Rapports du jury international
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- RAPPORT
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- LES MACHINES-OUTILS.
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- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- À PARIS.
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- Groupe VI. — Classe 55.
- RAPPORT
- LES MACHINES-OUTILS,
- PAR
- M. A. RAULT,
- INGÉNIEUR DES MANUFACTURES DE L’ÉTAT.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe VI. — Classe 55.
- IUP P O R T
- SUR
- LES MACHINES-OUTILS.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Goodwin (R.-C.), président............................ ÉtaLs-Unis.
- HiiGiiAY, vice-président, ingénieur-chef du matériel et de la trac- j jj>ran Lion à la compagnie des chemins de fer de l’Est......)
- R.Uiî/r, rapporteur, ingénieur des manufactures de l’Etat, membre ) des comités d’admission et d’installation à l’Exposition univer- \ France, selle de 1S7S........................................J
- Proust (M.), secrétaire, ingénieur à Berne............ Suisse.
- Riciiahdsox (W. ), esq.............................. Angleterre.
- UoTCHKiss (B.-B.)................................... Etats-Unis.
- Fraxckkl (E.), ex-directeur du matériel des chemins de fer de ) Suède et l’État.................................................j Norwège.
- Schaar, ingénieur en chef, directeur aux chemins de fer de l’Etat ) n 1 • à Bruxelles............................................j Bcle>T'e-
- Krktz, ingénieur en chef, inspecteur des manufactures de TE- ) tat, membre des comités d’admission et d’installation à T Ex- > France, position universelle de 1878...........................)
- Crozet-Boussiagaclt, manufacturier au Chambon (Loire). France.
- Piuiir, ingénieur-constructeur, membre des comités d’admission ) prance et d’installation à l’Exposition universelle de 1878...j
- Frey, suppléant, ingénieur-mécanicien, membre des comités ) ^ d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1 878. j
- Léo.x, suppléant, chef adjoinL du matériel à la compagnie des) chemins de fer de Paris-Lyon-Médilerranée, ingénieur au clic- > France, min de fer de Lyon-Paris...............................)
- «Les machines-outils destinées au façonnage des métaux et des Lois n’olTrent en général à l’Exposition de 1867, disait à cette époque le savant rapporteur qui avait été chargé de cette partie Classe 55. 1
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- cle l’Exposition, rien d’inattendu dans leur construction ni dans leur mode de fonctionnement. Si nous en exceptons le dispositif adopté par M. T. Iweddel pour river au moyen de l’eau comprimée, dispositif qui n’avait pas encore paru dans nos expositions françaises, nous pourrions exprimer la même idée. Toutefois, il convient de reconnaître que des modifications importantes ont été apportées aux machines déjà connues et que des progrès sérieux peuvent être constatés si l’on entre dans un examen de détail des machines exposées en 1878. Mais ce qui frappe tout d’abord le visiteur, c’est le but constant vers lequel tendent tous les efforts des constructeurs de machines-outils : réduire les frais de transformation de la pièce d’œuvre soumise à la machine-outil; soit en faisant usage de machines plus puissantes et qui, par suite, permettent d’enlever dans un temps donné de plus grandes quantités de matière; soit en rendantles machines-outils aussi automatiques que possible, et cette disposition se retrouve surtout dans les machines agencées pour produire un grand nombre de pièces semblables; soit même en combinant la machine-outil de telle sorte qu’elle devienne comme une sorte de machine universelle permettant de travailler, de façonner la pièce d’œuvre dans le plus grand nombre de directions possibles, sans la déplacer sur son support, ou comme l’exprime le langage technique des ateliers, sans changer de montage, cette opération du montage étant toujours la partie la plus difficile du travail, souvent la plus longue et celle qui exige surtout la présence d’ouvriers habiles et intelligents. Quelles que soient les heureuses dispositions adoptées pour une machine, la sûreté et la variété des combinaisons de ses différents organes, de manière qu’elle réponde pour ainsi dire à tous les besoins, cette machine ne rendrait que d’assez faibles services si le dernier organe mis en rapport avec la pièce d’œuvre, l’outil, comme on le désigne ordinairement, n’a pas été l’objet d’une étude suffisante. Et pour en donner un seul exemple, le burin d’un tour d’une machine à raboter doit satisfaire à plusieurs conditions : le tranchant doit être aussi aigu que possible pour diviser facilement la matière, sans cependant s’engager, être incliné convenablement pour faciliter le dégagement du copeau, et présenter
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- une solidité et une résistance telles qu’il dure un certain temps et Gr. VI. que l’ouvrier ne soit pas obligé de recourir constamment à la meule. —~ ^
- Nous sommes donc actuellement conduits à examiner d’abord quelles modifications heureuses présentent les outils proprement dits qui accompagnent les machines destinées à les mettre en action. Eh bien! nous devons reconnaître que les règles suivies pour la construction des burins de tours et de machines à raboter sont toujours celles qui ont été tracées par M. l’ingénieur de la marine Jæssel, à la suite des expériences entreprises à Indret et dont les résultats sont traduits sous forme de spécimen dans les galeries du Conservatoire des arts et métiers. Toutefois, sans s’écarter des règles tracées, on a cherché à obtenir l’outil aussi économiquement que possible en supprimant tout travail de forge, toutes les fois que cela était possible, et l’Exposition nous offre, dans les produits présentés par divers industriels, des dispositions de porte-outils destinés à réaliser cette idée. Nous pouvons citer la maison Sharp-Steward en Angleterre et M. Artige en France.
- Le premier expose des porte-outils à douille, dans laquelle il introduit de simples barres d’acier trempées à section triangulaire ou rectangulaire. L’inclinaison de la génératrice du prisme sur la surface de la pièce d’œuvre est donnée par le porte-outil, et l’angle du taillant est obtenu au moyen de meules munies de chariots convenablement disposés; la meule n’a jamais ainsi à produire qu’une surface plane.
- Les porte-outils Baville exposés par M. Artige ont été étudiés pour pouvoir être employés non seulement sur les tours, les machines à raboter et les étaux-limeurs, mais encore sur les machines à mortaiser. Pour toutes les machines à mouvement alternatif, machines à raboter, étaux-limeurs, machines à mortaiser, le porte-outil possède un mouvement de reculade manière à éviter le frottement du taillant sur la pièce d’œuvre pendant la marche en retour, la disposition adoptée pour le porte-outil des machines à mortaiser est particulièrement ingénieuse. Le porte-outil se compose de deux parties coniques s’emboîtant exactement, le cône creux porte des encoches dans lesquelles peut pénétrer une saillie existant sur le cône pleiu. On peut ainsi, en mettant en prise cette saillie avec l’une
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- ou l’autre des encoches, faire varier la position de l’outil dans un nombre assez considérable d’azimuts. De plus, comme le cône plein n’est soutenu dans le cône creux qu’au moyen d’un ressort auquel on donne une bande strictement suffisante pour soutenir ce cône plein, il en résulte que, pendant la marche en retour, au moindre frottement, le cône plein s’abaisse et se déplace légèrement en annulant pour ainsi dire le frottement du taillant sur la pièce d’œuvre. Ces porte-outils supposent l’emploi, comme outils, de prismes d’acier dont la section est un quadrilatère irrégulier ayant une largeur moyenne égale à son épaisseur moyenne; les angles sont ainsi définis pour un outil travaillant de droite à gauche, la section étant supposée vue en arrière de la partie qui travaille : l’angle de gauche adjacent à la base est de p/i degrés; l’angle à droite est de po degrés et l’angle qui doit donner le taillant d’environ 5o à 52 degrés. Avec cette disposition, le meulage est moins simple que dans le système adopté par la maison Sharp-Steward, mais la même barre sert pour les outils de tour, de machine à raboter et de machine à mortaiser.
- Les porte-outils dont nous venons de parler et les outils qui les accompagnent permettent d’exécuter automatiquement les passes droites; mais lorsqu’il s’agit de donner à la passe une forme moins simple, d’enlever une moulure, la présence de l’ouvrier est absolument nécessaire. Certains constructeurs ont cherché une solution pour cette question des moulures, lorsque les pièces à produire se renouvellent fréquemment. Deux machines présentaient des dispositions permettant de répondre è ces besoins spéciaux. L’une de ces machines était un étau-limeur qui rabotait des moulures au moyen d’une lame plate ayant comme profil la contre-moulure et dont l’affûtage s’obtient parle meulage de l’outil sur la planche. Des outils analogues sont journellement employés par MM. Ravasse et Génissieu, constructeurs de l’étau-limeur dont nous venons de parler, pour donner sur le tour des formes régulières, sans attention soutenue, aux poignées des presses à copier qui s’exécutent dans leurs ateliers.
- La maison d’OErlikon (Suisse) exposait un tour à dispositions spéciales, employé pour tourner les glands qui forment la tête des
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- broches de fiches à penlures, et, pour rendre l’appareil aussi auto- Gr. VI. matique cpie possible, il est fait également usage sur ce tour de ci burins à moulures. Dans la machine d’OErlikon, le burin est mouluré dans le sens de la longueur, et le taillant est obtenu par un meulage plan oblique à l’extrémité de la pièce.
- Les fraises, qui, en 1867, avaient repris faveur, paraissent entrer de plus en plus dans la pratique des ateliers, et de nombreux spécimens ont été présentés, surtout par des maisons américaines, anglaises et françaises. La fabrication de ces outils, aussitôt qu’une forme un peu mouvementée leur était donnée, présentait des difficultés considérables au point de vue de la trempe, et pendant longtemps les constructeurs ont été, sinon arrêtés, au moins entravés, dans l’emploi de cet outil, lorsque le travail à exécuter exigeait la confection de fraises de gros échantillon ou sortant des formes ordinaires. Grâce aux efforts de plusieurs fabricants, parmi lesquels nous pouvons citer la maison américaine Brown et Sharp, la maison anglaise Greenvood et Batley, et en France, MM. Bariquand et fils, de Paris, et MM. Hurtu et Hautin, également de Paris, la fabrication de la fraise est devenue un travail courant, et l’on pouvait voir, dans les vitrines de ces maisons, des fraises déformés très mouvementées ou d’un échantillon considérable.
- Les filières, les tarauds, dont l’usage est si répandu dans les ateliers de construction, n’offraient rien de particulier. M. Whit-worth exposait, avec une collection remarquable de tarauds parfaitement exécutés, sa filière à trois couteaux; mais la plupart des autres constructeurs s’en étaient tenus aux formes ordinaires de la filière à deux coussinets avec ou sans plaque de maintien pour les coussinets. Une seule filière présentait une disposition spéciale ; encore n’était-ce qu’une réminiscence d’un procédé bien connu des anciens outilleurs pour obtenir, en l’absence d’un tour à fileter, un taraud à gauche au moyen d’un taraud à droite. La filière dont nous voulons parler n’a pas de coussinets proprement dits; ils sont remplacés par trois portions de tarauds à gauche engagés dans le fut de la filière, de manière à laisser une arête en contact avec la tige à fileter. Cet outil est certainement ingénieux;
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- Gr. VI. mais il présente des difficultés de construction et d’ajustage qui, provisoirement au moins, en réduiront l’emploi. Quelques constructeurs exposaient des collections de mèches hélicoïdales; ces mèches d’origine américaine, d’après les renseignements que nous avons pu obtenir, sont maintenant entrées complètement dans l’outillage ordinaire des ateliers, où par leur mordant, le peu de force qu’elles exigent, la régularité de leur travail, elles rendent de véritables services. Si nous avions à présenter une monographie des outils, il conviendrait peut-être de dire quelque chose des meilleures dispositions à adopter pour ces mèches hélicoïdales, suivant quelles sont destinées au travail du fer, de la fonte ou du bronze. Mais de pareils détails paraîtraient sans doute trop techniques; ils sont d’ailleurs bien connus des chefs d’ateliers, qui font usage de la mèche hélicoïdale. Enfin, en terminant ce que nous avons à dire relativement aux outils, nous signalerons le poinçon hélicoïdal de M. Kennedy, destiné dans le travail du poinçonnage à donner une sorte de continuité au travail de la machine et à éviter le choc brusque auquel donne lieu le poinçon ordinaire. Nous aurons suffisamment fait connaître l’outil|de M. Kennedy en priant le lecteur de se reporter aux cisailleuses actuelles. L’une des lames, l’inférieure, est horizontale; la lame supérieure est inclinée et chacune de ses parties agit successivement en divisant ainsi l’effort à produire. Imaginons que cette lame de cisailleuse soit enroulée sur elle-même, de telle sorte que la partie la plus longue se trouve au centre du cylindre produit par l’enroulement ; nous aurons le poinçon de M. Kennedy. Les machines-outils, en général, nous pourrions dire à peu d’exceptions près, empruntent leur mouvement, dans les ateliers où elles sont installées, à un moteur général qui transmet habituellement le travail nécessaire au moyen d’arbres de transmission. Les machines-outils sont donc le plus souvent actionnées par l’intermédiaire d’un premier mobile animé d’un mouvement de rotation continu qu’il reçoit de l’arbre principal, ou de transmissions intermédiaires, lorsque la vitesse de la transmission générale est trop différente de la vitesse que doit prendre le premier mobile delà machine à mettre en mouvement. Le mouvement dans ce cas est transmis au moyen de courroies dont
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- la force est insuffisante, lorsqu’elles sont trop minces ou trop étroites, ou dont la résistance à la flexion ne saurait être négligeable si renroulcment se fait sur une poulie de trop faible diamètre. Sans entrer dans des détails qui seraient ici trop techniques, on conçoit qu’il existe pour chaque machine, suivant la force nécessaire à son fonctionnement, une dimension de poulie et de courroie plus avantageuse que toute autre, de telle sorte que la courroie ne soit pas tendue outre mesure, ce qui fatigue inutilement les coussinets et cause une perte de force motrice, et aussi que l’angle d’embrassement de la poulie par la courroie soit suffisant pour qu’il n’y ait pas glissement. Les machines exposées en 1878 répondent presque toutes aux conditions dé bonne exécution que nous venons cl’cxposer. On sent, on voit cette préoccupation toujours plus grande de produire économiquement, en réduisant et la main-d’œuvre et la dépense de force motrice dans les plus étroites limites possibles.
- A côté de la question d’une bonne construction cinématique et mécanique, vient se placer celle de l’élégance des formes, et dans cet ordre d’idées les constructeurs dont nous avons examiné les travaux ont compris qu’ils ne devaient pas s’en tenir aux anciens modèles. Les bâtis à nervures extérieures sont de plus en plus abandonnés pour les bâtis pleins à noyau. Avec cette disposition, les douilles nécessaires au passage des organes qui traversent les bâtis sont mieux soutenues, l’entretien est plus facile au point de vue de la propreté, l’œil est plus satisfait et surtout le métal se trouve mieux réparti au point de vue de la résistance. Certainement la fonte de pièces semblables présente des difficultés, mais les fondeurs nous ont appris à maintes reprises que leur art saurait en vaincre encore de plus grandes, et non seulement les bâtis à noyau sont actuellement fondus couramment et avec une propreté remarquable, mais encore ces bâtis, suivant les principes inaugurés par Withworth, sont exécutés, malgré des dimensions souvent considérables, d’une seule pièce. Il est vrai que maintenant, grâce aux machines à percer radiales, le perçage et l’alésage des trous nécessaires nu passage des arbres, se fait avec une précision pour ainsi dire mathématique et un parallélisme parfait, et que le dres-
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- sage des parties planes ne présente plus aucune difficulté, en faisant usage des machines à raboter que possède actuellement l’industrie.
- Nous devons signaler encore l’emploi de plus en plus fréquent de l’acier doux en remplacement du fer dans la confection des organes des machines-outils. L’homogénéité de cette matière et la sécurité qui en résulte ne pouvaient manquer d’appeler l’attention des constructeurs sérieux. L’emploi de l’acier doux dans la confection des machines-outils conduisait naturellement à une réduction du diamètre des arbres et, par suite, à une augmentation de longueur pour les douilles et les coussinets. Quelques constructeurs, conjointement avec l’augmentation de longueur des douilles et des coussinets, ont essayé de faire usage d’une matière plus dure que le bronze ordinaire : quelques machines sont actuellement pourvues de douilles et de coussinets en bronze phosphoreux. Nous sommes tout naturellement amenés, après les réflexions précédentes, à examiner plus particulièrement les différents types créés ou améliorés par le travail soutenu et intelligent des constructeurs. Les machines-outils peuvent se diviser en plusieurs classes que nous définirons de la manière suivante :
- i° Machines-outils des ateliers de construction ou de manufacture.— Ces machines-outils se prêtent à des travaux variés; mais nécessitent une surveillance plus ou moins assidue et la présence d’ouvriers d’état pour être conduites.
- 2° Machines-outils dérivées des premières et employées à la confection de pièces toujours les mêmes. — Elles sont en usage dans les usines; ce sont, comme les désigne le professeur Reuleaux, des machines-outils de machinofacture. Ces machines, par suite de montages spéciaux, de débrayages automatiques, peuvent être conduites par des ouvriers ordinaires, et souvent même avec avantage par des femmes.
- 3° Machines-outils transformant la pièce d’œuvre par pression ou par percussion.
- h° Machines-outils servant au meulape.
- 5° Machines spéciales.
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- Dans la première classe se rangent évidemment les tours, dont nous nous occuperons d’abord, celte machine étant lapins anciennement connue, la plus répandue et pour ainsi dire l’auxiliaire le plus universel. Nous constaterons d’abord qu’aucune disposition nouvelle n’a été présentée au point de vue de l’ensemble, mais qu’une étude sérieuse des besoins de l’industrie a conduit nos constructeurs à l’adoption déformés robustes bien comprises, à une disposition générale d’organes parfaitement accessibles : les bancs sont puissants, bien nervés, les surfaces de glissement larges, bien dressées. Dans les tours à fileter, les vis sont le plus souvent métriques, du moins en France, et pour les autres pays en rapport avec le système des mesures nationales, et pour éviter l’usure de cette vis par un service trop souvent répété, elles sont ordinairement accompagnées d’une crémaillère, au moyen de laquelle le chariot, muni d’organes spéciaux d’embrayage, peut progresser dans le travail du chariotage en empruntant le mouvement à un arbre indépendant de la vis mère. Les chariots porte-outils eux-mêmes sont installés sur de larges plates-formes guidées par des coulisses à queue d’aronde, embrassant le banc sur une grande longueur. Les arbres sont percés entièrement ou en partie, et les mandrins à plateau qui se montent sur les nez des tours sont disposés de façon qu’ils puissent recevoir des bagues mobiles, lesquelles servent à guider une barre à aléser, qui, conduite par la contre-pointe, permet de faire des alésages sans déplacer la pièce portée par le plateau. Cette installation est surtout avantageuse, lorsqu’il s’agit du tournage des poulies de transmission ou de l’alésage des douilles d’une certaine longueur. En particulier, nous avons remarqué comme dignes d’attirer l’attention, le grand tour pour roues de locomotives construit par M. Bouhey, le tour de MM. Varral, Elwell et Middleton, dont le banc, d’une longueur inusitée, était dressé avec une remarquable précision. Parmi ceux qui présentaient des dimensions plus ordinaires: un tour de M. J. Leblanc et C‘° (France) pour fileter et charioter, reproduisait, avec peu de variantes, les perfectionnements reconnus, en 18 6 y, aux tours de la maison Ducommun; un tour de M. Deneffe (Belgique) était muni d’un appareil spécial pour canneler les rouleaux de filature;
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- Gr. VI. un tour universel, système Colmant, honoré d’une médaille d’or Cl 55 °n 1 ^7’ exP0S<^ par Launay. Les tours des autres constructeurs, parfaitement traités pour la plupart, n’avaient aucune disposition spéciale en dehors de celles qu’exige une bonne construction et ne pouvaient par suite être l’objet d’une mention spéciale. Nous pourrions peut-être indiquer encore le dispositif adopté pour les chariots des tours à fdeter de MM. Tangie Brothers (section anglaise); la table qui porte l’outil peut, au moyen d’un écrou à pas rapide, prendre un mouvement de retraite indépendamment de la position donnée par la vis de manœuvre ordinaire; de telle sorte qu’arrivé à la fin de la partie à fileter, l’ouvrier dégage son burin en conservant la possibilité de le replacer, à la reprise, identiquement dans les mêmes conditions au point de vue de l’avance.
- Les machines à raboter étaient représentées par les trois types entre lesquels existe toujours une question de principe. Convient-il de conduire les tables de ces machines au moyen cl’une crémaillère actionnée par un pignon, ou par un écrou monté sur une vis, ou encore par une crémaillère à denture oblique actionnée par une portion de vis ? La première construction est évidemment la plus simple; au cas où le débrayage viendrait à faire défaut, la crémaillère et le pignon désengrènent, aucun accident de bris n’est à craindre. Par contre, disent les adversaires, la conduite de la crémaillère par un pignon n’est jamais absolument continue, il y a choc, le plus souvent, au moment où les dents cessent d’être en prise; par suite, vibrations de l’ensemble et ondulations dans le rabotage. A ces objections, d’autres critiques répondent: la machine à raboter avec vis et écrou donne un rabotage plus lisse peut-être, mais les organes sont plus fragiles; il y a promptement du temps perdu par suite de l’usure de l’écrou, et enfin, au cas où l’embrayage ne fonctionnerait pas bien, il en résulterait des avaries graves. La machine avec vis et crémaillère remédie complètement aux objections faites au deuxième système; en cas de mauvais fonctionnement du débrayage, aucun accident n’est à craindre; mais quant à l’objection relative aux chocs que l’emploi de la vis semble permettre de faire disparaître, elle est moins bien résolue pratiquement que théorique-
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- ment, à moins de soigner particulièrement dans la construction de la crémaillère et de la portion de vis mise en connexion, de corriger, par un rodage sérieux, les irrégularités qui peuvent exister, et qui existent forcément à l’origine dans les organes. Quoi qu’il en soit, les constructeurs ont prouvé qu’avec une construction soignée, les trois systèmes présentés pouvaient donner d’excellent travail et qu’en définitive les résultats obtenus diffèrent d’une façon inappréciable, comme il était facile d’en juger sur les tables mêmes des machines exposées par la maison Varral Elvvell et Middleton qui présentait une machine d’une force considérable marchant avec pignon et crémaillère; par la maison de Fives-Lille dont l’exposition comprenait des machines à raboter avec vis et écrou; par la maison Sharp-Steward, dont la machine était du type Sellers à crémaillère avec dents inclinées et portion de vis, et d’autres maisons : MM. Chaligny et Guyot-Sionnest, de Paris, Lozay, de Rouen, etc.
- L’Exposition de 1 878 ne comprenait aucune machine à raboter à fosse; toutes celles qui avaient été exposées comportaient des tables mobiles. Le système de porte-outil à deux burins paraît aussi avoir été presque abandonné et n’était représenté par aucun spécimen. La difficulté de bien régler ces deux outils doit être la cause prédominante de cet abandon, et les constructeurs paraissent préférer les machines à raboter à retour rapide.
- Les machines à mortaiser ont donné lieu depuis l’Exposition de 1 867 à des études nouvelles. Elles sont devenues plus robustes; les courses ont été augmentées autant que possible; l’arbre qui conduit le burin a été muni d’un renfort sur lequel est fixé le bouton de manivelle, et ce renfort lui-même est solidement maintenu dans une large fraisure pratiquée dans la fonte du bâti et destinée à éviter tout danger de flexion. Plusieurs de ces machines possèdent un retour rapide. Un constructeur a été encore plus loin, et M. Pihet, de Paris, exposait une machine à mortaiser qui permettait de faire varier la position de l’outil suivant la hauteur de la pièce â travailler sans changer la dimension des courroies, sans même les dégrafer. Cette machine permettrait également de mortaiser non seulement verticalement, mais encore suivant toutes
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- les inclinaisons comprises entre o et 90 degrés, de manière à produire des cônes d’un angle aussi ouvert qu’on peut le désirer.
- Les machines à percer ne présentaient rien de nouveau, aucune disposition spéciale n’attirait, l’attention. Toutefois nous devons signaler la présence à l’Exposition de nombreuses machines à percer propres au charronnage et destinées à remplacer les anciennes perceuses à potence dont le travail était si lent et si pénible, lorsque les trous devenaient d’un certain diamètre. Certainement beaucoup de ces machines construites rapidement et livrées à un bon marché extraordinaire laissent à désirer au point de vue de la confection; mais néanmoins elles peuvent être considérées comme suffisantes pour les travaux auxquels elles sont destinées , et d’autre part leur prix permet au travailleur peu fortuné d’acquérir un auxiliaire au moyen duquel il peut économiser sa peine et son temps. Dans un ordre plus élevé , nous avons remarqué des machines radiales très bien exécutées, d’un service facile et 'présentant à la main de l’ouvrier tous les organes de mouvement ou
- de changement de position nécessaires pour faire vite et bien. Une machine de M. Bouhey perçait deux trous à la fois; elle était des tinée principalement au perçage des rails, mais pouvait servir avec un seul foret. Les machines à aléser spéciales étaient représentées par un type à plate-forme avec supports à lunettes mobiles, figurant dans l’exposition de MM. Varral, Elwel et Middleton. Cette machine, comme toutes les autres machines-outils de la même maison, était remarquable par le fini de l’exécution. Les machines à poinçonner et à cisailler, mues par transmission ou ;\ bras, étaient représentées par un certain nombre de types destinés à satisfaire surtout aux besoins de l’installation des planchers en fer. D’autres, plus robustes et mieux étudiées, sont destinées à figurer parmi les machines d’atelier. La maison Bouhey présentait des machines à poinçonner d’une grande puissance. La maison Chaillot et Gratiot exposait plusieurs types convenablement construits sans cependant présenter des dispositions bien nouvelles. Parmi celles qui fonctionnent à bras, nous avons rencontré un type muni de dispositions ingénieuses permettant, tout en tournant d’une manière régidière, de monter rapidement le poinçon et de le faire ensuite descendre
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- avec une vitesse ralentie, de telle sorte que l’effort à produire fût maintenu dans de justes limites. 11 faut un tour de la manivelle pour monter le poinçon et quatre tours pour le faire descendre. Cette machine, dont l’usage n’a pas encore fait ressortir suffisamment les avantages ou les inconvénients, était exposée par M. Hyp-[)olyte Lefebvre. L’Hydranlic engineering Company exposait des cisailles et des poinçonneuses mises en mouvement par l’eau comprimée. Nous en dirons quelques mots en parlant ultérieurement de la riveuse de M. Tweddel. M. Thevenet avait aussi envoyé une machine à poinçonner et à river fonctionnant également au moyen de l’eau comprimée. Cette machine, qui peut rendre des services dans quelques cas particuliers, n’est à proprement parler qu’une presse hydraulique disposée d’une manière spéciale, elle paraît n’être d’ailleurs qu’un souvenir de celle qui était exposée, en 1867, par M. Tangye, de Birmingham. En parlant de machines à cisailler, nous ne devons pas omettre les machines à couteaux circulaires employées maintenant communément pour les travaux de chaudronnerie ordinaire et pour les travaux de tôlerie et de ferblanterie. Un exposant, M. Sage, de Lyon, a soumis à l’examen du Jury des cisailles à molettes circulaires, destinées aux travaux de ferblanterie, avec dispositif pour couper circulairement. Des cisailles de même type, mais de force supérieure, figuraient dans les expositions de M. Bouhey et de M. Pihet. Ces cisailles peuvent couper des tôles de 5 millimètres. Nous ne croyons pas inutile de faire remarquer en passant que, pour les cisailles circulaires bien construites, il y a, par suite du non-parallélisme des arbres, un sens de mouvement et que celui de la rotation ne saurait être inclifiérent. Signalons, en terminant ce qui a rapport aux cisailles, les belles lames droites de M. J. Sibillat et Cie, de Paris. Les machines à tarauder et à fileter étaient peu nombreuses. Dans l’exposition anglaise on trouvait une machine type Sellers, sur laquelle nous n’avons rien à dire de nouveau ; dans l’exposition belge de MM. Cail, Halot et C10 une machine type Denis Poulot, dont les dispositions sont connues depuis longtemps; enfin, en France, une machine à peignes mobiles de MM. Gaubert, Baville et Bara filetant simultanément plusieurs tiges, d’une bonne construction,
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- Gr. vi. et avantageuse au point de vue de la production et du Uni du tra-vail.
- Les étaux-limeurs, qui sont en définitive une inversion de la machine à raboter, de même que les machines à percer et à aléser sont en principe des tours inversés, figuraient dans un bon rang parmi les machines exposées. Naturellement, suivant en cela la voie dans laquelle entre chaque jour de plus en plus la construction , leur puissance a été accrue, et MM. Bouhey, Chaligny et Guyot-Sion-nest, la maison Sharp-Steward etC'J exposaient des étaux-limeurs très robustes et très puissants à une ou deux tables. Tous ces étaux ont été dotés du principe du retour rapide. MM. Ravasse et Ge-nissieu exposaient un étau-limeur puissant, à course et vitesse variables, avec retour rapide, cl’une bonne facture et permettant de travailler de grandes surfaces sans que cependant la glissière qui porte l’outil cessât d’être convenablement guidée et protégée contre la flexion. Les machines à tailler les engrenages n’étaient pas très nombreuses, celles de M. Lozay et de M. Piat étaient construites suivant les principes depuis longtemps admis. M. Whiton (Etats-Unis) exposait un système de diviseur ingénieux avec roues de compte mobiles. M. Valangin exposait des tours de précision pour l’horlogerie avec dispositifs pour fendre à la fraise les engrenages de petit échantillon. Une machine à tailler les engrenages assez curieuse venait de Belgique; elle était exposée par la maison Fétu et Deliège et destinée à la confection des engrenages coniques. Dans cette machine les couteaux taillent simultanément les côtés en regard de deux dents par génératrices successives; ils sont dirigés par une courbe ayant le profil du vide. Cette idée est nouvelle et pourrait être féconde, mais la construction de la machine laisse à désirer au point de vue de la précision des mouvements; les couteaux ne sont pas suffisamment maintenus et les guides fléchissent pendant le travail. M. Piat, de Paris , exposait une fort belle machine à tailler les engrenages hélicoïdaux au moyen de la fraise. Dans la machine de M. Piat, à l’inverse de ce qui a lieu ordinairement, la roue à tailler est placée verticalement. L’ensemble de la machine de M. Piat est parfaitement traité; mais nous pensons que pour la taille des roues de grandes dimensions, comme
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- celle qui était en expérience, quelques organes sont un peu faibles. Les machines à fraiser étaient nombreuses et les dispositions adoptées par les constructeurs présentaient une certaine variété. Construites à l’origine sous un assez faible échantillon, leurs dimensions se sont accrues dans des limites considérables, et il n’est pas rare de les voir actionner des fraises ayant plus de 120 millimètres de diamètre. Parmi les machines de petit échantillon et de moyenne force, on pouvait remarquer celle de Brown et Sharp, de Philadelphie, la machine de M. Launay, de Paris, celle de M. Guve-net, de Paris. Des machines beaucoup plus puissantes étaient exposées par M. Pihet, de Paris, MM. Greenvood et Batley (Angleterre), M. Donnay, de Paris, successeur de la maison Frey fils. Dans l’exposition de ce dernier constructeur figurait une machine attirant particulièrement l’attention. Nous voulons parler de celle qui était désignée sous le nom de machine à façonner. Les constructeurs habitués aux travaux des ateliers, ayant depuis longtemps compris que le montage était la partie la plus importante du travail d’ajustage, ont cherché à réduire autant que possible ces travaux de montage et c’est le résultat de leurs études qui était exposé sous le nom que nous venons d’indiquer. La machine à façonner dérive de la machine à fraiser ou plutôt c’est l’inversion delà machine à fraiser ordinaire; ainsi, tandis que dans cette dernière , la pièce d’œuvre vient au moyen de chariots se présenter à la fraise fixe, dans la machine à façonner, la fraise est mobile et vient successivement attaquer les différentes parties de la pièce d’œuvre. Lorsqu’il s’agit de parties circulaires, un double mouvement peut être donné à la fraise et à la pièce d’œuvre. Celle-ci se meut autour de l’axe du cylindre à engendrer, et celle-là se meut suivant une génératrice. Le degré de fini peut être aussi avancé qu 011 peut le désirer. Pour ébaucher, on substitue à la fraise des outils à crochet d’un travail rapide et les dernières passes s’obtiennent ensuite au moyen de fraises qui donnent les dernières retouches. Nous ignorons quel succès l’avenir réserve à cette dernière machine; mais nous serions peu surpris de la voir promptement très employée dans l’industrie. Cette machine remarquable comme conception, est encore digne d’attention * à ce point devue qu’elle
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- marque le passage entre les machines-outils générales et les machines-outils spéciales, c’est-à-dire entre les machines-outils auxiliaires cle la main de l’homme et les machines-outils qui peuvent être conduites sans exiger la présence de l’ouvrier ajusteur. Si, maintenant, nous jetons un coup d’œil rapide sur les machines spéciales, en suivant le même ordre que pour les machines générales, nous aurons à signaler particulièrement dans le genre tour: les tours à décolleter et à fileter de XL Pihet, de M. Sharp-Stewart, avec appareil dit revolver permettant à l’ouvrier de présenter successivement à la pièce d’œuvre les différents outils nécessaires à la perfection du travail; les tours à décolleter pour petits travaux: vis, boutons de bretelles, etc., de M. Rhins. Dans un échantillon intermédiaire entre les premiers tours spéciaux dont nous venons de parler et les derniers, employés surtout aux petits travaux et à la fabrication des petites vis, nous avons remarqué les tours con-slruits par MM. Bariquand et fils, de Paris, et MM. Hurtu et Hau-tin, également de Paris. Le tour à décolleter avec revolver de MM. Bariquand et fils est particulièrement destiné aux travaux de précision. Il présente, dans le système tour, le type de ce que nous avons désigné sous le nom de machines-outils de machinojacture. Ce tour est en effetjmuni de tous les accessoires, débrayages automatiques, but-loirs de réglage spéciaux pour le travail de chaque outil, qui permettent à l’ouvrier d’éviter de prendre aucune mesure, tout en lui assurant la possibilité de bien faire ; ou, pourmieux dire, cetappa-reil est muni de tous les accessoires possibles pour empêcher l’ouvrier de mal faire. MM. Hurtu et Hautin n’exposaient pas de tours aussi complets; mais leurs deux modèles étaient appropriés pour des destinations spéciales: la mécanique de précision. L’un était à pointe tournante, et l’autre à pointe fixe. Ce dernier, plus spécialement destiné à obtenir des liges bien cylindriques et parfaitement centrées, possédait un plateau muni, pour éviter la réaction du toc sur la pointe, cl’une pièce d’entraînement au moyen de laquelle l’action sur le toc est toujours égale à un couple. Les tours de MM. Bariquand et fils et de MM. Hurtu et -Hautin comportent des arbres en acier trempés et rectifiés après la trempe, et les mouvements, sans avoir aucun jeu, sont d’une très grande
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- douceur. Une machine à mortaiser, de construction particulière, attirait encore l’attention parmi les outils exposés par MM. Bari-quand et fils. De même que le tour dont nous avons parlé plus haut, cette machine est munie de buttoirs de réglage et d’un débrayage automatique, de telle sorte qu’au moment où la mortaise a atteint les dimensions exigées, la machine s’arrête pour ainsi dire instantanément, le burin au haut de sa course.
- Nous signalerons encore comme construite dans le même ordre d’iclées, la précision du travail indépendante de l’habileté de l’ouvrier, une machine à percer à plusieurs forets de la même mnison et enfin des fraiseuses à mouvements multiples également munies de débrayages automatiques et pourvues de montages spéciaux, tels que la pièce d’œuvre se place toujours sans tâtonnement et sans exiger de l’ouvrier aucune attention particulière. Les machines exposées par MM. Bariquand et fils sont surtout destinées à la fabrication de pièces qui se répètent un grand nombre de fois, comme les pièces des machines à coudre ou les pièces détachées de l’armement, pour lesquelles l’interchangeabilité est une condition primordiale, ce qui exige naturellement une exécution d’une précision parfaite. Non loin des machines-outils de MM. Bariquand et fils, on pouvait voir une fraiseuse de MM. Hurtu et Hautin construite spécialement en vue de la fabrication des mèches hélicoïdales. Lorsque ces mèches sont de faible échantillon, elles sont exposées à fléchir sous le travail de la fraise. MM. Hurtu et Hautin, pour éviter cette flexion, qui naturellement altère la régularité des formes du produit, ont imaginé de faire travailler sur la même pièce d’œuvre deux fraises semblables placées l’une au-dessous de l’autre, de telle sorte que les deux cannelures de la mèche soient simultanément creusées, l’effort d’une fraise étant opposé à celui de l’outil symétrique.
- Les machines-outils destinées à transformer la pièce d’œuvre par pression ou par percussion étaient représentées par des types assez nombreux, et il est peu de visiteurs auxquels il ne soit resté le souvenir des bruyants appels de ces auxiliaires de l’industrie. Les appareils les plus simples, les marteaux-pilons mus mécaniquement, en dehors des marteaux-pilons mus par la vapeur, étaient assez Classe 55. 2
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- Gr. VI. nombreux. Le type à courroie de M. Schmerber était représenté ^ par MM. Guinier et Roblet, de Paris; les différences avec le type exposé en 1867 n’existaient que dans la forme et la disposition des isolateurs destinés à empêcher l’usure de la courroie par un frottement continu. M. Bouhey avait exposé un marteau-pilon à ressort, système Shaw et Justice. M. Chenot exposait dans la section française son marteau-pilon atmosphérique; un spécimen du même appareil figurait dans l’exposition belge de M. Detom-bav. Enfin, dans la section anglaise, un petit modèle rappelait le marteau à inclinaisons variables exposé, en 1867, par M. Davies. Les balanciers étaient représentés dans la classe 55 par un puissant appareil à volantav.ee plateau de friction, d’une construction très soignée, exposé par M. Clément, de Paris. Les machines à faire les écrous et les têtes de boulons se voyaient dans les sections française et étrangères. Naturellement, dans ces machines spéciales destinées à une fabrication courante, le desideratum est de réduire la perte de matière dans toutes les limites possibles en mettant en œuvre des barres de fer d’un profil simple existant d’une manière courante dans le commerce. M. Gustaffson, dans la section suédoise , exposait une machine à fabriquer les écrous, bien conçue. Dans cette machine, l’écrou est préparé d’abord, puis détaché, étampé et enfin débouché. Les dimensions de l’étampe et de la barre sont calculées de telle sorte, que la perte due à la débouchure est très faible. M. Sayn, de Paris, construit des machines destinées au même travail et aussi à la confection des amorces de boulons; ces machines sont puissantes et fonctionnent régulièrement. Toutefois, pourrait-on lui reprocher de n’avoir pas suivi la voie tracée par un grand nombre de constructeurs qui cherchent, tout en donnant à leurs machines une force suffisante, à conserver aux formes une certaine élégance.
- Dans l’espace concédé à M. J. Leblanc et Cie, de Paris, on pouvait voir fonctionner, sans production naturellement, puisque l’introduction des foyers était interdite dans les galeries, une machine sytème Vincent à faire les boulons et les écrous. Cette machine est une sorte de balancier composé avec volant et plateau de friction, et lorsqu’elle fonctionne pour étamper des boulons, ces der-
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- niers sont ensuite chassés automatiquement au moyen d’une Gr. VI. disposition spéciale. Agencée pour la fabrication des écrous, la machine ne donne que la perte de la débouchure après étampage.
- MM. Greenwood et Batley ont cherché à éviter la perte même de la débouchure, et dans la machine que nous avons vue dans la section anglaise, cette débouchure reste soudée à la tige de fer rond dont l’étampage produit l’écrou.
- D’autres machines agissant par choc ou compression méritaient encore d’attirer l’attention. En particulier, la machine de MM. Bou-chacourt et Deville, de Paris, destinée à fabriquer les tire-fonds.
- Au moyen de cette machine, les tire-fonds, au lieu d’être fabriqués par ablation de matière, sont forgés et sortent de la machine entièrement finis; le corps du tire-fond est façonné et entouré du filet mince et tranchant dit filet à bois. L’opération, qui se fait en tournant la pièce entre les étampes, est très rapide, et, pour éviter le mouvement de retour, les deux étampes, au moyen d’un mouvement de pédale, peuvent s’écarter dès que le forgeage est terminé. La pose des rivets qui servent à réunir les différentes parties des travaux de chaudronnerie ou des constructions en tôle si en usage depuis quelques années, s’effectuait dans l’origine au marteau, et l’opération du rivetage, comme onia désigne techniquement, exigeait le concours de plusieurs ouvriers habiles pour être bien faite, et par suite elle était assez coûteuse. Depuis un certain temps, dans les grands ateliers, des machines à river ont été essayées; les unes fonctionnaient au moyen des transmissions ordinaires de mouvement et ressemblaient assez aux machines à poinçonner; d’autres avaient été disposées pour recevoir le mouvement au moyen de l’eau comprimée, mais ces machines étaient essentiellement fixes, et lorsque l’opération du rivetage devait avoir lieu sur un chantier, comme dans la construction des ponts, force était de recourir au travail à la main. Plusieurs inventeurs ont recherché les moyens d’obtenir des machines transportables et d’un emploi facile dans toutes les conditions où le travail peut se présenter. Ils ont pris comme moyen de transport de la force les deux fluides les plus répandus. MM. Allen et Piœder, Américains, ont fait emploi de l’air comprimé. Un autre, M. Tweddel,
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- s’est servi de l’eau sous pression. L’appareil de MM. Alleu et Rœder, dont deux spécimens existaient dans les sections américaine et française, présentés par les inventeurs dans la première, et par M. Leblanc et Cie, de Paris, dans la seconde, se compose essentiellement cl’une pompe de compression à tiroir, d’un réservoir pour l’air comprimé et enfin d’un cylindre muni d’un piston actionné par l’air comprimé qui agit sur le rivet. Ce cylindre se fixe directement sur la pièce où le rivet doit être posé, et la tête est produite par une succession rapide de chocs donnés par le piston animé en même temps d’un mouvement de rotation autour de son axe. Le réservoir et le c ’’ ’re sont reliés par des tubes en caoutchouc. L’appareil imaginé par M. Tweddel comprend une batterie de pompes alimentant un accumulateur et une presse hydraulique mobile mise en rapport avec l’accumulateur par des tuyaux en cuivre de petit diamètre et par suite susceptibles des mouvements de flexion nécessaires au déplacement de la presse. L’accumulateur est à faible volume et à grande course, et l’on voit immédiatement l’avantage de cette disposition. Dès que l’eau comprimée, par suite de l’ouverture du tiroir, agit sur le piston de la presse hydraulique mobile, la bouterelle descend et commence à refouler la tige du rivet; bientôt la tête est complètement formée et le piston de la presse hydraulique ne pouvant plus continuer sa course, celui de l’accumulateur est brusquement arrêté dans sa descente et, comme la vitesse est assez grande, étant donné le peu de volume du plongeur de l’accumulateur, il résulte de l’arrêt un travail considérable dont l’effet est de rapprocher énergiquement les tôles soumises au rivetage et d’augmenter, par suite, la solidité de l’assemblage. Destinées à des usages spéciaux, les machines de MM. Bliss et William, dans la section américaine, et de MM. OEschger et Mesdach, dans la section française, méritaient également une certaine attention. Les premières sont destinées à l’emboutissage des métaux en feuilles, depuis les plus faibles dimensions, boîtes à cirage, jusqu’à la confection des ustensiles de ménage connus sous le nom de fer battu. Les machines sont bien comprises; elles possèdent un déchassage automatique ingénieusement disposé. Un débrayage ap-
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- pliqué au volant permet un arrêt pour ainsi dire instantané des autres organes, le volant devenant fou sur l’arbre principal. La machine de MAI. OEschger et Mesdach a été construite pour ceinturer les projectiles de l’artillerie, c’est-à-dire pour poser sur le projectile fondu la ceinture en cuivre rouge qui doit être encastrée dans une rainure au bas du projectile. Nous n’avons pas à examiner si, au point de vue clés besoins de l’artillerie, le problème dont la solution a été cherchée par MM. OEschyer et Mesdach, se trouve résolu; mais, au point de vue mécanique, la machine sertit régulièrement les bagues en cuivre rouge sur le corps du projectile.
- Nous avons, dans l’énoncé des groupes de machines que nous avons à examiner successivement, cité les machines à meuler; nous avons cherché à traduire par une seule expression, comme l’ont fait les Anglais et les Américains, l’idée d’une machine dans laquelle l’outil est un disque mordant naturel ou artificiel et que l’on emploie de la même manière que les meules à émoudre connues depuis longtemps. Depuis la dernière exposition, de grands efforts ont été faits par l’industrie pour introduire dans la pratique des ateliers les machines à meules susceptibles d’attaquer les métaux même les plus durs avec une grande facilité et une grande rapidité.
- Quelques industriels se sont surtout occupés de combiner des agglomérants puissants permettant d’obtenir, soit avec des poudres d’émeri plus ou moins fines, soit avec des bauxites, soit même avec de la poudre de silex pyromaque, des meules d’un grain gradué, suivant l’usage auquel elles sont destinées. D’autres sont allés plus loin, et après avoir combiné la composition de l’outil, ils ont cherché la meilleure disposition à donner à la machine sur laquelle cet outil devait être installé. Les agglomérants mis en usage actuellement sont nombreux : la gomme laque, l’oxychlorure de magnésie, le caoutchouc, etc., se disputent la prééminence , et jusqu’à présent aucune de ces matières n’est encore employée à l’exclusion des autres, malgré l’avantage que présen-senterait l’adoption d’une substance offrant toute sécurité. Car il n’est pas douteux que, eu égard aux avantages que présente
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- Gr. VI. Dusage des machines à meuler, ces machines se seraient beau-coup plus généralisées encore, sans la crainte des accidents qui, à différentes reprises, se sont produits par l’éclatement des meules.
- Les principaux fabricants de meules dont les produits et les machines figuraient à l’Exposition, sont d’ailleurs bien connus dans l’industrie. M. Henry, de Paris, successeur de la maison Malbec, exposait surtout des meules ou des montages très simples. M. Desplanques aîné et M. Desplanques jeune exposaient également des meules et des montages simples; de même pour M. Sorel, directeur de la Société des agglomérés magnésiens. Toutefois les bâtis exposés par cette société étaient déjà plus robustes, plus appropriés aux besoins d’un travail d’atelier. M. Deny Poulot nous a présenté une très belle collection de meules avec agglomérant à base de caoutchouc, parfaitement graduées au point de vue du grain. M. Deny Poulot s’est aussi occupé de la question de sécurité, et des expériences nombreuses lui ont permis de fixer les limites de vitesse qui pourraient être données à ses produits. Les bâtis sont bien étudiés, robustes, d’un service commode. En outre, il a construit une puissante machine destinée au tournage par le moyen de la meule des poulies de transmission, et cette machine, que nous n’avons pu voir fonctionner, la mise en fonction des meules ayant été interdite dans la section française, montre, par la manière dont sont traitées ses différentes parties, le soin que le constructeur apporte dans ses études. La section anglaise comprenait une belle. collection de machines à meuler exposées par la maison Thomson et Stern, et plusieurs d’entre elles avaient des destinations spéciales, qu’il serait trop long d’examiner ici. Toutefois nous devons signaler encore un tour à meuler la jante des poulies avec disposition spéciale pour obtenir automatiquement le bombé de la poulie.
- Dans la section américaine, la Norlhampton et G10 exposait des meules et une machine à meuler destinée au dressage des plaques d’appareils de fumisterie et aussi une machine à éinoudre automatiquement au moyen de la meule artificielle, les lames droites des raboteuses ou des machines à couper le papier. Une machine du même genre figurait dans la section française sous le nom de
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- MM. Rayasse et Génissieu, de Paris. Celte machine est destinée Gr, vi. principalement à émoudre les grandes lames droites des machines C1~5 à couper le papier, dont l’aflûtage, personne ne l’ignore, exige des soins tout particuliers.
- Nous avons encore, pour terminer la revue de la classe 55, à examiner les machines que nous avons groupées sous le titre de machines spéciales. Parmi ces machines, nous pouvons distinguer deux familles à cause du nombre assez grand des spécimens présentés : les machines à fabriquer les bouchons et les machines à broyer. Entre ces dernières, il est pour ainsi dire impossible de faire aucune comparaison, leur construction, les dispositions adoptées ayant pour chacune un but nettement déterminé. Le broyeur Carr (clcsintegrator) était exposé par M. Toufflin, de Paris, dans la section française et par MM. Triggs et Bcnson dans la section anglaise. Cet appareil bien connu paraît apte au broyage d’un nombre considérable de produits de toute nature, durs, friables ou élastiques. Toutefois, il exige des tamisages répétés, d’où, pour certains produits, une main-d’œuvre peu en rapport avec le résultat obtenu. En particulier, pour le plâtre, on reproche au desinte-prator de donner une poudre à grains trop sphériques, trop roulés.
- Pour le charbon destiné au moulage dans les fonderies, il nécessite des tamisages trop nombreux, qui donnent lieu à une production énorme de poussière noire et désagréable. M. Jannot, de Triel (Seine-et-Oise), a imaginé et soumis à l’examen du Jury, des broyeurs spéciaux à plâtre, dans lesquels le broyage, fait au moyen de meules verticales, est immédiatement suivi cl’un criblage avec classement de la grosseur des grains destinés à éviter l’altération des arêtes des grains produits. M. Hanctin, de Saint-Denis, faisait fonctionner des broyeurs pour le sable et le charbon des moules de fonderie : les premiers ont pour organes principaux des meules verticales cannelées, destinées à produire un broyage et simultanément un mélange; les seconds sont formés essentiellement d’un cylindre à alvéoles sphériques ouvertes, dans chacune desquelles se meut, avec jeu assez faible, une sphère pleine, de telle sorte qu’à chaque rotation du cylindre, ces sphères, en retombant sur leur siège, pulvérisent la matière qui s’y est accu-
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- Gr. VI. muléc. Le broyeur de M. Anduze, de Paris, consiste essentiellement Cl 55 en ^GUX P^a':eaLlx’ ^un ^lxe e*i l’aLl^re mobile, hérissés d’aspérités à pointes de diamant entre lesquelles la matière à pulvériser est broyée ou pour mieux; dire cisaillée. Ce broyeur convient surtout pour les matières dures et friables, mais non élastiques ou disposées à s’empâter. Construit sur un petit modèle, il est employé comme concasseur pour le café. MM. Durand et Chapitel exposaient un broyeur destiné à fabriquer sur les chantiers, au moyen de pierres de grosseur moyenne, clu sable ou de la pierre destinés au macadam. Cette machine est essentiellement constituée par un arbre muni de tourteaux, entre lesquels jouent des masses d’acier, articulées à une de leurs extrémités et formant marteau par l’eiïet de la force centrifuge. Lorsque l’arbre tourne, ces masses frappent énergiquementles pierres jetées dans la machine, et si, par hasard, la pierre n’est pas brisée, la masse vient se loger entre les tourteaux et franchit l’obstacle pour venir le heurter à nouveau au tour suivant. Dans la section américaine, nous avons aussi remarqué le broyeur de M. Blake, destiné principalement à la préparation des minerais.
- Autrefois le travail du bouchonnier se faisait à la main, il en est encore ainsi dans beaucoup de lieux de production. Un banc, un couteau à large lame, une pierre à morfiler et un dresse-fil en bois, souvent le bord du banc sert à cet usage : voilà l’outillage primitif. Toutefois, l’usage de cet outillage demande une certaine habileté et souvent malheureusement, lorsque le liège n’est pas de très bonne qualité, il arrive des accidents; des coupures souvent profondes provoquent de longs et pénibles chômages. Un très grand nombre d’inventeurs ont cherché une machine-outil permettant un travail plus facile et aussi plus rémunérateur. Ces très louables efforts ont été couronnés de succès, et les machines exposées répondent bien pour la plupart aux besoins de l’industrie qui les a créées. MM. Nowe Derbuel, de Marseille, Bourely, Renaud et Laugier, de Marseille, etDollone, de Paris, faisaient fonctionner des machines simples et bien conçues, fournissant des produits tels que le commerce peut les désirer. La Société des lièges a voulu faire un pas de plus auquel nous devons la construction d’une
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- machine imaginée par M. Robert, de Paris. Cette machine taille mécaniquement le bouchon au moyen d’un ruban d’acier sans fin dont l’affûtage se fait automatiquement. La machine peut être alimentée par une femme, qui n’a d’autre travail à faire que de fournir les carrés de liège à transformer.
- Un ouvrier mouleur d’Amiens, M. Godisiabois, exposait un appareil, plutôt qu’une machine, destiné à favoriser les opérations du troussage dans les fonderies. Cet appareil dénote un esprit ingénieux et chercheur, et avec quelques perfectionnements que la pratique indiquera, il rendra de bons services. Une machine à trousser les engrenages, munie de diviseurs ingénieux et bien disposés, figurait également dans la section anglaise sous le nom de MM. Jackson Brothers.
- Un tourneur en bois, M. Maillard, de Paris, présentait un tour que nous avons dû classer parmi les machines-outils spéciales, à cause de sa destination. Cette machine est employée à la confection des cadres à moulures ovales et à courbes plus ou moins dérivées de celle figure : l’ove, le carré ou le rectangle à coins arrondis, le cadre en écusson à courbe de raccord, etc. M. Pernet Jouffroy, de Chalon-sur-Saône, était exposant cl’unc machine à fabriquer les allumettes, offrant cette disposition spéciale, que chaque allumette découpée portait une impression ou une estampille. Nous n’avons pas à examiner les avantages qui peuvent résulter de ce mode particulier de fabrication. Nous constatons seulement que le problème mécanique est résolu avec simplicité et une certaine élégance. M. Mondon, de Paris, s’était posé un autre problème déjà cherché depuis longtemps : la taille mécanique des limes. La machine que nous avons vue, très étudiée,présentant des dispositions très ingénieuses, donnera, nous l’espérons, de bons produits; mais elle devra évidemment un certain nombre de perfectionnements à la pratique. Trois machines, toutes les trois américaines, attiraient encore l’attention; l’une de MM. Clough et Wiliamson, fabriquait automatiquement des tire-bouchons en fil cl’acier. Les bis tournés en pointes, coupés de longueur, étaient simplement présentés à la machine, qui pliait, tordait ce fil et livrait le tire-bouchon terminé. La machine à faire les vis à métaux de M. Henry
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- Devons est plus automatique encore et ne demande qu’une surveillance périodique. La tige de cuivre, d’acier ou de fer qui doit être transformée en vis est simplement introduite dans l’arbre creux de la machine. Cette tige est décolletée, taraudée, coupée, puis la vis est détachée, la tête est fendue et polie, et ainsi, pendant aussi longtemps que la tige possède une longueur su disante. La machine de M. Sloan fabrique les vis à hois. Cette machine, à proprement parler, est double. Une des parties reçoit les vis en blanc dans une sébile ou elle les puise. Ces blancs portés dans la machine, la tête est tournée et fendue, puis la pièce ainsi préparée est rejetée dans une autre sébile où la seconde machine la reprend et façonne les filets. Lorsqu’on veut obtenir un trou carré d’une certaine profondeur, mais de dimensions moyennes, on procède ordinairement en perçant d’abord un trou rond inscrit dans le carré à obtenir, puis, après avoir préparé ce trou à la lime ou sans aucune préparation si le trou est petit, on l’équarrit au moyen d’un mandrin qui forme poinçon et détache la matière restée dans les angles. M. Joseph Hall s’est posé le problème de percer des trous carrés, qu’ils traversent ou soient borgnes, au moyen d’une machine à percer, résumant ainsi son idée sous une expression paradoxale : k Faire un trou carré au moyen d’une machine à percer tournant rond. » Le problème a, en effet, été résolu, comme le prouvaient les spécimens soumis aux regards des visiteurs. Nous ne savons quel accueil pourra être fait dans les ateliers à celte solution plus curieuse que pratique. Néanmoins l’inventeur mérite d’être encouragé, ne serait-ce qu’à cause de la solution pratique qu’il a donnée à un problème de cinématique connu, mais jusqu’ici sans application. M. Hall fait usage d’un foret à trois taillants partant du centre du triangle équilatéral qui circonscrit ce foret, et il donne comme courbe directrice à ce foret un carré ayant pour côté le côté même du triangle équilatéral formé par les angles du foret. Il est facile de voir immédiatement que si nous faisons fonctionner le foret ainsi dirigé, ses taillants donneront un carré égal au carré directeur, la tige du foret pouvant d’ailleurs se déplacer parallèlement à elle-même dans la douille de la machine à percer au moyen de glissières ad hoc.
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- Nous terminerons enfin l’examen des machines spéciales et de Gr. VI. la classe 55 en disant quelques mots des machines à façonner “ et à affûter les fraises. Les fraises sont actuellement des outils de forme, engendrés par la rotation, autour d’un axe situé dans le même plan, d’une courbe plus ou moins mouvementée, mais ne présentant pas d’angles rentrants. Lorsque la fraise a été préparée au tour, il faut, pour quelle puisse servir, la munir d’aspérités, de dents tranchantes sur toute la surface travaillante, en ayant soin bien entendu que la forme générale de la fraise n’en soit pas altérée. Plusieurs constructeurs se sont occupés de la construction de machines spéciales destinées à la taille des fraises. Le type essentiel de ces machines est le pantographe ; l’outil, une fraise, creuse dans le bloc soumis à son action des sillons dont la succession doit former les dents de la nouvelle fraise, pendant qu’une touche directrice parcourt un profil donné. On conçoit que l’on puisse résoudre cinématiquement le problème posé, de plusieurs manières, ou bien la similitude des courbes est obtenue au moyen du cône, ou bien elle est obtenue au moyen des parallèles. Les machines de MM. Bariquand et fils sont construites d’après le premier principe ; les machines de M. Donnay sont construites d’après le second. Nous n’avons d’ailleurs rien à dire de particulier sur ces machines qui sont construites dans l’un et l’autre système avec la précision nécessaire pour obtenir les résultats que l’on doit en attendre. Une fois la fraise taillée, elle est trempée en prenant certaines précautions dont l’étude nous entraînerait trop loin de notre sujet, montée en l’air, c’est-à-dire à l’extrémité d’une tige ou sur un arbre, suivant la nature des travaux et mise en service. Malgré la précaution prise par les constructeurs de donner à ces outils une trempe dure et d’employer des aciers de bonne qualité, la fraise s’use et bientôt ne coupe plus. Pendant longtemps on n’a connu dans la plupart des cas qu’un seul remède à cet état de choses; on détrempait la fraise, on la retaillait et après une nouvelle trempe elle était de nouveau remise en service. Mais on comprend que toutes les difficultés rencontrées pour une première trempe, se rencontraient de nouveau pour la seconde, souvent même, malgré foutes ces précautions, la fraise se fendait;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr, VI. elle était perdue. On était naturellement conduit à rechercher un Gl 55 Pr0C(^ Chutage. La maison Sharp Steward, dans la section anglaise, possédait une machine permettant l’affûtage des fraises, de formes simples, qui sont d’ailleurs les plus répandues: fraises coniques, fraises cylindriques. En France, un inventeur Lien connu par la variété de ses productions, M. Kreutzberger, a voulu aller plus loin, et il a effectivement construit une petite machine légère et fort élégante, au moyen de laquelle, en employant des meules minuscules en corindon, il parvient à affûter les fraises de formes très tourmentées. Dans cette machine, la meule et la fraise sont mobiles. La première se meut dans un plan vertical, et la fraise, au moyen d’un support articulé très ingénieusement disposé, est animée cl’un mouvement de rotation autour du centre de courbure delà dent soumise à l’affûtage.
- Nous nous arrêterons ici en demandant pardon au lecteur des longueurs de ce travail, que nous n’avons pas cru devoir restreindre dans l’espérance qu’il pourra, tel qu’il est, donner une idée plus complète de la marche du progrès dans la construction et l’usage des machines-outils.
- A. Rault,
- Ingénieur des m înnfuctnros de l’Etal.
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