Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES DENTELLES, TULLES
- BRODERIES ET PASSEMENTERIES.
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- MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe IV. — Classe 36.
- RAPPORT
- SUR
- LES DENTELLES, TULLES,
- BRODERIES ET PASSEMENTERIES,
- M. DUHAYON,
- MEMlîltE DE LA COMMISSION BELGE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXX.
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- Groupe IV. — Classe 36.
- RAPPORT
- SUR
- LES DENTELLES, TULLES,
- BRODERIES ET PASSEMENTERIES.
- COMPOSITION DU JURY.
- .MM.
- Aubry (F.), president, ancien membre de la chambre de com- \ merce, membre de la commission des valeurs en douane, I membre du Jury en 1801, 1855, 1862,1867, membre des > France, comités d’admission et d’installation à l’Exposition universelle 1 de 1878...............................................................)
- Steiger-Meyer , vice-pi'ésident.......................................
- Duhayon, rapporteur, membre de la commission belge, industriel à Bruxelles.....................................................
- Suisse.
- Belgique.
- Biais, secrétaire, fabricant de broderies, membre des comités ) d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878. j Birkin (T.-J.), esq.................................................... Angleterre.
- Arkberg, fabricant.............................................
- S. E. le duc de Banos..........................................
- Diiachsler (C.), passementier de la cour impériale et royale de
- Vienne.......................................................
- Flaxland, négociant et membre de la commission des valeurs en douane, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878................................
- ( Suède et [ Norwège.
- Espagne.
- ) Aulriche-j Hongrie,
- > France.
- William Cliff, manufacturier à Saint-Quentin................... France.
- Cordier, membre de la chambre consultative de Calais........... France.
- Louvet, suppléant, fabricant, membre des comités d’admission et
- d’installation à l’Exposition universelle de 1.878............
- Verdé-Delisle , suppléant, membre du comité d’admission ....
- France.
- France.
- La diversité des industries comprises dans la classe 36a amené le jury à diviser son travail en quatre groupes distincts :
- i° Les dentelles à la main;
- Classe 36.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- Gr. IV. 2° Les dentelles à la mécanique el les tulles brodés;
- ~~ 3° Les broderies blanches, de couleur, d’or et d’argent;
- Cl. 36. . D
- â° Les passementeries.
- DENTELLES À LA MAIN.
- Les dentelles se font aux fuseaux et à l’aiguille. Les premières se fabriquent sur un métier portatif, au moyen de fuseaux auxquels sont attachés des fils. Les fils contournent les épingles qui servent de jalons pour suivre les tracés du dessin.
- Les dentelles à l’aiguille se font à l’aide d’une simple aiguille et d’une feuille de parchemin reproduisant le dessin par la piqûre.
- On fait des dentelles dans tous les pays ; mais ce produit ne donne lieu à une véritable importance industrielle qu’en France, en Belgique, en Angleterre, en Autriche et en Allemagne. L’abstention de ce dernier pays réduit notre examen à l’appréciation des dentelles exposées par les quatre autres nations.
- La France a plusieurs centres de fabrication d’une importance exceptionnelle : Alençon, Bayeux, Mirecourt et le Puy.
- Le point cl’Alençon est célèbre dans le monde entier; c’est la plus belle, la plus riche, la plus somptueuse des dentelles. Elle est d’un prix fort élevé, et reste l’apanage du luxe le plus opulent, de l’élégance la plus aristocratique.
- Les dentelles noires de Bayeux et de Caen maintiennent leur ancienne renommée et n’ont pas de concurrence à craindre pour le bel article.
- Mirecourt n’a pas un genre de fabrication bien déterminé; mais, toujours en éveil, toujours à la recherche de l’inédit, du nouveau, ce centre industriel varie ses productions et réussit à créer des dentelles de fantaisie qui sont facilement acceptées par la mode.
- Le centre le plus important de la fabrication française est en Auvergne. Les dentelles du Puy s’exportent dans le monde entier, et c’est au bas prix relatif de ses produits que cette contrée doit en grande partie sa prospérité industrielle.
- L’exposition de la France, dans cette section de la classe 3G, était de la plus grande magnificence. Tous les genres de dentelles
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- étaient représentés par des spécimens de toute beauté; mais au Gr. rv. milieu de collections aussi captivantes, il y avait une vitrine qui s’imposait à l’attention de tous par l’autorité du nom et la splendeur des produits; c’était celle de MM. A. Lefébure frères, de Paris, à qui le grand prix a été décerné. Nous croyons devoir reproduire ici les termes du rapport par lequel le jury de classe justifiait sa proposition.
- «Depuis cinquante ans, la maison Lefébure est à la tête de «l’industrie dentellière. Ses produits sont d’une supériorité recon-«nue par tous ses concurrents. Son influence s’exerce sur les fabri-«ques de France et de l’étranger par des créations artistiques tou-« jours originales, s’imposant à la mode par la variété, le goût et « l’élégance du dessin. Les dentelles les plus riches, les plus somp-« tueuses, sortent de ses ateliers. Aussi la maison A. Lefébure a-t-elle «obtenu successivement, de 1837 à 1867, les récompenses les plus « élevées aux diverses expositions nationales et universelles. M. Le-«fébure père fut décoré de la Légion d’honneur.
- «Le jury, reconnaissant que MM. Lefébure frères ont maintenu «la maison créée par leur père dans une situation de supériorité «et de progrès incontestables, reconnaissant que les produits ex-« posés par eux en 1878 sont d’une magnificence, d’une nouveauté «et cl’un goût exceptionnels, propose de décerner le grand prix à «MM. A. Lefébure frères, à Paris. r>
- Cette proposition fut accueillie par le jury de groupe et ratifiée par le jury des présidents.
- Sans entrer dans le détail des objets de caractère et de genre différents qui se trouvaient réunis dans la vitrine de ces industriels, nous devons signaler la magnifique toilette de point d’Alençon, dont la partie originale consistait en une bordure de roses et de feuillage , surmontée d’un large entre-deux de style ancien, dont les nervures avaient un relief extraordinaire; une écharpe, fond chant, en dentelle de fil de Bayeux ; une bande en véritable point d’Argentan, grande bride (dentelle rétrospective); une traîne en blonde mate de Bayeux, très belle, très riche et admirablement faite; une écharpe en dentelle noire, fond chant; un volant renseigné comme Valenciennes de Brabant, avec trois parties de réseau parfaitement
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- Gr. rv. harmonisées, réseau de Valenciennes, de point d’Angleterre et de Cl 36 1J0^ Génois; une dentelle et un éventail, reproduction gracieuse
- et charmante d’un vieux point de Burano; enfin, des rideaux et une garniture de coussin en guipure de style pour ameublement, mélange de fond réseau et de fond guipure.
- Il y avait dans cette exposition une recherche très étudiée des anciens types de la dentelle appropriés au goût moderne, et nous nous en sommes longuement occupés, parce que cette collection résumait les progrès les plus sérieux qui aient été réalisés depuis l’Exposition de 18 6 y.
- MM. L. Pagny et G10 ont obtenu la médaille d’or pour un très bel ensemble de produits, parmi lesquels la dentelle noire surtout se fait valoir dans des conditions de goût, de nouveauté et d’exécution qui placent cette maison au premier rang pour ce genre d’articles. Nous devons une mention spéciale à une pointe, à un volant et à un écran , qui font admirablement ressortir le travail si difficile des fleurs ombrées.
- Une médaille d’or a été décernée également à l’exposition collective des dentelles du Calvados, à laquelle neuf fabricants ont coopéré. La collection était très complète; elle permettait d’apprécier dans toute son étendue l’importance exceptionnelle de l’industrie dentellière dans cette contrée.
- MM. L. J. Warée et fils ont obtenu une médaille d’or pour leurs dentelles d’ameublement. Cette maison fait une véritable spécialité de ce genre de produits, quelle exécute avec une grande perfection et dont elle cherche les éléments de goût dans le style des anciennes dentelles de Venise.
- Un diplôme a été décerné à la chambre syndicale des dentelles de la Haute-Loire, pour les efforts apportés au développement de la dentelle noire dans cette contrée, et, parmi les exposants qui ont obtenu la médaille d’argent, nous croyons devoir citer MM. Robert frères, pour leurs dentelles noires, d’une grande finesse et d’une admirable régularité de réseau, et MM. Tissier, Bourely et C’°, qui avaient exposé une fort belle toilette d’alençon et des dentelles noires d’un dessin gracieux et d’une exécution remarquable. M. J.-B. Fouilloux, à Paris, a remporté également
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- une médaille d’argent pour ses dentelles torchon, en blanc et en Gr. rv. couleur, fabriquées au Puy. L’exécution était aussi soignée que variée en ses effets.
- M. Paul Verdé-Delisle, notre regretté collègue, ayant été nommé membre du jury des récompenses, avait exposé hors concours en France et en Belgique. Cette circonstance ne doit pas nous empêcher de rendre justice à cette maison, qui, depuis 1855, s’est signalée dans toutes les expositions par des mérites exceptionnels qui lui ont valu les plus hautes distinctions. MM. Verdé-Delisle et G10 se sont montrés encore à la hauteur de leur grande réputation, et leurs vitrines, aussi bien en Belgique qu’en France, renfermaient des produits cTune rare beauté. Nous signalerons une pointe en dentelle noire de Bayeux, aussi élégante de dessin qu’irréprochable comme fabrication. Nous ne pensons pas qu’on puisse rien faire de plus fin et de mieux réussi. Un morceau de la robe d’alençon exposée à Vienne en 1873 rappelle la merveilleuse réussite de cette toilette dans le domaine de l’art industriel ancien.
- Une écharpe en dentelle de fil de Bayeux, des volants et de petits objets en points d’Alençon, d’autres articles d’origine et de caractères différents, complètent un ensemble de produits qui maintient la maison Verdé-Delisle et Clc au rang élevé qu’elle a su conquérir depuis si longtemps.
- Les produits de l’industrie dentellière belge se divisent en deux catégories : les dentelles classiques et les dentelles de fantaisie.
- Les premières comprennent la Valenciennes des Flandres, les points de Bruxelles, la dentelle noire de Grammont et la dentelle de Malines ; les secondes reçoivent de nombreuses dénominations, mais dérivent presque toutes du genre guipure ; elles sont pour la plupart la reproduction des anciennes dentelles de Venise et des Flandres. On les appelle dentelles Duchesse, point Génois, point de Flandre, etc.
- La dentelle dite Valenciennes est, à beaucoup près, la plus répandue de toutes celles qu’on fabrique en Belgique. Elle occupe la plus grande partie de la population féminine des Flandres, et sa fabrication, disséminée dans toutes les communes et dans les campagnes, est, en temps normal, une des plus précieuses res-
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV. sources de la classe ouvrière du pays flamand. La Valenciennes a trois genres distincts : la dentelle d’Ypres, qui est la plus fine et la plus élégante; celle de Courtrai, qui est d’un usage plus général à cause de son prix relativement peu élevé, et la Valenciennes de Bruges, à maille ronde, qui est la plus ordinaire.
- La dentelle de Bruxelles comprend l’application et le point gaze. L’application est le produit de fleurs faites au fuseau ou à l’aiguille que l’on coud sur du tulle fait à la mécanique. Le point gaze est entièrement travaillé à l’aiguille, réseau et dessin; c’est la dentelle élégante, d’un prix moins élevé que le point d’Alençon, dont elle se rapproche par les effets de fabrication. Depuis que la mode a proscrit en quelque sorte l’emploi des grands objets en dentelle, l’application de Bruxelles a considérablement perdu de sa vogue, tandis que le point gaze, tout en payant son tribut à la crise actuelle, trouve encore à exercer son prestige sur la clientèle riche.
- La dentelle noire se fabrique à Grammont et dans les environs de cette ville. A l’époque ou l’Amérique offrait un débouché considérable à l’industrie des dentelles, Grammont avait vu se développer la fabrication de ce produit dans des proportions telles, que l’industrie similaire de la France en était sérieusement menacée. Mais, d’un côté, la crise et, d’autre part, les perfectionnements apportés dans la fabrication des dentelles noires à la mécanique ont porté un coup funeste à cette industrie, jadis si florissante. Nous devons ajouter que les fabricants de Grammont n’ont pas fait d’assez grands efforts pour réagir contre cette situation, et la concurrence redoutable qu’ils faisaient à la dentelle noire de France n’existe plus guère aujourd’hui.
- La dentelle de Malines, dont la réputation était autrefois aussi grande que l’usage en est restreint aujourd’hui, ne se fabrique presque plus dans la ville dont elle porte le nom. Anvers et Louvain donnent encore une certaine importance à cette dentelle, que la mécanique a imitée avec une perfection rare.
- Les dentelles de fantaisie doivent leur succès à l’excès de production des genres classiques. La vulgarisation d’un produit qui, de sa nature même, ne doit s’adresser qu’à la clientèle aristocratique et riche devait produire inévitablement une réaction. On fa-
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- DENTELLES, TULLES, ETC.
- briquait trop de dentelles, et surtout trop de dentelles communes Gr. rv. et de mauvais goût. Le mouchoir d’application à 6 francs, la den-telle point gaze à i5 francs, ont enlevé en quelque sorte tout prestige à cet ornement de toilette, si privilégié jusqu’alors, et la femme élégante a cru devoir abandonner un genre de garniture qui tombait dans le domaine public. Cependant, la parure féminine exigeant autant l’emploi de la dentelle que du bijou, des fabricants ont réédité, en les modernisant un peu, les anciens points de Flandre et d’Italie. Le mélange du genre guipure et des points et plats gazés a eu beaucoup de succès; le point Génois, avec son large et fort réseau qui rappelle le point de bride, a eu son moment de vogue ; d’autres fantaisies ont réussi à captiver le goût pendant quelque temps ; mais l’industrie de la dentelle ne reprendra sa marche ascendante que lorsque la mode lui aura restitué la part prépondérante qu’elle doit avoir dans la toilette de la femme élégante et distinguée.
- Le compartiment des dentelles belges était d’une grande magnificence. La chambre syndicale de Bruxelles, promoteur de la collectivité, a obtenu un diplôme d’honneur pour la réussite complète due à son initiative.
- Quatre médailles d’or ont été décernées ensuite, et nous devons mentionner tout d’abord MM. Normand, père et fils, et Chandon, qui se sont vu confirmer une récompense qu’ils avaient déjà obtenue en 1867. Hormis la Valenciennes, tous les genres de dentelle étaient réunis dans la spacieuse vitrine de ces exposants. Aux quatre angles du compartiment, on remarquait des robes garnies de points de gaze, d’applications, de guipures de Flandre et de dentelles noires. Cette dernière toilette devait son cachet d’originalité à l’appoint d’une guirlande de fleurs d’application surmontant une large bordure de dentelle noire. Aussi gracieux que coquet dans son aspect, cet ouvrage était d’une fabrication irréprochable.
- On doit louer aussi la toilette en guipure, dont la variété d’effets et l’élégance du dessin ont été appréciés à un haut degré. Les volants de point gaze étaient fort beaux, et une quantité d’objets de moindre importance venaient compléter un ensemble digne des plus grands éloges.
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- Mme Ve Brunfant-Bourgois et M. René Begerem, d’Ypres, se sont vu décerner également la médaille d’or. La première de ces deux maisons avait une admirable collection de Valenciennes de tous genres et de toutes hauteurs. Les volants, les bandes, les mouchoirs, étaient remarqués, autant pour l’élégance et l’originalité des dessins que pour la perfection de la fabrication.
- Les grands articles exposés par la maison René Begerem se distinguaient à la fois par la finesse, la régularité du réseau et la réussite des effets nuancés. L’exposant a fait de grands progrès et s’efforce, avec succès, de maintenir le prestige de la Valenciennes d’Ypres.
- La quatrième médaille d’or a été décernée à l’exposition collective des dentelles de Grammont. L’impartialité nous fait un devoir de déclarer que le rappel de la récompense obtenue en 1867 est dû bien plus à l’importance du centre industriel qu’au contingent assez restreint qui représente la ville de Grammont à Paris. En 1867, la dentelle noire avait une exposition aussi considérable par le nombre des adhérents que par la variété et l’importance des collections. En 1878, cinq fabricants seulement prennent part au concours, et si l’aspect général de ce compartiment flatte l’œil, l’examen attentif des objets n’y fait rien découvrir de saillant ou de nouveau.
- La Valenciennes de Courtrai était représentée par trois maisons, qui ont obtenu la médaille d’argent. Mll s Vandcrplancke sœurs avaient une collectionimportante de volants et des dentelles qui faisaient bien valoir le genre apparent et avantageux de cette spécialité de la fabrication. Les maisons Gillon-Steyaert et Vandezande-Goemaere avaient rivalisé de zèle pour donner à leurs expositions respectives un développement considérable. La première faisait remarquer un robe princesse d’une grande difficulté d’exécution, la seconde exhibait un fort joli volant; cependant on reprochait à la plus grande partie des autres dentelles d’être fort connues et de ne révéler aucune innovation, aucun progrès.
- M. Léon Sacré, de Bruxelles, avait exposé des volants point gaze d’une finesse et d’une exécution parfaites. La maison Francfort et Elie se présentait en France et en Belgique; mais la vitrine fran-
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- çaise, ne renfermant que des articles de fabrication belge, ne pou- Gr. rv. vait être examinée par le jury. Dans la vitrine belge, un des prin-cipaux objets avait été, de l’aveu même de l’exposant, fabriqué par une autre maison de Bruxelles. Dans ces conditions, et bien que l’ensemble des produits fût aussi varié dans ses genres qu’important par le nombre des articles, la maison Francfort et Elie perdit peut-être le rang que lui aurait valu un envoi conforme aux règlements.
- Deux médailles d’argent ont été décernées également à MM. Ghys-Bruyneel et Bruvneel aîné, de Grammont. Les dentelles de ces deux maisons sont très estimées, et la faveur dont elles jouissent est justifiée par un ensemble de qualités qui les rapproche beaucoup de la dentelle de Bayeux; mais comme nous l’avons fait remarquer déjà, aucun effort n’a été tenté pour présenter quelque chose d’exceptionnel, qui pût rivaliser avec les articles similaires exposés en France; les dentelles sont de bonne fabrication, sans qu’aucun progrès ou perfectionnement puisse être signalé.
- Le jury a décerné encore une médaille d’argent à M. Gué-quier-Gleesener, de Gand, qui a envoyé un assortiment de petites Valenciennes fines à bord droit, genre très estimé dans le midi de la France. Un demi-châle, dont nous regrettons de ne pouvoir louer le dessin, complétait une collection qui méritait d’être récompensée.
- L’exposition hors concours de MM. Verdé-Delisle et G1', à Bruxelles, nous permet de rendre un nouvel hommage à celte maison, qui s’est constamment signalée dans la voie du progrès et dont la préoccupation est d’étendre et de généraliser le goût de labelle dentelle. Comme à Vienne, comme à Philadelphie, MM. Verdé-Delisle et G,B ont exposé une collection aussi variée que complète de tous les genres de dentelle fabriqués en Belgique; et, parmi les articles nouveaux qui ont frappé notre attention, signalons : une pointe en point gaze, vraie merveille d’exécution ; un éventail ayant pour sujet une scène pastorale, et dont la fabrication nous semble constituer le dernier effet de la difficulté vaincue; enfin, une écharpe dans laquelle on avait réuni, dans un ensemble
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- Gr. IV. très fonclu, très harmonieux, tous les points de dentelle blanche
- Yru’on exécute dans notre pavs.
- Cl 36 -* J
- M. Bobyn-Stocquart, de Grammont, également hors concours,
- en sa qualité de membre suppléant du jury, avait exposé des dentelles noires de bonne fabrication courante. Parmi les objets de fantaisie dont il a été l’innovateur, il faut indiquer les mitaines en dentelle de soie et fil qui ont eu une grande vogue en Amérique et en Angleterre.
- L’exposition spéciale de MM. De Lodder-Lobelle, d’Iseghem, présentait une collection de à,ooo pièces de tirettes faites à la main, ainsi qu’un assortiment complet d’articles similaires fabriqués à la machine. L’exposant a développé considérablement cette industrie en Belgique; il a perfectionné l’outillage de ses métiers et a créé une variété de types et de dessins qui lui ont valu la médaille d’argent.
- En résumé, le compartiment des dentelles belges était bien fait pour soutenir la réputation qui s’est attachée depuis longtemps à cette branche de l’industrie de ce pays. La fréquence des expositions ne permet plus de compter sur de grands étonnements; les pièces exceptionnelles sont rares; on regrette de retrouver ce que l’on a déjà admiré et récompensé; mais il résulte toujours de l’ensemble que cette industrie est bien vivace, et quelle attend de la mode l’essor qui lui manque en ce moment pour créer de nouvelles merveilles.
- Après la France et la Belgique, qui monopolisent pour ainsi dire la fabrication de la dentelle à la main, nous ne rencontrons plus que des essais heureux, d’intelligents efforts, un travail individuel très encourageant, mais plus de centres industriels importants comme ceux dont nous venons d’examiner les produits. La Saxe et la Bohême ont fait de grands sacrifices pour implanter chez elles le travail de la dentelle, et ces pays ont réussi, dans une certaine mesure, en faisant venir de la Belgique des maîtresses d’atelier et des ouvrières d’élite, qui ont enseigné la fabrication du point à l’aiguille et de la dentelle noire. Mais l’Allemagne n’a pas exposé, et le jury, n’ayant eu à examiner que les dentelles de l’Autriche, a décerné la médaille d’or au rComité central
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- DENTELLES, TULLES, ETC.
- pour l’encouragement de l’industrie dans les montagnes de la Gr. rv. Bohême. » Ce Comité, formé sous le patronage de S. M. l’impératrice C1~6 Elisabeth, pour venir en aide aux femmes pauvres de la Bohême, fait des sacrifices considérables pour introduire et développer la fabrication de la dentelle dans les montagnes de ce pays. Les échantillons qui ont été soumis à notre appréciation étaient renfermés dans six cadres, contenant des ombrelles, mouchoirs, éventails, pèlerines, etc., en guipure point à l’aiguille et en dentelle noire. Tous ces articles étaient parfaitement faits.
- Des médailles d’argent ont été obtenues : parM. Stramitzer, pour une collection un peu restreinte d’articles en guipure, point d’une très belle exécution; par M. Bollarth, qui exposait des guipures point à l’aiguille, et des dentelles noires très bien faites; par M. Bernhard Metzner, pour des articles de genres divers, très réussis comme style et comme facture, et par M. Ferdinand Wild, qui avait des guipures de style ancien de Venise et d’autres articles en dentelle noire et blanche d’une bonne et régulière exécution.
- En Angleterre, la dentelle à la main ne comptait que deux exposants importants : MM. Copestake-Hughes-Crampton et Clc, et MM. Howell James et C'e, à Londres. La première de ces deux maisons a obtenu la médaille d’or, pour un ensemble considérable de dentelles à la main et à la mécanique. Nous trouverons plus aisément la justification de cette récompense dans l’examen des imitations que dans l’appréciation des dentelles véritables. La toilette en point de Honiton était bien faite; mais le dessin en était lourd et disgracieux. La dentelle «Maltese», qui n’est autre que la guipure de Mirecourt transportée à Bedford, était représentée par une collection de bandes et d’objets de fantaisie très réussis. Les articles en dentelle d’Irlande n’offraient rien de saillant.
- Une médaille d’argent a été décernée à la maison Howell James et G15, pour une très belle robe en point de Honiton. Nous pouvons adresser des éloges sans restriction pour ce bel objet, dont le dessin, l’exécution, la variété et la perfection des détails peuvent être loués sans réserve. Une récompense d’un ordre plus
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- élevé aurait été attribuée à la maison Howell James, si son exposition ne s’était bornée à ce seul article exceptionnel.
- Les anciens points de Venise revivent en Italie, et l’école de dentelles de Burano, protégée parla comtesse Marcello, a obtenu la médaille d’argent pour une collection de dentelles, imitées de l’ancien, qui donne l’illusion la plus complète de la vieille dentelle. La même distinction a été décernée à la Société manufacturière des dentelles vénitiennes, pour un ensemble comprenant des guipures, des points d’Argentan,‘des points de Burano, de la dentelle coloriée, des garnitures de rideaux, etc.
- Dans le compartiment russe, nous avons examiné avec Je plus grand intérêt une collection nombreuse et variée de guipures et dentelles, exposée par la Société des dentellières de Moscou, sous la direction de Mme Elisabeth Novossiltsoff. L’exécution de la plupart de ces articles était fort remarquable, les effets en relief très réussis, et, bien qu’il n’y eût là que des échantillons, le jury n’a pas hésité à accorder la médaille d’argent à cette société, qui produisait un catalogue de renseignements et de prix d’après lesquels on pouvait commander les métrages de tout ce qui était exposé.
- Une seconde médaille d’argent a été décernée à MM. N. Roge-noff et fds, à Moscou, pour un beau choix de dentelles blanches et coloriées. Cette maison nous a été signalée comme faisant un grand chiffre d’affaires. L’originalité et la richesse de ses tissus doivent leur assurer un grand succès, non seulement en Russie, mais aussi en Orient, où les dentelles coloriées, cl’or et d’argent, s’adaptent si bien aux costumes nationaux.
- L’Espagne n’avait qu’un exposant dont les produits méritassent d’être signalés. C’est M. José Pi, de Barcelone, qui a obtenu la médaille d’argent pour un envoi de dentelles noires et blanches bien faites, mais d’un prix extrêmement élevé.
- La même distinction a été décernée à la Société des amis du travail manuel, sous la protection de S. M. la reine de Suède, à Stockholm. Cette récompense doit être considérée comme un encouragement donné à une institution qui ne mesure ni l’étendue de ses bienfaits, ni l’importance de ses sacrifices. Le travail de
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- la dentelle aux fuseaux est bien primitif, et cela se comprend, Gr. rv. puisque l’ouvrière trace le dessin au gré de son imagination. Mais C1~6 le bas prix du produit en rend la vente facile, et la population ouvrière de la Suède y trouve une source de bien-être relatif qui vient en aide à tant de misères.
- D’autres pays, tels que le Portugal et la Grèce, avaient exposé de la dentelle; mais leurs échantillons trahissaient une si grande inexpérience de la fabrication qu’il ne nous paraît pas y avoir utilité d’en parler, et nous aborderons l’examen des produits des autres industries de la classe 36.
- TULLES ET DENTELLES À LA MÉCANIQUE.
- Le rapport si remarquable, si complet, si intéressant, que M. Félix Aubry a publié à la suite de l’Exposition universelle de 1851, nous donne sur l’histoire des tulles et de la dentelle à la mécanique des renseignements que nous croyons utile de résumer dans ce travail. En signalant la source à laquelle nous les avons puisés, nous rendons un nouvel hommage à la science et à l’autorité du président du jury delà 36° classe.
- L’industrie du tulle eut une première période de tâtonnements, pendant laquelle des efforts et des essais de tous genres furent faits pour arriver à imiter le réseau de la dentelle, jusqu’à ce que, en 1799, un fabricant de Nottingham, John Lindley, inventa la bobine. Quelques années plus tard, en 1807, un ouvrier de Teveston, nommé Heathcoat, perfectionna le système et obtint la maille hexagone claire et unie du point de tulle. A dater de ce moment, l’industrie nouvelle prit rapidement un essor qui fit de Nottingham une des cités les plus industrielles de l’Angleterre.
- L’excès de production amena la nécessité de créer des débouchés à l’étranger, et, malgré les peines sévères édictées contre les contrebandiers, de grandes quantités de tulles furent produites en France. Vers 1817, on parvint à faire passer une machine complète à Calais, et, bien que les conditions de fabrication fussent très ingrates, l’industrie nouvelle s’implanta sur le continent européen. De nombreux métiers arrivèrent successivement de
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- Gr. IV. l’Angleterre, et la fabrication de Calais se développa avec une Cl 36 Van*° raP^^* l’uniformité même du produit devait amener une réaction qui compromettait les intérêts considérables engagés dans cette industrie, lorsque, fort heureusement, l’application du système Jacquard au métier à tulle bobin vint assurer pour longtemps l’avenir de l’industrie tullière.
- La France rendait à l’Angleterre, en 1839, le service qu’elle en avait reçu en 1817.
- La dentelle à la mécanique avait un champ très vaste à explorer, puisqu’elle pouvait chercher à imiter, dans une certaine mesure, les types si nombreux et si variés de la dentelle à la main. L’examen des produits exposés au Champ de Mars nous a fait voir le progrès immense accompli depuis dix ans, et nous pouvons ajouter que, dans cette lutte homérique entre l’Angleterre et la France, c’est ce dernier pays qui l’emporte par le bon goût des dessins et la nouveauté des genres.
- Calais ou plutôt Saint-Pierre-lès-Calais, qui a été le berceau de 1! industrie tullière en France, n’a pas conservé le monopole de cette fabrication. Lyon n’a pas tardé à acquérir une grande importance dans le genre spécial des tulles de soie, et, depuis lors, Saint-Quentin et Caudry font la concurrence à Saint-Pierre-lès-Calais.
- Le jury a décerné deux diplômes d’honneur aux villes de Saint-Pierre-lès-Calais et de Nottingbam, ainsi que sept médailles d’or, dont cinq à la France et deux à l’Angleterre.
- L’exposition la plus brillante était celle de MM. Dognin et C,u, à Paris. Là collection de dentelles imitation de point de Raguse, dont ils ont été les innovateurs, les points de Florence, les dentelles espagnoles et indiennes, toutes ces dentelles à la mécanique, avec broderies en relief faites à la main, offraient un cachet de nouveauté, d’originalité et d’élégance qui place cette maison au premier rang parmi les meilleures.
- MM. E. Crassier et C,!, de Saint-Pierre-lès-Calais, pour l’imitation des dentelles noires de Chantilly; M. Plante, de la même ville, pour ses Valenciennes à la mécanique, et MM. Ch. Lecomte et C'\ de Paris, pour leurs dentelles et laizes espagnoles, chan-
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- tilly et Valenciennes, ont obtenu la même récompense, en témoi- Gr. rv. gnage des progrès qu’ils ont fait faire à leurs genres spéciaux.
- La maison « Henry Mallet et Sons », de Nottingbam, avait une exposition aussi complète que variée, et l’on peut citer indifféremment les imitations de dentelles espagnoles, bruges, malines, bruxelles, duchesses et autres types entièrement terminés à la mécanique, et aussi remarquables pour le fini de la fabrication que par le bon goût des dessins.
- MM. Copestake-Hughes-Crampton et C’e, de Londres, avaient collectionné tous les genres de fabrication à la mécanique, tels que Valenciennes , malte , mauresque , torchon , raguse , bra-bant, etc. Tous ces articles étaient parfaitement faits, et les dessins étaient meilleurs que ceux des dentelles à la main exposées par la même maison.
- La fabrication des tulles de soie de Lyon a trouvé en MM. Ba-boin et G10 ses représentants les plus autorisés, et le jury a confirmé les succès antérieurs de ces exposants en leur décernant le rappel de la médaille d’or qu’ils avaient obtenue en 1867.
- Une mention spéciale est due aux imitations de Valenciennes exposées par la maison Cliff, de Saint-Quentin. Dans une notice fort intéressante, nous lisons que, en 1821, M. Cliff, fondateur de la maison qui porte son nom, reçut de MM. Dubout et Austin, la commande d’un métier «Mechlin», qui fut sans doute la première machine de ce genre construite par un Français. En 1823,
- M. Cliff quitta Calais pour s’établir à Saint-Quentin, où il créa un établissement qui prospéra rapidement et qui est devenu aujourd’hui, grâce à son fils William, la plus importante usine de ce centre industriel. M. William Cliff, notre sympathique collègue au jury, n’est plus le chef de la maison; il a désiré néanmoins rjue celle-ci fût placée hors concours. Nous pouvons parler avec éloge des produits de cette maison, qui doit être considérée comme faisant autorité dans la spécialité des Valenciennes à la mécanique.
- De nombreuses médailles d’argent ont été décernées à des industriels de grand mérite, parmi lesquels nous citerons:
- En France : M. Ch. Babey, de Saint-Pierre-lès-Calais : grande
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- variété d’articles pour robes et garnitures et belle collection de rideaux en guipure;
- M. Henri Hénon, de Saint-Pierre-lès-Calais : grand assortiment de Valenciennes ordinaires et fines d’une fabrication très perfectionnée ;
- MM. A. Lefèvre et C‘% de Paris : bel ensemble de malines, duchesse et points de Venise brodés à la main;
- M. Robert Maxton, de Saint-Pierre-lès-Calais : Valenciennes et raguse parfaitement exécutées;
- M. Robert West, de Saint-Pierre-lès-Calais : belle collection de dentelles espagnoles, mantilles, barbes et laizes;
- MM. E. Rancquert et C10, de Paris : article Pusher en dentelle espagnole, lama et raguse, le tout brodé à la main;
- MM. Galoppe et Trajin, de Paris : article Pusher en dentelle espagnole, lama et tulle de soie, brodé à la main;
- MM. Harshorn et Arnelt, de Saint-Pierre-lès-Calais : dentelles russe, torchon et malines;
- MM. Herbelot et Dévot, de Calais : belles imitations de chantilly, espagnoles, point de Flandre et dentelle Malines;
- MM. Routier et Croizet, de Lyon : articles fabriqués sur métiers circulaires et brodés à la main;
- MM. Bacquet père et C’°, de Saint-Pierre-lès-Calais : dentelles Raguse, espagnoles et chantilly de très bonne fabrication;
- M. F. Boutenjeun, de Saint-Pierre-lès-Calais : laizes, volants, cravates;
- MM. E. Dubout et C‘°, de Calais : belle collection de dentelles Chantilly, espagnoles, laizes et point de Paris ;
- MM. Houette et Butler: dentelles Raguse, Valenciennes, point d’Irlande, russe et garnitures;
- MM. Valois et Renard, de Saint-Pierre-lès-Calais: imitations de valentiennes et chantilly;
- En Angleterre : MM. Thomas Adam et C,e, de Nottingham : rideaux, couvre-lits, oreillers, lambrequins en soie et dentelles de divers genres, de très bonne fabrication;
- MM. Stiebel et Kaufmann, de Nottingham : tulles, voiles et fichus, dentelles espagnoles de très bonne qualité ;
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- En Autriche : M. F. Austin, de Vienne : collection importante Gr. IV.
- et variée de rideaux et couvre-lits. „ „
- Cl. 36.
- Nous renvoyons à la liste officielle des récompenses pour les médailles de bronze et les mentions honorables.
- MIU) DEMIES.
- L’industrie de la broderie se divise en trois branches principales :
- A. La broderie blanche au plumetis et au crochet, à la main ou à la mécanique, employée pour la lingerie, la confection et l'ameublement;
- B. La broderie de couleur, d’or et d’argent, faite à la main et à la mécanique, employée pour le costume, les ornements d’église, etc.;
- G. La broderie de tapisserie faite à la main.
- La broderie blanche à la main était peu représentée à l’Exposition de Paris, et, si nous avons admiré la perfection de certains objets, nous devons réserver nos plus grands éloges pour l’article à la mécanique, dont les progrès sont prodigieux depuis dix ans.
- Nous devons à l’obligeance d’un de nos collègues du jury quelques renseignements que nous croyons devoir reproduire.
- La broderie de lingerie et de confection n’est devenue un article de toilette à la portée, de tout le monde que depuis l’invention de la machine suisse, qui remonte à une quinzaine d’années. L’emploi de ce nouvel engin mécanique s’est si bien généralisé, qu’on compte actuellement plus de quinze mille machines en usage dans les différents pays d’Europe.
- La moyenne des points faits journellement par une machine suisse de deux cent vingt-cinq aiguilles est de cinq cent mille, soit deux mille trois cents points environ par aiguille et par jour. On estime qu’une brodeuse à la main peut faire dix mille points par jour; il en résulte que chaque machine, exigeant l’emploi d’un Classe 36. a
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- homme el de deux femmes, fait le travail de cinquante brodeuses à la main.
- C’est également à l’emploi d’une machine dont l’inventeur, M. Bonnat, est Français, que l’on doit les progrès réalisés dans la fabrication des tulles brodés. (Jette machine travaille avec une seule aiguille et consomme environ 2,000 mètres de fil de coton par jour. Guidée par une femme, elle remplace cinq brodeuses à la main.
- Ces indications suffisent pour démontrer la transformation qui s’est opérée dans les conditions du travail de la broderie.
- L’exposition des broderies de la Suisse était admirable, et le jury n’a pas hésité à voter un grand prix au Directoire commercial de Saint-Gall, en libellant sa proposition par les considérations suivantes :
- k Le Directoire commercial de Saint-Gall a provoqué d’immenses «progrès dans l’industrie de la broderie à la main el à la machine, «lia créé une école d’apprentis, un musée industriel et des cours «de dessin spécialement appliqué à la broderie. Tout en portant «la broderie à la main à son plus haut point de perfection, le « Directoire commercial de Saint-Gall donnait à la broderie mé-«canique une très grande impulsion. Grâce surtout à son influence «et à ses encouragements, la Suisse possède aujourd’hui à elle «seule trois fois plus de machines à broder que toute l’Europe; «ses machines à aiguille sont au nombre exact de 10,^28 , repré-«sentant le travail de 520,000 femmes. Progrès artistique, bril— «lante exécution à la main, immense développement de la bro-«derieà la mécanique, telle est la justification de la très haute «récompense demandée par le jury pour le Directoire commercial «de Saint-Gall.»
- Une médaille d’or a été votée en faveur de M. Adolphe Naef, de Saint-Gall, qui a su maintenir la réputation de supériorité incontestable qu’il s’estacquise dans l’industrie delà broderie à la main. On peut dire de l’exposant qu’il n’a pas de rival dans cette spécialité, où il a su allier de tout temps la perfection du travail et la nouveauté des points au bon goût des dessins.
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- De nombreuses médailles d’argent et de bronze ont été décer- Gr. V. nées à tous les collaborateurs de cette magnifique collectivité, dans C1~6 laquelle on remarquait surtout les produits hors ligne de notre collègue au jury, M. Steiger Meyer.
- La maison Steiger et C‘a est depuis longtemps au premier rang des meilleurs fabricants de broderie à la mécanique, et on peut affirmer qu’elle a contribué, pour une large part, à la marche progressive de cette industrie.
- L’exposition des broderies blanches de la France, pour n’avoir pas été aussi importante que celle de la Suisse, n’en révélait pas moins des mérites de premier ordre, et ici nous avons à louer surtout les qualités' artistiques du produit. C’est par le bon goût des dessins, la variété des effets, les innovations dans la fabrication, que la broderie française conserve sa réputation et imprime à l’industrie de la broderie une direction et une impulsion qui font sentir leurs effets dans tous les pays, sans en excepter la Suisse.
- La maison Aylé-ldoux, de Paris, doit être placée au premier rang pour la nouveauté de ses productions et la perfection de ses broderies à la mécanique. Les imitations de point de Venise sont de toute beauté.
- Une médaille d’or a été décernée également à M. Crouvezier, de Paris, pour ses admirables broderies à la main. Cette maison contribue puissamment à maintenir le prestige de cette industrie, battue constamment en brèche par la machine.
- La broderie de couleur, d’or et d’argent, est répandue dans tous les pays du monde. Nous la rencontrons en Chine, en Perse, au Japon, avec une perfection de main-d’œuvre qui n’a plus besoin d’être louée; nous la trouvons au Canada, au Mexique, dans toutes les parties de l’Amérique du Sud, ornée avec une recherche naïve de tout ce qui peut embellir la toilette de la femme en lui conservant l’originalité du costume national. Nous l’étudions avec un intérêt croissant dans les centres européens, où elle reçoit des applications bien diverses et où son importance s’est accrue dans des proportions énormes depuis vingt ans.
- Dans les costumes, les ornements d’église, les étoffes d’ameublement, la broderie joue un rôle prépondérant; c’est elle qui en
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- Gr. IV. fixe le gouL, l’élégance ou la richesse, et on comprend que, dans
- les combinaisons de couleurs, dans l’emploi judicieux de l’or et de Cl 36 - IJ
- l’argent, il y ait un élément de variété qui permette de poursuivre
- sans cesse la recherche de la nouveauté. C’est une industrie artistique par excellence, et elle impose à ceux qui s’en occupent sérieusement l’étude approfondie des anciens types et leur appropriation au goût moderne.
- Le jury a voté un diplôme d’honneur pour le Gouvernement de la Perse, qui avait obtenu une médaille d’or en 1867 et qui a exposé, en 1878, une série de travaux du plus haut intérêt. Les broderies en soie et or, sur tous tissus et sur cuir, étaient traitées avec une grande habileté. Ces travaux ont pour hase des dessins nationaux d’une grande pureté et d’un excellent style, que rehausse une exécution aussi remarquable par la finesse que par la variété.
- Une médaille d’or a été décernée à MM. J.-A. Henry, de Lyon, dont les broderies pour ornements d’église étaient exécutées avec autant d’intelligence que de bon goût. Nous devons ajouter que cette maison importante est renommée aussi pour ses articles de passementerie et sa manutention des matières premières appliquées à la fabrication des tissus d’ameublement.
- L’exposition la plus importante et la plus complète était celle deMM. Biais aîné, fils et Rondelet, de Paris. Cette maison, placée hors concours parce que M. Biais était membre-secrétaire du jury de la 3GC classe, est une des plus anciennes de la France. Elle a remporté les plus hautes récompenses dans tous les concours industriels et, loin de se reposer sur ses lauriers, elle met un soin jaloux à prouver qu’elle conserve le premier rang. Tous les genres d’ornements d’église sont exécutés avec une rare perfection, une grande exactitude des styles et une intelligente variété selon le goût et l’usage de chaque nation.
- La broderie sur canevas comptait de nombreuses productions dans presque tous les pays, mais c’est en France seulement qu’elle peut être considérée au point de vue industriel. La maison Blazy frères, de Paris, a obtenu une médaille d’or pour l’importance et la variété de ses collections d’échantillons de tapisseries préparées
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- pour le travail des dames. Ces industriels ont inventé un canevas Gr. rv tissé avec l’étoffe et qui permet à la brodeuse de suivre les progrès du travail à mesure que celui-ci avance.
- Dans ces différentes manifestations du travail de la broderie, des médailles d’argent ont été remportées par un grand nombre d’industriels. Nous citons, pour la France :
- M. Arnaud Souinain, à Paris : broderies en couleur sur tissus de soie, de laine et de coton pour robes et confections; travail parfait, dessins de bon goût, belles combinaisons dans les couleurs ;
- Mmc VvB H. Basquin, à Saint-Quentin : broderies à la main et à la mécanique; bonne fabrication, dessins élégants;
- M. E. Bonnechaux, à Lunéville : broderies en couleur faites à la mécanique; originalité, bon goût, exécution excellente; cette maison a développé considérablement, au moyen de la machine suisse, le travail de la passementerie à la mécanique;
- M. J. Daltroff, à Pa ris : broderies blanches à la mécanique, d’une exécution très soignée;
- M. A. Leblanc, à Argcnteuil : broderies de couleur sur laine, soie, gaze et tulle, par le métier suisse; ce fabricant est brodeur à façon et se distingue par la perfection de son travail et la variété de ses produits;
- MM. L.-A. Marlière et Cc, à Argcnteuil : riches broderies de couleur pour ameublement, fabrication nouvelle très remarquable et très soignée;
- MM. Basse-Riché et fils, à Paris : travaux d’ameublement brodés en soie avec une recherche artislique des styles;
- M. T. Dubus, à Paris : broderies pour ornements d’église, exécutées avec beaucoup de goût et de soin; *
- M. Kreiehgauer, à Paris : broderies pour ornements d’église; recherches archaïques, grande correction dans les dessins, exécution remarquable;
- M. G. Cabin, à Paris : objets en tapisserie préparés pour le travail des dames; travaux exécutés avec une grande intelligence;
- M«“e Trigoulet, à Paris: broderies blanches à la main et
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- Gr. IV. broderies cle couleur pour tapissier; grande variété dans le choix
- des dessins et dans les procédés d’exécution pour les broderies de
- Cl. 36. . 1 1
- couleur;
- Mmo Roché, à Paris : spécialité de broderies en chenille; dessins bien étudiés et d’une belle exécution;
- M. Stanouich, à Paris : broderies en soie sur étoffes et sur objets d’habillement; travail remarquable et bien achevé;
- M. Rayski, dit Jean-Jeanne, à Paris: travaux variés de tapisserie, exécutés avec un grand soin;
- MM. G. M. Berleville, à Paris: broderies et devants de chemises; le travail est exécuté avec goût et sûreté, les dessins sont bien étudiés;
- MM. Lemaire et Naude, à Paris : broderies au métier suisse pour robes, costumes et garnitures; cette maison se distingue par ses efforts persévérants pour créer la nouveauté;
- M. Peucherin, à Paris : broderies à la main, blanches el de couleur; bon travail et dessins de goût.
- Pour la Suisse, des médailles d’argent ont été décernées à :
- MM. Iklé frères, à Saint-Gall : broderies de fantaisie en soie; exécution brillante et très achevée;
- MM. Locher frères, à Speicher : broderies de couleur à la mécanique; maison sans rivale pour la nouveauté dans ce genre d’articles ;
- MM. Moutarde Forcer et C‘% à Saint-Gall: broderies à la main, à la mécanique et au crochet; dessins de bon goût, exécution remarquable;
- MM. Seiler et Aider, h Saint-Gall: broderies blanches et de couleur à la mécanique; imitations de bandes dentelle Madère, robe en broderie de couleur d’une admirable exécution et d’un très beau dessin;
- M. Zürcher, à Saint-Gall: rideaux de tulle, application brodée à la mécanique; travail remarquable;
- M. Schelling-Ruech, à Rheineck : broderies à la main el à la mécanique, blanches et de couleur; cette exposition se distingue par la bonne exécution du travail:
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- MM. Tobler, Ulr et C'e, à Rheineck : broderies à la machine; Gr. IV. exécution fort soignée au fil fin; Cl~36
- M. Siitter-Dorig, à Appenzeel : deux mouchoirs brodés à la main, exécutés avec une rare perfection;
- MM. Hirschfeld frères, à Saint-Gall: rideaux brodés sur tulle, bon travail, mais dessins sans nouveauté;
- MM. Breitenmoser et Büchler, à Appenzeel: garnitures de lit, mouchoirs et devants de chemise brodés à la main; très bon travail ;
- MM. Giger frères, à Degersheim (Saint-Gall) : bandes et entredeux brodés à la mécanique; bonne exécution, mais les dessins manquent de nouveauté;
- Fabrique de broderies de Wüflingen, près de Winterthur: broderies à la mécanique, en couleurs; nouveau point appliqué sur une couverture de soie. La bordure est remarquablement faite.
- Les médailles d’argent remportées par l’Autriche ont été décernées à :
- M. Édouard Richter, à Vienne : broderies à la main et ouvrages de dames, grande variété d’articles, bon goût et exécution soignée;
- MM. Krickl et Schweiger, à Vienne : ornements d’église dessinés avec talent et brodés avec finesse;
- M. H. Uffenheimer, à Innsbrück: devant d’autelbrodé avec soin d’après de très bons dessins ;
- Les religieuses de l’Enfant-Jésus, à Vienne : collection d’ornements d’église brodés avec beaucoup de goût;
- MM. Blazincic et fils, à Vienne : passementeries militaires et fournitures pour l’armée; les produits se distinguent par la solidité;
- Mlle Emilie Bach, à Vienne : broderies d,e fantaisie très originales, en couleur, or et argent; nouveaux points très bien exécutés; l’exposante est directrice de l’école de broderie patronnée par le Ministre du commerce, à Vienne.
- Pour la Belgique, des médailles d’argent sont accordées à :
- M. Christiaensen, à Anvers: ensemble de produits très remar-
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- Gr. rv. quables en tulle brodé à la main et à la mécanique; robe prin-cesse dont la conception, la fabrication et l’élégance du dessin sont également dignes d’être louées;
- M. L. Grosse, à Bruges: bannière très archaïque, d’un bon dessin et cl’une exécution extrêmement remarquable;
- M. Leynen-Hougaerts, à Peer : ornements d’église, travaux.de belle conception; les bannières se font valoir par la variété dans l’exécution et l’étude du dessin;
- Mme Vv'Calvet, à Bruxelles : tulles brodés, de bonne fabrication, lapis de table en broderie or et couleur, avec armoiries d’une très belle exécution.
- L’Angleterre a obtenu trois médailles d’argent, décernées à :
- «The Ladies’ Work Society » (présidente: S. À. R. la princesse Louise). Cette institution a fourni les broderies d’ameublement nécessaires à l’ornementation des salons du pavillon de la Commission royale britannique. Les travaux étaient remarquables, d’une exécution habile et d’une grande originalité dans le dessin;
- Duchesse de Marlborough, à Londres : broderies et dentelles qui font valoir les efforts intelligents faits en vue de développer le goût du travail dans les classes nécessiteuses de la population des campagnes;
- « Royal School of Art needlework » , à Londres : rideaux et garnitures 'pour meubles, exposés dans le salon royal du pavillon britannique. Travail original et bien exécuté.
- La Chine et le Japon avaient des expositions aussi importantes par le nombre des objets que belles par la variété et la splendeur des tissus. Le jury eût désiré récompenser les deux collectivités par des diplômes d’honneur, d’autant plus qu’il lui était difficile de discerner le producteur du négociant; mais, en présence du désir manifesté par les commissions respectives de^voir attribuer des récompenses individuelles, le jury a accordé des médailles d’argent à :
- M. Wochow, à Canton (Chine): châles et écrans brodés une très grande habileté sur des dessins nationaux;
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- MM. Carloxvitz et C1', à Canton: rideaux, tapis de table et Gr. IV. couvre-pieds en satin brodé, d’une exécution admirable;
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- M. Chü Pao, à Zwalow : broderies diverses d’une grande beauté;
- M. le comte Rochechouart : collection de (issus brodés magnifiques, exécutés pour l’empereur de la Chine;
- M. F ow Loong, à Canton : broderies de couleur, paravents brodés cl’une belle exécution;
- M. Aubashi, à Tokio (Japon) : tableau en siocézi (tissu), travail brodé avec une grande correction de dessin jointe à une remarquable habileté d’exécution;
- M. Ki-Rin-Ko Shï-Kuaïska, à Tokio : exposition remarquable; beaux dessins travaillés habilement par les procédés les plus variés;
- M. II. Kabouto , département de Kanagawa : satins brodés avec une grande variété d’effets;
- M. S. Nishimoura, à Kioto : siocézi brodé, broderies sur étoffes très heureusement combinées.
- Deux médailles d’argent ont été décernées en Danemark: Tune à Mlh Sasse, à Copenhague, pour des travaux de broderies nombreux et importants; l’autre à M. Constantin Hausen, à Copenhague, pour une collection de broderies blanches et de couleurfort bien faites.
- Enfin, le meme ordre de récompenses a été donné à :
- M. Hibraïm Vaiensi, au Maroc : broderies diverses très variées sous le, rapport de l’exécution; broderies en or sur cuir, en soie à deux faces, etc.; l’exposant réunit tous les procédés de la broderie orientale ;
- M. K.-S. Khocljaeff, à Saint-Pétersbourg. (Russie) : broderies d’or et d’argent, bons travaux exécutés avec goût et fournissant d’heureux spécimens de la broderie locale;
- Musée des arts industriels de la Norxvège, à Christiania : ouvrages nationaux textiles et brodés par des paysannes; institution dont le but est très louable et dont les efforts sont récompenséspar d’heureux résultats;
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- M. Roberto Wilkinson, à Funchal (île de Madère, Portugal): broderies faites à la main, d’une exécution extrêmement remarquable. Nous croyons utile de rappeler que les broderies de Madère , connues depuis de longues années, sont, à juste titre, renommées par la beauté et la régularité du travail. La production en est toujours insuffisante ; la machine suisse imite l’article, mais sans parvenir à faire tort à l’original ;
- Mlle Cécile Savouré, à Madrid (Espagne) : broderies de couleur; portraits et tableaux de genre en tapisserie; exécution large, habile et d’un véritable caractère artistique;
- Collectivité de trente exposants de la Grèce, à Céphalonie : collection intéressante de broderies, dentelles et ouvrages divers, faits à la main, avec des filaments d’immortelles (Agavé américain). Cette dernière industrie, qui n’existe qu’à Céphalonie, est faite à domicile toujours sur commande et s’exerce par des jeunes filles de la bourgeoisie.
- PASSEMENTERIES.
- Les produits de la passementerie se divisent en cinq catégories :
- i° Equipements militaires et ornements d’église;
- 9° Modes et nouveautés;
- 3° Ameublements ;
- /i0'Voitures et livrées;
- 5° Vêtements d’hommes.
- Cette industrie, comme celle delà broderie, remonte aux temps les plus reculés. En Grèce, en Turquie, en Perse, en Egypte, la passementerie fut l’accompagnement obligé du luxe oriental, qui fit prodiguer l’or et la soie dans les vêtements, dans les tentures d’ameublement et dans les harnachements militaires.
- Plus tard, les Romains empruntèrent aux Asiatiques cet élément d’ornementation. Mais la passementerie ne prit un véritable essor en Europe que sous le règne de Louis XIV, dont il est superflu de rappeler le faste et le luxe. Depuis cette époque et grâce à de nouvelles applications, cette industrie prospéra sans cesse et,
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- aujourd’hui, ellç est, surtout en France, l’objet d’un trafic consi- Gr. rv. dérable avec tous les pavs du monde.
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- La passementerie se fait à la main et à la mécanique, à l’aiguille et au métier. La main-d’œuvre se divise en tissage, retordages et enjolivure ou travail à l’établi.
- L’exposition des passementeries de la France était admirable sous tous les rapports, et cinq médailles d’or viennent affirmer la supériorité éclatante des produits de cette nation sur ceux de tous les autres pays. Les lauréats étaient : MM. Vaugeois et G", pour leurs magnifiques passementeries d’or et d’argent; MM. Dieutegard E. et E., à Paris, pour leurs créations nouvelles et l’excellence de leur production dans la passementerie de modes; M. Weber C., à Paris, pour sa réussite complète dans l’application de l’art ancien à la passementerie d’ameublement moderne; MM. Raim-bert et Geoffroy, à Paris, dont la fabrication importante est surtout remarquable par la régularité et la grande variété des effets dans la passementerie de modes; enfin MM. Lauwick frères et Gallant, à Comines, pour leurs articles de passementerie de grande consommation, fabriqués avec une régularité remarquable sur des métiers mécaniques de leur invention. Cette maison a fait d’une spécialité insignifiante autrefois une industrie importante, qui occupe un grand nombre d’ouvriers et dont la production est très forte.
- Nous devons signaler aussi deux maisons dont les produits eussent mérité la plus haute distinction, si M. Flaxland, intéressé dans la maison Alamagnv et Oriol, ainsi que M. Louvet, chef de la maison de ce nom, n’avaient été appelés aux fonctions de membres du jury.
- La maison Alamagny et Oriol, à Saint-Chamond, a remporté la médaille d’or en 1867. L’Exposition de 1878 la retrouve toujours au premier rang. Les perfectionnements qu’elle n’a cessé d’apporter à la fabrication et aux métiers, les créations nouvelles et la renommée acquise à ses produits sur les marchés les plus éloignés ont rendu des services incontestés à l’industrie de la passementerie, en contribuant largement au développement des affaires de l’exportation.
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- La maison Louvet, dans la spécialité de la passementerie pour meubles, s’est maintenue à la hauteur des mérites qui lui ont fait obtenir la médaille d’or en 1867.
- Un diplôme d’honneur a été décerné à l’association des fabricants de lacets de Saint-Chamond, pour une exposition collective qui a fait valoir le développement considérable de cette industrie, dont les produits s’exportent dans toutes les parties du monde.
- A côté des succès de la France, nous trouvons ceux de l’Au-Iriche, qui présente deux expositions de grande valeur : celle de MM. Luckschanderl et Chwalla, de Vienne, qui obtiennent la médaille d’or pour le bon goût et la parfaite exécution de leurs passementeries d’ameublement, et celle de notre collègue au jury, M. Drachsler, de Vienne, dont les produits sont également remarquables au point de vue de l’art et de la fabrication.
- Les médailles d’argent ont été décernées à :
- France : M. L. Langlois, à Paris : exposition de passementeries de modes; ce fabricant se distingue parla recherche constante du beau et du riche dans ses créations, dont l’exécution est toujours excellente;
- M. P. Pallier, à Nîmes : fabrication de tresses et lacets, maison très importante, dont les produits jouissent d’une grande renommée et à laquelle on doit en partie les progrès rapides de cette industrie en France;
- MM. Guibout et Richardière, à Paris : passementeries d’or et d’argent; exposition très distinguée, témoignant de réels progrès et plaçant ces fabricants au premier rang dans leur spécialité;
- M. C.-M. Spiquel, à Paris : équipements militaires pour officiers; spécialité dans laquelle cette maison jouit depuis longtemps d’une réputation très justifiée;
- M. E. Cagnet, à Paris: cette maison se maintient au rang qui l’avait fait distinguer à l’Exposition de 1 867 ; ses productions sont remarquables par le bon goût et le soin de la fabrication;
- M. Neveu, à Paris : exposition de galons pour voitures de chemin de fer; fabrication mécanique que cette maison a portée à un haut degré de perfection;
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- M. J. Pignon, à Paris : passementeries de nouveautés, d’une Gr. IV. fabrication très estimée:
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- M. C. Dumas, à Paris : ornements de modes et de confections de liante nouveauté; dessins riches et exécution très perfectionnée:
- M. J. Gay, à Lyon : collection d’articles de passementerie bien fabriqués et de bon goût ;
- M. L. Dautier, à Paris : passementeries de haute nouveauté; exposition distinguée par ses modèles de bon goût et d’excellente fab ri cation;
- MM. Loussel, Gauvin et G10, à Paris : passementeries de modes d’une exécution très soignée; grand développement d’affaires d’exportation;
- M. S. Guérin, à Nîmes, la plus ancienne fabrique de lacets de Nîmes, ayant toujours occupé un rang honorable dans celte industrie;
- MM. Ingelbach et Schleicher frères, à Paris : collection de tresses façonnées qui ne se fabriquaient autrefois qu’en Prusse, et dont cette maison a importé la fabrication en France, à Neuilly, près Paris;
- M. Lebée, à Saint-Quentin : fabrique de tresses et de ganses, fondée à Sainl-Quenlin par cet exposant, qui lui a donné un rapide essor; bonne production d’articles de vente courante;
- MM. A. Bernard et C10, à Paris : production de galons pour tailleurs et pour nouveautés, articles d’une exécution très soignée ;
- MM. Wimphen frères, à Paris; celte maison a fait des efforts louables; son exposition dénote du goût et beaucoup de soin dans la fabrication:
- Russie : M. Wladimir Alexeew, à Moscou; trélilerie d’or et d’argent pour passementeries et broderies; maison ancienne et importante, très connue dans l’Orient et dont les progrès sont constatés par son exposition;
- M. Souratoff, à Saint-Pétersbourg; maison ancienne et importante; galons et passementeries de bonne exécution;
- M. Slifson, à Varsovie : passementeries très bien faites;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV.
- Cl. 36.
- M. G. Schouchert, à Saint-Pétersbourg : passementeries de bonne fabrication ;
- Belgique : M. Thiroux, à Bruxelles; maison ancienne et importante; exposition de passementeries de modes remarquables par le goût et le soin de la fabrication ;
- Veuve Richard et G10, à Bruxelles : passementeries d’ameublement de très bonne exécution;
- Angleterre: MM. Brough,Nicholsonet C'e, à Leek: exposition de tresses en mohair ou poil de chèvre, d’une exécution parfaite;
- Aorivège : M. G.-H. Sommer, à Christiania : collection de passementeries diverses très bien fabriquées ;
- Autriche : M. Stefsky, à Stockerexn, fournisseur de Tannée autrichienne et roumaine; ancienne maison, dont l’exposition atteste une fabrication très soignée.
- Eniin nous mentionnerons encore pour la France les trois rappels de la médaille d’argent qui ont été accordés à M. Husson-Hémerlé, pour ses broderies blanches à la main, ainsi qu’à MM. Mullié frères, à Saint-Pierre-lès-Calais, et à MM. Valois et Renard, de la même ville, pour leurs dentelles à la mécanique.
- RÉSUMÉ.
- La fabrication des dentelles à la main a atteint depuis vingt ans un degré de perfection qui semble ne plus pouvoir être dépassé. (l’est dans le dessin seul que Ton peut trouver encore les éléments de variété et de goût qui doivent conserver à ce travail délicat la faveur du luxe raffiné. Nous avons constaté avec satisfaction les incursions hardies et heureuses qui ont été faites dans le domaine de Part ancien. L’étude des types originaux des xvif et xvme siècles a permis de reproduire avec succès le cachet des vieilles dentelles, en appropriant les genres au goût moderne.
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- DENTELLES, TULLES, ETC.
- La fabrication des tulles brodés à la mécanique a fait de véri- Gr. rv. tables prodiges depuis l’Exposition universelle de 1867. Les —3g
- perfectionnements apportés successivement aux métiers à tulle ont produit des résultats assez merveilleux pour inquiéter sérieusement l’avenir de la dentelle à la main. Pour certains types de fabrication, l’imitation est parfaite, et les moyens de mise en œuvre sont tels que bientôt nous verrons se réaliser la prédiction de M. Félix Aubry, qui disait, dans son rapport de 185 1 : «Qui sait «si le métier à tulle ne sera pas un jour, en quelque sorte, un «vrai coussin de dentellière, et les bobines, de véritables fuseaux «manœuvrés par des mains mécaniques?»
- La machine a opéré la même révolution dans l’industrie des broderies. Il y a vingt ans, on ne brodait que sur le doigt ou au tambour des articles destinés à la lingerie opulente ; actuellement, cette industrie, qui occupait en Europe plus de5oo,ooo femmes, est complètement transformée par les machines à broder, qui livrent à la consommation, à très bas prix, non seulement des objets destinés au costume de l’homme, à la toilette de la femme, mais encore à tout ce qui est élégant dans l’ameublement.
- La fabrication des diverses sortes de passementeries est considérable ; elle sait se plier aux exigences instables de la demande, modifier des genres, transformer ses productions selon les caprices impérieux de la mode. Cette industrie est conduite avec un grande intelligence et, dans toutes ses spécialités, elle est en progrès et en prospérité.
- La fabrication de la tapisserie, du tricot et du crochet, crée, chaque jour, de nouveaux et gracieux produits, dans lesquels le goût se mélange à l’originalité. Cette industrie n’exige aucun outillage; elle est parfois lucrative et ne fatigue guère. Les progrès réalisés dans les dispositions du canevas, dans la préparation des laines et dans la gamme si variée des nuancés de teinture, ont développé diverses spécialités d’occupations donnant un travail rémunérateur à beaucoup de femmes de toutes conditions.
- Il faut reconnaître, en terminant, que, si la machine a transformé en grande partie la marche des industries qui font l’objet de
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE J 878.
- co rapport, le travail à la main a su conserver son prestige dans chacune d’elles, et, tout en applaudissant aux immenses progrès de la mécanique, nous souhaitons que le travail manuel prospère ; car il est une précieuse et indispensable ressource pour tant de femmes, jeunes et vieilles, qui y trouvent le remède le plus sur contre l’inlortune et la misère.
- Duiiayon ,
- Membre de la Commission heljjo.
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