Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LA JOAILLERIE ET LA BIJOUTERIE.
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- MINISTÈRE DR L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EX PO Si TJ O N UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- À PARIS.
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- Groupe IV. — Classe 39.
- RAPPORT
- SUR
- LA JOAILLERIE ET LA BIJOUTERIE,
- PAIi
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M I)CGC LXXX.
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- Groupe IV. —- Classe o(J.
- RAPPORT
- son
- LA JOAILLERIE ET LA BIJOUTERIE.
- COMPOSITION DU JURY.
- MAT. Bapst (A.), présidant, ancien juge au tribunal (le commerce, )
- membre du jury en 1867, membre du comile d’admission à > France. l’Exposition universelle de 1878...................................)
- Foxtenav, vicr-présidant, négociant, membre de la chambre de ) commerce, membre du jury en 1867, membre des comités > France, d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de. 1 878. )
- Martial Hkiuuhd, rapportant', fabricant, ancien juge au tribunal 1 de commerce, membre du conseil municipal de Paris, membre ( T,
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- des comités d’admission et d’installation à l’Exposition univer- l selle de 1878.............................................................)
- JlÈr.iCK, sperétairo, négociant, membre dos comités d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878..................
- Hartsex (C. ), vice-présidanl, chevalier, membre du conseil d’Etat des Pays-Bas..........................................................
- France.
- Pays-Bas.
- Phillips (IL), esq................................................ Angleterre.
- Gastkllam ( A.), archéologue.................................... Italie.
- Ivlinkosc 11 (J.-G.), orfèvre, à A u-nne........................j Auliiclic
- ' ' ( Hongrie.
- lloHSKL (J.), fabricant, à Genève............................... Suisse.
- ViiVEit, suppléant, juge au tribunal de commerce, membre du 1 p comité d’admission à l’Exposition universelle de 1878.............j
- Piel, suppléant, membre des comités d’admission et d’inslalla- | pr,1nCf> tioir à l’Exposition universelle de 1878............................j
- Liasse 3p.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. IV.
- cl-39- CHAPITRE PREMIER.
- DESCRIPTION GENERALE.
- VUE D’ENSEMBLE.
- La classe 3(j comprend : la bijouterie fine et la bijouterie d’imitation, la joaillerie, les objets d’art, les pierres précieuses. On peut regretter que l’orfèvrerie s’en trouve séparée par le système de classification adopté; car elle emploie les mêmes ouvriers, les mêmes métaux, et plus d’une vitrine d’orfèvrerie renferme de très beaux produits de bijouterie, qui échappent ainsi à l’examen du jury, sinon à celui du public.
- L’exposition de la bijouterie offre toujours le plus grand attrait à la masse des visiteurs. Car le bijou, dont le nom se prend si volontiers pour l’expression de tout ce qui est joli, délicat, gracieux, est de tous les temps et de tous les pays. On fait entrer dans sa fabrication depuis les métaux les plus fins, les pierres les plus précieuses, jusqu’aux matières les plus vulgaires, telles que le bois, les coquillages, les insectes. Chaque peuple, suivant son état de civilisation, les traditions nationales, le costume, présente dans ses bijoux un caractère particulier d’originalité.
- Le visiteur peut éprouver quelque difficulté à retrouver les bijoux épars dans les sections étrangères; mais il est frappé, en pénétrant dans la section française, par l’ensemble, la richesse, la variété des produits exposés dans un espace malheureusement trop resserré. Comment ne pas se presser en effet autour de tant de produits qui touchent à l’art le plus pur, de chefs-d’œuvre de goût, de mille gracieuses fantaisies? La bijouterie, s’emparant de tous les métaux pour les modeler sous les formes les plus variées, vient ajouter au travail le plus délicat le coloris merveilleux des pierres précieuses; et la joaillerie présente un éblouissement de diamants qui, retenus dans les montures invisibles, dessinent de capricieuses arabesques ou s’épanouissent en fleurs scintillantes.
- La femme ne saurait résister au plaisir de voir tous ces objets,
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- JOAILLERIE ET BIJOUTERIE.
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- destinés à rehausser sa beauté, sa parure. L’homme en veut cxa- Gr. rv. miner le côté artistique. Le goût des bijoux remonte à la plus “ haute antiquité: dans les temps anciens, on en parait même les morts. Gomme on couchait les guerriers dans leurs tombeaux avec leurs armes, on ensevelissait les femmes de haut rang avec leurs bijoux.
- C’est par la découverte des sépultures antiques que sont parvenus jusqu’à nous les trésors de l’art ancien. Pendant que tout tombait en poussière autour d’eux, les bijoux, seuls indestructibles, devaient nous révéler les secrets de l’art de la bijouterie aux époques les plus reculées.
- APERÇU HISTORIQUE.
- Les Egyptiens, comme les Assyriens, dans leur industrie primitive, découpaient et estampaient dans des feuilles d’or des animaux, des feuillages. Les Egyptiens, vivant sur les bords du Nil, puisaient les motifs principaux de leurs bijoux, de leurs colliers, dans la fleur du lotus, dans les scarabées qui glissaient entre ses feuilles. L’ouvrier était habile, mais l’art était borné.
- En Grèce, l’art prit un essor inconnu; abandonnant les types conventionnels, il devint plus pur, plus élevé. Comme les Grecs étaient admirateurs passionnés de la beauté dans le corps humain, leurs bijoux s’adaptaient merveilleusement aux formes humaines; le sentiment du beau, des justes proportions, était développé chez ce peuple d’élite par l’étude de la nature, et le goût public imposait à l’ouvrier, même pour les objets les plus simples appliqués aux besoins de la vie, une perfection extrême. L’art et l’industrie étaient liés d’une façon indissoluble.
- Les Etrusques et les Romains allèrent chercher l’art en Grèce; si le goût n’était pas inné chez eux, la pratique des arts était générale. Mais leurs conquêtes les menaient dans le monde entier; et par suite, avec un retour vers le style égyptien, on trouve chez eux un certain mélange de styles différents. L’influence de l’art grec prédomine pourtant dans l’exécution de leurs bijoux et de leurs camées.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. iv. Au ivp siècle, l’art tombait cri décadence à Rome et émigrait à Ryzance. Sous le splendide soleil d’Oricnt, il se transforma parla couleur et l’ornementation, par un certain mode d’agencement de formes géométriques et des nuances harmonieuses des émaux. L’art byzantin prit surtout un grand essor au temps de Charlemagne, et les reliquaires, les objets de fabrications diverses que nous pouvons retrouver encore nous permettent de juger de l’habileté des artistes de cette époque.
- Vient ensuite l’art arabe, qui tient de l’art antique et du byzantin, auxquels s’ajoute un mélange des caprices orientaux, et qui, avec le fonds étrusque, qu’entretenaient les traditions des corps de métier, inspirèrent les productions de la bijouterie en Occident pendant toute la durée du moyen âge.
- Après la chute de l’empire romain et de celui de Charlemagne, c’est dans Byzance que les beaux-arts avaient trouvé un refuge. A la prise de Constantinople par Mahomet II, les artistes passèrent en Italie, et nulle distinction n’existe alors entre l’artiste et l’ouvrier.
- Ce fut la grande époque de la Renaissance; elle se manifesta dans les arts au xvp siècle en Italie par un reloue vers l’antique. En France, la Renaissance se signala au xvic siècle par une originalité propre, dans laquelle se faisait sentir l’étude de la nature, source éternelle du beau. Les collections, les musées, nous offrent de cette époque un grand nombre d’ouvrages, aussi remarquables par l’ampleur et la grâce de la composition que par un savant emploi des couleurs; œuvres dans lesquelles se fusionnent heureusement le style du moyen âge et celui des anciens.
- Les dernières années du xvi" siècle marquent en France les débuts de l’art nouveau; au xvn" siècle, il reçoit un nouvel élan de l’amour du luxe auquel obéissaient les privilégiés de la fortune. De grandes richesses étaient accumulées dans un petit nombre de mains; et, comme le goût ne manquait pas chez ces fastueux seigneurs, l’industrie ne pouvait, en présence d’une clientèle exigeante, se séparer de l’art. Sous Louis XIV, une puissante organisation des arts et de l’industrie avait permis aux industriels d’épurer les formes, de perfectionner les procédés d’exécution; et les por-
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- JOAILLERIE ET BIJOUTERIE.
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- traits historiques nous donnent une idée des riches parures d’alors, Gr. iv rehaussées de pierreries, de perles et d’émaux.
- Par les bijoux, agrafes, boîtes de montre, tabatières, qui se sont transmis dans les familles riches, nous pouvons apprécier les diverses transformations du goût et du style au xvnc et au xvmc siècle. Sous Louis XIV, la cour recherchait, avec la richesse, une grande largeur de style. Sous Louis XV, la fortune vient aux mains des financiers; ils sont grands dépensiers; mais le goût cède à l’éclat : les ornements se contournent, s’alourdissent.
- Enfin sous Louis XVI, le goût s’épure, la forme devient plus simple; et les bijoux de cette époque présentent, avec des oppositions harmonieuses obtenues par l’emploi d’or de diverses couleurs, une grande finesse de travail. Pendant toute cette période, la bijouterie française étend sa domination sur l’Europe entière.
- Nous arrivons enfin au xixc siècle. Un grand mouvement social s’est opéré; la fortune s’est divisée de plus en plus; le désir du luxe se répand chez tous, mais les moyens de s’en procurer les jouissances ont diminué pour chacun, et l’éducation artistique manque à la plupart des acheteurs. Par suite l’industrie, à la remorque du goût public, flotte entre tous les styles. La division se fait entre l’artiste et l’ouvrier; le fabricant s’occupe de renouveler sans cesse des modèles, éphémères comme la mode qui les a fait naître. Il faut, pour une chose si fragile, si peu durable, viser au bon marché. Car, à mesure que se vulgarise le bijou, le nombre des consommateurs augmente. Et c’est dans ces conditions, poussée d’ailleurs en tous sens par la concurrence étrangère, que nous trouvons aujourd’hui la bijouterie, cherchant son développement dans une foule de spécialités, que nous définirons tout à l’heure aussi sommairement que possible.
- EFFORTS RÉALISÉS. - ABSTENTIONS. - NOMBRE DES EXPOSANTS.
- llâtons-nous de dire que, malgré les nécessités de la concurrence et la soif du bon marché, l’art trouve encore de fervents adeptes; qu’il existe encore des artistes convaincus, travaillant avec ardeur, avec une foi profonde pour faire triompher l’amour
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- Gr. IV. du beau, et dont la valeur s’affirme par les produits exposés, dans
- lesquels ils égalent certainement les anciens.
- Cl. 39. * °
- La France a réalisé des efforts considérables dans toutes les industries de la bijouterie. Malgré les événements terribles qu’elle a eu à traverser depuis la dernière exposition, malgré les crises successives qui ont affecté plus particulièrement les industries de luxe, malgré une situation intérieure grosse de périls pour le pays, toutes choses qui pouvaient laisser douter de l’ouverture de l’Exposition de 1878, ses fabricants n’ont reculé devant aucuns sacrifices pour se présenter en nombre dans toutes les spécialités, avec des produits d’une perfection telle qu’ils fussent en état de rivaliser avec ceux que pouvaient présenter les autres nations.
- Malheureusement, dans les pays étrangers, bien des abstentions se sont produites, abstentions regrettables, et même dangereuses, à ce point de vue quelles pourraient laisser supposer dans les produits exposés une supériorité qui se cacherait ailleurs. Les causes principales en sont certainement la guerre qui sévissait en Orient, et dans laquelle les peuples d’Occident se trouvaient plus ou moins engagés. Peut-être aussi faut-il en accuser en partie la fréquence des expositions internationales, dont les deux dernières (Vienne et Philadelphie) étaient bien récentes; les expositions trop rapprochées détournent les industriels de leurs travaux courants, substituent une agitation factice et momentanée à la marche régulière des affaires, et ne laissent pas un temps suffisant pour marquer sûrement les progrès de l’industrie.
- Quelles qu’en soient au fond les causes, il faut constater, en dehors de l’Allemagne, l’abstention d’un trop grand nombre de maisons importantes de Londres, de Vienne, de Saint-Pétersbourg, dont on était habitué à voir, pour la joaillerie surtout, les produits rivaliser avec ceux des fabricants français.
- Le nombre des exposants de la classe 3() est néanmoins très grand encore : il est de h8h. La France seule en fournit aq5.
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- JOAILLERIE ET BIJOUTERIE.
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- Gr. IV.
- INDUSTRIES DIVERSES DE L/Y CLASSE 3 g Cl. 39.
- ET PARTICIPATION DES DIFFERENTS PAYS À L’EXrOSITION UNIVERSELLE DE 1 878.
- La classe de la bijouterie comprend deux grandes divisions : le fin et l’imitation. Mais les branches de cette industrie sont nombreuses. Nous allons les examiner successivement, tant au point de vue tcchnicpie qu’à celui de leur importance et de la part prise par les pays producteurs à l’Exposition universelle de 1878 dans ces branches diverses.
- La France présentant des produits dans le plus grand nombre des industries qui se rattachent à la bijouterie, nous commencerons par celles où elle figure, et nous indiquerons ensuite, en citant les pays producteurs, les spécialités qui se rencontrent à l’étranger.
- FRANCE.
- La joaillerie. — Le métal employé est de préférence l’argent, quelquefois l’or. Le dessin étant tracé sur une plaque assez épaisse, on découpe l’objet à la scie, puis on lui donne au marteau, à la tenaille, le mouvement voulu; la monture, d’abord massive, est ensuite ajourée, et disparaît à la fin du travail sous les diamants et les pierres de couleur qui viennent s’y enchâsser. Elle doit, tout en conservant la solidité désirable, les présenter sous leur plus beau jour, dans tout leur éclat. Une pièce de joaillerie doit, en procédant en quelque sorte par silhouette, se dessiner et se lire à distance. La joaillerie demande beaucoup d’imagination, on peut dire d’invention, et un jugement assuré pour le meilleur emploi des pierres en vue du motif à traiter. Elle n’a pas, il faut le remarquer, pour se retremper, la ressource des collections des chefs-d’œuvre anciens; car la grande valeur des pierres employées amène forcément dans un temps donné la destruction des montures, qui disparaissent ainsi sans laisser de trace. La section française nous offre des merveilles d’exécution et de légèreté; les œuvres exposées, pleines de recherche, d’originalité, de variété, sont d’un goût charmant, du dessin le plus pur; les essais les plus
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- Gr. IV. hardis ont été tontes, et le plus souvent avec succès. Mais s’il en est beaucoup qu’il faut encourager, il en est aussi que, par exception, il convient de retenir.
- Il faut en elTet prendre garde de faire grêle en visant à la légèreté; éviter les effets gris et ternes, faute d’opposition dans la grosseur des pierres. Si, dans les fleurs, pour leur conserver le modelé naturel, les pierres viennent à se présenter par le coté, elles n’ont plus alors le jeu désirable, et c’est de la richesse perdue. Quelques colliers paraissent manquer de la souplesse voulue. Enfin on ne doit jamais perdre de vue la destination d’un objet; dans certaine composition, le mérite de l’exécution ne saurait racheter l’embarras que l’on éprouverait à en faire usage : l’ornementation n’a de prix qu’autant qu’elle a sa raison d’être. A part ces quelques critiques, sur lesquelles on aurait mauvaise grâce à insister en présence du résultat final, on doit reconnaître le remarquable ensemble qu’offre l’exposition de la joaillerie française, au point de vue tant de la richesse que du goût, du dessin, des effets heureusement rencontrés et de la perfection de la main-d’œuvre.
- Seule, sauf quelques rares échantillons, la France a exposé de la joaillerie. On peut assurer, néanmoins, sans contestation possible, que sa supériorité est absolue.
- La bijouterie d’or. — Contrairement à ce qui se passe dans la fabrication de la joaillerie, où la monture disparaît peu â peu pour s’effacer complètement, dans le bijou la monture joue le rôle principal : la matière se découpe, se contourne, se règle, les ornements se superposent, et le bijou apparaît. La gravure, la ciselure, l’émail, les pierres de couleur et les diamants viennent ensuite en rehausser la valeur et l’effet. La matière première, l’or est soumis en France à trois litres légaux de 920, 8/10 et 760 millièmes; c’est ce dernier qu’on emploie de préférence : suffisamment malléable, il offre plus de consistance, et est susceptible d’un beau poli.
- La bijouterie proprement dite traverse en ce moment une crise qui en arrête les progrès. L’invasion des diamants du Cap en est certainement la cause principale. Le public préfère du diamant,
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- dont le prix est devenu plus abordable, et qui lui représente une Gr. IV. valeur, à des bijoux appelés à se démoder d’une année sur l’autre; cl~g par suite, les principales maisons de bijouterie ont complètement changé leur fabrication, et ont été amenées à faire de la joaillerie.
- Pourtant il nous reste encore dans la bijouterie de style bien des fabricants gardiens des bonnes traditions, cherchant le progrès, et qui nous montrent qu’en France les ouvriers habiles, intelligents, ne manquent pas.
- La bijouterie moyenne expose des produits d’une exécution très soignée, et parfois d’un bon dessin. Si nous disons parfois, c’est que la mode est à l’or rouge, dont le ton n’est pas plus séduisant que les formes unies dans lesquelles se tient en général la fabrique: là, point de gravure, de ciselure, ni d’émail, qui sont de si précieux auxiliaires. Il serait bien à désirer que, se rattachant sans cesse à des types gracieux, la fabrique cherchât à imposer ses créations à la mode plutôt que de se laisser entraîner à son courant, et à rendre ainsi au bijou sa vogue ancienne.
- La bijouterie courante, la bijouterie creuse, se sont aussi transformées, et plusieurs centres de fabrication se sont établis en province, à Lyon notamment. Pour lutter avec les produits de l’Allemagne, qui travaille à bas titre, la fabrique de Paris a créé des moyens mécaniques, un outillage particulier, mu parfois par la vapeur, dette transformation, éminemment intéressante au point de vue économique et commercial, est naturellement peu favorable au côté artistique; car, seul, le travail manuel peut se plier au goût, à l’inspiration de l’artiste; mais, en somme, les bijoux courants sont bien faits pour des modèles qui doivent varier plusieurs fois par an et destinés à disparaître du jour au lendemain.
- La bijouterie d’argent. — Elle se prête à tous les genres de bijoux; mais elle se distingue particulièrement dans les articles de fumeur, où Ton trouve des étuis, soit niellés, soit à dorure polychrome d’un heureux effet, et de formes heureusement appropriées à l’usage. Elle produit également en grande quantité l’article de religion.
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- Gr. IV. Les objets d’art. — Il convient de distraire de la bijouterie pro-ci 3g prement dite les objets d’art, parce que tous les métaux, toutes les gemmes, les matières les plus diverses, peuvent entrer dans leur composition; parce quela bijouterie et l’orfèvrerie sont intimement liées dans la construction de la plupart des œuvres d’art; parce que le concours de l’art et de l’industrie est absolument indispensable. Gomme les orfèvres aux grandes époques artistiques, le fabricant, l’ouvrier, doivent être doublés de l’artiste. C’est là qu’on se garderait bien d’abandonner les ressources infinies que présentent l’assemblage des métaux et des pierres précieuses, de la gravure et de la ciselure, les couleurs des émaux opaques ou transparents, cloisonnés ou en relief, qui donnaient tant de cbarme aux productions élégantes des xve et xvf siècles, à la confection desquelles ne dédaignaient pas de prendre part les plus grands artistes de l’époque.
- Dans la section française, on peut constater un retour aux belles et anciennes traditions. Nous aurons à citer des conceptions heureuses et de belles imitations de bijoux anciens, dans lesquelles on a su conserver la pureté des formes, l’harmonie des couleurs, tout en fournissant des compositions nouvelles, des créations dans lesquelles le goût égale l’inspiration.
- La bijouterie en doublé d’or (imitation). -— Dans cette partie, le fabricant prépare toujours lui-même le métal qu’il emploie. Ce métal est formé d’une feuille d’or très mince, au titre ordinaire du bijou d’or et, au besoin, d’une coloration différente obtenue par l’alliage, que, par une pression énergique à chaud, on fait adhérer à une plaque beaucoup plus épaisse d’un métal composé de cuivre, de zinc, cl’étain et de nickel, appelé chrysocale. On fait aussi du doublé d’or sur argent par les mêmes procédés. On lamine ensuite; et la feuille de doublé amenée au point désirable, puis polie à un certain degré, subit, au moyen de moutons, de décou-poirs,de matrices, les transformations que nécessite la fabrication. La lamelle d’or extrêmement mince qui recouvre toujours la surface du bijou reproduit toutes les finesses du travail des
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- matrices, et, susceptible du plus beau poli, elle ne laisse pas Gr. IV. soupçonner l’existence du métal secondaire qu’elle recouvre.
- Cette branche d’industrie toute française et éminemment parisienne, dont la création ne remonte pas au delà de l’année i 83o , a pris en peu d’années une très grande importance. Sa production peut atteindre de 7 à 8 millions, pour une quinzaine de maisons. Elle occupe un nombre considérable d’ouvriers, et elle emploie beaucoup de femmes. Ses grandes fabriques sont de véritables usines, dont l’outillage est fort important: des machines à vapeur mettent en mouvement laminoirs, tours à polir, décou-poirs, bancs à tirer, tours de mécanicien. Ces moyens d’exécution mécanique permettent d’établir, avec un degré de perfection difficile à dépasser, des objets d’un extrême bon marché, susceptibles de lutter avec succès contre l’industrie allemande, malgré l’avantage que donnent à celle-ci le bas prix de la main-d’œuvre et celui de l’or à bas titre.
- Les travaux exposés témoignent de l’activité de la fabrication du doublé, des progrès qu’elle réalise. Le jury a seulement remarqué que, pour arriver au bon marché, dans la plupart des chaînes les assemblages ne sont pas soudés; cela laisse à désirer sous le rapport de la solidité. La même critique est, du reste, applicable aux chaînes en imitation des fabriques étrangères.
- La bijouterie en doré ou d’imitation, — Comme dans le bijou en doublé d’or, le chrysocale fait le fond du bijou; mais les moyens sont tout différents pour la fabrication; car la couche d’or, pour le bijou doré, n’est appliquée, au moyen delà dorure, qu’après l’exécution complète; dès lors, la matière première peut se tourner, se modeler à la lime, à la tenaille, à toutes les formes que comporte l’objet mis en œuvre, sans tous les ménagements que nécessite absolument le doublé. L’habileté de la main, le goût, peuvent amener le bijou doré à un grand degré de perfection, et on rencontre dans l’exposition française des pièces qui rivalisent avec les meilleurs travaux de la bijouterie d’or. Les apprêts des graveurs-estampeurs permettent de livrer des bijoux d’imitation aux prix les plus modiques et pourtant d’une assez
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- Gr. rv. bonne exécution. Il se fait, outre le bijou doré, des bijoux en métal argenté ou nickelé. La France n’est pas seule à produire les bijoux d’imitation. Il y en a des fabriques importantes en Angleterre, en Allemagne, en Amérique; mais on peut dire que Paris est un centre de création, et il expédie chaque année une grande quantité de ces bijoux de toutes sortes.
- La joaillerie d’imitation. — Cette partie, pour laquelle la France n’a pas de concurrents sérieux, se fait remarquer par le bon choix de ses modèles, très gracieux de dessin et bien montés. Nos lapidaires en pierres fausses, en recuisant les matières vitreuses de différentes teintes qui leur sont livrées par le commerce, arrivent à des effets surprenants d’imilatioir des pierres précieuses, notamment pour les émeraudes.
- La bijouterie d’acier. — L’acier peut acquérir un très beau poli; on en forme des demi-perles, très finement facetécs; et ces pointes d’acier sont rivées les unes contre les autres sur des plaques de cuivre argenté, percées de mille trous, qui reproduisent en silhouette les dessins, les dispositions que l’on veut exécuter. On peut obtenir ainsi beaucoup d’éclat et de scintillement. Les produits exposés, exécutés avec soin, sont d’un aspect agréable. On pourrait leur reprocher parfois trop de modelé et une multiplicité de plans qui amène la confusion à l’œil. Ils n’atteignent pas non plus tout le fini que l’on trouvait dans les ouvrages du xvmn siècle. Mais il faut tenir compte de ce fait qu’aujourd’hui cette industrie, toute française aussi, est soumise aux caprices de la mode, et qu’en temps ordinaire sa production est forcément limitée; tandis que, vienne la vogue, elle prend une extension considérable et doit produire vite et à bon marché. Au siècle dernier, si l’on trouvait dans les bijoux en acier (boutons, chaînes de montre, gardes d’épée) une plus grande perfection de travail, c’est que l’homme joue, dans les questions qui relèvent de l’art, un autre rôle que la femme. C’est lui qui fait accomplir les plus grands progrès, parce que chez lui l’amateur est doublé d’un connaisseur. Il ne se laisse pas aller au gré de la mode; il
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- donne au contraire ses idées, les fait exécuter; et son goût Gr. rv influence généralement d’une manière heureuse celui qu’il charge de l’exécution.
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- Le bijou de deuil. — Les matières employées et la fabrication sont de différentes natures.
- Le jais naturel (ou jaïet) se travaille peu en France. Il est, au contraire, fort employé en Angleterre, principalement pour en faire des colliers de boules facetées.
- En France, on se sert d’une imitation de jais en émail ou en verre. On la prépare en appliques de formes diverses, taillées à facettes ou à biseau, plates en dessous, qu’on fixe avec de la cire noire sur des fonds en fer découpé; on arrive à exécuter, en les juxtaposant, des dessins très variés; et l’éclat miroitant de cette bijouterie relève heureusement la monotonie d’une toilette entièrement noire.
- L’emploi de la corne de buffle, matière très malléable, a pris une grande extension, surtout pour la fabrication des chaînes, qui, en se substituant aux chaînes en caoutchouc étrangères et même au jais anglais, est devenue l’objet d’une exportation assez importante.
- Enfin on utilise encore le bois durci, composé de sciure de bois et d’albumine, principalement de palissandre et de sang de bœuf, qui se moule comme l’écaille.
- Industries auxiliaires de la bijouterie. —Outre les émailleurs, qui fournissent les motifs décoratifs des bijoux avec les émaux de Limoges ou qui viennent ajouter au fini clu travail le charme de couleurs harmonieuses; en dehors des ciseleurs et des graveurs, qui pétrissent l’or et l’argent sous leurs ciselets d’acier, et dont le talent s’est affirmé à cette Exposition dans les produits de la bijouterie de style, il est une industrie qui prête un secours puissant à la bijouterie courante, c’est celle des apprêteurs-découpeurs-estampeurs.
- L’industrie des apprêts pour la bijouterie, née en France, inconnue à l’étranger, a été créée en 1853 et a considérablement
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- aidé à l’accroissement de la vente du bijou français, en fournissant à la bijouterie fine comme à la bijouterie d’imitation des apprêts de toutes espèces, tels que ornements, galeries, chatons. Ces produits épargnent du même coup la façon et le déchet sur le métal. En effet, au lieu d’avoir à tracer sur un morceau d’or une pièce entière, puisa la scier, la limer, la travailler à l’échoppe, laissant malgré soi se perdre des parcelles d’un métal précieux, grâce à des procédés mécaniques extrêmement variés la pièce est obtenue instantanément par un découpoir, qui lui donne ses contours, sa forme, ses reliefs, en refoulant la matière de côté ou d’autre, et en épargnant absolument tout déchet. Et ces apprêts ainsi obtenus ne sauraient porter obstacle à l’exécution de bijoux délicats. Car ceux qui peuvent être employés clans ce cas ne subissent qu’un simple dégrossissage, supprimant seulement un travail long et aride. Cette branche d’industrie se développe encore chaque jour, et elle présente à l’Exposition des produits fort intéressants.
- Pierres et perles. Les diamants. —La découverte des mines de diamants faite en Afrique au Cap de Bonne-Espérance avait causé une sensation semblable à celle qui s’était produite lors de la découverte des mines du Brésil en 18/17. Les premiers diamants trouvés en 18G9 à Kimberley étaient jaunes et de mauvaise qualité. Mais depuis, l’exploitation a fourni des diamants très blancs, et il devient difficile pour des yeux qui ne sont pas très exercés de distinguer un diamant du Cap de bonne qualité d’un diamant de toute autre provenance. Jusqu’en 1877, la mine de Kimberley, qui donne à elle seule les sept huitièmes de tous les diamants venant de ces contrées, aurait produit en moyenne pour a5 millions par an. D’après les derniers documents officiels, la valeur des diamants exportés du Cap en 1878 est estimée à 2,260,000 livres sterling, soit à plus de 56 millions de francs.
- Ces mines, en jetant dans le commerce des quantités considérables de diamants nouveaux, en ont diminué le prix, qui était devenu excessif, et ont puissamment contribué par suite au développement de la joaillerie. Paris est maintenant un des marchés les
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- plus importants du commerce des diamants, des pierres précieuses Gr. IV et des perles fines.
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- Tailleries de diamants. — Le diamant n’est attaquable que par lui-même; les différents travaux de clivage, d’égrisage, de polissage, demandent une grande habileté de mains pour tirer d’une matière aussi chère tout le parti que le brut peut donner. La Hollande avait conservé jusqu’ici le monopole de la taille des diamants; mais depuis plusieurs années des tailleries importantes, complément heureux de nos industries de luxe, se sont établies en France avec un outillage perfectionné, lui rendant une industrie dans laquelle elle avait excellé, et qu’elle avait perdue lors de la révocation de l’édit de Nantes.
- Lapidaires. — On en trouve en tous pays. Mais Paris possède des lapidaires qui excellent, non seulement dans la taille des pierres fines, mais encore dans celle des onyx, des lapis, des aventurines; précieux auxiliaires des industries d’art, ils donnent à ces matières si dures les formes les plus variées. Le Jura abonde en ateliers pour la taille des pierres fines et fausses.
- Les perles fausses. — La faveur dont ont joui de tous temps les perles fines a naturellement poussé à l’imitation de ce charmant produit de la nature; c’est dans le xvi° siècle que cette industrie a pris naissance en France. Mais c’est depuis i85A qu’elle a pris un grand développement; et, grâce aux progrès de la chimie, on est arrivé à de tels résultats qu’il devient parfois difficile de distinguer le faux du vrai.
- Les perles fausses se font de boules soufflées d’un verre composé, auxquelles on imprime la forme qu’on désire; on les enduit intérieurement d’essence d’Orient, ou d’autres compositions plus récentes tirées d’écailles de poisson, pour leur donner le poids et l’irisation de la perle fine; puis on les bourre d’un mélange à base'de cire pour préserver les matières colorantes employées.
- Cette fabrication est l’objet d’un commerce considérable, qu’on peut évaluer à 2 millions de francs; mais, suivant leur destination, les produits atteignent les limites de la perfection comme
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- Gr. rv. imitation ou celles d’un extrême bon marché; car cette industrie 39 travaille, en même temps <[ue pour la bijouterie, pour la broderie, la passementerie, les modes, et ses exportations s’adressent au monde entier.
- Puisque nous touchons à l’ornementation du costume, mentionnons une intéressante fabrication de perles métalliques dont les colorations éclatantes passent par toutes les nuances de l’arc-en-ciel.
- Outre les imitations de perles fines, des imitations très réussies de boules de lapis, de corail, de malachite, figurent à l’Exposition.
- Nous venons de passer en revue les industries diverses qui ont exposé en France dans la classe 3y. Il nous reste à examiner, dans les pays étrangers, les produits similaires, et à signaler les productions qui leur sont propres.
- PAYS ÉTRANGERS.
- Italie. — Cette nation se présente en première ligne: elle a su conserver intacte la vogue de la bijouterie. Travaillant avec de l’or presque sans alliage, et faisant appel à l’art, grec et romain dans ce qu’il avait de plus pur, elle nous montre ses jolis bijoux étrusques, dont le travail, si harmonieux dans ses proportions, consiste dans l’emploi de fds cordclés d’une ténuité extrême et de grains d’or serrés les uns contre les autres soudés sur des surfaces planes ou bombées.
- Un maître dans l’art de la bijouterie, aussi savant archéologue qu’habile praticien, M. Alessandro Castellani, rapporte l’origine de ce procédé, inconnu des Egyptiens, qui consistait à tracer sur les bijoux des sinuosités, des figures géométriques au moyen de petits grains d’or, à l’élude des oursins, des étoiles de mer, des madrépores recueillis sur les rivages de la Méditerranée, dont l’enveloppe grenue se dessine suivant des tracés symétriques. Plein de son art, passionné pour les bijoux anciens, M. Castellani a exécuté, il y a quelque temps déjà, une série de modèles de toutes les époques d’une grande perfection de travail. 11 a formé une école à Rome, puis une autre à Naples. Par suite de l’étude
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- de ces modèles classiques d’un si grand style, le retour aux Gr. rv. procédés de travail usités chez les anciens a relevé le niveau de
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- l’industrie dans les diverses provinces de l’Italie, et amené un changement sensible dans la fabrication des bijoux en Europe.
- Parmi les industries de la bijouterie propres à l’Italie, il faut placer les coraux, les mosaïques, les filigranes, qui donnent lieu à un grand commerce local et d’exportation. Les coraux napolitains ont gagné sous le rapport du dessin, du goût, de la pureté des formes; le corail du Japon, très employé pour les camées, olire, par ses dimensions plus grandes et sa dureté, plus de ressources au graveur.
- Les mosaïques de Rome reproduisent toujours, suivant la tradition des monuments anciens, en mille pierres microscopiques; et les mosaïques de Florence imitent la flore avec des pierres teintées un peu plus grandes.
- Les montures de ces objets manquent souvent de correction, et l’on ne peut se défendre de remarquer une trop grande uniformité de travail.
- Les filigranes de Gênes, de Naples, de Rome, véritables toiles d’araignée, ont conservé leur art merveilleux, tout en restant d’un grand bon marché.
- Angleterre. — L’abstention des joailliers anglais, si brillants ordinairement parleurs grandes richesses, par le choix de leurs pierres, a été malheureusement générale; la bijouterie de style est représentée dans une vitrine par un choix de bijoux visiblement inspirés des modèles du Kensington Muséum. Ils sont travaillés en or à dix-huit carats, d’une exécution correcte et d’un bon caractère artistique. Le bijou courant est d’une belle apparence, de luxe confortable. Le bijou d’imitation, en or àbas titre et en argent orné de jaspes et de topazes enfumées, est l’objet d’une fabrication importante; il manque généralement d’éclat et de fraîcheur.
- L’Ecosse expose en grand nombre ses ornements montagnards en argent, ornés de pierres du pays; ce sont des fibules, des agrafes de style Scandinave, celtique et moyen âge écossais, bijoux essentiellement nationaux, d’un agréable effet.
- Classe 3y. a
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- L’Irlande nous montre ses bijoux en bog-oak, en bois noir sculpté de chêne des marais. Ce sont les mêmes types constamment reproduits, sans progrès comme sans variété.
- A part les Indes, dont nous parlerons plus loin, les Colonies anglaises n’olTrent en bijouterie rien qui attire l’attention.
- Autriche-Hongrie. — Les joailliers de Vienne, qui excellent pourtant dans la partie, se sont aussi complètement abstenus. En bijouterie, une fabrique nous présente des bijoux de style étrusque dans le travail italien, fabriqués en or à quatorze carats, d’une exécution très soignée et dont la couleur est fort belle. Une autre fabrique expose des chaînes remarquables, tant par la variété des modèles que par la précision de l’exécution; nous voyons aussi des objets en nielle d’un travail très fin. Le bijou d’imitation, de cuivre doré ou d’argent, est vulgaire et sans aucune empreinte artistique : il est seulement d’un très grand bon marché.
- Prague expose une grande quantité de bijoux de grenat de Bohême, montés soit à fond, soit à jour. Cette fabrication lui est toute spéciale, et l’on peut tirer un aimable parti pour la toilette de ces boules, de ces plaques, toutes vermeilles et scintillantes.
- A Swietta, à Tyrnau, se font la taille et le polissage des pierres précieuses et semi-précieuses, comme l’agate, le jaspe, la cornaline, qui, se trouvant en abondance en Bohême, sont l’objet d’un commerce important.
- Enfin, la Hongrie expose toujours ses magnifiques opales, et aussi quelques armes enrichies, d’une tournure orientale, puis quelques bijoux de pacotille, dorés et émaillés, qui ne manquent pas d’une certaine originalité.
- Russie. — Il faut regretter encore l’absence complète des joailliers russes, dont la réputation est pourtant proverbiale pour la finesse des ouvrages. On retrouve bien la tradition nationale dans la bijouterie de luxe, trop peu représentée. Elle procède du byzantin; elle est traitée avec soin, avec un grand sentiment des couleurs, et présente d’harmonieux effets d’un caractère tout particulier, dans ses croix, ses colliers, ses médaillons. Quant à la
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- bijouterie courante, qu’on pourrait croire de provenance allemande, elle manque absolument de ce caractère propre, et le goût fait parfois défaut.
- Suisse. — Bien qu’elle présente quelques pièces d’une bonne exécution, l’exposition des fabriques de Genève consiste en bijouterie courante, qui pèche souvent par le goût, et vise à l’effet aux dépens du travail; elle répond, il faut le reconnaître, aux besoins d’une clientèle très nombreuse, pour laquelle le bon marché est la première condition; mais il faudrait par l’étude du dessin éviter une décadence, au moins apparente, dans un pays quia toujours fourni de si habiles ouvriers. Les chaînes en or offrent, avec une grande variété de modèles, des types d’une bonne fabrication.
- Hollande. — Elle n’a qu’un seul exposant : c’est la taillerie de diamants la plus importante du pays, qui possédait tout récemment encore le monopole de cette industrie.
- Belgique. — Cette nation, qui montre un goût très prononcé pour les arts, et qui ne manque certainement pas d’ouvriers intelligents, pourrait se produire avec succès aux expositions. Un joaillier de Bruxelles se présente seul, dont les produits se recommandent par une certaine élégance.
- Danemark. — Ici nous trouvons des bijoux d’un caractère original, ample et sévère, modelés en grande partie sur des objets d’antiquité Scandinave, remontant aux temps préhistoriques et au moyen âge; c’est le style runique conservé dans toute sa pureté, éminemment nationale, mais sans variété dans les modèles; la différence entre les fabricants réside dans le degré d’exécution. Le bijou courant, toujours en or mat,simple de forme, est constamment ornementé de tracés en grains d’or sur un fond uni. Les objets en filigrane d’argent, dont le travail, d’une grande finesse, se rattache à une nervure solide, offrent une décoration d’un excellent effet.
- Noryvege. — Ses bijoux en filigrane d’argent ont un cachet tout spécial au pays, une certaine fantaisie de conception; c’est une
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- Gr. iv. foule de petites pampilles : rondelles concaves, croix de Malte ou Cl 39 ^coupures diverses suspendues à des anneaux, qui, polies, scintillent en se balançant sur la surface entière du bijou, dont le fond est de filigrane.
- Une collection du musée de Christiania nous offre de très jolis échantillons de ces bijoux nationaux portés par les paysans nor-xvégiens : ce sont des agrafes de manteau, des boutons, des ornements, qui, par le jeu de leurs pampilles, font le plus charmant effet.
- Suède; Grèce; Espagne. — Ces pays n’ont, autant dire, rien exposé. L’Espagne n’avait de remarquable que sa bijouterie cl’acier; mais elle a été distraite de la classe 73 q.
- Portugal. — La fabrication principale est encore du filigrane d’argent et meme d’or, employé en broches et en boucles cl’oreilles, d’un travail un peu lourd, mais ayant son cachet propre; les bourses à mailles en argent sont une production spéciale de ce pays.
- De l’Europe si nous passons en Amérique, nous trouvons, pour les Etats-Unis, un grand fabricant, dont l’exposition brille principalement par son orfèvrerie hors ligne, et aussi par de jolis échantillons de bijouterie. Quelques fabricants présentent des chaînes de gilet bien traitées; d’autres, des bijoux d’imitation de médiocre exécution.
- L’Amérique du Sud offre comme particularité scs filigranes du Pérou, représentant des paons, des dindons aux ailes retombantes, des cerfs, puis des paniers, des œufs, produits bizarres, auxquels on ne peut refuser le mérite de l’originalité.
- Asie. — L’Indien est amoureux de l’éclat et de la vivacité des couleurs. Ceylan, Bombay, présentent à nos regards leurs bijoux de formes originales, leurs bracelets faits de massifs anneaux, dont le travail primitif, simple de moyens, harmonieux dans sa rudesse
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- étrange, produit un grand effet par ses reliefs vigoureux. Les col- Gr. rv.
- liers sont faits de losanges ou de croissants couverts de petits rubis
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- frangés de perles. Un collier a attiré particulièrement notre attention; il était composé de plaques, avec application d’émaux translucides sur des arabesques en or retouchées au burin. Le surplus des objets exposés se compose de bijoux faits de sequins ou de filigrane.
- Nous rappellerons ici tous les trésors venant de l’Inde présentés par S. A. R. le prince de Galles, dans lesquels les diverses tribus se distinguent par des compositions si différentes, joignant a l’éclat du métal les nuances des émaux, la damasquinure, les nielles et la dorure.
- La Chine et le Japon, si visités à l’Exposition pour d’autres produits, n’ont rien fourni en bijouterie qui puisse nous arrêter.
- Afrique (Algérie, Maroc, Tunis). — Pour ces pays, c’est, avec quelques bracelets et des agrafes en argent assez grossièrement travaillés, le filigrane que l’on rencontre constamment, le filigrane, qui est comme le début de la bijouterie en Orient et en Occident. Seulement, tandis qu’ailleurs on a marché et qu’on a cherché à faire mieux et autrement, en développant l’outillage, là le travail s’accomplit encore avec la même simplicité de moyens.
- Les Arabes exécutent leurs bijoux sous la tente, avec les outils les plus primitifs, suivant la tradition, sans souci du progrès. On trouve pourtant une saveur particulière dans les produits indigènes de l’Algérie, de la Kabylie; car nous ne parlons pas de ces bijoux de pacotille, enlevés à l’emporte-pièce, découpés en sequins, qui garnissent les bazars du Trocadéro et qui se fabriquent à Paris.
- Nous avons ainsi parcouru toutes les sections. Elles renferment des objets de fabrications parfois bien différentes; mais chacune présente un côté intéressant, et l’observateur trouve partout quelque chose à retenir.
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- CHAPITRE IL
- DESCRIPTION SPÉCIALE.
- IMPORTANCE ET NOMBRE DES RECOMPENSES.
- Après avoir examiné clans son ensemble l’état de l’industrie de la bijouterie en général, défini ses branches si diverses, établi l’apport de la France et le rôle des différents pays producteurs à l’Exposition universelle de 1878, nous allons, rappelant que la classe 89 groupait h8h exposants, faire connaître les motifs qui ont guidé le jury pour le nombre et l’importance des récompenses accordées; puis nous entrerons dans la description spéciale des produits les plus remarquables qui peuvent servir de type au point de vue artistique, industriel et commercial.
- Le nombre des récompenses est bien plus considérable qu’en 1867.Mais, sans rechercher s’il n’avait pas été alors un peu trop limité, il convient tout cl’abord de tenir compte d’un fait : c’est que le nombre des exposants, qui, pour la France seule, était de 87 en 1867, s’élève à 295 en 1878. Il faut, en outre, prendre en sérieuse considération que la classe comprend deux grandes divisions : le fin et l’imitation. Or ces deux divisions ont, au point de vue du travail national, chacune une importance sinon égale, du moins considérable, et elles sont absolument indépendantes. Il a paru équitable et nécessaire, contrairement à ce qui s’était fait jusqu’ici, d’accorder des récompenses de premier ordre à l’une comme à l’autre de ces deux divisions, en tant assurément que la valeur des expositions le comporte et, par les memes raisons, d’étendre encore cette mesure aux industries auxiliaires.
- Enfin, en présence des efforts considérables qui avaient été faits pour fournir en très grand nombre des produits aussi remarquables que ceux qui figuraient dans la classe 39, en France comme à l’Etranger, tandis que tant de causes pouvaient faire craindre pour l’ouverture de l’Exposilion, il paraissait difficile de refuser des récompenses aux mérites reconnus.
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- Par suite de ces diverses considérations, le nombre des médailles d’or a élé élevé à 36. On peut regretter seulement que Tordre de classement raisonné fourni par le jury ait été remplacé au catalogue olïiciel par Tordre alphabétique; car, si tous ces lauréats pouvaient aspirer à une récompense de premier ordre, il n’y avait certainement pas une parité complète entre les mérites de chacun.
- Trois exposants, dont on pouvait apprécier l’influence sur le progrès général constaté dans nos industries, se distinguaient chacun par des qualités toutes particulières. Le jury a demandé pour eux trois grands prix.
- Le tableau suivant présente, pour les pays qui ont fourni le plus grand nombre d’exposants, les médailles obtenues dans chacun d’eux :
- PAYS pnomicTiïuns. EXPOSANTS. GRANDS PRIX. MÉDAILLES
- J)’OR. D’ARGENT. de BRONZE.
- Fiance a 9 5 3 27 53 75
- Italie /i3 // 2 8 18
- Autriche 3 a // <x 7 G
- Angleterre 3 7 // 1 5 G
- Suisse 16 // // 6 7
- Russie 3 // 1 .7 1
- Danemark 3 // 1 1 1
- Hollande 1 // 1 // //
- Etats-Unis i3 // 1 II 1
- Etals divers 5i II // 2 8
- Totaux Zi84 3 36 82 1 23
- Nous voudrions pouvoir citer ici les noms de tous ceux qui se sont distingués et tous leurs produits remarquables. Mais, outre que l’étendue de ce travail est limitée, les rapports partiels, destinés à former un travail d’ensemble sur l’Exposition universelle de 1878, doivent, visant l’intérêt général, mettre en lumière les efforts réalisés, les progrès constatés, les perfectionnements ap-
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- Gr. iv. portés dans le travail, le développement dans la production. Un rapport détaillé sur l'attribution des récompenses aujourd’hui publiées au catalogue officiel ne présenterait, au point de vue du public, aucune utilité réelle, et semblerait plutôt appelé à servir des intérêts particuliers. Aussi, suivant des instructions générales, les noms ne doivent intervenir que pour personnifier en quelque sorte les genres, les styles, en écartant avec soin toute apparence, toute possibilité de réclame.
- Nous userons le plus possible de la latitude qui nous est laissée à cet égard. Car, de même que la description la plus minutieuse d’un tableau ne saurait en donner une idée si par le nom du maître on n’en peut saisir la manière, de même, dans des œuvres semi-artistiques , le style c’est l’homme; et avec le nom, la pensée pourra mieux retrouver dans l’objet décrit la griffe du maître.
- PRODUITS REMARQUABLES.
- Faute de pouvoir décrire les mille et une productions charmantes qui ont valu des récompenses à leurs auteurs, nous examinerons tout d’abord les trois grands prix, en entrant dans quelques développements, parce que ces trois expositions, sous des aspects bien divers, peuvent nous servir à résumer les impulsions données au goût, à l’invention, à la perfection du travail, et à marquer enfin les progrès accomplis.
- L’une ne comprend absolument que de la joaillerie. Mais quelle variété dans l’idée et dans les moyens d’exécution! Sortis de la main d’un dessinateur émérite, travailleur passionné pour son art, les objets les plus divers ont leur charme propre : on retrouve la plus fine observation de la nature dans une branche d’azalée admirablement rendue, dans une superbe rose traitée en ronde-bosse, d’un travail fort remarquable. Dans d’autres fleurs, dont les nervures sont tracées en filigrane, l’artiste, en espaçant les diamants, arrive à créer des objets d’une grande légèreté, en réalisant une économie très appréciable. On sent la sérieuse étude de l’ornement dans un très beau diadème composé de grandes pendeloques; dans des colliers, dans des bracelets d’une souplesse admirable, dont on a grand’peine à découvrir remmaillcmcnt. Puis ce
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- sont dos éléments nouveaux de goût et de style, jusqu’alors Gtr. rv inconnus dans la fabrication de la joaillerie : des guipures, des ci 3g dentelles de diamants, tissées sur un fond de tulle d’or argenté d’une grande légèreté et d’une grande souplesse, destinées à l’ornementation du costume comme on le comprenait au xvU siècle.
- Dans une riche ceinture orientale, c’est l’application d’un filigrane d’or mat aux tons chauds, qui forme un heureux contraste avec le coupé vif du serti remarquablement net de gros brillants du Cap.
- Enfin, ce sont mille gracieuses fantaisies, comme un très beau nœud de dentelles; une pensée, avec d’heureuses dispositions d’améthystes; une tête de hibou, idée des plus originales et curieusement rendue, avec ses yeux en pierres de lune chatoyant au milieu de cercles concentriques en brillants.
- En un mot, l’exposition de M. Massin réunit tous les genres de joaillerie, et il ne paraît guère possible d’en pousser plus loin les procédés de fabrication.
- Dans une autre vitrine, la bijouterie nous apparaît sous les formes les plus diverses de style et de travail. On sent qu’ici l’artiste est doublé d’un savant dans l’étude des maîtres et des collections, dont il sait s’inspirer pour créer des œuvres d’une incontestable personnalité. Il cherche notamment à ramener le goût de l’émail, qu’il a employé dans ses divers procédés : émaux cloisonnés, émaux de Limoges, émaux peints. Par une inspiration nouvelle, il a utilisé les effets magiques des émaux translucides de la Renaissance et des paillons limousins, en y ajoutant un heureux contraste de creux et de reliefs par l’emploi d’émaux cloisonnés sur paillons à saillies cabochonnées, tandis que les fonds mats se renfoncent en parties concaves. C’est ainsi qu’il a dessiné dans ses bracelets des noms, des dates, des devises d’un aspect charmant, et exécuté une bonbonnière d’un travail merveilleux.
- La ciselure de ses bijoux ne procède pas au seul moyen des fri— soirs, des maloirs, des retouches à l’échoppe; mais, reprise au oiselet, elle a l’ampleur, la rondeur et l’éclat que savent obtenir les ciseleurs en bronze. Lebon effet de ce genre de travail est particulièrement appréciable dans son livre d’heures du xme siècle. On peut remarquer encore des bijoux aux ferronneries moyen âge, des
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- repercés très fins, de jolies fantaisies en sardoines orientales cabo-rhonnées.
- Un autre attrait de curiosité de cette exposition consiste en des objets d’art du plus grand mérite, dans lesquels l’artiste a associé à toutes les ressources de la bijouterie celles de l’orfèvrerie, en employant simultanément l’or, l’argent, le bronze, le fer, les pierres précieuses, l’ivoire sculpté.
- On le sent pénétré du souvenir historique, de l’idée héroïque dans ses quatre grands panneaux décoratifs, compositions originales d’une sérieuse recherche et d’un haut style, notamment dans celui de Gaston de Béarn, dans lequel l’ornement arabe se mêle au byzantin, et dont une statue équestre de Frémiet occupe le centre. Il faut citer encore une belle horloge, bien agencée dans le style du xvie siècle, formée du groupe d’Uranie et de ses enfants, sculpté en ivoire et argent, qui supporte un globe de cristal de roche.
- Dans tous ces travaux, M. Falize fait preuve d’une foi profonde dans son art, et présente avec une rare perfection de travail les types les plus variés de la bijouterie de goût et de style.
- L’autre exposition, de M. Boucheron, est un véritable éblouissement de diamants étincelants, de saphirs énormes, de perles et de pierres de couleur d’une beauté remarquable, enchâssées dans les montures les plus variées, qui toutes se distinguent par la grâce et l’élégance du dessin. On se trouve devant l’œuvre d’un homme de goût, habile à s’associer des collaborateurs de mérite, auxquels il communique ses idées; soigneux des détails, il arrive à produire des joyaux, des bijoux, des objets d’art, des pièces d’orfèvrerie même, qui, pleins de fantaisie et parfois de hardiesse, tendent à attirer au commerce français une nouvelle clientèle de riches acheteurs.
- Dans sa vitrine, on distingue tout d’abord une branche de chardon composée de deux feuilles et d’une fleur d’un modelé et d’un travail surprenants, comme imitation de la nature.
- A côté d’un collier de saphirs, remarquable par les dimensions et la couleur de sa pierre du milieu, on trouve un grand mérite d’exécution, une souplesse parfaite, dans un collier de brillants retombant en frange alternée de bandes droites et de légers feuiî-
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- lages. L’œil est séduit par la variété des couleurs des pierres précieuses d’un juste-au-cou en fleurs des champs, et par l’éclat des émaux translucides dans des bijoux d’une grande légèreté. L’amateur découvre un travail très fin dans une montre en acier damasquiné et ciselé, dans des flambeaux en argent avec ornements repercés et ciselés, et un grand effet dans un riche service à bière du genre persan, orné d’émaux translucides.
- Les trois expositions sur lesquelles nous venons de nous étendre nous ont fourni, par leurs types si variés, l’occasion de montrer le brillant parti, la variété considérable d’effets qu’on peut tirer, dans l’industrie des métaux précieux, de l’emploi de toutes les gemmes comme de tous les genres de travail; elles mettent en même temps en évidence la légèreté de main, l’habileté que possèdent au plus haut degré nos ouvriers français. Mais les qualités que nous avons signalées dans leurs produits si remarquables se retrouvent à des degrés divers, avec des mérites spéciaux, chez un grand nombre d’exposants qui ont obtenu des récompenses de premier ordre; et nous ne pouvons moins faire que d’en citer quelques exemples. En outre , on peut voir d’autres sujets d’étude dans les vitrines des membres du jury, qui, soumises comme les autres à l’examen du public, appartiennent à l’ensemble des productions de l’année 1878.
- Par suite, le rapport doit également conserver la trace des objets saillants, des types particuliers que ces vitrines renferment, en les rapprochant des produits similaires qu’il convient de citer.
- En joaillerie, la flore a inspiré à un grand nombre de fabricants français des œuvres d’une suprême élégance et rendues avec un succès merveilleux, autant par les difficultés vaincues que par l’expression vraie ressortant de l’exécution. Ce sont : une tige de noisetier d’une curieuse souplesse, dont les fruits, modelés en or diversement coloré, ressortent en bouquets sur les feuilles en diamants finement ajourées; un bandeau de fougère d’une légèreté et d’une grâce exquises; une branche de faux ébénier aussi flexible que si l’on venait de la cueillir, où le ton des fleurs, traitées en diamants jaunes sertis dans l’or, forme un heureux contraste avec le feuillage de brillants blancs; une branche de ronces gracieuse-
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- Gr. IV. ment, jetée, d’une fraîcheur virginale, avecses belles perles blanches-, une longue feuille de chardon, qui, sertie d’un seul morceau, présente une grande difficulté vaincue. Ces objets, d’un fini remarquable, sont des créations de MM. Soufïlot, Bourdier, Marret, Fontenay, Mellcrio.
- D’autres de nos fabricants ont puisé leurs motifs principaux dans l’ornement.
- Une de nos plus anciennes maisons, se maintenant dans le caractère de la joaillerie classique, recherche avant tout les lignes d’un effet simple; préoccupée de la forme extérieure et de l’effet, quelle doit rendre à distance, elle accuse un parti pris de traiter les montures en silhouette. Ce genre convient essentiellement à la grande parure, employant des pierres précieuses de large dimension.
- Dans un style bien différent, qui rappelle les bijoux hispano-italiens du temps de Henri II, une autre maison expose un très joli bracelet en diamants orné de nielles à jour; un collier de gros brillants bordé de guipure; un gracieux pendant de cou avec une briolette, dont les cuirs très légers s’enlacent avec beaucoup de délicatesse.
- Un artiste, abandonnant complètement le genre feuillage, s’inspirant du grec et de l’égyptien, a tenté de mêler dans la joaillerie la figure et les animaux à l’ornement. On trouve le charme du dessin, le sentiment du modelé, une grande finesse de détails dans un diadème à deux Chimères, surmonté d’un saphir, et une perfection achevée dans un pendant de cou, trophée formé d’une lyre et de légers feuillages.
- Un autre exposant présente, avec un grand bandeau dont toutes les pièces sont ajustées sans soudure, un type parfait de collier, du grec le plus pur, frangé de brillants et de perles, d’une souplesse parfaite.
- Ces types, d’ordres différents, appartiennent aux maisons Bapst, Rouvenat-Lourdel, Fouquet, Vever.
- Pour la bijouterie, tandis que nos artistes français, suivant leur imagination, leurs idées si diverses, empruntent leurs motifs aux meilleures époques de l’art moderne et du moyen âge, les
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- fabricants étrangers se sont presque exclusivement inspirés de l’art Gr. iv. ancien.
- Les Italiens nous montrent le bijou antique reconstitué avec toute sa grâce harmonieuse, ses justes proportions, son doux éclat, qualités qu’on retrouve entières dans une reproduction du collier de Milo, de M. Melillo. Aup rès des bijoux romains figurent des émaux byzantins très étudiés, puis un objet très remarquable: un casque en aluminium, surmonté d’un aigle en or fin repoussé et travaillé à la manière des Etrusques, d’un puissant effet, de M. Augusto Castellani.
- C’est encore de l’art grec, toscan ou romain que se sont inspirés MM. Brogden (deLondres) et Bâcher (de Vienne), dont les bijoux sont d’un style correct et d’un excellent travail. M. Christesen se rattache au runique dans ses consciencieuses reproductions des antiquités Scandinaves, et M. Tcbitchéleff au byzantin dans ses bijoux moscovites, dont les émaux multicolores sont disposés de la façon la plus harmonieuse.
- M. Tiffany(de New-York) expose une très fidèle reproduction du trésor de Crurium , à côté de bijoux très élégants, pour lesquels il emprunte le style de décoration des Chinois et des Japonais.
- 11 serait difficile de fermer cette étude, presque entièrement consacrée à des reproductions de l’art ancien, sans parler d’une parure de style romain que nous trouvons, avec d’autres bijoux et objets d’art très remarquables, dans la vitrine d’un exposant français retenu comme orfèvre dans la classe 2/1. Dans cette parure, d’un grand caractère, les feuilles de vigne, de laurier et de lierre dont elle est formée sont embouties sur des plaques d’or minces et ciselées à la manière antique; les grains d’or, les rinceaux d’ornementation, sont faits à la main; et l’enroulement tout entier est indépendant du réseau de filigrane sur lequel il est posé.
- Il convient enfin de rappeler que, dès 1867, un de nos fabricants français s’était complètement assimilé le goût et le style du bijou antique, de l’art grec et romain, pour créer un genre de bijou filigrané bien à lui, d’un caractère tout spécial, qui a depuis figuré avec honneur à l’Exposition de Vienne, et dont il nous présente aujourd’hui encore dans ses colliers de si délicieux échantillons.
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- Gr. IV. Cet artiste est M. Fontenay, qui expose en meme temps une ci_application nouvelle du filigrane dans un charmant objet d’art, qui joint à une certaine singularité son caractère propre: c’est un brûle-parfums, du style Renaissance le plus pur, quoique composé à l’aide d’éléments que n’employaient certainement pas les ouvriers de cette époque. Le petit vase, de forme ovoïde, est décoré de quatre médaillons, peintures allégoriques en émail au fond empourpré, d’une rare perfection, qui s’enlèvent sur une ornementation de teinte très harmonieuse obtenue par un filigrane d’or à ton froid posé sur un fond d’émail gris. La partie principale repose sur quatre sirènes d’or mat finement ciselées, dont les queues, dans un enlacement trouvé, s’assemblent sur un socle de lapis. Cet objet est très séduisant par sa silhouette élégante et par un heureux contraste des couleurs.
- Puisque nous venons de toucher aux objets d’art, avant de rentrer dans le domaine de la bijouterie pure, arrêtons-nous pour signaler quelques pièces remarquables: d’abord un très beau vase de la renaissance italienne, aux anses vigoureusement attachées, dont la panse et le pied en cristal de roche sont décorés de légers ornements d’émail peint et transparent, composition originale et très réussie deM. Hubert, qui, comme les artistes du moyen âge, a su faire de sa main l’œuvre entière ; puis les superbes reproductions de beaux ouvrages du xvf siècle, inspirés par les trésors de la galerie d’Apollon; et une jolie coquille d’agate supportée par deux sirènes d’or ciselé et émaillé, par M. Duron; un coffret Renaissance de M. Rossel, de Genève; enfin des coffrets de M. Mollard, l’un orné de belles plaques d’émail à la façon limousine, l’autre supporté aux quatre coins par de nerveuses panthères en argent, ciselées de main de maître par Honoré, le doyen de nos artistes ciseleurs, qui a fourni de si remarquables travaux dans toutes les expositions et auquel le jury a décerné l’unique médaille d’or des collaborateurs.
- Revenons maintenant à la bijouterie. Parmi les créations les plus diverses, dans lesquelles la grâce du dessin s’allie à la perfection de la forme et au fini de l’exécution, plusieurs de nos fabricants français, MM. Vaubourzeix, Caillot, Fouquet, Telerger,
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- ont marqué leurs préférences pour le genre Renaissance. Je Gr. IV. cilerai: un grand pendant de cou en émail peint, heureuse imi- 3g talion de Stephanus, à laquelle il ne manque que la patine du temps; un collier repercé et émaillé, avec un pendant formé d’une perle qui s’encadre gracieusement entre des figurines d’or ciselé; une très belle châtelaine en or, dont le motif principal est un portrait en émail de Bianco Capello, composition qui comprend de l’architecture, de la figure humaine, des animaux et des ornements d’une ciselure irréprochable; une autre châtelaine d’un décor précieux, où de délicats ornements traités en diamants se marient d’une façon des plus harmonieuses avec les tons d’un fond très sobre d’émail violacé et de l’or mat des ciselures.
- Bien des échantillons remarquables de la joaillerie et de la bijouterie parisiennes garnissent encore les vitrines de nos joailliers marchands. MM. Dumoret, Hamelin, parmi nombre de produits d’un goût et d’une exécution remarquables, présentent, l’un un très beau camélia modelé en brillants, l’autre une charmante garniture d’ombrelle en émaux cloisonnés. Mais il nous faut passer à l’examen de bijoux d’un autre ordre.
- Dans la chaîne, travail bien différent, on trouve une exécution généralement bonne, une grande variété de modèles, d’ingénieuses combinaisons. Le genre dominant est la maille longue encadrant une disposition à jour .formée de fds-couteaux, diversement assemblés, dressés et polis à plat. En France on obtient déjà du travail manuel des résultats d’un bon marché surprenant; mais plusieurs chaînâtes, pour donner plus d’extension à leur fabrication, ont recours à l’emploi de la force motrice et d’un outillage mécanique qui leur permettent de diminuer encore le prix de cet article. Un de nos fabricants, M. Lion, qui depuis bien des années déjà s’est fait remarquer par les inventions qu’il apporte dans la fabrication de la chaîne, présente un bracelet à plusieurs tours qui ne nécessite aucune fermeture, et qu’on peut enrouler au bras et dérouler sans craindre de le déformer.
- La bijouterie d’imitation comprend des industries dans lesquelles la production doit se faire par grandes quantités, au lieu de fournir, comme dans la bijouterie fine, par un travail essen-
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- liellement manuel, des modèles sans cesse renouvelés. Ne pouvant nous attacher ici qu’aux meilleurs procédés de fabrication, nous citerons: la maison Savard, pour la puissance de son outillage perfectionné, dont elle tire deux fabrications également importantes: le doublé d’or et le bijou d’or; et M. Murat, pour le fini du travail, qui résulte du degré de finesse auquel il pousse ses matrices et du goût qu’il apporte dans la création de ses modèles très variés. Dans un coffret Louis XVI, il démontre qu’on peut, sans sortir des ressources ordinaires du doublé , atteindre l’effet d’un travail artistique en or.
- Le doublé d’or sur argent n’est certainement point une invention nouvelle; mais M. Héricé en a fait une heureuse application par la création d’articles charmants, qui, offrant cette particularité de n’employer que des métaux précieux,peuvent devenir un nouvel élément de richesse pour cette industrie.
- Dans le bijou doré, M. Piel, la maison Michelot et de Thierry ont exposé des objets qui, pour le dessin et l’exécution, ne le cèdent en rien aux meilleurs bijoux en or, dont ils sont l’imitation parfaite. Et, dans un genre à part, il convient de citer les émaux bressans, remarquables par la marqueterie des couleurs et la modicité des prix.
- Dans la joaillerie d’imitation, dont les montures ne manquent ni cl’élégance ni de goût, M. Savary présente des pierres précieuses et surtout des émeraudes d’une imitation presque dangereuse. Les bijoux de théâtre, pour lesquels la France n’a pas de rivaux, sont traités par la maison Leblanc-Granger avec une grande vérité historique, en tirant le plus brillant parti du jeu des pierres de couleur. Les perles fausses, d’un si grand secours pour ces dernières industries, ne se font nulle part mieux qu’à Paris.
- Dans les bijoux d’acier, M. Huet se fait remarquer par l’importance et la variété de sa fabrication; et M. Sordoillet, par l’élégance de ses modèles.
- Nous avons parlé de l’outillage mû par la vapeur pour la bijouterie fine et le doublé d’or. Dans une de ses visites en fabrique, le jury a examiné l’outillage employé par M. Ferré pour faire ses apprêts, et, entre autres travaux, il a pu voir, avec un certain attrait de curiosité, transformer en un instant une feuille
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- d’or en des boulons-boules montés sur leur pied, absolument Gr. rv. Unis, sans soudures, et auxquels il ne manquait plus qu’un coup de poli pour les attacher à la chemise.
- Nous ne saurions terminer cet examen sans mentionner l’intéressante exposition d’échantillons de brillants, perles et pierres précieuses, de là chambre des négociants en diamants. Nous citerons encore les remarquables travaux de M. Garreaud : ses petits vases en aventurine verte orientale, sa coupe en jade des Indes, sa tulipe en grenat, dans laquelle la matière a dû céder aux caprices de l’artiste.
- Enfin, disons que, tandis que M. Daniels (d’Amsterdam) présente une curieuse collection des différentes natures de diamants et des transformations successives dans la taille, M. Roulina fait fonctionner sous les yeux du public un atelier spécimen de la taillerie qu’il a créée à Paris, en 18 y 2 , avec un outillage nouveau, et dans laquelle il n’emploie que des ouvriers français (hommes et femmes).
- En nous arrêtant ici, nous regrettons de laisser de côté bien des produits intéressants, sans doute. Mais, le cadre l’eût—il permis, tout ne pouvait être décrit d’une façon saisissable. Notre ambition serait satisfaite si notre travail, si imparfait qu’il soit, pouvait suffire à établir d’une façon appréciable des éléments de comparaison pour les expositions futures.
- VOEUX. — CLASSEMENT DES PRODUITS.-----ESPACE RESERVE À LA CLASSE 3q.
- RÉCOMPENSES AUX COLLABORATEURS.
- 11 nous [tarait utile de consigner ici quelques observations et de formuler plusieurs vœux pour l’avenir, au sujet du classement de la bijouterie, de l’espace qui lui a été concédé, de la restriction apporléc dans certaines récompenses.
- On comprend combien il est difficile de trouver une classification parfaite. Bien des produits ont par leur nature des relations, des r '5 directs avec des produits de groupes différents. 11 faut pourtant prendre un parti; dans l’espèce, celui qu’on a adopté pour la bijouterie est-il bien le meilleur?
- Le classement général a séparé l’orfèvrerie de la bijouterie, deux industries jumelles cependant, tellement unies entre elles quelles Classe 3g.
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- Gr. IV. sont soumises à la même loi de contrôle, que nous les trouvons
- Cl 39 ^eS ^anS ^GS c^verses insUtuUons de la corporation; que nous voyons beaucoup d’exposants de la classe a k présentant dans leurs vitrines des bijoux d’une exécution remarquable, tandis que, dans les vitrines de la classe 3q, on rencontre des pièces d’orfèvrerie artistique. Les mêmes métaux sont mis en œuvre, de part et d’autre, par les mêmes ouvriers ciseleurs. Une barrière pourtant les sépare, et ce n’est pas seulement une division de classe : les deux industries sont rattachées à des groupes différents. L’orfèvrerie, se posant sur les meubles entre dans le mobilier, tandis que le bijou se portant sur la personne devient partie intégrante du vêtement.
- N’est-il pas bizarre que, tandis que le groupe III contient toutes les industries essentiellement artistiques et parisiennes, telles que la céramique, les bronzes, l’horlogerie, l’orfèvrerie enfin, la bijouterie se trouve rattachée au groupe IV, qui ne comprend que des industries manufacturières : des filés et tissus de lin, de coton, de laine et de soie, avec l’habillement et la bonneterie? Dans cette situation, s’il s’élève une question intéressant plus particulièrement un groupe, de quel poids peut peser la bijouterie? Sa place naturelle n’est-elle pas au milieu de toutes les industries d’art? La bijouterie, l’orfèvrerie, l’horlogerie, se tiennent indissolublement. Dans tel objet d’art, œuvre du bijoutier, c’est un orfèvre qui a été appelé à faire la maquette; sur un autre point, comment séparer la montre et la châtelaine, qui se portent ensemble? Pourtant le classement le veut ainsi.
- 11 conviendrait tout au moins, si la réunion de la bijouterie avec l’orfèvrerie ne devait pas s’opérer, quelles appartinssent toutes deux au même groupe.
- Quelle que soit la solution à intervenir sur le classement de la bijouterie, il importe en tous cas d’accorder à l’avenir à la section française une surface d’un plus grand développement. Il semble que jusqu’ici on n’ait songé à mesurer l’espace que par rapport à la dimension des produits exposés, tandis qu’il faut prendre en considération l’affluence constante des visiteurs, l’attraction qu’exerce sur le public une énorme accumulation de richesses.
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- Il s’ensuit un encombrement fâcheux, dangereux même. En Gr. rv même temps le défaut d’espace nuit à l’effet général : c’est une gravure sans marges; les vitrines se soudent les unes aux autres, sans aucun repos pour l’œil; cela manque d’air de toutes les manières, et les visiteurs d’une vitrine courue masquent la vitrine voisine. On est plus sensiblement frappé de ce défaut quand on vient de parcourir les sections étrangères, où les exposants jouissent de véritables comptoirs. Enfin, comme en 1867, la moitié des vitrines se trouve noyée dans l’ombre, par suite du cloisonnement des salles à toute hauteur. La justice commanderait que, par les dispositions à prendre, la lumière pût être également distribuée à tous les exposants.
- Au sujet des récompenses aux coopérateurs, le jury de la classe 3 9 a eu le regret de comhattre sans succès la mesure qui excluait les collaborateurs des membres du jury. On comprend parfaitement la mise hors concours des jurés; ils savent, en acceptant la mission qui leur est confiée, ce à quoi ils s’engagent.
- Mais les collaborateurs de leurs ateliers, que le bon sens indique devoir être des meilleurs, pouvaient-ils prévoir que, par le fait d’avoir travaillé pour des membres du jury (et ceux-ci ne sont désignés qu’à la dernière heure), ils seraient fatalement écartés?
- Eh quoi! en voilà parmi les plus habiles, qui, avec un dévouement absolu, ont travaillé au triomphe commun, et, en faisant le silence autour de leurs noms, on les met au-dessous de leurs émules des autres ateliers! Est-ce équitable? Et cela est-il fait pour les encourager à risquer, aux luttes futures, de travailler dans l’atelier d’un fabricant susceptible d’être choisi pour juré?
- Loin de nous la pensée de méconnaître tous les efforts des organisateurs de la grande œuvre de 1878, qu’ils ont conduite avec tant de patriotisme et de succès. Si nous formulons quelques critiques sur ces points de détail, c’est avec la pensée qu’elles ne seront point stériles, qu’elles donneront lieu à un nouvel, examen de ces questions, et quelles pourront amener d’utiles réformes dans les expositions à venir.
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- Gr. IV.
- Cl-39. CHAPITRE III.
- CONSIDERATIONS GENERALES.
- ÉTAT DE L’INDUSTRIE.
- Nous allons maintenant tirer les conclusions des rapprochements et des comparaisons que nous avons établis entre les exposants ainsi qu’entre les différents pays producteurs de la classe 3(j, et déterminer l’état, le mouvement général de l’industrie de la bijouterie, ses progrès, son développement, les perfectionnements introduits, le bon marché obtenu.
- Depuis longtemps déjà la France tenait la tête : à l'Exposition de 1878, elle affirme sa supériorité d’une façon absolue, incontestable. Elle y remporte les trois grands prix et plus des deux tiers des médailles d’or.
- Parmi les fabricants étrangers, il faut le dire, beaucoup trop manquent à l’appel, et les perfectionnements qu’ils ont pu réaliser échappent par suite à notre appréciation. Mais les progrès faits en France depuis dix ans sont manifestes; jamais nos fabricants n’avaient tenté de plus grands efforts pour entrer en lutte. Il n’est pas une section dans toute l’Exposition qui reçoive une plus grande affluence de visiteurs que la salle où se trouvent exposées les parures des joailliers français. Et ce n’est pas seulement la quantité des richesses accumulées, qui représentent une valeur de /17 millions de francs, c’est le goût, l’invention, la grâce du dessin, le fini de l’exécution, qui captivent tous les regards dans ces produits, qui, à part quelques spécialités, ne relèvent que du travail manuel. Là point de perfectionnement à rechercher dans l’outillage : tout dépend de l’habileté de l’ouvrier, et chaque fabricant vise à imprimer à ses produits sa personnalité et la griffe du maître.
- Le commerce de la bijouterie tend à un développement considérable. Si autrefois l’usage des bijoux était restreint aux familles riches, aux privilégiés de la fortune, aujourd’hui, par
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- suite d’an grand mouvement commercial et industriel, (Téton- Gr. rv. liantes facilités de transmission, les conditions économiques sont changées; et, le goût des jouissances élevées se propageant, la C1, 39' production doit s’adresser à la masse du public dans le monde entier. Comme la bijouterie en doublé, la bijouterie d’or a mis en œuvre l’outillage mécanique pour se créer de puissants moyens de production à bon marché et arriver ainsi au développement de l’industrie. Si ces perfectionnements peuvent, par leur nature, causer à l’homme délicat quelques regrets de ne plus retrouver dans tous les produits de la bijouterie la meme finesse, la meme recherche artistique, il faut reconnaître que cela est largement compensé quand on voit les produits de la bijouterie pénétrer de plus en plus dans les masses, faire l’objet d’un commerce plus étendu et aider puissamment à l’accroissement de la fortune publique. Mais, pour conserver la suprématie du bijou français, il ne suffit pas que l’homme dirigeant, le dessinateur, avec quelques instincts de goût, une certaine habileté de main, aille, dès que la mode s’accuse dans un sens, puiser dans les anciennes publications ce qui peut s’y adapter : il ne fournira ainsi que des créations banales. Non, il doit être nourri des principes sérieux de l’art, en état de puiser dans son propre fonds. Nos fabricants ne sauraient oublier qu’il faut toujours tendre à se rapprocher de l’art, dont les bijoux de toute valeur doivent conserver la trace;
- ([ue, dans le bijou meme le plus courant, il faut développer le goût chez l’acheteur par des créations correctes; que, dans une fabrication plus soignée, il faut faire son éducation par la présentation d’idées multiples, originales, toujours en le poussant au beau. Le goût public grandissant en meme temps que la richesse, des amateurs se formeront alors, qui rechercheront les belles choses et permettront par la suite aux fabricants défaire les sacrifices nécessaires pour produire des bijoux de style et des objets d’art.
- Parmi les collaborateurs, artistes ou praticiens, nous avons trouvé des hommes du plus grand mérite. Nous ne manquons pas d’ouvriers intelligents, capables de produire, si Ton y met le prix, aussi bien et mieux que les anciens, mieux que les bijoux
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- Gr. IV. que l’on recherche dans Jes collections : et on ne laissera plus des
- artistes de valeur porter leur talent à l’étranger.
- Cl 39 J o
- Les nations étrangères travaillent avec persévérance à relever le
- niveau de l’instruction chez leurs ouvriers et chez leurs artistes. Des progrès sérieux se manifestent chez eux par suite de la création d’écoles et de musées industriels. D’autre part, les expositions internationales obligent la France à lutter constamment pour ne pas se laisser atteindre, sinon dépasser. Elle aurait certainement pu maintenir pendant longtemps encore sa suprématie dans le monde industriel, simplement par son amour du travail, son goût naturel, son esprit inventif; mais, à chaque exposition, les pays étrangers ne manquent pas de s’emparer de ses modèles, de ses procédés; et elle doit alors travailler sans relâche à des créations nouvelles.
- Les grands concours internationaux, outre qu’ils fournissent un précieux moyen d’émulation, donnent aux différents pays les moyens d’étudier les perfectionnements, les facilités nouvelles apportées dans la fabrication; et l’étude des musées, des collections, offre de précieuses ressources au fabricant, à l’artiste. Mais, de meme que ceux-ci doivent viser à s’inspirer des modèles des temps passés, sans en faire des copies serviles, de même il importe que chaque peuple, tout en s’assimilant, suivant son tempérament, les mérites de ses rivaux, s’évertue à conserver son originalité propre; car, si le caractère national venait à disparaître, les produits atteindraient une monotonie désespérante. On peut faire cette remarque que, dans les bijoux des pays étrangers qui ont pris part à l’Exposition de 1878, on retrouve la reproduction des mêmes types de leurs musées, dérivés du South Kensington Muséum; et l’on peut voir dans différentes sections le même collier de Milo exécuté avec plus ou moins de soin, mais sans aucune modification, tandis qu’une grande fécondité de production reste le caractère propre du génie français.
- LA PRODUCTION EN FRANCE.
- Il eût été fort intéressant de pouvoir apprécier la puissance de
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- production des différents pays. Malheureusement, pour les nations Gr. IV. étrangères les éléments de statistique nous font absolument dé-faut, ou bien ils confondent des industries diverses. Ainsi Vienne, en Autriche, présentait, en 1877, au contrôle de la monarchie 1,2 55 kilogrammes d’or et 17,350 kilogrammes d’argent. Un recensement fait en 1870 donnait, pour le nombre des industriels,
- 56A établissements plus ou moins importants, occupant plus de 2,000 ouvriers et produisant annuellement pour une valeur de 10,600,000 florins. Mais tous ces chiffres comprennent de la bijouterie et de l’orfèvrerie, c’est-à-dire confusément des produits qui se rattachent à la classe 2 A comme à la classe 3 g, et en même temps il n’est tenu aucun compte de certaines industries appartenant à cette dernière.
- Pour la France elle-même, nous n’avons pas de base certaine; divers centres industriels se sont formés ou agrandis, tels que Lyon, qui compte 35 fabricants bijoutiers en or, Marseille, Bordeaux, Tours. Mais Paris est bien certainement le centre où il se fabrique la plus grande quantité de bijouterie. Nous allons essayer de fournir des indications précises sur l’importance de sa production, et par le personnel de ses ateliers et par les métaux mis en œuvre.
- Les fabriques dont le personnel est le plus considérable sont les principales maisons de doublé et quelques fabriques de chaînes en or. Autrement, pour la bijouterie et pour la joaillerie, dont le travail est généralement manuel, les facilités d’établissement étant assez grandes, les ateliers sont généralement peu nombreux. Quelques ouvriers d’ailleurs, comme les sertisseurs par exemple, travaillent chez eux; les femmes sont principalement occupées au polissage.
- Pour apprécier le personnel employé dans les divers ateliers, nous puiserons aux renseignements statistiques que fournit la chambre de commerce de Paris dans son enquête sur les conditions du "travail en France pendant l’année 1872.
- Dans les chiffres qu’elle relève pour le département de la Seine, qui, pour la bijouterie du moins, ne forme avec la capitale qu’un même centre industriel, relevant en trois groupes les chif-
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- Gr. IV. fres qui s’appliquent à la bijouterie fine, à la bijouterie d’imita-don et aux industries, qui se rattachent à la classe 3 9, telles que graveurs, ciseleurs, sertisseurs, émaillcurs, apprôteurs, estampeurs, lapidaires, pierres et perles fausses, polisseuses et reperceuses, puis détachant d’autre part tout ce qui tient h l’orfèvrerie, nous trouvons :
- EABB1- OUVRIERS.
- SALAIRES.
- CANTS.
- ITommes. Femmes. Ensemble.
- francs.
- Riionlprie i fmC 9°° O O 00 LT2 1,5 5 0 7,35o LO Ol O O
- ( (limitation. . 434 2,196 670 p.,865 4,948,000
- Industries diverses 1,348 1,^91 2,1 1 6 3,607 4,873,700
- Ensemble 2,68 a 9/186 4,336 1 3,822 23,764,2.00
- Le chiffre des salaires, de près de 2h millions, qui représenterait une journée moyenne de 6 fr. 70 cent, pour les hommes avec les apprentis et de 3 fr. 20 cent, pour les femmes et les fdles par dix heures de travail, ne saurait être pris pour l’expression vraie de toute la main-d’œuvre payée; car, en dehors des journées d’atelier, il faut compter le prix des ouvriers et artistes des industries auxiliaires. D’autre part, si l’on réfléchit que, par suite de la guerre de 1870-1871, un grand nombre d’ouvriers avaient du quitter l’atelier pour se rendre sous les drapeaux; que nombre d’entre eux, qui, faute d’ouvrage, avaient momentanément abandonné le métier, devaient le reprendre à mesure que les affaires se relevaient, on peut bien admettre pour 1878 un accroissement sur tous les chiffres inscrits pour l’année 1872.
- Pour établir sur d’autres bases les progrès de la production entre les années 1867 et 1878 par les quantités de matières employées, pour une partie au moins des industries de la classe 3q, pour la bijouterie d’or, il serait bien difficile d’obtenir par une enquête des renseignements certains, avec la liberté du commerce, sa division, la facilité de transmission de produits de petites di-
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- mcnsions. Mais voici des renseignements puisés à des sources offi- Gr. iv. cielles :
- Cl. 39.
- TABLEAU STATISTIQUE DES QUANTITES D’OR PRESENTEES À LA GARANTIE (BUREAU DE PARIS) PENDANT LES DOUZE DERNIERES ANNEES.
- Eu 1867.................................. 8,181,578 grammes.
- 1868 ............................. 7,8 9 8,0 5 3
- 1869 .............................. 9,21/1,199
- 1870 ............................... 5,039,479
- 1871 ............................... 5,977,936
- 1872 .............................. 10,128,268
- 1873 ............................. 9,3 6 3,615
- 1874 ............................... 8,905,666
- 1875 ............................... 9,626,325
- 1876 ............................... 9,637,706
- 1877 ............................... 9,i36,84o
- 1878 ............................ 10,262,175
- En 1878, la garantie relève un nombre de 1,31 8 fabricants, 2,g5o marchands et 10,971 ouvriers pour la bijouterie d’or seulement.
- Il ressort du tableau qui précède que, de 1867 à 1878, les objets présentés à la garantie ont augmenté d’un quart.
- Pour l’exportation, les bijoux portés à la garantie de Paris fournissaient comme poids d’or :
- En 1867.................................. 1,409,182 grammes.
- 1871 ............................... 1,360,598
- 1872 ............................... 2,598,811
- 1878.................................. 2,758,701
- Ici l’augmentation serait du double. Mais les tableaux des douanes peuvent nous fournir sur les exportations des renseignements plus étendus. Nous en extrayons les chiffres suivants pour la France entière :
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- a
- EXPORTATION.
- ANNEES.
- BIJOUTERIE
- D’OR OU DE PLATINE
- ORNÉE DE PIERRE- Quantité. OU PERLES FINES. Valeur. AUTRE QUE LA Quantité. PRECEDENTE. Yaleur. Quantité. Valeur.
- grammes. francs. gra mines. francs. grammes. fiancs.
- 1867 i g,5o8 234,096 2,5 4 3,4 0 4 18,988,722 2,219,068 843,246
- 1868 6,ooo 72,000 2,607,671 1 4,342,1 go 2,944,622 1,11 8,966
- 1869 14 5,778 1,749,336 2,736,417 1 5,060,994 2,969,646 1,1 28,465
- 1870 7,628 90,336 2,15 5,247 11,853,869 3,296,112 1,262,623
- 1871 4/172 54,664 3,927,634 2 1 ,602,097 9,641,662 1,008,828
- 1872 3,909 54,726 4,962,344 27,237,892 5,067,093 2,026,837
- 1873 09,837 557,718 6,587,060 36,228,830 6,349,991 2,539,996
- 1874 26.220 367,080 6,434,365 35,889,008 5,586,697 2,2.34,63.1
- 1875 1,3o5 18,270 6,362,280 34,9.37,266 6,073,240 2/199,296
- 1876 3,7 7 7 318,878 5,261,825 28,94o,o38 5,583,231 2,283,800
- 1877 60,713 849,982 6,376,020 35,062,610 7,026,84 2 2,81 0,787
- 1878 20,300 284,200 5,o54,5oo 27’799’7^° 6,447,700 3»979'74a
- Totaux .... 358,347 4,651,286 54,987,737 302,432,555 56,2o5,844 22,601,677
- EN METAUX
- AUTRES QUE L’OR, LE PLATINE OU L*A1!EENT.
- Quantilé.
- kilogrammes.
- Valeur.
- francs.
- Antérieurement à 1872 , la ' " ie fausse était confondue avec les ouvrages en cuivre doré ou argenté.
- 16,1127 4o,265 - * ,719
- 1 o t ,077
- 9*i7°9
- 109,292
- 1 20,g45
- 520,634
- 3,220,489 8,o53,o34 8,943,854 20,3 1 5,4 00 18,541,800 2 i,858,4oo 94,189,010
- 1 o5,i 26,987
- Nota. — Les dii lires pour l’année 1S7S sont des chilïres provisoires relevés sur la publication mensuelle.
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- JOAILLERIE ET BIJOUTERIE.
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- S’il résulte de l’ensemble de ces documents authentiques la Gr. rv. preuve certaine d’une marche progressive très accusée entre les
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- années 18G7 et 1878, il n’est pas douteux qu’ils ne sauraient donner d’une façon complète la production totale de la bijouterie line: que, pour l’exportation, il sort de France, sans passer par la garantie et même par la douane, des quantités considérables de bijoux livrés directement, et principalement des objets de grande valeur; que, d’autre part, laissant toujours de côté l’orfèvrerie, l’or employé par toute la bijouterie d’imitation n’entre pas dans les comptes du bureau de la garantie. Aussi, puisant à une autre source encore, nous voyons, par des renseignements recueillis auprès des marchands d’or, la quantité de ce précieux métal livrée au commerce de la bijouterie, en 1878, s’élever à 17 ou 18,000 kilogrammes, ce qui représenterait une valeur de A 6 millions de francs environ, dont il conviendrait de déduire près d’un quart pour déchet et refonte.
- Nous ne tenterons pas de pousser plus loin nos évaluations. L’impossibilité absolue où nous sommes d’apprécier la valeur considérable des diamants, des pierres précieuses, des perles fines employées dans la bijouterie ne nous permet pas de chercher à établir le chiffre total des affaires de ce brillant commerce, qui occupe plus de 5,000 patentés : fabricants, marchands, commissionnaires, négociants en pierres et industries auxiliaires. Mais, d’après tous les documents que nous avons analysés, son développement paraît indiscutable.
- Nous avons montré quelle est l’importance du personnel de la bijouterie parisienne. C’est là une nombreuse et vaillante armée. Pour assurer sa puissance, pour la préparer aux combats seuls dignes aujourd’hui de notre état de civilisation et des idées modernes, aux luttes internationales de l’industrie, également profitables aux vainqueurs et aux vaincus, et l’armer contre la concurrence étrangère, pour maintenir enfin la suprématie du goût français, la corporation de la bijouterie de Paris a successivement fondé de nombreuses institutions. Ce sont, avec l’époque de leur fondation :
- i85g. — Société des joailliers, bijoutiers, orfèvres, dite Société des cendres; société industrielle pour la réalisation des déchets d’or et d’argent.
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- Gr. IV. 1861. — Chambre syndicale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie el des — industries qui s’v rattachent; chambre autonome ayant tous ses services Cl. 39. propres.
- 1866.— Ecole professionnelle de dessin de la chambre syndicale pour les apprentis de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie.
- 1869. — Socie'té de l’orphelinat général de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie et de l’horlogerie.
- 1873. — Chambre syndicale de la bijouterie d’imitation.
- 1875. — Société d’encouragement aux apprentis, ouvriers et employés de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie, reconnue d’utilité publique.
- 1875. — La Fraternelle, caisse de retraite approuvée.
- 1876. — Ecole professionnelle de dessin de la bijouterie d’imitation.
- 1877. —Chambre syndicale des négociants en diamants et pierres précieuses, lapidaires.
- Les chambres syndicales s’emploient à veiller aux intérêts industriels, à étudier les questions commerciales, à protéger et éclairer dans les questions litigieuses les membres de la corporation; de plus, par la création et l’entretien d’écoles de dessin professionnelles, elles préparent de bons ouvriers en formant l’œil et le goût des apprentis. L’école de dessin de la chambre syndicale de la joaillerie et de la bijouterie fine mérite une mention toute particulière : fréquentée par deux cents élèves, cette école spéciale a puissamment contribué à développer chez les apprentis les premières notions de l’art, à en faire des ouvriers intelligents et habiles, capables de donner à leur travail ce caractère artistique que chacun remarque dans le bijou français. Mais cela ne suffisait pas : pour stimuler encore le zèle de nos futurs ouvriers dans l’étude pratique de leur industrie, la chambre syndicale, sur l’initiative de la Société d’encouragement, a fondé des concours professionnels d’apprentis. Ces concours fonctionnent depuis deux ans pour les diverses spécialités de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie, et les objets exécutés pour les concours de 1878 , très bien traités pour la plupart, sont exposés au Champ de Mars (classe 7), dans la vitrine de la chambre syndicale de la bijouterie fine, avec les dessins et modelages de l’école professionnelle de la chambre, qui a reçu une médaille pour les bons résultats obtenus.
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- La Société d’encouragement, reconnue d’utilité publique, con- Gr. rv. jointeinent avec la chambre syndicale, décerne chaque année des C1~g prix de mérite aux apprentis, ouvriers, ouvrières et employés de la joaillerie, de la bijouterie et de l’orfèvrerie qui se sont distingués par leur conduite, leur assiduité au travail, par le dévouement à leur famille, à leurs patrons.
- Tels sont les moyens d’enseignement, d’émulation, d’encouragement mis en œuvre par la corporation pour diriger et moraliser le personnel de ses ateliers. D’autres institutions visent les questions si intéressantes de retraite et d’assistance.
- L’Orphelinat général de la bijouterie (société autorisée) vient actuellement en aide à quatorze enfants des deux sexes, orphelins de père et de mère, ou de l’un d’eux seulement.
- La Fraternelle, caisse de retraite pour la vieillesse (approuvée), compte à ce jour qao membres participants et 70 membres honoraires; son capital s’élève à 8a,ooo francs.
- Outre les sociétés dont il a été fait mention et dont la fondation appartient à la corporation, l’industrie de la bijouterie compte, avec une chambre syndicale ouvrière, ayant aussi son école de dessin, un grand nombre de sociétés de secours mutuels, en tète desquelles figure la société, si heureusement nommée, de Benvenuto-Cellini.
- Avec ce remarquable ensemble d’institutions, qui toutes ont déjà fait leurs preuves, peut-on souhaiter de faire autrement et mieux que d’en attendre l’heureux développement? Dans le mouvement qui s’opère pour répandre l’instruction à tous les degrés, on a beaucoup parlé des écoles d’apprentissage. Sans doute, pour l’industrie en général, quand la mécanique s’est, dans bien des cas, substituée aux premiers travaux qu’accomplissaient les apprentis, il peut être nécessaire de leur donner, dans une école, la connaissance technique des matières premières et des divers engins employés dans leur industrie. Mais (c’est là du moins l’opinion pérsonnelle du rapporteur) quand il s’agit d’un état essentielle-mentmanuel, si minutieux, d’une application si variée que la bijouterie, c’est à l’atelier seulement que l’apprenti peut se former à la technique, en connaître les éléments; c’est par le contact perpétuel
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- avec le patron qu’il peut s’initier à la pratique (le son art, s’assimiler les qualités du maître.
- Il apprend, presque sans y penser, rien qu’à voir comment s’y prennent les ouvriers au milieu desquels il se trouve. Ce qu’on pourrait tenter ce serait d’adjoindre à l’école de dessin quelques cours ou conférences sur les métaux, les pierres précieuses, l’outillage; sur les procédés employés pour l’émail, la gravure sur métaux et sur pierres. Dans la pratique, une école professionnelle de la bijouterie serait une lourde charge, à cause des métaux précieux à mettre en œuvre. La chambre syndicale s’astreint à de grands sacrifices lorsque, pour les concours, avec deux jours cl’épreuves seulement, elle fournit de l’or à une soixantaine de concurrents; sans pouvoir reprocher aucun gaspillage', on trouve toujours un fort déchet à la refonte.
- Il est donc à désirer que l’apprentissage continue à se faire à l’atelier. Pour cela, il importe de tenir la main au respect des contrats, afin que le patron puisse être couvert du temps et de la matière dépensés pour l’instruction de l’apprenti; de son côté, le patron évitera de maintenir celui-ci dans une même spécialité, et nos ouvriers habiles trouveront de dignes successeurs.
- Au résumé, malgré les progrès évidents qu’ont réalisés les nations étrangères, la France, grâce à son organisation du travail, au sentiment artistique dont elle est pénétrée, à la variété dans les idées, au goût dans le dessin, à l’habdelé dans la main-d’œuvre, qui placent au premier rang la joaillerie et la bijouterie parisiennes, la France a remporté un très grand succès dans la classe 3(j à l’Exposition universelle de 1878.
- Martial Bernard, Joaillier-bijoutier.
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