Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LA GRAVURE ET LA LITHOGRAPHIE.
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- 3° DCat
- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
- Groupe I. — Classe 5.
- RAPPORT
- SUR
- LA GRAVURE ET LA LITHOGRAPHIE,
- PAR
- M. LE VTE DELARORDE,
- SECRETAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE DES BEAUX-ARTS.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe I. — Classe 5.
- RAPPORT
- SUR
- LA GRAVURE ET LA LITHOGRAPHIE.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. IIemiiquel, président, membre de l’Académie des beaux-arts, )
- membre du Jury d’admission à l’Exposition universelle de > France.” 1878........................................................)
- Burgers (H.-J.), vice-président, artiste peintre............... Pays-Bas.
- Delarorde (Le vicomte), secrétaire-rapporteur, secrétaire per- ] pétuel de l’Académie des beaux-arts, membre du Jury de la [ r,
- 1 t t ' J \ H panpp
- commission supérieure, membre du Jury d’admission à l’Ex- l position de 1878............................................]
- Gibson Craig, esq.............................................. Angleterre.
- Rich Jr (T.-P.)................................................ États-Unis.
- Gatteaux, membre de l’Académie des beaux-arts, membre du j p Jury d’admission à l’Exposition universelle de 1878........j
- Ciiauvel, lithographe, membre du Jury d’admission à l’Expo- )
- sition universelle de 1878.................................. rance.
- Lorsqu’on parcourait, à l’Exposition universelle, les salles réservées aux produits de la gravure, il était impossible de ne pas reconnaître tout d’abord, dans cet ordre de travaux, la supériorité de l’école française contemporaine sur les écoles des autres pays. Si le fait ressortait avec évidence, même d’un examen rapide, l’étude attentive des œuvres qu’on avait sous les yeux devait nécessairement achever de le démontrer. C’est ce qui est résulté, pour tous les membres du jury de la classe 5, des comparaisons auxquelles ils ont consacré ensemble plusieurs séances ; c’est aussi ce Classe 5. 1
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. I, Cl. 5,
- qui explique la part prépondérante faite par eux aux graveurs français dans les récompenses qu’ils avaient la mission de décerner. Peut-être même cette part eût-elle été, sans dommage pour la justice, plus large encore, si le jury des récompenses, composé en majorité de Français, n’avait cru devoir tenir grand compte des conditions particulières du concours ouvert à Paris et de l’empressement avec lequel les artistes étrangers avaient répondu à notre appel.
- Le chiffre total des récompenses attribuées par le jury aux artistes graveurs ou lithographes se décompose ainsi :
- Pour la France, îh médailles (dont 2 médailles d’honneur, 3 premières médailles et 1 rappel de première médaille, k médailles de deuxième classe, h médailles de troisième classe) et 3 mentions;
- Pour la Russie, 1 médaille d’honneur;
- Pour l’Autriche, 3 médailles (dont 1 de première classe et 2 de troisième classe);
- Pour la Belgique, 1 médaille de première classe et 1 mention;
- Pour la Suisse, 1 médaille de deuxième classe;
- Pour l’Italie, 1 mention;
- Pour les Etats-Unis, 1 mention.
- Des vingt-six récompenses que le règlement permettait de répartir entre les exposants de la classe 5, les deux tiers à peu près (dix-sept médailles ou mentions) sont donc devenus le lot de graveurs ou de lithographes français, et cependant quelques-uns de ceux qui honorent le plus notre école s’étaient abstenus de participer à l’Exposition universelle de 1878. Sans parler du maître qui, d’un consentement unanime, occupe la première place parmi les graveurs contemporains, M. Henriquel, le chef reconnu de toutes les écoles et l’exemple de tous les artistes, ni M. François, ni M. Jacque, ni M. Mouilleron, ni d’autres hommes d’un talent dès longtemps éprouvé, n’avaient voulu entrer en lice, comme pour laisser la place à des talents plus jeunes et, par conséquent, moins familiarisés avec le succès.
- En outre, depuis la dernière Exposition universelle, la mort avait fait plus d’un vide dans les rangs de nos graveurs. Les œuvres
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- GRAVURE ET LITHOGRAPHIE.
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- de ceux d’entre eux qui n’étaient plus ou n’avaient pas été envoyées à l’Exposition de 1878, ou n’y figuraient qu’en très petit nombre. Si le talent de M. Martinet, par exemple, était représenté dans le palais du Champ de Mars par quelques ouvrages posthumes, on n’y voyait aucun de ceux qu’a laissés M. Rousseaux, jeune graveur du plus grand mérite, enlevé, il y a peu d’années, à notre école, dont il serait devenu bientôt un des chefs.
- C’est donc malgré bien des lacunes quant au nombre ou à l’importance personnelle des exposants, que l’école française de gravure a, dans toutes les branches de Part, dans la pratique de tous les procédés, prouvé une fois de plus sa prééminence et soutenu sa vieille renommée. Parmi les œuvres dues au burin, à la pointe ou au crayon des artistes étrangers, plusieurs sans doute attestent une habileté remarquable, mais, le plus souvent, une habileté toute individuelle. En France seulement les talents, quelques différences qu’ils présentent dans les formes, semblent procéder d’un fonds d’inclinations communes et constituer, sinon un corps de traditions immuables, au moins un ensemble de doctrines sans anarchie dans le présent, sans démenti à l’égard du passé.
- GRAVURE.
- GRAVURE AU BURIN.
- Depuis les progrès accomplis dans le domaine de la reproduction mécanique, depuis les avantages, au point de vue de l’exactitude matérielle, que la photographie et les procédés qui en dérivent ont offerts ou paru offrir, la gravure au burin est de tous les genres de gravure celui qui, dans l’opinion du public, ale plus souffert de cette prétendue concurrence. Par une méprise d’autant plus regrettable quelle semble aujourd’hui presque générale, on a cru que c’en était fait de l’art lui-même, à cause de cela seul que, en tant que copies, ses œuvres ne pouvaient avoir l’infaillible fidélité des images héliographiques et que, si sincère quelle fût,
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- Gr. I. Cl. 5.
- h EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- la main d’un graveur n’arriverait jamais à produire ce fac-similé inévitable, celte imitation sans merci des modèles donnés.'
- Rien de mieux si le travail du burin ne devait avoir pour objet c|ue d’en fournir une transcription littérale, l’effigie brute, pour ainsi dire; mais, est-il besoin de le rappeler? ce travail est aussi, et fort heureusement, un travail d’interprétation. En raison même du champ sur lequel il opère et du coloris réduit à deux seuls tons dont il dispose, le graveur est obligé de choisir et de combiner les moyens les plus propres à rendre par analogie les couleurs variées de l’original, à en résumer l’effet, à en faire ressortir le caractère et le style, soit par l’expression simplifiée de certains détails, soit par la prédilection avec laquelle il aura insisté sur certains autres. Il y a donc là non plus l’impartialité niaise ou, si l’on veut, la véracité inconsciente d’un appareil mécanique, mais l’emploi raisonné du sentiment, de l’intelligence, du goût, de toutes les facultés en un mot qui constituent le talent d’un artiste et qui en déterminent la fonction.
- Or, tant qu’il se trouvera dans le monde des hommes capables de préférer l’idée à la matière et l’art qui intéresse l’esprit au fait qui ne parle qu’aux yeux, le burin gardera sa part d’influence, si restreinte qu’elle soit. En tous cas, ceux qui de nos jours s’obstinent, malgré tous les obstacles, à continuer à leur manière la tâche des Edelinck et des Nanteuil, ceux-là auront bien mérité de leurs contemporains et reculé, autant qu’il dépendait d’eux, la déchéance absolue, si par malheur elle doit arriver, de l’art proprement dit, au profit de la fabrication fortuite ou du métier.
- Parmi les graveurs en taille-douce qui luttent ainsi avec autant de talent que de courage contre l’indifférence présente ou les injustices de la foule, le jury a placé en première ligne M. Huot, à qui il a décerné, à l’unanimité, la première des trois médailles d’honneur. Après le nom de ce jeune maître, il a successivement inscrit les noms de huit autres artistes français, auteurs, eux aussi, de planches gravées au burin. Ce sont, dans un ordre correspondant à l’importance relative des récompenses attribuées : MM. Danguin, Gaillard, Didier, Rertinot, Blanchard, Levasseur,
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- GRAVURE ET LITHOGRAPHIE. 5
- Morse et Jacquet. Quant aux artistes étrangers, quatre seulement, M. Biot (Belgique), M. Sonnenleitner (Autriche), M. Weber (Suisse), M. Klaus (Autriche), ont paru au jury mériter, à des titres divers, de participer aux récompenses qu’il lui appartenait d’accorder.
- Le petit nombre des graveurs étrangers récompensés pour leurs travaux en taille-douce s’explique au reste par la rareté même des efforts que ce genre de gravure suscite dans plusieurs pays et par le peu de faveur qu’il y rencontre.
- Ainsi, en Angleterre, une période de ralentissement, sinon de stérilité, semble avoir succédé au zèle et à la fécondité de l’école qu’ont honorée , à la fin du dernier siècle ou au commencement de celui-ci, Strange, Woollett, Raimbach et tant d’autres habiles graveurs au burin.
- En Italie, le temps est bien passé de cette production facile, facile même et abondante à l’excès, dont les œuvres de Volpato et de Morghen ont partout répandu et popularisé les témoignages. Si, après ces deux représentants de la dextérité à outrance, quelques graveurs italiens d’un mérite plus sérieux, — Toschi, Cala-matta, M. Mercurj, — ont travaillé à fonder une autre tradition, il ne paraît pas, au moins à en juger sur ce qui figurait à l’Exposition universelle, que leurs enseignements aient jusqu’ici beaucoup fructifié, ni même qu’il se trouve beaucoup d’hommes de bonne volonté pour essayer de les mettre en pratique.
- Enfin, dans le nombre, très grand encore, des estatnpes au burin publiées annuellement en Allemagne, il n’en est guère dont l’exécution réponde à toutes les exigences de l’art. Les unes ont les caractères sommaires que comportait la traduction de modèles dessinés pour la plupart au moyen de simples traits à peine renforcés d’ombres pâles; les autres, destinées à l’illustration des livres de luxe ou aux recueils d’images religieuses, intéressent en général moins directement les progrès du talent que le développement de l’industrie. L’Allemagne sans doute compte encore des graveurs au burin justement renommés : M. Felsing, entre autres, à Darmstadt, et M. Mandel, à Berlin ; mais, en dehors de ces talents isolés, elle n’a, à proprement parler, une école de
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. I. Cl. 5.
- gravure que dans l’ordre des travaux secondaires que nous venons de rappeler.
- On peut donc dire que, sauf la France, où les talents sont plus nombreux et plus considérables que dans aucun autre pays, sauf la Belgique, l’Autriche et la Suisse, où des hommes formés d’ailleurs pour la plupart à l’école de nos maîtres soutiennent encore avec honneur la cause de la gravure au burin, les diverses nations de l’Europe semblent de plus en plus se désintéresser d’un art qui, autrefois, avait valu à plusieurs d’entre elles une gloire légitime et une longue série de succès.
- GRAVURE À L’EAU-FORTE.
- Si la gravure au burin est, auprès du public et même auprès d’un certain nombre d’artistes, dépossédée en grande partie de son ancien crédit, en revanche la gravure à l’eau-forte a, depuis quelques années, si bien repris faveur qu’à aucune époque peut-être ses produits n’ont été plus nombreux ni plus généralement recherchés. Nous ne parlons ici, bien entendu, ni de ces mille croquis griffonnés sur le vernis avec un laisser-aller auquel, en réalité, l’ignorance naïve a beaucoup plus de part que la verve, ni de ces autres semblants d’œuvres d’art dont l’adresse de l’imprimeur et les ruses du tirage font principalement les frais. C’est aux dupes de ces jactances ou de ces artifices qu’il faut laisser le soin de s’en occuper. Mais il n’y aura que justice à reconnaître et à louer, dans beaucoup de gravures à l’eau-forte produites par des artistes français contemporains, une singulière intelligence des ressources exactes du procédé, un sentiment délicat du dessin et de l’effet, et, dans les œuvres de l’un d’eux, M. Jules Jacquemart, une certitude d’exécution égale à l’originalité même de la méthode.
- M. Jacquemart traite véritablement en maître le genre de gravure auquel il s’est consacré. En lui décernant une des médailles d’honneur, le jury a entendu récompenser en lui le graveur à l’eau-forte le plus sérieusement habile de notre école, comme, en accordant la même récompense à un artiste russe, M. Redlich, il
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- GRAVURE ET LITHOGRAPHIE.
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- a voulu, — toute proportion gardée d’ailleurs, — assigner à celui-ci le premier rang parmi les graveurs à l’eau-forte étrangers dont les œuvres figuraient à l’Exposition universelle.
- Quant aux autres récompenses (médailles ou mentions) attribuées à MM. Rajon, Chauvel, Waltner, Flameng et Greu.x (France), à M. Unger (Autriche), à M. Gilli (Italie), à M. Mitchell (Etats-Unis), elles prouvent par la répartition inégale qui en a été laite, par la différence même des chiffres, que, aux yeux du jury, la supériorité de l’école française dans le domaine de la gravure à Teau-forte n’est pas moins réelle que dans celui de la gravure au burin. Là encore, les talents appartenant à notre pays sont nombreux, si nombreux même que les choix ont souvent paru difficiles au jury, et que, parmi les ouvrages qu’il a dû en fin de compte écarter pour rester dans les termes du règlement, plusieurs lui ont laissé le regret de ne pouvoir témoigner publiquement la juste estime où il les tenait.
- GRAVURE EN MANIERE NOIRE ET À L’AQUATINTE.
- GRAVURE EN ROIS.
- La gravure en manière noire et la gravure à l’aquatinte étaient l’une et l’autre à peine représentées à l’Exposition universelle.
- De ces deux modes de gravure, le premier semble aujourd’hui complètement tombé, ou peu s’en faut, en désuétude. Même en Angleterre, où le procédé inventé par Ludwig von Siegen avait été importé dès le xvne siècle, et où, dans le siècle suivant, toute une école s’était formée pour en exploiter les ressources, en Angleterre, où, depuis Earlom, Green, Smith et les autres traducteurs des œuvres de Reynolds et de Gainsborough, jusqu’à M. Cousins, le traducteur non moins heureux des œuvres de Laxvrence, les graveurs en manière noire avaient pendant si longtemps fait preuve d’habileté, c’est tout au plus si quelques artistes se rencontrent encore pour essayer de soutenir la tradition.
- Partout ailleurs, en France comme en Relgique, en Allemagne
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. I. Cl. 5.
- comme en Italie, la gravure en manière noire n’est plus, à vrai dire, pratiquée. Elle a été remplacée par la gravure à l’aquatinte, qui, elle-même, n’est guère en usage que là où il s’agit de pourvoir à des besoins tout commerciaux, sauf les cas où certains graveurs d’un talent recommandable l’emploient en la combinant dans leurs ouvrages avec les travaux de la pointe ou du burin.
- Le jury n’a pas eu l’occasion d’attribuer à la gravure en manière noire ou à la gravure à l’aquatinte une seule des récompenses dont il lui appartenait de disposer.
- Il n’en a pas été ainsi en ce qui concerne la gravure en bois, dont les progrès, à certains égards, ont été remarquables dans le cours des dernières années. Un graveur en bois, d’origine belge, AJ. Pannemaker, a obtenu une mention, et, parmi les œuvres d’artistes voués, en France ou en Angleterre, à des travaux du même genre, le jury en a distingué plusieurs qui prouvent chez ceux qui les ont produites une véritable habileté.
- Toutefois, on peut regretter en général que les graveurs en bois se méprennent un peu sur les conditions toutes spéciales de l’art qu’ils pratiquent. En France, particulièrement, ils semblent oublier trop souvent qu’il ne s’agit pas pour eux de contrefaire dans leurs ouvrages l’apparence des gravures en taille-douce et que, loin de chercher à simuler les travaux compliqués du burin, ils doivent s’en tenir à des indications sommaires d’effet et de modelé, à l’expression résumée de la forme.
- Les vignettes gravées d’après Holbein par Leuczelberger et d’autres Allemands du xvie siècle, les portraits et les différents sujets gravés en bois vers la même époque par des artistes italiens ou par des artistes français, tels que Geoffroy Tory et Salomon Bernard, sont des modèles accomplis auxquels les graveurs de nos jours feraient bien de se conformer, au lieu de s’aventurer, sous prétexte de perfectionnements, dans des essais d’innovation aussi contraires à l’esprit même du procédé qu’à son objet et à ses ressources exactes.
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- LITHOGRAPHIE.
- 11 n’y a pas beaucoup d’années encore, au temps de Charlet, de Raffet, de Gavarni et d’autres dessinateurs sur pierre, aussi féconds que spirituels, la lithographie, en France, était ce quelle y avait été dès l’origine, un moyen non de reproduire les œuvres d’autrui, mais de tracer, pour les multiplier par le tirage, des compositions originales, des œuvres toutes personnelles. A l’exemple d’Horace Vernet et de Géricault, qui, des premiers, avaient travaillé à populariser parmi nous la découverte de Senefelder, les peintres eux-mêmes ne dédaignaient pas de manier le crayon lithographique. Pour ne citer que ceux-là parmi les plus renommés, Delacroix et Decamps s’en sont souvent servis comme,toute proportion gardée, Rembrandt se servait de l’eau-forte, c’est-à-dire afin d’esquisser soit la première pensée d’un tableau, soit telle scène qu’ils jugeaient devoir être d’autant plus expressive que la représentation en serait plus franchement laissée à l’état de croquis.
- A côté d’eux,'il est vrai, quelques dessinateurs-lithographes, M. Aubry-Lecomte, par exemple, et, plus tard, M. Sudre, M. Mouilleron et M. Français, opéraient tout autrement. Ils se proposaient de rendre, par le fini du travail et l’intensité du ton, la physionomie même des œuvres peintes qu’ils avaient prises pour modèles. En un mot, ils faisaient à leur manière, et d’ailleurs avec un remarquable talent, acte de graveurs, puisqu’ils se contentaient de traduire un texte qui n’avait été ni composé ni fourni par eux; mais ce n’était là, par rapport aux coutumes de l’époque, qu’une manière de procéder exceptionnelle.
- Aujourd’hui, c’est le contraire qui a lieu. Les caricatures vulgaires ou les pièces fabriquées au jour le jour pour amuser tant bien que mal la curiosité de la foule sont à peu près les seules lithographies où le rôle de l’inventeur et celui du dessinateur se Classe 5. a
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. I. Cl. 5.
- confondent. Tous les autres dessins sur pierre plus ou moins dignes d’attention qui se publient ne sont que des œuvres de seconde main, analogues par leur caractère et leur destination à celles que le burin produit d’après les tableaux.
- C’est à cette classe, presque unique aujourd’hui, de travaux lithographiques qu’appartiennent les ouvrages de deux artistes français que le jury a récompensés chacun d’une médaille de troisième classe, MM. Bour et Gilbert. Quel que soit d’ailleurs le mérite de ces ouvrages ou celui d’autres pièces du même genre exposées au palais du Champ de Mars par des artistes français ou étrangers, quelque sentiment judicieux des caractères propres aux modèles ou quelque adresse de main qu’ils révèlent, il n’en est pas moins vrai que, dans les divers pays où elle manifeste encore sa vie, la lithographie a malheureusement dévié de la route qui lui avait été tracée au début et qu’elle avait, depuis le commencement du siècle, suivie avec un si brillant succès.
- Les observations qui précèdent peuvent se résumer en quelques mots :
- Malgré la très injuste défaveur ou l’indifférence dont elle semble être l’objet auprès d’une partie du public, malgré le tort que lui font ou que travaillent à lui faire tous les croyants, — et le nombre en est grand, — a l’infaillibilité des moyens mécaniques, la gravure au burin, grâce à quelques talents d’élite, est encore un des titres d’honneur les plus sérieux de l’art contemporain et, plus particulièrement, de l’art français.
- C’est dans notre école aussi que la gravure à l’eau-forte est traitée avec le plus de goût et d’habileté; mais il est juste de tenir compte des progrès accomplis ou en voie de s’accomplir ailleurs dans ce genre de gravure.
- La gravure en manière noire n’est presque plus en usage, et la gravure à l’aquatinte tend de plus en plus à se réduire à l’office d’un vulgaire procédé de commerce, tandis que, tout en donnant lieu à des réserves sur l’emploi souvent imprudent qu’elle fait de
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- ses ressources, la gravure en bois mérite qu’on en signale, à certains égards, les progrès.
- Enfin, la lithographie, telle qu’elle est comprise et pratiquée aujourd’hui, a perdu cette spontanéité qui en faisait le charme principal. En devenant un simple procédé de reproduction, elle a singulièrement compromis son importance propre et presque supprimé sa raison d’étre. Malgré l’habileté de quelques dessinateurs français ou étrangers, elle ne fournit plus qu’un assez faible contingent à l’ensemble des travaux qui recommanderont le mieux, auprès de nos successeurs, l’art et les artistes contemporains.
- Vte Delaborde,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts.
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