Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES PRODUITS AGRICOLES
- NON ALIMENTAIRES.
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- MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
- Groupe "V. — Classe 46.
- RAPPORT
- SCR
- LES PRODUITS AGRICOLES
- NON ALIMENTAIRES,
- M. VILMORIN,
- ANCIEN .11 GE SUPPLEANT Al TRIBUNAL DE COMMERCE DE LA SEINE.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXXI.
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- Gboupe V. — Classe 46.
- RAPPORT
- SUR
- LES PRODUITS AGRICOLES
- NON ALIMENTAIRES.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Borie (V.), président, membre de la Société centrale d’agricul- ]
- tare de France, président des comités d’admission el d’instal- » France, lation à l’Exposition universelle de 187S......................)
- Ashbel Smith, vice-président..................................... Etats-Unis.
- Vilmorin, secrétaire-rapporteur, ancien juge suppléant au tri- ] bunal de commerce de la Seine, secrétaire des comités d’ad- > France, mission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878... )
- Mackensie (J.-G. ), of Kintail...................................... Angleterre.
- Angeloni (B.-G.-A. ), député..................................... Italie.
- Abrahamovicz (D.), propriétaire foncier, vice-président de la ) Autriche-Société agricole de la Galicie, député...........................j Hongrie.
- Sigismond de Bonus, chambellan, député et propriétaire à Buda- ) Autriche-Pesth............................................................| Hongrie.
- Philibert, propriétaire (Nouvelle-Russie)........................ Russie.
- D. Juan Montalvo y O’Farril..............................
- Aube (P.), président de la chambre de commerce d’Elbeuf. . .
- Espagne.
- Amérique centle et mér'“
- Waldeck, secrétaire général de la Société néerlandaise d’agriculture ......................................................
- Bermer, membre des comités d’admission et d’installation à ) p'n|)CLl l’Exposition universelle de 1878.....................................|
- Michaux, directeur des colonies au Ministère de la marine .... France.
- Cély, suppléant, membre du conseil général d’Orau
- France.
- Classe 4G.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- c 4e- I
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
- L’homme ne demande pas seulement à la terre les aliments qui lui sont nécessaires, c’est-à-dire les substances végétales et animales qui lui servent à apaiser sa faim et à entretenir ses forces; il en obtient encore une foule de produits divers indispensables à son existence, et qui sont la matière première des industries les plus essentielles à son bien-être. Les fibres textiles occupent le premier rang dans cette série de produits ; puis les matières tinctoriales et tannantes, les huiles industrielles, les plantes pharmaceutiques, les cires; et enfin le tabac, qu’on doit mettre au dernier rang, si l’on classe les produits suivant leur utilité, mais qui réclame une place moins humble, si l’on tient compte de la généralité de son emploi et des immenses recettes qu’il procure à la plupart des Etats civilisés.
- C’est l’ensemble de tous ces produits provenant des cultures, et non susceptibles d’entrer dans l’alimentation, qui a été rangé dans la classe 46, classe fort étendue par conséquent, puisqu’elle comprend des objets aussi importants que variés, et des objets qui, à cause même de leur grande utilité, sont produits à peu près par tous les peuples sans exception. C’est, en effet, une des merveilleuses et admirables dispositions de l’ordre providentiel que cette variété de ressources offertes à l’homme pour lui permettre de faire face, au milieu des conditions les plus variées de climat et de sol, à des besoins qui sont partout les mêmes. En quelque lieu qu’il se trouve, l’homme doit, en effet, se nourrir, se vêtir, user de remèdes en cas de maladie, et subvenir à mille autres nécessités; or, partout la libéralité du Créateur lui fournit ce dont il a besoin, mais sous une forme partout différente. Dans les régions froides et tempérées, comme sous la zone torride, il lui faut des aliments farineux, gras et sucrés; il lui faut des filaments propres à faire des étoffes pour se vêtir; il lui faut même des moyens de rendre ces vêtements plus durables ou plus flatteurs à la vue, à l’aide de
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- matières colorantes; nulle part il ne manquera de végétaux qui Gr. V. lui fourniront les produits dont il a besoin ; mais ces végétaux se-ront partout différents, et appartiendront souvent aux groupes botaniques les plus divers. Ici, la base de l’alimentation sera formée par le blé ; là, par le riz ; ailleurs, par le sorgho, la banane ou le manioc; l’huile, partout indispensable, sera tirée, au Nord, du colza et de l’œillette ; plus au Sud, de l’olivier; plus loin encore, du sésame et des fruits de palmiers. De même pour les textiles, le lin et le chanvre appartiennent à l’ancien monde; le nouveau donne le coton; les pays chauds ont le jute, la ramie et les nombreuses sortes d’agaves. La suite de ce rapport nous donnera fréquemment l’occasion de revenir sur cette multiplicité de plantes donnant, sous les diverses latitudes, des produits analogues; nous n’avons voulu la signaler ici que pour faire entrevoir combien est étendu le domaine de la classe 46, et pour faire comprendre qu’il est nécessaire d’entrer dans des détails assez développés si l’on veut le parcourir même d’une façon rapide.
- Le nombre des exposants de la classe 46 a été, d’après le catalogue officiel, de i,524; encore manque-t-il, dans ce chiffre, une bonne partie de ceux des colonies anglaises, qui n’ont pas été compris dans cette publication. Si l’on y ajoute tous les exposants qui figurent dans les catalogues spéciaux de chaque nation, quoique absents du catalogue officiel, on arrive à un chiffre total de 1,809. Gomme le jury de la classe 46 a dû s’occuper, en outre, d’examiner de nombreux apports inscrits par erreur dans d’autres classes, et qu’il a eu à juger souvent le même exposant pour des catégories de produits très distinctes, on restera au-dessous de la vérité en disant qu’il a eu à examiner et à juger 2,000 expositions différentes.
- Confinant, d’un côté, à l’industrie, dont elle renferme plusieurs des matières premières les plus importantes, tenant de plus près encore à l’agriculture, la classe 46 pouvait, à aussi bon droit, prétendre à un emplacement isolé, qu’être confondue dans les galeries industrielles, aussi a-t-elle été traitée d’une façon différente dans les diverses sections appartenant aux différentes nationalités. Ce fractionnement et cette dispersion de produits analogues
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- Gr. v. ont. rendu les comparaisons souvent presque impossibles, et toujours difficiles. On doit reconnaître que, si la partie purement agricole de l’Exposition a été moins sacrifiée en 1878 quelle ne l’avait été en 1867, on est néanmoins resté, meme dans cette dernière occasion, bien loin de ce qu’on pouvait attendre d’une exposition universelle au point de vue de l’étude et de la comparaison des produits similaires des différents pays. Bien que presque toutes les commissions étrangères eussent calqué les divisions de leur catalogue sur celles qu’avait adoptées la direction supérieure de l’Exposition, la classification même des produits n’a pas été uniforme; tant s’en faut. Un grand nombre d’objets qui appartenaient légitimement à la classe 46 ont été souvent classés dans les expositions agricoles proprement dites, tandis que cette classe recevait d’autres produits qui, étant propres à l’alimentation, auraient du en être exclus. Au point de vue de l’emplacement même donné à ces produits, les différents pays ont suivi des errements très divers; si beaucoup ont, comme la France, installé leur classe 46 au milieu des produits de l’industrie, plusieurs lui ont donné place au beau milieu de la galerie des machines; un grand nombre l’ont placée dans la galerie des produits alimentaires, la plus extérieure de toutes; plusieurs enfin l’ont reléguée dans des annexes spéciales ou dans des pavillons construits en dehors du palais.
- Mais c’est surtout dans la section française, que les produits appartenant à la classe 46 ont été dispersés et éparpillés d’une manière fâcheuse.
- Le grand nombre et l’importance des demandes reçues jusqu’au mois de novembre 1877 permettaient d’espérer une exposition aussi brillante que complète de produits agricoles non alimentaires. La décision prise à cette époque d’exonérer presque entièrement des frais d’installation les exposants de la classe 76 française amena un mouvement de défection, qui devint bientôt très considérable parmi les exposants de la classe 46. Le projet qui avait été mis en avant dans le courant del’année 1877, etqui tendait à réunir, dans une seule vaste galerie, tous les produits agricoles français et étrangers, aurait assurément donné une satisfaction beaucoup, plus complète au légitime désir des exposants et du public. Quelques
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- visites faites à eette galerie en auraient plus appris sur l’état de l’agriculture dans les différentes contrées que de longues courses à la recherche d’expositions disséminées et souvent presque introuvables.
- Malgré les défections dont nous venons de parler, la classe A 6 française a compté encore plus de cent exposants, dont plusieurs ont présenté des apports remarquables par leur importance et leur mérite. Décorées avec une simplicité originale, les deux salles attribuées à la classe A6 renfermaient plusieurs fort belles collections de graines oléagineuses, d’huiles industrielles et de tourteaux. Un meuble central, presque entièrement occupé par les fabricants d’huiles de Marseille, présentait aux visiteurs un assortiment complet de tous les fruits et graines qu’on importe aujourd’hui en si grande quantité pour la fabrication de l’huile. L’autre salle était principalement garnie de toisons présentées par plusieurs de nos meilleurs éleveurs, de lins et de chanvres bruts ou préparés. L’exposition du comité linier des Côtes-du-Nord y occupait une place importante; les houblons du Nord et de la Côte-d’Or, les cires, l’herboristerie, les plantes tinctoriales, se partageaient le reste de l’espace, formant un ensemble un peu disparate, mais intéressant et varié. Un élégant pavillon construit dans le parc, tout près de l’entrée du pont d’Iéna, renfermait les collections et les modèles d’appareils de l’Administration française des tabacs; cette exposition , très habilement disposée et parfaitement réussie, n’a cessé d’attirer, pendant toute la saison, des flots toujours renouvelés de visiteurs; il en sera question plus longuement dans le chapitre consacré aux tabacs. '
- L’Algérie avait groupé, avec assez de succès, les produits appartenant à la classe A6, sur de grandes étagères, autour desquelles on circulait à l’aise, ou en avait composé des trophées, également bien placés à portée du regard. Les labacs indigènes, les cires, les lins et les échantillons de ramie occupaient une grande place dans celte exposition; elle a toujours été très visitée du public, qui se portait en foule vers l’élégant palais mauresque où elle s’abritait. On n’en saurait dire autant de l’exposition des colonies françaises, reléguée dans une galerie assez obscure, où son très
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- Gr. V. réel intérêt et sa classification savante et habile ne parvenaient pas toujours à fixer l’attention des visiteurs, sollicitée par le spectacle plus vivant de la galerie du travail.
- Parmi les expositions étrangères, celles des colonies anglaises de l’Australie présentaient un ensemble remarquable comme produits de l’élevage du mouton; des centaines de toisons, presque toutes fort belles et fort pesantes, représentaient dignement un des pays qui occupent le premier rang au point de vue de la production de la laine. Dans la section américaine, les produits appartenant à la classe 46 étaient fort dispersés; dans l’annexe agricole se trouvaient de magnifiques spécimens de coton représentés non par des échantillons de quelques livres, mais par d’immenses balles cerclées de fer, comme celles qui, tous les ans, arrivent par millions en Europe de la Nouvelle-Orléans et des autres ports du sud de T Union. Les tabacs et les huiles de coton y formaient aussi des groupes importants. Dans le Palais lui-même, on trouvait une collection remarquable des produits pharmaceutiques des États-Unis.
- Dans la section néerlandaise, la classe 46 se trouvait également scindée entre le Palais et l’annexe réservée à l’agriculture; dans ce dernier local, la Société pour l’encouragement de la culture du lin dans les Pays-Bas, exposait sur une grande table centrale à faces inclinées, une collection de lins en paille, rouis, en filasse, bruts et blanchis formant un ensemble très complet et sans rival dans toute l’Exposition. De très bons spécimens de graines oléagineuses figuraient dans la même annexe; tandis qu’on remarquait, surtout dans le Palais, des huiles industrielles et des tabacs. Non loin de ces derniers se trouvaient les collections des Indes néerlandaises, où se remarquaient par-dessus toutes choses des troncs et des paquets d’écorce de quinquina provenant des plantations faites par le Gouvernement pendant ces dernières années.
- Les produits appartenant à la classe 46 étaient, dans la section belge, disséminés au milieu des autres productions de l’agriculture ; on y remarquait quelques lots de houblons et surtout des lins d’une longueur et d’une finesse incroyables. Les tabacs fabriqués occupaient une grande place dans l’exposition de la classe 46
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- belge et en constituaient la partie la plus importante. A ce même Gr. v. genre de produit se bornaient les apports de la Suède, de laNor-wège et de la Suisse.
- L’Espagne présentait des produits très variés, très nombreux, et dont beaucoup n’étaient pas sans mérite. Dans l’annexe agricole étaient exposés de très bons spécimens desafrans, ainsi qu’un nombreux assortiment d’huiles à brûler et à graisser, tandis que dans le Palais même figuraient des chanvres très solides,la riche collection des fibres textiles des colonies et surtout la magnifique exposition des fabricants de cigares de la Havane.
- L’exposition de l’Italie, moins morcelée que celle de l’Espagne, n’était pas moins riche en produits de diverses natures. Au premier rang se distinguaient les magnifiques chanvres de Bologne , admirablement représentés par des échantillons en tiges et en filasse; puis venaient les huiles, les cocons, les laines, les sumacs, une remarquable collection des diverses formes botaniques du cotonnier, et enfin l’exposition de la Régie coïntéressée des tabacs.
- Dans la galerie autrichienne, la première place appartenait incontestablement aux houblons de Bohême, présentés en grand nombre et du meilleur choix. Une très belle collection de produits agricoles divers, et entre autres de graines oléagineuses et de leurs huiles, aurait certainement obtenu une haute récompense, si elle n’avait appartenu à un des membres du jury, M. Is. Flesch, de Briinn (Moravie). Les laines de la Hongrie formaient une belle et nombreuse collection; moins frappante et moins bien disposée que celle de l’Australie, elle n’en constituait pas moins un apport très remarquable et très apprécié. Les tabacs, très beaux et en grand nombre, ne faisaient pas moins d’honneur que les laines aux forces productives delà Hongrie. Quelques lots de chanvre relégués dans une annexe complétaient l’exposition de la Hongrie dans la classe A6.
- La Russie brillait surtout par ses lins et ses chanvres. L’exposition du comité de la Bourse de Riga, très bien conçue et fort habilement présentée, se distinguait entre toutes par le nombre et le choix des échantillons qui la composaient. Les laines fines
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- Gi\ V. de la Russie du Sud formaient aussi un ensemble très digne d’at-
- tention. Tous ces textiles étaient rapprochés des produits manu-Cl 46 ^ 1 *
- facturés qui en proviennent. Dans une autre partie du bâtiment
- se trouvaient les expositions très nombreuses des fabricants de
- tabac, soutenant dignement la répulation des cigarettes russes de
- tabac d’Orient.
- Le Royaume-Uni présentait fort peu de chose par lui-même dans la classe 46; quelques échantillons de houblons et quelques tabacs fabriqués constituaient tout son apport; ses colonies, au contraire, y tenaient une grande place. En dehors de l’Australie, dont les admirables laines ont été déjà mentionnées, le Canada y figurait surtout par ses huiles et ses graines de lin ; le Cap, par ses laines mérinos; les îles Fidji par des cotons rivalisant avec tout ce que l’Amérique produit de plus beau. Dans les apports de l’Inde anglaise, on remarquait surtout une magnifique collection des plantes médicinales indigènes et, en outre, des huiles et des textiles très variés.
- La Jamaïque présentait des cires remarquables et des tabacs fabriqués d’une excellente qualité.
- Les tabacs à priser du Portugal constituaient le principal intérêt de son exposition; ses colonies présentaient des assortiments remarquables de substances tinctoriales et surtout de graines oléagineuses avec leurs produits.
- L’exposition de la Grèce n’était pas sans importance dans la classe 46; les cires en constituaient le principal élément, auquel venaient s’ajouter les vallonées, les plantes tinctoriales et de nombreux lots de tabacs en feuilles.
- Malgré l’abstention du reste de l’empire ottoman, l’Egypte a pris une part importante à l’Exposition de 1878. Le petit palais consacré aux collections de ce pays renfermait, entre autres choses intéressantes, un grand nombre d’échantillons de coton; des graines oléagineuses, quelques textiles, beaucoup de plantes tinctoriales ou pharmaceutiques achevaient d’y représenter la classe 46.
- Les autres contrées indépendantes de l’Afrique ont fait acte de présence à l’Exposition, sans y apporter de produits bien remarquables.
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- Parmi les expositions des nations asiatiques, celles de la Chine et du Japon méritent particulièrement d’être signalées. La première, au moins en ce qui concerne la classe h6, était une exposition officielle; c’était le service des douanes impériales qui avait réuni et envoyé au Champ de Mars les principaux produits du pays et surtout les articles donnant lieu à un commerce d’exportation. L’intérêt privé, s’il avait été appelé à concourir à l’organisation de cette exposition, lui aurait donné sans doute un caractère plus vivant et plus pratiquement instructif.
- Les produits japonais exposés dans la classe Ù6 provenaient, en partie, d’établissements publics d’instruction; mais un grand nombre aussi étaient présentés par les producteurs mêmes et par des commerçants. Beaucoup de ces objets, exposés pour la première fois, en Europe, d’une manière aussi complète, donnaient une très haute idée des ressources du Japon et de la perfection à laquelle sont parvenus certains genres d’industrie. Les libres de chanvre détachées en larges rubans nacrés d’une ténacité surprenante appelaient tout particulièrement l’attention. Les produits de la sériciculture, les huiles industrielles, le tabac, s’y trouvaient également représentés.
- Presque tous les Etats indépendants de l’Amérique centrale et méridionale ont envoyé de leurs produits à l’Exposition; nous les retrouverons en passant successivement en revue chaque catégorie d’objets exposés. Ici, où nous nous occupons des expositions remarquables par l’importance de leur ensemble ou par quelques points saillants, nous nous contenterons de signaler celle du Mexique, fort bien disposée et riche en libres végétales propres au pays. Celle de la République Argentine mérite également une mention spéciale, à cause du nombre et de la beauté des échantillons de laine line qui y figuraient. Enfin l’Uruguay se révélait bien comme un pays surtout agricole par la variété des produits de la terre ou des troupeaux qu’il a présentés à l’Exposition; les laines, les cires et le tabac formaient la portion la plus considérable de ses apports.
- Cette revue rapide permet de constater que les nations agricoles,
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- presque sans exception, ont tenu à envoyer à la grande Exposition de 1878, l’élite de leurs produits et ceux qui pouvaient leur faire le plus d’honneur.
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- COTONS.
- Il ne paraît pas douteux que le coton ne soit commun à l’ancien et au nouveau monde, et qu’il ait été connu des anciens comme une des productions de l’extrême Orient; mais il n’a pris une véritable importance industrielle que depuis la découverte du nouveau monde, d’où sont originaires les espèces de cotonniers les plus productives et celles dont la fibre présente le plus de qualités comme matières textiles. C’est surtout depuis les perfectionnements apportés, au commencement de ce siècle, à la filature et au tissage, que le coton est devenu une matière première presque aussi essentielle à l’industrie des pays civilisés, que le blé et la viande le sont à leur alimentation.
- Il n’est pas surprenant que les plus grands efforts aient été faits en divers temps et en divers pays, pour accroître la production d’une substance aussi précieuse et aussi nécessaire à la prospérité de l’industrie. L’Angleterre, qui consomme à elle seule les trois cinquièmes environ de tout le coton qui s’importe en Europe, s’est préoccupée plus que les autres pays de trouver des sources d’approvisionnement en dehors de l’Amérique, dont les produits peuvent lui faire défaut à un moment donné, comme cela est arrivé de 1861 à 1866, pendant la durée de la guerre de sécession. D’autres gouvernements, en Europe et ailleurs, ont fait tous leurs efforts pour encourager la culture et la production du coton. Les prix élevés que ce produit a atteints il y a une quinzaine d’années, pendant la guerre d’Amérique, ont été le plus puissant des encouragements et le plus efficace pour en faire adopter la culture partout où elle semblait offrir quelques chances de succès; mais aujourd’hui que les choses ont repris leur cours ordinaire et que les prix sont revenus à leur taux d’avant 1860, il reste peu de
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- chose des tentatives faites, et les Etats-Unis d’Amérique ont repris la place qu’ils occupaient autrefois au premier rang des pays producteurs de coton.
- La botanique présente peu de problèmes plus difficiles et plus complexes que la détermination et le classement des diverses espèces et variétés de cotonniers; dans la monographie récemment publiée par le Gouvernement italien, par le professeur Todaro, de Palerme, il n’en est pas énuméré moins de trois cents ou quatre cents formes plus ou moins distinctes. Il s’en faut de beaucoup quelles aient toutes un égal intérêt au point de vue de la culture et de l’industrie ; les races véritablement précieuses et cultivées en grand nombre se rapportent à deux espèces seulement. L’une, qui produit probablement beaucoup plus de la moitié du coton récolté dans le monde, est le Gossypium liirsutum, Mill., appelé communément coton de la Louisiane, de la Nouvelle-Orléans, ou coton courte soie et désigné en Amérique sous le nom de uplnnd cotton; il en existe un nombre très considérable de variétés et de races locales. L’autre est le Gossypium maritimum, Tod., Gossypium bar-badense de plusieurs auteurs mais non de Linné. Cette espèce est celle qui produit le beau coton appelé dans le commerce coton de Géorgie, coton à longue soie ou sea-lsland cotton. Comme le coton de la Louisiane, celui-ci présente de nombreuses variétés, dont les plus importantes sont: le coton dit Jumel, souvent cultivé en Egypte, et la nouvelle race appelée coton Bahmia ou Bahmiett’s, découverte, en Egypte, il y a quelques années et dont le mérite agricole et industriel n’est pas encore bien constaté. Outre ces deux espèces principales, il en est quelques autres qui présentent , bien qu’à un rang secondaire, une assez grande importance, tel est, par exemple, le Gossypium herbaceum, L., spontané en Asie et peut-être en Egypte, dont la culture est assez répandue dans tout le bassin de la Méditerranée. 11 paraît évident cependant qu’il devra céder la place au coton de la Louisiane, aussi hâtif et plus productif que lui.
- Les Indes, la Chine, les îles de la Polynésie et l’Amérique du Sud présentent encore un grand nombre d’espèces de cotons indigènes, dont la laine est employée par les habitants du pays,
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- mais qui ne sauraient lutter pour la production industrielle avec les deux espèces qui viennent en premier lieu.
- La culture du coton se fait dans des conditions si variées dans les différents pays, elle présente à cause de sa grande diffusion de telles diversités dans la manière dont elle est conduite, qu’on ne saurait la décrire d’une manière générale. On se contentera de faire remarquer ici que le coton est une des substances qui appauvrissent le moins le sol qui le porte; c’est par conséquent un des produits qu’un pays peut exporter en grande quantité sans amoindrir la fertilité de ses terres; mais cela à une condition, c’est qu’on rendra au sol les graines et les tiges de la plante, qui, elles, ont emprunté à la couche arable des qualités importantes de matières fertilisantes.
- L’exposition de coton des Etats-Unis était, comme on pouvait s’y attendre, la plus importante de toutes celles qui figuraient au Champ de Mars ; ensuite venaient les colonies anglaises et françaises ; puis un grand nombre de pays de l’ancien et du nouveau monde, dans lesquels la production du coton constitue une industrie considérable, bien que les quantités qu’ils exportent semblent peu de chose lorsqu’on les compare aux énormes quantités livrées chaque année au commerce par les Etats-Unis.
- FRANCE.
- La France n’a jamais été et ne peut pas être un pays producteur de coton; les quelques essais tentés à diverses époques sur les côtes de la Méditerranée n’ont jamais abouti qu’à la production de quelques capsules à peu près mûres, mais sans valeur industrielle. Les étés sont trop courts, et les terrains ont une trop grande valeur, pour que la production du coton puisse jamais présenter un intérêt dans notre pays. C’est un des articles que nous devons nécessairement importer de l’étranger, et l’étude des ressources que présentent les autres pays n’a pas moins d’intérêt si on les considère comme nos fournisseurs obligés, que si nous étions leurs rivaux dans la production de cet important article de commerce.
- Les importations de coton en France sont restées remarqua-
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- Elément uniformes depuis une vingtaine d’années, si l’on considère seulement la valeur en argent qu’elles représentent. Si, au contraire, on envisage la quantité en poids importée chaque année, on constate une diminution sensible pendant la durée de la guerre d’Amérique.
- MOYENNES DECENNALES DES IMPORTATIONS.
- De 1857 à 1866............ 84,474,70^ 237,883,yGrjr
- De 1867 à 1876............ 117,458,574 24:2,44i,662
- En 1867, époque où les effets de la guerre de sécession se faisaient encore sentir, l’importation totale a été de 96,908,069 kilogrammes, valant 286,962,281 francs. En 1876, l’importation s’est élevée à 1 67,869,263 kilogrammes, valant 229,189,^00^.
- Les importations de ces deux années se répartissent de la façon suivante entre les pays de production.
- IMPORTATIONS.
- 1867. 1876.
- Etats-Unis................ .‘>7,oo5,696k 102,3ù9,918k
- Indes anglaise ;............. 18,395,219 26,722,53/1
- Egypte....................... 5,7/15,228 12,4/17,260
- Angleterre................... 22,850,552 7,791,8,85
- Turquie........................ 7>979’7^ 0,662,924
- Brésil........................ 2,858,619 600,567
- Haïti........................... 609,224 533,091
- Algérie......................... 289,021 37,978
- On voit, par ces chiffres, que les États-Unis, sortis de la crise qu’ils ont traversée, tendent à reprendre le monopole presque complet de la fourniture du coton. L’Inde anglaise et l’Egypte maintiennent cependant leur position comme pays exportateurs et gagnent même un peu de terrain. La France ne peut pas compter, au moins pour le moment, sur ses colonies pour l’approvisionner de coton d’une manière tant soit peu importante. On en verra la preuve dans la revue de l’exposition de ces colonies.
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- ÉTATS-UNIS.
- Depuis longtemps, les Etats-Unis d’Amérique occupent le premier rang parmi les pays producteurs de coton; et il y a tout lieu de penser qu’ils la conserveront toujours, ou du moins fort longtemps. La crise que ce pays a traversée de 1861 à 1866, en causant à l’industrie européenne les plus légitimes alarmes, a donné lieu aux efforts les plus énergiques et les plus soutenus en vue de développer dans d’autres pays la production du coton; et cependant, il y a lieu de reconnaître aujourd’hui que ces gigantesques efforts n’ont pas modifié d’une façon bien profonde l’ancien état de choses, et que les Etats-Unis ont repris leur position prédominante sur le marché des cotons. Il faut en conclure que la suprématie dont ils jouissent au point de vue de la production de cet article, repose sur des bases bien solides et sur de véritables avantages naturels. On peut dire, sans crainte de tomber dans l’exagération qu’aucune contrée occupée par des populations civilisées, ne réunit toutes les conditions les plus favorables à la culture du coton, au meme degré que les Etats du sud et du sud-est des Etats-Unis. C’est en effet le pays qui présente le climat le plus favorable non seulement au point de vue du degré de chaleur et d’humidité, mais delà répartition, entre les différentes saisons de l’année, de la sécheresse et des pluies. Les terres y sont bonnes, à très bon marché, et les moyens de communications très développés. Peut-être rencontrera-t-on dans l’Afrique centrale de vastes étendues de terrain également appropriées à cette culture; mais il se passera bien longtemps avant qu’elles soient colonisées et largement ouvertes au commerce. Au surplus, il n’est pas nécessaire, même en supposant que la consommation du coton s’accroisse d’une façon très considérable, d’aller chercher en dehors des Etats-Unis de nouveaux pays producteurs; il s’en faut de beaucoup, en effet, que l’Amérique du Nord ait atteint les limites de la production possible. Sans accroître l’étendue de terrain qu’elle consacre annuellement à la culture du coton, elle pourrait doubler ses récoltes annuelles en adoptant des procédés agricoles plus perfectionnés et en associant dans une mesure plus large la pro-
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- duction des fourrages et des bestiaux à celle du coton. Elle possède en outre, surtout au Texas et dans les Etats avoisinants, de vastes étendues de terrain non encore défrichées et admirablement appropriées à ce genre de culture. Dès maintenant le défrichement et la mise en valeur de ces terrains se font chaque année sur une grande échelle, et les récoltes qu’on y obtient à fort bon compte font la plus sérieuse concurrence aux produits des Etats du Sud-Est.
- C’est un fait bien constaté par les statistiques que le déplacement vers l’ouest des cultures de coton, comme au reste de toutes les principales productions agricoles des Etats-Unis. En i8Ag, un huitième seulement des cotons récoltés venait des Etats situés à l’ouest du Mississipi; en 1869, la proportion était des trois dixièmes, elle est actuellement des trois huitièmes. Bientôt ce sera la moitié, et le Texas tiendra alors la première place parmi les Etats producteurs de coton. Le tableau suivant donne, pour l’année 1876, l’indication du nombre d’hectares plantés en coton, du nombre de balles récoltées et de la production à l’hectare dans les divers Etats de l’Union.
- PRODUCTION DÛ COTON EN AMERIQUE.
- Hectares
- Hectares. Nombre de balles, par balle.
- Caroline du Nord........ 263,600 210,000 1,16
- Caroline du Sud......... 378,500 3io,ooo 1,22
- Géorgie..................... 606,000 5o5,ooo 1,20
- Floride..................... 66,000 5o,ooo i,3a
- Alabama..................... 692,900 533,000 i,3o
- Mississipi.................. 890,600 760,000 1,06
- Louisiane................... 5o6,ooo 56o,ooo 0,90
- Texas....................... 5g3,6oo 690,000 0,86
- Arkansas................ 653,200 515,000 0,88
- Tennessee................... 296,600 260,000 1,16
- Nota. La balle de coton aux États-Unis pèse 181 kilogrammes.
- L’abolition de l’esclavage, qui a été parfois considérée comme (levant amener la ruine de la production du coton aux Etats-Unis, parait devoir être, au contraire, le point de départ de sérieux per-
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- fectionnements apportés aux procédés de culture et, par suite, d’une prospérité nouvelle pour cette industrie. La principale conséquence de l’affranchissement des nègres a été l’emploi beaucoup plus fréquent des travailleurs blancs dans les plantations de coton, au grand avantage de la quantité et de la qualité des produits obtenus. On fait aussi maintenant un beaucoup plus grand usage des machines pour la préparation de la terre; on emploie plus largement les engrais et l’on fait moins reposer tout le système de culture sur la production exclusive du coton et du blé. L’influence de ces différents progrès se fait si bien sentir, qu’aujourd’hui la production moyenne est plus grande qu’avant la guerre, et que la production totale en coton est égale à ce qu’elle était avant 18O0, bien que la surface cultivée n’ait pas encore atteint une étendue aussi grande que celle qu’elle occupait alors.
- La Californie, celui des Etats de l’Union dont les productions sont les plus variées, réclame depuis quelques années une place parmi les Etals producteurs de coton. Il est certain (pie, dans sa partie méridionale, surtout dans les comtés de Fresno, de Tulare, de Los Angeles, elle possède plusieurs millions d’hectares de terres irrigables qui conviendraient parfaitement à la culture du colon. Jusqu’ici cependant il ne semble pas que l’étendue des plantations de coton existantes dépasse 35o à âoo hectares.
- Parmi les cotons américains présentés à l’Exposition, ceux du Mississipi, de la Louisiane, des Carolines et du Texas occupaient le premier rang. L’espèce dite Upland est de beaucoup la plus cultivée; elle fournit à elle seule la presque totalité des cotons exportés. On en distingue un très grand nombre de races locales, dont la plus estimée est appelée Dickson; après celle-là viennent les races dites Peeler et Clienthmn. Les cotons longue soie ou Sea-Island ne figurent pas tout à fait pour a balles sur 1,000 dans le tableau des exportations. La production en reste confinée aux Etats maritimes de l’Est: Carolines, Géorgie et Floride.
- Outre les progrès réalisés dans la culture du coton, il y a lieu de signaler ceux qui ont été apportés au nettoyage de la récolte et principalement à la séparation des graines et du coton proprement dit. Grâce à l’emploi des machines, ou Gins perfectionnés,
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- on est arrivé à diminuer assez sensiblement la perte qui résultait du nettoyage incomplet des graines.
- D’une enquête faite récemment aux Etats-Unis, il est résulté la certitude que la plupart des planteurs de coton livrent leur récolte à des prix qui ne leur laissent qu’un bénéfice extrêmement limité. Ce fait peut être attribué dans une certaine mesure à une évaluation incorrecte par les planteurs eux-mêmes du prix de revient de leur récolte, mais on en peut chercher aussi l’explication dans le désir qu’auraient les Américains de décourager les producteurs de coton des autres pays par un abaissement volontaire des cours.
- La chenille du coton a fait, dans ces dernières années, des ravages assez considérables dans quelques plantations du Sud. Le vert de Paris (arséniate de cuivre), que l’on emploie avec succès contre le doryphora, a été trouvé également efficace pour détruire ces chenilles; on l’emploie mélangé à la farine dans la proportion de 1/25. Une application suffit, en général, pour détruire les insectes.
- Les exportations de coton des Etats-Unis ont été en 1876 :
- Coton longue soie, 66,120 balles, valant 4,900,000 francs;
- Coton Nouvelle-Orléans, 3,722,000 balles, valant 997 millions.
- COLONIES ANGLAISES.
- Quand l’Angleterre a cherché pendant la guerre d’Amérique à développer la production du coton dans d’autres parties du monde, ses efforts se sont portés principalement sur ses possessions de l’Inde. Depuis longtemps, la culture du coton y était fort en honneur et les récoltes annuelles étaient déjà importantes. Sous l’influence des cours élevés et des encouragements de toute nature donnés à la production, le nombre de balles envoyées en Europe par les Indes anglaises s’est élevé, de 700,000, à près de 9 millions. Cette augmentation ne s’est pas maintenue, lorsque les circonstances qui lui avaient donné naissance ont cessé d’exister, néanmoins le total de la production est resté bien au-dessus du chiffre qu’il atteignait avant la guerre d’Amérique. Dans la Classe 46. a
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- présidence de Madras, qui est une de celles où le coton est le plus généralement cultivé, l’étendue de terre consacrée à cette culture a été à peu près aussi grande en 1875-i 876 qu’en 1863-186/1.
- La qualité des produits obtenus n’est cependant pas égale à celle des cotons d’Amérique. La différence de prix entre les deux provenances est toujours assez marquée, les cotons de l’Inde se payant un quart ou même un tiers de moins que les bonnes qualités moyennes de la Nouvelle-Orléans.
- Cette différence résulte, dans une certaine mesure, de la nature même des plantes qui sont cultivées dans l’Inde. Un grand nombre de races de cotonniers sont indigènes dans ce pays; aucune ne donne des produits aussi beaux comme qualité que le coton de la Louisiane; mais comme elles paraissent s’accommoder mieux du climat, elles sont préférées en général par les planteurs indigènes, et les cotons d’Amérique que l’on importe dégénèrent en général assez rapidement. Le climat ne convient pas bien non plus à la maturation des capsules du coton d’Amérique. Bien que la chaleur soit plus intense dans l’Inde qu’aux Etats-Unis, on ne peut pas, au moment de la récolte, compter aussi sûrement que dans ce pays sur une période de temps beau et sec qui permette de faire la cueillette dans les meilleures conditions de qualité et d’économie. Tandis qu’en Amérique la cueillette, commencée en octobre, et terminée au plus tard en décembre, peut se faire en quatre ou cinq fois, il faut, dans l’Inde, faire passer les ouvriers quinze ou vingt fois dans le champ avant d’avoir recueilli toutes les capsules. Malgré ces quelques circonstances peu favorables, la culture du coton trouve dans l’Inde des conditions spéciales qui lui promettent un développement remarquable. La population d’abord est très abondante, laborieuse et se contentant de peu. La culture du coton lui est familière et constitue la principale ressource sur laquelle le fermier indigène compte pour payer le loyer des terres qu’il occupe. Si l’exécution de travaux publics réclamés depuis longtemps rendait irrigable une plus grande étendue de terres, la culture du coton pourrait prendre un très grand développement dans l’Inde anglaise en même temps que la production
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- des substances alimentaires pourrait devenir assez importante pour empêcher le retour des famines qui désolent presque périodiquement ce beau pays. Il faudrait aussi que les procédés de culture fussent un peu améliorés, principalement en ce qui concerne l’emploi des engrais. L’usage en est aujourd’hui presque inconnu parmi les indigènes, de telle sorte que les récoltes moyennes ne dépassent guère de 76 à 90 kilogrammes l’hectare.
- Les autres colonies anglaises, notamment la Guyane, ont cessé depuis longtemps de produire le coton sur une grande échelle. Cette culture a repris quelque activité pendant la guerre d’Amérique, puis quand les prix sont revenus à leurs taux anciens, elle a été de nouveau délaissée.
- Les îles Fidji ont présenté à l’Exposition quelques halles de coton longue soie, d’une beauté extrêmement remarquable; malheureusement, tous les documents semblent indiquer que ces échantillons ne représentent pas une production réellement importante, ni surtout pécuniairement avantageuse.
- EGYPTE.
- L’Egypte est de tous les pays d’Afrique celui qui produit et exporte le plus de coton; elle tient le troisième rang parmi les contrées qui approvisionnent les manufactures européennes, et l’importance de ses exportations paraît aller constamment croissant malgré la concurrence que lui font les Etats-Unis d’Amérique. Il est vrai de dire que l’Egypte s’est fait une spécialité dans la production du coton et que la race dite Jumel qui s’y cultive presque seule ne peut pas être exactement remplacée par les qualités que fournit l’Amérique. Cette race que les botanistes considèrent comme une simple variété du coton longue soie (Gossypium maritimum, Tod.), s’en distingue principalement par la teinte rougeâtre de ses tiges, de ses rameaux et du pétiole des feuilles; la graine, au lieu d’être lisse comme celle du coton de Géorgie, après quelle a été débarrassée des fibres textiles qui l’entourent, présente dans le coton Jumel, sur une petite portion de sa surface, un duvet velouté, verdâtre, tout à fait adhérent.
- Il a été fait beaucoup de bruit ces années dernières d’une nou-
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- velle variété de coton découverte accidentellement en Egypte et baptisée, on ne sait par qui, coton Bahmia ou Bahmiett’s. Ce nom, qui est en Egypte celui du Gombo (Hibiscus esculentus, L.), lui a été donné, dit-on, parce qu’on a supposé d’abord qu’elle devait son origine à un croisement de cette plante et du cotonnier. Cette supposition paraît inadmissible, et tout porte à croire que la variété nouvelle est tout simplement une forme fastigiée ou pyramidale du Gossyjnum maritimum. Son principal mérite consisterait dans la forme et la direction de ses rameaux, qui sont beaucoup plus courts et beaucoup plus dressés que ceux de la race ordinaire; il en résulte que la plante, au lieu de former un buisson large à la base et se rétrécissant vers le sommet, prend l’aspect d’une sorte de colonne portant tout autant de capsules que le cotonnier ordinaire, tout en occupant beaucoup moins de place. La qualité du coton produit par cette variété est à peu près celle du coton Jumel moyen. Des essais importants de cette nouvelle race se font actuellement en Amérique: on saura donc bientôt si sa forme particulière constitue un véritable mérite au point de vue de la culture.
- Outre de nombreux lots de cotons indigènes, l’Egypte présentait à l’Exposition de 1878 une collection intéressante d’échantillons classés et numérotés qui représentaient les importations de cotons égyptiens par le port de Marseille depuis un grand nombre d’années; les échantillons montraient que la qualité des colons égyptiens est presque régulièrement fort belle depuis de longues années. Le tableau suivant montre la marche progressive suivie par les importations de cotons d’Egypte :
- 1847 à 1856.............................. 4,252,411 francs.
- 1857 5 1866............................. 28,761,606
- 1867 à 1876............................. 23,024,421
- En 1876, la valeur des cotons importés en France a été de
- 28,oo4,55o francs, chiffre à peu près égal à la moyenne annuelle de la période décennale qui comprend les achats faits durant la guerre d’Amérique. L’égalité de valeur des importations indique par conséquent un grand accroissement des quantités importées, les prix étant aujourd’hui beaucoup moins élevés qu’alors.
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- ALGERIE ET COLONIES FRANÇAISES.
- Malgré tous les efforts faits jusqu’ici pour répandre en Algérie la culture du coton, il ne semble pas que la production des qualités communes ait un bien grand avenir dans ce pays. La province d’Oran est la seule qui continue à récolter et à exporter régulièrement des cotons, et cela parce qu’elle a adopté le coton de Géorgie, toujours recherché et payé cher par l’industrie. Comme l’Inde anglaise, l’Algérie verrait certainement s’accroîlre sa culture de cotons, aujourd’hui réduite à environ 3oo hectares, si la proportion des terres irrigables y était notablement augmentée.
- La Guyane française et les Antilles, pays autrefois producteurs de cotons, en ont à peu près cessé la culture pour adopter celle de la canne à sucre, dont les résultats étaient beaucoup plus lucratifs. Malgré l’abaissement du prix des sucres, aucun de ces pays ne paraît chercher à s’adonner de nouveau à la production du coton.
- L’île de la Réunion, les possessions françaises de l’Inde et la Nouvelle-Calédonie ont présenté à l’Exposition quelques échantillons de coton, qui y figuraient plutôt à titre de curiosité que comme représentant une production vraiment industrielle.
- Les plus beaux et les plus intéressants des cotons exposés par les colonies françaises étaient certainement ceux de Taïti; très blancs, très fins et très propres, ils peuvent lutter de qualité avec les plus beaux produits des Etats-Unis et valent de 3 fr. 10 cent, à 3 fr. 4o cent, le kilogramme à Liverpool ou au Havre.
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- ITALIE.
- La culture du coton est fort ancienne en Italie, mais elle n’y a jamais pris une importance bien considérable. A deux époques seulement, des circonstances économiques exceptionnelles ont donné à ce genre de production un certain essor, qui ne s’est pas soutenu lorsque les conditions qui l’avaient fait naître ont cessé de le favoriser.
- La première fois, ce fut au commencement du siècle, lorsque les
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- guerres du premier Empire entravaient le commerce maritime avec l’Angleterre et avec l’Amérique; la seconde, de nos jours, pendant la guerre de sécession, qui, en privant l’industrie européenne de sa matière première, a fait monter le prix des cotons à des chiffres inconnus jusqu’alors. A l’occasion de cette dernière crise, le Gouvernement italien n’a pas voulu laisser à l’initiative privée seule le soin d’étudier tout ce qui a trait à la culture du coton en Italie, mais il a appelé tous ses agents à l’extérieur et à l’intérieur à coopérer aux recherches et aux études que réclamait cette importante question. De nombreux échantillons de graines de toute provenance ont été adressés au Gouvernement, qui les a transmis au jardin botanique de Palerme, et le directeur de cet établissement, le professeur A. Todaro, a été chargé d’en faire l’étude, de déterminer les espèces ou races convenant le mieux au climat de l’Italie, d’en étudier la culture et enfin de faire un travail scientifique sur la description et la classification des différentes formes du cotonnier. Ce travail, accompagné de très nombreux échantillons des différentes races de coton en feuilles, fleurs, capsules et fibres, formait assurément un des traits les plus remarquables et les plus intéressants de l’exposition italienne. Je ne reviendrai pas sur l’énumération des différentes espèces et races de coton, et j’indiquerai seulement brièvement d’après le professeur Todaro, quels sont les motifs qui rendent la culture du coton peu profitable en Italie et quelles seraient les variétés à y préférer, dans le cas où les prix venant à s’élever de nouveau il pourrait paraître utile d’essayer de nouveau cette culture. La brièveté relative de la saison chaude, même en Sicile et dans les provinces napolitaines, est le principal motif qui rend peu profitable la culture du coton. Il est rare que, même dans les meilleures conditions, la floraison ait lieu avant le commencement d’aout, et, comme dès la fin de ce mois les nuits commencent à devenir fraîches, il s’ensuit que la plus grande partie des capsules n’arrivent pas à une maturité parfaite : de là défaut dans l’abondance de la récolte et dans sa qualité. En outre le peu d’abondance des pluies du printemps et de l’été fait que le rendement du cotonnier est assez faible dans les terres non irriguées, tandis que les terres arrosées rendent en général beau-
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- coup plus si on les cultive en orangers ou en légumes de primeurs que si l’on y veut faire du coton.
- Le coton delà Louisiane ou Upland, est le seul dont la culture ait en Italie quelque chance de succès; il réussit sensiblement mieux que le coton herbacé, surtout dans les terrains un peu élevés et manquant de fraîcheur. Quant au coton de Géorgie, il est beaucoup trop tardif pour donner aucun produit en Italie dans les années ordinaires.
- En 186/1, 88,000 hectares plantés en coton produisaient 622,896 quintaux; en 18y3 , lasuperficie en culture était tombée à 36,500 hectares et le rendement à 180,000 quintaux; et depuis 1873 les statistiques bien qu’incomplètes indiquent encore que l’importance de cette culture va toujours en diminuant. Il en résulte que l’Italie comme tous les pays d’Europe, importe du coton plus qu’elle n’en exporte; c’est ce qu’indiquent les chiffres suivants :
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- 1876 .................... 202,008 quint. 6,890 quint.
- 1877 .................... 2/11,672 7,990
- ' GRÈCE.
- Comme dans beaucoup d’autres pays, la culture du coton a pris une certaine importance au moment de la guerre en Amérique, et elle n’a pas trop décliné depuis cette époque, la fin de la guerre de sécession ayant coïncidé avec l’établissement de filatures dans le pays. Actuellement les cultures de coton occupent de 10,000 à 1 1,000 hectares tous les ans, et la production annuelle est d’environ 7 millions de kilogrammes. Cette quantité n’est cependant pas suffisante pour faire face aux besoins de l’industrie, car les importations dépassent les exportations d’environ 80,000 kilogrammes.
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- LINS.
- La culture et l’emploi du lin dans les arts usuels apparaissent dans l’histoire dès les temps les plus reculés. Les anciens Egyptiens savaient filer le lin et en faire des étoffes d’une finesse et d’une solidité remarquables. La culture de cette plante s’est répandue dans presque toutes les contrées de l’ancien et du nouveau monde, où elle est justement appréciée comme plante textile et quelquefois comme plante oléagineuse. La rapidité de sa végétation, l’abondance et la ténacité de sa fibre, et la facilité relative avec laquelle celle-ci se détache des autres parties qui constituent sa tige lui conserveront sans doute toujours la place qu’elle occupe, à côté du chanvre, au premier rang des plantes à fibres textiles. D’autres végétaux peuvent être préférés à ceux-là pour quelques emplois spéciaux ou dans des circonstances particulières de sol et de climat; mais dans l’usage général, le lin et le chanvre restent et resteront à la première place pour la production des fils, étoffes et cordages de première qualité.
- Bien que les diverses fibres végétales aient habituellement dans l’industrie leurs emplois séparés, et que l’une ne puisse pas, en général, remplacer les autres, l’abondance plus ou moins grande de certains filaments exerce incontestablement une influence sur la production des autres. L’introduction du coton dans la fabrication des étoffes a fait baisser considérablement, à une époque déjà assez éloignée, la production du lin en Europe. La guerre d’Amérique, en arrêtant, dans une large mesure, l’importation des cotons en Europe, a, au contraire, rendu au lin une certaine faveur, dont il reste encore aujourd’hui quelque chose. Certains pays où la culture en était à peine usitée l’ont adopté sur une large échelle; d’autres, par contre, et malheureusement la France est de ce nombre, laissent cette importante branche de la production agricole décroître de jour en joui1.
- Un des grands avantages, déjà indiqué, de la culture du lin,
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- c’est la rapidité avec laquelle s’en fait la récolte; trois mois ou trois Gr. V. mois et demi suffisent pour le développement et la récolte de la C1~g plante dans les cultures de printemps, les seules, sauf de très rares exceptions, qui soient en usage là où la filasse est le produit que Ton se propose d’obtenir. La séparation de la fibre d’avec l’écorce et les parties ligneuses de la tige se fait par l’opération f|u’on nomme rouissage, et qui se pratique soit par l’immersion dans l’eau courante ou stagnante, soit par l’exposition des tiges à l’action de la rosée à la surface d’un pré. Quel que soit le mode de rouissage employé, cette opération présente des inconvénients, soit au point de vue de la salubrité, soit sous le rapport de la dépense, du temps employé ou de la perte sans restitution possible au sol d’une partie des éléments constituants de la récolte.
- Les plus beaux et les meilleurs lins sont, depuis des siècles, ceux qu’on produit dans les Flandres. Le sol et le climat paraissent convenir tout particulièrement à cette plante; et, de plus, les populations familiarisées de temps immémorial avec toutes les opérations de la culture, de la récolte et de la préparation du lin, excellent dans toutes les manipulations nombreuses et souvent délicates qu’exige l’industrie linière. Les Pays-Bas et l’Irlande se livrent, avec persévérance, au développement et à l’amélioration de la culture du lin. De louables efforts dans le même sens sont faits par des contrées plus méridionales et notamment par l’Algérie , le Portugal et l’Italie.
- En dehors des lins d’hiver, qui conviennent plus spécialement à la production des graines, on distingue, dans les lins de printemps, plusieurs variétés bien tranchées; le Un de Riga est la plus connue et la plus estimée. C’est une variété effilée, longue de tige, ne se ramifiant jamais beaucoup. On en connaît une forme appelée lin de Pskojf, qui a l’avantage de dégénérer moins rapidement que le lin de Riga ordinaire. Le lin royal et le lin à jleur blanche passent pour avoir une filasse qui se détériore moins que celle des autres variétés par un léger excès de maturité. Cette particularité permet d’obtenir de la graine en assez grande quantité, sans préjudice pour le rendement en filasse.
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- FRANCE.
- La culture du lin en France diminue, au point de vue du nombre d’hectares ensemencés; le produit en filasse a meme un peu diminué, bien que le rendement par hectare ait légèrement augmenté. La consommation n’a pas beaucoup varié dans les dernières années; mais ce sont les importations qui ont progressé. Elles ont atteint, en 1876, 4i,o45,4i3 kilogrammes, provenant surtout de la Belgique et delà Russie; en 1867, les importations étaient de 37,533,549 kilogrammes. C’est surtout si l’on se reporte aux moyennes décennales que l’on trouve une augmentation inquiétante dans le mouvement des importations de lin ; la moyenne a été, en effet, en 1857 et 1866, de 26 millions de kilogrammes, tandis que, de 1867 à 1876, elle s’est élevée à 54 millions. Il est fâcheux de voir l’industrie française obligée d’aller chercher à l’étranger des produits que la culture indigène pourrait lui fournir d’autant plus facilement que les lins importés sont, en général, de qualité commune. En regard de ces importations, on ne trouve qu’une exportation de 6,162,980 kilogrammes, en 1867, montée, en 1876, au chiffre de 9,216,580 kilogrammes ; de 1857 à 1866, la moyenne de cette exportation s’est tenue entre 3 et 4 millions de kilogrammes; de 1867 à 1876, elle est arrivée à dépasser 8 millions. C’est principalement sur la Belgique qu’elle est dirigée, et elle porte à peu près exclusivement sur des lins de qualités supérieures.
- L’étendue consacrée à la culture du lin en France, qui était, en 1870, de plus de io5,ooo hectares, est actuellement environ de 80,000 à 90,000 hectares seulement, chiffre dans lequel le département du Nord figure pour plus de 10,000 hectares; le Finistère, pour 8,200; les Côtes-du-Nord, pour 7,260, et le Pas-de-Calais, pour environ 5,500, Les départements où l’on cultive le plus de lin sont également ceux où l’on obtient, par hectare, les plus forts rendements.
- On emploie beaucoup comme semence les graines directement importées de Riga. On estime plus encore, comme donnant un lin plus fort et d’une réussite plus assurée, les graines qu’on
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- appelle lin de Riga après tonne, c’est-à-dire les graines du lin de Riga, cultivé un an en France et en Belgique.
- Les différents soins à donner aux cultures de lin, et surtout les sarclages et l’arrachage, demandent beaucoup de main-d’œuvre; c’est sans doute en grande partie pour ce motif que la culture en est aujourd’hui un peu délaissée. Diverses tentatives ont été faites déjà dans le but d’inventer une machine pour arracher le lin; jusqu’ici les résultats n’ont pas été satisfaisants. En France, l’arrachage se fait toujours à la main, par petites poignées qu’on déracine en les tirant du sol un peu obliquement; on les secoue pour les débarrasser de la terre; puis on les dépose sur le sol en les croisant les unes sur les autres; bientôt après, on met le lin en chaîne, ce qui se fait en appuyant les poignées debout les unes contre les autres, de manière à en former une double rangée qui se soutient d’elle-même; quand le lin est à peu près sec, on le met en gerbes, composées de sept ou huit poignées; ces gerbes sont elles-mêmes mises en meules ou monts, qui s’établissent de différentes manières, suivant les localités. Le plus souvent, le lin est vendu sur pied, les beaux lins bien réussis trouvent acheteur à 1,800, 2,000 et même 2,5oo francs l’hectare. Les lins ramés ne se cultivent plus que sur une échelle fort restreinte. Ce sont ceux qui donnent la filasse la plus fine, mais aussi ceux qui occasionnent les frais de culture les plus élevés : environ î ,ooo francs par hectare. Le semis se fait de bonne heure, généralement avant la fin de mars; puis on donne un sarclage, immédiatement après lequel on fait la ramée, opération qui consiste à planter de petites fourches de bois, élevées de 20 à 25 centimètres en lignes parallèles espacées de 7 à 8 mètres; on les relie par des perches allant de l’une à l’autre, et sur lesquelles on étend en travers des branchages avec toutes leurs ramilles. Les lins ramés sont généralement rouis dans des eaux très claires ; on les teille au couteau, et l’on en fait généralement des fils à dentelle. Les lins ordinaires se rouissent, en Flandre, dans l’eau stagnante ou dans l’eau courante; ce procédé est le meilleur, et c’est à son emploi que les beaux lins de la Lys doivent leur finesse et leur blancheur. Le meilleur mode de rouissage est celui qu’on appelle le rouissage au
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- ballon; le lin est renfermé dans de grandes caisses à claire-voie, plongées dans la rivière, et maintenues constamment à fleur d’eau; on obtient, de la sorte, des lins très blancs, soyeux, souples et sans rivaux pour la fabrication des fils les plus fins.
- Le département du Finistère et celui des Côtes-du-Nord, ce dernier surtout, ont présenté à l’Exposition des spécimens importants de leur culture. Le comité linier du littoral présentait un assortiment très nombreux des produits de ses adhérents. L’ensemble manquait un peu de longueur ; mais il y avait quelques échantillons, d’une finesse remarquable, qui témoignaient d’une culture fort habilement faite.
- BELGIQUE.
- La Belgique, et plus particulièrement la portion des Flandres qui avoisine Gand, Courtrai, et qui confine à la Flandre française, partage la réputation dont celle-ci jouit ajuste titre pour la production des lins de qualité supérieure. Ces lins n’étaient pas représentés à l’Exposition par des échantillons aussi nombreux qu’on aurait pu s’y attendre; mais ceux qui y figuraient étaient irréprochables comme longueur, finesse et égalité du brin. L’étendue ensemencée annuellement en lin est à peu près de 6o,ooo hectares, qui rendent 3i,680,000 kilogrammes défilasse, ce qui équivaut à une production moyenne de 5ao kilogrammes à l’hectare.
- PAYS-BAS.
- La culture du lin est ancienne, en Hollande, et elle y est très encouragée; il y existe une société pour le développement et le perfectionnement de cette industrie, qui a présenté, à l’Exposition, des produits très remarquables par leur abondance et leur belle qualité. Au point de vue de la longueur et de la finesse de la paille, ces produits pouvaient se comparer avec les meilleurs lins Belges ou français; la couleur seule était un peu moins belle.
- BUSS1E.
- La Russie est le plus grand pays producteur de lin du monde entier; elle consacre annuellement à cette culture une étendue
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- de terrain d’environ 800,000 hectares, dont le produit, en filasse, s’élève à près de 200,000 kilogrammes. Dans ces chiffres figure une forte proportion de cultures faites, dans le midi de la Russie, uniquement pour la graine , et dans lesquelles les tiges, coupées à la faux, sont considérées comme sans valeur et sont brûlées. Dans les provinces du Centre et du Nord, où le lin est cultivé surtout pour la filasse, le rendement à l’hectare varie de 325 à 5oo kilogrammes. Cependant là même où la filature est le principal objet que la culture a en vue, la graine est aussi récoltée comme un produit accessoire d’une assez grande importance; il se fait une exportation très considérable de graines de lin de Russie vers les contrées de l’Europe centrale et occidentale; ces graines, destinées uniquement à servir de semence, proviennent de la variété de printemps dite de Riga, la plus convenable de toutes pour la production de la filasse. C’est dans les gouvernements de Pskoff, de Vitebsk, de Smolensk, de Jaroslau, de Vladimir, que Ton récolte la graine de semence destinée à l’exportation. Les graines du midi de la Russie, provenant, en général, de lins d’hiver courts et ramifiés, ne sont mêlées aux grains de Riga qu’en fraude. Dans le Nord, on sème 2Ùo litres de graines à l’hectare, et Ton n’en récolte guère plus de35oà 5oo litres, outre la filasse. Dans le Midi, au contraire, on ne sème que de 76 à 100 litres, et Ton récolte de 10 à 20 hectolitres à l’hectare. De très bons spécimens de filasse brute et peignée ont été présentés par plusieurs exposants russes, et spécialement par le comité de la Rourse de Riga, qui est le principal port d’embarquement des filasses et surtout des graines du nord de la Russie.
- PORTUGAL.
- La culture du lin est Tune des principales cultures industrielles du Portugal; on y fait beaucoup de lin d’hiver ou mauresque, qui donne surtout de la graine, et dont la filasse est grossière et toujours grise. Comme lin de printemps, on cultive le lin de Riga, qui donne d’assez bons produits, mais qui dégénère rapidement sous l’influence du climat. On cultive encore assez généralement une variété locale désignée sous le nom de gallego ou lin de Ga-
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- licie, qui ne prend qu’un faible développement, car il atteint rarement 5 o centimètres de hauteur; mais la filasse en est d’une blancheur et d’une finesse tout à fait exceptionnelles. Le lin, en Portugal, ne réussit pas sans arrosements. Le produit des cultures est d’environ koo kilogrammes à l’hectare; la production locale ne sullit pas aux besoins du pays, aussi le Portugal importe-t-il, tous les ans, des lins étrangers en assez forte proportion.
- ITALIE.
- La culture du lin a, en Italie, une importance moindre que celle du chanvre; on peut même dire qu’il y est moins cultivé comme plante textile que comme plante oléagineuse. Pour ce dernier emploi, on préfère, en général, le lin d’hiver, qui est plus ramilié et beaucoup plus productif; le lin de printemps est à peu près confiné dans les régions où la rigueur des froids ou bien l’abondance des neiges pourrait nuire à la variété hivernale.
- Les principaux pays producteurs de lin sont les territoires de Crema et de Crémone, qui consacrent annuellement à cette culture environ 18,000 hectares, ensuite les campagnes du Milanais et de Brescia, puis celles de Pavie, de Mantoue et de Reggio (Emilie). Il faut signaler aussi un territoire assez étendu de la province de Cosenza, appelé Sila, vaste plateau en grande partie boisé, élevé d’environ 1,000 à i,3oo mètres au-dessus de la mer, et où le lin de printemps est largement cultivé pour la filasse. Et, ce qui est assez remarquable, c’est que cette culture est faite par les familles des pasteurs nomades qui arrivent au printemps sur ce plateau, dont les abondants pâturages nourrissent leurs troupeaux pendant tout l’été. Ils louent des morceaux de terre de médiocre étendue, pour y faire la culture du lin; puis, après la récolte, tous les individus qui ne sont pas nécessaires à la garde des troupeaux redescendent vers la plaine pour y faire la vendange, etc.
- La province de Crémone se distingue autant par la qualité de la filasse qu’on y prépare, que par l’étendue de ses cultures de lin. Le rouissage se fait dans l’eau, comme celui du chanvre; le rouissage à la rosée ou sur prés, auquel d’autres pays doivent des fi-
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- lasses de qualité si remarquable, n’est pas pratiqué en Italie, surtout à cause de l’absence de rosées suffisantes à la saison convenable.
- Une commune de Sicile nommée Acireale a pris l’heureuse initiative de faire construire un routoir public, divisé en nombreux compartiments, et alimenté par de l’eau courante. Non seulement cette installation procure aux cultivateurs de la commune l’avantage de rouir leur lin moyennant la redevance extrêmement faible de 28 centimes par 100 kilogrammes; mais encore la salubrité du pays y a notablement gagné.
- Le teillage du lin se fait, en Italie, par les procédés habituels.
- L’Italie cultive annuellement environ 80,000 hectares de lin; la production totale delà filasse est de 23,128,600 kilogrammes; le rendement moyen par hectare est donc un peu inférieur à 300 kilogrammes; en réalité, il est supérieur pour la Lombardie, et notablement inférieur pour le reste du royaume.
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- ALGÉRIE.
- On fait surtout, en Algérie, des lins pour graines. Cependant la culture des lins de printemps destinés à produire de la filasse a pris, dans ce pays, une assez grande importance, le climat paraissant s’y prêter fort bien. Le semis se fait à la fin de janvier ou au mois de février, et la récolte a lieu dès le mois de mai. Un des avantages de cette culture, c’est quelle rapporte très promptement aux fermiers un produit important en argent. Les lins deviennent à peu près aussi hauts et aussi beaux en Algérie que dans le nord de la France, et le prix de revient en est très notablement moins élevé; on peut acheter, sur pied, en Algérie, pour (>oo ou 700 francs l’hectare, des lins de 90 centimètres de hauteur, qui, dans le Nord, se payeraient de 1,200 à i,5oo francs.
- En Algérie, le rouissage présente quelques difficultés; le rouissage par les procédés chimiques a été essayé avec d’assez bons résultats. L’Algérie est un des pays où il serait le plus intéressant de substituer ce système au rouissage dans l’eau.
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- GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE.
- La Grande-Bretagne fuit très peu de lin; l’étendue annuellement cultivée ne dépasse pas 3,ooo hectares, qui donnent, en moyenne, 5oo kilogrammes de filasse; l’Irlande, au contraire, s’adonne à la culture du lin sur une grande échelle, et y consacre, chaque année, environ 5o,ooo hectares, dont le rendement est également de 5oo kilogrammes environ. On importe beaucoup de graines de Riga et de Hollande. Les lins du Royaume-Uni n’étaient pas représentés à l’Exposition, au moins dans la classe Ù6.
- ÉTATS-UNIS.
- Le lin est largement cultivé aux Etats-Unis pour la production de la graine; fort peu, au contraire, pour la production de la filasse. Dans ce pays, le coton est appliqué à presque tous les emplois auxquels le lin sert en Europe; et, pour les autres, on tire de l’étranger les fibres nécessaires. L’importation des divers produits du lin représente une valeur annuelle de près de ioo millions de francs. La seule exportation d’une certaine importance consiste en tourteaux dont l’Amérique du Nord expédie, tous les ans, environ 26 millions de francs. En général, les tiges des lins, cultivés dans l’Ouest pour la graine, ne sont utilisées que comme litière; on a essayé, à Saint-Louis (Missouri), d’en tirer une filasse grossière pour en faire des sacs et des toiles d’emballage; mais cette industrie ne peut guère lutter contre l’importation des jutes de l’Inde.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- La production du lin dans la monarchie austro-hongroise atteint annuellement le chiffre d’environ 45,ooo quintaux métriques. La Bohême et la Galicie fournissent chacune environ un tiers de cette quantité. Ce pays est obligé néanmoins de s’adresser, tous les ans, à l’étranger, pour compléter la quantité dont il a besoin. Les importations annuelles s’élèvent à environ 200,000 quintaux métriques, et elles sont à peu près entièrement fournies par la Russie. Dans les cultures autrichiennes, on emploie fré-
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- quemment les graines cTorigine russe, surtout celles de Riga et de Pernau. Le rouissage des lins se fait soit dans l’eau, soit à la rosée; ce dernier procédé est encouragé par les sociétés d’agriculture. Celle de la haute Autriche avait présenté, à l’Exposition, de fort beaux échantillons de lin.
- IV
- CHANVRES.
- La culture du chanvre n’est pas beaucoup moins ancienne que celle du lin, et elle est devenue tout aussi universelle. Par une singulière coïncidence, ces deux plantes, qui se classent parmi les plus précieuses comme textiles, donnent en même temps des graines riches en huile; ce double caractère se retrouve aussi dans le cotonnier. La végétation du chanvre est un peu plus prolongée que celle du lin; mais la plante atteint par contre des dimensions bien plus considérables, la libre en est plus longue, plus forte et en même temps plus fine quand elle est habilement préparée. On peut parcourir d’un bout à l’autre la liste des plantes proposées comme textiles sans rencontrer un végétal d’une culture aussi simple, aussi sûre, se prêtant aussi bien à toutes les variations de sol et de climat et donnant à la fois une fibre aussi belle, aussi longue, aussi fine et aussi tenace que le chanvre.
- On ne cite pas de pays qui après avoir connu le chanvre en ait abandonné la culture. Aujourd’hui le monde entier en produit; mais c’est surtout en Russie, en Italie, en France, en Espagne, en Autriche-Hongrie, que la culture en est considérable. Tous ces pays ont présenté à l’Exposition des échantillons plus ou moins nombreux, mais bien préparés et tous de belle qualité. Le Japon aussi a présenté des chanvres apprêtés d’une manière toute particulière, mais d’une beauté et d’une solidité remarquables.
- Les botanistes ne reconnaissent qu’une seule espèce de chanvre : le chanvre cultivé ou commun (Cannabis saliva, L.); mais il en existe de nombreuses variétés qui se distinguent principalement par leur précocité plus ou moins grande et par la taille plus ou moins élevée quelles atteignent. On importe fréquemment en France
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- pour semence les graines de chanvre du Piémont, et Ton estime par-dessus tout, dans TAnjou, les graines récoltées sur les plantes qui proviennent directement de ces graines importées.
- FRANCE.
- Le chanvre se cultive en France un peu partout. Il n’est guère de village où quelque coin de terre plus riche et mieux situé que les autres ne soit converti en chènevière; mais c’est surtout dans les vallées des grands cours d’eau, là où le sol est formé d’allu-vions profondes et conserve une certaine fraîcheur même dans les chaleurs de Tété, que la culture du chanvre vient à occuper une proportion importante du territoire. Les principaux centres de production sont: la vallée de la Loire, principalement entre Saumur et Angers; celle du Loir et delà Sarthe dans leur portion inférieure; celles de l’Isère, auprès de Grenoble, et de la Somme, au-dessus d’Abbeville. L’étendue totale consacrée à cette culture était, en 1875, de 98,300 hectares. Les départements qui en produisaient le plus étaient :
- FILASSE.
- Hectares. Quint, met.
- Sarthe 12,720 72,806
- Maine-et-Loire 8,000 00,000
- Ain 2,523 28,186
- Isère 2,572 i9>759
- Côtes-du-Nord 2,400 19,728
- Vienne 2,4o8 19,264
- Indre-et-Loire 2,5oo 17,500
- Somme 1,185 1 GO O
- Les procédés de culture sont partout à peu près identiques; les semailles se font tard, après que le sol est bien ressuyé et déjà un peu échauffé, c’est-à-dire dans le courant d’avril ou au commencement de mai. Les terres labourées à plat et bien ameublies doivent être sarclées avec soin et tenues très propres. Les pieds mâles qui mûrissent les premiers et commencent à jaunir presque aussitôt après la floraison, sont récoltés les premiers; on les arrache à la main, laissant les pieds femelles en place jusqu’à la maturité des graines. Presque partout les paysans renversent les rôles dans
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- leur langage et appellent chanvre femelle celui qui mûrit le premier et l’autre, chanvre mâle, malgré l’inconséquence évidente qu’il y a à appeler mâle celui qui porte la graine. Les fibres de ce dernier sont plus grosses et plus tenaces; celles du chanvre mâle, plus fines, plus souples et plus soyeuses. Le rouissage du chanvre se fait de préférence à l’eau courante : les fibres en sont d’autant plus belles et plus blanches; mais toutes les substances unies à elles dans les tiges sont perdues de la sorte au grand détriment de la richesse des terres et de la salubrité des eaux. Toute importante quelle est, la production des fibres de chanvre en France ne suffit pas aux besoins de l’industrie, les importations se sont élevées en 1867, à 6,833,463 kilogrammes; en 1876, à 1/1,272,609 kilogrammes. L’exportation est fort peu considérable et ne dépasse guère 1 million de kilogrammes, qui sont expédiés principalement sur la Belgique et quelquefois sur l’Allemagne et l’Angleterre.
- RUSSIE.
- La Russie est peut-être le pays du monde qui produit la plus grande quantité de chanvre; l’immense étendue et la fertilité de son sol lui permettent d’en exporter annuellement des quantités considérables, sans que la production paraisse diminuer. Cette culture est surtout entre les mains des paysans et des petits propriétaires; elle occupe par an 546,000 hectares, qui donnent 98,280,000 kilogrammes de filasse. Plus delà moitié en est expédiée à l’étranger, le chiffre des exportations s’élevant à 57 millions de kilogrammes. Ce sont surtout les gouvernements de l’ouest et du nord-ouest de la Russie qui produisent les plus beaux chanvres. Ils sont, en grande partie, embarqués à Riga, et le comité de la Bourse de cette ville en avait exposé un assortiment qui figurait parmi les plus beaux apports de la Russie à l’Exposition.
- ITALIE.
- L’Italie est un des grands pays producteurs de chanvre et ses filasses sont remarquables non seulement par leur abondance, mais par leur belle qualité Les chanvres de Bologne ont une réputation justement méritée et la province de Y Emilie, dont cette ville est la
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- capitale, continue à être le centre de la production chanvrière en Italie. 11 résulte, en effet, des tableaux établis par le ministère de l’agriculture italienne que, sur i33,ooo hectares annuellement consacrés à cette culture, Y Emilie seule en compte au delà de 72,000 hectares, c’est-à-dire plus de la moitié de l’étendue totale. Les autres régions qui viennent après celles-là sont : la région méridionale méditerranéenne avec 17,000 hectares; puis la Vénétie, les Marches et l’Ombrie, avec 11,000 hectares chacune. Les chanvres de Bologne sont remarquables par la longueur de la fibre, conséquence du grand développement et de la haute taille qu’atteignent les plantes sous l’influence d’un climat favorable et d’une culture bien faite. Les environs de Pancalieri (Piémont) sont également renommés par la beauté du chanvre qu’on y cultive. Dans Y Emilie, les terres à chanvre sont labourées avec le plus grand soin profondément et à trois reprises. Quelquefois on leur applique une préparation usitée aussi sur les côtes de la Bretagne pour les terres qui doivent porter des racines; elle consiste à défoncer à la bêche le fond de la raie ouverte parla charrue, l’on ameublit ainsi le sol à ho centimètres au moins de profondeur. La fumure des terres n’est pas moins soignée que la préparation ; outre une bonne dose de fumier d’étable, on leur donne une fumure additionnelle composée de larves de vers à soie, de tourteaux, de marc d’olives ou d’engrais de commerce.
- La quantité de semence employée varie de 3 à 5 hectolitres à l’hectare. Quand le moment de la récolte est arrivé, on arrache les tiges, plus rarement on les coupe vers le pied, et on les réunit en tas pyramidaux élevés, qu’on laisse sécher jusqu’à ce que les feuilles se détachent facilement; on ne laisse en place que les pieds femelles, réservés pour la production de la graine.
- Le rouissage se fait sur place dans des fosses dont les parois sont quelquefois soutenues par des planches ou de la maçonnerie. Les bottes de tiges sont maintenues au fond par des pierres dont on les charge.
- Le teillage du chanvre se fait habituellement chez les cultivateurs eux-mêmes; après que les tiges sont bien rouies, on les tire de 1’ eau, on les dresse à nouveau pour les faire sécher, et on leur
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- fait subir un broyage préliminaire si elles sont trop grosses et trop Gr. V fortes pour être teillées facilement. Ce broyage et ce teillage se font souvent mécaniquement; il existe pour cela plusieurs bonnes machines italiennes et étrangères. Le produit moyen par hectare est de près de 8 quintaux (790 kilogrammes), moyenne supérieure à l’Italie tout entière, qui n’atteint que 721 kilogrammes.
- Le produit total de l’Emilie est de 570,8/17 quintaux, celui de l’Italie entière de 969,177 quintaux. Sur cette quantité, il est importé en France environ 70,000 quintaux métriques par an. On introduit en France passablement de graines de chanvre d’Italie pour semence. Dans la vallée de la Loire qui est chez nous le centre de la production chanvrière, on recherche la graine de Piémont, comme pour le lin on estime les semences venues de Riga.
- AC TRICHE-HONGRIE.
- Le chanvre est largement produit en Autriche et principalement en Galicic. Les quantités récoltées se sont élevées, pour 1876, à 283,000 quintaux métriques dont cette province a fourni 1 96,000. La Hongrie de son côté consacre annuellement à la culture du chanvre 5o,ooo hectares, qui donnent un produit moyen de 5 00 à 600 kilogrammes de filasse, ou une production à peu près égale à celle du reste de la monarchie. Ces quantités réunies suffisent à peu de chose près aux besoins de l’industrie locale; si par hasard, ils dépassent un peu la production, c’est l’Italie qui fournit le léger appoint qui peut être nécessaire. Les chanvres autrichiens et surtout ceux de Hongrie sont beaux et estimés. La production de ce dernier pays serait certainement encore plus considérable si elle était plus assurée; mais il n’est pas rare que les circonstances atmosphériques y fassent varier la récolte du simple au double.
- ESPAGNE.
- L’Espagne produit aussi une assez grande quantité de chanvre, surtout dans les provinces du Nord. Elle en a présenté à l’Exposition de nombreux échantillons, remarquables par leur force et la longueur des brins, mais laissant à désirer, en général, au point de vue de la préparation.
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- JAPON.
- Le Japon, si riche en fibres végétales de toutes sortes, cultive aussi le chanvre et en extrait des fibres d’une ténacité surprenante. La variété qui est cultivée dans ce pays paraît se rapprocher du chanvre de Chine; c’est une race plus tardive, plus ramifiée, mais aussi plus vigoureuse et plus grande que celles dont on fait en général usage en Europe. Les fibres sont détachées en larges rubans, très blancs et d’un aspect presque nacré; dans cet état, elles sont évidemment reliées entre elles par une bonne partie de la matière résineuse si abondante dans les tiges fraîches. Les cordes faites de chanvre ainsi préparé présentent à diamètre égal une résistance d’un tiers plus grande que si elles étaient composées des meilleures. filasses d’Europe.
- V
- TEXTILES DIVERS.
- En outre des lins et des chanvres, la classe 46 contenait de nombreux échantillons d’autres fibres textiles végétales, dont les unes ont déjà une importance industrielle considérable, tandis que d’autres promettent de prendre dans quelques pays une certaine valeur comme articles de commerce. Il ne sera pas sans intérêt de les passer rapidement en revue.
- Jute.
- Ce produit, dont la source principale est dans l’Inde anglaise, gagne chaque jour en importance, en même temps qu’il devient plus variable dans sa nature et plus difficile à décrire exactement.
- Autrefois le nom de jute était réservé à peu près exclusivement aux fibres des Corchorus olitorius, L. et C. capsularis, L., plantes annuelles de la famille des Tiliacées. Maintenant ce qui s’exporte de l’Inde sous ce nom provient non seulement de ces deux plantes, mais aussi de YHibiscus cannabinus, L., et de YH. strictus; Hornm. (Malvacées), du Crotalariajuncea, L., de YOEschinomene cannabmn, Roxb. (Légumineuses), et probablement aussi de différents Agave
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- et Musa. Les Corchorus olitorius et capsularis se cultivent principalement clans le Bengale, sur le bord des cours d’eau; on récolte les plantes au moment de la floraison ou peu après. Les tiges arrachées tardivement produisent plus de fibre que les autres; mais cette fibre est plus grossière et de couleur foncée. On laisse les tiges sécher deux jours dans les champs; puis on les plonge dans l’eau pendant quinze ou vingt jours; au bout de ce temps, les fibres se séparent facilement de l’écorce et du bois. Les plus belles qualités de fibres sont expédiées en Europe; les plus ordinaires servent à la fabrication des sacs d’emballage dits gunny bags qui servent dans tous les pays chauds pour l’emballage du café, du poivre, du sucre, etc. ; ces sacs fabriqués à la main par les Indous, dans leurs moments perdus, peuvent s’acheter au poids pour un prix égal à celui de la filasse, ce qui ne paraît laisser aucune marge pour les frais de filage et de tissage. Il en résulte qu’il serait difficile à l’industrie de lutter contre une production à si bon marché.
- Les importations de jute en Angleterre sont montées, en quarante ans, de 5oo à 200,000 tonneaux. Ces fibres servent en Europe pour la confection des cordes, de toiles grossières; on les emploie encore pour la fabrication du papier, et on les fait entrer aussi dans certains tissus décoratifs, auxquels elles donnent un brillant particulier. L’importation des fibres de jute en France est aujourd’hui en moyenne de 25,000 tonnes, valant de 11 à 1 2 millions de francs.
- On fait actuellement des efforts pour introduire la culture du jute dans la Caroline du Sud, pour utiliser les rizières menacées par la concurrence des riz des îles Sandwich; le rouissage pourra se faire commodément sur place, les rizières étant disposées pour être inondées à volonté. On a fait également des tentatives de culture de jute en Louisiane.
- On emploie comme textile, en Egypte, Y Hibiscus cannabinus, une des plantes qui produisent le jute des Indes : on le sème sur le bord des canaux qui entourent les champs de cotonniers. Le semis se fait serré, de manière à obtenir des plantes sans ramifications, dont la fibre est plus belle et plus facile à préparer. Il y en avait de beaux échantillons à l’Exposition.
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- Ramie.
- La ramie (Boehmeria utihs) est une plante de la famille des Urticées, si voisine de l’ortie de Chine (Boehmeria nivea, Hook. et Arn.), que ces deux plantes ont été souvent confondues Tune avec l’autre. La ramie est celle des deux qui présente le plus grand intérêt industriel, à cause de la rapidité de son développement et de l’abondance de son produit. On la distingue de l’ortie de Chine à la forme plus allongée de ses feuilles, qui sont dépourvues à leur face inférieure de la couleur blanche argentée qui rend cette dernière plante si facile à reconnaître.
- La ramie est indigène dans les îles de la Sonde; elle y est aussi l’objet, de la part des indigènes, d’une culture importante. De là elle s’est répandue en Cochinchine, dans l’Inde et, depuis quelques années, dans les régions tropicales du monde entier. Elle prospère surtout dans les terres bien arrosées et sous un climat chaud; on peut, dans ces conditions, obtenir par an trois coupes de tiges hautes de 5 ou 6 pieds. La libre en est très belle, très brillante et d’une ténacité remarquable; elle est presque intermédiaire, par l’aspect, entre le chanvre et la soie. La grande difficulté qui s’oppose jusqu’à présent à l’extension de cette culture, c’est la difficulté qu’on éprouve à séparer les fibres des tiges.
- Les Chinois font ce travail à la main, en pelant la tige et en séparant les fibres de Técorce avec un couteau. Par ce procédé, un homme ne peut pas en préparer plus de î kilogramme par jour. Le gouvernement des Indes anglaises offre un prix de 126,000 francs à l’inventeur de la meilleure machine propre à faire ce travail; la machine doit pouvoir travailler les tiges fraîches et en retirer un produit valant au moins i,i25 francs la tonne sur le marché anglais, sans que les frais de préparation de cette quantité dépassent 375 francs. Un premier concours, dont le résultat n’a pas été satisfaisant, a eu lieu en 1871; il sera répété en août et septembre 1879.
- Dans la plupart des colonies françaises, il a déjà été fait des essais de culture de ramie; les plus beaux échantillons présentés à l’Exposition venaient de la Guyane, de la Cochinchine et des
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- établissements français de l’Inde. En Algérie, elle réussit fort bien clans les terres fraîches ou arrosées, et résiste sans peine aux petites gelées blanches de l’hiver. Ce qui s’oppose, pour le moment, à l’extension de cette culture, c’est que les bonnes machines à décortiquer font encore défaut, et qu’il n’y a point d’acheteurs pour la tige brute.
- La ramie est aussi cultivée au Japon, ainsi que YUrticn Thunber-rpana, Sieb et Zucc., plante analogue et indigène.
- Les Etats-Unis ont présenté à l’Exposition d’assez nombreux spécimens de ramie en tiges, en filasse et même en tissus; jusqu’à présent, ces produits ne proviennent que d’essais faits en petit et n’ont pas encore d’importance industrielle.
- Phormium.
- Le Phormium lenax, Forst. ou lin de la Nouvelle-Zélande, ne paraît pas avoir été cultivé jusqu’ici en dehors de son pays d’origine, si ce n’est comme plante d’ornement. Quand la plante vient bien, les feuilles peuvent atteindre une longueur de 2 à 3 mètres; on en trouve à la Nouvelle-Zélande, et surtout dans la province YVestland, des quantités immenses à l’état spontané. On calcule qu’en l’exploitant avec ménagement, c’est-à-dire en n’enlevant que les feuilles extérieures des plantes, on peut en obtenir presque indéfiniment plusieurs milliers de kilogrammes de fibres par hectare et par an. Il faut environ A kilogrammes à à kilogrammes et demi de feuilles vertes pour produire 1 kilogramme de filasse; celle-ci est vendue sur place de 35o à A5o francs la tonne.
- Quelle que soit l’abondance de la production naturelle, il est certain que, si l’on ne soumet pas la plante à la culture, on arrivera à épuiser les ressources de l’île.
- La filasse est importée en Europe où elle sert principalement à la fabrication des nattes ou des toiles d’emballage.
- Il faut signaler, parmi les produits exposés par l’Australie, les fibres de Sidnretum, L., appelé aussi chanvre de Queensland, qui attire l’attention depuis quelques années comme plante textile et comme matière première de la pâte à papier.
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- Alfa.
- L’exposition (le l’Algérie présentait en abondance une production naturelle de notre colonie, Yalfa, graminée très employée depuis quelques années pour la fabrication du papier. Si l’alfa n’est pas précisément un produit agricole, on ne doit pas cependant le considérer en Algérie comme un simple produit des cueillettes; il faut, en effet, pour donner d’une façon continue un rendement avantageux, que les plaines d’alfa soient aménagées avec soin, et que la récolte y soit faite avec modération et à des intervalles un peu éloignés.
- L’alfa (Stipa ou Macrochloa tenacissima, Kunth.) est une des plantes que l’on confond sous le nom de sparte, et c’en est la plus utile et la plus répandue quoique ce ne soit pas le sparte véritable. L’alfa couvre, sur les hauts plateaux de l’Algérie, une étendue qu’on estime à 5 millions d’hectares. La plante croît en touffes formées de feuilles longues et flexibles. Ce sont ces feuilles qu’on arrache une à une et qui constituent le produit commercial si recherché aujourd’hui. Les feuilles d’alfa ont été employées de tout temps en Algérie pour faire des nattes, des paniers et toutes sortes d’objets usuels. C’est en 1868 que les Anglais ont commencé à rechercher ce produit pour la fabrication du papier. L’exportation a été, cette première année, de 2,-762 tonnes; en 1876, l’Angleterre en a pris 4o,ooo tonnes; en outre, il a été fait dans ces dernières années des expéditions considérables vers d’autres pays, notamment vers la France, l’Espagne et la Belgique. En 18-76, le chiffre total des exportations s’est élevé à 58,769 tonnes; le prix en est d’environ 120 francs la tonne, en balles pressées, sur le marché d’Oran.
- Chanvre de Manille, Abaca.
- Aux Philippines, on prépare une grande quantité de’ fibres extraites des feuilles de deux espèces de bananiers, qui ne produisent pas de fruits comestibles : le Musa textilis, Nees. et le Musa violacea. Cette industrie est particulièrement confinée dans la portion méridionale de l’archipel des Philippines. Les plantes d’où la fibre est extraite réussissent surtout sur les pentes boisées des
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- montagnes volcaniques. Les plantations ne sont en rapport qu’au Gr. v. bout de trois ans; mais, à partir de ce moment, on peut couper une tige tous les deux mois sur chaque plante; le produit annuel d’une plantation faite en bon terrain peut alors dépasser 3,5oo kilogrammes de fibres par an, et il se maintient à ce niveau pendant cinq ou six ans. On sépare, dans la préparation des fibres, les plus fines des plus grossières; les premières servent à la fabrication des étoffes; les autres ne sont employées que pour faire des cordages. Ces cordages sont usités dans TInde pour la marine marchande; on en fait également usage pour la marine des Etats-Unis.
- L’exportation annuelle des Philippines est d’environ 35,ooo tonnes d’abaca.
- Lés variétés de bananiers dérivées du Musa sapientum, L., et du Musa paraclisiaca, L., cultivées pour leurs fruits dans toute la zone tropicale, peuvent aussi fournir une grande quantité de fibres propres à tous les usages qui demandent de la force plutôt que de la finesse. Après la récolte des fruits, on coupe toujours la tige qui les a portés et qui est destinée à périr; le plus souvent, on la laisse pourrir sur place; quand on veut en tirer parti, on la divise en tronçons de 1 mètre à im,20 de longueur, que l’on fend eux-mêmes en quatre parties. Cette opération permet de préparer séparément les couches plus ou moins âgées de la tige, qui donnent des fibres de qualités différentes.
- On n’a pas encore découvert de machine propre à préparer économiquement les fibres du bananier; on se contente habituellement de faire bouillir les tronçons de tiges dans une lessive de potasse, de soude ou de chaux; les fibres sont ensuite isolées au moyen d’un frottage énergique. On s’occupe actuellement en Angleterre de tirer parti de ces tiges de bananiers pour la fabrication du papier.
- Fibres de cocotier.
- La coque ronde qui constitue, à proprement parler, la noix de coco et qui renferme l’amande et le lait, est elle-même entourée par une enveloppe volumineuse constituée principalement par des fibres grossières, enchevêtrées les unes dans les autres et jouissant à un haut degré de la faculté de résister à la pourriture.
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- hU EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Ces fibres, qui ont été employées de tout temps dans l’Inde, sont devenues depuis quelque temps pour ce pays un article d’exportation très précieux. On les expédie en Europe, où elles sont utilisées dans la fabrication des nattes, de tapis grossiers et de différents objets usuels.
- ' Voici comment cette fibre se prépare. Aussitôt que les noix de coco sont récoltées, on les sépare de leur enveloppe extérieure. Les indigènes qui sont chargés de cette opération piquent en terre une barre de fer pointue ou un morceau de bois très dur et bien aiguisé, et, saisissant les noix, ils les enfoncent sur la pointe de la barre. Au moyen clc cet instrument primitif, ils fendent et détachent l’enveloppe des noix avec une adresse extraordinaire. Ces enveloppes sont enterrées dans des fosses creusées au bord des rivières avant l’arrivée des grandes eaux. Les saisons de pluie et de sécheresse alternant régulièrement dans l’Inde, les crues des rivières se produisent aussi à des intervalles réglés.
- Les enveloppes des noix sont retirées des fosses après un séjour de huit à quinze mois; on dégage alors facilement les fibres de la pulpe en les battant au moyen de hâtons courts et pesants. Dans cet état, les écorces valent de 18 à 20 francs le mille; il en f'aul de 1,/joo à i,5oo pour donner 100 kilogrammes de fibres.
- Le Pérou a présenté quelques échantillons de feuilles blanchies et préparées du Carludomca pahnala, Ruiz et Pav., palmier qui fournit la matière première des chapeaux dits chapeaux de Panama. Cette plante, qui est indigène de l’Amérique du Sud, est l’objet d’une certaine culture dans les provinces orientales du Pérou, dans le Vénézuéla et à la Nouvelle-Grenade.
- Crin végétal.
- Différents produits sont livrés au commerce sous ce nom; le plus connu vient d’Algérie, et la matière première en est fournie par les feuilles du palmier nain Chmnœrops humilis, L., si abondant dans ce pays.
- Les feuilles se vendent de 2 â 2 fr. 5o cent, les 100 kilogrammes; le prix de la matière P ’ t 'e varie de 1 3 à 22 francs selon la qualité.
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- Le crin végétal noir est plus estimé que le blanc. Gr. V.
- L’exportation de ce produit était, en 1867 de 22,000 quintaux; C1~6 en 1876, elle a atteint 84,000 quintaux, représentant une valeur de près de 2 millions de francs.
- En Chine, on emploie pour les cordages, pour la fabrication des brosses et autres articles d’économie domestique, les fibres du Cliamœrops Fortunei, Hook., arbre voisin du palmier nain d’Algérie, mais de plus grandes dimensions.
- Le Mexique produit plusieurs variétés de fibres extraites de diverses espèces d'Agave, qui paraissent appelées à prendre de l’im-portance comme crin végétal. On remarquait surtout à l’Exposition le produit appelé dans le pays Hencqticn, extrait de Y Agave mcxicana, Lam., et déjà expédié en Europe par quantités assez importantes, et l’ixtlé produit par Y Agave yxtü, Karw. ; cette dernière fibre, qui imite tout à fait l’aspect du crin animal, est très solide, très élastique, se crêpant facilement et prenant bien la couleur.
- On peut signaler, parmi les matières premières non encore exploitées par l’industrie, une fibre végétale qui figurait dans l’exposition du Guatémala, et qui y était désignée sous le nom à’Escobilla.
- Il n’a pas été possible, en l’absence d’échantillons de la plante qui la produit, de déterminer exactement son origine botanique; mais la longueur, la finesse et la solidité des fibres donnent lieu de croire que cette matière pourra recevoir des emplois usuels si elle est produite abondamment et à bon marché.
- VI
- LUNIÎS.
- L’élevage du mouton pour la production de la laine peut être regardé comme contemporain des débuts mêmes de la civilisation. Presque tous les peuples ont été pasteurs avant d’être agriculteurs dans toute la force du terme, et le mouton formait la meilleure part des troupeaux des temps primitifs. La principale richesse des tribus consistait dans ces animaux, qui produisaient la laine en même
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- temps que le lait et la viande. Leur toison et plus tard les tissus faits de leur laine ont été les premiers vêtements de la plupart des hommes, lorsqu’ils ont commencé à faire quelques progrès vers la civilisation. Et si plus tard la production des grains destinés à l’alimentation est arrivée à constituer dans la plupart des pays du monde une industrie plus importante que la production de la laine, celle-ci n’en est pas moins demeurée un des produits les plus essentiels de l’agriculture, et l’un de ceux dont la production est la plus universelle dans toutes les parties et sous tous les climats du globe.
- Quel que soit, en effet, le nombre des diverses fibres animales ou végétales que l’homme a su approprier aux différents usages de l’industrie, il n’en est aucune qui présente un ensemble de qualités aussi remarquable que la laine; très souple en même temps que solide, se filant bien et se feutrant avec une grande facilité, elle peut être employée à une infinité d’usages. Pour la confection des étoffes, elle présente l’immense avantage de conduire très mal la chaleur; elle fournit à l’homme des vêtements qui lui permettent de braver le froid des pays septentrionaux; tandis que, dans les contrées tropicales, des tissus de laine plus légers sont ceux qui le défendent le mieux contre les variations de la température, tout en lui rendant l’extrême chaleur aisément supportable.
- Il est impossible d’évaluer, cl’une façon même approximative, le nombre des moutons qui existent sur toute la terre habitée. L’intérieur de l’Afrique doit renfermer d’immenses troupeaux, dont il serait chimérique de vouloir évaluer l’importance. Mais un relevé, fait à l’occasion de l’Exposition de 1878, et embrassant l’ensemble des pays sur lesquels on possède des données statistiques suffisamment exactes, porte à environ k20 millions le nombre des animaux de l’espèce ovine répartis entre les differentes contrées de l’ancien et du nouveau monde ainsi que de l’Australie.
- TABLEAU DU NOMBRE DE MOUTONS DANS LES PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS.
- République Argentine.................. 75,000,000
- Australie............................. 66,200,000
- Russie................................ 48,i3i,ooo
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- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES. kl
- États-Unis.............................. 33,935,000
- Grande-Bretagne............................ 32,220,000
- Allemagne................................. 2/1,935,000
- France.................................... 2/1,589,000
- Espagne ................................... 22,o54,ooo
- Autriche-Hongrie........................... 2o,io3,ooo
- République de l’Urugay..................... 16,000,000
- Cap de Bonne-Espérance..................... 16,000,000
- Russie d’Asie........................... i5,000,020
- Turquie d’Europe........................ 15,000,000
- Turquie d’Asie.......................... 15,000,000
- Algérie.................................... 10,000,000
- Maroc...................................... 10,000,000
- Perse...................................... 10,000,000
- Italie...................................... 7,000,000
- Roumanie................................ 5,000,000
- Égypte et Barbarie...................... 5,000,000
- Canada...................................... 3,3oo,ooo
- Suède et Norvvège........................... 3,252,ooo
- Portugal.................................... 2,700,000
- Grèce....................................... 2,700,000
- Danemark.................................... 1,719,000
- Hollande...................................... 936,000
- Les documents fournis par plusieurs pays sur leur propre production ne sont pas absolument d’accord avec ce tableau et ne portent pas tout à fait si haut le chiffre des moutons qu’ils possèdent; on peut considérer néanmoins qu’il donne une idée suffisamment juste de l’ensemble de la répartition entre les différents pays de la population ovine de la terre.
- Il s’en faut de beaucoup que les pays où la production de la laine a le plus d’importance soient en même temps ceux où il en est fait la plus grande consommation. Au contraire, les contrées qui produisent le plus de laine, la livrent presque en totalité à l’exportation, tandis que l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l’Amérique du Nord consomment, ou plutôt transforment à elles seules plus de la moitié de la laine produite sur le globe; de là, un immense commerce, le plus considérable peut-être qui existe, entre les pays d’élevage et les pays manufacturiers. La laine est en effet un de ces produits qui, avec un poids et un volume res-
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- treints, présentent une assez grande valeur vénale pour pouvoir supporter de longs transports. C’est à cette circonstance qu’est due l’immense développement pris par l’élevage du mouton dans la Confédération Argentine, en Australie et au Cap de Bonne-Espérance, pays où la consommation de la laine est presque nulle et dont le produit est presque intégralement expédié en Europe à plusieurs milliers de lieues de distance.
- L’importance du commerce des laines ne provient pas seulement de la disproportion qui existe entre la production de la laine dans différentes contrées et les besoins de leur consommation, mais aussi de la diversité de qualité que présente la laine des différentes races de moutons, diversité qui rend souvent un pays à la fois importateur et exportateur: importateur de laines fines par exemple ; exportateur de laines à peigner.
- L’influence du climat est considérable sur la quantité de la laine et sur le succès de l’élevage des différentes races de moutons. On peut donc très bien concevoir qu’un pays peut trouver plus d’avantages à n’élever qu’une race de moutons, quitte à échanger une portion de ses toisons contre des laines de qualités différentes qu’il ne peut pas produire lui-même dans d’aussi bonnes conditions.
- Les choses, en général, se passent un peu différemment dans la réalité, et il est peu de contrées où les conditions naturelles ne soient assez variées pour qu’on n’en soit pas réduit à n’élever qu’une race de moutons et à ne produire qu’une sorte de laine. 11 serait malheureux qu’il en fût ainsi, car on serait privé d’un grand avantage si l’on ne pouvait pas faire varier, dans une certaine mesure et suivant les circonstances, la nature de la laine qu’on produit. Les progrès et les transformations de l’industrie font, en effet, varier assez fréquemment et d’une manière assez étendue la valeur des différentes sortes de laines, et la mode, qui exerce particulièrement son empire sur tout ce qui tient aux vêtements, n’est pas étrangère à ces variations. On en voit actuellement un exemple remarquable : les laines longues et fortes sont aujourd’hui en plus grande faveur que les laines fines; et l’Australie, qui, jusqu à présent, était presque uniquement peuplée de mérinos, importe main-
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- tenant beaucoup de béliers des races anglaises à longue laine. Gr. v. Le grand développement que l’industrie pastorale a pris dans ce pays ainsi que sur les bords du Rio de la Plata réagit d’une façon incontestable sur l’élevage du mouton en Europe; le développement de la consommation ne marche pas aussi vite que l’accroissement rapide et continu des quantités de laine que ces pays lointains peuvent exporter tous les ans ; aussi plusieurs Etats de l’ancien monde ont-ils vu diminuer depuis quelques années le nombre des animaux de l’espèce ovine qu’ils renferment. Si l’on répartit en trois catégories les différents pays du monde suivant la marche <jue l’élevage du mouton y a suivie depuis 1867, on voit qu’un petit nombre est en progrès, que la plupart sont stationnaires et que quelques-uns enfin sont en décroissance. Le nombre des moutons a augmenté en Australie, au Cap de Bonne-Espérance, dans la République Argentine, dans celle de l’Uruguay et dans les Etats de l’ouest et du sud des Etats-Unis. Il est resté stationnaire en Angleterre, en Russie, dans TAutriche-Hongrie, dans la Turquie d’Europe et d’Asie, en Espagne, en Portugal et dans le nord de l’Afrique; enfin il a diminué en France, en Belgique et dans les Etats de l’est des Etats-Unis.
- A un autre point de vue, on peut répartir les différentes contrées de l’ancien et du nouveau monde :
- i° Pays qui produisent et exportent de la laine, et qui n’en consomment presque pas; tels sont : l’Australie, la colonie du Cap, la Confédération Argentine, le Brésil;
- 20 Pays qui produisent, consomment et exportent: Turquie,
- Grèce, Russie d’Asie, Inde, Chine, Perse;
- 3° Pays qui produisent, consomment et importent: Grande-Bretagne, Autriche, France, Hollande, Belgique, Italie, Espagne, Portugal.
- On a pu voir à l’Exposition que les pays qui exportent des laines en grandes quantités les expédient pour la plupart en suint.
- On conçoit que différents motifs fassent préférer cette manière de faire qui dispense du lavage aux lieux d’origine et présente une certaine économie; mais il n’en est pas moins certain qu’elle, a Classe 46. h
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- Gr. V. des inconvénients qui, pour paraître négligeables, si l’on considère chaque exploitation en particulier, ne laissent pas que d’avoir une certaine importance pour l’ensemble d’un pays. Le principal, c’est l’exportation des sels de potasse, qui font la base du suint, exportation qui finit par atteindre des milliers de tonnes, dont le pays exportateur se prive en pure perte, et dont il faut payer le transport jusqu’à destination.
- On a commencé en France à donner quelque attention à cette question, et aujourd’hui, dans les grands centres d’importation de laine, les eaux de dessuintage sont l’objet d’un traitement industriel : par le procédé Maumené, on en extrait de l’ammoniaque et des sels de potasse, au grand avantage de l’agriculture. Si l’on n’exportait que des laines lavées, on ne se priverait par là que d’azote, le plus cher, il est vrai, des éléments qui composent les êtres organisés, mais un des plus faciles à remplacer aux dépens des réserves que contient l’atmosphère.
- Les plus belles expositions de laines en 1878 ont été naturellement celles des plus grands pays de production : l’Australie et les républiques des bords de la Plata. La Hongrie avait aussi une exposition digne d’être mentionnnée spécialement.
- D’une façon générale, on peut dire que, depuis 1867, la production des laines tout à fait fines a diminué, tandis que celle des laines longues a augmenté, et qu’en même temps la qualité s’en est améliorée.
- FRANCE.
- En France, lorsque l’industrie agricole était encore dans un état plus primitif qu’elle n’est aujourd’hui, l’élevage du mouton était considéré comme un accessoire presque indispensable de toute exploitation rurale. Généralement rustiques, agiles, tondant l’herbe de très près, se transportant facilement dans des pâturages en pente ou très accidentés, les bêtes ovines servaient très utilement à transformer en viande et en laine la maigre végétation des pâtures naturelles dont presque toutes les fermes possédaient une étendue plus ou moins grande. Aujourd’hui que l’agriculture demande des capitaux plus importants, qu’elle doit, sous peine de
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- ruine, donner des produits abondants, et que presque toutes les Gr. V
- terres sont soumises à la culture, les animaux qui rendaient au-
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- trefois tant de services ne sont plus appropriés aux besoins actuels.
- C’est en grande partie à ces circonstances que doit être attribuée la diminution du nombre des moutons en France, quoique l’abaissement du prix des laines, par suite de la multiplication des moutons en Australie et de l’introduction plus facile des laines étrangères, soit aussi pour beaucoup dans ce triste résultat.
- Non pas que le mouton soit, comme on l’a dit quelquefois, un animal dont l’élevage est incompatible avec un état très avancé de la culture : l’exemple de l’Angleterre prouve bien qu’il n’en est pas ainsi. L’animal qui ne convient pas aux pays de culture perfectionnée, c’est le mouton osseux, grand marcheur, tardif à croître et lent à s’engraisser. C’est malheureusement à cette classe d’animaux qu’appartient encore le plus grand nombre des moutons français, et c’est ainsi qu’il faut expliquer la diminution du nombre de nos bêtes à laine, nombre qui ne dépasse pas aujourd’hui 2 A millions, tandis qu’il était évalué, en 186-7, à 3o millions. Sans doute dans la comparaison de ces chiffres, il faut faire la part de la population ovine des provinces perdues à la dernière guerre; il n’en reste pas moins certain que le chiffre des moutons élevés en France diminue.
- Cela tient, d’une part, à ce que les fermiers qui ont conservé les anciennes races et à qui leurs troupeaux ne procurent pas de bénéfices, en diminuent l’importance ou les abandonnent totalement, et, d’autre part, à ce que les cultivateurs qui adoptent les races améliorées plus grosses et plus hâtives n’ont besoin pour exploiter les mêmes terres que d’un nombre d’animaux fort inférieur à celui qu’ils devraient avoir, s’ils se servaient des anciennes races. Cette dernière considération doit nous amener à reconnaître que la diminution du nombre des moutons est compensée dans une mesure assez large par l’augmentation du volume et de la valeur des moutons qu’on élève aujourd’hui; de sorte que si l’on pesait la population ovine de la France, au lieu de la compter, on trouverait peut-être qu’il y a quelques progrès, ou du moins fort peu de recul, depuis 1867. Voici quelle était, en 1875, d’après ŸAnnuaire statistique de la France, la richesse des différents départements français
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- Gr. V, Cl. 46,
- en animaux de l’espèce ovine ; ces animaux sont distingués en races du pays et races améliorées.
- DÉPARTEMENTS. RACES DU PATS. RACES PEIIFKC- TIONNBBS.
- Ain 5g,56G i,8o5
- Aisne 5og,5i2 320,837
- Allier 308.237 27,974
- Alpes (Casses-) 258,7 i o G,48o
- Alpes (Hautes-) 25o,ooo 3o,ooo
- Alpes-Maritimes 101,919 »
- Ardèche 211,837 2,808
- Ardennes 2 41,862 131,790
- Ariège 335,925 2,896
- Aube 23o.8g5 34,925
- Aude 3oo,ooo 3.i5o
- Aveyron 728,860 28,460
- Bouches-du-Rhône 4o4.645 20,072
- Calvados io8,oG4 1,5,711
- Cantal 370.550 io,i5o
- Charente 293.670 5,185
- Charente-Inférieure 209,684 i4.652
- Cher 413,296 29,066
- Corrèze 571,900 5,o85
- Corse 215.356 26,471
- Côte-d’Or 190,902 98,335
- Côtes-du-Nord i3o.ooo 3,4oo
- Creuse 655,702 27.500
- Dordogne 568.211 17,000
- Doubs G5,4o5 «,082
- Drôme 45o,ooo G,5oo
- Eure 3g9,24o 79,900
- Eure-et-Loir 368.645 348,295
- Finistère 56,000 3,8oo
- Gard 317,196 14 ,g31
- Garonne (Ilaule-) 238,5oo 24,200
- Gers i46,5oo 5,009
- Gironde 229,664 13,415
- Hérault 283,000 4.5oo
- Ille-et-Vilaine 38,5oo 2,200
- Indre 6l2,0l3 17.428
- Indre-et-Loire 180,000 8,520
- Isère i3i,5n 16,736
- Jura 30,082 8o4
- Landes 323,870 6,8i3
- Loir-et-Cher 249,967 36.6o8
- Loire 84,276 14,447
- Loire (Haute-) 316,626 i,i64
- Loire-Inférieure 180,000 "
- DÉPARTEMENTS. RACES DU PATS. RACES PEUFKC- TIONNBES.
- Loiret 2g3,i63 59.619
- Lot 4oo.ooo 10.000
- Lot-et-Garonne 64,920 5,860
- Lozère 294,960 19,220
- Maine-et-Loire 55,ooo 8,5oo
- Manche 25g, 246 17,859
- Marne 347,o5g 133, i4a
- Marne (Haute-) 125.386 16.6o4
- Mayenne i3,ooo 66.5oo
- Meurthe-et-Moselle 11 a,igG 6.024
- Meuse 13,761 20,103-
- Morbihan 85,433 9,i37
- Nièvre 170,896 32,974
- Nord 110,000 16.275
- Oise 302,239 217,898
- Orne 92,810 38.900
- Pos-de-Caîais 247,573 34,o35
- Puy-de-Dôme 3i 5,64o 4.371
- Pyrénées (Basses-) 490.429 1,422
- Pyrénées (Hautes-) 310,426 5,624
- Pyrénées-Orientales i45,85o 6.870
- Rhin ( Haut-) [Belfort].. . 5,o8o 58
- Rhône 37,670 8, io5
- Saône (Haute-) 82,299 2,270
- Saône-et-Loire 210,547 880
- Sarlhe 5o,ooo 4,470
- Savoie 88,i3G io,g84
- Savoie (Haute-) 35,93g 1,371
- Seine 4,i 54 1.236
- Seine-Inférieure 324.210 33,54o
- Seine-et-Marne 3og,3i5 133.888
- Seine-et-Oise 265,284 83,716
- Sèvres (Deux-) 162,853 620
- Somme 378,3i8 89,409
- Tarn 43o,4oo i8,5oo
- Tarn-el-Garonne i35,ooo 4,ooo
- Var 1io,3o5 985
- Vaucluse 176,210 1.647
- Vendée 246,384 61.099
- Vienne 364, ig5 43,386
- Vienne (Haute-) CO 0 0 LO 37,036
- Vosges 59,672 21,43l
- Yonne 27i,3i9 52,o46
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- Les races françaises anciennes, qui font encore le fond de la Gr. v. population ovine appartiennent à trois types principaux; ci”46
- i° La race artésienne ou flamande composée d’animaux haut montés sur pattes, à laine commune et longue, à chanfrein busqué, à oreilles larges, longues et pendantes; ayant le ventre, les cuisses et les jambes dégarnies de laine. Cette race est de grande taille; son principal mérite est de s’engraisser facilement. La race flamande, dont le nom change suivant les provinces, se retrouve avec de légères modifications dans presque tous les départements du Nord-Ouest et de l’Ouest jusqu’aux Charentes inclusivement.
- 2° La race berrichonne et la solognote, qui occupent le centre de la France, principalement les départements de l’Indre, du Cher et de Loir-et-Cher. Ces deux races ont beaucoup d’analogie dans leur conformation : la tête est un peu busquée, le museau pointu, l’oreille large et pendante en arrière; la tète, le ventre, les cuisses et les jambes sont dénudés. La laine est commune, courte, dure et sèche. Le solognot se distingue surtout par la coloration roussâtre de sa face et de ses jambes.
- 3° Les races de Larzac, du Lauraguais, etc. Tout le plateau central de la France et les montagnes du Midi sont peuplés de de races de moutons légèrement distinctes, mais présentant cependant de très grandes analogies entre elles. Les moutons de Larzac et du Lauraguais peuvent passer pour en être les types. Ce sont des animaux de taille petite ou moyenne, à tête assez forte, sans cornes, à corps ramassé, à laine commune, mais assez abondante.
- Il existe, en outre, d’autres races secondaires en Bretagne, dans les Pyrénées, dans le Sud-Est. Aucune des races indigènes n’est remarquable par la qualité de sa laine.
- Races améliorées. — Toutes les races améliorées de moutons qu’on élève en France sont venues de l’étranger. La première par rang d’ancienneté et par rang démérité, est la race mérinos, qui importée en France à la fin du siècle dernier a été promptement répandue par des soins du Gouvernement dans tous les pays où la culture était déjà en progrès. Le mérinos est devenu le mouton
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- ordinaire d’une grande partie de la France et particulièrement des provinces qui entourent Paris : Beauce, Orléanais, Bourgogne, Champagne, Soissonnais, etc. Là où le mérinos n’a pas été adopté pur, il a servi à améliorer par croisement les races locales et a donné naissance à ces nombreux troupeaux que l’on réunit sous la dénomination de métis-mérinos et qui descendent de béliers de cette race croisée avec les brebis du pays. Lorsque les laines étaient encore à un prix élevé, les troupeaux de mérinos, dont le produit s’élevait jusqu’à 2 et 3 kilogrammes de laine lavée par animal et par an, ont pu donner de beaux bénéfices aux fermiers. Aujourd’hui que les conditions économiques sont changées, et que la production hâtive de la viande s’impose comme le principal, sinon le seul moyen de gagner de l’argent avec les moutons, le mérinos doit nécessairement perdre du terrain. Ses aptitudes naturelles le désignent si évidemment pour la production de la laine, qu’en règle générale il doit être laissé aux pays où l’on peut faire de la laine avec profit, et remplacé dans les autres pays par des races convenant mieux pour la boucherie. Ce n’est pas qu’il soit absolument impossible d’obtenir du même animal beaucoup de laine et beaucoup de viande; on peut y parvenir en modifiant les races par un choix intelligent des reproducteurs et surtout par une alimentation très abondante et très riche; mais il paraît à peu près certain qu’on arriverait généralement à un meilleur résultat économique en laissant l’une des deux aptitudes prédominer sur l’autre et en ne donnant à l’un des deux produits qu’une importance secondaire. La preuve que les mêmes moutons peuvent donner beaucoup de laine et beaucoup de viande a été fournie par plusieurs éleveurs français, et notamment par MM. Gilbert, Hutin et Bataille. Les mérinos de ces éleveurs continuent à produire des toisons très lourdes et d’une grande finesse en même temps qu’ils deviennent avant deux ans des animaux de boucherie extrêmement productifs. On peut se demander néanmoins si le secret des principaux succès obtenus actuellement dans l’élevage des mérinos ne consiste pas plutôt dans la vente des reproducteurs que dans celle des produits ordinaires du troupeau.
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- Races étrangères à laine longue. — La race dishley ou new-lei-cester est une de celles qui paraissent convenir le mieux pour améliorer nos races indigènes françaises au point de vue de la production précoce de la viande. C’est une race grande et forte, à tête et membres fins, poitrine et épaules larges, côtes arrondies, laine très longue, commune, souvent soyeuse, à ondulations larges, mèches pointues et pendantes; les jambes sont nues. Le dishley se forme vite et s’engraisse très facilement, mais il est mou et peu rustique; il lui faut un climat égal et une nourriture abondante. On l’élève rarement pur; mais on en fait grand usage pour améliorer les races à longue laine de l’Ouest et du Centre. Dans certains départements, on obtient de très bons résultats en le croisant avec les mérinos.
- La race new-kent, un peu plus rustique et plus trapue que le dishley, mais moins fine et moins précoce, n’est plus guère importée en France, après avoir été en faveur il y a une quarantaine d’années. Des essais qui ont été faits alors, il nous est resté la race de la Charmoise, provenant à l’origine d’un croisement neAV-kent berrichon, puis fixée et améliorée par la sélection.
- Races étrangères à laine courte. — La race south-down paraît être le meilleur type de mouton de boucherie qui soit connu jusqu’à ce jour. Le south-down a la tête dépourvue de cornes, large, noirâtre ou ardoisée, les oreilles petites, la poitrine large et profonde, le flanc court, les jambes fines, de même coloration que la tête; le train postérieur large, le gigot très développé et bien descendu. C’est un animal relativement rustique, bon marcheur, préférant les pays sains et calcaires aux terres basses et fraîches, dans lesquelles le dishley réussit mieux que lui; c’est de tous les moutons celui qui peut être livré le plus tôt à la boucherie et donne le rendement le plus élevé en viande nette. Tout le monde connaît les magnifiques troupeaux de south-downs purs de M. le comte de Bouillé et de M. Nouette-Delorme. Le croisement south-doAvn est très répandu en France; c’est celui sur lequel on doit compter le plus pour l’amélioration des races du Centre.
- Un très petit nombre d’échantillons de laines françaises figu-
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- raient à l’Exposition de 1878 dans la classe 4 G. Par les motifs qui ont été exposés au commencement de ce rapport, le plus grand nombre des exposants avaient préféré porter leurs laines à la classe 76, où elles se trouvaient réunies à tous les autres produits de leurs exploitations, quelle qu’en fût la nature, formant ainsi un ensemble beaucoup plus complet et beaucoup plus intéressant. Celles qui figuraient dans la classe /16 appartenaient presque exclusivement à la race mérinos. On y remarquait en général une finesse assez grande du brin, unie à une grande longueur et à un poids considérable de la toison. Il eût été intéressant d’y observer en même temps des spécimens des laines communes qui paraissent être celles que la France aurait maintenant le plus d’intérêt à produire, parce qu’elles se vendent relativement plus cher que les laines fines et parce que ce sont celles dont la production s’allie le mieux avec celle de la viande.
- Les opinions peuvent être partagées sur la question de savoir si la France aurait ou non intérêt à produire les quantités de laine qu’elle consomme annuellement; il est bon, en tout état de cause, de savoir de combien sa production est inférieure ;\ ses besoins. La comparaison des tableaux suivants donnera cette quantité, qui représente une valeur en argent d’environ 2 5o millions de francs.
- IMPORTATIONS.
- 1867. 1876.
- Angleterre et colonies . . 3i,oi7,4o8k 63,û6ç),6i7k
- République Argentine . 20,4g5,5qo 27,854,259
- Belgique . . 5/418,99/1 20,686.990
- Algérie 6,382,790 7,572,101
- Turquie 8,1 02,0l3 5,389,105
- Uruguay 8,910,382 5,362,612
- Russie (Mer Noire) 995,570 4,361,8/17
- Etats barbaresques , . 1,83-2,533 2,593,016
- Espagne 2,782,082 1,137,624
- Autriche 536,5q6 1,092,187
- Pays-Bas 1,3/17,223 960,650
- Allemagne 2,993,813 7o5,524
- Italie 988,i48 683,70.5
- Autres pays 1/102,293 1,219,644
- Totaux. . .. 93,710,000 19.3,160,000
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- AUSTRALIE.
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- L’histoire de l’introduction et du rapide développement de la race mérinos dans les possessions anglaises de l’Australie est trop connue pour qu’il soit nécessaire d’y insister longuement. En 1797, les premiers mérinos furent importés dans la colonie; en i8o3, le roi d’Angleterre donna à M. Mac Arthur, devenu depuis Sir John Mac Arthur, quelques mérinos de ses troupeaux. De ces premiers animaux descend la population ovine actuelle de l’Australie; mais la race a été grandement améliorée par l’introduction successive des meilleurs reproducteurs que la France et l’Allemagne ont pu fournir. Les exportations de l’Australie ont commencé en 1810, par un envoi de 75 kilogrammes de laine; en 1840, l’Australie exportait A,5oo,ooo kilogrammes de laine; en 1877, le chiffre s’est élevé à 127 millions de kilogrammes.
- Les éleveurs australiens trouvent qu’aujourd’hui ils sont arrivés à constituer une race de moutons mérinos qu’il n’y a plus d’intérêt à croiser avec des mérinos venus d’Europe. Ces années passées, des toisons de choix qui avaient obtenu les premiers prix dans des concours en Allemagne ont été envoyées en Australie comme points de comparaison, et le jugement des connaisseurs a été qu’elles ne valaient pas les toisons indigènes. Celles-ci ont gagné en poids et en longueur de brin sans perdre pour cela leur finesse. Les moutons aussi ont un peu gagné en poids; cependant ils ne dépassent pas en moyenne 22 à 25 kilogrammes. Les toisons en suint pèsent, en moyenne, de 2 kilog. à 2 kilog. 300, et lavées de 1 kilog. 2 0 0 à 1 kilog. 3 0 0 ; il s’en trouve dont le poids est notablement supérieur. L’année dernière, on a inauguré à Melbourne des expositions intercoloniales de laines indigènes, telles qu’on les livre pour l’exportation. La première exposition a donné déjà des résultats fort intéressants; on y a adopté la règle d’exposer les laines en toison et de faire entrer ainsi le poids de produit par tête en considération dans le jugement des laines. Dans cette exposition, les laines de l’Australie du Sud ont conquis une place des plus importantes par leur beauté et le poids des toisons; le brin en est long et fin, et elles pèsent jusqu’à 5 kilogrammes en
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- suint. C’est actuellement par l’emploi de reproducteurs d’élite choisis dans la race elle-même, que l’on cherche à continuer l’amélioration du mérinos en Australie; les béliers de choix de généalogie connue valent de 5oo francs jusqu’à i3,ooo francs; les brebis se vendent dans les mêmes conditions, de 5oo francs à 5,ooo francs. Depuis 1867, les conditions de la production de la laine se sont quelque peu modifiées en Australie. Il n’est plus aussi facile qu’autrefois cl’y faire fortune, sans autre capital qu’une bonne santé, de l’énergie et quelques moutons. Les meilleures terres et surtout les plus voisines des ports d’embarquement ont été occupées cl’une façon permanente; la propriété définitive a remplacé déjà dans une zone étendue le système des concessions à peu près gratuites, faites dans l’origine aux éleveurs. Aujourd’hui on ne doit plus songer à entreprendre l’élevage du mouton, sans avoir des avances assez importantes: les reproducteurs de choix coûtent cher; le taux des gages du personnel s’est élevé; une station, au lieu de consister en quelques hangars ou huttes de branchages, se compose aujourd’hui de bâtiments d’exploitation importants avec des réservoirs pour les eaux de pluie, des pompes, des presses pour faire les balles de laine, des magasins, etc. Mais, dans l’ensemble, les conditions sont restées extrêmement favorables à la production de la laine; le développement pris par l’industrie de la fabrication des conserves a beaucoup augmenté la valeur de la viande et par suite les profits des éleveurs. Il en résulte que l’Australie pourrait certainement produire encore de la laine avec bénéfice même à des prix sensiblement inférieurs aux cours actuels. L’élevage du mouton est susceptible d’y prendre encore de très grands développements; il ne faut donc pas que l’agriculture européenne s’imagine voir dans la concurrence des laines d’Australie un phénomène transitoire, mais qu’elle s’habitue, au contraire, à regarder ce pays comme le vrai producteur de laines fines, et qu’elle se rejette de plus en plus vers la production de la viande et des laines communes, produits que le même animal peut donner simultanément avec avantage, quand on le nourrit comme on peut le faire dans les pays dont l’agriculture est avancée. L’Australie elle-même commence du reste à
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- élever d’autres moutons que les mérinos, dans les parties de son territoire où les conditions économiques présentent déjà quelque analogie avec celles de l’Europe. Ainsi, à proximité des ports de mer et des grands centres de population où la viande se vend bien pour la boucherie ou pour la fabrication des conserves, on élève de préférence des moutons appartenant aux grandes races anglaises à longue laine, tels que lesdishleys, cotswolds, leicesters ou lincolns, soit purs, soit croisés avec les mérinos. La toison des métis est généralement fort lourde. Les moutons à longue laine sont pour le moment fort en faveur; et si l’importation de reproducteurs appartenant à ces races est actuellement suspendue, cela tient à des raisons sanitaires qu’on espère voir disparaître promptement. Néanmoins, jusqu’ici le nombre des moutons autres que les mérinos n’atteint pas un et demi pour cent de la production ovine totale de l’Australie. On peut dire que, dans l’ensemble de l’Australie le nombre des moutons a augmenté d’un tiers depuis 1867, et que pendant la même période la production de la laine a doublé, grâce à l’accroissement du poids individuel des toisons.
- La Nouvelle-Galles du Sud, la première par rang de date des colonies anglaises de l’Australie, occupe aussi le premier rang par l’importance de sa production lainière. En 1876 , la valeur de son exportation en laine seulement s’est élevée à la somme de 6g5 millions de francs. Le nombre de moutons existant dans la colonie était, au icr mars 1877, de 2Ù,5oo,ooo. Un éleveur expérimenté estime que, si les cours de la laine restent avantageux, ce chiffre peut atteindre en dix ans 4o ou 5o millions.
- La Nouvelle-Galles du Sud se prête à la production de toutes les diverses qualités de laine que peut demander l’industrie, depuis les plus fines jusqu’aux longues laines à peigner, soyeuses et lustrées, qui sont actuellement si recherchées.
- La bande de terre étroite qui s’étend entre la mer et les montagnes est, comme on l’a vu, le domaine des moutons à laine lisse; le terrain y est trop fertile, l’herbe trop vigoureuse pour les mérinos. En s’élevant dans les montagnes, on trouve des districts qui conviennent à ces mêmes races et aussi aux métis mérinos et aux grands mérinos à laine forte. Les pentes orientales de ces
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- montagnes constituent la région la plus favorable à la production des laines très fines; le pays est sain, bien arrosé, fertile; la toison s’y allonge pendant toute l’année sans intermittence. A mesure qu’on s’avance vers l’intérieur, plus le climat devient chaud, plus on a de profit à faire des laines à peigner. Cette portion de l’Australie souffre parfois de sécheresses prolongées; mais on sait mieux aujourd’hui qu’autrefois en éviter les inconvénients par la construction de citernes et de réservoirs qui servent à emmagasiner les eaux des pluies, toujours très abondantes à certaines époques de l’année.
- Le développement de la production de la laine dans la colonie de Victoria est constaté par les chiffres suivants, qui représentent les quantités exportées :
- 1857................................... 15,9/10,827 kilog.
- 1865................................... A0,A239A
- 1875................................... 85,06/1,952
- 11 est vrai que dans ces quantités peut se trouver comprise une certaine proportion de laines de la Nouvelle-Galles du Sud provenant de districts plus rapprochés de Melbourne que de Sydney. L’élevage du mouton progresse dans cette colonie non seulement au point de vue de l’accroissement des troupeaux, mais aussi de l’amélioration delà qualité. L’exploitation, uniquement pastorale, fait place à la culture avec création de pâturages permanents et de prairies artificielles; en même temps, les transports étant devenus beaucoup plus faciles, les laines arrivent plus promptement et à moins de frais au port d’embarquement.
- L’Australie du Sud se trouve dans les mêmes conditions que la colonie de Victoria; on y produit, comme il a été dit déjà, des laines tout à fait remarquables par leur qualité et leur rendement. A Queensland, l’augmentation du nombre des moutons est moindre que dans les autres colonies, cela tient à ce que le pays semble convenir particulièrement pour l’élevage des chevaux et du gros bétail. Cependant la valeur de la laine exportée augmente chaque année par suite de l’amélioration constante des toisons en poids et en qualité.
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- NOUVELLE-ZELANDE.
- L’exportation de la laine a énormément augmenté depuis vingt ans à la Nouvelle-Zélande : de i,5oo,ooo francs, elle est passée à 65 millions. Cependant il reste dans la colonie une assez grande quantité de la laine indigène, qui est employée par les filatures du pays; c’est de la laine de mérinos fine ou demi-fine, dont le prix est évalué sur place à 3 francs le kilogramme.
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- CAP DE BONNE-ESPÉRANCE.
- La race mérinos a été introduite vers 18 3 3 dans les possessions anglaises du Cap de Bonne-Espérance. Là, comme en Australie et à la Plata, elle a rencontré des conditions exceptionnellement favorables à sa multiplication; aussi les progrès de l’industrie pastorale n’ont-ils pas été moins merveilleux dans l’Afrique centrale que dans ces pays eux-mêmes. La race mérinos s’est montrée si bien appropriée à la nature du pays et au climat; les bénéfices qu’elle a donnés aux éleveurs ont été si considérables, quelle a promptement fait abandonner les races communes qu’on avait élevées jusque-là. On estime qu’aujourd’hui il y a dans les possessions anglaises de l’Afrique méridionale, Cap, Natal, etc. 16 millions de mérinos, et qu’il n’y reste presque plus de moutons à grosse laine. Les progrès de l’élevage ne se ralentissent pas encore dans ce pays; car on estime que la production de la laine a doublé depuis 186 3, et augmenté à peu près d’un tiers depuis 1867.
- Les chiffres suivants indiquent, par balles de Aoo kilogrammes, l’importance de l’exportation des laines du Cap à ces diverses époques :
- 1863 ......................................... 96,169 balles.
- 1867.......................................... 135,6i8
- 1877................................*......... 180,670
- La colonie du Cap a présenté aussi quelques belles toisons de chèvres angoras. On a réussi à faire quelques élevages heureux de ces animaux; mais le succès en est encore trop incertain pour
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- Gr. V. qu’on puisse les regarder comme appelés à prendre habituelle-C1 ment place dans les exploitations agricoles.
- REPUBLIQUE ARGENTINE.
- L’élevage en grand du mouton a commencé plus tard à être pratiqué sur les bords de la Plata que dans les possessions anglaises d’Australie. C’est vers i83o que les mérinos ont été introduits avec succès dans les environs de Buénos-Ayres, et, à partir de cette époque, la production de la laine y a pris un essor aussi rapide que soutenu. Les conditions de sol et de climat y sont en effet aussi favorables que possible à l’industrie pastorale; le pays est presque entièrement couvert de pâturages naturels, et la température y est si douce que les troupeaux peuvent rester en plein air d’un bout de l’année jusqu’à l’autre. On estime qu’un hectare de pâturage naturel peut nourrir quatre ou cinq moutons; aussi l’élevage des bêtes à laine tend-il à se substituer à celui du gros bétail, à cause de la facilité plus grande qu’on trouve à écouler les produits des troupeaux, la laine étant facile à expédier et se vendant toujours facilement sur les marchés étrangers. Dans aucun pays du monde, on ne voit de troupeaux aussi considérables qu’à la Plata; sur certaines exploitations, équivalentes, il est vrai, comme étendue à l’un de nos départements, on voit jusqu’à i5o,ooo ou 160,000 moutons. Ces animaux étant, du reste, réunis en bandes trop nombreuses, les soins d’entretien ne peuvent pas toujours être donnés d’une façon suffisante; aussi n’est-il pas rare que la gale y fasse des ravages; aujourd’hui le nombre total des moutons dans la République Argentine peut être estimé à environ 60 millions.
- La république de l’Uruguay ou bande orientale ne le cède pas à la République Argentine pour l’importance delà production lainière, relativement à l’étendue de son territoire, ni pour la rapidité de la progression que l’exportation des laines y a subie dans ces dernières années. Presque tous les troupeaux de l’Uruguay descendent des mérinos de Rambouillet ou de Saxe; quelques éleveurs, mais en petit nombre jusqu’ici, ont adopté les races anglaises à longue laine. Le nombre total des animaux de l’espèce ovine était évalué à 1 2 millions au commencement de 1878 ; il n’était encore,
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- en 1876, que de 9 millions. Les plus grandes exportations de laines Gr. V. de l’Uruguay sont dirigées sur la Belgique. Cl”46
- Les chiffres suivants indiquent la progression des exportations réunies de la République Argentine et de l’Uruguay; ces quantités sont exprimées en balles (on doit observer que celles de la République Argentine sont de 4oo kilogrammes, tandis que celles de l’Uruguay pèsent 450 kilogrammes) :
- 1862............................................ 8i,525 balles.
- 1867 .......................................... 2i4,3io
- 1872 ........................................ 263,33i
- 1877 ........................................ 291,761
- Quelque surprenante que soit l’augmentation de l’élevage des moutons en Australie, on doit reconnaître que la Confédération Argentine en présente un exemple plus surprenant encore, car le chiffre des moutons existant dans les deux pays est aujourd’hui presque égal, quoique la multiplication en ait commencé, sur les bords de la Plata, au moins vingt ans plus tard qu’en Australie. Les laines exposées au Champ de Mars par la République Argentine et par l’Uruguay justifiaient complètement la faveur que les provenances de ces pays rencontrent sur les marchés d’Europe, et les nombreuses récompenses qui leur ont été accordées n’ont fait que consacrer une réputation justement établie.
- ÉTATS-UNIS.
- La France trouve actuellement des rivaux redoutables pour la production des laines fines dans l’Australie, le Cap de Bonne-Espérance et les républiques de la Plata. Il est fort probable que, dans quelques années, elle en trouvera de non moins à craindre aux Etats-Unis, non seulement pour la production de la laine, mais aussi pour celle de la viande. Jusqu’ici l’élève du mouton n’a pas suivi aux Etats-Unis une marche aussi rapide que celle du porc et des bêtes à cornes; mais elle est en progrès néanmoins et fait l’objet d’efforts suivis de la part du Gouvernement et des particuliers. Maintenant encore les Etats-Unis sont un pays importateur de laines, et les quantités qui y sont entrées en 1876 sont
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- d’environ 28 millions de kilogrammes, valant un peu plus de 42 millions de francs; mais si l’on considère que cette quantité est inférieure aux importations de 1870, 1871 et 1872, et si Ton tient compte des progrès faits dans l’intervalle par l’industrie américaine, qui consomme aujourd’hui beaucoup plus de laine qu’il y a six ans, on est amené à reconnaître que la production des laines indigènes a dû augmenter dans une proportion considérable pour faire face à ces besoins croissants, sans accroître les quantités introduites de l’étranger. La population ovine des Etats-Unis est actuellement estimée à environ 35 millions de têtes, et il n’est pas douteux qu’elle ne puisse être doublée ou triplée dans un avenir assez prochain. Le vaste territoire, encore assez peu peuplé, qui s’étend entre le Missouri et l’océan Pacifique peut nourrir des millions de bêtes à laine dans ses immenses pâturages, et l’on estime que le Texas seul peut nourrir 2 millions de moutons, sans qu’on ait à s’en occuper autrement que pour les faire naître. Déjà dans plusieurs des Etats qui cultivent le coton, on a reconnu l’avantage d’associer à cette industrie l’élevage des moutons que l’on nourrit pendant une partie de l’année avec les graines de coton. Jusqu’ici la population ovine des Etats-Unis est assez mélangée, mais c’est surtout vers la race mérinos que se porte actuellement l’attention, et plusieurs des toisons exposées au Champ de Mars témoignaient des efforts faits dans le sens de l’amélioration de la laine. Comme en France et dans une grande partie de l’Australie, on recherche le poids de la toison uni à la longueur du brin avec une finesse moyenne plutôt que l’extrême finesse obtenue généralement aux dépens de la quantité du produit. 4o ou 5o toisons au moins figuraient à l’Exposition agricole des Etats-Unis et tiraient un intérêt particulier du soin avec lequel on avait noté pour chacune le temps de la croissance de la laine ainsi que le sexe, l’âge et le poids de l’animal qui l’avait portée.
- RUSSIK.
- L’empire russe, pris dans son ensemble, possède environ 65 millions de moulons, c’est-à-dire qu’il peut rivaliser, par le nombre,avec l’Australie et la Confédération Argentine; seulement à
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- la différence de ces pays, dont la population ovine se compose prescpie uniquement de mérinos, la Russie ne compte pas tout à fait un cinquième de moutons à laine fine. La Russie d’Europe, qui est particulièrement favorable à l’élevage des bêtes à laine, compte 12 millions de mérinos contre 36 millions de moutons de race commune. Les premiers sont surtout répandus dans les provinces d’Ekaterinoslaw, de Kherson, dans la Ressarabie et en Tauride. Les mérinos russes descendent, pour la plupart, de la race negretti; depuis quelques années, le nombre n’en a pas beaucoup augmenté, à cause de la baisse des prix de la laine fixe. Le produit, en effet, n’en est pas bien considérable; car il ne dépasse pas, par tête de mouton, 2 kilogrammes de laine en suint,perdant Go p. o/o au lavage et se réduisant par conséquent à8oo grammes par toison. Dans les provinces les plus méridionales de l’empire, les Iroupeaux sont tenus au pâturage pendant Tannée entière, sauf un mois ou un mois et demi; dans le Nord, la saison de pâturage de Tété alterne avec un séjour à l’étable plus ou moins long, suivant la latitude. On comprend que plus on s’éloigne des contrées où le pâturage est permanent, plus l’élevage du mouton devient onéreux. La tonte se fait en général une fois par an, quelquefois, mais rarement, deux fois. On a conservé dans quelques endroits l’habitude de laver la laine à dos: mais ce lavage ne donne que des résultats très imparfaits, et ne dispense pas de laver les laines de nouveau après la tonte. Dans les établissements bien organisés du midi de la Russie, le lavage et le classement des laines sont faits avec grand soin; la plupart des échantillons présentés à l’Exposition ne laissaient rien à désirer sous ce rapport.
- La production totale de laines, en Russie, est évaluée à 20,700,000 kilogrammes de laines fines et â 1 5i,ùoo,000 kilogrammes de laines communes.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- L’Exposition des laines de Hongrie a été une des plus remarquables de la classe Z16; aussi a-t-elle attiré particulièrement l’attention des visiteurs et du jury, autant par le nombre que par la belle qualité des laines présentées. L’élevage des métis mérinos Classe A (j. 5
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- est déjà ancien en Hongrie; aussi s’y trouve-t-il un bon nombre d’exploitations dans lesquelles aux avantages naturels que présente le pays s’ajoutent une expérience et des traditions précieuses dans l’art de produire et de classer les laines. L’industrie pastorale a encore une très grande importance en Hongrie; les troupeaux de race améliorée appartiennent en général à une exploitation agricole proprement dite, tandis que les moutons de race commune paissent dans d’immenses pâturages, dont ils visitent successivement toutes les parties. D’après le recensement de 1870, il y aurait en Hongrie i5 millions de moutons, dont 4,5oo,ooo mérinos et métis mérinos, et io,5oo,ooo moutons de la race commune du pays. La production de la laine fine s’élève en Hongrie à 22 millions de kilogrammes, exportés à peu près en totalité. Les laines communes sont, en grande partie, employées dans le pays même; il s’y ajoute même une importation annuelle de 1 5 millions de kilogrammes environ de laine, provenant principalement de la Russie, de la Turquie et de la Roumanie. La production de la laine du reste de l’empire (la Hongrie exceptée) est de 62,000 quintaux métriques seulement. La valeur du kilogramme de laine fine hongroise, lavée, est au marché de Rrünn, de 6 à 7 francs le kilogramme. Cette laine,très fine et très souple, est celle qui convient le mieux pour les tissus légers de laine, qui se fabriquent aujourd’hui sur une si grande échelle.
- GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE.
- La laine n’est en Angleterre qu’un produit très secondaire de l’élevage du mouton; c’est la viande qui constitue le véritable revenu tiré des troupeaux, et la laine 11’est que l’accessoire. Aussi s’cxplique-t-on facilement que les Anglais n’aient pas présenté de laines à l’Exposition, dans la classe A6. Ils auraient pu le faire cependant, car les laines lisses que produisent la plupart de leurs races sont aujourd’hui très recherchées par l’industrie, se payent fort bien, et, grâce aux progrès de l’outillage des fabriques, peuvent servir à la confection des plus belles étoffes. Les 13,758,000 moutons qui existaient en Angleterre et dans le pays de Galles, sans compter les agneaux, produisent annuellement 35,539,200
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- kilogrammes de laine, le poids moyen de la toison étant de Gr. V. 2 kilog. 700; ce poids est en Ecosse de 2 kilog. i3o , et en Irlande de 2 kilog. 700. Au prix moyen de k fr. 5o cent, le kilogramme, le produit annuel de la laine dans le Royaume-Uni s’élève à environ 115 millions de francs; il se fait annuellement une exportation d’environ 4,500,000 kilogrammes de laines anglaises et irlandaises. En regard de cette exportation se place une importation vingt fois plus considérable de laines venant des colonies.
- L’Ecosse a environ 7 millions de moutons, dont 3 millions de la race à tête noire, 3 millions de cheviot et le surplus de races améliorées. La laine des moutons à tête noire est rude, hérissée, d’une longueur médiocre; celle des cheviots est très recherchée; elle convient spécialement à la fabrication d’étoffes dites également cheviot, pour lesquelles l’Angleterre est renommée.
- L’Irlande possède environ k millions de moutons, en général d’assez grande taille et à laine longue. Ni l’une ni l’autre de ces portions du Royaume-Uni n’avaient exposé au Champ de Mars.
- ITALIE.
- L’Italie est un pays importateur de laines. En 1876, il en entrait chez elle 80,863 quintaux et il n’en sortait que 6,2 85.
- En 1877, cette exportation s’est légèrement élevée, atteignant 7,138 quintaux, tandis que l’importation restait stationnaire à 80,15o quintaux. Il peut y avoir là un débouché important, sinon pour les laines de la France continentale, dont le prix de revient est trop élevé, au moins pour celles de l’Algérie qui pourraient être exportées en quantité beaucoup plus grande quelles ne le sont actuellement. En Italie, l’élevage des animaux de la race ovine appartient plutôt à l’industrie pastorale qu’à l’agriculture proprement dite. En dehors de quelques points des provinces septentrionales et centrales, où Ton trouve des troupeaux sédentaires, on ne rencontre guère en Italie que des troupeaux soumis au régime de la transhumance.
- Pendant Tété, la plus grande partie des troupeaux paissent sur les Alpes et surtout sur les Apennins, s’élevant à mesure que les pâturages des régions élevées leur offrent une nourïiture devenue
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- plus rare sur les premières pentes, puis redescendent graduellement et se répandent, pendant Thiver, dans les plaines basses des Maremmes de la campagne romaine et de la Pouille, que la chaleur et la malaria rendent presque inhabitables pendant le reste de l’année, mais qui offrent, pendant les mois d’hiver, une végétation extrêmement abondante.
- Le nombre des moutons en Italie s’élève à 7 millions. Ces troupeaux ne font pas partie du bétail d’une ferme ou d’une propriété agricole; ceux qui les conduisent et les exploitent sont de véritables pasteurs de profession. Les troupeaux ne sont pas une partie du capital d’une exploitation, mais un instrument pour l’exploitation de terrains incultes. Toutes les provinces un peu avancées en agriculture de l’Italie repoussent le mouton et l’ont en horreur. On doit remarquer aussi qu’en Italie la laine et le laitage sont les deux produits principaux des troupeaux, et que la viande elle-même n’a qu’une assez médiocre importance.
- Dans le Piémont, on élève surtout en troupeaux transhumants une grande race à oreilles pendantes et à face arquée, donnant une laine de qualité inférieure. Il en est de même sur tout le pourtour de la vallée du Pô au nord, vers la Suisse et le Tyrol. Les troupeaux y sont très nombreux et composés de grands et gros animaux, appartenant à des pâtres de la montagne, qui alternativement les conduisent sur les hauts sommets ou les font descendre jusqu’à la plaine.
- Les Maremmes reçoivent pendant l’hiver d’innombrables troupeaux descendant des Apennins, de Modène, de Parme et des hautes vallées del’Arno et du Tibre. Les propriétaires de ces troupeaux payent une redevance calculée soit par tête de mouton, soit en raison de l’étendue des terrains concédés.
- La campagne de Rome, de son côté, nourrit pendant Thiver les nombreux troupeaux qui descendent des hauteurs dont elle est entourée au nord, à Test et au sud.
- La race élevée dans cette région donne une laine assez fine et rappelant un peu les laines mérinos, bien qu’elle soit un peu mélangée de poils dans la région du cou.
- La toison pèse de 1 à 2 kilogrammes, suivant les individus;
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- la race est de taille moyenne, à laine de longueur médiocre formant des mèches; tête et pattes nues. Les brebis sont bonnes laitières.
- Gr. V.
- Cl. 46.
- Dans les Pouilles également l’industrie pastorale se trouve extrêmement favorisée par la grande abondance des pâturages d’hiver et par la grande étendue d’herbages qu’ofïrent pendant l’été les parties montagneuses des Abruzzes. On élève dans ces provinces la race dite mouton fin de Pouille, animal rustique et robuste, de taille moyenne, à toison peu fournie, mais donnant une laine à peigner de qualité estimée. La race est médiocre laitière, mais assez bonne pour la boucherie.
- Il a été fait plusieurs essais d’introduction de mérinos avec un assez bon succès; quelques grands propriétaires en possèdent des troupeaux purs et parfaitement acclimatés. Un des plus remarquables est celui de M. le baron d’Angeloni, composé de mérinos importés originairement d’Espagne et croisés avec la race électorale de Saxe, améliorée par une sélection de vingt-huit ans. Le troupeau, de 2,000 têtes, est soumis au régime de la transhumance; il passe des plaines de Tavolieri di Puglia aux pâturages des Abruzzes à 2,500 mètres de hauteur. La production de la laine varie de 5,000 à 6,000 kilogrammes; elle vaut de 2 fr. 5o cent, à 3 francs le kilogramme en suint.
- En somme, ce sont bien plutôt des laines longues et laines à peigner que produit l’Italie; ce sont aussi, dans une forte proportion celles-là qu’elle importe, et la France se trouve dans de bonnes conditions pour lui en envoyer de sa colonie d’Afrique.
- PORTUGAL.
- Selon le dernier recensement, le nombre de bêtes ovines en Portugal est de 2,700,000, appartenant à trois types bien distincts : la race commune, ou bordaleira, animaux de petite taille, à jambes et front dépourvus de laine; sa toison est parsemée de poils gros et raides, qui sont quelquefois tout à fait dominants.
- Les mérinos, beaucoup moins nombreux que la race commune, ressemblent tout à fait à ceux d’Espagne; ils ont la laine fine, ondulée, en mèches, garnissant jusqu’au pourtour des yeux et très
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- Gr. V. abondante sur le devant du cou, où la peau forme une série de
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- Enfin la race estambnna, composée de grands animaux, hauts sur pattes, à longues oreilles et dont la toison est formée d’une laine unie, longue, à brins droits, lisses et luisants ou mats.
- La production totale en laine s’élève à A,75o,ooo kilogrammes, ce qui donne tout près de 2 kilogrammes pour le poids de chaque toison. Sur cette quantité, il y a à peu près trois cinquièmes de laine blanche et deux cinquièmes de laine noire.
- ESPAGNE.
- En Espagne comme dans la plupart des pays du midi de l’Europe, les moutons sont en général soumis au régime de la transhumance; il est difficile qu’il en soit autrement en présence d’étés très chauds, presque toujours accompagnés de sécheresses, lorsqu’à peu de distance des plaines brûlées par le soleil, on peut trouver, dans la plus grande partie du pays, des pâturages qui, à cause de leur altitude, restent productifs pendant toute la saison chaude. Autrefois le droit de parcours pour les moutons était presque illimité en Espagne, et il en résultait pour l’agriculture et surtout pour la culture forestière les plus grandes difficultés. Aujourd’hui ce droit a été limité dans une grande mesure, et cependant l’élevage du mouton ne paraît pas en avoir beaucoup souffert, car le nombre des bêtes ovines est évalué actuellement en Espagne à 22 millions, dont le plus grand nombre consiste en troupeaux transhumants. La race mérinos est, comme on lésait, sortie d’Espagne à la fin du siècle dernier pour se répandre par la France et par la Saxe dans le monde entier. Celte race continue à faire en Espagne le fond de la population ovine; elle y a conservé ses anciens caractères, tandis que, dans le reste du monde, elle se modifiait suivant les circonstances locales et au gré des différents éleveurs. On retrouve en Espagne le mérinos à grosse tête et longues cornes enroulées, à peau très ample, formant des replis sur le cou et sur les épaules, et à laine fine et ondulée garnissant tout le corps jusqu’au front et jusqu’aux pieds.
- Aujourd’hui les mérinos espagnols ressemblent probablement
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- à ceux qui ont été importés en France au siècle dernier. On ne Gr. V trouve pas dans les toisons espagnoles la finesse extrême de laine à laquelle sont parvenus les mérinos de Rambouillet ou ceux de la race électorale de Saxe. Cette qualité ne pouvait se développer que sous l’influence du régime sédentaire et d’une nourriture abondante et riche donnée à l’étable. En Espagne, on ne rencontre guère de troupeaux sédentaires que dans les vallées des principales rivières, on ils trouvent des pâturages frais en toutes saisons.
- En général, ces troupeaux ne sont pas composés de mérinos, mais de moutons à laine grossière, qu’on élève surtout pour la boucherie.
- DANEMARK.
- Les races indigènes de mouton donnent une laine très grossière; elle est mélangée de poils rudes; aussi a-t-on cherché depuis longtemps à les modifier par le croisement avec des races plus perfectionnées. D’abord on s’est servi, pour cet emploi, des mérinos, mais bientôt on a reconnu qu’ils ne convenaient pas bien pour le pays; ce sont aujourd’hui des races anglaises à laine lisse: dishleys, cotswolds ou shropshires, qui semblent les plus en faveur. Améliorée par ce croisement e.t aussi par la sélection, la race indigène, rustique et féconde, donne de bons produits pour la boucherie; la production de la laine a une importance tout à fait secondaire.
- Le pays possédait, en 1876, 1,779,2/19 moutons; l’exportation annuelle des laines atteint 1,200,000 kilogrammes, valant 1,700,000 francs.
- GRÈCE.
- Le nombre des moutons élevés en Grèce est considérable par rapport au chiffre de la population et à l’étendue du territoire; il y a un peu plus de 45 moutons par kilomètre carré, et l’on en compte à peu près i5o par 1 00 habitants. Comme en Italie, les troupeaux sont généralement indépendants de toute exploitation agricole; ils sont confiés à des bergers intéressés dans le produit, qui les conduisent de pâturage en pâturage. Ils passent l’été sur les montagnes et descendent en novembre, pour remonter en avril.
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- Le rendement en laine est, en moyenne, de î kilog. 5280 par tête et par an. C’est une laine assez rude, souvent noire et mélangée de poils raides et de duvet. Il s’en fait une petite exportation, qui a atteint, en 1875, 338,000 kilogrammes ou la dixième partie environ de la production totale.
- ALGÉRIE.
- Par son étendue, son climat, sa configuration même, l’Algérie se prête remarquablement bien à l’élevage du mouton. Il y a place dans ses différentes parties pour l’industrie pastorale proprement dite, où le principal produit des moutons doit être la laine, et pour la culture perfectionnée visant surtout à obtenir de la viande de troupeaux abondamment nourris et tenus une partie du temps à l’étable. L’exemple des indigènes fait voir quelles immenses quantités de moutons il serait possible de nourrir dons notre colonie, et les résultats déjà obtenus par quelques agriculteurs habiles permettent déjuger combien les produits de la race ovine pourraient être améliorés en Algérie.
- Actuellement notre colonie possède environ 10 millions de moutons, pour la plupart à laine longue; des essais de croisement de la race indigène avec le mérinos ont été faits déjà depuis de longues années par M. Viguier, à Bou-Far, province de Constan-tine. Les résultats en ont été des plus satisfaisants au point de vue de la rusticité des produits et du rendement en laine. Il paraît certain que c’est à des croisements de ce genre ou à une race de mérinos rustique, vigoureuse et à laine forte, qu’il y aura avantage à s’arrêter pour l’Algérie; le bas prix des laines à carder et la concurrence de l’Australie et de la Plata ne permettraient pas d’y attendre de grands profits de l’élevage des mérinos à laine fine.
- Le poids moyen des toisons indigènes varie de 1 kilog. 5oo à 2 kilogrammes; elles se vendent sur le marché d’Oran de 2 francs à 2 fr. 5o la pièce; la laine se vend de 1Ù0 à 175 francs les 100 kilogrammes. En 1867, l’exportation en était d’environ 6 millions de kilogrammes; elle s’est élevée, en 1876, à 7,600,000 kilogrammes. Ces laines sont expédiées principalement en France et en Italie.
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- VII
- COCOAS DR VERS À SOIE.
- Les cocons’de vers à soie et les soies grèges figuraient parmi les objets rangés dans la classe AG à titre de produits accessoires des exploitations agricoles; mais, en dépit du programme, il n’en a été présenté dans cette classe qu’un très petit nombre d’échantillons, tout le reste ayant été exposé avec les soies filées dans la classe 34, ou bien dans la classe 83, qui comprenait les insectes utiles et leurs produits. C’est dans les rapports de ces deux classes que devront être cherchés les détails les plus complets sur la sériciculture et ses procédés dans les différents pays du monde, l’article consacré à la soie dans le rapport de la classe 46 ne pouvant pas recevoir de grands développements sans être absolument disproportionné avec le nombre et l’importance des produits dont il est appelé à traiter.
- Tout le monde s’accorde à considérer la Chine comme étant le berceau de la sériciculture; elle a eu, dans l’antiquité, le monopole de cette industrie et, chez les Romains, la soie et la Chine n’avaient qu’un seul et même nom. Dans le courant du moyen âge et des temps modernes, l’art d’élever les vers à soie et d’en filer le produit s’est répandu graduellement dans toute l’Europe et dans l’Amérique. La brièveté des opérations de l’élevage des vers à soie, qui se complètent en deux mois de beau temps, la rusticité du mûrier, qui prospère partout où la vigne peut vivre, ont permis à presque tous les climats sans exception d’entrer en lice pour la production de la soie. Néanmoins, quoique cette industrie soit très répandue dans toutes les parties du monde, elle n’a une importance tout à fait capitale qu’en Chine, au Japon, dans l’Inde, en France et en Italie.
- La Chine tient incontestablement le premier rang parmi tous les pays du monde par la quantité de soie qu’elle produit. Cependant, au point de vue de l’industrie européenne, l’Italie et la France étaient les grands pays d’approvisionnement avant l’appa-
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- rition de la maladie qui est venue, depuis une trentaine d’années, faire de si grands ravages dans les éducations de vers à soie.
- On a été fort heureux alors de trouver en Chine et au Japon les matières premières nécessaires au fonctionnement de nos manufactures de tissus de soie.
- Les exportations de la Chine et du Japon vers l’Europe ont pris alors un très grand et très rapide essor. Elles tendent aujourd’hui à diminuer, en présence du relèvement qui s’est manifesté dans la production européenne, par suite de l’application des belles découvertes de M. Pasteur.
- CHINE.
- L’exposition de l’empire chinois, préparée, comme il a été déjà dit, par le service des douanes, ne comprenait pas de soies dans la classe 46. Les produits n’y étaient, en général, présentés que sous la forme où ils deviennent articles de commerce. Or c’est rarement sous forme de cocons que les soies de Chine sont exportées en Europe.
- On évalue que la production totale annuelle de soie en Chine s’élève à îo millions de kilogrammes, sur lesquels les trois quarts sont produits par le ver à soie du mûrier. Les exportations sous forme de soie grège ou de tissus se sont élevées jusqu’aux deux tiers de la production indigène. Près de 2 millions de kilogrammes de soie sont fournis par le ver à soie du chêne. Cette soie, qui s’exporte fort peu, sert à Thahillement des gens du peuple; elle est très élastique, extrêmement solide et dure beaucoup plus longtemps que le coton, bien qu’elle ne coûte pas davantage. Les essais qui se poursuivent actuellement pour introduire en Europe le ver à soie du chêne méritent assurément d’être soutenus et encouragés.
- Les conditions économiques sont, en Chine, aussi favorables que possible à la sériciculture; la main-d’œuvre y est à très bon marché, et la population est soigneuse, patiente et excelle en tous les travaux qui demandent de l’habileté et une attention soutenue. On ne peut pas dire cependant que la sériciculture soit précisément en progrès dans l’empire chinois. Comme beaucoup d’autres in-
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- dustries, elle est plutôt stationnaire et paraît presque rétrograder, Gr. V si l’on compare ce qui se fait en Chine avec la marche progressive des arts usuels dans les pays habités par les Européens.
- JAPON.
- Les Japonais sont persuadés que la sériciculture a pris naissance au Japon, et qu’elle y a été pratiquée de tout temps. Il est certain que si elle a été importée de l’étranger dans ce pays, ce doit être à une époque fort reculée, car les plus anciens livres japonais en font mention. On doit reconnaître, d’autre part, que cette industrie a pris un accroissement rapide depuis que les relations avec l’Europe sont devenues plus fréquentes, et cela non seulement à cause de l’exportation des soies, mais aussi à cause de la quantité considérable de graines que l’on importe chaque année du Japon. La préférence donnée pendant longtemps aux graines japonaises et la faveur dont elles jouissent encore maintenant sont justifiées par les précautions minutieuses dont les Japonais entourent les opérations de la ponte et de la conservation des cartons. On remarque cependant que le produit des graines japonaises importées en Europe décroît d’année en année, et les graines indigènes obtenues de papillons triés et examinées au microscope, suivant le procédé Pasteur, font aujourd’hui une concurrence sérieuse aux cartons japonais. Les plus estimés parmi ces derniers sont ceux qui proviennent de Yenesawa, province de Jamagawa, d’Iwashiro, de Néda, province de Shinano. Dans un district du Japon oii il existe des grottes dont la température est invariable et très fraîche, on a fait récemment avec un plein succès l’essai d’éducations d’été. Les cartons s’y conservent parfaitement, sans éclore, aussi tard qu’on veut dans la saison. Des graines conservées de cette façon jusqu’au mois de juillet ont donné naissance à des vers, qui se sont élevés rapidement et qui ont produit des graines et des cocons remarquablement sains. Le Gouvernement japonais qui est très empressé d’appliquer les notions scientifiques au perfectionnement de toutes les industries nationales, a ouvert, en 187h, un établissement de sériciculture expérimentale qui rendra probablement de grands services aux éleveurs indigènes.
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- On évalue à un peu moins de 2 millions de kilogrammes la production annuelle de la soie au Japon : 1,100,000 kilogrammes environ sont absorbés par les filatures locales, dont plusieurs sont pourvues de moteurs à vapeur. Le chiffre de l’exportation atteint de 700,000 à 760,000 kilogrammes.
- FRANCE.
- L’industrie des vers à soie s’est introduite d’Italie en France vers le commencement du xive siècle, lorsque le siège de la papauté fut transféré à Avignon. C’est seulement cent ans plus tard, sous Henri IV, qu’elle est devenue très florissante; et elle a continué à prospérer sauf quelques crises momentanées, jusqu’au moment où la maladie est venue s’abattre, en 18/u et dans les années suivantes, sur presque toutes les magnaneries du Midi, réduisant le rendement dans une proportion énorme et anéantissant parfois d’une manière presque complète l’espoir de la récolte. La production totale, qui était, avant la maladie, de 26 millions de kilogrammes de cocons, produisant environ 2 millions de kilogrammes de soie, était tombée, en i865, à 5 ou 6 millions de kilogrammes de cocons. Depuis ce temps, les soins nouveaux apportés aux éducations, l’introduction de graines étrangères saines, et l’emploi du procédé Pasteur, qui permet d’écarter de la reproduction les œufs de papillons atteints des corpuscules, signes de la maladie, ont permis de relever sensiblement le chiffre de la production annuelle. En 1873, il était déjà de 8,2/10,000 kilogrammes de cocons, et s’est élevé, en 1875, à g,658,225 kilogrammes. Nos exportations de soie, qui avaient considérablement baissé pendant quelques années, ont repris aussi un mouvement ascendant, comme l’indiquent les chiffres suivants :
- 1867. . 2,6/18,000 kilog., valant 115 millions de francs.
- 1876. . 3,796,109 172
- Le tableau suivant indique la manière dont se sont réparties entre les différents pays producteurs les quantités de soie importées par la France en 1867 et en 1876.
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- IMPORTATIONS.
- 1867. 1876.
- Chine 3o6,5i5k 2,o57,92ik
- Angleterre 1,143,i 53 684,7/19
- Japon . . 178,481 468,159
- Italie 235,894 417,068
- Turquie 3i5,o35 353,364
- .Égypte 45,225 263,703
- Suisse 22,601 232,528
- Indes anglaises i45,4o4 1 o9,o4o
- Espagne tS oc 70,986
- Autres pays 78,042
- Totaux.............. 2,622,000 /1,735,000
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- Nos exportations ont augmenté, dans la meme période, d’une façon un peu moins marquée, ce qui indique qu’une plus grande quantité de soie a été travaillée par les manufactures françaises. Dans ces chiffres figurent, pour la plus grosse part, des soies de l’extrême Orient, introduites en France, puis réexportées.
- 1867............ 2,6/18,000 kilog. valant 115,000,000 francs.
- 1876............ 3,796,000 172,100,000
- Cinq exposants français seulement ont présenté dans la classe 46 des produits des vers à soie; ils appartenaient aux principaux départements séricicoles : Gard, Ardèche, Aveyron, Vaucluse et Corse. Les plus beaux produits étaient ceux qui représentaient les excellentes soies des Cévennes, si remarquables par leur régularité, leur solidité et leur finesse. Ces quelques échantillons donnaient une haute idée de la qualité de nos soies indigènes et permettaient d’espérer de meilleurs jours pour la sériciculture française.
- ITALIE.
- En Italie comme en France, la maladie des vers à soie a porté un grave préjudice à l’industrie séricicole. La production, comme en France, est tombée bien au-dessous des chiffres quelle attei-
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- Gr. V. Cl. 46.
- gnait avant la maladie, et qui s’élevaient jusqu’à 5a millions de kilogrammes de cocons, produisant 3,700,000 kilogrammes de soie grège. Il faut rendre aux Italiens la justice de reconnaître qu’ils ont fait, dès le début, les efforts les plus énergiques et les plus intelligents pour combattre le mal, et qu’ils y ont réussi dans une grande mesure. Us ont commencé par envoyer tous les ans des voyageurs au Japon, pour en rapporter les meilleurs cartons de graines, et, dès que les savantes recherches de M. Pasteur sur la maladie des vers à soie ont été publiées, ils n’ont pas perdu un moment pour organiser l’inspection microscopique des papillons et des œufs et la production de graines d’élite. Grâce à ces efforts, la production n’a pas tardé à se relever, ainsi que les exportations.
- Voici quelles ont été les exportations de soies grèges et ouvrées :
- 1867............. 2,o5i,933 kilog. valant i<)<),°37,5oi francs.
- 1873............ 3,335,()oo 35i,Go3,86o
- 1876............. 3,607,000 360,750,000
- Les apports de l’Italie, assez nombreux et fort intéressants, consistaient surtout en exemples d’application du procédé Pasteur et en installations pour le grainage, rentrant ainsi complètement dans le domaine de la classe 83.
- AUTRICHE-HONGIUE.
- L’élevage des vers à soie est surtout répandu dans le Tyrol et en Illyrie. Ces deux provinces récoltent environ 200,000 kilogrammes de soie, c’est-à-dire à peu près la moitié de la production totale de l’empire. Le Gouvernement a fait de grands efforts, dans ces dernières années, pour introduire l’élevage des vers à soie en Hongrie; des plantations considérables de mûriers ont été faites; mais la population ne paraît pas, en général, très disposée à se livrer à cette industrie.
- Deux exposants autrichiens, l’un de l’Istrie et l’autre du Tyrol, ont présenté à l’Exposition de forts beaux cocons jaunes, ainsi que des modèles d’installation pour le grainage des vers à soie.
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- RUSSIE.
- 11 s’élève forl peu de vers à soie dans la Russie, si ce n’est en Tauride; mais la sériciculture est florissante dans les provinces du Caucase, ainsi que dans le Turkestan, aujourd’hui annexé en partie par la Russie.
- Quelques fort beaux échantillons de soie russe, très brillante et très nerveuse, figuraient à l’Exposition de 1878. Les cocons paraissaient filés par des vers très sains et vigoureux. On estime a environ 1 million de kilogrammes la production annuelle en soie grège des différentes possessions russes.
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- ESPAGNE.
- Autrefois^très florissante, l’industrie des vers à soie en Espagne a été très gravement atteinte par l’invasion de la maladie; la production annuelle y est tombée de 800,000 ou 900,000 kilogrammes à 130,000 environ. Les apports très limités de l’Espagne à l’Exposition de 1878, au moins dans la classe A6, ne permettaient pas de constater un relèvement bien marqué de la sériciculture dans ce pays. Les produits les plus remarquables de cette exposition étaient ceux des vers à soie du chêne, provenant des éducations faites par le marquis de Rizcal, dans la province de Lacères. Les conditions locales : division de la propriété, éparpillement de la population dans des fermes d’étendue restreinte, possédant toutes des bouquets de chêne Tauzin, paraissent convenir tout particulièrement à ce genre d’éducation, qui se fait en plein air et presque à l’état sauvage. Les résultats obtenus sont fort remarquables et donnent l’espoir d’un plein succès; il a été récolté, en 1878, pendant l’Exposition, plusieurs centaines de kilogrammes de cocons.
- PORTUGAL.
- La sériciculture a passé, en Portugal, par de nombreuses alternatives. Autrefois assez prospère, puis délaissée, elle a été remise «u honneur au xvnu siècle. On fait actuellement, pour la développer encore plus, des eflorts qui ne sont pas sans résultats,
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- comme le témoigne l’importance assez grande des envois de cocons et de soie faits à l’Exposition de 1878. La diversité des produits séricicoles du Portugal qui y ont figuré fait voir que l’on cherche le progrès dans différentes directions.
- Le Gouvernement fait de grands efforts pour encourager la production de la soie. La science a été appelée, en Portugal comme ailleurs, au secours de la sériciculture; et la station agricole de Bragance s’occupe d’étudier les différentes races de vers à soie, ainsi que les meilleurs procédés d’éducation.
- La production annuelle est estimée à environ 18,000 kilogrammes de soie grège.
- GRÈCE.
- La Grèce, autrefois si adonnée à l’éducation des vers à soie, que la Morée doit, dit-on, son nom aux plantations de mûriers dont elle a été couverte, ne produit plus aujourd’hui que des quantités très limitées de cocons. Ses exportations, autrefois considérables, ne dépassent plus maintenant quelques milliers de kilogrammes. Elle a néanmoins envoyé à l’Exposition quelques beaux échantillons de cocons blancs et jaunes accompagnés de soie grège de fort belle qualité.
- AMERIQUE.
- L’industrie des vers à soie existe dans l’Amérique du Nord et dans l’Amérique du Sud ; mais elle n’y a que fort peu d’importance, et suffit à peine à alimenter les besoins locaux là où ils sont très restreints. Les pays où l’industrie des tissus de soie a de l’importance, comme les Etats-Unis, sont obligés de s’approvisionner à l’étranger. L’importation de la soie dans les Etats de l’Union est en progrès rapide, comme l’indiquent les chiffres suivants :
- 1867 ............. 217,960 kilog. valant 1 2,838,8o5 francs.
- 1876 ............. 609,7/15 28,207,401
- La production indigène ne représente pas le dixième des quantités importées.
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- Inde. — La sériciculture constitue dans l’Inde une industrie très répandue et très florissante. On y élève, outre ies diverses variétés de vers du mûrier, un grand nombre d’autres espèces qui se nourrissent sur différentes plantes ou arbres indigènes; ceux du ricin et du jujubier donnent des produits particulièrement importants. On évalue la production de soie véritable dans Tlnde à environ un demi-million de kilogrammes.
- Australie. — Il a été fait, depuis quelques années, de grands efforts pour introduire l’élevage des vers à soie dans les différentes colonies australiennes; ils paraissent avoir été particulièrement heureux en ce qui concerne la colonie de Victoria, où il existe déjà des plantations de mûriers assez étendues; les conditions climatériques et sanitaires sont très favorables dans toute l’Australie, et les soies produites jusqu’ici à titre d’essai ont beaucoup de force et de lustre. Il n’a été présenté à l’Exposition que quelques petits cocons jaunes provenant de la colonie de Queensland.
- COLONIES FRANÇAISES.
- Algérie. — La sériciculture est actuellement encouragée en Algérie par des primes données par le Gouvernement, et dont Tin-fluence paraît agir favorablement sur l’activité de cette industrie, autrefois assez prospère, mais bien délaissée pendant les dernières années. La quantité de cocons et de soie produite en 1876 se montre déjà grandement supérieure à celle qui a été obtenue Tannée précédente. Les races cultivées généralement sont : la race japonaise et la grosse race.
- Cochinchine. — La Cochinchine a une certaine importance comme contrée séricicole. On n’y élève que la race polyvoltinc, qui se développe très rapidement et donne plusieurs générations Classe h 6.
- Dans 1 Amérique du Sud, l’éducation des vers à soie se fait partout et n’a d’importance nulle part. Le Pérou seul avait présenté à l’Exposition quelques échantillons de cocons petits et de bonne
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- dans l’année. Les cocons en sont petits; mais la soie est de bonne qualité et très brillante. Probablement il ne serait pas possible, à cause de la chaleur du climat, de conserver le temps nécessaire les œufs des races communes.
- Les éducations se font sous des hangars en plein air, dans de grandes corbeilles en bambou; les pieds des étagères qui les supportent reposent dans des vases pleins d’eau, pour garantir les vers contre les attaques des insectes. L’éducation ne dure que trente jours. Les cocons sont formés en un jour; le neuvième ou le dixième, les papillons sortent des cocons. Les œufs éclosent neuf jours après la ponte. La soie obtenue de ces cocons vaut de 35 à 4o francs b; kilogramme; il faut un peu moins de 3,ooo cocons pour donner î kilogramme de soie.
- Inde et île de la Réunion. — Quelques cocons de vers à soie exposés par l’île de la Réunion, et quelques échantillons des produits du Bombyx mylitta, qui donne la soie tussah, présentés par le comité d’exposition de Pondichéry, complétaient les envois des colonies françaises à l’Exposition de 1878.
- VIII
- GRAINES OLÉAGINEUSES ET HUILES.
- Les matières grasses sont absolument nécessaires à la vie de l’homme; elles sont indispensables pour son alimentation, et il est peu d’usages, domestiques ou industriels, pour lesquels il ne lui soit impossible de s’en passer. La graisse des animaux a pu, dans l’origine, suffire à ces différents emplois; mais aujourd’hui il n’est pas de peuple, même sauvage, qui n’ait recours pour la satisfaction de ses besoins aux matières grasses d’origine végétale. Celles-ci sont aussi abondantes que variées; la libéralité delà Providence les a abondamment répandues sur tous les pays du monde avec les formes les plus diverses. Composées uniquement de carbone et d’hydrogène, les huiles et graisses végétales peuvent être produites indéfiniment sans épuiser le sol qui les porte, pourvu qu’il lui soit
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- fait restitution de toute la substance organisée qui accompagne la Gr. v. matière grasse dans les fruits ou graines d’oii on l’extrait, et qui cl~6 constitue les résidus que dans l’industrie l’on nomme tourteaux.
- Un pays peut donc, sans s’appauvrir, exporter des masses d’huiles végétales, s’il conserve ses tourteaux ; il exporte, au contraire, sa fertilité, s’il expédie à l’étranger les graines qu’il récolte ou les tourteaux qui en proviennent.
- Les plantes qui peuvent fournir l’huile dans les pays froids sont : le colza, la navette, les moutardes, la cameline, le lin, le pavot, le chanvre, le tournesol; et parmi les arbres : le hêtre et le noyer.
- On peut remarquer parmi ces plantes la prédominance de celles qui appartiennent à la famille des crucifères, laquelle en renferme quatre sur dix. A l’exception des deux arbres cités en dernier lieu, ce sont des plantes annuelles ou bisannuelles, rustiques et a végétation rapide.
- Colza. — Le colza paraît être le type sauvage de nos choux cultivés ; seulement, tandis qu’on s’est attaché à développer chez ceux-ci l’ampleur des feuilles ou le volume des tiges, des racines ou de l’inflorescence, dans le colza, c’est simplement la plus grande production possible en graines que l’on a cherché à obtenir. Presque toujours, le colza est cultivé comme plante bisannuelle; on le sème en été, en place ou en pépinière; on le repique, s’il y a lieu, à l’entrée de l’automne et on le récolte à la fin du printemps suivant.
- On distingue en Europe trois variétés principales de colza : le colza d’hiver ordinaire, le colza parapluie, dont les siliques pendantes s’égrènent moins par l’effet des grandes averses, et le colza de printemps , qu’on peut encore semer à la sortie de l’hiver pour récolter la graine dans la même année. Le rendement varie suivant les pays et le mode de culture, de 1 o à 2 5 hectolitres à l’hectare. La graine du colza est ronde, noire, dure, avec une amande jaunâtre intérieurement; l’huile de colza est très claire, d’un beau jaune, mais d’une odeur assez forte et âcre; on l’emploie surtout à l’éclairage.
- Les pays où la culture du colza a le plus d’importance sont : la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, les Pays-Bas et l’Inde anglaise.
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- Navette. — Cette plante est aux navets cultivés ce que le colza est à nos choux. On la sème habituellement pendant ITiiver, mais toujours en place; il en existe aussi une variété de printemps à végétation rapide. Le rendement varie de 12 à 20 hectolitres par hectare; la graine, plus petite et moins noire que celle du colza, donne une huile à peu près identique. C’est surtout en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Italie, que Ton cultive la navette.
- Moutarde. — On cultive en Europe, pour l’extraction de l’huile, deux sortes de moutarde : la moutarde blanche (Sinapis alba, L.) et la moutarde noire (Sinapis nigra, L.). On extrait aussi de l’huile des graines de la moutarde sauvage (Sinapis arvensis, L.) et de celle à feuilles découpées (Sinapis dissecta, Lagase), qui se développent en prodigieuse abondance dans certains terrains. Toutes cés moutardes sont des plantes annuelles et à végétation rapide. On importe, en outre, de grandes quantités de graines de moutarde de l’Inde anglaise, qui sont fournies par les Sinapis sinensis, Gau-dich., Sinapis juncea, L., et peut-être encore par d’autres espèces.
- Les huiles de moutarde sont, en général, âcres et peu claires; elles ne servent qu’à l’éclairage ou à l’industrie. Les tourteaux qui en proviennent ne peuvent pas être donnés aux animaux.
- Camehne. — La cameline est une plante à végétation très rapide et Tune de celles qui peuvent fournir de l’huile dans les pays les plus septentrionaux; elle peut mûrir en trois mois, sans exiger beaucoup de chaleur. La graine de la cameline a un goût d’ail très prononcé qui se conserve dans le tourteau et qui, dans beaucoup de pays, le fait considérer comme propre à préserver les jeunes semis des ravages des insectes. Il est à remarquer que la cameline elle-même n’est guère attaquée par aucun insecte. Cette plante est surtout cultivée en Allemagne, en Belgique et dans le nord de la France.
- Lin. — Outre son immense utilité comme plante textile , le lin en présente une presque égale par l’huile qu’on peut extraire de sa graine. Envisagé surtout comme plante oléifère, le lin se cultive en automne; on le sème à peu près en même temps que les cé-
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- réales d’hiver et on le récolte dès la fin du printemps. Les variétés de lin particulièrement convenables pour cette culture ont la propriété de se ramifier beaucoup et de donner des graines pleines et grosses. On cultive beaucoup le lin pour son huile dans le midi de la Russie, dans tout le bassin de la Méditerranée, aux Etats-Unis et dans TInde. L’huile de lin est la plus généralement employée des huiles siccatives, c’est-à-dire de celles qui sèchent à l’air en se transformant en une espèce de résine.
- Pavots. — Les qualités du pavot comme plante oléifère sont connues depuis fort longtemps. On cultive pour la graine deux variétés de pavots bien distinctes l’une de l’autre, quoiqu’elles appartiennent toutes les deux à la même espèce : le Papaver somniferum, L. En Europe, on en cultive une forme vigoureuse, généralement bien ramifiée, à tiges hautes et raides et à fleurs violettes; c’est celle que l’on nomme habituellement œillette. On en distingue trois sous-variétés : l’œillette grise et l’œillette bleue, ainsi nommées de la couleur de leurs graines, et l’œillette aveugle, dont la capsule reste complètement close à la maturité, ce qui met le cultivateur à l’abri de toute perte de graines au moment de la récolte et pendant les transports.
- L’œillette se sème au printemps, et la récolte se fait au bout de trois ou quatre mois. Le rendement est de 15 à 20 hectolitres par hectare. Cette culture se fait surtout dans les Pays-Bas, en Allemagne et en France.
- Dans l’Inde et en Asie Mineure, on cultive beaucoup le pavot blanc ou pavot à opium, qui n’est que le type de l’espèce; il a les liges moins hautes, les capsules plus grosses que l’œillette, et la graine blanche. L’opium s’obtient en incisant légèrement les capsules encore vertes; sèches, ces capsules sont employées dans l’herboristerie, et la graine sert à faire de l’huile. Les huiles d’œillette et de pavot sont presque incolores, très douces et presque sans saveur; elles peuvent servira l’alimentation, pures ou mélangées a d autres huiles comestibles.
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- Chanvre. — Dans tous les pays où l’on cultive le chanvre pour
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- Tournesol. — Cette plante, qui appartient à la famille des synan-thérées ou composées, n’est guère cultivée comme plante oléifère que dans la Russie d’Europe. Ses graines, dont l’enveloppe est très légère, contiennent une amande blanche etferme, dont le goût rappelle celui de la noisette; on en extrait une huile fine et claire qui est très estimée en Russie. En dehors de ce pays, la culture s’en fait encore en Autriche, en Turquie et en Italie.
- Hêtre. — Le hêtre, dont les fruits appelés faînes servent, dans une partie de l’Europe, à la fabrication de l’huile, n’est pas cultivé pour cet usage; on se contente d’en récolter les fruits dans les forêts. L’huile en est douce et très bonne à manger; elle est souvent vendue pour de l’huile d’olive et parfois mêlée à celle-ci.
- Noyer. — Le noyer cultivé est répandu dans toute l’Europe et dans une partie de l’Asie. Son fruit donne en abondance une huile qu’on mange dans beaucoup de pays, mais que son goût trop prononcé empêche, en général, de considérer comme comestible; elle est très siccative, ce qui la fait rechercher pour la peinture. C’est en France, en Allemagne, en Autriche et en Turquie qu’on récolte le plus de noix pour en faire de l’huile. Avant d’être pressés, les fruits doivent être débarrassés non seulement des coquilles, mais des cloisons membraneuses qui en séparent les différentes parties.
- Dans les portions les plus chaudes de la zone tempérée, l’huile est surtout produite par l’olivier, l’arachide, le sésame, le madia, le niger, le ricin, le cotonnier et plusieurs sortes de cucurbitacées. Toutes ces plantes, qui s’accommodent à quelques variations près du même climat, sont habituellement cultivées dans des contrées dif-
- scs fibres, on en récolte aussi des graines pour la fabrication de l’huile. Cette huile est un peu verdâtre, d’une odeur assez forte; elle n’est pas considérée généralement comme convenant à l’alimentation. Le chanvre se cultive à peu près dans tous les pays du monde. C’est surtout en Russie, en Allemagne et dans l’est de la France qu’il a de l’importance comme plante oléagineuse.
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- férentes, chaque pays préférant celle qui donne le meilleur rendement dans les conditions spéciales où il se trouve.
- Olivier. — L’olivier, dont la culture remonte à la plus haute antiquité dans le bassin de la Méditerranée, ne s’en est pas beaucoup écarté jusqu’à présent. Il a été fait, il est vrai, des essais heureux d’introduction de cet arbre aux Etats-Unis et en Australie; il s’en fait actuellement au Japon. Cependant jusqu’ici ce n’est que dans le midi de l’Europe, dans l’Asie occidentale et dans les contrées du nord de l’Afrique que la culture en est très générale et très productive; l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la Turquie d’Europe, l’Algérie, le Portugal et le midi de la France sont les contrées où l’olivier donne les plus abondants et les meilleurs produits. C’est habituellement sur le penchant des coteaux, dans les terrains accidentés et peu susceptibles d’irrigation, que l’on plante les oliviers. On a coutume de les tailler pour les empêcher d’atteindre une taille trop haute, qui rendrait la récolte des fruits très difficile. Les oliviers fleurissent au mois de juin, et la récolte des fruits se fait en novembre et décembre. On reconnaît que les olives sont mûres et propres à la fabrication de l’huile, quand elles ont pris une teinte noirâtre ét qu’elles s’écrasent facilement. La cueillette se fait soit à la main, soit en frappant les branches avec des perches pour faire tomber les olives, qu’on ramasse ensuite par terre.
- Après la cueillette, on laisse généralement les olives pendant quelque temps dans un endroit bien sain et bien aéré, où la maturité achève de se faire et où elles subissent un commencement de dessiccation. On les broie ensuite au moyen d’un moulin composé d’une lourde meule de pierre, tournant dans une auge également on pierre. Les olives y sont écrasées, et les noyaux eux-mêmes réduits en pulpe; la pâte est mise dans des étreindeiles en crin ou fin grosse laine et soumise à l’action d’une presse, qui en extrait la première huile ou huile fine. On verse ensuite de l’eau chaude sur le résidu, et on le presse de nouveau; on obtient alors de l’huile de seconde qualité. La même opération est généralement répétée fincore une fois; le tourteau qui reste alors est ce qu’on appelle
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- grignon; on l’emploie comme combustible, quelquefois comme engrais. On en peut encore tirer parti en le faisant passer au moulin de recense, où l’on parvient à en extraire encore de l’huile, soit par une pression plus forte, soit au moyen de réactifs, comme le sulfure de carbone, par exemple. Ces dernières huiles sont tout à fait impropres à la consommation; elles ne peuvent servir qu’à l’éclairage ou au graissage des machines; ce sont celles qu’on appelle en Provence huiles lampantes.
- Arachide. —L’arachide appartient à la famille des légumineuses. C’est une plante annuelle dont les graines, arrondies et grosses comme un pois, sont renfermées seules ou deux à deux dans une cosse fragile, qui ne s’ouvre pas naturellement. L’arachide se cultive principalement dans les terrains légers ou sablonneux, surtout au voisinage de la mer. Après la floraison, les jeunes gousses s’enfoncent dans la terre, où elles se développent et mûrissent; de là, la préférence de l’arachide pour les terrains de nature légère. La période de végétation de l’arachide ne dépasse pas quatre ou cinq mois, suivant le climat; la culture s’en est répandue dans tous les pays chauds, bien quelle réussisse au nord jusqu’en Espagne et en Italie. Les plus grands pays de production sont ceux de la côte occidentale de l’Afrique; il s’en fait aussi cependant dans l’Inde, en Cochinchine, aux Antilles, dans quelques parties des Etats-Unis et notamment dans la Caroline du Nord, où l’on obtient de 8o à îoo hectolitres à l’hectare. Au Sénégal, le rendement est moindre de moitié.
- Le port de Marseille reçoit annuellement de5oo,oooà 600,000 quintaux métriques d’arachides en coque et 5o,ooo à 60,000 quintaux métriques d’arachides décortiquées. Les huiles qu’on en extrait servent à la consommation et à tous les usages industriels.
- Sésame. — Il est peu de plantes oléagineuses qui soient cultivées dans une plus grande variété de climat que le sésame. Sa limite au nord-est est à peu près celle de l’oranger; mais il réussit dans les climats les plus chauds. Son origine première est diflicile à indiquer; on l’a cultivé en Grèce, dans l’Asie Mineure et en Syrie,
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- depuis les temps les plus reculés; les Chinois paraissent l’avoir connu aussi de tout temps. C’est une plante annuelle, à végétation assez rapide, dont les capsules oblongues sont remplies de petites graines en forme d’amande ou de graines de melon, dont la couleur varie du blanc au noir, en passant par le roux et le gris foncé. Le sésame est extrêmement cultivé dans l’Inde, en Cochinchine, en Turquie et dans tout le bassin oriental de la xMéditerranée. Après l’huile de coco, c’est l’huile de sésame qui tient le premier rang comme article de commerce ; on en fabrique dans tous les pays où le sésame se cultive, et, en outre, il s’en expédie en Europe des quantités immenses. Le port de Marseille a reçu, en 1875, à peu près 3oo,ooo quintaux métriques de sésame, venant de l’Inde et de l’Afrique, et 126,000 quintaux de provenance du Levant. L’huile de sésame est comestible et même fort bonne, quand elle est préparée avec soin.
- Ricin. — Le ricin, qui ne peut pas supporter les hivers de notre pays et qu’on ne peut par suite y cultiver que comme plante annuelle, devient arborescent et vivace dans les pays chauds; on en compte un très grand nombre d’espèces et de variétés, qui toutes paraissent jouir des mêmes propriétés comme plantes oléifères et médicinales. L’huile qu’on extrait des graines est presque incolore, fluide et convient particulièrement bien au graissage des machines. Le ricin se cultive surtout en Afrique et dans l’Inde; les Etats-Unis en produisent aussi d’assez grandes quantités.
- Madia. —Le Madia saliva, D. C., de la famille des composées, se cultive dans l’Amérique, surtout au Chili. Cette plante est connue en Europe depuis longtemps; mais la culture n’en a pas été adoptée jusqu’à présent. C’est une herbe assez basse, ramifiée, velue et visqueuse, dont la végétation ne demande pas plus de trois mois et demi ou quatre mois pour s’achever. L’huile qu’on en tire est très douce et propre à l’alimenlation.
- Niger. — Le niger ou ramtil (Guizotia oleijera, D. C.) appartient, comme le madia, à la famille des composées. On le croit originaire
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- Gr. V. fl’Abyssinie, mais il est surtout cultivé dans l’Inde méridionale, d’où on l’expédie en Europe par quantités considérables. On en fait une huile fort bonne, propre à l’alimentation et à l’industrie.
- Coton. — Il n’y a pas très longtemps qu’on a trouvé le moyen d’utiliser industriellement la graine du coton pour la production de l’huile; aujourd’hui cette fabrication a pris une très grande importance, principalement aux Etats-Unis.
- Marseille fabrique également une grande quantité d’huile de coton avec les graines importées d’Egypte. On trouvera dans l’article consacré à l’exposition des Etats-Unis tous les détails relatifs au traitement des graines de coton et à l’emploi de l’huile qu’on en tire.
- Cucurbitacées. — Le principal'produit oléagineux de la famille des cucurbitacées consiste dans le beref ou beraf, qui s’exporte du Sénégal à destination de Marseille. On y distingue le gros et le petit beraf: le premier, composé surtout de graine de melon; le second, renfermant des graines de différentes courges et de pastèques. Le rendement en huile est assez bon, et cette huile sert principalement pour l’industrie.
- Dans les climats tout à fait tropicaux, l’huile est plutôt fournie par des arbres que par des plantes herbacées. Au premier rang, par l’importance de leurs produits, se trouvent les palmiers; et, parmi ceux-ci, le cocotier et le palmier ou palmiste de Guinée occupent la première place. Les autres principaux arbres ou arbustes oléifères des tropiques sont YAleurites triloba, Forst, qui produit la noix de Bancoul, le Bassia longifolia, L., qui donne la noix d’Illipe, le pignon de l’Inde ou purghère, le Moringa pterygosperma, Gaert., le Touloucouna, le Carapa guianensis, Aub. Il existe bien d’autres végétaux encore dont les fruits acquerront peut-être un jour une importance commerciale comme matières premières de la fabrication de l’huile.
- Cocotier. —Le cocotier est assurément l’un des dons les plus précieux que la Providence ait faits aux pays tropicaux. Les indigènes
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- v trouvent de quoi satisfaire presque tous leurs besoins, et les peuples civilisés en retirent des produits industriels de la plus grande valeur. C’est surtout sur les bords de la mer que le cocotier prospère et donne des fruits abondants; on le rencontre souvent sur les plages basses qui sont de temps en temps recouvertes par la marée. Le cocotier commence à produire vers l’âge de dix ans et ne cesse, jusqu’à cent ou cent cinquante ans, de porter vingt ou trente noix et quelquefois plus chaque année. On distingue, dans les pays chauds, un grand nombre de variétés de cocotiers, qui diffèrent les uns des autres par le nombre ou le volume des fruits, la couleur de leur enveloppe, etc. U s’en trouve à l’extrémité orientale de l’île de Cuba que l’on considère comme d’une beauté toute spéciale.
- La récolte des noix dure toute Tannée, chaque arbre portant à la fois des fleurs, des fruits mûrs et d’autres en voie de développement. Une fois récoltées, les noix sont débarrassées de leur enveloppe fibreuse, puis cassées, et l’amande en est extraite et exposée au soleil. De blanche et cassante qu’elle était, elle prend une couleur rougeâtre et une apparence cornée. C’est dans cet état quelle peut servir à la fabrication de Thuile et constitue sous le nom de coprah un article de commerce très important. Il en vient de grandes quantités en Europe, où on en extrait de Thuile qui sert surtout à la fabrication des savons. C’est une des substances qui rendent la plus forte proportion d’huile; on en extrait presque les deux tiers du poids total des amandes.
- Elœis guineensis, L. — Extrêmement commun sur la côte occidentale d’Afrique, ce palmier est d’une fertilité prodigieuse. Ses fruits sont réunis en régimes, pesant de 10 à 12 kilogrammes et dont l’arbre porte souvent une vingtaine à la fois. Ces régimes contiennent des milliers de fruits, qui sont à peu près de la grosseur d’une prune; ils se composent d’une pulpe grasse et fibreuse et d’un noyau dur. On en extrait Thuile sur place en écrasant la pulpe après l’avoir laissée séjourner quelque temps dans une fosse, ou elle se décompose en partie. On met la pâte ainsi obtenue dans de grandes cuves à moitié pleines d’eau, et on Tagite soit avec des
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- bâtons, soit en la foulant avec les pieds; l’huile se dégage et vient surnager à la surface. Depuis quelques années, on a commencé à expédier en Europe les amandes contenues dans les noyaux de ce palmier; on en reçoit annuellement en Angleterre environ 2,5oo tonnes; il en vient aussi de grandes quantités à Marseille. C’est de ces amandes que provient le tourteau blanc, farineux, connu sous le nom de tourteau de palmiste. L’huile qu’on en extrait ressemble beaucoup à celle de la noix de coco. Cet arbre a été transporté à la Guyane, où il prospère et donne des produits abondants.
- Aleurites triloba. — UAleurites triloba, dont le fruit est connu sous le nom de noix de Bancoul ou noix chandelle (candie nuts est indigène à la Nouvelle-Calédonie, de même que dans les îles de la Malaisie et dans l’Assam. Il est très commun à l’état cultivé dans presque tous les pays tropicaux, à Taïti, aux îles Sandwich, à la Réunion, etc. Les noix contiennent une si forte proportion d’huile, que les indigènes se contentent souvent de les enfiler dans des baguettes pour se faire des flambeaux. Décortiquées, ces noix rendent 55 p. o/o d’huile et 45 p. o/o de tourteau, qui constitue un excellent engrais. L’huile convient parfaitement pour l’éclairage; elle est remarquablement siccative; malheureusement les frais d’importation sont fort aggravés par la nécessité de charger les graines en coque, car les coques constituent les deux tiers du poids du fruit.
- Bassia longifolia, L. — C’est principalement de l’Inde que viennent les noix d’Illipe ou llloupe, produites par le Bassia longifolia. Bien que Thuile qui en est extraite soit très recherchée pour la savonnerie, elle ne donne pas lieu cependant à un mouvement d’affaires bien considérable.
- Curcas purgans, Med. — Le Curcas purgans, assez voisin du ricin, est un arbuste des tropiques, dont le fruit est employé pour la fabrication de Thuile, sous le nom de purghère ou pignon d’Inde. La plante paraît spontanée aux îles du Cap-Vert et sur la
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- côte occidentale d’Afrique. On l’importe à Marseille en quantités Gr.v. considérables. Son tourteau ne peut servir que d’engrais. ci~46
- Moringa pterygosperma, Goertn. — Le Moringa pterygosperma, de la famille des capparidées, donne une graine garnie d’ailes membraneuses dont l’amande contient une huile connue dans le commerce sous son nom anglais Ben oil ou oilof Ben. On le trouve au Sénégal et sur divers points de la côte d’Afrique. L’huile est employée pour l’horlogerie, et les parfumeurs en font aussi usage à cause de la propriété qu’elle a d’absorber et de conserver sans altération les parfums des fleurs, meme les plus fugitifs.
- Carapn touloucouna, Guil. Pert. (méliacée). — On exporte du Sénégal et particulièrement du district de Cazamance, d’assez grandes quantités de ces noix à Marseille. L’arbre existe aussi à la Guyane, où il produit des graines en si prodigieuse quantité, que parfois la terre en est couverte sur une épaisseur de 1 o centimètres. On a quelque peine à en transporter les fruits sans altération, et c’est sur place qu’on devrait organiser l’extraction de l’huile pour en tirer le meilleur parti.
- Tl y a encore sur les côtes d’Afrique et particulièrement au Gabon un grand nombre d’arbres dont les fruits pourraient être traités dans le but d’en extraire de l’huile, notamment: les Bassin djave et Bassia nouangou, de la famille des sapotacées; le Coula edulis,
- H. Bn., dont les indigènes absorbent des quantités énormes, le Pentadesma butyraïca, R. Bt., qui, à certaines époques de l’année, couvre les rivières d’une couche d’huile que le soleil fait sortir de ses graines décomposées. Il est bien certain que les ressources en matières grasses offertes par les pays tropicaux sont bien loin d’être complètement exploitées.
- FRANCE.
- La culture des plantes à graines oléagineuses occupe en France une proportion assez considérable de la surface cultivée; il y aurait peut-être lieu de se demander, si, en présence des perfectionnements continus des moyens de transport, perfectionnements qui permettent d’apporter les fruits et graines oléagineuses de nos co-
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- lonies avec une dépense sans cesse décroissante, il est bien avantageux d’employer notre sol à produire ce que nous pouvons importer à meilleur marché de nos autres possessions. Sans doute ce système ne devrait pas être poussé à l’excès, parce qu’il peut se rencontrer telles circonstances où les importations seraient entravées ou momentanément suspendues; mais, sagement appliqué, il pourrait sans doute avoir des avantages. Une considération qui milite en sa faveur, c’est que toute production extraite de graines importées est accompagnée d’une production de tourteaux, dont les éléments n’ont pas été empruntés à notre sol et viennent par conséquent l’enrichir, si nous savons les employer chez nous.
- Les graines oléagineuses les plus cultivées en France sont le colza, l’œillette et la navette; on fait aussi beaucoup d’huile avec les graines du lin et du chanvre, cultivés surtout comme textiles; enfin la culture de l’olivier a une grande importance pour les départements du Midi. Le colza occupe, en France, annuellement environ i5o,ooo hectares, dans lesquels le Calvados figure pour 32,5oo, la Seine-Inférieure pour iy,3oo, Saône-et-Loire pour iA,ooo, l’Eure pour io,5oo, le Lot-et-Garonne pour 7,3oo, le Nord pour 4,ooo environ et la Somme pour 3,4oo. Le rendement du colza s’élève en moyenne à 2 4 hectolitres par hectare dans le département du Nord, à 20 dans la Seine-Inférieure et à 1 5 ou 16 dans la plupart des autres départements.
- La culture de l’œillette occupe en F rance de45,oooà5o,ooo hectares annuellement; elle est surtout en faveur dans les départements du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Oise; le rendement en est à peu près de i 5 à 18 hectolitres à l’hectare.
- On peut évaluer que la quantité de graines de lin récoltée en France pour la production de l’huile s’élève annuellement à 10 millions de kilogrammes environ. La quantité de graines de chanvre employée au même usage est d’environ 60 millions de kilogrammes. L’ensemble des autres graines oléagineuses récoltées en France: œillette, navette, cameline, n’est guère inférieur à 2 o millions de kilogrammes. Enfin la récolte totale des 13 0,000 hectares d’oliviers que possède la France s’élève à 2,5oo,ooo hectolitres de fruits, année moyenne.
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- L’exposition française des graines oléagineuses, des huiles industrielles et des tourteaux a été, en 1878, des plus importantes et des plus complètes; tous les principaux importateurs de graines et fabricants d’huiles y avaient pris part. Marseille est devenue, depuis une vingtaine d’années, le plus grand centre d’importation et de traitement des graines oléagineuses de tous les pays du monde. L’importation des différentes graines oléagineuses dans cette ville est arrivée à atteindre, en 1876, 22/1,000 tonneaux; c’est certainement plus de la moitié de la quantité totale importée en France. Ces graines, leurs huiles et leurs tourteaux donnent lieu, dans le monde, à l’un des plus importants commerces qui existent, au plus important peut-être, après celui des substances alimentaires et des textiles.
- Voici, en ce qui concerne la France, quel est actuellement le mouvement d’importation et d’exportation auquel donnent lieu ces articles de commerce :
- GRAINES ET FRUITS OLÉAGINEUX.
- IMPORTATION.
- Colza et œillette d’Europe........................ 25,000 tonnes.
- Arachide....................................... 84,000
- Sésame............................................ 60,000
- Lin............................................... 5i,ooo
- Graines oléagineuses diverses.................. 51,000
- Total....... 271,000
- Les exportations de graines oléagineuses de France sont fort peu considérables; elles se limitent à 1 million de kilogrammes environ de graines de lin, expédiées principalement en Belgique et
- en Angleterre. HUILES. [ Huile d’olive 20,000,000 kilog.
- Importation . J Huile de palme et de coco.. 10,000,000
- ] Huile de graines, environ. . 5,ooo,ooo
- [ Huile d’arachide 1,000,000
- Total 36,ooo,ooo
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- Exportation . j Huile d’olive ;.......... 25,000,000 kilog.
- ( Huiles de graines........ 6,000,000
- Total.... 3i, 000,000
- TOURTEAUX.
- Importation................................ 12,000,000 kilog.
- Exportation................................ 60,000,000
- Les huiles d’olive qui sont importées en France sont, pour une forte proportion, destinées à l’industrie; c’est pourquoi elles ont été mentionnées ici, bien qu’il s’y trouve également une assez bonne quantité d’huiles comestibles. Au surplus, il est très difficile de faire une distinction rigoureuse entre les huiles alimentaires et celles qui ne le sont pas; les arachides, les sésames, l’œillette, le coton lui-même, peuvent fournir des huiles comestibles, quand elles ont été préparées avec soin, et qu’elles sont fraîches; ces mêmes huiles, moins soignées ou vieillies, doivent rentrer dans la catégorie des huiles d’industrie. Les huiles de palme et de coco viennent, environ pour les trois quarts, directement de la côte occidentale d’Afrique; le surplus est expédié des Indes anglaises, ou vient des pays d’origine, en passant par l’Angleterre. Des huiles de graines importées, les neuf dixièmes environ viennent d’Angleterre; ce sont nos possessions françaises de l’Inde qui nous envoient la quantité, du reste peu considérable, d’huile d’arachide que nous importons.
- Voici les provenances principales des graines et fruits oléagineux importés en France.
- Les arachides viennent presque exclusivement du Sénégal et des autres comptoirs de l’Afrique occidentale; l’Algérie en fournit aussi une assez grande quantité.
- Les importations de la côte d’Afrique sont en progression constante et régulière.
- Les graines de sésame proviennent surtout de l’Inde anglaise, qui fournit environ la moitié de l’importation totale ; les possessions françaises de l’Inde en donnent également; la Syrie et l’Asie Mineure exportent aussi de grandes quantités de sésame.
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- Les graines de lin importées en France proviennent, à peu près, pour moitié, de l’Inde anglaise; la Russie nous en fournit une quantité qui n’est guère moins considérable; le surplus est fourni par la Turquie, l’Algérie, l’Italie et la Belgique. Les expéditions de l’Algérie vont en augmentant d’une manière régulière.
- Les graines oléagineuses diverses comprennent les moutardes, la navette, le ravison, le coton, la cameline et le chènevis. Les plus importantes expéditions nous sont faites par les Indes anglaises, la Russie et la Turquie; le contingent des autres pays-exportateurs est relativement peu considérable.
- Le tableau suivant établit la production en France des graines oléagineuses pendant l’année 1875, avec les quantités d’huile et de tourteaux provenant de ces mêmes graines.
- NOMS DES «HAINES OU FIU'ITS employés. PRODUCTION EN HUILES ET ISSUES
- Ql'ANTITÉS (le fjraines ou fruits employés. P110 DU Huile. CTIOK. Tourteaux. VAL Huile. EUH. Tourleaux.
- hectolitres. kilogr. kilogr. francs. francs.
- Chènevis 1i/i,5*8 0 00 4,2 17,389 2,812.744 867.890
- Lin i/i3,833 2.999,328 5,849.118 3.195,G64 1,624,743
- Colza i,83t,933 A3.006,370 71,357,837 42,779.715 11.56o,386
- OEillel le « » » « »
- Navel le 44 i.885 io,543,i45 16,760.101 i5.34o,3io 3,477.812
- Cameline » « „ ,, »
- Olive i.5G8.5t)() a4,225,8oi 61,821,155 37,791,661 16,668,619 I
- Toutes ces quantités de matières premières alimentent plusieurs centaines d’usines disséminées dans toute la France, mais surtout nombreuses à Marseille, à Bordeaux et dans les départements du Nord et de la Seine-Inférieure. Dans ces usines, les graines sont d’abord criblées et nettoyées avec soin; cette opération a pour but d’enlever les matières étrangères, débris de tiges ou d’enveloppes qui retiendraient une partie de l’huile, ainsi que des petites pierres qui pourraient endommager les appareils dans lesquels elles ont a passer. Les graines sont ensuite écrasées entre deux cylindres de métal; puis portées sous des meules, qui les réduisent en poudre ou pulpe fine; elles sont ensuite soumises à l’action de Classe Z16.
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- presses hydrauliques très puissantes qui en extraient, en deux ou trois pressions, toute l’huile qu’on peut en obtenir industriellement. D’une façon générale, on peut estimer que î oo kilogrammes de graines broyées donnent 66 kilogrammes de tourteaux et 34 kilogrammes d’huile.
- Le tableau suivant indique, pour les principales espèces, le rendement industriel approximatif en huile et en tourteaux :
- HUILE. TOURTEAUX.
- Arachide brute.................................. 3i 69
- Arachide décortiquée............................ 4o 60
- Cainehne........................................ 3o 70
- Colza........................................... 34 66
- Coprah (amande de cocotier)..................... 65 35
- Lin............................................. 3o 70
- Navette......................................... 33 67
- Elœis guineensis (palmiste)..................... 34 66
- OEillette....................................... 4o 60
- Ricin brut...................................... 32 68
- Ricin décortiqué................................ 58 42
- Sésame.......................................... 45 55
- Tournesol....................................... i5 85
- Pour être placée sous les presses, la poudre de graines est mise dans des sacs longs et étroits, faits habituellement en crins et quelquefois en tôle percée de trous ; on les nomme scourtins à Marseille, et étreindelles ailleurs. Ces étreindelles sont empilées les unes au-dessous des autres, séparées par une lame métallique. Les tourteaux conservent la forme des étreindelles; ils se présentent en galettes longues, plus étroites d’un bout que de l’autre, et épaisses d’un centimètre et demi environ. On distingue les différents tourteaux les uns des autres par leur couleur, leur odeur et l’aspect de leur cassure; ils font l’objet d’un commerce très important.
- On a vu plus haut que la quantité de tourteaux provenant des graines oléagineuses récoltées en,France est de 160 millions de kilogrammes environ; en évaluant à 300 millions de kilogrammes la quantité de graines et fruits oléagineux importés, on peut cal-
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- culer qu’on en retire 200 millions de kilogrammes de tourteaux. Gr. v. De plus, en ajoutant à cette quantité 12 millions de tourteaux C1~6 importés, on obtient un total de 3^2 millions de kilogrammes comme représentation de la quantité de tourteaux annuellement disponible en France, ce chiffre est très probablement inférieur à la vérité. Si cependant on l'admet comme exact, et qu’on en retranche les 100 millions de kilogrammes de tourteaux annuellement exportés, il reste, pour l’agriculture française, une quantité de 272 millions de kilogrammes de tourteaux. 160 millions, sur ce chiffre, ne font que rendre au sol les éléments qui lui avaient été enlevés par la production des graines indigènes; mais les 112 millions qui restent lui apportent des ressources nouvelles et empruntées aux pays qui ont fourni les graines.
- Au point de vue de la statistique du sol, l’industrie de la fabrication des huiles de graines est donc une des plus profitables pour notre pays. Lorsqu’une cargaison de graines étrangères est venue à Marseille, il importe peu que l’huile qui en provient reste en France ou en sorte; car elle ne renferme pas de substances propres à enrichir notre sol. Mais il est très important que les tourteaux y soient conservés, parce qu’ils contiennent les éléments de nouvelles récoltes. Il est donc à regretter que toutes les facilités soient données à l’exportation des tourteaux, tandis que nous ne pouvons recevoir, sans payer un droit de 3 francs et plus par 100 kilogrammes, ceux des différents pays d’Europe, les seuls qui puissent nous en envoyer.
- La question de la valeur et de l’utilisation agricole des tourteaux est une des plus importantes dont on puisse se préoccuper; et elle aurait besoin, pour être traitée complètement, de développements plus longs que ceux qui peuvent être donnés dans ce rapport.
- Quelques tourteaux, notamment ceux de moutarde, de ricin, de pignon d’Inde, qui contiennent des substances très âcres ou absolument vénéneuses, ne peuvent être employés que comme engrais; pour tous les autres, on peut dire qu’en règle générale il Y a plus d’avantages à les employer pour la nourriture du bétail que pour la fumure des terres; et cela, pour deux raisons prin-
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- Gr. V. cipales. La première, c’est que l’azote des substances organiques Cl~46 Pr0Pres ^ servir à l’alimentation a plus cle valeur que toute autre forme; qu’il en coûtera davantage, par conséquent, pour remplacer i kilogramme d’azote dans la nourriture d’un animal que dans un engrais. Pour ce dernier usage, en effet, on peut trouver de l’azote engagé dans des combinaisons nitriques ou ammoniacales à 2 fr. 20 cent, ou 2 fr. 5o cent, le kilogramme, tandis qu’un kilogramme d’azote coûte ordinairement beaucoup plus cher dans les fourrages ou les grains. La seconde raison, c’est que l’huile qui reste toujours dans les tourteaux, pour un dixième au moins de leur poids, a une valeur comme aliment, tandis qu’elle n’en a pas comme engrais. La culture française commence, du reste, à apprécier l’avantage qu’elle peut retirer de l’usage des tourteaux, et l’on voit la consommation s’en étendre tous les ans. Il serait à désirer que tous les tourteaux produits dans notre pays y fussent consommés, et qu’on y importât, en outre, tous ceux qu’on pourrait se procurer à l’étranger dans des conditions de prix avantageuses.
- Parmi les départements de la France où l’usage des tourteaux est devenu le plus général, on doit citer celui du Nord, qui en fait une consommation immense pour nourrir le nombreux bétail qu’il possède. Cet état de choses est dû aux conseils et aux publications des chimistes du département, et aussi aux efforts et à l’initiative d’une des plus grandes fabriques d’huiles de graines du pays, celle de MM. Marchand frères, à Dunkerque.
- L’Exposition française présentait de tous ces tourteaux des collections très complètes et très bien classées, qui n’étaient pas moins intéressantes pour le botaniste que pour l’industriel et l’agriculteur. Il y a, en effet, encore quelques graines qui arrivent à Marseille pour la fabrication de l’huile, sans qu’on sache exactement quel est l’arbre ou la plante qui les produit; tels sont le Mafourra ou Mafouraire(l), qui vient de la côte orientale d’Afrique, et le Renéluila, dont le pays de provenance n’est pas indiqué.
- (l) Il résulte de recherches faitos par M. Jules Poisson, aide-naturaliste au Muséum d’hisloire naturelle à Paris, cpie celle [[raine, sérail produite par le Trichilui emeliaa, de la famille des Méliacées.
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- A ces échantillons de tourteaux correspondaient de nombreux Gr. v. et remarquables spécimens d’huile, destinés soit à la consomma- C1~6 tion, qui les accepte purs ou mélangés à l’huile d’olive, soit aux différents usages industriels : éclairage, graissage des machines, ensimage des laines, fabrication des savons, des couleurs et vernis, etc.
- De grands progrès ont été faits dans l’art d’épurer les huiles, c’est-à-dire de les débarrasser de toutes les substances étrangères qui peuvent les rendre moins propres aux usages industriels. On a peut-être attaché trop d’importance à la préparation de ce qu’on appelle les huiles neutres, c’est-à-dire privées de toute réaction acide. Cet état ne peut guère être permanent, et le traitement qui est nécessaire pour l’obtenir altère parfois gravement la composition de l’huile; l’absence de réaction acide ne saurait donc être prise comme mesure de la qualité d’une huile. Il n’en est pas moins juste de reconnaître que les huiles présentées à l’Exposition sous le nom d’huiles neutres étaient supérieures, pour le graissage des machines, à la plupart des autres.
- Une branche de l’industrie des huiles de graines mérite d’être signalée particulièrement, parce quelle est nouvelle, et parce qu’elle présente une importance considérable : c’est la fabrication de l’huile avec les graines de coton importées d’Egypte. Cette industrie a été inaugurée à Marseille, en 1851, par la maison Darier de Rouffio. Après des commencements un peu pénibles, elle s’est rapidement développée. Alexandrie exporte annuellement environ 220,000 tonnes de graines de coton, dont la presque totalité est débarquée à Marseille. La production industrielle est de 2,5oo,ooo kilogrammes d’huile épurée, et de 1,200,000 kilogrammes de tourteaux. Ces tourteaux, dont la composition chimique est fort régulière, sont du nombre de ceux qui fournissent les différents éléments de fertilité au plus bas prix. L’agriculture française en pourrait tirer un parti plus avantageux encore qu’elle ne le fait dans les conditions actuelles, si le prix des transports à 1 intérieur n’était pas si onéreux. Quoi qu’il en soit, l’initiative de MM. Darier de Rouffio'a rendu un service signalé à l’industrie et a 1 agriculture françaises.
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- BELGIQUE ET HOLLANDE.
- L’exposition des Pays-Bas renfermait de magnifiques spécimens de graines de colza. La culture de cette plante est très répandue dans ce pays, et elle y paraît assez ancienne; c’est même du nom hollandais de ce produit que paraît venir son nom français usuel (kolzaad, graine de chou). Le colza réussit remarquablement bien dans les polders ou terrains conquis sur la mer. C’est la première culture qu’on y fait après que les eaux sont épuisées, et quelquefois on y prend de suite, et sans engrais, plusieurs récoltes de colza. Ce n’est qu’après avoir été labouré plusieurs fois que le terrain devient propre à porter des céréales ou des herbages. Une partie du colza est exportée: mais la plus forte proportion est traitée dans le pays même.
- Il existe dans les Pays-Bas plusieurs huileries importantes, dont les produits ont figuré avec honneur au Champ de Mars. Le colza est cultivé sur une assez large échelle en Belgique; il occupe annuellement un peu plus de 20,000 hectares, produisant, en moyenne, 20 hectolitres chacun.
- RUSSIE.
- La Russie n’avait présenté que quelques spécimens d’huile de colza, très onctueuse et de bonne odeur, mais de couleur un peu foncée. Par contre, elle exposait de nombreux échantillons de graines oléagineuses très belles et très propres. De très belles graines de lin, grosses et bien renflées, venaient des provinces méridionales, où l’on attache peu d’importance à la production de la filasse. Quelques échantillons de colza étaient remarquables par la grosseur des grains et leur couleur foncée. Le chanvre, qui se cultive en Russie sur 5ù6,ooo hectares, produit annuellement 5,25o,ooo hectolitres de graines, soit à peu après q hectolitres à l’hectare. Sur cette énorme quantité de graines, 210,000 hectolitres sont exportés, et le reste sert pour la semence et pour la fabrication d’une huile dont on fait beaucoup d’usage dans l’économie domestique.
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- La culture du colza et de la navette, n’occupant que 21,000 hectares environ, est regardée comme peu importante.
- Le tournesol occupe, tous les ans, de 60,000 à 80,000 hectares. Cette plante se sème dans les terres noires, au printemps; on emploie, selon la fertilité de la terre, de 2 5 à 100 litres de semence par hectare. Quand la plante est bien levée , on ne laisse que de 1 5,ooo à 20,000 pieds par hectare. Le rendement en graines est d’environ 20 hectolitres, pesant de ko à A5 kilogrammes chacun. 100 kilogrammes de graines donnent de 12 à i5 kilogrammes d’huile. Le centre de cette culture est dans le gouvernement de Voronèje. La graine de tournesol s’exporte peu; mais on fait, dans le pays, une huile très estimée, qui se vend deux fois plus cher que celle de lin ou de chènevis.
- La Russie exporte annuellement, surtout vers l’Angleterre, environ 1 5 millions de kilogrammes de tourteaux de graines oléagineuses. Les prodigieuses réserves de fertilité accumulées dans ses terres lui permettent de le faire sans grand dommage, au moins apparent.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- Un grand industriel de Brünn, en Moravie, M. J. Flesch, en même temps membre du jury, avait exposé une fort belle collection des différents produits des industries agricoles de son pays. Les diverses graines oléagineuses avec leurs produits figuraient dans cette collection, qui a été gracieusement donnée à l’Institut agronomique de Paris. Les huiles de colza et de navette y tenaient le premier rang. Ces plantes font l’objet d’une culture assez importante en Galicie et surtout en Hongrie, où le colza occupe annuellement de 60,000 à 100,000 hectares. La récolte en est liabituellement, de 1,600 à 1,700 kilogrammes à l’hectare, et représente, dans les bonnes années, un produit total de plus de i5o,ooo quintaux métriques.
- ESPAGNE.
- L’olivier produit à peu près toute l’huile dont on fait usage dans ce pays; il en a été présenté à l’Exposition des échantillons fort
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- nombreux et dont quelques-uns étaient de fort bonne qualité comme huiles industrielles. Ils provenaient principalement des îles Baléares, où les oliviers occupent à peu près un vingtième de la surface cultivée. On évalue que, dans l’Espagne tout entière, il n’v a pas moins de 858,ooo hectares plantés en oliviers; malheureusement l’huile est le plus souvent préparée avec fort peu de soins. Dans les environs de Valence et en Andalousie, on cultive aussi l’arachide pour la fabrication de l’huile.
- ITALIE.
- Malgré la très grande quantité d’huiles inférieures et impropres à l’alimentation que l’on extrait des olives en les repressant, froides ou chauffées, après l’extraction des huiles comestibles, l’Italie ne suffit pas a sa consommation d’huiles industrielles. Les importations dépassent notablement les exportations, comme on peut le voir par le tableau suivant :
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- Tonnes. Tonnes.
- 1876 .............................. 1 o5,485 5,78/1
- 1877 .............................. 172,659 5,482
- fies chiffres comprennent les huiles de lin, de colza, de na-veLte, de sésame, etc., dont quelques-unes peuvent être comestibles, mais dont la presque totalité est destinée à l’éclairage, au graissage des machines, à la fabrication des savons, à la peinture et aux autres usages industriels.
- La production locale des huiles industrielles n’est pas facile à déterminer, les chiffres officiels faisant défaut sur ce sujet. Les statistiques disent seulement que la quantité moyenne d’huile d’olive récoltée annuellement en Italie s’élève environ à 3,4oo,ooo hectolitres.
- Les échantillons d’huile d’olive pour l’industrie ou huile deres-sence présentés par l’Italie étaient très nombreux, et plusieurs d’entre eux, de qualité très remarquable. Ces huiles étaient très douces, onctueuses, ne présentant presque aucune trace d’acidité: et témoignant d’une fabrication très soignée.
- Outre les huiles d’olive inférieures, l’Italie produit encore pour
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- l’industrie une assez grande quantité d’huile de navette. La culture de cette plante est surtout répandue en Piémont, en Lombardie et en Vénétie. Le colza l’accompagne aussi quelquefois; mais il est beaucoup moins largement cultivé. Le lin est cultivé pour la production de la laine dans les provinces méridionales et en Sicile. On estime que le rendement moyen annuel en est d’environ ùo,ooo hectolitres. Généralement la graine n’est pas réduite en huile dans le pays de production lui-même; mais elle est exportée à l’étranger ou bien à Gênes, pour être soumise à l’action des presses.
- Enfin on doit signaler, bien qu’elles n’aient pas une importance industrielle considérable, quelques cultures de tournesol, principalement en Vénétie, d’arachide en Lombardie, et de ricin dans la province de Vérone et particulièrement aux environs de Legnago, sur l’Adige. La production des graines de ricin dans ce district s’élève à environ k millions de kilogrammes par an.
- PORTUGAL.
- Le Portugal cultive surtout comme plantes oléagineuses l’olivier et le lin. Il avait présenté à l’Exposition plusieurs bons échantillons de graines de lin appelé morisque, à graines grosses, pleines, un peu grises, qui se cultive de préférence à tout autre pour la production de l’huile. Les colonies portugaises du Cap-Vert et de la côte d’Afrique avaient une très remarquable collection de graines de ricin de toutes les variétés cultivées, de pignon d’Inde et d’un grand nombre d’autres fruits oléagineux. Cette collection, ainsi que celle des huiles provenant des mêmes fruits, appartient au musée colonial de Lisbonne.
- GRÈCE.
- La Grèce, où la fable place le berceau de la culture de l’olivier, tire encore aujourd’hui de cet arbre presque toute l’huile qui lui est nécessaire. On fait cependant aussi passablement.de lin comme graines oléagineuses, et la culture du sésame se perpétue également dans le Péloponèse et les îles de l’Archipel, où elle existe depuis la plus haute antiquité. On évalue à un millier d’hectares
- Gr. V. Cl. 46.
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- Gr. V. l’étendue occupée par cette planté; le rendement en graines en est
- d’environ 3oo kilogrammes à l’hectare.
- Cl. 46. 5
- ÉTATS-UNIS.
- La culture de l’olivier n’existe encore aux Etats-Unis qu’à l’état d’enfance, mais les premiers essais qui ont été tentés lui promettent les plus rapides et les plus brillants développements, pourvu que l’olivier n’aille pas, comme la vigne d’Europe, trouver dans le nouveau monde quelque parasite inconnu chez nous.
- La culture du lin pour graines est une des grandes industries des Etats-Unis, surtout dans la vallée du Mississipi. Autrefois le lin se cultivait beaucoup pour ses fibres; mais la baisse des cotons a peu à peu réduit cette industrie à rien. Il y a eu, pendant la guerre de sécession, une période où, l’approvisionnement du coton faisant défaut, la culture du lin a repris une certaine activité; mais cet état de choses accidentel n’a pas duré. La production de l’huile de lin a une très grande importance aux Etats-Uuis. On peut l’estimer à environ 3io,ooo hectolitres, d’une valeur de 35 millions de francs; les deux tiers au moins de cette quantité sont produits par les usines des Etats de l’Est, qui travaillent surtout des graines de lin venant de l’étranger. L’importation de la graine de lin aux Etats-Unis est d’environ 525,ooo hectolitres.
- La production totale de graines de coton aux Etats-Unis est évaluée à 16,200,000 quintaux métriques. En nettoyant le coton, on obtient en moyenne 3 kilogrammes de graines pour 1 kilogramme de fibres. La graine de coton est extrêmement employée aux Etats-Unis pour la fabrication de l’huile. Plusieurs grandes fabriques des Etats du Sud ont présenté à l’Exposition des spécimens fort intéressants de cette industrie. Les huiles de coton trouvent surtout leur emploi dans la fabrication des savons; on s’en sert également pour l’éclairage et pour le graissage des machines. Pressée à froid et faite avec des graines fraîches et de bonne qualité, elle n’a pas de mauvais goût et peut se manger. Une tonne de graines de coton, qui vaut environ de 60 à 75 francs à la Nouvelle-Orléans, vaut plus de 100 francs rendue à New-York.
- La première opération qu’on fait subir aux graines consiste à
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- les faire passer dans des gins perfectionnés, qui en retirent environ 1 o kilogrammes de fibres de coton restées adhérentes à leur enveloppe. On sépare ensuite l’amande des graines de ses enveloppes, qui constituent près delà moitié du poids de la graine, une tonne en donnant à peu près 4go kilogrammes. L’amande réduite en farine donne 135 kilogrammes d’huile et 365 kilogrammes de tourteaux. Les tourteaux se vendent dans les Etats du Sud et en Europe. Une partie de l’huile de coton ainsi fabriquée est expédiée brute en Europe; elle est épurée à l’arrivée, et l’on en retire un résidu qui a une grande valeur dans l’industrie pour servir à la préparation du bleu d’outre-mer.
- On fait aussi aux Etats-Unis une culture importante de ricin pour l’huile qu’on en retire. Cette industrie est surtout répandue dans le Kansas et l’Iowa. Le rendement en graines est de 15 à 20 hectolitres à l’hectare. L’huile s’extrait par pression à chaud, et on la purifie par la cuisson dans de vastes chaudières à moitié remplies d’eau bouillante.
- CHINE.
- L’exposition des douanes de la Chine contenait d’assez nombreux échantillons d’huiles : celle du Brassica Chinensis, L. qui est cultivé pour ses graines oléagineuses, comme chez nous le colza; celle de YAleurites triloba, noix de Bancoul, qui croît en grande abondance dans les provinces du Sud; celle du Camellia oleifera, Abel., plante dont l’apparence ressemble beaucoup à celle du thé. On fait aussi, en Chine, des huiles de carthame, de ricin et de coton; ces dernières sont très épaisses et très noires. On extrait des graines de YEIœococcus Vernicia, Juss., une huile épaisse qu’on emploie beaucoup comme vernis et pour rendre les embarcations ou les boiseries imperméables. Enfin un produit tout à fait spécial à la Chine, c’est l’huile qu’on tire des graines du pois oléagineux Soja hispida, Mœnch. Le grain est écrasé sous des meules de grès; la pulpe est soumise à une légère cuisson, puis mise dans des sortes d’étreindelles et comprimée au moyen d’un pressoir assez primitif. Les tourteaux de soja sont employés comme engrais dans les plantations de canne à sucre des provinces méridionales de la Chine.
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- JAPON.
- On cultive beaucoup au Japon le sésame, dont on fait une huile qui sert à l’alimentation et à l’éclairage. On extrait aussi de l’huile des graines de différentes espèces de camellia. L’arachide se cultive dans une partie du Japon. Le Perüln ocimoides, plante de la famille des Labiées, fournit une huile industrielle fort estimée au Japon; elle sert à apprêter le papier demi-transparent, souple et' imperméable dont on se sert pour quantités d’usages. On s’en sert aussi pour la préparation des laques et pour l’extraction de la cire végétale.
- SI AM.
- Le royaume de Siam produit de grandes quantités de graines de sésame. Les provinces du nord du royaume en exportent annuellement à elles seules pour une valeur de /i,600,000 francs.
- ALGÉRIE.
- L’Algérie avait surtout exposé, dans cette catégorie de produits, des huiles d’olive et des graines de lin. La récolte d’olives en Algérie s’élève à environ 100 millions de kilogrammes, produisant près de 300,000 hectolitres d’huile. Le lin s’y cultive pour la graine sur une grande échelle, et cette culture fait de grands progrès. En 1876, elle occupait 5,5oo hectares, tandis qu’en 1867 elle ne s’étendait guère sur plus de 3,000. Le rendement, dans le même temps, s’est élevé de 2 millions de kilogrammes à 3,600,000. L’est principalement le lin d’hiver qui est cultivé dans le pays; c’est celui qui donne le plus de graine et la graine la plus riche en huile ; on préfère à toute autre la variété appelée lin de Sicdc. Cette culture n’occupe pas longtemps la terre, la récolte du lin se faisant avant celle des céréales. C’est souvent dans le lin qu’on sème la luzerne.
- Le ricin devient en Algérie une plante vivace; on le cultive de plus en plus pour en récolter la graine. Le rendement peut s’élever à 3,500 kilogrammes par hectare. Ces graines valent, à Alger, 18 francs le quintal; décortiquées, elles se vendent de 28 à
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- 3 o francs. L’huile de ricin est assez employée comme huile industrielle pour le graissage des machines.
- COLONIES FRANÇAISES.
- Dans la plupart de nos colonies des pays chauds, c’est le cocotier qui fournit la plus forte proportion de l’huile qu’on emploie ; c’est le cas notamment aux Antilles et dans l’Inde. Dans ce dernier pays néanmoins, la culture du sésame a une importance considérable.
- A la Réunion, on cultive, comme plantes oléagineuses, le lin, l’arachide, le ricin et la noix de Bancoul. En Cochinchine, les plantations de cocotiers occupent environ 26,000 hectares. On en retire des quantités d’huile assez considérables pour en exporter 120,000 hectolitres tous les ans. 11 s’exporte aussi beaucoup de sésame, principalement de sésame roux. Les autres plantes oléagineuses cultivées sont l’arachide, le lin, le ricin, le pignon d’Inde et le Bassin longifolia, qui donne la noix d’Illipe.
- Les arachides sont le principal produit oléagineux du Sénégal. Cayor et Casamance sont les districts d’où s’exportent les plus grandes quantités de cette graine, qui est expédiée à Marseille tous les ans par quantités de 500,000 à 600,000 quintaux métriques. La culture en est généralement faite par les indigènes qui récoltent environ 45 hectolitres à l’hectare. Le Sénégal exporte d’assez grandes quantités de beref ou beraf, mélange de graines de courges, melons et pastèques. Ces graines rendent un assez bon produit en huile dans les usines de Marseille.
- Il existe au Sénégal et au Gabon un grand nombre d’arbres à fruits oléagineux dont on ne tire pas jusqu’à présent tout le parti possible. Les plus exploités jusqu’à ce jour sont l’Elœis guineensis} le Bassin bulyracea, Roxb., le Carapa loutoucouna, le Moringa ple-rygosperma, dont Thuile, extrêmement fine, est employée pour 1 horlogerie et pour la parfumerie.
- AiNGLETERRE ET COLONIES ANGLAISES.
- La Grande-Bretagne cultive peu de graines oléagineuses en dehors du colza. Les immenses quantités d’huile qui y sont pro-
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- duites proviennent, pour la majeure partie, de graines importées des colonies et surtout de l’Inde. L’agriculture anglaise absorbe tous les tourteaux qui résultent de cette fabrication, et elle vient encore prendre chez nous et dans les autres pays d’Europe tous ceux que nous ne sommes pas assez sages pour conserver. Les quantités de tourteaux importés par l’Angleterre vont toujours en croissant. Elles étaient, en 186o, de 108,826 tonnes, de 168,453 en 1870; en 1876, elles ont atteint le chiffre de 190,225.
- Le Canada cultive le lin sur une grande échelle pour la production de l’huile. Quelques très bons spécimens de graines et de produits préparés, en provenance de ce pays, figuraient à l’Exposition.
- Les colonies anglaises des Antilles produisent surtout des huiles de coco. Le cocotier réussit surtout remarquablement bien à la Trinité.
- L’Inde anglaise est un des pays du monde qui fournissent la plus grande variété de plantes oléagineuses, sans compter le cocotier, qui forme une des principales richesses du pays sur les bords de la mer. On récolte dans l’Inde d’immenses quantités de sésame, de lin, de colza, de moutarde, de ravison et de ricin. Le pavot, qui est cultivé sur une très grande échelle pour la production de l’opium, fournit en abondance des graines qui sont utilisées pour la production de l’huile. Celle qu’on retire des capsules qui ont été incisées et qui ont fourni de l’opium passent, à tort ou à raison, pour donner une huile plus douce et de meilleure qualité que les autres. C’est dans le Bengale surtout que le pavot est cultivé; les graines en sont importées en Europe en très grandes quantités. L’Angleterre seule, pour sa part, en a reçu, en 1875, 1 4,500 tonnes. Le carthame est également très cultivé au Bengale, surtout pour ses fleurs; mais les graines en sont utilisées pour la fabrication clc l’huile. On emploie aussi au même usage la nigelle cultivée (re-nonculacée), YArgemone mcxicana, L. (papavéracée) et YAzadirachta indica, Juss. (méliacée).
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- IX
- CIRES.
- Bien que la découverte de la bougie stéarique ait permis de remplacer la cire des abeilles par les graisses animales pour Tusagc qui en absorbait autrefois la plus grande quantité, il ne semble pas que la cire soit aujourd’hui moins recherchée qu’autrefois, ni que la production en ait été ralentie. Cela peut tenir jusqu’à un certain point à ce que la production de la cire est absolument liée à celle du miel, produit qui a conservé jusqu’à présent une assez grande valeur; mais, si le procédé de fabrication des miels de glucose qui paraît déjà adopté assez largement aux Etats-Unis vient à se généraliser, il peut arriver que l’élevage des abeilles cesse de présenter aucun avantage économique. Quelques cultivateurs pourront se trouver privés par là d’un produit accessoire d’une certaine importance, mais nulle part l’apiculture ne constitue une industrie assez importante pour que sa décadence possible doive être envisagée comme un danger bien sérieux.
- On a pu constater une fois de plus à l’Exposition combien l’élevage des abeilles est une industrie universelle; il n’est presque aucun pays qui n’ait exposé des cires : c’est un des produits qui se retrouvent le plus uniformément dans toutes les expositions, qu’elles viennent du nord ou du midi, de l’ancien ou du nouveau monde. Composée uniquement, comme le sucre, de carbone et des éléments de l’eau, la cire est une de ces substances qu’un pays peut exporter indéfiniment sans appauvrir aucunement son sol; aussi, est-ce un de ceux dont on ne doit pas craindre de développer la production au delà des besoins de la consommation locale. La France n’en est pas là, malheureusement, car elle reçoit des pays étrangers des quantités de cire plus que doubles de celles qu’elle leur expédie :
- 1867. 1876.
- Exportation... a73,390k 1,122,090' a89,893k i,i3o,93i‘ Importation... 489,11/1 2,oi2,oo4 735,082 2,866,820
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- Les pays auxquels la France envoie les plus grandes quantités de cire sont : l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie; ceux d’où elle en tire les plus grandes quantités sont: l’Angleterre et ses colonies, l’Algérie et les Etatsbarbaresques.
- La production totale de la cire en France est évaluée à peu près exactement à 3 millions de kilogrammes. Comme on estime à î kilogramme de cire le produit annuel d’une ruche, on doit conclure qu’il existe en France environ 3 millions de ruches d’abeilles. Ce nombre est très inégalement réparti sur la surface du territoire : ce sont les départements de la Bretagne qui en ont le plus grand nombre, puis vient le Sud-Ouest, où l’apiculture est assez en honneur dans les Landes et dans l’ancienne Guyenne; puis les bords de la Méditerranée et les départements du Sud-Est où le produit des abeilles est plus renommé pour sa belle qualité que pour son abondance. On calcule que l’on obtient i kilogramme de cire pour 7 à 8 kilogrammes de miel; on sépare ces deux substances Tune de l’autre, d’abord en laissant égoutter simplement les rayons tels qu’ils sortent de la ruchece qui donne le miel de première qualité; puis, en pressant fortement ce qui reste, ce qui donne le miel inférieur. La cire est ensifite fondue dans l’eau chaude, séparée de ses impuretés, et coulée en pains; c’est sous cette forme qu’elle passe en général des mains du cultivateur aux mains du commerçant; elle est généralement alors jaune ou brune. On a remarqué que les cires qui présentent au moment de la récolte une coloration assez intense, blanchissent mieux ensuite et finissent par acquérir une plus belle couleur que celles qui sont naturellement presque blanches. Les cires de Bretagne par exemple, qui sont presque rouges, peuvent être amenées à une blancheur parfaite, tandis que celles du Gâtinais ou du Midi conservent toujours une nuance un peu grisâtre. Une bonne cire ne doit pas être sèche ou cassante, mais fine, souple et onctueuse. Parmi les cires françaises présentées à l’Exposition de 1878, celles du département de la Dordogne occupaient la première place par leur finesse, leur blancheur et leur belle qualité.
- L’Italie, la Grèce et la Hongrie étaient les seuls pays d’Europe
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- qui eussent présentés à l’Exposition des échantillons de cire d’une certaine importance.
- En Italie, l’apiculture n’est pas à proprement parler une industrie, ou plutôt c’est une industrie accessoire de toutes les exploitations agricoles; les ruches perfectionnées commencent à être généralement adoptées dans tout le pays. L’exportation du miel est considérable; celle de la cire a également une certaine importance, bien que celle-ci se consomme principalement dans le pays, surtout à cause de son emploi dans les cérémonies du culte.
- L’apiculture est toujours très florissante en Grèce, et l’antique réputation des miels de l’Attique est toujours dignement soutenue. En 187b, le nombre des ruches était d’environ 167,000; l’exportation des cires est néanmoins fort peu importante et se limite à quelques centaines de kilogrammes par an. Les cires grecques sont en générai très blanches et très belles, et il y en avait à l’Exposition des spécimens fort remarquables.
- L’industrie de la cire a une certaine importance en Hongrie; la production annuelle de ce pays est évaluée à 170,000 kilogrammes de la valeur totale de 770,000 francs, c’est-à-dire environ k fr. 5 0 cent, le kilogramme.
- Les expositions de cire des colonies et des pays tropicaux ont été pour la plupart plus considérables et parfois plus brillantes que celles des pays plus civilisés; les cires d’Algérie se sont assurément placées parmi les plus belles qu’on ait vues au Champ de Mars; l’élevage clés abeilles est incontestablement en progrès dans ce pays; les colons commencent à s’occuper de cette industrie, restée longtemps dans les mains des indigènes. La cire donne lieu déjà à un commerce d’exportation qui était en 1867 de /io,ooo kilogrammes et qui s’est élevé en 1 876 à 80,000 kilogrammes. Les ruches produisent comme en Erance environ 1 kilogramme de cire chacune; la valeur en est estimée de 3 à A francs.
- Parmi les autres colonies françaises, le Sénégal, la Cochinchine, la Nouvelle-Calédonie, la Guyane et les établissements de Madagascar avait exposé de fort belles cires; il en était venu également en quantités importantes des Indes néerlandaises et de la République de l’Uruguay, mais les plus belles peut-être de toute l’Ex-Classe 46. 8
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- position après les belles cires de la France et de la Grèce étaient celles qu’avait exposées File de la Jamaïque; blanches, fines et souples, elles constituaient un produit d’une qualité tout à fait supérieure.
- Un des objets intéressants de l’exposition du Japon, c’était la cire végétale qu’on savait depuis longtemps produite et récoltée dans ce pays, mais qu’on avait encore eu rarement en Europe l’occasion de voir en quantité un peu importante; il y en avait au Champ de Mars en 1878 des pains du poids de plusieurs kilogrammes présentant assez d’analogie comme aspect avec la cire d’abeille, sauf une nuance légèrement verdâtre et un peu plus de transparence.
- Cette cire provient des graines du Rhus silvcslris, R. vernici-fera, Dec. et surtout du R. succedanea, L. Ces différents arbustes sont très cultivés, on en fait souvent des haies pour entourer les champs. Les graines sont petites, arrondies et réunies en bouquets; la cire s’y trouve entre le noyau et la pellicule extérieure; elles mûrissenf au mois d’octobre ou de novembre. Après la récolte, on les laisse quelques jours exposées au soleil, puis on les détache des tiges au moyen d’un fléau en bambou; on les vanne, on les écrase, et on les soumet à plusieurs reprises à l’action delà vapeur, puis, quand la masse est bien amollie par l’effet de la chaleur, on la presse fortement au moyen d’un coin en bois. En général, pour faciliter l’écoulement de la cire, on ajoute à la pâte une petite proportion d’huile de Perilla ocimoides, L. La cire sc prend par le refroidissement, en une masse verdâtre; on en obtient environ 15 p. 0/0 du poids des graines. Pour raffiner la cire, 011 la fait fondre de nouveau, puis ou la divise en petits copeaux qu’on lave et qu’on expose ensuite au soleil et à l’air absolument comme on fait pour la cire d’abeille; elle devient ainsi presque complètement blanche.
- Le Cinnamomum pedunculatum, Nees. et le Liffustrum Ibota, Sieb. donnent également une cire végétale; la dernière surtout est très blanche et de qualité très fine; mais il est difficile de la recueillir autrement qu’en très petite quantité.
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- TABACS.
- La progression constante (le la consommation du tabac sous ses différentes formes est certainement un des faits les plus frappants et les plus extraordinaires du temps présent; le moraliste aussi bien que l’économiste et le statisticien peuvent trouver là un sujet d’étude des plus curieux. Tandis que la production des substances les plus nécessaires à la vie ne s’accroît plus que très lentement dans certaines parties de l’ancien monde et que la progression de la population y semble limitée et ralentie par la question des subsistances, on voit l’usage du tabac se généraliser de plus en plus, et la consommation de ce produit, presque toujours inutile et parfois nuisible, devenir de plus en plus considérable par tête d’habitant, dans presque tous les pays du monde.
- Indépendamment des effets fâcheux que l’usage du tabac peut produire sur les individus, il y a véritablement lieu à réflexion sérieuse, quand on voit un grand nombre de pays établir l’équilibre de leur budget au moyen des recettes que leur procurent les impôts sur le tabac. Assurément, l’homme qui s’habitue facilement à de nouvelles jouissances consent bien rarement à se priver (le celles auxquelles il s’est une fois accoutumé; il n’est pas absolument chimérique, cependant, de supposer que le tabac pourrait un jour passer de mode, dans une proportion plus ou moins grande, ou que l’impôt sur le tabac pourrait devenir quelque jour aussi impopulaire que Test actuellement, et bien à tort, celui du sel; et Ton se demande par quoi Ton pourrait alors remplacer une source de revenus aussi considérable. C’est en effet par centaines de millions et même par milliards que se chiffrent les sommes rapportées par le tabac au fisc des différents pays. En France seulement, les bénéfices rapportés à l’État par l’exploitation du monopole des tabacs s’élevaient, pour 1876, à la somme de 269 imliions de francs, et le chiffre va constamment croissant. Les documents précis nous font défaut pour évaluer exactement le
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- produit cle l’impôt du tabac dans les autres contrées, mais on peut juger de leur importance par ce fait, que la consommation annuelle totale du monde n’est pas inférieure à î milliard de kilogrammes. On a calculé que, si tout ce tabac était réuni sous la forme cl’un rouleau de 5 centimètres de diamètre, il serait assez long pour faire trente fois le tour du globe terrestre. Le tableau suivant indique approximativement la consommation annuelle par tête d’habitant dans les principaux pays :
- Allemagne.......................................... ik,8oo
- Etats-Unis......................................... i ,6oo
- Autriche........................................... î ,46o
- France............................................. o ,88o
- Hongrie............................................ o ,8Go
- Italie............................................. o ,700
- Angleterre et Russie............................... 0,600
- Tous les pays qui avaient présenté des tabacs aux expositions antérieures, en ont envoyé au Champ de Mars en 1878, et plusieurs nations, qui jusque-là avaient eu l’habitude d’importer la plus grande partie de ce quelles consommaient, ont exposé cette année le produit de leurs propres récoltes. Nous examinerons successivement les différentes sections en suivant, autant que faire se pourra, l’ordre déterminé par l’abondance ou la qualité des produits exposés.
- FRANCE.
- En France, la fabrication et la vente des tabacs constituent un monopole exercé par l’Etat depuis plusieurs siècles. Sous l’ancien régime, cet impôt, comme la plupart des autres, était affermé par des traitants qui le percevaient pour leur compte, en versant à l’Etat une somme fixe. Momentanément libre mais soumise à un impôt de consommation pendant la première République, l’industrie des tabacs est redevenue, à partir de 1811, un monopole exploité par l’Etat lui-même à ses risques et périls. Depuis cette époque, et bien que les prix de vente des tabacs fabriqués aient été considérablement élevés à plusieurs reprises, et notamment en 1860 et en 1872, la consommation n’a pas cessé d’augmenter
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- d’une façon considérable. La progression des ventes, pendant tout Gr V. le commencement du siècle, a été si souvent exposée, que l’on se ^ ^ contentera ici de mettre en regard l’importance des quantités livrées à la consommation par la Régie en 1866 et en 1877, c’est-à-dire pendant les années qui ont précédé les deux Expositions universelles de Paris.
- Pour comparer les chiffres de la consommation, il faut tenir compte des territoires cédés qui consommaient en 1866 1,800,000 kilogrammes. Pour comparer les produits, il faut tenir compte de l’augmentation de prix fixée parla loi du 29 février 1872.
- Le service des tabacs, qui comprend l’approvisionnement tant par la culture indigène que par les achats faits à l’étranger, la manutention des matières premières, la fabrication proprement dite et l’écoulement des produits, est confié à une administration spéciale rattachée au Ministère des finances et très fortement organisée. Le personnel supérieur s’en recrute parmi les élèves sortant de l’Ecole polytechnique; les employés subalternes sont choisis par voie de concours. Tout le service est aussi remarquable par l’ordre et la régularité qui y régnent que par l’esprit de progrès et d’initiative intelligente qui préside aux travaux de la fabrication.
- On a pu, à l’Exposition de 1878, se convaincre, en parcourant l’exposition de l’Administration française des tabacs, quelle n’avait rien à envier à l’industrie privée, au point de vue des progrès réalisés pendant les dix dernières années.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- COMPARAISON DES QUANTITES VENDUES ET DU PRODUIT DES VENTES PENDANT L’ANNÉE 1 8 G 6 ET L’ANNEE 1877.
- ESPECES des produits livrés
- à la consommation.
- Cigares )
- fabriquéshla , Havane. . .
- fabriqués à I .Manille. . . f
- de la Ilavanel fabriqués en I I1' rail ce.
- de France. .
- Cigarettes fabriquées <1 l’étranger............
- 1 Façon russe. Hongroises.. | Vizir
- Cigarettes I Elégantes.. .
- fabriquées en J Levant sup1'.
- France. ! Ordinre“ (Ca-1 poral supé-1 rieur ). .. .
- Ordinrc! (Ca poral ordi-l naire). . .
- Tabac à priser. . Tabac à fumer. . Tabac h mâcher. Carottes..........
- Totaux..........
- VENTES EN 1866. VENTES EN 1877. DIFFÉRENCE PAR RAPPORT \ 1877,
- ptionriT PRODUIT QUANTITÉS PRODUIT
- QUANTITES. des QUANTITÉS. des '
- ventes. ventes. en plus. on moins. en plus. en moins.
- kilogr. fr. kilogr. fr. kilogr. kilogr. fr. fr.
- 6o.23o 6.281,347
- f 5 3,209,848 46,607,347 4,8i 1 211,6291 201.887 „ g.055.358 „
- ) 117,652 5,686.206
- 3.229.042 43,483.523
- 3.411.7.35 55.662.705
- 2,277 i 5 0,112 574 12.628 " 1,70.3 * 37*484
- ; 7,086 1.55.898 620,359 10.333.713 61.3.273 • 10.177.815
- 00 oc 66.334.090 6,976.8.82 8n.24g.784 901 .262 13.g 10.694
- 18,120.391 117,oE>6;818 '9, g63,374 i 7 0.1 () 5.511 1.8^2.983 « 53.i38.6g3 -
- G17,5 géi 4,670.434 667,096 7,602.718 49.602 » 2.932,284 -
- 465,093 4,i85.837 479.227 5.538.278 i4.i.34 « 1.352,441 "
- 3o.3oo.373 a3g.o6o,536 32,i 49,197 32g.5g5.337 2.721.779 902,g55 90.572.28S 37,484
- Soit en plus en faveur de 1877 1.818.824 90.534*801
- cigares et cigarettes entrent dans ces chiffres pour. . . . 813.457 19.19 5,589 j
- O Les cigares sont portés en bloc au compte de 18G6.
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- Culture du tabac. — Il résulte de l’organisation même du monopole des tabacs, que la culture ne peut pas en être libre en France. Elle ne peut nécessairement se faire qu’avec l’autorisation et sous la surveillance de l’administration compétente. Le nombre et l’étendue des permissions de culture qui sont données dépendent évidemment des besoins de l’Administration en feuilles indigènes. On peut estimer qu’actuellement la Régie emploie annuellement de 3 o à 3 5 millions de kilogrammes de feuilles : 2 0 millions de kilogrammes de feuilles françaises, 2 millions de kilogrammes d’algériennes, et 10 millions de kilogrammes de feuilles exotiques. C’est, on le voit, un peu plus des deux tiers de feuilles indigènes contre un peu moins d’un tiers de tabacs étrangers. Il y a lieu de remarquer, à ce propos, que la Régie n’est amenée à observer cette proportion que par le désir de contribuer à encourager et à favoriser la production des tabacs indigènes, car elle pourrait incontestablement réaliser des améliorations dans la qualité et dans le prix de revient des produits fabriqués, si elle y augmentait la proportion des tabacs étrangers au détriment des tabacs français; ceux-ci, en effet, sont en général trop forts pour être employés seuls dans la fabrication des tabacs à fumer; ils n’y peuvent entrer que pour une certaine proportion et associés à des tabacs légers d’Amérique, de Hongrie ou du Levant. Il est à croire que, malgré les efforts de l’Administration, le plus grand nombre (les planteurs français et algériens ne se rend pas compte que la lorce, c’est-à-dire une teneur élevée en nicotine, loin de constituer une qualité, rend au contraire les feuilles impropres à la fabrication des tabacs à fumer, dont les matières premières se vendent toujours beaucoup plus clier que tous les autres tabacs. Le rapprochement des pieds, l’usage modéré mais intelligent des engrais, sont les moyens les plus surs pour obtenir des tabacs légers et combustibles, tels que la Régie les demande.
- Le tabac se cultive en France dans vingt et un départements ou fractions de département. Le rendement n’a été en 1877 que de 1 ^,33y,qq 1 kilogrammes; c’est une des mauvaises années au point (F vue du chilfre de la production. Cette quantité se répartit de
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. la façon suivante entre les différents départements, classés suivant ~ e l’importance de leur production en feuilles livrées à la Régie :
- Lot-et-Garonne.. .
- Dordogne.........
- Lot..............
- Pas-de-Calais....
- Nord.............
- Ille-et-Vilaine ....
- Gironde..........
- Isère ...........
- Meurthe-et-Moselle
- Savoie...........
- Haute-Savoie. . . . Haute-Saône ....
- Var..............
- Puy-de-Dôme.. . . Hautes-Pyrénées. . Alpes-Maritimes..
- Landes...........
- Meuse............
- Bouches-du-Rliône
- Vosges...........
- Belfort..........
- 2,6/18/13g kilogr. 2,211,135 1,78/1,889
- 1/148,343 1,1/17,406 968,186 679,82/1 818,824 300.767
- 233,874
- 169,787 119,600 87,792 56,935 45,899 4 5,316 43,538 42,366 4o,oâ5 80,272 2,276
- La comparaison entre la production de 1866 et celle de 1877 est assez difficile à élablir, la perte de l’Alsace et de la Lorraine ayant considérablement modifié l’étendue des cultures et les conditions de l’approvisionnement. Les chiffres suivants donneront néanmoins des renseignements intéressants sur la marche qu’a suivie la culture dans les départements où elle existait déjà avant la guerre. Les départements qui ne présentent aucune indication pour l’année 1866 sont ceux dans lesquels la culture n’a été autorisée que dans ces dernières années, en vue de remplacer les ressources que présentaient autrefois les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle.
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- 1 NOMBRE DE PLANTEURS. SUPERFICIE PLANTEE. QUANTITÉS LIVRÉES À LA RÉGIE. DIFFÉRENCES PAR RAPPORT À 1877.
- DÉPARTEMENTS. PLAM'Kli RS HECTAUKS QUANTITES
- 1866. 1877. 1866. 1877. 1866. 1877. en plus. en moins. en plus. en moins. en plus. en moins.
- liée tu res liée la res kilogr. kilogr.
- Alpes-Ma ritimes aS3 1 2 4 78 94 1 ,oa5 ‘9 a? 1.761 393 609 i,655 128,096 136,151 45.316 ,, 159 „ 59 ,, 73,780 96,126
- Bouches-du-Rhône 56a 136 4o.oa5 „ 4aü „ 67 »
- Dordogne 3.aaG 7,120 1,616.963 890,545 2,211,13 5 3.899 „ 736 594,172
- Gironde 2,002 1,271 1,010 58a 679,824 963.i36 1,734,889 2,648.43g 7Sl 189 210,721
- Ille-el- Vilaine i ,a38 768 i,836 1 ,i36,197 * .998»7g7 3,087,589 î .io3,5i6 228 » i5g „ 173,061
- Lot 6,9^5 7,022 7.420 4g5 „ „ l8l H 263,878
- Lot-et-Garonne 4,953 1.081 3,38i 3,i4o 2,069 U a41 « 389.1 fto
- Meurthe-et-Moselle 3,i46 5Gi 15g 407 300.767 » a,o65 „ 4oa „ 802.74g
- Nord i,384 722 2,885 809 569 2,513,978 1,221.878 i.i47,4oA i,448,343 „ 662 H 4 02 1, 1.366,574
- Pas-de-Calais. a,666 65g 2 219 „ 9° » 226,465
- Rhin {Haut ) [territoire dp Belfort.]. 22 „ 2.276 1 ig.4oo a33,874 169.587 57,792 45.899 22 „ a II 2,276 -,
- Saône ( Hante-) a,a43 ?..? 290 36 87 i55 004,697 75.36i 374,539 « 1,466 » 2o3 385.297
- Savoie a5q 1,183 1 ,o4o 781 “9 II j58.6i3
- Savoie ^ Hante- ) 654 214 118 629 96 ,1 205,00 2
- Var 98 „ 5o 98 « 5o .67,792 ./
- Pyrénôes (Hantes-). „ 239 188 „ 4 g 36 ,, 2 4g 1/ 49 1» 45,899 11
- Landes „ „ „ 43,538 188 „ 36 « 43.538 1*
- Pnv—de-Dôme 154 „ 33 „ 54.935 318,8a4 1 5 h „ 33 « 54.g55 «
- Isère , f „ i,463 „ i?3 M) 23 „ 1,463 173 » 318.8 2 A »
- Meuse „ 55 „ „ 4a.366 55 « >9 */ 42.866 •i
- „ 255 „ „ 30,272 a55 „ 28 » 3o. 172 1.
- Rhin ( Ras- ) 9,067 2.195 3,047 3,4o4 618 7,220.286 „ 9i°®7 2,195 „ 3.4g4 „ 7.220,286
- Rhin ( Haut-) H „ 1.151,820 „ „ „ 618 » 1,101.8a5
- Moselle «... „ 4o5 „ 7 51.4 2 5 „ „ 3.o47 ,1 4o5 701,425
- Totaux 46,448 31,682 14,760 g,574 a3,86i.8i3 12,337.991 14,766 5,i86 11.523,822
- O
- H-*
- Ci
- O
- 4
- <
- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 46.
- Pour accorder ou refuser les autorisations nouvelles qui lui sont demandées, l’Administration se règle sur la qualité probable des produits, estimés d’après ceux que fournissent les environs, sur la nature du sol, sur la proximité des centres de culture déjà existants, et enfin sur les dangers qui pourraient résulter, pour les récoltes, des orages de grêle, dont, la distribution habituelle sur le territoire de notre pays est aujourd’hui assez exactement connue.
- Le cultivateur qui veut récolter du tabac pour l’Administration doit faire connaître l’étendue de terre qu’il se propose de planter. Il est tenu de faire porter à chaque hectare de terre un nombre de pieds de tabac dont le minimum lui est indiqué par l’Administration. Ce chiffre varie du reste suivant les diverses localités. Il est en général élevé, et toute la latitude qui est laissée aux cultivateurs consiste dans la possibilité d’augmenter encore ce chiffre dans une proportion qui ne doit pas dépasser un cinquième. Le planteur doit se servir des graines qui lui sont fournies par l’Administration. Après la plantation, ses champs sont visités par les employés de la Régie, le nombre des pieds et des feuilles est constaté, et à partir de ce moment, il devient responsable de la quantité de tabac que sa culture est estimée devoir produire d’après celle constatation. L’époque et le mode de la cueillette sont également régis par des prescriptions administratives, et enfin le produit préparé et bon à livrer doit être remis au magasin de l’Administration pour être soumis à l’examen de la commission dite d’expertise. Cette commission est nommée dans chaque département par le préfet; elle se compose de cinq membres, parmi lesquels doivent figurer l’entreposeur et le contrôleur du magasin de la Régie. Cette commission décide si les tabacs sont acceptables ou non, et elle répartit ceux qu’elle accepte entre les différentes catégories, en les assimilant à des échantillons-types fournis par l’Administration et répondant aux tabacs de surchoix, de première, de deuxième et de trdisième qualité.
- Comme il a été dit plus haut, la plupart des tabacs indigènes français ou algériens pèchent par excès de force; ils contiennent, pour la plupart, au delà de 3 p. o/o de nicotine et ne peuvent,
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- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES.
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- par suite, être employés que dans la fabrication des rôles ou des poudres à priser; c’est le cas notamment pour les tabacs du Nord, du Pas-de-Calais, du Lot, de Bretagne, ainsi que pour une grande partie des tabacs algériens. Ces tabacs, bien conditionnés et secs, coûtent à l’Administration, suivant les qualités, de io5 à 185 fr. les îoo kilogrammes. Or, pour un prix très inférieur, elle peut acheter des tabacs analogues venant de Hollande, d’Amérique ou de l’Inde anglaise. Les tabacs légers eux-mêmes, tels que ceux de la Dordogne, de la Gironde ou de la Savoie, peuvent être, dans une grande mesure, suppléés avec économie par ceux de la Hongrie et du Levant. Il y a toujours, entre les tabacs étrangers et les tabacs indigènes, des différences de parfum et de montant qui ne permettent pas une assimilation parfaite entre eux, ni la substitution complète d’une espèce à l’autre dans la fabrication. Mais nn peut dire que d’une manière générale, les tabacs indigènes légers sont à peu près l’équivalent des qualités communes du Levant et de Hongrie, que les tabacs du Lot se rapprochent de ceux de Virginie, et ceux du Nord des qualités produites en Hollande. Or, les tabacs de l’Inde secs et tout prêts à servir à la fabrication peuvent être achetés pour 5o francs environ les îoo kilogrammes; ceux de Hongrie, pour 8o francs; tous ceux des Etats-Unis pour 110 francs, 120 francs et au plus i3o francs. Il résulte de la comparaison de ces prix que l’Administration des tabacs doit préférer les tabacs étrangers aux tabacs indigènes. En se tenant strictement dans son rôle d’Administration fiscale, cherchant à produire pour le Trésor les recettes les plus élevées avec la plus petite dépense possible, elle devrait même être amenée à demander la suppression de la culture du tabac en France, et la substitution complète des tabacs étrangers, meilleurs et moins chers, aux tabacs indigènes. Si elle ne l’a pas fait jusqu’ici, c’est évidemment parce qu’elle a attaché une certaine importance à encourager une des branches de l’agriculture nationale. Mais si l’on considère le discrédit dans lequel tombent aujourd’hui les considérations de ce genre et tout ce qui s’écarte des théories libre-échangistes les plus absolues, on peut fort bien prévoir qu’un jour ou l’autre l’Administration des tabacs sera peut-être non seulement laissée libre de
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- 12/ï EXPOSITION I NIVERSELLE DE 1878.
- faire la totalité de ses achats où bon lui semblera, mais sera meme pressée d’adopter une mesure qui augmentera certainement les revenus de l’Etat et qui procurera aux fumeurs des jouissances nouvelles. Quant aux 3oo,ooo planteurs qui vivent actuellement de la culture du tabac, ils feront autre chose.
- Il est d’autant plus important que les cultivateurs de tabacs français se rendent compte de cette situation que la décroissance de l’exportation de nos tabacs en feuilles indique bien que, sur les marchés libres, nos produits ne sont pas en état de soutenir actuellement la concurrence des tabacs hongrois et américains.
- Magasins. — Les produits acceptés des planteurs français, ainsi que les tabacs achetés à l’étranger, sont reçus et préparés pour la fabrication dans dix-neuf magasins appartenant à la Régie. Ces magasins, dont les emplacements avaient été choisis avant la dernière guerre, ne répondent plus parfaitement aux besoins actuels à cause des modifications qui se sont produites dans la répartition des cultures de tabacs sur le territoire français. Néanmoins, les locaux sont suffisants pour loger la totalité des récoltes, et l’Administration agit sagement en attendant d’être fixée sur l’avenir de la culture du tabac dans les nouveaux départements producteurs avant de modifier l’emplacement ou l’étendue de ses magasins.
- Fabrication. — La fabrication proprement dite se fait dans dix-neuf manufactures répandues sur les différents points du territoire français, et autant que possible disposées de telle sorte que chacune se trouve à peu près au centre de la région dont elle doit alimenter la consommation. Le tableau suivant indique, avec le nom des manufactures, le nombre d’ouvriers qu’elles emploient el la production annuelle en kilogrammes.
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- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES.
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- MANUFACTURES DES TABACS.
- SOMBRE rnonrcTioN
- DÉPARTEMENTS. D'OUVr.IKRS.
- ETABLISSEMENTS. TOTAL.
- " ——" • - — tî 11
- Hommes. Femmes. kilogrammes.
- Bordeaux Gironde 95 96 i,5'i8 1,590 1,643 1,686 1,53o,ooo 2,748,000
- Cliàteauroux Indre
- Dieppe Seine-Inférieure . . . 72 1,239 1.311 1,272,000
- Le Havre Seine-Inférieure . . . 75 566 641 l,75l,000
- Lille Nord 1 7g 15 2 6,329,000 2,71 1,0 no
- Lvon Rhône 877 1,471
- Marseille Bouches-dii-Rliône.. 116 1,356 i,583,ooo
- Morlaix Finistère 1,641 g41 1,766 1,015 2,724,000 1,751.000
- Meurthe-et-Moselle. 7 h
- Nantes Loire-Inférieure . . . 109 0679 1,788 2,4 1 4,000
- Nice'"' Alpes-Maritimes. . . 2 2 776 798 167,000
- Paris (Gros-Caillou). Seine 2G0 1,912 2,170 5,652,ooo
- Paris (Beuilly) . . Seine 25 9*7 94 2 1 2 3,000
- Tonneins Lot-et-Garonne .... 95 i,i59 i,254 1,374,000
- Toulouse Haute-Garonne. . . . 106 !,772 1,878 2,653,ooo
- Totaux 1,601 18,455 20,856 34,782,000
- ÉTABLISSEMENTS EN FORMATION.
- Dijon Côte-d’Or 6 222 228 49,000
- Le Mans Sari lin. 1 5 557 672 89,000
- Pantin Seine 552 583 564 608 81,000 119,000
- Riorn Pny-dp—1 )onio . . .
- Tôt iux 58 1,914 i,97a 338,ooo
- Totaux gknkii.ux t,659 20,769 2 2,4 2 8 3b, 1 20,000
- Los mnnuInclui'cs de Nice el île Paris ( Beuilly) ne foui élublissenienls en formalion. que des cigares* de ineme que les
- On voit qu’en moyenne chacun de ces établissements occupe plus de mille personnes et livre plus de i,5oo,ooo kilogrammes (!e produits fabriqués. Ces produits qui varient suivant les manufactures , se décomposent de la manière suivante :
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- — DIFFÉRENTES ESPECES ET VARIETES DE TABACS FABRIQUES.
- Cl. 46.
- DÉSIGNATION VARIÉTÉS FABRIQUÉES EN 1873.
- DES ESPÈCES. DES VARIÉTÉS. AO Mil CE. TOTAL.
- | étrangère G
- 1 supérieure 1
- Tabacs un poudre. Poudre < .. . 1 ordinane 2 *7
- I de cantine 1
- / menu-tilés
- J ordinaires 1
- Rôles et cacultes... Rôles \ i .. ) uo cantine 2 7
- f de troupe 1
- Carottes ordinaires 1
- / vizir 1
- L Levant supérieur h
- 1 étranger .)
- Scaferlati 1 I 0
- j ordinaire 2
- [ de cantine 0
- \ de troupe 1
- 1 exceptionnels à o'Aoc L
- londrès flor à o'3oc 1
- londrès ordinaire 1
- trabucos à of3 5e 1
- régalias à of:i5c 1
- Ci eares médianilns à <Tf‘>nr .... 1 l/l
- 1 londrès chicos à ofeoc 1
- 1 millarès à o115e 1
- I étrangers à ofi o° 1
- à o[ojoc 1
- \ à ofo5c h
- / en vizir 7
- L en Levant supérieur 10
- 1 en Levant ordinaire 2 r
- Cigarettes en Maryland 7 -J.)
- f en scaferlati supérieur a
- \ en scaferlati ordinaire 5
- Total général 8l
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- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES.
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- Nota. -— Ce tableau ne comprend pas les variétés de cigarettes en tabac du Levant qui ne sont vendues qu’au débit spécial des tabacs d’Orient
- Ces variétés sont au nombre de dix-neuf.
- La vente de ces différents produits se fait en France dans h0,0oo débits environ, auxquels les tabacs sont livrés avec une légère remise, et dans un petit nombre de bureaux de vente directe. Ces derniers bureaux offrent surtout au public les produits de qualité exceptionnelle et les produits nouveaux dont la fabrication n’est qu’à l’état d’essai. Lorsque ces derniers paraissent goûtés par le public et qu’ils deviennent des articles de fabrication courante, ils sont livrés aux débits ordinaires et retirés des bureaux de vente directe. Au voisinage de la frontière, et dans le but de combattre la contrebande, il a été établi des divisions de territoire ou zones, dans lesquelles les produits de la Régie sont livrés à des prix d’autant plus modérés que la fraude serait plus facile. Plus d’un quart du tabac à fumer est livré annuellement dans ces conditions spéciales de bon marché. Le tableau suivant indique la quantité totale de chaque espèce de produit qui a été vendue en 1877, avec la mention de la voie par laquelle ces (qualités sont parvenues aux consommateurs :
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- RECAPITULATION.
- O
- (P»
- Cl
- Q
- 4
- <1
- VENTES TOTAL PRODUIT
- ESPÈCES. dans les doliils ordinaires. directe. dans la limite des zones. à la guerre, marine, hospices. pour IVzporlalion. totales. par ESPECES. EN ARGENT.
- kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. francs.
- [ à la Ha van p 4 o,b 7 G 19,174 1! // 4 80 6o,e3o
- à Manille fabriques ] 'i,8u II n II II 4,811 8,411,78.5 54,762,705
- ^ en France 3,3 09,4 5 4 r>, 190 11 U 32,o5o 8,346,694
- Cigarettes 6 o î, 4 5 2 3,7(16 11 II 16,715 620,9.33 620,988 1 0,846,34 1
- ! à priser 6,908,946 12,500 I! 38,12 0 22,217 6,976,882 (>,976,883 80,2.49,784
- Tabac < à fumer 13,912,11 4 5,848 5,240,7.37 1,69.0,469 109,206 19,96.3,374 19,963,874 1 70,1 9.5,5 1 1
- f à mâcher 584,761 II 20,161 60,667 1,007 667,096 667,096 7,603,71 8
- Carottes Tot.u. général des ventes 478,2(81 II ;/ // 9'.6 479,227 479,227 5,538,378
- en i 877 34,8.85,894 45,028 5,360,898 1,794,266 i83,i 31 32,119,197 82,119,197 828,695,387
- Forcements 955,14 7
- Total 329,660,454
- Le chiffre exact, est 33o,64o,ooo
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- PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES.
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- Pour signaler les progrès réalisés depuis 1867 dans la fabrica- Gr. V. lion des tabacs en France, il suffira d’indiquer les principaux traits saillants de l’exposition de la Régie au Champ de Mars en 1878.
- La plus grande partie du pavillon que cette exposition occupait près de l’entrée du pont d’Iéna était en clfet consacrée aux appareils nouveaux récemment installés dans les magasins et manufactures de l’Administration. D’une façon générale, ces progrès consistent dans la substitution du travail mécanique à celui des ouvriers et dans les améliorations qui en sont résultées au point de vue de la sécurité et du bien-être du personnel, en même temps que sous le rapport de l’amélioration de la qualité des produits et de l’abaissement des prix de revient.
- La fabrication des poudres à priser a été rendue absolument mécanique : un des modèles exposés au Champ de Mars reproduisait en dimensions réduites les appareils installés à la manufacture de Châteauroux, et dans lesquels les tabacs destinés à produire les poudres subissent toutes les opérations par lesquelles ils ont à passer à l’abri du contact de l’air et sans être touchés par les ouvriers. Les feuilles sont d’abord humectées dans un mouilleur mécanique, qui permet de faire l’opération plus uniformément, plus économiquement et avec une production de déchets moindre que quand elle se faisait avec des arrosoirs. Depuis quelques années, quand on veut augmenter la force des tabacs, la mouil-lade se fait au moyen des jus qui proviennent de la macération des tabacs à fumer. Les tabacs une fois humectés sont hachés mécaniquement et empilés dans des salles où ils fermentent au contact de l’air, et dans lesquelles la température s’élève jusqu’à 70 et même 80 degrés centigrades; ils restent là environ six mois, puis ils sont râpés.
- Une disposition ingénieuse de tamis sépare les poudres arrivées au degré voulu de finesse d’avec les parties plus grosses qui sont remontées automatiquement aux râpes, jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment divisées. Les poudres, après avoir été tamisées, sont légèrement humectées de nouveau et enfermées dans des cases hermétiquement closes, où elles subissent une nouvelle fermenla-hon d’environ dix mois. Pendant ce temps, elles sont retournées Classe /16. <j
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- Gr. V. deux ou trois fois. En sortant de ces cases, elles passent dans de Cl 46 8ranc^es chambres où elles achèvent de se mûrir avant d’être emballées; elles y font un séjour de quelques semaines, après lequel elles sont tamisées de nouveau et pressées mécaniquement dans les barils. L’adoption de ces nouveaux procédés a permis de réaliser sur la fabrication des tabacs à priser une économie annuelle de 600,000 francs environ. En outre, le tabac constamment maintenu à l’abri du contact de l’air conserve tous ses principes aromatiques, et d’un autre côté le travail des ouvriers est devenu beaucoup moins pénible et moins insalubre, surtout à cause de la suppression des poussières qui autrefois se répandaient dans les ateliers
- Dans la fabrication du tabac à fumer, le progrès le plus important qui ait été réalisé depuis quelque temps a porté sur l’installation du torréfacteur mécanique. Il est nécessaire pour hacher les feuilles d’une façon bien régulière de les humecter légèrement; mais comme, d’autre part, il est absolument essentiel d’éviter la fermentation, on se trouve dans la nécessité de sécher le tabac aussitôt qu’il a été haché: c’est l’opération qui se fait aujourd’hui au moyen du torréfacteur. Dans l’origine, on la faisait sur des plaques chauffées à feu nu , plus tard sur des tables dans l’intérieur desquelles circulait un courant de vapeur. Ces deux manières d’opérer étaient fort pénibles pour les ouvriers qui se trouvaient plongés dans une atmosphère très chaude et fortement imprégnée de nicotine. L’adoption du torréfacteur mécanique a fait disparaître ces inconvénients, et il permet en outre de réaliser une notable économie dans les frais de fabrication. A la sortie du torréfacteur, le tabac est refroidi dans un sécheur mécanique, puis énergiquement ventilé et emmagasiné en grandes masses pendant un mois ou six semaines. Au bout de ce temps, l’arome est développé et le tabac est prêt à être livré à la consommation. Les ingénieux appareils au moyen desquels ce tabac est divisé en paquets d’un poids uniforme formaient un des principaux attraits de l’exposition du Champ de Mars, et le public se pressait toujours en grand nombre pour les voir fonctionner. Au moyen de ces appareils* trois ouvrières peuvent produire dans une journée jusqu a
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- /i,ooo paquets de ko grammes, et même davantage. Une des ouvrières plie sur deux tiges servant de moules le papier brun qui forme l’enveloppe du paquet; elle y applique la bande imprimée et passe à une autre ouvrière les paquets vides et ouverts par un bout. Celle-ci y introduit le tabac qui a été pesé d’avance par la troisième, le tasse en faisant agir le piston d’une petite pompe hydraulique, puis du même coup ferme le paquet. La rapidité avec laquelle se font ces différentes opérations est véritablement merveilleuse. Cependant, malgré toute l’habileté des ouvrières et la sûreté de main qu’elles acquièrent par l’expérience, il est nécessaire que le poids des paquets soit vérifié avant leur mise en vente; cette vérification s’effectue automatiquement et avec la plus grande précision, au moyen d’un appareil analogue à ceux qui servent à contrôler le poids des monnaies; les paquets sont alignés sur une courroie mobile dans une rigole droite; iis sont entraînés par son mouvement vers l’entrée de la machine où une fourchette les prend et les dépose doucement sur le plateau d’une balance très sensible, qui trie automatiquement les paquets, en ne laissant passer que ceux dont le poids ne s’écarte pas en plus ou en moins des limites de la tolérance admise. Tous ceux qui sont trop légers sont rejetés d’un côté, ceux qui sont trop lourds rejetés de l’autre, et ceux dont le poids est juste tombent dans une troisième case. Cet appareil permet de réaliser une économie notable sur la quantité de tabac employée à la confection des paquets, qu’on était presque toujours obligé de faire un peu trop lourds pour être sûr d’y mettre la quantité de tabac voulue. H opère assez rapidement pour qu’une ouvrière puisse dans un jour contrôler le poids de 12,000 paquets.
- La fabrication des cigares ne donne lieu jusqu’à présent à l’emploi de machines que dans ses opérations préliminaires, la confec-Ron des cigares eux-mêmes n’ayant encore jamais pu, malgré toutes les tentatives qui ont été faites, s’effectuer mécaniquement aussi bien qu’à la main.
- Grâce aux savantes recherches de M. Schlcesing, directeur du laboratoire et de l’école d’application des manufactures de l’État, le traitement des tabacs destinés à la fabrication est devenu une
- Gr. V Cl. ^6
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- œuvre tout à fait scientifique, où Pon ne marche plus par tâtonnement, mais à coup sûr. Les différents principes des tabacs ont été parfaitement étudiés; les analyses des feuilles se font avec une grande précision, et Ton sait parfaitement ce qu’il convient de leur ôter ou de leur ajouter pour les rendre aussi convenables que possible pour l’usage auquel on les destine. On parvient à obtenir ce résultat pour les feuilles destinées à la fabrication des cigares, au moyen d’un appareil très ingénieux qui consiste en un certain nombre de cuves indépendantes les unes des autres et reliées par des tuyaux de caoutchouc à un réservoir central divisé en plusieurs compartiments, qui peut être élevé ou abaissé à volonté au moyen d’un élévateur hydraulique. Les paquets de feuilles à traiter sont suspendus dans les différentes cuves et y sont mis en contact suivant les besoins avec des jus plus ou moins concentrés qui leur enlèvent certains principes ou leur en ajoutent certains autres. Quand l’immersion dans un jus a duré assez longtemps, on abaisse le réservoir central, on fait couler dans un de ses compartiments le contenu de la cuve, puis on l’élève de nouveau au-dessus du niveau de celle-ci, qu’on remplit avec le contenu d’un des autres compartiments. On conçoit facilement que, par ce procédé, on parvienne à diminuer dans les feuilles la proportion des principes solubles qui s’y trouvent en excès, et qu’on puisse se servir des jus résultant de l’épuisement de ces mêmes feuilles pour en fortifier d’autres qui manquent des mêmes éléments. On est arrivé de la sorte à régler d’une manière presque mathématique la composition des cigares et à obtenir des produits dont la qualité est absolument uniforme et le prix de revient aussi bas que possible.
- La production des cigarettes est la branche de fabrication qui a pris, depuis la dernière exposition, le développement le plus considérable, relativement aux quantités fabriquées antérieurement. En 1866, le produit de la vente des cigarettes ne dépassait pas 620,933 francs, tandis qu’il a atteint, en 1877, io,34t6,34i francs.
- L’Administration a, dans ces dernières années, multiplié considérablement le nombre des modèles de cigarettes livrées au public; elle en fabrique aujourd’hui une ou plusieurs espèces avec chacune des qualités des scaferlatis étrangers, supérieurs ou ordinaires.
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- Elle a, de plus, autorisé l’installation à Paris d’un bureau de vente pour les cigarettes de tabacs exceptionnels d’Orient, cigarettes qui se fabriquent, du reste, sous sa surveillance et dans ses manufactures.
- L’exposition du Champ de Mars comprenait un certain nombre de machines à fabriquer les cigarettes, d’un modèle fort nouveau et dont le fonctionnement intéressait vivement le public. Le travail de l’ouvrière se borne à régler l’écoulement du tabac étendu en plaques minces dans une glissière horizontale, d’où il passe dans l’intérieur de la machine, qui roule le papier, le remplit, le ferme et livre les cigarettes prêles à être mises en boîtes, à raison de 1,000 par heure.
- La fabrication des tabacs à mâcher a également reçu divers perfectionnements de détail. On est arrivé notamment à utiliser beaucoup plus complètement qu’autrefois les jus qui se produisent dans la confection des rôles.
- En même temps que la Régie introduisait dans la conduite de ses diverses opérations les perfectionnements dont il vient d’être question, elle s’occupait également d’apporter des améliorations à la condition matérielle et morale de ses ouvriers. Dans presque toutes les fabriques de France, des écoles ont été ouvertes pour les ouvriers et ouvrières de moins de seize ans, en même temps que des cours d’adultes étaient ouverts le soir pour les ouvriers illettrés. Une caisse de retraite pour la vieillesse a été fondée pour tous les employés de l’Administration; elle est alimentée par une retenue obligatoire sur les traitements. On peut dire que les charges de cette fondation sont supportées par l’Administration, car, lors de son établissement, tous les traitements ont été élevés dans la proportion de la retenue dont ils allaient être frappés. Dans la plupart des établissements de la Régie, les ouvriers ont organisé des sociétés de secours mutuels sous la surveillance et le patronage de 1 Administration. Enfin, dans une de ses fabriques à Nantes, il a de établi pour les enfants des ouvriers et ouvrières une crèche °t une salle d’asile, subventionnées par l’Administration, dont les résultats sont des plus satisfaisants. Il est facile de voir par tout ce (1U1 précède que le personnel dirigeant du service des tabacs se
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- Gr. V. tient dignement à la hauteur de sa tâche. On peut, du reste, en
- trouver la meilleure preuve dans l’empressement avec lequel l’in-
- Cl 46 i i 1
- dustrie privée des autres pays et les régies étrangères étudient le fonctionnement du service fi ançais des tabacs et en adoptent les appareils et les procédés.
- ESPAGNE ET COLONIES ESPAGNOLES.
- L’Espagne occupe sans contredit le premier rang parmi les pays producteurs de tabac, bien moins, il est vrai, par elle-même que par ses colonies. Cuba et les îles Philippines, mais surtout la première, l’emportent sur tous les pays du monde pour la production des tabacs fins et parfumés en même temps. Les environs de la Havane ont conservé leur réputation méritée pour la production des tabacs de choix. Là pourtant, comme partout ailleurs, l’accroissement démesuré de la demande a fait tort à la qualité et à la finesse du produit; l’appât d’un gain plus considérable a fait que les planteurs ont cherché à augmenter leur récolte par l’emploi d’engrais plus abondants. Le guano du Pérou a été employé très largement pendant quelques années, et l’effet de cet engrais riche en azote, mais pauvre en potasse, a été de donner de grandes feuilles, larges et pesantes, lentes à sécher et brûlant mal. Il serait fâcheux que cette expérience créât un préjugé contre l’emploi des engrais appliqués à la culture du tabac. Bien choisis et employés avec modération, ils sont aussi utiles là que partout ailleurs; seulement, il n’en faut pas abuser, et l’on doit les approprier aux besoins spéciaux du tabac.
- Les grandes fabriques de cigares de la Havane ont conservé les qualités de bonne exécution et de régularité dans la fabrication qui caractérisaient leurs produits aux expositions précédentes. Des maisons moins importantes jusqu’ici sont arrivées aussi à se faire une grande place; car la production des cigares s’est accrue dans ces dernières années. Malgré l’élévation des droits mis à l’entrée sur les tabacs fabriqués, les Etats-Unis d’Amérique sont devenus un des pays grands importateurs de cigares. Au point de vue de la consommation des cigares de choix, New-York et San-Francisco rivalisent aujourd’hui avec Londres, Paris et Rio-de-Janeiro. L’ex-
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- position clés tabacs de la Havane était aussi complète que soignée, Gr. v. et elle égalait en importance, ou peu s’en faut, toutes les autres expositions de meme nature réunies, sauf celle de l’Administration française des tabacs.
- D’autres portions de l’île de Cuba et notamment les environs de Santiago de Cuba, produisent des tabacs en assez grande quantité, mais de qualité fort inférieure à ceux de la Havane. Les tabacs de Porto-Hico sont parfois employés par les fabricants de la Havane dans le but d’augmenter la production des cigares. L’importation en a été sévèrement interdite par le Gouvernement, désireux de voir les produits de la Havane conserver leur ancienne réputation; mais il est à craindre que l’interdiction ne soit pas bien rigoureusement respectée.
- On estime que la valeur de la récolte annuelle des tabacs à Cuba s’élève à la somme de 125 millions de francs. La production totale des cigares est évaluée à 1,100 millions, dont 600 millions sont consommés dans le pays et 5oo millions sont exportés.
- ÉTATS-UNIS.
- Depuis longtemps la culture des tabacs est très développée et très florissante aux Etats-Unis. Les anciens Etats situés sur la côte de l’Atlantique et à l’est du Mississipi sont ceux dans lesquels elle réussit le mieux et occupe la plus grande étendue de territoire.
- Les tabacs de la Virginie, du Maryland, de l’Ohio, du Kentucky, sont tout particulièrement estimés et recherchés dans l’industrie.
- Toutes les opérations de la culture, et particulièrement le séchage et le conditionnement des tabacs en feuilles, ont été portées dans ces Etats à un haut degré de perfection. Des hangars spéciaux construits en troncs équarris servent à suspendre les feuilles de tabac, après qu’elles ont été exposées à l’air dans le champ même pendant deux ou trois jours, et qu’elles y ont subi un commencement de dessiccation. Suivant le degré d’humidité de l’atmosphère, on laisse circuler plus ou moins librement l’air extérieur à travers les hangars, de manière à éviter aussi bien la moisissure des feuilles qu’un désséchement trop rapide qui les rend cassantes. Depuis quelques années, on a commencé à installer ces hangars de manière à ob-
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- tenir la dessiccation des feuilles par la circulation d’un courant d’air chaud. L’opération est généralement confiée à des entrepreneurs spéciaux fort habiles, mais se faisant payer très cher. Selon que l’opération tout entière a été plus ou moins bien conduite, la valeur des feuilles varie dans des limites fort étendues. Les meilleurs tabacs sont ceux dont la couleur reste claire, variant du jaune pur à la teinte chamois, et qui sont en même temps souples et exempts de défauts. On les emploie pour l’enveloppe des cigares. Des tabacs de ce genre se sont vendus jusqu’à 45 francs le kilogramme. C’est là, sans doute, un prix exceptionnel, et la valeur courante des tabacs américains peut être établie entre 90 centimes et 1 fr. 2 5 cent, le kilogramme.
- L’importation des tabacs en feuilles des Etats-Unis en France n’a pas considérablement varié depuis quelques années; elle représentait, en 1876, une valeur de 1.3,6/1.1,781 francs. L’exportation du tabac en feuilles s’est élevée, en 1876, à 98,189,619 kilogrammes d’une valeur de 11 8,28/1,891 francs, et en 1877,5 127,073,891 kilogrammes, valant 1/19,892,709 francs. La superficie consacrée en 1877 à la culture du tabac était de 22/1,000 hectares; la production s’est élevée à 1,800,000 quintaux métriques d’une valeur totale de 171,600,000 francs.
- La fabrication du tabac a pris un grand développement aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années. Des droits très élevés et presque prohibitifs ont été mis à l’entrée des tabacs fabriqués, et aujourd’hui, non seulement les tabacs à fumer et à mâcher, mais même les cigares, se fabriquent aux Etats-Unis sur une très grande échelle. Un des principaux exposants de tabacs américains fait des affaires d’une telle importance, que sa maison paye annuellement environ 8 millions de francs comme droits au Trésor public.
- On prépare aux Etats-Unis beaucoup de tabacs à fumer sous forme de tablettes rectangulaires d’un centimètre environ d’épaisseur, façonnées au moyen d’une compression très énergique, qui permet d’emballer, de transporter et de conserver le tabac sous un volume aussi réduit que possible. Ces tablettes se coupent facilement en fines lanières, qui servent à bourrer la pipe ou à rouler des cigarettes. Ce mode de préparation est peu connu en Europe;
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- il présente de grands avantages dans les pays où les distances sont longues, et où il est important de rendre toutes les marchandises aussi peu encombrantes que possible.
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- AUTRICHE-HONGRIE.
- Le monopole de l’industrie et de la vente des tabacs existe en Autriche depuis le xvii° siècle; il est entre les mains de l’Etat depuis la fin du xviii0 siècle, et il a été établi en Hongrie en i85i. Bien que les conditions qui régissent l’industrie des tabacs dans les deux parties deTempire soient ainsi à peu près rendues uniformes, il n’en existe pas moins deux monopoles bien distincts ; le monopole autrichien et le monopole hongrois, qui ont chacun leur manière de faire et leurs prix de vente particuliers.
- La culture du tabac a peu d’importance en Autriche; elle est limitée au sud du Tyrol et à la Galicie. Une partie des tabacs de cette dernière province peut servir à la fabrication des cigares et du scaferlati, le reste, ainsi que les tabacs du Tyrol, ne peut servir qu’à la fabrication des poudres à priser. La fabrication est surtout alimentée en Autriche avec des tabacs fournis par la Régie hongroise et par des achats faits à l’étranger. Il existe vingt-huit fabriques , qui travaillent annuellement environ 2 2 millions de kilogrammes de feuilles indigènes ou hongroises et de 8 à 10 millions de kilogrammes de feuilles exotiques. Le tabac à fumer constitue la plus grande partie des ventes; il en existe un grand nombre de qualités, dont le prix varie de 2 fr. 20 cent, à 2 3 fr. 5o cent, le kilogramme. Le tabac à fumer pour les troupes est livré au prix extraordinairement bas de 92 centimes le kilogramme. Depuis 1851 jusqu’à 1870, les recettes brutes du monopole autrichien ont presque triplé; les dépenses ont doublé, et les bénéfices ont triplé. En 1870, le produit brut de la vente des tabacs s’est élevé à 1 28,09/1,61 7 francs, et les profits, à 78,707,500 francs.
- En Hongrie, la culture du tabac a plus d’importance que dans aucun autre pays d’Europe; elle est faite tous les ans par environ 5o,ooo planteurs sur 60,000 hectares. Les différentes classes de la population , mais surtout les petits propriétaires et les fermiers, su livrent à cette culture, que la Régie leur facilite beaucoup en leur
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- Gr. V. faisant, dès l’époque de la plantation, des avances d’argent sur le ci 46 Pro(^u^ récolte. Bien que la production soit de beaucoup supérieure à l’importance de ses besoins, la Régie hongroise prend livraison de presque tous les tabacs produits dans le pays, et c’est elle qui les cède tant à la Régie autrichienne qu’aux acheteurs étrangers. La culture des tabacs faite pour l’exportation directe par les producteurs est autorisée en Hongrie. Après s’étre développée outre mesure pendant la guerre d’Amérique, elle est tombée à rien en 1872 , et actuellement elle a repris une certaine importance. Le produit en argent des cultures de tabacs de la Hongrie n’est pas supérieur, en général, à 3oo francs par hectare; il ne doit donc laisser habituellement qu’un bénéfice assez limité aux cultivateurs. La production totale en poids a été, en 1866, de 3/1,000,092 kilogrammes; elle s’est élevée en 1875, à 67,7/13,000 kilogrammes. La Régie hongroise emploie pour sa propre fabrication de 1 0 à 1 2 millions de kilogrammes de feuilles indigènes, avec 2 millions de kilogrammes environ de feuilles exotiques. Elle livre annuellement à la Régie autrichienne environ 20 millions de kilogrammes de feuilles, quelle lui cède au prix de revient; le surplus de la production indigène est cédé aux étrangers, particuliers ou administrations, à des prix variables, suivant les années et les cours des marchés libres. La production principale des manufactures hongroises consiste dans le scaferlati ordinaire, qui est vendu au prix de 2 francs le kilogramme. Il s’en fait aussi de qualités communes et supérieures, dont les prix varient de 1 fr. 10 cent, à 23 francs le kilogramme; mais la vente en est relativement restreinte. Le produit brut des ventes faites par la Régie hongroise s’est élevé, en 1870, à 56,3oi,7/i5 francs; les bénéfices ont atteint le chiffre de 3o,o 19,015 francs.
- RUSSIE.
- La culture du tabac est assez développée dans les provinces centrales et méridionales de la Russie. On estime qu’il y est consacré annuellement de /i5,ooo à 5o,ooo hectares, donnant environ 5o millions de kilogrammes de tabac en feuilles. Sur celte quantité, le gouvernement de Tchernigow en produit environ i5 mil-
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- lions; celui de Poitava, au delà de 1 o millions, et celui de Samara, 2 millions.
- Les meilleures qualités de tabac viennent de Bessarabie et de Crimée. Dans cette dernière province, le tabac ne réussit bien que dans les terres qu’on peut irriguer en été. On y cultive de préférence les variétés turques dont le produit n’est pas très abondant, mais très fin et très parfumé. Sur les bords du Volga, on cultive, au contraire, de préférence les variétés américaines. Dans les gouvernements de Tchernigow et de Poitava, on donne aux champs de tabac des fumures abondantes, qui permettent d’obtenir des rendements considérables aux dépens de la qualité du produit; il n’est pas rare d’y récolter jusqu’à 2,000 kilogrammes à l’hectare.
- La production indigène, tout importante quelle est, ne suffit pas à la consommation de la Russie, qui doit recourir à l’importation pour alimenter ses nombreuses fabriques. Ce sont principalement les tabacs de la Turquie d’Europe, de l’Asie Mineure et du Caucase qui fournissent à la Russie l’appoint nécessaire. Des courtiers habiles parcourent tous ces pays pour le compte des fabricants russes, qui font autant de sacrifices pour s’assurer la récolte de certains districts particulièrement renommés, qu’en font les fabricants de la Havane pour se procurer les qualités de choix des meilleurs végas de la Vuelta Abajo.
- L’exposition clés tabacs russes au Champ de Mars donnait une haute idée de l’importance de la fabrication des cigares et surtout des cigarettes en Russie. Elle faisait penser plutôt à une consommation de luxe qu’à une consommation populaire bien importante.
- L’empire ottoman n’avant pas pris part à l’Exposition, c’est surtout par les fabricants russes que les fameux tabacs d’Orient y ont été représentés. Ces tabacs, dont l’usage grandit rapidement en France depuis quelques années, servent surtout à la confection des cigarettes. Plusieurs des exposants de la section russe ont des fabriques qui occupent 1,000 ouvriers et même davantage, et qui sont presque uniquement consacrés à la confection de ces cigarettes de toutes tailles et de tous prix. Ces tabacs d’Orient, que l’établissement d’un bureau spécial de vente à Paris a rendus depuis quel-
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- ques années plus familiers que par le passé au public parisien, se divisent en trois classes principales :
- i° Les tabacs de Macédoine. On distingue dans les tabacs de Macédoine les tabacs de plaine et ceux de montagne. Ceux de plaine, qui sont les meilleurs, et parmi lesquels le giubeck tient le premier rang, se vendent de 12 à 16 francs et même 20 francs le kilogramme. La production totale de la Macédoine ne dépasse pas 5 millions de kilogrammes, dont 3 millions environ sont exportés. La récolte annuelle de Giubeck ne dépasse pas 5oo,ooo kilogrammes. Les,tabacs de Macédoine sont plantés assez tard et très serrés. La récolte des feuilles se fait successivement. Elles sont fines, légères, parfumées, renferment rarement plus de 3 p. 0/0 de nicotine et quelquefois n’en contiennent pas 1 p. 0/0.
- 20 Les tabacs d’Anatolie, plus grossiers et plus forts que ceux de Macédoine, se cultivent principalement aux environs de Trébi— zonde. Ceux de Bafra sont les plus estimés. On en récolte environ 2,500,000 kilogrammes, valant de 3 à h francs le kilogramme. Les plantations se font moins serrées qu’en Macédoine.
- 3° La dernière classe des tabacs d’Orient comprend ceux de Syrie, qui se font sur le littoral, principalement dans la province de Séide, et dont le Latakié est le type le plus connu. La production de ces tabacs ne dépasse pas 1,500,000 kilogrammes. Ces tabacs sont surtout expédiés en Egypte. L’Europe n’en importe que de fort petites quantités.
- PAYS-BAS ET COLONIES NEERLANDAISES.
- U y a fort longtemps déjà que la culture du tabac est en faveur dans certaines localités de la Hollande et spécialement dans les environs d’Amersfoort; ces tabacs sont plutôt forts que très fins. On en récolte de qualités assez diverses, dont les uns servent à faire l’enveloppe ou cape des cigares à bon marché, tandis que d’autres, qui présentent un arôme très développé, sont recherchés pour donner un montant spécial au tabac à priser. L’importance delà récolte annuelle peut être évaluée à 6 millions de kilogrammes. Les Pays-Bas possèdent de nombreuses et importantes fabriques de tabac. La production indigène est loin de suffire à les alimenter;
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- aussi importent-elles de grandes quantités de tabacs en feuilles des Gr. V. Indes néerlandaises, du Brésil, des Etats-Unis et de la Havane.
- Une bonne partie de ces tabacs est employée à la confection de cigares à bon marché, qui sont, pour une forte proportion, destinés à être réexportés.
- Java et la portion de Sumatra qui est soumise aux Hollandais produisent de grandes quantités de tabac remarquable surtout par sa finesse et son parfum. On en importe beaucoup en Hollande, où il est surtout employé pour la fabrication du tabac à fumer et la confection des cigarettes; on en recherche particulièrement les qualités fines pour les enveloppes de cigares. La production totale annuelle des colonies néerlandaises est estimée à environ îa millions de kilogrammes.
- ITALIE.
- En Italie, la production et le commerce du tabac sont soumis à un régime un peu différent de ceux qui sont adoptés dans les autres pays de l’Europe. Ce n’est ni la liberté comme en Angleterre, en Belgique ou en Suisse, ni la régie exploitée directement par l’Etat comme en France et en Autriche. Le monopole existe bien comme dans ces derniers pays, mais l’Etat s’est déchargé du soin de l’exploiter sur une société dite Régie comtéressée des tabacs, qui a le privilège exclusif de la fabrication et de la vente moyennant une redevance annuelle et la participation de l’Etat aux bénéfices. Ce système est en vigueur depuis le ier janvier 186g, et constitue un mode de perception d’impôt assez particulier.
- C’est principalement sous forme de cigares que le tabac est consommé en Italie. Ces cigares, dont certains types, comme les ca-vours et les virginie sont bien connus même en France, sont fabriqués presque entièrement avec des tabacs étrangers, importés de Hongrie et d’Amérique. Ce n’est pas qu’on ne trouve en Italie certaines localités parfaitement appropriées à la culture du tabac; le sol et le climat s’y montrent, au contraire, assez favorables ; mais, en général, les tabacs italiens brûlent mal et ne se prêtent guère, par conséquent, qu’à la fabrication des tabacs à priser.
- L’étendue totale consacrée annuellement à cette culture est d’en-
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- viron 4,ooo hectares, dont le produit moyen s’élève à un millier de kilogrammes de feuilles sèches pour chacun. En 1875, l’importance de la récolte indigène s’est élevée à 4,4a i,4i 8 kilogrammes, représentant une valeur de 2,439,948 francs. Conjointement avec les tabacs de cette récolte, c’est-à-dire dans le cours de l’année 1876, la Régie a employé, dans sa fabrication, environ i8,4oo,ooo kilogrammes de tabacs étrangers, dont 1 5 millions provenaient des Etats-Unis, 2,500,000 kilogrammes de Hongrie, et le surplus du Brésil, de Saint-Domingue, de Turquie, de Hollande et des Indes anglaises, plus une petite quantité de tabacs de la Havane.
- Les chiffres suivants indiquent les résultats financiers de l’exploitation en 1869 et en 1876 :
- 1869. 1876.
- Produit brut . 1 oo,443,i5 ir i34,o53,i 02
- Dépenses 29,416,507 h 1,816,795
- Bénéfices 71,026,644 92,236,3:17
- Redevance payée à l’État 66,89/1,811 79/18/1,891
- Part de l’État dans les bénéfices. . 1,65 2,7.“>2 5,693,827
- Part de la Régie 2/179,101 5,093,827
- Dans les provinces de Sassari et de Caserta, le produit moyen est très inférieur au chiffre donné plus haut; il ne dépasse guère 200 ou 000 kilogrammes, tandis qu’il atteint i,5oo et i,800 kilogrammes dans celles de Salerne et d’Arezzo. On fait aussi des cultures de tabacs dans certaines localités de la Toscane, et quelques-unes ont joui longtemps d’une réputation toute particulière pour la fabrication des poudres à priser. Aujourd’hui encore c’est, à cet usage qu’on emploie les tabacs indigènes les moins combustibles; ceux de la province de Lecce y conviennent tout particulièrement; les autres sont employés pour les cigares communs.
- PORTUGAL.
- Le Portugal jouit depuis longtemps d’une réputation méritée pour la production des tabacs à priser; ceux qu’il a présentés à l’Exposition de 1878 ont montré que cette réputation est toujours méritée. Plusieurs fabriques importantes se livrent à la fabrication de ces poudres, dont la préparation est fort longue et demande une
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- grande habileté. La culture locale très limitée serait absolument insuffisante à en fournir la matière première; aussi les manufactures portugaises s’alimentenl-cdles surtout de tabacs récoltés en Allemagne, aux Etats-Unis et au Brésil. Une forte proportion des produits fabriqués est destinée à l’exportation.
- BELGIQUE ET SUISSE.
- Ces deux pays peuvent être réunis dans ce compte rendu, car leurs expositions de tabacs présentaient une très grande analogie. Ne se livrant l’un et l’autre à la culture du tabac que sur une échelle assez restreinte, ils occupent, au contraire, une place importante en Europe par les quantités de tabac qu’ils fabriquent et qu’ils livrent à la consommation. Dans l’un comme dans l’autre, les droits sur le tabac sont extrêmement modérés, et leur spécialité consiste dans la confection des cigares à bon marché. En Belgique, la culture du tabac s’étend annuellement sur 1,700 hectares environ, dont le produit est évalué à 1,800 kilogrammes par hectare en moyenne. On y importe néanmoins de grandes quantités de tahacs étrangers, qui servent à la fabrication de cigares^imitant par la forme ceux de la Havane ou delà Régie française. On y fait aussi des tabacs à fumer et des cigarettes de tabac ordinaire ou de tabac d’Orient.
- La Suisse, qui, comme la Belgique, s’approvisionne principalement de tabacs étrangers, américains, hongrois ou allemands, s’en sert principalement pour la fabrication de cigares particuliers dont elle a droit de réclamer l’invention et jusqu’à présent le monopole. Les veveys et les gransons sont les modèles les plus connus de cette catégorie de cigares, et, malgré leur origine assez récente, ils se fabriquent aujourd’hui par millions tous les ans et s’exportent dans le monde entier.
- GRÈGE.
- Les tabacs exposés par la Grèce, en général bien préparés et de bonne qualité, se rapprochaient sensiblement des tabacs du Levant par la forme arrondie des feuilles et par leur couleur blonde ou presque jaune. On cultive cependant aussi en Grèce des variétés
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- Gr. V. Cl. 46.
- \hk EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- à grandes feuilles, et l’on y prépare également des tabacs de couleur foncée. L’étendue consacrée à ce genre de culture était, en 1876,de 4,200 hectares, produisant chacun de 760 à 1,25o kilogrammes de tabac sec, suivant la nature du sol et les ressources en eau d’irrigation. La production totale est plus que suffisante pour les besoins de la consommation, car l’importation des tabacs en Grèce ne dépasse pas 65o quintaux métriques, tandis que l’exportation s’élève à 1/1,000 quintaux métriques.
- ETATS DE L’AMERIQUE CENTRALE.
- La Re^ ' e du Mexique, et surtout les petits Etats indépendants qui s’étendent entre elle et l’isthme de Panama, jouissent, dans la plus grande partie de leur étendue, d’un climat qui présente assez d’analogie avec celui de Cuba. 11 y a donc tout lieu de croire qu’avec un peu d’attention et de soins on pourrait y produire des tabacs de qualité distinguée, sinon absolument égale à celle des bons crus de la Havane. Situés sur la même latitude, entourés, comme Cuba, par la mer, dont les brises tempèrent la chaleur du jour, ces pays présentent les conditions les plus favorables à la production des tabacs supérieurs. Ceux qu’ils ont présentés à l’Exposition de 1878 permettent d’espérer qu’ils viendront apporter un appoint considérable aux produits de Cuba, quand ceux-ci deviendront insuffisants pour faire face à la demande sans cesse croissante de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Les cigares du Mexique exposés au Champ de Mars présentaient de véritables qualités de finesse et de parfum. Ceux du Guatémala et du Nicaragua n’étaient pas sans mérite; mais ceux de la République de Salvador se distinguaient entre tous par leur bonne fabrication et la finesse de leur arôme. Si la production des cigares prend quelques développements dans ce pays, il trouvera sans nul doute en Europe un débouché avantageux pour ses produits.
- ÉTATS DE L’AMÉRIQUE DU SUD.
- En l’absence du Brésil, dont les produits n’étaient pas représentés à l’Exposition, les principaux pays qui avaient envoyé des tabacs à l’Exposition étaient le Vénézuéla, le Pérou, l’Uruguay et
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- M5
- la République Argentine. Aucun de ces pays jusqu’à présent n’est G-r. v.
- devenu exportateur de tabac; mais le nombre des fabricants dont
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- les produits figuraient au Champ de Mars témoignait de l’état
- florissant de l’industrie du tabac dans les républiques qu’arrose
- le Rio-de-la-Plata.
- Dans la République Argentine, c’est principalement dans les provinces de Tucuman, de Cordoba et de Catamarca que la culture du tabac a pris le plus d’extension.
- Dans l’Uruguay, l’industrie du tabac paraît être encore dans l’enfance; les produits s’en distinguent plutôt par la force que par la finesse. Mais ce qu’on a vu à l’Exposition universelle de 1878 permet d’augurer très favorablement de son développement futur.
- Les tabacs du Pérou sont récoltés sur le versant oriental des Cordillères et le long du cours supérieur des rivières tributaires de l’Amazone, principalement sur les rives du Huallaga. Ils sont surtout consommés sur place, ou exportés dans les provinces limitrophes du Rrésil. La portion du Pérou située entre les montagnes et l’océan Pacifique s’approvisionne principalement de cigares importés de la Havane ou même d’Europe.
- ÉGYPTE.
- L’Egypte n’est pas un pays producteur de tabac; celui qu’011 y cultive présente, en général, le défaut de n’être pas assez combustible. Son sol et son climat se prêtent mieux à la production du sucre et du coton. Il n’y a donc pas lieu de s’arrêter aux tabacs quelle avait présentés à l’Exposition de 1878 et qui ne faisaient pas exception aux caractères ordinaires des tabacs égyptiens.
- PERSE.
- Parmi les collections fort intéressantes des produits de la Perse qui figuraient à l’Exposition se rencontraient plusieurs bons échantillons de tabacs à fumer. Les tabacs de Perse, ceux notamment des environs de Chiraz, jouissent dans tout l’Orient d’une réputation méritée. Ils ont cela d’intéressant pour le botaniste, que, seuls parmi tous les tabacs cultivés, ils sont produits par une autre plante que le JSicoliana tabacum, L., originaire d’Amérique.
- Classe UC).
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- C’est le Nicotiana persica, Lindl. qui fournit le produit connu sous le nom de tombakou ou tombahi, spécialement destiné à être fumé dans le narghilé; il s’en fait vers la Turquie une exportation considérable. Quant aux tabacs connus dans le commerce sous le nom de tabacs du Levant: le Latakié et les autres, ils sont, quoi qu’on en ait dit, le produit de variétés du Nicotiana tabacnm, variétés bien distinctes à la vérité, et modifiées par le climat et la culture, mais se rattachant certainement au type américain.
- JAPON.
- Les Japonais ne paraissent pas avoir connu le tabac avant le commencement du xvn° siècle, époque où la culture et l’usage de celte plante furent introduits chez eux par les Portugais. Ce nouveau produit prit rapidement faveur, et bientôt l’habitude de fumer devint absolument générale au Japon, à ce point qu’elle y est commune aux deux sexes, et que les enfants eux-mêmes commencent très jeunes à faire usage de la très petite pipe dont les Japonais ne se séparent presque jamais. La culture, la récolte et la préparation du tabac se font au Japon exactement comme en Europe. Depuis quelques années, les usages européens on.t fait comme chacun sait de grands progrès dans ce pays, et l’on a commencé à y fabriquer en grand les cigares et les cigarettes. Les produits de ce genre présentés à l’Exposition étaient d’une fabrication soignée; mais ils manquaient de force et de parfum.
- ANGLETERRE ET COLONIES ANGLAISES.
- L’Angleterre ne cultive pas de tabac ; mais il y existe quelques fabriques dont les matières premières sont tirées de l’étranger. Il s’y fait aussi une importation considérable de tabacs tout fabriqués et notamment de cigares. Gomme en France les tabacs d’Orient commencent à y prendre faveur. La fabrication et l’importation du tabac sont en progrès sensible en Angleterre, l’habitude de fumer s’étant considérablement développée depuis quelques années, surtout dans les classes supérieures de la société. Parmi les colonies de l’Angleterre, il en est plusieurs qui produisent du tabac non seulement pour la consommation locale, mais aussi pour l’expor-
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- tation. De ce nombre est la Jamaïque, où l’industrie du tabac, Gr. V. transportée par des habitants de Santiago de Cuba, a fait en C1~6 peu d’années des progrès très remarquables. Les cigares fabriqués dans cette île commencent à être expédiés en Europe; et sur la place de Hambourg, qui est un des grands marchés de cigares, ils sont classés sur le même rang et quelquefois même plus avantageusement que ceux de Cuba, de provenances autres que la Havane. Aux îles Bahama également, la culture du tabac est en progrès et promet des ressources importantes pour l’avenir.
- Dans l’Inde anglaise, il existe depuis longtemps des cultures de tabac assez importantes. La qualité des produits en est assurément médiocre; cependant leur bas prix les rend précieux pour certains mélanges, et la Régie française en achète tous les ans une certaine quantité. Il n’en a été présenté que peu d’échantillons à l’Exposition de 1878.
- Des différents Etats de l’Australie, c’est la Nouvelle-Galles du Sud qui a présenté au Champ de Mars les produits les plus complets et les plus remarquables de la culture et de l’industrie du tabac. Pendant longtemps la consommation sans cesse croissante de l’Australie n’a été alimentée que par l’importation de tabacs fabriqués venant des Etats-Unis. Quand l’industrie du tabac a commencé à s’établir dans le pays, elle était à peu près exclusivement entre les mains des Chinois; mais depuis quelques années, il s’est monté de grandes fabriques qui travaillent des tabacs importés en feuilles d’Amérique, et qui trouvent aussi, dans le pays même, une bonne partie de leurs matières premières. Un des industriels australiens dont les produits figuraient à l’Exposition de 1878 n’occupe pas moins de 1,000 ouvriers. On fabrique surtout des tabacs à fumer en tablettes comprimées, semblables à ceux de l’Amérique du Nord. La production des tabacs à mâcher est également très importante.
- Les colonies de Victoria et de Queensland ont aussi exposé de beaux échantillons de tabacs indigènes. A Queensland, les variétés d’Orient paraissent réussir particulièrement bien.
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- ALGÉRIE.
- En Algérie, la culture et la fabrication du tabac sont complètement libres. Cette circonstance, jointe aux conditions favorables que présentent le sol et le climat de l’Algérie, a fait prendre à ces industries un développement rapide. La culture a surtout pris une grande extension à partir de 1878; elle se fait principalement dans les provinces d’Alger et de Constantine; dans la province d’Oran, elle n’a qu’une importance tout à fait secondaire. Les statistiques les plus récentes donnent, comme représentant la production totale du tabac en Algérie, le chiffre de 5,io5,q2q kilogrammes récoltés sur 7,1 h 1 hectares. Sur cette étendue, 2,720 hectares étaient cultivés par les colons européens et produisaient 3,o5o,()76 kilogrammes; 4,/i2i hectares cultivés par les indigènes ne donnaient qu’un rendement de 2,0 55,253 kilogrammes.
- Il résulte de ces chiffres que les cultures européennes produiraient environ 1,100 kilogrammes l’hectare, tandis que les cultures indigènes n’en donneraient que 500. L’importance de la récolte ne varie pas seulement, du reste, avec la manière dont les cultures sont soignées, mais avec la nature de la variété que l’on sème. Le chebh, qui est la principale variété fine cultivée en Algérie, ne rend pas habituellement plus de 700 à 800 kilogrammes à l’hectare; tandis que les variétés plus grossières donnent, dans les mêmes conditions, de 1,000 à 1,200 kilogrammes. L’arbi est encore une bonne variété locale très propre à la fabrication des tabacs à fumer. La Régie serait certainement disposée à augmenter ses achats de tabac en Algérie comme en France, si elle y trouvait plus abondamment et à meilleur compte des tabacs fins et légers, propres à remplacer dans la fabrication les feuilles de Hongrie ou du Levant. C’est donc vers la production de ces sortes que doit être dirigée l’attention des planteurs.
- La fabrication des tabacs à fumer est assez considérable en Algérie. On y prépare surtout des tabacs coupés extrêmement fin, destinés spécialement à être fumés dans les pipes orientales. Les tabacs à fumer ordinaires sont aussi fabriqués en grande quantité et ne se distinguent pas moins par leur bon marché que par leur
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- qualité. L’exportation des tabacs fabriqués d’Algérie est en progrès marqué; elle était en 1867, de 35o,ooo kilogrammes; en 1876, de A71,000 kilogrammes.
- COLONIES FRANÇAISES.
- La fabrication du tabac est libre dans les colonies comme en Algérie. Il est rare cependant que la production y dépasse les besoins de la consommation locale et qu’il se fasse une exportation de quelque importance de tabacs en feuilles ou fabriqués. La fabrication coloniale porte sur les tabacs à priser et à mâcher, le scaferlati ou tabac à fumer ordinaire, et les cigares qui se font surtout dans les colonies suivant quelques modèles spéciaux, en général minces et serrés, qu’on appelle, suivant les pays, bouts coupés ou bouts de nègres.
- A la Guadeloupe et à la Martinique, l’industrie du tabac est moins florissante actuellement quelle ne l’était autrefois; la culture de la canne à sucre s’est emparée, à peu d’exceptions près, de toutes les terres qui pourraient convenir au tabac. On y fait cependant encore des cigares et des tabacs à priser. Les poudres fabriquées à la Martinique sont réellement de bonne qualité et rappellent celles du Macouba, autrefois si justement renommées.
- A la Guyane, le tabac réussit bien, surtout dans les parties de forets nouvellement défrichées; ses produits sont fins, résistants et combustibles.
- En Cochinchine, la culture du tabac s’étend sur A,ooo hectares, qui produisent environ 5 millions de kilogrammes de feuilles. Malheureusement ces tabacs n’ont pu jusqu’à présent être introduits dans la consommation en quantités un peu importantes.
- Les établissements français de l’Inde et de l’île de la Réunion produisent et fabriquent un peu de tabac pour les besoins locaux, mais n’en exportent pas.
- Quelques essais de culture ont été faits à la Nouvelle-Calédonie; mais ils sont encore trop récents et trop restreints pour qu’on puisse juger de l’avenir que la culture du tabac pourra avoir dans cette colonie.
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- En somme, le peu d’importance pris dans les colonies françaises par l’industrie du tabac, bien qu’elle y soit complètement libre, prouve qu’il n’y en a aucune dont les produits soient capables jusqu’ici de lutter avec succès contre ceux des grands pays producteurs de tabacs.
- XI
- HOUBLONS.
- Le houblon, auquel on ne connaît pas d’autre usage que celui qu’en font les brasseurs pour parfumer la bière, se cultive surtout dans les pays où l’industrie de la brasserie s’exerce sur une grande échelle; cela est parfaitement naturel. Pourtant les pays qui présentent des conditions particulièrement favorables à la culture de cette plante peuvent, sans crainte, en développer la production, lors même qu’ils n’en seraient pas consommateurs; car le houblon est une de ces marchandises qui ont l’avantage de représenter une très grande valeur sous un poids limité, et dont on peut tirer un bénéfice considérable, lors même qu’on a à les exporter dans des pays assez éloignés. Peut-être les soins minutieux que réclament la culture et la préparation du houblon sont-ils pour quelque chose dans la défaveur où ce genre de culture paraît être en France. Peut-être aussi faut-il, jusqu’à un certain point, en rechercher la cause dans les grandes et brusques variations que subit le cours des houblons, variations qui font de cette culture une sorte de spéculation hasardeuse. Il n’est pas rare, en effet, de voir le cours de cette marchandise varier, en quelques mois, du simple au triple, et quelquefois même dans des limites plus étendues. Mais, après qu’on a fait la part à ces inconvénients, il reste certain que la culture du houblon offre de grandes compensations. Il y a tout lieu de croire qu’en présence des diverses maladies qui frappent la vigne, la consommation de la bière continuera à aller en croissant; que les houblons, par conséquent, se demanderont de plus en plus, et que les prix ne cesseront pas avant longtemps d’être rémunérateurs. Il n’est guère à craindre
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- que la production se développe plus rapidement que les besoins; car l’installation d’une houblonnière exige des frais considérables et l’emploi d’un capital important. Toute bonne terre convient au houblon; mais les terres franches, argileuses, sans être trop compactes, lui sont particulièrement propices. Il ne craint pas la sécheresse; mais l’excès d’humidité peut lui nuire, et l’influence des brouillards au moment de la floraison est désastreuse pour la récolte. Il faut donc éviter les vallées trop fraîches et le voisinage des cours d’eau; il est bon également de ne pas placer les houblonnières trop près des grands chemins, dont la poussière pourrait détériorer les cônes, au point de les rendre invendables.
- Le houblon est une plante grimpante, dont les tiges, longues de 5 à 6 mètres, sont absolument hors d’état de se soutenir sans appui. On a imaginé, pour lui en servir, divers genres de poteaux, reliés ensemble par des fils horizontaux ou obliques. Aucun système, jusqu’ici, ne paraît supérieur à l’emploi de simples perches en bois de pin ou de sapin, hautes de 5 à 7 mètres, avec un diamètre de 6 à 8 centimètres à la base, qu’on plante, chaque printemps, à côté des pieds de houblon, et qu’on arrache, au moment de la récolte, avec toutes les tiges qui les garnissent.
- L’achat de ces perches représente un capital assez important; mais, si on les entretient avec quelque soin, elles peuvent durer au moins dix ans, et la valeur en est promptement amortie. La récolte qu’on peut faire, par hectare, est assez variable; néanmoins elle est presque toujours supérieure à 1,000 kilogrammes, et s’élève assez souvent à i,5oo ou 1,800 kilogrammes. Le prix de vente, comme il a été dit, est encore plus changeant. Si on l’estime seulement, en moyenne, à 2 francs le kilogramme, on voit que chaque hectare rapporte une somme importante, et qui permet de rembourser bien des frais de culture et de premier établissement. La cueillette du houblon se fait habituellement au mois de septembre, et toute la population, en général, y prend part. Ce sont les vendanges des pays qui ne font pas de vin.
- Le séchage du houblon doit se faire à l’abri du soleil, à une température modérée, et sous l’influence d’un courant d’air; le houblon perd d’autant plus en séchant, qu’il a été récolté moins
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- mûr. On estime qu’il faut, en moyenne, 4 kilog. 5oo de houblon vert pour faire î kilogramme de houblon sec.
- Le mode de préparation exerce une influence marquée sur la qualité du produit; mais celle-ci dépend aussi, dans une grande mesure, de la nature de la variété que l’on a cultivée. Il n’y a donc pas moins d’intérêt quand on établit une houblonnière à se procurer les meilleurs plants qu’à se procurer les meilleurs cépages quand on plante une vigne.
- La valeur du houblon pour la brasserie dépend de sa richesse en lupuline. On nomme ainsi le principe actif contenu dans une poussière jaune qui se trouve à l’intérieur des cônes et à la base des écailles.
- La culture du houblon se fait peu, jusqu’ici, en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Les principaux pays producteurs sont : l’Angleterre, l’Autriche, la Bavière, la Belgique, la France, la Pologne et les Etats-Unis.
- ANGLETERRE.
- L’importance de l’Exposition des houblons dans la section anglaise ne répondait pas, en 1878, au rang que TAngleterrè occupe parmi les producteurs de houblon. Trois exposants seulement présentaient des balles de houblon comprimé, dont la qualité était assez ordinaire; les cônes étaient bien séchés, mais de couleur grisâtre, peu serrés, et médiocrement riches en lupuline. On sait que l’Angleterre est, de tous les pays d’Europe, celui qui consacre la plus grande étendue de terre à la culture du houblon. Cette étendue était, en 1877, 28,715 hectares, produisant
- une quantité totale de 35 millions de kilogrammes environ. C’est dans les contrées du midi de l’Angleterre, et spécialement dans le Kent, que la culture du houblon est répandue.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- Après l’Angleterre, c’est la Bohême qui occupe le premier rang pour la production du houblon; à la quantité du produit, ce pays joint la qualité. Les houblons de Bohême, et spécialement ceux de Saatz et des environs, jouissent, depuis longtemps, d’une répu-
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- talion montée. Ils ont été largement et brillamment représentés Gr. V, à l’Exposition de 1878, où les principaux propriétaires du pays, de même que les négociants et les associations agricoles, ont tenu C1- 46, à honneur de faire figurer leurs produits les plus remarquables.
- Les houblons de Bohême se distinguent par le petit volume et la fermeté des cônes; ils sont particulièrement estimés à cause de leur richesse en lupuline et du soin avec lequel ils sont recueillis, triés et conservés.
- L’emballage en balles serrées et pressées est aujourd’hui assez fréquemment employé en Bohême, comme ailleurs. Mais l’exposition autrichienne de 1878 offrait des exemples d’un nouveau mode d’emballage, qui peut permettre de conserver les houblons de qualité supérieure sans altération, lorsqu’ils doivent supporter de longs voyages. Ce procédé consiste à envelopper les balles, une fois qu’elles sont pressées, d’une enveloppe de fer-blanc hermétiquement fermée comme une caisse à conserves.
- Le rendement moyen des houblonnières d’Autriche est de 00,000 quintaux métriques environ, dont 8,000 pour la Hongrie.
- Les importations et les exportations se balancent à peu près; les unes l’emportent dans les bonnes années, les autres, dans celles de récolte médiocre.
- RüssrE.
- L’Allemagne n’ayant pas pris parta l’Exposition de 1878, les houblons de Bavière ne se sont pas trouvés représentés. Ceux de la Russie n’y ont pas figuré non plus. Ce pays en produit cependant une quantité considérable, puisqu’elle est évaluée en tout à 34 millions de kilogrammes. Ces houblons proviennent principalement! des environs de Riazan, Kostroma, Vladimir et de la Pologne. L’étendue du terrain annuellement consacré à cette culture s’élève à un peu plus de 38,ooo hectares; le rendement moyen n’est que de qoo kilogrammes à l’hectare. Le houblon récolté en Russie est à peu près en totalité absorbé par la consommation intérieure; il s’en fait cependant une petite exportation 'vers les pays voisins.
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- BELGIQUE.
- Depuis fort longtemps la culture (lu houblon, en Belgique, est cantonnée dans la Flandre occidentale, aux environs de Po-peringhe et d’Alost, où elle ne paraît ni augmenter ni diminuer. Les houblons de cette provenance ressemblent assez à ceux d’Angleterre; la qualité en est bonne, mais elle reste inférieure néanmoins à celle des produits de la Bohême et même aux bons houblons de Bourgogne. L’unique échantillon présenté par la Belgique à l’Exposition soutenait à peine l’ancienne réputation des houblons flamands.
- FRANCE.
- Comme les autres produits agricoles non alimentaires, les houblons français se trouvaient partagés entre la classe 46 et la classe 76. Cependant les échantillons exposés clans l’intérieur du palais du Champ de Mars étaient assez nombreux et assez remarquables pour représenter très dignement une branche de la production agricole qui, chez nous, est incontestablement en progrès. Les produits des houblonnières du Nord, du Pas-de-Calais, des Vosges et de la Bourgogne figuraient dans la classe 46. Ces derniers surtout attiraient justement l’attention et pouvaient soutenir la comparaison avec les produits exposés par la Bohême. La Côte-d’Or est arrivée aujourd’hui à occuper le premierrang parmi les départements français où se cultive le houblon. Cette culture y fait depuis dix ans des progrès assez marqués pour que la production totale de la France soit remontée au chiffre qu’elle atteignait avant la guerre, lorsque nous possédions encore l’Alsace. Sur 3,64o hectares de houblonnières que possède notre pays, le seul département de la Côte-d’Or en compte i,25i, c’est-à-dire un peu plus du tiers. Ensuite viennent le Nord qui en a à peu près 1,000, et le département de Meurthe-et-Moselle, qui en a 800. Les plantations de la Côte-d’Or ont été faites avec des plants tirés d’Alsace ou d’Allemagne, dont les cônes présentent tout à fait le même aspect que les fameux houblons de Saatz ou de Spalt; ils sont petits, arrondis, fermes, assez verts et très riches en lupuline.
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- Bien d’autres localités en France pourraient encore fournir des houblons d’excellente qualité. La colonie de Mettray, près de Tours, possède une plantation qui donne, tous les ans, de forts beaux bénéfices; et un échantillon qui figurait à l’Exposition et provenait du département du Gers était d’une qualité certainement au-dessus de la moyenne.
- La France exporte des houblons et en importe; mais, en général, les exportations dépassent de beaucoup les entrées. Il est bien désirable qu’il continue à en être ainsi dans une proportion de plus en plus grande. Lorsqu’un si grand nombre de nos industries sont en souffrance, il ne faut pas négliger une branche de production qui fournit, presque sans épuiser le sol, un article d’une si haute valeur commerciale que le houblon.
- DANEMARK.
- Un seul exposant danois avait présenté du houblon à l’Exposition; cet échantillon ne s’élevait pas au-dessus de la médiocrité. Les cultures du houblon sont, du reste, assez limitées en Danemark; elles sont situées dans l’île de Fionie et ne s’étendent que sur quelques centaines d’hectares. La production n’en est pas suffisante pour faire face à la consommation, car il se fait, annuellement, une importation de houblon qui dépasse 5,ooo quintaux métriques.
- ESPAGNE ET PORTUGAL.
- On voyait enfin, à l’Exposition, quelques houblons récoltés en Espagne et dans l’île de Madère. Il ne s’ensuit pas que l’Espagne et le Portugal soient devenus des pays producteurs de houblon dans le sens commercial du mot; mais la présence de ces échantillons à l’Exposition démontre que cette culture peut se faire, avec succès, sous une latitude moins septentrionale que celle d’où elle ne s’est guère écartée jusqu’ici.
- ÉTATS-UNIS.
- La culture du houblon a été introduite dans les colonies anglaises de l’Amérique du Nord dès le commencement du xvne siècle;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. v. elle y a pris, depuis, d’importants développements, au point de
- dépasser les besoins de la consommation locale. Amourd’hui les Cl 46 ' J
- Etats-Unis exportent à peu près tous les ans vers l’Angleterre une
- certaine c[uantité de houblons, qui viennent faire une concurrence
- aux produits des pays d’Europe. Cependant ces exportations ne
- sont considérables que dans les années où la récolte manque en
- Europe, et où, par conséquent, les prix sont élevés. Elles ont été,
- en 1876, de A,i36,2i5 kilogrammes, valant 7,200,000 francs;
- deux ans avant, en 187A, elles étaient presque nulles.
- La production totale annuelle des Etats-Unis est évaluée à 5 ou
- G millions de kilogrammes.
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- MATIÈRES TANNANTES.
- A mesure que la population des différents pays augmente et que les besoins deviennent plus variés, l’emploi des peaux préparées se développe autant et plus peut-être qu’aucune autre brandie de l’industrie. 11 en résulte que les matières propres au travail et particulièrement au tannage des cuirs et peaux de diverses natures sont de plus en plus recherchées. Aucun ou presque aucun pays de l’ancien monde ne se suffit sous ce rapport à lui-même, et l’appoint qui est nécessaire est demandé de plus en plus aux contrées éloignées et particulièrement aux pays tropicaux, où la nature donne avec tant d’abondance la plupart des produits nécessaires à l’homme. Comme beaucoup d’autres produits qui figurent dans la classe A6, les matières tannantes sont bien loin d’appartenir uniquement à son domaine; Le plus souvent même on pourrait les faire rentrer plus justement parmi les produits forestiers (classe AA) ou parmi ceux de l’exploitation des richesses naturelles du sol (classe A5). On traitera ici des différentes substances qui ont été effectivement présentées au Champ de Mars dans la classe AG, sans avoir la prétention d’épuiser un sujet qui devra être traité également dans les rapports des deux classes précédentes.
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- Dans tous les produits de cette catégorie, le principe actif est l’acide tannique, qui, en se combinant avec la gélatine des peaux, leur fait prendre cet état particulier qu’on désigne sous le nom de cuir.
- Il est peu de substances végétales qui en soient absolument dépourvues; mais on doit préférer naturellement celles qui en contiennent une quantité suffisamment grande pour produire un effet aussi rapide et aussi énergique que possible. Maintenant surtout qu’on va chercher les matières tannantes dans des pays très éloignés, il est important qu’elles présentent une efficacité aussi grande que possible sous un volume ou un poids restreint. Il y a intérêt en même temps à ce que ces substances ne présentent pas de propriétés nuisibles à la couleur, à la souplesse, ni à la conservation des cuirs.
- Le premier rang parmi les matières tannantes appartient au tan de chêne, dont il se fait un immense commerce pour la préparation des cuirs. On l’obtient en détachant l’écorce des taillis de chêne au commencement de la végétation, lorsqu’ils entrent en sève et se dépouillent facilement. Les écorces sont ensuite séchées et réduites en poudre dans des moulins spéciaux. Depuis quelques années on a imaginé un procédé qui permet de détacher l’écorce en tout temps au moyen de la vapeur. Ce système offre des avantages ; mais il a aussi certains inconvénients et ne paraît pas avoir influé jusqu’ici sur la production et la valeur des écorces de chêne. Le tan s’emploie surtout en Europe; il s’en fabrique de grandes quantités en France et en Allemagne. 11 y a un chêne d’Orient appelé Quercus Ægilops dont les cupules, connues sous le nom de vallonées forment un article de commerce très important en Grèce, et surtout en Asie Mineure. Le port de Smyrne en expédie annuellement plus de 60,000 tonnes pour l’Angleterre et les Etats-Unis.
- L’écorce de bouleau est employée pour la préparation des peaux, surtout dans les pays du Nord. C’est elle qui sert à faire les fameux cuirs de Russie.
- Le sumac des corroyeurs (Rhm conaria, L.) est fort employé pour la préparation des peaux, et c’est, de toutes les substances
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- Gr. V. tannantes, celle qui rentre le mieux dans la classe â6, puisque la ci 46 P^an*:e ^ ta produit est dans plusieurs pays Tobjet d’une véritable culture. Les principaux pays producteurs sont l’Italie, la France et le Tyrol. L’Amérique du Nord possède un grand nombre d’espèces de sumac, dont plusieurs, et notamment le Rhus glabra, L. et le Rhus typhina, L., ont une grande valeur comme matières tannantes.
- Parmi les plantes des pays cbauds dont l’industrie des cuirs a su tirer bon parti, il faut citer : d’abord le Cœsalpinia coriaria, Willd, de l’Amérique centrale et méridionale dont les gousses contournées et très astringentes sont importées en grande quantité sous le nom de dividwi; l’Aspidosperma qucbracho ou Quebrachia Lorentzii, Griseb., de la Plata, dont l’écorce, les feuilles et le bois jouissent de propriétés tannantes remarquables ; enfin différents acacias dont les écorces sont confondues en Australie sous le nom de wattle. L’exportation s’en fait en grande partie sous forme d’extraits.
- Cette industrie des extraits tannants n’existe pas seulement en Australie, on en fait également en France, principalement avec Técorce du châtaignier; en Espagne, avec celle du chêne vert; au Canada et aux Etats-Unis, avec Técorce de YAbies canndmsis, Michx. ; à la Jamaïque avec les feuilles et les rameaux du Pimenta ofjicinalis, Lind., si largement cultivé comme épice dans cette colonie. La fabrication de ces extraits rentre évidemment dans le domaine des industries chimiques; on se contentera d’indiquer ici l’importance du commerce auquel ils donnent lieu.
- Les quantités exportées par la France étaient à peu près nulles en 1867; elles se sont élevées en 1876 à 1 97,^23 kilogrammes. L’importation est de moitié moins considérable; elle s’élève à 95,335 kilogrammes, et vient, par parties à peu près égales, de l’Italie et de l’Angleterre.
- On estime que la valeur des extraits tannants préparés dans TAméric|ue du Nord s’élève à 2,500,000 francs. Une grande partie est expédiée en Angleterre, où l’importation de ce genre de produit suit une progression rapide; elle représentait, en 1866, une valeur de 360,000 francs; elle est aujourd’hui de 2,900,000 fr.
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- FRANCE.
- Gr. V.
- La principale industrie de la France au point de vue des matières tannantes, c’est l’exploitation et la préparation des écorces de chêne. L’exportation en a considérablement augmenté depuis dix ans. En 1867, elle était de 1 g millions de kilogrammes, valant 2,700,000 francs; en 1876, elle s’est élevée à 57 millions de kilogrammes, valant 1 A,800,000 francs. La Belgique, l’Allemagne et la Suisse prennent à peu près tout ce que nous exportons.
- Le sumac, produit dans le midi de la France, donne lieu à une petite exportation, qui, de 6Ao,ooo kilogrammes en 1867, s’est élevée à 818,000 kilogrammes en 1876; cette exportation est dirigée sur l’Angleterre et sur l’Allemagne. En revanche, la France importe passablement de matières tannantes étrangères; elle a reçu, en 1876, 3,136,000 kilogrammesde sumac en feuilles et en brindilles et 3,386,000 kilogrammes de sumac moulu. La presque totalité de ces sumacs vient d’Italie. 11 faut y ajouter une moyenne de 1 2 à 13 millions de kilogrammes d’écorces diverses, représentant une valeur de 2 millions de francs et venant surtout de l’Algérie, de l’Italie et de l’Espagne, et enfin une importation annuelle de i,5oo tonnes de dividivi, expédiées par les républiques de la Nouvelle-Grenade et de Vénézuéla et dont la valeur peut être estimée à 5oo,ooo francs. Les importations de quebracho de la République Argentine doivent être comprises dans les écorces diverses pour la tannerie. L’Exposition française ne comptait qu’un seul exposant de sumac. Ses produits, bien soignés et bien réguliers, pouvaient soutenir la comparaison avec ceux de la Sicile.
- ITALIE.
- La culture du sumac des corroyeurs, qui est une des grandes industries de la Sicile, était bien représentée à l’Exposition. De nombreux échantillons de sumac en feuilles et moulu attestaient à la fois le développement vigoureux que cette plante prend en Sicile et le soin avec lequel est préparé le produit commercial qu’on en
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- retire. On calcule que, dans la province dePalerme, 20,000 hectares sont consacrés à cette culture ; les sumacs de cette porlion de la Sicile sont, au reste, les plus estimés. Rustique et peu exigeant, le sumac se plaît dans les terre» maigres, sèches, calcaires et peu profondes où la vigne elle-même ne peut être plantée avec prolit. La culture de cet arbuste a fait d’assez grands progrès depuis quelques années, et elle est en voie de s’étendre à l’île de Sardaigne et à certaines parties de l’Italie méridionale. La culture est assez facile, mais demande passablement de main-d’œuvre. Les plantations se font au moyen de rejetons enracinés qu’on détache des vieux pieds; on en plante un peu plus de 2,000 à l’hectare. L’année qui suit la plantation, on recèpe au printemps les jeunes plantes qui vont commencer dès cette année à fournir une récolte. On passe pendant Tété à plusieurs reprises dans les plantations pour cueillir les feuilles complètement développées, en ayant toujours soin de ménager celles de l’extrémité des pousses. Au mois d’octobre, on brise ces extrémités avec toutes les feuilles qui y sont attachées, mais sans les séparer du pied, de telle façon que les bouts des tiges avec leurs feuilles sèchent sur la plante elle-même. Au bout de quelques jours, on vient récolter ces rameaux secs, et on les porte au moulin avec les feuilles récoltées précédemment. A la fin de l’hiver, on recèpe de nouveau, et l’on donne deux binages dans le cours de la saison. Une plantation de sumac dure une quinzaine d’années. Le rendement en sumac sec et moulu peut varier de 1,000 à 1,700 kilogrammes à l’hectare. La richesse en tanin des bons sumacs de Sicile n’est pas inférieure à 20 p. 0/0 de leur poids. Le prix en est d’environ ào francs les 100 kilogrammes. On estime que la seule province de Païenne peut en produire annuellement plus de 35o,ooo quintaux. L’exportation s’en est élevée, en 1877,0282,57/1 quintaux pour l’Italie tout entière. On voit que la production dépasse de beaucoup les besoins du pays, car, en regard de cette exportation considérable, on ne trouve qu’une petite importation de 200 quintaux.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- La récolte et la préparation du sumac constituent! une in-
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- dustrie d’une certaine importance dans ie Tyrol méridional, Gr. V.
- l’Istrie et la Dalmatie. Sa production annuelle est estimée à 30,000
- , . , 1 . , _ , Cl. 46.
- ou uo,ooo quintaux métriques, dont 20,000 environ s exportent
- par l’Allemagne. Les échantillons présentés à l’Exposition de 1878, étaient propres et bien préparés, mais n’accusaient pas une richesse en tanin égale à celle des sumacs de Sicile.
- La Hongrie ne produit, en fait de matière tannante, que de l’écorce de chêne, qui rentre plutôt dans les produits forestiers.
- Sur une production annuelle d’environ 25o,oooù3oo,ooo quintaux métriques, les deux tiers à peu près passent à l’étranger. Le chêne pousse très vigoureusement dans certaines forêts de Hongrie, et les écorces exposées étaient d’une beauté remarquable.
- G1UND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG.
- On prépare dans le grand-duché de Luxembourg beaucoup d’écorces de chêne pour la tannerie; les taillis qui les fournissent sont tenus à Tétât de haies.
- La production annuelle s’élève à 5,5oo,ooo kilogrammes de tan broyé. Cette production suffit à la consommation très considérable des tanneries du pays, et permet même une certaine exportation.
- GRÈCE.
- L’exposition de la Grèce renfermait de fort beaux spécimens de vallonée, l’un des produits végétaux les plus riches en tanin que Ton connaisse. On désigne sous ce nom les cupules des glands du chêne velani (Quercus Ægilops, L.)
- Cette cupule est garnie extérieurement de longues écailles réfléchies qui la rendent aisément reconnaissable entre toutes. On en fait usage surtout dans la préparation des cuirs fins. L’exportation en est considérable et dirigée principalement vers l’Angleterre et l’Amérique; elle a été, en 1876, de 8,000 tonnes. La Grèce en produit une grande quantité, et principalement les forêts de la côte occidentale. Les plus estimées sont celles qu’on récolte sur les arbres avant la complète maturité des glands; celles qui tombent naturellement et sont recueillies à terre constituent un produit de
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- seconde qualité. Les petites cupules, celles qui ont été récoltées avant le développement du gland quelles contiennent, forment un article spécial appelé camata ou camatina, spécialement employé en teinture. Il y a, pour les vallonées, des provenances spécialement réputées, telles que Aidin, Borlo, Demergick. La production n’est pas également abondante tous les ans; on remarque que généralement à une bonne récolte succède une année de disette.
- ÉTATS-UNIS.
- Les Etats-Unis d’Amérique font une consommation très considérable de matières tannantes. On y fait usage d’abord de l’écorce de différents arbres indigènes et principalement de la sapinette du Canada ou hemlock sprace ( Abies canadensis, Michx.), très abondant dans les Etats du Nord, et de celles de différents chênes dans les Etats du Sud à partir de la Pensylvanie.
- La sapinette du Canada a été exploitée avec si peu de ménagements, quelle est en voie de destruction. Aussi estime-t-on que c’est surtout sur le chêne cultivé en taillis ou sur des essences étrangères aménagées en vue de leur écorce qu’il faut compter pour l’approvisionnement futur du pays en matières tannantes communes.
- On emploie aussi quelquefois l’écorce du mélèze d’Amérique (Lariæ microcarpa, Forb.); mais la meilleure ne vaut pas mieux que la seconde qualité d’écorce de chêne. Pour les cuirs fins, on se sert principalement de sumac, et ce genre d’industrie en absorbe, tous les ans, environ i5,ooo tonnes, dont la plus grande partie est importée de Sicile. Comme plusieurs espèces de sumac tout à fait analogues à celle qui se cultive en Sicile croissent spontanément dans diverses parties de l’Union, on s’est depuis quelque temps préoccupé de les substituer dans l’industrie aux sumacs étrangers. C’est principalement dans la Virginie et dans le Missouri qu’on trouve le Rhus glabra, L., le Rhus tiphyna, L., et le Rhusco-pallina, L., en quantités assez importantes pour suffire, si l’exploitation en était bien faite, à tous les besoins de l’industrie. Plusieurs essais comparatifs avaient fait reconnaître que les sumacs indigènes présentaient une richesse en tanin presque égale à ceux de la
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- Sicile, mais qu’ils avaient l’inconvénient de donner aux peaux une teinte jaunâtre. Des recherches faites récemment par M. le docteur Mac-Murtrie, chimiste en chef du département de l’agriculture à Washington, ont démontré qu’on peut obtenir avec les sumacs américains des résultats aussi satisfaisants au point de vue de la blancheur des peaux qu’avec les meilleurs de ceux qu’on importe. Il suffit pour cela de récolter les feuilles de bonne heure dans la saison, c’est-à-dire vers la fin du mois de juin. Si l’on attend quelques semaines de plus, la richesse en tanin augmente; mais le principe colorant jaune se développe. Il y a donc intérêt à recueillir de bonne heure le sumac avec lequel on veut obtenir des peaux très blanches, et plus tard celui dont la force doit être la principale qualité. Dès aujourd’hui on emploie, en Amérique, de 6,000 à 7,000 tonnes de sumac indigène. Jusqu’à présent 011 n’en fait pas l’objet d’une véritable culture; mais on se contente de récolter celui qui pousse spontanément. Dans le Sud, ce sont les noirs qui font cette récolte.
- On ramasse les feuilles depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin de septembre, on les sèche à l’ombre, puis on les réduit en poudre au moyen de meules comme en Sicile.
- L’Etat de Missouri récolte aussi passablement de sumac, et en envoie même jusqu’à New-York.
- L’exposition des Etats-Unis présentait de bons spécimens d’écorces tannantes entières ou broyées, des poudres de sumac plus jaunes que celles de Sicile, mais également riches en tanin, et, de plus, des échantillons de quelques plantes non encore adoptées par l’industrie, mais que leur richesse en tanin fera peut-être utiliser plus tard; notamment YEphedra antisyphilitica, G. A.M., et le Poly-gonum amphibium, L.
- AUSTRALIE.
- Le nom de wattle est donné en Australie à différentes espèces du genre acacia, et particulièrement à Yacacia pycnantha, Benth., A. decurrens, Willd., A. dealbata, Link. L’écorce du premier est regardée comme ayant plus de valeur que celle des deux autres; c’est la seule qu’on exploite dans la plus grande partie de l’Aus-
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- tralie du Sud. Les deux autres sont exploitées concurremment avec P Acacia pycnantha dans la colonie de Victoria. La consommation annuelle, dans cette seule colonie, s’élève au chiffre de 12,000 tonnes.
- Voici quelle a été, pendant les dernières années, le mouvement des exportations :
- 1874 1875 1876
- Tonnes. Tonnes. Tonnes.
- Victoria . . . . 2,965 5,800 11,899
- Australie du Sud . . . . 1,822 i,58o 4,7 58
- Tasmanie . . . . 1 ,070 l,o6l 1,735
- Ces exportations n’ont pu avoir lieu sans un grand préjudice porté aux ressources du pays. Certains districts sont déjà dépeuplés entièrement, et les précieux arbres seraient menacés d’une destruction totale, si le gouvernement de Victoria n’avait pris des mesures pour réglementer l’exportation en fixant les dimensions au-dessous desquelles les arbres ne pourront pas être écorcés à l’avenir. Grâce à cette précaution, les jeunes arbres pourront se développer et atteindre l’âge où ils donneront un produit plus abondant et où ils commenceront à porter des graines qui perpétueront l’espèce.
- Il est probable aussi que ces arbres vont devenir l’objet d’une culture raisonnée et faite sur une grande échelle. Des essais ont été faits déjà et donnent des résultats des plus satisfaisants. C’est 1 ’Acacia decurrens, ou wattle noir, qui est cultivé de préférence. En huit ans, il atteint une hauteur de 10 à i5 mètres et peut donner de 20 à 20 kilogrammes d’écorce sèche. Comme le prix en est de 125 a îâo francs par tonne, c’est un rendement de 2 fr. 5o cent, au moins par pied d’arbre en huit ans.
- La culture est des plus faciles. Après un labour ou un simple hersage dans les terres légères, la graine est semée en lignes espacées de 3 mètres environ. Le semis est éclairci de façon à laisser de 1,000 à 1,200 arbres à l’hectare, et la seule précaution à prendre ensuite consiste dans quelques élagages destinés à rendre le tronc plus droit en le débarrassant des branches inférieures, ce qui a le grand avantage de faciliter l’opération de l’écorçage.
- Au lieu d’attendre la huitième année pour abattre et écorcer
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- tous les arbres à la fois, on peut, dès la sixième, exploiter un tiers Gr. v. des arbres; l’autre tiers, la septième, et le reste, la huitième. ci~46
- On commence plus tôt de la sorte à obtenir un revenu de la plantation, et les arbres exploités en dernier lieu profitent largement de la place que leur laisse l’enlèvement des premiers.
- Au point de vue de la richesse en tanin, 1 ’ Acacia pycnantha est supérieur à Y Acacia decurrens; mais la vigueur et le rapide développement de ce dernier font plus que compenser la différence qu’il peut présenter sous le rapport de la richesse avec Y Acacia pycnantha.
- L’exposition du jardin botanique de Brisbane contenait quelques beaux échantillons fl’écorce d’acacia.
- RÉPUBLIQUE ARGENTINE.
- Les bords de la Plata produisent naturellement plusieurs matières tannantes d’une grande valeur ; la principale est le quebra-cho, produit de YAspidosperma quebracho. Ce nom s’applique à l’écorce, au bois et aux feuilles de l’arbre dont toutes les parties sont propres au tannage des cuirs.
- L’écorce a à peu près la valeur de celle du chêne; les feuilles contiennent 27 p. 0/0 de tanin, et le bois lui-même est plus riche encore que l’écorce; il donne des cuirs très blancs, et cette propriété le fait grandement rechercher en France. Il arrive au Havre en quantités considérables, et on l’emploie sous forme de copeaux ou de sciure.
- L’Exposition de la République Argentine contenait encore des échantillons de cébil ( Acacia cebil, Lorentz), dont on emploie beaucoup l’écorce pour la préparation des peaux, et d’espinillo (Acacia cavenia, Bert. Hook.), arbuste dont les gousses contiennent jusqu’à 33 p. 0/0 de tanin pur.
- VENEZUELA.
- L’exposition de cet Etat renfermait de nombreux spécimens de matières tannantes. La plus importante au point de vue commercial était le Cœsalpinin. coriaria, Willd., qui produit les gousses appelées , dans le commerce, dividivi. Les gousses sèches valent dans le pays de 18 à 20 francs les 100 kilogrammes; elles donnent lieu
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- à une exportation considérable. On y voyait encore l’écorce du Mangifera indica, L., dont le fruit est comestible et regardé comme un des meilleurs de ceux qui mûrissent sous les tropiques; l’écorce du Rhkophora manglé, L., manglier ou palétuvier, si commun au bord de la mer, sur toutes les côtes basses des pays chauds; cette écorce préparée vaut, dans le pays, environ îoo fr. la tonne.
- GUATEMALA.
- Le Guatémala exposait de bons échantillons de dividivi et des écorces particulièrement riches en tanin provenant d’un chêne du pays, le Quercusferruginosa.
- ALGÉRIE.
- Avec ses terrains accidentés et propres surtout aux cultures forestières , l’Algérie pourra fournir d’importantes ressources en matières tannantes. Déjà, comme il a été dit, il y a été fait des plantations assez étendues d’acacias de la Nouvelle-Hollande. Les travaux et les expériences de M. Cordier à ce sujet, ainsi que son exposition d’écorces d’acacias, méritent d’être signalés. On sait maintenant que 1 ’Acacia mollissima, Willd., dont la croissance est très rapide et l’écorce excellente pour la tannerie, exige de très bonnes terres; tandis que Y Acacia leiophylla, Benth., également précieux au point de vue industriel, se développe promptement, même dans les mauvais terrains. Le semis de ces acacias se fait en terrines, en septembre ou octobre; on peut les mettre en place au printemps suivant, espacés de 2 en 2 mètres sur des lignes espacées de 3 mètres entre elles. D’après sa richesse en tanin, l’écorce de ces arbres devra valoir au moins de 2 5 ou 3o francs les 100 kilogrammes.
- Le lentisque (Pistacia lentiscus, L.), très commun en Algérie, donne un extrait tannique qui peut servir à la teinture, au tannage et à la conservation des toiles ou fils.
- INDE ET COLONIES ANGLAISES.
- Les possessions anglaises de l’Inde produisent un grand nombre
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- de substances végétales employées dans le tannage des peaux. Au nombre des plus importantes et parmi celles qui figuraient à l’Exposition étaient : le Buchanania latifolia, Roxb., dont l’écorce, très astringente, est employée par les tanneurs pour la préparation des peaux, et par les teinturiers, pour faire les couleurs; Y Acacia arabica, Willd., matière tannante très recherchée dans l’industrie; les pêcheurs indiens se servent de l’écorce pour préparer leurs filets et les rendre plus durables; Y Acacia catechu, Willd., dont le bois sert à préparer un extrait tannant d’une grande force; on le prépare dans l’Inde d’une façon très primitive en faisant bouillir le bois dans de grandes chaudières pleines d’eau, qu’on évapore ensuite à feu nu; on obtient ainsi une espèce de pâte ou de résine noirâtre, qui se vend dans tout le pays et s’exporte même en Europe; enfin Y Acacia auriculata, L., une des meilleures écorces tannantes de l’Inde.
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- MATIÈRES TINCTORIALES.
- La classification générale ayant placé les plantes tinctoriales dans la classe A6 et les couleurs qu’on en extrait dans la classe £7, on n’aura pas à s’occuper ici de l’indigo qui constitue aujourd’hui la plus importante de toutes les teintures végétales. Les quatre produits qui ont figuré à l’Exposition de 1878 comme plantes tinctoriales d’une véritable valeur économique sont : la garance, le safran,le carthame et le rocou. Un très grand nombre d’autres plantes ont trouvé place dans les expositions des divers pays, mais surtout à titre d’échantillons et de curiosités : il en sera fait également mention.
- Garance. — Après avoir occupé un des premiers rangs comme plante industrielle, la garance est actuellement en voie de disparaître des cultures. La découverte de l’alizarine artificielle, produit tinctorial un peu moins fixe, mais beaucoup moins coûteux que l’alizarine naturelle, a fait baisser dans une proportion con-
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- sidérable le prix de vente des garances, et en a rendu la culture onéreuse là où elle donnait autrefois de fort beaux bénéfices. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Asie Mineure, cultivaient autrefois la garance avec un grand succès. En 1878, la Grèce, l’Espagne et la République de l’Uruguay en ont seules présenté quelques racines à l’Exposition. Leurs produits trouvent sans doute à se placer sur des marchés où les couleurs de houille n’ont pas encore pénétré; mais, en Europe, l’industrie de la garance doit être considérée comme une industrie perdue.
- La France n’avait pas exposé de garance dans la classe 46; la culture s’en est considérablement réduite depuis trois ou quatre ans. Néanmoins l’exportation des racines de garance s’élève encore à un certain chiffre, parce qu’une industrie importante ne peut pas mourir tout d’un coup. Mais déjà l’exportation n’est plus en 1876 que de 4,928,682 kilogrammes valant 2,101,421 francs; tandis qu’en 1867 elle s’élevait à 14,128,020 kilogrammes, valant 13,794,164 francs. Nos garances s’expédient surtout en Angleterre, aux Etats-Unis et en Suisse.
- Grèce. — Le climat de la Grèce est très propice à la culture de la garance. Arrachée au bout de trois, et quelquefois de quatre ans, elle y donne jusqu’à 2,500 kilogrammes de racines sèches à l’hectare. Mais en Grèce comme ailleurs, la production diminue rapidement devant la concurrence des couleurs de houille.
- Urüguay. — Dans l’exposition de ce pays figuraient des racines de garance très bien développées et paraissant très riches en matières colorantes. Néanmoins, malgré la richesse du sol et les avantages du climat, il est peu probable qu’en présence du bas prix de vente, cette industrie puisse jamais devenir bien prospère sur les bords de la Plata.
- Tunis, le Maroc, la Perse ont exposé aussi quelques spécimens de racines de garance. C’est un produit de consommation locale; ce n’est plus, comme autrefois, un important article de commerce.
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- Safran.
- Le safran a été employé comme teinture, comme remède et comme condiment depuis les temps les plus reculés. La culture en est répandue aujourd’hui sur toutes les parties tempérées de l’ancien monde. Il est à remarquer que, si le safran conserve son importance comme condiment, il perd de plus en plus du terrain comme plante tinctoriale. La seule partie de la plante qui soit utilisée est le pistil de la fleur, qui est long, élargi supérieurement et d’une très belle couleur jaune orangé. Ce pistil, assez volumineux quand il est frais, se réduit, en séchant 5 un simple fil rougeâtre. Aussi ne faut-il pas moins de i5o,ooo fleurs pour produire un kilogramme de safran sec. On peut juger par là de la quantité de main-d’œuvre qu’il faut pour la préparation de ce produit. On plante à peu près 500,000 bulbes de safran à l’hectare. Les terrains qui conviennent le mieux à cette culture sont les bonnes terres franches, un peu légères et où l’élément calcaire est abondant. Les fleurs paraissent pendant le mois de septembre; la récolte est abondante la seconde et la troisième année qui suivent la plantation; après quoi la terre est épuisée, et il faut planter de nouveau. Les fleurs sont cueillies et les pistils en sont détachés à la main; on les fait sécher en les exposant sur un tamis de crin à la chaleur d’un brasier de charbon. Dès qu’ils sont bien secs, ils constituent le safran du commerce et sont bons à vendre. Les pays où la culture du safran a le plus d’importance sont l’Espagne, la France, la Grèce, l’Asie Mineure et l’Egypte, le Thibet en produit de grandes quantités qui sont exportées dans l’empire chinois. Ceux où l’on en fait la plus grande consommation sont : l’Espagne et ses colonies, la Turquie, l’Allemagne et les Indes anglaises.
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- France. — La culture du safran se fait encore en France dans les départements de Vaucluse et de la Charente; mais le principal centre de production est l’arrondissement de Pithiviers, dans le département du Loiret. Cependant là aussi le safran perd du terrain par suite de l’invasion d’une maladie qui attaque les oignons et en diminue le rendement dans une forte proportion. L’impor-
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- tation et l’exportation du safran représentent actuellement des chiffres presque égaux et ne dépassent pas 2 ou 8 millions de francs à l’entrée et à la sortie. C’est surtout d’Espagne que nous tirons des safrans, et en Allemagne que nous en envoyons. L’Inde anglaise nous en prenait autrefois des quantités considérables; mais sans doute elle a trouvé maintenant à s’en approvisionner ailleurs.
- Le safran ordinairement cultivé est celui que les botanistes désignent sous le nom de Crocus sativus, L. — M. P. Chappellier s’est occupé d’en rechercher l’origine pour tâcher d’obtenir, par le semis, des variétés plus rustiques et plus productives que l’ordinaire. Il a présenté, à l’Exposition, des bulbes en assez grand nombre provenant de semis dû Crocus grœcus, ou du croisement de celui-ci avec le Crocus sativus. Il pense, et plusieurs botanistes sont de son avis, que le Crocus grœcus pourrait bien être l’origine du safran cultivé. L’expérience seule pourra faire juger si les variétés obtenues par M. Chappellier présentent des avantages au point de vue de la culture en grand.
- Le safran de Chine a aussi été introduit par les soins de M. Chappellier, et, de l’avis des cultivateurs qui l’ont essayé, il est supérieur à l’espèce commune.
- Espagne. — L’exposition espagnole comprenait un très grand nombre d’échantillons de safran. Cette plante y est, en effet, très cultivée, principalement dans les provinces de Cuença et de Ciu-dad-Real (Castille) et dans celle d’Albacète (Murcie). La production y est à peu près double de celle de la France. Les safrans espagnols sont très estimés, quoique moins fins et moins riches en principes colorants que ceux du Gâtinais. Il y en avait cependant au Champ de Mars quelques échantillons provenant de la province d’Albacète qui ne laissaient rien à désirer au point de vue de la qualité et de la bonne préparation.
- Les autres producteurs de safran n’en ont pas présenté à l’Exposition.
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- Carthame.
- Le carthame ou safran bâtard (Carthamus tinctorius, L.), se cultive surtout en Orient comme plante tinctoriale. C’est une composée qui ressemble un peu à un chardon et dont les fleurons, réunis en capitules épineux, donnent deux sortes de couleur, Tune jaune et très soluble dans Teau, l’autre rouge et soluble seulement dans les liquides alcalins. Les graines, qui sont blanches et plus petites que celles du tournesol, contiennent une certaine proportion d’huile qu’on en extrait dans certains pays. Les fleurs du carthame séchées sont assez souvent employées pour falsifier le safran. Le carthame est une plante annuelle qui se cultive en France, en Espagne, en Egypte et surtout dans l’Inde et en Chine. La plus grande production de carthame est celle du Bengale, qui en livre annuellement au commerce de 55o,ooo à 600,000 kilogrammes. On sème surtout cette plante dans les terres sujettes aux inondations, après que les eaux se sont retirées. L’hectare donne environ 300 kilogrammes de fleurs fraîches, que Ton enferme dans des sacs au fur et à mesure qu’on les récolte, pour les transporter au cours d’eau le plus voisin où pendant trois jours on les soumet à des lavages répétés dans Teau courante, sans ouvrir les sacs; la matière jaune se dissout et le courant l’entraîne. Plus le lavage a été fait avec soin et plus Teau est claire et pure, plus on obtient du produit une belle couleur rose.
- Les seuls échantillons de carthame présentés à l’Exposition étaient ceux de l’Egypte et ceux qui figuraient dans la collection des plantes économiques de l’Inde anglaise.
- Rocou.
- Le produit connu dans le commerce sous le non de rocou s’extrait, dans les pays tropicaux, des fruits du Bixa orellana, L. La coque qui contient ces fruits a, par l’aspect, une certaine ressemblance avec celle du châtaignier, mais elle est beaucoup plus petite; elle contient un certain nombre de graines arrondies et couvertes d’une pulpe molle, visqueuse, pour ainsi dire résineuse et d’une belle couleur rouge. Pour séparer la pulpe d’avec les
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- graines, on commence par verser sur celles-ci de l’eau chaude; on les laisse baigner quelque temps, puis on les triture avec un pilon de bois, on verse ensuite le tout sur un tamis qui retient les graines et laisse passer la pulpe demi-liquide, on la laisse reposer, puis l’eau est décantée doucement et la pulpe est placée dans des récipients peu profonds où on la laisse s’épaissir lentement à l’ombre; on en fait ensuite des bâtons ou rouleaux qu’on laisse sécher complètement à l’air et qui deviennent durs et fermes. Il y a une autre manière cl’opérer qui donne un plus beau produit: elle consiste à triturer la pulpe et les graines dans un mortier en bois; l’eau chaude n’est versée qu’ensuite, puis on laisse le mélange se refroidir dans le mortier et y séjourner plusieurs jours, après quoi l’on passe au tamis, puis on laisse le liquide fermenter pendant huit jours; l’eau est alors décantée et la pulpe est laissée à l’ombre; quand elle a acquis la consistance de pâte ferme on en fait des gâteaux de i\5oo à 2 kilogrammes environ qu’on enveloppe de feuilles de bananier; le rocou ainsi préparé donne une belle couleur jaune vif un peu orangé, on en fait un certain usage dans l’industrie comme teinture, et on l’emploie en Europe pour colorer les beurres et les fromages. Le rocou en gâteau vaut jusqu’à lx francs le kilogramme; le prix du rocou en bâton ne dépasse pas 2 francs.
- La Guyane, les Antilles, le Brésil et le Pérou sont les principaux pays producteurs de rocou. La culture en a été introduite dans plusieurs des colonies françaises, notamment à l’île de la Réunion et dans nos établissements de l’Inde.
- Les plus importantes expositions de rocou étaient celles de la Guyane française et de la Guadeloupe. A la Guyane, il y a environ i,500 hectares consacrés à la culture du rocou; le produit en est estimé à âoo,ooo ou 5oo,ooo kilogrammes. A la Guadeloupe, l’étendue cultivée n’est pas de plus de 600 hectares, mais le rendement total est à peu près aussi élevé qu’à la Guyane. Comme qualité, les rocous de la Guadeloupe l’emportent sur tous les autres échantillons exposés.
- La collection des produits économiques de l’Inde qui a été déjà
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- citée contenait plusieurs spécimens intéressants de substances Gr. V. tinctoriales autres que les précédentes; il faut citer entre autres C1~0 le Curcumn produit par le Curcuma longa, L., plante indigène dans l’Inde et probablement aussi en Cochinchine et en Chine. La portion de la plante qui est utilisée est la tige souterraine ou rhizome. On en rencontre de deux formes assez différentes: les uns sont assez épais, arrondis ou ovoïdes (ce sont ceux qui forment la souche de la plante); les autres, qui sont des pousses souterraines, sont minces, allongés, tantôt simples, tantôt ramifiés, l’extérieur en est rugueux et marqué de cicatrices plus ou moins visibles, en forme d’anneaux. Le Curcuma du Bengale vaut de 5 o à 55 francs les îoo kilogrammes; il en est importé annuellement en Angleterre environ 2,000 tonnes dont la moitié est réexportée.
- Le Lawsonia alba, Lam., très cultivé dans l’Inde, en Egypte et dans tout l’Orient, fournit la teinture appelée henné qui sert aux indigènes et principalement aux femmes à se teindre les ongles en jaune et les cheveux en noir. L’usage de cette teinture remonte à des temps très reculés, car elle était déjà connue des anciens Egyptiens; ce sont les feuilles séchées et pulvérisées qui constituent la partie utile de la plante.
- On y remarquait encore YHedyotis umbellata, L., plante de la famille des Rubiacées et par conséquent assez voisine de la garance; la racine en est très employée pour la teinture des soieries et particulièrement pour les foulards de l’Inde; on en obtient différentes nuances, selon les substances auxquelles on l’associe.
- Chine et Japon. — La Chine et le Japon sont célèbres par la variété et la solidité des teintures qu’on sait appliquer depuis fort longtemps dans ces pays aux diverses étoffes qui s’y fabriquent.
- On doit reconnaître cependant qu’aujourd’hui ces pays vivent un peu sur leur ancienne réputation, car ils ont certainement fait moins de progrès depuis quelques années dans l’art de la teinture que n’en ont fait les pays d’Europe. Les matières colorantes doiit ils font usage ne sont pas extrêmement variées ; elles sont combinées en proportion très diverses, et il n’est pas rare d’en voir entrer Jusqu’à cinq ou six dans un mélange colorant. O11 n*a à s’occuper
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- Gr. v. ici que de celles qui sont particulières à la Chine ou au Japon, qui ci~e ont une origine végétale et qui ont figuré à l’exposition du Champ de Mars.
- On doit mentionner particulièrement, pour la Chine:
- Le fameux vert de Chine ( lokao) qui s’extrait du Rhamnus utilis et du Rk. chlorophorus, Dcsne. Bien que ces deux arbustes soient introduits en Europe, on n’a pas réussi jusqu’ici à en obtenir un produit semblable au véritable vert de Chine, dont la préparation n’est pas bien connue jusqu’ici ;
- Le Lithospermum erythrorhizum, S. et Z., dont la racine est employée pour teindre en rouge, et, associée à d’autres substances, en violet;
- Les boutons du Sophora Japonica, L. qui servent à teindre en jaune ;
- Enfin les cupules du Quercus castaneæjolia, C. A. Mey., employées conjointement avec les sels de fer pour la teinture en noir.
- Dans l’exposition du Japon figurait également un assez grand nombre de substances végétales servant à la teinture. Les principales étaient :
- Le Rubia cordifolia, L., plante très analogue à la garance et dont la racine donne une belle couleur rouge (les Japonais l’appellent
- Le Myrica nageia, Thunb., dont l’écorce a des propriétés astringentes remarquables en même temps quelle donne une couleur rouge brun. (Les Japonais appellent la plante yamamomo, et son écorce shibuki.) Cette teinture paraît pouvoir se passer de mordant. On emploie aussi cette écorce pour préparer les filets de pêche et les préserver de la pourriture ;
- L’écorce de ŸEvbnia glauca et les fruits du Gardénia jlorida, L. servent à teindre en jaune;
- L’écorce du Quercus dentata, Thunb» (Jtashiwa), riche en tannin, est aussi employée pour teindre en noir.
- On se sert aussi beaucoup comme teinture du Curcuma, en Chine et au Japon, et l’on y cultive sur une grande échelle, principalement en Chine, le PçlygOnum tinctorium, Lour., qui produit un indigo semblable à celui de l’Inde»
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- PLANTES OFFICINALES, MATIÈRES PREMIERES DE LA PHARMACIE,
- HERBORISTERIE.
- Les progrès de la chimie dans les temps modernes ont fait connaître et apprécier les propriétés médicales d’nn grand nombre de substances ou de combinaisons de substances inorganiques. Aussi, la médecine a-t-elle emprunté au règne minéral un grand nombre de ses moyens d’action, tandis que beaucoup de plantes, considérées autrefois comme de précieux remèdes, sont tombées dans l’oubli ou le discrédit au point de vue thérapeutique. Il est par contre certaines drogues végétales dont la vogue n’a fait que s’accroître avec le temps et qui sont plus recherchées aujourd’hui quelles ne l’ont jamais été. De ce nombre sont plusieurs alcaloïdes végétaux et notamment ceux que l’on extrait de l’écorce des différentes espèces de quinquinas. Ces écorces elles-mêmes et les différentes préparations qu’on en retire donnent lieu à un commerce d’une très grande importance et constituent assurément l’article le plus intéressant de tous ceux qui ont été présentés à l’Exposition de 1878 dans la division de la classe A 6 réservée aux matières premières de l’industrie pharmaceutique. A côté des quinquinas, on a vu figurer à l’Exposition un grand nombre de drogues végétales, quelquefois exposées isolément, le plus souvent réunies en collections nombreuses. Enfin l’on devra faire mention également dans ce rapport de l’opium exposé par plusieurs contrées, dont lâ production alimente à la fols les fabriques de médicaments du monde entier, et l’usage beaucoup moins salutaire qu’en font les peuples de l’extrême Orient.
- Quinquinas.
- La consommation des écorces de quinquina fait depuis vingt ou vingt-cinq ans des progrès très rapides. La cause doit en être attribuée aux progrès delà médecine, à l’accroissement de l’étendue des
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- pays occupés ou parcourus par les Européens et au perfectionnement apporté à ia fabrication des produits fébrifuges. Jusqu’à ces dernières années, les hautes vallées boisées du Pérou, de la Nouvelle-Grenade et de la Bolivie ont conservé le monopole des écorces de quinquina. L’exploitation s’en faisait par des bandes nombreuses, armées, qui devaient souvent voyager plusieurs mois avant d’arriver au terme de leur course. Les arbres vieux ou jeunes étaient abattus, écorcés, et les produits de l’exploitation transportés jusqu’à la côte, le plus souvent à dos d’homme. Malgré la richesse des forêts de l’Amérique du Sud, une telle manière de faire ne pouvait manquer de les épuiser. Aussi les expéditions des récolteurs d’écorces sont-elles devenues moins productives vers le milieu de ce siècle, et l’attention des hommes prévoyants s’est-ellc portée vers l’étude des mesures à prendre pour prévenir le danger d’une disette de quinquina. Le succès des plantations de café dans les Indes orientales donna au Gouvernement néerlandais et au Gouvernement anglais l’idée d’essayer, dans leurs possessions des îles de la Sonde et de l’Indoustan la culture des meilleures espèces de quinquinas. Après une période assez longue de tâtonnements, la culture et l’exploitation des quinquinas dans les colonies anglaises et néerlandaises sont entrées aujourd’hui dans une période de fonctionnement régulier et prospère. La France a aussi le droit de réclamer sa part dans le développement de celte industrie nouvelle, car c’est un botaniste français, Weddell> qui a fait en 18A8 les premières importations considérables de graines de quinquina en Europe. C’est du Jardin des plantes de Paris que des plants provenus de ces graines ont été envoyés en Algérie et d’autres à Java. Ces plants ont formé le noyau des premières plantations faites dans cette île. Bientôt sont venus s’y ajouter des semis faits sur place au moyen de graines envoyées directement d’Amérique. Comme on pouvait s’y attendre, il y a eu quelques méprises faites au début dans le choix des espèces de quinquinas introduites dans les plantations. Pendant les premières années, le Cinchona Palm-dia.nd, arbre vigoureux et à croissance rapide, a été fort en faveur et planté en grandes quantités; mais l’on n’a pas tardé à reconnaître que l’écorce en était très pauvre en alcaloïdes et fort infé-
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- rieure à celle des Cinclionas ojjicinalis, HooL, Calisnya, Wedd. et Gr. v Succirubra, Pav.
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- M. K. W. van Gorkom, envoyé en 18 5 G par le Gouvernement néerlandais pour prendre la direction des plantations de quinquinas de Java, a eu le mérite de déterminer rigoureusement quelles étaient les races les plus avantageuses à cultiver et de les faire adopter pour les plantations nouvelles à l’exclusion des autres.
- Non seulement il agrandit les plantations du Gouvernement et les peupla des meilleures espèces, mais il provoqua et encouragea de la manière la plus efficace l’établissement et le développement des plantations particulières. Aujourd’hui les plantations du Gouvernement occupent plusieurs milliers d’hectares et sont pour une grande partie en plein rapport. L’expérience paraît avoir démontré que les résultats économiques les plus avantageux sont obtenus par l’exploitation des quinquinas vers l’âge de huit ans ; chaque arbre donne alors de ik,5oo à 2 kilogrammes d’écorce sèche. Les quatre cinquièmes des arbres qui composent la plantation sont abattus à la fois, l’autre cinquième est laissé en place pour garantir le terrain contre la trop grande ardeur du soleil. Sous l’ombrage des arbres qui ont été laissés, une nouvelle plantation est immédiatement faite, et au bout de deux ans, quand les jeunes plants ont commencé à prendre de la force, les réserves sont abattues et exploitées à leur tour.
- Il n’est pas absolument nécessaire d’abattre les quinquinas pour en exploiter l’écorce : on peut l’enlever du tronc de l’arbre vivant, et elle se renouvelle comme celle du chêne-liège. Mais il faut pour cela que l’opération ait été faite avec précaution et habileté et sans que le cambium ait été endommagé; il faut en outre que toute la portion dénudée ait été soustraite au contact de l’air et préservée d’un dessèchement trop rapide; on obtient ce résultat en entourant le tronc de mousse humide. Dans ces conditions, l’écorce se reforme rapidement sur les plaies, et l’on remarque même que cette écorce régénérée est deux ou trois fois plus riche en alcaloïdes que l’écorce vierge. Mais d’autre part, les opérations de l’écorçage et du moussage des troncs sont assez délicates et difficiles à bien réussir, et de plus il arrive souvent que les fourmis se logent dans
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- la mousse dont on a enveloppé les troncs, et, dans ce cas, elles font presque sûrement mourir l’arbre. C’est ce qui fait que l’exploitation des arbres en une seule fois a été en fin de compte adoptée comme le système le plus avantageux et le plus simple. On fait tous les ans des semis considérables destinés à fournir le plant nécessaire pour regarnir les portions exploitées. Ces semis se font au moyen de graines récoltées sur des arbres de choix. Tous les ans, on analyse l’écorce d’un grand nombre des plus beaux arbres adultes qui portent des graines, et ceux dont la richesse en alcaloïde est la plus élevée sont les seuls dont les semences sont employées pour faire le jeune plant. On les prend surtout dans le Cinchona ojjïcinalis et dans la variété Ledgeriana du Cinchona calisaya, forme particulière à petites feuilles pendantes dont l’écorce contient jusqu’à î o p. o/o de quinine. Un million de jeunes plants de cette variété ont été mis en place en 1878.
- Dans l’Inde anglaise, les principales plantations de quinquinas du Gouvernement ont été faites sur les pentes méridionales de l’Himalaya et dans les Nilgherries, massif montagneux fort élevé, situé dans la présidence de Madras et non loin de l’extrémité méridionale de la presqu’île de l’indoustan. Ces dernières plantations occupent une surface d’environ 1,300 hectares et sont en pleine prospérité. Il existe en outre, dans la même localité, deux plantations particulières fort importantes. Il ne semble pas néanmoins que les particuliers soient très disposés dans ce pays à adopter la culture du quinquina, parce qu’on la considère comme moins profitable et surtout comme moins sûre que celle du café.
- La récolte des écorces se fait dans les Nilgherries par un procédé particulier; on l’enlève par bandes verticales de 2 ou 3 pouces de large, que l’on détache avec précaution en laissant entre elles une bande intacte de la même largeur. Le tronc est alors entouré d’une épaisse couverture de mousse, et l’écorce se reforme promptement sur les parties qui ont été dépouillées. Le quinquina récolté par ce procédé, sur les parties déjà écorcées une fois ou deux, est beaucoup plus riche que l’autre en principes actifs; on l’appelle quinquina moussé, et il se vend beaucoup plus cher que les écorces ordinaires. On évalue à ik,ts5 le rendement en écorce
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- d’un arbre de huit ans s’il est abattu et exploité en une seule Gr. V. fois.
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- Colonies françaises. — Il doit assurément se trouver dans les possessions françaises des pays tropicaux quelques localités appropriées à la culture des quinquinas; on n’a vu cependant figurer à l’Exposition que deux échantillons d’écorce récoltée dans nos colonies : l’un venait de la Martinique où la culture du Cinchona cali-smja a été introduite en 1862 sur les terres domaniales de la Calebasse par M. Belanger, directeur du jardin botanique; l’autre avait été exposé par le R. P. Scheuermann, supérieur du pénitencier de l’Ilette-à-Guillaume, dans l’île de la Réunion. Cet échantillon provient de plantations en voie de formation, qui comptent déjà plusieurs milliers d’arbres.
- La France a d’autant plus de motifs de chercher à développer la production du quinquina dans ses colonies qu’elle a besoin d’en importer tous les ans pour sa propre consommation des quantités plus considérables.
- IMPORTATIONS EN FRANCE. 1867. 1876.
- Angleterre 285,57Ôk 483,265'
- Nouvelle-Grenade. 209,699 172,679
- Pérou 65,337 133,174
- Autres pavs o> c- 0 ' 46,929
- Totaux. 836,047
- La valeur totale de ces importations a été, pour 1867, de 0,019,774 francs; pour 187b, de 5,802,322 francs.
- Opium.
- L’opium s’obtient du pavot blanc par l’incision des capsules, lorsqu’elles sont encore vertes. Les principaux centres de production de cette drogue sont les environs de Smyrne en Asie Mineure, l’Inde anglaise et la Chine. L’empire ottoman n’ayant pas pris part à l’Exposition, les opiums de Smyrne n’y ont pas été représentés. L’Inde anglaise n’exposait que de petits échantillons de
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- capsules de pavot et d’opium brut. La culture du pavot occupe cependant de très grands espaces dans ce pays. Le semis se fait habituellement au mois d’octobre, et l’opium se récolte clans les mois de janvier et de février. On passe alors tous les matins dans les champs pour inciser les capsules qui sont à point et pour récolter l’opium qui a coulé clés incisions faites les jours précédents. On a remarqué que l’écoidement est plus considérable et le produit moins aqueux et de meilleure qualité quand la température n’est pas trop élevée au moment de la récolte. C’est ce qui fait préférer l’automne à toute autre saison pour le semis, la floraison se produisant alors pendant l’hiver où le temps est généralement beau et frais. Les cultivateurs ont observé aussi que les insectes n’attaquent pas le pavot à l’époque où il contient la sève laiteuse qui fournil l’opium, tandis que leurs ravages sont à craindre avant et après cette époque. L’opium est livré au commerce tel qu’on le récolte sur les capsules-, il est très diiïicile d’évaluer l’importance totale de la récolte aux Indes : l’exportation qui en est faite en Chine seulement est de 070,000 kilogrammes.
- Chine. — La Chine est le plus grand pays consommateur d’opium du monde; il s’approvisionne en grande partie à l’étranger, mais il produit lui-même l’opium en proportion assez forte pour faire une concurrence redoutable à celui qu’il importe du dehors. Tout le long des grands fleuves par où les marchandises étrangères peuvent pénétrer dans l’intérieur du pays, on remarque que l’opium indien se vend d’autant moins qu’il faut remonter plus haut, c’est-à-dire à mesure qu’il se trouve en concurrence plus directe avec le produit indigène : à Shensi, la production dépasse déjà 3oo,ooo kilogrammes; à Szechuen, elle, a à peu près la même importance; elle est considérable aussi à Houan et se développe dans la Mandchourie; elle a été récemment introduite aux environs d’Amoy. L’importation indienne est, comme on Ta vu, de près de G00,000 kilogrammes; la production indigène fait plus que doubler cette quantité.
- L’exposition chinoise contenait plusieurs échantillons d’opium indigène qui était propre et bien préparé.
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- Jus de réglisse.
- Un article de commerce assez important, c’est le jus épaissi delà réglisse ( Glycyirhizaglnbra, L.), qui s’emploie à divers usages pharmaceutiques. La culture et la préparation des racines qui servent à produire ce jus, ont une assez grande importance en France, en Italie et en Espagne. La culture se fait au moyen de tronçons de racine de 5 à 20 centimètres de longueur que l’on met en terre au mois d’octohre ou de novembre, en lignes espacées de i mètre à im,2 0. Au bout de deux ou trois années pendant lesquelles des récoltes intercalaires ont été laites dans l’intervalle des lignes, on défonce le champ et on fait la récolte des racines. Le rendement est très variable suivant la nature des terres et la culture; on peut estimer qu’au bout de trois ans 1 hectare doit rendre de 8 à i o quintaux de racines nettoyées. En France, cette culture se fait principalement en Touraine, dans les environs de Bourgueil; en Italie, elle est surtout répandue dans les provinces méridionales, dans la Sicile et surtout en Calabre.
- Les exportations de jus de réglisse de la France ont été, en 1867 de 382,oo5 kilogrammes valant 678.008 francs, et en 1 87 (», de 533,917 kilogrammes valant 69/1,092 francs.
- Les importations ont été, en 1867, de 46,075 kilogrammes valant 69,113 francs, et en 1876 de 261,02/1 kilogrammes Valant 469,843 francs.
- Pendant cette période, les quantités tirées d’Italie se sont peu modifiées, mais les importations en provenance de l’Espagne ont pris un développement considérable. L’exportation des jus de réglisse italiens s’élève à environ 120,000 kilogrammes par an.
- Jus de citron et de limon.
- Quelques pays ont classé les jus de citron parmi les produits chimiques qui appartiennent à la classe 47, mais, comme d’autres les ont l'ait figurer dans la classe 46, il est à propos d’en dire quelques mots ici. Cette substance est considérée comme un des meilleurs antiscorbutiques qui existent, et l’on en fait grand usage dans la marine de la plupart des nations, tant comme préventif
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- que comme médicament. Les principaux pays de production sont la Sicile et les Antilles.
- En Sicile, les jus sont extraits du fruit du citronnier commun (Citruslimonium,Piisso.), etgénéralementils sont exportés crus, c’est-à-dire tels qu’on les obtient delà pression des fruits, quelquefois additionnés de quelques centièmes d’alcool. Quand ils doivent avoir à supporter de longs voyages, on les concentre par l’action du feu en les réduisant, par l’évaporation, à peu près au quart de leur volume primitif. La quantité de jus de citron produit annuellement par la Sicile s’élève à environ 10,000 hectolitres. La maladie qui depuis quelques années sévit sur les plantations de citronniers menace de diminuer sensiblement l’importance de cette exportation.
- Aux Antilles, c’est avec le Citrus hmelta, Kisso. qu’on fabrique les jus de limon; cette espèce exige un climat tout à fait tropical, puisqu’elle ne réussit même pas bien aux îles Açores et ne sc plaît parfaitement que là ou le thermomètre reste constamment au-dessus de 20 degrés centigrades sans dépasser 3o.
- C’est dans l’île de Montserrat, une des Antilles anglaises, que se fait le meilleur jus de limon. Les fruits sont simplement coupés en tranches et pressés; le jus est enfermé frais dans des barils fermés hermétiquement. 11 existe aussi des plantations de limon à la Jamaïque, ainsi que dans quelques-unes des colonies françaises, notamment à la Martinique et à Taïti.
- Collections de plantes médicinales.
- 11 a été présenté à l’Exposition un assez grand nombre de collections des plantes médicinales usuelles des différents pays. Parmi les plus complètes et les plus intéressantes, il convient de citer:
- i° Celle de l’Association des herboristes de Paris;
- 20 Celle qui faisait partie de l’exposition de l’Inde anglaise et qui avait été réunie par les soins du docteur Bidie, directeur du musée du Gouvernement à Madras.
- 3° La collection des plantes médicinales des Etats-Unis, présentée par MM. Wallace frères;
- 4° Celle du collège de pharmacie de Philadelphie;
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- 5° La collection des plantes médicinales de la République Argentine, présentée par l’Université de Cordova.
- 6° Enfin, celle des plantes médicinales cultivées au jardin botanique de Saint-Pierre, à la Martinique.
- Il faut mentionner encore les collections de l’Autriche-Hongrie, de l’Egypte et des colonies françaises autres que la Martinique, ainsi que différents produits qui se trouvaient épars parmi les apports de différents pays.
- France. — L’association des herboristes de la Seine avait une collection nombreuse et remarquablement bien préparée de toutes les plantes officinales communément cultivées en France. Certaines localités se livrent plus spécialement à la culture des produits d’herboristerie; de ce nombre sont : la plaine des Vertus, près de Paris; les environs de Senlis, dans le département de l’Oise, et ceux de Pontorson (Manche). Tous les produits qui figuraient dans cette collection étaient particulièrement remarquables par leur excellente préparation, qui leur avait laissé leurs couleurs naturelles et leur parfum, tout en les desséchant parfaitement.
- La Nouvelle-Galles du Sud exposait deux substances végétales intéressantes au point de vue pharmaceutique : l’une était la résine du Xantliorrhea considérée comme un remède contre la dysenterie; l’autre était l’écorce de 1 ’Alstonia conslricta, FdMueller, grand arbre du nord de l’Australie. Les indigènes font usage de cette écorce en décoction pour se préserver des fièvres intermittentes.
- XV
- CHARDONS À FOULON.
- Le chardon à foulon ou cardère est l’inflorescence durcie du Dipsacus fullonum, L., plante de la famille des dipsacées. Les nombreux crochets dentés et élastiques dont sont composées les têtes du chardon à foulon les rendent très précieuses pour peigner les étoffes de laine.
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- Depuis quelques années on a commencé à fabriquer des car-dères artificielles composées de fil de fer extrêmement fin et recourbé, disposé autour d’un petit manchon de bois. Il ne semble pas que ces instruments aient porté préjudice, jusqu’à présent, à la culture des chardons à foulon. 11 faudrait qu’on put les fabriquer à bien bon marché, pour trouver avantage à les substituer à un produit naturel, qui, malgré sa grande légèreté, coûte moins de 2 francs le kilogramme.
- Le chardon à foulon est une plante bisannuelle qui se sème au printemps ou pendant l’été, pour donner son produit seulement l’année suivante. Habituellement on la sème en place, et l’on se contente de donner quelques façons pendant les deux années qu’elle occupe le sol; certains cultivateurs la sèment en pépinière au mois de juin, et la repiquent en septembre. On met environ 50,000 pieds à l’hectare. Les plantes se ramifient plus ou moins et donnent, par conséquent, un nombre de têtes plus ou moins grand, selon la fertilité du sol. On compte habituellement de 5 à 10 têtes par pied, ce qui donne un rendement total d’environ 3oo,ooo à 4 00,000 têtes, dont les deux tiers peuvent être utilisés pour l’industrie. On les coupe aussitôt quelles commencent à jaunir, et l’on a soin de laisser à chacune environ 3o centimètres de tige. Quand les plantes sont très vigoureuses, il peut être bon de supprimer la tête principale qui serait exposée à se déformer, et celte opération augmente la vigueur des autres.
- La production de la France en cardères est plus que suffisante pour les besoins de son industrie. Il s’en fait tous les ans une exportation dont le chiffre reste remarquablement stationnaire et uniforme; il est à peu près régulièrement de 1,200,000 kilogrammes, valant 2 millions de francs. L’exportation est principalement dirigée sur la Russie, l’Allemagne, la Belgique et l’Angleterre.
- L’Autriche était, avec la France, le seul pays qui eût présenté des chardons à foulon à l’Exposition universelle. Cette culture est assez répandue dans la Styrie et la haute Autriche; elle se pratique surtout dans les régions un peu montueuses. On préfère pour l’industrie locale ces chardons à ceux que l’on tirait précédemment
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- d’Allemagne, niais les plus fins et les meilleurs sont toujours ini- Gr. V. portés de France. Le prix des cardères indigènes est le même que celui des qualités identiques de provenance française. Une partie de la récolte est exportée en Russie.
- XVI
- FOURRAGES.
- En dépit des dispositions du catalogue général, il n’a pour ainsi dire pas été exposé de fourrages dans la classe A6. La division des produits agricoles entre le palais du Champ de Mars et une vaste annexe extérieure devait nécessairement écarter des produits encombrants et volumineux, comme les fourrages, des galeries de l’industrie, où l’espace était forcément limité et coûtait fort cher. C’est donc dans la classe 7 6 qu’ont été exposés les produits fourragers, et c’est dans le rapport de cette classe que l’on devra trouver les détails qui se rapportent à leur culture et à leur emploi. Aussi bien faudrait-il, pour traiter une question aussi vaste et aussi importante, une étude beaucoup plus étendue et plus complète que celle qui peut être entreprise ici à l’occasion d’un seul lot exposé.
- La section française de la classe 46 renfermait, en effet, une seule exposition de fourrages, mais une exposition qui présentait un certain intérêt. Elle consistait dans la collection des produits obtenus, aux alentours de Paris, de prairies créées et entretenues d’après le système de M. Gœtz. Ce système, pour et contre lequel on a beaucoup écrit et parlé dans ces dernières années, se résume en somme dans l’application aux prairies des procédés de culture réservés habituellement aux céréales ou aux plantes économiques, c’est-à -dire à l’emploi des labours profonds, des fumures abondantes et au choix intelligent et raisonné des semences. Laissant de côté les rêveries, qui ont fait souvent tort au système en même temps qu’elles constituent peut-être son principal attrait aux yeux des ignorants, on doit reconnaître que l’idée fondamentale, telle qu’elle vient d’être indiquée, est juste et féconde. S’il y a avan-
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- Gr. V. Cl. 46.
- 186 EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- lage à faire des prairies, il y a double avantage à les bien faire; et l’on ne saurait nier qu’aujourd’hui les herbages ne soient aussi bien que toute autre culture en état de payer les frais faits pour leur établissement. Plus que jamais l’élevage et l’engraissement rapide des animaux de boucherie constituent l’opération agricole la plus profitable; plus que jamais, par conséquent, on a intérêt à produire dans les fermes des fourrages aussi abondants et aussi nutritifs que possible.
- L’industrie des mélanges préparés d’avance pour la nourriture des bestiaux a déjà une assez grande importance en Angleterre; mais il ne figurait à l’Exposition aucun spécimen de ces produits, au moins dans la classe 46. Jusqu’ici elle a pris peu de développement dans notre pays, où l’on n’emploie guère, en dehors des fourrages naturels, que les tourteaux de graines oléagineuses. Ce qui concerne l’usage de ces derniers comme nourriture du bétail se trouvera dans le chapitre vi de ce rapport.
- Henry Vilmorin.
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