Rapports du jury international
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- RAPPORT
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- L’IMPRIMERIE ET LA LIRRAIRIE.
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- fï«U iff-sic
- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- À PARIS.
- Groupe IL — Classe 9.
- RAPPORT
- SUR
- L’IMPRIMERIE ET LA LIBRAIRIE,
- M. ÉMILE MARTINET,
- IMPRIMEUR.
- PARIS,
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe II. — Classe 9.
- RAPPORT
- SUR
- L’IMPRIMERIE ET LA LIRRAIRIE.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Hauréau, président, membre de ITnstitul, directeur de l'Impri-
- merie nationale, membre des comités d’admission et d’inslal- > France, lalion à l’Exposition universelle de 187b....................)
- Gerold (M.), chevalier, vice-président, imprimeur à Vienne.. . . j
- Maiîtiket (Emile), rapporteur, imprimeur........................ France.
- Rothschild (J.-E., baron de), secrétaire, bibliophile, membre 1
- des comités d’admission et d’installation à l’Exposition univer- > France, selle de 1878................................................)
- John Leighton, esq. F. S. A., M. R. I........................... Angleterre.
- Stevens (H.)....................................................... Etats-Unis.
- de Neda......................................................... Espagne.
- Sigismond Falk, conseiller royal de commerce, directeur de la ) Autriche-Société d’imprimerie, à Buda-Pcsth.........................j Hongrie.
- Jajiar, membre de la chambre des représentants, ancien mi- ) n i • nisire..........................................................] "
- Hansen (J.-J.), rédacteur en chef de l’Europe diplomatique...... Danemark.
- Oisreen (A.-P.-H.).............................................. Pays-Bas.
- Germer Baillière, membre du Conseil général de la Seine, )
- membre du comité d’admission à l’Exposition universelle de > France.
- 1878.........................................................)
- Masson (Georges), ancien président du cercle de la librairie, li- ) braire de l’académie de médecine, membre du jury à Vienne f p en 1878, membre des comités d’admission et d’installation à ( l’Exposition universelle de 1878..................................j
- Gauthier-Villars, libraire du Bureau des longitudes et de l’Ob- )
- servaloire, membre des comités d’admission et d’installation à > France.
- l’Exposition universelle de 1878.............................)
- Noël Parfait, député, juré suppléant........................... France.
- Lemercier (Alfred), expert adjoint au jury...................... France.
- Classe y.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. II.
- Cl. 9.
- PRÉFACE.
- La classe 9, placée dans le deuxième groupe de l'Exposition universelle (Education et Enseignement; — Matériel et Procédés des arts libéraux), comprenait, sous le tiIre : Imprimerie et Librairie, les spécimens de typographie, les épreuves autograpliiques, les épreuves de lithographie en noir ou en couleur, les épreuves de gravures, les livres nouveaux et éditions nouvelles delivres déjà connus, les collections d’ouvrages formant des bibliothèques spéciales, les publications périodiques, les dessins, atlas et albums.
- «Les produits exposés dans la classe 9, disait le Règlement officiel du Commissariat général, y sont considérés uniquement au point de vue matériel et en tant que produits fabriqués; le soin d’apprécier le mérite de ceux qui fournissent les outils ou les matières premières à cette production a été réservé à d’autres classes. La meme restriction s’applique aux jugements à porter soit sur les artistes qui donnent leur concours aux industries de l’imprimerie et de la librairie, soit sur la valeur des livres, aussi bien que sur Futilité de leur publication, n
- Le jury de la classe 9 n’a pas cru devoir se renfermer dans ce cadre si restreint, et, autant qu’il lui a été possible, il a fait entrer en ligne de compte non seulement l’importance des établissements exposants, mais aussi les considérations cl’un partage équitable des récompenses dont il disposait entre les industries si diverses qu’il avait à juger.
- En considérant la profusion des récompenses au Concours internalional de 1878, le jury, tout le premier, croit que
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- le nombre de celles dont il a pu disposer n’a été en rapport ni avec l’importance relative des nombreuses industries qu’il représentait, ni avec le rang qu’eussent dû occuper les exposants de la classe 9, eu égard à d’autres industries, qui n’exigent ni le meme travail, ni les mêmes connaissances, ni les mêmes études.
- L’imprimerie et la librairie ont pris une telle importance et un tel développement dans les temps modernes, que le champ d’études qu’elles embrassent 11e peut plus être circonscrit aujourd’hui par un simple article de règlement ou limité par la volonté de l’Administration.
- Dès les premiers pas, le jury de la classe 9 a compris l’imperfection du programme dans lequel il était forcé de se renfermer.
- Gomment juger sur la même ligne un éditeur et un imprimeur? Quelle part faire à l’initiative de l’un ou de l’autre? Déjà en 18 5 5, rompant avec la tradition qui n’admettait aux récompenses que le véritable producteur du livre, l’imprimeur, on avait admis l’éditeur au partage comme concourant activement et réellement aux progrès de l’exécution typographique, et c’était justice. Aujourd’hui, 011 ne sait déjà plus où ce concours commence et où il s’arrête. Les conditions du travail ont tout changé. Si tel éditeur est le véritable créateur des œuvres qu’il édite, tel autre se contente de n’être qu’un commerçant, s’en remettant entièrement à l’imprimeur pour le soin des travaux qu’il lui confie. Si tel imprimeur, et c’est encore le grand nombre, veille personnellement à la bonne exécution des travaux qui sortent de ses presses, tel autre 11’est plus qu’un grand manufacturier, laissant à ses ouvriers le soin de débiter le plus rapidement possible les ouvrages qui lui sont confiés.
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- L’embarras est plus grand encore s’il s’agit de juger simultanément des productions aussi absolument dissemblables que celles qui étaient soumises à l’examen du jury de la classe 9.
- Quel rapport établir entre un livre et une lithographie, entre une taille-douce et une photogravure ou une chromolithographie? Gomment porter un jugement sur l’imprimerie et la librairie, ou même en parler utilement, sans être entraîné à faire la part grande à tous ceux qui ont concouru réellement à leurs progrès et à leur développement?
- L’artiste qui grave les caractères, plus encore que le compositeur qui s’en sert, le mécanicien qui perfectionne l’outillage typographique et lithographique, plus encore que l’ouvrier qui le fait fonctionner, le dessinateur qui exécute la chromolithographie, plus encore que celui qui l’imprime, auraient pu être examinés et comparés par le jury de la classe 9, s’il n’avait été obligé, comme on le lui avait prescrit, d’examiner simplement les produits exposés au point de vue de l’exécution matérielle.
- Sous l’empire de ces considérations,nous nous proposons de donner à ce rapport sur l’exposition de la classe 9 le caractère d’une simple relation des faits et des choses qui nous ont passé sous les yeux, sans nous préoccuper d’une manière'absolue de l’ordre où ils se sont présentés et de l’aspect sous lequel il nous était en quelque sorte prescrit de les envisager.
- Après avoir rappelé les circonstances dans lesquelles est née et s’est installée l’Exposition, nous décrirons sommairement les principales expositions particulières de chaque pays; puis, bien que les éléments sérieux d’information sur l’état général des industries n’aient pas été aussi nombreux
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- que nous l’eussions désiré, nous entrerons dans quelques Gr. n. considérations générales sur l’imprimerie et la librairie. C1 g Nous jetterons ensuite un coup d’œil rapide sur les classes qui étaient liées à la nôtre par une étroite solidarité, et que nous ne saurions omettre sans manquer de justice envers les hommes qui, dans leur spécialité, ont coopéré aux progrès accomplis dans l’art typographique proprement dit.
- Nous conclurons par un parallèle entre les productions des différents pays. Si imparfait que soit cet aperçu, nous espérons qu’il nous sera tenu compte de l’empêchement où l’on se trouve de traiter un tel sujet d’une manière utile et détaillée en lui maintenant toute son étendue.
- Quant à la manière dont le jury a rempli envers les exposants la tache difficile qui lui était confiée, nous n’avons qu’à placer sous les yeux des intéressés le tableau des récompenses, pour leur permettre d’apprécier, d’après les proportions que nous avons cru devoir maintenir dans le nombre des médailles accordées à chacune des industries représentées dans la classe 9, les considérations qui ont inspiré les décisions du jury.
- Tableau,
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878,
- Gr. II.
- Cl. 9.
- TABLEAU, 1>A1\ PAYS, J)E LA LISTE
- ÉTABLISSEMENTS OFFICIELS.
- diplômes DIPLÔMES diplômes
- équivalant e quivalant c quivalant (
- a une a une à une MU
- PAYS. grande médaille. médaille d’or. médaille d’argent.
- "fi "fi s "fi "fi "fi "fi é -C Ch
- ho CL, E-1 ho ^3 ho 0 fi ko 2 ko O O. E- ko 0 2 hû H'
- France et colonies. . . . 1 II fl II fl fl 1 n 1 II
- Angleterre fi a n II II U II it il II
- Canada // II II II II 1 II u 1 u
- Cap il fl 11 II U u II II u II
- Ceylan . h II n II fl fl II u a n
- Australie U If n .7 fl II il II n 11
- Autriche-Hongrie. . . . n fi n II u u 1 il ti u
- Belgique h il ti II fl n II II n u
- Espagne // fi 11 fl 1 u il II a n
- Danemark // n a if fl u fl fl 1 n
- États-Unis 1 if n « II n II u u n
- Grèce // n u if II u U n u n
- Hollande et colonies. . // 11 11 U II 1 II H u u
- Italie a n â II fl fi U u n u
- Japon ti // u If n 1 1: fl u n
- Mexique U n u U n u n if n n
- Monaco n n H il n II u il 11 11
- Norwège a il n II ii // // li u n
- Pérou n n 11 II 11 II // II 1 i>
- Portugal n 11 11 1 n II n II 1 n
- République Argentine. // 11 u II u II u fl 1 n
- Russie 1 11 a fl u fl n u II n
- Suède 11 n '/ H u If 11 il II 11
- Suisse n 11 fl u Ü II n u II H
- Vénézuéla n 11 II II n u n il II II
- %Ple 11 tt fi n H fi u u fi a
- 3 a II t 1 3 2 II G //
- 3 5 8
- Editeurs.
- IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE.
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- des RÉCOMPENSES DE LA CLASSE 9
- Gr. II.
- — TOTAL
- médailles M É n U L L ES M É D A I L L E S MENTIONS
- D’oa. D A EGENT. DI BRONZE, HONOIÎABL ÎS. DES B INCOMPENSES
- accordées
- ra plies fi. é Æ Ch Ch U s U J= c_ 2 lo* £ fi S 2 h la classe 9.
- ho 0 C- >> H O -2 ho H* 2 ^3 hD fi. H 0 ,£ 2 y ho 0 fi E-i 2 -2
- 10 5 h *9 *7 29 18 91 3o 18 *7 /10 233
- 9 0 fl II h 2 3 3 n 2 G 1 7 3i
- II II n U il n fl n 2 2 II !\ 1 0
- II !/ u 1 II il II 11 U II n 1 2
- II n n il fl II n n II 1 n 2 3
- II il u 2 U fl u 1 fl II u h 7
- 1 n 1 5 3 3 9 // 2 5 1 1 5 AG
- 1 11 a 3 II 1 3 n 2 u n h 1A
- 1 11 n 2 n 1 3 1 3 h 1 5 22
- 11 a 11 1 II fi 2 // n 1 h 1 10
- II fi 1 1 5 3 11 10 h n 10 3 7
- n u n li fl II 1 11 n 2 11 2 5
- // n 1 h (f 1 3 u h 1 1 h 20
- 1 a a h fl e 12 n 2 G f1 6 33
- n t! if U If U // u a fl h' tl 1
- 11 Il n n 1 .7 // H n II n II 1
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- !7 G 8 53 26 46 65 2 3 59 6 A 26 119 529
- 3o 125 147 209
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. II.
- Cl. 9.
- HORS CONCOURS.
- MM. Gautiher-Villars, imprimeur-éditeur, à Paris, membre du jury. — France.
- Gerold (Cari Solin), imprimeur-éditeur, à Vienne. (Maurice, chevalier de. Gérold, membre du jury.) — Autriche.
- Remercier et C'°, lithographes, à Paris. (Alfred Remercier, expert adjoint au jury.) — France.
- Révy (Calmann), éditeur, à Paris. (Noël Parfait, membre suppléant du jury.) — France.
- Mame (Alfred) et fils, imprimeurs-édiLenrs, a Tours. (Alfred Manie, membre de la Commission supérieure.) —-France.
- Martinet (Emile), imprimeur, à Paris, membre du jury, rapporteur. — France.
- Société d’jmprimerie par actions, à Buda-Pesth. (Falk, directeur, membre du jury.) — Hongrie.
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- Gr. II.
- Cl. 9.
- CHAPITRE PREMIER.
- CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR L’EXPOSITION.
- Faire vite et faire grand, telle semble être la devise do notre époque. L’exécution s’en ressent un peu, il faut le reconnaître, et les arts graphiques en particulier s’accommodent mal de la nouvelle manière d’agir. Plus que les autres, ils auraient besoin de prendre le temps pour premier auxiliaire.
- Afin de se plier aux exigences nouvelles, l’imprimerie et la lithographie ont réalisé des merveilles de vitesse; mais les œuvres qu’elles ont ainsi produites ne souffrent pas une analyse trop minutieuse. Un journal peut et même doit se faire vite et à peu près bien, mais un beau livre ne supporte pas l’à peu près. Pour créer une œuvre irréprochable, il faut du temps, beaucoup de temps, et, en France particulièrement, on ne sacrifie pas assez à cette condition indispensable. Nous nous maintenons dans l’actualité, il est vrai, et nous suppléons souvent par le goût à l’exécution; mais nos voisins, les Allemands, qui sont plus lents et moins pressés, nous reprochent, quelquefois avec raison, de ne pas savoir finir.
- L’Exposition de 1878 aura eu, en ce qui concerne nos industries, ce grand défaut de n’avoir été qu’une vaste et belle conception, mais incomplètement préparée, hâtivement exécutée et qui 11’a laissé derrière elle qu’une demi-satisfaction et des résultats éphémères.
- La dispersion sur un immense espace de tout ce qui intéressait les arts graphiques a été regrettable. L’exposition de l’imprimerie française avait seule une certaine cohésion. Mais sa disposition en un labyrinthe peu attrayant était mal faite pour fixer l’attention et retenir les visiteurs. Quant aux expositions de l’imprimerie étrangère, presque toujours reléguées dans quelque coin des pavillons nationaux, leur recherche était un véritable travail, et il ne fallait point songer à les comparer entre elles, à cause des grandes distances qui les séparaient.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Nous aurons pu, dans ce grand tournoi plutôt national qu’international, constater notre puissance et notre vitalité. Cette satisfaction apusullire à beaucoup d’entre nous, après les années qui venaient de s’écouler, mais personne ne s’est fait illusion sur l’impossibilité déjuger utilement les industriels étrangers et les progrès considérables qu’ils ont accomplis depuis 186-7.
- L’importance de l’exposition de la classe 9 en Angleterre, aux Etats-Unis, en Autriche, en Belgique, ne correspondait pas à l’importance des industries touchant à l’imprimerie et à la librairie dans ces différents pays. Quant à l’Allemagne, elle n’exposait pas.
- Son abstention était une véritable lacune. Les Allemands cultivent avec amour l’art de Gultenberg et celui de Senefelder : nous avions beaucoup à apprendre en étudiant leurs procédés et leur manière de faire, si différents des nôtres. Il eût été intéressant pour nous de mesurer leurs progrès depuis 1867, alors que les Giesecke et Devrient, les Brockhaus, les Hallberger et tant d’autres entraient en lice avec nous sur ce meme Champ de Mars, et exposaient à nos yeux des travaux remarquables, dont nous estimions, sinon toujours le goût, du moins l’irréprochable exécution.
- Les imprimeurs allemands ont été unanimes à regretter la mesure prise par leur gouvernement, et dès que l’autorisation fut donnée, au commencement de 1878, aux artistes d’exposer «à Paris, des démarches furent faites pour obtenir qu’une place fût aussi accordée aux arts graphiques. Cette demande tardive ne put malheureusement être agréée.
- Les préoccupations politiques qui absorbaient l’attention publique dans l’Europe entière, pendant les années 1877 et 1878, ne permettaient pas à ceux qui étaient conviés à ce grand tournoi international de s’y préparer paisiblement. D’autre part, aux Etats-Unis, l’élection du président dirigeait les esprits vers un autre ordre d’idées; ce n’est qu’à la fin de 1877 que le congrès de Washington, répondant au vœu du nouveau président, vota les fonds nécessaires pour subvenir aux frais généraux de l’exposition américaine. A Paris, l’agitation politique fut compliquée de la grève des ouvriers compositeurs. Cette grève désastreuse, qui dura plus de deux mois et coûta 960,000 francs aux ouvriers typo-
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- graphes et des sommes incalculables aux patrons, eut pour résultat Gr. n. de ieter un trouble profond dans toutes les industries se ratta-
- J 1 qj g
- chant à l’imprimerie et à la librairie.
- L’initiative individuelle atténua néanmoins la funeste influence de tant de causes de désorganisation, et, dès la fin de mai, tous les exposants occupaient le poste qui leur était assigné.
- La classe 9 étant éparse à travers l'Exposition, nous nous bornerons à la description de la section française.
- Elle occupait un vaste parallélogramme dans une des travées s’ouvrant sur la galerie qui faisait face à la porte Rapp.
- La perspective de la salle était coupée par des panneaux sur lesquels s’étalaient d’innombrables lithographies(1 h Le long des murailles et de ces panneaux s’alignaient de petites vitrines noires dans lesquelles étaient soigneusement enfermés sous clef les livres exposés.
- A parties deux salons d’exposition de MM. Marne et Hachette, qui s’ouvraient sur la grande galerie d’entrée, et les deux salons de MM. Didotet Chaix, placés au centre du parallélogramme, on peut dire que les expositions particulières se présentaient dans des conditions peu favorables à leur examen.
- Nous mentionnerons pour mémoire les nombreuses expositions qui, faute d’emplacement dans la salle commune, avaient été reléguées à l’extérieur dans la galerie de passage, ainsi qu’une belle et vaste salle perdue entre les expositions de la Bijouterie et de la Coutellerie, et dont quatre de nos plus grandes maisons occupaient les angles.
- Quant à la bibliothèque technologique où devaient se trouver les ouvrages traitant de nos industries, elle était si peu fournie que bien peu d’imprimeurs ont dû la visiter avec fruit.
- Les installations des expositions étrangères sont d’une description plus difficile. Si dans quelques pays, comme l’Angleterre, l’Autriche, la Belgique et les Etats-Unis, elles se trouvaient encore plus ou moins bien groupées, dans la plupart des autres pavillons
- O Vu l’imporlance qu’a prise depuis 1867 la lithographie, il serait à désirer que, dans les expositions ultérieures, elle fût l’objet d’une classe spéciale.
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- il n’y avait aucun ordre. Çà et là on rencontrait un meuble, quelquefois magnifique, rempli de livres et de gravures, mais l’attention était forcément distraite par le milieu où il se trouvait placé. Une bibliothèque fermée ne saurait intéresser, et il est à regretter que des expositions d’imprimerie et de librairie aient été réduites, dans nombre de cas, a de simples expositions de reliure.
- Huit pays étaient représentés dans le sein du jury, qui s’esl scrupuleusement conformé au devoir qui lui était imposé d’examiner avec le plus grand soin les produits soumis à son appréciation, n’ayant d’autre souci que de tenir une balance égale entre les diverses catégories d’exposants.
- Frappé tout d’abord de la diversité des productions exposées, le jury avait résolu de former trois sous-commissions: la première pour examiner la librairie; la deuxième, l’imprimerie, et la troisième, la lithographie et la taille-douce. Mais, se trouvant dans l’obligation de confondre les trois catégories dans un meme ordre de récompenses, il dut renoncer à ce projet.
- Le règlement s’opposant également à ce qu’un juré suppléant eût voix délibérative, le jury, devant la démission du seul lithographe qu’il comptait parmi ses membres comme juré suppléant, s’empressa de choisir un expert, M. Alfred Lemercier, associé de la maison Lemercier et C'e, qui pût lui apporter, pour l’examen de cette branche spéciale, le concours de son expérience et de ses connaissances techniques.
- Le nombre des exposants était plus élevé qu’à aucune autre exposition, 600 environ; or le jury, nommé le 7 juin, et qui n’avait pu former son bureau que le 13 seulement, fut appelé à déposer son rapport le 13 juillet. Il eut donc, dans ce court espace de temps, à visiter chaque exposition individuelle, et il ne put, dans la suite, avoir toujours recours, pour certaines modifications qu’il eût voulu apporter à ses jugements, à la Commission supérieure, qui aurait dû former une véritable Cour d’appel.
- Le 5 septembre, le jury des présidents décidait qu’il n’y avait pas à revenir sur les décisions des jurys de classe.
- L’une des plus graves conséquences de cette précipitation fut l’impossibilité matérielle où le jury se trouva de s’occuper des
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- collaborateurs autant qu’il l’eût désiré. Il lui eût fallu provoquer G-r. n. les propositions des chefs de maison, qui, pour la plupart, avaient omis de faire des présentations, et se livrer à un examen pour lequel les éléments, d’étude et le temps lui manquèrent absolument.
- Les récompenses à décerner étaient nombreuses, trop nombreuses peut-être; mais, réglées bien à tort sans partir d’une base raisonnée pour chaque classe, elles ne se trouvèrent pas en rapport avec le rang que devaient occuper les industriels de la classe 9, et il advint que des éditeurs et des imprimeurs, hommes de goût et de science, à la tête de grandes maisons justement réputées, ne purent recevoir, à l’Exposition de 1878,1a médaille d’or qui était le lot du propriétaire d’une vigne ou d’un fabricant d’engins de pêche. Le jury fut le premier à déplorer cet état de choses, auquel il ne pouvait remédier. On peut également regretter <[ue l’Administration ait adopté pour les récompenses l’ordre alphabétique. L’ordre de mérite adopté en 1867 nous paraissait plus logique, quoique compliquant les travaux du jury, qui, en 1878, dut accomplir ses opérations avec une précipitation imposée par les circonstances.
- Une comparaison avec les concours précédents, où les exposants étaient bien moins nombreux, rendra plus sensible la manière dont a été faite la répartition des récompenses en 1878.
- En 18 5 5, il y avait eu 6 grandes médailles d’honneur, 18 de première classe, AG de deuxième classe, 20 mentions honorables.
- En 18G7, il y avait eu 1 grand prix, 10 médailles d’or, 85 d’argent, 117 de bronze, 26 mentions honorables.
- En 1878, il y eut 5 grands prix, 35 médailles d’or, 133 d’argent, 1A7 de bronze, 209 mentions honorables.
- Quant aux collaborateurs, qui avaient reçu 86 récompenses en 1867, ils en reçurent 83 en 1878.
- L’exposition de la classe 9 n’a rien présenté de bien nouveau ni de bien saillant. Une notable élévation dans la moyenne de la qualité des productions aura été le résultat le plus apparent et qui aura frappé tous les observateurs. Ce sont toujours les mêmes procédés et la même manière de faire, qui se perfectionnent lente-
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- Gr. il. nient et progressivement. Seulement, aujourd’hui on les applique C1 g partout en même temps, et aucune ville ni aucun établissement n’a le monopole exclusif de l’un des progrès réalisés dans ces dernières années. Toutes les œuvres, même celles ayant le but le plus infime, sont faites avec plus de soin qu’autrefois, mais on ne compte plus guère de chefs-d’œuvre typographiques. La moyenne des produits exposés était bonne; malheureusement on y rencontrait beaucoup trop de produits ayant déjà figuré aux expositions
- Si les expositions, au xixe siècle, ne devaient être, comme au xme et au xive siècle, que de simples foires dans lesquelles les fabricants exposent leurs produits avant de les vendre, celle de 1878 peut être considérée, malgré quelques imperfections, comme une véritable merveille. Mais tout le monde a compris qu’aujour-cl’hui on devait faire plus et mieux.
- Les arts graphiques n’auront une exposition véritablement complète et utile que lorsqu’ils auront pu se réunir en un seul faisceau, et présenter aux intéressés de tous les pays un ensemble des différentes industries qui concourent à la publication des œuvres de littérature, de science et d’art.
- 11 serait nécessaire pour cela que toutes les Sociétés qui, dans chaque pays, forment l’élite des diverses corporations, contribuassent, chacune pour sa part, à préparer des éléments sérieux pour l’étude de la situation des industries auxquelles elles appartiennent.
- A cette condition seulement, une exposition internationale pourra favoriser les progrès de l’imprimerie, de la librairie, de la lithographie, de la papeterie, de la reliure et des nombreuses industries qui créent le matériel nécessaire à leur fonctionnement.
- Jusque-là nous n’aurons que des exhibitions confuses, ou le visiteur pourra, deci delà, glaner une innovation heureuse ou une application ingénieuse, mais où l’ensemble, imparfaitement classé et mal coordonné, ne donnera jamais qu’une idée absolument imparfaite de la situation générale.
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- Cl. 9.
- CHAPITRE II.
- LES ÉTABLISSEMENTS OFFICIELS.
- Contrairement à ce qui avait été fait à l’Exposition de i 867, 011 l’on avait mis les établissements officiels hors concours, on a cru devoir leur décerner un ordre de récompenses particulier, correspondant aux médailles accordées à l’industrie privée.
- Autant il semblait juste à tout le monde que Ton récompensât le personnel d’élite qui se trouve dans ces établissements, autant il semblait superflu â quelques-uns de rompre avec la tradition créée en 1867. Dans l’application, on en est arrivé à ne pas distinguer entre la fabrique des papiers de l’Etat de Saint-Pétersbourg et celle des Etats-Unis, entre lesquelles il est impossible d’établir la moindre comparaison, ni pour l’importance de l’établissement, ni pour les travaux qu’elles produisent, ni pour le but auquel elles tendent. La simple imprimerie du Dépôt de la guerre de Madrid a dû être placée sur la même ligne que l’imprimerie si complète de Lisbonne; ce qui prouve surabondamment que les diplômes ont été, pour certains établissements, encore plus un hommage rendu aux nations représentées dans la classe de l’imprimerie et de la librairie qu’une distinction destinée à récompenser une personnalité.
- Une exposition des établissements officiels sera toujours fort incomplète. L’Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, n’ont pas d’imprimerie nationale proprement dite et ne sauraient concourir.
- En 1878, cette exposition a été, on peut le dire, tout à fait incomplète, car nous ne pouvions mettre en parallèle avec les travaux de notre Imprimerie nationale ni les travaux de l’imprimerie impériale de Berlin, ni même ceux de l’imprimerie impériale deVienne, qui, à nos précédentes expositions, leur disputaient la place d’honneur.
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- Nous ne parlerons que pour mémoire de la fabrique des papiers de l’Etat de Washington, qui nous a montré cette année, par ses spécimens de gravure et d’impression de papier-monnaie, les bonds des Etats-Unis, dont elle s’occupe tout spécialement, que la jeune Amérique n’a plus guère à apprendre de la vieille Europe.
- Au milieu de tous les établissements étrangers, celui qui a excité et qui excite toujours à chaque exposition internationale la plus vive curiosité et le pins grand intérêt, c’est incontestablement la Fabrique de papiers de l’Etat de Saint-Pétersbourg. Il n’existe pas d’établissement d’imprimerie plus complet et plus considérable.
- L’organisation industrielle et la puissance de production de cette vaste usine frappent vivement tout d’abord. Pour introduire dans un pays comme la Piussie les arts graphiques, qui y étaient complètement inconnus, il fallait attirer les meilleurs ouvriers de l’Allemagne et d’autres pays, au prix de grands sacrifices. Or un gouvernement pouvait seul, en si peu d’années, obtenir les magnifiques résultats de la fabrique des papiers de l’Etat. Fondée en 1818, agrandie en 18 3 4 et complètement transformée et réorganisée depuis 1861, sous l’habile et intelligente direction de M. de Winberg, elle a réalisé tout ce qui était possible. Mais cette absorption dans un seul et même établissement de toutes les forces vives d’une industrie dans un grand pays ne saurait se comprendre à notre époque, et lorsqu’on se prend à réfléchir que le bel établissement de Saint-Pétersbourg représente à lui seul la plus grande partie ou du moins la meilleure partie des productions typographiques et lithographiques d’une grande nation comme la Russie, on est obligé de reconnaître que l’importance de l’établissement, si grande quelle soit, n’est plus en rapport avec les besoins de notre temps.
- La fabrique des papiers de l’Etat possède des ateliers de fabrication de papiers, une imprimerie pour la typographie, la lithographie et la taille-douce, un atelier de gravure, comportant tous les genres, un laboratoire pour la photographie et toutes ses applications à l’imprimerie, un atelier de galvanoplastie, une fonderie de caractères et un atelier de construction et de réparations mécaniques. Cet immense atelier, qui utilise 3 70 chevaux de force, produits par
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- 2 k moteurs et générateurs, et qui couvre un espace de 71,980 me- Gr. 11. très superficiels, n’occupe pas moins de 2,800 employés et ou- ~ vriers. 11 travaille non seulement pour le compte de l’Etat, qui n’est considéré que comme simple client, mais encore pour les grandes compagnies et les particuliers. Grâce aux habiles praticiens dont elle a pu s’assurer le concours, la fabrique de l’Ët at, non seulement ne reste étrangère à aucun secret de l’art typographique, mais encore concourt puissamment à ses progrès. L’un des inventeurs de la galvanoplastie fut Jacobi, de l’Académie de Saint-Pétersbourg, et, aujourd’hui encore, c’est delà Russie que nous viennent les applications les plus nouvelles de cette branche de la chimie à l’imprimerie en général. C’est de l’atelier de galvanoplastie de la fabrique de l’Etat que sortent ces planches en fer galvanique sur lesquelles on peut faire des tirages de deux millions d’exemplaires à sec, sur papiers durs, et que nous avons admirées au Champ de Mars.
- La plupart des employés et des ouvriers sont logés dans l’établissement, et l’organisation relative à leur participation aux bénéfices est une des institutions les mieux conçues qui existent en ce genre.
- L’Impuiaieiue nationale de Lisbonne s’est aussi fait remarquer par une exposition intéressante. Cet établissement, créé en 1768, a été placé depuis cette époque sous la direction d’hommes éminents et amis du progrès.
- M. le docteur Venancio Deslandes, le directeur actuel, homme de goût autant qu’administrateur habile, a tenu à faire voir à l’Exposition de 1878 qu’il avait su conserver les bonnes traditions léguées par M. le conseiller Marecos, que nous avions connu en 1867 et sous lequel l’Imprimerie nationale de Lisbonne avait commencé à se transformer et à se réorganiser.
- L’établissement officiel du Portugal comprend trois grandes sections: typographie, lithographie, fonderie. Nous ne saurions citer toutes les publications qu’il avait exposées. Ses éditions de luxe, aussi bien que ses ouvrages de liturgie et ses impressions en couleur, ses intéressants albums grand in-folio contenant des Classe 9. 2
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- épreuves d’essai dans les diverses branches des arts graphiques, aussi bien que ses cartes et ses plans en lithographie, ont prouvé en 1878, comme à toutes les expositions précédentes, que l’Imprimerie nationale de Lisbonne méritait à juste titre d’attirer l’attention du jury.
- L’Imprimerie gouvernementale du Japon avait un attrait tout particulier. Cette imprimerie fait partie de la troisième division du Ministère de l’instruction publique, qui s’occupe aussi bien de l’impression des livres que de leur rédaction.
- Ce ministère, plus absolu et plus absorbant encore que le ministère russe, est responsable de l’administration de l’instruction publique dans tout l’empire, et il apporte à sa mission un soin aussi intelligent qu’éclairé.
- On ne sait ce qu’il faut le plus apprécier, ou des méthodes adoptées au Japon pour l’instruction, ou de l’habileté des Japonais à nous emprunter nos procédés et nos industries pour servir à leurs méthodes.
- L’exposition que présentait dans la classe 9 leur Ministère des finances, qui s’occupe de la fabrication du papier-monnaie, les spécimens que nous avons vus des impressions lithographiques faites à Setou-han-bou, les spécimens polychromes exécutés au Seini-kou-bou, les livres d’études, les tableaux pour l’enseignement par les yeux, les cartes géographiques, tout en un mot était utile à observer dans l’exposition japonaise et portait la marque distinctive d’un peuple aussi intelligent qu’industrieux, qui certainement est appelé à jouer un rôle prépondérant dans l’extrême Orient, qu’il a initié aux pratiques de la civilisation européenne.
- Quelques autres établissements officiels ont encore tenu parmi nous un rang honorable. Le Département de l’éducation de Québec a été remarqué pour ses œuvres littéraires ; I’Imprimerie de l’Etat de Batavia, pour ses ouvrages concernant l’étude du chinois et du japonais, publiés sous les auspices du gouvernement des Pays-Bas, et aussi pour ses cartes; I’Imprimerie royale de Hongrie, pour le soin quelle apporte à tous ses travaux; le Ministère de l’instruction
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- publique à Toronto, la Direction de la monnaie du Portugal, I’Impri- Gr. n. merie de l’Etat de Lima, la Bibliothèque publique de Buenos-Ayres, pour des œuvres et des travaux généralement bien exécutés.
- On a pensé qu’il était juste de décerner une récompense officielle à l’ouvrage intitulé : Danske Mindesmaerker, « monuments danois », qui a été publié avec une subvention du gouvernement danois et dont le texte est rédigé par les premiers savants du Danemark; mais il est bon de faire remarquer que le mérite de l’exécution matérielle en revient à la maison Hoffensberg, Jespersen et Fr.
- Trap, de Copenhague.
- On a distingué également deux établissements de nos Colonies françaises: FImprimerie de Saïgon et I’Imprimerie de la Guadeloupe, qui relèvent du Gouvernement.
- Notre célèbre Imprimerie nationale , placée sous la haute direction de l’honorable M. Hauréau, qui présidait, à l’Exposition de 1878, le jury de la classe 9, ne saurait être l’objet de nombreux commentaires de notre part.
- L’histoire de ce magnifique établissement, dont la création remonte à 16A0, et qui a été écrite mille fois, résume l’histoire de la typographie française, et, comme nous voulons éviter avec soin toute digression historique qui serait ici superflue, nous nous bornerons à constater la puissance d’un établissement qui a eu pour lui non seulement une longue tradition fidèlement respectée, mais encore l’appui de tous les gouvernements qui se sont succédé en France, et dans lequel sont accumulées d’immenses richesses typographiques.
- L’exposition de l’Imprimerie nationale était magnifiquement installée dans une salle à part, située dans la galerie des Beaux-Arts. Son aspect était un peu sévère, comme celui des belles éditions qui sortent de ses presses.
- On voyait là des ouvrages la plupart en langues orientales et qui avaient le mérite, assez rare dans les expositions particulières de 1878, d’avoir été tous imprimés depuis 1867.
- Nous n’avons pas à signaler un de ces succès éclatants auxquels l’Imprimerie nationale nous avait habitués aux précédentes exposi-
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- tions. Elle n’avait plus à présenter au public un chef-d’œuvre comme, en 1855 , son Imitation de Jésus-Christ, et, en 1862, ses Saints Evangiles; mais son exposition offrait un ensemble parfait. On n’y rencontrait qu’un seul ouvrage de luxe nouveau : les OEuvres complètes de Molière, 5 volumes grand in-8°, remarquables par la netteté du caractère, la pureté de l’impression, la beauté du papier et une correction irréprochable.
- La situation de notre grande imprimerie officielle, par suite des tendances et des aspirations de l’époque, est des plus délicates. Elle ne saurait être, comme la fabrique des papiers de l’Etat en Russie ou l’imprimerie du gouvernement au Japon, l’instrument accepté et jamais discuté d’un pouvoir absolu. Reconstituée dans les dernières années de la Révolution, et plus tard organisée, par une série d’Ordonnances, pour être la grande manufacture des impressions de nos administrations publiques, elle a été, depuis sa reconstitution, l’objet de critiques jamais satisfaites et toujours renouvelées. Le vœu de l’industrie privée, que nous ne saurions ne pas exprimer ici, serait que l’Etat cessât de faire lui-même ses impressions administratives, et que l’Imprimerie nationale redevint ce qu’elle était sous Louis XIII, un établissement en quelque sorte scientifique, un conservatoire et un musée de l’art typographique.
- Telle qu’elle est, cependant, l’Imprimerie nationale est notre plus bel établissement typographique. Elle a pu s’attacher par ses institutions de retraite et de prévoyance un personnel d’élite. Quant aux réformes que l’on voudrait y voir introduire, il serait prudent, avant de toucher à ce qui est, d’avoir un plan bien arrêté pour substituer les innovations au résultat de plusieurs siècles de travail et d’étude. Il faudrait maintenir ce que l’Imprimerie nationale a de bon et trouver le moyen de conserver à la France, sans faire de nouveaux sacrifices, un établissement qui puisse tout à la fois, comme on le désire et comme l’Imprimerie nationale essaye de le faire, être notre arsenal typographique le plus complet, l’agent discret et fidèle du Gouvernement, et par-dessus tout le conservateur des saines traditions du goût, de l’élégance et de la correction qui ont fait la réputation de la vieille typographie française.
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- LES GLANDES MEDAILLES.
- Deux hautes récompenses seulement ont été accordées à la classe t). Le jury les a décernées aux deux maisons qui se sont le plus distinguées, l’une par la propagation des œuvres littéraires, l’autre par la propagation des œuvres d’art. Qu’il nous soit permis, toutefois, de citer avant toutes autres la maison qui a su conquérir depuis longtemps la renommée la plus incontestée.
- La maison Mame n’avait aucune récompense à envier. Elle était hors concours, son chef faisant partie de la Commission supérieure; mais nous ne saurions oublier de lui donner la première place, qui lui est si légitimement due.
- Nous n’avons en France aucun établissement qui présente au meme degré la réunion de tout ce qui constitue une grande industrie et une harmonie aussi parfaite dans les conditions sociales du personnel qu’elle emploie.
- Non seulement la maison Mame vend le livre, mais encore elle peut le fabriquer de toutes pièces sans le concours d’aucun intermédiaire: papier, composition, tirage, gravure, brochure, reliure, tout peut sortir de son propre fonds. Elle reste néanmoins quelquefois et volontairement tributaire de l’extérieur, et Ton peut s’en étonner à juste titre, pour certaines fournitures, comme le papier et la fonte, et pour certains travaux artistiques, ne voulant pas se priver des avantages qu’elle peut trouver et utiliser en dehors d’elle.
- Pendant longtemps, se renfermant dans la fabrication des ouvrages classiques et de piété, ces sources presque intarissables d’une grande production typographique, la célèbre maison de Tours était arrivée, grâce à sa belle organisation, à faire si bien et â
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- Gr. il. des prix si peu élevés, qu’elle s’était créé un monopole à l’abri de toute concurrence.
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- Devenue riche et puissante, elle eut une ambition plus haute, et, dès 1855, elle produisait à l’Exposition le chef-d’œuvre de typographie : La Touraine. Depuis cette époque, toujours soucieuse d’accroître sa réputation, elle a étendu sans cesse le domaine de scs travaux, suivant les goûts du public, profitant de tous les progrès de la science, mais sachant aussi ne pas franchir les limites en dehors desquelles on ne saurait concilier ces deux qualités essentielles : la simplicité et l’élégance de la forme.
- Depuis 1867, déférant au vœu de ceux qui souhaitaient de lui voir imprimer les œuvres les plus remarquables de la littérature moderne, la maison de Tours a entrepris sa belle collection des Chefs-d’œuvre de la langue française, avec gravures à l’eau-forte de Foulquier. Se faisant aussi l’interprète du sentiment public, qui veut aujourd’hui que, dans les illustrations aussi bien que dans les textes, la science et la vérité remplacent la fiction et la fantaisie, elle a soumis à l’appréciation des amateurs éclairés le Charlemagne, le Saint Louis et la Sainte Elisabeth de Hongrie. Ce sont des spécimens du plus haut intérêt de l’alliance de la chromolithographie avec les gravures et les eaux-fortes, qui est de plus en plus dans le goût du jour.
- La maison Marne compte parmi ses collaborateurs des artistes comme Giacomelli, Foulquier et Hallez, et elle sait, dans ses livres, tempérer le luxe obligatoire mais un peu tapageur de notre temps, par une sévérité qui n’exclut point la grâce.
- Nous regrettons de ne pouvoir sortir de notre domaine, pour parler comme il conviendrait de l’atelier de reliure, qui, parmi tous ceux de la maison Marne, est certainement le plus curieux. Les volumes reliés en maroquin du Levant, en cuir de Russie, avec marqueteries en cuir de Cordoue et riches mosaïques, ont bien dit au passant, dont ils flattaient la vue, tout ce qu’on peut faire dans cet atelier, mais ils ne sauraient lui donner une idée de la ruche merveilleuse où tant de jolies choses se manufacturent.
- Où 1 es limites qui nous sont assignées sont plus étroites encore, c’est lorsqu’elles placent en dehors de notre examen les in-
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- stitutions de prévoyance de cet important établissement: crèches, Gr. n. asiles, écoles, ouvroirs, caisse de retraite et caisse de participation.
- Dire que la maison Marne produit, en moyenne, 20,000 volumes par jour, c’est dire ce qu’est son chef. M. Alfred Marne est plus qu’un industriel et un commerçant, c’est un homme de bien et un réformateur. Il ne lui a pas suffi de faire des livres, il a toujours tenu à honneur de ne faire que de bons livres.
- Il ne s’est pas seulement préoccupé des progrès matériels à obtenir, mais il s’est inquiété surtout des progrès moraux et sociaux à réaliser. Aussi l’œuvre qu’il a édifiée est-elle solide et durable.
- M. Paul Marne, que son père a associé depuis longtemps à ses travaux, a contribué dans une large mesure aux progrès réalisés par la maison dans ces dernières années. Les petits-fils du grand industriel en feront autant à leur tour, et nous sommes assurés de ne jamais voir péricliter, grâce à la force de son organisation excellente, un établissement qui est une des gloires de notre industrie nationale.
- La Librairie Hachette et C‘e est la plus vaste qui existe. Comme la maison Marne, elle a pris pour devise : Instruire.
- Ici l’on ne fabrique pas, on n’a pas à compter sur ses propres forces; mais le mérite incontestable est de savoir tirer le meilleur parti possible des ressources incalculables qu’offre ce laboratoire unique au monde, qui s’appelle Paris. La maison Hachette est, de toutes les librairies, celle qui a su étendre le plus loin ses relations. Artistes, savants, industriels, tous ceux que Paris compte parmi les plus instruits ou les plus habiles, elle en a fait ses collaborateurs fidèles et dévoués.
- Depuis l’Exposition de 1867, la librairie Hachette n’a pas édité moins de 1,660 volumes, qui se décomposent ainsi : 1 k grands dictionnaires, 921 ouvrages d’enseignement, 38 guides et itinéraires, 1 1 5 ouvrages de littérature, 121 romans, et enfin 371 publications illustrées.
- Le chiffre annuel de ses ventes n’est pas inférieur à 15 millions de francs, et elle expédie 18,000 colis chaque mois sur tous les points du globe. Elle occupe 3oo employés; elle a de plus
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- Gr. II. 7oo personnes utilisées dans son entreprise des bibliothèques dé chemins de fer, et 260 dans les ateliers d’assemblage et de carlon-nage qu’elle vient d’édifier tout nouvellement, et où elle a installé des appareils perfectionnés.
- Une organisation si importante est nécessitée par un courant d’affaires chaque jour plus considérable, et les cinq associés qui dirigent la maison : MM. Breton, Emile Templier, G. Hachette, Fouret et Armand Templier, peuvent, grâce à l’étroite solidarité qui les unit, satisfaire aux exigences d’une entreprise aussi vaste et aussi complexe.
- La publication d’une encyclopédie universelle aussi complète que la collection des grands dictionnaires, dont l’œuvre capitale est le Dictionnaire Littré, témoigne d’une puissance difficile à rencontrer ailleurs. Dans l’enseignement primaire aussi bien que dans l’enseignement spécial, dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, la maison Hachette offre à nos écoles un arsenal d’une richesse inépuisable.
- Sa collection des Grands écrivains de France, dont la haute valeur a été consacrée par l’Académie française, a pour pendant ses innombrables publications historiques et géographiques.
- Parmi ces dernières, nous ne saurions passer sous silence une œuvre capitale, Le Tour du Monde, recueil de voyages et d’explorations, dans lequel de nombreuses illustrations ajoutent un charme nouveau a l’intérêt du récit. Jamais le précepte d’instruire en amusant ne trouva d’application plus féconde.
- Nous nous faisons un devoir de signaler, dans un autre genre, Le Journal de la Jeunesse. Son titre indique le but que se sont proposé ses éditeurs : mettre entre les mains des jeunes gens une œuvre attrayante, où fût néanmoins rigoureusement observée cette maxime d’un ancien : «On doit respecter par-dessus tout l’esprit de l’enfant. » MM. Hachette ont réalisé en ce sens, avec leur journal, plus qu’on n’eût osé l’espérer, et l’on ne saurait trop les féliciter du légitime succès de cette publication, éminemment morale.
- Au reste, tout ce qui sort de la maison Hachette et C,e, qu’il s’agisse d’une œuvre historique aussi considérable que l’édition des Mémoires de Saint-Simon, ou d’une colleclion aussi attrayante que
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- la Bibliothèque rose, destinée aux enfants, tout est fait avec un soin égal et concourt à maintenir la réputation d’une maison qui pourrait écrire sur son blason : «Ne rien faire que de bien. »
- Rappelons en outre que les publications de grand luxe, si goûtées de nos jours et si recherchées au moment du jour de l’an, ont eu les chefs de celte importante maison pour créateurs. En tête de ces publications se placent Les Evangiles, qui ont figuré déjà aux expositions de Vienne et de Philadelphie, qui partout ont été considérés, aussi bien que La Touraine, comme un chef-d’œuvre typo-gra ' tue, et qui sont, avec la collection des Grands écrivains de France, un des principaux titres de gloire de la maison Hachette.
- A l’Exposition de 1878, la bibliothèque de la maison Hachette nous montrait une collection choisie des chefs-d’œuvre de la littérature ancienne, mais, à côté d’eux, nous trouvions aussi les noms des savants et des littérateurs contemporains. C’est là que nous avons compris le secret de la vitalité d’une maison qui suit pas à pas les progrès de la science et les fluctuations si délicates du goût et de la mode.
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- La maison Goupil est incontestablement celle qui a le plus contribué à la propagation des œuvres d’art. Depuis un demi-siècle, elle a fait connaître dans le monde entier le nom de nos peintres, de nos dessinateurs, de nos graveurs, et elle les a fait aimer.
- Londres, New-York, Berlin, La Haye, Vienne, Bruxelles, ont vu tour à tour s’implanter chez elles et y prendre droit de cité des succursales de la puissante maison de Paris, qui y importait, en même temps que les tableaux de nos meilleurs peintres, des reproductions et des collections d’estampes qui restaient sans rivales.
- Gravures au burin, à l’eau-forte, à l’aqua-tinta et à la manière noire, lithographie et photographie, elle s’est servie de tous les procédés de reproduction pour atteindre le but qu’elle se proposait.
- Les sujets historiques, militaires ou religieux, touchant de plus près au grand art, aussi bien que les scènes de genre et les paysages les plus gracieux, la maison Goupil s’est appliquée à tout rendre, et elle a tenu non seulement à composer des œuvres magistrales accessibles aux grandes fortunes seules, mais aussi à vul-
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- Gr. n. gariser et à populariser toutes ses reproductions en les mettant à la portée des bourses les plus modestes. Elle a pensé, avec raison, que, parmi les admirateurs des œuvres artistiques, les plus humbles n’étaient pas toujours les moins fervents, et que c’était faire œuvre saine et utile que d’instruire par les yeux et de répandre le goût du beau dans toutes les classes.
- Préoccupée d’assurer la supériorité de ses reproductions par une excellente exécution, la maison Goupil a installé à Asnières, aux portes de Paris, un bel et vaste atelier qu’elle a placé sous la direction de M. Rousselon. C’est là que, sous l’œil exercé de cet excellent praticien et par d’habiles ouvriers, sont exécutés les tirages des gravures et des tailles-douces que connaissent tous les amateurs d’œuvres d’art. Là s’exécutent en partie ces cours de dessin si remarquables que la ville de Paris a adoptés pour ses écoles et que le South Kensington Muséum de Londres a prescrits pour tous les établissements placés sous son patronage. Là se font ces photographies et ces photogravures qui sont appelées à faire une révolution dans l’art de la reproduction.
- Devenus en 1867 propriétaires du procédé Woodbury, qui remplace si avantageusement la photographie, les directeurs de l’atelier d’Asnières ont été des premiers à comprendre tout le parti que l’on pouvait tirer des progrès de l’art photographique pour la propagation des œuvres d’art. Aussi se sont-ils appliqués à développer les applications de la photogravure, qui consiste à obtenir, à l’aide de la lumière seule et sans morsure, la reproduction fidèlement gravée sur cuivre cl’un tableau, d’un dessin ou d’un objet quelconque, et à faire ensuite sur cette planche ainsi gravée des tirages en nombre illimité.
- Le diplôme des récompenses de l’Exposition universelle de 1878 avait été exécuté par ce procédé dans l’atelier d’Asnières.
- Dans la voie nouvelle où il est entré, l’atelier d’Asnières peut nous donner de merveilleuses productions; mais nous ne saurions oublier que la maison Goupil demandait autrefois au burin des gravures dont la perfection n’a pas encore été dépassée. Nous faisons des vœux pour que MM. Goupil père et fils, MM. Boussod et Valadon, les chefs actuels de la maison Goupil, continuent à
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- maintenir à l’étranger, comme ils l’ont fait jusqu’à ce jour, la su- Gr. n. périorité de nos reproductions artistiques.
- Le jury, en mettant la maison Goupil à côté de la maison Hachette, a tenu à faire une place d’honneur à nos artistes et à leurs plus fidèles interprètes.
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- CHAPITRE IV.
- LES IMPRIMEURS-ÉDITEURS.
- Nous parlerons tout d’abord de quelques-unes ries maisons qui fabriquent elles-mêmes les livres qu’elles vendent, non pas que la classification des diverses catégories d’industriels soit aussi absolue que celle que nous allons présenter, mais parce qu’il nous semble que les maisons qui ont su maintenir dans un bon équilibre leur double organisation industrielle et commerciale ont un double mérite.
- Nos éditeurs français, presque tous Parisiens, ne fabriquent pas eux-mêmes leurs livres.
- Les imprimeurs parisiens, frappés des désavantages de leur situation de simples façonniers, ont maintes fois tenté, presque toujours sans succès, il faut le reconnaître, de s’affrancbir de tuteurs qui leur prenaient le plus clair des revenus de leurs travaux.
- Les plus grandes imprimeries, celles de Chaix et Dupont par exemple, en sont arrivées à n’avoir que des librairies étroitement renfermées dans quelques spécialités. D’autres, comme Lahure, ont déserté insensiblement la lutte, et leur librairie s’est fondue rapidement.
- Ce sont là des faits qui semblent inexplicables, vu la situation anormale de l’imprimeur par rapport à l’éditeur, mais ce sont des faits.
- L’imprimeur, abandonné aujourd’hui entre l’éditeur, qui n’a d’autre préoccupation que de satisfaire le 1 par le bon marché , et l’ouvrier, dont les exigences croissent chaque jour par suite des nécessités de la vie, reste absolument désarmé et impuissant, sans avoir aucun moyen de maintenir une proportion rationnelle entre les frais de main-d’œuvre et le prix auquel il livre l’objet fabriqué.
- L’imprimeur-éditeur évite l’écueil, mais, dans la pratique, il faut reconnaître qu’il lui est assez difficile de donner parallèle-
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- ment un grand développement à sa double industrie. Dans la plupart Gr. il des cas, l’imprimerie n’est plus que le simple atelier de l’éditeur d’une spécialité. Seul, M. Marne offre l’exemple d’un accroissement considérable, et encore son imprimerie, qui ne compte que 3o machines, est-elle bien inférieure, comme puissance de production, à nos grands ateliers de labeurs et de travaux administratifs.
- La maison Firmin-Didot reste encore hors de pair parmi les imprimeurs-éditeurs. Les évolutions et les modifications qu’a subies cette maison mère de la typographie française, qui est dirigée aujourd’hui par M. Alfred Didot et M. Magimel, son cousin, sont des plus intéressantes à étudier. Elle a eu à sa tête une pléiade d’hommes illustres, qui ont plus accompli que personne pour les progrès de l’art typographique, et pas une maison n’a fait autant de semailles heureuses et fécondes dans le sol si fertile de notre pays.
- De même que les trésors de l’incomparable bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot, dispersés sous le feu des enchères, ont suffi à enrichir les bibliothèques de France et de l’étranger, de même on peut dire que les typographes d’élite qui se sont formés dans les ateliers de la maison ont contribué à former le noyau de nos meilleurs établissements.
- La célèbre maison Didot semble s’être donné surtout pour mission de former des hommes. En parcourant la liste des ouvrages quelle a publiés ou réédités depuis 1867, on dirait qu’elle a toujours été plus préoccupée de soutenir les traditions d’un passé glorieux que de prendre une grande part au mouvement commercial de l’époque.
- Un grand ouvrage d’art, 39 publications diverses, 57 collections formant des bibliothèques spéciales et 61 publications périodiques, voilà ce qu’elle a produit depuis 1867. La plupart de ces œuvres, comme par exemple Paris à travers les âges, sont pour le lecteur d’un haut intérêt, et offrent des spécimens d’impression soignée; elles constituent de plus, pour l’histoire artistique de notre pays, en même temps que pour ses transformations successives, une série de documents précieux.
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- Après cette collection d’ouvrages d’art, il paraît presque superflu de parler de deux importantes publications, exceptionnelles chacune dans son genre, Y Annuaire du Commerce, si connu sous le nom de Didot-Bottin, et La Mode illustrée, le plus répandu des journaux après ceux de la petite presse à cinq centimes. A côté d’eux existent encore deux publications également estimées, La Chasse illustrée et Le Maître de musique.
- La librairie Didot a son siège à Paris, mais son imprimerie est au Mesnil-sur-l’Estrée, dans l’Eure, département où sont installées ses grandes papeteries, qui fabriquent chaque année 4 millions de kilogrammes de papier. Actuellement, son imprimerie, qui pourra devenir l’un de nos plus grands établissements typographiques, occupe déjà i3 machines et 2 5o personnes. Chose particulière, presque tout le personnel est composé de femmes. Ce sont ces ouvrières qui, ne sachant pas un mot de grec, ont composé le Thésaurus grœcœ linguœ, cette vaste encyclopédie à laquelle ont travaillé tous les savants de l’Europe, et qui est une œuvre de haute typographie.
- Autrefois l’art typographique semblait seul en honneur chez les Didot, où, sous les Fournier et les Théotiste Lefèvre, ce vénéré doyen de notre corporation, il était entouré d’un culte tout à fait exceptionnel; mais aujourd’hui la maison Didot semble avoir aussi tourné ses faveurs vers la lithographie. Ils lui ont installé un atelier à Paris, et là, sous la direction d’un artiste aussi habile qu’érudit, M. Racinet, se continue l’œuvre si brillamment commencée
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- par la publication du Moyen Age et de la Renaissance.
- M. Racinet s’est donné pour mission de reproduire avec une fidélité scrupuleuse les documents pouvant servir aux études historiques. Il a montré son goût et son vif sentiment de l’antique dans les belles compositions qui ornent l’édition de L’Ane d’or d’Apulée. Il a rendu aux arts décoratifs, par la publication de U Ornement polychrome, un service justement apprécié dans tous les pays. C’est lui qui a dirigé l’exécution des planches de La Céramique japonaise.
- Ces œuvres merveilleuses ornaient avec éclat le salon d’exposition de MM. Didot et témoignaient hautement des mérites d’une
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- maison qui n’en est plus à compter les progrès dont lui est rede- Gr. il vablc l’art typographique.
- La maison E. Plon et C1;' est de celles qui ont cherché avec le plus de succès à s’affranchir de la tutelle des éditeurs, et cependant elle a encore recours à eux, aussi bien qu’aux administrations particulières, pour alimenter ses presses.
- Son fonds de librairie s’augmente insensiblement depuis 1867.
- On y trouve toujours, à côté de la Collection des classiques français, in-32 colombier, commencée alors, la collection si importante et si coûteuse des Chartes et des Archives nationales, in-4° jésus, tels que le Trésor des Chartes de France et le Recueil des actes des parlements de Paris.
- La Bibliothèque historique, composée de plus de 3oo volumes format in-8° colombier, s’est complétée par une série d’intéressantes publications sur les événements de 1870-1871 et par de nombreux documents diplomatiques.
- La Bibliothèque des voyages s’est doublée de la Bibliothèque des romans, et, à côté de ces deux attrayantes collections, la maison Plon a mis au jour nombre de livres de piété, d’histoire, de jurisprudence. Comme on le voit, elle touche un peu à tous les genres, sans faire d’aucun sa spécialité, et dans tous ses travaux elle apporte un soin égal.
- Nous ne parlerons que pour mémoire de la série des Almanachs, qui doit être plutôt considérée au point de vue de l’édition que de la typographie, comme toutes les œuvres de ce genre, essentiellement éphémères, et nous constaterons que si, dans l’exposition de M. Plon, aucun ouvrage ne se fait remarquer par les qualités exceptionnelles qui font un chef-d’œuvre, tous également portent la marque d’une excellente fabrication. Nous pouvons regretter que la maison Plon ait abandonné presque complètement la chromotypographie , ce genre dans lequel elle s’était créé une spécialité où personne ne l’a remplacée ; mais tous les typographes ont parcouru avec plaisir les ouvrages composés avec les caractères classiques de Jules Didot, dont quelques lettres gagneraient cependant à être rajeunies, et se sont plu à rendre justice à un établissement
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- Gr. il. dont la réputation, depuis un demi-siècle, a été consacrée par le succès.
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- D’autres imprimeurs-éditeurs s’adonnent à des spécialités dont ils ne sortent guère. Tels sont les Delalain et les Belin , dont toutes les publications se rapportent à l’enseignement.
- Leurs imprimeries ne travaillent que pour leurs librairies. Les deux fils Delalain continuent à soutenir la vieille renommée de la librairie de la rue des Ecoles, que leur père, un homme de bien par excellence, avait solidement établie, en la faisant reconnaître par tous comme une des premières librairies classiques.
- M. Belin mérite une mention spéciale, car personne ne se fût douté, en rencontrant ses expositions dans quatre classes différentes, que son imprimerie, établie à Saint-Cloud, avait été complètement détruite pendant l’invasion allemande. En neuf ans, il a non seulement réédifié son imprimerie, mais encore reconstitué entièrement ses collections de classiques, et ce résultat, dû à une volonté persévérante, mérite d’être signalé.
- La maison Dumaine a une autre spécialité, celle des travaux militaires pour les différents services des Départements de la guerre et de la marine. Elle se distingue par la bonne organisation d’un atelier qui lui permet d’exécuter avec une rapidité exceptionnelle tous les travaux du Ministère de la guerre. Parmi ses principales publications figurent le Journal militaire officiel, le Journal des sciences militaires ,\e Bulletin bibliographique militaire, le Bulletin de la Société de topographie, les innombrables états et registres nécessaires à nos établissements militaires.
- D’autres encore, comme E. Lacroix, ont la spécialité des ouvrages relatifs à la science de l’ingénieur et aux arts et métiers, ou, comme Mme Ve Bouchard-Huzard, de quelques éditions d’agriculture et d’borticulture.
- Mais souvent les publications de ces maisons, intéressantes par les sujets quelles traitent et le public auquel elles s’adressent, n’offrent qu’un intérêt secondaire au point de vue de l’art typographique.
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- Deux imprimeurs-éditeurs méritent de fixer l’attention ; ce sont Gr. n. MM. Jouaust et Gauthier-Villars.
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- Si ce dernier nous montre ce que peut l’art typographique, lorsqu’il se renferme dans toute son austérité, le premier nous indique avec quelle souplesse il peut se plier aux caprices de la mode.
- M. Jouaust n’a point créé une spécialité; mais avec les Lemerre et d’autres éditeurs, hommes de goût, il a entrepris de donner une grande extension à un genre fort contesté, celui de l’impression en caractères elzéviriens.
- Le succès qui a répondu à ces tentatives est un sujet de profonde surprise pour les étrangers; mais il est à présumer que l’extension même que l’on a voulu donner dans ces dernières années à l’emploi des types elzéviriens sera suivie d’une réaction salutaire.
- Autant ces élégants caractères, imités des modèles du xvi° siècle, se trouvaient à leur place dans quelques œuvres dont ils tendaient à rétablir la véritable physionomie, autant leur emploi à tout propos dans des ouvrages contemporains est un véritable abus, en même temps qu’un anachronisme.
- Les caractères modernes, sévères et élégants, propagés par les Didot et par nos habiles graveurs ne sauraient être remplacés par ces caractères d’un dessin tourmenté, où les déliés n’existent pas.
- Ce retour au passé peut plaire aux amateurs d’antiquité, mais ne saurait être le résultat que d’un caprice et d’un engouement passager du public.
- M. Jouaust imprime lui-même ses éditions, qui se font remarquer par un emploi judicieux de gravures à l’eau-forte introduites dans le texte. Ses efforts soutenus depuis 1867 pour donner à ses publications un cachet de bon goût et de bonne fabrication justifient amplement la faveur avec laquelle on accueille toutes ses productions. M. Jouaust nous a montré combien la typographie pouvait être agréable. M. Gauthier-Villars, hors concours comme membre du jury, nous montre combien elle peut être utile, en rendant plus facile, grâce à l’excellent emploi qu’il a fait de ses ressources, la reproduction des travaux les plus ardus de la science.
- Le progrès est rendu matériellement saisissable lorsque l’on compare, comme on pouvait le faire à la vitrine de M. Gauthier-Classe 9. 3
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- Gr. n. Villars, un ancien ouvrage d’études algébriques avec l’un de ceux qui se font aujourd’hui. Nous ne pensons pas que l’étranger possède une meilleure imprimerie spéciale pour les mathématiques. L’Académie des sciences, l’Observatoire,.le Bureau des longitudes, l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure trouvent dans M. Gauthicr-Villars, non seulement un imprimeur qui sait faire exécuter leurs travaux, mais encore un savant qui sait les interpréter.
- Les Œuvres ch Laplace, les OEuvres de Lagrange, le bel ouvrage du P. Secchi, Le Soleil, et tant d’autres, sont là pour attester que, si ardues que soient les difficultés de la spécialité à laquelle s’est voué M. Gauthier-Villars, il n’a jamais perdu de vue qu’il ne pouvait en maintenir la supériorité qu’en faisant remarquer tous les ouvrages par une composition intelligente, une correction irréprochable et un tirage très soigné.
- Au nombre des imprimeurs-éditeurs peut encore figurer la Société de publications périodiques. Cette société, fondée par M. Panckoucke, sous le nom de Société du Moniteur et de l’Encyclopédie méthodique, a pris, sous la direction de M. Paul Dalloz, un développement considérable, qui en fait une de nos plus vastes et de nos plus actives usines typographiques.
- Cette maison n’est pas seulement une maison d’édition proprement dite, mais, en contact direct avec le public par les nombreux journaux qu’elle publie, elle livre chaque jour à la consommation une valeur équivalente à des milliers de volumes. Elle n’est pas seulement un atelier d’imprimerie, mais encore de lithographie, de gravure et de photographie. Tous les arts graphiques, sans exception, ont asile chez elle et y sont également utilisés; aussi ne reste-t-elle étrangère à aucun des progrès que chaque jour voit s’accomplir.
- Nous aurons l’occasion de parler des journaux que publie la maison Dalloz, et particulièrement du Monde illustré; mais il est des faits qui sautent aux yeux de tous : en typographie, a-t-on mieux fait, comme gravure, que Les Mois ou Ailes et fleurs, dessinés par Giacomelli?
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- En photochromie, on n’a pas jusqu’à ce jour dépassé les appli- Gr. II. cations faites par M. Vidal dans le Trésor artistique de la France et l’Histoire générale de la Tapisserie. Si ces essais ne sont pas encore entrés de plain-pied dans le domaine de la pratique, iis ne méritent pas moins d’être considérés comme des expériences très remarquables et pleines de promesses.
- C’est la première fois que la Société de publications périodiques prenait part à une exposition universelle. Tout le monde connaît la puissance de production de cette vaste entreprise; on sait avec quelle ardeur et au prix de quels sacrifices on s’y livre à des recherches et à des études intéressant notre art. Le peu d’apparence de son exposition au palais du Champ de Mars ne pouvait donner qu’une idée très incomplète des ressources de cette importante maison, qui mérite, à tous les titres, d’être classée au premier rang.
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- CHAPITRE V.
- LES IMPRESSIONS ADMINISTRATIVES À PARIS ET EN PROVINCE.
- Deux courants principaux alimentent nos industries typographiques et lithographiques : les livres et les impressions administratives. Nous ne parlons que pour mémoire des journaux, dont la production tend à devenir aussi abondante à elle seule que toutes les autres réunies, et, en ceci, nous faisons un peu comme les exposants du Champ de Mars, pour qui l’absence d’une exposition spéciale de tous les journaux n’avait point paru une lacune dans la classe 9.
- Les imprimés administratifs, qu’ils s’adressent aux services relevant de l’Etat, aux sociétés linancières, commerciales ou industrielles, sont tellement abondants qu’ils forment l’un des revenus les plus sérieux de l’imprimerie.
- En province, aussi bien qu’à Paris, l’imprimeur commence par chercher, dans ces travaux qui se renouvellent sans cesse, un aliment régulier pour ses presses. Imprimeur de la Préfecture, de l’Evêché, des Administrations municipales, sont des titres recherchés. Un jour, l’imprimeur s’affirme et se révèle par une publication d’archéologie locale, faite avec un soin tout particulier sur magnifique papier, avec caractères spéciaux; mais, s’il tient à montrer par cet acte que son atelier, aussi bien qu’un autre, est capable de faire un beau livre, il n’en réserve pas moins ses préférences pour son journal et pour les impressions administratives et industrielles. Dans ces travaux, il a l’avantage d’être en contact direct avec le consommateur. Ici pas d’intermédiaire. L’imprimeur traite directement avec le client, et quelquefois le léger bénéfice qu’il réalise sur la fourniture du papier suffit à lui assurer un gain qu’il ne réalise pas toujours avec les livres qu’il fabrique pour un éditeur.
- Cela explique comment les imprimeries qui se sont lancées har-
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- diment dans le grand courant des impressions administratives ont Gr. n. une existence plus large et plus brillante que beaucoup d’autres.
- On en voit qui, en moins d’un demi-siècle, ont pris des développements extraordinaires. Moins préoccupées de lutter pour le gain de chaque jour qui doit assurer l’existence, elles montrent un souci plus grand de leur organisation intérieure et du bien-être de leurs ouvriers.
- A Paris, deux établissements d’impressions administratives appellent particulièrement l’attention : Chaix et Dupont.
- En province, c’est Berger-Levrault dans l’Est, L. Danel au Nord, Oberthur dans l’Ouest, tous noms que nous avons retrouvés à l’Exposition de 1878, et qui sulliront à eux seuls à nous fixer sur l’importance des imprimeries qui s’occupent de cette catégorie spéciale de travaux. Mais, à côté de ces noms, combien d’établissements de deuxième ordre, aussi bien outillés que pas une de nos grandes imprimeries de labeurs, et qui vivent en province des impressions fournies soit à un chemin de fer, soit aux administrations ou aux grandes industries locales !
- Presque toutes ces maisons font un usage simultané de la typographie et de la lithographie, qui est une exigence même de la nature du travail, et il est à remarquer aussi que la plupart, ayant besoin d’un matériel et d’un fonds de roulement considérables, ont demandé à l’association la force qui leur était nécessaire.
- Chaix, Berger-Levrault et Dupont ont publié chacun à l’Exposition universelle un historique très complet de leurs établissements. Ces notices, particulièrement celles de Chaix et de Berger-Levrault, resteront comme des documents utiles à consulter.
- L’établissement de la Société A. Chaix et C"', imprimerie et librairie centrales des chemins de fer, est celui qui a été visité de la manière la plus suivie par les étrangers venus à Paris à l’occasion de l’Exposition. Il est incontestablement le mieux installé, et si le bâtiment dans lequel se trouve l’imprimerie, au lieu d’être enserré par les maisons voisines, était dégagé et pouvait s’étendre, en recevant le jour de côté aussi bien que d’en haut, il serait le modèle le plus accompli d’une excellente installation.
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- Il y a là 48 machines mues par la vapeur et 17 presses à bras, sans compter de nombreuses machines spéciales pour la gravure, le numérotage et le timbrage des titres, le satinage, le brochage, etc.
- La maison occupe 450 hommes, 70 femmes et 80 enfants.
- Celte immense usine, qui avait été créée en 1 845 par M. Napoléon Chaix, pour centraliser, comme l’indique son titre, les impressions des chemins de fer, est sortie souvent d’une spécialité dans laquelle elle trouve néanmoins son principal aliment. Elle a été des premières à satisfaire aux exigences de nos grandes sociétés financières. Dans l’établissement des papiers-valeurs, des actions, des obligations, dont elle a fait souvent de véritables œuvres d’art, elle a su déployer toutes les ressources des arts graphiques. Dans la composition des modèles administratifs aussi bien que dans l’impression des travaux courants et d’un grand nombre de feuilles périodiques, elle a fait preuve d’une puissance de production remarquable.
- Bien que les travaux administratifs soient évidemment la spécialité de l’imprimerie Chaix, M. Chaix a tenu à prouver qu’un volume supérieurement exécuté pouvait sortir de sa maison. Le livre qu’il a produit à l’occasion de l’Exposition, et qui donnait dans une suite de notices intéressantes une idée exacte des développements de sa maison, indépendamment de l’intérêt puissant qu’il offrait, pouvait être présenté comme une œuvre typographique remarquable.
- La librairie centrale des chemins de fer, qui a été installée à côté de ses ateliers, reste spéciale et se meut dans un cercle de publications assez restreint. Mais où la maison a su rester sans rivale, c’est dans ses institutions ouvrières et dans l’organisation de son école professionnelle (1).
- Les précautions les plus minutieuses sont prises partout contre les accidents, et nulle part l’ouvrier n’est entouré d’une aussi constante sollicitude. Une institution de participation aux bénéfices forme
- (1) Cette branche importante de l’imprimerie Chaix étant plutôt du domaine de la classe 6, nous avons dû, avec regret, nous borner à une courte notice, qui ne peut donner qu’une très faible idée d’une organisation qu’on peut, à coup sûr, recommander comme un modèle à tous les hommes compétents.
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- une épargne aux ouvriers, et les prélèvements déjà faits s’élevaient, Gr. n. en 1877, à plus de 3oo,ooo francs. D’autre part, une école pro-fessionneJle, exceptionnellement organisée et dirigée par des professeurs d’élite, forme chaque année, pour l’établissement, une pépinière d’excellents ouvriers.
- Cet ensemble concourt à faire de la maison A. Chaix et C10 un établissement hors ligne.
- L’imprimerie Berger-Levrault et C10, de Nancy, avec un personnel presque aussi nombreux que celui de l’imprimerie Chaix, présente l’exemple d’une organisation aussi parfaite.
- En pensant à cet établissement, nous ne saurions nous défendre d’un sentiment de légitime orgueil. La vieille maison strasbourgeoise, en présence de l’invasion de 1870, s’est transportée tout d’une pièce à Nancy, exécutant ainsi, avec un acte de haut patriotisme, un véritable tour de force matériel. Elle y a fondé un établissement modèle, où s’est empressée de la suivre une clientèle quelle n’avait pas abandonnée, même pendant les jours les.plus néfastes. A l’un des associés de la maison, M. Norberg, connu depuis longtemps comme un praticien émérite, revient pour une grande part l’honneur de cet acte exceptionnel dans les annales de l’imprimerie, aussi honorable pour la maison qui l’a accompli que flatteur pour le pays qui l’a inspiré.
- La maison Berger-Levrault et Cie approvisionnait depuis longtemps nos grandes administrations financières, le ministère des finances, les trésoreries générales, les perceptions, et le soin exceptionnel quelle apportait dans ses travaux administratifs l’avait déjà signalée, dès 1867, comme n’ayant à redouter aucun parallèle.
- Le fini de la composition, même aux pages les plus compliquées, des tirages d’une couleur toujours égale et bien suivie, lui ont constitué, pour tous les travaux auxquels elle s’adonne, une spécialité où elle a su toujours briller par son mérite.
- Si l’on songe quelle a pu se présenter à l’Exposition de 1878, sans avoir déchu, bien au contraire, et cela après avoir subi non seulement tous les désastres de la guerre et de l’émigration, mais
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- même ceux d’un incendie qui avait éclaté en 187G dans ses ateliers, on ne sait ce que l’on doit le plus apprécier, de la vitalité de l’industriel ou de sa foi inébranlable dans un avenir plus heureux.
- La Société d’imprimerie et librairie administratives des chemins de fer, dont M. Paul Dupont est le fondateur et le directeur, est encore plus importante que les précédentes.
- Son personnel est plus nombreux et se compose de plus de 1,000 personnes. Les ateliers, qui couvrent tant à Paris qu’à Clicbv 23,8120 mètres de terrain, sont plus étendus. Elle emploie un plus grand nombre de machines et possède un matériel plus considérable qu’aucune autre imprimerie; mais, à en juger par ce qu’on a vu à l’Exposition, la qualité de ses productions n’est pas tout à fait en rapport avec l’importance d’un tel outillage.
- Déjà, en 1867, on leur reprochait de n’offrir rien de saillant; mais, en 1878, cette infériorité dans la qualité a été plus marquée. La maison exposait nombre d’ouvrages déjà anciens, et notamment les belles pages de l’Album Derriey, ce chef-d’œuvre typographique qui avait déjà paru en 18 5 5, et dont la comparaison avec certains travaux de nouvelle facture faisait regretter l’absence des Moulinet, des Maréchal et de ces excellents compositeurs auxquels la maison Dupont avait dû autrefois ses brillants succès.
- Un matériel de cinquante-quatre machines, de trente presses à bras, peut expliquer une puissance de production qui permettra à un établissement comme celui de la société Dupont d’imprimer des milliards de coupons et des centaines de mille d’obligations à bref délai, mais ne suffit pas à constituer un titre de mérite dans l’ordre industriel.
- Puissance oblige en industrie, et l’on doit plus attendre d’un établissement disposant d’aussi grandes ressources que d’aucun autre. Le jury, tout en constatant l’importance de la maison Paul Dupont, n’a pas rencontré dans les productions typographiques les éléments de satisfaction qu’il espérait y trouver.
- D’autres imprimeries administratives méritent une mention par-
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- liculière. A leur tête se place M. Jousset, qui nous montrait une Gr. n. collection très complète de ses travaux courants et, au milieu, ~ le Grand-Livre de la comptabilité de ïExposition de i8j8, qu’il avait imprimé par ordre de la Commission supérieure.
- L’imprimerie administrative de M. Jousset est une des plus anciennes et des plus estimées, et celle où furent employés pour la première fois les appareils de réglure adaptés aux presses, qui permettent de régler le papier en travers à l’encre grise pendant qu’il s’imprime en noir.
- Ici, comme dans tous les établissements de cette catégorie, il faut que l’imprimeur soit non seulement un praticien consommé, mais encore un administrateur susceptible de seconder ses clients dans l’interprétation des lois et des règlements qui les régissent; chez M. Jousset on rencontre ces deux qualités, qu’on trouve rarement réunies.
- C’était la première fois que M. Jousset exposait; mais, en dehors de lui, nous avions à constater de nombreuses abstentions, et, pour les quelques maisons importantes de province qui ont pris part au concours, on peut dire que leur exposition ne correspondait en rien à l’importance de leurs établissements.
- Dans ce nombre il faut compter M. L. Danel et M. Oberthur.
- L’imprimerie L. Danel, qui existe à Lille depuis la fin du xvii'1 siècle et dans la même famille, n’occupe pas moins de trente-trois presses mécaniques, vingt-six presses à bras et plus de quatre cents ouvriers. Elle couvre 4,678 mètres carrés.
- L’imprimerie Oberthur, à Rennes, emploie autant d’ouvriefs que celle de M. L. Danel, trente machines, vingt-sept presses à bras, et elle couvre une superficie de 5,ooo mètres carrés.
- Ces deux beaux établissements, reconstruits, l’un en 1871 et l’autre en 187/1, sont aussi complets, chacun dans son genre, que ceux que nous venons de citer. La typographie et la lithographie y sont également cultivées; les ateliers de gravure, de clichage, de brochage, y sont aussi fort bien installés.
- De même que dans les autres imprimeries administratives, les
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- Gr. n. institutions ouvrières y sont la préoccupation constante des chefs de maison.
- La vie industrielle est, dans ces ateliers, d’une activité extraordinaire, et, tandis que M. Danel couvre la France d’étiquettes et d’impressions commerciales, on peut dire que M. Oberthur l’inonde de calendriers, d’almanachs à effeuiller, d’agendas et d’enveloppes, tous travaux qui n’excluent pas la fabrication de bons imprimés administratifs et de quelques livres.
- La maison L. Danel se fait remarquer particulièrement par le soin quelle apporte à ses travaux; elle a déplus une spécialité pour laquelle elle reste sans rivale en France : c’est l’impression dite à la Congrève, pour les étiquettes en couleur.
- La vitrine de son exposition ne renfermait même que des spécimens de cette partie de ses travaux, à l’exclusion de tous autres. Ses procédés spéciaux lui permettent de ne pas mouiller le papier et d’appliquer une couche en couleur dix fois plus épaisse que ne le fait la lithographie, ce qui donne une solidité et une vivacité de tons qui est fort recherchée.
- A côté des étiquettes ainsi produites et d’une série d’imitations d’anciennes reliures, exécutées en chromotypie et absolument remarquables, M. L. Danel avait tenu à donner, comme spécimen de son savoir-faire en chromotypographie, un livre in-8° jésus i ntitulé : Voyage dans un grenier.
- Cet ouvrage, aussi soigné dans son exécution qu’original dans sa forme, eût suffi à classer M. L. Danel au rang qu’occupaient autrefois les Silbermann. La première page offrait une lettre ornée en forme de rinceau représentant une branche sur laquelle des fleurs et des oiseaux, empruntés à la céramique, étaient imprimés en diverses couleurs.
- Il était facile de se rendre compte du procédé employé par M. L. Danel, grâce au soin qu’il avait eu de placer les dix clichés qui concourent au tirage complet de la planche en regard des dix épreuves successivement obtenues.
- Cette spécialité dans la chromotypie, qui a été importée dans les ateliers de M. Danel par un de ses collaborateurs, l\I. Weber, et la réputation d’une maison déjà signalée à l’Exposition de 18 5 5
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- pour ses remarquables impressions en couleur, suffisent à expli- Gr. II. quer la place qui doit lui être faite parmi nos grandes industries.
- Quant à la maison Obertiiur, il est regrettable que l’on se soit trop arrêté à son exposition, réellement incomplète et négligée, et qui ne répondait en rien à l’importance d’un établissement de premier ordre. Un examen de ses belles usines lui eût été certainement plus avantageux.
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- CHAPITRE VI.
- IMPRESSION DES LIVRES À PARIS.
- La plupart des visiteurs, en parcourant de l’œil les nombreux livres enfermés dans les vitrines des imprimeurs de Paris, étaient frappés de la manière dont ils étaient tous également bien parés et bien présentés. Les bibliophiles seuls, examinant de plus près, pouvaient apprécier les qualités ou les imperfections de certains détails. Ils pouvaient constater l’élévation, qui est réelle, de la moyenne des productions, la présence de beaucoup d’ouvrages bien exécutés, mais en même temps l’absence presque totale de chefs-d’œuvre atteignant la perfection.
- Dans ces conditions, notre mission ne nous semble pas devoir se borner à cataloguer, les unes après les autres, comme on le fait assez généralement, les œuvres ainsi produites, en indiquant exactement leur titre, leur format et leur couleur. Nous pensons qu’il est plus intéressant d’exposer quelle est la situation actuelle de l’industrie, et à quelles causes il faut attribuer les difficultés contre lesquelles l’industriel a trop souvent à lutter.
- La différence des milieux dans lesquels se fabriquent les livres est complète entre Paris et la province.
- A Paris, la présence de tous les grands éditeurs a permis jusqu’à présent à beaucoup d’imprimeries, dont quelques-unes sont très importantes, de vivre presque exclusivement avec les travaux qu’elle leur procure, sinon de prospérer.
- L’éditeur livre le papier nécessaire à son ouvrage. Il le fait composer et tirer chez un imprimeur, souvent à un petit nombre d’abord, fait prendre les empreintes, et, pour une différence de prix parfois insignifiante, fait faire sur clichés, dans une autre imprimerie, les tirages des éditions ultérieures.
- Les imprimeries importantes, qui doivent posséder un capital considérable en caractères de toute nature, se trouvent par ce fait
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- dépouillées de tous les avantages que pouvait leur donner une Gr, il
- clientèle lidèle et attachée à leurs établissements. Si l’on ajoute à
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- cela les crédits accordés aux éditeurs, en regard du payement hebdomadaire de la main-d’œuvre fait aux ouvriers, et toutes les faveurs que l’on cède sur les tirages, comme les passes et doubles passes, par exemple, qui consistent à augmenter le tirage de deux mains et souvent de quatre mains par rame sans les faire payer, on comprendra la situation économique très tendue dans laquelle se débat le producteur.
- Les établissements dans lesquels se fabriquent les livres à Paris n’offrent, en général, aucun intérêt. Installés dans des bâtiments anciens, ils se sont agrandis progressivement et pèchent assez fréquemment par un manque d’ensemble et d’unité. Quelques-uns ont atteint des proportions sérieuses. L’imprimerie générale (Lahure et Cie) a ko machines; d’autres, comme les imprimeries Martinet, Quantin, Ghamerot, Crété, ont 20 machines et plus.
- Le plus grand nombre en a 7 ou 8. Tous ne s’occupent que de typographie.
- La composition d’un beau livre exige des soins multiples. Si à l’éditeur incombe la surveillance des dessinateurs et des graveurs et le choix du papier, l’imprimeur devrait être seul à veiller au bon agencement de la composition et à la bonne exécution du tirage. La correction est surveillée souvent simultanément et par l’écliteur et par l’imprimeur.
- Aucune règle uniforme ne préside à l’instruction professionnelle des compositeurs ni des conducteurs de machines. Ils se forment, on peut le dire, au hasard, dans les ateliers, où ils entrent soit eji qualité d’apprentis compositeurs, soit en qualité de receveurs et de margeurs aux machines. C’est là un vice fondamental, et si la moyenne des compositeurs et des conducteurs reste toujours suffisamment instruite pour composer et tirer un journal, le nombre de ceux qui possèdent toutes les ressources de l’art typographique devient chaque jour plus rare. La mobilité du personnel dans les ateliers et les perturbations constantes apportées dans les conditions du travail sont la conséquence d’un tel état de choses.
- Nous nous réservons de parler dans un chapitre spécial de l’in-
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- Gr. il. fluence exercée sur le personnel des compositeurs par la Société Cl 9 typographique parisienne, qui, au moment même de l’Exposition, a déclaré une grève dont le premier effet a été de modifier le personnel de tous les ateliers. Qu’il suffise de constater que l’imprimeur de livres à Paris est placé entre un ouvrier auquel il ne peut faire la situation que celui-ci peut trouver dans des travaux où il faut moins d’art et de savoir, tels que la composition des journaux, et un éditeur qui reste la plupart du temps étranger à tout ce cpii intéresse les conditions matérielles d’une bonne production typographique. Les conséquences qui doivent, dans un avenir plus ou moins rapproché, naître de cet état de choses sont faciles à prévoir.
- Ce que nous disons des compositeurs peut s’appliquer aux conducteurs de machines, et si nos mécaniciens n’avaient pas apporté autant de perfectionnements dans notre outillage typographique, on ne s’expliquerait pas que la production se maintienne à un niveau si élevé.
- Aux débuts de l’emploi des machines, Paris avait un noyau de conducteurs d’élite, qui lui assurait pour les tirages une supériorité incontestable; aujourd’hui, le nivellement commence à s’établir entre Paris et le reste de la France. Notre personnel s’est souvent recruté, pendant ces dernières années, dans les bonnes imprimeries de province, et l’Alsace notamment nous a fourni en 1871 un groupe d’excellents ouvriers.
- L’abondance et la qualité des travaux que l’on trouve à Paris aident beaucoup à former la main de l’artisan et achèvent son éducation. Souvent, si un ouvrage n’est pas également soigné ni bien suivi en couleur, il faut plutôt en chercher la cause dans la manière trop hâtive et saccadée dont sont faites même les éditions de luxe que dans l’inexpérience du praticien. Les feuilles d’un beau livre édité à la dernière heure sont souvent tirées simultanément sur plusieurs machines par des ouvriers d’une habileté inégale. Le résultat est le même que lorsqu’un éditeur fait tirer deux tomes d’une édition, l’un dans une bonne imprimerie de labeurs, l’autre dans la première imprimerie venue.
- M. Quantin avait tenu à présenter brillamment la célèbre mai-
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- son de la rue Saint-Benoît, dont les Fournier et les Jules Claye, Gr. n. ses illustres prédécesseurs, avaient porté si haut la réputation.
- Nous avions déjà eu l’occasion d’admirer Les Evangiles, ce magnifique ouvrage édité par la maison Hachette. M. Quantin a donné un pendant à ce chef-d’œuvre, et il y a réussi avec Y Histoire de Joseph, où il a déployé avec non moins de bonheur toutes les ressources de l’art typographique. Nous ne saurions non plus passer sous silence le Rabelais, illustré par Gustave Doré; les Promenades de Paris, de M. Alphand, et d’autres œuvres encore, qui attiraient l’attention de tous les gens de goût au milieu de nombreuses et belles publications illustrées.
- De plus, sentant la situation difficile faite aux imprimeurs de livres et confiant dans sa jeunesse et dans sa force, M. Quantin s’est déclaré éditeur à la veille de l’Exposition, et il a débuté en nous présentant les chefs-d’œuvre littéraires français dans une série de charmantes publications in-8°jésus. Le début promet, et l’éditeur sera complété par un imprimeur qui saura maintenir, même au prix de quelques sacrifices, les bonnes traditions qu’il a puisées dans l’enseignement de son maître, M. Marne, et qu’il a retrouvées dans son excellent établissement.
- M. Georges Chamerot se distingue également dans l’impression des livres illustrés, et son exposition était des plus variées. A côté de travaux comme la Grammaire de la langue latine d’après la méthode analytique et historique, hérissée de difficultés typographiques habilement résolues; à côté de splendides volumes comme Venise, de Charles Yriarle, nous avons remarqué de jolis ouvrages d’amateurs : Les Dessinateurs d’illustrations au xvin11 siècle, par le baron Roger Portalis; Pensées, maximes et réjlexions, par le comte de Belvèze, et une série de publications témoignant de la bonne direction d’un atelier bien organisé et soucieux de bien faire.
- A voir l’ensemble des publications exposées par M. Chamerot, on se demandait comment, en si peu de temps, l’ancienne imprimerie Lainé avait pu être si complètement transformée.
- M. Crété, bien qu’ayant installé son imprimerie aux portes de
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- Gr. il. Paris, à Corbeil, a droit de cité parmi nous, aussi bien par la nature de scs productions que par leur qualité.
- Déjà, en 1867, il s’était fait connaître par la belle publication de Y Histoire des Croisades, qui l’avait classé parmi les premiers imprimeurs et avait porté au loin sa réputation. A l’Exposition de 1878, il s’est affirmé de nouveau par quelques ouvrages de luxe remarquablement traités : Le Monténégro; The rime of the ancient •mariner, par Samuel Coleridge, illustré par Gustave Doré, et de délicieux paroissiens avec encadrements variés genre Renaissance.
- M. Motteroz est un des plus jeunes, si Ton considère la date de son installation comme maître imprimeur; mais il est un des plus anciens et peut-être le plus méritant, si Ton considère les services nombreux qu’il a rendus à l’art typographique, dont il est un des adeptes les plus fervents. Praticien consommé et théoricien éminent, il a conquis une légitime réputation par trente années d’un travail opiniâtre.
- En 1867, le jury l’avait distingué par ses travaux comme conducteur. En 1878, la première récompense a paru au jury être digne du maître imprimeur qui s’est adonné avec le plus d’ardeur à toutes les études concernant son art et pouvant le faire progresser. 11 a été le premier a ramener en France les travaux que nos grands magasins de nouveautés faisaient exécuter à l’étranger, et il a trouvé maintes applications heureuses de la photographie à la typographie et à la lithographie.
- De toutes les imprimeries de labeurs, TImprimerie générale (A. Lahore et Clü), après l’imprimerie Paul Dupont, est la plus importante comme matériel : elle a ho machines et 18 presses à bras.
- Dans sa vitrine se pressaient de nombreux travaux exécutés pour tous les grands éditeurs parisiens, et Ton y rencontrait, au milieu des ouvrages classiques qui dominent dans la production de cette maison, plusieurs œuvres remarquables, parmi lesquelles il nous suffira de citer : Le Dante, le Voyage aux Pyrénées, de Taine, les Fables de La Fontaine, ouvrages illustrés par Gustave Doré. Le
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- journal Le Tour du Monde, de Hachette, dont nous avons déjà Gr. II. parlé, est également imprimé chez MM. Laliure et Cle.
- Il existe encore beaucoup d’autres imprimeries à Paris qui ne sont occupées presque exclusivement que de l’impression des livres. Citons parmi les principales : celle de MM. Pillet et Dumoulin , qui impriment le journal U Art, et qui ont su, depuis quelques années, donner à leur imprimerie une impulsion toute nouvelle; celle de M. Noblet, le président de la Chambre des imprimeurs, qui exposait quelques volumes d’une bonne exécution; celle de M. Hennuyer, qui est également éditeur de la Bibliothèque du Magasin des Demoiselles; celle de M. Larousse, où a été imprimé le Grand Dictionnaire du xixe siècle.
- Quelques autres imprimeries, comme celle de M. Ciiaraire, à Sceaux, qui imprime avec succès des publications illustrées bien suivies, sont installées aux portes de Paris; leurs affaires s’accroissent et se développent par suite des conditions de bon marché où elles peuvent produire, et la qualité de leur fabrication s’élève parfois au niveau de celle des imprimeries que nous venons de citer.
- Quoi qu’il en soit, la confection du livre reste encore concentrée dans des imprimeries spéciales de Paris; mais la dernière grève a jeté une perturbation profonde dans les conditions de leur existence.
- La plupart des imprimeries ont introduit chez elles le travail, des femmes; ce qui est un palliatif et non un remède. Quelques maîtres imprimeurs se sont décidés à éditer eux-mêmes, et tous ont reconnu que l’impression du livre était compromise à Paris.
- Les éditeurs se sont adressés à la province; mais là, plusieurs imprimeurs, instruits par le passé de leurs confrères parisiens, tendent déjà à devenir eux-mêmes de grandes maisons d’édition, au lieu de rester de simples fabricants de livres. Avec les facilités actuelles des relations et des transactions, ils établiront aisément Classe f). U
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- un dépôt de leurs librairies à Paris et ralimenlcront. Le mouvement se dessine déjà dans ce sens.
- Nous souhaitons que la grande librairie parisienne n’en vienne pas un jour au regret, sans doute alors superflu, de s’être privée d’éléments de production matérielle qu’elle aura imprudemment laissés disparaître.
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- CHAPITRE VII.
- LES IMPRIMERIES EN PROVINCE.
- Les conditions d’existence de l’imprimerie en province sont, comme nous le disions, toutes différentes de celles de Paris. Tandis qu’à Paris le journal s’imprime ou chez lui ou dans les impri-ries spéciales, en province il est généralement l’aliment le plus régulier des presses des nouveaux imprimeurs, quelquefois le point de départ de la fondation de l’imprimerie, souvent la propriété de l’imprimeur et la meilleure source de son revenu.
- L’ouvrier de ces établissements est plus stable, plus attaché à la maison qui l’occupe; mais son travail est plus lent. Il n’y a pas en province toutes les ressources que l’on trouve à Paris; on n’est pas secondé, et si les œuvres de quelques ouvriers habiles peuvent être mises en parallèle avec celles qui sortent des ateliers parisiens, elles sont à coup sûr le fruit d’un travail plus long, mais d’autant plus méritoire qu’il est plus personnel.
- Dans quelques grandes villes existent des imprimeries remontant à plusieurs siècles, et dont les travaux se rapprochent davantage de ceux des imprimeries de Paris. Elles produisent aussi bien des livres que des impressions administratives, industrielles et commerciales.
- Bien que nous ayons eu à regretter l’abstention de maisons importantes, nous avons pu constater que le nombre des exposants était bien plus considérable en 1878 qu’en 1855 et 1867. U11 examen rapide des productions de chaque établissement nous fixera à peu près sur leur valeur respective.
- L’imprimerie Monnoyer, qui fut établie au Mans en 1761 par une famille d’anciens imprimeurs, nous semble réaliser le type accompli delà bonne maison de province, s’occupant également
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- de typographie et de lithographie, imprimant pour la Préfecture, l’Evêché, toutes les autorités locales, et enfin éditant elle-même.
- L'Office des Morts, paroissien in-16 cavalier, qu’elle a présenté à l’Exposition, peut être considéré comme un travail hors ligne. Ses encadrements, empruntés aux ouvrages du xvG siècle, sont d’un goût parfait et cl’une exactitude incontestable. Elle avait exposé, en outre, de nombreux ouvrages historiques, parmi lesquels on remorquait tout particulièrement ceux dus à la collaboration d’un artiste aussi intelligent qu’éruclit, M. Hucher. Nous citerons les calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans : L’Art gaulois, Le Jubé du cardinal de Luxembourg, Le Sanit-Graal et Y Histoire du jeton.
- MM. Henry Boissel, imprimeur à Rouen, et Hérissey, imprimeur à Evreux, se sont distingués par le soin et le goût de leurs travaux.
- M. Boissel, se renfermant dans un cercle un peu restreint, s’est contenté de nous présenter une collection d’ouvrages anciens réimprimés; mais ses fac-similés d’anciennes plaquettes en romain et en gothique, exécutés pour la Société des bibliophiles normands, nous ont donné la mesure de son savoir-faire.
- Rouen avait aussi envoyé M. Cagniard, un imprimeur soigneux, qui s’est fait une spécialité des livres d’archéologie, de céramique, de linguistique et de la réimpression d’ouvrages rares. Il emploie avec une prédilection marquée les caractères elzéviriens dans la plupart de ses travaux.
- L’exposition de M. Ilérissev était plus complète : ouvrages courants, spéciaux, ou même de luxe, s’y trouvaient réunis, et tous témoignaient d’une préoccupation constante de bien faire chez un jeune imprimeur désireux de maintenir sa maison à un rang honorable.
- La maison Oudin, de Poitiers, édite, et elle a déjà une succursale à Paris. A côté de la réimpression des Historiens des Gaules, œuvre historique remarquable, elle avait placé Les Châteaux hislo-
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- riques de France, œuvre intéressante aussi comme exéculion typo-. Gr. n. graphique, surtout dans l’édition ouïes eaux-fortes sont imprimées dans le texte, au lieu d’y être collées après l’impression. Les Archives historiques du Poitou et le joli Bréviaire des Carmélites sont deux ouvrages également dignes d’attention, et qui font honneur à cette maison sérieuse, qui travaille surtout pour elle et travaille Lien.
- MM. Allier père et fds, de Grenoble, sont encore des imprimeurs de la vieille école. Us ont conquis les suffrages des connaisseurs par quelques-uns de leurs ouvrages, et surtout par le beau volume Y Armorial et Nobiliaire de l’ancien duché de Savoie, dans loijuel toutes les difficultés de l’art typographique, accumulées comme à plaisir, ont été surmontées avec une rare habileté.
- Dans l’exposition de M. Gounouilhou, de Bordeaux, nous nous sommes attachés à considérer moins les quelques volumes exposés que l’importance même de l’établissement et sa bonne organisation.
- Limoges, qui est une des villes où l’on imprime le plus, n’était représentée à l’Exposition que par une seule maison, celle de MM. Ciiapollaüd frères.
- Celle-là aussi est ancienne et a su conserver les bonnes traditions. Elle date de 1607, ainsi que nous l’apprend une brochure imprimée à l’occasion de l’Exposition de 1878 en caractères elzé-viriens.
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- Ses travaux administratifs, mieux encore que ses volumes, témoignent d’une bonne production courante.
- Toulouse, où sont les Sirven et d’autres importants établissements, était représentée par la seule maison Privât, l’une des bonnes et des plus anciennes maisons. Quoiqu’elle ne remonte qu’au xvi 11" siècle, elle exposait 1’//istoire générale du Languedoc de dom Vaissete, continuée par une société d’érudits, qui est une entreprise d’édition considérable.
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- La typographie de Caen était représentée par la maison Lkblanc-Hardel, qui possède à sa tête un savant et un lettré.
- Toutes les villes que nous venons d’indiquer sont essentiellement lettrées ; l’imprimerie y est en grand honneur, et elles auraient pu avoir de plus nombreux représentants.
- Nous avons été surpris de ne rencontrer aucun imprimeur typographe de Dijon; mais une ville surtout dont l’abstention nous a vivement frappés, c’est Lyon, la seconde ville de France. Est-ce pauvreté d’établissements typographiques sérieux et exécutant de bons travaux? Nous en doutons. Il y a là cependant beaucoup de journaux importants; mais on y sacrifie peut-être moins facilement à tout ce qui n’a pas un intérêt purement commercial.
- Toujours est-il que cette seconde ville de France n’avait pour la représenter dans la section de l’imprimerie qu’un seul typographe, M. Mougin-Rusand. Déjà en 1855, une autre maison, celle de M. Perrin, avait seule représenté l’industrie typographique lyonnaise, et en 1867 il n’v avait pas un seul exposant. Ce rang si effacé qu’occupe dans nos industries la ville la plus importante après Paris est un fait sans exemple chez les nations voisines, surtout lorsque cçtte ville a été, à l’origine de l’imprimerie, le centre le plus actif et le plus savant de la typographie.
- Des villes secondaires se sont fait remarquer dans notre exposition. A Vienne, dans l’Isère, c’est M. Savigné, homme distingué et lettré, qui non seulement dirige et rédige les journaux qu’il a fondés, mais encore édite de nombreux volumes, dont il surveille la bonne exécution typographique.
- A Amiens, c’est M. Jeunet, dont la maison, fondée en 1 8A3, s’était déjà présentée à l’Exposition de 1855, et y avait été distinguée, comme en 1878; c’est M. Ris-Paquot, qui, réunissant la double qualité d’homme de lettres et d’artiste peintre, nous montre une série de travaux uniques dans leur genre : YHisloirc de la faïence, le Dictionnaire des marques et monogrammes,
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- A Vervins, l’imprimerie Flem s’occupe particulièrement d’ou- Gr. n. vrages archéologiques et d’histoire. Citons encore M. Rouillk-Lade- c~ vèze, à Tours, un de ceux qui concourent avec le plus de succès au mouvement de décentralisation de l’imprimerie, et M. Hinzelin, de Nancy, l’un des représentants à l’Exposition de cette impression à bon marché dont la Lorraine est en quelque sorte la terre classique, et qu’on trouve partout à profusion sous la forme d’images, de brochures et d’almanachs.
- Quoi qu’il en soit, les expositions des imprimeurs de province nous ont donné la satisfaction de constater des progrès réels réalisés depuis 1867. La facilité chaque jour plus grande des communications et le développement de la publicité sont pour beaucoup dans ce résultat. L’imprimeur se tient aisément au courant des perfectionnements apportés dans son outillage et dans son matériel, et il est aussi, il faut le reconnaître, moins rebelle qu’autrefois à introduire dans sa maison les changements qui lui paraissent avantageux.
- Néanmoins, si l’attachement aux anciennes habitudes ne prédominait pas encore dans de trop larges proportions, l’imprimerie de province pourrait être appelée à rendre plus de services. Elle est placée dans des conditions économiques qui lui permettent d’aspirer à un plus grand développement.
- Lorsque de petites imprimeries commenceront à pouvoir vivre dans tous les chefs-lieux de canton, ou au moins dans tous les chefs-lieux d’arrondissement, ce qui ne saurait tarder, les maisons des chefs-lieux qui seront restées stationnaires et qui n’auront pas étendu le cercle de leurs opérations végéteront forcément.
- La supériorité à laquelle vise l’imprimerie de province est celle d’éditer elle-même. L’imprimeur y tend toujours à posséder un journal ou une librairie, et, dans cette voie, ses efforts seront certainement récompensés.
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- CHAPITRE VIII.
- LES ÉDITEURS FRANÇAIS.
- Lorsque, après avoir examiné les travaux des imprimeurs, le jury de la classe q a été appelé à formuler son appréciation sur les productions exposées par les éditeurs, il s’est trouvé en présence d’une tâche sinon plus difficile, au moins plus délicate. L’œuvre de l’imprimeur, en effet, étant toute matérielle, ses qualités et scs défauts se révèlent d’eux-mêmes aux yeux de ceux qui ont reçu la mission de les classer selon leur valeur absolue ou relative. Le mérite de l’éditeur, au contraire, est une chose abstraite et complexe, qu’il faut chercher dans ce qui ne frappe pas la vue et qu’on ne trouve que par déduction.
- Il nous semble inutile d’ajouter que le jury n’avait pas à se mettre en garde contre un préjugé qui tend heureusement à s’effacer tous les jours, à savoir que l’éditeur, ne prenant aucune part sensible à la confection de l’œuvre qu’il expose, ne saurait, non plus, en revendiquer l’honneur. C’est plus qu’un préjugé, c’est une erreur qui ne saurait être en crédit qu’auprès de l’ignorance; nous ne nous attacherons donc pas à la réfuter. Elle tombe d’ailleurs d’elle-même, non seulement en présence des résultats de l’Exposition de 18y8 et de celles qui l’ont précédée, tant à Vienne qu’à Philadelphie, mais encore et surtout devant l’essor merveilleux qu’ont pris depuis vingt-cinq ans la multiplication des journaux de sciences ou d’art et la propagation des livres.
- Si l’imprimeur exécute, l’éditeur conçoit et ensuite dirige la confection de l’œuvre. Seuls les initiés peuvent se rendre un compte exact de la somme d’intelligence et de soins qu’exige la profession d’éditeur, sans parler des ressources pécuniaires qui sont les auxiliaires indispensables.
- Telles sont les considérations dont on doit s’inspirer pour porter un jugement sur les maisons qui ont figuré avec honneur au
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- Champs de Mars et dont nous allons passer en revue les princi- Gr. H.
- Elles se divisent en trois groupes, que nous classerons, d’après V'A' le genre de leurs publications, sous les rubriques suivantes : la littérature, les sciences et l’art. Cette distinction n’est pas, dans la réalité, aussi tranchée que nous l’indiquons, car certains éditeurs peuvent être classés dans deux ou trois catégories à la fois. Mais il nous suffira de mentionner cette particularité quand elle se présentera.
- En tête des éditeurs qui se consacrent spécialement aux publications littéraires, nous rencontrons M. Calmann Lévy, hors concours (M. Noël Parfait, associé de la maison, étant membre suppléant du jury), aujourd’hui seul successeur de l’ancienne raison sociale Michel Lévy frères. La maison avait été fondée en 183G par M. Michel Lévy, dontle frère Calmann devint l’associé à partir de l’année î 8/ffi.
- L’établissement principal est situé rue Auber, et la maison de détail boulevard des Italiens, sous le nom de Librairie nouvelle.
- Pour donner une idée de l’importance de cette maison, il nous suffira de dire qu’elle édite ou réimprime chaque année, en moyenne, i ,72/1,000 volumes, dans lesquels on compte 18A ouvrages nouveaux et 8/15 réimpressions. Elle a fondé plusieurs collections considérables de livres ou de pièces de théâtre. Seule, la série des pièces s’élève aujourd’hui à plus de 6,000. Enfin, elle publie divers journaux, parmi lesquels L’Univers illustré, et le tirage de ces journaux réunis atteint chaque année le chiffre énorme de 2,5oo,ooo exemplaires. La plus remarquable de ces collections de livres, connue sous le nom de Collection Michel Lévy, a eu le mérite, qu’on ne saurait trop apprécier, de porter, grâce à son bas prix (1 fr. et 1,25 cent, le volume), le dernier coup à la contrefaçon littéraire en France.
- Il faut savoir gré à M. Hetzel de ses efforts pour rendre la science aimable, et constater les incontestables succès qu’il a remportés dans un genre qu’il a créé. M. Hetzel figure au nombre des éditeurs parisiens depuis i835. Homme de lettres sous le
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- pseudonyme de P.-J. Stahl, M. Hetzel avait quitté la France pour la Belgique après le 2 décembre 1851, et n’y rentra qu’en i85q, par suite de l’amnistie. Mais il avait commencé à Bruxelles la collection in-3e qui porte son nom. C’est à son retour qu’il fonda la Librairie d’éducation et de récréation, à laquelle notre jeunesse est redevable de tant de publications charmantes, où l’on retrouve la plume élégante de l’éditeur à côté de celles de scs deux plus fidèles auteurs, MM. Jules Verne et Jean Macé. L’Académie française, dès 1867, avait accordé un prix Monthyon au Magasin d’éducation et de récréation. Le jury de 1878, en décernant à M. Hetzel une de ses plus hautes récompenses, a élé heureux de rendre hommage à la fois au talent et au succès.
- Lorsqu’on parle de succès et de mérite, le nom de M. Charpentier se présente naturellement à l’esprit. Quoiqu’il soit l’un des plus jeunes éditeurs parisiens, M. Charpentier dirige seul, avec une autorité et une aptitude incontestées, l’importante maison créée par son père, et il n’a pas laissé déchoir entre ses mains la légitime réputation qu’avait conquise son fondateur. Si M. Georges Charpentier ne néglige rien pour aller au-devant du succès, il est également vrai de dire que le succès va à lui ; les auteurs les plus populaires, qui savent combien une œuvre gagne à être intelligemment présentée au lecteur, se sont habitués à considérer le jeune éditeur comme leur intermédiaire naturel, et ils tiennent à honneur de figurer clans cette collection, qui compte maintenant de ôoo à 500 volumes et dont la vogue ne se ralentit pas. Tempérament d’artiste et de lettré, M. Georges Charpentier est une des personnalités de la librairie parisienne sur lesquelles il est permis de fonder le plus d’espérances.
- M. Alphonse Lemerre a publié, en 187/1, un opuscule intitulé : Le Livre du bibliophile, qui fait le plus grand honneur à son auteur et à son imprimeur, M. J. Glave. Nous détachons de la préface le passage suivant : «Nous examinerons, en peu de mots, les soins qu’exige le livre, depuis l’élaboration du manuscrit ou, pour parler le langage technique, de la copie qui doit être livrée à
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- l’imprimerie, jusqu’au moment où le volume parachevé entre, vêtu Gr. n. de sa reliure, clans la vitrine du bibliophile. Pour cette longue Cl série d’opérations si différentes, si variées, le libraire-éditeur a de nombreux auxiliaires; homme de lettres, fondeur, imprimeur, fabricant de papier, dessinateur, graveur, brocheur, relieur, tous concourent au même but : la perfection du livre; mais il importe que l’éditeur-libraire entretienne constamment l’harmonie de leur concours dans l’exécution d’une entreprise qu’il a conçue et dont il peut seul embrasser l’ensemble. » On ne saurait définir en termes plus justes le rôle de l’éditeur, et nous nous plaisons à les citer, non seulement parce qu’ils viennent à l’appui de ce que nous avons dit sur ce sujet au commencement de ce chapitre, mais parce qu’ils s’appliquent avec beaucoup d’à-propos à M. Alphonse Lemerre lui-même. M. Lemerre a eu souci de se faire une réputation dans le monde des lettrés délicats et des bibliophiles. lia pleinement réussi, parce qu’il est doué des qualités qu’exige celte chose si complexe, qu’il a si bien définie, la confection d’un livre. Grâce à elles, il a donné à la collection des classiques qui porte son nom une pureté de forme et de fond que l’on trouve rarement ailleurs. Nous en dirons autant de sa Petite Bibliothèque littéraire, qui est la seconde partie de son œuvre. Quelques personnes étrangères au mouvement journalier de la librairie ont pu confondre les publications de M. Lemerre avec celles de l’im-primeur-éditeur M. Jouaust. Mais il importe de constater, dans l’intérêt de la vérité, que les premiers volumes de M. Lemerre, entre autres la Pléiade de France, sont antérieurs de deux ans à ceux qui ont été publiés dans le même genre. M. Alphonse Lc-merre, qui a tenu un rang plus qu’honorable au palais du Champ de Mars, a d’autant plus le droit d’être fier de ses succès qu’il a trouvé beaucoup d’imitateurs, mais peu de rivaux.
- Nous parlerons avec non moins d’éloges de l’exposition de M. Paul Daffis, l’éditeur bien connu de la Bibliothèque elzévi-rienne, sortie des presses de M. Jouaust. Pourquoi faut-il que cet éloge soit un éloge posthume? M. Daffis est mort, il y a quelques mois, avant d’avoir achevé l’œuvre à laquelle il s’était voué avec
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- Gr. il. une persévérance que le succès avait déjà couronnée. Ancien re-
- ~ présentant des maisons Furne etCic, Firmin-Didot, Perrotin, etc., Cl. 9 1
- M. Daiïis avait obtenu un brevet de libraire en 1857. C’est en 18G8 seulement qu’il a commencé le genre d’édition qu’il préparait depuis plusieurs années, et que tous les connaisseurs ont pu apprécier à l’Exposition de 1878 : les Supercheries littéraires de Quérard, le Dictionnaire des anonymes de Barbier, le Panthéon littéraire, enfin la Bibliothèque ehévtrienne, qui comprenait cent et quelques volumes, et qu’il espérait porter à 200 avant dix ans, en l’enrichissant de tous les chefs-d’œuvre de la littérature du xnf au xviiic siècle. La mort est venue empêcher l’exécution de ce projet. Mais M. Daiïis a laissé des continuateurs de l’œuvre à laquelle il avait consacré sa vie. Si l’hommage que nous lui rendons aujourd’hui ne s’adresse plus qu’à sa mémoire, il ne doit pas moins être un encouragement pour son successeur, M. Brunox, qui continue la lâche que M. Daiïis avait courageusement entreprise et noblement poursuivie.
- Nous ne saurions passer sous silence l’exposition de M. Delarue, qui s’est particulièrement attaché à reproduire les anciennes éditions des classiques sous un format commode, et dans le but, qu’on ne saurait trop louer, de les mettre à la portée du plus grand nombre, c’est-à-dire de ceux qui ne peuvent les payer un prix élevé. M. Delarue poursuit une œuvre de vulgarisation digne, à tous les points de vue, d’attirer l’attention de ceux qui s’intéressent à la dilFusion des modèles de la littérature du grand siècle ou des chefs-d’œuvre des époques précédentes. M. Delarue a l’avenir devant lui, et il a déjà montré qu’il était en bonne voie pour se placer dans un rang distingué parmi les éditeurs parisiens.
- Chez MM. Furne, Jouvet et C‘e, nous entrons dans une maison dont la réputation est depuis longtemps établie. Sa fondation remonte à l’année 1826. Elle a édité les œuvres de quelques-uns de nos classiques, le Don Quichotte de Cervantes, la traduction de Waller Scott de Defauconprct, celle de Fenimore Cooper, les œuvres d’Au-
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- gustin Thierry, etc. Elle nous a montré, à l’Exposition de 1878, Gr. II. les Merveilles de la science et de Vindustrie de Louis Figuier, Y Mis-toire de France populaire d’Henri Martin et l’Histoire des Croisades de Michaud, édition de luxe in-folio, illustrée par Gustave Doré.
- Nous ne saurions trop la féliciter d’être entrée, avec ses dernières publications, dans la voie de la vulgarisation de la science et de l’iiisloire, qui est non seulement dans le goût du jour, mais qui répond à un besoin réel de l’esprit moderne.
- M. Chaules Delagiuve est un jeune éditeur qui a eu le rare mérite, en reprenant l’ancienne maison Dézobry et Magdeleine, de lui donner une extension d’une telle importance, qu’elle équivaut à une création de toutes pièces. Au point de vue de l’instruction primaire et secondaire, la librairie Delagrave est assurément une des plus complètes, et son organisation mérite de servir de modèle. La mythologie, l’histoire, la littérature, les sciences, la géographie surtout, toutes les matières, en un mot, qui sont la hase de l’enseignement dans nos écoles, y sont représentées par des ouvrages de choix, auxquels TUniversilé a depuis longtemps ouvert les portes de ses établissements. Nous ne nous attarderons pas à citer des titres d’ouvrages, qui sont connus aussi bien des élèves que des maîtres et de tous ceux qui s’occupent d’instruction à un titre quelconque. L’exposition de M. Charles Delagrave a été, sans contredit, une des plus justement remarquées, et elle a fait naître chez les étrangers cette réflexion flatteuse pour celui qui l’a provoquée, que, si la diffusion de l’instruction n’est pas encore dans notre pays aussi étendue qu’elle devrait l’être, ce ne sont pas les moyens de la répandre qui font défaut. M. Charles Delagrave, indépendamment des médailles d’or accordées à sa maison, a été l’objet d’une distinction personnelle qui 11e fut jamais mieux méritée.
- MM. Poussielgue frères publient, eux aussi, de nombreux ouvrages d’instruction. Leurs livres, imprimés en grande partie chez Marne, peuvent être présentés comme des échantillons d’une excellente fabrication courante. Ils. éditent également des ouvrages
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- de piété. Dans cette spécialité, la maison Poussielgue, malgré de nombreux concurrents, jouit d’une juste renommée, quelle doit non seulement au soin scrupuleux apporté à la confection des ouvrages, mais aussi à l’excellente organisation de sa maison. MM. Poussielgue frères, tant par leur valeur personnelle que par le choix éclairé de leurs collaborateurs immédiats, et par les avantages qu’ils assurent à leurs employés, ont su former et s’attacher un personnel expérimenté, qui, sous leur intelligente direction, fait de leur maison une des plus sérieuses de la librairie parisienne.
- M. Victor Palmé est le directeur-gérant d’une société qui porte le titre de Société générale de librairie catholique. C’est assurément une des plus importantes, et peut-être la plus importante des maisons de ce genre, par son organisation et par l’étendue de l’œuvre qu’elle a entreprise. M. Victor Palmé a occupé à l’Exposition de 1878 une place à part; car, si aucune maison de France ne pouvait lui être comparée dans la spécialité qui est le caractère distinctif de ses publications, nous pouvons ajouter qu’il a laissé bien loin derrière lui les exposants de Belgique, cette terre classique de la liturgie. La plupart des travaux édités par M. Palmé sont surtout des réimpressions; mais ce sont, comme on l’a dit avec raison, des réimpressions monumentales, témoin les soixante volumes in-folio des Bollandistes (Acta Sanciorum) ; le Recueil des historiens des Gaules et de la France, commencé par les Bénédictins de Saint-Maur et continué par l’Académie des inscriptions et belles-lettres; la nouvelle édition de la Gallia Christian a, commencée en 1626 , continuée au xviii8 siècle par les Bénédictins et au xix° siècle par M. Hauréau, de l’Institut, directeur de l’Imprimerie nationale. Parmi les œuvres importantes également à un autre titre, nous citerons Les Epopées françaises, œuvre remarquable de M. Léon Gautier, le savant professeur de l’Ecole des chartes, et enfin, dans un autre genre, Notre-Dame de Lourdes et Christophe Colomb, avec des encadrements variés à chaque page et des chromolithographies, deux œuvres vraiment artistiques, que le public a accueillies avec la plus grande faveur.
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- Si M. Palmé, par ses publications archéologiques et liturgiques, Gr. n. s’est créé des titres à la reconnaissance des hommes d’étude et des érudits, par les volumes que nous venons de citer, qu’il a conçus, et dont M. Mathieu a dirigé l’exécution artistique, il s’est montré homme de goût et en a été récompensé par le succès.
- Nous ne quitterons pas le domaine de la littérature sans accorder une mention plus qu’honorable à M. Claudin, qui, pour avoir entrepris une œuvre moins vaste que la plupart de ceux dont nous venons de parler, n’en est pas moins un bibliophile d’une érudition exceptionnelle. Il s’est adonné spécialement à la réimpression des livres anciens et aux éditions de luxe sur papier de Chine et du Japon ou sur peau de vélin. M. Claudin est de ceux, tous les jours plus rares, qui conservent le feu sacré, et les quelques volumes qu’il a exposés ont eu le mérite d’arrêter longtemps les connaisseurs.
- Citons encore M. Etienne Charavay, qui avait exposé diverses publications concernant les autographes et les documents historiques, des fac-similés de chartes et d’autographes, enfin un recueil plein d’érudition ayant pour titre : Revue des documents historiques.
- La littérature scientifique a pris, dans ces dernières années, un développement considérable, et qui a suivi pas à pas l’impulsion donnée à la science elle-même par les découvertes presque journalières des savants. Quatre maisons, qui sont pour ainsi dire hors de pair, permettent de juger des progrès réalisés en ce genre dans notre pays. Ce sont les maisons J.-B. Baillière et fils, Georges Masson, Germer Baillière et C‘\ etVvc Adrien Delahaye et C10. On peut affirmer que leurs catalogues sont les témoins fidèles du mouvement scientifique, non seulement en France, mais encore de l’étranger et particulièrement de l’Angleterre et de l’Allemagne; car il n’est pas un ouvrage un peu important d’outre-Manche ou d’outre-Rhin dont elles ne publient de remarquables traductions.
- MM. J.-B. Baillière et fils sont libraires de père en fils depuis
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- le commencement du siècle. C’est M. J.-B. Baillière qui a été le fondateur de celle importante maison, dont les collatéraux sont maintenant répandus sur tous les points du globe et jusqu’en Australie. Ses publications sont relatives, pour la plupart, aux sciences physiques, naturelles et médicales, mais la médecine et l’hygiène y occupent la plus large place. A côté d’innombrables monographies signées des noms les plus autorisés, on y trouve une quantité d’œuvres magistrales, parmi lesquelles nous citerons: le Dictionnaire de médecine deNysten, refondu par MM. Littré et Bobin, arrivé aujourd'hui à la quatorzième édition, et le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en cours d’exécution, et qui comprend déjà près d’une trentaine de volumes; c’estassezdire l’importance de cet immense travail, dans lequel chaque mot donne lieu à des développements qui constituent un véritable traité sur la matière. On y trouve également différents ouvrages d’une exécution soignée, parmi lesquels nous pouvons signaler : Nouveaux Eléments d’anatomie descriptive, par Beaunis et Bouchard; Codex me-dicamentanus; Traité pratique de l’art des accouchements, par Nægelé et Creuser; Eléments de botanique, par Duchartre; les Poissons des eaux douces de la France, par Blanchard; Nouveaux Eléments d’anatomie pathologique, par Laboulbène. Dans toutes les publications de cette maison, la bibliographie est l’objet de soins spéciaux, et l’on peut dire que les chefs de la maison ont élevé cette branche secondaire et pourtant si importante de l’édition à la hauteur d’une science.
- Son fondateur, M. J.-B. Baillière, obligé par l’âge d’abandonner à ses deux fils, MM. Emile Baillière et Henri Baillière, la direction des affaires, suit néanmoins avec une sollicitude de tous les instants le mouvement journalier de cette vaste entreprise, que ses deux fils dirigent avec une autorité et une compétence qui n’ont d’égale que leur infatigable ardeur au travail.
- Non moins importante est la librairie de M. Georges Masson, où les sciences médicales occupent la plus large place, tant sous la forme de traités que de publications périodiques. Celles-ci sont au nombre de treize et forment, par conséquent, une des collée-
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- tions les plus complètes où l’on puisse suivre, jour par jour, les Gr. n. progrès de la science.
- La librairie Masson a entrepris, depuis longues années déjà, lin ouvrage considérable, publié sous la direction de M. le docteur Dechambre et intitulé : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. A côté de ces publications, M. Georges Masson a eu l’heureuse pensée de faire la part des livres où la science, dépouillée de son aridité, se présente sous une forme attrayante. Dans cette catégorie nous trouvons : Le Monde des plantes avant l’apparition de l’homme ; L’Art des jardins; Le Verre, son histoire et sa fabrication ; les Nouvelles Archives du Muséum d’histoire naturelle; Les Oiseaux de la Chine, etc., dont l’exécution ne laisse rien à désirer. M. Masson n’avait pas fait au Champ de Mars une exposition particulière, mais plusieurs de ses ouvrages faisaient partie de l’exposition collective, si remarquable, du Cercle de la librairie, qu’il a dirigé pendant plusieurs années avec distinction comme président, et qui lui a permis de représenter si brillamment la France à l’Exposition de Vienne.
- M. Georges Masson a montré du reste depuis longtemps qu’il savait continuer les bonnes traditions de la maison de son père, et qu’il avait toutes les qualités requises pour maintenir au premier rang une de nos plus grandes maisons de librairie.
- La librairie de M. Germer Baillière a pris depuis une dizaine d’années , sous l’intelligente impulsion de son chef, un développement qui en fait une des maisons les plus importantes. Outre de remarquables ouvrages de médecine et de chirurgie, de physique, de% chimie et de sciences naturelles, M. Germer Baillière s’est donné pour mission de publier les principales œuvres philosophiques de notre temps. Editeur de plusieurs recueils périodiques, parmi lesquels nous signalerons la Revue littéraire et la Revue scientifique, rédigées par des collaborateurs d’élite choisis parmi les noms les plus aimés de l’Université, M. Germer Baillière a fondé, sous le titre de Ribliothèque utile, une collection à bon marché, où les sciences, le droit, la philosophie et l’histoire sont mis à la portée de tous.
- Cette publication est une œuvre de vulgarisation éminemment Classe 9. 5
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- Gr. n. utile, qui fait honneur à l’intelligence de l’cditcur aussi bien qu’à vsa connaissance des besoins de notre époque. Les traductions des ouvrages scientifiques ou philosophiques anglais sont encore une branche importante de la maison Germer Baillière et très appréciée du public. Habilement secondé par son associé, M. Alcan , M. Germer Baillière marche d’un pas ferme dans la voie du progrès : le succès final appartient à ceux qui pensent, avec un ancien, qu’il n’y a rien de fait tant qu’il reste quelque chose à faire.
- La maison Vve Adrien Delahaye et Cie est encore de celles qu’il faut citer avec éloges, parce qu’elle a pris une part active au mouvement scientifique de notre temps/Se renfermant strictement dans le cadre des publications médicales, les éditeurs Vve Adrien Dalahaye et C10, grâce à leur intelligente initiative, sont parvenus à constituer un fonds très riche dans toutes les branches de la médecine et de la chirurgie.
- On conçoit que, dans l’espace restreint qu’il nous est donné de consacrer à chaque individualité marquante, nous ne pouvons faire une énumération de tant de publications diverses. Mais on nous permettra de signaler un ouvrage capital, le Traité d’anatomie descriptive de M. le professeur Sappey. C’est là, sans contredit, la publication la plus importante de la librairie VTC Adrien Delahaye et C'e, publication qui peut être considérée à bon droit comme un des monuments de la science moderne. Citons enfin plusieurs publications périodiques, telles que les Archives de tocologie, les Bulletins de la Société anatomique de Paris, les Mémoires de la Société de biologie, La France médicale, L’Union médicale et la Revue médico-photographique des hôpitaux de Paris; comme volumes, le Traité d’anatomie pathologique de Lancereaux, le Traité de pathologie interne de Jaccoud, etc. Depuis la mort de M. Delahaye, sa veuve s’est associé M. Emile Lecrosnier, qu’une longue expérience de la librairie spéciale rendait apte à diriger cette importante maison. L’Exposition de 1878 lui a fourni l’occasion de s’affirmer, et tous ceux qui ont examiné de près les ouvrages exposés par la maison Delahaye et Cie n’ont pas hésité à la classer parmi les premières librairies médicales de Paris.
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- La librairie de M. Lauwereyns , exclusivement médicale, expo- Gr. n. sait plusieurs ouvrages spéciaux bien exécutés : Structure et fonctions du corps humain, par Witkowski; Eléments de chirurgie opératoire, par Guérin ; Traité pratique d’anatomie médico-chirurgicale, par Richet; Dictionnaire élémentaire de médecine, etc. Nous signalerons encore, parmi ses publications éminemment pratiques, les œuvres du Dr Moynac, dont les différents traités peuvent être à bon droit considérés comme le vade-mecum de l’étudiant en médecine.
- Nous ne saurions passer sous silence une maison qui, elle aussi, a figuré avec honneur à l’Exposition; nous voulons parler de la maison C. Reinwald. Ses productions embrassent les sciences, l’histoire, l’archéologie, la littérature, la philosophie, la linguistique; elle publie également plusieurs recueils périodiques, tels que les Archives de la zoologie expérimentale et générale, la Revue d’anthropologie et le Bulletin de la librairie française. Enfin elle a entrepris un ouvrage d’un haut intérêt : Le Monde terrestre, précis de géographie comparée des plus instructifs et des plus attrayants en même temps.
- Nous terminerons par M. Dunod, qui occupe une place à part dans la librairie scientifique. Non content de présenter dans la classe 9 une exposition du plus haut intérêt, M. Dunod était aussi brillamment représenté dans la classe 6. L’ensemble de ses remarquables publications lui a valu une distinction justement méritée. Voué exclusivement aux sciences physiques et mathématiques, M. Dunod a publié sur ces matières des ouvrages consi-, dérables, signés de noms faisant, pour la plupart, autorité dans la science moderne. Sa librairie peut être rangée parmi les plus sérieuses maisons d’éditions scientifiques.
- Après la littérature et les sciences, nous sommes heureux d’avoir à signaler un genre de publications qui est de date relativement récente, et qui a pris en quelques années un développement d’un bon augure pour la diffusion des connaissances artistiques dans notre pays ; nous voulons parler des ouvrages d’art.
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- En première ligne se place la librairie V"1 A. Morel et C10, fondée en 1857 par MM. A. Morel et Des Fosscz, et dont ce dernier est seul gérant depuis i86p, époque de la mort de M. Morel. Son catalogue contient plus de 1 5o ouvrages spéciaux sur les arts de tous les pays et de toutes les époques, ouvrages sur l’art antique, l’art italien, arabe, turc, persan, russe, allemand, et enfin sur l’art français. En outre, la librairie Morel fait paraître régulièrement, chaque année, plusieurs publications périodiques remarquables, telles que L’Art pour tous, Le Journal-Manuel de peinture, Y Encyclopédie d’architecture. Des dessinateurs, des graveurs, des chromolithographes, des aquafortistes, tous de premier ordre, lui prêtent leur concours; une rédaction d’élite, choisie parmi les hommes les plus compétents en matière d’art, imprime à toutes les œuvres sorties de la maison Morel un cachet d’autorité qui fait de ses publications une collection à peu près sans rivale. A la suite de l’Exposition de 1878, M. Des Fossez a été nommé chevalier de la Légion d’honneur, recevant ainsi la légitime récompense de ses efforts pour répandre le goût des arts et relever, sous ce rapport, le niveau de l’instruction de notre jeune génération d’artistes.
- A côté de MM. Vv' A. Morel et C" viennent tout naturellement se placer MM. Ducher et C10, avec la Librairie générale de l’architecture et des travaux publics. Cette maison, créée en 1872, s’est proposé, comme la précédente, de mettre entre les mains de l’architecte, de l’archéologue, de l’artiste industriel, du constructeur, tout ce dont ils peuvent avoir besoin pour l’étude de l’art et l’exercice de leur profession. En conséquence, ils ont divisé leurs publications en ouvrages de grand luxe et en ouvrages de vulgarisation à la portée de tous et d’un bon marché relatif.
- Parmi les premiers, on peut citer : L’Architecture privée au xixc siècle; Le Nouvel Opéra de Paris, de M. Charles Garnier; L’Art de bâtir chez les Romains, de M. Choisy, etc.; parmi les seconds, L’Album du peintre en bâtiment, la Grammaire élémentaire du dessin, etc. Ils publient en outre divers recueils périodiques, entre autres la Revue générale de l’architecture et des travaux publics.
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- M. Ballue a su se créer une place spéciale par une publication Gr. n. unique, à laquelle il a donné le litre de L’Art. Cette revue se com-pose chaque année de quatre fascicules in-folio, contenant plus de trois cents pages et une quantité innombrable de planches à part ou de gravures intercalées dans le texte. Sous l’habile direction de M. Eugène Véron pour la partie littéraire et celle de M. Léon Gaucherel pour la partie artistique, L’Art a promptement conquis le droit de cité en France et aussi dans tous les pays où l’on a quelque souci du beau. M. Ballue s’est présenté à l’Exposition avec cette seule publication; mais il est vrai de dire qu’elle suffit pour consacrer la réputation d’un éditeur.
- Dans des proportions plus modestes, la Gazette des beaux-arts, qui date de vingt ans, a su également fixer l’attention, et ce recueil est digne de tous les éloges. La collection comprend aujourd’hui une quarantaine de volumes, où pourront toujours aller puiser avec plaisir et avec fruit ceux qui voudront avoir sous les yeux les chefs-d’œuvre de l’art ancien, de l’art gothique ou de l’art moderne.
- Les publications de M. J. Rothschild n’ont pas été moins justement remarquées, et elles ont particulièrement conquis les suffrages des gens de goût par un emploi très judicieux de la chromotypographie et de la phototypographie. Les œuvres publiées depuis 1867 jusqu’à 1878 s’élevaient à environ ko volumes in-folio, in-A° et in-8°. A cette collection il convient d’ajouter divers ouvrages sur les beaux-arts, les voyages, la numismatique, et des publications scientifiques illustrées, parmi lesquelles Le Musée d’entomologie, Les Poisson s, Les Champignons, Les Plantes à feuillage coloré,
- Les Prairies, etc., qui présentent à l’esprit un sérieux intérêt et aux yeux un attrait des plus séduisants; elles ont, en outre, puissamment contribué à répandre en France le goût des sciences naturelles, de l’horticulture et de la sylviculture. C’est une valeur morale à ajouter aux qualités matérielles des ouvrages auxquels M. J. Rothschild a consacré ses soins avec une persévérance dont on ne saurait trop le louer.
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- Nous rendrons également la justice qu’il mérite à M. Édouard Lièvre pour ses ouvrages sur les beaux-arts, où nous retrouvons décrites, dessinées et gravées d’après les originaux les pièces capitales de nos musées et des collections particulières. M. Lièvre, comme les exposants dont nous venons de parler, fait partie de ces esprits d’élite qui, non contents de professer pour l’art un culte sincère, éprouvent le besoin d’en divulguer les beautés et de les faire goûter de toutes les natures délicates.
- En terminant ce compte rendu, auquel nous aurions voulu pouvoir donner des proportions plus étendues, il nous paraît juste de signaler M. Cadart, éditeur d’estampes, qui a eu le mérite de faire revivre en France l’eau-forte, depuis longtemps négligée. M. Cadart avait exposé au Champ de Mars des tirages d’une remarquable vigueur et qui montraient bien quel parti on peut tirer d’un procédé de gravure qui, entre les mains d’un véritable artiste, donne des effets saisissants.
- Mentionnons encore MM. Dusacq et Cie, éditeurs d’estampes, de lithographies et de photographies. L’œuvre entière du célèbre graveur Calamatta a été éditée par eux. A côté de ce morceau capital, ils ont publié un grand nombre de gravures à la manière noire. MM. Dusacq et C,c se sont efforcés de maintenir au niveau le plus élevé la reproduction des arts dans toutes leurs branches; ils y ont jusqu’ici pleinement réussi.
- Dans cette esquisse rapide de la physionomie de nos principaux éditeurs, et dans cette appréciation de leurs mérites divers, nous n’avons pu, malheureusement, en citer beaucoup d’autres qui, à des titres divers, étaient dignes d’une mention. Aux noms de ceux qui ont tenu haut et ferme le drapeau de la librairie française au palais du Champ de Mars, il faudrait ajouter ceux de MM. Didier et Clü, Armand Colin, Ducrocq, Aillaud, Guillard et C1', Laplace, Sanchez et ClJ, Théodore Lefèvre, dans la littérature et les sciences; celui de la Société biblique, dans la littérature religieuse, et dans les arts ceux de MM. Bulla et Curmer. Toutes ces
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- maisons ont concouru à cette énorme production littéraire et scientifique qui, d’après les statistiques officielles, ne s’élève pas annuellement à moins de i4,ooo ouvrages nouveaux.
- Nous ne pouvons que nous féliciter des résultats qu’il nous a été donné de constater à l’Exposition universelle de 1878 et rendre hommage aux éditeurs français, qui, en dehors de toute exagération d’amour-propre national, se sont montrés dignes du rang que la France a toujours occupé dans le domaine de l’intelligence.
- Gr. IL Cl. 9.
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- Gr. H. Cl. 9.
- CHAPITRE IX.
- LA LITHOGRAPHIE ET LES LITHOGRAPHESh).
- Plus jeune que la typographie de plus de trois siècles, la lithographie est certainement une des industries dont les progrès doivent le plus vivement surprendre l’imagination.
- Les progrès accomplis parle nouvel art sont considérables, et, s’il n’a pu remplacer l’art du typographe, il faut reconnaître qu’il est devenu pour lui un puissant auxiliaire, en lui fournissant les moyens de surmonter des obstacles autrefois réputés insurmontables.
- C’est le 2 5 février 1819 que Senefelder, l’immortel inventeur de la lithographie, obtenait à Paris le premier brevet d’imprimeur lithographe, qu’il devait transférer le 3o juin 1827 à son associé Ecl. Knecht. Soixante années se sont à peine écoulées, et déjà c’est par centaines que l’on compte les établissements lithographiques dans chaque pays et par milliers les machines qui y sont employées. En France seulement on pourrait, sans exagération, évaluer à une centaine de mille le nombre des personnes que fait vivre la nouvelle industrie.
- Senefelder était Allemand, mais c’est à la France, son pays d’adoption, que revient en partie l’honneur de la puissante impulsion donnée à sa merveilleuse invention.
- Les efforts persévérants du baron de Lasteyrie et d’Engelmann, les recherches incessantes de lithographes ingénieux et habiles, comme les Lemercier, les Engelmann, les frères Jubaud, et pardessus tout la passion dont s’éprit pour la lithographie une pléiade d’artistes illustres : Carie Vernet, Llorace Vernet, Charlet, Géricault, Delacroix, Decamps, Gigaut, Raffet et tant d’autres,
- (C Dans notre travail sur la lithographie, nous avons fait appel au concours éclairé de M. Alfred Lemercier, associé de la maison Lemercier et G18, qui avait été adjoint au jury de la classe 9 comme expert.
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- ont contribué puissamment à en répandre le goût et à lui faire Gr. n. conquérir le rang dont elle n’a pas déchu parmi les arts indus-triels.
- Néanmoins il faut reconnaître que, dans la courte période qui nous sépare des origines de la lithographie, nos révolutions politiques ont jeté à l’étranger nos artistes et nos ouvriers, qui y ont fait connaître leurs procédés, fruit de longues et patientes recherches. La dernière insurrection de 1871 a contribué, comme ses devancières, à l’appauvrissement de notre pays sous ce rapport au profit de l’étranger, et nous avons pu constater à l’Exposition universelle les progrès qui avaient été accomplis depuis 1867 par les nations nos voisines. Il ne faut donc pas se dissimuler que de grands efforts sont devenus nécessaires pour maintenir la suprématie de la lithographie française, car les autres pays, et particulièrement l’Autriche et l’Angleterre, travaillent beaucoup et font de sérieux progrès.
- Mais la vulgarisation de nos procédés n’a pas été le seul obstacle qui soit venu entraver les progrès de l’art lithographique proprement dit; il faut aussi tenir compte des applications nou-vell es de la lithographie, du développement de la chromolithographie et de l’emploi de la photogravure pour la reproduction des dessins et des tableaux.
- La photographie tend à remplacer avec ses merveilleux moyens mécaniques les belles reproductions artistiques, où le talent de l’interprète rivalisait souvent avec celui du peintre. C’est à peine si, aujourd’hui, quelques rares maisons peuvent produire ces œuvres délicates qui atteignent quelquefois la finesse et le moelleux des plus belles gravures au burin. Celles qui restent debout luttent, non sans succès, contre l’invasion des nouveaux procédés et maintiennent la vieille réputation de la France pour les lithographies noires; mais à l’étranger ce genre n’existe même plus.
- Quoi qu’il en soit des évolutions de l’art de Senefelder et des modifications qu’il subit chaque jour, il n’en reste pas moins l’une des plus belles conquêtes de l’industrie moderne, et le génie qui, l’ayant conçu de toutes pièces, a su deviner le grand avenir qui lui
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- Gr. n. était réservé, mérite les hommages de tous ceux qui travaillent ci~9 ^ Pensen^
- La lithographie a trouvé dans les travaux du commerce des ressources inépuisables, et ce qu’elle produit en ce genre est incalculable; mais les travaux artistiques sont toujours ceux qui méritent d’attirer et de fixer plus particulièrement l’attention.
- On n’a pas été sans beaucoup se préoccuper de la disparition du commerce des belles lithographies noires, et l’un des derniers directeurs des Beaux-Arts, M. de Chennevières, a eu l’heureuse idée de confier aux habiles dessinateurs lithographes qui existent encore des copies des tableaux de nos maîtres. Cette intervention de l’Etat, si heureuse pour nos artistes, n’en témoigne pas moins que l’industrie privée devenait impuissante à les soutenir.
- Pour nombre de travaux, la lithographie est venue aider la typographie et souvent la remplacer. Grâce à l’habileté des ouvriers quelle emploie, elle a souvent atteint du premier coup la dernière limite de la bonne exécution. Les spécimens de gravure sur pierre, les reports de gravure sur cuivre ou sur acier qui figuraient à l’Exposition, en témoignaient.
- L’autographie ou l’art de reproduire des dessins faits directement par les artistes sur papier végétal a trouvé également les applications les plus variées. L’artiste, dans ce travail, conserve sa personnalité et sa manière. L’intervention d’un interprète n’est plus nécessaire. Aussi il est naturel que le public ait témoigné d’une grande prédilection pour ces belles séries de dessins, qui se font remarquer aussi bien par la finesse et la pureté de l’exécution que par la précision du procédé qui permet de les reproduire à l’infini.
- Senefelder avait bien raison de dire : «Avec ma découverte on pourra tout exécuter.» En effet, joignant l’exemple à la parole, il avait su obtenir, dans tous les genres, des spécimens qui, malgré leur imperfection, n’en indiquaient pas moins clairement la marche à suivre et le but à atteindre.
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- Que dire, par exemple, de ces cartes géographiques gravées sur Gr. n. pierre en noir et tirées en autant de couleurs qu’on peut le dési-rer? Le procédé par lequel on les obtient et on les reproduit lutte avantageusement avec la gravure sur cuivre et sur bois.
- Et cependant, parmi toutes les applications de la lithographie, celle où le progrès a été le plus marqué depuis une vingtaine d’années, c’est certainement la chromolithographie. On peut contester qu’elle s’inspire toujours des règles du goût; elle peut plaire ou déplaire, mais tout le monde est d’accord pour constater les résultats merveilleux auxquels elle est arrivée depuis son apparition première.
- La modeste carte du marchand de nouveautés, dont elle s’est plu souvent à faire un bijou, aussi bien que les illustrations qu’elle a mises dans les livres scientifiques; la reproduction des vieux missels et des planches d’architecture, aussi bien que la copie des tableaux, elle a tout tenté, et souvent avec succès. Malheureusement, la plus grande partie des reproductions se ressentent du bon marché auquel on est forcé de les livrer.
- L’exportation de chromolithographies, qui était presque nulle en France en 1867, se chiffre aujourd’hui par millions. Mais nous ne saurions trop veiller sur notre fabrication; car, ici encore, nous avons pu constater à l’Exposition que, dans presque tous les pays, la chromolithographie est l’objet de soins particuliers. L’Autriche, l’Amérique, l’Angleterre, la Hollande et la Belgique se distinguent surtout dans ce genre.
- Pour aider à ces progrès, l’art du mécanicien, il est juste de le reconnaître, a joué un rôle prépondérant. Grâce à lui, on en est arrivé à imprimer à la vapeur toutes sortes de travaux, voire les chromolithographies les plus soignées; grâce à lui, on a pu reproduire en nombre infini et à un bon marché qui les rend accessibles à tous les plus belles publications artistiques.
- Les observations des imprimeurs lithographes ont été soigneusement recueillies par nos constructeurs, qui ont su en tirer parti; aussi quinze années se sont-elles à peine écoulées depuis les débuts de T emploi de la machine, et déjà cet emploi est universel.
- Les Voirin, les Alauzet, les Dupuy, les Janiot, les Wibart, ont
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- Gr. n. fabriqué (les presses lithographiques par milliers, et la fortune est
- venue récompenser leurs efforts.
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- La France, qui avait été la première à se servir des machines marchant à la vapeur, a été aussi la première à en recueillir honneur et profit; mais aujourd’hui toutes les nations sont sur le même rang pour les moyens perfectionnés de reproduction, et la lutte reste circonscrite sur le terrain du goût. Sur ce terrain, notre pays n’a pas encore abdiqué et ne paraît pas près de se résigner à déchoir.
- D’importants perfectionnements sont apportés chaque jour à l’outillage lithographique, mais l’un des principaux est certainement la substitution, pour certains travaux, du zinc à la pierre lithographique. M. Monrocq, un habile praticien, a beaucoup contribué à cette substitution. M. le colonel Bugnot, directeur du service des cartes au Ministère de la guerre, a obtenu également avec le zinc de très beaux résultats, et les cartes géographiques qu’il a fait exécuter par le nouveau procédé ne laissent rien à désirer. Il faut aussi mentionner, comme un de ceux qui ont aidé à ces progrès, M. Guillot, à qui est due l’invention de la machine zincographique.
- Il serait difficile d’examiner méthodiquement dans une Exposition et de comparer parallèlement les diverses productions de la lithographie, car elles n’ont souvent aucun rapport entre elles et sont aussi variées que les goûts quelles sont destinées à satisfaire.
- Tel n’appréciera que les lithographies noires et les autographies, n’admettant meme pas que l’on puisse donner une valeur aux chromolithographies artistiques; tel autre, au contraire, attachera aux procédés de ces dernières toute son attention, constatant avec soin à chaque exposition les progrès réalisés.
- On considère généralement la lithographie comme l’alliée et l’auxiliaire indispensable de la typographie. Aussi nos plus grands établissements n’ont-ils pas hésité à les utiliser simultanément dans leurs ateliers. LesDidot, les Dalloz, les Ghaix et les Dupont, à Paris; les Berger-Levrault, à Nancy; les Danel, à Lille; les Oberthur, à Bennes, ont montré tout le parti que l’on peut tirer de cette alliance des deux industries.
- Et cependant les établissements qui ont demandé à la seule
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- lithographie toutes ses ressources et tous ses procédés montrent Gr. n. que le nouvel art a par lui-même une vitalité suffisante. Nous cite- ci’— rons comme exemple la maison Lemercier et C'°. Celte maison , qui doit sa grande réputation aux impressions des lithographies noires, et qui est une des seules qui maintiennent la supériorité de ce genre, n’en a pas moins abordé tous les autres : chromolithographies artistiques, fac-similés d’aquarelles, cartes géographiques, reports sur pierre des plus fines gravures en taille-douce, modèles de dessin et d’écriture pour les écoles, reproduction de missels anciens. La maison Lemercier et C10 a exploité tous ces genres divers, sans négliger les innovations pratiques introduites dans le nouvel art par la photographie et ses applications, à la découverte desquelles elle a beaucoup aidé.
- Si nous citons à part la maison Lemercier et Cie, bien digne à tous les points de vue d’être prise pour exemple de la puissance à laquelle a pu arriver la lithographie seule, c’est parce que cette maison, dont l’un des chefs était adjoint comme expert au jury, a été mise hors concours et que nous n’aurons plus l’occasion d’y revenir.
- Nous pourrions de même et pour d’autres motifs faire tout de suite une place à part aux éditeurs qui ont su trouver dans la lithographie une ressource des plus utiles et des plus avantageuses, ou qui, se faisant les intermédiaires entre les producteurs et le public, ont su favoriser par leurs conseils et leurs inspirations les progrès de l’art.
- Parmi les premières, nous placerons les maisons Didot, Dalloz,
- Morel et Ducher.
- Il ne nous reste rien à dire sur la maison Didot, si universellement connue. Ses magnifiques publications lithographiques ne sont que l’un des joyaux de sa couronne. Son Ornement polychrome, son Histoire du costume, son Paris à travers les âges, son Art japonais, son Dix-huitième siècle, sont autant de chefs-d’œuvre. Les décorations accordées au chef de la maison, M. Alfred Didot, et à M. Racinet., l’un des habiles artistes qui ont dirigé tant de beaux
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- travaux, ont été la juste récompense de leurs efforts et du succès qui les a couronnés.
- La maison A. Morel et Clu, dont le directeur distingué, M. A. Des Fossez, a été aussi nommé chevalier de la Légion d’honneur, est connue en tous pays par ses belles publications relatives à l’architecture et aux travaux d’art, dans lesquelles elle a su faire un heureux emploi des ressources que lui offrait la lithographie.
- La maison Ducher et G10 a obtenu un légitime succès avec son Architecture privée, son Manuel du peintre et son bel ouvrage de U Opéra.
- Les reproductions en photochromie de la maison Dalloz méritent une mention toute spéciale, ainsi que les travaux de la maison Erhard-Schieble.
- Nous aurions à citer encore bien des éditeurs de mérite et des artistes de talent ; mais le cadre très restreint dans lequel nous devons nous renfermer ne saurait le permettre.
- Mentionnons toutefois les expositions de MM. François Delarue et fils, de M. Düsacq, de M. Bulla, pour les gravures en taille-douce, et de M.Legras,pour les chromolithographies, qui, presque toutes, sont dues à notre éminent artiste lithographe M. Jehenne, et de M. Fichtenberg.
- Les éditeurs d’estampes religieuses, MM. Bouasse-Lebel, Turgis et Desgodets, occupent aussi un rang spécial et se sont fait une réputation méritée.
- Il est regrettable que le nombre limité des hautes récompenses dont disposait le jury de la classe p ne lui ait pas permis de rendre une plus ample justice au mérite de plusieurs de nos habiles lithographes.
- Pour asseoir son jugement, le jury a cru devoir faire entrer en ligne de compte les titres acquis par l’ancienneté et la réputation
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- des maisons, aussi bien que le mérite artistique de leurs travaux. Gr. n. En agissant ainsi, le jury croyait pouvoir donner, dans la mesure de ses moyens, une satisfaction équitable à des aspirations légitimes; mais il lui appartenait également de faire dans l’expression de ses jugements la part plus grande à l’artiste qu’à l’industriel.
- De tous les artistes lithographes qui ont le plus aidé aux progrès de la chromolithographie, M. Jehenne tient la première place.
- Sa méthode de pointillé au tire-ligne, dont tous les artistes se sont emparés, est celle qui a vulgarisé la chromolithographie et rendu possibles les tirages à grand nombre.
- M. Jehenne eût pu exposer dans la classe 5, car il est plus artiste qu’industriel. Le jury de la classe 9 a cru devoir donner la préférence, dans l’ordre des récompenses, à des maisons plus anciennes et plus considérables comme imprimeries; mais chacun néanmoins a rendu justice à l’éminent artiste, dont les œuvres se sont trouvées dispersées dans la plupart des expositions importantes des lithographes et des éditeurs.
- Les copies de tableaux exécutées par M. Jehenne sont universellement connues et sont certainement les plus remarquables parmi celles exécutées par la chromolithographie.
- La maison Testu et Massin (Champenois et C‘°, successeurs) est de celles qui ont pris la plus grande part au mouvement d’exportation de nos chromolithographies; aussi a-t-elle acquis en peu d’années une extension considérable.
- Sa nouvelle imprimerie du boulevard Saint-Michel est une des mieux installées qui existent.
- Secondés par un personnel intelligent et nombreux, à la tête duquel est placé un habile praticien, M. Alexandre, MM. Testu et Massin, puis M. Champenois, leur successeur, ont su deviner le goût du public pour la chromolithographie et donner en peu d’années à cette branche d’industrie une très grande impulsion commerciale. Leur exposition de tableaux, d’éphémérides, d’étiquettes, était remarquable entre toutes.
- Pour l’impression en taille-douce, la maison Chardon est, à
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- Gr. n. juste titre, l’une des plus estimées. Les magnifiques épreuves Cl 9 a exPosées lui ont valu de plein droit une des plus hautes
- récompenses.
- Nous avons à regretter que les exposants anglais, dont nous connaissons les productions irréprochables, se soient abstenus de les montrer au Champ de Mars, car la comparaison eût pu être faite utilement.
- Beaucoup d’autres établissements en France, entre autres les maisons Salmox et Cadart, à qui le relèvement de la gravure à l’eau-forte doit beaucoup, ont mérité d’être spécialement mentionnés; mais la maison Chardon, par la belle installation de ses ateliers aussi bien que par le mérite réel de ses productions, a mérité d’être classée au premier rang pour ce genre de travail.
- MM. Godchaüx et C10 ont une spécialité qu’ils ont importée et dans laquelle ils restent sans rivaux: l’impression en taille-douce des cahiers d’écritures à l’usage des enfants.
- La perfection apportée à cette fabrication, grâce aux machines qu’ils ont inventées, a déjà été signalée et récompensée à toutes les expositions depuis 1862.
- En accordant à MM. Godchaüx et C10 une place d’honneur, nous avons voulu consacrer les mérites d’une fabrication aussi remarquable par ses moyens d’exécution qu’intéressante par le but utile auquel elle s’applique, et nous avons voulu aussi distinguer un de nos établissements industriels les mieux organisés et administrés.
- M. J. Guéret est un artiste de talent qui a su transformer les affiches, assez généralement laides et mal exécutées, en de véritables œuvres d’art.
- Tout le monde connaît ses compositions si originales et spirituelles ; mais ce qui étonne surtout le praticien, c’est l’effet obtenu par M. Chérct avec un nombre de couleurs très restreint, deux ou trois le plus souvent. Le nom de M. Chéret restera attaché à un genre dont il est le créateur.
- La maison Becquet et fils, dirigée par un praticien habile, a
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- le mérite d’exécuter tous les genres de travaux possibles par la Gr. it. lithographie. Les ouvrages de médecine sortis de ses presses ne c~g laissent rien à désirer. Par son ancienneté aussi bien que par l’importance qu’elle a su acquérir dans son industrie, la maison Becquet a été jugée digne de voir récompenser par une médaille d’or de très anciens et très louables efforts.
- M. F. Appel n’est pas seulement un excellent lithographe, c’est de plus un chercheur. Non content d’avoir fondé une des premières imprimeries lithographiques de Paris et de celles dont la production est la plus étendue, M. Appel ne néglige rien de ce qui peut faire progresser son art. 11 a inventé des machines fort ingénieuses et a introduit de nombreuses innovations dans son industrie.
- La lithographie doit beaucoup aux Engelmann, cette famille de praticiens émérites. Leur maison a continué de suivre les traditions dont elle peut être fière à juste titre. Le soin qu’on y apporte à toutes les publications, la collection si variée de vitraux qu’on y produit, méritent de fixer l’attention de tous les amateurs de bonne lithographie.
- MM. Th. Düpüy et fils, par leurs nombreuses recherches, ont puissamment concouru aux progrès de leur art. Les presses lithographiques de leur invention témoignent d’une ingéniosité remarquable. Leur maison est importante, et ils se sont créé des relations commerciales très étendues. Déjà, en 1867, leurs productions avaient été remarquées, et les travaux qu’ils ont exposés cette, année étaient également dignes d’attention.
- La seule association ouvrière de lithographes dont le succès soit venu couronner les efforts est la société Romanet et G10. Après bien des traverses, cette association est arrivée à tenir un fort bon rang, ainsi que le prouve son exposition, et elle est de plus une pépinière d’excellents ouvriers.
- La maison Pichot et C1' s’est créé une spécialité importante : la
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- Gr. n. fabrication des étiquettes commerciales. Dans ce genre, qui exige C1 une connaissance complète de toutes les ressources que peuvent offrir les différents procédés d’impression, M. Pichot, associé puis successeur de M. Nissou, s’est fait une place à part.
- Un des lithographes qui ont fait le plus grand pas dans l’impression lithographique sur zinc est M. Monrocq, praticien des plus habiles, mais encore innovateur intelligent. Il avait exposé une fort belle série de reproductions pour les écoles et les œuvres scientifiques.
- Il nous reste à citer encore bien des artistes de talent et des maisons importantes : celles de M. L. Sault, MM. Baster et Vieil-lemard, M. Baülant aîné, Mm V1' Bourgerie-Villette, M. Bou-vetier et G10, M. Bognard, M. Aubry, M. Bertauts, M. Laas, M. Ponsot, M. H. Bataille, MM. Broise et Courtier, M. Buttner-Thierry, M. Hangard-Maugé, M. Nachmann, MM. Mayoux et Honore, M. Victor Palyart, M. Fraillery, M. Morel, successeur de Dopter.
- L’exposition de M. A. Bry s’est distinguée par le soin et le fini de ses lithographies noires.
- M. Lauronce a eu le premier l’ingénieuse idée de superposer plusieurs couches de blanc sur satins et soies compactes ou transparentes de différentes couleurs, et il a produit à l’Exposition des éventails de sa composition d’un goût exquis.
- M. Loire-Michelet exposait des réductions lithographiques très-intéressantes, et M. Max Cremnitz avait une exposition d’impressions sur tôle exceptionnelle.
- En province, il existe des établissements de premier ordre, tant par leur puissance industrielle que par leurs excellents travaux. En première ligne il faut placer la maison Danel , de Lille, qui est universellement connue, et celle de MM. Oberthur, à Bennes.
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- Nous avons déjà parlé de ces deux grands établissements. Il en Gr. il. existe un autre dans le Midi, non moins important et plus spécia- g lement adonné à la lithographie, celui de M. Mariüs Olive, à Marseille. Son origine remonte à 1660.
- Mais, sauf cette maison, dont les travaux sont considérables et généralement bien exécutés, la province ne compte guère d’établissements spéciaux en lithographie dignes d’être signalés. Citons toutefois MM. Cayer, à Marseille; M. Gerin, à Dijon; M. Gibert-Clarey, à Tours, et M. Grégoire, à Montpellier.
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- Gr. II.
- Cl. 9.
- CHAPITRE X.
- LES EXPOSITIONS ETRANGERES.
- ANGLETERRE.
- Nous devons savoir gré aux imprimeurs anglais d’avoir envoyé quelques-uns de leurs produits à l’Exposition universelle de 1878. Us se sont presque totalement abstenus jusqu’à ce jour toutes les fois qu’il y a eu une exposition internationale. A Vienne, en 1873, on pouvait expliquer cette abstention par le peu de rapports commerciaux existant entre l’Angleterre et l’Allemagne, en matière de librairie; mais à Philadelphie, en 1873, les memes raisons n’existaient pas, car l’Amérique est un des grands débouchés des livres anglais, et cependant imprimeurs et libraires anglais n’y avaient presque pas paru.
- Telle que nous l’avons vue au Champ de Mars, l’exposition anglaise ne nous donnait cependant qu’une idée imparfaite de ce qu’est, chez nos voisins, l’industrie du livre. Nous n’ignorons point la puissance de production vraiment surprenante de nos voisins et leur savoir-faire commercial; mais leur exhibition n’était pas suffisante pour faire comprendre à ceux qui ne connaissent pas l’Angleterre l’importance de leurs établissements ni leur manière de
- L’imprimerie anglaise forme une école toute spéciale, qui a un caractère absolument personnel. Ce ne sont ni nos papiers, ni nos caractères, ni nos procédés. La dissemblance est absolue.
- Nous n’avons pas eu entre les mains les éléments nous permettant d’établir d’une manière exacte l’importance de la production des journaux et des livres en Angleterre et dans les colonies anglaises.
- Nous savons cependant que dans les seules possessions des Indes on a imprimé en 1876 près de 4,800 livres, c’est-à-dire autant
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- que les Etats-Unis. Pour un ouvrage spécialement, le plus ré- Gr. il. pandu il est vrai, la seule Société biblique britannique et étran-gère, qui date des premières années de ce siècle, a distribué dans le monde entier 85 millions d’exemplaires. Leurs encyclopédies sont de véritables monuments, et leurs livres, imprimés dans toutes les langues, s’adressent, on peut le dire, à tous les peuples. Ils ont des imprimeries qui occupent 1,000, i,5oo et jusqu’à 9,000 ouvriers. Tous ces faits témoignent d’une force industrielle vraiment merveilleuse et devant laquelle nous devons nous incliner.
- Ce qui a beaucoup aidé les imprimeurs à maintenir la supériorité de leur fabrication, c’est d’avoir su aussi maintenir le prix des livres dans des limites où il est encore rémunérateur. Ils emploient, en général, de meilleurs papiers et de meilleures fontes que les nôtres, mais aussi l’Anglais paye ses livres plus cher. Il faut ajouter que les ouvriers anglais font un apprentissage plus sérieux que les nôtres et sont généralement plus instruits.
- L’exposition anglaise était brillamment représentée par la vaste et belle installation du grand journal illustré Tue Graphic.
- Cette belle publication réunit à elle seule les qualités et les défauts du caractère anglais. Les dessins sont souvent un peu secs, un peu raides; mais quelle exactitude et quelle rapidité dans l’exécution! L’industriel est préoccupé avant tout de faire vrai et de faire vite; aussi a-t-il été des premiers à utiliser la photographie pour profiter de tous les éléments d’exactitude qu’elle apporte à une publication hebdomadaire. The Graphic tire ordinairement à 65,ooo exemplaires, et son numéro exceptionnel de Noël est tiré' à 295,000.
- L’importante maison Spottiswoode et Cie, de Londres, avait exposé un grand nombre de revues périodiques, ainsi que des ouvrages orientaux, qui sont sa spécialité et dont l’excellente exécution a été particulièrement appréciée.
- M. W.-G. Blackie, de Glascow, avait exposé des titres, des
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- Gr. il. planches lithographiées en couleurs et des eaux-fortes. Ces belles productions se faisaient remarquer entre toutes.
- MM. A. et Ch. Black, d’Edimbourg, exposaient leur Encyclopédie britannique, répertoire complet de toutes les branches des connaissances humaines, orné de nombreuses illustrations sur bois et sur acier et de cartes en couleur, le tout d’une belle exécution.
- MM. Samuel Bagster fils, de Londres, n’exposaient que des bibles, les unes en anglais, les autres en huit langues différentes. Toutes se distinguent également par une bonne fabrication.
- La grande maison Marcus Ward et C10, qui occupe près de 20 presses typographiques et ko presses lithographiques, avait une exposition très intéressante, où, à côté d’œuvres d’un ordre plus élevé, on voyait ces innombrables cartes que les Anglais ont l’habitude de s’envoyer à Noël et des livres illustrés pour enfants, dans lesquels nous avons remarqué de très agréables applications de la chromolithographie.
- La lithographie avait également pour représentants MM. Brooks, Vincent Day et fils, et MM. Hanhart et Nicolas, de Londres, qui ont produit d’excellentes copies en chromolithographies d’aquarelles et de peintures. Cependant, malgré le fini de certains de ces travaux, il semble que les Anglais n’ont pas en lithographie la meme supériorité qu’en typographie.
- Les imprimeurs des colonies anglaises n’ont rien à envier à ceux delà métropole. MM. John Ferrés, de Victoria, etM. Saul Salomon et 0°, de Capetown, se sont particulièrement distingués dans leurs expositions.
- Si nous ne nous étendons point comme il conviendrait sur les productions anglaises, c’est que l’étude des industries de l’imprimerie et de la librairie, telles qu’elles sont pratiquées chez nos industrieux voisins, est un champ beaucoup trop vaste pour être exploré avec les faibles moyens mis à notre disposition par l’Exposition.
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- Qu’il nous suffise de reconnaître que les Anglais, dans toutes Gr. il. les industries qui ont pour but la propagation des œuvres de la littérature, des sciences et des arts, aussi bien que dans leurs procédés commerciaux, méritent de fixer constamment notre attention.
- Nous avons beaucoup à apprendre chez les Anglais, et, de même que, lorsque nous revenons de Londres, Paris, tout en nous paraissant plus agréable, nous semble plus petit, de même, lorsque nous comparons l’importance des imprimeries anglaises, de leurs éditions et de leurs journaux avec les nôtres, nous nous trouvons bien moins grands que nous n’aimons à nous le figurer.
- AMERIQUE.
- L’exposition des Etats-Unis d’Amérique ne donnait aucune idée de l’importance de l’imprimerie et de la librairie dans ce pays(1). Faut-il mettre ce fait sur le compte de la détermination tardive du Congrès et du Sénat américains, qui se sont décidés au dernier moment à prendre part à l’Exposition universelle? Nous n’oserions l’affirmer; car déjà chez eux, à l’Exposition de Philadelphie, les imprimeurs et les éditeurs s’étaient montrés fort peu empressés à exposer, cela n’offrant d’après eux aucune utilité pratique. En \ 878, ils se sont néanmoins souvenus que les Français n’avaient pas hésité à participer à la fête de leur Centenaire. Ils se sont souvenus que l’imprimerie et la librairie françaises, bien que n’ayant aucun intérêt à passer la mer, puisque des, droits protecteurs exorbitants paralysent l’échange de leurs produits avec ceux des Etats-Unis, avaient tenu à donner aux Américains un témoignage de leur sym-
- 1 3, en envoyant à Philadelphie leurs plus beaux ouvrages. Le temps leur manquant, ils ont repris en toute bâte leur Exposition de 1876, et, se groupant comme l’avaient fait nos éditeurs et nos imprimeurs, ils nous ont envoyé un choix de leurs travaux.
- A l’Exposition de 18 5 5 , nous n’avions vu de l’Amérique que quelques volumes in-A", imprimés avec assez de soin. En 1867 aussi nous n’avions presque rien vu, mais ceux qui étaient allés
- (1) Le catalogue officiel américain pour ta classe 9 n’a paru que vers la fin d’août, alors que les travaux du jury étaient terminés.
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- à Philadelphie en 1876 n’avaient plus rien à apprendre en 1878. C’étaient les mêmes noms et les mêmes ouvrages.
- Ce qui frappe tout d’abord, c’est la netteté et la pureté de l’exécution de tous ces travaux, même des plus infimes. Les papiers sont beaux, les caractères sont purs, et nous nous prendrions volontiers à tout admirer, si, regardant de plus près, nous ne constations bien vite que la faculté la plus merveilleuse de l’Américain est celle de l’assimilation. Et il a bien fallu qu’il en fût ainsi pour donner, dans le cours d’un demi-siècle, à l’industrie du livre et du journal les développements extraordinaires qu’on lui a donnés aux Etats-Unis.
- M. Goodrich, qui est Américain, estime que, dans la production totale des livres publiés aux Etats-Unis, la proportion des ouvrages originaux américains, qui ne s’élevait en 1820 qu’à 30 p. 0/0, s’élève à 80 p. 0/0 en 1877.
- Nous n’avons aucune base pour contredire une telle assertion, qui nous paraît des plus fantaisistes, mais nous sommes convaincu que, sur les A,4^6 ouvrages publiés en 1877 aux Etats-Unis, si on enlevait tout ce qui a été emprunté à l’Angleterre, à la France et à l’Allemagne, il resterait un peu moins de 80 p. 0/0 à l’avoir du peuple américain.
- D’une supériorité incontestable dans les arts mécaniques, l’Américain obtiendra dans nos industries d’excellents résultats pour tout ce qui relève de ces arts, mais il faut constater qu’il n’hésite pas à nous emprunter largement et sans hésitation ce qui est du domaine de l’imagination.
- Pour établir à grands frais un ouvrage d’art, il faut dépenser beaucoup de talent et beaucoup de temps; mais pour reproduire l’ouvrage, une fois créé, par les moyens dont on dispose aujourd’hui, il 11e faut que de l’habileté.
- Cet état de choses, à peu près général, et qui ne souffre que quelques exceptions honorables, est fort préjudiciable à nos artistes et à nos écrivains, mais il tendra à disparaître le jour où les Etats-Unis, assez forts par eux-mêmes, admettront la pratique du libre-échange comme préférable à celle de l’emprunt forcé.
- Où nous avons beaucoup à apprendre des Américains, c’est
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- dans la pratique de leurs procédés commerciaux. L’activité de Gr. n. leurs agents, qui vont solliciter le consommateur jusque dans les plus petites bourgades, est un modèle à suivre. L’imprimeur a eu le sens pratique de rester presque toujours éditeur, mais la marchandise une fois fabriquée par combien de sources ne s’écoule-t-elle pas !
- Il y a le jobber, qui est le commissionnaire et le commerçant en gros du livre, et au-dessous de lui tous les détaillants qui forment sa clientèle. On fait des ventes à l’encan, dans lesquelles les livres se vendent par masse comme toutes les autres marchandises. Les transactions sont facilitées par le peu d’élévation des droits de poste. Une organisation de bibliothèques publiques, digne d’être imitée en tous points, offre aussi des débouchés sérieux aux productions de l’imprimerie. Ajoutons encore et par-dessus tout, comme un des grands moyens d’action des Américains, leur aptitude à se grouper et à profiter de la force que donne l’association, et l’on comprendra comment ils ont grandi d’une manière aussi extraordinaire et produit tant de travaux qui les placent au premier rang, non comme créateurs, mais comme reproducteurs ou imitateurs des conceptions étrangères.
- Nous avons remarqué parmi les exposants américains MM. Ap-pleton et Cie, dont le bel établissement, situé à New-York, est l’un des plus anciens et des plus renommés des Etats-Unis. Il centralise tout ce qui a trait à la fabrication du livre et à son édition, et favorise spécialement le mouvement littéraire et scientifique du pays. Presque toutes les célébrités américaines y font éditer leurs œuvres. La maison entreprend des ouvrages considérables, à la tête desquels nous placerons Y American Cyclopœdia, qui a déjà 16 vo- ’ lûmes in-8°, contenant A,ooo gravures environ et un grand nombre de cartes et de plans.
- Parmi les ouvrages de luxe, nous citerons comme tout à fait hors ligne : Picturesque America, qui est une des plus belles œuvres sorties des presses américaines.
- MM. J.-B. Lippincott et C'e, de Philadelphie, ont un établissement non moins important que les précédents. Us éditent et im-
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- priment leurs ouvrages, et leurs relations commerciales sont extraordinairement étendues.
- Au milieu de plus de 2,5oo volumes qu’ils ont publiés, nous signalerons particulièrement les dictionnaires et les livres d’informations, dont l’exécution est parfaitement soignée.
- MM. Harper frères, de New-York, ne travaillent également que pour leurs propres publications. Leurs éditions classiques et les nombreuses revues périodiques qu’ils éditent les placent au rang des grands industriels de l’Union.
- MM. Houghton, Osgood et C'e, de Boston, nous ont montré une série d’impressions remarquables, et leurs catalogues, non moins complets que ceux des maisons précitées, embrassent tous les genres.
- MM. Scribner, Armstrong et G10, de New-York, ont exposé une belle revue périodique : le Scribner s Magazine, et toute une série d’ouvrages pour les enfants et de beaux volumes d’histoire et de géographie.
- Nous aurions à citer bien d’autres noms, qui tiennent dans nos industries un rang distingué : M. Julius Bien, M. David Williams, etc. Une mention particulière doit être faite toutefois pour MM. L. Prang et Cie, qui avaient une exposition de chromolithographies absolument remarquables de finesse et de fini. Cette maison a indiqué à elle seule jusqu’oii les Américains ont poussé le bel art de Senefelder.
- Ce que nous avons vu des productions américaines a suffi à nous démontrer que la jeune Amérique, en imprimerie, aussi bien que dans les autres industries, marche à pas de géant. Elle saura bientôt se suffire à elle-même et nous dépassera peut-être un jour qui n’est pas éloigné, si nous ne redoublons d’efforts et d’activité.
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- AUTRICHE-HONGRIE.
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- L’exposition autrichienne ou, pour mieux dire, l’exposition viennoise était de beaucoup la plus complète et la mieux ordonnée entre toutes les expositions étrangères.
- Nous avons été frappés des analogies que l’on pouvait établir entre les établissements autrichiens et les établissements français. Ils se groupent à peu près comme en France, et Vienne, de même que Paris, occupe une place absolument prépondérante.
- Le mouvement de décentralisation commence aussi en Autriche, mais il est moins accentué que chez nous, et les maîtres imprimeurs de Vienne paraissent savoir mieux s’entendre en vue des éventualités qui peuvent se produire. Grâce au dévouement de l’un d’eux, M. Théophile Gistel, ils possèdent une école professionnelle admirablement organisée, à laquelle nous n’avons rien à opposer de semblable.
- La plupart des éditeurs sont à Vienne. Il s’en trouve quelques-uns importants dans les provinces, comme Tempsky à Prague, mais ils sont rares. Leur commerce d’exportation est considérable et s’étend à tous les pays de langue allemande et de langue slave. Les journaux n’en restent pas moins, comme en France, l’un des principaux aliments des imprimeries.
- Les travaux des imprimeurs autrichiens sont soignés. Quelques-uns sont de véritables œuvres d’art, qui prouvent que dans les ateliers se rencontrent fréquemment des ouvriers consommés.
- L’Autriche s’est montrée tout à fait supérieure dans la lithographie. Elle emploie ordinairement pour ses chromolithographies artistiques le procédé aquatinte, dans lequel excellent les artistes allemands.
- Les principaux établissements autrichiens et hongrois étaient représentés au Champ de Mars, et les courtes notices que nous nous proposons de consacrer à quelques-uns d’entre eux seront bien insuffisantes pour les faire connaître.
- Gerold, imprimeur-éditeur, libraire de l’Académie impériale
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- des sciences de Vienne, hors concours comme membre du jury, représentait brillamment l’exposition autrichienne. Cette maison, plus cpie séculaire, jouit à Vienne d’une réputation justement acquise. Tous les genres connus de librairie et d’éditions figurent dans son catalogue, et l’on peut dire qu’il est rare, pour ne pas dire impossible, de voir dans une même librairie représentés l’architecture, l’histoire, la géographie, l’art militaire, l’agriculture, l’horticulture, les mathématiques, l’astronomie, la médecine, la chirurgie, la chimie, la pharmacie, la philologie, le droit, l’économie politique, la littérature, l’art, la théologie. Les livres sortant de l’imprimerie Gerold sont soignés et peuvent être regardés comme un bon spécimen de l’imprimerie autrichienne.
- Adolphe Holzhaüsen, imprimeur de l’Université de Vienne, avait une exposition des plus complètes, où, à côté d’ouvrages de science parfaitement imprimés, comme le Lehrbuch (1er Pathologie und Thérapie (1er Hausthiere, on voyait des ouvrages de luxe, comme la Monographie du château de Schônbrunn, magnifique in-folio avec lettres ornées et gravures d’une extrême finesse. Il y avait dans sa vitrine des spécimens variés dans toutes les langues : grec, vieux slave, tchèque, ruthénicn, éthiopien, chinois et japonais s’y coudoyaient, et tous ces travaux, par leur variété aussi bien que par leur bonne exécution, fixaient sur la valeur d’une maison qui, non seulement honore la typographie, mais aussi donne une puissante impulsion à l’exportation de la librairie autrichienne.
- Wilhelm Biuumüller, libraire-éditeur de la Cour et de l’Université de Vienne, a édité depuis 1838, époque de la fondation de sa maison, environ i,o5o ouvrages.
- La plupart de ses travaux sont exécutés dans la maison Holz-hausen.
- Cette librairie occupe à Vienne une place distinguée; elle avait déjà pris part à notre exposition de 1867, et les œuvres qu’elle édite avaient déjà, dès cette époque, été remarquées et appréciées comme elles le méritent.
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- Zamarski, à Vienne, est éditeur en même temps quimprimeur Gr. il. typographe et lithographe de la Cour.
- Sa maison, qui occupe environ ûoo ouvriers, est des plus importantes et imprime le meilleur journal illustré d’Autriche, le OEsterreichische illuslrirle Zeitung. Elle se tient au courant de tous les progrès , ainsi qu’en témoignaient les reproductions photolithographiques, de taille-douce et d’eaux-fortes, et les bonnes photogravures qu’elle exposait.
- Charles Promue, imprimeur typographe à Vienne. Sa maison est, on le sent, dirigée par un homme de goût; car elle se distinguait entre toutes par la qualité de ses productions. Ses travaux de ville et ses modèles d’actions étaient des œuvres vraiment artistiques.
- M. Charles Fromme avait exposé entre autres choses une curiosité typographique : une feuille de papier longue de 10 mètres, sur laquelle figuraient tous les souverains d’Autriche. Ce tableau, tiré sur une presse à bras avec 108 formes, ne laissait rien à désirer comme unité de ton et de couleur.
- M. R. Waldheim, imprimeur-éditeur à Vienne, s’était mis hors concours et avait une des plus riches expositions, où les beaux livres abondaient.
- M. Fr. Jasper, imprimeur à Vienne, n’exposait que le journal Die Heimat, mais cette production suffisait à le classer.
- M. Edouard Sieger, imprimeur à Vienne, s’est distingué par une innovation qui ouvre de nouveaux débouchés à la lithographie. Elle consiste à imiter, à l’aide de la lithographie, des incrustations d’ornements et de lettres dans le bois et l’ivoire. Le procédé, qui est la propriété de M. Sieger, est fort simple. L’impression lithographique exécutée sur papier fin est collée sur le bois au moyen d’une forte pression, de manière à faire corps avec lui. Les travaux ainsi obtenus, couvertures de livres, coffrets, boîtes à gants, étaient très élégants. Ils s’offraient comme une
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- Gr. il. énigme aux regards de ceux qui cherchaient ce que ces jolies Cl 9 productions pouvaient avoir de commun avec la lithographie. Ce n’était, du reste, qu’une des spécialités d’une maison qui s’est signalée dans tous les genres aux diverses expositions.
- MM. H. Engel et fils, imprimeurs typographes et lithographes à Vienne, exposaient des papiers de valeur et d’excellentes impressions administratives.
- M. Franz Kargl jouit d’une grande réputation à Vienne comme imprimeur en taille-douce, et son exposition la justifiait à tous les points de vue.
- Les lithographes étaient représentés par trois maisons tout à l’ait hors ligne, MM. Haupt et Czeiger, M. Reiffenstein, M. Holzel. tous trois de Vienne.
- Les productions de ces établissements rivalisent avec celles de nos meilleurs ateliers. Les tons des chromolithographies sont chauds et vigoureux. Le dessin est quelquefois un peu léché, ce qui lui donne une certaine sécheresse, mais les sujets sont toujours bien choisis et l’ensemble est harmonieux et de bon goût.
- Les livres exposés par la Hongrie ne donnaient aucune idée des productions de ce pays; il est donc superflu de parler d’ouvrages exposés pour la plupart par des auteurs et qui auraient dû figurer dans les classes de l’enseignement. Nous avons pourtant distingué deux établissements qui représentaient dignement l’art typographique en Hongrie : l’Imprimerie royale et la Société d’imprimerie par actions, dont le directeur, M. Falk, était membre du jury. La première exposait des spécimens d’actions d’une bonne exécution; la seconde, des livres et des épreuves de lithographie en couleur très réussies.
- Les établissements de nos confrères autrichiens et hongrois sont de ceux qui font honneur à un pays, alors même que ce pays, comme l’Autriche-Hongrie, n’en est plus à compter le nombre de ses bonnes imprimeries.
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- Déjà, à l’Exposition de 1855 , l’Autriche s’était signalée comme Gr. n. ayant un mérite incontesté dans tout ce qui concerne les arts gra-phiques, mais, en 1878, elle s’est affirmée plus complètement quelle ne l’avait fait jusqu’à ce jour et a conquis tous les suffrages, comme elle avait déjà toutes les sympathies.
- BELGIQUE ET HOLLANDE.
- Voici deux pays où l’imprimerie a toujours été en honneur, et qui cependant n’ont aujourd’hui, il faut le reconnaître, presque rien à offrir, comme travaux ou comme procédés, de particulièrement intéressant.
- Les imprimeurs belges et hollandais ne font guère maintenant, pour la plupart, que des impressions courantes et fort peu d’impressions de luxe.
- Nous avons le regret de constater que l’exposition de ces deux pays, qui sont à nos portes et qui possèdent chacun 5 à Goo imprimeries, ne répondait pas à l’idée que nous nous en étions faite.
- Est-ce conscience de n’avoir rien à présenter en dehors de productions courantes? Est-ce tout autre motif? Nous l’ignorons.
- Si l’on eût enlevé de l’exposition belge deux grandes maisons d’édition et trois imprimeries, et de l’exposition hollandaise autant d’imprimeurs et trois grandes maisons de lithographie, on ne se serait trouvé qu’en présence de simples auteurs ayant exposé leurs ouvrages, ce qui eût constitué une exhibition absolument nulle.
- Parmi les maisons qui méritent une mention spéciale pour la part qu’elles ont prise à notre Exposition, nous citerons en Belgique :
- M. H. D essain, imprimeur-éditeur à Malines et à Liège, dont l’établissement a une très grande importance. Cette maison, dont la spécialité est l’impression et l’édition de livres de liturgie imprimés en rouge et en noir, se fait remarquer par une bonne exécution. Fondée en 1778, elle a su se maintenir au niveau des meilleures maisons des autres pays, grâce à un outillage toujours perfectionné. Ses institutions de prévoyance, sagement combinées,
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- Gr. il. lui ont attaché un personnel ouvrier qui a contribué à maintenir dans la maison les bonnes traditions typographiques.
- M. Claesen, imprimeur-éditeur à Liège, dont la maison est de fondation toute récente, exposait des ouvrages d’art, d’architecture en chromolithographie, en phototypie et lithographie, remarquablement exécutés.
- M. Van Doosselaere, imprimeur à Gand, qui a fondé sa maison en août i85a , avait des travaux courants soignés et quelques ouvrages de luxe, parmi lesquels nous avons remarqué la Description de métaux et autres objets anciens des Gildcs et corps de métiers, églises, etc., par L. Ménard Van Hoovebeke.
- Mme Vvc H enri Casterman, imprimeur-éditeur à Tournai, possède un catalogue classique d’ouvrages à bon marché très complet.
- M. Mertens, imprimeur à Bruxelles, est un homme de progrès; sa maison est l’une des plus importantes delà Belgique, et ses productions sont soignées. Il était le seul imprimeur de Bruxelles qui ait tenu à figurer à l’Exposition internationale.
- Pour la Hollande, l’exposition était encore moins complète, si possible, et la lithographie était seule dignement représentée. Encore fallait-il chercher cette partie de l’exposition dans la galerie des arts libéraux.
- La vitrine de MM. Emrik, de Haarlem, et celle de MM. Tres-ling et Cie, d’Amsterdam, se faisaient particulièrement remarquer. Citons aussi celle de M. Amand, d’Amsterdam.
- M. E.-J. Brill, de Leyden, tenait une place distinguée parmi les éditeurs. Sa maison, très ancienne, s’occupe particulièrement de la publication d’ouvrages en langue orientale.
- M. Sytoff, éditeur à Leyden, avait aussi exposé plusieurs ouvrages bien exécutés.
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- Les Colonies hollandaises, avec MM. Ogilvie et C‘c, Ernst Dorp Gr. n. et C'°, Kolff et C'°, avaient apporté l’appui d’un contingent sérieux à l’Exposition de la métropole.
- En Hollande, aussi bien qu’en Belgique, presque tous les imprimeurs sont en même temps éditeurs, et les maisons sont, de ce fait, dans une situation assez prospère. Il n’y existe pas de très grandes imprimeries, mais les maisons de moyenne importance y sont nombreuses et se répartissent à peu près dans toutes les grandes villes du royaume d’une manière égale.
- La main-d’œuvre est encore bien moins élevée qu’en France, et ils n’ont pas l’impôt sur le papier, ce qui permet aux imprimeurs de ces pays d’exporter encore leurs produits chez nous et de se substituer souvent à nous dans l’exportation pour les pays étrangers.
- Le goût de la lecture, bien plus répandu en Belgique et en Hollande qu’en France, y assurera toujours un travail régulier et sérieux à l’imprimerie et à l’industrie du livre.
- ITALIE.
- A part quelques maisons importantes, l’exposition italienne manquait d’organisation et était installée d’une manière défectueuse; mais elle était néanmoins l’une des plus complètes parmi les expositions étrangères, et l’on pouvait par son examen se rendre compte de l’état de l’industrie dans le pays.
- La plupart des imprimeurs italiens avaient pris part au concours du Champ de Mars, et il nous a été possible d’apprécier les progrès réels réalisés depuis quelques années par les descendants des Aide et des Bodoni. Les ouvriers italiens n’ont pas encore peut-être acquis l’expérience des ouvriers français, mais leur intelligence ouverte, active et leur profond sentiment artistique leur permettront bien vite de suppléer à ce qui leur manque encore. Ils sont venus en nombre visiter l’Exposition de 1878, et sauront profiter de tout ce qu’ils y ont vu. Le concours de grands industriels tels que M. Civelli et M. Sonzogno, ou de praticiens émérites comme
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- M. Bona et M. Landi, n’aura pas été étranger à l’impulsion donnée aux arts graphiques en Italie pendant ces dernières années.
- M. le commandeur Giuseppe Civelli ne possède pas moins de six imprimeries dans les principales villes d’Italie. Il a deux papeteries et une fonderie de caractères. Il a créé et installé un puissant outillage. Il est éditeur aussi bien que fabricant, et un seul de ses travaux, le Vocabolario universale délia hngua italiana, en 8 volumes grand in-A", suffirait à donner une idée de l’importance des ouvrages qu’il peut entreprendre.
- M. Soxzogno, de Milan, imprimeur et éditeur de classiques et de nombreux journaux illustrés, avait fait une exposition exceptionnelle dans une très riche bibliothèque.
- Sa maison emploie 5oo personnes environ. Une société de secours mutuels parfaitement organisée témoigne de la sollicitude constante dont il entoure ses ouvriers.
- M. Ulrich Hoepli nous a paru être le plus grand éditeur de Milan, cette capitale typographique de l’Italie, mais tous ses ouvrages ne sont pas également soignés. U mérite une bonne place comme éditeur d’ouvrages scientifiques, mais sa fabrication demande à être perfectionnée.
- L’Unione tipografica editrige de Turin occupe un rang distingué parmi les maisons d’édition et publie une série importante d’encyclopédies. Les éditions sont soignées, et Ton sent dans cette maison l’heureuse influence d’une excellente direction.
- M. le chevalier Vallardi, de Milan, a édité des ouvrages intéressants sur l’Italie, et ses tailles-douces se recommandent à l’attention des connaisseurs.
- Les Mechitaiusti Armeni, de Venise, qui ont la spécialité des ouvrages arméniens, s’étaient déjà distingués en 1867, et leur établissement n’a pas déchu.
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- La maison Paravia et C'c, de Milan, avait également une exposition importante.
- Gr. IL Cl. 9.
- Chaque ville d’Italie était du reste bien représentée. Turin avait encore les jolies productions pleines de goût de Bona, un typographe épris de son art, et les éditions de Casanova. Gênes avait l’imprimerie des Sourds-Muets. Livourne avait ViGO,que l’on avait déjà remarqué en 1867. Naples avait les travaux de M. de Angelis Gennaro et de M. Ch. Giannini, un grand industriel. Florence avait les ouvrages si intéressants de MM. Ariani et Landi et les bonnes éditions de M. Barrera Gasparo. Rome, enfin, qui a vu ses établissements typographiques se décupler depuis l’installation du gouvernement italien dans ses murs, avait la Typographie Elzévi-rienne et la librairie Spitiioever.
- Nous parlerons en finissant de la jolie curiosité typographique exposée par les frères Salmin , de Padoue : un Dante microscopique, qui faisait le plus grand honneur au graveur.
- Nous avons eu à constater une lacune très regrettable dans l’exposition italienne. La lithographie n’y était pas représentée, et cependant nous connaissons en Italie plusieurs établissements importants.
- Bien que la moyenne des productions typographiques exposées ne nous ait point paru atteindre un niveau bien élevé, nous nous plaisons à constater un progrès marqué sur l’Exposition de 1867. Avec un travail plus soigné et un meilleur choix de matières premières, l’Italie, avant peu, verra ses légitimes espérances seréaliser^
- SUISSE.
- A l’Exposition de i855, il n’était pas question de la Suisse dans la classe de l’Imprimerie. En 1867, on n’avait distingué chez elle que les paysages en aqua-tinta de M. Brunhôfer, de Soleure, et quelques livres et journaux de M. Bridel, de Lausanne. Mais cette fois elle s’est révélée, et Ton a pn se rendre compte de la place occupée par ce petit pays de 2,600,000 habitants.
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- La plus importante maison de la Suisse, celle de MM. Benziger frères, d’Einsiedeln, n’exposait pas, et c’était un fait bien regrettable, car elle est exceptionnellement organisée et concourt effectivement à tous les progrès des arts graphiques. A sa tête sont des praticiens distingués, et ses relations s’étendent dans les deux mondes.
- Malgré cette abstention, nous nous sommes trouvés encore en présence de maisons considérables, à la tête desquelles nous placerons celle de MM. Ohell Fussli et C'\ de Zurich, qui a, comme la maison Benziger, le mérite de cultiver chez elle avec succès la plupart des branches accessoires ou des arts auxiliaires de l’imprimerie, depuis la fonderie des caractères et la gravure jusqu’à la photographie.
- M. Hofer, imprimeur lithographe à Zurich, et M. François Turrettini, directeur de l’Imprimerie orientale et elzévirienne de l’Atsuine Gusa, à Genève, avaient également des expositions soignées.
- Dans ce petit pays, ou tout le monde sait lire et lit beaucoup, chaque ville possède des imprimeries relativement importantes; aussi voyons-nous une ville comme Berne, qui n’a que 36,ooo habitants, avoir des exposants comme Bieder et Simihen, dont la vitrine contenait de nombreux modèles d’actions et d’obligations, et comme Stæmpfli, qui exposait des travaux courants d’une excellente facture.
- Une ville de 3o,ooo habitants comme Lausanne est représentée par M. Bridel, qui offre une exposition de travaux très soignés et très variés. Cette maison n’imprime pas moins de 18 publications périodiques.
- Bâle a comme exposant M. Bonfantini, imprimeur émérite et praticien très expert dans son art, et qui, seul, a fait pour l’Exposition de 1878 un effort que des maisons de premier ordre n’ont
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- point tenté. Il a réuni clans un seul album un choix de ses travaux Gr. n. et de ses procédés, et en a fait don aux imprimeurs parisiens. C’est là un exemple qui mériterait d’être imité à chaque exposition internationale, car les imprimeurs de chaque pays trouveraient certainement des renseignements précieux dans les spécimens de travaux laissés à leur disposition par leurs confrères de l’étranger.
- En dehors de MM. Benziger, beaucoup d’imprimeurs, et des plus importants, manquaient à l’appel. Les lithographies, et particulièrement les belles cartes géographiques, dans la fabrication desquelles la Suisse excelle, étaient assez rares, mais le peu que nous en avons vu a suffi pour laisser une bonne impression de l’ensemble.
- La situation des ouvrages imprimés en Suisse pendant l’année 1878 achèvera de nous fixer sur la production du pays. Il y en a eu 953 , se répartissant ainsi : 178 à Zurich; 1 7 1 à Genève;
- 110 à Berne; 126 à Bâle; 95 à Lausanne; 56 à Neufchâtel; â6 à Einsiedeln; 35 à Saint-Gall; à Argovie; 21 à Schaffouse; 18 à Winterthur; i5 à Frauenfeld; 12 à Coire; 12 à Lucerne; 8 à Fribourg; 7 à Porentruy, et 19 dans diverses localités.
- SUÈDE, NORWÈGE ET DANEMARK.
- Dans ces trois Etats du Nord, l’imprimerie a suivi les progrès des arts, des sciences et des lettres plus peut-être que dans aucun autre pays. Là, comme en Suisse, tout le monde sait lire, et le goût de l’instruction se développe chaque jour; aussi, en tenant compte des difficultés que rencontrent les habitants pour se tenir au courant des progrès accomplis, nous reconnaissons qu’il faut que leurs efforts aient été plus grands et plus soutenus pour atteindre les résultats que nous avons constatés.
- Le Danemark, qui n’avait que 27 imprimeries en 1795, en possède 160 actuellement, et en Suède et en Norwège la progression a suivi une marche également ascendante.
- Les imprimeries danoises ne sauraient être bien importantes, vu le peu d’étendue du pays, et leurs ouvrages sont tirés ordinairement à petit nombre; aussi ne voyons-nous pas dans leurs vi-
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- Gr. n. Irines des volumes de luxe. Néanmoins Part typographique est très honoré et préoccupe beaucoup l’esprit des savants et des chercheurs du pays. En 18ûo, Pül y inventa la chimitypie. En i 8A6, L. Brandt y inventa la machine à fondre, et ce fut un simple ouvrier danois, Christian Soerensen, qui obtint à l’Exposition de 18 5 5 la grande médaille d’honneur, pour son invention du compositeur-distributeur.
- La typographie danoise, qui était représentée en 1878 par quatre maisons de Copenhague : Bianco Luno, Groebe, Joergensen et C1', Nieesen et Lydiciie, ne manque ni de goût ni de savoir.
- Quant à la lithographie, elle a montré tout ce qu’elle pouvait dans l’ouvrage Danske Mmdcsmaerker, publié par l’importante maison Hoffensberg, Jespersen et Fr. Trap, dont nous avons déjà parlé.
- La Suède est également un pays où l’instruction est l’objet de la sollicitude la plus éclairée; aussi tout ce qui touche aux arts graphiques y est très sérieusement étudié.
- Les imprimeries suédoises sont relativement importantes, et plusieurs d’entre elles seraient considérées comme des maisons de premier ordre dans n’importe quel pays. Nous citerons : la Compagnie typographique A. L. Norman, de Stockholm, qui occupe environ 220 ouvriers. Elle exposait des bibles, dont elle a vendu jusqu’à à00,000 exemplaires; un catéchisme de Luther, dont elle a vendu 700,000 exemplaires; des volumes, des atlas, des cartes, des chromolithographies, tous les travaux enfin qui sont du domaine de la typographie et de la lithographie.
- La Compagnie de l’imprimerie centrale de Stockholm, représentée par le docteur Hellstenius, et la Compagnie de la Gazette du commerce de Gothenbourg, par leurs imprimeries, aussi bien que la librairie Bonnier, pour ses éditions, méritent aussi d’être mentionnées.
- Pour la Norwège, l’Union des libraires avait tenu à nous laisser aussi une impression satisfaisante des ouvrages qu’on publie dans
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- le pays, en nous remettant une collection des éditions norwégiennes Gr. n. imprimées à Christiania de 1867 à 1878.
- Cl. 9.
- M. Bentzen et M. Jensen , de Christiania, nous avaient envoyé des ouvrages scientifiques; l’établissement lithographique de Stavanger nous avait remis quelques bons travaux, et par l’examen de toutes ces impressions nous avons pu reconnaître que les habitants de cette contrée, si déshéritée sous le rapport du climat, cherchaient des compensations dans les satisfactions intellectuelles.
- Les travaux exposés par les trois Etats du Nord portent la marque d’une exécution consciencieuse. Us peuvent soutenir la comparaison avec ceux des pays plus industrieux et plus fortunés; et en tenant compte du milieu où ils ont été produits, il faut leur reconnaître un réel mérite.
- ESPAGNE ET PORTUGAL.
- L’imprimerie en Espagne est dans un état relativement peu prospère; aussi son exposition était-elle à peu près nulle. La ville de Barcelone, qui est considérée comme la métropole de l’imprimerie dans la péninsule, possède ko établissements, qui occupent environ qoo ouvriers; mais les autres villes, même Madrid, sont moins bien partagées. A Malaga, les nécessités du commerce ont provoqué l’installation de lithographies importantes. L’état politique tourmenté dans lequel a vécu ce pays, surtout pendant les quinze dernières années, a été pour beaucoup dans les causes de cette stagnation.
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- La maison Gil Dorregaray, de Madrid, s’est distinguée parmi les éditeurs. Elle a rendu de grands services aux arts et aux sciences en publiant les ouvrages des anciens auteurs espagnols et des écrivains contemporains les plus renommés. Elle a édité des ouvrages de luxe, tels que le Musée espagnol d’antiquités, les Monuments architectoniques d’Espagne, le Don Quichotte, Y Histoire de Madrid, etc., toutes œuvres dignes d’éloge.
- Une exposition fort remarquée a été celle du journal La llus-
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- tracion Espanola y Americana, édité par M. Abelardo de Carlos et imprimé dans la maison Aribau et C1J. Comme journal illustré, il occupe certainement un des premiers rangs dans la presse européenne
- A côté de nombreux établissements que l’on pouvait considérer comme des émanations gouvernementales, il y avait encore quelques expositions privées méritant attention : celle de MM. Bas-tinos frères, de Barcelone, dont la bibliothèque populaire et les ouvrages d’enseignement ont une certaine réputation ; celle de M. Miguel Ginesta, de Madrid, et de M. Domenech, de Valence, imprimeurs consciencieux, et aussi celle de MM. Perojo frères, dont les efforts pour obtenir de bonnes impressions sont des plus sérieux.
- Malgré tout, l’Espagne est encore un des pays où il reste le plus à faire, et nous ne doutons pas qu’une meilleure législation et une plus grande sécurité dans le travail ne contribuent à diminuer la distance qui la sépare, au point de vue industriel, des autres nations de l’Europe.
- Les progrès de l’imprimerie dans le royaume de Portugal ne datent guère que d’un demi-siècle, et, grâce à l’impulsion donnée par l’Imprimerie nationale de Lisbonne et par la nécessité où se sont trouvés les Portugais, n’ayant d’autres voisins que les Espagnols, d’aller chercher au dehors ce qui leur manquait, ces progrès ont été rapides.
- Lisbonne compte de nombreux établissements actifs et assez prospères. A Porto, la seconde ville du Portugal, qui n’avait guère il y a vingt ans que î o imprimeries peu importantes, on en compte aujourd’hui 3i.
- Trois expositions seulement ont mérité d’être remarquées dans l’exposition portugaise : celle de MM. Lallemant frères, de Lisbonne, qui dirigent un établissement important où l’on fait d’excellents travaux; celle de M. Chardron, éditeur à Porto, et enfin celle de MM. Macia et C'e, dont le superbe missel portugais a été exécuté par des artistes et des lithographes parisiens.
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- RUSSIE, GRÈCE, ÉGYPTE, MONACO, MEXIQUE, VENEZUELA , RÉPUBLIQUE ARGENTINE, PÉROU, JAPON.
- Gr. n.
- Cl. 9.
- Tous les pays, aussi bien les petites principautés européennes que les immenses empires de l’extrême Orient, avaient tenu à être représentés. Nos industries sont, en efïet, celles qui fournissent aux peuples, comme aux individus, le moyen de communiquer entre eux, malgré les distances, et qui permettent l’échange des idées, premier agent de toute civilisation. A ce titre, l’imprimerie doit occuper le premier rang dans toute exposition, et nous comprenons que chaque nation, petite ou grande, ait tenu à présenter au Champ de Mars des spécimens de son savoir-faire.
- Toutes s’y sont-elles également distinguées? Non assurément: et, sur ce point, il faut remarquer que l’importance et le mérite de certaines expositions sont en raison inverse de l’importance politique et géographique de certains pays.
- Autant pour des petits pays, comme la Suisse et le Danemark, on trouvait sensibles à l’Exposition les progrès de l’imprimerie et de la lithographie, autant on éprouvait un sentiment contraire à la vue. des rares vitrines envoyées par l’immense empire russe.
- En dehors de la Fabrique des papiers de l’Etat, ce gigantesque établissement dont nous avons parlé, l’exposition russe était nulle, eu égard à l’étendue du pays. Et cependant la Pologne et la Finlande, Varsovie et Helsingfors, avaient des expositions assez complètes. Quant aux autres villes, y compris Saint-Pétersbourg et Moscou, où cependant depuis quelques années nos industries ont pris un certain développement, elles étaient peu ou point représentées.
- La Russie importe encore beaucoup d’Allemagne et d’Autriche, et elle a de grandes réformes à opérer pour que l’industrie privée prenne un développement en rapport avec l’étendue de l’empire russe.
- La Grèce était représentée par M. Coromilas et par les frères
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- Vlastos, d’Alliènes, qui font les plus louables efforts, le premier surtout, pour faire progresser l’art typographique dans leur pays.
- L’Egypte faisait bonne ligure au milieu de nous , avec l’exposition d’un imprimeur français, fixé au Caire.
- M. Mouiu'.s, cet entreprenant industriel, a transplanté en Egypte tous les arts graphiques, et son établissement, protégé longtemps par Mariette bey, et bien qu’ayant traversé les vicissitudes des affaires égyptiennes, s’est montré au Champ de Mars sous un aspect florissant. Il n’occupe pas moins de 4oo ouvriers.
- La petite principauté de Monaco elle-même était représentée par son unique imprimeur, M. Dalbera, dont les travaux sont de bon goût et bien exécutés.
- De l’imprimerie mexicaine, nous n’avons vu que l’exposition d’un de nos compatriotes, M. Debray, lithographe habile et dessinateur de talent. Il exposait entre autres U Album du chemin de fer mexicain.
- Quant aux productions des Républiques de l’Amérique du Sud, du Vénézuéla, de la République Argentine et du Pérou , elles n’of-IVaient aucun intérêt particulier.
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- Cl. 9.
- CHAPITRE XL
- CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR LA SITUATION DE L’IMPRIMERIE ET DE LA L1RRAIRIE.
- Le coup d’œil rapide qu’il nous a été possible de jeter sur l’imprimerie dans son ensemble, à l’Exposition universelle de 1878, nous donne à penser qu’elle est, de toutes les industries, sinon celle qui a fait le plus de progrès, du moins celle qui a pris l’extension la plus universelle. Les accroissements de la lithographie, particulièrement, dépassent toutes les prévisions, et le mouvement en avant, loin cle se ralentir, semble devoir s’accentuer chaque jour davantage, grâce aux développements de l’instruction dans tous les pays.
- Pour mesurer l’espace parcouru, quelques chiffres sont nécessaires. Au commencement de ce siècle, l’Allemagne ne comptait que a5o librairies; elle en a 5,36o aujourd’hui. L’Angleterre, la France et les autres pays ont suivi une progression analogue.
- Il existe actuellement dans le monde environ 25,000 établissements typographiques ou lithographiques. La France en a 2,780; l’Allemagne, A,io3; l’Autriche, 807 ; la Belgique, 655; la Hollande, 577; l’Espagne, A2A; l’Italie, 298; la Suisse, 385; le Portugal ,53.
- L’Amérique, l’Angleterre, la Russie et les autres contrées forment bien certainement le complément, et peut-être au delà.
- Le nombre des journaux est à peu près le même, 25,000 environ, et cependant le plus ancien journal imprimé, la Gazetta cli Venezia, remonte seulement à l’année 15 3 6.
- En France, il y a 2,200 journaux environ , mais, sur ce nombre, i5o à peine sont quotidiens. Les grands tirages appartiennent à la petite presse à cinq centimes. Le Petit Journal, qui a été le pre-
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- Gr. n. mier, a un tirage de 650,000 exemplaires. Les grands journaux politiques atteignentparfois, comme \eFigaro, 70,000 exemplaires; mais ces chiffres ne sont pas le partage du grand nombre, qui oscillent entre 10,000 et i5,ooo exemplaires. Or, en 1833 , deux journaux seulement de Paris atteignaient ces derniers chiffres, et la moyenne était entre 1,000 et 2,000 exemplaires, bien que le nombre des feuilles périodiques fût dix fois moindre.
- En Angleterre, le tirage des grands journaux est Lien plus important qu’en France. Le Daily Telegraph, par exemple, atteint une circulation de 200,000 exemplaires.
- L’Amérique est le pays des journaux par excellence. Ils y sont innombrables, mais, à part quelques grandes feuilles, qui sont, comme en Angleterre, de véritables puissances, la plupart des petits journaux de comté ont une existence assez précaire.
- La presse illustrée, qui remonte à peine à quarante ans, est encore peu nombreuse.
- Tous les pays, même la Russie, l’Espagne et l’Italie, ont des journaux illustrés fort bien exécutés. La France, grâce au talent de ses dessinateurs, possède quelques illustrations pleines de goût et fort recherchées. Les journaux L’Illustration, le plus ancien de tous , Le Monde illustré, L’Univers illustré, Le Journal illustré, L’Art, à des degrés différents, soutiennent notre vieille réputation, mais le chiffre du tirage de ces feuilles est insignifiant, si on le compare à celui des feuilles anglaises ou allemandes.
- Dès aujourd’hui, du reste, non seulement chaque science et chaque art, mais encore chaque branche de commerce ou d’industrie a ses organes spéciaux; ainsi, pour ne citer que l’industrie dont nous nous occupons, l’imprimerie, elle ne compte pas moins de 117 organes, rédigés en 12 langues, 56 en anglais, 29 en allemand, i3 en français, 6 en italien, 5 en espagnol, 2 en hollandais, 2 en danois, 1 en russe, 1 en czèh, 1 en polonais et 1 en roumain.
- On peut considérer que le nombre des journaux a doublé depuis 1867, et la typographie a toute la part du travail dans cette immense production. Nous n’avons vu qu’aux Etats-Unis des feuilles imprimées du côté des dessins en lithographie et du côté
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- du texte en typographie. Quant aux journaux en chromolithogra- Gr. n. pliie, ils sont très rares.
- Nous avons regretté de ne pas trouver, en 1878, une exposition internationale desjournaux, comme celle qui eut lieu à Prague la même année ; car, sans compter l’intérêt offert par cette exhibition et par certains journaux spéciaux, comme les journaux en relief pour les aveugles, et les journaux sténographiques, il est incontestable qu’aujourd’hui la vue de l’ensemble des journaux qui se font dans un pays ne fixe pas moins sur l’état de l’industrie dans ce pays que la vue des livres qu’il publie, et, en tout cas, elle compléterait sérieusement une exposition d’imprimerie.
- De toutes les publications, celle qui permet le mieux de se rendre compte de l’accroissement du travail, c’est le journal. Non seulement il forme, comme nous l’avons dit, le principal aliment des presses typographiques, mais c’est encore à son usage et pour servir à ses besoins de précision et de rapidité qu’ont été accomplis les plus grands progrès. C’est pour le journal que les merveilleuses machines à grande vitesse ont été inventées, et que les progrès de la clicherie en grande partie ont été réalisés.
- La production des livres, loin d’être ralentie par cette production de feuilles innombrables propres à notre époque, s’étend chaque jour, grâce aux progrès de l’art d’enseigner, aux sciences et aussi aux développements que l’on donne de nos jours aux bibliothèques publiques et privées. Alors qu’au xve siècle un savant ne possédait guère que 5o ou 60 volumes, nous voyons aujourd’hui assez communément des bibliothèques privées de 5 à 10,000 volumes, et des bibliothèques publiques de 200 à 3oo,ooo volumes.
- La Bibliothèque nationale de Paris en compte près de 600,000.
- Le produit de la vente de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot a dépassé 2 millions.
- Mais il ne faudrait pas croire que cette progression ait été lente à se produire et ne soit que le résultat de l’accumulation du travail de plusieurs siècles. Bien au contraire. Et ce qui frappe le plus les contemporains est de voir qu’ils ont assisté à la naissance de la lithographie et aux accroissements si extraordinaires de la typographie. Lorsqu’ils se reportent à un demi-siècle seulement
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- Gr. II. et qu’ils visitent aujourd’hui les immenses usines des fournisseurs CJ de l’imprimerie, alors seulement ils voient la longueur du chemin parcouru en un si court espace de temps.
- Ce que nous voyons dans nos industries est la manifestation la plus palpable de l’esprit de notre époque, et de même que la facilité des communications a déjà modifié profondément nos mœurs et nos habitudes, de même aussi l’accroissement sans limites de l’imprimerie et des moyens de transmettre la pensée humaine apportera dans les sentiments et dans les idées des modifications profondes, dont il est difficile de mesurer dès à présent toutes les conséquences.
- De tous les auxiliaires qui ont contribué le plus puissamment à produire ce que nous voyons, les plus importants ont été incontestablement les mécaniciens. Les machines, fruit de leur intelligence et de leur esprit inventif, ont plus fait que le travail manuel de l’artisan pour amener les magnifiques résultats dont nous jouissons tous, sans songer suffisamment à la persévérance qu’il a fallu pour les produire, persévérance qui touche au génie, s’il est vrai, comme on l’a dit, que le génie n’est qu’une longue patience.
- Toutefois les inventions, très nombreuses pour tout ce qui a rapport à l’impression et aux annexes de l’impression, ont été très restreintes pour tout ce qui concerne la composition. Depuis un demi-siècle cependant, plus d’un inventeur s’est occupé d’exécuter et d’accélérer la composition typographique par des moyens mécaniques, mais aucun n’est encore arrivé à des résultats décisifs et concluants. Les trois machines à composer et à distribuer, qui figuraient à l’Exposition de 1878, de Kastenbein, de Delcambre et de Fraser, marquent néanmoins un progrès réel, la première surtout; elles commencent à entrer dans le domaine de la pratique.
- Les fondeurs ont peu innové depuis 1867; ils se sont bornés à améliorer leur métal; mais les machines à fondre, dont la première, inventée par l’Ecossais David Bruce, a paru il y a cinquante-deux ans, se sont fort perfectionnées. La dernière machine de MM. Foucher frères, qui rend la lettre entièrement terminée, nous semble la plus complète qui existe.
- Une tentative a été faite pour substituer le verre au métal pour la composition des lettres; mais sans aucun succès. Quelques ten-
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- talives ont été faites également pour établir des imprimeries poly-tvpes; mais l’emploi de caractères polytypes, c’est-à-dire contenant plusieurs lettres fondues ensemble, ne saurait offrir d’avantages que pour certains travaux spéciaux, comme la composition d’un journal.
- Nous sommes peut-être un peu moins inférieurs que nous ne l’étions en 1867 aux Anglais et aux Américains pour la fabrication des caractères. L’examen de deux vitrines de fondeurs dans la classe 9, celles de MM. Deberny et Turlot, nous a permis de constater que nos fondeurs ont amélioré leurs alliages, et sont en mesure de fabriquer des types qui ne le cèdent pas en solidité aux types anglais. Pour M. Deberny en particulier, bien que sa vraie place eût dû être uniquement dans la classe 60, il nous est impossible de ne pas signaler la perfection constante de ses caractères, la pureté de leur gravure, la régularité de leurs approches, qui, jointes à une organisation intéressante du mode de travail dans ses ateliers, le maintiennent toujours à la tête delà fonderie française.
- Cependant il ne faut pas nous dissimuler que nous ne progressons plus proportionnellement aux autres nations. L’Angleterre et l’Allemagne ont fait beaucoup plus de nouveautés que nous dans ces dernières années.
- Les Etats-Unis surtout nous ont étonnés par les qualités exceptionnelles et la variété de leurs caractères de fantaisie. La première place dans cette branche d’industrie revient incontestablement à l’Amérique. Line chose doit pourtant flatter notre amour-propre national : les Anglais et les Américains font souvent appel à l’habileté et au goût de nos graveurs.
- Les graveurs sur cuivre, les taiile-douciers et les aquafortistes particulièrement mettent la main à ces magnifiques œuvres éditées à l’étranger, et qui exigent des frais considérables devant lesquels reculent la plupart des éditeurs français. Nos artistes les plus distingués travaillent certainement plus aujourd’hui pour l’Angleterre que pour la France, et cela simplement parce que leurs œuvres trouvent chez nos voisins une plus large rémunération.
- La gravure chimique et mécanique, tout en permettant de donnei1
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- Gr. il. une plus grande extension à l’introduction des gravures dans les livres et dans les journaux, n’a pas nui aux artistes autant qu’on pourrait le supposer. Les machines n’ont fait que remplacer les simples manœuvres, au profit de ceux qui ont un véritable talent, une réelle habileté.
- Si les Anglais excellent dans la gravure au pointillé obtenue par le mélange du burin et de l’eau-forte, les Allemands, nous devons le reconnaître, ont fait dans ces derniers temps les plus sérieux progrès. Leur supériorité dans la gravure sur pierre ne saurait être contestée.
- Il est certain que les applications de la photographie à la typographie et à la lithographie ont fait une révolution dans le domaine des arts graphiques, auxquels elles ont ouvert des horizons pour ainsi dire sans limites.
- Chaque jour qui passe voit naître une application nouvelle. Nous sommes déjà loin des tâtonnements de 1867, et les résultats obtenus actuellement par la photogravure sont considérables. Mais, dans cette voie, il reste encore beaucoup à faire, et l’on ne saurait trop encourager les hommes d’invention et d’initiative qui vont à la découverte dans des régions inexplorées.
- Nous avons pu voir à l’Exposition tout ce qu’on pouvait obtenir avec la phototypie la photoglvptie, la photochromie, la photolithographie; mais combien d’applications nouvelles ne trouvera-t-elle pas, cette pléiade de savants et de chercheurs qui, dans tous les pays, s’occupent de la question? La patrie de Niepce, l’immortel inventeur de la photographie, marche au premier rang dans cette voie d’investigations.
- Les éditions scientifiques, les ouvrages d’art, la musique, les cartes de géographie, les journaux illustrés, ont été les premiers à bénéficier des nouveaux procédés. Grâce à ces procédés, l’alliance entre les arts de Guttenberg et de Sencfelder est devenue de plus en plus indissoluble; aussi avons-nous vu tous les grands établissements les cultiver parallèlement.
- L’imprimerie, la lithographie, parties de trois points si différents, devront, en effet, et de plus en plus, se prêter un mutuel
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- concours pour produire ces merveilles dont l’Exposition de 1878 Gr. il.
- nous a donné un avant-goût.
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- L’imprimerie étend aujourd’hui son domaine au delà de la reproduction sur papier et sur parchemin des œuvres des arts, des sciences et des lettres, et bientôt la toile, le fer, le verre, recevront indifféremment son empreinte.
- Nous ne parlerons que pour mémoire des impressions sur tôle et des impressions sur toile, qui prennent déjà une réelle importance.
- Nous constaterons, non sans orgueil, que c’est très souvent à nos nationaux que reviennent la priorité et la supériorité des inventions nouvelles, pour tout ce qui concerne le matériel et l’outillage de l’imprimerie.
- Ainsi, les nouvelles machines rotatives de Marinoni, ces merveilleuses machines qui impriment, seules et sans le concours d’aucun margeur, h 0,000 petits journaux à l’heure, se sont vite répandues dans le monde entier, et surtout en Angleterre.
- Nos machines à labeurs n’ont rien à envier aux machines anglaises ou allemandes; mais, de ce côté, nous n’avons pas à signaler de ces innovations qui font époque. Mais de nombreux perfectionnements de détail sont introduits chaque jour dans les machines qui impriment les livres et les vignettes par nos habiles mécaniciens, les Marinoni, les Alauzet, les Derriey, les Dutartre, les Parrain, Gaigneur et Coillot, les Perreault et Brault, les Pierron et Dehaître, et d’autres encore.
- Néanmoins il reste encore beaucoup à faire, et, malgré de nombreuses recherches, ni les machines à plusieurs couleurs, ni les machines à grande vitesse pour imprimer les journaux illustrés, ne semblent avoir réalisé ce qu’il est permis d’attendre des progrès de la mécanique.
- La machine Ingram, que l’Angleterre nous avait envoyée, est encore trop compliquée, trop coûteuse, et sa valeur pratique n’a pas encore été suffisamment démontrée.
- Les machines lithographiques ont été également l’objet de l’attention de nos mécaniciens et des nombreux praticiens, qui ont Classe ().
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- Gr. n. contribué à leur perfectionnement par leurs avis fondés sur l’expé-rience. Le calage des pierres, la touche des rouleaux, l’encrage, le repérage, en sont arrivés à une telle perfection, qu’il a été possible de tirer, sur les machines des Voirin, des Alauzct, des Wibart, des Janniot, les chromolithographies les plus délicates. Bientôt, en lithographie comme en typographie, la presse à bras, si longtemps seule en usage, ne sera plus employée que pour des tirages à petit nombre et exigeant des soins tout à fait exceptionnels.
- L’Exposition de 1878 nous a montré, en lithographie, une innovation qui mérite d’être signalée : c’est la substitution des feuilles de zinc aux pierres lithographiques.
- La nouvelle machine zincographique de Wibart aura fait faire un grand pas à cette découverte, qui est entrée désormais dans Je domaine pratique, et les belles productions obtenues par d’habiles praticiens nous ont prouvé que le zinc, dont l’emploi offre tant d’avantages, pouvait se prêter bien réellement à la plupart des usages de la lithographie.
- En typographie comme en lithographie, on était arrivé, dans ces dernières années, à imprimer à la machine les reproductions les plus délicates; mais, pour la reproduction des gravures à l’eau-forte et en taille-douce, les mêmes résultats n’avaient pas encore été atteints.
- C’est à l’Exposition de 1878 que, pour la première fois, on aura vu la machine de MM. Guy et C,c, qui permet d’obtenir 6 à 9,000 exemplaires par jour d’une belle taille-douce, alors que naguère encore on ne pouvait en imprimer que 300. C’est là certainement un des plus grands progrès accomplis.
- Les pièces accessoires des machines n’ont pas demandé moins d’esprit inventif. Aux machines typographiques ont été adaptés des abat-feuille, des compteurs; aux machines lithographiques, des systèmes de mouilleurs perfectionnés. En outre, pour les fournitures d’ustensiles d’imprimerie, de même que pour la stéréotypic, le clicherie et la galvanoplastie, il s’est créé des ateliers spéciaux, où règne une activité entretenue par des besoins sans cesse renouvelés.
- Enfin, la liberté de l’imprimerie a eu pour conséquence de
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- multiplier à l’infini les petites maisons, et, à côté des grandes Gr. n. machines, de provoquer la création d’un matériel ingénieux de moindres dimensions, spécialement destiné à imprimer les petits formats avec facilité, rapidité et économie.
- Nous ne saurions omettre de signaler également, comme auxiliaires des progrès de l’imprimerie, les fabricants de papiers et les fabricants d’encre. Nous laisserons notre collègue de la classe 1 o parler de la fabrication si importante des papiers. Quant aux fabricants d’encres, ils appartiennent à la classe 67. L’un d’eux cependant, M. Ch. Lorilleux, avait exposé parmi nous. Les encres sorties de ses belles usines de Puteaux et de Nanterre, qui peuvent servir de modèle aux établissements du même genre, sont universellement connues et appréciées. M. Ch. Lorilleux est au nombre des grands industriels qui ont le plus contribué aux progrès de l’imprimerie par l’ardeur infatigable avec laquelle, depuis de longues années, il n’a cessé de poursuivre le perfectionnement des produits de sa fabrication.
- Tant de progrès matériels dans les arts graphiques et dans les divers procédés qu’exige leur application n’ont pas eu, malheureusement, pour corollaire une amélioration aussi sensible dans la situation de l’ouvrier et dans l’organisation des ateliers.
- Il est à remarquer que, pour l’ouvrier, celui qui travaille avec l’aide des machines a vu partout sa situation matérielle s’améliorer. Ainsi, dans la typographie, les conducteurs de machines, qui gagnent 8, 9 et 10 francs par jour dans les grandes villes, 5, 6 et 7 francs dans les villes de province, ont en moyenne une situation plus avantageuse que les compositeurs, dont la position, beaucoup moins stable, est aussi bien inférieure.
- Les compositeurs croient trouver un remède à cette situation, qui est certainement digne d’intérêt, en s’affiliant à des associations de résistance, qui vont à l’encontre du but qu’on se propose d’atteindre. Ces associations, presque toujours dissimulées sous le titre de Sociétés de secours mutuels, sont répandues dans presque tous les pays, et, portant leurs vues bien au delà d’une amélioration immédiate de leur condition matérielle, elles ne
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- Gr. n. tendent à rien moins qu’à se rendre maîtresses absolues dans l’in-térieur des ateliers et à y organiser le travail.
- Que l’ouvrier veuille acquérir l’instrument de son travail et qu’il cherche par l’association coopérative à se rendre maître du capital, rien n’est plus naturel. Mais il ferait bien, pour y parvenir, de s’inspirer de l’exemple que lui donne souvent le détenteur du capital industriel, qui n’est quelquefois lui-méme qu’un ancien ouvrier. Malheureusement, il n’en est pas ainsi, et les associations n’ont eu recours jusqu’à ce jour qu’à des moyens violents.
- Loin de chercher à faire appel à l’esprit de concorde et de libre examen, elles font appel aux plus mauvaises passions et déchaînent les instincts qui auraient le plus besoin d’étre comprimés.
- Loin d’inviter l’ouvrier à acquérir le capital par des moyens licites avec le travail, le temps et l’économie, elles lui font entrevoir la suppression du capital comme une chose possible et désirable. Elles ne discutent pas avec celui qui dirige l’atelier, elles veulent le renverser et lui substituer une collectivité ignorante des charges qui lui incomberaient le jour où elle serait maîtresse.
- De cette situation naissent en tous pays des conflits qui n’ont pour effet que de jeter la perturbation dans les industries, de ruiner un établissement au profit d’un autre établissement, une ville au profit d’une autre ville, un pays même au profit d’un autre pays. C’est la révolution permanente introduite dans notre industrie, la bouleversant sans trêve ni repos.
- Contre un tel état de choses, les détenteurs du capital opposent une énergique résistance; ils ont recours à tous les palliatifs qui se présentent à eux. Dans les pays où les grèves ont passé s’est introduit le travail des femmes, et partout la lutte entre maîtres imprimeurs et ouvriers a hâté l’application et le perfectionnement des machines. Dans les progrès matériels inouïs de l’industrie résidera peut-être la solution d’une partie des questions qui préoccupent tous les esprits,de même que le progrès des engins de destruction aura pour effet de porter de plus en plus les esprits vers des idées de paix.
- En attendant, les ouvriers semblent devoir modifier déjà leurs
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- tendances, ainsi qu’en témoignaient les expositions de deux im- Gr. n. primeries coopératives de Paris, qui ont réussi à se maintenir, alors que dans d’autres contrées, en Allemagne par exemple, les associations du meme genre n’ont pu parvenir à vivre.
- L’une, TImphimerie nouvelle, dans un livre intéressant et d’une exécution soignée, a bien voulu constater, en écrivant sa propre histoire, que le capital, de quelque part qu’il vienne, a droit à une rémunération. Le paysan n’a point mis la terre en friche; il l’a rachetée et cultivée mieux encore qu’elle ne l’était; l’ouvrier doit tendre au même but dans son industrie.
- L’autre imprimerie coopérative lithographique, Romanet et C,c, a montré, comme la précédente, par ses excellentes productions, que le niveau du travail dans les nouveaux ateliers pouvait se maintenir dans les limites les plus satisfaisantes.
- Il y a là des tendances nouvelles qu’il serait bon d’encourager, dans un moment où les modifications apportées dans tous les pays par la législation qui régit l’imprimerie et par les réformes postales qui facilitent les transactions offrent au développement de notre industrie un champ presque illimité.
- En résumé, la France, au point de vue de l’art typographique, a tenu à l’Exposition universelle de 1878 un rang très honorable.
- Nos ouvriers et nos artistes sont, sinon plus instruits, du moins plus habiles que dans la plupart des autres pays; mais nous aurions tort de perdre de vue les immenses progrès accomplis par les étrangers. En les suivant d’un œil attentif, nous sentirons notre émulation stimulée et notre ardeur soutenue. A cette condition seule nous nous montrerons les dignes continuateurs des hommes qui ont illustré en France l’art de Guttenberg.
- Aussi nous sera-t-il permis, en terminant, de formuler un vœu?
- Nos rivaux, l’Autriche et l’Allemagne du Nord entre autres, ont compris depuis longtemps l’importance de l’éducation professionnelle. Pour l’asseoir sur des bases solides, ils n’ont ménagé ni leur temps, ni leur peine, ni leur argent, et ils recueillent déjà les fruits d’une intelligente organisation de l’apprentissage, qui, presque générale chez eux, n’est chez nous que l’exception.
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- Nous souhaitons donc que tous ceux qui s’intéressent aux progrès de nos industries fassent de cette grave question une étude approfondie. Il faut malheureusement reconnaître que les bons praticiens deviennent chaque jour plus rares, et qu’il est grand temps de préparer, par une éducation appropriée, une génération capable de maintenir la typographie française à la place qu’elle occupe depuis longues années avec tant d’éclat.
- Emile Martinet, Tmprimoni'.
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- IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS.
- ÉT\T COMPARATIF DES IMPORTATIONS ET DES EXPORTATIONS AYANT TRAIT A DES OBJETS SE RATTACHANT AUX INDUSTRIES GRAPHIQUES, ET CONSTATEES PAR L’ADMINISTRATION POUR LES ANNEES 1876, 1 877 ET 1 878-
- OBJETS SE RATTACHANT aux imm: ST li I HS G 11 Al’Il lo |j ES. I .M I> EX 1876. ORTATI KILOGHAMJ 1877. DNS ES. 1878. EXI Ii\ 1876. üRTATI KILOGIUMS 1877. UNS ÜS. 1878.
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- Livres en langue française. . 3oi,a6o 329,577 36q,665 2,376,037 2,666,860 2,696,919
- Livres imprimés en France et réimportés 75,7b;) 66,677 66,697 U „ ,,
- Gravures 69,318 62,226 60,392 216,207 253,761 253,762
- Lithographies 57,386 80,018 85,386 80,ot 8 62,752 61,83o
- Photographies 11,860 io,o3i 4o,2 17 22,679 26,269 26,926
- Musique " » " 65,637 56,710 65,58 g
- Caries a jouer " II " 062,276 516,399 6o3,3i6
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