nouvelle “route par la voie de terre” aux Indes, de Waghorn, les pays de l’Europe Occidentale voisins de l’Atlantique s’enrichirent en proportion ; car, avant même de commencer à y participer directement, ils recueillirent, bien plus que Lisbonne, les bénéfices du commerce Portugais avec les Indes ; c’est ainsi que fut assuré le triomphe de la libérté politique et religieuse en Europe. Les Empires d’Orient et d’Occident avaient disparu, et les guerres de la Réforme avaient établi l’indépendance des Etats qui ont exercé depuis une influence prépondérante en Europe pendant toute la durée de cette période si pleine d’évènements ; période où les Hollandais et les Anglais, continuant les découvertes maritimes de l’Espagne et du Portugal, commencèrent leurs mouvements de civilisation, de colonisation, et de conquêtes dans le nouveau comme dans l’ancien monde, par de là les mers, dans l’extrême Orient. Ces progrès poursuivis depuis 200 ans, ont donné à l’Europe la domination dans l’Amérique du Nord et aux Indes, et lui ont assuré la première place dans le commerce et la civilisation de l’Asie Méridionale, depuis Constantinople jusqu’à Pékin, position dont on ne doit pas perdre de vue les avantages au moment où la crainte des évènements qui vont fondre sur le monde préoccupe les hommes d’état et les nations.
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- L’ANTIQUITÉ DU COMMERCE INDIEN.
- Les renseignements les plus anciens, les plus précieux, et les plus complets qu’on possède sur le commerce de l’Inde se trouvent dans la Bible; et la collection des produits du pays, végétaux, animaux, minéraux que le Gouvernement indien envoie à l’exposition actuelle, confirme de la manière la plus intéressante les preuves fournies par la Bible, sur l’immense antiquité de ce commerce. Environ l’an 1500 avant notre ère, Moïse dit, dans la Genèse (ii. 12), en décrivant le premier lieu marécageux qui était à la source de la rivière de l’Eden : " C’estlui qui entoure « toute la terre de Havilah, où l’on trouve l’or, où l’on trouve le « bdellium et la pierre d’onyx.” Le bdellium est la gomme résine du Balsamodendron Mukul et B. pubescens de Stocks, tous deux originaires du Scinde ; et si le mot Hébreu bdolach, traduit par bdellium dans ce passage, signifie réellement musc, comme le prétend Lassen par des arguments tirés de la description du bdellium | bdolach], au chap. xi. par. 7, des " Nombres,” et d’après l’affinité du mot Hébreu " bdolach,” avec le mot Sanscrit madalaka qui, d’après lui, signifie musc, mais qui à mon sens veut dire Bdellium, le mukul et le gugul des Arabes et des Hindoux, le musc, n’en est pas moins, comme le bdellium, un produit indien, puisque le daim musqué est originaire de l’Inde Centrale et du Thibet. Le rapprochement du mot « onyx” dans ce passage avec le mot bdellium fait penser à la description que fait Pline du bdellium Bactrien (Indien) quand il dit :—" Il est brillant et sec, et couvert " de nombreuses taches blanches, ressemblant à celles qui se voient « sur les ongles des doigts.” Ce bdellium semblerait être le BôéXAq ow^ de Damocritus, obscur écrivain médical cité par Sara-cenus dans ses " Scholia in Dioscoridem” et celui de Galien, cité par Salmasius dans ses “ Plinianæ Exercitationes." Salmasius établit clairement, 200 ans avant la découverte de Stocks, que les mots Arabes môlochil et mukkul dérivent des mots grecs uaôeÀkàv et paÀax. Nous savons maintenant que les mots Grecs dérivent du Sanscrit, par l’Arabe et le Phénicien ; ce qui, cependant, ne fait que fortifier notre argumentation contre l’identification admise par Lassen, et confirme d’une manière concluante l’exactitude de l’identification de bdolach avec Bdellium, dans la version autorisée de la Bible anglaise. Dans le passage en question, le mot « onyx ” est le shohem hébreu, et non le sheche-leth hébreu; et bien qu’il n’y ait dans le texte à cet endroit ou ailleurs ancun passage où l’on fasse mention de shohem, (Ex. xxviii., 9,20; 1 Chron. xxiv. 2; Ezek. xxviii. 13) et qui puisse nous permettre de déterminer sa signification, bien qu’on éprouve généralement ja plus grande difficulté à identifier les pierres précieuses mentionnées dans la Bible, on ne peut douter, en réunissant tous les passages dans lesquels on fait mention de shohem, qu’on n’ait voulu parler de l’onyx, et que ce ne soit l’onyx Indien du Nerbudda, de Cambay, et de Broach. D’après l’Exode (Ch. xxx. 22-38) nous voyons que l’on employait la myrrhe, le "roseau doux,” et la casse dans la préparation de « l’huile sainte ” destinée au Tabernacle des Juifs ; on faisait également usage du stacte, de l’onyx, du galbanum mêlés avec de l’encens pur, pour la préparation des parfums sacrés.
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- Ici, l’oynx ou « onycha” est le schechleth des Hébreux, l’écaille odoriférante, l’opercule d’une sorte de " Strombus" ou écaille légère, bien connue autrefois en Europe sous le non de " Blatta Byzantina,” qui se rencontre à la fois dans la Méditerranée et la Mer Rouge, et que j’ai eu la bonne fortune de voir une fois à la Douane de Bombay, où elle avait été importée pour être brûlée dans les temples avec de l’encens, non pas tant à cause de l’agréable parfum qui s’en dégage, que parcequ’elle fait ressortir la senteur des autres parfums. Le galbanum (chelbonah) est un produit de la Syrie et du Khorassan. Le stacte ou Storax (nataf ) était, aux époques classiques le produit du " Stprax officinale,” originaire de la Palestine, de la Syrie, de la Grèce et du Levant, mais en Europe, on l’obtient maintenant du Liquidambar orientale seulement, originaire de Chypre et de l’Anatolie. La Myrrhe (de l’Arabe mor : voir aussi Psaumes xiv. 8; Prov. vii. 17 ; Cantique de Salomon i. 13, v. 5; Esth. v. 12 ; St. Matt. ii. 11; St. Jean xix. 39; St. Marc xv. 23 ; et lot Gen. xxxvii. 25, xliii. 11) et l’encens (lebonah) de l’Arabe luban (Ex. xxx. 34-36 ; Cantique de Salomon iii. 6; iv. 12, 15; Isaiah xlviii. 23, 24, Ix. 6, Ixvi. 3; 2 Chron. xxvi. 16-24 ; Lev. xvi. 12, 13; Jer. vi. 20, xvii. 26) sont toutes deux des produits du sud de l’Arabie. La Cannelle (kinnamon) (voir aussi Prov. vii. 17 ; Cantique de Sal. iv. 14; et Rév. xviii. 13) est originaire de Ceylan, tandis que le « roseau doux,” (keneh bosem, la " canne odorante,” le kaneh hot-teb de, Jer. vi. 20 ; et le roseau (kaneh), du Cantique de Sal. iv. 14, et Ezech. xxvii. 19), l'Andropogon Calamus-Aromaticus de Royle, est une plante exclusivement indienne, le Roosa grass des Anglo-Indiens, étroitement unie au A. muricatus, dont les racines odorantes servent à faire des éventails de Cuseus. Le Calamus aromaticus des anciens pharmacologistes est la racine de l'Acorus Calamus, l’Algue douce. Le mot hébreu que nous traduisons ici Casse est kiddah ; dans le Psalmiste, xlv. 8, et se nomme Ketzioth ; et sans avoir doute, on entend ici par Cassia lignea (ou aloès) un produit de l’Inde et de la Chine.
- Dans les Nombres xxiv. 6, Balaam compare le camp de Itraul à “ un jardin sur le bord d’une rivière,” comme les aloès (ignaloes) que le Seigneur a plantés et comme les cèdres près des eaux.
- La meilleure espèce d’aloès (de l’Hébreu ahalim, ahaloth ; voir aussi Ps. xlv. 8; Prov. viii. 17; Cantique de Sal. iv. 14, et St. Jean, xix. 39) est produite par l’arbre légumineux Aloexylon, originaire de Cochinchine ; et l'aloès de qualité inférieure provient de l'Aquillaria Agallocha, originaire de l’Inde au-delà du Gange, dont le nom Malais sert de racine à la plupart des synonymes de ce parfum, le plus précieux de tous, soit le sanscrit (agaru); l’Hébreu ahalim et ahaloth, le Portugais, Poa d'agila, 1’ " Eagle wood” des Anglais, et l’aloès, et bois d’aloès, ainsi que les vieux noms commerciaux et pharmacologiques Lignum Aquilæ, Agallachum, et Agallage. Ce produit se nomme aussi Calambac, de Kalambok, le nom Malais spécifique servant à désigner le bois de Alæxylon Agallochum. Balaam n’avait probablement jamais vu d’arbres d’aloès ; mais il s’en forme une idée d’après le renom de leurs parfums et les maux qui en sont le résultat, et il les voit, dans leur gloire, pareils aux cèdres du Liban.
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- Dans le Cantique de Salomon (environ l’an 1000 avant J.C.), il est fait mention, outre la myrrhe, l’aloès, la cannelle, l’encens, et le calamus, du camphre, du safran, et du nard. Ici, ainsi que dans le Cantique, i. 14, le camphre, copher en Hébreu, n’est autre que l’Egyptien hennah, Lawsonia inermis, originaire des Indes Orientales ; mais il est cultivé, dès l’origine des temps historiques, dans l’Inde, en Egypte, dans le Nord de l’Afrique, en Syrie, et dans le Levant. C’est le Cyprus Egyptien de Pline, et les femmes en E&ypte ainsi que dans d’autres contrées de l’Orient emploient sa couleur rouge-vermeil pour se teindre les mains et les pieds, et c’est de là que vient probablement cette épithète “aux doigts de rose,” qu’on donne à l’Aurore. En Egypte, l’une des nuits qui précède les fiançailles, on applique le hennah sur les mains et les pieds de la fiancée au moyen de bandelettes de toile jusqu’à la matinée suivante, et ils prennent ainsi une couleurs d’un rouge vermeil céleste qui est proprement la couleur de l’amour; et cette nuit prend le nom, dans l’ordre des cérémonies du mariage, de nuit du hennah. Le safran Crocus, en Hébreu karkam, le karkum et le zafran des Arabes, en Sanscrit kunkuma, le KpÔKoç des Grecs, est originaire de Cachemire ; et comme le nard (C. de Sal. i. 12, et vap^oi, St. Marc, xiv. 3, St. Jean, xii. 3, 7), la racine du Nardostachys Jatamansi, est exclusivement un produit du Nepaul et de Bhootan, où il se trouve à de grandes hauteurs, ainsi que le Costus, le Ketzioth hebreu, Ps. xlv. 8, qu’on traduit dans le Bible anglaise par “ Cassia,” et quelquefois par “ Orris root,” dont les Grecs et les Romains faisaient un si énorme usage en parfumerie, et pour lequel la Macédoine, l’Elide et Corinthe étaient si renommées); en Sanscrit, Koot, la racine de VAuck-landia Costus de Falconer, originaire de Cachemire exclusivement; ces trois fameux produits des Monts Himalayas, ainsi que le Safran des montagnes de l’Hindu, Kush, et du Caucase, avec le Bdellium, le Grenadier, l’Aloès, le “ Galep,” le Chanvre, le Musc, le rubis, le Lapis Lazuli, et la Turquoise, ont, je crois, été connus dès les temps les plus reculés où la. race Aryenne s’est trouvée en rapport avec l’Inde, d’où le Safran et le Chanvre ont suivi le cours de leurs migrations dans toute la zone tempérée, et dans tout le cercle du globe. Sir William Jones est le premier qui ait constaté l’identité du nard avec la racine de K. Jatamansi. Il trouva que le mot “ nard” était Persan, et que les Perses, comme les messagers par terre de Jatamansi entre l’Inde, Gerrha et la Mésopotamie, avaient communiqué aux Hébreux le nom donné par eux à ce produit en “ nerd;” aux Grecs, en vûp^oi;, et aux Romains en nardum. Spicanard vient de Spica nardi. Il est étrange que cette similitude soit si longtemps passée inaperçue: en effet, Avicène emploie le mot “ sumbul” comme synonyme de vap$o<; ; et les livres Persans donnent parmi les synonymes de Sambul, le mot Arabe sanbul; le mot Grec, narden ; le Latin nardoom ; et l’Hindu, jatamansi et balchar. Kalgum, arbre du Liban (II. Chron. ii., 8 et 9, 11, 12), et l’Almog d’ophir, (1 Rois, x. 11, 12 (ces deux références sont de l’an 500 environ avant J.C.) ont généralement été assimilés avec le véritable bois de Sandal, Santalum Album, des montagnes de la péninsule indienne
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- et de l’Archipel oriental, parceque l’un de ses noms Sancrits est évidemment le même que l’Hébreu algum, ou almuy ; mais si l’on considère à quel usage Salomon employait le bois de l'Algum ou Almug, le parquetage et les piliers, les instruments de musique, mon avis est que ce n’était probablement pas le bois de Sandal dont on veut parler, mais une sorte de bois dur à grains serrés, comme le sheeshem ou sissou (Dalbergia) bien connu sous le nom de “ Bois noir de Bombay,” ou Bois de Santal Rouge, Pterocarpus Santalinus, de la côte de Coromandel, de Paulghot et de Ceylon, avec lequel on fabrique dans les Indes beaucoup d’instruments de musique. Néanmoins, dans l’Inde, le Bois de Sandal est employé à la construction des piliers et des portes des temples : c’est de ce bois que sont faites les fameuses portes du temple Somnath, que Mahmoud de Guzin emporta dans l’Afghanistan (1025 après J.C.), et qui furent restituées aux Indes en 1842 par Lord Ellenborough. Les Anglais ont une aversion étrange pour les trophées qui rappellent leurs succès ; ces portes gisent maintenant abandonnées dans la citadelle d’Agra, et beaucoup d’Anglais ne veulent pas croire que ce soient là les véritables portes de Somnath, fait sur lequel il n’y a pas le plus léger doute à avoir. Le bois de Sandal est probablement le iÀa oayaÀiva du Périple de la mer Erytarée, et certainement le raviva de Cosmas Indicopleustes, la chose est mentionnée dans les plus anciens écrits. L’ébène, mentionné dans Ezekiel (aux environs de l’an 600 avant J.C.) est exclusivement un produit de l’Inde et de Ceylon. Le mot " cotton" n’est pas employé dans la traduction anglaise de la Bible ; mais il l’est dans le passage suivant d’Esther (l’an 450 environ avant J.C.) i, 6, “où il y avait des tentures blanches, vertes et bleues ;” le mot hébreu traduit par vert (green) est qui est karpas, identiquement le Sanscrit karpasa, et l'Hindou kapas, coton (dans sa gousse), produit aborigine de l’Inde. On devrait lire le passage en question comme ceci: " où il y avait des tentures blanches et bleues en coton (rayées),” semblables aux sattrangis qui se font de nos jours dans tout l’Hindoustan. Karpasa a engendré le Grec képaGOG, et le Latin carbasus, lin, qui a probablement la même racine que KCPT64, fruit, et carpo, je cueille, j’enlève, je recueille (c’est-à-dire, le fruit, la cosse du coton) et la même racine que KCPTOG et carpus, le poignet (os carpien), les mains, avec lesquelles la race Aryenne récoltait et tissait le coton, dès l’aube des temps historiques. Elle importa avec elle dans tous les pays le tissage du coton, de la laine, du chanvre et du lin. Coton est dérivé de l’Arabe Kootn, et de l’Egyptien Kotn. Les Egyptiens sont connus pour avoir cultivé et tissé le coton dès les temps les plus reculés. Ils employaient aussi la Casse (Cassia), avec “la myrrhe la plus pure,” et “toutes sortes d’épices, à l’exception de l’encens,” pour embaumer leurs morts (Hérodote, de Raw-linson, ii. 38). Le soties sacré des Indiens, Nelumbium specio-sum, qu’on représente partout sur les sculptures Egyptiennes des derniers temps, ne se voit nulle part sur les anciennes, et on ne le trouve maintenant nulle part en Egypte. Le Nepenthe, le Qapuakoy: vevbèç d’Homère (Odyssée IV., 221-29), est-il
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- l’opium (le griKanov de Théophraste), ou est-ce le hashish, ou extrait de chanvre ? (dont aucun des écrivains Grecs ou Romains ayant écrit sur les drogues ne fait mention.) Ce produit doit avoir en tous cas été originaire de l’Inde, l’Opium de Pavot, Papaver somniferum, et le hashish, chanvre, Cannabis satirva ou indica, étant deux variétés de plantes cultivées aux Indes, dont le chanvre est également originaire, et qu’on rencontre sur les monts Hima-layas, Hindu Kush, ainsi qu’au Caucase. Le mot grec Kawa^ç, et le Latin cannabis viennent tous deux du Sanscrit hanam, d’où le mot allemand hanf, et l’Anglais, hemp. De cannabis dérive plus directement canevus, fait de chanvre ou de lin, et canevas, agiter dans une discussion, c’est-a-dire, au figuré, examiner à fond une question par suite de l’usage de doubler de chanvre les cribles ou tamis. De hashish une herbe, vient assassin, qui dérive de hashishin, c’est à dire mangeur de chanvre, (le chanvre étant l’herbe, par excellence, comme l’Opium, S^, est le suc (bark), chinchona, l’écorce, et Musa (Plantain), le goût, l’arome, le stimulant, la saveur, ou gustum), cette dénomination de mangeurs de chanvre fut donnée à l’infâme secte d’assassins qui se forma en Perse et en Syrie au XIôme siècle, et dont la coutume était d’énivrer avec du hashish les fedavi, ou “ hommes voués,” avant de les envoyer à leurs missions sanguinaires. La phrase (to run amuck) “ courir en furieux de coté et d’autre” (Pope), vient de la même manière du mot amuhi. Au Malabar c’étaient des jeunes gens “voués” par les leurs à la défense de la vie du Roi parmi les Nairs (Yule, “ Marco Polo,” ii. 284), mot qui vient du a-muk des Malais qui, sous l’influence de l’opium, devenaient quelquefois si sauvages de fureur qu’ils se précipitaient dans les rues, en hurlant “ A-muk ! A-muk ! ” “ Tue ! Tue ! ” et en poignardant tous ceux qu’ils rencontraient. La phrase “Sésame ouvre-toi !” dérive de l’huile de Sésame de l’Inde, on Sesamum indicum, dont la culture fut importée, dès les premiers âges, en Mésopotamie et en Égypte où elle fut connue sus le nom de Semsen, et l’expression “ Sésame “ ouvre-toi ” est synonyme de la phrase “ Apportez la lumière,” “ Allumez le Gaz,” “Apportez la lumière,” qui ouvre toute chose. L’huile de Sésame était l’unique, la seule, chose que ne pouvaient remplacer pour Cassim Baba ni le blé ni l’orge. Quelques autres produits végétaux exclusivement Indiens ou originaires de l’Archipel oriental sont mentionnés par les anciens auteurs Grecs et Latins qui ont écrit sur la droguerie, et bien qu’ils ne soient désignés ni dans la Bible ni dans Homère, il est bon de les énumérer pour le jour qu’ils jettent sur l’intimité et l’ancienneté des rapports qui unissaient l’Asie et l’Europe.
- Le Citron, Citrus Medica, le Ag.^ g^iKov de Théophrastus, originaire des monts Hîmalayas, et qui parait avoir été cultivé dès l’époque des premiers établissements de la race aryenne dans le pays des Mèdes, tire de ce pays son nom Grec et son nom spécifique dans la science. La Médie donne aussi son nom à la Médie, ou herbe de Lucerne, Medicago sativa, qui fut importée de Médie .dans la presqu’île des Balkans pendant les invasions Perses, sous Mardonius, Darius, et le Xerxès de la Grèce, de même que l’herbe haryali, Cynodon Dactylon, fut introduite des Indes dans le Fars
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- et le Khusistan par l’Expédition Anglo-Perse de 1856-57. Le bois du citronnier coté par les Romains à un prix si extravagant pour leurs ameublements, est le bois Thyen, Çvhov Béwvov des Révélations xviii. le Callitrus quadrivalvis, ou Arbor vite des botanistes qui produit aussi la résine appelée sandaraque.
- Les Pèches et Abricots sont originaires de la Perse. Les Abricots se trouvent aussi à l’état sauvage tout le long de la chaîne centrale de montagnes qui traversent l’Asie depuis le Pacifique jusqu’à la Méditerranée, et reparaissent le long de l’Atlas sur les bords de l’Atlantique.
- La Pêche est le unxéa mepoixh de Theophrastus et Dioscoride, et le Persica, de Pline, d’où on a fait Pêche. L’Abricot est le zpaikkoka, et prœcocia, c’est-à-dire, pêche hâtive ; d’où l’Arabe al-burquq, l’Espagnol albaricocque, l’Italien albicocco, le Français abricot, et l’Anglais Albricock (vieux style) et Apricot.
- Le Rusot, le Xkiov lvôikov de Dioscoride, est l’extrait du Bei-beies Lycium, et B., aristata, tous deux originaires de l'Himalaya. On se rend compte de l’estime où les Grecs et les Romains tenaient ce produit par les vases grecs qui nous restent encore, dans lesquels on gardait le Lycium, et qui portaient le nom du vendeur de cet extrait.
- INDIGO, en vieil anglais Indico, l'Indicum de Pline, l'lvôikàv Bapixov de Dioscoride, le suc préparé de ïIndigofera tinctoria, dont le non sanscrit, nil, reparaît dans " niello," et par le Portugais anil dans « aniline.”
- GOMME LAQUE; on pense que Ctesias en fait mention. La Laque est l’exsudation résineuse produite sur certains arbres de l’Inde par le Coccus Lacca, ou l’insecte Lac, et Laque, la matière tinctoriale qui filtre de la résine, c’est-à-dire, l’insecte femelle qui s’y trouve empâté. Le nom de laque a été donné à ce produit par les Hindous en raison des milliers de ces petits insectes qui s’y trouvent, et du mot lac, qui signifie cent mille, est venu gomme lac ou laque, ou simplement, de la laque.
- ADRAGANTHE (Gomme). C’est certainement le Kii/apiç de Dioscoride, et le cinnabaris indien de Pline. Le sang de Dragon on Adraganthe s’obtient du Calamus Draco, un des Palmiers Rotins de l’Archipel Oriental, et du Dracaena Draco, arbre liliacé des îles Canaries ; et l’on croit que le Pterocarpus Draco, arbre légumineux du même genre que l’arbre indien Kin donne naissance à l'Adraganthe de Socotora, le dam-ul-akhawein des Arabes. C’est probablement l’Adraganthe des îles Canaries que connaissaient les Grecs et les Romains, ou du moins, ce fut la première qu’ils connurent ; en effet, d’après le « Periplus de la mer Erythrée,” nous avons la preuve absolue qu’au premier siècle environ après J.C., ils connurent également l’Adraganthe de Dioscorida, nom classique de Socotora, corrompu comme l’est lui-même le nom Socotora qui dérive du Sanscrit dvipœ-sukadara “le séjour de la Félicité,” qui, contracté en diuscatra, devint Dioscorida chez les Grecs, et Socotoar chez les Arabes. On supposait que les " Iles des Bienheureux,” les gaKapav vhoou de la fable grecque, étaient situées quelque part dans l’Océan Atlantique, et lorsque les îles Canaries furent découvertes, les Romains
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- leur donnèrent de suite le nom de " Fortunatæ Insulœ." Pline lui-même (Livre xxix, ch. 8), le distingue comme Cinabre Indien, lorsqu’il parle des fatales erreurs commises souvent par les médecins qui donnaient à leurs malheureux malades du " cinna-baris nativa,” ou " minium," en place de l’autre. Cette référence a été complètement négligée par ceux qui nient que les Grecs et les Romains aient connu l'Adraganthe du commerce oriental. De miniaria, mines de Minium vient le mot mine lui-même.
- Huile de Castor. C’est le kIkl d’Hérodote et de Dioscoride, et le Kpôruy d’Hippocrate, de Theophrastus et de Dioscoride ; quelques-uns supposent aussi que c’est le Kikayon " Gourde de Jonas” de la Bible, d’où le nom de Palma Christi. St. Jérome et St. Augustin discutèrent, dit-on, si chaudement, au sujet de cette identité, qu’à bout d’arguments, ils en vinrent à l’argument de la force, et échangèrent positivement des coups à propos de cette discussion. C’est exclusivement un produit originaire de l’Inde.
- Poivre NOIR, c’est exclusivement un produit indigène de Travancore et de Malabar, en Sanscrit maricha, en Persan pilpil, qu’on trouve à l’origine de tous les synonymes de ce mot dans tous les pays de l’Occident. C’est le Ta nemepi orpoyynov de Theophrastus, le ménepi uéhav de Dioscoride, le piper de Pline, le piper nigrum des botanistes.
- Poivre Long, Chavica Roxburghii, est originaire de l’Archipel Oriental, c’est le n énepi uakpôv de Dioscoride, et le piper longum de Pline.
- CUBÈBE, ce sont les baies du Piper Cubeba, originaire de l’Archipel Oriental; quelques-uns supposent que c’est le uvpriÔavov d’Hippocrate ; mais les premiers qui en fassent mention d’une manière non équivoque sont Masudi de Bagdad, (915-20 environ ap. J.C.), et Edrise, (1153 environ ap. J.C.). Au moyen âge, on en faisait emploi comme d’une épice. Cette importation a pris un grand développement, lorsque l’on eut connaissance de l’usage qu’on pouvait en faire en médecine, pendant l’occupation anglaise à Java. (Nativité, Marco Polo, II. 326.)
- CARDAMOME. Edresi est aussi le premier qui en fasse mention d’une manière non équivoque. Theophrastus et Dioscoride font tous les deux mention d’un kapôduduov ; Dioscoride d’un &uwuov, et Pline d’un amomum et d’un cardamomum, mais il est impossible de discerner ce qu’ils veulent dire. Il doit y avoir de toute nécessité une grande confusion dans la constatation d’identité des innombrables baies, âcres, et des bourgeons secs dont on fait usage aux Indes comme condiments, à moins que leurs caractères naturels ne soient très nettement marqués, car beaucoup se voient rarement dans le commerce, telles que les baies de la Casse, les bourgeons en fleur de Calysaccion longiflorum, tejbul, ou graine de l'hastile Xanthoxyon, et beaucoup d’autres, et Pline fait toujours quelques confusions rendues plus graves encore par l’habitude où il paraît être de laisser à des commis à gage le soin de compiler les extraits qu’il fait des écrivains antérieurs, de la même façon, avec la même paresse dépourvue de critique que j’ai vu chez les savants Hindous occupés de recherches philologiques.
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- Clous de girofle.— Ce produit était certainement connu des Grecs et des Romains. Ce sont les bourgeons desséchés de la fleur du myrte Eugenia Caryophyllata, exclusivement originaire des Moluques; c’est, sans aucun doute, le garyophyllon de Pline, et le KapVpvXÂov de Cosmas Indicopleustes et de Paulus Ægineta, 600-700 ap. J.C., bien que Sprengel dise que le premier qui en fasse mention soit Simeon Seth, 1000-1100 de notre ère. Le passage de Pline est le suivant : " est etiamnum in India piperis grani « simile, quod vocatur garyophyllon, grandius, fragiliusque . . . “ . . . . advehitur odoris gratia." L’objection est celle-ci : le clou de girofle n’est pas plus large qu’un épi de poivre, mais il est plus long. Mais Cicéron emploie les mots “grandis epistola ” pour une longue lettre ; et le mot Indien est Yonanee, c’est-à-dire, le synonyme Grec de clou de girofle, kurphyllon.
- CURCUM A, Curcuma longa, c’est le KÉmeipoç ivôixàç de Dioscoride, et le “ Cypria herba indica " de Pline.
- GINGEMBRE, Zingiber officinale, c’est le ^yy^epiç de Dioscoride et le zingiber de Pline, qui dérive, par l’Arabe ou le Persan zingibil, du Sanscrit sringavera.
- L'ALGUE Odorante (Sweet Flag), la racine de l'Acorus Calamus, est un produit commun à tous les pays situés entre la Mer Noire et l’Océan Pacifique, ainsi qu’à l’Amérique du Nord, c’est YaKopov de Dioscoride, l'akaron des Arabes, et ce fut, dès les temps les plus anciens, un remède en grand renom dans les Indes, connu sous le nom Sanscrit de vaka, et de bach en langue Hindoue. Le KÉXauoç dpœuarixèç de Dioscoride, le KÉÀauoç de Theophrastus, et le Calamus et le roseau doux “sweet cane” de la Bible, qu’on assimilait autrefois au Sweet Flag ou Algue Odorante, ont été assimilés par Royle, ainsi que je l’ai déjà déclaré, à l’Indien Roosa Grass, ou Andropogon Calamus aromaticus.
- Le Salep est la racine tuberculeuse de plusieurs espèces d’Orchis ; il est originaire de l’Europe Centrale et des contre-forts des monts Taurus, Caucase, Hendu, Heerb, et Himalaya; par suite de l’influence de la doctrine des attestations par signature, ce produit a toujours conservé dans l’Orient une réputation fabuleuse pour ses vertus fortifiantes, et le nom qu’il porte (mot ayant la même racine) nous est une preuve suffisante que sa réputation s’étendit de très bonne heure de l’Orient à l’Occident.
- La Rhubarbe est le pu ou p^ov mentionné par Dioscoride comme importé d’au-delà du Bosphore, et le rachoma de Pline, qui, selon lui, fut importé d’au-delà du Pont. C’est un produit originaire du Sud-Est de Thibet et des frontières ouest et nord-ouest de la Chine; l’on prétend que les écrivains chinois en font mention, l’an 2700 avant notre ère ! Le Rha, qui arrivait en Europe par les anciennes routes de caravanes, en partant du Nord de la Chine par Boukhara et l’Asie Mineure, a été nommé naturellement Rha-ponticum, et celui qui venait par la Russie et le Danube s’appelait Rha-barbarum.
- Les désignations de rhubarbe de Turquie, de Russie, des Indes Orientales, et de Canton, indiquent simplement les différentes sources commerciales d’où on a tiré la rhubarbe dans les temps modernes. Voici un curieux exemple de l’étrange façon dont le
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- « Foreign Office ” des Indes a négligé le trafic avec le Thibet et la Chine Occidentale ; si le Vice-Roi et Gouverneur-Général a besoin d’une pilule de rhubarbe, au lieu de la recevoir immédiatement par les défilés de l'Himalay a, elle lui arrive par Kiatcha, St. Pétersbourg, Londres, l’Atlantique et l’Océan Indien.
- Job (l'an 1500 environ avant J.C.) xxviii, 15-19, mentionne l’argent et l’or, “le précieux onyx," le saphir, le rubis, le corail, les perles, “ le topaz d'Éthiopie, et au chapitre xxxix, 13, il parle des « belles ailes du paon, et des plumes d’Autruche.” C’est le corail véritable qu’on désigne ici par le mot ramolli, mot Hébreu également employé dans Ezek. xxvii, 16, le corail de la Mer Rouge ou du Golfe Persique ; les vraies perles (gabish) se trouvent soit dans le Golfe Persique soit à Ceylan. Il est impossible de constater l’identité du produit dont nous avons traduit le nom par rubis (Prov. ii, 15 ; viii, 11 ; xxxi, 10; and Lament. iv, 7, et de celui traduit par saphir (Ex. xxiv, 10; xxviii, 18; Ezek. xxviii, 13). Par saphir, on entend, je crois, le Lapis-lazuli, qu’on trouve en beaucoup d’endroits dans l’Asie Centrale, et particulièrement dans les mines de Lajward, dans le Badakshan, d’où les différents noms qu’on lui donne, de Lajwardi, Lazuli, l’Azur, et Azur ; on le désigne encore sous le nom d’Outremer, parcequ’il a été introduit en Europe de par delà les mers. Les rubis viennent probablement de Ceylan; ce sont les rubis Balais, dont le nom dérive de Badakshan, Balakssh, Balas (Yule, “Marco Polo” 1, 149-152). Par saphir on entend aussi sans doute les Turquoises ou Turques, comme on disait anciennement, du mot Turquie. La Bible fait plusieurs fois mention des autruches sous différents noms Hébreux, que l’on traduit souvent dans la version anglaise par le mot “owl” (hibou), et plus correctement, par ostriches (autruches) (Lament. iv, 3). Dans le passage ci-dessus tiré de Job, le mot Hébreu renanim traduit par “ peacocks ” (paon) aurait dû l’être par le mot " ostriches” (autruches), et le mot “ notseh " traduit par " ostriches,” par celui de feathers (plumes)—“ gavesl thou good feathers with the ostriches." Les paons dont il est fait mention dans le 1er Chapitre des Rois x, 22, et 2 Chron. ix, 22, en même temps que l’ivoire, et des singes, sont les vrais paons Indiens, comme le prouve le mot Hébreu employé pour les désigner, l'expression tukkiyyim étant le synonyme du mot Sanscrit tohki signifiant paons.
- Le mot Hebreu Koph employé ici pour désigner les singes est synonyme également du mot sanscrit kapi.
- Les pierres précieuses dont est couverte la cuirasse d'Aaron, énumérées au chap. xxviii. 9 de l’Exode, sont désignées dans la version Anglaise sous le nom de sardonyx, topaze, escarboucle, émeraude, saphir, diamant, ligure, agathe, améthyste, béril (aigue-marine), onyx, jaspe.
- Il serait oiseux de discuter leur identité; et en ce qui concerne l’Inde, il suffit de dire que le diamant qui dans l’ancien monde est un produit exclusivement Indien, ne peut être la pierre désignée sous le nom Hébreu yahalom (voir aussi Ex. xxix. 11); et Esek. xxviii. 13), ni le mot “shamar” traduit par " diamond ” diamant dans Jérémie xvii. 1 ; car le diamant fut-
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- inconnu dans les pays Méditerranéens jusqu’à l’invasion des Indes par Alexandre le Grand.
- La Bible fait souvent mention du fer sous le nom Hébreu de paldah, qui est le fulad des Arabes, et qui désigne le fer Indien. L’étain y est aussi mentionné; mais il est impossible de déterminer par le nom hébreu qu’il portait, si l’on veut parler de l’étain de l’Archipel Oriental ou de celui de l’Espagne et de la Cornouaille. Homère fait mention de l’étain kaGGItspoç II., II., 25, 34; XVIII., 474, 565,575, 6,113; XX., 271 ; XXL, 592 ; et XVIII., 503, 561) ; et les Phéniciens, qui les premiers en connurent le nom par suite de leurs transactions commerciales avec l’Inde par l’intermédiaire des Arabes, donnèrent dans la suite aux Iles Sorlingues et la Cornouaille le nom de Cassitérides, où il survit encore sous le nom de Cassiter Street à Bodmin. On suppose que les Epuara rplyÀqva uopoevra d’Homère (II., XIV., 183; Odyssée XVIII., 298,)‘ou « boucles d’oreilles à trois rangs de perles ” sont des boucles d’oreilles en perles ; Théophraste et les écrivains Latins désignent les perles sous leur nom (Indien Sanscrit) de maracata, ou uapyaplrnç et margarita, d’où le mot Français marguerite, la fleur, la perle des vertes prairies. Les faits que j’ai cités prouvent que l’origine du commerce Indien avec l’occident remonte aux temps préhistoriques; à mon avis, il a pris naissance par l’intermédiaire de la Perse, de la Médie, de la Mésopotamie, de la Syrie et de l’Asie Mineure, à l’époque de la première sortie de la race aryenne de l’Asie Mineure. Je crois encore que toutes les principales routes de caravanes en Asie, partant de la Chine Septentrionale pour aboutir en Europe par la Russie, et des Indes, par la Perse aux bords de la Méditerranée, sont à l’origine des migrations de la race aryenne vers l’Occident, et de la race touranienne ou race jaune, à l’est et au nord, en quête de subsistance et d’établissements. Le témoignage que nous avons de la lenteur avec laquelle le commerce avec l’Inde et l’Orient s’est développé, nous fournit encore une preuve de son existence préhistorique. Le diamant ne fut connu en Europe qu’après les conquêtes d’Alexandre. La majeure partie des remarquables produits naturels de l’Inde ou de l’orient, dont nous faisons mention ci-dessous, fut introduite pour la première fois en Europe par les Arabes pendant la domination des Sarrasins.
- Orange et Citron.—L’orange dérive du Citrus Acerantium sauvage, originaire de Gurwhal, Sikkem et Khasia, et le limon, lime et citron, dérive probablement aussi du Citrus Limonun sauvage, originaire de Sikkem et Kumaon. Le mot orange n’est autre que le Sanscrit narunga, le mot Hindou narungi, et l’Arabe narung; le citron est le Sanscrit nimbuka, l’Hindou nimbu et limbu, et l’Arabe limun. Les auteurs Persans et Arabes qui ont écrit sur les drogues, font venir les noms Persans et Arabes, uturuj et turunj, servant à désigner le citron, du Syriaque atrogha.
- Plantain, Musa Paradisiaca, n’a rien de commun avec Musa, du médecin d’Auguste, ou le Muse ; son nom générique Musa n’étant autre que l’Arabe muza, goût.
- La Muscade, Myristica fragrans, originaire des Moluques, et la fleur de Muscade, Mace, qui est le produit de son pépin, étaient
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- toutes deux inconnues des anciens ; la Muscade est mentionnée sans équivoque, pour la première fois par Musadi, qui visita l’Inde en 916-920 ap. J.C.
- La Gomme GUTTE, produit de Camboge, fut introduite pour la première fois en Europe, par la Compagnie des Indes Orientales en 1615.
- Le GAMBIER ET LE Catechu, Terra Japonica, furent introduits en Europe, dans le Commerce au siècle dernier.
- La Gomme Benjoin, ou BENZOIN, est mentionnée pour la première fois par Ibn Batuta, en 1325-49 ap. J.C. sous le nom de Java Olibanum, ou Encens, Luban djawi, désignation qui lui a été donnée par les commerçants Arabes, et dont Benjoin et Benzoin sont une corruption.
- Rose TRÉMIÈRE (Alcée) ; Styrax liquide du Liquidambar Altingia, arbre magnifique de l’Archipel Oriental; ce produit tire aussi son nom Anglais d'une corruption du nom Malais rasa-malla, de ce parfum exquis. La gomme Copal Jackass de Zanzibar tire également son nom, de l’Arabe shikasi, gomme Copal fraîchement extraite de l’arbre, que l’on distingue ainsi de la gomme copal à demi minéralisée, et de qualité infiniment supérieure, que l’on extrait du sol sur l’emplacement de forêts éteintes.
- Camphre, produit du Cinnamomun Camphora, le Laurier camphre de la Chine et du Japon, et le Dryabalonops aromatica de l’Archipel Oriental : il est mentionné pour la première fois par Etius, 545 ap. J.C., et tire son nom du Sanscrit karpura, en passant par l’Arabe kafur. Ætius de Diarbékir est aussi le premier qui fasse mention du Musc d’une façon non équivoque, et l’on pense que ses " nuces Indicæ " font allusion à la noix Muscade.
- Huile de BOIS, ou Baume de Bois ; s’obtient de diverses espèces de Dipterocarpus, originaires de Chittagon, Tennaserim, Burmah, Siam, de l’Archipel Oriental, des îles Philippines, des îles Andaman et de Ceylan : il n’est devenu que récemment un article commerce.
- ELÉMI ; résine d’un arbre inconnu des]Philippines ; ou a cru autrefois que c’était le èvaiuov des Grecs et l'enhæmon de Pline, mot d’où dérivent sans nul doute les mots Elemi et Anime. Mais Hanbury a assimilé l’enhæmon des anciens au luban meyeti, l’encens au parfum de Citron produit par le Boswellia Frereana que j’ai décrit dans mon journal “ On the Genus Boswellia,” avec descriptions et “ figures de trois nouvelles espèces,” au Volume XXVII. des Opérations de la Société Linnéenne, 2e Partie, 1870. L’Elemi est également produit par d’autres arbres, originaires d’Amérique et d’ailleurs.
- Résine KINO; la résine du Pterocarpus Marsupium, de l’Inde méridionale et de Ceylon, a été introduite dans le commerce pour la première fois par la Compagnie des Indes Orientales, en ce siècle-ci. La gomme Kino Butea est le produit de la Butea fron-dosa, le splendide arbre palas des Indes, qui donne son nom à la plaine où fut livrée la bataille de Plassy (palasi).
- SAPAN, le bois du Sapan Cæsalpinia des Indes Orientales, autrefois connu sous le nom de brésillet ou bois du Brésil, en
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- raison de la couleur de son bois aux tons de braise ou de charbons ardents. Mais lorsqu’à l’époque de la découverte du Brésil, on-trouva dans ce pays un bois de teinture analogue, le nom du bois Indien fut donné à la contrée nouvellement découverte ainsi qu’à ce nouveau bois de teinture, et le bois Indien s’appelle maintenant de l’un de ses deux principaux noms d’origine, dont l’autre est bakam. (Yule, Marco Polo, II., 315-16.)
- Noix BONDUC; la graine du « Cœsalpinia Bonduc," est mentionnée pour la première fois d’une manière certaine par Ibn Baitar, an 13ème siècle, sous le nom de bunduk-hindi ou avelines Indiennes. Les Sarrasins reçurent les avelines de Venise, et les nommèrent bunduk, d’après les Vénitiens; et comme ces graines sont semblables aux avelines, ils les appelèrent également bunduc. Ils appelèrent aussi bunduki, ou Vénitiens, les boulets et les balles qu’ils reçurent également de Venise. De nos jours encore, on donne à ces engins le nom de bindiki en Égypte; et l’expression hindoue pour désigner un fusil est bunduk.
- TAMARIN, de l’Arabe tamar hindi, le Tamarinier Indien ; les premiers ouvrages Sanscrits en font mention, mais parmi les écrivains de l’Occident, Avicène, Serapion, et Mesue sont les premiers qui en parlent. L’arbre nommé Tamarindus Indica était supposé autrefois être exclusivement originaire de l’Inde ; mais on le considère maintenant comme véritablement natif de l’Afrique Centrale, où il n’est pas vraisemblable qu’il ait été introduit pas l’immigration arabe.
- CASSIA FITULA, le fruit du Cathartocarpus Fistula ; ce produit fut connu pour la première fois en Europe au 13ème siècle de notre ère.
- SÉNÉ dont le nom dérive, dit-on, du Mont Sinai ; il fut employé pour la première fois aux usages médicinaux par les grands médecins arabes des 9ème et 10ème siècles de notre ère.
- Anis ÉTOILÉ, ou fruit de l'Illicium anisatum de Yunan, et des provinces Sud-Ouest de la Chine; ce produit fut importé pour la première fois par mer en Angleterre en 1588 après J.C. Il avait été précédemment importé par terre en Europe par la voie de Russie, et s’appelait alors Cardamomum Siberiense. Le fruit de l'Illicium religiosum se brûle en guise d’encens dans les temples du Japon, et ses branches sont déposées sur les tombes des morts.
- CUscUs ou VÉTYVER, racines fibreuses aromatiques de l'Andro-pogon muricatus, qu’on emploie pour la fabrication des écrans qui, entretenus dans un état d’humidité, répandent dans les maisons indiennes un parfum frais et odorant: on l’emploie aussi à faire des eventails et autres menus articles d’ornement; il n’est mentionné par aucun écrivain connu. Cuscus vient du Persan Khas, et Vétyver ou Vetti-ver est le nom Malais.
- Le Cocculus Indien.—Est mentionné pour la première fois par Ruellius, 1536 après J.C., sous le nom de Coccus Orientalis. Ce pourrait bien être le meizeragi des Arabes.
- Noix VOMIQUE.—Cordus en fait le premier mention d’une manière certaine l’an 1540 après J.C., bien que l’on suppose aussi
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- que ce soit la drogue appellé mechel par les Arabes, et Nux Vomica dans les traductions latines de leurs ouvrages.
- Le Sagou fut introduit pour la première fois en Europe par Marco Polo.
- Thé et Café.—Le café fut introduit en Europe à Venise, environ l’an 1615, à Marseille en 1641, à Londres en 1652, à Paris en 1657. En 1688, Ray fait observer que Londres pouvait rivaliser avec le Grand Caire pour le nombre de ses cafés. On en faisait usage en Perse, en 875 après J.C., et Avicène en donne une description complète, l’an 1000 environ de notre ère. Le thé fut introduit en Europe à la fin du 16ème et au commencement du 17ème siècle après J.C. Il est mentionné pour la première fois, (à l’exception des Chinois bien entendu) dans un itinéraire Arabe du 9ème siècle de notre ère.
- Sucre.—Il fut introduit en Europe par les Sarrasins et à la suite des Croisades, et y devint dès cette époque d’un usage général. Il est incroyable qu’il n’ait pas été connu des anciens, comme Sal-masius, Sprengel, et Fee le maintiennent. Bien entendu, ils connaissaient le miel et le sucre du dattier (le jaggary de l’Inde), mais Salmasius soutient que le cdKxapov des Grecs et le Saccha-ron des Latins n’était pas le sucre, mais le tabashir, dépôt siliceux que l’on trouve dans les nœuds des bambous, et il l’établit d’une manière victorieuse. On aurait pu penser que la description de Pline ne laissait aucune place au doute, et pourtant Salmasius, par le déplacement d’une virgule, change tout le sens du passage. Pline dit: Saccharon et Arabia fert, sed laudatius India ; est « autem mel in arundinibus collectum, gummium modo candidum, “ dentibus fragile, amplissimum nucis avellanæ magnitudine, ad « medicinæ tantum usum.” Mais, dit Salmasius, “Ita hæc dis-« tinguenda, collectun gummium modo, non utest vulgo, gummium « modo candidum. Hæc omnia prorsum quadrant in tabascir, vel « saccharum mambu.”
- Dioscoride dit que le cdkxapov est un miel condensé que l’on trouve dans les roseaux, dans l’Inde et l’Arabie consistant comme le sel, se cassant entre les dents comme le sel, et qui, dissous dans l’eau, est agréable à l’estomac. Il est absurde de supposer que la description de Dioscoride puisse s’appliquer à des pierres et des cailloux semblables au Tabasheer, ou à autre chose que le sucre. Mais il est évident que c’était un produit très-peu connu des anciens, et que Pline, en copiant Dioscoride d’une manière transparente, a probablement confondu le sucre avec le Tabasheer, comme il a confondu la pêche (persica) avec le Persea. Quant à moi, je placerais un point d’arrêt après le mot « India,” comme si Pline, en parlant du sucre, laissait immédiatement de côté un sujet aussi familier, par la connaissance qu’on avait du sucre de la datte et du miel, puis continuait à décrire en détail une substance aussi peu connue que le Tabasheer.—Est autem mel, etc.
- De plus, tous les noms Européens par lesquels on désigne le sucre dérivent du sanscrit sharkara par l’Arabe shakar, nom du sucre en langue hindoue, tandis que le mot tabashir ne s’emploie dans ce sens en ancun dialecte de l’Inde. Cependant, les noms
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- populaires servant à désigner le sucre aux Indes, sont le mot chini pour les espèces les plus communes, c’est un mot Chinois, et misri pour les qualités supérieures. Ce dernier est un mot Egyptien. Il est hors de doute que de temps immémorial, on a fabriqué le sucre dans l’Inde, non pas sans doute à l’état de perfection, mais sous forme de gula, nom hindou sous lequel le sucre est connu dans tout l’Archipel Indien. Les Arabes sont connus pour avoir les premiers appris aux Chinois à cristalliser le sucre, et ils ont eux mêmes porté à la dernière perfection l’art de le raffiner, en Egypte, à l’époque du moyen-âge. La première mention que nous voyions faire du sucre par les écrivains occidentaux d’une manière irrécusable est celle qu’en fait Moïse Choronenses, au 10ème siècle de notre ère. Le sucre candi est l’Arabe shakar-khand, et sucre d’orge, le Français sucre brulé. Sucre sonne très-doux à l’oreille, et sugar a le reflet d’un regard dur comme le sucre brut, tandis que cdkxapov et sharkara résonnent comme le cailloutis tombant dans la tige de vieux bambous desséchés.
- Nous voyons souvent l’Aloès, le Cactus, le Maïs et l’Ananas lui-même introduits par les artistes dans leurs tableaux de la vie et de l’histoire anciennes. Ce sont toutes des plantes américaines. Les anciens ne connaissaient naturellement que l’Aloès de Socotra, qui est produit par une espèce très-différente de l’Aloès américain représenté par ces artistes, uniquement parce qu’il s’est répandu, de même que le Cactus et le Maïs, dans tous les pays de la Méditerranée et dans l’Inde, à partir des temps modernes. Le Tabac, le Poivre de Guinée, l’arachide, la pomme d’acajou, le Goyave, que l’on suppose vulgairement être originaires de l’Inde, viennent également d’Amérique. La plupart de ces produits furent introduits par les Portugais qui, avec les Arabes, peuvent être mis au rang des plus grands bienfaiteurs de l’humanité, pour avoir propagé dans le monde entier, les fruits et les semences spéciales à différents pays. L’Inde et l’Afrique sont entièrement redevables aux Portugais du Maïs et du Tapioca. L’introduction de l’Anona ( Custard-apple) dans les peintures d’Ajanta Cave est un exemple extraordinaire des anachronismes en peinture. Ces tableaux, je crois, ne sont pas postérieurs au 7ème ou au 8ème siècle ap. J.C., d’après la date fixée par Mr. Fergusson. L’Anona (Custard-apple) n’a pu être introduite aux Indes, qu’au commencement du 6ème siècle de notre ère ; pourtant, le fruit qu’on représente dans ces peintures est bien l’anona ( Custard-apple), et il s’y trouve reproduit à l’infini. L’énigme est indéchiffrable.
- L’on voit représenté sur les sculptures Assyriennes un fruit dont l’identié n’a pu être constatée, et qu’on suppose être l’ananas. Ce fruit est représenté dans les « Anciennes Monarchies,” de Rawlinson, Ed. 1864, Vol ii., 912. Quel qu’il puisse être, ce n’est certainement pas l’ananas, qui n’est pas connu dans l’ancien monde depuis plus d’un siècle. Je pense que c’est une branche de dattier entortillée et liée avec des feuilles de même espèce, et affectant une forme conique, pour la commodité du transport.
- La persistance qu’on a mise à conserver en Orient, aux produits végétaux dérivés des écrivains Arabes, les noms classiques
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- Dans les bazars les plus distants des
- est un fait’très-remarquable. Indes Occidentales,—
- L’opium - se nomme : afium.
- Les cerises 29 jirasya.
- Le réglisse 29 asalasus.
- Le cumin 29 kismun.
- La camomille [dvêeulç 29 atnamis.
- La mandragore 29 mirdangiya.
- L’hysope 99 Zufi yiabas.
- La lavandula stœchas 9 ustakhudas.
- La salvia 99 salbia.
- Le plantago [vANiov] - 99 fusliun.
- Le laurier [océpvn] 59 zafni.
- Le mézéréon - 55 maziryun.
- Le chanvre [xcvva/ig] - 99 hinnub.
- Le scolopendium » iskulikundium.
- Le dryopteris 55 dundilaras.
- Le pteris 55 sarkhas et bitaras.
- Le polypode - 55 bulukinbun.
- Le polytrichum 55 bulutingin.
- A Bombay, le mot merpocéÀivov a été transféré de Parsley (Persil) aux graines du Pangros pabularia, fiturasulium tandis qu’au Bengale, les sommeliers indigènes appellent encore, m’a-t-on dit, le Persil Peter-silly, mais par une dérivation du Hollandais, les Arabes ne l’appelant pas de ce nom. Quelquefois, lorsqu’une substance à deux noms, l’un Latin, l’autre Grec, l’un est une corruption, et l’autre est traduit. Ainsi, Behen album devient safaid bahman. Behen Blanc; et Behen rubrum, Lal-bahman, Behen Rouge, et littéralement, Brahmin blanc et rouge. Ces surprises qui se rencontrent journellement, et même à toute heure, font le charme de la vie aux Indes.
- La vigne, le Grenadier et le Soma, tout en n’étant pas mêlés directement au développement du commerce Indien, sont trois plantes fameuses de l'Orient, dont l’histoire ne doit pas passer inaperçue, ' dans une notice qui traite de la collection des produits végétaux Indiens. Le Grenadier, le Punica Granatum des botanistes, est originaire du Nord-Ouest de l’Inde, d’où il paraît avoir été importé par la première émigration Assyrienne, en Médie et en Syrie, et plus tard par les Phéniciens et les Carthaginois ; c’en de là qu’il il a tiré son nom Latin de Punica Granatum, absolument comme le nom Grec et Latin du Dattier, ço^^, Phœnix, vient des Phéniciens. Plus tard, les Sarrasins et les Portugais l’acclimatèrent dans tout le nord de la zone sous-tropicale de l’ancien et le nouveau monde. Il est constamment représenté sur les sculptures assyriennes et égyptiennes, en compagnie des raisins et des pêches, et la Bible en fait fréquemment mention Ex. xxviii. 33, 34; xxxix. 24, 26; Nombres xiii. 23; xx. 5; Deutéronome viii. 8; 1 Rois, viii. 18; Cantique de Salom. iv. 3, 13; son nom Hébreu étant rimmon, d’où est tiré le mot Arabe rumman, ainsi que le nom de plusieurs lieux en Palestine.
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- Rhodes tire son nom de Boôov, l’ancien nom grec de la fleur, nommé ensuite Baaicriov. Ses fleurs de vermillon et son fruit élégant étaient consacrés à Venus et au Dieu Syrien Rimmon. La Vigne (Nomb. vi. 13; xiii. 23 ; 1 Sam. xxv. 18; xxx. 12; 2 Sam. xvi. 1; 1 Chron. xii. 40) est originaire du Caucase, et des pentes de cette montagne, elle doit s’être répandue avec la migration de la race aryenne, dans toutes les contrées sèches et sereines de la mer Méditerranée, les contrées où fleurissent l’Amandier et le Figuier, le Cyprès et le Grenadier.
- & Où croissent les pâles citrons; où brillent les fruits d’or sous leur feuillage sombre; où la brise qui souffle du ciel azuré a l’haleine plus douce; où le Laurier a l’allure tranquille; où le myrte pousse droit et fier.”
- Le Soma, Sarcostigma brevistigma, le célèbre Som des Védas, et le hom du Zendavesta, est originaire du Punjab et de la passe de Bolan, de Candeish, et des Ghats des Indes Occidentales, et si l’on en juge par les rites sacrés et les réjouissances qui accompagnaient la fête du boire à l’époque des Vêdas, et qui sont encore célébrés aujourd’hui parmi les Brahmines des Indes, c'est évidemment le premier breuvage enivrant découvert par la race Aryenne. Le schisme qui divisa les Aryens de l’Inde et ceux de la Perse fut le résultat d’une discussion sur l’usage du Soma dans le service religieux, particulièrement dans la cérémonie qui symbolisait l’enivrement des Dieux, à laquelle les Persans résistèrent résolument. Dans les montagnes du Caucase Occidental, l’usage du Soma fit graduellement place à celui du vin, fait qui ferait très-bien croire à l’origine Indienne de Bacchus, ainsi qu’aux rites des Bacchanales de l’ancienne Grèce. Il y a dans le Rig Veda, ix., un vers qui célèbre les vertus du Soma, et qui est un les plus beaux élans d’enthousiasme bachique qui j’aie jamais rencontré parmi les plus enthousiastes des poètes qui aient chanté le vin :—« Le Soma purifiant, roulant, comme la mer, ses flots au « travers de mon cœur, en a fait sortir les chants, les hymnes et « les actions de grâce.”
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- LES ROUTES DU COMMERCE INDIEN.
- Les Routes de Caravanes.
- Dès les premiers temps le commerce entre l’Orient et l’Occident se fit par caravanes, et longtemps encore après qu’on eut commencé à se servir des routes maritimes de la Mer Rouge et du Golfe Persique, le commerce par terre continua à l’emporter sur les transports par mer. Les plus anciennes de ces routes de caravanes furent celles qui reliaient l’Egypte, l’Arabie, et l’Assyrie et les premières mentions qui en soient faites se trouvent dans la Bible. Nous lisons dans la Genèse, ii. 11, 12, à propos de la terre de Havilak qu’on y trouvait l’or, le bdellium et la pierre d’onyx. Havilah est situé dans l’Arabie Heureuse, au Nord d’Ophir, et ce passage indique simplement la route par laquelle l’Egypte recevait le bdellium ou Musc de l’Inde, au temps de Moïse. Ce passage du Psalmiste, xlv. 8, “ Tous tes vêtements exhalent l’odeur de la “ myrrhe, de l’aloès, et de la cassia, hors de leurs palais d’ivoire, “ d’où la joie qu’ils t’ont procuré,” fait allusion, d’après la supposition générale, aux tablettes et à l’albâtre, ou aux flacons dans lesquels on renfermait les parfums dans l’antiquité. Mais on peut également traduire ce passage par les mots, “ Hors des palais d’ivoire des Minæns,” peuples de l’Arabie Heureuse, qui, à l’instar de leurs voisins, les Sabcens et les Gerrhœns du Golfe Persique, étaient les principaux intermédiaires du Commerce Indien, et qu’on vantait dans l’antiquité pour leur faste et leur opulence fabuleuse. Nous lisons dans la Genèse (xxxvii. 25) que les fils d’Israël s’assirent à Dothan, pour manger du pain, et “ qu’ils relevèrent les yeux, et regardèrent, et virent une troupe “ d’Ismaélites qui venait de Gilead avec ses chameaux portant “ des épices (Gomme Tragacanthe) et du Baume (produit par le “ Balsamodendron Opobalsamum et Gileadense}, et qu’ils s’en “ allaient en Egypte,” et “ Comme des marchands Madianites “ passaient près de là,” ils vendirent leur frère Joseph aux “ Ismaélites,” voyageant probablement par la route des caravanes qui, traversant Chanaan, Edom, et Madian, allait de Chaldée en Egypte, route par laquelle Israël envoya par la suite ses fils en Egypte, avec des présents consistant en baume, en miel, en épices, myrrhe, noix et amandes, pour offrir à “l’homme,” leur frère qui était maintenant le Gouverneur du pays. En beaucoup de pages de l’Ecriture Sainte, on rencontre de magnifiques et sublimes images tiré de ce commerce comme, par exemple, dans Isaiah, Ixiii. 1, “Quel est celui qui vient d’Edom avec des “ vêtements teints de Bozrah ?” Et dans le Cantique de Salomon, iii. 6, “ Quel est celui qui arrive du désert, comme une colonne “ de fumée, parfumé de myrrhe et d’encens ?” “ Ils ont tous
- “ la main sur l’épée en hommes de guerre expérimentés : chacun “ a la main sur la cuisse, prêt à tirer l’épée, car ils craignent “ les surprises de la nuit.” Ces passages ne peignent-ils pas d’une manière saisissante une caravane se rendant, de nos jours, à La Mecque, et les dangers qui l’assiégent avec ses riches marchandises de la Chine, de l’Inde et de la Perse ?
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- Ainsi que nous l’apprennent les récits de guerre de Moïse et de Gédéon avec les Madianites, c’était un peuple riche que cette nation Arabe, vivant moitié de rapines et d’incursions sur les territoires voisins, et moitié conduisant ses caravanes de commerce à travers les déserts qui les séparaient des puissants Etats de l’Egypte et de la Chaldée.
- De temps immémorial le commerce exista entre l’Inde et les nations de la Méditerranée ; et des trois principales routes suivies à différentes époques, celle qui passe par Herman, Gerrha, et Hetia fut probablement la plus ancienne de toutes. C’est la route entre l’Inde et l’Europe où l’espace par mer est le plus court à franchir, et d’Herman on peut apercevoir la côte de l’Arabie par-de là le détroit d’Orundy. Les produits de l’Inde arrivaient à Herman et Orundy et de là étaient transportés à Gerrha, en traversant le Golfe Persique; Gerrha était l’entrepôt des pêcheries de perles, qui existent encore maintenant dans les îles Bahrein, (les anciennes Tylos et Aradus) qui, avec Maskate, furent le séjour primitif de cette population de marins arabes dans la suite établis en Phénicie et qui émigra de port en port le long des côtes est et sud de la Méditerranée, de Tyr et Sidon jusqu’à la côte de Mauritanie. Les routes de caravanes Indiennes s’étendaient à travers la péninsule, de Masalia, maintenant Mazulipatam par Tagara, maintenant Derolutobad (Deoghir) et Barygaza, maintenant Broach, jusqu’à Pattala, maintenant Talta, sur l’Indus. Pallata était en communication avec le grand port de Barbarike, à l’embouchure de l’Indus, et avec Taxila, dans le Punjab, la Takhasasila des Hindous. C’est cette ville qui est évidemment représentée par les vastes ruines qui entourent la moderne Manikyala. C’est près de cet endroit qu'Alexandre traversa l’Indus. Ce fut une place de grande importance comme point de convergence de toutes les routes de caravanes partant des Indes et conduisant aux Indes, car la route de Pallata était rejointe en cet endroit par une autre partant de Palibothra, la moderne Patna, et qui est la continuation d’une ligne partant de la Chine et traversant l'Himalaya. C’est aussi à cet endroit que les différentes lignes partant du pays des Seres ou Chinois, à travers la vallée de Cachemire, et de la Sarmatie, maintenant la Russie, de la Médie et de la Mésopotamie, à travers les passes de Baurian et de Kyber, pénétraient dans l’Inde. Il existait une autre route partant de la Carmanie, et traversant la passe de Bolan, qui rejoignait la route reliant Taxila et Pallata. En outre, Barbarike, Barygaza, Musiris et Masalia devinrent de grands ports d’exportation, lorsqu’une fois les routes maritimes furent ouvertes au commerce de l’Inde.
- Le trafic par caravanes que les négociants Arabes de Gerrha et de Sabée réunissaient à Petra était transporté en Egypte et à Chanaan par les Edomites, ou Iduméens et les Nabatéens, comme on les appelle plus tard, et les Arabes de la Phénicie le distribuaient tout le long des côtes nord et Est de la Méditerranée. Leurs principales villes, telles que Sidon, Tyr, et Tarse grandirent rapidement. Sidon et Tarse doivent avoir été les premières connues. Homère ne fait jamais mention de Tyr, tandis qu’il fait des allusions constantes aux ouvrages en métaux, à la bijouterie,
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- autres œuvres d’art de la ville de Sidon, et qu’il en fait des descriptions. (Iliade [6, 290, 91 ; XXIII., 743; Odyssée IV., 84; 618; XIII., 285; XV., 118, 425.) Dans le xvième livre de l'Odyssée, il donne une exacte description, d’une valeur inappréciable, des premières entrevues des fermiers grecs avec, les marchands phéniciens sur les côtes et parmi les îles de l’ancienne Grèce et parle de la manière dont les Phéniciens dirigeaient à l’origine leur commerce dans la mer Egée.
- « Chargé, paraît-il, de menus objets de toute sorte, un navire de Sidon, mouillait dans notre port; en ce temps, le hasard voulut que le palais logeât dans ses murs une femme de leur pays, très-versée dans les objets de luxe
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- Pendant une année ils trafiquent, et pendant une année, ils chargent leurs marchandises. Quand elles sont au complet, prêts maintenant à lever l’ancre, ils ont envoyé un espion pour transmettre leurs offres.”
- " Un artiste vint au palais de mon père avec des chaînes d’or et d’ambre, artistement travaillées, les anneaux étincelants occupent le regard de toutes les femmes; elles retournent, passent en revue et marchandent chaque objet. Il saisit l’occasion, et comme elles se tenaient attentives, il lui fit un signe et regagna son navire. Elle le suit immédiatement, et prend mon bras complaisant; je suivis en souriant, sans penser à mal”.“Alors nous arrivons à ce moment, prêt à partir, et se balançant sur les flots, le navire lève l’ancre ; ils nous enlèvent à bord, montent sur le pont, et frappent de leurs rames en cadence la limpide surface des eaux.”
- Les Phéniciens de Tarse trouvaient le bois en abondance au Mont Taurus, et la perfection de leurs navires leur donna pendant longtemps une supériorité devenue proverbiale dans la navigation sur la Méditerranée. Telle semble être l’explication pure et simple des expressions “ navires de Tarse,” et "la flotte de Tarse,” qui se rencontrent si souvent dans la Bible, et qui embarrassent encore tant de personnes, qui supposent que c’étaient des navires faisant le commerce avec Tarshish en Espagne. La peinture que fait Milton d’un navire de Tarse, peut faire avec raison pendant à celle que décrit Homère lorsqu’il parle d’un navire de Sidon :—
- « Un majestueux navire de Tarse, en partance pour les îles de Javan ou Gadir, met à la voile ; il est dans sa splendeur,'toutes voiles dehors, et chargé ; son pavillon flottant; il est précédé d’une odeur d’ambre à l’odorant parfum.”
- La description que fait Homère des premières tentatives de négoce faites par les Grecs dans la Méditerranée, prouve encore combien le commerce à ses débuts, différait peu de la piraterie. Ce n’est que très-lentement en somme, que les hommes ont appris qu’il y a plus d’avantage à obtenir par des moyens pacifiques ce qu’ils désirent, plutôt que par la violence, la fraude et la guerre ; et il leur faut plus de temps encore pour apprendre tout le prix de la loyauté en fait de commerce. Au Livre xvii. de l’Odysée, Homère nous décrit les Grecs, qui n’étaient pas encore civilisés, comme les habitants de Sidon, et nous les montre courant jusqu’aux bouches du Nil, débarquant, ravageant les villages et les villes du Delta qui se trouvaient à leur portée, et faisant une retraite rapide vers leurs bateaux une fois chargés de leur butin.
- « Près des flots argentés du fleuve égyptien nous amarrons nos navires; nos espions gagés courent droit à la côte qu’ils explorent; mais, impuissants à se maîtriser, sans frein à leur volonté, ils ravagent le pays, et tuent les habitants; les clameurs se répandent et courent jusque dans la ville. Chevaux et infanterie s’ébranlent confondus dans le tumulte....Les
- foudres de Jupiter se détournent, et nous prenons la fuite.”
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- C’est ainsi que débutèrent les Grecs, comme après eux les Arabes, en pillards là où ils pouvaient piller, et trafiquant là où ils ne pouvaient piller, jusqu’au moment où, de pirates vagabonds, ils devinrent peu à peu riches marchands, et citoyens patriotes animés de l’esprit public ; jusqu’au moment où Athènes devint la mère des arts et de l’éloquence. Quatre cents ans après Homère, Milet la Reine des villes de l’Ionie, était devenue la rivale de Tyr, et avec ses colonies de Cyzique et Sinope, Tanaei, Olbia et Milelopotis, la moderne Cheiron, elle monopolisait le commerce de l’Asie par l’Asie Mineure et la mer Noire. Bien que Milet ait été détruite à l’époque où fut étouffée la révolte de l’Ionie, elle reconquit rapidement une partie considérable de son ancienne importance, jusqu’au moment où les conquêtes d’Alexandre le Grand et la fondation d’Alexandrie ruinèrent pour jamais son commerce.
- Les Routes du Golfe Persique.
- La première allusion faite au trafic par la voie du Golfe persique se rencontre dans la Bible (2 Chron. viii. 4), où il est écrit que Salomon bâtit « Tadmor dans le désert et toutes les villes « d’entrepôt qu’il construisit dans Hamath,” espérant par là détourner vers Jérusalem une partie du trafic s’effectuant par le Golfe persique. Ce fut grâce à ce commerce que Ninive et Babylon, Seleucia, Ctesiphon, Al Modayn, Bassorah et Bagdad, prédominèrent successivement dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate, et ce fut ce commerce qui fut le principal élément de la puissance de Tyr, lorsqu’elle fut parvenue à l’apogée de sa grandeur et de sa renommée. Des villes du Tigre et de l’Euphrate les produits de la Chine, des Indes, de la Perse et de l’Arabie étaient transportés par Tadmor dans le pays de Chanaan, et dans l'Idumée et l'Égypte, par les villes de Hamath et Damas. Cette ligne desservait aussi Tyr et Sidon auxquelles aboutissait encore une route plus septentrionale, par Ernesa, Héliopolis ou Balbek. Une autre ligne conduisait au nord-ouest près de Chalcis Beræa, par la vallée de l'Orontes, jusqu’à Haleb ou Alep, Antioche et Séleucie ou Latakia, puis traversant le mont Taurus se continuait à travers l’Asie Mineure jusqu’aux villes de la Côte d’Ionie qui communiquaient aussi avec l’Assyrie, par une route plus à l’est qui se ralliait à celle conduisant entre la mer Noire et la mer Caspienne, en franchissant le Caucase pour entrer en Sarmatie, route toute-à-fait distincte de celle qui conduisait de la Sarmatie, au delà de la mer d’Aral, jusqu’à Bactres et se prolongeait jusque dans l’Inde. Le commerce de Tyr est décrit pas Ezekiel (xxvii.) avec la plus grande fidélité, et nous ne possédons pas de documents plus complets sur le commerce du monde des Anciens, environ l’an 600 avant J.C. Il représente Tyr se réjouissant contre Jérusalem :—« La voilà brisée, cette ville, le rempart des nations, " qui s’est tournée contre moi ; mes murs se repeupleront, mainte-" nant qu’elle n’est plus qu’une ruine.” & Donc, dit Ezekiel, ainsi " parla le Seigneur Dieu; regardez, je suis contre toi, ô Tyr, et " j’ordonnerai à toutes les nations de se lever contre toi, comme la " mer fait soulever les vagues, et elles détruiront les murailles de " Tyr, et elles renverseront ses tours, et j’en enlèverai la poudre,
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- « et la rendrai semblable à la cime d’un roc. Ce ne sera plus « qu'un point d’où le pêcheur lancera ses filets dans l’immensité « de la mer ;” puis, dans le chapitre suivant, le prophète continue à décrire le commerce de Tyr, description qui rappelle à la mémoire une promenade sur la Cannebière par une brise de mer, et et au milieu de l’animation des chargements dans le vieux port de Marseille. Au milieu des autres produits d’importation on énumère l’ivoire, l’ébène, les émeraudes, la pourpre, les ouvrages brodés, les belles toiles, le corail, l'agathe, le fer brillant, la casse, le roseau, les étoffes précieuses pour chariots, les pierres précieuses et l’or, provenant de Haran, de Canneh, et Eden (Aden) ; les marchands de Sheba, Asshur et Chilmad la fournissaient “ en « toutes sortes de choses, en draps bleus,” et " ouvrages brodés, en « coffres pour riches vêtements, liés avec des cordes, et faits de « cèdre.” C’est tout-à-fait le commerce de l’Inde, et on le voit plus clairement encore dans la traduction littérale du chapitre faite par Michalis. Le commerce de Babylone, tel qu’il est décrit dans les Révélations, ch. xviii., environ 100 après J.C., est encore le même: l’or et l’argent, les pierres précieuses, les perles, la toile fine, la pourpre, la soie, l’écarlate, et toutes sortes de vases d’ivoire, et toutes sortes de vases faits du bois le plus précieux et de cuivre, et du fer, du marbre, de la cannelle, des parfums, des onguents, de l’encens, du vin, de l’huile, de la fine farine, du blé, des bestiaux, des moutons, des chevaux, des chariots et des esclaves.
- Après la destruction de Tyr et de Jérusalem par Nabucho-donosor, et la conquête de l’Egypte par Cambyse, Babylone monopolisa le commerce de l’Inde; mais lorsque l’empire d’Assyrie fut renversé par Cyrus, la puissance commerciale revint à Tyr, et la ville de Tyr renaquit à la grandeur, jusqu’au moment où, pour la seconde fois, elle fut détruite par Alexandre. Par suite des encouragements donnés par les Séleucides au commerce par la vallée de l’Euphrate, et même par les Parthes et les Sassanides, et des encouragements donnés par les Ptolémées au commerce par la mer Rouge, Tyr redevint ce qu’elle était, jusqu’à l’époque où, pour la troisième fois, elle fut détruite par les Croisés, 1124 après J.C. Babylone fut remplacée par Séleucie sous les Séleucides, par Ctesiphon sous les Parthes, et par Al-Modayn, suivant le nom donné maintenant sous les Sassanides aux deux cités jumelles. Le récit fait par Abulfeda du sac d'Al-Modayn par les Sarrasins, ne fait que reproduire l’exposé fait par les Révélations, des marchandises de Babylone, la pourpre, les vêtements royaux, les habits brodés, les meubles somptueux, les tentures, les tapis, la soie, les pierres précieuses, l’or, l’argent, le camphre, l’encens, et les épices. Bancrab, fondée par le Calife Omar, l’an 635 après J.C., et Bagdad, sous les Sarrasins, rivalisaient presque de réputation avec Babylone et Ninive. A la chute des Kalifes, ces villes furent plusieurs fois prises et reprises par les Turcs et les Perses, et tombèrent graduellement en décadence; lorsqu’enfin, les Portugais occupèrent Ormuz (1508), le commerce par le Golfe persique fut finalement réduit à néant. Mais par cette route, l’Asie avait été en communication avec l’Europe pendant plus de 3,000 ans, et par les colonies grecques sur la côte d’Ionie et les colonies de
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- Milet dans la Mer Noire, leurs communications par le Golfe persique étaient bien plus étroites et plus continues que par la Mer Bouge. Depuis l’époque des invasions persanes en Grèce et des conquêtes d’Alexandre jusqu’aux premières attaques des Sarrasins contre l’Empire d’Orient, les relations entre la Grèce et l’Inde par l’Egypte, la Syrie et la Mésopotamie et l’Asie Mineure et par Byazid à travers la Perse furent des plus intimes et des plus familières. C’est un fait qui ne se comprend pas aussi bien en Europe, qu’il est compris aux Indes. D’Europe, l’Inde paraît, il est vrai, fort éloignée; mais l’Europe paraît beaucoup plus près, quand on est aux Indes, en ce qu’elle est par le fait la première péninsule au-delà de l’Arabie; la vallée de la Mésopotamie, à travers le détroit d’Ormuz, est aux portes mêmes de l’Inde, et l’on sait qu’au point de vue commercial, politique et esthétique, le Tigre et l’Euphrate coulent dans le Port de Bombay et les autres ports de l’Inde Occidentale. On ne pourra jamais bien comprendre l’Inde et ses arts si l’on néglige de voir l’évidence de ces faits physiques et historiques restés dans l’obscurité par suite de la découverte de la route du Cap par les Portugais, et le fait d’avoir abandonné la route de la vallée du Tigre et de l’Euphrate à cause de la domination arriérée de la Turquie.
- La Route par la Mer Rouge.
- La première mention qui soit faite de la route par la Mer Rouge se trouve dans la Bible (1 Rois, ix. 26): " Et Salomon réunit « une flotte de navires à Eziongeber, qui est près d’Eloth, sur les « bords de la Mer Rouge, dans la terre d'Idumée ; et Hiram envoya " dans la flotte ses serviteurs marins qui connaissaient la mer, avec « les serviteurs de Salomon ; et ils vinrent à Ophir, et en rappor-« tèrent de l’or;” et dans le livre des Rois, x. 11, 12 :—“ Et la “ flotte d'Hiram aussi, qui rapportait de l’or d'Ophir, rapporta “ encore d’Ophir de grands plants de l’arbre ‘almug' et des « pierres précieuses.” Une fois en trois ans, la flotte de Tarse arriva (comme nous dirions “ les hommes de l’Inde ”), apportant de l’or et de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons. Dans la 2ème Chronique, ii. 8, viii. 17, 18, et ix. 10, 11, 22. nous trouvons également les traces de ce commerce. Les navires de Salomon et de Hiram ne"faisaient pas voile directement pour l’Inde et c’était plus de 1,000 ans avant que les Arabes n’aient appris pour la première fois à se lancer à travers l’Océan indien, directement par les moussons qui se rencontrent entre l’Inde et l’Arabie.
- Salomon et Hiram étaient presque contemporains d’Homère, et nous avons vu par Homère que le commerce des Phéniciens dans la Méditerranée était à cette époque un commerce de cabotage, et la manière dont ils passaient une année au même endroit, trafiquant et effectuant leurs chargements. Il fallait une année aux navires de Salomon pour arriver à Ophir, qui est situé au sud de Havilah, et par le fait, près d'Aden, puis ils employaient une année à trafiquer et à charger sur place les bois d’almug, les singes et les paons de l’Inde ; l’ivoire d’Afrique, et l’or, “l’or d’Ophir ” et de “ Havilah,” de la Nubie, qui tire son nom de noub.
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- or, la " Terre de l’Or,” qu’entoure la Rivière Gihon, ou Nil. L’or de l’Inde était sans nul doute compris dans l’or d’Ophir, c’est-à-dire, transmis par les marchands d’Ophir, et même dans “l'or de Havilah ;” car il était célèbre dès les temps les plus reculés, et de son nom Sanscrit sona viennent les mots allemand et anglais de sun, le soleil. Dans l’Inde, la lune se nomme chand, et l’argent chandi; et chez nous, le nitrate d’argent s’appelle « lunar caustic.”
- En établissant un port à Eziongeber, Salomon avait pour objet de partager avec Elath (Elana) et Edom (Petra) les profits du commerce indien; et au moyen.de son alliance avec Hiram, il partageait également les profits du transit de ses marchandises à travers les tribus de Juda et d’Israel : ces marchandises étaient généralement chargées à Rhinocolura pour Tyr. Rhinocolura était la ville frontière située à l’embouchure de la rivière el Arish, " la rivière d’Egypte,” qui marquait la terre de Chanaan. Ces arrangements pourtant, ne survecurent pas à Salomon, mais la rivalite de Jerusalem et d’Edom ou " Mont Seir ” continue à s’exprimer dans la Bible d’une manière frappante pendant toute la période de développement, du temps des prophètes, chez les Hébreux, comme dans Isaiah xxxiv. 5, 6: « Car mon épée sera “ tirée dans le ciel, regarde, elle s’abaissera sur l’Idumée. "........... Car le Seigneur a un sacrifice dans Bozrah, et un
- " grand massacre dans la terre d'Idumée." Jérémie dit encore, xlix. 12-22, " Bozrah deviendra une désolation, un opprobre, un " désert et une malédiction............Ton caractère terrible t’a
- " trompée ; tu t’es déçue dans l’orgueil de ton cœur, ô toi qui " habites dans les fentes des rochers, toi qui occupes les hauteurs " de la colline; tu as bati ton nid aussi haut que l’aigle, mais je " te précipiterai de cette hauteur, dit le Seigneur. Edom sera " aussi une desolation: quiconque s’y rendra sera saisi d’étonne-4 ment et maudira toutes les plaies qui l’accableront.........La
- telle s emeut au bruit de leur chute, et le cri en a été entendu " jusque dans la mer Rouge.” Et, dans Ezekiel, xxiv. 13, 14, et xxxv. 15, " Comme tu t’es réjouie de recueillir l’héritage de la " maison d’Israël, parcequ’elle était désolée, ainsi je me réjouirai contre toi: tu seras desolee, o montagne de Seir, avec toute 1 Idumee ; ’ et Amos i. 10—12, “J’enverrai la flamme sur les " murailles de Tyr, et l’incendie dévorera ses palais.........Je
- " ferai descendre sur Témar le feu qui dévorera les palais de “ Bozrah.” Ramsès-Sésostris qui creusa le canal entre Memphis Bubastis et la Mer Rouge, envoya également une expédition contre les Iduméens, dont les écrivains classiques supposaient que le pays, appelé dans les temps anciens Nabatœa, était la source de toutes les denrées précieuses de l’Inde et de l’Orient, source que les écrivains de l’Ancien Testament supposaient être Ophir. Ce canal fut creuse pour détourner exclusivement vers l'Egypte le commerce de la Mer Rouge. Néchao qui envoya des Phéniciens faire un voyage de circumnavigation autour de l’Afrique, commença à rouvrir ce canal, et 70 ans plus tard, Darius, fils d’Hystaspe qui fit partir l’expédition de Scylax, de l'Indus pour la Mer Rouge,’ essaya de terminer l’œuvre de Nechao, mais il se vit forcé de l’abandonner. Ptolémée Philadelphe rouvrit ce canal sur une longueur de 37
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- milles depuis Rubastis jusqu’aux Lacs Amers, mais là s’arrêtèrent les travaux, à plusieurs pieds au-dessous de la Mer Rouge et si ces travaux avaient été continués, le Delta du Nil aurait été inondé, d’eau salée. Les Arabes eux-mêmes préférèrent toujours débarquer leurs marchandises indiennes pour l’Egypte, aussi loin que possible au sud sur la côte d’Afrique, afin d’éviter les grands vents alisés qui soufflent de la Mer Rouge pendant neuf mois de l’année, et contre lesquels de petits bateaux ne pouvent lutter sans accident. À une époque plus ancienne encore, ils débarquaient sur la côte à Cosseir, et de là transportaient leurs marchandises à Thébes, réputée la plus vieille cité du monde, dont la renommée de splendeur comme capitale de l’Egypte, et siège principal du culte d’Ammon, “grande cité de Jupiter” (Zeus) “ Deospolis Magna,” était déjà parvenue chez les Grecs au temps d’Homère. Ptolémée Philadelphe construisit le nouveau port de Berenice Troglodytique (qui donna son nom à une espèce de vernis) à 200 milles au sud de Cosseir, et de là, les ballots de produits indiens étaient transportés, au-delà des monts Sma-ragdus, d’où le Smaragdus, ou émeraude a tiré son nom, jusqu’à Coptus, sur le Nil, à 20 milles au-dessous de Thèbes. Par une autre route, on les transportait à Myos Hormos (" Port de la Moule” ainsi nommé à cause des de moules de perles qu’on y rencontrait), à l’embouchure du Golfe de Suez, et on les amenait à Arsinoe sur le Nil, entre les monts Alabastrites et Porphyrites, qui donnent leurs noms à l’albâtre et au porphyre, enfin, par une troisième route, on les envoyait par Arsinoe ou Cleopatra (bâtie aussi par Philadelphe), la Suez Moderne, à l’entrée du Golfe de Suez, à travers le désert, jusqu’à une station sur le Nil au nord de Memphis, qui devint par la suite le Grand Caire. Ptolémée Philadelphe éleva aussi la tour à feu ou phare de l’île de Pharos, et désireux de donner de l’extension au commerce de l’Egypte, et stimulé par le voyage de Néarque, des bouches de l’Indus à l’entrée du Golfe Persique, il envoya Dionysius, à travers la Perse, dans les Indes, où il arriva peu de temps après que Mégasthènes envoyée par Séleucus, y était arrivé. Ce dernier écrivit sur ce pays le rapport déjà mentionné. Carthage avait grandi en commerçant avec l’Égypte, et pendant qu’elle soutenait une lutte de 100 années (264-146 avant J.C.) avec Rome pour l’empire du monde, Rhodes grandissait à son tour. Ce fut pendant cette période, et par suite de la confusion qu’amenèrent sur la route du Golfe Persique, les querelles des successeurs d’Alexandre en Syrie, que l’Egypte eut pour un moment le monopole du commerce "avec l’Inde, et atteignit l’apogée de sa prospérité commerciale sous les Ptolémées. Mais le commerce était toujours un commerce de cabotage, comme nous pouvons en inférer d’après le récit que fait Virgile des courses errantes d’Enée, avant d’atteindre le Latium, et nous en avons une démonstration plus évidente encore dans le mémorable voyage de St. Paul à Rome (Actes xxvii. xxviii.) St. Paul avec ses compagnons de prison fut mis à Cæsarée, à bord d’un navire d'Adramytium, la Thèbes d’Homère, maintenant Adramyti, ville de la côte d’Ionie, importante autrefois par son commerce. Le
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- jour suivant, ils touchèrent à Sidon, et lorsqu’ils eurent quitté cette ville, en faisant voile pour Chypre, et par suite des vents contraires, ils arrivèrent à Myra, ville de Lycie. Là, le centurion, trouvant un navire d’Alexandrie en partance pour l’Italie, y mit à bord St. Paul, et les autres prisonniers. Et lorsqu’ils eurent navigué avec lenteur pendant plusieurs jours, les vents ne leur permettant pas d’entrer à Cnide, entre Cos et Rhodes, courant sous le vent en vue de l’île de Crète, ils arrivèrent avec difficulté au port appelé "le beau havre,” à quelques milles à l’ouest de Lasea, ville dont les ruines ont été découvertes en 1856. Mais, « comme ce port ne convenait pas pour hiverner,” ils “ larguèrent les voiles,” et se rendirent à Phénice, située encore plus à l’ouest sur la côte méridionale de la Crète; puis tandis qu’ils couraient des bordées, passé la petite île de Clauda, ils furent, surpris par l’Euroclydon, vent nord-d’est de tempête, et après avoir été ballotés et poussés vers « Adria” pendant quinze jours, ils furent jetés sur l’île de Melita, maintenant Malte. Là St. Paul et ses compagnons furent transbordés sur un navire d’Alexandrie, « qui avait hiverné dans l’île, ayant comme pavillon " Castor et Pollux,” et qui se rendait en Italie. Au bout de trois mois, ils quittèrent Melita, et débarquant à Syracuse, ils y séjournèrent trois jours, de là firent voile pour Rhegium, et le jour suivant, pour Puteoli, dans le Golfe de Naples, le grand port de débarquement pour les passagers venant d’Afrique et d’Orient; de là enfin, ils continuèrent leur route par le « Forum d’Appius,” et les « Tres Tabernæ," où leurs amis vinrent à leur rencontre, à Rome. Le " Castor et Pollux,” après avoir débarqué à Puteoli tout ce qu’il avait de plus précieux comme fret, continua probablement son voyage à Rome, en faisant escale à tous les ports intermédiaires situés entre le Golfe de Naples et le Tibre, ayant à bord sa cargaison de blé d’Egypte et de marchandises à la pièce.
- Nous avons aussi une preuve que le commerce de l’Egypte avec l’Inde s’effectuait encore de port en port, autour des côtes de l’Arabie, et de là le long de la côte de la Perse jusqu’à Barbarike, Barygaza et Musiris, dans l’étonnement causé à Alexandrie, sous le règne de Ptolémée Evergéte (145-116 avt. J.C.), par la découverte qu’on fit sur la côte égyptienne de la Mer Rouge d’un homme se trouvant tout seul dans un bateau, parlant une langue inconnue et que, par la suite, on découvrit être un Indien, dont le navire avait été brisé. Les dangers de cette navigation primitive sont attestés par le nom qu’on a donné à un promontoire en saillie situé sur le côte sud-est d’Arabie et qu’on nomme « Ras-el-Kabir-Hindi ” (le Cap de la Tombe des Indiens), ainsi qu’au détroit de Bab-el-Mandeb, la " Porte des Larmes.” Ce réprouvé, quand on le reconduisit à Alexandrie, s’offrit à piloter, à son retour aux Indes, un navire égyptien par la route qu’il avait suivie lui-même: l’on choisit Eudoreus pour entreprendre ce voyage de découverte, et il revint sain et sauf en Égypte avec une cargaison d’épices et de pierres précieuses. Mais ce fut seulement sous le règne de l’Empereur Claude (41-55 ap. J.C.), lorsque l’Egypte eut été réduite en province Romaine,
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- que la route de la Mer Rouge aux Indes fut réellement connue, par suite de la découverte des Moussons, fait par Hippalus, environ l’an 47 ap. J.C. Après cette découverte, les marchands égyptiens prirent conme point de départ de leur ligne de bateaux pour l’Inde, les villes d'Arsinoe, Myos, Hormos et Bérénice : ils en fixèrent la date à l’époque des jours caniculaires, à la mi-Juillet environ, et en 30 jours à peu près, ils atteignaient Ocelis, près d'Aden, ou Kane, la moderne Moculla, d’où, confiants dans la mousson du sud-ouest, ils s’abandonnaient sans crainte dans les “eaux noires” de la mer Arabe (“la mer Erythrée,") et atteignaient 30 our 40 jours après, soit environ vers la mi-Septembre, la côte du Malabar, où les réjouissances du “ Jour du Cocotier” (Cocoa-nut Day), proclament encore qu’une fois la mousson du sud-ouest terminée, la navigation de la mer d’Arabie est rouverte pour la marine indigène des Indes-Occidentales à destination de l’étranger.
- Les navires égyptiens quittaient l’Inde à leur voyage de retour à la fin de Décembre, et étaient revenus à Bérénice avec les moussons nord-est, en 70 jours environ; et d’Alexandrie à la côte du Malabar et réciproquement, les échanges entre les produits de l’Europe et de l’Asie s’effectuaient en moins d’une année. Ce fut par cette route que le commerce par la voie de la Mer Rouge s’achemina pendant près de 1,500 ans, jusqu’au moment où les Portugais, les Hollandais et les Anglais établirent leurs relations commerciales avec les Indes; et telle était l’importance de ce commerce que Pline évalue à une somme représentant plus de 4,000,000 de livres sterling la valeur de l’or et de l’argent que l'Égypte envoyait chaque année aux Indes, tandis que l’Egypte recevait, en échange, des marchandises chinoises et indiennes dont la vente aux nations de la Méditerranée représentait 400,000,000 liv. st. " chaque année, le drainage effectué sur notre empire pour l’Inde " n’est pas inférieur à cinq cent cinquante millions de sesterces, " et elle donne en échange ses propres marchandises, qui se ven-" dent chez nous, au bas mot, cent fois leur prix de revient.” (Pline, v. 26.)
- Arrien, l’auteur du Périple de la mer Erythrée, a décrit ce trafic en détail. Je donnerai les exportations et les importations des principaux ports seulement, en suivant en général la traduction de Vincent.
- Ports de L'AFRIQUE.
- A Adoolia—Massouah Bay.
- Exportations.
- Ivoire, et cornes de rhinocéros.
- Importations.
- Toiles non décaties des manufactures égyptiennes, pour le marche de Barbaree (mot qui tire son origine de Berbera sur la cote de Soumali.)
- Vêtements tout faits, des manufactures d’Arsinoé.
- Marchandises à la pièce, teintes, imitant les étoffes de qualité supérieure.
- G 843.
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- Linge.
- Toiles rayées et frangées.
- « Verre, et vases de verre, imitant les vases de murrhine,” c’est-à-dire, les coupes d’agathe, de Cambay, et Broach.
- Alliage d’Or, coupé en pièces, de manière à imiter la monnaie.
- Cuivre, fer, hachettes, doloires, couteaux, dagues, bassins de cuivre, deniers Romains.
- Vins de Laodicée et de l’Italie.
- Huile en grande quantité.
- Vaisselle d’or et d’argent, fabriquée suivant la mode du pays.
- Vêtements, manteaux et couvertures.
- Acier indien, cotonnades de l’Inde, unis, de la même sorte que ceux qu’on importe de Surat dans l’Abyssinie (Bruce iii. 62).
- Coton pour rembourrer les couchettes et les matelas.
- Ceintures très-demandées, comme elles le sont encore actuellement.
- Draps de coton, de la couleur de la mauve, qui ne se fabriquent que dans l’Inde.
- Mousselines de belle qualité, et gomme laque, produisant la laque.
- La Mousseline et les Cotonnades de couleur mauve, ainsi que la gomme laque sont ici des produits indiens, de même que les marchandises spécifiées comme telles par Arrien ; par contre, il est intéressant d’observer que l’Egypte faisait concurrence par ses imitations de verres, et ses vêtements confectionnés, aux véritables produits manufacturés de l’Inde, absolument comme le font actuellement Manchester’ et Birmingham ; les Egyptiens en effet étaient habiles dans toutes ces fraudes qui consistaient à arranger ces produits manufacturés d’imitation, et nous voyons que, parmi les marchandises en pièces importées à Barbarike, Arrien signale « un fort assortiment de drap uni, et quelques importations de “ produits manufacturés en fraude (produits bâtards, inférieurs,)” luariouoç onXovç ikavoç, Kal vo@oç, ov TOXUç.
- A Abaliter et Malao (Baie de Zeyla).
- Exportations.
- Aromates, ivoire, écailles de tortue, myrrhe, encens, cannelle, et casse, KÉykauov (“ Decamalli gomme,” de Bombay,) Méxep (et non Mace,) et esclaves.
- Importations.
- Cristal, AlocnoÀiriKh oudak, sorte de sauce, apparemment le suc du raisin, draps de Barbarie, blé, vin, étain (kaccirepoç). Airain et cuivre, préparés pour imiter l’or.
- Fer, et espèces monnayées, mais en petite quantité.
- Ce fut en me basant sur cette liste d’exportations, que je recherchai les origines botaniques de l’encens du commerce dans le pays de Soumali, et grâces au concours zélé et désintéressé du Colonel Playfair, je les y ai trouvées.
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- Â Mosullon, Berbera.
- Exportations,
- Cannelle inférieure, aromates et gommes odorantes (édoia), écaille de tortue, encens (uoxpérov), myrrhe, Ivoire.
- Importations.
- Verre, fer, vaisselle d’argent, etc., comme aux ports ci-dessus.
- À Tabai, au sud du " Promontoire des Aromates,” cap Guar-dafui.
- Importations.
- Comme aux ports précédents.
- Exportations.
- Casse, cannelle, aromates, encens.
- À Opone, au sud de Tabai.
- Importations.
- Blé, ghi de riz, huile de sésame, coton tissé et coton pour rembourrer, ceintures, sucre (uéÀ Ta kaÀ.uov, rà xeyouevov Zdxxapi).
- Exportations.
- Cannelle, aromates, écailles de tortues, et esclaves de race supérieure, et principalement pour le marché égyptien.
- Toutes ces importations sont de l’Inde, et exactement les mêmes produits que ceux qu’on exporte dans les bateaux indigènes, de Bombay et Surat pour la côte Orientale d’Afrique, à l’époque actuelle.
- À Rhapta, au nord de Zanzibar.
- Importations.
- Javelots de Moosa en Arabie, hachettes, haches, couteaux poinçons, verre.
- Exportations.
- Ivoire, cornes de rhinocéres, écailles de tortues, porcelaine (yauzA og ôÀ/yoç).
- Ports de L’ARABIE.
- À Moosa, près Mocha.
- Importations.
- Vêtements de pourpre, vêtements tout faits "suivant la mode Arabe,” safran, curcuma, Mousselines, couvre pieds, ceintures, espèces, vin et blé.
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- Exportations.
- Myrrhe de la plus belle qualité [apvpva êK^eKTiK^, ZTaxth dBeipuwvala (sorte de parfum, de Minæa ? G. B) Xu'ySo; (pierre d’aimant, c’est-à-dire, pierre de Lydie), “ ainsi que tous les articles qui sont importés d’Adooli, sur la côte opposée.” Arrien fait aussi mention de l’Adraganthe, KiV&api comme d’un produit de Dioscorida, Socotra; on ne dit rien du café. Le mot abir dans l’Inde s’emploie comme le mot atar pour désigner un mélange de parfums; et l’obir de Bombay est composé de bois de sandal, de fleurs d’oranger, d’eau de rose, de musc et de nard.
- À Kane, Moculla.
- Importations d’Égypte.
- Blé, Vin, draps du marché Arabe, draps en contrefaçon, par grandes quantités (déjà mentionnés dans l’article Adoolai), Cuivre, Etain, Corail, Storax. On y importe aussi de la vaisselle façonnée des « espèces pour le Roi," des chevaux, des Images Sculptées, du linge de qualité supérieure.
- Exportations.
- Encens, Aloès (de Socotra). Ce fut là que Carter trouva la plante Arabe l’Encens, que je nommai, d’après lui, Boswellia Carterii.
- Inde.
- À Omana, dans le Sedeosia (Beloutchistan).
- Importations.
- Cuivre, blocs carrés de bois de Sandal, Cornes, Ebène en pièces de forme ronde, HaÀcyyœv Zqcaulvœv (Bois noir de Bombay ? en pièces de refend).
- Exportations.
- Perles, mais inférieures à celles de l’Arabie, Pourpre de Bary-gaxa, drap indigène, vin, Dattes en grande quantité, Or, Esclaves.
- Barbarike, aux bouches de l’Indus, correspondant à la ville moderne de Kurrachee.
- Importations.
- Confections, très-belles Cotonnades, Topazes, Corail, Storax, Encens, vases de verre, vaisselle, espèces, vin.
- Exportations.
- Costus, Bdellium, Rusot (Xikiov), nard, Emeraudes, saphirs, Fourrures et Soieries de Chine, Indigo (‘Ivôikàv uéÀav).
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- À Barugaza, Baroach.
- Importations.
- Vins d’Italie, de Laodicée et d’Arabie, Cuivre, Étain, plomb, Corail, Topazes, Storax, Lotus doux, verre blanc, Parfums, Stibiam, pour teindre les yeux, draps et ceintures.
- Exportations.
- Du haut pays, nard, Costus, Bdellium, Myrrhe, Rusot, Ivoire, Onyx, Cotonnades de toute sorte, Coton de couleur mauve, soie à coudre, et Poivre long ; (du bas de la côte, Murrhine, c’est-à-dire, Pierres de Cambay et vases d’agathe de Broach).
- À Nelkunda, près Musirs (Mangalore).
- Importations.
- Espèces en grandes quantités, Topazes, belles toiles et toiles unies, Stibium ou Antimoine, Corail, verre, cuivre, Étain, plomb, vin, " aussi avantageux ici qu’à Barugaza,” Cinabre, Arsenic, et Blé " non pas pour la vente, mais pour l’usage des équipages de navires.”
- Exportations.
- Poivre, "l'entrepôt du pays pour cet article,” les meilleures Perles (importées de Ceylon), Ivoire, Soie (de la Chine), nard du Gange, Bétel, diamants, rubis, écailles de tortues de la Chersonèse d’Or et des îles Laquedives et Maldives, situées à la hauteur de Limurike (Malabar).
- Arrien fait observer, " qu’il y a affluence de fret pour ce port en Poivre et Bétel.”
- A Masalia, Mazulipatam.
- Ici il mentionne simplement qu’on y fabrique une grande quantité de mousseline de qualité extra-fine.
- Plus de trois siècles s’étaient écoulés, et tandis que les barbares se ruaient en masses sur l’Empire d’Occident; tandis que, plus tard encore, les Sarrasins s’établissaient, à Damas, au Caire, à Bagdad et à Cordoue, la ville de Constantinople devenait l’entrepôt du commerce de l’Orient, qui y arrivait non-seulement par l’Égypte et la Mésopotanie, mais encore de l’Asie Centrale et de l’Inde à travers la Perse, par Bayazid et Trébizonde, et à travers la Russie, par Olbia et Cherson. Constantinople, par sa situation entre deux grands continents et deux mers intérieures, entre le Danube, le Nil et l’Euphrate, est l’entrepôt naturel du commerce de l’Europe et de l’Asie, et commande absolument, entre les mains d’un gouvernement puissant, toutes les communications par terre entre l’Orient et l’Occident par l’Égypte, la Mésopotanie, le Danube et la Perse,
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- prépondérance que sa position seule suffirait à lui assurer et si l’émigration des barbares en Europe s’était effectuée d’une manière pacifique, et avait graduellement infusé un sang vigoureux dans les veines du vieux colosse de l’Empire Romain, ce dernier pourrait subsister encore de nos jours, renfermant dans ses limites toutes les nations Indo-Germaniques de l’Europe, et de l’Asie, réunies en une seule famille aryenne, donnant la loi au monde du baut des murs de Constantinople comme ville reine de l’Ancien Monde. Pendant un moment, la fortune de Constantinople parut être à la bauteur de sa situation unique. L’introduction des manufactures de soieries en Europe, et le rapide développement de la civilisation arabe des Sarrasins, donnèrent un stimulant énorme au commerce de la Méditerranée; mais à mesure que la domination ‘dévastatrice et dégradante des Turcs Ottomans se consolida dans toute l’étendue de l’Empire d’Orient, le commerce de l’Inde se trouva de nouveau plongé dans un désordre, qui se trouve actuellement être incurable.
- Pendant les Croisades, les splendeurs du commerce indien avaient eu un nouvel éclat de courte durée, grâces aux Venitiens.
- “ Un moment, Venise eut en fief le fastueux Orient, et fut la sauvegarde de l’Occident ; Venise ne faillit pas, et fut digne de son origine, Venise, la fille aînée de la Liberté.”
- Mais, enfin, le projet poursuivi avec persévérance du Prince Henri le Navigateur à de découvrir la route des Indes en faisant le tour de l’Afrique fut couronné de succès, et le commerce de l’Orient fut détourné des nations de la Méditerranée pour répandre ses richesses dans les villes du Portugal, des Pays-Bas, de l’Allemagne et de l’Angleterre. Vansleb nous a laissé une description d’Alexandrie en 1672-73, après l’établissement du commerce avec l’Inde par la route du Cap, alors que le commerce de la Méditerranée avait déjà commencé à décliner :—“ Le Commerce « des Marchands français avec cette ville est, dit-il, le plus con-“ sidérable qu’ils aient dans toutes les parties de l’Orient: car il « n’y a pas d’endroits en Turquie où il vienne tant de] navires “ français que dans ce Port. Du commencement de l’année " 1672, jusqu’au mois de Juin, il n’est pas entré moins de dix-neuf " navires Français, et dans le mois de Juin, j’en ai compté “ quatorze. C’est un chiffre considérable, mais qui n’est pas à « comparer avec le nombre de bateaux qui ont visité ce port aux “ époques précédentes: car, Monsieur Lucasole, qui remplissait 4 les fonctions de Chancelier de France, me dit qu’il se souvenait “ avoir vu en une année quatre-vingt-quatorze navires français « à Alexandrie.”
- Puis il donne une liste des importations et des exportations d'Égypte.
- Exportations d’Egypte.
- Gommes.—Benjoin, Bdellium, Gomme Arabique, Adraganthe, Gomme laque, Turick, Myrrhe d’Ethiopie, Encens en larmes; Storax.
- Sucs.—Aloès Cicotrin (Socotrine), Aloès Epatick, Opium, Indigo nommé Sérquis, Indigo de Bagdat, Indigo de Balluder,
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- Cassonade, sucres en gros pains, Sucres en petits pains, Sucre-Candi, Sucre-Soltani ; Sorbet.
- Bois.—Bois de Sandal, Bois d'Atron, Bois de Turbit, Bois d’Ebène; bois du Brésil ou brésillet.
- Écorces.—Cannelle de Conchi, Cannelle de Malabari ; cannelle de Zeilani.
- Fruits et Graines.—Casse, Coco du Levant, Coriandre, Café, Dattes, Myrobolans surnommés Balludri, Myrobolans surnommés Citrin, Muscades, Myrobolans Kebus. Noix pour vomir (Nux-vomica), Cardanomes, noix de Ben, un fruit des Indes ( Moringa pterygosperma, Saiffut de Bombay), Tamarindes, Coloquinte, Poivre, Clous de girofle.
- Herbes.—Lin ou Chanvre de Menuf, lin ou Chanvre de Squi-nanti, lin noir, lin ou Chanvre de Fium, Chanvre de Forfett, Chanvre d'Oleb des Byzantins (Chanvre Russe d’Olbia) ; Séné.
- Fleurs.—-Nard ; Safran de Nambrosa; Safran de Said ; Coton ; Coton en Fil; Coton en Branches.
- Racines.—Hermodats ; Racines de Séné, ou Senna; Gingembre; Citrons; Rhubarbe; Salsepareille.
- Dents.—Dents d’Eléphants.
- Laine.—Laine lavée et en suint.
- Plumes.—Plumes d’Autruches ; plumes de la Queue; plumes du dos, pointues; plumes des Ailes.
- Poissons et autres denre'es maritimes.—Lézards verts; Ecailles à perles; Poisson salé.
- Momies,
- Sels.—Sels ammoniacaux [ainsi appelés du Temple de Jupiter Ammon, c’est-à-dire, Jupiter dans les Sables] ; Nitre [ainsi appelé de Nitria] ; Alun de roche.
- Toiles.—Toiles Bleues; Toiles Bleues d'Alexandrie, de Menuf; Gros Bleu d’Inbab ; Bleu Clair du Caire, d’Alexandrie, et Col; Toiles Peintes (ou Cotons ?) ; Battanones ; Magrabenes ; Mousselines ; Lezarde ; Cambrasine.
- Étoffes.—Etoffes travaillées du Caire, de Damiette, d’Alexandrie; Ceintures de Rosette (les Ceintures mentionnées par Arrien); Ceintures ordinaires; Mouchoirs de belle qualité; Mouchoirs ordinaires; autres Mouchoirs ordinaires.
- Vessies.—Musc.
- Tapis.—Beaux tapis, 2 piastres ou 14 piastre l’aune; Tapis grossiers, 1 piastre l’aune.
- Importations d’Europe.
- Minéraux.—Agaric ; Arsenic blanc ; Arsenic jaune; Archifù ; orpin ; Antimoine; Sublimé; Vif-argent; Vitriol; Vermillon; Cinabre; Salsepareille.
- Fleurs et Herbes.—Nardum Celticum ; Nard Indien.
- Fer, Acier, Cuivre, Plomb et Étain.—Fil de Cuivre; Cuivre battu; Fer blanc ou Étain; Acier de Venise; Plomb; Etain.
- Graines.—Cochenille ?
- Papier.
- Etoffes de Soie.—Satin de Florence.
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- Vêtements.—De Londres; de Buciocke; du Saint Pont de Rome; façon de Hollande; Ecarlate; Chapeaux de Marseille; autres Chapeaux ; Chapeaux de fabrication extra.
- Coraux.—De Messine; Taraille ; Coraux travaillés ; Tartre blanc ; Tartre rouge ; Alun de roche.
- C’est presque le commerce indien d’aujourd’hui, et exactement le commerce que les Portugais, Hollandais, et Français ont trouvé aux Indes; et comme ce trafic subsista jusqu’à l’extinction du monopole de la Compagnie Anglaise des Indes Orientales, il exposa les indigènes de l’Inde à la concurrence effrénée de Manchester et Birmingham.
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- H. (
- DES PRINCIPALES INDUSTRIES DE L’INDE.
- La collection actuelle des produits travaillés aux Indes consiste principalement en présents faits au Prince de Galles pendant le récent voyage de son Altesse Royale aux Indes. Ce n’est pas, dans le principe une collection systématique des industries indiennes, c’est une réunion d'objets d’art indiens destinés à être offerts comme présents. Il y a donc beaucoup de choses, voire même des catégories entières de quelques-unes des industries traditionnelles de l’Inde les plus intéressantes et les plus instructives, que nous avons eu l’habitude de voir aux expositions précédentes, et qui ne figurent pas à l’Exposition actuelle. Mais, d’autre part, il y a beaucoup d'objets de la plus haute valeur artistique, mais si coûteux, et dont la fabrication a exigé tant de temps, qu’on n’aurait jamais eu occasion de les voir en-dehors des Indes, s’ils ne figuraient au nombre des riches et rares présents offerts par les plus puissants Chefs et Princes de ce pays à l’héritier de Trône et de l’Empire Britannique. Les Commissaires de Sa Majesté à l’Exposition de Paris ont cependant pu exposer quelques catégories des industries Indiennes qui ne sont pas représentées dans la collection du Prince de Galles, soit au moyen d’achats faits aux Indes sur leurs ordres, particulièrement des poteries, l’un des arts dont la tradition s’est conservée la plus pure dans ce pays, soit surtout par le concours des principales maisons de Londres important les produits indiens travaillés à la main, telles que la maison Vincent Robinson et Cie., Messrs. Farmer et Rogers, Mr. W. Gregory de Regent Street, Messrs. Watson et Bontor d’Old Bond Street, qui avec son Altesse Royale le Maharajah de Cache-mire, G.C.S.T., ont contribué à fournir la collection la plus étendue et la plus intéressante de tissus de l’Inde, d’étoffes et d’ouvrages brodés et de tapis qui se soit jamais vue précédemment en Europe.
- Le Gouvernement des Indes a également envoyé une collection complète des produits naturels du pays, qui a été classée par Mr. Simmonds d’une façon si méthodique, qu’il est inutile de s’y arrêter plus longtemps, après ce que j’en ai dit lorsque j’ai attiré l’attention sur le jour qu’ils jettent sur l’antiquité et le développement historique du commerce de l’Inde. On trouvera dans l’Appendice un rapport spécial de Mr. Burrell sur les « Thés Indiens.”
- Il est impossible, dans une description des industries de l’Inde, de suivre la classification adoptée aux Expositions Universelles Européennes des Arts et de l’Industrie, basée comme elle l’est sur cette large et infranchissable barrière qui doit séparer l’art de l’industrie, lorsque les produits industriels ne sont plus des ouvrages faits par la main de l’homme, mais fabriquer à l’aide de machine. C’est ainsi que le mot même de manufacture est arrivé en Europe, à perdre toute trace de son véritable sens étymologique, et qu’il n’est maintenant employé que pour désigner l’opération par laquelle on convertit, an moyen des machines, les matériaux bruts en articles propres à l’usage de
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- l’homme. La couture elle même se fait maintenant en Europe à la machine. Un travail exécuté de la sorte, et dans lequel l’esprit inventif et l’exécution manuelle d’un habile ouvrier n’ont eu aucune part, doit être classé séparément, et dans cette classification on doit observer les subdivisions les plus minutieuses et les plus compliquées. On ne peut employer les machines et les opérations mécaniques à l’exécution d’une œuvre artistique: il n’y a d’exception que dans le cas d’imitation ou de copie franche et avouée des grandes œuvres d’art, non pas pour la jouissance artistique résultant de ces copies, résultat presque totalement impossible à atteindre ; mais seulement quand on se propose comme but l’instruction artistique à en retirer ; et même dans ce cas, c’est un avantage qu’on n’obtient pas toujours. Les voyages en Italie, la vie et le séjour en Italie, telles sont les conditions essentielles pour l’étude des chefs-d’œuvres artistiques qui sont le plus bel héritage de cette contrée.
- Dans l’Inde, tout, quant à présent du moins, est travaillé à la main, et chaque objet, jusqu’aux jouets des prix les plus modiques et aux vases de terre, est fine œuvre d’art. D’un autre côté, il est impossible de mettre l’art décoratif indien, qui procède d’une tradition morte, bien qu’il soit parfait dans la forme, sur le même rang que les arts vivants et progressifs de l’Europe, où s’affirment la science d’invention et de création du véritable poète, agissant spontanément d’après sa propre inspiration, science qui constitue ce qu’on appelle les Beaux Arts. L’esprit artistique se trouve partout aux Indes à l’état latent: il ne lui manque que la mise en œuvre et l’étincelle de la vie. Il est toujours demeuré assoupi depuis que le génie de l’Aryanisme chez cette nation semble s’être épuisé après avoir produit le Ramayana et le Maha-barata. Mais l’ouvrier indien, depuis le plus humble potier jusqu’au plus arrogant brodeur en bleu, en pourpre et en écarlate (Ex. xxxviii.), est un véritable artiste, bien que rarement il s’élève au-dessus des traditions de son art.
- Il est indispensable aussi de considérer que nous avons dans l’Inde plusieurs variétés distinctes indigènes dans l’art décoratif: nous avons les arts sauvages des tribus primitives de la peninsule de la race touranienne noire et jaune, qu’on ne rencontre plus maintenant que sur les collines, ou dans les parties les plus inaccessibles de la plaine; puis l’art Hindou, qui dérive du contact et du mélange postérieur des émigrants Aryens avec les races touraniennes locales : enfin, il y a cet art qui est résulté de l’influence des arts arabe et persan sur l’Inde, que l’on distingue particulièrement comme un art indien. Malheureusement aussi, maintenant, les collections indiennes, deviennent, à chaque exposition successive de plus en plus encombrées d’articles métis ; résultat de l’influence de la société anglaise, des écoles de missionnaires, des écoles d’art et des expositions internationales sur l’art Indien ; mais, surtout, résultat de l’irrésistible énergie et de la puissance manufacturière des villes de Manchester, Birmingham, Paris, et Vienne. Aucune collection des Indes n’a accusé d’une manière aussi flagrante la grandeur et les progrès de ce mal que l’exposition des présents faits au Prince de Galles.
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- On désirait faire à son Altesse Royale tous les honneurs possibles ; et les chefs et princes indigènes, dédaignant en beaucoup de cas l’art de leur pays, avaient fait exécuter en argent massif des copies littérales des plus nouveaux modèles de Birmingham consistant en théiêres (qui venaient à l’origine de Turquie et de Perse), en presse-papiers, en pièces capitales ; c’étaient, à leurs yeux les plus rares présents qu’ils pussent mettre aux pieds du Prince. Il est heureux qu’ils aient agi ainsi ; car l’évidence palpable du mal permettra d’y apporter remède. Les indigènes ont, il est vrai, le génie de l’imitation très-développé. Nearchus (Strabon, xv., 1, 67), pour donner une preuve de leur habileté dans les œuvres d’art, dit que lorsqu’ils virent les Macédoniens faire usage d’éponges, ils les imitèrent en cousant des cheveux, des fils minces, et des fibres d’une manière inextricable au milieu de flocons de laine, et après que la laine eut été bien tassée et mélangée à ces fils, ils retirèrent les cheveux, les fils et les fibres, et il resta une parfaite éponge, qu’ils teignirent avec de brillantes couleurs. C’est exactement ce que ferait un indigène s’il était inspiré par un sujet heureux. On vit également, parmi les Indiens suivant le camp d’Alexandre, s’improviser rapidement des fabricants de brosses à laver pour le corps, et de vases pour l’huile, dont ils virent les Grecs faire usage.
- Terry dans son “ Voyage aux Indes Orientales,” 1655, écrit ce qui suit en faisant la description du peuple de l’Inde :—« Les « indigènes y font preuve d’un très-grand esprit d’invention dans s‘ leurs curieuses manufactures, comme dans leurs étoffes de soie « qu’ils tissent avec beaucoup d’art, en mélangeant quelques-unes « très-artistement avec l’or ou l’argent, ou les deux ensemble : « ils excellent aussi à faire d’excellentes couvertures piquées, avec « leurs toiles teintes, ou leurs taffetas fraîchement colorés, bordés « de plumes de pintades (imprimés ou teints), ou de leurs satins «é doublés de taffetas entre lesquels ils placent du coton en « laine, et qu’ils travaillent ensemble avec de la soie.........Ils « font également d’excellents tapis avec leur coton en laine, aux « couleurs mélangées : quelques-uns de ces tapis ont trois yards de « large et sont d’une grande étendue. Ils fabriquent encore « d’autres tapis plus riches tout en soie, dont les nuances sont si “ artistement fondues qu’ils donnent une image vivante des fleurs « et des figures qui y sont représentées. Le fond de quelques « autres de leurs plus riches tapis est d’argent ou d’or, sur lesquels “ ils brodent en soie des fleurs et des figures semblables, dans la " perfectiou, et qu’ils disposent dans tout leur ouvrage avec une " méthode parfaite. Ils sont également d’une rare habileté dans 44 la confection des coffres, des boîtes, des malles et des écritoires « de table, qu’ils fouillent et travaillent avec élégance à l’intérieur « comme à l’extérieur, et dans lesquelles ils incrustent des dents « d’éléphants ou de la nacre de perle, de l’ébène, de l’écaille de " tortue, ou des fils de métal. Ils font des coupes exquises et " autres objets en agate ou en cornaline: ils excellent à tailler en " tous sens les pierres, les diamants et autres minéraux. Ils " peignent des barreaux ou bois de lit, des coffres ou boîtes, des
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- “ coupes à fruits et de grands plats avec une extrême netteté; et “ quand ils ne les incrustent pas comme il est dit plus haut, ils “ couvrent le bois, qu’ils ont au préalable élégamment tourné, “ d’une épaisse couche de gomme; puis, ils appliquent là-dessus “ leur peinture faite d’une savante composition d’argent ou d’or « liquide ou de telle autre couleur vive dont ils font usage, et pour « la rendre plus belle encore, ils étendent par-dessus un vernis « très-clair. Ils excellent aussi à enluminer, et copieront les pein-« tures qu’ils voient, avec un talent qui leur donnera l’aspect « de la vie .... On peut dire avec vérité que les habitants de “ cette monarchie sont les meilleurs singes qu’il y ait au monde « en fait d’imitation, et si ingénieux, qu’ils feront sur échantillon “ ce qui sera nouveau pour eux, quelque difficulté apparente qu’il « y ait à surmonter; il n’est donc pas merveilleux de voir les « indigènes de ce pays fabriquer des bottes, des draps, de la toile, « des bandeaux, des parements à la mode anglaise, toutes choses « très-différentes de leurs modes et de leurs habitudes, et qu’ils " réussissent pourtant à fabriquer avec une remarquable précision.”
- Nous encourons donc une grave responsabilité lorsque, de propos délibéré, nous entreprenons de vouloir perfectionner chez ce peuple la pratique de ses arts nationaux ; et jusqu’à présent nos tentatives pour y arriver ont eu des résultats rien moins qu’encourageants. L’industrie des châles de Cachemire a été ruinée par suite de la promptitude avec laquelle les tisserands ont adopté les « modèles de châles perfectionnés ” que les agents français des maisons d’importation parisiennes leur ont mis sous les yeux, et nous verrons maintenant quel a été l’effet des enseignements de nos Écoles d’Art sur les poteries indiennes, les plus belles du monde jusqu’au moment où nous avons commencé à nous en mêler. La grande crainte est de voir les machines devenir d’un usage général aux Indes; nous commençons en Europe à comprendre ce qu’on peut fabriquer au moyen des machines, et ce qui doit être fait par le travail à la main; si l’art entre pour quelque chose dans la question dans l’Inde, grâces à l’action de certaines causes économiques, on peut graduellement introduire les machines pour la manufacture des grandes industries traditionnelles du pays; mais cette révolution demande à être dirigée avec un soin intelligent et éclairé, sans quoi elle précipitera inévitablement l’art décoratif de l’Inde dans la même confusion de principes et d’application pratique de ces principes, qui pendant ces trois générations a été la ruine de l’art décoratif et du goût chez les classes moyennes en Angleterre et dans le Nord-Ouest de l’Europe.
- Nous assumons donc une grande responsibilité quand nous essayons d’intervenir directement dans l’éducation artistique d’un peuple qui possède déjà les traditions d’un art décoratif fondé sur des principes parfaits, que pendant des siècles de pratique, il a appris à appliquer avec une infaillible vérité. Les maux sociaux et moraux qui résultent de l’introduction des machines aux Indes sont plus grands encore. Actuellement les industries de l’Inde continuent à s’exercer dans tout le pays, bien que le tissage soit partout languissant et que la concurrence qu’il fait à
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- Manchester ainsi qu’aux manufactures des Présidences diminue rapidement. Mais dans tous les villages indiens on trouve encore à l’œuvre toutes les industries traditionnelles. À la porte de sa maison l’on voit encore, sur une élévation du sol, le potier héréditaire assis près de,sa roue modelant l’argile qui tourne rapidement en prenant les courbes naturelles que lui imprime sa main; derrière les maisons qui forment des rues basses et irrégulières, deux ou trois métiers sont à l’œuvre, des tisserands tissent en bleu, en écarlate et en or: les métiers fonctionnent sous l’ombrage de quelques acacias, dont les fleurs jaunes tombent à chaque minute sur la trame à mesure qu’elle se tisse. Dans la rue, les chaudronniers façonnent le fer et le cuivre frappant de leurs marteaux les chaudrons et les casseroles ; plus loin encore, sous la verandah de la maison du riche, se tient le bijoutier qui transforme les roupies ou les monnaies d’or en merveilleux bijoux, en pendants d’oreilles d’or et d’argent, en parures aux formes rondes comme la lune, en bracelets, en tablettes, en anneaux pour le nez, en ornements pour les pieds tintant comme des clochettes, prenant modèle sur les fruits et les fleurs qui l’entourent ou sur les formes traditionnelles représentées sur les peintures et les sculptures du grand temple, dont la cime s’élève, par-delà les bosquets de mangues et de palmiers, à l’extrémité de la rue, au-dessus du réservoir du village couvert du lotus au feuillage foncé.
- Il est maintenant deux heures et demie ou quatre heures de l’après-midi, et toute la rue est égayée par les robes des femmes qui descendent pour puiser l’eau au réservoir, portant chacune deux ou trois jarres d’eau sur la tête, allant et revenant à la file: comme coloris, la scène est brillante comme une toile du Titien ; comme forme, on croit voir une des ces imposantes processions des Panathénées représentées sur les frises des temples grecs. Voici qu’il se fait tard; les hommes poussent devant eux les génisses blanches comme le lait; les métiers sont pliés; les chaudronniers sont silencieux ; les anciens forment des groupes devant les portes; les lumières commencent à briller faiblement dans la nuit qui s’avance rapide ; les festins et la musique commencent, et les chants du Ramagan ou du Mahabarata résonnent et se prolongent bien avant dans la nuit ; et le matin suivant, avec le soleil qui se lève, une fois les simples ablutions et les prières terminées, cérémonies qui s’accomplissent en plein air sur le seuil des maisons, les mêmes travaux recommencent pour la journée. Telle est la vie journalière qui se continue dans toute l’Inde Occidentale, dans les communautés ou villages du Deccan, parmi des populations heureuses par suite de leurs manières simples et de leur genre de vie frugale, de leur culture d’esprit inspirée parles grandioses épopées d’une religion dans laquelle ils vivent, se meuvent et puisent leur existence quotidienne, qui représente, dans sa plus haute expression, leur littérature, leurs arts et leur civilisation qui y ont été stéréotypés pendant 2000 ans. Or, tout récemment ces artisans, grâces aux œuvres desquels le monde entier n’a cessé de verser ses lingots pendant
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- trois mille ans aux Indes, et qui, pour les merveilleux tissus et les ouvrages brodés qu’ils ont exécutés, n’ont ni sali les rivières, ni empoisonné l’air, dont une chaine de générations innombrables a développé dans leur dernière perfection l’habileté et l’individualité; ces artisans héréditaires sont, disons-nous, partout ravis à leurs communautés démocratiques et à leurs villages, par centaines et par milliers, pour être entassés dans les colossales manufactures de Bombay, pour travailler sans relâche en troupeaux comme des esclaves à la fabrication des marchandises en pièces, en concurrence avec Manchester, et à la production desquelles ils ne sont pas plus intéressés au point de vue intellectuel et moral que le joueur d’orgue de Barbarie n’est pour quelque chose dans les sons qu’il produit par la rotation de sa manivelle. C’est un travail où, pour soutenir la concurrence commerciale, la malice consiste à maintenir la « proportion ” juste assez au dessous du pourcentage de Manchester pour donner au capitaliste de Bombay le plus grand avantage possible à la fois sur le manufacturier anglais et sur ses clients de la localité; un travail de cette nature détruit nécessairement chez l’homme toute individualité et tout respect de lui-même. Mon but n’est pas de déprécier les fonctions spéciales des machines dans la civilisation moderne : mais les machines doivent être les esclaves, et jamais les maîtres de l’homme. La mécanique ne peut être le serviteur de la beauté et du plaisir dans la vie: elle ne peut être que l’esclave de son travail et de sa peine. Elle devrait être rigoureusement maintenue à sa place aux Indes comme en Angleterre ; lorsqu’on Angleterre, la culture du goût et la force de l’opinion ne permettront plus que les machines empiètent sur le domaine " des arts et manufactures,” comme l’on dit à présent par suite d’une contradiction dans les termes, domaine qui appartient exclusivement à l’intelligence exercée et à la main habile d’ouviers particuliers, la richesse se répartira d’une manière plus égale parmi la société anglaise, et les classes laborieuses, par suite de l’influence d’un travail journalier qui les relevera à leurs yeux, et du respect croissant qu’inspireront leurs talents, leur habileté et leur culture, s’élèveront en même temps dans l’échelle sociale, entraînant dans ce mouvement tout le pays jusqu’aux classes les plus élevées; et l’Europe apprendra à goûter un peu de cette satisfaction infinie et de ce bonheur de la vie qui se rencontre partout dans l’Orient païen, comme on le rencontrait autrefois chez les païens de la Grèce et de Rome.
- Vaisselle d’Or et d’Argent.
- Parmi les présents offerts au Prince de Galles, les premiers objets qui frapperont les yeux du visiteur en entrant dans la Section des Indes, sont les caisses de vaisselle d’or et d’argent. Il y a un service d’argent doré, servant à mettre les feuilles de betel et les parfums (pan et atar), venant de Mysore, qu’on peut bien donner comme modèle du travail Hindou pur ; les jarres (sarai) artistement ciselées et les aspersoirs pour eau de rose en or vermeil
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- sont des modèles presque parfaits du travail exquis des joailliers de Cashmere et de Lucknow ; les travaux de Cachemire se distinguent par l’introduction, dans la ciselure, du cône représenté sur les dessins des châles. Cet or vermeil ne se voit aussi que dans les articles faits à Cashmere et à Burmese. Partout ailleurs, dans l’Inde, il revêt une couleur jaune foncé, excepté dans le Scinde où les joailliers lui donnent souvent une teinte brun-olive fort originale et très-artistique. Mais à côté de ces vases élégants et gracieux d’argent et d’or, on trouve quelques unes des preuves les plus éclatantes de l’abâtardissement de l’art hindou et indien sous l’influence européenne, qui se fait sentir sur toute la collection. Il y a deux bassins d’or et un service à thé, qui sont de pures copies des plus mauvais modèles de Birmingham, et une paire de cornes de bison montées, monstrueux exemple de la tentative de combinaison des dessins indiens avec ceux de l’Europe dans l’art décoratif. Dans un service à thé de Madras, les armes du Prince de Galles et les Armes Royales d’Angleterre sont mélangées non pas sous leurs formes héraldiques, mais sous leurs formes naturelles, avec le travail strictement conventionnel de cette Présidence, dans lequel l’ornementation consiste en figures des dieux Hindous en haut relief, soit au repoussé, soit en fixant les figures, par la soudure, ou en les assujettissant au moyen d’écrous. Les Grecs donnaient le nom de ropevtik) à l’art qui consistait à travailler les métaux en relief; et les artistes romains désignaient sous le nom de crustarii ce genre de travaux, du mot Crustæ, ou petits ornements en relief, avec lesquels ils incrustaient leurs admirables productions, tandis que les figures en relief de plus grande dimension s’appelaient emblemata, et se trouvaient fixés sur la pièce, de manière à pouvoir les enlever à volonté, comme on peut le faire avec ces figurines en relief de grande dimension faites à Madras. On ne saurait rien imaginer d’un goût plus détestable que le plateau, la théière, le sucrier et le pot au lait qui font partie de ce service à thé de Madras. Les tasses et les soucoupes ne sont peut-être pas sujettes à critique, tandis que les cuillers, qui ont un eara-tère hindou, sont décidément gracieuses. Le service à dessert en argent de la même province est si élégant comme dessin, et si fini comme travail que l’on n’aperçoit pas le moindre désaccord dans l’application de l’ornementation indigène aux formes européennes. Les ouvrages en argent repoussé martelé de Cutch, Lucknow et Dacca sont tous d’origine étrangère ; les premiers sont Hollandais, les autres d’origine Sarrasine et Italienne ; mais ils sont presque toujours bons, comme le sont presque tous les modèles de la collection du Prince de Galles. On doit pourtant en excepter la pièce capitale de l’ouvrage de Cutch (hollandaise). Elle représente un ananas de convention, dont le corps recèle une bouteille à liqueur; le sommet est taillé pour contenir des fleurs, et quatre griffons supportent le tout. C’est une pièce bizarre, probablement d’origine italienne, par transmission hollandaise, mais naturalisée absolument indienne, et le dessin est bien le véritable dessin d’un artiste hindou, bien qu’il ne soit bon ni comme forme ni comme décoration. Il y a un vase doré d’Hyderabad,
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- dans le Deccan, qui donne une idée des ouvrages percés à jour qui se fabriquent dans les états du Nizam ; c’est l'opus interrasile des Romains. La forme est indienne, mais elle n’est pas heureuse ; c’est une combinaison imparfaite des formes hindoue et sarrasine. Un très remarquable modèle de ce grand travail a été exposé, il y a quelques années, par Sir Seymour Fitzgerald dans la Section indienne de l’Exposition Internationale annuelle de South Ken-singtou.
- Il y a trois caisses entièrement remplies des ouvrages ciselés et dorés de Cachemire. Les formes délicates de ces ouvrages et leurs réseaux exquis taillés dans la dorure jusqu’à laisser voir à nu le blanc de l’argent par derrière, adoucissant ainsi l’éclat de l’or au point de lui donner le rayonnement de la perle, prêtent un très-charmant aspect à ces fins et gracieux ouvrages. C’est un art importé par les Mogols, mais qui a subi l’influence de la vallée de Cachemire sur tous les autres Orientaux pour la perfection des détails décoratifs d’un dessin pur, soit dans les ouvrages en métal martelés, soit dans les émaillures, ou le tissage. L’architecture caractéristique de la vallée de Cachemire a également subi, dans une large mesure l’influence des arts Mogols de Cachemire, comme l’architecture de Madras a développé les arts locaux de cette Présidence. Le joaillier indien a quelquefois à exécuter son travail sur la plus grande échelle, travail qui rappelle les ouvrages en or exécutés pour le Temple et le Palais de Salomon. Lorsqu’un Hindou doit subir une purification, il y a un rite qui consiste à marcher lentement à travers le Yoni, symbole mystique du pouvoir féminin. Cette opération s’accomplit quelquefois en s’asseyant pour un moment sur le siège que forme un arbre ayant une ressemblance avec l’Yoni sacré. Quelquefois, le siège forme une véritable matrice, et peut même pénétrer le tronc de l’arbre, où le pénitent Hindou peut entrer et d’où il ressort, ou, ce qui est plus méritoire, il passe droit à travers l’arbre en signe de régénél’ation. Je vis une fois une suite interminable de pèlerins Hindous qui s’étaient régénérés de cette façon, sautant à travers le tronc d’un grand arbre avec tant de rapidité que je ne pus les compter : ils ressemblaient plutôt à des personnes “ se divertissant aux jeux de Mai” qu’à des pélerins se préparant à accomplir un rite purificatoire. Mais lorsque les deux Brahimes, Ragunatha Rao (Rasoba) et le Mahratta Peishwa furent envoyés en Angleterre en 1780, revenus aux Indes, ils furent contraints de passer à travers un Yoni fait de l’or le plus pur, avant de pouvoir être réadmis dans leur caste. Ragoba lui-même, après sa défaite et son expulsion de sa capitale, se fit faire une vache d’or, et passa à travers, dans l’espoir d’améliorer sa fortune. Environ vers la même époque, le roi de Travancore, désireux de faire amende honorable pour tout le sang qu’il avait versé dans ses guerres, se laissa persuader par les Brahmines qu’il était nécessaire qu’il fût régénéré : on confectionna en conséquence une vache d’or d’une immense valeur à travers laquelle le roi passa, après y être demeuré un certain temps, et en sortit régénéré et libéré de tous les crimes de sa vie antérieure.
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- OUVRAGES EN MÉTAL D'AIRAIN, DE CUIVRE ET D'ÉTAIN.
- Dans toute l’Inde on fabrique des vases d’airain et de cuivre, des plats et des bols, lotas, des chandeliers, des images des dieux, et autres emblèmes mythologiques, des cuillers pour les sacrifices, des encensoirs, des cloches pour les temples et autres ustensiles sacrés et domestiques; et les modèles sont toujours les mêmes que ceux que nous voyons représentés sur les plus anciennes sculptures et les peintures. La lota est le bol sphérique, au col bas et étroit, qui est d’un usage universel dans les ablutions des cérémonies et autres, et son nom est le même que celui du lotus, le lis d’eau, et le mot Latin lotus—lavé, et l’Anglais lotion, action de laver. On le trouve uni et ciselé, ou taillé, ou incrusté, et affec-tant la forme du melon. On fabrique de très-beaux ouvrages en cuivre à Ahmednugger et Ahmedabad dans l’Inde occidentale ainsi qu’à Bénarès dans l’Inde septentrionale ; mais ceux de Madura Tanjore dans la Province de Madras sont supérieurs à tous les autres; avec leurs formes hardies et leurs ornementations laborieusement fouillées, ils rappellent la description donnée par Homère du travail de Sidon dans les bols d’un travail antique. Les uns sont 'simplement gravés à l’eau forte, les autres sont profondément fouillés, et représentent les uns et et les autres des dessins mythologiques; d’autres sont diaprés tout à l’extérieur d’une sorte de feuilles de vigne, soit en airain ou en cuivre, soit en argent ou en cuivre, même dans les sculptures assyriennes, ce qui produit un effet souvent imposant et grandiose. Castellani possède le plus beau spécimen qui se soit jamais vu d’argent incrusté sur cuivre brun couleur de la cire. Dans la collection du Prince de Galles se trouvent plusieurs petits lotas de Tanjore et Madura, mais il n’y en a pas qui soient d’une supériorité parfaite. Le plus curieux de tous les lotas indiens se voit au Musée Indien: il date d’environ 200-300 après J.C., et a été découvert en 1857 par le Major Hay à Soondlah, province de Kulu, où un éboulement de terre mit à nu une ancienne cellule Bouddhiste, dans laquelle ce lota, gisait au milieu d’autres, enterré depuis 1500 ans. Il est exactement de la même forme que ceux qu’on fait à présent, et sa ciselure circulaire représente Bouddha en Prince Siddhartha avant sa conversion, se rendant à une grande procession. Il est précédé d’un fonctionnaire de l’Etat, monté sur un éléphant ; les ménestrels, deux jeunes filles, l’une jouant de la flûte, et l’autre, du bin, ferment la marche ; au milieu est le Prince Siddhartha, dans son char traîné par quatre chevaux qui se cabrent, et gardé par deux cavaliers qui se tiennent derrière ; tout cela respire un air de fête où se peignent l’orgueil délicat et la satisfaction que donnent les plaisirs passagers du moment, traits qui caractérisent encore les Hindous à notre époque, comme si la vie n’était vraiment que—
- " Musique, comme le luth d’Apollon, et une suite sans fin de plaisirs exquis, où l’on ne connaît pas l’amère satiété.”
- Bénarès est la première ville de l’Inde pour la quantité et la perfection de ses formes sculptées représentant des images mythologiques et des emblêmes, non seulement en airain et en cuivre,
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- mais aussi en or et en argent, en ivoire et en bois qu’il est plus juste de considérer comme sculptures, sous la rubrique " Ivoire et Bois Sculptés ; ” mais, il y a dans la collection du Prince de Galles huit petites figures de cuivre, de Vizagapatam, qui, pour l’habileté du modèle, la perfection du fini, et un certain air irrésistible de grotesque dans l’expression, sont les plus belles qu’on ait jamais vues. On dirait en les voyant que l’artiste s’est inspiré d’une étude des illustrations de Don Quichotte par Gustave Doré. Les cloches des temples indiens sont bien connues pour la profondeur et la pureté de leurs notes. Outre l’airain ordinaire, on emploie dans l’Inde une variété de ce métal semblable à ce que les anciens appelaient tes candidum, où il entre un alliage d’argent, et un métal plus rare encore, semblable à l'æs Corinthium des anciens, où il entre un mélange d’or. Les bronzes foncés de l’Inde ne sont pas du véritable bronze, qui se compose de cuivre et d’étain ; ils sont en cuivre pur de tout alliage. À Meradabad, dans les Provinces du Nord-ouest, l’étain est soudé sur le cuivre : puis, on y fait des incisions qui pénétrent jusqu’au cuivre en forme de dessins de fleurs, qui sont quelquefois marqués simplement par la ligne jaune du cuivre, ou d’autres fois, qui sont formés en remplissant les interstices creux d’une composition, noire, à peu près à la manière des ouvrages niellés. On voit quelquefois des ouvrages analogues, venant de Cachemire, dans le style des dessins pour châles ; et le Comte de Northbrook expose en deux ou trois plats, une variété de ces ouvrages, que je n’ai jamais vue précédemment. C’est d’un travail fort attrayant et délicat, et l’on dirait une pièce de Chantilly jetée sur un plateau d’argent.
- Ouvrages DAMASQUINÉS.
- La damasquinerie est l’art d’incruster un métal dans un autre, non pas en crustæ, qui sont soudées ou fixées sur la surface du métal sur lequel elles sont appliquées, mais bien sous forme de fils qui, martelés et rivés par dessous, ne font qu’un avec le métal qu’on veut orner. En pratique, le damasquinage se borne à incruster des fils d’or, d’argent quelquefois, sur la surface du fer, de l’acier ou du bronze. Ce système d’ornementation est particulier à l’Orient, et tire son nom de Damas, ou les anciens joailliers lui firent atteindre la dernière perfection. Cet art se pratique maintenant avec le plus grand succès en Perse, et par Zuluoga, en Espagne. Dans l’Inde, on damasquine en or à Cachemire, à Guzerat et à Sealcote dans le Punjab, ainsi que dans les états du Nizam; ces ouvrages le nomment Kuft, et ce damasquinage en argent s’appelle bidiri de Beder, dans les états du Nizam, où ce produit se fabrique principalement. On trouve à bon marché des ouvrages Kuft qui se fabriquent par la simple application d’une feuille d’or sur la plaque d’acier sur laquelle le dessin a été gravé au préalable; on fait facilement adhérer la feuille d’or au dessin,puis on l’enlève du reste de la surface. À l’exception des armes, auxquelles nous consacrerons une notice spéciale, il y a très-peu d’ouvrages Kuft dans la collection du Prince de Galles. Dans l’unique modèle que renferme cette collection, l’ornement simulant une fougère, signe caractéristique des ouvrages de Sealcote et
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- Gujerat, est appliqué sur une sorte d’emblème maçonnique, avec une boule au sommet et les mots “ Fidélité,” 11 Loyauté” libellés en haut et en bas, en lettres anglaises modernes. Assurément la rage du Philistinisme britannique en fait d’art ne peut être poussée plus loin. Et pourtant les articles en bidiri, ouvrages artistiques qui sont après les émaux, les plus perfectionnés aux Indes, sont d’un goût plus détestable encore, car se sont des copies, en fer, des vases d’albâtre italiens du style fleuri le plus commun couvertes de dessins de fleurs en argent massif dans le goût italien. Le plus mauvais exemple de ce style sont une cuvette et un pot à eau copiés sur un modèle d’articles du Staffordshire. Dans les bidiri, le fond du métal est un amalgame de cuivre, de plomb et d’étain, que l’on passe au noir en le plongeant dans une solution de sel d’ammoniaque, de salpêtre, de sel et de vitriol bleu.
- EMAUX.
- L’émail est la première des industries artistiques du monde, et les émaux de Jeypore ont le pas sur tous les autres, et sont d’une perfection sans égale. Il y a trois formes adoptées pour les émaux.
- Dans la première, l’émail est simplement appliqué sur le métal, comme on applique la peinture sur la toile; dans la seconde, les émaux transparents sont étendus sur’ un dessin gravé à l’eau forte, ou martelé au repoussé. Ces deux méthodes sont relativement modernes. Le troisième mode d’émail par incrustation est très-ancien ; il est connu sous deux noms différents: il y a la cloisonnée, méthode d’après laquelle le dessin est maintenu au relief à la surface du métal au moyen de bandes de métal ou de fils qui y sont attachés, et le champlevé, d’après lequel le dessin est taillé à même le métal. Dans ces deux variétés d’émaux, le dessin -est rempli avec l’émail. Dans l’émail véritable, quel que soit le mode adopté, la matière vitreuse colorante doit être répandue en fusion sur le métal. Il y a pourtant un quatrième forme d’émail, que pratiquent les Japonais. Ils peignent le dessin d’une manière grossière, suivant la première méthode, puis, ils en tracent les contours avec des bandes de cuivre ou d’or, pour imiter les véritables émaux en cloisonné. Les émaux de Jeypore sont en champlevé. Une large assiette, au centre de la vitrine, est le plus large spécimen de ce genre qui ait jamais été fait. La fabrication de cette pièce a coûté quatre années à faire et est en elle-même un monument de l’art des émailleurs indiens. Près de là se trouvent une tasse et une soucoupe magnifiques avec couvercles semblables au modèle de Lady Mayo. Le cuilleron de la cuiller appartenant à la tasse de Lady Mayo, était taillé dans une émerande massive, et, comme toutes les cuillers hindoues servant aux sacrifices, d’après lesquelles elle était dessinée, le cuilleron était dans le même plan que le manche. C’est parfait comme dessin et comme fini, et c’est assurément le plus précieux joyau qui existe en fait de cuiller.
- Un autre modèle exquis des émaux de Jeypore est une petite
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- boîte à parfum, ou atardan, quelque chose comme une boîte en marqueterie, avec un couvercle en forme de cône, appartenant à Mr. W. Anderson, et qui se trouve au Museum de South Kensing-ton ; Krishna y est représenté, dans un bosquet, entouré de vaches et de veaux, de bergères et d’oiseaux dans les branches des arbres ; le dessin court tout autour de la boîte, et sur le couvercle à fond vert, Krishna figure se divertissant avec les bergères. Cette boîte était surmontée d’un diamant jaune, s’harmonisant parfaitement avec les couleurs, verte et blanche, bleue, orange et écarlate de l’émail, que le propriétaire a remplacé par un diamant très-brillant, de la plus pure eau, mais sans la moindre harmonie avec le reste. Parmi les émaux du Prince de Galles, la pièce la plus délicate qui se remarque dans la vitrine, est un encrier indigène, Kulumdan, taillé en forme de gondole indienne. La poupe affecte la forme d’un paon, dont la queue tombe en éventail à une demi longueur du bateau, l’éclairant des reflets bleus et verts de l’émail, plus brillant même que les couleurs naturelles de la queue d’un paon. La calotte qui recouvre la bouteille d’encre est colorée d’un émail vert, bleu, rubis, et corail rouge. C’est l’éclat de leurs couleurs vertes, bleues et rouges qui, étendues sur l’or pur, constitue l’extrême supériorité et la beauté des émaux de Jeypore. Paris lui-même ne peut rivaliser pour la peinture sur or, avec les rouges de rubis et de corail, le vert d’émeraude, les bleus de turquoise et de saphir de Jeypore, de Lapore et de Bénarès. Dans la cuiller de Lady Mayo, l’émail vert foncé est aussi brillant et aussi transparent que l’émeraude qui forme le cuilleron. Tout près de la gondole se trouvent quelques modèles remarquables des vieux émaux de Jeypore. Les extrémités de la queue du yak,* les manches de cravaches en bois de sandal et en ivoire, et les extrémités de la queue du paon qui, de même que la queue du yak, est, dans tout l’Orient, le symbole de la royauté, sont de magnifiques exemples de la première des industries artistiques de l’Inde, et sont de véritables trésors royaux. Cet art se pratique partout aux Indes, mais nulle part avec la même perfection qu’à Jeypore. C’est probablement un art touranien. Il fut introduit en Chine, suivant les Chinois, par les Yenchi, et fut importé d’aussi bonne heure, si ce n’est plus anciennement encore, dans les Indes. D’Assyrie il passa probablement en Egypte, et en Europe par les Phéniciens. Parmi les présents offerts au Prince de Galles, -il y a plusieurs spécimens des charmants émaux de Cachemire, dans lesquels l’ornementation habituelle des dessins de châles est remplie avec du bleu turquoise. Quelquefois on mélange avec le bleu, du vert sombre, qui s’harmonisent admirablement avec l’or et produisent un effet artistique des plus sévères. Feu Sir Digby Wyatt possédait un gobelet d’une remarquable beauté dans ce style d’émaux de Cachemire. À Bertabghur, dans le Bengale, on fabrique des breloques extrêmement curieuses et brillantes en faisant fondre sur l’or une épaisse couche d’émail, et pendant que l’émail est encore chaud, on le couvre d’un réseau d’or mince coupé exactement en formes d’éléphants, de tigres, de paons, de
- * Sorte de bœuf de l’Asie Centrale.
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- pigeons, de perroquets, d’arbres, de rouleaux fleuronnés, qui sont, après coup, gravés au burin, de manière à représenter la partie la plus délicate des fleurs et du feuillage des arbres, ainsi que le plumage et les autres détails des oiseaux et des animaux. On fait de beaux bracelets de verre, ou bangles, à Rampus, près Meerut, ainsi qu’à Bellary et Mysore, dans la Présidence de Madras.
- Armes.
- L’intérêt culminant des présents faits au Prince de Galles se trouve dans les armes. Pour la variété, l’étendue, la splendeur, et la valeur ethnologique et artistique, on n’a jamais précédemment réuni une pareille collection d’armes indiennes, pas même dans le pays lui-même, et elle défie positivement toute description. 11 n’est pas d’individu si pauvre qui n’ait été en situation de faire présent au Prince d’un arc et d’une flèche, ou d’une lance, ou d’une épée, ou d’une hache d’armes; et en fait, quiconque a été présenté au Prince lui adonné une arme quelconque. Il en résulte que cette collection représente l’art de l’armurier, depuis les lances grossières des îles Nicobar jusqu’aux riches épées et boucliers, poignards et fusils à mèche, damasquinés, sculptés et enrichis de pierreries qui se font à Cachemire, Lahore, Gujerat, Cutch, Hyderabad, Singa-pore et Ceylan. On fait aussi de bonnes armes à Moonghyr, au Bengale, à Kuduru, Riga, et Viziavagram, dans la Présidence de Madras. L’acier indien était célèbre dès la plus haute antiquité, et les lames de Damas, qui maintinrent leur supériorité, même après que les lames de Tolède furent devenues célèbres, étaient par le fait en fer indien. Ctesias fait mention de deux admirables lames indiennes qui lui furent données en présent par le Roi de Perse et sa Mère. L’Ondanique des “ Voyages de Marco Polo ” se rapporte dans l’origine, comme l’a montré Col. Yule, à l’acier indien, le mot étant une corruption du persan Hindwainy, c'est-à-dire, " acier indien.” Le même mot a fait son chemin jusqu’en Espagne, sons le nom de Alhinde et Alfinde, d’abord avec la signification d’acier, puis de miroir d’acier, et finalement, de feuille de métal ou étain de glace. L’Ordanique de Herman, dont Marco Polo fait mention, tirait son nom de sa perfection relative, et les épées de Herman furent ensuite extrêmement recherchées, aux XVème et XVIème siècles, par les Turcs, qui les payaient for cher. Nous avons vu qu’Arrien fait mention de l’acier indien, clôhpoç ‘Ivdikos, comme d’un produit importé dans les ports de l’Abyssinie, et Solmasius rapporte que, parmi les traités Grecs qui subsistent, il s’en trouvait un tepl saphs IvÔikoï ciôhpcv « sur la trempe de l’acier indien.”
- À vingt milles à l’est de Nirmul, et à quelques milles au sud des Collines Shesha, on rencontre un produit appelé horn-blende, ou schiste, d’où l’on obtient encore le fer magnétique, que l’on emploie depuis des siècles dans la fabrication de l’acier de Damas, et dont les Perses font usage pour leurs lames d’épées. Les mines de Deindoortie sur le Godavery étaient aussi une autre source d’où l’on tirait l’acier de Damas, les mines étant ici de simples trous creusés dans le granit mince du sol, d’où l’on détache le minerai au moyen de petits leviers en fer. Le minerai
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- de fer est encore une fois séparé de la matière granitique ou quartz au moyen du lavage; et le sable qu’on obtient ainsi est encore manufacturé en acier de Damas à Kona Sumoondrum près Deemdootrie. Ce sable est fondu avec du charbon de bois sans aucun flux, et on l’obtient de suite à l’état de dureté et de malléabilité parfaites, et supérieur comme qualité à tous les fers anglais et aux meilleurs fers suédois. Les marchands persans (Armémiens) qui, à l’époque de Voysey, visitaient encore les hauts fourneaux de Kona Sumoondrum, lui racontèrent qu’en Perse, on avait en vain tenté d’imiter l’acier qu’on y fabriquait. Dans la fabrication de l’acier de qualité supérieure il entre 750/0 de minerai de Sumoondrum, et 25°/0 de minerai d’Indore, qui est un peroxyde de fer.
- L’objet le plus frappant parmi les armes du Prince de Galles est une armure complète faite d’écailles de corne provenant du tatou indien, et ornée d’or, de turquoises et de grenats incrustés. Il y a une autre armure complète splendide en maillons de Cashemere, d’un travail presque aussi beau qu’un ouvrage de dentelle. Le style est essentiellement persan et circassien : il est identique à celui des armures qu’on portait en Europe au 13ème siècle. Le casque damasquiné -est surmonté d’un plumet de perles. Il y a beaucoup d’autres armures complètes avec des plastrons damasquinés, des gantelets de fer et des jambières, qui vous reportent par la pensée aux temps des Croisades, et aux histoires légendaires de la Perse moderne. Parmi les lames d’épées, les unes sont merveilleusement moirées, les autres, représentent des scènes de chasse sculptées en demi relief ; d’autres ont des formes étranges, dentelées comme des scies, et flamboyantes, bien qu’aucune ne dame le pion aux haches d’arme des Sowrahs et des Khonds pour l’apparence du cruel mêlé au grotesque. Il y a les Kukri de Toorkhas, les Adyakathi des Mophlas, le tiga des tribus sauvages de l’Inde centrale, et les couteaux en usage dans les sacrifices de Meeriah. Nous avons également ici la grande épée du Sultan-Shah Mahmood Chand, qui date de 1707, et l’épée (No. 1439) du fameux Polygar Catabomma Naik, qui battit les Anglais au commencement du présent siècle, et enfin, la plus intéressante de toutes, qui est l’épée di Sivagi (No. 74), le fondateur de la domination Mahratte aux Indes. La valeur politique de ce présent est tout simplement incalculable. C’était un héritage national et de famille dont seul, un sentiment inspiré par la loyauté la plus profonde pouvait engager les descendants de Sivagi à se dessaisir, et qui a été religieusement conservé à Kholapur pendant les 200 dernières années par la branche cadette de la famille Bhinola comme une relique presque sacrée. Ces marques d’espérances et d’aspirations cachés chez des familles autrefois souveraines, ces marques de désespoir propres à la nature humaine, se sont littéralement fondues en un transport spontané de loyauté, sur l’acceptation de ce présent par le Prince de Galles ; et l’abandon de ces prétentions peut s’interprêter comme un signe que la population et les princes de l’Inde commencent à oublier les regrets superflus du passé ; c’est une preuve que, sensibles aux bienfaits actuels d’un
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- gouvernement civilisé, ils désirent concentrer leurs espérances d’avenir dans la bonne foi, la sagesse et la puissance du Gouvernement britannique.
- Dans l’une des vitrines centrales, on remarque le canon d’un magnifique fusil à méche splendidement damasquiné en or, avec une sorte de dessin de fleurs de pavot, les têtes des fleurs s’abaissant l’une au-dessus de l’autre de toute la longueur du canon. C’est le plus beau modèle de damasquinage de toute la collection du Prince. Tout près se trouve un fusil à mèche persan, dont la crosse est sculptée en ivoire sur un fond brun-chocolat, et représente des scènes de la vie des animaux sauvages, chaque groupe est un véritable camée. Les armes les plus riches resplendissent d’or, d’émaux et de pierres précieuses, et sont généralement de pur dessin indien. Il n’y a à la vérité que peu de place laissée à la l’envahissement du dessin européen dans les armes Orientales. Il y a cependant plusieurs épées et poignards de dessin indigène qui ont été montés par des ouvriers anglais, et l’effet qui en résulte n’est pas moins déplorable que lorsque des ouvriers indigènes purs imitent à la lettre les dessins européens.
- Le caractère mécanique des manufactures européennes exige dans l’ensemble un fini mécanique, tout-à-fait déplacé dans les compositions hardies et de libre allure des ouvrages supérieurs artistiques du pays, dans lesquels le fini est rigoureusement subordonné à l’usage pratique et à l’effet artistique, et si le goût du fini mécanique devient prédominant, graces à la propagation des idées de la classe moyenne anglaise, parmi les princes et les chefs de l’Inde, les œuvres indiennes telles que les armes et la joaillerie deviendront bientôt des industries du passé. La splendeur des armes et de la bijouterie Indiennes est due à la prodigalité avec laquelle ils font emploi des diamants, des rubis, des émeraudes, et autres pierres brillantes et colorées. Mais comme leur travail est en réalité manuel et pousse spontanément sous leurs doigts, comme une fleur qui croît, les bijoutiers indigènes peuvent employer pour ces travaux des pierres sans la moindre valeur, de simples morceaux et fragments de diamants, quelquefois si minces qu’ils pourraient flotter sur l’eau, ou des rubis et émeraudes fendues, qui n’ont aucune valeur comme pierres précieuses, qui n’ont de prix que comme réunion barbare de couleurs. Le joaillier européen ne peut employer pour les ouvrages faits à la machine que les pierres les plus coûteuses, d’un poli et d’un éclat de la dernière perfection, et beaucoup trop précieuses pour être employées autrement que pour l’effet qu’elles produisent et leur valeur intrinsèque, il serait impossible de les employer simplement, comme aux Indes, pour rehausser l’effet décoratif général. La collection du Prince de Galles offre des exemples d’ouvrages en or exquis, dont le dessin est purement indigène, mais dont l’exécution est due à des ouvriers anglais ; or, la perfection mécanique de leur travail les a forcés à faire usage de diamants à rosettes et de brillants, mais d’une manière si parcimonieuse que tout l’effet est manqué comme éclat. Par contre, lorsqu’on a fait emploi de pierres indiennes sans valeur dans des ouvrages en or de fabrication mécanique anglaise, l’effet est plat et médiocre au-delà de toute expression. Il en résulte donc
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- que si la bijouterie indienne assumait un caractère mécanique et anti-artistique, ce genre d’ouvrages cesserait du coup, d’être considéré comme un art ettomberait au niveau des colifichets communs et extravagants qui se voient en Angleterre.
- On verra que les haches d’armes dont se servent les tribus sauvages sont identiques, comme forme, à celles qu’on découvre parmi les vestiges humains de l’époque préhistorique en Europe; peut-être, parce qu’on a pris instinctivement pour modèle les dents des animaux carnivores. On ne peut non plus laisser passer, sans la signaler, l’analogie frappante de formes des armes persanes et arabes, et des 'armes indiennes où se trahit l’influence persane et arabe, avec les armes qu’on voit représentées sur les sculptures assyriennes et babyloniennes; l’analogie est la même avec les peintures hiéroglyphiques d’Egypte, telles qu’elles sont figurées dans les « Anciennes Monarchies ” de Rawlinson et les « Anciens Égyptiens " de Wilkinson. Cette particularité se remarque spécialement dans les manches des poignards affectant la forme du violon. On remarquera que les armes arabes se distinguent aussi pour la beauté du filigrane et l’absence de pierres précieuses ; les armes persanes, pour la splendeur de leur damasquinage, de leurs émaux, de leurs sculptures, et aussi la rareté des pierres précieuses : car les Perses ne font généralement usage que de turquoises et de perles, excepté pour la décoration du jade. Le signe caractéristique des armes indiennes est au contraire dans les hauts reliefs en or repoussé et artistement travaillé ; dans la profusion des pierres précieuses dont ils ornent ces armes. Le défaut particulier à l’art Indien, et surtout à l’art hindou est de tomber dans cet excès et de faire abus des détails décoratifs. La prérogative exclusive de l’art grec est d’enfanter le beau sans employer les ornements.
- BIJOUTERIE.
- Le style de la bijouterie indienne offre plus de variété encore que les armes. M. FitzGerald avait envoyé à l’Exposition Internationale Annuelle de 1872 une collection de parures de gazon que portent les tribus sauvages des Thakurs et des Katkaris de Matheran et des Ghâtes occidentales de Bombay : elles avaient été faites par le Dr. T. Y. Smith, l’éminent chef de gare de la Station de Hill ; à côté de ces colliers, de ces bracelets, de ces anneaux et ceintures en gazon, on voyait aussi exposés des bijoux en or faits en épais fils d’or tressés en ceintures, bracelets, anneaux, colliers, qui se portent partout aux Indes; ces bijoux d’or sont exactement les mêmes, comme travail, que les parures de gazon de Matheran, et les colliers d’or sont identiquement de même forme que les " torques ” portés par les Gaulois (de torqueo, je tresse) ; c’est de là que la famille patricienne de Rome des Torquatus tira son nom, en souvenir de la gloire immortelle que Manlius avait conquise, l’an 361 environ avant J.C., en tuant de sa main un Gaulois de gigantesque stature, dontil avait dépouillé le cadavre de son collier pour se le passer autour du cou. Ces colliers d’or sont identiques, comme genre, à ceux qui sont façonnés avec des herbes coupées et tressées ; ils rappellent également ce genre de colliers primitifs, particuliers à Burmese, qui sont formés de bandes d’or d’un rouge
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- vermeil reliées ensemble : ces bandes sont suspendues à une chaîne qui entoure le cou, et viennent retomber par-devant, semblables à un voile d’or. Souvent les détails présentent diverses modifications ; l’or est façonné en forme de fleurs, ou bien il est remplacé par des enfilades de perles et de pierres précieuses, de manière à faire perdre toute trace d’origine. À côté de la collection de M. Fitz-Gerald, j’avais exposé la " feuille de figuier,” que portent les femmes dans les parties les plus sauvages de l’Inde, et qui, en beaucoup d’endroits, est leur unique vêtement. La première que l’on voyait était la " feuille de figuier ” véritable, la feuille du figuier sacré, ou pipul, Ficus (et Urostigma religiosa) ; à côté, se trouvait la copie littérale en argent, puis des formes plus ou moins conventionnelles; mais elles conservaient toutes le dessin de la feuille en forme de cœur : dans ces feuilles d’argent de convention, l’ornementation de la surface représente en général l’arbre nommépipul, “ l’Arbre de Vie” du Paradis Hindou, qu’on place sur le Mont Meru. Ces feuilles d’argent sont quelquefois suspendues à la ceinture, comme la véritable feuille, au moyen d’un simple fil, ou, généralement, par une guirlande d’argent tressé, avec une tête de serpent par-devant au point d’attache: cette parure a probablement donné naissance aux bracelets des bijoutiers européens, qui représentent un cœur et un serpent. En Algérie les jeunes filles portent aussi une parure d’argent en forme de feuille, jusqu’à l’âge où un vêtement plus compliqué est de rigueur, et cet ornement est l’emblême de la virginité sur toute la côte de Barbarie (Berbères).
- Les bijoutiers de l’Inde emploient communément comme modèle de colliers et d’épingles à cheveux la fleur du champaca (Michelia Champaca}, ainsi que les fleurs du babul (Acacia arabica) et du seventi, de l’espèce de Chrysanthême, dont le nom a été vulgarisé en Angleterre par les récits intitulés " Brave Seventi Bhai,” “ The Daisy Lady,” dans l’ouvrage de Miss Frere appelé " Old Deccan Days ": ils se servent encore comme modèle du fruit de l'aonla [Phyllanthus emblical ; de l'ambgul (Elœagnus kologa) et du Mango, ou amb (Mangifera indica). Le pendant d’oreilles en forme de cloche, garni de clochettes à l’intérieur, est copié sur la fleur du lotus sacré; les boucles d’oreilles de forme conique qui se font a Cachemire avec de l’or rouge vermeil représentent le bourgeon florifère du lotus. L’usage de ces fleurs chez les joailliers de l’Inde ne date peut-être pas de l’époque préhistorique; mais la tradition s’en est perpétuée de temps immémorial. Le lotus qui se confond souvent avec le seventi se remarque partout comme fleur décorative aux Indes, en Chine et au Japon, de même que sur les sculptures assyriennes et babyloniennes.
- Un modèle de bijoux probablement aussi primitif que les filigranes d’or tresses, de fabrication indienne, c’est ce genre de joyaux en or tailladé qui se porte également partout aux Indes: c’est un art que les villes d’Ahmedabad et de Surat, dans l’Inde occidentale, ont porté à sa plus haute perfection. Ces parures sont portées principalement par les habitants de Guzerat. Elles sont faites de fragments de l’or le plus pur, taillés en forme de losanges, comme le jujube, ou bien ils sont plats, ou affectent la
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- forme cubique; en supprimant les angles, on en fait des octaèdres, et on les enfile sur de la soie rouge: c’est la plus belle bijouterie archéologique de l’Inde. Les pendants d’oreilles à têtes de clous sont identiquement les mêmes que ceux des sculptures assyriennes. Ils sont généralement en or massif: car les populations de l’Inde amassent leur argent sous forme de bijouterie; mais à Surat on excelle à creuser l’or, et l’on remplit les pièces plates, les cubes et les octaèdres avec de la laque ou dammar.
- La bijouterie en argent battu des Gonds et autres tribus sauvages des plaines de l’Inde et des monts Himalayas est d’un caractère également fort primitif; en particulier, les broches que portent les femmes de Ladak sont identiquement les mêmes que celles qu’on rencontre parmi les vestiges celtiques d’Irlande et d’ailleurs. Ici, la forme représentée est une bande d’argent plate et martelée, avec un cercle au centre et les extrémités ramenées en tortis au centre; or, c’est une forme trop artificielle pour être née aux Indes en-dehors de l’influence européenne, et qui doit avoir voyagé avec l’émigration celtique d’Orient vers l’Occident. Madame Rivett Carnac expose une collection inépuisable de bijoux primitifs et rustiques de l’Inde.
- Les ouvrages en filigrane d’argent dans lesquels les habitants de Cuttack ont atteint un degré d’habileté et de délicatesse si surprenant sont d’un caractère identique à ceux de l’Arabie, de Malte, de Genève, de la Norvége, de la Suède et du Danemark; c’est aussi le même travail que les ouvrages en filigrane de l’ancienne Grèce, de Byzance et d'Étrurie, et qui probablement a été importé dans l’Occident par les Arabes et les Phéniciens, et dans la Scandinavie par les Northmans. À Cuttack ce travail est généralement exécuté par des enfants, que leurs doigts délicats et leur vue perçante mettent à même de rassembler les minces fils d’argent avec la rapidité et l’exactitude voulues.
- Les ceintures d’or, d’argent ou de pierreries qui servent, aux Indes, à attacher le dhoti, ou vêtement qui se porte autour des jambes, rappellent le cingulum des Romains; et de même qu’à Rome, au moment où s’accomplissait la cérémonie par laquelle on déposait la robe prætexte (toga prætexta) pour revêtir la robe virile (toga virilés), on enlevait la bulle d’or (aurea bulla) du cou de l’enfant, pour la consacrer aux dieux Lares; de même, aux Indes, à la cérémonie d’investiture du fil sacré, il y a un ornement identique ou hémisphère d’or creux, suspendu par un fil de coton ou une chaîne d’or, que l’on enlève du cou de l’enfant, pour le remplacer par le fil sacré, symbole de sa virilité.
- Le nao-rattan, amulette ou talisman composé de neuf pierres, qui sont généralement :—
- Du Corail, des Topazes, des Saphirs,
- Des Rubis, des Diamants unis, des Diamants taillés, Des Emeraudes, des Jacinthes, et des Escarboucles, a certainement aussi quelque rapport avec l'urim et le thummim, ou oracle sacré des Juifs dont Chosroès II. s’empara à Jérusalem, en 615 après Jésus-Christ, et qui existe probablement encore parmi les ruines d’un des vieux palais Sassanides de la Perse.
- L’art du bijoutier et de l’orfèvre aux Indes remonte à la plus
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- haute antiquité, et les formes de la bijouterie comme celles de la vaisselle d’or et d’argent, les ciselures, et les décorations en bosse, sont descendues en droite ligne du Ramayana et du Mahabharata, sans que la tradition ait été jamais rompue. C’est dans la vallée du Gange que commencèrent à poindre les premières lueurs de la civilisation aryenne, qui de là s’étendit dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate. La civilisation de l’Egypte date de plus loin; mais l’Assyrie et l’Inde eurent incontestablement sur elle une influence considérable, qu’à son tour l’Egypte leur fit ressentir; depuis les premiers siècles d’ailleurs, comme à travers la suite des âges, par les Arabes, les Phéniciens, et les Arméniens, les civilisations de l’Inde, de l’Egypte, de l’Assyrie, comme celles de la Grèce et de Rome ont agi et réagi l’une sur l’autre. Mais les annales les plus primitives, telles que les épopées nationales, les sculptures et peintures anciennes, représentent la bijouterie indienne et la bijouterie hindoue, la vaisselle d’or et d’argent, la poterie commune et les instruments de musique absolument sous les mêmes formes que nous les voyons à présent, et les descriptions qui en sont faites concordent exactement avec ce que nous possédons actuellement.
- Après la bijouterie archéologique d’Ahmedabad, les plus beaux bijoux de l'Hindoustan, et du style hindou le plus pur sont les bijoux en or battu de Sawuntwari, Mysore, Vizianagram, et Vizagapatam qui font bien ressortir le caractère prédominant des ouvriers indigènes qui travaillent les métaux précieux: ce qui les caractérise, c’est la manière dont ils travaillent un bloc de métal en apparence absolument insuffisant et arrivent à le transformer en une surface étendue couverte d’ornements, par un battage qui donne au métal la ténuité d’un tissu de papier, sans pour cela diminuer en rien sa solidité effective. Par leur habileté consommée, par leur connaissance parfaite et leur exacte appréciation de l’ornementation conventionnelle des surfaces, ils savent donner au métal, sous le plus petit volume possible, et à des pierres, absolument dénuées de valeur au point de vue commercial, la plus haute valeur artistique qu’il soit possible de leur donner, sans jamais violer, même dans les plus minutieux travaux de détail, les principes fondamentaux du dessin d’ornementation, et toujours ils arrivent à plaire, même par des effets d’un luxe quelquefois barbare et exagéré. Ce caractère de la bijouterie indienne présente un constraste remarquable avec la bijouterie moderne des Européens, dans laquelle l’objectif du bijoutier paraît être de produire la plus petite somme de travail possible sur la plus grande quantité de métal possible. Le poids est en réalité le caractère prédominant de la bijouterie européenne de première cote : le travail de l’orfèvre ne vient qu’en seconde ligne. Même quand ils font des reproductions des meilleurs originaux d’Adams, ils gâtent leur œuvre par trop d’épaisseur et de lourdeur; et telle est l’action démoralisatrice de cette rage pour le poids que des acheteurs anglais dont l’œil est attiré par les bijoux indiens, s’empressent de les refuser, les trouvant trop légers à la main : le prix de la bijouterie indienne est dans la proportion d’un sixième à un quart en excédant sur son poids net. Le jury de la bijouterie, à l’Exposition Universelle de
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- 1851, écrivait à cette époque au sujet de la bijouterie indienne: « Il suffit de jeter un regard sur les expositions de l’Inde, de la « Turquie, de l’Egypte et de Tunis pour se convaincre que ces “ populations sont restées stationnaires depuis l’époque la plus « reculée de la fabrication. Quelques-unes de ces œuvres dé-« veloppent, il est vrai, des idées pleines de grâce et d’origina-« lité, mais ces productions manquent toujours de maturité et de « perfection, et il faut toute l’habileté de l’ouvrier pour racheter « l’imperfection du procédé de fabrication.” Certainement il est préférable de rester stationnaire que de décroître et de tomber, comme nous l’avons fait en Angleterre, des ouvrages d’orfèvrerie en argent du temps de la reine Anne, et des dessins d’Adams aux ouvrages actuels d’or et d’argent mat qui sortent des manufactures de Birmingham et de Londres, et que les clients doivent payer le quadruple et même davantage, de ce qu’ils valent au poids. L’aspect trompeur de ses richesses, sa fausse apparence de solidité, combinés avec l’exubérance de son faste somptueux, constituent en réalité l’un des plus grands attraits de la bijouterie indienne, spécialement aux yeux de l’admirateur pauvre. Vous voyez un collier composé de cubes d’or taillés, massifs et bruts en apparence, mais légers comme la moelle. Et cependant, tout en étant creux, le collier ou l’ornement, quelqu’il soit, n’est pas en faux. Il est fait de l’or le plus pur, aussi doux au toucher que la cire, et c’est là ce qui donne à la bijouterie indienne la plus légère et la meilleur marché cette étonnante apparence de réalité. Par contre, vous voyez un collier ou une ceinture de pierreries qui vous paraît d’un prix inappréciable, et tout cela n’est qu’un mirage de couleurs, ce ne sont que perles, diamants, émeraudes, et émaux qui n’ont qu’un brillant trompeur, mais comme valeur intrinsèque, néant. Comme nous l’avons observé au chapitre des Armes, le joaillier indien ne vise qu’à produire un effet de faste par la réunion variée de couleurs éclatantes: il ne cherche pas la pureté d’eau pour ses pierreries. Il lui faut la quantité; peu lui importe la qualité commerciale: les émeraudes fragmentées en gouttes de suif, les rubis impurs, gros comme des noix, les morceaux et quelquefois même les simples éclats de diamants qu’il emploie avec tant de prodigalité, sont souvent sans valeur ; ils ne valent que comme points, comme étincelles, et comme éclats, splendides par les effets de couleurs : mais aussi, rien ne saurait approcher de l’habileté, du sentiment artistique, et de l’effet que produisent les pierreries qui s’emploient aux Indes, aussi bien dans la bijouterie proprement dite que dans celle qui sert à décorer les armes et le jade.
- Les plus beaux bijoux de l’Inde en perles et en émaux sont ceux de Cachemire et du Punjab, dont le type se retrouve, à travers Rajputana, jusqu’à Delhi et dans l’Inde Centrale, et dans tout le Bengale sous une forme bâtarde d’emprunt: ce sont des atours, des aigrettes et autres parures pour la tête, qui viennent pendre sur le front; des boucles d’oreilles, des chaînes pour les oreilles, des boutons affectant la forme du seventi ; des parures et des anneaux pour le nez ; des colliers composés de chaînes, de perles et de pierreries, tombant sur la poitrine comme un vérit-
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- able corsage de pierreries; puis, des plaques d’or serties avec des pierres précieuses et reliées ensemble par d’étroits cordons de perles et turquoises mélangées, avec une large pendeloque suspendue au milieu, ornées de pierres par-devant, et émaillées au dos d’une manière exquise, comme tout le reste de ce collier, ou plutôt de ce collet; ce sont encore des brassards, des bracelets, des anneaux pour les chevilles, le tout variant de formes à l’infini, et produisant l’effet le plus riche et le plus gracieux en perles et turquoises, en émaux, en rubis, en diamants, en saphirs, en topazes et émeraudes.
- Les bracelets se terminent souvent, à leur extrémité, par la tête de quelque bête sauvage, comme ceux des sculptures assyriennes, et les plaques sont souvent émaillées, au dos, d’oiseaux ou de bêtes affrontées sur les deux côtés d’un cyprès terminé en pointe, ou de quelqu'autre arbre identique, au feuillage épanoui, comme 1’ « Asherah ” ou « Hom,” symbole d'Asshur, qui se rapporte, dans la Bible, au culte d’Astoreth ou Astarte, et qui est traduit par le mot “ grove ” ou “ groves" (bosquet). Les longs colliers pendants que portent les femmes s’appellent lalanti, ou damerets, “ dalliers,". et mohanmala,[et guirlandes d’enchantement (charmes magiques).
- La bijouterie de Cachemire est la même comme forme que celle du Punjab; mais ce que j’en ai vu était en or, et les spécimens les plus remarquables étaient en or rouge vermeil, et comprenaient une bonne quantité d’ouvrages en filigrane d’or. L’énumération faite dans Isaiah (iii. 17-24) des articles de parures féminines (mundus muliebris) des filles de Sion, semble être pour le lecteur l’inventaire de cette bijouterie de Cachemire dont l’aspect est tout ce qu’il y a de plus classique. Voici, dans la traduction de Pope, ce passage d’Homère (II., xxii., 468-70), qui décrit la douleur d’Andromaque :—
- “ Ces beaux ornements de sa chevelure, ces tresses qui l'entouraient (déouara otyaXdevra),
- Ce réseau (KeKpÇaXv ) qui la retenait, ces guirlandes (uzvka) qui la couronnaient,
- Ce voile (xphôeuvov), ce diadème (meKThv àvadécunv),
- (Présents de Vénus au jour de ses fiançailles), elle jette tout loin d’elle.”
- L'àvadécun d’Homère, qui, suivant Schliemann, devait ressembler à une de ces parures d’or découvertes par lui à Hissar-lik, est presque identique, comme décoration, aux pendants en or, souvent ornés de pierreries que les femmes de Cachemire et du Punjab portent en travers du front, et qui se portent même dans toute l’Inde ainsi qu’en Egypte. Celles qui n’ont pas les moyens d’avoir l’àvadécun XeKTh décorent le devant du bandeau au moyen d’imitations en paillettes et en peinture. Le KEKplpaXov était le réseau et le KphÔsuvov représente le voile, le « veil” de la traduction de Pope; mais j’ai toujours supposé que le mot dunvk, qu’il rend par " wreath ” (guirlandes), et qu’on traduit généralement par bandeau, s’entendait d’une parure de tête analogue à cet ornement hémisphérique en or que les femmes de Bombay comme celles du Caire portent sur le sommet de la tête, et dont on peut voir de si
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- beaux spécimens dans les collections de Sawuntwari et Viziana-gram.
- La bijouterie ornée de Delhi a perdu sa vigueur native, parce qu’elle a subi l’influence européenne; mais ce manque de force n’enlève rien à sa grâce. Les petites miniatures, ou « peintures de Delhi” qui décorent ces bijoux prouvent que les enlumineurs de la capitale de l’empire Mogol n’ont rien perdu de cette adresse et de cette habileté tant vantées par Terry. Ils ne peignent pas à la brosse, mais bien à la plume. L’ornement babul est non-seulement joli, mais il est encore d’un haut intérêt: il fournit la preuve que l’art phénicien consistant à souder l’or en grains, art depuis si longtemps oublié en Europe, et qui se pratiquait encore dans un obscur village d’Italie, d’après la découverte faite, il y a quelques années, par Castellani, ne s’est jamais perdu aux Indes.
- La bijouterie du Scinde et du Bélouchistan ressemble à celle du Punjab ; mais les bijoux n’y sont d’habitude que d’or et d’argent. Les colliers (torques), les anneaux et les bracelets en argent massif sont très-communs, d’un style très-sévère, de construction et d’ornementation rectangulaires.
- La bijouterie d’or de Trichinopoly, célèbre parmi les Anglo-Indiens, a subi la corruption du goût européen ; mais rien ne saurait approcher de la perfection artistique des chaînes de roses, et des colliers et bracelets flexibles endorme de cœurs et de"serpents.
- Une grande partie de la bijouterie du Thibet arrive maintenant aux Indes, par Bhotan, Sikkim, le Népaul et Cachemire, et principalement, la bijouterie d’argent, ornée de gi-osses turquoises massives et quelquefois de corail, sous la forme de brassards et de colliers, de boîtes à amulettes; les pierres sont enfilées sur un tissu rouge tressé ou une chaîne d’argent; ces bijoux affectent encore diverses autres formes, telles que bracelets, anneaux de chevilles, etc., martelés, taillés et faits en filigrane. Le caractère de cette bijouterie est identiquement celui des bijoux répandus à profusion sur les sculptures de Bharhut. Les femmes de Ladak portent un ornement curieux qu’on nomme parak : cette parure paît du front, passe par-dessus la tête, pour retomber par derrière jusqu’à la taille. Elle est couverte de pierres précieuses, qui représentent la dot de celle qui la porte, et la femme ne se marie pas avant de s’être rendue possesseur d’une quantité suffisante de ces pierres pour former un grand parak, qui constitue en réalité son trésor. La broche celtique en argent, dont nous avons déjà fait mention, comme d’un bijou qui se porte dans certaines régions de l'Himalaya, est originaire du Thibet.
- La collection de bijoux qui figure parmi les présents offerts au Prince de Galles est clair-semée ; mais c’est une collection de choix au plus haut degré. Les diamants offrent un intérêt particulier. Les Hindous estiment les diamants comme bijoux uniquement pour leur effet décoratif, mais ils y attachent un prix des plus extravagants pour eux-mêmes : c’est pour eux une sorte de talisman ; ils ont pour le diamant une estime particulière lorsque le cristal naturel en est assez parfait et assez clair pour n’exiger le polissage que sur ses facettes naturelles. C’est ce que les joailliers appellent un “Point Diamond," et la collection du Prince en
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- fournit un beau spécimen. Si le diamant n’est que légèrement taillé de haut en bas, on l’appelle « Deep Table” ou, comme on dit en Français d’une manière plus expressive, un clou. Cette forme de diamant est très-ancienne; il y en a un modèle parfait dans la vitrine aux diamants. Un parallélogramme plat, de peu de profondeur s’appelle un lasque: on en voit beaucoup qui sont montés sur les armes, bien que la plupart de ces modèles soient de purs fragments, et de simples éclats. Les spécimens de diamants rosettes et de brillants sont probablement de taille européenne. La rose est un hémisphère couvert de facettes, et le brillant, l’ancien clou est taillé en-dessus à 32 facettes, et en-dessous à 24. Il y a quelques beaux colliers hindous en perles et émail, et des émeraudes « goutte de suif;” il y a des chaînes, des bracelets, et des pendants, parsemés de pierreries; mais le plus ravissant joyau de la vitrine est un peigne fait à Jeypore. Il est monté en émeraude et en émail rouge de Jeypore sur fond d’or et surmonté d’une rangée de grosses perles formant la courbe, toutes de niveau, et terminées chacune par une perle de Venise verte. Au-dessous de ces gracieuses perles est un rang de petits brillants, sertis au milieu des feuilles d’or au dessin élégant émaillées de vert et de rouge, qui supportent les perles ; puis un rang de petites perles avec un rouleau émaillé serti de brillants; enfin, un troisième rang de perles au-dessous duquel est une rangée non interrompue de petits brillants formant l’arête la plus basse du peigne, juste au-dessus des dents en or. C’est superbe comme idée ; c’est l’une des pièces les plus finies de la bijouterie indienne dans les temps modernes. Les perles sont d’un grand prix, et l’effet général est des plus brillants, des plus riches et des plus raffinés.
- La grande chaîne de perles de Scindia est, depuis plusieurs générations, un héritage de famille. À l’extrémité d’un large pendant de diamants plats et de perles, il y a trois perles qui sont dignes des boucles d’oreilles à triple rang de pierres que portait Junon [épuara rplyÀqva uopoevra], et dont Homère fait la description (II. xiv. 183):
- “ De beaux pendants rayonnent et tremblent à son oreille :
- Chacun d’eux semble refléter l’éclat d’une triple étoile.”
- Et dans ce passage de l’Odyssée (xviii. 298)
- “ De brillants pendants, avec un triple rang d’étoiles qui jettent une lumière tremblante.”
- La gravure sur pierre est un art connu de temps immémorial en Orient, comme l’attestent les cylindres de Ninive, Babylone et Persépolis et Delhi a toujours été réputée pour la pratique de cet art. Au nombre des armes du Prince de Galles on peut voir une grosse émeraude magnifiquement taillée comme une rose conventionnelle. Les anciens ouvrages de Delhi en jade taillé et incrusté de pierreries sont des œuvres sans prix. Depuis des siècles, les Chinois savaient tailler le jade, mais sans l’orner autrement que par la sculpture. Lorsque le jade fut introduit aux Indes, les bijoutiers indigènes, avec leur vivacité de coup d’œil en fait de couleurs, virent de suite tout le parti qu’ils en pouvaient tirer pour le montage des pierres précieuses, et ils furent les premiers qui firent des incrustations de pierres sur jade. Le Musée Indien
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- possède les spécimens les plus délicats et les plus grandioses qu’on connaisse en ce genre, et qui appartiennent à la meilleure période de l’art Mogol. Ils ont figuré à l’Exposition de Paris de 1867.
- La bijouterie de Ceylan en filigrane, en ciselé et en repoussé est remarquable pour la délicatesse de ses ornements en or granulé, dans le style des bijoux anciens des Etrusques, et se distingue par la perfection de son fini.
- Ameublements d’Art et Décoration des Intérieurs.
- Si nous nous formons un jugement d’après l’Inde elle-même, le grand art en fait d’ameublement consiste à s’en passer. Excepté là où la vie sociale de la nation a subi l’influence des idées européennes, les meubles, dans les Indes, brillent par leur absence. À Bombay, les riches indigènes ont leurs maisons meublées dans le style européen, mais seulement dans les chambres où ils reçoivent, et dont, pour eux-mêmes, ils vivent tout-à-fait séparés: ils habitent souvent une autre maison, qui est refiée à leur hôtel principal, au moyen d’un pont couvert ou arcade. Comme règle générale, les Européens et tous les étrangers ne sont reçus que dans les chambres publiques : les amis intimes sont seuls admis dans les appartements privés. Vous traversez un portique à ciel ouvert, flanqué de chaque côté d’une chambre pour les domestiques, et vous entrez de suite dans une sorte d’antichambre où se tient toujours un bijoutier à l’œuvre, fabriquant ou réparant les bijoux de famille. À travers les fenêtres, en traversant la cour, vous apercevez un cuisinier brahmine, émergeant des vases à boire en argent et des plats, en train de préparer le repas de midi. Sous la véranda située en face, où vous passez ensuite, des jeunes filles, sous la direction d’une dame plus âgée, sont occupées à broder des robes de soie et de satin ; à l’extrémité, vous voyez s’ouvrir une porte, et votre hôte vient vous souhaiter une cordiale bienvenue en vous introduisant dans son salon particulier. Il a envoyé chercher une chaise pour vous; mais, quant à lui, il s’assied à terre sur une natte d’herbes, ou un sattrinji de coton, ou encore une couverture de Cachemire, le dos appuyé sur un coussin de forme ronde: tels sont les seuls meubles que contient la chambre. Dans tout l’intérieur du pays, vous pourrez traverser un palais d’un bout à l’autre sans recontrer d’autres meubles que des couvertures et des coussins, et bien entendu, les poêles, les casseroles, les vases d’or et d’argent pour manger et boire, les garde-robes, la bijouterie, et les images sculptées des dieux. Mais vous êtes purement et simplement ravis par la proportion parfaite des chambres, le poli des murailles blanches comme l’ivoire, la beauté des fresques entourant le « dado,” les belles formes des niches creusées dans les murs, l’architecture des fenêtres, les sculptures en bois des portes, et la projection rayonnante de la véranda et de ses piliers. Vous sentez là comme un parfum des populations de l’ancienne Grèce: en effet, dans les vielles rues de Bombay, les maisons des riches qui ont été construites avant que l’architecture domestique se 'soit ressentie de l’influence portugaise, rappellent constamment à l’esprit les maisons des Grecs de
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE. 73 l’Ionie, particulièrement dans les ouvrages en bois, suivant les reconstructions que les savants en ont faites d’après les vestiges qu’ils ont découverts. Les plans du terrain de forme strictement rectangulaire, d’après lesquels sont dessinés les jardins de Bombay ; le système méthodique et régulier d’après lequel ils sont plantés, avec deux espèces différentes d’arbres, soit le palmier à noix de coco et le mango, soit le palmier à noix de coco et le palmier à noix d'Areca, plantés alternativement en cercle, avec d’autres arbres tels que des grenadiers, des orangers, des jasmins, des goyaviers, des rosiers, des cyprès, des lauriers-roses, par rangées et sections régulières; ce mode de plantation, disons-nous, est identiquement le même que celui des anciens jardins d’Egypte et d’Assyrie. Votre ami n’a pour tout vêtement qu’une couverture de mousseline; car il va faire ses prières, et au moment où il se découvre les épaules et la tête, pour se ceindre la taille et s’asseoir, un Brahmine entre et place devant lui les dieux et les vases sacrés ; il allume l’encens, récite les formules consacrées, et s’acquitte des cérémonies habituelles, tandis que votre ami vous en donne l’explication dans leur ordre, si vous y prenez intérêt. Une heure se passe ainsi ; on prend un repas frugal, composé principalement de lait et de pain sans levain ; il est à ce moment deux heures de l’après-midi ; un domestique se présente pour habiller votre hôte qui, animé de l’esprit public, va se rendre au Conseil Législatif dont il fait partie. Il va tout-à-l’heure se diriger avec vous vers l’Hôtel de Ville pour prendre la parole sur le " bill” concernant la réglementation des travaux des factoreries, qu’il est résolu à combattre; mais en attendant, vous devez continuer votre visite jusqu’au salon de réception, que vous n’avez pas encore vu depuis qu’il a été mis à neuf pour la saison. Le premier regard que vous jetez sur le salon suffit pour vous convaincre que dans les climats chauds tout au moins, les meubles ne sont qu’un mythe.
- Bois noir de Bombay.
- Ce sont toujours et partout les mêmes ameublements qui se voient dans les maisons : ils sont faits avec le shishum ou arbres de bois noir (Dalbergia sps.) ; ils sont curieusement sculptés dans un style qui dérive évidemment du hollandais, bien qu’il soit fort probable que les sculptures excentriques et ridicules des anciens meubles hollandais tirent elles-mêmes leur origine des idoles et des temples sculptés qui excitèrent à un si haut point leur étonnement lorsqu’ils arrivèrent pour la première fois aux Indes. Les sculptures qui ornent ces meubles sont très-habilement faites, mais il est absolument impossible d’appliquer ce genre de décoration aux fauteuils, aux couchettes et aux tables: il paraît même absolument hideux, lorsque ces meubles sont polis à la Francaise, amélioration qui a été introduite depuis ces vingt dernières années pour cadrer avec le goût européen. Lorsque cependant on emploie ce bois à la reproduction des portes des vieux temples hindous en bois incrusté, l’effet en est toujours excellent. On sculpte encore ce bois d’une manière fort délicate dans la ville de Ahmedabad; on en fait des vases, des encriers et autres menus objets
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- dont la forme et l’ornamentation, qui sont généralement purement indigènes ou purement classiques, manquent rarement de plaire. J’ai vu un jour dans une maison Parsi plusieurs lits de repos magnifiques en bois noir, dont le dessin rappelait le style assyrien des 6 Anciennes Monarchies” de Rawlinson. Les meubles de Bombay en bois commun (Artocarpus integrifolia), de forme rectangulaire, et simplement cannelés, sont de beaucoup supérieurs comme goût aux ameublements en bois noir.
- Ouvrages incrustés de Bombay.
- Il se fabrique encore en incrustations, dites de Bombay, bon nombre de ces meubles d’ornement, qui sont maintenant tombés partout dans le domaine public sous la forme de boîtes à gants, de buvards, de pupitres, de boîtes à ouvrage, de porte-cartes, et connus sous le nom de boîtes de Bombay. Ces objets sont faits de ce genre d’incrustations qu’on nomme piqué ; non seulement ils sont jolis et gracieux, mais ils sont encore d’un grand intérêt en ce qu’ils ont rendu possible de suivre pas à pas la trace de cet art ; comment de la Perse il a été introduit aux Indes, de Shiraz dans le Scinde, puis à Bombay et à Surat (voir mon article, au volume vii. du « Journal de la Société Asiatique de Bombay”). A Bombay, l’incrustation se compose de filigranes d’étain, de bois de sandal, d’ébène, de bois de sapan ou brésillet, d’ivoire blanc et tacheté de vert, et de cornes de cerf. On réunit ensemble des morceaux de ces divers matériaux, sous forme de baquettes, ordinairement à trois côtés, quelquefois rondes, ou très-souvent à quatre côtés obliques, ou rhomboédriques. Ces baquettes sont de nouveau disposées de manière à former des baquettes composées, de telle sorte que lorsqu’on les coupe en travers, elles forment un modèle défini, et prennent dans la masse l’apparence de baquettes variant de diamètre et de forme, ou de planches très-minces dessinées à faire des bordures. Les modèles que l’on trouve communément à Bombay, et qui sont dessinés à être employés sont le chukur-gul, ou fleur ronde; le kutki-gul, ou fleur hexagonale; le tinkonia-gul, ou fleur à trois coins ; l'adhi dhar-gul, ou fleur en forme de rhomboèdre, le chorus-gul, ou fleur carrée, semblable à une natte ; le tiki, ou petit modèle de forme ronde ; le gundiria, ou plante grasse, composée de tous les matériaux employés, ek dana, ou rameau, ayant l’apparence d’une rangée de grains en argent sertis dans l’ébène; puis le pori lihur, le jafran marapech, le jeri, le baelmutana, le sankru hansio, et le poro hansio ; ces huit derniers sont des modèles de bordures. Cette industrie est venue de Shiraz, d’où elle a pénétré dans le Scinde, il y a environ 100 ans : elle y a été importée par trois Multanis, Pershotum Hiralal, et les frères Devidas et Vuliram. Beaucoup de personnes furent initiées par eux aux secrets de cet art qui fut introduit à Bombay, il y a 70 ans environ, par Manoredas, Nundlab, Lalchund, Thawurdas, Ruttinji, Pranvalub, et Narrondas, qui l’enseignèrent à un certain nombre de Parsis et d’habitants de Surat ; et ceux-ci l’importèrent à Surat, Baroda, Ahmedabad, et ailleurs encore. Cinquante maîtres dont j’ai cité les noms, avec 75 apprentis environ dirigés par eux furent engagés à Bombay en 1863 pour ce genre d’indus-
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- trie : parmi eux se trouvaient Atmaram, Wulleram et Penshotum Chilaram, qui, depuis son introduction, datant de 60 ans auparavant, avaient été établis dans le quartier de Kalbadavi. L’un des artisans les plus intelligents pour le moment dans ce genre de trafic se nomme Framji Hirjibliai. Le filigrane d’étain s’emploie dans cette industrie à la place du cuivre, comme en Perse, où on le passe même toujours au vernis. Les mêmes travaux de marqueterie se font en Egypte et à Alger ils ressemblent à la tarsia ou marqueterie d’Italie et de Portugal, aussi qu’aux ouvrages romains connus sous le nom d'Opus cerostrotum. Je considère encore ces travaux comme identiques aux ouvrages incrustés de Girgenti et de Salerne, bien que, dans ces derniers, les modèles soient sous forme de fleurs, et n’affectent pas la forme géométrique : j’ai trouvé en effet, par la comparaison des deux espèces de modèles qui se trouvent à Paris, qu’il n’y avait pas dans les ouvrages de Bombay un seul modèle de forme géométrique qu’on ne pût rapporter à une fleur des modèles de Girgenti et de Salerne. Les Egyptiens, eux aussi, faisaient évidemment des ouvrages en tarsia. C’est un art qui aurait, dit-on, disparu d’Europe, et qui de l’Orient, aurait été de nouveau introduit à Venise. Il est plus probable que la tradition s’en est perpétuée sur les côtes de la Méditerranée, et qu’il fut remis en honneur par les Sarrasins. On n’en trouve pas la trace aux Indes, à part ce qui est venu de la Perse pendant ces 110 ou 120 dernières années.
- Ouvrages de Vizagapatam.
- Les ouvrages de Vizagapatam, en ivoire et en cornes de cerf, se rangent sous la même catégorie que les ouvrages de Bombay. Ils sont d’origine très-récente, et les dessins en rouleaux gravés en noir à l'eauforte sur l’ivoire, ou sgraffito, ont une forme exclusivement Européenne comme fleurs, et sont représentés au naturel, en lumière et en ombres. L’effet est des plus désagréables.
- Ouvrages de Mynpuri.
- Parmi les ouvrages de Mynpuri nous trouvons des boîtes et des plateaux faits d’un bois brun précieux, incrusté de filigranes de cuivre affectant la forme géométrique et dessinés en rouleaux. Sir John Strachey, qui a beaucoup encouragé cette industrie locale, en expose plusieurs modèles. Ces ouvrages ressemblent d’une curieuse façon aux ouvrages en bois incrusté qu’on voit au Maroc ; il serait intéressant de s’enquérir de l’historique de l’introduction de ces ouvrages à Mynpuri, où ils sont connus sous le nom de tarkashi, ou ouvrages en filigrane.
- Ouvrages incrustés d'Agra.
- Les incrustations d’Agra sont une mosaïque de cristal, de topazes, de perles, de turquoises, de cornaline, de jade, de corail, améthystes, sanguines, escarboucles, saphirs, jaspe, lapis-lazuli, grenats, agates, et calcédoine sur marbre blanc ; elles s’appliquent spécialement aux meubles d’ornement et aux objets d’art d’intérieur. Cette industrie a tiré son origine des décorations exquises du Taj à Agra
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- per Austin de Bordeaux ; après avoir presque disparu comme industrie locale, au moment de la dissolution de l’Empire Mogol en 1803, elle fut remise en honneur, 30 ans après environ, grâces aux efforts du Dr. T. Murray, ancien Inspecteur Général des Hôpitaux au Bengale. C’est à ses soins paternels que l’on doit presque tous les spécimens qu’on peut voir en Angleterre, à Windsor et ailleurs. Tout en étant d’origine et de style florentin, les dessins ont un caractère local qui leur est propre, et à moins d’avoir été influencés par une direction européenne peu judicieuse, ils sont strictement fidèles aux principes et aux méthodes de l’ornementation indienne. La mosaïque, lorsqu’elle est appliquée sur le marbre blanc brillant de Jeypore, a pourtant l’inconvénient de paraître vulgaire, à moins de faire un choix très-judicieux des pierres qu’on y emploie. Actuellement, les principaux marqueteurs d’Agra sont deux Hindous, nommés Nathu et Purusram.
- Bois de Sandal et autres Bois propres à la Sculpture.
- C’est principalement dans la Présidence de Bombay, à Surat, Ahmedabad, Bombay et Canara que l’on sculpte le bois de sandal. On l’applique aux mêmes articles que les ouvrages incrustés de Bombay. Il est vrai que le terme générique de " Boîtes de Bombay” comprend la sculpture sur bois de sandal au même titre que les ouvrages en marqueterie ; mais la sculpture sur bois est un art de beaucoup supérieur à la marqueterie, et aussi vieux aux Indes que l’architecture des pagodes et les idoles sculptées, d’où elle a probablement tiré son origine. Les ouvrages de Surat et de Bombay sont en bas relief, et les dessins sont composés presque entièrement d’ornements en forme de feuilles. Les ouvrages de Canara sont en haut relief, et les sujets sont surtout mythologiques ; les ouvrages de Ahmedabad à reliefs plats sont taillés profondément, et les sujets représentent des fleurs et des allégories mythologiques : on y voit, par exemple, Krishna et les Copies non pas sous forme architecturale comme dans les sculptures de Canara, mais sous la forme naturelle ; ils se divertissent dans un bois à la végétation luxuriante, où chaque arbre, tout en étant traité d’une manière conventionnelle, et fondu dans la décoration générale, se reconnaît distinctement. Au-dessous du bois une ligne est tirée, et au milieu de l’espace ainsi formé, on voit une rivière qui coule, dessinée, comme sur les monnaies grecques, sous forme d’un ruban ondulé, et sur laquelle des tortues, des poissons et des oiseaux aquatiques sont sculptés en demi relief.
- On sculpte aussi le bois de sandal à Mysore, comme à Canara : cet art se pratique un peu aussi à Moradabad, dans les Provinces du Nord-Ouest, ainsi qu’à Bhurtpur ; on sculpte aussi l’ébène à Bijnur, dans la perfection, en lui donnant la forme de dessins géométriques qu’on applique généralement à des boîtes de fantaisie, ainsi qu’à Monghyr. Dernièrement on a incrusté ces boîtes d’ébène avec de l’ivoire, comme dans les vieux ouvrages de Sicile en tarsia. Dans toute l’Inde on emploie différents bois à la sculpture des idoles.
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- Ivoire et Corne sculptés.
- Partout aux Indes on sculpte l’ivoire, mais principalement à Amritsar dans le Punjab, à Bénarès, à Behrampore et à Mur-shedabad, dans le Bengale, à Travancore et Vizianagram, dans la Présidence de Madras. Les sujets représentés sont en général des éléphants richement caparaçonnés, de magnifiques gondoles dans leurs parures de gala, des tigres, des vaches, des paons, sculptés comme des statuettes, des scènes de chasse, des fêtes, des cérémonies et des sujets mythologiques sculptés en relief. Les peignes en ivoire sculpté qu’on trouve dans tous les bazars de l’Inde sont aussi très artistiques comme forme et comme détail. On sculpte la corne de bison en figures et sous d’autres formes à Sawunt-wari, et en d’autres endroits encore.
- Pierres sculptées.
- Les vases d’agate de Baroach et de Cambay ont été célèbres, au temps de Pline déjà, sous le nom de vases de Murrhine. À Gya on sculpte des animaux en marbre noir, et en marbre blanc, ainsi qu’avec une sorte de pierre rougeâtre et friable, à Ajmere ainsi que dans d’autres parties de Rajputana : nous y trouvons la même vérité d’interprétation que dans les sculptures en ivoire de Bénarès et de Travancore. À Rajputana, on sculpte en grand les idoles sur marbre blanc que l’on décore de brillantes couleurs en rouge, en vert et en or. On sculpte encore le jade à Cachemire; la pierre ollaire dans différentes parties de l'Inde; et une pierre douce comme le savon (stéatite) à Fatehpur Sikri.
- Figures d’argile.
- À Kishnaghur, à Calcutta, à Lucknow et à Poona on sait admirablement modeler des figures d’argile, que l'on peint et que l’on habille de mousseline, d’étoffes de soie et de paillettes. À Gokak, dans la Présidence de Bombay, à Agra et à Lucknow, on modèle aussi des fruits. Les ouvrages modelés de Lucknow imitent si parfaitement la nature qu’ils trompent l’œil le plus exercé, qui ne s’aide pas du secours de la main.
- C’est un fait très-surprenant qu’un peuple qui possède de si grandes aptitudes pour apprécier et esquisser les formes de la nature, comme le prouvent incontestablement ses sculptures en ivoire et en pierres et ses figures d’argile, soit resté stationnaire dans l’art de la sculpture. Nulle part les sculptures de leurs figures ne témoignent qu’ils soient inspirés par le sentiment véritable de l’art. Le sentiment leur manque. Ils ne visent qu’à une reproduction littérale des formes de l’homme et des animaux, dans le seul but de fabriquer des jouets et des objets de curiosité, destinés exclusivement à être vendus au peuple anglais. En-dehors de cela, ils ne font usage de ces figures sculptées que pour l’architecture, et leur tendance est de les subordonner strictement à l’architecture. Ils les traitent d’une manière conventionnelle. Leurs dieux eux-mêmes ne se distinguent que par leurs attributs et les monstruosités symboliques de leurs corps : jamais on n’y remarque l’expression d’une personnalité ou d’un caractère individuel.
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- L’idée de sculpter une figure au point de vue esthétique est tellement étrangère aux Hindous que dans les temples les plus magnifiques, l’idole ne se trouve être souvent que la personnification d’un symbole obscène ou monstrueux. On verrait immédiatement combien leurs figures sculptées sont défectueuses au point de vue de l’art véritable, s’ils essayaient de les faire d’après une échelle naturelle ou héroïque; si leurs figures d’hommes et d’animaux en ivoire, en argile et un pierre excitent l’admiration, c’est uniquement à cause de la petitesse de leurs dimensions. Les figures sculptées dans des proportions plus larges manquent toujours de plaire, excepté lorsqu’ils traitent leur sujet d’une manière conventionnelle. C’est un étrange défaut.
- Ouvrages en laque.
- Les ouvrages en laque représentent une des grandes industries de l’Inde, une de celles qui ont pris le plus d’extension. Les ouvrages de catégorie supérieure, qui s’appliquent aux ameublements et à la décoration des appartements n’ont leur centre que dans les grandes villes ; mais, pour tout ce qui est ouvrages en laque et en marbre mélangés, cannes, nattes en laque, les tribus errantes des jongles elles-mêmes exécutent ces genres de travaux. Les balles et les cannes aux couleurs bigarrées se font en enroulant de la cire à cacheter de diverses couleurs tout autour de la canne ou de la balle, du sommet à l’extrémité par bandes alternatives. Puis on place l’objet devant le feu, et avec une aiguille ou une épingle qu’on promène de ci de là perpendiculairement à travers les bandes de cire à cacheter, on trace de courtes lignes, ramenant ainsi les couleurs l’une sur l’autre ; à ce moment, l’on fait rouler rapidement la canne ou la balle sur une surface froide et unie ; et c’est lace qui produit ces effets compliqués de couleurs bigarrées qui sont une énigme pour quiconque n’en a pas la clef. Voici comment on obtient les nattes en forme de réseaux: on laisse refroidir un filet de cire à cacheter enroulé autour d’un bâton, puis on retire tout le rouleau, et on le casse en sections de trois ou quatre tours chacune, qui sont liées ensemble en nattes de toutes sortes de couleurs bigarrées, mais principalement écarlate et noir, noir et jaune d’or. Je décris ce qui précède d’après mes observations personnelles.
- Les boîtes du Scinde s’obtiennent en étendant par couches successives de la laque de différentes couleurs sur les boîtes tandis qu’elles sont sur le tour ; puis on trace le dessin au moyen de coupures pratiquées dans les différentes couleurs. Il y a d’autres boîtes que l’on grave simplement à l’eauforte, et sur lesquelles on peint des scènes de chasse, ou des fleurs naturelles ou de convention, puis on passe un vernis sur le tout.
- - Les boîtes du Punjab se distinguent par la couleur purpurine de la laque employée pour ces objets.
- Les boîtes de Rajputana sont généralement à fond gris, et décorées avec des fleurs conventionnelles, de forme presque géométrique, de deux couleurs, ou de deux formes, et disposées aller-
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- nativement suivant cette méthode rhythmique qui est, par toute l’Inde, le prototype du genre décoratif.
- Les ouvrages de Cachemire en papier mâché vernissé de laque sont les plus beaux qui existent aux Indes; ils ne cèdent le pas qu’aux meilleurs ouvrages persans en ce genre. On applique la laque sur les porte-plumes et les boîtes indigènes sous deux formes décoratives: le dessin conique du châle, composé de plusieurs couleurs, mais dont l’effet n’est pas gracieux sur les gros objets, tels que les tables et les chaises ; puis le dessin en forme de fleurs, telles que la rose, le narcisse, l’œillet et le jasmin, dessinés sous leur forme et leur couleur naturelles, mais sans lumière ni ombre.
- Les ouvrages en laque de Karnul composés de plateaux et de boîtes de large dimension sont ornés de fleurs en bosse, peintes en général sur fond vert, et rehaussées d’or.
- A Sawuntwari, on applique la laque à des bibelots indigènes, comme des modèles de moulins à bras, de poids et mesures, d’ustensiles de cuisine, de vases à boire, de vaisselle, ainsi qu’aux éventails particuliers au pays, et aux cartes à jouer de fabrication hindoue. Ces cartes sont circulaires ; et comme elles sont peintes en couleurs brillantes qui représentent des sujets mythologiques, ce sont les objets les plus agréables qu’on puisse voir : elles offrent encore de l’intérêt en ce qu’elles jettent un jour sur l’état de la peinture aux Indes, dans les contrées où cet art n’a pas subi l’influence de l’enseignement et des modèles européens.
- À Mysore et dans d’autres villes du Deccan, il y a un genre d’ouvrages en laque, où le fond est peint en vert transparent sur feuille d’étain : les sujets, généralement mythologiques, sont peints sur ce brillant arrière-plan avec les couleurs opaques les plus éclatantes: l’effet produit a presque le lustre des émaux de Jeypore ornés de bijoux.
- Ouvrages divers.
- Les peintures sur talc se vendent principalement à Patna, Bénarès et Tanjore. Nous avons déjà mentionné à l’article de la bijouterie les Peintures de Delhi sur ivoire, dans le style des miniatures européennes. Ces peintures sont souvent d’un grand mérite, particulièrement comme peintures décoratives: le premier peintre de Delhi à l’époque où j’étais à Bombay, se nommait Zulfikar Ali Khan, sur les œuvres duquel j’ai fait un rapport officiel au Gouvernement de Bombay en 1863; et je vois d’après le précieux catalogue du Lieutenant F. Cole sur les objets artistiques de l’Inde exposés au South Kensington Museum, qu’il a envoyé les meilleures miniatures aux Expositions Internationales annuelles de 1871-72.
- Bijoux de pacotille.—Dans toutes les parties de l’Inde on fait des bijoux en imitation. On fabrique aussi à Dacca des bracelets faits avec des coquillages importées des îles Maldives et Laque-dives. Ils sont sciés en pièces demi-circulaires qu’on réunit ensemble, qu’on sculpte et qu’on incruste avec une composition rouge. À Poona et en d’autres endroits, on fait des bracelets, des colliers et des chaînes avec une sorte de composition parfumée: on en fabrique aussi avec certaines graines telles que la graine
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- écarlate et noire du ganja on gunch [Abrus precatorius] ; les graines noires et plates du talapota ou turwar [ Cassia auriculata], les graines rouges du rukta chundun ou santal rouge [Adenanthera pavonina], la graine marbrée du supari ou palmier à noix de bétel [Areca catechu], les graines ovales du bhirli mar [Caryota urens], et les graines à sillons creux du rudrach [Eleocarpus Ganitrus], que les Brahmines et les fakirs portent aussi comme colliers.
- A Poona, on combine ensemble des plumes de paon et du cuscus avec des ailes de coléoptères ‘ et des paillettes pour en faire des éventails et des nattes.
- Dans le Punjab, des plaques de support, des bouteilles à eau et d’autres articles d’un usage domestique se fabriquent en cuir, orné de bandes de cuir vert et de montures en cuivre brillant. À Guzerat, on fait des nattes en cuir magnifiquement brodées. Il est de toute impossibilité de faire l’énumération de tous les petits produits des villages de l’Inde, bien qu’ils offrent plus d’intérêt que le reste, en ce qu’ils attestent l’infinie variété dans l’unité de l’art décoratif aux Indes.
- Ces produits éphémères figurent dans la collection des présents offerts par l’Inde au Prince de Galles, au même titre que les produits plus importants qui rentrent dans cette catégorie: on y voit jusqu’aux fleurs artificielles qui se font avec la moelle du sola, ou Æschynomene aspera, qui sert encore à fabriquer les chapeaux ou " Sun Hats” qui portent les Européens dans l’Inde, et qu’on nomme 4 Solar topis,” par une corruption naturelle du mot primitif « pith.” Il est cependant quatre objets qui ont seuls besoin d’une mention particulière. La couchette en ivoire (comparez avec les rpnroî'ç Nexéecci de l’Odyssée, x. 12) est de Travan-core : c’est un exemple de la perfection avec laquelle les habitants de cet État savent tourner et sculpter l’ivoire. La vue de cet objet dans un climat chaud présente à l’esprit une idée de fraîcheur délicieuse: à cet égard, il rappellera à la mémoire des personnes qui ont pu la contempler, la couchette en marbre blanc sculpté de Jeypore, qui appartenait au Comte Canning, et qui est maintenant la propriété de Mr. Wentworth Beaumont. Le trône d’argent a été offert au moyen d’une sorte de souscription entre les prêtres de Madura. C’est un objet frappant: la forme, naturellement, est Européenne, mais son ornementation étrange et barbare est la reproduction directe de ces détails d’architecture des célèbres pagodes de cette ville fameuse pour ses autels hindous. L’harmonie de la composition a pourtant été violemment outragée par l’emploi qu’on a fait dans la tapisserie du trône d’un satin français de couleurs étincelante. La couchette gravée en argent doré, avec tentures rouges et jaunes brodées à l’aiguille, est un des présents les plus splendides du Maharajah de Cachemire. L’œuvre est fort pittoresque comme contours et comme couleur, et placée sur son tapis de soie .bleue et rouge, elle a un aspect tout-à-fait Titanesque. Le palanquin en ivoire et ébène fait à Vizagapatam est un présent de la Princesse Bobili. L’effet produit par l’ébène à travers l’ivoire percé à jour en fait un objet gracieux, vu à distance. La décoration intérieure en est très-riche et fort jolie. Parmi les jouets se trouvent deux
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- modèles de chariots, l’un tiré par des bœufs, l’autre par des chevaux, couleur café au lait, qui semblent sortir d’une page illustrée du Ramayana ou du Mahabharata.
- Harnais et Caparaçons.
- Toutes les expositions indiennes sont surchargées de fastueux harnais, de caparaçons et de housses magnifiques, de couvertures de chevaux et d’éléphants, howdahs, de hauts parasols, de plumes de paon et de plumes de yak. Les processions indiennes ont un aspect tout-à-fait martial à travers ces rues étroites, encombrées d’une foule joyeuse, où les cortèges s’avancent en tumulte entre les maisons élevées qui surplombent la rue, et dont chaque étage est peint de couleurs bariolées comme le plumage d’un perroquet, en rouge, en vert et en jaune. Il faut voir, encore, lorsque les princes mahrattes et toute leur suite sortent en costume de gala, au son des trompettes à la voix perçante, au bruit des tam-tams, pour se rendre clans les jongles, à l’époque des fêtes de Dussera, et offrir leurs hommages au Palas ou Butea Frondosa ; puis lorsque chacun, au retour, a les mains pleines des fleurs jaunes de cet arbuste, qu’on offre aux idoles, en guise d’or, dans les temples des villages qui bordent la route. Ce qui nous intéresse ici, ce sont uniquement les dessins qu’on rencontre sur les ouvrages en métal, et la manière dont les Indiens font usage, dans leur ornementation, des applications, comme disent les Français opus consutum, et la ressemblance générale qu’offrent ces ouvrages avec les housses de cheval qu’on voit en Italie, et dans les sculptures égyptiennes et assyriennes. La howdah d’argent qui appartient au Prince de Galles n’intéresse uniquement que pour sa silhouette pittoresque.
- Instruments de Musique.
- Les instruments de musique de l’Inde sont remarquables pour la beauté et la variété de leurs formes, qui, d’après ce que nous montrent les sculptures et les peintures anciennes, sont restées sans changement depuis deux mille ans. La harpe (chang) a identiquement la même forme que la harpe assyrienne représentée sur les sculptures de Ninive, et la vina est d’une époque aussi reculée. Les Hindous s’attribuent l’invention de l’archet à violon.
- Étoffes tissées, Feutres, Beaux Ouvrages À L'AIGUILLE, Tapisseries Et Tapis de belle qualité.
- Les broderies, les étoffes et tissus de coton, soie et laine, et les tapis qui figurent dans la collection du Prince de Galles, causent des mécomptes. Les tapis de Tanjore et autres tapis de Madras sont vulgaires et très-inférieurs; et ils trahissent, ainsi que les autres textiles, l’usage croissant des teintures magenta, et la prédominance des dessins de France et de Manchester. Cependant, on voit quelques châles de Cachemire qui sont de la plus grande finesse : les uns représentent les dessins habituels du châle; d’autres, couleur de tabac, sont faits du tissu le plus doux,
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- êt mélangés d’or. Le travail d’un de ces châles représente une carte de la ville de Srinagar, la capitale de Cachemire; les rues, les maisons, les jardins, les temples et les personnages qui s’y promènent ; les bateaux qui reposent sur les profondeurs azurées des eaux de la rivière, sont aussi distincts, dans le dessin original de cette peinture moyen-âge, que dans une photographie. ° Un autre châle, aux couleurs plus sobres, forme une broderie en masse des plus délicates, représentant un désert de fleurs, dans le style conventionnel de Perse et de Cachemire, et des oiseaux au plumage ravissant chantant parmi les fleurs, des animaux admirables et des hommes étonnants de vérité.
- Il y a également plusieurs pièces de très-belle mousseline de Dacca; il y a surtout une espèce, nommée mulmul-khas, dont la qualité est si belle qu’une pièce de cette mousseline, ayant plusieurs yards de longueur sur un yard de large, peut passer à travers une bague, ou tenir dans une boîte d’ivoire ronde, pas beaucoup plus large qu’une coquille d’œuf. Les mousselines de Bénarès sont ouvragées avec de l’or sur fond blanc, noir, brun ou pourpre. Bénarès et Ahmedabad fabriquent beaucoup de riches étoffes de brocart, ou kincobs, aux teintes brillantes et lamées d’or; les broderies de Delhi, du Scinde et de Cutch sont réputées. À l’une des vitrines est suspendu l’un des plus superbes kincob qu’on ait jamais vus en Europe. C’est une œuvre de la ville d’Ahmedabad, enrichie d’or et brillante de couleurs, que le jeune Guicowar de Baroda a offerte en présent à la Princesse de Galles. L’etoffe d’or appelée soniri est plus riche encore ; mais elle n’est pas ornée d’une bordure de couleur: c’est un simple drap d’or. L’étoffe nommée Ruperi est faite de la même façon en argent: c’est sans doute le même genre de tissu dans lequel fut drapé Hérode lorsqu'élevé au trône devant le peuple, à la clarte éblouissante du soleil, il fut salué comme un dieu (Josèphe, " Antiquités,” xix. viii. 2). Les vestes de soie bordés de fourrures et soutachés d’or sont très-gracieux, et pleins de goût comme dessin. L’Inde est probablement le premier de tous les pays qui ait perfectionné l’art de tisser les étoffes: ses brocarts d’or, ses mousselines membraneuses, aussi belles que les rideaux de Salomon, sont des arts plus anciens que le Code de Menou. Lies Védas font de fréquentes allusions à l’art du tissage, dans des passages comme ceux-ci : « Les soucis me dévorent comme " un rat qui ronge le fil du tisserand.”..........4 Le jour et la " nuit répandent la lumière et l’ombre sur toute l’étendue de la " terre, semblables à deux habiles tisserands qui tissent un vête-" ment. Dans le Ramayana, les presents de noce offerts par son pere a Sita, la fiancee de Rama, se composent de pierres précieuses, de joyaux princiers, d’étoffes de laine, de belles soieries, de vêtements de diverses couleurs, de fourrures, d’ornements somptueux de tout genre, absolument semblables aux présents offerts au Prince de Galles exposés ici 2,000 ans plus tard. Il n’y a probablement pas d’ornement conventionnel plus ancien que les bandes de couleur et les modèles de dessins que nous voyons sur les draps de coton de l’Inde et les tapis qu’on nomme sattringis. Dans les kincobs, le dessin d’ornement trahit des
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- influences contradictoires. Il est fort difficile d’etablir à quelle époque le tissage de la soie passa de la Chine dans les Indes ; il ne paraît certainement pas avoir été connu dans l’Asie Occidentale jusqu’à l’époque où cette industrie fut introduite par Justinien, de la Chine par la Perse, au sixième siècle. Mais il n’y a pas de doute que les brocarts d’Ahmedabad, de Bénarès et de Murshedabad ne soient la reproduction des riches étoffes de Babylone représentant, d’après ce que nous savons, des figures d’animaux en or, et nuancées de couleurs variées. Ces brocarts sont maintenant une spécialité de Bénarès, où ils sont connus sous le nom de shikargah, qui est presque une traduction du mot thard-wahsh (Yule, “ Marco Polo,” i. 63) ou chasses aux bêtes, nom sous lequel ils étaient connus des Sarrasins. Le tissage des étoffes précieuses passa probablement des Indes dans l’Assyrie et l'Égypte, et par les Phéniciens, dans l’Europe Méridionale ; dès les temps les plus reculés, dans l’Inde, dans la Chaldée, comme à Babylone, en Égypte et dans la Phénicie, on mélangeait l’or aux tissus de coton, d’abord sous forme de bandes plates, puis en fils, ou sous forme de tresses enroulées autour du fil de coton : c’est la plus ancienne de ces formes qui se pratique encore dans toute l’Inde. Au chapitre xxxix, 2 et 3, de l’Exode, nous lisons ce passage: " Et il fit l’éphod avec de belles étoffes d’or, de « couleur bleue, pourpre et écarlate tissées ensemble. Et ils batti-« rent l’or en plaques minces, et le coupèrent en fils ” (on devrait traduire par strips, petites bandes), " pour le travailler avec de “ belles étoffes de couleur bleue, pourpre et écarlate tissées en-« semble avec grande habileté.” Naturellement, dans la suite des siècles, chaque ville excella dans cet art l’une après l’autre: c’est ainsi que Babylone, Tarse, Alexandrie, Bagdad, Damas, Antioche, Tauris, Constantinople, Chypre, la Sicile et Tripoli devinrent tour-à-tour célèbres pour leurs étoffes tissées d’or et d’argent, leurs soies et leurs brocarts. Les Sarrasins, par suite de leurs conquêtes lointaines, et avec leur appétit cosmopolite qui dévorait tout, arts et sciences, succédèrent à ces villes, mais en confondant ensemble tous les styles des diverses localités, en sorte qu’il est maintenant souvent difficile de distinguer, dans les dessins d’un brocart de l’Inde, où commence l’influence européenne et l’influence de l’Orient, et pourtant, au milieu de tous ces déguisements, il n’est pas impossible de constater par induction l’identité réelle des brocarts de l’Inde moderne avec les ouvrages en étoffes bleues, pourpres et écarlates tissées d’or qu’on fabriquait dans l’ancienne Babylone.
- Ces brocarts ne sont sans doute pas autre chose que ces « mag-" nifiques vêtements Babyloniens” qui tentèrent Achan à Jéricho, ainsi que le Voile du Temple de Jérusalem décrit par Josèphe sous le nom de « émÀoç BaSvvoç de diverses couleurs, merveil-4‘ leusement travaillé.” Le Colonel Yule [" Marco Polo,” i. 62], à propos du passage qui vient d’être cité, écrit aussi : " Quelques-" uns de ces riches brocarts de soie et d’or ont reçu le nom de " Baldachini, ou en Anglais Baudekins, de Bandas ou Baldac, " c’est-à-dire Bagdad. Par suite de l’emploi qu’on faisait de ces “ étoffes pour orner les dais ou baldaquins de cérémonie et les
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- “ parasols des dignitaires italiens, on s’est servi du mot Bal-“ dacchino pour désigner un dais, même en architecture.” Le mot Cramoisi tire son nom de l’insecte Kermes qui s’employait partout pour teindre en écarlate, avant l’introduction de la cochenille importée d’Amérique en 1518. C’est le tola de Moïse, avec lequel “ on teignait deux fois,” les tentures du Tabernacle et les vêtements sacrés des prêtres Hébreus. Sardes était célèbre pour ses teintures écarlates, comme l’étaient Tyr et la Crète pour leurs brillantes étoffes de pourpre: la pourpre de Tyr se tirait d’un coquillage, comme le rouge de Tarente ; les teintures de la Crète se tiraient d’une plante que Théophraste, Dioscoride et Pline nomment respectivement Va mvriov fixas, fixas Oa,\di,<r<riov, phycos thalassion, et qui n’était pourtant pas une plante marine, mais un lichen, probablement identique à ce genre de plante d’où l’on tire la roccelle ou pourpre des temps modernes. La fameuse pourpre des anciens était améthystine ou de nuance violette, et non pas rouge; et nous en trouvons la preuve dans la comparaison de la pourpre tyrienne avec la pourpre de la Crète; cette dernière était considérée comme plus brillante. Hérodote nous parle de l’admiration qu’éprouva Darius à la vue des vêtements écarlates de Syloson, de Samos (Rawlinson, x^vïs ^ppâ, et dans la traduction latine, amiculum rutilum) (manteau rutilant) : la couleur ardente de ces vêtements s’obtenait probablement au moyen du Kermes, et ils n’auraient certainement pas excité la convoitise de Darius, si la teinture de Tyr eût été rouge. Du nom de l’insecte qu’on appelle en Arabe kirmij, on a fait non-seulement cramoisi et carmin, mais encore vermeil et vermillon. Les Arabes reçurent à la fois l’insecte et le nom servant à le désigner, de l’Arménie: kirmij dérive de quer mes, et signifie à l’origine “baie de chêne.” Dioscoride en fait la description sous le nom de xâxxas fio^ix^. Voici encore ce qu’en dit Pline : “ est “ autem genus ex eo in Attica fere et Asia (Pfoconsulari) nascens, “ celerrime in vermiculum se mutans, quod ideo solecion vocant” [xxiv. 4]. “A la hauteur de l’Attique et dans l’Asie procon-“ sulaire, cet arbre donne naissance à une espèce qui se change “ très-rapidement en vermisseau, et que pour cette raison l’on nomme “ solecion.” Vermillon est certainement synonyme de vermiculum. En réalité, vermiculum, au moyen-âge, signifie Kermes, et par suite, les vêtements qu’on teignait avec ce produit se nommaient “ vermiculata” et autrefois en Anglais, “ vermilions.” L’expression française “ vermillon ” signifiait aussi Kermes à l’origine ; et de ces mots, après avoir traversé successivement diverses phases, on arriva au sulfure rouge de mercure ou cinabre, couleur connue dès les temps les plus anciens : Jérémie en fait mention dans la description qu’il donne d’une maison “ plafonnée de cèdre et peinte “ au vermillon ” [ch. xxii. 14J. Ezechiel y fait également allusion [xxiii. 14], lorsqu’il parle des sculptures de “ personnages peints “ sur la muraille, des images des Chaldéens peintes au vermillon,” sculptures et peintures qui ont survécu à notre époque. Les tissus tirent souvent leurs noms du lieu où, pour la première fois, ils ont atteint leur degré de perfection, et conservent ces noms longtemps encore après que les manufactures locales ont été transférées
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- ailleurs; quelquefois même le nom lui-même est transféré à un genre de produits absolument différents. C’est ainsi qu’outre le mot Baudekin, nous avons le mot damasser qui vient de Damas, Satin, de Zaytoun en Chine (Yule). Sindon, Syndon, Sandal, Sandalin et Cendatus viennent de Scinde ; Dimity (basin) dérive, dit-on, de Damiette ; Calico, de Calicut, et Mousseline, de Mosul. Marco Polo, au livre i. ch. v., du royaume de Mosul, écrit ce qui suit : « Tous les vêtements d’or et d’argent qu’on nomme Mosolins “ se font dans ce pays ; et ces gros marchands appelés 4 Mosolins ‘ « qui apportent pour la vente des épices et des perles par si « grandes quantités, ainsi que des vêtements de soie et d’or sont “ aussi de ce royaume.” Dans sa note (vol. i. page 59), le Colonel Yule fait l’observation suivante: “ nous voyons ici que mosolin « ou mousseline à une signification fort différente de celle qu’il a « maintenant. Une citation d’Ives faite par Marsden prouve que « ce mot fut appliqué, au moyen-âge, à une forte étoffe de drap “ de coton qui se fabriquait à Mosul. Dozy prétend que les “ Arabes emploient le mot 4 Maucili ’ dans le sens de mousseline.” D’après l’opinion du Colonel Yule (Marco. Polo, i. 259), les Tartarium se nommaient ainsi: “non parce qu’ils se fabriquaient " en Tartarie, mais parce que ces étoffes furent importées de Chine " en passant par le pays des Tartares.” Dante fait allusion à l’habilité supposée des Turcs et des Tartares dans le tissage des étoffes précieuses ; et Boccace, dans le commentaire qu’il en fait, dit que les vêtements tartares étaient tissés d’une manière si habile qu’aucun peintre n’aurait pu les égaler avec son pinceau. Chaucer dit encore, d’après la citation du Colonel Yule:
- “ Sur chaque trompe pend une large bannière En belle étoffe de Tartarium."
- C’est l’étoffe d’or que Marco Polo appelle Nasich et Naques : ce sont évidemment les ouvrages primitifs lamés d’or dont il fait la description, lorsqu’au livre ii.' chap. xiv.; il écrit: “ le jour « anniversaire de sa naissance, le Khan revêt la plus magnifique « de ses robes, toute couverte de lames d’or.” Buckram (bouqran) dérive, dit-on, de Bokhara. Ce mot se rencontre sous le nom de Bocharani, Bucherani et Boccassini (Yule, Marco Polo, i. 59). Futaine (fustian) tire son nom de Fostat, une des villes du moyen-âge qui forment le Caire: une rue de Bagdad a donné son nom au taffetas et au tabis (gros taffetas ondé). Cependant, Baden Powell, dans la liste qu’il donne des tissus de coton qu’il rencontra dans le Punjab (Manufactures du Punjab, vol. ii. p. 22), nomme taftâ un tissu de fils tressés, fait à la fois de soie et de coton, or, en Persan, tafta signifie tressé, comme bafta veut dire tissé. Peut-être, l’industrie en question donna-t-elle son nom à la rue de Bagdad où elle se pratiquait. Cambric (batiste) vient de Cambray. Sarcenet (taffetas léger et peu lustré) tire son origine de Saracens (Sarrasins); les Maures ont donné leur nom à la Moire et à la Mohair (étoffe de poil de chèvre). Diaper (serviettes damassées) ne dérive pas d’Ypres, dans les Flandres, mais bien d’un mot grec du Bas-Empire diac-mpàv (de diaçmaic, je sépare) qui signifie copié, figuré, diapré. Arras (tapisseries à personnages) dérive de la ville d’Arras; Cordwain
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- (cordonnerie) vient de Cordoue; et l’étoffe appelée Nankin, de la ville de Nankin. Gauze (gaze) vient de Gaza, et baize (serge croisée), de Baïes. Cyprès vient de Chypre (Cyprus), et frieze (étoffe à poil frisé) de la Frise; Jean vient de Jaen ; drap de Rayne, de la ville de Rennes; drap de Tars vient de Tarse, ou peut-être de Tauris. Le droguet vient, dit-on, de Drogheda; Duck, c’est-à-dire Tuck (d’où Tucker Street, à Bristol) vient de Torques, en Normandie. Bourde de Elisandre ou Bourdalis-andre vient d’Alexandrie; worsted (laine tordue) de Worsted dans le Norfolk ; Kerseymere (casimir) (cachemire) dérive de Kersey; et Lindsey-Wolsey, de Lindsey, deux villages du Sussex. Gingham (guinguan) vient, dit-on, de Guingamp; Siclatoun vient, à ce qu’on croit, de Sicile. Chintz (perse) dérive de chint ou chete, mots hindous signifiant bigarré, tacheté, d’où le mot cheta; mais je crois que le mot vient de Chine, et que les tisserands de Masulipatam apprirent les premiers à imprimer la perse en se servant des modèles particuliers qu’ils empruntèrent aux soieries venant de la Chine et débarquant dans ce port. Le velours et le Samit sont deux tissus d’origine orientale; et l’étymologie du premier mot en vieil anglais est " velouette ” qui vient de l’Italien " vellute signifiant moutonneux, écumeux, et du Latin vellus, une toison. Le second mot, Samit, vient de € (six) et ^iToi (fils), parce que la trame qu’on ourdissait était composée de six fils. Le camelot se tissait probablement à l’origine avec du poil de chameau. Sous l’Empire d’Orient, Chrysoclavus (clou d’or) était le nom qu’on donnait aux vieilles soieries richement teintes dont le dessin représentait une tête de clou ronde en or. Le nom de Gammodion se donnait à des soies dont le dessin représentait la lettre grecque F (gamma) ; et lorsque quatre de ces lettres étaient disposées de manière à former une croix de St. Georges ou Filfot cross, la soie se nommait Stauron, ou Stauracinus et Polystauron. Les soieries nommées de fundato étaient couvertes d’un dessin d’or en forme de natte ; et les soieries dites stragulatæ étaient à raies et à bandes : elles étaient évidemment originaires de l’Inde. Le tissu est un drap d’or ou d’argent semblable au Siclatoun, au Tartarium ou Naques, ainsi qu’au soneri et au ruperi des Indes; et ce papier léger, de couleur bleuâtre, qu’on appelait papier-tissu se fabriquait à l’origine dans le but de préserver le tissu des éraillures ou des flétrissures en le plaçant entre les différentes pièces de tissus au moment de les empaqueter. Le " Cloth of Pall," ou drap de manteau, aurait été, croit-on, une étoffede brocart employée pour enseignes ou drapeaux, pour robes, et on lui donne généralement la même signification qu’au mot Baudekin. Camoca est synonyme de Kincob (kimkhwa). Il nous faut avoir recours au Colonel Yule pour avoir l’étymologie du mot Bandana, en parlant de mouchoirs de poche.
- Cotonnades.
- Les manufactures de coton ne se sont installées sur un pied réellement solide en Europe qu’au siècle dernier. À une date qui remonte à l’époque préhistorique, cette industrie fut importée des Indes dans l'Assyrie et l'Égypte; la plante elle-même fut introduite pour la première fois dans l’Europe méridionale au 13ème
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- siècle, lorsque la laine fut employée à la fabrication du papier pour la première fois. Les États d’Italie, au 13ème siècle, tentèrent pour la première fois, de l’employer à la fabrication de la draperie, à l’imitation des tissus de l'Égypte et de l’Inde ; cette industrie passa de là dans les Pays-Bas, puis en Angleterre, au 17ème siècle. En 1641, les cotonnades de Manchester, fabriquées à l’imitation des cotonnades de l’Inde, étaient encore en laine. Mais ce fut en vain que Manchester essaya de rivaliser avec les calicots imprimés de l’Inde sur la base des principes du libre échange; et graduellement, les Indiennes devinrent d’un usage si général en Angleterre, au détriment des manufactures de laine et de lin du pays, qu’elles excitèrent contre elles le sentiment populaire : alors le Gouvernement, cédant à la clameur générale, passa en 1721 une loi qui, pendant une génération, déshonora le « statute-book,” et prohibait le port de toute étoffe de calicot imprimé, quelle qu’elle fût. Cette loi subit en 1736 une modification qui permettait de porter du calicot, “ pourvu que le tissu dont il était fait fût entière-" ment en fil de lin.” Les premières manufactures de coton furent établies en Ecosse en 1676, et à Glasgow, en 1738; à Manchester, les manufactures de calicots imprimés fonctionnèrent régulièrement en 1764. Cependant, dès 1641, on faisait à Londres et à Manchester des basins et des " vermilions" en laine et coton. Après l’invention de la machine d'Arkwright en 1769, Manchester développa sa production d’une manière assez rapide pour rendre ce fait évident que le système protecteur tendant à préserver les manufactures de la concurrence étrangère était une violation des plus élémentaires principes d’économie politique.
- Nous avons vu que la Bible fait mention du coton (Esther, i. 6) sous son nom sanscrit ; et « les tentures de coton blanc et bleu ” dont elle donne la description, étaient probablement des imitations des satrangis du Bengale, si ce n’était pas des satrangis véritables. Le Ramayana fait de fréquentes allusions aux vêtements de couleur, et la manière dont on représente, sur les monuments égyptiens, les robes parsemées de raies en zig-zag de différentes couleurs, en vert, en jaune, en bleu, en rose, caractérise tout-à-fait le mode de teinture des étoffes de coton aux Indes. Hérodote, au livre i. (chap. 203), nous parle d’une certaine tribu de la mer Caspienne: “ Dans ces forêts, dit-il, croissent, à ce qu’on assure, certains « arbres dont les feuilles pilées et mêlées à l’eau par les habitants, « leur servent à faire une teinture avec laquelle ils peignent sur « leurs vêtements des figures d’animaux: les figures ainsi dessinées « ne s’effacent jamais, et durent aussi longtemps que si elles " avaient, de prime abord, été tissées avec le vêtement; elles font “ autant d’usage que le vêtement lui-même.” Voici encore ce que Pline écrit au livre xxxv. (chap. 42, 11): " En Egypte on « emploie un procédé très-remarquable pour la coloration des " tissus. Après avoir pressé l’étoffe, qui est blanche au com-“ mencement, on la sature, non pas avec des couleurs, mais avec " des réactifs destinés à absorber la couleur. Ceci fait, on plonge " dans une chaudière de teinture bouillante le tissu qui n’a pas " subi de changement apparent; puis, le matin suivant, on le " retire complètement coloré. Il y a de plus ce fait singulier,
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- « c’est que, bien que la teinture de la chaudière soit de couleur « uniforme, l’étoffe, au moment où on la retire, est teinte de « diverses couleurs, suivant la nature des réactifs qu’on lui a re-« spectivement appliqués ; et ces couleurs sont ineffaçables.”
- Nous avons vu, d’après Arrien, que les Eivôveç (mousselines), les ‘OBvia (cotonnades), les IIspigouara (ceintures), Zval cKTCZ (ceintures bariolées de diverses couleurs); les IIopp'pai (vêtements de pourpre), et les Zidoveç uoÀéxivœi (mousselines couleur mauve) s’exportaient à son époque, des Indes dans tous les ports des côtes de l’Arabie et de l’Afrique orientale. Les Portugais donnèrent le nom de Pintadocs aux étoffes imprimées de l’Inde qu’ils virent pour la première fois à Calicut. Les tissus et les étoffes de l’Inde ont en effet toujours été recherchées particulièrement pour la beauté et l’éclat de leurs teintes naturelles, plutôt que pour la finesse et le moelleux de leur tissu : l’une des plus grandes améliorations à apporter à la manufacture des textiles anglais serait de substituer les teintes indiennes aux tons sobres, à ces couleurs étincelantes et tranchées, produits de la chimie moderne, particulièrement la série des teintes magenta, actuellement en usage. Mr. Wardle, de Leek, a apporté une grande attention à la question, surtout en ce qui concerne l’application des teintures de la soie indienne dite tusser.
- Le Maharajah de Cachemire a, dit-on, adopté une mesure efficace pour le suppression des teintures magenta dans l’intérieur de son royaume. D’abord, elles sont frappées, à la frontière, d’un droit de 45 p.c. : à une certaine distance en-dedans de la frontière, elles sont confisquées et détruites immédiatement.
- Les grandes manufactures de coton pour l’exportation sont tombées en décadence, aux Indes, longtemps avant la concurrence de Manchester. Cependant, on continue à produire, aux Indes, une immense quantité de cotons manufacturés pour la consommation intérieure, et cette quantité est probablement égale aux exportations totales de Manchester, maintenant surtout que l’on établit des filatures de coton à Bombay et dans d’autres villes, nous pouvons nous attendre à voir le courant de la concurrence tourner enfin contre Manchester. Par suite aussi du raffinement du goût national dans ce pays, et du développement d’une éducation et d’une culture d’esprit supérieures parmi les indigènes de l’Inde, nous pouvons nous attendre à un rapide accroissement dans la demande en articles de l’Inde fabriqués à la main, ainsi qu’en étoffes artistement teintes et imprimées. La véritable couleur d’ivoire ne se rencontre au naturel que dans les cotonnades de l’Inde. On ne saurait imaginer rien de plus distingué pour les salles de bal, rien de plus simple pour une maison de campagne que des vêtements de coton écru, ornés avec goût d’étroites bordures de soie rouge, bleue, ou verte. Les nationaux, dames et messieurs, devraient se faire un point d’honneur de ne jamais porter que des vêtements ou ornements de manufacture indigène, de forme et de dessin strictement indigènes et continuellement épurés par la comparaison qui en serait faite avec les plus purs modèles fournis par les sculptures d'Amravati, de Sanchi et de Bharhut.
- Surat est une ville qui a souffert autant que n’importe quelle
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- ville de l’Inde, de l’abolition du monopole commercial de la Compagnie des Indes Orientales en 1833. " Une ère nouvelle a été " ouverte au commerce anglais,” écrit l’historien, qui ne tient pas compte des deux siècles d’activité et de prospérité manufacturière développés par la direction protectrice de la Compagnie, qui avait précédé aux Indes le régime nouveau. Mais, dans l’espace des quatre ou cinq dernières années, les manufactures cotonnières de Surat ont commencé à reprendre de l’importance; les tisserands Khatris ou Hindous se sont mis à faire un nouveau modèle, pour corsets principalement, qui s’exporte dans le Deccan sur une large échelle.
- Baroach était aussi, du temps de la Compagnie des Indes, un grand centre manufacturier comme filatures de coton, depuis les tissus les plus épais jusqu’aux plus fines mousselines. Mais cette industrie a été ruinée par les importations effrénées de Manchester ; et sur les 30 variétés bizarres de tissus qui sont énumérées au Journal des Factories pour l’année 1877, on n’en fabrique plus que six espèces.
- À Vizagapatam, on fabrique une forte étoffe nommée punjam, qui signifie « 120 fils,” et cette étoffe reçoit la dénomination de 10, 12, 14, et jusqu’à 40 punjam, suivant le nombre de fois 120 qui se trouve contenu dans le nombre total de fils de la chaîne. On la teint en bleu à Madras, et on l’exporte au Brésil, dans la Méditerranée, et à Londres pour les Indes Occidentales. On y fabrique aussi des toiles à carreaux et des plaids imitant les produits similaires d’Ecosse, pour la nombreuse population pauvre des Chrétiens indigènes habitant la Présidence de Madras.
- Il existait autrefois à Nellore une importante manufacture de salampores bleus, qui fut complètement dissoute par suite de l’Acte d'Émancipation des Indes Occidentales : en effet, les nègres affranchis refusèrent fort naturellement de porter la livrée de leur esclavage: de plus, les énormes frais de transport par terre, l’absence de chemins de fer et de canaux, les risques d’expédition par mer des marchandises jusqu’à Madras dans des embarcations indigènes qui n’étaient pas assurées, les compagnies d’assurance se refusant à couvrir ces risques, tout conspira contre la renaissance de l’ancien commerce et contre le développement des immenses ressources naturelles de Nellore comme centre manufacturier.
- Les tisserands et les teinturiers de Bangalore qui travaillaient autrefois pour la Cour de Seringapatam, se livrent encore à la fabrication des cotonnades imprimées qui furent toujours leur spécialité. Ces cotonnades sont très grossières ; elles ne sont imprimées qu’en deux couleurs, en rouge et noir, avec des sujets mythologiques tirés principalement du Ramayana. On les fabrique spécialement pour le service des temples; on ne peut s’en procurer que très-rarement, excepté par la faveur spéciale des prêtres. Quelquefois on les retouche avec du jaune au moyen d’une peinture à la main.
- À Hoshungabad, dans les Provinces du Centre, 1 industrie du tissage resta florissante jusqu’en 1863-64, époque à laquelle la demande énorme en coton cardé fit hausser le prix de la matière
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- première dans une proportion qui dépassait les moyens des tisserands.
- Tous les cotons cardés du district furent exportés, et Manchester importa immédiatement ses produits qui depuis lors ont toujours tenu le marché. Il en est résulté que beaucoup de métiers indigènes ont été inactifs, et que les manufactures locales ont en partie succombé.
- À Chanda, il se fabrique des toiles grossières et fines qui s’exportent encore dans toutes les parties des Indes Occidentales, et qui trouvaient autrefois un écoulement en Arabie. Les tisserands de Telinga façonnent avec beaucoup de goût des toiles avec dessins de couleur; ils fabriquent encore des fils de coton d’une étonnante finesse, qui s’exportent dans les autres contrées de l’Inde.
- À Dacca, au temps de Jehangir, on pouvait manufacturer de la mousseline ayant trois yards de long sur un de large, et pesant seulement 900 grains, au prix de 40Z. Maintenant la plus fine mousseline, de la dimension ci-dessus, pèse 1,600 grains, et ne vaut plus que 10Z., et même ces pièces ne se font que sur commande. La demande pour mousselines à fleurs de Dacca a complètement cessé ; au contraire, les mousselines brodées de Tusser sont de plus en plus vivement demandées dans toute l’Inde et pour la Perse, l’Arabie, l’Egypte et la Turquie.
- Santipur a vu surgir des manufactures de coton dans son sein par la raison qu’elle était le centre des importantes factories des districts de Nadiya au beau temps de la Compagnie des Indes Orientales.
- À Noakhali on fabriquait autrefois, toujours au temps de la Compagnie des Indes, des toiles de coton en grandes quantités ; mais cette industrie s’éteignit de suite, avec la chûte de la Compagnie comme puissance commerciale. Sarail, dans le Tipperah, produit une mousseline dite tanjib, de qualité presque aussi belle que la plus belle mousseline de Dacca: la Compagnie des Indes Orientales possédait à Charpata une factorie où l’on fabriquait une espèce de bafta ou Basta, comme on disait dans le commerce européen, qui obtint une grande réputation : mais cette factorie a été fermée, il y a environ 50 ans. Les manufactures autrefois fameuses de Kasimbazaar déclinèrent, aussi rapidement, après 1833. Il est incontestable que la période de 1757 à 1833, pendant laquelle la Compagnie des Indes Orientales eut la souveraineté et le monopole, fut pour les Indes la plus heureuse de toutes celles qu’elle ait traversées depuis l’epoque de la suprématie du Bouddhisme sous la dynastie Maurya.
- Le Docteur Forbes Watson, Directeur du Museum Indien, dans son ouvrage très-complet sur " Les Manufactures de Textiles et les Costumes des peuples de l’Inde,” qui représente le résumé des recherches d’une existence entière, et est digne du temps et dû travail qu’il a consacrés à la préparation de cette œuvre, classe ensemble comme vêtements les objets manufacturés en coton, soie et laine, qui sont faits au métier, tels que les toiles pour turbans, les dothi, ou étoffe flottante qui s’enroule généralement autour des reins. Le dhoti est généralement bordé de pourpre ou de
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- rouge, de bleu ou de vert, comme la toga prætexta [limbo pur-pureo circumdata], entourée d’un bord de pourpre] ; à Mysore, le dhoti se nomme togataru. Le sari, que portent les femmes, est également fait au métiers : c’est certainement le xaôvupa d’Homère. Ainsi Thétis, II. xxiv. 93, 94 :
- “ Voilait sa tête d'un voile sombre qui, flottant autour de sa gracieuse personne, la couvrait comme d’un vêtement.”
- Les mouchoirs de tête, les ceintures et ceinturons se font aussi sur le métier. Les principaux vêtements coupés et cousus sont les [choli] ou corsets pour les femmes, qui portent quelquefois aussi un jupon ; les caleçons* [pijama, littéralement « vêtements de jambes ”], que portent à la fois les hommes et les femmes, se font aussi sur le métier, comme les vêtements déshabillés, ou angraka, et les costumes de grande tenue, ou jama, portés par les hommes seulement , et enfin, les chapeaux qui portent plusieurs sortes de noms, tels que topi, taj et autres.
- Parmi les marchandises à la pièce, les mousselines de Dacca occupent le premier rang ; on leur donne les noms de « abrawan," ou « eau courante,” bafthowa, ou « air tissé ;" “shubanam," ou « rosée du soir,” tous tissus unis blancs, dont les noms poétiques donnent à l’esprit du lecteur une idée beaucoup plus exacte de leur finesse et de leur délicatesse exquises, et de l’estime dans laquelle on les tient, que ne le ferait tout un volume de description technique. Ces fines mousselines sont toutes classées sous le nom générique de mulmul khas, ou mousselines de roi. Les mousselines unies se fabriquent non-seulement à Dacca, Patna et autres villes du Bengale, mais encore à Hyderabad dans le Deccan, à Cuddapah et Arni, dans la Présidence de Madras. Les mousselines rayées ou duria se fabriquent à Dacca, Gualior, Nagpore, Hyderabad, Arni et autres villes encore. Les mousselines nuancées ou charkana se font principalement à Dacca, Nagpore, Arni, et Nellore; les mousselines décorées ou jamdani, se font à Dacca. Le Docteur Forbes Watson les donne, dans la description qu’il en fait, comme le chef-d’œuvre du tisserand indien. Les mousselines tissées avec des fils de couleur, les mousselines rayées, nuancées, et à dessins se font à Bénarès, Arni, Nellore, et Chicacole (Présidence de Madras). Trichinopoly a la spécialité des mousselines imprimées ; Jeypore, et Hyderabad, dans le Deccan, celle des mousselines imprimées or et argent. Le procédé au moyen duquel on exécute ce genre de décoration consiste, dit le Dr. Forbes Watson, à fixer sur l'étoffe au moyen de la colle-forte le modèle qu’on désire avoir ; la feuille d’or ou d’argent, suivant le cas, est alors étendue sur l’étoffe et adhère à la colle. Lorsque le tout est sec, on enlève la partie qui n'a, pas adhéré à la colle. En Perse, on saupoudrait de l’or sous forme de poussière sur le modèle, qu’on avait au préalable préparé avec de la colle. Messrs. Vincent, Robinson & Cie., exposent un modèle très-rare de l’une de ces anciennes toiles peintes d’Ispahan ; c’est un bloc de bois imprimé en or et en couleurs sur fond noir.
- Les calicots, qui se fabriquent dans toute l’Inde, sont classés par le Docteur Forbes Watson comme calicots unis, blanchis et écrus. Les calicots tissés avec des fils de couleur comprennent, d abord,
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- les susis et khesis, ou tissus à raies aux teintes brillantes, qui se fabriquent par grandes quantités dans le Punjab et le Scinde, ainsi qu’à Surat, Palamcottah, Cuddalore, et autres villes de Madras, et qu’on emploie principalement pour pantalons, puis les tissus, également rayés, qu’on emploie pour faire des jupes, et qui sortent des manufactures de Népal et Pegu, et 3e, les toiles à carreaux et Tartans, dont on fait aussi des jupes et des jupons, et qui sortent des manufactures de Ludianah, Broach, Tanjore, Cuddalore, Masulipatam, et autres villes de la Présidence de Madras; puis les calicots imprimés d’abord sur fond blanc, et fabriqués à Fatehgarh, Masulipatam, Arcot, etc. ; puis, sur fond de couleur, et fabriqués, à Shikarpur, Agra, Fatehgarh, Bijapore, Bellary, Arcot et Ponneri, dans la Présidence de Madras, et 3e les célèbres palamporés, ou " couvertures de lits,” sortant des fabriques de Masulipatam, Fatehgarh, Shikarpur, Hazarah et autres villes, et qui, au point de vue de l’art décoratif, sont tout simplement incomparables. Comme ouvrages d’art, ces produits sont à classer au nombre des plus belles poteries indiennes et des plus magnifiques tapis. Finalement, le Dr. Forbes Watson range sous la même catégorie les divers tissus de coton qui se fabriquent principalement pour l’usage des Anglo-Indiens; tels que les mouchoirs de poche de Nellore, les nappes damassées et ouvrées, les serviettes, et essuie-mains de Madras, Salem, Masulipatam, Cuddalore et Baroach, et enfin, les couvre-pieds, unis et piqués de Karmul, Hyderabad dans le Deccan, et Ludianah.
- Les ouvrages de dentelles n’ont été que récemment introduits aux Indes, mais les indigènes font preuve d’une aptitude singulière pour ce genre de travail, et les excellents échantillons en coton, soie, or et argent qui figurent parmi les présents offerts au Prince de Galles par les villes de Tinnevelly et Nagarcoil dans la Présidence de Madras, ne laissent rien à désirer, sous la rapport, soit du dessin soit de la manipulation. On fait dans le Punjab une dentelle blanche nommée gota, ainsi qu’une variété de dentelle de couleurs nommée pattias.
- Soies.
- De même que l’on mélange la soie aux susis ou tissus de coton rayés du Punjab et du Scinde, ainsi nous voyons qu’on mélange le coton à la soie dans les pièces de soierie connues aux Indes sous les noms de mashru et sufi, qui signifient " permis.” La loi défend aux Musulmans de porter de la soie pure (holosericum,) mais ils peuvent porter de la soie mélangée avec du coton, d’où ces tissus indiens bien connus, dont la chaîne est en coton, et la trame en soie douce à dessins rayés, ayant le lustre du satin ou atlas, ont reçu le nom de mashru. Sufi est le nom qu’on donne aux soies rayées (gulbadan), dont le port est permis ; les tissus de Bhawalpur, nommés shuja-khani, diffèrent des tissus mashru en ce qu’ils n’ont pas le lustre du satin, et ont l’apparence d’un calicot glacé. Ils se distinguent à peine des susis, et sont glacés au moyen d’un looch mucilagineux fait avec la graine du coing. Ces étoffes mélangées sont ou unies, ou à carreaux ou à figures : elles se fabriquent par grandes quantités dans le Punjab et le Scinde, à Agra, à Hyderabad, dans le
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- Deccan, à Tanjore et Trichinopoly. Les tissus de soie pure, à raies, à carreaux et à dessins se fabriquent principalement à Lahore, Agra, Bénarès, Hyderabad dans le Deccan, et Tanjore. Les soieries imprimées que portent les femmes Parsis et les femmes de Bhatia et Bunea, à Bombay, sont une spécialité de Surat. Cachar, Darjiling, Bhagalpur et Warangal ont la spécialité des soies brutes. On emploie l’or et l’argent à la décoration des vêtements les plus somptueux faits sur le métier et des pièces d’étoffes de l’Inde, soit seulement en bordures, soit en raies transversales, on en dessins de couleurs variées. Les broderies d’or en bordures faites au métier sortent principalement des fabriques de Sattara, les raies d’or ou d’argent se font à Tanjore, et les figures dessinées en or ou mashrus, à Tanjore, Trichinopoly, et Hyderabad dans le Deccan; les soieries richement ornées, et à figures brodées en or, les tissus d’or et d’argent ont leurs centres- principaux à Ahmedabad, Bénarès, Murshedabad, et Trichinopoly. Le Dr. Forbes Watson restreint l’expression tissus aux draps d’or et d’argent [ruperi et soneri] faits de bandes d’or laminé. Le mot indigène kincob, lui aussi, s’applique en général exclusivement aux brocarts de soie ouvrés, rehaussés d’ornements d’or ou d’argent, sortant des fabriques de Murshedabad, Bénarès, Ahmedabad, et autres villes ; mais, comme le style et le caractère essentiel de ces kincobs est d’une époque plus ancienne que ne l’était l'usage de la soie aux Indes, à Babylone, dans la Phénicie, et l’Egypte, on fait confusion dans l’expression lorsqu’on l’emploie par rapport à l’histoire de l’art décoratif, à moins qu’on ne l’entende comme le mot brocart dans un sens extensif. La description que donne Homère, au xixe livre de l’Odyssée, de la robe d'Ullysse peut server à decrire exactement ce qu’est une shikargah de Bénarès :
- « Une robe guerrière couleur de pourpre, aux formes amples, flottait autour de sa personne. On reconnaît le Roi à la double agrafe d’or qui brille sur sa poitrine. Dans le riche dessin, un chien, véritable Mosaïque, emporté par l'élan de sa course, saisit un faon à la robe pommelée : ses dents s’entaillent profondément dans le cou de sa victime : tous deux, ils sont haletants, et leur lutte, semble vivante dans l’or qui se meut, pour ainsi dire. Au-dessous brille un vêtemene fin, comme une toile diaphane, étincelant comme un soleil sans nuage. Le cortège de femmes qui l’entourent se presse autour de lui pour le regarder dans une muette admiration, et soupire des louanges involontaires. Une épée où Vulcain avait mis tout son art, et que je donnai au guerrier prêt à me quitter, un manteau de pourpre, un brillant vêtement, de dimension égale à sa taille : tels furent les gages d’affection reconnaissante que je donnai à mon hôte honoré.”
- Par la lecture de ce passage et de beaucoup d’autres passages d’Homère on accumule les preuves des traditions de descendance des " kincobs” de Bénarès; on voit qu’au travers des ateliers de tissage de Babylone, de Tyr, et d’Alexandrie, ils accusent le même système de méthodes techniques et de dessins que celui qui prit naissance aux Indes aux époques préhistoriques, et qu’ils étaient connus déjà chez les Hindous au temps du code de Menou, ante-rieurement au Ramayana et au Mahabharata.
- Voici ce qu’on lit encore dans l’Iliade, iii.:—
- « Cependant Hélène, cette reine de beauté, voit disparaître des cieux a sa vue la déesse changeante de l’arc-en-ciel. Ici, dans ce palais, elle se remet a
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- son métier, près de cette toile dont le tissu d’or racontait sa triste histoire : elle retraçait sur la toile la guerre de Troie, elle qui en était le prix, et le cruel triomphe de sa fatale beauté.”
- Et cet autre passage de l’Iliade, v. :—
- “ Pallas se dérobee son voile radieux se délie ; ce voile orné de fleurs et décoré par l’art.”
- Voici ce que dit encore l’Iliade, vi. :—
- « Le manteau le plus beau que contient sa riche garde-robe, le plus estimé pour l’art avec lequel il est conçu, pour l’or dont il est tissu.” ***
- « La Reine de Phrygie se rendit à sa riche garde-robe, d’où s’exhalaient les senteurs odorantes de précieux parfums. Là, se trouvaient entassés des vêtements artistement travaillés, dont les broderies représentent les vierges de Sidon que le jeune Paris amena de la douce Sidon, à la suite d’Hélène, lorsqu’elle aborda sur les rives de Tyr. La reine passe en revue ces vêtements, avec un œil attentif; elle en examine les tissus variés et les teintes diverses ; puis elle fixe son choix sur un voile qui brille d’un éclat supérieur aux autres, et dont le reflet éclatant scintille comme l’étoile du matin.”
- Dans l’Odyssée (xv.) nous trouvons ceci :—•
- « Cependant, le Roi et son fils vinrent avec Hélène à la riche garde-robe d’où s’exhalaient de précieux parfums. Le Roi fit choix d’un bol ; le Prince prit une coupe d’argent. La Reine examina d’un œil attentif ses divers tissus aux teintes innombrables, et choisit le plus beau : ses belles mains en avaient brodé toutes les parties avec un art plein de distinction : auprès des autres, ce vêtement brillait d’un éclat divin, comme la radieuse étoile du soir l’emporte par son éclat sur les perles de la nuit.”
- Ces deux derniers passages sont comme des vignettes photographiques prises sur une riche maison indienne de Settia ; en les copiant on croirait respirer encore le parfum même du costus et du nard précieux dont les riches indigènes enveloppent leurs vêtements de prix, les fines mousselines et les ouvrages de broderie.
- Il y a un brocart indien qu’on nomme chand-tara (c.-à-d., lune et étoiles), parce que les dessins qui l’entourent représentent les corps célestes. Athæneus (230 ap. J. C.) cite, d’après Duris (285-247 avant J. C.), la description d’un manteau que portait Démétrius (330 avant J. C.) où la voûte céleste est représentée avec les constellations et les 12 signes du Zodiaque, et dont le tissu est en or. Josèphe (37-100 ap. J. C.) établit, au livre V. chap. v. 4. de son ouvrage sur la guerre des Juifs, que le voile présenté au temple par Hérode “était un rideau de Babylone, brodé d’une " fine étoffe de lin, de couleur bleue, écarlate et pourpre, et dont “ le tissu était vraiment merveilleux. Le mélange des couleurs « contribuait à son interprétation mystique. C’était une sorte “ d’image de l’univers. * * * Sur cette toile étaient brodés « tous les sujets mystiques des cieux. à l’exception des 12 signes “ du Zodiaque, qui respiraient la vie.” Voici ce que nous lisons dans les « 2 Chroniques” (iii. 14) :.“ Et Salomon fit le voile d’une “ fine étoffe de lin, bleue, pourpre et cramoisie, et y représenta des « chérubins.” Le voile du Saint des Saints, fait par Moïse, dit Josèphe, au livre III. des Antiquités (ch. vi. 4), était rempli d’ornements, et brodés de toutes les sortes de fleurs que produit la terre, et dans les intervalles de l’étoffe étaient tissées toutes les variétés qui pouvaient servir d'ornements, à l’exception des figures d’animaux. Les passages dans lesquels divers auteurs classiques font des descriptions de rideaux et de tapis, de broderies à figures
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- d’hommes 'et d’animaux (“ Persans,” “Portraits de Rois,” “ Lettres Parthes ”) sont trop nombreux pour pouvoir être cités.
- Parmi les autres noms poétiques servant à désigner les modèles de soieries indiennes et les hincobs, on peut mentionner, outre le mot chand-tara, ceux de mazchhar (rides argentées) ; halimtarakshi (yeux de pigeon); bulbulchasur (yeux de rossignol), et murgala (cous de paons). La fabrication des soies de couleur fut évidemment importée, à l’origine, de la Chine dans les Indes; mais, à quelle époque c’est ce qu’il est presque impossible de déterminer. Le Ramayana, comme nous l’avons vu, en fait mention; mais on ne peut déterminer actuellement si ces manufactures étaient chinoises ou indiennes. La première mention qui soit faite de la soie d’une manière certaine dans la Bible se trouve dans les Révélations (xviii. 12). Les mots hébreus que l’on suppose faire allusion à la soie sont les termes meshi et demeshek. Le premier dans Ézech. xvi. 10, 13, est traduit par " soie,” et le second, dans Amos (iii. 12), par “ Damas ” :—“ Ainsi, dit le Seigneur, de même « que le berger retire de la gueule du lion deux jambes ou un “ morceau d’oreille, ainsi seront retirés les enfants d’Israël qui “ sont étendus, dans Samarie, sur le bord d’un lit ou qui reposent, « à Damas, étendus sur une couche.” On a pensé que dans ce verset, demeshk devait se traduire par soie. Il est difficile de croire que les Egyptiens ne tissaient pas la soie écrue, sachant qu’ils connaissaient l’art de réduire les soies chinoises en une sorte de toile semblable à la mousseline.
- " Œuvre étonnante, linon mince et transparent,” comme dit Lucain, au livre x., dans le récit qu’il fait des fêtes données par Cléopâtre à César. Il est très-possible que les fins linons d'Égypte, et les fins linons de la Colchide qu’on envoyait à Sardes pour les teindre (Hérodote ii. 105) aient renfermé de la soie. Toutefois ce ne fut pas avant le règne de Jules César (47 avant J. C.) que l’on commença à introduire les soies chinoises dans l’Europe méridionale, et Virgile est le premier auteur classique qui est supposé y faire une allusion non équivoque, au second livre des Géorgiques :
- “ Le noir ébène ne veut croître qu’aux Indes ; et l’odorant encens, dans les forêts de la Sabée. Le baume se distille lentement à travers les veines saignantes des fertiles arbrisseaux des plaines de l’Idumée. Laissons à d’autres le soin de parler du nerprun d'Égypte, propre aux usages médicaux, des arbres blancs d'Ethiopie, et des bois cotonneux: laissons-les raconter comment les Seres (les Chinois) filent les produits de leurs forêts cotonneuses pour les convertir en fils minces et légers.”
- La demande en articles de soieries augmenta rapidement en dépit des prohibitions et des arrêts restrictifs: et le drainage du métal partant de l’Empire d’Orient pour couvrir les achats des soies et autres produits de l’Orient atteignit de telles proportions que l’empereur Justinien résolut d’introduire la culture des vers à soie en Europe : encouragés par ses promesses et ses presents, deux moines persans réussirent, environ l’an 550 après J. C., a apporter à Constantinople les œufs de ces insectes. Les Grecs devinrent bientôt fort habiles à produire des soies greges : ils en établirent des manufactures à Thèbes, Corinthe, Argos et autres
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- villes du Péloponèse, qui empruntèrent leurs dessins aux métiers de tissage de coton et de lin, et peut-être même de soie, établis a Almodayn, Alexandrie, Tauris, Damas, Tyr et Antioche. La fabrication de la soie fut ensuite importée par les Sarrasins, desvilles de Bagdad, Tauris, Alep et Alexandrie, dans la Sicile, et il reste encore des modèles de soies sarrasines de Sicile datant du 12ème siècle. Roger, roi de Sicile, amena également de Grèce à Palerme, en l’an 1147 après J. C., un grand nombre d’ouvriers en soieries. De la Sicile les manufactures se répandirent en Italie et s’établirent à Florence, Lucques, Venise, Milan, et Gènes. Louis XI., en 1480, emprunta cette industrie à l’Italie pour l’introduire à Tours, en France, en 1520, François I., aprês s’être emparé du Milanais, établit cette industrie à Lyon. En Angleterre, ce fut sous le règne d’Elisabeth qu’on fabriqua la soie pour la première fois : mais la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, en 1685, contribua puissamment au développement de cette industrie dans le pays, en ce qu’elle enleva à la France environ 50,000 de ses meilleurs ouvriers, qui vinrent chercher un refuge en Angleterre, où beaucoup d’entr’eux s’établirent à Spitalfields. Les Sarrasins trouvèrent-ils, oui ou non, des manufactures de soie déjà établies aux Indes? Il n’en est pas moins évident que les dessins d’ornementation de ce pays se ressentirent dans une large mesure de leur influence. Ahmedabad et Bénarès fabriquent maintenant des “ kincobs” identiques, comme dessins aux vieux brocarts de Sicile; les soies siciliennes des Sarrasins abondent en dessins prouvant qu’elles tirent leur origine de l’art indien et assyrien, comme je le démontrerai par ce qui suit. Nous savons que les Sarrasins et les Maures introduisirent en Espagne des colonies d’ouvriers persans et même indiens, d’après ce qu’on peut supposer, afin d’utiliser leurs connaissances en architecture : nous savons que des architectes grecs bâtirent quelques-unes de leurs mosquées du Caire, et que les empereurs mogols de Delhi introduisirent dans leur pays des artistes et des ouvriers français et italiens qui firent les dessins de leurs grands monuments des Indes. Non-seulement le Taj, mais presque toutes les grandes constructions indigènes de Rajputana, sont décorées des plus exquises mosaïques, comme n’en avaient jamais vu les Européens, au temps d’Austin de Bordeaux. C’est ainsi que les différents styles, en fait d’art, agissent et reâgissent les uns sur les autres, et rien n’est plus fait pour jeter la lumière sur les affinités et le développement des arts décoratifs de l’Europe et de l’Inde dans les temps modernes que ne le fait l’historique de l’introduction par Justinien des manufactures de soie de la Chine en Occident.
- Broderies.
- Les broderies indiennes se font sur soie, sur coton, laine et cuir : les broderies de Cachemire sur laine, les travaux au métier comme les travaux à l’aiguille, ont une renommée historique et universelle. Le commerce des châles de Cachemire est d’une importance capitale : or, il est vraiment déplorable que cette industrie ait été récemment arrêtée dans son essor, grâces à l’emploi qu’on fait,
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- dans la fabrication, des dessins français et des teintures magenta. Le dessin d’ornement à la forme conique, avec ses courbes flottantes, et les nuances variées des fleurs, sont les signes caractéristiques auxquels on reconnaît ces châles, et sont fort connus. Suivant Mr. Baden Powell (" Manufactures du Punjab," pp. 39, 40), les indigènes distinguent par différents noms les dessins d’ornementation de leurs châles. La hashia ou bordure est disposée dans toute la longueur, et suivant qu’elle est simple, double ou triple, elle donne au châle sa dénomination particulière. Le terme pala désigne toute la broderie des deux extrémités, ou, comme on dit en terme technique, les têtes du châle. Le zanjir ou chaîne court au-dessus et au-dessous de la masse principale du pala. Le dhour, ou ornement courant, est situé à l’intérieur du hashia et du zangir, enveloppant en entier le champ du châle. Le kunjbutha est un ornement de fleurs en grappes relégué à un coin du châle. Le mattan est la partie décorée du champ ou fond du châle, et la butha, terme générique servant à désigner les fleurs, s’applique seule à l’ornement de forme conique, qui représente le trait distinctif de la pala. Quelquefois, il n’y a qu’une rangée de ces cônes. Lorsque la rangée est double, la butha s’appelle dokad; sekhad, jusqu’à cinq, et tukadar, au-dessus de cinq. Outre les châles, on fait à Cachemire une immense variété d’étoffes à châles. La laine qu’on emploie dans la fabrication des châles de Cachemire est un duvet qu’on nomme pushm, du nom de la chèvre cachemirienne de Ladak. L’étoffe de laine appelée patu est faite en poil de chameau : c’est donc une véritable étoffe de Camelot. On la brode à Cachemire et dans le Punjab, dans le Scinde, et à Delhi, et on en fait généralement des robes en forme de burnous flottants nommés chogas, dont les officiers anglais font un grand usage comme robes d’apparat. On brode la mousseline à Dacca, et à Patna, ainsi qu’à Delhi, en filoselle de soie colorée. On fait dans le Scinde de riches broderies en fils de soie de couleur, en or et en argent. Les broderies de Cutch en fils de soie de couleur qui sont très-rares, ont le même style que les broderies bien connues de Resht sur la mer Caspienne. Les marchands arméniens introduisirent-ils les ouvrages de ce style dans la ville de Cutch, ou bien l’importèrent-ils de Cutch en Perse? À Cutch on emploie également l’or pour les broderies dans le style persan d’Ispahan et de Delhi. La collection du Prince de Galles présente de nombreux spécimens de ces magnifiques velours brodés d’or ou makhmal de Gulbargah, Aurungabad et Hyderabad dans le Deccan : on les emploie pour dais de parade, parasols de dignitaires, housses d’éléphants et de chevaux, et généralement toutes housses d’apparat. Comme forme, ces ouvrages sont restés sans changements depuis les périodes les plus anciennes de l’histoire indienne; mais les somptueux ornements en forme d’arabesques d’or dénoncent clairement leur origine italienne du 16ème siècle. Les Portugais avaient pour habitude d’envoyer broder leurs satins aux Indes par des indigènes d’après des dessins Européens.
- Il paraîtrait que les tapis à l’origine commencerènt par être brodés, et qu’on s’en servit d’abord, comme les broderies, pour tentures et manteaux de cérémonie. C’est dans la Bible que
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- nous trouvons les premières mentions de cet art, dans le récit que nous trouvons dans le Pentateuque sur les tentures du Tabernacle, et ailleurs encore. Dans les " Juges,” v. 30, nous lisons, au chant de Deborah : «Ne se sont-ils point hâtés? N’ont-ils pas « partagé la proie ? à chaque homme une jeune fille ou deux: à « Sisara on donne en partage une tapisserie de diverses couleurs, « un ouvrage fait à l’aiguille et tapissé des deux côtés, propre à « orner le cou de ceux qui se partagent la dépouille.” C’est un genre de broderies, fait à l’aiguille et sur le métier tout ensemble, qu’on tient encore en grande estime dans l’Inde et dans la Perse. Nous lisons dans Ézechiel xxvii. 23, 24: “ Haran, Canneh et « Eden (c.-à.-d. Aden), les marchands de Saba, d’Assur et de « Chilmad, étaient tes marchands. C’étaient tes marchands en « toute espèce de choses, en draps bleus et ouvrages brodés, en « coffres de cèdre, liés avec des cordes et remplis de riches vête-« ments.” On croit que ce passage fait allusion aux châles de Cachemire importés à Tyr par la voie d’Aden. Dans les temps anciens, les tentures et les voiles de temples étaient, en fait d’ouvrages brodés, les articles les plus demandés: cette industrie tira son origine des femmes qui tissaient ces voiles pour les temples d’Egypte, de l’Inde, de Babylone, et de la Phénicie. Les broderies vinrent en Grèce et à Rome de la Phrygie, d’où le nom de Phrygio qu’on donnait à Rome aux brodeurs, et celui de Phrygiones aux robes brodées. Les ouvrages brodés d’or s’appelaient auriphrygium, d’où le vieux mot anglais « Orphrey.” On leur donne maintenant le nom de « Passing." Dans l’Inde nous trouvons toutes les variétés de travaux à l’aiguille qu’on rencontre en Europe: l'opus plumarium ou piqués de plume, l'opus pulvinarium, on piqués croisés ; l'opus anglicum ou broderies au crochet, ou chaînette, affectant aussi des lignes circulaires, mais sans jamais être polis, afin d’obtenir un effet de relief; l'opus pectineum ou tissu imitant la broderie ; enfin, l’opus con-sutum ou applications : dans ce dernier ouvrage, les dessins d’ornement sont coupés en pièces séparées de soie ou de toile, et cousus sur l’étoffe à broder. Ces “ draps" entaillés ont évidemment donné naissance aux tapis persans de Mashhad. Les figures de perroquets, de lapins, de tigres et de faons qu’on y voit représentées sont évidemment des imitations des figures de ces oiseaux et de ces animaux taillées en drap pour les ouvrages d’application.
- Dans beaucoup de parties de l’Inde on brode magnifiquement la mousseline en or et en ailes vertes de coléoptères. La collection du Prince de Galles contient une pièce de mousseline brodée d’or et de paillettes de couleur avec des perles en imitation ; l’effet produit est parfait de richesse et de réalité. Nous avons déjà mentionné les ouvrages en cuir brodé de Guzerat. Marco-Polo, au livre III. ch. xxvi., écrit, en parlant de Guzerat : “ On y 66 fait aussi de très-belles nattes en cuir rouge et bleu, incrustées “ d’une manière exquise avec des figures d’oiseaux et d’animaux, et « artistement brodées avec des fils d’or et d’argent. Ce sont des " merveilles de beauté : les Sarrasins s’en servent pour se reposer « et dormir, et elles sont excellentes pour cette destination.” Voilà ce qu’on écrivait il y a 600 ans, et c’est d’une description
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- aussi exacte que le compte-rendu d’ouvrages analogues, envoyé par la dernière malle de Bombay. Mais le plus admirable ouvrage de broderie que l’on connaisse est le chadar ou voile fait sur l’ordre de l’ancien Guicowar de Baroda, Kunderao, pour le tombeau de Mahomet à Médine. Cette pièce se composait entièrement de perles et de pierres précieuses incrustées, et disposées en forme d’arabesques: elle a coûté, dit on, 100 lacs de roupies. Bien qu’on ait employé à cette œuvre les plus riches pierres, l’effet était des plus harmonieux. Lorsqu’on la déployait au soleil, elle semblait enveloppée d’une couleur perlée aux teintes irradiées, aussi agréable a l’œil que les formes exquises de ses arabesques.
- Tapis.
- Les tapis indiens sont de deux sortes, en coton et en laine: on les classe en général sous les noms de dari et satrangis de coton, tapis et tapisseries de laine, mais en réalité, dari est le mot indigène par lequel on désigne un tapis de cheminée, et sa-trangi, une tapisserie. Daris et satrangis sont pourtant parfaitement distincts comme style, et fabrique des tapis indiens en poil. Les daris et les satrangis se font en coton: le dessin se compose habituellement de raies bleues et rouges, ou bleues et blanches, ou chocolat et bleu; on y introduit quelquefois des carrés et des formes de diamants ; quelquefois aussi, de l’or et de l’argent, ce qui produit un aspect d’un pittoresque sauvage, assez semblable aux dessins qui se voient sur les corsets et les tabliers que portent les paysannes italiennes. Les fabriques principales sont au Bengale et dans l’Inde septentrionale; cette industrie, comme celle des dhotis et des saris faits sur le métier, prouve la grande ancienneté du dessin d’ornement aux Indes, et démontrerait même qu’il est antérieur à l’immigration aryenne. La fabrication des tapis en poil fut probablement introduite aux Indes par les Sarrasins. Ce sont eux qui, certainement, l’introduisirent en Europe, où l’on donnait, au moyen-âge, le nom de Saracinios à des tapis de la nature des étoffes de laine, qu’on ornait quelquefois à la manière des draps entaillés. Vers la fin du 12ème siècle, les Flamands commencèrent à tisser des tapisseries peintes; mais ce ne fut que sous la règne de Henri IV. (1596 après J. C.) que la fabrication des tapis'modernes fut introduite de la Perse en France. Ce doit être à la Perse que les Sarrasins auront emprunté l’art de faire des tapis en poil: car, presque tous les dessins des tapis des Indes et d’ailleurs peuvent être rapportés aux originaux Persans. Dans les peintures des vieux maîtres, où l’on représente des tapis de l’orient étendus à terre, et des tapisseries à l’extérieur des fenêtres, on découvre l’origine de ces dessins vulgarisés dans la suite par les imitations en tapis de Bruxelles. Mais il est difficile de déterminer à quel moment la fabrication en commença chez les Perses. Homère fait mention des tapis et les désigne sous le nom actuel, tarnta (II. ix. 200).
- « Il conduisit les chefs dans sa demeure et les fit asseoir sur des sièges avec “ des tapis de pourpre étendus à leurs pieds (Tamnol Te ropcvpéolowv)."
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- Et dans l’Odyssée (iv. 124):
- " C’est au brillant Alcippe qu’est dévolu le soin d’étendre au pied du “ fauteuil royal le tapis (TamnTa) fait de la plus douce laine.”
- Dans l’Odyssée, nous voyons encore :
- " Et sur les doux tapis en fils de pourpre est déployée une riche tapisserie “ (ramnras) toute raidie par un tissu d’or.”
- Nous lisons enfin dans l’Odysée, x. 12 :
- « Étendu sur de splendides tapis.” Euôovo' év Te TamnOi
- Pline, quand il fait, au livre viii. [ch. 73-74 (48)], la description des différentes espèces de laine et de leurs couleurs, ainsi que des différentes sortes de draps, écrit ce qui suit : " Dès les temps les « plus anciens, la laine épaisse et floconneuse a été estimée, pour la " fabrication des tapis ; d’après ce que nous lisons dans Homère, il « est évident qu’on en faisait usage à son époque. Les Gaulois les " brodent d’une façon différente de celle qui se pratique chez les " Parthes. La laine se comprime aussi pour en faire une sorte de « feutre, et le rebut, au moment où il sort de la cuve *** sert à « faire des matelas: c’est une invention, j’imagine, qui vient des “ Gaules. Nos ancêtres se servaient de la paille pour en faire des « couchettes, absolument comme ils font maintenant au camp. « Mon père se rappelle avoir vu mettre en usage la gausapa, et moi-“ même, je me souviens de l’introduction de l'amphimalla (drap « poilu des deux côtés), et du long tablier à poils longs et rudes.”
- Il est évident que, dans tous ces passages, Pline veut parler d’une espèce de bayette, ou feutre, ou bure qui s’employait comme tapisserie pour la muraille et couvertures de lits, aussi bien que comme tapis de foyers ou carpettes. Voici ce que dit Arrien, dans le compte-rendu qu’il fait du tombeau de Cyrus (liv. vi. 29), emprunté à Aristobule qui, non-seulement, fut témoin oculaire, mais qui reçut encore d’Alexandre l’ordre d’y faire des réparations : « Dans l’intérieur de cet édifice, écrit-il, se trouvait le cercueil en « or, où reposait le corps de Cyrus, et le lit dont les supports « étaient d’or massif curieusement travaillé; la couverture était « faite d’une tapisserie babylonienne ; les tapis du dessous étaient “ faits de la plus fine pourpre du plus beau travail ; le manteau et " les autres robes royales étaient des ouvrages babyloniens, mais « les caleçons ou pijamas étaient de travail mède. La couleur « dominante était la pourpre: mais quelques-uns de ces vête-« ments étaient de diverses teintes. La chaîne qui entourait son « cou, ses bracelets, ses pendants d’oreilles, et son épée étaient « tout en or, avec des ornements en pierres précieuses. À côté « se trouvait encore une table magnifique, puis un lit sur lequel 4 était posé le cercueil, qui renfermait la dépouille mortelle du roi.” Athenæus fait de fréquentes allusions aux tapis, et dans le récit qu’il donne [liv. v. ch. 27], d’après Callixène le Rhodien [280 environ avant J. C.], d’un banquet offert par Ptolémée Philadelphe à Alexandrie, il fait une minutieuse description des tapis étendus dans la tente: " Il y avait aussi des couches d’or, dont les pieds « affectaient la forme du sphinx ; elles étaient dressées sur les « deux côtés de la tente; il y en avait cent de chaque côté, sous « ces couches étaient étendus des tapis de pourpre de la plus fine
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- 4 laine, avec le dessin du tapis de chaque côté. Il y avait des " tapis de foyer richement brodés et magnifiquement travaillés. " De plus, de minces draperies de Perse couvraient tout l’espace " central où se promenaient les invités et les broderies dont elles " étaient ornées représentaient très-exactement des figures d’ani-" maux.” Il est impossible de dire quelle était l’espèce de tapis dont Arrien fait mention: ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ils étaient Babyloniens, mais les tapis dont Callixène donne la description sont les galims de laine qu’on fait encore à Kermanshah, avec des dessins de chaque côté; ce sont les " Babylonica texta” de Martial, et les shamyanas brodées ou draperies pour dais [aulea, Arras], dont on voit un superbe échantillon dans la collection du Prince de Galles : on en fait encore en Perse ; ce sont évidemment les " Babylonica peristromata ” et les “ consuta tapetia,” ou " tentures babyloniennes" et tapisseries brodées dont parle Plaute. Comme le velours (makhmal) est probablement originaire de l'Asie centrale, comme l’est certainement le feutre, je considère comme très-vraisemblable que, là aussi, les tribus de la Turquie commencèrent à développer l’art de (coudre des touffes de laine sur les fils formant la chaîne des tapis dont l’industrie leur est venue des Perses; et la fabrication de ces tapis aurait été, selon moi, introduite de cette manière en Europe par les Sarrasins qui l’auraient importée du Turkestan par la Perse. C’est leur climat plus froid qui poussa les Turcs à cette invention. Ce genre de tapis se nomme aux Indes des noms spécifiques de kalin et kalicha. Le corps du tapis est une chaîne composée du nombre voulu de forts fils de coton ou de chanvre, suivant la largeur du tapis; le procédé consiste à tresser avec dextérité de courtes longueurs de laine de couleur autour de chacun des fils de la chaîne, de manière que les deux extrémités de la tresse de laine colorée ressortent en saillie à l’endroit du tapis. Lorsqu’une ligne de la chaîne est entièrement terminée, les extrémités en saillie de la laine sont rognées sur un niveau uniforme, et l’on fait courir dans le sens de la larguer du tapis, entre les fils de la chaîne, un simple fil de laine, absolument comme dans le tissage ordinaire, et les fils de la chaîne sont croisés transversalement, comme d’habitude ; puis on fixe un autre fil de la chaîne que l’on tresse avec de la laine, comme précédemment, et l’on fait de nouveau courir un simple fil de laine entre les fils de la chaîne, dans le sens transversal du tapis: il sert en même temps à maintenir droites les extrémités de la laine ; puis l’on continue ainsi jusqu’à la fin. On fortifie encore les lignes de l’ouvrage en les resserrant ensemble au moyen d’une grossière fourchette ou kangi, quelquefois même on donne plus de solidité encore au tapis en piquant après la chaîne les extrémités de la laine. Puis on égalise de nouveau tout le dessus de la surface, et le tapis est terminé. Les ouvriers disposent les couleurs qui conviennent, soit d’après leurs connaissances acquises, soit d’après un modèle. Toutefois, il n’est pas un indigène qui travaille aussi bien, quand il s’inspire d’un modèle, que lorsqu'il suit sa propre inspiration. Sa copie sera un fac-simile du modele, mais un fac-simile sans grâce, quand bien même ce serait la propre copie d’une œuvre de son crû. Il faut qu’il ait le champ libre lorsqu il
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- exécute des décorations de détail; il faut même qu’il ne soit pas gêné par les modèles que lui fournissent ses propres chef-d’œuvres. Si vous lui dites simplement: “ Je voudrais que vous me fassiez “ quelque chose dans ce goût-là, mais d’après votre idée, et sur-« passez-vous ; vous pouvez prendre tout votre temps, et je vous « payerai le prix que vous me demanderez,” soyez sûr qu’il réussira. C’est l’habitude de marchander, et de travailler avec précipitation qui a corrompu l’art en Europe, et est en train de le corrompre en Asie. La plus délicieuse mosquée de Bombay a été construite sans plan : les ouvriers en ont tracé au jour le jour le dessin grossier sur le sol, et c’est d’après cela qu’ils ont travaillé. Les meilleurs tapis d’Orient sont les tapis de Perse, particulièrement ceux du Khorassan, du Kirman, du Feraghan et du Kurdistan; puis, ceux de Turquie, dont les fabriques principales se trouvent à Ushak, en Asie Mineure, près de Smyrne. Dans l’Inde, les manufactures principales sont à Cachemire, dans l’Afghanistan et le Punjab, le Bélouchistan et le Scinde, à Agra, Mirzapur, Jubbulpore, Hyderabad et Warangal dans l’empire du Nizam, à Malabar et Masulipatam. On fait aussi des tapis de velours à Bénarès et Murshedabad, et des tapis de soie en poil à Tanjore et Salem. Les tapis indiens qui figurent actuellement à l’Exposition sont exposés uniquement par des maisons particulières de Londres, comme celles de Messrs. Vincent Robinson et Cie., Messrs. Watson et Bontor, Messrs. Farmer et Rogers, et autres : l’étendue de cette exposition qui est au grand complet est une preuve suffisante de l’importance de cet article de commerce qui a prospéré depuis 1851, époque à laquelle pour la première fois, grâce à la générosité du Gouvernement indien, on signala ces articles à l’attention du peuple anglais. Par malheur, il y a eu grande décadence dans la qualité et le caractère artistique des tapis de l’Inde depuis cette époque, décadence due sans doute, en partie, au désir des importateurs anglais d’obtenir ces articles vite et à bon marché, mais due surtout à la concurrence désastreuse des prisons du Gouvernement aux Indes avec les tisserands indigènes, prisons qui sont généralement dirigées par des jeunes gens anglais pleins d’énergie.
- Le tapis de l'Afghanistan qu’exposent Messrs. Vincent Robinson et Cie. sort probablement en réalité des manufactures de Mash-had. C’est un des rares modèles de l’ancien style persan en fait de tapis. Le fond, au centre, est en rouge kermès (cochenille), aussi brillant qu’au moment du tissage : il est couvert de grosses tulipes aux nuances bleues, vertes et jaunes. Le fond de la bordure est d’une belle couleur verte faite d’indigo et de jaune. L’introduction, au milieu des tulipes de convention, de la nébuleuse qui caractérise le dessin de ce tapis, offre un intérêt particulier, en ce qu’elle accuse l’influence tartare si nettement marquée dans les faïences persanes du 16ème siècle.
- L’exposition des tapis de Lahore travaillés dans les prisons démontre bien les inconvénients résultant du fait de marchander et de lésiner sur des articles somptuaires peu appropriés aux besoins de la multitude. La réputation qu’obtinrent les tapis de l’Inde à la Grande Exposition de 1851 donna à la production de cet article une grande impulsion : sagement alimentée, cette produc-
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- tion eût pu avoir comme résultat l’adoption générale de ces tapis en Europe par toutes les personnes appartenant à la classe riche et éclairée. La marche la plus convenable à suivre eût été de permettre à la corporation des tisserands occupés à la fabrication des tapis, de s’augmenter graduellement, à mesure que la demande fût devenue plus forte pour l’article tapis. Au lieu de cela, le Gouvernement des Indes, cédant à un moment de mauvaise inspiration, et ne songeant qu’à réaliser de mesquines économies, s’arrêta au plan de faire servir ses prisons à la production de l’article tapis qui devenait maintenant une source lucrative de trafic, puisqu’il pouvait en effectuer la vente à plus bas prix que la corporation des tisserands. Sans doute, on réalisait des économies, mais aussi, les tisserands, obligés de vendre à vil prix, se ruinaient, et dans quelques districts, leur industrie disparut même tout-à-fait, et avec eux a péri, pour toujours peut- être, la tradition locale de leur art. L’inspiration perdue ne s’est certainement pas retrouvée dans les prisons ; et lorsqu’une fois on aura découvert cela, comme on finit par le faire en Angleterre, la fabrication des tapis indiens dans les prisons du Gouvernement aura cessé. Cette concurrence du Gouvernement avec la corporation des tisserands, que j’appellerai un véritable suicide, aura eu pour résultats de restreindre, dans une certaine mesure, la fabrication des tapis en poil en Angleterre, et dans tous les districts affectés par cette concurrence, de porter atteinte aux manufactures indiennes, et pour résultat final, de les ruiner totalement. Les échantillons exposés en 1851, qui valurent aux tapis indiens leur réputation, firent l’admiration de chacun pour leur originalité, la grande beauté de leurs dessins et l’harmonie de leur coloris; puis ils convenaient tout particulièrement aux maisons des gens riches et élégants, et des grands. Ces qualités exigent des éléments divers, et la réunion de ces qualités est absolument incompatible avec le bon marché, et ne peut avoir lieu quand la demande exige une production hâtive et confuse. Pour encourager et stimuler une industrie de cette nature il faut une connaissance complète des conditions de fabrication des tapis aux Indes, ainsi qu’une direction habile et expérimentée. Au contraire, qu’a fait le Gouvernement de l’Inde ? Il a livré aux prisonniers Thugs cette industrie qui a sa grandeur et son histoire, cet art qui a son glorieux passé, et les Thugs l’ont étranglée. C’étaient donc leurs crimes qui donnaient à ces gibiers de potence qualité pour fabriquer des tapis, tandis qu’on ruinait ainsi l’honnête corporation des tisserands dont les familles avaient cultivé cette industrie, qu’elles avaient perfectionnée par la pratique pendant plus de cent générations. Il y a plus : ces mêmes Thugs travaillent sous la direction de jeunes médecins ou de jeunes officiers de l’armée qui, sauf par pur accident, sont totalement incapables de porter un jugement sur les diverses considérations artistiques impliquées dans la fabrication spéciale des tapis orientaux. Jusqu’ici, le Gouvernement de l’Inde n’a considéré l’ensemble de la question qu’au seul point de vue de la balance de son budget. Les grands rajahs des mauvais jours de l’ancien temps, qui pour l’art étaient une belle époque, encourageaient les tisserands a fabriquer des tapis pour satisfaire aux exigences de leur luxe; or,
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- leur place a été usurpée par un directeur de prisons, soucieux seulement de joindre les deux bouts, laissant à l’avenir le soin de faire le reste. On produit un article qui soit de meilleure vente possible, et au plus bas prix, pour le premier chaland venu; et les petites jalousies des importateurs anglais en gros sont mises en jeu par les directeurs de prisons qui en tirent habilement parti pour stimuler la demande en ce genre d’articles qu’on ne désigne plus maintenant sous le nom de tapis, mais bien sous celui « d’articles de prison.” Avec ces énergiques directeurs, tout le problème se résume dans une question purement commerciale, qui consiste à trouver comment faire un certain nombre de pieds de tapis par an à tant de roupies par yard carré. L’effet de ce système s’accuse dans les tapis de Lahore faits par les prisonniers. La laine dont ils sont faits est de bonne qualité. Les teintes dont ils sont colorés sont hideuses ; le ton des couleurs est cru et sans harmonie. Les dessins n’ont aucun caractère local : ce sont des imitations crues de copies persanes, bien que les teintes ne soient pas copiées dans le style persan, mais dans un style local, dont la composition, d’après ce que je pourrais croire, est étrangère aux dépôts médicaux des prisons. Cette habitude de transplanter un modèle d’un district d’où il est originaire dans un autre district dont les conditions naturelles diffèrent essentiellement, dont les traditions historiques et artistiques ne sont plus les mêmes, cette habitude, disons-nous, a conduit, plus que tout le reste, à avilir et faire tomber les manufactures de tapis indiens dans tous les districts affectés par l’exemple pernicieux des prisons. Les matériaux qu’on emploie à Lahore s’accordent bien, par leur nature, avec les grands modèles de conception hardie, naturels au Punjab, au Bélouchistan, au Scinde, et en général, à toutes les Provinces du Nord-Ouest de l’Inde. Mais lorsque les prisons entreprirent de faire des tapis Thugs, les modèles persans étaient sur le marché, et sans prendre souci du lendemain, les directeurs de prisons, se faisant concurrents, commirent l’anachronisme d’employer des matériaux grossiers à la confection de modèles délicats qui exigent une laine fine et douce, et des points d’une grande délicatesse, pour produire l’effet voulu. De plus, les directeurs de prisons, résolus à tout hasard, à vendre à plus bas prix que la corporation des tisserands, ont introduit dans la fabrication des tapis l’usage des teintures magenta qui ont consommé la ruine de toutes les industries artistiques où elles ont été introduites. Le résultat de toutes ces erreurs politiques, économiques et artistiques est suffisamment indiqué par la triste destinée qu’a subie le commerce des châles de Cachemire sous le patronage français ; c’est le résultat auquel on doit s’attendre si le Gouvernement des Indes n’ouvre promptement les yeux à l’évidence et ne reconnaît qu’on ne peut en user avec un art industriel auquel il a fallu des siècles pour atteindre son plein développement comme on en use avec la manufacture de paillassons établie dans la prison de Wakefield, Ce qu’on demande aux Indes, ce ne sont pas des paillassons, mais bien des tapis artistiques.
- La maison Vincent Robinson et Cie. expose un tapis de Cachemire qui fournit bien la preuve de la manière dont les dessins
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- indigènes se sont corrompus sous l’influence européenne. Les larges arabesques qui courent le long de ses bordures dans un dessin torturé et plein de contorsions sont évidemment copiées d’après les modèles de châles introduits par les maisons françaises à Cachemire, il y a dix ans environ. La laine de ces tapis modernes de Srinagar est de bonne qualité ; le tissu des tapis eux-mêmes n’est pas mauvais; mais ils arriveraient difficilement à satisfaire le goût des critiques. Les couleurs qu’on y a introduites ne sont pas appropriées au plancher d’une chambre, et particulièrement le vert, quand bien même elles seraient harmonieusement fondues. Le plancher d’une chambre meublée, dans laquelle le grand desideratum est de voir distinctement l’ameublement ne saurait être trop sobre de tons : or, il est évident que les teintures de Cachemire ne conviennent qu’aux châles, aux portières et aux tapisseries pour murailles, où l’œil demande à être attiré par de vives couleurs.
- Les tapis du Scinde sont les meilleur marché, les plus grossiers et les moins durables de toutes les variétés de tapis des Indes. Autrefois ils étaient beaux comme dessin et comme coloris ; mais, dans ces dernières années, ils ont beaucoup dégénéré. Les tapis bon marché qui se vendent environ neuf shillings pièce, se font avec le poil ou bourre de la vache, tissu sur un fond de coton commun, avec un jet de chanvre brut. Les dessins sont hardis et appropriés aux matériaux; les teintes sont bonnes et harmonieuses.
- Les tapis du Bélouchistan sont faits en poil de chèvre; ils produisent un effet singulièrement beau et éclatant: ils sont même plus beaux que les tapis de soie des Indes, et plus sobres comme tons, bien que les teintes employées au Bélouchistan soient plus riches. Les dessins sont d’habitude empreints de ce caractère géométrique et fantastique qu’on rencontre dans les tapis du Turcoman, d’où on a tiré les dessins des anciens “ tapis de Bruxelles :” ils sont posés sur un fond de couleur indigo foncé ou rouge garance foncé, et tracés en lignes brun orange et blanc d’ivoire, mélangées de rouge, lorsque le fond est bleu, et de bleu, lorsque le fond est rouge. Les extrémités sont formées du prolongement de la chaîne et de la trame qui dépassent le duvet et affectent la forme d’un tissu : lorsque le dessin en est rayé ou bariolé comme nuances, ce prolongement forme une frange des plus pittoresques.
- Les fameux tapis de Jubbulpore ont dégénéré de la façon la plus extraordinaire comme qualité et comme art depuis l’établissement de l'École d’Industrie dans cette localité; et les prisons leur ont également porté préjudice. Le fond du tapis n’a pas la consistance suffisante pour supporter le lourd duvet qui forme un des traits principaux de cette fabrication ; de plus, les soies en sont trop courtes pour pouvoir supporter la tension, même en cours de fabrication. Souvent on voit arriver dans ce pays des tapis de Jubbulpore qui ne peuvent supporter l’époussetage, ni même le déballage. J’en ai vu deux qui sont tombes en mor-ceaux quand on essayé d’enlever la poussière dont ils. étaient couverts au moment où on les déballa pour la première fois. Les dessins ont eu autrefois un caractère local, qu ils ont perdu pendant ces quatre ou cinq dernières années.
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- Les tapis sortant des prisons de Bénarès sont d’un tissu très-peu différent de celui des tapis de Jubbulpore, et l’on ne peut pas s’y fier davantage. En somme, les tapis des prisons qui font le plus d’usage sont ceux de Lahore, et c’est là ce qui ajoute à leur caractère hideux et l’aggrave encore.
- Dans les tapis de Mirzapore nous retrouvons une nouvelle preuve des conséquences fâcheuses de ce système des prisons où l’on applique le bon marché à tout article indistinctement. Â l’Exposition de Paris de 1867, on voyait encore des tapis de Mirzapore de fin tissu, de bonnes nuances, et d’un usage durable; les dessins étaient aussi appropriés à la laine grossière qu’on employait dans ce district. Au contraire, dans les tapis qui se vendent maintenant, les matières sont moins bien choisies, le tissu est plus grossier, et les couleurs sont tranchées; et la preuve est facile à établir qu’un tapis de Mirzapore, tel qu’on les fait actuellement, et qui se vend en Europe à environ 18 sh. le yard carré, est un des tapis les moins économiques que les personnes, dont les ressources sont médiocres, puissent étendre sur le plancher de leurs appartements. Les soies sont trop courtes, et le tissu trop lâche pour pouvoir supporter l’usure et les déchirures dans un ménage anglais de la classe moyenne; or, en fait d’ameublement, le sens commun est l’essence même du bon goût. En trois ans, on aura usé un tapis de Mirzapore comme ceux qui se font maintenant. Ceux qu’on fabriquait il y a dix ans dureront encore dans vingt ans d’ici, et seront beaux jusqu’à la fin. Mais, comme ils coûtent le double des autres, il y a là un obstacle fatal aux manufactures jadis importantes de ce district.
- Les tapis d'Hyderabad se sont également ressentis de l’influence des prisons. A l’Exposition de 1851, les plus beaux tapis exposés étaient ceux de Warangal, à 80 milles environ à l’est d’Hyderabad. Le trait particulier de ces tapis,dont il reste un spécimen au Museum indien, consistait dans le nombre et l’excessive délicatesse des points, 12,000 environ par pied carré. L’harmonie des couleurs en était parfaite; et ce sont les seuls exemples où l’emploi de la soie dans les tapis ait jamais produit un effet complètement satisfaisant. L’éclat des couleurs était tempéré par la façon judicieuse dont elles étaient distribuées, et la contexture excessivement serrée du tissu, condition toujours indispensable quand le tissu est en soie. Toutes ces qualités impliquent naturellement des frais relativement élevés, et n’allant pas à moins de 10Z. par yard carré. Il n’est donc pas étonnant qu’avec la concurrence des tapis Thugs sortant des prisons, les magnifiques manufactures de Warangal, l’ancienne capitale de la dynastie Andhra du Deccan, et des derniers Rajahs de Telivgana, aient disparu en dépit de tous les efforts tentés pour les rappeler à la vie. Assurément le Gouvernement qui a prodigué l’argent pour introduire aux Indes les Ecoles d’Art de South Kensington, pourrait bien faire une concession annuelle destinée à l’achat, dans les manufactures locales de l’Inde, des chefs-d’œuvre qu’il offrirait aux princes indigènes ou aux personnes qu’il voudrait honorer par une distinction spéciale. Quelques milliers de livres sterling dépensés chaque année de cette manière produiraient l’effet le plus salutaire: on protégerait ainsi dans
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- mainte localité des Indes beaucoup d’industries dont la tradition artistique est sur le point de se perdre et de disparaître même du souvenir de l’humanité. Dans la Collection du Prince de Galles se trouve exposé un tapis du district de Warangal, mais qui n’est en aucune façon de fabrication ancienne. Les couleurs sont trop dures; l’indigo est bien trop cru pour les tons gris, verts et jaunes dont il est entouré ; le large dessin floral qui tranche sur le fond rouge garance, d’un ton cru, importune le regard. La comparaison avec un ancien tapis de Warangal exposé par Messrs. Vincent Robinson et Cie. lui est des plus défavorables. De la même manière les tapis des prisons de Mysore sont inférieurs aux tapis des prisons de Bénarès et Jubbulpore.
- Les tapis des prisons de Bangalore sont primitifs et grossiers à l’excès; les couleurs seules sont moins exécrables que celles des tapis de Lahore.
- Les tapis de Masulipatam comptaient autrefois parmi les plus beaux produits de l’Inde ; mais, ces dernières années, le goût s’en est corrumpu par suite de la demande des Européens, et particulièrement des Anglais. Les importateurs anglais ont insisté auprès des tisserands pour les approvisionner de matières à meilleur marché, et nous voyons maintenant que ces tapis se trament invariablement avec de la lignette anglaise. Le fil de la tradition une fois rompu, les innovations sont venues l’une après l’autre s’introduire dans la fabrication. Les dessins qui autrefois abondaient en jolis détails, dont les couleurs offraient plus de variété qu’à présent, et dont le plan était plus libre d’essor; se trouvaient entourés d’un contour délicat dont la teinte était inspirée par un contraste s’harmonisant aux couleurs avec lesquelles il était en contact. Mais la nécessité de produire vite et à bon marché des tapis destinés au marché anglais a conduit à négliger ce détail essentiel de l’ornementation dans tous les tissus de l’Inde. Des masses crues et sans harmonie, dont la forme ne dit rien à l’esprit, occupent maintenant la place où s’épanouissaient autrefois des dessins admirables, pleins de variété et d’intérêt, aussi délicats de forme que les premières fleurs du printemps, et ces tapis de Masulipatam, admirables jadis, ont dégénéré au point de n’être plus que la burlesque copie et la caricature de ce qu’ils étaient primitivement.
- Les tapis de Malabar sembleraient être les seuls tapis de laine en poil, dont le dessin soit de pur style hindou, et dégagé à présent de l’influence des Européens comme de celle des Sarrasins. Ils sont composés d'une laine d’espèce grossière, spéciale à la localité, et se distinguent par leurs larges dessins et leur splendide coloris. Le tissu de la laiue est exactement approprié aux dessins en usage, qui sont gris de tons, de forme colossale, et dont l’harmonieuse disposition est admirablement équilibrée. Aucune autre .manu-facture connue ne pourrait adapter une aussi heureuse combinaison de couleurs à un dessin conçu dans ces proportions. La simplicité et le bonheur avec lesquels on a réussi à mettre la somme de couleur voulue; le degré précis de force donnée au modèle et approprié à la disposition qui leur est donnée, sont admirables ; dans aucun temps ni dans aucun pays de l'Europe on ne pouriait approcher d’une telle perfection. Ces tapis satisfont au sentiment
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- de la largeur et de l’espèce en fait d’ameublement: on les dirait dessinés à meubler les palais des rois.
- Ce ne sont pas les seuls beaux tapis qui se fassent encore aux Indes. Les collections exposées par Messrs. Vincent Robinson et Cie. prouvent que les tisserands de l’Inde font encore des tapis dont l’originalité native s’est conservée pure comme dessin, et dont la qualité s’est maintenue intacte : cela tient à ce que ces variétés de tapis sont encore inconnues aux regrattiers européens, et qu’on est allé les chercher dans des villages fort éloignés des stations et des lignes de chemins de fer anglaises. Messrs. Vincent Robinson et Cie. exposent deux tapis d’un district peu connu de la Présidence de Madras, et qui valent à eux seuls tous les produits du Deccan. Les couleurs sont peut-être un peu plus éclatantes que celles qu’on pouvait observer dans les mémorables modèles du même district qui figuraient à l’Exposition de 1851, et qui se trouvent maintenant au Museum indien, où se trouvent également les plus superbes tapis de l’Afghanistan et du Kirman ; mais cet éclat des couleurs est plutôt dû en réalité au peu d’ancienneté de ces tapis; car on remarque dans les détails au plus haut degré, cette variété dans le jeu des couleurs, ce charme dans le dessin, qui caractérisent les anciens tapis, et il ne faut que du temps pour qu’elles se fondent dans la perfection. Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur ces spécimens de choix ni sur leurs lieux de production et j’ai la confiance que les exposants garderont aussi leur secret pour eux : c’est la seule manière dont ils peuvent protéger ces magnifiques tissus et leurs tisserands héréditaires contre la concurrence mortelle du Gouvernement indien.
- Il ne rentre pas dans les attributions de ce Catalogue de faire mention des tapis orientaux autres que ceux de l’Inde; mais il est absolument impossible de ne pas faire une allusion générale à la collection choisie des tapis persans et turcomans qu’exposent Messrs. Vincent Robinson et Cie., et qui se font remarquer par la grande supériorité de leur qualité et de leur dessin. Les tapis du Kurdistan, les galims de Kermanshah, les tentures en tapisserie du Daghestan, et les tapis en poil de chameau des manufactures de moukadem, les tapis pour foyers du Yarkand, et les tapis de Bokhara exposés par cette maison sont de la plus belle qualité. Le grand tapis d’Hamadan est absolument unique comme caractère et comme style. Il est presque aussi épais qu’un tapis "mouka-dem.” Un losange de forme irrégulière qui représente une île remplie de fleurs brillantes orne le centre ; les couleurs prédominantes sont le rouge et le bleu : cette île est entourée d’un large dessin à fond jaune, aux nuances irrégulières, qui la circonscrit comme une mer d’ambre agitée ; dans l’intérieur de la bordure, il y a dans les coins des pièces bleues travaillées en forme d’arabesques. C’est cependant un tapis qu’il sera difficile de placer dans une chambre européenne ; car la surface en est trop belle pour être coupée par des meubles. On doit le contempler comme l’on admi rerait un coucher de soleil brillant comme l’or, et ce fut un sacrilège de le retirer de la mosquée où il était certainement autrefois tendu, sous un dôme imposant. Beati possidentes ! (heureux ceux qui le possèdent!).
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- Messrs. Vincent Robinson et Cie. exposent une collection générale de poteries, d’ouvrages en cuivre et de tissus persans tous objets choisis avec le plus grand discernement, et de la plus haute valeur artistique. Messrs. Farmer et Rogers exposent aussi une collection générale de textiles et divers petits articles de l’Inde, ainsi que quelques châles de Cachemire de la plus belle qualité.
- Les feutres, appelés nammads ou namdahs, s’importent pai-grandes quantités dans l’Inde, de Khotan par la voie de Leh. Messrs. Vincent Robinson et Cie. exposent quelques feutres de Tauris, qui sont remplis d’ornements en laine colorée affectant la forme d’arabesques régulières.
- Les nattes, qu’on appelle chatai, se fabriquent dans toute l’Inde. Les nattes de Palghat, sur la côte du Malabar, sont remarquables pour leur solidité ; celles de Midnapore, près de Calcutta, dont quelques-unes sont exposées par Messrs. Vincent Robinson et Cie., font l’admiration de toutes les personnes qui les voient, pour leur beauté et le dessin classique de leurs mosaïques semblables à des échantillons de gazon teint.
- À part la beauté naturelle des teintes employées, à part la science, le goût, et l’habilité que déployent les indigènes de l’Inde dans l’harmonieuse disposition des couleurs, le charme de leurs tissus consiste dans la simplicité des détails décoratifs et la façon dont ils les traitent. Partout on retrouve le modèle en forme de cône et de fleur, mais modifié à l’infini; car on ne le voit jamais deux fois sous la même forme ; on retrouve aussi la fleur du seventi et du lotus qui a été réduite à un seul modèle, grâce au système du conventionnalisme poussé à l’excès. Nous avons encore la fleur représentant le perroquet et les paons, les lions et les tigres, les hommes à cheval ou à pieds, chassant et combattant. Ces objets sont toujours représentés sous forme de dessin plat comme dans les mosaïques ou les draps entaillés; les dessins sont généralement symétriques et alternatifs. La disposition symétrique des figures naturelles dans l’ornementation semble être devenue, par suite d’une longue habitude, une sorte d’intuition chez les peuples de l’Orient. Si vous leur donnez à copier une plante, ils la poseront à plat sur le fond, en disposant les feuilles, les boutons et les fleurs dans un ordre symétrique de chaque côté de la tige centrale, puis alors seulement ils commenceront à la copier. Si les feuilles et les fleurs de la plante ne sont pas opposées l’une à l’autre, mais que leur ordre naturel soit d’alterner réciproquement, ils en ajouteront de nouvelles pour parfaire la symétrie, ou du moins ils les feront figurer dans leur dessin. Rien ne contribua d’abord à me contrarier davantage lorsque j’herborisais aux Indes, jusqu’au moment où je fus subjugue par le charme spécial des dessins eux-mêmes. Ce sentiment d intuition pour l’ordre alternatif se remarque dans leurs jardins comme dans leur musique ; et il satisfait autant dans leur musique que dans leurs décorations, lorsqu’on se trouve dans le milieu qui a inspiré ce sentiment, comme lorsque des voyageurs indigènes égarés par la nuit adressent un hymne à la lune qui se lève à l’horizon. Lorsque l’on adopte la même forme pour tout un
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- tissu, on obtient de suite les effets de lumière et d’ombre alternativement, en employant d’une manière alternative, dans le travail d’ornementation, deux teintes de la même couleur. Chaque objet ou division d’objet est peinte dans sa propre couleur, mais sans ombre ni sans lumière d’aucune espèce, de telle sorte que l’ornementation paraît absolument plate, et ressemble à une mosaïque figurée sur le fond du dessin. C’est ainsi que l’on arrive à maintenir dans son intégrité la surface naturelle de tous les objets décorés. Joignez-y l’harmonie et la distribution parfaite des couleurs, et vous avez le secret du charme spécifique qui se dégage de la décoration indienne, et en général de l’art décoratif en Orient. Rien ne saurait accuser plus d’ignorance et de ridicule que les méthodes anglaise et française consistant à représenter d’énormes bouquets ou des touffes de feuilles de fougère liées ensemble par des flots de rubans roses, en lumière et en ombre, en leur donnant sur les tapis des effets de plein relief. On ne sait en effet où poser le pied sur ces dessins. On voit aussi constamment des vases parfaitement dessinés, dont l’effet est gâté par des fleurs qui ressortent en relief tout autour du vase, ou des oiseaux qui semblent s’en échapper. Jamais les artistes indiens, quand ils décorent, ne commettent des erreurs de cette nature. Tous les ornements, particulièrement pour les tissus, sont généralement tracés sur tout le tour au moyen d’une ligne dont la couleur s’harmonise avec le fond sur lequel elle est dessinée. Par exemple, dans les broderies faites en soie de diverses nuances, sur drap, sur satin ou sur velours, un fil d’or ou d’argent court tout autour du contour du modèle, pour le définir et donner un ton uniforme à toute le surface du tissu. On étend généralement l’or sur la pourpre, ou bien, dans les kincobs plus légers, sur fond de couleur rose ou rouge. Sur un fond d’or, le travail d’ornementation est dessiné au moyen d’un fil de couleur sombre pour adoucir le scintillement de l’or. Tous les contrastes violents sont évités. On emploie les plus riches couleurs ; mais elles sont disposées de façon à en neutraliser l’effet; de telle sorte que le ton de chaque détail arrive à avoir la douceur et la transparence de l’atmosphère. Les châles de Cachemire brodés d’or, et couleur de tabac, qui font partie de la Collection du Prince de Galles présentent cet aspect éthéré. Les matériaux légers ont des couleurs et des ornements légers; ces derniers sont plus riches, quand les matériaux sont plus lourds: pour les vêtements, les couleurs et les ornements sont appropriés à l’effet que doit produire le tissu, lorsqu’il sera porté. Il est difficile d’analyser le secret de cet harmonieux éclat des tissus indiens, même au moyen de l’échelle prismatique de Chevreul. Lorsqu’il est fait usage des ornements de grande dimension, on les remplit des détails les plus exquis, comme dans les dessins de forme conique des châles de Cachemire. Le vice de la décoration indienne consiste dans la tendance qu’elle a à tomber dans l’excès et l’intempérance, comme le prouve l’armurerie indienne ; mais les tissus indiens sont, du moins, dégagés de ce défaut, et particulièrement les tapis. C’est d’un tout autre danger qu’ils sont menacés, ainsi que nous l’avons montré.
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- Poteries.
- De toutes les industries domestiques de l’Inde, la plus pure comme art, comme droiture et simplicité dans la forme et la deco-ration, c’est celle des poteries, telles que les poteries hindoues de Madura, et les poteries indiennes du Punjab et du Scinde. Malheureusement, il n’y a rien d’exposé dans ces deux styles. La poterie se fait partout aux Indes : elle est antérieure au Code de Menou. La poterie rouge de Travancore et d’Hyderabad est bien connue, de même que la poterie rouge vernissée de Dinapur. Cette dernière est enduite d’une sorte de vernis composé d’écorce de Morinda, d’œufs de canard et de chaux vive; il y a encore le Bidiri en imitation, de Surat. Mais toutes ces variétés de poteries de fantaisie, par cela même qu’elles se distinguent des aiguières primitives qu’on voit partout, sont insignifiantes et revêtent presque un caractère d’emprunt: les poteries de Madura, du Punjab et du Scinde sont les seules qui puissent être classées comme poteries artistiques, et comme telles, elles sont parfaites. La poterie de Madura affecte généralement la forme de bouteilles à eau, au ventre arrondi comme un globe, au col long et droit; le ventre est généralement percé de trous destinés à laisser circuler l’air tout autour d’un vase poreux placé à l’intérieur. Le bol extérieur et le col sont partout entaillés de rudes ciselures pratiquées dans l’argile, et recouverts d’un vernis couleur vert sombre ou d’un magnifique brun doré. Les poteries du Scinde et du Punjab prennent des formes d’œufs, de turbans, de melons et d’oignons ; dans cette dernière forme, la pointe s’élève et va se confondre gracieusement avec le col du vase. On les recouvre soit d’un vernis bleu turquoise d’une limpidité parfaite; soit d’une riche couleur de pourpre foncée, ou vert sombre, ou brun doré. Quelquefois ces poteries sont diaprées partout, au moyen de la méthode pâte-sur-pâte, d’une fleur conventionnelle, comme le seventi ou lotus, de nuance plus claire que le fond. Généralement, elles sont ornées du dessin conique et floral qui se voit partout: ce sont des compartiments formés tout autour du bol par des espaces dont les uns restent sans couleurs, et les autres vernissés en couleurs, alternativement. Quelquefois on peint simplement sur fond blanc une guirlande de boutons et de fleurs s’enroulant autour du bol. Tous les efforts possibles ont été tentés pour que cette poterie soit représentée à l’Exposition de Paris, en vue de l’introduire parmi les articles de demande européenne; mais le Gouvernement de Bombay, qui s’était confié a la Commission, a envoyé, en place, une écrasante collection des poteries de l’École d'Art de Bombay : cette dernière, dans une tentative qu'on ne saurait trop louer, avait commencé à naturaliser à Bombay la fabrication des poteries du Scinde; mais elle a fini, semblerait-il, parfaire imiter aux indigènes, dans toute l’Inde occidentale, les cruches genre quincaillerie de Messrs. Doulton.
- L’Éole d’Art de Bombay a été singulièrement heureuse dans le choix des personnes qui ont dirigé ses travaux..-. Terry a pour l’art indigène une vive sympathie; Mr. Kipling est un
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- artiste consommé, et Mr. Griffiths, un véritable peintre de génie: on a pu admirer ses œuvres aux différentes expositions de l’Académie royale. C’est donc une question difficile à résoudre que celle de savoir pourquoi ces messieurs ont abandonné leur premier projet qui était d’introduire à Bombay les manufactures de poteries du Scinde. À la vérité, le mal n’est pas grand, si l’on ne cherche pas à faire passer ces nouveaux articles pour des poteries du Scinde et du Punjab. Il sera fort intéressant de les voir réussir à établir une nouvelle manufacture qui ait un caractère local spécial. Ils ont réussi à donner un caractère local marqué à quelques-unes de ces poteries, où les dessins sont tirés des peintures des souterrains d’Ajunta et des cartes à jour de Sawuntwari: il n’est pas sans intérêt de voir des sujets de la mythologie hindoue dessinés dans le style indigène par des dessinateurs anglais exercés. Mais les imitations d’articles Doulton sont autant d’échecs déplorables, en dépit de la maestria avec laquelle sont dessinés les ornements en fleurs et en feuilles. C’est une véritable méprise d’appliquer la méthode Doulton à des poteries indiennes en terre friable. Les formes des poteries de l’Ecole d’Art de Bombay sont également détestables: elles ne sont empruntées ni au Scinde ni aux Indes occidentales ; elles sont copiées sur les sucriers chinois, les vases à fleurs du Japon, et les pots à confiture et à conserves au vinaigre, de l’Angleterre. Après tout, c’est encore le pire, dans les imitations des poteries du Scinde, de tomber à ce point au-dessous de son modèle, et c’est peut-être la raison pour laquelle ou n’a pas persévéré dans cette tentative. Mais les causes de cet échec sont évidentes. Les formes des pots ne sont pas empruntées au Scinde; la couche de vernis est trop épaisse; les modèles sont appliqués comme des patrons, ce qui leur donne un caractère de minceur et de raideur, ainsi qu’un cachet de pauvreté. Dans le Scinde, le dessin se trace au moyen de piqûres sur papier; puis on applique le papier sur la surface de la jarre, et on le saupoudre dans le sens des piqûres. Cette méthode donne au dessin un contour suffisant pour permettre au décorateur de le peindre avec la plus entière liberté et de lui donner les teintes qu’il désire par le systèmepâte-sur-pâte ; l’effet en est riche; l’allure en est libre et pleine d’harmonie: ce sont des articles qui se vendent quatre pence, six pence et un shilling pièce pris sur place. Heureusement on ne peut en fabriquer d’autres à plus bas prix. Les sièges principaux des manufactures sont à Lahore et Multan, à Hyderabad dans le Scinde, Hala, Karachi et Tatta ; les tuiles peintes à l’encaustique se-font à Saidpur et Bulri.* Mr. Drury Fortnum, dans son rapport sur les poteries de l’Exposition Internationale de 1871, fait l’observation suivante à propos des poteries du Scinde : " La peinture bleu-turquoise appliquée sous un vernis, « et qu’on pourrait bien avoir déterrée en Egypte ou en Phénicie « (c’est une petite bouteille peinte en bleu ou en blanc) est de
- * Les maîtres potiers dont le nom m’est connu sont, Jumu, fils d’Osman le Potier, à Karachi ; Mahomed Azim, à Karachi ; Messrs. Nur, Mahommed, et Khamil, à Hyderabad, Rutta Wuleed Minghu, d’Hyderabad; et Peranu, de fils .Jumu, à Tatta.
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- " même parenté que les anciens articles de Thèbes. * * *
- Mais les tuiles sont très-importantes.
- * Comme carac-
- tère général elles ressemblent, tout en n’étant pas faites avec le même soin, aux tuiles d’Orient commes sous le nom de tuiles persanes, et qui ornent les anciennes mosquées de l’Egypte, de la Syrie, de la Turquie et de la Perse. * * * Les couleurs employées à la peinture de ces tuiles sont un magnifique vert de
- cuivre, le brun doré, et le bleu foncé et bleu-turquoise.
- *
- " L’antiquaire, l’artiste et le manufacturier feront bien d’étudier ces " articles. De même que pour leurs tissus de soie et de laine, leurs " ouvrages en métaux et autres produits manufacturés, il y a chez “ les Orientaux un sentiment inné, une puissance de produire " l’harmonie dans la distribution des couleurs et dans la décoration " des surfaces, que nous devrions, si non copier, du moins nous " efforcer d’imiter. Ce n’est pas le rôle des Européens d’établir " des écoles d’art dans un pays dont les produits, dans les districts " éloignés, sont déjà en eux-mêmes des modèles artistiques bien " plus capables d’instruire que de recevoir des enseignements.” C’est un plaisir rare pour l’œil d’apercevoir dans le coin d’une , élégante chambre indigène une de ces larges jarres bleu-turquoise posée sur un magnifique tapis du Kirman à fond rouge minium, tacheté de bleu et de jaune sombre. Mais le sentiment d’admiration n’est rien auprès de celui qu’on éprouve, lorsqu'en traversant les plaines de la Perse, ou de l’Inde, on tombe à l’improviste sur une mosquée bâtie en tuiles peintes à l’encaustique. Partout on aperçoit des couleurs jaunes, vertes, bleues et d’autres nuances encore: vus à distance, par un lever de soleil, les dômes imposants et les minarets étincelants ont l’apparence de l’or le plus pur, de même que le verre, émaillé d’azur et de vert, ressemble à une apparition féerique d’une grâce ineffable et d’une splendeur pleine d’enchantement.
- Mais, si c’est une erreur capitale et funeste d’éteindre les lumières de la tradition d’après laquelle les artistes indigènes façonnent l’or et l’argent, les bijoux, les textiles et les poteries, par la force et les préceptes qu’on enseigne dans les écoles d’art anglaises, c’est également, de la part des manufacturiers de Paris et de Lyon, de Birmingham, de Manchester, et de Vienne, faire abus des leçons qu’ils ont à prendre dans une exposition des arts manuels de l’Inde, comme celle fournie par la Collection du Prince de Galles, que de se mettre à l’œuvre pour les copier ou pour les imiter. Il y a quelques années, les vitrines des magasins de Regent Street et d’Oxford Street étaient pleines de reproductions, obtenues au moyen de l’électricité, des ouvrages d’or et d’argent fabriqués à Burmese, Cachemire, Lucknow, Cutch et Madras, concurremment avec des étoffes imprimées, des kincobs, et des châles imitant les produits similaires de l’Inde, et faits a Manchester, à Coventry et Paisley. C’est tout simplement de-praver et abâtardir les manufactures anglaises et le goût, anglais. Aucun peuple ne possède un sentiment de l’art plus vrai que les Anglais et les Anglaises de toutes les classes; aucun peuple n a des éléments plus purs d’un style et d’une méthode décorative nationale : l’usage légitime que l’on doit faire, et le fruit qu on doit retirer de
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- la contemplation des superbes modèles de la bijouterie, des tapisseries et des poteries indiennes, ne consistent pas à en faire des copies littérales : ces modèles ne doivent que développer le sens admiratif, enflammer l’imagination pour nous faire produire à notre tour des œuvres artistiques et industrielles ayant un cachet d’originalité nationale. L’art de seconde main n’est déjà plus qu’un art en décadence : rien, au contraire, ne lui conserve mieux son caractère primesautier et sa pureté native que l’inspiration que puise l’artiste dans la contemplation des modèles parfaits de l’art étranger. Les manufacturiers européens devraient visiter la collection indienne de l’Exposition de Paris, non pour la copier en serviles plagiaires, mais pour recevoir cet excitant, pour subir cette noble influence qui se dégage de la lumière et de la vie que répand autour de lui un art traditionnel, encore aussi vigoureux et aussi pur qu’il l’était à sa première aurore, lorsqu’il y a deux ou trois mille ans, il prit naissance sur les rives de l’Indus et du Gange.
- Modèles de Boutons et de Fleurs.
- Nous avons esquissé Je développement progressif de la civilisation aryenne, partant du Punjab et de la vallée de Cachemire, pour s’étendre vers l’occident jusqu’aux Iles britanniques: nous avons parlé de l’apparition de la civilisation sémitique dans les pays que le commerce d’aller et retour de l’Europe et de l’Asie eut à traverser, à mi-chemin environ en descendant le littus Arianun, par suite de Fobstacle que lui opposaient l’Isthme de Suez, l’Afrique et la Péninsule Arabe. Nous avons vu comment cette ligne de communication internationale par le cabotage et la voie de terre entre les Aryens de l’Est et ceux de l’Ouest était exposée à être interrompue à chaque moment par les incursions des Scythes, des Mongols et autres hordes turques, que nous pouvons comprendre au nombre des “ Pays fermés ” des légendes d’Alexandre ; nous avons vu comment ces relations commerciales continuèrent encore même après que les Turcs Ottomans eurent établi leur domination entre le Tigre et l’Euphrate, le Nil et le Danube ; comment enfin cette route ne fut abandonnée que par suite de la découverte de la route de l’Océan, autour de l’Afrique, jusqu’en Orient. Il n’y a que 400 ans de cela, et pendant 4,000 ans auparavant, la route conduisant des Indes aux pays de la Méditerranée avait été celle de la vallée du Tigre et de l’Euphrate, et de la vallée du Nil. Au temps d’Alexandre, et pendant toute la période des Ptolémées et des Séleucides, ainsi que sous l’Empire romain, jusqu’au moment où l’Egypte, la Syrie et la Perse furent conquises par les Sarrasins, les relations entre l’Inde et la Grèce par la Perse, l’Assyrie, la Syrie et l’Egypte furent intimes et sans interruption. Bien qu’elles aient d’abord été interrompues, elles se renouèrent sous les Sarrasins: sous les Turcs Ottomans, elle ne cessèrent définitivement qu’après la prise de possession d’Ormuz par les Portugais. Même à cette époque, les Arméniens continuèrent, ainsi qu’ils l’ont fait jusqu’à ce jour, à entretenir des relations de localité entre l’Inde,
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- l’Assyrie et l’Asie occidentale, allant aux Indes, et achetant des marchandises sur place, puis retournant avec leurs achats à Bandar Abbas, Ispahan, Bagdad, Mosul, et Tauris.
- Ce qui précède suffit amplement à expliquer l’affinité frappante qui se remarque entre l’art décoratif assyrien et celui de l’Inde, ainsi que la fréquente identité des détails d’ornementation, et ces faits, à leur tour, prouvent la continuité et l’intimité des relations commerciales qui existaient entre l’Inde et l’Assyrie. Il va sans dire que cette affinité général entre l’art indien et l’art assyrien peut être en partie attribuée au substratum ou couche inférieure de race touranienne commune à la civilisation indienne et assyrienne. Lorsque la race aryenne se fraya un chemin à travers la vallée de Cachemire dans le Punjab, elle trouva les plaines de l'Indus supérieur déjà occupées par une race touranienne dont elle eut facilement raison, il est vrai, mais qui lui était bien supérieure comme civilisation industrielle, ainsi que le prouvent les règlements de caste du Code de Menou. Cette race aborigène travaillait déjà les métaux et la pierre, et tissait les étoffes de laine, de coton et de lin ; elle savait les teindre, et embellir ses édifices par des peintures-. Les descriptions de Mégasthènes prouvent que, même à l’apogée de son développement, la civilisation hindoue fut plutôt touranienne qu’aryenne : de plus, la civilisation touranienne préaryenne de l’Inde doit avoir été semblable à la civilisation touranienne pré-sémitique des Babyloniens, des Chaldéens et des Assyriens, et probablement même, l’avoir précédée. Toutes les monstruosités des formes décoratives de l’art indien et assyrien, toutes les obscénités des symboles de l’Inde, dérivent probablement d’une communauté d’origine touranienne, antérieure aux relations commerciales directes de l’Inde et de l’Assyrie. Mais lorsque l’on trouve des ornements décoratifs de l’Inde d’un caractère hautement artificiel et compliqué dont la forme et les détails sont identiques à ceux de l’Assyrie, on peut être sûr que les uns ont été copiés sur les autres; et il n’y a pas de doute que les dessins d’ornementation de l’Inde, appliqués à la sculpture et en dérivant directement et dont le caractère est identique aux dessins assyriens, ont été copiés d’après les monuments de l’Assyrie: il en est de même naturellement pour les dessins de l’Égypte. Nous ne pouvons pas nous en rapporter uniquement aux renseignements et aux allusions, ni même aux descriptions de la Bible, d’Homère ou du Rama-yana, pour constater l’identité des manufactures artistiques de l’Inde avec celles de l’Assyrie, de la Phénicie et de l’Égypte : en elles-mêmes, elles n’accusent qu’une ressemblance générique; on ne peut prouver leur identité spécifique que par une comparaison des vestiges actuels de l’art ancien, ainsi que des sculptures et des peintures représentées sur les monuments contemporains. Mais, lorsqu’on a pu prouver cette identité au moyen des monuments et autres vestiges, la Bible, Homère, le Ramayana et Pline sont d’un prix inestimable en ce qu’ils nous permettent de compléter nos informations, appuyées comme elles le sont sur une base aussi solide et aussi certaine: et nous sommes fondés à donner à la peinture de la civilisation primitive du monde, ainsi reconstituée sa couleur et son mouvement veritables, d’après
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- les traditions exactes de la civilisation encore vivante de l’Inde, puisqu’il est raisonnable de supposer que la civilisation indienne est la plus ancienne de toutes les civilisations primitives. Les recherches de Mr. Fergusson ont démontré que l’architecture sur pierre ne commence pas aux Indes avant la fin du troisième siècle avant J. C. Il a également attiré l’attention sur la similitude de plan des temples indiens avec les temples assyriens et égyptiens, comme base, et, dans quelques exemples, comme élévation. Il fait observer que si l’on étudie la description que donne Josèphe du temple de Jérusalem rebâti par Hérode, avec un plan comme celui de Tinnevelly, il est impossible d’échapper à la conviction que ces coïncidences ne sont pas purement accidentelles. En ce qui concerne la grandeur et la splendeur des détails, et la somme de travail dépensée par amour pour le travail, la ressemblance qui existe entre les temples de l’Egypte et de Madras est des plus remarquables. On retrouve aussi dans ces temples des traces non moins frappantes de l’art assyrien; et Mr. Fergusson exprime l’opinion que, si l’on doit s’en rapporter à la tradition, à la mythologie ou aux coïncidences ethnologiques, c’est plutôt dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate que sur les bords du Nil qu’il faut aller chercher les incunabula que l’on trouve dans le Sud de l’Inde. La bijouterie de Madras est calquée d’une manière évidente sur les ornements de ses temples. Mr. FitzGerald expose un encensoir de Madras en argent, formé d’une antilope'poursuivie par un chien, le long d’une tige de fleur conventionnelle : ce dessin est une imitation des sculptures communes à tous les temples de Madras: il est identique à quelques-unes de ces scènes de chasse représentées sur les monuments assyriens, telles que les donnent les « Anciennes « Monarchies,” de Rawlinson. Dans cet exemple, il est clair que c’est l’Inde qui a été le copiste. Le modèle en forme de bouton et de fleur, ou de cône et de fleur, est représenté, avec des variations locales, sur les monuments primitifs de l’Inde, sous la même forme et le même style général que sur les marbres assyriens: dans les sculptures de Bharhut, du moins, le lotus est plusieurs fois représenté sous une forme demi-conventionnelle, identique à celles que nous voyons dessinées « en silhouette” sur les peintures hiéroglyphiques d’Egypte. Là encore, l’Inde se montre évidemment copiste.
- Toutefois il est fort possible que certaines des formes mêmes de l’Inde qu’on peut prouver comme étant des copies de temples et de palais assyriens peuvent avoir été, à l’origine, apportées en Égypte et en Assyrie au moyen des tissus de coton ou de laine, ou de la bijouterie de l’Inde. Le modèle en forme de bouton et de fleur qu’on trouve communément sur les poteries du Scinde [Planche I. fig. 7] est absolument le modèle de bouton et de fleur de la porte du palais de Koyunjik [Planche IV. fig. 1] représenté dans les « Anciennes Monarchies” de Rawlinson (vol. i. p. 417). Dans le même volume, à la page 493, il y a un ornement circulaire pour la poitrine (Planche IV. fig. 2) décorant une robe royale, et qui est tiré d’une sculpture de Nimrud. Là, le cône n’alterne pas avec la fleur du lotus, mais bien avec la tête du Hom en forme d’éventail. Le cône ne représente pas non plus le bourgeon du lotus, mais
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- bien, en plus grand, le fruit du Hom. Dans une forme commune d’assiette persane (Planche I. fig. 6), qu’on peut comparer avec cet ornement pour la poitrine (surtout à cause de la forme circulaire des deux objets), le développement de la figure forme un cône; mais, dans les détails, elle ressemble au Hom, et la fleur est métamorphosée en une arabesque chinoise d’un style étrange. C’est bien le modèle de bouton et de fleur ; et ce qui le prouve d’une manière incontestable, c’est la ligne courbée qui relie la base du bouton à la base de la fleur, ligne qui subsiste dans les ornements dérivés de ce modèle, alors que presque toutes les autres traces qui le trahissent ont disparu. Ce modèle se trouve plusieurs fois modifié sur la bordure intérieure de l’assiette. Une très-belle variété du modèle en question est celle qui se voit le plus communément sur les tuiles du Scinde; dans ces dernières, le bouton a cédé la place au cône régulier des Sarrasins, et la fleur n’affecte plus la forme du Hom, ou du lotus, mais bien d’une iris en pleine éclosion (Planche I. fig. 5). Sur les bordures des châles de Delhi et de Cachemire (Planche I. fig. 2), la fleur semblable à la tête du Hom, ressemble, souvent beaucoup à la « Coquille ” style Renaissance et aux dessins des moulures. Sur ces bordures de châles, le bouton et la fleur sont aussi combinés assez souvent; le bouton devient un cône ou tronc d’arbre semblable à un cyprès, dont les branches développées en éventail imitentle feuillage du Hom (Planche III.fig. 6). Dans quelque tapis de l’Inde et de la Perse, le bouton ou cône développe le gracieux feuillage du Hom ; il y en a un de chaque côté, et de leur extrémité pend une large fleur présentant alternativement la forme d’un cône et d’une fleur poussant des branches. Tous les autres cônes à branches sont aussi, pour ainsi dire, renversés sens dessus dessous, de manière à produire une ligne sinueuse foliée courant en dedans et en dehors entre chaque cône et chaque fleur. Lorsque le cône est large, on le remplit de détails floraux, comme dans les châles de Cachemire, qui sont la dernière incarnation brillante du modèle primitif du bouton et de la fleur d’Egypte et d’Assyrie. On a ajouté quelques gravures tirées de la " Grammaire des Ornements,” d’Owen Jones pour faire voir les modifications apportées à ce modèle dans l’art égyptien, grec, italien, et dans le style Renaissance. Des savants se sont creusé la] tête et ont écrit des chapitres pour fournir des explications sur ces arabesques et ces cônes. Mais leur origine est en vérité si évidente qu’il n’est besoin de courir si loin pour les expliquer. L’arabesque en forme de chèvrefeuille et de palmette des Grecs est simplement le bouton et la fleur, comme la “ coquille," la « langue et le dard,” “l’œuf et la langue,” des moulures classiques du style Renaissance. Les Chinois y ont apporté une modification très-significative. Ici la fleur (Planche IV. fig. 11) est un grenadier, et les cônes sont devenus des bourgeons verts de grenadier ; mais au lieu d’occuper la place primitive que leur assignent les Assyriens, ils sont attaches à l’extrémité de la corolle rouge vermillon, un de chaque côté, tandis que leurs anciennes places sont occupées par un plan formé de lignes courbes, qui devraient relier la fleur au bourgeon et courir entre les fleurs en lignes parallèles en descendant jusqu’à l’extrémité inférieure de la bordure dessinée.
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- Les ornements de poitrine de l’Assyrie figurés par Canon Raw-linson prouvent que le modèle en forme d’éventail où les cônes à longue tige sont disposés tout autour de la bordure dans un ordre alternatif avec des cônes plus larges, représente la tête du Hom, figurée au centre; et il est prouvé par des reproductions du Hom faites à l’infini, dans les “Anciennes Monarchies” de Rawlinson et dans Hérodote, ainsi que sur les anciens brocarts des Sarrasins et des Siciliens que ce n’est autre chose que le Dattier, et que c’est de cet arbre que sortaient les cônes à longue tige; et les larges cônes qui courent alternativement autour de la bordure de cet ornement de poitrine sont de grands bouquets de dattes, auxquels on a donné une forme hautement conventionnelle. Le cône figuré par Canon Rawlinson (vol. ii. p. 212) sous forme d’ananas (Planche III. fig. 3) n’est certainement autre chose qu’une grappe de dattes, s’échappant de leur enveloppe. Ce cône se voit (Planche III. fig. 4) sur les anciens brocarts italiens et les premiers brocarts style Renaissance; il est couronné de flammes qui s’élèvent de la couronne, et alternant avec des feuilles de chênes d’où l’on voit s’échapper des glands à longue tige, de la même façon que les cônes émergeant du tronc et du sommet du Dattier ou Hom.
- Hom a tiré son nom du Sanscrit Soma, Sarcostemma brevis-tigma; c’est une Asclépiade grimpante, sans feuille (les feuilles rudimentaires sont à peine visibles) ; ses fleurs sont réunies en ombelles, comme un éventail en silhouette: ce produit est originaire des pentes septentrionales de la vallée de Cachemire et d’Hindu Kush ; le suc fermenté qu’on en extrait est la première boisson enivrante dont ait fait usage la race aryenne. Les Brah-mines l’emploient encore comme breuvage enivrant ; et les voyageurs fatigués mâchent ses tiges remplies de suc pour tromper leur soif. Cette plante est admirablement représentée sur les sculptures assyriennes ; dans les “ Anciennes Monarchies” de Rawlinson (Planche II. fig. 1, 2), (vol. ii. p. 236), elle est représentée sous une forme hautement conventionnelle, mais appariée d’une façon fort caractéristique, avec le dattier qui forme « l’arbre de vie,” l'Asherah, ou bosquet (grove), consacré à Asshur, la divinité suprême des Assyriens, le Seigneur et le Dispensateur de la Vie. Canon Rawlinson note la ressemblance qu’offre la tête du Hom avec l’ornement des Grecs, ou “ chèvre-« feuille,” et il ajoute: “je soupçonne que la fleur appelée “ chèvrefeuille représentait en réalité la tête d’un palmier.” Il est possible que la datte ait été substituée chez les Assyriens au fruit primitif du Hom, parceque la race aryenne aurait trouvé qu’elle ne pouvait acclimater l’arbre véritable du Hom, ou par la raison que la datte produit un suc plus abondant et plus enivrant. Son fruit serait également devenu la source de la vie dans les régions de la vallée de l’Euphrate, d’où il aurait été naturellement consacré à Asshur, comme étant “l’arbre de vie.” Un peu plus tard, la vigne y fut substituée en Asie Mineure et en Grèce. De même que l’arbre de vie est associé, dans la Bible, au Serpent et à l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, qui apporta le mort au monde, de même on peut voir un symbole analogue dans la disposition adoptée par Rawlinson (vol. ii. p. 167) du
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- Hom ou dattier alternant avec un cyprès autour duquel s’enroule un serpent (Planche III. fig. 1), dans la scène où un roi assyrien donne une fête à la reine sa femme dans un bosquet (gloriette) des jardins royaux.
- En Egypte, le bouton et la fleur étaient représentés par le palmier à dattes et son fruit, par le lotus et son bourgeon, par la fleur du lotus et une grappe de raisins, ou enfin par la fleur du lotus et une tête de taureau ; quelquefois, la fleur était figurée par la tête du papyrus. L’ornement qui, dans la “ Grammaire des Ornements ” de Owen Jones (Planche 4, fig. 6) ressemble à une figure en forme de tête de lotus est une datte; et ce qui le prouve, c’est la masse bouillonnante de rouge et de vert qui pend d’un côté, et qui représente le fruit arrivant à matûrité et cherchant à briser son enveloppe. L’arbe de vie est représenté partout, dans l’art grec et romain, dans l’art italien comme dans celui de la Renaissance. Il est encore représenté sur les poteries espagnoles et portugaises les plus communes, sous la forme d’un arbre vert ressemblant exactement à un arbre de l’arche de Noé; mais il émerge invariablement de deux cornes recourbées, qui trahissent le secret. Dans l’Inde, le bouton et la fleur subissent des transformations comme celles qui ont lieu dans un rêve. Il est vrai que dans l’art hindou, l’imagination est livrée à elle-même et revêt tout le vague et le décousu d’un rêve. Dans les sculptures d’Amravati et de Bharhut les transformations vous passent sous les yeux, et révèlent tout le mystère. Le cône a généralement la forme du bourgeon du lotus, et l’éléphant n’est jamais représenté, sur les sculptures de pierre sans en tenir un dans sa trompe. Quelquefois il est remplacé par le fruit en bourgeon du plantain. La fleur est généralement le lotus, représenté en silhouette, comme un éventail, ou de face ; quelquefois on donne la forme en éventail du Hom ou Dattier à la queue du paon, ainsi qu’au Cobra à plusieurs têtes; et même, dans la véritable forme du chèvrefeuille, on voit figurer non-seulement les têtes du Cobra, mais encore le lis d’eau (Planche V., fig. 4, 5). Le cône est encore représenté par le mangoustan. En résumé, tout ce qui respire la splendeur et l’exubérance de la vie devient le symbole de la vie. La queue du paon, la splendide fleur du lotus, le puissant jack, la plante nutritive et toujours agréable du plantain, le mangoustan au gôut de miel, au fruit d’or, les bouquets de fleurs en forme de thyrse du cadumba, et le figuier sacré, dont chaque branche projette de petites racines, qui prennent racine à leur tour pour s’épanouir en forêts tout à l’entour de la tige mère. Toutes ces plantes sont naturelles : ce sont de véritables symboles de la vie. Les faites des pagodes ou temples indiens affectant la forme d’une courge ont été inspirés par le fruit vert du Nymphæa rubra. Nous devons cependant nous tenir en garde contre les divagations de l’imagination hindoue. La feuille entière de l'Artocarpus integrifolia est représentée avec une telle apparence de vitalité qu’elle passe dans la feuille divisée de l'Artocarpus incisa ou arbre dont le fruit produit le pain. Nous retrouvons encore les chatons de l'Artocarpus integrifolia, qui servent de modèle aux longs ornements que portent les éléphants au devant des oreilles, dans les ornements où on les représente
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- émergeant des fleurs soit du lotus, soit des branches du figuier sacré, ou enroulés autour du lingam, et du trisul qui n’est, à mon avis, autre chose que le lingam et le yoni combinés. Dans les anciennes sculptures on représente la plante du lotus émergeant de la trompe d’un éléphant; la tige court tout du long en forme de ligne ondulée, entre les courbes de laquelle la fleur se voit alternativement de face et en silhouette; comme art conventionnel, c’est d’un style superbe. Dans les sculptures de Bharhut (Planche V.,) on voit de même un lotus émerger de la trompe d’un éléphant ; et les fleurs alternent avec celles de YAj'tocarpus integrifolia et du mangoustan: entre chaque fleur du lotus, et quel que soit le fruit qui occupe la place du “bouton” ou cône, nous avons des représentations des fables du Bouddhisme ou jatakas ; tandis que le fertile et mystique lotus est représenté comme répandant une foule de choses bienfaisantes, par exemple, des bijoux variant de formes àl’infini. À une certaine place, une femme verse du haut d’un arbre, de l’eau dans les mains d’un homme, au moyen d’une théière véritable. Cette femme rappelle celle de l’arbre de vie égyptien. Dans les sculptures d’Amravati et de Takht-i-bhai, la tige du lotus est festonnée en figures de nains: dans les vestiges de l’architecture romaine, nous retrouvons les mêmes festons, soutenus par des génies. Peut-être les sculptures de Takht-i-bhai ont-elles subi l’influence des modèles grecs, ou ont-elles été exécutées sous la direction des Grecs ; mais, eu réalité, les relations avec l’Assyrie expliqueront pour une bonne partie ce qui paraît avoir été inspiré a l’Inde par les Grecs; absolument comme on a maintenant la preuve que les détails d’ornement de la sculpture grecque sont aussi empruntés à l’Assyrie. Le modèle imitant une “ corde noueuse” peut avoir été emprunté aux nœuds qui se trouvent dans les tiges de cônes émergeant du tronc et de la tête du Hom ou Dattier ; quant au modèle simulant le coin, avec effets d’ombres et de lumières alternatifs,il est peut-être emprunté, sous forme de convention, aux feuilles rudimentaires du tronc du Hom ou Dattier. Les figures d’arbres tracées dans la Planche II., et compilées d’après Owen Jones, Mr. Fergusson et Mme. Jameson, rappellent toutes l'Asherah ou “ Grove " des Assyriens, particulièrement cette représentation moyen-âge de la Croix, comme l’arbre à douze feuilles qui guérit les nations.
- Quelquefois sur les tapis persans, l’arbre entier est représenté ; mais, en général il passerait inaperçu sans les reproductions de petite dimension qu’on fait figurer dans l’intérieur des modèles de plus grande dimension. Cependant, dans les tapis du Yarkand, il occupe tout le centre du tapis; il est raide et anguleux d’aspect, comme s’il était taillé dans le métal. Dans l’art persan, comme dans l’art hindou qui dérive du Persan, l’arbre se transforme en une plante magnifique ornée de fleurs, ou en une simple branche de fleurs ; dans l’art hindou, au contraire, il conserve sa forme architecturale pleine de raideur, comme dans les lampes des temples, et les modèles en airain et en cuivre du figuier sacré représenté comme l’arbre de vie. On le voit représenté sur un sac brodé de Pindari sous deux formes (Planche I. fig. 1, 3, 4), d’abord sous la forme d’un arbre de l’arche de Noé dessiné en entaille ; puis, sous forme de branches semblables à celles de
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- candelabres de temples. Sur ce sac, le côneest représenté avec les arbres.
- Il n’est pas non plus difficile de deviner comment ces symboles religieux du premier culte de la race aryenne, obscurcis plus tard et corrompus par le symbolisme monstreux et obscène de la race touranienne aux Indes, en Egypte et dans l’Assyrie, arrivèrent à être universellement adoptés en Orient dans l’art décoratif. Cet art a tiré son origine des tentures et des voiles brodés par les femmes pour les ornements des temples : ces broderies représentaient le symbole de la divinité qu’on adorait.
- Dans les Rois (2, xxiii. 7), il est fait allusion aux femmes qui tissaient des tentures destinées à l'Asherah ou Grove (bosquet). Il est probable qu’elles brodaient sur échantillons taillés, et que, pour les modèles de plus grande dimension, elles faisaient des ouvrages en application, elles coupaient les modèles en pliant le drap en double, de manière à obtenir un modèle symétrique des deux côtés, par une coupe ondulée ou en forme de zig-zag. Or, ce n’est pas là unesimple conjecture. Cette méthode se pratique partout chez les artistes campagnards de l’Europe. Je possède un certain nombre de ces modèles, que j’ai vu tailler une fois sur papier par un jeune paysan français, pour tuer le temps. Il se trouve que tous ces modèles représentent des arbres; les uns sont des cyprès ; chez les autres, la croix figure sous forme conventionnelle, et de la manière la plus étrange: ce sont bien en réalité des arbres de vie et de mort. La méthode qui consiste à découper les modèles de cette façon tend à perpétuer le système d’ornementation de forme symétrique et rectangulaire. L’arbre semblable à celui de l’arche de Noé, représenté sur le sac de Pindari (Planche I. fig. 3), dérive certainement d’un morceau de papier ou d’étoffe coupé en forme de croix, puis entaillé. Que ce soit cela ou autre chose, le modèle en forme de bouton et de fleur, et le modèle simulant l’arbre de vie envahissent le domaine de l’art décoratif, par une dérivation directe du lotus et du bouton du lotus assyrien, de YAsherah et du cône, mais non plus comme symboles. Cette absence de symbolisme est le côté faible de la décoration européenne des temps modernes: c’était également le côté faible de la décoration grecque ; et pourtant, quelle forme conventionnelle plus jolie que la fleur-de-lis française! Quel symbole plus beau et plus respectable que la rose des Tudors, ou les symboles héraldiques tels que ceux de la croix transversale: la décoration la plus naturelle à adopter pour papier de tentures, pour rideaux et couvertures de livres serait, pour les personnes (qui le pourraient, d’employer des armes de famille, soit seules, soit combinées avec des symboles nationaux, et des représentations conventionnelles de fleurs ou d’animaux nationaux. Mais aucun symbole ne peut approcher, comme beauté de forme et comme signification, du bourgeon et de la fleur, et du Hom assyrien : dégagés de toute teinte locale, comme celles d’Asshur, d’Ashtoreth ou Astarte, ces symboles sont la propriété de toute la race aryenne, dans l’ancien comme dans le nouveau monde.
- L’histoire du genre humain est, dans ses impulsions directes, l’histoire de l’excédant des populations en quête d’aliments ; mais
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- partout où l’homme a pu séjourner ; partout où il a pu fonder une organisation civile et politique, il a élevé comme témoignage à la vérité ce principe que l’homme ne vit pas seulement de pain. Ce témoignage se trouve attesté partout dans l’art oriental. Nous ne pouvons prendre un talisman d’Egypte, une pierre d’Assyrie gravée, une pièce de soie syrienne, un flacon à parfums ou un tapis de Perse illustré; un châle de Cachemire, un bijou indien ou un kincob, ou enfin, quelqu’une de ces étoffes précieuses ou de ces armures splendides; quelqu’un de ces vases d’or et d’argent travaillés offerts en présents au Prince de Galles, où nous ne trouvions pas l’aveu qu’il existe un auteur divin, et un artiste consommé: nous trouvons le même aveu dans les symboles empruntés au plus majestueux des arbres, à la plus jolie et à la plus gracieuse des fleurs ; et ils expriment d’une manière plus simple, plus directe et plus complète que ne sauraient le faire les paroles, la sagesse et la générosité du Créateur, de même que la reconnaissance et les actions de grâces de sa créature. Les Portugais, ces hardis pionniers qui les premiers découvrirent les Indes, arboraient la Croix au grand mât de leurs navires, comme signe du but élevé de leurs entreprises, comme la fin de tous les efforts de l’homme. Ils se sont gravement trompés en cherchant à donner à leurs aspirations un caractère trop dogmatique; et l’Inquisition de Goa est la plus sombre page qui fasse tache dans l’histoire des relations de l’Europe avec l’Orient. Mais il n’importe pas moins de reconnaître quels doivent être le rôle et la destinée véritables de l’homme dans le monde ; en-dehors des responsabilités qui incombent à chacun, des devoirs à remplir les uns envers les autres, il n’y a pas d’espoir d’avenir, ni pour les individus ni pour les Etats; s’en dégoûter ou chercher à s’en affranchir sont les signes avant-coureurs de la chute d’un empire.
- (Signé) George BIRDWOOD.
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- PLANCHE I.
- pis Bi^f^Bt
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- 1, 8, 4, d’après un sac Pindari.
- 2, d’après un châle du Delhi.
- 5 et 7, d’après une faïence du Scinde.
- 6 d’après un vase persan.
- 8’ à 11, d’après “ la Grammaire d Ornement ” par Owen Jones.
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- PLANCHE II.
- i
- -J
- W
- et 2, d’après “Les Anciennes Monarchies de Rawlinson. 5, 6 et 7,ed t Seig. et 8, d’après “Le Culte de l’Arbre et du Serpent ” par Fer- 4, d après, 1H« e^ no e
- gu s son” 9, d’après le Vase de Nicosthènes.neur par Jameson. -
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- PLANCHE III.
- WWVavi
- 5, d’après “ Los Anciens Égyptiens ” par Wil-
- Bit
- kinson. .. - _
- 6 et 7, d’après un produit des Manufactures du Punjab" par Baden Powell.
- 5
- 1 et 3, d’après “Les Anciennes Monarch ies ” par Rawlinson.
- 2, d’après un ancien brocard sarrasin.
- 4, d’après Owen Jones.
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- PLANCHE IV.
- 6
- Co
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- 13
- 1 et 2, d’après “Les Anciennes Monarchies ” de Rawlinson. 3 à 13, d'après " Owen Jones.'
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- 8
- 1 à 5, d’après les sculptures de Bharhut
- 6, d’après le lat. à Allahabad. Voyez le " Guide Illustré de l’Architecture Indienne " de Fergusson,
- PLANCHE V.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- 123
- APPENDICE A.
- Statistique-des (Progrès moraux Et Matériels DE L’INDE.
- No. 1.—Population de L’INDE, d’après les derniers Relevés et Évaluations :
- Sous l'administration anglaise - - - 191,018,412
- États indigènes ----- 48,233,978
- Possessions françaises et portugaises - - 679,172
- Population totale - - 239,931,562
- En nombres ronds - - 240,000,000
- No. 2.—Population adulte male de l’Inde anglaise classée PAR NATURE D'EMPLOI.
- Agriculteurs -- 37,393,055
- Industriels ----- 8,749,270
- Commerçants ----- 3,425,738
- Employés du Gouvernement et professions libérales - - _ _ . 2,401,630
- Domestiques --- 4,136,430 Travailleurs, sans nature de travail spécifiée - 8,137,082 Indéperdants, non-producteurs, et non classés - 2,283,089
- 66,526,294
- Déduction des femmes et des enfants compris dans les classes ci-dessus - - - 4,523,833
- Total de la population mâle adulte - 62,002,461
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- 124
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- No. 3.—Chiffres totaux de chaque Source 1’Angleterre, pour chacune des 13
- Années officielles terminées Revenue des Terres. Tributs, Subsides et Contributions des états indigènes. Contributions indirectes et Forôts. Revenus, Patentes et Contributions directes. Douanes.
- 31 Mars 30 Avril (1864 1865 11866 '1867 (11 mois) - 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 .1876 £ 20,303,423 20,087,728 20,473,897 19,136,449 19,986,640 19,926,171 21,088,019 20,622,823 20,520,337 21,348,669 21,037,912 21,296,793 21,503,742 € 715,990 681,144 709,632 629,245 689,286 687,363 765,126 719,421 744,036 741,465 768,544 724,972 726,188 £ 2,364,713 2,575,793 2,612,556 2,431,129 2,570,019 2,691,078 2,725,245 2,827,907 2,871,033 2,894,125 2,902,768 2,929,424 3,165,760 £ 11,483,622 11,281,817 2 692,241 2 22,127 3 653,848 1 508,700 11,110,224 12,072,025 1825,241 1580,139 120,136 12,747 1510 £ 2,384,061 2,296,929 2,279,857 2,030,864 2,578,632 2,692,755 2,429,185 2,610,789 2,575,990 2,653,890 2,628,495 2,678,479 2,721,389
- Total pour 13 années 267,332,603 9,302,412 35,568,550 9,253,377 32,561,315
- Années officielles terminées Télégraphes. Droits de procédure, Successions, Amendes. Éducation. Travaux Publics (Recettes et Profits par suite du change, sur les irrigations et les chenims de fer). Intérêts des sommes prêtées et des Avances.
- 31 Mars 30 Avril | <1864 1865 <1866 '1867 (11 mois) - 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 .1876 £ 91,762 99,099 190,463 219,472 241,947 265,568 247,042 243,010 228,368 249,802 250,638 286,479 309,040 £ 631,798 683,329 790,529 815,219 951,314 1,172,093 1,089,503 1,017,869 4373,160 392,686 359,146 321,798 315,992 £ 5 5 57,538 66,658 73,845 73,711 74,889 61,610 4 £ 461,785 588,673 917,465 538,139 557,840 553,305 957,714 915,579 830,040 792,280 939,489 1,047,735 1,276,526 £ 72,277 247,624 216,824 233,513 211,975 224,523 336,376 341,001 363,212 506,779 451,452 543,319 561,189
- Total pour 13 années 2,922,690 8,914,436 408,251 10,376,570 4,310,064
- 1 Taxes imposées. 2 Impôt sur le revenu. 3 Taxe sur les patentes. 4 Réduit par suite de transport dans le service provincial.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- 125
- de Revenus et de Recettes dans l’INDE et dans années officielles mentionnées ci-dessous.
- Sel. Opium. Timbre. Monnaie. Postes. ANNÉES OFFI- CIELLES terminées
- € £ £ £ £
- 5,035,696 6,831,909 1,735,216 369,759 459,882 1864
- 5,523,584 7,361,405 1,972,098 377,859 362,333 1865 30 Avril.
- 5,842,149 8,518,264 1,994,632 494,354 406,466 1866J
- 5,345,910 6,803,413 1,803,773 239,991 496,439 1867 (11 mois) 1
- 5,726,093 8,923,568 2,186,269 120,252 659,679 1868
- 5,588,240 8,453,365 2,306,971 193,788 707,792 1869
- 5,888,707 7,953,098 2,370,316 157,214 711,698 1870
- 6,106,280 8,045,459 2,510,316 33,400 805,235 1871
- -
- 5,966,595 9,253,859 2,476,333 96,150 820,894 1872
- 6,165,630 8,684,691 2,608,512 54,261 4 580,312 1873
- 6,150,662 8,324,879 2,699,936 66,544 688,198 1874
- 6,227,301 8,556,629 2,758,042 159,021 739,400 1875
- 6,244,415 8,471,425 2,835,368 110,489 733,597 1876
- 75,311,262 106,182,054 30,266,782 2,473,082 8,201,925 Total pour 13 années.
- Recettes en subside pour les fonds de retraites (souscriptions aux fonds publics, etc.). Marine (droits de pilotage, vente de matériel, etc.). Armée (vente de matériel, retenues, congés, acquisition de monnaies, etc.). Divers. Total. ANNÉES OFFI- CIELLES terminées
- € 5 £ 307,715 £ 747,431 £ 615,903 £ 44,613,032 1864'|
- 5 308,095 735,567 469,820 45,652,897 1865 ^30 Avril.
- 5 198,890 728,340 2,311,123 48,935,220 1866J
- 5 228,543 737,368 344,181 42,122,433 1867 (11 mois) -'
- 5 455,090 759,112 1,189,003 48,534,412 1868
- 5 688,084 1,133,024 1,396,160 49,262,691 1869
- 5 329,953 1,082,605 1,575,167 50,901,081 1870
- 5 333,145 962,148 1,185,669 51,413,686 1871 - - &
- 682,282 6196,894 944,420 341,371 50,110,215 1872 -
- 587,078 6 208,943 906,810 263,417 50,219,489 1873
- 697,853 6 236,323 1,011,039 357,239 49,598,253 1874
- 698,642 6 298,525 988,838 312,027 50,570,171 1875
- 749,166 6227,887 1,045,612 281,768 51,310,063 1876 - -
- 3,415,021 4,018,087 11,782,314 10,642,848 633,243,643 Total pour 13 années.
- 6 Compris dans les divers.
- 6 Comprenant la navigation
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- 126 L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- No. 4.—Total de chaque CHAPITRE de Dépenses dans l'INDE ci-dessous
- ANNÉES OFFICIELLES terminées Remboursements, Administra- Dépenses de per- Intérêts tion y com-ception des re- de la dette pris les venus, Assigna- et des provinces, tion inférieure obligations, moins im-aux traités. portantes. Tribunaux et Justice. Marine.
- 31 Mars 30 Avril (1864 1865 41866 (867 (11 mois) - 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 9,379,396 4,971,414 977,362 9,050,376 4,988,029 971,702 8,527,985 5,128,242 1,249,831 7,637,527 4,889,301 1,271,284 8,957,464 5,732,757 1,317,537 9,249,766 5,654,984 1,396,905 9,230,823 5,609,687 1,429,151 9,266,931 5,840,145 1,573,068 8,518,887 5,966,299 1,779,134 8,887,264 5,857,458' 1,893,395 9,155,350 5,789,821 1,898,617 9,510,766 5,412,055 1,927,121 9,483,279 5,563,968 2,006,764 £ 2,120,636 2,264,424 2,426,206 2,397,788 2,544,349 2,845,447 2,903,454 2,996,190 2,373,813 2,222,175 2,266,179 2,298,180 2,336,477 £ 632,788 641,389 633,367 770,630 1,095,174 1,140,630 1,293,154 759,770 3 574,100 3 555,366 3 528,333 3 590,046 3 627,702
- 11876 Total pour 13 années
- 116,855,814 71,404,160 19,691,871 31,892,318 9,842,449
- ANNÉES OFFICIELLES terminées. Congés civils et Allocations aux absents. Services provinciaux. Secours contre la famine. Divers. Armée. Travaux publics.
- I g 31 Mars 30 Avril 1864 1865 1866 '1867 (11 mois) - 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 al pour 13 années 72,092 68,020 77,587 79,305 99,159 122,461 157,918 175,068 173,029 156,059 258,464 216,704 229,199 1,885,065 £ 62,815,680 62,963,931 63,247,585 63,239,402 63,476,821 63,711,274 63,678,527 63,498,683 4,848,205 5,223,190 5,069,972 5,148,744 5,153,652 52,075,674 £ 3,864,673 2,237,860 508,554 6,611,087 £ 556,370 516,449 1,333,055 796,294 732,214 527,314 712,608 743,648 368,865 275,726 109,697 120,896 186,761 6,979,897 £ 14,510,247 15,772,236 16,748,220 15,825,791 16,103,297 16,269,581 16,329,739 16,074,800 15,678,112 15,503,612 15,228,429 15,375,159 15,538,460 204,727,682 £ 4,920,643 4,613,046 4,784,625 5,025,444 5,622,855 6,272,334 5,034,565 3,945,967 42,459,780 2,525,241 2,357,941 2,504,230 2,824,482 52,891,153
- 1 Comprenant les dividendes aux propriétaires du fonds de l’Inde orientale de 1874 à
- 3 Comprenant la navigation intérieure.
- 5 Les travaux extraordinaires sont les travaux publics que le Gouvernement a décidé
- 6 Ces chiffres renferment les frais de la police, de l’éducation, de fournitures et travaux publies., furent transportés en 1871-2 aux gouvernements locaux pour être
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- GUIDE DE LA
- SECTION INDIENNE.
- 5
- et dans l’ANGLETERRE, pour chacune des 13 années officielles mentionnées.
- Culte. Service médical. Agences politiques Mises à la retraite, Secours, aux retraités ou aux nécessiteux. Pertes par suite de change ou de remises au Trésor. ANNÉES OFFICIELLES terminées
- e £ £
- 149,437 128,422 222,148 935,239 11,640 1864 - -
- 148,858 133,203 286,247 1,275,812 42,700 1865 - -
- 154,886 274,889 251,392 906,499 84,662 1866 - -8
- 144,360 261,801 267,098 766,472 165,223 1867 (11 mois) -
- 158,707 352,316 277,354 1,156,019 117,248 1868
- 163,590 380,361 349,855 3,1,746,369 193,867 1869
- 161,083 443,074 405,897 1,332,515 203,441 1870
- 153,544 523,486 352,966 1,450,763 472,973 1871 - - &
- =
- 155,911 4174,807 345,100 1,453,471 395,964 1872 - 5
- 152,330 176,262 390,816 1,576,253 765,109 1873
- 159,527 180,596 366,209 1,522,969 986,530 1874
- 161,724 181,579 404,223 1,779,970 897,878 1875
- 158,058 181,928 429,538 1,939,305 1,429,658 1876 - -J
- 2,022,015 3,392,724 4,325,840 17,841,056 5,766,893 Total pour 13 années.
- Chemins de fer (ordinaires, comprenant la garantie des intêréts. Travaux extraordinaires. Total. ANNÉES OFFICIELLES terminées
- Irrigations. Chemins de fer de l’Etat. Caisse spéciale de Bombay.
- £ 2,124,163 £ £ £ £ 44,534,685 $1864 - =
- 2,109,996 — - — 45,846,418 1865 - -
- 343,121 — — — 46,169,152 1866 - %
- 1,102,204 — — — 44,639,924 1867 (11 mois) -'1
- 1,798,837 219,255 594 382,613 50,144,569 1868
- 2,011,983 468,819 552,398 349,366 53,407,334 1869
- 1,856,776 2,007,361 190,870 401,383 53,382,026 1870
- 2,102,694 718,438 449,372 51,098,506 1871 - - à
- 1,850,561 989,854 614,620 — 48,614,512 (X 1872 - 5
- 2,293,561 770,920 1,413,649 — 50,638,386 1878
- 1,662,614 1,198,682 2,354,625 — 54,959,228 1874
- 1,483,839 1,235,391 3,014,180 — 54,500,545 1875
- 1,273,336 1,105,445 3,165,184 — 53,911,747 1876 - »
- 22,013,685 8,708,195 11,785,492 1,133,362 651,847,032 Total pour 13 années.
- 1875, inclusivement. 2 Y compris 327,600 pour le règlement des dépenses en 1867 8 * Réduit par suite de transfers aux services provinciaux.
- ouvoir être poursuivis au moyen d’emprunts, s’il est nécessaire. _ , . 'impression qui, avec certains frais précidemment inscrits au service médical ou aux payés après division par les services provinciaux.
- G 343. K
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- 128
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- No. 5.—Valeur des principales Marchandises et autres appartenant dans l’Inde anglaise, dans chacune des
- Principaux ARTICLES IMPORTÉS. Années OFFICIELLES terminées le 30 Avril Années officiellement
- 1864. 1865. 1866. 1867. (11 mois.) 1868. 1869. 40.
- Vêtements - Armes, munitions et matériel de guerre. Livres, papier et fourui-tures. Houilles, coke Coton tors et filé - „ manufacturé Drogues et médecines Matières tinctoriales Fruits et végétaux Verre ----- Gommes et résines Quincaillerie, coutellerie et vaisselle plaquée. Chevaux -----Ivoire - . . Joaillerie et pierres précieuses. Liqueurs: drèche - „ esprits - „ vins, liqueurs, 2 etc. Mécanique et ouvrages pour moulins. € 452,684 386,036 410,782 332,627 1,529,001 10,416,662 120,999 152,817 333,942 249,146 63,153 3 42,971 4 443,591 712,393 412,622 429,339 585,516 € 534,895 354,749 352,318 357,612 2,191,440 11,035,885 73,777 55,635 366,376 311,450 67,781 3 33,019 4 482,292 471,917 324,852 402,393 554,156 £ 510,352 480,057 375,381 466,805 1,961,144 11,849,214 72,039 64,271 392,446 306,508 63,971 3 37,071 115,455 952,996 528,485 416,592 474,344 586,182 € 387,451 82,918 288,140 512,123 2,572,700 12,524,106 1143,025 113,601 2 223,276 177,724 46,828 3 51,869 103,120 333,068 552,024 388,225 436,153 601,740 e 439,417 91,470 436,978 853,984 2,698,350 14,999,917 1254,565 124,756 2364,928 230,289 73,083 3 28,895 121,309 244,686 435,770 455,174 476,406 1,057,861 € 497,891 84,644 447,851 715,863 2,779,934 16,072,551 1222,715 94,298 2 227,202 271,100 78,647 3 52,232 130,965 231,953 381,772 549,819 574,040 798,183 2 451,230 96,852 414,912 544,477 2,715,370 13,555,846 1 210,167 111,499 2 345,453 308,086 99,817 3 77,206 118,022 264,808 413,520 564.378 548,829 555,742
- (fer acier cuivre rouge et laiton. zinc Métaux 3 étain plomb -mercure-non désigné III I I I I I I I I I I Ili I I I I I III 784,888 63,880 1,269,776 85,848 226,899 55,738 37,317 63,081 1,461,300 83,371 1,939,665 204,259 99,856 22,060 22,382 102,263 1,425,655 111,937 1,743,097 192,805 146,075 41,773 41,825 136,484 1,188,086 166,377 1,753,634 137,045 156,377 44,944 15,510 110,426
- L Total Huiles . . . Peintures et couleurs Parfumerie - Porcelaine et poterie Approvisionnements Matériel de chemin de fer et roulant. Sel- Soie crue - - . Soie manufacturée Epices - - - Sucre, etc. -Thé - Tabac - - . Parapluies - Bois et objets fabriqués en bois. Laines brutes Laines fabriquées - Articles divers 3,368,652 4 96,345 46,083 79,721 248,877 1,267,240 315,632 385,507 456,781 195,954 429,138 148,824 7105,783 63,081 54,465 4 611,570 2,197,646 3,755,932 4 134,843 40,278 93,256 238,760 685,632 341,867 329,315 443,949 197,183 318,627 125,744 7104,167 60,714 78,676 4 867,831 [2,363,352 3,043,234 24,594 96,802 32,117 91,368 286,567 1,435.929 265,289 511,239 357,380 137,189 563,305 186,310 7 70,909 65,895 132,641 106,863 583,132 1,955,152 52,587,427 53,276 76,203 26,220 62,488 296,142 2,091,417 356,114 423,866 415,070 278,435 541,817 134,527 789,660 64,106 60,997 69,575 576,481 1,272,771 53,939,156 58,221 170,913 33,138 71,152 351,255 2,464,966 677,473 566,583 423,598 425,267 536,884 253,364 7 89,865 122,085 59,056 41,141 601,957 1,391,111 53,839,651 45,370 175,643 30,524 84,002 337,610 1,591,818 729,270 730,934 486,518 286,756 653,611 201,987 7101,119 111,531 92,645 47,974 764,173 1,413,583 53,572,399 12,991 160,962 34,580 93,351 331,186 1,217,384 750,095 901,117 468,593 297,381 715,553 166,522 777,282 87,174 59,045 54,018 596,713 1,890,238
- Valeur totale des mar- ) chandises - -3 Trésor- 27,145,590 22,962,581 28,150,923 21,363,581 29,599,228 26,557,301 29,014,741 13,229,533 35,664,320 11,775,374 35,931,874 14,366,588 32,879,643 13,954,807
- Total des MARCHAN-) DISES ET DU TRÉSOR 3 50,108,171 40,514,275 56,156,529 42,244,274 47,439,694 50,297,962 46,834,450
- 1Y compris les produits chimiques. 2 Y compris les fruits secs. 3 Compris dans les métau
- 6 Comprenant la quincaillerie, la coutellerie et le plaqué.
- p.128 - vue 151/169
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- 129
- à des particuliers ou au Trésor et importées par Mer dans 13 années officielles ci-dessous mentionnées.
- terminées au 31 Mars Principaux ARTICLES IMPORTÉS.
- 1871. 1872. 1873. 1874. 1875. 1876.
- € 433,098 74,297 423,233 467,096 3,357,393 15,687,476 1 239,984 143,359 2 371,014 276,855 94,154 3 68,345 117,092 176,937 311,686 385,900 433,337 447,543 € 499,571 93,759 413,959 514,794 2,424,522 15,058,811 223,114 119,096 2 265.825 240,421 98,712 3 85,935 144,407 210,423 305,319 560,485 495,783 405,835 € 601,258 100,850 428,003 497,942 2,638,296 14,605,953 304,061 186,336 2 263,889 297,236 98,250 3 61,008 145,658 221,321 363,496 553,884 511,864 517,316 € 578,220 76,320 475,027 740,026 2,628,959 15,155,666 267,538 139,929 2 279,775 333,334 141,394 3 70,759 185,969 171,438 337,916 488,597 476,196 1,002,847 € 620,456 84,278 472,968 680,463 3,157,780 16,263,560 291,696 158,146 2 234,632 318,881 131,849 3 67,360 123,048 190,993 349,844 553,833 476,610 1,185,943 € 615,961 76,818 488,619 665,535 2,794,769 16,450,212 217,919 143,439 70,597 349,931 91,429 475,338 74,388 231,089 176,831 268,107 603,476 520,544 1,391,667 Vêtements. Armes, munitions et matériel de guerre. Livres, papier et furni-tures. Houilles, coke. Coton tors et filé. „ manufacturé. Drogues et médecines. Matières tinctoriales. Fruits et végétaux. Verre. Gommes et résines. Quincaillerie, coutellerie et vaisselle plaquée. Chevaux. Ivoire. Joaillerie et pierres précieuses. Liqueurs: drèche. „ esprits. „ vins, liqueurs, etc. Mécanique et ouvrages pour moulins. Fer Acier Cuivre rouge et laiton. Zinc Etain - - 7 Métaux. Plomb -Mercure-Non désigné Total- Huiles. Peintures et couleurs. Parfumerie. Porcelaine et poterie. Approvisionnements. Matériel de chemin de fer et roulant. Sel. Soie crue. Soie manufacturée. Epices. Sucre, étc. Thé. Tabac. Parapluies. Bois et objets fabriqués en bois. Laines brutes. Laines fabriquées. Articles divers. Valeur totale des ma r-chandises Trésor. (TOTAL DES MARCHAN-% DISES ET DU TRÉSOR
- 799,895 114,837 1,361,759 122,205 141,742 53,344 14,115 105,694 841,490 87,126 1,036,674 123,791 116,209 57,397 35,330 92,758 752,576 78,638 578,788 121,917 80,064 63,782 16,425 110,431 795,516 56,680 513,023 49,523 147,765 38,294 14,303 123,403 1,247,348 95,988 863,873 47,464 140,001 50,943 16,120 145,385 1,424,508 88,996 1,256,024 82,651 169,236 63,099 107,510 41,355
- 52,713,591 59,880 101,505 34,932 74,820 305,320 1,466,068 715,892 895,563 425,527 222,170 555,801 114,055 75,432 86,771 57,607 46,323 583,220 2,302,470 52,390,775 59,541 128,395 31,032 68,641 349,224 516,996 913,915 651,595 480,948 201,744 700,779 202,513 88,493 124,130 95,161 42,342 514,194 1,080,584 51,802,621 51,629 148,482 40,286 90,343 351,474 327,466 828,703 659,480 560,643 216,381 440,146 246,576 70,382 134,819 56,943 52,705 719,530 1,217,836 51,738,507 67,449 111,003 31,189 98,533 372,867 439,339 835,354 786,914 608,374 156,562 552,978 182,859 71,407 90,246 53,406 38,502 668,911 1,165,627 5 2,607,122 109,954 136,822 36,725 115,448 363,727 538,962 755,771 872,927 710,478 179,126 516,564 169,982 70,274 119,362 72,360 42,772 557,586 1,306,965 6 3,233,469 70,213 202,951 42,546 99,154 2 713,839 599,770 600,934 694,889 708,866 359,988 895,927 247,566 76,479 196,409 81,111 45,501 869,760 1,707,127
- 33,348,246 5,444,823 30,810,776 11,573,313 30,373,069 4,556,585 31,628,497 5,792,534 34,645,262 8,141,047 37,112,668 5,300,722
- 38,793,069 42,384,589 35,029,654 37,421.031 42,786,309 42,413,390
- 4 Compris dans «les autres articles.” 5 Comprenant la quincaillierie, la coutellerie et le plaqué.
- 7 Comprenant les articles nécessaires à l’usage du tabac.
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- 130
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- No. 6.—Valeurs des principaux Articles et Autres de Production et Portes de l’Inde anglaise dans les Contrées étrangères, par le Commerce
- PRINCIPAUX ARTICLES ANNÉES OFFICIELLES terminées le 30 Avril ANNÉES OFFICIELLES
- EXPORTÉS. 1864. 1865. 1866. 1867. (11 mois). 1868. 1869. 1870.
- Fibres de coco (coir) bruts et fabriqués. Café- Coton cru - - - Coton tors et filé - -I Coton manufacturé -3 Drogues et médecines - Matières tinctoriales: in-) digo. ( Autres (à l’exception ( de la laque). - Grains et légumes : riz 1 (y compris le riz non I émondé). • Blé- Autres - - Gommes et résines Chanvre brut et manufacturé.1 Cuirs et peaux Cornes . . . Ivoire, brut [et manufacturé. Joaillerie et pierres précieuses. Jute brute- - -) Jute manufacturée -S Laque (teintures, coquillages, etc). Huiles . . . Opium . - . Salpêtre - . . Graines - - - Soie grège - Soie manufacturée Epices - - - Sucre ----- Thé - Tabac Bois bruts et ouvrés Laines brutes Laines fabriquées -Autres articles € 87,133 657,672 35,864,795 1,167,577 104,505 1,849,946 4,325,377 34,821 96,736 897,575 65,173 80,348 113,596 1,618,244 242,021 422,175 10,756,093 722,204 2,032,832 954,649 115,465 161,509 716,857 271,229 46,224 220,749 995,048 275,391 729,455 € 67,533 801,908 37,573,637 1,043,960 101,043 1,940,495 % 5,956,408 31,517 123,901 725,236 31,805 77,217 49,164 1,416,702 297,394 217,730 9,911,804 542,389 1,912,433 1,165,901 106,612 145,165 765,110 301,022 81,968 406,756 1,151,002 254,497 802,710 € 97,905 785,102 35,587,989 1,732,133 { 90,998 1,818,280 140,582 ( 5,3079184 46,456 73,375 609,803 34,917 92,402 117,140 1,083,522 { 305,575 133,859 11,122,746 605,350 1,750,197 745,352 88,829 163,008 361,362 309,899 352,722 369,523 871,314 290,115 763,350 £ 87,493 394,321 16,478,064 95,516 1,062,344 31,501 1,798,599 129,483 3,205,093 76,896 281,801 54,191 21,675 659,342 39,550 95,008 76,820 750,669 443,854 195,869 97,681 10,431,703 297,713 1,787,996 811,798 95,147 121,089 152,773 378,126 354,293 135,381 742,716 259,185 436,304 € 66,790 761,345 29,092,570 175,775 1,259,683 36,190 1,823,226 99,046 3,647,008 101,308 212,909 125,786 16,472 988,282 48,624 64,575 95,652 1,309,537 291,555 188,954 213,991 12,230,799 256,301 2,160,572 1,553,229 97,344 160,847 128,703 729,714 3 64,187 128,178 611,590 329,313 703,946 £ 140,460 1,121,032 20,140,825 128,183 1,211,638 47,573 2,893,823 187,038 4,210,925 98,760 265,023 207,355 33,461 1,252,898 55,651 122,520 40,139 1,891,899 187,542 227,176 380,081 10,695,654 310,758 1,994,888 1,362,381 145,784 185,482 410,974 983,757 3 47,358 286,645 641,103 304,317 839,322 £ 151,401 870,189 19,079,138 122,619 1,176,138 48,415 3,178,045 164,640 3,020,276 32,924 168,254 210,407 61,372 1,601,330 74,654 108,289 37,779 1,984,495 205,923 253,800 325,030 11,693,330 394,870 2,308,942 1,561,512 142,062 174,635 327,325 1,080,515 360,980 156,123 472,614 255,395 877,955
- Total des marchandises - 65,625,449 68,027,016 €5,491,123 41,859,994 50,874,001 53,062,165 52,471,375
- Savoir: Produits bruts) et manufacturés de < l’Inde - -) Marchandises étrangères 63,379,885 2,245,564 65,790,445 2,236,571 62,684,452 2,906,671 40,773,959 1,086,035 49,596,664 1,277,337 51,676,232 1,385,933 50,679,545 1,791,831
- Trésor - - - 1,270,435 1,444,775 $2,165,352 1,950,435 1,025,336 776,082 1,025,386
- Total des MARCHAN-) DISES ET DU TRÉSOR 3 66,895,884 69,471,791 67,656,475 44,810,429 51,899,337 53,838,247 53,496,762
- 1 A l’exception des cordages. 2 A l’exception du gunjah et du churras, qui sont classés dans les En y comprenant le trésor exporté
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- 131
- de Manufacture Indienne, de Marchandises Etrangères et du Tresor Ex-particulier, dans chacune des 13 années officielles, ci-dessous mentionnées.
- terminées le 31 Mars Principaux Articles EXPORTÉS.
- 1871. 1872. 1873. 1874. 1875. 1876.
- £ 92,751 809,701 19,460,899 159,247 1,250,766 43,708 3,192,503 212,158 4,203,851 103,833 161,274 171,602 74,630 2,020,819 61,058 77,607 42,653 2,577,553 344,752 190,825 177,222 10,783,863 440,554 3,522,305 1,351,346 160,425 204,385 295,076 1,139,703 63,074 256,494 670,647 148,764 865,777 £ 121,385 1,380,410 21,272,430 121,469 1,070,214 75,434 3,705,475 201,394 4.492,161 235,645 130,942 147,336 55,973 2,525,925 65.323 65,577 53,999 4,117,308 188,859 278,945 416,186 13,365,228 397,251 2,728,788 1,130,709 164,825 304,712 347,635 1,482,186 79,662 326,030 906,698 198,106 974,628 £ 169,982 1,146,219 14,022,858 137,936 1,279,626 80,361 3,426,824 265,505 5,761,030 167,690 144,915 240,169 70,626 2,921,910 94,694 108,030 54,161 4,142,548 189,541 203,680 335,600 11,426,280 536,314 1,508,339 1,305,487 199,804 171,376 542,395 1,590,926 136,484 386,019 861,626 353,585 1,253,755 £ 164,232 1,499,496 13,212,241 181,173 1,414,197 68,897 3,555,300 169,282 5,549,798 827,606 170,942 146,940 70,617 2,618,358 62,398 129,854 50,822 3,436,015 201,669 257,653 262,899 11,341,857 464,974 2,361,451 1,225,599 239,865 238,217 281,743 1,754,618 167,148 415,904 966,832 229,502 1,222,687 £ 137,647 1,307,919 15,257,342 203,812 1,426,539 70,267 2,576,302 214,248 4,765,834 491,451 231,384 179,015 78,857 2,677,767 79,012 93,770 90,825 3,246,882 238,640 254,011 354,259 11,956,972 501,468 3,235,950 796,676 255,487 197,891 394,384 1,963,550 232,954 366,390 965,919 211,516 1,258,082 £ 1101,708 1,633,395 13,280,959 324,376 1,380,577 74,843 2,875,065 140,517 5,311,095 906,331 203,711 194,010 163,390 2,944,933 83,165 116,921 80,888 2,805,340 489,181 755.747 426,290 11,148,426 348,956 5,462,388 452,370 260,811 380,552 377,387 2,183,881 171,508 471,627 1,109,740 217,202 1,280,885 Fibres de coco (coir) bruts et fabriqués. Café. Coton cru. Coton tors et filé. Coton manufacturé. Drogues et médecines. Matières tinctoriales: indigo. Autres (à l'exception de la laque). Grains et légumes: riz (y compris le riz non émondé.) Blé. Autres. Gommes et résines. Chanvre brut et manufacturé.1 Cuirs et peaux. Cornes. Ivoire brut et manufacturé. Joaillerie et pierres précieuses. Jute, brute. Jute manufacturée. Laque (teintures, coquillages, etc. Huiles. Opium. Salpêtre. Graines. Soie grège. Soie manufacturée. Epices. Sucre. Thé. Tabac. Bois bruts et ouvrés. Laines brutes. Laines fabriquées. Autres articles. Total des marchandises. (Savoir: Produits bruts 2 et manufacturés de ( l’Inde. Marchandises étrangères. Trésor. ( TOTAL DES MARCHAN-% DISES ET DU TRESOR.
- 55,331,825 63,185,848 55,236,295 54,960,786 56,312,261 58,058,125
- 53,551,681 1,780,141 61,697,226 1,488,622 53,449,183 1,787,112 53,114,427 1,846,359 54,501,091 1,811,170 56,224,964 1,833,161
- 1,587,180 1,421,173 1,273,979 1,879,071 1,592,721 2,115,144
- 56,919,005 64,607,021 56,510,274 56,839,857 57,904,982 60,173,269
- drogues. 3 Comprenant les articles nécessaires a l’usage du tabac, pour le compte du Gouvernement.
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- 132
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Chemins de fer.
- No. 7.—Étendue des Lignes de Chemin De fer de l’iNDE ouvertes au 31 Déc. dans chacune des 13 années mentionnées ci-dessous.
- Année. Milles. Année. Milles.
- 1864 2,962 1871 5,077
- 1865 3,369 1872 c s.. 5,382
- 1866 3,567 1873 5,700
- 1867 3,935 1874 6,190
- 1868 4,015 1875 6,497
- 1869 4,285 1876 6,498
- 1870 4,832
- Postes.
- No. 8. — Principale Statistique des Bureaux de Poste de l’iNDE anglaise pour chacune des 14 années officielles ci-dessous mentionnées.
- P^ Années officielles terminées. Nombre des Bureaux de Poste. Nombre des Lettres, Journaux, Échantillons et Paquets reçus pour être remis.
- ("1864 1,091 52,462,093
- 30 Avril-71865 1,991 56,968,948
- C1866 1,538 60,913,136
- <1867 (11 mois) 1,738 59,849,215
- 1868 2,205 69,154,847
- 1869 2,589 75,987,617
- 1870 2,629 84,534,578
- 1871 2,736 85,689,823
- 31 Mars -{ 1872 2,884 89,561,685
- 1873 3,006 93,157,314
- 1874 3,178 109,235,503
- 1875 3,403 116,119,231
- 1876 3,661 119,470,921
- 11877 - - 3,852 122,541,753
- No. 9.—Statistique concernant les Télégraphes de l’État dans l’iNDE et l’iLE de Ceylan, pour chacune des 12 années officielles ci-dessous mentionnées.
- Années OFFICIELLES terminées le 31 Mars. Longueur des Télégraphes. Nombre des Bureaux ouverts à la fin de chaque année.
- Fils. Ligne.
- Milles. Milles.
- 1864 12,975 12,161 155
- 1865 - 14,587 13,635 174
- 1866 15,399 13,767 172
- 1867 (11 mois)1 - 15,866 13,784 159
- 1868 18,067 13,887 178
- 1869 20,597- 14,423 193
- 1870 21,3782 14,275 198
- 1871 22,8342 14,016 205
- 1872 28,8932 15,336 199
- 1873 * 30,6812 15,705 203
- 1874 32,556 15,980 225
- 1875 33,798 16,649 225
- 1 Le renseignement manquant pour compléter l’état de cette année, le relevé des
- télégraphes de l’ile de Ceylan n’est pas compris dans l’année 1866-7. ,
- 3 En exceptant les fils de Ceylan.
- 3Pour 1872-8 et les années suivantes; l’état des recettes et des dépenses a été pris dans les comptes des finances.
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- No. 10.—Nombre des Coolies Emigrants, embarqués à Calcutta, Madras, Bombay et dans les Ports français de l’iNDE, pour différentes destinations, pendant chacune des 13 années officielles ci-dessous mentionnés.
- Années OFFICIELLES terminées. De Calcutta De MADRAS De Bombay Des PORTS FRANÇAIS. Nombre total des émigrants.
- Aux Colonies anglaises. Aux Colonies françaises. Aux Colonies hollandaises Total. Aux Colonies anglaises. Aux Colonies françaises. Total. Aux Colonies anglaises. Total. Aux Colonies françaises. Total.
- Maurice. Natal. Guyane anglaise. Indes orientales anglaises. Réunion. Guyane française. Indes orientales françaises. Surinam. Maurice. Natal. Guyane anglaise. Réunion. Indes orientales françaises. Réunion. Guyane française. Indes orientales françaises.
- s (1864 -531865 - ” (1866 - (1867 -(11 mois) 1868 - 1869 - 1870 - 8 1871 - 23 — 1872- C 1873- 1874 - 1875- 1876- Total pour) 13 années 5 1,822 6,743 15,115 478 313 1,237 1,499 1,937 3,207 5,262 5,387 4,914 739 48,653 401 — 6,025 393 2,643 3,139 2,842 4,509 3,001 4,941 6,685 3,199 2,125 6,087 8,497 3,942 3,849 1,433 1,450 2,006 5,188 1,840 4,023 3,859 4,075 2,899 5,412 3,944 4,140 2,420 291 1,627 1,427 1,791 1,209 1,850 410 3,523 6,189 13,360 19,963 10,175 5,154 10,201 12,043 9,211 8,231 17,171 24,569 20,230 - 9,251 3,020 2,513 3,310 3,071 358 1,288 1,336 1,114 1,554 2,338 1,886 294 1,021 1,578 1,320 534 I I 2 ! I I I ! I I I I 1,110 226 4,371 5,201 4,856 3,605 358 1,288 1,336 1,114 1,554 2,569 1,886 294 706 1,351 1,068 706 1,351 1,068 994 895 1,791 783 1,213 1,047 277 392 748 489 350 751 427 571 415 5,028 1,971 2,817 1,417 1,881 1,689 1,312 972 1,245 470 1,842 1,702 7,567 2,460 2,817 1,417 1,881 1,689 1,312 2,105 3,209 1,944 11,266 21,754 27,589 21,847 7,614 13,376 14,748 12,428 11,034 20,087 29,243 25,325 11,489
- 6,819 55,459 42,689 1,918 1,427 4,850 3,933 165,748 22,082 4,453 231 1,336 330 28,432 3,125 3,125 6,723 3,434 19,788 29,945 227,250
- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- 134
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Instruction.
- No. 11.—Résultat des Examens dans les UNIVERSITÉS* de L'INDE pour la Réception et la Délivrance des Grades, pendant chacune des 14 années officielles ci-dessous mentionnées.
- ANNÉE.
- ENTRÉE. PRIX DANS LES ARTS B.A. Diplomes D’HONNEUR DANS LES ARTS ET M.A. Droit. MÉDECINE.
- 02 0 02 % 02
- ce
- ndid mis. F a 9 s S
- « S 6 8
- 09 09 09 04 04 0%
- Admis.
- UNIVERSITÉ DE CALCUTTA.
- 1863-4 1,307 690 272 149 66 30 8 3 23 20 69 33
- 1864-5 1,396 702 321 151 82 45 15 11 24 22 57 35 10 5
- 1865-6 1,500 510 446 202 122 79 18 15 39 24 66 35 5 2
- 1866-7 1,350 638 426 131 141 60 39 22 53 36 66 35 9 ------
- 1867-8 1,507 814 388 188 212 99 25 15 82 54 64 21 6 6
- 1868-9 1,734 892 423 196 174 77 29 18 130 71 86 50 3 2
- 1869-70 1,730 817 520 225 210 98 32 24 113 92 68 52 8 5
- 1870-1 1,905 1,099 540 233 212 84 39 35 111 65 91 68 9 3
- 1871-2 1,902 767 507 204 232 00 32 24 158 63 117 59 13 2
- 1872-3 2,144 938 560 220 242 126 30 20 130 152 130 56 16 8
- 1873-4 2,544 848 539 305 212 192 57 32 268 125 168 75 21 3
- 1874-5 2,254 966 533 193 217 90 38 18 171 40 209 51 24 2
- 1875-6 2,373 838 575 182 281 73 38 24 87 55 245 92 20 10
- 1876-7 2,425 1,355 756 344 287 144 49 31 85 63 287 90 21 8
- UNIVERSITÉ DE MADRAS.
- 1863-4 390 143 82 23 21 11 — 10 2 6 1
- 1864-5 565 223 167 50 29 11 -- =- 3 2 - ----- 5 4
- 1865-6 555 229 214 76 8 6 ----- 2 2 — --- -
- 1866-7 895 306 250 116 18 13 — --- 10 7 — — - —
- 1867-8 1,069 338 350 117 24 14 ------ - 14 10 1 1 --= -----
- 1868-9 1,320 324 443 154 53 40 5 1 31 16 2 2 3 1
- 1869-70 1,200 401 531 220 59 34 5 5 88 15 — — 2 —
- 1870-1 1,358 424 268 96 65 34 -- -- 4 2 1 1 4 2
- 1871-2 1,419 492 205 97 131 65 1 1 9 6 — — 2 -----
- 1872-3 1,530 611 240 76 81 29 1 1 8 5 2 2 - ---
- 1873-4 1,704 626 285 125 88 50 1 1 26 13 4 4 4 1
- 1874-5 1,911 784 342 183 85 55 1 1 16 9 3 2 2 2
- 1875-6 2,164 662 401 187 107 67 2 1 18 8 3 3 5 3
- UNIVERSITÉ DE BOMBAY.
- 1863-4 291 112 20 15 6 3 5 2 — — 21 9
- 1864-5 241 109 22 16 15 8 2 2 - ---- 9 7 - -----
- 1865-6 282 111 79 41 20 12 9 6 2 2 11 10 -
- 1866-7 440 93 59 21 59 25 6 3 2 2 4 2 3 2
- 1867-8 539 163 69 21 40 24 12 6 6 3 9 3 7 -
- 1868-9 640 250 85 40 33 7 12 4 6 3 9 5 10 8
- 1869-70 839 142 105 34 52 20 7 2 17 6 11 5 12 7
- 1870-1 901 142 136 44 61 13 4 2 14 13 16 7 21 10
- 1871-2 876 227 134 32 58 14 5 1 2 ----- 28 15 31 14
- 1872-3 909 378 99 24 56 22 6 5 6 1 28 19 29 19
- 1873-4 1,025 355 146 48 62 23 8 3 7 3 38 21 36 23
- 1874-5 1,115 262 213 74 69 30 9 2 11 2 51 25 39 17
- 1875-6 1,269 434 193 69 88 18 6 4 11 5 66 47 36 30
- 1876-7 1,154 203 176 29 92 40 4 2 16 3 60 30 35 29
- * Les Universités de Calcutta, de Bombay et de Madras ont été incorporées en 1867, par un décret du Gouvernement de l’Inde, Nos. II.,(XXII., et XXVII. Toutes sont établies sur le modèle de l’Université de Londres à l’exception de certaines différences sur lesquelles on ne peut s’appesantir ici.
- HENRY WATERFIELD, Secrétaire du Département de la Statistique et du Commerce.
- Administration des Indes,
- 21 Mars 1878.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- Appendice B.
- Culture du Quinquina dans L’INDE.
- L’introduction de la culture du quinquina dans l’Inde fut entreprise dans le but d’assurer un approvisionnement inépuisable et à bon marché de ce fébrifuge pour l’usage des millions d’habitants atteints chaque année de la fièvre.
- La fièvre est de beaucoup la cause la plus nombreuse des décès dans l’Inde, et elle emporte à elle seule plus d’individus que toutes les autres maladies et les accidents ne le font réunis. Le nombre total des morts qu’elle occasionne dans l’Inde est de plus d’un million et demi par an. Ce nombre considérable de décès a pu être diminué dans une certaine mesure, depuis que les boutiques des droguistes du pays fournissent le quinquina au prix d’une roupie par once, et ainsi, la population peut éviter la mort et calmer de grandes souffrances.
- L’introduction successive du quinquina dans l’Inde a été une tâche d’une grande difficulté à toutes ses périodes. Il fallait non-seulement transplanter une espèce d’arbre d’une partie du monde dans une autre, mais encore convertir une plante sauvage en une plante cultivée. Cette acclimatation exigeait une étude approfondie du climat, du sol et des caractères physiques généraux de chaque région dans les forêts desquelles croissaient les meilleures espèces. Il était nécessaire de comparer ces circonstances particulières avec les ressources qu’offraient les Indes orientales et découvrir les variétés les meilleures et les plus susceptibles de donner de bons produits dans leur nouvelle patrie et en même temps étudier toutes les exigences que réclamait la culture de cette plante; tout cela sans guide, le quinquina n’ayant pas été cultivé jusqu’alors. Enfin il fallait résoudre les questions nombreuses, et compliquées, qu’entraînait l’adoption de la forme la meilleure et la plus économique sous laquelle ce fébrifuge pouvait entrer dans l’usage commun.
- La tâche était difficile. M. Markham l’entreprit en 1859, et tous les ar rangements relatifs au choix des plants et des graines dans le Sud de l’Amérique et à leur envoi dans les Indes ont été pris par lui et les transports faits sous sa surveillance. Son projet primitif était d’envoyer des voyageurs dans les différentes régions des Andes où fleurissent [les diverses espèces de la plante pour y compléter simultanément leurs collections et les envoyer directement dans l’Inde en traversant l’Océan au moyen d’un navire spécial. Mais une partie seulement de cette proposition fut approuvée et le bateau ne fut pas envoyé. Il fut cependant résolu que toutes les variétés devraient être recueillies et que l’entreprise serait amenée à terminaison, même si elle devait exiger plusieurs années. C’est ce qui s’en produit. Il a fallu plusieurs années pour faire ce qui aurait pu l’être en deux ou trois'et la dépense a été quadruplée. On peut à présent considérer l’opération comme complètement terminée.
- En 1859, M. Markham fut à même d’organiser, seulement trois expéditions; une sous son propre commandement pour obtenir des plants et des graines de Calisaya et des autres espèces de Caravaya dans le Sud du Pérou produisant les écorces jaunes du commerce ; la seconde, commandée par M. Pritchett, pour recueillir des plants dans les forêts du Pérou central produisant l’écorce grise du commerce et la troisième dirigée par l’éminent botaniste Richard Spruce, pour rapporter des plants et des graines du Quinquina succirubra, des forets de l’Équateur, qui donnent l’écorce rouge.
- En 1860, l’ensemble de cette œuvre était achevé et achève completement utant que l’avaient permis la difficulté et le danger du départ des forets des
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Andes et le transport de ces plantes dans les ports de la côte du Pacifique, mais le défaut de moyens de transports directs pour l’Inde causa des pertes qui étaient inévitables. Les plantes avaient à traverser l’isthme de Panama et ensuite arriver en Angleterre, traverser l’Egypte et aboutir dans l’Inde par la mer Bouge. Le premier convoi parti du Pérou méridional périt entièrement, soit pendant la traversée soit après son arrivée dans l’Inde, mais les semences envoyées dans l’année suivante germèrent et nous assurèrent ainsi un fonds de plants du C. Calisaya. Peu de temps après des graines recueillies dans la Bolivie par M. Ledger, nous arrivèrent et les plants qui en provinrent, produisaient une variété d’une grande valeur qui reçut le nom de Ledgeriana. Le second convoi de plants composé d’arbres à écorce grise, manqua également, mais on avait également pris des précautions pour se procurer des graines qui constituèrent un dépôt de plants à écorce grise qui fut établi dans l’Inde. Le troisième convoi s’étant trouvé à traverser la mer Bouge dans une saison moins brûlante, fut plus heureux. Il consistait en plants de C. succirubra à écorces rouges, qui presque tous arrivèrent à bon port. Ainsi, en 1862, les dispositions prises par M. Markham pour l’introduction de ces différentes espèces, étaient couronnées par un succès complet, mais le travail d’acclimatation des meilleures variétés était encore loin d’être terminé. Il restait à obtenir les belles espèces de l’Équateur qui produisent les écorces à couronne et les espèces renommées de la Colombie.
- En conséquence M. Markham fut autorisé à envoyer un agent à Cuenca et à Loxa dans le sud de l’Equateur, pour se procurer des graines du C. officinalis, l’espèce originale de Linnée (appelée par la suite C. condaminea), dont l’écorce avait guéri la Comtesse de Cinchon. Il désigna pour le service, M. Bobert Cross, horticulteur éprouvé, qui avait acquis déjà une grande expérience sous la direction de M. Spruce, en lui donnant pour mission d’obtenir un supplément de graines de la meilleure espèce de Loxa, produisant l’écorce à couronne. M. Cross arriva à Ecuador en 1862 et y rassembla une belle collection, en dépit de difficultés extraordinaires; les semences arrivèrent en bon état dans l’Inde et à Ceylon et y germèrent facilement. M. Howard, le fabricant si connu de quinine, présenta aussi un beau plant du C. officinalis (aussi Uritusinga) qui donna de suite une grande quantité de sujets. C’est aussi que l’introduction de la variété d’écorce à couronne fut amenée à terme.
- Le premier soin de M. Markham était d’obtenir et d’introduire des plants de la belle espèce appelée C. pitayensis qui croît sur les pentes de la Cordilière centrale de Colombie, près de Popayan. Il fit appel pour ce soin, aux services de M. Cross qui se mit en route en 1863 et rassembla une riche collection de graines, mais par suite d’accidents survenus pendant le voyage, elles ne purent germer. Quelque temps après, M. Markham obtint l’autorisation de faire une seconde tentative, et en 1868 M. Cross partit pour la Colombie, cette fois avec le plus heureux succès et les semences du C. pitayensis recueillies par lui, près de Popayan, arrivèrent en bon état et germèrent de suite dans l’Inde.
- En même temps la destruction du C. pitayensis dans les forêts du pays, obligea les voyageurs de rechercher d’autres arbres dans les contrées plus éloignées et une nouvelle écorce d’un grand prix commença à apparaître sur le marché, sous le nom de Calisaya de Santa Fé. [M. Markham résolut d’introduire également cette espèce dans l’Inde. Cette résolution entraînait une difficulté et des dangers particuliers, les arbres ne se trouvant que dans la cordilière orientale de la Colombie, près des sources de la Cagnetâ. Il eut encore une fois recours à M. Cross en 1877 et encore une fois sa confiance en cet intrépide et habile explorateur fut justifié. En Mars 1878, M. Cross arriva à Kew, avec une cargaison importante de pieds du Calisaya de Santa Fé, ainsi que de ceux du C. cordifolia, qui produit les écorces du commerce de Carthagène.
- Ainsi, à la longue, toutes les bonnes espèces fébrifuges du quinquina indigènes à l’Amérique méridionale ont été successivement introduites dans l’Inde. Ce sont les suivantes:—
- C. Calisaya (écorces jaunes) Bolivie et, Caravaya.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- C. nitida )
- C. micrantha (écorces grises) Pérou central.
- C. Peruviana J
- C. succirubra (écorces rouges) Équateur.
- C. officinalis (écorces à couronne) Équateur.
- C. Pitayensis , , .
- Calisayd de Santa Fé (écorces de Pitaxo) . Y Colombie.
- C.cordifolia / (ecorces de Carthagène) J
- La première phase et la plus hasardeuse de l’entreprise consistait à recueillir les plants et les graines dans la Sud de l’Amérique et à les envoyer dans l’Inde. La seconde phase également difficile était la culture et la découverte des espèces les mieux appropriées à l’Inde et la meilleure méthode de traitement de façon à faire produire la plus grande somme possible de principes alcaloïdes fébrifuges dans les écorces.
- Le première soin fut de rechercher pour établir les plantations, les emplacements les plus favorables et ceux qui présentaient le plus de ressemblance avec le lieu de naissance du quinquina. M. Markham s’appliqua en 1860 à terminer cet examen et il choisit à Neddivathem, sur les pentes septentrionales des monts Neilgherry, vis-à-vis Wynaad, un site pour les plants du C. succirubra, du C. Calisaya et les écorces grises, et un site plus élevé, au-dessous du pic Dodabetta, pour les plants du C. officinalis. Il désigna en outre des emplacements pour y établir des pépinières, dans les monts Coorg et Pulney et à l’occasion de sa seconde visite dans l’Inde en 1866, à Travancore et Wynaad.
- La transformation successive du quinquina, de plante sauvage en arbre cultivé, est due à l’habilité et aux soinssans rivaux de feu M. Mclvor, directeur de la culture du quinquina, dans la Présidence de Madras. M. Mclvor propagea les plants avec le plus grand succès, établit des plantations, découvrit les conditions qui leur étaient nécessaires pour donner la plus grande production, et la manière de renouveler les écorces au moyen de l’application de la mousse, qui indubitablement assure et augmente la somme des principes alcaloïdes fébrifuges. Il arriva à reconnaître que le C. succirubra était l’espèce qui convenait le mieux à l’usage de l’Inde en fournissant la plus grande quantité de fébrifuge à bon marché, mais que le C. officinalis et les bonnes espèces de Colombie fournissaient les écorces les meilleures pour le marché de Londres et susceptibles d’un produit rémunérateur de la dépense. En 1870, les plantations du quinquina, dans les monts Neilgherry, appartenant au Gouvernement, couvraient 1,200 acres d’étendue et en outre plusieurs particuliers possédaient plusieurs plantations très prospères sur les Neilgherry et à Wynaad, 235,747 plants ayant été distribués jusqu’en 1875. Dans la même année plus d’un million de pieds existaient dans les plantations du gouvernement.
- En 1862, une plantation de quinquina fut établie dans le Sikkim anglais, sous la direction du Docteur Anderson qui avait obtenu des plants du C. succirubra provenant des monts Neilgherry. Les autres espèces ne purent fleurir sous le climat Sikkim, mais le C. succirubra est parfaitement acclimaté dans la plantation de Rungbee. Dans l’année 1875, il existait plus de deux millions de plants du C. succirubra à Rungbee et la propagation peut parfaitement suffire à l’extension de la culture.
- La seconde phase de l’entreprise qui était la culture, était ainsi couronnée d’un succès complet.
- La troisième mesure et la plus importante a pour objet l’approvisionnement à bon marché du fébrifuge pour le peuple. Dès qu’ils était établi que le C. succirubra était l’espèce qui convenait le mieux à l’Inde, un point important était obtenu. Cette espèce produit un somme très importante de principes alcaloïdes fébrifuges, mais seulement une petite quantité de quinine. M. Markham vit qu’il était d’une importance capitale de découvrir la valeur médicinale des autres alcoloïdes, tels que la quinquinadine, quinidine et quinquinine et de reconnaître lequel d’entre eux possédait à l’égal de la qumme, les meilleures qualités'fébrifuges. En conséquence, il obtint en 1866 l’appui des commissions médicales de chacune des trois présidences pour étudier et résoudre cette question. Le résultat fut que la quinquinadine (le principal alcaloïde du C. succirubra) et la quinidine pouvaient etre considérés comme
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- L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- égales à la quinine, et la quinquinine inférieure, quoiqu'encore efficace à grandes doses. C’était un grand point dont le résultat était de rendre possible l’approvisionnement à bon marché du fébrifuge. L’extraction de la quinine pure exige un procédé coûteux, tandis que la production d’un médicament contenant tous les principes alcaloïdes dans des écorces est simple et aisée. Ce fait important ayant été établi, M. Markham s'empressa aussitôt de faire adopter une mesure destinée à assurer le résultat final de la culture du quinquina dans l’Inde, ce fut la préparation d’un médicament fébrifuge dans les plantations du Gouvernement qui contint tous les principes alcoloïdes et pût être vendu au plus bas prix possible. A cet effet M. Broughton fut nommé quinologiste des monts Neilgherry en 1866 et en 1873, M. Wood fut désigné pour la même fonction dans les plantations de Sikkim. M. Broughton adopta un moyen de préparatiou de ce médicament qui nécessitait l’usage de l’alcool, mais qui cependant était peu dispendieux. Depuis 1873, il produisit plus de 600 Ibs. d’un quinquina alcaloïde amorphe, mais le point principal de bon marché n’etait pas obtenu. Ce moyen dut en conséquence être abandonné. M. Wood commença ses opérations actuelles en 1875. La méthode est la même que celle employée par le savant quinologiste de la Haye, le docteur J. E. de Vrij, qui appelle lé résultat produit : quinetum. L’écorce pulvérisée est d’abord épuisée avec de l’eau froide acidulée et la liqueur en résultant est précipitée au moyen d’un alcali caustique. Rarement il y a besoin de combustible, le matériel est peu coûteux et il suffit de simples tuyaux en bois et de filtres en calicot. On put bientôt produire au moyen de ce procédé, plus de 140,000 onces d’un alcaloïde du quinquina chaque année à un prix inférieur à une roupie par once. La quinine en Angleterre coûte de huit à neuf shillings l’once et le prix en est beaucoup plus élevé dans l’Inde.
- Ainsi le grand objectif de cette entreprise difficile est à la veille d’être atteint et un bienfait inestimable a pu être répandu dans l’Inde. En même temps des écorces riches en quinine ont pu être vendues sur le marché'de Londres et couvrir toutes les dépenses faites pour leur culture avec les intérêts. La somme de 40,000/. a été réalisée par ces ventes, en 1877 seulement. Tandis que d’un côté la culture du quinquina peut être le travail public le plus rémunérateur, de l’autre il peut enlever aux fièvres malignes de l’Inde les trois quarts de leurs victimes et par ce grand résultat diminuer la somme des misères et des souffrances humaines.
- Appendice C.
- Monographie sur l’Industrie des Soies sauvages des Indes, illustrée par les Objets et les Spécimens, AINSI QUE DES AUTRES GENRES DE SOIES, CONTENUES DANS LA VITRINE QUI SE TROUVE DANS LA SECTION INDIENNE: AUSSI SUR LA COLLECTION NOMBREUSE DES DROGUES TINCTORIALES DES Indes EXPOSÉES DANS LA MEME Section.—Par Thomas Wardle, Membre des Sociétés géologique et chimique de Londres, qui a. été chargé et appuyé par le Gouvernement des Indes, afin de les améliorer et de les perfectionner.
- LA soie produite par la chenille du Tasar ou Tussore forme l’intérêt prin-cipal de la case.
- J’ai essayé d’exposer cette soie d’une manière aussi complète que l’espace mis à ma disposition me permettait de le faire. On la trouvera dans tous ses. états, fabriquée et montrant les perfectionnements les plus récents apportés à
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
- 139
- son traitement aussi bien qu’à sa teinture. Des spécimens de ses différentes phases illustrant l’histoire de l’insecte dans tous ses divers états, à l’exceptions de la chenille qu’il m’a été impossible de me procurer.
- La soie tussore était depuis longtemps connue des naturels qui s’en servaient; exportée depuis quelques années en quantités considérables, la manière primitive dont les naturels la traitent en premier lieu ; l’impossibilité où l’on était jusqu’à présent de la teindre convenablement ont néanmoins fait que jusqu’à présent on ne s’en est guère servi en Europe si ce n’est pour robes pour dames et jeunes filles, et cela, non teinte, c’est-à-dire, de la couleur naturelle de la soie.
- Au Bengal et dans les provinces voisines, depuis les temps les plus reculés, les naturels ont fabriqué des étoffes avec cette soie. On les nomme Tusseh « Doot Hies ;” les Brahmines, ainsi que d'autres sectes indiennes, les portent comme vêtements.
- On trouve le Tussah depuis la partie Nord-Ouest de l'Himalaya jusqu’à Midnapore dans le Sud, dans le Bengal et dans la partie Nord-Est de l’Assam, dans le Sud vers Chittagong et probablement plus loin ; on la trouve encore dans la Présidence de Bombay et dans celle de Madras; on prétend qu’elle se rencontre en plus grandes quantités dans le Bhagulpore au Bengal.
- Elle se trouve notamment en abondance dans l’Est du Chhatksgarh, et du Reupur, et Belaspure et Sambalpur, aussi dans le district de Chanda, de la province de Nagpure et dans le district de Leoni (Rapport officiel de 1875 ; J. O. Neill).
- La couleur naturelle de la soie est un ton fauve assez foncé, fort différent des couleurs blanche et dorée'des soies du mûrier. Elle a beaucoup moins d’affinités qu’elles pour les matières de teinture et surtout pour celles qui viennent de l’Inde, et ce n’est que dernièrement qu’on l’a teinte en quantités assez considérables.
- Je me suis depuis plusieurs années occupé et non sans succès, à perfectionner les diverses méthodes de teinture; on en trouvera le résultat dans la case, dix numéros, 10, 11, 12, 20, 40, 41, 42 et 52.
- Aux numéros 8, 9, 18, 19, 21, 51, 53, 54, 55, on voit des perfectionnements que j’ai fait exécuter dans la fabrique de la soie Tussore. Je les décrirai en temps et lieu.
- Ces perfectionnements dans la fabrique des soies Tussore, auront, sans nul doute, une influence considérable sur leur culture et leur emploie ainsi que sur celle des autres soies sauvages, et l’on ne pourra guère en mesurer l’importance, dans quelques années, que par la quantité qu’on en pourra produire.
- En premier lieu, on trouve dans la case une feuille (N° 1) de l’espèce Terminalia, sur laquelle sont des œufs du papillon du Tussore; on dit qu’ils mettent de deux à quatre semaines à éclore.
- Les larves, lorsqu’elles sont plainement développées ont à peu près dix centimètres de longueur ; elles ont douze anneaux ou articulations, en plus de leurs extrémités ; leur couleur est un vert ressemblant à celui de la feuille dont elles se nourrissent; elles sont marquées de points rougeâtres et ont une ligne d’un jaune rouge courant en long sur elles; leur nourriture se compose de diverses plantes :—
- Rhizophora calceolaris. Linn.
- Terminalia alata glabra (Arbre Assum).
- Terminalia catappa (Amandier du pays).
- Tectoria grandis.
- Zizyphus jujuba.
- Shorea robusta.
- Bombax heptaphyllum.
- Careya sphærica.
- Pentaptera glabra.
- Ricinus communis (la plante du ricin).
- Six semaines après son éclosion, la chenille commence à filer son cocon; elle le suspend d’une manière fort curieuse à l’une des branches de l’arbe sur lequel elle vit, formant une queue de filaments de soie entourant la branche à son extrémité, comme le montrent les spécimens du numéro 3.
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- 140 L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Aussitôt le cocon filé, la chenille se transforme en chrysalide ou nymphe (voir le numéro 2) et y demeure prisonnière pendant à peu près neuf mois, depuis Octobre jusqu’en Juillet. Elle se transforme alors en papillon et tandis que les ailes sont encore dans un état imparfait, elle amollit l’extrémité du cocon avec une exudation qui lui permet de séparer les fibres de la soie ; elle se fait alors un passage au dehors pendant la nuit.
- Au numéro 4, on voit les cocons tels qu’ils sont après la sortie du papillon.
- Au numéro 5 se trouvent des cocons de Sambalpoor, provinces du Centre ; ils sont plus gros que ceux du numéro 3.
- Le poids du cocon tussore avec sa nvmphe et la queue qui l’attache à la branche de l’arbre est d’ordinaire d’environ cinq grammes. Le rendement d’un cocon est d’environ 11 grains de soie, 700 @ 1,000 cocons font 4 @5 yards de tissu 14 yard de large. Dans le Sambalpur le rendement est estimé à 10 millions de cocons.
- Les numéros 6 et 7 montrent les papillons du Tussore dont les noms suivent :—
- Antheræa Paphia (Linnæus).
- Bombyx Paphia (Hübner).
- Saturnia Paphia (Roxburgh).
- Phalæna Attacus Mylitta (Durmy).
- Phalæna Paphia (Roxburgh).
- Bombyx Mylitta (Fabricius).
- Le « Bughy ” des naturels des monts de Burbhoom où cette soie (appelée par eux “Tusseh) est fabriquée.*
- Nos. 8 and 9.
- Organsin et trame Tussore.
- L’état et la qualité de ces soies sont tels qu’on les trouve à présent en Angleterre et comme on s’en sert pour fabriquer des étoffes. L’état actuel de la manufacture du tussore est bien représenté par ces échantillons qui sont de 255 deniers (15 drams par 1,000 mètres anglais); la grosseur du fil en Angleterre court en général de 152 deniers (9 drams) à 255 (15 drams). Elle est nécessairement trop considérable pour qu’on puisse produire avec elle des tissus de la finesse de ceux des soies du Mûrier : on fait avec ces dernières des trames et des organsins depuis 21 deniers (14 drams) et c’est avec ces matériaux que l’on fabrique les tissus les plus fins.
- Les tissus imprimés, numéros 21 et 55 sont faits avec de l’organsin et de la trame tussore de la grosseur des numéros 8 et 9 et de la même qualité.
- Le manque de finesse et de qualité doit être attribué à la manière imparfaite et inhabile avec laquelle on travaille le cocon dans l’Inde et traite la soie qu’on en retire, et aussi au besoin de meilleures machines pour la préparer et la mettre en grège.
- Aux numéros 10, 11, et 12, on voit les mêmes soies teintes en couleurs et en noir. Les numéros 10 et 19 sont teints avec des matières de teinture indienne seulement, et valent la peine d’être notées.
- No. 13.
- Soie tussore, grège, non teinte, venant de Bhagulpoor et dévidée par les naturels.
- No. 14.
- Un autre spécimen de soie grège, non teint, dévidé par les naturels.
- No. 15.
- La même soie que le numéro 14, teinte par les naturels.
- * Le papillon mâle est d’une couleur rouge brun pâle, et la femelle plus jaune.
- Mr. J. O. Niell, dans son rapport dit :—Le papillon est particulièrement révéré par les gens occupés de la culture du ver, les dessins sur ses ailes sont considérés comme le “ chakra ” ou marque de “ Vichnou."
- Ces gens prétendent observer la plus grande pureté de vie pendant la période de temps qu’ils restent dans les jungles occupés à la culture du ver. Ainsi ils ne mangent pas de viandes; pas de poissons et aucune épices, ne se rasent ni coupent leurs cheveux, ne portent pas de vêtements blanchis, oignent leur corps d’huile, et ne touchent personne qui aurait vu un membre des siens mort.
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- No. 1G.
- Soie tussore dévidée pour les naturels, grège, non teinte, venant de Bogra.
- No. 17.
- Soie tussore du Bengal, non teinte, dévidée par les naturels.
- No. 17a.
- Soie tussore, grège, tirée de la même espèce de cocons que ceux du numéro 3 et montrant les perfectionnements considérables apportés à sa fabrication.
- No. 18.
- Organsin tussore, le même que celui du numéro 12, dévidé dans l’Inde et fabriqué en Angleterre, 255 deniers (15 drams par 1,000 mètres anglais). On l’a placé ici pour contraster avec les échantillons à côté et qui sont fabriqués d’une manière perfectionnée.
- No. 19.
- Organsin tussore, fabriqué, etc. . . . par mes ordres et sous ma direction. On verra dès l’abord, sa grande supériorité comme qualité, finesse, et propreté. Au lieu de soies d’une grosseur de 152 à 255 deniers (9 à 15 drams) qu’on produisait auparavant, on peut maintenant obtenir des même cocons, de l’organsin et de la trame d’une qualité supérieure, de 51 deniers (ou 3 drams) et plus. On peut avec elles tisser un grand nombre d’étoffes pour lesquelles jusqu’à présent on n’avait pu employer que les soies du mûrier.
- Je ne puis trop appeler à ce fait l’attention de ceux qui s’intéressent à la manufacture de la soie et l’on ne peut trop en priser la valeur.
- L’industrie du Tussah a un avenir des plus importants ; une amélioration aussi considérable aura lieu, pour cette industrie que celle qui résulta de l’introduction de machines perfectionnées dirigées par des mains habiles, il y a un nombre d’années dans les districts produisant la soie du mûrier au Bengal. On trouva alors que les soies du Bengal, au lieu d’être pour ainsi dire, sans valeur, pouvaient se travailler de telle sorte, que leur usage devint général en Europe et peuvent rivaliser avec les soies françaises et italiennes comme finesse.*
- No. 20.
- Cette soie est la même qu’au numéro 19, mais teinte par des procédés perfectionnés avec des couleurs d’aniline, pour montrer la délicatesse de nuance qu’elle peut prendre par le nouveau traitement. C’est à peine s’il existe une nuance, légère ou foncée, que l’on ne puisse maintenant teindre sur le tussah.
- No. 21.
- Dans la partie supérieure de la case, on trouvera des étoffes tussore faites avec de l’organsin et de la trame numéros 8 et 9. J’ai imprimé sur ces étoffes, une série de dessins pour montrer qu’il est maintenant possible d’imprimer sur tussah. C’est, je crois, la première fois qu’on a essayé, et en Europe et dans l’Est, d’imprimer sur étoffe de soie sauvage quelle qu’elle soit. On peut se servir et avec beaucoup d’effet, de tussah imprimé de cette manière, pour tentures, rideaux, garnitures pour meubles, robes pour femmes et jeunes filles. Les tapissiers et fabricants de soieries ne peuvent trop étudier ces spécimens et surtout les trois du numéro 55 qui sont des étoffes faites avec du tussah et aussi de la chaîne et de la trame du No. 809, 255 deniers.
- Les étoffes qu’on produit avec lui sont extrêmement fortes, très durables et sont très brillantes.
- Les dessins imprimés en bleu sont faits avec de l’Indigo; c’est la première fois qu’on a réussi à appliquer l’Indigo sur étoffes de soie, comme imprimé et non peint. On trouvera ces couleurs extrêmement solides; du reste, il n’entre d’aniline dans aucune d’elles, ni quoi que ce soit de passager. Remarquez le ton du bleu qu’on y trouve ; il est très riche et modifié jusqu’à un certain point par le fond, dont la couleur sombre a empêché le trop do brillant d’apparaître.
- * Le coût pour produire les organsins et les trames de cocons, est d environ 15 frs. par ko.
- Mr. O’Neill dans son rapport de 1875 dit :—Les procédés pour manipuler la soie sont très-simples, mais les moyens nouveaux sont nécessaires dans l’art de fabriquer les soies.
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Je parlerai plus au long de la nature artistique des produits végétaux colorants de l’Inde, et cela dans la description que je ferai de la collection de ces objets, exposés dans cette section.
- No. 24.
- Trois papillons et six cocons de l’Attacus Cynthia, ver à soie sauvage de l’Inde, produisant la soie connue sous le nom d’Erie ou Eria d’Assam. On le connaît encore sous les noms qui suivent : —
- Phalæna Cynthia (Roxb.).
- Bombyx Cynthia (Olivier). Sania Cynthia (Hûbner). Saturnia Cynthia (Westwood). Saturnia Arrundia (Royle).
- C’est l’Arrindi, ou ver à soie de l’Arrundi de Roxburgh. Il me faut ajouter à ces noms, l’Attacus Ricini (Boisduval) ; c’est, si je ne me trompe, le même insecte, avec cette seule différence, qu’il se nourrit du Ricinus communis ou Palma Christi, et qu’on l’élève dans l’Assam et dans une grande partie de l’Indoustan, et surtout dans les districts de Dinagepur et Langepur.
- Monsieur Hugon nous donne les détails qui suivent à son sujet, détails qui sont fort intéressants : “ La larve, pleinement développée a 9 centimètres de “ longueur, à peu près; elle met quatre jours à filer son cocon. Les tribus des “ montagnes, qui se sont depuis fixées dans la plaine, aiment beaucoup à “ manger la chrysalide.”
- Le cocon est bien plus petit que celui du Tussah et est mou; le naturels ne peuvent en dévider la soie, mais la filent comme du coton. Le Dr. Helfer nous dit que l’insecte produit tellement qu’il y a douze élevages par an, la chenille croît rapidement et n’offre aucune difficulté pour un commerce étendu.
- Monsieur Atkinson nous dit que les fils sont si fins, qu’il est impossible de dévider les cocons, on en file la soie comme du coton; avec le fil fait de cette façon, on fabrique une étoffe blanche et grossière qui semble fort peu serrée et qui cependant est extrêmement durable; une personne vit rarement assez longtemps pour user un vêtement fait avec cette étoffe.
- On dit que récemment on est parvenu à dévider le cocon.
- L’épaisseur du fil de l'Eria est de 0'007 millimètres.
- Laissant de côté la question du filage, une considération importante se présente; je veux dire, la capabilité où l’on est de filer le cocon d’Eria, comme l’on fait la laine ou le coton. Depuis quelques années, on a considérablement perfectionné en Angleterre les machines à filer. On est arrivé à obtenir des résultats merveilleux ; le fil produit pour coudre ou tisser, avec le déchet de soie ne pouvant se dévider, était d’une égalité extraordinaire. Je me hasarderai à prédire pour ces produits et tous ceux qui dérivent des déchets de soie et des cocons qu’on ne peut dévider, un avenir qui compensera pleinement la peine prise pour cette collection.
- L’industrie des naturels devrait être excitée à recueillir toutes sortes de cocons pouvant et ne pouvant se dévider. Il est en effet très-facile de filer ces derniers, et en ce moment même les filateurs de soie ont besoin de plus de Tussah qu ils ne pouvent s’en procurer; sans nul doute ils acheteraient sans hésiter d’autres espèces de cocons de soie.
- No. 25.
- Un échantillon de soie de l’Eria, filé, sans doute, à la main, par les naturels.
- No. 26.
- Échantillon de la même soie, grossièrement teint par eux.
- No. 27.
- Soie de l’Eria produite par le ver à soie du Ricin d’Assam.
- No. 28.
- Échantillon de la même soie, venant d’un autre district de l’Assam (Lakhimpur).
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- GUIDE DE LA SECTION INDIENNE.
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- No. 29 et 30.
- Spécimens mâle et femelle du papillon :—
- Attacus Atlas (Hübner).
- Phalæna Attacus Atlas (Linn.).
- Bombyx Atlas (Fabricius).
- Ce ver se nourrit du Phyllanthus Emblica.
- No. 30.
- Cocon de ce magnifique papillon; on peut facilement le filer.
- No. 31.
- Actias Selene.
- Phalæna Attacus.
- Se nourrit de Monsoore (Coriarior Nepalensis). Le cocon de ce ver est renfermé entre deux feuilles. Il semble impossible de dévider sa soie assez grossière ; on peut la filer.
- No. 32.
- Cocons de l’Actias Selene.
- Nos. 33 et 34.
- Papillons mâle et femelle et cocons du Bombyx Attacus (Yama Mai). Bien que cet insecte soit originaire du Japon, on le trouve aussi en Chine et dans l’Inde.
- On dit qu’au Japon la soie de ce ver est fort estimée et qu’on la réserve à l’usage du roi, mais ceci j’en doute. Elle est très-fine et d’une couleur verte ; on a naturalisé la chenille en Europe.
- Il y a plusieurs étoffes fabriquées avec cette soie dans la section du Japon, bien intéressante et belle.
- En France on est arrivé à des résultats remarquables en croisant le Yama-mai et le Bombyx Attacus Pernyi ; cet insecte est si robuste qu’on prétend que son éducation a lieu à zéro.
- Nos. 35 et 36.
- Cocons et soie du Mooga ou Moonga Antheræa Assama.
- Il y a cinq élevages de ce ver par an; il se nourrit des plantes qui suivent :—Addakoory, Digluttee, Champa Soona, Dattee, Souhalloo, Kon-tooloa, Shoondee.
- No. 37.
- Soie appelée Ya-baine, du district de Prome, Burmah, produite par le Bombyx mori.
- No. 38.
- Œufs, cocons, papillons et soie grège du Bombyx mori. C’est la soie Bengal du commerce; le vers se nourrissent des feuilles du mûrier, comme en Chine, au Japon et en Europe.
- No. 39.
- Soie " Pat,” une espèce de soie assez rare, venant d’Assam, probablement une variété de Bombyx mori, mais qu’on dit être le produit de Bombyx Texta; le ver se nourrit des feuilles du mûrier.
- Les cocons sont plus petits et plus longs en proportion de leur diamètre que ceux de Bombyx mori, mais de la même couleur jaune. La soie est fine mais ne parait pas produire un filé fin, et ressemble à un gros No. de la soie Tussah, fabriquée par les indigènes.
- No. 40.
- Une espèce de soie fort rare de Mezankuri, Assam.
- No. 41.
- Un autre spécimen de soie « Pat,” avec des cocons; soie du mûrier, d’Assam.
- Nos. 42 et 43.
- Une série de couleurs d’aniline sur Tussah. On a placé ces échantillons ici afin de montrer les teintes qu’on peut produire avec des couleurs d’aniline sur ce genre de soie et non pas à titre de recommandation pour leur usage dans cette direction. Les matières de teinture indiennes, donnent des couleurs plus solides quand elles sont mordantées comme il faut; les couleurs d aniline
- G 343. L
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- sont fugitives et l’on ne peut trop en déplorer l’usage pour objets artistiques ou pour étoffes qu’on désire conserver longtemps.
- No. 44.
- Cet échantillon, soie Bengal ordinaire, est teint avec une matière commune dans l’Inde et dont il me semble qu’on ne se sert pas en Europe; elle consiste de la poudre recueillie des capsules du Mallotus Philippensis et qu’on nomme dans l’Inde, “ Kapila” ou “ Kamala" et qui contient de 70 à 80°/ de matières colorantes. Si l’on se sert de carbonate de soude et d’alum pour mordanter la soie, cette poudre produit une variété fort riche de couleurs jaune d’or et orange. Cette matière semble être digne de l’attention des teinturiers européens.
- Nos. 4.5 à 51.
- Une série d’échantillons, montrant à quoi peuvent servir le déchet de la soie tussah et les cocons percés par le papillon à sa sortie. On les file comme on fait la laine et le coton. On trouve d’abord des échantillons de cocons percés ne pouvant se dévider; le déchet de soie provenant du rebut de la manipulation de cette soie et les divers procédés par lesquels la soie passe avant de produire le fil pour tissage ou soies à coudre. Ceci promet naturellement un avenir assuré pour les produits de toutes sortes de vers à soie. Il y en a un grand nombre d’espèces que le commerce ne connaît pas, rejetées simplement parce qu’on ne peut les dévider par la manière ordinaire. Dans le district de Simla seulement, on dit qu’il y a 8 ou 9 espèces de Bombyz qu’on pourrait certainement utiliser ainsi, puisque, comme je l’ai déjà dit, les machines à filer la soie sont maintenant si perfectionnées que toutes sortes de cocons peuvent se filer et qu’on peut en conséquence, faire avec les matériaux qu’on en retire, une variété d’objets.
- Ceci m’amène aux numéros—
- Nos. 53 et 54.
- qui sont des échantillons de déchet de soie Tussah, faits de la façon décrite plus haut et avec les mêmes matériaux; ce sont des fils de diverses grosseurs pouvant servir pour coudre ou tisser, pour franger ou tricoter, teints et non-teints. On peut produire sur ce genre de travail presque toutes les couleurs imaginables.
- No. 56.
- Ces échantillons sont des étoffes produites avec le déchet de soie Tussah, non teintes, tissées pour moi en plusieurs dessins par Messieurs Clayton, Marsdens, Holden & Co., filateurs de soie d’Halifax. Ces messieurs ont aussi fabriqué pour moi les échantillons 45 à 47. Ils proviennent de cocons percés et de déchet de Tussah, le tout provenant de matériaux recueillis dans l’Inde par ordre du Gouvernement des Indes pour me permettre d’étudier pleinement le sujet.
- .No. 57.
- Echantillon semblable à 56, mais que j’ai imprimé en sept couleurs.
- On verra par ce qui précède qu’il est prouvé que la soie Tussah peut devenir d’un usage fort étendu et à cause des perfectionnements apportés à sa manipulation précédemment nommées et parce que l’on peut la teindre et l’imprimer dans une grande variété de couleurs. L’on peut aussi filer le déchet de telle sorte que rien ne soit perdu ; et je suis heureux de l’honneur qui m’a été fait lorsqu’on m’a confié la tâche de montrer l’étendue des usages auxquels le Tussah peut être appliqué, ainsi que toutes les autres espèces de soies sauvages,
- THOMAS WARDLE.
- LONDRES :
- Imprimerie de George E. ETRE et William SPOTTISWOODE,
- Imprimerie de S. M. la Reine d’Angleterre et
- Fournisseurs du Bureau de Papeterie.
- [B 343.—3000.—7/78.]
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