Rapports du jury international
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- RAPPORT
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- L’ESPÈCE BOVINE.
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- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe VIII. — Classe 78.
- RAPPORT
- SUR
- L’ESPÈCE ROVINE,
- PAR
- M. CH. DU PEYRAT,
- INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L’AGRICULTURE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXXII.
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- Groupe VIII. — Classe 78,
- RAPPORT
- SUR
- L’ESPÈCE BOVINE.
- N’ayant pas assisté aux expositions successives d’animaux qui eurent lieu à Billancourt à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867, je ne pourrais établir des comparaisons entre nos deux dernières expositions universelles. Je me bornerai à parler des races françaises de ma sous-section, ensuite à apprécier l’ensemble des races étrangères, enfin à examiner plus particulièrement la race de Durham, en indiquant les mesures qui me paraissent nécessaires au succès de l’élevage de ces reproducteurs dans la vacherie de l’Etat.
- La sous-section du jury que j’avais l’honneur de présider avait à juger les races du Limousin, de Salers, d’Aubrae et du Mézenc.
- La race limousine était assurément la plus remarquable de ce groupe, et, même au milieu de nos plus belles races françaises, elle tenait un rang des plus honorables. Les nombreux sujets de la catégorie limousine se distinguaient par leur qualité, l’harmonie de leurs formes et surtout leur double aptitude au travail et à l’engraissement. En effet, après avoir fourni au cultivateur un travail très économique, cette race prend facilement la graisse et donne à la consommation une viande savoureuse. Le jury s’est trouvé souvent embarrassé, car il avait à choisir parmi des animaux tous dignes de figurer avec honneur dans une exposition Classe 78.
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- internationale ; aussi, il a fait un large emploi des prix supplémentaires et des mentions honorables. Il n’est pas inutile de rappeler que la race limousine a obtenu un des grands prix d’aptitudes avec le lot remarquable exposé par M. Caillaud. Ce succès ne fait que donner une éclatante consécration aux progrès constants réalisés par l’élevage du Limousin.
- La race de Salers était encore bien représentée, quoique inférieure à la précédente : on y remarquait des animaux excellents, mais à côté d’individus médiocres qui nuisaient à l’harmonie de l’ensemble. La section des jeunes taureaux, les sections des génisses de trois ans et des vieilles vaches renfermaient beaucoup de sujets remarquables; les sections des vieux taureaux et des jeunes génisses laissaient à désirer.
- La race d’Aubrac était faiblement représentée, au point de vue du nombre, et ne donnait pas une idée exacte de la place qu’elle occupe dans l’effectif général de notre population bovine. Elle offrait d’excellents modèles de la bête de travail qui joint la force à la patience et à l’énergie.
- Dans les divers milieux où elles naissent, où elles s’élèvent et où elles vont terminer leur carrière par l’engraissement, les trois races précédentes comptent parmi les plus précieuses de la France, et nous avons tout intérêt à les conserver pures de tout alliage de sang étranger. L’adaptation de ces races aux milieux qu’elles occupent, leurs aptitudes spéciales ainsi que les améliorations considérables qu’elles ont subies depuis vingt ans surtout, doivent engager les éleveurs français à persévérer dans la même voie, par la méthode de sélection.
- La race du Mézenc était notablement inférieure aux trois races précédentes, au double point de vue du nombre et de la qualité. Les taureaux surtout présentaient une conformation défectueuse qui se manifestait par l’étroitesse de la poitrine, l’allongement des membres, l’irrégularité des aplombs, le peu de développement des masses musculaires de l’arrière-main, la croupe avalée et
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- l’attache de queue en crosse. Ce sont là des caractères que l’on Gr. vni. rencontrait autrefois dans les animaux exposés sur les foires de la
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- plupart des pays de France, et qui, aujourd’hui, deviennent heureusement beaucoup plus rares. La race du Mézenc paraît être en retard.
- Après ces quelques mots sur les races dont je me suis plus particulièrement occupé à l’Exposition universelle, il me reste à donner mon appréciation sur l’ensemble des animaux de l’espèce bovine, en signalant quelques points spéciaux qui ont attiré mon attention.
- La partie de l’Exposition réservée aux animaux étrangers, je n’hésite pas à le dire, m’a paru médiocre et sensiblement inférieure à l’exhibition du bétail français. J’ai été frappé du peu d’empressement qu’ont mis les Anglais à nous amener les représentants des races célèbres dont ils sont si justement fiers : leurs durhams notamment faisaient une assez triste figure et ne donnaient qu’une faible opinion des étables anglaises, qui sont cependant si renommées. La rigueur des mesures sanitaires prises par le gouvernement anglais suffit à expliquer l’abstention de la plupart des principaux éleveurs de la Grande-Bretagne.
- Quelques sujets de race angus ont cependant rehaussé l’exposition anglaise, et le lot remarquable de M. Mac Combie a obtenu une des plus hautes récompenses du programme.
- L’examen des diverses races provenant du Danemark, de la Hollande, de la Suisse, de l’Italie, etc., me fait croire que la France n’a rien à leur envier, et que, sur son territoire si varié, elle possède des races précieuses et une population bovine qui fait honneur à ses éleveurs.
- Dans la section française, nos races, améliorées généralement par la sélection et quelquefois par des infusions de sang plus ou
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- Gr. vin. moins avancées, formaient, avec la catégorie des croisements dur-7g liams, la partie la plus saillante de l’Exposition.
- L’éleveur français a résolu le problème de la production du bœuf la plus économique dans les conditions où il se trouve placé. Moins exclusif que les Anglais, il ne pratique pas la spécialisation à outrance : ses efforts tendent à améliorer l’aptitude pour la production de la viande, tout en cherchant un abaissement du prix de revient dans l’utilisation du travail fourni par l’animal jeune et adulte. La théorie contraire, qui est, parait-il, une vérité en Angleterre, serait une erreur dans notre pays, placé dans des conditions toutes différentes. En France, la bête bovine est et restera encore longtemps un animal à deux fins.
- Depuis trente ans, les progrès accomplis en France dans la production du bétail de l’espèce bovine sont considérables. Si les conditions naturelles de notre milieu ont permis la réalisation rapide de ces améliorations, si le courant économique caractérisé par la hausse des prix et l’élargissement des débouchés en a favorisé l’expansion, il faut reconnaître aussi que l’enseignement indispensable à toute transformation a surtout été donné aux éleveurs par les concours régionaux, qui restent encore le véhicule le plus puissant du progrès agricole.
- Cette influence exercée par les concours régionaux, qui se manifeste par des progrès continus dans toutes nos races françaises, subit un temps d’arrêt sensible en ce qui concerne la race pure de Durham. Au lieu de se maintenir avec cet ensemble de qualités remarquables qui caractérisait les premiers types importés en France dans les vacheries de l’Etat, nos durhams dégénèrent et subissent une espèce d’abâtardissement. Il est évident que la puissance d’hérédité des premiers reproducteurs importés chez nous se trouve amoindrie par les influences du milieu qui agissent en sens contraire et tendent à modifier le type en le rabaissant.
- La catégorie des durhams français présentait bien quelques beaux sujets, et, dans son ensemble, elle m’a paru supérieure aux animaux médiocres que les Anglais avaient consenti à nous amener avec l’arrière-pensée de les vendre pour le continent. Ce-
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- pendant nos éleveurs de durhams les plus autorisés et dont l’ex- Gr.vm. périence s’est affirmée par une longue pratique ne dissimulaient point qu’ils considéraient nos meilleurs sujets de l’Exposition comme sensiblement inférieurs aux animaux de tête d’il y a quinze ou vingt ans, et que, à leur avis, la qualité moyenne des durhams français, au lieu de se maintenir, allait en diminuant. On remarque, en effet, dans la plupart de nos durhams, un certain grossissement du squelette, une rupture dans l’harmonie des formes caractérisée surtout par l’amincissement du train postérieur et les vides des parties supérieures du thorax, enfin un manque de finesse de la peau.
- Quelle est la cause de cette fâcheuse situation? La diminution du nombre et de l’importance des prix offerts à la race durham dans les concours régionaux, et même la suppression de ces prix dans certaines régions, ont pu exercer une influence secondaire qui ne suffit pas pour expliquer la dégénérescence des animaux de tête.
- Du reste, la suppression de la catégorie des durhams dans les concours régionaux du Midi n’a pu avoir aucune action, puisque cette race n’a jamais réussi dans ces régions, et j’ajouterai même qu’elle ne saurait y réussir.
- Pourrait-on imputer la dégénérescence des durhams français aux rares éleveurs qui conservent des étables de pur sang? Je ne le crois pas. Ni la capacité ni l’esprit de suite ne manquent à ces éleveurs; une seule chose leur fait défaut : des reproducteurs d’élite capables de maintenir dans leur famille les qualités caractéristiques de la race. Il faut évidemment aller chercher ces types supérieurs dans leur pays d’origine, où ils atteignent des prix excessifs, mais ces importations coûteuses ne peuvent être effectuées par nos éleveurs : il appartient à l’Etat, dans un intérêt public, de leur venir en aide en faisant ce qu’ils ne peuvent faire eux-mêmes. Du reste, il en a toujours été ainsi en France pour les reproducteurs exceptionnels chargés de régénérer et d’améliorer nos espèces animales.
- Tout semble donc indiquer qu’il faut rechercher la véritable cause de la dégénérescence de nos durhams dans la qualité inférieure des reproducteurs entretenus par l’Etat et chargés de main-
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- Gr. vm. tenir la pureté et la puissance d’hérédité de la race. Depuis plu-ci~g sieurs années, en effet, des plaintes qui ne paraissent que trop fondées surgissent au sujet des produits de l’élevage de la vacherie nationale de Corbon, et les éleveurs, mécontents des reproducteurs qu’on leur offre, mettent moins d’empressement à les acheter.
- Ce serait cependant aller à l’encontre du but à atteindre que de réclamer la suppression de la vacherie de l’Etat, mesure qui ne peut être proposée que par les détracteurs systématiques de la race durham, car on ne tarderait pas à constater dans les reproducteurs une dégénérescence encore plus marquée.
- Etant admis que le durham a un rôle utile à jouer dans notre agriculture, et même qu’il est indispensable à certaines de nos provinces, la nécessité s’impose de fournir aux éleveurs des facilités pour se procurer de bons reproducteurs de cette race. Il y a donc lieu de rechercher les moyens d’améliorer l’élevage de la vacherie de l’Etat pour le mettre à la hauteur des besoins de la production française.
- L’amélioration des animaux élevés à la vacherie nationale de Corbon me paraît subordonnée à l’application de trois mesures principales :
- i° L’importation de nouveaux reproducteurs;
- 2° Le changement du système appliqué à l’égard des appareil-lements et du mélange des diverses tribus de la race ;
- 3° La translation de la vacherie de Corbon dans une autre localité plus favorable à l’élevage des reproducteurs.
- Depuis longtemps l’Administration sent le besoin de régénérer le sang des durhams de Corbon par l’importation d’animaux d’élite choisis en Angleterre, mais des raisons budgétaires ont empêché la réalisation d’un projet qui exige, il est vrai, des dépenses importantes. Aujourd’hui il n’y a plus à hésiter sur ce point, et tous les efforts resteraient infructueux si l’on ne commence pas par aller chercher en Angleterre des reproducteurs de premier ordre, choisis
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- dans les familles qui présentent au plus haut degré les aptitudes Gr. vm. et la puissance d’hérédité de cette race remarquable.
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- On ne s’explique pas la persistance qu’a mise la direction de Corbon a entretenir des animaux mal tracés et à mésallier des familles que les Anglais s’efforcent de conserver absolument pures.
- A l’inverse de ce qui se pratique en Angleterre, où les Booth et les Bâtes et les familles les plus distinguées de ces tribus, conservées pures de toute alliance étrangère à leur sang, représentent les types supérieurs de la race et les seuls qui atteignent des prix élevés dans les ventes publiques, nous semblons avoir pour système , à Corbon, de mélanger toutes les tribus et toutes les familles entre elles et de rechercher des alliances hétérogènes. Cette manière de faire se juge par ses résultats, qui sont déplorables, et cependant on persiste dans des errements que beaucoup d’éleveurs autorisés apprécient sévèrement.
- La translation de l’établissement de Corbon ne serait pas moins nécessaire que l’importation de nouveaux reproducteurs.
- En appréciant les choses par les résultats obtenus, et en prenant pour base l’expérience qui résulte de quarante années d’essais faits successivement dans les vacheries de l’Etat, on peut affirmer que le domaine de Corbon ne convient pas à l’élevage du durham.
- Le pâturage de la vallée d’Auge est essentiellement un pâturage d’embouche, tandis qu’il est défavorable pour l’élevage de bêtes qui doivent conserver une grande finesse et une grande légèreté d’ossature. Ce sol gras et calcaire favorise outre mesure le développement de la charpente osseuse. Ce sont là des inconvénients graves pour l’élevage des reproducteurs de durhams. L’Administration trouverait probablement dans l’ancienne vacherie du Pin, ou dans toute autre localité bien choisie, un milieu beaucoup plus favorable à l’élevage de reproducteurs d’élite, et dans lequel il serait plus facile de maintenir à la race toutes ses qualités.
- Telles sont les principales observations que m’a suggérées l’examen de l’Exposition universelle au sujet de l’espèce bovine. Cette remarquable exhibition était fort intéressante, non seulement parce qu’elle a permis de mettre en lumière les progrès accomplis par
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- Gr.vm. notre élevage, mais surtout parce qu’elle constituait un vaste Cl 7g champ d’enseignement comparatif dont le pays saura assurément profiter. Dans l’industrie rurale, en effet, ainsi que dans les autres industries, un progrès réalisé ne doit être qu’un acheminement vers un autre progrès qui s’impose, comme une conséquence de la lutte pour la production, sous l’aiguillon de la concurrence.
- Ch. du Peyrat, Inspecteur général dé l’agriculture.
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