Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- L’HORLOGERIE.
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- MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe III. — Classe 26.
- RAPPORT
- SUR
- L’HORLOGERIE,
- PAR
- M. C. SAUNIER,
- ANCIEN DIRECTEUR D’ÉCOLE D’HORLOGERIE, AUTEUR DU GRAND TRAITE D’IIORLOGERIE MODERNE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe III. — Classe “26.
- RAPPORT
- SUR
- L’HORLOGERIE.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Japy (E.), président, manufacturier, membre des comités d’ad-j
- mission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878, > France, associé de la Société Japy, Marli et Roux...................)
- Grandjean (J.-B.), vice-président............................. Suisse.
- Saunier (C.), rapporteur, ancien directeur d’école d’horlogerie, membre du comité d’admission à l’Exposition universelle de 1878, membre du jury d’installation de 18G7....................
- Chopard, secrétaire, directeur de l’école d’horlogerie à Besançon.
- Knox (T.-W.)................................................... États-Unis.
- Perret (D.).................................................... Suisse.
- Frodsham (C.).................................................. Angleterre.
- Redier , fabricant d’horlogerie................................\
- Savoye(C.), suppléant, fabricant de montres, membre des co- l France.
- mités d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878................................................................
- France.
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
- Par le nombre considérable des produits réunis au palais du Champ de Mars, l’exposition d’horlogerie de 1878 dépassait de beaucoup toutes celles qui l’avaient précédée. Plus de 58o horlogers y ont pris part, et le nombre des récompenses a été si notablement élevé, qu’il en a été donné à la majorité des exposants.
- Ce dernier fait s’explique et se justifie par des progrès réels
- Classe 26.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. in. réalisés dans plusieurs des diverses brandies de cette industrie, et Cl 26 Par C6^e au^re considération que la quantité des produits à examiner est devenue si excessive, relativement à la brièveté forcée des examens, que le jury, ne voulant laisser aucun mérite sans récompense, a dû pousser peut-être un peu trop loin ses libéralités.
- En présence de cette impossibilité d’entrer dans tous les détails, on comprend sans peine que nous ne puissions donner place ici à toutes les personnalités marquantes, et que nous devions nous restreindre, après une étude des faits industriels, à déduire leurs conséquences économiques pour le présent et celles probables pour l’avenir.
- Mais, avant d’aborder cette tâche, et pour nous la faciliter, il nous paraît utile d’insérer ici un résumé de l’historique de l’horlogerie. Nous le croyons nécessaire, d’abord comme fournissant la preuve de la vérité de cette affirmation de notre illustre maître et devancier, M. le baron Séguier : « L’horlogerie est une des gloires de la France,» et ensuite pour faire justice d’un certain nombre d’assertions erronées, qui, sans cesse, se reproduisent dans les notices scientifiques qui ont l’horlogerie pour objet.
- SECTION I.
- NOTICE HISTORIQUE.
- Nous n’irons pas plus haut que le x° siècle. C’est l’époque où l’horlogerie, purement mécanique, venait de naître par l’adjonction, aux rouages des clepsydres déjà très savamment combinées, du poids moteur et du premier de ces dispositifs connus depuis sous le nom général d’ échappements.
- Trois opinions, mais non fortifiées de preuves suffisantes, ont été émises au sujet de l’invention du premier échappement, celui dit à palettes. Les uns ont prétendu qu’il résultait des recherches et des travaux de plusieurs savants; les autres lui donnent une origine arabe, et d’autres encore, une origine allemande. Enfin le plus grand nombre des auteurs l’attribue à Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II, et lorsqu’il n’était encore qu’évêque dé Magdebourg.
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- HORLOGERIE.
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- Un auteur allemand avance, à ce sujet, une opinion qui, à dé- Gr. III. faut d’autre mérite, ne manque pas d’originalité; il énonce gra- C1~6 vement que, si l’invention a été faite par l’archevêque de Magde-bourg, cela prouve qu’elle est allemande. Pourquoi n’a-t-il pas ajouté, comme preuve, que Gerbert, moine français devenu pape, est né à Aurillac ( Cantal ), où on lui a élevé une statue?
- Un fait curieux et digne d’être signalé, c’est que les progrès de l’horlogerie n’ont pas eu pour point de départ les besoins de la science ou de la vie civile, mais bien les exigences de la vie monastique.
- Au commencement du xif siècle, Cîteaux possédait une horloge à sonnerie. L’histoire cite également des horloges d’origine sarrasine et d’origine allemande, existant au xmc siècle. Dans la première moitié du xiv° siècle, les Allemands, les Hollandais, les Flamands et les Français fabriquaient avec succès de grosses horloges et des horloges d’appartement.
- L’horloge du Palais de justice de Paris, datant de i3yo, n’est pas la première, comme l’alïirment presque toutes les notices officielles, qui ait été faite en France, puisque la ville de Caen possédait une horloge publique à sonnerie dès i3iù.
- Ces premiers appareils horaires étaient combinés par des savants et exécutés par des ferrons (d’où sont venus Jebvre et lefebvre), c’est-à-dire des ouvriers travaillant le fer. Leur échappement était il foliol; on nommait ainsi leur balancier, consistant en un axe muni de deux palettes et suspendu à une cordelette. Cet axe portait en croix une traverse supportant deux petits poids à ses extrémités; par leur éloignement ou leur rapprochement du centre de mouvement on réglait l’horloge.
- Les premières montres authentiques firent leur apparition à Nuremberg, vers i5oo. Si nous en jugeons par une de ces pièces que nous avons eue sous les yeux, elles étaient fort grosses, de forme ovale, et devaient être très gênantes lorsqu’on les portait sur soi.
- Les montres de la période qui suit avaient pour organe régulateur ou un petit balancier annulaire ou une barre à deux poids, comme un foliot. Au moyen de deux butoirs, dont un, sinon les deux, pouvant se déplacer, on réglait l’étendue de l’oscillation du
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- foliot et, par suite, la rapidité de son mouvement. Un peu plus tard, on fixa sur l’axe du balancier un petit ressort droit, et c’était lui qui allait en fléchissant, et alternativement, s’appuyer sur les butoirs. Le progrès était notable, et quelques-uns ont vu là l’origine, mais bien rudimentaire, du spiral dès montres actuelles.
- Les progrès de l’horlogerie furent plus rapides en France que dans aucun autre pays. Il s’y était formé une véritable pléiade d’artistes, horlogers, orfèvres et bijoutiers en même temps. Leurs œuvres, extrêmement remarquables pour l’époque et surtout eu égard à la pénurie des moyens d’exécution, se retrouvent encore dans les collections des riches amateurs.
- On rencontre également de très belles pièces signées de noms d’horlogers allemands; mais nous n’avons trouvé nulle part la preuve qu’il existât dans leur pays un centre producteur important, tandis qu’en France deux fabriques (nous employons ce mot moderne, bien qu’il ne dise qu’improprement la chose) existaient déjà. Celle de Blois, que nous croyons avoir été la plus considérable, égalait en importance, relativement, bien entendu, aux conditions économiques de l’époque, les célèbres fabriques du Genève actuel.
- Les guerres de religion, puis leur dernier acte, la révocation de l’édit de Nantes, désorganisèrent cette industrie horlogère si florissante, et chassèrent ses meilleurs maîtres et ouvriers en Angleterre, en Prusse et en Suisse. Charles Cusin, le parent de Henry Cusin, l’horloger de Henri IV, émigra à Genève, et, aidé de quelques-uns de ses compatriotes, ainsi que le prouverait l’importance extraordinaire que prit la nouvelle industrie, puisqu’en treize ans elle put former un corps de métiers, il y commença la fabrication des montres.
- Les progrès des horlogeries anglaise et suisse furent très rapides. L’horlogerie française, industriellement parlant, fut stationnaire durant un siècle et plus, mais elle ne cessa d’occuper le premier rang par la beauté des ouvrages (souvent copiés à l’étranger) du petit nombre de ses artistes et par le mérite de leurs inventions, comme va le prouver l’énumération qui suit.
- Galilée eut le premier la pensée d’appliquer le pendule aux
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- HORLOGERIE.
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- horloges, en employant un échappement qui lui est propre et fort Gr. m. original; mais l’application ne fut faite qu’après sa mort par son fils, et il la tint secrète.
- Huyghens présenta, en 1667, aux Etats de Hollande, une horloge avec échappement à palettes ayant un pendule pour régulateur.
- L’application au balancier des montres du ressort réglant, en terme technique le spiral, fut précédée d’essais faits avec un ressort à lame droite ou ondée. Hooke aurait eu le premier l’idée du spiral actuel, et l’aurait réalisée dans une montre qui resta enfouie dans des cartons de la Société royale de Londres. Huyghens ayant en 167/1 fait exécuter une montre munie d’un spiral, et cette adjonction réalisant un progrès considérable, il se fit autour de cette montre un grand bruit, qui amena des revendications passionnées de la part de Hooke en Angleterre, et de Hautefeuille en France.
- L'échappement à ancre des pendules est dû à Hooke. Graham lui donna la forme qui convient aux pièces de précision. En outre, il inventa Y échappement à cylindre et le pendule compensateur à mercure.
- Harrisson construisit le premier pendule compensateur à tringles, dit pendule à gril, et employa le premier une lame bimétallique pour produire un effet de compensation des écarts de la température.
- Amant, de Paris, inventa l’échappement à chevilles des horloges.
- La loi de l’isochronisme des oscillations du pendule fut découverte par Huyghens.
- La fabrication des pendules commençait à Saint-Nicolas-d’Alier-mont vers 169A.
- Julien Le Roy disposa le premier les rouages d’une horloge sur un plan horizontal.
- On doit à son fils, Pierre Le Roy, l’échappement Duplex, le premier échappement libre, les premiers essais et le dessin du balancier compensateur à bras bimétalliques, une compensation rectiligne au moyen du mercure, et enfin il a, le premier, formulé clairement, pratiquement, une loi de l’isochronisme des oscillations d’un balancier uni à un spiral.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Ces magnifiques découvertes sont encore aujourd’hui la solide base de la chronométrie moderne.
- Ferdinand Berthoud donna une explication géométrique de la loi de l’isochronisme de P. Le Roy. Il transforma l’échappement libre de ce dernier en un échappement à détente, où le ressort de dégagement était placé sur un disque porté par l’axe du balancier.
- Frédéric Japy commençait alors, vers 1770, la fabrication des montres à l’aide des machines, et plus tard il y ajouta celle des roulants de pendules.
- Vers la même époque les horloges de Paris, sous l’impulsion des Lepaute, avaient acquis une réputation européenne et incontestée.
- La modification de l’échappement à ancre, qui rendait possible son application aux montres, est attribuée à Mudge.
- Arnold réalisa sur des dimensions réduites le balancier publié par P. Le Roy; il modifia l’échappement de Berthoud en adaptant le petit ressort de dégagement, qui était courbe ou rectangulaire, à l’extrémité de la détente, et plus tard modifia encore cette disposition, en faisant le petit ressort droit. Il employa le ressort réglant hélicoïde dans d’autres conditions que celles indiquées par Hautefeuille, et le pourvut de courbes terminales. Antérieurement, Gourdain avait proposé l’emploi de courbes propres à donner l’isochronisme des oscillations du balancier; mais le peu de clarté des explications que nous possédons sur le sujet ne nous permet guère de savoir en quoi ces courbes consistaient.
- En résumé, et pour clore la série des découvertes du siècle dernier et du commencement de celui-ci, nous ferons remarquer que l’échappement du chronomètre moderne, ce chef-d’œuvre de l’industrie unie à la science, ne doit être baptisé d’aucun nom propre, parce qu’il est le résultat des travaux, les uns successifs, les autres simultanés, de quatre célèbres horlogers : Arnold et Earnschaw en Angleterre, Louis Berthoud et A. Bréguet en France.
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- HORLOGERIE.
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- SECTION II.
- PRODUCTION GÉNÉRALE.
- Gr. in,
- Cl. 26.
- OBSERVATIONS PRELIMINAIRES.
- Nous terminons pour ainsi dire au seuil de l’industrie moderne ce résumé historique des progrès antérieurs de l’horlogerie. Nous l’avons fait assez complet, parce qu’il nous a paru essentiel que l’on connût bien la large part que notre pays a eue à ces progrès. 11 nous reste maintenant à rechercher et à constater, dans l’admirable compendium des produits de toutes les activités humaines qui étaient réunis au palais du Champ de Mars, quel est l’état actuel de l’industrie de l’horlogerie, et quelles sont ses tendances vers une production ou plus parfaite ou accessible aux moindres bourses.
- Nous ne nous contenterons pas de tirer un jugement de l’examen des objets exposés, car certains genres étaient insuffisamment représentés, et nous aurons à regarder parfois au delà des murs de l’Exposition. Autrement, nous risquerions de donner une idée inexacte des qualités ou de l’importance de plusieurs des branches de l’industrie horlogère, soit étrangère, soit nationale.
- Grosse horlogerie.
- La grosse horlogerie était bien représentée. Nous n’avons pas à signaler d’importante amélioration, mais seulement une recherche de perfectionnement, pas toujours heureuse, des échappements et des remontoirs d’égalité et une très belle exécution chez quelques-uns de nos principaux fabricants.
- Les horloges américaines accusent des progrès de main-d’œuvre. Elles étaient généralement munies de l’échappement de gravité, et sont construites sur le système des horloges anglaises, et un peu lourdes de formes et d’aspect.
- La Suède avait apporté de belles et bonnes pièces dans ce genre d’horlogerie. Le fer ou la fonte y étaient employés avec succès pour
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. m. certains organes qui, chez nous, se font en bronze ou en laiton :
- avantage qui tient uniquement à la nature des excellents fers de
- Cl. 26. c , .
- ouede.
- En résumé, nous avons encore la supériorité pour la beauté de l’exécution et la bonne disposition de l’ensemble, mais il ne faut pas que nos fabricants oublient deux choses :
- La première, qu’il se fait en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, de bonnes horloges, dont quelques-unes accusent un travail français ou fait par des élèves d’ouvriers français ; la seconde, que l’instruction en mécanique paraît progresser plus rapidement à l’étranger que chez nous.
- Les deux principaux centres de production sont, en France, Paris et Morez-du-Jura. Le chiffre de cette production est porté, par des hommes compétents et en position d’être exactement renseignés, à 2,5oo,ooo francs par année.
- Pendules électriques, pneumatiques, et unification de l’heure.
- La question de l’heure donnée électriquement dans un grand nombre d’endroits à la fois, ou l’unification de l’heure à l’aide de l’électricité ou de la pneumatique, n’a pas été tranchée par l’Exposition de 1878.
- L’électricité, avec de beaux succès, a bien avancé d’une étape depuis 1867, mais elle ne paraît pas encore être arrivée au point qui permettra à l’horlogerie électrique de devenir une nouvelle et importante branche de l’industrie.
- Quant aux horloges pneumatiques, un essai sur une grande échelle, autorisé par la ville de Paris, n’ayant pas encore eu lieu, leur emploi dans la ville de Vienne, que l’on affirme êlre fort satisfaisant, reste seul pour faire augurer des avantages qu’elles pourraient offrir sur les horloges électriques. Ces avantages étant encore discutés, nous devons rester sur la réserve.
- Le problème de l’unification de l’heure n’a donc pas été résolu, du moins définitivement, par les appareils présentés à l’Exposition, mais de nouveaux travaux, s’ajoutant aujourd’hui à ceux dont les résultats sont connus, permettent d’espérer que la solution est prochaine.
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- HORLOGERIE.
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- Pendules diverses.
- Gr. III.
- L’industrie de la pendule a pris, en France, un très grand développement, qui excite plus d’une convoitise chez des nations voisines. L’augmentation depuis 1 86y a été de a5 à 3o p. o/o. L’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, plusieurs Etats d’Amérique et, pour une moindre part, le plus grand nombre des autres pays sont nos tributaires.
- Trois grands centres de fabrication existent en Allemagne, aux Etats-Unis et en Autriche.
- Les produits allemands et autrichiens ont pour marchés principaux l’Allemagne, l’empire Auslro-Hongrois, la Russie, les pays du Nord et de l’Orient.
- Les Etats-Unis se suffisent à eux-mêmes pour la pendulerie ordinaire, et ils en exportent déjà dans d’autres Etats d’Amérique, en Australie et beaucoup en Angleterre. Ils tirent de France leurs belles pendules.
- Ces trois grands centres de concurrence ne sont pas encore redoutables pour nous, mais pourraient le devenir, soit par l’excessif bon marché de leurs produits de basses qualités, qui sont vraiment fort grossiers d’aspect, soit par l’amélioration de leurs meilleurs produits. L’horlogerie autrichienne est bien supérieure aux deux autres, dans ses petits régulateurs de salle à manger, dont les mouvements sont cl’un très bon travail. Là le moteur est un poids, qui est un élément certain de régularité de marche, mais l’effet en est disgracieux pour l’œil.
- Une maison de Paris a commencé l’établissage des pendules murales à l’instar des viennoises ; ses modèles avaient bon aspect, et étaient cotés à des prix légèrement inférieurs à ceux des horloges de Vienne.
- Les inventions en pendules, relativement assez nombreuses, n’élaient, pour la très grande part, que de vieilles nouveautés, exception faite pour plusieurs conceptions mécaniques originales, d’une très bonne exécution, et propres à fournir des motifs de modèles gracieux et de bon goût; faisons aussi une réserve pour un certain nombre de pendules portatives, dites pièces de voyage,
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- dont les roulants, venant de fabriques, nous ont paru un peu supérieurs à ee que nous avons vu en 1867. Nous en dirons autant de l’ornementation des boîtes.
- Montres.
- Les quatre grands centres de fabrication des montres, classés par importance commerciale, sont : la Suisse, la France, l’Amérique et l’Angleterre.
- Pour les montres compliquées, la Suisse est sans rivale. Pour les belles montres civiles et de précision, l’Angleterre et la Suisse, avec des genres différents, marchent de pair.
- Les fabriques françaises de Besançon mettent dans le commerce, avec leur genre dit bon courant, une horlogerie saine et de bon aloi et qui, en peu cl’années, leur a conquis la presque totalité du marché français. Ces fabriques ont commencé, depuis quelques années déjà, et avec succès, la fabrication de la montre de précision. L’érection, à Besançon, d’un observatoire chronométrique aidera puissamment au développement de la production de la belle horlogerie, et nous devons signaler, dans un autre ordre de faits, de précieux éléments de succès dans les progrès vraiment notables qu’on y a faits dans la décoration et la bonne disposition des boîtes.
- Quant aux montres américaines, elles offrent relativement peu de variété dans les formes; mais, quoique leurs mouvements n’aient ni l’élégance, ni le fini de ceux des belles pièces suisses et françaises, elles n’en sont pas moins de bonnes montres et d’un usage généralement sûr.
- Les inventions en montres étaient de mince valeur. Plusieurs d’entre elles accusaient l’oubli ou l’ignorance de ce qui a déjà été fait en horlogerie.
- Chronomètres.
- La fabrication des chronomètres de marine n’a d’importance vraiment commerciale qu’en Angleterre. Ce qui s’explique par les besoins de sa marine, la plus nombreuse du globe, et parce que, de longue date, ses fabricants ont établi des dépôts de chrono-
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- HORLOGERIE.
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- mètres dans tous les grands ports du monde. Là viennent se pour- Gr. m. voir la plupart des marines étrangères. Les chronomètres anglais de premier choix ne laissent rien à désirer comme régularité de marche et beauté d’exécution.
- La F rance vient ensuite, avec de très beaux produits, mais avec un chiffre de production beaucoup moindre. Elle a gardé le premier rang, au point de vue de l’exécution soignée et des résultats pratiques obtenus; mais, industriellement, elle est restée stationnaire, par manque d’initiative peut-être chez ses fabricants.
- Les encouragements de l’Etat leur sont nécessaires, si l’on ne veut voir péricliter cette branche des arts de précision, illustrée par tant de maîtres français, et si l’on veut qu’elle reste ou redevienne, chez nous, la haute école de l’horlogerie de précision.
- 11 se fait de bons chronomètres en Hollande, en Danemark.
- Les Etats-Unis, l’Allemagne surtout, et la Suisse, qui est loin des mers, font des efforts pour créer chez eux des centres de concurrence. Les résultats commerciaux ne peuvent être que fort restreints. Ce serait donc simplement pour donner satisfaction à un amour-propre national, ou plutôt, comme nous aimons à le croire, pour avoir chez soi une école d’horlogerie de précision, que ces tentatives sont faites.
- Les inventions en chronomètres avaient pour objectif, comme en 1867, la recherche d’une compensation additionnelle exacte.
- PI usieurs modèles offraient beaucoup d’intérêt, mais n’apportaient pas encore la solution définitive du problème posé.
- Fournitures d’Horlogerie.
- La division du travail, la concentration, sur certains points du territoire, de la fabrication des pièces spéciales, ont créé l’industrie des accessoires, des parties détachées, dites fournitures cl’hor-logerie, telles que boîtes de réveil et autres, ressorts, cadrans, aiguilles, verres, chaînes, pignons, parties isolées des échappements, petits échappements montés sur des plaques, etc., auxquels il faut joindre encore tous les outils servant dans les travaux de l’horlogerie. (Ces outils étaient rangés clans la classe 61.)
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- Tout cela donne lieu, en Angleterre, en France et en Suisse, à un commerce important et qui suit deux courants : l’un se dirige vers les grands et petits centres de production et pourvoit ;\ leurs besoins; l’autre, par l’intermédiaire des marchands ambulants, va renouveler les assortiments des horlogers marchands dits rhabilleurs.
- Les grands centres de production de la fourniture d’horlogerie, chez nous, sont Paris et les départements du Doubs, du Jura et de la Haute-Savoie. En dehors de ces centres, quelques autres, plus petits, sont dispersés ça et là en France. Les affaires résultant de l’industrie de la fourniture s’élèvent à un nombre assez respectable de millions, mais il n’est guère possible d’en donner le chiffre exact, parce que, pour plusieurs articles, nous sommes tributaires de la Suisse, qui, de son côté, reçoit beaucoup des nôtres. Sur une moindre échelle, nous envoyons également en Allemagne, aux Etats-Unis.
- Les renseignements que nous pourrions ajouter aux précédents se trouveront un peu plus loin, quand nous aurons à nous occuper en particulier de chaque centre de production en France.
- Tableau sommaire de la production générale.
- Le rapide coup d’œil que nous venons de donner aux produits des industries horlogères de la France et de l’étranger nous permet d’avoir, dès à présent, une vue assez nette du tableau d’ensemble; mais nous croyons qu’il est nécessaire de le corroborer par des chiffres, pour bien faire comprendre la valeur des intérêts en présence.
- Les chiffres officiels, sauf pour les objets soumis au contrôle de l’Etat, offrent de nombreuses lacunes, qui tiennent à des causes qu’il serait oiseux peut-être d’expliquer ici. Malgré le mauvais vouloir que nous avons rencontré un peu partout, nous avons réussi, par de patientes investigations, à combler suffisamment ces lacunes. On comprend sans peine que nos chiffres sont donnés simplement comme sérieuses approximations, et que, même à ce seul titre, et à défaut de documents absolument exacts sur les points qu’on pour-
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- HORLOGERIE.
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- rait nous contester, ils ofïrent une utilité qui ne nous paraît pas Gr. m. devoir être mise en doute.
- Cl. 26.
- Les chiffres suivants indiquent donc plutôt les chiffres des affaires immédiates auxquelles donne lieu l’horlogerie de chaque pays que sa fabrication proprement dite. En nombres ronds, la production générale en horlogerie est environ de :
- Francs.
- France. Chronomètres, montres, pendules, horloges....... 64 millions.
- Suisse. Montres......................................... 6o
- Amérique. Montres et pendules........................... 32
- Angleterre. Chronomètres, montres....................... 16
- Autriche. Pendules...................................... îo
- Allemagne. Pendules..................................... 25(l)
- A propos de l’Angleterre, il est bon de rappeler, quoique nous ayons à revenir sur ce sujet, qu’à côté de sa propre production, elle fait un commerce important de montres suisses et même de pendules françaises, ce qui ajoute aux avantages de sa production, et en plus du chiffre des 16 millions, les bénéfices que sait réaliser un intermédiaire actif.
- SECTION III.
- STATISTIQUE PARTICULIERE DE LA PRODUCTION FRANÇAISE.
- Avant de tirer des conclusions, c’est-à-dire de faire connaître les enseignements qui ressortent, pour notre industrie, de l’examen de l’ensemble des industries étrangères, il est absolument nécessaire d’entrer dans de nouveaux et plus complets détails en tout ce qui concerne notre horlogerie purement nationale, et c’est ce que nous allons faire.
- Dans cette partie de notre travail, nous aurons à faire de fréquents emprunts au rapport présenté, au nom du Comité d’admission, par MM. E. Japy, C. Saunier et Ch. Savoye.
- (l) Ce tableau a déjà été publié dans la Revue chronométrique, précédé et suivi des explications qu’il comporte et que leur étendue ne nous permet pas de reproduire ici.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. in.
- Cl. 26.
- Centres français de fabrication.
- Il y a en France six grands centres de fabrication de différents genres d’horlogerie : Paris, Besançon, le pays de Montbéliard, Morez-du-Jura, Cluses et Saint-Nicolas-cTAliermont.
- Paris est le grand marché pour la vente des montres. Il n’en fabrique pas, quoiqu’il ne fût certainement pas bien difficile d’y établir des montres comme on le fait à Londres. Aucune ville n’est dans une meilleure situation que Paris pour l’établissage de la montre artistique et de fantaisie; nos fabricants le savent bien, mais aucun n’a eu encore le courage d’une patriotique initiative.
- Paris livre annuellement au commerce, outre ses belles horloges monumentales, environ 260,000 pendules et 300,000 réveils, huitaines, etc., terminés et emboîtés, et dont les ébauches, dites roulants, sont tirées des usines de la Franche-Comté et de Saint-Nicolas.
- Il en est de même pour les télégraphes, les jouets, les lampes, les compteurs divers, à rouages d’horlogerie, terminés et vendus à Paris.
- La fourniture pour tous ces articles se fait, pour la presque totalité, à Paris ou dans ses environs. Le chiffre des affaires résultant de cet ensemble de produits est estimé à 2 3 millions de francs environ. La population horlogère comprend, avec les horlogers en boutique, environ 2,000 patrons et 6,000 ouvriers et employés. Les salaires varient de h à 8 francs par jour pour les hommes, de 3 à 6 francs pour les femmes.
- Les petits outillages pour la fabrication des diverses branches de la fourniture sont très multipliés. Mais l’usage des machines puissantes mues par la vapeur a fait peu de progrès, sauf pour la fabrication des ressorts moteurs et de quelques fournitures, qui emploient des machines perfectionnées.
- Besancon est le centre d’une très importante fabrique de montres, qui emprunte ses éléments, pour la très grande part, aux départements voisins et, pour une petite part, à la Suisse. Dans cet échange, la France fournit plus qu’elle 11e reçoit.
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- HORLOGERIE.
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- Le chiffre des affaires de la fabrique de montres de Besançon est de 2 U millions de francs.
- Cette fabrique doit sa naissance à l’immigration, à Besançon, d’une colonie de Neuchâtelois, ayant abandonné leur pays à la suite de dissensions politiques. On peut mesurer les progrès accomplis par la simple énonciation des chiffres suivants :
- Elle a présenté au contrôle, en i846, 5/1,199 montres; en 1876, 455,968 montres.
- Le nombre des fabricants s’élève à 191.
- Celui des ouvriers est entre /i,ooo à 5,000, mais la population qui vit directement de l’horlogerie compte de i5,o'oo à 16,000 personnes. La population horlogère de tout le département du Doubs s’élève actuellement à plus de 4o,ooo personnes.
- Les salaires à Besançon, pour ouvriers et ouvrières, varient entre 3 francs et 10 francs par jour. Le travail est le plus souvent manuel et se fait isolément, en famille ou en petits ateliers. Les outils-machines d’une certaine puissance sont peu employés; ils n’ont pas été jusqu’ici jugés indispensables aux progrès de l’industrie horlogère. On prévoit le moment où il en sera autrement et où le travail en manufactures deviendra nécessaire, et l’on redoute ce moment, qui ne permettra plus aux ouvriers le travail en famille.
- Trois usines à vapeur manipulent et préparent l’or et l’argent pour les boîtes, etc. En 1876, on a fondu dans ces établissements 5,ooo kilogrammes d’or et i5,ooo kilogrammes d’argent, d’une valeur intrinsèque de 19 millions de francs.
- Besançon approvisionne le marché français dans la proportion de 89 p. 0/0 environ. Sa production principale est en montres à cylindre; mais celle des montres à ancre a pris de l’importance et possède des éléments qui lui permettront de faire face à tons les besoins de l’avenir.
- L’importante école d’horlogerie de Besançon, très bien représentée à l’Exposition, ne peut que contribuer à augmenter la réputation industrielle de cette ville et le nombre de ses bons ouvriers.
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- Pays de Montbéliard. — Montbéliard, avec plusieurs des loca-
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- lités qui l’avoisinent, est, comme nombre cle pièces fabriquées, notre plus grand centre de production. Les grandes usines si puissamment outillées de Beaucourt, Montbéliard, Berne (Doubs), livrent annuellement au commerce 120,000 douzaines de mouvements de montres (dont 80,000 fournis par Beaucourt), le plus grand nombre à l’état d’ébauches, une moindre quantité en mouvements finis, c’est-à-dire que l’ébauche est pourvue d’un rouage, et enfin un certain nombre achevés, c’est-à-dire complétés par un échappement et même emboîtés.
- En dehors des grandes usines, fonctionnent un certain nombre de petits ateliers.
- Un quart de la production, concernant les ébauches de montres, va alimenter les ateliers bisontins; les trois autres quarts s’écoulent en Suisse.
- Les mêmes usines et quelques autres de moindre importance produisent également par année plus de h00,000 mouvements de pendules de toutes sortes, des rouages télégraphiques, des compteurs, qui vont, pour une énorme part, alimenter les fabriques de Paris, et, pour une petite part, celle de Morez, qui réussit, malgré la formidable concurrence de la Forêt-Noire, à écouler en Allemagne même une partie de ces mouvements tout achevés et vendus comme horlogerie de Morez.
- Les usines de Beaucourt ont créé depuis quelques années une grande variété de petites ou moyennes pendules, qu’on livre finies et emboîtées. Le bas prix de ces objets a empêché l’introduction chez nous de la pendule américaine et de la pendule allemande, et nous a permis d’aller les combattre, et avec un certain succès, sur les marchés étrangers.
- A Sainte-Suzanne existe une grande fabrique de boîtes à musique, dont les produits s’exportent dans le monde entier. Son outillage est puissant et perfectionné.
- Enfin, il sort chaque année du pays de Montbéliard plus de 18,000 échappements à ancre ou à cylindre, tout terminés et montés sur plaques pour être adaptés aux pendules portatives. Ils sont expédiés, pour la presque totalité, sur Paris et Saint-Nicolas-d’Aliermont. Les fournitures telles que ancres, cylindres,
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- spiraux, rubis, etc., sortent d’un grand nombre de petits ateliers dispersés dans les villages.
- Le nombre des ouvriers est de 8,000. Les salaires sont, en moyenne, de 4 francs, hommes, 2 francs, femmes, et 1 fr. 5 0 cent., enfants.
- La valeur de la production est estimée à g millions de francs.
- Malgré une hausse de 20 p. 0/0 sur les salaires, les prix de revient ont été réduits ; ce qui est attribué aux perfectionnements apportés à l’outillage automatique des usines, qui emploient de puissants moteurs ou à vapeur ou hydrauliques.
- Morez-du-Jura. — On y produit annuellement 70,000 horloges de campagne ou de cuisine, dites horloges comtoises, 30,000 lour-nebrocbes et 20,000 pendules diverses, dont les ébauches sont, en grande partie, tirées d’ailleurs.
- Plusieurs maisons y fabriquent avec succès la grosse horlogerie. Elle a fait de sensibles progrès, mais il lui en reste encore à faire.
- La valeur totale de la production est estimée à k millions de francs.
- Le nombre des ouvriers est de 4,000 ; le salaire moyen, pour homme, 3 fr. 5o cent.; pour femme, 1 fr. 76 cent.
- Le travail se fait généralement en famille. L’enfant peut y participer de bonne heure. Cette circonstance, l’habileté des ouvriers, le bas prix des salaires, expliquent pourquoi, sauf pour la grosse horlogerie, l’outillage ne s’est pas sensiblement perfectionné.
- Une nouvelle industrie, la lunetterie, s’est implantée à côté de l’horlogerie, dont le chiffre d’affaires n’a plus augmenté. C’est l’extension qu’a prise la lunetterie qui a amené depuis 1867 une augmentation de 1 5 p. 0/0 sur les salaires.
- Morez ne fabrique pas de montres, et cependant ses comptoirs en vendent en France et en Espagne environ 20,000 chaque année. Elles sont de provenance suisse ou bisontine.
- Nous aurons à rapprocher ce fait de ce qui se passe en Angleterre, où de nombreux comptoirs s’enrichissent par le courtage de montres faites en Suisse.
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- Classe ü(i.
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- Cluses. — La petite ville de Cluses, clans la Haute-Savoie, et une quantité de petites localités plus ou moins rapprochées forment un groupe très industrieux. Un millier environ d’ouvriers produisent pour une valeur de i,5oo,ooo francs en ébauches de montres, pignons, fraises diverses, remontoirs, pièces détachées, comme roues, arbres de barillets, etc., dont la plus grande partie est expédiée en Suisse.
- Deux établissements, croyons-nous, emploient une petite force motrice à vapeur ou hydraulique. Il y a beaucoup de petits ateliers, et le travail en famille. La moyenne des salaires est : pour homme, 2 fr. 5o cent. ; pour femme, î fr. 5o cent.
- La situation est, à peu de chose près, ce qu’elle était en 1867, ce qui doit être attribué à la crise industrielle que subit la Suisse depuis quelques années. Ses achats ont dû être moins actifs, mais les demandes venues d’ailleurs ont comblé le déficit.
- Cluses possède une école nationale d’horlogerie, dirigée par un artiste de grand talent, M. Benoit.
- Saint-î\tcolas-d’Aliermont. — C’est une petite ville de l’arrondissement de Dieppe, qu’on peut considérer comme le berceau delapen-dulerie française, puisqu’elle y est fabriquée depuis plus d’un siècle et demi. Il s’y fait des régulateurs, mouvements télégraphiques, pendules diverses, pendules dites de voyage et, en général, toute la petite pendulerie, comme huitaines, réveils à bon marché, etc.
- Saint-Nicolas envoie une partie d’ébauches à Paris, mais aujourd’hui il termine sur place et exporte directement la plus grande partie de ses produits.
- 11 possède une fabrique de chronomètres; quelques-uns sont terminés sur les lieux pour être livrés à la marine. Le plus grand nombre est expédié à l’état de blancs roulants aux horlogers de la marine, qui les terminent et les règlent.
- La valeur totale de la production de Saint-Nicolas, qui ne dépassait pas 1,200,000 fr. en 1867, est aujourd’hui dei,5oo,ooo fr. La population horlogère, au total de neuf cent cinquante personnes, se dénombre en cinq cents hommes, trois cents femmes et cent cinquante enfants.
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- Les salaires moyens sont : pour les hommes, 3 fr. 5o cent.; Gr. m. pour les femmes, 1 fr. 5o cent.
- On y compte douze maisons de production, dont quelques-unes ont un outillage mécanique. Une ou deux emploient des machines automatiques mues par un moteur hydraulique ou à vapeur, d’une moyenne puissance.
- Malgré une hausse d’environ 20 p. 0/0 sur les salaires depuis 1867, les prix de vente ont baissé. On attribue ce dernier avantage à quelques progrès réalisés dans l’outillage et les moyens mécaniques, et aussi, sur quelques articles, à une légère diminution dans la qualité du produit.
- Production totale française et sa situation d’ensemble.
- En résumé, on peut évaluer, comme on l’a vu, la production totale de la France et le commerce auquel elle donne lieu à environ 64 ou 65 millions de francs.
- Le nombre des ouvriers de ses fabriques est d’un peu moins de 3o,ooo, non compris les ouvriers horlogers dits rhabilleurs, au nombre d’au moins 35,ooo.
- Le prix de la main-d’œuvre a partout augmenté, et les prix de vente ont baissé, ce qui indique une amélioration dans les moyens de production.
- Cette main-d’œuvre entre en moyenne, dans l’horlogerie proprement dite, pour 5o p. 0/0 dans le prix de revient.
- On le voit par ce très court résumé, l’horlogerie est une de nos meilleures industries, et elle mérite à coup sûr toute la sollicitude du Gouvernement.
- Trois faits saillants sont à noter ici : augmentation considérable de la production, réduction des prix de vente, ce qui favorise l’écoulement des produits, et élévation des salaires. Sur ce dernier point, nous ne croyons pas qu’il y ait dérangement d’équilibre en faveur des ouvriers, mais que cette augmentation est simplement corrélative à l’élévation des prix des objets de nécessité usuelle.
- Tout cela indique que l’industrie horlogère en France est dans une situation satisfaisante, relativement à l’horlogerie étrangère;
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- Gr. m. mais clés points noirs sont visibles à l’intérieur et à nos frontières, 2g et nous ne conserverons notre rang qu’au prix de nouveaux efforts.
- En un mot, il faut sans retard organiser sur un plan nouveau et compléter notre enseignement technique et professionnel, et améliorer toujours, sans cesse, notre outillage industriel.
- Ce sujet fera l’objet de notre dernière section.
- SECTION IV.
- RÉSUMÉ GÉNÉRAL.
- États respectifs des industries horlogères française et étrangère.
- De T examen attentif et raisonné des produits de l’horlogerie exposés en 1878, en y comprenant les produits allemands, quoiqu’ils fussent absents, mais que nous connaissons suffisamment, on peut conclure que la France a maintenu sa supériorité dans la grosse horlogerie, dans plusieurs branches de la fourniture, dans les régulateurs de précision et les pendules.
- En Autriche seulement on fabrique en nombre des pendules murales aussi bien exécutées que les bonnes pendules de Paris.
- Quant aux fabriques françaises de montres de Besançon, elles ont constamment progressé. Tout fait espérer qu’avant peu elles auront achevé la conquête, déjà fort avancée, du marché national. Mais si nos fabricants veulent sérieusement tenter l’exportation de leurs produits, il faut qu’ils poussent plus vivement au développement de la fabrication des montres à ancre et se mettent sur cet article sur le pied des Suisses et des Américains.
- Le système américain de fabrication des montres a fourni le sujet de longues discussions. Il serait sans utilité ici d’inscrire une opinion, et nous n’avons que le devoir de mettre en relief ce fait de la formation, pour ainsi dire tout d’une pièce,' et dans un temps relativement d’une grande brièveté, d’un centre industriel très important. Avec un petit nombre d’ouvriers, mais d’ingénieuses machines, qui deviennent les multiplicateurs du premier
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- travail à la main, les Américains ont pu produire considérable- Gr. m ment, et ont créé, dans leurs, bonnes qualités du moins, une montre excellente et qui aspire à prendre place sur les marchés européens. Déjà, d’après des renseignements que nous avons tout lieu de croire exacts, ils en écoulent en Europe entre 30,000 et âo,ooo par an.
- Nous ne voyons pas que nos fabricants français aient à craindre en France, actuellement, cette concurrence, mais ils peuvent être certains de la rencontrer à l’étranger, et il est peu probable que ce soit avec des montres à cylindre qu’ils puissent obtenir un succès; qu’ils se souviennent donc de notre remarque de plus haut.
- Comme nous l’avons déjà dit, la Suisse est sans rivale pour les montres compliquées. En ce genre, elle produit d’admirables ouvrages. Elle fabrique en grande quantité toutes les variétés de montres, depuis les belles pièces de précision jusqu’aux pièces de la plus basse qualité. L’emploi des machines s’y multiplie de plus en plus et, eu égard à la surabondance momentanée de sa population ouvrière et aux nécessités qui peuvent l’obliger à travailler à bas prix, il est à craindre que le mercantilisme, la spéculation , ne provoquent encore de nouvelles réductions des prix de vente et ne réagissent sur les prix de Besançon. Avis à qui de droit.
- Comme il a déjà été dit plus haut, les montres anglaises méritent toujours leur grande réputation. Elles se maintiennent à un haut prix; ce qui s’explique : ces montres sont acquises généralement par l’aristocratie du pays, qui se fait un point d’orgueil national d’affirmer la supériorité de l’horlogerie anglaise, et qui la paye en conséquence. Pour les montres de qualité moindre, l’Angleterre en vend beaucoup plus quelle n’en produit, et cependant il ne semble pas qu’il lui fût difficile d’en fabriquer davantage.
- Le fait est digne de remarque. Est-il le résultat de conditions économiques qui se sont imposées? Tient-il à ce que les Anglais ont craint qu’en augmentant trop rapidement leur production, en la surexcitant, elle ne s’exagérât, et qu’il leur arrivât, en un cer-
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- Gr. m. tain moment, ce qui est arrivé ailleurs, état pléthorique et, à la suite, crise ouvrière? Ont-ils entrevu qu’il était plus avantageux pour eux cle conserver ce qu’ils avaient et cpii était bon, et d’augmenter simplement l’activité du tralic en se pourvoyant ailleurs d’objets obtenus à des conditions favorables ?
- A toutes ces questions, sur lesquelles nous appelons l’attention de nos fabricants et de nos économistes, on sent aisément qu’il n’est guère possible de faire une réponse catégorique.
- Centres de concurrence à prévoir.
- Les situations respectives, industriellement parlant, des quatre pays grands producteurs d’horlogerie nous étant connues, il devient facile de voir où sont les rivaux que nous devons craindre et sur quels points nous pouvons être menacés.
- Les écoles de dessin ont été multipliées en Angleterre; l’inspection des bijoux anglais nous a prouvé que ces écoles ont élevé dans ce pays le niveau du goût. Qui empêchera les horlogers anglais de l’appliquer à la création de modèles de pendules et de pièces de voyage, remplaçant leurs modèles actuels lourds et peu gracieux, et ils pourront alors se passer de nous?
- La Suisse érige tous les jours de nouvelles écoles d’horlogerie, ou agrandit celles quelle possède. Ses ingénieurs allient leurs efforts à ceux de ses horlogers les plus éminents afin d’rimener à la plus grande perfection la fabrication par les machines. Rien n’autorise à douter du succès de toutes ces entreprises. Elle se propose également de tenter d’implanter chez elle l’industrie de la pendule, et plus particulièrement de la pendule de voyage.
- Les Etats-Unis sentent le besoin de créer des écoles d’horlogerie. Leur pendulerie à bon marché a pris un développement énorme. Sur ce point nous n’avons aucune inquiétude; les produits des usines de Beaucourt, par leur bas prix, ont empêché l’introduction en France des produits américains et même, comme nous l’avons dit, vont les combattre avec succès sur plusieurs marchés étrangers. En sera-t-il de même pour des produits de meilleure qualité; quand les Américains appliqueront à la fabrication de la pendule leur système de fabrication des montres, et, à
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- cet effet, se serviront de machines aussi précises que celles de Gr. III. Waltham, par exemple?
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- Quant à l’Allemagne, l’élévation des salaires dans ce pays a
- enrayé l’essor cl’une concurrence qui pouvait devenir redoutable.
- Mais il sera utile de veiller de ce côté. Les salaires ne paraissent pas avoir une tendance à s’élever, mais la fabrication en grand par machines et puissants moteurs s’est constituée sur plusieurs points.
- CONCLUSIONS.
- Après avoir constaté, comme nous l’avons fait, la situation assez généralement satisfaisante de l’horlogerie française, la conclusion qui s’impose est celle que nous avons formulée plus haut; nous la répétons en la complétant.
- Si nous voulons conserver les branches fructueuses, améliorer celles qui le sont moins ou qui sont menacées, combattre avec succès l’avilissement des prix de vente, obtenu par l’avilissement de la qualité, il faut :
- i° Perfectionner toujours, incessamment, l’outillage;
- a0 Répandre dans nos classes industrielles la science de la mécanique, la pratique du dessin et le goût de l’art décoratif. Le rôle de ce dernier dans la création de gracieux motifs de cabinets, de pendules et de boîtes de montre est plus important qu’on ne paraît le croire ;
- 3° Renouveler les méthodes d’apprentissage et multiplier les centres de travail où les apprentis pourront acquérir, mais assez promptement, la sûreté et l’habileté de la main-d’œuvre.
- A ce prix, des jours prospères seront assurés à la fabrication de l’horlogerie française. Elle continuera d’être l’unç des plus utiles spécialités du travail national, et restera au nombre des industries qui peuvent donner aux travailleurs qu’elles occupent une somme relative de bien-être au-dessus de la moyenne.
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- SECTION Y.
- CONSIDERATIONS FINALES
- SUR LES PERFECTIONNEMENTS À REALISER DANS LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L’ENSEIGNEMENT DE L’HORLOGERIE.
- Notre lâche devrait se terminer ici, si nous n’avions été obligé d’abréger, et meme d’éliminer, parce qu’ils eussent occupé trop de place au milieu des aperçus généraux, d’utiles considérations sur des sujets que l’Exposition a mis, pour ainsi dire, à l’ordre du jour.
- Gr. III. Cl. 26.
- L’art décoratif appliqué à l’horlogerie.
- L’horlogerie tient à l’industrie et à l’art : à l’industrie par le travail manuel, le métier; à l’art, par la conception des modèles de boîtes, dits cabinets, gracieux, nouveaux, ou se prêtant mieux aux exigences de la juste mesure du temps.
- Généralement, l’instruction donnée aux apprentis horlogers ne les prépare pas à la pratique de cette branche de leur industrie. Ce sont les bronziers, le plus souvent, qui créent les motifs d’ornementation et la forme des cabinets de pendules. Il en résulte parfois des dispositions que condamnent les principes delà mécanique, et cela est fâcheux. Une belle enveloppe peut charmer les yeux au début, mais elle ne compensera pas longtemps les désagréments de la mauvaise marche de la machine qui y est enfermée.
- 11 serait bon qu’il existât un centre d’instruction où les jeunes patrons, et surtout les contremaîtres, pussent aller acquérir les notions du dessin d’ornement. Leurs connaissances techniques aidant, il en résulterait, cela est probable, de bonnes dispositions de cabinets de pendules, qui sauraient concilier au mieux les exigences de l’heure exacte et les caprices du commerce.
- C’est une simple suggestion que nous allons nous permettre ici.
- La chambre syndicale de la bijouterie a fondé une grande et belle école de dessin, quelle améliore constamment et qu’elle soutient avec un dévouement patriotique. Ne pourrait-on pas, en
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- attendant plus, et moyennant arrangement, y trouver une petite Gr. ni. place pour nos horlogers parisiens? —~
- Quant à la décoration des boîtes de montres, les progrès de la fabrique de Besançon sont tellement accentués, que nous n’avons qu’à souhaiter qu’elle persévère dans la bonne voie oîi elle est entrée.
- L’horlogerie de luxe et l’horlogerie à bon marché.
- L’Exposition de 1878 a mis en évidence ce double fait: la production des pendules de luxe tend à diminuer ou tout au moins reste stationnaire, tandis que la production de la pendulerie ordinaire, et surtout celle à bas prix, s’accroît dans des proportions formidables.
- L’état stationnaire de la fabrication des belles pendules est un indice inquiétant. L’horlogerie de luxe et l’horlogerie de très belle qualité entretiennent notre pépinière de bons ouvriers, et sans un certain nombre de bons ouvriers, toute industrie voit rapidement baisser chez ceux qui l’exercent le niveau de l’instruction et de l’adresse manuelle.
- D’ailleurs, l’exemple de l’Angleterre et de l’Amérique, et aussi de la Suisse, ne prouve-t-il pas qu’il existe partout une clientèle assez nombreuse et qui assure l’écoulement des beaux produits, quand elle croit en avoir, comme on le dit vulgairement, pour son argent? Or ce ne sera bientôt plus le cas chez nous, où l’on ne cesse de dire et d’imprimer qu’une pendule de prix et une pendule ordinaire sont faites avec les mêmes mouvements, c’est-à-dire qu’elles sont d’égale qualité; ce qui est faux. Deux mouvements identiques, dont les finissages ont été faits, l’un par un ouvrier médiocre ou mal payé, l’autre par un ouvrier excellent et convenablement rémunéré, n’ont pas la même valeur et n’offrent pas la même sécurité quant à une marche régulière et surtout quant à sa durée. Là nous paraît résider la principale cause du marasme de la fabrication de ces belles pendules qui ont assuré la supériorité de notre pays en ce genre de produits.
- L’horlogerie à bon marché répond à un besoin de plus en plus impérieux; il en faut, et il en faut beaucoup; mais il ne faut pas
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- Gr. m. que cela, et surtout il ne faut pas qu’on puisse la qualifier, d’après
- ses mauvais services ou leur trop courte durée, de bon marché Cl. 26. . 1
- trop cher.
- Sous cette réserve, il est juste de reconnaître que cette horlogerie a rendu de réels services. Ainsi les montres dites en métal, parce que leurs boîtes ne sont ni en or ni argent, ont permis à toute une classe de la société qui ne portait pas de montres d’en avoir. Tout le monde ayant des montres, il en est résulté cet effet, non prévu, que l’usage, l’amour-propre, ont développé le goût de montres plus belles.
- Résultat final : vente considérable de montres à bas prix, et augmentation clans la vente des montres or et argent du genre dit bon courant.
- Nos fabricants d’ébauches ou de blancs roulants et de fournitures ont amélioré plusieurs de leurs produits. Beaucoup d’entre eux peuvent et veulent maintenir la bonne fabrication , améliorer l’autre, et leur patriotisme, leur grande intelligence de nos intérêts commerciaux, sont de sûrs garants qu’ils le tenteront. Mais pourront-ils résister à la pression constante qu’exercent sur eux les marchands à la grande quantité , qui savent épuiser si rapidement toute veine nouvelle qui s’ouvre au négoce ?
- D’ailleurs, l’Exposition ne nous a-t-elle pas prouvé qu’un produit excellent ou seulement de bonne qualité courante, en sortant des fabriques, peut être si mal fini dans un certain nombre d’officines d’horlogerie, qu’il ne fait plus aucun honneur au fabricant ?
- Où est le remède ? Le sujet est ici tellement délicat que nous nous bornerons à appeler sur ce point l’attention des producteurs sérieux et consciencieux, leur laissant le soin de prévoir les conséquences de cet état de choses.
- Le travail à la main et le travail par les machines.
- La production industrielle devant toujours être en connexité avec les besoins publics, et une exacte mesure du temps étant devenue un besoin universel, il a fallu, pour arriver à produire par grande quantité et à bas prix, avoir recours aux puissantes
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- machines qui travaillent automatiquement. L’emploi des machines Gr. in. pour la fabrication de l’horlogerie date, en Franche-Comté, de plus de cent ans. Elles ont été constamment perfectionnées depuis. Ce puissant outillage est supérieur, sur plusieurs points, à ce qu’on possède ailleurs, et il tend à atteindre ou dépasser, sur quelques autres points, le niveau étranger. Notre conviction est qu’il y parviendra.
- Quoique tout ne soit pas neuf, ni à imiter chez nous, dans le système américain de production mécanique des montres , système qui répond à l’état d’un pays où les mains habiles sont rares, quand elles ne font pas défaut, nos fabricants feront bien de l’étudier à fond, sans angouement comme sans infatuation, et l’œil fixé sur les essais, plus ou moins américains, de nos plus proches voisins et rivaux.
- Les bonnes machines offrent la possibilité de reproduire fidèlement le premier modèle et d’en créer à peu de frais une grande quantité. Voilà l’avantage. Mais elles n’opèrent jamais avec la délicatesse de la main de l’homme. La machine brutalise le métal; il s’ensuit que celui-ci sort de ses étreintes dans un état qu’on peut dire de désordre moléculaire, et l’expérience a appris qu’il faut parfois fort longtemps avant qu’il soit revenu à un arrangement moléculaire bien assis.
- Ceci n’a pas grande importance pour certaines pièces des mécanismes horaires, où l’effet désorganisateur est tout à fait superficiel; mais il en a beaucoup avec d’autres dont les fonctions sont délicates ou compliquées.
- Tout cela bien considéré, et en tenant compte que, dans nos contrées horlogères, les ouvriers sont nombreux et habiles, nous croyons fort exagérées les craintes que témoignent quelques fabricants de se trouver bientôt dans la nécessité de remplacer les bras par des machines, et nous croyons que la véritable solution du problème, que les horlogers français ont dû se poser en face du succès des Américains, consiste à fabriquer à bon marché et meilleur, par une combinaison, que tout prouve possible, de l’habileté de la main et du travail mécanique; mais il ne faudrait pas attendre trop tard pour la réaliser.
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- L’instruction professionnelle et technique. — Les écoles.
- Nos expositions universelles et nationales, depuis un demi-siècle, ont présenté les séries successives des travaux d’un groupe nombreux d’horlogers, aussi bien de Paris que de la province, qui se sont voués à la recherche des nouveautés et des améliorations pratiques dans toutes les branches de l’horlogerie. On conçoit facilement que cette recherche soit exercée surtout par les horlogers rhabilleurs et marchands, puisque ce sont eux qui'ont à subir le plus fortement les inconvénients de la mauvaise fabrication, et qu’ils en connaissent beaucoup mieux les défauts que les ouvriers des fabriques, et surtout ceux de ces défauts qui ne se révèlent qu’après un certain temps.
- Si cette catégorie d’horlogers était plus instruite et plus habile qu’elle ne l’est, elle constituerait un élément sérieux du progrès national, et son influence pourrait réagir au profit de la bonne horlogerie. Malheureusement, cette classe si intéressante manque d’instruction et d’habileté; sauf quelques honorables exceptions, sa présence aux expositions est marquée par des œuvres d’exécution médiocre et par beaucoup de conceptions mécaniques depuis longtemps condamnées. Sur ce dernier point il est juste de reconnaître qu’il en est un peu de même au sein des fabriques, ou l’on voit naître ou renaître des dispositifs, les uns assez vieux déjà, les autres repoussés par les principes de la mécanique.
- Si nous ajoutons à ce tableau, trop exact, que les plaintes sur la pénurie des bons ouvriers deviennent plus vives et plus générales, nous aurons constaté qu’au point de vue des connaissances professionnelles et de la main-d’œuvre, l’état actuel des choses laisse à désirer. Cependant de grands efforts ont été faits pour qu’il en fût autrement, puisque des écoles d’horlogerie ont été fondées depuis une quarantaine d’années; mais leur action, malheureusement, n’est pas encore bien sensible.
- Dans ce qui suit, la question des écoles n’est traitée qu’au point de vue français. Les écoles étrangères répondent à des besoins qui ne sont pas absolument les nôtres.
- Si l’action des écoles est encore peu sensible, cela tient-il à leur
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- petit nombre? Dans une certaine mesure, évidemment oui; mais là ne réside pas la cause principale de leur faible efficacité.
- Les écoles antérieures ou actuelles de Paris, Cluses, Besançon, et quelques autres tentées en province ont eu à leur tête des hommes capables; plusieurs d’entre eux, les Motel, les Perrelet, les Benoit, etc., étaient classés au premier rang des sommités de leur profession. Donc, si le succès n’a pas été aussi considérable qu’on l’espérait, cela n’a pas tenu aux efforts intelligents de ces hommes remarquables, mais bien au système d’enseignement suivi.
- Nous luttons depuis vingt ans pour mettre en évidence une vérité cependant bien simple et que voici : les conditions économiques, matérielles, dans lesquelles vit et se développe l’industrie horlogère ont changé depuis un demi-siècle. Les conditions de l’apprentissage sont en connexion intime avec elles et doivent changer aussi.
- Avec les écoles on a bien organisé un enseignement excellent pour les fds de patrons, les apprentis appartenant aux classes aisées de la société; mais quant à un enseignement fait en vue de l’ouvrier qui restera ouvrier, ou du fds de l’ouvrier, il est à créer.
- Le résultat attendu des écoles a été faible, parce que l’élève ayant accompli ses trois et même quatre années de séjour a besoin d’un supplément d’instruction consistant en études appliquées à la recherche, à la connaissance des nombreuses difficultés que présentent les réglages et les réparations des différentes pièces d’horlogerie; complément de deux années environ, et sans lequel l’élève ne devient jamais un véritable horloger. Par suite, l’enseignement actuel des écoles restera toujours incomplet pour l’apprenti qui ne pourra faire les sacrifices de temps et d’argent absolument nécessaires à sa parfaite instruction.
- Ajoutons encore qu’il est matériellement impossible, sauf de rares exceptions, et les écoles ne sont pas faites pour les exceptions, de former, par les méthodes suivies jusqu’à présent, en quatre ans un horloger complet, c’est-à-dire possédant la théorie de son art, ayant accumulé dans sa tête la somme considérable des observations et expériences pratiques qui lui sont nécessaires pour exercer convenablement sa profession, ayant enfin acquis une grande
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- habileté de main-d’œuvre. Aucun horloger capable ne démentira notre affirmation.
- j\ous avons fait de ces sujets une étude approfondie, mais elle lie peut être insérée ici, et nous résumons, ou plutôt nous présentons rapidement, pour conclure, les faits suivants, cjiie l’Exposition de 1878 met en évidence:
- Le niveau moyen de l’instruction professionnelle et technique tend plutôt à baisser qu’à s’élever, et les bons ouvriers, quoique la production ait beaucoup augmenté, sont clairsemés.
- Les apprentissages particuliers, par suite de la faible capacité d’un grand nombre de patrons, sont généralement médiocres.
- Enfin, la durée du temps de l’apprentissage inscrite dans le programme des écoles, si Von veut réaliser ce programme, est trop courte.
- Le remède est tout indiqué :
- i° Conserver, améliorer, compléter les écoles existantes, où les apprentis aisés qui pourront disposer du temps et de l’argent nécessaires pour des apprentissages deviendront de véritables artistes;
- 20 Créer parallèlement des centres d’instruction manuelle pour simplement former d’excellents ouvriers. On leur enseignerait la pratique du dessin et les principes de la mécanique, sans les astreindre à établir la démonstration mathématique de leur exactitude, et en passant tout de suite de l’énonciation du principe aux divers cas et modes d’application.
- Le concours de l’Etat serait utile pour parfaire une telle œuvre, mais nous avons la conviction profonde que, si un groupe d’hommes dévoués au bien public s’y intéressait sérieusement, l’initiative privée suffirait, du moins au début, pour la fonder. La preuve en est dans ce fait, qu’il nous est permis de faire connaître, qu’un homme de bien a voulu, il n’y a pas longtemps, consacrer à l’érection d’une école d’horlogerie une somme de 100,000 francs. Un concours de circonstances qu’il ne nous appartient pas d’apprécier ici a fait dévier sur d’autres établissements d’instruction industrielle ou de bienfaisance cette splendide donation.
- C. Saunier,
- Ancien directeur d’école d’horlogerie.
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