Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES GRAINES ET LES PLANTES
- D’ESSENCES FORESTIÈRES.
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- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe IX. — Classe 89.
- RAPPORT
- SUR
- LES GRAINES ET LES PLANTES
- D’ESSENCES FORESTIÈRES,
- PAR
- M. A. P1SSOT,
- INSPECTEUR DES FORETS, CONSERVATEUR DU BOIS DE BOULOGNE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCGC LXXXI.
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- Groupe IX. — Classe 89.
- RAPPORT
- SUR
- LES GRAINES ET LES PLANTES
- D’ESSENCES FORESTIÈRES.
- ---SBCPi
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Bouquet de la Grye, président, conservateur des forêts à Troyes, membre de la Société centrale d’agriculture de France...................
- Pissot (Ch.), rapporteur, conservateur du bois de Boulogne. . .
- Gouault, secrétaire, jardinier en chef du Muséum d’histoire naturelle ........................................................
- Lepaute, suppléant, conservateur du bois de Vincennes............
- Guenet, suppléant, marchand de graines...........................
- France.
- France.
- France.
- France.
- France.
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
- Le programme général portait pour cette classe : Graines et plants d’essences forestières.
- Il semblait donc, en se conformant à la lettre, que le jury chargé de l’examen des produits devait s’occuper seulement des graines et des plants qui servent ou peuvent servir au peuplement des forêts; mais il n’en était rien.
- Par suite d’une interprétation donnée à ce titre, le jury de la classe 89 eut à examiner, en outre, les graines de toute nature, les plantations aux abords des roules et des allées, en un mot les arbres dits (Yalignement, et enfin les arbres transplantés au chariot.
- Le rapport que j’ai à présenter devra donc passer en revue ces
- Classe 8g.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IX. Cl. 89.
- quatre natures d’expositions, bien que si ces plantations d’alignement, ainsi que je l’indiquerai, peuvent à la rigueur être regardées comme se rattachant aux forêts, les graines potagères et agricoles et les plantations au chariot eussent dû être rangées dans d’autres classes.
- Puisqu’il en a été décidé autrement, je dois rendre compte de l’examen fait par le jury.
- Ayant peu de chose à dire sur les collections de graines, dont une partie, la plus grande même, avait été placée dans d’autres classes, sans qu’on puisse trop s’expliquer pourquoi, il n’en avait pas été de même pour celles-ci, j’en parlerai immédiatement, pour ne plus avoir à m’en occuper.
- GRAINES.
- Le jury a eu à examiner les expositions de deux grainetiers français seulement; bien d’autres cependant avaient exposé, mais s’étaient fait inscrire à l’Agriculture. Leurs collections, très intéressantes sans doute, puisqu’elles étaient composées de plus de sept cents espèces, tant fourragères que potagères, ne renfermaient aucune graine forestière.
- On peut se demander, du reste, l’intérêt qui s’attache à ces graines placées dans des flacons, qui n’offrent aux regards du public rien d’attrayant, dont beaucoup se ressemblent.
- Elles indiquent les graines qui entrent dans le commerce des exposants, puis c’est tout. Un catalogue les remplacerait facilement. Ces sortes d’expositions ne pourraient offrir quelque attrait, quelque enseignement, que si aux graines on adjoignait les produits qu’elles donnent. Aussi dans la classe de l’agriculture, ces échantillons existaient, soit desséchés, soit à l’état frais.
- Un des grandes maisons de Londres avait compris qu’il devait en être ainsi. Son exposition attirait les regards, moins par la grande variété de ses graines que par les modèles moulés de leurs produits, qui y étaient joints. Les formes, les coloris laissaient peut-être à désirer, mais les dimensions étaient exactes, et c’était ce que l’on pouvait exiger.
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- GRAINES ET PLANTES D’ESSENCES FORESTIÈRES.
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- Presque toutes les nations avaient envoyé des échantillons de graines.
- Ici c’était l’Italie, qui, sous le couvert de la Direction de l’agriculture de Rome, exposait une collection très complète des graines d’arbres, cl’arbustes et d’arbrisseaux qui croissent dans les forêts. Elle se composait de 382 échantillons, appartenant à 120 espèces ou variétés recueillies dans diverses provinces. L’indication du poids de l’hectolitre de ces graines faisait connaître combien ce poids variait suivant les provenances. Des échantillons de bois, avec indication de leur poids spécifique, et un herbier, joint à cette collection, la rendaient des plus intéressantes.
- Les graines potagères, fourragères et de céréales étaient représentées par 1,4 00 échantillons.
- À côté, la Société d’acclimatation et d’agriculture de Sicile, voulant faire connaître l’importance des cultures de ce pays, avait placé une centaine d’échantillons de graines forestières et bon nombre d’autres appartenant aux cultures agricoles et horticoles; cette collection méritait donc de fixer également l’attention.
- L’exposition la plus complète, après la première, était celle de l’Egypte. Elle comprenait les graines et les produits des exploitations forestières et agricoles avec un herbier agri-horticole pouvant donner une idée de l’importance des cultures de ce pays. L’agriculture notamment était représentée, non seulement par les graines quelle emploie, mais encore par les produits qu’elles donnent, tels que produits textiles, oléifères, tinctoriaux, médicinaux et enfin aromatiques.
- Pour compléter l’étude sur ce pays, les officiers d’état-major avaient envoyé un herbier de 600 échantillons de plantes recueillies dans les différentes provinces parcourues par eux.
- Plusieurs sociétés d’agriculture et d’horticulture des Pays-Bas avaient fait une exposition collective de graines de toute sorte provenant de céréales, de fourrages, de légumes, de fleurs même, qüi permettait de juger du degré d’avancement auquel sont parvenues les cultures de ce pays. Ce qui rendait surtout cette exposition intéressante, c’est qu’on y avait joint des échantillons de la lerre dans laquelle ces graines sont Cultivées.
- Gr.IX Cl. 89
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IX. L’Australie était représentée par 800 échantillons de graines
- des plantes qui croissent dans le pays; c’était un moyen de faire Cl. 89. An J
- connaître sa nore.
- Quiconque a visité l’exposition des produits de l’Espagne a été émerveillé par ce palais fait avec des bouteilles aux teintes variées; mais lorsque la curiosité était satisfaite, on était attiré par l’intelligente disposition des graines provenant des dilférentes provinces. Ces graines comprenaient surtout des pois chiches, qui sont employés à la nourriture d’une grande partie de la population, et que l’on trouve sur toutes les tables, suivant leur qualité; aussi 145 producteurs des diverses provinces d’Espagne avaient envoyé des échantillons de leurs cultures.
- Les fèves et les pois carrés (a/morto), qui forment presque la hase de la nourriture des classes moyennes et des classes pauvres, étaient également représentés par de nombreux échantillons.
- La caroube, fruit du Ccratonia siliqua, est aussi l’objet d’un grand commerce en Espagne, où elle sert à la nourriture des chevaux et des mulets; elle ne pouvait avoir été oubliée dans cette collection.
- Cette exposition était complétée par des collections de graines potagères de diverses provinces. Comme on le voit, elle ne manquait pas d’intérêt.
- Ce sont là les seuls pays étrangers dont le jury de la classe 89 ait eu à examiner les collections de graines. Bien d’autres nations avaient de ces sortes de collections, mais l’examen en avait été confié au jury d’autres classes.
- Le Ministre de la marine avait fait organiser une exposition des produits de nos colonies françaises, parmi lesquels figuraient d’assez nombreuses collections de graines, non seulement des plantes indigènes, mais encore des plantes introduites d’Europe. La plus grande partie de ces plantes fournissent des matières textiles, tannantes, colorantes, odorantes et oléagineuses.
- La Guyane, la Martinique, le Sénégal, l’Inde, la Guadeloupe, le Gabon, la Nouvelle-Calédonie, étaient très bien représentés.
- Parmi les graines de la Nouvelle-Calédonie, on en trouvait une certaine quantité appartenant à des légumes.
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- GRAINES ET PLANTES D’ESSENCES FORESTIÈRES.
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- Pour terminer ce qui concerne les graines, il me reste à parler Gr. îx. (le l’exposition faite par l’Administration forestière, et qui com-prenait exclusivement des graines de plantes qui croissent dans nos forêts, arbres, arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux. Cette collection, des plus complètes, ne comprenait pas moins de 800 échantillons.
- Ils avaient été placés dans des flacons de grandeur variée, dont la hauteur correspondait à celle des arbres qui les avaient produits, de telle sorte qu’à la vue seule de ces flacons on savait si la graine appartenait à des arbres de première ou de deuxième grandeur, à des arbustes, à des arbrisseaux et à des sous-arbris-seaux. C’est là une innovation qu’il serait bon de voir introduire dans les collections.
- A cette collection de graines était jointe celle des cônes des conifères indigènes et exotiques, collection des plus intéressantes, formée presque entièrement avec des produits récoltés en France.
- On peut donc espérer que, dans un avenir très rapproché, il sera possible d’obtenir des graines fertiles de ces arbres magnifiques du nouveau monde, et, par suite, de les voir se répandre de plus en plus, ce qui permettra de mieux les étudier et de savoir définitivement s’ils pourront être rangés parmi les arbres propres à peupler nos forêts.
- Parmi ces cônes on remarquait surtout ceux des Abies nobilis,
- Abies amabïlis, Abies pindrow, longs de plus de i5 centimètres; ceux du Pinus Lambertiana, qui atteignent jusqu’à 35 centimètres de longueur, du Pinus sabiniana, très gros, cônes remarquables surtout par leur apophyse très élevée, comme ceux du Pinus Coulteri.
- La difficulté que l’on éprouvait, il y a peu d’années encore, à se procurer de bonnes graines n’a pas peu contribué à retarder le reboisement de bien des terrains restés à l’état de friche. Bien des propriétaires ont reculé devant les insuccès provenant de ce que la graine qu’ils se procuraient dans le commerce étant de mauvaise qualité, il leur fallait recommencer plusieurs fois les semis et, par suite, augmenter leurs dépenses dans des proportions exagérées,
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- L’Administration des forets, frappée de cet inconvénient, a fait étudier un outillage qui lui permît de reconnaître la pureté et la qualité des graines, et elle est arrivée à en retirer un avantage qu’elle n’évalue pas à moins de 3o,ooo à ào,ooo francs par an. Si cet outillage n’a pas encore atteint la perfection, du moins, dans l’état actuel, il peut déjà rendre de grands services. On voyait dans le Chalet des gardes sept appareils qui donnent des résultats avantageux.
- C’est là un point très important, et qui ne sera pas sans influence, non seulement au point de vue des reboisements, c’est-à-dire au point de vue forestier, mais encore à celui de l’agriculture, et sur lequel l’attention est attirée; aussi la section de sylviculture de la Société des agriculteurs de France a-t-elle émis le vœu qu’il soit installé, dans toutes les stations agronomiques répandues dans les diverses régions de la France, des laboratoires où chacun pourrait faire essayer les graines qu’il désire employer.
- Pour terminer ce qui concerne les graines, il me reste à parler des expositions de graines d'Eucalyptus faites par deux propriétaires algériens, qui, depuis une quinzaine d’années, se sont appliqués, avec quelques autres du reste, à doter notre colonie africaine de plantations de ces arbres si précieux à tant de titres.
- L’une de ces collections, la plus complète, ne renfermait pas moins de 70 espèces ou variétés, choisies parmi 120, comme méritant surtout d’être cultivées; l’autre était réduite à une trentaine d’espèces.
- L’Eucalyptus fut découvert, en 1792, sur la terre de Van-Diémen; delà il fut transporté dans l’Australie méridionale; mais ce n’est qu’en i85A qu’on commença à l’introduire en France, et en 186q que des hommes de science, reconnaissant tout l’avenir réservé à cet arbre, se vouèrent à sa culture en grand, et finirent par le faire adopter. Maintenant, après des essais quelquefois infructueux, parce que pour lui comme pour tout autre il est arrivé qu’on a voulu tout d’abord le foire croître dans des sols où il ne pouvait trouver sa nourriture, à des expositions qui ne lui convenaient pas, on a reconnu que ce genre renferme des arbres de toutes grandeurs, depuis ceux qui atteignent les plus grandes di-
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- GRAINES ET PLANTES D'ESSENCES FORESTIÈRES.
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- mensions, jusqu’à ceux qui restent à l’état d’arbrisseaux et môme d’arbustes; on s’est assuré que si certaines espèces croissent aussi bien dans les terrains qui sont secs que dans ceux qui sont humides, il en est d’autres qui préfèrent les terres sèches, d’autres enfin les terres humides.
- Toutes les espèces ne peuvent non plus être utilisées de même, ni donner des produits d’égale qualité. C’est ainsi que les espèces d’ Eucalyptus doivent être rangées en espèces forestières et ornementales, en espèces qui peuvent produire des bois de travail et d’industrie, ou bien seulement des bois de construction et de charronnage. Certaines espèces sont riches en tanin, d’autres en huiles essentielles, etc.
- On voit donc là que, suivant les sols, les expositions, on devra, parmi les 170 espèces ou variétés et plus qui sont connues déjà, savoir faire son choix.
- Quoi qu’il en soit, les Eucalyptus sont évidemment appelés à un grand succès dans la culture forestière; malheureusement ils ne peuvent être utilisés que dans les pays chauds et dans ceux où la température ne descend pas au-dessous de 3 à 5 degrés, notamment dans la zone littorale de la Méditerranée, sur les côtes de France, d’Italie, d’Espagne, d’Algérie, de Corse; là ils peuvent donner des graines fertiles. J’ai déjà indiqué que, suivant les espèces ou variétés, ils peuvent croître à peu près dans tous les terrains, même dans les plus pauvres, pourvu toutefois qu’ils soient siliceux ou argilo-siliceux. Les sols calcaires, les sables arides, les terrains salés, leur sont contraires.
- Placées dans de bonnes conditions, certaines espèces acquièrent en neuf ans jusqu’à 20 mètres de hauteur et im,ào de circonférence.
- Dès l’âge de deux ans, on peut en tirer des manches d’outils; de trois à quatre ans, l’arbre est assez fort pour qu’on puisse faire avec ses tiges des flèches de voitures, des montants d’échelles; de cinq à six ans, des poteaux télégraphiques, des étais de mines; de sept à huit ans, il peut être employé au charronnage; à neuf ans, il est propre à tous les usages. Malgré cette rapidité de croissance, le bois des Eucalyptus est d’une dureté à toute épreuve; il
- Gr.IX Cl. 89
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- Gr.ix. donne un bon chauffage; son écorce, qui s’enlève par plaques “ assez épaisses, est utilisée pour faire des toitures légères; les fibres de cette écorce, très fines et très solides, servent à fabriquer des nattes et des paillassons.
- Enfin on fait avec les Eucalyptus des préparations pharmaceutiques et cosmétiques auxquelles on attribue des effets surprenants sur la santé.
- Les feuilles, persistantes, produisent en abondance des émanations aromatiques qui dissipent les miasmes palustres et assainissent l’air. Les racines, pivotantes et traçantes, s’implantent profondément dans le sol et lui enlèvent une très grande quantité d’eau ; aussi servent-elles à dessécher, en peu de temps, les terres marécageuses.
- On n’en finirait pas si l’on voulait citer tous les usages auxquels peuvent être employés les Eucalyptus et tous les produits qu’ils peuvent donner au dire de ceux qui, avec raison, voudraient les voir propager dans d’énormes proportions.
- Quoi qu’il en soit, et en faisant la part des exagérations, il est certain que ces arbres sont appelés à rendre les plus grands services pour les reboisements et pour l’assainissement des sols marécageux, mais en se bornant à les planter dans les contrées que j’ai indiquées, et surtout en Algérie; aussi a-t-on cru pouvoir l’appeler l'arbre de la colonisation.
- Les collections de graines que le jury de la classe 89 a dû examiner ne formaient qu’une très petite partie de celles qui avaient été exposées et qui presque toutes figuraient à la section de l’agriculture. C’était dans cette section que la plupart des sociétés départementales avaient demandé à être admises, afin de présenter l’ensemble des produits du pays; c’est là surtout qu’il fallait aller les étudier pour juger de leur importance.
- ARBRES ET PLANTS FORESTIERS.
- Le programme général indiquait, pour la classe 89, une exposition de plants forestiers, expression bien vague qui pouvait laisser dans le plus grand embarras les sylviculteurs qui auraient voulu
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- GRAINES ET PLANTES D’ESSENCES FORESTIÈRES.
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- prendre part à cette exposition. Pour remédier à cet inconvénient, Gr. IX.
- le programme spécial de l’horticulture renfermait les détails , 1 . 1 Cl. 89.
- nécessaires.
- Des concours étaient indiqués par ce programme, du mois de mai au mois d’octobre, pour des arbres à feuilles caduques et pour des conifères présentés en plants et en exemplaires de fortes dimensions, pouvant servir aux reboisements sous les différents climats et dans les différentes contrées de la France; pour les plantes de nouvelle introduction dans les deux genres; pour les arbres de toutes espèces ou variétés pouvant être employés aux reboisements dans une même contrée; pour les arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux de toutes espèces ou variétés pouvant être utilisés pour le maintien des terres sur les pentes ou pour la fixation des sables dans les dunes.
- Le champ ouvert aux exposants était donc des plus vastes, et nous devons dire que plusieurs se sont appliqués à remplir ce programme et y ont réussi dans de bonnes conditions. Mais si cette classification était facile à établir sur le papier, elle a présenté de grandes difficultés lorsqu’il s’est agi de la fixer sur le terrain.
- Il fallait grouper l’Exposition horticole et forestière, dans les parties du Champ-de-Mars qui lui étaient réservées, de manière à former un ensemble harmonieux; il fallait que ces plantes, en même temps quelles représentaient une exposition, fussent disposées par massifs, de telle sorte quelles servissent à l’ornementation.
- En outre, bien des arbres, surtout parmi les conifères, qui peuvent être utilisés pour les reboisements, ont été tout d’abord introduits comme des plantes d’ornement et servant en outre à la décoration des jardins. Les horticulteurs, qui tirent bien plus profil des plantes d’ornement que des plantes forestières, faisaient surtout leur exposition au point de vue ornemental, et leurs massifs étaient disposés dans le but de faire ressortir ces plantes. Gomme les frais que coûte le transport de végétaux de fortes dimensions sont considérables, les exposants avaient dû restreindre ces envois et n’avaient pu envoyer un exemplaire destiné à l’exposition des arbres d’ornement, un autre à celle des plantes forestières.
- D’ailleurs l’embarras de fixer le point où commencent les
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- plantes purement d’ornement et celles purement forestières venait encore augmenter la difficulté.
- Toutes ces considérations avaient donc amené ce résultat : c’est qu’on s’était appliqué surtout à satisfaire l’œil, à créer des massifs de plantes offrant le plus bel aspect, sans s’inquiéter des plantes qui les composaient et sans se préoccuper de l’embarras que pourrait éprouver le jury chargé d’examiner les concours ouverts.
- Etait-ce bien là ce qui aurait dû être fait et a-t-on atteint le but que l’on s’était proposé, de faire connaître les végétaux qui peuvent servir au reboisement? Nous ne le croyons pas.
- Nous comprenons que, pour la masse des visiteurs, qui viennent, non pour étudier, non pour s’instruire, il faut de l’harmonie dans l’ensemble, quelque chose qui attire l’œil, mais est-ce bien pour cette classe de visiteurs que les expositions sont faites?
- Et leur vrai but n’est-il pas de représenter le progrès dans les sciences, dans les arts, dans les cultures même? Alors faites donc quelque chose pour ceux qui s’intéressent à ces progrès, qui désirent les constater. Ayez des parties où satisfaction soit donnée à la première catégorie de visiteurs; mais ayez-en d’autres où Ton puisse s’instruire.
- A ce point de vue, l’Exposition de 1867 nous semble avoir eu un avantage. Au Champ-de-Mars, tout était créé pour les yeux; à Billancourt, tout servait à l’instruction. L’inconvénient, c’était la distance à parcourir; mais au moins on savait qu’une fois sur les lieux, on trouverait des sujets d’étude sérieux, et Ton y allait, et, au point de vue de la sylviculture, le seul dont nous ayons à nous préoccuper ici, les résultats obtenus ont, nous le pensons, été préférables.
- En 1878, on avait bien essayé de donner une certaine satisfaction aux horticulteurs qui avaient voulu faire connaître leurs cultures forestières, mais ils se trouvaient rejetés à l’écart et ne pouvaient attirer les regards. Aussi croyons-nous que cette exposition de plantes forestières n’a pas été examinée comme elle méritait de l’être; car elle était des plus intéressantes, renfermait des collections nombreuses, non seulement de plantes anciennes, mais encore de plantes d’introduction plus ou moins récente,
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- Nous savons bien que certains horticulteurs avaient mélangé aux Gr. ix. plantes qu’ils indiquaient comme pouvant servir aux reboisements des variétés purement ornementales, telles que des variétés à rameaux dressés, à rameaux retombants, à feuillages colorés, qui doivent être exclus de cette catégorie; mais cela tenait à la nécessité de composer des massifs.
- Si nous avons cru devoir présenter les observations qui précèdent , ce n’est pas dans la seule intention de critiquer ce qui s’est fait, mais c’est parce qu’il nous semble que si l’on veut arriver à un résultat satisfaisant, appeler spécialement l’attention sur les cultures entreprises au point de vue des reboisements, il est nécessaire d’en faire une exposition distincte, séparée, qui paraîtra bien insignifiante aux visiteurs indifférents, lesquels font le succès pécuniaire de l’Exposition, nous le voulons bien, mais qui sera appréciée par celui qui veut s’instruire, qui veut étudier les progrès réalisés, du visiteur sérieux, en un mot, auquel on doit bien un peu songer.
- Lors donc qu’il voulait s’instruire et qu’il parcourait ces massifs si variés, le sylviculteur, comme le créateur de jardins, était émerveillé de cette multitude de sujets qui s’offraient à ses regards, de cette variété, on pourrait presque dire infinie, de végétaux remarquables par leur vigueur et leur port, par la rapidité de leur croissance, par la variété de leur feuillage. Jamais, certainement, à aucune exposition, on n’avait vu une telle profusion de plantes, surtout de conifères.
- Ici encore nous nous permettrons une observation. On s’arrêtait devant ces plantes, on les admirait, mais ensuite on se demandait quelle pouvait être leur utilité; rien ne l’indiquait. Une étiquette placée devant la plante donnait son nom, puis c’était tout; c’était loin d’être suffisant.
- Il nous semble donc que, comme complément de toute exposition de cette nature, des conférences devraient être faites sur place, pour donner des indications sur chaque plante, sur son utilité, sur sa culture. Cela en vaudrait la peine et rendrait de grands services, maintenant surtout qu’on comprend l’importance que les forêts sont appelées à prendre sur tous les points du globe. Si vous ne
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- Gr. IX. pouvez avoir des conférences, ayez au moins un catalogue détaillé d~9 et raisonné.
- Ainsi les expositions de plantes forestières deviendront utiles; elles permettront de constater les progrès successivement réalisés, les résultats obtenus; mais tant qu’on n’en arrivera pas là, on se traînera dans l’ornière creusée par la routine, et l’on en sortira bien difficilement. On a compris qu’il devait en être ainsi dans les autres classes des productions humaines, pourquoi ne pas agir de même en ce qui concerne les cultures? Il y aura plus de difficulté, à cause de la multitude des produits, mais difficulté n’est pas impossibilité.
- Ceci dit, revenons à l’exposition considérée au point de vue forestier et constatons son succès.
- La France à peu près seule y avait pris part; les autres nations avaient envoyé les produits des forêts, mais non les plants des arbres qui les fournissent. Il faut toutefois en excepter la Hollande, dont un certain nombre d’horticulteurs avaient exposé des conifères choisis parmi les bonnes espèces, des collections d’arbres et d’arbustes à feuilles caduques et à feuilles persistantes, ainsi que diverses collections de chênes, de robiniers, d’érables, d’ormes. Les échantillons, assez forts, indiquaient que dans ce pays, la sylviculture est en grand honneur et que le goût des arbres s’est bien répandu depuis l’Exposition de 1867, à laquelle figuraient seulement quelques arbres fruitiers bien mal traités.
- En France, huit horticulteurs, parmi ceux dont les établissements ont acquis une réputation européenne, avaient pris part, d’une manière plus ou moins complète, aux concours ouverts pour les plants forestiers. Parmi eux, quatre sont établis aux environs de Paris; les quatre autres venaient, soit de la Champagne, soit de la Normandie, soit des bords de la Loire. On doit à la vérité de reconnaître que deux de ces derniers avaient les. collections les plus nombreuses, comme espèces et variétés. A cela, du reste, rien d’étonnant; ce n’est qu’en province, là où les terrains sont de moindre valeur, que l’on peut fonder des établissements assez étendus pour cultiver la grande quantité d’arbres et d’arbustes déjà connus et dont le nombre tend à s’accroître chaque jour.
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- GRAINES ET PLANTES D'ESSENCES FORESTIÈRES.
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- Ces établissements ont servi à faciliter les reboisements dans les Gr. ix. contrées qui les environnent, et y ont, à ce titre, rendu de grands services, tandis que ceux des environs de Paris ont concouru à faire connaître ces plantes comme plantes d’ornement, mais sans néanmoins négliger de les recommander comme végétaux propres aux reboisements.
- On n’a pu que regretter, sans en connaître le motif, l’absence des pépiniéristes de l’Orléanais, qui cependant s’adonnent depuis longtemps à la culture de plants des essences forestières les plus généralement employées.
- Sans avoir la prétention d’entrer en lutte avec ces grands établissements, l’Administration forestière, qui a créé au domaine des Barres une vaste pépinière de plants forestiers, avait exposé autour de ses chalets les conifères qu’elle emploie aux reboisements qu’elle fait effectuer. Les pépinières du bois de Boulogne, qui appartiennent à la Ville de Paris, avaient envoyé deux cents espèces ou variétés de plantes déjà connues depuis longtemps ou d’introduction relativement récente, qui pourraient être utilisées aux reboisements.
- M. Lavallée, amateur, qui continue à Segrey la création d’un arboretum de végétaux commencé par son père, avait exposé, comme échantillons de ses cultures, des saules, des chênes et des érables du Japon, plus une magnifique collection d’arbres à feuilles caduques qui croissent en Amérique et peuvent supporter les rigueurs de notre climat, sans trop souffrir.
- On voit donc, parce simple aperçu, quel intérêt offraient toutes ces richesses végétales aux sylviculteurs désireux de s’instruire.
- Malheureusement, s’il était frappé par la variété des végétaux qu’on offrait à ses regards, souvent par la beauté de leur forme, par la vigueur de leur végétation, le visiteur n’était pas instruit sur leur utilité au point de vue forestier, il était obligé de se demander si tous ces végétaux pouvaient servir à autre chose qu’à l’ornementation. Il ne pouvait espérer résoudre la question, ne sachant où se renseigner. Quelques horticulteurs consentaient bien à donner des explications lorsqu’on les leur demandait, mais cela n’était pas suffisant.
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- Or, il ne faut pas se le dissimuler, s’il est quelques grands propriétaires qui ont bien voulu et pu tenter des essais de reboisement à l’aide de nouvelles essences, ils sont rares, et ceux qui seraient disposés à faire les mêmes essais, n’ayant pas les mêmes ressources, sont presque toujours arrêtés parla crainte des insuccès. Ils ne veulent se hasarder que si on leur prouve que les essais tentés ont réussi, avec telle ou telle essence, dans telle ou telle condition clc sol, de climat, d’exposition; on ne saurait les blâmer d’agir en bons pères de famille.
- C’est qu’en effet la culture forestière ne ressemble à aucune autre culture, elle ne peut donner de produits appréciables qu’après un assez grand nombre d’années, et tout le monde ne peut attendre ces produits. La mise en culture demande souvent des dépenses considérables, une mise de fonds assez élevée. Si l’on échoue, ce n’est qu’après un certain nombre d’années que l’on peut s’en apercevoir, et l’on n’a pas toujours la volonté de recommencer, car, après un nouvel insuccès, on n’aurait plus le temps de voir les résultats de son travail ou tout au moins d’en jouir. C’est pour cela que bien plus de reboisements seraient entrepris, si l’on pouvait être renseigné sur les résultats des essais tentés, si l’on pouvait savoir ce qu’il faut faire pour réussir, connaître quelles essences employer dans des circonstances déterminées, à quel mode de culture les soumettre.
- Ici devrait, il me semble, intervenir l’action du Gouvernement, qui pourrait, ce qui lui serait facile, recueillir des renseignements complets sur tous les reboisements entrepris, non pas seulement par lui, mais encore par les particuliers. Je sais bien qu’on répondra à cela que, ces renseignements, il les possède en ce qui le concerne; que, chaque année ils sont publiés; cela est vrai, mais à un très petit nombre d’exemplaires, si petit nombre même que tous ses agents ne les connaissent pas. La nécessité de ces renseignements se fait tellement sentir que, dans un congrès forestier qui s’est tenu à propos de l’Exposition de 1878, des étrangers ont demandé qu’il fut émis un vœu pour la nomination d’une Commission internationale qui, à défaut des Gouvernements, recueillerait chez toutes les nations les documents propres à éta-
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- blir la situation de la propriété forestière, rechercherait ce qui s’est fait pour l’amélioration des forêts et établirait ce qu’il y a lieu d’exécuter. Ce serait là une institution des plus utiles. Mais, malgré le vœu émis, existera-t-elle jamais autrement qu’à l’état de projet? Ce vœu prouve que partout les déboisements entrepris sur une vaste échelle, la destruction de grands massifs de forêts, le peu de soins donnés à leur culture, sont l’objet de la préoccupation générale; que ce n’est pas seulement une question nationale, mais encore une question qui intéresse l’univers entier.
- On ne peut nier que cette question des forêts soit partout à l’ordre du jour; qu’elle préoccupe, non seulement les Gouvernements, mais encore les particuliers; qu’on reconnaît enfin le rôle immense qu’elles sont appelées à jouer dans la prospérité des nations, non seulement par leurs produits, mais peut-être plus encore par le secours quelles apportent à l’agriculture, et si ce rôle est important, c’est surtout en France, pays agricole avant tout. Un fait bien insignifiant peut-être, et qui cependant me paraît être une preuve à l’appui de ce que j’avance, c’est l’empressement de la foule des visiteurs à se porter au Pavillon des forêts, où ils venaient se rendre compte des travaux entrepris par l’Administration pour empêcher la production des torrents dans les montagnes, pour diminuer, sinon pour arrêter complètement les dévastations causées par ceux qui existent, pour reboiser les parties dénudées. Ce que l’on a exécuté est peu, sans doute, comparativement à ce qui reste pour terminer l’œuvre; mais un grand pas a été fait, et l’on ne saurait trop louer l’Administration forestière d’avoir montré les travaux entrepris par elle et d’avoir prouvé que l’on pouvait arrêter le mal et remédier à celui causé, au prix de grands sacrifices d’argent, il est vrai; mais que sont ces dépenses si on les compare à celles qui sont occasionnées par les fléaux qui viennent porter la désolation dans les campagnes, et cela à des périodes de plus en plus rapprochées, de sorte que si, comme le disait Colbert, la France était menacée de périr faute de bois, on devrait comprendre que c’est moins à cause des produits des forêts qui diminuent, que parce qu’elles ne sont plus là pour protéger les champs.
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- On doit donc reconnaître que l’Exposition de 1878 aura concouru de bien des façons à donner un nouvel essor à la question des reboisements, tant en montrant ce qui a été fait déjà, qu’en indiquant la manière d’exécuter les travaux et en permettant d’apprécier les essences, anciennes comme nouvelles, qui pourraient être utilisées pour les reboisements.
- Je sais bien que la question des essences est regardée comme très secondaire par bien des forestiers, qui rejettent comme parfaitement inutile l’emploi des nouvelles essences, trouvant que celles que nous possédons depuis un temps immémorial sont bien suffisantes, d’excellente qualité, et que celles qu’on leur adjoindrait ne pourraient leur être préférables.
- Est-ce bien ainsi que doivent raisonner des personnes amies du progrès, et leur raisonnement ne pèche-t-il pas par la base?
- Toutes les essences cultivées depuis un temps immémorial sont excellentes, je le veux bien; elles sont appropriées à notre sol, à notre climat, d’accord : mais nul ne peut nier qu’une même essence ne vient pas dans tous les sols; que, dans certaines conditions, les produits sont bien différents. Prenez le chêne et ses variétés. Ici le chêne pédonculé donne des produits de première qualité; là il est relégué au second plan, c’est le chêne sessile qui lui est préféré. Vous ne voulez pas d’introductions nouvelles, et cependant si vous aviez rejeté le Bobinia pseudo-acacia des cultures forestières, de quel revenu vous seriez-vous privés? Son bois n’a-t-il pas été reconnu comme excellent pour la carrosserie, à ce point qu’il se vend à un prix égal et quelque fois même supérieur à celui du chêne? L’exclusivisme a priori, en culture comme en toute chose, me paraît une faute. N’est-ce pas à cette idée erronée que l’on doit de voir certaines essences, comme le cèdre, dont la qualité du bois, la rusticité, la rapidité de croissance, sont bien connues, être restées, jusqu’à ces dernières années, reléguées au rang des espèces ornementales? 11 est temps, je crois, de sortir de cette routine et de rechercher si, parmi les essences d’introduction plus ou moins récente qui, dans leur pays d’origine, sont reconnues comme des arbres de premier choix, il n’en est pas une certaine quantité qui pourraient être employées aux reboisements, sinon en concurrence
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- avec les essences indigènes, au moins de concert avec elles, ou Gr.ix. même quelquefois en les remplaçant là où elles ne croissent pas, ~^ ou tout au moins là où elles végètent mal.
- En veut-on un exemple? l’Abies pectinata ne vient que dans des terrains jurassiques, un peu frais; il est certains sols où il refuse complètement de croître; remplacez-le par Y Abies Nordmanniana, qui vous donnera une végétation luxuriante et des produits de valeur égale. Donc pas de parti pris, et cherchons toujours à réaliser quelque progrès, quelque faible qu’il soit.
- Je ne suis donc pas d’avis que l’on doive de prime abord refuser l’introduction dans les forêts d’essences nouvelles. Ce n’est pas à dire pour cela que j’admette que l’on doive tenter des essais sur le simple dire des horticulteurs, ou sur la vue de végétaux cultivés dans des conditions exceptionnelles; non, en sylviculture plus qu’en toute autre culture encore, on ne doit tenter d’essai, sinon qu’avec la certitude de réussir, au moins qu’avec de grandes probabilités.
- C’est pour cela qu’on ne saurait trop louer les grands propriétaires qui, les premiers, ont bien voulu tenter ces essais, et ont beaucoup fait en offrant aux regards des preuves vivantes de réussite, et c’est là un grand point pour couper court aux hésitations et pour tenter ceux qui voudraient les imiter. Comme preuve à l’appui de ce que je viens de dire, je ne puis m’empêcher de citer un fait récent. Cette année, un horticulteur, attaché à l’un des premiers, sinon au premier établissement horticole du centre de la France, me disait qu’ayant eu l’occasion de faire voir à un de ses clients les magnifiques taillis de chêne d’Amérique produits par les abatages faits en 1870, à l’époque de la guerre, dans les collections créées au bois de Boulogne, près de la mare d’Auteuil, par M. Michaux, à l’aide de graines rapportées par lui d’Amérique, ce client avait été tellement émerveillé par la vigueur et la grosseur des rejets, auxquels ne pouvaient être comparés ceux provenant de souches de chêne pédonculé qui s’y trouvaient mêlés, qu’immédiatement il lui avait fait une commande de plus de 50,000 jeunes plants.
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- Voir et comparer est un grand point en sylviculture, comme en toute autre science ou industrie.
- Seulement en sylviculture la difficulté est plus grande que partout ailleurs. La réussite est toujours à peu près certaine, lorsqu’on a à sa disposition des sols peu fertiles, mais offrant une certaine profondeur. Les bois, par les feuilles qu’ils laissent tomber sur la terre, contribuent à son amélioration et arrivent à augmenter insensiblement l’épaisseur de la couche végétale en même temps qu’ils la fertilisent; mais que faire quand les terrains sont complètement dénudés, quand ils sont à peine recouverts d’une mince couche de terre insuffisante même pour que le gazon puisse y croître? Faut-il désespérer de voir s’y établir la moindre végétation forestière? Quand il s’agit de sables mouvants, que les vents emportent à d’assez grandes distances et qui viennent souvent recouvrir et étouffer les quelques plantes qui couvraient le sol, est-il possible d’arrêter ces dégâts? Les travaux entrepris dans les dunes par l’Administration forestière ont prouvé qu’il était possible, non seulement d’arrêter ces sables, mais encore de les fixer à l’aide de plantes à racines nombreuses et très traçantes. Il est certain qu’il existe des plantes pour tous les terrains, même les plus mauvais, même pour ceux d’où il semble que toute végétation doive être à jamais bannie; seulement il s’agit de trouver ces plantes, et c’est pour cela encore que les essais sont nécessaires. Il ne faut pas non plus vouloir faire croître immédiatement des essences précieuses, des arbres de grandes dimensions, là où ne peuvent végéter que des gazons, des sous-arbrisseaux, des arbrisseaux à peine; il faut aller progressivement.
- Commencez par le gazon, continuez par les sous-abrisseaux, puis par les arbrisseaux s’il est nécessaire; car si vous obtenez une végétation, quelque faible qu’elle soit, cette première végétation, par les détritus qu’elle fournira, améliorera successivement le sol, et donnera le moyen, après un temps qui sera plus ou moins long, peut-être très long même, d’avoir des arbres là où Ton trouvait seulement une végétation des plus chétives. Il faut agir par voie d’amélioration, de transformation et de substitution.
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- Comme je crois que les preuves à l’appui des faits mis en avant Gr. ix.
- sont utiles, je demanderai à citer encore un exemple.
- ... * Cl 89.
- Un propriétaire possédait dans le Jura une assez grande étendue de terrain où l’on avait autrefois ouvert des carrières de pierres dont les débris seuls couvraient la surface; on ne voyait partout que cailloux blanchis par le temps, il semblait qu’aucune végétation ne pourrait jamais se produire.
- Ce propriétaire, qui déplorait un tel état, eut l’idée, partout où se présentait la moindre trace de terre, de mettre des essences secondaires à racines traçantes et de planter des végétaux de toutes sortes; la plupart périrent, mais quelques-uns résistèrent. Le propriétaire combla alors les vides avec des espèces qui avaient réussi et bientôt son terrain se trouva garni à peu près complètement.
- C’était un grand point, car si ces essences ne pouvaient donner que des produits insignifiants, du moins elles couvraient le terrain ; leurs feuilles donnaient chaque année des détritus qui se déposaient dans les interstices des pierres. Dès lors il fut possible de mettre là de jeunes plants d’essences supérieures aux premières; elles purent se développer, leurs racines s’enfoncèrent et allèrent chercher à une certaine profondeur un peu de fraîcheur et de nourriture.
- En opérant ainsi, ce propriétaire finit, après une quinzaine d’années, par obtenir sur son terrain un peuplement complet en essences de peu de valeur, il est vrai ; mais peu importait, le terrain était garni.
- Il fit une première coupe, et introduisit du chêne, du hêtre, d’autres essences qui venaient bien dans la contrée, et, trente ans après qu’il avait commencé le reboisement de ces anciennes carrières, il avait un beau taillis, remplaçant l’aridité ; il obtenait un bon revenu d’un terrain auparavant complètement improductif.
- Cet exemple est bon à suivre; il prouve que, par la persévérance, par le travail et par des dépenses peu élevées, on peut arriver à de bons résultats; mais il ne faut pas vouloir aller trop vite.
- Il n’est pas douteux qu’on pourrait citer d’autres exemples ana-=
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- logues à celui-ci ; il serait très intéressant qu’ils fussent recherchés et publiés; ils seraient un puissant encouragement pour les propriétaires de terrains dénudés, sans valeur, et feraient cesser bien des hésitations. En même temps qu’ils prouveraient qu’il est possible d’arriver à rendre productifs, je n’hésite pas à dire tous les terrains, ils feraient connaître la manière d’opérer dans les diverses circonstances, afin d’assurer la réussite.
- Mais, je crois devoir le répéter, lorsqu’on veut tenter quelque essai, il est nécessaire de se rendre bien compte des exigences culturales des plantes que l’on veut employer, de rechercher les conditions dans lesquelles elles se développent dans leur pays d’origine, et de les placer, autant que possible, dans des conditions climatologiques, atmosphériques et de sols analogues.
- On peut facilement se renseigner à ce sujet en ce qui concerne les plantes indigènes, mais cela devient moins facile pour les plantes exotiques. Toutefois il n’y a pas là une difficulté insurmontable, car, lors de l’introduction, presque toujours, en donnant une description de la plante, on a indiqué le point où elle avait été trouvée, le sol, le climat, l’exposition, l’altitude, dans lesquels on l’avait vu prospérer; on a indiqué également les qualités du bois, les usages auxquels il était employé.
- U s’agit donc de recherches à faire dans les diverses publications, recherches longues, il est vrai, mais non impossibles. Elles ne devraient, du reste, porter que sur un nombre d’espèces relativement assez restreintes, car il n’est pas très considérable le nombre des espèces ou variétés qui pourraient être avec avantage employées au reboisement des forêts. Les variétés, du reste, doivent être exclues, puisqu’elles se reproduisent très rarement de graines et qu’il ne faut employer que les végétaux dont les graines peuvent servir à la reproduction naturelle. Ce n’est donc jamais qu’accidentellement et pour créer des massifs de peu d’étendue que quelques-unes de ces variétés, qui se multiplient artificiellement, pourront être utilisées.
- Comme application des principes que j’ai émis, et afin de bien établir l’état de la sylviculture en 1878, il me semble utile d’indiquer les essences que les exposants ont présentées comme pou-
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- vant servir aux reboisements, à la fixation des sables dans les Gr. ix. dunes, à celle des terres sur les pentes abruptes, et de donner quelques indications sur leur mode décroissance; ce sera un point de départ pour constater les progrès réalisés, lorsque, après une période plus ou moins longue ou bien lors d’une nouvelle exposition, on voudra se rendre compte de ce qui s’est fait.
- DESCRIPTION DES ESSENCES D’INTRODUCTION PLUS OU MOINS RÉCENTE,
- INDIQUÉES PAR LES PEPINIERISTES COMME POUVANT SERVIR AU REBOISEMENT DES FORÊTS.
- Conifères.
- Abies Nordmanniana (Spach), Sapin deNordmann. —II a été découvert, en 1848, à une assez grande altitude, sur les montagnes du Caucase; aussi est-il très rustique. Il constitue là de vastes forêts. C’est un arbre de première grandeur, qui ressemble, pour le port, à YAbies pectinata; mais il est plus vigoureux que lui, et a surtout l’avantage d’être moins difficile sur le choix du terrain, et de se transplanter facilement. Son bois est de très bonne qualité ; il donne des cônes dès l’âge de dix à quinze ans, ce qui indique qu’il produira, dans un âge peu avancé, des graines fertiles. Le fait est du reste avéré, car, depuis quelques années déjà, on en obtient dans les pépinières de M. André Leroy, à Angers.
- Abies cüicica (Carrière), Sapin de Cilicie. — D’introduction plus récente que le précédent, puisqu’il a été découvert seulement en 1853, sur le mont Taurus, où il forme de grandes forêts en mélange avec des cèdres du Liban et des genévriers ; c’est encore un arbre de première grandeur. Il a l’aspect de YAbies Nordmanniana, seulement ses branches sont moins retombantes et ses aiguilles moins larges. Il croît dans les mêmes terres que lui et avec la même vigueur, mais il est moins rustique, lorsqu’il est isolé. Comme il pousse de très bonne heure, au printemps, il arrive souvent que ses jeunes rameaux sont gelés. C’est là un inconvénient qui ne se produit pas lorsqu’il est planté au nord, ou à une assez grande hauteur, et lorsqu’il croît en massif; son bois est de bonne
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- Gr. IX. qualité. C’est donc encore un conifère qui peut avec avantage servir au reboisement.
- Cl. 89.
- Abies numidica ( deLannoy), Sapin de Numidie. — Quoique originaire de la Kabylie, où il a été découvert seulement en 18 61, comme il y croît au nord sur des montagnes assez élevées, il se montre très rustique sous le climat de Paris. On le trouve, dans son pays d’origine, vivant au milieu des cèdres de l’Atlas et des ifs, sur des roches calcaires à peine recouvertes d’une légère couche de terre. C’est donc, à ce point de vue, une essence précieuse, car il est bien peu de sapins qui consentent à végéter dans les terrains calcaires. Sa forme est pyramidale, et il s’élève jusqu’à 20 mètres. Lorsqu’il sera multiplié, il pourra donc rendre quelques services.
- Abies nobilis (Linàley}, Sapin noble. — C’est un arbre de première grandeur, introduit de l’Amérique septentrionale, en 1831. Aucun conifère n’est aussi beau et aussi vigoureux lorsqu’il est placé dans un terrain argilo-siliceux, un peu humide. Les pousses grosses, recouvertes d’une écorce grisâtre,annoncent une végétation luxuriante. Ses branches horizontales, pas très longues, lui donnent une forme conique, et permettront sans doute de le cultiver en massif très serré.
- Abies bracteata (Hook), Sapin à bractées. — C’est sinon le plus beau au moins un des plus beaux conifères de la Californie; il atteint jusqu’à 35 mètres de hauteur. Son introduction remonte à 1853. Il croît au sommet de la chaîne californienne, là où tout autre refuse de végéter; c’est dire qu’il est très rustique.
- VAbies bracteata conserve la vigueur de sa végétation, même dans les mauvais terrains ; toutefois, lorsqu’ils sont par trop maigres, il reste à l’état nain, et alors il devient une essence secondaire; on peut toutèfois lui reprocher d’entrer trop tôt en végétation au printemps, ce qui est cause que ses jeunes bourgeons sont assez souvent atteints par les gelées.
- Abies grandis (Lindley), Pin élancé. — C’est un arbre très vigou-
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- reux, originaire du Nord de la Californie, d’où il a été introduit Gr. IX.
- en France en i83i. Il se montre très rustique, est très remar-
- • . Cl, 89
- quable par ses branches étalées, bien verticiiiées; on le trouve surtout dans les vallées un peu humides; il aime les sols un peu argileux; il paraît redouter les montagnes, car jusqu’alors on ne l’y a pas rencontré.
- Abies gordoniana, Abies species de Vancouver (Hort), Sapin de Gordon, Sapin de Vancouver. — Il ressemble beaucoup à 1 ’ Abies pec-tinata comme forme et comme aspect, il paraît devoir venir dans les mêmes conditions de sol et d’exposition; ainsi en Californie, d’oii il a été introduit en France en 1861, on le trouve surtout dans les parties nord et dans les sols humides. Il acquiert les plus grandes dimensions dans son pays natal. Sous notre climat, il a l’inconvénient de pousser trop tôt, de sorte que ses jeunes bourgeons sont quelquefois détruits par les gelées printanières; d’un autre côté, il semble redouter le grand soleil. Il sera donc bon, avant de l’employer comme arbre forestier, de le mieux étudier.
- Abies pichta (Lindley), Abies sïberica (Ledebour), Sapin à la poix, Sapin de Sibérie. — On a prétendu que ce n’était peut-être qu’une forme asiatique de Y Abies pectinata, auquel, il est vrai, il ressemble assez comme feuillage et comme port ; il paraît, en outre, venir dans les mêmes conditions; cependant il a l’inconvénient de moins bien supporter notre climat, parce qu’il entre tôt en végétation au printemps; il faudrait alors le cultiver à de plus grandes altitudes que Y Abies pectinata. Il forme, dans la Sibérie, de vastes forêts, et y acquiert 20 mètres de hauteur. En acquerra-t-il autant sous notre climat? Sa faible croissance peut faire croire que non. Il a été introduit en 182 A.
- Albies cephalonica (Linck), Sapin de Céphalonie. — Il a été trouvé, en 182 A, dans la province dont il porte le nom. Ressemble un peu à Y Abies pinsapo, avec lequel on l’avait d’abord confondu, il en a la forme conique, mais il a les aiguilles moins serrées et moins raides. Il a aussi l’inconvénient de pousser trop tôt au prin-
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- Gr. ix. temps, ce qui indiquerait qu’il doit être cultivé au nord, ou sur des montagnes un peu élevées.
- Abies reginœ Ameliœ, Sapin delà reine Amélie. — On a prétendu qu’il n’était autre chose que le précédent et peut-être une variété locale de Y Abies pinsapo, mais deux circonstances doivent le faire considérer comme une espèce distincte: la première, c’est qu’il ne croît pas dans les mêmes localités que Y Abies cephalonica; qu’il a été découvert beaucoup plus tard, après i85o, dans les environs de Tripolitza, en Grèce, où il forme, sur les montagnes, des forêts assez vastes; la seconde, c’est que, seul parmi les sapins, il a la propriété, lorsqu’il a été coupé au-dessus d’un verticille, à une certaine distance du sol, de donner, au point oii la section a été faite, plusieurs rejets verticaux. C’est cette propriété spéciale qui l’a fait remarquer et qui a amené sa découverte.
- Abies pinsapo (Boissier), Sapin pinsapo. — 11 croît en Espagne sur les sommets de la Sierra Nevada; aussi est-il très rustique. Son introduction date de 18.89.
- Il ne paraît pas devoir acquérir plus d’une vingtaine de mètres de hauteur sous notre climat, encore difficilement. Comme il se couvre, dès la base, de nombreux verticilles de branches, il offre un tronc très noueux ; ces nœuds veinent agréablement son bois, qui est un peu blanc. Placé dans un terrain qui lui convient, assez léger, mais frais, il croît avec vigueur. Il a l’avantage, comme Y Abies cephalonica, de donner d’assez bonne heure des graines fertiles, dès l’âge de quinze à vingt ans, ce qui aide à sa reproduction.
- Peut-être devrais-je arrêter là la nomenclature des Abies qui, choisis parmi ceux, bien plus nombreux, qui étaient exposés par les horticulteurs,paraissent pouvoir être réellement employés aux reboisements.
- Toutefois il convient de citer encore Y Abies balsamea (Miller), Sapin baumier, introduit de l’Amérique septentrionale en 1696.
- Il végète fort mal, il est vrai, sous le climat de Paris; mais il n’en est pas de même dans d’autres parties de la France, et l’Admi-
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- nistration forestière l’a employé, avec quelque succès, aux reboisements, clans le département de l’Aude, à 760mètres d’altitude, suf un sol schisteux. Du reste, au Canada,il constitue d’immenses forêts dont la silhouette se dessine à l’horizon sous la forme de gros nuages noirs. Il est peu délicat et donne de beaux arbres de i5 à 20 mètres de hauteur. Son bois serait d’aussi bonne qualité que celui de YAbies pectinata. Son tronc et ses branches se couvrent de tumeurs nombreuses, d’où l’on extrait une résine que l’on nomme baume du Canada ou de Giléad, bien qu’il diffère du vrai baume de Giléad, qui est le produit d’une autre plante.
- Les Abies en général aiment une terre plutôt argileuse que siliceuse , mais surtout un peu fraîche. Ils redoutent les sables calcaires ou sablonneux : l’exposition qu’ils préfèrent est celle du nord. Ils supportent assez bien, surtout dans leur jeune âge, le couvert des autres arbres.
- Dans le genre Epicéa, qui diffère du genre Sapin en ce que dans celui-ci les cônes sont dressés et les feuilles planes, tandis que dans celui-là les cônes sont pendants et les feuilles tétragones, il n’y aurait à citer que YAbies morinda.
- Abies morinda (Linck), Abies Smithiana (Lamb), Abies kutrow ( Koyle ), Sapin morinda. — Il habile l’Himalaya, d’où il a été introduit en 1818. C’est un très bel arbre, à branches pendantes, ce qui lui donne une forme pyramidale conique : ses aiguilles sont bien plus longues que celles de Yepicea, avec lequel il a beaucoup de rapports. 11 peut acquérir plus de 20 mètres de hauteur; son bois paraît inférieur, comme qualité, à celui de Yepicea; il est plus blanc, moins bien veiné. Il vient à peu près dans tous les terrains, pourvu qu’ils ne soient pas trop humides; il a besoin d’être abrité par d’autres arbres, car il paraît devoir redouter les hivers un peu rigoureux. Il porte graines dès l’âge de vingt à vingt-cinq ans, toutefois à cet âge elles sont rarement fertiles.
- Gr. IX. Cl. 89.
- Abies (tsuga). — Les arbres qui constituent le genre Tsuga diffèrent des abies proprement dits en ce qu’ils ont les cônes pen-
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- Gr. ix. dants comme les épicéas, et de ceux-ci parce que les feuilles sont aplaties, c’est donc un genre qui tient le milieu entre eux.
- On cite seulement deux espèces comme pouvant être employées au reboisement, ce sont les suivantes :
- Abies (tsuga) canadensis (Michx), Sapin du Canada, connu sous le nom d’llemlock spruce. — Il habite les parties froides de l’Amérique boréale, d’oii il a été introduit en 1^36; il forme à lui seul presque la moitié des forêts américaines et canadiennes. Dans les parties montagneuses, il constitue des masses compactes et une voûte que les rayons du soleil ne traversent qu’avec peine; sa tige atteint facilement, dans les ravins humides, une hauteur de 5o mètres et une circonférence, à la base, de 809 mètres; mais sous notre climat, il sera sans doute bien moins élevé. Il a besoin, pour bien croître, d’un terrain frais et léger; il ne redoute pas l’ombrage des autres arbres dans sa jeunesse; ce n’est qu’à ce titre qu’il pourrait rendre quelques services. Toutefois, après le chêne, c’est lui qui fournit la meilleure écorce pour le tannage des cuirs. Son bois est de médiocre qualité. Il donne de bonne heure, vers vingt ou vingt-cinq ans, des graines qui, presque'chaque année, sont assez abondantes, mais peu fertiles.
- Abies (pseudotsuga) Douglasi (Lindley), Sapin de Douglas. — C’est un grand arbre de l’Amérique septentrionale. Son introduction remonte à 1827. Cultivé en massif, il pousse très droit et avec vigueur; sa croissance est égale à celle de Xépicéa, avec lequel il peut lutter; il vient dans les mêmes terrains, et son bois est de bonne qualité. Il se couvre, dès l’âge de quinze à vingt ans, d’une grande quantité de cônes chaque année; seulement les graines ne sont fertiles que beaucoup plus tard. Il acquiert en Amérique jusqu’à 100 mètres de hauteur et y est employé à la mâture. Il peut vivre plusieurs siècles, ainsi que l’indiquait l’immense rondelle qui se trouvait à l’exposition des bois du Canada, laquelle avait 2m,35 de diamètre moyen et provenait d’un arbre âgé de 566 ans. On pouvait, sur cette rondelle, reconnaître combien sa croissance est régulière. Comme il est très rustique, il y aurait donc intérêt à le comprendre parmi les arbres forestiers.
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- On ne peut que s’étonner de ne rencontrer que très rarement Gr. ix. dans les forêts les cèdres qui, bien qu’introduits depuis deux cents ans dans les cultures, bien qu’on les reconnaisse comme des arbres très vigoureux, très rustiques, donnant un bois d’excellente qualité, ne sont, pour ainsi dire, cultivés encore que comme arbres d’ornement.
- Il serait temps, enfin, maintenant que l’on peut se procurer facilement des graines fertiles, de leur faire occuper le rang qu’ils méritent, surtout le Cedrus Libani.
- Cedrus Libani (Barr.), Cèdre du Liban. — Il croît en Syrie, sur la montagne qui lui a donné son nom, et a été introduit dès 1683. Quoique pendant longtemps on ait cru qu’il n’existait que là, il est maintenant certain qu’il se trouve dans d’autres contrées de l’Asie Mineure.
- 11 est connu depuis un temps immémorial et était regardé comme le géant des forêts avant la découverte du Wellingtonia gi-gantea. Il pouvait mériter ce nom, car on en a trouvé qui, ayant 12 mètres de circonférence, offraient une cime couvrant une étendue de 36 mètres de diamètre.
- D’une croissance un peu lente, pendant les premières années, il pousse rapidement lorsqu’il a pris son essor, c’est-à-dire après une dizaine d’années.
- Cedrus atlantica (Manetti), Cèdre de l’Atlas. — On a prétendu pendant longtemps qu’il n’était qu’une variété du cèdre du Liban, à feuilles argentées, d’où son nom de Cedrus argentea; mais comme on trouve les deux espèces croissant ensemble en Afrique, comme d’ailleurs ils diffèrent non seulement par le feuillage, mais encore par la forme des cônes, comme en outre ils se reproduisent très bien tous deux par le semis, on ne peut plus révoquer en doute qu’ils forment deux espèces distinctes.
- Le cèdre de l’Atlas, dont l’introduction remonte seulement à 18A2, a été trouvé en Afrique sur le mont Atlas, où il forme de grands massifs de forêts.
- Sa croissance est un peu plus rapide que celle du Cèdre du
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- Gr. IX. Liban; sa tige s’élance dès les premières années, bien droite et gg bien vigoureuse; la qualité de son bois est peut-être un peu supérieure.
- Quoi qu’il en soit, ces deux espèces méritent d’être bien plus cultivées qu’elles ne le sont, et l’exemple donné par l’Administration forestière, qui l’emploie dans ses reboisements sur les montagnes, ne pourra qu’être très utile. Il faut espérer qu’il sera suivi, et que bientôt on verra les cèdres aussi répandus que les épicéas, car leur culture n’est pas plus difficile et ils poussent beaucoup plus vite.
- Ces deux espèces, ayant un fort pivot et de nombreuses racines traçantes, ont besoin d’une terre légère, substantielle et profonde; un peu de fraîcheur ne leur nuit pas. Elles ne viennent ni dans les terres qui sont trop compactes, ni dans celles qui sont marécageuses. Pour croître dans de bonnes conditions, elles ont besoin de beaucoup d’air et de lumière.
- Dans les temps anciens, le bois du cèdre était regardé comme ayant une très grande force, étant d’une durée indéfinie et incorruptible. Ce jugement n’a pas été ratifié par les modernes. On a reconnu que le bois était léger, pas très dur, d’un grain un peu lâche, assez odorant, ce qui l’empêche d’être attaqué par les insectes, etle rend propre à faire des coffrets pour mettre les étoffes. Ce bois d’une teinte roussâtre d’abord, prend, en vieillissant, une teinte rougeâtre ou jaunâtre, est veiné et moiré de rouge. Loin d’être d’une durée indéfinie, il se décompose assez vite lorsqu’il est soumis aux variations atmosphériques; néanmoins, il peut être utilisé dans les constructions, mais il est surtout employé pour la menuiserie et pour l’industrie. La résine que l’on extrait des vésicules, qui parfois garnissent le corps de l’arbre, est vendue sous le nom de gomme de cedrela.
- A ces deux espèces, il convient d’ajouter le Cedrus deodara (London), Cèdre déodar, qui forme de grands massifs sur le mont Himalaya, d’où il a été introduit en 1822. Sa vigueur est au moins égale, sinon supérieure, à celle des deux espèces précédentes. Dans quelques circonstances, il s’est montré plus rustique. Du reste, il vient dans les mêmes sols, et son bois a les mêmes qualités.
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- Ces trois espèces auront besoin d’être cultivées en massif un peu serré, afin de s’abriter mutuellement, car il faut reconnaître que, bien que très rustiques, elles redoutent un peu les grands froids, lorsqu’ils se produisent au commencent de l’automne.
- Les jeunes plants se montrant délicats pendant les premières années, on pourra retarder un peu les coupes définitives, lorsqu’on le traitera en futaie.
- Bien que le mélèze d’Europe (Larix europœa, D. C.) doive être regardé comme indigène, cependant il est loin d’elre répandu autant qu’il mériterait de l’être; aussi n’est-il pas inutile d’en dire ici quelques mots, afin d’appeler sur lui l’attention, car s’il n’est pas plus employé, cela tient certainement à ce que les mécomptes fréquents, dus à ce que le mode de culture qui doit lui être appliqué n’est pas suffisamment connu, ont empêché de le cultiver autant qu’il y aurait intérêt à le faire.
- Le mélèze demande un climat froid et une exposition ouverte, une atmosphère froide et sèche; il aime surtout l’exposition du nord. Il lui faut un terrain divisé, frais et profond, afin de pouvoir enfoncer ses racines, qui sont surtout pivotantes. Il redoute les pays chauds à tel point qu’on a vu de jeunes mélèzes très vigoureux, frappés par le soleil, perdre l’extrémité de leurs jeunes rameaux et souffrir beaucoup, la chaleur produisant sur eux l’effet que le froid produit sur d’autres végétaux.
- Cet arhre n’aime ni les sols argileux compacts et humides, ni les sables purs, ni les terres trop légères.
- Dans un terrain qui lui convient et sous un climat favorable, comme dans le Nord ou sur des montagnes assez élevées, le mélèze acquiert les plus grandes dimensions. Son tronc, lorsqu’il croît en massif suffisamment serré, est toujours parfaitement droit, presque cylindrique; aussi est-il très recherché pour faire des perches à houblon. Son bois est d’un grain fin, serré, d’une belle couleur rougeâtre. Il peut se conserver longtemps à l’air, même dans les lieux humides. C’est un arbre très forestier précieux pour les constructions civiles et navales; plus léger et aussi résistant que le pin laricio, il est plus propre à la mâture; il donne de bon merrain, on
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- Gr. IX. en extrait une térébenthine dite de Briançon ou de Venise; enfin son Cl 89 ^corce esL ^ans certains pays, employée au tannage des cuirs.
- Il est donc peu d’arbres qui donnent autant de produits que lui.
- Il peut former des massifs à lui seul; mais il croît aussi très bien en mélange avec l’épicéa, le pin silvestre et le pin Cembro; seulement, comme il pousse plus rapidement que ces espèces, il a l’inconvénient d’étouffer celles qui se trouvent sous son ombrage.
- Le mélèze a un autre inconvénient, c’est de donner peu de graines fertiles; le maximum est de 5o p. o/o, et l’on ne doit compter que rarement sur plus de ào p. o/o.
- Il convient de citer, comme pouvant être utilisée pour plantations forestières, l’espèce de mélèze ci-après : Lanx microcarpa (Forbes), Mélèze à petits fruits, originaire du Canada et connu depuis 1760. Il est très rustique et acquiert, dans son pays d’origine, les plus grandes dimensions; sous notre climat, il paraît ne devoir pas dépasser une vingtaine de mètres de hauteur; son bois est supérieur à celui du mélèze d’Europe, et tellement pesant qu’il enfonce dans l’eau. En Amérique, on l’emploie spécialement pour la marine.
- Je ne parlerai que pour mémoire du Larix Grijjîthii (Hook), Mélèze de Griffith, découvert, vers i85o, dans les montagnes de l’Himalaya, où il croît dans les terrains secs, couverts de rochers. Outre que son bois est de qualité inférieure à celui des deux espèces précédentes, il supporte mal nos hivers.
- Les espèces du genre Pin, qui, jusqu’à ces derniers temps, et même on peut dire jusqu’à nos jours, forment en Europe des massifs de forêts plus ou moins étendus, se réduisent à un petit nombre. Ce sont : le Pin sylvestre, le Pin laricio, le Pin maritime, le Pin pignon, le Pin Weymouth, le Pin cembro, le Pin à crochet, le Pin d’Auvergne, le Pin d’Alep, le Pin d’Autriche.
- Le plus répandu de tous est certainement le Pin sylvestre et un grand nombre de ses variétés dues principalement à Fhabitat. C’est un arbre des pays septentrionaux; c’est là qu’il acquiert ses plus grandes dimensions, et que, sous le nom de Pin de Riga,) il
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- donne lieu à un grand commerce d’importation en France pour Gr. IX. la marine. Le Pin de Haguenau, qui croît dans les plaines de C1~g l’Alsace, aux environs de la ville dont il porte le nom, se rapproche beaucoup du pin de Riga; puis, à mesure qu’on descend vers le sud, cet arbre prend des dimensions de moins en moins fortes et Finit par n’être plus qu’un pin rabougri.
- Le dernier mot, au point de vue botanique,.ne paraît pas être dit sur cette espèce. Est-ce la même qui est cultivée sous des noms différents suivant les localités et dont non seulement la croissance, mais encore la contexture et la qualité du bois sont modifiées par les conditions dans lesquelles sa végétation se produit? C’est ce qui n’est pas jusqu’alors bien démontré. Il faudrait, pour arriver à une solution, faire des études comparatives dans la même localité, et s’assurer, par des semis successifs, que c’est bien toujours le même arbre qui se reproduit; que les graines de pin de Riga, recueillies dans le pays d’origine, donneront successivement des arbres de mêmes dimensions et qualités, et non pas des arbres qui iront en diminuant de valeur, à chaque semis fait avec des graines récoltées dans les pays d’introduction, sur des arbres qu’on y a élevés.
- Quoi qu’il en soit, partout les pins sylvestres rendent les plus grands services, au moins comme espèce de transition, venant dans tous les terrains, même dans ceux qui sont calcaires et très sablonneux. Ils sont très rustiques et ne craignent pas la chaleur; aussi sont-ils bons pour semer en mélange avec les épicéas, les pins laricio, les chênes, les hêtres, les bouleaux qu’ils abritent dans leur jeune âge. Dans le Nord, ils donnent des mâts, de la charpente; ils sont, dans le centre de la France, excellents pour faire des perches de mine et à houblon. Depuis une vingtaine d’années, on récolte, au premier printemps, ses jeunes bourgeons, qu’on emploie dans la pharmacie, et cette récolte, qui peut produire jusqu’à 2,000 kilogrammes à l’hectare, vendus à raison de 1 franc le kilogramme, devient l’objet d’un commerce assez important et lucratif, puisque les frais de récolte ne dépassent pas 3 0 centimes par kilogramme, ce qui laisse un bénéfice de 70 centimes.
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- Les espèces ou variétés les plus répandues sont : le Pin de Riga, le Pin de Haguenau, le Pin d’Ecosse, le Pin de Genève, le Pin à crochet, le Pin d’Auvergne.
- En dehors des espèces et variétés du genre sylvestre qui viennent d’être citées, les pépiniéristes n’en indiquent aucune autre à leur joindre.
- Parmi les Pins laricio, qui se montrent-plus difficiles que les précédents sur le choix du terrain, puisque, pour Lien croître ils ont besoin d’une terre légère, profonde et substantielle, et qu’ils ne peuvent végéter dans les sols purement siliceux, il convient de recommander d’une manière toute spéciale le Pinus laricio calabrica, Pin laricio de Calabre, qui est loin d’être cultivé comme il le mériterait, bien qu’il soit introduit dans les cultures depuis iBkj. 11 est plus vigoureux que le Pinus laricio de Corse, s’élance sans développer beaucoup de branches latérales, ce qui permet de le cultiver en massif très serré. C’est un arbre de première grandeur, et qui mérite au moins d’être cultivé concurremment avec le pin laricio, si même, dans certains cas, il ne doit pas lui être préféré.
- Le Pin d’Autriche (Pinus nigra, Pinus austriaca, Hort. ), introduit en 1834, commence à se répandre, mais pas dans d’aussi grandes proportions qu’il le devrait s’il était mieux connu; aussi est-il appelé à être plus tard employé davantage au reboisement.
- Il se contente de toute espèce de sol, pourvu qu’il ne soit pas humide; il est de tous les conifères celui qui vient le mieux dans les terrains calcaires; son bois est préférable à celui de tous les autres pins pour le chauffage et pour les constructions. Il peut fournir de la résine en abondance, et se montre très rustique; il a cependant un inconvénient, c’est d’avoir le tronc garni de verticilles de grosses branches très rapprochées, de sorte que son bois noueux est difficile à travailler.
- On ne peut citer que pour mémoire le Pinus Massoniana (Sie-boldt et Zaccarini), Pin de Masson, originaire du Japon, introduit en 1802, appartenant au genre Sylvestre; le Pinus Pallasiana
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- (London), Pin de Pallas, introduit des montagnes calcaires de Gr. ix. la Tauride, vers 1790 ; le Pinus pyrenaica (Lapeyrouse), Pin des ~'
- Pyrénées, qui croît dans quelques parties du midi de la France et dans les Pyrénées espagnoles. Jusqu’alors ces espèces ou ces variétés, comme tant d’autres que j’omets à dessein, ne sont pas suffisamment étudiées.
- Les Pins suivants, qui renferment trois feuilles à la gaine, comprennent un certain nombre d’espèces qui ne sont pas très rustiques, et qui ont besoin d’un climat plus clément que celui de la région tempérée de la France pour croître avec vigueur; aussi sont-ils peu connus, bien que ce soient des arbres vigoureux et pouvant donner de bons produits.
- Pinus australis (Michaux). — Il est désigné aussi par quelques auteurs sous le nom de Pinus paluslris, Pin austral des marais, qui peuple les dunes voisines de la mer dans la Virginie et la Floride, d’où il a été introduit en 1780. Ses branches ont l’inconvénient de se dénuder.
- Pinus canariensis (Smith), Pin des Canaries. — Bien qu’il croisse jusqu’à 9,000 mètres de hauteur dans son pays, il gèle sous le climat de Paris et ne pourrait être utilisé que dans le Midi. 11 a été introduit des Canaries en 1815.
- Pmus insignis (Dougl.), Pin remarquable. — Il a été introduit de Californie en 1833. Sa vigueur et la rapidité de sa croissance, ajoutées à la propriété qu’il a de croître au bord de la mer, en font un arbre précieux pour les contrées maritimes du sud de la France, car il gèle souvent sous le climat de Paris.
- D’autres de la même tribu sont très rustiques, et leur culture pourrait offrir quelque avantage dans les forêts.
- Je citerai seulement les suivants :
- Pinus Bcnthaminnn (Hartw), Coulteri ou macrocarpa (Lindley), Jejfrayann (Hort.), Ponderosa (Dougl.), Snbiniana (Dougl.) et tuber-culata ( Don).
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- Toutes ces espèces, à l’exception du Pinus ponderosa, qui, en 1826 , a été importé de l’Amérique septentrionale, sont originaires de la Californie d’où elles ont été introduites, le Pinus Ben-thamiana en 184q, le Pinus Coulteri en i832, le Pinus Jejfrayana en i854, le Pinus Sabiniana en 1823, et le Pinus tuberculata, en 1846.
- Toutes ces espèces sont très remarquables par leur vigueur et par la qualité de leur bois. Elles pourraient donc fournir de bons arbres forestiers, d’autant plus quelles sont peu difficiles sur la qualité du terrain.
- Je 11e dois pas oublier le Pinus excelsa (Wallich), Pinus strobus excelsa (Lond.), Pinus strobus pendula (Hort. ), Pin élevé.
- Ce conifère, ayant cinq feuilles à la gaine, a été introduit en 1823, de la chaîne sud-ouest de l’Himalaya, où on le trouve jusqu’à 3,5oo mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Le Pinus excelsa est très rustique, et croît bien plus rapidement que le Pinus strobus, avec lequel il a, bien à tort, été confondu. 11 vient dans les mêmes sols, et se montre moins difficile que lui sous le rapport de la culture. Cet arbre, qui, dans l’Inde, reçoit le nom de Roi des pins, offre un port majestueux, d’un charmant aspect à cause de ses longues aiguilles retombantes, ce qui lui donne l’apparence d’un arbre pleureur. Son bois est d’excellente qualité. Il donne, dès l’âge de quinze ans, des graines abondantes et fertiles.
- Les genres Cupressus, Juniperus, Taxus, Biota, Thuya, présentent beaucoup de plantes très intéressantes, mais qui ne paraissent croître qu’avec la plus grande lenteur, et ne devoir être que des arbres de deuxième grandeur sous notre climat, de sorte qu’on ne pourrait les employer que dans les pentes, pour retenir les terres, et comme essences de transition; cela est regrettable, car les Juniperus, et notamment le Juniperus Virg'imana, donnent un bois odorant, d’une couleur rouge lie de vin, très poli et très bien veiné; il peut acquérir jusqu’à 20 mètres de hauteur et près d’un mètre de circonférence.
- Parmi les Cyprès, il conviendrait de citer le Cupressus horizon-
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- talis (Miller), Cyprès horizontal, arbre magnifique pouvant vivre Gr. IX. plusieurs centaines d’années, connu depuis un temps immémorial cl~g et qui a peut-être couvert une partie du versant sud de la colline sur laquelle est construite la ville de Montpellier. Il s’agirait donc de lui faire reprendre la place qu’il occupait jadis parmi les arbres forestiers.
- Puis le Cupressus Lawsoniana (Mur) ou Chamœcyparis Boursierii (Decaisne), Cyprès de Lawson, qui, en dix ans, peut acquérir 5 à 6 mètres de hauteur; seulement il a une tendance à se garnir d’une trop grande quantité de branches. Il habite les vallées humides des montagnes du nord de la Californie, d’où il a été introduit vers 1856 ; il porte graines de très bonne heure et, à ce point de vue, est d’une reproduction facile.
- Tous les Cyprès aiment les terrains légers et chauds, aussi sont-ils des arbres des contrées méridionales. Là on pourra cultiver : le Cupressus funebris (Lindley), Cyprès funèbre, cité comme un des plus beaux arbres delà Chine, d’où il aurait été introduit en 1808; le Cupressus Lambertiana (Carrière), Cyprès de Lambert, arbre très vigoureux des montagnes de la Californie, où il a été découvert en 1838.
- La qualité et la dureté de leur bois, ainsi que sa longue durée , doivent engager à cultiver les Cyprès comme arbres forestiers.
- Je ne dois pas omettre de parler du Callitris quadrivalvis (Vem-tavon) ou Thuya articulata (Vatel), Callitris à quatre valves ou Thuya articulé, qui déjà, depuis un certain nombre d’années, est l’objet d’un commerce assez important avec l’Afrique, où il habite les collines de la Barbarie. Grâce à l’incorruptibilité de son bois, il est très utilisé dans la charpente. Le bois du tronc et celui des racines, d’une coloration presque rouge, très bien veiné, est très employé comme placage pour la fabrication des meubles de luxe; il a, en outre, l’avantage de très bien repousser de souche et d’être peu difficile sur la qualité du sol.
- C’est donc un arbre très précieux, mais il ne pourra croître que dans le Midi.
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- Gr. IX. Les Biota n’étant que des arbres à peine de seconde gran-deur, je n’en parlerai pas comme arbres forestiers proprement
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- dits.
- Il n’en sera pas de même des Thuya. Indépendamment du type bien connu, le Thuya occidentalis, il est deux espèces qui doivent attirer l’attention des forestiers. Ce sont les Thuya giganlca et Loblni, mais celui de cette famille qu’il convient de placer en première ligne est le Thuya gigantea, que je décrirai après le plus connu.
- Thuya occidentalts (Linné), Thuya d’Occident, Thuya du Canada, appelé quelquefois arbre de vie, cèdre blanc. — Il habile l’Amérique boréale, et surtout le Canada, et a été introduit dans les cultures dès 1066. 11 est très rustique. Cet arbre forme une pyramide droite très compacte. Il constitue le fond de toutes les forêts du pays où il croît à l’état spontané; il s’élève jusqu’à 20 ou 26 mètres de hauteur, et son tronc atteint jusqu’à 76 centimètres de diamètre et même plus. Son bois est dur et veiné, sa croissance est assez rapide, il vient bien dans les terrains argilo-siliceux et même siliceux, mais un peu frais. Comme les radicelles qui constituent sa racine sont très nombreuses, il peut être utilisé dans les terrains en pente.
- Thuya gigantea (jNuttai), Libocedrus dccurrens (Lindley), Thuya géant. — Il est originaire de la Californie et a été introduit en 185h. 11 a immédiatement conquis tous les suffrages, par son port et surtout par la rapidité de sa croissance; il atteint, s’il ne dépasse, ho mètres de hauteur; son bois, comme celui des Thuya auxquels on a donné le nom d'arbre de vie, est d’excellente qualité. Sa culture est facile, puisqu’il vient dans les terrains légers et secs. Il porte graines dès l’àge de quinze ans, et celles-ci sont fertiles. Cependant je dois citer ce fait, c’est qu’après cet âge souvent ces arbres sont pendant un certain nombre d’années sans produire de graines. Dans tous les cas, peu de conifères de récente introduction méritent plus que celui-là d’être classés parmi les arbres forestiers.
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- Si elle a moins d’apparence, la troisième espèce dont j’ai à Gr. îx. parler doit cependant lui être comparée comme qualité de bois, c’est le Thuya Menziesii (Dougl.), Thuya de Menziés, ou Thuya Lobbii des horticulteurs, Thuya de Lobb. 11 est à tort considéré comme une variété du précédent. Ce serait plutôt une forme du Thuya occidentalis. Il ne le cède en rien au Thuya giganlea sous le rapport de la vigueur et de la rapidité de croissance. Il s’élance très droit avec une grande rapidité et a bientôt atteint 20 mètres de hauteur. Il a été introduit de graines rapportées de Californie en i85a. Il fructifie aussi dès son jeune âge: il vient dans les mêmes terrains que le Thuyagigantea, légers et frais, plutôt calcaires qu’argileux.
- Un arbre qui est loin d’être aussi répandu qu’il mérite de l’être et qui occupera une place importante dans les forêts lorsqu’il sera mieux étudié, mieux connu, est le Séquoia sempervirens (Lindley), Séquoia toujours vert. Il en est peu qui s’élancent plus droit, avec une plus grande rapidité pour atteindre jusqu’à fio mètres de hauteur. Il a, de plus, l’avantage de venir dans les terrains frais. Comme il repousse très bien de souche lorsqu’on le coupe un peu au-dessus du sol, il pourrait rendre de grands services traité en taillis. Il a un inconvénient, c’est de souffrir des gelées et de ne supporter que difficilement 8 à î o degrés de froid, s’il n’est dans un lieu un peu abrité. Son écorce, qui a quelquefois plus de î o centimètres d’épaisseur, est fibreuse et ressemble à de l’étoupe; peut-être pourra-t-on arriver à l’utiliser. Bien que découvert dès 1796 dans l’Amérique du Nord-Ouest et en Californie, puis retrouvé en 1 836, sdn introduction ne remonte cependant qu’à 18A0.
- Le Taxodium disticum (Lin.), Taxodier distique, est encore un de ces arbres que l’on a trop relégués parmi les arbres d’agrément. Il n’en est peut-être pas qui viennent aussi bien, non seulement dans les lieux frais, mais même humides et marécageux. Ses racines, qui s’étendent au loin, vivent dans l’eau. C’est donc un arbre précieux sous ce rapport. Les nodosités qui se forment sur ces ra-
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- cines, et s’élèvent quelquefois à 5o ou 6o et meme 8o centimètres, peuvent servir d’appui aux terres sur les pentes des berges des fleuves.
- Si l’on ajoute à cela qu’il croît très rapidement, on reconnaîtra que c’est un arbre qui mérite d’être compris parmi les arbres forestiers.
- Que dire de l’arbre regardé comme le géant de la végétation, au moins dans le pays où il a été découvert vers 18 3 3, dans la Californie, du Wellingtonia gigantea (Lindley), Wellingtonia ou Séquoia gigantesque, qui n’ait déjà été répété bien des fois et qui ne soit connu de tout le monde. C’est un arbre magnifique, mais qui peut-être n’acquerra pas sous notre climat les mêmes dimensions que dans sa patrie. Néanmoins on ne peut lui contester une vigueur extraordinaire. Lorsqu’il est cultivé à l’état serré, il s’élance, se dégarnit de branches, forme un arbre bien droit, qui indique que, traité en futaie, nul ne pourra lutter avec lui pour la vigueur. La longévité de cet arbre, qui pourrait atteindre jusqu’à 3,ooo ans, fait comprendre qu’il acquière les dimensions extraordinaires qu’indiquent les voyageurs, îoo mètres de hauteur et 3o mètres de circonférence.
- Les terres que préfère cet arbre sont les terres siliceuses et fraîches, peu argileuses et non calcaires.
- Son bois, d’un grain fin, serré, est susceptible de prendre un beau poli; en outre, il se conserve très longtemps. Le seul obstacle à son introduction dans les forêts est que, jusqu’alors, on est obligé de faire venir ses graines de Californie, de sorte qu’elles sont d’un prix très élevé, mais il y a lieu d’espérer, que, comme il fructifie dès son jeune âge, il donnera de bonne heure des graines fertiles.
- Outre les espèces de conifères que je viens de citer, les lots des horticulteurs exposants en contenaient bien d’autres qui, suivant eux, pouvaient servir aux reboisements et être introduites parmi les essences forestières; mais comme leurs dires n’étaient appuyés que sur de vagues probabilités, je crois devoir me borner là. Peut-
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- être cependant ponrrait-on citer encore le Gincko biloba (Linné), Gr. IX. Gincko bilobé, vulgairement appelé arbre aux quarante écus, prix auquel il fut d’abord vendu. C1‘ 89’
- C’est un arbre de première grandeur, très rustique, très vigoureux, dont le bois est blanc et paraît se rapprocher de celui des érables; peu difficile sur la nature du sol, pourvu qu’il soit profond, il préfère cependant les terres légères et fraîches. II. a l’inconvénient d’être monoïque, de sorte que, pour avoir des graines fertiles, il faut greffer des branches de l’arbre femelle sur l’arbre mâle et réciproquement. Cet arbre est très estimé en Chine et au Japon, d’où il a été introduit en 175 A.
- L’Administration forestière l’a employé aux reboisements effectués par ses soins dans le département de l’Aude, où il a réussi sur des schistes ; on lui reproche seulement une croissance assez lente. Cependant j’ai constaté qu’il poussait avec vigueur dans les sols argilo-siliceux un peu frais.
- Des essais ont été faits également avec le Cryptomeria du Japon ; il est donc utile d’en dire quelques mots.
- Cryptomeria Japonica (Don), Cryptomeria du Japon. — C’est un arbre qui atteint ko mètres et plus de hauteur et 2 mètres de diamètre au Japon et en Chine, d’où il est originaire. Il a été introduit en 18/12 et se montre très rustique.
- Au Japon, il constitue, dans la partie méridionale, à une altitude de 200 à A00 mètres, de vastes forêts d’arbres splendides.
- Il se plaît dans tous les terrains, au fond des vallées comme au sommet des montagnes. Au dire des voyageurs, il ressemble à de petits Wellingtonia. Comment se fait-il donc que, jusqu’alors en Europe, cet arbre soit si peu apprécié? C’est sans aucun doute parce qu’il a presque toujours été placé dans des conditions défavorables à sa croissance, car on cite quelques exemplaires remarquables sur des points différents de la France. Nul doute que, quand il aura été mieux étudié, il ne soit plus employé; il semble préférer des terres argilo-siliceuses et fraîches à toutes autres, et une position aérée, sur les montagnes plutôt que dans les vallées; peut-être lui faut-il un climat un peu chaud.
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- Cela dit, je passe aux arbres à feuilles caduques.
- Parmi eux, ceux du genre Chêne méritent le plus d’attirer l’attention des forestiers.
- Je commencerai par ceux provenant de l’Amérique du Nord, qui, à plus d’un titre, sont les plus intéressants.
- Ces chênes, bien qu’introduits en Europe depuis près de deux siècles, de l’Amérique du Nord, sont cependant restés presque ignorés jusque vers 1820, époque à laquelle Michaux les fit surtout connaître. Ils sont au nombre d’une vingtaine; mais, parmi eux, il y a un choix à faire, et tout d’abord il convient d’écarter, comme ne pouvant être utilement cultivées, les espèces qui n’acquièrent que de faibles dimensions, qui ne donnent que rarement des graines fertiles ou dont la croissance est très lente, telles sont les Qucrcus alla, Banisteri, discolor ou btcolor, imbricarm, Catcsbœi, macrocarpa, nigra ou ferruginca, obtusdoba, Phellos et prinns.
- Quant aux autres, savoir: les Quercus rubra et variétés, coccinea, linctoria, paluslris, falcota, lyrata, ils prennent tous de grandes dimensions et donnent de bons produits. Ce n’est pas à dire qu’ils puissent être comparés, comme qualité, à nos chênes français Quercus pedunculata, sessilijlora, Cerris, Tauzn; sans doute leur bois est moins propre à l’industrie parce que leurs fibres sont trop longues, que le bois renferme rarement des nuances et des mailles; mais ils sont excellents comme bois de charpente. Ce qui les distingue surtout, c’est la rapidité de leur croissance, qui est d’un tiers au moins supérieure à celle de nos espèces indigènes.
- En outre, quoiqu’ils aiment les terres de bonne qualité, qui ne sont ni trop compactes ni trop humides, ils viennent bien à peu près partout.
- Les quatre premières espèces sont principalement cultivées et donnent d’excellents résultats, le chêne rouge surtout et sa variété à larges feuilles et à gros fruits, qui produit des glands, en plus ou moins grande abondance, presque chaque année.
- La description de toutes ces espèces devant m’entraîner trop loin, je donnerai seulement celle de quelques-unes et notamment des quatre premières; par là, on pourra juger les autres.
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- Quercus rubra (Linné), Chêne rouge. — C’est un arbre de pre- Gr. IX. mière grandeur, qui réussit dans les terres argileuses, même com-pactes et humides. Bien que son bois ait peu de qualité, il doit être préféré aux autres chênes de même provenance à cause de la rapidité de sa végétation et du peu de difficulté qu’il montre sur le choix du terrain. 11 a, en outre, l’avantage de fructifier presque chaque année abondamment.
- La variété Qucrcus rubra major est encore plus vigoureuse et d’une végétation plus luxuriante; elle se distingue, en outre, comme je l’ai déjà dit, par la largeur de ses feuilles et par la grosseur de ses glands.
- Quercus coccmea (Wang.), Chêne écarlate. — 11 ressemble beaucoup au précédent comme port et comme vigueur.
- Quercus tinctoria (Michaux), Chêne tinctorial, Chêne querci-tron. — Quoique ce soit aussi un grand arbre, cependant il s’élance moins que les précédents, il croît avec moins de rapidité; son tronc se garnit d’un plus grand nombre de branches, mais il a l’avantage de pouvoir croître dans les plus mauvais terrains et dans les pays les plus froids; son écorce fournit une teinture jaune, qui était autrefois l’objet d’un certain commerce. A ce point de vue, il y aurait donc intérêt à le traiter en taillis.
- Quercus paluslris (Du Boy), Chêne des marais. — C’est peut-être le plus vigoureux de tous les chênes d’Amérique, celui dont le tronc s’élance le plus droit; il croît dans les lieux humides, mais ne redoute pas les terrains un peu secs.
- 11 est assez fructifère; son bois est de bonne qualité pour la charpente, dur et tenace.
- Quercus falcata (Michaux), Chêne falqué. — 11 peut bien venir dans les sols pauvres; son bois est de bonne qualité, se travaille facilement, de couleur rougeâtre, seulement il dure peu.
- Quercus lyrala (Michaux), Chêne à feuilles en lyre, Chêne à
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- glands renfermes. — Gel arbre acquérant de grandes dimensions dans les marécages, aux abords des fleuves d’Amérique, et son bois, quoique d’assez médiocre qualité, étant bien supérieur à celui des essences qui croissent dans de semblables conditions, son introduction dans les marécages où le sol est profond pourrait offrir quelque intérêt.
- L’Afrique, le Mexique, l’Inde, le Japon, ont fourni aussi une certaine quantité d’espèces, mais elles sont jusqu’alors peu cultivées, et rien ne prouve qu’elles puissent vivre sous notre climat.
- Un seul chêne d’Afrique, le Quercus Mirbecki (Desfontaines), Chêne de Mirbeck, Chêne Zen ou Zan, dont les feuilles persistent pendant les hivers peu rigoureux, pourrait être utilisé dans le centre de la France et dans le Midi. Son bois, très dur, d’une couleur assez foncée, est bien veiné.
- Les collections de chênes à feuilles persistantes, connus sous le nom de Chênes verts ou Quercus ileæ, étaient peu nombreuses; elles sont, en effet, réduites à un petit nombre d’espèces et ne donnent que des produits inférieurs. Cependant leur bois très dur est très bon pour l’ébénisterie. Ils ne conviennent guère, du reste, qu’aux contrées méridionales.
- Parmi elles, je ne puis oublier de citer le Chêne-liège (Quercus suber, Linné), propre à la région méditerranéenne, et qui donne une matière objet d’un grand commerce; mais, en dehors du produit de son écorce, il n’est d’aucune utilité. Toutefois son bois très dur peut servir à faire des traverses de chemin de fer.
- Jusqu’alors on ne connaît, dans les genres Hêtre, Châtaignier et Charme, aucune espèce d’introduction récente qui puisse être recommandée pour le reboisement des forêts.
- Comme il serait impossible de tout citer et que, d’ailleurs, il serait peu intéressant de donner une simple nomenclature cl’arbres dans un travail comme celui-ci, je me bornerai, pour ce qui me reste à dire, à décrire les espèces d’arbres qui m’ont surtout, paru pouvoir être indiquées comme propres au reboisement, parmi les espèces exotiques, en suivant l’ordre alphabétique.
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- Acer eriocarpum (Michx), Acer dasycarpum (Erh.), Erable blanc. Gr. IX. — Il est originaire de l’Amérique septentrionale, d’où il a été introduit en 1 7 2 5.
- C’est un très grand arbre, très vigoureux, qui, en une vingtaine d’années, peut acquérir plus de 10 mètres de hauteur; son bois est d’un grain très fin ; il est peu difficile sur la nature du sol, il vient dans celui qui est siliceux, mais un peu frais, comme dans celui qui est compact.
- Il peut certainement remplacer avec avantage nos érables indigènes. Il fleurit au mois de février, et donne ses graines dans le mois de mai; elles lèvent promptement, de sorte que, dès le mois d’octobre, on a de jeunes plants qui ont jusqu’à 3o centimètres de longueur. 11 est très rustique.
- Acer macrophyllum (Purch), Erable à grandes feuilles. — Il est originaire du même pays que le précédent et a été introduit en 1812; il croît avec la plus grande rapidité et peut atteindre une hauteur de 3o mètres; il aime surtout les terrains frais et fertiles.
- Bien que son bois soit peu dur, il est précieux à cause des marbrures qu’il renferme et qui peuvent le faire employer pour la fabrication des meubles. Il donne, presque chaque année, des graines en assez grande abondance. Sa rusticité n’est pas douteuse.
- Acer negundo (Linné), Negundofraxinifolia (Nutt.), Erable ne-gundo, Erable à feuilles de frêne. — On ne s’explique pas comment il n’est pas plus répandu dans les forêts, surtout dans celles qui sont traitées en taillis. Il est d’une croissance des plus rapides, surtout lorsqu’il pousse de souche. Comme futaie, il acquiert en peu d’années les plus grandes dimensions. Bien que son bois soit blanc, il offre assez de dureté et est quelquefois sillonné de veines rougeâtres. Il peut venir dans les terrains légers, frais et même inondés; à ce point de vue, c’est donc une essence précieuse. Il donne, dès l’âge de douze à quinze ans, une grande quantité de graines fertiles. Il est originaire de l’Amérique septentrionale, d’où il a été introduit en 1688.
- Acer rubrum (Michx), Erable rouge. — Il est originaire éga-
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- lcmcnt de l’Amérique septentrionale et a été introduit dès 1G5G ; il ressemble beaucoup à l'Acer enocarpum, avec lequel on le confond souvent.
- Je ne crois pas que Ton puisse jamais voir figurer utilement dans nos forêts un érable des mêmes contrées introduit en 1780, Acer saccharinum (Linné), Erable à sucre; car si dans son pays d’origine il acquiert de grandes dimensions, sous notre climat il paraît ne devoir être qu’un arbre de seconde grandeur. L’intérêt qu’il présente aux Etats-Unis, c’est qu’on peut extraire de chaque arbre un peu gros une quantité de sève assez considérable pour en obtenir jusqu’à 3 kilogrammes d’un sucre qui, raffiné, est d’aussi bonne qualité que le sucre de cannes; mais il est peu probable qu’en Europe il puisse être ainsi utilisé.
- L’Ailanthus glandulosus (Desfontaines), Ailanthe glanduleux, vulgairement connu, mais à tort, sous le nom de Vernis du Japon, car ce 11’est pas lui qui le fournit, est encore un de ces arbres à croissance des plus vigoureuses et qui atteint rapidement 15 à 20 mètres de hauteur, en conservant une forme presque cylindrique. Son bois, d’un blanc éclatant, peut prendre un beau poli; il peut servir pour le charronnage et la menuiserie; mais il faut qu’il soit employé très sec, sans quoi il se tourmente. Il donne un bon chauffage. Originaire de la Chine, il fut introduit en 1781. Il vient très bien dans tous les terrains, surtout s’ils sont un peu frais. Comme il drageonne beaucoup, il est assez envahissant, et, à ce point de vue, un peu à redouter.
- Il paraît ne se plaire que médiocrement sur les pentes un peu élevées.
- Parmi les Aulnes, on ne peut que regretter de ne pas voir, sinon substituer, au moins mélanger à l’Aulne glutineux (Alnus glu-Unosa, Desf.) l’Almis cordifolia (Lodd.), Aulne à feuilles en cœur, qui vient dans les mêmes lieux, mais croît avec bien plus de rapidité. Son bois peut servir aux mêmes usages, peut-être même lui est-il préférable.
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- Parmi les Bouleaux qui croissent en Amérique et au Canada, Gr. IX. il ne peut guère y avoir quelque intérêt à mettre en culture que
- I e Betula papyracea (Willd), Betula nigra (Hort.), Betula alba papy-rifera (Spach), Bouleau à papier, Bouleau à canot.
- Cet arbre du Canada, introduit en 1760, peut acquérir jusqu’à.
- 20 mètres de hauteur, planté dans un sol fertile; mais il vient également bien dans les mêmes sols que notre Betula alba; son bois est rougeâtre, ordinairement si bien veiné sous la bifurcation des grosses branches qu’on peut l’employer à faire de très beaux meubles. Son écorce, très épaisse et presque indestructible, sert aux Canadiens à faire des canots d’un seul morceau, très légers, qu’ils peuvent facilement transporter à bras d’un fleuve à un autre.
- II fournit un chauffage excellent.
- Je ne sais s’il ne convient pas de citer le Broussonetia papyrifera (Willd), Mûrier à papier, arbre qui croît en Chine et au Japon, où l’on utilise son liber pour faire du papier. Il croît assez vite, et a l’avantage de venir à peu près dans tous les terrains. En massif serré, il s’élance très bien, quoiqu’il ait une tendance à se couvrir de branches; son bois est assez bien veiné et pourrait être utilisé pour la menuiserie et l’industrie. Il est, à la vérité, dioïquc; mais les mâles se présentent en aussi grande abondance que les femelles de sorte que les graines qu’il fournit chaque année en grande quantité sont le plus souvent fertiles. Son introduction remonte à 1751.
- Les échantillons de bois de frêne envoyés par l’Autriche et la Hongrie, si bien moirés et veinés qu’on les eût dits peints, faisaient désirer de voir cultivées en France les variétés auxquelles ils appartiennent, si toutefois ces effets ne sont pas dus seulement à la nature des terrains dans lesquels ils sont cultivés, et aux circonstances particulières dans lesquelles ils croissent, car ils n'étaient représentés par aucun échantillon vivant et n’étaient désignés sous aucun nom botanique spécial.
- Presque tous ceux qui figuraient aux diverses expositions des horticulteurs n’étaient que des variétés du Fraxinus excelsior, par
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- Gr. IX. conséquent étaient peu intéressants au point de vue forestier, Ci ~ 9 puisque leur reproduction par la graine ne peut offrir aucune certitude.
- Parmi les frênes d’Amérique, on ne peut en citer qu’un seul, le Fraxinus americana alba (Linné), Frêne blanc, qui a beaucoup d’analogie avec notre Fraxinus excelsior, et vient dans les mêmes terrains.
- On ne rencontre encore nulle part comme arbres forestiers ceux du genre Gleditschia. Cependant, si la plupart d’entre eux doivent être écartés des forêts, parce qu’ils sont couverts d’épines souvent très fortes, qui en rendent l’exploitation, non seulement difficile, mais même dangereuse, il faut en excepter une variété, qui se reproduit très abondamment de semis et dont les plants n’ont, dans tous les cas, que des épines peu nombreuses et très faibles : c’est le Gleditschia triacanthos, variété inerrms (de Candolle), Gleditschia ou févier sans épines.
- Il a toutes les qualités du type auquel il appartient et qui a été introduit en 1700 de l’Amérique septentrionale; il vient bien dans tous les sols, même légers, pourvu qu’ils aient un peu de profondeur; il croît avec la plus grande rapidité, et a besoin d’être cultivé en massif serré, sans quoi les jeunes pousses sont tellement longues et grêles qu’elles ne peuvent se soutenir. Il donne un bois très dur, d’un grain fin et serré, bien veiné, rougeâtre, et peut être utilisé pour le travail et l’industrie; son chauffage est d’assez bonne qualité. Il fournit, chaque année, une très grande quantité de graines, qui servent à sa reproduction.
- Les autres féviers, tels que les Gleditschia monosperma, smensis, caspica, pourraient être cultivés de même si, comme je l’ai dit plus haut, les épines dont le tronc et les branches sont couverts n’en rendaient l’exploitation difficile.
- L’Amérique septentrionale est peut-être le pays cl’où l’on importe le plus grand nombre d’arbres qui se montrent rustiques sous notre climat, et qui peuvent être utilisés dans nos forêts.
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- C’est de là encore que nous est venu, en 1656, le Juglans ameri-cana migra (Linné), Noyer noir, arbre de première grandeur, à tige bien droite, bien élancée, d’une grande vigueur, se reproduisant facilement à l’aide de noix non comestibles qu’il produit chaque année en grande abondance. Il vient à peu près dans tous les terrains, pourvu qu’ils ne soient pas marécageux. Son bois, assez bien veiné et qui prend en vieillissant une teinte noire plus ou moins foncée, peut être utilisé pour la menuiserie et l’ébénisterie.
- Près de ce noyer peut être rangé le Juglans cinerea (Michx), Noyer cendré; il n’a guère que l’avantage de croître dans les mêmes terrains; mais il acquiert de bien moindres dimensions, et son bois léger, offrant peu de résistance, est très inférieur; il a une couleur rougeâtre.
- Sans doute, les peupliers exotiques ne peuvent être placés parmi les arbres forestiers de premier choix. Cependant, par suite de la facilité qu’ils ont de croître dans les lieux humides et d’y acquérir les plus grandes dimensions et cela en peu d’années, par suite de la qualité du bois de certaines espèces, leur culture est peut-être trop négligée, car, dans beaucoup de cas, ils pourraient remplacer les aulnes, les peupliers indigènes et les saules.
- Le plus élevé de tous, celui qui acquiert le plus rapidement de grandes dimensions, puisqu’on le voit, en vingt ans, arriver à près de 20 mètres de hauteur, est le Populus angulata (Linné), Peuplier anguleux, qu’on appelle aussi Peuplier de la Caroline, parce qu’il est originaire de ce pays, d’où il a été introduit en 1708. Bien qu’il préfère les terres basses et humides, il vient assez bien dans les terres légères et seulement fraîches. Il a l’inconvénient d’avoir un bois un peu cassant, de sorte qu’il est bon de le cultiver dans les lieux abrités contre les vents violents.
- Son bois, qui a une teinte un peu brunâtre, est bien plus dur et de bien meilleure qualité que celui des autres peupliers. Comme il est bien droit, presque cylindrique, il peut fournir de fortes
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- Parmi les arbres de cette espèce qui sont assez répandus, le seul qui puisse lutter avec lui est le Populus monilifera (Ait), Populus Virginiana (Desfontaines), Peuplier monilifère, plus connu sous les noms de Peuplier de Virginie, Peuplier suisse. Cultivé en Europe depuis 1772, on ignore quelle est sa véritable patrie. Il donne d’aussi bons produits que le précédent, vient dans les mêmes sols, et mieux dans les terres compactes et même sèches.
- Cette espèce a donné naissance à une variété obtenue, on ne sait où, en 181 A, qui est bien vigoureuse, d’une croissance plus rapide; en un mot, bien préférable sous tous les rapports. Elle a reçu le nom de Peuplier de Virginie régénéré.
- Le Populus candicans (Ait), Populus ontariensis (Hortul), Peuplier du lac Ontario, sans pousser avec la même vigueur que les deux espèces précédentes, n’en est pas moins un bel arbre, qui acquiert aussi de fortes dimensions. Il supporte encore mieux qu’eux les terrains secs; malheureusement son bois, mou et léger, est d’une qualité bien inférieure. Originaire du Canada, son introduction remonte à 1772.
- Les Populus balsamifera (Linné), Peuplier baumier, Populus laurifolia (Lindley), Peuplier à feuilles de laurier, paraissent ne devoir donner que des arbres peu vigoureux, d’une croissance assez lente.
- C’est ce qui explique l’abandon dans lequel ils ont été laissés, bien que l’introduction du premier remonte à i6qa, et celle du second à 1827.
- Je ne parlerai du Robinia pseudo-acacia (Linné), Robinier faux acacia, maintenant bien connu, qui donne dès l’âge de cinq à six ans des perches de près de i5 centimètres de circonférence; dès vingt ans, des bois propres au charronnage; dont, à trente ans, on vend le mètre cube le même prix que le chêne, et qui, par conséquent, est un arbre forestier de premier choix, malgré la difficulté d’exploitation qu’il présente lorsqu’il est jeune, à cause des épines qui garnissent sa tige, je n’en parlerai, dis-je, que pour
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- avoir l’occasion de citer une de ses variétés, le Robinia Bessoniana Gr. IX. (Besson), Robinier de Besson, connue depuis une dizaine d’années à peine. Bien que ce ne soit qu’une variété, il se reproduit de graines dans la proportion de 60 à 80 p. o/o.
- Aussi vigoureux que le type, il a l’avantage d’avoir peu depines, d’avoir un port pyramidal, de sorte qu’on peut en cultiver une plus grande quantité sur le même espace de terrain. 11 croît avec la même vigueur et la même rapidité, et son bois devra avoir la même qualité.
- Sophora Japonica (Linné), Styphnolobium Japonicum (Schott),
- Sophora du Japon, d’où il a été introduit en 17/17. ^ se montre très rustique sous notre climat, et très peu difficile sous le rapport du sol. Toutefois, pour le voir prendre tout son développement, il faut le placer dans une terre franche, assez profonde et à une bonne exposition; il redoute les terres froides comme les climats saturés d’humidité. Cet arbre séduit peu dans sa jeunesse; comme il croît avec la plus grande rapidité, ses jeunes pousses, très grêles, ont de la peine à se soutenir. Il en résulte que sa tige offre un grand nombre de sinuosités; mais elles disparaissent à mesure que l’arbre avance en âge, et il finit par présenter un tronc bien droit.
- Son bois est serré, bien que d’un grain un peu gros; il est d’un jaune pâle, qui brunit en vieillissant; comme, en outre, il est bien veiné, il peut servir à la menuiserie et à la fabrication des meubles. Sous ce rapport, il mérite donc d’être introduit dans les forêts; mais d’un autre côté, il a un défaut, c’est de ne donner souvent ses fleurs qu’au mois d’août, et alors ses graines, n’étant pas complètement mûres lorsque surviennent les gelées hâtives de l’automne, sont détruites; il ne faudrait donc pas le cultiver dans le Nord.
- A l’excepLion du Tiha americana (Linné), Tilia canadensis (Michx),
- Tilia nigra (Borkh), Tilleul d’Amérique, Tilleul du Canada,
- Tilleul noir, introduit du Canada en 1762, arbre qui croît très vite, vient dans les mêmes terrains que le Tilia Europœa et a les mêmes qualités, aucun autre ne paraît devoir être cité.
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- Pour terminer, il me reste à parler des Ormes; sans doute, il n’en est pas qui puisse surpasser, pour la qualité du bois, notre orme champêtre, mais il a l’inconvénient, pour pouvoir acquérir toute sa valeur, de nécessiter des terres profondes et légères, des vallées et des plaines; d’autres espèces et variétés, se montrant moins difficiles sur le choix du terrain, méritent à ce titre d’être citées.
- Telle est, par exemple, une des variétés de l’Orme champêtre, Ulmus modiolina, Orme à moyeux, que l’on connaît surtout sous le nom d’Orme tortillard. Par suite de l’enchevêtrement des fibres de son bois, celui-ci est le meilleur de tous pour le charronnage.
- Une autre variété, YUlmus campestris latifolia, Orme champêtre à larges feuilles, est bien plus vigoureux, atteint plus rapidement de fortes dimensions et paraît moins sujet à être attaqué par les insectes. Ces deux variétés se reproduisent très souvent de graines.
- Comme espèces il convient de citer :
- L'Ulmus pedonculata (Foug.), Ulmus ejjfusa (Willd), Orme pé-donculé, qui appartient surtout à l’Europe orientale. 11 ressemble beaucoup à l’Orme champêtre.
- Ulmus americana (Willd), Orme d’Amérique, dont l’introduction date de 1762. C’est l’orme qui acquiert les plus grandes dimensions, mais son bois a moins de force et de durée que celui des autres; il est, comme couleur et comme beauté, égal à celui de l’Orme champêtre. Cet arbre a l’avantage de croître dans des terrains frais et même humides.
- UlmusyWm(Michx), Orme rouge, vulgairement nommé Orme gras. Son bois est rouge, de là son nom. Quoique peu serré, il résiste à la pourriture. Ayant peu d’aubier, il sert à la charpente. Il vient partout, excepté dans les parties basses et humides; l’inconvénient, c’est qu’il ne donne que très rarement des graines fertiles, sous notre climat.
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- Bien d’autres espèces que celles que je viens de passer en revue avaient été envoyées à l’Exposition par les pépiniéristes; mais, outre qu’il serait impossible de donner la description de toutes, beaucoup sont d’introduction trop récente pour avoir été suffisamment appréciées sous le rapport de la rusticité, de la croissance, et des exigences de culture. Car on a pu remarquer que la plupart des espèces citées sont connues depuis bien des années déjà, et cependant elles ne figurent encore que dans les parcs et dans les jardins d’ornement.
- A quoi donc tient-il quelles sont ainsi reléguées, au lieu d’avoir été utilisées pour leur bois? C’est quelles ne sont connues que d’un petit nombre d’amateurs ; que l’attention n’a pas été suffisamment attirée sur elles ; qu’on n’a pas cherché à les multiplier en grand, et que, par suite, elles sont toujours restées à des prix trop élevés pour pouvoir être employées aux repeuplements.
- Et puis la routine, si difficile à vaincre, n’est-elle pas là comme un obstacle? Il serait temps, cependant, dans le siècle où nous sommes, alors que partout on signale un pas en avant, des progrès réels dans les sciences, dans les arts, dans plusieurs sortes de cultures, qu’enün la sylviculture ne restât pas en arrière.
- C’est pour cela que j’ai cru utile de décrire ici quelques-unes des espèces qui paraissent pouvoir rendre des services, et pouvoir apporter un contingent utile aux espèces forestières indigènes.
- Je me suis attaché à présenter les arbres qui peuvent produire des bois de travail et d’industrie, et croître avec avantage dans certains terrains où les espèces cultivées depuis un temps immémorial ne fournissent que des produits médiocres, en un mot qui peuvent donner des arbres de futaie ; mais si l’on voulait rechercher les arbres et les arbrisseaux signalés comme pouvant contribuer à la création des taillis, combien le nombre ne serait-il pas plus grand ? Il suffit de l’indiquer pour engager les propriétaires de forêts qui désireraient faire des essais à s’adresser aux pépiniéristes et à leur demander des renseignements»
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- Cl. 89. ARBRES D’ALIGNEMENT.
- Le goût pour l’horticulture, qui s’est répandu en France depuis une trentaine d’années, a fait naître, chez les grands comme chez les petits propriétaires, le besoin de posséder un jardin désigné sous le nom d’agrément et, par suite, de belles plantes destinées à l’orner.
- Les travaux entrepris dans les grandes villes, et surtout à Paris, pour créer des lieux de promenade où il fût possible de venir chercher l’ombrage en été, de respirer en tout temps un air plus pur que celui des rues, de se reposer des fatigues d’une journée de labeur au milieu de végétaux remarquables soit par leur végétation, soit parleur forme, soit par leurs dimensions, soit par leur feuillage, soit par leurs fleurs, ont amené les horticulteurs à rechercher les moyens de donner satisfaction à ce que l’on peut appeler la passion du jour, passion qui doit être de plus en plus encouragée et développée. Combien, en effet, contrairement à tant d’autres, celle-ci ne doit-elle pas concourir à la moralisation du peuple? Ne vaut-il pas mieux venir, le soir, avec sa famille, respirer un air frais et pur sous ces ombrages, au milieu de ces plantes, que d’aller s’enfermer dans une tabagie où l’on ne trouve qu’un air vicié ? La santé et la bourse ne peuvent qu’y gagner. Et qu’on ne croie pas que l’ouvrier soit indifférent à cette sorte de jouissance. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les promenades et les squares : on reconnaîtra, à l’affluence qu’on y verra, la vérité de ce que j’avance. Ce n’est pas tout: par cette fréquentation, le goût des belles plantes se développe, et bientôt les promeneurs apprennent à les apprécier, puis à s’y intéresser et enfin à éprouver le désir de les connaître. Ils veulent pouvoir indiquer d’une manière certaine la plante de leur choix. Et puis, qui sait, un jour arrivera peut-être où, à force de travail et d’économie, celui qui ri’est aujourd’hui qu’un simple ouvrier deviendra maître; il aura su amasser quelque argent, il éprouvera le besoin de posséder un petit terrain, il aimera à v voir croître l’arbre ou la plante qu’il préfère. Or pour l’acheter, il faut la connaître.
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- Aussi était-ce avec raison qu’il y a quelques années on avait formé Gr. ix. le projet de mettre, devant chacune des plantes qui garnissent les promenades et les squares de Paris, une étiquette portant son nom. C’eût été un attrait de plus pour le public, qui n’aime pas paraître ignorant, et qui veut pouvoir, tout au moins, paraître savoir. C’eût été d’ailleurs le moyen de lui permettre de s’instruire, s’il en avait le désir, d’étudier et de se rendre compte de la différence qui existe entre tel ou tel végétal. On ne peut que regretter qu’une question d’argent n’ait pas permis de réaliser ce projet.
- Ce goût développé, on s’est mis à planter partout, mais, il faut bien le dire, souvent avec plus de bonne volonté que d’intelligence et de savoir; aussi combien de mécomptes et d’insuccès! En effet, comment a-t-on opéré? Chacun, se laissant guider par son désir, a fixé son choix sur l’essence qu’il préférait; il l’a demandée sans s’inquiéter si cet arbre, qu’il voulait absolument planter, devait se trouver dans des conditions de sol, de climat, d’exposition, qui sont nécessaires à sa bonne végétation. On a regardé comme un détail, comme un accessoire, ce qui devait, avant tout, être pris en considération. On ne s’est pas dit que chaque espèce, chaque arbre, presque, avait ses exigences; qu’il avait besoin, pour croître convenablement, pour acquérir toutes ses dimensions, d’un terrain spécial oîi il pût puiser sa nourriture, d’un climat approprié à son tempérament, si je puis m’exprimer ainsi, d’une exposition qui répondît à sa nature. Or c’est pour n’avoir pas assez tenu compte de ces conditions, pour n’avoir pas assez étudié, pas assez connu les exigences des essences que l’on choisissait, que, dans un si grand nombre de circonstances, on a échoué dans ses plantations.
- Aussijesuis convaincu que, pour remédier à cet état de choses, pour augmenter encore, s’il se peut, la passion des plantes, il faudrait avant tout faire connaître leur manière de croître, leurs exigences de culture et de climat, puis indiquer la manière dont doivent être faites ces plantations, les soins à leur donner pour assurer leur reprise. Ce qu’il faudrait donc, c’est un guide du planteur, raisonné, fondé sur la pratique, où chacun pût trouver
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- les notions nécessaires, indispensables meme à quiconque veut s’occuper fructueusement de plantations.
- Sans doute, c’est déjà beaucoup d’avoir sous les yeux les plantes et de pouvoir se rendre compte de l’effet quelles peuvent produire; mais ce n’est pas suffisant.
- On doit reconnaître que les horticulteurs n’avaient rien négligé pour rendre leur exposition aussi brillante que possible; jamais on n’avait vu réunies sur un même point autant de plantes remarquables dans tous les genres.
- Je n’ai pas à parler ici des plantes qui sont purement d’ornement et qui, à ce titre, avaient été placées dans d’autres classes. Dans la classe 89 figuraient seulement les arbres d’alignement. Si souvent, et à tort suivant moi, ils sont rangés parmi les plantes d’ornement, ils pourraient, dans certains cas, être avec avantage examinés à un autre point de vue, au point de vue de la production. Rien, en effet, ne s’oppose à ce qu’ils joignent l’utile à l’agréable. C’est à ce titre, sans doute, que le jury chargé d’examiner les plants forestiers avait à les apprécier.
- Il est vrai que quand il s’agira d’orner un parc, de créer un jardin d’agrément, on s’inquiétera peu de rechercher des arbres qui puissent donner un produit utile; on voudra des arbres qui, soit par la beauté de leur feuillage, soit par l’éclat de leurs fleurs, soit par l’élégance ou la majesté de leur forme, puissent flatter agréablement la vue; mais lorsqu’il s’agira de planter de longues avenues dans de grandes propriétés, des promenades étendues, de garnir le bord des routes et chemins, ce sera le cas de ne pas se borner à l’agréable et de rechercher l’utile.
- Le propriétaire y trouvera son avantage, et aussi le consommateur. Supposons, par exemple, que l’on soit dans un pays où les bois de travail et d’industrie soient rares, et dans lequel, cependant, le besoin s’en fasse sentir; n’y aura-t-il pas intérêt, pour effectuer les plantations dont il s’agit, à choisir des arbres qui, tout en procurant l’agrément que l’on cherche, pourraient donner des produits utiles et satisfaction à des besoins locaux? On voit donc par là que les arbres de ligne ne doivent pas être considérés seulement comme propres à procurer de l’ombrage soit aux
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- voyageurs sur les grandes routes, soit aux habitants des villes dans Gr. IX. les promenades publiques; ils doivent être considérés aussi comme pouvant apporter un certain, appoint à la production forestière.
- Ce que je dis là s’applique surtout aux plantations faites aux abords des routes, et nos ancêtres l’avaient bien compris, ainsi que le prouvent quelques vestiges d’anciennes plantations.
- Pour eux, il ne s’agissait pas seulement de garnir les abords des routes d’arbres destinés à procurer de l’ombrage au voyageur qui, pendant l’été, se trouverait, aux heures les plus chaudes de la journée, obligé à suspendre sa route pour ne pas être exposé aux rayons trop ardents d’un soleil de midi, ou bien destinés, pendant l’hiver, lorsque la neige couvre la terre, nivelle les chemins, à indiquer à ce voyageur la route qu’il doit suivre et à l’empêcher de s’égarer.
- Ils considéraient également ces plantations au point de vue des produits qu’elles étaient aptes à donner. Aussi il y a un demi-siècle, voyait-on encore bien des routes bordées, non seulement de chênes, de platanes, d’ormes, de frênes, dont les bois étaient utilisés pour l’industrie, mais encore de châtaigniers, de noyers, de cerisiers, de pommiers, etc., dont les fruits pouvaient aidera la nourriture des habitants, à faire de l’huile, des liqueurs, du cidre; mais depuis que presque partout dans les campagnes chacun est devenu propriétaire d’un petit coin de terre, que des vergers ont été plantés, on a moins senti la nécessité de ces arbres; aussi ont-ils disparu sur bien des points. Une cause qui a également concouru à leur destruction, c’est qu’on a prétendu que ces arbres plantés aux abords des héritages nuisaient aux récoltes, qu’ils entretenaient trop d’humidité sur les chaussées, dont, par suite, l’usure se trouvait augmentée. Sur ces allégations plus ou moins exactes, des arbres séculaires, qui faisaient l’admiration des voyageurs auxquels ils rendaient de si grands services, furent sacrifiés, et bientôt leurs troncs jonchèrent le sol. On ne tarda point, il est vrai, à reconnaître l’erreur dans laquelle on était tombé; on revint aux anciens errements, et, depuis quelques années, dans certains départements surtout, on a recommencé ces sortes de plantations; mais ont-elles toujours été faites avec toute l’intelli—
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- Gr. ix. gence désirable? C’est ce dont il est permis de douter. Et tout d’abord on ne s’est pas suffisamment appliqué à choisir les essences suivant les climats, les expositions, la nature des sols. Ainsi on a placé des peupliers, des frênes, dans des terrains très secs, où ils ne pouvaient croître; des platanes, dans les sols à base calcaire, qu’ils redoutent, etc. Delà des insuccès, des frais inutiles, qui ont découragé les planteurs, découragement d’autant plus grand que l’Administration ne leur a pas toujours laissé leur liberté d’action. Mais ce sont là des fautes qu’il est facile de réparer, des défauts d’application auxquels la pratique apprendra à remédier.
- C’est au Gouvernement à prendre des mesures et à donner à ses agents les instructions nécessaires pour que, désormais, ces travaux soient exécutés dans les meilleures conditions d’agrément et d’utilité.
- J’ai cru devoir entrer dans tous les détails qui précèdent sur les arbres de ligne, parce que j’ai voulu essayer de faire comprendre combien celte plantation offrait d’intérêt et méritait d’être étudiée. C’est ce qu’avaient compris les horticulteurs, et trois d’entre eux avaient, surtout, pris part cl’une manière spéciale au concours ouvert. Les arbres présentés par l’un d’eux étaient très remarquables par la vigueur et la beauté des sujets. Ils avaient été bien conduits, et présentaient des formes irréprochables. Aussi en les voyant, on ne pouvait qu’être convaincu qu’ils devaient remplir l’office auquel ils étaient destinés.
- Le concours le plus nombreux présentait 120 exemplaires en soixante espèces, choisies et reconnues comme très propres à ces sortes de plantations. Le nombre eut pu, sans doute, être plus considérable, car il est bien peu d’arbres qui, isolés et traités convenablement, c’est-à-dire bien soignés, bien conduits par des élagages raisonnés destinés à maintenir entre toutes les parties un équilibre constant, ne puissent devenir des arbres d’alignement et être rendus propres à la décoration des parcs et des jardins. Quoi déplus beau, en effet, de plus majestueux qu’un chêne ayant plusieurs centaines d’années, à la cime arrondie, étendant au loin ses rameaux ? Quoi de plus élégant qu’un robinier au feuillage léger,
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- aux grappes pendantes de fleurs, si agréablement odorantes? Quoi Gr. ix de plus gracieux qu’un vieux bouleau à l’écorce blanche dans la partie supérieure de son tronc, noire et profondément crevassée à la base, dont les rameaux, grêles et flexibles, retombent comme ceux des arbres dits pleureurs ? Mais il avait fallu se restreindre et faire Figurer seulement les arbres reconnus comme devant être préférés pour ces sortes de plantations.
- Je ne les décrirai toutefois pas tous, une partie étant utilisés depuis un temps immémorial et bien connus; je m’attacherai principalement à ceux qui, jusqu’ici, sont peu répandus et mériteraient de l’être davantage.
- Un certain nombre ayant déjà été décrits lorsque j’ai parlé des arbres forestiers proprement dits, je n’aurai pas à revenir sur les besoins de leur culture, et je me contenterai de les citer, en indiquant les motifs qui doivent les faire choisir comme arbres d’alignement.
- Les arbres employés aux plantations d’alignement étant en nombre assez restreint, il est par conséquent possible de les multiplier artificiellement autrement que par le semis, et de faire figurer, parmi eux, les variétés utiles et remarquables, ce qui ne pouvait avoir lieu pour les arbres forestiers.
- Il en sera donc donné une description en son lieu.
- Les arbres d’alignement se divisent naturellement en deux groupes : les conifères et les arbres à feuilles caduques. Si les premiers ne peuvent être adoptés que pour leur forme et leurs dimensions, les seconds comprennent des plantes remarquables, en outre, par leur feuillage et par leurs fleurs.
- CONIFÈRES.
- Les conifères sont rarement employés comme arbres de ligne.
- C’est un tort, suivant moi, car on peut voir, par le petit nombre d’allées ainsi plantées qu’on rencontre dans quelques grandes propriétés, combien elles sont majestueuses. Le sombre feuillage des sapins et des épicéas ne laissant pas passer la lumière, portant à la rêverie, et offrant pendant l’été une fraîcheur modérée,
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- Gr. IX. Cl. 89.
- mais constante, il est donc on ne peut plus agréable de se promener sous leur ombrage pendant les fortes chaleurs de la journée. Si ce sont des pins qui bordent ces allées, les rayons du soleil qui se jouent à travers leur feuillage léger et d’un vert grisâtre offrent un grand contraste avec les conifères précédents; on respire la gaieté sous leur ombrage, lorsque vient le printemps. Pendant les chaudes journées de l’été, par exemple, on n’y trouve pas une fraîcheur suffisante, mais l’air qu’on y respire est embaumé, et la santé revient au milieu de ces effluves balsamiques, qui remplissent l’air.
- Lorsque arrive l’hiver et que la neige couvre les branches et les feuilles, qui n’a été saisi d’admiration en se promenant sous ces dômes d’une blancheur éclatante? On ne saurait donc trop engager à faire, lorsqu’on le pourra, des allées bordées de conifères, surtout maintenant que l’importation en a introduit de si charmantes espèces, parmi lesquelles il convient de citer:
- V Abies Nordmanniana, Sapin de Nordmann;
- UAbies nobilis, Sapin noble;
- V Abies cephalonica, Sapin de Céphalonie;
- h*Abies pinsapo, Pinsapo, qui croissent dans les memes terrains que Y Abies pectinata, Sapin pectiné;
- U Abies morinda, Sapin morinda, dont les rameaux grêles retombent si gracieusement. Il vient dans les mêmes sols que l’épicea, ainsi que Y Abies (Tsuga) Douglasi, Sapin de Douglas, qui, planté en mélange avec lui, produit le plus charmant effet.
- Parmi les pins, on doit citer: pour les terrains sablonneux, les Pins sylvestre, de Riga, de Haguenau; pour les terrains légers, le Pin laricio, et ses variétés, le Pin de Calabre, le Pin pignon; les Pinus ponderosa et tuberculata, les Pinus Strobus et excelsa, auxquels de longues aiguilles retombantes donnent une parure élégante.
- Dans les terrains frais et même humides, le Taxodium, distichum
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- et le Séquoia sempervirens seraient d’un bel effet. Les Thuya gi- Gr. IX. ganlea et Lobbii, plantés à une faible distance (3 mètres à peine), formeraient une magnifique muraille de verdure. Enfin les Wel-lingtonia gigantea, déformé pyramidale, laissant passer entre leurs cimes les rayons solaires, tandis que leur base touffue forme une masse compacte de verdure, offriraient un effet tout nouveau.
- Les Cedrus Libani, atlantica et deodara, constituant de magnifiques pyramides, à branches étalées dans les deux premiers, un peu retombantes dans le troisième, dont le feuillage argenté tranche agréablement sur d’autres verdures, ne peuvent que former de magnifiques avenues.
- Quant au Larix europœa, ses branches et son feuillage sont un peu grêles; mais lorsqu’il est couvert, au printemps, de ses innombrables petits cônes rougeâtres ressemblant à des fleurs, il produit assez d’effet. Comme ses branches s’étalent peu, il a besoin d’être planté assez serré. Lorsqu’il est vieux, ses branches grêles retombant contre sa tige lui donnent un aspect unique en son genre. Il n’est donc pas à dédaigner comme arbre d’avenues.
- Mais jusqu’ici ce n’est que rarement, trop rarement suivant moi, qu’on a employé les conifères comme arbres de ligne. Le choix s’est porté surtout sur les arbres à feuilles caduques dont les feuillages plus variés ont quelque chose de moins monotone et de moins sévère. Ce sont donc eux surtout que nous allons examiner en les classant par ordre alphabétique, et en ne citant que les espèces qui jusqu’alors, que je sache, n’ont été que peu ou pas employées.
- Acer eriocarpum (Michx), Erable à fruit cotonneux. — Bel arbre d’une grande vigueur, à tige bien droite, couverte d’une écorce lisse de couleur grisâtre, feuillage léger, d’un ver luisant en dessus, argenté en dessous, prenant souvent, à l’automne, une couleur rouge foncé. Les feuilles persistent assez longtemps sur l’arbre. Il vient dans tous les sols; mais ceux qu’il préfère sont les sables gras et les terres d’alluvion; un peu de fraîcheur lui convient très bien.
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- Gr. IX. Il peut vivre des siècles. En Amérique, il est très employé dans
- les promenades publiques.
- CI. 89. r il
- Acer Lobelii (Tenon), Erable de Lobel. — Arbre assez grand, d’un port pyramidal, au tronc lisse et strié comme celui de Y Acer striatu?n, mais les stries, également blanchâtres, sont moins apparentes. Ses feuilles, d’un vert gai, contribuent à en faire un bel arbre d’ornement. Il est originaire d’Orient, d’où il a été importé en 1826. Il vient dans les mêmes terrains que les érables planes et sycomores.
- Acer macrophyllum (Pursh), Erable à grandes feuilles. — Arbre de première grandeur, à cime un peu pyramidale à rameaux dressés, de couleur rougeâtre lorsqu’ils sont jeunes; remarquable surtout par la largeur de ses feuilles, qui donnent un ombrage épais. Il a été introduit comme le précédent en 1826, il est originaire de l’Amérique du Nord. Il ne redoute pas un terrain un peu compact.
- Acer negundo (Linné), Erable negundo. — Il pousse très vigoureusement, surtout lorsqu’il est placé dans un sol profond, léger et frais. Il a besoin, pour croître dans de bonnes conditions comme arbre de ligne, d’être soumis à un élagage sévère, sans quoi il se couvre de branches à une faible hauteur. Son feuillage, qui ressemble à celui du frêne, est un peu léger et tombe de bonne heure. Son tronc n’est pas toujours très cylindrique, on doit lui préférer T Acer negundo Californicum, Erable negundo de Californie, plus vigoureux que lui, dont le tronc est plus droit, et dont les jeunes pousses revêtent une teinte violacée. S’il redoute les terres trop argileuses, il est peu difficile sur les autres compositions de sol.
- Acer rubrurn (Linné), Erable rouge. — Il a beaucoup de ressemblance avec Y Acer eriocarpum, mais ses rameaux sont plus dressés; il croît dans les mêmes terrains, mais paraît préférer ceux qui sont humides.
- Je ne parlerai pas des Æsculus, dont la réputation n’est plus à
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- faire; il n’esl pas de propriété, quelque petite quelle soit, qui ne possède un marronnier d’Inde. C’est qu’en effet il n’est pas d’arbre qui, par sa forme arrondie, son beau feuillage, ses magnifiques pa-nicules de fleurs blanches teintées de jaune et de pourpre, comme dans le type Æsculus hippocastnnum (Linné), ou d’un rouge plus ou moins vif, comme dans Y Æsculus rubicunda (Lois) et dans ses variétés puisse lutter avec lui. LÆsculus hippocnstamim flore pleno (Hortul), Marronnier à fleurs doubles, qui ressemblent à de petites roses, est un arbre de la plus grande beauté. Sa forme est plus pyramidale que celle du type; sa vigueur est au moins égale, sinon supérieure; ses thyrses sont plus nombreux, ses fleurs plus belles; elles paraissent une huitaine de jours plus tard.
- Ces trois arbres, qui viennent dans tous les terrains, donnent leurs feuilles plus tôt que les autres. Leur bois, d’un beau blanc, est léger et ne peut guère être utilisé pour l’industrie. Cependant il prend facilement un beau poli; il aurait, dit-on, l’avantage de n’être jamais attaqué par les insectes.
- Ailanthus ghmdulosus (Desfontaines), Ailanthe glulineux. — 11 a un tronc bien droit, presque cylindrique; quoique ses feuilles soient très longues, comme elles sont assez peu nombreuses, il donne un ombrage léger. On pourrait lui reprocher, lorsqu’il est en fleurs, de répandre une odeur qui, si elle plaît à quelques personnes, paraît nauséabonde à beaucoup d’autres. Il est, en outre, très redoutable pour les cultures voisines, parce que ses racines s’étendent au loin et drageonnent beaucoup.
- Les bouleaux forment de charmantes avenues, surtout en mélange avec d’autres essences, au milieu desquelles se détache leur écorce blanche.
- Le Broussonetia papijrifera (Willd), Mûrier à papier, dont les feuilles sont tantôt entières, tantôt découpées par des lobes de formes très variées, peut aussi faire un bel arbre d’alignement, se distinguant par la couleur grisâtre de ses feuilles qui offrent un ombrage épais. On peut lui reprocher d’être aussi envahissant que l’arbre qui précède et d’avoir son bois de qualité inférieure.
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- Gr. ix. Tout le monde connaît le Catalpa syringœfolia (Sims), Catalpa bignonoïdes (D. G.), Bignonia Catalpa (Linné), Catalpa commun, originaire de la Caroline, introduit en 1726.
- Ce n’est qu’un arbre de seconde grandeur, ne pouvant atteindre plus de 10 mètres de hauteur; mais c’est un bel arbre, à tête arrondie, à feuilles grandes qui, en juillet et août, se couvre de grandes panicules de fleurs blanches tachées de pourpre'et de jaune du plus charmant effet. 11 vient bien surtout dans les terres franches et légères, et demande à ne pas être exposé à un trop grand soleil. On pourra donc l’employer lorsqu’on n’aura pas besoin d’arbres très grands.
- Le Catalpa Bungei (D. C.), Catalpa de Bunge, s’élance mieux que le précédent; ses branches, plus dressées, s’étalent moins; ses panicules sont moins fournies de fleurs, et celles-ci, d’un blanc jaunâtre, ponctuées de pourpre brun et striées de jaune, produisent bien moins d’effet. Il a l’avantage d’être moins difficile sur le choix du terrain et de venir à peu près partout. Cependant le Syringœfolia doit lui être préféré. Il a été importé de Chine en 1848.
- Ces deux arbres croissent avec une grande rapidité, mais ils ne peuvent servir que comme arbres d’ornement, leur bois n’ayant aucune qualité.
- Cedrela sinensis (Jussieu), Ailanthus favescens (Carrière), Cé-drela de Chine. — Cet arbre, qui a été importé en 1862 de la contrée dont il porte le nom, est une des plus précieuses introductions faites dans ces dernières années. Sa ressemblance, comme port et comme feuillage, avec l’Ailanthus glandulosa, lui a fait donner le nom d’Ailanthus flavescens, qui depuis a été abandonné.
- Ses feuilles, imparipennées, sont au moins aussi longues que celles de l’ailanthe, et sa rusticité est plus grande ; mais par où il diffère surtout de lui, c’est par la couleur de ses racines, qui sont rouges et rameuses, par l’odeur fadasse et presque nauséabonde qu’elles répandent; par les fleurs disposées en immenses grappes pendantes, rappelant celles du muguet, petites il est vrai > mais
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- produisant néanmoins de l’effet par suite de leur grand nombre. Gr. IX. Ces fleurs ont l’avantage de répandre une odeur des plus agréables.
- Sa rapidité de croissance est extrême, d’au moins 1 mètre par an, souvent elle va à 2 mètres. Sa facilité de reproduction est des plus grandes, elle se fait par boutures de racines, au printemps.
- Enfin le Cedrela sinensis s’accommode de tous les terrains.
- Son bois est d’excellente qualité pour l’industrie et pour le travail.
- Voilà donc un arbre qui, par ses grandes qualités, est appelé à prendre une place très importante, non seulement dans les parcs et dans les jardins publics, mais encore dans les forêts, et l’on ne saurait trop en recommander la culture.
- Cercis siliquastrum (Linné), Gainier commun, connu vulgairement sous le nom d’arbre de Judée. —Il est originaire de l’Europe méridionale et connu depuis 1696; cet arbre, lorsqu’on est parvenu à l’élever à tige, ce qui offre quelque difficulté parce qu’il a une grande tendance à se garnir de branches, peut acquérir jusqu’à une dizaine de mètres de hauteur. Il offre alors aux regards un aspect remarquable au premier printemps. Avant le développement de ses feuilles, il se garnit, sur toutes ses branches, et même sur le corps de l’arbre, d’une multitude de fleurs d’un rouge vif, du plus charmant effet. Il a besoin, pour acquérir un grand développement, d’un sol riche, mais il vient assez bien dans un terrain un peu léger, pourvu qu’il soit profond, parce qu’il émet surtout des racines pivotantes et peu de chevelu.
- Son bois dur, d’un brun rougeâtre, assez bien veiné, pouvant prendre un beau poli, pourrait être utilisé pour le commerce.
- Le Cercis siliquastrum a donné une variété à fleurs d’un blanc rosé, assez jolies, mais qui produit moins d’effet que le type.
- Le genre Diospyros ne renferme que deux espèces qui puissent cire, avec quelque avantage, cultivées en France comme arbres de ligne : ce sont le Diospyros Lotus (Linné), Plaqueminier Lotus, Plaqueminier d’Orient, qui est naturalisé en Italie, et le Diospyros Virginiana (Linné), Plaqueminier de Virginie, introduit d’Amé-
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- rique en 1620. Ces deux plantes, qui sont de grands arbres, à tige bien droite, cylindrique, aiment un terrain un peu léger et frais. Leur forme est élégante; leurs feuilles lisses, luisantes, d’un vert brillant les rendent agréables à l’œil.
- Leur bois, assez dur, un peu foncé, et susceptible de prendre un beau poli, est utilisé par l’ébénisterie et pour le tour.
- Le Fraxinus excelsior a fourni un certain nombre de variétés qui peuvent, sinon le remplacer, au moins être cultivées concurremment avec lui, sous le rapport de la croissance, de la forme et de la beauté. Elles viennent, du reste, dans les mêmes terrains. Tels sont les Fraxinus monophylla, Frêne à une feuille, Fraxinus rolundifolia, Frêne à feuilles rondes.
- Une variété du Fraxinus americana, le Fraxinus americana Ju-glandifolia (Lambert), Frêne à feuille de noyer, est remarquable aussi par ses dimensions et par la grandeur de ses feuilles. Il forme une cime en pyramide étalée.
- Il est très regrettable que le Fraxinus ornus (Linné), Ornus curopœa (Pers), Frêne à fleurs, Ornus commun, n’acquière pas plus de hauteur, 6 à 8 mètres à peine; dans le Midi cependant il s’élève davantage, car, lorsqu’au commencement de l’été, il est garni de ses nombreuses panicules de fleurs blanches, qui le font ressembler à un arbre couvert de neige, il est du plus charmant effet.
- Bien qu’originaire du midi de l’Europe, il est très rustique sous le climat de Paris; il croît dans les mêmes sols que le frêne élevé.
- Les Juglans americana, nigra et cinerea, Noyers d’Amérique, noir et cendré, peuvent aussi former de belles avenues. Ils ont, en effet, des tiges bien droites, et un feuillage ressemblant à celui de l’ailanthe.
- Liriodendron tulipifera (Linné), Tulipier de Virginie, ainsi nommé à cause de ses fleurs qui ressemblent à des tulipes et parce qu’il est originaire de cette contrée, d’où il a été importé en 1668.
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- C’est un grand et bel arbre à tige droite, à écorce grise, Gr. ix. à feuilles découpées en lyre, d’un vert gai, qui produit un très bel effet. Lorsqu’il a un certain âge, ses branches flexibles retombent gracieusement. Il mérite d’être très employé lorsqu’on pourra le placer dans un terrain substantiel, profond et frais.
- Son bois, aromatique et léger, est assez bien veiné; il peut être utilisé pour la sculpture et pour la menuiserie.
- Paulownia imperialis (Sieb.), Paulownia impérial, originaire du Japon; a été introduit en i835. Rien n’est beau au printemps comme une allée de Paulownias, alors qu’ils sont couverts, avant le développement des feuilles, d’une multitude de fleurs d’un bleu lilacé, à odeur de violette qui se répand au loin; leur lige s’élevant peu et leurs branches s’entrelaçant, on dirait un vaste parterre fleuri.
- Malheureusement ces fleurs, qui commencent à se développer dès le mois de juillet de l’année qui précède la floraison complète, sont souvent détruites par les gelées de l’hiver, lorsque celles-ci dépassent 8 à 10 degrés. Quoi qu’il en soit, c’est une précieuse acquisition pour l’horticulture, car aucun arbre ne pousse avec une plus grande vigueur, puisqu’en un an il peut acquérir 3 mètres de hauteur, et nul n’a de plus grandes feuilles. Il vient à peu près dans tous les terrains, et ne craint pas ceux qui sont un peu compacts.
- Sa tige n’est jamais bien élevée; à 3 ou A mètres, il se développe un grand nombre de branches latérales, qui s’étendent assez loin. Quelquefois, dans l’intérieur, il s’élance verticalement des rejets qu’il faut avoir soin de supprimer pour qu’ils n’affament pas les autres branches. Son bois léger, très poreux, de couleur brune, ne peut être utilisé.
- Planera crenata (Desf.), Planera Richardi (Michx), Planera crénelé, Planera de Richard.
- On lui donne quelquefois vulgairement le nom d’orme de Sibérie.
- On le trouve dans l’Amérique septentrionale et dans le Caucase ; son introduction remonte au milieu du xvmc siècle. C’est un grand Classe 89. 5
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- et bel arbre, au port pyramidal, à l’écorce de la tige rougeâtre, se détachant par petites plaques. Il croît avec la plus grande rapidité lorsqu’il est jeune, de sorte qu’il est assez difficile à élever; sa tige est d’abord très sinueuse, ce qui nuit à sa beauté, mais en vieillissant, ces sinuosités disparaissent, et le tronc devient bien droit. Ses feuilles, crénelées, ressemblant pour la forme à celles de l’orme, paraissent d’assez bonne heure, persistent tard et ne sont jusqu’alors attaquées par aucun insecte.
- Son bois a une grande dureté, à ce point qu’on ne peut que difficilement y enfoncer un clou. Il est lourd, très tenace, de couleur rougeâtre foncée, d’une force et d’une élasticité égales à celles du frêne; il est susceptible de prendre un beau poli, son grain étant fin. Il a l’inconvénient de se fendre facilement, mais l’avantage de se conserver longtemps en terre. Il est très rustique.
- Comme jusqu’à présent il a été fort difficile de se procurer des graines fertiles, on l’a multiplié en le greffant sur l’orme champêtre.
- Le Planera aime les terrains un peu frais, mais il vient bien dans ceux où croît l’orme.
- Parmi les peupliers, je ne vois guère à ajouter à ceux qui sont employés depuis longtemps que le Populus angulata, Peuplier anguleux, et le Populus Virginiana, Peuplier de Virginie régénéré, commençant à se répandre.
- Ces deux arbres, à croissance plus rapide que les autres peupliers, donnent aussi de meilleurs produits.
- Les quatre chênes d’Amérique que j’ai signalés aux arbres forestiers, savoir : Quercus rubra, Chêne rouge et ses variétés : Quercus coccinea, Chêne cocciné, Quercus palustris, Chêne des marais, et Quercus tinctoria, Chêne des teinturiers, développant des branches latérales en grande quantité lorsqu’ils sont isolés, peuvent aussi faire de magnifiques arbres d’avenues, d’autant plus qu’à 1 automne leurs feuilles prennent des couleurs d’un rouge vif ou d’un jaune éclatant du plus bel effet.
- Jusqu’alors le Robinia pseudo-acacia, Robinier faux acacia, a seul
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- été employé de son espèce, comme arbre d’alignement; mais il a Gr. ix produit plusieurs variétés, qui peuvent lui être substituées avec C1~g avantage, parce quelles ont une forme plus régulière, plus d’élégance et de plus belles fleurs. Telles sont :
- Le Robinia monophylla, Robinier à une seule feuille.
- Le Robinia Ressoniana, Robinier de Resson, qui a été obtenu de semis il y a une dizaine d’années. Ses branches dressées lui donnent une forme pyramidale, qui p'ermet de le planter à des distances assez rapprochées. Il est peu sujet à être cassé par le vent.
- Il a l’avantage de se reproduire souvent par la graine. Ces deux variétés sont plus vigoureures que le type.
- Robinia Decaisneana (Hortul), Robinier de Decaisne. C’est un arbre vigoureux, obtenu de semis il y a une vingtaine d’années, dont le port est plus gracieux que celui du type auquel ; pour ce motif, il est préférable, et aussi parce qu’il donne une plus grande quantité de grappes', serrées, de fleurs d’un rose tendre des plus agréables.
- Ces trois variétés croissent dans les mêmes terrains que le Robinia pseudo-acacia et donnent un bois d’aussi bonne qualité.
- Ce n’est pas qu’il n’existe encore bien d’autres variétés de robinier, mais elles sont loin de pouvoir être comparées à celles-ci.
- Une espèce bien distincte, qui ne doit pas être oubliée, c’est le Robinia viscosa (Vent.), Robinier visqueux. Cet arbre, originaire de la Caroline méridionale et introduit en 1797, n’acquiert pas des dimensions aussi grandes que le Robinia pseudo-acacia, car il atteint à peine une quinzaine de mètres sous notre climat. Ses branches s’étendent bien moins, et il prend une forme arrondie.
- Il fleurit une dizaine de jours plus tard que lui, et ses fleurs reparaissent quelquefois à l’automne, au mois de septembre, mais, il est vrai, en petite quantité. Ces fleurs, réunies en grappes courtes, serrées, sont d’un blanc rosé assez foncé. Comme elles sont, en général, très abondantes, elles produisent un très bel effet.
- Elles sont presque inodores.
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- Gr. IX. Cet arbre offre cet avantage que ses rameaux visqueux ne sont
- pas couverts d’épines.
- Cl. 89. * i
- Il vient dans les mêmes terrains que le Robinia pseudo-acacia; son bois a les mêmes qualités.
- J’ai fait connaître en son lieu les qualités et les défauts du SophoraJaponica, Sophora du Japon. Sa tête buissonneuse et arrondie peut le faire adopter comme arbre de ligne si l’on n’est pas arrêté par les défectuosités de sa tige, qui, dans son jeune âge, est très tortueuse. II doit être surtout préféré pour composer des massifs ou des quinconces.
- Les Sorbiers ne sont que très rarement employés comme arbres de ligne. Cela est dû peut-être à leur taille peu élevée, car ce sont des arbres de deuxième grandeur, ce qui les rend peu propres à figurer dans de grandes propriétés. Mais ils offrent cependant aux regards un aspect des plus agréables, lorsqu’ils sont, au printemps, couverts de corymbes de fleurs blanches un peu jaunâtres, et à l’automne chargés de fruits d’un rouge corail, que les oiseaux dévorent avec avidité, surtout les grives et les merles.
- Il ne convient donc pas de les négliger autant qu’on l’a fait jusqu’alors.
- Celui qui acquiert les plus grandes dimensions est le Sorbus nucuparia (Linné), Sorbier des oiseaux, à feuilles pennées, d’un beau vert clair.
- Les autres sont les suivants :
- Sorbus terminalis (Crantz), Sorbier alisier, Alisier des bois, à feuilles entières, pubescentes dans leur jeune âge, devenant glabres et luisantes en vieillissant.
- Sorbus hybrida (Linné), Sorbier hybride, à feuilles tomen-teuses blanches, en dessous principalement.
- Je crois devoir citer ces sorbiers, bien qu’ils soient indigènes et par conséquent connus, parce qu’il me semble qu’on n’a pas assez appelé sur eux l’attention. Non seulement ce sont des arbres d’ornement, mais encore leur bois est d’excellente qualité, dur, quoique
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- blanc, d’un grain égal et serré, susceptible de prendre un beau Gr. ix. poli; il sert à faire des vis et des meubles.
- i 7 Cl 89
- Les sorbiers sont très estimés comme bois de chauffage. Ce sont
- des arbres très rustiques, croissant sur les plus hautes montagnes , venant dans tous les terrains, bien qu’ils préfèrent ceux qui sont calcaires, un peu argileux et assez profonds. Ils redoutent les sols sablonneux; ils se plaisent surtout aux expositions de l’est et de l’ouest.
- A nos Tilleuls indigènes, il convient de joindre, comme arbre d’alignement, les Tilia argentea et amencana. Au sujet des Tilia silvestris (Desf.), Tilia europœa (Linné), Tilia microphylla (Vent.),
- Tilleul d’Europe, Tilleul à petites feuilles, et du Tilia platyphylla (Scop.), Tilia grandijlora (Ehrh.), Tilleul à grandes feuilles, Tilleul de Hollande, je crois devoir consigner ici une remarque que j’ai faite et sur laquelle il est bon peut-êlre d’appeler l’attention.
- C’est que le Tilia silvestris, qui paraît plus tardif que l’autre, perd bien moins ses feuilles par les grandes chaleurs, et que, par ce motif, il devrait être préféré pour les avenues et les promenades; toutefois il convient de dire que le Tilia platyphylla a un feuillage d’un vert moins sombre et que ses fleurs sont plus grandes; elles paraissent aussi plus tôt.
- Tilia argentea (Desf.), Tilia rotundifolia (Vent.), Tilleul argenté.
- — Il a pour patrie la Hongrie, d’où il a été introduit en 1767. C’est un grand arbre, dont la forme est arrondie, pyramidale, dont les feuilles cordiformes, assez grandes, sont tellement cotonneuses qu’elles paraissent blanches. Les fleurs, qui naissent près d’une quinzaine de jours après celles des autres espèces, ont une odeur bien plus agréable. Il offre l’avantage de conserver ses feuilles même par les plus grandes chaleurs, ce qui est à considérer.
- Il se produit rarement de graines, ce qui ferait croire qu’il n’est qu’une variété peut-être du suivant.
- Tilia americana (Linné ), Tilia canadensis (Michx), Tilleul d’Amérique, Tilleul du Canada, Tilleul noir. — C’est un grand arbre,
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- Gr. ix. introduit du Canada en 1762, dont les feuilles sont très grandes, d’un vert gai. Il croît plus rapidement que les autres.
- Tilia americana pubescens (Ait.), Tilleul d’Amérique pubescent. — Arbre très vigoureux, à rameaux flexibles et retombants, ce qui lui donne un aspect très gracieux. Les fleurs, qui paraissent assez tard, en juillet-août, répandent une odeur des plus agréables.
- Tilia americana Parmentieri, Tilleul de Parmentier, au port pyramidal et élancé ; il est peut-être le plus vigoureux des tilleuls ; seulement, pour bien croître, il a besoin d’une terre riche et franche.
- Ce qu’il faut à tous les tilleuls, c’est un sol un peu sablonneux, frais et profond, une exposition nord et nord-ouest.
- Ils ont l’avantage de se soumettre facilement à la taille et de donner un épais couvert.
- Ils présentent un inconvénient, c’est d’émettre un grand nombre de drageons près du tronc, drageons qu’il faut avoir soin d’enlever, de peur qu’ils ne privent Tarbre d’une partie de sa nourriture, ce qui nuirait à sa végétation.
- VUlmus campestris (Linné), Orme champêtre, arbre indigène qui autrefois était très employé sur les avenues, est maintenant assez abandonné parce qu’il est attaqué par plusieurs insectes, les scolytes, les cossus ligniperda, la galeruca ulmi, qui souvent le font périr, et qui, dans tous les cas, nuisent à sa belle végétation. Il pourrait être remplacé par sa variété à larges feuilles.
- Ulmus campestris latifolia, Orme champêtre à grandes feuilles qui, jusqu’alors, a été respecté par les insectes et qui est plus vigoureux que le type.
- A cette variété il convient d’en adjoindre deux autres :
- L’ Ulmus campestris belgica, Orme champêtre de Belgique, et VUlmus campestris Clemmeri, Orme champêtre de Clemmer; tous deux sont très vigoureux, ont des formes parfaites, un peu pyra-
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- midales, qui doivent les faire rechercher. Leur ccorce lisse donnera Gr. IX
- moins de prise aux attaques des scolvtes.
- 1 1 J Cl. 89
- L’Ulmus Dovœi, Orme de Dove, espèce distincte, est encore un arbre superbe, remarquable par la régularité de sa forme.
- Arbres, arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux pouvant être
- UTILISÉS POUR MAINTENIR LES TERRES SUR LES PENTES ABRUPTES OU
- POUR LA FIXATION DES SABLES DANS LES DUNES.
- Si la question du reboisement des terres situées en plaine ou sur des pentes peu rapides n’offre de difficulté qu’au point de vue du choix des essences, qu’il faut toujours avoir soin d’approprier à la nature du sol, à sa composition, à sa profondeur, à son humidité, il n’en est plus de même lorsqu’on se trouve en présence de pentes abruptes, là où il est à craindre de voir les terres entraînées par les eaux qui se précipitent en formant des torrents et détruisent en quelques instants les travaux exécutés. Cette destruction est d’autant plus rapide et facile que les terres, remuées pour l’exécution des semis ou des plantations, offrent moins de résistance.
- Avant tout, il est donc nécessaire de consolider le sol au moyen d’essences inférieures ayant de nombreuses racines traçantes, qui, circulant à travers les terres, forment comme un clayonnage souterrain et empêchent les érosions.
- D’un autre côté, lorsqu’il s’agit d’entreprendre le reboisement d’espaces complètement dénudés, à peine recouverts d’une légère couche d’humus, qui, par conséquent, ne peut offrir aux végétaux qu’une nourriture insuffisante, il y a tout intérêt, ainsi que je l’ai démontré par un exemple, à employer, d’abord, des essences secondaires peu difficiles, ayant besoin de peu de sucs nourriciers et pouvant, tout au moins, végéter dans ces sols arides, sinon s’y développer avec vigueur. Les détritus quelles produiront, feuilles, bois morts, en se déposant, formeront une couche d’humus qui s’accroîtra chaque année, de sorte qu’après un laps de temps plus ou moins long, on pourra remplacer ces essences, qui
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- Gr. IX. n’auraient donné que des produits sans valeur, par d’autres de plus en plus précieuses pour arriver aux arbres de première gran-
- Cia 89a ,
- deur.
- C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’on parviendra à transformer des espaces complètement incultes en forêts productives.
- Il faut bien des années, sans doute, pour obtenir de tels résultats; mais enfin tout est possible avec du travail et de la persévérance. Et c’est parce que les résultats des reboisements sont si longtemps à se produire, qu’on devrait, avant de détruire les forêts, avant de les défricher, songer à la difficulté de réparer le mal commis et à la nécessité de conserver ce qui existe encore.
- Heureusement nous sommes à une époque où, de toutes parts, on comprend combien est nécessaire le boisement des montagnes, combien les forêts concourent, sinon à empêcher complètement les inondations qui, à des époques de plus en plus rapprochées, viennent causer de si grands ravages, au moins à amoindrir dans une large mesure leurs terribles effets. Aussi les questions de reboisement sont-elles à Tordre du jour, et Ton a pu voir et admirer, dans le Chalet des forêts, l’exposition des. travaux entrepris par l’Administration. Sans doute on a déjà beaucoup fait, mais il reste encore bien à faire. Et Ton ne peut qu’être étonné, en présence des résultats si satisfaisants et si probants déjà obtenus, de l’opposition si regrettable que Ton rencontre de la part de certaines communes.
- C’est en s’inspirant des idées du jour que les rédacteurs du programme, en comprenant toute l’importance, avaient jugé à propos d’ouvrir un concours ayant pour but de faire connaître les végétaux propres à empêcher les érosions sur les pentes, tout en fournissant les détritus destinés à augmenter la couche de terre nécessaire à la végétation des arbres.
- Cet appel avait été compris, et trois pépiniéristes avaient envoyé une collection nombreuse de ces végétaux émettant de nombreuses racines traçantes, croissant à peu près partout, pourvu que ces racines puissent courir à la surface du sol, ou aller, à travers quelques fissures, chercher à une certaine profon-
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- deur un peu de fraîcheur et quelques grains de terre, peu difïi- Gr. ix. ciles en outre sur le choix du terrain. ~
- Ces végétaux sont au plus de second ordre, le plus souvent de troisième ; et une grande partie doit même être rangée parmi les morts-bois, considérés comme nuisibles dans toute autre circonstance. Ne devant donner que des produits insignifiants, sinon nuis, je n’aurai à les examiner qu’au point de vue de leur rusticité, et, par suite, il sera inutile d’entrer pour chacun d’eux dans de grands détails.
- Les plantes à feuilles persistantes doivent être préférées pour ces travaux de consolidation. D’abord elles opposent un obstacle à la sécheresse et contribuent à maintenir une fraîcheur utile à la végétation et à la décomposition des détritus qui tombent sur le sol; pendant l’hiver même, elles opposent un certain obstacle à l’eau quelles divisent.
- On doit aussi rechercher les plantes dont les branches, traînant sur le sol, s’enracinent facilement, c’est-à-dire se marcottent naturellement; se multipliant elles-mêmes, elles garnissent le terrain de proche en proche, sans que la main de l’homme ait même à intervenir.
- Enfin, parmi les autres plantes, on donnera la préférence à celles qui produisent en abondance des graines fertiles, lesquelles, emportées à une certaine distance, finissent bien par trouver un point sur lequel elles se déposent et germent. N’a-t-on pas vu ainsi des parties arides se regarnir naturellement lorsque les bestiaux ne venaient pas détruire les jeunes plants qui étaient parvenus à s’implanter?
- Pour un certain nombre de ces essences, les expériences constatant leur utilité et leur rusticité n’étant plus à faire, l’Administration forestière les a employées dans ses travaux, et la réussite a été complète.
- Lorsqu’il s’agit des dunes, les difficultés changent de nature; elles résident moins dans le choix des essences à employer, que dans l’opération qui a pour but de fixer les amas de sable qui les constituent. Ces sables proviennent de la désagrégation des débris enlevés aux côtes par la violence de la mer et poussés en avant
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- Gr. ix. par les vents. Ils ne détruisent pas comme les torrents, mais ense-velissent les végétaux de toute sorte, depuis les herbes jusqu’aux arbres, successivement, sans leur causer aucun dommage.
- La nature des sables, ou plutôt des débris réduits à l’état de grains plus ou moins gros, qui forment les dunes varie, non seulement suivant les régions, mais encore dans la même région. Les uns sont purement calcaires, les autres quartzeux, les autres mélangés de débris de coquillages; en un mot, les éléments qui les composent sont très variés; mais tous offrent cette particularité, c’est qu’à une profondeur assez faible on trouve toujours une certaine humidité; ce qui tient, d’une part, à ce que ces sables s’échauffant beaucoup dans la journée sous l’influence des rayons solaires, lorsque vient la fraîcheur du soir les vapeurs d’eau contenues dans l’atmosphère viennent en grande quantité se déposer à la surface; d’autre part, à ce qu’à la base des dunes il se trouve une nappe d’eau qui, par la capillarité, remonte à la surface à mesure que celle-ci se dessèche. Cette humidité constante favorise beaucoup la végétation, et dès lors tous les efforts doivent tendre à empêcher le mouvement de ces sables, à les fixer là où ils se sont accumulés, et, par suite, à préserver de leur envahissement les plantations effectuées dans ce double but.
- On a pu voir à l’exposition de l’Administration des forêts par quelle suite de travaux remarquables on pouvait obtenir ce résultat, et arriver, après avoir, au moyen de palissades mobiles, arrêté la marche des sables mouvants, à boiser définitivement les vastes étendues qu’ils couvraient.
- Le premier résultat acquis, on a recherché quelles essences pouvaient croître dans ces contrées désolées, et Ton a bientôt constaté que, grâce à cette humidité que j’ai signalée, un grand nombre pouvaient être utilisées, non seulement parmi les arbustes et les arbrisseaux, mais encore parmi les arbres même de première grandeur. On rencontrait, du reste, çà et là quelques spécimens de plantes qui avaient échappé à l’envahissement et qui pouvaient servir d’indications, telles que des Erables, des Cistes, des Daphnés, des Ephédras, des Junipérus, des Ligustrum, des Pinus, des Quercus à feuilles caduques et à feuilles persistantes,
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- des Ruscus, des Tamarix, des Cedrus. On a alors essayé la culture Gr. ïx. d’un grand nombre d’espèces qui ont réussi. Il serait inutile de les citer toutes; il suffira de dire que les Aulnes, les Bouleaux, les Chênes, les Erables, les Platanes, les Saules, ainsi qu’à peu près tous les conifères, y végètent très bien.
- La question du reboisement des dunes paraît donc résolue ou sur le point de l’être, et l’on peut être certain que, dans très peu d’années, les désastres qui désolaient certaines contrées du littoral ne seront plus à redouter. Là où l’on voyait se mouvoir des montagnes de sables, on trouvera une luxuriante végétation; la désolation et la ruine auront fait place à la richesse.
- Il me paraît inutile, et il serait, je crois, peu intéressant de citer nominativement chacune des plantes indiquées par les horticulteurs comme pouvant être employées dans les deux cas dont il vient d’être question. Après avoir dit que les arbustes, les arbrisseaux et les sous-arbrisseaux propres au reboisement des pentes étaient au nombre de soixante, et que ceux à employer pour peupler les dunes y compris les arbres, se montaient à une centaine, dont beaucoup faisaient également partie de la première catégorie, il suffira, je pense, d’ajouter que les essences les plus intéressantes et qui peuvent rendre le plus de services sont, parmi les végétaux à feuilles caduques, les Amorpha, les Berberis, les Caragana, les Cercis, certains Cytisus, les Genista, les Hippophae, les Ligustrum, les Lycium, dont les branches traînantes se marcottent facilement, les Rhamnus, les Rhus, surtout le Rhus glaber, qui émet une très grande quantité de drageons, les Sambucus, les ülex, les Viburnum, les Vitex agnus castus.
- Parmi les plantes à feuilles persistantes on peut citer YAtriplex halimus, le Baccharis halimifolia, les Bambusa, dont la culture se répand dans le sud-ouest de la France, et notamment dans les Pyrénées, où ils donnent des produits transformés par l’industrie en objets variés très recherchés, et qui, par suite, donnent lieu à un assez grand commerce; le Buplevrumfruticosum, les Buxus, les Cistus, les Cotoneaster dont les nombreux rameaux traînants s’enracinent facilement, YEleagnus rejlexa, le Genista juncea, qui, chaque année, produit des graines en abondance, YHypericum calycinum,
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- Gr. IX. dont les nombreuses racines émettent quantité de drageons, Je Mahonia aquifolmm, qui non seulement présente le même avantage, mais qui, en outre, se reproduit par ses graines chaque année très nombreuses, les Ruscus, les Teucrium.
- Mais je crois devoir arrêter là les citations en ce qui concerne les plantes à employer dans les terrains en pente.
- Pour les dunes, il convient d’ajouter à la plupart des plantes qui viennent d’être indiquées des essences plus précieuses, telles que : les Acer, YAilanthus glandulosas, les Celtis, 1’Eleagnus angusti-folia ou argentea, les Glechtschia, le Machura aurantiaca, certains Populus, les Robinia, les Saliæ; parmi les conifères, quelques arbres comme YAbies pinsapo, un certain nombre de Riota, de Cupressus et de Juniperus, le Gincko biloba, le Wellmglonia giganiea.
- Du reste, dans chaque contrée où des travaux de ce genre devront être exécutés, il sera bon, avant de les entreprendre, de se renseigner près de l’Administration ou près des propriétaires pour savoir ce qui a été fait et pour bien connaître les essences à employer.
- TRANSPLANTATION DE GROS ARBRES AU CHARIOT.
- La transplantation des arbres au chariot est certainement très importante dans le siècle où nous vivons, alors que chacun, pressé de jouir, veut avoir un jardin d’agrément, un parc créé de toutes pièces, un jardin où il puisse se promener sous l’ombrage d’arbres presque séculaires. Mais on peut se demander comment le jury de la classe 89, chargé de se prononcer sur les graines et les plantes forestières, a pu avoir à examiner et à juger des transplantations d’arbres au chariot. Car jamais certainement un tel moyen ne sera employé au reboisement des forêts.
- Mais enfin, le fait étant, il importe de rendre compte des résultats obtenus par les deux concurrents qui avaient pris part au concours. La question, du reste, mérite d’être profondément étudiée. Si les particuliers ne peuvent que rarement recourir à ce mode de plantation à cause de son prix élevé, les villes, qui ont plus de ressources, et qui d’ailleurs doivent veiller à ce que leurs habi-
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- tants puissent jouir le plus promptement possible de l’ombre qu’on Gr. ix. veut leur procurer en créant soit des squares, soit des boulevards, C1~g l’emploient fréquemment et elles ont raison.
- Les visiteurs de l’Exposition n’ont eu qu’à se féliciter de ce que Ton ait eu recours à ce mode de transplantation qui leur a procuré un ombrage salutaire et leur a permis de parcourir, même par un soleil brûlant, le Champ de Mars et le Trocadéro, où ces gros arbres avaient été répandus à profusion, car on n’en comptait pas moins de 568, de telle sorte qu’en y joignant les conifères de forte dimension apportés par les exposants eux-mêmes, on se serait cru dans des jardins créés depuis bien longtemps déjà.
- Ce qui devait frapper surtout, c’est que ces arbres étaient presque tous couverts d’un feuillage abondant, comme s’ils étaient depuis des années dans la place qu’ils occupaient.
- Ne doit-on pas être émerveillé en effet que, sur ces 568 arbres, plantés du mois d’août 1877 au mois de juin 1878, c’est-à-dire beaucoup même en sève, on ait eu à constater la mort de sept seulement d’entre eux, et cependant aucun de ces arbres n’avait moins de 35 centimètres de circonférence, et beaucoup comptaient de 80 centimètres à 1 mètre, et même jusqu’à près de 2 mètres.
- En outre, ces arbres appartenaient à des espèces dont jusqu’alors la transplantation à cette grosseur avait été regardée comme à peu près impossible, car on ne s’était pas borné à transplanter des marronniers, des ormes, des érables, des platanes, il y avait aussi des tilleuls, des robiniers, des sophora, des frênes, des paulownia, des peupliers, des saules et même des hêtres et des gleditschia.
- On comptait en tout 38 espèces distinctes.
- Bien que, certainement, la saison exceptionnelle que nous avons eue, le froid peu intense de l’hiver, les pluies continuelles du printemps, celles assez abondantes de Tété, aient singulièrement favorisé la reprise de ces arbres, il est certain que cette réussite prouve qu’à l’aide de soins on peut faire cette opération avec la presque certitude de réussir. C’est ce qu’affirme l’un des concurrents, qui avait transporté quatre marronniers au mois de juin, alors qu’ils étaient complètement en feuilles; et au mois de juillet, il les avait tous conservés à l’exception d’un.
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- Le transport des gros arbres est certainement devenu une science, et s’il n’offre pas de grandes difficultés d’exécution, il est nécessaire cependant qu’il soit effectué par des ouvriers habitués à ce genre de travail. Il faut non seulement des précautions pour bien faire la motte, surtout quand le terrain est un peu friable ; mais il faut principalement donner des soins bien entendus aux arbres auxquels on a fait subir cette opération, lorsqu’ils sont mis en place. Ce n’est qu’à force de remarques et d’études, d’expériences prolongées, en un mot, qu’on est arrivé à se rendre bien compte des précautions à prendre et des soins à donner.
- On transplante ainsi des arbres de 1 mètre de circonférence, et même plus, avec une motte de 2 mètres de diamètre. Les chariots que l’on emploie, successivement perfectionnés, permettent d’enlever assez facilement, avec six hommes, le poids énorme que représente un arbre dans ces conditions. La difficulté de donner aux roues du chariot un écartement suffisant est le seul obstacle à l’enlèvement de mottes plus fortes. Mais tel qu’il est, le résultat doit être trouvé très satisfaisant, et il reste autour de l’arbre assez de chevelu pour que la reprise puisse être assurée, si Ton ne néglige aucun des soins nécessaires. Et d’abord il a fallu, quelques précautions qu’on ait prises, et bien qu’on ait autant que possible conservé de toute leur longueur les racines qu’il a été possible de replier contre la motte, en supprimer quelques-unes des autres. Comme il est à craindre que celles qui restent ne soient pas suffisantes pour procurer à toutes les branches la nourriture dont elles ont besoin, il est utile de retirer quelques-unes de ces branches, en proportion avec la quantité des racines enlevées, pour rétablir l’équilibre. Ensuite, pour que la sève puisse être plus facilement absorbée et en quantité suffisante, il est nécessaire de maintenir, non pas seulement de la fraîcheur, mais même de l’humidité dans la terre de la motte et dans celle qui l’entoure; il faut que pendant presque tout Tété les racines soient pour ainsi dire dans un bain; dès lors la sève absorbée étant très abondante, lorsqu’elle redescendra élaborée elle produira une très grande quantité de jeunes racines, de chevelu, qui au printemps suivant augmentera l’absorption de la sève, et contribuera puissamment au développement
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- de nouvelles brindilles. Il faudra, surtout au moment où la sève Gr. IX. se met en mouvement, continuer les arrosements fréquents, et ne C1~g pas trop les diminuer pendant le courant de l’été. Ces arrosements doivent être faits tous les quatre à cinq jours pendant le mois qui suit la plantation, puis tous les dix ou quinze jours pendant les mois suivants jusqu’à la saison des pluies. C’est précisément parce que les arbres du Champ de Mars et du Trocadéro ont été ainsi convenablement arrosés par les eaux du ciel, qu’ils ont si bien repris. Cette pluie avait, en outre, l’avantage d’humecter le tronc et les branches et d’entretenir ainsi une fraîcheur facilitant la circulation de la sève et le développement des bourgeons; donc, sans la pluie, il eut été bon d’asperger de temps à autre la cime de l’arbre et le tronc. C’est au moyen de ces soins que je viens d’indiquer succinctement, soins dont on a reconnu la nécessité, que l’on est arrivé à faire avec tant de succès ces plantations de gros arbres si utiles, et contre lesquels on voudrait réagir, à tort suivant moi, car si l’on ne doit pas employer partout ce mode de plantation à cause de la dépense élevée qu’il occasionne, il ne faut pas, cependant, y renoncer d’une manière absolue, surtout dans les villes, car enfin il est de toute justice que la génération présente puisse profiter, dans une certaine mesure, des avantages et des jouissances quelle prépare pour celles qui la suivront, en faisant elle-même quelques sacrifices d’argent, puisque ces créations de squares, de jardins d’agrément, qui servent à procurer de frais ombrages et des lieux de repos au public, ne peuvent se faire qu’avec l’argent des contribuables, avec le produit des impôts. Il ne faut pas croire, du reste, que les dépenses occasionnées par ces plantations de gros arbres soient aussi élevées. Ce qui coûte dans les villes, c’est moins la mise en place d’un arbre que les précautions qu’il faut prendre pour assurer sa réussite. Ce qui coûte, c’est l’ouverture des trous, leur remplissage de bonnes terres après avoir enlevé les mauvaises.
- Or ce trou, qu’il s’agisse d’un gros arbre ou d’un petit, doit avoir à peu près la même dimension. La motte des gros arbres permet même de diminuer cette fourniture de bonnes terres; la différence donc .provient seulement de la valeur de l’arbre.
- La dépense pour un arbre transporté à un kilomètre de dis-
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- Gr. rx. tance, ayant une motte de 80 centimètres et même de i mètre d" de circonférence, suivant les essences, ne s’élève pas à plus de oo francs, c’est beaucoup, sans doute, et c’est ce qui me faisait dire plus haut qu’il ne faudra pas faire ainsi toutes les plantations, mais on pourra en exécuter une partie.
- L’Exposition de 1878 aura donc eu, la première, l’avantage d’appeler l’attention sur la plantation des gros arbres, et de la populariser, si je puis m’exprimer ainsi.
- CULTURE SPÉCIALE DU CHENE DANS LES PEPINIERES.
- Je ne puis terminer ce rapport sans dire quelques mots d’un procédé de culture ayant pour effet d’activer le développement des racines latérales du chêne dans les pépinières, procédé dû à un agent forestier, sous-chef à l’Administration centrale.
- Afin de rendre pl us certaine la reprise des jeunes plants employés aux reboisements, il était bon de rechercher s’il ne serait pas possible, par un mode de culture spéciale, de faire développer près du collet un grand nombre de radicelles, tout en arrêtant la croissance du pivot qu’on laisserait subsister. En effet, dans certaines essences, dans le chêne notamment, dès la première année du semis, si le sol est facilement perméable, il se produit un pivot de 3o centimètres de longueur, parsemé seulement de quelques rares et courtes radicelles, ce qui rend la transplantation difficile et la reprise peu assurée. La production de ces radicelles, de ce chevelu, est d’autant plus grande que la racine naissante est placée dans certaines conditions de chaleur et soumise à l’influence de Tair, de l’humidité et des substances assimilables; il faut donc, pour obtenir le résultat désiré, placer la partie la plus rapprochée du collet dans ces conditions en y soustrayant la partie extrême. Pour cela, le terrain dans lequel les semis doivent être faits est divisé en deux couches bien distinctes. La première se compose de pierres de 5 à 6 centimètres de diamètre, et la seconde de la terre naturelle si elle est suffisamment compacte pour être difficilement pénétrée par le pivot, ou d’une terre de mauvaise qualité bien tassée. Les glands, s’il s’agit du chêne, sont répan-
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- dus sur la couche de cailloux, et recouverts d’une petite quantité de terreau. Lorsque la germination se produit, le pivot ne tarde pas à atteindre la seconde couche de terre; mais rencontrant là un obstacle, il s’enfonce difficilement et reste filiforme, tandis que la partie supérieure, se trouvant surtout soumise aux influences de l’air, émet un abondant chevelu.
- Lorsque la plumule ou tigelle se développe à son tour, le travail des racines se ralentit, et celle-ci, au contraire, prend bientôt une grande vigueur, ce qui se conçoit, puisqu’elles lui apportent une nourriture abondante. Pour empêcher ce ralentissement, il suffit, après cinq ou six jours, de pincer la plumule; alors le développement des radicelles prend une nouvelle vigueur, et, à l’aide des sucs nourriciers qu’elles puisent dans le sol, la tige s’allonge d’une manière très remarquable; à la fin de l’année on a de jeunes plants parfaitement constitués, munis d’un nombreux chevelu et dont la reprise est assurée.
- Le procédé est des plus simples, et le jury a pu constater son efficacité.
- La pratique prononcera en dernier ressort et fera connaître si son application n’entraînera pas à des frais assez considérables, par suite de la préparation du terrain, et n’obligera pas à livrer les jeunes plants à des prix trop élevés.
- CONCLUSION.
- Peut-être ce rapport paraîtra-t-il un peu long, et me reprochera-t-on de n’avoir pas su le rendre suffisamment intéressant et instructif. Je dois le reconnaître: il eût fallu, pour lui donner tout le relief et toute la portée désirables, faire moi-même ce que je reproche aux Administrations de ne pas avoir fait, c’est-à-dire qu’il m’eût fallu ouvrir une véritable enquête, qui me permît de connaître tout ce qui avait été exécuté pour la conservation et l’entretien des anciennes forêts et pour la. création des nouvelles; mais, outre que le temps me faisait défaut, je n’ai ni la compétence ni l’autorité scientifique nécessaires pour obtenir un tel résultat.
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- Ce n’est pas toutefois sans m’être adressé à des sylviculteurs et à des horticulteurs expérimentés que j’ai pu donner bien des renseignements sur la culture et sur la valeur des essences que j’ai citées.
- Mon but, du reste, a été surtout de faire ressortir toute l’importance de l’Exposition de 1878 aux yeux de ceux qui ont bien voulu l’examiner sous le rapport de la culture des arbres propres aux reboisements, de manière à établir un point de départ pour les études ultérieures.
- Or il est certain qu’aucune des Expositions qui ont précédé celle de 1878 n’a présenté un intérêt plus grand sous le rapport forestier, non seulement eu égard à la grande quantité de plantes exposées, mais encore à la beauté des sujets. Jamais on n’avait vu réunis tant et de si beaux arbres. C’est là un progrès qu’il est important de constater, et c’est ce qu’a fait le jury sur le rapport duquel il a été distribué deux croix de chevalier de la Légion d’honneur, six médailles d’or et cinq médailles d’argent.
- Grâce à cette exposition, l’attention des sylviculteurs doit donc être de plus en plus attirée sur les reboisements des terrains de mauvaise qualité restés jusqu’alors incultes. L’exemple donné par l’Administration des forêts, qui pour la première fois a présenté aux regards les essences qu’elle emploie pour les repeuplements, comme aussi les travaux de toute nature quelle fait exécuter, devra certainement porter ses fruits, mais, je crois devoir le répéter, pour que l’examen attentif qui a été fait de son exposition fût aussi fructueux que possible, il serait nécessaire que le mode d’exécution et que les résultats obtenus fussent connus de tous ceux qui s’occupent de sylviculture.
- Il faudrait donc que des publications, mises à la portée de tous, fussent faites, et cela non pas seulement au point de vue d’une localité, d’une contrée même, mais du pays tout entier; il ne faudrait pas que, comme on l’a fait jusqu’alors, on raisonnât et conclût de cas particuliers au général; c’est à cette manière de présenter les faits qu’on a dû tant d’hésitations, par suite, d’insuccès. Il ne faut pas oublier que les arbres d’espèces si variées que l’on trouve dans la nature ont tous une constitution spéciale; il
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- GRAINES ET PLANTES D’ESSENCES FORESTIÈRES.
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- ne faut pas oublier que, pour croître et acquérir toutes leurs di- Gr. EE. raensions et toutes leurs qualités, il leur faut un sol approprié à leurs besoins, contenant, par conséquent, les sucs nécessaires à leur nourriture, ayant la profondeur indispensable pour qu’ils puissent y développer leurs nombreuses racines pivotantes et traçantes qui doivent servir à les fixer et conduire dans leurs organes les matières assimilables ; ayant le degré de ténacité, de fraîcheur, ou même d’humidité convenable pour que le fonctionnement de ses organes s’opère dans de bonnes conditions. Il ne faut pas oublier, enfin, que pour qu’ils puissent vivre, il faut, en outre, aux arbres un climat, une exposition appropriés à leur nature. Si ces éléments divers ne se rencontrent pas, l’arbre pourra végéter, mais sera au moins languissant; il souffrira et ne donnera que des produits sans valeur. Dans ce cas, on le rejettera des cultures, d’une manière générale, sans s’inquiéter si dans d’autres conditions il n’eût pas rendu de grands services.
- Donc, je ne saurais trop le répéter, il serait indispensable que, si des expériences ont été faites, elles fussent divulguées; si elles n’ont pas eu lieu, il faudrait y recourir.
- Mais les particuliers ne peuvent que difficilement entreprendre ces expériences; s’ils s’y adonnent, ils ne peuvent ou ne veulent pas livrer au public les résultats obtenus. C’est donc au Gouvernement qu’incombe cette tâche; n’a-t-il pas d’ailleurs tout intérêt à ce que les particuliers prennent goûta la culture forestière, à ce que les défrichements soient désormais arrêtés et à ce que tant de terres qui maintenant sont encore incultes ou ravagées par les eaux soient couvertes de végétaux productifs; enfin à ce que tant de forêts encore mal entretenues soient transformées et soumises à une culture plus avantageuse ? Pour en arriver là, il faut faire ressortir l’avantage que procurent les forêts, non seulement comme production, mais encore comme préservatif des inondations, comme protection donnée aux cultures agricoles. L’État dispose d’un personnel instruit, dévoué, prêt à agir lorsqu’il saura que l’Administration est disposée à le seconder et à récompenser ses efforts. Il est donc nécessaire qu’il suive la voie dans laquelle il est entré, qu’il l’élargisse même, en faisant connaître
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- les essais tentés, les résultats bons ou mauvais obtenus, et en les expliquant. Déjà il seconde les' efforts des particuliers par des subventions et des distributions de graines et de plants, mais ce n’est pas suffisant.
- Si le Gouvernement tardait trop ou ne croyait pas pouvoir satisfaire à ce désir, que les sociétés agricoles, maintenant si nombreuses partout, se mettent à l’œuvre; quelles stimulent le zèle de leurs adhérents, et que, dans leurs publications, elles rendent compte des travaux exécutés par eux. Les personnes que ces renseignements intéressent sauront bien aller les puiser à leur source.
- Mais il faut publier; si quelques erreurs sont commises, elles seront rectifiées, et de la discussion jaillira la lumière. N’est-ce pas déjà ce qui se passe dans l’agriculture? Pourquoi n’en serait-il pas de même en sylviculture ?
- A. Pissot,
- Inspecteur des forêts, Conservateur du bois de Boulogne.
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