Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LA COUTELLERIE.
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- PXax.
- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe III. — Classe 23.
- RAPPORT
- SUR
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- X*
- LA COUTELLERIE,
- M. PARISOT,
- FABRICANT DE COUTELLERIE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe III. — Classe 23.
- RAPPORT
- SUR
- LA COUTELLERIE.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Mappin (F.-J.), president, csq. mayor of Sheffield.............. Angleterre.
- Parisot, secrétaire-rapporteur, fabricant de coutellerie, membre )
- du Jury en 1867, président des comités d’admission et d’in- > France, slallation à l'Exposition universelle de 1878..............J
- Piault (J.), suppléant, membre des comités d’admission et 1 ^ d’installation à l’Exposition universelle de 1878.............j rance#
- La classe 23 comprend, d’une part, tous les outils qui servent, dans l’économie domestique, à tailler ou à couper la matière, et, de l’autre, les outils non tranchants servant aux usages personnels ou au service de la table. Ces outils et objets sont extrêmement variés, tant dans leur nature que dans leurs formes, en raison des usages de toute sorte auxquels ils sont destinés. Ils peuvent se classer de la manière suivante :
- Coutellerie de table ordinaire et de luxe, comprenant : les services à découper, couteaux à fromage, couteaux spéciaux pour les fruits, à lames recouvertes de métal inoxydable ou en métal précieux.
- Coutellerie fermante. Couteaux de poche, de chasse, de voyage et de défense, canifs, coupe-cors et ongliers de poche.
- Coutellerie à lames fixes, à game. Poignards, couteaux de chasse et ceux dits saladéros ou brésiliens.
- Classe a3.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Grosse coutellerie à tranchants divers. Couteaux de cuisine ou de bouclier, fusils et affiloirs, hachoirs à plusieurs lames, couperets, tranchets et couteaux de peintre.
- Oisellerie. Ciseaux de tous les genres, pour les travaux multiples, pour la toilette et diverses professions, tailleurs, cordonniers et chemisiers. Ciseaux à raisin pour la table, pinces à couper les ongles, sécateurs, coupe-fleurs et autres pièces pour l’horticulture.
- Rasoirs en tous genres.
- Quincaillerie fine en acier poli. Tire-bouchons, tire-boutons, limes à ongles, pinces à épiler et garnitures de nécessaires.
- Petite orfèvrerie. Pièces hors-d’œuvre, couverts à salade, fourchettes à huîtres, à melon ; truelles et services à poisson, à melon , à glace, en argent ou en métal argenté ou doré.
- Enfin différentes pièces se rattachant à cette industrie, quoique n’en faisant pas directement partie et dont nous parlerons plus loin.
- La fabrication des produits énoncés ci-dessus a été représentée par 96 exposants, dont 58 Français, 6 Anglais, 8 Russes, 2 Autrichiens, h Hongrois, 1 Américain, 3 Italiens, 1 Suisse, i Belge, 2 Portugais, et enfin plusieurs de moindre importance, appartenant à divers pays.
- Industrie de la coutellerie.
- L’ensemble général de l’industrie de la coutellerie a été très complet. Les industriels de chaque pays ont fait des efforts pour concourir avec avantage.
- Tous les pays producteurs ont été représentés, à l’exception de l’Allemagne.
- La tâche de rapporteur, qui m’est dévolue par suite des diverses fonctions que j’ai remplies pendant tout le cours des travaux de l’Exposition, est pour moi, simple industriel, une mission difficile à remplir, surtout après les hommes éminents qui m’ont
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- précédé, tels que MM. Le Play, Michel Chevalier, de Hennezcl et Gr. m. Dubocq, qui ont décrit l’industrie de la coutellerie avec une supé-riorité indiscutable.
- Aujourd’hui, pour répondre au programme qui m’a été donné par M. Jules Simon, je suis forcé de répéter ce qui a été déjà dit.
- Tous les pays fabriquent une partie de la coutellerie qui leur est nécessaire; mais il existe, en outre, un certain nombre de districts manufacturiers dont la coutellerie est l’industrie spéciale et pour ainsi dire exclusive, et qui exportent régulièrement leurs produits dans les pays étrangers. C’est de ces derniers que nous allons parler. Ce sont :
- En France, Thiers (Puy-de-Dôme), Nogent (Haute-Marne), Chàtellerault (Vienne) et Paris;
- En Angleterre, Sheffield;
- En Allemagne, Solingen (Prusse Rhénane), Tuttlingen (duché de Wurtemberg);
- En Autriche-Hongrie, Trattenbach, Steinbach, près Steyr (haute Autriche); Beraun, Prague (Bohême); Bude-Pesth (Hongrie);
- En Belgique, Gembloux, Lierre et Namur;
- Aux Etats-Unis, diverses fabriques isolées, entre autres North-field;
- En Russie, Pavlovo (Nijni-Novgorod), Vatch (Wladimir), Wi-borg (Finlande).
- Pour me conformer aux instructions qui nous ont été fournies par la Direction, je vais donner la description générale des centres, en faisant connaître leur mérite, sans insister en particulier sur celui des exposants.
- Il n’est pas possible à un rapporteur de donner avec certitude un classement par ordre d’importance, les renseignements recueillis et les produits exposés ne fournissant pas des matériaux suffisants.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. ni.
- Cl. 23. CHAPITRE PREMIER.
- FRANCE.
- Pour la presque totalité, la coutellerie française exposée provient des quatre centres principaux indiqués plus haut.
- Ces produits réunis, quoique semblables en apparence, sont extrêmement variés et bien différents pour l’observateur. Les articles du plus bas prix y figurent graduellement jusqu’à ceux d’un prix élevé; il y en a même qui, par leur mérite, pourraient être classés parmi les objets d’art. Nous allons les passer en revue et décrire chacun des centres qui les ont produits.
- Fabrique de Thiers.
- La ville de Thiers, bâtie sur le versant d’une montagne du Forez, près de laquelle coule un petit torrent, la Durolle, qui est le moteur naturel pour la plupart des fabriques, est le centre de production le plus important de l’industrie de la coutellerie française. On y fabrique tous les articles, depuis le commun jusqu’au demi-fin. Le nombre des fabricants patentés dans le canton de Thiers est de 35o ; celui des ouvriers travaillant à cette industrie est de 20,000, dont ù,ooo partagent leur temps entre l’atelier et les divers travaux de la campagne. La production est évaluée à 13 millions de francs.
- Les ouvriers travaillent à la tâche où à la journée, soit dans les fabriques, qui sont au nombre de 71, situées à Thiers ou dans les environs, soit isolément, réunis en famille. Le salaire moyen par jour est de 2 fr. ^5 cent, à 3 francs pour les hommes de la ville et de 2 fr. 2 5 cent, pour ceux de la campagne, 1 franc et 1 fr, 2 5 cent, pour les femmes.
- Les fabricants se livrant généralement à une spécialité de production, l’exécution se fait parla division du travail, soit manuel, soit au moyen de machines-outils; chaque ouvrier fait une fraction de pièce : l’un forge, l’autre lime, un autre trempe et redresse, d’autres émoulent et polissent; puis lames, ressorts, platines et
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- manches de chaque modèle sont réunis, et remis aux monteurs- Gr. ni. ajusteurs, qui terminent les pièces.
- Les fabriques les plus importantes ont tous ces ouvriers réunis; mais bien d’autres producteurs commandent ou remettent aux ouvriers isolés soit les matières premières, soit les pièces en cours de fabrication, afin qu’ils exécutent la fraction qui les concerne; puis, comme dans les fabriques, des monteurs réunissent, montent et terminent les pièces.
- Ce dernier mode d’exécution, qui est encore le plus répandu, a ses avantages et ses inconvénients. Avantages : il permet à l’ouvrier de travailler en famille, d’être plus indépendant, de vivre avec plus d’économie et de produire de certains articles à meilleur compte; il est, en outre, plus moralisateur pour la jeunesse. Mais il a des inconvénients : l’ouvrier perd du temps pour aller chercher et reporter son ouvrage; en outre, il ne permet pas la surveillance pour l’exécution et l’ensemble nécessaire à donner aux pièces. Par ces dernières considérations, qui sont la chose vitale de la fabrication, le travail isolé devra aller en diminuant, pour être remplacé par l’augmentation et l’agrandissement des fabriques, où l’on peut établir et utiliser les machines-outils, avec lesquelles on obtient des produits plus réguliers et à des prix moins élevés.
- La nécessité de la substitution du travail isolé par la réunion en fabrique a été bien reconnue, il y a près de quarante ans, par un industriel important, qui, le premier dans ce centre, a organisé le travail en fabrique avec l’application successive des machines-outils. Le bon résultat obtenu fit trouver des imitateurs, dont le nombre ne cesse de s’accroître; on y emploie maintenant les machines à forger, estamper, découper, percer, et bien d’autres.
- La vapeur est employée en supplément de la Durolle, qui fournit une force hydraulique totale d’environ 371 chevaux.
- Les produits exécutés à l’aide de ces moteurs sont :
- Les couteaux fermants, à une et à plusieurs pièces, et ceux plus compliqués, modèle de Nogent, dans le genre commun et demi-fin, fabrication nouvellement importée;
- Egalement les ciseaux communs et ceux demi-fins, forgés ou estampés, procédé et modèles de Nogent;
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- Les rasoirs ordinaires;
- Les couteaux de table communs à plates semelles ou à bascule, manches en bois, ébène, os et ivoire blanc. Une collection d’échantillons de couteaux de table et dessert, à manches d’ivoire vert bien exécutés, imitation des autres centres, a été présentée au jury par un jeune industriel;
- La grosse coutellerie, qui comprend: les couteaux de cuisine, de bouchers, ceux dits saladéros et brésiliens, et enfin les hachoirs et couperets.
- Le jury a été heureux de constater que les progrès signalés aux expositions précédentes allaient toujours en croissant, tant dans les formes plus gracieuses et mieux raisonnées que dans la qualité. Ces progrès ont été favorisés par la création d’une grande ligne de chemin de fer, qui, en réduisant le prix du transport des matières premières, permet, à prix égal, de remplacer le fer et l’acier commun par des aciers corroyés ou fondus de qualité supérieure. Les produits nouveaux importés dans le Centre et la manière dont ils sont fabriqués, par de jeunes et intelligents industriels, nous prouvent suffisamment qu’ils veulent perfectionner et progresser; et nous savons, par expérience, que vouloir c’est pouvoir. 11 y a donc tout lieu d’espérer que bientôt disparaîtront de la fabrication l’emploi du fer cémenté en paquets pour les ciseaux communs, les ressorts en fer pour les couteaux fermants ordinaires, ainsi que les lames de couteaux de table à mitres rapportées, dont la plupart ne sont pas trempées; enfin qu’il sera apporté plus de soins, en général, et particulièrement pour la trempe, l’émoulage et l’affilage.
- Les produits sont expédiés pour deux tiers en France et un tiers à l’étranger. Les principaux débouchés sont : Paris, où résident des négociants vendant soit aux détaillants, soit aux commissionnaires pour l’exportation; Lyon, Bordeaux, Marseille, Lille, Toulouse, etc.; l’Italie, la Turquie, l’Egypte, la Suisse, la Belgique, les bords du Rhin et l’Amérique du Sud.
- Fabrique de Nogent.
- Nogent-Langres. C’est dans ce district que l’on fabrique la cou-
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- tellerie fine et demi-fine de tout genre. L’origine en est fort an- Gr. m
- cienne, et, sans remonter plus haut, nous trouvons au xve siècle
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- (iA5/i) un règlement pour la corporation des maîtres couteliers
- de Langres. C’est en effet dans cette ville que la coutellerie a pris son origine, pour se déplacer plus tard et se fixer définitivement à Nogent et dans les quatre-vingts à cent communes qui l’environnent. Dans cette petite ville, chacun est employé au commerce de la coutellerie, les uns comme producteurs, les autres comme marchands commissionnaires, ces derniers achetant aux meilleures conditions les articles, qui leur sont apportés le dimanche matin, recevant ou donnant des commandes à exécuter ; enfin, d’autres marchands vendent aux ouvriers les outils et les fournitures qui leur sont nécessaires pour leur fabrication.
- Les diverses branches de cette industrie multiple emploient quatre à cinq mille ouvriers, travaillant les uns en fabrique, les autres en famille au foyer domestique, et gagnant, les premiers, de 3 à 5 francs par jour, les seconds, de 2 à k francs. La production, qui, en 1867, a été évaluée à2,5oo,ooo francs, s’est élevée pour 1878 à h millions environ.
- Les fabriques sont au nombre de quarante; les forces motrices employées représentent une force de 600 chevaux, dont 35o pour l’eau et â5o pour la vapeur. On y fabrique, par la division du travail, avec les machines-outils en usage, la grosse coutellerie, les lames de couteaux de table et à découper, les lames de rasoirs, des sécateurs et plusieurs sortes de ciseaux; les ciseaux pour tailleurs, cordonniers et chemisiers, y sont exécutés avec une grande perfection.
- C’est dans ce centre qu’a été créé, avec beaucoup d’efforts, par un industriel de grande volonté, la fabrication des ciseaux de toutes tailles, ceux de tailleur même, et des sécateurs, par le moyen du découpage et de l’estampage à chaud, à l’aide du marteau-pilon , tout en forgeant les lames, afin de leur conserver la qualité.
- Ce procédé s’applique avec avantage aux articles demi-fins. On atteint, avec la rapidité d’exécution, la régularité, la qualité, réunies au bon marché. Aussi d’autres centres emploient-ils ce procédé.
- Les ouvriers travaillant isolément avec un ou deux compagnons
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- Gr. m. et apprentis, qui, le plus souvent, sont leurs fils, sont de beau-coup les plus nombreux. Ils se divisent en deux catégories : les uns qui fabriquent à leur guise des produits vulgaires, qu’ils vendent à Nogent, et les autres exécutant les commandes qui leur sont faites soit par les négociants commissionnaires, soit par les couteliers des villes et principalement de Paris. Chaque ouvrier confectionne de toute pièce l’article de sa spécialité. Ceux de cette catégorie qui travaillent directement pour les couteliers de ville sont les plus intelligents et les plus capables; il y en a, dans le nombre, qui sont de vrais artistes. Dans aucun pays, on ne saura mieux qu’eux donner autant d’élégance aux ciseaux ou exécuter au gré de l’amateur un couteau fermant ou onglier réunissant dans un volume de poids restreint un nombre de pièces ajustées avec précision et d’un bon usage. Une partie de ce mérite peut être revendiquée par les couteliers des villes, qui les dirigent, tant par leurs conseils que par les modèles qu’ils leur donnent à exécuter.
- Les produits, en général, sont expédiés deux tiers pour la France et un tiers pour l’étranger. Paris est le débouché le plus important, tant par les marchands détaillants que par ceux en gros et les commissionnaires pour l’exportation, principalement pour l’Amérique du Sud.
- Fabrique de Châtellerault.
- Les produits de Châtellerault, si bien connus autrefois des voyageurs allant en diligence de Paris à Bordeaux, avaient à peu près disparu de i83o à 1838, les ouvriers couteliers ayant été attirés par un salaire supérieur à la fabrique d’armes blanches établie par l’Etat. C’est à cette dernière date, qu’un industriel monta, à peu de distance de Châtellerault, une usine pour y fabriquer la coutellerie de table, la grosse coutellerie, ainsi que les rasoirs.
- La bonne direction donnée à cette usine et les heureux résultats obtenus ont fait surgir deux imitateurs, ce qui porte à trois le nombre des fabriques installées sur des cours d’eau à quelque distance de la ville; mille ouvriers y sont employés. Le chiffre de la production annuelle est d’environ 1,200,000 francs.
- Les produits ordinaires, demi-fins et ceux d’un prix élevé sont
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- fabriqués par la division du travail, avec un outillage très perfec- Gr. ni tionné. Chaque fabrique a son système, soit pour façonner ou can- ^ neler les manches de couteaux d’ébène, os ou ivoire, soit pour forger ou découper les lames de couteaux. Par l’émulation et des efforts constants, ces industriels sont arrivés à obtenir des produits d’une grande régularité, de bonne exécution, réunissant la qualité au bas prix. Le placement de ces articles est fait directement par eux, tant en France que dans les pays étrangers voisins.
- Fabrique de Paris.
- Paris occupe le premier rang dans l’industrie de la coutellerie, aussi bien par le mérite de ses produits, qui réunissent à la qualité la perfection, que comme entrepôt général des produits des autres fabriques.
- L’origine de cette industrie à Paris est très ancienne; nous en trouvons la preuve, dès 1268, dans les titres XVI et XVII du Livre des métiers d’Etienne Boileau, ainsi que dans les édits rendus sous Charles IX, en 1 565 , confirmés par Henri III et Henri IV en 1 586 et 1608, pour la réunion des maîtres et la désignation des objets qu’ils pouvaient fabriquer. Des pièces assez nombreuses ont été exécutées sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Ces objets, conservés si précieusement dans nos musées et par les collectionneurs, sont des preuves évidentes que le mérite bien reconnu des couteliers du siècle dernier provient de la réunion de plusieurs professions dirigées par un seul patron.
- Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner ces couteaux fermants ou de table, soit à manches d’argent ciselé, soit à manches d’ivoire, d’écaille ou de nacre, décorés de bandes droites ou obliques et garnis de virole et cuvette décorées d’ornements en or de couleur ciselé; les ressorts et les dos de lames appliqués de bandes d’or, ainsi que ces ciseaux d’acier ciselé, branches et lames décorées d’or de couleur incrusté et ciselé.
- L’abandon de ce mode de fabrication pendant la première période de ce siècle, ainsi que de celle de ces pièces exceptionnelles, avait de beaucoup diminué l’importance des couteliers. C’est ce qu’ils ont compris plus tard, en revenant aux errements du passé.
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- Gr. m. Ils ont exécuté, en les imitant avec le’ même soin, non seulement Cl 23 Ce ^ ava^ d¥ ^ad’ ma^s’ s’inspirant des besoins nou-
- veaux, ils ont modifié les formes des couteaux de table, en les simplifiant d’une façon élégante, devenue plus facile par la division du travail; par suite de Rabaissement du prix, ils les rendent accessibles à un plus grand nombre, provoquant des besoins par la création de pièces utiles au service de table. Enfin, d’additions en additions, ils sont arrivés à fabriquer tout le service de table en argent. De là leur dénomination, pour une partie, de couteliers-orfèvres.
- Le groupe de Paris se divise ainsi qu’il suit :
- i° Les couteliers en gros. Ils s’approvisionnent directement dans les centres de production. Ils vendent aux commissionnaires exportateurs, aux commerçants trafiquant sur ces articles ou les employant pour garnitures de trousses ou nécessaires.
- a0 Les couteliers-orfèvres en appartement, fabriquant les manches d’argent, les couteaux de table ivoire et nacre, ainsi que la petite orfèvrerie et les couverts de table et de dessert en argent; ils succèdent, pour ces derniers articles , aux cuillerist.es, qui n’existent plus; ceux qui restent ont ajouté à leur fabrication première la petite orfèvrerie; ils s’appellent orfèvres-couteliers; le nom seul diffère des premiers. Les produits des uns et des autres sont vendus aux bijoutiers-orfèvres de toutes les villes, ainsi qu’aux couteliers.
- 3° Les couteliers en boutique travaillent avec un ou deux ouvriers. Ils font-le repassage, les réparations ainsi que des pièces neuves. Plusieurs fabriquent les ciseaux de tailleurs avec une rare perfection. Ces produits spéciaux sont très appréciés par les premiers coupeurs.
- 4° Les couteliers-orfèvres en magasin sont, par leurs rapports directs avec les consommateurs d’élite, chargés de faire exécuter les pièces de commande et de mettre en pratique les idées qui leur sont apportées ou suggérées. Ils sont, par leur situation exceptionnelle, appelés à remplir le rôle le plus important dans la direction de la fabrication de la coutellerie de luxe, ainsi que de celle des autres pièces qui
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- s’y rattachent. Les artistes, tels que dessinateurs, modeleurs, sculp- Gr. m. teurs, graveurs, ciseleurs, damasquineurs, émailleurs, doreurs et autres, sont leurs collaborateurs, aussi bien que les ouvriers travaillant dans leurs ateliers ou isolément; ils sont chargés soit de mettre en pratique, chacun dans sa spécialité, la chose connue à laquelle ils doivent donner une forme , soit d’exécuter la commande, au moyen de matrices ou sur les modèles qui leur sont remis.
- Leurs ateliers ne sont, à proprement parier, que le lieu de centralisation des objets ou des fractions exécutés ailleurs sous leur surveillance. Chaque chose est par eux visitée, retouchée, ajustée et montée, pour faire un tout composant la pièce ou l’objet.
- Les articles principaux qu’ils font exécuter sont : les couteaux de table et dessert en tous genres, les pièces diverses en argent forgé composant le service de table appelé petite orfèvrerie. Quelques-uns font également fabriquer, sur leurs modèles spéciaux, les couverts de table et de dessert, les cafetières, théières et bien d’autres pièces composant la totalité du service de table appelé grosse orfèvrerie.
- La réunion de la fabrication de tous ces articles sous la même direction permet de donner un ensemble tant aux formes qu’au style, et, pour la bonne exécution, d’obtenir des pièces d’un mérite égal à celui des pièces exécutées par les orfèvres de premier ordre.
- Ils fabriquent également ces pièces exceptionnelles qui, par leur conception, les font classer dans la catégorie des objets artistiques.
- Ce sont les couteaux de table et fourchettes à manches de style, soit à manche d’argent repoussé ou ciselé, incrusté, damasquiné, émaillé, soit à manche d’ivoire sculpté, écaille incrustée, à lames de damas de forge égalant par le mérite celui des Orientaux; ces couteaux à papier et ces poignards, si variés dans leurs formes et leurs décors, lames en acier ou damas, repercées et incrustées, damasquinées or; les couteaux de chasse de tant de genres; les couteaux fermants et ongliers à manches décorés; les ciseaux à branches d’argent à sujet ciselé, ou acier pris sur pièce, à lames d’acier ou damas ciselé, le tout avec ornements en or de couleur, incrusté en relief et ciselé; les châtelaines, dont l’agrafe en vieil argent a pour sujet les chiffres monogrammes ou les armoiries, pris sur pièce, ciselés, décorés, avec chaînes et pièces de travail;
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- Ces porte-monnaie, calepins, porte-cartes ou buvards décorés de garnitures en argent et or gravés, rainolayés ou ciselés;
- Ces boîtes, coffres, sacs, trousses et autres en bois, ivoire ou maroquin, renfermant des pièces de coutellerie, d’orfèvrerie, de brosserie, à l’usage du travail ou de la toilette; enfin tant d’autres pièces pour des usages si variés, qu’il serait trop long d’en faire l’énumération.
- Les lames d’acier qu’ils emploient pour les couteaux de table ainsi que les couteaux fermants et ciseaux d’usage courant sont exécutés dans la Haute-Marne, sur modèles envoyés ou désignés par eux. Ces pièces sont marquées du nom du coutelier qui les a commandées, comme étant ses produits. Là encore, l’action dirigeante exerce un grand rôle sur ces hommes travaillant isolément dans les villages, où rien ne peut les inspirer; ce sont ces ouvriers d’élite en rapport direct avec les couteliers de ville qui soutiennent le progrès de l’industrie locale.
- Les rasoirs vendus à Paris sont exécutés, les uns en province, les autres à Paris. Ces derniers, fabriqués avec l’acier anglais Huntsmann et dont les formes sont raisonnées en raison de l’usage du cuir, jouissent d’une renommée bien méritée.
- En résumé, les couteliers parisiens ont donné une grande extension à leur industrie Elle est justifiée par le chiffre d’affaires annuelles, qui n’était que de 2 millions en i85o, et qui, en 1878, a presque atteint 8 millions. Le nombre d’ouvriers travaillant à la coutellerie est évalué à 900; leur salaire est de 5 à 7 francs par
- J°Ur'
- Ce résultat est dû, pour une grande partie, à l’adjonction de l’orfèvrerie de table, complément indispensable, permettant à l’acheteur de pouvoir, sans déplacement, composer tout son service.
- La coutellerie de luxe principalement a atteint par eux un haut degré de perfection, tant par l’élégance de ses formes que par sa bonne fabrication; celle de table jouit d’une préférence marquée sur celle des autres centres. Aussi, la coutellerie parisienne, dans son ensemble, est-elle recherchée par toutes les nations.
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- CHAPITRE II.
- PAYS ÉTRANGERS.
- -Angleterre.
- La coutellerie anglaise jouit d’une réputation justement méritée. Sheffield, son centre de fabrication, est le lieu de production des meilleurs aciers fondus. Cette ville est environnée de gisements houillers et voisine des grands marchés des autres matières premières arrivant des colonies. C’est dans ce lieu privilégié que la fabrication de la coutellerie s’est concentrée. Les ateliers de Londres où l’on fabrique des articles spéciaux sont approvisionnés par ses produits.
- Le district de Sheffield est très important. Le nombre de personnes employées à cette industrie est évalué à 19,000; le chiffre d’affaires, à 12 millions. Les principaux producteurs ont des relations établies dans toutes les parties du monde.
- Les pièces sont exécutées par la division du travail, soit à la main, soit à l’aide des machines, dont l’emploi ne cesse de s’accroître. Les ouvriers habitent la ville et les environs; ils travaillent, soit en famille, dans de petits ateliers, soit dans les fabriques, qui sont importantes et assez nombreuses. Le salaire est fixé à la pièce; il varie selon l’habileté. La moyenne pour les travaux ordinaires est de 3o schellings (/10 francs) pour cinq journées et demie de dix heures de travail, la semaine finissant le samedi à midi.
- Les modèles sur lesquels dn doit exécuter des quantités de pièces pendant de longues années sont créés avec beaucoup de soin. Les formes lourdes et solides, bien appropriées aux usages anglais, ne plaisent pas en France, où la coutellerie anglaise n’est vendue qu’en petite quantité.
- Sa réputation est due à la bonne direction donnée par des chefs de fabrique qui sont des travailleurs, à l’emploi de bons aciers, aux soins donnés à la trempe, à l’émoulage, et surtout à l’affilage,
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- Ih
- Gr. ni. Cl. 23.
- qui est exécuté par des ouvriers spéciaux. Le nom du fabricant et celui de Sliellield apposés sur chaque pièce ont aussi beaucoup contribué à ce résultat.
- Allemagne.
- Quoique cet empire n’ait pas pris part à notre grand concours, j’ai cru de mon devoir d’en faire mention et d’en dire ce que j’en connais.
- Appelé comme expert à la douane pour expertiser la valeur de la coutellerie qui y est présentée en assez grande quantité, nous voyons la coutellerie allemande et pouvons la juger avec les renseignements qui nous sont fournis.
- C’est Solingen qui est le centre principal de production. Ce lieu favorisé par la nature a contribué au développement de cette industrie; car c’est à peu de distance de ce district que sont situées :
- i° Les mines de Stahlberg, minerais avec lesquels on produit la fonte de fer ou des aciers naturels. Ces fontes et ces aciers, quoique résistants, sont très malléables et d’un emploi facile; ajoutons à ces qualités celle d’un bas prix ;
- a0 Les mines de houille abondantes et de bonne qualité du bassin de la Ruhr;
- 3° Des carrières de grès, d’où l’on extrait les meules servant à l’émoulage.
- 4° Enfin la Wupper coule près des fabriques et sert de moteur économique aux aiguiseries.
- Les produits principaux sont les couteaux-canifs de deux à six pièces et les ciseaux. Les uns et les autres sont établis à des prix extrêmement bas. Les couteaux sont faits sur des modèles anglais, sur lesquels souvent on applique la marque anglaise; les manches, façon écaille ou en nacre, sont composés de plusieurs morceaux, avec garniture aux extrémités. Ils sont expédiés soit en paquets, soit assortis par douzaine, fixés sur cartes anglaises. Ils ont une certaine apparence, mais pas de qualité.
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- COUTELLERIE.
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- Les ciseaux sont quelquefois en acier forgé ou estampé, mais Gr. m. le plus souvent en fonte parfaitement moulée. On les livre soit
- i i qj 23
- blanchis à la lime et à la meule, soit demi-polis sans être trempés, soit enfin trempés, demi-polis ou polis. Ces derniers, exécutés sur des modèles français, ont toute l’apparence de la qualité, jusqu’au jour où on les repasse; après quoi il ne reste plus que la fonte molle. Une partie de cette mauvaise coutellerie, fabriquée avec beaucoup d’habileté par un outillage bien compris, est employée en France pour la garniture des trousses militaires, pour celles d’exportation, ou vendue en assez grande quantité dans les magasins de nouveautés et les bazars.
- Autriche-Hongrie.
- Steinbach et Trattenbach font partie du groupe des fabriques de Steyr, qui transforment les produits métallurgiques sous tant de formes d’outils. C’est à Trattenbach que Ton fabrique cette coutellerie primitive à bas prix. Les manches de couteaux sont en bois; ceux fermants sont ronds, faits au tour; le ressort est remplacé par une virole en fer, qui tient le rivet et forme repos à la lame ouverte.
- Ceux à lames fixes pour la table ont le manche méplat refendu, dans lequel la lame est fixée par trois rivets. Les lames, faites avec de Tacier martelé qui a de la souplesse et beaucoup de résistance, sont de bonne qualité.
- Les prix sont, pour ceux fermants, de 2 centimes à 2 centimes et demi la pièce; vendus par mille, ceux de table se payent de 3 centimes à 5 centimes la pièce.
- Beraun et Prague (Bohême).
- Là, on produit de la coutellerie fine ayant assez de mérite.
- Bude-Pesth.
- Les produits ont plus d’apparence que de mérite.
- Belgique.
- En Belgique, on fabrique la coutellerie à Nainur, à Gembloux
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. in. et à Lierre. Ces fabriques ont beaucoup perdu de leur importance;
- 23 elles n’occupent plus maintenant qu’un rang secondaire.
- États-Unis.
- Les fabriques de coutellerie sont assez nombreuses, quoiqu’elles soient d’une création récente. Les usages se rapprochant de ceux de l’Angleterre, c’est de ce pays qu’elles ont pris les formes et les ouvriers pour les faire exécuter au moyen de machines-outils très bien conçues, avec lesquelles l’ouvrier n’a qu’à diriger.
- Les nombreux modèles de couteaux-canifs fermants exposés par la fabrique de Nortbfield sont la copie des articles anglais. Il faut avoir une grande habitude pour ne pas se tromper sur leur origine. Si les prix de ces articles (ce que nous n’avons pu connaître) ne sont pas élevés, ils doivent faire, en raison du droit protecteur, une grande concurrence aux pays qui fournissaient jusqu’alors les mêmes objets.
- Russie.
- La Russie produit, aux environs de Nijni-Novgorod, d’excellents aciers, avec lesquels on fabrique, dans plusieurs villages des gouvernements de Novgorod et de Wladirnir, notamment à Pavlovo et Vatch, de la coutellerie de tous les genres, fermante ou fixe, accompagnée des fourchettes pour la table, ainsi que la oisellerie. Nous devons citer également la nouvelle fabrique de Wiborg, dans le grand-duché de Finlande; quoique sa fondation ne date que de 1875, elle a, par les apparences, dépassé les anciennes. Ses produits en couteaux fermants, couteaux et fourchettes pour la table, sont de forme moderne et bien exécutés.
- Les produits russes sont pour la plupart bien faits ; les formes sont généralement bonnes; les lames sont bien émoulues et bien
- Rappelons ici, pour mémoire, les produits artistiques de Toula qui figuraient dans la classe 2/1.
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- COUTELLERIE.
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- CHAPITRE III.
- Le jury de la classe 2 3 a pensé que, pour conserver aux médailles tout le prestige qu’elles ont eu aux Expositions précédentes, il ne fallait pas trop les multiplier; en conséquence, qu’il convenait de ne les proposer, surtout celles d’un ordre supérieur, que pour des mérites bien constatés.
- Pénétré de cette manière de voir, le jury n’a pas reconnu dans la classe 2 3 de mérite assez exceptionnel pour un grand prix. Pour les médailles d’or, il a cru devoir restreindre ses demandes à ceux reconnus et classés, autant que possible, dans chacun des centres importants.
- Le règlement qui a mis hors concours les membres du jury, ainsi que leurs collaborateurs, et dont l’application a été maintenue dans le groupe III, a forcé le jury, pour ne pas faire d’injustice, à ne récompenser aucun exposant.
- Depuis 1867, l’industrie de la coutellerie a sensiblement progressé. Les fabriques se sont multipliées, les machines-outils ont augmenté la production en diminuant la main-d’œuvre. En Amérique, des fabriques importantes ont été créées, grâce à l’emploi d’un outillage nouveau, qui permet de produire beaucoup aux meilleures conditions possibles. Ce pays, qui était un débouché important pour les fabriques de l’Europe, va bientôt se suffire à lui-même.
- La France a toujours conservé le premier rang pour la fabrication du service de table, tant par l’élégance des formes que par la variété des modèles; elle l’a conservé également pour la production de ces mille objets, si différents par leurs formes et parleurs usages, dont la plupart sont des objets précieux.
- Dans les objets de grande consommation et pour ceux d’exportation, sa supériorité est moins marquée; pour de certains articles même, elle est en état d’infériorité. Il y a donc lieu de redoubler d’efforts et d’apporter, dans les grands centres, des modifications dans les moyens de production.
- Classe 23, 2
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Ce qui manque aux ouvriers producteurs, surtout à ceux de la Haute-Marne, qui travaillent la plupart isolément et exécutent de toutes pièces les articles de leur spécialité par d’anciens procédés et de vieilles routines, ce qui manque, disons-nous, à ces ouvriers, c’est une instruction technique. Il faudrait leur faire connaître la composition et la provenance des différents métaux et matières premières qu’ils emploient, ceux qu’ils doivent préférer pour tels objets, les meilleurs moyens de les travailler, les nouveaux outils employés dans d’autres centres ou d’autres professions, les avantages qu’on peut en tirer pour la forge, le recuit, le découpage, l’estampage, le limage, la trempe, le polissage, et enfin l’affilage, opération trop négligée pour les articles de commissionnaires.
- Toutes ces connaissances et tant d’autres si utiles à l’ouvrier pourraient lui être enseignées par quelques cours répétés chaque année et faits le dimanche dans les centres par des professeurs, des officiers d’artillerie, du génie, ou des industriels compétents. D’ailleurs, j’en ai indiqué le besoin à M. le Ministre de l’instruction publique par un rapport que je lui ai adressé en 1877.
- Parisot,
- Fabricant de coutellerie.
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