Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES PLANTES POTAGÈRES.
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- ^ Æbe 2^. J*?
- MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- À PARIS.
- (troupe 1\. — Classe 87
- RAPPORT
- S U II
- LES PLANTES POTAGÈRES,
- M. LAIZIER,
- PRÉSIDKM DK LA SOCIETE l)K SECOURS MUTUELS DES JARDINIERS DK PARIS.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M D ( C ( L X X X.
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- Groupe IX.
- Classe 87.
- RAPPORT
- sur.
- LES PLANTES POTAGÈRES.
- COMPOSITION DU JURY.
- M\L Cfiatin, président, membre de l'Tnslilut et de la Société centrale ) „
- d'agriculture de France......................................j rance.
- Koubo, vice-président...........!.............................. Japon.
- Laiziki! , secrétaire-rapporteur, président de la Sociélé de secours ) pra e mutuels des jardiniers de Paris................................j
- Smoy, suppléant, secrétaire adjoint, secrétaire du comité de cul- ) p ,
- Lire de la Sociélé d’horticulture............................j rauce’
- Jouet, suppléant, ancien négociant en fruits et légumes à Paris. France.
- La classe 87, qui comprenait les plantes potagères, légumes et fruits de toutes les plantes herbacées, a été une des mieux représentées à l’Exposition, où l’horticulture a obtenu un si grand et si légitime succès; il a fallu de très grands efforts aux exposants pour obtenir un si brillant résultat : la nature de ces [liantes ne permettant de les exposer <jue coupées ou arrachées du sol, elles sont vite flétries; si l’on avait pu consacrer une petite partie de terrain dans le Champ de Mars pour cultiver les plantes potagères, nos jardiniers maraîchers des environs de Paris auraient étonné les nombreux visiteurs. Notre climat n’est pas doux, mais, à l’aide de châssis et de cloches en verre, les jardiniers y obtiennent par leur habileté et leur travail incessant des résultats que l’on ne réalise pas dans d’autres pays où la température est plus propice :
- Classe 87.
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- Gr. IX. ce sont des hommes très laborieux, qui n’ont pas les habitudes Cl 87 Pern^c^euses de beaucoup d’ouvriers habitant les grands centres de population; c’est principalement pour les primeurs que l’on peut dire qu’ils n’ont pas de rivaux; la quantité de légumes frais exportée de Paris à l’étranger est incroyable, les chiffres sont difficiles à établir. Ce commerce est fait le plus souvent sans écritures de la part du vendeur, tout se faisant au comptant. Quant aux autres légumes vendus aux Halles centrales, le chiffre s’élève annuellement en moyenne à la somme de 18 à 20 millions de francs; ils sont cultivés dans les terrains voisins des fortifications et dans la banlieue plus éloignée, qui est particulièrement affectée aux gros légumes, et n’occupent actuellement pas moins de 85o hectares environ; mais revenons à notre Exposition. Le premier concours du mois de mai était pour la plus grande partie composé de primeurs, et, parmi les exposants qui se sont le plus distingués, nous citerons M. Millet, à Bourg-la-Reine. 11 avait exposé 120 variétés de fraisiers en pots, couverts de fruits, réunissant toutes les variétés de grosses fraises dont la beauté et la qualité sont parfaitement établies, sauf quelques variétés nouvelles qui n’ont pu être encore jugées. M. Millet exposait le même jour 5o variétés de haricots cultivés en pots d’une très belle végétation et couverts de gousses prêtes à cueillir pour manger en vert; quelques-unes étaient même déjà bonnes à écosser. Les pommes de terre de primeur étaient aussi en très grand nombre : quelles aient été toutes mûres nous n’oserions l’assurer, mais il y en avait de très bonnes. Tous ces lots de primeurs étaient remarquables et ont fait beaucoup d’honneur à l’exposant. En outre, M. Millet a exposé à tous les concours qui se sont succédé jusqu’au 1 5 octobre. Il serait peut-être trop long de tout citer : nous rappellerons toutefois les plus remarquables objets, tels que melons de différentes variétés, qu’il cultive avec une science particulière et qu’il nous a présentés à presque tous les concours, car cet habile horticulteur est sans contredit le meilleur producteur de ces fruits si délicieux et si recherchés, les piments doux, jaunes et rouges, d’une grosseur peu commune, et des choux-fleurs exposés à l’automne d’une telle beauté qu’ils ont fait l’admiration des visiteurs et plus particulière-
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- PLANTES POTAGÈRES.
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- ment des étrangers. Ses fraises quatre-saisons présentées à chaque Gr. IX. concours, tant blanches que rouges, ont toujours été très fraîches et très belles. Un fait digne d’être remarqué, c’est l’importance prise par la culture des fraises depuis environ vingt-cinq ans aux environs de Paris; on utilise surtout les grosses fraises non remontantes, c’est-à-dire celles qui ne produisent qu’une fois par an : cette variété de fraise, originaire du Chili, est appelée souvent chez nous fraise anglaise, parce que nous en avons reçu les premiers pieds des Anglais; mais depuis longtemps de nombreux semis ont été faits en France, et nous avons obtenu des variétés superbes comme grosseur et aussi comme qualité. Les exposants français ont fait passer sous nos yeux toutes ces belles variétés : M. Lapierre, horticulteur à Montrouge, en a exposé à presque tous les concours, tant en culture forcée sous châssis qu’en pleine terre; cet horticulteur fait une spécialité d’élever les plants de fraisiers pour la vente, et la quantité qu’il livre chaque année au commerce est énorme. Un grand nombre d’horticulteurs ont encore exposé des fraises. M. Lhérault (Louis), d’Argenteuil, en a exposé une très belle et nombreuse collection, mais pas en culture forcée; M. Fla-ment, de Pierrefitte, un très beau lot de la variété docteur Morère, nouvelle fraise obtenue de semis depuis peu d’années par M. Berger, horticulteur à Verrières. Les petites fraises dites des quatre-saisons ont été aussi beaucoup améliorées depuis plusieurs années par les semis et la sélection faite avec soin des pieds destinés à produire la graine. M. Picquenot, à Louveciennes, entre autres, a présenté à tous les concours une très belle fraise obtenue de semis par un cultivateur nommé Duru, dont le nom a été donné à la fraise. Beaucoup d’autres cultivateurs ont encore exposé des fraises; ce sont : Mme veuve Durand, à Bourg-la-Reine; MM. Croux, à Aulnay;
- Galien, à Vigny (Seine-et-Oise) ; Roy, etc.
- L’asperge est aussi une culture très importante pour notre pays; elle a pris un développement considérable, principalement dans la commune d’Argenteuil et ses environs. Nous pouvons citer en tête des cultivateurs habiles M. Lhérault (Louis) : dans toutes les expositions qui ont eu lieu soit à Paris, soit en province, soit même à
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- Gr. IX. l’étranger, il a toujours eu les iPS prix; à eette dernière Exposi-~^ lion, il s’est, peut-être encore surpassé, offrant des asperges d’une grosseur et d’une beauté rares. Venait ensuite M. Fleury, avec des produits cpii égalaient presque ceux de AJ. Lliérault (Louis), mais en abondance moins grande. M. Girardin, M. Lhérault Salbeuf. tous cultivateurs d’Argenteuil, avaient aussi de très beaux lots. Le chiffre d’affaires sur ce légume est énorme, puisque dans la commune d’Argenteuil il s’élève à 2 millions de francs par an et dépasse même parfois ce chiffre; car, outre ce qui est consommé à l’étal frais, l’exportation en conserves est très considérable. Une seule maison de Paris met en boîtes ou en bocaux de 7 à 800 bottes par jour.
- L’asperge est encore cultivée dans un rayon plus éloigné de Paris, mais avec moins de succès; la difficulté d’avoir des engrais à bon marché en est la cause principale : ce légume en absorbe une très grande quantité. Toutefois, MM. Hayot, à Piihiviers; Chevalier (d’Ondreville), Grellier, etc., ont pu encore exposer d’assez jolislots.
- La pomme de terre, légume si précieux et d’une grande importance pour l’alimentation et pour le commerce auquel elle donne lieu, puisque la France en exporte annuellement 200 millions de kilogrammes, la pomme de terre a figuré à tous les concours, mais plus spécialement au mois d’octobre, époque normale de leur maturité. Ges concours ont été fort beaux; la réunion dans la même galerie avait permis la comparaison. Plus de quinze concurrents prenaient part à la lutte et exposaient des lots très méritants. En première ligne, et comme appartenant à des étrangers, nous citerons trois exposants anglais : James Carter, à Londres; Sutton et fils, également à Londres; et William Porter, d’Aberdeen, en Ecosse. Ils présentaient tous trois des lots de choix, non seulement comme variété, mais aussi comme beauté ; elles étaient propres et brillantes et semblaient avoir été vernies : aussi attiraient-elles tout particulièrement l’attention. Le lot le plus considérable ensuite était celui de M. Ravenel, à Falaise, considérable comme nombre de variétés (3oo environ); mais elles n’étaient pas très belles. La collection de la maison Vilmorin (moins nombreuse), composée de 200 variétés, était fort belle, et nous avons remarqué h semis nouveaux. L’éta-
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- PLANTES POTAGÈRES.
- Glissement d’ïgny offrait également aoo variétés; la Société d’hor- G-r. ix. ticullure de Fontenay-le-Comte, i 60 variétés, très remarquables [>ar la beauté des tubercules.
- Citons aussi l’exploitation agricole d’Yvré-le-Polin (Sart.be), collection bien soignée; M. Mayeux, cultivateur à Villejuif, 5o variétés, toutes du plus beau choix : cet exposant s’est présenté à presque tous les concours; M. Rigaull, à Groslay; la Société de Huy, en Belgique; la Société d’hellcs-lez-Bruxelles; M. Martin, à Vindecy, près Marcigny. Une belle collection était celle de M. Wal-demar Gradcheff, jardinier-maraîcher à Saint-Pétersbourg; mais elle était en partie atteinte de la maladie. Ce jardinier présentait un lot très important de légumes de saison qui avaient tous plus ou moins souffert dans un si long voyage.
- Puisque nous parlons des légumes de saison, nous ne pouvons mieux faire que de citer M. Vilmorin : nous lui devons une place d’honneur. Il a fait de grands et louables efforts pour exposer à chaque concours tous les légumes du potager; chaque espèce a été exposée dans les meilleures conditions possibles; il avait pris soin de semer des pois, des haricots, des fèves, dans de grands pots, pour pouvoir les montrer en pleine végétation. 11 n’y avait pas moins de ho variétés de pois, 3o de haricots, 12 de fèves de marais; tous ces légumes présentés par M. Vilmorin étaient bien étiquetés. Chaque collection, soit salades, choux, carottes, en variétés bien franches, faisait l’admiration des personnes les plus compétentes; d’autres, pour être moins experts dans ces sortes de choses, s’arrêtaient de même devant la belle organisation de tous ces produits si frais et si bien présentés. Ce fut en somme un grand et légitime succès.
- Les gros légumes de pleine terre (concours d’automne) ont été présentés par des cultivateurs d’un rayon un peu plus éloigné de Paris. La Belgique a répondu à notre invitation en nous envoyant de très beaux lots : en lête la Société d’horticulture de Huy, déjà nommée à propos des pommes de terre; la Société d’Ixelles-lez-Bruxelles, également déjà nommée. Ces deux sociétés avaient des lots très remarquables comme quantité et aussi comme beauté; ces
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- Gr. IX. beaux lots, malgré le voyage, ont été rendus au Champ de Mars dans les meilleures conditions possibles. L’établissement de Sainte-
- Ci 87# JL
- Dorothée, de Mali nés, offrait un lot exclusivement composé de choux et de choux-fleurs, tous très beaux, quoique fatigués par le voyage. Quant aux Français, ils avaient envahi tous les emplacements possibles et meme impossibles, dans les chemins, sous les escaliers, enfin partout; nous ne pourrons jamais vous les citer tous, et noire embarras sera aussi très grand pour dire au juste ceux qui avaient les plus beaux lots. Nous signalerons d’abord la chambre syndicale de Gennevilliers, association des jardiniers qui cultivent les légumes à l’aide de l’eau des égouts de Paris; il y a là des résultats surprenants depuis environ dix ans qu’on a eu l’idée très heureuse d’utiliser cette plaine immense qui jadis n’était le plus souvent pas cultivée, tant le sol est mauvais : le produit des semences que le cultivateur se hasardait à lui confier n’était pas retrouvé à la récolte. Cette plaine, disons-nous, est maintenant couverte de piaules luxuriantes. On a pu voir près de l’Ecole militaire, à chaque concours, des spécimens de ces cultures : des choux énormes, qu’un seul homme ne pouvait porter ; des carottes, des navets monstrueux, enfin tous les gros légumes des champs, dans les meilleures conditions possibles. La ville de Paris ne pourra jamais trop honorer les hommes qui en débarrassant une partie des eaux infectes des égouts font fertiliser une plaine dont on ne pouvait tirer aucun rapport.
- Parmi ces hommes, nous n’en citerons qu’un : c’est M. Durand-Claye, ingénieur de la ville de Paris. C’est surtout à son énergie et à son dévouement réunis à son savoir que cette transformation a pu être accomplie.
- Cette eau est utilisée aussi par bon nombre de jardiniers, M. Rothberg, horticulteur-maraîcher (route de Saint-Denis, à Gennevilliers), a exposé pour sa part des produits qui ont été très appréciés parmi les plus beaux de chaque concours. M. Vincent Gau-chin, cultivateur à Montmagny, est aussi un des hommes qui ont le mieux répondu à l’exigence des concours, et, comme grande culture à la charrue, il peut être regardé comme le premier. Dans de mêmes conditions, nous vous rappellerons encore l’établissement
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- agricole de Saint-Nicolas d’Igny, dont il a déjà été parlé, puis un cultivateur de Melun, M. Torcy-Vannier; M. Scholler, jardinier chez M. Prosper de Muizon, à Muizon ; M. Falluel, à Moucliy-Saint-Éloi ; M. Loisel, jardinier chez Mmj veuve Gavé, au château de Condé-Sainte-Libiaire (Seine-et-Marne); la Société d’Etampes; la Société de Clermont (Oise); le 3G1' régiment d’infanterie, en garnison à Caen; M. Gillier, de Saint-Omer ( Pas-de-Calais); M. Charles Da-gneau, de Nogent-sur-Marne ; M. Gilson, du domaine de Beaumont ; M. Martin, de Vindecy, près Marcigny;M. Aurant, jardinier chez M. Talamon, à Sèvres; M. Auhergier, de Vaucresson. Plusieurs de ces messieurs ont déjà été nommés pour les collections de pommes de terre.
- Les variétés de courges alimentaires mises au commerce depuis quelques années sont nombreuses; on en a importé aussi de bien des pays. Les quelques noms suivants vous diront qu’ils viennent de loin, tels que le girauinont d’Eysines; le Yokohama; la courge de l’Ohio ; la courge verte de Hubard; les courges d’Egypte, de Naples, de Malabar, de Siam, etc. La plupart de ces courges et bien d’autres, puisqu’on en compte maintenant plus de bo variétés, toutes ces courges, disons-nous, ont été exposées en partie parmi les lots nombreux de légumes de saison; mais AL Gaillard, cultivateur, dont la maison de vente est au Palais-Royal, en fait une culture spéciale; ces courges sont à peu près toutes dans sa collection. Chacun a pu les admirer; en dehors de leurs propriétés alimentaires, la bizarrerie de leur forme et de leur couleur peut les laire regarder comme des plantes d’ornement. M. Gaillard a eu l’idée dé faire avec la pulpe de quelques variétés, mêlée avec de la pâte à pain ordinaire, des petits pains qu’il vendait à l’Exposition; nous en avons goûté: c’est assez bon. 11 y aurait peut-être là une application utile à faire.
- Après M. Gaillard, un exposant de Savigny (Sarthe) nous a donné une idée de la rapidité avec laquelle croissent ces plantes; il exposait deux énormes potirons pesant, l’un 125, l’autre i3o kilogrammes, qui, ayant noué leurs fruits le 2 5 juillet, étaient arrivés à ce développement le 12 septembre : moins de deux mois.
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- Gr. ix. Le cresson était représenté seulement par deux exposants, mais Cl 87 l)ar ProPr'^a^res des ^eux plus grandes exploitations que nous ayons en France, culture pour laquelle il est indispensable de satisfaire un ensemble de conditions assez difficiles à réaliser et sans lesquelles le travail ne peut être rémunérateur; le choix du terrain près de sources d’eau vive est déjà une des grandes difficultés, et ce n’est pas la seule.
- M. Billet, propriétaire de fosses à cresson à Duvy, près Crespv-en-Valois, et à Gonesse, près Paris, a présenté un échantillon de cresson d’une beauté tout à fait exceptionnelle, qu’il indiquait comme semé depuis deux mois; d’un autre côté, M. Hayaux du Tilly a préféré établir une cressonnière au Trocadéro, sur la pelouse un peu au-dessus de l’aquarium d’eau douce, voulant montrer au public, disait-il, qu’avec un filet d’eau on pouvait obtenir du cresson partout. L’idée est louable; elle aura pu engager un certain nombre de propriétaires éloignés de Paris à établir du cresson dans leur jardin; mais la culture de cette façon, par la raison qu’elle ne peut guère durer que quelques mois de l’année, ne saurait être dans aucun cas rémunératrice. Le Jury, embarrassé, n’a cru mieux faire que de se rendre aux cressonnières de ces messieurs. Chez M. Hayaux du Tilly, à Saint-Léonard, entre Senlis et Chantilly, nous avons trouvé une très belle exploitation établie près de sources vives dans la vallée de la Nonnette; c’est là que fut fondé le premier établissement de ce genre, à proximité de Paris, vers 1811; le propriétaire actuel a beaucoup amélioré l’exploitation. Les cressonnières sont très bien tenues et M. Hayaux du Tilly expédie chaque jour aux Halles centrales une voiture entièrement chargée de cresson et traînée par trois forts chevaux. M. Billet a deux exploitations: une à Duvy, près Crespy-en-Valois, et l’autre à Gonesse, près Paris; ces deux établissements ont une très grande importance. Gonesse n’a pas moins de 200 fosses à cresson et occupe environ 10 hectares; de cet établissement seul sont expédiées à Paris, pendant la belle saison, de 1 2 à 16,000 bottes par jour; nous avons trouvé le cresson plus beau à Duvv et à Gonesse qu’à Saint-Léonard. M. Billet a substitué au repiquage pour le renouvellement des fosses le semis; ce mode est plus cou-
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- teux, mais aussi les produits étant plus beaux se vendent à un Gr. ix prix plus élevé et, en somme, il y a tout bénéfice. Les établisse- C1~ ments de Gonesse et de Duvy réunis fournissent environ la moitié de tout le cresson vendu aux Halles centrales.
- Si nous passons du cresson aux champignons, nous trouvons une culture bien différente; l’importance considérable des champignons cultivés (Agaricus edulîs) est très grande à Paris : elle se pratique par les maraîchers à l’air libre pendant une saison de l’année, mais plus particulièrement dans les carrières anciennement exploitées et abandonnées aux environs de Paris; là, on ne connaît pas de saison. Ces jardiniers, que l’on désigne sous le nom de champignonnistes, produisent par tous les temps des quantités prodigieuses de champignons; beaucoup n’envoient pas leurs produits aux Halles : ils ont des clients qui prennent à un prix convenu tout ce qu’ils peuvent produire dans une année; les champignons s’expédient à de très grandes distances, soit à l’état frais, soit en conserves en boîtes ou en bouteilles : c’est une industrie toute parisienne ; le fumier de cheval seul est employé à cet usage; il se trouve à Paris en grande quantité. Si l’on ajoute la proximité des carrières, on comprendra tout l’avantage qui doit en résulter pour produire à bon marché, car dans le commerce c’est toujours le point essentiel pour soutenir la concurrence avec profit. Nous avons pu voir au Champ de Mars des champignons venant des carrières; plusieurs exposants ont voulu offrir quelques spécimens de cette culture souterraine, et, pour mieux faire juger la végétation de cette plante, ils ont eu l’heureuse idée d’apporter des parties de meules de 2 à 3 mètres de longueur, couvertes de champignons à différents degrés de croissance; c’est principalement M. Rouxel, à Argenteuil (route de Sannois), qui a le mieux réussi.
- Dans ce concours, en entrant dans la galerie, la vue était réjouie à l’aspect de ces beaux produits d’une culture si singulière, car autant prenons-nous de soins pour donner de l’air et du jour à nos plantes, autant de soins contraires pour celles-ci; mais aussi, transportés dans ce milieu qui convient si peu à leur nature, voit-on ces beaux champignons si blancs, d’une teinte rosée sous le chapeau,
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- si appétissants, devenir en quelques jours ternes, gris et fanés, malgré le soin pris par l’exposant pour les présenter dans les meilleures conditions possibles.
- Nous pourrons citer, parmi les exposants spécialistes, M. Bonnet, à Levallois-Perret, comme un de ceux qui ont le mieux réussi. Beaucoup de champignons étaient, en outre, exposés dans les lots de légumes de saison; M. Vilmorin, particulièrement, en avait de très beaux.
- Le cerfeuil bulbeux, cet excellent légume dont des difficultés de culture ont jusqu’ici restreint la production, s’est trouvé dans quelques concours divers, mais nous signalerons un lot composé exclusivement de ce légume; il y en avait une très grande quantité, et les racines ou bulbes étaient d’une grosseur exceptionnelle : ce lot, très remarquable, avait été exposé par M. Villette, jardinier au château de Polangis, près Joinville-le-Pont.
- L’Italie a été représentée à la classe 87 par un seul exposant: M. Francesco Cirio, négociant de Turin, a exposé divers légumes, parmi lesquels nous avons surtout remarqué les pastèques etdiffé-rentes variétés de melons; du fenouil d’Italie, du gombo; des courges de différentes variétés, dont une d’une longueur peu commune (elle mesurait im,5o et pesait a5 kilogrammes); différentes variétés de tomates inconnues à Paris, petites, mais charnues et de très bonne qualité; des piments doux d’Espagne de forme carrée, jaunes et rouges; un grand nombre de variétés de haricots, des choux et des artichauts; tous ces produits étaient très beaux: ayant pu goûter les melons et les pastèques, ils ont été trouvés généralement très bons.
- Nous avons gardé pour la fin les légumes de nos colonies; ils ont eu un grand succès de curiosité, mais ce ne sera pas le seul : ils entreront un jour dans la consommation; si quelques détails de tarif et de transport peuvent être modifiés, le prix de revient étant moins élevé, ces produits pourront être vendus sur nos marchés parisiens. C’est à M. Hédiard, négociant en fruits et en
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- légumes exotiques, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris, que nous Gr. IX devons cette exposition de nos colonies; ils ont figuré dans plu-sieurs concours. Les principaux sont : des patates roses, blanches et rouges de la Martinique, de la Guadeloupe et de l’Algérie; des ignames de la Chine et de la Martinique; du gingembre; du gombo févy, capsules jeunes d'Hibiscus esculentus; des piments doux de l’Algérie; des figues de Barbarie; des branches de musa, chargées de leurs fruits appelés bananes, qui dans l’antiquité servaient déjà de principale nourriture auxhrahmines de l’Inde; des melons, vanille de Tunis, cultivés à Marseille; des racines du Dioscorea ahta ou igname ordinaire des pays chauds. Tous ces légumes ne peuvent être cultivés sous le climat de Paris, excepté toutefois les patates et l’igname de la Chine, qui sont depuis plusieurs années cultivés aux environs de Paris avec succès. Les Japonais n’ont pas, on peut dire, exposé de légumes; mais ils en avaient cultivé un certain nombre dans la ferme établie par eux au Trocadéro. Nous les avons visités souvent avec intérêt; plusieurs sont déjà connus chez nous : certaines variétés de concombres, de melons, de pastèques; diverses variétés de haricots; des doliques. Ils cultivent aussi la hardane comme plante alimentaire : nous en avons goûté, mais c’est un aliment de médiocre qualité; différentes variétés de choux et de radis, dont un entre autres est très remarquable : c’est le daïcon, qui prend dans leur pays (disent les Japonais) des dimensions colossales; ils ont parfois 1 mètre de haut et 5o centimètres de circonférence. Nous aurions aimé à les voir, mais un voyage au Japon nous aurait entraînés trop loin.
- En finissant ce Rapport, si nous jetons un coup d’œil rétrospectif sur ces concours de six mois, nous aurons lieu de nous réjouir et d’êlrc fiers des succès obtenus par notre pays. Il y a bien quelques visiteurs qui ont pu passer indifférents et froids devant nos plantes potagères : ne nous étonnons pas, ce sont des gens qui ont l’habitude de les voir chaque jour sur nos halles et nos marchés parisiens; mais combien d’autres à l’étranger, en province, et aussi les habitants des campagnes, qui ont presque tous un coin de terre à cultiver : ceux-là ne passaient pas indifférents. Nos fonctions de
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- Gr. IX. jurés nous obligeant de rester des heures entières dans les galeries, ~ nous avons pu juger du grand intérêt qu’ils prenaient à tous ces objets. Que de questions faites par eux aux exposants, que de renseignements utiles ils auront emportés de leurs visites! Emploi mieux raisonné des engrais; meilleur choix des semences; des plants nouveaux vont remplacer ceux de moindre valeur; il y aura donc profit général, car tout cela se répandra ensuite en tous lieux, et chaque village aura à se féliciter de notre exposition.
- Pour nous résumer, nous dirons donc que la classe 87 a reçu des lots de 80 exposants; 68 ont été récompensés. Nous donnons, ci-après, leur nom, la nature de leurs produits et le degré de récompense qu’ils ont obtenu.
- Làizier,
- Président de la Société de secours mutuels des jardiniers de Paris.
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- LISTE DES EXPOSANTS RÉCOMPENSÉS.
- Gr. IX Cl. 87
- Grands prix.
- M. Vilmorin, marchand grainier à Paris : pour légumes de saison à chaque concours.
- La Société du l’arrondissement de Huy, en Belgique : légumes de saison.
- M. Millet, horticulteur à Bourg-la-Reine : primeurs et légumes de saison.
- M. Lhérault (Louis), à Argenleuil : asperges.
- M. Rotiiberg, route de Saint-Denis, à Gennevilliers : légumes de saison.
- Médailles d’or.
- M. Billet, à Duvy-en-Valois et à Gonesse : culture de cresson.
- M. Lapierre, pépiniériste à Montrouge.
- L’Etablissement agricole de Yeou-Chuba, au Japon: cnltufe au Trocadéro.
- M. Rouxel, à Argenteuil : champignons.
- M. Fleury, à Argenteuil : asperges.
- M. Carter, à Londres: pommes de terre.
- M. William Porter, à Aberdeen (Ecosse) : pommes de terre.
- L’Etablissement d’Ixelles-lez-Bruxelles : légumes de saison.
- M. Loisel , jardinier chez M",c veuve Gavé, au château de Condé-Sainte-Libiaire : légumes de saison.
- La Société d’horticulture d’Etampes: légumes de saison.
- L’Etablissement agricole d’Igny : grande culture.
- M. Waldemar Gradcheff, maraîcher à Saint-Pétersbourg: légumes divers.
- La Chambre syndicale de Gennevilliers: légumes de saison.
- M. Gaillard, au Palais-Royal : courges alimentaires.
- M. Cauciiin (Vincent), à Monlmagny : légumes divers.
- La Société de Clermont (Oise) : légumes de saison.
- Médailles d’argent.
- M. Cirio, à Turin: légumes divers.
- M. Aubergier, à Vaucresson (Seine-et-Oise) : légumes divers. M. Falluel, à Mouchy-Saint-Éloi (Oise): légumes divers.
- M. Mayeux, à Villejuif: pommes de terre et haricots.
- M. Paillet, à Sceaux: pommes de terre.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IX. M. Boutiluer, à Ghoisy-le-Roi : pommes rie terre.
- M. IIayaux du Tilly, h Saint-Léonard, près Chantilly: culture fie cresson.
- Cl. 87. L’Exploitation agricole d’Yvré-le-Poli\ (Sarllie); M. Poivret, directeur : pommes de terre.
- M. Sutton et fils, à Londi'es : pommes de terre.
- M. Martin, à Viudecy, près Marcigny : pommes de terre et légumes de saison.
- M. Picquexot, à Louvecicnnes : fraises.
- M. IIédiard : légumes exotiques.
- M. Torcy-Vannier, à Melun: légumes divers.
- M. Gilson, du domaine de Beaumont: légumes de saison.
- Le 36e régiment d’infanterie, en garnison à Caen : gros légumes.
- M. Flairent, à Pierrefitte : melons.
- M. Bavenel, à Falaise: pommes de terre.
- M. Paignet, à Savigny-l’Evêque : potirons et courges.
- M. Gillier, à Saint-Omer: légumes variés.
- M. Bigault, horticulteur à Groslay : pommes de terre.
- M. Pr unier, à Franconville : pommes de terre.
- M. Sciioller, jardinier chez M. Prosper de Muizon, à Muizon, près Reims: légumes de saison.
- M. Jamin (Ferdinand): fraisiers dans le Champ de Mars.
- La Société horticole de Fontenay-le-Comte : légumes de saison.
- Médailles de bronze.
- M. Sf.ment : pommes de terre.
- M. Aurant, jardinier chez M. Talamon, à Sèvres : légumes de saison.
- M. Bonnet, à Levallois-Perret : champignons.
- M. Dagneau, jardinier chez M",e Schmith, à Nogent-sur-Marne: ignames, pommes de terre et cerfeuil bulbeux.
- M. Glaiziou, jardinier-maraicher, rue de la Colonie, à Paris : polirons et courges.
- M. Jourdain, à Maurecourt: artichauts.
- M. Legendre-Garriau, avenue Victoria, à Paris: piments.
- M. Villette, jardinier au château de Polangis: cerfeuil bulbeux.
- M. H énault, à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) : pommes rie terre et légumes de saison.
- M. Girardin, à Argenleuil : asperges.
- M. Fontaine, négociant en primeurs : primeurs.
- M. Rarourdin, fermier à la ferme de Villacoublay : poireaux.
- M. Roy (Auguste) : fraisiers dans le Champ de Mars.
- M„,ü V'e Durand : fraisiers dans le Champ de Mars.
- M. Leroy (André) : fraisiers dans le Champ de Mars.
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- PLAINTES POTAGÈRES.
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- Gr. IX.
- Mentions honorables.
- M. Laurin : pommes de terre.
- M. Ledoux-Bouvard, instituteur à Sivry-lez-Buzancy : légumes divers.
- M. Balteck, exposant danois : choux-lleurs.
- M. Bareste (Alpes-Maritimes) : oignons.
- M. de la Trèhonnais, au château de Sarron, par Marcilly : légumes de saison. lM. JoiGNEAüx, jardinier-chef chez M. Blanchon, à Gala, près l’Aigle (Orne) :
- légumes de saison.
- M. Boudrant : légumes divers.
- Cl. 87.
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