Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE,
- COUVERTURES ET FEUTRES.
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- voccu m- C
- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe IV. — Classe 33.
- RAPPORT
- SUR
- LES FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE,
- COUVERTURES ET FEUTRES,
- PAR
- M. BLIN,
- MANUFACTURIER À ELBEUF, MEMBRE DE LA CHAMBRE DE COMMERCE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCG LXXX.
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- Groupe IV. — Classe 3o.
- RAPPORT
- SUR
- LES FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE
- COUVERTURES ET FEUTRES.
- COMPOSITION DU JURY.
- MAI. le chevalier de Scuoller (G.), president-, fabricant de tissus Je ) Au triche-laine à Brünn............................................................( Hongrie.
- Baudoux-Guesnon, vice-president., membre de la commission des ) valeurs en douane, membre des comités d’admission et d’in- > France, stallation à l’Exposition universelle de 1878....................)
- Blin , rapporteur, manufacturier à Elbeuf, membre de la chambre ) de commerce, membre du comité d’installation à l’Exposition > France, universelle de 1878..................................................J
- Da.vnet (G.), secrétaire, manufacturier à Louviers, membre du ) prancc comité d’installation à l’Exposition universelle de 1878.........j
- Bousfikd (C.-E.)............................................... Angleterre.
- Hutt (F.), esq................................................. Angleterre.
- Guillen (E.)................................................... Espagne.
- Lenning (J.), fabricant........................................S Suède
- v ’ ' (et Norwege
- le baron Zaciiekt, fabricant à Bialostock...................... Russie.
- Grandjeak-Chapuis, industriel à Verviers. !.................
- d’Almeida-Saxtos, négociant.................................
- Diepen (J.-H.-A.), président de la chambre de commerce de Tilbourg....................................................
- Pépin, manufacturier à Orléans..............................
- Belgique.
- Portugal.
- Pays-Bas.
- France.
- Balsan, ancien député, membre du conseil supérieur du corn- ] merce, membre des comités d’admission et d’installation à > France. l’Exposition universelle de 1878, à Chàleauroux........................)
- Classe 33.
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- 2 EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV. MM. Cormouls-Houlès, manufacturier à .Mazamet, membre du co- ) prance — mité d’installation à l’Exposition universelle de 1878.j
- Cl. 33. Prat (E.), manufacturier à Vienne........................... France.
- Cunin-Gridaine , sénateur, manufacturier à Sedan........... France.
- Labadie, député, négociant, membre du comité d’admission à ) l’Exposition universelle de 1878.....................................j rance.
- Talamon (F.), suppléant, membre de la commission des valeurs ) en douane, membre des comités d’admission et d’installation I France, à l’Exposition universelle de 1878...................................)
- La classe 33 comprend les fils et les tissus de laine cardée, les couvertures et les feutres.
- Les fils et les tissus de laine cardée occupent le premier rang, tant par le nombre des exposants que par la valeur des produits.
- Ils représentent une industrie qui compte parmi les plus anciennes connues. Dès le moyen âge, l’industrie des laines est déjà très florissante.
- Au xiv" siècle, Gand comptait quarante mille tisserands, et Florence produisait plus de quatre-vingt mille pièces de drap.
- En France, Arras, Lille, Amiens, Valenciennes, Rouen, Tours et Elbeuf possédaient déjà de véritables fabriques de lainage, et à Paris les drapiers formaient la corporation la plus riche et la plus puissante.
- En Angleterre, la laine était tellement en honneur, que les membres du Parlement avaient comme sièges des sacs de laine.
- A la fin du siècle dernier, la production des lainages en France était évaluée à 125 millions, et celle de l’Angle terré se montait à près de 200 millions.
- Aujourd’hui, l’industrie de la laine cardée se place à l’un des premiers rangs par l’immense valeur de capitaux qu’elle représente et par le nombre de bras qu’elle emploie.
- La laine est de tous les textiles celui qui doit subir le plus grand nombre d’opérations diverses avant d’ètre en état de former,
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- FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE.
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- pour l’homme, un vêtement à la fois solide et agréable à l’œil et Gr. IV. au toucher. Ni la soie, ni le lin, ni le coton, n’exigent autant de soins et clc travaux. Il serait trop long d’entrer dans le détail même de la fabrication. Qu’il nous suffise de dire que la laine, après être triée, dessuintée, lavée, séchée, teinte, graissée, lou-vetée et cardée, forme le fil, qui est dévidé, ourdi, encollé et tissé, pour se changer à son tour en drap, qui est dégraissé, épinceté, foulé, dégorgé, lainé, ramé, tondu, pressé et décati. Chacune de ces opérations a une importance capitale. Il faut une longue pratique et une surveillance incessante pour arriver à un résultat satisfaisant. Aussi ne voit-on pas, comme dans d’autres industries, de grandes manufactures de laine cardée se créer d’une seule pièce.
- Tous les essais de ce genre qui ont été tentés, et quelques-uns Font été avec de puissants capitaux, ont forcément avorté.
- Les grandes maisons qui marchent aujourd’hui à la tête de l’industrie de la laine ont eu toutes un humble début, et leur force actuelle n’est que la résultante d’une longue série de lents et continuels efforts.
- Les moyens de production ont augmenté dans d’énormes proportions. L’industrie de la laine cardée employait en France, il y a un siècle, trois cent cinquante mille ouvriers ; elle n’en emploie aujourd’hui que quatre-vingt mille, pour une production qui a doublé.
- A mesure que la richesse publique s’est développée, l’usage des vêtements de laine est de plus en plus entré dans la grande consommation.
- La matière première semblait devoir être insuffisante pour de si. grands besoins. Mais l’Europe, livrée autrefois à ses propres ressources pour la récolte de la laine, a trouvé dans des pays nouveaux une source intarissable de matières excellentes.
- Les importations de laines coloniales en Europe, qui étaient, en 181A, de 165 balles, en 1860, de 320,000 balles, en 1867, de 660,000 balles, se sont élevées, en 1877, à 1,271,000 balles, représentant environ 200 millions de kilogrammes.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Aussi l’industrie de la laine cardée, qui ne se développait autrefois que dans certains pays, s’est répandue dans l’univers entier, et l’on a pu voir, en 1878, vingt et une nations diverses et six cents exposants répondre a l’appel de la France.
- Le tableau ci-dessous pays a été représenté. montre dans quelle proportion chaque
- Angleterre 6s Italie 6
- Autriche . 54 Luxembourg .
- Belgique 52 Norwège.... 4
- Canada 6 Perse
- Chine 3 Portugal 45
- Danemark 5 Russie 23
- Espagne • <)2 Suède 5
- France . 187 Suisse 4
- Grèce 4 Tunisie
- Hollande Hongrie . 35 1 Victoria . . . . 8
- La France occupe naturellement le premier rang par le nombre des exposants.
- Les fabricants français ont eu à cœur, par un sentiment patriotique bien compréhensible, de rehausser, par leur concours, l’éclat de la fête pacifique que la France donnait à tous les peuples. Il est hors de doute, cependant, que leur nombre eût été plus considérable encore si les événements politiques ne se fussent mis en travers de l’élan qui s’était manifesté dans la période de préparation de l’Exposition.
- Parmi les pays étrangers, l’Angleterre, et surtout l’Italie, n’ont pas exposé dans la proportion de l’importance de leur industrie. Peut-être n’ont-elles pas voulu nous donner la mesure exacte de leur valeur au moment où les traités de commerce allaient être discutés. Nous ne voyons pas d’autre motif à celte participation restreinte d’une part, et à cette quasi-abstention de l’autre.
- Avant de passer en revue les principales expositions, nous dirons quelques mots du nombre et de l’importance des récompenses décernées.
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- FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE. 5
- Le jury de la classe 33 a décerné :
- 13 diplômes d’honneur,
- 5 a médailles d’or, î A2 médailles d’argent, i 29 médailles de bronze,
- 76 mentions honorables.
- Les diplômes d’honneur n’ont été accordés qu’à la collectivité des exposants des principaux centres industriels.
- Aucune exposition particulière n’a mérité cette distinction, qui, dans l’esprit du jury, ne devait servir qu’à récompenser le mérite des inventions ou des perfectionnements ayant apporté une amélioration considérable dans la qualité des produits ou dans les procédés de fabrication.
- Cependant l’ensemble de l’exposition de chaque groupe de l’industrie lainière montre un effort réel et un progrès incontestable, que le jury a eu à cœur de récompenser, en conférant des diplômes d’honneur :
- A la Chambre de commerce d’Elbeuf (France);
- A la Chambre de commerce de Louviers (France);
- A la Chambre consultative des arts et manufactures de Mazamet (France);
- A la Chambre de commerce de Sedan (France);
- A la Chambre de commerce de Vienne (France);
- A la Chambre de commerce de Brünn (Autriche);
- A la Chambre de commerce de Huddersfield (Angleterre);
- A la Chambre de commerce de Verviers (Belgique);
- A la Chambre de commerce de West of England;
- Au Ministère de la guerre du Danemark;
- A l’industrie lainière et drapière de Leeds (Angleterre);
- Au Département du commerce et de l’industrie de Saint-Pétersbourg (Bussie);
- A la collectivité des exposanls d’Orléans (France).
- Par ce grand nombre de hautes récompenses, partagées entre les nationalités lçs plus diverses, on voit aisément que la bonne
- Gr. IV Cl. 33
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. rv. fabrication n’est plus le monopole d’aucun pays. On est arrivé, Cl 33 Presclue partout, a l,ne égale perfection. Et ce fait, sur lequel nous aurons à revenir, a été mis en pleine lumière par l’Exposition de 18-78.
- ANGLETERRE.
- La Grande-Bretagne est peut-être le pays où se produit la plus grande somme d’étoffes de laine cardée. Londres est le plus grand marché de laines du monde.
- Cependant, pour des causes inconnues ou pour la raison que nous avons mentionnée plus haut, l’Angleterre n’a pas exposé dans la mesure de ses moyens de production.
- Toutefois, et quoique restreinte, l’exposition anglaise présentait un ensemble remarquable et formait un tout complet d’étoffes de tout genre. A côté de draps de qualité extrafine destinés à une clientèle de millionnaires, on a pu voir des draps noirs, chaîne coton, admirablement faits et d’un bon marché extraordinaire.
- Ces draps chaîne coton sont, pour ainsi dire, un monopole pour l’Angleterre. Elle n’a pas de rivale dans ce genre d’étoffe.
- Quant aux draps fins, le travail qu’on leur fait subir pour leur donner le toucher et la souplesse qui les caractérisent les énerve parfois au point qu’ils ne sauraient faire un long usage. Faits avec les laines les plus fines qui se puissent trouver, ils atteignent des prix inconnus sur le continent, et il faut toute la richesse de l’aristocratie anglaise pour se payer le luxe de les porter.
- Les nouveautés anglaises qui, depuis quelques années, ont en France un si grand succès de mode, et qui font à notre industrie une si redoutable concurrence, ont été admirées-;Y juste titre.
- Les trois grands districts manufacturiers de l’Angleterre, le Glocestershire, le Yorkshirc et l’Ecosse, avaient envoyé de remarquables produits.
- On a cru remarquer cependant que quelques maisons de premier ordre, celles surtout qui importent en France, s’étaient abstenues ou avaient exposé des étoffes qui sont loin clc représenter ce qu’elles font de mieux.
- L’industrie de la laine trouve en Angleterre des ressources
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- FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE.
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- qu’elle ne rencontre nulle part ailleurs. Londres et Liverpool Gr. iv. reçoivent tous les ans, dans leurs ports, i5o millions de kilo-grammes de laines coloniales, et les fabricants du monde entier sont tributaires du marché anglais, et supportent de coûteux frais de transport pour amener dans leurs usines la laine, que l’industriel anglais a dans son pays même.
- De plus, certaines sortes de laines très recherchées, comme la cheviol, par exemple, ne se trouvent qu’en Angleterre. On n’a jamais réussi à acclimater ailleurs les moutons qui la produisent.
- D’autres circonstances encore ont contribué à créer à l’industrie anglaise une situation toute spéciale : le bon marché extrême de la houille et, par suite, l’immense développement qu’a pris la construction des machines, la grande masse de capitaux dont elle dispose et, enfin, les précieux débouchés que lui assurent ses colonies.
- Les étoffes exposées par les colonies anglaises sont loin d’atteindre la perfection de celles que produit la métropole. Cependant l’exposition canadienne est assez remarquable.
- Quant à l’Australie, qui ne fait que débuter, il est hors de doute que son industrie, puissamment secondée par une énorme production de matières premières, arrivera bientôt à un grand développement.
- A UTRlCHE-HONGRi E.
- L’Autriche compte parmi les grands pays producteurs. Elle possède a4,ooo métiers, dont 2,000 métiers mécaniques, et 56û,ooo broches.
- En 1876, l’Autriche a exporté 3,767,500 kilogrammes d’étoffes de laine cardée; en 1877, elle -en a exporté 3,852,600 kilogrammes.
- Briinn, Reichemberg, Bielilz-Biala, Jaegerndorff, sont ses principaux centres industriels.
- Placée au centre des plus belles et des meilleures laines du monde, la fabrication autrichienne se fait remarquer par la belle qualité de ses produits. Ses draps noirs sont fort bien réussis,
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV. mais on a surtout admiré de magnifiques draps fins de couleur d’une richesse de nuance étonnante.
- Cl 33.
- Les nouveautés autrichiennes sont très belles et rentrent, pour ainsi dire, dans le goût français.
- Cependant la fabrique autrichienne a son originalité et marque certains de ses produits d’un cachet distinctif, dans quelques étoiles aux tons heurtés et aux dispositions bizarres.
- BELGIQUE.
- L’exposition belge, admirablement agencée, faisait ressortir dans tout leur éclat les produits d’une industrie florissante. La Belgique marche, en effet, à l’un des premiers rangs dans la production des fils de laine cardée. Sa situation industrielle offre de grandes analogies avec celle de l’Angleterre. Comme la Grande-Bretagne, elle a un grand port qui reçoit la matière première, des mines de houille productives, une industrie métallurgique développée, des voies de communication qui rendent les transports peu coûteux et une population ouvrière active et intelligente.
- La filature surtout a atteint en Belgique un développement et une importance quelle n’a nulle part ailleurs.
- L’arrondissement de Verviers occupe 5oo,ooo broches, produisant 12 millions de kilogrammes de fil, représentant 76 millions de francs.
- Plus de 5 millions de kilogrammes de fil sont exportés dans les différents pays, qui sont tous plus ou moins tributaires de la Belgique pour cette branche d’industrie, dans laquelle elle occupe incontestablement le premier rang.
- L’exposition belge présentait un choix immense de fils de tous numéros et de toute valeur.
- En tissus de laine cardée, la fabrication belge, sans renoncer aux belles étoffes, vise surtout au bon marché.
- Les produits belges sont, en général, très bons et ont obtenu un grand et légitime succès.
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- FILS ET TISSUS DE LAINE CARDEE.
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- RUSSIE.
- Protégée par ho p. o/o de droits d’entrée, l’industrie lainière de la Russie a pris, depuis quelques années, une grande extension.
- Elle est, du reste, admirablement placée pour se développer.
- L’empire des czars est le pays d’Europe qui produit le plus de laines. On évalue à environ A 5 millions de kilogrammes le poids de la laine qu’on y récolte annuellement.
- La Russie a exporté, en 187G, 19,32/1,^69 kilogrammes de laine; en 1877, 28,790,782 kilogrammes.
- Elle produit pour près de 200 millions d’étoffes de laine.
- La province de Moscou est le centre de fabrication le plus important.
- L’industrie russe est, en général, entre les mains de puissantes compagnies qui disposent de grands capitaux. Toutefois, soit que les industriels moscovites n’aient pas atteint encore la vieille expérience des anciennes villes de fabrique, soit que, se trouvant à l’abri de la concurrence étrangère, ils aient moins d’efforts à faire, il est à remarquer qu’à peu d’exceptions près leurs produits sont peu soignés et peu avantageux.
- PAYS SCANDINAVES.
- La Suède tient le premier rang parmi les pays Scandinaves, qui n’ont, du reste, envoyé que fort peu d’exposants.
- L’industrie de la laine cardée est florissante en Suède et se développe de jour en jour.
- En 1858, elle produisait pour’i 2 millions de francs; elle produit aujourd’hui pour plus de 20 millions.
- Norkôpping, le principal centre de fabrication, a présenté des étoffes de très bon goût et de très bonne qualité.
- L’exposition norwégienne était assez remarquable, et se faisait remarquer surtout par des draps noirs chaîne coton, d’imitation
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV.
- Cl. 33. HOLLANDE.
- La Hollande, dont les draps avaient autrefois un si grand renom, est bien inférieure aujourd’hui, dans la fabrication des tissus de laine, à la Belgique, sa voisine.
- Cependant, Tilbourg, qui a pris la plus grande part à l’Exposition, est une ville industrieuse, dont la population a triplé depuis une vingtaine d’années.
- Elle était représentée par 3a fabricants, employant h,3oo ouvriers, et l’on eût pu espérer davantage d’une fabrique de cette importance.
- Les produits de Tilbourg, mal disposés, paraissaient, en général, mal soignés. Seuls, quelques molletons bas prix étaient assez remarquables.
- La ville de Leyde, qui, au siècle dernier, exportait des étoffes dans le monde entier, est bien déchue de son ancienne splendeur.
- Cependant on a admiré, dans son exposition, de très belles couvertures.
- GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG.
- • Placé à proximité de la France, de l’Allemagne et de la Belgique, le grand-duché de Luxembourg donne asile à une industrie florissante.
- Il était représenté par deux maisons, qui ont exposé des produits bon marché fort appréciés.
- SUISSE.
- La Suisse, qui ne comptait que quatre exposants, possède cependant une industrie lainière assez considérable. On a remarqué dans son exposition quelques très bonnes nouveautés, de très beaux draps d’uniforme et des produits bon marché bien faits.
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- FILS ET TISSUS DE LAINE CARDÉE.
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- ESPAGNE.
- Gr. IV. Cl. 33.
- L’Espagne a été représentée dans la classe 33 par un grand nombre d’industriels.
- Nous constaterons cependant que, dans cette masse d’exposants, il n’y avait presque rien à voir, et, sauf quelques couvertures assez originales, tout ce qui était drap ou nouveauté était mal fait.
- Trois ou quatre maisons ont seules fait de louables efforts pour se maintenir à la hauteur des fabriques étrangères.
- II.faut ajouter, du reste, que la Catalogne, qui fabrique les meilleurs draps espagnols, s’était abstenue, et des villes comme Sabadell et Tarrasa, qui font d’excellentes étoffes, n’ont pas exposé.
- PORTUGAL.
- L’industrie de la laine est en honneur dans le Portugal. Comparée aux expositions antérieures, sa fabrication présente de sensibles progrès.
- ITALIE.
- L’exposition italienne était absolument insignifiante. On sait cependant que l’Italie possède de très grands établissements industriels, qui peuvent rivaliser avec ceux de n’importe quel pays.
- La péninsule occupe 270,000 broches et 8,000 métiers, dont 2,000 mécaniques.
- La production en draperies s’élève à 13 0 millions de francs, dont 5 millions pour l’exportation.
- L’industrie italienne fait de grands efforts pour s’affranchir de l’importation étrangère, qui se monte à 5o millions de francs.
- Tout récemment, elle a fondé à Vicence une école professionnelle destinée à former un noyau d’ouvriers expérimentés et instruits.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV. Cl. 33.
- AUTRES PAYS.
- De la Chine il n’y a rien à dire.
- Quant à la Grèce, la Perse et la Tunisie, elles n’avaient exposé que des tapis, dont quelques-uns fort beaux.
- FRANCE.
- La France produit environ pour 2 5o millions de francs de draperie par an.
- Son industrie a profondément ressenti le contre-coup de la crise économique qui, depuis quelques années, sévit sur le monde entier. Les pays étrangers, encombrés, sont venus déverser à vil prix, sur notre marché, le trop-plein de leur production. Les pays vers lesquels nous exportions nous-mêmes ont restreint leur consommation ou se sont défendus, comme l’Amérique par exemple, par des droits prohibitifs.
- Les exportations françaises en étoffes de laine cardée, qui avaient été, en 187/1, ^e 63,539,000 francs, en 18y5, de 69,290,000 francs, sonttombées, en 1876, à 58,/i5/i,000francs, en 1877, à 63,384,000 francs, pour redescendre, en 1878, à 58,171,000 francs.
- .Les importations en France, qui étaient, en 187/1, de 10,307,000 francs, en 1875, de 1/1,826,000 francs, sont montées, en 1876, à 18,848,000 francs, soit 80 p. 0/0 de plus qu’en 1 874. Elles se sont élevées, en 1 877, à 17,868,000 francs; en 1 878, à 17,1 99,000 francs. . .
- Nous avons dit plus haut les causes de cet état de choses, que quelques partisans à outrance du libre-échange ont voulu attribuer à la supériorité des produits étrangers. L’Exposition de 1878 a surabondamment prouvé qu’ils se trompaient. On a tant et si bien répété que nos fabriques, et surtout Elbeuf, la plus importante de toutes, ne marchaient pas dans la voie du progrès et se laissaient supplanter par leurs rivales étrangères, que, dans un certain milieu, on est arrivé à tenir la chose pour assurée,
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- FILS ET TISSUS DE LA UNE CARDÉE.
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- Combien nos rivaux eux-mêmes sont plus justes à notre égard! Gr. IV.
- Il suffit de consulter les revues étrangères qui s’occupent spé- 33 cialement des étoffes de laine, pour voir en quelle haute estime sont tenus les produits de nos manufactures. Un recueil allemand qui jouit d’une légitime autorité, et qui ne saurait être suspect de partialité envers nous, qualifie à’admirable l’exposition de la draperie française.
- C’est au sein même de notre pays que notre industrie nationale a trouvé ses plus acharnés détracteurs. Ce n’est pas, du reste, chose nouvelle en France qu’un pareil phénomène, et ce n’est pas d’aujourd’hui que nous donnons la préférence aux produits exotiques. Ecoutons ce que racontait, aune veillée de l’Hôtel de ville, un naïf industriel du xve siècle : «Mes draps, s’écriait-il, valent «peut-être mieux que les draps d’Espagne, mais pour les vendre,
- «même moins qu’ils ne coûtent, je suis obligé de les appeler draps «d’Espagne, et non de France, car un homme tant soit peu no-« table 11e voudrait pas les porter. 55
- Le rapport du jury de l’Exposition de Londres, en 1862 , proclamait hautement la supériorité des nouveautés françaises. Celui de 1867 l’alfirmait à nouveau, en signalant toutefois les progrès accomplis, pour l’Angleterre notamment, et en conviant les fabricants français à redoubler d’efforts pour maintenir leur prééminence.
- L’Exposition de 1878 a prouvé que ces exhortations n’ont pas été vaines.
- Elbeuf, Louviers, Sedan, Mazamet et Vienne, qui sont nos principaux centres industriels, se' sont fait remarquer, chacun dans son genre, par des produits dignes de tout éloge.
- Elbeuf, qui produit à lui seul plus du tiers de nos étoffes de laine cardée, et Louviers, sa voisine, ont maintenu la réputation de leurs nouveautés célèbres dans le monde entier.
- Elbeuf a présenté, de plus, une très belle et très complète collection de draps unis.
- Sedan n’a pas non plus démérité de sa vieille renommée; ses
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- draps, ses façonnés noirs, ses nouveautés, ses velours, ses étoiles pour dames, sont toujours d’une aussi belle qualité et d’une fabrication aussi parfaite.
- L’industrie du Midi a fait des progrès considérables. Mazamet a fait de grands efforts pour se créer de nouveaux débouchés. Elle a créé des comptoirs de vente dans l’Amérique du Sud, et a su, la première, tirer parti des laines sur peaux de la Plata.
- Vienne, grâce à l’emploi habile de laines inférieures, produit des étoffes qui, eu égard à leur apparence, sont d’un bon marché vraiment incroyable.
- Reims et Tourcoing, qui, jusqu’à une époque récente encore, s’adonnaient exclusivement à Teinploi de laine peignée, ont entrepris la fabrication des étoffes de laine cardée et n’ont pas tardé à arriver à la perfection.
- Citons encore des centres de moindre importance, tels que Lisieux, Vire, la Bastide et surtout Lodève et Châteauroux, si remarquables par leur belle exposition de draps militaires et d’étoffes pour livrées et voitures.
- COUVERTURES ET FEUTRES.
- L’exposition française de couvertures était incontestablement supérieure à celle des autres nations. Les étoffes de Beauvais et d’Amboise ont été très appréciées. Quant à Orléans, centre de cette industrie, elle s’est distinguée par la perfection de ses produits, tant en couvertures unies qu’en couvertures de fantaisie.
- Les feutres, qui forment une industrie relativement nouvelle, semblent appelés à un avenir sérieux. Gérardmer et Paris en ont exposé quelques spécimens fort intéressants.
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- FILS ET TISSUS DE LAINE GARDÉE.
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- Gr. IV
- CONCLUSION. c“33
- En portant un jugement d’ensemble sur le mérite des produits exposés que nous venons d’examiner en détail, et en les comparant à ceux des Expositions antérieures, on est amené à remarquer que, s’il n’y a pas eu de ces progrès éclatants qui marquent le point de départ d’une ère nouvelle, l’industrie de la laine cardée est loin cependant d’être restée stationnaire.
- Les fabricants de nouveautés, dont les étoffes ne relèvent que du goût et de la fantaisie, ont fait l’impossible pour obtenir des effets nouveaux.
- L’effort dans ce sens a été considérable, et Ton est arrivé à de fort beaux résultats, par le judicieux mélange des fds peignés et des fils cardés.
- Les draps unis, dont la fabrication est si longue et si coûteuse, s’établissent aujourd’hui à bien meilleur compte qu’en 186-7.
- Tous les procédés de fabrication se sont perfectionnés. Grâce à l’attention et à l’intelligence des industriels, des chefs d’ateliers et des ouvriers, on est arrivé à faire produire aux machines plus et mieux; en même temps, l’ancien outillage a été peu à peu remplacé par des instruments meilleurs.
- Un seul chiffre montrera avec éloquence le résultat obtenu.
- La ville d’Elbeuf, qui, en 1868, occupait plus de 2 5,000 ouvriers, n’en emploie, en 1878, que 16,000 pour le même chiffre de production.
- La filature de laines est supérieure à ce quelle était en 1867.
- L’emploi des métiers automatiques s’est généralisé dans une large proportion et a permis d’obtenir, avec des laines inférieures, des finesses qu’on n’avait pu atteindre encore avec les mêmes matières.
- Le mérite de la grande partie des progrès réalisés doit revenir, du reste, à l’extension d’une admirable découverte, qui, dans cer-
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV. laines spécialités, a fait toute une révolution. Nous voulons parler de répaillage chimique.
- Certaines laines, d’une très bonne nature d’ailleurs, renferment une infinité de matières végétales que le mouton recueille dans les pâturages. Les moyens mécaniques sont impuissants à débarrasser la matière première de ces corps étrangers, qui s’enchevêtrent dans les fibres de telle façon, qu’ils arrivent, pour ainsi dire, à en faire partie intégrante, et l’on était réduit à s’interdire l’emploi de laines excellentes. De plus, le drap une fois terminé, on était obligé d’avoir recours à la coûteuse opération de l’épincetage, pour enlever à la main les pailles qui le déparaient, et dont même les laines les plus propres ne sont pas exemptes.
- L’épaillage chimique, dont le principe est fondé sur la propriété qu’ont certains acides de détruire, à haute température, les matières végétales et de laisser intactes les matières animales , est connu depuis longtemps, mais il n’a reçu de véritable application industrielle que depuis l’Exposition de 1867.
- Le fait saillant, l’impression dominante, ce que nous pourrons appeler la caractéristique de l’Exposition de 1878, comparée aux Expositions antérieures, consiste dans une certaine uniformité, une certaine perfection générale, qui se manifestent dans les produits du monde entier.
- . Autrefois les étoiles de chaque pays avaient leur cachet distinctif et portaient en elles-mêmes leur marque de fabrique.
- On chercherait vainement aujourd’hui, sauf quelques rares exceptions, un caractère spécial aux produits des diverses nations. Ce sont, à fort peu de chose près, les mêmes types que l’on rencontre partout. Suivant l’habileté ou la puissance industrielle de chacune d’elles, les échantillons exposés sont un peu mieux ou un peu moins bien fabriqués, un peu plus chers ou un peu meilleur marché, mais au fond ce sont les mêmes idées.
- Allez de la France à l’Angleterre, à la Belgique, à l’Autriche, à la Russie, à la Suisse, à la Suède, même au Portugal, vous trouverez les mêmes étoiles, les mêmes dispositions, les mêmes
- nuances.
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- FILS ET TISSUS DE LAINE GARDÉE.
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- Celte constatation nous mène à la conclusion de notre travail ; Gr. iv. c’est en elle que consiste le véritable enseignement que nous four- C1~3 nit l’Exposition de \ 878 : la production s’est développée outre mesure, et la demande ne répond plus à l’offre.
- Après la conclusion des traités de commerce, l’industrie prit un essor inaccoutumé et trouva un aliment à son activité dans la consommation des pays qui n’étaient pas outillés encore.
- Depuis, ces pays ont voulu produire eux-mêmes et s’affranchir de l’importation étrangère. Leur industrie a grandi à l’abri de droits protecteurs très élevés. Le marché s’est restreint. Une lutte terrible, la lutte pour l’existence, s’est engagée entre les fabriques des pays dont les produits s’échangent réciproquement, soit francs de droits, soit chargés de droits peu élevés. L’avenir restera à celles qui subissent le moins de charges, à celles qui auront la houille, la matière première, le crédit, au plus bas prix possible.
- En nous plaçant au point de vue purement français, chacun sait que l’industrie de la laine cardée ne réunit pas chez nous ces conditions. Elle sera forcément amenée, sinon à disparaître, du moins à diminuer d’importance, si des droits compensateurs ne viennent frapper les étoffes étrangères dans la mesure qui permet à certains pays de produire à meilleur marché.
- A. Blin,
- Manufacturier à Elbeuf,
- Membre de la chambre de commerce.
- Classe 33.
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