Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES PAPIERS PEINTS
- PAPIERS DU FANTAISIE ET STORES.
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- MINISTERE DK L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- l PARIS.
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- RAPPORT
- SUR
- LES PAPIERS PEINTS,
- PAPIERS DE FANTAISIE ET STORES.
- PAR
- M. ISIDORE LEROY,
- M F M II II E II I) O O N S Eli, D E S P 11 F D • Il O II M E S.
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- PARIS.
- IMPRIMERIE N A TIO N ALE.
- U D C G G LXXX.
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- Groupe U J. — Classe 22.
- RAPPORT
- SUR
- LES PAPIERS PEINTS,
- PAPIERS DE FANTAISIE ET STORES.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Delicoert, président, ancien président du conseil des prud’- \
- hommes, membre de la commission des valeurs en douane, F pra e membre du jury en 1867, membre des comités d’admission | à l’Exposition universelle de 1878.........................)
- Dresser, esq. Pli. D. F. L. S., vice-président............... Angleterre.
- Leroy (I.), secrétaire rapporteur, membre du conseil des prud’- j hommes, membre du comité d’admission à l’Exposition uni- > Fraiicé; verselle de 1878.............................................)
- Courtat, suppléant, fabricant de papiers peints.............. France,
- PAPIERS PEINTS.
- S 1,T. -- CO A S11) L RAT IONS GKN KRALES.
- L’industrie des papiers peints, qui lors de la clernièrçdfxppd-lion universelle se divisait déjà en deux brandies de fabrication bien distinctes, la fabrication à la planche et la fabrication ,à,la machine, a réalisé depuis 1867 des progrès considérables.,
- Nous examinerons successivement dans ce rapport ces,;deux, branches de fabrication; nous nous efforcerons de faire ressor.tii'
- Classe 22.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- les mûrîtes actuels des papiers peints à la planche et nous chercherons à mettre en relief les progrès accomplis par la fabrication mécanique des papiers peints.
- Mais, avant d’aborder l’examen de l’industrie des papiers peints telle que l’Exposition de 1878 nous l’a montrée, il est un point d’ordre intérieur sur lequel il convient que nous insistions, car il intéresse au plus haut degré celte industrie.
- A l’Exposition de 1878, pour la première fois, et grâce aux elforts des membres du Comité d’admission de la classe 22, l’industrie des papiers peints a obtenu qu’une salle spéciale fût consacrée â l’exhibition de ses produits. Jusqu’alors on avait cru pouvoir satisfaire cette industrie, si importante cependant, en dispersant et disséminant les exposants dans un grand nombre de sali es destinées à l’exhibition d’autres objets : meubles, instruments de musique, instruments scientifiques, etc. Isolés les uns des autres, les produits de ces exposants ne pouvaient plus (pie difficilement être comparés entre eux, et, en outre, la nécessité de disposer les panneaux à de grandes hauteurs, quelquefois à 3 mètres et plus, en rendait souvent l’examen presque impossible.
- Aussi faut-il considérer comme un grand progrès l’attribution faite, en 1878, à notre industrie d’une salle spéciale. Sans doute tous nos exposants n’ont pu y prendre place, et plus d’un a dû, comme par le passé, voir ses produits employés à cacher les surfaces murales d’autres classes, notamment des classes 10 et i5; mais vingt d’entre eux tout au moins ont pu présenter leurs produits dans cette salle, et le succès obtenu par cette innovation a été tel que nous pouvons espérer la voir se développer davantage encore aux expositions futures.
- Les papiers, placés dans les vitrines, au milieu et autour de la salle, et vus a une petite distance, c’est-à-dire dans les conditions même où l’on juge de leur effet dans les habitations, ont pu être mieux appréciés des visiteurs. On y a pu voir des dessins imitant les soieries, les tapisseries, ainsi que les tissus les [dus variés, et d’autres imprimés sur fond or, argent ou bronze, la plupart d’un
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- goût parfait et d’une grande richesse; tous ces papiers, on peut le Gr. ni. dire, se montraient, en général, bien supérieurs à ceux gui avaient C1~2 été exposés en 1867, et nos fabricants ont, en 1878, prouvé que l’industrie des papiers peints français est arrivée à une perfection qu’il sera bien difficile de dépasser, meme d’égaler, et qui défie la concurrence étrangère pour les produits les plus riches.
- C’est, bien entendu, la fabrication à la planche qui nous a offert les spécimens de l’exécution la plus parfaite; aucun genre, si compliqué qu’il soit, ne l’arrête.
- Des reproductions de tableaux à personnages, des paysages, de magnifiques décorations d’intérieur d’appartement, ont été obtenus cl’une façon surprenante par ce procédé de fabrication.
- Il est un point, d’ailleurs, sur lequel, en comparant l’Exposition actuelle aux Expositions précédentes, il convient d’insister: c’est la tendance à la simplicité qui s’accuse dans la plupart des produits exposés cette année. Les papiers peints exposés en 18 5 5 et en 1867 par divers fabricants, et obtenus à l’aide de 3,000 ou û,ooo planches, devaient être considérés comme des produits exceptionnels, comme de véritables chefs-d’œuvre industriels. Il n’en est plus de même aujourd’hui, et c’est dans des conditions de simplicité beaucoup plus grande, à l’aide d’un nombre de planches beaucoup moindre, qu’ont été obtenus les plus beaux décors exposés en 1878. Aussi ces papiers doivent-ils être regardés comme des produits courants et non comme des produits exceptionnels.
- Leur exhibition n’en est, à notre avis, que plus intéressante.
- La perfection de ces papiers était telle, d’ailleurs, qu’à l’entrée de notre salle la plupart des visiteurs se croyaient en présence d’une exposition d’étoffes ; les imitations de soieries, de velours, etc., placées dans nos vitrines, les reproductions de tapisseries étendues contre les murs, se prêtaient admirablement à cette illusion.
- A côté de la fabrication à la planche, la fabrication à la machine se trouvait largement représentée, et ce n’est pas exagérer que de considérer les progrès que cette branche de notre industrie a accomplis depuis douze ans comme plus considérables et plus im-
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- Gr. III. portants encore que les progrès accomplis par la fabrication à la
- planche.
- Cl. 22. 1
- Sans entrer dès à présent dans l’examen détaillé de ces progrès, il nous sera facile d’en faire comprendre aussitôt l’importance; quelques chiffres y suffiront.
- L’impression à la machine, qui déjà avait pris rang aux Expositions de 1855 et de 1862, comptait, en 18G7, en France, 5o machines en activité; en 1878, elle n’en comptait pas moins de 160.
- Mais ce n’est pas seulement par le développement qu’elle a su prendre en si peu de temps que se mesure l’importance acquise par cette branche de fabrication; c’est aussi et surtout par la nature des sujets quelle aborde. Il y a peu d’années encore, c’est à la fabrication des papiers peints à bon marché que l’impression à la machine se limitait; aujourd’hui, presque aussi hardie dans le choix de ses dessins que Ja fabrication à la planche, elle ne craint pas d’entreprendre des reproductions de décors, de tentures, etc., que jusqu’à présent on avait considérées comme le monopole de ce procédé. C’est là un progrès considérable, car, tout en abordant ces genres élégants et riches, la fabrication se maintient dans des conditions de bon marché telles qu’elle rend accessible à une classe nombreuse de consommateurs l’emploi de produits supérieurs réservés jusqu’ici à une clientèle limitée.
- C’est aux deux tiers de la production que s’élève en France la fabrication mécanique des papiers peints.
- Quant aux expositions étrangères, elles se présentaient dans les conditions ordinaires d’emplacement, c’esL-à-dire que les produits en étaient disséminés dans diverses salles appartenant à d’autres classes que la classe 22 et dont elles couvraient les surfaces murales. Nous examinerons plus loin les mérites des fabricants que comptaient ces expositions.
- Le nombre des exposants, tant français qu’étrangers, qui figuraient à l’Exposition de 18G7 était de 7 U, dont 22 seulement pour la France et 52 pour l’étranger. E11 1878, le nombre des expo-
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- sants français était plus considérable : il s’élevait à 39 et n’attei- Gr. ni. gnait que 2 5 pour l’étranger. Mais il est à remarquer que parmi les 39 exposants français il faut compter les fabricants de papiers de fantaisie, qui à l’Exposition de 1867 avaient été rangés dans la classe 7, et les fabricants de stores, qui en 1867, admis après la publication du catalogue, ne figurent pas sur la liste des exposants. Si bien qu’en somme on peut dire que le nombre des véritables fabricants de papiers peints ayant pris part au concours de 1878, lequel est en réalité de 22, est identiquement le meme que le nombre de ceux qui ont figuré à l’Exposition de 1867, tandis que, d’autre part, le nombre des exposants étrangers a diminué de moitié.
- S 2. --- FABRICATION FRANÇAISE.
- Les papiers peints français occupent toujours le premier rang; leurs qualités et leurs mérites dépassent sous tous les rapports les qualités et les mérites des papiers peints produits à l’étranger.
- On peut considérer la fabrication des papiers peints comme une industrie essentiellement parisienne. 11 existe bien quelques manufactures en province (à Lyon, Châlons-sur-Marne, Mouy, Caen, Rennes, le Mans, Epinal), mais c’est à Paris que sont groupés les établissements les plus importants. Comme pour tout article de goût et de mode, les fabricants trouvent dans la capitale les artistes distingués qu’exige la nature de leurs travaux, les dessinateurs qui produisent les nouveautés, les graveurs qui traduisent le dessin, etc. En outre, et dans les vastes approvisionnements du commerce parisien, ils rencontrent en abondance les matières premières, papiers, couleurs, etc., dont la production la plus variée peut nécessiter l’emploi.
- Lors de la dernière Exposition universelle on évaluait à 18 millions environ la production des papiers peints en France, et pendant plusieurs années de la dernière période décennale elle a pu atteindre 20 millions.
- En 1867, on comptait près de A,5oo ouvriers, hommes, femmes et enfants, répartis dans les fabriques de Paris et de la pro-
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- Gr. m. vince; le nombre des ouvriers employés dans les 60 à 70 fabriques qui fonctionnent aujourd’hui est à peu près le même. Les enfants compris dans ce nombre ne sont employés qu’à l’âge de 12 ans et doivent savoir lire et écrire, ou justifier par leur livret qu’ils fréquentent régulièrement une école.
- Le tiers environ des papiers peints fabriqués en France est destiné à l’exportation; le poids des papiers ainsi exportés est resté sensiblement stationnaire depuis 1867, et c’est à 2 millions de kilogrammes environ que ce poids s’est maintenu dans les dix dernières années; mais, depuis six ans environ, on a vu la valeur de ces 2 millions de kilogrammes se modifier sensiblement : elle n’était que de 4 à 5 millions de francs en 1867, elle ne s’est guère éloignée de 8 à p millions de francs depuis 1873. C’est, en effet, à 3 fr. 85 cent, aujourd’hui et non plus à 2 fr. qo cent., comme en 1867, que s’élève le prix moyen du kilogramme de papier peint livré à l’exportation. Ce n’est pas, d’ailleurs, uniquement à une augmentation des prix de vente qu’il faut attribuer ce changement, c’est aussi à la préférence qu’accorde actuellement la consommation étrangère à nos sortes les plus belles. Ce qui revient à dire que l’exportation des papiers de qualité supérieure a pris le pas sur l’exportation de nos papiers ordinaires.
- Les procédés de la fabrication à la planche ne se sont en aucune façon modifiés; ce n’est point par le côté pratique, c’est par le goût, par le choix des dessins que cette branche de notre industrie a progressé. Déjà, dans la description que nous avons donnée de la salle affectée à l’exposition des papiers peints, nous avons eu occasion de signaler la tendance générale de la fabrication moderne à l’imitation des étoffes et des tapisseries jadis employées à la tenture des appartements. Les effets les plus heureux ont été réalisés dans cette voie, et tout à l’heure, en parlant de nos principaux exposants, nous en citerons quelques exemples importants.
- Le goût pour les reproductions de cette sorte est même devenu si grand que la fabrication des papiers peints a pu , dans ces dernières années, entreprendre un genre nouveau cpii l’a conduite à
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- changer son subjectile habituel et. à substituer la toile au papier. Gr. in. Nous voulons parler fie ces impressions sur toile, tantôt sur toile écrue, tantôt sur toile préalablement foncée, qui, obtenues à la planche et par les procédés ordinaires de l’industrie du papier peint, imitent d’une façon si remarquable ces reproductions de vieilles tapisseries à grands ramages et à personnages, que l’on obtient d’habitude en peignant sur des toiles de dimensions appropriées aux panneaux où elles doivent être placées.
- Parmi les autres progrès accomplis par la fabrication à la planche, il convient de citer les imitations de velours et de soieries, la production des papiers clieviott frappés, les repoussés sur papier peint, etc.
- Les deux tiers environ des papiers fabriqués de cette façon sont destinés à l’exportation.
- Les industriels qui tiennent le premier rang dans la fabrication du papier peint à la machine se sont montrés à l’Exposition de cette année plus hardis que les fabricants de papier à la planche, en exposant des décorations de grande importance, aussi remarquables par le bon goût qui a présidé à leur composition que par les grands progrès réalisés dans leur exécution.
- Jusqu’à l’Exposition de 1878, les moyens des fabricants à la machine étaient restés limités; la production des grands effets leur était interdite par les dimensions memes des machines dont ils faisaient usage, dimensions qui, dans les conditions de la fabrication courante, ne leur permettaient guère de dépasser pour leurs dessins 60 centimètres en hauteur.
- Trois fabricants français se sont, cette année, rencontrés dans la même voie de perfectionnement, et c’est avec surprise qu’on les a vus tous trois, poursuivant une même idée, apporter à leur matériel des modifications diverses, leur permettant d’imprimer à la machine des dessins de dimensions plus vastes, par un procédé analogue à celui dont on fait usage dans le travail à la main, lorsque l’on emploie deux planches pour imprimer le même dessin, afin d’avoir un motif plus élevé. L’un d’eux a exposé des dessins à dix couleurs ayant une hauteur de 1 mètre. Une autre maison est par-
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- Gr. III. venue à imprimer un dessin à douze couleurs sur i'",5o de hau-
- teur, et enfin un dessin à vingt-quatre couleurs sur une hauteur Cl. 22. . , Ü 1
- de i métré.
- Dans l’exposition d’une autre maison figuraient des imitations de tapisseries anciennes et quelques autres dessins ayant également î mètre cle hauteur et imprimés sur des papiers de 82 centimètres de largeur au moyen de vingt-six cylindres; y figurait aussi une frise de /im,8o de longueur sur 80 centimètres de hauteur et composée de quatre dessins seulement, chacun de im,2 0 de longueur.
- Les grands sacrifices de temps et d’argent que se sont imposés nos industriels pour réaliser d’aussi grands perfectionnements ne resteront pas, nous l’espérons, sans résultats pour l’avenir, et sans nul doute on les verra ouvrir à la fabrication de nouveaux débouchés; pour que la fabrication à la machine produise à bon marché des papiers d’aussi grandes dimensions, il faut qu’elle puisse compter sur une vente abondante de ces produits.
- Ces perfectionnements, d’ailleurs, ne limitent pas les progrès auxquels la fabrication à la machine est appelée; il serait impossible de prévoir l’étendue de ceux qu’on peut espérer lui voir accomplir encore.
- Ainsi que nous l’avons dit plus haut, le nombre des machines employées en France aujourd’hui est d’environ cent soixante; dans ce nombre nous ne comprenons, bien entendu, que les machines à imprimer; les machines à foncer étaient peu employées en 18 G y, mais aujourd’hui elles font partie du matériel de presque toutes nos fabriques. On ne comptait, il y a onze ans, que quelques machines capables d’imprimer douze et quatorze couleurs; aujourd’hui, le nombre des machines de cette puissance est déjà important* et l’on en compte quelques-unes qui impriment vingt, vingt-quatre et vingU-si* couleurs.',
- La .vapeur: est nécessaire pour mettre ces machines en,mouvement,, dès qüe le nombre des couleurs qu’elles impriment s’élève à huit. La vapeur peut également elre utilisée pour le fonctionnement des machines à foncer..
- Aussi, compte-t-on, dès aujourd’hui, huit fabricants de papiers
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- peints à la machine qui font usage de moteurs à vapeur; ces mo- Gr. in. leurs à vapeur sont alors employés aussi à faire fonctionner Tou-
- i i J qj 22
- tillage des usines : machines à satiner, calandrer, gaufrer, etc.
- Pour le séchage, on emploie les machines à accrocher et à promener le papier imprimé sur des cordes parallèles, jusqu’à ce que, devenu sec, il puisse être roulé par longueurs de 8 mètres, après avoir été préalablement abattu et coupé. C’est au papier imprimé seulement que s’applique ce travail; quant au papier foncé, il est, après séchage, bobiné à nouveau avant l’impression du dessin.
- D’a] >rès ce que nous avons dit plus haut du nombre d’usines qui emploient des moteurs à vapeur, on peut conclure que beaucoup de machines à imprimer sont, aujourd’hui encore, mues à bras; il en est ainsi, en effet, des deux tiers environ. L’installation des machines à bras est, bien entendu, plus économique que celle des machines à vapeur; l’impression, qui s’y fait par rouleaux de 8 mètres, ne nécessite pas l’emploi du papier en bobines de ioo rouleaux. En outre, elles ne sont pas pourvues d’un mécanisme spécial chargé de suspendre le papier imprimé ; celui-ci est enlevé par les enfants sur deux baguettes et porté à l’étendage.
- La valeur moyenne des papiers peints à la machine, dont la production représente les deux tiers de la fabrication française, est d’environ h5 centimes le rouleau. Malgré ce bas prix, le nombre est grand encore des habitations dont les murs bruts ou mal peints à la chaux appellent une tenture de papier peint.
- Les chiffres que nous avons mentionnés plus haut à propos du prix moyen du kilogramme de papier peint exporté prouvent que les genres de papiers imprimés à la planche appelés demi-fins, ainsi que les articles à la machine, ne se vendent plus à l’étranger en aussi grande quantité qu’autrefois.
- D’autre part, si les quantités de papiers peints importés d’Angleterre dans notre pays ne se sont pas sensiblement modifiées depuis 1867, on a vu’ depuis cette époque, d’autres pays producteurs, et rAllginagne notamment, augmenter dans une mesure importante b?urs envois de papiers peints eu France. Si bien
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- Gr. m. que l’importation totale, qui en 1867 ne dépassait pas une valeur
- de G20,000 francs, atteint aujourd’hui une valeur de 1,260,000 ci. 22. p
- trancs.
- Si l’on rapproche ces deux faits de celui que nous avons signalé plus haut, savoir: que notre exportation est, en poids, restée stationnaire, il est naturel d’en conclure que, hors de France, la fabrication des papiers peints a pris une importance suffisante pour que nous ayons à nous en préoccuper.
- Les marchands étrangers, le fait ne saurait être nié, commencent à savoir se passer de nos produits; les fabricants de leurs pays suivent attentivement nos progrès, nous empruntent notre goût, en copiant servilement ou en imitant nos dessins, viennent à Paris acheter des machines, et fabriquent chez eux à bon marché. Et les produits fabriqués dans ces conditions, s’ils ne sont pas d’une fabrication aussi parfaite que les nôtres, n’en occupent pas moins la plus grande place dans la consommation locale.
- Le prix des articles à bon marché fabriqués à l’étranger est à peu près le même que celui des papiers fabriqués en France. Ces papiers n’ont d’ailleurs à supporter ni frais de transport ni frais de douane, tandis que l’impôt élevé qui frappe nos produits dans certains pays ne permet pas à nos papiers à bas prix d’y trouver acheteurs. Aussi devons-nous redouter de voir les marchés étrangers se fermer à nos produits au moment où notre industrie, à cause du développement de son outillage, aurait plus que jamais besoin de débouchés nouveaux.
- Quoi qu’il en soit, de l’étude comparée des papiers peints français et étrangers qui figuraient à l’Exposition de 1878 on peut conclure que les produits des manufactures étrangères, aussi bien de celles qui fabriquent à la planche que de celles qui fabriquent à la machine, ne pèuvent supporter la comparaison avec les produits de nos manufactures françaises, tant sous le rapport du goût qui caractérise les dessins, de l’harmonie des tons et des couleurs que sous le rapport de la fabrication elle-même; on peut conclure avec satisfaction que la France a conservé sa supériorité à l’Exposition de 1878, et dire, comme en 1867, que l’industrie
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- des papiers français marche sans rivale et que ses productions se distinguent entre toutes par l’élégance du dessin, la richesse des couleurs, la variété des motifs, en même temps quepar la perfection de l’exécution.
- Gr. JH. Cl. 22.
- Après avoir examiné, comme nous venons de le faire, l’ensemble de la fabrication française, il convient que, entrant dans le détail des expositions individuelles, nous fassions une revue rapide des mérites personnels à chacun de nos principaux exposants.
- La maison Bezault et Pattey fils, à Paris, doit être mise au premier rang parmi celles qui occupaient une place dans la salle de la classe 22.
- Dans son exposition se trouvaient réunis tous les genres de fabrication à la main : telle est, en effet, la spécialité de cette maison. Aucun exposant ne nous a montré un aussi bon choix de produits exécutés tous dans des genres différents : aussi la grande vitrine, qui contenait un certain nombre des papiers de MAL Bezault et Pattey fils, a-t-elle spécialement fixé l’attention des connaisseurs. Ces papiers peints imitaient à s’y méprendre les riches soieries brochées, les velours, les lampas, les broderies sur soie, les tapis d’Orient, et formaient avec le genre nouveau des impressions sur toile ce que Ton peut considérer comme la perfection de la fabrication parisienne. La partie principale de cette exposition consistait en une reproduction d’une tapisserie Louis XIV tirée de la collection des douze châteaux royaux. Cette composition, qui ne mesurait pas moins de 8 mètres de long sur plus de k mètres de haut, fait honneur au collaborateur intelligent qui a su rendre si bien les tons presque uniformes et pourtant variés à l’infini des arbres et du paysage.
- MM. Hoock frères, à Paris, avaient exposé deux panneaux traités dans un genre de tonalité tout nouveau. Le premier de ces panneaux représentait un sous-bois avec plusieurs sujets empruntés aux fables de La Fontaine, sujets que l’artiste avait habilement disséminés dans le taillis ou à travers les arbres, dont l’ensemble se découpait sur un ciel uniforme. Les animaux comme les arbres y étaient traités avec une harmonie de tons verts et bistres tout à fait remarquables. Cette composition, sous le rapport du dessin et
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- Gr. m. de l’exécution, doit être considérée comme d’une parfaite fabricn-
- tion et d’un nout excellent. Elle fait honneur aux dinnes successeurs Cl 22 ° °
- de M. Delicourt. Cette remarcpiahle décoration ne mesurait pas
- moins de 6 mètres de longueur.
- Le second panneau, aussi grand et plus haut que le premier et au moins aussi important que celui-ci, représentait une scène de la vie de château; l’architecture et les personnages de style Renaissance étaient du même ton que le paysage, le tout exécuté de telle sorte, que la maison Hoork frères doit toujours être mise en première ligne au point de vue de la belle fabrication.
- La maison Gillou et fils, à Paris, l’une des plus anciennes el des plus importantes parmi celles qui avaient exposé cette année, fabrique à la fois le papier peint à la planche et le papier peint â la machine. Dans le premier genre de fabrication, elle n’avait pas exposé de spécimens de grandes dimensions. Parmi les papiers fabriqués à la machine, nous devons citer comme digne de remarque un vase de fleurs formé par la réunion de quatre ou cinq feuilles d’impression à vingt-deux couleurs, et aussi quelques dessins de grandes dimensions, formant panneaux encadrés de bordures d’une bonne fabrication. Les articles courants à la planche exposés en vitrine, ainsi qu’un motif de nature morte sur un beau fond chêne, étaient très bien exécutés.
- M. J. Roger, à Mouy (Oise), dont la maison ne date que de quelques années, a su mettre à profit tous les perfectionnements qui ont été apportés à la fabrication à la machine, et il est ainsi arrivé à fabriquer des produits très dignes d’attention. Parmi ces produits, nous avons remarqué une imitation de tapisserie ancienne bien traitée pour être vue à distance. Le panneau, imprimé à douze couleurs, mesurait 2m,Ao de largeur et était composé de cinq lés d’impression; la hauteur des motifs était de im,5o. Nous devons citer également un plafond composé d’un certain nombre de bordures, posées les unes près des autres, et d’un effet très satisfaisant. Les quelques grands dessins imprimés au moyen de vingt-quatre cylindres mesurant î mètre de circonférence méritent une mention spéciale; citons aussi quelques articles avec impressions simultanées d’or, d’argent et de bronze.
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- M. F. Follot, à Paris, dont la spécialité consiste dans la fabri- Gr. in.
- cation des fonds unis de toutes nuances, a donné à sa production
- I qj 22
- un très grand développement depuis 1867. Il produit les papiers unis mats, satinés et veloutés à des prix peu élevés, surtout en ce qui concerne les grands panneaux de veloutés unis et veloutés soie.
- Ce dernier genre semble devoir être remplacé, au moins momentanément, par un produit nouveau appelé cheviott, qui présente plus d’épaisseur que la laine tontisse et se prête bien à l’écrasage à chaud, lorsque l’on veut obtenir l’effet des velours d’Amiens. M. Follot avait exposé une quantité de petits dessins bien réussis dans ce genre nouveau; le produit désigné sous le nom de cheviott n’est autre chose, d’ailleurs, que le poil de chèvre coupé ou plutôt haché, et cette matière se prête à la teinture aussi bien que la laine.
- MM. Turquetil (J.) et C'°, à Paris, sont connus pour leur bonne fabrication à la planche et à la machine; leur exposition comprenait plusieurs panneaux composés de dessins dorés, veloutés et satinés : le tout d’un très bon goût et bien exécuté. En vitrine,
- MM. Turquetil avaient exposé une collection de dessins très variés de différents genres où se retrouvaient toutes les qualités d’une bonne fabrication; mais tous ces produits avaient été obtenus à la planche, et nous avons regretté que cette maison, qui fabrique bien et beaucoup à la machine, n’ait pas exposé de spécimens de ce genre de fabrication.
- M. Danois (L.), à Paris, est, parmi nos fabricants, l’un de ceux qui, dans ces dernières années, sont entrés dans la voie du progrès.
- Sa fabrication se recommande surtout par l’imitation à bon marché des papiers avec reliefs, dorés et argentés, simulant des étoffes variées, ainsi que les papiers connus sous le nom de cuirs repoussés.
- M. Danois a exposé, en outre, des dessins où dix nuances de laine sont appliquées les unes auprès des autres et repiquées ensuite; ces dessins peuvent être considérés comme le nec plus ultra du fini auquel peut aboutir le travail de l’ouvrier imprimeur.
- La maison Vvo Josse et fils, à Paris, dont la spécialité consiste surtout dans la production des papiers à fonds mats et veloutés, genre qui s’exporte en assez grande quantité, avait réuni à l’Expo-
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- Gr. ni. sition de 1878 une collection de produits se présentant dans les Cl 22 con(ütions d’une bonne et élégante fabrication.
- MM. Grantil (J.) et Clc, à Châlons-sur-Marne, qui exposaient pour la première fois, sont depuis longtemps renommés pour la fraîcheur des tons et la finesse de leur coloris. Leur fabrication comprend le travail à la planche et le travail à la machine.
- MM. Daniel (A.) et Croisant, à Paris, se sont fait remarquer à l’Exposition par l’ensemble des articles riches, presque tous imitations de soieries, qu’ils avaient présentés. Leurs dessins, de bon style, sont imprimés à la main sur fond argent, or ou bronze de couleur.
- M. G. Thibault, à Paris, avait exposé divers genres d’articles traités à la planche et à la machine, dont l’exécution nous a paru excellente. Cette maison, qui a été fondée par M. Thibault, occupe une place très honorable dans notre industrie.
- M. Léon Lepetit, à Paris, avait réuni un choix très varié de devants de cheminées lithographiés, parmi lesquels nous avons rencontré divers sujets de très bon goût et d’une fabrication bien soignée. Une portion importante des produits de M. Léon Lepetit est destinée à l’exportation; ces produits sont très estimés en France et à l’étranger.
- M. Bourgeois-Martin, à Paris, a pour spécialité la production des décors exécutés à la main et appropriés à des installations spéciales; il avait exposé divers sujets, paysages et médaillons, d’une très bonne exécution. Parmi les produits de cette maison figuraient également des devants de cheminées lithographiés.
- M. Bourgeois-Daniel, à Paris, s’adresse aux mêmes consommateurs que M. Bourgeois-Martin, et les objets exposés par lui étaient du même genre. Parmi ces produits, nous avons remarqué plusieurs panneaux, parmi lesquels nous citerons une imitation de tapisserie ainsi qu’une cavalcade de chasse imitant la peinture d’une façon très heureuse. On y remarquait aussi plusieurs médaillons décoratifs traités à la planche, d’un bel effet.
- M. F. Salagnad, à Paris, avait exposé diverses tapisseries peintes a la main et exécutées sur toile. G’est la maison Salagnad qui, la première, a eu l’idée d’employer ce genre de décoration,
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- à l’aide duquel on imite les tapisseries les plus riches, et ce sont G-r. m. précisément ces imitations nui ont contribué à lui acquérir la
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- légitime réputation dont elle jouit parmi les maisons principales qui s'occupent de décoration.
- § 3. --- FABRICATION ÉTRANGÈRE.
- L’exposition étrangère des papiers peints était peu nombreuse, et elle ne saurait suffire à donner une idée exacte des progrès accomplis depuis quelques années hors de France par notre industrie.
- En réalité, le nombre des exposants étrangers n’était que de quinze; quatre maisons anglaises seulement, deux russes, trois suédoises, une italienne, s’étaient présentées au concours, et en dehors de la fabrication européenne on ne comptait que cinq exposants japonais.
- Les produits allemands, nous le savions à l’avance, ne devaient pas figurer à l’Exposition universelle de 1878 ; mais nous avons été surpris de ne point y voir les papiers peints des Etats-Unis, surpris également de voir les grands fabricants à la machine de l’Angleterre déserter la lutte.
- Quoi qu’il en soit, de la nature des produits exposés, comme aussi des renseignements que nous possédons, on doit conclure que les procédés suivis hors de France sont absolument semblables à ceux que l’on suit dans notre pays.
- Le travail à la main s’y exécute dans les mêmes conditions, et les machines à imprimer sont les mêmes que celles dont nous faisons usage.
- Tout démontre, d’ailleurs, que dans maintes contrées les deux branches de l’industrie du papier peint sont solidement développées ; tous les papiers de fabrication courante, que jadis nous exportions en si grande quantité, commencent à être fabriqués à l’étranger dans des conditions satisfaisantes et à des prix assez bas pour que cette fabrication se soit rendue maîtresse de la consommation locale.
- Dans ce fait considérable nos fabricants français doivent voir
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- un avertissement sérieux, et ils doivent en tirer clés enseignements utiles. Les conditions matérielles de la fabrication ne créent à notre industrie nationale aucun privilège, et c’est seulement par le goût, par le choix des dessins, par l’entente des coloris, que celle-ci peut conserver sa supériorité et rester, comme elle l’est encore aujourd’hui, à la tète du commerce européen des papiers peints. Aussi ne saurait-on qu’applaudir à toutes les mesures prises en vue de populariser les saines doctrines de l’art décoratif.
- Parmi les exposants anglais, nous rencontrons d’abord MM. Jeffrey et C,e, de Londres. Au milieu des produits présentés par eux au palais du Champ de Mors on remarquait surtout quelques dessins obtenus à la planche et d’une parfaite exécution. Ces dessins, par leur style conçu dans le goût britannique, ne sauraient être comparés aux papiers peints fabriqués dans notre pays. Ces fabricants ont une grande réputation.
- MM. YVoolains et C1C, de Londres, avaient exposé des papiers veloutés exécutés avec une rare perfection. Les dessins, généralement d’une grande simplicité, sont obtenus par l’application successive de sept ou huit laines si parfaitement superposées, qu’ils semblent être un morceau de feutre découpé. Le modèle ou dessin est obtenu au moyen du balancier, et la peinture se fait généralement sur place. Ces papiers s’emploient pour tenture, lambris, plafonds, etc. etc.
- MM. John Alban et fils, de Londres, avaient exposé plusieurs panneaux de papiers peints exécutés à la machine; dans leur fabrication, ces manufacturiers emploient exclusivement de la colle animale, au lieu d’employer la gomme comme le font la plupart des fabricants anglais.
- Cette maison occupe une centaine d’ouvriers et ses produits sont d’une bonne fabrication.
- MM. Stanton et Cie, du Canada, avaient exposé quelques dessins à la machine qui présentaient une grande ressemblance avec les papiers de même style fabriqués en Angleterre.
- M. Kaberg, de Stockholm, le plus important des fabricants de papier peint suédois, imprime à la planche et à la machine. Sa
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- fabrication est bonne; il produit tons les genres de papiers peints Gr. in. et a fait des progrès sensibles depuis 1867.
- La compagnie de Nâssjo (Suède) et la maison Frôhlich, de Christiania (Norvège) nous ont soumis des papiers satinés, imprimés à la machine de une à six couleurs, dont le bon marché a attiré notre attention. La fabrication est bonne, et le choix des dessins est également satisfaisant.
- M. Franazeh, de Varsovie, avait exposé un petit décor ainsi qu’un assez grand nombre d’échantillons dont la plupart étaient fabriqués à la machine ; quelques-uns portaient six couleurs et étaient convenablement exécutés. Il en était de même des produits fabriqués par M. Riech, à Helsingfors ( Finlande). Ces papiers forment la plus grande partie de la vente courante en Russie.
- La papeterie de Fibreno, de Naples, avait exposé trois décorations différentes dans le genre Pompéi, de bon style et de bonne fabrication, ainsi que deux cartes composées d’échantillons de papiers peints imprimés à la planche et à la machine, jusqu’à huit couleurs, d’une bonne fabrication. Cette maison occupe une place importante dans l’industrie italienne.
- L’exposition des papiers de tenture faite par le Japon était certainement l’une des plus intéressantes de la section étrangère.
- Obtenus par des procédés tout différents de ceux dont nous faisons usage, ces papiers pourraient tout aussi bien être rangés parmi les papiers de fantaisie que parmi les papiers peints. L’usage auquel ils sont destinés semble devoir cependant les faire classer parmi ces derniers.
- Obtenus sur de petites feuilles de 3o ou ko centimètres, ces papiers sont quelquefois vendus sous cette forme au décorateur qui les utilise, d’autres fois assemblés sous forme de rouleaux mesurant 8 mètres de longueur comme ceux de nos usines.
- Cinq exposants, M. Takeya, de Yeddo, d’une part, MM. Ikébé, Haïbara, Imaï et Kourono, d’autre part, représentaient cette fabrication.
- L’exposition de M. Takeya n’était pas murale; elle se composait d’une série de petits carnets d’échantillons contenant des feuilles
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- Gr. m. de 3o centimètres sur ho, couvertes de dessins repoussés, sans couleur. Ces dessins sont obtenus au moyen de plaques gravées soit en cuivre, soit en bois, suivant la finesse du motif. Pour finir le travail, on recouvre le papier d’une couche de vernis, et sur cette couche enfin, lorsqu’elle est sèche, on étend une poudre brune qui, après avoir été frottée, donne un ton d’or vieux rappelant avec exactitude les objets damasquinés, Nous avons examiné divers carnets de cette sorte contenant un grand nombre de dessins différents dont la gravure était remarquable de finesse et de bon goût.
- Parmi les produits exposés par M. Takeya figuraient également des rouleaux de î mètre de largeur, sur une longueur de 8 mètres, composés de plusieurs feuilles réunies ensemble. Ce travail de réunion est d’ailleurs si bien fait qu’il faut examiner les rouleaux très attentivement pour reconnaître qu’ils sont composés de feuilles rapportées. Ces papiers se vendent beaucoup en Angleterre; ils servent à faire des panneaux pour l’ameublement. Leur prix est, au Japon, de ho francs. Plusieurs de ces rouleaux avaient été tendus dans la section japonaise, mais à une trop grande hauteur pour que l’on en pût apprécier tout l’effet.
- La maison Takeya est une des plus considérables du Japon; elle occupe beaucoup d’ouvriers.
- A côté de M. Takeya, mais avec de moindres qualités peut-être, se présentaient MM. Ikébé. Haïbara, Imaï et Kourono, dont la fabrication comprend divers genres de papiers.
- Parmi les produits adressés en France par ces exposants figuraient plusieurs carnets d’échantillons contenant des feuilles de papiers ordinaires, toujours traitées sur 3o et ho centimètres, imprimées au pochoir avec un mordant sur lequel on jette de la poudre de nacre. Cette poudre rappelle alors assez exactement l’aspect de l’argent faux. Ces papiers nacrés, couverts de dessins variés, sont tous destinés à la tenture.
- Nous avons remarqué aussi dans cette exposition plusieurs feuilles d’un papier très léger, plus fin que le papier à cigarettes, sur lesquelles s’étendaient de petits dessins imprimés à trois ou
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- quatre couleurs. Sur quelques-uns de ces dessins se présentait Gr. m.
- une impression d’or. Les papiers de cette sorte ressemblent beau-
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- coup à nos étoffes d’indiennes; malgré leur finesse, ils sont d’une grande solidité et sont alors souvent destinés à être utilisés comme mouchoirs.
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- Depuis 18(57, l’industrie des papiers de fantaisie s’est notablement développée. Les papiers gaufrés et moirés, les papiers pour la lithographie et la photographie, sont les sortes qui ont le plus contribué à cet accroissement.
- On compte en France cinquante fabriques environ. Dans ces fabriques, îAo machines sont actionnées par 20 moteurs à vapeur; le nombre des ouvriers est compris entre 700 et 800, dont i5o à 200 jeunes garçons. Paris est de beaucoup le centre de production le plus important. Le taux moyen des salaires atteint 6 francs par jour pour les hommes et 1 fr. 5o cent, pour les enfants.
- La production annuelle de la France peut être évaluée à 7 millions de francs, dont le cinquième environ s’applique à l’exportation dans la plupart des pays étrangers. Les matières premières employées pour les papiers de fantaisie sont toutes, à quelques exceptions près, de provenance française.
- L’accroissement de production et les progrès obtenus dans la fabrication sont dus à l’usage de machines nouvelles: lisses mécaniques, cylindres de friction, machines à brosser, etc., et surtout à l’application des moyens mécaniques au fonçage et au vernissage des papiers en bobine de 5oo à 1,000 mètres.
- Au point de vue sanitaire, l’emploi de la machine pour le fonçage a, en outre, réalisé un progrès incontestable, puisque les conducteurs de machines ne sont plus exposés, comme l’étaient autrefois les fonceurs et leurs aides, aux exhalaisons délétères de certaines matières colorantes.
- Ce sont là des perfectionnements de la plus haute importance, et c’est par leur adoption seulement que notre fabrication de pa-
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- piers de fantaisie pourra maintenir sa position en face de la concurrence étrangère.
- A côté des produits sortant de nos usines, en effet, on rencontre sur le marché français une proportion importante de papiers de fantaisie fabriqués à l’étranger, principalement en Allemagne et en Belgique.
- L’importation en France de ces produits, sans être aussi étendue que le croient quelques personnes, s’élève déjà à un chiffre sérieux. Pour l’année 1878, ce chiffre, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous communiquer l’Administration des douanes, a été de 879,000 kilogrammes.
- Les papiers allemands , autrichiens et belges qui sont ainsi importés en France sont surtout les papiers de qualité supérieure, tels que les dorés brocards, les argentés, les impressions en or, argent et couleurs, en un mot tous les genres les plus riches, pour la fabrication desquels nos concurrents ont sous la main les matières premières, que nos manufacturiers ne peuvent se procurer qu’en Allemagne ; c’est pour ce motif que l’on voit les fabricants français ne pas s’attacher à la production de ces sortes de papier, pour lesquels il leur est difficile de lutter avec les fabricants étrangers.
- Cependant, parmi les papiers ainsi importés figurent également des produits unis de sortes ordinaires. Ces papiers sont, en général, livrés à la consommation à des prix inférieurs à ceux que peuvent atteindre les fabricants français. La qualité de ces produits est, il est vrai, généralement aussi, inférieure à la qualité des produits similaires français; mais comme c’est à la confection d’articles à bon marché que ces papiers sont principalement destinés, on voit, malgré leur infériorité, le confectionneur leur donner le plus souvent la préférence.
- C’est au bas prix de la main-d’œuvre qu’il faut surtout attribuer la possibilité pour les fabricants allemands et belges d’obtenir des papiers de cette sorte; les matières premières : papiers, couleurs, etc., sont payées par eux au même prix que par nos fabri-
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- cants français, et c’est principalement de la différence des salaires Gr. m. (iue résulte la différence des prix de revient.
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- Mais à celte cause d’infériorité pour notre fabrication vient se joindre encore une cause plus sérieuse: c’est l’adoption, et depuis quelques années déjà, par plusieurs grandes usines, des diverses machines auxquelles nous avons fait allusion plus haut, machines qui ont permis de faire de la fabrication des papiers de fantaisie, comme de celle des papiers peints, une industrie mécanique.
- Pour combattre cette concurrence, nos fabricants n’ont cpi’une voie à suivre, et quelques-uns l’ont déjà franchement abordée; cette voie, c’est celle qui les conduit précisément à l’adoption de ces engins mécaniques : machines à foncer, à lisser, à gaufrer, à bobiner, etc., qui font en ce moment la supériorité des fabricants étrangers.
- Au premier rang parmi les fabricants français de papier de fantaisie figurait M. E. Vacquerel, de Paris. La maison que cet industriel dirige est l’une des plus anciennes et aussi des plus importantes.
- Elle fabrique beaucoup les papiers unis de diverses couleurs, faits à la main et à la machine; elle produit aussi quelques impressions genre indienne, des dorés brocards et principalement un genre de papier vernicolor qui est sa propriété.
- Dans les produits exposés par M. E. Vacquerel on retrouvait les genres les plus différents : imitations de nacre, fonds or, bronze, argent et velouté, d’une belle fabrication. M. E. Vacquerel avait également exposé des bobines foncées et gaufrées à la machine.
- Ce manufacturier, en effet, dont la production la plus importante a été obtenue jusqu’ici par le travail à la main, transforme en ce moment son outillage pour fabriquer le papier de fantaisie mécaniquement.
- M. E. Villeneuve, à Paris, fabrique les papiers de fantaisie à la main et à la machine. Il avait exposé divers genres de papiers de couleurs unis, lissés, vernis et porcelaine très bien réussis; sa vitrine contenait plusieurs bobines foncées, vernies et gaufrées par le travail à la machine.
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- M. Villeneuve est, parmi nos fabricants de papier de fantaisie, un de ceux qui, les premiers, ont adopté l’emploi des machines. Actionnée par deux moteurs à vapeur, son usine possède toutes les machines nécessaires au façonnage des papiers qu’elle produit.
- M'm'Vv'Chagniat et fils, à Paris, avait exposé des papiers de genres très divers, parmi lesquels nous citerons des blancs porcelaine, couchés des deux côtés, et de deux tons différents, des jaunes de chrome, des papiers marbrés, peignés, qui sont entièrement fabriqués à l’usine. A côté de ces papiers on remarquait encore un papier imitation de toile percaline, chagriné et très solide, auquel ces fabricants ont donné le nom de papier pavie et qu’ils produisent par bobines de 100 mètres de longueur sur qo centimètres de largeur. Ce papier est teint à la cuve. L’usine de Mmo Vv,‘ Chagniat et fils possède un moteur à vapeur.
- AI. F. G. Amsler Junt, de Reims, avait exposé des papiers de divers genres, principalement des cartes porcelaine couchées des deux côtés, et des feuilles d’argent fabriquées mécaniquement, dont l’exécution a paru très soignée. Cette maison fabrique très bien la carte porcelaine, dont les produits sont surtout destinés à la chromolithographie. Son installation, l’emploi d’un moteur à vapeur et de machines, lui ont permis de conquérir, par l’excellence et le développement de sa fabrication, une place importante dans l’industrie des papiers de fantaisie.
- M. F. E. A. Chagniat-Aulrère, à Paris, avait exposé tous les genres de papiers de fantaisie. Dans sa vitrine se rencontraient des papiers mosaïques, des papiers porcelaine et un genre de papier imitant la porcelaine. Tous ces produits étaient marqués au cachet d’une bonne fabrication.
- L’exposition de M. Reydet (V.), à Paris, se composait de papiers en feuilles, dorés, argentés et bronze, en métal fin; elle comprenait également quelques feuilles gaufrées. La fabrication de tous ces objets était très soignée.
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- Le nombre des exposants étrangers de papiers de fantaisie était Gr. m. extrêmement limité, et parmi eux nous n’en aurons que trois à ~ citer; ce sont: M. Van Genechten, à Turnhout (Belgique), qui, membre du jury, a dû être mis hors concours; M. Lorentzen (Danemark) et M. W. Knepper, Nelfe, B. Rüger, à Vienne (Autriche).
- C’est de ce dernier exposant seulement que nous nous occuperons. Ses produits étaient certainement des plus remarquables.
- Dans son exhibition, nous avons remarqué des marbres très finis, très beaux et bien variés, des papiers peignés, moirés, gaufrés, chagrinés, etc. etc., de très bonne fabrication. Les impressions or et couleurs qu’on y rencontrait également étaient supérieurement traitées, et tous les dessins se recommandaient par leur bon goût.
- Les produits de M. Knepper portent réellement le cachet d’une fabrication hors ligne; cette maison possède une grande importance en Autriche.
- C’est parmi les papiers de fantaisie qu’il convient de ranger encore certains produits présentés par les exposants japonais que nous avons cités plus haut, papiers que leur nature ne permet pas de classer parmi les papiers peints : ce sont des papiers d’une grande solidité, fabriqués à l’aide de fibres textiles d’une grande longueur, en feuilles de 3o et ko centimètres, et d’une épaisseur qui n’est pas moindre de 1 a 3 millimètres. Ces papiers, que Tonne saurait mieux comparer qu’à des toiles cirées ou des cuirs minces, sont, à la surface, recouverts d’un certain nombre de couches d’huile et de vernis. Souples en même temps que solides, ces papiers sont employés à la reliure, à la fabrication d’objets de fantaisie tels que portefeuilles, sacs de voyage, porte-monnaie, porte-cigares, etc.
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- La fabrication des stores a pris depuis dix ans un développement sensible. Il existe aujourd’hui, en France, de 8o à qo fabricants qui occupent environ 3oo artistes peintres et ouvriers et
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- font un chiffre d’affaires qui peut être évalué à 1,200,000 francs environ.
- Le quart, à peu près, de la production est destiné à l’exporta-(ion. En général, les stores sont peints à la main, l’impression à la planche ou par moyens mécaniques n’ayant pas jusqu’ici donné des résultats très satisfaisants pour ce genre de travail.
- Paris est le principal centre de fabrication; mais quelques grandes villes, notamment Lyon, Marseille, Bordeaux, ont vu se fonder des ateliers créés spécialement en vue de la consommation locale.
- Cette industrie, comme toutes celles dont le goût forme l’élément essentiel, a suivi la marche du progrès, tant dans la composition des dessins que dans l’emploi des couleurs, et les stores peints sont maintenant très employés dans la décoration intérieure des habitations.
- L’exposition des fabricants de stores français présentait, en 1878, un intérêt particulier. En groupant le plus grand nombre de ces stores en bonne place et en belle lumière, on a permis au public de juger mieux qu’il n’avait pu le faire jusqu’ici de l’importance relative qu’acquiert cette industrie artistique et des talents qu’elle utilise.
- Dix exposants français avaient répondu à l’appel du comité d’admission, et parmi ces exposants sept ont été jugés dignes de récompenses.
- Celui dont les produits étaient les plus remarquables était certainement M. V. Ouvré, de Paris. Il avait exposé cinq stores peints représentant différents motifs d’un bon choix, et dont l’exécution a paru excellente. Ces stores se recommandaient par un faire large et habile.
- M. Charles Leroy, à Paris, avait exposé neuf stores peints, parmi lesquels quelques-uns ont été remarqués pour leur excellente composition. M. Leroy, dont la maison a été fondée en 18 5 5, doit être regardé comme ayant fait de grands progrès; il occupe dans son industrie une place importante.
- MM. Bassan et C'°, à Paris, avaient exposé six stores d’un en-
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- semble très satisfaisant, de couleurs harmonieuses et habilement Gr. HL traitées.
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- M. E. Bellan, à Paris, avait exposé neuf stores variés, dont les dessins, paysages, motifs et portraits, étaient bien choisis.
- Nous citerons encore parmi les autres exposants : MM. Gilbert,
- G. C. Coupart, Dervez, qui tous ont exposé différents genres de stores peints d’une bonne exécution.
- La contribution des fabricants de stores étrangers à l’Exposition de 1878 était peu importante, et les produits placés sous nos yeux ne pouvaient, du reste, soutenir un instant la comparaison avec les produits similaires français.
- Le nombre des exposants étrangers n’était cpie de cinq ; ces exposants étaient :
- M. Bindels (Belgique), qui avait apporté au Champ de Mars, d’une part, différents genres de stores imprimés et peints à la main, sur toile; d’autre part, des stores en bois, peints et désignés par lui sous le nom de stores indous.
- M. Stoopenclaal (Suède) avait exposé quelques stores unis avec coins historiés, imprimés à la planche. Ces stores étaient opaques et peints à l’huile; ils sont destinés à remplacer aux fenêtres, et pour la nuit, les rideaux ordinaires. Leur prix variait de 7 à i5 francs pour les produits à bon marché; quelques-uns, de qualité plus soignée, atteignaient le prix de 76 a 100 francs.
- M. Boada, à Barcelone (Espagne), avait exposé des stores qui, pour la plupart, étaient peints à la main; d’autres étaient faits au pochoir et quelques-uns imprimés. Les prix en étaient peu élevés.
- M. Bergh (Norvège) avait exposé deux stores, l’un imprimé, l’autre lithographié. Ces stores n’étaient pas transparents.
- La commission des îles Philippines, enfin, avait exposé quatre stores, dont deux imprimés et les deux autres peints à la main.
- L’importance de tous ces produits était, du reste, trop peu considérable pour que nous croyions devoir nous v arrêter.
- Le Rapporteur, Isidore Leroy.
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- A ce rapport, le président de la classe 22 croit de son devoir d’ajouter un paragraphe spécial qui rappellera les mérites de la maison Isidore Leroy et ses Jils, fabricants de papiers peints.
- M. Leroy (Isidore), chef de celte importante maison, membre du jury, avait accepté les délicates fonctions de secrétaire rapporteur de la classe.
- Conformément aux règlements de l’Exposition, les produits de la maison Isidore Leroy et ses fils n’ont pu être examinés par le jury, ni concourir pour les récompenses, et, par un sentiment de réserve facile à apprécier, le secrétaire rapporteur a passé sous silence tout ce qui concernait sa maison, ajoutant ainsi une grande modestie à un grand mérite. Mais le président se fait un devoir de signaler que les produits qui ont composé son exhibition, tous obtenus par la machine, offraient les plus beaux spécimens de cette production, et que si la France tient le premier rang pour la fabrication du papier peint à la machine, elle le doit en grande partie aux efforts incessants de cette manufacture, admirablement outillée, et à l’expérience consommée de son digne chef.
- Nous ne pouvions pas laisser passer inaperçus les mérites exceptionnels de cette maison dans le compte rendu d’une Exposition où l’industrie du papier peint a brillé d’un si vif éclat.
- Le Président,
- Delicourt.
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